Précieuse Sécurité sociale, précieuse entraide… Éloge des frontières par Régis Debray

11/10/2018 | 10 commentaires

Pen­dant que « les élus » détruisent sous nos yeux impuis­sants le droit du tra­vail, les ser­vices publics et la Sécu­ri­té sociale (et nous imposent donc pro­gres­si­ve­ment une scan­da­leuse insé­cu­ri­té sociale), je me rap­pelle cette réflexion sur nos très néces­saires pro­tec­tions, nos très néces­saires frontières :

Abso­lu­ment tout ce qui est vivant a besoin vita­le­ment d’une limite : la mem­brane de la cel­lule, l’écorce du végé­tal, la peau de l’animal (y com­pris de l’animal humain), la fron­tière du corps social… PERMETTENT LA VIE.

Rien ne vit sans frontière.

Si on retire sa limite à un être, on lui retire sa vie, méca­ni­que­ment, forcément.

Si tu sup­primes la fron­tière d’un être, tu le tues.

Et c’est d’ailleurs le but des pré­da­teurs (caché en l’occurrence).

Lisez « Éloge des frontières » de Régis Debray ; c’est passionnant.


http://​www​.gal​li​mard​.fr/​C​a​t​a​l​o​g​u​e​/​G​A​L​L​I​M​A​R​D​/​F​o​l​i​o​/​F​o​l​i​o​/​E​l​o​g​e​-​d​e​s​-​f​r​o​n​t​i​e​res

Extraits :

« Ce qu’il y a de pro­fond chez l’homme, disait Valé­ry, c’est la peau. » La vie col­lec­tive, comme celle de tout un cha­cun, exige une sur­face de sépa­ra­tion. Embal­lage d’a­bord. La pro­fon­deur suit, comme l’intendance.

La matière n’a ni sac ni peau. Seule la cel­lule a une mem­brane. Les euca­ryotes en ont même deux, autour du noyau et de la cel­lule. La peau serait l’or­gane pri­mor­dial des épi­ge­nèses, le pre­mier recon­nais­sable chez l’embryon. C’est en se dotant d’une couche iso­lante, dont le rôle n’est pas d’in­ter­dire, mais de régu­ler l’é­change entre un dedans et un dehors, qu’un être vivant peut se for­mer et croître. 

Pas d’in­secte sans kéra­tine, pas d’arbre sans écorce, pas de graine sans endo­carpe, pas d’o­vule sans tégu­ment, pas de tige sans cuti­cule, etc. 

Un sys­tème vivant est une sur­face repliée sur elle-même, dont l’i­déal­type est la sphère, bulle ou boule, et notre vil­lage ou mai­son natale un ersatz en 3D, gaine, gousse ou coquille. C’est à cette cavi­té amnio­tique que nous reve­nons chaque soir en nous glis­sant sous l’é­dre­don, en fer­mant les écou­tilles. Sur­vivre, c’est sau­ve­gar­der les plis et les replis.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 37.


Ce sont tou­jours les prêtres qui fixent les fron­tières. On les juge, nos prêtres laïcs. […] Quand ce n’est pas évident, il faut du trans­cen­dant. […] le suprême arbi­trage fait pas­ser l’arbitraire. Silence dans les rangs.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p 27.


La fron­tière est un lieu de pas­sage, d’échanges. La bonne fron­tière est poreuse, dans les deux sens. Tout orga­nisme vivant a une fron­tière. La peau est la pre­mière de toutes… Elle assure la condi­tion sine qua non du vivant : la sépa­ra­tion régu­lée entre un dehors et un dedans.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010).


Une idée bête enchante l’Occident :
l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières », 2010.


La mon­dia­li­sa­tion des objets pro­duit une tri­ba­li­sa­tion des sujets.
Régis Debray.


À quoi sert la fron­tière, en définitive ?
À faire corps.
Et pour ce faire, à lever le museau. L’en­ceinte exalte le ram­pant et nous coiffe d’in­vi­sible. Tout site enclos est « un appa­reil à faire monter ».
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 61.


La fron­tière a mau­vaise presse : elle défend les contre-pou­voirs. N’at­ten­dons pas des pou­voirs éta­blis, et en posi­tion de force, qu’ils fassent sa pro­mo. Ni que ces passe-murailles que sont éva­dés fis­caux, membres de la jet-set, stars du bal­lon rond, tra­fi­quants de main-d’œuvre, confé­ren­ciers à 50 000 dol­lars, mul­ti­na­tio­nales adeptes des prix de trans­fert déclarent leur amour à ce qui leur fait barrage. 

Dans la mono­to­nie du mon­nayable (l’argent, c’est le plus ou le moins du même), gran­dit l’as­pi­ra­tion à de l’incommen­surable. À de l’in­com­pa­rable. Du réfrac­taire.  Pour qu’on puisse à nou­veau dis­tin­guer entre le vrai et le toc. 

Là est d’ailleurs le bou­clier des humbles, contre l’ul­tra-rapide, l’in­sai­sis­sable et l’om­ni­pré­sent. Ce sont les dépos­sé­dés qui ont inté­rêt  la démar­ca­tion franche et nette. Leur seul actif est leur ter­ri­toire, et la fron­tière, leur prin­ci­pale source de reve­nu (plus pauvre un pays, plus dépen­dant est-il de ses taxes doua­nières). La fron­tière rend égales (tant soit peu) les puis­sances inégales. 

Les riches vont où ils veulent, à tire-d’aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant. Ceux qui ont la maî­trise des stocks (de têtes nucléaires, d’or et de devises, de savoirs et de bre­vets) peuvent jouer avec les flux, en deve­nant encore plus riches. Ceux qui n’ont rien en stock sont les jouets des flux. Le fort est fluide. Le faible n’a pour lui que son ber­cail, une reli­gion impre­nable, un dédale inoc­cu­pable, rizières, mon­tagnes, del­ta. Guerre asymétrique. 

Le pré­da­teur déteste le rem­part. La proie aime bien. 

Le fort domine les airs, ce qui le conduit d’ailleurs à sur­es­ti­mer ses forces.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 75.


« Pour le dire naï­ve­ment : là où il y a du sacré, il y a une enceinte, il y a de la vie […] il s’a­git de conju­rer les puis­sances de mort. Le pour­tour ampute, certes, mais c’est pour mieux incrus­ter, et ce qu’un moi (ou un nous) perd en super­fi­cie, il le gagne en durée. 

Aus­si est-il nor­mal de pro­té­ger le cir­cons­crit qui nous pro­tège — et nous pro­longe. La per­pé­tua­tion d’une per­sonne, col­lec­tive ou indi­vi­duelle, se paie d’une sage humi­lia­tion : celle de ne pas être par­tout chez elle.

L’Hexa­gone ampute l’être fran­çais […] mais cet enser­re­ment vaut résilience. »
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 36.


Inter­face polé­mique entre l’or­ga­nisme et le monde exté­rieur, la peau est aus­si loin du rideau étanche qu’une fron­tière digne de ce nom l’est d’un mur. Le mur inter­dit le pas­sage ; la fron­tière le régule. Dire d’une fron­tière qu’elle est une pas­soire, c’est lui rendre son dû : elle est là pour filtrer.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 39.


Cris­taux et miné­raux ne meurent pas, pri­vi­lège réser­vé aux végé­taux et aux ani­maux. L’a­van­tage de l’en­ve­loppe se paye d’un léger incon­vé­nient, la mort.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 41.


On n’en fini­ra jamais avec la fron­tière parce qu’elle est inhé­rente à la règle de droit, et […] elle est bonne à vivre. 

Le dur désir de durer l’ins­crit au pro­gramme de tout ce qui bouge et respire. 

Nos « sans fron­tières » veulent-ils effa­cer l’in­con­vé­nient d’être né ? […] 

L’être et la limite adviennent ensemble, et l’un par l’autre. »
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 45.


Qu’il soit utile de mettre le monde en réseau ne signi­fie pas que l’on puisse habi­ter ce réseau comme un monde. Impos­sible de faire d’un lieu de pas­sage un lieu de séjour, faute de vis-à-vis. Pas d’an­ti-en face. Com­ment se poser sans s’op­po­ser ? Une com­mu­nau­té sans exté­rieur pour la recon­naître ou l’in­ves­tir n’au­rait plus lieu d’être, telle une nation seule au monde ver­rait s’é­va­nouir son hymne natio­nal, son équipe de foot ou de cri­cket, et jus­qu’à sa langue. 

Une per­sonne morale a un péri­mètre ou n’est pas.

D’où vient que « la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale » n’en est pas une. Ce flasque zom­bie reste une for­mule creuse, un ali­bi rhé­to­rique aux mains du direc­toire occi­den­tal qui s’en est jus­qu’i­ci arro­gé le man­dat. Il en ira tout autre­ment le jour où un petit bon­homme vert à mille pattes et longue trompe atter­ri­ra  […] place de la Concorde. Face à l’a­lien d’une autre galaxie, l’im­per­son­na­li­té morale qu’est l’Hu­ma­ni­té avec un grand H pour­ra alors nous tenir chaud, parce qu’elle pren­dra forme et corps, par contraste avec un fond. C’est quand le mam­mi­fère humain ver­ra de ses yeux l’é­tran­ge­té venue d’ailleurs qu’il sau­ra à quoi résis­ter, au coude à coude avec tous ses congé­nères sans excep­tion, pour sau­ver la sienne propre.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 50.


Le pré­ten­du com­bat du clos contre l’ou­vert, tan­dem en réa­li­té aus­si insé­pa­rable que le chaud et le froid, l’ombre et la lumière, le mas­cu­lin et le fémi­nin, la terre et le ciel, conti­nue d’a­mu­ser notre gale­rie. Ce lieu com­mun fait le bon­heur des esprits courts […] C’est simple, donc uti­li­sable, mais ce qui est d’un seul tenant est faux. 

Aus­si néglige-t-on ce qu’il faut d’ou­ver­ture à la ver­ti­cale pour bou­cler un ter­ri­toire à l’ho­ri­zon­tale, ce qu’il faut d’ailleurs pour qu’un ici prenne et tienne. […]

Le fait (sans doute indé­mon­trable, mais obser­vable à tous les éche­lons) qu’au­cun ensemble orga­ni­sé ne puisse se clore à l’aide des seuls élé­ments de cet ensemble conduit à com­bi­ner l’eau et le feu. Il accroche le trans­cen­dant à l’im­ma­nent et l’en­vol à l’en­clos. Un groupe d’ap­par­te­nance se forme pour de bon du jour où il se ferme, et il se ferme par sus­pen­sion à un « clou de lumière » […] À chaque ras­sem­ble­ment, sa clé de voûte et son fil à plomb. 

L’im­pos­si­bi­li­té qu’a un agré­gat quel­conque de s’é­ri­ger en une com­mu­nau­té défi­nie sans recou­rir à un extra convoque à son bord la sainte et le héros : opé­ra­tion par laquelle une popu­la­tion se mue en peuple. L’é­co­no­miste, le socio­logue le démo­graphe traitent de la pre­mière, scien­ti­fi­que­ment, et c’est heu­reux. Un peuple, en revanche, c’est une affaire à la fois plus sul­fu­reuse et plus fan­tasque : une ques­tion de mythes et de formes. Sont deman­dées une légende et une carte. Des ancêtres et des enne­mis. Un peuple, c’est une popu­la­tion, plus des contours et des conteurs. […] 

La misère mytho­lo­gique de l’é­phé­mère Union euro­péenne, qui la prive de toute affec­tio socie­ta­tis, tient en der­nier res­sort à ceci qu’elle n’ose savoir et encore moins décla­rer où elle com­mence et où elle finit. 

Qui­dam ou nation ou fédé­ra­tion d’États-nations, qui­conque manque de se recon­naître un des­sus n’as­sume pas son dehors. Ne tolère pas jus­qu’à l’i­dée d’a­voir un dehors. Et ignore donc son dedans.

Qui entend se sur­pas­ser com­mence par se délimiter.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010), p. 62–64.


La fron­tière est le bou­clier des humbles ; ce sont les dépos­sé­dés qui ont inté­rêt à une démar­ca­tion franche et nette ; leur seul actif est leur ter­ri­toire, et la fron­tière leur prin­ci­pale source de reve­nus.

La classe domi­nante est mobile, elle est du côté des flux. L’é­lite des cap­teurs de flux ne tient pas en place, elle est par­tout chez elle, elle prend l’avion…

Mais on ne vit pas dans un avion.

Je constate que, là où il y a un faible et un fort, le faible demande tou­jours une fron­tière. Le fort ne doit pas être par­tout chez lui.

Oui, aujourd’­hui, l’i­déo­lo­gie du « sans-fron­tières », c’est l’i­déo­lo­gie du riche et du fort.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010).


Pour faire de la liai­son, il faut accep­ter, il faut spé­ci­fier la dif­fé­rence. Vou­loir la liai­son sans la culture, ça ne marche pas. 

La peau est faite pour rece­voir, et pour exsu­der. La fron­tière est un crible, un tamis, il est bon qu’elle soit une pas­soire, mais une pas­soire qui contrôle, une pas­soire qui régule. 

Sinon c’est la loi du plus fort : dans la jungle, il n’y a pas de fron­tière, c’est pour ça qu’il n’y a pas de droit. 

Il n’y a de vie que cir­cons­crite.
Régis Debray, « Éloge des fron­tières » (2010).


Le pré­da­teur déteste le rempart,
la proie aime bien.
Régis Debray, Éloge des frontières.


Entre une inep­tie qui aère et une véri­té qui étiole, il n’y a pas à balan­cer. Depuis cent mille ans que nous enfouis­sons nos morts ché­ris dans l’idée qu’ils pour­ront se retrou­ver bien­tôt au para­dis, la preuve est faite qu’un trompe‑l’œil encou­ra­geant ne se refuse pas. Pour contrer le néant, l’espèce a tou­jours pris le bon par­ti, celui de l’illusion.
Régis Debray, Éloge des fron­tières (2010)


Les rives sont la chance du fleuve.
En l’enserrant, elles l’empêchent de deve­nir marécage.
Jacques Bour­bon-Bus­set, cité par Régis Debray, Éloge des fron­tières (2010).


On ne peut pas pen­ser l’hospitalité, donc l’accueil, si on ne pense pas le seuil.

Car l’homme est un être mai­son­nable. Il naît dans une poche, fran­chit une fron­tière pour en sortir.

Pour s’ouvrir à l’autre, il faut avoir un lieu à soi.

Le dieu Ter­mi­nus, ce dieu romain gar­dien des bornes et des limites.
Régis Debray, Éloge des fron­tières (2010).

Cita­tions retrou­vées dans ma page Pré­cieuses pépites.

 


Mer­ci à Thier­ry Kru­ger et Pablo Girault Lazare, pour leur tra­vail, et notam­ment leur film « Demo­kra­tia ».

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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10 Commentaires

  1. BlueMan

    Super ta vidéo où tu dénonce et réfute le noma­disme Attalien.
    Je relaie, merci.
    Amitiés.

    Réponse
  2. etienne

    Excellent Mélenchon : « FAKE NEWS : LE SUJET N’EXISTE PAS ! »

    Réponse
  3. etienne

    À l’Assemblée, Excellent Adrien Quatennens (FI) face aux macronistes pour défendre les salariés !

    Réponse
    • ève

      Une belle inter­ven­tion d’A­drien Quatennens !
      Ces ministres sont trop payés ! Ils ne com­prennent pas les vrais besoins des sala­riés ! La fiche de paie est une dif­fé­rence de classe sociale ! Ce qui est écrit des­sus n’a pas la même signi­fi­ca­tion , valo­ri­sa­tion de l’hu­main et pas les mêmes dom­mages sur la san­té ! Les sales bou­lots ( ports de charges lourdes , conduites de longues durées par tous les temps , res­pi­ra­tions de pro­duits nocifs et toxiques , tra­vaux sous ten­sions éle­vées sou­vent non sécu­ri­sées , relève des ordures .…..tous ces métiers ou toutes ces mis­sions sont sous-payés , il est temps de ren­ver­ser le processus !
      Je ne vois pas pour­quoi les per­sonnes concer­nées ne tou­che­raient pas le même salaire qu’un dépu­té ou un ministre !
      L’é­ga­li­té devant le tra­vail accom­pli ne devrait même pas être une source de dis­cus­sion , mais un fait approu­vé par tous !

      Réponse
  4. etienne

    Colère de Ruffin : les macronistes rejettent un texte sur les élèves en situation de handicap !

    Réponse
  5. etienne

    Albert Jacquard : avec l’éducation à la compétition, on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux !

    Réponse
  6. ève

    « Le pré­da­teur déteste le rempart,
    la proie aime bien. »
    Régis Debray, Éloge des frontières.
    Les fron­tières nous obligent à dres­ser des bar­ri­cades pour les défendre contre les pré­da­teurs de tout poil !
    Jus­qu’à se fâcher entre pro­prié­taires parce que le ceri­sier a tra­ver­sé le mur fron­tière de la pro­prié­té d’un des deux et que l’autre pour­ra cueillir les fruits sur les branches qui sont chez lui !
    Mon pied de rai­sin a ban­ni la fron­tière murale de mon jar­din et s’en est allé
    migrer dans le lilas du voi­sin . Je lui ai donc offert cette  » branche  » gar­nie de grappes , en sachant que le reste du cep n’a­vait rien don­né chez moi !
    Je ne cou­pe­rais pas son exten­sion , mais accep­te­rais volon­tiers un bou­quet de lilas au prin­temps prochain !

    Réponse
  7. Renaud Laillier

    Voi­ci ce que j’é­cri­vais le 7 février 2009 dans un com­men­taire dans le site de Phi­lippe Bar­brel hélas site Contrein­fo aujourd’­hui dis­pa­ru depuis 7 ou 8 ans (sauf erreur pour rai­son de san­té) nous avons été nom­breux à le regretter.

    paru dans Contrein­fo le 7 février 2009

    La vio­lence de la crise fait resur­gir la « ten­ta­tion pro­tec­tion­niste » dans de nom­breux pays, à com­men­cer par les USA. Les éco­no­mistes y sont tous oppo­sés et mettent en garde contre cette solu­tion qui, disent-ils, avait aggra­vé la crise dans les années 1930. Mais n’y a‑t-il pas un abus de lan­gage dans le fait de stig­ma­ti­ser de ce terme à conno­ta­tion for­te­ment néga­tive tout effort visant à pro­té­ger la cohé­rence des socié­tés en défi­nis­sant des règles gou­ver­nant l’interaction avec le monde exté­rieur ? Renaud Laillier sug­gère de s’ ins­pi­rer du modèle du vivant pour pen­ser cette contradiction.

    Par Renaud Laillier, 7 février 2009

    Lorsque le terme appa­raît sous leur plume, on ne sait jamais exac­te­ment ce à quoi « pensent » les libé­raux quand ils reven­diquent d’agir « mon­dia­le­ment ». Mais avec la crise, on a vu de quoi il retournait…

    Cela devrait ser­vir de leçon. Pour autant, il ne s’agit pas d’ériger le pro­tec­tion­nisme en un nou­veau prin­cipe d’autorité. Les pays peuvent par­fai­te­ment pra­ti­quer un pro­tec­tion­nisme impli­cite sans que cela ne se tra­duise par des entraves.

    Le para­digme de la cel­lule bio­lo­gique et de son fonc­tion­ne­ment four­nit le modèle du vivant qui devrait le mieux conve­nir à tous les pays et espaces éco­no­miques. Il faut une paroi (alias une fron­tière) pour que la cel­lule puisse vivre et se déve­lop­per avec tous les moyens néces­saires. Ce sont les parois qui aident le mieux à res­pi­rer et échan­ger et non leur absence comme on tente de nous le fait croire faussement.

    La glo­ba­li­sa­tion telle qu’elle est pra­ti­quée nous entraîne par­tout à la ruine en fai­sant en sorte d’abolir ces « parois », que cer­tains milieux diri­geants mon­dia­listes qua­li­fient d’obsolètes et d’obstacles désor­mais inutiles. Ce qu’elles ne sont sûre­ment pas.

    Le modèle bio­lo­gique natu­rel indique l’inverse. Cette absence de « peau » détruit de l’intérieur les défenses immu­ni­taires saines des socié­tés ain­si expo­sées à tous les flux, sans pro­por­tion ni contrôles aucun ou presque. Avec pour résul­tat un nivel­le­ment par le bas des éner­gies créa­trices et l’accélération de l’entropie sur les plans éco­no­miques, sociaux, finan­ciers, cultu­rels et de civi­li­sa­tion et, bien sûr, envi­ron­ne­men­taux et de l’écosystème.

    D’ailleurs, la pré­ser­va­tion de l’environnement implique, de toutes façons, un pro­tec­tion­nisme mini­mum. Il faut pré­ser­ver les struc­tures, comme on pré­serve les maîtres-murs, les ser­rures et les huis en archi­tec­ture. Ceci est valable pour les États-Unis, dont l’emprise sur le monde doit ces­ser, tout comme pour chaque nation du monde.

    C’est ain­si que le vrai pro­grès avan­ce­ra. C’est aus­si et sur­tout de cette façon que sera assu­ré le pro­grès que cha­cun peut espé­rer à son échelle : en ren­for­çant toutes les socié­tés, en rete­nant et déve­lop­pant loca­le­ment le maxi­mum de créa­ti­vi­té et donc de richesses.

    Le mon­dia­lisme, c’est l’entropie accélérée.

    Réponse
  8. Berbère

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