[N’oublions pas Maurice ALLAIS] « Jean Tirole : d’un prix Nobel d’économie à l’autre… » par Éric Conan, Marianne

27/07/2016 | 8 commentaires

J’ai eu la chance de connaître per­son­nel­le­ment Mau­rice Allais, quelques années avant sa mort, et nous avons eu sou­vent tous les deux de longues conver­sa­tions, chez lui et au télé­phone, sur l’U­nion euro­péenne, sur le libre-échange, sur la créa­tion moné­taire, sur l’a­ni­so­tro­pie de l’es­pace (…) et sur… le pro­ces­sus consti­tuant dévoyé comme source de l’im­puis­sance poli­tique populaire 🙂 

Cet homme avait consti­tué une incroyable biblio­thèque (d’au­to­di­dacte en éco­no­mie), plus de 30 000 livres je crois ; il y en avait par­tout 🙂 Il ne lisait pas les syn­thèses et com­men­taires uni­ver­si­taires sur les grands auteurs, me disait-il, il lisait les grands auteurs eux-mêmes, direc­te­ment dans le texte. Tous… Il avait com­men­cé sa for­ma­tion éco­no­mique, me racon­tait-il sou­vent, en recal­cu­lant car­ré­ment lui-même toute la comp­ta­bi­li­té natio­nale… Il m’a­vait offert son petit livre sur ce sujet, d’ailleurs (« Les fon­de­ments comp­tables de la macro-éco­no­mie. Les équa­tions comp­tables entre quan­ti­tés glo­bales et leurs appli­ca­tions », 1954). En matière d’é­co­no­mie, il n’a­vait pas été condi­tion­né par la Facul­té, il avait gran­di — et il pen­sait — libre­ment. Son pre­mier grand livre, pas­sion­nant, « Éco­no­mie et inté­rêt », ana­ly­sait en détail les méca­nismes du cré­dit, déci­sifs pour toute l’é­co­no­mie ; et il y expli­quait — et condam­nait — la créa­tion moné­taire pra­ti­quée par les banques pri­vées (p. 273 et s., par exemple). C’é­tait en 1947 ! 

Il avait sur­tout le cou­rage de contre­dire fron­ta­le­ment la doxa éco­no­mique (la pen­sée unique impo­sée, pré­ten­du­ment « libé­rale »), même au prix de sa renom­mée : il a été bâillon­né par la presse-deve­nue-feuille-de-pro­pa­gande-ban­caire jus­qu’à sa mort, pour avoir osé ful­mi­ner contre la poli­tique révol­tante de l’U­nion euro­péenne, tem­pê­ter contre les scan­da­leuses poli­tiques néo­li­bé­rales, pro­tes­ter contre le détes­table et rui­neux « libre-échange », vitu­pé­rer les ban­quiers pri­vés (qu’il appe­lait des faux-mon­nayeurs) pour avoir confis­qué la créa­tion moné­taire aux nations, admo­nes­ter les gou­ver­ne­ments qui déré­gu­laient au lieu de régu­ler… Bref, vous ima­gi­nez comme j’é­tais à l’aise en dis­cu­tant avec cet éco­no­miste-là 🙂 Nous nous tutoyions et nous nous appe­lions par nos pré­noms (alors que Mau­rice, comme beau­coup d’in­gé­nieurs, appe­lait même ses amis par leur nom de famille). J’ai de la nos­tal­gie pour cette époque, où j’a­vais l’im­pres­sion de deve­nir l’a­mi de Keynes 🙂 Cette proxi­mi­té me don­nait de l’as­su­rance et de la force, à un moment (2007) où j’en avais bien besoin, car tout ce que je décou­vrais — et que je vou­lais dire — était très hété­ro­doxe, et donc pas facile à assumer. 

En jan­vier 2008, j’a­vais évo­qué avec insis­tance l’ar­ticle 104 du trai­té de Maas­tricht et l’im­por­tance cen­trale du tra­vail de Mau­rice Allais sur la créa­tion moné­taire aban­don­née aux banques pri­vées (j’a­vais aus­si par­lé ce jour-là d’An­nie Lacroix-Riz, autre pré­cieuse lan­ceuse d’a­lerte, sur les ori­gines scan­da­leuses du car­can unio­neu­ro­péen), lors d’une courte confé­rence à l’IEP d’Aix-en-Pro­vence (avec Raoul Marc Jennar) : 

J’a­vais publié à l’é­poque, sur ce blog (avec son auto­ri­sa­tion), le texte de son petit livre (introu­vable, allez com­prendre pour­quoi) : « La crise mon­diale d’au­jourd’­hui. Pour de pro­fondes réformes des ins­ti­tu­tions finan­cières et moné­taires. » (1999) :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​m​e​s​s​a​g​e​s​_​r​e​c​u​s​/​L​a​_​c​r​i​s​e​_​m​o​n​d​i​a​l​e​_​d​_​a​u​j​o​u​r​d​_​h​u​i​_​M​a​u​r​i​c​e​_​A​l​l​a​i​s​_​1​9​9​8​.​pdf

Il faut aus­si signa­ler (mais il y a tant de livres de Mau­rice, je dois en avoir 30…) « La mon­dia­li­sa­tion, la des­truc­tion des emplois et de la crois­sance : L’é­vi­dence empi­rique » (1999), « L’Eu­rope en crise, que faire ? : Réponses à quelques ques­tions, pour une autre Europe » (2005) et « Pour l’in­dexa­tion, condi­tion majeure d’ef­fi­ca­ci­té, d’é­qui­té et d’hon­nê­te­té » (1999), ain­si que « Éco­no­mie et inté­rêt » (1947) :

J’ai été heu­reux que L’Hu­ma­ni­té (« Mau­rice Allais appelle à dire « non » au Trai­té euro­péen. Entre­tien » avec Eric Laurent),
Fran­çois Ruf­fin (Fakir : « MAURICE ALLAIS : « CONTRE LE MONDIALISME, VIVE LE PROTECTIONNISME ! »)
et Marianne (« LETTRE OUVERTE AUX FRANÇAIS : CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS ») (trois médias « de gauche », donc, ayant l’in­tel­li­gence de voir — et le cou­rage de dire publi­que­ment — l’in­té­rêt pour tous du tra­vail d’un homme pour­tant clas­sé « à droite ») lui aient don­né la parole dans les der­niers jours de sa vie. 

Oli­vier Ber­ruyer, de son côté, sur son excellent site (les​-crises​.fr), a publié une syn­thèse très inté­res­sante sur le tra­vail de Mau­rice : « [5 ans déjà] Le tes­ta­ment de Mau­rice Allais (1911−2010) » : https://​www​.les​-crises​.fr/​l​e​-​t​e​s​t​a​m​e​n​t​-​d​e​-​m​a​u​r​i​c​e​-​a​l​l​a​is/

Et Marianne rap­pelle de temps en temps ce hon­teux bâillon impo­sé par la presse ban­caire à ceux qui résistent aux banques, comme dans l’ar­ticle ci-des­sous, bien fait, d’É­ric Conan, publié dans le numé­ro du 20 mai 2016.

Mau­rice Allais défen­dait l’in­té­rêt géné­ral mor­di­cus (il nous défen­dait contre les banques), alors que Jean Tirole… hum. 

Heu­reu­se­ment, le niveau monte, et les « éco­no­mistes » de banque et les « jour­na­listes » de banque ont de plus en plus de mal à nous faire gober leurs bobards.

Bonnes lec­tures 🙂

Étienne.
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Jean Tirole : d’un prix Nobel d’économie à l’autre…

Eric Conan

Jean Tirole, der­nier prix Nobel d’é­co­no­mie fran­çais, est par­tout. Mais il ne faut pas se trom­per : ce n’est pas parce qu’il a eu le Nobel que Jean Tirole inté­resse les élites, mais parce que ce que dit ce Nobel leur plaît. Tout leur plaît chez lui. La preuve ? Le trai­te­ment inverse réser­vé au pré­cé­dent Nobel d’é­co­no­mie fran­çais, Mau­rice Allais. Que per­sonne n’in­vi­tait. Que ceux qui se pros­ternent devant Tirole boy­cot­taient. Parce qu’il disait le contraire de leur oracle d’aujourd’hui.

Il est par­tout. Ils s’ar­rachent tous Jean Tirole, der­nier prix Nobel d’é­co­no­mie fran­çais. Douze pages béates et la cou­ver­ture de l’Ex­press. Un édi­to­rial de style nord-coréen dans le Point pour van­ter ce « tré­sor natio­nal », son « intel­li­gence à l’é­tat pur », son tra­vail « lumi­neux ». Et l’Obs invite à l’é­cou­ter pour « éclai­rer les déci­sions poli­tiques », notam­ment contre « notre sacro-saint CDI ». Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un fonc­tion­naire dénigre la garan­tie de l’emploi pour les autres. Ou recom­mande de trans­for­mer le sala­riat en variable d’a­jus­te­ment. Beau­coup d’é­narques savent faire cela. Mais lui est uni­ver­si­taire et prix Nobel. Cela change. Il assure dire « ce que dit la science ». Voi­là pour­quoi il a été beau­coup sol­li­ci­té pour défendre la loi El Khom­ri. Il faut, pour mesu­rer l’é­tat du sys­tème média­tique, avoir enten­du un de ces jour­na­listes de pla­teau télé (comme il y a des gre­nouilles de béni­tier), deman­der la larme à l’œil à « celui qui sait » s’il ne souffre, « au plus pro­fond de [lui]-même », d’être si peu obéi…

Il ne faut pas se trom­per : ce n’est pas parce qu’il a eu le Nobel que Jean Tirole inté­resse les élites,mais parce que ce que dit ce Nobel leur plaît. Tout leur plaît chez lui. D’a­bord, la déli­cieuse appel­la­tion de son uni­ver­si­té, rebap­ti­sée Tou­louse School Of Eco­no­mics. Une forme de fran­chise, sa prin­ci­pale ori­gi­na­li­té, dis­tin­guée par le Nobel, étant d’a­voir impor­té en France les der­nières modes du néo-libé­ra­lisme uni­ver­si­taire amé­ri­cain. Moins par­ti­san de sup­pri­mer les patho­lo­gies ban­caires (titri­sa­tion et pro­duits déri­vés) que de déré­gu­ler le mar­ché du tra­vail, ce défen­seur de la finan­cia­ri­sa­tion de l’en­tre­prise pro­pose de faire de l’ar­bi­trage du mar­ché (de la pol­lu­tion aux greffes d’or­ganes) le prin­cipe uni­ver­sel des rela­tions entre indi­vi­dus sans His­toire ni frontières.

La preuve que les élites saluent en Tirole moins le prix Nobel que l’é­cho de leur vul­gate se véri­fie par le sou­ve­nir du trai­te­ment inverse réser­vé au pré­cé­dent Nobel d’é­co­no­mie fran­çais, Mau­rice Allais. Que per­sonne n’in­vi­tait. Que ceux qui se pros­ternent devant Tirole boy­cot­taient. Parce qu’il disait le contraire de leur oracle d’aujourd’hui.

Il y a plu­sieurs rai­sons de reve­nir sur le sort indigne réser­vé à Mau­rice Allais. Par jus­tice pour ce grand savant, mort dans la soli­tude et la colère en 2010. Parce que Marianne publia en 2009 son der­nier grand texte, sur la crise, « Lettre ouverte aux Fran­çais : contre les tabous indis­cu­tés ». Et parce que la vio­lence de son ostra­ci­sa­tion atteste la capa­ci­té de cen­sure des élites. Son pedi­gree sem­blait pour­tant plus convain­cant que celui de Tirole : macro-éco­no­miste et spé­cia­liste de l’é­qui­libre des mar­chés, de la mon­naie et du risque finan­cier, Allais avait été dès 1999 un des rares à annon­cer dans le détail la crise de 2008.

Mais son expli­ca­tion était taboue : cette crise finan­cière ne consti­tuait que le symp­tôme d’une crise éco­no­mique plus pro­fonde pro­vo­quée par la déré­gle­men­ta­tion de la concur­rence sur le mar­ché mon­dial de la main-d’œuvre et la façon dont un sys­tème ban­caire éman­ci­pé du contrôle poli­tique en pro­fi­tait par la dette. Se disant « libé­ral et socia­liste », Allais dénon­çait la « chien­lit lais­ser-fai­riste » néo-libé­rale et pro­po­sait de vraies réformes quand Tirole, ne par­lant que de s’a­dap­ter à un « monde incer­tain », « qui a chan­gé », « qui n’est plus comme avant », campe un per­son­nage à la Cio­ran (« Etre moderne, c’est bri­co­ler dans l’in­cu­rable »).

LA PRINCIPALE ORIGINALITÉ DE JEAN TIROLE EST D’AVOIR IMPORTÉ EN FRANCE LES DERNIÈRES MODES DU NÉO-LIBÉRALISME UNIVERSITAIRE AMÉRICAIN.

Contrai­re­ment à Tirole, qui répète que « les peuples sont fâchés avec l’é­co­no­mie », Allais expli­quait qu’une éco­no­mie domi­née par la finance orga­nise la guerre entre les peuples. Et ce par­ti­san de l’U­nion dénon­çait le tour­nant néo-libé­ral de Bruxelles ayant pro­vo­qué dés­in­dus­tria­li­sa­tion et chô­mage, en ouvrant « l’Eu­rope sans aucune pro­tec­tion exté­rieure face à la concur­rence de pays dotés de coûts sala­riaux si faibles que s’en défendre deve­nait illusoire ».

Les posi­tions d’Al­lais le ren­daient inclas­sable. « Toute ma vie d’é­co­no­miste, j’ai véri­fié la jus­tesse de Lacor­daire : entre le fort et le faible, c’est la liber­té qui opprime et la règle qui libère », pré­ci­sait l’é­co­no­miste, dont son ami Ray­mond Aron avait bien résu­mé la pré­ten­tion ris­quée : « Convaincre les socia­listes que le vrai libé­ral ne désire pas moins qu’eux la jus­tice sociale, et les libé­raux que l’ef­fi­ca­ci­té de l’é­co­no­mie de mar­ché ne suf­fit plus à garan­tir une répar­ti­tion accep­table des reve­nus. » Ses ana­lyses ico­no­clastes sur la crise suf­fi­saient à le mar­gi­na­li­ser. Ses pro­po­si­tions l’ont dia­bo­li­sé : il recom­man­dait de cas­ser la course au moins-disant social orga­ni­sée par la spé­cu­la­tion finan­cière en ins­ti­tuant un pro­tec­tion­nisme intel­li­gent par « ensembles régio­naux pré­sen­tant de mêmes condi­tions de reve­nus, et de mêmes condi­tions sociales ».

Cet homme condam­né au silence ana­ly­sait avec humour son propre sort (et, de manière pré­mo­ni­toire, celui de Jean Tirole…) : « Je suis un prix Nobel… télé­spec­ta­teur ! Les com­men­ta­teurs éco­no­miques que je vois s’ex­pri­mer à la télé­vi­sion pour ana­ly­ser les causes de l’ac­tuelle crise sont les mêmes qui y venaient aupa­ra­vant pour ana­ly­ser la bonne conjonc­ture avec une par­faite séré­ni­té. Ils n’a­vaient pas annon­cé l’ar­ri­vée de la crise, et ils ne pro­posent pour la plu­part d’entre eux rien de sérieux pour en sor­tir. Mais on les invite encore. »

D’où son inter­ro­ga­tion sur les médias : « Quelle est leur liber­té par rap­port au monde de la finance ? En par­ti­cu­lier les mul­ti­na­tio­nales, prin­ci­pales béné­fi­ciaires, avec les milieux bour­siers et ban­caires, d’un méca­nisme éco­no­mique qui les enri­chit, tan­dis qu’il appau­vrit la majo­ri­té de la popu­la­tion fran­çaise. Ils nous laissent le choix entre écou­ter des igno­rants ou des trompeurs. »

Source : Marianne, http://​www​.marianne​.net/​j​e​a​n​-​t​i​r​o​l​e​-​p​r​i​x​-​n​o​b​e​l​-​e​c​o​n​o​m​i​e​-​a​u​t​r​e​-​1​0​0​2​4​3​0​9​1​.​h​tml

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8 Commentaires

  1. etienne
  2. jean paul creupelandt

    Lettre pour l’humanité .

    La lettre du petit homme .
    Le soleil est-il le fruit du hasard ou le fruit de votre DIEU ?
    Ne soyez ni trop prés , ni trop loin , il vous nour­rit sans compter .
    Croyant ou non-croyant , il a le res­pect de croire en votre intelligence .

    Le soleil ne fait aucune dif­fé­rence entre vous .
    Que vous soyez riche ou pauvre , malade ou en bonne san­té , ou différent .
    Que vous soyez de dif­fé­rentes cultures et de dif­fé­rentes couleurs .
    La cou­leur de l’ombre est la même pour tous . C’est sa signature .

    Ce soleil est-il le fruit du hasard ou de votre DIEU ?
    Il y a peut-être un secret , un code ou un che­min qui vous don­ne­ra la vérité .

    Ce soleil a son éner­gie , et sa lumière .
    Peut-être que si l’homme vidait son esprit de sa haine , sa violence ,
    sa pré­ten­tion , son orgueil et son égoïsme , tout ce qui pour­rait nuire
    aux autres et qui fini­rait par le nuire aus­si , son esprit serait moins encombré .
    Plus vide , trans­pa­rent comme l’air et l’eau . Cette éner­gie et cette lumière
    pour­raient s’y invi­ter , der­rière cet esprit , l’ombre n’exis­te­rait plus .
    Sans ombre , les che­mins qui mène­ront à la tolé­rance et qui vous donneront
    peut-être la véri­té , ne seront que mieux éclairés .

    Pour une ques­tion de digni­té personnelle .
    Je demande une carte d’i­den­ti­té uni­ver­selle , avec la men­tion de ne laisser
    pour compte aucune enti­té , dans une liber­té qui ne veut que le respect
    et la paix , mais pas la guerre !
    Dans une jus­tice dont le mot juste soit incontournable .

    Je demande à tous les êtres humains du monde entier de bien vou­loir m’accorder
    cette carte uni­ver­selle , il vous suf­fi­ra de me dire OUI ou NON .

    Vous trou­ve­rez cela très illu­mi­né ou très uto­piste , je ne suis qu’un petit homme
    qui croit en l’homme . Je ne demande pas un grand pas sur la lune ,
    je ne demande qu’un petit pas dif­fé­rent sur terre , auquel , peut-être
    l’u­ni­vers ne sera jamais assez grand pour conte­nir la digni­té et le respect
    des êtres qui fran­chi­ront ce pas .…
    Ami­ca­le­ment : Le 01-02-2015 : Jean-Paul . Creupelandt . 

    Ps
    Pour celui qui me dit qu’on ne peut pas chan­ger le monde .
    Cette demande est faite en par­ti­cu­lier à cha­cun d’entre vous .
    Toute enti­té doit avoir le cou­rage d’être res­pon­sable de ses propres décisions .
    On ne doit pas uti­li­ser le monde pour excuse et lui attri­buer les responsabilités
    d’un manque de cou­rage personnel .
    MERCI.

    Réponse
  3. Comte des Tuiles

    Quand un philosophe…

    https://​you​tu​.be/​V​c​u​H​W​D​r​_​NJs

    … s’en tient aux seuls des­sous des cartes de la pen­sée offi­cielle et mon­dia­liste, mérite-t-il encore cet hon­neur de le consi­dé­rer comme à part et quelque peu cré­dible ?… si bien média­ti­sé quand d’autres ne le sont tou­jours pas voire ne le seront jamais !?… ^^

    Réponse
  4. etienne

    Ukraine :
    « Tout le monde souffre des conditions sociales »


    Sur la situa­tion éco­no­mique en Ukraine, les pos­si­bi­li­tés de rap­pro­che­ment avec la Rus­sie et la situa­tion dans les répu­bliques popu­laires du Don­bass. Un entre­tien avec Niko­lai Azarov.


    Pro­pos recueillis par Rein­hard Lau­ter­bach – Le 30 juillet 2016 – Source junge Welt

    Source : http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​u​k​r​a​i​n​e​-​t​o​u​t​-​l​e​-​m​o​n​d​e​-​s​o​u​f​f​r​e​-​d​e​s​-​c​o​n​d​i​t​i​o​n​s​-​s​o​c​i​a​les

    En exil en Rus­sie : Niko­lai Aza­rov lors de la pré­sen­ta­tion d’un de ses livres à Mos­cou, en 2015. Pho­to : Ser­gei Kar­pou­kine –Reu­ters.

    Junge Welt : – Niko­lai Iano­vitch, vous diri­gez le Comi­té pour sau­ver l’Ukraine. Mais lorsqu’on regarde la situa­tion éco­no­mique catas­tro­phique du pays, la ques­tion se pose : qu’y a‑t-il là encore à sauver ?

    Pro­fond sou­pir. Niko­lai Iano­vitch Aza­rov  : – C’est une ques­tion dif­fi­cile. Toutes les grandes entre­prises sont actuel­le­ment pra­ti­que­ment à l’arrêt. Mais quelle en est la prin­ci­pale rai­son ? La rup­ture des rela­tions com­mer­ciales avec la Rus­sie. En Rus­sie, il y a un besoin pour nos pro­duits, et la Rus­sie a aus­si l’argent pour les ache­ter. Un seul exemple : la Rus­sie a le plus grand réseau fer­ro­viaire au monde. Chaque année, il faut des rails, des wagons de toutes sortes, depuis les wagons-citernes jusqu’aux wagons des grandes lignes, des loco­mo­tives, des signa­li­sa­tions, etc. L’Ukraine peut fabri­quer tous ces pro­duits néces­saires aux che­mins de fer. Et ce n’est l’exemple que d’une seule branche. Mais qui à part la Rus­sie peut nous ache­ter ces pro­duits ? Mal­heu­reu­se­ment personne.

    – Mais ce train n’est-il pas déjà par­ti ? Fina­le­ment, la Rus­sie est pas­sée à des impor­ta­tions de sub­sti­tu­tion après le Maï­dan et les évé­ne­ments de 2014, et semble main­te­nant sérieu­se­ment s’efforcer de pro­duire le plus pos­sible dans son propre  pays.

    – C’est mal­heu­reu­se­ment vrai. Le pays est cepen­dant si grand que cela pren­dra du temps avant que tout ce qui était livré par l’Ukraine soit rem­pla­cé par la pro­duc­tion interne. Mais le réta­blis­se­ment de l’économie ukrai­nienne ne réside pas seule­ment dans la récu­pé­ra­tion des mar­chés d’export. C’est avant tout le mar­ché inté­rieur qui doit être réta­bli et déve­lop­pé. C’est le plus impor­tant de tout. Car les gens nor­maux vivent du mar­ché intérieur.

    – D’accord, mais par quels moyens vou­lez-vous finan­cer la relance du mar­ché inté­rieur ? D’où doit venir l’argent ?

    – Pen­dant mon man­dat [de ministre des Finances 2010–2014], j’ai dou­blé la masse moné­taire en Ukraine en quatre ans, et cela avec une infla­tion de seule­ment 4% pen­dant cette période. J’ai pré­ten­du­ment vio­lé tous les prin­cipes éco­no­miques, lorsque j’ai aug­men­té la masse moné­taire. Et cela a‑t-il fait flam­ber l’inflation ? Non. Car tan­dis que j’ai éle­vé le reve­nu de la popu­la­tion, j’ai aus­si créé de la demande, et celle-ci a relan­cé le mar­ché inté­rieur. Les gens avaient de l’argent dans leur poche et ils ont ache­té des pro­duits qui avaient été fabri­qués en Ukraine. Prin­ci­pa­le­ment de la nour­ri­ture et des mar­chan­dises de la vie quo­ti­dienne. Nous avions ces années-là une crois­sance éco­no­mique de plus de 5% par an. Aucun pays de l’Union euro­péenne n’avait une telle croissance.

    – Où avez-vous pris ces moyens ? À la planche à billets ?

    – Exac­te­ment. De la planche à billets. Car l’effet infla­tion­niste ne se pro­duit que lorsque plus de 150% du pro­duit natio­nal sont en cir­cu­la­tion comme masse moné­taire. Nous avions alors une masse moné­taire de 30% du pro­duit inté­rieur, au maxi­mum. Nous pou­vions donc aug­men­ter la masse moné­taire très tran­quille­ment sans devoir craindre l’inflation.

    – Vous avez un concept, mais com­ment vou­lez-vous le mettre en œuvre ? Quelles options réelles voyez-vous pour un chan­ge­ment de pou­voir en Ukraine ? Com­bien de temps le gou­ver­ne­ment issu du Maï­dan se main­tien­dra-t-il à Kiev ?

    – Il dure­ra tant que l’Ouest le sou­tien­dra. Mais vous devrez payer cher pour ce sou­tien au régime de Kiev. À un moment don­né, vous en aurez assez et vous vous deman­de­rez : pour­quoi en fait don­nons-nous cet argent s’il est détour­né de toute façon ? Alors il y aura des pos­si­bi­li­tés de for­cer les diri­geants actuels de reve­nir à des méca­nismes démo­cra­tiques nor­maux en Ukraine.

    – Est-ce que ça suf­fit d’être à Mos­cou, de pos­ter des ana­lyses sur inter­net et d’attendre ? Dis­po­sez-vous d’une force poli­tique en Ukraine avec laquelle vous collaborez ?

    – Les son­dages montrent que je sus­cite encore des sou­ve­nirs posi­tifs auprès de quelques-uns en tant que poli­ti­cien. À l’Ouest du pays, mes taux d’approbation vont jusqu’à 20%, ce qui est beau­coup dans les condi­tions actuelles. Car je n’apparais plus du tout dans la poli­tique en Ukraine et dans ses médias. C’est pour­quoi notre tâche prin­ci­pale est aujourd’hui de récu­pé­rer notre place dans le pay­sage média­tique ukrai­nien. Il s’agit de par­ve­nir à une situa­tion où on ne peut plus m’imposer des inter­dic­tions et dire : il vit à Mos­cou et écrit des articles intel­li­gents. Où dois-je les écrire alors ?

    – Après tout ce qui est arri­vé, l’Ukraine peut-elle être main­te­nue comme État unifié ?

    – Je pense qu’on peut. Car la divi­sion de l’Ukraine est issue du coup d’État. S’il n’y avait pas eu cette prise du pou­voir par les armes des fas­cistes ukrai­niens, ni la Cri­mée ni le Don­bass n’auraient fait séces­sion. Les épou­van­tables évé­ne­ments d’Odessa n’auraient pas non plus eu lieu. Pen­dant mon man­dat, j’étais sou­vent en Cri­mée en tant que ministre-pré­sident, et je n’ai jamais per­çu de signe de sépa­ra­tisme, ni chez les gens ordi­naires ni chez les poli­ti­ciens locaux. Tout cela n’a sur­gi que par la prise de pou­voir de ces bandéristes.

    – Peut-être. Mais les par­ti­sans de Ban­de­ra existent, et ils ne vont pas se volatiliser.

    – Vous savez, s’il y a de nou­veau un gou­ver­ne­ment démo­cra­tique en Ukraine, ces ban­dé­ristes orga­ni­se­ront des mani­fes­ta­tions chez eux, à Lwiv, ils ne sont pas en posi­tion de faire plus. Natu­rel­le­ment, il y a eu des par­ti­sans de Ban­de­ra du temps où nous gou­ver­nions, mais ils ne se com­por­taient pas comme maintenant.

    – Que dites-vous des son­dages selon les­quels 60% à 70% des Ukrai­niens voient encore la Rus­sie comme un enne­mi et un agres­seur ? Quelque chose a chan­gé dans la conscience des gens et vous devez faire avec.

    – Si vous viviez deux mois à Kiev et ne regar­diez que la télé­vi­sion ukrai­nienne, vous aus­si vous absor­be­riez cette atmo­sphère de men­songe et de mani­pu­la­tion et vous chan­ge­riez d’opinion. Tout le monde n’est pas en mesure d’échapper à l’endoctrinement ser­ré répan­du par les médias ukrai­niens ou même à lui résis­ter. La télé­vi­sion ukrai­nienne explique sans répit qu’au Don­bass des sol­dats ukrai­niens et russes se battent entre eux. C’est tout sim­ple­ment faux, ce ne sont pas des faits, mais des men­songes. Mais ils sont répé­tés tous les jours.

    Bon, il res­te­ra entre 20% et 30% de par­ti­sans de Bandera.

    – Mais vous vou­lez gou­ver­ner contre un tiers de la population ?

    – Cela ne me fait abso­lu­ment pas peur. Ces par­ti­sans de Ban­de­ra, disons, qui vivent avec seule­ment 40 dol­lars par mois. Pen­sez-vous que cela leur plaît ? Bien sûr que non. L’Ukraine, rien que ces deux der­nières années, a per­du quatre mil­lions de ses citoyens à cause de l’émigration. Sur ce nombre, 3.5 mil­lions sont allés en Rus­sie et 500 000 à l’Ouest. Si main­te­nant l’UE ouvre les fron­tières et garan­tit la liber­té de visa, je peux vous garan­tir que vous accueille­rez d’autres mil­lions de migrants ukrai­niens. Les ban­dé­ristes et les anti-ban­dé­ristes souffrent éga­le­ment des condi­tions sociales en Ukraine. Ni les uns ni les autres ne voient de pers­pec­tives dans leur propre pays. Et c’est la base sur laquelle les forces saines peuvent s’unir en Ukraine, pour réta­blir le pays.

    – Quel est votre point de vue sur ce qu’on appelle les Répu­bliques popu­laires [Donetzk et Lugansk] ? Car selon tous les son­dages, leur popu­la­tion ne veut assu­ré­ment pas le retour en Ukraine. Que dites-vous à ces gens, que feriez-vous avec eux et avec ces territoires ?

    – Ces régions ne sont pas viables actuel­le­ment parce qu’elles sont constam­ment bom­bar­dées par l’Ukraine, frap­pées par des attaques ter­ro­ristes et blo­quées éco­no­mi­que­ment. Dans de telles condi­tions, il est extrê­me­ment dif­fi­cile de réta­blir des condi­tions de vie nor­males. Mais la région est éga­le­ment viable éco­no­mi­que­ment. Le Don­bass est la par­tie de l’Ukraine la plus for­te­ment déve­lop­pée éco­no­mi­que­ment. Ils sont auto­suf­fi­sants en élec­tri­ci­té, pos­sèdent une base indus­trielle com­plète, et là-bas toutes les condi­tions existent pour remon­ter la région en deux ou trois ans, sitôt qu’il y aura la paix. Je suis opti­miste et je crois que les gens du Don­bass, une fois que l’actuel régime fas­ciste aura dis­pa­ru et que leurs régions auront reçu une large auto­no­mie, se ral­lie­ront de nou­veau à l’Ukraine – sim­ple­ment parce que c’est à leur avan­tage mutuel.

    – Voyez-vous un ave­nir poli­tique pour Vik­tor Ianou­ko­vitch en Ukraine ?

    – Non, et je crois qu’il n’est pas du tout inté­res­sé à un retour en politique.
    _____________

    Niko­lai Asa­rov était ministre ukrai­nien des Finances et ministre-pré­sident de 2010 à 2014 dans le cabi­net du pré­sident Vik­tor Ianoukovitch.

    Contexte: Le pragmatique
    
    Nikolai Azarov, né en 1947, était déjà haï lors de ses mandats par la partie patriotique de la scène politique ukrainienne. Parce qu’il refusait de manière conséquente de parler ukrainien. Ce fils d’une famille russe ethnique est né en Russie puis, dans les années 1980, au cours de sa carrière de géologue, est devenu professeur à l’École supérieure des mines de Donetsk. Après le changement de système, il a commencé sa carrière politique dans le Parti du travail, qui a ensuite changé de nom pour devenir le Parti des régions, et comme porte-parole politique des élites régionales du Donbass – les directeurs rouges des industries locales qui, au cours des privatisations, se sont accaparé l’ancienne propriété publique.
    
    Depuis toujours, Azarov a été très étroitement lié à Viktor Ianoukovitch, à qui il a remis le mandat de chef du Parti des régions au début du siècle, lui donnant ainsi, plus tard, la possibilité de devenir président. Tant qu’avec Ianoukovitch, le clan de Donetsk gouvernait, Azarov s'est régulièrement retrouvé à de hauts postes gouvernementaux : comme ministre des Finances ou comme ministre–président. En tant que tel, il a pu se positionner dès 2010, sous le dernier mandat présidentiel de Ianoukovitch, comme chef de file politique d’un assainissement progressif de l’économie ukrainienne.
    
    Azarov a toujours été un partisan des relations étroites de l’Ukraine avec la Russie, ce qui correspond aux intérêts socio-économiques de sa région d’origine. Il a été la tête pensante derrière le rejet de la signature de l’Accord d’association de l’Ukraine avec l’Union européenne, parce qu’il estimait que cette décision était préjudiciable à l’économie ukrainienne et que l’UE refusait de compenser les pertes de recettes qui menaçaient l’Ukraine.

    Tra­duit par Diane, véri­fié par jj, relu par Cathe­rine pour le Saker francophone

    Source : http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​u​k​r​a​i​n​e​-​t​o​u​t​-​l​e​-​m​o​n​d​e​-​s​o​u​f​f​r​e​-​d​e​s​-​c​o​n​d​i​t​i​o​n​s​-​s​o​c​i​a​les

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  5. etienne

    Un nou­vel essai de NOAM CHOMSKY à lire cet été.
    QUELLE SORTE DE CREATURE SOMMES-NOUS ? (édi­tions LUX)

    Un nou­vel essai de Noam Chomsky,
    Qu’est-ce que le bien commun ?

    « En France, les atten­tats sont une aubaine pour les vieux renards de la poli­tique. L’appel à la guerre et à la peur leur per­met de faire pas­ser leur poli­tique anti sociale, pour­tant una­ni­me­ment reje­tée. Au prin­temps, la France s’est dres­sée contre la loi tra­vail « et son monde ». Durant quatre mois, tous les son­dages ont indi­qué un rejet très net d’une loi fina­le­ment impo­sée par la force. Face à un pou­voir sans légi­ti­mi­té qui ne se main­tient que par la force poli­cière et poli­tique, nous savons ce que nous ne vou­lons plus, c’est ce monde là, nous vou­lons sor­tir de ce cadre. L ’éton­nant suc­cès de Ber­nie San­ders dans la cam­pagne pour la pré­si­den­tielle aux Etats-Unis confirme l’échec mas­sif du néo-libé­ra­lisme de droite comme de gauche. Sor­tir, mais par où ? Pour l’instant c’est l’extrême droite qui s’engraisse sur la souf­france et la colère. Il faut tailler une autre route. Vers où , pour quoi faire ? Et d’ailleurs que vou­lons nous ? Depuis des années, nous mon­trons les souf­frances, les injus­tices et les dégâts, aujourd’hui la majo­ri­té a com­pris. Mais com­ment sor­tir de là ? Com­ment retrou­ver les grands souffles, les grands hori­zons, et se remettre en che­min ? Là, nous rejoi­gnons la ques­tion posée par Noam Chom­sky, « Que nous est-il per­mis d’espérer ? » L’été est pro­pice pour échap­per à l’hystérie média­tique qui nous empêche de refléchir. 

    Mer­ci aux édi­tions LUX qui nous per­mettent de vous pro­po­ser un cha­pitre de cet ouvrage, « Qu’est-ce que le bien commun » »

    https://​la​-bas​.org/​l​a​-​b​a​s​-​m​a​g​a​z​i​n​e​/​t​e​x​t​e​s​-​a​-​l​-​a​p​p​u​i​/​n​o​a​m​-​c​h​o​m​s​k​y​-​q​u​-​e​s​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​e​-​b​i​e​n​-​c​o​m​mun

    Source : Là-bas si j’y suis

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  6. etienne

    [Édi­fiant] Situa­tion éco­no­mique de la Grèce avant son adhé­sion à la CEE

    Info signa­lée par les​-crise​.fr Oli­vier Berruyer

    Réponse
  7. etienne

    [IMPORTANT] Le véri­table objec­tif de l’U­nion euro­péenne, mis en évi­dence par L’EXEMPLE GREC

    [DÉTAILS de l’as­sas­si­nat de la Grèce par les auto­ri­tés euro­péennes, grâce à la CRIMINELLE TRAHISON des Grecs par leur prin­ci­pal par­ti « de gauche »]

    Sta­this KOUVELAKIS : « Après la capi­tu­la­tion de SYRIZA quelles stra­té­gies pour la Gauche en Europe ? »

    Réponse

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