[Arrêter les ravages de la classe nuisible et de la classe obscène] Excellent Frédéric Lordon – Bourse du travail – Et si on essayait quelque chose ? 4 avril 2018

6/04/2018 | 13 commentaires

Fré­dé­ric Lor­don – Bourse du tra­vail – Et si on essayait quelque chose ? 4 avril 2018 

[… ] Nous sommes là parce que nous nous sen­tons requis. Nous nous sen­tons requis par un moment impor­tant, déci­sif peut-être.

Il y a du mal­heur dans ce pays, des gens souffrent seuls et ne se ren­contrent pas. Cer­tains choi­sissent même d’en finir et qui appar­tiennent désor­mais à des classes sociales qu’on n’aurait jamais imaginées. 

À un moment, il fau­dra mettre en ordre le voca­bu­laire : quand des poli­tiques publiques, conti­nû­ment pour­sui­vies depuis 30 ans, conduisent ain­si direc­te­ment des gens à s’abîmer ou à se sup­pri­mer, com­ment faut-il les qualifier ?

Je retiens de jus­tesse quelques mots qui me viennent à l’esprit mais au mini­mum, ce sont des poli­tiques qui sont pas­sibles de pro­cès publics. 

Il y a quelque temps j’ai pro­po­sé moi­tié pour rire, moi­tié pour pro­vo­quer, et une troi­sième moi­tié éven­tuel­le­ment pour réflé­chir un peu, de consi­dé­rer ce que j’ai appe­lé « la classe nui­sible ». Alors si ça en agace quelques–uns, on peut l’appeler autre­ment, c’est vrai que ce n’est pas très gen­til : la classe béate, la classe pha­ri­sienne, mais en gros, tous les ravis de la mon­dia­li­sa­tion, qui non seule­ment cau­tionnent mais applau­dissent à l‘installation des struc­tures du mal­heur des autres, n’en ont aucun égard, et pour finir, leur font la leçon à coup de géné­ra­li­tés édifiantes.

Mais la classe nui­sible est sur­mon­tée d’une frac­tion encore plus étroite qu’il fau­drait appe­ler « la classe obs­cène ». Si vous croyez que j’exagère, écou­tez, ten­dez l’oreille. Il ne se passe presque plus qu’une jour­née sans que quelques repré­sen­tants de la classe obs­cène ne viennent dépo­ser sa bouse… La classe obs­cène, c’est ce dépu­té macro­nien, entre­pre­neur enri­chi qui vient expli­quer que « ça suf­fit cette obses­sion pour le pou­voir d’achat parce qu’il y a quand même d’autres choses dans la vie » ; c’est cet autre qui sou­tient qu’il y a tout au plus une cin­quan­taine de SDF dans Paris et qui ont choi­si d’y être ; ou bien ce sinistre indi­vi­du qui sug­gère dans les colonnes du Point qu’on compte les décès liés aux grèves. Et bien comp­tage pour comp­tage, il faut rele­ver le défi, et car­ré­ment même ! 

À quand, par exemple, un livre noir mon­dial du néo­li­bé­ra­lisme ? Livre noir de l’ajustement struc­tu­rel au sud, de la mise au tra­vail des enfants en Afrique, du mas­sacre de la Grèce, des décès cli­ma­tiques aux sui­ci­dés bien de chez nous… 

La classe obs­cène veut comp­ter ? C’est par­fait, on va comp­ter avec elle. À ceci près, que nous ici, on ne veut pas seule­ment comp­ter, on veut arrê­ter le compteur.

Alors on va dire que j’extravague, qu’il n’est ques­tion après tout que d’une simple déré­gu­la­tion du trans­port fer­ro­viaire deman­dée par l’Europe… Je réponds qu’il ne fau­dra pas 5 ans pour que la SNCF connaisse sa vague de sui­cides comme avant elle Orange, La Poste, et les hôpi­taux … Nous ne lais­se­rons pas faire ça ! 

La véri­té c’est que par­tout où ils passent depuis 30 ans, les fana­tiques qui se pré­sentent comme des moder­ni­sa­teurs, des prag­ma­tiques et des bâtis­seurs sèment l’inefficacité, l’absurdité mana­gé­riale et la démo­li­tion. Car voi­là la véri­té : ce sont des bou­silleurs, ce sont des démo­lis­seurs. Ils démo­lissent les col­lec­tifs, ils démo­lissent un état d’esprit, celui du ser­vice du public, et pour finir, ils démo­lissent les personnes. 

Beau­coup d’entre nous sans doute vou­draient que le corps social en soit à tout ren­ver­ser dans un élan révo­lu­tion­naire. Le mini­mum de réa­lisme, c’est de consta­ter que nous n’en sommes pas là. Mais que voit-on à la place ? Nous voyons cette chose toute simple, et en même temps assez pro­fonde : les gens ont le goût de bien faire leur tra­vail. Ils n’en sont pas exac­te­ment à ren­ver­ser le sys­tème de l’exploitation et pour­tant ce capi­ta­lisme n’en a pas moins été assez con pour leur sac­ca­ger le tra­vail, et ça, ça les rend malades, et puis ça les rend furieux. Ils ont raison. 

Après déjà de trop nom­breuses étapes, les ordon­nances SNCF ne sont qu’une exten­sion sup­plé­men­taire du domaine du sac­cage, du sac­cage géné­ral. C’est bien pour­quoi tous les sec­teurs du sala­riat peuvent se retrou­ver dans la lutte d’aujourd’hui, pour­vu que soit por­té au jour, ce lien invi­sible qui les relie tous, par­fois sans qu’ils le sachent. Nous sommes ici pour contri­buer à ce que ce lien appa­raisse, pour le construire au besoin. 

Toutes les forces de l’argent et des médias de l’argent vont se dres­ser contre nous, comme en chaque grande occa­sion, comme en 1995, comme en 2005 avec le TCE, en 2010 avec les retraites… Les médias vont révé­ler leur par­ti ; nous aurons droit à tout : nous aurons droit aux son­dages à la con, aux micro trot­toirs à la con, aux édi­to­crates à la con, avec leurs trois mots de voca­bu­laire : grogne/galère/otage. Parce qu’il leur suf­fit de trois mots pour appa­reiller leur haine vis­cé­rale de tous les mou­ve­ments sociaux. Et ce sont les organes de la bour­geoi­sie tels qu’en eux-mêmes l’éternité les laisse… 

Mais même un film de recons­ti­tu­tion his­to­rique de série B ne vou­drait pas de pareils cabots, de tels tocards ! Ils sont too much, ils sont épais, ils sont ridi­cules, et fini­raient par faire pas­ser le scé­na­riste pour un débile. Mais c’est notre réa­li­té à nous. Et quelle misère de voir de plus en plus sou­vent le ser­vice public leur emboî­ter le pas. 

Toutes ces forces vont se scan­da­li­ser que nous ayons à la bouche, les mots de la bataille mais, elles, mènent la bataille. La leur. L’oligarchie allume par­tout la guerre sociale et puis vient s’offusquer que ce que les gens entrent en guerre : « Com­ment les gueux n’ont-ils pas le bon goût de se lais­ser équar­rir en silence ? » ! 

Et ils ne se lais­se­ront pas faire ; nous ne lais­se­rons pas faire ça ! Et à la place nous ferons autre chose. Nous savons que nos moyens sont limi­tés mais peut-être avons nous celui de la catalyse.

Une vapeur plane sur tout le pays, une vapeur de souf­france, mais aus­si de colère et peut-être même de scan­dale social ; une vapeur de désir éga­le­ment, le désir de se ras­sem­bler pour consti­tuer une force et mettre un terme à cette agres­sion sans fin.

Si Macron s’imagine qu’avec les ordon­nances SNCF, il veut s’éviter un conflit de che­mi­nots sur le dos, il se trompe et de beau­coup, car pas de bol pour lui, une chi­mie du mal­heur géné­ral est en train de s’opérer. Les gens étaient mal­heu­reux quand ils étaient seuls, ils découvrent qu’ils ne le sont pas ; ils se ras­semblent et alors le mal­heur se conver­tit en rage, en éner­gie pour lut­ter, comme quoi la chi­mie apporte par­fois d’excellentes nouvelles. 

Quant à Macron, c’est le fou du labo 4, c’est le chi­miste mal­gré lui. Si le macro­nisme a une seule ver­tu, c’est de rendre de plus en plus visible à tous, la cohé­rence d’une offen­sive généralisée. 

Il faut por­ter cette évi­dence au der­nier degré de clar­té dans les têtes. Il faut que tous sachent qu’ils sont tous can­di­dats à y pas­ser et qu’ils sachent aus­si qu’ils ont les moyens de faire dérailler le convoi.

Il faut que toutes les per­sonnes qui consti­tuent la masse deviennent plei­ne­ment conscientes de ce qui les attend car c’est la même chose qui les attend toutes ; et c’est à cette condi­tion que la masse pro­pre­ment devient masse. 

Alors, la masse tout natu­rel­le­ment trouve le moyen de son auto-défense, c’est le mou­ve­ment de masse. On nous demande ce que nous vou­lons, voi­ci la réponse : nous vou­lons le mou­ve­ment de masse. Si l’offensive est géné­rale, nous vou­lons le débor­de­ment général. 

Il faut dire à tous ceux qui se sentent dans le mal­heur qu’il y a une issue : ne res­tez pas seuls ! Ras­sem­blez-vous ! Lut­tez ! Lut­tons ! C’est le moment !

Fré­dé­ric Lordon.

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13 Commentaires

  1. VAYER

    C’est super.
    On devrait lire cela dans tous les lycées et l’af­fi­cher partout.

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  2. Lionel Palazzi

    Les trai­tés inébran­lables de l’UE érigent en reli­gion l’é­go­cen­trisme des classes obs­cènes (loi du mar­ché supé­rieure). Tant que nous les res­pec­tons, l’es­poir de chan­ge­ment réel du rap­port de force est vain. Si les ordon­nances SNCF gagnent, le sym­bole sera si fort qu’il ter­ras­se­ra même l’es­poir vir­tuel. Tout mon sou­tien à la lutte sym­bo­lique du der­nier rem­part. Contri­bu­tion à la 3e moi­tié car j’ai espoir, qu’un jour, la lutte serve à nous libérer.

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    • ève

      Cette loi du mar­ché n’est pas supé­rieure ! Elle est infé­rieure ! Com­men­cer par mettre les vrais mots à leurs places nous aide­ra peut-être ! Tant que l’argent sera vir­tuel , il n’y a pas d’es­poir ni vir­tuel , ni réel ! Gar­der cepen­dant l’es­poir de vie en nous et conti­nuer avec du cash alter­na­tif réel qu’ils pour­ront bien sûr com­battre avec l’in­quié­tude de perdre aus­si pour eux comme pour nous en ce moment ! Rêver avec espoir et courage !
      F.Lordon est tou­jours aus­si ani­mé que l’an dernier !
      Bonne jour­née combattive !

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  3. Hodebert

    Un tel élan lit­té­raire et poé­tique est digne du plus grand Vic­tor Hugo. Il n’est pas sur­pre­nant qu’Etienne Chouard y soit sen­sible. Avec Fré­dé­ric Lor­don, éton­nant trait d’union entre l’economie et la phi­lo­so­phie, de tels éclats de véri­té trans­cendent la gri­saille poli­tique. Mer­ci Lordon.

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  4. Desbois

    MAIS QUELLE FORME DOIT PRENDRE LA LUTTE ?
    Les réfé­ren­dums sont niés, les grèves sont peu effi­caces, alors ?

    Donc, il va fal­loir lacher la poli­tique de papa (l’é­lec­tion) et faire de la poli­tique nou­velle, c’est à dire de ter­rain, concrete, s’or­ga­ni­ser avec son voi­sin, sa rue, son quar­tier, etc.
    Repre­nons à notre compte, le slo­gan des publi­ci­taires de Macron : Met­tons nous en marche ! (mais pour de vrai, pas pour de faux pour gagner les élections)
    Ces­sons d’être leur com­plice, ces­sons de par­ti­ci­per à leur jeu. Pas facile.
    Il est donc plus qu’urgent de quit­ter le navire de l’oligarchie dès à pré­sent et de s’engager dans la construc­tion d’une alter­na­tive pour qu’au moment de l’impact il ne res­ta dans le navire que les oli­garques eux-mêmes. 

    Cette alter­na­tive existe, dis­per­sée entre une mul­ti­tude d’associations, d’initiatives locales, de prises de conscience indi­vi­duelle, d’individus iso­lés, etc.

    Mais ces mou­ve­ments de résis­tances par la construc­tion d’alternatives, oeuvrent cha­cun dans leur domaine, sans vue d’ensemble et sans liens entre eux. C’est une bonne chose pour pas­ser sous les radars, mais il faut aus­si une coor­di­na­tion et un objec­tif com­mun avec une stra­té­gie com­mune et partagée.
    Aujourd’hui, déso­béir c’est par­ti­ci­per à la construc­tion de l’al­ter­na­tive (tel Noé construi­sant son arche ?) pour que ce monde alter­na­tif en émer­gence conti­nue de se déve­lop­per et de per­mettre à cha­cun de nous de quit­ter le navire de l’oligarchie.
    Deux axes :
    1 – ali­men­ter l’alternative :
    A cha­cun en son âme et conscience à faire selon ses forces, dans son domaine, ne serait-ce qu’un petit quelque chose, comme semer des graines en dif­fu­sant des infor­ma­tions, en fai­sant connaître, en par­ti­ci­pant à des mou­ve­ments locaux.
    2 – aban­don­ner le sys­tème oligarchique :
    Des pistes, par exemple : https://​www​.coli​bris​-lemou​ve​ment​.org/

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  5. RV

    L’o­li­gar­chie ne céde­ra qu’à par­tir du moment où nous tou­che­rons à son porte mon­naie. Dans les assem­blées la « grève géné­rale » est accla­mée régu­liè­re­ment. Mais elle tarde à venir.
    La pro­po­si­tion de Ber­nard Friot de déve­lop­per, d’é­tendre, le déjà là, une ampli­fi­ca­tion de la coti­sa­tion pour abon­der une caisse d’in­ves­tis­se­ment est une voie toute tra­cée à emprunter.
    Elle per­met de se pas­ser du prêt à inté­rêt, pre­mière pierre de décons­truc­tion de l’ac­cu­mu­la­tion du capi­ta­lisme. Son autre mesure phare est l’a­bo­li­tion de la pro­prié­té lucra­tive en ins­ti­tuant la pro­prié­té d’u­sage des moyens de pro­duc­tion, deuxième pierre de décons­truc­tion de l’ac­cu­mu­la­tion capitaliste.
    Ces deux mesures sont du déjà là depuis que le Régime géné­ral de la sécu­ri­té sociale en 1945 a rem­pla­cé la mul­ti­tude de caisses pré-exis­tantes. Le Régime géné­ral a per­mis l’in­ves­tis­se­ment dans la construc­tion de tous nos CHU et leur fonc­tion­ne­ment jus­qu’aux contre réformes qui ont abou­ti récem­ment à la tari­fi­ca­tion à l’acte. Il nous faut reve­nir à la caisse unique et à la pro­gres­si­vi­té du taux de cotisation.

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  6. etienne

    Tisser les luttes

    par Fré­dé­ric Lor­don, 8 avril 2018

    Donc le 5 mai. Mais quoi le 5 mai ? Et pour­quoi si loin ?

    La frag­men­ta­tion des dates, des cor­tèges et des reven­di­ca­tions sec­to­rielles est un fléau. Si ces luttes n’aperçoivent pas qu’elles se fondent toutes dans une cause com­mune, et que leur réel objec­tif c’est cette cause com­mune, elles seront toutes défaites. Or c’est l’évidence : si la chose est plus abs­traite qu’une grille ou un sta­tut, c’est quand même bien d’une unique matrice que vient le poi­son qui dévaste tous les sec­teurs du tra­vail. Appe­lons-la néo­li­bé­ra­lisme pour faire simple. Nous savons en quoi il consiste : en la sou­mis­sion de toute acti­vi­té humaine à la ratio­na­li­té mana­gé­riale sous contrainte de concur­rence géné­ra­li­sée. C’est-à-dire à la déshu­ma­ni­sa­tion de tout. Le spec­tacle du for­çage n’est jamais si frap­pant que lorsqu’il se donne dans le sec­teur public, conver­ti au knout à des logiques qui lui étaient radi­ca­le­ment étran­gères. Pierre Bour­dieu n’exagérait rien quand il par­lait d’enjeux civi­li­sa­tion­nels en 1995 (1). Lorsque la manière, l’état d’esprit, la forme des rela­tions, en quoi consiste le ser­vice du public est rem­pla­cé par la subor­di­na­tion aux seules logiques du nombre, c’est bien en effet d’une des­truc­tion civi­li­sa­tion­nelle qu’il s’agit.

    La matrice du désastre

    On n’en trouve sans doute pas d’illustration plus gro­tesque ni plus misé­rable que la pro­po­si­tion par La Poste d’un ser­vice « Veiller sur ses parents », offre très fine­ment seg­men­tée et tari­fée en fonc­tion de pres­ta­tions dûment cali­brées, et dont on voit immé­dia­te­ment à quoi elle conduit : ce que le pos­tier fai­sait de lui-même, por­teur conscient d’un rôle social, ne comp­tant pas son temps, devient un enfer de stan­dar­di­sa­tion d’où toute pré­sence humaine est vouée à s’absenter. Comme tou­jours, le déchi­re­ment pas­se­ra au tra­vers des indi­vi­dus, encore rem­plis de leur manière ancienne et qui ne renon­ce­ront pas comme ça aux exi­gences élé­men­taires du contact humain, mais désor­mais asser­vis à la grille des temps, l’objectif du nombre de vieux et du béné­fice par vieux à tenir.

    Voir le dos­sier ser­vices publics « L’intérêt géné­ral à la casse » dans Le Monde diplo­ma­tique d’avril 2018, en kiosques. Voi­là com­ment, en effet, on détruit un monde. Il n’est pas un hasard que l’homme qui pré­side à ce désastre soit Phi­lippe Wahl, ex-membre du cabi­net de Michel Rocard, le pre­mier ministre ché­ri de la gauche de droite, célé­bré par toute la classe nui­sible éna­mou­rée, médias de mar­ché en tête, comme l’homme de la moder­ni­té, quand sa res­pon­sa­bi­li­té his­to­rique réelle aura été d’ouvrir tout le sec­teur public à la des­truc­tion néo-mana­gé­riale. Les infir­mières et les méde­cins à bout, les soi­gnants et soi­gnantes des Ehpad au déses­poir, l’université rava­gée, les sui­cides à Orange, à La Poste, imman­qua­ble­ment à la SNCF, voi­là l’héritage his­to­rique réel de Michel Rocard.

    La dette aura été le levier de cette conver­sion for­cée, elle-même pré­cé­dée par une stra­té­gie par­ti­cu­liè­re­ment vicieuse de pau­pé­ri­sa­tion déli­bé­rée du ser­vice public (2). Star­ving the beast annon­çaient déjà les néo­li­bé­raux amé­ri­cains dans les années 70. Et rien de plus simple ! Il suf­fit de bais­ser mas­si­ve­ment les impôts pour, comp­tant avec l’inertie rela­tive des dépenses, ouvrir immé­dia­te­ment des défi­cits. Et déga­ger le ter­rain pour le tapis de bombes idéo­lo­gique – l’impossibilité de vivre au-des­sus de ses moyens, l’État en faillite, la dette à nos enfants. Alors com­mence l’ajustement du côté des dépenses. Et la pau­pé­ri­sa­tion est en marche. La dégra­da­tion du ser­vice n’est plus qu’un appel cli­gno­tant à la pri­va­ti­sa­tion. Quant à cer­taines enti­tés para-publiques, elles n’ont plus le choix pour sur­vivre que de s’endetter. Toute la logique du tra­vail s’en trouve réor­ga­ni­sée autour de la seule contrainte finan­cière. Comme l’a rap­pe­lé Ber­nard Friot à Tol­biac le 3 avril en évo­quant l’hôpital, les soi­gnants des années 1970 qui étaient au bon­heur de soi­gner pour soi­gner, connaissent désor­mais le mal­heur d’avoir à soi­gner pour rembourser.

    Voi­là com­ment après avoir inten­si­fié l’asservissement action­na­rial dans le pri­vé, on sou­met le public lui aus­si à l’empire du nombre. Voi­là la matrice où les Car­re­four, les Ehpad, les hos­pi­ta­liers, les pos­tiers, les che­mi­nots bien­tôt, et tant d’autres, trouvent leurs mal­heurs. Bour­dieu, par­lant de la misère du monde, enre­gis­trait les effets, ici se tient leur foyer.

    Il arrive par­fois qu’un ensemble imper­son­nel de struc­tures se trouve son incar­na­tion par­faite. Rare­ment l’histoire nous aura fait la faveur d’une per­son­ni­fi­ca­tion aus­si criante de véri­té : un ban­quier d’affaire, por­té au pou­voir par toutes les forces de l’argent, presse de l’argent en tête. Il est la zom­bi­fi­ca­tion mana­gé­riale du monde en per­sonne, inca­pable de com­prendre une situa­tion humaine hors des abs­trac­tions du nombre. Toute confron­ta­tion avec un indi­vi­du réel, autre qu’un entre­pre­neur du numé­rique, est vouée au désastre com­mu­ni­ca­tion­nel. Le « dia­logue » entre Macron et une infir­mière du CHU de Rouen, si l’on peut appe­ler « dia­logue » le fra­cas­se­ment d’une parole vivante contre le mur de l’autisme comp­table, pour­rait res­ter comme le résu­mé par­fait d’une époque, la ter­rible confir­ma­tion du pro­pos de Friot : l’une dénonce le manque des moyens pour que puissent tra­vailler conve­na­ble­ment « des gens qui ici se donnent un mal de chien », l’autre répond par le ratio du défi­cit public et de la dette par rap­port au PIB – non sans invo­quer, comme de juste, « nos enfants ». Une camé­ra sai­sit la mine de com­mi­sé­ra­tion qui se peint sur le visage de la ministre Buzyn décou­vrant que les infir­mières n’entendent rien à la macroé­co­no­mie de la dette publique, et en trois secondes d’un plan volé tout est dit.

    Un nombre contre un autre

    Notre vie est livrée à ces gens-là. Les arrê­ter de mettre métho­di­que­ment toute la socié­té à sac : tel est le sens du com­bat d’aujourd’hui. C’est peu dire qu’il excède celui des che­mi­nots, ou des agents de la fonc­tion publique, ou de n’importe quelle autre caté­go­rie, même s’il les com­prend tous. C’est pour­quoi les luttes frag­men­tées, fixées sur leurs reven­di­ca­tions propres, occu­pées seule­ment à « se comp­ter », défi­lant en iti­né­raires dif­fé­rents (comme le 22 mars à Paris), arc­bou­tées sur la grève de semaine comme l’unique moyen (qu’elle soit l’un des moyens, qui le nie­rait ?), portent la cer­ti­tude de l’erreur stra­té­gique, par mécon­nais­sance des enjeux réels, et celle de la défaite. Car, comme sou­vent dans l’histoire, la vic­toire passe par le nombre. Un nombre contre un autre en quelque sorte ! Le nombre poli­tique contre le nombre mana­gé­rial (lire « Ordon­nances SNCF : l’occasion »).

    Et voi­là le sens du pari du 5 mai : réa­li­ser le nombre poli­tique. Le nombre frappe les esprits. Une mani­fes­ta­tion natio­nale, de masse, n’est pas juste « une manif de plus ». C’est une démons­tra­tion de force. C’est pour­quoi elle est un objec­tif en soi – même si elle n’est en fait qu’un objec­tif inter­mé­diaire. Pour réa­li­ser le nombre, dans la rue, il faut un week-end. Beau­coup, enten­dant l’initiative du 5 mai, se sont inquié­tés qu’elle ne vienne que beau­coup trop loin. S’ils savaient comme nous le pen­sons aus­si. Mais, posé l’objectif de la mani­fes­ta­tion de masse, qui fait tout le sens de cette ini­tia­tive, il suf­fit de prendre un agen­da et de consta­ter. 21 avril : trop tôt pour la logis­tique d’un tel évé­ne­ment. 28 avril : jour de grève des che­mi­nots, pas de trains pour ache­mi­ner vers Paris. L’un et l’autre (21 et 28) au sur­plus en pleine vacances de prin­temps pari­siennes. Pre­mière date réa­liste : le 5 mai. […]

    Lire la suite :
    https://blog.mondediplo.net/2018–04-08-Tisser-les-luttes

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  7. Ecrlinf

    Macron est un nazi­li­bé­ral, à l’image de son temps. En 1934, Mar­cuse avait déjà tra­cé les ana­lo­gies entre nazisme et libé­ra­lisme. Celui-ci est plus fort que celui-là, car il s’accomode de tous les régimes. Aujourd’hui, il a le visage d’une démo­cra­tie dite repré­sen­ta­tive, qui mul­ti­plie allè­gre­ment les mani­pu­la­tions séman­tiques bien connues : « réforme » pour coupe sociale, « moder­ni­sa­tion » pour retour à l’esclavage, « mobi­li­té » et « flexi­bi­li­té » pour pré­ca­ri­té, etc., j’en passe et des meilleures. Après le 20e siècle, comme on dit, le 19e. Mais qui avons-nous pour com­battre ce camé­léon huma­ni­vore ? Rap­pe­ler aux pro­fes­sion­nels de la délé­ga­tion poli­tique ce qu’est le pou­voir consti­tuant ? Nos amis Chouard et Lor­don, et quelques autres, vaillants com­bat­tants de ce qui reste d’humanité et d’intelligence, sont joyeu­se­ment ban­nis des médias de masse, fabriques de l’opinion majo­ri­taire. Ils ne font pas davan­tage par­tie des « son­dés » ! La son­do-médio­cra­tie les a clas­sés depuis long­temps comme extré­mistes, dan­ge­reux et insa­lubres (et je ne serais pas éton­né qu’ils soient déjà fichés…) ! Alors que faire ? Se décou­ra­ger et s’asseoir devant Koh Lan­ta, les feux de l’amour, Télé­sport, la saga Hal­li­day, les chro­niques cri­mi­nelles et autres émis­sions parcs à bœufs qui cultivent l’abrutissement par la logique de la com­pé­ti­tion et de l’élimination de l’adversaire, la glo­ri­fi­ca­tion du fric, l’éloge du confort mono­space et le culte des « forces de l’ordre » ? J’irai à la manif du 5 mai, mais fran­che­ment, je suis un peu déses­pé­ré, et il me prend l’envie d’aller éle­ver des mou­tons au fin fond du Can­tal. Que faire docteur ?

    Réponse
  8. etienne

    La grève SNCF. Simple. Basique :

    Réponse
  9. etienne

    Vol des biens publics. Chaque jour un scandale de plus, sur l’ardoise des voleurs de pouvoir et du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois). Après les autoroutes, aujourd’hui, les barrages :

    Réponse
  10. Berbère

    Demain un gouvernement mondial ?

    invi­té : Pierre Hil­lard

    Réponse
  11. Berbère

    après les nou­velles régle­men­ta­tion concer­nant les trans­plan­ta­tions d’or­ganes et leur moyen d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en fourniture…
    les autopsies…quand on pour­rait peut-être évi­ter celles-ci…
    vite un sac, je vai ger…

    Aux Etats-Unis, le com­merce de cadavres “en pièces détachées”
    il y a 6 mois 244 views

    Le Monde​.fr
    Entre­prise achète cadavre. Par le biais de petites annonces et de cam­pagne publi­ci­taires par mail, plus d’une tren­taine d’en­tre­prises amé­ri­caines pro­posent d’a­che­ter des cadavres. Leur but : en vendre le plus grand nombre de par­ties pos­sible, prin­ci­pa­le­ment à des méde­cins et des étu­diants en méde­cine. Les ven­deurs, eux, sont sou­vent des pauvres qui n’ont pas les moyens de payer des funé­railles à leurs proches défunts. La tran­sac­tion faite avec ces mar­chands d’un genre quelque peu lugubre, ces der­niers assurent la cré­ma­tion des par­ties du corps res­tées invendues.
    Aux Etats-Unis, il est illé­gal d’a­che­ter des organes à des fins de trans­plan­ta­tion. Mais rien n’in­ter­dit de vendre des cadavres dans ce mar­ché qui n’est pas régulé. 

    Un corps entier se vend entre 3000 et 5000 dollars
    https://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​6​7​j​s8l

    Réponse
  12. Berbère

    “Le corps humain se vend en pièces détachées”
    https://​lar​geur​.com/​?​p​=​4​294

    Heu­reu­se­ment qu’il y a des méde­cins tel que le Dr Jacques Michaud- auteur du livre « L’ho­méo­pa­thie pour une méde­cine dif­fé­rente » qui accom­pagne à la gué­ri­son, si le corps a son intel­li­gence et si l’être est plus qu’un ensemble de tissus…et non un robot, comme cer­tains usur­pa­teurs poli­tiques vou­draient nous faire asso­cier – bref, reg…
    https://livre.fnac.com/mp17447470/L‑homeopathie-pour-une-medecine-differente

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