Paul Craig Roberts : « WASHINGTON : SEIZE ANS DE GUERRE. POURQUOI ? Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. »

20/07/2017 | 14 commentaires

Une nou­velle puis­sante illus­tra­tion de la nul­li­té abso­lue du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) — du point de vue du bien com­mun et de la paix.

Comme nous, les Amé­ri­cains n’ont pas de consti­tu­tion et pas de repré­sen­tants. Comme nous, ils sont gou­ver­nés EN FAIT par les étran­gers les plus riches, les plus men­teurs, les plus mena­çants et les plus retors.

Et comme les autres, un jour ou l’autre, faute d’a­voir été vigi­lants à l’é­gard des pou­voirs, faute d’a­voir su deve­nir nom­breux consti­tuants à temps, nous nous ferons enfer­mer dans les pri­sons et assas­si­ner par les armes fabri­quées et uti­li­sées avec nos propres impôts.

Je sou­mets à votre juge­ment ce court article de Paul Craig Roberts, tra­duit par le Saker fran­co­phone, très bon site de dés­in­toxi­ca­tion médiatique.

Étienne.

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Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?


Paul Craig Roberts

Par Paul Craig Roberts – Le 30 juin 2017
Source Coun­ter­Punch

Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépen­sant des mil­liards de dol­lars, com­met­tant des crimes de guerre incal­cu­lables et envoyant des mil­lions de réfu­giés de guerre en Europe, tout en affir­mant que Washing­ton ne pou­vait pas assu­rer ses obli­ga­tions de sécu­ri­té sociale et de Medi­care [soins aux per­sonnes de plus de 65 ans], ni finan­cer un ser­vice natio­nal de san­té comme tous les pays civilisés.

Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satis­faits en rai­son du coût mas­sif de ces guerres orches­trées, on pour­rait pen­ser que le peuple amé­ri­cain se pose­rait des ques­tions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accom­pli avec ces énormes dépenses ? Les besoins inté­rieurs sont négli­gés de sorte que le com­plexe mili­ta­ro-sécu­ri­taire peut s’engraisser avec les pro­fits de la guerre.

Le manque de curio­si­té de la part du peuple amé­ri­cain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fon­dées entiè­re­ment sur le men­songe, est extra­or­di­naire. Qu’est-ce qui explique cette conspi­ra­tion de silence, ce dés­in­té­rêt incroyable pour le gas­pillage d’argent et de vies ?

La plu­part des Amé­ri­cains semblent accep­ter vague­ment ces guerres orches­trées comme la réponse du gou­ver­ne­ment au 11 sep­tembre. Cela s’ajoute au mys­tère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été atta­qué, sauf avec des menaces et des sanc­tions) n’ont rien à voir avec le 11 sep­tembre. Mais ces pays ont des popu­la­tions musul­manes, et le régime de Bush et les médias pros­ti­tués ont réus­si à asso­cier le 11 sep­tembre avec les musul­mans en général.

Peut-être que si les Amé­ri­cains et leurs « repré­sen­tants » au Congrès avaient com­pris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lève­raient d’eux-mêmes pour faire des objec­tions. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washing­ton contre la Syrie et la guerre pré­vue contre l’Iran. Prêt ?

Il y a trois rai­sons pour la guerre de Washing­ton, et non la guerre des États-Unis – car Washing­ton n’est pas l’Amérique – en Syrie :

La pre­mière rai­son tient aux pro­fits du com­plexe mili­ta­ro-sécu­ri­taire. Ce der­nier est une com­bi­nai­son de puis­sants inté­rêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux qui néces­sitent une menace pour jus­ti­fier un bud­get annuel qui dépasse le PIB de nom­breux pays. La guerre confère à cette com­bi­nai­son d’intérêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux une jus­ti­fi­ca­tion pour son bud­get mas­sif, un bud­get dont le far­deau incombe aux contri­buables amé­ri­cains dont le reve­nu médian réel par famille n’a pas aug­men­té depuis quelques décen­nies, alors que la charge de leurs dettes pour sou­te­nir leur niveau de vie a augmenté.

La deuxième rai­son a trait à l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant  l’hégémonie mon­diale amé­ri­caine. Selon les néo­con­ser­va­teurs, qui ne sont cer­tai­ne­ment pas conser­va­teurs en quoi que ce soit, l’effondrement du com­mu­nisme et du socia­lisme signi­fie que l’Histoire a choi­si le « capi­ta­lisme démo­cra­tique », qui n’est ni démo­cra­tique ni capi­ta­liste, en tant que sys­tème socio-éco­no­mi­co-poli­tique mon­dial et c’est la res­pon­sa­bi­li­té de Washing­ton d’imposer l’américanisme au monde entier. Des pays comme la Rus­sie, la Chine, la Syrie et l’Iran, qui rejettent l’hégémonie amé­ri­caine, doivent être désta­bi­li­sés et détruits, car ils sont un obs­tacle à l’unilatéralisme américain.

La troi­sième rai­son se rap­porte aux res­sources en eau du sud du Liban dont Israël a besoin. Deux fois, Israël a envoyé l’armée israé­lienne, tant van­tée, pour occu­per le sud du Liban, et le Hez­bol­lah, une milice sou­te­nue par la Syrie et l’Iran, a expul­sé par deux fois cette armée israé­lienne tant renommée.

Pour être direct, Israël uti­lise l’Amérique pour éli­mi­ner les gou­ver­ne­ments syrien et ira­nien qui four­nissent un sou­tien mili­taire et éco­no­mique au Hez­bol­lah. Si les Amé­ri­cains peuvent éli­mi­ner les sou­tiens du Hez­bol­lah, l’armée israé­lienne peut voler le sud du Liban, tout comme elle a volé la Pales­tine et cer­taines par­ties de la Syrie. Voi­ci les faits : depuis seize ans, la popu­la­tion amé­ri­caine insou­ciante a per­mis à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu à Washing­ton de gas­piller des mil­liards de dol­lars néces­saires au pays au béné­fice du com­plexe mili­ta­ro-sécu­ri­taire, au ser­vice de l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant l’hégémonie mon­diale des États-Unis, et pour finir au ser­vice d’Israël.

De toute évi­dence, la démo­cra­tie amé­ri­caine est frau­du­leuse. Elle sert tout le monde, sauf les Américains.

Quelle est la consé­quence pro­bable du fait que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain serve des inté­rêts non américains ?

La meilleure consé­quence effec­tive est la pau­vre­té pour les 99 pour cent. La pire est l’Armageddon nucléaire.

Les ser­vices ren­dus par Washing­ton au com­plexe mili­ta­ro-sécu­ri­taire, à l’idéologie néo­con­ser­va­trice et à Israël négligent com­plè­te­ment des faits col­la­té­raux surpuissants.

L’intérêt d’Israël au ren­ver­se­ment de la Syrie et de l’Iran est tota­le­ment incom­pa­tible avec l’intérêt de la Rus­sie qui veut empê­cher l’importation du dji­ha­disme dans la Fédé­ra­tion de Rus­sie et en Asie cen­trale. Par consé­quent, Israël a mis les États-Unis en conflit mili­taire direct avec la Russie.

Les inté­rêts finan­ciers du com­plexe mili­ta­ro-sécu­ri­taire amé­ri­cain consis­tant à encer­cler la Rus­sie avec des sites de mis­siles sont incom­pa­tibles avec la sou­ve­rai­ne­té de la Rus­sie, tout comme l’accent mis par les néo­con­ser­va­teurs sur l’hégémonie mon­diale des États-Unis. Le pré­sident Trump ne contrôle pas Washing­ton. Washing­ton est contrô­lé par le com­plexe (regar­dez sur You­tube la des­crip­tion faite par le pré­sident Eisen­ho­wer de la menace repré­sen­tée par le com­plexe pour la démo­cra­tie amé­ri­caine), par le lob­by israé­lien et par les néo­con­ser­va­teurs. Ces trois groupes d’intérêts orga­ni­sés ont pré­emp­té le peuple amé­ri­cain, qui est impuis­sant et non impli­qué dans les déci­sions concer­nant son avenir.

Tous les repré­sen­tants et séna­teurs des États-Unis qui ont tenu tête à Israël ont été bat­tus dans leur cam­pagne de réélec­tion. C’est la rai­son pour laquelle, quand Israël veut quelque chose, cela passe dans les deux chambres du Congrès à l’unanimité. Comme l’amiral Tom Moo­rer, chef des opé­ra­tions navales et pré­sident du Joint Chiefs of Staff, l’a décla­ré publi­que­ment : « Aucun pré­sident amé­ri­cain ne peut s’opposer à Israël. » Israël obtient ce qu’il veut, peu importent les consé­quences pour l’Amérique. Moo­rer avait rai­son. Les États-Unis donnent à Israël chaque année suf­fi­sam­ment d’argent pour ache­ter notre gou­ver­ne­ment. Et Israël achète notre gou­ver­ne­ment. Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain est beau­coup plus rede­vable envers Israël qu’envers le peuple amé­ri­cain. Les votes de la Chambre et du Sénat le prouvent.

Inca­pable de résis­ter au minus­cule Israël, Washing­ton pense qu’il peut inti­mi­der la Rus­sie et la Chine. Le fait, pour Washing­ton de conti­nuer à pro­vo­quer la Rus­sie et la Chine est un signe de folie. À la place de l’intelligence, nous voyons l’orgueil et l’arrogance, la marque des imbéciles.

Ce dont la pla­nète Terre et ses créa­tures ont besoin plus que tout, ce sont des diri­geants en Occi­dent qui soient intel­li­gents, qui aient une conscience morale, qui res­pectent la véri­té et soient capables de com­prendre les limites de leur pouvoir.

Mais le monde occi­den­tal n’a pas ce genre de personne.

Paul Craig Roberts

Tra­duit par jj, relu par Cathe­rine pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone
http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​w​a​s​h​i​n​g​t​o​n​-​s​e​i​z​e​-​a​n​s​-​d​e​-​g​u​e​r​r​e​-​p​o​u​r​q​uoi


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  1. etienne

    17 janvier 1961 : Eisenhower met en garde contre le lobby militaro-industriel

    Retrans­crip­tion de son discours : 

    Mises en garde d’Eisenhower, 1961
    Discours d’adieu au peuple américain, 17 janvier 1961

    http://​reseaux​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​1​3​/​1​0​/​2​6​/​m​i​s​e​s​-​e​n​-​g​a​r​d​e​-​e​i​s​e​n​h​o​w​e​r​-​1​9​61/

    À la fin de son man­dat pré­si­den­tiel, juste avant de pas­ser le témoin à son suc­ces­seur John F. Ken­ne­dy, Dwight D. Eisen­ho­wer s’est adres­sé à ses conci­toyens dans un mes­sage télé­vi­sé bref, mais qui reste impor­tant de nos jours. Notam­ment, il y met­tait en garde contre les dan­gers de la struc­ture mili­ta­ro-indus­trielle mise en place lors des guerres alors récentes.
    Je repu­blie ce texte, court et inté­res­sant en entier. De plus, pour les lec­teurs pres­sés, mis en exergue les pas­sages qui éclairent par­ti­cu­liè­re­ment notre actua­li­té. DL

    Bon­soir, chers conci­toyens américains.

    Tout d’abord, j’aimerais expri­mer ma gra­ti­tude aux réseaux de radio­dif­fu­sion et de télé­vi­sion pour m’avoir per­mis toutes ces années d’adresser mes­sages et rap­ports à notre nation. Je les remer­cie tout spé­cia­le­ment de cette pos­si­bi­li­té de m’adresser ce soir à vous.

    Dans trois jours, après un demi siècle au ser­vice de notre pays, je quit­te­rai mes res­pon­sa­bi­li­tés lorsque, lors de la céré­mo­nie tra­di­tion­nelle et solen­nelle, l’autorité de la Pré­si­dence inves­ti­ra mon successeur.

    Ce soir je viens à vous avec un mes­sage de départ et d’adieu, et pour par­ta­ger quelques pen­sées finales avec vous, mes chers com­pa­triotes. Comme chaque citoyen, je sou­haite que Dieu ait en sa garde le nou­veau pré­sident, ain­si que tous ceux qui tra­vaille­ront avec lui. Je prie pour que les années qui viennent soient celles de la paix et de la pros­pé­ri­té pour tous.

    Notre peuple attend que le Pré­sident et le Congrès les accords fon­da­men­taux en ce qui concerne les ques­tions impor­tantes, et que leurs sages réso­lu­tions qui amé­lio­re­ront la construc­tion du futur de la nation. Mes propres rela­tions avec le Congrès, qui avaient débu­té de façon dis­tante et ténue, il y a bien long­temps, lorsqu’un un membre du Sénat me nom­ma à West Point, sont deve­nues plus étroites à l’époque de la guerre et l’après-guerre, pour abou­tir à une inter­dé­pen­dance mutuelle pen­dant ces huit der­nières années. Dans le cadre de cette der­nière rela­tion, le Congrès et l’Administration ont bien coopé­ré sur les ques­tions essen­tielles afin de ser­vir le bien de la nation, plu­tôt que seule­ment l’esprit par­ti­san, et ain­si ont fait en sorte que les affaires de la nation puissent aller de l’avant. Aus­si, mes rap­ports offi­ciels avec le Congrès s’achèvent avec – pour ma part – un sen­ti­ment de gra­ti­tude pour tout ce que nous avons pu faire ensemble.

    Nous vivons aujourd’hui dix ans après le milieu d’un siècle qui fut le témoin de quatre guerres majeures entre de grandes nations. Trois d’entre elles ont impli­qué notre propre pays. En dépit de ces holo­caustes l’Amérique est aujourd’hui, la nation la plus forte, la plus influente et la plus pro­duc­tive au monde. S’il est com­pré­hen­sible que nous soyons fiers de cette pré­émi­nence, nous nous ren­dons pour­tant compte que la pre­mière place et le pres­tige des USA ne dépendent pas sim­ple­ment de notre pro­grès maté­riel inéga­lé, de notre richesse et de notre force mili­taire, mais aus­si de la façon dont nous employons notre puis­sance dans l’intérêt de la paix dans le monde et de l’amélioration de la condi­tion humaine.

    Au tra­vers de l’aventure d’un gou­ver­ne­ment dans la liber­té pour l’Amérique, nos buts pre­miers ont été de pré­ser­ver la paix, de sti­mu­ler les pro­grès de la réa­li­sa­tion humaine et de faire gran­dir la liber­té, la digni­té et l’intégrité par­mi les peuples et les nations. Ne pas s’efforcer d’en faire autant serait indigne d’un peuple libre et reli­gieux. Tout man­que­ment dû à l’arrogance, au manque de com­pré­hen­sion ou de promp­ti­tude au sacri­fice nous infli­ge­rait d’ailleurs un grave pré­ju­dice moral, ici comme à l’étranger.

    La pro­gres­sion vers ces nobles buts est constam­ment mena­cée par le conflit qui s’empare actuel­le­ment du monde. Il com­mande notre atten­tion entière et absorbe nos êtres mêmes. Nous fai­sons ici face à une idéo­lo­gie glo­bale hos­tile, athée dans son carac­tère, impi­toyable dans ses buts et insi­dieuse dans ses méthodes. Mal­heu­reu­se­ment le dan­ger qu’elle pré­sente pro­met de durer long­temps. Pour y faire face avec suc­cès, nous sont deman­dés, non pas tant les sacri­fices pas­sion­nés et tran­si­toires des temps de crise, que ceux qui nous ren­dront capables de por­ter sans faillir, sûre­ment et sans se plaindre le far­deau d’une longue et com­plexe lutte, dont le prix est la liber­té. C’est seule­ment ain­si que nous res­te­rons, en dépit des pro­vo­ca­tions, sur le che­min que nous nous sommes fixés vers une paix per­ma­nente et l’amélioration du genre humain.

    Des crises, il conti­nue­ra d’en sur­ve­nir. En les affron­tant, qu’elles soient inté­rieures ou à l’étranger, grandes ou petites, il y a une ten­ta­tion répé­tée de pen­ser que telle ou telle action spec­ta­cu­laire et coû­teuse pour­rait deve­nir la solu­tion mira­cu­leuse à toutes les dif­fi­cul­tés ren­con­trées. L’augmentation énorme des der­nières nou­veau­tés pour notre pro­gramme de défense ; le déve­lop­pe­ment de pro­grammes irréa­listes pour trai­ter chaque mala­die, dans l’agriculture ; l’expansion spec­ta­cu­laire de la recherche fon­da­men­tale et appli­quée – ces pos­si­bi­li­tés, et bien d’autres, cha­cune pro­met­teuse en soi, pour­rait être sug­gé­rée comme le seul che­min vers la voie que nous sou­hai­tons suivre.

    Or chaque pro­po­si­tion doit être pesée à la lumière d’une consi­dé­ra­tion plus large : la néces­si­té de main­te­nir l’équilibre entre les dif­fé­rents pro­grammes natio­naux et à l’intérieur de cha­cun d’entre eux, de main­te­nir l’équilibre entre éco­no­mie publique et éco­no­mie pri­vée, l’équilibre entre le coût et le gain espé­ré, le clai­re­ment néces­saire et le confor­ta­ble­ment sou­hai­table, l’équilibre entre nos exi­gences essen­tielles en tant que nation et les devoirs impo­sés par la nation à l’individu, l’équilibre les action du pré­sent et le bien-être natio­nal du futur. Le bon juge­ment recherche équi­libre et pro­grès ; son contraire amè­ne­ra dés­équi­libre et anéan­tis­se­ment. Le sou­ve­nir de nom­breuses décen­nies est là comme preuve que notre peuple et son Gou­ver­ne­ment ont, dans l’ensemble, com­pris ces véri­tés et y ont bien répon­du, face à l’effort et à la menace.

    Mais des menaces, nou­velles de par leur nature ou leur degré, sur­gissent constam­ment. Je n’en men­tion­ne­rai que deux ici.

    Un élé­ment essen­tiel pour conser­ver la paix est notre sys­tème mili­taire. Nos bras doivent être puis­sants, prêt pour une action ins­tan­ta­née, de sorte qu’aucun agres­seur poten­tiel ne puisse être ten­té de ris­quer sa propre des­truc­tion. Notre orga­ni­sa­tion mili­taire est aujourd’hui sans rap­port avec ce que connurent mes pré­dé­ces­seurs en temps de paix, ou même les com­bat­tants de la Deuxième Guerre Mon­diale ou de la Guerre de Corée.

    Jusqu’au plus récent conflit mon­dial, les États-Unis n’avaient pas d’industrie d’armement. Les fabri­cants amé­ri­cains de socs de char­rues pou­vaient, avec du temps et sur com­mande, for­ger des épées. Mais désor­mais, nous ne pou­vons plus ris­quer l’improvisation dans l’urgence en ce qui concerne notre défense natio­nale. Nous avons été obli­gés de créer une indus­trie d’armement per­ma­nente de grande échelle. De plus, trois mil­lions et demi d’hommes et de femmes sont direc­te­ment impli­qués dans la défense en tant qu’institution. Nous dépen­sons chaque année, rien que pour la sécu­ri­té mili­taire, une somme supé­rieure au reve­nu net de la tota­li­té des socié­tés US.

    Cette conjonc­tion d’une immense ins­ti­tu­tion mili­taire et d’une grande indus­trie de l’armement est nou­velle dans l’expérience amé­ri­caine. Son influence totale, éco­no­mique, poli­tique, spi­ri­tuelle même, est res­sen­tie dans chaque ville, dans chaque Par­le­ment d’État, dans chaque bureau du Gou­ver­ne­ment fédé­ral. Nous recon­nais­sons le besoin impé­ra­tif de ce déve­lop­pe­ment. Mais nous ne devons pas man­quer de com­prendre ses graves impli­ca­tions. Notre labeur, nos res­sources, nos gagne-pain… tous sont impli­qués ; ain­si en va-t-il de la struc­ture même de notre société.

    Dans les assem­blées du gou­ver­ne­ment, nous devons donc nous gar­der de toute influence injus­ti­fiée, qu’elle ait ou non été sol­li­ci­tée, exer­cée par le com­plexe mili­ta­ro-indus­triel. Le risque poten­tiel d’une désas­treuse ascen­sion d’un pou­voir illé­gi­time existe et per­sis­te­ra. Nous ne devons jamais lais­ser le poids de cette com­bi­nai­son mettre en dan­ger nos liber­tés et nos pro­ces­sus démo­cra­tiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comp­tant. Seule une com­mu­nau­té de citoyens prompts à la réac­tion et bien infor­més pour­ra impo­ser un véri­table entre­la­ce­ment de l’énorme machi­ne­rie indus­trielle et mili­taire de la défense avec nos méthodes et nos buts paci­fiques, de telle sorte que sécu­ri­té et liber­té puissent pros­pé­rer ensemble.

    De même la révo­lu­tion tech­no­lo­gique des décen­nies récentes fut en grande par­tie res­pon­sable des chan­ge­ments radi­caux de notre posi­tion mili­ta­ro-indus­trielle. Dans cette révo­lu­tion, la recherche est deve­nue cen­trale, elle est éga­le­ment plus for­ma­li­sée, plus com­plexe, et coû­teuse. Une part tou­jours crois­sante en est conduite pour, par, ou sous la direc­tion du Gou­ver­ne­ment fédéral.

    Aujourd’hui, l’inventeur soli­taire, bri­co­lant au fond de sa bou­tique, a été dépas­sé par des troupes de choc for­mées de scien­ti­fiques dans les labo­ra­toires et des centres d’essai. De la même manière, l’université libre, his­to­ri­que­ment source d’idées et de décou­vertes scien­ti­fiques nées dans la liber­té, a vécu une révo­lu­tion dans la conduite de la recherche. En bonne par­tie à cause des coûts énormes impli­qués, obte­nir un contrat avec le gou­ver­ne­ment devient qua­si­ment un sub­sti­tut à la curio­si­té intel­lec­tuelle. Pour chaque vieux tableau noir il y a main­te­nant des cen­taines d’ordinateurs. La pers­pec­tive d’une domi­na­tion des spé­cia­listes de notre nation par les emplois fédé­raux, les bud­gets attri­bués aux pro­jets et le pou­voir de l’argent, cette pers­pec­tive est bien pré­sente et doit être consi­dé­rée avec gravité.

    Cepen­dant, tout en appor­tant à la recherche et scien­ti­fique le res­pect que nous leur devons, nous devons éga­le­ment être atten­tif à un dan­ger à la fois aus­si grave et oppo­sé, à savoir que l’ordre public puisse deve­nir cap­tif d’une élite scien­ti­fique et tech­no­lo­gique. C’est la tâche de l’homme d’état que de mou­ler, équi­li­brer, inté­grer toutes ces forces, anciennes et nou­velles, aux prin­cipes de notre sys­tème démo­cra­tique – en visant tou­jours à atteindre les buts suprêmes de notre socié­té libre.

    Un autre fac­teur de main­tien de l’équilibre implique l’élément de temps. Alors que nous envi­sa­geons la socié­té future, nous devons – vous et moi et notre gou­ver­ne­ment – évi­ter la ten­ta­tion de vivre seule­ment pour le jour qui vient, pillant pour notre propre aisance, et à notre conve­nances les pré­cieuses res­sources de demain. Nous ne pou­vons pas hypo­thé­quer les actifs de nos petits-enfants sans ris­quer de dila­pi­der éga­le­ment leur héri­tage poli­tique et spi­ri­tuel. Nous vou­lons que la démo­cra­tie sur­vive pour les géné­ra­tions qui viennent, non pour deve­nir le fan­tôme insol­vable de demain.

    Sur ce long che­min de l’histoire qu’il reste à écrire, l’Amérique sait que notre monde, tou­jours plus petit, doit évi­ter de deve­nir une redou­table com­mu­nau­té de crainte et de haine, et, au contraire, tendre à être une confé­dé­ra­tion fière dans la confiance et le res­pect mutuels. Une telle confé­dé­ra­tion doit être com­po­sée d’égaux. Le plus faible doit pou­voir venir à la table de confé­rence avec la même confiance que nous, pro­té­gés que nous sommes par notre force morale, éco­no­mique, et mili­taire. Cette table, même si elle porte les cica­trices de nom­breuses frus­tra­tions du pas­sé, ne peut pas être aban­don­née pour l’atroce dou­leur qu’on ren­contre à coup sûr sur le champ de bataille.

    Le désar­me­ment, dans l’honneur et la confiance mutuels, est un impé­ra­tif per­ma­nent. Ensemble nous devons apprendre à com­po­ser avec nos dif­fé­rences, non pas avec les armes, mais avec l’intelligence et l’honnêteté des intentions.

    Puisque cette néces­si­té est si cru­ciale et si évi­dente, je confesse que j’abandonne mes res­pon­sa­bi­li­tés offi­cielles dans ce domaine avec beau­coup de décep­tion. Pour être de ceux qui ont assis­té à l’horreur et à la tris­tesse pro­lon­gée de la guerre, de ceux qui savent qu’une autre guerre pour­rait tota­le­ment détruire une civi­li­sa­tion qui s’est si len­te­ment et dou­lou­reu­se­ment construite pen­dant des mil­liers d’années, j’aurais vou­lu pou­voir dire ce soir qu’une paix durable est en vue.

    Heu­reu­se­ment, je peux dire que la guerre a été évi­tée. Un pro­grès régu­lier vers notre but ultime a été accom­pli. Mais il reste tel­le­ment à faire. En tant que citoyen pri­vé, je ne ces­se­rai jamais de tout faire, aus­si minime que cela soit, pour aider le monde à avan­cer le long de cette route.

    Ain­si, dans ce der­nier « Bonne nuit » que je vous adresse en tant que Pré­sident, je vous remer­cie des nom­breuses chances que vous m’avez don­nées de me consa­crer au ser­vice public, dans la guerre comme dans la paix. J’espère que vous aurez trou­vé quelques choses de valeur dans le ser­vice auquel je me suis consa­cré ; quant au reste, je sais que vous trou­ve­rez vous-même les moyens d’améliorer ces résul­tats dans le futur.

    Vous et moi, mes chers conci­toyens, avons besoin d’être forts dans notre croyance que toutes les nations, grâce à Dieu, atteignent ce but de paix avec jus­tice. Puis­sions nous tou­jours res­ter fermes dans la dévo­tion à ces prin­cipes, confiants mais humbles dans le pou­voir, dili­gents dans la pour­suite des grands buts de la nation.

    À tous les peuples du monde, j’exprime une fois de plus le sou­hait et la prière de l’Amérique :

    Nous prions pour que les peuples de toutes fois, de toutes races, de toutes nations, puissent voir leurs plus prin­ci­paux besoins satis­faits. Pour que ceux qui actuel­le­ment n’ont pas cette occa­sion puissent l’apprécier un jour entiè­re­ment ; que tous ceux qui aspirent à la liber­té puissent en éprou­ver ses béné­dic­tions spi­ri­tuelles ; que ceux qui pos­sèdent la liber­té com­prennent les grandes res­pon­sa­bi­li­tés qu’elle engendre ; que tous ceux qui sont peu sen­sibles aux besoins des autres apprennent la cha­ri­té ; que les fléaux de la pau­vre­té, de la mala­die et de l’ignorance soient ame­nés à dis­pa­raître de la sur­face de la terre, et que, avec le temps, tous les peuples viennent à vivre ensemble dans une paix garan­tie par la force du res­pect et de l’amour mutuels qui les lient.

    Main­te­nant, ce ven­dre­di à midi, je vais deve­nir un simple citoyen. J’en suis fier. J’en ai hâte.

    Mer­ci et bonne nuit.

    Dwight D. Eisenhower

    Réponse
  2. joss
  3. etienne

    Non, l’antisionisme n’est pas un antisémitisme réinventé, par Sylvain Cypel

    « Nous ne céde­rons rien aux mes­sages de haine, à l’antisionisme parce qu’il est la forme réin­ven­tée de l’antisémitisme ». On ne sait si, par ces mots, le pré­sident Emma­nuel Macron a sim­ple­ment espé­ré gagner oppor­tu­né­ment les faveurs de Benya­min Néta­nya­hou, qu’il accueillait aux céré­mo­nies de com­mé­mo­ra­tion de la dépor­ta­tion des juifs pari­siens en juillet 1942, ou s’il a énon­cé une convic­tion plus pro­fonde. Mais dans les deux cas, il a eu tort. Espé­rer séduire Néta­nya­hou en cédant à son verbe n’est qu’un leurre — deman­dez à Barack Oba­ma ce qu’il en pense. Quant au fond, l’assimilation de l’antisionisme à une nou­velle mou­ture de l’antisémitisme est une erreur funeste. Cette asser­tion est l’une des clefs de voûte depuis des décen­nies de la has­ba­ra, la com­mu­ni­ca­tion israé­lienne. Et plus Israël s’enfonce dans la domi­na­tion colo­niale d’un autre peuple, les Pales­ti­niens, plus l’assertion « anti­sio­nisme égal anti­sé­mi­tisme » est répé­tée pour stig­ma­ti­ser qui­conque cri­tique cette domination.

    En soi, la méthode consis­tant à délé­gi­ti­mer la cri­tique en démo­ni­sant son auteur est vieille comme la poli­tique. Ain­si Joseph Sta­line et ses émules assi­mi­laient-ils toute cri­tique du com­mu­nisme sovié­tique à du « fas­cisme ». Si les fas­cistes étaient vis­cé­ra­le­ment anti­com­mu­nistes, cela ne fai­sait pas de tous les contemp­teurs du régime sovié­tique des fas­cistes. Mais les sta­li­niens conti­nuaient à vili­pen­der leurs adver­saires, sans dis­tinc­tion, sous ce vocable infa­mant. Aujourd’hui, un Robert Mugabe, au Zim­babwe, qua­li­fie régu­liè­re­ment ses adver­saires de « défen­seurs de l’apartheid ». Que des racistes paten­tés figurent par­mi les dénon­cia­teurs de l’autocrate zim­babwéen est évident. Mais que tous soient des nos­tal­giques de la ségré­ga­tion raciale est une accu­sa­tion déli­rante et déri­soire. On pour­rait mul­ti­plier les exemples.

    Il en va de même de l’idée selon laquelle l’antisionisme serait la ver­sion moderne de l’antisémitisme. D’abord parce que l’antisionisme n’est pas une idéo­lo­gie très défi­nie. His­to­ri­que­ment, il a consis­té à récu­ser l’idée d’une solu­tion natio­na­liste à la ques­tion juive. Aujourd’hui, il y a en Israël des gens qui se disent anti­sio­nistes par simple hos­ti­li­té à une occu­pa­tion des Pales­ti­niens menée au nom même du sio­nisme. D’autres se disent « post-sio­nistes » parce qu’à leurs yeux, l’ambition du sio­nisme étant la consti­tu­tion d’un État juif, son exis­tence annule d’autorité la néces­si­té du sio­nisme. Je connais enfin des Israé­liens tout à fait sio­nistes qui sont si révul­sés par la poli­tique de Néta­nya­hou qu’ils se disent hono­rés d’être trai­tés d’ « anti­sio­nistes » par un gou­ver­ne­ment d’extrême droite raciste et colo­nia­liste. Ces der­niers rem­plissent par exemple les rangs d’une ONG comme Brea­king the Silence, qui regroupe des sol­dats dénon­çant les crimes com­mis par leur armée contre des Pales­ti­niens et dont plu­sieurs des diri­geants sont des offi­ciers et aus­si des juifs pieux. Ils ne sont pas anti­sé­mites. Ils sont même l’honneur d’Israël. Quant à moi, je consi­dère le sio­nisme comme une ques­tion phi­lo­so­phi­que­ment désuète. En revanche, si le sio­nisme, comme le prône Néta­nya­hou, consiste à exi­ger la recon­nais­sance d’Israël pour mieux empê­cher le droit des Pales­ti­niens à l’autodétermination, alors je suis anti­sio­niste. Serais-je donc antisémite ?

    Bref, que l’on trouve par­mi les anti­sio­nistes d’aujourd’hui des gens pro­je­tant sur Israël leur anti­sé­mi­tisme ata­vique ou récent ne fait aucun doute. Mais que l’antisionisme soit en tant que tel une idéo­lo­gie anti­sé­mite est une idée infa­mante et erro­née. Et puis, il y a plus grave. Il y a chez Néta­nya­hou non seule­ment cette uti­li­sa­tion abu­sive de l’accusation d’antisémitisme, mais aus­si cette sidé­rante pro­pen­sion à s’entendre avec de vrais anti­sé­mites lorsque ça l’arrange. Au moment où vous-même, M. le Pré­sident, cau­tion­niez sa thèse, le New York Times publiait un article d’opinion d’une jour­na­liste et tra­duc­trice israé­lienne, Mai­rav Zons­zein, accu­sant ouver­te­ment son pre­mier ministre de col­lu­sion avec celui de la Hon­grie, Vik­tor Orban, un homme qui laisse pro­li­fé­rer l’antisémitisme par­mi ses partisans.

    Et de fait, de Paris, Néta­nya­hou a rejoint Buda­pest. Depuis des années, le gou­ver­ne­ment israé­lien raf­fer­mit ses rela­tions avec les gou­ver­ne­ments les plus réac­tion­naires d’Europe cen­trale. Il a sou­te­nu avec une grande com­pré­hen­sion l’attitude du régime hon­grois dans la récente crise des réfu­giés syriens. Néta­nya­hou sou­tient aus­si la cam­pagne lan­cée par Orban contre le finan­cier amé­ri­cain George Soros, dont la fon­da­tion favo­rise les ini­tia­tives démo­cra­tiques. Cette cam­pagne est menée à l’aide d’arguments fleu­rant l’antisémitisme : Orban accuse Soros d’user de « l’argent étran­ger » pour nuire à son pays. Quant aux graf­fi­tis hos­tiles qui pro­li­fèrent en Hon­grie contre le magnat amé­ri­cain, beau­coup sont sans équi­voque antisémites.

    Ce lien entre la droite colo­niale israé­lienne que Néta­nya­hou incarne — même si désor­mais on trouve plus radi­cal que lui en Israël — et des orga­ni­sa­tions exsu­dant un anti­sé­mi­tisme plus ou moins mani­feste n’est pas neuf. Aux États-Unis, un polé­miste d’extrême droite comme Glenn Beck, qui avait lui aus­si insul­té George Soros avec des relents anti­sé­mites, était venu se refaire une vir­gi­ni­té en 2011 en visi­tant des colo­nies reli­gieuses israé­liennes extré­mistes. Il y fut accueilli en héros (Beck est avant tout isla­mo­phobe). Quant à l’invité d’honneur du der­nier diner de la Zio­nist Orga­ni­sa­tion of Ame­ri­ca (ZOA), une for­ma­tion amé­ri­caine qui regroupe les sou­tiens à la droite israé­lienne radi­cale, il se nom­mait Steve Ban­non, proche conseiller de Donald Trump accu­sé entre autres par son ex-femme de pro­pos anti­sé­mites. Le tol­lé fut tel dans la com­mu­nau­té juive amé­ri­caine qu’il renon­ça à venir. Mais la ZOA affi­cha sa soli­da­ri­té avec lui.

    On assiste aujourd’hui à un phé­no­mène ahu­ris­sant dans cette dérive israé­lienne. À double détente, l’accusation d’antisémitisme y est désor­mais sou­mise aux inté­rêts contin­gents. Un : les anti­sio­nistes sont tous des anti­sé­mites. Deux : les pro­sio­nistes sont tous bien­ve­nus, y com­pris quand ils sont anti­sé­mites. Si vous défen­dez les droits humains en Pales­tine, vous êtes anti­sé­mite. Si vous êtes isla­mo­phobe, que vous soyez aus­si anti­sé­mite revêt peu d’importance. Le prix à payer à l’avenir pour cette folie risque d’être très éle­vé. Et l’avaliser aura été, selon l’adage, plus qu’une erreur : une faute.

    SYLVAIN CYPEL
    Source : Orient XXI, Syl­vain Cypel, 19-07-2017

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    Source : les​-crises​.fr, Oli­vier Berruyer

    Réponse
  4. etienne

    Les sentinelles de la démocratie

    Rai­son d’Etat contre Etat de droit : où com­mence et où s’arrête la liber­té en démo­cra­tie ? Com­ment résoudre la contra­dic­tion entre logique d’E­tat et exi­gence démocratique ?

    Ils sont tra­qués comme des grands cri­mi­nels. Réfu­gié dans un sous-sol d’ambassade pour Julian Assange, fon­da­teur de Wiki­leaks ; ou en exil à Mos­cou pour Edward Snow­den, révé­la­teur de la sur­veillance de masse opé­rée par les Etats-Unis sur le monde entier.

    Le pre­mier, a mon­té une pla­te­forme per­met­tant aux lan­ceurs d’alerte de divul­guer des infor­ma­tions confi­den­tielles de façon ano­nyme. Il plaide pour une trans­pa­rence radi­cale et four­nit la tech­no­lo­gie pour publier des infor­ma­tions sen­sibles. Ce que les jour­na­listes font de manière cou­rante. Le second a révé­lé l’étendue ten­ta­cu­laire de l’interception des com­mu­ni­ca­tions per­son­nelles par les ser­vices de sécu­ri­té amé­ri­cains. Les révé­la­tions de Snow­den ébranlent l’opinion publique mondiale.

    Au nom de la lutte antiterroriste

    Depuis, les révé­la­tions sur la sur­veillance de masse par les grandes puis­sances se mul­ti­plient. L’ex pré­sident Fran­çois Hol­lande et l’an­cien ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, sont eux-mêmes obli­gés de recon­naître en 2015 l’existence en France d’une pla­te­forme secrète d’interception mas­sive des com­mu­ni­ca­tions pri­vées, le « Pôle natio­nal de cryp­ta­na­lyse et de décryp­te­ment ». Ces inter­cep­tions sont illé­gales puisqu’elles dépassent de très loin le seul objec­tif de lut­ter contre le terrorisme.

    Alors pour­quoi tant de haine envers ceux qui ne font, après tout, que rap­pe­ler les Etats à leur mis­sion et agissent comme les néces­saires vigies de la démocratie ?

    Entre­tien avec Geof­froy de Lagas­ne­rie, très intéressant :
    https://​www​.fran​cein​ter​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​s​/​l​a​n​c​e​u​r​s​-​d​-​a​l​e​r​t​e​/​l​a​n​c​e​u​r​s​-​d​-​a​l​e​r​t​e​-​2​2​-​j​u​i​l​l​e​t​-​2​017

    Source : France Inter


    Je trouve Geof­froy de Lagas­ne­rie pas­sion­nant. Il fau­drait RETRANSCRIRE ici les quelques grandes idées sou­li­gnées par Geof­froy de Lagas­ne­rie dans cet entre­tien avec Claire Nouvian.
    Étienne

    Réponse
  5. etienne

    Jor­da­nix sou­ligne un rouage ter­rible de la tyran­nie qui joue­ra sans doute à plein le moment venu, faute de citoyens assez vigi­lants pour s’être mobi­li­sés à temps pour l’empêcher dura­ble­ment (par des ins­ti­tu­tions adéquates) :

    L’EXPÉRIENCE DE ROSENHAN, les enfermements arbitraires « pour raisons psychiatriques »

    Réponse
  6. etienne

    Comment “le système” impose la “vérité”

    […] « Pen­dant ce temps, les médias occi­den­taux mains­tream conti­nuent de mar­te­ler à domi­cile leurs récits de pro­pa­gande, notam­ment concer­nant la Rus­sie. Une autre étude de cas s’est dérou­lée la semaine der­nière avec la nou­velle jour­na­liste vedette de NBC, Megyn Kel­ly, qui a inter­viewé le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine le 2 juin en marge du Forum éco­no­mique inter­na­tio­nal de Saint-Pétersbourg.


    Megyn Kel­ly, de NBC, s’entretient avec le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine le 2 juin 2017. (Pho­to NBC)

    Ce der­nier crime de NBC contre le jour­na­lisme pro­fes­sion­nel devient évident lorsqu’on com­pare la ver­sion com­plète de l’interview telle qu’elle a été dif­fu­sée sur le réseau RT en Rus­sie et la ver­sion édi­tée que NBC a dif­fu­sée pour son public amé­ri­cain. L’écart le plus cho­quant se trouve dans une séquence où Kel­ly inter­ro­geait agres­si­ve­ment Pou­tine sur ce qui, selon elle, était la com­pré­hen­sion par les Amé­ri­cains de son gou­ver­ne­ment, à savoir tuer des jour­na­listes, sup­pri­mer l’opposition poli­tique, être ron­gé par la cor­rup­tion, etc.

    Dans la ver­sion de NBC, la réponse de Pou­tine a été réduite à une décla­ra­tion limi­naire creuse selon laquelle « la Rus­sie est sur le point de deve­nir une démo­cra­tie », flan­quée d’une phrase de clô­ture éga­le­ment creuse. Dans la ver­sion com­plète et non cou­pée, Pou­tine répond aux allé­ga­tions de Kel­ly point par point, puis retourne la ques­tion en deman­dant de quel droit les États-Unis et l’Occident mettent en cause le bilan de la Rus­sie, alors qu’ils ont acti­ve­ment fait bien pire que ce que Kel­ly reproche. Il a deman­dé où est Occu­py Wall Street aujourd’hui, pour­quoi les États-Unis et la police euro­péenne uti­lisent des matraques et des gaz lacry­mo­gènes pour bri­ser les mani­fes­ta­tions, alors que la police russe ne fait rien de tel, et ain­si de suite.

    Autre­ment dit, NBC a inten­tion­nel­le­ment fait en sorte que Pou­tine res­semble à un des­pote creux, alors qu’il est en fait un débat­teur très sophis­ti­qué ; il l’avait démon­tré plus tôt dans la jour­née lors d’une table ronde ouverte avec Kel­ly, où elle était deve­nue la risée de tous. En ce qui concerne l’interview caviar­dée, le mana­ge­ment de NBC porte la pre­mière res­pon­sa­bi­li­té pour avoir défor­mé le docu­ment et trom­pé ses télé­spec­ta­teurs. » […]

    http://​www​.les​-crises​.fr/​c​o​m​m​e​n​t​-​l​e​-​s​y​s​t​e​m​e​-​i​m​p​o​s​e​-​l​a​-​v​e​r​i​t​e​-​p​a​r​-​g​i​l​b​e​r​t​-​d​o​c​t​o​r​ow/

    Source : les​-crises​.fr, Oli­vier Berruyer

    Réponse
  7. etienne

    La main des États-Unis dans les tragédies libyenne et syrienne

    « Les désastres liés à la poli­tique de « chan­ge­ment de régime » de l’administration Oba­ma pro­pagent la vio­lence ter­ro­riste en Europe, mais ils sont à l’origine de bien plus de car­nages dans ces deux pays tou­chés par cette tra­gé­die, écrit Jona­than Marshall.

    Les enquêtes poli­cières et la presse ont confir­mé que deux des attaques ter­ro­ristes les plus meur­trières à s’être dérou­lées en Europe de l’Ouest – les atten­tats à la bombe et les fusillades coor­don­nés à Paris de novembre 2015 qui ont fait 130 vic­times et l’attentat à la bombe de mai 2017 dans la salle Are­na de Man­ches­ter en Angle­terre, qui en a fait 23 – ont été pro­vo­quées par une uni­té de l’EI basée en Libye, uni­té du nom de Kati­bat al-Battar.


    La secré­taire d’État des États-Unis Hil­la­ry Clin­ton évoque, lors d’une ses­sion du Conseil de sécu­ri­té des Nations Unies, la situa­tion en Syrie (Nations Unies, New York, le 31 jan­vier 2012)

    Depuis ces attaques, de nom­breux ana­lystes, moi y com­pris, les ont consi­dé­rées comme une forme de « réac­tion » à la cam­pagne désas­treuse menée pour dépo­ser le dic­ta­teur libyen Mouam­mar Kadha­fi en 2011. En trans­for­mant la Libye en base-arrière des mili­tants extré­mistes radi­caux, cette inter­ven­tion a pro­vo­qué en boo­me­rang l’exportation de la ter­reur vers Europe de l’Ouest.

    Cepen­dant, une cri­tique aus­si euro­cen­trique de l’intervention de l’OTAN laisse dans l’ombre les dom­mages bien plus graves qu’elle a pro­vo­qués en Syrie, où près d’un demi-mil­lion de per­sonnes ont trou­vé la mort et dont au moins 5 mil­lions des citoyens ont dû s’enfuir depuis 2011. Les diri­geants états-uniens, bri­tan­niques et fran­çais ont contri­bué à déclen­cher, par leur hubris, l’une des plus grandes catas­trophes modernes.

    Il y a dix ans, la Libye, loin d’être un sanc­tuaire pour les opé­ra­tions des dji­ha­distes extré­mistes, était l’un des prin­ci­paux enne­mis de ceux-ci. Un rap­port de 2008 du dépar­te­ment d’État fai­sait remar­quer que « la Libye était un solide par­te­naire dans la lutte contre le ter­ro­risme ». Il était aus­si recon­nais­sant au régime de Kadha­fi « de s’engager avec force dans des actions contre les flux de com­bat­tants étran­gers », sur­tout des vété­rans des guerres dji­ha­distes en Afgha­nis­tan et en Syrie.

    Tous ces efforts ont pris fin en 2011, quand des rebelles armés, qui comp­taient, par­mi eux, des membres dis­ci­pli­nés d’al-Qaïda et de l’EI, ont deman­dé l’aide de l’OTAN pour ren­ver­ser le régime de Kadha­fi. Les lea­ders occi­den­taux n’ont pas prê­té atten­tion aux aver­tis­se­ments pré­mo­ni­toires du fils de Kadha­fi, Seif, selon lequel « la Libye peut fort bien deve­nir la Soma­lie de l’Afrique du Nord, de la Médi­ter­ra­née… Vous ver­rez des mil­lions d’immigrants illé­gaux. La ter­reur sera à vos portes ». Kadha­fi lui-même a pré­dit « qu’ une fois que les dji­ha­distes auront le contrôle de la Médi­ter­ra­née … alors il atta­que­ront l’Europe ».

    Les attaques ter­ro­ristes qui ont sui­vi en Europe ont, sans conteste, prou­vé la vali­di­té de ces aver­tis­se­ments tout en dis­cré­di­tant le pré­texte pré­ten­du­ment huma­ni­taire de la guerre illé­gale en Syrie. Cepen­dant les efforts des dji­ha­distes pour contrô­ler la Médi­ter­ra­née ont eu de bien plus graves réper­cus­sions, au moins dans le cas de la Syrie.

    Un récent article du New York Times au sujet de la genèse des récentes attaques ter­ro­ristes en France et en Grande-Bre­tagne a fait remar­quer, en pas­sant, que l’EI de Libye, consti­tué de « vété­rans che­vron­nés des guerres d’Afghanistan et d”Irak », fai­sait par­tie « du pre­mier contin­gent dji­ha­diste étran­ger à arri­ver en Syrie en 2012, au moment où la révolte popu­laire du pays se chan­geait en guerre civile de grande enver­gure et en insur­rec­tion islamiste ».

    Un ancien ana­lyste bri­tan­nique du contre-ter­ro­risme a décla­ré au jour­nal : « Cer­tains des mecs les plus dégueu­lasses d’al-Qaïda étaient des Libyens. Quand je me suis inté­res­sé à l’EI, je me suis ren­du compte que c’était la même chose. C’étaient les plus durs, les plus vio­lents, ceux qui étaient tou­jours les plus extré­mistes, contrai­re­ment aux autres. Les Libyens étaient l’élite des troupes et l’EI savait exploi­ter leurs caractéristiques ».

    La vio­lence extré­miste en Syrie.

    Ces dji­ha­distes libyens ont tiré par­ti de leur nombre, de leurs res­sources et de leur fana­tisme pour contri­buer à l’escalade du conflit syrien jusqu’à la tra­gé­die que nous voyons main­te­nant. Le car­nage, que nous consi­dé­rons main­te­nant comme allant de soi, n’était pas inévitable.


    Le secré­taire d’État, John Ker­ry, pré­tend, le 30 août 2013, avoir les preuves de la res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment syrien dans l’attaque aux armes chi­miques du 21 août 2013, mais ces preuves ou ne se sont pas concré­ti­sées ou ont été, plus tard, discréditées.

    Bien que les mani­fes­ta­tions anti-gou­ver­ne­men­tales en Syrie du prin­temps 2011 soient, très vite, presque depuis le début, deve­nues très vio­lentes, beau­coup de réfor­ma­teurs et de res­pon­sables gou­ver­ne­men­taux se sont effor­cés d’empêcher une guerre civile totale. En août 2011, les diri­geants de l’opposition syrienne ont décla­ré très rai­son­na­ble­ment que les appels aux armes étaient « inac­cep­tables, d’un point de vue poli­tique, natio­nal et éthique. Mili­ta­ri­ser la révo­lu­tion condui­rait à sous-éva­luer la gra­vi­té de la catas­trophe huma­ni­taire qu’impliquerait une confron­ta­tion avec le régime. La mili­ta­ri­sa­tion amè­ne­rait la révo­lu­tion sur un plan où le régime avait un avan­tage notable et elle sape­rait la supé­rio­ri­té morale qui avait carac­té­ri­sé la révo­lu­tion depuis le début ».

    On l’a oublié aujourd’hui, en géné­ral, mais le gou­ver­ne­ment d’Assad a aus­si pris des mesures sérieuses pour encou­ra­ger une déses­ca­lade de la vio­lence, comme lever l’état d’urgence, dis­soudre l’impopulaire Cour natio­nale de sécu­ri­té, nom­mer un nou­veau gou­ver­ne­ment et orga­ni­ser un dia­logue natio­nal avec les lea­ders de l’opposition.

    Mais le 18 août 2011, les mêmes diri­geants occi­den­taux qui bom­bar­daient Kadha­fi annon­çaient au monde : « le temps est venu pour le pré­sident Assad de démis­sion­ner ». Comme pour for­ti­fier la réso­lu­tion des mili­tants syriens, les rebelles libyens étaient alors juste en train de conqué­rir Tri­po­li avec l’aide de l’OTAN.

    « C’est un signe de mau­vais augure pour le pré­sident syrien Bachar al-Assad, écri­vait le Wall Street Jour­nal. Il y a déjà des signes qui montrent que la Libye ins­pire les rebelles qui essaient de ren­ver­ser Assad… Les mani­fes­tants syriens sont des­cen­dus dans la rue pour scan­der : « Kadha­fi ce soir, Assad demain… » Il est fort pos­sible que l’épisode libyen ne serve qu’à inten­si­fier le conflit en Syrie, à la fois en moti­vant les dis­si­dents et en ren­for­çant la déter­mi­na­tion de M. Assad à tenir bon ».

    Le déve­lop­pe­ment du conflit en Syrie n’a pas été une consé­quence invo­lon­taire de la cam­pagne libyenne, mais une démarche volon­taire de l’ambition ancienne des néo­con­ser­va­teurs de « remo­de­ler le Moyen-Orient » en ren­ver­sant des régimes extré­mistes et anti­amé­ri­cains. Le même article du Wall Street Jour­nal évo­quait les buts gran­dioses de cer­tains inter­ven­tion­nistes de Washington :

    « La nou­velle éner­gie appor­tée par le sou­lè­ve­ment libyen pour­rait aus­si se pro­pa­ger aux autres pays de la région, pas seule­ment à la Syrie. Les res­pon­sables états-uniens espèrent en par­ti­cu­lier que cela va don­ner une nou­velle vigueur à un mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion né en 2009 en Iran pour mettre en cause la réélec­tion du pré­sident Mah­moud Ahma­di­me­jad… La Syrie est depuis 30 ans le plus proche allié stra­té­gique de l’Iran dans la région. Selon des res­pon­sables états-uniens, les menaces qui pèsent de plus en plus sur le régime d’Assad pour­raient moti­ver les forces démo­cra­tiques iraniennes ».

    Bien sûr, au lieu de moti­ver les démo­crates ira­niens, le conflit syrien a encou­ra­gé les tenants de la ligne dure de l’Iran à envoyer la Garde révo­lu­tion­naire et par pro­cu­ra­tion des forces du Hez­bol­lah chez leur voi­sin, désta­bi­li­sant ain­si davan­tage la région.

    À la suite de l’horrible meurtre de Kadha­fi à l’automne 2011, les extré­mistes libyens se sont vite mis à atti­ser d’autres conflits ter­ro­ristes, du Mali jusqu’au Moyen-Orient, en uti­li­sant des armes pillées dans les énormes stocks de Kadhafi.

    « La pro­li­fé­ra­tion des armes, pro­vo­quée par la fin du conflit libyen, était d’une échelle plus grande que lors de tout autre conflit, pro­ba­ble­ment dix fois plus d’armes que ce que nous avions vu en Irak, en Soma­lie et en Afgha­nis­tan », a consta­té un expert de Human Rights Watch.

    D’après une enquête des Nations Unies, « les trans­ferts d’armes et de muni­tions venant de Libye ont été par­mi les pre­miers lots d’armes et de muni­tions à atteindre l’opposition syrienne ». Elle sou­ligne aus­si que les armes libyennes étaient d’abord des­ti­nées à des « élé­ments extré­mistes », pour leur per­mettre de gagner du ter­rain et de l’influence aux dépens de groupes rebelles plus modérés. »

    La pro­pa­ga­tion de la guerre

    […]

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    http://​www​.les​-crises​.fr/​l​a​-​m​a​i​n​-​d​e​s​-​e​t​a​t​s​-​u​n​i​s​-​d​a​n​s​-​l​e​s​-​t​r​a​g​e​d​i​e​s​-​l​i​b​y​e​n​n​e​-​e​t​-​s​y​r​i​e​n​ne/

    Source : les​-crises​.fr, Oli­vier Berruyer

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  8. etienne

    McMaster exhorte à un nouveau déploiement de troupes en Afghanistan, 

    par James W. Carden

    L’échec à faire rendre des comptes aux res­pon­sables de la guerre en Irak a conduit à des récits erro­nés sur des « déploie­ments de troupes cou­ron­nés de suc­cès » qui n’ont en fait jamais réus­si ; il pour­rait s’ensuivre une esca­lade dans les mas­sacres en Afgha­nis­tan, selon James W. Carden.

    Lire l’ar­ticle :

    http://​www​.les​-crises​.fr/​m​c​m​a​s​t​e​r​-​e​x​h​o​r​t​e​-​a​-​u​n​-​n​o​u​v​e​a​u​-​d​e​p​l​o​i​e​m​e​n​t​-​d​e​-​t​r​o​u​p​e​s​-​e​n​-​a​f​g​h​a​n​i​s​t​a​n​-​p​a​r​-​j​a​m​e​s​-​w​-​c​a​r​d​en/

    Source : les​-crises​.fr, Oli­vier Berruyer

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  9. etienne

    Très inté­res­sante vidéo du « Vaillant petit éco­no­miste » (sur l’UE pilo­tée par l’é­tran­ger évo­quée par de Gaulle, sur le putch d’Al­ger contre de Gaulle, putch orga­ni­sé par la CIA, sur le réseau Gla­dio, Stay behind, Alan Dulles patron de la CIA cor­rup­teur des diri­geants euro­péens, des usu­riers maîtres de l’Argent qui ont pris les contrôle de tous les pou­voirs, etc.) (mais qui, mal­heu­reu­se­ment, se trans­forme en publi­ci­té vers la fin 🙁 ) :

    https://​pro​.vbn​-edi​.com/​p​/​L​D​M​0​2​/​E​L​D​M​G​K04

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  10. etienne

    Trump se soumet aux souhaits des Faucons de la guerre, par Ann Wright

    Source : http://​www​.les​-crises​.fr/​t​r​u​m​p​-​s​e​-​s​o​u​m​e​t​-​a​u​x​-​s​o​u​h​a​i​t​s​-​d​e​s​-​f​a​u​c​o​n​s​-​d​e​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​p​a​r​-​a​n​n​-​w​r​i​g​ht/

    Le pré­sident Trump se jette dans les guerres éten­dues au Moyen-Orient, dans les nou­velles esca­lades en Syrie, en Afgha­nis­tan et ailleurs, s’appuyant sur les poli­tiques san­glantes de ses pré­dé­ces­seurs, comme l’explique la colo­nelle à la retraite Ann Wright.

    La mili­ta­ri­sa­tion de la poli­tique étran­gère des États-Unis n’a certes pas débu­té avec le pré­sident Donald J. Trump. En fait, elle remonte à plu­sieurs décen­nies. Cepen­dant, si les 100 pre­miers jours de Trump à la Mai­son-Blanche peuvent don­ner une indi­ca­tion, il n’a nul­le­ment l’intention de modi­fier la tendance.


    Un drone Pre­da­tor tirant un missile

    En une seule semaine en avril, l’administration Trump a tiré 59 mis­siles Toma­hawk sur une base aérienne syrienne, et a lar­gué la plus impor­tante bombe de l’arsenal amé­ri­cain sur de sup­po­sés tun­nels de l’EI en Afgha­nis­tan. Cette charge incen­diaire de 10 tonnes n’avait jamais été uti­li­sée au com­bat – la MOAB pour Mas­sive Ordi­nance Air Blast, fami­liè­re­ment connue comme la « Mère de toutes les bombes » – a été uti­li­sée dans le dis­trict d’Achin, en Afgha­nis­tan, où le ser­gent De Alen­car des Forces spé­ciales avait été tué une semaine aupa­ra­vant. (La bombe n’avait été tes­tée que par deux fois en 2003, sur la base aérienne d’Elgin, en Floride).

    Pour sou­li­gner la pré­fé­rence de la nou­velle admi­nis­tra­tion pour la force plu­tôt que la diplo­ma­tie, la déci­sion d’expérimenter la puis­sance explo­sive de cette méga-bombe a été prise uni­la­té­ra­le­ment par le géné­ral John Nichol­son, le géné­ral com­man­dant les forces amé­ri­caines en Afgha­nis­tan. En saluant la déci­sion, le pré­sident Trump a décla­ré qu’il avait don­né son « total accord » à l’armée amé­ri­caine pour mener toutes les mis­sions qu’elle sou­hai­te­rait, par­tout dans le monde – ce qui signi­fie pro­ba­ble­ment sans consul­ter aupa­ra­vant le comi­té inter-agences de la Sécu­ri­té nationale.

    Il est aus­si très révé­la­teur que le Pré­sident Trump ait choi­si des géné­raux pour deux postes majeurs en matière de sécu­ri­té, tra­di­tion­nel­le­ment occu­pés par des civils : le secré­taire à la Défense et le conseiller à la Sécu­ri­té natio­nale. Pour­tant après trois mois de son admi­nis­tra­tion, il a lais­sé vacants des cen­taines de postes gou­ver­ne­men­taux civils impor­tants de l’État, de la Défense et d’ailleurs.

    Tan­dis que le pré­sident Trump n’a tou­jours pas énon­cé de stra­té­gie au sujet des assas­si­nats poli­tiques, il n’y a pas eu, jusqu’à pré­sent, de signe qu’il compte modi­fier la pra­tique éta­blie par ses récents pré­dé­ces­seurs de recou­rir aux attaques de drones.

    En 1976, cepen­dant, le pré­sident Gérald Ford avait mon­tré un exemple très dif­fé­rent quand il signa ledécret pré­si­den­tiel 11095. Ce der­nier indi­quait « qu’aucun employé du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ne devait par­ti­ci­per, ou conspi­rer pour par­ti­ci­per, à un assas­si­nat politique. »

    Le pré­sident Ford offi­cia­li­sa cette inter­dic­tion après que les enquêtes de la com­mis­sion Church (la com­mis­sion séna­to­riale spé­ciale pour l’étude des opé­ra­tions gou­ver­ne­men­tales en rap­port aux acti­vi­tés de ren­sei­gne­ment, pré­si­dée par le séna­teur Franch Church, de l’Idaho) et de la com­mis­sion Pike (son équi­valent à la Chambre, pré­si­dée par le repré­sen­tant Otis G. Pike, de New York) eurent révé­lé l’étendue des opé­ra­tions d’assassinats de l’Agence cen­trale de ren­sei­gne­ment amé­ri­caine (CIA) contre des diri­geants étran­gers dans les années 60 et 70.

    Auto­ri­ser les assassinats

    À quelques excep­tions près, les pré­si­dents sui­vants on main­te­nu l’interdiction. Mais en 1986, le pré­sident Ronald Rea­gan ordon­na une attaque contre la mai­son du libyen Mouam­mar Kadha­fi à Tri­po­li, en repré­sailles du bom­bar­de­ment d’une dis­co­thèque à Ber­lin qui avait tué un mili­taire amé­ri­cain, deux citoyens alle­mands, et fait 229 bles­sés. En 12 minutes seule­ment, les avions amé­ri­cains lar­guèrent 60 tonnes de bombes sur la mai­son, mais sans réus­sir à tuer Kadhafi.


    Le pré­sident Ronald Rea­gan menant une réunion sur le ter­ro­risme le 26 jan­vier 1981, avec le secré­taire d’État Alexan­der Haig, le secré­taire à la Défense Cas­par Wein­ber­ger et le conseiller à la Mai­son-Blanche, Edwin Meese. (Cré­dit pho­to : biblio­thèque Reagan)

    Douze ans plus tard, en 1998, le pré­sident Bill Clin­ton ordon­na le lan­ce­ment de 80 mis­siles de croi­sière sur les ins­tal­la­tions d’al-Qaïda en Afgha­nis­tan et au Sou­dan, en repré­sailles aux bom­bar­de­ments des ambas­sades amé­ri­caines au Kenya et en Tan­za­nie. L’administration Clin­ton jus­ti­fia l’action en affir­mant que l’interdiction d’assassinat ne cou­vrait pas les indi­vi­dus que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avait déter­mi­nés comme étant liés au terrorisme.

    Dans les jours qui sui­virent les attaques per­pé­trées par al-Qaï­da à l’encontre des États-Unis le 11 sep­tembre 2001, le pré­sident George W. Bush signa un « constat » des ser­vices de ren­sei­gne­ment, per­met­tant à la CIA de lan­cer des « opé­ra­tions secrètes mor­telles » visant à tuer Osa­ma bin Laden et à anéan­tir son réseau ter­ro­riste. Les juristes de la Mai­son-Blanche et de la CIA défen­dirent la consti­tu­tion­na­li­té de cette mesure, se fon­dant sur deux moyens. Pre­miè­re­ment, ils se ral­lièrent à l’avis de l’administration Clin­ton selon lequel le décret présidentiel11905 n’empêchait aucu­ne­ment les États-Unis de s’attaquer aux ter­ro­ristes. Plus lar­ge­ment, ils décla­rèrent que l’interdiction des assas­si­nats poli­tiques ne s’appliquait pas en temps de guerre.

    Le rejet en bloc par l’administration Bush de l’interdiction des éli­mi­na­tions ciblées ou des assas­si­nats poli­tiques a tota­le­ment inver­sé la ten­dance qui a pré­va­lu pen­dant un quart de siècle en matière de poli­tique étran­gère bipar­ti­sane aux États-Unis. Cela a éga­le­ment ouvert la voie à l’utilisation de véhi­cules aériens télé­gui­dés pour per­pé­trer des éli­mi­na­tions ciblées (un euphé­misme pour assassinats).

    Les forces aériennes amé­ri­caines se ser­vaient déjà de véhi­cules aériens télé­gui­dés (VAT) depuis les années 60, mais uni­que­ment comme pla­te­formes de sur­veillance sans per­son­nel. Néan­moins, suite aux atten­tats du 11 sep­tembre, le Dépar­te­ment de la Défense et l’Agence cen­trale de ren­sei­gne­ment amé­ri­cains ont armé des « drones » (comme ils furent rapi­de­ment bap­ti­sés) pour tuer à la fois les diri­geants et les sol­dats d’al-Qaïda tout comme des Talibans.

    Les États-Unis éta­blirent des bases mili­taires en Afgha­nis­tan et au Pakis­tan pour ser­vir cet objec­tif. Cepen­dant, la mort de civils, dont un large groupe ras­sem­blé pour célé­brer un mariage, cau­sée par d’une série d’attaques de drones, pous­sa le gou­ver­ne­ment pakis­ta­nais à ordon­ner en 2011 le retrait des drones et du per­son­nel mili­taire amé­ri­cains de la base aérienne de Sham­si. Tou­te­fois, les assas­si­nats ciblés se pour­sui­virent au Pakis­tan au moyen de drones basés hors des fron­tières du pays.

    L’approche Oba­ma

    En 2009, le Pré­sident Barack Oba­ma reprit là où son pré­dé­ces­seur s’était arrê­té. Avec les inquié­tudes gran­dis­santes du public et du Congrès à pro­pos de l’utilisation d’avions contrô­lés par la CIA et des opé­ra­teurs mili­taires situés à 16 000 kilo­mètres des per­sonnes qu’ils avaient pour ordre de tuer, la Mai­son-Blanche fut for­cée de recon­naître offi­ciel­le­ment le pro­gramme d’élimination ciblée et de décrire com­ment cer­taines per­sonnes devinrent des cibles du programme.


    Le Pré­sident Barack Oba­ma serre la main aux troupes amé­ri­caines à l’aérodrome de Bagram, à Bagram, Afgha­nis­tan, le Dimanche 25 mai 2014 (Pho­to offi­cielle de la Mai­son-Blanche, par Pete Souza)

    Cepen­dant, au lieu de réduire le pro­gramme, l’administration Oba­ma dou­bla la mise. Essen­tiel­le­ment, elle dési­gna comme com­bat­tants tous les hommes d’âge mili­taire en zone de frappe étran­gère, et de ce fait comme cibles poten­tielles de ce qu’elle appe­la ses « frappes signées ». Encore plus déran­geant, elle décla­ra que les attaques visant pré­ci­sé­ment d’importants ter­ro­ristes, connues sous le nom de « frappes de per­son­na­li­tés », pour­raient inclure des citoyens américains.

    Cette pos­si­bi­li­té théo­rique devint rapi­de­ment une sinistre réa­li­té. En avril 2010, le Pré­sident Oba­ma auto­ri­sa la CIA à « cibler » Anwar al-Awla­ki, un citoyen amé­ri­cain et ancien imam d’une mos­quée de Vir­gi­nie, pour assas­si­nat. Moins d’une décen­nie aupa­ra­vant, le Bureau du secré­taire aux Armées avait invi­té l’imam à par­ti­ci­per à un ser­vice inter­con­fes­sion­nel à la suite du 11 sep­tembre. Mais al-Awla­ki devint plus tard un fervent oppo­sant à la « guerre contre la ter­reur », par­tit au Yémen, la patrie de son père, et aida al-Qaï­da à recru­ter des membres.

    Le 30 sep­tembre 2011, une frappe de drone tua Al-Awla­ki et un autre Amé­ri­cain, Samir Khan, qui voya­geait avec lui au Yémen. Dix jours plus tard, des drones amé­ri­cains tuèrent le fils âgé de 16 ans d’al-Awlaki, Abdul­rah­man al-Awla­ki, citoyen amé­ri­cain, lors d’une attaque contre un groupe de jeunes hommes autour d’un feu de camp. L’administration Oba­ma n’a jamais pré­ci­sé si le fils âgé de 16 ans avait été ciblé indi­vi­duel­le­ment parce qu’il était le fils d’al-Awlaki ou s’il avait été vic­time d’une frappe « signée », cor­res­pon­dant à la des­crip­tion d’un jeune homme d’âge mili­taire. Cepen­dant, lors d’une confé­rence de presse à la Mai­son-Blanche, un jour­na­liste deman­da au porte-parole d’Obama, Robert Gibbs, com­ment il pou­vait défendre les meurtres et plus spé­cia­le­ment le décès d’un citoyen amé­ri­cain mineur qui fut « ciblé sans pro­cé­dure régu­lière, et sans procès ».

    La réponse de Gibbs ne fit rien pour amé­lio­rer l’image amé­ri­caine dans le monde musul­man : « Je dirais que vous auriez du avoir un père plus res­pon­sable s’il était vrai­ment sou­cieux du bien-être de ses enfants. Je ne pense pas que deve­nir un ter­ro­riste dji­ha­diste d’al-Qaïda soit le meilleur moyen d’y arriver ».

    Le 29 jan­vier 2017, la fille âgée de 8 ans d’al-Awlaki, Nawar al-Awla­ki, a été tuée lors d’un assaut com­man­do amé­ri­cain au Yémen ordon­né par le suc­ces­seur d’Obama, Donald Trump.

    Mariages et funérailles

    Pen­dant ce temps, les médias ont conti­nué de signa­ler des inci­dents de civils tués par des frappes de drones à tra­vers la région, qui visent sou­vent les noces et les funé­railles. Beau­coup d’habitants de la région le long de la fron­tière afgha­no-pakis­ta­naise pou­vaient entendre le bour­don­ne­ment des drones volant dans leur région 24 heures sur 24, pro­vo­quant des trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques pour tous ceux qui y vivent, en par­ti­cu­lier les enfants.


    Suite de la des­truc­tion par les États-Unis de l’hôpital de Méde­cins sans fron­tières à Kun­duz, en Afgha­nis­tan. (Cré­dit gra­phique : RT)

    L’administration Oba­ma a été for­te­ment cri­ti­quée pour la tac­tique de la « double-frappe » : frap­per une mai­son ou un véhi­cule cible avec un mis­sile Hell­fire, puis tirer un deuxième mis­sile sur ceux qui venaient en aide aux bles­sés de la pre­mière attaque. Sou­vent ceux qui se por­taient secours aux gens pié­gés dans les bâti­ments effon­drés ou les voi­tures en flammes étaient des civils locaux, et non des militants.

    La logique tra­di­tion­nel­le­ment invo­quée pour l’utilisation de drones est qu’ils éli­minent la néces­si­té de « mettre les pieds sur le ter­rain » — qu’il s’agisse de membres des forces armées ou du per­son­nel para­mi­li­taire de la CIA — dans des envi­ron­ne­ments dan­ge­reux, évi­tant ain­si de ris­quer la vie d’Américains. Les res­pon­sables états-uniens pré­tendent éga­le­ment que les ren­sei­gne­ments recueillis par les VAT, grâce à leur sur­veillance pro­lon­gée, rendent leurs frappes plus pré­cises, rédui­sant ain­si le nombre de vic­times civiles. (Non-dit, mais pro­ba­ble­ment un autre fac­teur de moti­va­tion puis­sant, est le fait que l’utilisation de drones signi­fie qu’aucun mili­tant soup­çon­né ne sera cap­tu­ré vivant, évi­tant ain­si les com­pli­ca­tions poli­tiques et autres de la détention.)

    Même si ces pré­ten­tions sont vraies, elles ne résolvent pas pour autant l’impact de cette tac­tique sur la poli­tique étran­gère amé­ri­caine. Davan­tage pré­oc­cu­pant est le fait que les drones per­mettent aux pré­si­dents de bot­ter en touche sur les ques­tions de guerre et de paix en choi­sis­sant une option qui paraît offrir un juste milieu, mais qui en réa­li­té a de nom­breuses consé­quences à long terme pour la poli­tique amé­ri­caine, ain­si que pour les com­mu­nau­tés qui les subissent.

    En sup­pri­mant le risque de perte de per­son­nel amé­ri­cain, les res­pon­sables poli­tiques de Washing­ton peuvent être ten­tés d’utiliser la force pour résoudre les dilemmes sécu­ri­taires plu­tôt que de négo­cier avec les par­ties impli­quées. En outre, par leur nature même, les VAT sont plus sus­cep­tibles de pro­vo­quer des repré­sailles contre l’Amérique que les sys­tèmes d’armes clas­siques. Pour beau­coup au Moyen-Orient et en Asie du Sud, les drones repré­sentent une fai­blesse du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain et de son armée, et non une force. Les guer­riers valeu­reux ne devraient-ils pas se battre sur le ter­rain, se demandent-t-ils, au lieu de se cacher der­rière un drone sans visage dans le ciel, pilo­té par un jeune dans son fau­teuil à plu­sieurs mil­liers de kilomètres ?

    Des attaques internes

    Depuis 2007, au moins 150 membres du per­son­nel de l’OTAN ont été vic­times d’« attaques internes » par des membres des forces armées et poli­cières natio­nales afghanes for­més par la coa­li­tion. Beau­coup d’Afghans qui com­mettent de tels meurtres « vert sur bleu » sur le per­son­nel amé­ri­cain, en uni­forme autant qu’en civil, pro­viennent des régions tri­bales situées à la fron­tière afghane et pakis­ta­naise où les frappes de drones amé­ri­caines se sont concen­trées. Ils se vengent de la mort de leurs familles et de leurs amis en tuant leurs entraî­neurs mili­taires américains.


    « Pilotes » manœu­vrant un véhi­cule aérien télé­gui­dé MQ‑1 Pre­da­tor lors d’un raid au Moyen-Orient. (Pho­to de l’armée américaine)

    La colère contre les drones est appa­rue aus­si aux États-Unis. Le 1er mai 2010, le Pakis­ta­no-Amé­ri­cain Fai­sal Shah­zad ten­ta de faire explo­ser une voi­ture pié­gée à Times Square. Dans son plai­doyer de culpa­bi­li­té, Shah­zad jus­ti­fia son attaque de civils en disant au juge : « Quand le drone frappe en Afgha­nis­tan et en Irak, ils ne voient pas les enfants, ils ne voient per­sonne. Ils tuent des femmes, des enfants ; ils tuent tout le monde. Ils tuent tous les musulmans. »

    Dès 2012, l’armée de l’air amé­ri­caine recru­tait plus de pilotes de drones que de pilotes d’avions tra­di­tion­nels. Entre 2012 et 2014, ils avaient pré­vu de recru­ter 2 500 pilotes et assis­tants pour le pro­gramme de drones. C’est près du double du nombre de diplo­mates enga­gés par le Dépar­te­ment d’État sur une période de deux ans.

    Les pré­oc­cu­pa­tions du Congrès et des médias au sujet du pro­gramme ont conduit l’administration Oba­ma à recon­naître la tenue de réunions régu­lières chaque mar­di menées par le Pré­sident pour iden­ti­fier les cibles de la liste d’assassinats. Dans les médias inter­na­tio­naux, « Ter­ror Tues­days » [les mar­dis de la ter­reur, NdT] est deve­nu une for­mule de la poli­tique étran­gère américaine.

    Pour beau­coup de gens dans le monde, la poli­tique étran­gère amé­ri­caine a été domi­née durant les 16 années pas­sées par des actions mili­taires au Moyen-Orient et en Asie du Sud et de grands exer­cices mili­taires ter­restres et mari­times en Asie du Nord-Est. Sur la scène mon­diale, les efforts amé­ri­cains dans les domaines de l’économie, du com­merce, des ques­tions cultu­relles et des droits de l’homme semblent avoir été relé­gués au second rang en faveur des guerres en continu.

    Pour­suivre l’utilisation de la guerre par drones pour mener des assas­si­nats ne fera qu’exacerber la méfiance étran­gère envers les inten­tions amé­ri­caines et leur fia­bi­li­té. Ce qui fait le jeu des adver­saires mêmes que nous essayons de vaincre.

    Au cours de sa cam­pagne, Donald Trump a pro­mis qu’il met­trait tou­jours « l’Amérique en pre­mier », et a décla­ré qu’il vou­lait sor­tir des affaires de chan­ge­ments de régimes. Il n’est pas trop tard pour lui de tenir cette pro­messe en appre­nant des erreurs de ses pré­dé­ces­seurs et en ren­ver­sant la mili­ta­ri­sa­tion conti­nue de la poli­tique étran­gère américaine.

    Ann Wright

    Ann Wright a pas­sé 29 ans dans l’armée amé­ri­caine et comme réser­viste, en pre­nant sa retraite au rang de colo­nelle. Elle a ser­vi 16 ans dans le Ser­vice exté­rieur au Nica­ra­gua, à Gre­nade, en Soma­lie, en Ouz­bé­kis­tan, au Kir­ghizs­tan, en Sier­ra Leone, en Micro­né­sie et en Mon­go­lie. Elle a diri­gé la petite équipe qui a rou­vert l’ambassade amé­ri­caine à Kaboul en décembre 2001. Elle a démis­sion­né en mars 2003, en oppo­si­tion contre la guerre en Irak. Elle est coau­teur du livre Dis­si­dent : Voices of Conscience(Dissident : Voix de Conscience) (Koa, 2008). Elle donne des confé­rences dans le monde entier sur la mili­ta­ri­sa­tion de la poli­tique étran­gère amé­ri­caine et par­ti­cipe acti­ve­ment au mou­ve­ment anti-guerre des États-Unis.

    Source : Ann Wright, Consor­tium News, 19-06-2017

    Tra­duit par les lec­teurs du site http://​www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source ; http://​www​.les​-crises​.fr/​t​r​u​m​p​-​s​e​-​s​o​u​m​e​t​-​a​u​x​-​s​o​u​h​a​i​t​s​-​d​e​s​-​f​a​u​c​o​n​s​-​d​e​-​l​a​-​g​u​e​r​r​e​-​p​a​r​-​a​n​n​-​w​r​i​g​ht/

    Réponse
  11. etienne

    Tous bolivariens !

    Dans quelques heures le Vene­zue­la peut être plon­gé dans un bain de sang par ceux qui, natio­na­le­ment et inter­na­tio­na­le­ment, ne sup­portent pas que les pauvres refusent de le res­ter, et qui vou­draient faire main basse sur les énormes réserves en hydro­car­bures du pays. L’enjeu géo­po­li­tique dépasse Caracas.

    Les sec­teurs majo­ri­taires et d’extrême droite de l’opposition connue comme « Table d’union démo­cra­tique » (MUD en espa­gnol) tentent de blo­quer le pays pour empê­cher les élec­tions à l’Assemblée consti­tuante et en appe­ler à l’intervention de Washing­ton. Le pré­sident TRUMP et la CIA ont pré­ve­nu : s’il y a vote, « l’empire » pren­dra des sanc­tions immé­diates contre le droit à l’auto-détermination d’un peuple.

    Ce qui se joue au Vene­zue­la aujourd’hui, quelles que soient les erreurs qu’ait pu com­mettre le pré­sident Madu­ro, a et aura des réper­cus­sions conti­nen­tales et inter­na­tio­nales lourdes. Washing­ton (sou­te­nu en sous-main par l’Union euro­péenne) s’apprête à vio­ler la sou­ve­rai­ne­té du Vene­zue­la. Ils tentent de pro­vo­quer une rup­ture dans l’armée. Pour les États-Unis, le Vene­zue­la boli­va­rien consti­tue « une menace pour la (sa) sécu­ri­té ». La for­mule est de ce « bon » pré­sident Obama.

    Le Vene­zue­la rede­vient le cœur de la stra­té­gie impé­ria­liste. Il doit plus que jamais faire battre le cœur de tous les démo­crates. Le Haut com­mis­sa­riat des Nations Unies pour les Droits de l’homme vient d’appeler à « garan­tir la paix » afin que le vote de l’Assemblée consti­tuante, le 30 juillet, se déroule en toute nor­ma­li­té. Les médias véné­zué­liens, qui appar­tiennent très majo­ri­tai­re­ment à l’oligarchie, et leurs clones fran­çais, soufflent sur le feu au lieu de cal­mer le jeu, hurlent à « la dic­ta­ture » parce que le gou­ver­ne­ment Madu­ro a inter­dit les mani­fes­ta­tions pour que le vote ait lieu en toute tran­quilli­té, et évi­ter que le sang coule davantage.

    L’opposition, nous serions ten­té d’écrire la « sub­ver­sion », refuse de par­ti­ci­per à la consul­ta­tion. Elle a préa­la­ble­ment et illé­ga­le­ment orga­ni­sé, un vote paral­lèle et bidon où elle aurait obte­nu plus de 7 mil­lions de suf­frages. Aucune véri­fi­ca­tion, aucun comp­tage sérieux n’ont pu avoir lieu. Listes élec­to­rales « mai­son » et bul­le­tins de vote ont été mono­po­li­sés, puis brûlés.

    Les prin­ci­paux chefs de l’opposition veulent aujourd’hui, après trois mois et demi d’insurrections loca­li­sées, sur­tout dans les quar­tiers riches, en découdre, quel qu’en soit le prix. Les oppo­sants sont deve­nus des émeu­tiers. Depuis l’élection, avec une courte majo­ri­té, du pré­sident Madu­ro, en 2013, l’opposition se refuse à recon­naître la légi­ti­mi­té du pré­sident. Cette atti­tude put­schiste rap­pelle et dépasse le « golpe » contre Cha­vez de 2002. Et pourtant …

    L’élection d’une Consti­tuante, l’élargissement de la démo­cra­tie, la consul­ta­tion de l’ensemble de la popu­la­tion, dans un pro­ces­sus de fond, consti­tuent bien l’un des der­niers atouts, sans doute, pour le vivre ensemble, dans un pays aujourd’hui déchi­ré, au bord du gouffre. La révo­lu­tion veut modi­fier la Consti­tu­tion de 1999, y ajou­ter les acquis sociaux recon­nus par les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. Mal­gré l’effondrement éco­no­mique, la révo­lu­tion est par­ve­nue à main­te­nir les grandes « Mis­sions » sociales. Peu en parlent. La pénu­rie sur des pro­duits ciblés, sur des médi­ca­ments, certes cruelle, orga­ni­sée essen­tiel­le­ment par le patro­nat, est sur-média­ti­sée. Et pour­tant les chiffres, eux, parlent… L’indice de déve­lop­pe­ment humain du Vene­zue­la était en 2015 de 0.767, 71e rang sur un ensemble de 188 pays. De 1990 à 2015, l’espérance de vie à la nais­sance a aug­men­té de 4,6 années. La san­té et l’éducation (gra­tuites) res­tent des prio­ri­tés, mal­gré la pro­fonde crise éco­no­mique et politique.

    Le Vene­zue­la ne doit pas être le Chi­li. L’expérience a prou­vé que tout blo­cus affecte sur­tout les popu­la­tions civiles et se retourne fina­le­ment contre ses pro­mo­teurs. Cuba a plus que prou­vé et éprou­vé les voies de la résis­tance pra­tique, concrète, au quotidien.

    Les niveaux atteints par la dés­in­for­ma­tion ne sau­raient nous détour­ner de notre devoir d’internationalisme. L’internationalisme, disait le Che, c’est la soli­da­ri­té de classe des exploités.

    Jean Ortiz

    Dource : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​t​o​u​s​-​b​o​l​i​v​a​r​i​e​n​s​.​h​tml

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  12. joss
  13. etienne

    L’indifférence internationale pour des dizaines de milliers de victimes civiles de Mossoul est une honte (The Independent)

    par Patrick COCKBURN

    Les forces du gou­ver­ne­ment ira­kien, qui avaient subi de lourdes pertes dans le sec­teur orien­tal, ont uti­li­sé une plus grande puis­sance de feu dans la bataille pour l’ouest de Mos­soul, Reuters

    Les civils de la ville ont fait face à un Catch-22* : les forces de la coa­li­tion diri­gées par les États-Unis leur disaient de fuir les posi­tions de l’EI avant leur bom­bar­de­ment ; mais l’EI mena­çait de les exé­cu­ter s’ils essayaient de fuir.

    Le nombre catas­tro­phique des vic­times civiles à Mos­soul n’intéresse pas beau­coup de poli­ti­ciens ni de jour­na­listes dans le monde. Cela contraste ter­ri­ble­ment avec l’indignation expri­mée dans le monde entier pen­dant le bom­bar­de­ment de l’est d’Alep par le gou­ver­ne­ment syrien et les forces russes, fin 2016.

    Hoshyar Zeba­ri, le chef kurde l’ancien ministre ira­kien des Finances et des Affaires étran­gères, m’a décla­ré lors d’une inter­view, la semaine der­nière : « Les Ser­vices du ren­sei­gne­ment kurde estiment que plus de 40 000 civils ont été tués par l’énorme puis­sance de feu de la Police fédé­rale, des frappes aériennes et de l’EI lui-même. »

    Le nombre réel des morts qui sont enter­rés sous les tas de décombres de l’ouest de Mos­soul est incon­nu, mais il s’élève pro­ba­ble­ment à des dizaines de mil­liers, au contraire des esti­ma­tions beau­coup plus basses don­nées précédemment.

    Les gens ont du mal à com­prendre pour­quoi le nombre de morts à Mos­soul a été aus­si impor­tant. Un rap­port méti­cu­leux mais hor­ri­fiant d’Amnesty Inter­na­tio­nal (AI) inti­tu­lé « A tout prix : la catas­trophe civile dans l’ouest de Mos­soul » en donne une expli­ca­tion à la fois cor­recte et neutre.

    Il ne donne pas le chiffre exact du nombre de morts, mais, à part ça, il confirme beau­coup des choses qu’a men­tion­nées M. Zeba­ri, notam­ment les dom­mages épou­van­tables cau­sés par les tirs qui ont duré cinq mois sans inter­rup­tion, de l’artillerie et de roquettes sur une zone encer­clée et rem­plie de civils qui ne pou­vaient pas s’échapper.

    Cepen­dant, même cela ne suf­fit vrai­ment pas à expli­quer le car­nage incroyable qui a eu lieu. Beau­coup de sièges au cours des siècles ont occa­sion­né de ter­ribles pertes civiles, mais dans un domaine pré­cis, le siège de Mos­soul était dif­fé­rent des autres : il n’était pas ques­tion pour l’EI, le mou­ve­ment le plus cruel et le plus violent du monde, de renon­cer à ses bou­cliers humains.

    Même avant l’attaque des forces gou­ver­ne­men­tales ira­kiennes aidées par la coa­li­tion diri­gée par les États-Unis, qui a débu­té le 17 octobre de l’année der­nière, l’EI ras­sem­blait des civils dans la ville et ne leur per­met­tait pas d’en sor­tir pour se mettre à l’abri. Ceux qui ont réus­si à atteindre les camps de réfu­giés à l’extérieur de Mos­soul ont dit que l’EI avait pos­té des tireurs d’élite et posé des pièges et des mines pour empê­cher les habi­tants de partir.

    Déter­mi­né à gar­der coûte que coûte ses cen­taines de mil­liers de bou­cliers humains, l’EI les a entas­sés dans un espace de plus en plus res­treint à mesure que les forces pro-gou­ver­ne­men­tales avan­çaient. Les patrouilles de l’EI ont dit qu’elles tue­raient tous ceux qui quit­taient ses mai­sons. Elles ont sou­dé des portes métal­liques aux mai­sons pour main­te­nir les gens à l’intérieur, et ont pen­du à des pylônes élec­triques, ceux qui essayaient de s’échapper et ont lais­sé leurs corps pour­rir là.

    « A mesure que l’EI per­dait du ter­rain pen­dant la bataille, les zones contrô­lées par l’EI se rem­plis­saient de plus en plus de civils », explique le rap­port d’Amnesty Inter­na­tio­nal. « Les rési­dents de Mos­soul ont expli­qué à Amnes­ty Inter­na­tio­nal qu’ils étaient obli­gés de s’entasser dans les mai­sons par groupes de 15 à 100, avec leurs parents ou leurs voisins ».

    Ce sont ces groupes qui sont deve­nus les vic­times de la mas­sive puis­sance de feu des forces pro-gou­ver­ne­men­tales. Dans de nom­breuses rues, toutes les mai­sons sont détruites et il m’a même été impos­sible d’entrer dans des quar­tiers gra­ve­ment endom­ma­gés parce que leur accès était blo­qué par des ruines, des cra­tères de bombes et des voi­tures brûlées. » […]

    Lire la suite :
    https://www.legrandsoir.info/l‑indifference-internationale-pour-des-dizaines-de-milliers-de-victimes-civiles-de-mossoul-est-une-honte-the-independent.html

    Source : Le Grand Soir

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