[Lanceurs d’alerte contre la propagande de guerre] Venezuela : comment NE PAS donner une information

25/08/2017 | 5 commentaires

Venezuela : comment NE PAS donner une information


Ángeles Diez Rodríguez
pho­to : Ángeles Diez Rodrí­guez, Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

 

Le 30 juillet s’est pro­duit un évé­ne­ment poli­tique d’une por­tée his­to­rique consi­dé­rable : un peuple inter­na­tio­na­le­ment assailli à l’extérieur et sou­mis à la vio­lence para­mi­li­taire à l’intérieur, est des­cen­du dans la rue pour expri­mer son double rejet de l’ingérence inter­na­tio­nale et des aspi­ra­tions des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle der­nier, un évé­ne­ment d’une telle ampleur aurait figu­ré en pre­mière page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et pri­vés, l’auraient rele­vé dans leurs gros titres, sans doute mani­pu­la­teurs, mais ceux-ci auraient par­lé du défi du peuple véné­zué­lien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient mon­tré des images, peu nom­breuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de véné­zué­liens devant les bureaux de vote, comme ceux du Polie­dro de Cara­cas, ou de ces gens mar­chant à tra­vers les col­lines et tra­ver­sant les rivières dans la région de Táchi­ra ou de Méri­da, où les bureaux de vote étant occu­pés par des gua­rim­be­ros (cas­seurs) armés, il fal­lait se dépla­cer à la recherche de centres de secours où pou­voir voter, sou­vent sans y parvenir.

Les légendes des pho­tos auraient sûre­ment détour­né les images et pro­po­sé une lec­ture en accord avec le déses­poir de l’opposition put­chiste inca­pable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un com­men­taire, une toute petite infor­ma­tion qui aurait par­lé de la volon­té majo­ri­taire du peuple véné­zué­lien contre tout pro­nos­tic et tout cal­cul rationnel.

Tout jour­na­liste digne de ce nom aurait vou­lu consi­gner, ana­ly­ser, véri­fier et même mani­pu­ler cet évé­ne­ment. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font cir­cu­ler une infi­ni­té d’images qui comblent les vides des nou­velles qui en sont dépour­vues. Là où les médias de masse cachent une image, les réseaux en mettent des cen­taines. Cepen­dant, le 31 Juillet, l’information sur les élec­tions véné­zué­liennes pour l’Assemblée Consti­tuante est pas­sée sous silence dans les médias espa­gnols. C’est une autre infor­ma­tion qui fut don­née à sa place.

La non nou­velle qui a sup­plan­té l’événement véné­zué­lien, bâtie sur le modèle déjà exis­tant (vio­lence et chaos) était : nou­velle jour­née de vio­lence au Vene­zue­la. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qua­li­fi­ca­tifs, à façon­ner une image qui cor­res­ponde à la pro­pa­gande dis­til­lée au cours des mois anté­rieurs. Puis ont éclos les spores dis­sé­mi­nées par la non nou­velle, qui avaient déjà été dif­fu­sées par les agences impé­ria­listes : auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gou­ver­ne­ment, oppo­sants nou­vel­le­ment arrê­tés, iso­le­ment international…

L’événement d’une jour­née élec­to­rale qui a mobi­li­sé des mil­lions de véné­zué­liens qui sont allés voter pour leurs can­di­dats à la Consti­tuante, fut trop incon­tes­table pour être pas­sé sous silence ; les flots du peuple véné­zué­lien trou­vaient une infi­ni­té de fenêtres numé­riques par où s’écouler. De sorte que le sys­tème de pro­pa­gande de guerre des médias de masse espa­gnols, si bien entre­te­nu et hui­lé par les agences de presse éta­su­niennes, acti­va l’un de ses res­sorts les plus sub­tils. Il n’affronta pas la nou­velle en la tai­sant, bien qu’il le fît éga­le­ment, il ne mani­pu­la pas des images comme il l’a réel­le­ment fait avec le frau­du­leux réfé­ren­dum de l’opposition du 16 Juillet (le jour­nal El País dût rec­ti­fier une image du test élec­to­ral pour l’assemblée Consti­tuante, sous laquelle figu­rait une légende affir­mant que c’étaient des queues pour voter au réfé­ren­dum orga­ni­sé par l’opposition). Dans ce cas, la tech­nique de pro­pa­gande média­tique majo­ri­tai­re­ment employée fit rem­pla­cer l’information qui fai­sait l’évènement par d’autres qui atti­re­raient l’attention des audiences.

Les gros titres par­lèrent de vio­lence, dic­ta­ture et condam­na­tion inter­na­tio­nale : “Lors d’une jour­née mar­quée par la ten­sion, les mani­fes­ta­tions, la répro­ba­tion inter­na­tio­nale et la vio­lence, les véné­zué­liens ont voté pour choi­sir les membres de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante » (CNN en espa­gnol) ; “Madu­ro concré­tise un coup d’état contre lui-même au Vene­zue­la au cours d’une jour­née élec­to­rale des plus vio­lentes” (El País) ; “Condam­na­tion inter­na­tio­nale de l’usage dis­pro­por­tion­né de la force au Vene­zue­la. 10 per­sonnes au moins sont mortes dans les mani­fes­ta­tions pen­dant les élec­tions à l’assemblée consti­tuante que sou­tient Nicolás Madu­ro. (Télé­vi­sion Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 mil­lions de véné­zué­liens atten­daient leur tour pour voter. Après les élec­tions pré­si­den­tielles de 2012 qui élirent Hugo Chá­vez, ce furent les élec­tions qui mobi­li­sèrent la plus large par­ti­ci­pa­tion de masse. Tou­te­fois, lorsque l’on consulte les archives pho­to­gra­phiques du jour­nal El País, on se trouve devant un étrange phé­no­mène : sur 30 images sélec­tion­nées par le quo­ti­dien, 7 sont celles d’explosions, de bar­ri­cades et d’actes de vio­lence, 2 montrent les oppo­sants, 2 autres le pré­sident Madu­ro et le reste montre des véné­zué­liens iso­lés en train de voter, l’urne en pre­mier plan, des petits groupes regar­dant les listes ou assis, atten­dant pour voter ; il n’y a qu’une pho­to où l’on voit très loin des voi­tures et des per­sonnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images signi­fi­ca­tives fut consta­té sur la Télé­vi­sion Espa­gnole. C’est dire que, dans les médias espa­gnols de grande audience, les images, quand elles fai­saient allu­sion à l’acte de voter, lan­çaient un mes­sage contraire à la réa­li­té qui cir­cu­lait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de véné­zué­liens sont allés voter. C’étaient des images soi­gneu­se­ment sélec­tion­nées pour appuyer la ver­sion de l’opposition et ne pas don­ner l’information de l’appui mas­sif à la Consti­tuante don­né par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes poli­tiques ne font pas de décla­ra­tion, ils twittent, où la vola­ti­li­té de l’information numé­rique pré­vaut sur le papier et où les télé­vi­sions copient les réseaux sociaux, les façons de men­tir et de défor­mer sont de plus en plus com­plexes. Plu­tôt que de cacher une infor­ma­tion, il est plus effi­cace d’en don­ner une autre dif­fé­rente, qui occupe la place de la réelle. Nous appel­le­rons cela la « non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations socio­lo­giques) que ceci soit habi­tuel dans les médias espa­gnols. Comme anté­cé­dents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signa­lait que la Télé­vi­sion Espa­gnole, alors que le chô­mage était tou­jours la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des espa­gnols, lui avait consa­cré la moi­tié du temps qu’elle avait employé à par­ler de la crise poli­tique au Vene­zue­la (les jour­naux télé­vi­sés de ce mois-là consa­crèrent 71 minutes à la situa­tion du Vene­zue­la face aux 31 qu’ils dédièrent au chô­mage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bul­le­tins d’information du monde ouvraient sur le désar­me­ment de l’ETA, la Télé­vi­sion Espa­gnole par­lait du Vene­zue­la plu­tôt que du désar­me­ment de l’ETA.

Cette tech­nique de pro­pa­gande de guerre qu’emploient les jour­naux d’information espa­gnols fait par­tie d’autres tech­niques mieux réper­to­riées comme : le deux poids deux mesures, prendre la par­tie pour le tout, les infos toxiques, la par­tia­li­té des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de sub­sti­tu­tion, la non infor­ma­tion, elle, doit com­por­ter cer­taines carac­té­ris­tiques. En pre­mier lieu, elle doit être cré­dible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà éta­blie ; dans le cas des élec­tions à l’Assemblée Consti­tuante cette matrice est : vio­lence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait cer­tain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des bar­ri­cades incen­diées, un quel­conque inci­dent iso­lé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anec­do­tique ou ne peut être géné­ra­li­sé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cepen­dant, pour ne pas don­ner l’information impor­tante ‑celle qui, elle, est géné­ra­li­sable quan­ti­ta­ti­ve­ment et qualitativement‑, il est fon­da­men­tal de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre média­tique, fonc­tionne, comme les atten­tats sous faux dra­peaux ou atten­tats contre soi-même, (ceux qui sont com­mis pour reje­ter la faute sur l’ennemi et jus­ti­fier une inter­ven­tion). Ain­si, lors de la jour­née d’élections véné­zué­lienne il y eut des inci­dents pro­vo­qués par l’opposition, un atten­tat contre la Garde Natio­nale Boli­va­rienne, des embus­cades armées pour dis­sua­der les votants et incen­die de bureaux de vote. Mais si l’on prend la jour­née dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude paci­fique et la déter­mi­na­tion des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troi­sième lieu, l’information de sub­sti­tu­tion doit être au rang du spec­ta­cu­laire autant que l’information réelle, afin de rete­nir toute l’attention. La vio­lence est tou­jours une infor­ma­tion spec­ta­cu­laire en soi, elle est capable de rete­nir l’attention et de relé­guer tout autre fait. C’est pour­quoi, même lorsque l’on ne dis­pose pas d’images de vio­lence il faut que le jour­na­liste appa­raisse por­tant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cer­veau prête foi aux actes de vio­lence dont parle le reporter.

En qua­trième lieu, elle doit être capable de concen­trer l’attention de ceux qui sont cri­tiques envers les médias de masse, afin que tout le poten­tiel de contre-infor­ma­tion soit poin­té vers la mise en cause du « mes­sa­ger » (les moyens de com­mu­ni­ca­tion de masse). Nous, les intel­lec­tuels et ana­lystes, nous nous foca­li­sons sur la dénon­cia­tion de la mani­pu­la­tion des médias et nous lais­sons de côté la dif­fu­sion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concen­trés sur la dénon­cia­tion de l’attentat contre la garde natio­nale boli­va­rienne, que les médias ont trans­for­mé en « répres­sion contre Madu­ro » ou sur la dénon­cia­tion de la vio­lence des para­mi­li­taires de l’opposition qui sabo­taient les élec­tions, au lieu de par­ler des véné­zué­liens élus pour réfor­mer la Consti­tu­tion, de leur ori­gine sociale, de leur enga­ge­ment envers leurs bases, des pre­mières pro­po­si­tions pour la réforme de la Consti­tu­tion, des pro­blèmes d’impunité que sou­haite résoudre la nou­velle car­ta magna … En théo­rie de la com­mu­ni­ca­tion cela se com­prend comme l’Agenda Set­ting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on par­le­ra, qui fixent ce qui est impor­tant, ce qui ne doit appa­raître dans aucun média, com­ment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non infor­ma­tion de ces jours der­niers a été « l’isolement inter­na­tio­nal du Vene­zue­la ». Aux Nations Unies, le Vene­zue­la a obte­nu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approu­vèrent une réso­lu­tion de recon­nais­sance de la Consti­tuante véné­zué­lienne et récla­mèrent la non-ingé­rence. Par­mi ces pays figu­raient les plus peu­plés au monde et quelques autres de grand poids inter­na­tio­nal comme la Rus­sie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.

La non infor­ma­tion qui rem­pla­ça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les prin­ci­paux pays d’Amérique Latine condamnent la Consti­tuante de Madu­ro (El País) » infor­ma­tion éga­le­ment pré­sente dans la majo­ri­té des médias espa­gnols le len­de­main des élections.

Mais cette tech­nique ne fonc­tionne que si l’on dis­pose du per­son­nel spé­cia­li­sé capable, presque spon­ta­né­ment, d’élaborer les non infor­ma­tions, capable de regar­der ailleurs, bien équi­pé du dégui­se­ment du « repor­ter de guerre ». Ce sont les para­jour­na­listes, et à la tête de la pro­fes­sion inter­na­tio­nale se trouvent les espa­gnols, tant des médias de masse pri­vés que des médias publics.

L’an der­nier j’ai déjà défi­ni ce que j’entends par para­jour­na­listes : « Si l’on qua­li­fie de para­mi­li­taire celui qui est affi­lié à une orga­ni­sa­tion civile dotée d’une struc­ture ou d’une dis­ci­pline mili­taire, nous pou­vons dire des para­jour­na­listes qu’ils sont ces jour­na­listes affi­liés à des médias de masse qui suivent une dis­ci­pline mili­taire, lan­çant des bombes infor­ma­tives sur les objec­tifs défi­nis par leurs entre­prises ». Par­mi ces der­niers nous avons Mar­cos López et Nuria Ramos, cor­res­pon­dants de Télé­vi­sion Espa­gnole, qui sans aucun doute méritent une men­tion spé­ciale pour leur mau­vais tra­vail jour­na­lis­tique, tou­jours prêts à se pla­cer du côté de ceux qui jettent les bombes incen­diaires sur la garde boli­va­rienne, capables de contre­dire sans dif­fi­cul­té les images que recueillent leurs propres appa­reils de pho­tos, dis­po­sés à se faire les vic­times –tout comme l’opposition- de la « répres­sion du gou­ver­ne­ment bolivarien ».

La grande offen­sive contre le gou­ver­ne­ment du Vene­zue­la de la part des médias de masse espa­gnols fait par­tie de la guerre mon­diale contre tout pro­ces­sus qui ne se plie pas aux inté­rêts impé­ria­listes. Nos para­jour­na­listes jouent leur rôle comme membres de l’armée vas­sale. Ces jours der­niers nous avons véri­fié que la guerre média­tique contre le Vene­zue­la est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guer­rière d’aujourd’hui est sans pré­cé­dents, et qu’en réa­li­té il n’existe pas dif­fé­rents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape Fran­çois, nous sommes face à une Troi­sième Guerre Mon­diale dont nous ne voyons que des bribes, le Vene­zue­la est aujourd’hui l’un des objec­tifs prio­ri­taires pour l’empire. La dif­fi­cul­té vient de ce que, contrai­re­ment à ce que nous vendent les films de Hol­ly­wood, aujourd’hui la guerre ne se pré­sente pas à nous sous la même forme qu’au siècle der­nier, il nous est plus dif­fi­cile de recon­naître son mode de dérou­le­ment et d’identifier ses nou­veaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Vene­zue­la essaie de com­battre les deux piliers sur les­quels repose la Révo­lu­tion boli­va­rienne : la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et l’utopie socia­liste. Elle vise à miner l’image du Vene­zue­la à l’extérieur pour contre­ba­lan­cer deux des traits les plus carac­té­ris­tiques de la révo­lu­tion boli­va­rienne : la voie paci­fique et démo­cra­tique pour trans­for­mer le pays et l’utilisation de ses res­sources natu­relles pour amé­lio­rer les condi­tions de vie socio-éco­no­miques de la popu­la­tion. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alter­na­tive au Capi­ta­lisme. En ce sens, le Vene­zue­la a éga­le­ment pris la relève de Cuba comme réfé­rent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est deve­nu le mau­vais exemple.

D’où les mis­siles qui sont constam­ment lan­cés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révo­lu­tion boli­va­rienne : la vio­lence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux tor­pilles qui tra­di­tion­nel­le­ment sont poin­tées sur la ligne de flot­tai­son de toute uto­pie socialiste.

Avec un pareil objec­tif, les moyens de com­mu­ni­ca­tion et tout le sys­tème de pro­pa­gande contre le Vene­zue­la visent très spé­cia­le­ment le ter­rain des cam­pagnes élec­to­rales et mettent en cause sa démo­cra­tie. Il ne faut pas oublier que les élec­tions sont la condi­tion de la démo­cra­tie pour les élites poli­tiques mais, seule­ment si l’on peut garan­tir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de com­mu­ni­ca­tion, l’on par­vient à convaincre la popu­la­tion de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gou­ver­ne­ments, ni des cor­po­ra­tions, ni des moyens de com­mu­ni­ca­tion, ni des peuples. Les guerres sont le résul­tat de tous et de cha­cun de ces élé­ments. Les gou­ver­ne­ments déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévi­table », mais, avant, les cor­po­ra­tions font leurs comptes et le bilan des coûts et pro­fits, mais, avant, les moyens de com­mu­ni­ca­tion créent les condi­tions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas per­du : selon un rap­port éla­bo­ré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reu­ters pour l’étude du jour­na­lisme, sur les 11 pays euro­péens étu­diés, les moyens de com­mu­ni­ca­tion espa­gnols sont les moins fiables. Au niveau mon­dial, quand sont étu­diés les publics des Etats-Unis, Grande Bre­tagne, Alle­magne, France, Espagne, Ita­lie, Irlande, Dane­mark, Fin­lande, Bré­sil, Japon et Aus­tra­lie, seuls les moyens de com­mu­ni­ca­tion éta­su­niens ont moins de cré­di­bi­li­té que les espagnols.

Ángeles Diez Rodrí­guez
Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

Source : http://​www​.alai​net​.org/​e​s​/​a​r​t​i​c​u​l​o​/​1​8​7​357

Tra­duc­tion : Michele ELICHIRIGOITY

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5 Commentaires

  1. Le Floch

    Essayer de s’in­for­mer autrement !

    Réponse
  2. etienne

    Le peuple vénézuélien, maître de son destin

    par Alex ANFRUNS

    Au cours d’une jour­née élec­to­rale désta­bi­li­sée par l’opposition par des heurts, 8 mil­lions de Véné­zué­liens se sont expri­més par les urnes pour choi­sir les can­di­dats à l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante. Avec un pour­cen­tage de par­ti­ci­pa­tion de 41 %, le peuple véné­zué­lien a expri­mé sa volon­té de résoudre les pro­blèmes que tra­verse le pays par la voie démo­cra­tique et paci­fique. Il y a eu certes quelques foyers de vio­lence, comme à Tachi­ra et Méri­da à l’Ouest du pays ou dans le quar­tier Alta­mi­ra de Cara­cas, mais les menaces et les inti­mi­da­tions de l’opposition n’ont pas empê­ché de larges couches de la popu­la­tion d’aller voter.

    La jour­née de ce dimanche 30 juillet 2017 peut être consi­dé­rée comme étant his­to­rique à plu­sieurs égards : d’abord, en rai­son du contexte par­ti­cu­lier où ces élec­tions ont eu lieu. C’est pour faire face au refus du dia­logue de l’opposition et à son appel au chaos dans la rue, que le pré­sident Nico­las Madu­ro a annon­cé, lors du 1er mai, que seule la par­ti­ci­pa­tion du peuple véné­zue­lien dans sa diver­si­té à tra­vers un pro­ces­sus consti­tuant pour­rait garan­tir la paix sociale. La source de légi­ti­mi­té de cette Consti­tuante serait le pou­voir ori­gi­naire, c’est-à-dire le peuple sou­ve­rain. Par consé­quent, son carac­tère devait lui res­sem­bler : “la Consti­tuante sera cita­dine, ouvrière, com­mu­nale, estu­dian­tine, juvé­nile, fémi­niste et indienne. Mais sur­tout elle sera pro­fon­dé­ment ouvrière et communale !”

    En fait, ces élec­tions répondent à la volon­té de sur­mon­ter les dif­fi­cul­tés de l’impasse entre l’opposition et le gou­ver­ne­ment d’une façon démo­cra­tique. Ce qui appa­rem­ment n’est pas au goût de tout le monde : pen­dant des semaines, les attaques venant de tous bords n’ont pas ces­sé, se cen­trant sur les détails de la pro­cé­dure plu­tôt que sur le but de cette ini­tia­tive qui n’est autre que la paix. Com­bien de per­sonnes naissent et meurent aux quatre coins du monde en cares­sant le rêve de par­ti­ci­per à la construc­tion et à l’avenir de leur pays à tra­vers un pro­ces­sus constituant ?

    On com­prend dif­fi­ci­le­ment l’attitude de l’opposition du MUD (Table d’Unité Démo­cra­tique), qui a fer­mé la porte à tout dia­logue depuis le mois de jan­vier. Et en avril, la MUD a lan­cé ses par­ti­sans vers une impasse, avec des mani­fes­ta­tions vio­lentes mar­quées par des lyn­chages contre de sup­po­sés cha­vistes ayant entraî­né leur mort (une ving­taine de per­sonnes brû­lées vives), l’assassinat de deux can­di­dats à l’ANC (José Luis Rivas Aran­gu­ren et José Pine­da), de nom­breuses morts d’innocents à cause des bar­ri­cades et des sac­cages, l’incendie de cinq mille com­merces et de 51 auto­bus, l’attaque d’un hôpi­tal mater­nel et enfin la des­truc­tion des machines élec­tro­niques élec­to­rales. Pen­dant ce temps-là, les appels de l’opposition à blo­quer com­plè­te­ment le pays (“tran­ca­zo”) se sont inten­si­fiés, dans le but de rendre “ingou­ver­nable” le pays, s’approchant de l’”heure zéro”. Est-ce une atti­tude pacifique ?

    A quoi, il faut ajou­ter la peur ino­cu­lée par les médias inter­na­tio­naux pro-oppo­si­tion, les menaces de sanc­tions de la part de Donald Trump, les mul­tiples décla­ra­tions contre l’Assemblée Consti­tuante des pré­si­dents sou­mis à l’agenda US (Espagne, Colom­bie, Mexique). Avec un contexte inter­na­tio­nal tel­le­ment favo­rable à ses inté­rêts, l’opposition a même annon­cé la créa­tion d’un “gou­ver­ne­ment alter­na­tif”! La des­truc­tion de plu­sieurs tonnes d’aliments pour semer le mécon­ten­te­ment chez la popu­la­tion prouve qu’il s’agit d’un conflit entre deux classes sociales : c’est la révolte des riches !

    L’opposition a appe­lé à ne pas voter. Et pour­tant, 8 mil­lions de Véné­zué­liens se sont dépla­cés aux urnes mal­gré un contexte de vio­lence ce qui témoigne d’un niveau de confiance et un enthou­siasme popu­laire impor­tant. Et si l’on consi­dère qu’une par­tie des véné­zué­liens ont sui­vi les consignes de l’opposition, cela signi­fie que l’initiative du gou­ver­ne­ment a récol­té presque 3 mil­lions d’électeurs sup­plé­men­taires par rap­port aux élec­tions légis­la­tives de 2015. Pour eux, l’Assemblée Consti­tuante est per­çue comme une chance pour le pays. Tan­dis que les nou­veaux gou­ver­ne­ments de droite dans la région se sont don­né pour mis­sion de déman­te­ler les ser­vices publics (le bud­get de l’Etat bré­si­lien a été gelé pour les 20 pro­chaines années) le peuple véné­zué­lien a la pos­si­bi­li­té d’inscrire le droit à la san­té, à l’alimentation, au loge­ment ou à la culture dans la nou­velle Consti­tu­tion. Des droits en par­tie conquis grâce aux 18 der­nières années de révo­lu­tion bolivarienne.

    Après avoir défen­du en 2016 la néces­si­té de tour­ner la page de la Consti­tu­tion boli­va­rienne, l’opposition véné­zue­lienne est tom­bée une nou­velle fois dans le piège de ses propres contra­dic­tions en annon­çant le sabo­tage des élec­tions. La veille, Leo­pol­do Lopez et Hen­rique Capriles, ses têtes visibles, ont renou­ve­lé les appels aux blo­cages de rue, au risque de per­tur­ber l’ordre public et de pro­vo­quer des vio­lences tra­giques. Ce qui ne tar­da pas à se pro­duire : un can­di­dat aux élec­tions et un membre de l’opposition furent assas­si­nés avant que le soleil se lève. Plus tard dans la jour­née, une arte­fact explo­sif prit pour cible le cor­tège des poli­ciers moto­ri­sés, pro­vo­quant un bles­sé. Une image qui sera uti­li­sée par de nom­breux médias inter­na­tio­naux pour noir­cir et délé­gi­ti­mer la jour­née élec­to­rale, allant jusqu”à défor­mer les faits et nier leur carac­tère criminel.

    Fina­le­ment, les actions illé­gales contre les élec­tions ont été mar­gi­nales, bien que signi­fi­ca­tives. Les uns ont scel­lé les bureaux de vote avec le mes­sage : “dan­ger ne pas tra­ver­ser”, tan­dis que les autres y ont mis le feu. Face au cli­mat mena­çant qui régnait dans les quar­tiers contrô­lés par la droite et à l’impossibilité phy­sique de voter dans leur bureau de vote, le Conseil Natio­nal Elec­to­ral (CNE) a mis à la dis­po­si­tion des citoyens un grand stade, “le Polie­dro” de Cara­cas. Comme à chaque pro­ces­sus élec­to­ral, les forces armées natio­nales se sont déployées pour assu­rer la sécu­ri­té dans tout le pays. C’est ce qui a sans doute per­mis de cal­mer les groupes vio­lents de l’opposition, même si à Alta­mi­ra ils ont réus­si à tendre une embus­cade contre les forces de l’ordre.

    Mais ces évé­ne­ments iso­lés n’expliquent rien sur le fond, si ce n’est le nou­vel échec de l’opposition. Ses efforts en 2016 se sont concen­trés à délé­gi­ti­mer les ins­ti­tu­tions du pays, comme la Cour Suprême de Jus­tice et le Conseil Natio­nal Elec­to­ral, en les accu­sant de ne pas être impar­tiaux. Or, au Vene­zue­la, il y a 5 pou­voirs indé­pen­dants : le pou­voir éxé­cu­tif, judi­ciaire, légis­la­tif, élec­to­ral et citoyen. Le sys­tème élec­to­ral véné­zué­lien (CNE) a été recon­nu pour son effi­ca­ci­té et sa trans­pa­rence par de nom­breux orga­nismes inter­na­tio­naux. L’ancien pré­sident des Etats-Unis Jim­my Car­ter, l’a même qua­li­fié du “meilleur sys­tème élec­to­ral au monde”.

    L’expérience de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive au Vene­zue­la trouve peu d’équivalents dans le monde. Une vraie culture de débat poli­tique s’y est accu­mu­lée. Et, contrai­re­ment à l’image de “dic­ta­ture” que les médias inter­na­tio­naux essaient de dis­sé­mi­ner, le gou­ver­ne­ment a essuyé deux défaites, qui furent inmé­dia­te­ment recon­nues : une lors d’un réfé­ren­dum consti­tu­tion­nel en 2007, et l’autre lors des élec­tions légis­la­tives en décembre de 2015. On ne peut pas dire la même chose de l’opposition, qui dénonce la “fraude” à chaque fois qu’elle est vain­cue dans des élec­tions. En essayant de sabo­ter les élec­tions pour l’Assemblée Consti­tuante, elle s’est décon­nec­tée des aspi­ra­tions de la population.

    Source : Le Jour­nal de Notre Amé­rique, août 2017

    Signa­lée par Inves­tig’Ac­tion- Michel Col­lon (indis­pen­sable source d’in­for­ma­tion populaire) :
    http://​www​.inves​ti​gac​tion​.net/​f​r​/​l​e​-​p​e​u​p​l​e​-​v​e​n​e​z​u​e​l​i​e​n​-​m​a​i​t​r​e​-​d​e​-​s​o​n​-​d​e​s​t​in/

    Réponse
  3. etienne

    Quelle forme aurait une intervention militaire nord-américaine au Venezuela ? (Hasta el Nocau)

    Mar­co TERUGGI

    Les États-Unis jouent plu­sieurs cartes simul­ta­né­ment. Ils parient sur l’une ou l’autre selon l’évolution du scé­na­rio, en fonc­tion du résul­tat du jeu. Ils n’en écartent aucune, même celle qui pour­rait sem­bler la plus loin­taine : l’intervention mili­taire. Donald Trump lui-même s’est char­gé de l’annoncer, per­son­nel­le­ment et en direct pour le monde entier. La ques­tion serait : pour­quoi en cet ins­tant du conflit ?

    Les élec­tions du 30 juillet ont por­té un coup à l’accumulation de force insur­rec­tion­nelle par la droite. Il s’est agi d’une éga­li­sa­tion du cha­visme, d’une reprise d’initiative, comme un boxeur dans les cordes qui rebon­dit en por­tant un direct à son adver­saire et resta­bi­lise le com­bat. Avec un avan­tage évident : la sub­jec­ti­vi­té. Celui qui sen­tait qu’il allait gagner s’est retrou­vé décon­cer­té, démo­ra­li­sé. La droite se voyait déjà – du moins sa base y croyait – en train de prendre le pou­voir, dans un déploie­ment qui sem­blait ne pas avoir de limite. Il n’a fal­lu que deux semaines pour qu’elle perde la rue, l’initiative, le dis­cours, l’épopée : les mili­tants de base accusent les lea­ders de la Table de l’Unité Démo­cra­tique d’être des traîtres et des lâches.

    La conclu­sion du résul­tat est que la droite n’a pas de cor­ré­la­tion de forces – et ne semble pas non plus en condi­tion de la construire – à l’intérieur du Vene­zue­la pour sor­tir le gou­ver­ne­ment par la force. Pire encore : ce qu’elle annon­çait comme une vic­toire assu­rée quel que soit le scé­na­rio élec­to­ral ne l’est plus. Il est dif­fi­cile de savoir qui gagne­ra les élec­tions des gou­ver­neurs qui auront lieu en octobre. Les chants de vic­toire qu’annonçait déjà la droite ne fonc­tionnent plus. La défaite a un « effet domino ».

    Avec ce scé­na­rio, les autres cartes, pré­vues à l’avance, ont com­men­cé à bou­ger. D’un côté, et tou­jours comme trans­ver­sale et per­ma­nente, la carte éco­no­mique : les attaques se sont accen­tuées sur la mon­naie et les prix. D’un autre côté, publi­que­ment, les annonces de par­ti­ci­pa­tion élec­to­rale : presque toute l’opposition a fini par ins­crire ses can­di­da­tures. Enfin, en même temps que la carte de la vio­lence sou­ter­raine, la carte inter­na­tio­nale, liée à la pré­cé­dente, l’économique et la diplo­ma­tique. Un mot résume cette stra­té­gie : intégralité.

    La carte souterraine

    Un bras armé de la droite, tou­jours – appa­rem­ment – à l’état de ger­mi­na­tion est en construc­tion. On l’a vu agir depuis le début de l’escalade du mois d’avril. D’un côté, les actions para­mi­li­taires dans plu­sieurs lieux du pays, avec des attaques de casernes mili­taires, de com­mis­sa­riats, de corps de sécu­ri­té de l’État, de contrôles du ter­ri­toire, de com­merce et de trans­port. D’un autre côté, et connec­tés, le déve­lop­pe­ment de groupes de choc qui, au fil des mois, par exemple, à Cara­cas, ont mon­tré une trans­for­ma­tion de l’esthétique, des méthodes, de l’organisation et de la capa­ci­té. Entre les pre­miers enca­pu­chon­nés de début avril et les « écuyers » de juin/juillet, une évo­lu­tion a eu lieu. Où sont ces groupes main­te­nant que les rues sont calmes ?

    A leur tour se sont mul­ti­pliées les vidéos sur les réseaux de groupes armés, qui, avec des capuches, des armes longues et une esthé­tique mili­taire, ont annon­cé être pré­pa­rés pour la confron­ta­tion mili­taire. Leurs objec­tifs sont, répètent-ils, doubles : tant le gou­ver­ne­ment que les orga­ni­sa­tions du chavisme.

    Ces groupes ont essayé de créer des héros : le pre­mier, Oscar Pérez, qui a lan­cé les gre­nades sur le Tri­bu­nal Suprême de Jus­tice, et ensuite appa­ru inter­viewé sur les écrans. Le second, Juan Cagua­ri­pa­no, qui s’est attri­bué la direc­tion de l’assaut de la caserne de Fuerte Para­ma­cay où ont été volées plus de cent armes, et qui a été arrê­té le ven­dre­di soir. L’objectif sem­ble­rait être la créa­tion de mythes, de figures qui puissent ras­sem­bler et ser­vir de réfé­rents à une droite en panne de diri­geant visible. Sous la table certes, elle a des diri­geants : des sec­teurs nord-amé­ri­cains, ceux-là mêmes qui ont pla­ni­fié l’escalade insur­rec­tion­nelle, et qui battent les cartes avec de manière subor­don­née, la droite véné­zué­lienne, comme Volun­tad Popular.

    Cette force semble en pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment. Elle a mené des essais, sui­vi des entraî­ne­ments. Elle essaie d’émerger, de se struc­tu­rer et de se conso­li­der, main­te­nant que la perte de la rue par la droite est impos­sible à cacher.

    La carte internationale

    C’est celle qui est deve­nue la plus forte après le 30 juin. Les Etats-Unis ont déployé un éven­tail de mesures contre le Vene­zue­la, depuis les sanc­tions éco­no­miques, les blo­cus finan­ciers, les ten­ta­tives de sièges et iso­le­ments diplo­ma­tiques, jusqu’à l’annonce récente par Donald Trump de la pos­si­bi­li­té de l’intervention mili­taire. Remettre l’initiative dans les mains du front inter­na­tio­nal met en évi­dence la dépen­dance et l’incapacité de l’opposition au niveau natio­nal. Là, comme dans la stra­té­gie géné­rale, ils jouent de toutes les cartes simul­ta­né­ment. Ils mesurent, pré­parent, éva­luent les pos­si­bi­li­tés pour les dis­cours : les condi­tions dans le conti­nent ne sont pas les mêmes qu’au Moyen-Orient, en termes mili­taires, diplo­ma­tiques, poli­tiques. Elles ne le sont pas non plus en géo­po­li­tique globale.

    Ain­si le vice-pré­sident des Etats-Unis, Mike Pence, lors de sa confé­rence de presse de dimanche, après s’être réuni avec le pré­sident de Colom­bie, Juan Manuel San­tos, a affir­mé que les sanc­tions seraient éco­no­miques et diplo­ma­tiques. Il a écar­té publi­que­ment la pos­sible inter­ven­tion mili­taire qui avait été annon­cée par le pré­sident états-unien. Cela pour­rait s’expliquer par le rejet mani­fes­té par San­tos – allié-clef dans le conflit contre le Vene­zue­la – d’une voie mili­taire, après avoir éva­lué qu’il n’existe pas de consen­sus en Amé­rique Latine pour poser une preuve fron­tale d’impérialisme dis­pa­rue depuis des années. Et parce que pour inter­ve­nir mili­tai­re­ment il n’est pas néces­saire d’annoncer qu’on le fera – ils le font déjà, de fait, à tra­vers l’élaboration d’actions et de finan­ce­ment, direct ou indi­rect, des groupes armés de la droite.

    Pour ima­gi­ner l’hypothèse de l’intervention mili­taire il faut se débar­ras­ser de l’image d’un débar­que­ment de sol­dats mâchant du che­wing-gum, avec l’emblème des Etats-Unis sur le front. Ils n’offriront pas l’a preuve de l’action : la guerre sur cha­cun de leurs fronts a été posée ain­si. Il semble plus adroit de cher­cher dans des formes sou­ter­raines, comme le déclen­che­ment d’actions qui ser­vi­raient de pré­textes, des attaques depuis d’autres fron­tières avec le Vene­zue­la, avec d’autres iden­ti­tés. C’est là que rentre par exemple la connexion avec la ten­ta­tive de déve­lop­pe­ment d’un bras armé qui pour­rait avoir un nom, une direc­tion publique, et se déployer avec une puis­sance de feu dans cer­taines zones. La tac­tique se construi­rait en fonc­tion du déve­lop­pe­ment de cette struc­ture, sa capa­ci­té ou non à avan­cer et construire un pou­voir. Pour l’instant ce n’est qu’en germe.

    Toutes les cartes sont sur la table. Le cours des évé­ne­ments indi­que­ra les­quelles pren­dront le plus de poids et les­quelles seront écar­tées. La déci­sion et le rôle des États-Unis est claire, ils posent des temps, des tac­tiques, ils déploient une force que la droite n’a pas au niveau natio­nal. Les élec­tions régio­nales d’octobre seront des élec­tions-clé : un bon résul­tat du cha­visme enlè­ve­rait du poids au sec­teur de la droite véné­zué­lienne qui parie sur la réso­lu­tion élec­to­rale. Cela ren­for­ce­rait la thèse qu’on ne peut sor­tir le cha­visme du gou­ver­ne­ment que par la force, par un bras armé, arti­cu­lé avec une inter­ven­tion plus grande venant d’une autre fron­tière, comme la Colom­bie ou le Brésil.

    Mar­co Teruggi

    Source : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​q​u​e​l​l​e​-​f​o​r​m​e​-​a​u​r​a​i​t​-​u​n​e​-​i​n​t​e​r​v​e​n​t​i​o​n​-​m​i​l​i​t​a​i​r​e​-​n​o​r​d​-​a​m​e​r​i​c​a​i​n​e​-​a​u​-​v​e​n​e​z​u​e​l​a​-​h​a​s​t​a​-​e​l​-​n​o​c​a​u​.​h​tml

    Réponse
  4. thierry

    Bon­jour,
    On nous dit un peu par­tout que le Vene­zue­la est en crise depuis que le prix du petrole a bais­sé, mais pour­quoi a t‑il bais­sé, alors qu’il devrait plu­tot aug­men­ter étant don­né sa raré­fac­tion a terme ? Il a donc bais­sé de façon arti­fi­cielle et choi­sie par qui OPEP, US ? pour­quoi le Vene­zue­la a t‑il accep­té cette baisse si elle allait mettre le pays en crise ? quels liens y a t‑il avec la pro­duc­tion de petrole américain ?
    mer­ci pour les réponses éventuelles

    Réponse
  5. joss

    Le pétrole est le prin­ci­pal reve­nu externe du Vene­zue­la, le pays obtient des dol­lars à la place. Il y a aus­si les emprunts en dol­lars (ou autres mon­naies, euro, rouble, yen,…). Toutes ces mon­naies étran­gères leur per­mettent d’a­che­ter des biens qui sont pro­duits hors du Vene­zue­la (car ils n’en ont pas la tech­no­lo­gie ou l’industrie).
    Le Vene­zue­la tout seul n’a pas (ou peu) d’in­fluence sur le prix du pétrole, mais bien l’en­semble des pro­duc­teurs. S’il y a des accords tacites pour main­te­nir des prix bas, cela per­met de faire tom­ber cer­tains pro­duc­teurs fra­giles (comme le Vene­zue­la pour l’ins­tant). « Fra­gile » car atta­qué de toutes parts par l’Oc­ci­dent : embar­gos externes et para­ly­sie interne de l’é­co­no­mie et la poli­tique. Les USA viennent encore de déci­der de nou­velles sanc­tions : « La Mai­son Blanche a impo­sé ven­dre­di de nou­velles sanc­tions au Vene­zue­la visant à res­treindre l’ac­cès du régime de Nico­las Madu­ro aux capi­taux étran­gers dont il a un besoin cru­cial. /AFP »
    Le Vene­zue­la est iso­lé par tous les moyens comme l’a été Cuba, comme on pour­rait l’i­ma­gi­ner d’une cel­lule can­cé­reuse dont on vise la mort.

    Réponse

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