La tolérance n’est pas une concession que je fais à l’autre, elle est la reconnaissance du principe qu’une partie de la vérité m’échappe (Paul Ricoeur)

22/04/2016 | 14 commentaires

La tolé­rance n’est pas une conces­sion que je fais à l’autre, elle est la recon­nais­sance du prin­cipe qu’une par­tie de la véri­té m’échappe.
Paul Ricoeur.

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14 Commentaires

  1. etienne

    Pour­quoi nous vou­lons abo­lir le délit d’opinion ?

    La liber­té d’expression est une valeur humaine dans sa liber­té même de dire l’inhumain. Les opi­nions racistes, xéno­phobes, sexistes, sadiques, hai­neuses, mépri­santes ont autant le droit de s’exprimer que les natio­na­lismes, les croyances reli­gieuses, les idéo­lo­gies sec­taires, les clans cor­po­ra­tistes qui les encou­ragent ouver­te­ment ou sour­noi­se­ment selon les fluc­tua­tions de l’ignominie déma­go­gique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gays­sot de 1992, s’en prennent au « pué­ril revers des choses » sans tou­cher aux causes. Elles exor­cisent le mal au lieu de le pré­ve­nir et de le gué­rir. Elles sub­sti­tuent la sanc­tion à l’éducation. Ce ne sont pas les pro­pos qui doivent être condam­nés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les dis­cours igno­mi­nieux du popu­lisme qui doivent faire l’objet de pour­suites - sans quoi il fau­drait dénon­cer aus­si leur impré­gna­tion sour­noise et leur pré­sence mas­quée dans les décla­ra­tions déma­go­giques de la poli­tique clien­té­liste et bien-pensante -, ce sont les vio­lences à l’encontre des biens et des per­sonnes, per­pé­trées par les sec­ta­teurs de la barbarie.

    Le sens com­mun montre qu’il est incon­sé­quent d’interdire Mon Com­bat de Hit­ler, Baga­telles pour un mas­sacre de Céline, les Pro­to­coles des sages de Sion, ou les ouvrages révi­sion­nistes, et de tolé­rer par ailleurs les pro­pos miso­gynes de Paul de Tarse et du Coran, les dia­tribes anti­sé­mites de saint Jérôme et de Luther, un livre truf­fé d’infamies comme la Bible, l’exhibition com­plai­sante des vio­lences qui forment la matière ordi­naire de l’information, l’affichage omni­pré­sent du men­songe publi­ci­taire et tant de contre­vé­ri­tés his­to­riques, enté­ri­nées par l’histoire offi­cielle. Mieux vaut ne pas l’oublier : une fois ins­tau­rée, la cen­sure ne connaît pas de limites, car la puri­fi­ca­tion éthique se nour­rit de la cor­rup­tion qu’elle dénonce.

    On ne com­bat pas et on ne décou­rage pas la bêtise et l’ignominie en leur inter­di­sant de s’exprimer : la meilleure cri­tique d’un état de fait déplo­rable consiste à créer la situa­tion qui y remé­die. La bêtise, l’infamie, la pen­sée ignoble sont les sanies d’une sen­si­bi­li­té bles­sée. Les empê­cher de s’écouler, c’est enve­ni­mer la bles­sure au lieu d’en diag­nos­ti­quer les causes afin d’y por­ter remède. Si nous ne vou­lons pas qu’une aber­ra­tion finisse par infec­ter le tis­su social comme une tumeur maligne, nous devons la recon­naître pour ce qu’elle est : le symp­tôme d’un malaise dans l’individu et dans la société.

    Ce n’est pas le symp­tôme qui est condam­nable, c’est notre peu d’empressement à éra­di­quer des condi­tions qui pro­pagent le pru­rit, l’abcès, la peste. Au sou­ci d’écraser l’infâme, mieux vaut secon­der le désir de vivre mieux - c’est-à-dire plus humainement.

    Raoul Vanei­gem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.

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  2. etienne

    Est démo­cra­tique, une socié­té qui se recon­naît divi­sée, c’est-à-dire tra­ver­sée par des contra­dic­tions d’in­té­rêt et qui se fixe comme moda­li­té, d’as­so­cier à parts égales, chaque citoyen dans l’ex­pres­sion de ces contra­dic­tions, l’a­na­lyse de ces contra­dic­tions et la mise en déli­bé­ra­tion de ces contra­dic­tions, en vue d’ar­ri­ver à un arbitrage.
    Paul Ricoeur.

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  3. BA

    La pho­to de l’an­née 2016.

    Cette pho­to est extraordinaire.

    Cette femme, esclave de l’E­tat Isla­mique, retire son voile après avoir pas­sé la frontière. 

    Qu’en pense @sciencespo ? #Hijab­Day

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  4. zedav

    Lor­don per­siste et signe :

    Excellent dans ses ana­lyses théo­riques, han­di­ca­pé (et han­di­ca­pant) dans son militantisme.

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    • samedi

      Beurque. Fré­dé­ric Lor­don est comme beau­coup de gens : ins­truit à gauche, il ren­dra pro­ba­ble­ment son der­nier souffle en saluant une der­nière fois cette « anti­chambre du fas­cisme » (Léo Fer­ré). Pour le dire plus gen­ti­ment, il souffre d’un grave excès de confiance en sa capa­ci­té à tout savoir. Et pour­tant j’a­dore lire sa prose, et je le trouve même si mino­ri­taire dans des com­bats si utiles (la sor­tie de l’eu­ro en par­ti­cu­lier). Mais merde, beurque.

      Fré­dé­ric Lor­don est comme tout le monde : il vit avec ses contra­dic­tions. Quelques semaines après s’être embal­lé pour un « film d’ac­tion directe », et ton­nant encore qu’on n’est pas là pour la paix et qu’il y en a au moins un ou deux qu’on a bien l’in­ten­tion de fâcher, il flippe à l’i­dée que les mass média puissent trou­ver la moindre rai­son de col­ler sur cette sorte de « prin­temps fran­çais » qu’il a pour­tant assu­mé de lais­ser s’au­to­gé­rer quelque image mar­ron d’ailleurs tota­le­ment indé­fi­nie, éven­tua­li­té contre laquelle seul pou­vait le pro­té­ger l’ac­ti­visme vigi­lant de la « com­mis­sion accueil et séré­ni­té » – atroce prouesse de nov­langue, en dépit du fait et sur­tout grâce au fait qu’elle est, à n’en pas dou­ter, l’in­ven­tion de fou­gueux par­ti­sans de la révo­lu­tion fes­tive, laquelle forme de drô­le­rie se fout géné­ra­le­ment de la rumeur d’im­pli­ca­tion d’un Soros dans cer­tains autres « prin­temps », comme elle se tam­ponne de « l’i­dio­syn­cra­sie moné­taire alle­mande » (ren­dons à César…).

      Fré­dé­ric Lor­don est comme tout le monde : il a ses contra­dic­tions. Au pre­mier coup de feu (et encore), et après tant d’an­nées à dénon­cer le fait que l’on a gra­vé dans la consti­tu­tion (via les trai­tés UE) les fon­de­ments incon­tour­nables d’une poli­tique néo­li­bé­rale, il veut déjà y gra­ver l’in­ter­dic­tion de la pro­prié­té pri­vée des moyens de pro­duc­tion. Qu’im­porte, d’ailleurs, si c’est à tort qu’il affirme que la pro­prié­té lucra­tive des moyens de pro­duc­tion est sanc­tua­ri­sée par la consti­tu­tion. Ou si son abo­li­tion totale signi­fie le léni­nisme pra­tique, savoir la capi­ta­lisme d’É­tat. Certes, je cite là une inter­view, les mots étaient sans doute mal pesés, mais on attend encore de savoir com­ment éta­blir la pro­prié­té d’u­sage (je signe des deux mains).

      Simone Weil, après bien d’autres et bien avant Fré­dé­ric Lor­don, vou­lait ins­crire dans la « consti­tu­tion » la pro­prié­té d’u­sage – ce droit fon­da­men­tal que vient cou­ram­ment pié­ti­ner le faux droit de l’ac­tion­naire qui n’a jamais vu la cou­leur des murs de l’a­te­lier qu’il « pos­sède ». Mais voi­là : Simone prô­nait aus­si l’a­bo­li­tion des par­tis poli­tiques. Elle croyait, du reste, que toute per­sonne, même pré­ten­du­ment débile, peut atteindre, pour­vu qu’elle le sou­haite et y tra­vaille, une grande intel­li­gence, et elle était aus­si beau­coup atta­chée, mani­fes­te­ment, au fait de pen­ser par soi-même (c’est un pléo­nasme). En toute logique, Raoul Marc Jen­nar (au hasard) serait donc favo­rable à ce que Simone ne soit pas admise sur la place de la Répu­blique : c’é­tait à l’é­vi­dence une pro­to-fas­ciste des années 1930. Quelques éga­rés com­men­te­ront peut-être que c’est couillon pour une juive, sur­tout une qui a essayé de ser­vir en Espagne contre Fran­co, mais c’est ain­si : elle était, donc, contre le suf­frage uni­ver­sel, donc pour la dic­ta­ture fas­ciste. D’ailleurs, noyée dans ses para­doxes et autres idées nau­séa­bondes, elle a sérieu­se­ment son­gé car­ré­ment à se faire bap­ti­ser catho, au point de har­ce­ler un curé avec ça – et de bour­rer ses « Oeuvres » de lettres mys­tiques. Certes, Raoul Marc ris­que­rait alors d’être taxé d’an­ti­sé­mi­tisme : com­ment donc peut-on exclure une juive de l’a­go­ra ? Pour­tant il ne craint pas for­cé­ment d’être taxé de fas­ciste, lui qui s’est per­mis de cen­su­rer sau­va­ge­ment 50 com­men­taires (dont tous ceux d’É­tienne et le mien) qui avaient été pos­tés sur son blog en réponse à son billet inti­tu­lé : Le tirage au sort, une chi­mère (1) (2).

      Mais ce n’est pas si simple d’y réchap­per… Selon le site du CVIPMA (voir lien dans le der­nier billet d’É­tienne en date), le fas­cisme com­por­te­rait néces­sai­re­ment un fon­de­ment idéo­lo­gique raciste et anti­sé­mite. Par­don d’y insis­ter un peu, à part la blague à la con qui pré­cède (et je dois dire que je débarque), mais on dirait que ça se corse. Je cite, cités par un rab­bin ortho­doxe (3), mon­sieur Vla­di­mir Jabo­tins­ky, célèbre lea­der sio­niste de la pre­mière heure, fon­da­teur du par­ti « révi­sion­niste » (ça existe, ça?) qui serait ancêtre du Likoud : « The Jewish people are a very nas­ty people. Its neigh­bors hate it and they’re right » et David Ben Gou­rion, chef com­bat­tant sio­niste et pre­mier Pre­mier ministre de l’É­tat d’Israël qui – para­phra­sant lui aus­si Hit­ler – aurait par­lé de « ste­rile Jewish masses living para­si­ti­cal­ly off of the body of an alien eco­no­mic body. » Ah ouais, si les mots ont un sens, y aurait des juifs anti­sé­mites… C’est bizarre, à vue de nez ça me don­ne­rait sur­tout l’im­pres­sion que les mots n’ont plus de sens.

      Pour ajou­ter à clar­té, je veux dire au bor­del : alors que ledit rab­bin débat­tait là avec un musi­cien né, en Israël, de père et mère juifs, cet échange me paraît répu­gnant d’an­ti­sé­mi­tisme selon tous les stan­dards même les plus relâ­chés que l’on puisse ima­gi­ner en France… Le pre­mier tient autant à Israël qu’à la Chine ; pire, il consi­dère que l’i­dée d’une nation juive est en elle même une ido­lâ­trie de la pire espèce (je vous épargne volon­tiers les déve­lop­pe­ments) ; le second (le musi­cien) explique qu’il n’a évi­dem­ment rien contre les gens qui se disent Juifs par ascen­dance, ni rien non plus contre les juifs – c.à.d. les reli­gieux – (bien qu’il soit athée, et du reste « ex-Juif » un peu à la manière d’un Shlo­mo Sand… sui­vez un peu, merde), mais il consi­dère comme un énorme pro­blème pour le monde (comme un fléau qui dépasse de loin la ques­tion d’Israël et des Pales­ti­niens) l’i­déo­lo­gie et le com­por­te­ment d’une troi­sième caté­go­rie de Juifs, fort nom­breuse, qui reven­dique un supré­ma­tisme racia­liste – allez com­prendre, il semble les détes­ter d’au­tant plus quand ils sont antisionistes… 

      Zarbe. Je croyais que l’an­ti­sé­mi­tisme était un racisme, et ce type me dit que cer­tains Juifs sont racistes… Con que je suis : je n’y avais tout bon­ne­ment jamais son­gé… et voi­là qui suf­fi­sait à faire de moi un raciste ! M’é­tant tou­jours plus ou moins spon­ta­né­ment inter­dit de réflé­chir à la ques­tion – comme je pen­sais non seule­ment y être invi­té par je ne sais quel ordre non écrit mais bel et bien régnant, mais tout sim­ple­ment, et à part que je ne vois pas ce que je pour­rais avoir contre « les Juifs », comme contre qui que ce soit d’autre, parce que j’ai autre chose à foutre que de cher­cher des pro­blèmes ailleurs quand j’en ai bien assez déjà, bref -, voi­là-t‑y pas que cela m’a­me­nait à ce résul­tat tout à fait para­doxal : je patau­geais en fait dans le racisme le plus vil… en met­tant impli­ci­te­ment tous les Juifs dans le même sac, donc, puisque n’ayant même pas l’i­dée de pen­ser qu’il puisse y avoir, aus­si, des Juifs racistes, comme… Comme il pour­rait y a avoir des Belges fort au ski ou des Ita­liens qui n’aiment pas les pâtes. 

      Selon Manuel­la Cadel­li, citée en mars sur ce blog : « Le fas­cisme se défi­nit comme l’assujettissement de toutes les com­po­santes de l’État à une idéo­lo­gie tota­li­taire et nihi­liste. » Ouh là, plus grand chose à voir, non ? Bon, je dois dire que ça me paraît absurde de poser le tota­li­ta­risme comme ins­tru­ment du fas­cisme et non plu­tôt l’in­verse, mais pas­sons. En ce qui me concerne, le tota­li­ta­risme éco­lo­giste est déjà avé­ré, j’es­time sérieu­se­ment être entou­ré – sur­tout chez les mili­tants – de foules dan­ge­reuses qui gobent abso­lu­ment n’im­porte quoi, ne lisent rien à la source, sur­tout pas les études scien­ti­fiques, et qui sou­tiennent des cin­glés qui nous ruinent et nous détruisent au motif de sau­ver la pla­nète, donc si j’a­vais l’i­dée qu’il faille lais­ser quel­qu’un dehors je fou­trais dehors tous les gens qui, par simple igno­rance, veulent faire ren­trer Gaïa dans la consti­tu­tion – au lieu d’y ins­crire le prin­cipe de sépa­ra­tion de l’É­tat et de la science ». Autant dire que je serais déjà entou­ré de plus grand monde…

      (1) http://​www​.jen​nar​.fr/​?​p​=​1​975

      (2) RMJ, qui n’en ai pas à un chan­ge­ment de par­ti près, est mani­fes­te­ment de ceux qui atten­dront jus­qu’à leur der­nier souffle un miracle qu’un appa­reil dont la voca­tion est la guerre élec­to­ra­lo-élec­to­ra­liste ne peut tout bon­ne­ment pas pro­duire. Du reste, il est aus­si pla­cé pour savoir que, sans aller du tout jusque là, les logiques d’ap­pa­reils sont par­fois aus­si inson­dables que celles de notre bon vieux sei­gneur. Ain­si un par­ti blin­dé de faux anti­fa plus tout bou­ton­neux peut-il œuvrer acti­ve­ment à tuer sub­ti­le­ment le com­bat pour la sor­tie de l’eu­ro au motif d’on ne sait que natio­na­lisme mais pla­cer un natio­na­liste reven­di­qué au « par­le­ment euro­péen » quand ça lui chante : http://​www​.poli​tis​.fr/​b​l​o​g​s​/​2​0​0​9​/​0​5​/​u​n​-​o​u​b​l​i​-​f​a​c​h​e​u​x​-​d​e​-​r​a​o​u​l​-​m​a​r​c​-​j​e​n​n​a​r​-​n​p​a​-​7​1​45/

      (3) A 1:07:00 – dans ce débat sans doute par­fai­te­ment sur­réa­liste pour un anti­fa moyen, je sup­pose, en tous cas, moi, j’ai juste hal­lu­ci­né : https://​you​tu​.be/​O​X​B​u​U​q​P​n​dqg Mal­heu­reu­se­ment, c’est en anglais et pas sous-titré, mais la cita­tion est gra­vée sur l’é­cran et n’est pas dure à tra­duire (d’ailleurs, je n’ai même pas pris cette peine).

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      • zedav

        Mer­ci Sam. Ta prose est recon­nais­sable entre mille…A peu près d’ac­cord avec tout ton texte.

        L’hu­mo­riste roi de la syn­thèse George Car­lin sur l’écologie :

        Car­lin a su res­ter lucide et évi­ter presque tout les pièges de la « bien pen­sence », sauf sur… le fémi­nisme (où il est à peu près au même niveau de bêtise et de sexisme que l’a­bru­ti alcoo­lo néo-pseu­do-ex-gau­chiste qui aime les flics dans sa chan­son « Miss Mag­gie ») . Nobo­dy’s pefect !

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  5. Julien

    Bon­jour Étienne,
    Je pense que le moment est venu d’é­crire un petit mani­feste, une syn­thèse, un livre court d’é­du­ca­tion popu­laire, que chaque virus pour­rait plan­ter pour faire ger­mer d’autres graines. Sur le modèle de ton Tedx, un livre uni­ver­sel, ras­sem­bleur, qu’on se pas­se­rait entre nous (comme dans 1984), ou les béné­fices irait à une asso­cia­tion ou autres pour évi­ter toute accu­sa­tion. Bref, rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue comme disait l’autre et bien, je pense qu’il est temps que nous ayons cet outil démocratique.
    Tu ne peux pas nous deman­der de lire des cen­taines de bou­quins, écrire des tar­tines sur ton site mais aucun livre qui résume ton idée géniale 🙂

    Bien à toi
    Cordialement

    Julien.

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    • Eve

      l’autre c’é­tait Vic­tor Hugo ! lol

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  6. etienne
    Le mou­ve­ment de Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions conquiert de nou­veaux ter­rains de jour en jour. Voi­ci pourquoi.

    Brutale, hideuse et illégale : 9 choses que vous devez savoir sur l’occupation israélienne de la Palestine (Salon​.com)

    David Palum­bo-Liu
    Pho­to : Reuters/Ronen Zvulun

    Alors que ce récit est mis sous presse, l’Association amé­ri­caine d’anthropologie (AAA) est en train de pro­cé­der au vote d’une réso­lu­tion pour un boy­cott aca­dé­mique en soli­da­ri­té avec le mou­ve­ment de Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions (BDS). Si elle vote la réso­lu­tion, ce sera la plus grande orga­ni­sa­tion aca­dé­mique au monde à l’avoir fait, rejoi­gnant des dizaines d’autres orga­ni­sa­tions aca­dé­miques pro­fes­sion­nelles, syn­di­cats, et syn­di­cats d’étudiants aux États-Unis et en Europe. La réso­lu­tion de l’AAA pour le boy­cott vient juste de rece­voirl’approbation de 22 anthro­po­logues israé­liens, dont la lettre se lit en par­tie comme suit :

    « Nous conve­nons que nous sommes arri­vés à un point cri­tique où, sous cer­taines condi­tions inter­na­tio­nales, une autre expul­sion mas­sive de Pales­ti­niens pour­rait se pro­duire – ou pire… Nous esti­mons qu’il est pos­sible de prendre une posi­tion posi­tive contre cette réa­li­té. L’appel pales­ti­nien au BDS se fonde sur une pro­tes­ta­tion anti­co­lo­niale, sous une forme non vio­lente, contre une occu­pa­tion qui est extrê­me­ment vio­lente ».

    L’occupation est éga­le­ment au pre­mier plan sur la scène poli­tique aux États-Unis, même quand les poli­ti­ciens tournent autour du pot sur cette ques­tion. Récem­ment, quatre can­di­dats à la pré­si­den­tielle, dont Hil­la­ry Clin­ton et Donald Trump, ont tenu à expri­mer leur ardent sou­tien à Israël devant la conven­tion du Comi­té amé­ri­cain pour les affaires publiques israé­liennes (AIPAC). Le titred’un article dans le Ha’aretz parle de lui–même : « Les can­di­dats à l’AIPAC : qui s’abaissera le plus devant ses exi­gences : Clin­ton ou Trump ? Peu importe ! La confé­rence de l’AIPAC a été un tour d’honneur pour un Ben­ja­min Neta­nya­hu vic­to­rieux. ». L’article résume ain­si ce déso­lant spectacle :

    « L’expression « s’abaisser » n’est même pas un début de véri­té. Tout au long de la nuit, les quatre can­di­dats ont recher­ché les applau­dis­se­ments en débla­té­rant sur des sanc­tions contre l’Iran – même Clin­ton qui avait été contrainte d’adopter l’accord avec l’Iran en rai­son de son affi­lia­tion avec Oba­ma, même elle n’a pas répu­gné à le faire.

    « Tous les can­di­dats ont admo­nes­té les Pales­ti­niens pour leur pro­mo­tion d’une « culture de haine et de mort« , mais aucun n’a évo­qué l’occupation de la Cis­jor­da­nie, ni la crise huma­ni­taire inces­sante qu’est Gaza. Ils ont bas­se­ment flat­té l’AIPAC, et cela leur a gagné des applau­dis­se­ments toni­truants et des ova­tions debout ».

    Ber­nie San­ders, seul, a eu le cou­rage d’aller à contre-cou­rant et d’introduire un mini­mum de véri­té, de morale et de réa­li­té, mais comme d’habitude, les médias domi­nants n’en ont pas par­lé. CommeThe Inter­cept le rapporte :

    « Dans un dis­cours à Salt Lake City, qui avait été pro­po­sé à l’AIPAC pour une émis­sion de télé­vi­sion – une pro­po­si­tion qui a été refu­sée -, le séna­teur du Ver­mont a répé­té qu’il sou­te­nait la sécu­ri­té d’Israël. Il a aus­si insis­té sur le fait que « la paix signi­fie aus­si la sécu­ri­té pour chaque Pales­ti­nien. Elle signi­fie par­ve­nir à l’autodétermination, aux droits civils, et au bien-être éco­no­mique pour le peuple pales­ti­nien« .

    « San­ders a décla­ré qu’il était « absurde » de la part d’Israël de vou­loir plus de colo­ni­sa­tion en réponse à la vio­lence. « La paix signi­fie­ra aus­si la fin du blo­cus éco­no­mique de Gaza » dit-il. « Et elle signi­fie­ra une répar­ti­tion durable et équi­table des pré­cieuses res­sources en eau, de sorte qu’Israël et la Pales­tine puissent pros­pé­rer l’un et l’autre en tant que voi­sins » ».

    Éga­le­ment, et contras­tant de façon frap­pante avec le non-débat sur ce point essen­tiel de la poli­tique étran­gère US, on appre­nait que récem­ment, le séna­teur Patrick Lea­hy et dix membres de la Chambre des repré­sen­tants avaient adres­sé une lettre au secré­taire d’État John Ker­ry, lui deman­dant d’enquêter sur les allé­ga­tions selon les­quelles les forces de sécu­ri­té israél­lennes et égyp­tiennes avaient com­mis « de fla­grantes vio­la­tions des droits de l’homme ». Comme Poli­ti­co(média de l’actualité poli­tique US) l’explique, « La signa­ture de Lea­hy est à noter tout par­ti­cu­liè­re­ment parce que son nom est atta­ché à une loi qui condi­tionne l’aide mili­taire US aux autres pays à l’existence ou non de mau­vais trai­te­ments com­mis par leurs forces de sécu­ri­té ».

    En dépit du fait que l’occupation illé­gale par Israël et ses vio­la­tions per­sis­tantes des droits de l’homme dans le Ter­ri­toire pales­ti­nien occu­pé (TPO) font l’objet d’une condam­na­tion de plus en plus large, tant ici qu’au niveau inter­na­tio­nal, la plu­part des Amé­ri­cains n’en savent tou­jours que très peu sur la nature exacte de cette occu­pa­tion, ses racines his­to­riques pro­fondes et son impact mor­tel sur la vie des Pales­ti­niens ordi­naires. Ce n’est pas sur­pre­nant étant don­né le black-out qua­si-total des médias sur la ques­tion. Comme la Fon­da­tion pour la paix au Moyen-Orient le sou­ligne, à la confé­rence de l’AIPAC aucun des par­ti­ci­pants n’a osé pro­non­cer le mot « occu­pa­tion », un mot qui a une signi­fi­ca­tion juri­dique claire et légi­time. Et la Fon­da­tion inter­roge, pourquoi ? :

    « C’est un mot qui est loin d’être radi­cal. Un mot dont l’applicabilité a été confir­mée par la Haute Cour de Jus­tice en Israël, et qui a été uti­li­sé par des Pre­miers ministres tels qu’Ehud Barak et même Ariel Sha­ron. Il a aus­si le mérite de décrire la situa­tion sur le ter­rain en Cis­jor­da­nie, et léga­le­ment ils’applique tout autant pour Gaza. Le fait que les Pales­ti­niens en Cis­jor­da­nie et à Gaza soient régen­tés par une légis­la­tion mili­taire, plu­tôt que civile, démontre bien qu’Israël lui-même recon­naît le fait juri­dique de l’occupation, mal­gré ce que ses poli­ti­ciens de droite peuvent allé­guer  ».

    C’est pré­ci­sé­ment parce que l’occupation est illé­gale en ver­tu du droit inter­na­tio­nal qu’Israël ne peut pas tolé­rer que son contrôle et son exploi­ta­tion d’une main de fer de la terre pales­ti­nienne se voient don­né ce nom. C’est aus­si pour cela qu’aucun des can­di­dats pré­si­den­tiels qui se sont expri­més devant l’AIPAC n’a aus­si pro­non­cé ce mot – le faire aurait mis à nu le fait que, en criant leur sou­tien à Israël, ils décla­raient en même temps leur sou­tien à l’occupation illé­gale, une occu­pa­tion que même le Dépar­te­ment d’État US dénonce.

    Compte tenu du poids don­né au terme « occu­pa­tion », il nous faut savoir exac­te­ment ce qu’il veut dire, et pour­quoi il est deve­nu le point cen­tral de tant d’activités éner­giques et enga­gées pour les droits de l’homme, ici et inter­na­tio­na­le­ment. Voi­ci neuf rai­sons fon­da­men­tales pour les­quelles vous devriez vous pré­oc­cu­per de l’occupation, et savoir ce que nos diri­geants poli­tiques tra­di­tion­nels, et même cer­tains ana­lystes, ne veulent pas que vous sachiez.

    1 – L’occupation est illégale

    Qu’entendons-nous par « occu­pa­tion israé­lienne » ? En 1967, Israël s’est empa­ré de ce que l’on appelle aujourd’hui le Ter­ri­toire pales­ti­nien occu­pé (TPO) au cours d’un acte de guerre. Les Nations-Unies ont condam­né cette action et elles ont expri­mé cette condam­na­tion dans la Réso­lu­tion 242 (novembre 1967) qui insiste sur « l’inadmissibilité de l’acquisition de ter­ri­toires par la guerre et la néces­si­té d’œuvrer pour une paix juste et durable per­met­tant à chaque État de la région de vivre en sécu­ri­té ». Le docu­ment de l’ONU énonce les prin­cipes qui appellent au « retrait des forces armées israé­liennes des ter­ri­toires occu­pés au cours du récent conflit ; à la fin de toute reven­di­ca­tion ou de tout état de bel­li­gé­rance, et au res­pect et à la recon­nais­sance de la sou­ve­rai­ne­té, de l’intégrité ter­ri­to­riale et de l’indépendance poli­tique de chaque État de la région et de son droit de vivre en paix à l’intérieur de fron­tières sûres et recon­nues, à l’abri de menaces et d’actes de vio­lence ». Il s’agit d’une décla­ra­tion pré­cise qui insiste sur le droit invio­lable des Pales­ti­niens à un État.

    Au lieu d’un Israël agis­sant en accord avec cette réso­lu­tion qui a été adop­tée à l’unanimité par le Conseil de Sécu­ri­té des Nations-Unies – dont les États-Unis sont membres -, nous assis­tons à une his­toire inin­ter­rom­pue, s’étirant sur des décen­nies, d’un Israël qui dénie aux Pales­ti­niens leurs droits et leur terre. Qui plus est, non seule­ment il n’y a eu aucune réduc­tion dans les terres pales­ti­niennes qu’il s’est appro­priées, mais Israël a constam­ment aug­men­té son acqui­si­tion illé­gale de terres et ses construc­tions de colo­nies illé­gales. Comme le secré­taire des Nations-Unies Ban Ki-Moon l’a noté, ces actions ont contri­bué à la mon­tée de la vio­lence dans le TPO. Et il a qua­li­fié les colo­nies « d’affront au monde ».

    Human Rights Watch décrit les nom­breuses vio­la­tions par Israël du droit inter­na­tio­nal et des conven­tions rela­tives aux droits de l’homme :

    « Les colo­nies israé­liennes en Cis­jor­da­nie violent les lois de l’occupation. La Qua­trième Conven­tion de Genève inter­dit à une puis­sance occu­pante de trans­fé­rer ses citoyens dans le ter­ri­toire qu’elle occupe et de trans­fé­rer ou dépla­cer la popu­la­tion d’un ter­ri­toire occu­pé à l’intérieur ou à l’extérieur de ce ter­ri­toire. Le Sta­tut de Rome, trai­té fon­da­teur de la Cour pénale inter­na­tio­nale (CPI), fixe la com­pé­tence de la Cour en matière de crimes de guerre, notam­ment les crimes de trans­ferts de par­ties de la popu­la­tion civile d’une puis­sance occu­pante vers l’intérieur d’un ter­ri­toire occu­pé, et le trans­fert for­cé de la popu­la­tion d’un ter­ri­toire occu­pé. La CPI a com­pé­tence sur les crimes com­mis dans ou à par­tir du ter­ri­toire de l’État de Pales­tine, qui est main­te­nant membre de la CPI depuis le 13 juin 2014, date dési­gnée par la Pales­tine dans une décla­ra­tion jointe à son adhésion.

    « La confis­ca­tion par Israël de la terre, de l’eau et des autres res­sources natu­relles au pro­fit des colo­nies et rési­dents d’Israël violent éga­le­ment les Règle­ments de La Haye de 1907 qui inter­disent à une puis­sance occu­pante d’exproprier les res­sources du ter­ri­toire occu­pé pour son propre pro­fit. En outre, le pro­jet colo­nial de peu­ple­ment d’Israël viole la légis­la­tion inter­na­tio­nale rela­tive aux droits de l’homme, en par­ti­cu­lier la poli­tique dis­cri­mi­na­toire d’Israël envers les Pales­ti­niens qui régit pra­ti­que­ment tous les domaines de la vie en Zone C – régions de la Cis­jor­da­nie qui se trouvent sous le contrôle exclu­sif d’Israël – et qui déplace de force des Pales­ti­niens tout en encou­ra­geant la crois­sance des colo­nies juives  ».

    Le porte-parole du Dépar­te­ment US, John Kir­by, déclare dis­tinc­te­ment :

    « Notre posi­tion de longue date sur les colo­nies est claire. Nous consi­dé­rons l’activité de colo­ni­sa­tion israé­lienne comme illé­gi­time et contre-pro­duc­tive pour la cause de la paix. Nous res­tons pro­fon­dé­ment pré­oc­cu­pés par la poli­tique actuelle d’Israël à pro­pos des colo­nies, notam­ment les construc­tions, la pla­ni­fi­ca­tion et les léga­li­sa­tions rétro­ac­tives ».

    Lorsque l’ambassadeur US en Israël, Daniel Sha­pi­ro, a atti­ré l’attention sur le deux poids deux mesures juri­diques appli­qué dans le TPO – « Par­fois, il semble qu’Israël a deux stan­dards en matière de res­pect de la règle du droit – un pour les Israé­liens, et un autre pour les Pales­ti­niens » -, il a été trai­té avec dédain de « petit gar­çon juif » par un col­la­bo­ra­teur du Pre­mier ministre Ben­ja­min Netanyahu.

    Compte tenu de tout cela, il est plus qu’étrange d’entendre Hil­la­ry Clin­ton et d’autres défendre un régime qui per­siste dans des pra­tiques que notre propre Dépar­te­ment d’État a condam­nées comme illé­gales et très pro­blé­ma­tiques pour les inté­rêts des États-Unis et du monde, et, dans le cas de Clin­ton, d’aller jusqu’à pro­mettre une aug­men­ta­tion de l’aide mili­taire à ce régime pour qu’il puisse agir encore plus effi­ca­ce­ment contre le droit inter­na­tio­nal, et contre la poli­tique états-unienne.

    2 – Elle viole les droits de l’homme, et Israël agit en toute impunité.

    En même temps qu’il méprise toute la série de droits humains inter­na­tio­naux cités ci-des­sus, Israël a tant fait pour blo­quer toute ins­pec­tion du TPO par les ins­pec­teurs des droits de l’homme, que Maka­rim Wibi­so­no, le rap­por­teur spé­cial des Nations-Unies sur la situa­tion des droits de l’homme dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, a remis sa démis­sion en jan­vier. Il a décla­ré : « Mal­heu­reu­se­ment, mes efforts pour aider à l’amélioration de la vie des vic­times pales­ti­niennes des vio­la­tions sous l’occupation israé­lienne ont été contra­riés à chaque étape du pro­ces­sus ».

    Aus­si, venant des Nations-Unies :

    Le rap­por­teur spé­cial a sou­li­gné que lors de sa prise de fonc­tion en juin 2014, il lui avait été assu­ré qu’il aurait accès au Ter­ri­toire pales­ti­nien occu­pé. « J’ai pris ce man­dat en com­pre­nant qu’Israël m’en per­met­trait l’accès, en tant qu’observateur impar­tial et objec­tif », a‑t-il déclaré.

    Les demandes répé­tées pour l’accès, tant écrites qu’orales, ont été vaines. « En l’absence de réponse d’Israël à ma der­nière requête, en octobre 2015, pour obte­nir l’accès avant la fin 2015, c’est avec un pro­fond regret que j’accepte la pré­misse sur laquelle j’ai pris le man­dat, qui est d’avoir un accès direct aux vic­times dans le Ter­ri­toire pales­ti­nien occu­pé, et qui ne sera pas res­pec­tée », a décla­ré le rap­por­teur spécial.

    Mr Wibi­so­no a décla­ré que tout au long de sa fonc­tion, le gou­ver­ne­ment de l’État de Pales­tine a coopé­ré plei­ne­ment avec le mandat.

    Le rap­por­teur spé­cial a expri­mé sa vive pré­oc­cu­pa­tion devant l’absence de pro­tec­tion effi­cace des vic­times pales­ti­niennes contre les vio­la­tions constantes des droits de l’homme et les vio­la­tions du droit huma­ni­taire international.

    Le pré­dé­ces­seur de Wibi­so­no comme rap­por­teur spé­cial des Nations-Unies, Richard Falk, a dit cecien 2013 : « Ni Israël, ni ses man­da­taires, ne peuvent jus­ti­fier les faits sur le ter­rain en Pales­tine occu­pée, aus­si, ils détournent l’attention, déna­turent les faits et dif­fament pour per­mettre aux vio­la­tions de se pour­suivre ».

    Par les Nations-Unies :

    Dans un com­mu­ni­qué de presse, Mr Falk a sou­li­gné que « les cam­pagnes de dif­fa­ma­tion irres­pon­sables et mal­hon­nêtes visant à dis­cré­di­ter ceux qui docu­mentent ces réa­li­tés ne changent en rien les réa­li­tés sur le ter­rain depuis qu’Israël a lan­cé la guerre avec laquelle il a com­men­cé son occu­pa­tion de la Pales­tine ».

    Selon Mr Falk, Israël confisque effec­ti­ve­ment l’eau et la terre pales­ti­niennes, notam­ment en s’emparant cette semaine de 60 000 autres m² de terres près de Naplouse.

    « Israël conti­nue d’annexer le ter­ri­toire pales­ti­nien ; Israël per­siste à démo­lir les mai­sons des Pales­ti­niens et peuple la Pales­tine de ses citoyens israé­liens ; Israël main­tient une poli­tique de puni­tion col­lec­tive sur 1,75 mil­lion de Pales­ti­niens en impo­sant le blo­cus de la bande de Gaza ; et Israël pour­suit son occu­pa­tion en toute impu­ni­té, refu­sant d’entendre les appels dans le monde à res­pec­ter le droit inter­na­tio­nal », dit-il.

    Dans sa Vue d’ensemble de la situa­tion dans le TPO, Amnes­ty Inter­na­tio­nal se fait l’écho pré­ci­sé­ment de ces préoccupations :

    « En Cis­jor­da­nie, notam­ment à Jéru­sa­lem-Est, les forces israé­liennes ont com­mis des meurtres arbi­traires de civils pales­ti­niens, dont des enfants, et mis en déten­tion des mil­liers de Pales­ti­niens qui pro­tes­taient ou s’opposaient d’une manière ou d’une autre à l’occupation mili­taire per­sis­tante, gar­dant des cen­taines d’entre eux en déten­tion admi­nis­tra­tive. Les tor­tures et autres mau­vais trai­te­ments sont tou­jours mon­naie cou­rante et sont com­mis en toute impu­ni­té. Les auto­ri­tés ont conti­nué la pro­mo­tion des colo­nies illé­gales en Cis­jor­da­nie, et elles restreignent gra­ve­ment la liber­té de dépla­ce­ments des Pales­ti­niens, res­ser­rant tou­jours davan­tage les res­tric­tions en pleine esca­lade de la vio­lence depuis octobre, notam­ment avec des attaques sur les civils israé­liens par des Pales­ti­niens, et des exé­cu­tions pré­su­mées extra­ju­di­ciaires par les forces israé­liennes. Les colons israé­liens en Cis­jor­da­nie agressent les Pales­ti­niens et leurs biens qua­si­ment en toute impu­ni­té. La bande de Gaza est main­te­nue sous le blo­cus mili­taire israé­lien qui impose une puni­tion col­lec­tive à ses habi­tants. Les auto­ri­tés ont pour­sui­vi les démo­li­tions de mai­sons pales­ti­niennes, en Cis­jor­da­nie et à l’intérieur d’Israël, par­ti­cu­liè­re­ment dans les vil­lages bédouins dans la région du Néguev/Naqab, expul­sant par la force leurs habi­tants. Elles ont éga­le­ment déte­nu et expul­sé des mil­liers de deman­deurs d’asile afri­cains et empri­son­né des objec­teurs de conscience israé­liens.  »

    3 – C’est le seul pro­jet de colo­ni­sa­tion en cours et inin­ter­rom­pu dans le monde

    La confis­ca­tion illé­gale de la terre pales­ti­nienne, la démo­li­tion des mai­sons pales­ti­niennes et la construc­tion de colo­nies illé­gales s’intègrent dans un pro­gramme sys­té­ma­tique, per­ma­nent, visant à infli­ger la misère, la détresse et la mort à une popu­la­tion cap­tive dans ce que le Pre­mier ministre bri­tan­nique David Came­ron a qua­li­fié, dans une expres­sion célèbre, « un camp de pri­son­niers à ciel ouvert  ». L’objectif est d’annexer de façon défi­ni­tive l’ensemble de la terre pales­ti­nienne, une vio­la­tion fla­grante du droit international.

    4 – Il tue les gens de façon expé­di­tive, dans des agres­sions comme celle mon­tée dans l’été 2014

    Les Nations-Unies rap­portent que durant cette attaque contre une popu­la­tion empri­son­née par l’une des forces mili­taires les plus puis­santes dans le monde, « au moins 2104 Pales­ti­niens sont morts, dont 1462 civils com­pre­nant 495 enfants et 253 femmes ». Amnes­ty Inter­na­tio­nal a éga­le­ment atti­ré l’attention sur les « exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires  » dans les rues. Comme rap­por­tédans Salon :

    « Pour les Pales­ti­niens qui vivent sous une occu­pa­tion mili­taire israé­lienne illé­gale, une répres­sion vio­lente est un far­deau quo­ti­dien. Le Bureau de la coor­di­na­tion des affaires huma­ni­taires des Nations-Unies (OCHA) a rap­por­té que les Pales­ti­niens ont été bles­sés 14 000 fois rien qu’en 2015 ; et que 136 ont été tués. Ce sont les chiffres les plus éle­vés de l’agence des Nations-Unies depuis qu’elle a com­men­cé à docu­men­ter la vio­lence en 2005.

    « Des mani­fes­ta­tions paci­fiques pales­ti­niennes sont dis­per­sées par les sol­dats israé­liens pra­ti­que­ment tous les jours. Il n’est pas rare pour le citoyen moyen de se faire tirer des­sus, ou d’être réveillé au milieu de la nuit par les raids des sol­dats israéliens.

    « Selon un rap­port de l’Ong Défense inter­na­tio­nale des enfants/section Pales­tine (DCI), les forces israé­liennes ont tiré sur au moins 30 enfants en Cis­jor­da­nie occu­pée, dont Jéru­sa­lem-Est, au cours des trois pre­miers mois de 2015.

    5 – Il tue les gens len­te­ment, aussi

    Une façon pour agir de la sorte, c’est de main­te­nir une main­mise sur les Pales­ti­niens au moyen d’un embar­go illé­gal, d’un détour­ne­ment à son pro­fit de l’électricité et de l’eau, de la des­truc­tion de l’infrastructure, du chô­mage. Les Nations-Unies rap­portent que « ces res­tric­tions ont réduit l’accès aux moyens de sub­sis­tance, aux ser­vices de base et aux loge­ments, elles ont per­tur­bé la vie des familles, et sapé les espoirs d’un peuple pour un ave­nir sûr et pros­père ».

    De façon ter­ri­fiante, le gou­ver­ne­ment israé­lien a réel­le­ment com­man­dé une étude pour connaître le nombre mini­mum de calo­ries qu’il pou­vait attri­buer aux Pales­ti­niens, ayant la crainte que leur mort sous l’occupation ne se géné­ra­lise et ne soit connue. Autre­ment dit, il vou­lait des­cendre la quan­ti­té juste avant que les Pales­ti­niens affa­més et en cap­ti­vi­té ne meurent. Ha’aretz note :

    « Après une bataille juri­dique de trois ans et demi, enga­gée par l’organisation des droits de l’homme Gisha, le coor­di­na­teur des acti­vi­tés gou­ver­ne­men­tales dans les Ter­ri­toires a fina­le­ment publié un docu­ment en 2008 qui expose en détail les « lignes rouges » pour « la consom­ma­tion ali­men­taire dans la bande de Gaza » ».

    « Le docu­ment cal­cule la quan­ti­té mini­mum de calo­ries néces­saires, selon l’avis de COGAT, pour évi­ter la sous-ali­men­ta­tion aux habi­tants de Gaza à un moment où Israël res­serre ses res­tric­tions sur les dépla­ce­ments de la popu­la­tion et des mar­chan­dises, dans et hors de la Bande, y com­pris des pro­duits ali­men­taires et des matières premières.

    « La déci­sion du cabi­net a décla­ré que « le dépla­ce­ment des mar­chan­dises dans la bande de Gaza sera res­treint ; la four­ni­ture de gaz et d’électricité allait être réduite ; et des res­tric­tions seront impo­sées sur les dépla­ce­ments de la popu­la­tion pour sor­tir de la Bande et y entrer ». En plus, les expor­ta­tions hors de Gaza seront tota­le­ment inter­dites. Cepen­dant, ajou­tait la réso­lu­tion, les res­tric­tions devront être dosées afin d’éviter une « crise humanitaire »

    6 – Il est par­ti­cu­liè­re­ment néfaste pour les enfants et les jeunes gens

    Par exemple, en jan­vier 2015, l’UNESCO a publié son « Appré­cia­tion rapide des ins­ti­tu­tions de l’enseignement supé­rieur à Gaza », elle constate que les décès d’étudiants durant le conflit ont consti­tué plus du quart – 27,4 % – du nombre total des morts civiles subies en Pales­tine. Unerécente étude indique que depuis 2000, Israël a arrê­té et empri­son­né plus de 7000 enfants.

    Notre propre gou­ver­ne­ment US a mené sa propre enquête et a publié un rap­port :
    « Le rap­port annuel par pays concer­nant les pra­tiques en matière de droits de l’homme, qui com­prend une sec­tion spé­ci­fique cou­vrant la situa­tion des droits de l’homme en Israël et dans le TPO, sou­lève un cer­tain nombre de ques­tions liées aux mau­vais trai­te­ments des enfants pales­ti­niens pri­son­niers, et au déni du droit à un pro­cès équi­table dans les tri­bu­naux mili­taires israé­liens. Il note d’autres vio­la­tions graves contre les enfants pales­ti­niens, notam­ment le meurtre et la muti­la­tion d’enfants et des agres­sions sur des écoles à Gaza par les forces israé­liennes. »

    7 – De nom­breuses orga­ni­sa­tions, des groupes reli­gieux, et des per­son­na­li­tés ont reti­ré leur sou­tien à l’occupation en se dés­in­ves­tis­sant et en boycottant

    Par­mi eux, des per­son­na­li­tés de la socié­té et des artistes, des écri­vains et des musi­ciens, tels que l’archevêque Des­mond Tutu, Junot Diaz, Lau­ryn Hill, Chuck D, Roger Waters, Cor­nel West, et Ange­la Davis.

    Plus d’un mil­lier de mili­tants et uni­ver­si­taires noirs ont signé une décla­ra­tion de soli­da­ri­té. Le niveau du sou­tien inter­na­tio­nal à BDS arrive petit à petit à celui auquel était par­ve­nu le sou­tien à la lutte anti-apar­theid en Afrique du Sud.

    En juin 2014, l’Assemblée géné­rale de l’Église pres­by­té­rienne (USA) a voté une réso­lu­tion de dés­in­ves­tis­se­ment, et l’Église métho­diste uni­fiée a voté le dés­in­ves­tis­se­ment de G4S, « une socié­té bri­tan­nique for­te­ment com­plice de l’occupation mili­taire par Israël de la Pales­tine et qui tire pro­fit des mul­tiples vio­la­tions des droits de l’homme envers les pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens, notam­ment les pri­son­niers enfants  ».

    Des mili­tants, beau­coup d’étudiants de l’enseignement supé­rieur, ont éga­le­ment fait pres­sion sur Bill Gates pour qu’il se dés­in­ves­tisse de G4S, et il l’a fait en 2014, ven­dant la tota­li­té de ses parts dans la socié­té. Et aujourd’hui, c’est l’entreprise elle-même qui a pris la déci­sion de mettre fin à ses acti­vi­tés en Israël. Comme Mon­do­weiss le rap­porte :

    « La socié­té bri­tan­nique de ser­vices de sécu­ri­té G4S, la plus impor­tante du monde, a réagi à une cam­pagne mon­diale BDS de quatre années pro­tes­tant contre son rôle dans les vio­la­tions israé­liennes des droits de l’homme pales­ti­niens en annon­çant hier qu’elle allait céder sa sub­ven­tion israé­lienne dans les « 12 à 24 mois » à venir. Com­men­tant cette ini­tia­tive, le Finan­cial Times a rap­por­té que G4S se « déga­geait d’une acti­vi­té pré­ju­di­ciable à sa réputation ». »

    Une dis­cus­sion sérieuse sur la bru­ta­li­té, la lai­deur et l’illégalité de l’occupation s’observe plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les actions qui se déroulent aus­si dans la com­mu­nau­té juive, comme cet évè­ne­ment avec son titre élo­quent. Jew­school fait obser­ver :

    « Ce n’est pas tous les jours que le jour­na­liste Peter Bei­nart et le rab­bin Brant Rosen, deux grands maîtres-pen­seurs amé­ri­cains juifs dont les opi­nions divergent sur Israël, se retrouvent dans la même pièce. Mais c’est exac­te­ment ce qu’il va arri­ver cet été quand Bei­nard, auto-pro­cla­mé sio­niste libé­ral, qui s’oppose au BDS, et Rosen, co-pré­sident du conseil rab­bi­nique d’Une Voix juive pour la paix, vont venir ensemble par­ti­ci­per à la cam­pagne de l’été 2016 du Centre juif pour la non-vio­lence appe­lée : « L’occupation n’est pas notre judaïsme » ».

    8 – Ce pro­jet de colo­ni­sa­tion, vous le sou­te­nez finan­ciè­re­ment et politiquement

    Les USA versent à Israël quelque 3,1 mil­liards de dol­lars de vos impôts chaque année – et cela juste pour une aide mili­taire directe, sans res­tric­tion. Et Hil­la­ry Clin­ton pro­met d’augmenter cette somme. C’est notre argent qui per­met l’assujettissement des Pales­ti­niens et le main­tien de l’occupation, c’est notre argent qui est uti­li­sé pour vio­ler le droit inter­na­tio­nal, les conven­tions des droits de l’homme, et même la poli­tique de notre propre Dépar­te­ment d’État.

    Paral­lè­le­ment à cela, les USA assurent sys­té­ma­ti­que­ment à Israël un bou­clier contre les réso­lu­tions des Nations-Unies et les autres modes de cen­sures et de sanc­tions. Dans une lettre adres­sée aux dona­teurs, de façon déplo­rable, Hil­la­ry Clin­ton consi­dère son obs­truc­tion à la jus­tice pour les Pales­ti­niens comme une marque d’honneur, clai­ron­nant ses efforts constants pour gar­der Israël hors de por­tée de la loi en étouf­fant toute cri­tique d’Israël :

    « En tant que séna­teur et secré­taire d’État, j’ai vu com­bien il était capi­tal pour l’Amérique de défendre Israël à toute occa­sion. Je me suis oppo­sée à des dizaines de réso­lu­tions anti-Israël aux Nations-Unies, au Conseil des droits de l’homme, et dans les autres orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales ».

    Si vous vous êtes vrai­ment enga­gé pour les droits humains inter­na­tio­naux, alors vous ne pou­vez pas, mora­le­ment, lais­ser Israël se poser en excep­tion, s’accorder une immu­ni­té, avec la com­pli­ci­té de poli­ti­ciens tels que Clinton.

    Nous, États-Unis, nous nous trou­vons dans la situa­tion orwel­lienne où notre Dépar­te­ment d’État condamne sur la scène publique l’occupation – confor­mé­ment au droit inter­na­tio­nal – avec, dans le même temps, un Congrès qui vote constam­ment pour une aug­men­ta­tion de l’aide mili­taire et la cou­ver­ture diplo­ma­tique d’Israël.

    9 – Il fait par­tie inté­grante d’un ensemble tri­par­tite de torts cau­sés aux Palestiniens

    Il est cru­cial que l’occupation soit vue dans ce contexte afin de nous per­mettre de mesu­rer sa véri­table gra­vi­té. Paral­lè­le­ment à l’occupation, his­to­ri­que­ment nous avons, et l’expulsion des trois quarts d’un mil­lion de Pales­ti­nien de leur pays en 1948, et le déni conti­nu de tous les droits et pri­vi­lèges des Pales­ti­niens qui vivent en Israël. Mettre fin à l’occupation est une étape majeure, mais la pleine jus­tice pour les Pales­ti­niens doit inté­grer ces deux autres élé­ments, et c’est exac­te­ment ce que fait le mou­ve­ment de Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions.

    Ain­si, venant de gens comme Hil­la­ry Clin­ton, pro­mettre son sou­tien à Israël en le met­tant dans la posi­tion de vic­time et d’agressé, et en met­tant les Pales­ti­niens dans celle de ter­ro­ristes irra­tion­nels, c’est mora­le­ment répu­gnant et men­son­ger. Que feriez-vous si vous étiez vic­time d’un vol de votre terre et de votre mai­son, si vous étiez atta­qué vio­lem­ment par l’une des forces les plus puis­santes dans le monde alors que vous êtes une popu­la­tion cap­tive, et si vos appels à la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale pour qu’elle fasse res­pec­ter et pour qu’elle pro­tège vos droits et votre vie au moyen des règles impé­ra­tives qu’elle a elle-même ins­tau­rées, oui, que feriez-vous si ces appels étaient à leur tour cen­su­rés, réduits au silence et atta­qués ? Que feriez-vous si vous déci­diez que la meilleure façon d’obtenir ces droits passe par un mou­ve­ment légal, non violent, de boy­cott, dés­in­ves­tis­se­ment et sanc­tions, et que ce mou­ve­ment était décla­ré illé­gal par des nations et des États sim­ple­ment parce qu’il exige d’Israël qu’il se conforme au droit inter­na­tio­nal ? Nous devrions pen­ser à cette his­toire pro­fonde quand nos pré­sen­ta­teurs d’infos expriment leur per­plexi­té devant des Pales­ti­niens qui sont de plus en plus déses­pé­rés et qui prennent des mesures extrêmes. Toute dis­cus­sion de « dia­logue » dans ces condi­tions, avec des règles du jeu aus­si inégales, est absurde. Les efforts pour gagner les droits des Pales­ti­niens doivent être entre­pris dans des cir­cons­tances éthiques et justes, et c’est pour cela que les gens se mobi­lisent en ce sens.

    Voi­ci ce que vous pou­vez faire :

    – Consul­tez de mul­tiples sources d’informations – ne comp­tez pas seule­ment sur les grands médias US pour votre infor­ma­tion. Allez sur les sites de Mon­do­weiss, Jewish Voice for Peace,Ame­ri­can Friends Ser­vice Com­mit­tee, Elec­tro­nic Inti­fa­da. Pre­nez connais­sance des docu­ments des Nations-Unies, et de ceux d’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, Human Rights Watch, Middle East Children’s Alliance, B’Tselem, du Centre israé­lien d’information pour les droits de l’homme dans les Ter­ri­toires occu­pés, et des autres orga­ni­sa­tions des droits de l’homme.

    – Faites savoir à vos repré­sen­tants au Congrès que vous n’êtes pas d’accord et que vous ne vou­lez plus que vos impôts servent à payer l’occupation.

    – Ren­sei­gnez-vous sur le mou­ve­ment de Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions, et si vous êtes uni­ver­si­taire ou tra­vailleur cultu­rel, infor­mez-vous sur la Cam­pagne US pour le boy­cott uni­ver­si­taire et cultu­rel d’Israël, déjà approu­vée notam­ment par l’archevêque Des­mond Tutu, Ange­la Davis, Patrice Cullors de Black Lives Mat­ter, Bar­ba­ra Ehren­reich, Nao­mi Line, et des cen­taines d’autres.

    – Par­lez-en avec vos amis.

    Pen­sez à ceci : il y a des décen­nies, les gens actifs dans le mou­ve­ment anti-apar­theid sur les cam­pus de l’enseignement supé­rieur disaient que durant la lutte, sur tels ou tels cam­pus par­ti­cu­liers, les mili­tants étaient raris­simes. Et aujourd’hui, ils disent que lorsqu’ils visitent ces mêmes cam­pus, il n’y a per­sonne pour pré­tendre ne pas faire par­tie du mou­ve­ment. Voi­là ce qu’il en est des luttes pour la jus­tice. Aller contre le sta­tu quo est tou­jours impo­pu­laire et tou­jours ris­qué, c’est seule­ment plus tard que les gens se mettent fina­le­ment du bon côté de l’histoire. Cepen­dant, la crise si longue et meur­trière dans le Ter­ri­toire occu­pé est telle que ceux qui vien­dront après nous dans l’avenir, se deman­de­ront cer­tai­ne­ment ce que nous, nous avons fait pour l’empêcher d’empirer, et ce que nous avons fait pour appor­ter la justice.

    Comme Mar­tin Luther King Jr l’a décla­ré autre­fois : « L’arc de l’univers moral est long mais il se plie vers la jus­tice ». Seule­ment, il a besoin qu’on l’aide.

    Mise à jour : il y a juste quelques jours, le 27 mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies a adop­té six réso­lu­tions lors de sa 31e ses­sion ordi­naire. Sur les six mesures qu’il a approu­vées, quatre se rap­portent à Israël-Palestine :

    Dans une réso­lu­tion adop­tée sans vote, le Conseil réaf­firme le droit inalié­nable, per­ma­nent et abso­lu, du peuple pales­ti­nien à l’autodétermination, et il réaf­firme son sou­tien à la solu­tion à deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.

    Dans une réso­lu­tion adop­tée par un vote avec 42 voix pour, aucune contre et 5 abs­ten­tions, le Conseil demande à Israël de ces­ser toutes les pra­tiques et actions qui violent les droits de l’homme du peuple pales­ti­nien ou le carac­tère, le sta­tut et la com­po­si­tion démo­gra­phique du Ter­ri­toire pales­ti­nien occupé.

    Dans une réso­lu­tion garan­tis­sant la mise en res­pon­sa­bi­li­té et la jus­tice pour toutes vio­la­tions du droit inter­na­tio­nal dans le Ter­ri­toire pales­ti­nien occu­pé, dont Jéru­sa­lem-Est, adop­tée par un vote avec voix 32 pour, aucune contre et 15 abs­ten­tions, le Conseil requiert du Haut Com­mis­saire qu’il fasse la cri­tique de la mise en œuvre des recom­man­da­tions adres­sées à toutes les par­ties depuis 2009, et qu’il pré­sente un rap­port lors de la 35e session.

    Dans une réso­lu­tion adop­tée par un vote avec 32 voix pour, aucune contre et 15 abs­ten­tions, le Conseil demande à Israël de ces­ser immé­dia­te­ment et d’inverser toutes les acti­vi­tés de colo­ni­sa­tion, et il requiert du Haut Com­mis­saire qu’il enquête sur les impli­ca­tions des colo­nies sur les droits civils, poli­tiques, éco­no­miques, sociaux et cultu­rels du peuple palestinien.

    David Palum­bo-Liu

    Tra­duc­tion : JPP pour l’Agence Média Palestine

    Source : Salon​.com

    »» http://​www​.agen​ce​me​dia​pa​les​tine​.fr/​b​l​o​g​/​2​0​1​6​/​0​4​/​1​4​/​b​r​u​t​a​l​e​-​h​i​d​e​u​s​e​-​et-
    URL de cet article 30259
    http://​www​.legrand​soir​.info/​b​r​u​t​a​l​e​-​h​i​d​e​u​s​e​-​e​t​-​i​l​l​e​g​a​l​e​-​9​-​c​h​o​s​e​s​-​q​u​e​-​v​o​u​s​-​d​e​v​e​z​-​s​a​v​o​i​r​-​s​u​r​-​l​-​o​c​c​u​p​a​t​i​o​n​-​i​s​r​a​e​l​i​e​n​n​e​-​d​e​-​l​a​-​p​a​l​e​s​t​i​n​e​-​s​a​l​o​n​-​c​o​m​.​h​tml
    Réponse
    • zedav

      C’est cou­ra­geux et il faut bien que cer­tains s’en fassent le relais, mais je ne suis pas sûr que ce soit très pru­dent et per­ti­nent, compte tenu d’une part de la puis­sance, de la vio­lence, de la para­noïa du lob­by concer­né et, d’autre part, de la hau­teur du com­bat que tu mènes.

      Certes, les pou­voirs trou­ve­ront tou­jours une façon de te dis­qua­li­fier, quoi que tu dises ou fasses… mais faut-il pour autant les alimenter ?

      Réponse
    • sam

      @ Zedav,

      pour le coup, je suis peut-être en grand désac­cord avec toi… Je ne pense d’ailleurs même pas que relayer ça soit impru­dent. Ces pro­pos ne sont pas du tout polé­miques, en fait, ni en France ni ailleurs. Ils ne paraissent l’être qu’à tra­vers un miroir qu’on se tend soi-même, sui­vant une sorte de consigne écrite nulle part, entre­te­nant d’ailleurs ain­si le mythe de la puis­sance d’un lob­by qui n’a rien d’un mono­lithe (même au « sein » dudit lob­by, il est bien connu qu’on compte des pan­tins de fana­tiques évan­gé­lises dont la vision escha­to­lo­gique s’ac­com­mode plu­tôt bien,… un temps… d’une sorte d’ac­com­plis­se­ment de pro­phé­tie de domi­na­tion juive). De telles décla­ra­tions ne sau­raient guère aga­cer (et encore, seule­ment en façade) que des sio­nistes d’ex­trême droite. 

      Mais il y a sur­tout que, si j’en crois cer­tains avis (qui, pour le coup, me paraissent bien plus cou­ra­geux), c’est de la pro­pa­gande de fausse oppo­si­tion – d’une oppo­si­tion infil­trée et retour­née. S’il fal­lait résu­mer en quelques mots, et ne pas s’embarrasser à ques­tion­ner la per­ti­nence du sujet ici (comme tu le fais), je dirais qu’une ana­lyse un peu atten­tive de ce genre de décla­ra­tion et de sa pro­ve­nance devrait faci­le­ment ame­ner à consta­ter que : 1) la cause pales­ti­nienne a été sau­va­ge­ment récu­pé­rée puis mono­po­li­sée par des clubs de juifs supré­ma­tistes ; 2) l’an­ti­sio­nisme a été roya­le­ment récu­pé­ré et détour­né par… un nou­veau sionisme. 

      Les objec­tifs reven­di­qués étant logi­que­ment noyés sous un flot de haines et d’hé­mo­glo­bine (qu’il s’a­git de dénon­cer), et le sujet étant d’emblée répu­té tabou, on aura ten­dance à ne pas trop s’y pen­cher. Or, sous cou­vert de dénon­cer une « colo­ni­sa­tion », un « régime apar­theid » , etc. et de prô­ner un boy­cott de l’É­tat d’Israël, il s’a­git jus­te­ment d’en­té­ri­ner les « fron­tières de 1967 » et, sur­tout, d’ac­cep­ter l’exis­tence d’un État se défi­nis­sant comme « juif », c.-à.-d. réser­vant la citoyen­ne­té et la pro­tec­tion des droits à une communauté. 

      On n’exige pas que soit réta­bli et appli­qué le droit des quelques 6 500 000 pales­ti­niens réfu­giés à retour­ner vivre là d’où on les a chas­sés. Il s’a­git de foca­li­ser sur la bande de Gaza et, de manière plus floue dans les contours (pour cause), la Cis­jor­da­nie. Mais bien d’autres par­ties de la Pales­tine, même la ban­lieue de Tel-Aviv, couvrent des vil­lages pales­ti­niens vidés de leurs habi­tants pales­ti­niens et rasés. On n’exige pas non plus que soit abro­gée la « loi du retour », qui offre la citoyen­ne­té et le droit de rési­dence à tout Juif de la dia­spo­ra qui le sou­haite. On parle sim­ple­ment d’ar­rê­ter les implan­ta­tions de colo­nies, c’est à dire l’ex­ten­sion au-delà d’un ter­ri­toire qui couvre déjà la plus grande par­tie, de loin, et qui d’ailleurs découpe le reste en mor­ceaux encla­vés. On parle de répar­tir l’eau sur cette base, pas sur une autre. Etc. Mais comme ça en jette, le lec­teur qui ne connaît pas bien le sujet ne ver­ra que le verre au 10e plein, pas au 9 10emes vide. Il y a occu­pa­tion et occu­pa­tion. Quand BDS est né, sa charte dénon­çait l’oc­cu­pa­tion par Israël de TOUT ter­ri­toire arabe. En douce, et sans que cela ait été tra­duit dans la ver­sion en arabe et dans les autres ver­sions, la ver­sion anglo­saxonne a été amen­dée par on ne sait qui (l’O­pen Socie­ty de Soros, selon des sources ano­nymes internes rap­por­tées par Gil­dad Atz­mon) pour par­ler du ter­ri­toire d’a­vant juin 1967. (1)

      On pour­rait ten­ter d’a­jou­ter qu’il s’a­git donc de sou­te­nir la « solu­tion à deux États ». Sauf que ce truc inces­sam­ment rabâ­ché n’a jamais été qu’un leurre. Une chi­mère à laquelle, d’ailleurs, aucun des par­tis dans aucune des par­ties n’a jamais cru. Il suf­fit d’ailleurs déjà d’ob­ser­ver qu’à l’ins­tar de l’ « Union euro­péenne », ce machin s’ap­plique soi­gneu­se­ment à lais­ser en blanc la clause qui défi­nit ses fron­tières. Quoi qu’il en soit, côté israé­lien comme côté pales­ti­nien, on sait que dès lors qu’il y a État juif, il y aura exten­sion inces­sante et poli­tique racia­liste impi­toyable. Les gens qui ne savent pas ça ne lisent pas, même et sur­tout quand c’est écrit dans un média juif, même quand c’est en fran­çais, acces­sible en deux clics. Ils ont sup­po­sé­ment bien appris la leçon – sup­po­sé­ment, et c’est bien pour ça qu’il ne s’a­git pas de fer­mer sa gueule, quand bien même la ques­tion ne serait pas gran­de­ment per­ti­nente ici. Impru­dent, main­te­nant, c’est évident quand on est fli­qués par des gau­chistes imberbes main­te­nus dans un tel obs­cu­ran­tisme. Cela étant, donc, j’in­vite Étienne à sup­pri­mer ce mes­sage s’il pré­fère qu’il en soit ain­si (en agis­sant non comme un cen­seur mais parce que je lui pro­pose ce choix en toute simplicité).

      Pre­nez par exemple Avra­ham Burg, ancien Pré­sident du Par­le­ment israé­lien (la Knes­set) de 1999 à 2003, de l’Agence juive et du Fonds Natio­nal Juif. Il a quit­té Israël, comme le font de plus en plus les élites (ce qu’on ne nous raconte pas non plus) et vit en France. Comme tant d’autres, il s’est ral­lié à l’antisionisme que, jusqu’à une date récente, il consi­dé­rait comme de l’antisémitisme. Il ne tire plus la son­nette d’alarme. Il estime que c’est trop tard pour Israël : il com­pare dans le quo­ti­dien Haa­retz l’état de xéno­pho­bie de la socié­té israé­lienne à celui de l’Allemagne lors de la mon­tée du nazisme. Et il conclut « Nous sommes déjà morts ».« Avoir défi­ni l’Etat d’Israël comme un Etat juif est la clef de sa perte. Un Etat juif, c’est explo­sif, c’est de la dyna­mite. » (2)

      Une oppo­si­tion infil­trée et retour­née, je disais. Par­don ne noter ce qu’il devient si dif­fi­cile, en prin­cipe, de ne pas voir : sous cou­vert de sou­te­nir les pales­ti­niens, il s’a­git essen­tiel­le­ment de l’ex­pres­sion de clubs réser­vés aux juifs et à eux seuls, qui mono­po­lisent l’ex­pres­sion sur le dos­sier – et qui prennent un soin très impor­tant à chas­ser de ces orga­ni­sa­tions tous les pré­su­més anti­sé­mites (notam­ment juifs). Les sources (pri­maires et secon­daires) de cet article (et de tant d’autres) ne cessent de le mon­trer elles-mêmes, d’ailleurs. Juish Voices for Peace, Juifs pour ceci, Juifs contre cela, Mon­do­weiss. On pour­rait ajou­ter IJAN, JFJFP, J‑big, etc. Et tiens, 22 antro­po­logues qui signent ceci, mais il suf­fit de cli­quer et de lire un peu quel article est cité : ils se pré­sentent comme « Israé­liens et citoyens israé­liens » (ce qui lais­se­rait encore pen­ser qu’il y a, dans le lot, des pales­ti­niens rési­dents en Israël, mais ils écrivent, plus loin, qu’ils sont « fiers de se joindre, par soli­da­ri­té, avec leurs col­lègues pales­ti­niens »). On met encore en valeur ici, par éli­mi­na­tion, un Ber­nie San­ders : à part que ceux de ses pro­pos qui sont rap­por­tés atteignent dif­fi­ci­le­ment le mini­mum syn­di­cal, on ne dira pas qu’en durant la même cam­pagne, inter­ro­gé sur « les gens [qui] tiennent la Fed et Wall Street » et ses rap­ports avec eux, il a répon­du : « ce n’est pas votre ques­tion. Je suis fier d’être Juif ». Ceci mani­fes­te­ment pas par amour de la Tora et res­pect des cen­taines de « lois » tra­cas­sières que le Tal­mud pres­crit à cette par­tie tou­jours plus réduite du menu peuple juif qui sou­haite y obéir. Bref, par­don de le dire, mais ce genre de décla­ra­tion est outra­geu­se­ment judéo-centrée.

      Un résul­tat évi­dem­ment éton­nant de l’o­pé­ra­tion est qu’un mou­ve­ment d’a­bord sup­po­sé défendre la cause des Pales­ti­niens – non pas seule­ment à Gaza et dans quelques dizaines de vil­lages choi­sis et déser­tiques, mais pour les mil­lions de réfu­giés tou­jours inter­dit de retour­ner chez eux – s’est muté en un mou­ve­ment dont la prio­ri­té est la défense d’Is­raël, un État qui se défi­nit lui-même en tant qu’É­tat juif, éta­bli sur cette terre volée à ces mil­lions de réfu­giés. Mais il y a au moins un autre résul­tat qui devrait être spec­ta­cu­laire : un mou­ve­ment d’a­bord fon­dé en oppo­si­tion au supré­ma­tisme juif s’est muté en un mou­ve­ment dont la prio­ri­té est de défendre le supré­ma­tisme juif… Mais là aus­si, ni vu ni connu : on en prend plein la vue et on trou­ve­ra même ça cou­ra­geux, comme tu dis. Bref, c’est de la fausse sub­ver­sion, de la fausse oppo­si­tion, une franche opé­ra­tion d’in­fil­tra­tion et de détour­ne­ment d’opposition. 

      Qui vou­drait que des Bœrs dirigent les luttes contre l’ap­par­theid en Afrique du Sud ? Que des membres du Ku Kux Klan dirigent la lutte d’é­man­ci­pa­tion des Noirs amé­ri­cains ? Une autre triste réa­li­té est que cette direc­tion illé­gi­time et fina­le­ment ame­né à tra­hir – mal­gré elle, sans doute – la cause qu’elle a infil­trée à force de la sou­te­nir, puis de la diri­ger, c’est que ça donne pré­ci­sé­ment une cau­tion suprême au sens de la doxa : voyez, la cause pales­ti­nienne n’est pas anti­sé­mite, bien au contraire… Elle est lar­ge­ment diri­gé par des Juifs et elle fout dehors qui­conque est taxé d’an­ti­sé­mi­tisme (en par­ti­cu­lier des Juifs, mais là n’est pas la ques­tion)… Les noirs ne sont pas pour que l’on égorge tous les blancs, les Pales­ti­niens les Juifs ? La belle affaire : qui donc a dit ça ? Mais j’en reviens au pre­mier point : la ques­tion n’est pas vrai­ment de savoir si trop de ces diri­geants sont juifs, ou Juifs – ils sont évi­dem­ment laïcs, donc Juifs par ascen­dance et sur­tout par esprit tri­bal. La ques­tion est de savoir quelle est leur posi­tion par rap­port à l’exis­tence d’Is­raël en tant qu’É­tat juif, ce qui n’a rien à voir. 

      D’a­bord, la plu­part des Juifs n’ont aucune envie d’al­ler vivre là-bas, et un grand nombre en revient (par­mi ceux qui en ont les moyens). Pour bon nombre de Juifs, il n’en est pas ques­tion, et il y a que ce nombre fai­sait même la qua­si-una­ni­mi­té au départ et fut long­temps l’im­mense majo­ri­té – avant l’a­vè­ne­ment, cir­cons­tances his­to­riques et spi­ri­tuelles (laï­ci­sa­tion) obligent, de ce que des auteurs (juifs) ont appe­lé la « reli­gion de la Shoa » (natu­rel­le­ment, cer­tains ont avan­tage à comp­ter sur l’i­gno­rance des gens, qui joue même quand il s’a­git du pas­sé rela­ti­ve­ment récent de leur propre peuple). Mais la ques­tion ne résume pas non plus à savoir si des Juifs veulent vivre en Pales­tine. Elle ne s’est même jamais posée. Il y a eu depuis long­temps, certes une mino­ri­té, qui vivait là-bas en très bon termes avec les autres, comme un peu par­tout dans le « monde arabe » d’ailleurs. Mais un État juif, à part que c’est sacri­lège d’un cer­tain point de vue ortho­doxe (j’a­voue que je m’en cogne, mais je ne sou­haite pas pour autant les heur­ter inuti­le­ment), si c’est une bombe à retar­de­ment (pour para­phra­ser A. Burg) c’est d’a­bord parce que c’est un fon­de­ment non viable car raciste. Avec le temps, ce n’est plus seule­ment l’É­tat qui, par sa consti­tu­tion, est raciste, c’est le peuple : laïcs comme reli­gieux, en Israël, brillent en écra­sante majo­ri­té par leur supré­ma­tisme et en majo­ri­té par un racisme anti-arabe débou­ton­né. N’im­porte quel Israé­lien le sait, et tout ça appa­raît dans les son­dages comme dans les dis­cours – una­nimes, en l’es­pèce – des par­tis. La rhé­to­rique du « colo­nia­lisme » a aus­si pour fonc­tion de mas­quer cette hor­reur-là : pour le dire vite quitte à le dire mal, si ce n’est que du colo­nia­lisme, l’his­toire est sup­po­sé mon­trer que ça se soigne. 

      Or cette prouesse de retour­ne­ment n’a été pos­sible que parce que ce qui était conçu comme un anti-sio­nisme « de gauche », s’op­po­sant notam­ment au sio­nisme d’ex­trême droite (qui était, dès le départ, un mou­ve­ment natio­na­liste, raciste et même ouver­te­ment anti­sé­mite… faut suivre, les gars…), n’a pas été dénon­cé pour ce qu’il était aus­si et sur­tout, noyé qu’il était dans un débat à facettes : une autre forme de supré­ma­tisme (pour ne pas dire de racisme) juif, pour lequel l’é­lec­tion divine a sim­ple­ment été rem­pla­cée par une nou­velle élec­tion. Para­doxa­le­ment, le sio­nisme avait pour but ini­tial de « faire des Juifs un peuple comme les autres », ce qui sup­po­sait (à part de se mettre à tra­vailler la terre à pré­sent qu’on n’a­vait plus l’ex­cuse de ne pas être sur sa terre) le déve­lop­pe­ment d’une phi­lo­so­phie non pas seule­ment laïque mais uni­ver­sa­liste. Or ce fut un échec à peu près com­plet, et c’est là le drame. Un drame qui s’est avé­ré en Pales­tine mais pas seule­ment. C’est une chose que pas mal de Juifs, sur­tout en Israel, recon­naissent plu­tôt, contrai­re­ment à cer­tains vol­ti­geurs de la chutz­pah – autre­ment dit, ils n’en font pas trop mys­tère lors­qu’ils en parlent entre eux (ils ne vont pas non plus s’a­char­ner à le crier sur les toits, pas grand monde n’aime se fla­gel­ler). Le sen­ti­ment natio­nal israé­lien, que cela plaise ou non, est for­te­ment supré­ma­tiste, lar­ge­ment raciste – et, en fin de compte, fort logi­que­ment, mili­ta­riste. Mais un leurre impor­tant vient du fait que cela s’est fina­le­ment com­bi­né aus­si bien avec les idéo­lo­gies de « nou­velle gauche » : fémi­nistes, LGB­Tistes, envi­ron­ne­men­ta­listes, etc. voire sans-papié­ristes et autre­ment pseu­do-inter­na­tio­na­listes. Je laisse aux his­to­riens la ques­tion de savoir s’il y avait un fon­de­ment supré­ma­tiste (ou racia­liste) dans cer­tains mou­ve­ments qui ont don­né beau­coup de diri­geants com­mu­nistes autre­fois ; je rap­pelle seule­ment que le sio­nisme est une idéo­lo­gie com­plexe, qui a une his­toire, et acces­soi­re­ment révo­lu­tion­naire, et je sug­gère qu’il n’y a pas de rai­son de croire qu’il suf­fit de le rem­pla­cer par de l’anti‑, de le mettre plu­tôt à gauche qu’à droite (il y a tou­jours eu des deux) pour rendre la chose lim­pide. Or tout ce débat est inter­dit aux Goyim, après quoi les sio­nistes ou je ne sais quels mou­ve­ments qui en dérivent (même par oppo­si­tion dési­rée ou affi­chée) ont la fâcheuse habi­tude de démon­trer qu’ils s’a­li­mentent d’un anti-sémi­tisme qu’ils déplorent ou feignent de déplorer.

      Mais puis­qu’il s’a­git d’a­bord, oui, de s’in­ter­ro­ger sur la per­ti­nence du sujet dans le cadre où nous par­lons, je dirais que je ne sais jus­te­ment pas grand chose du « lob­by concer­né » sinon que toute ten­ta­tive un peu trop « essen­tia­liste » de cir­cons­crire la chose risque fort de tom­ber dans le pan­neau ; que cette dia­lec­tique infer­nale que j’es­saie de décor­ti­quer un peu ici, faite d’é­ti­quettes que l’on oppose et qu’on échange fina­le­ment à loi­sir, est, pour lui, un ins­tru­ment de pou­voir qui exerce aus­si bien loin de la Pales­tine et que, pré­ci­sé­ment, ces gens là qui sèment et entre­tiennent la ziza­nie en lan­çant des dra­peaux les uns contre les autres n’en ont rien à foutre des Juifs (encore moins des juifs, bien sûr). Que cela soit bien clair, c’est en tout cas ce que je pense : la véri­table sub­ver­sion, celle que craint non pas tant « le lob­by » (avec sa poli­tique égoïste de courte vue) mais la clique dont il n’est qu’un ins­tru­ment par­mi bien d’autres, n’est pas enfer­mée dans des affron­te­ments absurdes tels qu’an­ti­sio­nistes vs sio­nistes, sio­nistes vs anti­sé­mites, etc. Tout ça, comme les affron­te­ments racistes / anti­ra­cistes, éco­los / anti-éco­lo, c’est d’a­bord, pour eux du moins, une dia­lec­tique par­fai­te­ment ins­tru­men­tale. Non seule­ment on sait très bien, sauf les ignares, les pires oppo­si­tions qu’il y eut entre les sio­nistes et l’im­mense majo­ri­té des Juifs, ain­si que les pires col­lu­sions, aus­si bien pra­tiques qu’i­déo­lo­giques, qu’il y a eu entre les pre­miers et des nazis avé­rés mais ce n’est là qu’un dos­sier, par­mi tant d’autres, ser­vant aus­si et sur­tout à bala­der la Terre entière. Voi­là pour­quoi l’in­ter­dit le plus grand est le « conspi­ra­tion­nisme ». Les élites de la gauche sont trop incultes, fai­néantes ou peu­reuses pour savoir pour­quoi… et donc pour­quoi elles passent pour des connes quand elles passent leur temps à pré­tendre défendre la paix, la démo­cra­tie et la mul­ti­tude des gueux tout en empê­chant ceux-ci de par­ler, sauf quand ils ont bien appris à répé­ter le dis­cours de ces maîtres qui pré­tendent être socia­listes tout en consi­dé­rant qu’ils doivent et qu’ils peuvent pen­ser et par­ler à leur place.

      En très haut lieu, là où on fait la mon­naie et où on fait et défait les guerres et les nations, ils n’en ont rien à battre, des Juifs, disais-je. Pas plus que des Pales­ti­niens, des homo­sexuels, de l’en­vi­ron­ne­ment, de la san­té, de l’é­ga­li­té, du par­tage des richesses et de la paix entre les nations. On connaît un peu l’é­ven­tail néo-gau­chiste d’un Soros ou même, bien avant lui, d’un Rocke­fel­ler. Le pre­mier, en par­ti­cu­lier, est connu pour ins­tru­men­ta­li­ser la logique du dra­peau des « mino­ri­tés » (homos, « migrants », faux isla­mistes) pour saper les luttes de libé­ra­tion natio­nale. Ce que je veux noter ici, en par­ti­cu­lier, c’est le rôle contem­po­rain extrê­me­ment délé­tère de cette indé­crot­table gauche de « l’in­ter­na­tio­na­lisme mal com­pris », la même gauche ins­ti­tu­tion­nelle (c’est un pléo­nasme) qui n’a de cesse de vou­loir faire taire qui­conque ne chante pas sa messe néo-frelatée. 

      Or sur cha­cun de ces dos­siers, tant celui de la « ques­tion juive » que les autres ici lis­tées, c’est tou­jours un affreux obs­cu­ran­tisme qui assoit cette domi­na­tion, cet empê­che­ment per­ma­nent de tout ce qui, en réa­li­té, pour­rait à terme, acces­soi­re­ment, refon­der la gauche (si on veut bien encore assi­mi­ler ça à la défense des tra­vailleurs), une gauche qui ne soit plus qu’une machine à tra­hir le peuple, abri­tée sous des appa­rats de bisou­nours. Si tu ne contri­bues pas, au motif de recon­naître les com­mu­nau­tés, à les jeter les unes contre les autres, tu es raciste. Si tu consi­dères que, comme on l’a tou­jours fait, en France et ailleurs, une cer­taine poli­tique de l’im­mi­gra­tion est néces­saire, assise sur une réflexion mature en lien avec la consti­tu­tion civile, la pro­duc­tion, le com­merce inter­na­tio­nal, que sais-je, tu es raciste. Si tu n’en peux plus d’une idéo­lo­gie qui pousse les gens à tout gérer, à se gérer en tout, tu es de droite. Si tu flippes à l’i­dée qu’on mette en place un eugé­nisme tech­ni­cien sous cou­vert de « droit à l’en­fant », que les gens soient entiè­re­ment livrés à l’É­tat dès l’en­fance, une fois que tout reste de cel­lule fami­liale aura dis­pa­ru, tu es fas­ciste. Si tu soup­çonnes que le fémi­nisme peut aus­si avoir pour effet de mon­ter les femmes aveu­gle­ment contre des hommes « essen­tia­li­sés », et inver­se­ment, tu es un gros bido­chon. Si tu ne confonds pas les réa­li­tés du cli­mat, de l’o­zone, des espèces, avec des pro­jec­tions de modèles basés sur des moyennes de valeurs qui ne se moyennent pas, sur du tri sélec­tif dans les mesures, et autres équa­tions bidons ou appli­quées sans rap­port avec leur domaine de vali­di­té, si tu cultives un vrai pota­ger au lieu de par­ler depuis ton salon de méga­pole d’une nature que tu ne connais pas, tu es un enne­mi de la pla­nète. Si tu es pour le tirage au sort, tu es fas­ciste. Je suis déso­lé de le dire : le fléau « anti­fas­ciste » sévit sur tous les dos­siers. Donc, je disais, même cette ques­tion est aus­si per­ti­nente.. ou plu­tôt, c’est son reca­drage qui l’est.

      PS : rap­port à l’autre bout d’é­change, simple pro­blème de clic / de molette, quand j’ai des occu­pa­tions plus légères, il m’ar­rive d’employer ce pseu­do (qui fut pour moi une sorte de « nom d’artiste »)…

      (1) http://​www​.gilad​.co​.uk/​w​r​i​t​i​n​g​s​/​2​0​1​5​/​5​/​1​6​/​t​h​e​-​j​e​w​i​s​h​-​s​o​l​i​d​a​r​i​t​y​-​s​pin
      (2) https://​blogs​.media​part​.fr/​f​x​a​v​i​e​r​/​b​l​o​g​/​2​4​0​9​1​2​/​l​e​s​-​j​u​i​f​s​-​a​n​t​i​s​i​o​n​i​s​tes

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  7. chau7

    @zedav

    La paille et la poutre, Syl­vain BARON, là des­sus, a fait une vidéo qui est mal­hon­nête et mani­pu­la­toire, Lor­don ne parle pas de la vio­lence des antifas.

    Il parle de l’in­jonc­tion des médias a accueillir tout le monde sans dis­tinc­tion, Lor­don réfute ce point en expli­quant que les per­sonnes qui ont un inter­et a main­te­nir ce cadre poli­tique, celui du capi­ta­lisme, ne peuvent pas sou­hai­ter le chan­ger et que donc il n’ont rien à faire ici. Per­son­nel­le­ment, et comme Étienne, je suis en désac­cord avec lui sur ce point. Mais RIEN A VOIR avec les anti­fas, désolé. 

    Faut arre­ter de mon­ter en épingle un truc aus­si inutile. Pen­sez bien les semeurs de ziza­nie sont autant chez les anti­fas que ceux qui veulent vous faire croire qu’ils sont par­tout. « Sur­tout n’al­lez pas là-bas, c’est plein d’an­ti­fas gau­chistes »… Ça vire à l’ob­ses­sion votre truc, vous êtes en train de jouer à leur jeu …et ils sont en train de gagner. 

    Igno­rez les, les anti­fa et les anti-anti­fa, on s’en fout complètement.

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  8. etienne

    « Se ren­con­trer soi-même à tra­vers les autres dans une fer­me­ture qui ne repro­duit que soi-même n’a aucun intérêt.
    C’est dans la diver­gence et dans la ren­contre que la fer­ti­li­té et l’a­van­ce­ment peuvent se produire. »

    Fran­cis Cousin

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