13 Commentaires

  1. Citoyens Debout

    Je ne par­tage pas du tout cette idée de reve­nu de base qui me semble être une aber­ra­tion comp­table. Le pro­blème vient à mon avis d’une erreur de per­cep­tion sur la nature même de ce qu’est la mon­naie. Nous savons com­ment la mon­naie fonc­tionne actuel­le­ment : c’est de la dette créée de toute pièce par les ban­quiers. Par­tant de ce constat, le pre­mier point à résoudre, c’est la créa­tion de la mon­naie sans dette. 

    Voi­ci très sché­ma­ti­que­ment mon approche : la mon­naie n’est pas la pro­prié­té de la banque, même pas d’une banque cen­trale ni d’un État, c’est la pro­prié­té de la Nation. Qu’un État emprunte de l’argent pour fonc­tion­ner est un non-sens.

    L’argent n’a abso­lu­ment aucune valeur en soi. Si vous vous retrou­vez sur une île déserte, un caillou pelé au milieu de l’o­céan avec rien d’autre qu’une mon­tagne de billets de banque, ça ne vous ser­vi­ra stric­te­ment à rien et l’argent n’au­ra aucune valeur puisque rien n’é­tant dis­po­nible, vous ne pour­rez rien ache­ter. L’argent est la repré­sen­ta­tion de la valeur des choses. Si une chose est créée, on doit créer la mon­naie cor­res­pon­dante. Si une chose est détruite, la mon­naie cor­res­pon­dante doit l’être éga­le­ment. Le rôle réga­lien de l’É­tat est donc de créer ou de détruire la mon­naie selon ce qui est pro­duit et détruit dans la Nation.

    Ce qui ruine actuel­le­ment la plu­part des pays du monde, c’est d’une part ce sys­tème de dettes arti­fi­cielles, d’autre part la rare­té de l’argent qui n’est pas créé de la manière décrite plus haut mais selon l’hu­meur d’un ban­quier qui décide s’il vous prête ou non les mon­tants dont vous avez besoin.

    Ce qu’on oublie éga­le­ment, c’est que si on consi­dère que l’argent cor­res­pond à la valeur des choses, le ban­quier en prê­tant de l’argent s’ar­roge la pro­prié­té de cet argent créé, et de ce fait la pro­prié­té des choses. Mais même si on reve­nait à un sys­tème où l’É­tat emprunte à sa banque cen­trale, même à taux zéro, le constat serait le même : l’É­tat s’ar­ro­ge­rait la pro­prié­té des choses. Dans tous les cas, ce sys­tème reste un vol.

    Je suis éga­le­ment conscient d’un aspect corol­laire de ce que je sug­gère : l’é­pargne tue l’in­dus­trie. L’argent, c’est comme de l’eau. Si on en bloque la cir­cu­la­tion, ça crou­pit et devient aus­si nau­séa­bond qu’i­nu­ti­li­sable. Donc, blo­quer une somme dans une banque pour faire des éco­no­mies, c’est dans le même temps empê­cher que cet argent ne suis dis­po­nible pour échan­ger les choses. Je suis donc enclin à envi­sa­ger une autre forme d’é­pargne : l’a­chat de valeurs tan­gibles et échan­geable à plus long terme : or, bijoux, terre, immo­bi­lier ou que sais-je.

    Mais bon, je sais que cette approche va à l’en­contre de ce que peuvent dire tous les éco­no­mistes, je n’en ai cure, je reste quand même ouvert aux débats.

    Réponse
    • etienne

      Les principes fondamentaux de l’UE

      Au sujet du referendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne

      par Richard A. Werner

      hd. Le 20 juin 2016, trois jours avant le vote des Bri­tan­niques concer­nant le retrait de l’Union euro­péenne, le pro­fes­seur Richard A. Wer­ner a publié le texte ci-des­sous. Il est de grande impor­tance – avant et après le référendum.

      La popu­la­tion bri­tan­nique doit être au clair sur l’option exacte qu’elle choi­si­ra lorsqu’elle vote­ra au refe­ren­dum sur l’UE mar­di pro­chain. Que signi­fie vrai­ment res­ter dans l’UE ? Et que signi­fie en sortir ?

      En ce qui concerne la seconde ques­tion, le pro­blème domi­nant du débat a été la ques­tion de savoir si la sor­tie du Royaume-Uni aurait un impact néga­tif signi­fi­ca­tif. David Came­ron, le Pre­mier ministre, ain­si que les diri­geants du FMI, de l’OCDE et de diverses agences euro­péennes ont lan­cé des cris d’alarme inquié­tants concer­nant la dimi­nu­tion de la crois­sance éco­no­mique, la dégra­da­tion de la situa­tion finan­cière, le flé­chis­se­ment de la devise natio­nale et le déclin accé­lé­ré des impor­ta­tions bri­tan­niques. George Osborne, le Chan­ce­lier de l’échiquier, a mena­cé de dimi­nuer les retraites si les retrai­tés osaient voter en faveur du Brexit. Mais, dans les faits, qu’en est-il ?

      J’ai été for­mé à l’économie inter­na­tio­nale et moné­taire à la Lon­don School of Eco­no­mics et suis titu­laire d’un doc­to­rat en éco­no­mie de l’Université d’Oxford. J’ai éga­le­ment tes­té récem­ment, avec l’aide de tech­niques quan­ti­ta­tives avan­cées, la ques­tion de l’importance de l’impact sur la livre (GDP) d’une entrée ou d’une sor­tie de l’UE et de la zone euro. La conclu­sion en est que cela ne fera aucune dif­fé­rence pour la crois­sance éco­no­mique et toute per­sonne se récla­mant d’une opi­nion contraire n’est pas gui­dée par les faits. La rai­son en est que la crois­sance éco­no­mique et le reve­nu natio­nal sont presqu’entièrement déter­mi­nés par un fac­teur déci­dé en interne, c’est-à-dire le mon­tant du cré­dit ban­caire géné­ré à des fins pro­duc­tives. Mal­heu­reu­se­ment, il a été très réduit au Royaume-Uni au cours des der­nières décen­nies, ce qui veut dire qu’une crois­sance éco­no­mique beau­coup plus impor­tante sera pos­sible dès que des mesures auront été prises pour boos­ter le cré­dit ban­caire à des fins pro­duc­tives – indé­pen­dam­ment du fait que le Royaume-Uni reste dans l’UE ou non (quoique le Brexit faci­li­te­rait gran­de­ment l’adoption de ces politiques).

      Nous devrions aus­si nous rap­pe­ler qu’une éco­no­mie beau­coup plus réduite, telle la Nor­vège – pour­tant beau­coup plus dépen­dante du com­merce inter­na­tio­nal – a affi­ché d’excellents résul­tats après que ses élec­teurs aient reje­té l’adhésion à l’UE dans un refe­ren­dum orga­ni­sé en 1995 (ce qui s’est pro­duit en contra­dic­tion avec les menaces et les aver­tis­se­ments les plus alar­mants de la part des élites tous par­tis confon­dus, de la plu­part des medias et du chœur una­nime des diri­geants des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales). D’autre part, le Japon, la Corée, Tai­wan et la Chine n’ont jamais eu besoin d’appartenir à l’UE pour pas­ser d’un sta­tut d’économie en déve­lop­pe­ment à celui de nations indus­tria­li­sées de pre­mier plan en moins d’un demi-siècle. L’argument des consé­quences éco­no­miques désas­treuses suite au Brexit est tout sim­ple­ment bidon.

      Le rapport des « Cinq présidents »

      En ce qui concerne la pre­mière ques­tion, c’est-à-dire ce que signi­fie­rait res­ter dans l’UE, nous devrions nous en rap­por­ter à l’UE elle-même. Heu­reu­se­ment, l’UE a publié un rap­port offi­ciel impor­tant à pro­pos de ses poli­tiques essen­tielles et ce qu’elle entend réa­li­ser dans un futur proche, en octobre 2015. Ce rap­port a été publié sous le nom des « Cinq pré­si­dents » de l’UE. Pour le cas où vous n’auriez pas remar­qué qu’il existe, non pas un, mais cinq pré­si­dents de l’UE, ce sont : le pré­sident non-élu de la Banque cen­trale euro­péenne, ancien de Gold­man Sachs, Mario Dra­ghi ; Jean-Claude Jun­cker, le pré­sident de la Com­mis­sion euro­péenne ; le Com­mis­saire non-élu de Bruxelles et pré­sident de l’Eurogroupe, Jeroen Dijs­sel­bloem ; le pré­sident du som­met de la zone euro, Donald Tusk, et le pré­sident du Par­le­ment euro­péen, Mar­tin Schulz. Quel est le mes­sage qu’envoient ce nombre non négli­geable de pré­si­dents de l’UE au sujet de la direc­tion prise par l’UE ? Le titre de leur rap­port conjoint donne un indice : « Rap­port des cinq pré­si­dents (sic): « Réa­li­sa­tion de l’Union éco­no­mique et moné­taire européenne ».

      (https://​ec​.euro​pa​.eu/​p​r​i​o​r​i​t​i​e​s​/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​f​i​v​e​-​p​r​e​s​i​d​e​n​t​s​-​r​e​p​o​r​t​-​c​o​m​p​l​e​t​i​n​g​-​e​u​r​o​p​e​s​-​e​c​o​n​o​m​i​c​-​a​n​d​-​m​o​n​e​t​a​r​y​-​u​n​i​o​n​_en)

      Le rap­port démarre sur une preuve de fran­chise en décla­rant qu’«avec plus de 18 mil­lions de chô­meurs dans la zone euro, il reste encore beau­coup à faire pour amé­lio­rer les poli­tiques éco­no­miques » à l’intérieur de l’UE.

      Bien dit. Mais que faut-il faire exactement ?

      « L’Union éco­no­mique et moné­taire (UEM) de l’Europe d’aujourd’hui res­semble à une mai­son en construc­tion depuis des décen­nies, mais seule­ment par­tiel­le­ment ter­mi­née. En cas de tem­pête, ses murs et son toit doivent être rapi­de­ment sta­bi­li­sés. Il est à pré­sent grand temps de ren­for­cer ses fon­da­tions et d’en faire ce que l’UEM devrait être […].»

      « Il nous faut pour­suivre les mesures d’achèvement de l’UEM. »

      Les pla­ni­fi­ca­teurs de la cen­trale bruxel­loise et de la BCE à Franc­fort ne sont pas sans se rendre compte que sous leurs ordres, une dis­lo­ca­tion éco­no­mique sans pré­cé­dent dans l’histoire s’est pro­duite en Europe durant les dix der­nières années, incluant des bulles finan­cières et immo­bi­lières, des crises ban­caires et un chô­mage de masse dans tous les pays péri­phé­riques – avec un taux de chô­mage des jeunes de plus de 50% en Grèce, en Espagne et au Por­tu­gal, ain­si qu’une absence, aux fron­tières exté­rieures de l’UE, de véri­tables contrôles cen­sés empê­cher l’afflux d’une quan­ti­té sans pré­cé­dent d’immigrés éco­no­miques et illégaux.

      Une plus grande concentration de pouvoir dans l’UE

      Cepen­dant, les pla­ni­fi­ca­teurs de la cen­trale de l’UE nient tota­le­ment que ces pro­blèmes soient le résul­tat de leurs poli­tiques mal­avi­sées et désas­treuses. En fin de compte, ils sou­tiennent que la solu­tion à ces pro­blèmes ne peut être qu’une plus grande concen­tra­tion de pou­voirs entre leurs mains : « Il faut plus d’Europe » comme le pro­fesse Mme Mer­kel (cf. les affir­ma­tions de Mme Mer­kel au sujet de l’UE : http://​www​.eur​ac​tiv​.com/​s​e​c​t​i​o​n​/​e​u​-​p​r​i​o​r​i​t​i​e​s​-​2​0​2​0​/​n​e​w​s​/​m​e​r​k​e​l​-​c​a​l​l​s​-​f​o​r​-​p​o​l​i​t​i​c​a​l​-​u​n​i​o​n​-​t​o​-​s​a​v​e​-​t​h​e​-​e​u​ro/) C’est ce qu’ils se pro­posent de réa­li­ser dans les années à venir, en réunis­sant tous les Etats membres de l’UE dans un seul pays.

      Ain­si le rap­port des cinq pré­si­dents éta­blit clai­re­ment que l’Europe n’est pas sim­ple­ment une zone de libre-échange. Ce pro­jet a pris du retard avec le Trai­té de Maas­tricht en 1992 et un genre d’Europe tota­le­ment dif­fé­rent a été enté­ri­né avec la Consti­tu­tion euro­péenne de 2007 – appe­lée « Trai­té de Lis­bonne » depuis que les Euro­péens l’ont reje­tée lors de divers réfé­ren­dums. (voir ce qu’en dit l’auteur de la Consti­tu­tion euro­péenne reje­tée : http://​www​.inde​pendent​.co​.uk/​v​o​i​c​e​s​/​c​o​m​m​e​n​t​a​t​o​r​s​/​v​a​l​e​a​c​u​t​e​r​y​-​g​i​s​c​a​r​d​-​d​e​s​t​a​i​n​g​-​t​h​e​-​e​u​-​t​r​e​a​t​y​-​i​s​-​t​h​e​-​s​a​m​e​-​a​s​-​t​h​e​-​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​-​3​9​8​2​8​6​.​h​tml).

      Au lieu de quoi l’UE forme le pro­jet d’abandonner toute sou­ve­rai­ne­té natio­nale, d’abolir les fron­tières inté­rieures et de refondre toutes les nations euro­péennes qui n’ont pas réus­si à en sor­tir à temps en un seul nou­veau pays, com­mun et fusion­né, avec un seul gou­ver­ne­ment cen­tral euro­péen, une seule poli­tique moné­taire euro­péenne et cen­tra­li­sée, une seule poli­tique fis­cale euro­péenne et une régle­men­ta­tion euro­péenne cen­tra­li­sée, incluant les mar­chés finan­ciers et le sys­tème ban­caire. Ces Etats-Unis d’Europe, un Lévia­than anti-démo­cra­tique que les peuples euro­péens n’ont jamais sou­hai­té est le point culmi­nant d’un man­tra tou­jours res­sas­sé d’une « union tou­jours plus étroite ».

      « Mis en place continuellement et en catimini sur plusieurs décennies »

      Ce pro­jet a été mis en place conti­nuel­le­ment et en cati­mi­ni sur plu­sieurs décen­nies, mal­gré de graves mal­adresses poli­tiques et des scan­dales impli­quant les pla­ni­fi­ca­teurs cen­traux (par ex. en 1999, quand la tota­li­té de la Com­mis­sion euro­péenne – le gou­ver­ne­ment non-élu et le cabi­net du super-Etat euro­péen – a démis­sion­né en catas­trophe, lorsqu’il fut révé­lé qu’ils avaient accep­té des pots-de-vin et s’étaient livrés à diverses fraudes, tan­dis que la Cour des comptes euro­péenne refu­sait à plu­sieurs reprises d’approuver les registres comp­tables offi­ciels de l’UE).

      La ligne éco­no­mique est claire : il n’y a pas besoin d’être membre de l’UE pour pros­pé­rer sur le plan éco­no­mique et en sor­tir n’aura pas néces­sai­re­ment d’impact sur la crois­sance éco­no­mique du Royaume-Uni. Le Royaume-Uni peut res­ter dans l’Espace éco­no­mique euro­péen, comme la Nor­vège l’a fait, ou conclure tout sim­ple­ment des accords com­mer­ciaux, comme l’a fait la Suisse et pro­fi­ter du libre-échange – le meilleur atout des accords euro­péens aux yeux du public. La ligne poli­tique est claire, elle aus­si : le super-Etat euro­péen qui a déjà été mis au point n’est pas démo­cra­tique. Le soi-disant « Par­le­ment euro­péen », seul exemple par­mi les par­le­ments, ne peut pro­po­ser aucune légis­la­tion – les lois sont toutes for­mu­lées et pro­po­sées par la Com­mis­sion euro­péenne, non-élue !

      Comme un obser­va­teur russe l’a remar­qué, le Par­le­ment euro­péen est un simu­lacre qui approuve tout sans dis­cu­ter, tout comme l’était le par­le­ment sovié­tique à l’époque de l’Union sovié­tique, alors que le gou­ver­ne­ment non-élu est la Com­mis­sion euro­péenne – le Polit­bu­ro – regor­geant de com­mis­saires politiques.

      L’élite financière se trouve derrière

      Les grandes entre­prises et les grandes banques, ain­si que les banques cen­trales et le FMI, consti­tuent l’élite finan­cière qui se trouve der­rière cette concen­tra­tion inten­tion­nelle de pou­voir – ras­sem­blant tou­jours plus de pou­voir dans les mains d’un nombre tou­jours plus réduit. La nature anti­dé­mo­cra­tique des ins­ti­tu­tions euro­péennes a atteint un tel niveau que j’ai enten­du récem­ment un membre fraî­che­ment retrai­té du conseil diri­geant de la BCE confes­ser en pri­vé que son plus grand sou­ci était la nature anti­dé­mo­cra­tique et l’accroissement des pou­voirs de la BCE, détour­nés de façon expo­nen­tielle à des fins poli­tiques. On a noyé ces faits sous le constant goutte-à-goutte d’une pro­pa­gande éma­nant des puis­santes élites qui sont der­rière la créa­tion des Etats-Unis d’Europe.

      « Important soutien apporté par les Etats-Unis »

      Durant toutes ces années et ces décen­nies de trans­ferts régu­liers des pou­voirs et de la sou­ve­rai­ne­té des Etats-nations et de leurs assem­blées démo­cra­ti­que­ment élues à la bureau­cra­tie non-élue de Bruxelles, j’ai été constam­ment éton­né de l’important sou­tien appa­rent que les Etats-Unis y appor­taient. Chaque fois que le pro­ces­sus de « tou­jours plus d’union » sem­blait se heur­ter à un ob­stacle, le pré­sident amé­ri­cain – sans dis­tinc­tion de nom ou de par­ti – est inter­ve­nu pour, en des termes dénués d’indécision, rap­pe­ler aux Euro­péens brouillons de faire de cohé­rence et d’accélérer l’unification de l’Europe en un seul Etat. Quand j’étais jeune et naïf, cela m’avait vrai­ment for­te­ment sur­pris. De la même façon, les élec­teurs bri­tan­niques se sont vus rap­pe­ler récem­ment par le pré­sident amé­ri­cain Oba­ma qu’abandonner l’Europe n’était pas une bonne idée et qu’ils feraient mieux de voter pour rester.

      Alors qu’il n’est pas sur­pre­nant que l’élite mon­diale, ayant béné­fi­cié de la ten­dance au regrou­pe­ment de pou­voir, devienne de plus en plus hys­té­rique dans ses ten­ta­tives de per­sua­sion de l’électorat bri­tan­nique pour qu’il vote son main­tien dans l’UE, les rai­sons qui poussent le pré­sident des Etats-Unis et son gou­ver­ne­ment à tenir autant au pro­jet euro­péen sont moins claires. Par le pas­sé, les médias euro­péens nous ont dit que la concen­tra­tion du pou­voir éco­no­mique et de la déci­sion poli­tique en Europe avait été mise en œuvre pour faire contre­poids à la domi­na­tion amé­ri­caine. Cela a paru moti­ver des votes pro-UE. Le pré­sident amé­ri­cain a cer­tai­ne­ment dû en entendre parler ?

      Il y a un autre mys­tère. Hier, jus­te­ment, j’ai trou­vé dans la boîte aux lettres de ma mai­son de Win­ches­ter une impres­sion­nante bro­chure inti­tu­lée « Fon­da­men­taux de l’UE – Votre guide pour le réfé­ren­dum ». Elle avait été édi­tée par une orga­ni­sa­tion appe­lée « Mou­ve­ment euro­péen ». Le fas­ci­cule de 16 pages, en cou­leur et sur papier gla­cé, argu­men­tait en faveur du main­tien du Royaume-Uni dans l’UE. Qui est ce « Mou­ve­ment euro­péen » et qui le finance ? Cette orga­ni­sa­tion peu connue semble suf­fi­sam­ment puis­sante finan­ciè­re­ment pour adres­ser une bro­chure de haute qua­li­té dans chaque foyer du Royaume-Uni.

      Opérations clandestines américaines depuis 1945

      La déclas­si­fi­ca­tion de dos­siers autre­fois tenus secrets a réso­lu les deux mys­tères. Car, en fin de compte, ils sont liés. Comme le dit Richard Aldrich, pro­fes­seur à l’Université de Nottingham :

      « L’utilisation d’opérations clan­des­tines pour la pro­mo­tion spé­ci­fique de l’unité euro­péenne a atti­ré peu d’attention scien­ti­fique et demeure mal com­prise. […] L’injection dis­crète de plus de trois mil­lions de dol­lars entre 1949 et 1960, éma­nant en grande par­tie de sources gou­ver­ne­men­tales amé­ri­caines, était au centre des efforts pour récol­ter un sup­port mas­sif au Plan Schu­man, à la Com­mu­nau­té de défense euro­péenne et à une assem­blée euro­péenne dotée de pou­voirs sou­ve­rains. Cette contri­bu­tion secrète a tou­jours contri­bué à la moi­tié au moins du bud­get du Mou­ve­ment euro­péen et, après 1952, pro­ba­ble­ment aux deux-tiers.

      Simul­ta­né­ment, on a cher­ché à miner la forte résis­tance du gou­ver­ne­ment tra­vailliste bri­tan­nique aux idées fédé­ra­listes […]. Il est aus­si par­ti­cu­liè­re­ment frap­pant que la même petite bande de hauts fonc­tion­naires, la plu­part d’entre eux issus de la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment de l’Ouest (donc amé­ri­cain), étaient au centre du sou­tien appor­té à trois des plus impor­tants groupes d’élites trans­na­tio­nales appa­rus dans les années 50 : le Mou­ve­ment euro­péen, le groupe Bil­der­berg et le ‹Comi­té d’action Jean Mon­net pour les Etats-Unis d’Europe› (CAEUE). Fina­le­ment, à une époque où les anti-fédé­ra­listes bri­tan­niques voyaient dans une ‹rela­tion spé­ciale› pro­lon­gée avec les Etats-Unis une alter­na­tive (et peut-être un refuge) au fédé­ra­lisme euro­péen, il est iro­nique que des ini­tia­tives fédé­ra­listes euro­péennes aient été sou­te­nues par un appui américain ».

      Il y a encore bien plus à lire dans ce mor­ceau explo­sif de recherche scien­ti­fique : (Richard J. Aldrich (1997), « OSS, CIA and Euro­pean uni­ty : The Ame­ri­can com­mit­tee on Uni­ted Europe, 1948–60 », Diplomacy?&?Statecraft, 8(1), pp. 184–227, en ligne sur : http://​www​.tand​fon​line​.com/​d​oi/ abs/10.1080/09592299708406035#.V2exrU36voo)

      Résultats importants de la recherche scientifique

      Ambrose Evans-Prit­chard, jour­na­liste bri­tan­nique et ancien cor­res­pon­dant à Bruxelles, a été le seul jour­na­liste à com­men­ter ces résul­tats de recherches uni­ver­si­taires dans deux articles parus en 2000 et 2007 :

      « Des docu­ments déclas­si­fiés amé­ri­cains montrent que la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment amé­ri­cain a mené une cam­pagne dans les années cin­quante et soixante pour créer une dyna­mique en faveur d’une Europe unie […]. Le ren­sei­gne­ment amé­ri­cain ali­men­tait secrè­te­ment les fonds du Mou­ve­ment euro­péen, à hau­teur de plus de la moi­tié de son bud­get. Cer­tains des pères fon­da­teurs de l’Europe émar­geaient sur la liste des sala­riés américains […].

      Les docu­ments confirment les soup­çons, émis à l’époque, que l’Amérique déployait en cou­lisses d’énormes efforts pour pous­ser la Grande-Bre­tagne vers un Etat euro­péen. N’oublions pas que les Fran­çais ont dû être traî­nés à leur corps défen­dant à la table des négo­cia­tions fédé­ra­listes au début des années cin­quante. Eisen­ho­wer mena­ça d’interrompre le plan Mar­shall si Paris n’embrassait et ne fai­sait pas la paix avec Ber­lin. Le Fran­çais Jean Mon­net, tête pen­sante de l’UE, pas­sait pour un agent amé­ri­cain – ce qu’en fait, il était. Mon­net était l’homme-à-tout-faire de Roo­se­velt en Europe pen­dant la guerre et orches­tra les efforts (ratés) des Amé­ri­cains pour empê­cher de Gaulle de prendre le pouvoir.

      Un mémo daté du 26 juillet 1950 donne des ins­truc­tions pour une cam­pagne de pro­mo­tion d’un par­le­ment euro­péen à part entière. Il est signé du géné­ral William Dono­van, chef du bureau amé­ri­cain des ser­vices stra­té­giques en temps de guerre, pré­cur­seur de la CIA. […] L’outil prin­ci­pal de Washing­ton dans le façon­nage de l’agenda euro­péen était le ‹Comi­té amé­ri­cain pour une Europe unie›, créé en 1948. Son pré­sident était Dono­van, opé­rant à l’époque pré­ten­du­ment en tant qu’avocat pri­vé. Le vice-pré­sident était Allan Dulles, le direc­teur de la CIA dans les années cin­quante. Le Conseil incluait Wal­ter Bedell Smith, le pre­mier direc­teur de la CIA et un fichier d’ex-personnalités et autres res­pon­sables de l’OSS qui entraient et sor­taient de la CIA. Les docu­ments montrent que le CAEUE finan­çait le Mou­ve­ment euro­péen, l’organisation fédé­ra­liste la plus impor­tante des années d’après-guerre. En 1958, par exemple, il était à l’origine de 53,5% des fonds du mou­ve­ment. La ‹Cam­pagne euro­péenne pour la jeu­nesse›, une branche du Mou­ve­ment euro­péen, était entiè­re­ment finan­cée et contrô­lée par Washington.

      « Hommes de main des sponsors américains »

      Les lea­ders du Mou­ve­ment euro­péen – Retin­ger, le vision­naire Robert Schu­man et l’ancien Pre­mier ministre belge Paul-Hen­ri Spaak – étaient tous consi­dé­rés comme des hommes de main par leurs spon­sors amé­ri­cains. Le rôle des Etats-Unis était géré comme une opé­ra­tion secrète. Le finan­ce­ment de le CAEUE venait des fon­da­tions Ford et Rocke­fel­ler ain­si que d’entreprises com­mer­ciales en liai­son avec le gou­ver­ne­ment américain.

      Le chef de la Fon­da­tion Ford, l’ancien offi­cier de l’OSS Paul Hoff­man, ser­vait éga­le­ment de direc­teur de le CAEUE à la fin des années cin­quante. Le Dépar­te­ment d’Etat jouait lui aus­si un rôle. Un mémo de la Sec­tion euro­péenne, daté du 11 juin 1965, enjoint Robert Mar­jo­lin, vice-pré­sident de la Com­mu­nau­té éco­no­mique euro­péenne, de pour­suivre en secret l’union monétaire.

      Il recom­mande de sup­pri­mer les débats jusqu’à ce que « l’adoption de ces pro­po­si­tions devienne vir­tuel­le­ment incontournable ».

      Cin­quante ans après le Trai­té de Rome, les archi­tectes de la poli­tique amé­ri­caine de l’après-guerre seraient assez contents, je pense, s’ils pou­vaient reve­nir aujourd’hui. […]»

      (Extrait de : Ambrose Evans-Prit­chard, « Euro-fede­ra­lists finan­ced by US spy chiefs », « The Dai­ly Tele­graph », 19/9/2000 ;http://​www​.tele​graph​.co​.uk/​n​e​w​s​/​w​o​r​l​d​n​e​ws/ europe/1356047/Euro-federalists-financed-by-US-spy-chiefs.html et Ambrose Evans-Prit­chard, « The scare of a super­state has pas­sed, but do we want to lose the EU alto­ge­ther ? », « The Dai­ly Tele­graph », 7/4/07).

      Il n’y a donc pas à s’étonner si M. Evans-Prit­chard en arrive main­te­nant à la conclu­sion qu’il vote­ra pour le Brexit:www.telegraph. co​.uk/​b​u​s​i​n​e​s​s​/​2​0​1​6​/​0​6​/​1​2​/​b​r​e​x​i​t​-​v​o​t​e​-​i​s​-​a​b​o​u​t​-​t​h​e​-​s​u​p​r​e​m​a​c​y​-​o​f​-​p​a​r​l​i​a​m​e​n​t​-​a​n​d​-​n​o​t​h​i​n​g​-​e​ls/

      L’UE – le produit d’une importante opération des services secrets américains

      La révé­la­tion que l’UE est le pro­duit d’une impor­tante opé­ra­tion des ser­vices secrets amé­ri­cains – en fait juste un leurre secret de plus, créé par la CIA (occu­pant la place d’honneur dans le musée des hor­reurs qui com­prend des opé­ra­tions sous fausse ban­nière, des inva­sions, des coups d’Etat et l’implantation d’organisations telles qu’al-Qaïda et Daech) – résout le troi­sième mys­tère, c’est-à-dire com­ment diable les pré­ten­dues nations démo­cra­tiques d’Europe ont pu conce­voir une telle struc­ture anti-démo­cra­tique, vir­tuel­le­ment dic­ta­to­riale. Avec l’UE/ Etats-Unis d’Europe, les Etats-Unis non seule­ment atteignent leur but géos­tra­té­gique en Europe, mais éli­minent éga­le­ment ces aga­çants Par­le­ments natio­naux qui peuvent à l’occasion se mettre en tra­vers du che­min de la poli­tique étran­gère des Etats-Unis ou de la CIA. Et une autre énigme est réso­lue, celle de la rai­son qui a pous­sé l’UE à répondre si promp­te­ment à une requête amé­ri­caine d’il y a quelques années, afin que les agences d’espionnage amé­ri­caines aient accès à tous les cour­riels et appels télé­pho­niques en Europe …

      Elimination de la souveraineté et soumission aux intérêts américains

      Un vote pour res­ter dans l’UE est donc un vote des­ti­né à abo­lir le Royaume-Uni en tant qu’Etat sou­ve­rain et à l’incorporer aux – anti­dé­mo­cra­tiques – Etats-Unis d’Europe que les élites euro­péennes sont en train de construire sous tutelle amé­ri­caine. Que les citoyens euro­péens – et semble-t-il même les poli­ti­ciens euro­péens – ne soient pas ou peu consul­tés pour les déci­sions-clés euro­péennes, on peut s’en aper­ce­voir dans l’attitude de plus en plus agres­sive de l’OTAN envers la Rus­sie (L’OTAN, basée à Bruxelles, étant pour l’UE sa branche mili­taire, ouver­te­ment sous contrôle amé­ri­cain) et dans les sanc­tions uni­la­té­rales envers la Rus­sie que les Etats-Unis peuvent tout sim­ple­ment ordon­ner aux Euro­péens d’appliquer (entrai­nant ain­si des pertes signi­fi­ca­tives en termes de reve­nus et d’emplois en Europe, dans le même temps qu’elles ren­forcent les inté­rêts com­mer­ciaux américains).

      Les poli­tiques d’immigration en sont un autre exemple. Si les Etats-Unis ont consi­dé­ré par le pas­sé les popu­la­tions euro­péennes, lar­ge­ment homo­gènes, comme une source poten­tielle de résis­tance locale à leurs pro­jets pour l’Europe, alors leur poli­tique – ten­dant à les rem­pla­cer par des sortes de « mel­ting pots » bal­ka­ni­sés et avor­tés – prend tout son sens.

      En 1995, la Nor­vège a voté au sujet de son adhé­sion à l’UE. Les par­tis au pou­voir étaient tous en faveur de cette adhé­sion. Les grands groupes inter­na­tio­naux, les banques cen­trales, les prin­ci­paux médias et les ani­ma­teurs TV har­ce­lèrent et flat­tèrent alter­na­ti­ve­ment et fré­né­ti­que­ment les élec­teurs nor­vé­giens pour qu’ils votent « oui ». Ceux-ci res­tèrent sur leurs posi­tions et votèrent « non ». La Nor­vège s’en est très bien tirée. Et le Royaume-Uni s’en tire­ra encore mieux.

      Source : https://professorwerner.wordpress. com/2016/06/21/eu-basics-your-guide-to-the-uk-refe­ren­dum-on-eu-mem­ber­ship/

      (Tra­duc­tion Hori­zons et débats)

      Source : Hori­zons et débats

      hd. En lien avec l’UE, le terme « fédé­ra­liste » a un sens spé­ci­fique et exprime en pre­mière ligne la remise crois­sante des droits sou­ve­rains des Etats-nations à la cen­trale bruxelloise.

      Richard A. Wer­ner est Alle­mand et spé­cia­li­sé en sciences éco­no­miques et pro­fes­seur en sys­tème ban­caire inter­na­tio­nal. En 1989, il ter­mine ses études uni­ver­si­taires à la Lon­don School of Eco­no­mics, puis il obtient son doc­to­rat en éco­no­mie poli­tique (notam­ment éco­no­mie et sys­tème ban­caire du Japon) à l’Université d’Oxford. Dès 1990, il pour­suit des études à l’Université de Tokyo à l’institut de recherche sur la créa­tion de capi­taux de la Banque de déve­lop­pe­ment japo­naise. Puis suivent diverses acti­vi­tés au Japon et auprès de la banque de déve­lop­pe­ment asia­tique. Il publie en 2001 ses ana­lyses sur les des­sous de la crise japo­naise dans un livre inti­tu­lé « Princes of the Yen » qui ren­con­tra un vif suc­cès. En 2004, Richard Wer­ner obtint une chaire à l’Université de Sou­thamp­ton en Angle­terre. Actuel­le­ment, il est pro­fes­seur en sys­tème ban­caire inter­na­tio­nal et direc­teur du dépar­te­ment pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal et direc­teur (fon­da­teur) du « Centre for Ban­king, Finance and Sus­tai­nable Deve­lop­ment ». Il a sou­vent aus­si des enga­ge­ments en tant que pro­fes­seur invi­té à l’Université Johann Wolf­gang Goethe de Franc­fort. M. Wer­ner est éga­le­ment membre fon­da­teur de Local First CIC, une entre­prise d’utilité publique pré­pa­rant l’introduction de banques locales en Angle­terre selon le modèle des caisses d’épargne et des banques coopé­ra­tives allemandes.

      Réponse
  2. etienne

    Derek Sivers :
    Com­ment démar­rer un mouvement ?

    Réponse
  3. etienne

    Namibie. Les miracles du revenu minimum garanti

    Une photo tirée du rapport sur l’expérience menée en Namibie

    Dans le cadre d’un pro­jet pilote, les habi­tants d’un vil­lage déshé­ri­té ont reçu chaque mois l’équivalent de 10 euros. Deux ans plus tard, le bilan est vrai­ment posi­tif, se féli­cite Her­bert Jauch, le res­pon­sable du programme.

    http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tio​nal​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​0​/​0​4​/​2​9​/​l​e​s​-​m​i​r​a​c​l​e​s​-​d​u​-​r​e​v​e​n​u​-​m​i​n​i​m​u​m​-​g​a​r​a​nti

    On débat dans de nom­breux pays de l’instauration d’un reve­nu mini­mum garan­ti (RMG) qui ne soit assor­ti d’aucune condi­tion contrai­gnante. Pour­quoi la Nami­bie a‑t-elle pris les devants avec ce pro­jet pilote ?

    HERBERT JAUCH La Com­mis­sion d’orientation natio­nale a, dès 2002, recom­man­dé le ver­se­ment d’un reve­nu mini­mum à tous les citoyens pour mieux s’attaquer aux inéga­li­tés sociales. La Nami­bie est, selon les Nations unies, le pays qui pré­sente les plus grands écarts de reve­nus au monde. Comme le gou­ver­ne­ment n’a pu se déci­der à ins­tau­rer un RMG, les Eglises et les syn­di­cats ont lan­cé un pro­jet pilote.

    Pour­quoi avoir choi­si le petit ­vil­lage d’Otjivero ?

    Nous vou­lions un endroit dans lequel il ne se pas­se­rait rien pen­dant au moins deux ans : pas de pro­gramme de créa­tion d’emplois, pas de pro­jet d’aide au déve­lop­pe­ment, pas de ren­trées finan­cières. Il ne devait y avoir que le reve­nu mini­mum, soit 100 dol­lars nami­biens (envi­ron 10 euros) par per­sonne et par mois. Otji­ve­ro avait l’air d’être dans une situa­tion tel­le­ment déses­pé­rée que nous avons pen­sé au début que le RMG ne ser­vi­rait pas à grand-chose, hor­mis une légère réduc­tion de la pauvreté.

    Rece­voir de l’argent sans condi­tion, sans tra­vailler, est-ce que cela peut faire bou­ger les choses ?

    Ce sont des pré­ju­gés aux­quels nous nous heur­tons en per­ma­nence. Si les gens d’Otjivero ne tra­vaillent pas, ce n’est pas parce qu’ils sont pares­seux mais tout sim­ple­ment parce qu’il n’y a pas de tra­vail. Le fait est qu’ils n’ont pas dépen­sé cet argent pour s’acheter de l’alcool et qu’ils ne l’ont pas dila­pi­dé pour rien.

    Qu’en ont-ils fait ?

    Nous avons pu obser­ver une chose sur­pre­nante. Une femme s’est mise à confec­tion­ner des petits pains ; une autre achète désor­mais du tis­su et coud des vête­ments ; un homme fabrique des briques. On a vu tout d’un coup toute une série d’activités éco­no­miques appa­raître dans ce petit vil­lage. Cela montre clai­re­ment que le reve­nu mini­mum ne rend pas pares­seux mais ouvre des perspectives.

    Vous auriez pu par­ve­nir au même résul­tat avec des micro­cré­dits ciblés.

    Contrai­re­ment aux micro­cré­dits et à beau­coup de pro­grammes d’aide au déve­lop­pe­ment clas­siques, le reve­nu mini­mum a un impact non seule­ment sur la pro­duc­tion, mais aus­si sur la demande. En Afrique, le pou­voir d’achat se concentre en géné­ral dans quelques centres, ce qui force les gens à quit­ter les cam­pagnes pour les villes, où les bidon­villes finissent par s’étendre. Le RMG per­met à des régions rurales de se déve­lop­per, il crée des mar­chés locaux et per­met aux gens d’être autosuffisants.

    Quels effets avez-vous pu consta­ter à Otji­ve­ro ?

    Le nombre de per­sonnes vivant au-des­sous du seuil de pau­vre­té est pas­sé de 76 à 37 %. Avant l’expérience, près de la moi­tié des enfants étaient sous-ali­men­tés, aujourd’hui ils sont moins de 10 % ; 90 % finissent leur sco­la­ri­té, avant, ils n’étaient que 60 %. Et la cri­mi­na­li­té a baissé.

    Pour­quoi deman­dez-vous la créa­tion d’un RMG pour tous les Nami­biens et pas seule­ment pour les pauvres ?

    Cela deman­de­rait beau­coup trop de tra­vail et coû­te­rait beau­coup trop cher de véri­fier les besoins de cha­cun. De plus, il ne faut pas péna­li­ser les gens qui ont trou­vé un tra­vail ou qui se sont construit une exis­tence. Celui qui gagne bien sa vie et qui est riche reverse le RMG à l’Etat par ses impôts.

    La Nami­bie pour­rait-elle se per­mettre de ver­ser un reve­nu mini­mum à tous ses habitants ?

    La Com­mis­sion d’orientation l’a cal­cu­lé depuis long­temps. Le RMG coû­te­rait 5 à 6 % du bud­get natio­nal. Pour le finan­cer, il fau­drait rele­ver légè­re­ment le taux maxi­mum d’imposition, qui est de 34 % actuel­le­ment, et la taxe sur le chiffre d’affaires. Le gou­ver­ne­ment pour­rait éga­le­ment intro­duire des pré­lè­ve­ments sur les expor­ta­tions de matières pre­mières et lut­ter contre l’évasion fiscale.

    Mais le ver­se­ment du RMG serait très lourd à gérer.

    Bien au contraire ! Les coûts de ges­tion repré­sentent envi­ron 10 %. A Otji­ve­ro, nous avons uti­li­sé des cartes à puce per­son­nelles pour l’identification des inté­res­sés et ça s’est très bien pas­sé. Et la poste nami­bienne affirme qu’il serait ren­table pour elle d’ouvrir un bureau dans chaque ville en cas d’instauration du RMG. Même avec deux retraits d’argent sans frais par mois, ça vau­drait encore le coup.

    Qu’est-ce qui empêche la Nami­bie d’introduire le RMG ?

    Le gou­ver­ne­ment n’est pas encore tout à fait convain­cu. Notre ministre de l’Economie a com­pris que le reve­nu mini­mum consti­tuait un ins­tru­ment simple et bon mar­ché pour chan­ger les choses. Il y a cepen­dant des résis­tances du côté du minis­tère des Finances et de notre Pre­mier ministre, qui émet encore des réserves.

    L’expérience menée à Otji­ve­ro n’a‑t-elle donc pas convaincu ?

    La pres­sion exer­cée par le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) n’est pas sans effet en Nami­bie. Le FMI a pré­sen­té des chiffres erro­nés sur le coût du RMG. Il prend par exemple en compte les plus de 60 ans, alors qu’ils ne sont pas concer­nés par leRMG. Il craint que la Nami­bie démontre que le RMG fonc­tionne. Ce sys­tème devien­drait alors très inté­res­sant pour des pays comme le Bré­sil et l’Inde.

    Com­ment réagis­sez-vous à cela ?

    Nous fai­sons le tour du pays avec des gens d’Otjivero pour qu’ils racontent leur his­toire. Et nous sommes sou­te­nus par­tout ! Nous espé­rons pou­voir arri­ver à nos fins dans le cou­rant de l’année pro­chaine. L’important, c’est que la pres­sion de la base soit forte. Quand les élec­teurs l’exigeront, la SWAPO, le par­ti au pou­voir, ne pour­ra plus dire que ça ne l’intéresse pas.

    Tobias Schwab
    Réponse
  4. Eve

    Bon jour !
    On aurait bien toutes les rai­sons de ne pas faire confiance au FMI , les men­songes font par­tie de leur quo­ti­dien et l’é­man­ci­pa­tion des peuples ne sont sûre­ment pas leurs objec­tifs prio­ri­taires ! Mais bon sang , ce que cette
    réus­site serait géniale ! Ajou­ter à cela , un déve­lop­pe­ment agri­cole à la manière de Pierre Rha­bi , si ce n’est déjà fait , pro­dui­rait l’é­tin­celle de pos­sibles foyers ins­truits et « consti­tuants » , même si ce n’est pas pour demain matin !
    Mer­ci pour ce regain d’espoir !
    Bonne jour­née de 15 Août

    Réponse
  5. etienne

    [Des nou­velles (ça va bien mer­ci) de la plou­to­cra­tie, régnant sur terre depuis que les mar­chands (à com­men­cer par les mar­chands d’argent) ont pris le contrôle des consti­tu­tions, et donc du droit, et donc de tout le reste] 

    Pour­quoi le Brexit n’a pas désta­bi­li­sé les mar­chés financiers

    « En Bourse, le Brexit n’a pas été le tsu­na­mi redou­té. On est très loin de la catas­trophe que tout le monde atten­dait après la déci­sion du Royaume-Uni de quit­ter l’Union euro­péenne [UE]. »
    C’est ce que constate Hugues de Mont­va­lon, res­pon­sable de la recherche à Oddo Banque privée.

    […] ces inquié­tudes ont été « neu­tra­li­sées » par une nou­velle injec­tion mas­sive de liqui­di­tés. Une nou­velle fois, les banques cen­trales ont mon­tré qu’elles étaient prêtes à tout pour évi­ter un scé­na­rio catastrophe.

    La Banque d’Angleterre (Bank of England, BOE) a ain­si abais­sé ses taux direc­teurs et a réac­ti­vé son pro­gramme d’assouplissement moné­taire (« quan­ti­ta­tive easing »), tan­dis que la Banque cen­trale euro­péenne (BCE) éten­dait son propre pro­gramme de rachat d’actifs. De même, l’atmosphère s’est déten­due à Wall Street depuis que la Réserve fédé­rale amé­ri­caine (Fed) a lais­sé entendre qu’il n’y aurait pas de relè­ve­ment de taux avant l’élection pré­si­den­tielle de novembre. « Une confi­gu­ra­tion idéale pour les inves­tis­seurs en actions », estime Isa­belle Mateos y Lago, direc­trice géné­rale du Bla­ckRock Invest­ment Institute.

    La poli­tique accom­mo­dante de la Fed dope arti­fi­ciel­le­ment le prix des actifs risqués.

    […]

    « Les inves­tis­seurs n’ont pas le choix »

    En abais­sant tou­jours davan­tage les taux d’intérêt, les ban­quiers cen­traux de la pla­nète obligent les inves­tis­seurs à prendre des risques. C’est-à-dire à délais­ser les obli­ga­tions d’Etat, qui ne rap­portent plus rien, voire coûtent de l’argent, au pro­fit des actions.

    […]

    Les flux d’argent s’orientent vers les der­niers actifs qui pro­curent encore du rendement. […]

    [etc.]

    Source : Le Monde 

    http://​www​.lemonde​.fr/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​6​/​0​8​/​1​6​/​p​o​u​r​q​u​o​i​-​l​e​-​b​r​e​x​i​t​-​n​-​a​-​p​a​s​-​d​e​s​t​a​b​i​l​i​s​e​-​l​e​s​-​m​a​r​c​h​e​s​-​f​i​n​a​n​c​i​e​r​s​_​4​9​8​3​1​7​6​_​3​2​3​4​.​h​tml

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    Réponse
  6. binnemaya

    Salut Etienne et les autres,
    Une petite vidéo excel­lente de Keny Arkana

    Un Autre Monde Possible :

    Réponse
  7. joss

    Je suis tom­bé sur une perle :
    « le fond de l’air est rouge »


    Le fond de l’air est rouge : 1 – Les Mains… par Snanf

    Ce film/documentaire montre que les luttes, les révo­lu­tions, les guerres depuis la der­nière guerre mon­diale (et avant si on veut) n’ont jamais rien chan­gé à notre sou­mis­sion aux gens de pou­voir. Nous n’a­vons fait que repro­duire les échelles hié­rar­chiques de domi­nance à tra­vers le temps.

    1. https://www.dailymotion.com/video/x11eekv_le-fond-de-l-air-est-rouge-1-les-mains-fragiles‑1–2_news

    2. https://www.dailymotion.com/video/x11eewv_le-fond-de-l-air-est-rouge-1-les-mains-fragiles‑2–2_news

    3. https://www.dailymotion.com/video/x11ef4t_le-fond-de-l-air-est-rouge-2-les-mains-coupees‑2–1_news

    4. https://www.dailymotion.com/video/x11ef5n_le-fond-de-l-air-est-rouge-2-les-mains-coupees‑2–2_news

    De CHE GUEVARA à Rudi DUTSCHKE, de LENINE à MAO, de Cha­ronne à la rue de Gay-Lus­sac, de Cuba à San­tia­go, « Le fond de l’air est rouge » retrace la mon­tée puis la retom­bée des uto­pies révo­lu­tion­naires dans les années 60 et 70. Extra­or­di­naire mon­tage d’ar­chives, ce film culte de Chris MARKER à été dif­fu­sé sur ARTE le 31/05/1996. En trois heures et en deux par­ties : « Les mains fra­giles » et « Les mains cou­pées », Chris MARKER pro­pose une lec­ture de l’his­toire à tra­vers un enchaî­ne­ment d’i­mages dont le sens peu à peu se dévoile.

    Des images fortes, san­glantes, iro­niques, bou­le­ver­santes, drôles. Et instructives. 

    Cris­tal­li­sé par la guerre du Viet­nam, un souffle de contes­ta­tion se pro­page d’un conti­nent à l’autre.
    Les trames de la petite et de la grande his­toire se superposent.

    Réponse
  8. etienne

    Pensée d’un libéral – Joseph Townsend

    « La faim appri­voi­se­ra les ani­maux les plus féroces, elle appren­dra la décence et la civi­li­té, l’obéissance et la sujé­tion aux plus per­vers. En géné­ral, la faim seule peut épe­ron­ner et aiguillon­ner [les pauvres] pour les faire tra­vailler ; et pour­tant nos lois ont dit qu’ils ne doivent jamais avoir faim. Les lois, il faut l’avouer, ont dit, aus­si bien, qu’ils doivent être for­cés à travailler. 

    Mais alors la contrainte de la loi est accom­pa­gnée de beau­coup de troubles, de vio­lence et de bruit, elle engendre la mau­vaise volon­té et ne peut jamais être pro­duc­trice d’un ser­vice bon et accep­table, alors que la faim n’est pas seule­ment un moyen de pres­sion paci­fique, silen­cieux, inces­sant, mais, comme elle est le mobile le plus natu­rel d’assiduité et de tra­vail, elle pro­voque les efforts les plus puis­sants, et, quand elle est satis­faite par la liber­té d’autrui, elle pose des fon­da­tions durables et sûres pour la bonne volon­té et la gra­ti­tude. L’esclave doit être for­cé à tra­vailler, mais l’homme libre doit être lais­sé à son propre juge­ment et à sa dis­cré­tion, il doit être pro­té­gé dans la pleine jouis­sance de son bien, que ce soit beau­coup ou peu ; et puni quand il enva­hit la pro­prié­té de son voi­sin. »

    A dis­se­ta­tion on poor laws, 1786
    Joseph Town­send

    « Cet homme a fait par­tie des pen­seurs impor­tants du libé­ra­lisme au XVIIIème.

    De par son rai­son­ne­ment il a contri­bué au déve­lop­pe­ment de la phi­lo­so­phie libé­rale en s’appuyant sur l’idée que l’homme n’est qu’un ani­mal et qu’il doit donc être sou­mis aux lois de la jungle.

    Jus­ti­fiant ain­si la mise en place d’un sys­tème où ceux qui n’ont pas été élus par la nature, les pauvres, doivent être for­cés au tra­vail par la faim.
    Cette pen­sée sera recon­nue comme valide et sou­te­nue par les gens de pou­voir, sou­cieux de vivre dans le par­fait petit bas­tion du libé­ra­lisme et de son ordre social.

    Une hypo­cri­sie folle dans laquelle sont tom­bés nos oli­garques qui veulent nous faire croire que c’est la nature qui rend légi­time et pré­fé­rable ce type d’organisation. »

    http://​karu​gi​do​.fr/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​2​0​1​6​/​0​8​/​2​6​/​p​e​n​s​e​e​-​d​u​n​-​l​i​b​e​r​a​l​-​j​o​s​e​p​h​-​t​o​w​n​s​e​nd/

    Réponse

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