[Honte aux faux journalistes, chiens de guerre de l’empire] « Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité. » John Pilger.

25/08/2016 | 24 commentaires

La provocation d’une guerre nucléaire par les médias

[Honte aux faux journalistes, chiens de guerre de l’empire] « Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité. » John Pilger.

par John PILGER

La dis­cul­pa­tion d’un homme accu­sé du pire des crimes, le géno­cide, n’a pas fait les man­chettes. Ni la BBC ni CNN n’en ont par­lé. The Guar­dian s’est per­mis un bref com­men­taire. Un tel aveu offi­ciel et rare fut, sans sur­prise, enter­ré ou occul­té. Cela révé­le­rait trop de choses sur les diri­geants du monde.

Le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a dis­crè­te­ment blan­chi le feu pré­sident serbe, Slo­bo­dan Milo­se­vic, de crimes de guerre com­mis pen­dant la guerre de Bos­nie de 1992 à 1995, y com­pris du mas­sacre de Srebrenica.

Loin d’avoir conspi­ré avec le lea­der des Serbes de Bos­nie Rado­van Karad­zic, qui a été condam­né, Milo­se­vic avait en réa­li­té « condam­né le net­toyage eth­nique », s’était oppo­sé à Karad­zic et a ten­té d’arrêter la guerre qui a démem­bré la You­go­sla­vie. Enter­ré vers la fin d’un arrêt de 2,590 pages sur Karad­zic, publié au mois de Février der­nier, cette véri­té démo­lit un peu plus la pro­pa­gande qui jus­ti­fia l’assaut illé­gal de l’OTAN sur la Ser­bie en 1999.

Milo­se­vic est mort d’une crise car­diaque en 2006, seul dans sa cel­lule à La Haye, au cours de ce qui équi­vaut à un pro­cès bidon par un « tri­bu­nal inter­na­tio­nal » inven­té par les Etats-Unis. Une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale, qui aurait pu lui sau­ver la vie, lui fut refu­sé et son état s’est empi­ré et il fut sur­veillée et main­te­nu au secret par les auto­ri­tés US, comme Wiki­Leaks l’a révé­lé depuis.

Milo­se­vic a été vic­time de la pro­pa­gande de guerre qui aujourd’hui coule à flots sur nos écrans et jour­naux et signale un grand dan­ger pour nous tous. Il était l’archétype du démon, vili­pen­dé par les médias occi­den­taux comme le « bou­cher des Bal­kans » qui était res­pon­sable de « géno­cide », en par­ti­cu­lier dans la pro­vince you­go­slave séces­sion­niste du Koso­vo. Le Pre­mier ministre Tony Blair l’a dit, a invo­qué l’Holocauste et a deman­dé des mesures contre « ce nou­veau Hit­ler ».

David Schef­fer, l’ambassadeur iti­né­rant des crimes de guerre [sic], a décla­ré que jusqu’à « 225.000 hommes alba­nais eth­niques âgés de 14 à 59 ans » ont pu être assas­si­nés par les forces de Milocevic.

Ce fut la jus­ti­fi­ca­tion des bom­bar­de­ments de l’OTAN, diri­gés par Bill Clin­ton et Blair, qui tuèrent des cen­taines de civils dans des hôpi­taux, des écoles, des églises, des parcs et des stu­dios de télé­vi­sion et détrui­sirent l’infrastructure éco­no­mique de la Ser­bie. Ce fut un geste mani­fes­te­ment idéo­lo­gique ; à une fameuse « confé­rence de paix » à Ram­bouillet, en France, Milo­se­vic a été confron­té par Made­leine Albright, la secré­taire d’Etat US, qui allait entrer dans les annales de l’infamie avec sa remarque sur la mort d’un demi-mil­lion d’enfants ira­kiens qui « en valait la peine ».

Albright a com­mu­ni­qué une « offre » à Milo­se­vic qu’aucun lea­der natio­nal ne pou­vait accep­ter. À moins de conve­nir d’une occu­pa­tion mili­taire étran­gère de son pays, avec des forces d’occupation « en dehors d’un pro­ces­sus juri­dique », et de l’imposition d’un « mar­ché libre » néo-libé­ral, la Ser­bie serait bom­bar­dée. C’était conte­nu dans une « Annexe B », que les médias n’ont pas lue ou ont cen­su­rée. L’objectif était d’écraser le der­nier Etat « socia­liste » indé­pen­dant de l’Europe.

Une fois que l’OTAN a com­men­cé à bom­bar­der, il y eut une ruée de réfu­giés koso­vars « fuyant un holo­causte ». Quand tout fut ter­mi­né, les équipes inter­na­tio­nales de police se sont ren­dues au Koso­vo pour exhu­mer les vic­times. Le FBI n’a pas réus­si à trou­ver une seule fosse com­mune et ils ren­trèrent chez eux. L’équipe médi­co-légale espa­gnole a fait de même, son chef dénon­çant avec colère « une pirouette séman­tique par les machines de pro­pa­gande de guerre ». Le décompte final des morts au Koso­vo est 2788. Cela inclut les com­bat­tants des deux côtés et les Serbes et les Roms assas­si­nés par le pro-OTAN Front de libé­ra­tion du Koso­vo. Il n’y a pas eu de géno­cide. L’attaque de l’OTAN fut à la fois une fraude et un crime de guerre.

Tous sauf une frac­tion des tant van­tés mis­siles à « pré­ci­sion gui­dée » des Etats-Unis ont tou­ché non pas des cibles mili­taires mais des civils, y com­pris les stu­dios de la Radio Télé­vi­sion de Ser­bie à Bel­grade. Seize per­sonnes ont été tuées, dont des came­ra­men, des pro­duc­teurs et une maquilleuse. Blair qua­li­fia les morts, de manière pro­fane, comme « le com­man­de­ment et le contrôle » de la Serbie.

En 2008, le pro­cu­reur du Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour l’ex-Yougoslavie, Car­la Del Ponte, a révé­lé qu’elle avait subi des pres­sions pour ne pas enquê­ter sur les crimes de l’OTAN.

Ceci devint le modèle pour les inva­sions futures par Washing­ton de l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, de manière fur­tive, la Syrie. Toutes ces inva­sions pou­vaient êtres qua­li­fiées de « crimes suprêmes » selon la norme éta­blie à Nurem­berg ; toutes dépen­daient de la pro­pa­gande des médias. Alors que le jour­na­lisme à sen­sa­tion a joué son rôle habi­tuel, c’était le jour­na­lisme sérieux, cré­dible, sou­vent pro­gres­siste qui a fut le plus effi­cace – la pro­mo­tion évan­gé­lique de Blair et de ses guerres par le Guar­dian, les men­songes inces­sants sur les armes de des­truc­tion mas­sive inexis­tantes de Sad­dam Hus­sein dans The Obser­ver et le New York Times, et les bat­te­ments de tam­bours inin­ter­rom­pus de la pro­pa­gande du gou­ver­ne­ment par la BBC dans le silence de ses omissions.

Au plus fort des bom­bar­de­ments, Kirs­ty Wark de la BBC a inter­viewé le géné­ral Wes­ley Clark, le com­man­dant de l’OTAN. La ville serbe de Nis venait d’être pul­vé­ri­sé par des bombes à sous-muni­tions états-uniennes, tuant femmes, per­sonnes âgées et enfants dans un mar­ché ouvert et un hôpi­tal. Wark n’a pas posé une seule ques­tion sur ce sujet, ni sur tous les autres morts civils.

D’autres furent plus effron­tés. En Février 2003, au len­de­main de l’écrasement de l’Irak par Blair et Bush, le rédac­teur en chef poli­tique de la BBC, Andrew Marr, se trou­vait à Dow­ning Street [Bureaux du Pre­mier Ministre Bri­tan­nique – NdT] et pro­non­ça ce qui équi­vaut à un dis­cours de vic­toire. Il décla­ra avec enthou­siasme à ses télé­spec­ta­teurs que Blair avait « dit qu’ils seraient en mesure de prendre Bag­dad sans bain de sang, et qu’en fin de compte les Ira­kiens allaient célé­brer. Et sur ces deux points, il a eu tota­le­ment rai­son ». Aujourd’hui, avec un mil­lion de morts et une socié­té en ruines, les inter­views de Marr à la BBC sont recom­man­dées par l’ambassade des Etats-Unis à Londres.

Les col­lègues de Marr s’alignèrent pour qua­li­fier les actions de Blair de « jus­ti­fiées ». Le cor­res­pon­dant à Washing­ton de la BBC, Matt Frei, décla­ra : « Il ne fait aucun doute que la volon­té d’apporter le bien, les valeurs amé­ri­caines au reste du monde, et en par­ti­cu­lier au Moyen-Orient … est désor­mais de plus en plus liée au pou­voir mili­taire. »

Cette pros­ter­na­tion devant les États-Unis et leurs col­la­bo­ra­teurs comme une force bien­veillante qui « apportent le bien » est pro­fon­dé­ment ancrée dans le jour­na­lisme occi­den­tal moderne. Il veille à ce que la catas­trophe actuelle en Syrie soit exclu­si­ve­ment de la faute de Bachar al-Assad, contre qui l’Occident et Israël conspirent depuis long­temps, non pas pour des consi­dé­ra­tions huma­ni­taires, mais pour conso­li­der le pou­voir agres­sif d’Israël dans la région. Les forces jiha­distes déchaî­nées et armées par les Etats-Unis, la Grande-Bre­tagne, la France, la Tur­quie et leurs man­da­taires de la « coa­li­tion » sont là pour ça. Ce sont eux qui dis­pensent la pro­pa­gande et les vidéos qui deviennent des infor­ma­tions aux États-Unis et en Europe, et qui four­nissent un accès aux jour­na­listes et garan­tissent une « cou­ver­ture » par­ti­sane de la Syrie.

Aux infor­ma­tions, on parle de la ville d’Alep. La plu­part des lec­teurs et télé­spec­ta­teurs ne seront pas au cou­rant que la majo­ri­té de la popu­la­tion d’Alep vit dans la par­tie occi­den­tale contrô­lée par le gou­ver­ne­ment. Le fait qu’ils souffrent quo­ti­dien­ne­ment des bom­bar­de­ments d’artillerie d’al-Qaida par­rai­né par l’Occident n’est pas men­tion­né. Le 21 Juillet, les bom­bar­diers fran­çais et amé­ri­cains ont atta­qué un vil­lage du gou­ver­ne­ment dans la pro­vince d’Alep, tuant jusqu’à 125 civils. Cela a été rap­por­té en page 22 du Guar­dian ; il n’y a pas eu de photos.

Après avoir créé et sou­te­nu le dji­ha­disme en Afgha­nis­tan dans les années 1980 dans le cadre de l’Opération Cyclone – une arme qui visait à détruire l’Union sovié­tique – les États-Unis sont en train de faire quelque chose de simi­laire en Syrie. Comme les moud­ja­hi­din afghans, les « rebelles » syriens sont les fan­tas­sins de l’Amérique et de la Grande-Bre­tagne. Beau­coup com­battent pour al-Qai­da et ses variantes ; cer­tains, comme le Front Nos­ra, se sont rebap­ti­sés pour se confor­mer aux sen­si­bi­li­tés amé­ri­caines post-11 Sep­tembre. La CIA les dirige, avec dif­fi­cul­té, comme elle dirige des dji­ha­distes par­tout dans le monde.

L’objectif immé­diat est de détruire le gou­ver­ne­ment de Damas qui, selon le son­dage le plus cré­dible (You­Gov Siraj), est sou­te­nu par la majo­ri­té des Syriens, ou tout au moins qui se retournent vers lui pour sa pro­tec­tion, quelle que soit la bar­ba­rie qui peut régner en cou­lisses. L’objectif à long terme est de nier à la Rus­sie un allié clé du Moyen-Orient dans le cadre d’une guerre d’usure de l’Otan contre la Fédé­ra­tion de Rus­sie qui fini­rait éven­tuel­le­ment par détruire cette dernière.

Le risque nucléaire est évident, bien qu’occulté par les médias du « monde libre ». Les édi­to­ria­listes duWashing­ton Post, ayant pro­mu le men­songe sur les Armes de des­truc­tion mas­sive en Irak, demandent à Oba­ma d’attaquer la Syrie. Hil­la­ry Clin­ton, qui se réjouis­sait publi­que­ment de son rôle de son bour­reau lors de la des­truc­tion de la Libye, a indi­qué à plu­sieurs reprises que, en tant que pré­si­dente, elle « ira plus loin » qu’Obama.

Gareth Por­ter, un jour­na­liste basé à Washing­ton, a récem­ment révé­lé les noms de ceux qui sont sus­cep­tibles de faire par­tie du cabi­net Clin­ton, qui pla­ni­fient une attaque sur la Syrie. Tous ont des pas­sés de bel­li­gé­rants de la guerre froide ; l’ancien direc­teur de la CIA, Leon Panet­ta, a décla­ré que « le pro­chain pré­sident devra envi­sa­ger d’envoyer des forces spé­ciales sup­plé­men­taires sur le ter­rain ».

Le plus remar­quable dans la pro­pa­gande de guerre qui bat actuel­le­ment son plein est son côté absurde et fami­lier. J’ai vision­né des films d’archives des années 1950 à Washing­ton, à l’époque où des diplo­mates, des fonc­tion­naires et des jour­na­listes étaient tra­qués et rui­nés par la chasse aux sor­cières déclen­chée par le séna­teur Joe McCar­thy contre ceux qui contes­taient les men­songes et la para­noïa au sujet de l’Union Sovié­tique et de la Chine. Comme une tumeur renais­sante, le culte anti-Russe est de retour.

En Grande-Bre­tagne, Luke Har­ding du Guar­dian entraîne ses lec­teurs qui détestent la Rus­sie dans un flot de paro­dies jour­na­lis­tiques qui attri­buent à Vla­di­mir Pou­tine tous les mal­heurs de la terre. Lorsque la fuite desPana­ma Papers fut publiée, la pre­mière page du quo­ti­dien men­tion­na M. Pou­tine, et il y avait une image de Pou­tine ; peu importe si le nom de Pou­tine n’était men­tion­né nulle part dans les documents.

Comme Milo­se­vic, Pou­tine est le Diable en chef. C’est Pou­tine qui a abat­tu un avion de ligne Malai­sienne au-des­sus de l’Ukraine. Le titre auquel on a eu droit est le sui­vant : « En ce qui me concerne, Pou­tine a tué mon fils. » Pas besoin de preuves. C’est Pou­tine qui est res­pon­sable du ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment élu à Kiev en 2014, orga­ni­sé (et finan­cé) par – docu­ments à l’appui – Washing­ton. La cam­pagne de ter­reur qui a sui­vi, déclen­chée par les milices fas­cistes contre la popu­la­tion rus­so­phone de l’Ukraine était le résul­tat de « l’agression » de Pou­tine. Pré­ve­nir que la Cri­mée de devienne une base de mis­siles de l’OTAN et pro­té­ger la popu­la­tion majo­ri­tai­re­ment russe qui s’était pro­non­cée par réfé­ren­dum pour son inté­gra­tion à la Rus­sie – à la suite de quoi la Cri­mée fut annexée – étaient autant d’exemples de « l’agression » de Pou­tine. La calom­nie par les médias devient inévi­ta­ble­ment une guerre par les médias. Si la guerre avec la Rus­sie éclate, à des­sein ou par acci­dent, les jour­na­listes en por­te­ront une grande part de responsabilité.

Aux États-Unis, la cam­pagne anti-Russe s’assimile à la réa­li­té vir­tuelle. Paul Krug­man du New York Times, un éco­no­miste lau­réat du prix Nobel, a appe­lé Donald Trump le « can­di­dat Sibé­rien » parce que Trump est l’homme de Pou­tine, dit-il. Trump a osé sug­gé­rer, dans un moment rare de luci­di­té, qu’une guerre avec la Rus­sie pour­rait être une mau­vaise idée. En fait, il est allé plus loin et a reti­ré les livrai­sons d’armes US à l’Ukraine de son pro­gramme. « Ne serait-ce pas mer­veilleux si nous nous enten­dions avec la Rus­sie, » a‑t-il dit.

C’est pour­quoi l’esta­blish­ment libé­ral bel­li­ciste des Etats-Unis le déteste. Son racisme, sa déma­go­gie et ses rodo­mon­tades n’ont rien à voir avec ça. En matière de racisme et d’extrémisme, Bill et Hil­la­ry Clin­ton n’ont rien à envier à Trump. (Cette semaine marque le 20e anni­ver­saire de la « réforme de la pro­tec­tion sociale » de Clin­ton qui a été une guerre contre les Afro-Amé­ri­cains). Quant à Oba­ma : tan­dis que les armes de la police US abattent ses frères afro-amé­ri­cains, le grand espoir de la Mai­son Blanche n’a rien fait pour les pro­té­ger, rien fait pour sou­la­ger leur misère, tout en menant quatre guerres rapaces et une cam­pagne d’assassinat sans précédent.

La CIA a deman­dé que Trump ne soit pas élu. Des géné­raux du Penta­gone ont deman­dé qu’il ne soit pas élu. Le pro-guerre du New York Times – pen­dant les pauses de leur cam­pagnes anti-Pou­tine – demandent qu’il ne soit pas élu. Il y a quelque chose qui se mijote. Ces tri­buns de la « guerre per­pé­tuelle » sont ter­ri­fiés que le busi­ness de plu­sieurs mil­liards de dol­lars de la guerre par laquelle les Etats-Unis main­tiennent leur domi­na­tion serait com­pro­mis si Trump trou­vait un accord avec Pou­tine, puis avec Xi Jin­ping de la Chine. Leur panique devant la pos­si­bi­li­té d’une grande puis­sance par­lant de paix dans le monde – ce qui est peu pro­bable – serait une farce macabre si l’avenir n’était pas aus­si sombre.

« Trump aurait aimé Sta­line ! » hur­la le vice-pré­sident Joe Biden lors d’un ras­sem­ble­ment de sou­tien à Hil­la­ry Clin­ton. Avec Clin­ton hochant la tête, il a crié : « Nous ne nous incli­nons jamais. Nous ne plions jamais. Nous ne nous age­nouillons jamais. Nous ne cédons jamais. La vic­toire est à nous. Voi­là qui nous sommes. Nous sommes l’Amérique ! »

En Grande-Bre­tagne, Jere­my Cor­byn a éga­le­ment pro­vo­qué l’hystérie des fai­seurs de guerre du Par­ti tra­vailliste et d’un média qui se consacre à lui ren­trer dedans. Lord West, ancien ami­ral et ministre du Tra­vail, l’a bien for­mu­lé. Cor­byn pre­nait une posi­tion anti-guerre « scan­da­leuse » « parce que cela lui attire le vote des masses irré­flé­chies ».

Lors d’un débat avec son chal­len­ger à la direc­tion du par­ti, Owen Smith, le modé­ra­teur a deman­dé à Cor­byn : « Com­ment réagi­riez-vous en cas de vio­la­tion par Vla­di­mir Pou­tine d’un Etat-membre de l’Otan ? »

Cor­byn a répon­du : « Vous vou­driez d’abord évi­ter que cela n’arrive. Vous éta­bli­riez un bon dia­logue avec la Rus­sie … Nous pour­rions ten­ter une démi­li­ta­ri­sa­tion des fron­tières entre la Rus­sie, l’Ukraine et les autres pays fron­ta­liers de la Rus­sie en l’Europe de l’Est. Ce que nous ne pou­vons pas faire c’est de lais­ser une série d’accumulations de troupes cala­mi­teuses de chaque côté, ce qui nous conduit iné­luc­ta­ble­ment vers un grand dan­ger »

Pres­sé de dire s’il auto­ri­se­rait la guerre contre la Rus­sie « s’il le fal­lait », Cor­byn a répon­du : « Je ne veux pas faire la guerre – ce que je veux c’est par­ve­nir à un monde où on n’aurait pas à faire la guerre ».

Poser une telle série de ques­tions doit beau­coup à la mon­tée des libé­raux bel­li­cistes en Grande-Bre­tagne. Depuis long­temps, le Par­ti tra­vailliste et les médias leur ont offert des oppor­tu­ni­tés de car­rière. Pen­dant un cer­tain temps, le tsu­na­mi moral du grand crime com­mis contre l’Irak a pro­vo­qué un flot­te­ment, leurs contre-véri­tés fla­grantes sont deve­nues un far­deau embar­ras­sant mais pas­sa­ger. Indé­pen­dam­ment du rap­port Chil­cot et de la mon­tagne de faits qui l’incriminent, Blair est tou­jours leur source d’inspiration, parce qu’il est un « gagnant ».

Le jour­na­lisme et ensei­gne­ments dis­si­dents ont depuis été sys­té­ma­ti­que­ment ban­nis ou acca­pa­rés, et les idées démo­cra­tiques vidées pour être rem­pla­cées par la « poli­tique iden­ti­taire » qui confond genre et fémi­nisme, l’angoisse de la socié­té et libé­ra­tion, et qui ignore volon­tai­re­ment la vio­lence d’Etat et le mer­can­ti­lisme des armes qui détruisent d’innombrables vies dans des pays loin­tains, comme le Yémen et la Syrie, et qui invitent la guerre nucléaire en Europe et à tra­vers le monde.

La mobi­li­sa­tion de per­sonnes de tous âges autour de la mon­tée spec­ta­cu­laire de Jere­my Cor­byn peut consti­tuer une cer­taine résis­tance. Il a pas­sé sa vie à dénon­cer les hor­reurs de la guerre. Le pro­blème pour Cor­byn et ses par­ti­sans est le Par­ti Tra­vailliste. Aux Etats-Unis, le pro­blème pour les mil­liers d’adeptes de Ber­nie San­ders est le Par­ti Démo­crate, sans par­ler de l’ultime tra­hi­son de leur grand espoir [son ral­lie­ment en rase-cam­pagne à H. Clin­ton – NdT].

Aux Etats-Unis, pays des grands mou­ve­ments pour les droits civiques et contre la guerre, ce sont les mou­ve­ments comme Black Lives Mat­ter et CODEPINK qui consti­tuent les graines d’une ver­sion moderne.

Seul un mou­ve­ment qui gros­si­rait à chaque coin de rue, qui débor­de­rait des fron­tières et qui n’abandonnerait pas pour­rait arrê­ter les fau­teurs de guerre. L’année pro­chaine, cela fera un siècle que Wil­fred Owen a écrit ce qui suit. Chaque jour­na­liste devrait le lire et le retenir.

Si vous enten­diez, à chaque cahot, le sang
Qui gar­gouille et s’écoule de ces pou­mons empoi­son­nés,
Can­cer obs­cène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incu­rables sur des langues inno­centes,
Mon ami, vous met­triez moins de zèle à répé­ter
À des enfants en mal de gloire déses­pé­rée,
Le vieux men­songe : Dulce et deco­rum est
Pro patria mori. [« Il est doux et glo­rieux de mou­rir pour sa patrie »]

(Tra­duc­tion fran­çaise par Georges Gernot)

John Pil­ger

Tra­duc­tion « quand orga­ni­se­rons-nous un nou­veau Nurem­berg ? » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Jour­na­liste, cinéaste et auteur, John Pil­ger est l’un des deux jour­na­listes à avoir rem­por­té deux fois la plus haute dis­tinc­tion du jour­na­lisme bri­tan­nique. Pour ses docu­men­taires, il a rem­por­té un Emmy, un Bri­tish Aca­de­my Award, un BAFTA. Par­mi de nom­breux autres prix, il a rem­por­té un Prix du meilleur docu­men­taire duRoyal Tele­vi­sion Socie­ty. Son épo­pée de 1979, Cam­bodge année zéro, est clas­sé par le Bri­tish Film Ins­ti­tutecomme l’un des dix docu­men­taires les plus impor­tants du 20e siècle.

»» http://​john​pil​ger​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​p​r​o​v​o​k​i​n​g​-​n​u​c​l​e​a​r​-​w​a​r​-​b​y​-​m​e​dia

URL de cet article 30795
http://​www​.legrand​soir​.info/​p​r​o​v​o​q​u​e​r​-​u​n​e​-​g​u​e​r​r​e​-​n​u​c​l​e​a​i​r​e​-​p​a​r​-​l​e​s​-​m​e​d​i​a​s​.​h​tml

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Mer­ci aux jour­na­listes du site Le Grand Soir, qui font un tra­vail impor­tant contre les guerres impé­riales, un tra­vail quo­ti­dien de dés­in­toxi­ca­tion médiatique.

Contre la guerre, je recom­mande à tous ceux qui s’é­veillent de lire Le Grand Soir tous les jours, de même que les​-crises​.fr d’Oli­vier Ber­ruyer, le Saker fran­co­phone, et inves​ti​gac​tion​.net de Michel Col­lon.
Étienne.

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24 Commentaires

  1. etienne
  2. etienne
  3. tigrini

    le quo­ti­dien le monde dit que c’est faux et c’est le seul, qu’en pen­sez vous???

    Réponse
  4. tigrini

    Par­don, je n’ai pas tout expli­qué. Le quo­ti­dien Le Monde explique dans un de ces articles que la dis­cul­pa­tion de Milo­se­vic est fausse, qu’en pen­sez vous ??

    Réponse
  5. Gael

    L’in­for­ma­tion est désor­mais com­pa­rable à la nourriture.
    Celle gra­tuite, faci­le­ment acces­sible, pro­duite en masse et sous des normes stan­dar­di­sées dou­teuses est toxique et dan­ge­reuse. L’information saine est quand à elle rare, pro­vient de petits pro­duc­teurs (blog­geurs), demande qu’on se donne de la peine pour la trou­ver et est par­fois coûteuse.

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    • Roger

      Très belle remarque Gael !

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  6. etienne

    Milosevic est disculpé mais rien n’arrête la machine de guerre de l’OTAN

    Milosevic disculpé ? Officiellement, le TPIY, tribunal formé par les puissances occidentales, n’a pas rendu son verdict. Et il ne le rendra pas, la mort de l’ancien président yougoslave ayant mis un terme au procès qui se tenait à La Haye. Toutefois, un passage intriguant du verdict rendu par le même TPIY à l’encontre de Radovan Karadzic soulève des questions sur la teneur des charges qui pesaient contre Milosevic. Explications. (IGA)


    Le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) vient d’innocenter Slo­bo­dan Milo­se­vic, l’ancien pré­sident défunt de You­go­sla­vie, des crimes de guerre com­mis pen­dant la guerre de Bos­nie. Cela prouve, une fois de plus, que nous ne devons pas seule­ment en prendre et en lais­ser dans les allé­ga­tions de l’OTAN concer­nant ses « enne­mis offi­ciels », mais pra­ti­que­ment tout laisser.

    Pen­dant les vingt der­nières années, les com­men­ta­teurs néo-conser­va­teurs et autres som­mi­tés « libé­rales inter­ven­tion­nistes » n’ont pas ces­sé de nous répé­ter que Milo­se­vic (un diri­geant démo­cra­ti­que­ment élu dans un pays où plus de 20 par­tis poli­tiques fonc­tion­naient libre­ment) était un dic­ta­teur dia­bo­lique géno­ci­daire res­pon­sable de TOUTES les morts sur­ve­nues dans les Bal­kans, dans les années 1990. Répé­tez après moi avec la voix d’un robot (tout en fai­sant des mou­ve­ments de bras sac­ca­dés) : l’agression géno­ci­daire de Milo­se­vic », « l’agression géno­ci­daire de Milosevic ».

    Mais le récit offi­ciel, tout comme celui qu’on nous a ser­vi, en 2003, ‑que l’Irak avait des armes de des­truc­tion mas­sive qu’il pou­vait déployer en 45 minutes -, était entiè­re­ment men­son­ger et avait été fabri­qué pour jus­ti­fier une opé­ra­tion de chan­ge­ment de régime que les élites occi­den­tales vou­laient faire depuis longtemps.

    L’affirmation du TPIY, selon laquelle l’un des per­son­nages les plus dia­bo­li­sés de l’ère moderne était inno­cent des ter­ribles crimes dont on l’accusait, aurait dû faire la Une des jour­naux à tra­vers le monde entier. Mais ça n’a pas été le cas. Même le TPIY l’a enter­rée, tout au fond de la page 2590 de son ver­dict sur le pro­cès du chef des Serbes de Bos­nie, Rado­van Karad­zic, qui a été condam­né en mars pour géno­cide (à Sre­bre­ni­ca), crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

    Il n’y a pas eu de confé­rence de presse ni d’annonce offi­cielle concer­nant l’exonération de Milo­se­vic. Il faut remer­cier le jour­na­liste d’investigation Andy Wil­cox­son qui nous l’a signalée.

    Les choses étaient bien dif­fé­rentes quand le pro­cès du soi-disant « bou­cher des Bal­kans », s’est ouvert en février 2002 ! A l’époque, il aurait fal­lu être enfer­mé dans une armoire pour ne pas être au cou­rant de ce qui se passait.

    La CNN a cou­vert de bout en bout ce qui a été décrit comme « le pro­cès le plus impor­tant depuis Nurem­berg. » Bien sûr, la culpa­bi­li­té de Milo­se­vic était un fait acquis. « Quand la peine serait pro­non­cée, il dis­pa­raî­tra dans cette cel­lule, et per­sonne n’en enten­dra plus jamais par­ler », a décla­ré l’avocate éta­su­nienne Judith Armat­ta, de la Coa­li­tion pour la jus­tice inter­na­tio­nale, une orga­ni­sa­tion dont l’ancien ambas­sa­deur des États-Unis en You­go­sla­vie, War­ren Zim­mer­man, fai­sait par­tie en tant que membre consul­ta­tif du Conseil d’administration.

    Tous ceux qui osaient contes­ter la ligne de l’OTAN étaient aus­si­tôt qua­li­fié de « défen­seur de Milo­se­vic », ou pire encore, de « néga­tion­niste », par les « Gar­diens de la Véri­té de l’Empire ».

    Mais au milieu de tout le bla bla bla et de tout le bat­tage média­tique qui entou­rait le « pro­cès du siècle », il est vite appa­ru que l’accusation avait de gros et même de très gros pro­blèmes. Le Sun­day Times a cité un expert juri­dique qui a affir­mé que « 80% des décla­ra­tions pré­li­mi­naires de l’accusation auraient été reje­tées par un tri­bu­nal bri­tan­nique comme étant de simples ouï-dire. » Et je crois que l’estimation de 80% était déjà très généreuse.

    Le pro­blème, c’est que ce pro­cès était un simu­lacre de pro­cès, un pro­cès dans lequel la géo­po­li­tique était plus impor­tante que les preuves réelles. Il faut se rap­pe­ler que l’acte d’accusation ini­tial contre Milo­se­vic concer­nant les soi-disant des crimes de guerre/génocide du Koso­vo avait été publié en mai 1999, au plus haut de la cam­pagne de bom­bar­de­ments de l’OTAN contre la You­go­sla­vie, et à un moment où la guerre ne se pas­sait pas exac­te­ment comme l’auraient sou­hai­té les États-Unis et leurs alliés.

    L’acte d’accusation a été clai­re­ment rédi­gé pour mettre la pres­sion sur Milo­se­vic et cor­res­pondre aux exi­gences de l’OTAN.

    Le pro­blème pour l’OTAN était qu’au moment où le pro­cès de Milo­se­vic devait com­men­cer, la nar­ra­tive sur le Koso­vo était déjà éven­tée. Les sinistres accu­sa­tions des États-Unis et de leurs alliés concer­nant un géno­cide et des cen­taines de mil­liers de per­sonnes assas­si­nées, étaient fausses comme l’a mon­tré le grand John Pil­ger ici. En sep­tembre 2001, un tri­bu­nal de l’ONU a offi­ciel­le­ment sta­tué qu’il n’y avait pas eu de géno­cide au Kosovo.

    Donc, pour ren­for­cer leur cas contre Milo­se­vic, qui pre­nait l’eau de toutes parts, les pro­cu­reurs de La Haye ont dû appor­ter de nou­velles charges liées à la guerre en Bos­nie, en accu­sant « Slo­bo » de faire par­tie d’une « conspi­ra­tion cri­mi­nelle col­lec­tive » pour assassiner/nettoyer eth­ni­que­ment les Croates et des musul­mans de Bos­nie pour mettre en place son pro­jet de « Grande Serbie ».

    Dans les pro­cé­dures pénales nor­males, les preuves sont recueillies et ensuite, si elles sont jugées suf­fi­santes, on engage des pour­suites. Mais c’est le contraire qui est arri­vé dans le cas de Milo­se­vic : il a été incul­pé pour des rai­sons poli­tiques et la chasse aux preuves a suivi.

    L’ironie est que l’ancien pré­sident you­go­slave avait été pré­cé­dem­ment loué par le pré­sident Clin­ton pour son rôle dans la négo­cia­tion d’un accord de paix en Bos­nie en 1995, qui avait été signé à Day­ton, dans l’Ohio.

    La véri­té est que Milo­se­vic n’était pas du tout un natio­na­liste serbe pur et dur mais un socia­liste de tou­jours qui avait tou­jours vou­lu une You­go­sla­vie mul­ti-raciale et multi-ethnique.

    Son but, lorsqu’il était au pou­voir, n’a jamais été de construire une « Grande Ser­bie », mais d’essayer de gar­der unie la You­go­sla­vie fédé­rale, comme le TPIY vient de le recon­naître tardivement.

    Non seule­ment Milo­se­vic n’était pas res­pon­sable du net­toyage eth­nique qui avait eu lieu en Bos­nie, il l’avait même dénon­cé. Le TPIY a noté « les cri­tiques répé­tées de Milo­se­vic et sa désap­pro­ba­tion des poli­tiques menées par l’accusé (Karad­zic) et par la direc­tion des Serbes de Bos­nie. » Milo­se­vic, un homme qui avait en hor­reur toutes les formes de racisme, insis­tait sur le fait que toutes les eth­nies devaient être protégées.

    Mais pour punir Milo­se­vic et pour pré­ve­nir les autres de ce qui leur arri­ve­rait s’ils osaient s’opposer aux Etats-Unis, l’histoire devait être ré-écrite. Le socia­liste pro-You­go­sla­vie qui s’était oppo­sé à la poli­tique des diri­geants serbes de Bos­nie devait être pré­sen­té, rétros­pec­ti­ve­ment, comme le méchant de la guerre de Bos­nie et même blâ­mé pour tout le sang qui avait été ver­sé dans les Bal­kans. Par contre, l’ambassadeur amé­ri­cain War­ren Zim­mer­man déjà men­tion­né, dont l’intervention scé­lé­rate a fait capo­ter la solu­tion diplo­ma­tique et a per­mis le déclen­che­ment du conflit bos­niaque, lui, n’a pas été le moins du monde inquiété.

    Pen­dant la cam­pagne « tout est de la faute de Slo­bo », les faits réels ont été tout sim­ple­ment jetés par la fenêtre. Un article écrit, je ne vous raconte pas de blague, par un pro­fes­seur d’études euro­péennes de l’Université d’Oxford pré­ten­dait même que Milo­se­vic était le lea­der de la You­go­sla­vie en 1991 (l’année où la Slo­vé­nie a fait séces­sion). En fait, c’était le Croate bos­niaque, Ante Mar­ko­vic, qui était le lea­der du pays à l’époque.

    Comme de bien enten­du, Milo­se­vic a été com­pa­ré à Hit­ler. « C’était comme si on voyait l’arrogant démon Adolf Hit­ler en pleine action », a écrit le rédac­teur en chef de News of the World, lorsque Milo­se­vic a eu la témé­ri­té de se défendre devant le Cour. « On avait des flashs gla­çants du monstre nazi de la Seconde Guerre mon­diale quand le tyran serbe déchu haran­guait la Cour. »

    Pour être cer­tains que les lec­teurs com­pre­naient bien que Milo­se­vic = Hit­ler, les News of the World ont illus­tré leur dia­tribe avec une pho­to d’Hitler, « le bou­cher de Ber­lin », devant un camp de concen­tra­tion, et une pho­to de Milo­se­vic « Le bou­cher de Bel­grade », en sur­im­pres­sion sur un camp de concen­tra­tion en Bos­nie. Avec lequel, en fait, il n’avait rien à voir.

    Au grand sou­la­ge­ment de l’accusation, Milo­se­vic est mort subi­te­ment dans sa cel­lule en mars 2006.

    Etant don­né ce que nous avions vu au pro­cès jusqu’à ce moment-là, il était tout à fait incon­ce­vable qu’il soit jugé cou­pable. Une longue liste de témoins « irré­fu­tables » s’étaient révé­lé des pétards mouillés les uns après les autres.

    Comme je l’ai men­tion­né dans un article antérieur :

    Il s’est avé­ré que le témoin prin­ci­pal, Rato­mir Tanic, était à la solde des forces de sécu­ri­té occi­den­tales, tan­dis que le chef de la police secrète ex-you­go­slave Rade Mar­ko­vic, l’homme qui allait enfin cra­cher le mor­ceau sur Milo­se­vic et révé­ler com­ment son ancien maître avait ordon­né l’expulsion des mino­ri­tés eth­niques Alba­nais du Koso­vo, a fait fina­le­ment tout le contraire et a décla­ré qu’il avait men­ti sous la tor­ture et que sa décla­ra­tion écrite avait été fal­si­fiée par l’accusation.

    En outre, comme je l’ai noté ici, l’ancien chef de la sécu­ri­té de l’armée you­go­slave, le géné­ral Geza Far­kas (un Hon­grois eth­nique), a décla­ré que tous les sol­dats you­go­slaves au Koso­vo avaient reçu un docu­ment leur expli­quant le droit inter­na­tio­nal huma­ni­taire, et qu’ils avaient reçu l’ordre de déso­béir aux ordres qui le vio­laient. Far­kas a éga­le­ment décla­ré que Milo­se­vic avait ordon­né qu’aucun groupe para­mi­li­taire ne soit auto­ri­sé à opé­rer au Kosovo.

    Lorsque Milo­se­vic est mort, ses accu­sa­teurs ont affir­mé qu’il « avait tra­hi la jus­tice ». Mais en fait, comme le TPIY l’a main­te­nant confir­mé, c’est la jus­tice qui a tra­hi Milosevic.

    Pen­dant qu’il se défen­dait contre des accu­sa­tions à carac­tère poli­tique à La Haye, les États-Unis et leurs alliés ont lan­cé leur bru­tale agres­sion illé­gale contre l’Irak, une guerre qui a fait près d’un mil­lion de morts. L’an der­nier, un rap­port de Body Count a révé­lé qu’au moins 1,3 mil­lion de per­sonnes avaient per­du la vie du fait de la « guerre contre le ter­ro­risme » menée par les Etats-Unis en Irak, en Afgha­nis­tan et au Pakistan.

    Ces chiffres nous aident à remettre le Koso­vo en pers­pec­tive. Même si on pense que Milo­se­vic et le gou­ver­ne­ment you­go­slave étaient res­pon­sables d’une par­tie des morts là-bas, en 1999, (dans une guerre que l’Occident avait clai­re­ment vou­lue et pro­vo­quée), il n’y a aucune, mais alors aucune com­pa­rai­son pos­sible avec la mort et la des­truc­tion cau­sées par les pays qui ont été les plus déter­mi­nés à mettre le pré­sident de You­go­sla­vie dans le box des accu­sés. Comme John Pil­ger l’a noté en 2008, le bom­bar­de­ment de la You­go­sla­vie a été un « véri­table avant-goût des bains de sang d’Afghanistan et d’Irak. »

    Depuis, nous avons éga­le­ment eu la des­truc­tion par l’OTAN de la Libye, le pays qui avait le niveau de vie les plus éle­vés de toute l’Afrique, et le sou­tien de vio­lents « rebelles » pour obte­nir un « chan­ge­ment de régime » en Syrie.

    Il ne faut pas être Sher­lock Holmes pour voir se des­si­ner ici un sché­ma répétitif.

    Avant de lan­cer une guerre ou une « inter­ven­tion huma­ni­taire » contre un État don­né, les Etats-Unis accusent son lea­der et son gou­ver­ne­ment de toutes sortes de choses épou­van­tables. Ces accu­sa­tions sont relayées par les médias qui les répètent ad nau­seam, pour qu’à force les gens se mettent à les croire.

    Plus tard, il appa­raît que les accu­sa­tions étaient soit entiè­re­ment fausses (comme celles des armes de des­truc­tion mas­sive en Irak), soit non cor­ro­bo­rées, soit fort exa­gé­rées. Mais les médias sont pas­sés à autre chose : révé­ler aux lec­teurs la faus­se­té des accu­sa­tions por­tées contre « l’Hitler » pré­cé­dent ne les inté­resse plus, ils sont tout entier occu­pés à vili­pen­der le « nou­vel Hit­ler », tout aus­si « agres­sif et géno­ci­daire » que le pré­cé­dent. En 1999, c’était Milo­se­vic ; main­te­nant c’est Assad et Poutine.

    Et vous l’avez devi­né, cher lec­teur, ce sont, bien sûr, les per­sonnes qui défendent la guerre en Irak et les autres inter­ven­tions mili­taires occi­den­tales san­glantes basées sur des men­songes, des affir­ma­tions non cor­ro­bo­rées ou de fortes exa­gé­ra­tions, qui se répandent en accu­sa­tions tous azi­muth la fois d’après, exac­te­ment les mêmes personnes.

    Comme le dit ce vieil adage plein de sagesse : Quand vous mon­trez quelqu’un du doigt, trois doigts se retournent vers vous*.

    Source : Mon​dia​li​sa​tion​.ca

    Neil Clark est jour­na­liste, écri­vain, pré­sen­ta­teur et blo­gueur. Il a écrit pour de nom­breux jour­naux et maga­zines au Royaume-Uni et dans d’autres pays, comme The Guar­dian, le Mor­ning Star, le Dai­ly et Sun­day Express, le Dai­ly et Sun­day Mail, le Dai­ly Tele­graph, le New Sta­tes­man, The Spec­ta­tor, The Week et The Ame­ri­can Conser­va­tive. Il publie régu­liè­re­ment sur RT et on l’a vu éga­le­ment à BBC TV et BBC radio, Sky News, Press TV et la Voix de la Rus­sie. Il est co-fon­da­teur de la Cam­pagne pour PublicOwnership@PublicOwnership. L’adresse de son blog qui a été pri­mé est :http://​www​.neil​clark66​.blog​spot​.com. Ses tweets portent sur la poli­tique et les affaires mon­diales @NeilClark66

    Source : http://​www​.inves​ti​gac​tion​.net/​m​i​l​o​s​e​v​i​c​-​e​s​t​-​d​i​s​c​u​l​p​e​-​m​a​i​s​-​r​i​e​n​-​n​a​r​r​e​t​e​-​l​a​-​m​a​c​h​i​n​e​-​d​e​-​g​u​e​r​r​e​-​d​e​-​l​o​tan

    Réponse
  7. Jacques

    J’ai enten­du à la radio une émis­sion avec Mar­wan Mery, qui a publié un livre « Com­ment neu­tra­li­ser les pro­fils complexes »
    http://​www​.eyrolles​.com/​E​n​t​r​e​p​r​i​s​e​/​L​i​v​r​e​/​c​o​m​m​e​n​t​-​n​e​u​t​r​a​l​i​s​e​r​-​l​e​s​-​p​r​o​f​i​l​s​-​c​o​m​p​l​e​x​e​s​-​9​7​8​2​2​1​2​5​6​3​344

    Grâce au « google aper­çu », on peut voir le sommaire :
    « 9 pro­fils oppo­sants » : le ventre mou ; l’a­gres­sif ; la mau­vaise foi ; la girouette ; le cri­tique ; le bon sama­ri­tain ; le har­ce­leur ; l’é­go­cen­trique ; le réfrac­taire au changement.
    « 8 pro­fils dif­fi­ciles » : le nar­cis­sique ; le para­noïaque ; l’his­trio­nique ; le schi­zoïde ; l’an­xieux ; l’a­nan­kas­tique ; le pas­sif-agres­sif ; le psychopathe.
    « 7 pro­fils cri­tiques » : le sui­ci­daire ; le per­vers ; le violent ; les modi­fi­ca­teurs com­por­te­men­taux ; le syn­drome éros­tra­tique ; l’ex­tré­miste ; le psychotique.

    Pour chaque « pro­fil », il donne 3 conseils à pri­vi­lé­gier et 3 à évi­ter. Exemple : « […] Bien que les Éphé­siens aient inter­dit de pro­non­cer son nom, Eros­trate a réus­si son pari, il est entré dans l’His­toire : en détrui­sant le temple d’Éphèse, il est deve­nu plus connu que l’ar­chi­tecte qui l’a­vait bâti. Le syn­drome éros­tra­tique carac­té­rise une per­sonne qui cherche une recon­nais­sance reten­tis­sante par l’ac­qui­si­tion de la célé­bri­té, et ce quels que soient les moyens pour y par­ve­nir […] A pri­vi­lé­gier : détec­ter les signaux pré­coces, valo­ri­ser ses actions déjà réa­li­sées, lui redon­ner confiance en lui. A évi­ter : se moquer de lui, mon­trer l’i­nu­ti­li­té de son com­por­te­ment, le provoquer. »

    Réponse
  8. beo
  9. binnemaya

    Salut à Tous,
    n’ou­bliez jamais que dans une guerre la pre­mière vic­time c’est la vérité.

    Réponse
  10. etienne
  11. etienne

    Vive le capi­ta­lisme… ! Parole d’actionnaire : 372 mil­liards d’euros de divi­dendes au 2ème tri­mestre 2016

    par Luis BASURTO

    « Et non, non, non… détrom­pez-vous ! Ce n’est pas win-win ! Dans ce bas-monde il y a de gagnants… parce qu’il y a de per­dants ! Ces action­naires et patrons heu­reux sont l’o­li­gar­chie pla­né­taire, la nomenk­la­tu­ra capi­ta­liste, la classe domi­nante béné­fi­ciant de plus de qua­rante ans de néo­li­bé­ra­lisme ram­pant, conqué­rant et triomphant.

    Les divi­dendes des action­naires dans le monde sont en hausse en 2016. Don­nant 372 mil­liards d’euros pour le deuxième tri­mestre de cette année (1). Un mon­tant que nous pou­vons extra­po­ler pour trou­ver une somme annua­li­sée de 1 488 mil­liards d’euros, pas moins. La socié­té de ges­tion d’actifs à l’origine de ce cal­cul tri­mes­triel, Hen­der­son Glo­bal Inves­tors, annonce cepen­dant pour toute l’année 2016 une hausse de divi­dendes de 3,9%, pré­voyant seule­ment 1 180 mil­liards de dol­lars usd pour cette année. 

    Rete­nons le cal­cul le plus haut pour de com­pa­rai­sons pédagogiques. […]
    (Lire la suite)

    http://​www​.legrand​soir​.info/​v​i​v​e​-​l​e​-​c​a​p​i​t​a​l​i​s​m​e​-​p​a​r​o​l​e​-​d​-​a​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​-​3​7​2​-​m​i​l​l​i​a​r​d​s​-​d​-​e​u​r​o​s​-​d​e​-​d​i​v​i​d​e​n​d​e​s​-​a​u​-​2​e​m​e​-​t​r​i​m​e​s​t​r​e​-​2​0​1​6​.​h​tml

    Source : Le Grand Soir

    Réponse
  12. etienne

    L’Union européenne a toujours été un projet de la CIA, comme les pro-Brexit le découvrent

    par Ambrose Evans-Prit­chard

    […] « Peu nom­breux sont les indi­vi­dus qui savent que [Jean Mon­net] a pas­sé la plu­part de sa vie aux États-Unis et qu’il a ser­vi comme étant les yeux et les oreilles de Frank­lin Roo­se­velt en temps de guerre.

    Le Géné­ral de Gaulle pen­sait qu’il était un agent amé­ri­cain, ce qu’il était d’ailleurs d’une cer­taine façon. La bio­gra­phie d’Eric Rous­sel sur Mon­net révèle la manière dont il a tra­vaillé main dans la main avec les admi­nis­tra­tions successives.

    Il est étrange que cette étude magis­trale de 1 000 pages n’ait jamais été tra­duite en anglais puisque c’est le meilleur tra­vail jamais écrit à pro­pos des ori­gines de l’UE.

    Peu de per­sonnes non plus sont conscientes des docu­ments déclas­si­fiés pro­ve­nant des archives du Dépar­te­ment d’État mon­trant que les ren­sei­gne­ments amé­ri­cains ont fon­dé secrè­te­ment le mou­ve­ment euro­péen depuis des décen­nies, et ont tra­vaillé en cou­lisses de manière agres­sive afin de pous­ser la Grande-Bre­tagne dans le projet.

    Comme ce jour­nal qui a tout d’abord fait état d’un mémo­ran­dum daté du 26 juillet 1950, lorsque le tré­sor est deve­nu dis­po­nible, sur la révé­la­tion d’une cam­pagne de pro­mo­tion d’un par­le­ment euro­péen à part entière. Il est signé par le Géné­ral William J. Dono­van, le chef du Bureau des Ser­vices Stra­té­giques des États-Unis (OSS) en temps de guerre mais aus­si le pré­cur­seur de la CIA.


    Bill Dono­van, chef légen­daire de l’OSS créé pen­dant la guerre, fut plus tard en charge d’orchestrer le pro­jet de l’UE

    La façade clé de la CIA était le Comi­té Amé­ri­cain pour une Europe Unie, pré­si­dé par Dono­van. Un autre docu­ment met en évi­dence que ce comi­té a four­ni 53,5% des fonds à des­ti­na­tion des mou­ve­ments euro­péens en 1958. La direc­tion incluait Wal­ter Bedell Smith et Allen Dulles, les chefs de la CIA des années cin­quante, puis une caste d’ex-officiers de l’OSS qui ont inté­gré ou démis­sion­né de la CIA.

    Les docu­ments attestent que la CIA a loué ses ser­vices à quelques-uns des « pères fon­da­teurs » de l’UE, puis les a acti­ve­ment empê­chés de trou­ver des finan­ce­ments alter­na­tifs qui auraient cas­sé la dépen­dance envers Washington.

    Il n’y a rien de par­ti­cu­liè­re­ment vicieux à ce pro­pos. Les États-Unis ont agi astu­cieu­se­ment dans le contexte de la Guerre Froide. La recons­truc­tion poli­tique de l’Europe était un suc­cès fou.

    Bien sûr, il y a eu de ter­ribles erreurs de juge­ment au cours du pro­ces­sus. Un mémo­ran­dum datant du 11 juin 1965 donne l’ordre au vice-pré­sident de la Com­mu­nau­té Euro­péenne de pour­suivre en toute hâte l’union moné­taire, sup­pri­mant le débat jusqu’à ce que « l’adoption de telles pro­po­si­tions devienne qua­si­ment néces­saire. » Cela s’était avé­ré trop sub­til, comme nous pou­vons le voir aujourd’hui à par­tir du piège de la dette et de la défla­tion, puis du chô­mage de masse qui sévit à tra­vers l’Europe du Sud.

    Dans un sens, ces docu­ments sont de l’histoire ancienne. Ce qu’ils montrent, c’est que « l’État pro­fond » amé­ri­cain était trem­pé jusqu’au cou. » […]

    (Lire la suite)

    http://​www​.les​-crises​.fr/​l​u​n​i​o​n​-​e​u​r​o​p​e​e​n​n​e​-​a​-​t​o​u​j​o​u​r​s​-​e​t​e​-​u​n​-​p​r​o​j​e​t​-​d​e​-​l​a​-​c​i​a​-​c​o​m​m​e​-​l​e​s​-​p​r​o​-​b​r​e​x​i​t​-​l​e​-​d​e​c​o​u​v​r​e​n​t​-​a​m​b​r​o​s​e​-​e​v​a​n​s​-​p​r​i​t​c​h​a​rd/

    Source : les​-crises​.fr Oli­vier Berruyer

    J’ai ache­té le bou­quin, mer­ci du tuyau 🙂

    http://​www​.fayard​.fr/​j​e​a​n​-​m​o​n​n​e​t​-​9​7​8​2​2​1​3​0​3​1​538

    Réponse
  13. etienne

    Entretien avec Petro Simonenko :
    le processus de « fascisation » et de « dé-communisation » de l’Ukraine (1ère partie)

    Novembre 2013 : suite à la déci­sion du gou­ver­ne­ment ukrai­nien de ne pas signer l’accord d’association avec l’Union euro­péenne, un coup de force suc­cé­dant à une mon­tée des vio­lences , appuyé et inci­té par des par­tis et « ONG » en rela­tion directe avec les puis­sances occi­den­tales, éclate dans le pays. Les mou­ve­ments néo-fas­cistes semblent avoir joué un rôle de pre­mier plan dans le coup, leur per­met­tant d’occuper l’avant-scène des évé­ne­ments, réta­blis­sant leur légi­ti­mi­té dans le nou­vel ordre éta­tique en occu­pant des fonc­tions clefs dans l’appareil gou­ver­ne­men­tal et ayant une inci­dence sur la restruc­tu­ra­tion des rap­ports de force internes. Paral­lè­le­ment au réali­gne­ment de l’Ukraine avec les inté­rêts stra­té­giques de l’impérialisme (ouver­ture éco­no­mique, asso­cia­tion avec l’UE, asso­cia­tion de fac­to avec l’OTAN, oppo­si­tion à la Rus­sie), l’on assiste au démar­rage d’un pro­ces­sus de fas­ci­sa­tion idéo­lo­gique. Afin d’appréhender ce pro­ces­sus et décor­ti­quer la réa­li­té poli­tique actuelle, Investig’Action s’est entre­te­nue avec le Secré­taire Géné­ral du Par­ti com­mu­niste d’Ukraine, Petro Simonenko.

    Cette inter­view a été réa­li­sé en langue russe. Tra­duc­tion et trans­crip­tion pour Investig’Action par Phi­lippe Stroot.

    Raf­faele Mor­gan­ti­ni : La crise poli­tique en Ukraine a fait les pre­mières pages des jour­naux en 2014 et 2015, mais aujourd’hui, au moins en Europe occi­den­tale, on n’en entend plus par­ler. Quelle est actuel­le­ment la situa­tion en Ukraine ?

    Petro Simo­nen­ko : De mon point de vue, il ne faut pas consi­dé­rer les évé­ne­ments qui se sont pro­duits au cœur du pou­voir en 2014–2015 comme une crise poli­tique. Ces gens ne se sont pas bat­tus pour chan­ger la poli­tique, ni pour faire des réformes, ni pour rem­pla­cer les res­pon­sables poli­tiques par de nou­veaux qui auraient pu mener ces réformes. En véri­té, ceux qui sont arri­vés au pou­voir à Mai­dan après le coup d’état de 2014 avaient déjà orga­ni­sé la lutte de l’intérieur. Il s’agit des mêmes oli­garques, mais cette fois ils se bat­taient pour la redis­tri­bu­tion des res­sources au sein même de leur petit groupe arri­vé au pouvoir.


    Petro Simo­nen­ko

    Il n’était donc pas ques­tion de lut­ter pour chan­ger les choses et réa­li­ser ce qui avait été pro­mis à Maï­dan afin d’améliorer la situa­tion dans l’intérêt des citoyens ukrai­niens, mais de se par­ta­ger les res­sources finan­cières et les biens. Bien sur, ils pen­saient déjà aux pro­chaines élec­tions et tout cela a été qua­li­fié de crise poli­tique. En même temps, ils n’étaient pas en mesure de faire ce qu’ils auraient dû faire, parce que le nou­veau gou­ver­ne­ment a été for­mé sur ins­truc­tions des États-Unis d’Amérique et com­po­sé notam­ment de citoyens ori­gi­naires d’autres États. Ce gou­ver­ne­ment n’a pas mené une poli­tique natio­nale mais celle qui était exi­gée par le FMI. Il n’a pas orga­ni­sé l’économie de manière à ce qu’elle serve les inté­rêts de l’Ukraine : il ne s’est occu­pé que de trou­ver les moyens de finan­cer la guerre civile et pris pré­texte de cette guerre civile pour jus­ti­fier tous les crimes qui étaient com­mis. La cor­rup­tion a été mul­ti­pliée par deux ou par trois et, dans le contexte du régime que je viens d’évoquer, c’est deve­nu en effet une cor­rup­tion totale. La poli­tique des prix a été éta­blie dans l’intérêt du grand capi­tal et des oli­garques, de même que la poli­tique sociale. C’est la rai­son pour laquelle je vou­drais une fois encore sou­li­gner que cette pré­ten­due crise poli­tique témoigne de l’absence de pro­fes­sion­na­lisme de ceux qui sont arri­vés au pou­voir après Maï­dan, de leur absence de pro­gramme pré­cis quant à ce qu’il faut faire et com­ment le faire et, natu­rel­le­ment, ne par­lons pas d’une quel­conque res­pon­sa­bi­li­té à l’égard des pro­messes faites au peuple ukrai­nien. Le seul résul­tat de cette poli­tique est l’usurpation du pou­voir par Poro­shen­ko, qui uti­lise de pré­ten­dues réformes consti­tu­tion­nelles et judi­ciaires pour faire en sorte que cette usur­pa­tion devienne com­plète et définitive.


    Pho­to de Petro Poroshenko

    Quelles sont les consé­quences de cette situa­tion pour vous-même et pour votre par­ti, le Par­ti com­mu­niste d’Ukraine ?

    Dans la mesure où l’Ukraine est en train d’instaurer un régime natio­nal-oli­gar­chique, et pour tout dire, essen­tiel­le­ment fas­ciste, il est évident que l’une des prio­ri­tés de ce régime fut dès le début d’anéantir le Par­ti com­mu­niste d’Ukraine. Ils n’ont recu­lé pour cela devant aucune méthode, au point que le régime actuel se com­porte à l’égard de notre par­ti comme les fas­cistes pen­dant l’occupation. Le repré­sen­tant de ce régime, en l’occurrence Tourt­chi­nov, qui occu­pait alors les fonc­tions de Pré­sident, a exi­gé publi­que­ment du minis­tère de la jus­tice, depuis la tri­bune du Par­le­ment, qu’il inter­dise les acti­vi­tés du Par­ti com­mu­niste, vio­lant gros­siè­re­ment par là même la Consti­tu­tion et les lois de l’Ukraine. Plus de 400 plaintes ont été dépo­sées contre le Par­ti et à titre indi­vi­duel contre cer­tains de nos cama­rades. Une délé­ga­tion offi­cielle du minis­tère de la jus­tice et des ser­vices de sécu­ri­té a été envoyée dans les tri­bu­naux pour accu­ser notre par­ti d’activités illé­gales, de col­la­bo­ra­tion avec les sépa­ra­tistes et de sou­tien aux ter­ro­ristes. Tout cela s’est dégon­flé comme une bau­druche. Aucune plainte n’a abou­ti et le Par­ti n’a été recon­nu cou­pable de rien. Par la suite, ils ont chan­gé de tac­tique et adop­té une loi dite « de décom­mu­ni­sa­tion », qui pré­voit notam­ment l’interdiction des acti­vi­tés de notre par­ti car nous nous appe­lons « com­mu­niste » et que nos sym­boles sont l’étoile, le mar­teau, la fau­cille et le dra­peau rouge. Voi­là ce qui a ser­vi de pré­texte à l’interdiction. Cela montre en outre que le pou­voir actuel de Kiev refuse caté­go­ri­que­ment de se plier aux conclu­sions de la Com­mis­sion de Venise qui a esti­mé que la loi de décom­mu­ni­sa­tion n’était pas démo­cra­tique et qu’elle devait être abo­lie. Il ne res­pecte pas non plus les réso­lu­tions qui ont été adop­tées par les Nations-Unies au sujet de la pro­pa­gande en faveur du nazisme et du fas­cisme, car cette loi de décom­mu­ni­sa­tion ne fait pas seule­ment l’apologie du fas­cisme et du nazisme mais elle élève aus­si au rang de héros natio­naux ceux qui ont com­bat­tu aux côtés de Hit­ler et com­mis des crimes il y a 70 ans. C’est ain­si qu’une cam­pagne ignoble a été lan­cée contre le Par­ti com­mu­niste en vue de l’interdire. Le tri­bu­nal de pre­mière ins­tance a pris la déci­sion d’interdire le Par­ti. Pour­quoi ? Le juge qui a pris cette déci­sion était lui même sous le coup de pour­suites aux­quelles il a échap­pé en pre­nant oppor­tu­né­ment cette déci­sion que lui impo­sait le régime en échange de l’impunité. La socié­té est apeu­rée et effrayée, mais nous, com­mu­nistes, nous pour­sui­vons la lutte. Nous le fai­sons aujourd’hui dans les tri­bu­naux, dans les ins­tances d’appel et nous irons bien enten­du jusqu’à la Cour euro­péenne des droits de l’Homme, qui s’est déjà pen­chée sur des situa­tions sem­blables et a été ame­née à prendre des déci­sions. Le Par­ti com­mu­niste est déci­dé à se battre, car nous menons aujourd’hui la lutte contre la fas­ci­sa­tion de l’Ukraine. […]

    (Lire la suite)

    http://​www​.inves​ti​gac​tion​.net/​e​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​p​e​t​r​o​-​s​i​m​o​n​e​n​k​o​-​l​e​-​p​r​o​c​e​s​s​u​s​-​d​e​-​f​a​s​c​i​s​a​t​i​o​n​-​e​t​-​d​e​-​d​e​-​c​o​m​m​u​n​i​s​a​t​i​o​n​-​d​e​-​l​u​k​r​a​i​n​e​-​1​e​r​e​-​p​a​r​tie

    Source : Inves­tig’Ac­tion Michel Collon

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  14. etienne

    Le Top 7 de comment les Etats-Unis se sont aliénés Vladimir Poutine (et réciproquement) (RT)

    « Au royaume des médias et think-tanks occi­den­taux, ça déraille com­plè­te­ment en ce qui concerne le diri­geant russe, Vla­di­mir Pou­tine, où on l’accuse de tout et n’importe quoi. L’opinion publique a géné­ra­le­ment ava­lé la cam­pagne de pro­pa­gande sans fard, ce qui consti­tue une tra­gé­die pour les rela­tions américano-russes.

    Un coup d’œil sur la feuille de route de Pou­tine devrait convaincre même l’observateur russe le plus bla­sé qu’il a fait tout son pos­sible pour construire des rela­tions solides avec les États-Unis. Pour­tant, non seule­ment l’administration Oba­ma refuse la main ten­due mais elle dépeint le lea­der russe comme le grand méchant mon­dial par excellence.

    Alors, voi­ci un cours de rat­tra­page pour tous ceux qui ont déjà traî­né le nom de Pou­tine dans la boue, pour nous ser­vir une pro­pa­gande encore toute chaude des­ti­née à exa­cer­ber les ten­sions entre la Rus­sie et les Etats-Unis.

    Comme Vla­di­mir Nabo­kov l’a un jour pro­cla­mé avant de pas­ser à tout autre chose, « Regar­dez cet enche­vê­tre­ment d’épines ».

    7. Pou­tine four­nit « une aide extra­or­di­naire » à la « guerre contre le terrorisme »

    Ce n’est pas un secret qu’à la suite des atten­tats ter­ro­ristes du 11 sep­tembre 2001 contre les Etats-Unis, M. Pou­tine a été le pre­mier lea­der mon­dial à télé­pho­ner au pré­sident George W. Bush. Et il n’a pas appe­lé en PCV. En outre, le diri­geant russe a offert plus que des mots de condo­léances. Il fit adop­ter une série de lois pour aider les Etats-Unis à lut­ter contre le terrorisme. » […]

    lire la suite :
    http://​www​.legrand​soir​.info/​l​e​-​t​o​p​-​7​-​d​e​-​c​o​m​m​e​n​t​-​l​e​s​-​e​t​a​t​s​-​u​n​i​s​-​s​e​-​s​o​n​t​-​a​l​i​e​n​e​s​-​v​l​a​d​i​m​i​r​-​p​o​u​t​i​n​e​-​e​t​-​r​e​c​i​p​r​o​q​u​e​m​e​n​t​-​r​t​.​h​tml

    Source : Le Grand Soir

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  15. etienne

    Les défenseurs des droits humains complices des violations des droits de l’homme en Ukraine de l’Est

    « Amnes­ty Inter­na­tio­nal et Human Rights Watch ont publié un rap­port le 21 juillet 2016 sur la situa­tion des droits humains dans la région du Don­bass, en Ukraine de l’Est. Ce rap­port ne peut être décrit que comme cou­vrant les crimes de guerre per­pé­trés par le régime de Kiev, depuis qu’il a lan­cé son opé­ra­tion anti-ter­ro­riste (une guerre civile) en avril 2014. La guerre a été déclen­chée pour écra­ser la résis­tance dans le Don­bass, résis­tance au coup d’État illé­gal et à la prise du pou­voir à Kiev, en février 2014, par le mou­ve­ment qui s’est lui-même nom­mé Maïdan.

    De manière for­tuite, des attaques à l’artillerie et autres par le Maï­dan d’Ukraine contre les répu­bliques popu­laires rebelles de Donetsk et Lugansk, dans le Don­bass, se sont inten­si­fiées au cours des deux der­niers mois, au moment même où les défen­seurs des droits humains pré­pa­raient la publi­ca­tion de leur rapport.

    Le rap­port de 65 pages des deux orga­nismes est inti­tu­lé You Don’t Exist : Arbi­tra­ry Deten­tions, Enfor­ced Disap­pea­rances, and Tor­ture in Eas­tern Ukraine [Vous n’existez pas : déten­tions arbi­traires, dis­pa­ri­tions for­cées et tor­ture en Ukraine de l’Est]. Il mini­mise les détails sinistres, ain­si que la dimen­sion inter­na­tio­nale de la guerre civile anti-ter­ro­riste menée par l’Ukraine depuis plus de deux ans. Il sou­tient que les vic­times de la guerre portent une res­pon­sa­bi­li­té dans les vio­la­tions des droits, égale à celle des auteurs. L’introduction dit :

    Tant les auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales que les sépa­ra­tistes sou­te­nus par la Rus­sie [sic] dans l’Est de l’Ukraine ont main­te­nu des civils en déten­tion arbi­traire pro­lon­gée, sans aucun contact avec le monde exté­rieur, y com­pris avec leurs avo­cats ou leurs familles. Dans cer­tains cas, les déten­tions consti­tuaient des dis­pa­ri­tions for­cées, ce qui signi­fie que les auto­ri­tés en ques­tion refu­saient de recon­naître la déten­tion de la per­sonne ou refu­saient de four­nir une infor­ma­tion sur le lieu où elles se trou­vaient ou sur leur sort. La plu­part des déte­nus ont subi la tor­ture ou d’autres formes de mau­vais traitements…
    La recom­man­da­tion prin­ci­pale dans le résu­mé de l’introduction du rap­port est la suivante :

    Amnes­ty Inter­na­tio­nal et Human Rights Watch appellent le gou­ver­ne­ment ukrai­nien et les auto­ri­tés de fait dans les DNR et LNR [Répu­blique popu­laire de Donetsk et Répu­blique popu­laire de Lugansk] à mettre fin immé­dia­te­ment aux dis­pa­ri­tions for­cées et aux déten­tions arbi­traires et au secret, et de mettre en place des poli­tiques de tolé­rance zéro, en matière de tor­ture et de mau­vais trai­te­ments sur les déte­nus. Toutes les par­ties pre­nant part au conflit doivent s’assurer que les forces sous leur contrôle sont conscientes des consé­quences des mau­vais trai­te­ments infli­gés aux déte­nus en ver­tu du droit inter­na­tio­nal et que les allé­ga­tions de tor­ture et de mau­vais trai­te­ments en déten­tion font l’objet d’enquêtes soi­gneuses et que leurs res­pon­sables sont tenus d’en rendre compte.
    La méthode du rap­port est bien connue, c’est la même que celle employée dans les rap­ports sur l’Ukraine pro­duits par le Haut-Com­mis­sa­riat des Nations unies pour les droits de l’homme (OHCHR) il y a deux ans. Le der­nier rap­port de l’OHCHR sur l’Ukraine a été publié la semaine pré­cé­dant le rap­port d’AI/HRW et a été exa­mi­né ici par l’auteur de cet article.

    Comme le Haut-Com­mis­sa­riat de l’ONU, Amnes­ty Inter­na­tio­nal et Human Rights Watch consi­dèrent que les forces rebelles en Ukraine de l’Est ont les mêmes obli­ga­tions de res­pec­ter les accords inter­na­tio­naux sur les droits humains que le gou­ver­ne­ment qui les attaque. Ce qui manque à cette équa­tion est le fait que le gou­ver­ne­ment ukrai­nien est un signa­taire recon­nu de la plu­part des conven­tions inter­na­tio­nales sur les droits humains et que pour­tant il mène une guerre civile inté­rieure contre ses citoyens. Les rebelles, en revanche, sont igno­rés et non recon­nus par le monde, y com­pris par Amnes­ty Inter­na­tio­nal et Human Rights Watch, et donc inca­pables de deve­nir eux-mêmes signa­taires, comme ils seraient sûre­ment d’accord de le faire, si les condi­tions le per­met­taient. En tant que gou­ver­ne­ment membre des Nations unies et signa­taire des conven­tions inter­na­tio­nales, le gou­ver­ne­ment ukrai­nien a‑t-il une res­pon­sa­bi­li­té et des obli­ga­tions spé­ciales dans ce conflit ? Ou ses res­pon­sa­bi­li­tés sont-elles dimi­nuées lorsqu’il peut affir­mer, que ce soit vrai ou pas : « Hé, de l’autre côté, ils violent aus­si les droits humains » ?

    AI et HRW esquivent ces ques­tions déran­geantes. Ils usent de la même ter­mi­no­lo­gie insul­tante et péjo­ra­tive que Kiev, pour décrire les forces rebelles atta­quées. Les termes « auto­ri­tés de fait » et « sépa­ra­tistes sou­te­nus par la Rus­sie en Ukraine de l’Est » sont uti­li­sés de manière inter­chan­geable pour décrire les res­pon­sables élus à Donetsk et à Lugansk. Per­met­tez-moi de rap­pe­ler que ces res­pon­sables ont héroï­que­ment conduit leur popu­la­tions à se défendre contre une attaque mili­taire bru­tale par les forces armées ukrai­niennes et leurs alliés, des milices para­mi­li­taires d’extrême-droite. Selon les chiffres sous-esti­més des Nations unies, l’offensive ukrai­nienne a cau­sé la mort de plus de 10 000 per­sonnes. Elle a pro­vo­qué des dizaines de mil­liers de bles­sés et plu­sieurs mil­lions de per­sonnes chas­sées de leurs foyers ou de leur patrie du Donbass.

    Com­ment les diri­geants de Donetsk et Lugansk sont-ils sup­po­sés suivre les sub­ti­li­tés de la guerre huma­ni­taire recom­man­dée par AI/HEW, lorsqu’ils sont mépri­sés et vili­pen­dés au niveau mon­dial, même par les soi-disant défen­seurs des droits humains ? N’y a‑t-il per­sonne, dans les loin­tains bureaux de Londres et de New York, pour se sou­cier des popu­la­tions de Donetsk et de Lugansk, qui sont sou­mises quo­ti­dien­ne­ment aux tirs d’artillerie et à d’autres attaques avec l’encouragement actif et l’aide finan­cière des gou­ver­ne­ments occi­den­taux (sans par­ler de l’aveuglement volon­taire des orga­ni­sa­tions de défense des droits humains) ? AI et HRW n’ont pas de réponse à ces questions. » […]

    Lire la suite :
    http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​l​e​s​-​d​e​f​e​n​s​e​u​r​s​-​d​e​s​-​d​r​o​i​t​s​-​h​u​m​a​i​n​s​-​c​o​m​p​l​i​c​e​s​-​d​e​s​-​v​i​o​l​a​t​i​o​n​s​-​d​e​s​-​d​r​o​i​t​s​-​d​e​-​l​h​o​m​m​e​-​e​n​-​u​k​r​a​i​n​e​-​d​e​-​l​est

    Source : le Saker Francophone

    Réponse
  16. etienne

    Comment peut-on être « pro-russe » ?

    Par Bru­no Guigue


    Un sol­dat rou­main assiste à la céré­mo­nie d’ouverture du site amé­ri­cain de défense anti­mis­sile Aegis à Deve­se­lu. Source Reuters


    Comme si elle avait les ver­tus d’un exor­cisme incan­ta­toire, une véri­table lita­nie inonde les médias occi­den­taux. La Rus­sie, dit-on, est une menace pour l’Occident, un péril mor­tel pour ses inté­rêts, un ferment cor­ro­sif pour ses valeurs. Insen­sible à la diplo­ma­tie, cette puis­sance aux allures de brute épaisse ne com­prend que la force. Her­mé­tique à la négo­cia­tion, elle est tota­le­ment imper­méable au code de conduite des nations civi­li­sées. Il faut regar­der la réa­li­té en face, et ces­ser de croire que la Rus­sie a chan­gé, qu’elle n’est pas la réplique d’une URSS dont elle char­rie le sinistre héri­tage. Si l’on veut s’opposer aux ambi­tions effré­nées de l’ogre russe, inutile d’y aller par quatre che­mins : il faut réar­mer au plus vite et se pré­pa­rer au pire.

    Résu­mé bêti­fiant de tous les lieux com­muns de l’atlantisme vul­gaire, ce dis­cours bel­li­ciste n’est pas qu’un dis­cours. Il y a aus­si des actes, et ils sont lourds de signi­fi­ca­tion. Les USA ont ins­tal­lé chez leurs vas­saux d’Europe orien­tale un bou­clier anti­mis­sile qui fait peser sur Mos­cou la menace d’une pre­mière frappe et rend caduc tout accord de désar­me­ment nucléaire. L’OTAN mul­ti­plie les manoeuvres conjointes aux fron­tières occi­den­tales de la Fédé­ra­tion de Rus­sie, de la Mer Bal­tique à la Mer Noire. Colos­sal, le bud­get mili­taire US repré­sente la moi­tié des dépenses mili­taires mon­diales. En pleine expan­sion, il équi­vaut à neuf fois celui de la Rus­sie. A l’évidence, l’essentiel des dépenses nou­velles vise à déve­lop­per une capa­ci­té de pro­jec­tion des forces à l’extérieur, et non à défendre des fron­tières que per­sonne ne menace.

    Dans un monde régi par un mini­mum de ratio­na­li­té, ces réa­li­tés géos­tra­té­giques devraient suf­fire à cou­vrir de ridi­cule les gogos de droite et de gauche qui avalent la pro­pa­gande anti­russe comme on boit du petit lait. Mais les idées les plus stu­pides ont la vie dure, et il y a encore des semi-habiles pour croire que la Rus­sie est une puis­sance impé­ria­liste au même titre que les Etats-Unis d’Amérique. Si l’impérialisme désigne l’attitude consis­tant pour une grande puis­sance à impo­ser de gré ou de force son hégé­mo­nie à d’autres puis­sances, on se demande en quoi la poli­tique russe relève de cette caté­go­rie. Où sont les Etats enva­his ou mena­cés par la Russie ?

    L’Ukraine est en proie à une crise inté­rieure gra­vis­sime consé­cu­tive au coup d’Etat qui a por­té au pou­voir une clique ultra-natio­na­liste dont la poli­tique n’a ces­sé d’humilier la popu­la­tion rus­so­phone des régions orien­tales. C’est cette pro­vo­ca­tion déli­bé­rée des auto­ri­tés usur­pa­trices de Kiev, sou­te­nues par des groupes néo-nazis, qui a pous­sé les patriotes du Don­bass à la résis­tance et à la séces­sion. Mais aucun char russe ne foule le ter­ri­toire ukrai­nien, et Mos­cou a tou­jours pri­vi­lé­gié une solu­tion négo­ciée de type fédé­ral pour son grand voi­sin. En témoignent les accords de Minsk I et II, qui ont été bafoués par le gou­ver­ne­ment ukrai­nien, et non par celui de la Rus­sie. Aujourd’hui, la seule armée qui tue des Ukrai­niens est celle de Kiev, cyni­que­ment por­tée à bout de bras par les puis­sances occi­den­tales pour inti­mi­der Mos­cou. Dans toute cette région, c’est l’Occident qui défie outra­geu­se­ment la Rus­sie à ses fron­tières, et non l’inverse. Que dirait-on à Washing­ton si Mos­cou menait des manœuvres mili­taires conjointes avec le Mexique et le Cana­da, et encou­ra­geait à coups de mil­lions de roubles la désta­bi­li­sa­tion de l’Amérique du Nord ?

    Que le terme d’impérialisme s’applique à la poli­tique US, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle est d’ailleurs reven­di­quée par Hil­la­ry Clin­ton qui vient de rap­pe­ler que les USA sont « la nation indis­pen­sable du monde », un « pays excep­tion­nel, cham­pion inéga­lé de la liber­té et de la paix », qui montre le che­min à ces peu­plades innom­brables qui n’ont pas le bon­heur d’être amé­ri­caines, mais qui savent se mon­trer recon­nais­santes à l’égard de leur sau­veur à la ban­nière étoi­lée. « Les peuples du monde nous regardent et nous suivent. C’est une lourde res­pon­sa­bi­li­té. Les déci­sions que nous pre­nons, ou que nous ne pre­nons pas, affectent des mil­lions de vies. L’Amérique doit mon­trer le che­min », pro­clame la can­di­date démo­crate. On ima­gine la teneur des com­men­taires si M. Pou­tine avait affir­mé urbi et orbi que la Rus­sie doit gui­der le monde et sau­ver l’humanité. Mais c’est l’Amérique, et elle a une « des­ti­née mani­feste ». Inves­tie d’une mis­sion civi­li­sa­trice à voca­tion pla­né­taire, l’Amérique est le « nou­vel Israël », appor­tant la lumière aux nations confites d’émotion et sai­sies d’admiration devant tant de bonté.

    Pour le cas où l’enthousiasme des vas­saux vien­drait à mol­lir, tou­te­fois, la pré­sence de 725 bases mili­taires US à l’étranger devrait pro­ba­ble­ment suf­fire à y remé­dier et à entraî­ner mal­gré tout l’adhésion des popu­la­tions récal­ci­trantes. 725 bases mili­taires : un chiffre froid et objec­tif qui donne un mini­mum de consis­tance maté­rielle à ce joli mot d’impérialisme dont abusent les ama­teurs en géo­po­li­tique lorsqu’ils l’attribuent à la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine. Car la Rus­sie, elle, n’a pas 725 bases mili­taires hors de ses fron­tières. Pré­ci­sé­ment, elle en a 2, ce qui fait une sacrée dif­fé­rence. La pre­mière base est au Kaz­haks­tan, pays allié et limi­trophe de la Rus­sie, dont 40% de la popu­la­tion est rus­so­phone. La seconde est en Syrie, près de Lat­ta­quié, ins­tal­lée en 2015 à la demande expresse d’un Etat sou­ve­rain sou­mis à une ten­ta­tive de désta­bi­li­sa­tion pilo­tée depuis l’étranger.

    Il est amu­sant de consta­ter que l’accusation d’impérialisme pro­fé­rée contre la Rus­sie est une âne­rie par­ta­gée par ces offi­cines de pro­pa­gande qua­si-offi­cielles de l’OTAN que sont les médias fran­çais et par des grou­pus­cules gau­chistes qui ne sont déci­dé­ment pas gué­ris des pus­tules de leur mala­die infan­tile. Vieille répar­ti­tion des tâches, au fond, dont il y a d’autres exemples. Ce sont les mêmes groupes qui s’imaginent défendre la cause pales­ti­nienne tout en sou­te­nant les mer­ce­naires wah­ha­bites en Syrie, les­quels servent sur­tout de pié­taille à l’OTAN et de garde-fron­tière à l’entité sio­niste. Mais deman­der à ces benêts de com­prendre ce qui se passe au Moyen-Orient relève sans doute du vœu pieux, la réa­li­té concrète ayant mani­fes­te­ment per­du à leurs yeux le pri­vi­lège que Marx lui recon­nais­sait. « L’impérialisme russe », cette bou­teille à l’encre d’un atlan­tisme presque sécu­laire, fini­ra sans doute au cime­tière des idées reçues, mais il se peut qu’elle conti­nue un cer­tain temps à empoi­son­ner les esprits faibles.

    En atten­dant, c’est plus fort que lui, le « pro-Russe » n’en démord pas. Obs­ti­né, il tient à ses chi­mères. Il croit par exemple que celui qui enva­hit des pays loin­tains est impé­ria­liste, tan­dis que celui qui défend ses fron­tières ne l’est pas. Il pense que celui qui uti­lise les ter­ro­ristes pour semer le chaos chez les autres est impé­ria­liste, et non celui qui les com­bat à la demande d’un Etat allié. Il a la naï­ve­té de pen­ser que le res­pect de la loi inter­na­tio­nale s’applique à tout le monde, et pas seule­ment aux pays faibles comme l’Irak, la Libye et la Syrie. Dans son incroyable can­deur, il juge absurde le reproche fait à la Rus­sie d’annexer la Cri­mée quand 95% de sa popu­la­tion le demande, alors même que ses accu­sa­teurs ont pous­sé le Koso­vo à la séces­sion. Têtu pour de bon, le « pro-Russe » pré­fère un monde mul­ti­po­laire à ce champ de ruines que la fureur néo-conser­va­trice d’une Hil­la­ry Clin­ton va conti­nuer à répandre si le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel et le lob­by sio­niste réus­sissent, comme d’habitude, à impo­ser leur pou­lain à la tête de la pre­mière puis­sance mili­taire mondiale.

    Par Bru­no Guigue

    guigue

     

    Bru­no Guigue, ex-haut fonc­tion­naire, ana­lyste poli­tique et char­gé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux ori­gines du conflit israé­lo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de cen­taines d’articles.

    Source : http://​arret​su​rin​fo​.ch/​c​o​m​m​e​n​t​-​p​e​u​t​-​o​n​-​e​t​r​e​-​p​r​o​-​r​u​s​s​e​-​p​a​r​-​b​r​u​n​o​-​g​u​i​g​ue/


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  17. etienne

    L’hystérie à l’ONU trahit les sponsors occidentaux de la terreur

    Par Finian Cun­nin­gham – Le 27 sep­tembre 2016 – Source Strategic-Culture


    Saman­tha Power, une des har­pies US, à la tri­bune de l’ONU

    « L’hystérie et le cabo­ti­nage au Conseil de sécu­ri­té des Nations Unies de trois membres per­ma­nents, les États-Unis, la Grande-Bre­tagne et la France, équi­va­laient à un aveu signé. Iro­ni­que­ment, on peut ima­gi­ner com­ment s’exprimerait une telle confes­sion : « Nous, les membres pro­fon­dé­ment vexés affi­chons ici gros­siè­re­ment notre mécon­ten­te­ment de voir détruits les ter­ro­ristes que nous par­rai­nons secrè­te­ment en Syrie pour un chan­ge­ment de régime. »

    C’est ain­si que les États-Unis, la Grande-Bre­tagne et la France, se sont vul­gai­re­ment affi­chés avec leurs repré­sen­tants, ful­mi­nant contre la Rus­sie des accu­sa­tions sen­sa­tion­na­listes non fon­dées, l’accusant de com­mettre des crimes de guerre. À l’intempérance a suc­cé­dé une crise de rage et le départ pré­ci­pi­té des trois membres qui avaient ini­tia­le­ment convo­qué la réunion du Conseil de sécurité.

    Plus tard, le porte-parole du Krem­lin Dmi­tri Pes­kov, a fus­ti­gé l’attitude impé­rieuse du trio occi­den­tal comme une « inac­cep­table » vio­la­tion du pro­to­cole diplomatique.

    Pen­dant le week-end, les États-Unis, la Grande-Bre­tagne et la France ont affir­mé que la Rus­sie, en « par­te­na­riat » avec son alliée la Syrie, a per­pé­tré des crimes de guerre suite à la rup­ture du ces­sez-le feu qui avait été décla­ré le 12 septembre.

    Comme d’habitude, l’ambassadrice amé­ri­caine à l’ONU Saman­tha Power excel­la dans l’hystérie et le cabo­ti­nage. « Ce que la Rus­sie est en train de faire n’est pas du contre-ter­ro­risme. C’est de la bar­ba­rie », a décla­ré une Power stri­dente, dopée au vitriol.

    La res­pon­sable amé­ri­caine a même lais­sé entendre qu’elle aime­rait désor­mais voir la Rus­sie éli­mi­née des membres du Conseil de sécu­ri­té. « La Rus­sie dis­pose d’un siège per­ma­nent au Conseil de sécu­ri­té de l’ONU. Ceci est un pri­vi­lège et une res­pon­sa­bi­li­té. Pour­tant, en Syrie et à Alep, la Rus­sie abuse de ce pri­vi­lège his­to­rique ».[Quid du même pri­vi­lège dont les US abusent pour pro­té­ger Israël ? NdT]

    Cet hubris déli­rant est à cou­per le souffle, quand il vient d’une fonc­tion­naire du pays qui bom­barde actuel­le­ment sept nations (la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Pakis­tan, la Soma­lie et le Yémen) et qui en a détruit des dizaines d’autres au cours des der­nières décen­nies, avec des mil­lions de morts par­mi les civils. » […]

    Lire la suite :
    http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​l​h​y​s​t​e​r​i​e​-​a​-​l​o​n​u​-​t​r​a​h​i​t​-​l​e​s​-​s​p​o​n​s​o​r​s​-​o​c​c​i​d​e​n​t​a​u​x​-​d​e​-​l​a​-​t​e​r​r​eur
    Source : Le Saker Francophone

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  18. Elysabethe

    Encore mer­ci Etienne pour votre indé­pen­dance d’es­prit car de fait c’est juste après le 11 sep­tembre 2001 que les Usa avec leurs valets euro­péens ont déci­dés de mettre les res­sources essen­tielles pla­né­taires sous leur coupe…
    Voi­ci les forces en pré­sences qu’elles soient armées ou médiatiques :
    https://​tel​.archives​-ouvertes​.fr/​t​e​l​-​0​1​1​6​7​1​1​8​/​d​o​c​u​m​ent « Thèse Le poten­tiel de smart power de l’UE : Com­ment pen­ser la puis­sance européenne ?
    Ce n’est pas vieux et explique les moyens énormes mis pour la conquête des res­sources qui passe par des « guerres sans fins » contre des pays sou­ve­rains et moins armés. Ser­bie, (ex-You­go­sla­vie ) Irak, Lybie, Syrie aujourd’­hui souffrent de milles maux avec l’aide des FMI et autres orga­ni­sa­tions en plus des ONG d’in­gé­rences dites ’  »huma­ni­taires ».Afrique éga­le­ment .Hon­teux !
    Bien à toi Etienne..

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  19. Finn Arnaud

    On ne peut plus regar­der la vidéo de Georges Mar­chais pour rai­son de « copyright » !

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