Les canons d’avril – Les États-Unis et les puissances européennes de l’OTAN ont déclenché une chaîne d’événements qui mène à la Troisième Guerre mondiale.

29/04/2022 | 1 commentaire

Les canons d’avril
28 avril 2022, WSWS
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Les États-Unis et les puis­sances euro­péennes de l’OTAN ont déclen­ché une chaîne d’événements qui mène à la Troi­sième Guerre mondiale.

Dans son célèbre ouvrage sur le déclen­che­ment de la Pre­mière Guerre mon­diale, « Les canons d’août » (The Guns of August), Bar­ba­ra Tuch­man explique en détail com­ment les erreurs de cal­cul, la croyance omni­pré­sente en un conflit bref et gagnable, et les manœuvres tac­tiques irré­ver­sibles – les « si, les erreurs et les enga­ge­ments » – s’accumulaient à mesure que les puis­sances impé­ria­listes entraî­naient les tra­vailleurs euro­péens dans les enche­vê­tre­ments de tran­chées et le mas­sacre de la Grande Guerre.

Une dyna­mique simi­laire se déve­loppe dans le conflit entre les États-Unis et l’OTAN contre la Rus­sie. Les obu­siers four­nis par les États-Unis et le déploie­ment mas­sif d’armes en Ukraine font reten­tir les canons d’avril.

À la mi-mars, le pré­sident amé­ri­cain Joe Biden a décla­ré à plu­sieurs reprises qu’il ne per­met­trait pas un conflit direct entre les États-Unis et la Rus­sie, car « cela signi­fie­rait la troi­sième guerre mon­diale ». Un mois plus tard, c’est pré­ci­sé­ment ce que fait le gou­ver­ne­ment Biden.

Mar­di, le secré­taire amé­ri­cain à la Défense, Lloyd Aus­tin, et le secré­taire d’État, Anto­ny Blin­ken, ont pré­si­dé une réunion à laquelle assis­taient les repré­sen­tants de qua­rante nations dans un conseil de guerre réuni par Washing­ton sur sa base aérienne de Ram­stein en Alle­magne, le siège de l’armée de l’air amé­ri­caine en Europe et du com­man­de­ment aérien de l’OTAN.

Les deux hauts res­pon­sables amé­ri­cains, tout juste sor­tis d’une visite à Kiev déchi­rée par la guerre, ont confir­mé que la guerre en Ukraine était une guerre entre les États-Unis et l’OTAN, d’une part, et la Rus­sie, d’autre part. Aus­tin a annon­cé que Washing­ton allait réunir chaque mois un groupe inter­na­tio­nal com­pa­rable de per­son­na­li­tés mili­taires de haut rang – qu’il a bap­ti­sé « le Groupe de contact ukrai­nien » – dans le but de « viser la vic­toire » dans le conflit avec la Russie.

Les objec­tifs de la guerre sont désor­mais clairs. L’effusion de sang en Ukraine n’a pas été pro­vo­quée pour défendre son droit tech­nique d’adhérer à l’OTAN, mais elle a été plu­tôt pré­pa­rée, ins­ti­guée et mas­si­ve­ment inten­si­fiée afin de détruire la Rus­sie en tant que force mili­taire impor­tante et de ren­ver­ser son gou­ver­ne­ment. L’Ukraine est un pion dans ce conflit, et sa popu­la­tion est de la chair à canon.

Le conseil de guerre de Ram­stein a été orga­ni­sé pour pré­pa­rer la pro­chaine étape de ce plan. Avant et après la réunion, les États-Unis et d’autres puis­sances de l’OTAN ont annon­cé le déploie­ment d’armes de pointe en Ukraine, notam­ment des mis­siles anti­chars, des chars et des drones tactiques.

Le Groupe de contact, a décla­ré Aus­tin, doit « agir à la vitesse de la guerre ». Confor­mé­ment à cette orien­ta­tion, l’Allemagne a annon­cé mar­di qu’elle livre­rait un nombre non pré­ci­sé de Flak­pan­zer Gepard « chars anti­aé­riens », tan­dis que le Cana­da a signa­lé qu’il enver­rait des véhi­cules blin­dés M777. « La dis­tinc­tion qui limi­tait la sur­en­chère des armes », qui exis­tait dans les pre­mières semaines de la guerre, note Air Force Maga­zine, « semble avoir fon­du comme neige au soleil ».

Le pré­texte selon lequel les États-Unis et l’OTAN ne sont pas en guerre contre la Rus­sie a éga­le­ment « fon­du comme neige au soleil ». Le com­man­dant de l’armée amé­ri­caine en Europe, Ben Hodges, a décla­ré dimanche que l’objectif des États-Unis dans ce conflit était de « venir à bout » de la Russie.

Le ministre russe des Affaires étran­gères, Ser­gueï Lavrov, a répon­du en accu­sant les États-Unis de faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment ukrai­nien pour sabo­ter les pour­par­lers de paix et de mener une guerre par pro­cu­ra­tion en Ukraine. Il a aver­ti qu’un dan­ger « sérieux et réel » exis­tait de guerre nucléaire. Aus­tin a reje­té l’avertissement de Lavrov, le qua­li­fiant de « dan­ge­reux et inutile ».

Quelle absur­di­té ! Washing­ton ras­semble un camp de guerre et déclare qu’il vise à « venir à bout » de la Rus­sie. Lorsque la Rus­sie répond qu’un tel lan­gage et de tels objec­tifs aug­mentent le dan­ger d’une guerre nucléaire, Washing­ton déclare que cela est… inutile.

Les États-Unis ont clai­re­ment indi­qué qu’ils visent à écra­ser la Rus­sie et à ren­ver­ser son gou­ver­ne­ment. Face à une telle menace exis­ten­tielle, l’utilisation d’armes nucléaires devient une tac­tique que la classe diri­geante russe va consi­dé­rer. Washing­ton est déter­mi­né à gagner la guerre, le gou­ver­ne­ment Pou­tine est déter­mi­né à empê­cher que cela ne se pro­duise. Aucune autre issue n’existe pour les deux par­ties que l’escalade. Lavrov a en fait rai­son : la guerre nucléaire est un sérieux et réel danger.

Les véri­tables forces motrices de la guerre sont appa­rues au cours du conflit. Les États-Unis et les puis­sances de l’OTAN ont pous­sé la Rus­sie à enva­hir l’Ukraine, refu­sant de négo­cier sur la demande de la Rus­sie de ne pas faire de l’Ukraine un membre de l’OTAN. La Rus­sie a qua­li­fié son inva­sion d’opération spé­ciale, signa­lant ain­si qu’elle avait l’intention d’effectuer une manœuvre tac­tique limi­tée pour sta­bi­li­ser sa posi­tion dans la région.

Les États-Unis, cepen­dant, n’allaient pas per­mettre pas un tel réar­ran­ge­ment et allaient cher­cher soit à enfon­cer la Rus­sie dans le bour­bier d’une « occu­pa­tion pénible », soit à orga­ni­ser sa défaite. À cette fin, Washing­ton s’est effor­cé de saper tous les efforts en vue d’un règle­ment négo­cié. La rhé­to­rique de Washing­ton qui jus­ti­fie cette poli­tique a aggra­vé le conflit. Biden a accu­sé Pou­tine de crimes de guerre, puis de géno­cide, et a appe­lé à un chan­ge­ment de régime à Mos­cou. Chaque nou­velle for­mu­la­tion avait un carac­tère irré­ver­sible, d’escalade, un cran de plus dans l’escalade de la guerre.

Mal­gré l’infusion mas­sive et crois­sante de maté­riel mili­taire en Ukraine – Washing­ton a expé­dié pour plus de 3,7 mil­liards de dol­lars d’armement depuis le début de la guerre – le régime de Kiev n’a pas été en mesure d’orchestrer la défaite déci­sive de la Rus­sie. Le dan­ger, du point de vue des États-Unis et de l’OTAN, est que la Rus­sie soit en mesure de conso­li­der son contrôle sur l’est de l’Ukraine et la côte de la mer Noire. Si les forces ukrai­niennes ne pro­gressent pas, l’avantage, du moins d’un point de vue mili­taire, passe à la Russie.

Le déve­lop­pe­ment du conflit, mis en branle dans le Bureau ovale et déli­bé­ré au Krem­lin, est de plus en plus entre les mains des mili­taires et il atteint un point de non-retour. Une défaite déci­sive de la Rus­sie dans le conflit exige une impli­ca­tion tou­jours plus directe des puis­sances de l’OTAN elles-mêmes, allant jusqu’au déploie­ment de troupes.

Avec leurs livrai­sons d’armes, leurs décla­ra­tions fra­cas­santes et leurs conseils de guerre, les États-Unis ont misé toute leur cré­di­bi­li­té sur la défaite de la Rus­sie dans ce conflit. « Les enjeux vont au-delà de l’Ukraine et même au-delà de l’Europe », a décla­ré Aus­tin mar­di. Le sort de l’hégémonie amé­ri­caine, y com­pris la cré­di­bi­li­té de ses menaces contre la Chine, est dans la balance. Les déci­sions impru­dentes prises par Washing­ton sont ain­si deve­nues la pré­misse majeure de la logique d’une nou­velle escalade.

Washing­ton entraîne der­rière lui les grandes puis­sances d’Europe, alors qu’il assemble, avec l’orgueil de l’empire, un camp de guerre sur le conti­nent. La Grande-Bre­tagne a été pro­fon­dé­ment com­plice de chaque étape de l’escalade, et l’Allemagne et la France jouent le rôle qui leur a été assi­gné. Washing­ton ras­semble les conspi­ra­teurs mili­taires sur une base aérienne amé­ri­caine en Alle­magne, le pays qui a lan­cé l’opération Bar­be­rousse, les Alle­mands fai­sant presque office de témoins, et pré­pare sa guerre avec la Russie.

Les diri­geants des puis­sances impé­ria­listes, sur­tout les États-Unis, agissent avec une insou­ciance qui frise la folie cri­mi­nelle. Mais c’est une insou­ciance qui découle des inté­rêts de classe et de la logique de la crise capi­ta­liste. L’escalade du conflit est moti­vée non seule­ment par des inté­rêts géo­po­li­tiques, mais aus­si, et sur­tout, par la crise éco­no­mique, sociale et poli­tique inso­luble qui sévit dans tous les grands pays capi­ta­listes, en par­ti­cu­lier aux États-Unis.

Comme ce fut le cas lors de la Pre­mière Guerre mon­diale, les mêmes contra­dic­tions qui donnent lieu à la guerre impé­ria­liste donnent éga­le­ment l’impulsion à la révo­lu­tion socia­liste mon­diale. Alors même que la guerre se déve­loppe, des pro­tes­ta­tions de masse et des luttes de la classe ouvrière éclatent dans le monde entier. Ces luttes sont ali­men­tées par la mon­tée de l’inflation et des niveaux d’inégalité sociale sans pré­cé­dent dans l’histoire.

Les plans de guerre mon­diale sont mis en œuvre entiè­re­ment dans le dos de la popu­la­tion. Les tra­vailleurs doivent être aler­tés du dan­ger, et les luttes gran­dis­santes à tra­vers le monde doivent être fusion­nées à la lutte contre la guerre impé­ria­liste et le sys­tème capi­ta­liste des États-nations.

(Article paru en anglais le 27 avril 2022)

Source ori­gi­nale (WSWS) : https://​www​.wsws​.org/​f​r​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​2​2​/​0​4​/​2​8​/​p​e​r​s​-​a​2​8​.​h​tml
Source en fran­çais (LGS) : https://​www​.legrand​soir​.info/​l​e​s​-​c​a​n​o​n​s​-​d​-​a​v​r​i​l​.​h​tml

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1 Commentaire

  1. Gracia

    Bjr

    Je crois que bcp de per­sonnes ana­lysent ce qui se passe en Ukraine avec un prisme occi­den­tal. Les objec­tifs défi­nis par la Rus­sie changent ce qui rend la com­pré­hen­sion de ce conflit très incer­tain. Les pre­miers ont été la prise du Don­bass et la recon­nais­sance de la Cri­mée. Ensuite ces der­niers jours la Rus­sie a annon­cé que ces objec­tifs étaient avec une date de péremp­tion. Aux der­nières nou­velles, la Rus­sie envi­sa­gé de reprendre le sud de l’U­kraine y com­pris les ter­ri­toires prochent de la Mol­da­vie. Encore une fois ce qui sont inter­ve­nus est la Rus­sie pas l’oc­ci­dent. Donc, elle seule connait ses objec­tifs  » adap­tables ». Si vous vou­lez une bonne expli­ca­tion c’est le site de Strat­pol avec Xavier Moreau pro russe. C’est bien une guerre , hors limite qu’il s’a­git et non seule­ment sur le front militaire.
    Cordialement

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