ON FAIT QUOI ? #01 : Comment les riches ont pris le pouvoir

11/02/2018 | 7 commentaires

Pre­mière par­tie de notre ren­contre du 25 nov. der­nier avec Gré­go­ry Tabibian. 

Mer­ci Greg (on a du bou­lot, pour trai­ter les commentaires…) 🙂

Étienne.

—————–

PS : à pro­pos du paci­fisme comme patho­lo­gie, j’en par­lais en 2016, et je crois que nous devrions tous abso­lu­ment lire ça : 

Le pacifisme comme pathologie (par Derrick Jensen)


http://​par​tage​-le​.com/​2​0​1​5​/​1​2​/​l​e​-​p​a​c​i​f​i​s​m​e​-​c​o​m​m​e​-​p​a​t​h​o​l​o​g​i​e​-​p​a​r​-​d​e​r​r​i​c​k​-​j​e​n​s​en/

PPS : quand je parle de 35 mil­lions de vues, je fais réfé­rence à cet extrait de CSOJ début sept 2014 et à ces seules 4 copies sur Facebook :

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​0​2​0​7​0​8​9​7​2​317


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7 Commentaires

  1. etienne

    Emmanuel Todd, interrogé par Aude Lancelin sur Le Média, dénonce le sabordage monétaire, la trahison européiste, le scandale du Décodex, et la fermeture des services publics aux dissidents :

    Réponse
  2. Babouchka

    Bon­jour,
    Entiè­re­ment en accord avec vous mais il y a plu­sieurs pro­blèmes à
    mon avis, l homo­gé­néi­té de l ensemble des Ter­riens est com­plexe et
    de ce fait il y aura encore une longue période ou de nom­breux guer­riers exis­te­rons encore et uti­liés par cer­tains pour l obten­tion d avantage.
    c est ain­si que depuis tou­jours chaque peuple se laisse conduire par un per­son­nage et si celui ci n est pas un empa­thique …et effec­ti­ve­ment le rôle de jour­na­liste est obli­ga­toi­re­ment néces­saire d arbitre mais son indé­pen­dance doit être implacable.
    contac­tez les Maires pour orga­ni­ser des ate­liers consti­tuants pour
    les petites com­munes, pour les grandes villes, orga­ni­sez des asso­cia­tions consti­tuantes dans chaque arrondissement
    ou quar­tier. mais peut être devrions nous arrê­ter le sys­tème en cessant
    toutes acti­vi­tés cela ne se fera mal­heu­reu­se­ment pas d un seul bloc mais se réa­li­se­ra très rapi­de­ment en empè­chant ceux qui ne veulent pas se sépa­rer de se sys­tème. si nous ali­men­tons plus le sys­tème dévoyé et
    que nous les igno­rons, il serait utile d occu­per les télé­vi­sions et avoir de véri­tables jour­na­listes empa­thiques afin d infor­mer les irré­duc­tibles que le Peuple prend enfin son ave­nir en mains.Merci infi­ni­ment pour tout le tra­vail que vous accom­plis­sez et votre ténacité.

    Réponse
  3. Ronald

    Très chouette Etienne, j’ai hâte de voir la suite. Les ques­tions du public, qui est déjà au fait de la pro­blé­ma­tique doivent être inté­res­santes et per­ti­nentes. Et Greg Tabi­bian est vrai­ment un type bien. Après, bien sûr, ça a son revers. La video fera 100.000 vues, le public de Greg est le même que le tien, on tourne tou­jours au sein des mêmes 100.000 confu­sion­nistes (c’est bien comme cela qu’on nous appelle ?) de France. Je ne sais pas com­ment faire pour élar­gir l’auditoire…

    Pas grand-chose à com­men­ter sur tes pro­pos. J’ai juste été frap­pé par ce que tu explique à 34’ : « Je ne vois pas de révo­lu­tion qui arrive à tout chan­ger, sou­vent parce qu’on est juste trop gen­tils … » et tu prends en exemple le Révo­lu­tion Française.

    Après avoir lu deux-trois trucs sur la Révo­lu­tion, je ne suis pas d’accord avec ton inter­pré­ta­tion. La Révo­lu­tion a été trop loin et a vou­lu chan­ger trop de choses, c’est pour cela qu’elle a mal tourné.

    En 1789, elle avait gagné en quelque mois sans vio­lence (hor­mis la prise de la Bas­tille). Le 20 juin, il y a une Assem­blée Consti­tuante, auto­pro­cla­mée, non répri­mée. Le 4 août, le pro­gramme des réformes est éta­bli (avec des com­pro­mis avec le régime en place). La Décla­ra­tion des Droits de l’Homme est rédi­gée puis adop­tée le 26 août. En sep­tembre-octobre, le pou­voir légis­la­tif passe aux mains de la Consti­tuante. C’est à la même période que les pre­mières vagues d’émigrés, sou­tiens du régime déchu, quittent le pays. On rêve­rait d’avoir des chan­ge­ments aus­si rapide, impor­tants et paisibles !

    Après, cela tourne mal à cause de la radi­ca­li­sa­tion. Il y a une mino­ri­té de gens (Giron­dins et Jaco­bins) qui veut impo­ser des réformes plus pro­fondes contre l’opinion du pays. La grande majo­ri­té de la popu­la­tion n’était pas mue par des idéaux révo­lu­tion­naires, mais aurait accep­té les réformes de 1789. En outre, comme le dit Camille Des­mou­lins : « Nous n’é­tions peut-être pas à Paris dix répu­bli­cains le 12 juillet 1789 ». Le pro­blème est qu’une mino­ri­té agis­sante a vou­lu impo­ser par la force ses idéaux aux­quels la grande masse de la popu­la­tion n’était pas prête.

    D’un autre côté, il y a eu résis­tance des forces conser­va­trices, le roi refu­sant les réformes, sur­es­ti­mant sa capa­ci­té réelle à les empê­cher, et s’arc-boutant sur un régime dépassé. 

    On est donc confron­té à une mau­vaise éva­lua­tion des deux côtés de ce que l’ « esprit de l’époque » deman­dait. Aus­si, cela a fini en bain de sang inutile, pour fina­le­ment abou­tir tout de même avec Louis XVIII à un régime de Monar­chie Consti­tu­tion­nelle proche de ce qui aurait pu être éta­bli en 1789…

    Les idées se répan­dant plus lar­ge­ment, à leur rythme, le prin­cipe monar­chique dis­pa­raî­tra défi­ni­ti­ve­ment 50 ans plus tard, là aus­si très rapi­de­ment (en trois jours). Mais là aus­si, des radi­ca­li­sa­tions pro­gres­sistes et conser­va­trices vont enve­ni­mer les choses.

    On pour­rait faire le rai­son­ne­ment simi­laire avec la Révo­lu­tion de 1917. Le Régime tsa­riste plu­sieurs fois sécu­laire tombe en février après seule­ment une semaine de grève ! Un régime par­le­men­taire bour­geois est ins­tau­ré et effec­tue les pre­mières réformes. Si on en était res­té là, on aurait peut-être évi­té une guerre civile, une guerre avec l’étranger, une régres­sion éco­no­mique et une dic­ta­ture (et en plus, cela aurait été plus conforme aux sché­mas de la théo­rie mar­xiste). Mais à nou­veau, des radi­caux vont impo­ser un sys­tème dont la popu­la­tion dans sa grande majo­ri­té ne veut pas, et les forces conser­va­trices refusent leur défaite.

    Je pense donc qu’une révo­lu­tion tourne mal à par­tir du moment où une mino­ri­té veut impo­ser pas la force un sys­tème auquel la majo­ri­té des gens n’est pas pré­pa­rée et ne com­prend rien. La Révo­lu­tion doit d’abord se faire dans les esprits avant de se faire dans les ins­ti­tu­tions (il y a sûre­ment une belle cita­tion qui doit cor­res­pondre à cette idée, mais je n’en ai pas sous la main). Dès que des idées sont lar­ge­ment répan­dues, c’est le régime qui devient en déca­lage avec les aspi­ra­tions popu­laires, et il tombe alors très faci­le­ment, per­sonne n’étant plus là pour le défendre.

    Aus­si, pour reve­nir à ton pro­pos ini­tial, je ne pense pas qu’il puisse y avoir « une révo­lu­tion qui arrive à tout chan­ger » et il ne faut pas ten­ter d’y arri­ver pas la force avant que le temps n’en soit venu.

    Réponse
  4. etienne

    Le rapport téléguidé pour justifier le démantèlement de la SNCF

    par Mar­tine Orange (Média­part)

    Source : https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​1​5​0​2​1​8​/​l​e​-​r​a​p​p​o​r​t​-​t​e​l​e​g​u​i​d​e​-​p​o​u​r​-​j​u​s​t​i​f​i​e​r​-​l​e​-​d​e​m​a​n​t​e​l​e​m​e​n​t​-​d​e​-​l​a​-​s​n​c​f​?​o​n​g​l​e​t​=​f​ull

    Ouver­ture à la concur­rence, chan­ge­ment de sta­tut pour les che­mi­nots, aban­don des petites des­sertes : les grandes lignes de la réforme du fer­ro­viaire pro­gram­mée par Emma­nuel Macron sont connues. Elles se retrouvent comme par magie dans le rap­port remis ce jeu­di au pre­mier ministre. Une resu­cée des idées rabâ­chées depuis trente ans, sans aucun pro­jet innovant.

    C’est tout sauf une sur­prise. Dès le 1er juillet, Emma­nuel Macron avait annon­cé ses inten­tions à bord du TGV qui inau­gu­rait la ligne Le Mans-Rennes. Il pro­met­tait un big bang pour la SNCF. « Pour être franc, je pense que le modèle sur lequel on a vécu, le mythe de la SNCF, n’est pas celui sur lequel on construi­ra la SNCF du XXIe siècle. Votre défi sera de ne pas res­ter sur la pro­tec­tion du pas­sé […]. Le vrai défi sera de dire : si vous vou­lez défendre votre entre­prise, il faut la réin­ven­ter », avait-il décla­ré à des che­mi­nots conviés à faire par­tie du voyage.

    Emmanuel Macron et Guillaume Pepy lors de l'inauguration de la ligne TGV Le Mans-Rennes. © ReutersEmma­nuel Macron et Guillaume Pepy lors de l’i­nau­gu­ra­tion de la ligne TGV Le Mans-Rennes. © Reuters

     
    En matière de réin­ven­tion, le rap­port sur « l’avenir du trans­port fer­ro­viaire » réa­li­sé sous la direc­tion de Jean-Cyril Spi­net­ta – ancien PDG d’Air France mais aus­si ancien pré­sident du conseil de sur­veillance d’Areva du temps des folles aven­tures qui mène­ront à la faillite du groupe nucléaire, ce qu’on l’oublie sou­vent – n’est pas fran­che­ment au ren­dez-vous. Alors qu’Emmanuel Macron ne cesse de mettre en scène son enga­ge­ment dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique, aucune mesure ne trans­pa­raît dans ce rap­port pour sou­te­nir le déve­lop­pe­ment du trans­port fer­ro­viaire consi­dé­ré comme l’un des plus éco­lo­giques. De même, alors que le gou­ver­ne­ment jure de vou­loir remé­dier aux frac­tures du ter­ri­toire, répa­rer les manques criants des régions oubliées, le rap­port reprend et accen­tue la vision tech­no­cra­tique qui pré­do­mine depuis quelques années sur l’aménagement du ter­ri­toire : hors de dix-quinze grandes villes de France, point de salut.

    En revanche, le rap­port met un point d’honneur à recy­cler toutes les vieilles lunes qui traînent sur la SNCF. Fin du ser­vice public, ouver­ture à la concur­rence, trans­for­ma­tion de la SNCF en socié­té ano­nyme, fin du sta­tut des che­mi­nots, écla­te­ment de ges­tion du réseau, filia­li­sa­tion avant pri­va­ti­sa­tion du fret… Toutes les idées bras­sées depuis des années par l’institut Mon­taigne (voir ici), le Medef sur les régimes spé­ciaux, cer­tains rap­ports par­le­men­taires ou de la Cour des comptes, s’y retrouvent.

    « Un diag­nos­tic com­plet et lucide », a salué Mati­gnon dès la remise du rap­port jeu­di 15 février. Il « démontre sans ambi­guï­té la néces­si­té et l’ur­gence d’en­ga­ger sans tar­der une refon­da­tion de notre sys­tème fer­ro­viaire », selon le com­mu­ni­qué du pre­mier ministre. Sans attendre, le gou­ver­ne­ment a annon­cé l’ouverture « dès la semaine pro­chaine« d’une « pre­mière phase de concer­ta­tion » sur une réforme du sys­tème fer­ro­viaire fran­çais, des ren­contres étant pré­vues avec les syn­di­cats et la direc­tion de la SNCF, les régions et les usa­gers. Un dia­logue dans le droit fil de la méthode Macron s’annonce(voir notre article).

    Ce rap­port va signer « la fin du fer­ro­viaire », a pré­ve­nu Éric Meyer, porte-parole de Sud-Rail, pre­mier syn­di­cat à réagir aux fuites orga­ni­sées du rap­port avant qu’il ne soit remis offi­ciel­le­ment. « On va aller vers la sup­pres­sion de 9 000 km de lignes sur un peu plus de 35 000 km, on va aller sur un trans­fert des charges d’ex­ploi­ta­tion aux régions ; pour l’u­sa­ger et le citoyen, on va avoir une baisse de la qua­li­té de ser­vice et de la cou­ver­ture du fer­ro­viaire, une aug­men­ta­tion du prix du billet », s’est alar­mé le syn­di­ca­liste sur France Inter. Avant de conclure : « Le conte­nu de ce rap­port, et la manière dont il sera exploi­té, pour­ront for­cé­ment mettre le feu dans l’entreprise. »

    La fin de la SNCF comme entreprise publique

    Cela peut paraître un point de détail juri­dique. Mais tous les sala­riés des entre­prises publiques – Orange (ex-France Télé­com), La Poste, Engie (ex-GDF) ou EDF par exemple –, qui ont connu un chan­ge­ment de sta­tut, s’en sou­viennent comme d’un bou­le­ver­se­ment pro­fond. Lorsque leur entre­prise d’Établissement public indus­triel et com­mer­cial (EPIC) est deve­nue socié­té ano­nyme (SA), le bas­cu­le­ment est allé bien au-delà du fait de ne plus avoir la garan­tie illi­mi­tée de l’État. Du jour au len­de­main, leur entre­prise s’est retrou­vée plon­gée dans le grand bain de la concur­rence. Les ques­tions finan­cières ont sup­plan­té tout le reste. Les rela­tions sociales se sont ali­gnées sur les méthodes du pri­vé. Et la notion de ser­vice public s’est tota­le­ment défaite.

    Ce n’est donc pas par hasard que les syn­di­cats de la SNCF consi­dèrent une telle trans­for­ma­tion juri­dique comme un chif­fon rouge. Pas­sant outre, le rap­port Spi­net­ta pré­co­nise de remettre en cause l’organisation actuelle, alors que l’entreprise publique fer­ro­viaire a chan­gé de sta­tut il y a à peine quatre ans pour reprendre Réseau fer­ré de France sous sa coupe.

    Depuis la réforme fer­ro­viaire de 2014, la SNCF est consti­tuée par trois éta­blis­se­ments publics dotés du sta­tut d’EPIC. Il y a une hol­ding de tête, l’EPIC SNCF qui a le contrôle de deux filiales : SNCF Mobi­li­tés, qui s’occupe de toute la ges­tion des trains, et SNCF Réseau qui gère les infra­struc­tures de réseau. Le rap­port demande que ces deux der­niers EPIC soient trans­for­més en socié­té ano­nyme à capi­taux publics.

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    Selon les rap­por­teurs, la trans­for­ma­tion du sta­tut de SCNF Mobi­li­tés s’impose. « Sa forme juri­dique actuelle n’est pas com­pa­tible avec les exi­gences euro­péennes », écrivent-ils pour jus­ti­fier sa recom­man­da­tion. Dans les règles euro­péennes, les entre­prises publiques sont en effet per­çues comme por­teuses de dis­tor­sion de concur­rence. Toute reca­pi­ta­li­sa­tion est ana­ly­sée comme une aide illi­cite des États. Dès lors que le rail s’ouvre à la concur­rence, comme cela est pré­vu en 2019, la SNCF qui exploite les trains doit se retrou­ver à éga­li­té de condi­tions par rap­port à ses concur­rents, selon ces mêmes règles, rap­pelle le rap­port. La France aurait pu tout à fait évi­ter ce chan­ge­ment en fai­sant ins­crire le sta­tut d’entreprise publique et de ser­vice public dans les prin­ci­paux trai­tés et direc­tives euro­péennes. Mais elle s’est tou­jours bien gar­dée de le faire. Et pour le gou­ver­ne­ment Macron, cette pos­si­bi­li­té est moins d’actualité que jamais.

    Les vertus de la contrainte des marchés financiers

    De façon plus sur­pre­nante, le rap­port recom­mande aus­si cette même évo­lu­tion pour la socié­té char­gée des réseaux. Toutes les expé­riences menées à l’étranger qui ont vou­lu soit pri­va­ti­ser tota­le­ment leur réseau fer­ro­viaire, soit même seule­ment trans­for­mer la socié­té de ges­tion en la pri­vant de la garan­tie de l’État, ont abou­ti à des catas­trophes. La Grande-Bre­tagne a été obli­gée de rena­tio­na­li­ser son réseau après d’importants acci­dents fer­ro­viaires liés à une dégra­da­tion impor­tante du réseau.

    Mais ces expé­riences semblent avoir peu pesé dans les réflexions des rap­por­teurs. La trans­for­ma­tion de SNCF Réseau en socié­té ano­nyme, selon eux, est la meilleure solu­tion pour évi­ter que la socié­té ne tombe dans le piège des grands tra­vaux inces­sants, de l’endettement per­ma­nent et expo­nen­tiel. La ver­tu de la contrainte exer­cée par les mar­chés finan­ciers et les agences de nota­tion est déci­dé­ment sans limite. Les voi­ci donc appe­lés à deve­nir les arbitres de l’aménagement fer­ro­viaire en France.

    Pour faire bonne mesure, le rap­port demande aus­si la filia­li­sa­tion de l’activité fret, qui a tou­jours été un point noir à la SNCF. Les syn­di­cats y voient un pre­mier pas vers une pri­va­ti­sa­tion de l’activité.

    Remise de dettes contre changement de statut

    Depuis des années, la SNCF croule sous les dettes liées à la moder­ni­sa­tion et l’entretien de son réseau fer­ré. Celles-ci s’élèvent à plus de 46 mil­liards d’euros. Chaque année, elles gros­sissent de quelque 3 mil­liards d’euros sup­plé­men­taires. À de nom­breuses reprises, le pré­sident de la SNCF, Guillaume Pepy, a deman­dé que l’État reprenne une par­tie de ces dettes, comme cela s’est fait en Alle­magne. Ber­lin avait accep­té de reprendre les dettes de la DB (Deutsche Bahn), au moment de l’ouverture à la concur­rence du rail en Allemagne.

    Jusqu’alors, le gou­ver­ne­ment fran­çais est tou­jours res­té sourd aux demandes de la SNCF : une reprise des dettes de l’entreprise publique aurait alour­di l’endettement public, qui n’est déjà pas conforme aux cri­tères de Maas­tricht. « Le trai­te­ment de la dette est une condi­tion préa­lable et néces­saire à un retour à l’équilibre du ges­tion­naire d’infrastructures », insiste le rap­port. Mais il n’indique pas quels moyens emprun­ter pour y parvenir.

    Lors de sa ren­contre avec les che­mi­nots en juillet, Emma­nuel Macron avait posé les termes de l’accord que l’État était prêt à pas­ser avec la SNCF : « Si on reprend la dette, quel nou­veau pacte social la SNCF est-elle prête à avoir ? […] Nous deman­dons à SNCF d’aller plus loin sur les réformes, le sta­tut, la mobi­li­té, le régime de retraite. SNCF, elle, a besoin que nous allé­gions sa struc­ture finan­cière, que nous accom­pa­gnions la réno­va­tion du réseau exis­tant. » En clair, l’État est prêt à effa­cer une par­tie des charges finan­cières que l’entreprise publique assume pour des tra­vaux et des enga­ge­ments pris au nom de l’État, contre le chan­ge­ment de statut.

    Emmanuel Macron, le 1er juillet. © DREmma­nuel Macron, le 1er juillet. © DR

     
    Sans l’écrire expli­ci­te­ment, le rap­port reprend tous les termes de l’accord posé par Emma­nuel Macron. En face d’un allè­ge­ment de dettes néces­saire, il pré­co­nise d’en finir avec le régime spé­cial des che­mi­nots, deve­nu un point de fixa­tion chez tous les conser­va­teurs. « Dans le cadre de la loi, il pour­rait être mis un terme au recru­te­ment au sta­tut des nou­veaux embau­chés, en pré­ser­vant stric­te­ment les droits indi­vi­duels du per­son­nel en béné­fi­ciant. Les nou­veaux recru­te­ments devront s’o­pé­rer […] dans un cadre conven­tion­nel à par­ache­ver », écrit le rap­port. Le sta­tut des che­mi­nots s’éteindrait ain­si pro­gres­si­ve­ment, au fur et à mesure des départs en retraite.

    La SNCF devant deve­nir une entre­prise comme une autre, elle est aus­si priée d’adapter ses méthodes de ges­tion sociale et de les cal­quer sur le pri­vé. Le rap­port insiste ain­si pour que l’entreprise publique puisse « recou­rir pen­dant deux ans à la pro­cé­dure des plans de départs volon­taires », afin d’alléger ses effec­tifs (150 000 per­sonnes tra­vaillent à la SNCF). Il sug­gère aus­si d’abandonner les règles d’avancement auto­ma­tique de car­rière et d’augmentation sala­riale, afin d’alléger ses charges salariales.

    En revanche, il ne souffle mot sur les régimes spé­ciaux de retraite des che­mi­nots. Le sujet est sans doute réser­vé pour l’autre « grande concer­ta­tion » sur les retraites.

    Une ouverture précipitée à la concurrence

    L’ouverture à la concur­rence du rail en France – les liai­sons inter­na­tio­nales sont déjà ouvertes – doit être trans­po­sée dans la loi fran­çaise d’ici à la fin de l’année. Le rap­port dis­tingue deux cas : celui des lignes régio­nales (TER) et celui des lignes longue dis­tance (TGV et intercités).

    Repre­nant une pré­co­ni­sa­tion d’un rap­port par­le­men­taire, la mis­sion Spi­net­ta recom­mande d’ouvrir au plus vite les lignes TER qui sont déjà lar­ge­ment sub­ven­tion­nées par les régions. Tout en pré­ci­sant, sans que l’on com­prenne com­ment que « l’ouverture pro­gres­sive condui­ra SNCF Mobi­li­tés à gar­der un rôle pré­émi­nent au moins jusqu’en 2023 ».

    Il indique même le pro­ces­sus qui devrait être mis en œuvre pour les ouvrir rapi­de­ment : des appels d’offres seraient lan­cés pour l’exploitation d’une ligne ou d’une par­tie de réseau. Et le moins-disant natu­rel­le­ment l’emporte.

    Les ruraux prendront le bus

    Seul ennui : comme toutes les socié­tés de ser­vice, l’opérateur qui l’emportera sera obli­gé – puisque c’est la loi – de reprendre les sala­riés qui tra­vaillaient sur l’exploitation de cette ligne. Même si le refus des che­mi­nots de tra­vailler dans le pri­vé est sou­vent mis en avant, celui des opé­ra­teurs pri­vés est tout aus­si réel bien que pas­sé sous silence : ils n’ont aucune envie de s’encombrer de per­son­nels de la SNCF, habi­tués à tra­vailler selon cer­taines règles, et sans doute payés plus cher.

    Le rap­port pré­voit donc que les sala­riés pour­ront refu­ser d’être trans­fé­rés dans la nou­velle entre­prise. Mais, pré­cise le rap­port, ils devront accep­ter une nou­velle affec­ta­tion sous peine d’être consi­dé­rés comme démissionnaires.

    Pour les longues dis­tances, le rap­port pré­co­nise une mise en concur­rence directe : dif­fé­rents opé­ra­teurs pour­ront faire rou­ler leurs trains sur une même ligne.

    L’abandon d’un service public sur tout le territoire

    Pour Jean-Cyril Spi­net­ta, une recon­fi­gu­ra­tion du réseau fer­ro­viaire s’impose. Il estime qu’il faut « recen­trer le trans­port fer­ro­viaire sur son domaine de per­ti­nence », c’est-à-dire les trans­ports du quo­ti­dien autour des agglo­mé­ra­tions et les des­sertes TGV entre les prin­ci­pales métro­poles fran­çaises. Là est selon lui l’avenir du train. Il n’a plus voca­tion à être un ser­vice public ouvert à tous sur tout le territoire.

     © DR© DR

     
    Cette grande réor­ga­ni­sa­tion du réseau fer­ro­viaire passe par plu­sieurs points. D’abord, la fer­me­ture de toutes les petites lignes, celles qui des­servent les lieux les moins peu­plés. Le rap­port demande ain­si un audit des « petites lignes », qui mobi­lisent actuel­le­ment 16 % des moyens finan­ciers, voient pas­ser moins de 10 % des trains et trans­portent seule­ment 2 % des voya­geurs. Ne peut-on faire l’économie d’un audit, puisque l’on sait déjà le résul­tat des mesures qui vont être avan­cées ? Les ruraux pren­dront les bus Macron.Reprenant là encore les idées d’Emmanuel Macron, qui avait dit son oppo­si­tion à toute nou­velle ligne TGV lors de ce fameux voyage entre Le Mans et Rennes, le rap­port juge aus­si que la construc­tion de nou­velles lignes à grande vitesse n’est pas néces­saire. De nom­breuses rai­sons peuvent être avan­cées pour refu­ser ces nou­veaux pro­jets : leur coût exor­bi­tant, les emprises déme­su­rées de ter­rain qu’elles imposent. Le rap­port en avance une autre assez curieuse : construire de nou­velles lignes « entraî­ne­rait le TGV au-delà de sa zone de per­ti­nence éco­no­mique, c’est-à-dire les des­sertes de très grandes agglo­mé­ra­tions avec des tra­jets durant jus­qu’à trois heures », dit-il. Est-ce l’expert ou l’ancien patron d’Air France, sou­cieux de limi­ter la concur­rence, qui parle ? Pour­quoi plus rien n’est-il per­ti­nent après trois heures ? Jus­te­ment Euros­tar vient d’inaugurer une nou­velle ligne TGV entre Londres et Amster­dam en quatre heures. Et le groupe table sur un report mas­sif des clients de l’avion vers le train comme cela s’est pas­sé entre Londres et Bruxelles.

    Il y a tant d’idées conve­nues, rabâ­chées depuis trente ans, dans ce rap­port que la ques­tion de son uti­li­té se pose. Il ne pose aucune piste réelle d’avenir, ni en matière de chan­ge­ment cli­ma­tique, ni sur les moyens de renouer les liens avec les ter­ri­toires délais­sés. Mais il ne tire même pas les leçons des expé­riences de l’étranger. Dans un hors série remar­quable, le Finan­cial Times, qui n’est pas exac­te­ment un porte-parole gau­chiste, tirait le bilan des poli­tiques de pri­va­ti­sa­tions des ser­vices publics, menées depuis That­cher. Sa conclu­sion était sans appel : il est grand temps de faire marche arrière.

    “Plus de concur­rence, une plus grande effi­ca­ci­té, un plus grand choix de ser­vices mieux adap­tés aux demandes des clients”, pro­cla­mait le mémo de 21 pages qui a conduit à la pri­va­ti­sa­tion la plus contro­ver­sée », rap­pelle le quo­ti­dien bri­tan­nique dans son article sur la pri­va­ti­sa­tion du rail. Avant de pour­suivre : « Il n’est pas évident que deux décen­nies de contrôle pri­vé aient ame­né des pro­grès dans la qua­li­té des ser­vices et aient per­mis de rendre le finan­ce­ment du réseau plus sou­te­nable et les infra­struc­tures fer­ro­viaires plus sûres. »

    De même, à aucun moment, le rap­port ne prend en compte les carac­té­ris­tiques spé­ci­fiques d’une entre­prise de réseau comme la SNCF. Le fer­ro­viaire impose des inves­tis­se­ments lourds, des immo­bi­li­sa­tions de capi­taux impor­tantes, rien que pour la seule main­te­nance de son réseau. Le pri­vé n’a jamais été capable d’assumer sur un temps long de telles contraintes. La SNCF est née de là. Si l’État a repris le contrôle des che­mins de fer  à par­tir de  1923, puis créé la Sncf et natio­na­li­sé l’en­tre­prise tota­le­ment en 1937, c’est parce que toutes les com­pa­gnies pri­vées, à com­men­cer par la com­pa­gnie Roth­schild, étaient en faillite.

    Mar­tine Orange, Mediapart.

    Source : https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​1​5​0​2​1​8​/​l​e​-​r​a​p​p​o​r​t​-​t​e​l​e​g​u​i​d​e​-​p​o​u​r​-​j​u​s​t​i​f​i​e​r​-​l​e​-​d​e​m​a​n​t​e​l​e​m​e​n​t​-​d​e​-​l​a​-​s​n​c​f​?​o​n​g​l​e​t​=​f​ull

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  5. Berbère

    « L’im­pos­ture Du Prix Nobel De La Paix »
    https://www.partisansfrancelibre.fr/videos-monde‑2.html

    « La Conspi­ra­tion Contre L’hu­ma­ni­té Est Gra­vée Dans Le Granite »
    Bien que gra­vée dans le gra­nite, la conspi­ra­tion contre l’hu­ma­ni­té a ses négationnistes

    Expé­rience Réelle De Stand­lay Mil­gram Sur La Sou­mis­sion À L’autorité
    Mil­gram Revisité
    LE JEU DE LA MORT (2009) – docu­men­taire complet
    on peut aus­si le com­pa­rer aux 11 vac­cins des­ti­nés aux nou­ris­sons, ain­si pro­mis à une mort prématurée…ou au mieux à de sérieux han­di­capes futurs

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