[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

31/07/2017 | 19 commentaires

Pas­sion­nant Franck Lepage.
Mes­sages essentiels.
On ne s’en lasse pas.
Pre­nez le temps.
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Franck Lepage Inculture(s) 2 – par­tie 1 (Bour­gueil) from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

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19 Commentaires

  1. etienne

    Venezuela : à la rencontre de « l’opposition » (Abby Martin, Empire Files – 12)

    Réponse
  2. etienne

    Venezuela : à la rencontre de « l’opposition » (Abby Martin, Empire Files – 2/2)

    Réponse
  3. etienne

    On saura que le Venezuela est devenu une dictature le jour où les médias arrêteront d’en parler.

    par Vik­tor Dedaj :


    Pho­to : Vene­zue­la, février 1989. Les forces armées mas­sacrent des mil­liers de per­sonnes lors d’une mani­fes­ta­tion populaire.

    Au Vene­zue­la (comme ailleurs), la dif­fé­rence entre une dic­ta­ture de droite et une dic­ta­ture de gauche est la sui­vante : sous une dic­ta­ture de droite, les oppo­sants « dis­pa­raissent ». Sous une dic­ta­ture de gauche, les oppo­sants passent tous les soirs à la télé et dans tous les médias inter­na­tio­naux pour dénon­cer la dictature.

    Comme tou­jours, vous com­men­cez par sou­le­ver un sour­cil. Alors voi­ci un test : citez-moi une seule dic­ta­ture de droite. J’entends par là un régime de droite que les médias qua­li­fient de dic­ta­ture. L’Arabie Saou­dite ? Raté. l’Arabie Saou­dite n’est pas une « dic­ta­ture » mais un « royaume », et elle n’est pas « de droite » mais « théo­cra­tique. (*) Autre exemple ?

    Vous séchez, et c’est normal.

    Au Vene­zue­la (comme ailleurs), la ques­tion de « qui est qui ? » est igno­rée, sauf pour un des « qui ». Comme si le contexte n’avait aucune impor­tance, comme si la nature de l’adversaire d’un pro­ces­sus ne déter­mi­nait pas le cours du pro­ces­sus. Annon­cer 100 morts lors de mani­fes­ta­tions sous-entend une foul­ti­tude de choses, aus­si fausses les unes que les autres. Cela sous-entend que tous ces morts sont des « oppo­sants ». Cela sous-entend qu’il n’y a aucun repré­sen­tant des forces de l’ordre par­mi les vic­times. Ce que cela ne sous-entend pas, par contre, c’est la petite entorse à l’étique jour­na­lis­tique – qui me paraît émi­nem­ment volon­taire – qui consiste à ne pas trop insis­ter sur l’identité de ces morts. Car cela démon­tre­rait une chose : rare­ment un gou­ver­ne­ment aura fait preuve d’autant de rete­nue devant des vio­lences sys­té­ma­tiques, des vio­lences qui cherchent à faire des vic­times. Et rare­ment les forces de l’ordre d’une dic­ta­ture (qu’elle soit ins­tau­rée ou en deve­nir) n’auront comp­té dans leurs propres rangs autant de vic­times sans une réac­tion, disons, « déterminée ».

    Cela sous-entend aus­si que le nombre est « excep­tion­nel » (sinon, pour­quoi en par­ler ?). Alors qu’on parle d’un pays qui a vu – mais c’était pen­dant la démo­cra­tie douce et buco­lique d’antan – des mani­fes­ta­tions se sol­der par des mil­liers de morts, fau­chés à l’arme lourde par l’armée de l’époque. Cela sous-entend qu’on n’a jamais décou­vert des dizaines de char­niers dans la Colom­bie voi­sine – dont cer­tains conte­naient jusqu’à 2000 cadavres – sous le règne d’une classe qui y est encore et tou­jours au pou­voir et qui – ô iro­nie – trouve le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien peu fré­quen­table. La liste est longue de ceux qui l’ouvrent et feraient mieux de la fer­mer – les diri­geants des Etats-Unis en tête. Mais ils ne sont pas les seuls.

    Il y a quelques jours sur France-Inter, un des pré­po­sés aux com­men­taires du matin s’est fen­du d’une nou­velle attaque contre le pré­sident du Vene­zue­la, Nico­las Madu­ro. Il expli­quait qu’une vidéo appe­lant les élec­teurs à voter lors de l’élection de l’Assemblée consti­tuante (qui vient d’avoir lieu) pas­sait à la télé­vi­sion, et que cette der­nière était « bien-enten­du, contrô­lée par le régime ». Et dans des mil­lions d’esprits d’auditeurs évo­luant encore dans leurs brumes mati­nales, l’image s’imprègne d’un pays où les médias sont « contrô­lés » par le pou­voir. Peu sau­ront, enten­dront ou com­pren­dront que c’est exac­te­ment le contraire, et que les dits médias y sont d’une viru­lence extraordinaire.

    Une cou­tume bien implan­tée – à gauche, notam­ment, encore dans sa phase d’auto-flagellation pour cause de recherche de cré­di­bi­li­té auprès des médias – vou­drait que j’entame ici la ritour­nelle genre « certes, le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien a com­mis des erreurs, je ne nie pas les pro­blèmes, etc… ». Ne comp­tez pas sur moi. Oui, oui, je sais, cama­rades. Il faut évi­ter de sou­te­nir des pro­ces­sus qui ne le méritent pas. Mais si vous atten­dez un pro­ces­sus qui mérite d’être sou­te­nu en obser­vant le monde à tra­vers le prisme de vos grands médias pré­fé­rés, vous allez attendre longtemps.

    À chaque élec­tion, à chaque consul­ta­tion, à chaque réfé­ren­dum, le Vene­zue­la « fait un pas vers la dic­ta­ture ». Seule­ment voi­là : il y a un an, le Vene­zue­la était déjà qua­li­fié de dic­ta­ture par les médias. Main­te­nant, il ne l’est plus tout à fait mais ne va pas tar­der à l’être alors qu’il l’était déjà avant de le deve­nir. Vous allez voir qu’un jour ils auront rai­son. Et vous sau­rez exac­te­ment quand car ce sera jus­te­ment le jour où ils arrê­te­ront d’en parler.

    Vik­tor Dedaj
    « Je n’ai pas oublié le Hon­du­ras – ni les autres »

    (*) pour ceux et celles à qui l’ironie de la phrase aurait échap­pé : l’Arabie Saou­dite est évi­dem­ment une dic­ta­ture de droite… mais jamais (ou très rare­ment) pré­sen­tée comme telle.

    URL de cet article 32148
    https://​www​.legrand​soir​.info/​o​n​-​s​a​u​r​a​-​q​u​e​-​l​e​-​v​e​n​e​z​u​e​l​a​-​e​s​t​-​d​e​v​e​n​u​-​u​n​e​-​d​i​c​t​a​t​u​r​e​-​l​e​-​j​o​u​r​-​o​u​-​l​e​s​-​m​e​d​i​a​s​-​a​r​r​e​t​e​r​o​n​t​-​d​-​e​n​-​p​a​r​l​e​r​.​h​tml

    Source : Le Grand Soir

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  4. CitoyensDebout

    Droite ou gauche : la ques­tion est-elle vrai­ment per­ti­nente ? Une dic­ta­ture, quelle que soit son orien­ta­tion, reste une dictature.
    Par ailleurs, il me semble (cor­ri­gez-moi si je fais erreur) que main­te­nir ces débats pour savoir si tel est de droite ou tel autre est de gauche par­ti­cipe au main­tien d’une divi­sion dans la popu­la­tion dans son ensemble, d’au­tant plus que si on s’a­vi­sait de faire un large son­dage pour défi­nir ce que signi­fie « être de gauche » ou « être de droite », on en arri­ve­rait pro­ba­ble­ment au cli­ché deve­nu aujourd’­hui assez lar­ge­ment admis, gauche = social, droite = pognon, ce qui n’a stric­te­ment aucun sens et encore moins d’intérêt.

    On peut conti­nuer pen­dant très long­temps à se mor­fondre sur des constats, mais si on ne pré­sente pas de solu­tion viable et sur­tout durable, l’in­té­rêt décroît encore. On parle de démo­cra­tie, mais pour l’ins­tant j’ai sur­tout le sen­ti­ment qu’on ne fait qu’en par­ler. Les actions sont lar­ge­ment plus rares.
    Mon cher mon­sieur Chouard, vous avez lan­cé l’i­ni­tia­tive des ate­liers consti­tuants, et c’est tout à votre hon­neur. Pour­tant, il semble depuis le temps que ça stagne, c’est en tous cas l’im­pres­sion que j’en retire per­son­nel­le­ment. En réflé­chis­sant à cette approche, il m’est venu une idée qui irait lar­ge­ment plus loin. J’ai ten­té de vous faire par­ve­nir un docu­ment par cour­riel, mais pro­ba­ble­ment à cause d’un niveau de sol­li­ci­ta­tion dif­fi­ci­le­ment gérable vous ne l’ayez pas vu. J’ai pro­duit un petit docu­ment que je vous invite à consul­ter https://​drive​.google​.com/​o​p​e​n​?​i​d​=​0​B​x​j​v​h​9​_​d​k​V​t​a​c​k​o​x​Z​y​1​M​Y​V​B​Z​bHc : 4 pages plus une table des matière et une annexe d’une page. Je ne reven­dique pas la pater­ni­té de l’i­dée, cette der­nière a plus de 2000 ans. Je ne peux pas lan­cer ça tout seul, d’a­bord parce que je n’ai pas votre noto­rié­té, ensuite parce que tech­ni­que­ment je ne me lan­ce­rai pas à nou­veau dans un pro­jet aus­si impor­tant tout seul, mais l’as­pect tech­nique reste rela­ti­ve­ment secon­daire. Et le sujet, c’est la remise au goût du jour de l’a­go­ra citoyenne. Tous les avis seront bien­ve­nus, les débats (argu­men­tés) sont lar­ge­ment ouverts, mais c’est à la popu­la­tion de se sai­sir du pro­blème, il ne faut rien attendre des poli­ti­ciens sur ces questions.

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  5. etienne

    Très inté­res­sante rela­ti­vi­sa­tion de la pré­ten­due « vio­lence » poli­tique, par Tho­mas Guénolé : 

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  6. claude saint-jarre

    Il y a une confé­rence ges­ti­cu­lée sur la Constituante ?

    Réponse
  7. etienne

    Robespierre, le grand mensonge

    Jean-Clé­ment Martin

    Selon l’interprétation tra­di­tion­nelle, Robes­pierre reste l’incarnation san­glante, redou­table et redou­tée de la Révo­lu­tion fran­çaise. Dans « Robes­pierre, la fabri­ca­tion d’un monstre », Jean-Clé­ment Mar­tin, ancien direc­teur de l’Institut d’histoire de la Révo­lu­tion fran­çaise, pro­fes­seur émé­rite à l’université Paris‑1 Pan­théon-Sor­bonne, démo­lit l’image cari­ca­tu­rale du tyran, savam­ment façon­née, selon lui, immé­dia­te­ment après sa mort. L’historien y dévoile un per­son­nage plus nuan­cé, dis­cret, com­plexe et sou­vent indé­cis, en proie à une situa­tion poli­tique chao­tique à laquelle il s’adapte plus qu’il ne la provoque.

    Qui était le jeune Maximilien ? […]

    Lire la suite :
    http://​com​mu​ni​ca​tion​-ccas​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​r​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​-​l​e​-​g​r​a​n​d​-​m​e​n​s​o​n​ge/

    ————–

    Un livre à lire :

    Réponse
  8. etienne

    La médio­cri­té au tra­vail et le chô­mage struc­tu­rel de masse :
    « L’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail reste très lar­ge­ment stu­pide ; Nous en savons tous plus que ce que l’on nous laisse faire. » Franck Lepage

    Extrait de « Incul­ture 2 : l’é­du­ca­tion » par Franck Lepage

    Lisez « La médiocratie » :

    http://​amzn​.to/​2​o​b​7​gfF

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  9. etienne

    La « BHLisation des esprits » plus grave que leur « lepenisation » :
    Jean Bricmont répond à BHL (VIDEO)

    Accu­sé de néga­tion­nisme dans le Bloc note de Ber­nard-Hen­ri Lévy du 20 juillet (le Point), le phy­si­cien et essayiste Jean Bric­mont répond et explique sa vision de la liber­té d’ex­pres­sion dans un entre­tien accor­dé à RT France.

    Alors qu’il ripos­tait contre Le Monde Diplo­ma­tique dans son « Bloc-note » du 20 juillet publié dans Le Point, le phi­lo­sophe Ber­nard-Hen­ri Lévy a accu­sé le phy­si­cien et écri­vain belge Jean Bric­mont d’être un « néga­tion­niste […] long­temps pré­po­sé dans le jour­nal [Le Monde Diplo­ma­tique], au trai­te­ment de l’ac­tua­li­té édi­to­riale anti­amé­ri­caine et anti­sio­niste ».

    Invi­té par RT France, Jean Bric­mont a répon­du aux pro­pos de l’é­cri­vain, qu’il qua­li­fie de « dif­fa­ma­tion ». Une vidéo à retrou­ver bien­tôt en inté­gra­li­té sur RT France.

    Jean Bric­mont est l’au­teur de plu­sieurs ouvrages sur la liber­té d’ex­pres­sion, son tra­vail, proche de celui de Noam Chom­sky aux Etats-Unis, traite de la cen­sure et de la pro­pa­gande en démo­cra­tie. Il est notam­ment oppo­sé à la loi Gays­sot, qui, en France, punit sévè­re­ment toute remise en ques­tion his­to­rique des conclu­sions du Tri­bu­nal de Nurem­berg en 1946. Plu­sieurs uni­ver­si­taires et intel­lec­tuels ont été condam­nés en ver­tu de cette loi au cours de pro­cès, sou­vent très média­ti­sés. On se sou­vient notam­ment de celui du phi­lo­sophe et ancien dépu­té com­mu­niste Roger Garau­dy en 1998 ou encore des nom­breuses pro­cé­dures lan­cées contre le pro­fes­seur de lettres deve­nu farouche mili­tant « révi­sion­niste » Robert Faurisson. 

    « Vous accu­sez quel­qu’un sans preuve d’un délit, c’est de la diffamation. »

    Consi­dé­rant qu’il n’est qu’une cible annexe dans ce qui est selon lui une « attaque hys­té­rique contre Le Monde Diplo­ma­tique », Jean Bric­mont nie avoir été pré­po­sé à une quel­conque tâche dans ce jour­nal, pour lequel il n’au­rait écrit que quelques articles. Le plus grave dans cette affaire réside, pour l’es­sayiste, dans le fait que BHL l’ac­cuse de négationnisme. 

    « Vous accu­sez quel­qu’un sans preuve d’un délit, c’est de la dif­fa­ma­tion et ce n’est cou­vert par la liber­té d’ex­pres­sion dans aucun pays », s’est ain­si défen­du le phy­si­cien qui dit ne pas vrai­ment croire à ses chances de vic­toire devant la jus­tice contre BHL s’il déci­dait de le poursuivre. […]

    Lire la suite :
    https://​fran​cais​.rt​.com/​e​n​t​r​e​t​i​e​n​s​/​4​1​6​0​8​-​b​h​l​i​s​a​t​i​o​n​-​e​s​p​r​i​t​s​-​p​l​u​s​-​g​r​a​v​e​-​q​u​e​-​l​e​p​e​n​i​s​a​t​i​o​n​-​s​e​l​o​n​-​j​e​a​n​-​b​r​i​c​m​ont

    Source : RT​.com

    Réponse
  10. etienne
    • Ronald

      Je ne vois pas ce que cet article apporte au débat. Il devrait s’in­ti­tu­ler plu­tôt « dix com­men­taires hagio­gra­phiques du gou­ver­ne­ment du Pre­si­dente Madu­ro ». Que les médias du sys­tème fassent de la pro­pa­gande, c’est dans leur rôle, mais je vou­drais que ceux qui se vantent de faire de contre-infor­ma­tion nous aident à y voir plus clair. Wiki­pe­dia (fran­co­phone, mais aus­si les ver­sions anglo­phones et his­pa­no­phones) pré­sente quand même les choses avec toute une autre tona­li­té que Le Grand Soir. J’ai­me­rais qu’au mini­mum il soit répon­du aux pro­blèmes sou­le­vés (au-cela de dire sim­ple­ment que Wiki­pe­dia est inféo­dé au capi­ta­lisme international).

      On va juste abor­der un pro­blème : l’op­po­si­tion a refu­sé de par­ti­ci­per aux élec­tions de l’as­sem­blée consti­tuante car elle juge le pro­ces­sus incons­ti­tu­tion­nel. Qu’en est-il ?

      Si l’on consulte la consti­tu­tion du Véné­zue­la, on trouve dans le cha­pitre rela­tif à l’As­sem­blée Constituante : 

      Cha­pitre III. De l’Assemblée Natio­nale Constituante
      Article 347
      . Le Peuple du Vene­zue­la est le dépo­si­taire du Pou­voir Consti­tuant ori­gi­nel. Dans l’exercice de ce pou­voir, il peut convo­quer une Assem­blée Natio­nale Consti­tuante dans le but de trans­for­mer l’Etat, créer un nou­vel ordon­nan­ce­ment juri­dique et rédi­ger une nou­velle Constitution.
      Article 348.
      L’initiative de convo­ca­tion de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante peut être prise par le Pré­sident ou Pré­si­dente de la Répu­blique en Conseil des Ministres ; l’Assemblée Natio­nale, après accord des deux tiers de sa com­po­sante ; les Conseils muni­ci­paux, sié­geant, après le vote des deux tiers ; ou quinze pour cent des élec­teurs et élec­trices ins­crits sur le registre électoral.
      Article 349.
      Le Pré­sident ou la Pré­si­dente de la Répu­blique ne peut sou­le­ver d’objections en ce qui concerne la nou­velle Consti­tu­tion. Les pou­voirs consti­tués ne peuvent en aucune manière empê­cher les déci­sions de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante. Aux fins de la pro­mul­ga­tion de la nou­velle Consti­tu­tion, celle ci sera publiée au Jour­nal Offi­ciel de la Répu­blique Boli­va­rienne du Vene­zue­la ou au Jour­nal de l’As­sem­blée Natio­nale Constituante.

      Source :https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​C​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​V​e​n​e​z​u​e​l​a​.​pdf, avec cor­rec­tions personnelles

      Le pré­sident Madu­ro à donc convo­qué une Assem­blée Consti­tuante : il en pré­cise les moda­li­tés dans un décret du 23 mai :
      http://​www​.oeve​ne​zo​la​no​.org/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​7​/​0​5​/​G​a​c​e​t​a​-​O​f​i​c​i​a​l​-​4​1​1​5​6​-​B​a​s​e​s​-​C​o​m​i​c​i​a​l​e​s​-​A​N​C​.​pdf
      (évi­dem­ment, par­mi les cen­taines de com­men­ta­teurs fran­co­phones qui débattent depuis deux mois sur le bien-fon­dé de cette convo­ca­tion, aucun ne fait l’ef­fort de ren­voyer à ce décret ; l’ont-ils seule­ment lu?)
      Glo­ba­le­ment, l’as­sem­blée est com­po­sée de deux contingent :
      1) envi­ron un tiers élus sur base « cor­po­ra­tiste » : dif­fé­rents groupes sociaux – étu­diants, retrai­tés, hommes d’af­faires, … – élisent cha­cun leurs repré­sen­tants. Le conseil natio­nal élec­to­ral déter­mine la clef de répar­ti­tion entre ces groupes en consul­tant les registres sta­tis­tiques nationaux.
      2) envi­ron deux tiers élus sur base « ter­ri­to­riale » : le mode de dési­gna­tion est for­mu­lé de manière un peu laco­nique par Madu­ro dans l’ar­ticle 3 du décret, mais il semble que :
      – les petites muni­ci­pa­li­tés ont un repré­sen­tant, élu au suf­frage uni­ver­sel uni­no­mi­nal majo­ri­taire à un tour
      – les grosses agglo­mé­ra­tions ont deux repré­sen­tants, élus aux suf­frage uni­ver­sel mais la répar­ti­tion est ici proportionnelle
      – la capi­tale a sept repré­sen­tants, élus aux suf­frage uni­ver­sel, avec repré­sen­ta­tion proportionnelle

      Il faut savoir que la cam­pagne et les petites villes sont majo­ri­tai­re­ment cha­viste, alors que la capi­tale et les grosses agglo­mé­ra­tions sont majo­ri­tai­re­ment pour l’opposition :
      https://​es​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​E​l​e​c​c​i​o​n​e​s​_​m​u​n​i​c​i​p​a​l​e​s​_​d​e​_​V​e​n​e​z​u​e​l​a​_​d​e​_​2​013

      Mon ana­lyse est donc la suivante :
      On ne peut par dire que la convo­ca­tion de l’as­sem­blée sont incons­ti­tu­tion­nelle. Mais la Consti­tu­tion du Véné­zue­la est (sans doute volon­tai­re­ment) floue sur la mise en place d’une nou­velle Consti­tuante. Après le bla­bla habi­tuel sur la sou­ve­rai­ne­té popu­laire (« Le Peuple du Vene­zue­la est le dépo­si­taire du Pou­voir Consti­tuant ori­gi­nel … »), l’i­ni­tia­tive concrète est lais­sée à ses repré­sen­tants (« L’initiative de convo­ca­tion de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante peut être prise par le Pré­sident ou Pré­si­dente de la Répu­blique en Conseil des Ministres … »).
      Plus grave : le mode de dési­gna­tion des membres de l’as­sem­blée n’est pas défi­ni par l’ac­tuelle consti­tu­tion. Il n’est donc pas éton­nant que le chef de l’État décide de lui-même par décret du mode de dési­gna­tion des membres.
      Comme on le sait, pou­voir choi­sir le mode de scru­tin, c’est déjà choi­sir le résul­tat souhaité …

      Ici, Madu­ro choi­sit de faire élire une par­tie de l’as­sem­blée sur base cor­po­ra­tiste. Ain­si, la repré­sen­ta­ti­vi­té sociale est assu­rée. Les groupe sociaux qui ont ten­dance à ne pas se dépla­cer lors des élec­tions (qui sont aus­si les groupes cha­vistes) ne sont ain­si pas désa­van­ta­gés par la faible mobilisation.
      Alors, cela étant dit , je ne juge pas non plus le prin­cipe des quo­tas cor­po­ra­tistes for­cé­ment mau­vais. C’est une manière astu­cieuse de cor­ri­ger le défaut de l’ab­ten­tion­nisme des classes popu­laires. C’est une sorte de pis-aller du tirage au sort.
      Pour le com­po­sant élu sur base ter­ri­to­riale, son idée est la suivante.
      Les petites muni­ci­pa­li­tés (pro-cha­vez) élisent selon le prin­cipe first-past-the-post : 100 % des repré­sen­tants élus ici seront de ses partisans.
      Les grosses agglo­mé­ra­tions (pro-oppo­si­tion) élisent selon un scru­tin pro­por­tion­nel : 55 % des repré­sen­tants élus là seront pro-oppo­si­tion, et 45 % pro-Maduro.
      On voit tout de suite l’as­tuce, et je com­prends que ça puisse éner­ver les par­tis de l’opposition.

      La mise en place actuelle de l’As­sem­blée Consti­tuante n’est donc pas incons­ti­tu­tion­nelle, mais son mode de sélec­tion est entiè­re­ment entre les mains de Madu­ro et il a usé de cette pré­ro­ga­tive au maximum.

      La leçon a tirer, c’est que lors­qu’une assem­blée consti­tuante démo­cra­tique rédi­ge­ra une nou­velle consti­tu­tion, elle doit s’as­treindre à pré­voir avec pré­ci­sion les moda­li­tés de renou­vel­le­ment de cette consti­tu­tion, le droit d’i­ni­tia­tive, et le mode de dési­gna­tion des consti­tuants. Cela doit être fait avec l’ob­jec­tif de ne pas être sus­pec­té de mani­pu­la­tion, d’au­tant que les convo­ca­tions de consti­tuantes ont lieu en période de ten­sion, et qu’il n’est alors plus temps de débattre de la jus­tice de ces moda­li­tés. Leur mise en place ne doit pas prê­ter à dis­cus­sion de la part des groupes qui se sen­ti­raient lésés.

      Réponse
  11. etienne

    Photos : médias contre droit au suffrage des Vénézuéliens

    par Thier­ry DERONNE

    Ils ont mar­ché pen­dant des heures à flanc de mon­tagne, sous la pluie, tra­ver­sé à pied des tor­rents impé­tueux en se tenant par la main, ou à quatre pattes sur un tronc d’arbre, ils ont emprun­té des camions, des bétaillères, sont mon­tés sur des che­vaux, ils ont fait des queues inter­mi­nables pour accé­der aux bureaux de vote, ils ont bra­vé les menaces des oppo­sants meur­triers, ils sont le peuple véné­zué­lien comme nous le montre ici en pho­tos notre ami Thier­ry Deronne depuis Cara­cas, pho­tos que vous cher­che­rez vai­ne­ment dans nos médias libres et objec­tifs, médias de mil­liar­daires adu­lés par les défen­seurs de la démo­cra­tie qui veulent per­sua­der (non sans suc­cès) le peuple de France que le Vene­zue­la est une dictature.

    Le Grand Soir

    Lire l’ar­ticle, épa­tant, de Thier­ry Deronne :

    https://​www​.legrand​soir​.info/​p​h​o​t​o​s​-​m​e​d​i​a​s​-​c​o​n​t​r​e​-​d​r​o​i​t​-​a​u​-​s​u​f​f​r​a​g​e​-​d​e​s​-​v​e​n​e​z​u​e​l​i​e​n​s​.​h​tml

    Réponse
  12. etienne

    Dégâts Collatéraux – Les sanctions US visent la Russie, et frappent l’Europe

    par Dia­na JOHNSTONE

    « Savent-ils ce qu’ils font ? Lorsque les repré­sen­tants au Congrès amé­ri­cain adoptent des sanc­tions qui visent sur­tout à affai­blir le Pré­sident Trump et à exclure tout effort d’améliorer les rela­tions avec la Rus­sie, savent-ils que ces mesures reviennent à une décla­ra­tion de guerre éco­no­mique contre leur chers « amis » européens ?

    Qu’ils le sachent ou non, ils s’en fichent. Les poli­ti­ciens outre-Atlan­tique voient le reste du monde comme un grand arrière-pays, à exploi­ter, punir ou igno­rer avec impunité.

    La Coun­te­ring America’s Adver­sa­ries Through Sanc­tions Act (l’Acte de sanc­tions pour lut­ter contre les adver­saires de l’Amérique) fut adop­tée le 25 juillet par 419 dépu­tés de la Chambre contre trois. Une ver­sion pré­cé­dente fut adop­tée par tous les Séna­teurs sauf deux. Le pas­sage final est cer­tain, dans des pro­por­tions telles qu’il puisse pas­ser outre à un éven­tuel véto présidentiel.

    Cette crise de colère du Congrès frappe dans tous les sens. Les vic­times prin­ci­pales seront sans doute les chers alliés euro­péens, en par­ti­cu­lier l’Allemagne et la France – qui, soit dit en pas­sant, peuvent par­fois être des concur­rents éco­no­miques des Etats-Unis. Mais de telles consi­dé­ra­tions ne frôlent pas l’esprit des nobles élus du peuple amé­ri­cain, tous dévoués à l’avancement de la mora­li­té universelle.

    La “puis­sance douce” amé­ri­caine frappe dur

    Sous le régime des sanc­tions U.S., chaque nation qui fait des affaires avec la Rus­sie (ou avec les autres pays cités) peut se trou­ver dans le pétrin. En par­ti­cu­lier, cette loi vise toute entre­prise enga­gée dans la construc­tion du gazo­duc Nord Stream 2, des­ti­né à pro­vi­sion­ner l’Allemagne en gaz natu­rel de la Russie.

    Petit détail : les socié­tés amé­ri­caines sont prêtes à don­ner un coup de main à leurs amis alle­mands en leur ven­dant leur propre gaz natu­rel, obte­nu par frac­tu­ra­tion, beau­coup plus cher.

    Ce n’est qu’un des moyens par les­quels cette loi sou­met­trait les banques et socié­tés euro­péennes à des res­tric­tions, pour­suites judi­ciaires et amendes gigantesques.

    Tout en prê­chant la « libre com­pé­ti­tion » au monde entier, les Etats-Unis prennent constam­ment des mesures pour l’entraver.

    Depuis l’accord de juillet 2015 qui garan­tis­sait le non-déve­lop­pe­ment d’armes nucléaires par l’Iran, les sanc­tions inter­na­tio­nales contre ce pays furent levées, mais les Etats-Unis en a gar­dées d’autres, plus anciennes. Ain­si, toute entre­prise euro­péenne qui envi­sage de faire des inves­tis­se­ments ou du com­merce avec l’Iran a toutes les chances de rece­voir une lettre d’une enti­té basé à New York, s’appelant Uni­ted Against Nuclear Iran (Unis contre l’Iran nucléaire) qui pré­vient qu’il reste « de sérieux risques légaux, poli­tiques, finan­ciers et de ter­nir sa répu­ta­tion, asso­ciés au com­merce avec l’Iran, sur­tout dans les sec­teurs de l’économie ira­nienne tels que le pétrole et le gaz. » Par­mi les risques cités on trouve des mil­liards de dol­lars d’amendes, la sur­veillance par un grand nombre d’organismes de régu­la­tion, des dan­gers per­son­nels, la cyber-insé­cu­ri­té, la perte de bonnes affaires, une mau­vaise répu­ta­tion et un déclin de la valeur boursière.

    Les Etats-Unis se com­portent en gang­ster en toute impu­ni­té parce que pen­dant de longues années ils ont crée un vaste laby­rinthe juri­dique, impé­né­trable et capable de s’imposer à la vie éco­no­mique du « Monde Libre » grâce à l’omniprésence du dol­lar, des capa­ci­tés de ren­sei­gne­ment sans pareil et l’intimidation pure et simple.

    Les diri­geants euro­péens ont réagi avec indi­gna­tion à cette der­nière rafale de sanc­tions. Le minis­tère des affaires étran­gères alle­mand jugeait « inac­cep­table d’utiliser les sanc­tions comme un ins­tru­ment pour ser­vir les inté­rêts de l’industrie des Etats-Unis ».

    Le Quai d’Orsay a dénon­cé comme illé­gale « l’extraterritorialité » de la légis­la­tion amé­ri­caine, annon­çant que « pour nous pro­té­ger des effets extra­ter­ri­to­riaux de cette légis­la­tion, il faut adap­ter nos lois fran­çaises et européennes ».

    En effet, l’imposition arro­gante des Etats-Unis de leurs propres lois aux autres pays ins­pire une crois­sante amer­tume en France. Déjà le 5 octobre der­nier, un rap­port sérieux sur « l’extraterritorialité de la légis­la­tion amé­ri­caine » fut pré­sen­té aux com­mis­sions des affaires étran­gères et de la finance de l’Assemblée nationale.

    L’extraterritorialité

    Le pré­sident de la com­mis­sion d’enquête qui a pro­duit ce rap­port, Pierre Lel­louche, a résu­mé la situa­tion ainsi :

    « Les faits sont très simples. Nous sommes devant un mur de légis­la­tions amé­ri­caines extrê­me­ment touf­fues avec une inten­tion pré­cise qui est d’utiliser le droit à des fins d’imperium éco­no­mique et poli­tique dans l’idée d’obtenir des avan­tages éco­no­miques et stra­té­giques. Comme tou­jours aux Etats-Unis, cet impe­rium, ce rou­leau com­pres­seur nor­ma­tif se déroule au nom des meilleures inten­tions du monde puisque les Etats-Unis se défi­nissent comme un bene­volent power, c’est-à-dire un pays qui ne peut faire que le bien. »

    Tou­jours au nom de la « lutte contre la cor­rup­tion » ou la « lutte contre le ter­ro­risme », les Etats-Unis entament les pour­suites contre tout ce qui peut être appe­lé un « U.S. per­son », ce qui selon le droit bizarre du pays peut dési­gner n’importe quelle entre­prise liée au pays par une filiale amé­ri­caine, ou qui est côté en bourse à New York, ou qui uti­lise un ser­veur basé aux Etats-Unis, ou qui tout sim­ple­ment fait du com­merce en dol­lars, ce qu’aucune entre­prise inter­na­tio­nale ne peut éviter.

    En 2014, la plus grande banque fran­çaise, BNP-Pari­bas, s’est rési­gnée à payer aux Amé­ri­cains des amendes de presque neuf mil­liards de dol­lars, rien que pour avoir uti­li­sé des trans­ferts en dol­lars au cours de tran­sac­tions avec des pays sous sanc­tions amé­ri­caines. Ce com­merce était par­fai­te­ment légal en droit fran­çais. Mais parce que les échanges étaient en dol­lars, elles tran­si­taient par les Etats-Unis, où elles étaient repé­rées par les régulateurs.

    Dans ces cas, les banques euro­péennes ont le choix entre se faire traî­ner devant les tri­bu­naux hos­tiles pour des pro­cès inter­mi­nables, ce qui entraî­ne­rait divers ennuis et puni­tions même avant le ver­dict, ou bien, suivre le conseil des avo­cats d’affaires amé­ri­cains bien rému­né­rés et accep­ter d’entrer dans l’obscure culture judi­ciaire amé­ri­caine du « plea bar­gai­ning », du « plai­der cou­pable », pour y échap­per. Tout comme le misé­rable accu­sé de piquer des pommes, les entre­prises euro­péennes sont inci­tées à se confes­ser pour échap­per à des consé­quences bien pires.

    Alstom, joyau de l’industrie fran­çaise, a cédé sa branche éner­gie au géant amé­ri­cain Gene­ral Elec­tric en 2014, au moment où Alstom était sous pres­sion amé­ri­caine sui­vant des accu­sa­tions de cor­rup­tion (pro­ba­ble­ment liées à des des­sous-de-table ver­sés aux inter­mé­diaires de cer­tains pays du Sud).

    Selon le rap­port par­le­men­taire déjà cité :

    « Le rachat de la branche éner­gie d’Alstom par Gene­ral Elec­tric a éga­le­ment sus­ci­té des inter­ro­ga­tions sur une éven­tuelle ins­tru­men­ta­li­sa­tion des pro­cé­dures pour cor­rup­tion enga­gées contre Alstom en vue de convaincre ses diri­geants de choi­sir l’offre amé­ri­caine plu­tôt que celle de Sie­mens et de Mit­su­bi­shi. … Selon Le Figa­ro du 17 décembre : ’les avo­cats de GE auraient joué un rôle clé : leur inter­ven­tion aurait per­mis de faire bais­ser le mon­tant en échange d’une pro­messe d’appliquer le code de bonne conduite du groupe amé­ri­cain chez le fran­çais. L’accord ne devait tou­te­fois être révé­lé qu’après la fina­li­sa­tion de l’opération pour que l’amende n’apparaisse pas comme un élé­ment qui aurait fait pen­cher la balance du côté amé­ri­cain plu­tôt qu’en faveur de Siemens-Mitsubishi’ ».

    « À pro­pos de cette amende, qui s’est tout de même éle­vée à 772 mil­lions de dol­lars, il faut ajou­ter qu’au nom de la conti­nui­té juri­dique de la socié­té Alstom, c’est ce qui reste de celle-ci, c’est-à-dire essen­tiel­le­ment l’ex-branche trans­port, laquelle ne repré­sen­tait qu’un tiers du chiffre d’affaires du groupe avant son déman­tè­le­ment, qui l’a réglée, alors même que les man­que­ments à l’origine de cette sanc­tion concer­naient les acti­vi­tés éner­gie reprises par Gene­ral Electric ! »

    L’hypothèse sous-jacente à ces pour­suites est que la sup­po­sée cor­rup­tion enlève des mar­chés aux firmes amé­ri­caines plus ver­tueuses. Cela peut bien être le cas, mais ce qui manque est la moindre réci­pro­ci­té. Toute une pano­plie d’agences amé­ri­caines, avec les moyens d’espionner n’importe quelle com­mu­ni­ca­tion, est consa­crée à la tâche de tra­quer les méfaits de leurs concur­rents par­tout dans le monde. Par exemple, l’Office of Forei­gn Assets Control, tra­vaille à cette tâche avec 200 employés et un bud­get de plus de $30 mil­lion. Son homo­logue à Paris emploie cinq personnes.

    Le der­nier volet de sanc­tions est des­ti­né à expo­ser les banques et les entre­prises euro­péennes à des consé­quences encore plus sévères, sur­tout en ce qui concerne le gazo­duc Nord Stream.

    Il faut noter que les sanc­tions font par­tie de toute une série de mesures légis­la­tives qui visent à miner la sou­ve­rai­ne­té natio­nale en créant une juri­dic­tion glo­bale où n’importe qui peut pour­suivre n’importe qui d’autre pour n’importe quoi, mais où la capa­ci­té ultime d’enquêter et d’imposer la loi reste chez les Américains.

    Sabo­tant l’économie européenne

    Plus d’une dizaine de banques euro­péennes se sont trou­vées dans le col­li­ma­teur mora­li­sant éta­su­nien (anglaises, alle­mandes, fran­çaises, néer­lan­daises, suisses), qui vise les grands pays, tan­dis que l’influence amé­ri­caine écra­sante dans des pays du Nord-Est – Pologne, les Etats Baltes et même la Suède – empêche l’Union Euro­péenne de prendre des mesures d’autodéfense contraires aux inté­rêts américains.

    Le plus gros pois­son dans cette expé­di­tion de pêche risque d’être la Deutsche Bank. Actuel­le­ment, la Deutsche Bank fait l’object de pour­suites pour avoir par­ti­ci­pé aux spé­cu­la­tions sur les sub­primes aux Etats-Unis. Selon Pierre Lel­louche, « la Deutsche Bank va être redres­sée pour un mon­tant de 14 mil­liards de dol­lars alors qu’elle en vaut 5 et demi. Sur­tout, elle est expo­sée à hau­teur de l’équivalent de treize fois le PIB de l’Allemagne. Autre­ment dit, si cette affaire va à son terme, on risque par un effet de domi­nos, une crise finan­cière majeure en Europe. »

    La ques­tion ici n’est pas les pra­tiques de la Deutsche Bank – sans doute répré­hen­sibles – mais des « deux poids deux mesures » pra­ti­qués par une puis­sance qui se com­porte en empire. Les sanc­tions sont une véri­table épée de Damo­clès qui menace les prin­ci­paux par­te­naires com­mer­ciaux des Etats-Unis. Ce com­por­te­ment puni­tif risque fort de finir par affai­blir l’économie amé­ri­caine elle-même.

    Dans les audi­tions par­le­men­taire, Eli­sa­beth Gui­gou a décla­ré que la situa­tion est cho­quante. « Nous avons eu, à plu­sieurs reprises, des échanges avec des res­pon­sables amé­ri­cains, et notam­ment avec l’ambassadrice amé­ri­caine en France : nous leur avons indi­qué que cette situa­tion était insupportable. »

    Jacques Myard enchaî­nait : « Actuel­le­ment, nous assis­tons à une volon­té mani­feste des États-Unis d’utiliser leur droit à des fins poli­tiques, de sécu­ri­té et d’influence, mais éga­le­ment à des fins com­mer­ciales : c’est une volon­té impé­ria­liste. Le droit amé­ri­cain est uti­li­sé pour obte­nir des mar­chés et éli­mi­ner des concur­rents. Nous devons ne pas être naïfs et prendre conscience de ce qui se passe. … En effet, les grands groupes sont dans les mains des cabi­nets d’avocats amé­ri­cains, qui leur conseillent de ne sur­tout pas aver­tir les auto­ri­tés fran­çaises, et de régler leurs pro­cès dis­crè­te­ment, grâce au méca­nisme du plai­der cou­pable ; ces cabi­nets fac­turent pour cela des hono­raires substantiels. »

    Cette enquête mar­quait un pas vers une prise de conscience et de la résis­tance contre une nou­velle forme de “taxa­tion sans repré­sen­ta­tion”. Les dépu­tés s’accordaient pour dire qu’il faut faire quelque chose.

    C’était en octobre der­nier. Au mois de juin, lors des élec­tions par­le­men­taires, le pré­sident de la com­mis­sion, Pierre Lel­louche, la rap­por­teur Karine Ber­ger, Eli­sa­beth Gui­gou et Jacques Myard ont tous per­du leurs sièges en faveur des novices du par­ti de Macron, la Répu­blique en marche. Les nou­veaux arri­vants semblent déso­rien­tés, et peu enclins à confron­ter la puis­sance impé­riale. Macron non plus, lui qui a faci­li­té la reprise d’Alstom par Gene­ral Elec­tric en 2014.

    Pour­tant, il y a des situa­tions si dés­équi­li­brées qu’elles ne peuvent pas durer indéfiniment.

    Dia­na JOHNSTONE

    Source : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​d​e​g​a​t​s​-​c​o​l​l​a​t​e​r​a​u​x​-​l​e​s​-​s​a​n​c​t​i​o​n​s​-​u​s​-​v​i​s​e​n​t​-​l​a​-​r​u​s​s​i​e​-​e​t​-​f​r​a​p​p​e​n​t​-​l​-​e​u​r​o​p​e​.​h​tml

    Réponse
  13. Benoit

    Vidéo de lec­ture de deux textes pas­sion­nants de Bakou­nine qui je trouve ali­mentes notre réflexion collective

    Michel Bakou­nine
    L’INSTRUCTION INTÉGRALE
    Texte extrait : http://​kro​pot​.free​.fr/​B​a​k​o​u​n​i​n​e​-​I​n​s​t​r​u​c​i​n​t​e​g​r​.​htm

    La pre­mière ques­tion que nous avons à consi­dé­rer aujourd’­hui est celle-ci : L’é­man­ci­pa­tion des masses ouvrières pour­ra-t-elle être com­plète, tant que l’ins­truc­tion que ces masses rece­vront sera infé­rieure à celle qui sera don­née aux bour­geois, ou tant qu’il y aura en géné­ral une classe quel­conque, nom­breuse ou non, mais qui, par sa nais­sance, sera appe­lée aux pri­vi­lèges d’une édu­ca­tion supé­rieure et d’une édu­ca­tion (sic : ins­truc­tion) plus com­plète ? Poser cette ques­tion, n’est-ce pas la résoudre ? N’est-il pas évident qu’entre deux hommes, doués d’une intel­li­gence natu­relle à peu près égale, celui qui sau­ra davan­tage, dont l’es­prit se sera plus élar­gi par la science, et qui, ayant mieux com­pris l’en­chaî­ne­ment des faits natu­rels et sociaux, ou ce que l’on appelle les lois de la nature et de la socié­té, sai­si­ra plus faci­le­ment et plus lar­ge­ment le carac­tère du milieu dans lequel il se trouve, — que celui-ci, disons-nous, s’y sen­ti­ra plus libre et plus puis­sant que l’autre ? Celui qui sait davan­tage domi­ne­ra natu­rel­le­ment celui qui sau­ra moins ; et n’exis­tât-il d’a­bord entre deux classes que cette seule dif­fé­rence d’ins­truc­tion et d’é­du­ca­tion, cette dif­fé­rence pro­dui­rait en peu de temps toutes les autres, le monde humain se retrou­ve­rait à son point actuel, c’est-à-dire qu’il serait divi­sé de nou­veau en une masse d’es­claves et un petit nombre de domi­na­teurs, les pre­miers tra­vaillant comme aujourd’­hui pour les derniers.

    On com­prend main­te­nant pour­quoi les socia­listes bour­geois ne demandent que de l’ins­truc­tion pour le peuple, un peu plus qu’il n’en a main­te­nant et que nous, démo­crates-socia­listes, nous deman­dons pour lui l’ins­truc­tion inté­grale, toute l’ins­truc­tion, aus­si com­plète que la com­porte la puis­sance intel­lec­tuelle du siècle, afin qu’au-des­sus des masses ouvrières, il ne puisse se trou­ver désor­mais aucune classe qui puisse en savoir davan­tage, et qui, pré­ci­sé­ment parce qu’elle en sau­ra davan­tage, puisse les domi­ner et les exploi­ter. Les socia­listes bour­geois veulent le main­tien des classes, cha­cune devant repré­sen­ter, selon eux, une dif­fé­rente fonc­tion sociale, l’une, par exemple, la science et l’autre le tra­vail manuel ; et nous vou­lons au contraire l’a­bo­li­tion défi­ni­tive et com­plète des classes, l’u­ni­fi­ca­tion de la socié­té, et l’é­ga­li­sa­tion éco­no­mique et sociale de tous les indi­vi­dus humains sur la terre. Ils vou­draient, tout en les conser­vant, amoin­drir, adou­cir et enjo­li­vé l’i­né­ga­li­té et l’in­jus­tice, ces bases his­to­riques de la socié­té actuelle, et nous, nous vou­lons les détruire. D’où il résulte clai­re­ment qu’au­cune entente, ni conci­lia­tion entre les socia­listes bour­geois et nous n’est possible.

    Mais, dira-t-on, et c’est l’ar­gu­ment qu’on nous oppose le plus sou­vent et que Mes­sieurs les doc­tri­naires de toutes les cou­leurs consi­dèrent comme un argu­ment irré­sis­tible, mais il est impos­sible que l’hu­ma­ni­té tout entière s’a­donne à la science ; elle mour­rait de faim. Il faut donc que, pen­dant que les uns étu­dient, les autres tra­vaillent, afin de pro­duire les objets néces­saires à la vie, pour eux-mêmes d’a­bord, et ensuite pour les hommes qui se sont voués exclu­si­ve­ment aux tra­vaux de l’in­tel­li­gence ; car les hommes ne tra­vaillent pas seule­ment pour eux-mêmes ; leurs décou­vertes scien­ti­fiques, outre qu’elles élar­gissent l’es­prit humain, s’ap­pliquent à l’in­dus­trie et à l’a­gri­cul­ture, et, en géné­ral, à la vie poli­tique et sociale, n’a­mé­liorent-elles pas la condi­tion de tous les êtres humains, sans aucune excep­tion ? Les créa­tions artis­tiques n’en­no­blissent-elles pas la vie de tout le monde ?

    Mais non, pas du tout. Et le plus grand reproche que nous ayons à adres­ser à la science et aux arts, c’est pré­ci­sé­ment de ne répandre leurs bien­faits et de n’exer­cer une influence salu­taire que sur une por­tion très minime de la socié­té, à l’ex­clu­sion, et par consé­quent aus­si au détri­ment, de l’im­mense majo­ri­té. On peut dire aujourd’­hui des pro­grès de la science et des arts ce qu’on a dit déjà avec tant de rai­son du déve­lop­pe­ment pro­di­gieux de l’in­dus­trie, du com­merce, du cré­dit, de la richesse sociale en un mot, dans les pays les plus civi­li­sés du monde moderne. Cette richesse est tout exclu­sive, et tend chaque jour à le deve­nir davan­tage, en se concen­trant tou­jours entre un plus petit nombre de mains et en reje­tant les couches infé­rieures de la classe moyenne, la petite-bour­geoi­sie, dans le pro­lé­ta­riat, de sorte que le déve­lop­pe­ment [de cette richesse] est en rai­son directe de la misère crois­sante des masses ouvrières. D’où il résulte que l’a­bîme qui déjà sépare a mino­ri­té heu­reuse et pri­vi­lé­giée des mil­lions de tra­vailleurs qui la font vivre du tra­vail de leurs bras, s’ouvre tou­jours davan­tage, et que plus les heu­reux, les exploi­teurs du tra­vail popu­laire, sont heu­reux, plus les tra­vailleurs deviennent mal­heu­reux. Qu’on mette seule­ment en pré­sence de l’o­pu­lence fabu­leuse du grand monde aris­to­cra­tique, finan­cier, com­mer­cial et indus­triel de l’An­gle­terre, la situa­tion misé­rable des ouvriers de ce même pays ; qu’on relise la lettre si naïve et si déchi­rante écrite tout der­niè­re­ment par un intel­li­gent et hon­nête orfèvre de Londres, Wal­ter Dun­gan, qui vient de s’empoisonner volon­tai­re­ment avec sa femme et ses six enfants, seule­ment pour échap­per aux humi­lia­tions de l misère et aux tor­tures de la faim, et on sera bien for­cé d’a­vouer que cette civi­li­sa­tion tant van­tée n’est, au point de vue maté­riel, rien qu’op­pres­sion et ruine pour le peuple.

    Il en est de même des pro­grès modernes de la science et des arts. Ces pro­grès sont immenses ! Oui, c’est vrai. Mais plus ils sont immenses, et plus ils deviennent une cause d’es­cla­vage intel­lec­tuel, et par consé­quent aus­si maté­riel, une cause de misère et d’in­fé­rio­ri­té pour le peuple ; car ils élar­gissent tou­jours davan­tage l’a­bîme qui sépare déjà l’in­tel­li­gence popu­laire de celle des classes pri­vi­lé­giées. La pre­mière, au point de vue de la capa­ci­té natu­relle, est aujourd’­hui évi­dem­ment moins bla­sée, moins usée, moins sophis­ti­quée et moins cor­rom­pue par la néces­si­té de défendre des inté­rêts injustes, et par consé­quent elle est natu­rel­le­ment plus puis­sante que l’in­tel­li­gence bour­geoise ; mais, par contre, cette der­nière a pour elle toutes les armes de la science, et ces armes sont for­mi­dables. Il arrive très sou­vent qu’un ouvrier fort intel­li­gent est for­cé de se taire devant un sot savant qui le bat, non par l’es­prit qu’il n’a pas, mais par l’ins­truc­tion, dont l’ou­vrier est pri­vé, et qu’il a pu rece­voir, lui, parce que, pen­dant que sa sot­tise se déve­lop­pait scien­ti­fi­que­ment dans les écoles, le tra­vail de l’ou­vrier l’ha­billait, le logeait, le nour­ris­sait et lui four­nis­saient toutes les choses, maîtres et livres, néces­saires à son instruction.

    Le degré de science répar­ti à cha­cun n’est point égal, même dans la classe bour­geoise, nous le savons fort bien. Là aus­si il y a une échelle, déter­mi­née non par la capa­ci­té des indi­vi­dus, mais par le plus ou moins de richesse de la couche sociale dans laquelle ils ont pris nais­sance ; par exemple, l’ins­truc­tion que reçoivent les enfants de la très petite bour­geoi­sie, très peu supé­rieure à celle que les ouvriers par­viennent à se don­ner eux-mêmes, est presque nulle en com­pa­rai­son de celle que la socié­té répar­tit lar­ge­ment à la haute et moyenne bour­geoi­sie. Aus­si, que voyons-nous ? La petite-bour­geoi­sie, qui n’est actuel­le­ment rat­ta­chée à la classe moyenne que par une vani­té ridi­cule d’un côté, et, de l’autre, par la dépen­dance dans laquelle elle se trouve vis-à-vis des gros capi­ta­listes, se trouve pour la plu­part du temps dans une situa­tion plus misé­rable et bien plus humi­liante encore que le pro­lé­ta­riat. Aus­si, quand nous par­lons des classes pri­vi­lé­giées, n’en­ten­dons-nous jamais cette pauvre petite-bour­geoi­sie, qui, si elle avait un peu plus d’es­prit et de cœur, ne tar­de­rait pas à se joindre à nous, pour com­battre la grande et moyenne bour­geoi­sie [qui] ne l’é­crase pas moins aujourd’­hui qu’elle écrase le pro­lé­ta­riat. Et si le déve­lop­pe­ment éco­no­mique de la socié­té allait conti­nuer dans cette direc­tion encore une dizaine d’an­nées, ce qui nous paraît d’ailleurs impos­sible, nous ver­rions encore la plus grande par­tie de la bour­geoi­sie moyenne tom­ber dans la situa­tion de la petite-bour­geoi­sie d’a­bord, pour aller se perdre un peu plus tard dans le pro­lé­ta­riat, tou­jours grâce à cette concen­tra­tion fatale de [la richesse en un] nombre de mains de plus en plus res­treint ; ce qui aurait pour résul­tat infaillible de par­ta­ger le monde social défi­ni­ti­ve­ment en une petite mino­ri­té exces­si­ve­ment opu­lente, savante, domi­nante, et une immense majo­ri­té de pro­lé­taires misé­rables, igno­rants et esclaves.

    Il est un fait qui doit frap­per tous les esprits conscien­cieux, c’est-à-dire tous ceux qui ont à cœur la digni­té humaine, la jus­tice, c’est-à-dire la liber­té de cha­cun dans l’é­ga­li­té et par l’é­ga­li­té de tous. C’est que toutes les inven­tions de l’in­tel­li­gence, toutes les grandes appli­ca­tions de la science à l’in­dus­trie, au com­merce et géné­ra­le­ment à la vie sociale, n’ont pro­fi­té jus­qu’à pré­sent qu’aux classes pri­vi­lé­giées, aus­si bien qu’à la puis­sance des États, ces pro­tec­teurs éter­nels de toutes les ini­qui­tés poli­tiques et sociales, jamais aux masses popu­laires. Nous n’a­vons qu’à nom­mer les machines, pour que chaque ouvrier et chaque par­ti­san sin­cère de l’é­man­ci­pa­tion du tra­vail nous donne rai­son. Par quelle force les classes pri­vi­lé­giées se main­tiennent encore aujourd’­hui, avec tout leur bon­heur inso­lent et toutes leurs jouis­sances iniques, contre l’in­di­gna­tion si légi­time des passes popu­laires ? Est-ce par une force qui leur serait inhé­rente à elles-mêmes ? Non, c’est uni­que­ment par la force de l’É­tat, dans lequel d’ailleurs leurs enfants rem­plissent aujourd’­hui, comme il l’ont fait tou­jours, toutes les fonc­tions domi­nantes, et même toutes les fonc­tions moyennes et infé­rieures, moins celle des tra­vailleurs et des sol­dats. Et qu’est-ce qui consti­tue aujourd’­hui prin­ci­pa­le­ment toute la puis­sance des États ? C’est la science.

    Oui, c’est la science. science de gou­ver­ne­ment, d’ad­mi­nis­tra­tion et science finan­cière ; science de tondre les trou­peaux popu­laires sans trop les faire crier, et quand ils com­mencent à crier, science de leur impo­ser le silence, la patience et l’o­béis­sance par une force scien­ti­fi­que­ment orga­ni­sée ; science de trom­per et de divi­ser les masses popu­laires, afin de les main­te­nir tou­jours dans une igno­rance salu­taire, afin qu’elles ne puissent jamais, en s’en­trai­dant et en réunis­sant leurs efforts, créer une puis­sance capable de les ren­ver­ser ; science mili­taire avant tout, avec toutes ses armes per­fec­tion­nées, et ces for­mi­dables ins­tru­ments de des­truc­tion qui « font mer­veille » ; science du génie enfin, celle qui a créé les bateaux à vapeur, les che­mins de fer et les télé­graphes ; les che­mins de fer qui, uti­li­sés par la stra­té­gie mili­taire, décuplent la puis­sance défen­sive et offen­sive des États ; et les télé­graphes, qui, en trans­for­mant chaque gou­ver­ne­ment en un Bria­rée à cent, à mille bras, lui donnent la pos­si­bi­li­té d’être pré­sent, d’a­gir et de sai­sir par­tout, créent les cen­tra­li­sa­tions poli­tiques les plus for­mi­dables qui aient jamais exis­té au monde.

    Qui peut donc nier que tous les pro­grès de la science sans aucune excep­tion, n’aient tour­né jus­qu’i­ci qu’à l’aug­men­ta­tion de la richesse des classes pri­vi­lé­giées et de la puis­sance des États, au détri­ment du bien-être et de la liber­té des masses popu­laires, du pro­lé­ta­riat ? Mais, objec­te­ra-t-on, est-ce que les masses ouvrières n’en pro­fitent pas aus­si ? Ne sont-elles pas beau­coup plus civi­li­sées qu’elles ne l’é­taient dans les siècles passés ?

    A ceci nous répon­drons par une obser­va­tion de Las­salle, le célèbre socia­liste alle­mand. Pour juger des pro­grès des masses ouvrières, au point de vue de leur éman­ci­pa­tion poli­tique et sociale, il ne faut point com­pa­rer leur état intel­lec­tuel dans le siècle pré­sent avec leur état intel­lec­tuel dans les siècles pas­sés. Il faut consi­dé­rer si, à par­tir d’une époque don­née, la dif­fé­rence qui avait exis­té alors entre elles et les classes pri­vi­lé­giées ayant été consta­tée, elles ont pro­gres­sé dans la même mesure que ces der­nières. Car s’il y a eu éga­li­té dans les deux pro­grès res­pec­tifs, la dis­tance intel­lec­tuelle qui les sépare aujourd’­hui du monde pri­vi­lé­gié sera la même ; si le pro­lé­ta­riat pro­gresse plus vite davan­tage et plus vite que les pri­vi­lé­giés, cette dis­tance est deve­nue néces­sai­re­ment plus petite ; mais si au contraire le pro­grès de l’ou­vrier est plus lent et par consé­quent moindre que celui des classes domi­nantes, dans le même espace de temps, cette dis­tance s’a­gran­di­ra ; l’a­bîme qui les avait sépa­ré est deve­nu plus large, l’homme pri­vi­lé­gié est deve­nu plus puis­sant, l’ou­vrier est deve­nu plus dépen­dant, plus esclave qu’à l’é­poque qui a été prise pour point de départ. Si nous quit­tons tous les deux, à la même heure, deux points dif­fé­rents, et que vous ayez eu 100 pas d’a­vance sur moi, vous fai­sant 60, et moi seule­ment 30 pas par minute, au bout d’une heure, la dis­tance qui nous sépa­re­ra ne sera plus de 100, mais de 280 [1900] pas.

    Cet exemple donne une idée tout à fait juste des pro­grès res­pec­tifs de la bour­geoi­sie et du pro­lé­ta­riat jus­qu’i­ci. Les bour­geois ont mar­ché plus vite dans la voie de la civi­li­sa­tion que les pro­lé­taires, non parce que leur intel­li­gence ait été natu­rel­le­ment plus puis­sante que celle de ces der­niers , — aujourd’­hui à bon droit on pour­rait dire tout le contraire, — mais parce que l’or­ga­ni­sa­tion éco­no­mique et poli­tique de la socié­té a été telle, jus­qu’i­ci, que les bour­geois seuls ont pu s’ins­truire, que la science n’a exis­té que pour eux, que le pro­lé­ta­riat s’est trou­vé condam­né à une igno­rance for­cée, de sorte que si même il avance — et ses pro­grès sont indu­bi­tables —, ce n’est pas grâce à elle, mais bien mal­gré elle.

    Nous nous résu­mons. Dans l’or­ga­ni­sa­tion actuelle de la socié­té, les pro­grès de la science ont été la cause de l’i­gno­rance rela­tive du pro­lé­ta­riat, aus­si bien que les pro­grès de l’in­dus­trie et du com­merce ont été la cause de sa misère relative.Progrès intel­lec­tuels et pro­grès maté­riels ont donc éga­le­ment contri­bué à aug­men­ter son escla­vage. Qu’en résulte-t-il ? C’est que nous devons reje­ter et com­battre cette science bour­geoise, de même que nous devons reje­ter et com­battre la richesse bour­geoise. Les com­battre et les reje­ter dans ce sens que, détrui­sant l’ordre social qui [en] fait le patri­moine d’une ou de plu­sieurs classes, nous devons les reven­di­quer comme le bien com­mun de tout le monde.

    —-

    Deuxième texte à 23:25 extrait de « Éga­li­té » du 14 août 1869.
    https://fr.wikisource.org/wiki/Bakounine/%C5%92uvres/TomeV/Articles_%C3%A9crits_pour_le_journal_l%E2%80%99%C3%89galit%C3%A9

    Nous avons démon­tré que tant qu’il y aura deux ou plu­sieurs degrés d’instruction pour les dif­fé­rentes couches de la socié­té, il y aura néces­sai­re­ment des classes, c’est-à-dire des pri­vi­lèges éco­no­miques et poli­tiques pour un petit nombre d’heureux, et l’esclavage et la misère pour le grand nombre.

    Membres de l’Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, nous vou­lons l’égalité, et, parce que nous la vou­lons, nous devons vou­loir aus­si l’instruction inté­grale, égale pour tout le monde.

    Mais si tout le monde est ins­truit, qui vou­dra tra­vailler ? demande-t-on. Notre réponse est simple : Tout le monde doit tra­vailler, et tout le monde doit être ins­truit. À ceci, on répond fort sou­vent que ce mélange de tra­vail indus­triel avec le tra­vail intel­lec­tuel ne pour­ra avoir lieu qu’au détri­ment de l’un et de l’autre : les tra­vailleurs manuels feront de mau­vais savants, et les savants ne seront jamais que de bien tristes ouvriers. Oui, dans la socié­té actuelle, où le tra­vail manuel et le tra­vail de l’intelligence sont éga­le­ment faus­sés par l’isolement tout arti­fi­ciel auquel on les a condam­nés tous les deux. Mais nous sommes convain­cus que dans l’homme vivant et com­plet, cha­cune de ces deux acti­vi­tés, mus­cu­laire et ner­veuse, doit être éga­le­ment déve­lop­pée, et que, loin de se nuire mutuel­le­ment, cha­cune doit appuyer, élar­gir et ren­for­cer l’autre : la science du savant devien­dra plus féconde, plus utile et plus large quand le savant n’ignorera plus le tra­vail manuel, et le tra­vail de l’ouvrier ins­truit sera plus intel­li­gent et par consé­quent plus pro­duc­tif que celui de l’ouvrier ignorant.

    D’où il suit que, dans l’intérêt même du tra­vail aus­si bien que dans celui de la science, il faut qu’il n’y ait plus ni ouvriers, ni savants, mais seule­ment des hommes.

    Il en résul­te­ra ceci, que les hommes qui, par leur intel­li­gence supé­rieure, sont aujourd’hui entraî­nés dans le monde exclu­sif de la science et qui, une fois éta­blis dans ce monde, cédant à la néces­si­té d’une posi­tion toute bour­geoise, font tour­ner toutes leurs inven­tions à l’utilité exclu­sive de la classe pri­vi­lé­giée dont ils font eux-mêmes par­tie, — que ces hommes, une fois qu’ils devien­dront réel­le­ment soli­daires de tout le monde, soli­daires, non en ima­gi­na­tion ni en paroles seule­ment, mais dans le fait, par le tra­vail, feront tour­ner tout aus­si néces­sai­re­ment les décou­vertes et les appli­ca­tions de la science à l’utilité de tout le monde, et avant tout à l’allégement et à l’ennoblissement du tra­vail, cette base, la seule légi­time et la seule réelle, de l’humaine société.

    Il est pos­sible et même très pro­bable qu’à l’époque de tran­si­tion plus ou moins longue qui suc­cé­de­ra natu­rel­le­ment à la grande crise sociale, les sciences les plus éle­vées tom­be­ront consi­dé­ra­ble­ment au-des­sous de leur niveau actuel ; comme il est indu­bi­table aus­si que le luxe et tout ce qui consti­tue les raf­fi­ne­ments de la vie devra dis­pa­raître de la socié­té pour long­temps, et ne pour­ra repa­raître, non plus comme jouis­sance exclu­sive, mais comme un enno­blis­se­ment de la vie de tout le monde, que lorsque la socié­té aura conquis le néces­saire pour tout le monde. Mais cette éclipse tem­po­raire de la science supé­rieure sera-t-elle un si grand mal­heur ? Ce que la science per­dra en élé­va­tion sublime, ne le gagne­ra-t-elle pas en élar­gis­sant sa base ? Sans doute, il y aura moins de savants illustres, mais en même temps il y aura moins d’ignorants. Il n’y aura plus ces quelques hommes qui touchent les cieux, mais, par contre, des mil­lions d’hommes qui, aujourd’hui, eussent été avi­lis, écra­sés, mar­che­ront humai­ne­ment sur la terre ; point de demi-dieux, point d’esclaves. Les demi-dieux et les esclaves s’humaniseront à la fois, les uns en des­cen­dant un peu, les autres en mon­tant beau­coup. Il n’y aura donc plus de place ni pour la divi­ni­sa­tion, ni pour le mépris. Tous se don­ne­ront la main, et, une fois réunis, tous mar­che­ront avec un entrain nou­veau à de nou­velles conquêtes, aus­si bien dans la science que dans la vie.

    Loin donc de redou­ter cette éclipse, d’ailleurs tout à fait momen­ta­née, de la science, nous l’appelons au contraire de tous nos vœux, puisqu’elle aura pour effet d’humaniser les savants et les tra­vailleurs manuels à la fois, de récon­ci­lier la science et la vie. Et nous sommes convain­cus qu’une fois cette base nou­velle conquise, les pro­grès de l’humanité, tant dans la science que dans la vie, dépas­se­ront bien vite tout ce que nous avons vu et tout ce que nous pou­vons ima­gi­ner aujourd’hui.

    Mais ici se pré­sente une autre ques­tion : Tous les indi­vi­dus sont-ils éga­le­ment capables de s’élever au même degré d’instruction ? Ima­gi­nons une socié­té orga­ni­sée selon le mode le plus éga­li­taire et dans laquelle tous les enfants auront dès leur nais­sance le même point de départ, tant sous le rap­port éco­no­mique et social que sous le rap­port poli­tique, c’est‑à dire abso­lu­ment le même entre­tien, la même édu­ca­tion, la même ins­truc­tion ; n’y aura-t-il pas, par­mi ces mil­liers de petits indi­vi­dus, des dif­fé­rences infi­nies d’énergie, de ten­dances natu­relles, d’aptitudes ?

    Voi­là le grand argu­ment de nos adver­saires, bour­geois purs et socia­listes bour­geois. Ils le croient irré­sis­tible. Tâchons donc de leur prou­ver le contraire. D’abord, de quel droit se fondent-ils sur le prin­cipe des capa­ci­tés indi­vi­duelles ? Y a‑t-il place pour le déve­lop­pe­ment de ces capa­ci­tés dans la socié­té telle qu’elle est ? Peut-il y avoir une place pour leur déve­lop­pe­ment dans une socié­té qui conti­nue­ra d’avoir pour base éco­no­mique le droit d’héritage ? Évi­dem­ment non, car, du moment qu’il y aura héri­tage, la car­rière des enfants ne sera jamais le résul­tat de leurs capa­ci­tés et de leur éner­gie indi­vi­duelle : elle sera avant tout celui de l’état de for­tune, de la richesse ou de la misère de leurs familles. Les héri­tiers riches, mais sots, rece­vront une ins­truc­tion supé­rieure ; les enfants les plus intel­li­gents du pro­lé­ta­riat conti­nue­ront à rece­voir en héri­tage l’ignorance, tout à fait comme cela se pra­tique main­te­nant. N’est-ce donc pas une hypo­cri­sie que de par­ler non seule­ment dans la pré­sente socié­té, mais même en vue d’une socié­té réfor­mée, qui conti­nue­rait tou­te­fois d’avoir pour bases la pro­prié­té indi­vi­duelle et le droit d’héritage ? n’est-ce pas une infâme trom­pe­rie que d’y par­ler de droits indi­vi­duels fon­dés sur des capa­ci­tés individuelles ?

    On parle tant de liber­té indi­vi­duelle aujourd’hui, et pour­tant ce qui domine ce n’est pas du tout l’individu humain, l’individu pris en géné­ral, c’est l’individu pri­vi­lé­gié par sa posi­tion sociale, c’est donc la posi­tion, c’est la classe. Qu’un indi­vi­du intel­li­gent de la bour­geoi­sie ose seule­ment s’élever contre les pri­vi­lèges éco­no­miques de cette classe res­pec­table, et l’on ver­ra com­bien ces bons bour­geois, qui n’ont à la bouche à cette heure que la liber­té indi­vi­duelle, res­pec­te­ront la sienne ! Que nous parle-t-on de capa­ci­tés indi­vi­duelles ! Ne voyons-nous pas chaque jour les plus grandes capa­ci­tés ouvrières et bour­geoises for­cées de céder le pas et même de cour­ber le front devant la stu­pi­di­té des héri­tiers du veau d’or ? La liber­té indi­vi­duelle, non pri­vi­lé­giée mais humaine, les capa­ci­tés réelles des indi­vi­dus ne pour­ront rece­voir leur plein déve­lop­pe­ment qu’en pleine éga­li­té. Quand il y aura l’égalité du point de départ pour tous les hommes sur la terre, alors seule­ment — en sau­ve­gar­dant tou­te­fois les droits supé­rieurs de la soli­da­ri­té, qui est et res­te­ra tou­jours le plus grand pro­duc­teur de toutes les choses sociales : intel­li­gence humaine et biens maté­riels — alors on pour­ra dire, avec bien plus de rai­son qu’aujourd’hui, que tout indi­vi­du est le fils de ses œuvres. D’où nous concluons que, pour que les capa­ci­tés indi­vi­duelles pros­pèrent et ne soient plus empê­chées de por­ter tous leurs fruits, il faut avant tout que tous les pri­vi­lèges indi­vi­duels, tant éco­no­miques que poli­tiques, aient dis­pa­ru, c’est-à-dire que toutes les classes soient abo­lies. Il faut la dis­pa­ri­tion de la pro­prié­té indi­vi­duelle et du droit d’héritage, il faut le triomphe éco­no­mique, poli­tique et social de l’égalité.

    Mais une fois l’égalité triom­phante et bien éta­blie, n’y aura-t-il plus aucune dif­fé­rence entre les capa­ci­tés et les degrés d’énergie des dif­fé­rents indi­vi­dus ? Il y en aura, pas autant qu’il en existe aujourd’hui peut-être, mais il y en aura tou­jours sans doute. C’est une véri­té pas­sée en pro­verbe, et qui, pro­ba­ble­ment, ne ces­se­ra jamais d’être une véri­té, qu’il n’y a point sur le même arbre deux feuilles qui soient iden­tiques. À plus forte rai­son sera-ce tou­jours vrai par rap­port aux hommes, les hommes étant des êtres beau­coup plus com­plexes que les feuilles. Mais cette diver­si­té, loin d’être un mal, est au contraire, comme l’a tort bien obser­vé le phi­lo­sophe alle­mand Feuer­bach, une richesse de l’humanité. Grâce à elle, l’humanité est un tout col­lec­tif dans lequel cha­cun com­plète tous et a besoin de tous ; de sorte que cette diver­si­té infi­nie des indi­vi­dus humains est la cause même, la base prin­ci­pale de leur soli­da­ri­té, un argu­ment tout-puis­sant en faveur de l’égalité.

    Au fond, même dans la socié­té actuelle, si l’on excepte deux caté­go­ries d’hommes, les hommes de génie et les idiots, et si l’on fait abs­trac­tion des dif­fé­rences créées arti­fi­ciel­le­ment par l’influence de mille causes sociales, telles qu’éducation, ins­truc­tion, posi­tion éco­no­mique et poli­tique, qui dif­fèrent non seule­ment dans chaque couche de la socié­té, mais presque dans chaque famille, on recon­naî­tra qu’au point de vue des capa­ci­tés intel­lec­tuelles et de l’énergie morale, l’immense majo­ri­té des hommes se res­semblent beau­coup ou qu’au moins ils se valent, la fai­blesse de cha­cun sous un rap­port étant presque tou­jours com­pen­sée par une force équi­va­lente sous un autre rap­port, de sorte qu’il devient impos­sible de dire qu’un homme pris dans cette masse soit beau­coup au-des­sus ou au-des­sous de l’autre. L’immense majo­ri­té des hommes ne sont pas iden­tiques, mais équi­va­lents et par consé­quent égaux. Il ne reste donc, pour l’argumentation de nos adver­saires, que les hommes de génie et les idiots.

    L’idiotisme est, on le sait, une mala­die phy­sio­lo­gique et sociale. Il doit donc être trai­té non dans les écoles, mais dans les hôpi­taux, et l’on a droit d’espérer que l’introduction d’une hygiène sociale plus ration­nelle, et sur­tout plus sou­cieuse de la san­té phy­sique et morale des indi­vi­dus, que celle d’aujourd’hui, et l’organisation éga­li­taire de la nou­velle socié­té, fini­ront par faire com­plè­te­ment dis­pa­raître de la sur­face de la terre cette mala­die si humi­liante pour l’espèce humaine. Quant aux hommes de génie, il faut d’abord obser­ver qu’heureusement, ou mal­heu­reu­se­ment, comme on vou­dra, ils n’ont jamais appa­ru dans l’histoire que comme de très rares excep­tions à toutes les règles connues, et on n’organise pas les excep­tions. Espé­rons tou­te­fois que la socié­té à venir trou­ve­ra dans l’organisation réel­le­ment pra­tique et popu­laire de sa force col­lec­tive le moyen de rendre ces grands génies moins néces­saires, moins écra­sants et plus réel­le­ment bien­fai­sants pour tout le monde. Car il ne faut jamais oublier le mot pro­fond de Vol­taire : « Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que les plus grands génies, c’est tout le monde ». Il ne s’agit donc plus que d’organiser ce tout le monde par la plus grande liber­té fon­dée sur la plus com­plète éga­li­té, éco­no­mique, poli­tique et sociale, pour qu’il n’ait plus rien à craindre des vel­léi­tés dic­ta­triales et de l’ambition des­po­tique des hommes de génie.

    Quant à pro­duire des hommes de génie par l’éducation, il ne faut pas y pen­ser. D’ailleurs, de tous les hommes de génie connus, aucun ou presque aucun ne s’est mani­fes­té comme tel dans son enfance, ni dans son ado­les­cence, ni même dans sa pre­mière jeu­nesse. Il ne se sont mon­trés tels que dans la matu­ri­té de leur âge, et plu­sieurs n’ont été recon­nus qu’après leur mort, tan­dis que beau­coup de grands hommes man­qués, qui avaient été pro­cla­més pen­dant leur jeu­nesse pour des hommes supé­rieurs, ont fini leur car­rière dans la plus com­plète nul­li­té. Ce n’est donc jamais dans l’enfance, ni même dans l’adolescence, qu’on peut déter­mi­ner les supé­rio­ri­tés et les infé­rio­ri­tés rela­tives des hommes, ni le degré de leurs capa­ci­tés, ni leurs pen­chants natu­rels. Toutes ces choses ne se mani­festent et ne se déter­minent que par le déve­lop­pe­ment des indi­vi­dus, et, comme il y a des natures pré­coces et d’autres fort lentes, quoique nul­le­ment infé­rieures, et sou­vent même supé­rieures, aucun maître d’école ne pour­ra jamais pré­ci­ser d’avance la car­rière et le genre d’occupations que les enfants choi­si­ront lorsqu’ils seront arri­vés à l’âge de la liberté.

    D’où il résulte que la socié­té, sans aucune consi­dé­ra­tion pour la dif­fé­rence réelle ou fic­tive des pen­chants et des capa­ci­tés, et n’ayant aucun moyen pour déter­mi­ner, ni aucun droit de fixer, la car­rière future des enfants, doit à tous, sans excep­tion, une édu­ca­tion et une ins­truc­tion abso­lu­ment égale.

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