[Fausse pharmacovigilance, corruption des autorités, abus de pouvoir] L’impuissance de la régulation des médicaments, par Peter Gøtzsche

23/12/2021 | 20 commentaires

Chers amis,

Chaque jour, je pour­suis (entre autres) la lec­ture du livre bou­le­ver­sant de Peter Gøtzsche dont je vous ai par­lé à la mi-sep­tembre 2021 : « REMÈDES MORTELS ET CRIME ORGANISÉ : com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a cor­rom­pu les ser­vices de san­té » (2015, 2019).

Il me semble que tout le monde devrait avoir lu ce livre, le crayon à la main. C’est un ser­vice public à lui tout seul, qui dénonce pré­ci­sé­ment, avec des cen­taines de preuves, la pro­fonde cor­rup­tion des ser­vices publics de la san­té par l’industrie chi­mique médicamenteuse.

Toutes les lois scé­lé­rates (liber­ti­cides et arbi­traires) impo­sées pen­dant les deux ans pas­sés avec la COVID-19 s’appuient, se fondent, ne reposent que sur, l’autorité scien­ti­fique (et morale) d’INSTITUTIONS qui sont, en fait, toutes pro­fon­dé­ment cor­rom­pues et dévoyées par l’industrie (qui arrose d’argent et d’honneurs les déci­deurs et conseillers, et qui menace les oppo­sants) : l’OMS, la FDA, le CDC, le GAVI, les revues scien­ti­fiques, les socié­tés savantes, les experts appoin­tés, la Haute Auto­ri­té de San­té, l’ANSM et les ARS en France, le « Conseil scien­ti­fique » et le « Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique » (pré­si­dés par la même fripouille)…

Dans le livre de Peter Gøtzsche, c’est le cha­pitre 10 qui traite de la cor­rup­tion des auto­ri­tés char­gées du contrôle des médi­ca­ments. Je repro­duis ici inté­gra­le­ment ce cha­pitre essen­tiel, mais en vous invi­tant avec insis­tance à ache­ter (et à offrir) ce livre, d’une part pour le lire en entier car chaque para­graphe compte, et d’autre part pour aider l’auteur dans son com­bat héroïque contre la cor­rup­tion sys­té­mique. Il ne suf­fit pas, je pense, de lire ce texte à l’é­cran : il faut avoir le livre à la mai­son, et le lais­ser traî­ner sur une table au salon, aux toi­lettes, dans une chambre, par­tout où il peut s’of­frir aux regards de ceux qui ne connaissent pas la gra­vi­té de la situa­tion. Ce livre est un outil d’ac­ti­viste. Donc il faut l’a­che­ter, pour s’en ser­vir. Tout est bon dans ce livre, impor­tant, révol­tant, du début à la fin.

Ce cha­pitre 10 est accom­pa­gné de 120 notes de réfé­rences pour sou­te­nir ses dires. Je suis en train d’étudier une à une ces réfé­rences, et d’y ajou­ter les liens cli­quables pour vous aider à les consul­ter vous-mêmes aisé­ment. Aujourd’hui, vous trou­ve­rez seule­ment les 27 pre­mières notes ain­si trai­tées, mais je conti­nue mon tra­vail et j’actualiserai ce billet au fur et à mesure jusqu’à avoir ren­du cli­quables les 120 réfé­rences. Je repro­dui­rai aus­si (dans la par­tie « com­men­taires » du billet) le texte inté­gral des réfé­rences les plus impor­tantes signa­lées par Peter.

Tout ça est bouleversant.

Bonne lec­ture.

Étienne.

Edit (4/1//2022) : j’en suis à la note 44…


Chapitre 10 : L’impuissance de la régulation des médicaments

(Extrait de « REMÈDES MORTELS ET CRIME ORGANISÉ : com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a cor­rom­pu les ser­vices de san­té » (2015, 2019), de Peter Gøtzsche.)

Si les Amé­ri­cains connais­saient quelques-unes des affaires trai­tées à la FDA, ils ne pren­draient jamais autre chose qu’une aspi­rine Bayer.
Len  Lut­walk, scien­ti­fique de la FDA1

Nous n’a­vons pas de médi­ca­ments sécu­ri­taires. L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique se contrôle plus ou moins toute seule ; nos poli­ti­ciens ont affai­bli les exi­gences régle­men­taires au cours des ans puis­qu’ils sont plus pré­oc­cu­pés par le fric que par la sécu­ri­té des patients ; il y a des conflits d’in­té­rêts dans les agences du médi­ca­ment ; le sys­tème est fon­dé sur la confiance bien qu’on sache que l’in­dus­trie ment ; et quand des pro­blèmes sur­viennent, les agences du médi­ca­ment recour­ront à des pseu­do-solu­tions qu’elles savent inaptes à résoudre le problème.

J’ai le plus grand res­pect pour le tra­vail des scien­ti­fiques conscien­cieux dans les agences du médi­ca­ment. Ils ont empê­ché l’au­to­ri­sa­tion de plu­sieurs médi­ca­ments inutiles ou nui­sibles et ont reti­ré bien des médi­ca­ments du mar­ché. Tou­te­fois, ils tra­vaillent dans un sys­tème fon­da­men­ta­le­ment défec­tueux dans lequel, le béné­fice du doute est tou­jours accor­dé à la pro­tec­tion des inté­rêts des com­pa­gnies et non pas à la pro­tec­tion de ceux des patients.

Cela devient mani­feste quand on com­pare les médi­ca­ments aux voi­tures. Ma voi­ture de 15 ans doit être ins­pec­tée deux fois par an. Si je me pré­sen­tais la pro­chaine fois sans ma voi­ture mais avec 10 mètres de docu­ments et que je disais aux ins­pec­teurs qu’ils n’ont pas à exa­mi­ner ma voi­ture mais l’é­norme pile de docu­ments dans les­quels sont col­li­gés les résul­tats des tests que j’ai soi­gneu­se­ment admi­nis­trés à ma voi­ture, ils pen­se­raient que je suis deve­nu fou.

N’est-il pas alors incroya­ble­ment exces­sif que nous ayons accep­té un sys­tème dans lequel c’est exac­te­ment ce que fait l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique ? La docu­men­ta­tion cli­nique pour tout juste trois médi­ca­ments peut occu­per jus­qu’à 70 mètres de car­tables (voir le cha­pitre 1). Dans mes 10 mètres de docu­ments, j’au­rais pu avoir caché quelque part que mes freins étaient défec­tueux sans que les ins­pec­teurs l’aient jamais rele­vé. De la même manière, des pro­cès ont révé­lé que les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques peuvent cacher des effets graves dans les mon­tagnes de docu­men­ta­tion, effets que les agences du médi­ca­ment ne relè­ve­ront jamais. La dif­fé­rence est que si mes freins font défaut, je pour­rai me tuer et peut-être tuer quelques autres per­sonnes alors que lors­qu’une com­pa­gnie cache les effets mor­tels de son médi­ca­ment alors qu’ il pour­rait tuer des dizaines de mil­liers de gens. Il fau­drait que nous soyons beau­coup plus pru­dents avec les médi­ca­ments que nous le sommes avec les véhi­cules, mais nous ne le sommes pas.

Pour­quoi avoir créé un sys­tème dans lequel l’in­dus­trie est son propre juge alors qu’il est tel­le­ment mani­feste que c’est insen­sé ? L’é­va­lua­tion des médi­ca­ments devrait être une entre­prise publique alors qu’elle ne l’est pas, et l’argent de l’in­dus­trie est par­tout : même nos agences du médi­ca­ment sont payées par l’in­dus­trie et se font donc concur­rence pour être la plus attrayante.

Un autre pro­blème fon­da­men­tal est qu’il s’a­git d’un juge­ment de valeur – non d’une ques­tion scien­ti­fique – de déci­der qu’un médi­ca­ment est trop dan­ge­reux mal­gré ses avan­tages. Que faut-il faire d’un médi­ca­ment qui tue rela­ti­ve­ment peu de gens alors qu’il amé­liore la situa­tion d’une foule de malades ? Il n’existe pas de règle d’or pour éclai­rer de tels juge­ments et les régu­la­teurs ne font pas mieux que les citoyens ordi­naires pour éta­blir où l’on doit tra­cer la ligne de démar­ca­tion. Mal­heu­reu­se­ment, les régu­la­teurs ne consultent pas la popu­la­tion ; ils consultent des gens impli­qués dans des conflits d’in­té­rêts ; des gens des com­pa­gnies qui pos­sèdent le médi­ca­ment et des spé­cia­listes dont un grand nombre ont des conflits d’in­té­rêts finan­ciers en rela­tion avec les médi­ca­ments qu’ils éva­luent. Les régu­la­teurs eux-mêmes peuvent aus­si avoir des conflits d’in­té­rêts finan­ciers et même quand ils n’en ont pas, les avan­tages décou­lant d’une déci­sion favo­rable pour­raient se trou­ver juste à côté, sous la forme d’un poste lucra­tif dans une compagnie.

 

LES CONFLITS D’INTÉRÊTS DANS LES AGENCES DU MÉDICAMENT*

* NDT. Une agence du médi­ca­ment est un orga­nisme gou­ver­ne­men­tal res­pon­sable de régle­men­ter tous les pro­duits uti­li­sées pour trai­ter les mala­dies. La régle­men­ta­tion com­prend la véri­fi­ca­tion de l’ef­fi­ca­ci­té, de l’in­no­cui­té des pro­duits et la défi­ni­tion des condi­tions d’u­ti­li­sa­tion cor­recte de ces pro­duits et des règles régis­sant leur dis­tri­bu­tion et leur uti­li­sa­tion par la population.

Les conflits d’in­té­rêts finan­ciers sont très nom­breux en régu­la­tion des médi­ca­ments1,2 et les régu­la­teurs peuvent faire un va-et-vient entre l’in­dus­trie et les agences du médi­ca­ment, c’est le phé­no­mène de la « porte tour­nante ». Le com­mis­saire de la FDA, Les­ter Craw­ford, a quit­té l’a­gence après le scan­dale du Vioxx (voir le cha­pitre 13)3. Craw­ford avait auto­ri­sé le Vioxx, un médi­ca­ment de Wyeth et après avoir démis­sion­né, il devint conseiller cadre de la firme de rela­tions publiques de Wyeth, Poli­cy Direc­tions Inc.4. Craw­ford fut plus tard mis à l’a­mende pour 90 000 dol­lars après avoir faus­se­ment décla­ré qu’il avait ven­du ses actions de com­pa­gnies rele­vant de la régu­la­tion de la FDA alors qu’il était res­té pro­prié­taire de ces actions5. Ces actions com­pre­naient des titres de Pep­si­co qui vend des bois­sons sucrées et de la res­tau­ra­tion rapide ren­dant les gens obèses pen­dant qu’au même moment, Craw­ford pré­si­dait le groupe de tra­vail de la FDA sur l’o­bé­si­té6.

On s’est posé des ques­tions au Dane­mark aus­si quand le régu­la­teur de médi­ca­ment ayant aidé Nyco­med à obte­nir une auto­ri­sa­tion pour une pilule amai­gris­sante, Leti­gen (signi­fiant « mince à nou­veau ») s’en alla direc­te­ment à un poste de direc­tion de la com­pa­gnie qui allait com­mer­cia­li­ser le médi­ca­ment. Leti­gen était un mau­vais médi­ca­ment. Il conte­nait de l’é­phé­drine et on le reti­ra plus tard du mar­ché en rai­son de ses effets car­dio­vas­cu­laires délétères.

Les membres des comi­tés consul­ta­tifs des agences du médi­ca­ment contri­buent aus­si à la cor­rup­tion de l’in­té­gri­té scien­ti­fique. Cer­tains tra­vaillent pour les deux par­ties et ils extorquent les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques en exi­geant des hono­raires de consul­tant, inha­bi­tuel­le­ment éle­vés, ce que les com­pa­gnies peuvent dif­fi­ci­le­ment refu­ser quand elles sou­haitent faire approu­ver des médi­ca­ments2. Il est mani­feste que les gens payés par l’in­dus­trie pour être sa voix dans les réunions de comi­té ne peuvent pas être aus­si défen­seurs des patients, ce qui signi­fie que leur rôle « d’ex­pert indé­pen­dant » n’existe pas.

Les agences du médi­ca­ment ne satis­font pas aux lois sur l’im­par­tia­li­té de l’ad­mi­nis­tra­tion publique bien qu’il ne semble pas dif­fi­cile d’y arri­ver. Au Dane­mark, par exemple, un expert n’a pas le droit de don­ner des conseils sur des sujets où il a un conflit d’in­té­rêts sus­cep­tible d’in­fluen­cer l’a­vis, quand c’est pos­sible d’ob­te­nir un avis qua­li­fié d’un expert sans conflit. Il y a quelques années, une tem­pête média­tique a été déclen­chée quand l’A­gence danoise du médi­ca­ment a recru­té la psy­chiatre Bente Glen­thaj dans son comi­té d’en­re­gis­tre­ment, lequel ne fait pas que don­ner des avis mais prend aus­si des déci­sions concer­nant l’ap­pro­ba­tion de nou­veaux médi­ca­ments7. Elle avait plu­sieurs conflits d’in­té­rêts avec les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques mais ne pou­vait pas voir en quoi cela posait un pro­blème. C’est vir­tuel­le­ment ain­si que tout le monde éva­lue ses conflits d’in­té­rêts finan­ciers : pas de problème.

L’a­gence du médi­ca­ment s’est défen­due en disant qu’il était impos­sible d’ob­te­nir l’ex­per­tise dont elle avait besoin sans accep­ter des gens en conflit d’in­té­rêts. Cet argu­ment était impos­sible à ava­ler. En 2011, il y avait 1201 psy­chiatres enre­gis­trés au Dane­mark, dont 92 (8 %) avaient la per­mis­sion de tra­vailler pour une socié­té phar­ma­ceu­tique. L’a­gence du médi­ca­ment vou­lait nous faire croire qu’au­cun de 1109 autres psy­chiatres n’é­tait qua­li­fié. Pour­tant le minis­tère de la San­té lui accor­da l’exemp­tion de la loi à la condi­tion qu’elle ne par­ti­cipe pas aux cas où l’on pour­rait dou­ter de son impar­tia­li­té. Un ins­tant ! Si elle ne pou­vait pas inter­ve­nir dans des cas où elle est experte, en psy­chia­trie, il ne res­tait plus de jus­ti­fi­ca­tion pour la gar­der à l’a­gence. Il va de soi qu’on ne fit rien. La pseu­do-solu­tion était en place.

Le cas danois est exem­plaire. Ce que les agences du médi­ca­ment font par­tout dans le monde, ce n’est pas d’é­vi­ter le recours à des experts en conflit d’in­té­rêts mais de leur deman­der de décla­rer ces conflits. Qu’on me par­donne la com­pa­rai­son mais je la crois per­ti­nente : quelle confiance aurait-on dans un ser­vice de police dont les détec­tives invi­te­raient, de rou­tine, des repris de jus­tice à tra­vailler avec eux, une fois que ces cri­mi­nels auraient décla­ré que leur conflit d’in­té­rêts était leur espoir que le cas ne soit jamais réso­lu (pour le motif que le crime aurait été com­mis par cer­tains amis) ?

Les scien­ti­fiques des agences du médi­ca­ment ne sont pas expo­sés qu’à une indus­trie très puis­sante, ils le sont éga­le­ment à leurs propres supé­rieurs et à leurs comi­tés consul­ta­tifs qui peuvent avoir des motifs moins avouables d’o­rien­ter leurs déci­sions. Les patrons ferment sou­vent les yeux parce qu’ils dépendent du reve­nu lié aux frais d’ap­pro­ba­tion et de la bonne volon­té poli­tique, et parce que les ques­tions concer­nant les effets nocifs sont por­teuses d’en­nuis. Il se déve­loppe une culture dans laquelle plu­sieurs déci­sions sont prises que les citoyens n’au­raient pas lais­sé pas­ser s’ils avaient été repré­sen­tés aux comi­tés-conseil des médicaments.

C’est ce qu’on appelle la théo­rie de la cap­ture de l’emprise régle­men­taire. Les régu­la­teurs en viennent à tra­vailler si étroi­te­ment avec l’in­dus­trie qu’ils régulent qu’il devient inévi­table que des ami­tiés se déve­loppent et qu’ils acquièrent une meilleure com­pré­hen­sion des pro­blèmes de l’in­dus­trie et de ses posi­tions que de ceux des patients qui res­tent des ano­nymes. L’in­dus­trie cesse donc d’être régu­lée effi­ca­ce­ment et les agences s’en­gagent dans des négo­cia­tions ami­cales et pro­lon­gées avec l’in­dus­trie plu­tôt que d’a­gir quand sur­vient un dan­ger pour la san­té de la popu­la­tion1,3. C’est ce qui explique pour­quoi la culture au sein de la FDA a la répu­ta­tion d’être fon­dée sur l’in­ti­mi­da­tion, la crainte et un pré­ju­gé trop favo­rable à l’in­dus­trie1,2,8–12. La popu­la­tion géné­rale est vue comme une masse hys­té­rique et irra­tion­nelle qu’on devrait mettre à l’a­bri de toute sug­ges­tion liant des effets nocifs à des pro­duits régle­men­tés8. Pour­tant, il est curieux que les citoyens prennent part à la pla­ni­fi­ca­tion des villes d’une manière démo­cra­tique, alors qu’ils ne sont pas cen­sés savoir ce qui se passe dans les agences du médicament.

En 2006, l’Ins­ti­tut de la méde­cine a écrit un rap­port cri­tique sug­gé­rant des chan­ge­ments radi­caux13, mais la réponse de la FDA n’é­tait pas adé­quate et démon­trait une incom­pré­hen­sion presque com­plète de l’ordre de gran­deur des chan­ge­ments requis pour ins­tau­rer une culture favo­ri­sant la sécu­ri­té14. Quand des scien­ti­fiques de la FDA trouvent des signes d’ef­fets nocifs graves, ils sont sou­vent désa­voués par leurs supé­rieurs – allant même jus­qu’à l’empêchement de pré­sen­ter leurs décou­vertes des effets mor­tels de médi­ca­ments à des réunions des comi­tés consul­ta­tifs – voire à l’af­fec­ta­tion à un autre poste1,8−10,13. Et cela ne s’ar­rête pas là. Comme on l’a décrit au cha­pitre 3, la FDA a accep­té des don­nées de sécu­ri­té qu’elle savait être frau­du­leuses12, et – à plu­sieurs occa­sions – des don­nées mon­trant clai­re­ment que le médi­ca­ment n’é­tait pas sécu­ri­taire16.

Quand on consi­dère ce qui se passe après l’ap­pro­ba­tion, rien ne jus­ti­fie la confiance aveugle dans les agences du médi­ca­ment non plus. Elles sont beau­coup trop lentes à réagir aux effets létaux des médi­ca­ments, quand elles réagissent1,9,12,15,17–19. Une rai­son est que, fort mal­heu­reu­se­ment, la régu­la­tion des médi­ca­ments n’est pas fon­dée sur le prin­cipe de pré­cau­tion mais sur un prin­cipe per­mis­sif en ver­tu duquel, le béné­fice du doute est tou­jours accor­dé à l’in­dus­trie et non pas aux patients. Par exemple, la FDA approu­va le Vioxx parce qu’elle n’a­vait pas la « cer­ti­tude com­plète » que le médi­ca­ment aug­men­tait le risque car­dio-vas­cu­laire9, bien qu’on s’y soit atten­du sur la foi du méca­nisme d’ac­tion du médi­ca­ment (voir le cha­pitre 13). Un autre motif est lié à la volon­té de ne pas perdre la face. Les aver­tis­se­ments rela­tifs à un médi­ca­ment, ou son retrait du mar­ché, sug­gèrent que l’a­gence s’est trom­pée quand elle l’a auto­ri­sé20.

Il est vrai­ment effrayant qu’une enquête ait mon­tré que 79 % des scien­ti­fiques de la FDA n’a­vaient pas confiance que les pro­duits approu­vés par la FDA soient sécu­ri­taires9,21. Et que 66 % manquent de confiance dans la sur­veillance par la FDA de la sécu­ri­té des médi­ca­ments sur le mar­ché22. La popu­la­tion a des opi­nions sem­blables. Dans une enquête d’o­pi­nion, 76% des répon­dants s’in­quié­taient de ce que la FDA ne com­mu­nique pas les pro­blèmes de sécu­ri­té d’une manière effi­cace23.

Ces inquié­tudes sont sou­te­nues par les faits. Pas moins de 51 % des médi­ca­ments font l’ob­jet de chan­ge­ments d’é­ti­quette en rai­son de pro­blèmes graves de sécu­ri­té décou­verts après leur mise en mar­ché ; 20 % des médi­ca­ments obtiennent des mises en garde en enca­dré noir sur le conte­nant ; et plus de 1 sur 20 sont reti­rés du mar­ché24–36.

En fait, c’est encore pire que cela. Les études post-mise en mar­ché sont peu nom­breuses et habi­tuel­le­ment de qua­li­té médiocre et le signa­le­ment spon­ta­né des effets nocifs est gros­siè­re­ment inadé­quat pour détec­ter même les effets graves. Il ne peut donc y avoir aucun doute que plu­sieurs de nos médi­ca­ments sont dan­ge­reux, mais le pro­blème est qu’on ne sait pas les­quels. Le direc­teur adjoint David Gra­ham qui a tra­vaillé pen­dant 40 ans au bureau de la sécu­ri­té des médi­ca­ments de la FDA a illus­tré l’im­puis­sance régle­men­taire avec une clar­té qui a de quoi effrayer9 :

La façon dont la FDA traite la ques­tion de la sécu­ri­té est vir­tuel­le­ment de l’i­gno­rer. La FDA est per­sua­dée qu’il n’existe pas de risque qu’on ne peut pas gérer dans l’en­vi­ron­ne­ment post-com­mer­cia­li­sa­tion. Le cas des anti­dé­pres­seurs et du risque de sui­cide en est un bel exemple. Com­ment la FDA s’y prend-elle pour résoudre cela ? Avec des chan­ge­ments d’é­ti­quette. La FDA sait que les chan­ge­ments d’é­ti­quette ne modi­fient pas la pra­tique médi­cale. Pour­tant elle agit comme si elle venait de rendre un grand ser­vice à la popu­la­tion en modi­fiant l’é­ti­quette. Plu­tôt que de s’as­su­rer à 95 % de cer­ti­tude qu’un médi­ca­ment est sécu­ri­taire, ce que la FDA dit c’est : « Nous ne pou­vons être cer­tains à 95 % que ce médi­ca­ment vous tue­ra donc on conclut qu’il ne le fait pas et on le main­tient sur le mar­ché. Si on vou­lait vrai­ment que les médi­ca­ments soient sécu­ri­taires, on pour­rait le faire demain. Il est facile mettre en œuvre des études. Mais cela n’in­té­resse pas la FDA.

Les gens der­rière les pupitres prennent des déci­sions qui ne fonc­tion­ne­ront pas dans la vie réelle et ils le savent. J’en par­le­rait plus lon­gue­ment au cha­pitre 21.

LA CORRUPTION DANS LES AGENCES DU MÉDICAMENT

Il doit être très ten­tant pour les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques de cor­rompre les gens des agences du médi­ca­ment, tel­le­ment sont énormes les sommes d’argent en cause. L’ap­pro­ba­tion d’un nou­veau médi­ca­ment peut signi­fier la dif­fé­rence entre la vie et la mort pour une com­pa­gnie et un cas récent illustre bien le pro­blème. Je ne sug­gère pas qu’il y ait eu des méfaits, je ne fais que don­ner l’in­for­ma­tion. En 2012, la danoise Lund­beck et son par­te­naire japo­nais Take­da ont pro­po­sé le vor­tioxe­tine, un inhi­bi­teur sélec­tif de la réab­sorp­tion de la séro­to­nine (ISRS) pour appro­ba­tion régu­la­trice aux Etats-Unis. Cela ne paraît pas trop exci­tant puis­qu’on dis­pose déjà d’une foule d’an­ti­dé­pres­seurs mais cela pour­rait se révé­ler impor­tant pour Lund­beck dont le grand suc­cès, l’es­ci­ta­lo­pram, arrive sous peu en fin de bre­vet. Selon un porte-parole, la com­pa­gnie rece­vrait un paie­ment his­to­rique de 43 mil­lions de dol­lars de Take­da, si la FDA auto­ri­sait le médicament.

Nous ne savons pas grand-chose au sujet de la cor­rup­tion dans les agences du médi­ca­ment, mais une par­tie de ce que je raconte dans le pré­sent ouvrage est dif­fi­cile à expli­quer à moins que de l’argent soit mis en cause, d’une manière ou de l’autre, qui pour­rait pré­sa­ger une récom­pense future pre­nant la forme d’un emploi bien payé dans la com­pa­gnie ou bien d’in­for­ma­tions d’i­ni­tiés à pro­pos des actions de la com­pa­gnie (voir plus loin). En voi­ci un exemple28. En 2006, la FDA intro­dui­sit de nou­velles règles concer­nant l’é­ti­que­tage, mais après que la période de 5 ans pour com­men­taires fut écou­lée, l’a­gence ajou­ta dis­crè­te­ment une nou­velle sec­tion qui ren­dait vir­tuel­le­ment impos­sible pour les patients de pour­suivre des com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques en res­pon­sa­bi­li­té pro­fes­sion­nelle quand les patients auraient subi des torts infli­gés par leurs médicaments.

La FDA affirme que toute éti­quette qu’elle a approu­vée, que ce soit sur l’an­cien for­mat ou le nou­veau a prio­ri­té sur les déci­sions d’un tri­bu­nal dans le contexte de litiges liés à la res­pon­sa­bi­li­té civile d’un pro­duit. Cette immu­ni­té vau­drait même si la com­pa­gnie avait omis d’a­ver­tir adé­qua­te­ment les pres­crip­teurs ou les patients d’un risque connu à moins qu’un patient puisse prou­ver que la com­pa­gnie avait com­mis une fraude déli­bé­rée. C’est ce qui est si scan­da­leux. Non seule­ment faut-il qu’il y ait fraude, encore faut-il qu’elle soit inten­tion­nelle. Com­ment un patient peut-il savoir ce qui se passe dans la tête d’un diri­geant de com­pa­gnie ? Je me le suis sou­vent deman­dé moi-même. Et com­ment un patient peut-il prou­ver qu’il y a eu fraude ?

Les don­nées peuvent se trou­ver dans les archives de la com­pa­gnie, mais cela ne prouve pas qu’il était frau­du­leux de ne pas les ana­ly­ser et d’en par­ler. On com­pren­dra que plu­sieurs poli­ti­ciens se sont oppo­sés à cette dis­po­si­tion et au fait qu’il n’y ait eu aucune occa­sion d’en débattre avant que les règle­ments n’entrent en vigueur. Pen­dant des années, l’in­dus­trie avait essayé d’ob­te­nir une légis­la­tion qui les immu­ni­se­rait contre les pro­cès mais le Congrès avait tou­jours reje­té cette idée et, tout à coup, sur­gis­sant de nulle part, la voi­là pro­duite par la même agence cen­sée avoir la pro­tec­tion de la popu­la­tion amé­ri­caine comme pre­mier devoir. Com­ment peut-on expli­quer cela – fait en toute dis­cré­tion, en véri­té secrè­te­ment -, après que la période des com­men­taires fut ter­mi­né, si ce n’est pas par la corruption ?

En 2009, neuf scien­ti­fiques de la FDA ont écrit au pré­sident Oba­ma rela­ti­ve­ment à la cor­rup­tion géné­ra­li­sée aux plus hauts niveaux de la FDA, com­pre­nant plu­sieurs com­mis­saires4,29. Les scien­ti­fiques étaient frus­trés et indi­gnés et ils don­nèrent plu­sieurs exemples de la cor­rup­tion qu’ils décri­virent comme étant sys­té­mique et en infrac­tion avec la loi. Ils affir­mèrent qu’il régnait à la FDA une atmo­sphère dans laquelle les employés hon­nêtes redou­taient les employés mal­hon­nêtes et que des hauts diri­geants, ayant sup­pri­mé ou modi­fié des constats tech­niques ou scien­ti­fiques ain­si que des conclu­sions, avaient abu­sé de leur pou­voir et de leur auto­ri­té pour s’employer à per­sé­cu­ter illé­ga­le­ment des lan­ceurs d’alerte.

En 2012, on a révé­lé que la direc­tion de la FDA avait ins­tal­lé un logi­ciel espion sur les ordi­na­teurs de cinq scien­ti­fiques qui avaient aler­té en vain la direc­tion admi­nis­tra­tive de la FDA au sujet de pro­blèmes de sécu­ri­té et qui en avaient, en consé­quence pré­ve­nu des poli­ti­ciens30. On s’en est aper­çu quand des mil­liers de docu­ments confi­den­tiels pro­ve­nant des ordi­na­teurs de ces scien­ti­fiques ont été affi­chés sur un site public, appa­rem­ment à la suite d’une erreur com­mise par un contrac­teur pri­vé en mani­pu­la­tion de dos­siers qui tra­vaillait pour la FDA. L’af­fi­chage des docu­ments fut décou­vert par hasard, par l’un des scien­ti­fiques que la FDA avait congé­diés et qui avait fait des recherches sur Google pour véri­fier s’il exis­tait de la publi­ci­té néga­tive capable de com­pro­mettre ses chances de trou­ver un autre emploi.

Il y eut d’autres révé­la­tions en 2012. Un ancien scien­ti­fique de la FDA, Ronald Kava­nagh, a par­lé des crimes et des méthodes de gang­sters à l’A­gence31 :

Pen­dant que j’é­tais à la FDA, les révi­seurs de médi­ca­ments se fai­saient dire clai­re­ment de ne pas poser de ques­tions aux com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques et que notre tra­vail était d’ap­prou­ver des médi­ca­ments. Si nous posions des ques­tions, cela pour­rait retar­der sinon empê­cher l’ap­pro­ba­tion de médi­ca­ments – ce qui était notre tra­vail en tant que révi­seurs de médi­ca­ments – l’ad­mi­nis­tra­tion nous répri­man­de­rait, nous réaf­fec­te­rait, convo­que­rait des réunions secrètes à notre sujet, et pis encore. Il est mani­feste que dans pareil envi­ron­ne­ment, les gens s’au­to­cen­su­re­ront. Les études sur l’homme sont habi­tuel­le­ment trop courtes et les nombres de par­ti­ci­pants trop petits pour décrire cor­rec­te­ment les risques les plus dan­ge­reux. C’est pour ce motif qu’un seul cas doit être pris au sérieux. J’ai fré­quem­ment trou­vé des com­pa­gnies qui sou­met­taient cer­taines don­nées à un endroit et d’autres don­nées à un autre endroit et l’in­for­ma­tion sur la sécu­ri­té ailleurs, de sorte qu’il deve­nait impos­sible de les regrou­per, puis se pré­sen­taient à une ren­contre pour obte­nir un accord en pro­po­sant que l’as­pect sécu­ri­té était négli­geable. Si des révi­seurs affirment des choses qui déplaisent aux com­pa­gnies, elles se plain­dront du révi­seur ou appel­le­ront la haute direc­tion pour le faire réaf­fec­ter sinon désa­vouer. Une fois, la com­pa­gnie m’a dit qu’elle appel­le­rait la haute direc­tion pour faire éli­mi­ner une exi­gence claire pour l’ap­pro­ba­tion qu’elle refu­sait de res­pec­ter, ce que je pus voir se pro­duire. Une autre fois, une com­pa­gnie a dit clai­re­ment « qu’elle avait payé pour obte­nir une appro­ba­tion»… Par­fois nous rece­vions l’ordre expli­cite de nous en tenir à la lec­ture d’un résu­mé de 100 à 150 pages et d’ac­cep­ter les reven­di­ca­tions de la com­pa­gnie phar­ma­ceu­tique sans étu­dier les don­nées réelles, que j’ai, à de mul­tiples reprises, vu contre­dire le docu­ment de résu­mé. À d’autres occa­sions, on m’a ordon­né de ne pas révi­ser cer­taines sec­tions de la demande d’ap­pro­ba­tion, presque imman­qua­ble­ment celles où se trou­ve­raient les ques­tions de sécurité. 

La réponse de la FDA à la plu­part des risques atten­dus est de les nier et d’at­tendre jus­qu’à l’ap­pa­ri­tion d’une preuve irré­fu­table, une fois le médi­ca­ment mis en mar­ché et de sim­ple­ment alors ajou­ter un aver­tis­se­ment dilué sur l’é­ti­que­tage. Quand on sou­lève des pro­blèmes poten­tiels de sécu­ri­té, le refrain que j’ai enten­du à répé­ti­tion de la part de la haute direc­tion était « Où sont les cadavres dans la rue ? ». Ce dont je dédui­sais qu’on ne ferait quelque chose qu’une fois que les jour­naux en feront un problème. 

Plus tard, j’ai trou­vé que la FDA dis­po­sait de docu­ments arri­vant à la même conclu­sion que mon ana­lyse mais qu’ils n’a­vaient pas été com­mu­ni­qués au comi­té consul­ta­tif… Après que la direc­tion de la FDA eut appris que je me m’é­tais pré­sen­té devant le Congrès rela­ti­ve­ment à cer­tains pro­blèmes, j’ai consta­té qu’on était entré par effrac­tion dans mon bureau et qu’on avait abî­mé mon ordi­na­teur. J’ob­ser­vai des mou­ve­ments étranges du cur­seur de mon ordi­na­teur alors que je me trou­vais à lire à mon bureau, les­quels j’ai soup­çon­né consti­tuer une preuve d’es­pion­nage. Cepen­dant, les menaces peuvent se révé­ler bien pires que la pri­son. Un diri­geant a mena­cé mes enfants, qui venaient d’a­voir 4 et 7 ans et à l’oc­ca­sion d’une grande réunion, je fus trai­té de « sabo­teur ». En m’ap­puyant sur d’autres évé­ne­ments et cer­tains dires, j’ai craint d’être assas­si­né pour m’être adres­sé au Congrès et à des enquê­teurs. J’ai trou­vé des preuves de délits d’i­ni­tiés en rela­tions avec des titres d’une com­pa­gnie phar­ma­ceu­tique reflé­tant la connais­sance d’in­for­ma­tions que seule la direc­tion de la FDA pou­vait déte­nir. Je crois dis­po­ser aus­si de preuves de fal­si­fi­ca­tion de docu­ments, de fraude, de par­jure, de racket éten­du, com­pre­nant l’in­ti­mi­da­tion et le châ­ti­ment de témoins. En fait, grâce en par­tie à la Loi sur les tarifs aux usa­gers des médi­ca­ments pres­crits (en ver­tu de laquelle les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques paient pour une appro­ba­tion accé­lé­rée) on ne pour­rait pas empê­cher la tha­li­do­mide encore aujourd’hui.

Il y a envi­ron cin­quante ans, Hen­ry Welch, chef de la divi­sion des anti­bio­tiques de la FDA a encais­sé près d’un quart de mil­lion de dol­lars en hono­raires pri­vés des com­pa­gnies pen­dant qu’il cer­ti­fiait l’ef­fi­ca­ci­té et la sécu­ri­té de leurs anti­bio­tiques32. Welch publiait aus­si un pério­dique et par­ta­geait les articles en voie de publi­ca­tion avec les com­pa­gnies, disant qu’il appor­te­rait les cor­rec­tions qu’elles deman­de­raient en échange de com­mandes de tirés-à-part et de l’a­che­mi­ne­ment vers son pério­dique de reve­nus publi­ci­taires33. Il y a eu d’autres cas d’of­fi­ciers nom­més de la FDA qu’on a cor­rom­pus pour l’ap­pro­ba­tion de médi­ca­ments, qui ont impli­qué la trans­mis­sion de docu­ments confi­den­tiels de concur­rents sou­mis à la FDA et des sen­tences de pri­son tant pour les offi­ciers de la FDA que des sala­riés de la com­pa­gnie34.

Quand j’ai tra­vaillé dans l’in­dus­trie, un col­lègue m’a racon­té que sa com­pa­gnie anté­rieure avait payé une phar­ma­co­logue cli­nique ce qui cor­res­pon­dait à une année de salaire pour révi­ser une demande d’ap­pro­ba­tion avant qu’on la sou­mette à l’a­gence. Une jolie somme pour quelques jours de tra­vail et il est peu pro­bable que la méde­cin en ait par­lé quand plus tard, elle se retrou­va de l’autre côté de la table à l’a­gence du médi­ca­ment pour par­ti­ci­per à l’é­va­lua­tion de la même proposition.

Dui­lio Pog­gio­li­ni, direc­teur géné­ral du dépar­te­ment phar­ma­ceu­tique du minis­tère ita­lien de la San­té, a été arrê­té en 1993 pour une série d’ac­cu­sa­tions liées à la fal­si­fi­ca­tion et à la cor­rup­tion favo­ri­sant l’en­trée de médi­ca­ments inutiles35. Le scan­dale impli­quait le ministre de la san­té qui avait pris les mesures pour que les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques paient des pots-de-vin afin d’ob­te­nir l’ap­pro­ba­tion de leurs médi­ca­ments et qu’ils soient ven­dus à des prix « appro­priés »36. Le réseau de cor­rup­tion com­pre­nait des uni­ver­si­taires qui rece­vaient leurs parts des pots-de-vin en échange de leur avis d’ex­perts en faveur des médi­ca­ments, dont cer­tains étaient dan­ge­reux et ven­dus à des prix exor­bi­tants. On a esti­mé que juste en reti­rant du mar­ché, cinq de ces médi­ca­ments inutiles, l’I­ta­lie aurait pu épar­gner 3 mil­liards de dol­lars en 1993. Pog­gio­li­ni se retrou­va en pri­son alors que le ministre avait une immu­ni­té par­le­men­taire. En 2012, Pog­gio­li­ni se fit impo­ser une amende de 5 mil­lions d’eu­ros, un petit mon­tant compte tenu du fait que les auto­ri­tés l’a­vaient d’a­bord accu­sé d’a­voir accu­mu­lé 180 mil­lions d’eu­ros pen­dant 30 ans37. Le crime est cer­tai­ne­ment payant dans les ser­vices de santé.

En 2008, le vice-pré­sident de l’A­gence ita­lienne du médi­ca­ment, Pas­qua­li­no Ros­si, un des repré­sen­tants les plus expé­ri­men­tés de l’I­ta­lie à l’E­MA, a été arrê­té38. Six lob­byistes de com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques ont aus­si été arrê­tés et le cas impli­quait de la fal­si­fi­ca­tion de don­nées d’é­tudes cli­niques en retour d’argent comp­tant, le tout ayant été mis à jour par de l’é­coute élec­tro­nique et des camé­ras cachées. Le pro­cu­reur de la pour­suite a dit que la cor­rup­tion avait mené à la dis­si­mu­la­tion de effets nocifs des médi­ca­ments mena­çant la vie. C’é­tait un roman savon depuis le début. L’a­gence du médi­ca­ment publia un com­mu­ni­qué sti­pu­lant qu’au­cun de ses employés n’é­tait sous enquête, mais quand la presse ita­lienne nom­ma les offi­ciers supé­rieurs qui avaient été arrê­tés, l’on a reti­ré le com­mu­ni­qué et pré­pa­ré un nou­veau. Tout comme quand l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique se fait prendre en faute, on nie tout en dépit des preuves incon­tes­tables. Des docu­ments internes de Pfi­zer montrent que le psy­chiatre bri­tan­nique Stuart Mont­go­me­ry a déli­bé­ré­ment évi­té d’in­for­mer l’a­gence du médi­ca­ment pour laquelle il tra­vaillait qu’il tra­vaillait en même temps pour Pfi­zer. Il conseilla Pfi­zer lui fai­sant part du rai­son­ne­ment de l’a­gence du médi­ca­ment concer­nant la demande d’ap­pro­ba­tion de la ser­tra­line (Zoloft) et de ce que la com­pa­gnie devrait faire pour obte­nir l’ap­pro­ba­tion du médi­ca­ment39.

Les États-Unis sont plus ouverts à éta­ler leurs scan­dales que les autres pays mais le peu que l’on connaît confirme les expé­riences amé­ri­caines. Quand un scien­ti­fique de l’A­gence alle­mande du médi­ca­ment récla­ma la désap­pro­ba­tion d’un anti­bio­tique dan­ge­reux, qui avait été reti­ré du mar­ché dans la plu­part des autres pays, sa car­rière fut arrê­tée. Le direc­teur de l’a­gence, Karl Uber­la, qu’il a plus tard pré­sen­té comme cor­rom­pu, le muta dans une posi­tion dans laquelle il était cen­sé s’oc­cu­per de « recherche inexis­tante »40. L’an­ti­bio­tique était mis en mar­ché par la firme alle­mande Hoechst, et Ùber­la, qui avait déjà été lob­byiste pour l’in­dus­trie amé­ri­caine du tabac, accep­ta des faveurs de Hoescht.

La mul­ti­tude de déci­sions régu­la­trices pro­cure plu­sieurs pos­si­bi­li­tés de cor­rompre les régu­la­teurs. Dans cer­tains pays asia­tiques, l’ap­pro­ba­tion de médi­ca­ments peut être garan­tie pour des petites sommes d’argent8.

Au cha­pitre 17, je décri­rai com­ment l’an­ti­dé­pres­seur Pro­zac a été approu­vé en Suède, grâce à la corruption.

L’INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DES POLITICIENS

L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique fait aus­si ce qu’elle peut pour cor­rompre les poli­ti­ciens. Aux États-Unis, l’in­dus­trie contri­bue géné­reu­se­ment aux cam­pagnes élec­to­rales et il y a plus d’un lob­byiste pour chaque membre du Congrès, ce qui en fait le groupe de pres­sion le plus puis­sant à Washing­ton41,42. L’in­dus­trie contri­bue aus­si lar­ge­ment aux cam­pagnes poli­tiques et la plus grande par­tie de l’argent va aux Répu­bli­cains41. Entre 1998 et 2006, l’in­dus­trie a dépen­sé 1,2 mil­liard de dol­lars en lob­bysme et en contri­bu­tions poli­tiques43, et en 1994, les Répu­bli­cains ten­tèrent d’a­bo­lir la FDA pour lais­ser l’in­dus­trie se régle­men­ter elle-même33 !

Le lob­bysme est aus­si robuste à Bruxelles, ce qui, jus­qu’en 201044, avait conduit au secret extrême sur la régu­la­tion des médi­ca­ments en Europe45,46. Le lob­bysme a été si effi­cace que les diri­geants de la FDA per­çoivent main­te­nant l’in­dus­trie, et non pas la popu­la­tion amé­ri­caine, comme leur client1,2,15 et vont jus­qu’à négo­cier avec l’in­dus­trie ses objec­tifs de ren­de­ment22. Les poli­ti­ciens ont constam­ment pous­sé la FDA dans cette direc­tion. Dans les années 1990, par exemple, le pré­sident Clin­ton inci­tait les diri­geants de la FDA à faire confiance à l’in­dus­trie en tant que « par­te­naire et non pas adver­saire »15.

En 2002, la nomi­na­tion du nou­veau com­mis­saire de la FDA, Alas­tair Wood, fut reti­rée à la der­nière minute et selon un séna­teur Wood atta­chait trop d’im­por­tance à la sécu­ri­té des médi­caments2,47. Très bien ! C’est cer­tai­ne­ment un péché mor­tel d’être inté­res­sé par la sécu­ri­té des médi­ca­ments quand on se fait offrir la plus haute posi­tion de l’a­gence amé­ri­caine du médi­ca­ment. Wood a été rem­pla­cé par Mark McLel­lan qui s’est fait l’é­cho de la pré­ten­tion gro­tes­que­ment fausse de l’in­dus­trie vou­lant que les prix éle­vés des médi­ca­ments décou­laient des coûts très éle­vés de la mise au point des médi­ca­ments (voir le chapitre20)2,48, et il s’est aus­si oppo­sé au contrôle des prix2,49. Le titre d’un article du Bos­ton Globe ne lais­sait aucun doute à pro­pos de ce qui s’est pas­sé : « L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique prive un méde­cin de la direc­tion de la FDA47 ». L’in­dus­trie venait de faire, une fois de plus, la preuve de son omnipotence.

Comme l’illustre cet exemple, l’in­ter­fé­rence poli­tique dans les affaires de la FDA contri­bue à ce qu’on a appe­lé le déclin du moral au tra­vail dans l’a­gence. En Europe, des poli­ti­ciens du Par­le­ment danois et du Par­le­ment euro­péen m’ont expli­qué com­ment ils se trouvent constam­ment han­tés par les repré­sen­tants de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. L’in­dus­trie fait pres­sion sur les poli­ti­ciens par le lob­bysme, les dons et par­fois, la cor­rup­tion ouverte – de laquelle on m’a­vait infor­mé – pour intro­duire de nou­velles lois qui sacri­fie­raient la san­té publique aux pro­fits. Les contri­buables n’é­crivent pas les lois fis­cales, mais dans une large mesure, les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques écrivent les règles régis­sant les médi­ca­ments8.

Aux États-Unis, les poli­ti­ciens ont deman­dé une accé­lé­ra­tion des éva­lua­tions, ce qui a conduit à des éva­lua­tions plus super­fi­cielles de la sécu­ri­té des médi­ca­ments, sans oublier les médi­ca­ments déjà sur le mar­ché, vu que ceux qui tra­vaillent à la sécu­ri­té des médi­ca­ments sont deve­nus moins bien dotés en res­sources humaines. L’im­por­tance porte main­te­nant sur l’ap­pro­ba­tion rapide des médi­ca­ments, ce qui sti­mule l’é­co­no­mie domes­tique par l’en­tre­mise de l’ex­por­ta­tion15,25. Ces influences ont pro­vo­qué une dété­rio­ra­tion mar­quée de la régu­la­tion des médi­ca­ments. Alors qu’il n’y eut que 1,6% des médi­ca­ments auto­ri­sés en 1993–1996 à se voir ulté­rieu­re­ment reti­rés du mar­ché pour avoir pro­vo­qué des effets graves, les retraits ont aug­men­té à 5,3 % pour les médi­ca­ments approu­vés en 1996–200025,26. En outre, les médi­ca­ments approu­vés juste avant la date offi­cielle de tom­bée – date impo­sée à la FDA par les poli­ti­ciens bien que la période allouée soit trop brève pour faire une éva­lua­tion soi­gnée de la plu­part des médi­ca­ments – sont deux fois plus sujets au retrait du mar­ché que les médi­ca­ments qui, en dépit de l’in­ten­tion, ne sont pas par­ve­nus à res­pec­ter l’é­chéan­cier et ont été approu­vés après la date limite50,51.

Le signa­le­ment à la FDA des effets indé­si­rables des médi­ca­ments a mon­tré le même déclin en sécu­ri­té des médi­ca­ments. De 1998 à 2005, les effets indé­si­rables graves qu’on a signa­lés ont aug­men­té de 2,6 fois et les effets mor­tels ont aug­men­té de 2,7 fois. Les effets graves signa­lés ont aug­men­té quatre fois plus rapi­de­ment que le nombre total des ordon­nances aux patients ambu­lants52. Il y eut une contri­bu­tion dis­pro­por­tion­née des médi­ca­ments contre la dou­leur et des médi­ca­ments qui modi­fient le sys­tème immu­ni­taire, mais il y eut aus­si une aug­men­ta­tion sub­stan­tielle pour les autres médicaments.

D’autres don­nées confirment les consé­quences indé­si­rables du choix de la FDA de mettre l’im­por­tance sur la rapi­di­té plu­tôt que sur la sécu­ri­té15. En 1998,4% seule­ment des nou­veaux médi­ca­ments lan­cés sur les mar­chés du monde avaient d’a­bord été approu­vés par la FDA ; dix ans plus tard, c’é­tait 66 %. À la fin des années 1990, la FDA auto­ri­sait plus de 80% des demandes de l’in­dus­trie pour de nou­veaux pro­duits par com­pa­rai­son avec 60 % au début de la décennie.

À la fin des années 1990, la FDA qui fut déjà le lea­der mon­dial en matière de sécu­ri­té a été la der­nière à reti­rer du mar­ché plu­sieurs nou­veaux médi­ca­ments, qui avaient été ban­nis par les auto­ri­tés de la san­té en Europe.

Au Cana­da, la situa­tion n’est guère plus réjouis­sante53. La pro­ba­bi­li­té qu’un nou­vel agent actif approu­vé entre 1995 et 2010 soit éven­tuel­le­ment asso­cié à un pro­blème sérieux de sécu­ri­té était de 24% et pour les médi­ca­ments approu­vés dans la filière accé­lé­rée des révi­sions médi­ca­men­teuses même pour les pro­duits qui ne sont pas des per­cées thé­ra­peu­tiques majeures, le taux était de 36 %.

Cette dégrin­go­lade de la FDA com­men­ça en 1992 avec la Loi sur les frais d’u­ti­li­sa­teur des médi­ca­ments ordon­nan­cés à la suite de laquelle les com­pa­gnies payaient la FDA pour ses ser­vices54. Pen­dant les dix pre­mières années, le Congrès inter­di­sait à la FDA de recou­rir aux frais impo­sés aux usa­gers pour éva­luer la sécu­ri­té des médi­ca­ments après appro­ba­tion55. La FDA a sabo­té le moral du Bureau de la sécu­ri­té des médi­ca­ments en lui reti­rant des scien­ti­fiques, en rac­cour­cis­sant les délais de révi­sion, en auto­ri­sant les médi­ca­ments en se fon­dant sur le seul effet sur des résul­tats de sub­sti­tu­tion (voyez un peu plus loin ce qu’il en est de ce pro­blème), en élar­gis­sant son inter­pré­ta­tion des médi­ca­ments poten­tiel­le­ment capables de sau­ver la vie, les­quels étaient sou­mis à appro­ba­tion par voie accé­lé­rée14,54. Ces médi­ca­ments com­prennent main­te­nant des trai­te­ments pour des pro­blèmes chro­niques com­muns, bien qu’il soit dif­fi­cile de croire qu’ils soient capables de sau­ver des vies. De plus, cer­tains de ces pro­duits ont dû être reti­rés du mar­ché pour des motifs de sécu­ri­té comme la tro­gli­ta­zone (Rezu­lin) pour le dia­bète, le dex­fen­flu­ra­mine (Redux) pour l’o­bé­si­té et le rofe­coxib (Vioxx) contre la dou­leur. Cela me paraît scan­da­leux. Je n’ai jamais enten­du par­ler de pilules amai­gris­santes ou de pilules contre la dou­leur qui soient en mesure de sau­ver des vies mais j’ai enten­du par­ler de plu­sieurs de ces médi­ca­ments qui sont mor­tels et je les com­men­te­rai, plus loin.

Il est com­pré­hen­sible que le moral des scien­ti­fiques de la FDA soit au plus bas, ce qui est très triste. Peu de fonc­tions sont plus impor­tantes que celle d’un scien­ti­fique dans une agence du médi­ca­ment. La res­pon­sa­bi­li­té est colos­sale et une faute de juge­ment peut par­fois résul­ter en mil­liers de décès frap­pant des bien-por­tants. Il faut donc lui offrir une rému­né­ra­tion excep­tion­nelle le pro­té­ger de toute influence inap­pro­priée de ses patrons, des poli­ti­ciens, de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et des orga­nismes de patients. Il faut éga­le­ment lui don­ner le temps néces­saire pour révi­ser atten­ti­ve­ment les demandes d’ap­pro­ba­tion et poser les ques­tions embar­ras­santes. Tout cela est tel­le­ment loin de la réa­li­té et pour­rait res­sem­bler à un vœu pieux, mais en 2007, quatre direc­teurs anté­rieurs de la FDA étaient d’ac­cord pour recon­naître que la FDA devrait être finan­cée par la Tré­so­re­rie et non par les paie­ments de l’in­dus­trie54. Mais il n’y a tou­jours rien de chan­gé. Les gou­ver­ne­ments pré­tendent ne pas avoir les fonds, mais cela est faux. Le sys­tème des frais aux usa­gers mène à l’ap­pro­ba­tion de beau­coup trop de médi­ca­ments très coû­teux qui n’ont rien à offrir, ce qui sur­charge la bourse publique par rap­port à ce qui sur­vien­drait si les agences du médi­ca­ment avaient la lati­tude pour faire un tra­vail plus méti­cu­leux sans avoir à plaire à l’in­dus­trie. De plus, les fonds requis pour­raient être obte­nus par une petite taxe sur les pres­crip­tions ; aus­si peu que 0,5 % suf­fi­rait amplement.

Les poli­ti­ciens s’im­miscent direc­te­ment dans les déci­sions de la FDA ce qui est tout aus­si inac­cep­table que s’ils le fai­saient dans un juge­ment du tri­bu­nal. Selon une enquête, 61 % des scien­ti­fiques de la FDA étaient au cou­rant de pareille inter­fé­rence poli­tique21. Un exemple en a été don­né dans un rap­port de la FDA, en 2009, dans lequel quatre membres du Congrès et un ancien com­mis­saire de la FDA, Andrew von Eschen­bach, avaient indû­ment influen­cé l’ap­pro­ba­tion d’une plaque défec­tueuse pour les bles­sures du genou. L’ap­pro­ba­tion a été accor­dée en dépit du fait que les scien­ti­fiques de l’a­gence avaient, à répé­ti­tion et à l’u­na­ni­mi­té au cours de plu­sieurs années, jugé que l’ap­pa­reil n’é­tait pas sécu­ri­taire parce que sou­vent défec­tueux ce qui contrai­gnait les patients à subir une deuxième inter­ven­tion56. Le rap­port de la FDA par­lait de pres­sions extrêmes, inha­bi­tuelles et per­sis­tantes, qui avaient com­men­cé peu après que les membres du Congrès avaient reçu du manu­fac­tu­rier des contri­bu­tions élec­to­rales mais, comme d’ha­bi­tude, les accu­sés pré­ten­dirent qu’ils n’a­vaient pas été influen­cés par l’argent. Un admi­nis­tra­teur de la FDA a confir­mé qu’Es­chen­bach n’a­vait pas qu’exi­gé une éva­lua­tion accé­lé­rée mais aus­si une recom­man­da­tion favo­rable. Moins d’un an après l’ap­pro­ba­tion, la FDA a décla­ré qu’elle révi­se­rait sa décision.

La sécu­ri­té des patients est par­ti­cu­liè­re­ment médiocre en ce qui a trait aux dis­po­si­tifs médi­caux. Les dis­po­si­tifs car­dio­vas­cu­laires sont beau­coup plus ris­qués qu’une plaque du genou et en consé­quence, sou­mis à une éva­lua­tion des plus rigou­reuses. Encore là, les exi­gences sont mini­males bien qu’elles devraient être encore plus rigou­reuses pour les dis­po­si­tifs que pour les médi­ca­ments, compte tenu du fait que les dis­po­si­tifs sont implan­tés et ne peuvent être reti­rés comme on le peut avec un médi­ca­ment57. Une révi­sion de 78 demandes d’ap­pro­ba­tion pour des dis­po­si­tifs car­dio­vas­cu­laires ayant reçu une appro­ba­tion préa­lable de la FDA a mon­tré que seule­ment 27% des études avaient été ran­do­mi­sées, 65 % des demandes d’ap­pro­ba­tion n’é­taient fon­dées que sur une seule étude et que dans 31 %, le groupe de com­pa­rai­son était rétros­pec­tif, ce qui est une concep­tion extrê­me­ment médiocre de la mise en œuvre d’une étude qui donne presque tou­jours une bonne image de la nou­velle inter­ven­tion57. Pour ajou­ter l’in­jure à l’in­sulte, la Cour Suprême a sta­tué que les patients qui sont bles­sés par un dis­po­si­tif approu­vé par la FDA ne peuvent pour­suivre la compagnie !

L’im­plan­ta­tion par cathé­ter de la val­vule aor­tique (TAVI) offrait de l’es­poir aux patients trop âgés ou trop malades pour subir les opé­ra­tions de rem­pla­ce­ment de la val­vule aor­tique et depuis son intro­duc­tion, 40 000 implan­ta­tions ont été effec­tuées58. Tou­te­fois, c’est très coû­teux et son effi­ca­ci­té a été mise en doute par une étude de sui­vi auto­ri­sée par la FDA qui a démon­tré que plus de patients trai­tés par TAVI sont décé­dés que ceux sous le trai­te­ment usuel. Cette étude reste non publiée et quand des cher­cheurs indé­pen­dants ont deman­dé d’y avoir accès, ils ont essuyé un refus de la part de la FDA et du com­man­di­taire de l’étude.

Ce manque de res­pect total pour les patients – dont cer­tains sont morts pour avoir été trai­tés avec un dis­po­si­tif de qua­li­té infé­rieure – est incroyable. Mal­heu­reu­se­ment, il y a peu d’es­poir que les poli­ti­ciens vont nous aider à orga­ni­ser un meilleur sys­tème. Après que le Comi­té de la san­té de la Chambre des com­munes du Royaume-Uni eut révi­sé l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique en détail, en 2004–200517, les membres du Par­le­ment avaient le sen­ti­ment que l’A­gence du médi­ca­ment n’a­vait pas la com­pé­tence d’as­su­mer ses obli­ga­tions comme gar­dienne de la san­té publique, mais le gou­ver­ne­ment refu­sa une audi­tion publique ain­si qu’une recom­man­da­tion sti­pu­lant qu’un médi­ca­ment ne devrait pas être lan­cé tant que toutes les don­nées cli­niques n’au­raient pas été ver­sées dans un registre public59. L’ex­cuse évo­quée pour ne pas exi­ger l’ac­cès aux don­nées des études – à savoir que cela exi­ge­rait une modi­fi­ca­tion de la régle­men­ta­tion de l’UE ‑était une diver­sion. Nous pou­vons déci­der de ne pas ache­ter ou rem­bour­ser les nou­veaux médi­ca­ments tant que les don­nées cli­niques n’ont pas été ren­dues dis­po­nibles. Ceci nous épar­gne­rait beau­coup d’argent. Ce qui est dis­po­nible dans la docu­men­ta­tion scien­ti­fique dans les années qui suivent l’ap­pro­ba­tion de nou­velles enti­tés molé­cu­laires est une sélec­tion hau­te­ment pré­ju­gée de tous les résul­tats dis­po­nibles dans les agences du médi­ca­ment60.

Au sein de l’U­nion euro­péenne aus­si, le lob­bysme de l’in­dus­trie mène à des pro­po­si­tions bizarres qui ne sont pas dans l’in­té­rêt des patients. En 2007, la Com­mis­sion euro­péenne a publié un docu­ment tra­gi­co­mique inti­tu­lé Stra­té­gie pour mieux pro­té­ger la san­té publique61. La Com­mis­sion a pro­po­sé de faire dis­pa­raître la clause sti­pu­lant que l’au­to­ri­sa­tion de mise en mar­ché d’un médi­ca­ment devrait être refu­sée quand son effi­ca­ci­té thé­ra­peu­tique est insuf­fi­sam­ment étayée par l’au­teur de la pro­po­si­tion ! Com­ment on amé­lio­re­rait la pro­tec­tion de la san­té publique en auto­ri­sant la mise en mar­ché de médi­ca­ments inef­fi­caces est dif­fi­cile à expli­quer. Health Action Inter­na­tio­nal (HAI), un grand orga­nisme de patients, a pro­tes­té contre cette pro­po­si­tion et plu­sieurs autres tout aus­si nui­sibles, par exemple intro­duire les nou­veaux médi­ca­ments plus rapi­de­ment pour sus­ci­ter plus rapi­de­ment des retours sur l’in­ves­tis­se­ment, ce qu’on pour­rait faire avec des appro­ba­tions condi­tion­nelles qui devien­draient habi­tuelles plu­tôt que des excep­tions liées aux cir­cons­tances excep­tion­nelles, quand il y a un besoin thé­ra­peu­tique urgent62. Le docu­ment de l’UE est une hor­reur et conti­nue à sabo­ter la sécu­ri­té des patients. Par exemple, la pro­po­si­tion que les com­pa­gnies soient char­gées de la col­lecte et de l’a­na­lyse des don­nées, de la publi­ca­tion des aver­tis­se­ments et de l’in­for­ma­tion décri­vant les effets secon­daires nui­sibles de leurs pro­duits après l’ap­pro­ba­tion de mise en mar­ché, est une recette pour cau­ser des désastres en san­té publique. Les pro­po­si­tions de la Com­mis­sion pré­voyaient l’in­ter­ven­tion de l’in­dus­trie à toutes les étapes de la prise de déci­sion, la met­tant tant dans la posi­tion du juge que dans celle de l’ac­cu­sé. HAI a noté que les sys­tèmes de phar­ma­co­vi­gi­lance des com­pa­gnies ne pou­vaient en aucun cas, jamais, deve­nir des sub­sti­tuts pour les sys­tèmes natio­naux de phar­ma­co­vi­gi­lance qui, eux, sont sans aucune équi­voque, au ser­vice exclu­sif de l’in­té­rêt public.

La Com­mis­sion a aus­si pro­po­sé que pour les études pos­té­rieures à l’ap­pro­ba­tion, il devrait reve­nir aux com­pa­gnies de « déci­der si les résul­tats d’une étude doivent avoir un impact sur l’é­ti­que­tage d’un pro­duit, ou pour­raient influen­cer l’é­qui­libre risques/avantages d’un pro­duit phar­ma­ceu­tique ». Il est incroyable que les poli­ti­ciens puissent être aus­si loin de la réa­li­té et des faits bien éta­blis. Mon ouvrage en entier concerne les patients gran­de­ment lésés parce que nous per­met­tons à l’in­dus­trie d’être son propre juge. HAI Europe a condam­né for­te­ment les pro­po­si­tions de la Com­mis­sion et a exi­gé qu’elle réoriente ses efforts et défende l’in­té­rêt public, en accord avec son man­dat de pro­té­ger les citoyens de l’Eu­rope, décou­lant de l’ar­ticle 125 du Trai­té éta­blis­sant la Com­mu­nau­té euro­péenne. Il est pro­fon­dé­ment dépri­mant qu’un groupe de consom­ma­teurs doive redire ce qui est mani­feste. On ne répé­te­ra jamais trop sou­vent que, même en l’ab­sence d’i­ni­tia­tives aus­si stu­pides, aux États-Unis et en Europe, les médi­ca­ments sont la troi­sième prin­ci­pale cause de mor­ta­li­té après les mala­dies car­diaques et le can­cer (voir le cha­pitre 21).

Le sys­tème danois pour gérer les cas allé­gués d’in­con­duite scien­ti­fique consti­tue un autre exemple de la manière avec laquelle des poli­ti­ciens igno­rants et mus par l’i­déo­lo­gie peuvent nuire à la san­té publique. Nous avions l’un des plus vieux et des meilleurs sys­tèmes du monde entier. Mais, en 2005, le ministre danois des Sciences, Helge San­der, qui ne connais­sait rien en science mais qui avait intro­duit le foot­ball pro­fes­sion­nel au Dane­mark, déci­da que le comi­té de l’in­con­duite ne pou­vait s’oc­cu­per des cas d’in­con­duite de cher­cheurs pri­vés et des com­pa­gnies que lorsque ces gens accep­taient de faire l’ob­jet d’une enquête alors que les cher­cheurs employés par les ser­vices publics pou­vaient être l’ob­jet d’en­quête qu’ils soient d’ac­cord ou pas63. Il s’en­sui­vit une tem­pête de pro­tes­ta­tions pro­ve­nant de tous les hori­zons, même de la part de Novo Nor­disk, dont le porte-parole a décla­ré que toute la recherche, qu’elle soit publique ou pri­vée devait être effec­tuée cor­rec­te­ment. La réac­tion du ministre ? La recherche de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique danoise ne doit pas être contrô­lée par des fonc­tion­naires. Cette réponse stu­pide déclen­cha un tsu­na­mi. Le pro­chain com­men­taire du ministre ? Pas de commentaire.

Novo Nor­disk avait rai­son, mais l’As­so­cia­tion danoise de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a pro­fi­té de l’oc­ca­sion pour se per­mettre une réac­tion extrê­me­ment effron­tée. Elle a pré­ten­du que ses membres étaient fati­gués de ces méde­cins qui les accu­saient dans les médias, de faus­ser les résul­tats de leurs recherches64. (Ces « méde­cins » étaient plus ou moins une per­sonne : moi !) L’As­so­cia­tion décla­ra qu’il était par­fai­te­ment faux que ses membres mani­pulent leurs résul­tats et elle ajou­ta que la publi­ca­tion de sa recherche relève de la res­pon­sa­bi­li­té des méde­cins. L’As­so­cia­tion était prête à lais­ser ses membres se sou­mettre aux enquêtes à la condi­tion que le comi­té accepte de faire enquête pour incon­duite scien­ti­fique pos­sible de la part de ces méde­cins qui cri­tiquent les études en nom­mant les com­pa­gnies qui les ont effec­tuées. J’ai rare­ment vu plus effron­té et plus scan­da­leux. Les com­pa­gnies mani­pulent de rou­tine les don­nées qu’elles publient de sorte que, chaque fois qu’un méde­cin cri­tique cela, que ce soit dans les médias ou bien dans une lettre au rédac­teur d’un pério­dique ayant publié la recherche, le méde­cin devrait être signa­lé au comi­té de la mal­hon­nê­te­té scien­ti­fique pour fin d’en­quête. C’est comme en Union sovié­tique où les gens qui cri­tiquent ceux qui détiennent le pou­voir sont astreints à des exa­mens psy­chia­triques et par­fois incar­cé­rés pour la vie, quand on ne les fusille pas sur le champ.

C’est nui­sible pour la san­té que les poli­ti­ciens aient per­mis la publi­ci­té directe aux consom­ma­teurs aux États-Unis. Quand le sta­tut d’un médi­ca­ment sous ordon­nance change en celui d’un médi­ca­ment en vente libre, l’in­for­ma­tion por­tant sur ses torts et ses contre-indi­ca­tions peut se perdre65. Ce défi­cit d’in­for­ma­tion nuit à nos conci­toyens qui sont déjà sur­mé­di­ca­men­tés et aus­si dans les pays qui ne per­mettent pas cet assaut contre la bonne san­té dont la majo­ri­té d’entre nous jouis­sons de toute façon.

Il est pro­pre­ment dégoû­tant de voir les publi­ci­tés télé­vi­sées des Etats-Unis, qui sont pré­sen­tées par une dou­ce­reuse voix fémi­nine comme celle qu’u­ti­lisent les hôtesses de l’air pour nous dire leur espoir qu’on choi­si­ra à nou­veau leur socié­té pour voya­ger quand ce n’est pas dans une pro­fonde voix de basse mas­cu­line pour ins­pi­rer la confiance. Les publi­ci­tés se ter­minent inva­ria­ble­ment avec une invi­ta­tion res­sem­blant à : « Deman­dez à votre méde­cin si le Lyri­ca vous convient. ». Ou bien encore avec : « Vous pour­riez souf­frir d’une mala­die sans le savoir. »

Je suis bien d’ac­cord, j’ai sûre­ment un can­cer puis­qu’on peut trou­ver du can­cer chez tous ceux qui ont plus de 50 ans, quand on se donne le mal de le cher­cher avec suf­fi­sam­ment de zèle66,67. Pour ma part, je pré­fère ne pas le savoir puisque je ne me sens pas malade et parce que le trai­te­ment de ces pseu­do-can­cers n’est pas inoffensif.

La publi­ci­té par le recours aux célé­bri­tés est très employée aux États-Unis, par exemple lors de bul­le­tins d’in­for­ma­tion et d’é­mis­sions de dis­cus­sion, dont la com­man­dite de l’in­dus­trie n’est pas men­tion­née de sorte que les témoi­gnages semblent authen­tiques41. Nous n’a­vons pas cela au Dane­mark, mais en 2004, nous avons quand même connu un cas bizarre de publi­ci­té par célé­bri­té, impor­tée direc­te­ment des zones d’in­fluence les plus hautes des États-Unis68. Merck était mécon­tente que son médi­ca­ment contre l’os­téo­po­rose, l’a­len­dro­nate (Fosa­max), ne soit pas rem­bour­sé au maxi­mum et avait traî­né le gou­ver­ne­ment danois devant le tri­bu­nal. Merck avait aus­si arran­gé une ren­contre entre le ministre de la San­té et l’an­cienne secré­taire d’É­tat, Made­leine Albright, sous le pré­texte de dis­cu­ter du sys­tème de san­té danois et de celui sur le rem­bour­se­ment. Deux jours avant la ren­contre, elle deman­da si elle pou­vait se faire accom­pa­gner du direc­teur de Merck Dane­mark, ce qui fut accep­té. Pen­dant la réunion, à laquelle le ministre fut empê­ché d’as­sis­ter, Mme Albright a par­lé du médi­ca­ment qu’elle pre­nait contre l’os­téo­po­rose. Elle ne s’est pas fait beau­coup d’a­mis avec ce truc publi­ci­taire, car ce n’est pas comme cela qu’on se com­porte au Dane­mark et l’embarras dans lequel cela nous plon­gea fut dis­cu­té dans un jour­nal : « Le géant du médi­ca­ment uti­lise des pres­sions amé­ri­caines dans le cas danois sur le médi­ca­ment68. »

Il arrive à l’oc­ca­sion que l’on observe un petit pro­grès. Jus­qu’à récem­ment, l’A­gence euro­péenne du médi­ca­ment fai­sait par­tie du Direc­to­rat géné­ral pour l’en­tre­prise et l’in­dus­trie de l’UE46, mais on l’a main­te­nant démé­na­gée au Direc­to­rat géné­ral pour la san­té et les consom­ma­teurs. En 2007, une nou­velle légis­la­tion a aug­men­té la puis­sance de réac­tion de la FDA69. Par contre, il arrive qu’on relève des ten­dances vers le pire. En 2012, le Sénat des États-Unis a pro­po­sé un élar­gis­se­ment des éva­lua­tions accé­lé­rées en créant une nou­velle caté­go­rie pour « les médi­ca­ments consti­tuant des per­cées »70.

LA RÉGULATION DES MÉDICAMENTS EST FONDÉE SUR LA CONFIANCE

La théo­rie éco­no­mique pré­dit que les firmes investiront dans la cor­rup­tion rela­tive aux preuves
chaque fois que les avan­tages seront plus éle­vés
que les coûts.
Quand la détec­tion est coû­teuse
pour les régulateurs,
il faut s’at­tendre à ce que la
cor­rup­tion de la preuve soit vas­te­ment étendue.
Alan May­nard, manus­crit non publié

Selon les régu­la­teurs du médi­ca­ment, le sys­tème de régu­la­tion est fon­dé sur la confiance, ce qu’ils estiment conve­nir, puisque les consé­quences pour les com­pa­gnies seraient trop sérieuses si elles devaient tri­cher et se faire pin­cer. Comme May­nard l’ex­plique, cet argu­ment n’est pas juste. En outre, comme on l’a vu, la grande indus­trie phar­ma­ceu­tique signi­fie grands crimes et à quel autre endroit de la socié­té ferait-on confiance à la parole de cri­mi­nels ? Les rats de labo­ra­toires men­tion­nés dans les études de toxi­co­lo­gie pour­raient n’a­voir jamais exis­té ; il se pour­rait qu’ils aient cre­vé plus d’une fois ; ils peuvent être morts bien qu’on les décrive comme bien por­tants dans les rap­ports de toxi­co­lo­gie ; des pré­lè­ve­ments d’or­ganes peuvent man­quer ; des don­nées ont pu être fabri­quées ; et les ani­maux ont pu périr avant même de pré­sen­ter des can­cers induits par les médi­ca­ments8,16.

Les socié­tés phar­ma­ceu­tiques ne se font pas confiance, mais les agences du médi­ca­ment sont cen­sées faire confiance à l’en­semble de l’in­dus­trie16. Les auto­ri­tés savent par­fai­te­ment bien qu’on ne peut se fier à l’in­dus­trie et c’est pour des consi­dé­ra­tions pra­tiques quelles disent le contraire. Elles ne peuvent révi­ser qu’une petite frac­tion des mon­tagnes de docu­ments qu’elles reçoivent. Un exemple extrême, le rap­port d’une étude sur le Tami­flu com­pre­nait 8 545 pages, ce qui est 1000 fois plus que la ver­sion publiée71. Il est com­pré­hen­sible que la plu­part des régu­la­teurs ne lisent que les résu­més la plu­part du temps et, à ma connais­sance, il n’y a que la FDA pour refaire de rou­tine, ses propres ana­lyses sta­tis­tiques sur les docu­ments sou­mis mais l’E­MA entend main­te­nant le faire elle aus­si (voir le cha­pitre 11).

Plu­sieurs des mil­liers de pages sont par­fai­te­ment inutiles et je n’ai aucun doute que l’in­dus­trie inonde déli­bé­ré­ment les régu­la­teurs de don­nées, ce qui lui donne deux avan­tages. Pre­miè­re­ment, cela réduit le risque que les régu­la­teurs détectent quoi que ce soit qui pour­rait empê­cher le médi­ca­ment d’être approu­vé ou qui pour­rait nuire aux ventes en rai­son d’un aver­tis­se­ment sur l’é­ti­quette. Ensuite, si des pro­blèmes sur­gissent, l’in­dus­trie peut pré­tendre qu’elle n’a rien caché et que ce sont les régu­la­teurs qu’il faut blâ­mer. Bien que cela ne soit pas com­plè­te­ment vrai, cela pour­rait fonc­tion­ner devant un tribunal.

Les régu­la­teurs sont tel­le­ment sur­char­gés qu’ils ne véri­fient même pas que tout est bien là, ce qu’ils devraient faire. Nous avons trou­vé plu­sieurs exemples où des appen­dices impor­tants avaient été écar­tés ou que des pages cen­trales d’un rap­port étaient man­quantes. Des études com­plètes peuvent aus­si être man­quantes, par exemple deux de sept études néga­tives sur les inhi­bi­teurs sélec­tifs de la réab­sorp­tion de la séro­to­nine (ISRS) chez les enfants72, bien que cela soit inter­dit par la loi.

Il n’est pas sur­pre­nant que des effets nocifs sérieux de nou­veaux médi­ca­ments puissent pas­ser inaper­çus compte tenu du fait qu’on peut très bien les cacher dans les demandes d’ap­pro­ba­tion et autres sou­mis­sions parce qu’il fau­drait consa­crer un long et fas­ti­dieux tra­vail de détec­tive pour pou­voir les mettre en lumière1,73,74. Un exemple de cela est celui des bêta-ago­nistes d’ac­tion pro­lon­gée pour le trai­te­ment de l’asthme. Dans les années 1990, sur­girent des inquié­tudes selon les­quelles ces médi­ca­ments pour­raient aug­men­ter les décès cau­sés par l’asthme plu­tôt que les réduire et la FDA deman­da à GlaxoS­mi­thK­line de réa­li­ser une grande étude du sal­me­te­rol, l’é­tude SMART ». La ges­tion de l’é­tude par Glaxo fut effec­tuée d’une manière beau­coup trop astu­cieuse cepen­dant, la com­pa­gnie ayant mani­pu­lé les résul­tats expé­diés à la FDA.

En 2003, ces résul­tats furent pré­sen­tés à un congrès de pneu­mo­logues où Glaxo pré­ten­dit que les résul­tats n’é­taient pas concluants, ce qui était men­son­ger. Le conseil de sur­veillance des don­nées et de la sécu­ri­té de l’é­tude avait recom­man­dé l’ar­rêt de l’é­tude après que 26 000 des 60 000 patients envi­sa­gés pour l’é­tude ont été recru­tés, parce que plus de décès avaient été rele­vés dans le groupe assi­gné au sal­me­te­rol que dans le groupe assi­gné au pla­ce­bo, ou l’in­verse ; on a recru­té 10000 patients de plus73.

La durée pré­vue de l’é­tude était de 28 semaines, mais les cher­cheurs pou­vaient – s’ils le vou­laient – signa­ler les effets secon­daires graves sur­ve­nant pen­dant une période addi­tion­nelle de 6 mois. La FDA pos­tu­la évi­dem­ment que les don­nées qu’elle révi­sa pro­ve­naient de la période rigou­reu­se­ment contrô­lée de la période sous double insu. Ce n’est que lorsque la FDA deman­da spé­ci­fi­que­ment à la com­pa­gnie quel ensemble de don­nées elle lui avait four­ni, que Glaxo révé­la qu’elle avait inclus les don­nées pro­ve­nant de la période de sui­vi de six mois. Cela fai­sait une dif­fé­rence gigan­tesque. Il n’y avait pas de dif­fé­rence signi­fi­ca­tive sur le plan sta­tis­tique des décès asso­ciés à l’asthme quand on intro­dui­sait les don­nées de la période de sui­vi, alors que le risque était quatre fois plus éle­vé quand on ne tenait compte que des seules don­nées de l’é­tude, ce qui était sta­tis­ti­que­ment signi­fi­ca­tif. Des cher­cheurs indé­pen­dants ont conclu qu’en l’ab­sence de trans­pa­rence asso­ciée aux ren­contres du comi­té consul­ta­tif de la FDA, les trom­pe­ries n’au­raient jamais été connues du public73. Glaxo répon­dit aux révé­la­tions en disant qu’elle avait « agi d’une manière res­pon­sable et trans­pa­rente74 ».

Ce n’é­tait pas encore tout. Près de trois ans après la fin de l’é­tude, celle-ci n’a­vait tou­jours pas été publiée. Les résul­tats de SMART confir­maient les résul­tats d’une grande étude que Glaxo avait déjà menée et publiée en 199375. Glaxo avait com­pa­ré le sal­me­te­rol avec son médi­ca­ment de courte durée, le sal­bu­ta­mol, et trois fois plus de patients décé­daient des suites de l’asthme quand ils rece­vaient le médi­ca­ment de longue durée (P = 0,11 pour la dif­fé­rence). En 2006, une méta-ana­lyse incluant l’é­tude SMART a confir­mé que les bêta-ago­nistes de longue durée aug­mentent les décès asso­ciés à l’asthme76. À pre­mière vue, le risque abso­lu de mou­rir semble petit, seule­ment un par 1 000 patients par année de consom­ma­tion. Cepen­dant, le sal­me­te­rol était l’un des médi­ca­ments les plus pres­crits dans le monde et cette aug­men­ta­tion du risque se tra­duit en 4000 à 5000 décès par asthme addi­tion­nels chaque année seule­ment aux États-Unis76.

En juillet 2005, la FDA se deman­da si les bêta-ago­nistes d’ac­tion pro­lon­gée devraient être reti­rés du mar­ché, mais l’a­gence opta plu­tôt pour de sévères aver­tis­se­ments et la recom­man­da­tion de ne recou­rir à ces médi­ca­ments qu’a­près l’é­chec des autres médi­ca­ments76. En 2010, la FDA lan­ça un nou­vel aver­tis­se­ment, cette fois à pro­pos d’un risque aug­men­té d’exa­cer­ba­tions graves des symp­tômes de l’asthme, menant à l’hos­pi­ta­li­sa­tion et au décès et aver­tit de ne jamais prendre ces médi­ca­ments seuls mais conjoin­te­ment avec un cor­ti­co­sté­roïde en inha­la­tion77. Pour­tant, l’a­jout de l’in­ha­la­tion de cor­ti­co­sté­roïdes ne résout pas le pro­blème, par exemple, le risque d’ad­mis­sion à l’hô­pi­tal res­tant aug­men­té au double. La FDA exi­gea aus­si des manu­fac­tu­riers qu’ils effec­tuent de nou­velles études cli­niques pour éva­luer la sécu­ri­té de ces médi­ca­ments quand on les uti­lise en com­bi­nai­son avec l’in­ha­la­tion de cor­ti­co­sté­roïdes. Je trouve cela bizarre. Les requêtes d’é­tudes addi­tion­nelles de la FDA sont habi­tuel­le­ment igno­rées par les com­pa­gnies et la FDA ne les contraint pas. Ces médi­ca­ments sont dan­ge­reux – pro­ba­ble­ment aus­si quand ils sont com­bi­nés avec des sté­roïdes – et nous n’en avons pas besoin, alors pour­quoi ne pas les reti­rer du marché ?

Quand Glaxo a fini par publier les résul­tats de SMART dans Chest, on men­tion­na l’aug­men­ta­tion des décès par asthme mais ce sont les deux der­nières phrases du résu­mé qui sont inté­res­santes79 :

Les ana­lyses de sous-groupes sug­gèrent que le risque puisse être plus grand chez les Afro-Amé­ri­cains par com­pa­rai­son avec les par­ti­ci­pants Cau­ca­siens. Il demeure cepen­dant incon­nu que ce risque aug­men­té soit dû à des fac­teurs com­pre­nant l’ef­fet phy­sio­lo­gique du trai­te­ment mais n’y étant pas limi­tés, à des fac­teurs géné­tiques ou au com­por­te­ment de cer­tains patients menant à des résul­tats médiocres.

Des écrans de fumée et l’ar­ticle sent mau­vais : « Les sous-groupes de la popu­la­tion ont été fon­dés sur les carac­té­ris­tiques au départ comme (je sou­ligne) l’u­ti­li­sa­tion de cor­ti­co­sté­roïdes en inha­la­tion (CSI) et la phase de l’é­tude. De plus, les résul­tats ont été ana­ly­sés sépa­ré­ment pour les sujets Afro-Amé­ri­cains et les Caucasiens.

Comme ? Glaxo ne nous dit même pas com­bien de fois, elle a tri­tu­ré les don­nées avant de trou­ver le résul­tat de sous-groupe qu’elle pou­vait uti­li­ser pour duper les lec­teurs et les por­ter à croire que le médi­ca­ment ne fai­sait tort qu’aux Afro-Amé­ri­cains. La mani­pu­la­tion des don­nées en elle-même était trom­peuse. Il n’y avait pas de test d’in­te­rac­tion, ce qui est néces­saire pour qu’on puisse dire qu’il existe une dif­fé­rence entre les résul­tats de deux sous-groupes. Et, en véri­té, le risque rela­tif de décès par asthme était très sem­blable pour les Cau­ca­siens et les Afro-Amé­ri­cains. La sec­tion Dis­cus­sion de l’ar­ticle ne parle que d’un des sous-groupes, ce qui est trom­peur : « Les ana­lyses post hoc n’ont mon­tré aucune dif­fé­rence signi­fi­ca­tive entre les trai­te­ments dans la popu­la­tion cau­ca­sienne. » Glaxo venait de trans­for­mer un effet nocif mani­feste en un effet nocif inexis­tant. Les mots me manquent, mais cela en dit long sur les motifs pour les­quels on ne peut pas se fier aux études com­man­di­tées par l’in­dus­trie. Deux des cinq auteurs étaient des employés de Glaxo et les trois autres étaient à la solde de Glaxo.

Il semble que Glaxo ait fait ce qu’elle pou­vait pour pro­té­ger son médi­ca­ment plu­tôt que les patients79. Dans un édi­to­rial cin­glant du New England Jour­nal of Medi­cine, les rédac­teurs ont expli­qué que Glaxo avait refu­sé de four­nir un inha­la­teur pour une étude du sal­me­te­rol par le NIH. Les cher­cheurs ont été contraints de dépen­ser 90 000 dol­lars de l’argent des contri­buables pour recon­di­tion­ner le médi­ca­ment actif et créer un pla­ce­bo qui soit visuel­le­ment iden­tique pour les fins de l’é­tude. En outre, les rédac­teurs ont écrit :

L’ob­jec­tif affir­mé par Glaxo est « d’a­mé­lio­rer la qua­li­té de la vie humaine », mais les com­pa­gnies peuvent mettre au point et vendre leurs trai­te­ments parce qu’elles peuvent pui­ser dans une res­source de la com­mu­nau­té : les patients dis­po­sés à cou­rir le risque quand ils par­ti­cipent aux études cli­niques. De leur côté, les com­pa­gnies doivent être dis­po­sées à mettre leurs pro­duits à risque en les four­nis­sant à des tiers pour des fins d’é­tude. Le défaut de le faire est un geste mes­quin inacceptable.

Les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques peuvent non seule­ment trom­per les auto­ri­tés dans leurs demandes d’ap­pro­ba­tion ; elles peuvent aus­si men­tir quand on les ques­tionne direc­te­ment. Dans des docu­ments pré­pa­rés pour une audi­tion de la FDA en 2005, Pfi­zer a nié que son AINS cele­coxib pro­voque des crises car­diaques en s’ap­puyant sur une ana­lyse de 44000 patients80. Mais les grands nombres évo­qués par l’in­dus­trie quand elle se trouve sur la défen­sive sont sou­vent trom­peurs. Pfi­zer déte­nait des preuves non publiées du contraire80,81, par exemple une étude de 1999 de la mala­die d’Alz­hei­mer. De plus, un cadre de Pfi­zer recon­nut dans une entre­vue que son ana­lyse ne com­pre­nait pas d’é­tudes exté­rieures indi­quant que son médi­ca­ment cau­sait des pro­blèmes car­diaques. Une telle étude82, que Pfi­zer connais­sait, avait été menée par le NIH et inter­rom­pue une fois qu’on eut trou­vé que des fortes doses de cele­coxib fai­saient plus que tri­pler l’in­ci­dence des crises car­diaques et des acci­dents vas­cu­laires cérébraux.

D’autres com­pa­gnies ont elles aus­si trom­pé la FDA en cachant des études et des résul­tats mon­trant que leurs médi­ca­ments entraînent des effets nocifs mor­tels1,8,16,27,83–85.

Il existe une autre rai­son pour laquelle nous en savons trop peu au sujet des effets nocifs des médi­ca­ments. Les cli­ni­ciens sont cen­sés signa­ler les effets secon­daires néfastes graves aux auto­ri­tés, mais selon un esti­mé com­mun seule­ment 1 % envi­ron de ces évé­ne­ments sont signa­lés86. Les méde­cins sont occu­pés et peuvent avoir ten­dance à pen­ser qu’un évé­ne­ment n’est pas lié à un médi­ca­ment et à l’i­gno­rer, d’au­tant plus que c’est bien com­mode. Quand ils signalent un évé­ne­ment, ils peuvent apprendre à ne jamais plus le faire, har­ce­lés qu’ils sont par un repré­sen­tant phar­ma­ceu­tique qui revient conti­nuel­le­ment avec toutes sortes de nou­velles ques­tions sur le patient, sur les autres médi­ca­ments qu’il pre­nait, etc. Il semble que per­sonne ne soit vrai­ment inté­res­sé par les effets nocifs, hor­mis la vic­time. Quand j’ai tra­vaillé dans un dépar­te­ment de mala­dies infec­tieuses, j’ai appris pour­quoi plu­sieurs évé­ne­ments sérieux sur­ve­nant dans des études du SIDA com­man­di­tées par l’in­dus­trie n’é­taient pas signa­lés. Les for­mu­laires étaient longs et com­pli­qués et nous n’a­vions pas le temps pour des dis­cus­sions sans fin avec la com­pa­gnie pharmaceutique.

L’ÉVALUATION INADÉQUATE DES NOUVEAUX MÉDICAMENTS

Quand j’en­seigne à des méde­cins en for­ma­tion pour deve­nir phar­ma­co­logues cli­niques et que j’ex­plique pour­quoi les exi­gences régle­men­taires rela­tives aux nou­veaux médi­ca­ments ne sont pas adé­quates ni capables d’as­su­rer que les médi­ca­ments sont effi­caces et inof­fen­sifs, et com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique mani­pule sa recherche, je me trouve confron­té à des réac­tions mixtes. Cer­tains sont par­fai­te­ment d’ac­cord et d’autres sont tout à fait hos­tiles, comme si je ten­tais d’ex­pli­quer à un enfant que le Père Noël n’existe pas. Cela m’in­quiète, car ce sont là les méde­cins qui seront en poste dans une agence du médi­ca­ment ou dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. J’ai par­fois le sen­ti­ment qu’il est déjà trop tard pour leur faire entendre raison.

Nous pour­rions faci­le­ment faire bien mieux que nous le fai­sons pré­sen­te­ment pour pro­té­ger la san­té publique et évi­ter de gas­piller notre argent et je don­ne­rai quelques exemples.

Deux seules études contrôlées avec placebo montrant un effet ne suffisent pas

Les agences du médi­ca­ment estiment que l’ef­fi­ca­ci­té est démon­trée quand deux études contrô­lées avec pla­ce­bo ont mon­tré un effet. Comme j’ai expli­qué au cha­pitre 4, cela est facile à réa­li­ser pour la plu­part des médi­ca­ments des­ti­nés à toute mala­die parce que les médi­ca­ments ont des effets secon­daires et que l’on peut s’at­tendre qu’ils aient des effets sur l’é­va­lua­tion d’un résul­tat sub­jec­tif. Quand la taille de l’é­chan­tillon est assez grande, n’im­porte quel effet devien­dra sta­tis­ti­que­ment signi­fi­ca­tif et le médi­ca­ment sera approu­vé, s’il n’est pas trop toxique.

Quand une com­pa­gnie ne réus­sit pas dans ses deux pre­mières ten­ta­tives, elle peut faire d’autres études jus­qu’à ce que deux essais donnent les résul­tats recher­chés. Avec cela en arrière-plan, il est éton­nant que le ministre danois de la San­té, après consul­ta­tion auprès de l’A­gence du médi­ca­ment, ait répon­du à un poli­ti­cien qu’il n’existe pas d’exi­gence sti­pu­lant qu’un médi­ca­ment soit meilleur qu’un médi­ca­ment exis­tant pour obte­nir son appro­ba­tion, mais qu’il doit être au moins aus­si bon et jamais pire qu’un médi­ca­ment exis­tant. Tou­te­fois, quand on n’exige que des études contrô­lées au pla­ce­bo, il n’y a pas moyen de savoir si les nou­veaux médi­ca­ments sont pires que ceux qui existent.

Les com­pa­gnies sont contraintes par la loi de sou­mettre toutes les études qu’elles ont menées quand elles demandent l’ap­pro­ba­tion d’un médi­ca­ment mais le pro­blème avec cette exi­gence est qu’on ne peut pas se fier aux com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques. Des études peuvent man­quer et quand elles ont été effec­tuées dans des pays sans sur­veillance publique, il peut se révé­ler impos­sible de savoir qu’elles existent.

Les médi­ca­ments contre la toux ne sont pas effi­caces87,88, mais l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a quand même réus­si à faire approu­ver d’in­nom­brables médi­ca­ments pour la toux et les ventes sont éle­vées89. Pas moins de 20 % de tous les enfants de moins de quatre ans sont trai­tés avec des médi­ca­ments pour l’asthme comme la ter­bu­ta­line, ce qui montre que la com­mer­cia­li­sa­tion cra­pu­leuse à laquelle j’ai par­ti­ci­pé quand je tra­vaillais chez Astra a été hau­te­ment effi­cace (voir le cha­pitre 2).

Aux États-Unis, les médi­ca­ments pour le rhume et la toux en vente libre avaient été consom­més par 39 % des ménages sur une période de trois ans.90 Plu­sieurs de ces médi­ca­ments ont été auto­ri­sés avant 1972 quand il n’y avait que peu de contrôle sur les médi­ca­ments, mais les centres anti­poi­son avaient signa­lé plus de 750 000 appels d’in­quié­tude pen­dant sept années en rela­tion avec ces pro­duits et la FDA avait iden­ti­fié 123 décès d’en­fants de moins de six ans, dans ses banques de don­nées. Les effets secon­daires néfastes com­prennent l’a­ryth­mie car­diaque, les hal­lu­ci­na­tions, la som­no­lence et l’en­cé­pha­lo­pa­thie. Les publi­ci­tés des manu­fac­tu­riers pré­sentent ces médi­ca­ments comme effi­caces et inof­fen­sifs, deux mensonges.

Une péti­tion a deman­dé à la FDA de révi­ser ces médi­ca­ments, mais les manu­fac­tu­riers ont pré­ten­du que les mau­vais effets pour­raient être pré­ve­nus par l’é­du­ca­tion des parents, ce qui est un men­songe abo­mi­nable. En 2011, la FDA a annon­cé que ces pro­duits ne doivent pas être uti­li­sés chez les enfants de moins de deux ans et qu’elle appuyait for­te­ment « les ini­tia­tives de plu­sieurs manu­fac­tu­riers de médi­ca­ments qui avaient volon­tai­re­ment reti­ré du mar­ché des remèdes pour le rhume et la toux qu’on ven­dait pour uti­li­sa­tion dans ce groupe d’âge91 ». Pour­quoi la FDA ne reti­rait-elle pas ces pro­duits inutiles et poten­tiel­le­ment dan­ge­reux du mar­ché ? Et pour­quoi, après quatre années, faut-il que la FDA soit tou­jours en train de révi­ser la sécu­ri­té et qu’on s’at­tende à ce qu’elle rende son juge­ment dans un proche ave­nir, comme elle l’a affir­mé ? Même quand des médi­ca­ments inutiles tuent des enfants, les régu­la­teurs du médi­ca­ment n’a­gissent pas, alors qu’ils ont reti­ré du mar­ché plu­sieurs pro­duits effi­caces, même quand ils cau­saient moins de décès. La régu­la­tion des médi­ca­ments n’est pas une entre­prise logique.

J’ai dis­cu­té une fois des remèdes pour la toux avec un régu­la­teur de médi­ca­ment qui a atti­ré mon atten­tion sur les études accom­pa­gnant une demande d’ap­pro­ba­tion qui sou­te­naient avoir mon­tré que les médi­ca­ments agis­saient. C’est l’un des articles les plus bizarres que j’aie jamais vu (et j’en ai vu des tonnes). Les études avaient été menées en Inde. Un micro­phone minia­ture très sen­sible mis au point par Proc­ter & Gamble, atta­ché au nez d’un patient, enre­gis­trait le moindre son qui sur­vienne et qui était peut-être ou pou­vait deve­nir de la toux92. Les trois médi­ca­ments éva­lués (guai­phe­ne­sine, brom­hexine, et dex­tro­mé­tor­phan) agis­saient. Sur­prise, sur­prise. Les enre­gis­tre­ments étaient entiè­re­ment non per­ti­nents pour les patients. Deux des médi­ca­ments aug­men­taient aus­si le volume des cra­chats. Quel sens don­ner à cela ? S’ils aug­mentent le volume des cra­chats, ils aug­men­te­ront aus­si le volume des expec­to­rants mesu­rés en volume de cra­chats, or cela ne serait pas un avan­tage mais un effet nui­sible. Les études ont été publiées dans Pul­mo­na­ry Phar­ma­co­lo­gy, un pério­dique obs­cur dont je n’a­vais jamais enten­du par­ler. Ce n’est pas la faute des régu­la­teurs d’a­voir à accep­ter pareilles niai­se­ries ; c’est la faute de poli­ti­ciens qui n’ont pas exi­gé des résul­tats qui soient impor­tants pour les patients.

Les études cliniques dans les pays largement corrompus

De nos jours, les études de médi­ca­ment sont de plus en plus don­nées en sous-trai­tance à des pays sans sur­veillance et très lar­ge­ment cor­rom­pus. Com­ment savoir que les don­nées ont été fabri­quées quand on ne dis­pose d’au­cun moyen pour sur­veiller les études ? En dépit de la forte oppo­si­tion des scien­ti­fiques, des éthi­ciens et des groupes de consom­ma­teurs, la FDA a déci­dé en 2008 que les études cli­niques menées hors des États-Unis n’a­vaient plus à se confor­mer à la décla­ra­tion d’Hel­sin­ki quand elles servent à appuyer une demande d’ap­pro­ba­tion de pro­duits aux États-Unis93. Qu’on me par­donne mais tout le monde est-il deve­nu fou à la FDA ? La direc­tion de la FDA a‑t-elle jamais enten­du par­ler des pro­cès de Nurem­berg ? Ou bien des expé­riences menées sur les pri­son­niers des États-Unis quand la Décla­ra­tion d’Hel­sin­ki n’é­tait pas là pour mettre d’en­trave ? Ou de l’af­faire Tus­ke­gee dans laquelle des cher­cheurs de l’A­la­ba­ma ont sui­vi 399 hommes noirs infec­tés de la syphi­lis sans jamais les trai­ter pen­dant 40 ans pour étu­dier l’his­toire natu­relle de la mala­die en les empê­chant d’a­voir accès aux pro­grammes de trai­te­ment dis­po­nibles pour les autres et pen­dant que plu­sieurs mou­raient de la syphi­lis, que les épouses contrac­taient la mala­die et que les enfants nais­saient avec la syphi­lis congé­ni­tale94 ? Ou que les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques mènent leur recherche dans les pays pauvres pour les médi­ca­ments par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux parce que les pay­sans ne pour­suivent pas les grandes cor­po­ra­tions pour des lésions et parce que les règle­ments enca­drant le consen­te­ment éclai­ré n’existent pas ou sont mol­le­ment appli­qués8 ? L’exemple le plus connu de l’u­ti­li­sa­tion des cobayes du tiers-monde est celui des contra­cep­tifs oraux, qu’on a d’a­bord tes­tés à Por­to Rico, puis en Haï­ti et au Mexique et, quand vint le moment de les tes­ter aux Etats-Unis, on a choi­si des pauvres, dont 90 % étaient soit des Mexi­cains, soit des Afri­cains d’o­ri­gine8.

Par contraste avec cette déci­sion indé­fen­dable, la Cour d’ap­pel des États-Unis a jugé quelque temps après que la Décla­ra­tion d’Hel­sin­ki consti­tuait une norme suf­fi­sam­ment cou­tu­mière pour être tenue comme obli­ga­toire dans l’é­tude de la ménin­gite menée par Pfi­zer au Nige­ria où les parents ne savaient pas que leurs enfants par­ti­ci­paient à une étude. La cour a ren­ver­sé le ren­voi, par un tri­bu­nal infé­rieur, d’une pour­suite inten­tée par les familles d’en­fants morts ou bles­sés pen­dant qu’ils rece­vaient l’an­ti­bio­tique expé­ri­men­tal de Pfi­zer, la tro­vo­flaxine, bien qu’un médi­ca­ment plus effi­cace ait été dis­po­nible aux Méde­cins sans Fron­tières95. Pfi­zer recru­ta des enquê­teurs pour cher­cher des preuves de cor­rup­tion à l’en­contre du pro­cu­reur géné­ral dans l’es­poir de pou­voir le per­sua­der de lais­ser tom­ber la pour­suite96. Cela échoua et Pfi­zer fut contrainte de payer une com­pen­sa­tion aux familles dont les enfants étaient morts. Le médi­ca­ment n’a­vait jamais été conçu pour l’A­frique. Pfi­zer enten­dait le vendre aux Etats-Unis et en Europe, mais son auto­ri­sa­tion a été reti­rée en Europe en rai­son d’in­quié­tudes au sujet de sa toxi­ci­té pour le foie.

Un effet sur un résultat de substitution ne suffit pas

Une des pra­tiques les plus nui­sibles en régu­la­tion des médi­ca­ments est de don­ner l’ap­pro­ba­tion à un médi­ca­ment sur la foi de ses effets sur des résul­tats de sub­sti­tu­tion. Vu que cette erreur a coû­té la vie à des cen­taines de mil­liers, ou peut-être même à des mil­lions de patients (voir plus loin) il est dif­fi­cile de com­prendre que les régu­la­teurs n’exigent pas des effets prou­vés sur des résul­tats pertinents.

Voi­ci un exemple. J’é­tais méde­cin depuis deux ans quand j’ai diag­nos­ti­qué une forme légère de dia­bète de type 2 chez un vieillard qui avait été admis pour un autre motif, au dépar­te­ment d’hé­pa­to­lo­gie où je tra­vaillais. J’é­cri­vis dans son dos­sier qu’il était habi­tuel de com­men­cer le trai­te­ment avec la tol­bu­ta­mide mais vu que la seule grande étude jamais réa­li­sée sur la tol­bu­ta­mide avait dû être inter­rom­pue avant terme en rai­son d’un excès de décès car­dio­vas­cu­laires et parce que les patients qui consom­maient la plus grande par­tie de leur dose quo­ti­dienne étaient aus­si ceux qui démon­traient le taux le plus éle­vé de tels décès, je déci­dai de ne pas com­men­cer un trai­te­ment à la tolbutamide.

Mon supé­rieur hié­rar­chique m’a­pos­tro­pha de belle manière après avoir lu mes notes. « Com­ment oses-tu ne pas com­men­cer la tol­bu­ta­mide en effrac­tion des consignes de pra­tique que les endo­cri­no­logues ont rédi­gées ? » J’ex­pli­quai cal­me­ment mais fer­me­ment que j’en savais plus sur ce médi­ca­ment que les endo­cri­no­logues parce j’a­vais lu atten­ti­ve­ment le rap­port de l’é­tude ain­si que les articles et les nom­breuses lettres qui sui­virent ain­si qu’un livre dis­cu­tant des pro­blèmes. L’é­tude Uni­ver­si­ty Group Dia­betes Pro­ject (UGDP) avait été réa­li­sée indé­pen­dam­ment de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et elle avait fait l’ob­jet de nom­breux débats et été réana­ly­sée par plu­sieurs autres groupes que ceux qui avaient mené l’é­tude. Je n’a­vais aucun doute en ce qui concerne qui avait raison.

La tol­bu­ta­mide réduit le glu­cose san­guin, mais il s’a­git là d’un résul­tat de sub­sti­tu­tion. On ne traite pas les patients pour réduire leur glu­cose san­guin ; on les traite pour pré­ve­nir les com­pli­ca­tions du dia­bète, les car­diaques plus par­ti­cu­liè­re­ment. Je tenais donc pour absurde, et je le pense tou­jours, que des gens uti­lisent ce médi­ca­ment alors que la seule recherche étu­diant les com­pli­ca­tions car­dio­vas­cu­laires avait été inter­rom­pue parce que le médi­ca­ment tuait les patients. Il était par­ti­cu­liè­re­ment convain­cant de consta­ter que les patients les plus res­pec­tueux du trai­te­ment au tol­bu­ta­mide pré­sen­taient des taux de mor­ta­li­té plus éle­vés que ceux des moins res­pec­tueux97, parce que les patients qui font ce qu’on leur dit de faire sont habi­tuel­le­ment en meilleure san­té que les autres et ont une meilleure sur­vie même quand le médi­ca­ment est un pla­ce­bo. L’é­tude d’un pro­duit rédui­sant les lipides, le clo­fi­brate, avait démon­tré cela98. Il n’y avait pas de dif­fé­rence sur le plan de la mor­ta­li­té entre le médi­ca­ment et le pla­ce­bo mais par­mi ceux qui avaient pris plus de 80 % du médi­ca­ment, seuls 15 % sont décé­dés par com­pa­rai­son à 25 % par­mi les autres (P = 0,0001). Cela ne prouve pas que le médi­ca­ment est effi­cace, bien sûr, et la même dif­fé­rence a été consta­tée dans le groupe rece­vant le pla­ce­bo, 15 % ver­sus 28%(P=5xl016).

Upjohn, le fabri­cant du tol­bu­ta­mide, lan­ça une cam­pagne agres­sive pour dis­cré­di­ter les résul­tats de l’é­tude UGDP en fai­sant appel à des uni­ver­si­taires renom­més et gras­se­ment payés et les argu­ments devinrent pro­gres­si­ve­ment ad homi­nem ». Des pour­suites ont été enta­mées par la com­pa­gnie pour empê­cher la FDA de men­tion­ner les résul­tats de l’é­tude dans les feuillets accom­pa­gnant le médi­ca­ment et la FDA se trou­va même for­cée de faire une enquête qui conclut que les don­nées de l’é­tude n’a­vaient pas été fal­si­fiées97 !

L’u­ti­li­sa­tion du tol­bu­ta­mide aurait dû être arrê­tée par le retrait du médi­ca­ment du mar­ché, au moins tem­po­rai­re­ment, pen­dant que ceux qui étaient scep­tiques au regard des résul­tats de l’é­tude réa­li­se­raient une autre étude. Mais la FDA ne l’a jamais exi­gé d’Up­john et cela n’a jamais été fait.

Per­sonne ne semble dis­po­sé à apprendre quoi que ce soit – ou au moins pas beau­coup – sur l’his­to­rique quand il s’a­git de la régu­la­tion des médi­ca­ments. L’his­toire se répète sans cesse. Pen­dant les 40 années qui ont sui­vi l’é­tude UGDP, l’in­dus­trie a tout sim­ple­ment arrê­té de faire des études qui auraient pu révé­ler que ses médi­ca­ments contre le dia­bète aug­mentent les évé­ne­ments car­diaques et nos régu­la­teurs de médi­ca­ments la laissent s’en tirer99, ce qui est pas­sa­ble­ment scan­da­leux. La rosi­gli­ta­zone est un exemple récent de médi­ca­ment pour le dia­bète auto­ri­sé sur la foi de son effet sur le glu­cose san­guin, mais il s’a­git aus­si d’un médi­ca­ment qui aug­mente les com­pli­ca­tions car­dio­vas­cu­laires qu’il est cen­sé pré­ve­nir, et qui a été reti­ré du mar­ché euro­péen en 2010 après avoir fait mou­rir des mil­liers de patients (voir le cha­pitre 16).

Des his­toires s’ap­pli­quant à d’autres domaines de la thé­ra­peu­tique existent100. Une étude de la sup­pres­sion de l’a­ryth­mie car­diaque (CAST) a dû être arrê­tée avant terme parce que les deux médi­ca­ments actifs, l’en­caï­nide et le flé­caï­nide, entraî­naient le décès des patients. À l’o­ri­gine, cette étude avait été conçue pour être uni­la­té­rale, ce qui signi­fie que le médi­ca­ment ne peut être que neutre ou béné­fique, vu que les car­dio­logues ne pou­vaient ima­gi­ner que les trai­te­ments puissent être nui­sibles101. Au som­met de leur uti­li­sa­tion à la fin des années 1980, les médi­ca­ments anti­aryth­miques pro­vo­quaient pro­ba­ble­ment 50 000 morts par an dans les seuls États-Unis, ce qui est du même ordre de gran­deur que le nombre total des Amé­ri­cains qui ont péri pen­dant la guerre du Viet­nam102. Ces médi­ca­ments étaient lar­ge­ment uti­li­sés parce qu’ils avaient un effet sur un résul­tat de sub­sti­tu­tion, l’ECG et bien que la FDA eût de sérieuses inquié­tudes pour sa sécu­ri­té, elle céda aux pres­sions des com­pa­gnies, ce qui, – d’une manière tout à fait pré­vi­sible ‑mena à ce que le médi­ca­ment soit main­te­nant lar­ge­ment employé chez les bien-por­tants qui ont des troubles bénins du rythme qui en affectent plu­sieurs par­mi nous.

Le réduc­tion d’une tumeur est un autre résul­tat de sub­sti­tu­tion popu­laire et trom­peur. L’in­té­rêt pri­mor­dial des patients atteints du can­cer est de sur­vivre, mais cer­tains trai­te­ments qui réduisent les dimen­sions de la tumeur can­cé­reuse aug­mentent la mor­ta­li­té, par exemple la radio­thé­ra­pie chez les femmes qui ont eu un can­cer diag­nos­ti­qué par dépis­tage103. On peut dire la même chose de plu­sieurs, sinon de la plu­part des médi­ca­ments du can­cer. De fortes doses peuvent avoir un meilleur effet sur le can­cer, mais peuvent aus­si tuer plus de patients. Quand la dose est assez éle­vée, tous les can­cers sont détruits, mais il en va de même pour tous les patients. Cela démontre l’ab­sur­di­té de ce résul­tat de substitution.

En 2008, la FDA a auto­ri­sé en accé­lé­ré le beva­ci­zu­mab (Avas­tin) pour le trai­te­ment du can­cer méta­sta­tique du sein, bien qu’il n’ait pas aug­men­té la sur­vie, seule­ment la sur­vie sans pro­gres­sion du can­cer104. Ceci n’est pas qu’un résul­tat de sub­sti­tu­tion mais aus­si un résul­tat por­té au biais, puis­qu’il est pas­sa­ble­ment sub­jec­tif de déci­der s’il y a eu pro­gres­sion. La FDA impo­sa à la com­pa­gnie de faire plus d’é­tudes, les­quelles ne mon­trèrent pas un effet sur la sur­vie sans pro­gres­sion alors qu’elles mirent en évi­dence des effets nocifs graves y com­pris des décès. Trois ans plus tard, le médi­ca­ment, qui coûte chaque année le prix de plu­sieurs voi­tures neuves, envi­ron 88 000 dol­lars, a été abro­gé pour le can­cer du sein105.

L’absence de données adéquates sur la sécurité n’est pas acceptable

C’est une faillite majeure de la régu­la­tion du médi­ca­ment quand des médi­ca­ments aux effets nocifs connus sont approu­vés sans don­nées adé­quates sur leur sécu­ri­té. Les inhi­bi­teurs des COX‑2 sont un exemple par­fait, puisque leur méca­nisme d’ac­tion pré­di­sait une aug­men­ta­tion du risque de mor­ta­li­té car­dio­vas­cu­laire. Quand j’ai dis­cu­té de cela avec un régu­la­teur de médi­ca­ments, il me répon­dit que s’ils exi­geaient de telles don­nées, cela retar­de­rait pen­dant des années l’in­tro­duc­tion de médi­ca­ments de valeur.

Je n’ac­cepte pas cet argu­ment. Une com­pa­gnie phar­ma­ceu­tique pour­rait réa­li­ser faci­le­ment une grande étude de son inhi­bi­teur COX‑2 qui pour­rait révé­ler les risques et c’est la faute de l’in­dus­trie quand elle estime qu’elle peut s’en tirer en tour­nant les coins ronds. Si le rofe­coxib (Vioxx) avait été étu­dié avec des popu­la­tions per­ti­nentes de patients, ses effets nocifs auraient été détec­tés très rapi­de­ment, puisque le nombre qu’il faut trai­ter pen­dant un an pour cau­ser un infarc­tus addi­tion­nel n’est que de 70 patients19. Il y a aus­si un pro­blème éthique pri­mor­dial qu’on ne peut écar­ter avec des reven­di­ca­tions mes­quines de consi­dé­ra­tions pra­tiques ni de perte poten­tielle de reve­nus. Mal­heu­reu­se­ment, les agences du médi­ca­ment baissent les bras devant les argu­ments indé­fen­dables de l’industrie.

Le Vioxx a été reti­ré en 2004 et le val­de­coxib (Bex­tra) en 2005. Avant que le Bex­tra soit reti­ré du mar­ché, neuf des dix conseillers de la FDA ayant des liens avec l’in­dus­trie ont voté pour qu’on le main­tienne sur le mar­ché106 !

En 2008, la FDA s’est deman­dée si, à l’a­ve­nir, elle devrait exi­ger des études post-mar­ke­ting dotées de résul­tats per­ti­nents comme la mor­bi­di­té car­dio­vas­cu­laire et la mor­ta­li­té107. Tou­te­fois, seule­ment le tiers de telles études ont été réa­li­sées46, et la FDA est connue pour ne pas les exi­ger parce qu’elle ne dis­pose pas de l’au­to­ri­té dans ce des­sein22. Depuis 2007, le défaut de réa­li­ser une étude post-mar­ke­ting ou de faire un chan­ge­ment requis de l’é­ti­que­tage, peut entraî­ner une amende, mais pas plus de 10 mil­lions de dol­lars54. Comme ce ne sont que des brou­tilles pour l’in­dus­trie, il s’a­git là d’un écran de fumée ou d’un faux remède. Même quand les études ont été réa­li­sées, elles pour­raient mon­trer que le médi­ca­ment a tué des mil­liers de patients, ce qu’on aurait pu évi­ter en exi­geant les études per­ti­nentes avant que les agences du médi­ca­ment décident qu’un médi­ca­ment est approu­vé. Les études post-mar­ke­ting sont donc une très mau­vaise idée par com­pa­rai­son avec le rejet d’une demande d’au­to­ri­sa­tion de mise en mar­ché. On a besoin des don­nées per­ti­nentes pour tout nou­veau médi­ca­ment d’une classe thé­ra­peu­tique, vu qu’un nou­veau médi­ca­ment pour­rait tuer les gens même si dix médi­ca­ments sem­blables ne le font pas.

Un autre pro­blème est que les études post-mar­ke­ting qu’on requiert ne sont pas néces­sai­re­ment des études ran­do­mi­sées mais peuvent n’être que des études d’ob­ser­vation qui sont très médiocres pour détec­ter les indices d’ef­fets nocifs. Ceux qui sont trai­tés dif­fèrent en plu­sieurs manières de ceux du groupe de com­pa­rai­son qui ne sont pas trai­tés et le dou­ble­ment du taux des crises car­diaques par­mi un groupe de per­sonnes âgées peut s’ex­pli­quer sim­ple­ment par le fait que ces patients sont plus por­tés à faire une crise car­diaque que d’autres patients. Les patients souf­frant d’ar­thrite rhu­ma­toïde sont plus por­tés à faire une crise car­diaque que les autres gens du même âge, ce qui rend dif­fi­cile de voir si les inhi­bi­teurs des COX‑2 causent leur décès.

Le signa­le­ment spon­ta­né des effets secon­daires graves des médi­ca­ments en mar­ché aux régu­la­teurs est aus­si une méthode fai­blarde pour la détec­tion des effets nocifs. En 2010, la FDA a aver­ti Pfi­zer dans une lettre de 12 pages pour avoir failli de signa­ler promp­te­ment des effets secon­daires graves et inat­ten­dus de ses médi­ca­ments, après qu’elle eut pro­cé­dé à une ins­pec­tion de six semaines des quar­tiers géné­raux de Pfi­zer108. Pfi­zer avait mal clas­si­fié ou réduit l’im­por­tance de signa­le­ments non sérieux, sans jus­ti­fi­ca­tion rai­son­nable et omis de sou­mettre des signa­le­ments de céci­té cau­sée par le Via­gra (sil­de­na­fil) et des médi­ca­ments simi­laires à l’in­té­rieur de l’in­ter­valle de 15 jours déter­mi­né par l’a­gence. Pfi­zer avait été mise en garde en 2009, mais la FDA nota que les délais de la com­pa­gnie pour signa­ler les effets nocifs à l’a­gence n’a­vaient qu’aug­men­té. On a dit à Pfi­zer qu’à défaut de cor­ri­ger ces pro­blèmes, des pour­suites sans pré­avis pour­raient être enga­gées et que des délais pour­raient sur­ve­nir dans l’ap­pro­ba­tion des médi­ca­ments de la com­pa­gnie en attente d’autorisation.

En 2012, Roche a été répri­man­dée par l’E­MA pour n’a­voir pas signa­lé 80 000 effets secon­daires poten­tiel­le­ment néfastes de ses médi­ca­ments com­pre­nant 15 161 décès sur­ve­nus aux États-Unis109. Les régu­la­teurs ont iden­ti­fié d’autres défi­ciences liées à l’é­va­lua­tion et au signa­le­ment aux agences natio­nales de la san­té de réac­tions poten­tiel­le­ment néfastes chez 23 000 autres patients et 600 par­ti­ci­pants à des études cliniques.

TROP D’AVERTISSEMENTS ET TROP DE MÉDICAMENTS

Tous les médi­ca­ments com­portent une longue liste d’a­ver­tis­se­ments, de contre-indi­ca­tions et de pré­cau­tions, expli­quant par exemple les types de patients, les mala­dies et les autres médi­ca­ments consom­més par les patients qui pour­raient rendre dan­ge­reuse la consom­ma­tion de ce médi­ca­ment. Il suf­fit de regar­der la publi­ci­té d’un pério­dique médi­cal pour voir à quel point cela peut être impres­sion­nant ; on peut trou­ver plus de 20 aver­tis­se­ments pour un seul médi­ca­ment. Voi­ci un exemple.

Les statines

Cer­tains de mes col­lègues sont obsé­dés par le cho­les­té­rol et croient que toute per­sonne de plus de 50 ans devrait prendre une sta­tine, peu importe leur niveau de cho­les­té­rol, puis­qu’elle rédui­ra leur risque de décès. Ils disent aus­si que les sta­tines n’ont pas d’ef­fets secon­daires dignes de men­tion, ou même qu’elles n’ont pas d’ef­fets secon­daires110. Exa­mi­nons une publi­ci­té publiée dans les pre­mières pages du JAMA du 19 sep­tembre 2012. On pou­vait lire :

« Essayez le LIVALO pour abais­ser le LDL‑C et amé­lio­rer les autres para­mètres des lipides ».

Ce n’est pas le motif pour lequel on pour­rait envi­sa­ger la pos­si­bi­li­té de prendre une sta­tine, n’est-ce pas ? On sou­hai­te­rait la prendre pour réduire le risque de mou­rir et non pour amé­lio­rer cer­taines valeurs de labo­ra­toire. Peut-on être cer­tain qu’une sta­tine par­ti­cu­lière réduit le risque de mou­rir ? Non, on ne le peut pas parce les sta­tines sont approu­vées selon leurs effets sur les lipides du sang. Le LIVALO pour­rait réduire le risque de mou­rir de mala­die car­diaque, mais il pour­rait aus­si aug­men­ter le risque de périr d’autres causes, de sorte qu’on ne peut pas savoir ce que sont ses chances avec ou sans LIVALO.

Après la lec­ture des deux pre­mières lignes de l’an­nonce, je dirais non mer­ci. Il ne faut pas consom­mer des médi­ca­ments qui « sauvent la vie » sans savoir s’ils aug­mentent ou réduisent le risque de mourir.

Conti­nuons. À la page 2 de la publi­ci­té, on lit :

« Le trai­te­ment médi­ca­men­teux devrait être une com­po­sante d’une inter­ven­tion sur plu­sieurs fac­teurs de risque chez les per­sonnes qui requièrent une modi­fi­ca­tion de leur pro­fil des lipides. Les pro­duits rédui­sant les lipides devraient être uti­li­sés en plus d’une diète com­por­tant des res­tric­tions des graisses satu­rées et du cho­les­té­rol quand la réponse à la diète et aux autres mesures non phar­ma­co­lo­giques se révèle insuffisante. »

Ah ! Ah ! Ce n’est pas ce que mes col­lègues bien inten­tion­nés racontent quand ils sont à la veille de recom­man­der qu’on mette des sta­tines dans l’a­que­duc. Je ne suis pas à la diète ni astreint à quel­qu’autre « mesure non phar­ma­co­lo­gique » (Qu’est-ce que cela pour­rait bien être ?) et com­ment peut-on déci­der qu’il me faut modi­fier mon pro­fil des lipides ? Peut-on voir à quel point tout cela est sub­jec­tif et com­bien est vaseux le lan­gage régulatoire ?

Un peu plus loin arrive ce que je sou­hai­tais savoir, mais curieu­se­ment sous une rubrique inti­tu­lée « Res­tric­tions d’utilisation » :

  • Les doses de LIVALO excé­dant 4 mg par jour ont été asso­ciées à une aug­men­ta­tion du risque de mala­die mus­cu­laire grave dans les études cli­niques requises pour l’au­to­ri­sa­tion de mise en mar­ché. Il ne faut pas dépas­ser la dose quo­ti­dienne de 4 mg de LIVALO.

  • L’ef­fet du LIVALO sur la mor­bi­di­té et la mor­ta­li­té car­dio-vas­cu­laires n’a pas été déterminé.

Je le savais ! On n’a aucune idée si le LIVALO fait ce qu’on sou­haite qu’il fasse. Et je cours le risque de lésions mus­cu­laires graves. Les gens absorbent et méta­bo­lisent les médi­ca­ments d’une manière dif­fé­rente et cer­tains souf­fri­ront sans doute de lésions mus­cu­laires graves même sans jamais dépas­ser la dose de 4 mg par jour. Ce pour­rait être moi. À ce moment-ci, mon inter­pré­ta­tion libre du nom du médi­ca­ment est FOUTEZ-MOI LA PAIX !

La pre­mière page de la publi­ci­té ne dit rien de l’a­van­tage poten­tiel du médi­ca­ment à part le titre sur les lipides qui n’est d’au­cune uti­li­té. Le reste de la page parle des effets nocifs sous la rubrique « Infor­ma­tions impor­tantes pour la sécu­ri­té ». Mon scep­ti­cisme augmente :

« Des cas de mala­die mus­cu­laire et de rhab­do­myo­lyse avec insuf­fi­sance rénale aiguë par myo­glo­bi­nu­rie ont été rap­por­tés avec les inhi­bi­teurs de la réduc­tase HMG-CoA, incluant le LIVALO. » De tels effets aug­mentent avec la dose, avec l’âge (> 65 ans), avec une mala­die rénale, avec l’hy­po­thy­roï­disme mal trai­té et en com­bi­nai­son avec les fibrates ou les doses de nia­cine excé­dant 1 g. par jour.

Puis cela devient vrai­ment dif­fi­cile. « Le trai­te­ment au LIVALO doit être arrê­té quand les niveaux de CK aug­mentent de manière mar­quée ou qu’une mala­die mus­cu­laire a été diag­nos­ti­quée ou soit soup­çon­née » et « Pré­ve­nez les patients de signa­ler immé­dia­te­ment toute dou­leur mus­cu­laire, sen­si­bi­li­té ou fai­blesse, plus par­ti­cu­liè­re­ment quand ces souf­frances sont accom­pa­gnées de malaises, de fai­blesse ou de fièvre, et d’ar­rê­ter le médi­ca­ment si ces signes ou symp­tômes apparaissent. »

Mon Dieu ! CK signi­fie créa­ti­nine kinase, une enzyme mus­cu­laire. Les patients trai­tés aux sta­tines ont sou­vent pareils symp­tômes111 (bien que la publi­ci­té dise à tort qu’ils sont rares), alors com­ment les patients pour­raient-ils savoir quand il faut arrê­ter le LIVALO ?

On nous parle aus­si des lésions au foie. Les enzymes du foie devraient être tes­tés avant de com­men­cer le trai­te­ment et quand des signes et des symp­tômes de lésions du foie appa­raissent. Il semble un peu tard pour mesu­rer les enzymes du foie quand le foie est déjà bles­sé. « Il y a eu des signa­le­ments rares d’in­suf­fi­sance hépa­tique fatale et non fatale chez des patients pre­nant des sta­tines, y com­pris la pita­vas­ta­tine. » Ce médi­ca­ment pour­rait me tuer.

Le LIVALO peut aus­si aug­men­ter le glu­cose san­guin ce qui aug­men­te­ra mon risque de mou­rir de pro­blèmes car­dio-vas­cu­laires, ce contre quoi LIVALO est cen­sé me protéger.

Je m’ar­rête ici, mais il est impor­tant de com­prendre que les médi­ca­ments ne sont jamais sécu­ri­taires. Les vestes de flot­tai­son sont tou­jours utiles à bord d’un bateau puis­qu’elles peuvent sau­ver la vie. Elles ne tuent pas. Les médi­ca­ments ne sont pas comme cela. La consom­ma­tion d’une sta­tine peut réduire le risque de mou­rir d’une mala­die car­diaque, mais aus­si accroître le risque de périr de quelques autres causes. Pas beau­coup de médi­ca­ments mais une sta­tine, la ceri­vas­ta­tine (Bay­col), a été reti­rée du mar­ché après que des patients furent décé­dés de lésions mus­cu­laires et d’in­suf­fi­sance rénale.

Tout le monde doit tenir compte du pour et du contre lors de la consom­ma­tion d’un médi­ca­ment et son méde­cin n’est pas néces­sai­re­ment la meilleure per­sonne à inter­ro­ger, parce la plu­part des méde­cins se sont fait laver le cer­veau et plu­sieurs ont été cor­rom­pus par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. Quand on ne meurt pas d’une mala­die car­diaque, on finit cer­tai­ne­ment par mou­rir d’autre chose. Un homme de 65 ans qui ne fume pas et dont la pres­sion sys­to­lique est de 140 mm Hg et un cho­les­té­rol de 5mmol/L peut s’at­tendre à vivre trois mois de plus s’il consomme une sta­tine pour le reste de ses jours112. Ce n’est pas beau­coup sur­tout quand ce bonus arrive au moment où le patient est dément et incon­ti­nent dans une pen­sion médi­ca­li­sée et aurait plu­tôt sou­hai­té avoir un médi­ca­ment qui abrège toute cette misère. Il fau­drait aus­si deman­der aux patients ce que sont leurs expé­riences. Un enquête menée auprès de plus de 10 000 per­sonnes a trou­vé que les effets mus­cu­laires étaient men­tion­nés par 60 % des anciens consom­ma­teurs et par 25 % de ceux qui pre­naient le médi­ca­ment110.

D’autres médi­ca­ments agis­sant sur les lipides sont aus­si inté­res­sants. On atten­dait un avan­tage de l’aug­men­ta­tion des lipo­pro­téines à haute den­si­té avec un médi­ca­ment qui fai­sait cela mais cela n’a­vait aucun effet sur la pro­gres­sion de l’a­thé­ro­sclé­rose coro­na­rienne dans les études comp­tant envi­ron 1000 patients107. Le nom chi­mique de ce médi­ca­ment est le tor­ce­tra­pib. Peut-on le pro­non­cer et s’en rap­pe­ler ? Un motif expli­quant que les noms chi­miques inven­tés par les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques sont si fan­tai­sistes est que les méde­cins se trouvent contraints d’u­ti­li­ser le nom com­mer­cial et moins à même de pres­crire un géné­rique moins coû­teux quand le bre­vet du médi­ca­ment vient à échéance. Par chance, la com­pa­gnie a fait une grande étude comp­tant 15 000 patients et comme elle a mon­tré que le médi­ca­ment tuait les gens, le manu­fac­tu­rier a ces­sé de le mettre au point.

Un autre médi­ca­ment modi­fiant les lipides, l’exe­ti­mibe, a été auto­ri­sé par la FDA en 2002 parce qu’il avait réduit le cho­les­té­rol à basse den­si­té du sang de 15 %107. En 2007. les ventes de ce médi­ca­ment ont atteint $5 mil­liards aux États-Unis, bien que per­sonne ne sache si ce médi­ca­ment est avan­ta­geux ou nuisible.

Les avertissements sont de fausses solutions

Il est impos­sible pour les cli­ni­ciens de savoir ce qu’ils devraient savoir à pro­pos des médi­ca­ments pour les pres­crire en toute sécu­ri­té et il n’est donc pas sur­pre­nant que les méde­cins puissent faire bien des erreurs médi­cales. Le pro­blème fon­da­men­tal est que les régu­la­teurs prennent les médi­ca­ments un à un et se fichent de ce que les méde­cins ne peuvent pas bien connaître tous les aver­tis­se­ments concer­nant les médi­ca­ments qu’ils pres­crivent. Ce qui compte pour les régu­la­teurs c’est : ce n’est pas notre faute. On vous a pré­ve­nus n’est-ce pas ?

Tout méde­cin sait que l’an­ti­coa­gu­lant war­fa­rin peut inter­agir dan­ge­reu­se­ment avec d’autres médi­ca­ments et cer­tains ali­ments, mais les méde­cins ne peuvent même pas uti­li­ser ce médi­ca­ment en sécu­ri­té. Dans une étude, 65 % des patients rece­vaient au moins un autre médi­ca­ment capable d’aug­men­ter le risque de sai­gner avec le war­fa­rin, et dans une autre étude, envi­ron le tiers des patients rece­vaient de tels médi­ca­ments13.

Le cisa­pride (Pro­pul­sid de John­son & John­son) était cen­sé pro­mou­voir la vidange gas­trique, mais il n’est plus sur le mar­ché parce qu’il cause des aryth­mies car­diaques qui tuent les gens. En 1998, la FDA a aler­té à pro­pos des contre-indi­ca­tions pour ce médi­ca­ment avec des addi­tions à l’é­ti­quette en enca­dré noir et les pra­ti­ciens ont été aver­tis au moyen d’une lettre expé­diée par le manu­fac­tu­rier. Ces aver­tis­se­ments n’eurent pra­ti­que­ment pas d’ef­fets114. Au cours de l’an­née pré­cé­dant l’ac­tion régu­la­toire, l’u­ti­li­sa­tion du cisa­pride était contre-indi­quée pour 26 %, 30 % et 60 % des uti­li­sa­teurs dans trois sites d’é­tude et pen­dant l’an­née sui­vant l’ac­tion régu­la­toire, l’u­ti­li­sa­tion était contre-indi­quée chez 24 %, 28 % et 58 % des uti­li­sa­teurs. John­son & John­son a ven­du le médi­ca­ment pour plus d’un mil­liard de dol­lars chaque année, bien qu’il n’au­rait jamais dû être approu­vé. Quand la FDA convo­qua une réunion publique en 2000, un cadre de la com­pa­gnie recon­nut qu’on n’a­vait pas pu mon­trer que le médi­ca­ment est effi­cace85. Une fois encore, l’in­suf­fi­sance régu­la­trice allait résul­ter en tra­gé­dies pour des gens bien réels115 :

Vanes­sa était une fille bien por­tante. Elle ne buvait pas, ne fumait pas, ni ne pre­nait des médi­ca­ments – avec une excep­tion : au cours de la der­nière année, elle avait pris pério­di­que­ment du cisa­pride, un médi­ca­ment pour trai­ter les régur­gi­ta­tions acides, mis en mar­ché sous le nom de Pre­pul­sid. Son méde­cin, qui lui avait diag­nos­ti­qué une forme légère de bou­li­mie, l’a­vait pres­crit après quelle se soit plaint de régur­gi­ta­tions et de bal­lon­ne­ments après les repas. Ni leur méde­cin ni le phar­ma­cien n’ont men­tion­né les risques. Le 19 mars 2000, son père a vu sa fille de 15 ans choir sur le plan­cher à domi­cile. « On l’a ame­née rapi­de­ment à l’hô­pi­tal où elle décé­da le jour sui­vant. La cause du décès : arrêt car­diaque. Cinq mois plus tard, le médi­ca­ment fut reti­ré du mar­ché mais il était trop tard pour Vanessa.

À cause de la perte de sa fille, son père se lan­ça en poli­tique et fut élu au Par­le­ment du Cana­da parce qu’il sou­hai­tait chan­ger la régu­la­tion des médi­ca­ments. Il était pétri d’in­cré­du­li­té que les médi­ca­ments ordon­nan­cés ne soient pas plus rigou­reu­se­ment régle­men­tés que les autres menaces pour la sécu­ri­té publique : « Le ministre des trans­ports ne négo­cie pas avec les camion­neurs pour reti­rer les véhi­cules dan­ge­reux de la voie publique », dit-il. En ver­tu de la loi, les méde­cins doivent signa­ler ceux dont la conduite est inac­cep­table et on les paie pour ce faire. Auto­ri­ser d’une manière accé­lé­rée l’ac­cès au mar­ché des médi­ca­ments est comme ordon­ner aux aiguilleurs du ciel de faire atter­rir les avions plus rapi­de­ment. Onze ans après l’en­quête sur le décès de sa fille, aucune de ses prin­ci­pales recom­man­da­tions de réforme n’a­vait été mise en place.

On a accès à des mil­liers de médi­ca­ments et je me demande pour­quoi per­sonne n’a jamais éva­lué si la dis­po­ni­bi­li­té d’au­tant de médi­ca­ments fait plus de tort que de bien. Je suis cer­tain que c’est bien le cas. Sinon, les médi­ca­ments ne seraient pas la troi­sième prin­ci­pale cause de mortalité.

Les méde­cins ne peuvent pas connaître tous les dan­gers mais les patients le peuvent. Ils peuvent lire les encarts des embal­lages atten­ti­ve­ment et ces­ser de consom­mer le médi­ca­ment s’ils pensent qu’ils est trop dan­ge­reux pour eux. J’es­père aus­si que le pré­sent livre contri­bue­ra à sou­le­ver l’in­di­gna­tion de tant de citoyens qu’ils pro­tes­te­ront et mani­fes­te­ront tant qu’il le fau­dra pour contraindre les poli­ti­ciens à ins­tau­rer les réformes qui sont nécessaires.

On en sait bien peu au sujet de la polypharmacie

La plu­part des patients sont en trai­te­ment avec plu­sieurs médi­ca­ments, par­ti­cu­liè­re­ment, les plus âgés. Une étude sué­doise de 762 per­sonnes vivant dans des mai­sons de retraite a trou­vé que 67% s’é­taient fait pres­crire 10 médi­ca­ments et plus116. Un tiers était trai­té avec trois médi­ca­ments psy­choac­tifs ou plus ; près de la moi­tié rece­vait des anti­dé­pres­seurs ou des tran­quilli­sants ; enfin des médi­ca­ments anti­cho­li­ner­giques (par exemple pour incon­ti­nence uri­naire) étaient uti­li­sés pour le cin­quième. Tous ces médi­ca­ments sont capables de détra­quer la fonc­tion cog­ni­tive, de pro­vo­quer de la confu­sion et des chutes, ce qui entraîne une mor­ta­li­té éle­vée chez les aînés. Les symp­tômes sont sou­vent mal inter­pré­tés par les patients et les gens qui s’en occupent passent pour des signes du vieillis­se­ment ou d’une mala­die immi­nente, par exemple la démence ou la mala­die de Par­kin­son. Or, quand les méde­cins arrêtent les médi­ca­ments, plu­sieurs patients rajeu­nissent de plu­sieurs années, laissent tom­ber le déam­bu­la­teur qu’on leur avait don­né parce qu’ils ne pou­vaient plus main­te­nir leur équi­libre et deviennent à nou­veau actifs. Une étude amé­ri­caine a trou­vé que près de 18 % des patients de Medi­care consom­maient des médi­ca­ments qui n’é­taient pas sécu­ri­taires pour les gens âgés85.

Comme pour les régu­la­teurs, les méde­cins voient un pro­blème à la fois et com­mencent habi­tuel­le­ment un trai­te­ment médi­ca­men­teux chaque fois. Ils oublient sou­vent d’ar­rê­ter un médi­ca­ment quand il n’est plus requis. Ma plus impor­tante contri­bu­tion à la méde­cine interne a été d’ar­rê­ter les médi­ca­ments chez les patients nou­vel­le­ment admis, pour m’a­per­ce­voir que, très sou­vent, les patients reve­naient intoxi­qués avec les mêmes médi­ca­ments que leur méde­cin leur avait pres­crits, à leur pro­chaine admis­sion à l’hô­pi­tal. C’est cer­tai­ne­ment un long com­bat à contre-courant.

Bien qu’on ne sache que peu de choses sur ce qui arrive quand les patients prennent plu­sieurs médi­ca­ments, on en sait assez pour agir. Chaque médi­ca­ment peut affec­ter plu­sieurs fonc­tions du corps en plus de celle qui est visée et l’en­semble des médi­ca­ments peuvent inter­agir de manières impré­vi­sibles. On sait aus­si que les aînés sont sou­vent sur­trai­tés, avec des consé­quences nui­sibles. Une étude ran­do­mi­sée a mon­tré que la réduc­tion des médi­ca­ments abais­sait tant la mor­ta­li­té que l’ad­mis­sion à l’hô­pi­tal et une étude sub­sé­quente chez 70 patients dont le nombre des médi­ca­ments avait été réduit de 7,7 à 4,4 par patient a mon­tré que 88 % avaient connu une amé­lio­ra­tion glo­bale de leur san­té et la plu­part ont eu une amé­lio­ra­tion de leurs fonc­tions cog­ni­tives117. Voi­ci une his­toire typique, à part le fait que peu d’aî­nés sont aus­si chan­ceux118 :

À l’âge de 88 ans, mon père fut admis à l’hô­pi­tal pour étour­dis­se­ments, les­quels étaient appa­rus après qu’on eut aug­men­té la dose de ses médi­ca­ments. À l’hô­pi­tal, on lui don­na plus de médi­ca­ments ce qui le ren­dit confus, effrayé et inco­hé­rent. C’est alors que son méde­cin le trans­fé­ra dans une mai­son de retraite, où il était sale, il pleur­ni­chait et deman­dait aux gens de lui tenir la main. 11 était iden­ti­fié comme NPR (ne pas res­sus­ci­ter) – et encore plus médicamenté.

J’ai per­sua­dé le méde­cin de la mai­son de retraite d’in­ter­rompre toute médi­ca­tion et j’ai enga­gé une infir­mière pri­vée pour don­ner à mon père, une diète orga­nique – riche en fruits, légumes, grains, fèves, noix et graines. En trois jours mon père récu­pé­ra si mira­cu­leu­se­ment, que les infir­mières du dépar­te­ment ne le recon­nais­saient plus. Quand j’ap­pe­lai pour lui par­ler, mon père était rede­ve­nu lui-même et il me dit qu’il s’embêtait et espé­rait jouer aux cartes. Mon père fut congé­dié le jour sui­vant et mou­rut plu­sieurs années plus tard, dans la paix de son domicile.

Voi­ci une autre his­toire, celle d’une femme qui avait 88 ans elle aus­si. Elle fut admise à l’hô­pi­tal après un épi­sode de diar­rhée et d’é­tour­dis­se­ments119. Sa famille a été rapi­de­ment frap­pée par la rapide dété­rio­ra­tion de sa san­té et l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux symp­tômes étranges, com­pre­nant des idées déli­rantes et l’im­pos­si­bi­li­té de la réveiller. On s’a­per­çut qu’elle pre­nait plu­sieurs nou­veaux médi­ca­ments dont un anal­gé­sique et un anti­dé­pres­seur, alors qu’elle n’é­tait pas dépri­mée mais pleu­rant avec rai­son la perte de sa vie anté­rieure, puis­qu’elle se trou­vait coin­cée dans une chambre d’hô­pi­tal. Au même moment, un psy­chiatre diag­nos­ti­qua la mala­die d’Alz­hei­mer et sug­gé­ra qu’elle prenne du done­ze­pil (Ari­cept). Sa bru refu­sa cela et lui enle­va plu­sieurs médi­ca­ments, ce qui eut un effet spec­ta­cu­laire. Elle rede­vint elle-même à nou­veau. Cette expé­rience trans­for­ma la bru en mili­tante pour les patients : « Je regar­dais tous les autres pen­sion­naires dans les éta­blis­se­ments de soins de longue durée, où les membres de la famille ne connais­saient pas les pro­blèmes ou ne sou­hai­taient pas faire de vagues et je me dis : « Qui pren­dra la défense de ces gens ? »

La méde­cine moderne ne fonc­tionne pas bien pour les per­sonnes âgées. Tout cli­ni­cien a vu l’oc­to­gé­naire médi­ca­li­sé et obsé­dé par l’ar­thrite, la mala­die d’Alz­hei­mer et les niveaux de son cho­les­té­rol san­guin. Com­pa­rons ce patient avec quel­qu’un d’autre dont la condi­tion phy­sique est sem­blable qui recon­naît que ses genoux sont en piteux état et qui a du mal à se sou­ve­nir de cer­taines choses. Lequel des deux patients est le mieux por­tant120 ?

Peter Gøtzsche
https://twitter.com/PGtzsche1?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Eauthor


Notes du CHAPITRE 10 :

  1. Mun­dy A. Dis­pen­sing With the Truth : The Vic­tims, the Drug Com­pa­nies, and the Dra­ma­tic Sto­ry Behind the Bat­tle over Fen-Phen (Dis­pen­ser la véri­té : les vic­times, les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques et l’his­toire dra­ma­tique der­rière la bataille de Fen-Phen). New York : St. Mar­tin’s Press, 2001.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​D​i​s​p​e​n​s​i​n​g​-​T​r​u​t​h​-​C​o​m​p​a​n​i​e​s​-​D​r​a​m​a​t​i​c​-​F​e​n​-​P​h​e​n​/​d​p​/​0​3​1​2​2​5​3​249
    <
  2. Angell M. The Truth about the Drug Com­pa­nies : how they deceive us and what to do about it. (La véri­té sur les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques : com­ment elles nous trompent et que faire à ce sujet) New York : Ran­dom House, 2004.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​T​r​u​t​h​-​A​b​o​u​t​-​D​r​u​g​-​C​o​m​p​a​n​i​e​s​-​D​e​c​e​i​v​e​/​d​p​/​0​3​7​5​7​6​0​946
  3. Day M. Don’t blame it all on the bogey. BMJ, 2007 ; 334:1250–1251.
    https://​www​.bmj​.com/​c​o​n​t​e​n​t​/​3​3​4​/​7​6​0​6​/​1​250
  4. Bai­ley R.S. FDA cor­rup­tion charges let­ter veri­fied. The Los Angeles Post, 8 avril 2012.
  5. Tanne J.H. Inves­ti­ga­tors to review conflicts of inter­est at NIH (Les enquê­teurs exa­mi­ne­ront les conflits d’in­té­rêts au NIH). BMJ, 2007 ; 334 : 767.
    https://​www​.bmj​.com/​c​o​n​t​e​n​t​/​3​3​4​/​7​5​9​7​/​7​6​7.2
  6. Tanne J.H. For­mer FDA head is fined $90 000 for fai­ling to dis­close conflicts of inter­est (L’an­cien com­mis­saire de la FDA est condam­né à une amende de 90 000 $ pour avoir omis de divul­guer des conflits d’in­té­rêts). BMJ, 2007 ; 334 : 492.
    https://​ur​.booksc​.eu/​b​o​o​k​/​4​8​3​5​5​8​4​8​/​f​a​d​7e5
  7. Ander­sen N.A., et Drach­mann H. [Psy­chia­trist gets mil­lions]. Politiken,5 décembre 2003.
  8. Brai­th­waite J, Cor­po­rate Crime in the Phar­ma­ceu­ti­cal indus­try (Crime d’en­tre­prise dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique). Lon­don : Rout­ledge & Kegan Paul, 1984.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​C​o​r​p​o​r​a​t​e​-​C​r​i​m​e​-​P​h​a​r​m​a​c​e​u​t​i​c​a​l​-​I​n​d​u​s​t​r​y​-​B​r​a​i​t​h​w​a​i​t​e​/​d​p​/​0​7​1​0​2​0​0​498

    http://​john​brai​th​waite​.com/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​6​/​0​6​/​C​o​r​p​o​r​a​t​e​-​C​r​i​m​e​-​i​n​-​t​h​e​-​P​h​a​r​m​a​c​.​pdf
  9. Blo­wing the whistle on the FDA (Coup de sif­flet contre la FDA) : an inter­view with David Gra­ham. Mul­ti­na­tio­nal Moni­tor, 2004 ; 25 (12).
    https://​mul​ti​na​tio​nal​mo​ni​tor​.org/​m​m​2​0​0​4​/​1​2​2​0​0​4​/​i​n​t​e​r​v​i​e​w​-​g​r​a​h​a​m​.​h​tml
  10. Len­zer J. Cri­sis dee­pens at the US Food and Drug Admi­nis­tra­tion (La crise s’ag­grave à la Food and Drug Admi­nis­tra­tion des États-Unis). BMJ, 2004 ; 329:1308.
    https://​www​.bmj​.com/​c​o​n​t​e​n​t​/​3​2​9​/​7​4​7​8​/​1​3​0​8​.​1​.​f​ull
  11. Moy­ni­han R., et Cas­sels A. Sei­ling Sick­ness : how the world’s big­gest phar­ma­ceu­ti­cal com­pa­nies are tur­ning us ail into patients (Vendre la mala­die : com­ment les plus grandes entre­prises phar­ma­ceu­tiques du monde nous trans­forment tous en patients). New York : Nation Books, 2005.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​S​e​l​l​i​n​g​-​S​i​c​k​n​e​s​s​-​P​h​a​r​m​a​c​e​u​t​i​c​a​l​-​C​o​m​p​a​n​i​e​s​-​P​a​t​i​e​n​t​s​/​d​p​/​1​5​6​0​2​5​6​974
  12. Ross D.B. The FDA and the case of Ketek (La FDA et le cas Ketek (téli­thro­my­cine)). N Engl J Med, 2007 ; 356 : 1601–1604.
    https://​www​.nejm​.org/​d​o​i​/​1​0​.​1​0​5​6​/​N​E​J​M​p​0​7​8​032
  13. Baciu A., Strat­ton K., et Burke S.P. (éd.). The Future of Drug Safe­ty : pro­mo­ting and pro­tec­ting the health of the public (L’a­ve­nir de la sécu­ri­té des médi­ca­ments, Pro­mou­voir et pro­té­ger la san­té du public). Washing­ton, DC : Natio­nal Aca­de­mic Press, 2006.
    https://​www​.nap​.edu/​c​a​t​a​l​o​g​/​1​1​7​5​0​/​t​h​e​-​f​u​t​u​r​e​-​o​f​-​d​r​u​g​-​s​a​f​e​t​y​-​p​r​o​m​o​t​i​n​g​-​a​n​d​-​p​r​o​t​e​c​t​i​n​g​-​t​h​e​-​h​e​a​lth
  14. Smith S,W. Side­li­ning safe­ty – the FDA’s inade­quate res­ponse to the IOM (Mise à l’é­cart de la sécu­ri­té – La réponse inadé­quate de la FDA à l’IOM, l’Ins­ti­tute of Medi­cine). New Engl J Med, 2007 ; 357 : 960–963.
    https://​www​.nejm​.org/​d​o​i​/​f​u​l​l​/​1​0​.​1​0​5​6​/​N​E​J​M​p​0​7​8​157
  15. Will­man D. How a new poli­cy led to seven dead­ly drugs (Com­ment une nou­velle poli­tique [de la FDA] a conduit à sept drogues mor­telles). Los Angeles Times, 20 décembre 2000.
    https://​www​.latimes​.com/​n​a​t​i​o​n​/​l​a​-​1​2​2​0​0​1​f​d​a​-​s​t​o​r​y​.​h​tml
  16. Abra­ham J. Science, Poli­tics, and the Phar­ma­ceu­ti­cal Indus­try : Contro­ver­sy and Bias in Drug Regu­la­tion (Science, poli­tique et indus­trie phar­ma­ceu­tique : contro­verse et biais dans la régle­men­ta­tion des médi­ca­ments). Lon­don : UCL Press, 1995.
    https://www.cambridge.org/core/journals/politics-and-the-life-sciences/article/abs/science-politics-and-the-pharmaceutical-industry-controversy-and-bias-in-drug-regulation-john-abraham-new-york-st-martins-press-1995–308-pp-us4995-cloth-isbn-0312128738-st-martins-press-175-fifth-ave-room-1715-new-york-ny-10010-usa/FEFACD96EF3EC26BA6297C4B54FF8002#https://​www​.ama​zon​.fr/​S​c​i​e​n​c​e​-​P​o​l​i​t​i​c​s​-​P​h​a​r​m​a​c​e​u​t​i​c​a​l​-​I​n​d​u​s​t​r​y​-​C​o​n​t​r​o​v​e​r​s​y​/​d​p​/​0​3​1​2​1​2​8​738
  17. House of Com­mons Health Com­mit­tee. The Influence ofthe Phar­ma­ceu­ti­cal Indus­try. Fourth Report of Ses­sion 2004-05 (Com­mis­sion de la san­té de la Chambre des com­munes. L’in­fluence de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. Qua­trième rap­port de la ses­sion 2004-05). [En ligne]
    https://​publi​ca​tions​.par​lia​ment​.uk/​p​a​/​c​m​2​0​0​4​0​5​/​c​m​s​e​l​e​c​t​/​c​m​h​e​a​l​t​h​/​4​2​/​4​2​.​pdf (consul­té le 26 avril 2005).
  18. Gra­ham D.J. COX‑2 inhi­bi­tors, other NSAIDs, and car­dio­vas­cu­lar risk : the seduc­tion of com­mon sense (Inhi­bi­teurs de la COX‑2, autres AINS et risque car­dio­vas­cu­laire. La séduc­tion du bon sens). JAMA, 2006 ; 296 : 1653–1656.
    https://​jama​net​work​.com/​j​o​u​r​n​a​l​s​/​j​a​m​a​/​a​r​t​i​c​l​e​-​a​b​s​t​r​a​c​t​/​2​0​3​465
  19. Jüni P, Nar­tey L., Rei­chen­bach S., et autres. Risk of car­dio­vas­cu­lar events and rofe­coxib : cumu­la­tive meta-ana­ly­sis (Risque d’é­vé­ne­ments car­dio­vas­cu­laires et rofe­coxib : méta-ana­lyse cumu­la­tive). Lan­cet, 2004 ; 364 : 2021–2029.
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(04)17514–4/fulltext
  20. Garat­ti­ni S. Confi­den­tia­li­ty (Confi­den­tia­li­té). Lan­cet, 2003 ; 362:1078–1079.
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(03)14424–8/fulltext
  21. Union of Concer­ned Scien­tists. FDA Scien­tists Pres­su­red to Exclude, Alter Fin­dings ; scien­tists fear reta­lia­tion for voi­cing safe­ty concerns (Des scien­ti­fiques de la FDA contraints d’ex­clure et de modi­fier les résul­tats ; les scien­ti­fiques craignent des repré­sailles pour avoir expri­mé des pré­oc­cu­pa­tions en matière de sécu­ri­té), 20 juillet 2006.
    https://​scien​ce​blogs​.com/​g​r​r​l​s​c​i​e​n​t​i​s​t​/​2​0​0​6​/​0​7​/​2​0​/​f​d​a​-​s​c​i​e​n​t​i​s​t​s​-​p​r​e​s​s​u​r​e​-​t​o​-​exc
  22. Psa­ty B.M., et Burke S.P. Pro­tec­ting the Health of the Public — Ins­ti­tute of Medi­cine Recom­men­da­tions on Drug Safe­ty (Pro­té­ger la san­té du public — Recom­man­da­tions de l’Ins­ti­tut de Méde­cine sur l’in­no­cui­té des médi­ca­ments). N Engl J Med, 2006;355:1753–1755.
    https://​www​.nejm​.org/​d​o​i​/​p​d​f​/​1​0​.​1​0​5​6​/​N​E​J​M​p​0​6​8​228
  23. Ano­nyme. Ins­ti­tute of Medi­cine urges reforms at FDA (L’Ins­ti­tut de méde­cine appelle à des réformes à la FDA). Lan­cet, 2006 ; 368:1211.
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(06)69493–2/fulltext
  24. Strom B.L. How the US drug safe­ty Sys­tem should be chan­ged (Com­ment le sys­tème amé­ri­cain de sécu­ri­té des médi­ca­ments devrait être modi­fié). JAMA, 2006 ; 295:2072–2075.
    https://​jama​net​work​.com/​j​o​u​r​n​a​l​s​/​j​a​m​a​/​a​r​t​i​c​l​e​-​a​b​s​t​r​a​c​t​/​2​0​2​771
  25. Abram­son J. Overdo$ed Ame­ri­ca : the bro­ken pro­mise of Ame­ri­can medi­cine (L’A­mé­rique en overdo$e : la pro­messe bri­sée de la méde­cine amé­ri­caine), New York : Har­per Col­lins, 2004.
    https://​www​.ama​zon​.com/​O​v​e​r​d​o​s​e​d​-​A​m​e​r​i​c​a​-​P​r​o​m​i​s​e​-​A​m​e​r​i​c​a​n​-​M​e​d​i​c​i​n​e​/​d​p​/​0​0​6​1​3​4​4​761
  26. Uni­ted States Gene­ral Accoun­ting Office. Food and Drug Admi­nis­tra­tion : effect of user fees on drug appro­val times, with­dra­wals, and other agen­cy acti­vi­ties (FDA : effet des frais d’u­ti­li­sa­tion sur les délais d’ap­pro­ba­tion des médi­ca­ments, les retraits et les autres acti­vi­tés de l’a­gence), sep­tembre 2002.
    https://www.gao.gov/products/gao-02–958
  27. Reu­ters. Danish drug­ma­ker Lund­beck A/S and Japa­nese part­ner Take­da Phar­ma­ceu­ti­cal Co have sub­mit­ted a new anti­de­pres­sant for regu­la­to­ry appro­val in the Uni­ted States (Le fabri­cant danois de médi­ca­ments Lund­beck A/S et son par­te­naire japo­nais Take­da Phar­ma­ceu­ti­cal Co ont sou­mis un nou­vel anti­dé­pres­seur à l’ap­pro­ba­tion des auto­ri­tés amé­ri­caines), 2 octobre 2012.
    https://​www​.reu​ters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​u​s​-​l​u​n​d​b​e​c​k​-​u​s​-​i​d​U​S​B​R​E​8​9​1​0​5​7​2​0​1​2​1​002
  28. Avorn J., et Shrank W. High­lights and a hid­den hazard – the FDA’s new labe­ling régu­la­tions (Faits saillants et un dan­ger caché – Le nou­veau règle­ment d’é­ti­que­tage de la FDA). NEn­gl­J­Med, 2006 ; 354 : 2409–2411.
    https://​www​.nejm​.org/​d​o​i​/​p​d​f​/​1​0​.​1​0​5​6​/​N​E​J​M​p​0​6​8​119
  29. Let­ter from FDA scien­tists to Pré­sident Barack Oba­ma (Lettre de scien­ti­fiques de la FDA au Pré­sident Barack Oba­ma). 2 avril 2009.
    [En ligne] http://​gaia​-health​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​2​0​1​/​0​0​0​2​0​1​-​l​e​t​t​e​r​.​pdf (consul­té le 11 novembre 2012).
    https://​www​.finance​.senate​.gov/​i​m​o​/​m​e​d​i​a​/​d​o​c​/​p​r​g​0​4​0​2​0​9​a​.​pdf
  30. Licht­blau E., et Shane S. Vast FDA effort tra­cked e‑mails of its scien­tists (De vastes efforts de la FDA [pour espion­ner ses oppo­sants] ont sui­vi les e‑mails de ses scien­ti­fiques). New York Times, 2012 juillet 14.
    https://​www​.nytimes​.com/​2​0​1​2​/​0​7​/​1​5​/​u​s​/​f​d​a​-​s​u​r​v​e​i​l​l​a​n​c​e​-​o​f​-​s​c​i​e​n​t​i​s​t​s​-​s​p​r​e​a​d​-​t​o​-​o​u​t​s​i​d​e​-​c​r​i​t​i​c​s​.​h​tml
  31. Rosen­berg M. For­mer FDA revie­wer speaks out about inti­mi­da­tion, reta­lia­tion and mar­gi­na­li­zing of safe­ty (Un ancien exa­mi­na­teur de la FDA s’ex­prime sur l’in­ti­mi­da­tion, les repré­sailles et la mar­gi­na­li­sa­tion de la sécu­ri­té). Tru­thout, 2012 juillet 29.
    https://​tru​thout​.org/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​f​o​r​m​e​r​-​f​d​a​-​r​e​v​i​e​w​e​r​-​s​p​e​a​k​s​-​o​u​t​-​a​b​o​u​t​-​i​n​t​i​m​i​d​a​t​i​o​n​-​r​e​t​a​l​i​a​t​i​o​n​-​a​n​d​-​m​a​r​g​i​n​a​l​i​z​i​n​g​-​o​f​-​s​a​f​e​ty/
  32. Bryn­ner R., et Ste­phens T. Dark Reme­dy : the impact of tha­li­da­mide and its revi­val as a vital medi­cine (Sombre remède : l’im­pact de la tha­li­da­mide et sa renais­sance en tant que médi­ca­ment vital). New York : Per­seus Publi­shing, 2001.
    https://​www​.ama​zon​.com/​D​a​r​k​-​R​e​m​e​d​y​-​T​h​a​l​i​d​o​m​i​d​e​-​R​e​v​i​v​a​l​-​M​e​d​i​c​i​n​e​/​d​p​/​0​7​3​8​2​0​5​907
  33. Bro­dy H. Hoo­ked : ethics, the médi­cal pro­fes­sion, and the phar­ma­ceu­ti­cal indus­try (Hoo­ked : l’é­thique, la pro­fes­sion médi­cale et l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique). Lan­ham : Row­man & Lit­tle­field, 2008.
    https://​www​.ama​zon​.com/​H​o​o​k​e​d​-​M​e​d​i​c​a​l​-​P​r​o​f​e​s​s​i​o​n​-​P​h​a​r​m​a​c​e​u​t​i​c​a​l​-​I​n​d​u​s​t​r​y​/​d​p​/​0​7​4​2​5​5​2​187
  34. Sib­bi­son J.B. USA : dir­ty work in the drug indus­try (USA : Sale bou­lot dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique). Lan­cet, 1991 ; 337 : 227.
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PII0140-6736(91)92177–4/fulltext
  35. Wiki­pe­dia. Dui­lio Poggiolini.
    [En ligne] http://​en​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​D​u​i​l​io_ Pog­gio­li­ni (consul­té le 10 novembre 2012).
  36. Abbott A. Ita­lian health sec­tor in disar­ray fol­lo­wing more scan­dals (Le sec­teur de la san­té ita­lien dans le désar­roi après de nou­veaux scan­dales). Nature, 1993;364:663,
    https://​www​.nature​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​3​6​4​6​6​3a0
    https://​www​.nature​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​3​6​4​6​6​3​a​0​.​pdf
  37. Meda­war G, et Har­don A. Medi­cines out of control ? Anti­de­pres­sants and the conspi­ra­cy of good-will Nether­lands : Aksant Aca­dé­mie Publi­shers, 2004.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​M​e​d​i​c​i​n​e​s​-​O​u​t​-​C​o​n​t​r​o​l​-​A​n​t​i​d​e​p​r​e​s​s​a​n​t​s​-​C​o​n​s​p​i​r​a​c​y​/​d​p​/​9​0​5​2​6​0​1​348
  38. Day M. Ita­lian police arrest drug offi­cials over alle­ged fal­si­fi­ca­tion of data (La police ita­lienne arrête des res­pon­sables de l’a­gence des médi­ca­ments pour fal­si­fi­ca­tion pré­su­mée de don­nées). BMJ, 2008;336:1208–1209.
    https://​www​.ncbi​.nlm​.nih​.gov/​l​a​b​s​/​p​m​c​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​P​M​C​2​4​0​5​8​38/
  39. Pfi­zer memo­ran­da, 24 et 26 avril 1989.
  40. Grill M. Kranke Ges­chäfte : wie die Phar­main­dus­trie uns mani­pu­liert (Les affaires malades : com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique nous mani­pule). Ham­burg : Rowohlt Ver­lag, 2007.
    https://www.amazon.fr/Kranke-Gesch%C3%A4fte-Wie-Pharmaindustrie-manipuliert/dp/3498025090
  41. Rel­man A.S., et Angell M. Ame­ri­ca’s other drug pro­blem : how the drug indus­try dis­torts medi­cine and poli­tics (L’autre pro­blème des médi­ca­ments aux États-Unis : com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique déforme la méde­cine et la poli­tique>. The New Repu­blic, 16 décembre 2002 : 27–41.
    https://facultystaff.richmond.edu/~bmayes/pdf/relmanangell_Rxdrugs.pdf
  42. Ismail M. Drug Lob­by Second to None : how the phar­ma­ceu­ti­cal indus­try gets its way in Washington(Lobby des médi­ca­ments sans égal : Com­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique réus­sit à Washing­ton). The Cen­ter for Public Inte­gri­ty, 7 juillet 2005.
    https://​publi​cin​te​gri​ty​.org/​h​e​a​l​t​h​/​d​r​u​g​-​l​o​b​b​y​-​s​e​c​o​n​d​-​t​o​-​n​o​ne/
  43. Bass A. Side Effects – a pro­se­cu­tor, a whist­le­blo­wer, and a best­sel­ling anti­de­pres­sant on trial (Effets secon­daires – un pro­cu­reur, un dénon­cia­teur et un anti­dé­pres­seur à suc­cès en pro­cès.). Cha­pel Hill : Algon­quin Books, 2008.
    https://​www​.ama​zon​.fr/​S​i​d​e​-​E​f​f​e​c​t​s​-​W​h​i​s​t​l​e​b​l​o​w​e​r​-​B​e​s​t​s​e​l​l​i​n​g​-​A​n​t​i​d​e​p​r​e​s​s​a​n​t​/​d​p​/​1​5​6​5​1​2​5​533
  44. Gøtzsche P.C., et Jør­gen­sen A.W, Ope­ning up data at the Euro­pean Medi­cines Agen­cy ([Néces­saire mais inter­dite] Ouver­ture des don­nées à l’A­gence euro­péenne des médi­ca­ments). BMJ, 2011 ; 342 : d2686.
    https://​www​.bmj​.com/​c​o​n​t​e​n​t​/​3​4​2​/​b​m​j​.​d​2​6​8​6​.​f​ull
  45. Ano­nyme. FDA more trans­pa­rent than EMEA. Pres­crire Inter­na­tio­nal, 2002 ; 11:98.
  46. Garat­ti­ni S‑, et Ber­tele V. How can we regu­late medi­cines bet­ter ? BMJ, 2007 ; 335:803–805.
  47. Kra­nish M. Drug indus­try costs doc­tor top FDA post. Bos­ton Globe, 27 mai 2002.
  48. Gooz­nerM. The $800 Mil­lion Pill : the truth behind the cost of new drugs. Ber­ke­ley : Uni­ver­si­ty of Cali­for­nia Press, 2005-
  49. McClel­lan M.B. Speech before First Inter­na­tio­nal Col­lo­quium on Gene­ric Medicine.
    [En ligne] www​.fda​.gov/​o​c​/​s​p​e​e​c​h​e​s​/​2​0​0​3​/​g​e​n​e​r​i​c​d​r​u​g​0​9​2​5​.​h​tml (consul­té le 18 février 2008).
  50. Car­pen­ter D., Zucker B.J., et Avorn J. Drug-review dead­lines and safe­ty pro­blems. NEn­gl­J­Med, 2008 ; 358:1354–1361.
  51. Car­pen­ter D. Drug-review dead­lines and safe­ty pro­blems (authors’ reply). NEn­gl JMed, 2008;359:96–98.
  52. Moore T.J., Cohen MR., et Fur­berg CD. Serious adverse drug events repor­ted to the Food and Drug Admi­nis­tra­tion, 1998–2005. Arch ïntern Med, 2007 ; 167 : 1752–1759.
  53. Lex­chin J. New drugs and safe­ty : what hap­pe­ned to new active sub­stances appro­ved in Cana­da bet­ween 1995 and 2010 ? Arch Intern Med, 8 octobre 2012 : 1–2.
  54. Avorn J. Paying for drug appro­vals – who’s using whom ? N Engl J Med, 2007 ; 356:1697–1700.
  55. Psa­ty B.M., et Korn D. Congress responds to the IOM drug safe­ty report – in full. JAMA, 2007 ; 298 : 2185–2187.
  56. Har­ris G., et Halb­fin­ger D.M. FDA reveals it fell to a push by law­ma­kers. New York Times, 25 sep­tembre 2009.
  57. Dhru­va S.S., Bero L.A., et Red­berg R.F. Strength of stu­dy evi­dence exa­mi­ned by the FDA in pre­mar­ket appro­val of car­dio­vas­cu­lar devices. JAMA, 2009 ; 302 : 2679–2685.
  58. Van Bra­bandt H., Neyt M., et Hul­staert F. Trans­ca­the­ter aor­tic valve implan­ta­tion (TAVI) : ris­ky and cost­ly. BMJ, 2012 ; 345 : e4710.
  59. Col­lier J, Big phar­ma and the UK govern­ment. Lan­cet, 2006 ; 367 : 97–98,
  60. Lee K., Bac­chet­ti P., et Sim I. Publi­ca­tion of cli­ni­cal trials sup­por­ting suc­cess­ful new drug appli­ca­tions : a lite­ra­ture ana­ly­sis. PLoS Med, 2008 ; 5 : el91.
  61. Euro­pean Com­mis­sion. Stra­te­gy to Bet­ter Pro­tect Public Health by Streng­the­ning and Ratio­na­li­sing EU Phar­ma­co­vi­giîance, 5 décembre 2007.
  62. FLAI Europe. Phar­ma­co­vi­gi­lance in Europe and Patient Safe­ty ; no to dere­gu­la­tion. Press release, 1er février 2008.
  63. Lar­sen H., et Nyborg S. [The drug indus­try asks for control], Poli­ti­ken, 5 mars 2006.
  64. [Com­mit­tee on Scien­ti­fic Dis­ho­nes­ty tamed]. Uges­kr Lae­ger, 2005 ; 167 : 3476–3477.
  65. Greene J.A., Choudh­ry N.K., Kes­sel­heim A.S., et autres, Changes in direct-to-consu­mer phar­ma­ceu­ti­cal adver­ti­sing fol­lo­wing shifts from pres­crip­tion-only to over-the-coun­ter sta­tus. JAMA, 2012 ; 308 : 973–975.
  66. Welch H.G. Shouldlhe Tes­ted for Can­cer ? Maybe not and here’s why. Ber­ke­ley : Uni­ver­si­ty of Cali­for­nia Press, 2004.
  67. Welch H.G., SchwartzL.,et Wolo­shinS. Over­diag­no­sed : making­people sick in the pur­suit of health. Bos­ton, MA : Bea­con Press, 2011.
  68. Ander­sen N.V. [Drug giant uses Ame­ri­can pres­sure in Danish drug case]. Poli­ti­ken, 31 août 2004.
  69. Amend­ment to the Fede­ral Food, Drug and Cos­me­tic Act. Washing­ton, DC : 4 jan­vier 2007.
    [En ligne] www​.fda​.gov/​o​c​/​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​s​/​H​R​3​5​8​0​.​pdf (consul­té le 8 juillet 2008).
  70. Moore T. J., et Fur­berg CD. The safe­ty risks of inno­va­tion : the FDA’s Expe­di­ted Drug Deve­lop­ment Path­way. JAMA, 2012 ; 308 : 869–870.
  71. Jefïer­son T., Jones M.A., Doshi P., et autres. Neu­ra­mi­ni­dase inhi­bi­tors for pre­ven­ting and trea­ting influen­za in heal­thy adults and chil­dren. Cochrane Data­base Syst Rev, 2012 ; 1 : CD008965.
  72. Motet B. Contracts keep drug research out of reach. New York Times, 29 novembre 2004.
  73. Lurie P., et Wolfe S.M. Mis­lea­ding data ana­lyses in sal­me­te­rol (SMART) stu­dy. Lan­cet, 2005 ; 366:1261–1262.
  74. Rickard K.A. Mis­lea­ding data ana­lyses in sal­me­te­rol (SMART) stu­dy – GlaxoS-mithK­li­ne’s reply. Lan­cet, 2005 ; 366:1262.
  75. Castle W., Ful­ler R„ Hall J., et autres. Serevent nation­wide sur­veillance stu­dy : com­pa­ri­son of sal­me­te­rol with sal­bu­ta­mol in asth­ma­tic patients who require regu­lar bron­cho­di­la­tor treat­ment. BMJ, 1993 ; 306:1034–1037.
  76. Sal­pe­ter S.R., Buck­ley N.S., Ormis­ton T.M., et autres. Meta-ana­ly­sis : effect of long-acting beta-ago­nists on severe asth­ma exa­cer­ba­tions and asth­ma-rela­ted deaths. Ann Intern Med, 2006 ; 144 : 904–912.
  77. FDA Drug Safe­ty Com­mu­ni­ca­tion : new safe­ty requi­re­ments for long-acting inha­led asth­ma médi­ca­tions cal­led Long-Acting Beta-Ago­nists (LABAs), 18 février 2010.
    [En ligne] www​.fda​.gov/​D​r​u​g​s​/​D​r​u​g​S​a​f​e​t​y​/​P​o​s​t​m​a​r​k​e​t​D​r​u​g​S​a​f​e​t​y​I​n​f​o​r​m​a​t​i​o​n​f​o​r​P​a​t​i​e​n​t​s​a​n​d​P​r​o​v​i​d​e​rs/ ucm200776.htm (consul­té le 8 octobre 2012).
  78. Nel­son H.S., Weiss S.T., Blee­cker E.R., et autres. The Sal­me­te­rol Mul­ti­cen­ter Asth­ma Research Trial : a com­pa­ri­son of usual phar­ma­co­the­ra­py for asth­ma or usual phar­ma­co­the­ra­py plus sal­me­te­rol. Chest, 2006 ; 129 : 15–26.
  79. Curf­man G.D., Mor­ris­sey S., et Dra­zen J.M. Pro­ducts at risk. N Engl J Med, 2010 ; 363:1763.
  80. Har­ris G. Pfi­zer says inter­nal stu­dies show no Cele­brex risks. New York Times, 5 février 2005.
  81. Cald­well B.,Aldington S., Wea­the­rall M.,et autres. Risk of car­dio­vas­cu­lar events and cele­coxib : a sys­te­ma­tic review and meta-ana­ly­sis. J R Soc Med, 2006 ; 99 : 132–140.
  82. Sher­man M., et Mar­chione M. Pfi­zer : Cele­brex raises heart attack risk. ABC News, 17 décembre 2004.
  83. Avorn J. Power­ful Medi­cines : the bene­fits, risks, and costs of pres­crip­tion drugs. New York : Vin­tage Books, 2005.
  84. Avorn J. Dan­ge­rous decep­tion – hiding the evi­dence of adverse drug effects. NEn­gl­J­Med, 2006 ; 355 : 2169–2171.
  85. Peter­sen M. Our Dai­ly Meds. New York : Sarah Crich­ton Books, 2008.
  86. Whi­ta­ker R. Ana­to­my of an Epi­de­mic. New York : Broad­way Paper­backs, 2010.
  87. Smith S.M., Schroe­der K., et Fahey T. Over-the-coun­ter (OTC) médi­ca­tions for acute cough in chil­dren and adults in ambu­la­to­ry set­tings. Cochrane Data­base Syst Rev, 2012 ; 8 : CD001831.
  88. Tome­rak A.A.T., Vyas H.H.V., Lakhan­paul M., et autres. Inha­led beta2-ago­nists for non-spe­ci­fic chro­nic cough in chil­dren. Cochrane Data­base Syst Rev, 2005 ; 3:CD005373.
  89. Glint­borg D. [Cough medi­cines for acute res­pi­ra­to­ry infec­tions, what is the evi­dence ?] Ratio­nel Far­ma­ko­te­ra­pi, 4 jan­vier 2003.
  90. Sharf­stein J.M., North M., et Ser­wint J.R. Over the coun­ter but no lon­ger under the radar – pedia­tric cough and cold médi­ca­tions. N Engl J Med, 2007 ; 357 : 2321–2324.
  91. Public Health Advi­so­ry : FDA Recom­mends that Over-the-Coun­ter (OTC) Cough and Cold Pro­ducts not he used for Infants and Chil­dren under 2 Years of Age, 23 février 2011.
  92. Par­vez L., Vai­dya M., Sakhar­dande A., et autres. Eva­lua­tion of anti­tus­sive agents in man. Pulm Phar­ma­col, 1996 ; 9 : 299–308.
  93. Goo­dyear M.D., Lem­mens T., Spru­mont D., et autres. Does the FDA have the autho­ri­ty to trump the Decla­ra­tion of Hel­sin­ki ? BMJ, 2009 ; 338 : bl559.
  94. Wiki­pe­dia. Tus­ke­gee syphi­lis experiment.
    [En ligne] http://​en​.wiki​pe​dia​.org/ wiki/Tuskegee__syphilis_experiment (consul­té le 21 jan­vier 2010).
  95. Bose­ley S., et Smith D. As doc­tors fought to save lives, Pfi­zer flew in drug trial team. The Guar­dian, 9 décembre 2010.
  96. Smith D. Pfi­zer pays out to Nige­rian fami­lies of menin­gi­tis drug trial vic­tims. The Guar­dian, 12 août 2011.
  97. Chal­mers T.C., Frank C.S., et Reit­man D. Mini­mi­zing the three stages of publi­ca­tion bias. JAMA, 1990 ; 263 : 1392–1395.
  98. The Coro­na­ry Drug Pro­ject Research Group. Influence of adhe­rence to treat­ment and res­ponse of cho­les­te­rol on mor­ta­li­ty in the coro­na­ry drug pro­ject. N Engl JMed, 1980 ; 303 : 1038–1041.
  99. Nis­sen S.E. Car­dio­vas­cu­lar effects of dia­betes drugs : emer­ging from the dark ages. Ann Intern Med, 2012 ; 157 : 671–672.
  100. Gøtzsche P.C., Libe­ra­ti A., Luca P., et autres. Beware of sur­ro­gate out­come mea­sures. Int J Tech­nol Ass Health Care, 1996 ; 12 : 238–246.
  101. Pocock S.J. When to stop a cli­ni­cal trial. BMJ, 1992 ; 305 : 235–240.
  102. Moore T. J. Dead­ly Medi­cine : why tens of thou­sands of heart patients died in Ame­ri­ca ‘s worst drug disas­ter. New York : Simon & Schus­ter, 1995.
  103. Gøtzsche P.C., et Jør­gen­sen K.J. Scree­ning for breast can­cer with mam­mo­gra­phy. Cochrane Data­hase Syst Rev, 2013 ; 6 : CD001877.
  104. DAgos­ti­no R.B. Sr. Chan­ging end points in breast-can­cer drug appro­val – the Avas­tin sto­ry. N Engl J Med, 2011 ; 365 : e2.
  105. Pol­lack A. FDA revokes appro­val of Avas­ta­tin for use as breast can­cer drug. New York Times, 18 novembre 2011.
  106. Len­zer J. FDA is crit­ki­sed for hin­ting it may loo­sen conflict of inter­est rules. BMJ, 2011 ; 343 : d5070.
  107. Psa­ty B.M., et Lum­ley T. Sur­ro­gate end points and FDA appro­val : a tale of 2 lipid-alte­ring drugs. JAMA, 2008 ; 299 : 1474–1476.
  108. Hea­veyS. FDA warns Pfi­zer for not repor­ting side effects. Reu­ters. 10juin2010.
  109. Wise J. Euro­pean drug agen­cy cri­ti­cises Roche for fai­ling to report adverse reac­tions and patient deaths. BMJ, 2012 ; 344 : e4344.
  110. McCart­ney M. Sta­tins for all ? BMJ, 2012 ; 345 : e6044.
  111. Golomb B.A., Evans M.A., Dim­sdale J.E., et autres. Effects of sta­tins on ener­gy and fatigue with exer­tion : results from a ran­do­mi­zed control­led trial. Arch Intern Med, 2012 ; 172:1180–1182.
  112. Sto­vring H., Harm­sen C.G., Wisbff T., et autres. A com­pe­ting risk approach for the Euro­pean Heart SCORE model based on cause-spe­cifïc and ail-cause mor­ta­li­ty. Eur J Prev Car­diol, 12 avril 2012.
  113. Hamp­ton T. Fla­wed pres­cri­bing prac­tices revea­led. JAMA, 2006 ; 296 : 2191–2192.
  114. Smal­ley W., Sha­tin D., Wysows­ki D.K., et autres. Contrain­di­ca­ted use of dsa-pride : impact of food and drug admi­nis­tra­tion regu­la­to­ry action, JAMA, 2000 ; 284:3036–3039.
  115. King­ston A. A natio­nal embar­rass­ment. Maclea­ris Maga­zine, 17 octobre 2012.
  116. Kragh A. [Two of three people in nur­sing homes are in treat­ment with at least ten drugs]. Läkar­tid­nin­gen, 2004 ; 101 : 994–999.
  117. Gar­fin­kel D., et Man­gin D. Fea­si­bi­li­ty stu­dy of a sys­te­ma­tic approach for dis­con­ti­nua­tion of mul­tiple médi­ca­tions in older adults : addres­sing poly­phar­ma­cy. Archln­tern­Med, 2010 \ 170 : 1648–1654.
  118. Mann H. Beware of poly­phar­ma­cy in the elder­ly. BMJ, 8 mars 2009.
    [En ligne] www​.bmj​.com/​c​g​i​/​e​l​e​t​t​e​r​s​/​3​3​8​/​m​a​r​0​3​_​2​/​b​873 (consul­té le 12 mars 2009).
  119. Moy­ni­han R. Is your mum on drugs ? BMJ, 2011 ; 343 : d5184.
  120. Good­win J.S. Geria­trics and the limits of modem medi­cine. N Engl J Med, 1999 ; 340 : 1283–1285.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 


Tweet cor­res­pon­dant à ce billet :


Tele­gram cor­res­pon­dant à ce billet :
https://t.me/chouard/375


 

Catégorie(s) de l'article :

20 Commentaires

  1. Étienne CHOUARD

    Un ancien examinateur de la FDA s’exprime sur l’intimidation, les représailles et la marginalisation de la sécurité

    Source :
    https://​tru​thout​.org/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​f​o​r​m​e​r​-​f​d​a​-​r​e​v​i​e​w​e​r​-​s​p​e​a​k​s​-​o​u​t​-​a​b​o​u​t​-​i​n​t​i​m​i​d​a​t​i​o​n​-​r​e​t​a​l​i​a​t​i​o​n​-​a​n​d​-​m​a​r​g​i​n​a​l​i​z​i​n​g​-​o​f​-​s​a​f​e​ty/

    Entre­tien avec Ronald Kava­nagh, conduit par par Marthe Rosen­berg, 29 juillet 2012

    (note 31 du cha­pitre 10, page 571)

    La Food and Drug Admi­nis­tra­tion (FDA) est sou­vent accu­sée de ser­vir l’in­dus­trie au détri­ment des consom­ma­teurs. Mais même les défen­seurs de la FDA sont cho­qués par les rap­ports cette semaine d’un pro­gramme d’es­pion­nage ins­ti­tu­tion­na­li­sé de la FDA sur ses propres scien­ti­fiques, légis­la­teurs, jour­na­listes et uni­ver­si­taires qui com­pre­nait une liste d’en­ne­mis « acteurs » et collaborateurs.

    Le pro­gramme de sur­veillance des e‑mails para­noïaques et de repré­sailles, qui visait à sup­pri­mer les avis de sécu­ri­té des per­sonnes embau­chées pour don­ner leurs avis de sécu­ri­té, a pro­vo­qué une action rapide de Capi­tol Hill. « Je vous écris pour expri­mer ma décep­tion et mon incré­du­li­té face à la façon dont la Food and Drug Admi­nis­tra­tion (FDA) a ripos­té contre les dénon­cia­teurs qui ont expri­mé leur inquié­tude aux membres du Congrès et au Bureau du conseil spé­cial (OSC) concer­nant les pro­blèmes de sécu­ri­té concer­nant les pro­duits médi­caux », a écrit Le séna­teur Charles E. Grass­ley (R‑Iowa), membre de pre­mier plan du comi­té judi­ciaire, à la com­mis­saire de la FDA Mar­ga­ret A. Ham­burg, le len­de­main du repor­tage de l’am­pleur de la sur­veillance dans le New York Times.

    Les agences gou­ver­ne­men­tales ne peuvent pas décou­ra­ger la dénon­cia­tion et le signa­le­ment d’actes répré­hen­sibles en sur­veillant les employés, a fait écho une note de la Mai­son Blanche envoyée à toutes les agences gou­ver­ne­men­tales au sujet du pro­gramme d’es­pion­nage de la FDA.

    « Devi­ce­gate » remonte au moins à jan­vier 2009, lorsque des scien­ti­fiques du Cen­ter for Devices and Radio­lo­gi­cal Health de la FDA ont écrit au pré­sident Oba­ma que les prin­ci­paux res­pon­sables de la FDA « ont com­mis la faute la plus scan­da­leuse en ordon­nant, en contrai­gnant et en inti­mi­dant les méde­cins et les scien­ti­fiques de la FDA à recom­man­der l’ap­pro­ba­tion, puis repré­sailles lorsque les méde­cins et les scien­ti­fiques ont refu­sé de les suivre. Les pro­cé­dures d’exa­men de l’a­gence (qui approuve les stents, les implants mam­maires, les IRM et d’autres appa­reils et machines) étaient si défec­tueux que des appa­reils dan­ge­reux – y com­pris ceux qui émettent des rayon­ne­ments exces­sifs – ont été approu­vés, ont accu­sé les scien­ti­fiques, pro­vo­quant une enquête de l’OSC.

    Pour avoir signa­lé les risques pour la sécu­ri­té, les scien­ti­fiques sont deve­nus la cible du pro­gramme d’es­pion­nage désor­mais divul­gué et cer­tains ont per­du leur emploi. « Il a été por­té à notre atten­tion que la direc­tion de la FDA a peut-être récem­ment ordon­né au Bureau des enquêtes cri­mi­nelles de la FDA (OCI) de nous enquê­ter, plu­tôt qu’aux res­pon­sables qui se sont livrés à des actes répré­hen­sibles ! » ont écrit les scien­ti­fiques de la FDA dans une lettre de sui­vi quelques semaines plus tard au pré­sident Oba­ma. « C’est un scan­dale que notre propre agence inten­si­fie les repré­sailles à un tel niveau parce que nous avons signa­lé leurs actes répré­hen­sibles au Congrès des États-Unis. »

    Au cours de la même période, Ronald Kava­nagh BSPharm., Pharm.D, Ph.D., un exa­mi­na­teur de médi­ca­ments de la FDA au Cen­ter for Drug Eva­lua­tion and Research, a été confron­té à une inti­mi­da­tion et à une sup­pres­sion simi­laires de la recherche sur la sécu­ri­té. Tru­thout a ren­con­tré le Dr Kava­nagh à plu­sieurs reprises pour en savoir plus sur ses expé­riences de dénon­cia­tion de la FDA.

    Mar­tha Rosen­berg pour Tru­thout : Vous avez été révi­seur de médi­ca­ments à la FDA de 1998 à 2008, tra­vaillant sur des médi­ca­ments bien connus comme Cym­bal­ta, Zyprexa, Concer­ta, Inve­ga, Pro­vi­gil et Saphris, et vous avez ren­con­tré le même type d’en­vi­ron­ne­ment de tra­vail coer­ci­tif que les révi­seurs d’appareils.

    Ronald Kava­nagh : C’est cor­rect. Au Cen­ter for Drugs [Cen­ter for Drug Eva­lua­tion and Research ou CDER], comme au Cen­ter for Devices, l’employé hon­nête craint l’employé mal­hon­nête. Il existe éga­le­ment des preuves irré­fu­tables que les res­pon­sables du CDER ont mis la nation en dan­ger en cor­rom­pant l’é­va­lua­tion des médi­ca­ments et en inter­fé­rant avec notre capa­ci­té à garan­tir l’in­no­cui­té et l’ef­fi­ca­ci­té des médi­ca­ments. Pen­dant que j’é­tais à la FDA, on a clai­re­ment dit aux exa­mi­na­teurs de médi­ca­ments de ne pas ques­tion­ner les socié­tés phar­ma­ceu­tiques et que notre tra­vail consis­tait à approu­ver les médi­ca­ments. Nous avons été empê­chés, sauf dans de rares cas, de pré­sen­ter des conclu­sions aux comi­tés consul­ta­tifs. En 2007, des poli­tiques for­melles ont été ins­ti­tuées afin que par­ler d’une manière qui pour­rait nuire à l’a­gence puisse entraî­ner le licen­cie­ment. Si nous posions des ques­tions sus­cep­tibles de retar­der ou d’empêcher l’ap­pro­ba­tion d’un médi­ca­ment – ​​ce qui était bien sûr notre tra­vail en tant qu’exa­mi­na­teurs de médi­ca­ments – la direc­tion nous répri­man­de­rait, nous réaf­fec­te­rait, tien­drait des réunions secrètes à notre sujet, et pire encore. Évi­dem­ment, dans un tel envi­ron­ne­ment, les gens vont s’autocensurer.

    MR : De quelles manières les risques de sécu­ri­té ont-ils été mini­mi­sés lors de l’é­va­lua­tion et de l’exa­men des médicaments ?

    RK : Eh bien, tout d’a­bord, je pense que la plu­part des gens seraient cho­qués de voir à quel point les don­nées de sécu­ri­té sont mal­léables. Les études humaines sont géné­ra­le­ment trop courtes et le nombre de sujets trop petit pour carac­té­ri­ser adé­qua­te­ment les risques les plus dan­ge­reux. C’est pour­quoi même un seul cas doit être pris au sérieux. Un signal d’in­no­cui­té pro­ve­nant de toute étude – et pas seule­ment des don­nées d’in­no­cui­té pro­ve­nant d’é­tudes d’ef­fi­ca­ci­té et d’in­no­cui­té à court terme (uti­li­sées pour l’é­ti­que­tage) – doit être éva­lué. Cela signi­fie que les don­nées d’é­tudes d’in­no­cui­té à long terme doivent être éva­luées ain­si que les don­nées d’é­tudes d’in­no­cui­té encore plus longues et en cours et d’é­tudes de phar­ma­co­lo­gie cli­nique. Cer­taines de ces infor­ma­tions doivent éga­le­ment être exa­mi­nées lors du déve­lop­pe­ment d’un médi­ca­ment. Pour­tant, j’ai vu de nou­veaux exa­mens de médi­ca­ments où rien de tout cela n’a été fait par l’exa­mi­na­teur de la sécu­ri­té médicale.

    MR : Pou­vez-vous don­ner un exemple ?

    RK :Par exemple, les essais de phar­ma­co­lo­gie cli­nique humaine sont géné­ra­le­ment effec­tués en Europe, mais les exa­mi­na­teurs de phar­ma­co­lo­gie cli­nique de la FDA n’ont pas été auto­ri­sés à ana­ly­ser ces infor­ma­tions avant les études menées aux États-Unis. Sans pou­voir le faire, nous ne sommes pas en mesure de détec­ter les preuves de risques à un stade pré­coce et ne pou­vons pas four­nir de conseils qui aide­raient au déve­lop­pe­ment du médi­ca­ment en termes non seule­ment d’in­no­cui­té et de preuve d’ef­fi­ca­ci­té, mais éga­le­ment d’ef­fi­cience et de ren­ta­bi­li­té de l’u­ti­li­sa­tion du médi­ca­ment. Les nou­velles poli­tiques d’é­ti­que­tage peuvent éga­le­ment mas­quer les risques car elles excluent l’é­ti­que­tage des évé­ne­ments indé­si­rables s’ils sont infé­rieurs à un cer­tain pour­cen­tage et/ou ne doublent pas le taux obser­vé avec un pla­ce­bo. Par cette règle, cer­tains évé­ne­ments indé­si­rables graves et poten­tiel­le­ment mor­tels qui ont fina­le­ment entraî­né le retrait d’un médi­ca­ment du mar­ché n’au­raient eu aucune men­tion des évé­ne­ments indé­si­rables dans l’é­ti­que­tage.

    En plus de cela, j’ai fré­quem­ment trou­vé des entre­prises sou­met­tant cer­taines don­nées à un endroit et d’autres don­nées à un autre endroit et des infor­ma­tions sur la sécu­ri­té ailleurs, de sorte que tout ne pou­vait pas être ras­sem­blé, puis se réunis­saient pour obte­nir un accord et pro­po­ser que la ques­tion de la sécu­ri­té est négli­geable et n’a pas besoin d’être éva­luée davantage.

    M. : Comme s’ils essayaient de mettre de la poudre aux yeux de la FDA ?

    RK : Pen­dant le déve­lop­pe­ment, si les éva­lua­teurs disent des choses que les entre­prises n’aiment pas, les entre­prises se plain­dront de l’é­va­lua­teur ou elles appel­le­ront la haute direc­tion et feront reti­rer ou annu­ler l’é­va­lua­teur. À une occa­sion, l’en­tre­prise m’a même dit qu’elle allait appe­ler la haute direc­tion pour obte­nir l’é­li­mi­na­tion d’une exi­gence d’ap­pro­ba­tion claire qu’elle ne vou­lait pas rem­plir, ce que j’ai ensuite vu se pro­duire. À une autre occa­sion, une entre­prise a clai­re­ment décla­ré lors d’une réunion qu’elle avait « payé pour une approbation ».

    MR : C’est cho­quant. Les res­pon­sables de la FDA ne vou­draient-ils pas que les risques de sécu­ri­té fassent l’ob­jet d’une enquête ?

    RK : Tout le contraire. Par­fois, on nous a lit­té­ra­le­ment deman­dé de ne lire qu’un résu­mé de 100 à 150 pages et d’ac­cep­ter les récla­ma­tions des socié­tés phar­ma­ceu­tiques sans exa­mi­ner les don­nées réelles, ce qui, à plu­sieurs reprises, a été en contra­dic­tion directe avec le docu­ment de résu­mé. D’autres fois, on m’a ordon­né de ne pas exa­mi­ner cer­taines sec­tions de la sou­mis­sion, mais c’est inva­ria­ble­ment que c’est là que se situe­raient les pro­blèmes de sécu­ri­té. Cela ne pour­rait se pro­duire que si la direc­tion de la FDA était infor­mée des pro­blèmes liés à la sou­mis­sion avant même qu’elle n’ait été exa­mi­née. De plus, la direc­tion nous sur­char­ge­rait avec d’é­normes quan­ti­tés de docu­ments qui ne pour­raient pas être lus dans un délai don­né et empê­che­rait l’as­sis­tance lorsque vous êtes capable de creu­ser, si vous avez trou­vé des pro­blèmes qui vous feraient refu­ser un médicament.

    MR : Vous avez racon­té que c’est ce qui vous est arri­vé avec le gaz neu­ro­toxique pyridostigmine.

    RK : Oui, la pyri­do­stig­mine est des­ti­née à être admi­nis­trée à titre pré­ven­tif en cas d’at­taque au gaz neu­ro­toxique avec l’agent neu­ro­toxique Soman et elle a été uti­li­sée à titre expé­ri­men­tal sur les troupes de la guerre du Golfe. Après la pre­mière guerre du Golfe, on crai­gnait qu’elle soit liée à la mala­die de la guerre du Golfe. Puis, avant l’o­pé­ra­tion Ira­qi Free­dom, le minis­tère de la Défense (DoD) a ten­té de faire renon­cer le pré­sident Bush à son consen­te­ment éclai­ré pour la pyri­do­stig­mine, même s’il s’a­gis­sait tou­jours d’un médi­ca­ment expérimental.

    M.R. : Pourquoi ?

    RK : Peut-être parce qu’il y a moins de tra­cas pour soi­gner les troupes si aucun consen­te­ment éclai­ré n’est requis. Lorsque le pré­sident Bush a refu­sé de renon­cer au consen­te­ment éclai­ré, la FDA a approu­vé la pyri­do­stig­mine en uti­li­sant la « règle des ani­maux » qui per­met l’ap­pro­ba­tion de médi­ca­ments à usage humain sur la base de don­nées ani­males. Il a été uti­li­sé parce qu’il était contraire à l’é­thique de doser les humains avec l’agent neu­ro­toxique Soman pour voir si la pyri­do­stig­mine empê­che­rait réel­le­ment la mort. Cepen­dant, la façon dont les médi­ca­ments ont été uti­li­sés dans les études ani­males ne reflé­tait pas la façon dont ils seraient uti­li­sés chez l’homme et a abou­ti à des conclu­sions trompeuses.

    MR : Un autre exa­mi­na­teur de la FDA a refu­sé la pyri­do­stig­mine avant vous ?

    RK : Oui. J’ai été char­gé de réexa­mi­ner ses conclu­sions concer­nant la pyri­do­stig­mine et même avant de com­men­cer mon exa­men, j’ai subi des pres­sions pour l’ap­prou­ver et cette pres­sion s’est pour­sui­vie pen­dant près de deux dou­zaines de réunions avec la direc­tion de la FDA. Après qu’il soit deve­nu clair que je ne serais pas pous­sé à obte­nir une appro­ba­tion et qu’il est deve­nu évident qu’elle serait approu­vée selon la règle ani­male en dépit de la science, j’ai sou­le­vé une objec­tion encore plus forte : non seule­ment cela n’a pas fonc­tion­né contre les agents neu­ro­toxiques d’autres que Soman, mais la pyri­do­stig­mine a en fait aug­men­té la léta­li­té en pré­sence d’autres agents neu­ro­toxiques et nous savions que Sad­dam Hus­sein n’u­ti­li­sait pas Soman et uti­li­sait plu­tôt ces autres agents neurotoxiques.

    M. : Donc, vous disiez sim­ple­ment ce qui aurait dû être évident ?

    RK : Cette infor­ma­tion n’é­tait pas secrète – les docu­ments publics de la FDA et du DoD recon­naissent une léta­li­té accrue avec d’autres agents neu­ro­toxiques tels que le Sarin, et le DoD et d’autres docu­ments gou­ver­ne­men­taux qui sont publics docu­mentent éga­le­ment que Sad­dam Hus­sein n’u­ti­li­sait pas Soman et uti­li­sait plu­tôt ces autres gaz. Pour­tant, parce que j’ai sou­le­vé cette objec­tion, j’ai été immé­dia­te­ment rem­pla­cé en tant qu’exa­mi­na­teur prin­ci­pal afin que je ne puisse pas docu­men­ter mes pré­oc­cu­pa­tions et que la pyri­do­stig­mine puisse être approu­vée. Il a depuis été pro­po­sé que si jamais nous sommes confron­tés à la pers­pec­tive d’a­gents neu­ro­toxiques à l’a­ve­nir, cette appro­ba­tion sera uti­li­sée comme jus­ti­fi­ca­tion pour convaincre le pré­sident de l’é­poque de renon­cer au consen­te­ment éclai­ré sans pré­sen­ter une image com­plète. Même si l’u­ti­li­sa­tion de la pyri­do­stig­mine n’in­vi­te­rait pro­ba­ble­ment que l’u­ti­li­sa­tion d’a­gents neurotoxiques.

    MR : Pour­quoi la FDA et le DoD auto­ri­se­raient-ils les troupes à subir ce genre de préjudice ?

    RK : Je ne sais pas et je ne veux pas spé­cu­ler. Cepen­dant, les cadres supé­rieurs ont fait des décla­ra­tions indi­quant qu’ils savaient que l’ap­pro­ba­tion était illé­gale. En tout cas, il était clair et connu que l’u­ti­li­sa­tion de la pyri­do­stig­mine inter­fé­re­rait avec le fonc­tion­ne­ment de nos troupes.

    MR : Votre for­ma­tion de phar­ma­co­logue cli­ni­cien pédia­trique vous a ren­du par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible aux risques médi­ca­men­teux pour les enfants. Quels sont cer­tains des risques uniques liés à la drogue aux­quels les enfants sont confrontés ?

    RK : Les appro­ba­tions pédia­triques reposent sur l’hy­po­thèse que les enfants réagi­ront de la même manière à des expo­si­tions simi­laires. Pour­tant, les dosages qui sont uti­li­sés pour les études chez les enfants sont sou­vent basés sur des dosages approu­vés pour adultes plu­tôt que sur une déter­mi­na­tion scien­ti­fique de savoir si les enfants atteignent des expo­si­tions iden­tiques ou supé­rieures à celles des adultes. C’est parce que les entre­prises ne veulent pas déve­lop­per des doses plus faibles pour les enfants si elles n’y sont pas obli­gées. Ain­si, les études d’ex­po­si­tion chez les enfants sont effec­tuées après le début des études d’ef­fi­ca­ci­té plu­tôt qu’a­vant lorsque cela est néces­saire. Les études d’ex­po­si­tion peuvent alors éga­le­ment uti­li­ser des enfants en sur­poids ain­si que trop peu d’en­fants. Étant don­né qu’au­cune consi­dé­ra­tion n’est faite pour la race, l’âge, la puber­té ou le poids réel et qu’il existe des dif­fé­rences dans la clai­rance des médi­ca­ments chez les enfants, il y a sou­vent des expo­si­tions plus éle­vées aux méta­bo­lites actifs et toxiques chez les enfants que chez les adultes.

    MR : Y a‑t-il d’autres risques avec les doses uniques ?

    RK : Il existe des dif­fé­rences raciales dans le méta­bo­lisme des médi­ca­ments qui ne sont pas prises en consi­dé­ra­tion. Par exemple, un médi­ca­ment anti­can­cé­reux se décom­pose plus rapi­de­ment chez les Afro-Amé­ri­cains, de sorte que les patients ne sont pas suf­fi­sam­ment expo­sés au médi­ca­ment pour tuer les tumeurs. Pour­tant, les Afro-Amé­ri­cains n’ont pas été inclus dans les études d’in­no­cui­té et d’ef­fi­ca­ci­té. Lorsque les médi­ca­ments se décom­posent plus rapi­de­ment par une voie par­ti­cu­lière, les patients subi­ront éga­le­ment une plus grande toxi­ci­té et même la mort du méta­bo­lite toxique qui se forme. Cela est par­ti­cu­liè­re­ment vrai lorsque la socié­té recom­mande par la suite des doses plus éle­vées pour sur­mon­ter l’ex­po­si­tion plus faible due à un méta­bo­lisme plus rapide. Dans un cas, cela s’est pro­duit avec un médi­ca­ment uti­li­sé chez les femmes enceintes, où les chan­ge­ments hor­mo­naux pen­dant la gros­sesse pro­voquent une dégra­da­tion plus impor­tante en un méta­bo­lite soup­çon­né de pro­vo­quer un retard men­tal chez les enfants expo­sés pen­dant la gros­sesse. Non seule­ment l’é­ti­que­tage sug­gère une uti­li­sa­tion pos­sible pen­dant la gros­sesse, mais l’é­ti­que­tage recom­mande une dose plus éle­vée pen­dant la gros­sesse. Pen­dant tout ce temps, il semble que la socié­té était au cou­rant de la for­ma­tion d’un méta­bo­lite qui affecte pro­ba­ble­ment le déve­lop­pe­ment du cer­veau bien avant que le médi­ca­ment ne soit sou­mis à la FDA.

    MR : Les risques sont-ils sim­ple­ment ignorés ?

    RK : La réponse de la FDA aux risques les plus atten­dus est de les nier et d’at­tendre qu’il y ait des preuves irré­fu­tables après la com­mer­cia­li­sa­tion, puis d’a­jou­ter sim­ple­ment un aver­tis­se­ment édul­co­ré dans l’é­ti­que­tage. En fait, lorsque les patients pré­sentent une toxi­ci­té médi­ca­men­teuse, cela est géné­ra­le­ment attri­bué à une affec­tion sous-jacente qui, nous le savons, est sus­cep­tible d’ag­gra­ver la toxi­ci­té médi­ca­men­teuse. Cela per­met éga­le­ment de reje­ter la toxi­ci­té comme étant sans rap­port avec le médi­ca­ment de quelque manière que ce soit. Par consé­quent, les toxi­ci­tés ne sont attri­buées au médi­ca­ment que lorsque les preuves sont irré­fu­tables. Ain­si, la majo­ri­té des cas où il y a un fac­teur contri­bu­tif sont tout sim­ple­ment reje­tés. Lorsque vous sou­le­vez des pro­blèmes de sécu­ri­té poten­tiels, le refrain que j’ai enten­du à plu­sieurs reprises de la part de la haute direc­tion était : « Où sont les cadavres dans la rue ? » Ce que j’ai com­pris comme signi­fiant que nous ne fai­sons quelque chose que si la presse en fait un problème.

    MR : Vous avez éga­le­ment par­lé des dan­gers de cer­tains médi­ca­ments pour le TDAH et pré­sen­té des don­nées acca­blantes sur le sti­mu­lant Pro­vi­gil de Cephalon.

    RK : En 2006, un exa­mi­na­teur médi­cal a décou­vert plu­sieurs cas de ce qu’il pen­sait être le syn­drome de Ste­vens John­son (SJS) chez des enfants qui pre­naient du Pro­vi­gil ou du moda­fi­nil. Le SJS et les affec­tions connexes, l’é­ry­thème poly­morphe et la nécro­lyse épi­der­mique toxique (NET) sont des affec­tions cuta­nées poten­tiel­le­ment mor­telles où d’é­normes pans de peau cou­vrant de grandes par­ties du corps meurent et se détachent et les mem­branes muqueuses sont éga­le­ment affec­tées. Les mala­dies sont incroya­ble­ment dou­lou­reuses et tuent res­pec­ti­ve­ment 10 et 40 pour cent des per­sonnes qui les déve­loppent. Le cri­tique a cru qu’il allait être reje­té et m’a deman­dé de l’aide. Nous avons pu obte­nir une réunion du comi­té consul­ta­tif au cours de laquelle j’ai été auto­ri­sé à pré­sen­ter des dia­po­si­tives des don­nées qui appuyaient un diag­nos­tic de SJS chez un enfant de l’é­tude. J’ai éga­le­ment mon­tré qu’un méta­bo­lite du moda­fi­nil était 16 fois plus éle­vé chez les enfants que chez les adultes et simi­laire au pire médi­ca­ment qui existe pour cau­ser le SJS, le blé­pha­mide. Les méde­cins de la com­pa­gnie phar­ma­ceu­tique n’é­taient pas pré­pa­rés à ma pré­sen­ta­tion et ont affir­mé qu’ils n’a­vaient aucune infor­ma­tion sur l’en­fant, y com­pris aucune pho­to, et qu’ils avaient per­du le contact.

    M. : L’un des méde­cins phar­ma­ceu­tiques a en fait essayé de mini­mi­ser le SJS avec le moda­fi­nil, affir­mant qu’un enfant avait été hos­pi­ta­li­sé, mais qu’il n’é­tait pas dans l’« uni­té des grands brû­lés », selon la transcription.

    RK : Oui. En grande par­tie à cause de ma pré­sen­ta­tion, le comi­té consul­ta­tif a voté 12 contre 1 contre l’ap­pro­ba­tion, mais Cepha­lon a affir­mé dans la presse que l’é­rup­tion cuta­née était virale et ne pro­ve­nait pas du médi­ca­ment. L’an­née sui­vante, l’ar­mo­da­fi­nil, un médi­ca­ment appa­ren­té, a été approu­vé avec une contre-indi­ca­tion pour les enfants avec une contre-indi­ca­tion trois mois plus tard pour le moda­fi­nil. Paral­lè­le­ment, Cepha­lon a accep­té de payer 425 mil­lions de dol­lars pour la com­mer­cia­li­sa­tion hors AMM du moda­fi­nil. Cela signi­fie que pen­dant 18 mois, la FDA a gar­dé le silence sur la ques­tion du SJS chez les enfants, tan­dis que Cepha­lon a conti­nué à plein régime la com­mer­cia­li­sa­tion hors AMM. Plus tard, j’ai décou­vert que la FDA avait des docu­ments internes qui avaient la même conclu­sion que mon ana­lyse, mais ils avaient été cachés au comi­té consultatif.

    Tous les médi­ca­ments com­portent des dan­gers, y com­pris la mort, et les médi­ca­ments psy­chia­triques ont ten­dance à être par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux, mais tant que nous fai­sons des efforts rai­son­nables pour mini­mi­ser les risques et four­nir des infor­ma­tions adé­quates aux pres­crip­teurs et aux patients, je ne m’y oppose pas. À plu­sieurs reprises, j’ai défen­du les petites socié­tés phar­ma­ceu­tiques contre la direc­tion de la FDA.

    MR : Les récentes révé­la­tions de repré­sailles contre les révi­seurs d’ap­pa­reils de la FDA ne doivent pas du tout vous surprendre.

    RK : Non, ils ne l’ont pas fait. Après que la direc­tion de la FDA ait appris que j’é­tais allé au Congrès pour cer­taines ques­tions, j’ai décou­vert que mon bureau avait été entré et que mon ordi­na­teur avait été phy­si­que­ment alté­ré. J’ai vu d’é­tranges mou­ve­ments de cur­seur sur mon ordi­na­teur alors que j’é­tais juste assis à mon bureau en train de lire que je soup­çon­nais d’être une preuve d’es­pion­nage. Après avoir don­né au bureau du repré­sen­tant Wax­man (D‑CA) une clé USB avec des preuves, le per­son­nel de la FDA a été aver­ti qu’il était inter­dit de télé­char­ger des infor­ma­tions sur des clés USB. Puis, après avoir ouver­te­ment signa­lé des irré­gu­la­ri­tés dans une étude de médi­ca­ments anti­psy­cho­tiques et une col­lu­sion finan­cière de la FDA avec des étran­gers au bureau du séna­teur Grass­ley et au comi­té de la Chambre sur la sur­veillance et la réforme gou­ver­ne­men­tale, j’ai été mena­cé de pri­son si je devais divul­guer des infor­ma­tions secrètes com­mer­ciales au Congrès.

    MR : C’est simi­laire à l’af­fir­ma­tion de la FDA auprès des exa­mi­na­teurs de dis­po­si­tifs. Pour­quoi les efforts visant à faire taire la liber­té d’ex­pres­sion semblent-ils tou­jours être pré­sen­tés comme des « secrets commerciaux » ?

    RK : Parce qu’une grande par­tie des infor­ma­tions que nous rece­vons sont des secrets com­mer­ciaux et que les entre­prises éti­quettent expli­ci­te­ment tout ce qu’elles four­nissent à la FDA en tant que tel et inter­disent expli­ci­te­ment leur dif­fu­sion. Mal­gré cela, la Food Drug and Cos­me­tics Act auto­rise expli­ci­te­ment la com­mu­ni­ca­tion de secrets com­mer­ciaux par les employés de la FDA au Congrès, mais comme la plu­part des gens l’i­gnorent, la direc­tion de la FDA peut uti­li­ser la menace d’emprisonnement pour vio­la­tion de la Trade Secrets Act, non seule­ment pour décou­ra­ger les cri­tiques, mais dans mon cas, ils ont deman­dé au per­son­nel du séna­teur Grass­ley de détruire les preuves que je leur ai four­nies. Les menaces, cepen­dant, peuvent être bien pires que la pri­son. Un res­pon­sable a mena­cé mes enfants – qui venaient d’a­voir 4 et 7 ans – et lors d’une grande réunion du per­son­nel, j’ai été qua­li­fié de « sabo­teur ». Sur la base d’autres choses qui se sont pro­duites et ont été dites,

    M. : Pour­tant, les trans­crip­tions de la réunion de trans­pa­rence de la FDA indiquent que vous n’êtes pas seule­ment allé aux membres du Congrès, vous avez fait appel à l’ins­pec­teur géné­ral de la san­té et des ser­vices sociaux.

    RK : Le Congrès m’a mis en contact avec le minis­tère de la Jus­tice, cepen­dant, je ne pense pas que mes plaintes aient été prises au sérieux par le FBI ou fassent l’ob­jet d’une enquête. Je pense que de véri­tables crimes ont bien pu se pro­duire. Par exemple, j’ai trou­vé des preuves de délit d’i­ni­tié sur des actions de socié­tés phar­ma­ceu­tiques reflé­tant des connais­sances que seule la direc­tion de la FDA aurait pro­ba­ble­ment connues. Je crois que j’ai éga­le­ment des docu­ments sur la fal­si­fi­ca­tion de docu­ments, la fraude, le par­jure et le racket géné­ra­li­sé, y com­pris la fal­si­fi­ca­tion de témoins et les repré­sailles de témoins.

    MR : Et en plus de cet acte répré­hen­sible allé­gué, le public est mena­cé par des médi­ca­ments dan­ge­reux qui ont été approuvés ?

    RK : Oui. En fait, grâce en par­tie à la Loi sur les frais d’u­ti­li­sa­tion des médi­ca­ments sur ordon­nance, [dans laquelle les socié­tés phar­ma­ceu­tiques paient pour les exa­mens accé­lé­rés] la tha­li­do­mide n’a pas pu être arrê­tée aujourd’hui.

    Réponse
    • grioune

      Pour­quoi les gens prennent-ils encore des médi­ca­ments ? En langue anglaise, les médi­ca­ments sont appe­lés drugs, c’est plus expli­cite. Très bon article, merci.

      Réponse
  2. Étienne CHOUARD

    Des médicaments hors de contrôle ? Antidépresseurs et complot de bonne volonté

    (recen­sion du livre évo­qué dans la note 37 du chap 10 du livre de Gotzsche)

    Source : https://​www​.ncbi​.nlm​.nih​.gov/​l​a​b​s​/​p​m​c​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​P​M​C​5​3​4​8​61/

    Recen­sion du livre par Sean A Spence , lec­teur en psychiatrie

    Le trai­te­ment de la dépres­sion a rare­ment été plus contro­ver­sé. L’in­no­cui­té des nou­veaux anti­dé­pres­seurs est sou­mise à une rééva­lua­tion radi­cale, tan­dis qu’une ques­tion désa­gréable se pro­file : peut-on vrai­ment faire confiance aux preuves scien­ti­fiques ? Meda­war et Har­don donnent une ana­lyse détaillée de ce bour­bier, mas­si­ve­ment anno­tée de notes de bas de page et de cita­tions textuelles.​citations.


    Charles Meda­war, Ani­ta Hardon
    Aksant, 19,25 £/27,50 €/34,50 $, p. 260 ISBN 90 5260 134 8 http://​www​.iisg​.nl/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​a​k​s​a​n​t​.​h​tml

    Il est com­pré­hen­sible que les réfé­rences se perdent par­fois ou que l’ar­gu­ment erre, car le pro­blème n’est pas focal mais omni­pré­sent. C’est un acte d’ac­cu­sa­tion contre les « big phar­mas » (l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique), les méde­cins (à la fois en tant que pres­crip­teurs et cher­cheurs), les auto­ri­tés de régle­men­ta­tion, les poli­ti­ciens et, en fin de compte, les valeurs de la socié­té elle-même. S’ap­puyant sur les preuves que les trai­te­ments anté­rieurs de la « détresse » (comme l’o­pium, les bar­bi­tu­riques et les ben­zo­dia­zé­pines) sem­blaient ini­tia­le­ment bénins, pour faire des ravages plus tard, les auteurs trouvent un opti­misme simi­laire par­mi les pre­miers comptes ren­dus de cer­tains anti­dé­pres­seurs (en par­ti­cu­lier les inhi­bi­teurs sélec­tifs de la recap­ture de la séro­to­nine ou ISRS).

    Cepen­dant, ils sug­gèrent qu’il y a quelque chose de dif­fé­rent dans le débat actuel – quelque chose qui concerne la pré­ci­sion, la séman­tique ou le tour de passe-passe, selon votre point de vue. Les auteurs sou­tiennent que les ISRS sus­citent une « dépen­dance », comme en témoignent les phé­no­mènes de sevrage, mais que cela a été obs­cur­ci par la ter­mi­no­lo­gie. Si le fait de se sen­tir pire ou de res­sen­tir des effets indé­si­rables lors de l’ar­rêt d’un médi­ca­ment consti­tue une dépen­dance, les ISRS la pro­duisent. Cepen­dant, un voca­bu­laire alter­na­tif décrit de tels phé­no­mènes de sevrage (notez la conno­ta­tion d’ad­dic­tion) comme des réac­tions de « dis­con­ti­nua­tion », un terme plus doux. De plus, clas­si­que­ment, la dépen­dance néces­site eupho­rie et tolé­rance (aug­men­ter la dose pour obte­nir le même effet). Les ISRS n’é­voquent aucun de ces phé­no­mènes, mais les auteurs y voient un plai­doyer particulier.

    Ils étendent leur cri­tique à l’é­chec des pro­cé­dures de sur­veillance post-com­mer­cia­li­sa­tion. Rela­ti­ve­ment peu de pres­crip­teurs signalent des effets indé­si­rables, et de faibles niveaux de noti­fi­ca­tion peuvent favo­ri­ser l’hy­po­thèse que peu de choses ne vont pas. Les auteurs appellent cela le sophisme NERO (aucune preuve de risque équi­vaut à preuve d’ab­sence de risque).

    Encore une fois, leur ques­tion est de savoir si les per­sonnes sur­veillant les effets indé­si­rables des ISRS, sciem­ment ou incons­ciem­ment, ont mini­mi­sé les incon­vé­nients des médi­ca­ments. Si ces médi­ca­ments encou­ragent les actes sui­ci­daires chez cer­tains patients, alors qua­li­fier de tels actes de « non acci­den­tels » est vrai­ment impor­tant. Les auteurs sug­gèrent que la clas­si­fi­ca­tion des actes sui­ci­daires comme non acci­den­tels a mas­qué les pro­blèmes avec la paroxé­tine en par­ti­cu­lier. Ici, beau­coup dépend de l’at­tri­bu­tion de motifs à d’autres.

    Tout au long du livre, les auteurs décrivent des traces écrites détaillées : nom­mant des noms et des réunions, citant ce que les régu­la­teurs ont dit, qui a témoi­gné, qui a décla­ré un « inté­rêt » et a quit­té la salle, qui avait des actions dans des socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Un cer­tain nombre de psy­chiatres sont nom­més. Un dilemme sur­git. Un comi­té qui a besoin d’un avis d’ex­pert aura besoin de quel­qu’un qui a tra­vaillé dans le domaine. Pour­tant, un cher­cheur en psy­cho­phar­ma­co­lo­gie peut très bien avoir reçu des sub­ven­tions de l’in­dus­trie. Si l’ex­pert quitte la salle lorsque la science est dis­cu­tée (décla­rant un inté­rêt concur­rent), alors le niveau du dis­cours est dimi­nué. Peu d’ex­perts recon­nus en psy­cho­phar­ma­co­lo­gie n’ont jamais inter­agi avec les big phar­ma. Cette cri­tique consi­dère tous ces contacts comme la preuve d’une col­lu­sion potentielle.

    Tous les prin­ci­paux acteurs peuvent être consi­dé­rés comme com­pro­mis. Les socié­tés phar­ma­ceu­tiques sont des orga­ni­sa­tions mas­sives qui ont besoin d’être réfor­mées (voir BMJ 2004 ; 329 : 862 [ Google Scho­lar ] ) mais qui ont du mal à inno­ver. La plu­part des nou­veaux com­po­sés sont des varia­tions sur un thème ; et, para­doxa­le­ment, la plu­part des recherches se déroulent dans le sec­teur public.

    Ailleurs, la com­mu­nau­té de la recherche uni­ver­si­taire a besoin d’argent pour sur­vivre. Les uni­ver­si­tés encou­ragent l’en­tre­pre­neu­riat et les reve­nus de la recherche sont un déter­mi­nant majeur de l’es­time de soi. Le com­merce ne se limite pas à la psy­cho­phar­ma­co­lo­gie ; cer­taines pré­sen­ta­tions sur la géné­tique sont basées sur des don­nées qui ne peuvent pas être pré­sen­tées en rai­son de pro­blèmes de bre­vets. Il n’est pas incon­ce­vable que la pour­suite de la véri­té soit fina­le­ment limi­tée par le résul­tat final et la science « pri­vée de son carac­tère épis­té­mo­lo­gique » (R Hor­ton, « The Dawn of McS­cience », New York Review of Books , 2004. 11 mars : 7- 9 ). Et les pres­crip­teurs ne valent pas mieux. La recherche en psy­cho­lo­gie sociale a mon­tré à maintes reprises que les méde­cins jugent mal l’in­fluence exer­cée sur eux par les cadeaux et les repré­sen­tants des grandes socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Nous sommes tous faillibles.

    Les régu­la­teurs tra­vaillent en étroite col­la­bo­ra­tion avec l’in­dus­trie ; les gou­ver­ne­ments encou­ragent cela et sou­vent les mêmes per­sonnes tournent entre les sec­teurs (bra­con­nier ou garde-chasse à tour de rôle). Même les groupes de patients peuvent être finan­cés par l’industrie.

    Meda­war et Har­don sou­lignent éga­le­ment ce qui sera fami­lier à ceux qui fré­quentent les clubs de lec­ture : que les recherches publiées sont sou­vent de mau­vaise qua­li­té et que les don­nées peuvent être déployées de manière créa­tive. Comme le dit Richard Hor­ton, rédac­teur en chef du Lan­cet , dans l’ar­ticle de la New York Review of Books , « les jour­naux se sont trans­for­més en opé­ra­tions de blan­chi­ment d’in­for­ma­tions pour l’in­dus­trie pharmaceutique ».

    C’est un livre dépri­mant, offrant peu de solu­tions. Les der­nières pages invoquent Ivan Illich et sa thèse selon laquelle la méde­cine est mau­vaise pour la socié­té, favo­ri­sant la dépen­dance vis-à-vis des méde­cins et de la tech­no­lo­gie et nous pri­vant de notre auto­no­mie – notre croyance en nous-mêmes en tant qu’êtres humains fon­da­men­ta­le­ment sains et capables. Mon point de vue, pour ce que cela vaut, est que lorsque les gou­ver­ne­ments natio­naux financent les soins de san­té, ils ont un inté­rêt légi­time à finan­cer cor­rec­te­ment la recherche sur le trai­te­ment. Jus­qu’à ce qu’ils le fassent, nous nous appuie­rons sur des comi­tés pour pas­ser au crible les études inadé­quates et les méta-ana­lyses de don­nées de seconde main.


    Remarques
    Inté­rêts concur­rents : SAS a reçu des hono­raires de socié­tés phar­ma­ceu­tiques pour avoir pré­si­dé des réunions et fait des pré­sen­ta­tions scien­ti­fiques (tous les reve­nus ont été rever­sés aux fonds du dépar­te­ment) ; a reçu une sub­ven­tion de recherche de Cepha­lon UK et a été sou­te­nu pour assis­ter à des confé­rences et à des sym­po­siums scien­ti­fiques. SAS n’ac­cepte pas les paie­ments per­son­nels, ne donne pas de dis­cours pro­mo­tion­nels et ne détient pas d’ac­tions dans des socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Il est titu­laire d’une bourse d’é­ta­blis­se­ment de car­rière de la MRC.

    Réponse
  3. Étienne CHOUARD

    L’aube de McScience

    par Richard Hor­ton (rédac chef du Lancet)
    Numé­ro du 11 mars 2004

    L’un des aspects les plus frap­pants du lea­der­ship papal de Jean-Paul II a été ses incur­sions fré­quentes et franches dans la science, en par­ti­cu­lier les sciences de la vie. Ses posi­tions sur l’a­vor­te­ment, la sexua­li­té et la contra­cep­tion ont alié­né un grand nombre de catho­liques et de non-catho­liques. Beau­coup de gens avaient vu son man­dat au Vati­can comme une oppor­tu­ni­té de lea­der­ship pro­gres­siste sur des ques­tions allant du SIDA en Afrique aux droits repro­duc­tifs des femmes. Ils ont été déçus. Mais sa fer­vente ortho­doxie a eu une consé­quence inat­ten­due, et cer­tains diraient béné­fique, une oppo­si­tion déci­sive à l’ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale de la science.

    Dans une lettre au nonce apos­to­lique en Pologne du 25 mars 2002, Jean-Paul II a condam­né les « inté­rêts finan­ciers supé­rieurs » qui opèrent dans la recherche bio­mé­di­cale et phar­ma­ceu­tique. Ces forces, écrit-il, ont sus­ci­té « des déci­sions et des pro­duits contraires aux valeurs véri­ta­ble­ment humaines et aux exi­gences de la jus­tice ». Sa cible par­ti­cu­lière était « la méde­cine des dési­rs », par laquelle il enten­dait ces médi­ca­ments et pro­cé­dures qui sont « contraires au bien moral », ser­vant à la pour­suite du plai­sir plu­tôt qu’à l’é­ra­di­ca­tion de la pau­vre­té. Dans un pas­sage par­ti­cu­liè­re­ment réflé­chi, il a écrit que

    la pré­émi­nence du motif du pro­fit dans la conduite de la recherche scien­ti­fique signi­fie fina­le­ment que la science est pri­vée de son carac­tère épis­té­mo­lo­gique, selon lequel son objec­tif pre­mier est la décou­verte de la véri­té. Le risque est que lorsque la recherche prend une tour­nure uti­li­taire, sa dimen­sion spé­cu­la­tive, qui est la dyna­mique inté­rieure du che­mi­ne­ment intel­lec­tuel de l’homme, soit dimi­nuée ou étouffée.

    Shel­don Krim­sky, phy­si­cien, phi­lo­sophe et ana­lyste poli­tique main­te­nant à la Tufts Uni­ver­si­ty School of Medi­cine, le dit plus crû­ment. En science dans l’in­té­rêt pri­vé, une polé­mique for­te­ment argu­men­tée contre les condi­tions com­mer­ciales dans les­quelles la recherche scien­ti­fique opère actuel­le­ment, il montre com­ment les uni­ver­si­tés ne sont deve­nues que des ins­tru­ments de richesse. Ce chan­ge­ment dans la mis­sion du monde uni­ver­si­taire, affirme Krim­sky, va à l’en­contre de l’in­té­rêt public. Les uni­ver­si­tés ont sacri­fié leurs res­pon­sa­bi­li­tés sociales plus larges pour répondre à un nou­vel objec­tif – la pri­va­ti­sa­tion du savoir – en s’en­ga­geant dans des contrats de plu­sieurs mil­lions de dol­lars avec des indus­tries qui exigent le droit de négo­cier des licences pour toute décou­verte ulté­rieure (comme l’a fait Novar­tis, rap­porte Krim­sky, dans un accord de 25 mil­lions de dol­lars avec l’U­ni­ver­si­té de Cali­for­nie à Ber­ke­ley). La science est depuis long­temps mûre pour la colo­ni­sa­tion indus­trielle. Les normes tra­di­tion­nelles d’en­quête dés­in­té­res­sée et de libre expres­sion d’o­pi­nion ont été aban­don­nées afin de récol­ter des reve­nus nou­veaux et indis­pen­sables. Lorsque le célèbre méde­cin David Hea­ly a fait part de ses inquié­tudes concer­nant les risques de sui­cide chez les per­sonnes pre­nant un type d’an­ti­dé­pres­seur, sa nou­velle nomi­na­tion en tant que direc­teur cli­nique du Centre de toxi­co­ma­nie et de san­té men­tale de l’U­ni­ver­si­té de Toron­to a été immé­dia­te­ment révo­quée. Les uni­ver­si­tés se sont réin­ven­tées en tant qu’en­tre­prises. Les scien­ti­fiques en viennent à accep­ter, et dans de nom­breux cas, à pro­fi­ter de leur sta­tut accru d’en­tre­pre­neurs. Mais ces chan­ge­ments sub­tils mais insi­dieux des règles d’en­ga­ge­ment entre la science et le com­merce causent, selon Krim­sky, un pré­ju­dice incal­cu­lable à la socié­té, ain­si qu’à la science. sa nou­velle nomi­na­tion en tant que direc­teur cli­nique du Centre de toxi­co­ma­nie et de san­té men­tale de l’U­ni­ver­si­té de Toron­to a été immé­dia­te­ment révo­quée. Les uni­ver­si­tés se sont réin­ven­tées en tant qu’en­tre­prises. Les scien­ti­fiques en viennent à accep­ter, et dans de nom­breux cas, à pro­fi­ter de leur sta­tut accru d’en­tre­pre­neurs. Mais ces chan­ge­ments sub­tils mais insi­dieux des règles d’en­ga­ge­ment entre la science et le com­merce causent, selon Krim­sky, un pré­ju­dice incal­cu­lable à la socié­té, ain­si qu’à la science. sa nou­velle nomi­na­tion en tant que direc­teur cli­nique du Centre de toxi­co­ma­nie et de san­té men­tale de l’U­ni­ver­si­té de Toron­to a été immé­dia­te­ment révo­quée. Les uni­ver­si­tés se sont réin­ven­tées en tant qu’en­tre­prises. Les scien­ti­fiques en viennent à accep­ter, et dans de nom­breux cas, à pro­fi­ter de leur sta­tut accru d’en­tre­pre­neurs. Mais ces chan­ge­ments sub­tils mais insi­dieux des règles d’en­ga­ge­ment entre la science et le com­merce causent, selon Krim­sky, un pré­ju­dice incal­cu­lable à la socié­té, ain­si qu’à la science.

    Cette cor­ro­sion crois­sante des valeurs découle d’un chan­ge­ment bru­tal du cli­mat poli­tique au cours des années 1970. Les admi­nis­tra­teurs uni­ver­si­taires en sont venus à consi­dé­rer leurs facul­tés comme une res­source sous-esti­mée. Pour contrer ce qui était consi­dé­ré comme une culture de pas­si­vi­té finan­cière, la loi de 1980 sur les bre­vets et les marques (Bayh-Dole) a per­mis aux uni­ver­si­tés de reven­di­quer le droit aux inven­tions réa­li­sées avec le sou­tien de fonds fédé­raux. Sou­dain, les doyens d’u­ni­ver­si­té se sont retrou­vés assis sur une mon­tagne de reve­nus non réa­li­sés. Les scien­ti­fiques ont pris leur nou­velle voca­tion com­mer­ciale avec délec­ta­tion. Les enquêtes révèlent qu’une forte pro­por­tion de cher­cheurs ont des liens avec les indus­tries dont ils étu­dient les pro­duits. Beau­coup ont argu­men­té et cer­tains pensent sans doute que l’argent ne pour­rait jamais influen­cer leur indé­pen­dance scien­ti­fique. Mais Krim­sky fait une com­pa­rai­son révé­la­trice des jour­na­listes et des fonc­tion­naires, deux groupes pour les­quels les conflits d’in­té­rêts moné­taires, désor­mais endé­miques dans la science, sont un ana­thème pour leur éthique pro­fes­sion­nelle. Au lieu de cela, et c’est cer­tai­ne­ment un double stan­dard remar­quable, les scien­ti­fiques s’exo­nèrent des dan­gers de conflits finan­ciers sou­vent pro­fonds (tels que les man­dats d’ad­mi­nis­tra­teur d’en­tre­prise, la par­ti­ci­pa­tion au capi­tal, les sub­ven­tions de recherche, les hono­raires et les frais de voyage) par de simples moyens de divul­ga­tion. Signa­ler un paie­ment, un cadeau ou tout autre inté­rêt est deve­nu une pana­cée, en par­ti­cu­lier dans les revues médi­cales, per­met­tant aux scien­ti­fiques de se laver les mains des critiques.

    [La suite est payante]

    Source : https://​www​.nybooks​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​0​4​/​0​3​/​1​1​/​t​h​e​-​d​a​w​n​-​o​f​-​m​c​s​c​i​e​n​ce/

    Réponse
  4. Étienne CHOUARD

    LOBBY PHARMACEUTIQUE SANS ÉGAL
    Comment l’industrie pharmaceutique réussit à Washington

    Source : https://​publi​cin​te​gri​ty​.org/​h​e​a​l​t​h​/​d​r​u​g​-​l​o​b​b​y​-​s​e​c​o​n​d​-​t​o​-​n​o​ne/

    (Note 42 du chap 10 du livre de Peter Gotzsche)

    intro­duc­tion
    L’A­mé­rique la lucrative
    Dons politiques

    M. Asif Ismail, 7 juillet 2005

    L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et des pro­duits de san­té a dépen­sé plus de 800 mil­lions de dol­lars en lob­bying fédé­ral et en dons de cam­pagne aux niveaux fédé­ral et éta­tique au cours des sept der­nières années, a révé­lé une enquête du Cen­ter for Public Inte­gri­ty. Son opé­ra­tion de lob­bying, pour laquelle il déclare avoir dépen­sé plus de 675 mil­lions de dol­lars, est la plus impor­tante du pays. Aucune autre indus­trie n’a dépen­sé plus d’argent pour influen­cer la poli­tique publique au cours de cette période. Ses dépenses poli­tiques com­bi­nées en matière de lob­bying et de contri­bu­tions élec­to­rales ne sont dépas­sées que par le sec­teur des assurances.

    Les énormes inves­tis­se­ments de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique à Washing­ton – bien que maigres par rap­port aux pro­fits qu’ils réa­lisent – ​​ont por­té leurs fruits, entraî­nant une série de lois favo­rables à Capi­tol Hill et des dizaines de mil­liards de dol­lars de béné­fices sup­plé­men­taires. Ils ont éga­le­ment repous­sé les mesures visant à conte­nir les prix, comme auto­ri­ser l’im­por­ta­tion de médi­ca­ments en pro­ve­nance de pays qui pla­fonnent les prix des médi­ca­ments sur ordon­nance, ce qui aurait réduit leurs marges béné­fi­ciaires. Pfi­zer , la plus grande socié­té phar­ma­ceu­tique au monde, a réa­li­sé un béné­fice de 11,3 mil­liards de dol­lars l’an der­nier, sur un chiffre d’af­faires de 51 mil­liards de dollars.

    La cam­pagne d’in­fluence à mul­tiples facettes de l’in­dus­trie a éga­le­ment conduit à une poli­tique régle­men­taire plus favo­rable à l’in­dus­trie au sein de la Food and Drug Admi­nis­tra­tion, l’a­gence qui approuve ses pro­duits à vendre et super­vise le plus direc­te­ment les fabri­cants de médicaments.

    La plu­part des dépenses poli­tiques de l’in­dus­trie ont été consa­crées au lob­bying fédé­ral. Les fabri­cants de médi­ca­ments ont embau­ché envi­ron 3 000 lob­byistes, dont plus d’un tiers d’an­ciens fonc­tion­naires fédé­raux, pour faire valoir leurs inté­rêts devant la Chambre, le Sénat, la FDA, le minis­tère de la San­té et des Ser­vices sociaux et d’autres bureaux de l’exécutif.

    En 2003 seule­ment, l’in­dus­trie a dépen­sé près de 116 mil­lions de dol­lars pour faire du lob­bying auprès du gou­ver­ne­ment. C’est l’an­née où le Congrès a adop­té et que le pré­sident George W. Bush a signé le Medi­care Moder­ni­za­tion Act de 2003, qui a créé un régime de médi­ca­ments sur ordon­nance finan­cé par les contri­buables pour les per­sonnes âgées.

    Ce chiffre n’é­tait pas anor­mal. En 2004, les fabri­cants de médi­ca­ments ont aug­men­té leurs dépenses décla­rées pour les lob­byistes à 123 mil­lions de dol­lars, un mon­tant record pour l’in­dus­trie. Sur les 1 291 lob­byistes réper­to­riés cette année-là comme repré­sen­tants des socié­tés phar­ma­ceu­tiques et de leurs groupes com­mer­ciaux, quelque 52 % étaient d’anciens fonc­tion­naires fédéraux.

    En ajou­tant l’a­van­tage à Medi­care, le pro­gramme gou­ver­ne­men­tal qui four­nit une assu­rance mala­die à quelque 41 mil­lions de per­sonnes, l’in­dus­trie a trou­vé un ache­teur fiable pour ses pro­duits. Grâce à une dis­po­si­tion de la loi pour laquelle l’in­dus­trie a fait pres­sion, les pro­grammes gou­ver­ne­men­taux comme Medi­care ne sont pas auto­ri­sés à négo­cier avec les entre­prises pour des prix plus bas.

    Les cri­tiques affirment que l’as­su­rance-médi­ca­ments trans­fé­re­ra la richesse des contri­buables, qui financent l’as­su­rance-mala­die, aux socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Selon une étude réa­li­sée en octobre 2003 par les pro­fes­seurs Alan Sager et Debo­rah Soco­lar de l’U­ni­ver­si­té de Bos­ton, 61 % de l’argent de Medi­care dépen­sé en médi­ca­ments d’or­don­nance devien­dra un pro­fit pour les socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Les fabri­cants de médi­ca­ments rece­vront 139 mil­liards de dol­lars de béné­fices accrus sur huit ans, selon l’é­tude. L’as­su­rance-médi­ca­ments sur ordon­nance de Medi­care com­mence en 2006.

    L’Amérique la lucrative

    Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain contri­bue plus d’argent au déve­lop­pe­ment de nou­veaux médi­ca­ments, sous forme d’al­lé­ge­ments fis­caux et de sub­ven­tions, que tout autre gou­ver­ne­ment. Sur les 20 plus grandes socié­tés phar­ma­ceu­tiques, neuf sont basées aux États-Unis. Pour­tant, les médi­ca­ments sont plus chers aux États-Unis que dans n’im­porte quelle autre par­tie du monde, et les socié­tés phar­ma­ceu­tiques mon­diales réa­lisent l’es­sen­tiel de leurs béné­fices aux États-Unis.

    Comme le Centre l’a signa­lé en jan­vier, le groupe com­mer­cial de l’in­dus­trie, Phar­ma­ceu­ti­cal Research and Manu­fac­tu­rers of Ame­ri­ca, a embau­ché un ancien ambas­sa­deur des États-Unis au Cana­da, Gor­don Gif­fin, et son prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur pour faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment cana­dien sur la ques­tion. La pres­sion de l’in­dus­trie pour­rait por­ter ses fruits. La semaine der­nière, le ministre cana­dien de la San­té, Ujjal Dosan­jh, a annon­cé que son gou­ver­ne­ment inter­di­rait l’ex­por­ta­tion en vrac de médi­ca­ments sur ordon­nance et répri­me­rait les cyber­phar­ma­cies qui vendent des médi­ca­ments aux Amé­ri­cains. . Alors que de nom­breux gou­ver­ne­ments dans le monde ont régle­men­té les prix des médi­ca­ments, l’in­dus­trie a pu blo­quer une mul­ti­tude de mesures visant à contrô­ler les prix aux États-Unis. Au cours des der­nières années, l’in­dus­trie a orga­ni­sé une cam­pagne effi­cace et orga­ni­sée contre la léga­li­sa­tion de l’im­por­ta­tion de drogues en pro­ve­nance du Canada.

    Un porte-parole de PhR­MA, Jeff Tre­witt, a décla­ré au Centre en jan­vier que le contrôle des prix contre­carre l’in­no­va­tion et que l’im­por­ta­tion de médi­ca­ments pose de graves risques pour la santé.

    Les 20 plus grandes socié­tés phar­ma­ceu­tiques et les deux groupes com­mer­ciaux de l’in­dus­trie, PhR­MA et la Bio­tech­no­lo­gy Indus­try Orga­ni­za­tion , qui repré­sente les socié­tés de bio­mé­de­cine, ont divul­gué des pres­sions sur plus de 1 600 pro­jets de loi entre 1998 et 2004 . Ils ont peut-être fait pres­sion sur beau­coup plus de pro­jets de loi ; le Centre ne pou­vait comp­ter que les fac­tures spé­ci­fi­que­ment men­tion­nées par les entre­prises et les grou­pe­ments pro­fes­sion­nels dans leurs dépôts. Dans de nom­breux cas, les lob­byistes énu­mèrent des pro­blèmes, comme les « pro­blèmes de san­té ani­male », plu­tôt que des pro­jets de loi spé­ci­fiques. En comp­tant le nombre de fac­tures, le Centre a exclu celles sur les­quelles BIO fai­sait pres­sion et qui concer­naient uni­que­ment des ques­tions de bio­tech­no­lo­gie, telles que les ali­ments géné­ti­que­ment modifiés.

    Outre le Congrès, l’in­dus­trie a fait pres­sion sur un éven­tail d’a­gences, notam­ment le minis­tère de la San­té et des Ser­vices sociaux, la Food and Drug Admi­nis­tra­tion et le Dépar­te­ment d’É­tat sur des dizaines de pro­blèmes. Par exemple, PhR­MA a fait pres­sion sur 33 agences fédé­rales sur 39 pro­blèmes iden­ti­fiés sépa­ré­ment en ver­tu de la Loi sur la divul­ga­tion du lob­bying de 1995.

    Comme le Centre l’a signa­lé la semaine der­nière, les agences com­prennent le bureau du repré­sen­tant amé­ri­cain au com­merce, qui façonne les accords com­mer­ciaux du pays avec d’autres nations. Depuis 1998, il a dépo­sé 59 rap­ports de lob­bying concer­nant l’US­TR, plus que tout autre lob­by ou intérêt.

    Ces der­nières années, l’in­dus­trie a fait preuve d’un pou­voir consi­dé­rable pour influen­cer la poli­tique com­mer­ciale des États-Unis. Par exemple, les pro­jets actuels de l’Ac­cord de libre-échange Répu­blique domi­ni­caine-Amé­rique cen­trale reflètent le désir de PhR­MA de sup­pri­mer le contrôle des prix des médi­ca­ments et de four­nir une pro­tec­tion de la pro­prié­té intel­lec­tuelle dans les pays membres pro­po­sés. Récem­ment, l’US­TR, à la demande de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, a fait pres­sion sur le Gua­te­ma­la pour qu’il abroge une loi récem­ment adop­tée auto­ri­sant une com­mer­cia­li­sa­tion plus large des médi­ca­ments génériques.

    Le Congrès est le plus sou­vent cité comme cible des efforts de lob­bying de l’in­dus­trie ; les contacts avec la Chambre ou le Sénat sont réper­to­riés dans envi­ron 5 500 rap­ports de divul­ga­tion de lob­bying. Le minis­tère de la San­té et des Ser­vices sociaux, les Cen­ters for Medi­care and Medi­caid Ser­vices, la Food and Drug Admi­nis­tra­tion et le bureau exé­cu­tif du pré­sident sont d’autres agences for­te­ment sol­li­ci­tées par l’in­dus­trie. Les 20 plus grandes entre­prises et les groupes com­mer­ciaux ont décla­ré avoir dépen­sé près de 478 mil­lions de dol­lars. sur le lob­bying, soit près de 70 pour cent de tout l’argent rap­por­té par l’in­dus­trie. Ces socié­tés déte­naient envi­ron 64 % des parts de mar­ché mon­diales, selon IMS Health, une socié­té de conseil pri­vée qui étu­die le secteur.

    Comme d’autres inté­rêts bien connec­tés à Washing­ton, les socié­tés phar­ma­ceu­tiques se tournent vers d’an­ciens ini­tiés pour trans­mettre leur mes­sage au Congrès et aux res­pon­sables de l’exé­cu­tif. En mai 2003, alors que la bataille autour de la légis­la­tion sur l’as­su­rance-mala­die attei­gnait son paroxysme, la Phar­ma­ceu­ti­cal Research and Manu­fac­tures of Ame­ri­ca, le groupe com­mer­cial de l’in­dus­trie, a embau­ché le nou­veau lob­by shop de Lar­son Dodd, LLC pour rejoindre sa déjà for­mi­dable armée de repré­sen­tants enva­his­sant les cou­loirs de Congrès. L’embauche de Dave Lar­son et Quin Dodd par PhR­MA – et plus tard par Wyeth et d’autres fabri­cants de médi­ca­ments – était conforme à la pro­cé­dure opé­ra­tion­nelle stan­dard de l’in­dus­trie : employer d’an­ciens fonc­tion­naires pour faire pres­sion sur les pro­jets de loi par­rai­nés par leurs ex-patrons.

    Lar­son était conseiller en poli­tique de san­té auprès du chef de la majo­ri­té au Sénat, Bill Frist, le prin­ci­pal par­rain d’un pro­jet de loi sur l’as­su­rance-mala­die qui, six mois plus tard, devien­drait loi, avec poten­tiel­le­ment des dizaines de mil­liards de dol­lars d’au­baine pour les socié­tés phar­ma­ceu­tiques. Dodd est un ancien direc­teur légis­la­tif de la séna­trice Kay Bai­ley Hut­chi­son, la qua­trième répu­bli­caine à la chambre haute.

    Un tiers de tous les lob­byistes employés par l’in­dus­trie sont d’an­ciens employés du gou­ver­ne­ment fédé­ral, dont plus de 15 anciens séna­teurs et plus de 60 anciens membres de la Chambre des repré­sen­tants des États-Unis. Les deux groupes pro­fes­sion­nels, PhR­MA et BIO, sont diri­gés par deux anciens membres influents du Congrès. Le chef de PhR­MA, Billy Tau­zin, et le pré­sident de BIO, Jim Green­wood, fai­saient par­tie de comi­tés qui régle­men­taient les socié­tés phar­ma­ceu­tiques et ils ont cha­cun par­rai­né plu­sieurs pro­jets de loi liés à l’industrie.

    Le Centre a exa­mi­né les 1 600 fac­tures et plus des 20 plus grandes socié­tés phar­ma­ceu­tiques et PhR­MA et BIO ont fait pres­sion. Les spon­sors de plus de 50 pour cent de ces pro­jets de loi avaient un ou plu­sieurs anciens membres du per­son­nel repré­sen­tant l’in­dus­trie. Quelques-uns des spon­sors sont deve­nus eux-mêmes des lobbyistes.

    Dons politiques

    En plus d’embaucher d’an­ciens membres et leur per­son­nel, l’in­dus­trie a éga­le­ment aidé à main­te­nir les légis­la­teurs en fonc­tion en fai­sant des contri­bu­tions poli­tiques. Depuis le cycle élec­to­ral de 1998, les employés de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique et des pro­duits de san­té, les membres de leur famille et les comi­tés d’ac­tion poli­tique de l’in­dus­trie ont ver­sé 133 mil­lions de dol­lars en contri­bu­tions de cam­pagne aux can­di­dats aux élec­tions fédé­rales et éta­tiques, selon le Cen­ter for Res­pon­sive Poli­tics. Depuis 2000, les plus grandes socié­tés phar­ma­ceu­tiques et leurs employés et PhR­MA ont don­né plus de 10 mil­lions de dol­lars à 527 orga­ni­sa­tions, des comi­tés poli­tiques exo­né­rés d’im­pôts qui opèrent dans la zone grise entre les lois fédé­rales et éta­tiques sur le finan­ce­ment des cam­pagnes électorales.

    Près de 87 mil­lions de dol­lars des contri­bu­tions sont allés aux poli­ti­ciens fédé­raux sous forme de dons de cam­pagne, avec près de 69 % allant aux can­di­dats répu­bli­cains. Les prin­ci­paux béné­fi­ciaires de l’argent de cam­pagne de l’in­dus­trie sont le pré­sident George W. Bush (plus de 1,5 mil­lion de dol­lars) et les membres qui siègent aux comi­tés qui ont com­pé­tence sur les ques­tions pharmaceutiques.

    Aux États-Unis, l’in­dus­trie a don­né plus de 46 mil­lions de dol­lars aux can­di­dats depuis 1998, selon l’Ins­ti­tute on Money in State Poli­tics, qui suit le finan­ce­ment des cam­pagnes au niveau de l’État.

    Le Centre n’a pas pu déter­mi­ner le mon­tant des inté­rêts phar­ma­ceu­tiques dépen­sés pour le lob­bying dans les États en rai­son de l’ab­sence d’exi­gences éta­tiques com­pa­rables de divul­ga­tion des dépenses. Mais leur lob­bying, leurs dons de cam­pagne et leurs efforts à la base ont pris une dimen­sion sup­plé­men­taire car de nom­breux États menacent les marges béné­fi­ciaires éle­vées de l’in­dus­trie d’une manière que le gou­ver­ne­ment fédé­ral et le Congrès n’ont pas vou­lu faire.

    Alors que les États connaissent des crises bud­gé­taires, plu­sieurs gou­ver­neurs et assem­blées légis­la­tives ont explo­ré des moyens de conte­nir les prix des médi­ca­ments. Par­mi les nom­breuses options envi­sa­gées dans tout le pays, citons le fait de per­mettre aux per­sonnes âgées et à d’autres d’a­che­ter léga­le­ment des médi­ca­ments au Cana­da et dans d’autres pays.

    Bien que cer­tains États aient été moins sen­sibles aux pres­sions de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique n’a pas aban­don­né le com­bat. Pour le plus grand lob­by dépen­sier de Washing­ton, c’est un petit inves­tis­se­ment à faire pour sa pros­pé­ri­té continue.

    Vic­to­ria Kre­ha, Alexan­der Cohen, Kevin Boett­cher et Emi­ly McNeill ont contri­bué à ce rapport.

    Réponse
  5. Étienne CHOUARD

    FDA : une coquille d’elle-même.
    La Food and Drug Administration n’a pas le pouvoir de réglementer les produits pharmaceutiques et de vous protéger

    Source : https://​publi​cin​te​gri​ty​.org/​h​e​a​l​t​h​/​f​d​a​-​a​-​s​h​e​l​l​-​o​f​-​i​t​s​-​f​o​r​m​e​r​-​s​e​lf/

    M. Asif Ismail, 7 juillet 2005.

    Introduction

    Tha­lo­mid est un trai­te­ment popu­laire pour une mala­die du sang évo­lu­tive connue sous le nom de myé­lome mul­tiple, un can­cer des plas­mo­cytes res­pon­sable de plus de 10 000 décès par an aux États-Unis. Le médi­ca­ment a repré­sen­té plus des trois quarts des 377 mil­lions de dol­lars de reve­nus géné­rés l’an­née der­nière par son fabri­cant, Cel­gene Corp, basé dans le New Jer­sey. En fait, le site Web de la socié­té phar­ma­ceu­tique mon­diale pro­clame que Tha­lo­mid est « le moteur actuel de la crois­sance des reve­nus de Celgene. . »

    Selon la Food and Drug Admi­nis­tra­tion, qui déter­mine quels médi­ca­ments entrent sur le mar­ché amé­ri­cain et super­vise éga­le­ment leur déve­lop­pe­ment, leur fabri­ca­tion, leur com­mer­cia­li­sa­tion et leur dis­tri­bu­tion, Tha­lo­mid (la ver­sion de marque de la tha­li­do­mide, qui au début des années 1960 était pres­crite en Europe et au Cana­da pour les nau­sées mati­nales chez les femmes enceintes, puis reti­ré du mar­ché après avoir été attri­bué à de graves mal­for­ma­tions congé­ni­tales) a été approu­vé pour trai­ter un trouble cuta­né grave chez les patients atteints de la lèpre. En consé­quence, Cel­gene peut ne pas com­mer­cia­li­ser léga­le­ment le médi­ca­ment pour un autre usage, mais les méde­cins peuvent le pres­crire pour d’autres condi­tions. Un porte-parole de Cel­gene admet que Tha­lo­mid est le plus sou­vent des­ti­né à des uti­li­sa­tions non conformes, plu­tôt qu’à la mala­die de la lèpre.

    Comme l’in­dique l’u­ti­li­sa­tion géné­ra­li­sée « hors AMM » du Tha­lo­mid et de plu­sieurs autres médi­ca­ments, le décret de la FDA n’est sou­vent pas le der­nier mot pour l’in­dus­trie. Ces der­nières années, les ventes hors AMM ont géné­ré des mil­liards de dol­lars de reve­nus. Dans un seul cas, un fabri­cant de médi­ca­ments a été péna­li­sé : en mai 2004, la filiale de Pfi­zer , War­ner-Lam­bert, a accep­té de plai­der cou­pable et de payer plus de 430 mil­lions de dol­lars pour régler toutes les accu­sa­tions du minis­tère de la Jus­tice liées à la com­mer­cia­li­sa­tion hors AMM de son médi­ca­ment contre l’é­pi­lep­sie Neu­ron­tin, que le entre­prise pro­mue comme un trai­te­ment pour tout, de la migraine et du trouble défi­ci­taire de l’at­ten­tion aux crises de sevrage médi­ca­men­teux et au trouble bipolaire.

    Mais la com­mer­cia­li­sa­tion hors AMM n’est pas le seul pro­blème auquel la FDA a été confron­tée der­niè­re­ment : l’a­gence a été cri­ti­quée pour des pro­blèmes de sécu­ri­té des médi­ca­ments, une baisse des mesures d’ap­pli­ca­tion et pour son inca­pa­ci­té à for­cer les socié­tés phar­ma­ceu­tiques à res­pec­ter des enga­ge­ments post-com­mer­cia­li­sa­tion tels que la conduite essais cli­niques supplémentaires.

    Les obser­va­teurs de la FDA et les groupes de consom­ma­teurs sou­tiennent que les mal­heurs de l’a­gence sont symp­to­ma­tiques du relâ­che­ment de son emprise sur l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique. Alors que les béné­fices des socié­tés phar­ma­ceu­tiques aug­mentent consi­dé­ra­ble­ment et que leur influence poli­tique aug­mente rapi­de­ment, la capa­ci­té de la FDA à les régle­men­ter effi­ca­ce­ment a pro­gres­si­ve­ment dimi­nué, sou­tiennent les légis­la­teurs et les orga­nismes de sur­veillance des agences.

    Selon les cri­tiques, la FDA a été menot­tée par des res­sources inadé­quates et une légis­la­tion adop­tée au cours de la der­nière décen­nie et demie qui a pro­duit une poli­tique régle­men­taire plus favo­rable à l’industrie.

    Deux de ces lois qui ont don­né plus de poids à l’in­dus­trie sont la Pres­crip­tion Drug User Fee Act de 1992, qui a accé­lé­ré le pro­ces­sus d’ap­pro­ba­tion des nou­veaux médi­ca­ments, et la FDA Moder­ni­za­tion Act de 1997, qui a restruc­tu­ré l’agence.

    « [La loi sur la moder­ni­sa­tion de la FDA] était un ensemble de cadeaux pour l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique », a décla­ré Mar­cia Angell, MD, ancienne rédac­trice en chef du New England Jour­nal of Medi­cine, au Cen­ter for Public Inte­gri­ty. « Par­mi d’autres cadeaux, il y avait une baisse des normes d’ap­pro­ba­tion de nou­veaux médi­ca­ments. Dans de nom­breux cas, un médi­ca­ment n’a besoin d’être tes­té que dans un seul essai cli­nique, l’es­sai cli­nique de phase IV, pour mon­trer que le médi­ca­ment était rai­son­na­ble­ment sûr et effi­cace. Dans de nom­breux cas, ces médi­ca­ments étaient cen­sés être tes­tés dans des études post-com­mer­cia­li­sa­tion après leur mise sur le marché. » 

    Des problèmes de sécurité

    Ces der­niers temps, les pro­blèmes de sécu­ri­té ont été le talon d’A­chille de la FDA. Le sys­tème de sur­veillance de la sécu­ri­té de l’a­gence fait l’ob­jet d’un exa­men minu­tieux depuis l’au­tomne der­nier, alors que des preuves sont appa­rues que trois anal­gé­siques popu­laires, connus sous le nom d’in­hi­bi­teurs de la COX‑2, se sont avé­rés pro­vo­quer des effets secon­daires graves. Le Vioxx de Merck et le Bex­tra de Pfi­zer ont été reti­rés du mar­ché. Cele­brex a été main­te­nu sur le mar­ché, bien que Pfi­zer ait reçu l’ordre d’a­jou­ter un aver­tis­se­ment de « boîte noire » à son médi­ca­ment anti-inflam­ma­toire, l’a­lerte de sécu­ri­té la plus forte de la FDA.

    David Gra­ham, un dénon­cia­teur de la FDA, a esti­mé que le Vioxx aurait pu pro­vo­quer des crises car­diaques chez 140 000 Amé­ri­cains et avoir cau­sé jus­qu’à 55 000 décès aux États-Unis.

    À la suite de la contro­verse sur le Vioxx, les organes de presse ont docu­men­té l’in­suf­fi­sance du sys­tème de sur­veillance de la sécu­ri­té ain­si que l’i­nac­tion de la FDA. Les plaintes concer­nant le Vioxx, ont révé­lé des articles dans les médias, affluaient depuis 2001.

    « Le fait est que les méde­cins auraient dû être aver­tis [des effets secon­daires du Vioxx] », a décla­ré au Centre Ste­ven Find­lay, un ana­lyste des soins de san­té spé­cia­li­sé dans les médi­ca­ments sur ordon­nance à la Consu­mers Union. « Incon­tes­ta­ble­ment, il devrait y avoir un meilleur sys­tème pour aver­tir les méde­cins et les patients des médi­ca­ments, plu­tôt que d’at­tendre d’a­voir des preuves plus concluantes sur [leurs effets secondaires]. 

    Ce n’é­tait pas la pre­mière fois que la FDA traî­nait les pieds avant de reti­rer un médi­ca­ment du mar­ché. À la fin des années 1990, l’a­gence et Parke-Davis (qui fait main­te­nant par­tie de Pfi­zer) ont main­te­nu Rezu­lin sur le mar­ché pen­dant deux années com­plètes après l’in­ter­dic­tion du médi­ca­ment contre le dia­bète, qui pour­rait cau­ser de graves pro­blèmes de foie, en Grande-Bretagne.

    Pour Find­lay, « ce qui est hor­rible avec le Vioxx, c’est que plus de la moi­tié des per­sonnes qui pre­naient le médi­ca­ment n’en avaient pas besoin », car ils auraient pu uti­li­ser des médi­ca­ments moins chers avec des anté­cé­dents de sécu­ri­té plus anciens.

    L’a­gence dépend des par­ti­cu­liers, des pro­fes­sion­nels de la san­té et des entre­prises elles-mêmes pour ce qui est de la sécu­ri­té des plus de 10 000 médi­ca­ments qu’elle régle­mente, ain­si que des dis­po­si­tifs médi­caux, des ali­ments, des vita­mines et autres pro­duits nutri­tion­nels, vété­ri­naires et cos­mé­tiques. Les rap­ports d’ef­fets indé­si­rables des entre­prises sont obli­ga­toires, mais ceux des consom­ma­teurs et des pro­fes­sion­nels de la san­té sont volontaires.

    Des cri­tiques tels que Mar­cia Angell, auteur de The Truth About the Drug Com­pa­nies : How They Deceive Us and What to Do About It, affirment qu’en rai­son de la nature lar­ge­ment volon­taire du pro­gramme Med­Watch, seule une frac­tion des évé­ne­ments indé­si­rables est signa­lée à l’a­gence. « La sur­veillance de la sécu­ri­té est tout sim­ple­ment cap­ti­vante », a décla­ré Angell. « Cela dépend entiè­re­ment du fait que les méde­cins informent l’a­gence des cas de ce qu’ils estiment être des évé­ne­ments indé­si­rables. S’ils n’en informent pas la FDA et les socié­tés phar­ma­ceu­tiques, la FDA n’en entend jamais par­ler. Je pense que seul un infime pour cent des évé­ne­ments indé­si­rables sont signa­lés à la FDA. » Med­Watch, qui regroupe les rap­ports des pro­fes­sion­nels de la san­té, des consom­ma­teurs et des fabri­cants, a été créé par la FDA en 1993 pour aider à suivre les effets secon­daires graves des médi­ca­ments et autres pro­duits médicaux.

    Mesures d’exécution

    À en juger par le nombre en baisse constante de « lettres d’a­ver­tis­se­ment » que la FDA a émises, en matière de mar­ke­ting inap­pro­prié, l’a­gence semble mal équi­pée pour gérer même les vio­la­tions dont elle a connaissance.

    Une lettre d’a­ver­tis­se­ment est la pre­mière étape du pro­ces­sus d’exé­cu­tion. Le nombre envoyé aux entre­prises pour une com­mer­cia­li­sa­tion inap­pro­priée ou non approu­vée est pas­sé de 140 en 1997 à 23 l’an­née der­nière, le total le plus bas depuis huit ans que la FDA tient des registres. Alors que l’a­gence a émis en moyenne 122 lettres par an de 1997 à 2000, au cours des quatre années qui ont sui­vi, elle a émis en moyenne 36 lettres par an.

    Quatre des cinq socié­tés rece­vant le plus de lettres liées au mar­ke­ting n’en ont reçu que deux par an depuis 2002. Merck fait par­tie des dix socié­tés qui ont envoyé le plus de lettres liées au mar­ke­ting dans l’en­semble, mais n’a pas reçu de lettre depuis 2001, année où elle en a reçu trois .

    Même lorsque la FDA a le pou­voir de dis­ci­pli­ner les entre­prises, elle le fait rarement.

    En ver­tu de la loi fédé­rale sur les ali­ments, les médi­ca­ments et les cos­mé­tiques, Cel­gene, le fabri­cant de Tha­lo­mid, a été soi­gneu­se­ment aver­ti de ne com­mer­cia­li­ser le médi­ca­ment que comme trai­te­ment de der­nier recours sans mono­thé­ra­pie pour les affec­tions cuta­nées asso­ciées à la lèpre. Pour­tant, la socié­té a publié des com­mu­ni­qués de presse van­tant le Tha­lo­mid comme un trai­te­ment pour le myé­lome mul­tiple et d’autres affec­tions onco­lo­giques, selon la FDA, qui a giflé Cel­gene avec deux lettres d’a­ver­tis­se­ment pour de telles « pro­mo­tions hors AMM ».

    Bien que l’a­gence ait le pou­voir de reti­rer des médi­ca­ments du mar­ché en cas de non-confor­mi­té des fabri­cants, elle ne l’a jamais fait. Au lieu de cela, les mesures d’exé­cu­tion se ter­minent presque inva­ria­ble­ment par des lettres d’a­ver­tis­se­ment comme celles envoyées à Celgene.

    Manque d’engagement

    Le pro­gramme d’ap­pro­ba­tion accé­lé­rée des médi­ca­ments et la publi­ci­té pour les médi­ca­ments sur ordon­nance sont d’autres domaines dans les­quels les entre­prises ne paient aucun prix pour défier la FDA.

    Dans le cadre de l’an­cien pro­gramme, dont la régle­men­ta­tion est entrée en vigueur en jan­vier 1993, le pro­ces­sus de mise sur le mar­ché de médi­ca­ments vitaux a été consi­dé­ra­ble­ment sim­pli­fié, bien que les socié­tés phar­ma­ceu­tiques soient tenues de prou­ver dans des études cli­niques de sui­vi que ces médi­ca­ments sont réel­le­ment sûrs.

    Mais les entre­prises ne res­pectent sou­vent pas ces enga­ge­ments post-mar­ke­ting, et ce sans consé­quences appa­rentes. Par­mi ceux qui ont mis en doute la capa­ci­té de la FDA à régle­men­ter le pro­gramme figurent Angell et le repré­sen­tant Edward Mar­key, D‑Massachusetts.

    « Les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques ne prennent pas la peine de mener [les études] », a décla­ré Angell. « La FDA ne prend pas la peine de s’as­su­rer qu’ils le font. Dans la plu­part des cas, ces études d’en­ga­ge­ment n’ont même pas commencé. »

    Une récente enquête menée par le per­son­nel de Mar­key a conclu que le pro­gramme d’ap­pro­ba­tion accé­lé­rée est « bri­sé et ne garan­tit pas la sécu­ri­té des patients ». Par­mi les conclu­sions de l’é­tude : 50 % des études post-com­mer­cia­li­sa­tion qui devraient main­te­nant être en cours n’ont même pas été lan­cées, alors même que les entre­prises vendent les médi­ca­ments en ques­tion depuis 20 mois en moyenne, et dans un cas depuis 6 ans et 9 mois. Selon le démo­crate du Mas­sa­chu­setts, parce que les éti­quettes des pro­duits ne pré­cisent pas si les médi­ca­ments ont reçu une appro­ba­tion accé­lé­rée et parce que les infor­ma­tions sur ces médi­ca­ments – y com­pris si la FDA a deman­dé des recherches de sui­vi – sont dif­fi­ciles à trou­ver, les consom­ma­teurs sont sou­vent lais­sés dans l’i­gno­rance sur les risques potentiels.

    La FDA régle­mente les publi­ci­tés pour les médi­ca­ments sur ordon­nance depuis 1962. La publi­ci­té pour les médi­ca­ments en vente libre, comme la publi­ci­té pour la plu­part des autres pro­duits et ser­vices, est régle­men­tée par la Fede­ral Trade Commission.

    Depuis que la loi de 1997 sur la moder­ni­sa­tion de la FDA a assou­pli la régle­men­ta­tion de la publi­ci­té directe aux consom­ma­teurs, ali­men­tant ain­si une crois­sance consi­dé­rable des bud­gets de publi­ci­té sur les médi­ca­ments, la FDA a déter­mi­né que de nom­breux sup­ports pro­mo­tion­nels sur les médi­ca­ments ont mis l’ac­cent sur l’ef­fi­ca­ci­té des médi­ca­ments tout en mini­mi­sant leurs effets indé­si­rables. Dans le même temps, cepen­dant, les dos­siers d’ap­pli­ca­tion dis­po­nibles sur le site Web de l’a­gence montrent qu’elle a appa­rem­ment per­du son zèle à répri­mer les publi­ci­tés inexactes et trompeuses.

    « La FDA n’a pas le pou­voir de reti­rer des publi­ci­tés », a décla­ré au Cen­ter Ste­ven Find­lay, de Consu­mers Union. Même dans l’exer­cice du pou­voir dont il dis­pose, « il n’est pas assez vigi­lant, pas assez dur pour punir les entre­prises [qui refusent de se confor­mer à ses lettres d’avertissement] ».

    Janet Wood­cock, direc­trice du Cen­ter for Drug Eva­lua­tion and Research de la FDA, a recon­nu en 2000 que la FDA n’a­vait pas les res­sources néces­saires pour une éva­lua­tion scien­ti­fique de l’im­pact des publi­ci­tés des­ti­nées aux consom­ma­teurs. Et la ten­dance est indé­niable : depuis que la loi sur la moder­ni­sa­tion de la FDA a assou­pli les règles des agences en 1997, le mar­ché de la publi­ci­té directe sur les médi­ca­ments pour les consom­ma­teurs est pas­sé de 791 mil­lions de dol­lars à près de 4 mil­liards de dol­lars en 2004.

    Manque de ressources

    En fait, le manque de res­sources est au cœur de nom­breux pro­blèmes qui affligent la FDA. L’a­gence régle­mente plus de 1 000 mil­liards de dol­lars de pro­duits, soit près de 10 % du PIB du pays. Non seule­ment il régle­mente l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique amé­ri­caine de 280 mil­liards de dol­lars, mais aus­si l’in­dus­trie ali­men­taire, les cos­mé­tiques et un cer­tain nombre de pro­duits que les Amé­ri­cains uti­lisent dans leur vie quo­ti­dienne, des dis­po­si­tifs médi­caux aux lasers et aux fours à micro-ondes.

    Mais alors que la taille et la por­tée des indus­tries qu’elle régle­mente ont consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té, les res­sources de la FDA n’ont aug­men­té que modestement.

    Pfi­zer, la plus grande socié­té phar­ma­ceu­tique au monde, a vu ses reve­nus pas­ser de 11,3 mil­liards de dol­lars en 1996 à 52 mil­liards de dol­lars l’an der­nier. Le com­merce mon­dial des médi­ca­ments a presque dou­blé depuis 1998, pas­sant de 289 mil­liards de dol­lars à 550 mil­liards de dol­lars l’an­née der­nière. La vente de médi­ca­ments sur ordon­nance a plus que tri­plé de 1990 à 2001, selon une étude de la Hen­ry J. Kai­ser Fami­ly Foun­da­tion. Les dépenses pro­mo­tion­nelles sur les médi­ca­ments ont plus que dou­blé, pas­sant de 9,2 mil­liards de dol­lars en 1996 à 19,1 mil­liards de dol­lars en 2001, a révé­lé l’étude.

    En com­pa­rai­son, la crois­sance de la FDA a été beau­coup plus modeste. L’a­gence emploie aujourd’­hui près de 11 000 per­sonnes, contre 8 200 en 1979. Le bud­get est pas­sé de 327 mil­lions de dol­lars (un peu moins de 750 mil­lions de dol­lars en dol­lars de 2004) en 1980 à 1,7 mil­liard de dol­lars l’an der­nier, frais d’u­ti­li­sa­tion com­pris . (La FDA s’at­tend à per­ce­voir plus de 284 mil­lions de dol­lars en frais d’u­ti­li­sa­tion cette année.) Le Cen­ter for Drug Eva­lua­tion and Research, le plus grand des cinq centres de la FDA char­gés d’as­su­rer la sécu­ri­té et l’ef­fi­ca­ci­té des médi­ca­ments dis­po­nibles pour les Amé­ri­cains, dis­pose d’un de moins de 500 mil­lions de dol­lars, soit une frac­tion des dépenses pro­mo­tion­nelles de l’in­dus­trie pharmaceutique.

    L’an­cien com­mis­saire de la FDA, Donald Ken­ne­dy, qui a diri­gé l’a­gence pen­dant 26 mois à par­tir d’a­vril 1977, accuse le Congrès d’être « avare » avec l’a­gence. « Ils s’en plaignent rapi­de­ment », a‑t-il décla­ré au Centre. « Mais ils ne lui donnent pas beau­coup de ressources. »

    Mais le Congrès a veillé à ce qu’au moins une divi­sion du CDER soit finan­cée de manière adé­quate : la divi­sion d’ap­pro­ba­tion des médicaments.

    La Loi sur les frais d’u­ti­li­sa­tion des médi­ca­ments sur ordon­nance, pro­mul­guée en 1992, impo­sait des frais aux entre­prises qui deman­daient l’ap­pro­ba­tion d’un médi­ca­ment. La majeure par­tie de ces frais sert à payer les salaires des employés embau­chés pour accé­lé­rer ce pro­ces­sus d’ap­pro­ba­tion. Et parce que peu de ces frais d’u­ti­li­sa­tion sont affec­tés à la sur­veillance de la sécu­ri­té, des cri­tiques tels qu’An­gell se plaignent que la FDA accorde plus d’im­por­tance à l’ap­pro­ba­tion plus rapide des médi­ca­ments qu’à la sécu­ri­té des médicaments.

    « Ce que nous avons, c’est une FDA dans laquelle la sur­veillance de la sécu­ri­té est ter­ri­ble­ment sous-finan­cée et sous-finan­cée à tous égards en faveur d’un exa­men plus rapide des médi­ca­ments », a‑t-elle déclaré.

    Vic­to­ria Kre­ha, Alexan­der Cohen, Kevin Boett­cher et Emi­ly McNeill ont contri­bué à ce rapport.

    Réponse
  6. joss

    Concer­nant la pro­blé­ma­tique (l’é­pou­van­tail) du cho­les­té­rol et la vente de sta­tines, voir le blog du dr Michel de Lorgeril :
    https://​michel​.delor​ge​ril​.info/

    …et lire ces mul­tiples livres (si vous trou­vez le temps) dont « L’horrible véri­té sur les médi­ca­ments anticholestérol » :
    https://​michel​.delor​ge​ril​.info/​l​i​v​r​es/

    Il a éplu­ché toutes les études publiées sur ces pro­duits ven­dus au rayon de la san­té. La conclu­sion est sans appel : ces pro­duits sont de véri­tables poi­sons qui font bel et bien bais­ser votre « taux de cho­les­té­rol » (avec tous les effets secon­daires asso­ciés), mais qui ne vous pro­tègent pas contre les mala­dies cardiovasculaires !

    Réponse
    • joss

      Cholestérol, le grand bluff (Arte documentaire 2016)

      Ce docu­men­taire décrit com­ment le cho­les­té­rol a été éri­gé en cou­pable idéal des mala­dies car­dio-vas­cu­laires par une série d’ap­proxi­ma­tions scien­ti­fiques et par les inté­rêts éco­no­miques conju­gués de l’in­dus­trie agroa­li­men­taire et des labo­ra­toires pharmaceutiques.

      Dans ce docu­men­taire, Anne Geor­get pose la ques­tion « Com­ment s’est construit le dogme d’un cho­les­té­rol cou­pable alors qu’il est une sub­stance indis­pen­sable à la vie ? ».

      https://odysee.com/@Agedor:e/Cholest%C3%A9rol–le-grand-bluff:3

      Le débat avec Michel de Lorgeril

      https://www.arte.tv/fr/videos/070321–001‑A/debat-cholesterol-le-grand-bluff/

      Réponse
  7. joss

    Vidéo du Dr Bhakdi et Dr Burkhardt – autopsies suite à des décès dus aux vaccins covid et analyse des organes (22÷12÷21)

    https://​doc​tors4​co​vi​de​thics​.org/​d​r​-​e​x​p​l​a​i​n​s​-​b​a​s​i​c​-​i​m​m​u​n​o​l​o​gy/

    Cette vidéo mérite une tra­duc­tion en FR.
    Suite aux autop­sies, les organes ana­ly­sés (coeur, pou­mons,…) ont été atta­qués par le propre sys­tème immu­ni­taire de l’in­di­vi­du. Le sys­tème immu­ni­taire s’at­taque à l’an­ti­gène contre lequel il a été sti­mu­lé, càd la pro­téine spike pro­duite par les cel­lules de la per­sonne vac­ci­née et s’at­taque direc­te­ment aux cellules…
    Cela a été obser­vé pour tous les vac­cins géniques à pro­téines spike. Plus le nombre de doses est éle­vé, plus le risque est élevé.

    Des­crip­tion tirée du site (tra­duite en FR):
    « Le Dr Bhak­di explique com­ment et pour­quoi les « vac­cins » COVID à base de gènes déclenchent l’ef­fon­dre­ment des défenses immu­no­lo­giques contre les agents infec­tieux qui dorment dans notre orga­nisme. Il s’a­git de nom­breux virus tels que l’her­pès (zona), le virus d’Ep­stein-Barr (mono­nu­cléose infec­tieuse), les cyto­mé­ga­lo­vi­rus, les bac­té­ries – notam­ment la tuber­cu­lose – et les parasites.
    En outre, nos lym­pho­cytes sen­ti­nelles sont d’une impor­tance vitale pour nous pro­té­ger contre les tumeurs, car ils exter­minent rapi­de­ment les cel­lules can­cé­reuses qui appa­raissent conti­nuel­le­ment dans notre corps. « La des­truc­tion de ces lym­pho­cytes sen­ti­nelles par les vac­cins va avoir des consé­quences désas­treuses à l’é­chelle mon­diale. Les patients atteints de redou­tables « vieilles » infec­tions comme la tuber­cu­lose et de tumeurs malignes vont inon­der les hôpi­taux du monde entier. »

    Réponse
  8. Gaudefroy

    Cher Etienne, pre­nez le temps de regar­der cette vidéo qui démonte la science ban­cale de la virologie.

    Le culte de la viro­lo­gie, 150 ans de fraudes médi­cales de Pas­teur au Covid-19” est un docu­men­taire retra­çant l’histoire de la théo­rie des germes jusqu’aux tech­niques de la viro­lo­gie moderne.

    Sont abor­dées en détail les méthodes et tech­niques frau­du­leuses que les scien­ti­fiques ont uti­li­sées pour créer de toutes pièces un scé­na­rio d’épidémie catas­trophe ayant plon­gé le monde dans une hys­té­rie mas­sive jamais vue auparavant.

    Il est abor­dé par le biais de dif­fé­rents inter­ve­nants tels que le Dr. Ste­fan Lan­ka, le Dr. Andrew Kauf­man, le Dr. Robert O. Young, le Dr. Tho­mas Cowan, le nutri­tion­niste Jeff Green et le Dr. Alain Sco­hy les dif­fé­rentes failles dans le scé­na­rio pré­sen­té par les médias et experts en tous genre.

    L’isolement des virus, les tests PCR, le séquen­çage nou­velle géné­ra­tion, la bio-infor­ma­tique, les mutants, la théo­rie des germes, les pro­ces­sus de conta­gion, la vac­ci­na­tion et l’origine véri­table du fameux “SARS-CoV‑2” n’auront plus de secrets pour vous après ce visionnage.

    https://odysee.com/@cv19:b/Le-culte-de-la-virologie-%E2%80%93–150-ans-de-fraudes‑m%C3%A9dicales-de-Pasteur-au-Covid-19:8

    Réponse
  9. Charles Besnainou

    Mal­heu­reu­se­ment ce livre est tota­le­ment indis­po­nible sur tous les sites marchants !
    REMÈDES MORTELS ET CRIME ORGANISÉ : com­ment l’industrie phar­ma­ceu­tique a cor­rom­pu les ser­vices de san­té » (2015, 2019), de Peter Gøtzsche

    Réponse
  10. Gaudefroy

    Soins psychiatriques sans consentement pour gérer la crise sanitaire ?!!!

    27 décembre 2021. 

    PROJET DE LOI n° 4857
    ren­for­çant les outils de ges­tion de la crise sanitaire 
    et modi­fiant le code de la san­té publique, 
    (Pro­cé­dure accélérée) 

    Extraits :

    Par le pré­sent pro­jet de loi, le Gou­ver­ne­ment entend en outre tirer les
    consé­quences de la décla­ra­tion d’inconstitutionnalité des troi­sième et
    sixième ali­néas du para­graphe II de l’article L. 3222−5−1 du code de la santé
    publique rela­tifs à la conten­tion et à l’isolement dans les éta­blis­se­ments de
    san­té char­gés d’assurer les soins psy­chia­triques sans consentement. (…)

    Les mesures édic­tées sur le fon­de­ment du régime de ges­tion de la sor­tie de crise sani­taire, qui inclut le passe sani­taire vac­ci­nal, sont prises dans le res­pect des normes de droit inter­na­tio­nal et du droit de l’Union euro­péenne, en par­ti­cu­lier du droit de la Cour euro­péenne des droits de l’homme ain­si que de la conven­tion d’Oviedo qui consacre notam­ment le prin­cipe du consen­te­ment aux soins. (…)

    Le III de l’article L.3222–5‑1 du CSP est modi­fié à comp­ter du 1er juin 2023 pour le mettre en cohé­rence avec l’ordonnance du 12 mai 2021 por­tant modi­fi­ca­tion du régime des auto­ri­sa­tions d’ac­ti­vi­tés de soins et des équi­pe­ments maté­riels lourds. Cette ordon­nance modi­fie le régime de dési­gna­tion des éta­blis­se­ments auto­ri­sés en psy­chia­trie pour assu­rer les soins psy­chia­triques sans consen­te­ment en régime d’autorisation à comp­ter du 1er juin 2023. Il convient donc de modi­fier la for­mu­la­tion de la pre­mière phrase du III para­graphe qui pré­voit la tenue d’un registre dans chaque éta­blis­se­ment de san­té auto­ri­sé en psy­chia­trie et dési­gné par le direc­teur géné­ral de l’agence régio­nale de san­té pour assu­rer les soins psy­chia­triques sans consentement. (…)

    La mise en œuvre du nou­vel article L. 3222−5−1 néces­site des adap­ta­tions et des réor­ga­ni­sa­tions rapides et en pro­fon­deur des éta­blis­se­ments de san­té auto­ri­sés en psy­chia­trie et auto­ri­sés pour rece­voir des patients en soins sans consen­te­ment. Des mesures d’accompagnement doivent être mises en œuvre dans des délais très courts afin que les éta­blis­se­ments de san­té soient en mesure de mettre en œuvre les dis­po­si­tions du pré­sent article. 

    Ce plan d’accompagnement doit inté­grer des mesures de for­ma­tion, la mise en place d’équipes d’appui intra-hos­pi­ta­lières de pré­ven­tion de crise, des recru­te­ments d’effectifs IDE, une amé­lio­ra­tion des SI dédiés pour assu­rer le sui­vi et le contrôle des mesures d’isolement et de conten­tion dans les éta­blis­se­ments et le déve­lop­pe­ment des alter­na­tives à l’isolement et à la conten­tion, notam­ment l’aménagement de salons d’apaisement.

    Les mesures d’accompagnement sont esti­mées à 15M€ pour 2022 à ins­crire en crédits
    pérennes pour couvrir :
    - le ren­for­ce­ment des équipes soi­gnantes des uni­tés de soins sans consen­te­ment en recru­tant des IDE supplémentaires, 
    - la mise en place de binômes médecin/ infir­mier « réfé­rents isolement/contention »,
    - la for­ma­tion conti­nue des­ti­née au per­son­nel des éta­blis­se­ments dési­gnés à rece­voir des patients en soins sans consen­te­ment (droits des patients, ges­tion de la vio­lence, ren­for­ce­ment des compétences…), 
    - le ren­for­ce­ment du sys­tème d’information pour amé­lio­rer le sui­vi des mesures d’isolement et de contention, 
    - le déve­lop­pe­ment d’alternatives à l’isolement et à la conten­tion, notam­ment l’aménagement de salons d’apaisement.

    Les TAAF et Wal­lis-et-Futi­na n’ont pas d’offre de soins psy­chia­triques sans consentement. 

    https://​www​.assem​blee​-natio​nale​.fr/​d​y​n​/​1​5​/​t​e​x​t​e​s​/​l​1​5​b​4​8​5​7​_​p​r​o​j​e​t​-​l​o​i​.​pdf

    Réponse
  11. Étienne CHOUARD

    Nous ne connaissons PAS les avantages et les inconvénients réels des médicaments à cause de la diffusion FILTRÉE des rapports sur les résultats de la recherche. L’enquête montre que les bienfaits des médicaments sont largement surestimés et les méfaits sous-estimés. Peter Gøtzsche, BMJ 2011

    https://​www​.bmj​.com/​c​o​n​t​e​n​t​/​3​4​2​/​b​m​j​.​d​2​686

    [Nécessaire mais interdite] Ouverture des données à l’Agence européenne des médicaments

    BMJ 2011 ; 342 doi : https://​doi​.org/​1​0​.​1​1​3​6​/​b​m​j​.​d​2​686 (Publié le 10 mai 2011)
    Peter C Gøtzsche , pro­fes­seur , Anders W Jør­gen­sen , doctorant
    Cor­res­pon­dance à : PC Gøtzsche, pcg@cochrane.dk
    Accep­té le 7 mars 2011

    La dif­fu­sion sélec­tive de rap­ports sur les résul­tats de la recherche signi­fie que nous ne connais­sons pas les avan­tages et les incon­vé­nients réels des médi­ca­ments pres­crits. Peter Gøtzsche et Anders Jør­gen­sen décrivent leurs efforts pour accé­der aux rap­ports d’es­sais non publiés de l’A­gence euro­péenne des médicaments

    Les méde­cins ne peuvent pas choi­sir les meilleurs trai­te­ments pour leurs patients mal­gré l’exis­tence de cen­taines de mil­liers d’es­sais ran­do­mi­sés. La rai­son prin­ci­pale est que les résul­tats de la recherche sont rap­por­tés de manière sélec­tive. Des com­pa­rai­sons d’es­sais de médi­ca­ments publiés avec des don­nées non publiées dis­po­nibles dans les agences de régle­men­ta­tion des médi­ca­ments ont mon­tré que les avan­tages des médi­ca­ments ont été lar­ge­ment sur­es­ti­més 1 2 3 et les méfaits sous-esti­més. 4 Les com­pa­rai­sons des pro­to­coles d’es­sais avec les articles publiés ont éga­le­ment mon­tré une large dif­fu­sion sélec­tive des résul­tats favo­rables. 5 6

    Le signa­le­ment sélec­tif peut avoir des consé­quences désas­treuses. Le rofé­coxib (Vioxx) a pro­ba­ble­ment cau­sé envi­ron 100 000 crises car­diaques inutiles rien qu’aux États-Unis, 7 et les médi­ca­ments anti­aryth­miques de classe 1 ont pro­ba­ble­ment cau­sé la mort pré­ma­tu­rée d’en­vi­ron 50 000 Amé­ri­cains chaque année dans les années 1980. 8 Un essai pré­coce a révé­lé neuf décès par­mi les patients pre­nant le médi­ca­ment anti­aryth­mique et un seul par­mi ceux pre­nant le pla­ce­bo, mais il n’a jamais été publié car la socié­té a aban­don­né le médi­ca­ment pour des rai­sons com­mer­ciales. 9

    Per­mettre aux cher­cheurs d’ac­cé­der aux rap­ports d’es­sais non publiés sou­mis aux agences de régle­men­ta­tion des médi­ca­ments est impor­tant pour la san­té publique. Ces rap­ports sont très détaillés et four­nissent des don­nées plus fiables que les articles publiés, 1 2 3 4 mais il a été pra­ti­que­ment impos­sible d’y avoir accès. Nous avons fina­le­ment réus­si à avoir accès aux rap­ports déte­nus par l’A­gence euro­péenne des médi­ca­ments (EMA) après trois ans d’essais. 

    Notre cas a créé un pré­cé­dent impor­tant, et nous résu­mons ici le pro­ces­sus et les arguments.

    Notre demande d’accès

    Le 29 juin 2007, nous avons deman­dé l’ac­cès aux rap­ports d’é­tudes cli­niques et aux pro­to­coles cor­res­pon­dants pour 15 essais contrô­lés contre pla­ce­bo de deux médi­ca­ments anti-obé­si­té, … [Suite réser­vée aux abon­nés]

    (Note 44 du livre « Remèdes mor­tels et crime orga­ni­sé », p 571)

    Réponse
  12. Étienne CHOUARD

    [Importante référence pour les épidémies]
    Des nouvelles du réseau SENTINELLES :

    https://​rein​fo​co​vid​.fr/​s​c​i​e​n​c​e​/​d​e​s​-​n​o​u​v​e​l​l​e​s​-​d​e​-​s​e​n​t​i​n​e​l​l​es/

    À Rete­nir :

    • La « pre­mière vague » de février-mars 2020 cor­res­pond au pic épi­dé­mique de grippe.

    • Par­mi les « vagues » de COVID-19 sui­vantes, seule celle d’octobre 2020 a avoi­si­né le seuil épi­dé­mique de la grippe et mérite le nom de « pic épi­dé­mique COVID-19 pour la sai­son 2020–2021 ». À ce jour, nous sommes proches du pic épi­dé­mique de COVID-19 pour la sai­son 2021–2022.

    • Le reste du temps, la cir­cu­la­tion de SARS-CoV‑2 a consti­tué une situa­tion endé­mique bénigne simi­laire à celle du rhi­no­vi­rus ou d’autres virus respiratoires.

    • 1 an et demi de covid19 (656 636 cas) ont fait moins de cas que la grippe sai­son­nière 2018–2019 en seule­ment 6 mois (1 618 166 cas de syn­dromes grip­paux soit 828 501 grippes à influen­za virus).

    • L’excellente métho­do­lo­gie du réseau his­to­rique Sen­ti­nelles est pas­sée sous silence depuis 1 an ½ (au mieux béné­fi­cie-t-elle d’une ligne de ren­voi http sur le résu­mé heb­do­ma­daire de San­té Publique France).

    • Ces don­nées confirment celles du rap­port de l’ATIH sur l’importance exa­gé­rée accor­dée à l’épidémie de Covid-19 en France en 2020 et 2021. [1].

    Réponse
  13. Étienne CHOUARD

    Pfizer et la FDA perdent leur offre pour retarder davantage la publication des données sur la sécurité des vaccins COVID

    Par Michael Nevra­da­kis, Ph.D.

    https://​chil​dren​sheal​th​de​fense​.org/​d​e​f​e​n​d​e​r​/​p​f​i​z​e​r​-​f​d​a​-​l​o​s​e​-​b​i​d​-​d​e​l​a​y​-​r​e​l​e​a​s​e​-​c​o​v​i​d​-​v​a​c​c​i​n​e​-​s​a​f​e​t​y​-​d​a​ta/

    Un juge fédé­ral a reje­té mer­cre­di une offre de la FDA visant à retar­der la publi­ca­tion ordon­née par le tri­bu­nal de près de 400 000 pages de docu­ments rela­tifs à l’ap­pro­ba­tion du vac­cin COVID de Pfizer.

    Man­quez un jour, man­quez beau­coup. Abon­nez-vous aux meilleures nou­velles du jour du défen­seur . C’est gratuit.

    Un juge fédé­ral a reje­té mer­cre­di une offre de la Food and Drug Admi­nis­tra­tion (FDA) amé­ri­caine, avec le sou­tien de Pfi­zer, visant à retar­der la publi­ca­tion ordon­née par le tri­bu­nal de près de 400 000 pages de docu­ments rela­tifs à l’ap­pro­ba­tion du vac­cin COVID de Pfizer.

    Le juge fédé­ral Mark Pitt­man du tri­bu­nal de dis­trict amé­ri­cain du dis­trict nord du Texas, dans une ordon­nance ren­due le 2 février, a décla­ré que la FDA devait publier des ver­sions expur­gées des docu­ments en ques­tion selon le calen­drier de divul­ga­tion suivant :

    10 000 pages cha­cune, à remettre au plus tard le 1er mars et le 1er avril 2022.
    80 000 pages cha­cune, à pro­duire au plus tard le 2 mai, le 1er juin et le 1er juillet 2022.
    70 000 pages à pro­duire au plus tard le 1er août 2022.
    55 000 pages par mois, au plus tard le pre­mier jour ouvrable de chaque mois par la suite, jus­qu’à ce que la publi­ca­tion des docu­ments soit terminée.

    L’or­don­nance accorde à la FDA la pos­si­bi­li­té de « mettre en banque » les pages excé­den­taires dans le cadre de ce calen­drier de publi­ca­tion, ce qui signi­fie que si l’a­gence dépasse son quo­ta men­suel au cours d’un mois don­né, elle peut appli­quer ces pages sup­plé­men­taires à un mois suivant.

    La déci­sion de la semaine der­nière est le déve­lop­pe­ment le plus récent d’une affaire judi­ciaire en cours qui a com­men­cé par une demande en ver­tu de la loi sur la liber­té d’in­for­ma­tion (FOIA) dépo­sée en août 2021 par Public Health and Medi­cal Pro­fes­sio­nals for Trans­pa­ren­cy (PHMPT), un groupe de méde­cins et de pro­fes­sion­nels de la san­té publique.

    [Le nou­veau livre de Robert F. Ken­ne­dy, Jr. – ‘The Real Antho­ny Fau­ci’ sera bien­tôt dis­po­nible en français]

    PHMPT, un groupe de plus de 30 pro­fes­sion­nels de la méde­cine et de la san­té publique et scien­ti­fiques d’ins­ti­tu­tions telles que Har­vard, Yale et UCLA, a dépo­sé en sep­tembre 2021 une action en jus­tice contre la FDA après que l’a­gence a reje­té sa demande FOIA initiale.

    Dans cette demande , PHMPT a deman­dé à la FDA de publier « toutes les don­nées et infor­ma­tions rela­tives au vac­cin Pfi­zer », y com­pris les don­nées sur la sécu­ri­té et l’ef­fi­ca­ci­té, les rap­ports sur les effets indé­si­rables et une liste des ingré­dients actifs et inactifs.

    La FDA a fait valoir qu’elle n’a­vait pas assez de per­son­nel pour trai­ter la rédac­tion et la publi­ca­tion de cen­taines de mil­liers de pages de docu­ments, affir­mant qu’elle ne pou­vait trai­ter que 500 pages par mois.

    Cela aurait signi­fié que la cache de docu­ments ne serait pas entiè­re­ment libé­rée avant envi­ron 75 ans.

    Dans son ordon­nance du 6 jan­vier , Pitt­mann a reje­té la demande de la FDA et a plu­tôt deman­dé à l’a­gence de publier 12 000 pages de docu­ments d’i­ci le 31 jan­vier et 55 000 pages sup­plé­men­taires par mois par la suite.

    Pfi­zer a répon­du à l’or­don­nance du 6 jan­vier en dépo­sant un mémo­ran­dum auprès du tri­bu­nal le 21 jan­vier, deman­dant d’in­ter­ve­nir dans l’af­faire dans le « but limi­té de garan­tir que les infor­ma­tions exemp­tées de divul­ga­tion en ver­tu de la FOIA sont pro­té­gées de manière adé­quate, car la FDA se conforme à la déci­sion de la Cour ». ordre. »

    Pfi­zer a pré­ten­du sou­te­nir la divul­ga­tion des docu­ments, mais a deman­dé d’in­ter­ve­nir dans l’af­faire pour s’as­su­rer que les infor­ma­tions léga­le­ment exemptes de divul­ga­tion ne seront pas « divul­guées de manière inappropriée ».

    Comme le rap­porte The Defen­der , cette demande, si elle était accor­dée, aurait éga­le­ment signi­fié un nou­veau retard pour la publi­ca­tion de la pro­chaine tranche de docu­ments, jus­qu’au 1er mai.

    Les avo­cats de PHMPT, dans un mémoire sou­mis le 25 jan­vier, ont deman­dé à Pitt­man de reje­ter la requête de Pfi­zer, ce qui a entraî­né l’or­don­nance de Pitt­man le 2 février.

    Le pre­mier lot de docu­ments pro­duits en novembre 2021, qui ne tota­li­sait que 500 pages, a révé­lé qu’il y avait eu plus de 1 200 décès liés au vac­cin dans les 90 pre­miers jours sui­vant la sor­tie du vac­cin Pfi­zer-BioN­Tech COVID.

    Réponse
  14. Étienne CHOUARD

    Mary Holland : la justice à l’oeuvre
    Les procédures pénales aux USA

    https://​ody​see​.com/​@​J​e​a​n​n​e​T​r​a​d​u​c​t​i​o​n​:​a​/​M​a​r​y​-​H​o​l​l​a​n​d:f

    « Nous met­tons au défi la FDA, sur les bles­sures, sur les obli­ga­tions (masques, tests, injec­tions, pas­se­ports)… sur l’in­ter­dic­tion des trai­te­ments, sur le consen­te­ment des petits, sur la censure… »

    Mer­ci Jeanne (https://​twit​ter​.com/​J​e​a​n​n​e​1​8​9​4​5​095)

    Réponse
  15. Étienne CHOUARD

Laisser un commentaire

Derniers articles

Demain soir, on saura si les jeunes sont allés se mettre en travers de l’arbitraire, en élisant… En élisant n’importe qui contre le tyran du moment — qu’il est urgent de freiner, de limiter, d’empêcher !

Demain soir, on saura si les jeunes sont allés se mettre en travers de l’arbitraire, en élisant… En élisant n’importe qui contre le tyran du moment — qu’il est urgent de freiner, de limiter, d’empêcher !

Chers amis, Voilà 17 ans que j'instruis, dans ma tête et sur ce site, le procès de l'élection. Dix-sept ans que je creuse ce sujet central, et que je découvre et dénonce les mécanismes diaboliques (qui divisent) de ce piège politique — infantilisant et humiliant —...

[Contre la tyrannie qui vient] Grand Appel et Marche pour défendre la Liberté

Chers amis, Sentez-vous que le temps est venu de prendre nos responsabilités pour défendre notre liberté ? Si ne disons jamais non aux pouvoirs abusifs, ils ne s'arrêteront jamais d'abuser : "tout pout pouvoir va jusqu'à ce qu'il trouve une limite" (Montesquieu)....