[Résumé dense, 37 min] Les électeurs-enfants doivent MUTER en citoyens-adultes (adultes politiques et DONC économiques)

1/09/2016 | 16 commentaires

Si vous ne connais­sez pas cet entre­tien (c’est un rap­pel), (avec presque tout ce qui compte le plus, à savoir et à faire savoir, de mon point de vue), il devrait vous plaire (j’es­père) 🙂

Bonne ren­trée à tous, bande de virus 🙂 avec, j’es­père, une bonne grève géné­rale, illi­mi­tée et recon­duc­tible, avec occu­pa­tion des usines et ate­liers consti­tuants, un peu par­tout sur terre 🙂


Deux conseils de lec­ture pour la ren­trée, deux tout petits livres, puis­sants, enthou­sias­mants, épa­tants épa­tants épatants :

Simone Weil (magnifique) : grève et joie pure

(éditions Libertalia)


http://www.editionslibertalia.com/catalogue/a‑boulets-rouges/simone-weil-greves-et-joie-pure


Noam Chomsky (passionnant) : Sur le contrôle de nos vies

(ou « La Conférence d’Albuquerque »)

(Édition Allia)


http://​www​.edi​tions​-allia​.com/​f​r​/​l​i​v​r​e​/​4​5​4​/​s​u​r​-​l​e​-​c​o​n​t​r​o​l​e​-​d​e​-​n​o​s​-​v​i​e​s​-​b​r​-​o​u​-​l​a​-​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​-​d​-​a​l​b​u​q​u​e​r​que

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16 Commentaires

  1. J-Stéphane

    Tant que les cam­pagnes élec­to­rales seront finan­cées par des fonds pri­vés, nous ne ferons que voter pour la corruption.

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  2. etienne

    Fabrice Epelboin et la société de surveillance

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  3. zedav

    Cher Etienne,

    Vous pen­sez vrai­ment le sys­tème « légaliste » ?

    Pour­tant, ne dites vous pas que le pou­voir va jus­qu’à ce qu’il trouve une limite, comme s’il s’a­gis­sait d’une loi physique ? 

    J’aime beau­coup cette for­mule, je la trouve d’une luci­di­té, d’une den­si­té et d’une puis­sance expli­ca­tive surprenante.

    Encore faut-il ne pas la perdre de vue.

    Le droit est un moyen de légi­ti­ma­tion des puis­sants. Nos gou­ver­nants ET les juges l’u­ti­lisent volon­tiers tant que cet usage du droit est pos­sible pour par­ve­nir à leurs fins. Compte tenu de la com­plexi­té des lois et de la lati­tude d’interprétation qu’elle per­mettent, il ne leur est pas néces­saire – le plus sou­vent – de vio­ler le droit. Mais dès que le droit entrave leurs objec­tifs, ils le violent sans aucune hésitation. 

    Les uns et les autre exer­çant leurs pou­voirs (macro ou micro social) sans contrôle réel et en qua­si totale impu­ni­té (ces deux pou­voirs jouant un peu à « je te tiens tu me tiens par la bar­bi­chette, le pre­mier qui tente de contrô­ler l’autre sera bien puni ») ils ne font fina­le­ment rien d’autre que ce per­met d’an­ti­ci­per votre constat : « le pou­voir va jus­qu’à ce qu’il ren­contre une limite ».

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    • Ronald

      Etienne ne par­lait pas des gou­ver­nants qui eut effec­ti­ve­ment sont de purs psy­cho­pathes qui ne suivent qu’une loi, celle de leur inté­rêt. Il parle plu­tôt de masse de l’ap­pa­reil ins­ti­tu­tion­nel l’ad­mi­nis­tra­tion, de la police, de l’ar­mée, etc, qui elle est léga­liste. C’est-à-dire qu’elle ne se pose pas de ques­tion sur le bien-fon­dé des ins­truc­tions, mais applique les règles qui leur sont impo­sées de qui que ce soit qu’elles viennent (c’est d’ailleurs la même chose dans les entre­prises pri­vées). C’est ennuyeux pour ceux qui veulent ébran­ler l’E­tat car un tout petit nombre de cra­pules peut gar­der long­temps le contrôle sur toute une nation du fait de cette obéis­sance à la loi. Mais inver­se­ment, si l’on par­vient à s’emparer de la fabrique des lois, l’ap­pa­reil d’E­tat sui­vra. Ain­si, il ne risque pas d’y avoir un sou­lè­ve­ment régio­nal ou cor­po­ra­tiste pour défendre les pri­vi­lèges de Manuel Valls ou Chris­tian Estro­si, lorsque le régime aura été modi­fié. (cfr le Cha­pitre IV du Prince)

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  4. zedav

    @ Fabrice Epelboin :
    Donc selon vous la répu­blique se défi­nit par la tenue de vota­tions plus ou moins fréquentes ?
    Ah bon, je pen­sais qu’une répu­blique était une socié­té ou la notion et l’ac­tion de bien public domi­nait le bien privé…
    Dans cette seconde inter­pré­ta­tion et compte tenu de la part très lar­ge­ment pré­pon­dé­rante des biens pri­vés sur les biens publics des sys­tèmes poli­tiques « occi­den­taux », notam­ment de la mon­naie, nous ne sommes pas plus en répu­blique qu’en démocratie.

    Il faut ces­ser je crois de pro­pa­ger l’u­sage des mots tel que les puis­sants les uti­lisent à des­sein d’in­fluen­cer nos repré­sen­ta­tions et donc de nous contrôler.

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  5. Florence

    Une petite vidéo pour se détendre (on aime­rait tant), s’af­fu­ter plus exactement :
    https://​you​tu​.be/​z​a​Z​_​x​3​s​L​bkQ

    Du Lin­ky, aux agen­das 21 en pas­sant par toutes les nom­breuses légis­la­tions que notre gou­ver­ne­ment a pro­duit cette année même, ma filia­tion pro­fes­sion­nelle (bâti­ment) et ma pas­sion de la nature (l’en­tière, l’on­to­lo­gique, l’in­fi­nie et indé­fi­nie !) confirme la vision. Qu’on se le dise et qu’on recon­quiert notre sol de vie (aujourd’­hui pra­ti­que­ment inac­ces­sible à qui en est par­ti = 95% pour 5% d’a­gri­cul­teurs vers le latifundisme).

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    • Florence

      Voi­ci un des films dont sont tirés quelques images de l’af­freux docu­men­taire ci-des­sus (mon­té en élec­tro-choc, certes ! et il faut s’en remettre). Le déploie­ment et les consé­quences des comp­teurs dits intel­li­gents aux USA y sont lon­gue­ment décrits.
      Il s’a­git de Take your power back, de Josh DEL SOL.
      https://​you​tu​.be/​h​a​z​B​c​x​u​R​dZc

      Concer­née à brève échéance comme tout un cha­cun en France, je me dis comme il est d’ailleurs expri­mé en fin de film, que le comp­teur Lin­ky, par toutes les réa­li­tés mons­trueuses qu’il révèle peut être un accès à un cer­tain réveil collectif…
      Next-up, Robin des Toits (asso­cia­tions) et de nom­breux docu­ments sont ouverts à tous.
      N’é­tant pas amé­ri­caine, je ne sau­rais sor­tir mon arme de com­bat héroïque pour finir. Une pré­ci­sion sor­dide alors : des kits péda­go­giques ont été créés pour for­mer nos enfants dans les écoles…

      Réponse
  6. etienne

    La servitude des « démocraties » modernes, anticipée (par Alexis de Tocqueville, en 1840)

    Sources : panar​chy​.org, relayé et illus­tré par par​tage​-le​.com, puis signa­lé par les​-crises​.fr (et enfin par le Plan C 🙂 ) : http://​par​tage​-le​.com/​2​0​1​6​/​0​8​/​l​a​-​s​e​r​v​i​t​u​d​e​-​d​e​s​-​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​s​-​m​o​d​e​r​n​e​s​-​a​n​t​i​c​i​p​e​e​-​p​a​r​-​a​l​e​x​i​s​-​d​e​-​t​o​c​q​u​e​v​i​l​l​e​-​e​n​-​1​8​40/

    Extrait de « De la Démo­cra­tie en Amé­rique, vol II » (Qua­trième Par­tie : Cha­pitre VI) publié en 1840. 

    Ce texte est d’une clar­té et d’une luci­di­té extra­or­di­naires. Il pré­sente ce qui s’est pas­sé et ce qui se passe de plus en plus
    sous la domi­na­tion de la démo­cra­tie tota­li­taire : manque d’in­dé­pen­dance, manque d’es­prit créa­tif, manque de vita­li­té. Les vices des gou­ver­nants et l’im­bé­cil­li­té des gou­ver­nés dominent. C’est un por­trait impi­toyable de la réa­li­té contem­po­raine, com­po­sé il y a plus de 150 ans.


    Lorsque je songe aux petites pas­sions des hommes de nos jours, à la mol­lesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pure­té de leur reli­gion, à la dou­ceur de leur morale, à leurs habi­tudes labo­rieuses et ran­gées, à la rete­nue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la ver­tu, je ne crains pas qu’ils ren­contrent dans leurs chefs des tyrans, mais plu­tôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démo­cra­tiques sont mena­cés ne res­sem­ble­ra à rien de ce qui l’a pré­cé­dée dans le monde ; nos contem­po­rains ne sau­raient en trou­ver l’image dans leurs sou­ve­nirs. Je cherche en vain moi-même une expres­sion qui repro­duise exac­te­ment l’idée que je m’en forme et la ren­ferme ; les anciens mots de des­po­tisme et de tyran­nie ne conviennent point. La chose est nou­velle, il faut donc tacher de la défi­nir, puisque je ne peux la nommer.

    Je veux ima­gi­ner sous quels traits nou­veaux le des­po­tisme pour­rait se pro­duire dans le monde : je vois une foule innom­brable d’hommes sem­blables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se pro­cu­rer de petits et vul­gaires plai­sirs, dont ils emplissent leur âme. Cha­cun d’eux, reti­ré à l’écart, est comme étran­ger à la des­ti­née de tous les autres : ses enfants et ses amis par­ti­cu­liers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeu­rant de ses conci­toyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

    Au-des­sus de ceux-la s’élève un pou­voir immense et tuté­laire, qui se charge seul d’assurer leur jouis­sance et de veiller sur leur sort. Il est abso­lu, détaillé, régu­lier, pré­voyant et doux. Il res­sem­ble­rait à la puis­sance pater­nelle si, comme elle, il avait pour objet de pré­pa­rer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irré­vo­ca­ble­ment dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pour­vu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il tra­vaille volon­tiers à leur bon­heur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pour­voit à leur sécu­ri­té, pré­voit et assure leurs besoins, faci­lite leurs plai­sirs, conduit leurs prin­ci­pales affaires, dirige leur indus­trie, règle leurs suc­ces­sions, divise leurs héri­tages ; que ne peut-il leur ôter entiè­re­ment le trouble de pen­ser et la peine de vivre ?

    C’est ain­si que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il ren­ferme l’action de la volon­té dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a pré­pa­ré les hommes à toutes ces choses : elle les a dis­po­sés à les souf­frir et sou­vent même à les regar­der comme un bienfait.

    Après avoir pris ain­si tour à tour dans ses puis­santes mains chaque indi­vi­du, et l’avoir pétri à sa guise, le sou­ve­rain étend ses bras sur la socié­té tout entière ; il en couvre la sur­face d’un réseau de petites règles com­pli­quées, minu­tieuses et uni­formes, à tra­vers les­quelles les esprits les plus ori­gi­naux et les âmes les plus vigou­reuses ne sau­raient se faire jour pour dépas­ser la foule ; il ne brise pas les volon­tés, mais il les amol­lit, les plie et les dirige ; il force rare­ment d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyran­nise point, il gêne, il com­prime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un trou­peau d’animaux timides et indus­trieux, dont le gou­ver­ne­ment est le berger.

    J’ai tou­jours cru que cette sorte de ser­vi­tude, réglée, douce et pai­sible, dont je viens de faire le tableau, pour­rait se com­bi­ner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques unes des formes exté­rieures de la liber­té, et qu’il ne lui serait pas impos­sible de s’établir a l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té du peuple.

    Nos contem­po­rains sont inces­sam­ment tra­vaillés par deux pas­sions enne­mies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de res­ter libres. Ne pou­vant détruire ni l’un ni l’autre de ces ins­tincts contraires, ils s’efforcent de les satis­faire à la fois tous les deux. Ils ima­ginent un pou­voir unique, tuté­laire, tout-puis­sant, mais élu par les citoyens. Ils com­binent la cen­tra­li­sa­tion et la sou­ve­rai­ne­té du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en son­geant qu’ils ont eux mêmes choi­si leurs tuteurs. Chaque indi­vi­du souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.

    Dans ce sys­tème, les citoyens sortent un moment de la dépen­dance pour indi­quer leur maître, et y rentrent.

    Il y a, de nos jours, beau­coup de gens qui s’accommodent très aisé­ment de cette espèce de com­pro­mis entre le des­po­tisme admi­nis­tra­tif et la sou­ve­rai­ne­té du peuple, et qui pensent avoir assez garan­ti la liber­té des indi­vi­dus, quand c’est au pou­voir natio­nal qu’ils la livrent. Cela ne me suf­fit point. La nature du maître m’importe bien moins que l’obéissance.

    Je ne nie­rai pas cepen­dant qu’une consti­tu­tion sem­blable ne soit infi­ni­ment pré­fé­rable à celle qui, après avoir concen­tré tous les pou­voirs, les dépo­se­rait dans les mains d’un homme ou d’un corps irres­pon­sable. De toutes les dif­fé­rentes formes que le des­po­tisme démo­cra­tique pour­rait prendre, celle-ci serait assu­ré­ment la pire.

    Lorsque le sou­ve­rain est élec­tif ou sur­veillé de près par une légis­la­ture réel­le­ment élec­tive et indé­pen­dante, l’oppression qu’il fait subir aux indi­vi­dus est quel­que­fois plus grande ; mais elle est tou­jours moins dégra­dante parce que chaque citoyen, alors qu’on le gêne et qu’on le réduit à l’impuissance, peut encore se figu­rer qu’en obéis­sant il ne se sou­met qu’à lui-même, et que c’est à l’une de ses volon­tés qu’il sacri­fie toutes les autres.

    Je com­prends éga­le­ment que, quand le sou­ve­rain repré­sente la nation et dépend d’elle, les forces et les droits qu’on enlève à chaque citoyen ne servent pas seule­ment au chef de l’État, mais pro­fitent à l’État lui même, et que les par­ti­cu­liers retirent quelque fruit du sacri­fice qu’ils ont fait au public de leur indépendance.

    Créer une repré­sen­ta­tion natio­nale dans un pays très cen­tra­li­sé, c’est donc dimi­nuer le mal que l’extrême cen­tra­li­sa­tion peut pro­duire, mais ce n’est pas le détruire.

    Je vois bien que, de cette manière, on conserve l’intervention indi­vi­duelle dans les plus impor­tantes affaires ; mais on ne la sup­prime pas moins dans les petites et les par­ti­cu­lières. L’on oublie que c’est sur­tout dans le détail qu’il est dan­ge­reux d’asservir les hommes. Je serais, pour ma part, por­té à croire la liber­té moins néces­saire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pen­sais qu’on put jamais être assu­ré de l’une sans pos­sé­der l’autre.

    La sujé­tion dans les petites affaires se mani­feste tous les jours et se fait sen­tir indis­tinc­te­ment à tous les citoyens. Elle ne les déses­père point ; mais elle les contra­rie sans cesse et elle les porte à renon­cer à l’usage de leur volon­té. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tan­dis que l’obéissance, qui n’est due que dans un petit nombre de cir­cons­tances très graves, mais très rares, ne montre la ser­vi­tude que de loin en loin et ne la fait peser que sur cer­tains hommes. En vain char­ge­rez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez ren­dus si dépen­dants du pou­voir cen­tral, de choi­sir de temps à autre les repré­sen­tants de ce pou­voir ; cet usage si impor­tant, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la facul­té de pen­ser, de sen­tir et d’agir par eux-mêmes, et qu’ils ne tombent ain­si gra­duel­le­ment au-des­sous du niveau de l’humanité.

    J’ajoute qu’ils devien­dront bien­tôt inca­pables d’exercer le grand et unique pri­vi­lège qui leur reste. Les peuples démo­cra­tiques qui ont intro­duit la liber­té dans la sphère poli­tique, en même temps qu’ils accrois­saient le des­po­tisme dans la sphère admi­nis­tra­tive, ont été conduits à des sin­gu­la­ri­tés bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suf­fire, ils estiment que les citoyens en sont inca­pables ; s’agit-il du gou­ver­ne­ment de tout l’État, ils confient à ces citoyens d’immenses pré­ro­ga­tives ; ils en font alter­na­ti­ve­ment les jouets du sou­ve­rain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épui­sé tous les dif­fé­rents sys­tèmes d’élection, sans en trou­ver un qui leur convienne, ils s’étonnent et cherchent encore ; comme si le mal qu’ils remarquent ne tenait pas a la consti­tu­tion du pays bien plus qu’a celle du corps électoral.

    Il est, en effet, dif­fi­cile de conce­voir com­ment des hommes qui ont entiè­re­ment renon­cé à l’habitude de se diri­ger eux-mêmes pour­raient réus­sir à bien choi­sir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gou­ver­ne­ment libé­ral, éner­gique et sage, puisse jamais sor­tir des suf­frages d’un peuple de serviteurs.

    Une consti­tu­tion qui serait répu­bli­caine par la tête, et ultra-monar­chique dans toutes les autres par­ties, m’a tou­jours sem­blé un monstre éphé­mère. Les vices des gou­ver­nants et l’imbécillité des gou­ver­nés ne tar­de­raient pas à en ame­ner la ruine ; et le peuple, fati­gué de ses repré­sen­tants et de lui-même, crée­rait des ins­ti­tu­tions plus libres, ou retour­ne­rait bien­tôt s’étendre aux pieds d’un seul maître.

    Alexis de Tocqueville

    [Toute sa des­crip­tion de l’absurdité des soi-disant démo­cra­ties modernes est remar­qua­ble­ment exacte, il n’avait pas cepen­dant ima­gi­né qu’une consti­tu­tion aus­si mons­trueuse puisse durer, et se ren­for­cer à l’aide du pro­grès technique]


    Source : http://​www​.panar​chy​.org/​t​o​c​q​u​e​v​i​l​l​e​/​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​.​1​8​4​0​.​h​tml

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    • Ronald

      Effec­ti­ve­ment, de tous les textes de phi­lo­so­phie poli­tique que j’aie lu, celui-ci est sans conteste le plus éton­nant. Hor­mis qu’il ne voit pas la décom­po­si­tion de la famille, tout est rigou­reu­se­ment exact. Pour l’as­pect vision­naire du livre, j’aime aus­si beau­coup le pas­sage – à la fin du pre­mier tome – où il annonce la divi­sion du monde entre Rus­sie et Etats-Unis (alors que l’ou­vrage est écrit lorsque la Grande-Bre­tagne domine le monde comme aucune puis­sance ne l’a jamais fait) – assez bluffant.

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  7. Florence

    « …qu’une consti­tu­tion aus­si mons­trueuse puisse se ren­for­cer à l’aide du pro­grès technique. »
    Nous somme désor­mais à l’âge de la tech­no­lo­gie (fille du « pro­grès » tech­nique ?), et cer­tains rêvent et croient en la bio-tech­no­lo­gie comme sup­pléante défi­ni­tive (nano­par­ti­cules aidant).
    Non seule­ment, la tech­no­lo­gie entame la san­té des humains (et de leurs voi­sins ter­restres, ne serait-ce qu’en se sub­sti­tuant à eux ou une par­tie de leur capa­ci­tés et habi­le­tés à acti­ver quo­ti­dien­ne­ment, effrac­tion cel­lu­laire par les ondes intenses, les nano-molé­cules à l’autre bout), mais les choix ali­men­taires, les engoue­ments tech­niques de toutes sortes (la cuis­son pou­vant en faire par­tie) plus anciens et pro­ba­ble­ment très anciens sont pos­si­ble­ment à l’o­ri­gine de nos béquilles assez constantes depuis que l’his­toire s’é­crit – avec la clas­sique grande H, quel que soit le degré d’emprise de pou­voirs hié­rar­chi­sés, cen­tra­li­sés sou­vent, et aujourd’­hui encen­sés et dits démocratiques.
    Com­ment jus­ti­fier la pas­si­vi­té, l’in­cons­cience de la majo­ri­té des gens… Pour­quoi tant de peur et dépres­sion, de sou­mis­sion que les der­niers ava­tars tech­no­lo­giques risquent de par­ache­ver, ins­tru­men­ta­li­sés comme jamais par ceux qui jouissent de leviers solides, admi­nis­tra­tifs, finan­ciers (tout en souf­frant mani­fes­te­ment de la peur eux aus­si, outre le goût patho­lo­gique de choi­sir le des­tin des autres à la place du leur, propre et unique) ?
    Le temps pas­sant, les recherches et expé­ri­men­ta­tions per­son­nelles s’é­tof­fant (chan­ge­ment ali­men­taire, choix du moindre outillage, rési­dence et tra­vail à la cam­pagne), bien des car­cans sou­vent pris pour psy­cho­lo­giques et cultu­rels s’é­va­nouissent devant l’é­vi­dence d’une erreur monu­men­tale, d’une suc­ces­sion de faux-pas, ren­dant, dans une vision géné­ra­li­sée, l’hu­main vic­time autant que bour­reau, à com­men­cer de lui-même.
    Il est ques­tion de se réap­pro­prier, comme d’ailleurs jamais il n’a été sans doute réel, ou effec­tif, la sou­ve­rai­ne­té des vies, en ces temps mon­dia­li­sés et infor­més, ce qui ne signi­fie en aucun cas conflit déci­sion­naire (comme socle orga­ni­qque), mais com­po­si­tion prag­ma­tique et en plé­ni­tude (sur la base com­mu­nau­taire ? / Tön­nies ? uni­ver­selle qui sait ?).
    L’autre fait mar­quant de ces socié­tés tech­ni­cistes (et démo­cra­tiques) où les solu­tions d’un pro­blème deviennent règles de fonc­tion­ne­ment et sup­port d’autres règles et « avan­cées » tech­niques, reste leurs liens au tra­vail, à la trans­for­ma­tion des per­sonnes en agents avant tout pro­duc­tifs (indus­trieux dit tout de même Toc­que­ville), dont les loi­sirs furent pour cer­tains cas – au nord, un deal aus­si plai­sant, néces­saire et déri­va­tif que ren­table et aujourd’­hui sin­gu­liè­re­ment ten­dan­cieux (som­brant dans la drogue et proche de l’a­ban­don de toute conscience, l’es­prit per­méable à une orga­ni­sa­tion aber­rante comme la dis­po­ni­bi­li­té abso­lue des biens sans contre­par­tie tré­bu­chante / illu­sion du reve­nu uni­ver­sel en un sens, via­bi­li­té de la métro­po­li­sa­tion hors-sol).

    Réponse
  8. etienne

    « L’héroïne électronique » : comment les écrans transforment les enfants en drogués psychotiques

    « Susan* a ache­té un iPad à son fils de 6 ans, John, lorsqu’il était au CP. « J’ai pen­sé : ‘Pour­quoi ne pas le lais­ser prendre de l’avance?’ » m’a‑t-elle confié durant une séance de thé­ra­pie. L’école de John avait com­men­cé à uti­li­ser ces outils avec des élèves de plus en plus jeunes — et son pro­fes­seur de tech­no­lo­gie ne taris­sait pas d’éloges à l’égard de leurs béné­fices édu­ca­tifs — Susan vou­lait donc faire ce qui était le mieux pour sa petite tête blonde qui ado­rait lire et jouer au baseball.

    Elle a com­men­cé par lais­ser John jouer avec dif­fé­rents jeux édu­ca­tifs sur son iPad. Fina­le­ment, il a décou­vert Mine­craft, dont l’enseignant en tech­no­lo­gie lui a assu­ré qu’il n’était rien d’autre qu’un « Lego élec­tro­nique ». Se sou­ve­nant du plai­sir qu’elle avait, étant enfant, à construire et à s’amuser avec ces blocs de plas­tiques qui s’emboîtent, elle a lais­sé son fils jouer à Mine­craft des après-midi durant.

    Au début, Susan était assez satis­faite. John sem­blait être enga­gé dans un amu­se­ment créa­tif, alors qu’il explo­rait le monde cubique du jeu. Elle n’a pas remar­qué que le jeu n’avait rien à voir avec les Lego dont elle se sou­ve­nait — après tout, elle n’avait pas à tuer des ani­maux ni à trou­ver des mine­rais rares pour sur­vivre et accé­der au niveau sui­vant lorsqu’elle jouait à son ancien jeu bien aimé. Mais John sem­blait vrai­ment appré­cier ce jeu et l’école avait même une asso­cia­tion Mine­craft, alors est-ce que ça pou­vait vrai­ment être néfaste ?

    Pour­tant, Susan ne pou­vait pas nier qu’elle voyait des chan­ge­ments chez John. Il com­men­çait à être de plus en plus concen­tré sur son jeu, et per­dait tout inté­rêt dans le base­ball et la lec­ture, tan­dis qu’il refu­sait d’effectuer ses cor­vées. Cer­tains matins, il se réveillait et lui disait qu’il pou­vait voir les formes cubiques dans ses rêves.

    Bien que cela l’inquiétait, elle pen­sait que son fils fai­sait peut-être sim­ple­ment preuve d’une ima­gi­na­tion active. Alors que son com­por­te­ment conti­nuait à se dété­rio­rer, elle a essayé de reti­rer le jeu mais John a com­men­cé à faire des crises de colère épou­van­tables. Ces crises étaient si intenses qu’elle a aban­don­né, ratio­na­li­sant tou­jours en se répé­tant encore et encore que « c’est éducatif ».

    Puis, une nuit, elle a com­pris que quelque chose n’allait vrai­ment pas.

    « Je suis entrée dans sa chambre pour le sur­veiller. Il était cen­sé dor­mir – et j’ai eu si peur… »

    Elle l’a trou­vé assis dans son lit le regard fixe, les yeux écar­quillés et injec­tés de sang, per­dus dans le vide, l’écran scin­tillant de son iPad posé près de lui. Il sem­blait être en transe. Ne pou­vant plus conte­nir sa frayeur, Susan a dû secouer le gar­çon à plu­sieurs reprises pour le sor­tir de cet état. Affo­lée, elle ne pou­vait pas com­prendre com­ment son gar­çon qui avait autre­fois été un enfant sain et heu­reux soit deve­nu si accro au jeu qu’il se tor­dait dans une stu­peur catatonique.

    Il y a une rai­son pour laquelle les parents les plus méfiants face à la tech­no­lo­gie sont les concep­teurs et les ingé­nieurs en tech­no­lo­gie. Steve Jobs était bien connu pour être un parent anti-tech­no­lo­gie. Les direc­teurs tech­niques et ingé­nieurs de la Sili­con Val­ley placent leurs enfants dans les écoles Wal­dorf, non-tech­no­lo­gi­sées. Les fon­da­teurs de Google, Ser­gey Brin et Lar­ry Page sont issus d’écoles Mon­tes­so­ri, non-tech­no­lo­gi­sées, à l’instar du créa­teur d’Amazon Jeff Bezos et du fon­da­teur de Wiki­pé­dia Jim­my Wales.

    Bon nombre de parents com­prennent intui­ti­ve­ment que les écrans lumi­neux omni­pré­sents ont un effet néga­tif sur les enfants. On observe des crises de colère lorsque ces outils leur sont reti­rés et des périodes de défi­cit d’attention lorsque les enfants ne sont pas sans arrêt exci­tés par leurs appa­reils ultra sti­mu­lants. Pire, on constate que les enfants s’ennuient, deviennent apa­thiques, inin­té­res­sants et indif­fé­rents lorsqu’ils ne sont pas connectés.

    Seule­ment, c’est encore pire que ce que nous pensons.

    Nous savons désor­mais que ces iPads, smart­phones et Xbox sont une forme de drogue numé­rique. Des recherches récentes en ima­ge­rie céré­brale montrent qu’ils affectent le cor­tex fron­tal — qui contrôle la fonc­tion exé­cu­tive, y com­pris le contrôle des impul­sions — exac­te­ment de la même façon que la cocaïne. La tech­no­lo­gie est tel­le­ment sti­mu­lante qu’elle aug­mente les taux de dopa­mine — le neu­ro­trans­met­teur du plai­sir le plus impli­qué dans la dyna­mique de l’addiction — autant que le sexe.

    Cet effet addic­tif explique pour­quoi le Dr Peter Why­brow, direc­teur du pro­gramme de neu­ros­cience à l’Université de Cali­for­nie de Los Angeles, appelle les écrans la « cocaïne élec­tro­nique » et pour­quoi les cher­cheurs chi­nois l’appelle « l’héroïne numé­rique ». D’ailleurs, le Dr Andrew Doan, à la tête de la recherche sur les addic­tions pour le Penta­gone et la marine amé­ri­caine — qui a enquê­té sur l’addiction aux jeux vidéo — appelle les jeux vidéo et les dis­po­si­tifs tech­no­lo­giques munis d’écrans des « phar­ma­keia numé­riques » (terme grec pour dési­gner les drogues).

    Dans mon tra­vail cli­nique auprès de plus de 1000 ado­les­cents au long des15 der­nières années, j’ai com­pris que le vieil adage “mieux vaut pré­ve­nir que gué­rir” est par­ti­cu­liè­re­ment juste lorsqu’il s’agit de dépen­dance aux tech­no­lo­gies. Une fois qu’un enfant a pas­sé le cap de l’addiction tech­no­lo­gique, le trai­te­ment peut être très dif­fi­cile. J’ai même trou­vé qu’il était plus facile de trai­ter un patient accro à l’héroïne ou à la métham­phé­ta­mine en cris­taux que des joueurs invé­té­rés « per­dus dans la Matrice » ou que des toxi­co­manes des réseaux sociaux accros à Facebook. » […]

    (lire la suite : )
    http://​par​tage​-le​.com/​2​0​1​6​/​0​9​/​l​h​e​r​o​i​n​e​-​e​l​e​c​t​r​o​n​i​q​u​e​-​c​o​m​m​e​n​t​-​l​e​s​-​e​c​r​a​n​s​-​t​r​a​n​s​f​o​r​m​e​n​t​-​l​e​s​-​e​n​f​a​n​t​s​-​e​n​-​d​r​o​g​u​e​s​-​p​s​y​c​h​o​t​i​q​u​es/

    Source : par​tage​-le​.com

    Réponse
    • Florence

      Les ondes au cœur des interrogations :
      https://youtu.be/l‑tApqu9SWU

      La dif­fé­ra­tion dans le temps des consé­quences graves est un atout incon­tes­table des offices de san­té publique qui veulent ras­su­rer de concert avec les industriels.

      Réponse
  9. etienne

    Horizon- L’habit fait le moine

    (On en avait par­lé il y a quelques années sur ce site, et elle vient d’être repé­rée et signa­lée par les​-crises​.fr)

    Réponse

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