Alain Supiot : DU GOUVERNEMENT PAR LES LOIS À LA GOUVERNANCE PAR LES NOMBRES : 12 leçons fondamentales retransmises à nouveau sur France Culture

30/03/2020 | 2 commentaires

Chers amis,

France Culture redif­fuse à par­tir d’au­jourd’­hui les 12 for­mi­dables et essen­tielles leçons qu’Alain Supiot a don­nées au Col­lège de France en 2013 sur la gou­ver­nance par les nombres.

Les douze cours sont déjà tous dis­po­nibles sur le site de France Culture, mais c’est autre chose de les entendre à la radio : il y a un côté « com­mu­nion » (on écoute tous ensemble), et aus­si un côté « il faut res­ter bien concen­tré pour ne rien rater », qui n’ap­par­tiennent qu’à la radio 🙂

J’ai déjà écou­té de nom­breuses fois toutes ces confé­rences, en auto ou en vélo, j’en raf­fole, je ne m’en lasse pas. C’est à par­tir du n°3, et encore plus du n°6, que l’in­té­rêt de ces cours devient incandescent.

Bien ami­ca­le­ment.

Étienne.


Ce lun­di 30 mars, c’est la pre­mière leçon (plus théo­rique et géné­rale que les suivantes) :

Épisode 1 : Du gouvernement des hommes : de l’imaginaire horloger à l’ordinateur

https://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​s​/​l​e​s​-​c​o​u​r​s​-​d​u​-​c​o​l​l​e​g​e​-​d​e​-​f​r​a​n​c​e​/​d​u​-​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​n​t​-​p​a​r​-​l​e​s​-​l​o​i​s​-​a​-​l​a​-​g​o​u​v​e​r​n​a​n​c​e​-​p​a​r​-​l​e​s​-​n​o​m​b​r​e​s​-​1​1​2​-​d​u​-​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​n​t​-​d​e​s​-​h​o​m​m​e​s​-de

Mer­ryl Mone­ghet­ti intro­duit la leçon : Com­ment l’analyse juri­dique peut-elle contri­buer à éclai­rer les trans­for­ma­tions de nos socié­tés, tra­vaillées par la glo­ba­li­sa­tion, la révo­lu­tion numé­rique et le pas­sage, selon sa for­mule du « gou­ver­ne­ment par les lois à la gou­ver­nance par les nombres » ? s’in­ter­roge le juriste Alain Supiot.

Extrait du film "Metropolis" de Fritz Lang, la séquence dans l'usine, associée à un gros plan d'une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d'un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ».
Extrait du film « Metro­po­lis » de Fritz Lang, la séquence dans l’u­sine, asso­ciée à un gros plan d’une main ana­ly­sant les don­nées bour­sières sur un écran. A. Supiot ana­lyse la mise en place d’un « ordre nor­ma­tif entiè­re­ment régi par le cal­cul ». Cré­dits : UFA/Jesada Wongsa/EyeEm/Getty/Moneghetti

Dans l’ac­tua­li­té de la pro­fonde remise en ques­tion de l’é­co­no­mie de mar­ché et de l’ap­proche bud­gé­taire des domaines sen­sibles que sont la san­té, la culture, et les ser­vices publics…, nous vous pro­po­sons  la redif­fu­sion de la série d’A­lain Supiot « Du gou­ver­ne­ment par les lois à la gou­ver­nance par les nombres(1re dif­fu­sion en jan­vier 2017).

Les années 2015–2020 sont mar­quées par des san­glants atten­tats et les ondes de choc du ter­rible conflit syrien, par l’ébranlement du Brexit et les secousses de l’élection de Donald Trump, à la tête des Etats-Unis, et plus récem­ment le mou­ve­ment des gilets jaunes et les grandes grèves en France et aujourd’­hui par une ter­rible pan­dé­mie qui néces­site le confi­ne­ment de la plus grande par­tie de la popu­la­tion et le ralen­tis­se­ment, voire la mise à l’ar­rêt de pans entiers de l’é­co­no­mie mon­diale. La« gou­ver­nance par les nombres », cet l’idéal des « objec­tifs mesu­rables », de la sta­tis­tique, de l’algorithme qui numé­rise tout et pour­rait tout maî­tri­ser… cet idéal serait-il bous­cu­lé par un retour de bâton de l’imprévisible ?

Alain Supiot, Pro­fes­seur au Col­lège de France, titu­laire de la chaire « État social et mon­dia­li­sa­tion : ana­lyse juri­dique des soli­da­ri­tés », fon­da­teur en 2008 de l’Ins­ti­tut d’é­tudes avan­cées de Nantes, dont il pré­side aujourd’­hui le comi­té stra­té­gique, s’attache dans son approche trans­di­ci­pli­naire et trans­na­tio­nale à rendre sa juste place  à cet impré­vi­sible qui fait notre monde. Il montre quel par­ti nous pou­vons tirer de l’analyse juri­dique dans la longue durée et dans une approche com­pa­ra­tive. La série de cours que vous allez pou­voir suivre a fait l’objet d’un sti­mu­lant ouvrage, inti­tu­lé « La gou­ver­nance par les nombres » chez Fayard, en 2015 (la publi­ca­tion en poche est pré­vue pour le prin­temps 2020). Cet ouvrage essen­tiel est publié dans la col­lec­tion, joli­ment nom­mée « Poids et mesures du monde ».Alain Supiot la défi­nit comme

« ouverte à des auteurs de tous les conti­nents, qui ont en com­mun de consi­dé­rer la diver­si­té des sys­tèmes de pen­sée, non pas comme un reste d’irrationalité dans un monde des­ti­né à deve­nir uni­forme, trans­pa­rent et gérable, mais comme un sup­port indis­pen­sable à l’institution de la rai­son, dans un monde des­ti­né à demeu­rer divers et imprévisible ».

Et c’est dans cet esprit qu’il ouvre ce matin sur la part indé­mon­trable des socié­tés, son « arma­ture dog­ma­tique », les sys­tèmes de croyances, le fameux ima­gi­naire col­lec­tif.

D’é­lec­tions en élec­tions,  mar­quées ces der­nières années par les popu­listes qui battent cam­pagne, la mon­dia­li­sa­tion  se trouve for­te­ment ques­tion­née, tan­dis que « l’ubérisation » et l’influence plus ou moins réflé­chie des réseaux sociaux, voire les dérives numé­riques (les craintes de pira­tages, l’é­pi­neux enjeu de la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles…) sont redoutées.

Alain Supiot remet bien des ques­tions en pers­pec­tive et retourne quelques idées reçues.

En 2008, dans une note pour le think tank, Notre Europe, il aver­tis­sait déjà :

« On aurait tort de ne pas prendre au sérieux ce que les diri­geants chi­nois appellent aujourd’hui« l’économie com­mu­niste de mar­ché », car elle éclaire le cours pris par la glo­ba­li­sa­tion. Nos notions de com­mu­nisme, d’économie de mar­ché ou de démo­cra­tie ne nous per­mettent en effet ni de com­prendre la sin­gu­la­ri­té des voies emprun­tées aujourd’hui par la Rus­sie ou la Chine, ni de voir en quoi ces pays sont à l’avant-garde de ten­dances plus géné­rales du nou­veau capi­ta­lisme mon­dial. Elles ne sont pas davan­tage en mesure d’éclairer le « défi­cit démo­cra­tique » de l’Europe, ni l’effacement dans les pays occi­den­taux du poli­tique au pro­fit de la « gou­ver­nance » à base d’indicateurs chif­frés et autres tech­niques de bench­mar­king. »

Nous voi­ci au cœur des enjeux.

Alors com­ment est-on pas­sé d’un ima­gi­naire qui s’est don­né comme « objet fétiche » l’horloge à « l’imaginaire cybernétique » ?

Nous gagnons l’amphithéâtre du Col­lège de France, le 31 jan­vier 2013,  pour le cours d’introduction d’Alain Supiot àsa série inti­tu­lée « Du gou­ver­ne­ment par les lois à la gou­ver­nance par les nombres » :

PS : par­mi tous les livres d’A­lain Supiot, que j’aime tous lire, je vous recom­mande par­ti­cu­liè­re­ment ces deux-là, ce sont des bijoux : 


https://​www​.fayard​.fr/​s​c​i​e​n​c​e​s​-​h​u​m​a​i​n​e​s​/​l​a​-​g​o​u​v​e​r​n​a​n​c​e​-​p​a​r​-​l​e​s​-​n​o​m​b​r​e​s​-​9​7​8​2​2​1​3​6​8​1​092


http://www.seuil.com/ouvrage/l‑esprit-de-philadelphie-alain-supiot/9782020991032

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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2 Commentaires

  1. Elisabeth Servadio

    Mer­ci, Etienne, pour l’aide que vous nous appor­tez pour mieux com­prendre ce monde.
    A quelle heure, dans quelle émis­sion peut on écou­ter ces cours en direct sur France Culture ?
    Merci
    Bonne Journee

    Réponse
    • etienne

      C’est tous les matins, de 5 à 6 🙂
      Quand je me levais pour aller en cours, je n’en ratais pas une en direct.
      Main­te­nant, à la retraite, je les écoute en pod­cast en vélo dans la colline 🙂

      Réponse

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