[RussEurope-en-Exil] A propos du livre d’Etienne Chouard, « Notre Cause Commune », par Jacques Sapir

10/04/2019 | 6 commentaires

Je remer­cie Jacques Sapir du fond du cœur pour tous ses pré­cieux com­men­taires sur mon tra­vail. Je remer­cie aus­si Oli­vier Ber­ruyer de publier cette recension :

https://​www​.les​-crises​.fr/​r​u​s​s​e​u​r​o​p​e​-​e​n​-​e​x​i​l​-​a​-​p​r​o​p​o​s​-​d​u​-​l​i​v​r​e​-​d​e​t​i​e​n​n​e​-​c​h​o​u​a​r​d​-​n​o​t​r​e​-​c​a​u​s​e​-​c​o​m​m​u​n​e​-​p​a​r​-​j​a​c​q​u​e​s​-​s​a​p​ir/

[Jacques Sapir : ] Etienne Chouard vient de publier Notre Cause Com­mune[1], un livre où, à par­tir du mou­ve­ment des Gilets Jaunes, il fait un pro­cès en règle de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive avec l’apologie du réfé­ren­dum et du tirage au sort. C’est un livre impor­tant, et qui cho­que­ra cer­tains à gauche, et c’est tant mieux. Mais, ce livre devrait les inci­ter à réflé­chir à ce qu’ils appellent « démo­cra­tie ». J’ai ren­con­tré Etienne Chouard à deux reprises, quand il fut invi­té dans l’émission Rus­sEu­rope Express ou j’interviens sur Sput­nik France[2]. Disons le d’emblée, Etienne Chouard ne cor­res­pond nul­le­ment à la cari­ca­ture qu’une cer­taine presse veut en dres­ser. Ce n’est ni un « com­plo­tiste », ni un dan­ge­reux exci­té, mais bien quelqu’un avec qui on a plai­sir à dis­cu­ter à débattre, même si l’on n’est pas tou­jours d’accord avec lui, et peut-être sur­tout si l’on n’est pas d’accord. C’est quelqu’un qui m’a impres­sion­né par la qua­li­té de son écoute et par son humi­li­té qui est tout sauf feinte. La forme d’interdiction de parole dont il est l’objet dans les médias « offi­ciels » est par­ti­cu­liè­re­ment cho­quante. Au-delà, les ques­tions qu’il pose dans son ouvrage sont des ques­tions fondamentales.

Une uto­pie politique

Le livre est construit en 8 cha­pitres de taille diverse. Etienne Chouard pré­sente le pour­quoi du com­ment il s’est inté­res­sé à la ques­tion poli­tique et a été conduit à remettre en cause le prin­cipe de l’élection, dont il fait le « pro­cès » au cha­pitre 2. Il cherche à mon­trer au cha­pitre 3 com­ment l’élection tend à infan­ti­li­ser les citoyens, et sou­tient, au cha­pitre 4, qu’elle porte au pou­voir les « pires ». Dans le cha­pitre 5 il dresse un état des lieux des pra­tiques du tirage au sort, puis déve­loppe, dans le cha­pitre 6 l’idée d’une consti­tu­tion qui serait direc­te­ment écrite par les citoyens au tra­vers d’atelier consti­tuant. Le cha­pitre 7 pré­sente diverses réfé­rences sur la notion de démo­cra­tie, sur le pro­ces­sus élec­to­ral et sur le tirage au sort. Le cha­pitre 8, qui sert de conclu­sion, reprend le mou­ve­ment des Gilets Jaunes, veut en mon­trer l’exemplarité, pré­sente une liste de doléances et insiste sur le Réfé­ren­dum d’Initiative Citoyenne (RIC) comme point cen­tral de ce mou­ve­ment. Il y a à l’évidence un esprit uto­pique qui anime Etienne Chouard. Le terme ne doit pas être pris dans son sens péjo­ra­tif, car nous avons besoin d’utopies. Hen­ri Maler n’avait-il pas inti­tu­lé, il y a quelques années, un de ses livres Convoi­ter l’Impossible [3]?

On peut tom­ber d’accord avec Etienne Chouard sur une série de points. Quand il dresse le bilan d’une cor­rup­tion, tant maté­rielle que morale d’une par­tie du per­son­nel poli­tique, quand il insiste sur la dépos­ses­sion de la sou­ve­rai­ne­té, dont les suites du réfé­ren­dum de 2005 furent un exemple fla­grant, quand il montre l’inefficacité du sys­tème poli­tique actuel, on peut très faci­le­ment tom­ber d’accord avec lui. De même, l’apologie des pra­tiques réfé­ren­daires et du RIC pour ten­ter d’insuffler un nou­vel esprit démo­cra­tique dans le sys­tème poli­tique touche un point juste. Il en va de même, sur un mode plus mineur, avec la pra­tique du tirage du sort. Cette der­nière est bien admise pour les jurés des assises. Pour­quoi ne serait-elle pas éten­due au sys­tème politique ?

Il y a un autre point sur lequel on se retrou­ve­ra avec Etienne Chouard, c’est évi­dem­ment sur l’importance du poli­tique (et non de « la » poli­tique). La dénon­cia­tion à laquelle il pro­cède de l’envahissement des choix sup­po­sés « tech­niques » dans des domaines qui relèvent du poli­tique est une évi­dence. Elle n’est pas nou­velle et de nom­breux auteurs depuis les débuts du XXème siècle l’ont fait.

Mais, der­rière ces points s’en cachent d’autres qui, eux, posent pro­blèmes. On vou­drait donc ici en faire une liste non exhaus­tive pour pré­ci­ser aus­si les points de diver­gence et de désac­cord avec Etienne Chouard. Ces points sont-ils déci­sifs et en mesure de conduire à un rejet total des thèses de ce livre ? Je ne le pense pas, et je crois très sin­cè­re­ment que des com­pro­mis peuvent être trou­vés. En tout état de cause, on ne perd pas son temps à lire Etienne Chouard, car les ques­tions qu’il pose sont des ques­tions de la plus haute importance.

Le fond et la forme

Venons en donc aux points de désac­cords. La pre­mier, et sans doute le plus essen­tiel, est qu’Etienne Chouard confond sou­vent les prin­cipes et les formes d’application de ces der­niers, ce que l’on appelle les « formes phé­no­mé­nales ». On en trouve un exemple à pro­pos de ce qu’est une Consti­tu­tion. Cette der­nière est tou­jours double, avec un énon­cé des prin­cipes (quels qu’ils soient) et des condi­tions d’application de ces dits prin­cipes. Il en est ain­si quand il voue à la même détes­ta­tion le régime repré­sen­ta­tif du sys­tème poli­tique de la IIIème Répu­blique, de la IVème et de la Vème. Or, si l’on peut dire que tous ces sys­tèmes poli­tiques ont été repré­sen­ta­tifs, il est faux de dire qu’ils ont tous été por­teurs des mêmes défauts. Il y a une notion qui échappe com­plè­te­ment à l’analyse, c’est celle de « rap­port de force ». Or, sui­vant la nature du rap­port de forces, sui­vant aus­si le cadre ins­ti­tu­tion­nel, le régime repré­sen­ta­tif peut être accep­table ou deve­nir la pire des choses. N’oublions jamais que c’est une assem­blée issue d’un régime repré­sen­ta­tif, celle des débuts de la IVème Répu­blique, qui vota une grande par­tie du sys­tème social que Macron et ses sbires veulent aujourd’hui détruire. Le contexte his­to­rique compte, et son absence dans ce livre est un grand défaut.

De même quand Etienne Chouard écrit : « …pour soi­gner un mal, pour régler un pro­blème, inutile de s’en prendre aux consé­quences, bien sûr, mais inutile de s’en prendre même aux causes diverses (puisque tout est mul­ti­fac­to­riel) : il y a tou­jours une cause déter­mi­nante (pas la seule mais une qui déter­mine toutes les autres) : c’est elle qui nous faut, c’est elle qu’il faut cher­cher… »[4]. Une telle affir­ma­tion peut être juste tout comme elle peut être fausse. Il y a des fois où les causes sont trop entre­mê­lées pour pou­voir être dis­tin­guées. Ensuite, quand bien même exis­te­rait une cause déter­mi­nante, ce qui peut sur­ve­nir, quelle garan­tie avons nous que cette cause est déter­mi­nante de manière géné­rale ou du fait d’un cadre ins­ti­tu­tion­nel qui lui-même est sujet à évo­lu­tion ? Quand des auteurs (et j’en fait par­tie) relions les désordres de l’économie fran­çaise à l’existence de l’euro, c’est parce que nous assu­mons un cadre ins­ti­tu­tion­nel qui implique qu’il ne pour­ra pas y avoir de flux de trans­ferts mas­sifs et que la France est et sera dans une situa­tion où les droits de douane sont faibles ou inexis­tants. Ce n’est qu’à ces condi­tions que l’on peut dire que l’euro est la source prin­ci­pale des désordres éco­no­miques que la France connaît.

Toute ten­ta­tive de hié­rar­chi­sa­tion des causes implique que l’on pré­cise bien ce qui est secon­daire de ce qui est prin­ci­pal, les liens de cau­sa­li­té et le contexte qui rend ces liens per­ti­nents. Un exemple de confu­sion peut être trou­vé dans le dia­gramme en arbo­res­cence qui suit cette cita­tion, et qui montre bien qu’Etienne Chouard ne s’est pas livré à un tra­vail sérieux de décons­truc­tion de la ques­tion. On note­ra que ce dia­gramme pré­sente des « doubles emplois » comme le chô­mage, les bas salaires et les « injus­tices sociales ». Je conçois, ayant été pro­fes­seur comme l’est Etienne Chouard, que l’on puisse avoir besoin de sim­pli­fier pour être péda­go­gique, mais ici on est clai­re­ment au-delà de la simplification.

La démo­cra­tie dans une socié­té hétérogène

Un deuxième pro­blème vient de ce qu’Etienne Chouard me semble assu­mer la vue d’une socié­té glo­ba­le­ment uni­fiée et homo­gène (les « petits » face au « gros », les « domi­nés » face aux « domi­nants », et ne tient aucun compte de l’hétérogénéité qui existe dans toute socié­té, mais en par­ti­cu­lier dans les socié­tés modernes.

Ce pro­blème est mani­feste quand Etienne Chouard fait réfé­rences aux formes antiques de la démo­cra­tie, où le nombre de citoyens était fort réduit. Ici, il aurait bien fait avant que d’entrer dans des com­pa­rai­sons, de lire le livre de Clau­dia Moat­ti et de Michelle Riot-Sar­cey Pour­quoi se réfé­rer au pas­sé[5]. On ne convoque pas impu­né­ment le pas­sé au pré­sent. Pour­tant, en dépit du risque de l’anachronisme, la com­pa­rai­son peut être faite car elle est lourde de sens. Dans son petit livre publié en 2002, l’historien bri­tan­nique Fer­gus Mil­lar, posait d’ailleurs fort bien cette ques­tion[6]. Ici encore il faut lais­ser la parole à Clau­dia Moat­ti qui écrit, dans un autre livre, les choses sui­vantes : « Pour­quoi une ancienne socié­té fon­da­men­ta­le­ment inéga­li­taire et ses idéaux aris­to­cra­tiques gardent jusqu’à aujourd’hui encore une telle force d’attraction pour ceux qui tentent de pen­ser la liber­té répu­bli­caine ? Pour­quoi donc le détour par l’antique s’impose-t-il de manière aus­si insis­tante ? »[7].

La rai­son dans cette force d’attraction, une rai­son qui est per­ma­nente depuis la Révo­lu­tion de 1789 jusqu’à nos jours c’est l’idée que ce qui se joue en per­ma­nence dans la poli­tique c’est l’affrontement entre le peuple et une couche domi­nante, qu’on l’appelle oli­gar­chie ou aris­to­cra­tie. C’est pour­quoi le sort tra­gique de Tibe­rius Grac­chus, puis celui de son frère Caius Grac­chus, conti­nue de nous par­ler[8]. C’est pour­quoi nous pou­vons aus­si nous retrou­ver dans la lutte impla­cable des popu­lares, les par­ti­sans du peuple, contre les opti­mates, les par­ti­sans du Sénat, dans les per­son­nages de Marius et de Syl­la. Ce der­nier nous est aus­si fami­lier par un vers de Vic­tor Hugo, tiré du poème Ulti­ma Ver­ba publié dans Les Cha­ti­ments en 1853 :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Syl­la ; »

Ce n’est pas pour rien si le nom de Syl­la détour­na le mot de « dic­ta­ture » de son ancienne signi­fi­ca­tion, où ce mot dési­gnait une magis­tra­ture excep­tion­nelle, mais pré­vue dans le cadre de la Répu­blique, pour deve­nir un syno­nyme de Tyran­nie[9].

Alors, oui, il nous faut pen­ser la ques­tion de l’unité du peuple, mais non comme un résul­tat pré­exis­tant, comme un état géné­ral qui aurait pu être recou­vert de « divi­sions » issues de la poli­tique des « domi­nants », mais bien comme un état à construire, et une construc­tion elle-même néces­sai­re­ment tem­po­raire et liée à un contexte pré­cis. Il faut donc rap­pe­ler que quand nous par­lons d’un « peuple » nous ne par­lons pas d’une com­mu­nau­té eth­nique ou reli­gieuse, mais de cette com­mu­nau­té poli­tique d’individus ras­sem­blés qui prend son ave­nir en mains[10]. Le « peuple » auquel on se réfère est un peuple « pour soi », qui se construit dans l’action et non pas un peuple « en soi », ce qui ne serait qu’une « mul­ti­tude ». Se réfé­rer à cette notion de sou­ve­rai­ne­té, vou­loir la défendre et la faire vivre, se défi­nir donc comme sou­ve­rai­niste, implique de com­prendre que nous vivons dans des socié­tés hété­ro­gènes et que l’unité de ces der­nières se construit, et se construit avant tout poli­ti­que­ment. Cette uni­té n’est jamais don­née ni natu­relle[11].

L’individu limi­té

Le troi­sième pro­blème, dont Etienne Chouard a d’ailleurs recon­nu la per­ti­nence lors de la pre­mière émis­sion que nous fîmes ensemble, c’est la ques­tion de la satu­ra­tion de l’esprit humain par des signaux ou des infor­ma­tions trop nom­breuses, une ques­tion qui conduit, alors, à une forme de spé­cia­li­sa­tion du per­son­nel poli­tique. Très clai­re­ment, Etienne Chouard a fait sienne les vues qua­si­ment anar­chiste du Lénine de l’Etat et a Révo­lu­tion[12], un ouvrage rédi­gé en 1917 avant que les Bol­ché­viques ne soient confron­tés à l’épreuve du pou­voir. Ce livre est aus­si por­teur d’une uto­pie, tout comme celui d’Etienne Chouard. Mais, avec le recul, et sans més­es­ti­mer la ques­tion des rap­ports de forces, nous pou­vons ana­ly­ser ce qui a empê­ché le rêve de démo­cra­tie directe.

Cela est connu en éco­no­mie. Her­bert Simon nous invite à consi­dé­rer comme un pro­ces­sus empreint de sub­jec­ti­vi­té le trai­te­ment même du signal pour en extraire l’information[13]. Que ce soit pour des rai­sons d’incomplétude radi­cale du cata­logue d’évaluation ou du fait de la limite impo­sée par le temps de la déci­sion, appli­ca­tion du prin­cipe de contrainte tem­po­relle, le pro­ces­sus d’interprétation est incom­plet. Il est sou­mis à des règles d’évaluation et d’arrêt, ain­si que des rou­tines qui sont propres à chaque indi­vi­du. Il en résulte que l’excès de signaux est aus­si pro­blé­ma­tique du point de vue de la déci­sion que la pénu­rie d’information. Ain­si : “Dans un monde où l’attention est une res­source rare, l’information peut être un luxe coû­teux, car elle détourne notre atten­tion de ce qui est impor­tant vers ce qui est secon­daire.” [14]C’est ce pro­blème qui rend indis­pen­sable des formes de repré­sen­ta­tion et qui condamne les formes sim­plistes de la démo­cra­tie directe.

La ques­tion de la déli­bé­ra­tion, et du vote, a été ana­ly­sée par de nom­breux auteurs. Le Para­doxe de Condor­cet, qu’il fau­drait en réa­li­té appe­ler « Para­doxe de Bor­da » ou para­doxe du scru­tin, montre que, dans un choix déli­bé­ra­tif avec vote, quel que soit l’ordre de pré­fé­rence des votants, il est pos­sible que le résul­tat du scru­tin ne cor­res­ponde à l’échelle de pré­fé­rence d’aucun des votants, autre­ment dit que le choix col­lec­tif ne satis­fasse aucun des par­ti­ci­pants indi­vi­duels[15]. Mais, le para­doxe de Condor­cet s’appuie sur une vision fausse des pré­fé­rences indi­vi­duelles, ce qui avait été pres­sen­tie par Mau­rice Allais[16], et ce qui a été démon­tré dans les tra­vaux des années 1980 et 1990[17]. Le contexte est donc essen­tiel pour la for­ma­tion des pré­fé­rences indi­vi­duelles. Cette ques­tion du contexte implique que l’on ne peut par­ler au sujet d’une démo­cra­tie « décon­tex­tua­li­sée ». On revient donc au pro­blème récur­rent dans le livre d’Etienne Chouard, cette « dé-contex­tua­li­sa­tion » de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive[18]. Que cette der­nière soit aujourd’hui en crise est une évi­dence. Mais, la construc­tion de cette crise en prin­cipe par la dé-contex­tua­li­sa­tion dans le but de ser­vir de mar­che­pied à l’utopie de la démo­cra­tie directe et de la non-pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la classe poli­tique pose un réel problème.

Les sub­ven­tions aux pro­duits de pre­mière nécessité

Le der­nier point qui pique dans le livre se trouve au cha­pitre 8. C’est la pro­po­si­tion de sub­ven­tion­ner les pro­duits de « pre­mière néces­si­té »[19]. On glis­se­ra sur le pro­blème (réel) de la défi­ni­tion de « pre­mière néces­si­té ». On glis­se­ra aus­si sur la ques­tion d’une appli­ca­tion de taux de TVA dif­fé­ren­ciés, ce qui est déjà le cas. Mais, l’idée d’une sub­ven­tion directe pose d’autres problèmes.

Ce ne peut être, au mieux, qu’une mesure d’urgence, qui ne peut être prise que dans des cir­cons­tances par­ti­cu­lières. Encore faut-il savoir qu’en sor­tir est extrê­me­ment dif­fi­cile. Le cas de la sub­ven­tion aux prix du car­bu­rant au Vene­zue­la en est un exemple. La sub­ven­tion va tout autant au com­mer­çant de la classe moyenne qui roule dans un gros 4 x 4 (et qui n’en a pas besoin) qu’aux ouvriers et aux pay­sans (qui eux en ont besoin). Lors de mon pre­mier séjour dans ce pays (en 2009) j’avais inter­pel­lé Nico­las Madu­ro (alors Chan­ce­lier du gou­ver­ne­ment) sur ce point. La réponse que j’avais obte­nue était cohé­rente à défaut d’être satis­fai­sante : il fal­lait sub­ven­tion­ner les agri­cul­teurs aux­quels on don­nait des terres pour qu’ils puissent rame­ner leurs récoltes sur les mar­chés des villes (la popu­la­tion est à 90% urbaine). J’avais pro­po­sé un sys­tème de cou­pons per­met­tant d’acheter du car­bu­rant à la place de ces prix anor­ma­le­ment bas, idée qui avait sem­blé rai­son­nable à cer­tains de mes inter­lo­cu­teurs, mais ces der­niers m’avaient objec­té qu’elle serait lourde à mettre en place. Quand je suis reve­nu en 2013, l’ensemble du gou­ver­ne­ment se plai­gnait de la contre­bande de car­bu­rant vers la Colom­bie, un phé­no­mène qui créait une « éco­no­mie de l’ombre » impor­tante et dom­ma­geable. Mais, cette contre­bande ne fai­sait qu’exploiter la dif­fé­rence entre le litre de gazole du côté Véné­zué­lien et du côté Colom­bien de la frontière !

A chaque fois qu’un gou­ver­ne­ment a vou­lu sub­ven­tion­ner des pro­duits de consom­ma­tion (comme l’URSS à par­tir de 1954 pour cer­taines consom­ma­tions ali­men­taires) il a créé des dis­tor­sions de prix rela­tifs extrê­me­ment impor­tantes, dis­tor­sions qui ont contri­bué à modi­fier la struc­ture de la pro­duc­tion[20]. Dans les années 1960 les pay­sans russes nour­ris­saient ain­si leur bétail avec du pain dont le prix (sub­ven­tion­né) était bien plus faible que le fourrage…

Bref, si je suis conscient d’un pro­blème évident quant à la consom­ma­tion des plus pré­caires dans notre pays, je pense que c’est une erreur de ten­ter de le résoudre par une sub­ven­tion des prix des pro­duits de « pre­mière néces­si­té ». Mieux vau­drait attri­buer en fonc­tion du reve­nu, de manière dégres­sive pour évi­ter ce que l’on appelle des « effets de seuil », des chèques qui ne seraient uti­li­sables QUE pour ache­ter cer­tains pro­duits et que les com­mer­çants pour­raient ame­ner aux recettes du Tré­sor pour obte­nir de la mon­naie. Ce sys­tème serait l’équivalent des « food stamps »[21] qui sont aujourd’hui uti­li­sés aux Etats-Unis. Ce sys­tème, qui n’est pas par­fait car il intro­duit une dépen­dance directe des per­sonnes béné­fi­ciaires face aux agences d’Etat, et indi­rec­te­ment pose un pro­blème pour la démo­cra­tie, mais il per­met cepen­dant d’éviter les désordres qu’introduirait la sub­ven­tion aux prix des produits.

Fon­da­men­ta­le­ment, la véri­table solu­tion passe plus par une hausse des reve­nus, et donc du SMIC entre autres, mais cette solu­tion ne pour­ra être mise en cause que sur la base d’une sor­tie de l’euro.

Une syn­thèse possible ?

Ces cri­tiques n’empêchent pas de trou­ver plu­sieurs points extrê­me­ment posi­tifs dans ce livre. Et, sur cette base, on peut ten­ter d’imaginer ce que pour­rait être un com­pro­mis entre l’utopie, car c’est bien de cela qu’il s’agit, que pro­pose Etienne Chouard et un sys­tème réa­liste. Une piste pos­sible pour­rait pro­ve­nir d’une lec­ture appro­fon­die de la cita­tion de Ray­mond Car­ré de Mal­berg, grand juriste fran­çais, que l’on trouve à la p. 62. Le sens pro­fond de ce qu’écrit Car­ré de Mal­berg, c’est qu’une délé­ga­tion de la sou­ve­rai­ne­té est pos­sible, à la condi­tion qu’elle se fasse dans des formes légales et que le contrôle du délé­ga­taire sur le délé­gué soit éta­bli et main­te­nu. Si l’on admet que le peuple est le seul sou­ve­rain, la ques­tion d’une délé­ga­tion par­tielle des pou­voirs peut se poser comme une forme de réponse aux pro­blèmes dont on a par­lé plus haut, comme celui de l’attention limi­té et de la satu­ra­tion de l’esprit humain par un excès de signaux et d’information. Nous aurions alors un Par­le­ment, assu­ré­ment élu dans un sys­tème fai­sant une plus large place à la plu­ra­li­té des opi­nions, mais contre­ba­lan­cé par un usage impor­tant du réfé­ren­dum, ce der­nier ayant tou­jours la prééminence.

On peut aus­si ima­gi­ner que, comme c’est déjà le cas pour la sépa­ra­tion du domaine de la loi et du règle­ment, la Consti­tu­tion pré­voit que tout sujet sur lequel le peuple s’est expri­mé par réfé­ren­dum ne peut être à nou­veau tran­ché que par un autre réfé­ren­dum. D’une manière géné­rale, on peut consi­dé­rer qu’il convient de for­te­ment aug­men­ter l’importance de la pro­cé­dure réfé­ren­daire, et d’ouvrir bien plus lar­ge­ment la pos­si­bi­li­té de réfé­ren­dum. De ce point de vue, et sous réserve que des garde-fous (en par­ti­cu­lier au sujet du réfé­ren­dum révo­ca­toire) soient éta­blis, le réfé­ren­dum d’initiative citoyenne appa­raît comme un ins­tru­ment utile pour com­battre la crise de la démo­cra­tie que nous traversons.

De même, la ques­tion du tirage au sort doit être abor­dée sérieu­se­ment. Il fonc­tionne déjà dans la socié­té actuelle pour les jurys des assises. Pour­quoi ne pas l’étendre à tout ce qui relè­ve­rait des com­mis­sions de contrôle ou de sur­veillance des organes de pou­voir ? Si le tirage au sort est inadap­té quand il s’agit de repré­sen­ter les opi­nions et les inté­rêts exis­tant dans une socié­té, il est bien plus jus­ti­fié quand il s’agit de dési­gner les per­sonnes qui devront véri­fier et contrô­ler des organes de pou­voir, que ce soit au niveau natio­nal ou au niveau local. Quant au pro­ces­sus consti­tuant, Chouard a une pré­fé­rence pour le tirage au sort après dis­cus­sion dans des comi­tés locaux. L’idée est sym­pa­thique, mais elle sup­pose que le niveau d’activité des comi­tés locaux soit constant, que l’on ne soit jamais confron­té à une « fatigue » de la poli­tique. Or, dans le monde réel, c’est très exac­te­ment ce qui se passe. Rap­pe­lons que les « soviets » en Rus­sie, qui n’étaient autres que des comi­tés locaux tels que ceux qu’anticipe Chouard, se sont vidés de leur sub­stance et ce avant même que le pou­voir issu de la Révo­lu­tion de 1917 ne cherche à les contrô­ler[22]. L’hypothèse que fait Etienne Chouard que le niveau d’activité poli­tique de la popu­la­tion reste constant n’est pas véri­fiée par l’expérience his­to­rique. C’est d’ailleurs aus­si la rai­son pour laquelle l’idée défen­due par Lénine dans l’Etat et la Révo­lu­tion a rapi­de­ment dis­pa­ru du pro­gramme défen­du par le pou­voir issu de la Révo­lu­tion. Mais, ceci étant dit, la construc­tion col­lec­tive des choix poli­tiques est une néces­si­té impé­ra­tive. Cette construc­tion ne peut être per­ma­nente, mais dire cela ne signi­fie pas non plus qu’elle ne puisse être. Il faut donc dis­tin­guer entre choix fon­da­men­taux, qui pour­raient don­ner lieu à une pro­cé­dure réfé­ren­daire, et choix secon­daires qui seraient lais­sés au Parlement.

Etienne Chouard conti­nue son com­bat. On peut pen­ser qu’il a rai­son sur cer­tains points, tort sur d’autres, mais il est et il sera un des inter­lo­cu­teurs obli­gés dans le débat sur l’état et sur les formes de la démo­cra­tie. En cela, il faut invi­ter tous ceux qui pensent que ce débat est aujourd’hui cru­cial à lire et à dis­cu­ter son livre.

Jacques Sapir.

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Notes :[1] Chouard E., (2019) Notre Cause Com­mune, Paris, Max Milo éditions.

[2] Les émis­sions du 13 février et du 8 mars 2019 sont en ligne sur You­tube, et l’on peut y accé­der par la page de Sput­nik, https://​fr​.sput​nik​news​.com/​r​a​d​i​o​_​s​a​p​ir/

[3] Maler H., (1995), Convoi­ter l’Impossible, Albin Michel, Paris.

[4] Chouard E., (2019) Notre Cause Com­mune, op.cit., p. 15.

[5] Moat­ti C. et Riot-Sar­cey M., (edits), (2018), Pour­quoi se réfé­rer au pas­sé, Paris, Edi­tions de l’Atelier, 2018.

[6] Mil­lar, F. (2002), The Roman Repu­blic in poli­ti­cal thought. Bran­deis, Hanover.

[7] Moat­ti C., (2018), Res publi­ca – His­toire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, coll. Ouver­tures„ p.8

[8] Nico­let C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Fol­lio, 1967

[9] Hinard F. (ed), His­toire romaine T1, Des ori­gines à Auguste, Fayard Paris, 2000,

[10] Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., His­toire et conscience de classe. Essais de dia­lec­tique mar­xiste. Paris, Les Édi­tions de Minuit, 1960, 383 pages. Col­lec­tion « Arguments »

[11] Cette ques­tion est lar­ge­ment trai­tée dans le livre écrit pour le Haut Col­lège d’Economie de Mos­cou, Sapir J., (2001), K Eko­no­mit­ches­koj teo­rii neod­no­rod­nyh sis­tem – opyt iss­le­do­va­ni­ja decen­tra­li­zo­van­noj eko­no­mi­ki (Théo­rie éco­no­mique des sys­tèmes hété­ro­gènes – Essai sur l’étude des éco­no­mies décen­tra­li­sées) – tra­duc­tion de E.V. Vino­gra­do­va et A.A. Kat­cha­nov, Presses du Haut Col­lège d’Économie, Mos­cou. Une par­tie de l’argumentation est reprise sous une forme dif­fé­rente dans Sapir J., Les trous noirs de la science éco­no­mique – Essai sur l’impossibilité de pen­ser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[12] Lénine, V., (1917, 1951) L’État et la Révo­lu­tion, édi­tion en langues étran­gères, Mos­cou, 132 p.

[13] Simon H.A., (1972), “Theo­ries of boun­ded ratio­na­li­ty”, in C.B. Rad­ner et R. Rad­ner (eds.), Deci­sion and Orga­ni­za­tion, North Hol­land, Amster­dam, 1972, pp. 161–176

[14] Simon H.A., (1978), “Ratio­na­li­ty as a pro­cess and as a Pro­duct of thought” in Ame­ri­can Eco­no­mic Review, vol. 68, n°2, pp. 1–16, p. 13.

[15] K. Arrow Social Choice and Indi­vi­dual Values, New Haven, Yale Uni­ver­si­ty Press, 1951, p. 2. Pour une ana­lyse du texte de Condor­cet, et la généa­lo­gie du pro­blème, G.-G. Gran­ger, La Mathé­ma­tique Sociale du Mar­quis de Condor­cet, Paris, PUF, 1956 (ch. 3).

[16] Allais M., (1953), « Le Com­por­te­ment de l’homme ration­nel devant le risque : cri­tique des pos­tu­lats et axiomes de l’école amé­ri­caine », in Eco­no­me­tri­ca, vol. 21, p. 503–546. Apple­by L. et C. Star­mer, “Indi­vi­dual Choice Under Uncer­tain­ty : A review of Expe­ri­men­tal Evi­dence, Past and Present” in J.D. Hey et J. Lam­bert (edits.), Sur­veys in the Eco­no­mics of Uncer­tain­ty, Basil Bla­ck­well, Oxford-New York, 1987, pp. 24–45.

[17] Sapir J., (2005), Quelle Eco­no­mie pour le XXIème Siècle ?, Paris, Odile Jacob, chap. 1.

[18] Chouard E., (2019) Notre Cause Com­mune, op.cit., p. 26–27 notamment.

[19] Chouard E., (2019) Notre Cause Com­mune, op.cit., p. 122.

[20] Sapir J., (1989), Les Fluc­tua­tions Eco­no­miques en URSS, 1941–1985, Paris, Edi­tions de l’EHESS.

[21] Ou Sup­ple­men­tal Nutri­tion Assis­tance Pro­gramhttps://​www​.fns​.usda​.gov/​s​n​a​p​/​s​u​p​p​l​e​m​e​n​t​a​l​-​n​u​t​r​i​t​i​o​n​-​a​s​s​i​s​t​a​n​c​e​-​p​r​o​g​r​a​m​-​s​nap

[22] Fer­ro M. (1967−1976), La Révo­lu­tion de 1917, Paris, Aubier Mon­taigne, 2 volumes.

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6 Commentaires

  1. etienne
    • Jan Morvan

      « Rap­pe­lons que les « soviets » en Rus­sie, qui n’étaient autres que des comi­tés locaux tels que ceux qu’anticipe Chouard, se sont vidés de leur sub­stance et ce avant même que le pou­voir issu de la Révo­lu­tion de 1917 ne cherche à les contrôler[22]. »

      Je recom­mande à Jacques Sapir la lec­ture de l’ou­vrage de Voline : « La révo­lu­tion incon­nue ». Voline a par­ti­ci­pé aux Soviets, et selon lui, c’est bien les bol­che­viks qui ont détruit les Soviets. Selon moi, l’ex­pé­rience his­to­rique ne démontre pas une « fatigue » des peuples inca­pables de se mobi­li­ser dans la durée pour la poli­tique mais plu­tôt leur cré­du­li­té qui les amènent à se faire ber­ner par des mani­pu­la­teurs qui réus­sissent tou­jours à prendre le pou­voir de n’im­porte quelle orga­ni­sa­tion hié­rar­chique. Il y a dans toute l’his­toire du mou­ve­ment ouvrier cette aspi­ra­tion démo­cra­tique, à la for­ma­tion de conseils ouvriers pour diri­ger les entre­prises et de com­munes libres pour rem­pla­cer le régime représentatif.

      Réponse
  2. etienne
    • Arturo

      Étienne,

      J’avais raté cette dis­cus­sion à l’époque, et je trouve que c’est une des plus inté­res­santes que vous avec tenu ces der­niers temps. Du coup, j’ai pré­fé­ré mieux la réécou­ter en pre­nant quelques notes au lieu de vous entendre une fois de plus avec Raphaël Ein­tho­ven (mais fran­che­ment, qui vous impose ces inter­lo­cu­teurs ? est-ce la cau­tion à payer pour avoir accès à l’antenne?) et je vais trans­crire les mor­ceaux qui m’ont frap­pé le plus, avec mes propres commentaires.

      Sapir com­mence par un ‘édi­to­rial’ pré­pa­ré d’avance où il fait le diag­nos­tique le plus juste que j’ai enten­du jusqu’à pré­sent du malaise des gilets jaunes (qui ne fait que pré­lu­der celui des autres peuples européens):

      « La crise de repré­sen­ta­ti­vi­té se tra­duit par un sen­ti­ment d’aliénation des citoyens par rap­port à leur sys­tème politique. »

      Autre­ment dit, une par­tie tou­jours crois­sante des citoyens ne sous­crit plus au contrat social (qui requiert du consen­te­ment ‑bien enten­du tacite- indi­vi­duel et pour ain­si dire quo­ti­dien de cha­cune des par­ties contrac­tantes) parce qu’ils ne trouvent pas la contre­par­tie qu’ils seraient en droit de s’attendre : en échange de me sou­mettre aux lois, j’aurai mon mot à dire lors de l’élaboration des dites lois. Or il se trouve que les seuls repré­sen­tants qu’on m’autorise à me don­ner ne repré­sentent nul­le­ment mes inté­rêts. Dès lors, le contrat social qu’on me pro­pose ne m’offre rien a gagner et si tout à perdre : me voi­là en consé­quence en état de guerre, heu­reu­se­ment encore lar­vée, contre cette socié­té qui me nie la pos­si­bi­li­té d’un contrat qui me convienne.

      Crise de repré­sen­ta­ti­vi­té, donc, à laquelle vous reve­nez vers la fin de l’émission, quand Sapir dit que le peuple a le droit de dési­gner qui il veut et vous le répon­dez que c’est au citoyen (j’aurais pré­ci­sé : à chaque citoyen) de déci­der com­ment il veut être repré­sen­té. La dif­fé­rence qui va de son ‘qui’ à votre ‘com­ment’ est toute la dif­fé­rence du sys­tème poli­tique oppres­sif que nous subis­sons, et que j’appellerais, d’après ma taxo­no­mie à moi, plu­ra­liste (pas auto­ri­taire), repré­sen­ta­tif (pas direct) et aris­to­cra­tique (ne lais­sant d’autre choix que l’élection des repré­sen­tants), à dif­fé­rence, je disais, d’un sys­tème tout aus­si plu­ra­liste et repré­sen­ta­tif mais qui lais­se­rait au citoyen le choix de com­ment il veut se faire repré­sen­ter, que ce soit par élec­tion ou par tirage au sort, et que je qua­li­fie­rais en consé­quence d’inclusif. Un sys­tème pure­ment démo­cra­tique, qui ne laisse d’autre choix que le tirage au sort, m’irait très bien à titre per­son­nel mais exclu­rait ceux et celles qui pré­fèrent élire leurs repré­sen­tants et serait de ce fait presque aus­si oppres­sif que le sys­tème aris­to­cra­tique en vigueur.

      Un autre moment très inté­res­sant du débat c’est quand vous abor­dez, sans le nom­mer (et c’est dom­mage, car il s’agit d’un concept clé que vous gagne­riez beau­coup à vous l’approprier et à l’opérationnaliser plus sou­vent dans vos ana­lyses), le pro­blème de l’ignorance ration­nelle. Vous répon­dez ain­si à une remarque de Sapir que, je vous cite, le besoin d’attention rend néces­saires les représentants. 

      Je trouve, per­son­nel­le­ment, que ce constat devrait vous faire réflé­chir quant à son appli­ca­tion au RIC, qui exige une atten­tion sou­te­nue pen­dant la longue période d’information (quitte à cou­rir le risque de reflé­ter une opi­nion non éclai­rée, comme dans n’importe quel son­dage). La solu­tion est néan­moins bien simple : il suf­fit de tirer au sort quelques cen­taines de citoyens (onze ou douze tout au plus) et leur payer gras­se­ment deux ou trois semaines de séjour avec for­ma­tion inten­sive en Stras­bourg, pro­fi­tant de l’hémicycle vide entre ses­sions du Par­le­ment euro­péen. Un vote inter­vien­drait à la fin, et nous sérions garan­tis par la loi des grandes nombres que le résul­tat serait le même que si tout le peuple y avait par­ti­ci­pé. Ne dites pas vous-même que « a tra­vers les ate­liers je m’aperçois que nous écri­vons tous glo­ba­le­ment la même chose » ?

      Réponse
  3. Desbois

    Faut-il par­ler de peuple ou de nation ?

    CONSTITUTION
    Article 1 : De la Nation Française :
    1. Forme la nation Fran­çaise tous les indi­vi­dus adhé­rant à la pré­sente Consti­tu­tion et la respectant.

    Article 2 : De la sou­ve­rai­ne­té de la Nation Française :
    2.1 La sou­ve­rai­ne­té de la nation Fran­çaise appar­tient à l’en­semble des indi­vi­dus for­mant la Nation Française.
    2.2 Elle est une et indi­vi­sible : aucun groupe ou indi­vi­du ne peut s’en attri­buer l’exercice.

    Article 3 : De la Répu­blique Française :
    3.1 La Répu­blique Fran­çaise désigne l’en­semble des règles que s’im­pose la Nation Fran­çaise pour pou­voir sou­ve­rai­ne­ment déter­mi­ner l’in­té­rêt géné­ral de la Nation Fran­çaise et faire les choix néces­saires dans l’In­té­rêt Géné­ral de la Nation Française.
    3.2 La pré­sente Consti­tu­tion est l’élément fon­da­teur de cette Répu­blique. Aucune autre règle ou aucun autre texte ne peut y déro­ger ou y faire exception.

    Réponse
  4. Renaud

    Coin­cé par le temps, je crois que cette vidéo de 19 minutes de Gérard Fou­cher sou­lève des sou­bas­se­ments essen­tiels, y com­pris anthro­po­lo­giques, faci­li­tant la com­pré­hen­sion lucide et docu­men­tée des pro­po­si­tions faites par Étienne et com­men­tées ici par Jacques Sapir.

    Vidéo à mon sens très à pro­pos. – L’É­tat, c’est pas vous -
    Je sous traite donc ma réponse avec Gérard Foucher :
    https://​you​tu​.be/​3​I​B​h​B​C​k​C​q​o​k​&​t​=​29s

    Réponse

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