Frédéric était l’invité passionnant de France Inter ce matin (jeudi 17 avril 2014) :


L’économiste Frédéric Lordon : “Il faut sortir… par franceinter

Sur la vidéo, il manque le début de l’entretien.

Par ailleurs, on voit que Frédéric est particulièrement sombre et sérieux. C’est frappant. Je ne l’ai jamais vu comme ça.

à propos de son dernier livre, de plus en plus radical-démocratique, donc institutionnel, donc important :

“La malfaçon.
Monnaie européenne et souveraineté démocratique.”

Présentation de l’éditeur :

Un livre qui, dans la perspective des élections européennes, sera au cœur du débat.

L’européisme est devenu le pire ennemi de l’Europe. Ne voulant plus que « l’Europe » intransitivement, c’est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s’il le faut à martyriser des peuples entiers, en Grèce, au Portugal ou en Espagne, il est devenu une obstination aveugle auquel il est temps de mettre un coup d’arrêt.

Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare majeure, et congénitale, est politique : le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires.

Certains, à gauche, continuent cependant de croire qu’on pourra changer l’euro austéritaire en un euro social.

Mais, la crise présente l’a assez démontré, une monnaie unique aimable suppose d’être parachevée par une union politique authentique… que l’européisme présuppose sur le mode de la pure pétition de principe sans jamais vouloir en analyser les exigeantes (et improbables) conditions de possibilité.

Aussi bien l’urgence économique et sociale que la disponibilité immédiate des institutions matérielles et symboliques de la souveraineté commandent alors de réexaminer de près l’option des monnaies nationales.

Sous deux codicilles cependant :

1) reconstruire les concepts de souveraineté et de nation d’une manière qui les rendent irrécupérables par l’extrême-droite ;

2) réaffirmer que défaire la monnaie européenne, de toute façon aussi mortifère que non-viable, n’exclut nullement de continuer à œuvrer pour l’approfondissement résolu de tous les autres liens entre les peuples européens – et enfin de faire Europe autrement que par l’économie ! –, ni même de penser à refaire un commun monétaire européen, sous la forme non plus d’une monnaie unique mais d’une monnaie commune.

Pour vous, j’ai tapé le plan détaillé du livre (que j’ai sous les lunettes), passionnant :

PLAN :

Avant propos : de quoi s’agit-il ?

PARTIE 1 : IMPASSES DE L’EUROPE

Chapitre 1 – Tératologie politique
(La soustraction européenne de la souveraineté)
• la financiarisation, une révolution politique silencieuse
• la finance, tiers intrus au contrat social
• Le modèle européen des règles : entre contresens économique et barbarisme politique
• Anti-politique européenne

Chapitre 2 – D’une impasse à l’autre
(TSCG et eurobonds)
• Le “solde structurel” en plein arbitraire
• La fausse solution des eurobonds
• Les eurobonds (façon capitaine Haddock)
• Les marchés, le tout, les parties
• Ne pas perdre la normalisation des “partenaires” par les marchés — ou bien en faire des protectorats de politique économique

Chapitre 3 – De la domination allemande
(ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas)
• La “germanophobie”, ou l’asile de l’aveuglement européiste
• Le pouvoir révélateur des crises extrêmes
• Fractures allemandes
• L’opinion allemande derrière la Bundesbank
• Kramer contre Kramer
• À la lumière des controverses
• L’indépendance de la banque centrale : à géométrie variable
• L’Allemagne, “reluctant sheriff” de l’euro
• La pire des dominations
• Le débat sur l’Allemagne entre hémiplégie et tétanie intellectuelles

PARTIE 2 : EN SORTIR

Chapitre 4 – L’éclaireur grec
(Notre stratégie du choc !)
• Némésis politique
• Sortie, mode d’emploi
• Désastres réels, désastres fantasmés
• “Contagion” ?
• Le parti des créanciers et celui des débiteurs
• Une occasion historique à ne pas louper : faire du défaut une arme politique
• Ingénierie du défaut — ou la création monétaire sans brouette
• Sortir de l’euro… et commencer à sortir du capitalisme ? NOTRE stratégie du choc !
• La mauvaise économie de l'”oubli du peuple”
• La “paix” et “l’amitié entre les peuples” — disaient-ils

Chapitre 5 – La possibilité du national
• Les amnésies intéressées
• De l’inconséquence de la pétition de principe post-nationale
• L’Europe ou les oligarchies nationales ?
• Déconstitutionnalisation, repolitisation
• La fausse excuse des “solutions coopératives”
• Le “coopératif” des effets d’entraînement
• Les taches aveugles de l’économicisme

Chapitre 6 – Excursus
(Un peuple européen est-il possible ?
• Les impasses de l’idée cosmopolite-fédérative
• Enforcement, imperium, État
• Peuple et affect commun
• Affects communs globaux, affects communs locaux (ou les données de la viabilité d’un corps collectif)
• La possibilité d’un “pas supplémentaire”
• Les conditions de possibilité passionnelles d’une “loi de la majorité” européenne

Chapitre 7 – Pour une monnaie commune
(sans l’Allemagne — ou bien avec, mais pas à la francfortoise)
• Entre monnaie unique et SME rénové : le meilleur des deux mondes
• Dévaluer dans le calme, soulager la politique monétaire
• Réintermédier le financement de l’économie
• Faire régresser les interdépendances financières — “renationaliser” le financement des déficits publics
• Pour une “politique des balances courantes”
• Pour un nouveau régime de règles
• La cécité germanomane
• Ne plus avoir peur du “chaud”
• Une adresse européenne

ANNEXE
Ajustements de change internes et externes en monnaie commune

• Ajustements de change internes
– Principe 1. Interdire les mouvements cherchant les gains spéculatifs de “réalignement”
– Principe 2. Laisser faire les mouvements cherchant à éviter les pertes
• Politique de change externe
– Fixer un objectif de change interne
– Conduire la politique de change externe

Chapitre 8 – Ce que l’extrême droite ne nous prendra pas
• Souverainisme de droite, souverainisme de gauche
• Contre l'”armée de réserve” des sans-papiers : la régularisation !
• Faucher la nation au FN — en fait : la récupérer
• Immigration et chômage ?
• Le FN ou la “réconciliation nationale” sous l’égide du capital
• Récupérations lepénistes et braiements médiatiques

APPENDICES – Gauche et droite
• Histoires de cadre. Avertissement

• Gauche de gauche, gauche de droite
– gauche/droite : une affaire de cadre
– L’éternel retour du refoulé européen
– Espoirs et désespoirs d’une critique de gauche en période électorale
– Hollande, Obama… Roosevelt
• Le balai comme la moindre des choses
– 1983, 2012 : d’un basculement l’autre (de la “politique de terrain” à la “politique de service”)
– Les contresens de la politique de l’offre
. Impasse de la “compétitivité”
. Impasse de la “flexibilité”
– De la panique à la reddition sans condition : la nouvelle alliance de classe du PS
– Les prises d’otages du capital
– Le PS, ou la droite complexée
– La révolution des balais ?

Mon commentaire :

Il manque juste au dernier livre de Frédéric, de mon point de vue, un dernier chapitre, suite logique des précédents, intitulé par exemple :

Chapitre 9 – De la qualité du processus constituant
(Des vertus du tirage au sort en politique, ou comment des professionnels de la politique élus ne seront jamais capables d’instituer la démocratie qui ne peut être que la souveraineté du peuple)

 :)

J’ai trouvé frappante la façon dont il a, ce matin, particulièrement bien martelé la définition chimiquement pure de la souveraineté, et, corolairement, la malfaisance fondamentale des institutions européennes contre les peuples d’Europe.

Il faudrait recomposer en un seul fichier les deux parties de l’entretien sur France Inter, et rédiger le verbatim de l’émission.