[Honte à nos « représentants », qui nous jettent (à nouveau) dans la guerre] Comment l’Occident a contribué à créer l’ « État Islamique »

29/08/2016 | 33 commentaires

On a peine à croire que nos propres « repré­sen­tants » nous conduisent ain­si de force, comme « en nous tirant par les che­veux » dans la guerre que nous refu­sons tous évidemment.

L’in­té­rêt et l’im­por­tance de l’ar­ticle ci-des­sous vont cres­cen­do jus­qu’à la fin. A mon avis, il faut connaître ces faits et les faire connaître ; il faut faire pas­ser. On aime­rait que de vrais jour­na­listes comme Maxime Chaix (http://​maxi​me​chaix​.info) tra­vaillent dans les médias grand public. Mais il n’en est rien, ou presque. Au lieu de ça, on dirait que les pré­ten­dus « jour­na­listes » sont presque tous deve­nus des agents de l’étranger…

Avant de vous lais­ser lire cette enquête-syn­thèse édi­fiante (et très docu­men­tée, comme tous les tra­vaux de Maxime Chaix), je vou­drais insis­ter sur ce qui me semble essen­tiel, du côté des causes pre­mières de tous ces drames insensés :

Si les « élus » peuvent ain­si vio­len­ter impu­né­ment l’in­té­rêt géné­ral (la paix et la jus­tice), c’est parce que nous n’a­vons pas de consti­tu­tion digne de ce nom ; et la totale impuis­sance poli­tique popu­laire — qui résulte direc­te­ment de cette absence de consti­tu­tion — est prin­ci­pa­le­ment de notre faute, car nous sommes les seuls capables d’é­crire une consti­tu­tion digne de ce nom, nous-mêmes, en per­sonne, sans représentants. 

Or, pour le moment, mas­si­ve­ment, nous nous fou­tons de la constitution… 

Donc, si on réflé­chit au fond des choses, l’im­puis­sance poli­tique popu­laire n’est pas (du tout) une fata­li­té, mais, tant que nous res­tons aus­si inertes que nous le sommes actuel­le­ment sur le plan consti­tuant, la-guerre-qui-vient-contre-quoi-on-ne-peut-rien c’est bien fait pour nous.

Bonne lec­ture (et bons ate­liers constituants) 🙂

Etienne.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​4​5​7​6​9​7​5​8​2​317 vient de publier une enquête par­ti­cu­liè­re­ment ins­truc­tive sur la ren­contre qui a conduit à la sépa­ra­tion entre le Front al-Nos­ra – la branche syrienne d’al-Qaïda diri­gée par Abou Moham­med al-Jou­la­ni –, et le réseau qui était alors connu sous le nom d’État Isla­mique en Irak (EII). Dans cet article, Forei­gn Poli­cy nous détaille cette ren­contre cru­ciale entre d’importants com­man­dants jiha­distes, dont Abou Bakr al-Bagh­da­di, qui était alors le lea­der de l’EII, et Abou Omar al-Shi­sha­ni, le chef mili­taire de Daech qui a été tué par une frappe de l’U.S. Air Force en juillet 2016. Ini­tia­le­ment, al-Shi­sha­ni avait été for­mé par des ins­truc­teurs du Pentagonelorsqu’il com­bat­tait au sein des Forces spé­ciales géor­giennes en 2006, n’étant pas encore radi­ca­li­sé. Décrit comme un « élève star » à cette époque, il avait com­bat­tu l’armée russe en 2008 lors du conflit en Ossé­tie du Sud. En 2013, avec les mili­ciens du mou­ve­ment jiha­diste qu’il avait fon­dé, le Jaish al-Muha­ji­reen wal-Ansar, il a joué un rôle déter­mi­nant dans la prise de la base aérienne de Menagh, au nord d’Alep – une « vic­toire hau­te­ment stra­té­gique (…) ayant per­mis d’ouvrir un cor­ri­dor pour l’opposition dans le Nord de la Syrie ». Il rece­vait alors ses ordres du colo­nel Okai­di, un com­man­dant de l’Armée Syrienne Libre (ASL) sou­te­nu par les États-Unis et la Grande-Bre­tagne qui, de son propre aveu, entre­te­nait des rela­tions « fra­ter­nelles » avec les extré­mistes du Front al-Nos­ra et de l’État Isla­mique en Irak et au Levant (EIIL). Cette même année 2013, Abou Omar al-Shi­sha­ni prê­ta allé­geance à l’EIIL, s’imposant rapi­de­ment comme le « ministre de la guerre » de Daech. Comme nous le ver­rons, al-Shi­sha­ni est loin d’être le seul com­bat­tant de cette orga­ni­sa­tion à avoir béné­fi­cié d’un sou­tien occi­den­tal direct, du moins jusqu’en 2013.

Orga­ni­sée en avril de cette même année, cette ren­contre entre chefs jiha­distes a lan­cé le pro­ces­sus de créa­tion de l’« État Isla­mique », qui fut décré­té au mois de juin 2014 par son lea­der, Abou Bakr al-Bagh­da­di. Au plan sym­bo­lique, elle a conduit au chan­ge­ment de nom de l’EII, qui s’est alors rebap­ti­sé l’EIIL (État Isla­mique en Irak et au Levant). Inter­ro­gé par Forei­gn Poli­cy, un par­ti­ci­pant à cette ren­contre – sur­nom­mé « Abou Ahmad » pour des rai­sons de sécu­ri­té –, décrit le fonc­tion­ne­ment interne de ces milices ter­ro­ristes. Essen­tiel­le­ment, cet article nous indique que cette ren­contre a abou­ti non pas à une scis­sion entre ces deux orga­ni­sa­tions, mais à une véri­table absorp­tion des com­bat­tants, des cadres et des moyens mili­taires et logis­tiques du Front al-Nos­ra par l’EIIL d’al-Baghdadi au prin­temps 2013. Nous ana­ly­se­rons donc dans quelle mesure les opé­ra­tions clan­des­tines de la CIA et de ses alliés, dont les ser­vices fran­çais, ont ali­men­té dès 2012la mon­tée en puis­sance de l’EII au sein d’al-Nosra, donc de ce qui allait deve­nir l’EIIL en avril 2013, puis l’« État Isla­mique » en juin 2014.

Prin­temps 2013 : l’EII absorbe la majo­ri­té des moyens humains et mili­taires d’al-Nosra

Pour le lec­teur aver­ti, l’information la plus impor­tante de cet article de Forei­gn Poli­cy se trouve dans sa conclu­sion. En effet, lors de la sépa­ra­tion d’avril 2013 entre l’EII et le Front al-Nos­ra, une « large majo­ri­té de com­man­dants et de com­bat­tants d’al-Nosra en Syrie ne sui­virent pas » leur lea­der Moham­med al-Jou­la­ni – le fon­da­teur d’al-Nosra issu de l’EII, qui durant l’été 2011 avait été envoyé en Syrie par Abou Bakr al-Bagh­da­di pour y mener le jihad. Au contraire, ces com­bat­tants prê­tèrent mas­si­ve­ment allé­geance à al-Bagh­da­di, se sépa­rant du Front al-Nos­ra et consti­tuant ce qui allait offi­ciel­le­ment deve­nir l’« État Isla­mique » en juin 2014. Selon Forei­gn Poli­cy, « le chan­ge­ment de l’EII vers l’EIIL signi­fiait que tous les groupes ou fac­tions qui avaient rejoint l’EIIL per­draient leur nom. Pour le Front al-Nos­ra et son lea­der, Abou Moham­med al-Jou­la­ni, ce déve­lop­pe­ment était un poten­tiel désastre ; il pou­vait signi­fier la fin de leur influence dans le champ de bataille jiha­diste le plus impor­tant au monde. Al-Jou­la­ni ordon­na donc aux com­bat­tants d’al-Nosra de ne pas rejoindre l’EIIL, et d’attendre que [le numé­ro un d’al-Qaïda Ayman] al-Zawa­hi­ri se pro­nonce sur qui devait diri­ger le jihad sur le théâtre de guerre syrien. Une large majo­ri­té de com­man­dants et de com­bat­tants d’al-Nosra en Syrie ne sui­virent pas [al-Jou­la­ni].Lorsqu’Abou Ahmad visi­ta Alep quelques semaines plus tard seule­ment, envi­ron 90 % des com­bat­tants d’al-Nosra dans cette ville avaient déjà rejoint l’EIIL. Les nou­veaux sol­dats de Bagh­da­di ordon­nèrent aux quelques der­niers loya­listes d’al-Nosra de quit­ter l’hôpital d’al-Oyoun, qui avait été jusqu’à pré­sent la prin­ci­pale base d’al-Nosra dans cette ville. “Vous devez par­tir ; nous consti­tuons al-daw­la [l’État] et nous regrou­pons la vaste majo­ri­té des com­bat­tants” dirent-ils aux hommes d’al-Nosra, selon Abou Ahmad. “Donc ces quar­tiers géné­raux nous appar­tiennent.”Par­tout dans le Nord de la Syrie, l’EIIL s’empara des QG d’al-Nosra, des caches de muni­tions et des dépôts d’armes. Éton­nam­ment, la branche d’al-Qaïda en Syrie devait sou­dain com­battre pour sa sur­vie. Une nou­velle époque démar­rait – celle de l’État Isla­mique. »

Inter­ro­gé sur ces infor­ma­tions de Forei­gn Poli­cy, l’expert de la Syrie Fabrice Balanche confirme leur exac­ti­tude, tout en pré­ci­sant que « ces faits étaient connus à l’époque, mais plu­tôt du côté des spé­cia­listes ». Selon lui, « entre avril 2013 et jan­vier 2014, la majo­ri­té du Front al-Nos­ra s’est ran­gée du côté de l’EIIL. Al-Jou­la­ni s’est donc retrou­vé en mino­ri­té. Le rap­port devait être d’un quart de com­bat­tants res­tant loyaux à al-Nos­ra, contre trois quarts se ral­liant à l’EIIL. La majo­ri­té des com­bat­tants du groupe jiha­diste étaient des étran­gers, dont beau­coup d’Irakiens. Ils ont donc pré­fé­ré al-Bagh­da­di. » D’après ce cher­cheur, qui tra­vaille actuel­le­ment au Washing­ton Ins­ti­tute, « al-Nos­ra en Syrie regrou­pait envi­ron 20 000 com­bat­tants avant la scis­sion d’avril 2013. Par consé­quent, près de 15 000 auraient rejoint l’EIIL et 5 000 seraient res­tés com­battre sous la ban­nière d’al-Nosra – même si ces chiffres sont approxi­ma­tifs. Par la suite, al-Nos­ra s’est ren­for­cé en s’alliant avec d’autres groupes syriens contre l’EIIL. Dans cette his­toire com­plexe, il faut rete­nir que la guerre entre al-Nos­ra et l’EIIL fut par­ti­cu­liè­re­ment san­glante durant l’hiver 2013–2014. Elle a lais­sé des traces, ce qui empêche les deux groupes de joindre leurs efforts. » Éga­le­ment inter­ro­gé sur cette scis­sion, le dépu­té socia­liste Gérard Bapt pré­cise que « l’EIIL a ensuite été sou­te­nu par les ser­vices spé­ciaux du prince Ban­dar pour contrer l’influence des Frères Musul­mans qui s’exprimait à tra­vers le Front al-Nos­ra, une milice appuyée prin­ci­pa­le­ment par le Qatar et la Tur­quie. Les Saou­diens n’imaginaient pro­ba­ble­ment pas les consé­quences d’un tel sou­tien, avec la pro­cla­ma­tion désas­treuse de l’État Isla­mique entre l’Irak et la Syrie en juin 2014. »

Les ser­vices secrets saou­diens et la CIA : du jihad afghan au tak­fir syrien

Rap­pe­lons alors qu’en juillet 2012, le prince Ban­dar était nom­mé à la tête des ser­vices spé­ciaux saou­diens, ce qui avait été ana­ly­sé par la plu­part des experts comme un signe de dur­cis­se­ment de la poli­tique syrienne de l’Arabie saou­dite. Sur­nom­mé « Ban­dar Bush » du fait de sa proxi­mi­té avec la dynas­tie pré­si­den­tielle du même nom, il était ambas­sa­deur à Washing­ton à l’époque des attaques du 11-Sep­tembre. Depuis plu­sieurs années, cet homme inti­me­ment lié à la CIA est accu­sé par l’ancien séna­teur de Flo­ride d’avoir indi­rec­te­ment sou­te­nu cer­tains des pirates de l’air dési­gnés cou­pables de ces atten­tats. Après qu’il fut écar­té de son poste de chef des ser­vices spé­ciaux en avril 2014, le Guar­dian sou­li­gna que « Ban­dar avait diri­gé les efforts saou­diens visant à mieux coor­don­ner les livrai­sons d’armes aux rebelles com­bat­tant el-Assad en Syrie. Néan­moins,il a été cri­ti­qué pour avoir sou­te­nu des groupes isla­mistes extré­mistes, ris­quant ain­si le même “retour de bâton” que celui des com­bat­tants saou­diens d’Oussama ben Laden ren­trant au pays après le jihad contre les Sovié­tiques en Afgha­nis­tan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été auto­ri­sée offi­ciel­le­ment. » Or, comme à l’époque du jihad afghan, la CIA et les ser­vices secrets saou­diens ont étroi­te­ment col­la­bo­ré en Syrie, la grande proxi­mi­té du prince Ban­dar avec l’Agence faci­li­tant cette poli­tique clandestine.

En réa­li­té, les rela­tions entre la CIA et les ser­vices saou­diens sont lit­té­ra­le­ment fusion­nelles. Début 2016, le New York Times révé­la que l’Arabie saou­dite avait été « de loin » le prin­ci­pal finan­ceur de la guerre secrète anti-Assad de la CIA, bap­ti­sée « opé­ra­tion Tim­ber Syca­more ». Afin de ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment syrien, l’Agence a mobi­li­sé « envi­ron un mil­liard de dol­lars » chaque année depuis 2013, dans le cadre de ce que le Washing­ton Post a décrit comme un « plus vaste effort de plu­sieurs mil­liards de dol­lars impli­quant l’Arabie saou­dite, le Qatar et la Tur­quie », c’est-à-dire les trois États notoi­re­ment connus pour sou­te­nir les fac­tions extré­mistes en Syrie. En d’autres termes, la CIA a faci­li­té et coor­don­né dès jan­vier 2012 les opé­ra­tions syriennes des ser­vices secrets de ces pays, essen­tiel­le­ment finan­cées par les pétro­dol­lars saou­diens. Comme des experts et des­jour­na­listes amé­ri­cains l’on expli­qué à l’automne 2015, cette guerre secrète aurait pu abou­tir au ren­ver­se­ment de Bachar el-Assad, essen­tiel­le­ment du fait des pertes infli­gées à l’armée syrienne par les mis­siles TOW made in USA. En 2013, sous cou­vert d’équiper sa garde natio­nale et son armée de terre, l’Arabie saou­dite avait ache­té plus de 15 000 mis­siles TOW à la mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine Ray­theon – soit un inves­tis­se­ment de 1,1 mil­liard de dol­lars. En réa­li­té, plu­sieurs mil­liers de mis­siles ont été dis­tri­bués aux rebelles anti-Assad par dif­fé­rents ser­vices depuis les « MOC » (Mili­ta­ry Ope­ra­tions Cen­ters), des bases secrètes super­vi­sées par la CIA en Tur­quie et en Jordanie.

Tou­jours selon le New York Times, « les efforts saou­diens [en Syrie] furent diri­gés par le flam­boyant prince Ban­dar ben Sul­tan, (…) qui deman­da aux espions du royaume d’acheter des mil­liers [de mitrailleuses] AK-47 et des mil­lions de muni­tions en Europe de l’Est pour les rebelles. La CIA a faci­li­té cer­tains [sic] de ces achats d’armements pour les Saou­diens, dont un vaste deal avec la Croa­tie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opé­ra­tions sem­blaient être hors de contrôle à la fron­tière entre la Tur­quie et la Syrie, les nations du Golfe trans­met­tant de l’argent et des armes à des fac­tions rebelles – y com­pris à des groupes dont les hauts res­pon­sables amé­ri­cains crai­gnaient qu’ils soient liés à des orga­ni­sa­tions extré­mistes comme al-Qaï­da. » En réa­li­té, mal­gré ces craintes, la CIA coor­don­nait clan­des­ti­ne­ment depuis le mois de jan­vier 2012 au moins deux réseaux d’approvisionnement en armes finan­cés par les pétro­mo­nar­chies du Golfe et la Tur­quie : une série de livrai­sons aériennes depuis les Bal­kans, qui a récem­ment fait l’objet d’uneenquête appro­fon­die du BIRN et de l’OCCRP confir­mant le rôle cen­tral de la CIA dans ce tra­fic d’armes illé­gal ; et une autre voie d’approvisionnement mari­time depuis la Libye, selon les­ré­vé­la­tions jamais démen­ties du jour­na­liste d’investigation Sey­mour Hersh. Concer­nant le tra­fic en pro­ve­nance des Bal­kans, seuls cinq médias fran­co­phones ayant rap­por­té cette enquête sont recen­sés par Google Actua­li­tés. Et par­mi eux, seuls Media​part​.fr et Bruxel​les2​.eu ont sou­li­gné la cores­pon­sa­bi­li­té des États-Unis dans ces opé­ra­tions, contrai­re­ment à Libe​ra​tion​.fr, Direct​Ma​tin​.fr, et LOpi​nion​.fr – qui se sont conten­tés d’articles laco­niques pour trai­ter ce sujet.

En juillet 2013, d’après le par­le­men­taire bri­tan­nique Lord Ash­down, ces opé­ra­tions clan­des­tines de la CIA et de ses par­te­naires avaient armé « presque exclu­si­ve­ment » les jiha­distes du Front al-Nos­ra, qui incluait jusqu’au prin­temps 2013 l’EII d’al-Baghdadi. Bon connais­seur des Bal­kans, cetancien Haut Repré­sen­tant des Nations-Unies en Bos­nie-Her­zé­go­vine confir­mait ain­si lesrévé­la­tions du New York Times, qui nous avait infor­més en mars 2013 que les ser­vices spé­ciaux turcs, qata­ris, jor­da­niens, émi­ra­tis et saou­diens avaient intro­duit au moins 3 500 tonnes d’armements en Syrie depuis jan­vier 2012 avec l’aide dis­crète de la CIA – ce qui a consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cé la coa­li­tion Front al-Nos­ra/EII avant la sépa­ra­tion d’avril 2013. Et comme nous l’avons démon­tré, la majo­ri­té des com­bat­tants d’al-Nosra ont alors été absor­bés par l’EII, qui s’est rebap­ti­sé EIIL et qui s’est acca­pa­ré les prin­ci­pales res­sources humaines, logis­tiques et mili­taires d’al-Nosra. Il est donc indé­niable que ces poli­tiques clan­des­tines ont gran­de­ment encou­ra­gé le déve­lop­pe­ment de ce qui allait deve­nir Daech en juin 2014, du moins sur le théâtre de guerre syrien. En Occi­dent, le fait que si peu d’observateurs l’aient sou­li­gné semble être symp­to­ma­tique d’une réti­cence col­lec­tive à accep­ter que les réseaux d’al-Qaïda en Syrie furent mas­si­ve­ment armés et sou­te­nus par nos propres ser­vices spé­ciaux, et ce dans le but de ren­ver­ser Bachar el-Assad. L’irrésistible mon­tée en puis­sance de Daech est donc bel et bien une consé­quence directe de cette stra­té­gie, comme l’avait pré­dit le Ren­sei­gne­ment mili­taire du Penta­gone dès 2012.

La cores­pon­sa­bi­li­té des alliés occi­den­taux et israé­liens de la CIA dans le chaos isla­miste en Syrie

Bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans ce désastre, la CIA et ses alliés turcs et pétro­mo­nar­chiques n’en sont pas les seuls fau­tifs. Selon les magis­trats de la Haute Cour cri­mi­nelle bri­tan­nique, les ser­vices spé­ciaux de Sa Majes­té ont sou­te­nu la coa­li­tion Front al-Nos­ra/EII, poten­tiel­le­ment pour le compte de la CIA afin que cette der­nière puisse échap­per à la super­vi­sion du Congrès. Depuis 2014, il est de noto­rié­té publique qu’Israël soigne des com­bat­tants d’al-Nosraet, comme le grand repor­ter Robert Par­ry l’a sou­li­gné, Tsa­hal « a éga­le­ment mené des frappes aériennes en Syrie qui ont sou­te­nu les avan­cées d’al-Nosra, ce qui a notam­ment impli­qué l’élimination de conseillers du Hez­bol­lah et de l’Iran qui aidaient le gou­ver­ne­ment syrien ». En décembre 2012, le ministre des Affaires étran­gères fran­çais Laurent Fabius avait repris à son compte les argu­ments des alliés pétro­mo­nar­chiques de la France, qui pen­saient que le Front al-Nos­ra fai­sait du « bon bou­lot sur le ter­rain » alors que le Dépar­te­ment d’État pla­çait cette milice sur la liste onu­sienne des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes – en contra­dic­tion avec la poli­tique clan­des­ti­nede la CIA et de ses par­te­naires. Cette décla­ra­tion stu­pé­fiante, qui fut relayée par le jour­nal Le Monde, n’avait pas été reprise dans la presse. Elle avait été pro­non­cée par Laurent Fabius alors que l’EII fai­sait par­tie inté­grante de ce réseau ter­ro­riste ce qui, mani­fes­te­ment, n’a été rele­vé par aucun observateur.

En mars 2016, le maga­zine Marianne a révé­lé que la direc­tion de la pros­pec­tive du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, aler­té le ministre des Affaires étran­gères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saou­dite et le Qatar finan­çaient les groupes jiha­distes en Syrie. Dans une note qui fut igno­rée par leur hié­rar­chie, ces experts sou­li­gnaient que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [ris­quions] d’y tom­ber ». Fina­le­ment, à par­tir de 2014, plu­sieurs dépu­tés de l’opposition ont affir­mé que la France avait sou­te­nu le Front al-Nos­ra. Inter­ro­gé sur cette ques­tion, le dépu­té Gérard Bapt confirme un « sou­tien clan­des­tin de l’État fran­çais en faveur des dif­fé­rentes mou­vances isla­mistes en Syrie, au regard de la poro­si­té et de la proxi­mi­té entre ces groupes alliés sur le ter­rain. Or, l’aide fran­çaise aux rebelles en Syrie, et plus géné­ra­le­ment le sou­tien occi­den­tal en leur faveur, se sont pour­sui­vis y com­pris après les atten­tats contre Char­lie Heb­do et l’Hyper Casher, pour­tant reven­di­qués par al-Qaï­da. »

Nous pou­vons conclure de ces dif­fé­rentes révé­la­tions que les ser­vices secrets occi­den­taux et leurs par­te­naires régio­naux ont, au moins jusqu’en 2013, mas­si­ve­ment armé et sou­te­nu la milicetak­fi­riste qui allait deve­nir Daech l’année sui­vante, puisque l’EII et al-Nos­ra consti­tuaient une seule et unique enti­té avant leur sépa­ra­tion d’avril 2013. Par consé­quent, le Penta­gone et ses alliés, qui incluent les forces aériennes fran­çaises, sont en train de bom­bar­der une orga­ni­sa­tion ter­ro­riste dont la CIA et ses par­te­naires ont gran­de­ment favo­ri­sé la mon­tée en puis­sance en Syrie à par­tir de jan­vier 2012. Hélas, cette schi­zo­phré­nie stra­té­gique sub­siste : depuis deux ans, nos armées sont enga­gées dans des opé­ra­tions contre Daech à l’efficacité d’ailleurs contes­table, alors que la CIA et ses alliés conti­nuent de sou­te­nir al-Qaï­da pour ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment el-Assad. Or, selon un pres­ti­gieux think tank bri­tan­nique cité par le Guar­dian en décembre der­nier, « plus de la moi­tié des com­bat­tants rebelles en Syrie qui sont oppo­sés au Pré­sident Bachar el-Assad sont favo­rables aux vues de l’État Isla­mique ». Dans ce même article, il est pré­ci­sé que « si Daech est vain­cu [en Irak et en Syrie], au moins 65 000 com­bat­tants appar­te­nant à d’autres groupes sala­fistes-jiha­distes sont prêts à prendre sa place ».

Ain­si, comme l’avait pré­co­ni­sé Michel Colo­mès en octobre 2015, il serait peut-être temps d’arrêter de « jouer les “bons” contre les “méchants” isla­mistes », une poli­tique qui revient selon lui à « payer la corde qui nous pen­dra ». Et comme l’avait dénon­cé la repré­sen­tante au Congrès Tul­si Gab­bard le 19 novembre 2015 – soit moins d’une semaine après les atten­tats de Paris –, « ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment syrien d’el-Assad est le but de Daech, d’al-Qaïda et d’autres groupes isla­mistes extré­mistes. Nous ne devrions pas nous allier avec ces fana­tiques en les aidant à rem­plir leur objec­tif, car cela est contraire aux inté­rêts sécu­ri­taires des États-Unis et de la civi­li­sa­tion. » Quinze ans après le 11-Sep­tembre, et dans un contexte de mul­ti­pli­ca­tion des atten­tats en Occi­dent, ces argu­ments ne peuvent que remettre en cause l’impunité que la rai­son d’État légi­time, et qui encou­rage des poli­tiques échap­pant tota­le­ment aux contre-pou­voirs démocratiques.

Maxime Chaix.

Source : http://​maxi​me​chaix​.info/​?​p​=​3​583

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33 Commentaires

  1. etienne

    Rosanvallon, « le bon gouvernement »

    :

    Parle du poten­tiel d’In­ter­net et du père Chouard vers la minute 55′ 🙂

    Réponse
  2. gilles

    Quand Rosan­val­lon déclare à 25 mn 24 s que : « l’é­ro­sion de sou­ve­rai­ne­té qui est liée à des élé­ments de construc­tion euro­péenne, c’est une éro­sion de sou­ve­rai­ne­té qui est désirée … » 

    Il parle pour les anti-démo­crates euro­péistes, il fau­drait véri­fier par un réfé­ren­dum si cette éro­sion de sou­ve­rai­ne­té est dési­rée par les fran­çais, les ita­liens, les alle­mands. Pour les bri­tan­niques, nous avons déjà la réponse. 

    « … qui est dési­rée, parce que l’on pense faire gérer au niveau euro­péen un cer­tain nombre de ques­tions est néces­saire pour le bien com­mun des citoyens. »

    Il n’y a pas de peuple UE, sans peuple uni­fié, pas de débats à l’échelle UE, pas de pou­voir du peuple, sans pou­voir du peuple, pas de démo­cra­tie et de bien commun.

    « Donc l’abandon de sou­ve­rai­ne­té dans le domaine euro­péen, on peut consi­dé­rer que c’est un aban­don favo­rable aux citoyens, et c’est pour cela, à ce niveau-là, il y a un aban­don de sou­ve­rai­ne­té. Tout le monde sou­hai­te­rait, enfin beau­coup de citoyens sou­hai­te­raient aujourd’hui, que en matière, par exemple, de droit du tra­vail il y ait davan­tage de droit euro­péen, cela veut dire qu’il y aurait moins de sou­ve­rai­ne­té dans le domaine social… »

    Aban­don favo­rable aux citoyens euro­péens, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Comme si l’UE n’était pas un des ins­tru­ments pour faire recu­ler le droit social. L’UE est à l’initiative des mémo­ran­dums en Grèce, peut-être que M. Rosan­val­lon ne lit pas les jour­naux, des réformes du mar­ché du tra­vail en Ita­lie, en Espagne, au Por­tu­gal et en France de la réforme El-Khom­ri. Pour la France, on peut lire, par exemple, car ils sont nom­breux les documents, :

    http://​ec​.euro​pa​.eu/​e​u​r​o​p​e​2​0​2​0​/​p​d​f​/​c​s​r​2​0​1​6​/​c​s​r​2​0​1​6​_​f​r​a​n​c​e​_​f​r​.​pdf

    Cher­chez le mot branche dans le docu­ment et vous avez l’article 2 de la loi El-Khom­ri sur la prio­ri­té des accords d’entreprise sur les accords de branche. Cher­cher le mot coût et vous trou­ve­rez des recom­man­da­tions pour l’abaissement du coût de tra­vail. Et c’est ce type d’abandon de sou­ve­rai­ne­té que nous pro­pose ce « démo­crate » de Rosan­val­lon ! Non, il s’agit avec M. Rosan­val­lon d’allumer des contre-feux à la pous­sée des citoyens.

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  3. etienne

    Yémen : l’hypocrisie meurtrière des exportateurs d’armes, par Amnesty International


    « À Genève cette semaine, la Coa­li­tion pour le contrôle des armes et Pax ont orga­ni­sé une ren­contre pour rap­pe­ler la souf­france endu­rée par les civils au Yémen aux délé­ga­tions pré­sentes lors de la confé­rence des Ėtats par­ties au Trai­té sur le com­merce des armes. Le silence des États-Unis et du Royaume-Uni lors de cette réunion fut assour­dis­sant. Quant à la France, elle ne s’est pas don­née la peine d’y assis­ter.

    Par Rasha Moha­med, cher­cheuse sur le Yémen à Amnes­ty Inter­na­tio­nal, et Rasha Abdul Rahim, char­gée de cam­pagne sur le Contrôle des armes à Amnes­ty International 

    ENCORE UN HÔPITAL TOUCHÉ PAR LA COALITION

    La frappe aérienne qui a tou­ché l’hôpital rural d’Abs, dans le gou­ver­no­rat d’Hajja, au Yémen, le 15 août, est la qua­trième attaque contre un hôpi­tal de Méde­cins Sans Fron­tières (MSF) en 10 mois. Cela n’a en rien atté­nué le choc.

    Ayman Issa Bakri, chauf­feur d’ambulance de 16 ans, compte par­mi les 10 vic­times. Il y tra­vaillait depuis que MSF a com­men­cé à finan­cer l’hôpital à l’été 2015. Son corps a été retrou­vé près du site de l’impact ; il por­tait encore dans les bras la patiente qu’il trans­fé­rait de l’ambulance jusqu’aux urgences.

    Peu après, MSF a annon­cé qu’elle met­tait un terme à ses opé­ra­tions au Yémen. Il est dif­fi­cile d’imaginer le déses­poir des Yémé­nites appre­nant que le seul hôpi­tal à des kilo­mètres à la ronde est rayé de la carte.

    DES ARMES POUR COMMETTRE DES CRIMES DE GUERRE

    Sur le site de l’hôpital en ruines, nous avons iden­ti­fié des frag­ments de bombes qui, semble-t-il, ont été fabri­quées aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Cela coïn­cide avec ce que nous savons des impor­tantes expor­ta­tions d’armes qu’effectuent ces deux pays vers l’Arabie saou­dite et d’autres membres de sa coa­li­tion militaire.

    Paral­lè­le­ment, des délé­ga­tions du Royaume-Uni et des États-Unis s’apprêtaient à par­ti­ci­per à la deuxième Confé­rence des États par­ties au Trai­té sur le com­merce des armes (TCA), qui s’est ache­vée à Genève le 26 août. Le TCA défi­nit des inter­dic­tions por­tant sur les trans­ferts d’armes lorsque l’on sait qu’elles seront uti­li­sées pour com­mettre des crimes de guerre – dans le cadre d’attaques directes ou menées sans dis­cri­mi­na­tion contre des civils notamment.

    Le Royaume-Uni ayant rati­fié le Trai­té, il est tenu d’en res­pec­ter les dis­po­si­tions. En tant que signa­taires, les États-Unis ne doivent prendre aucune mesure sus­cep­tible de saper l’objet et le but du Traité.

    L’HYPOCRISIE INTERNATIONALE

    Étant don­né les nom­breuses infor­ma­tions poin­tant du doigt l’utilisation, par la coa­li­tion que dirige l’Arabie saou­dite, de cer­taines armes pour com­mettre des attaques aveugles et directes contre des hôpi­taux et des cibles civiles, ils ne devraient auto­ri­ser aucun trans­fert d’armes sus­cep­tibles d’être uti­li­sées par la coa­li­tion au Yémen.

    C’est pré­ci­sé­ment pour­quoi nous avons deman­dé à plu­sieurs reprises un embar­go total sur les trans­ferts d’armes sus­cep­tibles d’être uti­li­sées par l’une des par­ties au conflit au Yémen.

    Dans une décla­ra­tion à la Confé­rence le 23 août, la délé­ga­tion bri­tan­nique a exhor­té les États par­ties à « remé­dier aux pra­tiques qui ne vont pas dans le sens de l’idéal du Trai­té » et à se mon­trer prêts à accep­ter les cri­tiques quant à leur conduite.

    Cet appel est d’une hypo­cri­sie conster­nante : il inter­vient après trois semaines d’horreurs vécues par les civils yémé­nites, une nou­velle fois vic­times d’attaques menées sans dis­cri­mi­na­tion par la coa­li­tion diri­gée par l’Arabie saou­dite qui regorge d’armes fabri­quées au Royaume-Uni – muni­tions et avions mili­taires notamment.

    UN TIERS DES CIVILS TUÉS SONT DES ENFANTS

    En effet, depuis l’échec fra­cas­sant des pour­par­lers au Koweït le 6 août, les frappes aériennes contre le groupe armé des Hou­this ont repris, et les civils en paient le prix fort. Deux jours seule­ment avant l’attaque contre l’hôpital d’Abs, 10 enfants auraient été tués et 28 bles­sés dans le bom­bar­de­ment de leur école à Saa­da. Les enfants ne peuvent se sen­tir en sécu­ri­té nulle part. Ils comptent pour le tiers des 3 799 civils tués au Yémen depuis le lan­ce­ment de la cam­pagne de la coa­li­tion en mars 2015.

    Nous avons recueilli de nom­breuses infor­ma­tions sur les livrai­sons d’armes qu’effectuent cer­tains États par­ties au TCA à des­ti­na­tion de la coa­li­tion diri­gée par l’Arabie saou­dite, armes du même type que celles uti­li­sées pour les attaques contre des civils et des infra­struc­tures civiles au Yémen. En conti­nuant ces livrai­sons, ces États risquent de se rendre com­plices de ces attaques illégales.

    Par ailleurs, la coa­li­tion diri­gée par l’Arabie saou­dite uti­lise des bombes à sous-muni­tions, pro­hi­bées par » […]

    (lire la suite)
    http://​www​.les​-crises​.fr/​y​e​m​e​n​-​l​h​y​p​o​c​r​i​s​i​e​-​m​e​u​r​t​r​i​e​r​e​-​d​e​s​-​e​x​p​o​r​t​a​t​e​u​r​s​-​d​a​r​m​e​s​-​p​a​r​-​a​m​n​e​s​t​y​-​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​al/

    Source : les​-crises​.fr Oli­vier Berruyer

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  4. etienne

    « Détruire Daech ne tuera pas la matrice du salafisme qu’est l’Arabie saoudite »

    Quinze ans après le 11 Sep­tembre Dans son livre « Dr Saoud et Mis­ter Dji­had », Pierre Cone­sa montre com­ment Riyad exporte le sala­fisme dans le monde.

    « L’un des contin­gents les plus nom­breux des com­bat­tants étran­gers de Daech, 15 des 19 ter­ro­ristes du 11 Sep­tembre et 115 des 611 pri­son­niers de Guantá­na­mo, ce sont des Saou­diens. » En intro­duc­tion de son livre inti­tu­lé « Dr Saoud et Mr Dji­had », Pierre Cone­sa, énarque et ancien haut fonc­tion­naire du Minis­tère de la défense fran­çais, sou­ligne une constante qui n’est pas un hasard. Sans détour, il dénonce la res­pon­sa­bi­li­té de l’Arabie saou­dite dans le déve­lop­pe­ment du ter­ro­risme dji­ha­diste. Mais sa mise en cause va beau­coup plus loin que les pré­cé­dentes. Il détaille en effet une diplo­ma­tie reli­gieuse sou­te­nue par les énormes reve­nus du pétrole pour que le wah­ha­bisme, la doc­trine la plus lit­té­ra­liste et fon­da­men­ta­liste de l’islam, prenne l’ascendant sur toutes les autres formes d’islam.

    Sept mil­liards de dollars

    « L’Arabie saou­dite est à l’origine de cette idéo­lo­gie poli­ti­co-reli­gieuse que l’on appelle sala­fiste pour ne pas dire wah­ha­bite, afin de pré­ser­ver nos inté­rêts stra­té­giques et com­mer­ciaux avec le royaume, nous explique l’agrégé d’histoire. Le wah­ha­bisme est la ver­sion la plus anti­sé­mite, homo­phobe, sec­taire, miso­gyne et raciste de l’islam. On peut tou­jours réduire le cali­fat de Daech à une por­tion de ter­ri­toire, cela ne tue­ra pas la matrice idéo­lo­gique qu’est l’Arabie saoudite. »

    Cette poli­tique étran­gère, défi­nie dès l’origine par les Saoud, alliés aux oulé­mas wah­ha­bites, « se for­ma­lise pour com­battre le nas­sé­risme, c’est-à-dire le pan­ara­bisme. Pour répli­quer, l’Arabie saou­dite met en place le pan­is­la­misme, qui s’inspire du soft power à l’américaine et de la pro­pa­gande sovié­tique », sou­ligne l’historien français.

    Ses moyens sont énormes. « Riyad dépense à peu près autant pour sa diplo­ma­tie reli­gieuse que pour son arme­ment, soit envi­ron 7 à 8 mil­liards de dol­lars par an », pré­cise Pierre Cone­sa. « Vous avez comme aux Etats-Unis une poli­tique publique, des fon­da­tions pri­vées, des asso­cia­tions, des uni­ver­si­tés qui tirent toutes dans le même sens. Sin­geant la pro­pa­gande sovié­tique, elle dif­fuse une idéo­lo­gie tota­li­taire qui s’appuie sur la for­ma­tion de cadres inter­na­tio­naux à l’Université de Médine, comme le fai­sait l’université Lumum­ba de Mos­cou en d’autres temps. Les Saou­diens ont for­mé ain­si entre 25 000 et 30 000 cadres qu’ils ont ren­voyés dans leurs pays. »

    Le faux nez saoudien

    Cette poli­tique touche les pays du « pre­mier cercle », comme le Pakis­tan, sanc­tuaire de la résis­tance afghane anti­so­vié­tique et des dji­ha­distes inter­na­tio­naux finan­cés par Riyad. Les Saou­diens ont ain­si pu impo­ser des écoles qui ont concur­ren­cé les madra­sas deon­ban­di déjà très radi­cales. Il en sor­ti­ra les tali­bans, les étu­diants en reli­gion qui vont ins­tal­ler un régime de ter­reur en Afgha­nis­tan. Elle vise aus­si tous les pays à mino­ri­té musulmane.

    « Le bras armé de cette diplo­ma­tie, c’est la Ligue isla­mique mon­diale. Elle est tou­jours diri­gée par un Saou­dien, ne publie jamais son bud­get et finance des mos­quées et des uni­ver­si­tés par­tout sur la pla­nète. C’est le faux-nez de la diplo­ma­tie saou­dienne. Elle n’a voca­tion qu’à dif­fu­ser le wah­ha­bisme et non l’islam. » La Ligue a finan­cé de nom­breux lieux de culte, y com­pris en Europe, dont les grandes mos­quées de Genève et Zurich. « L’Arabie saou­dite s’est ren­du compte que son argent se per­dait dans les sables et que les musul­mans locaux, d’origines natio­nales diverses, se l’appropriaient. Avec des res­sources qui s’amenuisent au gré des baisses du cours du pétrole, elle tente de reprendre la main, comme récem­ment à Genève », com­mente Pierre Conesa.

    L’Arabie saou­dite a aus­si choi­si d’implanter « dans un choix stra­té­gique judi­cieux » ces relais dans les socié­tés com­mu­nau­ta­ristes du monde occi­den­tal comme le Cana­da ou la Grande-Bre­tagne. « Dans les années 90, l’Arabie saou­dite a ain­si réus­si à implan­ter des tri­bu­naux isla­miques et des écoles cora­niques dans ces pays. Les Bri­tan­niques ont décou­vert après coup que le pro­gramme de leurs écoles cora­niques était le pro­gramme saou­dien, anti­sé­mite, raciste et into­lé­rant. Les Cana­diens se sont ren­du compte, eux, que les tri­bu­naux isla­miques accep­tés pour résoudre des conflits concer­nant la jus­tice civile ren­daient aus­si des juge­ments sur des cas de droit pénal cana­dien, comme le fait de battre sa femme. »

    « Ce qui me frappe, c’est que ce sont des pays musul­mans comme le Maroc, qui exporte l’enseignement d’un islam modé­ré, l’Algérie qui a connu les années sombres de la guerre contre les sala­fistes et même le Pakis­tan, qui parlent d’arabisation de l’islam, qui dénoncent cette influence désta­bi­li­sa­trice. Et pas les pays occi­den­taux », sou­ligne le chercheur.

    « L’obsession chiite »

    « Dans les quelque 70 000 câbles diplo­ma­tiques saou­diens que Wiki­Leaks a ren­dus publics, on observe une constante de la poli­tique étran­gère de Riyad : la dénon­cia­tion du chiisme. En Indo­né­sie par exemple, pays de 180 mil­lions d’habitants, vous avez une petite secte chiite, les ahma­diyyas, qui regroupe à peu près 400 000 fidèles. Riyad demande à son ambas­sade de dénon­cer « leur dan­ge­ro­si­té ». Autre exemple, l’Inde, qui est le deuxième pays comp­tant le plus de chiites, ce qu’on ignore, l’Arabie saou­dite a mené cam­pagne » contre cette com­mu­nau­té. Sans par­ler de l’Iran ou de l’Irak. Par­tout, l’ennemi est chiite. Au Yémen, les Saou­diens bom­bardent les hou­this chiites, pas les com­bat­tants d’Al-Qaida dans la pénin­sule Islamique.

    Avec Daech, qui dénonce, comme Al-Qai­da à ses débuts, le régime saou­dien, Riyad a vu sa créa­ture lui échap­per. « Comme dans Fran­ken­stein, le monstre s’est retour­né contre son créateur. »

    « Dr Saoud et Mr Dji­had » de Pierre Cone­sa, pré­face d’Hubert Védrine, Edi­tions Robert Laf­font, sep­tembre 2016, 300 pages.

    http://​www​.tdg​.ch/​m​o​n​d​e​/​d​e​t​r​u​i​r​e​-​d​a​e​c​h​-​t​u​e​r​a​-​m​a​t​r​i​c​e​-​s​a​l​a​f​i​s​m​e​-​q​u​-​l​a​r​a​b​i​e​-​s​a​o​u​d​i​t​e​/​s​t​o​r​y​/​1​1​5​1​2​565

    Source : La Tri­bune de Genève

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  5. etienne

    La CIA, l’Arabie saoudite et l’histoire inavouable d’al-Qaïda

    Encore une pas­sion­nante syn­thèse pro­po­sée par Maxime Chaix :

    « Quinze ans après le 11-Sep­tembre, alors que le Congrès vient d’autoriser les citoyens amé­ri­cains à pour­suivre l’Arabie saou­dite pour son rôle pré­su­mé dans ces atten­tats, la « guerre contre le ter­ro­risme » lan­cée peu après l’effondrement des Tours jumelles ne trouve pas de conclu­sion. Dans ce contexte, un nombre crois­sant d’experts dési­gnent le mili­ta­risme occi­den­tal dans le « Grand Moyen-Orient » comme un fac­teur majeur d’amplification de la menace ter­ro­riste. Or, une atten­tion bien moindre a été accor­dée aux poli­tiques clan­des­tines de la CIA, des ser­vices secrets saou­diens et de leurs alliés, qui sont pour­tant à l’origine de ce fléau. En effet, tout obser­va­teur avi­sé est au cou­rant du rôle cen­tral de ces agences dans la créa­tion et l’essor d’al-Qaïda, depuis la cam­pagne anti­so­vié­tique des années 1980 en Afgha­nis­tan jusqu’au sou­tien des groupes armés qui tentent de ren­ver­ser Bachar el-Assad en Syrie. Plon­gée dans une période trouble et mécom­prise de l’histoire récente des ser­vices spé­ciaux amé­ri­cains et de leurs prin­ci­paux partenaires. » […]

    Lire la suite :
    http://​maxi​me​chaix​.info/​?​p​=​3​605

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  6. etienne

    Les rebelles asiatiques à Alep, angle mort de l’Occident

    par Chris­ti­na Lin

    Mili­tants du groupe ouz­bek Kati­bat al Taw­hid wal Jihad lors des com­bats à Tal Bajir au sud d’Alep

    « Le secré­taire à la Défense Ash­ton Car­ter et le secré­taire d’État John Ker­ry consi­dèrent sou­vent les groupes dji­ha­distes rebelles en Syrie comme membres de « l’opposition syrienne ».

    Cepen­dant, comme le ren­sei­gne­ment alle­mand l’a fait remar­quer, plus de 95% des com­bat­tants en Syrie sont étran­gers et non syriens. De plus, beau­coup ne sont même pas arabes, mais de plus en plus sou­vent asia­tiques. » […]

    Lire la suite :
    http://​www​.les​-crises​.fr/​l​e​s​-​r​e​b​e​l​l​e​s​-​a​s​i​a​t​i​q​u​e​s​-​a​-​a​l​e​p​-​a​n​g​l​e​-​m​o​r​t​-​d​e​-​l​o​c​c​i​d​e​n​t​-​p​a​r​-​c​h​r​i​s​t​i​n​a​-​l​in/

    Source : les​-crises​.fr Oli­vier Berruyer

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  7. etienne
  8. etienne

    « Alep : la guerre des cinq jours » par Bassam Tahhan,

    spé­cia­liste de poli­tique inter­na­tio­nale et de la Syrie,
    inter­viewé par Fré­dé­ric Saillot, le 10 décembre 2016 :

    Pas­sion­nant docu­ment signa­lé par Oli­vier Ber­ruyer sur les​-crises​.fr :
    http://​www​.les​-crises​.fr/​v​i​d​e​o​-​a​l​e​p​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​d​e​s​-​c​i​n​q​-​j​o​u​r​s​-​b​a​s​s​a​m​-​t​a​h​h​an/

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  9. etienne

    Images et témoignages d’Alep au lendemain de la libération des quartiers est

    Photo : Vanessa Beeley
    Sol­dat de l’armée syrienne bran­dis­sant un dra­peau du Front al-Nos­ra sai­si dans la mos­quée Omeyyed après la libé­ra­tion d’Alep est.

    Depuis la libé­ra­tion d’Alep est, des témoi­gnages sur ce qui se passe dans cette ville com­mence à nous par­ve­nir. Ils n’ont rien à voir avec ces véri­tables “rea­li­ty shows” que les medias occi­den­taux nous égrai­naient avec des com­men­taires et des mises en scène plus dra­ma­tiques les uns que les autres. Contre-pro­pa­gande à la pro­pa­gande ? À vous de juger.

    Qui nous expli­que­ra com­ment l’on pou­vait com­mu­ni­quer aus­si régu­liè­re­ment, qua­si à la demande, par télé­phone, Twit­ter et Skype, depuis des quar­tiers est assié­gés et pri­vés de moyens de com­mu­ni­ca­tion comme vient de le consta­ter la jour­na­liste Vanes­sa Bee­ley qui sui­vait les troupes de Damas lorsqu’elles reprirent Alep est ?

    « J’ai pas­sé trois jours à Alep-Est et je n’ai eu ni 3G, ni Wi-Fi, ni élec­tri­ci­té, je ne pou­vais même pas uti­li­ser mon por­table, car il n’y avait pas de signal. »

    Voi­ci un court extrait d’une vidéo de 30 minutes tour­née dans le centre d’enregistrement de Jibreen par Vanes­sa Bee­ley sur l’accueil des réfu­giés en pro­ve­nance d’Alep est par les auto­ri­tés syriennes :

    Car c’est vers les quar­tiers ouest tenus par le régime que se sont réfu­giés les habi­tants d’Alep est. Les “rebelles”, eux, n’ont pas été mas­sa­crés, mais éva­cués sous super­vi­sion de la Croix-rouge (CICR) par bus, vers la Tur­quie pour les étran­gers, vers la ville d’Idlib pour ceux de natio­na­li­té syrienne.

    Evacuation_rebelles.JPG
    Éva­cua­tion des rebelles et de leurs familles par bus

    Où étaient les fameux “casques blancs” qu’on aurait logi­que­ment dû retrou­ver occu­pés, après la libé­ra­tion de la zone, à leur mis­sion de sau­ve­tage. Par­tis (dans les bus ?) par « crainte des repré­saille ».

    « On a peur des exé­cu­tions, on a peur des tor­tures, on a peur de tout ! » (Ammar Sal­mo, res­pon­sable des Casques blancs d’Alep sur France info).

    Enfin, voi­ci le témoi­gnage des élèves de Pierre Le Corf un huma­ni­taire fran­çais habi­tant et ensei­gnant à Alep ouest :

    Réponse
  10. etienne

    Roland Dumas sur l’origine de la guerre à la Syrie : 

    Réponse
  11. etienne

    Rap­pel TRÈS impor­tant, sur l’o­ri­gine de la guerre à la Syrie, les dif­fé­rents pro­jets de pipelines : 

    SYRIE : L’énergie au coeur du conflit – France 2

    Réponse
  12. etienne

    Sur la Syrie, la France est en état d’extinction cérébrale

    La Tour Eif­fel éteinte le 14 décembre.@ LUDOVIC MARIN / AFP


    Pro­vo­quée par la cupi­di­té des puis­sances occi­den­tales et des pétro­mo­nar­chies cor­rom­pues, la guerre en Syrie connaît avec la libé­ra­tion d’Alep un tour­nant majeur. Le der­nier car­ré des ter­ro­ristes d’Al-Qaida et consorts, cer­né dans les décombres, est sur le point de céder devant la pro­gres­sion ful­gu­rante de l’armée arabe syrienne. Les civils s’enfuient en masse vers le reste de la ville, tenu par les troupes gouvernementales.

    Que fait la France ? Elle éteint la Tour Eif­fel par soli­da­ri­té avec Alep. Avec les habi­tants d’Alep, avec tous ses habi­tants ? Non. Le mil­lion et demi d’Alépins réfu­gié dans les quar­tiers Ouest, pour le gou­ver­ne­ment fran­çais et pour les médias qui le servent, ce sont des gens qui n’existent pas. Et même s’ils exis­taient, ils ne méri­te­raient pas de vivre. Lorsqu’ils subis­saient les tirs de mor­tier des cou­ra­geux rebelles en lutte pour la démo­cra­tie, leurs morts demeu­raient invi­sibles, effa­cés des écran-radar.

    Car ils ont com­mis une faute impar­don­nable, ces Syriens qui ne deman­daient qu’à vivre en paix, un crime qu’on ose à peine nom­mer. Ils n’ont pas pris les armes contre le gou­ver­ne­ment de leur pays. Ils n’ont pas obéi aux gou­ver­ne­ments occi­den­taux qui leur deman­daient de ren­ver­ser le pou­voir baa­siste. Sourds aux appels des pré­di­ca­teurs saou­diens, ils n’ont pas récla­mé l’instauration de la cha­ria wah­ha­bite. Alors on n’en parle pas, c’est plus simple.

    On fait l’impossible, en revanche pour sau­ver la peau des mer­ce­naires recru­tés en masse pour détruire l’Etat syrien, laïque et sou­ve­rain, et le rem­pla­cer par un Etat-crou­pion d’obédience wah­ha­bite. Encer­clés dans ce qui reste de la « capi­tale » d’une révo­lu­tion-bidon, ces mer­ce­naires sont les mêmes que ceux qui ont tué nos com­pa­triotes au Bata­clan. Ce sont les cha­ro­gnards du tak­fir, les seconds cou­teaux des Saoud, les petites frappes du gang­sté­risme spon­so­ri­sé par l’OTAN.

    La cui­sante défaite de ces des­pe­ra­dos de la ter­reur leur arrache des larmes, à nos fai­seurs d’opinion, elle les met en transe com­pas­sion­nelle comme si ces cou­peurs de tête étaient nos frères d’armes, ou de pauvres vic­times sur le sort des­quelles il fau­drait s’apitoyer. Avec un art consom­mé du men­songe et de la mani­pu­la­tion, ces affa­bu­la­teurs pro­fes­sion­nels font comme si le sort des ter­ro­ristes était lié aux popu­la­tions civiles qui leur servent de bou­cliers humains, comme si les souf­frances des inno­cents cau­sées par la guerre jus­ti­fiaient notre sou­tien aux ter­ro­ristes qui en sont responsables.

    Pour­tant on les voit, ces civils, qui fuient les quar­tiers rebelles dès qu’ils le peuvent, essuyant les tirs de leurs soi-disant pro­tec­teurs. Les médias parlent de 100 000 per­sonnes qui seraient recluses dans le der­nier réduit « rebelle », mais sans nous expli­quer com­ment elles peuvent conte­nir dans trois kilo­mètres car­rés ! Plus les heures passent, en réa­li­té, et plus ce der­nier bas­tion de fana­tiques se vide de ses civils, et plus les gou­ver­ne­ments occi­den­taux, relayés par leurs per­ro­quets média­tiques, s’en affligent.

    Avec un cynisme sans limite, nos diri­geants vou­draient que ces civils res­tent bien sage­ment avec les ter­ro­ristes dans leur trou à rats, pour ser­vir d’alibi à la pour­suite de la guerre par pro­cu­ra­tion contre la sou­ve­rai­ne­té syrienne. Com­plices des allu­més du tak­fir maquillés en rebelles démo­crates, nos diri­geants aime­raient les prendre en otages, ces civils, les avoir sous la main comme des preuves vivantes de cette révo­lu­tion-bidon, en nous fai­sant croire que lorsque l’armée syrienne frappe Al-Qaï­da, elle s’acharne en fait contre des innocents.

    Men­songe pour men­songe, on nous dit aus­si que des dizaines de civils ont été froi­de­ment abat­tus par des milices chiites. Mais ceux qui rap­portent cette accu­sa­tion oublient de dire que selon l’ONU il n’y a pas de preuve de ces mas­sacres et que ces allé­ga­tions sont « invé­ri­fiables ». Peu importe, c’est un détail ! Les mêmes accu­sa­teurs diront alors que des mas­sacres auront lieu, que c’est inévi­table, qu’il y aura un « géno­cide » ! Impuis­sante à pro­duire la moindre preuve sur des faits pas­sés, l’accusation se conjugue au futur, elle se fait pro­phé­tique, elle vati­cine en pre­nant ses dési­rs pour des réalités.

    La dés­in­for­ma­tion bat son plein, l’esprit col­la­bo se déchaîne et l’hexagone, comme d’habitude, bat tous les records. Quel pays de maso­chistes ! On éteint la Tour Eif­fel pour pleu­rer la défaite de ceux qui mitraillent les ter­rasses de nos cafés, mais on impose un embar­go sur les médi­ca­ments à un peuple qui ne nous a rien fait en croyant punir un gou­ver­ne­ment qui com­bat ces assas­sins sans fron­tières. Alors, oui, étei­gnons la Tour Eif­fel et tout le reste. De toute façon, la France est un pays en état d’extinction céré­brale, une colo­nie de l’Empire diri­gée par des impos­teurs qui, en fai­sant le mal­heur des autres, feront aus­si le nôtre.

    Bru­no Guigue | 15 décembre 2016

    Bru­no Guigue, est un ex-haut fonc­tion­naire, ana­lyste poli­tique et char­gé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux ori­gines du conflit israé­lo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de cen­taines d’articles.

    Source : http://​arret​su​rin​fo​.ch/​s​u​r​-​l​a​-​s​y​r​i​e​-​l​a​-​f​r​a​n​c​e​-​e​s​t​-​e​n​-​e​t​a​t​-​d​e​x​t​i​n​c​t​i​o​n​-​c​e​r​e​b​r​a​le/

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    Alexandre Del Valle – La france amie des entités terroristes

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    Les médias contre la réalité en Syrie – Eva Bartlett parle à RT

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  15. etienne

    Si vous êtes pour la paix, c’est que vous êtes un agent russe

    Par Paul Craig Roberts :

    « Puisque l’époque est aux « fausses nou­velles », le der­nier numé­ro du Natio­nal Enqui­rer, ven­du aux caisses du super­mar­ché, donne aux médias pres­se­ti­tués une bonne lon­gueur d’avance : « Confes­sion de Cas­tro sur son lit de mort : j’ai tué JFK. Com­ment j’ai mani­pu­lé Oswald. »

    C’est presque aus­si bon que la fausse nou­velle qui cir­cule dans les médias pres­se­ti­tués, comme les sta­tions de télé­vi­sion, le Washing­ton Post, le New York Times et le Guar­dian – oui, même l’ancien jour­nal bri­tan­nique de gauche a rejoint les rangs des pros­ti­tuées de la presse – disant que la CIA a conclu que « les agents russes ont secrè­te­ment inter­fé­ré dans la cam­pagne élec­to­rale, dans le but d’assurer la vic­toire du can­di­dat républicain ».

    Si la CIA est assez stu­pide pour le croire, c’est que les États-Unis n’ont pas d’agence de ren­sei­gne­ment com­pé­tente. Bien sûr, la CIA n’a jamais dit et ne croit pas une telle chose. Les fausses nou­velles dans les médias pres­se­ti­tués sont tou­jours four­nies par des fonc­tion­naires ano­nymes. L’ancien ambas­sa­deur bri­tan­nique Craig Mur­ray a décrit les articles avec pré­ci­sion : « Un tas de conneries ».

    Alors, qui invente ces his­toires, un autre groupe ano­nyme lié à Hil­la­ry comme Pro­pOr­Not, l’organisation secrète et cachée qui a publié une liste de 200 sites Web qui sont des agents russes ?

    Les fausses nou­velles sont le pro­duit des pres­se­ti­tués. Tout au long des pri­maires et de la cam­pagne pré­si­den­tielle, il fut tout à fait évident que les prin­ci­paux médias impri­més ou télé­vi­sés publiaient sans arrêt de fausses nou­velles, visant à nuire à Trump et à sti­mu­ler Hil­la­ry. Nous l’avons tous vu. Nous avons tous vécu cela. Qu’est ce que c’est que cette his­toire de Rus­sie source de fausses nouvelles ?

    Nous n’avons eu que des fausses nou­velles, de la part des pres­se­ti­tués depuis le régime klin­gon [Réfé­rence à Star Trek, NdT]. Des fausses nou­velles ont été uti­li­sées contre la You­go­sla­vie et la Ser­bie, afin de dis­si­mu­ler les crimes de guerre de Bill Clinton.

    De fausses nou­velles ont été uti­li­sées contre Ous­sa­ma ben Laden, l’Afghanistan, l’Irak, le Pakis­tan, le Yémen et la Soma­lie, afin de dis­si­mu­ler les crimes de guerre du régime Bush.

    De fausses nou­velles ont été uti­li­sées contre la Libye et la Syrie, afin de camou­fler les crimes de guerre du régime Obama.

    Sans ces fausses nou­velles, ces trois pré­si­dences cou­vertes de sang auraient fini devant la Com­mis­sion pour crimes de guerre, jugées et condamnées.

    Quelqu’un peut-il pro­duire une décla­ra­tion véri­dique de la part des médias pres­se­ti­tués, sur quelque chose d’important ? Le vol MH-17 ? La Cri­mée ? L’Ukraine ?

    Iro­nique, n’est-ce pas, que ce soient ceux qui pré­tendent être libé­raux et pro­gres­sistes, qui sont res­pon­sables de la renais­sance du mac­car­thysme en Amé­rique. Et en plus, ce sont ces pro­gres­sistes libé­raux qui vont ins­ti­tu­tion­na­li­ser le mac­car­thysme dans le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain. Il y a mani­fes­te­ment un effort concer­té pour défi­nir la véri­té comme des fausses nou­velles et pour défi­nir le men­songe comme la vérité.

    Iro­nie, n’est-ce pas, que ce soit la cri­mi­nelle de guerre Hil­la­ry, res­pon­sable de la des­truc­tion de la Libye et de la qua­si des­truc­tion de la Syrie jusqu’à ce que les Russes inter­viennent, que les forces pro­gres­sistes libé­rales veulent déses­pé­ré­ment avoir en tant que pré­sident. Non seule­ment les forces libé­rales pro­gres­sistes ont ten­té d’élire un pré­sident cri­mi­nel de guerre, mais elles font de leur mieux pour délé­gi­ti­mer le pré­sident élu, qui s’oppose au conflit orches­tré contre la Russie.

    Iro­nique, n’est-ce pas, que le bloc pro­gres­siste libé­ral refuse de don­ner une chance à la paix.

    Le faux rap­port de presse des imbé­ciles de Pro­pOr­Not, qui a été mis en avant par le jour­nal des fausses nou­velles, le Washing­ton Post, pré­tend que je suis un agent russe, tout cela pour ten­ter d’altérer ma cré­di­bi­li­té. Au lieu de cela, la liste des 200 a dit à tout le monde où l’on pou­vait obte­nir de bonnes infor­ma­tions, et le nombre de mes lec­teurs a grim­pé. De plus, j’ai presque obte­nu un pas­se­port russe grâce à cela. Mais avant de l’envoyer, Pou­tine a véri­fié auprès du ren­sei­gne­ment russe et a été infor­mé que je n’étais pas sur leur liste.

    La rumeur est que si le pro­jet de loi sur le ren­sei­gne­ment de la Chambre passe avec le cha­pitre V intact, ceux d’entre nous nom­més sur la liste Pro­pOr­Not pour­raient être appe­lés devant le Congrès, comme à l’époque du mac­car­thysme. S’ils me sou­mettent à la simu­la­tion de noyade, je risque de cra­quer et d’impliquer Ronald Rea­gan, George H.W. Bush, Jim Baker, David Sto­ck­man, et tous les autres. Les preuves contre nous sont assez fortes. Trump est sus­pect, parce qu’il veut la paix avec la Rus­sie, comme le vou­lait aus­si Rea­gan. Du point de vue des forces pro Hil­la­ry et des pres­se­ti­tués, qui­conque veut la paix avec la Rus­sie est un agent russe.

    Vu la façon dont les pres­se­ti­tués mani­pulent le sujet, il n’y aurait pas de rai­son légi­time d’être pour la paix.

    Si Pou­tine et ceux d’entre nous sur la liste des 200 sont ceux qui ont réel­le­ment fait élire Trump, c’est Pou­tine ou la liste qui devrait être la per­sonne de l’année du maga­zine Time, et pas Trump. Après tout, si Pou­tine et moi fai­sons le tra­vail, ne devrions-nous pas en obte­nir la recon­nais­sance ? Pour­quoi don­ner le mérite à la marion­nette que nous avons mise en place ?

    Pour­quoi le Time nous rejette-il, nous les res­pon­sables, à l’arrière-plan ?

    Ha, mais je sais ! Le Time est éga­le­ment un agent russe et nous pro­tège en attri­buant à Trump le cré­dit de notre tra­vail. Ouf ! Après tout, je ne serai peut-être pas sou­mis à la simu­la­tion de noyade. »

    Paul Craig Roberts

    Tra­duit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

    Source : le Saker Fran­co­phone, http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​s​i​-​v​o​u​s​-​e​t​e​s​-​p​o​u​r​-​l​a​-​p​a​i​x​-​c​e​s​t​-​q​u​e​-​v​o​u​s​-​e​t​e​s​-​u​n​-​a​g​e​n​t​-​r​u​sse

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  16. etienne

    Jean Bricmont : lettre ouverte aux « défenseurs des droits de l’homme à Alep » 

    ou plu­tôt :

    « Lettre ouverte à ceux qui invoquent sélectivement les droits de l’homme pour justifier la politique d’ingérence des puissances occidentales dans les affaires intérieures des autres pays. »

    https://​fran​cais​.rt​.com/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​3​1​4​8​0​-​l​e​t​t​r​e​-​o​u​v​e​r​t​e​-​d​e​f​e​n​s​e​u​r​s​-​d​r​o​i​t​s​-​h​o​m​m​e​-​a​lep

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  17. etienne
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  20. etienne

    Bruno Guigue : En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites


    Pho­to : Des cen­taines de mil­liers de Yémé­nites se sont ras­sem­blés le 20 août 2016 à Sanaa, en sou­tien au mou­ve­ment Hou­thi. Image AP

    « La pros­pé­ri­té de notre indus­trie de l’armement vaut bien la vie de quelques mil­liers d’enfants yémé­nites. C’est ce que répon­dit impli­ci­te­ment Manuel Valls lorsqu’on lui deman­da ce qu’il pen­sait des bom­bar­de­ments saou­diens qui dévastent le Yémen et ter­ro­risent sa popu­la­tion. « Est-il indé­cent de se battre pour nos emplois ? » répon­dit le pre­mier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indé­cence », dites-vous ? À la tête d’un gou­ver­ne­ment qui aura géné­reu­se­ment dis­tri­bué des armes et des médailles aux cou­peurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

    Depuis mars 2015, la « coa­li­tion » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en pré­ten­dant com­battre une rébel­lion hou­thie cou­pable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdal­lah Saleh contre son suc­ces­seur Abd Rab­bo Man­sour Hadi, ins­tru­ment docile de la monar­chie saou­dienne. Selon l’ONU, cette inter­ven­tion mili­taire meur­trière a fait plus de 10 000 vic­times. Elle a pro­vo­qué une catas­trophe huma­ni­taire, 400 000 enfants souf­frant de mal­nu­tri­tion dans un pays dévas­té par les bom­bar­de­ments et pri­vé de res­sources par l’embargo que lui imposent les pétromonarchies.

    Dans une totale impu­ni­té, l’aviation saou­dienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpi­taux, ni les céré­mo­nies reli­gieuses. Elle répand la ter­reur, elle cherche à faire plier, en la sou­met­tant à un déluge de feu, une résis­tance qui infli­ge­rait une cui­sante défaite aux forces coa­li­sées si elles avaient le cou­rage de l’affronter sur le champ de bataille. Les wah­ha­bites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des com­bat­tants, mais une entre­prise sys­té­ma­tique de démo­ra­li­sa­tion de la popu­la­tion, de des­truc­tion totale, d’arasement des infra­struc­tures du pays.

    Cette œuvre mor­ti­fère, ses auteurs la jus­ti­fient en invo­quant la léga­li­té inter­na­tio­nale. Le mou­ve­ment « Ansa­rul­lah », en effet, a inves­ti la capi­tale du pays en sep­tembre 2014 et pous­sé le pré­sident Man­sour Hadi à la démis­sion en jan­vier 2015. Effet à retar­de­ment de la « révo­lu­tion » ratée de 2011, ce suc­cès inat­ten­du a pris de court les Saou­diens et leurs par­rains occi­den­taux. Déci­dés à inter­ve­nir dans le conflit, ils ont obte­nu du conseil de sécu­ri­té de l’ONU le vote de la réso­lu­tion 2216 du 14 avril 2015 condam­nant la prise du pou­voir par les Hou­this et affir­mant la légi­ti­mi­té du pré­sident Hadi.

    Cette déci­sion onu­sienne a offert à Riyad une cou­ver­ture juri­dique l’autorisant à frap­per le Yémen sans ména­ge­ment pour vaincre la rébel­lion. Per­ver­sion du droit inter­na­tio­nal, c’est un chèque-en-blanc qui per­met au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur béné­fi­ciait d’une sorte de per­mis de tuer à grande échelle, avec la béné­dic­tion de puis­sances occi­den­tales qui lui four­nissent des armes en quan­ti­té illi­mi­tée tan­dis que la rébel­lion hou­thie se voit frap­pée par l’embargo.

    On se demande alors quel crime le peuple yémé­nite a pu com­mettre pour endu­rer un tel sup­plice. Aurait-il com­mis des actes ter­ro­ristes ? Cer­tai­ne­ment pas. Il est la pre­mière vic­time des atten­tats meur­triers per­pé­trés par Daech et Al-Qai­da, comme celui contre les mos­quées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces orga­ni­sa­tions, en revanche, ont long­temps béné­fi­cié de l’étrange inac­tion de la coa­li­tion, notam­ment dans la région d’Al-Mukallah. Peine per­due ! Cette alliance objec­tive sur fond de haine anti-chiite n’a pas mis les forces « loya­listes » à l’abri des atten­tats-sui­cides qui vont bien­tôt les frap­per à leur tour en 2016.

    D’où vient, alors, l’acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la pro­pa­gande saou­dienne, il serait jus­ti­fié par la com­pli­ci­té des Hou­this avec Téhé­ran. Appar­te­nant à la com­mu­nau­té chiite « zay­dite », le mou­ve­ment « Ansa­rul­lah » ser­vi­rait les ambi­tions géo­po­li­tiques de l’Iran. Les causes du conflit yémé­nite sont endo­gènes, l’aide four­nie par les Ira­niens aux rebelles est déri­soire, mais Riyad s’obstine à dénon­cer l’influence mal­fai­sante des mol­lahs. C’est une situa­tion ubuesque. Les Hou­this sont cou­pés du monde par l’embargo et bom­bar­dés par une puis­sante avia­tion, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s’ils étaient des mer­ce­naires étrangers !

    Le voi­là donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en che­ville avec les forces du mal, il pac­tise avec le diable. Déci­dé­ment incons­cients, les Hou­this admirent le Hez­bol­lah liba­nais, ils sou­tiennent la Syrie sou­ve­raine, ils croient encore au natio­na­lisme arabe. Pour ceux qui entendent asser­vir la région aux inté­rêts impé­ria­listes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a com­mis une faute poli­tique qu’il va devoir expier dans la dou­leur. Vu de Riyad, il va fal­loir étouf­fer ce foyer de contes­ta­tion d’un ordre impé­rial auquel se cram­ponnent des pétro­mo­nar­chies ver­mou­lues. L’Arabie saou­dite ne veut pas, tout sim­ple­ment, d’un Yémen indé­pen­dant et unifié.

    Pour ce pays mar­ty­ri­sé qui n’intéresse per­sonne, on n’entendra pas de jéré­miades. Ni « géno­cide », ni « mas­sacre », ni « bar­ba­rie » à l’horizon dans les colonnes de la presse mains­tream. Le chœur des pleu­reuses occi­den­tales est aux abon­nés absents. Ni « Casques blancs » finan­cés par des fon­da­tions anglo-saxonnes, ni par­le­men­taires fran­çais en goguette pour « éveiller les consciences », ni gau­chistes indi­gnés qui appellent à la « soli­da­ri­té révo­lu­tion­naire », ni droits-de‑l’hommistes qui signent héroï­que­ment des péti­tions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sor­ti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est aban­don­né aux cri­mi­nels wah­ha­bites par l’indécente lâche­té d’un Occi­dent com­plice. Mais, qui sait, le peuple yémé­nite n’a peut-être pas dit son der­nier mot. »

    Bru­no Guigue

    http://​www​.mon​dia​li​sa​tion​.ca/​e​n​-​o​c​c​i​d​e​n​t​-​p​a​s​-​d​e​-​p​l​e​u​r​e​u​s​e​s​-​p​o​u​r​-​l​e​s​-​e​n​f​a​n​t​s​-​y​e​m​e​n​i​t​e​s​/​5​5​6​6​592

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  21. etienne

    L’eau sale dans les « guerres propres » occidentales

    par Maxime Chaix  :

    https://blogs.mediapart.fr/maxime-chaix/blog/050117/l‑eau-sale-dans-les-guerres-propres-occidentales

    De l’I­rak à la You­go­sla­vie, de l’Af­gha­nis­tan à la Libye, du Yémen à la Syrie, les guerres ouvertes ou secrètes de l’Oc­ci­dent ont impli­qué le ciblage mili­taire sys­té­ma­tique des infra­struc­tures four­nis­sant l’eau potable aux popu­la­tions. Des mil­lions de per­sonnes en ont été dure­ment affec­tées. Une plon­gée déran­geante dans les méandres des « guerres propres » des puis­sances occidentales.

    En sep­tembre 2016, le Huf­fing­ton Postrap­por­ta qu’une « une sta­tion de pom­page four­nis­sant de l’eau aux quar­tiers d’Alep-Est tenus par les rebelles [avait] été détruite par des bom­bar­de­ments », ajou­tant que les adver­saires de Bachar el-Assad avaient « répon­du en fer­mant une sta­tion appro­vi­sion­nant le reste de la ville, lais­sant deux mil­lions de per­sonnes sans accès à l’eau potable. » Un an aupa­ra­vant, dans un texte cosi­gné par cinq par­le­men­taires fran­çais, le dépu­té syrien Bou­tros Mer­ja­neh et le jour­na­liste fran­co-liba­nais Nader Allouche dénon­cèrent le fait que « les groupes armés à Alep, qui ont pris pos­ses­sion de la sta­tion de pom­page et d’épuration de l’eau, [avaient] déci­dé de cou­per l’accès à [cette res­source vitale], dont ils [pri­vaient] inten­tion­nel­le­ment la popu­la­tion d’Alep, qui compte encore 2,5 mil­lions d’habitants. » Rap­pe­lant les « rela­tions pri­vi­lé­giées de la France avec les bel­li­gé­rants et leurs par­rains » du Golfe, ils inci­tèrent en vain les auto­ri­tés fran­çaises à s’opposer à cette manœuvre des milices anti-Assad.

    Depuis la fin décembre, le même pro­ces­sus d’instrumentalisation mili­taire de l’eau est à l’œuvre dans la région de Damas, chaque camp se ren­voyant la res­pon­sa­bi­li­té de cette situa­tion tra­gique qui affecte près de 5 mil­lions de civils. Comme l’a rap­por­té le site israé­lien YNet​News​.com, en se basant sur des infor­ma­tions de Reu­ters, « la source d’Aïn el-Fijé, qui four­nit 65 % des réserves d’eau de Damas, a été blo­quée par les rebelles ; ces der­niers auraient éga­le­ment conta­mi­né l’eau avec du car­bu­rant », tan­dis que les oppo­sants à Bachar el-Assad accusent l’armée syrienne d’avoir bom­bar­dé la sta­tion de pom­page de cette ville. Durant ce conflit, les milices rebelles autant que les forces loya­listes ont uti­li­sé l’eau potable pour désta­bi­li­ser l’ennemi, ce qui a dure­ment tou­ché la popu­la­tion. Sachant que l’État fran­çais et ses alliés sou­tiennent l’opposition anti-Assad, ils se sont abs­te­nus de pro­tes­ter lorsque la rébel­lion a empê­ché des mil­lions de per­sonnes d’accéder à l’eau potable, tout en dénon­çant les crimes de l’armée syrienne et de ses sou­tiens. À l’aune de l’Histoire récente, cette com­plai­sance occi­den­tale face à de telles méthodes n’est pas sur­pre­nante, puisque les sys­tè­mes­na­tio­naux de dis­tri­bu­tion d’eau ont été sys­té­ma­ti­que­ment visés durant les « guerres propres » des puis­sances de l’OTAN (Golfe, You­go­sla­vie, Afgha­nis­tan, Libye), et dans les « guerres inavouables » où elles sont clan­des­ti­ne­ment impli­quées (Yémen, Syrie).

    You­go­sla­vie, Afgha­nis­tan : des guerres « propres » et « humanitaires » ?

    Lan­cée en 1999, la guerre du Koso­vo est la pre­mière appli­ca­tion moderne du concept de « guerre huma­ni­taire », autre­ment qua­li­fiée d’« inter­ven­tion d’humanité ». Or, commel’a sou­li­gné l’universitaire Jean-Bap­tiste Jean­gène Vil­mer – qui est pour­tant un défen­seur de la doc­trine de « Res­pon­sa­bi­li­té de Pro­té­ger » (R2P) appli­quée en Libye –, « la cam­pagne aérienne de l’OTAN au Koso­vo a été une catas­trophe huma­ni­taire. Elle consti­tue encore aujourd’hui l’un des cas les plus exem­plaires de vio­la­tion du prin­cipe de pro­por­tion­na­li­té. La majo­ri­té des purges a eu lieu après le début des bom­bar­de­ments, et on a des rai­sons de croire qu’ils les ont accé­lé­rées. Lord Car­ring­ton lui-même, ancien ministre des Affaires étran­gères bri­tan­nique, Secré­taire géné­ral de l’OTAN et pré­sident de la Confé­rence Euro­péenne sur la You­go­sla­vie, pense que ce sont les bom­bar­de­ments qui ont cau­sé le net­toyage eth­nique. » Moins connues de l’opinion publique, d’autres consé­quences néga­tives de cette inter­ven­tion mili­taire sont à déplo­rer, et elles dis­cré­ditent la notion orwel­lienne de « guerre propre » popu­la­ri­sée en 1991, durant l’opé­ra­tion Tem­pête du désert.

    En jan­vier 2001, un rap­port de l’Assemblé par­le­men­taire du Conseil de l’Europe dénon­ça l’impact éco­lo­gique de cette cam­pagne de l’OTAN en Ser­bie et au Koso­vo. D’après ce docu­ment, « entre le 24 mars et le 5 juin 1999, 78 sites indus­triels et 42 ins­tal­la­tions éner­gé­tiques en You­go­sla­vie ont été endom­ma­gés par les bom­bar­de­ments et les frappes de mis­siles [, ce qui a] entraî­né une grave conta­mi­na­tion de l’air, de l’eau et du sol par des sub­stances dan­ge­reuses. » Cet impact envi­ron­ne­men­tal ne s’est pas limi­té à la You­go­sla­vie, « qui pos­sède des nappes phréa­tiques d’importance euro­péenne ; leur conta­mi­na­tion peut avoir des inci­dences néga­tives à de grandes dis­tances du ter­ri­toire you­go­slave. La situa­tion est d’autant plus grave que les capa­ci­tés d’auto-épuration des eaux sou­ter­raines sont net­te­ment infé­rieures à celles des cours d’eau », selon les auteurs de ce rap­port – qui sou­li­gnèrent éga­le­ment l’impact nocif des muni­tions à l’ura­nium appau­vri. En outre, la des­truc­tion des infra­struc­tures four­nis­sant l’électricité ou l’eau potable – telles que les sta­tions d’épuration –, ont mas­si­ve­ment affec­té les civils, ces frappes visant à encou­ra­ger un rejet popu­laire de Slo­bo­dan Milo­se­vic, alors Pré­sident de la Répu­blique fédé­rale de You­go­sla­vie. Titrant que ces opé­ra­tions rédui­saient les Serbes à des « hommes des cavernes », le New York Times rap­por­ta qu’« après deux mois de bom­bar­de­ments, qui com­men­cèrent le 24 mars [1999], une OTAN dési­reuse de para­ly­ser l’effort de guerre serbe s’[attaqua] inten­si­ve­ment au réseau élec­trique de ce pays, et les réserves d’eau dépen­dant des pompes élec­triques en [souf­frirent] consi­dé­ra­ble­ment. Les bombes hau­te­ment explo­sives [cau­sèrent] des dom­mages per­ma­nents à ces deux sys­tèmes. » […]

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