L’ÉTAT RETORS et la prétendue théorie du complot : introduction remarquable au « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu »

28/04/2016 | 22 commentaires

[billet blog janv. 2009]

« Chers amis,

Il y a envi­ron deux ans [en 2007], je vous avais signa­lé [sur ce blog] un texte extra­or­di­naire, lit­té­ra­le­ment pas­sion­nant à plu­sieurs titres, publié en 1864 et qui s’intitulait « Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu ». On le trou­vait sur Wiki­Source et j’en avais fait une com­pi­la­tion en un seul fichier pdf pour une impres­sion com­mode et soignée.

En 2006, un petit édi­teur que j’aime bien (parce qu’il fait de très beaux livres, avec des textes sou­vent for­mi­dables), Allia, à réédi­té ce redou­table mode d’emploi de l’apprenti totalitaire.

Je vous recom­mande ce livre : c’est un de mes meilleurs livres, par­mi les cen­taines que j’ai décou­verts et arti­cu­lés depuis quatre ans [2005–2009]. C’est un objet pré­cieux qui aide à pro­gres­ser vite. Bien avant que George Orwell, ins­pi­ré par la socié­té sovié­tique, ne décrive dans « 1984 » les res­sorts effrayants d’un monde tota­li­taire, Mau­rice Joly en avait déjà dénon­cé les plus intel­li­gents méca­nismes dans ce pam­phlet, diri­gé contre Napo­léon III mais spec­ta­cu­lai­re­ment utile pour com­prendre notre monde « moderne ».

En plus, ce livre est vrai­ment beau : le papier est superbe, le for­mat est élé­gant, l’impression est légère et pré­cise, un beau livre. Et pas cher : 15 €.

Je remer­cie les édi­tions Allia de m’avoir per­mis de décou­vrir Michel Bou­nan, qui signe une intro­duc­tion vrai­ment très inté­res­sante au texte de Mau­rice Joly ; c’est elle que je vous invite à lire ici. Je trouve que Michel Bou­nan s’en prend cor­rec­te­ment aux abus de pou­voir et, comme par hasard, ça me plaît :o)

L’argument bidon de la pré­ten­due « théo­rie du com­plot » (invo­qué par tous les faux naïfs qui tra­vaillent au ser­vice des pri­vi­lé­giés) prend un coup dans le nez. J’ai com­man­dé quelques uns de ses livres pour mieux le connaître ; je vous en reparlerai.

Je n’en dis pas plus et je lui laisse la parole.

Étienne.

[C’est moi qui sou­ligne. ÉC]

L’ÉTAT RETORS

« Je vous aver­tis… de vous tenir tou­jours en défense ; trem­blez même dans la victoire ;
c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu’il remue ses machines les plus redoutables. »
BOSSUET

« Dans la voie du bou­le­ver­se­ment les meilleurs élé­ments sont tou­jours dépas­sés par les plus mauvais…
Der­rière le révo­lu­tion­naire hon­nête appa­raissent bien­tôt ces exis­tences troubles. »
MARÉCHAL DE MOLTKE

« La révo­lu­tion indus­trielle a connu en France sa plus rapide expan­sion au cours du Second Empire en même temps qu’é­taient posées les bases d’un véri­table État moderne.

Auto­ri­tai­re­ment éta­bli par un coup d’É­tat, main­te­nu par une police omni­pré­sente et effi­cace, le nou­vel ins­tru­ment de gou­ver­ne­ment était indis­pen­sable à l’am­bi­tieux pro­jet de ses pro­mo­teurs. Deux cent cin­quante mille fonc­tion­naires sont liés par ser­ment au chef de l’É­tat et étroi­te­ment sur­veillés par les pré­fets ; les magis­trats, assi­mi­lés aux fonc­tion­naires, sont nom­més et révo­qués par décret ; la presse est sou­mise à de mul­tiples contraintes finan­cières et menaces judi­ciaires ; les oppo­sants au régime sont pure­ment et sim­ple­ment dépor­tés en Algé­rie. Ce sont ces moyens et le « pacte de sang » avec l’ar­mée qui ont per­mis la mili­ta­ri­sa­tion du tra­vail pro­duc­tif et l’ex­tra­or­di­naire essor industriel.

Les ban­quiers, les hommes d’af­faires et les indus­triels qui sou­te­naient ce régime se consi­dé­raient, en géné­ral, comme des phi­lan­thropes ; beau­coup étaient sin­cè­re­ment convain­cus par les doc­trines socia­listes de Saint-Simon, et l’ac­tuelle dic­ta­ture ne devait être qu’une étape inter­mé­diaire vers cette ère nou­velle et bien­heu­reuse qu’un autre saint-simo­nien appel­le­ra plus tard « la grande relève de l’homme par la machine ». [Ce livre est d’ailleurs, lui aus­si, remar­quable : il est de Jacques Duboin. ÉC]

Dès 1860, la poigne de fer se relâche en effet sans qu’ap­pa­rem­ment aucune force réelle d’op­po­si­tion ne l’y contraigne. (Les his­to­riens expliquent ce mys­tère par « la sym­pa­thie » que Napo­léon III avait tou­jours mar­quée à l’é­gard des classes dites « labo­rieuses ».) Des pou­voirs sont donc ren­dus aux élus et l’É­tat faci­lite lui-même la créa­tion d’un grand par­ti uni d’op­po­si­tion. Simul­ta­né­ment des contacts sont pris avec des délé­gués ouvriers, on les encou­rage à ren­con­trer leurs cama­rades trade-unio­nistes anglais, on crée des chambres syn­di­cales, le droit de grève est enfin reconnu.

L’Em­pire a ter­mi­né sa tâche, la démo­cra­tie moderne peut fonc­tion­ner. Il y aura encore le sou­bre­saut de la Com­mune, et puis plus rien pen­dant un siècle, même entre les deux guerres mon­diales, au cours des sur­sauts plus tar­difs de l’Al­le­magne, de l’I­ta­lie, puis de l’Es­pagne. En défi­ni­tive, on peut dire que le Second Empire fran­çais a accom­pli seul en quelques années l’œuvre des dic­ta­tures euro­péennes et celle de leurs libé­ra­teurs, c’est-à-dire la grande relève de l’homme d’É­tat par ce que Nietzsche appe­lait « le plus froid des monstres froids ».

En 1864, l’an­née même où fut fon­dée à Londres l’As­so­cia­tion inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, Mau­rice Joly écrit et publie son Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu. Ancien enfant rebelle, fami­lier du bar­reau et futur exi­lé, il observe avec une effrayante luci­di­té la mise en place des nou­veaux méca­nismes du pou­voir. Machia­vel est ici le porte-parole du des­po­tisme moderne. Il expose cyni­que­ment ses buts, ses pro­cé­dés et leur déve­lop­pe­ment his­to­rique. Ini­tia­le­ment la force bru­tale, le coup d’É­tat mili­taire, le ren­for­ce­ment de la police et de l’ar­mée, la pré­émi­nence des hauts fonc­tion­naires sur les élus, la mise au pas des magis­trats, de l’u­ni­ver­si­té, de la presse.

Mais la force, osten­si­ble­ment déployée, sus­cite tou­jours des forces contraires. Elle n’est uti­li­sée que pour modi­fier en quelques années les ins­ti­tu­tions, la Consti­tu­tion, et pour créer des formes légales au nou­veau des­po­tisme. Ain­si l’emprisonnement des jour­na­listes doit être relayé rapi­de­ment par des dis­po­si­tions éco­no­miques sur la presse et par la créa­tion de jour­naux dévoués au gou­ver­ne­ment. Une telle tri­bune asso­ciée à d’as­tu­cieux décou­pages élec­to­raux per­met de main­te­nir une tyran­nie élue au suf­frage universel.

Pour en finir avec toutes ces vieilles formes d’op­po­si­tion, par­tis, cote­ries, cabales, com­plots, qui gênaient tant les anciens des­potes, l’É­tat moderne doit créer lui-même son oppo­si­tion, l’en­fer­mer dans des formes conve­nables et y atti­rer les mécon­tents. Il doit en outre infil­trer tous les ras­sem­ble­ments, en prendre la direc­tion et les dévoyer. Il doit même mani­pu­ler poli­ciè­re­ment tous les com­plots clan­des­tins, les sur­prendre, les éga­rer, les décon­si­dé­rer. Voi­là le prin­ci­pal res­sort du pou­voir moderne : par­ler « tous les lan­gages » du pays afin d’en détour­ner le fleuve.

Un der­nier méca­nisme régu­la­teur garan­tit enfin la per­pé­tua­tion du nou­veau régime : une telle socié­té déve­loppe vite chez ses membres un ensemble de qua­li­tés qui tra­vaillent pour elle : la lâche­té, la domes­ti­ci­té et le goût de la déla­tion sont à la fois les fruits et les racines de cette orga­ni­sa­tion sociale. La boucle est bouclée.

La force bru­tale uti­li­sée par les anciennes tyran­nies n’a donc plus de rai­sons d’être, sauf en de rares cir­cons­tances. Au temps du machi­nisme on peut faire tra­vailler les forces hos­tiles au moyen de dis­po­si­tifs conve­nables. On peut même uti­li­ser leur éner­gie domes­tique à réduire celles qui vien­draient à sur­gir. Cette auto­ré­gu­la­tion est la base de toutes les socié­tés vrai­ment modernes.

En face de ce nou­veau pou­voir per­son­ni­fié par Machia­vel, que repré­sente Mon­tes­quieu ? Il énonce les anciens prin­cipes poli­tiques, moraux et idéo­lo­giques de ceux qui, un siècle aupa­ra­vant, se pré­pa­raient à prendre la direc­tion de la nou­velle socié­té. Le génie de Machia­vel consiste à citer volon­tiers. Mon­tes­quieu : l’ac­tuel des­po­tisme n’est nul­le­ment contra­dic­toire avec ces fon­de­ments et cette idéologie.

Notre XXe siècle a riche­ment illus­tré les prin­cipes énon­cés par Mau­rice Joly. Mais on aurait tort d’é­vo­quer ici les mul­tiples dic­ta­tures tota­li­taires où l’ar­mée et la police s’af­fichent par­tout, où les tyrans ne dis­si­mulent pas encore leur pou­voir. Le modèle décrit par Mau­rice Joly est pré­ci­sé­ment au-delà de cette étape his­to­rique : c’est celui du chef de l’É­tat élu au suf­frage » uni­ver­sel, celui des hauts fonc­tion­naires inamo­vibles, celui des consul­ta­tions élec­to­rales qui masquent la véri­table coop­ta­tion du per­son­nel politique. 

Ce mode de gou­ver­ne­ment n’est pas celui du par­ti unique, mais celui des pseu­do-affron­te­ments entre des par­tis poli­tiques par­lant « tous les lan­gages » du pays, celui des faux com­plots orga­ni­sés par l’É­tat lui-même, celui enfin où l’ap­pa­reil édu­ca­tif et média­tique, aux mains du même pou­voir, entre­tient un tel abais­se­ment des esprits et des mœurs qu’il n’y a plus aucune résis­tance possible. 

Le sys­tème de gou­ver­ne­ment décrit par Mau­rice Joly est celui du com­plot per­ma­nent occulte de l’É­tat moderne pour main­te­nir indé­fi­ni­ment la ser­vi­tude, en sup­pri­mant, pour la pre­mière fois dans l’his­toire, la conscience de cette mal­heu­reuse condition. »

[···]

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​0​9​/​0​1​/​0​5​/​9​9​-​l​-​e​t​a​t​-​r​e​t​o​r​s​-​e​t​-​l​a​-​p​r​e​t​e​n​d​u​e​-​t​h​e​o​r​i​e​-​d​u​-​c​o​m​p​lot

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22 Commentaires

  1. Sam

    Le para­doxe du consensus

    http://​www​.ico​no​clast​pa​pers​.com/​p​d​f​.​php

    Cet article qui a cir­cu­lé récem­ment dans la sphère « cli­ma­tos­cep­tique » méri­te­rait qu’on en tra­duise un bon bout, mais ce qu’il dit se résume très sim­ple­ment : non seule­ment le consen­sus, pré­ten­du­ment ou réel­le­ment très large, des scien­ti­fiques sur la ques­tion du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ne sau­rait consti­tuer un sub­sti­tut à la preuve, il n’est aucu­ne­ment une preuve, mais dans un cas comme celui-là, un tel niveau de consen­sus forme par lui-même une indi­ca­tion d’une absence de preuve. L’ar­gu­ment cen­tral, sur lequel je reviens tout de suite, rejoint une conclu­sion que je me suis déjà faite et que j’ai quelques fois enten­du d’autres expri­mer : s’il y avait des preuves, il n’y aurait jus­te­ment pas besoin de cher­cher un consen­sus, et encore moins d’a­gi­ter cet argu­ment sans cesse, et cela suf­fit donc à indi­quer qu’il n’y a pré­ci­sé­ment pas de preuve. Et par consé­quent, vu le contexte, que nous avons affaire à une grave et vaste per­ver­sion du pro­ces­sus scien­ti­fique.

    L’ar­gu­ment majeur des auteurs, ici, mène à la même conclu­sion mais il est dif­fé­rent, et c’est ce que je tenais à signa­ler. Voi­là : quand on à affaire à une théo­rie scien­ti­fique qu’il est rela­ti­ve­ment simple de tes­ter (de véri­fier ou d’in­va­li­der par l’ex­pé­rience), alors la véri­fi­ca­tion en sera bien­tôt faite par nombre d’é­tudes indé­pen­dantes (sui­vant le pro­ces­sus nor­mal et indis­pen­sable en sciences). Tan­dis que si la théo­rie est très com­pli­quée à véri­fier, et à la limite invé­ri­fiable, on devrait logi­que­ment s’at­tendre, dans le cadre scien­ti­fique, à ce qu’elle sus­cite bien moins de consen­sus, et qu’elle mène à une grande diver­si­tés d’opinions. 

    Faire cette simple obser­va­tion, immé­dia­te­ment, rend extrê­me­ment sus­pect le consen­sus sur le « chan­ge­ment cli­ma­tique », une « théo­rie » (ain­si appe­lée par cha­ri­té) qui ne peut être sou­mise à des expé­riences contrô­lées. Évi­dem­ment, la morale de l’his­toire est que nous avons affaire à un bête phé­no­mène mou­ton­nier et qu’il est facile de le véri­fier – autre para­doxe que nous vaut l’in­fi­nie com­plexi­té du sujet… Sauf qu’en l’es­pèce, il menace de plon­ger l’hu­ma­ni­té dans une misère noire, il enri­chit des gre­dins, concentre des pou­voirs ter­ri­ble­ment, sus­ci­te­ra des guerres si on n’ar­rête pas ce cirque, implante une idéo­lo­gie mor­bide et mor­ti­fère et, un peu plus acces­soi­re­ment, il coupe les vivres aux cher­cheurs qui cherchent ailleurs que là où on leur dit de trouver.

    Réponse
  2. binnemaya

    Bon­jour à Tous,
    un article a lire que je trouve très bon :
    http://​www​.poli​tis​.fr/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​1​6​/​0​4​/​q​u​a​n​d​-​s​a​u​t​e​r​a​-​l​u​l​t​i​m​e​-​v​e​r​r​o​u​-​3​4​6​29/
    Quand sau­te­ra l’ultime verrou

    Selon Fran­çois Cus­set, les condi­tions d’une révolte glo­bale sont sur le point d’être réunies.

    Les fameuses « cir­cons­tances objec­tives » sont-elles réunies ? L’expression du vieux Lénine, qui s’y connais­sait en gron­de­ments pré-révo­lu­tion­naires, com­porte une part d’humeur et une part d’événement, un élé­ment de sur­prise d’un côté et, de l’autre, la cer­ti­tude chez un nombre suf­fi­sant de domi­nés qu’ils n’ont, cette fois, plus rien à perdre. Pour que la logique de la révolte aille jusqu’au bout, au lieu d’être un pru­rit sai­son­nier ou la bonne conscience des indi­gnés, il faut que les rages col­lec­tives conte­nues aient atteint une masse cri­tique et qu’une étin­celle, sou­dain, mette le feu aux poudres. Impré­vi­sible par défi­ni­tion, celle-ci reste impen­sable, sous la chape de l’état d’urgence, l’amas des peurs coa­gu­lées et, mal­gré une vio­lence poli­cière qu’on n’avait plus vue depuis long­temps à pareille échelle, cette exper­tise répres­sive du « zéro mort » qu’exporte par­tout dans le monde le minis­tère de l’Intérieur.

    Les silex de la lutte s’entrechoquent jour et nuit place de la Répu­blique et ailleurs, mais pas encore d’étincelle en vue. Celle-là en revanche, la masse cri­tique des ras-le-bol, est net­te­ment plus mani­feste qu’en d’autres temps, et plus déter­mi­née que jamais, sur­tout, à per­du­rer. Rien à voir, de ce point de vue, avec les deux der­niers grands épi­sodes d’insurrection fran­çaise. Quand, à l’automne 1995, sala­riés et pré­caires se sou­lèvent contre le plan de réforme des retraites du Pre­mier ministre, un cer­tain Alain Jup­pé, la classe diri­geante – experts média­tiques, déci­deurs libé­raux, intel­lec­tuels de cour et poli­ti­ciens conser­va­teurs ou sociaux-démo­crates – juge alors d’une seule voix qu’une telle pro­tes­ta­tion est non seule­ment pas­séiste mais, sur­tout, qu’elle ne pren­dra pas : il en résul­ta la plus longue grève géné­rale du pays depuis trois décen­nies et le réveil des forces sociales après quinze ans d’anesthésie mitterrandienne.

    Et quand, en avril 1968, dans l’Hexagone moderne du plein-emploi et de la télé d’État, engour­di par le pater­na­lisme gaul­lien et les ruses pom­pi­do­liennes, l’éditorialiste du Monde Pierre Vians­son-Pon­té estime que « la France s’ennuie », per­sonne n’y trouve à redire, la grande effer­ves­cence du mois sui­vant étant alors moins ima­gi­nable que l’apocalypse nucléaire ou la colo­ni­sa­tion de la Lune.

    Or, en avril 2016, le moins qu’on puisse dire est que la France ne s’ennuie pas. D’un côté, ce sont l’état d’urgence consti­tu­tion­na­li­sé, avec pou­voirs poli­ciers extra­or­di­naires et mili­ta­ri­sa­tion de nos villes, l’abandon défi­ni­tif par un État néo­li­bé­ra­li­sé des ban­lieues exsangues et des mil­lions de mal-logés, la cri­mi­na­li­sa­tion des mou­ve­ments sociaux spon­ta­nés et le sur­équi­pe­ment contre-insur­rec­tion­nel (la pré­fec­ture de police est même en train d’acheter des drones pour sur­veillance à très basse alti­tude). Et, en face, de l’autre côté de ce fos­sé que ne cessent d’élargir les médias com­plices et les spé­cia­listes de la « Grande Diver­sion », ce sont des feux et des contre-feux allu­més par­tout dans l’espace social, et se mul­ti­pliant ces der­niers jours à un rythme qui ne trompe pas : zadistes indé­bou­lon­nables de l’Isère à la Loire-Atlan­tique, col­lec­tifs ruraux en séces­sion du Limou­sin à la Haute-Pro­vence, inter­mit­tents du spec­tacle occu­pant le théâtre de l’Odéon comme en un autre prin­temps, grèves sec­to­rielles en rafales mais bien coor­don­nées, des che­mi­nots aux hôpi­taux et de la jus­tice au monde pay­san, mili­tants syn­di­caux bat­tant le pavé ou le lan­çant sur les CRS sans attendre les consignes de leurs direc­tions dépas­sées (qu’on dirait, plus que jamais, payées par le patro­nat et le gou­ver­ne­ment pour endi­guer la vague des mécon­ten­te­ments), acti­vistes d’une extrême gauche qui ne croit plus au men­songe de l’élection, réfu­giés et sans-papiers bra­vant l’inhospitalité offi­cielle et le refus de régu­la­ri­sa­tion, indi­gènes d’au-delà du bou­le­vard péri­phé­rique réso­lus à impo­ser leur réa­li­té post­co­lo­niale à cette France blanche qui les veut invi­sibles, étu­diants et lycéens qu’ont convain­cus d’aller se battre les diplômes inutiles, le chan­tage au stage et le men­songe gro­tesque de l’épanouissement par la vie d’entreprise.

    Et, à l’épicentre de ces départs de feu, à bonne dis­tance aus­si des syn­di­cats et des par­tis, il y a cette Nuit debout, inédite et opi­niâtre, dont on com­mence à com­prendre, au 55 ou 60 mars de son calen­drier (com­men­cé le 31 mars), qu’elle n’est pas réduc­tible aux anté­cé­dents d’Occupy Wall Street ou de la Puer­ta del Sol (tout en leur emprun­tant cer­tains modes d’action), ni au doux uto­pisme d’un « autre monde pos­sible » ou au mora­lisme bavard de l’indignation, ni à plus forte rai­son à la socio­lo­gie bobo que veulent lui col­ler les obser­va­teurs myopes.

    La « conver­gence des luttes » dont ces com­bats divers font tous leur prio­ri­té ne se décrète pas, bien sûr, ni ne s’obtient par une stra­té­gie ins­ti­tu­tion­nelle pré­cise, qui n’existe pas. À moins de confondre conver­gence tac­tique et uni­té for­cée, car, ici, les écarts d’intérêts, d’agendas et d’objectifs sont moins une fai­blesse qu’une pos­sible puis­sance – au nom de ce « pou­voir huma­ni­sant de la divi­sion » dont par­lait le phi­lo­sophe Jacques Ran­cière quand il théo­ri­sait les ver­tus de la lutte des classes.

    Cette conver­gence, en revanche, même ponc­tuelle et bri­co­lée, sup­pose trois condi­tions, néces­saires avant d’être suf­fi­santes. Pri­mo, la dési­gna­tion d’un adver­saire com­mun, autre­ment plus vaste qu’une seule loi El Khom­ri de des­truc­tion du code du tra­vail, mais moins flou que l’hydre abs­traite du Capi­tal – car, des DRH aux élus zélés, ils ont des noms, des postes, des rôles pré­cis. Secon­do, le refus du mirage élec­to­ral, refus qu’on sent cette fois lar­ge­ment par­ta­gé, le roi (des urnes) étant bel et bien nu après des décen­nies de pro­messes bafouées et de ser­ments fou­lés aux pieds. Ter­tio, et c’est là que le bât blesse : un accord a mini­ma sur les moyens d’action, compte tenu de la réti­cence crois­sante aux logiques de la dis­cus­sion, mais aus­si du risque de scis­sion interne por­té par les virées noc­turnes pour cas­ser vitrines de banques ou agences de Pôle emploi. La marge d’action est étroite, mais le débat doit avoir lieu, après trente ans de tabou sur ces ques­tions : sabo­tage ou résis­tance phy­sique relèvent-ils de la « vio­lence » ? Et quels modes d’action effec­tifs oppo­ser à la vio­lence sourde du sys­tème, celle qui menace, épuise, assigne ou sacri­fie des vies ? Ce der­nier point est évi­dem­ment le plus dif­fi­cile, l’ultime ver­rou qui n’a pas encore sau­té. Quand il céde­ra, un mou­ve­ment uni défer­le­ra en com­pa­rai­son duquel Mai 68 et décembre 95 auront l’air d’innocentes par­ties de plai­sir. C’est demain, après-demain – au pire la pro­chaine fois. Mais dès lors qu’ont été fran­chis tous les seuils du sup­por­table, c’est pour bien­tôt. Sans aucun doute possible.

    Réponse
  3. etienne

    [Com­pa­ra­tif] La pré­sen­ta­tion du scan­dale des 28 pages par nos médias

    « Ana­lyse (un peu longue) aujourd’hui de la façon dont les médias ont rap­por­té le scan­dale entourent l’histoire des 28 pages clas­si­fiées sur le finan­ce­ment 11 Septembre.

    Bien enten­du, comme il n’y a aucun “com­plot média­tique”, l’information n’est jamais tota­le­ment cachée. Vous trou­ve­rez ain­si le terme “vingt-huit pages” au moins une fois sur chaque site des médias main­tream – ce qui leur per­met d’ailleurs de dire – où est le pro­blème, si, si, on en a parlé !!!

    Le pro­blème est assez simple :

    • Pri­mo, le ren­du des faits a‑t-il été de qua­li­té ? Car le dos­sier est assez simple : 

    1/ George Bush a inter­dit la dif­fu­sion de 28 pages d’un rap­port par­le­men­taire de 2002 sur le finan­ce­ment et les aides étran­gères appor­tées aux pirates du 11 Septembre 

    2/ Depuis lors, de nom­breux par­le­men­taires de pre­mier plan dénoncent ce secret 

    3/ Et cer­tains ont indi­qué que le docu­ment accuse sévè­re­ment l’Arabie saou­dite, ce qui les a obli­gé à revoir entiè­re­ment leur ver­sion du 11 Septembre

    • Secun­do, le ren­du des réac­tions aux États-Unis a‑t-il été de qualité ?

    • Ter­tio, l’information a‑t-elle eu la place qu’elle méri­tait ? À com­pa­rer aux Pana­ma Papers ou à la mort de Prince par exemple.

    Mais, encore plus simple, il y a un moyen des très simple de juger de la qua­li­té de cou­ver­ture média­tique d’un sujet impor­tant. Non pas de savoir si un jour­nal “en a par­lé” en 3 lignes page 12. C’est de savoir si, si vous deman­dez à vos proches, à vos col­lègues de tra­vail demain : “Au fait, tu penses quoi de ce scan­dale des 28 pages ?”, il vous répond “c’est incroyable, il faut en savoir plus, et si c’est vrai, sanc­tion­ner dure­ment l’Arabie saou­dite” ou “Heiiiinnnnnn, mais de quoi tu parles ?”.

    Sur ce genre de sujet, le degré mini­mal d’exigence en Démo­cra­tie est bien d’avoir une obli­ga­tion de résul­tat, pas une obli­ga­tion de moyen…

    Vous note­rez aus­si à quel point les résul­tats du clas­se­ment est… éton­nant. […] » [Lire la suite… ]


    Source :
    http://​www​.les​-crises​.fr/​l​a​-​p​r​e​s​e​n​t​a​t​i​o​n​-​d​u​-​s​c​a​n​d​a​l​e​-​d​e​s​-​2​8​-​p​a​g​e​s​-​p​a​r​-​n​o​s​-​m​e​d​i​as/

    Réponse
  4. etienne

    Appel de quelques intel­lec­tuels de gauche contre le « flash-ball » : 

    http://​www​.euro​pe1​.fr/​s​o​c​i​e​t​e​/​i​n​t​e​l​l​e​c​t​u​e​l​s​-​e​t​-​p​o​l​i​t​i​q​u​e​s​-​s​i​g​n​e​n​t​-​u​n​-​a​p​p​e​l​-​c​o​n​t​r​e​-​l​e​-​f​l​a​s​h​-​b​a​l​l​-​2​7​3​3​958

    Ce qui est scan­da­leux, aus­si, c’est tous ces « intel­lec­tuels » qui ne pro­testent pas contre les vio­lences policières. 

    « Tout chef devien­dra détes­table si on le laisse faire. » Alain.

    C’est aux citoyens eux-mêmes d’im­po­ser des limites aux pou­voirs institués.

    Réponse
  5. BA

    A pro­pos de la décadence :

    Fran­çois Fillon : « La France est dans une situa­tion d’ex­trême fai­blesse parce que nous n’a­vons pas su enrayer une forme de décadence. »

    http://​www​.atlan​ti​co​.fr/​d​e​c​r​y​p​t​a​g​e​/​f​r​a​n​c​o​i​s​-​f​i​l​l​o​n​-​f​r​a​n​c​e​-​e​s​t​-​d​a​n​s​-​s​i​t​u​a​t​i​o​n​-​e​x​t​r​e​m​e​-​f​a​i​b​l​e​s​s​e​-​p​a​r​c​e​-​q​u​e​-​a​v​o​n​s​-​p​a​s​-​s​u​-​e​n​r​a​y​e​r​-​f​o​r​m​e​-​d​e​c​a​d​e​n​c​e​-​2​6​8​2​5​8​6​.​h​tml

    « Une forme de décadence » ? ? ?

    Mais de quand date la déca­dence de la France ?

    Le début de la déca­dence, c’est le 19 mai 1974.

    Le 19 mai 1974, le peuple fran­çais choi­sit un chef de l’E­tat qui n’a plus comme prio­ri­té l’in­té­rêt national.

    Pour la pre­mière fois de son his­toire, le peuple fran­çais choi­sit un chef de l’E­tat qui a comme prio­ri­té numé­ro un : la construc­tion européenne.

    L’é­lec­tion de Valé­ry Gis­card d’Es­taing est un tour­nant his­to­rique : à par­tir du 19 mai 1974, tous les chefs de l’E­tat auront comme prio­ri­té numé­ro un : la construc­tion européenne.

    De même, tous les pre­miers ministres auront comme prio­ri­té numé­ro un : la construc­tion européenne.

    Exemple : Fran­çois Fillon.

    - La Conven­tion de Schen­gen entre en vigueur le 26 mars 1995. A par­tir de ce jour-là, il n’y a plus de fron­tières natio­nales. A la place, il y a un gigan­tesque espace euro­péen de libre-cir­cu­la­tion. Fran­çois Fillon était à l’é­poque ministre de l’En­sei­gne­ment supé­rieur et de la Recherche. Fran­çois Fillon était en faveur de la Conven­tion de Schengen.

    - Dix ans plus tard, le 29 mai 2005, Fran­çois Fillon vote « oui » au réfé­ren­dum sur le trai­té éta­blis­sant une consti­tu­tion pour l’Eu­rope. Cette consti­tu­tion euro­péenne était sur­nom­mée « la consti­tu­tion Giscard. » 

    - En 2008, le pre­mier ministre Fran­çois Fillon était en faveur du trai­té de Lis­bonne. Selon Valé­ry Gis­card d’Es­taing lui-même, le trai­té de Lis­bonne reprend 98 % de la consti­tu­tion Gis­card. Le pre­mier ministre Fran­çois Fillon fait adop­ter le trai­té de Lis­bonne en le fai­sant voter par le Par­le­ment fran­çais, sans le sou­mettre au référendum.

    Valé­ry Gis­card d’Es­taing, Fran­çois Mit­ter­rand, Jacques Chi­rac, Fran­çois Fillon, Nico­las Sar­ko­zy, Fran­çois Hol­lande : tous ces euro­péistes sont les res­pon­sables de la déca­dence de la France.

    Ils ont été au pou­voir, on les a vus à l’oeuvre.

    Conclu­sion :

    Depuis le 19 mai 1974, le peuple fran­çais est le pre­mier res­pon­sable de la déca­dence de la France, car il vote tou­jours pour des européistes.

    Aujourd’­hui, nous avons la déca­dence de la France, car nous sommes deve­nus un peuple décadent.

    Réponse
  6. Sam

    L’a­to­na­lisme. Et après ? Confé­rence de Jérôme Ducros au Col­lège de France (en tant qu’in­vi­té, par Karol Bef­fa alors titu­laire de la chaire). Une ter­rible charge contre l’im­passe de la musique ato­nale, sorte d’é­qui­valent, dans le domaine sonore, du désert de la rébel­lion sans objet que consti­tue « l’art contem­po­rain » dans le domaine pic­tu­ral. Cette confé­rence don­née le 20 décembre 2012 mérite vrai­ment le détour. C’est lim­pide, et c’est tranchant :

    Un petit tour sur la page Wiki­pé­dia du confé­ren­cier vous suf­fi­ra ensuite à véri­fier ce dont vous vous serez dou­té après avoir vu ça : les gar­diens du temple de la nul­li­té, du pro­grès pour le pro­grès et de la rébel­lion faite norme, ont ali­gné les coups bas et les noms d’oi­seau. Puisque un nazi au moins a un jour fus­ti­gé « l’art dégé­né­ré », ce mon­sieur est donc un nazi qui a bien du mal à le cacher.

    Il n’est pas inin­té­res­sant, non plus, d’é­cou­ter ce que ce mon­sieur com­pose. Pour le dire vite, lui qui n’a pas cher­ché à en faire com­merce s’est per­mis d’é­crire de la musique « du XIXe siècle »…, quelque chose de beau, sim­ple­ment, quand bien même il n’au­rait pas l’ins­pi­ra­tion « divine » d’un Schu­bert et, sur­tout, sans s’im­po­ser de faire plus moderne que Brahms ! C’est déjà en soi un crime impar­don­nable pour les fonc­tion­naires de l’art d’É­tat, de la dic­ta­ture de la fuite en avant.

    Je n’ai pas pu m’empêcher de pen­ser à la charge creuse que Fré­dé­ric Lor­don avait mené contre Jean-Claude Michéa, s’es­cri­mant à démas­quer le réac­tion­naire. J.-C. Michéa ne s’é­tait pas même abais­sé à répondre à ce ver­biage de « socio­logue d’É­tat » alter­nant entre le faux pro­cès et le mépris du peuple.

    Réponse
    • Ronald

      Superbe … Ca va me don­ner à réflé­chir un moment. Merci !

      Réponse
      • Sam

        Tout le plai­sir est pour moi.^^

        A pré­sent que Pierre Bou­lez, le Sta­line de la musique fran­çaise, est retour­né au néant, le petit peuple dont je suis en arrive à réap­prendre qu’il existe encore un ave­nir dans la musique… aca­dé­mique. Je viens de décou­vrir cet auteur qui m’a mis sur le cul, j’en tremble encore :

        Réponse
      • Comte des Tuiles

        On pour­rait appe­ler ceci le néo-impres­sion­nisme musi­cal… ou quelque chose comme ça ^^
        C’est en tout cas un très beau par­tage… la musique qui a ceci de si étrange et de si pas­sion­nant qu’elle est aus­si mul­tiple et diverse qu’elle est chaque fois impré­vi­sible et infi­nie, en son incon­nue comme en son potentiel ^^

        Réponse
      • Comte des Tuiles

        Je fai­sais allu­sion à ce sex­tuor de Guillaume Connesson ^^

        Réponse
    • etienne

      Super confé­rence, mer­ci Sam 🙂

      Lit­té­ra­le­ment pas­sion­nant (et amusant).

      Je note :

      « Il va fal­loir se rendre à cette évi­dence (30:30) : on ne peut défi­gu­rer impu­né­ment que ce qui n’a pas de sens pour le spectateur. »

      […]

      (52:00) « Ce qui veut dire que ceux qui ont pour obses­sion, aus­si bien dans leur recons­truc­tion de l’his­toire de la musique que dans leur pro­duc­tion, l’é­vo­lu­tion vers tou­jours davan­tage de moder­ni­té, sont désor­mais empê­trés dans un choix qui les ferait fré­mir d’hor­reur s’ils s’y arrê­taient un ins­tant : soit ils répètent le geste moderne (geste cen­te­naire, faut-il le rap­pe­ler), soit ils rétro­gradent… c’est-à-dire soit ils font comme avant, soit ils font comme avant… Dans les deux cas, répé­ter ou reve­nir, ils sont réac­tion­naires, nos­tal­giques ou révi­sion­nistes… ils sont exac­te­ment ce qu’ils reprochent depuis tant d’an­nées à leurs enne­mis d’être. […]

      Je sens qu’on peut tirer des uti­li­sa­tions poli­tiques de ce cap­ti­vant exposé 🙂
      ____

      Ça me rap­pelle ce (savou­reux) pavé dans la mare (en 1995) :
      Requiem pour une avant-garde
      (nou­velle édition)

      par Benoît Duteurtre

      https://www.amazon.fr/Requiem-pour-avant-garde-nouvelle-édition/dp/2251443002/

      Réponse
  7. Sam

    Nor­man Fin­kel­stein raconte une blague qui cir­cule aux USA : pour­quoi Israël ne devien­drait-il pas le 51ème État des États-Unis ? Réponse : parce qu’il n’au­rait plus que deux sénateurs.

    La France a une petite bite. Chez nous, les pro­cès extra­ju­di­ciaires pour anti­sé­mi­tisme pré­su­mé ne s’a­battent guère que sur trois pékins iso­lés : un prof par ci, par là un smi­card que­nel­lier, ici un anar ex-mili­tant anti­ra­ciste bre­ton à peau noire fai­sant pro­fes­sion de comique. (1) Chez nos amis anglo-saxons, où les cam­pagnes élec­to­rales sont en vente libre (2), il paraît qu’on peu par­fois plai­san­ter… mais — chose qui, elle est offi­ciel­le­ment confir­mée — il arrive aus­si que les par­tis se livrent à de grandes purges, comme c’est le cas en ce moment même au sein du par­ti tra­vailliste (3). Par­mi les der­nières vic­times en date, une cer­taine Naz Shah, rare dépu­tée musul­mane : radiée du par­ti pour avoir fait suivre en 2014 cette image (ci-des­sous)… dont il s’a­vère qu’elle a été publiée ini­tia­le­ment sur le blog de Nor­man Fin­kel­stein, fils et petit fils de gens gazés par les Nazis (4).

    Ce qui suit est ma tra­duc­tion de l’in­ter­view qu’il a accor­dé au site Open Demo­cra­cy UK, relayée notam­ment par l’as­so­cia­tion Jews for Jus­tice for Pales­ti­nians (les notes de bas de page sont de moi, elles n’en­gagent évi­dem­ment pas N. Fin­kel­stein). (5)

    Fin­kel­stein : Pour­quoi Israël ne devien­drait-il pas le 51ème État des États-Unis ?

    L’in­tel­lec­tuel juif amé­ri­cain qui était der­rière le scan­dale « anti­sé­mite » rompt le silence.
    Nor­man G. Fin­kel­stein nous parle de la dépu­tée Naz Shah, de Ken Living­stone et de la contro­verse sur l’ « anti­sé­mi­tisme » du par­ti travailliste.

    Inter­view de Nor­man Fin­kel­stein par Jamie Stern-Wei­ner – open­De­mo­cra­cy, le 3 mai 2016.

    Nor­man Fin­kel­stein n’est pas inha­bi­tué à la contro­verse. L’in­tel­lec­tuel juif amé­ri­cain est l’un des experts mon­diaux du conflit israé­lo-pales­ti­nien et de l’hé­ri­tage poli­tique de l’ho­lo­causte nazi. Excep­tés ses parents, tous les membres de sa famille, des deux côtés, ont été exter­mi­nés dans l’ho­lo­causte nazi. Son livre paru en 2000, L’in­dus­trie de l’ho­lo­causte, qui a été dif­fu­sé sous forme d’une série par le Guar­dian, est deve­nu un best-sel­ler inter­na­tio­nal et a pro­vo­qué un débat tem­pé­tueux. Mais l’in­ter­ven­tion la plus récente de Fin­kel­stein s’est pro­duite de manière accidentelle. 

    Le mois der­nier, la dépu­tée Naz Shah est deve­nue l’un des figures de plus grande enver­gure dans le scan­dale de l’ « anti­sé­mi­tisme » qui conti­nue de remuer la direc­tion du par­ti tra­vailliste. Shah a été sus­pen­due du Labour pour, entre autres, avoir fait suivre sur Face­book une image allé­guée d’an­ti­sé­mi­tisme. L’i­mage montre une carte des États-Unis avec Israël super­po­sé des­sus, et sug­gère une réso­lu­tion du conflit Israë­lo-pales­ti­nien par un dépla­ce­ment d’Is­raël aux États-Unis. Il a été rap­por­té [sur le site JfJfP] que Shah a eu cette image sur le site de Fin­kel­stein. J’ai dis­cu­té avec Fin­kel­stein des rai­sons pour les­quelles il a pos­té cette image, et de ce qu’il pense des allé­ga­tions selon les­quelles le Labour a un « pro­blème juif ».

    Est-ce vous qui avez créé l’i­mage que Naz Shah a fait suivre ?

    Je ne suis pas assez adepte de l’or­di­na­teur pour com­po­ser des images. Mais c’est bien moi qui ait mis ça en ligne, sur mon site, en 2014. Ça doit être un cor­res­pon­dant qui m’a­vait envoyé ça par mail. C’é­tait, et c’est tou­jours, drôle. S’il n’y avait pas ce contexte poli­tique actuel, per­sonne n’au­rait d’ailleurs fait atten­tion au fait que Shah fasse suivre ça. Sinon, il fau­drait man­quer d’hu­mour. Ce genre de blagues est cour­rant aux US. Donc, on a cette blague : pour­quoi Israël ne devien­drait-il pas le 51ème État des États-Unis ? Réponse : parce qu’il n’au­rait plus que deux séna­teurs. Même si le dis­cours sur Israël en Amé­rique est com­plè­te­ment cin­glé, au moins on a encore le sens de l’hu­mour. Il est incon­ce­vable qu’un poli­ti­cien, aux US, soit cru­ci­fié pour avoir mis en ligne une telle carte. 

    La dif­fu­sion de cette image par Shah a été pré­sen­tée comme le fait qu’elle approu­ve­rait l’i­dée d’une poli­tique de « dépla­ce­ment gla­çante », et John Mann MP l’a com­pa­rée à Eichmann.

    Fran­che­ment, je trouve ça obs­cène. Il est dou­teux que ces mar­chants d’Ho­lo­causte aient la moindre idée de ce qu’ont été les dépor­ta­tions, ou des hor­reurs aux­quelles elles don­naient lieu. Je me sou­viens de ma mère, sur la fin de sa vie, me décri­vant la dépor­ta­tion. Elle était dans le Ghet­to de Var­so­vie. Les sur­vi­vants du sou­lè­ve­ment du Ghet­to, 30 000 Juifs envi­ron, ont été dépor­tés au camp de concen­tra­tion de Maj­da­nek. Ils ont été pla­cés comme du chep­tel dans des wagons. Ma mère était assise à côté d’une femme qui était avec son enfant. Et la femme — je sais que ça va vous cho­quer — a étouf­fé son enfant sous les yeux de ma mère. Elle l’a étouf­fé plu­tôt que de l’emmener là où ils allaient. Voi­là ce que ça veut dire, d’être dépor­té. Com­pa­rer ça à quel­qu’un qui met en ligne un des­sin allègre et inof­fen­sif qui fait une petite blague évo­quant com­bien Israël est à la solde des US, ou vice-ver­sa, c’est à vomir. Que font-ils ? N’ont-ils aucun res­pect pour les morts ? Tous ces appa­rat­chiks des­sé­chés du Labour traî­nant l’ho­lo­causte nazi dans la boue pour les besoins de leurs petites batailles pour les postes et le pou­voir. N’ont-ils pas honte ?

    Qu’en est-il lorsque des gens uti­lisent des ana­lo­gies avec les Nazis pour cri­ti­quer les poli­tiques de l’É­tat d’Is­raël ? N’est-ce pas aus­si un usage poli­tique abu­sif de l’ho­lo­causte nazi ?

    Ce n’est pas une ques­tion simple. D’a­bord, si vous êtes Juif, l’a­na­lo­gie ins­tinc­tive à aller cher­cher, quand il en va de la haine ou de la faim, de la guerre ou du géno­cide, c’est l’ho­lo­causte nazi, parce que nous voyons ça comme l’hor­reur ultime. Chez moi, quand j’é­tais petit, à chaque fois qu’un inci­dent impli­quant une dis­cri­mi­na­tion raciale ou de la bigo­te­rie pas­sait dans les jour­naux, ma mère com­pa­rait ça à son expé­rience avant ou pen­dant l’ho­lo­causte nazi.

    Ma mère a été enrô­lée à la facul­té de mathé­ma­tiques de l’U­ni­ver­si­té de Var­so­vie, en 1937 ou 1938 je crois. Les Juifs étaient obli­gés de se tenir dans une par­tie sépa­rée de l’am­phi­théâtre, et les anti­sé­mites pou­vaient les atta­quer phy­si­que­ment. (Vous vous rap­pe­lez peut-être la scène, dans Julia, où Vanes­sa Red­grave perd sa jambe en essayant de défendre des Juifs assaillis dans l’u­ni­ver­si­té.) Je me rap­pelle avoir deman­dé un jour à ma mère : com­ment ça se pas­sait, tes études ? Elle m’a répon­du : de quoi tu parles ? Com­ment pour­rais-tu étu­dier dans ces conditions ?

    Quand elle a vu la ségré­ga­tion des afro-amé­ri­cains, que ce soit dans les res­tau­rants ou à l’é­cole, pour elle c’é­tait le pro­logue de l’ho­lo­causte nazi. Tan­dis que main­te­nant, bien des Juifs disent : ne com­pa­rez jamais (le refrain d’E­lie Wie­sel, « c’est triste mais ce n’est pas L’Ho­lo­causte »), le cre­do de ma mère était : com­pare tou­jours. Elle se pro­je­tait géné­reu­se­ment, avec joie, dans la situa­tion de ceux qui souf­fraient, les enve­lop­pant et les pro­té­geant de l’é­treinte de sa propre souf­france. Pour ma mère, l’ho­lo­causte nazi était un cha­pitre de la longue his­toire de l’hor­reur de la guerre. Ce n’é­tait pas, en lui-même, la guerre – elle insis­tait sur le fait qu’il s’a­gis­sait d’une exter­mi­na­tion, non pas d’une guerre – mais c’é­tait un cha­pitre unique dans la guerre. Donc, pour elle, c’é­tait la guerre qui était l’hor­reur ultime. Quand elle a vu les Viet­na­miens se faire bom­bar­der durant la guerre du Viet­nam, c’é­tait l’ho­lo­causte nazi. C’é­taient les bom­bar­de­ment, la mort, l’hor­reur, la ter­reur qu’elle avait tra­ver­sés. Quand elle a vu les ventres dila­tés des enfants affa­més du Bia­fra, c’é­tait aus­si l’ho­lo­causte nazi, parce qu’elle se rap­pe­lait les dou­leurs de la faim dans le Ghet­to de Varsovie. 

    Si vous êtes Juif, c’est tout sim­ple­ment nor­mal que l’ho­lo­causte nazi soit la pierre de touche omni­pré­sente et ins­tinc­tive. Cer­tains Juifs disent que ceci ou cela n’est pas l’ho­lo­causte nazi, d’autre disent que si. Mais l’ho­lo­causte nazi est une constante en tant que point de référence. 

    Qu’en est-il lorsque des gens qui ne sont pas Juifs invoquent l’analogie ?

    À par­tir du moment où l’ho­lo­causte nazi est deve­nu la réfé­rence cultu­relle, alors, si vous vou­liez tou­cher un nerf en ce qui concerne la souf­france des Pales­ti­niens, il vous fal­lait faire l’a­na­lo­gie avec les Nazis, parce que c’é­tait la seule chose qui réson­nait chez les Juifs. Si vous aviez com­pa­ré les Pales­ti­niens aux Indiens d’A­mé­rique, tout le monde s’en serait foutu. 

    En 1982, quand moi et une poi­gnée d’autre Juifs avons déam­bu­lé dans les rues de New York pour pro­tes­ter contre l’in­va­sion du Liban par Israël (il y a eu jus­qu’à 18 000 morts, Liba­nais et Pales­ti­niens, en très grande majo­ri­té des civils), je tenais une pan­carte qui disait : cet enfant de sur­vi­vants du sou­lè­ve­ment du Ghet­to de Var­so­vie, d’Au­sch­witz, de Maj­da­nek ne res­te­ra pas silen­cieux : Israé­liens, Nazis – arrê­tez l’Ho­lo­causte au Liban ! (Après la mort de ma mère, j’ai trou­vé, dans des sou­ve­nirs qu’elle tenait dans un tiroir, une pho­to de moi tenant cette pan­carte.) Je me sou­viens, quand les voi­tures pas­saient à côté, l’un des gars qui pro­tes­tait avec moi ne ces­sait de me dire : monte ta pan­carte plus haut ! (Et je ne ces­sais de lui répondre : facile à dire !) 

    Si vous invo­quiez cette ana­lo­gie, çà remuait les Juifs, ça les secouait suf­fi­sam­ment pour qu’au moins vous sus­ci­tiez leur atten­tion. Je ne pense pas que ce soit encore néces­saire, parce que les crimes qu’Is­raël a com­mis contre les Pales­ti­niens ont main­te­nant leur propre inté­gri­té. Ils n’ont plus besoin d’être jux­ta­po­sés à l’ho­lo­causte nazi. A pré­sent, l’a­na­lo­gie avec les Nazis est gra­tuite et c’est une distraction. 

    C’est anti­sé­mite ?

    Non, c’est sim­ple­ment une ana­lo­gie his­to­rique faible – mais, si ça vient d’un Juif, c’en est une qui est mora­le­ment généreuse. 

    La semaine der­nière, Ken Living­stone est pas­sé sur les ondes pour défendre Naz Shah, mais ce qu’il a dit lui a valu d’être sus­pen­du du par­ti tra­vailliste. Sa remarque la plus incen­diaire a consis­té à rétor­quer qu’à une cer­taine époque, Hit­ler a sou­te­nu le sio­nisme. Cela a été condam­né comme anti­sé­mite, et le dépu­té John Mann a accu­sé Living­stone d’être un apo­lo­giste du nazisme. Que vous ins­pirent ces accusations ?

    Living­stone n’a peut-être pas été assez pré­cis et il a man­qué de nuance, mais il y connaît quelque chose de ce sombre cha­pitre de l’his­toire. Il y a eu des spé­cu­la­tions selon les­quelles les opi­nions d’Hit­ler s’a­gis­sant de la manière de solu­tion­ner la « ques­tion juive » (comme on l’ap­pe­lait alors) ont évo­lué, alors que les cir­cons­tances chan­geaient et que de nou­velles pos­si­bi­li­tés appa­rais­saient. Hit­ler n’é­tait pas tout à fait hos­tile au pro­jet sio­niste au départ. C’est pour­quoi tant de Juifs alle­mands ont réus­si à sur­vivre après qu’­Hit­ler soit arri­vé au pou­voir, en émi­grant vers la Pales­tine. Mais là, Hit­ler en est arri­vé à craindre qu’un État juif puisse ren­for­cer le pou­voir de la « jui­ve­rie inter­na­tio­nale », alors il a inter­rom­pu ses contacts avec les Sio­nistes. (5) Plus tard, peut-être qu’­Hit­ler a ima­gi­né une « solu­tion ter­ri­to­riale » pour les Juifs. Les Nazis ont consi­dé­ré de nom­breux sché­mas de « réim­plan­ta­tion » – dans bien des cas, les Juifs n’y auraient pas sur­vé­cu à long terme – avant s’embarquer dans leur pro­ces­sus d’ex­ter­mi­na­tion totale. Living­stone a plus ou moins juste à ce pro­pos – ou il est aus­si juste que l’on peut attendre que le soit un poli­ti­cien s’ex­pri­mant de manière improvisée. 

    Il a aus­si rai­son lors­qu’il dit qu’un cer­tain degré d’af­fi­ni­té idéo­lo­gique exis­tait entre les Nazis et les Sio­nistes. Sur une ques­tion cri­tique, qui a fait rage au Royaume Uni durant la période où la Décla­ra­tion Bal­four (1917) a été pré­pa­rée, les anti­sé­mites et les Sio­nistes s’ac­cor­daient : un Juif peut-il être Anglais ? Iro­nie de l’his­toire, au vue de l’hys­té­rie actuelle au Royaume Uni, les oppo­sants les plus véhé­ments à la Décla­ra­tion Bal­four n’ont pas été les Arabes, dont à peu près tout le monde se fichait, mais les caté­go­ries les plus éle­vées de la com­mu­nau­té juive bri­tan­nique. Des Juifs anglais émi­nents ont publié des lettres ouvertes dans des jour­naux comme le Times pour s’op­po­ser à l’ap­pui bri­tan­nique d’un foyer juif en Pales­tine. Ils com­pre­naient que cette décla­ra­tion – et le Sio­nisme – impli­quaient l’i­dée que les Juifs appar­tiennent à une nation dis­tincte, et que la nation juive doive avoir son propre État, sépa­ré, idée dont ils crai­gnaient qu’elle les dis­qua­li­fie effec­ti­ve­ment en tant que membres de bonne foi de la nation bri­tan­nique. Ce qui dis­tin­guait les Sio­nistes de l’a­ris­to­cra­tie juive libé­rale était leur point de sépa­ra­tion : comme l’a expri­mé Théo­dore Herzl au début de son livre L’É­tat juif, « la ques­tion juive n’est pas plus une ques­tion sociale qu’une ques­tion reli­gieuse […] c’est une ques­tion natio­nale ». Alors que l’a­ris­to­cra­tie juive anglaise insis­tait pour dire que le judaïsme est pure­ment une reli­gion, les Sio­nistes assé­naient que les Juifs consti­tuent une nation. Et sur ce point – saillant à l’é­poque – les Sio­nistes et les Nazis étaient d’accord.

    John Mann, quand il a accos­té Living­stone devant les camé­ras, s’est payé de rhé­to­rique en lui deman­dant s’il avait lu Mein Kampf. Si vous lisez Mein Kampf pour de vrai, chose dont je gage qu’au­cun des inter­lo­cu­teurs, dans ce débat, ne l’a fait (je l’ai ensei­gné autre­fois, avant que les « Sio­nistes » m’é­con­duisent de l’a­ca­dé­mie – je plai­sante !), vous consta­tez qu’­Hit­ler insiste pour dire que les Juifs ne forment pas une reli­gion mais une nation. Il dit que le grand men­songe juif est qu’ils pré­tendent for­mer une reli­gion alors qu’en fait ils sont une race (à cette époque, le mot « race » était employé de manière inter­chan­geable avec le mot « nation »). Et à la page 56 de l’é­di­tion stan­dard anglaise de Mein Kampf, il écrit que les seuls Juifs assez hon­nêtes pour recon­naître cette réa­li­té sont les sio­nistes. Main­te­nant, pour être bien clair, Hit­ler ne pen­sait pas sim­ple­ment que les Juifs sont une race dis­tincte ; il pen­sait aus­si qu’ils sont une race sata­nique, qui devait être exter­mi­née. Ceci étant, sur la pré­misse – qui n’est pas un point tri­vial -, lui et les Sio­nistes étaient d’ac­cord. En pra­tique, les sio­nistes et les nazis ont pu trou­ver une cer­taine base d’en­tente dans l’é­mi­gra­tion / l’ex­pul­sion des Juifs vers la Pales­tine. Ce fut un para­doxe qu’à l’en­contre des vives pro­tes­ta­tions des Juifs libé­raux, incluant des par­ties de l’es­ta­blish­ment juif anglais, les anti­sé­mites et les sio­nistes, à l’é­poque, aient effec­ti­ve­ment par­ta­gé le même slo­gan : les Juifs en Pales­tine. C’est la rai­son pour laquelle, par exemple, les nazis ont inter­dit aux Juifs alle­mands de por­ter le dra­peau à croix gam­mée mais leur per­mirent expres­sé­ment de tenir le dra­peau sio­niste. Ce fut comme pour dire que les sio­nistes avaient rai­son : les Juifs ne peuvent être des Alle­mands, ils appar­tiennent à la Pales­tine. Han­nah Arendt a écrit de manière très cri­tique à ce sujet dans Eich­mann à Jéru­sa­lem, ce qui est une des rai­sons pour les­quelles elle s’est atti­ré les foudres de l’es­ta­blish­ment juif sioniste.

    Même s’il y avait une base fac­tuelle aux remarques de Living­stone, abor­der ce sujet main­te­nant… n’é­tait-ce pas sim­ple­ment une manière de nar­guer les Juifs ?

    Je peux com­prendre sa moti­va­tion, parce que nous sommes en gros de la même géné­ra­tion. S’il « nar­guait », c’é­tait un retour réflexif sur une polé­mique qui exis­tait effec­ti­ve­ment dans les décen­nies 1970 – 1980. Israël pro­mou­vait l’i­dée que les sio­nistes étaient les seuls qui avaient résis­té aux nazis. L’i­mage de pro­pa­gande pro­je­tée à cette époque était que la seule résis­tance aux nazis avait été le fait des sio­nistes, et le corol­laire natu­rel de cette idée était que la seule force défen­dant les Juifs à pré­sent était Israël. Tout autre Juif était soit un lâche, qui « allait à l’a­bat­toir comme un mou­ton », soit un col­la­bo. Ceux qui étaient en dis­si­dence par rap­port à la poli­tique d’Is­raël, à l’é­poque, lors­qu’il s’a­git de défaire cette pro­pa­gande des Sio­nistes et de tou­cher une corde sen­sible chez eux, ont cet épi­sode peu savou­reux de l’his­toire du sio­nisme qui leur revient en mémoire.

    Des pam­phlets et des livres ont paru – tels que Le Sio­nisme à l’ère des dic­ta­teurs (1983) de Len­ni Bren­ner – pour décrire cette « col­la­bo­ra­tion per­fide entre sio­nistes et nazis ». Les com­men­taires récents de Living­stone sont nés du même réflexe qui nous ani­mait à l’é­poque. Ces pauvres cin­glés qui s’en sont pris à Naz Shah lui ont mis les nerfs à vif, et il a vou­lu leur rendre la pareille. C’est de cette manière qu’on s’y pre­nait pour mener cette bataille poli­tique : mettre le doigt sur ces cha­pitres sor­dides de l’his­toire du sio­nisme. Living­stone s’est basé sur le livre de Bren­ner. Disons, pour les besoins de l’ar­gu­men­ta­tion, que le livre de Bren­ner contient peut-être des erreurs fac­tuelles, c’est plus un pam­phlet par­ti­san qu’un volume aca­dé­mique, et il n’est pas affu­blé d’une copieuse docu­men­ta­tion. Cela dit, le fait est que, lorsque le livre de Bren­ner a été publié, il a récol­té des com­men­taires posi­tifs dans la presse bri­tan­nique res­pec­table. Le Times qui, aujourd’­hui, mène la charge contre Living­stone et la direc­tion élue du par­ti tra­vailliste, a publié à l’é­poque une revue qui encen­sait le livre de Bren­ner, « crous­tillant et soi­gneu­se­ment docu­men­té ». Le cri­tique, l’é­di­to­ria­liste émi­nent Edward Mor­ti­mer, y obser­vait que « Bren­ner est capable de citer de nom­breux cas dans les­quels les sio­nistes ont col­la­bo­ré avec des régimes anti­sé­mites, incluant celui d’Hit­ler ». C’est donc un hom­mage à rendre à Ken Living­stone qu’à l’âge de 70 ans il se sou­vienne d’un livre qu’il a lu il y a plus de 30 ans, et qui avait sus­ci­té une bonne cri­tique de la part du Times à l’oc­ca­sion de sa pre­mière édi­tion. Si le Times est fâché des remarques de Living­stone, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Pour ma part, je n’ai lu le livre de Bren­ner qu’a­près sa revue par le Times. 

    Ouvrons un peu le tableau. Vous avez beau­coup écrit sur la manière dont des accu­sa­tions d’an­ti­sé­mi­tisme ont été uti­li­sées pour dis­cré­di­ter et dis­traire des cri­tiques contre Israël. Devrions nous voir la cam­pagne actuelle contre Jere­my Cor­byn et le Labour comme étant plus géné­ra­le­ment le der­nier épi­sode de cette histoire ?

    Ces cam­pagnes se pro­duisent à inter­valles régu­liers, cor­ré­lés avec les mas­sacres com­mis pério­di­que­ment par Israël et l’i­so­le­ment poli­tique qu’ils lui valent. Si vous cher­chez, dans le pre­mier cata­logue lit­té­raire venu, le terme « nou­vel anti­sé­mi­tisme », vous déni­che­rez des titres des années 1970 pro­cla­mant un « nou­vel anti­sé­mi­tisme », des titres des années 1980 pro­cla­mant un « nou­vel anti­sé­mi­tisme », des titres des années 1990 pro­cla­mant un « nou­vel anti­sé­mi­tisme », et puis une grosse sur­en­chère, incluant des auteurs bri­tan­niques, lors de la « Deuxième inti­fa­da » ain­si appe­lée, depuis 2001. 

    N’ou­blions pas que, pas plus loin que l’an der­nier, il y a eu une hys­té­rie, au Royaume Uni, à pro­pos de l’an­ti­sé­mi­tisme. Quelques son­dages ridi­cules ont pré­ten­du­ment trou­vé que près de la moi­tié des Bri­tan­niques étaient habi­tés par des croyances anti­sé­mites et que la plu­part des Juifs bri­tan­niques crai­gnaient pour leur ave­nir au Royaume Uni. Bien que ces son­dages aient été écar­tés par les spé­cia­listes, ils ont déclen­ché l’ha­bi­tuelle fré­né­sie dont s’a­li­mentent les médias, le Tele­graph, le Guar­dian et l’In­de­pen­dant fai­sant de l’hy­per­ven­ti­la­tion à pro­pos de ce « nou­vel anti­sé­mi­tisme » « ram­pant ». Cela s’est avé­ré être un non-sens com­plet quand, en avril 2015, un son­dage hono­rable réa­li­sé par Pew a trou­vé que le niveau d’an­ti­sé­mi­tisme au Royaume Uni était res­té stable, avec un score remar­qua­ble­ment faible de 7%. Et cette farce ne remonte qu’à l’an­née der­nière. On aurait ima­gi­né que les gens impli­qués dans ces basses oeuvres se cache­raient, acca­blés par la honte, et joui­raient au moins d’un petit répit dans ces mises en scène. Mais voi­là qu’en un clin d’oeil, et juste dans la fou­lée du son­dage Pew mon­trant que l’an­ti­sé­mi­tisme est mar­gi­nal au Royaume Uni, l’hys­té­rie a repris de plus belle. 

    La réa­li­té, c’est qu’au Royaume Uni il y a pro­ba­ble­ment plus de pré­ju­gés contre les gros que contre les Juifs. Posez-vous cette ques­tion toute simple, mais sérieuse. Vous allez à un entre­tien d’embauche. Quel trait a le plus de chances de jouer contre vous : si vous êtes moche, si vous êtes gros, si vous êtes petit, ou si vous êtes Juif ? C’est peut-être un triste com­men­taire que l’on puisse faire au sujet des valeurs de notre socié­té, mais le trait qui a le plus de chances de vous valoir une lettre de refus, c’est si vous êtes moche. En deuxième, gros ; en troi­sième, petit. Le fac­teur qui a le moins de chances de jouer contre vous, c’est si vous êtes Juif. En sens inverse, les Juifs ne sont-ils pas intel­li­gents et ambi­tieux ? Le son­dage Pew a trou­vé un niveau d’an­ti­sé­mi­tisme de sept pour cent. Y a‑t-il de quoi en faire une hys­té­rie natio­nale ? Un son­dage You­Gov de mai 2015 a trou­vé que 40% des adultes au Royaume Uni n’aiment pas les musul­mans, et que près de 60% d’entre eux n’aiment pas les Roms. Ima­gi­nez ce que c’est de pos­tu­ler pour un job quand vous êtes rom ! Alors c’est quoi, l’ordre de vos prio­ri­tés morales ? 

    Bon nombre de ceux qui ont été impli­qués dans l’hys­té­rie de l’ « anti­sé­mi­tisme » de l’an der­nier par­ti­cipent éga­le­ment à la cam­pagne actuelle contre Corbyn.

    La ques­tion que vous devez vous poser est : pour­quoi ? Pour­quoi ce sujet a‑t-il été res­sus­ci­té, avec une ven­geance, si tôt après que la pré­cé­dente salve ait été éva­cuée comme la farce qu’elle s’est révé­lée être ? Est-ce à cause d’une poi­gnée de mes­sages pré­ten­du­ment anti­sé­mites pos­tés par des membres du Labour ? Est-ce à cause de la carte iro­nique pos­tée par Naz Shah ? Ce n’est pas croyable. La seule réponse plau­sible est : c’est poli­tique. Cela n’a stric­te­ment rien à voir avec la situa­tion réelle ; au lieu de ça, quelques cas sus­pects d’an­ti­sé­mi­tisme – cer­tains réels, cer­tains arran­gés – sont expo­sés pour un motif poli­tique ulté­rieur. Comme l’a dit l’autre jour un vieux dépu­té du Labour, il est trans­pa­rent qu’il s’a­git d’une cam­pagne pour salir. 

    Les accu­sa­tions d’ « anti­sé­mi­tisme » sont conduites par les Conser­va­teurs dans le contexte d’é­lec­tions locales et muni­ci­pales en vue. Mais elles sont aus­si exploi­tées par la droite du Labour pour miner la direc­tion Cor­byn, et par des groupes pro-Israël afin de dis­cré­di­ter le mou­ve­ment de soli­da­ri­té avec la Palestine.

    Vous pou­vez voir ce recou­pe­ment entre la droite du Labour et des groupes pro-Israël per­son­ni­fié dans des indi­vi­dus tels que Jona­than Freed­land, un poli­ti­card blai­riste qui joue aus­si régu­liè­re­ment la carte de l’an­ti­sé­mi­tisme. Il a com­bi­né ces deux passe-temps en atta­quant Cor­byn. Inci­dem­ment, quand mon livre, L’in­dus­trie de l’Ho­lo­causte, est sor­ti en 2000, Freed­land a écrit que j’é­tais plus proche des gens qui ont créé l’Ho­lo­causte que de ceux qui en ont souf­fert. Bien qu’il paraisse – oh – si poli­ti­que­ment cor­rect à pré­sent, il n’a pas trou­vé dépla­cé de sug­gé­rer que je res­semble aux nazis qui ont gazé ma famille. Nous sommes appa­rus ensemble dans une émis­sion de télé­vi­sion. Avant l’é­mis­sion, il s’est appro­ché de moi pour me ser­rer la main. Quand j’ai refu­sé, il a eu une réac­tion de silence aba­sour­di. Pour­quoi lui aurais-je ser­ré la main ? Il aurait pu com­prendre ça. Cela en dit quelque chose sur ce genre de sale type long à la détente. Salir, calom­nier, ça fait par­tie de leur bou­lot. Pour­quoi ça devrait émou­voir quel­qu’un ? Plus tard, dans l’é­mis­sion, il a été noté que le Guar­dian, jour­nal pour lequel il tra­vaillait, a publié en feuille­ton L’in­dus­trie de l’Ho­lo­causte, sur deux numé­ros. Le pré­sen­ta­teur lui a deman­dé : si mon livre était l’é­qui­valent de Mein Kampf, aurait-il démis­sion­né du jour­nal ? Bien sûr que non. Le pré­sen­ta­teur n’a-t-il pas cap­té que tout ça, c’est un jeu ?

    Com­pa­rez avec la scène amé­ri­caine. Notre Cor­byn, c’est Ber­nie San­ders. Durant toutes les pri­maires, aux US, Ber­nie s’est employé à ramas­ser les voix des Arabes et des musul­mans. Ça a été un moment mer­veilleux : le pre­mier can­di­dat juif à la pré­si­den­tielle dans l’his­toire amé­ri­caine a for­gé une alliance de prin­cipe avec les Arabes et les musul­mans. Pen­dant ce temps, que songent à faire ces affreux du lob­by israé­lien blai­riste ? Ils soufflent sur les braises de la haine et créent de nou­velles dis­cordes entre juifs et musul­mans en s’en pre­nant à Naz Shah, une femme musul­mane qui est par­ve­nu à atteindre une charge publique. Il lui font pas­ser les rituels d’au­to-déni­gre­ment en public, où on la voit for­cée de s’ex­cu­ser une fois, deux fois, trois fois pour un des­sin iro­nique repris de mon site inter­net. Et ce n’est pas encore fini ! Parce qu’à pré­sent ils disent qu’elle est « en voyage »… 

    Bien sûr, ce qu’ils entendent par là, c’est qu’elle est « en voyage de révé­la­tion per­son­nelle, d’é­pi­pha­nie, de com­pré­hen­sion de l’an­ti­sé­mite qu’elle est au plus pro­fond de son être ». Mais vous vou­lez que je vous dise vers où elle voyage vrai­ment ? Le voyage qu’elle se paie est de ceux qui font de vous un anti­sé­mite à l’ar­ri­vée. A cause de ces gens ; parce qu’ils rem­plissent de révul­sion les gens sains et nor­maux. Voi­là cette femme musul­mane dépu­tée, qui essaie d’in­té­grer les musul­mans dans la vie poli­tique bri­tan­nique, et d’é­ta­blir par sa per­sonne un exemple qui s’a­dresse à la fois à l’en­semble de la socié­té bri­tan­nique et, à plus petite échelle, à la com­mu­nau­té musul­mane. Elle est, de toute évi­dence, eut égard à l’a­vis géné­ral de ses élec­teurs, une per­sonne hono­rable et res­pec­table. Vous ima­gi­nez à peine com­bien ses parents, ses frères et soeurs, doivent être fiers d’elle. Com­bien la com­mu­nau­té musul­mane doit être fière d’elle. On nous dit sans cesse que les femmes musul­manes sont des per­sonnes oppri­mées, répri­mées, dépri­mées, et voi­là que vous avez cette femme musul­mane qui décroche un man­dat public. Mais la voi­là à pré­sent cru­ci­fiée, sa car­rière rui­née, sa vie rui­née, son ave­nir en lam­beaux, stig­ma­ti­sée comme anti­sé­mite et comme nazi de cabi­net, à qui on inflige ces rituels d’a­vi­lis­se­ment. Il n’est pas dur d’i­ma­gi­ner ce que ses élec­teurs musul­mans doivent pen­ser des Juifs. Ces sales types affa­més de pou­voir créent de nou­velles haines avec leurs basses machi­na­tions. Comme Donald Trump aime à dire, « c’est dégoûtant ». 

    Main­te­nant le Labour a mis en place une com­mis­sion d’en­quête sup­po­sée pro­duire une défi­ni­tion pra­ti­cable de la notion d’ « anti­sé­mi­tisme » – c’est-à-dire réa­li­ser l’im­pos­sible. Cela a été essayé un nombre incal­cu­lable de fois par le pas­sé, et ça s’est tou­jours révé­lé futile. Les seuls béné­fi­ciaires d’un pareil man­dat seront les « spé­cia­listes » aca­dé­miques de l’an­ti­sé­mi­tisme, qui se feront payer de gros hono­raires de consul­tants (je peux déjà aper­ce­voir Richard Evans en tête de file), et Israël, qui sor­ti­ra de sous les feux de la rampe. Je com­prends la logique poli­tique à court terme. Mais il arrive un point où vous devez dire : main­te­nant ça suf­fit. Les Juifs pros­pèrent comme jamais au Royaume Uni. Les son­dages montrent que le nombre d’an­ti­sé­mites hard-core, pour ain­si dire, est minus­cule. Il est temps de mettre un point d’ar­rêt à cette mas­ca­rade pério­dique, parce qu’elle finit par souiller les vic­times de l’ho­lo­causte nazi, par détour­ner de la vraie dou­leur du peuple pales­ti­nien, et par empoi­son­ner les rela­tions entre les com­mu­nau­tés juives et musul­manes. Vous avez eu une hys­té­rie d’an­ti­sé­mi­tisme encore l’an der­nier, et c’é­tait une farce. Et main­te­nant, de nou­veau ? Une nou­velle com­mis­sion ? Une nou­velle enquête ? Non.

    Pour mettre un terme à cela, il doit y avoir une répu­dia­tion déci­sive de ce chan­tage poli­tique. Ber­nie San­ders a été pres­sé bru­ta­le­ment de reve­nir sur sa décla­ra­tion selon laquelle Israël a uti­li­sé une force dis­pro­por­tion­née lors de son assaut sur Gaza en 2014. Il n’a pas bou­gé, il ne s’est pas rétrac­té. Il a mon­tré une vraie sta­ture. Cor­byn devrait tirer de l’ins­pi­ra­tion et du cou­rage de l’exemple de Ber­nie. Il doit dire : plus de rap­ports, plus d’en­quêtes, on ne va plus sur ce ter­rain là. Ce jeu là, c’est bon, on a com­pris. Cela fait bien long­temps que ces bras­seurs d’an­ti­sé­mi­tisme ont recom­men­cé à ram­per dans leurs égouts. Mais pas avant de s’ex­cu­ser hum­ble­ment auprès de Naz Shah, et de lui prier qu’elle pardonne.
    ______

    (1) Nor­man Fin­kel­stein n’a pas dit ça – ce para­graphe intro­duc­tif est de moi. Certes, il a expri­mé un jour, sans finir sa phrase sinon avec une moue de dédain, l’i­dée qu’un pays dans lequel un BHL est répu­té phi­lo­sophe, pue un peu de la gueule… 

    (2) Pour ne pas re-re-citer l’in­con­tour­nable bou­quin de Walt et Mer­shei­mer, s’a­gis­sant de l’in­fluence sonante et tré­bu­chante du lob­by pro-Israë­lien aux US et de ses visées geur­rières, on se conten­te­ra ici de signa­ler cet article du Dai­ly Mail anglais, selon lequel, pour les élec­tions de mai der­nier, bien que fâchés pour cause de recon­nais­sance de la Pales­tine par le Par­le­ment, les grands dona­teurs juifs ont appor­té au par­ti tra­vailliste près du tiers des 9,7 mil­lions de livres qui lui ont été four­nis par des dona­teurs pri­vés : http://www.dailymail.co.uk/news/article-3532042/Ignorant-Godless-Hateful-Corbyn-s-contempt-Jews-disgrace-withering-attack-Labour-leader-donor-backed-party-400–000-2015-Election.html

    (3) Signa­lons aus­si la cam­pagne menée contre la nou­velle diri­geante élue du prin­ci­pal syn­di­cat étudiant.

    (4) https://​www​.open​de​mo​cra​cy​.net/​u​k​/​j​a​m​i​e​-​s​t​e​r​n​-​w​e​i​n​e​r​-​n​o​r​m​a​n​-​f​i​n​k​e​l​s​t​e​i​n​/​a​m​e​r​i​c​a​n​-​j​e​w​i​s​h​-​s​c​h​o​l​a​r​-​b​e​h​i​n​d​-​l​a​b​o​u​r​-​s​-​a​n​t​i​s​e​m​i​t​i​s​m​-​s​c​a​ndahttp://​jfjfp​.com/​?​p​=​8​2​502http://normanfinkelstein.com/2014/08/04/solution-for-Israël-palestine-conflict%E2%80%8F/http://​www​.gilad​.co​.uk/​w​r​i​t​i​n​g​s​/​2​0​1​6​/​5​/​1​/​n​o​b​o​d​y​-​b​o​t​h​e​r​e​d​-​t​o​-​c​h​e​c​k​-​w​h​o​-​c​r​e​a​t​e​d​-​t​h​a​t​-​a​n​t​i​-​s​e​m​i​t​i​c​-​i​m​a​g​e​-​n​a​z​-​s​h​a​h​-​r​e​t​w​e​e​t​e​d​-​d​i​d​-​t​hey

    (5) https://​you​tu​.be/​m​Z​b​M​f​7​v​D​U6g (ou, pour un extrait plus ciblé : https://​you​tu​.be/​-​J​u​1​w​-​i​D​R0o) – http://​www​.ihr​.org/​j​h​r​/​v​1​3​/​v​1​3​n​4​p​2​9​_​W​e​b​e​r​.​h​tml

    Réponse
  8. Sam

    Grreeeeee, j’ai eu des « typos » avec les balises…
    J’ai une balise de fin d’i­ta­lique qui n’a mani­fes­te­ment pas marché.
    Et l’i­mage n’est pas pas­sée non plus.
    Mer­ci à Étienne pour la post-prod… 😉

    Réponse
  9. Comte des Tuiles

    Fran­cis LALANNE et les mots…

    … le dis­cours d’un Etienne CHOUARD

    Réponse
  10. etienne

    Des­ti­tu­tion de la pré­si­dente bré­si­lienne Dil­ma Rousseff :
    entre­tien avec Pepe Esco­bar (pas­sion­nant pas­sion­nant passionnant) :

    http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​d​e​s​t​i​t​u​t​i​o​n​-​d​e​-​l​a​-​p​r​e​s​i​d​e​n​t​e​-​b​r​e​s​i​l​i​e​n​n​e​-​d​i​l​m​a​-​r​o​u​s​s​e​f​f​-​e​n​t​r​e​t​i​e​n​-​a​v​e​c​-​p​e​p​e​-​e​s​c​o​bar
    Source : Le Saker Francophone

    Quelle bonne sur­prise, de voir enfin en vidéo, par­lant remar­qua­ble­ment le fran­çais, Pepe Esco­bar (que je lis tou­jours avec un vif inté­rêt, dans le Saker) : un type clair­voyant, je trouve, une sen­ti­nelle du peuple.

    Réponse
    • Ronald

      Je repren­drais la méta­phore des para­pentes de Franck Lepage : le niveau de com­pé­tence des forces démo­cra­tiques monte, mais il faut aus­si s’at­tendre à ce que l’as­tuce des forces contre-révo­lu­tion­naires monte aus­si parallèlement. 

      C’est vrai que ce Pepe Esco­bar est très inté­res­sant et semble sym­pa­thique. Ce qui me convainc de sa fia­bi­li­té, c’est qu’il ne vient pas racon­ter que la direc­tion du PT sont de blanches colombes. A mon avis, il ne va pas tar­der – si ce n’est pas déjà fait – à être trai­té de nazi ou quelque chose de cet acabit.

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  11. etienne

    Logique du ter­ro­risme (suite) :

    « Au cours des années 1880, en France, dix ans après la Com­mune, l’agitation sociale rede­ve­nait inquié­tante. Il était urgent de mater éner­gi­que­ment les grèves et l’insoumission ouvrière, par la force armée au besoin. Il fal­lait muse­ler les organes de presse qui s’en offus­que­raient, il fal­lait arrê­ter les meneurs les plus actifs, il fal­lait d’abord s’employer à y déci­der les par­le­men­taires non seule­ment réti­cents mais lar­ge­ment décon­si­dé­rés par le récent scan­dale du Panama.

    C’est alors que le 9 décembre 1893, un anar­chiste, Auguste Vaillant, lance en pleine séance de la chambre des dépu­tés une bombe arti­sa­nale dont l’explosion pro­voque de nom­breuses bles­sures, heu­reu­se­ment légères. Cet atten­tat spec­ta­cu­laire était des­ti­né, selon son auteur, à arra­cher des réformes sociales aux res­pon­sables poli­tiques. Le jour sui­vant, le cri­mi­nel était appré­hen­dé, un mois plus tard il était condam­né à mort, et déca­pi­té trois semaines après.

    Dès le len­de­main de l’attentat, la Chambre votait, en une seule séance et sans dis­cus­sion, une série de lois sur la presse et sur les « asso­cia­tions de mal­fai­teurs », des cré­dits extra­or­di­naires étaient attri­bués à la police, de nom­breux jour­naux étaient sai­sis, d’autres inter­dits de vente dans les kiosques. Plu­sieurs man­dats d’arrêts étaient enfin lan­cés et plus de soixante per­sonnes appré­hen­dées. Evi­dem­ment, toute cri­tique visant les par­le­men­taires était immé­dia­te­ment soup­çon­née de com­plai­sance envers l’anarchisme et le terrorisme.

    Il fal­lut attendre trente-trois ans pour éclai­rer cette mer­veilleuse his­toire, avec la publi­ca­tion, en 1926, des Sou­ve­nirs de police du com­mis­saire Rey­naud. Selon un témoin enten­du par le com­mis­saire juste après l’attentat, toute cette affaire avait été mon­tée par la police. Auguste Vaillant, hon­nête et révol­té, avait été manœu­vré. On avait fait sor­tir de pri­son un de ses anciens cama­rades, qui l’avait retrou­vé et lui avait pro­cu­ré un explo­sif four­ni par le labo­ra­toire de la Pré­fec­ture de police. Ce « cama­rade » avait été à nou­veau empri­son­né, peu avant l’attentat, pour le mettre à l’abri des recherches. Au cours de son bref pro­cès, l’accusé avait certes « avoué » qu’un « mécène » lui avait pro­cu­ré de l’argent pour louer une chambre à Paris et pour confec­tion­ner sa bombe, dont il lui avait four­ni les prin­ci­paux élé­ments. Mais la police ne déploya aucun effort pour retrou­ver ce mécène et le tri­bu­nal ne tint pas compte de son aveu.

    Ain­si cet atten­tat, com­mis par un véri­table ter­ro­riste, prêt à recon­naître son crime, et jusqu’à l’échafaud, a été l’instrument par­fait dont avait besoin la fac­tion la plus répres­sive du gou­ver­ne­ment pour ren­for­cer son appa­reil poli­cier et étouf­fer l’agitation sociale. »

    Michel Bou­nan, Logique du ter­ro­risme (2e édi­tion : 2011)

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