APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

7/12/2018 | 16 commentaires

For­mi­dable tour­nure ins­ti­tu­tion­nelle – et donc radi­cale, et donc pos­si­ble­ment uni­taire, vrai­ment uni­taire, enfin ! – que prend ce mou­ve­ment popu­laire historique :

https://​lun​di​.am/​A​P​P​E​L​D​E​S​-​G​I​L​E​T​S​-​J​A​U​N​E​S​-​D​E​-​C​O​M​M​E​R​C​Y​-​A​-​D​E​S​-​A​S​S​E​M​B​L​E​E​S​-​P​O​P​U​L​A​I​R​E​S​-​P​A​R​T​OUT

« Ce n’est pas pour mieux com­prendre notre colère et nos reven­di­ca­tions que le gou­ver­ne­ment veut des « repré­sen­tants » : c’est pour nous enca­drer et nous enter­rer ! Comme avec les direc­tions syn­di­cales, il cherche des inter­mé­diaires, des gens avec qui il pour­rait négo­cier. Sur qui il pour­ra mettre la pres­sion pour apai­ser l’éruption. Des gens qu’il pour­ra ensuite récu­pé­rer et pous­ser à divi­ser le mou­ve­ment pour l’enterrer. »

REFUSONS LA RÉCUPÉRATION !
VIVE LA DÉMOCRATIE DIRECTE !
PAS BESOIN DE ’REPRÉSENTANTS’ RÉGIONAUX !

Depuis près de deux semaines le mou­ve­ment des gilets jaunes a mis des cen­taines de mil­liers de per­sonnes dans les rues par­tout en France, sou­vent pour la pre­mière fois. Le prix du car­bu­rant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souf­france, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aus­si répan­dus. Main­te­nant, par­tout dans le pays, des cen­taines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire dif­fé­rentes à chaque fois.

Ici à Com­mer­cy, en Meuse, nous fonc­tion­nons depuis le début avec des assem­blées popu­laires quo­ti­diennes, où chaque per­sonne par­ti­cipe à éga­li­té. Nous avons orga­ni­sé des blo­cages de la ville, des sta­tions-ser­vices, et des bar­rages fil­trants. Dans la fou­lée nous avons construit une cabane sur la place cen­trale. Nous nous y retrou­vons tous les jours pour nous orga­ni­ser, déci­der des pro­chaines actions, dia­lo­guer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mou­ve­ment. Nous orga­ni­sons aus­si des « soupes soli­daires » pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voi­là que le gou­ver­ne­ment, et cer­taines franges du mou­ve­ment, nous pro­posent de nom­mer des repré­sen­tants par région ! C’est à dire quelques per­sonnes qui devien­draient les seuls « inter­lo­cu­teurs » des pou­voirs publics et résu­me­raient notre diversité.

Mais nous ne vou­lons pas de « repré­sen­tants » qui fini­raient for­cé­ment par par­ler à notre place !

À quoi bon ? À Com­mer­cy une délé­ga­tion ponc­tuelle a ren­con­tré le sous-pré­fet, dans les grandes villes d’autres ont ren­con­tré direc­te­ment le Pré­fet : ceux ci-font DÉJÀ remon­ter notre colère et nos reven­di­ca­tions. Ils savent DÉJÀ qu’on est déter­mi­nés à en finir avec ce pré­sident haï, ce gou­ver­ne­ment détes­table, et le sys­tème pour­ri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gou­ver­ne­ment ! Car il sait que s’il com­mence à céder sur les taxes et sur les car­bu­rants, il devra aus­si recu­ler sur les retraites, les chô­meurs, le sta­tut des fonc­tion­naires, et tout le reste ! Il sait aus­si TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux com­prendre notre colère et nos reven­di­ca­tions que le gou­ver­ne­ment veut des « repré­sen­tants » : c’est pour nous enca­drer et nous enter­rer ! Comme avec les direc­tions syn­di­cales, il cherche des inter­mé­diaires, des gens avec qui il pour­rait négo­cier. Sur qui il pour­ra mettre la pres­sion pour apai­ser l’éruption. Des gens qu’il pour­ra ensuite récu­pé­rer et pous­ser à divi­ser le mou­ve­ment pour l’enterrer.

Mais c’est sans comp­ter sur la force et l’intelligence de notre mou­ve­ment. C’est sans comp­ter qu’on est bien en train de réflé­chir, de s’organiser, de faire évo­luer nos actions qui leur foutent tel­le­ment la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis sur­tout, c’est sans comp­ter qu’il y a une chose très impor­tante, que par­tout le mou­ve­ment des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pou­voir d’achat ! Cette chose, c’est le pou­voir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un sys­tème nou­veau où « ceux qui ne sont rien » comme ils disent avec mépris, reprennent le pou­voir sur tous ceux qui se gavent, sur les diri­geants et sur les puis­sances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la jus­tice. C’est la liber­té. Voi­là ce que nous vou­lons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des « repré­sen­tants » et des « porte-paroles », ça fini­ra par nous rendre pas­sifs. Pire : on aura vite fait de repro­duire le sys­tème et fonc­tion­ner de haut en bas comme les cra­pules qui nous dirigent. Ces soi-disant « repré­sen­tants du peuple » qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pour­rissent la vie et qui servent les inté­rêts des ultra-riches !

Ne met­tons pas le doigt dans l’engrenage de la repré­sen­ta­tion et de la récu­pé­ra­tion. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poi­gnée, même s’ils semblent hon­nêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Com­mer­cy, nous appe­lons donc à créer par­tout en France des comi­tés popu­laires, qui fonc­tionnent en assem­blées géné­rales régu­lières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délé­gués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comi­té popu­laire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des man­dats impé­ra­tifs, révo­cables, et tour­nants. Avec de la trans­pa­rence. Avec de la confiance.

Nous appe­lons aus­si à ce que les cen­taines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Com­mer­cy, ou d’une « mai­son du peuple » comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ral­lie­ment et d’organisation ! Et qu’ils se coor­donnent entre eux, au niveau local et dépar­te­men­tal, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça,là-haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous lais­se­rons pas diri­ger. Nous ne nous lais­se­rons pas divi­ser et récupérer.

Non aux repré­sen­tants et aux porte-paroles auto­pro­cla­més ! Repre­nons le pou­voir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !!

Si vous vous retrou­vez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contac­tez-nous sur giletsjaunescommercy@gmail.com et coor­don­nons-nous sur la base d’assemblées popu­laires et égalitaires !


À ceux qui vont à Paris demain, RESTEZ CALMES, envers et contre tout, mal­gré les pro­vo­ca­tions et les injustes vio­lences qui vont vous éner­ver, vous révolter.

Une grande foule ne réflé­chit pas, c’est impré­vi­sible, mani­pu­lable et dangereux.

Votre immense puis­sance, inédite, his­to­rique, actuel­le­ment, sur chaque point de blo­cage, c’est votre froide déter­mi­na­tion, votre calme réflexion, votre refus de la repré­sen­ta­tion, votre totale dis­per­sion géo­gra­phique ET votre gran­dis­sante concen­tra­tion sur UNE idée démo­cra­tique : l’ins­ti­tu­tion de la puis­sance popu­laire par le RIC en toutes matières.

Cette dis­per­sion géo­gra­phique + concen­tra­tion poli­tique radi­cale vous rend invul­né­rables, insai­sis­sables, redoutables.

Votre regrou­pe­ment à Paris par mil­lions va créer une fra­gi­li­té, un risque de fin pré­ma­tu­ré, faites atten­tion, res­tez calmes et déter­mi­nés, unis puis­sam­ment autour d’une idée, la puis­sance popu­laire qu’il s’a­git d’instituer.

Soyez forts, pas impa­tients, pas violents.

Étienne.

APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

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16 Commentaires

  1. Desbois

    Pre­nons l’exemple de l’ISF : qu’est-ce qui empêche le peuple de reve­nir à l’an­cienne Loi t de décla­rer illé­gi­time l’ISF de Macron ?
    Les ser­vices fis­caux peuvent déci­der de conti­nuer à appli­quer l’an­cien ISF. En accord avec les ser­vices juri­diques et la police. Leurs syn­di­cats res­pec­tifs peuvent se char­ger de coor­don­ner le lan­ce­ment de cette déci­sion et de coor­don­ner ces ser­vices. Ain­si les fonc­tion­naires des impots ne seront pas inquié­té par leur col­lègue juges ou poli­ciers etc.
    Les assu­jé­tis pro­tes­tant devront por­ter plainte : plainte décla­rée non rece­vable par la jus­tice, inver­se­ment les récal­ci­trant ne vou­lant pas payer seront eux pour­sui­vis par la jus­tice et la police.

    Pas besoin des politiques.

    Réponse
  2. COLIN

    Cher Etienne j’es­père que vous ferez com­prendre aux gilets jaunes que vos idées sont la solution.

    Réponse
  3. BlueMan

    Une excel­lente ini­tia­tive, paci­fique, et démo­cra­tique, à repro­duire par­tout en France !

    Ami­tiés Étienne ! : espé­rons que tes idées et ton tra­vail vont enfin por­ter des fruits concrètement !!! 😉

    === UNE INITIATIVE À FAIRE CIRCULER D’URGENCE PARTOUT !!! ====

    Réponse
  4. etienne

    Encore un bon Fil d’Actu :

    Réponse
  5. etienne

    Et encore un bon Lordon :

    Fin de monde ?

    par Fré­dé­ric Lor­don, 5 décembre 2018
    Le Monde diplomatique
    https://​blog​.mon​de​di​plo​.net/​f​i​n​-​d​e​-​m​o​nde


    Egon Schiele — « Selbst­bild­nis in gel­ber Weste » (« Auto­por­trait en veste jaune »), 1914.

    La chute d’un ordre de domi­na­tion se recon­naît à la stu­pé­fac­tion qui se lit sur les visages de ses des­ser­vants. Same­di, le spec­tacle n’était pas seule­ment dans la rue. Il était, et il dure tou­jours depuis, sur les faces ahu­ries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audio­vi­suels, frap­pées d’incompréhension radi­cale. Que la stu­pi­di­té ait à voir avec la stu­pé­fac­tion, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voi­là ren­dues au point d’indistinction, et leur spec­tacle com­mun se donne comme cette sorte par­ti­cu­lière d’« infor­ma­tion » : en continu.

    Comme l’esprit se rend pré­fé­ren­tiel­le­ment aux idées qui font sa satis­fac­tion et là où il trouve du confort, les trom­pet­tistes du « nou­veau monde » et du « macro­nisme révo­lu­tion­naire », sans faire l’économie d’une contra­dic­tion, retournent inva­ria­ble­ment à l’écurie de leurs vieilles caté­go­ries, les caté­go­ries du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situa­tion, leurs émo­lu­ments et leur magis­tère (lire « Macron, le spasme du sys­tème »). Et les voi­là qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « repré­sen­tants » ou des « porte-parole » pré­sen­tables, vou­draient une liste cir­cons­tan­ciée de « reven­di­ca­tions » qu’on puisse « négo­cier », n’en trouvent pas davan­tage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en déses­poir de cause, on cherche fré­né­ti­que­ment avec le gou­ver­ne­ment au fond du maga­sin des acces­soires : consul­ta­tions des chefs de par­ti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syn­di­cats — l’espoir d’une « sor­tie de crise » accro­chée à un mora­toire sur la taxe gasoil ? un Gre­nelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pan­to­mime avec tout ce qui est en train de tom­ber en ruine. Voi­là où en sont les « élites » : inca­pables de seule­ment voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de par­tir en mor­ceaux, le leur, qu’on ne tien­dra pas pareille dis­lo­ca­tion avec du report de taxe ou des taux mino­rés, bien content si les ins­ti­tu­tions poli­tiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement géné­ral. Car il ne s’agit pas d’un « mou­ve­ment social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Car il ne s’agit pas d’un « mou­ve­ment social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Quand une domi­na­tion approche de son point de ren­ver­se­ment, ce sont toutes les ins­ti­tu­tions du régime, et notam­ment celles du gar­dien­nage sym­bo­lique, qui se rai­dissent dans une incom­pré­hen­sion pro­fonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur pos­sible ? —, dou­blée d’un regain de hargne, mais aus­si d’un com­men­ce­ment de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la sin­gu­la­ri­té de ce mou­ve­ment tient à ce qu’il porte désor­mais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bien­tôt, chez leurs collaborateurs.


    À Paris, la contes­ta­tion des « gilets jaunes » gagne les lieux de pouvoir.
    En regard, les par­cours habi­tuels des mani­fes­ta­tions et les ras­sem­ble­ments des 24 novembre et 1er décembre 2018.

    On lit que la direc­trice de BFM est res­tée inter­lo­quée d’entendre scan­der « BFM encu­lés » sur les Champs, et que le pré­sident de la socié­té des jour­na­listes a décou­vert, dans le même état, que « cela ne vient pas de mili­tants mais de gens du quo­ti­dien ». Les pou­voirs de ce genre, ceux de la tyran­nie des pos­sé­dants et de leurs laquais, finissent tou­jours ain­si, dans la sidé­ra­tion et l’hébétude : « ils nous détestent donc tant que ça ». La réponse est oui, et pour les meilleures rai­sons du monde. Elle est aus­si qu’après toutes ces décen­nies, le moment est venu de pas­ser à la caisse et, disons-le leur dès main­te­nant, l’addition s’annonce salée. Car il y a trop d’arriérés et depuis trop longtemps.

    Depuis les grèves de 1995, la conscience de ce que les médias cen­sé­ment contre-pou­voirs sont des auxi­liaires des pou­voirs, n’a ces­sé d’aller crois­sant. Du reste, ils ont œuvré sans dis­con­ti­nuer à don­ner plus de corps à cette accu­sa­tion à mesure que le néo­li­bé­ra­lisme s’approfondissait, met­tait les popu­la­tions sous des ten­sions de plus en plus insup­por­tables, qui ne pou­vaient être reprises que par un matra­quage inten­sif des esprits, avant qu’on en vienne à celui des corps.

    C’est à ce moment que, deve­nant ouver­te­ment les sup­plé­tifs du minis­tère de l’intérieur en plus d’être ceux de la for­tune, ils se sont mis à rendre des comp­tages de mani­fes­tants plus avan­ta­geux encore que ceux de la pré­fec­ture, puis à entre­prendre de dis­soudre tous les mou­ve­ments de contes­ta­tion dans « la vio­lence » — et par-là à indi­quer clai­re­ment à qui et à quoi ils avaient par­tie liée.

    C’est peut-être en ce lieu, la « vio­lence », que la hargne des laquais trouve à se dégon­der à pro­por­tion de ce qu’ils sentent la situa­tion leur échap­per. Au reste, « condam­ner » ayant tou­jours été le meilleur moyen de ne pas com­prendre, à plus forte rai­son pous­sé par des inté­rêts si puis­sants à la céci­té volon­taire, « la vio­lence des cas­seurs » a été éri­gée en der­nière redoute de l’ordre néo­li­bé­ral, en anti­dote défi­ni­tif à toute contes­ta­tion pos­sible — sans par ailleurs voir le moins du monde le pro­blème à célé­brer le 14 juillet 1789 ou com­mé­mo­rer Mai 68 : folle incon­sé­quence de l’Histoire embau­mée, mise à dis­tance, dévi­ta­li­sée, et pri­vée de tout ensei­gne­ment concret pour le présent.

    C’est peut-être en ce lieu, la « vio­lence », que la hargne des laquais trouve à se dégon­der à pro­por­tion de ce qu’ils sentent la situa­tion leur échapper.
    En tout cas, dans le pay­sage géné­ral de la vio­lence, les médias, sur­tout audio­vi­suels, ont tou­jours pris ce qui les arran­geait en ayant bien soin de lais­ser le reste invi­sible, donc la vio­lence incom­pré­hen­sible, par consé­quent à l’état de scan­dale sans cause : le mal à l’état pur. Mais pour­quoi, et sur­tout au bout de quoi, les Conti enva­hissent-ils la sous-pré­fec­ture de Com­piègne, les Goo­dyear séquestrent-ils leur direc­tion, les Air France se font-ils une che­mise de DRH, et cer­tains gilets jaunes sont-ils au bord de prendre les armes ? Qu’est-ce qu’il faut avoir fait à des gens ordi­naires, qui ont la même pré­fé­rence que tout le monde pour la tran­quilli­té, pour qu’ils en viennent à ces extré­mi­tés, sinon, pré­ci­sé­ment, les avoir pous­sés à toute extrémité ?

    Le déni de la vio­lence sociale est cette forme suprême de vio­lence à laquelle Bour­dieu don­nait le nom de vio­lence sym­bo­lique, bien faite pour que ses vic­times soient réduites à mer­ci : car vio­len­tées socia­le­ment, et métho­di­que­ment dépouillées de tout moyen d’y résis­ter « dans les formes » puisque tous les média­teurs ins­ti­tu­tion­nels les ont aban­don­nées, elles n’ont plus le choix que de la sou­mis­sion inté­grale ou de la révolte, mais alors phy­sique, et décla­rée d’emblée odieuse, illé­gi­time et anti-démo­cra­tique — nor­ma­le­ment le piège par­fait. Vient cepen­dant un moment où la ter­reur sym­bo­lique ne prend plus, où les ver­dicts de légi­ti­mi­té ou d’illégitimité volent à leur tour, et où la souf­france se trans­forme chi­mi­que­ment en rage, à pro­por­tion de ce qu’elle a été niée. Alors tout est can­di­dat à y pas­ser, et il ne fau­dra pas s’en éton­ner : per­ma­nences de dépu­tés, banques, hôtels par­ti­cu­liers, pré­fec­tures, logi­que­ment plus rien n’est res­pec­té quand tout a failli.

    Il est vrai qu’à ceux qui ont lié leur posi­tion et leurs avan­tages au cadre du moment, et qui n’ont ces­sé de répé­ter qu’il n’y en avait ni de meilleur ni sim­ple­ment d’autre pos­sible, l’irruption du hors-cadre radi­cal ne laisse aucune autre solu­tion de lec­ture que « l’aberrant », le « mons­trueux », ou mieux encore, quand elle est « avé­rée », la « vio­lence ». Encore fal­lait-il qu’elle demeure mar­gi­nale pour pou­voir être main­te­nue dans son sta­tut de mons­truo­si­té, et puis aus­si qu’on occulte sys­té­ma­ti­que­ment la res­pon­sa­bi­li­té de celle des forces de police. Mais ce sont ces deux condi­tions qui sont en train d’être détruites en ce moment.

    La pre­mière parce que les « gilets jaunes » offrent à pro­fu­sion cette figure oxy­mo­rique, incom­pré­hen­sible pour les pou­voirs, des « braves gens enra­gés ». « Enra­gé » nor­ma­le­ment c’est « enra­gé », c’est-à-dire ultra-radi­cal-mino­ri­taire. Ça ne peut pas être « braves gens », qui veut dire majo­ri­té silen­cieuse — ou bien contra­dic­tion dans les termes. Or, si. Assez sim­ple­ment même : on est enra­gé quand on est pous­sé à bout. Il se trouve qu’au bout de 30 ans de néo­li­bé­ra­lisme par­ache­vés par 18 mois macro­niens de guerre sociale à outrance, des groupes sociaux entiers ont été pous­sés à bout. Alors enragés.

    Les « gilets jaunes » offrent à pro­fu­sion cette figure oxy­mo­rique, incom­pré­hen­sible pour les pou­voirs, des « braves gens enragés »
    Croyant que ce dont ils ne parlent pas n’existe pas, les médias ne les avaient pas vu venir ces enra­gés-là. Mais voi­là, ils sont là, pro­duits d’une longue et silen­cieuse accu­mu­la­tion de colère, qui vient de rompre sa digue. Ceux-là on ne les fera pas ren­trer faci­le­ment à la mai­son. Et ceci d’autant moins qu’avec la naï­ve­té des « braves gens », ils ont expé­ri­men­té, à l’occasion de leur pre­mière mani­fes­ta­tion pour beau­coup d’entre eux, ce que c’est que la vio­lence poli­cière. En sont res­tés d’abord sidé­rés. Puis main­te­nant, s’étant repris, dégou­pillés pour de bon. Alors on ne compte plus ceux qui, à l’origine « braves gens » cer­ti­fiés, sont pris dans un deve­nir-cas­seur — comme cer­tains autres, débi­tant des palettes sur un rond-point pour construire une cabane, sont pris dans un éton­nant devenir-zadiste.

    Gageons d’ailleurs que des révi­sions de grande ampleur doivent être en train de s’opérer dans leurs esprits. Car tous ces gens qui depuis 2016 et la loi El Khom­ri, jusqu’à 2018 avec Notre-Dame-des-Landes et les ordon­nances SNCF, avaient été abreu­vés de BFM et de France Info, invi­tés à pleu­rer les vitres de Necker, se retrouvent aujourd’hui dans la posi­tion struc­tu­rale des cas­seurs, en vivent la condi­tion de vio­lence poli­cière et média­tique, et savent un peu mieux à quoi s’en tenir quant à ce que ces deux ins­ti­tu­tions diront désor­mais des « ultras vio­lents radi­ca­li­sés ». En tout cas c’est très embê­tant pour les chaînes d’information en conti­nu cette affaire : car si le deve­nir-cas­seur prend cette exten­sion, que pour­ra donc encore vou­loir dire « casseur » ?

    L’autre condi­tion est de main­te­nir les agis­se­ments réels de la police hors-champ. Sur ce front-là, on se bat­tra jusqu’au bout dans les chef­fe­ries audio­vi­suelles. Le men­songe par occul­ta­tion est géné­ral, achar­né, épais comme de la pro­pa­gande de dic­ta­ture. La popu­la­tion bas­cu­le­rait ins­tan­ta­né­ment dans l’indignation si elle avait l’occasion de voir le dixième de ce que les grands médias audio­vi­suels lui cachent sys­té­ma­ti­que­ment, ain­si ces vidéos d’une vieille dame en sang gazée ou d’un retrai­té matra­qué. Quand France Info nous avait saou­lés jusqu’à la nau­sée des vitres de Necker ou du McDo en feu, aucun flash à la mi-jour­née de lun­di n’avait encore infor­mé de la mort d’une octo­gé­naire tuée par une gre­nade lacry­mo­gène. Les robots de BFM n’opposent jamais aucune image aux syn­di­ca­listes poli­ciers qui disent qu’on les « matraque » (sic !) et qu’on les « mutile ». Mais, si les mots ont encore un sens, de quel côté du fla­sh­ball ou du lan­ceur de gre­nades compte-t-on les ébor­gnés et les mains arra­chées ? On se demande si Natha­lie Saint-Cricq ou Apa­thie gar­de­raient leur déjeu­ner si on leur mon­trait au débot­té les pho­tos pro­pre­ment insou­te­nables (il s’agit de bles­sures de guerre) de mani­fes­tants muti­lés — vrai­ment — par les armes de la police. On ne sache pas qu’il se soit encore trou­vé un seul grand média audio­vi­suel pour mon­trer en boucle, comme ils le font d’habitude, aux « braves gens » pas encore deve­nus cas­seurs cette vidéo d’un jeune homme roué de coups par huit poli­ciers, qui achè­ve­rait de les infor­mer sur le degré de confiance qu’il convient d’avoir en la « police répu­bli­caine » quand on met tout ça — ces dizaines de vidéos, ces cen­taines de témoi­gnages — bout à bout.

    Mais il y a une éco­no­mie géné­rale de la vio­lence et on sait ce qu’elle donne quand elle est lan­cée : elle est réci­pro­ci­taire, diver­gente et peut emme­ner très loin. Nul ne sait jusqu’où dans la situa­tion actuelle, et peut-être à des extré­mi­tés dra­ma­tiques. Mais qui l’aura déclen­chée sinon Macron qui, après avoir décla­ré la guerre sociale à son peuple, lui déclare la guerre poli­cière, peut-être bien­tôt la guerre mili­taire, en com­pa­gnie des médias de gou­ver­ne­ment qui lui déclarent la guerre sym­bo­lique ? Le par­tage des res­pon­sa­bi­li­tés est d’autant plus clair que les offen­sés auront encais­sé très long­temps sans mot dire : l’agression éco­no­mique, le mépris éli­taire, le men­songe média­tique, la bru­ta­li­té poli­cière. Or le mau­vais génie de la réci­pro­ci­té vio­lente est une mémoire, et une mémoire longue. Sur un fil Twit­ter une baqueuse découvre sidé­rée — elle aus­si, comme les pri­mo-mani­fes­tants matra­qués pour rien, mais en sens inverse, car, en défi­ni­tive tout est affaire de sidé­ra­tion dans cette his­toire, de sidé­ra­tions oppo­sées, qui passent les unes dans les autres, qui se nour­rissent les unes les autres — la baqueuse, donc, découvre de quelle haine ses col­lègues et elle sont l’objet. Et l’on peine à le croire. Déci­dé­ment toutes les ins­ti­tu­tions de la vio­lence néo­li­bé­rale tombent ensemble des nues. Les col­lé­giens cer­nés et gazés au poivre par des flics accom­pa­gnés de chiens n’oublieront pas de sitôt ce moment de leur vie où s’est for­mé déci­si­ve­ment leur rap­port à la police et, dans deux ans, cinq ans, cette police oublieuse qui les croi­se­ra de nou­veau s’émouvra de la détes­ta­tion brute qu’elle lira sur leurs visages — et n’y com­pren­dra rien.

    Et voi­là que le corps pré­fec­to­ral se met à avoir des sueurs froides à son tour. C’est qu’ils ont de quoi se sen­tir un peu seulets dans leurs hôtels. Depuis que la pré­fec­ture du Puy-en-Velay a brû­lé, on sait de quoi « les autres » sont capables — oui, main­te­nant, de tout. Alors il est urgent de négo­cier un virage sur l’aile sans attendre, pour faire savoir par « quo­ti­dien de réfé­rence » inter­po­sé que l’Élysée macro­nien a quit­té terre, que, eux, pré­fets, ont conscience des mal­heurs du peuple, qu’ils pour­raient même se recon­ver­tir en lan­ceurs d’alerte si on les écou­tait. On tâche­ra quand même de se sou­ve­nir que ce sont ces pré­fets qui depuis Nuit debout font ébor­gner, gre­na­der, et tirer-tendu.

    Mais l’on y ver­ra sur­tout le retour de ce qu’on pour­rait appe­ler « la situa­tion La Boé­tie », celle que le pou­voir s’efforce de nous faire oublier constam­ment, et d’ailleurs que nous oublions constam­ment, tant elle semble un incom­pré­hen­sible mys­tère : ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nom­breux. Il arrive cepen­dant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réa­li­té arith­mé­tique du pou­voir. Et c’est bien cet aveu tou­chant de can­deur qu’a consen­ti same­di soir le sous-ministre de l’intérieur, en recon­nais­sant qu’il ne pou­vait guère enga­ger davan­tage de troupe à Paris quand toute la carte de France cli­gnote et demande de la gar­ni­son. Un mana­ger de la star­tup nation trou­ve­rait sans doute à dire que le dis­po­si­tif est « stres­sé ». Le « stress du dis­po­si­tif », c’est le retour de La Boé­tie. Nous sommes les plus nom­breux. Nous sommes même beau­coup plus nom­breux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de pro­gres­sion. Tout ça se véri­fie­ra bien­tôt : lycéens, étu­diants, ambu­lan­ciers, agri­cul­teurs, tant d’autres.

    Ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nom­breux. Il arrive cepen­dant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réa­li­té arith­mé­tique du pouvoir.
    Mais alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre sa popu­la­tion des gre­nades qui sont des armes de guerre, et n’a‑t-il pas fait pla­cer des sni­pers avec fusils à lunettes au som­met de quelques bâti­ments pari­siens, image des plus impres­sion­nantes, éton­nam­ment offerte par Le Monde qui est peut-être en train de se deman­der lui aus­si s’il n’est pas temps de lâcher son encom­brant pro­té­gé dans un virage ?

    En tout cas, ter­rible moment de véri­té pour l’éditorialisme « faites ce que vous vou­lez ». On avait ado­ré le déga­gisme à Tunis ou place Tah­rir. Mais expli­qué que ce qui est là-bas un mer­veilleux sur­saut de la liber­té est ici du popu­lisme cras­seux qui rap­pelle les heures sombres. Jusqu’ici ça tenait. Et voi­là que « mais votez Macron » pour­rait bien tour­ner Mou­ba­rak, mon dieu dans quelle mous­caille ne nous sommes-nous pas mis ? Et for­cé­ment, plus on pagaye pour en sor­tir, plus on en met par­tout. Tout revient, tout écla­bousse. Or nous en sommes là : quand un pou­voir verse une prime excep­tion­nelle à des forces de l’ordre qui se rendent chaque jour plus odieuses, c’est qu’il redoute par-des­sus tout d’être lâché par elles et que, toute légi­ti­mi­té effon­drée, il ne tient plus que par son appa­reil de force, dans la main duquel en réa­li­té il se remet entiè­re­ment. Faites ce que vous vou­lez, mais votez Moubarak.

    Ce pou­voir est hon­ni car il s’est métho­di­que­ment ren­du haïs­sable. Il paye une fac­ture sans doute venue de très loin, mais dont il est le par­achè­ve­ment le plus for­ce­né, par consé­quent l’endosseur le plus logique. Il n’a plus pour se cram­pon­ner que le choix de la répres­sion san­glante, peut-être même de la dérive mili­taire. Il ne mérite plus que de tomber.

    Fré­dé­ric Lordon

    Source, Le Monde diplomatique,
    https://​blog​.mon​de​di​plo​.net/​f​i​n​-​d​e​-​m​o​nde

    Réponse
  6. etienne

    [Incroyable ! Pour une fois « Les Déco­deurs » du « Monde » n’ont pas men­ti, ils ont seule­ment été sour­noi­se­ment per­fides — en rac­cro­chant l’i­dée du RIC aux deux « extrêmes » Mélen­chon et Le Pen… Obser­vez : calom­nier, c’est un métier.]

    Qu’est-ce que le référendum d’initiative citoyenne demandé par des « gilets jaunes » ?

    La consul­ta­tion du peuple fait par­tie des reven­di­ca­tions lar­ge­ment par­ta­gées sur Face­book et reprises par plu­sieurs res­pon­sables politiques.

    De la baisse des taxes sur les car­bu­rants à la démis­sion d’Emmanuel Macron, en pas­sant par le refus du pacte sur les migra­tions, les reven­di­ca­tions sont variées par­mi les « gilets jaunes », et reflètent la diver­si­té du mou­ve­ment. Mais une pro­po­si­tion semble avoir la faveur de nom­breux groupes : le réfé­ren­dum d’initiative popu­laire ou citoyenne, pré­sen­té comme la solu­tion pour redon­ner la parole au peuple.

    Qu’est-ce qui existe actuellement ?

    Comme l’explique le site Vie publique, les consul­ta­tions popu­laires peuvent prendre plu­sieurs formes :

    Un réfé­ren­dum ini­tié par l’exécutif ou les par­le­men­taires. La Consti­tu­tion de la Ve Répu­blique, adop­tée le 4 octobre 1958, pré­voit depuis son ori­gine dans l’article 11 la pos­si­bi­li­té d’organiser un réfé­ren­dum sur « tout pro­jet de loi por­tant sur l’organisation des pou­voirs publics, com­por­tant appro­ba­tion d’un accord de Com­mu­nau­té, ou ten­dant à auto­ri­ser la rati­fi­ca­tion d’un trai­té ». Mais l’initiative doit alors pro­ve­nir du gou­ver­ne­ment ou d’une pro­po­si­tion conjointe de l’Assemblée natio­nale et du Sénat. L’objet du réfé­ren­dum est élar­gi par une révi­sion consti­tu­tion­nelle en 1995, et peut désor­mais concer­ner des pro­jets de loi sur la poli­tique éco­no­mique, sociale ou environnementale.

    Un réfé­ren­dum consti­tu­tion­nel. Régi par l’article 89, il per­met d’approuver ou reje­ter une révi­sion de la Consti­tu­tion, mais son uti­li­sa­tion n’est pas impé­ra­tive : le pré­sident peut choi­sir, à la place, de faire voter le Congrès (réunion de l’Assemblée natio­nale et du Sénat à Ver­sailles). Le géné­ral de Gaulle a ain­si convo­qué en 1969 un réfé­ren­dum consti­tu­tion­nel qu’il a perdu.

    Un réfé­ren­dum d’initiative par­ta­gée. En 2008, l’article 11 a été com­plé­té et un réfé­ren­dum peut désor­mais être ini­tié par « un cin­quième des membres du Par­le­ment, sou­te­nus par un dixième des élec­teurs ins­crits sur les listes élec­to­rales », soit au moins 185 dépu­tés ou séna­teurs (sur 925) et plus de 4,5 mil­lions d’électeurs. En vigueur depuis 2015, la dis­po­si­tion n’a jamais été appli­quée, même si un site Inter­net a été conçu pour sou­te­nir les éven­tuelles « pro­po­si­tions de loi réfé­ren­daires ». Elle est aus­si limi­tée dans son conte­nu : il est notam­ment inter­dit d’abroger par réfé­ren­dum une loi récem­ment votée.

    Un réfé­ren­dum déci­sion­naire local. Depuis 2003, les col­lec­ti­vi­tés locales peuvent sou­mettre des pro­jets au vote de leurs élec­teurs, seule­ment sur des ques­tions rele­vant de leurs com­pé­tences (par exemple un chan­ge­ment de nom des habi­tants, l’instauration de la vidéo­sur­veillance dans la com­mune…). Si le oui est majo­ri­taire et que plus de la moi­tié des élec­teurs ont par­ti­ci­pé au vote, la déci­sion est adop­tée. Sinon, il devient consultatif.

    Une consul­ta­tion locale sur l’environnement. Une ordon­nance de 2016 per­met de consul­ter la popu­la­tion impli­quée par un pro­jet ayant une inci­dence sur l’environnement. C’est la forme qui a éte choi­sie pour faire voter les habi­tants de Loire-Atlan­tique sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, puisque l’enjeu dépas­sait le cadre local. Mais contrai­re­ment au réfé­ren­dum, ce pro­ces­sus n’est que « consul­ta­tif ». Ain­si, le pro­jet d’aéroport, pour­tant approu­vé par les urnes, a été aban­don­né par le gouvernement.

    Lire aus­si : Quel cadre pour le réfé­ren­dum sur Notre-Dame-des-Landes ?

    Que demandent les gilets jaunes ?

    Dans la liste, lar­ge­ment par­ta­gée, de 42 reven­di­ca­tions de gilets jaunes figure l’instauration dans la Consti­tu­tion d’un « réfé­ren­dum populaire ». 

    Contrai­re­ment à d’autres pro­jets qui res­tent assez flous, les moda­li­tés de celui-ci sont détaillées :

    « Créa­tion d’un site lisible et effi­cace, enca­dré par un orga­nisme indé­pen­dant de contrôle où les gens pour­ront faire une pro­po­si­tion de loi. Si cette pro­po­si­tion de loi obtient 700 000 signa­tures alors cette pro­po­si­tion de loi devra être dis­cu­tée, com­plé­tée, amen­dée par l’Assemblée natio­nale qui aura l’obligation (un an jour pour jour après l’obtention des 700 000 signa­tures), de la sou­mettre au vote de l’intégralité des Français. »

    A la dif­fé­rence des sys­tèmes exis­tant en France, ni le gou­ver­ne­ment ni les dépu­tés ou séna­teurs ne seraient asso­ciés au lan­ce­ment de ce réfé­ren­dum, et le nombre de signa­tures à obte­nir serait sen­si­ble­ment moins élevé.

    Par­mi les ini­tia­tives fré­quem­ment relayées sur Face­book par cer­tains « gilets jaunes » figure celle du groupe RIC (Réfé­ren­dum d’initiative citoyenne), qui pro­pose d’utiliser ce méca­nisme pour « sup­pri­mer une loi injuste » et « révo­quer le man­dat d’un repré­sen­tant » (ce qui est contraire au fonc­tion­ne­ment actuel de la démo­cra­tie représentative).

    Plu­sieurs can­di­dats à la pré­si­den­tielle de 2017 pro­po­saient des méca­nismes s’en appro­chant : Jean-Luc Mélen­chon (qui pro­po­sait aus­si un réfé­ren­dum révo­ca­toire, sans pré­ci­ser com­bien de citoyens devaient l’initier), Nico­las Dupont-Aignan et Marine Le Pen (qui pro­po­saient tous deux la signa­ture d’au moins 500 000 élec­teurs) et Fran­çois Asselineau.

    Lun­di 3 décembre, le dépu­té Les Répu­bli­cains du Vau­cluse Julien Aubert, secré­taire géné­ral adjoint du par­ti, a dépo­sé une pro­po­si­tion de loi pour assou­plir l’article 11, en abais­sant le seuil de signa­tures à 1,5 mil­lion de citoyens, et celui des par­le­men­taires à l’initiative de la pro­cé­dure à « 4 dépu­tés ou séna­teurs de 4 groupes différents ».

    Lire aus­si Sur un axe de Mélen­chon à Le Pen, où se situent les reven­di­ca­tions des « gilets jaunes » ?

    Anne-Aël Durand

    https://​www​.lemonde​.fr/​l​e​s​-​d​e​c​o​d​e​u​r​s​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​8​/​1​2​/​0​7​/​q​u​-​e​s​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​e​-​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​-​d​-​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​-​c​i​t​o​y​e​n​n​e​-​d​e​m​a​n​d​e​-​p​a​r​-​d​e​s​-​g​i​l​e​t​s​-​j​a​u​n​e​s​_​5​3​9​4​2​8​7​_​4​3​5​5​7​7​0​.​h​tml

    Réponse
  7. Vincent

    A la Réunion, en Esto­nie et en Suisse, ils ont déjà adop­té ce sys­tème : autre­fois c’é­tait impos­sible. Nous avions besoin de diri­geants ; désor­mais nous pou­vons connaître l’o­pi­nion de chaque citoyen en temps réel. Voter les lois par Inter­net res­pon­sa­bi­li­se­rait et édu­que­rait les citoyens. Si cette idée vous inté­resse, lisez la page https://www.facebook.com/Votons-les-lois-par-Internet‑0–2256652851273504 et deman­dez à rejoindre le groupe https://​www​.face​book​.com/​g​r​o​u​p​s​/​3​4​2​2​5​9​2​0​2​9​9​7​2​9​3​/​3​4​6​3​4​1​3​1​5​9​2​2​4​15/

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  8. joss

    L’An 01 : On arrête tout, on réflé­chit et c’est pas triste !
    https://​vimeo​.com/​7​6​0​2​0​165

    L’An 01, film de Gébé, Doillon , Rouch, Resnais (1973). Face à l’écnomie de mar­ché, au pro­duc­ti­visme à tout crin, la pre­mière déci­sion de la popu­la­tion est « On arrête tout ».

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  9. grioune

    Quelle est la dif­fé­rence pro­fonde entre la dic­ta­ture et la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive ? C’est tout simple et cela tient en peu de mots. Allons‑y : la dic­ta­ture, c’est : « ferme ta gueule » et la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, c’est : « cause tou­jours », ce n’est pas une belle dif­fé­rence, cela ?

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  10. zedav

    Concer­nant le RIC, il me semble que la barre des 700.000 signa­tures est bien trop haute.
    Je crois aus­si qu’il pour­rait y avoir un autre moyen pour por­ter une ques­tion posée au stade du vote natio­nal qu’un quo­rum de signatures :
    Compte tenu du gigan­tesque chan­tier de refon­da­tion du cor­pus légis­la­tif et consti­tu­tion­nel qui nous attend, un agen­da d’un RIC chaque mois pen­dant trois ans ne me semble pas exces­sif compte tenu d’une mise en œuvre via un site internet.
    Dans ces condi­tions, un quo­rum ne serait pas néces­saire car serait sélec­tion­née chaque mois pour vota­tion natio­nale la ques­tion sus­ci­tant le plus de soutien.
    De même, pas de quo­rum pour le vote et tant pis pour ceux qui ne prennent pas la peine de s’ex­pri­mer sur un RIC.

    Les trois pre­miers RIC à pro­po­ser chro­no­lo­gi­que­ment selon moi :
    1er : Réin­tro­duc­tion des ordon­nances de 1948 sur la presse, après éven­tuelle mise à jour (objec­tif blo­quer les mani­pu­la­tions médiatiques)
    2ème : Frexit (objec­tif sor­tir de la dic­ta­ture de l’UE)
    3ème : Mon­naie pleine (se réap­pro­prier notre sou­ve­rai­ne­té monétaire)
    Et puis tant d’autres par la suite…

    J’y étais aujourd’­hui (sur Cler­mont-Fd) dans une ambiance plu­tôt joyeuse et fes­tive. Même pas vu un membre des forces de l’ « ordre »(oui mais quel ordre ?) et j’ai trac­té et essai­mé pour « le RIC exi­gence unique de GJ ».

    Réponse
  11. BlueMan

    Gilets jaunes : pour avoir un peu regar­dé les actions de ce Same­di 8 Décembre, je me demande si main­te­nant la solu­tion n’est pas la grève géné­rale totale et illi­mi­tée : tout s’ar­rête. Une solu­tion contre laquelle tous les pou­voirs ne peuvent rien faire.

    Paral­lè­le­ment, les groupes locaux de gilets jaunes doivent s’or­ga­ni­ser pour débattre et déci­der d’une nou­velle consti­tu­tion à exi­ger pour ces­ser la grève.

    Se pose le pro­blème de la syn­thèse, mais quel­qu’un comme Étienne Chouard pour­rait faire consen­sus pour orga­ni­ser une assem­blée consti­tuante à par­tir du porte-parole de chaque groupe local de gilets jaunes. Ain­si, cette assem­blée consti­tuante pour­rait tra­vailler à par­tir des idées de base des groupes locaux, et rédi­ger une nou­velle consti­tu­tion qui serait ensuite pro­po­sée et sou­mise à réfé­ren­dum au peuple fran­çais. Alors seule­ment, la grève pour­rait ces­ser si elle adoptée.

    Il faut enclen­cher une autre phase que celle des simples mani­fes­ta­tions, qui doivent certes conti­nuer, mais qui doivent muter en assem­blées locales de réflexion sur le texte d’une nou­velle constitution.

    Deman­der juste le RIC (Réfé­ren­dum d’I­ni­tia­tive Citoyenne) est très insuf­fi­sant et idiot : il est naïf de croire que nos traîtres de poli­ti­ciens vont l’a­dop­ter comme nous le vou­lons : ils niai­se­ront sur ses moda­li­tés de manière à en limi­ter la por­tée d’une façon ou d’une autre.

    C’est être imma­ture et idiot, et répé­ter la même erreur, à savoir res­ter comme des enfants sous leur coupe, que de ne pas les chas­ser des divers pou­voirs : ils s’a­dap­te­raient à ce RIC, comme en Suisse, c’est tout, lais­sant les riches, les très riches, les hyper-riches, et les banques et les mul­ti­na­tio­nales, presque tout encore contrô­ler se se gaver sur notre dos.

    Il nous faut virer les par­tis, les syn­di­cats, les poli­ti­ciens, les oli­garques, les castes, les réseaux, les lob­bies, etc., de l’é­qua­tion démo­cra­tique, et ins­ti­tuer une vraie démo­cra­tie directe par­ti­ci­pa­tive neutre en com­men­çant par l’é­cri­ture d’une nou­velle consti­tu­tion par les citoyens, sui­vie d’un réfé­ren­dum pour la rati­fier. Tout le reste est une perte de temps, de l’au­to-trom­pe­rie, et c’est faire le jeu de nos ennemis.

    Réponse
  12. etienne

    Bonjour Tristesse #85 : Les Gilets jaunes contre l’État

    Réponse
  13. etienne
  14. Jeamarc Andres

    Bon­jour

    Pour les légis­la­tives, on pour­rait voter pour des CANDIDATS tirer au sort par­mi des volon­taires (qui auront fait acte de can­di­da­ture auprès de leur mairie).
    Avec 10 can­di­dats par dépar­te­ment cela devrait aller ; cela donne du choix et de la diver­si­té . 100 dépu­tés pour le pays c’est bien assez vu qu’ils ne seront là que pour enre­gis­trer et mettre en forme les pro­po­si­tions des RIP.

    Réponse

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