Passionnant Philip Zimbardo : la psychologie du mal – comment des gens ordinaires deviennent des monstres… ou des héros ! Regardez du côté des INSTITUTIONS et du CONTRÔLE DES POUVOIRS

2/04/2014 | 19 commentaires

Remar­quable syn­thèse sur l’im­por­tance des ins­ti­tu­tions,
pour inci­ter les acteurs au vice ou à la vertu :

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Notez bien que Zim­bar­do, comme tout le monde, s’ar­rête sur une cause spec­ta­cu­laire et utile, mais PAS pre­mière. En sub­stance, Zim­bar­do dit, comme Mon­tes­quieu : « inutile de comp­ter sur la ver­tu spon­ta­née des hommes, réflé­chis­sez plu­tôt à de bonnes ins­ti­tu­tions, qui vont pous­ser tout le monde à la ver­tu ; inutile de redou­ter ou de déplo­rer le vice spon­ta­né des hommes, réflé­chis­sez plu­tôt aux ins­ti­tu­tions qui ont ren­du pos­sible — et peut-être même sus­ci­té — ce mal ».

OK, MAIS, cette cause (qu’il explique for­mi­da­ble­ment bien) est fon­da­men­ta­le­ment INSUFFISANTE pour régler le pro­blème du mal,
parce que cette cause n’est pas pre­mière :
Zim­bar­do ne cherche pas la cause de la cause ; il devrait encore se deman­der :
QUI ÉCRIT CES FICHUES INSTITUTIONS ?!
– ET, encore plus en amont, QUI LAISSE LES HOMMES AU POUVOIR ÉCRIRE LES RÈGLES DE LEUR PROPRE POUVOIR ?!

(Com­ment ça « je radote » ? 🙂 )
Étienne.
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Texte inté­gral (à par­tir des sous-titres) :

« Phi­lo­sophes, dra­ma­turges, théo­lo­giens ont débat­tu de cette ques­tion pen­dant des siècles : Qu’est-ce qui rend les gens mau­vais ? J’ai posé cette ques­tion quand j’é­tais un petit gar­çon. Quand je gran­dis­sais dans le ghet­to déshé­ri­té du Bronx Sud à New-York, j’é­tais entou­ré par le mal, comme tous les enfants qui gran­dissent dans une zone dif­fi­cile. Et j’a­vais des amis qui étaient vrai­ment des enfants gen­tils, mais qui vivaient la vie de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, de Robert Louis Ste­ven­son. C’est-à-dire qu’ils se dro­guaient, avaient des ennuis, allaient en pri­son. Cer­tains se sont fait tuer, et cer­tains ont fait tout cela sans même l’in­fluence de la drogue.

Donc quand j’ai lu Robert Louis Ste­ven­son, ce n’é­tait pas de la fic­tion. La seule ques­tion, c’est : qu’est-ce qu’il y avait dans la potion ? Et plus impor­tant, cette ligne entre le bien et le mal – dont les gens pri­vi­lé­giés aiment à pen­ser qu’elle est fixe et étanche, avec eux du bon côté, et les autres du mau­vais côté – je savais que cette ligne était mobile, et qu’elle était per­méable. Des gens biens pou­vaient être inci­tés à tra­ver­ser cette ligne, et dans cer­taines rares cir­cons­tances favo­rables, de jeunes voyous pou­vaient en reve­nir avec de l’aide, un tra­vail sur soi et de la rééducation.

Et donc je vais com­men­cer avec cette mer­veilleuse illu­sion par l’ar­tiste hol­lan­dais M.C. Escher. Si vous la regar­dez, et que vous vous concen­trez sur les par­ties blanches, ce que vous voyez, c’est un monde plein d’anges. Mais si nous regar­dons de plus près, ce qui appa­raît ce sont les démons, les diables dans le monde. Et ceci nous dit plu­sieurs choses.

Un : le monde est, a tou­jours été et sera tou­jours fait du bien et du mal, parce que le bien et le mal sont le Yin et le Yang de la condi­tion humaine. Mais cela me dit éga­le­ment autre chose. Si vous vous sou­ve­nez bien, l’ange pré­fé­ré de Dieu était Luci­fer. Appa­rem­ment, Luci­fer signi­fie « la lumière ». Cela veut aus­si dire « l’é­toile du matin », dans cer­tains textes. Et appa­rem­ment, il a déso­béi à Dieu, et c’est la plus grande déso­béis­sance pos­sible à l’au­to­ri­té. Et lorsque c’est arri­vé, l’Ar­change Michel a été envoyé pour le ban­nir du para­dis avec les autres anges déchus. Et donc Luci­fer des­cend en enfer, devient Satan, devient le diable, et les forces du mal dans l’u­ni­vers émergent.

Para­doxa­le­ment, c’est donc Dieu qui créa l’en­fer, en tant qu’en­droit où conte­nir le mal. Il n’a pas fait un très bon tra­vail d’i­so­la­tion, cepen­dant. Donc, cette his­toire de la trans­for­ma­tion cos­mique de l’ange pré­fé­ré de Dieu, en Diable, à mes yeux, nous donne le contexte néces­saire à la com­pré­hen­sion des êtres humains qui sont trans­for­més, de gens bons et ordi­naires en auteurs de crimes.

Et donc cet Effet Luci­fer, bien qu’il se concentre sur les néga­tifs (les néga­tifs que peuvent deve­nir les gens, pas les néga­tifs que sont les gens) me mène à une défi­ni­tion psy­cho­lo­gique : le mal, c’est l’exer­cice du pou­voir. Et là est la clé : il s’a­git du pou­voir. De faire inten­tion­nel­le­ment du mal aux gens, psy­cho­lo­gi­que­ment, phy­si­que­ment, de détruire mor­tel­le­ment des gens, ou des idées, et de com­mettre des crimes contre l’hu­ma­ni­té. Si vous faites une recherche Google du mot « evil », un mot qui devrait sûre­ment être en retrait de nos jours vous obte­nez 136 mil­lions de réponses en un tiers de seconde.

Il y a quelques années – Je suis cer­tain que vous avez tous été cho­qués, comme moi, par la révé­la­tion que des sol­dats amé­ri­cains mal­trai­taient des pri­son­niers dans un endroit éloi­gné au milieu d’une guerre contro­ver­sée : Abu Ghraib en Irak. Il s’a­gis­sait d’hommes et de femmes qui pro­cé­daient à d’in­croyables humi­lia­tions sur les pri­son­niers. J’é­tais cho­qué, mais pas sur­pris, parce que j’a­vais vu ces mêmes paral­lèles visuels quand j’é­tais le direc­teur de pri­son dans l’é­tude sur la pri­son de Stanford.

Immé­dia­te­ment, qu’a dit l’ad­mi­nis­tra­tion mili­taire du gou­ver­ne­ment Bush ? Ce que toutes les admi­nis­tra­tions disent quand il y a un scan­dale. « Ce n’est pas notre faute. Ce n’est pas celle du sys­tème. C’est celle de quelques bre­bis galeuses, de quelques mau­vais sol­dats. » Mon hypo­thèse est que les sol­dats amé­ri­cains sont bons, en temps nor­mal. Peut-être que c’é­tait le pré qui était mau­vais. Mais com­ment je vais.… com­ment puis-je déve­lop­per une telle hypothèse ?

Je suis deve­nu un expert témoin pour l’un des gardes, le ser­gent Chip Fre­de­rick, et dans cette fonc­tion, j’ai eu accès à la dizaine de rap­ports d’en­quêtes, J’a eu accès à lui, j’ai pu l’é­tu­dier. le faire venir chez moi, apprendre à le connaitre, faire des ana­lyses psy­cho­lo­giques pour voir s’il était une bonne bre­bis ou une bre­bis galeuse. Et enfin, j’ai eu accès à l’in­té­gra­li­té des 1000 pho­tos que ces sol­dats ont prises. Ces images sont d’une nature vio­lente ou sexuelle. Elles pro­viennent toutes des appa­reils de sol­dats amé­ri­cains parce que tout le monde a un appa­reil pho­to, numé­rique ou sur son télé­phone. Ils ont tout pho­to­gra­phié. Plus de 1000 photos.

Ce que j’ai fait, c’est que je les ai orga­ni­sées en dif­fé­rentes caté­go­ries. Mais celles-ci sont prises par la police mili­taire des États-Unis, des réser­vistes de l’ar­mée. Ces sol­dats ne sont abso­lu­ment pas pré­pa­rés pour ce type de mis­sion. Et tout s’est dérou­lé en un seul endroit, au Niveau 1A, pen­dant la rota­tion de nuit. Pour­quoi ? Le Niveau 1A était le centre de ren­sei­gne­ment mili­taire. C’é­tait le centre d’in­ter­ro­ga­tion. La CIA y était, les inter­ro­ga­teurs de Titan Cor­po­ra­tion, ils sont tous là, et ils n’ob­tiennent aucune infor­ma­tion concer­nant l’in­sur­rec­tion. Alors ils mettent la pres­sion sur ces sol­dats, la police mili­taire, pour qu’ils fran­chissent la ligne, ils leur donnent la per­mis­sion de bri­ser la volon­té de l’en­ne­mi, de les pré­pa­rer pour les inter­ro­ga­toires, de les rendre plus mal­léables, d’en­le­ver les gants. Voi­là les euphé­mismes, et voi­ci com­ment ils ont été inter­pré­tés. Des­cen­dons dans ce cachot.

(Bruit d’ap­pa­reil pho­to) (Bruits sourds) (Bruit d’ap­pa­reil pho­to) (Bruits sourds) (Res­pi­ra­tion) (Cloches)

Assez hor­rible. C’est l’une des illus­tra­tions visuelles du mal. Et vous avez sûre­ment com­pris que la rai­son pour laquelle j’ai sur­im­po­sé l’i­mage du pri­son­nier avec ses bras écar­tés et l’ode à l’hu­ma­ni­té de Léo­nard de Vin­ci, c’est que le pri­son­nier était un malade men­tal. Ce pri­son­nier se cou­vrait de merde chaque jour, et ils étaient obli­gés de le rou­ler dans la pous­sière pour qu’il ne pue pas. Mais les gar­diens ont fini par le sur­nom­mer Petit Mer­deux. Pour­quoi était-il dans cette pri­son plu­tôt que dans un asile ?

Quoi­qu’il en soit, voi­ci l’an­cien ministre de la Défense, M. Rum­sfeld. Il arrive et dit : « Je veux savoir qui est res­pon­sable ? Qui sont les bre­bis galeuses ? » Mais c’est une mau­vaise ques­tion. Il faut la reca­drer et deman­der « Qu’est-ce qui est res­pon­sable ? » Parce que ce « Qu’est-ce que » pour­rait être le « qui » des gens mais pour­rait aus­si être le « quoi » de la situa­tion et mani­fes­te­ment sa ques­tion va dans le mau­vais sens.

Alors com­ment les psy­cho­logues font-ils pour com­prendre de telles trans­for­ma­tions de la per­son­na­li­té humaine, si vous croyez fer­me­ment qu’ils étaient de bons sol­dats avant d’être envoyés dans ce cachot ? Il y a trois méthodes. La prin­ci­pale est appe­lée pré-dis­po­si­tion. Nous obser­vons ce qui est à l’in­té­rieur de la per­sonne, les bre­bis galeuses.

C’est la base de toutes les sciences sociales, la base de la reli­gion, la base de la guerre. Les psy­cho­logues sociaux comme moi débarquent et disent « D’ac­cord, les gens sont les acteurs sur la scène, mais il faut être conscient du contexte de la situa­tion. Quel est l’en­semble des per­son­nages ? Quels sont les cos­tumes ? Y a‑t-il un met­teur en scène ? » Et donc nous nous inté­res­sons aux fac­teurs externes autour de l’in­di­vi­du : le mau­vais pré ? Et les socio­logues s’ar­rêtent là, et ne voient pas le point cru­cial que j’ai décou­vert quand je suis deve­nu expert témoin pour Abu Ghraib. Le pou­voir est dans le sys­tème. Le sys­tème crée la situa­tion qui cor­rompt les indi­vi­dus, et le sys­tème, c’est l’ar­rière-plan légal, poli­tique, éco­no­mique et cultu­rel. Et c’est là qu’est le pou­voir des créa­teurs de mau­vais prés.

Donc si vous vou­lez chan­ger une per­sonne, il vous faut chan­ger la situa­tion. Si vous vou­lez chan­ger la situa­tion, il vous faut savoir où réside le pou­voir dans le sys­tème. Et donc l’Ef­fet Luci­fer implique la com­pré­hen­sion des modi­fi­ca­tions de la per­son­na­li­té humaine avec ces trois fac­teurs. Et ce sont des inter­ac­tions dyna­miques. Qu’est-ce que les gens apportent à la situa­tion ? Qu’est que la situa­tion fait res­sor­tir d’eux ? Et quel est le sys­tème qui crée et main­tient cette situation ?

Et donc le sujet de mon livre, l’Ef­fet Luci­fer, publié récem­ment, c’est de com­prendre com­ment des gens biens deviennent mau­vais ? Il contient beau­coup de détails concer­nant ce dont je vais vous par­ler aujourd’­hui. Donc « L’Ef­fet Luci­fer » du Dr. Z, bien qu’il se concentre sur le mal, est en fait une célé­bra­tion de la capa­ci­té infi­nie de l’es­prit humain de rendre n’im­porte lequel d’entre nous com­pa­tis­sant ou cruel, atten­tion­né ou indif­fé­rent, créa­tif ou des­truc­tif, et il trans­forme cer­tains d’entre nous en cri­mi­nels. Mais la bonne nou­velle, que j’es­père je pour­rai évo­quer à la fin, c’est qu’il fait de cer­tains d’entre nous des héros. Ceci est un mer­veilleux des­sin du New Yor­ker, qui résume vrai­ment toute ma pré­sen­ta­tion : « Je ne suis ni un bon, ni un mau­vais flic, Jérôme. Comme toi, je suis un amal­game com­plexe de traits de per­son­na­li­té posi­tifs et néga­tifs qui émergent, ou non, sui­vant les cir­cons­tances. » (Rires)

Il y a une étude que cer­tains d’entre vous croient connaître mais très peu de gens ont lu l’his­toire. Vous avez vu le film. Voi­ci Stan­ley Mil­gram, un gamin juif du Bronx, et il a posé la ques­tion « Est-ce que l’ho­lo­causte pour­rait se pro­duire ici, main­te­nant ? » Les gens disent « Non, ça c’est l’Al­le­magne Nazie, c’est Hit­ler, c’est 1939. » Il a répon­du « Oui, mais sup­po­sez que Hit­ler vous demande « Pour­riez-vous élec­tro­cu­ter un étran­ger ? » « Non, pas moi, je suis quel­qu’un de bien. » Et il a dit « Pour­quoi ne pas vous pla­cer dans une situa­tion par­ti­cu­lière et vous per­mettre de voir ce que vous feriez ? »

Et donc ce qu’il a fait, c’est qu’il a tes­té 1000 per­sonnes ordi­naires, 500 de New Haven dans le Connec­ti­cut, 500 de Brid­ge­port. L’an­nonce disait : « Des psy­cho­logues veulent com­prendre la mémoire, nous vou­lons amé­lio­rer la mémoire des gens, parce que la mémoire est la clé du suc­cès. » D’ac­cord ? « Nous allons vous payer cinq dol­lars – quatre dol­lars, pour le temps pas­sé. » Et elle disait « Nous ne vou­lons pas d’é­tu­diants, nous vou­lons des hommes entre 20 et 50 ans » – dans une enquête ulté­rieure ils ont étu­dié les femmes – des gens ordi­naires : coif­feurs, ven­deurs, employés de bureau.

Donc vous y allez et l’un d’entre vous va être l’é­tu­diant et l’autre sera l’en­sei­gnant. L’é­tu­diant est un type sym­pa­thique, d’âge moyen. Il est atta­ché à l’élec­tro-choc dans une autre pièce. L’é­tu­diant peut être d’âge moyen, peut n’a­voir que vingt ans. Et des ins­truc­tions vous sont don­nées par une auto­ri­té, l’homme en blouse blanche. « Votre tra­vail d’en­sei­gnant est de don­ner à cet homme des choses à apprendre. S’il répond juste, récom­pen­sez-le. S’il se trompe, vous pres­sez un bou­ton sur la boite à élec­tro-choc. Le pre­mier bou­ton est 15 volts. Il ne le sent même pas. » Et c’est cela la clé. Toutes les hor­reurs com­mencent avec 15 volts. Et l’é­tape sui­vante c’est 15 volts de plus. Le pro­blème c’est que, à l’autre bout, c’est 450 volts. Et à mesure que vous pro­gres­sez, l’homme hurle, « J’ai des pro­blèmes de cœur ! J’abandonne ! »

Vous êtes quel­qu’un de bien. Vous vous plai­gnez. « Mon­sieur, qui sera res­pon­sable si quelque chose lui arrive ? » Et l’ex­pé­ri­men­ta­teur répond « Ne vous inquié­tez pas, c’est ma res­pon­sa­bi­li­té. Conti­nuez d’en­sei­gner. » Et la ques­tion est : qui va aller jus­qu’à 450 volts ? Remar­quez que ici, quand on monte à 375, il est écrit : « Dan­ger : Décharge impor­tante. » Et quand on en arrive là, il y a « XXX » : la por­no­gra­phie du pou­voir. (Rires)

Mil­gram a deman­dé à 40 psy­chiatres, « Quel pour­cen­tage de citoyens amé­ri­cains iront jus­qu’au bout ? » Ils ont répon­du 1%. Parce que c’est un com­por­te­ment sadique, et nous savons, la psy­chia­trie sait, que seule­ment 1% des Amé­ri­cains sont sadiques. Voi­là les résul­tats. Ils étaient très loin du compte. Les deux-tiers sont allés jus­qu’à 450 volts. Ce n’é­tait qu’une seule étude. Mil­gram en a fait plus de 16 et regar­dez : dans la sei­zième étude, où vous voyez quel­qu’un dans la même situa­tion aller jus­qu’au bout, 90% vont jus­qu’au bout. Dans la cin­quième étude, si vous voyez des gens se rebel­ler, 90% se rebellent. Et les femmes ? Étude 13 : pas de dif­fé­rence avec les hommes. Mil­gram quan­ti­fie le mal comme le consen­te­ment des gens à obéir aveu­glé­ment à l’au­to­ri­té, à aller jus­qu’au bout, à 450 volts. C’est comme un cadran sur la nature humaine. un cadran dans la mesure où vous pou­vez rendre presque tous le monde tota­le­ment obéis­sant ou bien la majo­ri­té, ou bien personne.

Alors quels sont les paral­lèles exté­rieurs ? Toute recherche est après tout arti­fi­cielle. Quelle est la vali­di­té dans le monde réel ? 912 citoyens amé­ri­cains se sont sui­ci­dés ou ont été tués par des amis ou des membres de leur famille dans la jungle du Guya­na en 1978, parce qu’ils obéis­saient aveu­glé­ment à cet homme, leur pas­teur. Pas leur prêtre. Leur pas­teur, le révé­rend Jim Jones. Il les a per­sua­dés de com­mettre un sui­cide de masse et il est la repré­sen­ta­tion moderne de l’Ef­fet Luci­fer. Un homme de Dieu qui devient l’Ange de la Mort. L’é­tude de Mil­gram concerne l’au­to­ri­té d’un indi­vi­du pour contrô­ler les gens. Cepen­dant la plu­part du temps nous sommes dans des ins­ti­tu­tions et donc l’é­tude sur la pri­son de Stan­ford est une étude du pou­voir des ins­ti­tu­tions à influen­cer les com­por­te­ments indi­vi­duels. Et, c’est inté­res­sant, Stan­ley Mil­gram et moi étions dans la même classe au lycée à James Mon­roe dans le Bronx en 1954.

Donc cette étude, que j’ai faite avec mes étu­diants, en par­ti­cu­lier Craig Haney, com­men­çait aus­si avec une annonce. Nous n’a­vions pas d’argent, alors nous avions une toute petite annonce bon mar­ché, mais nous vou­lions des étu­diants en uni­ver­si­té pour une étude sur la vie en pri­son. Nous avons eu 75 volon­taires, qui ont pas­sé des tests de per­son­na­li­té. Nous avons fait des entre­tiens et en avons choi­si deux dou­zaines : les plus nor­maux, les plus sains. Un rôle leur a été attri­bué au hasard, pri­son­nier ou gar­dien. Donc, le pre­mier jour, nous savions que nous avions de bonne bre­bis. Je vais les mettre dans une mau­vaise situation.

Deuxiè­me­ment, nous savons qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre les jeunes qui vont être les gar­diens et ceux qui vont être les pri­son­niers. Aux gamins qui allaient être les pri­son­niers, nous avons dit : « Atten­dez chez vous dans les dor­toirs. L’é­tude com­mence dimanche. » Nous ne leur avons pas dit que la police muni­ci­pale vien­drait les arrê­ter de manière réa­liste. (Homme dans la vidéo : une voi­ture de police s’ar­rête devant, un flic vient à la porte et frappe et dit qu’il me cherche. Et là, immé­dia­te­ment, ils m’embarquent, me mettent les mains contre la voi­ture. C’é­tait une vraie voi­ture de flics, c’é­tait un vrai poli­cier, et il y avait mes vrais voi­sins dans la rue qui ne savaient pas que c’é­tait une expé­rience. Et il y avait ces camé­ras tout autour et les voi­sins tout autour. Ils m’ont mis dans la voi­ture, et ensuite ils ont conduit dans Palo Alto. Il’s m’ont emme­né au poste de police, dans la cave du poste de police. Et ils m’ont enfer­mé en cel­lule. J’é­tais le pre­mier à être arrê­té, donc ils m’ont mis en cel­lule, qui était exac­te­ment comme une chambre avec une porte à bar­reaux. Ce n’é­tait clai­re­ment pas une vraie cel­lule. Ils m’ont enfer­mé là-dedans, avec cet uni­forme dégra­dant. Ils pre­naient cette expé­rience trop au sérieux. »

Voi­ci les pri­son­niers qui vont être déshu­ma­ni­sés. Ils vont deve­nir des numé­ros. Voi­ci les gardes avec les sym­boles de pou­voir et d’a­no­ny­mat. Les gar­diens obligent les pri­son­niers à net­toyer les cuvettes des toi­lettes à mains nues, et à effec­tuer d’autres tra­vaux humi­liants. Ils les mettent nus. Ils les pro­voquent sexuel­le­ment. Ils com­mencent à pra­ti­quer des acti­vi­tés dégra­dantes, comme leur faire simu­ler la sodo­mie. Vous avez vu une simu­la­tion de fel­la­tion avec les sol­dats d’A­bu Ghraib. Mes gar­diens en sont arri­vés là en cinq jours. La réac­tion de stress était tel­le­ment extrême, que des enfants nor­maux, que nous avions choi­sis parce qu’ils étaient en bonne san­té ont fait des dépres­sions en l’es­pace de 36 heures. L’é­tude s’est ter­mi­née après six jours parce qu’elle était deve­nue incon­trô­lable. Cinq jeunes ont fait des dépressions.

Est-ce que cela fait une dif­fé­rence si les guer­riers partent en guerre en chan­geant leur appa­rence, ou pas ? Est-ce que cela fait une dif­fé­rence s’ils sont ano­nymes dans la manière dont ils traitent leurs vic­times ? Nous savons que dans cer­taines cultures, ils partent en guerre sans chan­ger leur appa­rence. Dans d’autres cultures, ils se peignent le corps comme dans « Sa Majes­té des Mouches » Dans d’autres, ils portent des masques. Dans beau­coup, les sol­dats sont ano­nymes en uni­formes. Donc cet anthro­po­logue, John Wat­son, a étu­dié 23 cultures qui avaient 2 types de don­nées. Changent-elles leur appa­rence ? 15. Est-ce qu’elles tuent, tor­turent, mutilent ? 13. Si elles ne changent pas leur appa­rence seule­ment une sur huit tue, tor­ture ou mutile. La clé est dans la zone rouge. Si elles changent leur appa­rence, 12 sur 13 (soit 90 pourcent) tuent, tor­turent, mutilent. Et c’est là le pou­voir de l’anonymat.

Quels sont donc
les sept pro­ces­sus sociaux qui huilent la pente glis­sante vers le mal ?

  1. Faire le pre­mier petit pas sans réfléchir.
  2. Déshu­ma­ni­ser les autres.
  3. Se dés­in­di­vi­dua­li­ser soi-même.
  4. Le par­tage de la res­pon­sa­bi­li­té personnelle.
  5. L’o­béis­sance aveugle à l’autorité.
  6. Confor­mi­té sans réserves aux normes de groupe.
  1. Tolé­rance pas­sive au mal, à tra­vers l’i­nac­tion ou l’indifférence.

Et tout cela se pro­duit lorsque vous êtes dans une situa­tion nou­velle ou peu fami­lière. Vos sché­mas de réponse habi­tuels ne fonc­tionnent pas. Votre per­son­na­li­té et mora­li­té ne sont pas engagées.

« Rien n’est plus facile que de dénon­cer celui qui fait le mal ; rien n’est plus dif­fi­cile que de le com­prendre, » nous dit Dos­toïevs­ki. Com­prendre n’est pas excu­ser. La psy­cho­lo­gie n’est pas l’excus-ologie.

Et donc les recherches socio­lo­giques et psy­cho­lo­giques révèlent com­ment des gens ordi­naires peuvent être trans­for­més sans drogues. Vous n’en avez pas besoin. Vous avez seule­ment besoin des pro­ces­sus socio-psy­cho­lo­giques. Des exemples dans le monde réel ?

Com­pa­rez avec ceci. James Schle­sin­ger (et je vais devoir conclure là-des­sus) dit : « Les psy­cho­logues ont ten­té de com­prendre com­ment et pour­quoi les indi­vi­dus et groupes qui nor­ma­le­ment se com­portent de manière humaine peuvent par­fois se com­por­ter dif­fé­rem­ment dans cer­taines cir­cons­tances. » C’est l’Ef­fet Luci­fer. Et il conti­nue en disant « L’é­tude déci­sive de Stan­ford nous four­nit un conte moral pour toutes les opé­ra­tions mili­taires. » Si vous don­nez aux gens du pou­voir sans sur­veillance, c’est une ordon­nance pour les abus. Ils le savaient et ont lais­sé faire.

Un autre rap­port, un rap­port d’en­quête du géné­ral Fay, dit que le sys­tème est cou­pable et dans son rap­port il dit que c’est l’en­vi­ron­ne­ment qui a créé Abu Ghraib du fait de man­que­ments de com­man­de­ment qui ont contri­bué à l’a­vè­ne­ment de ce type d’a­bus, et le fait qu’ils soient res­tés incon­nus des auto­ri­tés supé­rieures pen­dant si long­temps. Ces abus se sont pro­duits pen­dant trois mois. Qui gar­dait le maga­sin ? La réponse est per­sonne et, je pense, de manière vou­lue. Ils ont don­né aux gar­diens la per­mis­sion de faire ces choses, et ils savaient que per­sonne ne des­cen­drait jamais dans ce cachot.

Il faut donc un chan­ge­ment de para­digme dans tous ces domaines. Ce chan­ge­ment doit se pro­duire en dehors du modèle médi­cal qui se concentre uni­que­ment sur l’in­di­vi­du. Ce chan­ge­ment doit aller vers un modèle de san­té publique qui recon­nait les vec­teurs situa­tion­nels et sys­té­miques de la mala­die. L’in­ti­mi­da­tion est une mala­die. Le pré­ju­gé est une mala­die. La vio­lence est une mala­die. Et depuis l’In­qui­si­tion, nous avons géré ces pro­blèmes au niveau des indi­vi­dus. Et vous savez quoi ? Cela ne fonc­tionne pas. Alexandre Sol­je­nit­syne dit que la ligne entre le bien et le mal passe au tra­vers du cœur de chaque être humain. Cela signi­fie que la ligne n’est pas quelque part là-bas. C’est une déci­sion que vous devez prendre. C’est quelque chose de personnel.

Mais je vou­drais ter­mi­ner très rapi­de­ment sur une note posi­tive : l’hé­roïsme en tant qu’an­ti­dote au mal. En pro­mou­vant l’i­ma­gi­na­tion héroïque, par­ti­cu­liè­re­ment chez nos enfants, dans notre sys­tème d’é­du­ca­tion. Nous vou­lons que nos enfants pensent « Je suis le héros en deve­nir, atten­dant la bonne situa­tion pour appa­raître, et j’a­gi­rai de manière héroïque ».

Toute ma vie va main­te­nant se détour­ner du mal dans lequel j’ai évo­lué depuis mon enfance, vers la com­pré­hen­sion des héros.

Et leur idée de l’hé­roïsme main­te­nant, ce sont des gens ordi­naires qui font des choses héroïques. C’est le contre­point de la bana­li­té du mal de Han­nah Arendt. Les héros de notre socié­té tra­di­tion­nelle sont faux, parce qu’ils sont les excep­tions. Ils orga­nisent toute leur vie autour de cela. C’est pour cela que nous connais­sons leurs noms. Et les héros de nos enfants sont aus­si leurs modèles parce qu’ils ont des talents super natu­rels. Nous vou­lons que nos enfants réa­lisent que la plu­part des héros sont des gens comme vous et moi, et que l’acte héroïque est inha­bi­tuel. Voi­ci Joe Dar­by. C’est lui qui a stop­pé ces abus que vous avez vus, parce que lors­qu’il a vu ces images, il les a don­nées à un offi­cier supé­rieur qui enquê­tait. C’é­tait un simple sol­dat du rang et cela a tout arrê­té. Était-il un héros ? Non. Ils ont dû le mettre sous pro­tec­tion, parce que des gens vou­laient le tuer, avec sa mère et sa femme. Ils ont dû res­ter cachés pen­dant trois ans.

Voi­ci la femme qui a stop­pé l’é­tude sur la pri­son de Stan­ford. Quand j’ai dit que c’é­tait deve­nu hors de contrôle, j’é­tais le direc­teur de la pri­son. Je ne savais pas qu’elle n’é­tait plus sous contrôle. J’é­tais tota­le­ment indif­fé­rent. Elle est venue, a vu cet asile de fous et m’a dit : « Vous savez, ce que vous faites à ces gar­çons est ter­rible. Ce ne sont pas des pri­son­niers, ce ne sont pas des gar­diens, ce sont des gar­çons, et vous êtes res­pon­sable. » Et j’ai arrê­té l’é­tude le jour sui­vant. La bonne nou­velle c’est que je l’ai épou­sée l’an­née sui­vante. (Rires) (Applau­dis­se­ments) J’ai repris mes esprits, manifestement.

Donc cer­taines situa­tions ont le pou­voir de faire, à tra­vers – mais l’im­por­tant, c’est que c’est la même situa­tion qui peut enflam­mer une ima­gi­na­tion agres­sive chez cer­tains d’entre nous, qui nous fait com­mettre des crimes, qui peut aus­si ins­pi­rer l’i­ma­gi­na­tion héroïque chez d’autres. C’est la même situa­tion. Et vous êtes soit d’un côté, soit de l’autre.

La plu­part des gens sont cou­pables du crime d’i­nac­tion, parce que votre mère vous a dit : « Ne t’en mêle pas, occupe-toi de tes affaires. » Et vous devez dire : « Maman, l’hu­ma­ni­té est mon affaire. »

Donc la psy­cho­lo­gie de l’hé­roïsme c’est – nous allons finir dans un moment – com­ment encou­ra­ger nos enfants, dans des cours de héros, sur les­quels je tra­vaille avec Matt Lang­don (il a un ate­lier d’hé­roïsme), à déve­lop­per cette ima­gi­na­tion héroïque, cette éti­quette auto-appo­sée « Je suis un héros en attente » et leur ensei­gner des com­pé­tences. Pour être un héros, vous devez apprendre à être dif­fé­rent, parce que vous allez tou­jours à l’en­contre de la confor­mi­té du groupe. Les héros sont des gens ordi­naires dont les actions sociales sont extra­or­di­naires. Qui agissent.

La clé de l’hé­roïsme, ce sont deux choses : 

A : Il faut agir quand tous les autres sont passifs. 

B : Il faut agir de manière socio-cen­trique, pas égo­cen­trique.

Et je veux ter­mi­ner avec cette his­toire que cer­tains d’entre vous connaissent, à pro­pos de Wes­ley Autrey, héros du métro new-yor­kais. Un noir amé­ri­cain de 50 ans, employé du bâti­ment. Il est là debout sur le quai du métro à New York ; un homme blanc tombe sur les rails. Le métro arrive. Il y a 75 per­sonnes pré­sentes. Vous savez quoi ? Ils sont tous cloués au sol. Il a une bonne rai­son de ne pas inter­ve­nir. Il est noir, cet homme est blanc, et il a deux petits enfants avec lui. Au lieu de cela, il confie ses enfants à un incon­nu, saute sur les rails, place l’homme entre les rails, se couche sur lui, le métro passe par-des­sus. Wes­ley et l’homme : 52 cen­ti­mètres de hau­teur. La hau­teur sous le train est de 53 cen­ti­mètres et demi. Un cen­ti­mètre et demi de plus et il aurait été déca­pi­té. Et il a dit : « J’ai fait ce que n’im­porte qui aurait pu faire » ce n’est pas bien dif­fi­cile de sau­ter sur les rails.

L’im­pé­ra­tif moral c’est « J’ai fait ce que tout le monde devrait faire. » Et ain­si un jour, vous serez dans une situa­tion nou­velle. Pre­nez un che­min, vous com­met­trez le mal. Le mal, c’est-à-dire que vous serez Arthur Ander­son. Vous tri­che­rez, ou vous auto­ri­se­rez l’in­ti­mi­da­tion. Second che­min : vous deve­nez cou­pable de com­mettre le mal par inac­tion pas­sive. Troi­sième voie : vous deve­nez un héros. La ques­tion c’est, sommes-nous prêts à prendre le che­min qui célèbre les héros ordi­naires, qui attendent que la bonne situa­tion se pré­sente, pour mettre en action leur ima­gi­na­tion héroïque ? Parce qu’il se pour­rait que cela n’ar­rive qu’une fois dans votre vie, et quand vous l’au­rez lais­sé pas­ser, vous vous sou­vien­drez tou­jours que vous auriez pu être un héros, et que vous n’a­vez rien fait. Le but est d’y pen­ser, et puis de le faire.

Je veux vous remer­cier. Mer­ci. Mer­ci. Oppo­sons-nous au pou­voir des sys­tèmes immo­raux chez nous et à l’é­tran­ger, et concen­trons-nous sur le posi­tif. Défen­dez le res­pect de la digni­té per­son­nelle, la jus­tice et la paix, ce que mal­heu­reu­se­ment notre gou­ver­ne­ment n’a pas fait. Mer­ci beau­coup. » (Applau­dis­se­ments)

Phi­lip Zim­bar­do (TED).

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19 Commentaires

  1. Alyoukaidi

    Etienne, je vous ai don­né le livre d’O­li­vier Mau­rel « Oui la nature humaine est bonne » lors de l’ ate­lier consti­tuant du 15 mars.
    Le titre est certes peu enga­geant, mais je n’ai pas fait cette démarche à la légère. Ce livre est capi­tal pour éclai­rer l’o­ri­gine de la vio­lence, ou du « mal », ou de tout ce qui en découle (abus de pou­voir, etc.) Lisez-le. L’ar­gu­men­ta­tion est lim­pide. J’ai la fai­blesse de pen­ser qu’il devrait sérieu­se­ment impac­ter votre quête de la cause des causes.
    Phi­lip Zim­bar­do dit que « le mal, c’est l’exer­cice du pou­voir »… Oui, sûre­ment… peut-être. Et tout autant de l’o­béis­sance, non ?
    Qui n’est pas sans lien avec le fait que parents et édu­ca­teurs ont bat­tu les enfants pen­dant des mil­lé­naires pour qu’ils poussent droit. Pour leur bien.
    Il faut lire ce livre. Oui oui oui oui oui !
    Manuel Valls est pre­mier ministre : ça urge !

    Réponse
    • J-P BOISSY

      La nature de l’homme est fon­da­men­ta­le­ment bonne. C’est éga­le­ment la pen­sée et la décou­verte de Carl Rogers, psy­cho­logue cli­ni­cien et l’un des pères du cou­rant huma­niste. S’il y a un livre qu’il faut lire, c’est : « le déve­lop­pe­ment de la per­sonne ». Il décrit le déve­lop­pe­ment de la psy­cho­lo­gie per­son­nelle, la for­ma­tions des névroses, les dif­fé­rents niveaux de déres­pon­sa­bi­li­sa­tion pour­rait-on dire et la façon de s’en sortir.
      Le pro­blème de la socié­té d’au­jourd’­hui, c’est certes dans le pre­mier point le pou­voir et ceux qui écrire les règles du pou­voir et sur un second point, c’est que l’é­du­ca­tion ne prend en compte que l’ex­té­rieur l’u­ni­vers sans l’é­qui­li­brer par la connais­sance de l’in­té­rieur. Sur le fron­ton du temple de Delphes on peut lire cette cita­tion : « connais-toi toi-même et tu connai­tras l’u­ni­vers et les dieux ».
      Des siècles plus tard, Rabe­lais écri­vait à son tour : « science sans conscience, n’est que ruine de l’âme. »
      Com­ment ces phi­lo­sophes et alchi­mistes, ces cher­cheurs de l’é­poque ont-ils pu arri­ver à décrire ce que les sciences confirment dans leurs décou­vertes, s’ils n’a­vaient pas explo­ré leur intérieur ?

      Réponse
  2. Alyoukaidi

    Deve­nir un héros… quelle idée stu­pide ! Un ate­lier d’hé­roïsme, des cours d’hé­roïsme… Misère… L’hu­ma­nisme pas­sé à la mou­li­nette de la téléréalité.

    Les « justes » qui cachaient des juifs, pen­dant la guerre, déso­béis­saient au pou­voir et ne l’ont pas fait pour être des héros. Ils l’ont fait parce qu’ils ne pou­vaient pas faire autre­ment : ils étaient struc­tu­rel­le­ment empa­thiques, comme tout être humain qui aura été aimé et res­pec­té dans son enfance. Celui-là, je sou­tiens qu’il ne tue­ra pas un chat, même si c’est le pape qui le lui ordonne (ou Pou­tine, ou Valls…)

    « Avez-vous eu connais­sance de l’enquête réa­li­sée par Samuel et Pearl Oli­ner sur l’éducation de plus de 400 “justes” qui ont jus­te­ment fait preuve d’une remar­quable auto­no­mie de pen­sée et de com­por­te­ment ? Les quatre points qui sont reve­nus le plus sou­vent dans leurs réponses sont les sui­vants : ils ont eu des parents affec­tueux, des parents qui leur ont appris l’altruisme (vrai­sem­bla­ble­ment par l’exemple plus que par des dis­cours), des parents qui leur ont fait confiance, et enfin qui leur ont don­né une édu­ca­tion non auto­ri­taire et non répressive. »
    C’est un extrait de la lettre d’O­li­vier Mau­rel à Harald Wel­zer, à pro­pos de son livre « Les exé­cu­teurs, Des hommes nor­maux aux meur­triers de masse. »
    Elle est plus courte que son bou­quin, ne vous en pri­vez pas 🙂
    http://​www​.alice​-mil​ler​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​_​f​r​.​p​h​p​?​l​a​n​g​=​f​r​&​n​i​d​=​1​2​2​&​g​r​p​=17

    Réponse
  3. etienne

    Alyou­kai­di,

    Vous dites que l’i­dée de deve­nir un héros (plu­tôt que de res­ter ou deve­nir un salaud) est « stu­pide », une idée misérable… 

    Pour­riez-vous déve­lop­per un peu et démon­trer cela, s’il vous plaît ?

    Parce que là, je ne vois pas ce qui per­met de le pen­ser (je ne trouve pas ça stu­pide du tout).

    Autre­ment dit : dire que les héros le sont pas nature et que les salauds le sont par nature, est-ce que ce n’est pas raciste ? (en enfer­mant les humains dans leurs opi­nions pas­sées, en natu­ra­li­sant leurs sen­ti­ments du moment, en essen­tia­li­sant leur pen­sée, comme s’ils ne pou­vaient pas changer)

    Qu’y a‑t-il de mal à cher­cher ce qui peut pous­ser les hommes à deve­nir meilleurs, jus­qu’à deve­nir admirables ?

    Étienne.

    Réponse
  4. etienne

    L’ex­pé­rience de Mil­gram, de sou­mis­sion à l’autorité
    (extrait du film « I comme Icare ») :


    Expé­rience Stan­ley Mil­gram par Nico­las­Ke­moun

    « Jus­qu’où va-t-il obéir à cet ordre imbé­cile et révol­tant que nous venons de lui donner ?
    Tout le pro­blème est là ».

    ——

    « – Regar­dez bien : [le bour­reau] essaie de dimi­nuer son conflit inté­rieur en aidant sa victime.

    - Mais enfin, si ce conflit lui est tel­le­ment insup­por­table, pour­quoi ne s’ar­rête-t-il pas ?

    - S’il s’ar­rête, il recon­naît impli­ci­te­ment qu’il a eu tort d’al­ler jusque là.
    En conti­nuant, il jus­ti­fie tout ce qu’il a fait jus­qu’à présent. »

    ——-

    - Vous voyez, dès que la cohé­rence du sys­tème hié­rar­chique dis­pa­raît, dès qu’il y a désac­cord au niveau de l’autorité, le sujet en pro­fite pour arrê­ter d’o­béir. »

    Réponse
  5. Alyoukaidi

    Hou­là là, ce n’est pas du tout ce que j’ai vou­lu dire !
    On n’est rien du tout par nature, et on peut évi­dem­ment chan­ger à tout moment 🙂

    Ce que je trouve stu­pide, ce n’est pas « l’hé­roïsme », mais cette volon­té d’hé­roï­ser les actes altruistes dés­in­té­res­sés. Ca me fait pen­ser à « La nuit des héros », une des pre­mières émis­sions de téléréalité.
    Wes­ley Autrey, « héros » du métro new-yor­kais, n’a pas cher­ché à être un héros médaillé. Il a écou­té son huma­ni­té… et son grand courage.
    C’est la ter­mi­no­lo­gie « cours de héros », « ate­lier d’hé­roïsme » qui me dérange, qui sug­gère qu’on fait telle ou telle « bonne action » pour rece­voir la médaille du héros et être applau­di, et pas sim­ple­ment parce qu’il est bigre­ment nor­mal de venir en aide à quelqu’un.
    Il fau­drait appe­ler ces cours « ate­liers de nor­ma­li­tude », mais c’est moche et moins vendeur 🙂
    C’est ne pas venir en aide à quel­qu’un qui est anor­mal, pas le contraire.
    Je vous cite citant David Grae­ber : pour­quoi les Inuits sont indi­gnés face aux remer­cie­ments de Freu­chen ? « Nous sommes humains. Puisque nous sommes humains, nous nous entrai­dons. Nous n’ai­mons pas entendre quel­qu’un dire mer­ci pour ça. »
    Pour moi, un « cours de héros », ça sug­gère qu’on fait une bonne action pour le béné­fice qu’on en retire (deve­nir un héros, être remer­cié), et pas parce que l’en­traide est la base des rela­tions humaines.
    Etre remer­cié pour sim­ple­ment avoir été humain est insul­tant pour un Inuit. Quelque part, ça l’est pour moi aus­si : ça sous-entend que j’au­rais pu être autre chose qu’humain.

    Des cher­cheurs alle­mands ont mon­tré que les bébés de 18 mois sont spon­ta­né­ment capables d’al­truisme. Regar­dez ces expé­riences magnifiques :
    https://youtu.be/Z‑eU5xZW7cU
    Et un petit article qui en dit long : http://​www​.col​loques​-ff2p​.com/​c​o​l​l​o​q​u​e​2​0​1​1​/​p​a​g​e​s​i​n​t​e​r​v​e​n​a​n​t​s​/​m​a​u​r​e​l​.​h​tml

    A mon sens, il faut désap­prendre l’in­dif­fé­rence et l’é­goïsme pour rede­ve­nir humain, et pas « apprendre l’hé­roïsme » pour rou­ler des méca­niques et mettre son diplôme de héros sur la cheminée.
    Mais ma cri­tique porte sur le voca­bu­laire et la conno­ta­tion qu’il véhi­cule pour moi. Sur le fond, on est d’ac­cord : tout ce qui peut nous aider à rendre la socié­té meilleure est à prendre !

    Réponse
  6. etienne

    Un repor­tage bou­le­ver­sant et important : 

    Voi­ci ce qui pend au nez de ceux qui renoncent à limi­ter EUX-MÊMES les pou­voirs aux­quels ils consentent à obéir : 

    Un taxi pour L’ENFER : TORTURE LÉGALISÉE AUX USA

    TOUT POUVOIR VA JUSQU’À CE QU’IL TROUVE UNE LIMITE.
    LA LIMITE est dans LA CONSTITUTION.
    Qui rédige, pro­tège et cor­rige la Constitution ?
    Pour­quoi pas vous ?
    Pour­quoi avez-vous démis­sion­né du pro­ces­sus constituant ?
    Ne faites-vous donc pas LE LIEN entre votre démis­sion per­son­nelle et les ABUS DE POUVOIR dont vous serez bien­tôt victime ?

    « Un homme enchaî­né sait qu’il aurait dû agir plus tôt, car sa capa­ci­té à influer sur l’action de l’État touche à sa fin. » Julian Assange.

    Réponse
  7. Marie

    Hor­reur, hor­rible, épou­vante. Et ça… ça date pas du Moyen-âge!… c’est très récent…ça fait froid dans le dos ; aucune empa­thie, aucune pitié.
    Ils disent : ce sont des chiens, mais même les chiens ne sont pas trai­tés ainsi.
    Le gou­ver­ne­ment déshu­ma­nise l’être humain, et l’être humain consent !
    Sans doute aus­si, en plus de recru­ter des indi­vi­dus lamb­das, il recrute en fonc­tion de com­por­te­ments déviants…pervers, sadiques, en somme malades.
    Mal­gré la res­pon­sa­bi­li­té pre­mière du gou­ver­ne­ment, les tor­tion­naires devraient êtres condam­nés très sévè­re­ment en plus d’ actes de repen­tance vis-à-vis des familles des victimes.
    Per­so ça ou la shoa, je vois pas où est la différence…

    Réponse
  8. Marie
  9. Robert

    Les expli­ca­tions de Zim­bar­do sont inté­res­santes mais un peu courtes. Elles néces­sitent un éclai­rage plus scien­ti­fiques comme par exemple les tra­vaux du pro­fes­seur Hen­ri Laborit

    Réponse
  10. zedav

    J’en ai déjà par­lé il y a un bout de temps sur le forum…pour com­plé­ter le trip­tyque qui fonde la psy­cho­lo­gie sociale avec les expé­riences de Mil­gram et de Zim­bar­do, manque l’ex­pé­rience de Ash.

    Il y a beau­coup d’autres expé­riences inté­res­santes. La psy­cho­lo­gie sociale pro­pose pro­ba­ble­ment une cause des causes à la cause des causes de notre impuis­sance poli­tique. Si nous lais­sons écrire les règles du pou­voir à ceux qui le détiennent, c’est que les humains ont ten­dance à faire confiance, à croire aux bobards, à se confor­mer aux repré­sen­ta­tions dominantes…même quand l’er­reur est évi­dente et gros­sière :

    Ce qui ne per­met pas d’être très opti­miste est que la majo­ri­té des per­sonnes vision­nant ces expé­riences pensent qu’eux ne se seraient pas com­por­tés ain­si, c’est tou­jours « les autres » (cf. les rires una­nimes dans l’ex­pé­rience de l’ascenseur)…ce que pour­tant ces expé­riences réfutent précisément.

    Nous nous res­sen­tons libre, c’est ain­si que notre psy­chisme est construit. Mais nous ne le sommes pas… C’est la conclu­sion que Zim­bar­do devrait tirer de son expé­rience (qu’il tire presque, en fait, sans aller jus­qu’au bout) mais cette idée est trop insup­por­table à l’é­go, au sien aussi.

    Réponse
    • etienne

      Une appli­ca­tion de l’ex­pé­rience de Ash, sur les évé­ne­ments du 11 septembre : 

      Réponse

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