Premier échange de vues avec Charles Gave (29 mai 2019)

4/06/2019 | 7 commentaires

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Cet échange m’a paru vrai­ment très court… 🙂

Hâte de recom­men­cer, pour appro­fon­dir quelques sujets importants :

. Qui est légi­time pour créer la mon­naie, avec quels risques et avec quels effets ?

. À qui sert le libre-échange ?

. Quel est le bon rôle pour l’État en matière éco­no­mique et finan­cière ? Faut-il régu­ler les acti­vi­tés pri­vées ou les déréguler ?

. Le « libé­ra­lisme » est-il bon pour tout le monde ? ou bien libé­ral pour quelques uns et escla­va­giste pour le plus grand nombre ?

. Quand le chô­mage mar­ty­rise la socié­té, faut-il mener des poli­tiques de l’offre ou des poli­tiques de la demande ?

. Faut-il aban­don­ner aux experts (les pré­ten­dus « éco­no­mistes ») la prise des décisions ? 

Etc.

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7 Commentaires

  1. joss

    je me tente au questionnaire :

    . Qui est légi­time pour créer la mon­naie, avec quels risques et avec quels effets ?
    Le pro­prié­taire de la mon­naie. Si les citoyens sont bien sou­ve­rains, ils sont de fac­to pro­prié­taires de la mon­naie qui a cours légal dans la cité. Les banques com­mer­ciales ont le droit d’u­ti­li­ser cette mon­naie, mais n’ont aucun droit à nous (citoyens ou entre­prise) cré­di­ter la créa­tion de notre monnaie.

    . À qui sert le libre-échange ?
    Au plus fort éco­no­mi­que­ment, cad celui qui pro­duit au moindre coût.
    Qui dit « libre-échange » sup­pose concur­rence non faus­sée et inter­dic­tion des aides d’é­tats, ce qu’on impose aux pays euro­péens que l’on veut asser­vir et que l’on n’im­pose pas aux autres.
    C’est la liber­té du loup dans la bergerie.

    . Quel est le bon rôle pour l’État en matière éco­no­mique et finan­cière ? Faut-il régu­ler les acti­vi­tés pri­vées ou les déréguler ?
    Garan­tir des échanges dans le res­pect mutuel.

    . Le « libé­ra­lisme » est-il bon pour tout le monde ? ou bien libé­ral pour quelques uns et escla­va­giste pour le plus grand nombre ?
    Ce ne devrait pas être la liber­té du riche de s’en­ri­chir et la liber­té du pauvre de s’appauvrir.
    La liber­té des uns est limi­tée par l’é­gale liber­té des autres. Etre ni oppri­mé, ni oppres­seur. La loi doit satis­faire le plus grand nombre.

    . Quand le chô­mage mar­ty­rise la socié­té, faut-il mener des poli­tiques de l’offre ou des poli­tiques de la demande ?
    Poli­tique de la demande évi­dem­ment. Mais pour réa­li­ser cela, il nous faut la sou­ve­rai­ne­té, cad contrôle aux fron­tières des biens et capi­taux, inter­dire la spé­cu­la­tion, natio­na­li­ser les mono­poles de fait dont la créa­tion moné­taire, avoir une cer­taine auto­no­mie éner­gé­tique, ali­men­taire et en matières premières.

    . Faut-il aban­don­ner aux experts (les pré­ten­dus « éco­no­mistes ») la prise des décisions ?
    Non, les experts sont là pour ali­men­ter la déli­bé­ra­tion, mais en aucun cas ils ne peuvent avoir le mono­pole de la décision.

    Réponse
  2. Jacques

    J’a­dresse mes vifs remer­cie­ments à TVL et toutes mes féli­ci­ta­tions à Charles Gave et à Etienne Chouard. Oui, puisque vous pou­vez les pro­duire (grâce à un savoir à tout moment empreint d’es­prit cri­tique) et puisque vous vous y réga­lez, offrez-nous encore et encore de tels entre­tiens qui, incon­tes­ta­ble­ment, contri­buent à « faire mon­ter le niveau » : je suis pro­fon­dé­ment tou­ché par l’af­fir­ma­tion (en fin d’en­tre­tien et sou­te­nue par Charles et par Etienne) que seule une édu­ca­tion fai­sant naître des Indi­vi­dus peut assu­rer la péren­ni­té d’une socié­té humaine – et sa gué­ri­son quand cette der­nière va mal !

    Réponse
  3. Ronald

    Un échange très enri­chis­sant, atten­du depuis long­temps ! Charles Gave est inté­res­sant car il com­prend bien les enjeux du débat. Et il a de la répar­tie. Pro­ba­ble­ment parce qu’en fin de compte, les argu­ments déve­lop­pés de part et d’autre sur le libé­ra­lisme sont les mêmes depuis deux siècles, et qu’il connaît bien les deux faces du débat.

    Mes com­men­taires :

    8:35 « Les actes non législatifs ».
    Mal­gré leur carac­tère non démo­cra­tiques, les élec­tions troublent tout de même régu­liè­re­ment les pro­jets de l’oligarchie, qui voit ses plans ralen­tis pas la mon­tée de par­tis contes­ta­taires. J’ai dans un pre­mier temps cru que fina­le­ment, ils en arri­ve­raient à sup­pri­mer les élec­tions. Mais cela ne me paraît pas facile à faire : c’est bru­tal, dif­fi­cile à jus­ti­fier et amè­ne­rait cer­tai­ne­ment des pro­tes­ta­tions. Il est bien plus judi­cieux d’a­gir en douce et de pro­gres­si­ve­ment dépos­sé­der les ins­tances élues de leur pré­ro­ga­tives, pour les confier à des ins­tances non élues. Comme per­sonne ne s’intéresse ni de com­prend les méca­nismes ins­ti­tu­tion­nels, il n’y a pas de pro­tes­ta­tion, et le pou­voir peut avan­cer pro­gres­si­ve­ment. La concen­tra­tion des pou­voirs par la com­mis­sion entre dans ce mou­ve­ment, de même que le ren­for­ce­ment des pré­ro­ga­tives du conseil consti­tu­tion­nel, etc. Cela me paraît très dif­fi­cile à contrer.

    14:25 « Le libé­ra­lisme, c’est l’égalité de tous devant la loi ».
    C’est une défi­ni­tion inté­res­sante. Elle fait le lien entre liber­té et éga­li­té : les fon­da­teurs du libé­ra­lisme vou­laient pro­mou­voir les deux valeurs. On croit sou­vent que les deux sont anta­go­nistes, mais pas for­cé­ment : la socié­té qui maxi­mi­se­rait la liber­té pour le plus grand nombre serait aus­si la socié­té la plus éga­li­taire. Les socia­listes du XIXe siècle vou­laient en somme pour­suivre l’idéal des libé­raux du XVIIIe. Parce que bien sûr, si tout le monde est libre, le plus fort l’emporte et réduit donc la liber­té du plus faible, il faut donc une régu­la­tion « sociale » pour opti­mi­ser liber­té et éga­li­té. Aus­si les anti­li­bé­raux estiment qu’il faut une ins­tance supé­rieure pour limi­ter la liber­té des indi­vi­dus les plus forts. Mais alors, le régime tombe aisé­ment dans le pou­voir arbi­traire qui res­treint à son tour la liber­té, sans pro­mou­voir l’égalité, en un mou­ve­ment de bascule.
    Aus­si, comme il l’explique plus loin, la liber­té n’est pas la valeur oppo­sée à l’égalité, mais à la sécu­ri­té (voir plus bas).

    15:21 « On entend sou­vent dire qu’on est dans une socié­té néo­li­bé­rale – C’est n’importe quoi ».
    Ici Charles Gave cri­tique l’idée qu’on serait dans une socié­té « néo­li­bé­rale », ce qui n’est pas pos­sible : à par­tir du moment où les médias sont contrô­lé par neuf mil­liar­daires, il n’y a plus de débat d’idée, la véri­té est imposée.
    Je pense que le terme « néo­li­bé­ra­lisme » est l’un de ces « anti­mots » fait pour cacher le contraire de ce qu’ils dési­gnent. La socié­té « néo­li­bé­rale » n’est pas une socié­té qui appro­fon­di­rait les idéaux de liber­té. C’est au contraire la socié­té libé­rale qui a emprun­té des méthodes des régimes tota­li­taires en obser­vant ce qui avait per­mis his­to­ri­que­ment leur suc­cès. Ce que Charles Gave appelle « le capi­ta­lisme de conni­vence ». Mais par exemple Alain Supiot jus­te­ment lui aus­si estime que nous vivons dans une socié­té mixant les régimes capi­ta­liste et com­mu­niste. En fait, on devrait dire que nous sommes en régime « néo­to­ta­li­taire », mais c’est évi­dem­ment un nom beau­coup moins engageant.

    16:30 « Tout le monde n’aime pas la liberté ».
    Je suis d’accord avec lui. Il y a dans la socié­té une divi­sion entre ceux qui aiment la liber­té et l’égalité et ceux qui aiment l’ordre et la sécu­ri­té. J’en connais beau­coup. C’est à mon avis une ques­tion de tem­pé­ra­ment (ou pour Emma­nuel Todd de struc­tures fami­liales). Plus qu’une ques­tion de place dans la socié­té car on ren­contre les deux types dans tous les groupes sociaux. C’est un point a prendre en compte car dans les milieux inté­res­sés à la démo­cra­tie, les libér­taires-éga­li­taires sont évi­dem­ment sur­re­pré­sen­tés, mais il fau­dra tenir compte que beau­coup de gens n’ont tout sim­ple­ment pas les mêmes valeurs que nous.

    18:45 « C’est en Angle­terre qu’est mon­té dès la fin du XVIIIe qu’est mon­té le mou­ve­ment anti-esclavagiste. ».
    Il peut sem­bler para­doxal qu’un auteur libé­ral comme Locke soit en même temps escla­va­giste, et d’autre part dans cette même socié­té anglaise lockéenne soit né le mou­ve­ment anti-escla­va­giste. Mais, comme Charles Gave, je ne doute pas non plus que la pen­sée libé­rale à par­ti­ci­pé à l’abolition de l’esclavage.
    C’est en fait qu’il ne faut pas sous-esti­mer la puis­sance de l’écrit. Un indi­vi­du peut être en contra­dic­tion dans ses actes avec le dis­cours qu’il avance (l’exemple bateau est Rous­seau qui a aban­don­né ses enfants alors qu’il a écrit un trai­té sur l’éducation). C’est notam­ment parce que chez le pen­seur, les inté­rêts per­son­nels ou les pré­ju­gés sont en conflits avec les valeurs prô­nées intel­lec­tuel­le­ment et sont plus forts que ces der­nières. Mais ce conflit d’intérêts ne joue pas chez ses lec­teurs. Par­mi les lec­teurs de Locke, il y a en a for­cé­ment qui ont dû voir que les valeurs libé­rales mises en avant étaient en contra­dic­tions avec une socié­té où était per­mis l’esclavage. A par­tir du moment où des écrits se répandent dans une socié­té, il y aura tou­jours des gens pour en tirer toutes les consé­quences, même si cela va à l’encontre de la volon­té de l’initiateur. Des­cartes écrit expli­ci­te­ment qu’il ne vou­drait pas que ses méthodes de rai­son­ne­ment soient uti­li­sées pour mettre en doute les véri­tés révé­lées de la reli­gion chré­tienne. Pour­tant, une géné­ra­tion plus tard, c’est ce que feront ses suc­ces­seurs. Le même phé­no­mène s’est pro­duit avec de nom­breux phi­lo­sophes, qui ont intro­duit dans le fruit des vers qu’ils n’auraient pas imaginés.

    19:45 « Tout au long du XIXe siècle, le niveau de vie n’a ces­sé de monter »
    Ici, Charles Gave est vrai­ment sur du velours lorsqu’il veut défendre le libé­ra­lisme du XIXe siècle. Parce qu’il n’est pas pos­sible de nier qu’au XIXe siècle, le sys­tème capi­ta­lisme a per­mis une crois­sance des richesses qu’on avait jamais vu aupa­ra­vant : le PIB par habi­tant a dou­blé entre 1800 et 1900 : https://​our​worl​din​da​ta​.org/​g​r​a​p​h​e​r​/​g​d​p​-​p​e​r​-​c​a​p​i​t​a​-​i​n​-​t​h​e​-​u​k​-​s​i​n​c​e​-​1​2​7​0​?​t​i​m​e​=​1​270..2016
    Même si bien sûr la crois­sance a été bien plus nette au XXe siècle, on ne peut pas défendre que ce fut une période d’appauvrissement, et per­sonne ne le fait.
    Il ajoute que la crois­sance du niveau de vie a pro­fi­té à tout le monde, ce qui est exact aus­si. La socié­té du XIXe siècle était très inéga­li­taire, avec 80 % des richesses déte­nues par 10 % de la popu­la­tion. Mais cette pro­por­tion est res­tée remar­qua­ble­ment stable tout au long du siècle :
    https://publications.banque-france.fr/inegalites-de-patrimoine-en-france-quelles-evolutions-de-1800–2014
    En somme la socié­té libé­rale « clas­sique » que défend Gave est une socié­té très inéga­li­taire mais pro­duc­trice de richesses, et où tout le monde pro­fite de la crois­sance : c’est ce qu’on a appe­lé depuis lors le « ruissellement ».
    Même les adver­saires du capi­ta­lisme le recon­naissent, il n’y a pas moyen de gagner sur ce ter­rain. Aus­si, la cri­tique socia­liste cou­rante se concentre sur le fait de dire que le capi­ta­lisme est des­truc­teur de la socié­té. Si le sys­tème capi­ta­lisme du XIXe siècle était pro­duc­teur de richesse, ce fut au prix d’une grande vio­lence. Le mode de vie tra­di­tion­nel, les liens com­mu­nau­taires et cor­po­ra­tifs des popu­la­tions, avec la sécu­ri­té qu’ils assu­raient étaient détruits pour trans­for­mer les tra­vailleurs en indi­vi­dua­liste égoïstes, cal­cu­la­teurs et malléables.
    Cette cri­tique est vraie, mais à mon avis le pro­blème prin­ci­pal n’est pas là. Car même si la révo­lu­tion capi­ta­liste s’est faite dans la vio­lence, les socié­tés actuelles ont acquis un nou­veau mode de vie aux­quelles elles sont habi­tuées. Et per­sonne ne vou­drait retour­ner à la socié­té pré­in­dus­trielle s’il faut pour cela perdre les avan­tages maté­riels acquis depuis 200 ans.
    C’est un peu la même chose dans le débat sur les bien­faits sup­po­sés de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique. Certes, l’adaptation de l’Afrique à la civi­li­sa­tion euro­péenne s’est faite dans la vio­lence. Mais main­te­nant que la situa­tion est telle qu’elle est deve­nue, aucun habi­tant de Yaoun­dé ne vou­drait reve­nir à un mode de vie com­mu­nau­taire tra­di­tion­nel. Seul un bre­ton comme Dieu­don­né peut prô­ner un retour mythi­fié à la vie dans la forêt équatoriale.
    Non, ce qui à mon avis com­pro­met la défense du sys­tème libé­ral du XIXe siècle de nos jours c’est que nous ne sommes plus dans un monde illi­mi­té. Le monde en 1800 était bien moins limi­té que de nos jours. Si, comme Charles Gave le dit, les débou­chés pro­fes­sion­nels étaient insuf­fi­sant dans les cam­pagnes euro­péennes, les jeunes pou­vaient tou­jours aller en ville. Et si à leur tour les salaires dans les villes indus­trielles étaient insuf­fi­sants, ils pou­vaient émi­grer aux États-Unis ou en Aus­tra­lie, où les pos­si­bi­li­tés de faire du pro­fit res­taient faciles. Si les riches pou­vaient s’enrichir, les pauvres le pou­vaient aus­si. Dans la théo­rie libé­rale telle que la déve­loppe par exemple Adam Smith, la ques­tion de la limi­ta­tion des res­sources n’apparaît pas car elle n’est pas un pro­blème à l’époque. Mais des auteurs comme Mal­thus qui pré­voient déjà cette limi­ta­tion déve­loppent une vision net­te­ment plus pes­si­miste des consé­quences du libé­ra­lisme. De nos jours, les res­sources natu­relles sont limi­tées et la popu­la­tion mon­diale est sept fois plus nom­breuse qu’au début du XIXe siècle. Si à l’époque riches et pauvres pou­vaient voir accroître leur bien-être en agis­sant cha­cun pour leur pro­fit indi­vi­duel, aujourd’hui, les uns ne peuvent plus s’enrichir qu’aux dépens des autres, l’« enve­loppe glo­bale » étant fer­mée. Il n’est plus per­mis à qui le sou­haite d’aller s’installer libre­ment aux États-Unis ou en Aus­tra­lie. Le lais­ser-faire ne suf­fit plus à assu­rer une maxi­mi­sa­tion du bien-être, et des ins­tances régu­la­trices sont de plus en plus néces­saires pour assu­rer une vie décente à long terme d’une popu­la­tion bien plus nom­breuse sur une pla­nète tou­jours plus restreinte.

    41:20 « Si vous met­tez des gars qui changent à chaque fois, vous lais­sez le pou­voir à la classe admi­nis­tra­tive » « En Suisse, en Grande-Bre­tagne et aux États-Unis, le fonc­tion­naire est inéligible »
    J’avais bien per­çu qu’un des pro­blème de la France est la mono­po­li­sa­tion du pou­voir poli­tique par les hauts fonc­tion­naires, et les allers-retours entre l’ad­mi­nis­tra­tion et les postes élec­tifs. Mais je ne savais pas que cer­tains pays avaient pris le pro­blème à bras le corps de la sorte, en inter­di­sant à un fonc­tion­naire qui a fait de la poli­tique de reve­nir dans l’administration. Peut-être l’idée à suivre est-elle dans la sim­pli­ci­té de cette solu­tion radi­cale ? Il fau­drait un peu s’informer sur les pra­tiques de ces pays.

    49:30 « La France, pour 10.000 habi­tants, à 70 % de fonc­tion­naire de plus que l’Allemagne […] C’est le sec­teur pri­vé qui les paye […] Il a un coût sur le dos qui est 70 % supé­rieur au coût Alle­mand […] A ce moment-là, il faut que les entre­pre­neurs fran­çais soient pro­té­gés […] Il fau­drait que les fonc­tion­naires soient moins chers […] On peut avoir 70 % de fonc­tion­naires de plus, ou un taux de change fixe, mais on ne peut pas avoir les deux à la fois sans tuer l’industrie française »
    53:02 « Vous avez dans le PIB une par­tie qui est mesu­rable, qui est faite sur la liber­té indi­vi­duelle, c’est le PIB du sec­teur pri­vé. En France, il est les deux tiers de ce qu’il est en Alle­magne par tête de pipe. Si vous avez deux fois plus de fonc­tion­naires, quelqu’un les paye ces fonctionnaires »
    Alors ici, c’est la par­tie du dis­cours qui m’a ren­du le plus per­plexe. C’est décou­su, ça part dans tous les sens, le rai­son­ne­ment semble faux, mais comme géné­ra­le­ment il ne dit pas de sot­tises, je me dis qu’il doit y avoir un fond de vérité.
    Il semble faire un lien entre le nombre de fonc­tion­naires et la mon­naie unique, en expli­quant que le dif­fé­ren­tiel de ce nombre ren­drait impos­sible la mon­naie unique, ce qui est tout de même étrange. En réécou­tant l’ensemble du pas­sage, je pense que le sens est le suivant :
    Quand il parle de fonc­tion­naires, l’important pour lui n’est pas le sta­tut, à savoir qu’il sont sou­mis hié­rar­chi­que­ment à l’État. Mais c’est le fait que leur salaire est fixé par l’État. En France, l’État déter­mine la rému­né­ra­tion par exemple des méde­cins (puisque c’est l’exemple qu’il prend). Il est à ce titre en posi­tion de mono­pole dans le domaine des ser­vice de san­té, et fixe les tarifs arbi­trai­re­ment. Ces tarifs ne sont pas sou­mis au libre jeu du mar­ché. On est donc en situa­tion de prix admi­nis­trés. Les Prix ne reflètent donc pas la Valeur du pro­duit créé, alors que ce serait la cas en libre concur­rence « à l’équilibre ». Par exemple, pour reprendre l’exemple de Gave, consi­dé­rons deux méde­cins dont la même consul­ta­tion est à 24 euros en France et 24 euros en Alle­magne. Cha­cun amé­liore au cours du temps son maté­riel, ce qui accroît la valeur de sa pres­ta­tion. Si en Alle­magne les tarifs sont libres, l’un aug­men­te­ra sa consul­ta­tion à 48 euros. Si les tarifs sont fixés par l’État en France, la consul­ta­tion de l’autre res­te­ra à 24 euros, alors que la valeur aura aug­men­té. En consé­quence de quoi, un euro en Alle­magne ne repré­sen­te­ra plus la même valeur qu’un euro en France. Et la pari­té du cours ne pour­ra pas être main­te­nue. Dès lors qu’il existe de nom­breux sec­teurs où les prix sont admi­nis­trés par l’État, il n’est pas pos­sible de main­te­nir une mon­naie unique entre dif­fé­rents pays. La solu­tion des diri­geants euro­péens est alors de sup­pri­mer toutes les régu­la­tions des prix par les États pour sou­mettre tous les domaines au libre jeu de la concurrence.
    C’est à mon avis le sens sous-jacent des pro­pos de Charles Gave, mais il fau­drait pou­voir cla­ri­fier sa pensée.

    59:40 « Quand j’étais jeune, j’ai tra­vaillé pour une petite banque en Suisse : ils étaient res­pon­sables sur l’ensemble de leurs biens … »
    Ici, Charles Gave défend l’idée que les banques soient pri­vées mais que les pro­prié­taires soient res­pon­sables sur l’ensemble de leurs biens. En bon défen­seur du libé­ra­lisme clas­sique, son idée se rap­proche pro­ba­ble­ment du Free Ban­king. L’avantage est qu’en cas de défaillance d’une banque, le coût retombe sur les action­naires, il n’y a pas d’ac­crois­se­ment de la dette publique. L’inconvénient en l’absence de prê­teur en der­nier res­sort est que si la banque défaille, les dépo­sants n’ont aucune pos­si­bi­li­té de récu­pé­rer leurs avoirs. Or, comme l’information est tou­jours lar­ge­ment incom­plète, ces dépo­sants ne peuvent pas savoir si leur banque est « saine » et com­pa­rer entre elles les dif­fé­rentes banques. Comme ils savent que les dépôts ne sont pas garan­ti par l’État, dès qu’il y a des signes de risque de faillite ban­caire, ils retirent leur argent : ce sys­tème favo­rise les paniques, et a d’ailleurs fini par être aban­don­né en Grande-Bre­tagne au XIXe siècle.

    Réponse
    • IciBas

      Petite réponse sur un point :
      « L’inconvénient en l’absence de prê­teur en der­nier res­sort est que si la banque défaille, les dépo­sants n’ont aucune pos­si­bi­li­té de récu­pé­rer leurs avoirs »
      Non, un méca­nisme de sau­ve­garde des dépo­sants peut exister.
      Dire que les action­naires doivent être res­pon­sables sur l’en­semble de leurs biens ne veut pas dire que les rem­bour­se­ments des dépo­sants serait limi­té aux bien des action­naires, on peut très bien avoir des méca­nismes de solidarité.
      C’est en oppo­si­tion à ce qui existe actuel­le­ment ou ce qui est fait est d’u­ti­li­ser l’argent des dépo­sants ou du contri­buable pour sau­ver les actionnaires.

      Réponse
      • Ronald

        C’est exact. J’a­vais bien conscience en écri­vant que je fai­sais un rac­cour­ci. Mais c’est en pré­su­mant que dans le sys­tème sou­hai­té par Charles Gave, l’E­tat ne garan­tit pas non plus l’argent des dépo­sants, ce qui serait l’at­ti­tude la plus « libé­rale clas­sique ». Mais c’est vrai que c’est un point sur lequel il fau­drait lui deman­der sa posi­tion (quoique il doit sans doute y avoir répon­du dans l’un ou l’autre de ses nom­breux entretiens).

        Réponse
  4. Du vent dans les naseaux

    Vu d’i­ci, le capi­taine d’un bâti­ment com­plexe, semble plu­tôt pla­cé pour des­si­ner la carte indis­pen­sable à la déci­sion de l’ar­ma­teur ; donc pour influen­cer son choix de tra­jec­toire. Qui, alors, pour éva­luer la per­ti­nence de cette carte, pour en détec­ter les biais éven­tuels ? La com­plexi­té de nos réa­li­tés fabri­quées ne nous ramène-t-elle pas tou­jours à un cer­tain pro­blème, celui de ne jamais rien pou­voir véri­fier d’ex­pé­rience, fai­sant de nous des gobes-mouche en dépit de nos efforts pour nous en défendre ? Et d’où décou­le­rait notre vul­né­ra­bi­li­té aux bobards, laquelle fait tout le prix des média mains­tream, qui invitent cha­cun à nour­rir chez eux ses petites mytho­lo­gies et se construire un ima­gi­naire à sa mesure. Ici règne un ima­gi­naire de l’in­sur­rec­tion, du soup­çon et de l’é­du­ca­tion popu­laire. L’i­ma­gi­naire pro­ba­ble­ment le plus favo­rable au plan C ; mais un ima­gi­naire par­mi d’autres. Beau­coup d’autres.

    S’il m’é­tait per­mis de reve­nir au salon de coif­fure du coin de ma rue (rue où, cha­cun pour ses rai­sons, on est tous bas de pla­fond), je vou­drais signa­ler que nous autres (éven­tuels citoyens consti­tuants au même titre que n’im­porte qui) ne com­pre­nons pas la mon­naie ni l’é­ga­li­té à votre façon com­pli­quée. Pour nous, l’é­ga­li­té devant la loi, c’est le droit de faire telle chose à condi­tion d’a­voir le pognon pour (créer son propre salon, par ex) ; droit que la banque accorde ou refuse, réa­li­sant l’é­ga­li­té à son gré, à condi­tion qu’on joue le jeu, qu’on se montre non pas ver­tueux mais ren­table, quitte, si besoin, à pro­duire de la cochon­ne­rie rebap­ti­sée richesse. Voyez où nous en sommes. Pour­riez-vous nous des­siller un peu les yeux par des expli­ca­tions plus acces­sibles à notre intelligence ? 

    Quant à la res­pon­sa­bi­li­té sur les biens propres, reste qu’un PDG qui prend des risques, en prend aus­si pour d’autres qui n’ont rien déci­dé. Le par­tage du risque, oui ! Celui de la déci­sion périlleuse…Si le risque c’est la vie, onto­lo­gi­que­ment, qu’il me soit per­mis d’a­dres­ser aux nan­tis de l’in­car­na­tion, dotés d’une cor­po­ra­li­té triom­phante qui ne leur a jamais fait défaut et les a, sub­sé­quem­ment, encou­ra­gés à la témé­ri­té d’en récla­mer davan­tage, d’en repous­ser les limites grâce au para­pente par ex, la requête de bien vou­loir, en cas de risque mal cal­cu­lé, s’é­cra­ser ailleurs que sur mon nez. La vie, mes­sieurs, c’est cha­cun la sienne, si vous vou­lez bien. Et si le bon­heur m’é­tait don­né d’of­frir la mienne à l’un de vous (ce qui ne ferait pas grand chose, j’en conviens), que le plai­sir sans prix de l’i­ni­tia­tive, me revienne du moins.

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