Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis…

13/08/2017 | 13 commentaires

Voi­ci une syn­thèse remar­quable sur les rai­sons du com­por­te­ment pré­ten­du­ment agres­sif de la Corée du Nord, syn­thèse signa­lée par le prin­ci­pal (de loin) ser­vice public d’in­for­ma­tion en France : les​-crises​.fr

Quand les États-Unis détruisaient un pays pour le sauver

Le 25 juin 2010 marque le soixan­tième anni­ver­saire du début de la Guerre de Corée, appe­lée « Guerre de Libé­ra­tion de la patrie en Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée.  Entre 1950 et 1953, les hos­ti­li­tés ont fait près de quatre mil­lions de vic­times, mais l’ héri­tage de cette guerre va  bien au-delà de ce bilan humain déjà ter­ri­fiant : l’ac­cord d’ar­mis­tice signé à Pan­mun­jom le 27 juillet 1953 a scel­lé la divi­sion de la pénin­sule coréenne en éta­blis­sant une ligne de démar­ca­tion mili­taire entre le nord et le sud, et,faute de véri­table trai­té de paix, la Corée reste tech­ni­que­ment en état de belligérance.

Au len­de­main de la libé­ra­tion de la Corée (15 août 1945), après 35 ans de colo­ni­sa­tion japo­naise, le peuple coréen pou­vait pour­tant légi­ti­me­ment pré­tendre à recou­vrer son indé­pen­dance et sa sou­ve­rai­ne­té, comme s’y étaient enga­gés les pays alliés lors de la Confé­rence du Caire (novembre 1943). 

Cette légi­time aspi­ra­tion de la nation coréenne ne fut mal­heu­reu­se­ment pas réa­li­sée dans le contexte d’af­fron­te­ment des grandes puis­sances : dès le mois de sep­tembre 1945, deux zones d’oc­cu­pa­tion, sovié­tique et amé­ri­caine, se mirent en place de part et d’autre du 38eme paral­lèle. En 1948, l’or­ga­ni­sa­tion d’é­lec­tions sépa­rées au sud, sous l’é­gide de l’O­NU où les Etats-Unis dis­po­saient de la majo­ri­té, abou­tit à la créa­tion de deux Etats coréens : la Répu­blique de Corée au sud, la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée au nord​.La par­ti­tion de fait de la Corée était réa­li­sée. La nation coréenne se trou­vait dra­ma­ti­que­ment divi­sée contre son gré par la fron­tière arti­fi­cielle du 38eme paral­lèle, autour de laquelle divers accro­chages firent des mil­liers de morts de 1945 à 1950. 

La thèse de l’of­fen­sive nord-coréenne du 25 juin 1950 ser­vit de pré­texte à une inter­ven­tion mili­taire des Etats-Unis, dans le cadre d’une stra­té­gie amé­ri­caine glo­bale de « refou­le­ment du com­mu­nisme ». L’in­ter­ven­tion amé­ri­caine en Corée fut légi­ti­mée par le Conseil de sécu­ri­té de l’O­NU  – où l’URSS ne sié­geait pas en rai­son du refus d’y admettre la jeune Répu­blique popu­laire de Chine -, le pré­sident amé­ri­cain Har­ry Tru­man pré­sen­tant alors l’en­voi de troupes en Corée comme une « opé­ra­tion de policedont le but était de repous­ser un « raid de ban­dits contre la Répu­blique de Corée ». Le pré­sident amé­ri­cain l’a fait sans décla­ra­tion de guerre, jus­qu’a­lors une condi­tion préa­lable à la par­ti­ci­pa­tion mili­taire des Etats-Unis à l’é­tran­ger. Il a ain­si éta­bli un pré­cé­dent pour le pré­sident Lyn­don John­son qui a enga­gé des troupes dans la Guerre du Viet­nam sans jamais sol­li­ci­ter un man­dat du Congrès pour son action. Les inter­ven­tions en Irak et en Afgha­nis­tan ont été menées selon les mêmes principes. 

Pour cette« opé­ra­tion de police, les Etats-Unis eurent recours à des armes de des­truc­tion mas­sive, ou mena­cèrent d’en uti­li­ser, ce qui contri­bue encore à éclai­rer la situa­tion actuelle. Comme l’é­crit  l’his­to­rien amé­ri­cain Bruce Cumings en conclu­sion de l’ar­ticle que nous repro­dui­sons ci-après, la Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Cumings écri­vait ces lignes en 2004, sous l’ad­mi­nis­tra­tion Bush. Elles res­tent d’une trou­blante actua­li­té, sur­tout  après l’an­nonce, le 6 avril 2010, de la nou­velle pos­ture nucléaire de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, selon laquelle les Etats-Unis s’au­to­risent à frap­per la Corée du Nord avec des armes nucléaires même si celle-ci n’u­ti­lise que des armes conventionnelles.


Mémoires de feu en Corée du Nord

par Bruce Cumings

 Plu­tôt que d’une guerre oubliée, mieux vau­drait par­ler, s’agissant de la Guerre de Corée (1950−1953), d’une guerre incon­nue. L’effet incroya­ble­ment des­truc­teur des cam­pagnes aériennes amé­ri­caines contre la Corée du Nord – qui allèrent du lar­gage conti­nu et à grande échelle de bombes incen­diaires (essen­tiel­le­ment au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chi­miques [1] et à la des­truc­tion de gigan­tesques bar­rages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indé­lé­bile. Ces faits sont tou­te­fois peu connus, même des his­to­riens, et les ana­lyses de la presse sur le pro­blème nucléaire nord-coréen ces dix der­nières années n’en font jamais fait état. [NdT : ce texte a été écrit en décembre 2004] 

La Guerre de Corée passe pour avoir été limi­tée, mais elle res­sem­bla fort à la guerre aérienne contre le Japon impé­rial pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, et fut sou­vent menée par les mêmes res­pon­sables mili­taires amé­ri­cains. Si les attaques d’Hiroshima et de Naga­sa­ki ont fait l’objet de nom­breuses ana­lyses, les bom­bar­de­ments incen­diaires contre les villes japo­naises et coréennes ont reçu beau­coup moins d’attention. Quant aux stra­té­gies nucléaire et aérienne de Washing­ton en Asie du Nord-Est après la Guerre de Corée, elles sont encore moins bien com­prises, alors que ces stra­té­gies ont défi­ni les choix nord-coréens et demeurent un fac­teur-clé dans l’élaboration de la stra­té­gie amé­ri­caine en matière de sécu­ri­té natio­nale. (…)

Le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale. Son uti­li­sa­tion pro­vo­qua un débat majeur pen­dant la Guerre du Viet­nam, atti­sé par des pho­tos insou­te­nables d’enfants qui cou­raient nus sur les routes, leur peau par­tant en lam­beaux… Une quan­ti­té encore plus grande de napalm fut néan­moins lar­guée sur la Corée, dont l’effet fut beau­coup plus dévas­ta­teur, car la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée (RPDC) comp­tait bien plus de villes peu­plées que le Nord-Viet­nam. En 2003, j’ai par­ti­ci­pé à une confé­rence aux côtés d’anciens com­bat­tants amé­ri­cains de la Guerre de Corée. Lors d’une dis­cus­sion à pro­pos du napalm, un sur­vi­vant de la bataille du Réser­voir de Chang­jin (Cho­sin, en japo­nais), qui avait per­du un œil et une par­tie de la jambe, affir­ma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle tom­bait sur les bonnes personnes.

Les bonnes per­sonnes ? Comme lorsqu’un bom­bar­de­ment tou­cha par erreur une dou­zaine de sol­dats amé­ri­cains : Tout autour de moi, les hommes étaient brû­lés. Ils se rou­laient dans la neige. Des hommes que je connais­sais, avec qui j’avais mar­ché et com­bat­tu, me sup­pliaient de leur tirer des­sus… C’était ter­rible. Quand le napalm avait com­plè­te­ment brû­lé la peau, elle se déta­chait en lam­beaux du visage, des bras, des jambes… comme des chips de pommes de terre frites.  [2]

Un peu plus tard, George Bar­rett, du New York Times, décou­vrit un tri­but macabre à la tota­li­té de la guerre moderne dans un vil­lage au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : Les habi­tants de tout le vil­lage et dans les champs envi­ron­nants furent tués et conser­vèrent exac­te­ment l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frap­pés par le napalm : un homme s’apprêtait à mon­ter sur sa bicy­clette, une cin­quan­taine d’enfants jouaient dans un orphe­li­nat, une mère de famille étran­ge­ment intacte tenait dans la main une page du cata­logue Sears-Roe­buck où était cochée la com­mande no 3811294 pour une “ravis­sante liseuse cou­leur corail”. Dean Ache­son, secré­taire d’Etat, vou­lait que ce genre de repor­tage à sen­sa­tion soit signa­lé à la cen­sure afin qu’on puisse y mettre un terme . [3]

WarKorea_B-29-korea.jpg

L’un des pre­miers ordres d’incendier des villes et des vil­lages que j’ai trou­vés dans les archives fut don­né dans l’extrême sud-est de la Corée, pen­dant que des com­bats vio­lents se dérou­laient le long du péri­mètre de Pusan, début août 1950, alors que des mil­liers de gué­rille­ros har­ce­laient les sol­dats amé­ri­cains. Le 6 août 1950, un offi­cier amé­ri­cain don­na l’ordre à l’armée de l’air que soient obli­té­rées les villes sui­vantes : Chong­song, Chin­bo et Kusu-Dong. Des bom­bar­diers stra­té­gi­quesB-29 furent éga­le­ment mis à contri­bu­tion pour des bom­bar­de­ments tac­tiques. Le 16 août, cinq for­ma­tions de B‑29 frap­pèrent une zone rec­tan­gu­laire près du front qui comp­tait un grand nombre de villes et de vil­lages, et créèrent un océan de feu en lar­guant des cen­taines de tonnes de napalm. Un ordre sem­blable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple men­tion : Onze vil­lages incen­diés. [4]

Les pilotes avaient ordre de frap­per les cibles qu’ils pou­vaient dis­cer­ner pour évi­ter de frap­per des civils, mais ils bom­bar­daient sou­vent des centres de popu­la­tion impor­tants iden­ti­fiés par radar, ou lar­guaient d’énormes quan­ti­tés de napalm sur des objec­tifs secon­daires lorsque la cible prin­ci­pale ne pou­vait être atteinte. La ville indus­trielle de Hun­gnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à tra­vers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une cen­taine de mètres. L’armée amé­ri­caine lar­gua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un ton­nage qui aurait requis une flotte de 250 B‑17 pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Fin août, les for­ma­tions de B‑29 déver­saient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. [5] Ce ton­nage consis­tait en grande par­tie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B‑29 déver­sèrent 3,2 mil­lions de litres de napalm.

 

Boy victim of napalm
Enfant coréen brû­lé par le napalm

Au sein de l’armée de l’air amé­ri­caine, cer­tains se délec­taient des ver­tus de cette arme rela­ti­ve­ment nou­velle, intro­duite à la fin de la pré­cé­dente guerre, se riant des pro­tes­ta­tions com­mu­nistes et four­voyant la presse en par­lant de bom­bar­de­ments de pré­ci­sion. Les civils, aimaient-ils à pré­tendre, étaient pré­ve­nus de l’arrivée des bom­bar­diers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet. [6] Cela n’était qu’un pré­lude à la des­truc­tion de la plu­part des villes et vil­lages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

Larguer trente bombes atomiques ?

inchon-mcarthur.jpg

L’entrée des Chi­nois dans le conflit pro­vo­qua une esca­lade immé­diate de la cam­pagne aérienne. À comp­ter du début novembre 1950, le géné­ral MacAr­thur ordon­na que la zone située entre le front et la fron­tière chi­noise soit trans­for­mée en désert, que l’aviation détruise tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages sur des mil­liers de kilo­mètres car­rés du ter­ri­toire nord-coréen. Comme le rap­por­ta un atta­ché mili­taire bri­tan­nique auprès du quar­tier géné­ral de MacAr­thur, le géné­ral amé­ri­cain don­na l’ordre de détruire tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion, tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages à l’exception des bar­rages de Najin, près de la fron­tière sovié­tique et de Yalu (épar­gnés pour ne pas pro­vo­quer Mos­cou et Pékin). Cette des­truc­tion [devait] débu­ter à la fron­tière mand­choue et conti­nuer vers le sud. Le 8 novembre 1950, 79 B‑29 lar­guaient 550 tonnes de bombes incen­diaires sur Sinui­ju, la rayantde la carte. Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoe­ryong dans le but de liqui­der l’endroit. Le 25 novembre, une grande par­tie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes enne­mies plus au sud(…) est plus ou moins en feu. La zone allait bien­tôt deve­nir uneéten­due déserte de terre brû­lée. [7]

Tout cela se pas­sait avant la grande offen­sive sino-coréenne qui chas­sa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation amé­ri­caine lâcha au-des­sus de Pyon­gyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déver­sé par des avions de com­bat Mus­tang, et 175 tonnes de bombes de démo­li­tion à retar­de­ment qui atter­rirent avec un bruit sourd et explo­sèrent ensuite, quand les gens ten­tèrent de sau­ver les morts des bra­siers allu­més par le napalm. Début jan­vier, le géné­ral Ridg­way ordon­na de nou­veau à l’aviation de frap­per la capi­tale Pyon­gyang dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incen­diaires (objec­tif qui fut accom­pli en deux temps, les 3 et 5 jan­vier 1951). A mesure que les Amé­ri­cains se reti­raient au sud du 38eme paral­lèle, la poli­tique incen­diaire de la terre brû­lée se pour­sui­vit : Uijong­bu, Won­ju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rap­pro­chait, furent la proie des flammes. [8]

Battle_of_Inchon.jpg

L’aviation mili­taire ten­ta aus­si de déca­pi­ter la direc­tion nord-coréenne. Pen­dant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe sur­nom­mée MOAB (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capa­ci­té explo­sive de 18 000 livres de TNT. News­weeken publia une pho­to en cou­ver­ture, sous le titre Pour­quoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? ». [9]Au cours de l’hiver 1950–1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient reve­nus à leur point de départ des années 1930 et se ter­raient dans de pro­fonds bun­kers à Kang­gye, près de la fron­tière mand­choue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débar­que­ment d’Inchon, les B‑29 lar­guèrent des bombes Tar­zan sur Kang­gye. Il s’agissait d’une bombe nou­velle, énorme, de 12 000 livres, jamais uti­li­sée aupa­ra­vant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incen­diaire ultime, la bombe atomique.

Le 9 juillet 1950, deux semaines seule­ment après le début de la guerre, le géné­ral MacAr­thur envoya au géné­ral Ridg­way un mes­sage urgent qui inci­ta les chefs d’état-major (CEM) à exa­mi­ner s’il fal­lait ou non don­ner des bombes A à MacAr­thur. Le géné­ral Charles Bolte, chef des opé­ra­tions, fut char­gé de dis­cu­ter avec MacAr­thur de l’utilisation de bombes ato­miques en sou­tien direct aux com­bats ter­restres.Bolte esti­mait qu’on pou­vait réser­ver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capa­ci­tés mili­taires glo­bales des Etats-Unis s’en trouvent affec­tées outre mesure. MacAr­thur sug­gé­ra à Bolte une uti­li­sa­tion tac­tique des armes ato­miques et lui don­na un aper­çu des ambi­tions extra­or­di­naires qu’il nour­ris­sait dans le cadre de la guerre, notam­ment l’occupation du Nord et une riposte à une poten­tielle inter­ven­tion chi­noise ou sovié­tique comme suit : Je les iso­le­rai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls pas­sages en pro­ve­nance de Mand­chou­rie et de Vla­di­vos­tok com­portent de nom­breux tun­nels et ponts. Je vois là une occa­sion unique d’utiliser la bombe ato­mique, pour frap­per un coup qui bar­re­rait la route et deman­de­rait un tra­vail de répa­ra­tion de six mois.

À ce stade de la guerre, tou­te­fois, les chefs d’état-major reje­tèrent l’usage de la bombe car les cibles suf­fi­sam­ment impor­tantes pour néces­si­ter des armes nucléaires man­quaient, ils redou­taient les réac­tions de l’opinion mon­diale cinq ans après Hiro­shi­ma et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit ren­ver­sé par des moyens mili­taires clas­siques. Le cal­cul ne fut plus le même lorsque d’importants contin­gents de sol­dats chi­nois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.

Lors d’une célèbre confé­rence de presse, le 30 novembre, le pré­sident Tru­man agi­ta la menace de la bombe ato­mique. [10] Ce n’était pas une bourde comme on le sup­po­sa alors. Le même jour, le géné­ral de l’armée de l’air Stra­te­meyer envoya l’ordre au géné­ral Hoyt Van­den­berg de pla­cer le com­man­de­ment stra­té­gique aérien en alerte afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des for­ma­tions de bom­bar­diers équi­pés de bombes moyennes en Extrême-Orient,(…) ce sup­plé­ment [devant] com­prendre des capa­ci­tés ato­miques. Le géné­ral d’aviation Cur­tis LeMay se sou­vient à juste titre que les CEM étaient par­ve­nus aupa­ra­vant à la conclu­sion que les armes ato­miques ne seraient pro­ba­ble­ment pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une cam­pagne ato­mique géné­rale contre la Chine maoïste. Mais puisque les ordres chan­geaient en rai­son de l’entrée en guerre des forces chi­noises, LeMay vou­lait être char­gé de la tâche ; il décla­ra à Stra­te­meyer que son quar­tier géné­ral était le seul qui pos­sé­dait l’expérience, la for­ma­tion tech­nique et la connais­sance intime des méthodes de lar­gage. L’homme qui diri­gea le bom­bar­de­ment incen­diaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nou­veau sur l’Extrême-Orient pour diri­ger les attaques. [11] Washing­ton se sou­ciait peu à l’époque de savoir com­ment Mos­cou allait réagir car les Amé­ri­cains pos­sé­daient au moins 450 bombes ato­miques tan­dis que les Sovié­tiques n’en avaient que 25.

Peu de temps après, le 9 décembre, MacAr­thur fit savoir qu’il vou­lait un pou­voir dis­cré­tion­naire concer­nant l’utilisation des armes ato­miques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il sou­mit une liste de cibles devant retar­der l’avancée de l’ennemi pour les­quelles il disait avoir besoin de 26 bombes ato­miques. Il deman­dait en outre que 4 bombes soient lar­guées sur les forces d’invasion  » et 4 autres sur lesconcen­tra­tions enne­mies cru­ciales de moyens aériens.

Dans des inter­views parues après sa mort, MacAr­thur affir­mait avoir un plan per­met­tant de rem­por­ter la guerre en dix jours : « J’aurais lar­gué une tren­taine de bombes ato­miques (…) en met­tant le paquet le long de la fron­tière avec la Mand­chou­rie. » Il aurait ensuite ame­né 500 000 sol­dats de la Chine natio­na­liste au Yalu, puis aurait répan­du der­rière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une cein­ture de cobalt radio­ac­tif (…) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pen­dant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion ter­restre de la Corée par le nord. Il avait la cer­ti­tude que les Russes n’auraient pas bou­gé devant cette stra­té­gie de l’extrême : Mon plan était simple comme bon­jour. [12]

La radio­ac­ti­vi­té du cobalt 60 est 320 fois plus éle­vée que celle du radium. Selon l’historien Car­roll Qui­gley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pour­rait détruire toute vie ani­male sur terre. Les pro­pos bel­li­cistes de MacAr­thur paraissent insen­sés, mais il n’était pas le seul à pen­ser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comi­té dépen­dant des chefs d’état-major avait décla­ré que les bombes ato­miques pour­raient s’avérer être le fac­teur déci­sif qui stop­pe­rait l’avancée chi­noise en Corée. Au départ, on envi­sa­geait éven­tuel­le­ment leur uti­li­sa­tion dans un cor­don sani­taire [pou­vant] être éta­bli par l’ONU sui­vant une bande située en Mand­chou­rie juste au nord de la fron­tière coréenne.

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le dépu­té Albert Gore (le père d’Al Gore, can­di­dat démo­crate mal­heu­reux en 2000), qui s’opposa par la suite à la Guerre du Viet­nam, déplo­rait que la Coréedétruise peu à peu la viri­li­té amé­ri­caine et sug­gé­rait de mettre fin à la guerre par quelque chose de cata­clys­mique, à savoir une cein­ture radio­ac­tive qui divi­se­rait la pénin­sule coréenne en deux de façon per­ma­nente. Bien que le géné­ral Ridg­way n’ait pas par­lé de bombe au cobalt, après avoir suc­cé­dé à MacAr­thur en tant que com­man­dant amé­ri­cain en Corée, il renou­ve­la en mai 1951 la demande for­mu­lée par son pré­dé­ces­seur le 24 décembre, récla­mant cette fois 38 bombes ato­miques. [13] Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes ato­miques, au moment, pré­ci­sé­ment, où Tru­man révo­quait MacAr­thur. Si les infor­ma­tions concer­nant cet évé­ne­ment sont encore en grande par­tie clas­sées secrètes, il est désor­mais clair que Tru­man ne des­ti­tua pas MacAr­thur uni­que­ment en rai­son de son insu­bor­di­na­tion réité­rée, mais parce qu’il vou­lait un com­man­dant fiable sur le ter­rain au cas où Washing­ton décide de recou­rir aux armes ato­miques. En d’autres termes, Tru­man se débar­ras­sa de MacAr­thur pour gar­der ouverte sa poli­tique en matière d’armes ato­miques. Le 10 mars 1951, après que les Chi­nois eurent mas­sé de nou­velles forces près de la fron­tière coréenne et que les Sovié­tiques eurent sta­tion­né 200 bom­bar­diers sur les bases aériennes de Mand­chou­rie (d’où ils pou­vaient frap­per non seule­ment la Corée, mais les bases amé­ri­caines au Japon) [14], MacAr­thur deman­da une force ato­mique de type Jour J afin de conser­ver la supé­rio­ri­té aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le géné­ral Van­den­berg écri­vait : Fin­let­ter et Lovett aler­tés sur les dis­cus­sions ato­miques. Je pense que tout est prêt. Fin mars, Stra­te­meyer rap­por­ta que les fosses de char­ge­ment des bombes ato­miques sur la base aérienne de Kade­na, à Oki­na­wa, étaient de nou­veau opé­ra­tion­nelles. Les bombes y furent trans­por­tées en pièces déta­chées, puis mon­tées sur la base, seul le noyau nucléaire res­tant à pla­cer. Le 5 avril, les CEM ordon­nèrent que des repré­sailles ato­miques immé­diates soient lan­cées contre les bases mand­choues si de nou­veaux contin­gents impor­tants de sol­dats chi­nois se joi­gnaient aux com­bats ou, semble-t-il, si des bom­bar­diers étaient déployés de là contre des posi­tions amé­ri­caines. Le même jour, Gor­don Dean, pré­sident de la Com­mis­sion sur l’énergie ato­mique, prit des dis­po­si­tions pour faire trans­fé­rer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9eme groupe de bom­bar­diers de l’aviation mili­taire, affec­té au trans­port des bombes atomiques. (…)

Les chefs d’état-major envi­sa­gèrent de nou­veau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tac­tique sur le champ de bataille [15] – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppen­hei­mer, l’ancien direc­teur du Pro­jet Man­hat­tan, tra­vailla sur le Pro­jet Vis­ta, des­ti­né à éva­luer la fai­sa­bi­li­té de l’usage tac­tique des armes ato­miques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effec­tuait une mis­sion secrète pour le dépar­te­ment de la Défense, étu­dia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exis­ter un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait deve­nir le père de la bombe à neu­trons. [16]

Des milliers de villages anéantis

Le pro­jet nucléaire le plus ter­ri­fiant des Etats-Unis en Corée fut pro­ba­ble­ment l’opération Hud­son Har­bor. Cette opé­ra­tion semble avoir fait par­tie d’un pro­jet plus vaste por­tant sur l’exploitation ouverte par le dépar­te­ment de la Défense et l’exploitation clan­des­tine par la Cen­tral Intel­li­gence Agen­cy, en Corée, de la pos­si­bi­li­té d’utiliser les armes nou­velles (un euphé­misme dési­gnant ce qu’on appelle main­te­nant les armes de des­truc­tion massive). (…)

Sans recou­rir aux armes nou­velles, bien que le napalm ait été très nou­veau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des mil­lions de civils avant la fin de la guerre. Pen­dant trois années, les Nord-Coréens se sont trou­vés face à la menace quo­ti­dienne d’être brû­lés par le napalm : On ne pou­vait pas y échap­per, m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pra­ti­que­ment tout avait été com­plè­te­ment rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les sur­vi­vants vivaient dans des grottes. (…)

Au cours de la guerre, écri­vit Conrad Crane, l’armée de l’air amé­ri­caine pro­vo­qua une des­truc­tion ter­rible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts pro­vo­qués par les bom­bar­de­ments révé­la que sur les 22 villes prin­ci­pales du pays, 18 avaient été au moins à moi­tié anéan­ties. Il res­sor­tait d’un tableau éta­bli par l’auteur que les grandes villes indus­trielles de Ham­hung et de Hun­gnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sari­won à 95 %, Sinan­ju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyon­gyang à 75 %. Un jour­na­liste bri­tan­nique décri­vit l’un des mil­liers de vil­lages anéan­tis comme un mon­ti­cule éten­du de cendres vio­lettes. Le géné­ral William Dean, qui fut cap­tu­ré après la bataille de Tae­jon, en juillet 1950, et emme­né au Nord, décla­ra par la suite qu’il ne res­tait de la plu­part des villes et des vil­lages qu’il vit quedes gra­vats ou des ruines cou­vertes de neige. Tous les Coréens qu’il ren­con­tra, ou presque, avaient per­du un parent dans un bom­bar­de­ment. [17] Wins­ton Chur­chill, vers la fin de la guerre, s’émut et décla­ra à Washing­ton que, lorsque le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale, per­sonne n’imaginait qu’on en asper­ge­rait toute une popu­la­tion civile. [18]

Telle fut la guerre limi­tée livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entre­prise aérienne effré­née, citons le point de vue de son archi­tecte, le géné­ral Cur­tis LeMay, qui décla­ra après le début de la guerre :Nous avons en quelque sorte glis­sé un mot sous la porte du Penta­gone disant : “Lais­sez-nous aller là-bas (…) incen­dier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répon­du par des cris – “Vous allez tuer de nom­breux civils”, et “c’est trop hor­rible”. Pour­tant, en trois ans (…), nous avons incen­dié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (…). Sur trois ans, on arrive à le faire pas­ser, mais tuer d’un coup quelques per­sonnes pour régler le pro­blème, beau­coup ne peuvent pas l’encaisser. [19]

La Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Bruce Cumings
_____

Bruce Cumings est pro­fes­seur d’histoire à l’université de Chi­ca­go. Il est auteur, entre autres, de Paral­lax Visions : Making Sense of Ame­ri­can-East Asian Rela­tions, Duke Uni­ver­si­ty Press, Londres, 1999 et deNorth Korea, Ano­ther Coun­try,The New Press, New York, 2004.

[1] Ste­phen Endi­cott, Edward Hager­man, Les armes bio­lo­giques de la Guerre de Corée, Le Monde diplo­ma­tique,juillet 1999.

[2] Cité dans Clay Blair, For­got­ten War,Ran­dom House, New York, 1989.

[3] Archives natio­nales amé­ri­caines, dos­sier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Bar­rett, 8 février 1951.

[4] Archives natio­nales, RG338, dos­sier KMAG, boîte 5418, jour­nal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.

[5] The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er sep­tembre 1950.

[6] Voir « Air War in Korea », dans Air Uni­ver­si­ty Quar­ter­ly Review4, n° 2, automne 1950, pp. 19–40, et « Pre­ci­sion bom­bing », dansAir Uni­ver­si­ty Quar­te­ly review4, n° 4, été 1951, pp. 58–65.

[7] Archives MacAr­thur, RG6, boîte 1, Stra­te­meyer à MacAr­thur, 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, Bou­chier aux chefs d’état-major, 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.

[8] Bruce Cumings, The Ori­gins of the Korean War, tome II, Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty Press, 1990, pp. 753–754 ; New York Times,13 décembre 1950 et 3 jan­vier 1951.

[9] News­week, 24 mars 2003.

[10] The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.

[11] Hoyt Van­den­berg Papers, boîte 86, Stra­te­meyer à Van­den­berg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Van­den­berg, 2 décembre 1950. Voir aus­si Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydro­gen Bomb, 1955, pp. 444–446.

[12] Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willough­by Papers, boîte 8, inter­views par Bob Consi­dine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.

[13] Car­roll Qui­gley, Tra­ge­dy and Hope : A His­to­ry of the World in Our Time, Mac­Mil­lan, New York, 1966, p. 875. C. Qui­gley fut le pro­fes­seur pré­fé­ré de William Clin­ton à Geor­ge­town Uni­ver­si­ty. Voir aus­si B. Cumings, op. cit., p. 750.

[14] Les docu­ments ren­dus publics après l’effondrement de l’Union sovié­tique ne semblent pas cor­ro­bo­rer cette infor­ma­tion. Selon les his­to­riens, les Sovié­tiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette impor­tance à l’époque, contrai­re­ment à ce que pen­saient les ser­vices de ren­sei­gne­ment – en rai­son peut-être d’une dés­in­for­ma­tion effi­cace de la part des Chinois.

[15] Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tac­tiques, non encore dis­po­nibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tac­ti­que­ment dans les com­bats, comme les bombes clas­siques lar­guées par les B‑29 avaient été uti­li­sées dans les com­bats depuis fin août 1950.

[16] Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Arma­ged­don, Simon & Schus­ter, New York, 1983, p. 220. Sur Oppen­hei­mer et le pro­jet Vis­ta, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751–752, David C. Elliot, Pro­ject Vis­ta and Nuclear Wea­pons in Europe, dans Inter­na­tio­nal Secu­ri­ty 2, no 1, été 1986, pp. 163–183.

[17] Conrad Crane, Ame­ri­can Air­po­wer Stra­te­gy in Korea,Uni­ver­si­ty Press of Kan­sas, Law­rence, 2000, pp. 168–169.

[18] Jon Hal­li­day et Bruce Cumings, Korea : The Unk­nown War, Pan­theon Books, New York, 1988, p. 166.

[19] John Fos­ter Dulles Papers, his­toire orale Cur­tis LeMay, 28 avril 1966.

 

Le Monde Diplo­ma­tique, décembre 2004

(pho­tos ajou­tées par l’AAFC)

 

Picasso_Massacre_in_Korea.jpg

Mas­sacre en Corée, par Pablo Picas­so, 1951

(Musée natio­nal Picas­so – Paris)

Syn­thèse signa­lée par Oli­vier Ber­ruyer, sur les​-crises​.fr : http://​www​.les​-crises​.fr/​v​o​i​l​a​-​p​o​u​r​q​u​o​i​-​l​a​-​c​o​r​e​e​-​d​u​-​n​o​r​d​-​d​e​t​e​s​t​e​-​a​u​t​a​n​t​-​l​e​s​-​e​t​a​t​s​-​u​n​is/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​3​7​2​9​1​1​7​2​317

—–

Voir aus­si « La Corée est une », de Guy Dupré :

[pdf-embed­der url=« https://www.chouard.org/wp-content/uploads/2017/08/La-Corée-est-une-Guy-Dupré.pdf » title=« La Corée est une – Guy Dupré »]

Catégorie(s) de l'article :

13 Commentaires

  1. etienne

    Autre énorme bobard capitaliste :

    Gaël Giraud : Le mythe du ruissellement économique


    http://​www​.la​-croix​.com/​a​m​p​/​1​2​0​0​8​6​6​935

    La Croix , le 1er août 2017

    Gaël Giraud, éco­no­miste en chef de l’Agence Fran­çaise de Déve­lop­pe­ment, direc­teur de recherche CNRS, pro­fes­seur à l’École Natio­nale des Ponts et Chaussées.

    Lorsque, durant les années 1980, Mar­ga­ret That­cher et Ronald Rea­gan rédui­sirent de manière consi­dé­rable la fis­ca­li­té des plus for­tu­nés, l’argument le plus sou­vent invo­qué par cer­tains éco­no­mistes tenait en une méta­phore : le “ruis­sel­le­ment” de richesse des­cend des plus favo­ri­sés vers les plus pauvres. Il est cer­tain que ces lar­gesses fis­cales ont for­te­ment contri­bué à l’envol de la dette publique, tant aux États-Unis qu’en Angleterre. 

    Ont-elles ali­men­té la crois­sance éco­no­mique de ces deux pays ? Rien n’est moins sûr car la rela­tive pros­pé­ri­té nord-amé­ri­caine de cette décen­nie fut tirée, d’abord, par l’explosion des dépenses publiques orches­trées par le secré­ta­riat d’État à la défense de l’administration Rea­gan. Quant à Albion – qui qué­man­dait le secours du Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal au début des années 1970 –, elle doit en grande par­tie son retour à meilleure for­tune au pou­voir d’attraction des capi­taux induit par la déré­gu­la­tion finan­cière de la City. De l’aveu du FMI (1), nous n’avons aucune preuve empi­rique de la théo­rie du ruis­sel­le­ment. Quelle ana­lyse éco­no­mique sous-tend donc cette méta­phore que cer­tains vou­draient res­sus­ci­ter aujourd’hui ?

    Épargne, épargne, crois­sance, emploi…

    L’argument est, en géné­ral, le sui­vant : les plus for­tu­nés ont, en moyenne, une pro­pen­sion mar­gi­nale à épar­gner supé­rieure à celle des plus pauvres. Le sur­croît de richesse qui peut leur être accor­dé (via, e.g., une réduc­tion d’impôt) vien­dra donc ali­men­ter davan­tage l’épargne natio­nale que si cette même richesse avait été dis­tri­buée à des ménages moins favo­ri­sés. Or l’épargne gonfle l’investissement. Et l’investissement d’aujourd’hui, c’est la crois­sance de demain, et donc, notam­ment, les emplois de demain. Les­quels pro­cu­re­ront un salaire, y com­pris aux moins for­tu­nés. CQFD ?

    Cette “preuve” est fausse. Certes, les plus for­tu­nés ont une pro­pen­sion à consom­mer infé­rieure à celle des plus pauvres : pour un euro de reve­nu sup­plé­men­taire, le cen­tile le plus riche, en France, dépen­se­ra en moyenne moins de 70 cen­times et épar­gne­ra donc au moins 30 cen­times. Tan­dis que le décile le plus pauvre dépen­se­ra la qua­si-tota­li­té de cet euro (voire davan­tage car il pour­ra plus faci­le­ment s’endetter, en prin­cipe). Mais la part de véri­té du ruis­sel­le­ment s’arrête là.

    Lire : Huit hommes détiennent autant de richesses que la moi­tié la plus pauvre de la population

    Une épargne qui ali­mente diverses bulles

    Pri­mo, le sur­croît d’épargne ren­du pos­sible par l’enrichissement des plus riches ne vient pas, ou plus, ali­men­ter l’investissement. Si cette rela­tion était auto­ma­tique, l’économie mon­diale ne serait pas pié­gée, comme elle l’est aujourd’hui, par un sous-inves­tis­se­ment chro­nique : jamais les caté­go­ries sociales les plus favo­ri­sées n’ont autant épar­gné qu’aujourd’hui, et pour­tant, depuis plus d’une décen­nie, l’investissement agré­gé en fonc­tion du reve­nu natio­nal ne cesse de bais­ser dans la plu­part des pays de l’OCDE. En zone euro, d’après le FMI, il a chu­té de 24 % en 2007 à 19,9 % du PIB en 2016. Que devient, par consé­quent, l’épargne sur­abon­dante ? Elle est réin­ves­tie dans des paris d’argent sur les mar­chés finan­ciers et immo­bi­liers, où elle ali­mente diverses bulles : celle des déri­vés finan­ciers, par exemple, dont le notion­nel libel­lé en euro atteint, à lui seul, la somme extra­va­gante de 80 tril­lions. Celle des centres-villes gen­tri­fiés de nos capi­tales, également.

    Un manque d’investissement dans les éco­no­mies occidentales

    Secun­do, l’investissement n’a pas besoin d’épargne pour se finan­cer. L’affirmation contraire s’appuie sur l’idée – aus­si répan­due que fausse – selon laquelle ce sont les dépôts (l’épargne) qui font les cré­dits. Dit autre­ment, une banque, pour prê­ter de l’argent, aurait besoin de l’emprunter elle-même quelque part. Au contraire, les banques com­mer­ciales (qui sont telles parce qu’elles ont reçu de l’État une délé­ga­tion du pou­voir réga­lien de frap­per mon­naie) créent du cré­dit tous les jours. Et équi­librent leurs comptes ex post en emprun­tant auprès de la Banque Cen­trale (à taux réel néga­tif, en zone euro, aujourd’hui) la mon­naie néces­saire pour apu­rer leurs tran­sac­tions avec leurs contre­par­ties et pour satis­faire aux ratios pru­den­tiels qui encadrent leur pou­voir de créa­tion monétaire.

    D’aucuns ima­ginent que la créa­tion moné­taire par les banques de second rang est entiè­re­ment pilo­tée par celle de la Banque Cen­trale qui in fine aurait seule le pou­voir d’accroître la quan­ti­té de mon­naie en cir­cu­la­tion. De nou­veau, il s’agit d’un mythe comme l’a rap­pe­lé récem­ment la Banque d’Angleterre (2) : l’explosion des liqui­di­tés injec­tées par les Banques cen­trales d’Occident sur les mar­chés inter­ban­caires depuis 2008 ne s’est nul­le­ment tra­duite par un accrois­se­ment pro­por­tion­nel des cré­dits accor­dés par les banques pri­vées à l’économie réelle. Et c’est bien là tout le pro­blème de l’insuffisance d’investissement dans les éco­no­mies occidentales.

    Des inves­tis­se­ments qui ne créent pas tou­jours d’emplois.

    Ter­tio, depuis le début des années 1990, on assiste à l’apparition de reprises de crois­sance du reve­nu natio­nal (d’abord aux États-Unis puis, de plus en plus sou­vent, en Europe) qui ne s’accompagnent pas d’une hausse d’emplois. Ces jobless reco­ve­ries sont la preuve du fait que toute forme d’investissement ne crée pas néces­sai­re­ment des emplois. Il en va ain­si, e.g., des inves­tis­se­ments finan­cés entre 2001 et 2007 en faveur de pro­jets immo­bi­liers dépour­vus de sens en Anda­lou­sie. Les villes fan­tômes que ces cré­dits ont engen­drées n’ont pas créé d’emplois !

    La solu­tion ? Redis­tri­buer les richesses

    Com­ment remé­dier, alors, à l’insuffisance d’investissement, notam­ment en Europe, prin­ci­pale res­pon­sable de la fai­blesse de notre crois­sance ? En redis­tri­buant la richesse pro­duite par une nation à ses membres les plus pauvres. Ce qui non seule­ment rédui­ra les inéga­li­tés mais favo­ri­se­ra une reprise durable de l’économie.

    Pour­quoi ? Parce que l’accroissement de consom­ma­tion que pareille redis­tri­bu­tion engen­dre­ra est de nature à revi­go­rer la demande, et donc à rem­plir les car­nets d’ordre des entre­prises – unique signal qui peut convaincre ces der­nières d’investir à nou­veau en dépit de leur propre excès d’endettement pri­vé. (En zone euro, l’endettement des entre­prises pri­vées non-finan­cières atteint envi­ron 130 % du PIB, loin devant la dette publique.)

    À condi­tion, bien sûr, que le sec­teur pri­vé puisse emprun­ter auprès du sec­teur ban­caire pour finan­cer ses nou­veaux inves­tis­se­ments, et pour­vu que ce sur­croît de consom­ma­tion ne pro­voque pas une flam­bée sup­plé­men­taire d’émissions de CO2 ou ne vienne pas sim­ple­ment ali­men­ter les impor­ta­tions venues de Chine. Il faut donc favo­ri­ser le cré­dit aux entre­prises (ce à quoi Franc­fort s’emploie depuis plu­sieurs années) et redis­tri­buer aux plus pauvres en s’assurant que ce reve­nu sup­plé­men­taire sera dépen­sé en pro­duc­tion locale, viades cir­cuits courts et non pol­luants. Com­ment ? Les solu­tions sont nom­breuses : une TVA “verte”, l’incitation à la réno­va­tion ther­mique, etc. Elles ne se trouvent pas à Ber­cy mais au Minis­tère de Nico­las Hulot.

    Gaël Giraud.

    Réponse
    • Le Dieu venu du Centaure

      Devi­nette :

      Com­ment l’é­vo­lu­tion a fait pour avoir des four­mis ouvrières com­mu­nistes sté­riles dans la misère sexuelle et le holisme absolu ?

      Indice :

      L’u­ni­ver­sa­lisme bobo de l’es­pèce n’est pas du maté­ria­lisme dialectique.

      Réponse
  2. etienne

    Qu’il est beau, le monde libre !

    par Bru­no GUIGUE

    Pro­digue en bonnes paroles, l’Occident se veut l’incarnation des valeurs uni­ver­selles. Ce paran­gon de la démo­cra­tie, ce cham­pion des “droits de l’homme” convoque tou­jours ses ver­tus sup­po­sées à l’appui de ses pré­ten­tions hégé­mo­niques. Comme si une bonne fée s’employait, magna­nime, à faire coïn­ci­der sa morale et ses inté­rêts, il revêt ses ambi­tions maté­rielles des ori­peaux de la jus­tice et du droit. C’est ain­si que le “monde libre” pra­tique le bom­bar­de­ment de pays étran­gers à des fins “démo­cra­tiques”, mais de pré­fé­rence dans les contrées riches en hydro­car­bures ou en res­sources minières. Conju­guant la foi du char­bon­nier et la rapa­ci­té du capi­ta­liste, il agit comme s’il pou­vait conver­tir sa puis­sance éco­no­mique en pri­vi­lège moral.

    Le reste du monde n’est pas dupe, mais fina­le­ment peu importe. “Le monde libre” a tou­jours rai­son car il est du côté du Bien, et il ne risque pas la contra­dic­tion aus­si long­temps qu’il est le plus fort – c’est du moins ce qu’il croit dur comme fer. La bar­ba­rie congé­ni­tale qu’il attri­bue aux autres est l’envers de son mono­pole auto­pro­cla­mé de la civi­li­sa­tion. Auréo­lé du sacro-saint “droit d’ingérence”, ce mariage réus­si du sac de sable façon GI’s et du sac de riz façon Kouch­ner, l’Occident vas­sa­li­sé par Washing­ton s’imagine sans doute qu’il sauve le monde en le sou­met­tant matin, midi et soir, à l’impitoyable raz­zia exi­gée par les vau­tours de la finance et les mul­ti­na­tio­nales de l’armement.

    Cette entre­prise de domi­na­tion, on le sait, ne date pas d’hier. Elle s’inscrit dans la longue durée his­to­rique chère à Fer­nand Brau­del, celle de la consti­tu­tion d’une “éco­no­mie-monde”. Por­té par sa lon­gueur d’avance tech­no­lo­gique, le monde occi­den­tal s’est lan­cé depuis la “Renais­sance” à la conquête de l’orbe ter­restre. Patiem­ment, il s’est appro­prié le monde des autres, il l’a façon­né à son image, le contrai­gnant à lui obéir ou à l’imiter, éli­mi­nant au pas­sage tous ceux qu’il jugeait inas­si­mi­lables. Sans que ce tour de passe-passe ne vienne trou­bler ses cer­ti­tudes, l’Occident s’est pen­sé comme une méta­phore du monde. Il n’en était qu’une par­tie, mais il vou­lait en deve­nir le tout, de la même façon que des pays repré­sen­tant 10% de la popu­la­tion mon­diale, aujourd’hui, se prennent pour la “com­mu­nau­té internationale”.

    La conquête colo­niale illus­tra au cours des trois der­niers siècles cette pro­pen­sion de l’Occident à étendre son emprise au-delà de ses fron­tières en pré­ten­dant y appor­ter les bien­faits de la “civi­li­sa­tion”. Ce pro­jet de domi­na­tion pla­né­taire fut mis en échec par la révolte géné­ra­li­sée des peuples colo­ni­sés au 20ème siècle, mais il connut une seconde chance avec son excrois­sance nord-amé­ri­caine. L’“Amérique”, cet extrême-Occi­dent décou­vert par un Chris­tophe Colomb à la recherche de l’extrême-Orient, a héri­té du Vieux Conti­nent son ambi­tion conqué­rante et sa rapa­ci­té com­mer­ciale. Conver­tis­sant leur absence de pas­sé en pro­messe d’avenir, ces “Etats-Unis” sur­gis du néant dans l’atmosphère du puri­ta­nisme anglo-saxon ont magni­fié cette ambi­tion tout en l’unifiant à leur pro­fit. Au prix du géno­cide des Amé­rin­diens, “l’Amérique” est alors deve­nue la nou­velle méta­phore du monde.

    Il n’est pas sûr que ce der­nier y ait gagné au change. Les empires colo­niaux ont suc­com­bé à leur insup­por­table archaïsme, tan­dis que l’hégémonie amé­ri­caine s’exerce, elle, par les mul­tiples canaux de la moder­ni­té tech­no­lo­gique, de Google aux drones de com­bat. Du coup, elle paraît à la fois plus duc­tile et plus tenace. Ce qui lui donne sa sou­plesse com­mande aus­si sa réma­nence. Du casque blanc de l’administrateur colo­nial euro­péen à l’écran digi­tal de la cyber­né­tique mili­taire US, une révo­lu­tion a eu lieu. Elle a sub­sti­tué à une domi­na­tion abrupte, liqui­dée au cours d’une san­glante déco­lo­ni­sa­tion, une entre­prise hégé­mo­nique mul­ti­forme. Héri­tiers des trois “M” du colo­nia­lisme clas­sique, les ONG made in USA ont rem­pla­cé les “mis­sion­naires” chré­tiens, les “mar­chands” sont deve­nus des mul­ti­na­tio­nales et les “mili­taires” sont désor­mais bar­dés de haute technologie.

    Fort de la bonne conscience indé­crot­table des “born again” du Middle West, l’Empire amé­ri­cain pro­jette aujourd’hui sur le monde son mani­chéisme dévas­ta­teur. Les yeux ouverts, il rêve d’un par­tage défi­ni­tif entre les bons et les méchants, pilier inébran­lable d’un eth­no­cen­trisme sans com­plexe. Le droit est for­cé­ment de son côté, puisqu’il incarne les valeurs car­di­nales de la “démo­cra­tie libé­rale”, des “droits de l’homme” et de “l’économie de mar­ché”. C’est à l’évidence une idéo­lo­gie gros­sière, masque frau­du­leux des inté­rêts les plus sor­dides, mais il faut avouer qu’elle est effi­cace. Si elle ne l’était pas, il y aurait peu de monde pour croire que les USA ont gagné la Seconde Guerre Mon­diale, que le capi­ta­lisme est un bon sys­tème, que Cuba est un gou­lag tro­pi­cal, qu’Assad est pire qu’Hitler et que la Corée du Nord menace le monde.

    De cette inti­mi­té pré­su­mée avec le Bien, les thu­ri­fé­raires de l’Empire nord-amé­ri­cain déduisent logi­que­ment un droit pré­emp­tif à tra­quer le Mal sous toutes les lati­tudes. Aucun scru­pule ne devant inhi­ber sa fré­né­sie sal­va­trice, la civi­li­sa­tion au sin­gu­lier dont il se croit l’incarnation s’attribue la pré­ro­ga­tive expresse de réduire la bar­ba­rie par tous les moyens. C’est pour­quoi l’impérialisme contem­po­rain fonc­tionne comme une sorte de tri­bu­nal uni­ver­sel, qui dis­tri­bue les récom­penses et inflige les puni­tions à qui bon lui semble. Devant cette juri­dic­tion hau­te­ment “morale”, la CIA tient lieu de juge d’instruction, le Penta­gone de bras sécu­lier, et le pré­sident des Etats-Unis de juge suprême, sorte de “deus ex machi­na” d’une jus­tice divine qui frappe de la foudre les sup­pôts de “l’Axe du Mal” et autres empê­cheurs de tour­ner en rond dans l’arrière-cour de l’Empire du Bien.

    Mani­fes­te­ment, cette ten­dance à se prendre pour l’incarnation de la Morale se situe du côté des struc­tures, car la suc­ces­sion conjonc­tu­relle – et tré­pi­dante – des loca­taires de “White House” n’y change rien. A Washing­ton, la croi­sade contre les bar­bares sert inva­ria­ble­ment de cache-sexe à la cupi­di­té sans limite du com­plexe mili­ta­ro-indus­triel et à l’emprise sécu­laire de l’Etat pro­fond. D’Harry Tru­man à Donald Trump en pas­sant par Barack Oba­ma, de la Corée à la Syrie en pas­sant par le Viet­nam, l’Indonésie, l’Angola, le Mozam­bique, le Sal­va­dor, le Nica­ra­gua, le Chi­li, l’Afrique du Sud, la Ser­bie, l’Afghanistan, le Sou­dan, la Soma­lie, l’Irak et la Libye, on admi­nistre la mort, direc­te­ment ou par “proxies”, à tous ceux qui s’opposent au règne sal­va­teur de la jus­tice universelle.

    Pour exé­cu­ter ses basses besognes, “l’Amérique” bien­fai­trice a tou­jours su uti­li­ser la main d’oeuvre locale. Fran­co, Hit­ler et Mus­so­li­ni (jusqu’en 1939), Tchang Kaï-Tchek, Somo­za, Syng­man Rhee, Ngo Dinh Diem, Sala­zar, Batis­ta, Mobu­tu, Mar­cos, Tru­jillo, Pik Botha, Duva­lier, Suhar­to, Papa­do­pou­los, Cas­te­lo Bran­co, Vide­la, Pino­chet, Stroess­ner, Reza Chah Pah­le­vi, Zia Ul Haqq, Ben Laden, Uribe, le roi Sal­mane, Neta­nya­hou, les nazis ukrai­niens et les “ter­ro­ristes modé­rés” du Moyen-Orient ont four­ni un pré­cieux concours. Lea­der incon­tes­té du mer­veilleux “monde libre”, “l’Amérique” pré­tend incar­ner la civi­li­sa­tion au moment où elle vitri­fie des popu­la­tions entières à l’arme ato­mique, au napalm ou au mis­sile de croi­sière, à défaut de leur infli­ger la mort lente par l’agent orange, l’uranium enri­chi ou l’embargo sur les médi­ca­ments. Et elle ne manque pas de zéla­teurs jurant qu’elle rend des ser­vices irrem­pla­çables à l’humanité, alors qu’à l’évidence la défaite de cet Empire cri­mi­nel serait une excel­lente nouvelle.

    Bru­no GUIGUE

    URL de cet article 32187
    https://​www​.legrand​soir​.info/​q​u​-​i​l​-​e​s​t​-​b​e​a​u​-​l​e​-​m​o​n​d​e​-​l​i​b​r​e​.​h​tml

    Réponse
  3. etienne

    [À pro­pos du Yemen, autre « pro­jet démo­cra­tique » des « nos amis américains » :]

    La guerre au Yémen, un spectacle sportif ?


    Pho­to : Abdul­jab­bar Zeyad, Reu­ters, 9 Sep­tembre 2016

    Source : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​a​u​-​y​e​m​e​n​-​u​n​-​s​p​e​c​t​a​c​l​e​-​s​p​o​r​t​i​f​.​h​tml

    Shi­reen Al-Adei­mi (@ shireen818) est née à Aden, dans le sud du Yémen. Elle pré­pare actuel­le­ment un doc­to­rat à la Har­vard Gra­duate School of Edu­ca­tion. Le texte ci-des­sous est un Twit qu’elle a publié le 11 août 2017.

    La guerre au Yémen n’est-elle rien d’autre qu’un spec­tacle sportif ?

    Mon Twit est peut-être un peu long, mais j’espère que vous pren­drez quelques minutes pour le lire.

    La guerre contre le Yémen fait rage, pour­tant, le sort des Yémé­nites ne reçoit TOUJOURS PAS l’attention qu’il mérite de la part des médias et des poli­ti­ciens. Quand ce qui se passe au Yémen n’est pas tota­le­ment igno­ré, les faits sont défor­més ou mini­mi­sés parce que les gens ont peur de regar­der en face les consé­quences de la par­ti­ci­pa­tion active de leurs pays à la des­truc­tion du Yémen. Alors que les riches Etats arabes bom­bardent le Yémen avec des armes sophis­ti­quées (ache­tées à l’occident) et embauchent des mer­ce­naires pour leurs troupes au sol, beau­coup de gens et d’organes (par exemple, l’ONU) ont peur de s’opposer aux Saou­diens parce qu’ils ont besoin de leur argent ou parce qu’ils sont eux-mêmes impli­qués dans le conflit et / ou en pro­fitent (par exemple, les Etats-Unis et l’Angleterre). Alors, l’ONU exprime ses « inquié­tudes » et le Royaume-Uni son désir de « trou­ver une solu­tion poli­tique », tout en se rem­plis­sant les poches du prix du sang des Yémé­nites. Et, même si les citoyens soient sou­vent incons­cients des crimes de leurs gou­ver­ne­ments, beau­coup connaissent le hash­tag #Yemen et pour­tant ne font rien.

    Le Yémen est-il deve­nu un spec­tacle spor­tif ? Depuis deux ans et demi, les corps éma­ciés des enfants yémé­nites ou leurs cadavres enva­hissent nos écrans. Cer­tains versent des larmes, d’autres font un don, d’autres encore accusent les res­pon­sables poli­tiques, mais la plu­part des gens pré­fèrent regar­der ailleurs. Est-ce de l’impuissance ou de l’indifférence ? Je ne sais pas. Sommes-nous « loin des yeux, loin du cœur » ? Je ne sais pas. Quelqu’un m’a dit, une fois, que les enfants yémé­nites n’étaient pas assez « pho­to­gé­niques » pour sus­ci­ter de l’empathie. Est-ce du racisme, de la dis­cri­mi­na­tion ? Je ne sais pas. Ou bien, les por­te­feuilles yémé­nites ne sont pas assez bien rem­plis pour ache­ter ou exi­ger l’attention, la condam­na­tion et l’action du reste du monde ? Je ne sais pas non plus.

    Ce que je sais, c’est que le monde nous regarde. Il regarde nos enfants mou­rir de mala­dies gué­ris­sables comme le cho­lé­ra parce qu’ils n’ont pas accès à de l’eau potable. Il regarde nos enfants mou­rir de faim au milieu d’immenses richesses mon­diales parce que leurs parents n’ont pas les moyens d’acheter le peu de nour­ri­ture encore dis­po­nible. Il regarde nos conci­toyens, enfants, femmes et hommes, se faire tuer par les raids aériens des Saou­diens sou­te­nus par les États-Unis, sur leurs mai­sons, leurs écoles et leurs hôpi­taux. Lorsque les gens sont invi­tés à inter­pel­ler les élus (ne serait-ce qu’en signant une péti­tion comme : Save Yemen), très peu le font. Et lorsque nous deman­dons seule­ment que nos articles soient dif­fu­sés plus lar­ge­ment, on nous envoie pro­me­ner (on m’a répon­du qu’il n’y a que quelques dizaines de per­sonnes qui s’intéressaient au Yémen).

    Moi et les autres Yémé­nites, nous pen­sons bien sûr à nos familles, mais nous nous pré­oc­cu­pons aus­si des mil­lions de per­sonnes qui manquent des choses les plus élé­men­taires : la sécu­ri­té, un toit, de la nour­ri­ture et de l’eau. Je me sens tota­le­ment et com­plè­te­ment impuis­sante. Je me bats pour faire dif­fu­ser des articles par­lant des enfants yémé­nites qui meurent sans que per­sonne ne vienne à leur secours. Je pleure, au plus pro­fond de mon âme, pour une nation qui souffre en silence et dont le com­bat donne un exemple de ce qui signi­fie vrai­ment la foi et la résis­tance. Je pleure les enfants dont les petits corps ont aban­don­né le com­bat de la sur­vie pen­dant les quelques minutes que vous avez pas­sées à lire ce twit. Et je prie pour le Yémen.

    Shi­reen Al-Adeimi

    Moon of Alabama

    —————-

    Articles anté­rieurs de Moon of Ala­ba­ma sur le Yémen :

    Ce sont les appé­tits et les fan­tasmes de puis­sances étran­gères qui tuent les petits yémé­nites- 09 févr.

    « Déchi­rés par la guerre » – Mas­sacres US en Syrie, Soma­lie et Yémen- 17 mars

    Les Amé­ri­cains invoquent de pré­ten­dues« attaques » sur leurs navires pour jus­ti­fier la pour­suite de la guerre au Yémen- 27 mars

    « Si vous pre­nez l’est de la Syrie, je pren­drai le port yémé­nite » – 29 avril

    Les forces yémé­nites déclenchent une vague de cha­leur en Ara­bie Saou­dite- 24 juillet

    Réponse
  4. etienne

    Passionnant Maurice Lemoine, sur la prétendue « crise » au Venezuela :

    Réponse
  5. etienne

    « On a tous oublié ce que les USA ont fait aux Nord Coréens… ils ont fait pire que ce que les Alle­mands nous ont fait pen­dant la 2ème guerre mondiale. 

    Les USA devraient s’ex­cu­ser au lieu de vou­loir y retourner. 

    Ces gens ont le droit de se défendre. » :

    Réponse
  6. etienne

    Responsabilité des « élites » françaises dans les ravages en Algérie :

    Réponse
  7. Benoit

    Sur fb je suis tom­bée sur une vidéo buzz lar­moyante où Park Yeon-mi une jeune fille Nord-coréenne raconte sa tra­gique histoire.
    Une vidéo qui rap­pelle celle-ci 

    Une rapide recherche m’a fait décou­vrir cet article :

    L’é­trange his­toire de Park Yeon-mi : le salaire d’une affabulatrice

    Dans nos pré­cé­dentes édi­tions, nous sou­li­gnions les lacunes qui minent la cré­di­bi­li­té du rap­port des Nations Unies sur les droits de l’homme en Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée (RPDC, Corée du Nord) – en par­ti­cu­lier, un des prin­ci­paux témoi­gnages, celui de Shin Dong-hyuk, s’est révé­lé par­ti­cu­liè­re­ment dou­teux. Des jour­na­listes occi­den­taux ont ain­si com­men­cé à s’in­té­res­ser à la cré­di­bi­li­té d’autres témoins ou pré­ten­dus tels : dans un article publié le 10 décembre 2014 par The Diplo­mat, la jour­na­liste aus­tra­lienne Mary Ann Jol­ley a ain­si mis en évi­dence les contra­dic­tions dans le témoi­gnage d’une vedette des médias s’a­gis­sant des droits de l’homme en Corée du Nord, Park Yeon-mi, en poin­tant éga­le­ment les inco­hé­rences de son his­toire avec les récits d’autres défec­teurs nord-coréens davan­tage dignes de foi mais dont les témoi­gnages sont beau­coup moins spec­ta­cu­laires que ceux de la jeune Park Yeon-mi, et donc bien moins sus­cep­tibles de leur appor­ter argent, gloire et recon­nais­sance… Nous publions ci-après, tra­duit de l’an­glais, l’ar­ticle de Mary Ann Jol­ley inti­tu­lé « L’é­trange his­toire de Park Yeon-mi », avec ce sous-titre : « Une réfu­giée nord-coréenne très en vue a des his­toires poi­gnantes à racon­ter. Mais sont-elles vraies ? » Le tra­vail fait par Mary Ann Jol­ley est d’au­tant plus éclai­rant que la jour­na­liste aus­tra­lienne a elle-même aupa­ra­vant ren­con­tré – et cru – Park Yeon-mi, en par­ti­ci­pant au tour­nage d’une émis­sion sur elle, et qu’elle a tou­jours un point de vue très néga­tif sur la Corée du Nord. Les opi­nions qu’elles expriment dans l’ar­ticle ci-des­sous n’en­gagent qu’elle, et pas l’é­quipe rédac­tion­nelle du blog de l’AAFC.

    L’é­trange his­toire de Park Yeon-mi

    Une réfu­giée nord-coréenne très en vue a des his­toires poi­gnantes à racon­ter. Mais sont-elles vraies ?

    par Mary Ann Jolley

    The Diplo­mat

    10 décembre 2014

    http://​img​.over​-blog​-kiwi​.com/​1​/​0​2​/​2​3​/​0​9​/​2​0​1​5​0​5​0​3​/​o​b​_​6​e​a​6​3​a​_​p​a​r​k​-​y​e​o​n​m​i​-​r​e​f​u​g​i​e​e​-​c​o​r​e​e​-​d​u​-​n​o​r​d​.​png
    Park Yeon-mi, au « One Young World Summit »

    Quand la jeune défec­teur Nord-Coréenne de 21 ans Yeon­mi Park a fait ses débuts sur la scène mon­diale en octobre de cette année, avec les his­toires poi­gnantes de sa vie sous le régime oppres­sif de la Corée du Nord et sa fuite périlleuse vers la liber­té, elle a fait pleu­rer les jour­na­listes et les poin­tures dans le domaine de la défense des droits de l’homme qui consti­tuaient son audi­toire, cer­tains d’entre eux étant lit­té­ra­le­ment en sanglots.

    Vêtue d’une robe tra­di­tion­nelle coréenne rose, ample et mon­tant jus­qu’au buste, Park se tenait devant l’au­di­toire du One Young World Sum­mit à Dublin et mar­quait de longues pauses, en essuyant ses larmes et en por­tant sa main à sa bouche. Elle disait avoir subi un lavage de cer­veau, avoir vu des exé­cu­tions et souf­fert de la famine ; elle par­lait du rai de lumière dans l’obs­cu­ri­té quand elle regar­dait le film hol­ly­woo­dien à grand suc­cès Tita­nic, alors que son esprit s’ou­vrait à un monde exté­rieur où l’a­mour était pos­sible ; elle disait avoir vu sa mère être vio­lée, avoir enter­ré son père elle-même alors qu’elle n’a­vait que 14 ans ; elle par­lait aus­si des menaces de se sui­ci­der plu­tôt que de lais­ser les sol­dats mon­gols la rapa­trier en Corée du Nord. Elle disait avoir sui­vi les étoiles dans son che­min vers la liber­té et ter­mi­nait l’é­mis­sion en signant cette phrase : « Quand je tra­ver­sais le désert de Gobi, effrayée par la mort, je pen­sais que per­sonne ne se sou­ciait de moi, mais vous avez écou­té mon his­toire. Vous vous êtes sou­cié de moi. »

    Il aurait fal­lu être inhu­main pour ne pas être tou­ché. Mais – et vous allez entendre beau­coup de « mais » – est-ce que l’his­toire de sa vie en Corée du Nord était exacte ? Plus je lis, plus je regarde et j’en­tends les entre­tiens et les inter­views qu’elle a don­nés, plus je me rends compte des graves inco­hé­rences qui montrent que son récit n’é­tait pas exact. C’est au lec­teur de déci­der, mais mon inquié­tude est que si quel­qu’un d’aus­si en vue a défor­mé son récit pour répondre aux attentes sur les défec­teurs nord-coréens, notre point de vue sur ce pays serait dan­ge­reu­se­ment biai­sé. Nous avons besoin d’une vision exacte et réelle de la vie en Corée du Nord si nous vou­lons aider ceux qui vivent dans ce régime extrê­me­ment cruel ou tentent de le fuir.

    « Une défec­teur célèbre »

    J’ai ren­con­tré Yeon­mi Park il y a quelques mois, en pas­sant deux semaines à fil­mer son his­toire et celle de sa famille pour le média aus­tra­lien SBS. Nous avons appe­lé son his­toire « Un défec­teur célèbre ».

    De retour en Corée du Sud où elle vit à pré­sent, Park est l’une des vedettes d’un pro­gramme de télé­vi­sion met­tant en scène des femmes nord-coréennes, et qui s’ap­pelle « Sur mon che­min, main­te­nant, à votre ren­contre » et qui consti­tue une satire cin­glante de la famille Kim. Les femmes livrent des anec­dotes per­son­nelles sur leur vie en Corée du Nord et leur voyage au Sud. Nombre d’entre elles nous ont été pré­sen­tées comme des SDF et ayant souf­fert de la famine – et c’est la rai­son pour laquelle elles ont fui.

    Dans les archives de l’é­mis­sion il y a des pho­tos de l’en­fance de Park en Corée du Nord qui lui ont valu la répu­ta­tion, dans l’é­mis­sion, d’être consi­dé­rée comme la Paris Hil­ton de Corée du Nord. Elles forment un contraste sai­sis­sant avec les récits qu’elle donne à pré­sent à une audience internationale.

    Dans un épi­sode, début 2013, elle appa­raît avec sa mère. Les pho­tos de famille appa­raissent à l’é­cran et Park plai­sante : « C’est ma maman ici. Elle est jolie, n’est-ce pas ? Fran­che­ment, ce n’est pas moi Paris Hil­ton. Ma mère est la vraie Paris Hilton. »

    Park montre lors les tops et les pan­ta­lons à car­reaux que porte sa mère, « tous impor­tés du Japon », et ajoute que sa « mère avait même un sac Cha­nel en Corée du Nord », ce à quoi l’in­vi­té répond de manière incré­dule « Y a‑t-il des sacs Cha­nel en Corée du Nord ? ». Park lui dit qu’il y en a et demande à une femme si elle consi­dère la famille de Park comme « riche ». La femme répond « Oui, c’est exact ».

    Park nous a dit dans son inter­view que son père était membre du Par­ti du tra­vail, comme tous les hommes de sa famille, et qu’il était atten­du d’elle qu’elle fasse des études de méde­cine et se marie avec un homme d’un rang égal ou supé­rieur au sien. Elle nous décrit son père comme « un homme très libre » qui cri­ti­quait le régime. Elle nous a dit que lorsque les acti­vi­tés quo­ti­diennes de Kim Jong-il étaient rap­por­tées à la télé­vi­sion et que le pré­sen­ta­teur décla­rait que « grâce à lui nous vivons une vie heu­reuse », son père disait par­fois « Oh tais-toi, éteins la télé­vi­sion ». Park disait que sa mère blâ­mait son père pour dire de telles choses devant elle et sa soeur et qu’elle a appris très tôt qu’il était dan­ge­reux de cri­ti­quer le régime et de par­ler à d’autres de la déloyau­té de son père.

    La mère de Park a décla­ré que son père, un jour, aurait poin­té du doigt les por­traits de Kim Il-sung et Kim Jong-il accro­chés au mur et dit « C’est à cause d’eux que nous lut­tons ». Elle aurait été ter­ro­ri­sée à l’i­dée qu’il puisse s’ex­pri­mer ain­si en dehors de leur mai­son, en disant qu’elle connais­sait peu de gens par­ta­geant les opi­nions de son mari. D’autres défec­teurs Nord-Coréens de Hye­san, une ville au Nord du pays, à la fron­tière avec la Chine, d’où Park et sa famille sont ori­gi­naires, m’ont aus­si dit qu’a­près la grande famine du milieu des années 1990, il y avait un mécon­ten­te­ment gran­dis­sant, bien que silen­cieux et expri­mé seule­ment au sein de la famille proche.

    Née en 1993, Park était un bébé au plus fort de la famine. En juillet de cette année, lors d’un évè­ne­ment orga­ni­sé à Séoul par Liber­ty North Korea, une ONG qui aide les réfu­giés, elle a décla­ré à son audi­toire qu’elle n’a­vait pas d’in­té­rêt pour apprendre la vie des Kim à l’é­cole, et a ajou­té : « pour moi ce n’é­tait pas un pro­blème car je m’a­mu­sais tel­le­ment avec mes amis, à faire de la ran­don­née, à aller au bord du fleuve, à nager… »

    Quand Park avait 9 ans, soit autour de l’an­née 2002, elle a décla­ré avoir vu l’exé­cu­tion de la mère de son meilleur ami dans un stade à Hye­san. Mais selon plu­sieurs Nord-Coréens qui n’ont pas vou­lu être iden­ti­fiés par peur de repré­sailles, les exé­cu­tions publiques n’a­vaient lieu que dans les fau­bourgs de la ville, prin­ci­pa­le­ment à l’aé­ro­port, jamais dans le stade ou dans les rues, et il n’y en a plus eu après 2000 – la der­nière dont ils se sou­viennent étant l’exé­cu­tion col­lec­tive de dix ou onze per­sonnes en 1999.

    Le compte ren­du par Park des crimes de la mère change sans cesse, en fonc­tion semble-t-il de son audi­toire. Récem­ment en Europe elle a décla­ré qu’elle avait été condam­née à mort pour avoir regar­dé un film de James Bond et d’autres fois, de manière moins pré­cise, un film pro­duit à Hol­ly­wood. Mais il y a quelques mois, à Hong Kong, elle a décla­ré publi­que­ment que la femme avait été attra­pée alors qu’elle regar­dait des DVD sud-coréens. Jour­na­liste au Irish Inde­pendent, Nico­la Ander­son, dans une récente inter­view vidéo avec Park, lui a deman­dé, per­plexe, s’il s’a­git d’un film sud-coréen, mais la réponse de Park a été qu’il s’a­gis­sait d’un film d’Hol­ly­wood, de James Bond.

    Les ana­lyses d’An­drei Lan­kov, pro­fes­seur à l’U­ni­ver­si­té Kook­min de Séoul, font mon­dia­le­ment auto­ri­té. Né en Union sovié­tique, il était étu­diant en Corée du Nord dans un pro­gramme d’é­changes au cours des années 1980, et a inter­ro­gé des cen­taines de défec­teurs dans le cadre de ses tra­vaux de recherche. Il a décla­ré : « Je suis vrai­ment très scep­tique sur le fait que regar­der un film occi­den­tal puisse conduire à une exé­cu­tion. Une arres­ta­tion est certes pos­sible, et encore peu probable. »

    Il nous a décla­ré que les crimes pou­vant conduire à une exé­cu­tion publique sont « le meurtre, le vol à grande échelle (notam­ment de biens publics), quel­que­fois l’im­pli­ca­tion dans des actions de contre­bande à grande échelle, y com­pris le tra­fic de personnes ».

    Une femme de 59 ans de Hye­san, qui a fui en 2009, a ri quand on lui a deman­dé si elle avait déjà enten­du par­ler d’une exé­cu­tion de quel­qu’un parce qu’il aurait regar­dé un film amé­ri­cain. Elle nous a décla­ré au téle­phone, depuis la Corée du Sud : « Com­ment pou­vez-vous être exé­cu­té pour avoir regar­dé un film amé­ri­cain ? Même évo­quer cette idée est ridi­cule. Ce n’est jamais arri­vé. Je fré­quente une église avec envi­ron 350 défec­teurs et si vous posez cette ques­tion à n’im­porte lequel d’entre eux, ils vous répon­dront exac­te­ment la même chose. » D’autres défec­teurs nous l’ont confir­mé. La femme de Hye­san a conti­nué en disant que les per­sonnes attra­pées alors qu’elles regardent des télé­films sud-coréens ne sont pas exé­cu­tées, mais condam­nées à des peines de 3 à 7 ans dans des centres de réédu­ca­tion où les condi­tions sont ter­ribles, ajou­tant que « vous ne savez pas quand vous mourrez ».

    En 2003, à l’âge de 10 ans, Park nous a racon­té la manière dont son monde s’est effon­dré après que son père eut été arrê­té à Pyon­gyang pour des acti­vi­tés com­mer­ciales illi­cites. Selon la mère de Park il aurait com­men­cé à faire du com­merce illé­gal entre la Chine et la Corée du Nord en 1999, quand Kim Jong-il aurait arrê­té de four­nir des rations ali­men­taires et mis fin à la sur­veillance des acti­vi­tés com­mer­ciales. Son arres­ta­tion aurait entraî­né la culpa­bi­li­té par asso­cia­tion des autres membres de sa famille et leur posi­tion sociale se serait effon­drée. « Notre sort était clair. J’al­lais deve­nir agri­cul­trice. Je ne pour­rais en aucun cas aller à l’u­ni­ver­si­té », nous a décla­ré Park.

    Park dit que son père a été condam­né à 17 ou 18 ans. Sa mère a dit qu’il avait été ini­tia­le­ment condam­né à une année, mais que la peine avait ensuite été alour­die à 10 ans. Il y a de grandes dif­fé­rences dans les durées d’emprisonnement. L’his­toire de la famille devient trouble et chan­geante à par­tir de ce moment.

    La mère de Park aurait été inter­ro­gée par les pro­cu­reurs encore et encore pen­dant envi­ron un an – par­fois chez elle à Hye­san, d’autres fois ailleurs – car elle aurait été impli­quée dans les tra­fics de son mari. Mais dans une récente inter­view radio pour la BBC, Park a pré­ten­du que sa mère avait été empri­son­née pen­dant six mois parce qu’elle vou­lait reve­nir dans sa ville natale après l’emprisonnement de son mari et « parce qu’en Corée du Nord il n’y a pas de liber­té de mou­ve­ment, pas de liber­té d’ex­pres­sion… Se dépla­cer était donc illé­gal et c’est pour­quoi elle a été en pri­son pen­dant six mois ».

    Quand elle nous a par­lé, Park a sou­li­gné qu’elle et sa soeur, qui n’a­vaient que 9 et 11 ans, ont été aban­don­nées à leur sort après l’emprisonnement de leurs parents. Elle a décla­ré : « Nous ne pou­vions plus aller à l’é­cole… nous allions seule­ment au bord du fleuve, prendre une douche et laver nos habits, et ensuite nous allions dans les mon­tagnes pour trou­ver de l’herbe à man­ger. » Mais dans l’in­ter­view à la BBC Park a pré­ten­du qu’elle et sa soeur ont été vivre dans la mai­son de leur oncle, à la cam­pagne, pen­dant trois ans. Elle nous a racon­té qu’elle man­geait alors de la nour­ri­ture comme « de l’herbe et par­fois des libel­lules… c’é­tait tout ce que nous pou­vions alors man­ger ». Mais seule­ment deux jours plus tard, elle a décla­ré au Irish Inde­pendent, comme à nous-mêmes, qu’elle et sa soeur avaient sur­vé­cu en trou­vant de la nour­ri­ture à man­ger et qu’elles avaient appris à cui­si­ner elles-mêmes. Quand le jour­na­liste leur a deman­dé s’il n’y avait pas des adultes qui savaient qu’elles étaient seules, Park a répon­du : « Non, les gens mou­raient ici, ils s’en fichaient. J’ai vu beau­coup de corps dans la rue et per­sonne ne pou­vait s’oc­cu­per de qui que ce soit. »

    Mais reve­nons aux archives de l’é­mis­sion de télé­vi­sion « Sur mon che­min, main­te­nant, à votre ren­contre » dont Park est l’une des vedettes : dans le même épi­sode dont nous avons déjà par­lé, l’in­vi­té de l’é­mis­sion demande à la mère de Park : « Quand nous enten­dons des his­toires où des gens man­ge­raient de l’herbe ou lut­te­raient pour trou­ver à man­ger, Yeju (pseu­do­nyme de Park) dit ‘Oh, ce n’est jamais arri­vé…’ Qu’est-ce à dire ? Est-ce que Yeju n’a jamais vécu cela ? » La mère de Park répond : « Nous n’en étions pas là. Nous n’a­vons jamais été dans une situa­tion de famine. » La par­tie sui­vante de leur conver­sa­tion est tout aus­si éclai­rante. La mère de Park pour­suit : « C’est pour­quoi quand Yeju a com­men­cé à tra­vailler pour cette émis­sion, je pense qu’elle est deve­nue plus consciente de la situa­tion en Corée du Nord. » L’in­vi­té répond : « Il semble que Yeju a appris une tonne de choses par ce pro­gramme. » Puis la mère de Park a pré­ci­sé : « Elle m’ap­pelle avant et après les enre­gis­tre­ments, me deman­dant ‘Suis-je vrai­ment nord-coréenne ?’ Elle dit n’a­voir aucune idée de ce dont parlent les autres jeunes filles dans l’é­mis­sion. Elle dit que, selon elle, ce sont toutes des menteuses. »

    Park appa­raît aus­si dans un pod­cast sur la Corée du Nord pour une orga­ni­sa­tion liber­taire à but lucra­tif basée à Séoul, qui s’ap­pelle la Free­dom Fac­to­ry. Dans l’é­mis­sion du 18 août, Casey Lar­tigue, le co-invi­té amé­ri­cain, demande à Park de par­ler des souf­frances qu’elle a endu­rées pen­dant son enfance en Corée du Nord. Dans sa réponse, elle ne dit plus avoir man­gé de l’herbe ni des libel­lules, mais déclare sim­ple­ment qu’elle ne pou­vait avoir que deux repas par jour et que, com­pa­ré aux autres qui vivaient dans la rue et « man­geaient n’im­porte quoi », ses dif­fi­cul­tés n’é­taient « rien » – « cela me fen­dait le coeur de les voir ».

    Lors­qu’elle parle de sa fuite de Corée du Nord, Park dit sou­vent qu’elle a tra­ver­sé de nuit trois ou quatre mon­tagnes pour atteindre la fron­tière et elle décrit les peines qu’elle a endu­rées parce que ses chaus­sures avaient des trous. Pour­tant, Hye­san, là où vivait Park, était au bord du fleuve qui sépare la Corée et la Chine et il n’y a aucune mon­tagne à fran­chir. Park nous a décla­ré, ain­si qu’à une radio liber­taire basée à San Fran­cis­co plus tôt cette année, que quatre jours après la fuite du pays de sa soeur aînée, sa mère, son père et elle ont fran­chi ensemble la fron­tière pour aller en Chine tous ensemble. Plus exac­te­ment, ses mots sont les sui­vants : « J’ai fui avec ma maman et mon père – tous les trois. » Dans l’in­ter­view qu’elle nous a don­née où elle rap­pelle ce qu’elle a vécu alors qu’elle tra­ver­sait le fleuve, elle nous a dit : « Il fal­lait que je sur­vive. Je devrais vivre, vrai­ment. Et c’est avec cette idée que j’ai cou­ru, tout sim­ple­ment, et ma mère était der­rière moi et mon père était là aus­si et nous avons tous fui. Et il y avait des voi­tures pour nous récu­pé­rer en rai­son des contacts [les contacts com­mer­ciaux de son père] avec des Chi­nois et nous sommes allés direc­te­ment en Chine. »

    Mais au Young One World Sum­mit à Dublin, Park a racon­té l’his­toire ter­ri­fiante d’elle et de sa mère qui ont fui seules et dit qu’elle a vu sa mère être vio­lée par un pas­seur chi­nois afin de la pro­té­ger de subir le même sort.

    Il y a aus­si les faits entou­rant l’en­ter­re­ment de son père en Chine. Park nous a décla­ré que, alors qu’elle n’a­vait que 14 ans, et tout en crai­gnant d’être attra­pée par les auto­ri­tés chi­noises, elle était avec le corps de son père au milieu de la nuit. « Il fal­lait que nous trans­por­tions son corps, tout le monde dor­mait et quand je l’ai enter­ré, il était comme minuit pour moi, j’é­tais assise là, il fai­sait froid et il n’y avait per­sonne », nous a‑t-elle expli­qué en pleu­rant. Sa mère a appor­té les détails sui­vants : « Nous avons payé deux hommes pour emme­ner son corps sur la mon­tagne. Yeon­mi est par­tie avec eux. Il y avait tel­le­ment de vent ce jour-là que nous avions très peur que quel­qu’un puisse nous voir. »

    Mais Park a décla­ré à d’autres jour­na­listes que le corps de son père avait été inci­né­ré et qu’elle a dû s’oc­cu­per des cendres elle-même. Et il y a aus­si la ver­sion sui­vante : d’a­près des sources de la com­mu­nau­té nord-coréenne, il y a quelques années Park leur aurait dit qu’elle n’é­tait pas en mesure d’emmener le corps de son père dans un cré­ma­to­rium et que des membres de sa famille (son père avait de la famille en Chine) l’ont aidée à inci­né­rer le corps et qu’ils sont tous allés dans une mon­tagne pour l’enterrer.

    Enfin, dans un article du Dai­ly Beast Park pré­tend qu’elle et sa mère ont été rete­nues dans un centre de déten­tion en Mon­go­lie qu’elle a été obli­gée quo­ti­dien­ne­ment d’en­le­ver tous ses habits, pen­dant des mois. « J’é­tais une petite fille et j’a­vais tel­le­ment honte. Je ne pou­vais pas m’empêcher de pen­ser ‘Pour­quoi ces per­sonnes ont le droit de dis­po­ser de moi ain­si ? Je suis aus­si un être humain, mais on ne me traite pas comme un être humain’  », a‑t-elle dit, en racon­tant ce qu’elle a vécu à l’âge de 15 ans.

    Elle n’a pas men­tion­né ce point dans l’in­ter­view qu’elle nous a don­née, et selon des sources qui la connaissent bien, elle a pas­sé un mois et demi dans un centre de déten­tion en Mon­go­lie et s’est plainte d’a­voir dû tra­vailler dans les champs et net­toyer le centre, mais elle n’a pas men­tion­né avoir été l’ob­jet de désha­billages quo­ti­diens. La pro­fes­seur Shi-eun Yu, qui a tra­vaillé comme conseillère dans un centre Hana­won pour les réfu­giés nord-coréens pen­dant deux ans au début des années 2000, et le pro­fes­seur Kim Hyun-ah qui a tra­vaillé là-bas pen­dant cinq ans au milieu des années 2000, nous ont dit l’une et l’autre n’a­voir jamais enten­du par­ler de quel­qu’un for­cé de se désha­bill­ler dans un centre en Mon­go­lie. D’a­près Yu, « par le pas­sé le gou­ver­ne­ment sud-coréen a envoyé des conseillers en Mon­go­lie pour aider les défec­teurs nord-coréens en déten­tion. Com­ment dans des condi­tions cer­tains auraient-ils pu être désha­billés chaque jour ? Cela leur aurait cau­sé encore plus de souf­france psy­cho­lo­gique. Ce n’est pas pos­sible. » Selon Kim, com­pa­ré à d’autres pays comme la Thaï­lande et la Rus­sie, la Mon­go­lie sou­tient for­te­ment les défec­teurs nord-coréens et il est hau­te­ment impro­bable que les défec­teurs puissent avoir été sou­mis à des désha­billages for­cés pen­dant des mois.

    Que conclure de tout cela ? Les inco­hé­rences dans le récit de Park sont-elles dues à des pertes de mémoire, des pro­blèmes de tra­duc­tion ou y a‑t-il quelque chose d’autre à prendre en compte ?

    Yeon­mi Park est sou­te­nue par une orga­ni­sa­tion amé­ri­caine liber­ta­rienne à but non lucra­tif, la Fon­da­tion Atlas. Elle est l’une des Jeunes Voix de la fon­da­tion et a créé récem­ment sa propre fon­da­tion à New York – des dona­tions sont pos­sibles par Pay­Pal, mais l’u­ti­li­sa­tion exacte des fonds n’est pas claire. Ce qui est clair en revanche est que « Yeon­mi voyage et parle en 2014 » et « est dis­po­nible pour des confé­rences internationales ».

    On peut lire sur le site de la fon­da­tion : « Je veux que le monde connaisse mon his­toire et alors ils sau­ront et connaî­tront l’his­toire de la Corée du Nord. »

    Mais le monde peut-il avoir confiance dans les sou­ve­nirs d’une jeune femme de 21 ans qui a quit­té la Corée du Nord quand elle avait 13 ans ? Et quelles sont les consé­quences si sa mémoire lui fait défaut et si l’i­mage qu’elle donne de sa vie en Corée du Nord et de sa fuite ne sont pas exactes ?

    Mary Ann Jol­ley est une jour­na­liste aus­tra­lienne qui a tra­vaillé pour le pro­gramme de ques­tions inter­na­tio­nales de l’Aus­tra­lian Broad­cas­ting Cor­po­ra­tion, en tant que cor­res­pon­dant étran­ger et pour son pro­gramme d’in­ves­ti­ga­tion Four Cor­ners, et plus récem­ment pour que le pro­gramme de ques­tions inter­na­tio­nales du ser­vice spé­cial de dif­fu­sion Date­line. Des enquêtes com­plé­men­taires et un appui ont été appor­tés par Susan Cheong, un des pro­duc­teurs de l’é­mis­sion de SBS « Une défec­teur célèbre ». 

    Source : http://www.amitiefrancecoree.org/2015/01/l‑etrange-histoire-de-park-yeon-mi-le-salaire-d-une-affabulatrice.html

    Réponse
  8. etienne

    Essai nucléaire nord-coréen : légitime et nécessaire

    4 sep­tembre 2017 RUPTURES


    http://​www​.inves​ti​gac​tion​.net/​f​r​/​e​s​s​a​i​-​n​u​c​l​e​a​i​r​e​-​n​o​r​d​-​c​o​r​e​e​n​-​l​e​g​i​t​i​m​e​-​e​t​-​n​e​c​e​s​s​a​i​re/

    La Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée (RPDC, Corée du Nord) vient de réus­sir spec­ta­cu­lai­re­ment, dimanche 3 sep­tembre, son sixième essai nucléaire. Le gotha des élites poli­ti­co-média­tiques mon­dia­li­sées redouble d’indignation contre ce qu’il qua­li­fie de « nou­velle provocation ».

    Il convient de rap­pe­ler d’emblée que, contrai­re­ment à une affir­ma­tion res­sas­sée, ce pays ne viole nul­le­ment le droit inter­na­tio­nal, puisqu’il s’était reti­ré du trai­té de non-pro­li­fé­ra­tion en 2003. Et il n’est au pou­voir légal de per­sonne, fût-ce du Conseil de sécu­ri­té, d’interdire uni­la­té­ra­le­ment à un Etat de choi­sir son arme­ment, dès lors qu’il n’en fait pas un usage d’agression.

    Mal pla­cés

    Cette qua­si-una­ni­mi­té à elle seule, au sein de laquelle l’Union euro­péenne entend prendre toute sa part comme vient de l’y invi­ter Emma­nuel Macron, devrait inci­ter tout esprit rai­son­nable à la pru­dence cri­tique face à ce consen­sus obli­gé. D’autant que ceux qui s’étranglent de colère et de menaces sont par­ti­cu­liè­re­ment mal pla­cés pour condam­ner le pro­gramme ato­mique de Pyon­gyang : les cinq puis­sances membres per­ma­nents du Conseil de sécu­ri­té de l’ONU sont pré­ci­sé­ment celles qui détiennent l’arme nucléaire – et en quan­ti­té évi­dem­ment incom­pa­rable avec ce que pré­pare le gou­ver­ne­ment nord-coréen.

    Par­mi ces der­nières, les trois pays occi­den­taux – la France, le Royaume-Uni, et bien sûr les Etats-Unis – sont bien connus pour leur com­por­te­ment par­ti­cu­liè­re­ment paci­fique et modé­ré. Jamais, ô grand jamais, il n’est venu à l’idée de leurs diri­geants d’attaquer, de mener des actions hos­tiles, voire de mena­cer un pays tiers…

    Quant aux autres puis­sances nucléaires « offi­cieuses » – mais dont per­sonne ne met en doute, ni en cause, qu’elles pos­sèdent la bombe ato­mique – elles sont des modèles de paci­fisme. Ain­si, il y a quelques jours encore, Inde et Pakis­tan étaient à deux doigts d’affrontements armés sur les ter­ri­toires dis­pu­tés du Cache­mire. Quant à Israël, c’est bien simple : la simple évo­ca­tion de la force mili­taire – contre ses voi­sins ou dans les ter­ri­toires occu­pés – pro­vo­que­rait un tol­lé géné­ral, tant au sein de pou­voir que dans la population…

    Irra­tion­nel et imprévisible ?

    Il n’y a donc que la Corée du Nord dont la nucléa­ri­sa­tion repré­sen­te­rait une menace pour l’humanité… Et pour cause, nous explique-t-on : son diri­geant Kim Jong-un, comme ses pré­dé­ces­seurs, est irra­tion­nel et imprévisible.

    On peut pen­ser ce qu’on veut de la RPDC (et il est vive­ment conseillé de pen­ser le plus grand mal d’un des der­niers pays du monde même pas capable de créer une Bourse ou des mar­chés finan­ciers), s’il y a bien un reproche qu’on ne peut cer­tai­ne­ment pas lui faire, c’est d’être irra­tion­nelle. Depuis la fin de la guerre de Corée (1950−1953), ce pays a, en poli­tique étran­gère, un objec­tif majeur dont elle n’a pas bou­gé : obte­nir des garan­ties de sécu­ri­té, et pour ce faire signer un Trai­té de paix avec, en par­ti­cu­lier, les Etats-Unis.

    Et depuis plus d’un demi-siècle, Washing­ton ne veut aucu­ne­ment en entendre par­ler. Les quelques ten­ta­tives de dégel entre les deux puis­sances ont toutes été fina­le­ment sabo­tées par la par­tie amé­ri­caine. A Pyon­gyang, on en est venu à la conclu­sion que la pos­ses­sion de la dis­sua­sion nucléaire était le seul moyen d’écarter la menace d’agression.

    Car – faut-il le rap­pe­ler ? – il n’est jamais venu à l’idée des diri­geants nord-coréens d’attaquer, d’envahir et d’occuper pas plus le Japon que les Etats-Unis… L’histoire montre que la réci­proque n’est pas tout à fait exclue.

    Souffre-t-on de para­noïa dans les cou­loirs du pou­voir nord-coréen ? Il y a quelques années encore, les naïfs pou­vaient sou­te­nir cette thèse. Après l’invasion de l’Afghanistan, l’occupation de l’Irak, et l’attaque contre la Libye, force est pour­tant de consta­ter que si ces pays avaient déte­nu l’arme nucléaire, les stra­tèges occi­den­taux y auraient cer­tai­ne­ment regar­dé à deux fois avant de déchaî­ner leurs bom­bar­diers et leurs fan­tas­sins… avec les résul­tats que l’on sait.

    On peut certes sou­hai­ter un monde débar­ras­sé des armes et des guerres. Le moins qu’on puisse dire est qu’une telle pers­pec­tive n’est pas à la veille de se réa­li­ser. Dès lors, aus­si insa­tis­fai­sant soit-il, l’« équi­libre de la ter­reur » reste un fac­teur dis­sua­sif contre les agres­sions exté­rieures. En ce sens, la pos­ses­sion effec­tive et opé­ra­tion­nelle par la RPDC des charges nucléaires et de la balis­tique asso­ciée cal­me­rait à l’évidence les vel­léi­tés d’agression tour­nées contre elle. Et serait donc, aus­si para­doxal que cela puisse paraître, un fac­teur d’apaisement.

    Rup­tures

    Source : Inves­tig’Ac­tion, Michel Collon
    http://​www​.inves​ti​gac​tion​.net/​f​r​/​e​s​s​a​i​-​n​u​c​l​e​a​i​r​e​-​n​o​r​d​-​c​o​r​e​e​n​-​l​e​g​i​t​i​m​e​-​e​t​-​n​e​c​e​s​s​a​i​re/

    Réponse

Laisser un commentaire

Derniers articles