[Free Assange] Craig Murray : la cage de verre blindée est un instrument de torture

4/03/2020 | 1 commentaire

Craig MURRAY : La cage de verre blindée est un instrument de torture


pho­to : illus­tra­tion par la rédac­tion du Grand Soir (source indéterminée)

Lors de l’audience sépa­rée de jeu­di sur l’autorisation don­née à Assange de sor­tir de la cage blin­dée pour s’asseoir avec son équipe d’avocats, j’ai pu consta­ter direc­te­ment que la déci­sion de Barait­ser contre Assange a été pré­sen­tée par elle au tri­bu­nal AVANT qu’elle n’ait enten­du l’avocat de la défense pré­sen­ter les argu­ments, et qu’elle les a pré­sen­tés sans aucune modification.

Je pour­rais com­men­cer par vous expli­quer ma posi­tion dans la tri­bune publique par rap­port au juge. Toute la semaine, je me suis déli­bé­ré­ment assis à l’avant, sur le siège de droite. La gale­rie donne sur une fenêtre en verre blin­dé à une hau­teur d’environ 2 mètres au-des­sus de la salle d’audience. Elle des­cend d’un côté du tri­bu­nal, et l’extrémité droite de la gale­rie publique se trouve au-des­sus du banc du juge, qui est assis en des­sous per­pen­di­cu­lai­re­ment à celui-ci. Depuis les sièges de droite de la gale­rie publique, vous avez donc une vue plon­geante directe sur le banc du juge, et que vous pou­vez voir tous ses docu­ments et son écran d’ordinateur.

L’avocat Mark Sum­mers a sou­li­gné que dans l’affaire Belou­sov contre la Rus­sie, la Cour euro­péenne des droits de l’homme de Stras­bourg a sta­tué contre l’État de Rus­sie parce que Belou­sov avait été jugé dans une cage de verre pra­ti­que­ment iden­tique dans sa construc­tion et sa posi­tion à celle dans laquelle se trouve pré­sen­te­ment Assange. Cette situa­tion a entra­vé sa par­ti­ci­pa­tion au pro­cès et son libre accès à un avo­cat, et l’a pri­vé de sa digni­té humaine en tant qu’accusé.

Sum­mers pour­suit en disant qu’il est nor­mal que cer­taines caté­go­ries de pri­son­niers non condam­nés soient libé­rés du banc des accu­sés pour s’asseoir avec leurs avo­cats. Le tri­bu­nal dis­po­sait de rap­ports psy­chia­triques sur l’extrême dépres­sion cli­nique d’Assange et, en fait, le guide des meilleures pra­tiques du minis­tère bri­tan­nique de la jus­tice à l’intention des tri­bu­naux indi­quait que les per­sonnes vul­né­rables devraient être libé­rées pour s’asseoir aux côtés de leurs avo­cats. Un trai­te­ment spé­cial n’était pas deman­dé pour Assange – il deman­dait à être trai­té comme toute autre per­sonne vulnérable.

La défense a été entra­vée par son inca­pa­ci­té à com­mu­ni­quer confi­den­tiel­le­ment avec son client pen­dant la pro­cé­dure. Dans la phase sui­vante du pro­cès, où les témoins seront inter­ro­gés, il est essen­tiel de com­mu­ni­quer en temps utile. En outre, ils ne pou­vaient par­ler avec lui que par une fente dans la vitre, à por­tée d’oreille des agents de sécu­ri­té de la socié­té pri­vée qui le sur­veillaient (il a été pré­ci­sé qu’il s’agissait de Ser­co, et non du groupe 4 comme l’avait dit Barait­ser la veille), et en pré­sence de microphones.

Barait­ser s’est mise de mau­vaise humeur à ce moment-là et a par­lé avec un réel tran­chant de voix. « Qui sont ces gens der­rière vous, au der­nier rang », a‑t-elle deman­dé avec sar­casme à Sum­mers – une ques­tion à laquelle elle connais­sait pra­fai­te­ment la réponse. Sum­mers a répon­du qu’ils fai­saient par­tie de l’équipe juri­dique de la défense. Barait­ser a dit qu’Assange pou­vait les contac­ter s’il avait un point à faire valoir. Sum­mers répon­dit qu’il y avait une allée et un muret entre la cage de verre et leur posi­tion, et que tout ce qu’Assange pou­vait voir par-des­sus le mur était le haut de l’arrière de leur tête. Barait­ser a dit qu’elle avait vu Assange crier. Sum­mers a décla­ré que crier à tra­vers la salle d’audience n’était ni confi­den­tiel ni satisfaisant.

On m’a main­te­nant infor­mé que c’est un délit de publier la pho­to de Julian dans sa cage de verre, même si je ne l’ai pas prise et qu’elle est abso­lu­ment par­tout sur Inter­net. Il convient éga­le­ment de noter que je suis de retour dans mon pays, l’Écosse, où se trouve mon blog, et que ni l’un ni l’autre ne relève de la juri­dic­tion du tri­bu­nal anglais. Mais je tiens à ne pas leur don­ner d’excuse pour m’exclure de l’audience du tri­bu­nal, c’est pour­quoi je l’ai sup­pri­mée, mais vous pou­vez la voir ici (en illus­tra­tion du pré­sent article – NdT).

C’est la pho­to prise illé­ga­le­ment (pas par moi) d’Assange au tri­bu­nal. Si vous regar­dez atten­ti­ve­ment, vous pou­vez voir qu’il y a un pas­sage et un muret en bois entre lui et la der­nière ran­gée d’avocats. Vous pou­vez voir l’un des deux agents de la pri­son de Ser­co qui le sur­veille à l’intérieur de la cage.

Barait­ser a dit qu’Assange pou­vait pas­ser des notes, et qu’elle l’avait vu pas­ser des notes. Sum­mers a répon­du que les offi­ciers de jus­tice avaient désor­mais inter­dit la trans­mis­sion de notes. Barait­ser a dit qu’ils pou­vaient en par­ler à Ser­co, que c’était une ques­tion qui rele­vait des auto­ri­tés de la prison.

Sum­mers a affir­mé que, contrai­re­ment à ce que Barait­ser avait décla­ré la veille, elle était effec­ti­ve­ment com­pé­tente pour sor­tir Assange de la cage. Barait­ser est inter­ve­nue pour dire qu’elle était d’accord avec ça. Sum­mers a ensuite décla­ré qu’il avait pro­duit un cer­tain nombre d’éléments pour mon­trer que Barait­ser avait éga­le­ment eu tort de dire qu’être en garde à vue ne pou­vait que signi­fier être enfer­mé dans la cage. Vous pou­vez être en garde à vue n’importe où dans l’enceinte du tri­bu­nal, ou même à l’extérieur. Barait­ser en est deve­nue très contra­riée et a décla­ré qu’elle avait seule­ment dit que la garde dans tri­bu­nal devait être égale à la garde dans la cage.

Ce à quoi Sum­mers a répon­du de façon mémo­rable, main­te­nant très contra­rié : « Eh bien, c’est faux aus­si, et c’est faux depuis ces huit der­nières années. »

Met­tant un terme à son argu­men­ta­tion, Barait­ser a don­né son avis sur cette ques­tion. Voi­ci main­te­nant ce qui est inté­res­sant, et je suis un témoin ocu­laire direct. Elle a lu son juge­ment, qui était écrit à la main sur plu­sieurs pages. Elle l’avait appor­té avec elle au tri­bu­nal sous forme de liasse, et elle n’y a appor­té aucune modi­fi­ca­tion. Elle avait rédi­gé son juge­ment avant même d’avoir enten­du Mark Summers.

Ses prin­ci­paux points étaient qu’Assange était capable de com­mu­ni­quer avec ses avo­cats en criant depuis la cage. Elle l’avait vu pas­ser des notes. Elle était prête à ajour­ner le tri­bu­nal à tout moment pour qu’Assange puisse des­cendre avec ses avo­cats pour dis­cu­ter dans les cel­lules, et si cela allon­geait la durée de l’audience de trois à six semaines, cela pour­rait prendre autant de temps que nécessaire.

Barait­ser a décla­ré qu’aucun des rap­ports psy­chia­triques qu’elle avait devant elle n’indiquait qu’il était néces­saire pour Assange de quit­ter la cage. Comme aucun des psy­chiatres n’avait été inter­ro­gé à ce sujet – et très pro­ba­ble­ment aucun ne connais­sait la dis­po­si­tion de la salle d’audience – cela n’est guère surprenant.

Je me suis deman­dé pour­quoi il est si impor­tant pour le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique de main­te­nir Assange dans cette cage, inca­pable d’entendre les pro­cé­dures ou de com­mu­ni­quer avec ses avo­cats, même lorsque les avo­cats du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ont décla­ré qu’ils n’avaient aucune objec­tion à ce qu’Assange siège avec ses avocats.

La réponse se trouve dans l’évaluation psy­chia­trique d’Assange don­née à la cour par le très dis­tin­gué pro­fes­seur Michael Kopel­man (qui est fami­lier à tous ceux qui ont lu Mur­der in Samar­kand) :

« M. Assange montre pra­ti­que­ment tous les fac­teurs de risque que les cher­cheurs d’Oxford ont décrit des pri­son­niers qui se sui­cident ou font des ten­ta­tives mor­telles. …
Je suis aus­si sûr qu’un psy­chiatre peut l’être que, si l’extradition vers les États-Unis deve­nait immi­nent, M. Assange trou­ve­rait un moyen de se suicider ».

Le fait que Kopel­man ne déclare pas spé­ci­fi­que­ment, comme l’a dit Barait­ser, que la cage de verre blin­dée est mau­vaise pour Assange ne reflète rien d’autre que le fait qu’on ne lui a pas posé cette ques­tion. Tout être humain ayant la moindre décence serait en mesure d’en tirer la conclu­sion. Le point de vue étroit de Barait­ser, selon lequel aucun psy­chiatre n’a spé­ci­fi­que­ment décla­ré qu’il devrait être libé­ré de la cage blin­dée, est à cou­per le souffle, mal­hon­nête et inhu­main. Il est presque cer­tain qu’aucun psy­chiatre n’avait ima­gi­né qu’elle déter­mi­ne­rait l’application d’une telle torture.

Alors pour­quoi Barait­ser le fait-elle ?

Je crois que l’enfermement d’Assange, ce geek intel­lec­tuel de l’informatique, à la manière d’Hannibal Lec­ter et qui n’a aucun fon­de­ment ration­nel, est une ten­ta­tive déli­bé­rée de pous­ser Julian au sui­cide. Le tri­bu­nal anti-ter­ro­riste de haute sécu­ri­té se trouve phy­si­que­ment dans l’enceinte de la for­te­resse qui abrite la pri­son de haute sécu­ri­té. Il est ame­né, menot­té et sous forte escorte, de sa cel­lule d’isolement à la cage blin­dée, via un tun­nel sou­ter­rain. Dans ces cir­cons­tances, quel est le besoin éven­tuel pour lui d’être fouillé à nu en per­ma­nence ? Pour­quoi n’est-il pas auto­ri­sé à avoir ses docu­ments sur lui ? Le plus révé­la­teur pour moi est le fait qu’il n’est pas auto­ri­sé à ser­rer la main ou à tou­cher ses avo­cats par la fente de la cage blindée.

Ils appliquent sans relâche le déni sys­té­ma­tique de tout récon­fort humain de base, comme le fait de tou­cher le bout des doigts d’un ami ou d’empêcher le sou­la­ge­ment qu’il pour­rait res­sen­tir sim­ple­ment en étant aux côtés d’un ami. Ils assurent la pour­suite des effets psy­cho­lo­giques extrêmes de l’isolement d’une année par un iso­le­ment vir­tuel. Un tout petit peu de confort humain pour­rait faire énor­mé­ment de bien à sa san­té men­tale et à sa rési­lience. Ils sont déter­mi­nés à y mettre fin à tout prix. Ils tentent de le pous­ser à se sui­ci­der – ou de créer en lui la condi­tion dans laquelle sa mort accé­lé­rée pour­rait être expli­quée comme un suicide.

C’est aus­si la seule expli­ca­tion que je puisse trou­ver pour expli­quer pour­quoi ils risquent de créer des condi­tions aus­si évi­dentes d’annulation de pro­cès. Les morts ne peuvent pas faire appel.

Je vous rap­pelle que Julian est un pré­ve­nu qui a pur­gé sa peine d’une durée sans pré­cé­dent pour avoir vio­lé sa liber­té sous cau­tion. Son sta­tut est cen­sé être actuel­le­ment celui d’un inno­cent accu­sé. Ces accu­sa­tions n’ont aucun fon­de­ment, si ce n’est la publi­ca­tion des révé­la­tions de Chel­sea Man­ning sur les crimes de guerre.

Il me semble cer­tain que Barait­ser agit selon des ins­truc­tions. Tout au long du pro­cès, elle a cher­ché déses­pé­ré­ment à sai­sir toute occa­sion de nier toute res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui arrive à Julian. Elle a décla­ré qu’elle n’avait aucune com­pé­tence sur son trai­te­ment en pri­son, et même lorsque la défense et l’accusation se sont unies pour affir­mer qu’il était nor­mal que les magis­trats trans­mettent des ins­truc­tions ou des demandes à l’administration péni­ten­tiaire, elle a refu­sé de l’admettre.

Barait­ser tente mani­fes­te­ment de se dis­tan­cer psy­cho­lo­gi­que­ment de toute res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui est fait. À cette fin, elle a mul­ti­plié les dénis de com­pé­tence ou de capa­ci­té à influen­cer les évé­ne­ments. Elle a décla­ré qu’elle n’avait pas com­pé­tence pour inter­fé­rer avec la fouille à nu, le menot­tage et la confis­ca­tion des papiers d’Assange ou son main­tien en iso­le­ment. Elle a décla­ré qu’elle n’était pas com­pé­tente pour deman­der que les avo­cats de la défense aient davan­tage accès à leur client en pri­son pour pré­pa­rer sa défense. Elle a décla­ré qu’elle n’avait pas com­pé­tence pour s’occuper de sa posi­tion dans la salle d’audience. Elle a sug­gé­ré à plu­sieurs reprises que c’est à la socié­té Ser­co de déci­der s’il peut trans­mettre des notes à ses avo­cats et au Groupe 4 de déci­der s’il peut être libé­ré de la cage blin­dée. Les moments où elle semble la plus satis­faite en écou­tant les argu­ments, sont ceux où l’avocat de l’accusation James Lewis affirme qu’elle n’a pas d’autre déci­sion à prendre que de signer l’extradition parce qu’elle est en bonne et due forme et que l’article 4 du trai­té n’a aucune valeur juridique.

Un membre de la famille Assange m’a fait remar­quer, à la fin de la pre­mière semaine, qu’elle semble très pares­seuse et qu’elle est donc ravie d’accepter tout argu­ment qui réduit la quan­ti­té de tra­vail qu’elle doit faire. Je pense qu’il s’agit d’autre chose. Je pense qu’il y a un coin de l’esprit de cette fille de dis­si­dents de l’apartheid qui rejette son propre rôle dans la tor­ture d’Assange, et qui ne cesse de répé­ter « Je n’avais pas le choix, je n’avais pas d’autorité ». Ceux qui suc­combent au mal doivent trou­ver le récon­fort inté­rieur qu’ils peuvent.

Avec nos remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont abon­nés pour rendre ce repor­tage pos­sible. Je tiens à sou­li­gner à nou­veau que je ne veux abso­lu­ment pas que qui­conque donne quoi que ce soit si cela lui cause la moindre pos­si­bi­li­té de contrainte financière.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig Mur­ray

Tra­duc­tion « c’est bien une course contre la montre » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​l​a​-​c​a​g​e​-​d​e​-​v​e​r​r​e​-​b​l​i​n​d​e​e​-​e​s​t​-​u​n​-​i​n​s​t​r​u​m​e​n​t​-​d​e​-​t​o​r​t​u​r​e​.​h​tml

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1 Commentaire

  1. beo

    Et en tant que membre de l’O­TAN, la France est com­plice de toute cette merde.

    Réponse

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