RÉPRESSION CONTRE LA RÉVOLUTION DES BARRIÈRES par Georges KUZMANOVIC, chez Régis de Castelnau

15/01/2020 | 2 commentaires

RÉPRESSION CONTRE LA RÉVOLUTION DES BARRIÈRES par Georges KUZMANOVIC, chez Régis de Castelnau

RÉPRESSION CONTRE LA RÉVOLUTION DES BARRIÈRES par Georges KUZMANOVIC, chez Régis de Castelnau
https://​www​.vudu​droit​.com/​2​0​2​0​/​0​1​/​r​e​p​r​e​s​s​i​o​n​-​c​o​n​t​r​e​-​l​a​-​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​-​d​e​s​-​b​a​r​r​i​e​r​es/

On peut, dans la France de 2020, ne pas être pour­sui­vi pour un meurtre anti­sé­mite aggra­vé ; les femmes peuvent être vio­lées qua­si impu­né­ment ; on peut être un pré­di­ca­teur fiché S finan­cé par l’Arabie saou­dite et appe­ler au meurtre ; on peut voler, frau­der et mettre son argent dans les para­dis fis­caux sans crainte ; tabas­ser impu­né­ment des mani­fes­tants le 1er mai en se dégui­sant en poli­cier, tout en étant le tou­tou du Pré­sident de la Répu­blique ; vio­ler la Consti­tu­tion et finir ministre en charge des retraites avant d’être rem­pla­cé à ce poste par quelqu’un d’aussi trouble ; être pour­sui­vi pour prise illé­gale d’intérêts mais se main­te­nir au poste de pré­sident de l’Assemblée natio­nale ; faire 10 mani­fes­ta­tions vio­lentes en tant que Black Blocs et ren­trer à chaque fois chez soi tran­quille… mais si on a le mal­heur d’être Gilet Jaune, finir en pri­son au pas de course !

En un an, les Gilets Jaunes, pour la plu­part tra­vailleurs ou en recherche d’un véri­table emploi, qui n’avaient sou­vent eu aucun enga­ge­ment poli­tique aupa­ra­vant et qui ne deman­daient qu’un peu de jus­tice sociale et fis­cale dans la cin­quième puis­sance mon­diale, se sont retrou­vés avec des cen­taines de bles­sés graves – mar­qués, défi­gu­rés ou abî­més à vie –, mais aus­si plus de 3 000 arres­ta­tions et 1 000 condam­na­tions à de la pri­son ferme. Une répres­sion digne d’un État tota­li­taire en panique.

Cette répres­sion anti­so­ciale aveugle conti­nue : ce mar­di 7 jan­vier, le tri­bu­nal de Nar­bonne a condam­né 21 pré­ve­nus sur 31 (tous Gilets Jaunes) à de la pri­son ferme. Un des condam­nés, âgé de 29 ans, a même éco­pé d’une peine de 5 ans ferme.
Quel a été l’horrible crime de ce groupe de séditieux ?
Conspi­ra­tion contre le pou­voir d’Etat ? Asso­cia­tion ter­ro­riste ? Non ! Rien de tout cela. Ils ont com­mis un crime bien plus grave : dans la nuit du 1er décembre 2018, lors de l’acte III des Gilets Jaunes, ils ont incen­dié un péage d’autoroute !
Peut-on ima­gi­ner méfait plus odieux, plus into­lé­rable ? C’est en tout cas ce qu’a dû se dire le très sérieux tri­bu­nal de Nar­bonne – qui n’a pas hési­té à sanc­tion­ner sévè­re­ment ces cri­mi­nels endur­cis. Ce juge­ment est au regard de la crise sociale que tra­verse la France et au regard de l’histoire de France une honte. Aucune recherche de paix sociale dans ce juge­ment, mais l’application assu­mée d’une jus­tice de classe !

Donc, dans notre Répu­blique, qui se déna­ture chaque jour un peu plus, des Gilets Jaunes – une éma­na­tion du peuple – ont été condam­nés pour avoir incen­dié le bien d’une entre­prise – Vin­ci – qui avait elle-même, par copi­nage poli­tique, dépos­sé­dé le peuple de France de ses auto­routes. Car il faut quand même rap­pe­ler que les auto­routes, dont Vin­ci tire chaque année une for­tune colos­sale sur le dos des Fran­çais, ont pu être construites grâce à l’impôt concé­dé par ces mêmes Fran­çais – ceux qui aujourd’hui, à Nar­bonne, finissent en pri­son. Jean Jau­rès écri­vait « Tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours et est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fonde et meur­trière des grands capi­ta­listes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité ».

N’est-ce pas là une honte natio­nale et un dan­ger pour la France que ces retours à un 19ème siècle de guerre de classes ? Com­ment pou­vons-nous accep­ter plus long­temps cet affront à la jus­tice sociale et à la démocratie ?

On rétor­que­ra que beau­coup de ces mani­fes­tants – plus de 200 pour 21 condam­nés, une déci­ma­tion qui rap­pelle, elle aus­si, de mau­vais sou­ve­nirs – étaient sous l’emprise de l’alcool et très exci­tés. Assu­ré­ment ! C’est le propre de ces moments insur­rec­tion­nels là. Ceux qui prirent la Bas­tille n’étaient pas pou­drés et par­fu­més, ni même tous sobres. Ça se saurait !

On me dira que l’incendie du péage a détruit les locaux du pelo­ton auto­rou­tier de la gen­dar­me­rie. Certes, et c’est bien mal­heu­reux. Mais c’est aus­si un mal­heur que des gen­darmes – des hommes d’honneur ser­vant l’intérêt public au risque de leur vie et pour de maigres soldes – doivent défendre un « bien » qui a été spo­lié au peuple de France, c’est-à-dire à eux-mêmes, par quelques puis­sants multimilliardaires.

Je rap­pel­le­rai à l’occasion de cette tra­gé­die un moment fon­da­men­tal de l’histoire de France que l’on cherche à faire oublier, sur­tout en ces jours de révolte popu­laire. Le 14 juillet 1789 – date que nous com­mé­mo­rons chaque année parce qu’elle sym­bo­lise la nais­sance de notre Répu­blique –, la prise de la Bas­tille ne s’est pas faite spon­ta­né­ment, mais fut la résul­tante et le paroxysme d’un vaste mou­ve­ment de contes­ta­tion popu­laire. Cette jour­née du 14 juillet fut pré­cé­dée d’autres jour­nées d’émeutes culmi­nant dans l’assaut des bar­rières de l’octroi : le peuple – ouvriers des fau­bourgs et bour­geois, aus­si mêlés socia­le­ment en 1789 que les Gilets Jaunes en 2018–2019 – n’en pou­vait plus de payer des taxes lors de pas­sages de bar­rières entou­rant Paris. Ces bar­rières n’étaient alors pas autre chose que les péages d’aujourd’hui, et, pas plus qu’aux péages d’aujourd’hui, les taxes n’étaient per­çues par l’Etat direc­te­ment, mais par des méga-riches, les Fer­miers géné­raux, aux­quels le roi avait délé­gué le droit de per­ce­voir l’impôt.

Remarque pour nos amis les gen­darmes, plai­gnants dans cette affaire : lors de cette « révo­lu­tion des bar­rières », le peuple de Paris fut sou­te­nu par les sol­dats du régi­ment des Gardes fran­çaises, qui le sou­tien­dront aus­si lors de la prise de la Bas­tille. Ces Gardes fran­çaises for­me­ront ensuite la Garde natio­nale, puis… les pre­miers régi­ments de gen­darmes à pied. A méditer !

Je l’affirme : les entre­prises d’autoroutes comme Vin­ci sont les Fer­miers géné­raux d’aujourd’hui, qui pré­lèvent à leur béné­fice un impôt indu sur le dos des Fran­çais. Ce droit leur a été octroyé sous la pré­si­dence de Jacques Chi­rac et sous le gou­ver­ne­ment Lio­nel Jos­pin, mais aujourd’hui le sec­teur pri­vé se pré­pare à ramas­ser une manne plus impor­tante encore, le bon roi Emma­nuel Macron se mon­trant prêt à bra­der la France à ses amis les oli­garques. Aéro­ports, bar­rages, retraites, assu­rance-mala­die : c’est open bar, tout doit bas­cu­ler dans le privé.

Au fait… à qui Emma­nuel Macron veut-il vendre Aéro­ports de Paris (mal­gré la catas­trophe de la vente de l’aéroport de Tou­louse aux Chi­nois) ? Hé oui : à Vinci.

« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira… »

PS : Pour ceux qui sou­haitent que la « bar­rière » des Aéro­port de Paris ne finisse pas dans l’escarcelle du Fer­mier Géné­ral Vin­ci, signez et faites signer la « Pro­po­si­tion de loi visant à affir­mer le carac­tère de ser­vice public natio­nal de l’exploitation des aéro­dromes de Paris » pro­po­sée par des par­le­men­taires LR, PS, LFI, UDI, PCF, EELV et MR encore sou­cieux de l’intérêt général.

Régis de Castelnau

Source : Vu du droit, https://​www​.vudu​droit​.com/​2​0​2​0​/​0​1​/​r​e​p​r​e​s​s​i​o​n​-​c​o​n​t​r​e​-​l​a​-​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​-​d​e​s​-​b​a​r​r​i​e​r​es/

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2 Commentaires

  1. Olivier de Lasource

    Bon­jour, j’ar­rive ici, en curieux, « super neutre », un pre­mier contact avec ce site.
    Je suis cho­qué : des gens ont incen­dié un bien d’une entre­prise et sont condam­nés. C’est nor­mal. Soyons content qu’on ne per­mette pas cela. Point !
    Je pense que vous êtes dan­ge­reux parce que vous uti­li­sez des élé­ments cor­rects et véri­fiables pour diri­ger le lec­teur vers votre façon de pen­ser : tan­tôt vous sou­hai­tez la jus­tice, tan­tôt vous contes­tez son appli­ca­tion. Cela s’ap­pelle de la mani­pu­la­tion (consciente ou non): de l’in­co­hé­rence par­se­mée d’élé­ments correctes !
    Les com­pa­rai­sons que vous faites sont inadap­tées et créent des amalgames.
    Il n’y a qu’un public déjà convain­cu pour vous suivre.
    Les gil­lets jaunes ne doivent pas traî­ner ici : soit ils sont « récu­pé­rés », soit mal influencés !

    Réponse
    • etienne

      « Super neutre » 🙂 mdr

      Mani­fes­te­ment vous n’a­vez pas lu l’ar­ticle et vous res­tez le nez sur un inti­tu­lé (« des gens ont brû­lé un bien pro­prié­té d’une entre­prise et ils ont été punis »).

      Vous n’êtes mani­fes­te­ment pas sen­sible à la pos­si­bi­li­té que « l’en­tre­prise » en ques­tion soit mafieuse (elle s’est fait offrir un bien public impor­tant —les auto­routes et les péages— en cor­rom­pant au der­nier degré les déci­deurs publics), ni à la pos­si­bi­li­té que « sa pro­prié­té » soit scan­da­leu­se­ment illé­gi­time et cri­mi­nelle (les Fran­çais ont été condam­nés à vie à payer l’im­pôt à une entre­prise pri­vée pour un bien qu’ils avaient pour­tant eux-mêmes inté­gra­le­ment payé depuis des années). Cha­cun sa sensibilité.

      Vous me dites : « tan­tôt vous sou­hai­tez la jus­tice, tan­tôt vous contes­tez son appli­ca­tion ».
      Non non : je sou­haite la jus­tice, point. Et quand l’ins­ti­tu­tion char­gée de rendre la jus­tice ici et main­te­nant prend une déci­sion mani­fes­te­ment injuste, je le déplore. Il est sur­pre­nant que vous ne le fas­siez pas vous-même. C’est moi qui suis cohé­rent, il me semble, en ne fai­sant pas confiance aveu­glé­ment à une ins­ti­tu­tion créée depuis son ori­gine par les riches contre les pauvres, et en res­tant vigilant.

      Quand aux mani­pu­la­tions, récu­pé­ra­tions et autres « mau­vaises influences », les médias (ache­tés par les plus grands pro­prié­taires) nous en donnent des leçons tous les jours, en pré­sen­tant tou­jours (comme vous ici) la réa­li­té tra­ves­tie sous l’angle anti­so­cial de l’i­déo­lo­gie pro­prié­ta­riste (lire le der­nier livre de Piket­ty sur l’i­déo­lo­gie mor­ti­fère des pro­prié­taires, livre pas­sion­nant et important).

      C’est trop d’hon­neur de me trai­ter de « dan­ge­reux », moi qui n’ai, comme tout pauvre élec­teur, aucun pou­voir de déci­der quoi que ce soit. Ce n’est pas moi qui détruit la sécu­ri­té sociale (hôpi­taux, retraites, assu­rance chô­mage) ; ce n’est pas moi qui détruit le droit du tra­vail ; ce n’est pas moi qui asphyxie finan­ciè­re­ment tous les ser­vices publics pour pou­voir dis­tri­buer l’argent des impôts aux ultra-riches (en remer­cie­ment mafieux pour m’a­voir por­té au pou­voir) ; ce n’est pas moi qui vend les biens publics à mes amis cra­pules mil­liar­daires ; ce n’est pas moi qui tra­hit le pays en ven­dant ses indus­tries stra­té­giques à des puis­sances étran­gères ; ce n’est pas moi qui condamne le pays à l’ap­pau­vris­se­ment et au mal­heur en impo­sant (par la tyran­nie de l’UE) le libre-échange, la déré­gu­la­tion, le racket de la socié­té par « la finance », le chô­mage, la dés­in­dus­tria­li­sa­tion et les bas salaires (rien que ça) ; ce n’est pas moi qui fait tirer par la police sur mes oppo­sants poli­tiques, que je mutile, empri­sonne et mar­ty­rise impu­né­ment ; ce n’est pas moi qui para­lyse l’ac­tion de la jus­tice en décla­rant l’i­nop­por­tu­ni­té des pour­suites contre mes gra­vis­simes abus de pou­voirs ; etc. Vous feriez mieux de réajus­ter vos lunettes pour iden­ti­fier cor­rec­te­ment les vraies per­sonnes « dan­ge­reuses » dans votre pays, il me semble.

      Réponse

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