Visites : 7,590,678

Articles du blog

Les derniers articles du blog

[Moment exceptionnel] Chouard convainc patiemment un député LREM : « trouvez-vous légitime que le peuple puisse DESTITUER – par RIC – un élu qu’il juge défaillant, et plus généralement décider de sa propre représentation à travers un processus constituant POPULAIRE ? » (février 2019, tournée en Bretagne avec les Gilets jaunes)

[Moment exceptionnel] Chouard convainc patiemment un député LREM : « trouvez-vous légitime que le peuple puisse DESTITUER – par RIC – un élu qu’il juge défaillant, et plus généralement décider de sa propre représentation à travers un processus constituant POPULAIRE ? » (février 2019, tournée en Bretagne avec les Gilets jaunes)

Je garde un souvenir intense de cette soirée importante, et je remercie Paul Molac, député LREM, d'avoir courageusement accepté ce long débat à la loyale en présence d'un public de Gilets jaunes parfois turbulent. Cette extrait (14 minutes) est formidable, un peu historique de mon point de vue : • on y parle d'abord de la légitimité du peuple à RÉVOQUER IMMÉDIATEMENT -PAR RIC - UN ÉLU qui mécontente gravement une majorité d'électeurs, • on y a rappelé à quoi sert une constitution et le conflit...

lire plus
NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE – Etienne Chouard intervention sur CNews (c’est plutôt rare…) le 28 mars 2019, pour défendre les Gilets Jaunes, le RIC et la vraie démocratie

NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE – Etienne Chouard intervention sur CNews (c’est plutôt rare…) le 28 mars 2019, pour défendre les Gilets Jaunes, le RIC et la vraie démocratie

C’est la première fois qu’on a une sélection complète de mon intervention sur CNews (c’est plutôt rare…), le 28 mars 2019, pour défendre les gilets jaunes, le RIC et la vraie démocratie (pas facile d’argumenter quand tout le monde veut parler en même temps). Merci Benoît 🙂 (l’émission entière, 1ère partie ; L’émission entière, 2ème partie).

lire plus

Tous les articles du blog

Format grille – Format articles complets

[Censure du journal RUPTURES] Entre indifférence et complicité, les médias « alternatifs » favorisent le néo-maccarthysme (Laurent DAURÉ, sur Le Grand Soir)

[Abonnez-vous au journal Ruptures, c’est un bon outil de résistance à la tyrannie unioneuropéenne.
Étienne.]
Laurent DAURÉ :
Depuis que Ruptures a cherché à alerter sur le label mensonger que lui a attribué subitement Twitter le 7 septembre dernier – « Média affilié à un État, Russie » –, moins d’une heure après la mise en ligne d’une analyse montrant que 98 % des médias français de premier plan ont relayé la théorie conspirationniste du « Russiagate », le nombre d’articles consacrés à l’action arbitraire du réseau social états-unien se compte sur les doigts d’une main.
En effet, quatre médias seulement ont rendu compte de ce procédé néo-maccarthyste sur lequel Twitter refuse obstinément de s’expliquer ; non seulement la firme à l’oiseau bleu ne répond pas à nos sollicitations, y compris par lettre recommandée, mais elle fait de même avec les rares journalistes qui l’ont contactée à notre sujet.
Les médias francophones qui ont couvert l’histoire sont, par ordre chronologique : RT France, BFM-TV,Presse-citron, Causeur. Et c’est tout pour le moment. Quelques valeureux blogs communistes en ont également parlé.
Comme nous l’avons écrit dans notre dernier communiqué, cette labellisation erronée de Ruptures constitue un précédent en France. Le « mensuel progressiste radicalement eurocritique » est bel et bien le premier média hexagonal à subir cela (précisons que les répercussions ne se limitent pas à Twitter – avec un étouffement algorithmique de notre présence sur la plateforme –, elles concernent avant tout la réputation du journal).
Nous ne pouvons que constater la large indifférence que cette évolution inédite suscite parmi les médias dits « alternatifs » ou « indépendants », en particulier ceux qui se réclament de la gauche. Nos alertes sont jusque-là totalement ignorées, en tout cas elles ne se traduisent pas par des actions publiques. Pas même un petit tweet…
Le silence des médias dominants était attendu, et il est effectivement quasi total. Force est cependant de noter que le chef du service « BFM Tech », Raphaël Grably, a suivi l’affaire depuis le début – interpellant Twitter France à plusieurs reprises – et en a fait un article. Le Canard enchaîné, Mediapart et Arrêt sur images, pour ne citer que des titres bien installés, n’en ont toujours pas dit un mot, alors qu’ils traitent régulièrement de l’actualité et des enjeux relatifs au pouvoir des réseaux sociaux.
Comment expliquer cette occultation ? Nous en sommes réduits à des hypothèses. Quatre principalement.
Ignorent-ils la décision de Twitter de nous déclarer en intelligence avec Moscou ? Nous ne pouvons croire que leurs antennes soient déficientes à ce point.
Estiment-ils que l’affaire est anecdotique ou anodine ? Alors c’est qu’ils acceptent tacitement que des plateformes privées puissent pratiquer une forme d’arbitrage et de censure politiques (c’est une tendance croissante, à la fois sur Facebook, Twitter et YouTube, avec la bénédiction et même l’incitation des autorités).
Considèrent-ils que Ruptures mérite son « label rouge » ? Nous ne demandons pas mieux qu’ils enquêtent pour vérifier leur intuition. Ils verront bien si notre indépendance est une fiction.
Sont-ils en désaccord avec la ligne éditoriale de notre mensuel ? C’est fort probable, mais leur silence signifierait qu’ils s’assoient sur les principes – liberté d’expression et de la presse en tête – et ne comptent informer que sur les injustices que subissent des personnes ou des organisations qui trouvent grâce à leurs yeux.
Mais après tout faut-il être surpris de l’indifférence au tort qui nous est fait quand on constate l’attitude de la vaste majorité des médias – petits et grands – dans un cas autrement plus grave, je veux bien sûr parler du calvaire interminable de Julian Assange ? L’ignoble abandon dont est victime ce journaliste persécuté repousse les limites de la veulerie journalistique, que l’on savait pourtant généreuses.
À partir du moment où le sort de Julian Assange – un prisonnier politique dont la vie est en danger – ne suscite par une mobilisation massive, on peut se dire que la faillite intellectuelle et morale de la presse est actée (Mediapart et Edwy Plenel, après avoir ignoré ou calomnié le fondateur de WikiLeaks, se sont tardivement réveillés quant à l’importance de la cause). Le concours de lâcheté est ouvert en permanence et les concurrents sont pléthoriques.
Au-delà du cas de Ruptures, il y a une liste de positions qui valent une marginalisation automatique aux médias, organisations et personnalités qui les adoptent.
En voici quelques exemples : plaider en faveur de la sortie de l’Union européenne et/ou de l’Otan ; relativiser voire réfuter la « menace » russe, chinoise ou iranienne (l’énumération peut continuer en fonction des circonstances et des objectifs géostratégiques des puissances occidentales) ; dénoncer la politique d’apartheid de l’État israélien et pratiquer une solidarité conséquente à l’égard du peuple palestinien ; s’opposer à l’interventionnisme « humanitaire » en Afghanistan, en Libye ou en Syrie (à propos de ce dernier dossier, le blackout médiatique total sur les lanceurs d’alerte de l’OIAC est éloquent) ; soutenir le pouvoir légitime au Venezuela ou en Bolivie ; défendre la liberté d’expression sans aucun deux poids, deux mesures…
La marginalisation médiatique et professionnelle s’accompagne maintenant de plus en plus d’actes de censure, celle-ci étant sous-traitée par les États aux plateformes privées californiennes en situation de quasi-monopole. Il est déjà bien tard pour s’inquiéter de ce phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur ces derniers mois.
Twitter serait-il spécifiquement allergique à la critique de la nouvelle guerre froide que les impérialistes cherchent à nous imposer et dont les multiples accusations d’« ingérence russe » constituent un vecteur essentiel ?… Que la firme états-unienne ait Ruptures dans le collimateur est une sorte de médaille honorifique pour notre petite équipe (elle nous a d’ailleurs apporté de nouveaux abonnements). Mais nous exigeons malgré tout le retrait du label fantaisiste. Il nous faudra peut-être malheureusement en passer par une action en justice pour l’obtenir.
À bas l’e-impérialisme ! Vive WikiLeaks !
Laurent Dauré
Source :
https://www.legrandsoir.info/entre-indifference-et-complicite-les-medias-alternatifs-favorisent-le-neo-maccarthysme.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158708561642317

[Vidéo censurée partout. À enregistrer] Inutile de discuter des lois si vous négligez de reprendre la souveraineté monétaire aux banques commerciales

Pas de souveraineté politique sans souveraineté monétaire.


Thèse suivie de quelques explications sur l’importance de cette réflexion contre toutes les formes de fascisme.
Bon courage à tous contre la censure qui vient.
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158677026452317

Etienne Chouard avec les Gilets Jaunes « canal historique », au péage du Pont-de-l’Etoile, 9 déc. 2018.


Cette (importante) vidéo a été censurée à peu près partout, sur Youtube et sur Facebook notamment.
J’essaie de la republier sur ma chaîne Youtube (quasi en sommeil jusqu’ici), mais sans me faire trop d’illusions : en même temps que le couvre-feu, la censure se déchaîne dans le régime Macron.
Les vrais résistants vont sans doute devoir migrer en urgence sur des sites protégés de la censure.
On retrouve ici (dans l’ambiance formidable des klaxons joyeux qui a régné sur tous les péages libérés pendant des mois) les enjeux essentiels de ce qui s’est joué avec le mouvement des gilets jaunes.
Merci à tous pour vos messages, très émouvants.
Étienne.
PS : « canal historique » signifie « résistance d’origine, pas encore polluée par les politiciens ».
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158675192237317

Réfléchissez : QUI a institué notre impuissance populaire en présence d’un président arbitraire et cruel ?


Cherchez la cause des causes.
QUI a écrit l’absence de limites pour un « président » qui prétendrait nous imposer un couvre-feu sans raison valable ?
QUI a institué notre impuissance populaire devant un président arbitraire et cruel ?
C’EST LE PRÉSIDENT DE L’ÉPOQUE.
En 1958, de Gaulle s’est fait écrire (par ses hommes de main, Debré notamment) une « constitution » sur mesure, pour ne craindre à l’avenir aucune limite sérieuse.
Réfléchissez.
Est-ce que ce fait (l’auteur de la toute-puissance d’un président est le président lui-même, avec ses complices) n’explique pas parfaitement notre impuissance actuelle devant l’arbitraire ?
CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
Des citoyens dignes de ce nom ne laisseraient pas écrire les règles de leur représentation par des représentants.

Par ailleurs, si nous les laissons faire, ils iront progressivement jusqu’au pire, jusqu’à l’inconcevable. Mais c’est surtout de NOTRE FAUTE, nous qui restons là sans opposer AUCUNE RÉSISTANCE SÉRIEUSE.
• Anselme Bellegarrigue : « Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Eh bien ! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. »

https://www.chouard.org/blog/2014/10/20/anselme-bellegarrigue-vous-avez-cru-jusqua-ce-jour-quil-y-avait-des-tyrans-eh-bien-vous-vous-etes-trompes-il-ny-a-que-des-esclaves-la-ou-nul-nobeit-personne-ne-commande


Et à tous ceux qui protestent ce matin contre une « erreur grossière » de la macronie, je rappelle ceci :
Les politiciens ne sont pas incompétents : ils sont intelligents ET CORROMPUS ; ils font leur job, parfaitement, contre l’intérêt général et pour les riches, qui les ont portés au pouvoir précisément pour ça. Dire qu’ils sont « incompétents » empêche de diagnostiquer la TRAHISON.

• Napoléon Bonaparte. : « Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »
En effet, LES RICHES N’ONT PAS DE PATRIE. Leur patrie c’est l’argent. Les riches vendraient tous les biens publics à des puissances étrangères malveillantes pour accumuler encore plus d’argent. On a des preuves de ces trahisons tous les jours.
Une société bien organisée devrait empêcher quiconque de devenir trop riche. Il est raisonnable de considérer les ultra-riches comme des étrangers hostiles, des accapareurs, des colons, des tyrans, des voleurs, des ennemis du peuple.
Il est plus que temps de se mettre au travail pour apprendre à instituer nous-mêmes notre puissance politique durable, pour nous défendre contre les tyrans, non ?
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158672266437317

[Film formidable mais ultra-censuré] DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE (2013)

Ce matin, je vois passer, sur une plateforme que je ne connais pas, un film formidable, important, datant de 2013 et complètement CENSURÉ depuis.

Son titre est DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE.

Je ne sais pas combien de temps il restera visible ici, mais vous devriez en profiter pour le voir (et l’enregistrer si c’est possible ?) avant qu’il ne disparaisse à nouveau.

C’est une enquête passionnante sur le carnage de la Grèce par l’UE, le FMI et la BM pour le compte des banquiers (ce carnage est notre futur à nous aussi si nous restons inactifs), avec un assemblage inédit, très efficace, d’enquêtes de terrain et d’analyses institutionnelles des causes premières du carnage.

À connaître et à faire connaître.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158617297852317&id=600922316

[Remarquable synthèse de l’horreur que nous acceptons en restant silencieux] Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges [Ceci dit, toutes les utopies ne se valent pas]

Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges

Karl Popper, dans « The Open Society and Its Enemies », met en garde contre l’ingénierie utopique, les transformations sociales massives menées par ceux qui croient avoir trouvé une vérité révélée. Ces ingénieurs utopistes procèdent à la destruction massive de systèmes, d’institutions et de structures sociales et culturelles dans un vain effort pour réaliser leur vision. Ce faisant, ils démantèlent les mécanismes autorégulateurs des réformes progressives et fragmentaires qui font obstacle à cette vision. L’histoire regorge d’utopistes désastreux – les Jacobins, les marxistes, les fascistes et maintenant, à notre époque, les mondialistes ou les impérialistes néolibéraux.

L’idéologie du néolibéralisme, qui n’a aucun sens économique et qui exige une ignorance délibérée de l’histoire sociale et économique, est la dernière itération de projets utopiques. Elle postule que la société humaine atteint son apogée lorsque les actions entrepreneuriales individuelles sont libérées des contraintes gouvernementales. La société et la culture devraient être dictées par la primauté des droits de propriété, l’ouverture du commerce – qui envoie des emplois manufacturiers dans des ateliers clandestins en Chine et dans le Sud et permet la circulation de l’argent à travers les frontières – et des marchés mondiaux sans entraves. Les marchés du travail et des produits devraient être déréglementés et libérés de la surveillance gouvernementale. Les financiers mondiaux devraient se voir confier le contrôle des économies des États-nations. Le rôle de l’État devrait être réduit à garantir la qualité et l’intégrité de l’argent, ainsi que la sécurité intérieure et extérieure, et à privatiser le contrôle des terres, de l’eau, des services publics, de l’éducation et des services gouvernementaux tels que les services de renseignements et souvent l’armée, les prisons, les soins de santé et la gestion des ressources naturelles. Le néolibéralisme convertit le capitalisme en une idole religieuse.

Cette vision utopique du marché, bien sûr, n’a aucun rapport avec sa réalité. Les capitalistes détestent les marchés libres. Ils cherchent à contrôler les marchés par le biais de fusions et d’acquisitions, en rachetant la concurrence. Ils saturent la culture avec de la publicité pour manipuler les goûts et la consommation du public. Ils se livrent à la fixation des prix. Ils construisent des monopoles inattaquables. Ils mettent en place, sans contrôle ni surveillance, des systèmes de spéculation sauvage, de prédation, de fraude et de vol. Ils s’enrichissent par le rachat d’actions, les combines à la Ponzi, la destruction structurée des actifs par l’inflation, le démembrement des actifs et l’imposition au public d’une dette accablante. Aux États-Unis, ils saturent le processus électoral d’argent, achetant l’allégeance des élus des deux partis au pouvoir pour légiférer sur les boycotts fiscaux, démolir les règlements et consolider encore plus leur richesse et leur pouvoir.

Ces capitalistes d’entreprise dépensent des centaines de millions de dollars pour financer des organisations telles que la Business Roundtable et la Chambre de commerce et des groupes de réflexion comme la Heritage Foundation pour vendre l’idéologie au public. Ils font des dons aux universités, à condition que ces dernières soient fidèles à l’idéologie dominante. Ils utilisent leur influence et leur richesse, ainsi que leur propriété des plateformes médiatiques, pour transformer la presse en leur porte-parole. Et ils font taire les hérétiques ou leur rendent la tâche difficile pour trouver un emploi. La flambée des valeurs boursières, plutôt que la production, devient la nouvelle mesure de l’économie. Tout est financiarisé et marchandisé.

Ces utopistes mutilent le tissu social par la désindustrialisation, transformant des centres de production autrefois gigantesques en friches, et la classe moyenne et ouvrière, rempart de toute démocratie, en un précariat frustré et enragé. Ils travaillent « à l’étranger », procèdent à des licenciements massifs et font baisser les salaires. Ils détruisent les syndicats. Le néolibéralisme – parce qu’il a toujours été un projet de classe et que c’était son but – redistribue la richesse vers le haut. « Privés de la protection des institutions culturelles », écrit Karl Polanyi dans son livre « La Grande Transformation », les êtres humains « périssent des effets de l’exposition sociale » et meurent comme « victimes d’une dislocation sociale aiguë ».

Le néolibéralisme, en tant que projet de classe, est une brillante réussite. Huit familles détiennent aujourd’hui autant de richesses que 50 % de la population mondiale. Les 500 personnes les plus riches du monde en 2019 ont augmenté leurs avoirs de 12 000 milliards de dollars, tandis que près de la moitié des Américains n’avaient pas d’économies et que près de 70 % n’auraient pas pu trouver 1 000 dollars en cas d’urgence sans s’endetter. David Harvey appelle cela « l’accumulation par dépossession ». Cet assaut néolibéral, antagoniste de toutes les formes de solidarité sociale qui freinent l’accumulation de capital, a fait disparaître les mécanismes démocratiques autorégulateurs qui rendaient autrefois possible une réforme progressive et fragmentaire. Il a transformé les êtres humains et le monde naturel en marchandises à exploiter jusqu’à épuisement ou effondrement. La dévotion servile des élites dirigeantes pour le profit des entreprises et l’accumulation de richesses par l’oligarchie mondiale signifie qu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas faire face à la plus grande crise existentielle à laquelle l’espèce humaine est peut-être confrontée : l’urgence climatique.

Tous les centres de pouvoir en concurrence, y compris le gouvernement, ont maintenant été accaparés par le pouvoir des entreprises, et corrompus ou détruits. Nous avons subi ce que John Ralston Saul appelle un coup d’État au ralenti. Il est terminé. Ils ont gagné.

Dans le même temps, ces utopistes, qui tentent de projeter la puissance américaine et la domination mondiale, ont lancé des invasions et des occupations dans tout le Moyen-Orient qui sont tombées dans des bourbiers futiles coûtant aux États-Unis entre 5000 et 7000 milliards de dollars. Ce projet utopique en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et, par procuration, au Yémen, a tué des centaines de milliers de personnes, déplacé ou fait fuir des millions de personnes, détruit des villes et des nations, créé des États en faillite qui couvent des groupes djihadistes radicaux et affaibli fatalement la puissance américaine. En effet, ces guerres, dont certaines sont maintenant dans leur 18e année, constituent la plus grande bévue stratégique de l’histoire américaine. Les utopistes – ignorant culturellement, linguistiquement et historiquement les pays qu’ils occupaient – croyaient dans leur naïveté qu’ils pouvaient implanter la démocratie dans des endroits comme Bagdad et la voir se propager dans tout le Moyen-Orient. Ils nous ont assuré que nous serions accueillis comme des libérateurs, que les revenus du pétrole paieraient la reconstruction et que l’Iran serait intimidé et déstabilisé. Ce n’était pas plus réalisable ni plus ancré dans la réalité que le projet utopique de libérer le marché et de libérer la prospérité et la liberté dans le monde.

Dès qu’une cabale – monarchique, communiste, fasciste ou néolibérale – s’empare du pouvoir, son démantèlement des mécanismes qui rendent la réforme possible ne laisse à ceux qui recherchent une société ouverte d’autre choix que de faire tomber le système. L’État d’entreprise, comme les régimes communistes que j’ai couverts en Europe de l’Est, n’est pas réformable de l’intérieur. Les échecs qui nous accablent sont des échecs bipartites. Sur toutes les grandes questions structurelles, y compris la guerre et l’économie, il y a peu ou pas de divergence entre les deux partis politiques au pouvoir aux États-Unis. La concentration des richesses et du pouvoir entre les mains d’une élite oligarchique, comme l’avait prévenu Aristote, ne laisse que deux possibilités : la tyrannie ou la révolution. Et nous sommes en plein sur la voie de la tyrannie.

L’utopie néolibérale, parce qu’elle supprime les libertés d’organisation, de régulation et de protection du bien commun et qu’elle permet d’exploiter et de consolider la richesse et le pouvoir, est toujours vouée, écrit Polanyi, à l’autoritarisme ou au fascisme pur et simple. Les bonnes libertés sont perdues. Les mauvaises remportent la victoire.

Le néolibéralisme a donné naissance à la pire forme de capitalisme monopoliste et au plus haut niveau d’inégalité des revenus de l’histoire américaine. Les banques et les industries agricoles, alimentaires, de l’armement et des communications ont détruit les réglementations qui entravaient autrefois leurs monopoles, leur permettant de fixer les prix, de bloquer les salaires, de garantir les profits, d’abolir les contrôles environnementaux et d’abuser de leurs travailleurs. Ils ont fait disparaître la concurrence du marché libre.

Le capitalisme sans entraves, comme l’a souligné Karl Marx, détruit le soi-disant marché libre. Il est hostile aux valeurs et aux traditions d’une démocratie capitaliste. La dernière étape du capitalisme, a écrit Marx, est marquée par le pillage des systèmes et des structures qui rendent le capitalisme possible. Ce n’est pas du tout du capitalisme. L’industrie de l’armement, par exemple, avec son projet de loi officiel d’autorisation de dépenses pour la défense de 612 milliards de dollars – un chiffre qui ignore de nombreuses autres dépenses militaires cachées dans d’autres budgets, masquant le fait que nos dépenses réelles pour la sécurité nationale dépassent les mille milliards de dollars par an – a amené le gouvernement à s’engager à dépenser 348 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour moderniser nos armes nucléaires et construire 12 nouveaux sous-marins nucléaires de classe Ohio, estimés à 8 milliards de dollars chacun. Nous dépensons quelque 100 milliards de dollars par an pour le renseignement – la surveillance de la presse – et 70 % de cet argent va à des entrepreneurs privés comme Booz Allen Hamilton, qui tire 99 % de ses revenus du gouvernement américain. Nous sommes les plus grands exportateurs d’armes au monde.

Selon le Fonds monétaire international, l’industrie des combustibles fossiles engloutit 5300 milliards de dollars par an dans le monde entier en coûts cachés pour continuer à brûler des combustibles fossiles. Cet argent, note le FMI, vient s’ajouter aux 492 milliards de dollars de subventions directes offertes par les gouvernements du monde entier par le biais d’amortissements, de dépréciations et de lacunes dans le droit d’utilisation des terres.

Les subventions des contribuables aux grandes banques – JPMorgan Chase, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs – sont estimées à 64 milliards de dollars par an, un montant à peu près égal à leurs bénéfices annuels habituels.

En 1980, les trains de marchandises ont été déréglementés. Le nombre de chemins de fer de classe I est passé de 40 à 7. Quatre d’entre eux représentent 90 % des revenus du secteur. Près d’un tiers de tous les affréteurs n’ont accès qu’à un seul chemin de fer.

Le Telecommunications Act de 1996 du président Bill Clinton a été présenté comme un moyen d’ouvrir le secteur du câble à la concurrence. Au lieu de cela, il a vu une consolidation massive de l’industrie entre les mains d’une demi-douzaine de sociétés qui contrôlent ce que 90 % des Américains regardent ou entendent sur les ondes.

L’industrie aéronautique, libérée de toute réglementation, s’est rapidement consolidée. Quatre compagnies aériennes contrôlent 85 % du marché intérieur. Elles ont divisé le pays en centres régionaux où elles extorquent des redevances, fixent les prix, annulent les vols à volonté, laissant les passagers bloqués sans indemnisation, et fournissent un service de mauvaise qualité.

Les sociétés pharmaceutiques et d’assurance qui gèrent notre industrie des soins de santé à but lucratif ont soutiré 812 milliards de dollars aux Américains en 2017. Cela représente plus d’un tiers (34,2 %) des dépenses totales pour les visites chez le médecin, les hôpitaux, les soins de longue durée et l’assurance maladie. Si nous avions un système de santé publique, comme au Canada, cela nous permettrait d’économiser 600 milliards de dollars en une seule année, selon un rapport des Médecins pour un régime national de santé. En 2017, les coûts d’administration de la santé étaient plus de quatre fois plus élevés par habitant aux États-Unis qu’au Canada (2 479 dollars contre 551 dollars par personne), note le groupe. Le Canada a mis en place un système à payeur unique « Medicare for All » en 1962. En 2017, les Américains ont dépensé 844 $ par personne pour les frais généraux des assureurs. Les Canadiens ont dépensé 146 $.

Le néolibéralisme ne peut être défendu comme étant plus innovant ou plus efficace. Il n’a pas répandu la démocratie et, en orchestrant des niveaux sans précédent d’inégalité des revenus et de stagnation politique, il a vomi des démagogues et des régimes autoritaires qui promettent mensongèrement de se venger des élites dirigeantes qui ont trahi le peuple. Notre démocratie, soumise à cet assaut, a été remplacée par un théâtre politique dénué de sens.

Comme l’ont détaillé les universitaires Benjamin Page et Martin Gilens dans leur étude exhaustive de 2017 « Democracy in America ? » :

« les meilleures preuves indiquent que les souhaits des Américains ordinaires n’ont que peu ou pas d’impact sur l’élaboration de la politique du gouvernement fédéral. Les particuliers fortunés et les groupes d’intérêt organisés, en particulier les sociétés commerciales, ont … beaucoup plus de poids politique. … [L]e grand public [est] … pratiquement impuissant. … La volonté des majorités est … contrecarrée par les riches et les personnes bien organisées, qui bloquent les propositions politiques populaires et s’accordent des privilèges particuliers. … La majorité des Américains sont favorables à des politiques spécifiques conçues pour faire face à des problèmes tels que le changement climatique, la violence armée, un système d’immigration intenable, des écoles publiques inadaptées et des ponts et des autoroutes en ruine. … De larges majorités d’Américains sont favorables à divers programmes visant à fournir des emplois, à augmenter les salaires, à aider les chômeurs, à fournir une assurance médicale universelle, à assurer des pensions de retraite décentes et à payer ces programmes avec des impôts progressifs. La plupart des Américains veulent également supprimer les « la protection sociale gérée par les entreprises ». Pourtant, ce sont surtout les riches, les groupes d’entreprises et les blocages structurels qui ont empêché ces nouvelles politiques. … »

Il ne devrait pas y avoir de débat sur la manière d’apporter des changements. Une réforme fragmentaire et progressive est toujours préférable à l’anarchie inévitable que crée tout vide de pouvoir. Le problème est que nos ingénieurs utopistes, dans leur démantèlement vertigineux d’un système économique et démocratique, ainsi que dans l’épuisement des ressources de l’État dans les guerres qu’il mène à l’étranger, ont dynamité les outils qui pourraient nous sauver. Ils ne nous ont laissé d’autre choix que de nous révolter et de les chasser du pouvoir.

Nous mènerons des actions soutenues de désobéissance civile pour faire tomber ces oligarques corporatifs ou bien nous vivrons dans une tyrannie orwellienne, au moins jusqu’à ce que l’urgence climatique fasse disparaître l’espèce humaine. Les règlements, les lois, la planification et le contrôle ne sont pas les ennemis de la liberté. Ils empêchent les capitalistes de détruire la liberté, de nier la justice et d’abolir le bien commun. La liberté de la classe capitaliste d’exploiter les êtres humains et le milieu naturel sans restriction transforme la liberté du plus grand nombre en liberté du plus petit nombre. Cela a toujours été ainsi.

Chris Hedges.

Source : Truthdig, Chris Hedges

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
https://www.les-crises.fr/le-desastre-de-l-ingenierie-de-l-utopie-par-chris-hedges/

POURQUOI UN MOUVEMENT CONSTITUANT POPULAIRE PERMANENT (MCP) ?

Source : http://mouvement-constituant-populaire.fr/2020/annonces/pourquoi-le-mcp-etienne-chouard/

Tous les êtres humains espèrent un monde meilleur.
Tous ont une opinion sur « ce qu’il faudrait faire ».
Tous savent bien les lois qu’il faudrait voter — et celles qu’il faudrait abroger.
Tous rêvent de révoquer des politiciens qu’ils estiment (très) mauvais pour la collectivité.

Tous aimeraient participer aux décisions communes, mais tous se contentent de discuter sans jamais rien changer puisqu’aucun pouvoir de décider ne leur est jamais accordé.

Les hommes qui se contentent de parler sans rien changer ne doivent pas se plaindre que tout va de plus en plus mal : d’une certaine manière, ceux qui acceptent leur servitude la méritent.

Alors, pour aller vers un monde meilleur, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Nous devrions cesser de parler de sujets législatifs (« quelles lois faudrait-il voter ? »), et nous devrions plutôt concentrer notre attention et nos discussions sur les sujets constituants (« comment devrait-on voter les lois ? »).

Les sujets législatifs nous divisent — pour rien, absolument pour rien puisque ce n’est pas nous qui décidons, de toutes façons —, alors que les sujets constituants nous rassemblent en nous faisant percevoir notre cause commune, prioritaire : instituer nous-mêmes les règles de notre représentation, les modalités de notre pouvoir populaire.

Les sujets législatifs sont déprimants (parce que nous sentons bien que nous bavardons en vain, comme desenfants politiques), alors que les sujets constituants sont enthousiasmants (parce que nous sentons bien que cette façon de faire de la politique, en adulte, est capable, un jour, de tout changer).

Les « élus » ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, nous qui adorons l’élection comme une vache sacrée alors que l’élection est LA procédure de notre dépossession politique : quand j’élis, je renonce à voter ; quand j’accepte qu’un autre décide tout à ma place (selon les règles que lui et ceux de sa caste ont écrites eux-mêmes), j’abdique toute souveraineté. Penser les sujets constituants revient à me relever, devenir adulte, penser en souverain.

Quelle est la cause de notre impuissance politique ?
Qui a écrit l’affreux texte (la constitution) où est programmée l’infantilisation des citoyens ?

Si rigoureusement aucun pouvoir — ni celui de décider, ni même celui de contrôler — n’est accordé au simple citoyen, toujours et partout, c’est parce qu’aucun simple citoyen n’a jamais été invité — ou ne s’est imposé — dans le processus constituant (ce moment où l’on écrit qui a le pouvoir de décider pour la société et sous quels contrôles). Actuellement, depuis environ 200 ans qu’existe ce qu’on appelle (trompeusement) le « gouvernement représentatif », ce sont les politiciens qui, en s’imposant dans « l’Assemblée constituante », sans que personne ne se mette en travers de leur chemin, se sont arrogé le droit d’écrire leur propre contrat de travail (la constitution), et le résultat (qui était bien prévisible) est que, toujours et partout, les représentants ont ainsi institué leur propre puissance et l’impuissance des représentés : ils ont fait des citoyens des incapables politiques.

Logiquement, donc, plutôt que de discutailler inutilement sur les lois que nous ne voterons jamais, nous devrions apprendre à instituer notre propre puissance politique, celle qui nous manque pour changer le monde (en bien).

D’où les ateliers constituants populaires que j’anime depuis 2005 partout en France et dans les pays francophones. Une idée neuve grandit, grâce à de nombreux collectifs qui se multiplient depuis quinze ans et qui défendent tous cette thèse, à leur façon :
– ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir,
– c’est aux représentés d’écrire et d’améliorer (en permanence) les règles de leur propre représentation,
– et les représentants doivent être soigneusement tenus à l’écart de l’écriture des institutions (au lieu d’en avoir scandaleusement le monopole…).

Alors, pourquoi un nouveau Mouvement Constituant Populaire, MCP  ?

Pour montrer l’unité fondamentale de tous ces collectifs : seuls les citoyens sont légitimes à se constituer en peuple.
Pour donner du courage à ceux dont le moral faiblit.
Pour donner de l’ampleur géographique — et plus d’harmonie — à nos actions.
Pour nous inspirer les uns les autres avec nos initiatives.
Pour mettre en pratique l’idée que l’union fait la force.
Pour inciter/conduire les (nombreux) partisans de cette idée à devenir (tous) actifs.
Pour rester concentrés sur l’essentiel, et recadrer (fraternellement) ceux qui dérivent vers des sujets législatifs ou des objectifs politiciens.
Pour défendre l’idée dérivée centrale que c’est la procédure du RIC constituant qui semble devoir être LA modalité simple et décisive qui peut être défendue par des millions d’électeurs pour s’émanciper de leurs maîtres « élus ».

Quand les jeunes gens qui ont eu l’idée de ce MCP m’ont demandé si je voulais bien les aider, il ne m’a pas fallu longtemps pour y reconnaître une belle plante qui vient des milliers de graines que je sème depuis 2005, et j’ai évidemment décidé de les aider autant que je le peux.

À condition toutefois que l’objectif reste un processus constituant populaire. Ce point, à mon sens, n’est pas négociable, et le risque est grand de le perdre en route  : si le mouvement se mettait à défendre « un processus constituant » (qu’il soit populaire ou pas), je m’en écarterais aussitôt car l’essentiel de l’essentiel, ce qui va tout changer sur terre, la condition sine qua non de la grande évolution qui vient, c’est que ce soit les représentés qui pensent et déterminent les règles de leur représentation et surtout pas les représentants.

Si on acceptait l’idée qu’une Assemblée constituante soit élue, on pourrait dire qu’on recommence à perdre son temps et que le mouvement est perdu : en effet, la plupart des formations constituantes du monde ont toujours été élues, et toutes leurs « constitutions » ont toujours été votées par référendum ; et pourtant, chacun peut constater que toutes ces assemblées élues ont institué une redoutable impuissance populaire, malgré le référendum. Donc, ce n’est pas une Assemblée constituante élue, ni un référendum, qui pourra changer les choses, pas du tout.

Ce qui compte, ce n’est pas qui vote la constitution : ce qui compte, c’est qui écrit d’abord et qui contrôle ensuite la constitution.

Ce qui doit changer, ce sont les rédacteurs de la constitution, qui doivent être les citoyens eux-mêmes.

Par ailleurs, au moment de voter par référendum leur proposition de constitution, l’ensemble des citoyens doit pouvoir voter (décider) article par article (ou groupe d’articles par groupe d’articles), et pas du tout voter toute la constitution en bloc « à prendre ou à laisser ».

Ce qui doit changer, c’est la possibilité offerte en permanence aux simples citoyens de réviser leur constitution, parce que c’est la leur.

Dans l’ambiance actuelle de tyrannie qui vient, où les gouvernements du monde entier s’autonomisent, s’affranchissent de tout contrôle et s’en prennent brutalement à nos libertés fondamentales sous le prétexte de notre sécurité (ce qu’ont toujours fait tous les tyrans et tous les chefs de gangs mafieux), j’espère que le MCP, ce mouvement démocratique d’inspiration confédérale — unir des groupes en respectant leur souveraineté et leur liberté —, réussira à renforcer et à stimuler les différents collectifs qui le composent.

Je ferai ce que je peux pour les aider.

Bon courage à tous.

Étienne.
11 septembre 2020.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
https://www.chouard.org/

Le tout nouveau site du MCP :

http://mouvement-constituant-populaire.fr/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158600068682317

Comment fonctionnerait une vraie démocratie ?

Une démocratie digne de ce nom, ça s’institue.

Et jamais des élus ne le feront. Jamais. À cause du conflit d’intérêts.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Seuls les citoyens eux-mêmes sont légitimes et aptes à écrire une vraie constitution.

Quand les politiciens modifient la constitution, c’est un crime : ils volent la souveraineté qui ne leur appartient pas.

#GrèveGénéraleCONSTITUANTE

FRANCE : Les Gilets Jaunes défilent le 5 septembre pour demander la destitution d’Emmanuel Macron (source : Afrique Éducation)

Gj
https://www.afriqueeducation.com/politique/france_les_gilets_jaunes_d_filent_le_5_septembre_pour_demander_la_destitution_d_emmanuel

« Après avoir ébranlé le pouvoir d’Emmanuel Macron en 2018, les Gilets Jaunes reviennent en force. Ils s’annoncent en pleine rentrée perturbée par le regain du coronavirus par une première manifestation, qui leur donnera l’occasion de demander ni plus ni moins la démission d’Emmanuel Macron.

Une série de rassemblements et cortèges, se dérouleront le samedi, 5 septembre 2020, à partir de 14 h, depuis la Maison de la Radio en passant par TF1, C8, France 24, Altice Media et se termineront devant le siège de France Télévisions, esplanade Henri de France à Paris, afin de porter les revendications suivantes :

1) Exiger que Macron soit destitué en raison d’un certain nombre de crimes que les Gilets Jaunes vont expliquer aux Français. Notamment, s’agissant de l’affaire Alstom qui relève de l’article 411-3 du Code Pénal, ainsi que, des frappes militaires qu’il a ordonnées sur le territoire syrien en avril 2018, qualifiées de crime d’agression par l’article 8 bis des Statuts de Rome sur la CPI.

2) Exiger que le Référendum d’Initiative Citoyenne à vocation législative et révocatoire, soit introduit dans la Constitution afin d’assurer un contre-pouvoir démocratique réel pour le peuple, que ce soit pour voter des lois ou mieux contrôler la représentation politique.

3) Dénoncer tous les régimes de sujétion économiques que subit la France, que ce soit par son rattachement illégitime à l’UE et l’euro, mais aussi, l’ingérence claire d’intérêts financiers et industriels dans les politiques publiques de la France dont Emmanuel Macron n’est à ce titre qu’un vulgaire chargé de mission.

4) Exiger une remise en cause majeure du traitement de l’information politique par les grands médias (sous entendu ils sont corrompus par des pouvoirs d’argent).  » Nous considérons que la censure de certaines personnalités ou opinions politiques et la propagande (comme celle que nous subissons à propos du Covid-19) pour servir les intérêts politiques ou financiers d’un petit nombre de personnes, n’est pas admissible dans un pays qui se dit démocratique », expliquent les Gilets Jaunes.

Et d’ajouter : « Nous savons que les journalistes sont pleinement conscients que les Français ne font plus confiance en leur indépendance et leur objectivité dans leur travail, et qu’une grande partie d’entre-vous souhaite enrayer cette crise de confiance. A ce titre, nous pensons que le premier pas consiste à nous rencontrer et discuter pour savoir quelles sont nos attentes et quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour améliorer le traitement de l’information en France ».

Le ton est donné. Les Gilets Jaunes sont de retour. Pour demander la destitution du président de la République. Ce retour conjugué à la catastrophique situation économique provoquée par le coronavirus, qui, par ailleurs, reprend de l’ampleur, est de nature à donner de grosses insomnies au locataire de l’Elysée. »

Source : Afrique Éducation, 28 août 2020.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10158562224882317&id=600922316

[La tyrannie qui vient, sous prétexte sanitaire] Big Brother is masking you

Sur l’inefficacité des masques, prouvée par de nombreux scientifiques, signalés ici par le très officiel CDC (aux USA : Center for Disease Control and Protection) :

• Mesures non pharmaceutiques pour la grippe pandémique dans les milieux non sanitaires – Mesures de protection individuelle et environnementales

https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/5/19-0994_article

Abstract : Il y a eu 3 pandémies de grippe au 20e siècle, et il y en a eu une jusqu’à présent au 21e siècle. Les autorités sanitaires locales, nationales et internationales mettent régulièrement à jour leurs plans pour atténuer la prochaine pandémie de grippe à la lumière des dernières données disponibles sur l’efficacité des diverses mesures de contrôle pour réduire la transmission. Ici, nous passons en revue la base de preuves sur l’efficacité des mesures de protection individuelle non pharmaceutiques et des mesures d’hygiène environnementale dans les milieux non sanitaires et discutons de leur inclusion potentielle dans les plans de pandémie. Bien que les études mécanistes soutiennent l’effet potentiel de l’hygiène des mains ou des masques faciaux, les preuves de 14 essais contrôlés randomisés de ces mesures n’ont pas montré un effet substantiel sur la transmission de la grippe confirmée en laboratoire. Nous avons également trouvé des preuves limitées sur l’efficacité de l’amélioration de l’hygiène et du nettoyage environnemental. Nous avons identifié plusieurs lacunes majeures dans les connaissances, imposant des recherches plus approfondies, et plus fondamentalement une meilleure caractérisation des modes de transmission de personne à personne.

Lire la suite…

• Covid19 : « La mascarade a assez duré, comment la combattre ? » par le Docteur Nicole Delépine

https://putsch.media/20200820/tribunes/la-culture-du-debat/covid19-la-mascarade-a-assez-dure-comment-la-combattre-par-le-docteur-nicole-delepine/

• Même David Pujadas est agacé en voyant « les cartes du Covid »…

https://www.youtube.com/watch?v=OlCO1UGCqgM

• J.-F. Toussaint : « Il n’y a pas d’argument scientifique qui recommande le port du masque partout »

#ToutPouvoirVaJusquÀCeQuilRencontreUneLimite

#QuandLesCitoyensVontIlsEnfinSeDéciderÀRéfléchirEuxMêmesAuxNécessairesLimitesDeLeursReprésentants

MÊME SIEYES LE DIT (en 1789) : « AUCUNE SORTE DE POUVOIR DÉLÉGUÉ NE PEUT RIEN CHANGER AUX CONDITIONS DE SA DÉLÉGATION »

« Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ».

Sieyes lui-même (l’odieux qui a ensuite imposé l’idée que « dans un pays qui n’est pas une démocratie, — et la France ne saurait l’être —, le peuple ne peut parler ne peut agir que par ses représentants »…) Sieyes lui-même clamait aussi (tellement c’est évident) que seuls les représentés peuvent fixer les règles de leur représentation, et au grand jamais les représentants !

« Mais qu’on nous dise d’après quelles vues, d’après quel intérêt on aurait pu donner une constitution à la nation elle-même. La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout. Sa volonté est toujours légale, elle est la loi elle-même. Avant elle et au-dessus d’elle il n’y a que le droit naturel. Si nous voulons nous former une idée juste de la suite des lois positives qui ne peuvent émaner que de sa volonté, nous voyons en première ligne les lois constitutionnelles, qui se divisent en deux parties : les unes règlent l’organisation et les fonctions du corps législatif : les autres déterminent l’organisation et les fonctions des différents corps actifs. Ces lois sont dites fondamentales, non pas en ce sens qu’elles puissent devenir indépendantes de la volonté nationale, mais parce que les corps qui existent et agissent par elles ne peuvent point y toucher. Dans chaque partie, la constitution n’est pas l’ouvrage du pouvoir constitué, mais du pouvoir constituant. Aucune sorte de pouvoir délégué ne peut rien changer aux conditions de sa délégation. » (Sieyes, « Qu’est-ce que le Tiers état ? » (1789))

Autre perle :

« Dans toute Nation libre, et toute Nation doit être libre, il n’y a qu’une manière de terminer les différends qui s’élèvent touchant la constitution. Ce n’est pas à des Notables qu’il faut avoir recours, c’est à la Nation elle-même. Si nous manquons de constitution, il faut en faire une ; la Nation seule en a le droit. » Sieyes, 1789.

et encore :

« Il serait ridicule de supposer la nation liée elle-même par les formalités ou par la constitution auxquelles elle a assujetti ses mandataires. […] Non seulement la nation n’est pas soumise à une constitution, mais elle ne peut pas l’être, mais elle ne doit pas l’être, ce qui équivaut encore à dire qu’elle ne l’est pas. » Sieyes, 1789.

et encore (un vrai Gilet jaune, ce Sieyes :) )

« Pourquoi les suppôts de la police et de la justice n’exercent-ils qu’en tremblant leurs fonctions envers le privilégié, envers celui-là même qui est pris en flagrant délit, tandis qu’ils traitent avec tant de brutalité le pauvre qui n’est encore qu’accusé ? »
Sieyes, 1789.

Depuis quinze ans, j’incite mes frères humains à organiser un peu partout des ateliers constituants populaires, parce que je prétends que SEULS les simples citoyens sont à la fois APTES et LÉGITIMES pour écrire, défendre et corriger leur constitution.

Les politiciens qui s’arrogent le droit de modifier eux-mêmes la constitution sont des voleurs de pouvoirs, des bandits, des gredins, des traîtres, des félons.

Art. 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1793) :
« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
(source)

Art. 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) :
« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et LA RÉSISTANCE À L’OPPRESSION. »
(source)

Bon courage pour vos ateliers constituants quotidiens :) avec vos voisins, vos cousins, vos copains, vos frangins…

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158550237652317

Le texte intégral du pamphlet de Sieyes : Qu’est-ce que le Tiers état ?

[pdf-embedder url= »https://www.chouard.org/wp-content/uploads/2020/08/Sieyes_Qu_est-ce_que_le_tiers_etat_1789.pdf »]

[Corruption de l’action publique en matière de santé] Cancer : l’art de ne pas regarder une épidémie, par Celia Izoard

Source : Terrestre (1er juillet 2020), http://www.terrestres.org/2020/07/01/cancer-lart-de-ne-pas-regarder-une-epidemie/

Comment se fait-il que, dans une société fondée sur le traitement de l’information et la collecte de données, il soit si difficile d’expliquer la multiplication effrénée de certains cancers ? Célia Izoard en appelle à une refonte des méthodes épidémiologiques pour enfin reconnaître l’impact de la pollution sur la santé.

Article publié dans la revue Z
Numéro 13, Fumées noires et gilets jaunes
(en vente actuellement en librairie)

 

Voilà un fait étonnant : on ne sait pas combien de cancers surviennent en France chaque année. Ce chiffre n’existe pas, il n’a pas été produit. On ne sait pas exactement combien de cancers surviennent, on ne sait pas où ils surviennent. Quand Santé publique France, l’agence de veille sanitaire, annonce, par exemple, 346 000 cas de cancers pour l’année 2015, il s’agit d’une estimation réalisée à partir des registres des cancers, qui couvrent entre 19 et 22 départements selon le cancer étudié, soit 22 % de la population. « Cette méthodologie, précise le dernier bilan publié en 2019, repose sur l’hypothèse que la zone géographique constituée par les registres est représentative de la France métropolitaine en termes d’incidence des cancers1. »

Pourtant, le Tarn, l’Hérault ou le Finistère, couverts par des registres, sont des départements relativement épargnés par l’urbanisation et l’industrie. En revanche, les cancers dans certaines des principales métropoles du pays, comme Paris, Marseille et Toulouse, ne sont pas décomptés. Et comme le montre une enquête de Viviane Thivent pour Le Monde, les départements les plus concernés par les sites Seveso ne sont pas non plus couverts par les registres : la Moselle (43 sites « Seveso seuil haut »), la Seine-Maritime (47), les Bouches-du-Rhône (44) 2. Un complot ? Non. La simple démonstration du fait que connaître l’impact des pollutions urbaines et industrielles n’a pas figuré jusqu’ici au premier rang des préoccupations des épidémiologistes.

« Historiquement, la mise en place des registres des cancers correspond à des initiatives locales isolées », justifie le professeur Gautier Defossez, responsable du registre des cancers du Poitou-Charentes. « Elles ont ensuite été coordonnées par un comité national des registres. La surveillance des zones industrielles et urbanisées est d’intérêt, seulement nous n’en avons pas les moyens. » Question naïve : étant donné que la quasi-totalité des soins liés aux cancers est prise en charge par l’Assurance-maladie, pourquoi n’est-il pas possible de travailler à partir de ses chiffres ? « Cela nécessiterait de changer la méthodologie, car les registres différencient plus finement les types de cancer que les bases de données de l’Assurance-maladie. Surtout, ce sont des données sensibles auxquelles nous n’avons pas accès », déplore Gautier Defossez. Des obstacles qui laissent songeur, dans une société de l’information où l’on donne sa date de naissance et son adresse personnelle quand on s’achète une boîte de Doliprane en pharmacie, où le moindre clic est enregistré dans des bases de données, absorbé dans des statistiques et mouliné par des algorithmes, où toutes les conversations téléphoniques peuvent être localisées et enregistrées à des fins de surveillance policière.

Dans un tel monde, il ne serait pas absurde de supposer l’existence d’une cellule de veille sanitaire dotée des moyens de cartographier presque en temps réel les cas de cancers recensés au moyen des fichiers des hôpitaux, voire même signalés par un numéro vert. Si un taux anormal de telle ou telle tumeur apparaissait dans un lieu donné, par exemple – à tout hasard – autour d’une usine d’engrais ou d’une centrale nucléaire, une zone de la carte se mettrait à clignoter… Visiblement, un tel dispositif pourrait intéresser du monde. Entre 2010 et 2015, Santé publique France a reçu une cinquantaine de signalement de taux de cancers anormaux dans des zones industrielles ou agricoles, comme dans l’Aube, près de Soulaines-Dhuys, où l’on observe une véritable épidémie de cancers du poumon, du pancréas et de leucémies à proximité d’un centre de stockage de déchets nucléaires 3

Surtout, les estimations des taux de cancer dont on dispose devraient nous inciter d’urgence à nous intéresser à l’impact de notre environnement dégradé. Selon Santé publique France, entre 1990 et 2018, donc en près de trente ans, l’incidence – le nombre de nouveaux cas de cancers sur une année – a augmenté de 65 % chez l’homme et de 93 % chez la femme. Est-ce uniquement parce que la population augmente et vieillit, comme on l’entend souvent ? Non ! Pour 6 % chez l’homme et pour 45 % chez la femme, cette tendance n’est pas attribuable à la démographie 4. Certains cancers sont en recul, comme le cancer de l’estomac, grâce au traitement de la bactérie Helicobacter pylori et, en gros, à la généralisation des frigos 5, de même que les cancers du larynx, du pharynx, de la lèvre et de la bouche, en grande partie grâce aux campagnes de lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme. En revanche, les cancers de l’intestin, du poumon, du pancréas augmentent chaque année en moyenne de 2 à 5 % depuis trente ans. Chez les hommes, les cancers de la prostate et des testicules augmentent de plus de 2 % par an. Chez les femmes, les cancers du foie, de l’anus et du pancréas ont bondi de plus de 3 % par an en moyenne depuis 1990. Pour les deux sexes, les cancers de la thyroïde ont augmenté de 4,4 % par an. Petite précision : 4,4 % par an, c’est beaucoup, puisque cela représente une hausse de 234 % en 28 ans.

POURQUOI LE CANCER DU SEIN A-T-IL PROGRESSÉ DE 99 % EN VINGT-TROIS ANS ?

Comment expliquer des progressions aussi spectaculaires ? Dans un petit livre pédagogique, le toxicologue André Cicolella s’est employé à éclaircir la question en s’arrêtant sur le cancer du sein, dont une Française sur huit sera atteinte au cours de sa vie 6. Entre 1990 et 2013, son incidence dans le monde a progressé de 99 %, dont 38 % seulement en raison du vieillissement de la population. Cette hausse serait-elle un simple effet du dépistage, lié au fait qu’on détecte mieux les tumeurs ? En France, le dépistage généralisé n’a commencé qu’en 2004, alors que la maladie progresse depuis 1950. Par ailleurs, les pays où le dépistage est systématique (comme la Suède) ne sont pas ceux où l’incidence est la plus haute. Il s’agit donc d’une véritable épidémie, au sens originel d’epi-dêmos, une maladie qui « circule dans la population », quoique non contagieuse, et même d’une pandémie, puisqu’elle s’étend au monde entier. Si l’on s’en tient aux chiffres produits par les États, le pays le plus touché serait la Belgique, avec 111,9 cas pour 100 000 femmes par an (contre 89,7 pour la France). Utilisant des taux qui prennent en compte les disparités démographiques comme celle du vieillissement, Cicolella compare méthodiquement cette situation avec celle du Bhoutan, un pays de taille comparable, dont le système de santé est gratuit et fiable. L’incidence du cancer du sein y est la plus faible au monde : 4,6 cas pour 100 000 femmes.

Des différences génétiques entre populations peuvent-elles expliquer de telles disparités ? Non, nous dit le toxicologue. Plusieurs études montrent que « les femmes qui migrent d’un pays à l’autre adoptent rapidement le même taux que celui de leurs nouvelles concitoyennes ». En une génération, le taux de cancer du sein des migrantes sud-coréennes aux États-Unis a doublé, de même que celui des migrantes iraniennes au Canada rattrape celui des Canadiennes, etc.

Bien plutôt, conclut Cicolella, le Bhoutan se distingue de la Belgique en ce que ce dernier, jamais colonisé, n’a pas connu de « révolution industrielle, pas de révolution verte à base de pesticides non plus, pas de pollution urbaine » et a gardé longtemps un mode de vie traditionnel. Le cancer du sein, pour l’immense majorité des cas, est donc le fruit d’un système industriel. Causes environnementales suspectées ou avérées : les traitements hormonaux (pilule y comprise), les champs électromagnétiques, la radioactivité, les perturbateurs endocriniens (pesticides, additifs, dioxines, bisphénol, tabac, etc.) et d’autres produits issus de la chimie (benzène, PVC, solvants, etc.).

 

LES « MAUVAISES HABITUDES DE VIE »

Vous avez trois minutes devant vous ? Le cancer vous préoccupe ? Alors rendez-vous sur le site Internet de l’Institut national du cancer (Inca) pour faire le quiz « Prévention cancers : 3 minutes pour faire le point ». Bilan personnel : en cliquant sur les pastilles rouges assorties d’un point d’exclamation, j’apprends que ma consommation d’alcool, associée à une faible activité physique, m’expose à un sur-risque de cancer du sein. Pour ne pas me décourager, l’Inca annonce en gros titre que « 41 % des cancers peuvent être prévenus en changeant son mode de vie : En 2015, en France, 142 000 nouveaux cas de cancer seraient attribuables à des facteurs de risque modifiables 7. L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des cancers en France, Institut national du cancer, 4 février 2019 (e-cancer.fr). » L’importance respective de ces « facteurs de risque modifiables » est illustrée par un joli diagramme échelonnant divers facteurs de risque au premier rang desquels figurent le tabac (19,8 %), l’alcool (8 %) et la qualité de l’alimentation (consommation ou non de viande rouge, fruits, fibres, etc. – 5,4 %). Tout en bas du diagramme figurent les « substances chimiques de l’environnement », qui ne seraient responsables que de 0,1 % des cancers. Pour parachever ce qui a tout l’air d’une démonstration, suit un autre gros titre : « Croyance : plus de cancers attribués à la pollution qu’à l’alcool ». Cette dénonciation de l’ignorance populaire est assortie d’un sondage : « En 2015, plus des deux tiers des Français pensaient que “la pollution provoque plus de cancers que l’alcool”, alors que […] la pollution de l’air extérieur est responsable de moins de 1 % des nouveaux cas de cancers dus à des facteurs de risque modifiables. »

Tout d’abord, arrêtons-nous sur cette formule : n’est-il pas étonnant que la « pollution » soit ici résumée à « la pollution de l’air extérieur » ? Qu’en est-il des pesticides, des nanoparticules, des perturbateurs endocriniens, des phtalates, des métaux lourds que nous ingurgitons à travers les aliments, l’eau, les cosmétiques et les textiles ? des expositions professionnelles à toutes sortes de produits cancérigènes probables, possibles ou avérés dont aucun n’est interdit, sauf l’amiante ? Il suffit de se reporter au diagramme pour voir que diverses sources de pollutions y sont séparées en autant de facteurs de risque induisant, chacune, de très faibles pourcentages de cas de cancers. Un découpage pour le moins arbitraire. En effet, la catégorie « substances chimiques de l’environnement » pourrait très facilement recouvrir un grand nombre de cancers attribués à l’obésité et au surpoids, eux-mêmes en partie causés par les additifs alimentaires, les pesticides, les perturbateurs endocriniens 8… Elle pourrait aussi absorber en partie les cases « expositions professionnelles », « radiations ionisantes ». En s’amusant à redécouper ces catégories, on obtiendrait un taux à deux chiffres, et la pollution deviendrait l’une des principales causes de l’épidémie de cancers actuelle – de quoi démontrer que la croyance du bas peuple n’est pas tout à fait dénuée de fondement…

D’autres biais importants conduisent les épidémiologistes à sous-estimer l’impact de la pollution dans l’incidence du cancer. Ainsi le diagramme mentionné, est-il précisé, ne prend en compte que des facteurs de risque et des localisations de cancer associés pour lesquels le lien de causalité est déjà scientifiquement bien établi, comme le benzène pour les leucémies, l’amiante pour les cancers du poumon. Mais s’il serait déjà impossible d’évaluer expérimentalement la nocivité des 248 055 substances chimiques dûment enregistrées et réglementées à ce jour, et encore moins leurs effets combinés, que dire des… 35 millions de substances chimiques différentes qui sont aujourd’hui commercialisées 9 ?

Par ailleurs, que signifie « substance cancérogène » ? « Traditionnellement, on ne considère une substance comme cancérogène que si elle provoque par elle-même des cellules cancéreuses, explique André Cicolella. Or la biologie du cancer a progressé : on sait maintenant que de nombreuses substances interviennent dans les très nombreux mécanismes du micro-environnement de la tumeur. Par exemple, le bisphénol A et certains fongicides favorisent la vascularisation des cellules cancéreuses » Cela n’est pas pris en compte dans les estimations présentées au public.

 

QU’EST-CE QU’UN « CANCER ÉVITABLE » ?

Au-delà d’un problème de déontologie, qui tient au fait de marteler comme des faits scientifiques des affirmations biaisées, cette approche traduit surtout une stratégie de santé publique : lutter contre le cancer en appelant chacun à modifier son comportement, ce n’est pas forcément une mauvaise idée, comme le montre la baisse d’incidence de certains cancers liés au tabagisme chez l’homme. Il est bien légitime que les politiques de santé publique incitent les gens à ne pas fumer, boire modérément, faire du sport et manger des légumes. Le problème vient de cette manière de s’adresser à tout un chacun en tant qu’Homo hygienicus en négligeant de penser la question sanitaire en termes de justice sociale. Nous sommes loin d’être égaux et égales face à ces facteurs de risque. Manger bio coûte plus cher. Une équipe de l’Inserm est même parvenue à mesurer que la fréquentation des supermarchés discount faisait grossir, compte tenu de la faible qualité de produits bourrés d’additifs, de sucre, etc. La possibilité de pratiquer un sport reste un privilège pour les familles surmenées par la précarisation galopante de l’emploi. Bref, la notion de « comportement » recouvre un faisceau de déterminismes sociaux, ce qui aboutit à culpabiliser les classes populaires avec leurs prétendues « mauvaises habitudes » qui leur sont largement imposées – ne serait-ce que par un cadre de vie dans lequel on tombe plus facilement sur un Burger King que sur un petit marché de producteurs bio. Ensuite, la stratégie présentant les mauvaises habitudes de vie comme responsables du cancer présente l’inconvénient – ou l’avantage, c’est selon – de dédouaner les industriels des expositions aux substances cancérigènes qu’ils déversent massivement dans l’environnement depuis plusieurs décennies. Dans le même temps, elle dédouane les pouvoirs publics de leur inaction face à cette pollution.

Le concept de « cancer évitable » est emblématique de cette approche de santé publique d’inspiration néolibérale. Pourquoi un cancer évitable ne serait-il pas un cancer que les pouvoirs publics pourraient éviter en prenant les mesures les plus directes ? On pourrait par exemple considérer qu’il est plus facile et plus direct d’agir sur l’exposition massive aux pesticides, qui n’a pas plus de cinquante ans, que sur la consommation d’alcool, une tradition pas fantastique sur le plan sanitaire, mais plurimillénaire et profondément ancrée dans les usages. Plus généralement, n’est-il pas plus efficace d’agir sur la pratique de quelques dizaines d’industriels – par exemple en interdisant la commercialisation d’un produit mis en cause par un nombre d’études suffisant – que sur celle de 67 millions d’individus aux marges de manœuvre très inégales ?

 

« LES ENFANTS ONT LE CANCER, ILS N’ONT NI BU, NI FUMÉ »

En août 2019, dans la salle d’attente du CHU de Rouen où sa fille de 5 ans est soignée pour un neuroblastome 10, Charlène Bachelet a discuté avec une autre maman, qui vit dans la commune d’à côté, en bord de Seine, et dont l’enfant est lui aussi atteint d’un cancer. Au fil d’une petite enquête, elles ont dénombré, dans un rayon de dix kilomètres autour de leur domicile respectif d’Igoville, notamment dans la commune voisine de Pont-de-l’Arche, en bord de Seine, une dizaine de cas d’enfants atteints, pour la plupart, de cancers du sang – soit un taux 100 fois supérieur au nombre de cas attendus 11. Pendant que l’enquête ouverte par l’agence régionale de santé et Santé publique France suit son cours, Charlène Bachelet, policière municipale, a mûri quelques hypothèses : « Nous, on n’est vraiment pas bio dans la famille, mais certains enfants malades mangent bio depuis leur naissance. Nos habitudes de vie sont très différentes. Par contre, on a presque tous un petit potager, et dans le voisinage immédiat, on a une grosse usine de pâte à papier, une usine de métallurgie et une usine de produits vétérinaires. »

Des histoires semblables, il y en a dans toute la France. Dans des communes limitrophes du Haut-Jura, dix enfants de 6 mois à 13 ans ont des cancers, apprenait-on en novembre dernier 12 ; de même en Loire-Atlantique, dans le voisinage de Sainte-Pazanne, où, depuis 2015, 17 cas ont été recensés dans la même zone. Un questionnaire de 47 pages a été soumis aux parents, une batterie de prélèvements a été effectuée dans l’école et autour d’un ancien site industriel voisin. Mais une fois écartée la présence d’une source de toxicité aiguë, l’enquête s’est arrêtée en novembre 2019. Conclusion : il s’agirait d’un « regroupement spatio-temporel sans cause commune identifiée 13 Communiqué de presse, agence régionale de santé, préfecture de région Pays de la Loire et Santé publique France, 19 novembre 2019. » En d’autres termes, il y a bien un taux anormal de cancers, mais l’agence régionale de santé n’a rien trouvé pour l’expliquer.

« Santé publique France assure qu’on ne peut pas faire d’études épidémiologiques à partir de regroupements de cas à l’échelle des communes, pour des raisons de méthodologie » 14. « Les raisons de méthodologie sont invoquées par Jacqueline Clavel, épidémiologiste à l’Inserm et responsable du registre des cancers de l’enfant, contactée par téléphone » s’insurge Marie Thibaud, mère d’un enfant malade à Sainte-Pazanne et thérapeute familiale. « Mais si elle ne peut pas le faire, qui peut ? Ils auraient pu aller voir quels produits sont utilisés dans les cultures agricoles aux alentours, s’intéresser aux effets cocktail. Les enfants ont le cancer, ils n’ont ni bu ni fumé, il y a forcément des causes environnementales. » Face à ce qu’elle résume comme « une volonté de ne pas chercher et de ne pas trouver« , Marie Thibaud a créé avec une trentaine de parents le collectif Stop aux cancers de nos enfants. Ils ont lancé une collecte sur Internet pour financer des analyses de l’environnement et des prélèvements sur les cheveux d’une vingtaine d’enfants, afin d’y tester la présence de 1 800 polluants organiques et 36 métaux toxiques 15.

En Europe, au cours des trente dernières années, les cancers de l’enfant ont augmenté de 1 à 2 % par an. En France, on recense 2 500 cas chaque année, 500 enfants en meurent. « 500 enfants par an !  Vous imaginez, si un accident de bus tuait chaque mois quarante enfants ? » interroge André Cicolella. « Le problème serait pris au sérieux ! » Mais « tout se passe comme si, dans les esprits, la priorité en termes de gravité et d’urgence était par principe liée aux risques infectieux, comme si la contamination chimique était par nature incertaine quant à ses effets sanitaires 16 » On pense à l’émoi que déclenche chaque année l’apparition de foyers de rougeole, qui donnent lieu à une surveillance systématique département par département et à une mobilisation générale des services de santé. Depuis 2008, en France, la rougeole a causé… 17 morts. Pour le toxicologue, l’augmentation des cancers de l’enfant, preuve accablante de la dégradation de nos milieux de vie, justifie d’urgence une vraie refonte des méthodes. « Le système dysfonctionne, parce qu’on se cantonne à l’épidémiologie, alors qu’il faudrait développer une vraie “expologie”, une science de l’exposition aux polluants, croisée à une approche toxicologique et épidémiologique. Il faut aussi cesser d’aligner l’action publique sur les exigences de production de la vérité scientifique. Dans le domaine de la science, il est sain d’entretenir le doute et de ne jamais considérer un résultat comme définitif. Dans le domaine de la santé publique, c’est désastreux. Il faut agir à partir du moment où on a un certain niveau de probabilité. » Dans bien des cas, c’est maintenant.

Celia Izoard.

Interview croisée de Celia Izoard (revue Z), Antoine Klein (Revue Z) et Anne Marchand, chercheuse et membre du Giscop 93 (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-saint-Denis), auteure de “Si vous allez mourir, tapez étoile” (Revue Z n°13) consacré au parcours du combattant de la reconnaissance du cancer comme maladie professionnelle. Émission réalisée par des membres de la librairie Michèle Firk à retrouver sur notre audioblog Les sons des Terrestres :

 

Notes

1. « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 : étude à partir des registres des cancers du réseau Francim – Synthèse », Gautier Defossez et autres, éd. Santé publique France, février 2019.

2. « En France, le décompte des cas de cancer n’est effectué que pour 22 % de la population », Le Monde, 22 janvier 2019.

3. « En France, le décompte des cas de cancer n’est effectué que pour 22 % de la population », art. cité. Voir aussi les vidéos  sur la chaîne YouTube du collectif « Trop – Pourquoi trop de cancers autour de Soulaines ? », exemples d’épidémiologie populaire qui met en cause l’industrie nucléaire.

4. « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 », étude citée.

5. Les cancers de l’estomac sont liés à une alimentation fumée et salée, des moyens de conservation moins utilisés aujourd’hui.

6. Cancer du sein. En finir avec l’épidémie, éd. Les Petits Matins, 2016.

7. « L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des cancers en France », Institut national du cancer, 4 février 2019 (e-cancer.fr).

8. Sur le lien entre pollution chimique et obésité, voir l’excellente synthèse de Fabrice Nicolino, Un empoisonnement universel, éd. Les liens qui libèrent, 2014, p. 275-280.

9. Ces chiffres très officiels sont cités dans Un empoisonnement universel, ouvr. cité, p. 406.

10. Tumeur maligne extracérébrale du système nerveux.

11. L’affaire est révélée dans une série d’articles par Thomas Dubois, reporter à Paris-Normandie, à l’automne 2019.

12. « Cancers d’enfants anormalement élevés dans le Haut-Jura : des communes abasourdies par la nouvelle »,  V. Hirson et autres, 14 novembre 2019 ; et « Cancers pédiatriques dans le Haut-Jura : “C’est inquiétant, on se pose plein de questions” », Sophie Courageot, 15 novembre 2019, articles disponibles sur France Info (france3-regions.francetvinfo.fr).

13. « Communiqué de presse », agence régionale de santé, préfecture de région Pays de la Loire et Santé publique France, 19 novembre 2019.

14. Les raisons de méthodologie sont invoquées par Jacqueline Clavel, épidémiologiste à l’Inserm et responsable du registre des cancers de l’enfant, contactée par téléphone.

15. « L’introuvable explication des cancers pédiatriques en France », Patricia Jolly, Le Monde, 4 février 2020. Voir aussi la page du collectif Stop aux cancers de nos enfants sur Papayoux-solidarite.com.

16. Cancer du sein, ouvr. cité, p. 100.


Mon commentaire sera simplement de rappeler cette extraordinaire vidéo (on ne s’en lasse pas – à faire connaître partout) :

Bon courage à tous contre les innombrables complots ds empoisonneurs publics.

Étienne.

#CeQuiPermetAuxEmpoisonneursDAccaparerLePouvoirCEstLÉlection

#PasDeSouverainetéPopulaireSansTirageAuSort

#GrèveGénéraleConstituante

[Fake constitutions, diviseuses, écrites par des constituants illégitimes et antidémocrates] Frustration Magazine : « UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME »

UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME :


https://www.facebook.com/FrustrationMag/photos/a.174102112784410/1438039903057285

Frustration Magazine : « Nous saluons cette initiative du gouvernement. Enfin on ose s’attaquer à un sujet tabou, dont l’ampleur augmente chaque année et qui pourrit le quotidien de nombreux Français. Le communautarisme bourgeois fait de terribles dégâts, en coupant une classe sociale du reste de la population et en lui permettant de s’organiser pour l’exploiter et la précariser. Ça suffit comme ça ! Nous proposons au premier ministre d’intégrer dans son courageux projet de loi les mesures suivantes :

– Suppression des grandes écoles et attribution de leurs moyens à un système d’enseignement universel et qui abolisse la séparation entre formations techniques, manuelles et intellectuelles. Les cols blancs imbus d’eux-mêmes coupés du terrain dans leur tour d’ivoire, nous n’en voulons plus, pas plus que l’entre-soi et le petit réseau qu’on cultive dans les écoles de la bourgeoisie. Les écoles privées subventionnées, ça suffit. Si les bourgeois veulent s’éduquer entre eux, qu’ils payent eux-mêmes leurs lieux.

– Interdiction de la chasse à cour, des quartiers résidentiels privés et de l’achat d’îles : de plus en plus de nos concitoyens riches se barricadent dans leur propres espaces où ils pratiquent des loisirs coûteux et attentatoire à la biodiversité [et au respect des êtres sensibles]. Il est temps pour eux de se mêler à nouveau au peuple et de cesser de se séparer des autres. Et gratuité pour le péage du Pont de l’Île de Ré : cet endroit est en train de devenir une zone de non-droit pour bourgeois, démocratisons-le.

– Fin du monopole bourgeois sur la politique : notre Assemblée nationale est préemptée par des avocats, patrons et hauts fonctionnaires. Il est temps de mettre fin à ce communautarisme politique en imposant des quotas sociaux à chaque élection. Il y a une moitié d’ouvriers et d’employés dans la population, il nous faut une moitié d’ouvriers et d’employés parmi nos représentants.

Ce ne sont que quelques mesures d’urgences, en surface, mais le fond du problème à régler tient évidement à la façon dont une seule classe sociale tire profit du travail des autres et, accumulant à chaque génération, se sépare chaque décennie un peu plus des lois de la République ! La racaille bourgeoise, ça suffit ! »

Signé : Frustration magazine

______________________

Mon commentaire :

. L’élection (parmi des candidats qu’on peut aider) donne toujours le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le tirage au sort ne donne jamais le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le choix de la procédure — élection ou tirage au sort — incombe aux représentés — et surtout jamais aux représentants, évidemment. Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. C’est aux simples citoyens eux-mêmes, directement, d’écrire et de corriger les règles de leur représentation. Ils sont les seuls à pouvoir le faire correctement, structurellement, logiquement.

Le tirage au sort protège la société contre toutes les formes de communautarisme (et contre toutes les sociétés secrètes, d’ailleurs), sans s’en prendre à qui que ce soit en particulier, sans avoir à désigner des boucs émissaires.

Défendre une procédure permet d’éviter de s’attaquer (vainement) à des personnes et de modifier (efficacement) des structures, ce qui permet de régler –d’un coup et durablement — un grand nombre de problèmes qui paraissaient insolubles et éternels.

Réfléchissez à ça, on est au niveau des racines de nos tourments. Et vous, personnellement, vous avez un rôle important à jouer dans le développement de ce plan.

Bon courage à tous.

Étienne.

#GrèveGénéraleConstituante

[Fake suffrage universel : élire n’est pas voter] Les Gilets jaunes, le RIC et Chouard… Et la muselière de la calomnie commode « rouge-brun »

Souvenir : je vis dans un pays où les vrais opposants politiques sont condamnés dans les grands médias (et finalement bâillonnés) sans jamais leur permettre loyalement de se défendre :

Ici, dans cette émission de C dans l’air du 18 janvier 2019, les commentateurs se trompent : les gilets jaunes et Chouard ne contestent pas « toute forme de représentation », ils contestent « toute forme de représentation instituée (et verrouillée) par les représentants« , ce qui est totalement différent : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la constitution) ; ce n’est pas aux représentants d’écrire les règles de la représentation (la constitution) ; ce n’est pas aux élus d’écrire ou de modifier la constitution.

Les représentés sont les seuls à être à la fois aptes et légitimes pour écrire et modifier la constitution.

Ce que les « élus » appellent mensongèrement « le suffrage universel » est un fake : élire n’est pas voter. Élire, c’est même le contraire de voter : élire, c’est renoncer à voter.

Ce que les « élus » appellent mensongèrement « la démocratie » est un fake : dans une vraie démocratie, un homme = une voix pour voter les lois, pas pour désigner des maîtres.

Le gouvernement représentatif institué par les élus est (depuis le début) un système de domination parlementaire, c’est la négation même de la démocratie : la république parlementaire est antidémocratique, pensée et voulue dès son origine, en 1789, comme rempart contre la démocratie.

La procédure de l’élection est profondément, ontologiquement (dans son être même), antidémocratique.

La seule procédure authentiquement démocratique est le tirage au sort.

La seule élection acceptable en démocratie est l’élection voulue et instituée par les électeurs eux-mêmes (et évidemment jamais l’élection voulue et instituée par les élus).

La constitution, c’est le contrat de travail des élus. Ce n’est évidemment pas aux élus d’écrire et modifier eux-mêmes leur propre contrat de travail

Les médias (tous vendus aux riches) ne donnent la parole qu’à l’opposition contrôlée (© 1984, Orwell), celle dont le système de domination n’a rien à craindre. La « Pravda des milliardaires » (l’ensemble des médias achetés par les 9 personnes les plus riches du pays) prive de toute parole les vrais opposants politiques.

Je réclame (mais les tricheurs me refuseront) des débats loyaux (démocratiques, quoi) avec mes contradicteurs.

Mais je doute que des gens comme Rudy Reichstadt ou Daniel Schneidermann ou Jean-Michel Aphatie ou Ali Baddou ou Laurent Jauffrin ou les autres voleurs de droit de parole soient capables (ni aient le courage) d’un tel débat : tout ce dont ils sont capables, apparemment, c’est de me taper dans le dos, à plusieurs, alors que je suis absent, ou attaché et bâillonné… Pas de quoi se vanter.

Mais on lâche rien. Chouard mort ou vif, les Gilets jaunes constituants vaincront :)

Étienne.

[Fake tirage au sort, fake démocratie] Sur la Convention Citoyenne pour le Climat, l’analyse de Ronald Mazzoleni

Chers amis,

Ronald Mazzoleni est un habitué du blog dont j’aime les analyses, toujours mesurées et pertinentes.

Ronald m’a envoyé un travail que je trouve remarquable sur la récente « convention citoyenne pour le climat », prétendument « tirée au sort » ce qui justifie qu’on y réfléchisse ici.

Je garde de cette lecture :

1) l’idée qu’il ne faut jamais tripoter l’échantillon que produit le tirage au sort, sous peine de perdre complètement les vertus du tirage au sort,

2) que l’assemblée tirée au sort doit être souveraine dans ses travaux, et surtout pas liée par un mandat impératif qui fausse gravement sa réflexion,

3) que tirer au sort une assemblée délibérative sans être tenu le moins du monde par ses conclusions est une évidente truanderie politicienne, une de plus : le tirage au sort doit être institué par les citoyens eux-mêmes, et jamais par des élus (qui sont par essence les pires ennemis de cette procédure profondément démocratique).

Mais bon, je reconnais volontiers que je suis plus radical que Ronald :) C’est justement ce que j’aime chez lui : il m’aide à me tempérer (un peu).

Je reproduis ci-dessous son analyse.
Bonne lecture.

Étienne.


Sur la Convention Citoyenne pour le Climat

Chronologie et organisation

La Convention citoyenne pour le climat vient de terminer ses travaux et a remis son rapport au ministre de la Transition Écologique.

La pratique de la Convention citoyenne destinée à faire des propositions législatives est déjà connue dans différents pays, mais il s’agit d’une première en France. Cette Convention, voulue par le Président Macron, a été une tentative de réponse au mouvement des Gilets Jaunes.

Ce mouvement a eu comme événement déclencheur la mise en place de la « taxe carbone » par le gouvernement en 2018. Celle-ci a été perçue comme un instrument d’ « écologie punitive » qui prétendait prendre des mesures environnementales sans se préoccuper des conséquences sociales.

La genèse de la Convention est double. D’une part, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé un groupe de travail avec un panel de 28 citoyens pour réfléchir sur l’articulation entre transition écologique, participation citoyenne et justice fiscale. Il est ressorti de l’avis (« Fractures et transitions ») notamment la proposition de jurys citoyens tirés au sort qui prépareraient les décisions. D’autre part, le collectif Gilets Citoyens a publié sur le site du Grand Débat National une lettre ouverte en janvier 2019 pour réclamer la création d’une Assemblée citoyenne tirée au sort pour parachever ce Grand Débat.

L’idée a été reprise par l’exécutif qui souhaitait bénéficier d’une forme de légitimité populaire pour ses mesures en matière d’environnement des représentants du collectif Gilets Citoyens, du CESE et du gouvernement se sont réunis pour planifier l’organisation d’une Convention citoyenne sur le climat, qui est annoncée par Emmanuel macron dans sa conférence de presse du 25 avril.

Suite aux échanges entre le gouvernement, le collectif Gilets Citoyens et le CESE, il a été convenu que :

  • La Convention sera indépendante du gouvernement, qui n’en pilotera pas les travaux
  • Les propositions seront reprises « sans filtres », c’est-à-dire que le gouvernement ne les remaniera pas, avant d’être soumise au Parlement ou à referendum, ou appliquées par voie réglementaire
  • Le CESE organisera la Convention. Un Comité de Gouvernance la pilotera.

Les membres du Comité de Gouvernance ont été volontairement sélectionnés pour leur spécialité tout en équilibrant les lobbys : 3 spécialistes du climat, 3 spécialistes de la démocratie délibérative, 4 membres issus du monde économique et social, et 2 fonctionnaires du ministère. On notera déjà qu’il n’y a pas de volonté à ce niveau de représentativité des opinions de la population. Par exemple, l’un des membres du comité affirme « être prise d’une peur panique en se levant le matin en pensant au changement climatique », ce qui est une attitude très éloignée de celle du Français moyen.

Le mandat de la Convention est signifié dans une lettre du Premier Ministre Édouard Philippe : « définir les mesures structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990 ». En outre, comme il viendra le préciser dans son discours d’ouverture, « il n’y a pas d’argent magique », et toutes les mesures qui coûtent doivent avoir un financement qui est précisé (dette, impôt ou économies).

Le tirage au sort  a été de manière assez classique effectué par un institut de sondage. 300.000 numéros de téléphone ont été générés automatiquement, pour obtenir à la fin 150 membres et 40 suppléants. Il était signifié à la personne appelée que « La Convention Citoyenne Pour le Climat annoncée par le Président Emmanuel Macron est organisée par le Conseil économique, social et environnemental. L’objectif de cette convention est d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le changement climatique et de donner davantage de place à la participation citoyenne dans la décision publique. » et il leur était demandé s’ils acceptaient de participer. L’échantillon a été constitué pour être représentatif de la population en ce qui concerne : le sexe, l’âge, le diplôme, la catégorie socio-professionnelle, le type de territoire, la zone géographique.

Le souci de représentativité de l’échantillon a été très poussé. On remarquera la prise en compte du type de territoire (urbain/périurbain/rural). On aurait éventuellement aller plus loin en sélectionnant aussi selon l’orientation politique.

C’est le Comité de Gouvernance qui a organisé le programme de la Convention et notamment sélectionné les experts et intervenants. Comme il est d’usage dans ce type d’exercice, les participants ont eu le droit de faire rechercher telle ou telle information, ou d’ajouter ou de supprimer des intervenants. Dans leur ensemble, ces derniers sont, comme on s’y attend, des personnes engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est aussi le Comité de Gouvernance qui définit les thèmes à aborder. Un point intéressant : au début des travaux, des citoyens membres de la convention ont pu postuler pour intégrer le Comité. Un tirage au sort a eu lieu pour en sélectionner deux. Les décisions au sein du Comité se prennent par consensus.

Trois « garants » nommés par les présidents de la chambre, du sénat et du CESE surveillaient l’indépendance des travaux.

Une équipe d’animation, chargé d’organiser les échanges, était composée de professionnels de l’accompagnement de débat citoyens (Eurogroup Consulting, Missions Publiques, Res publica).

Un « groupe d’appui », sélectionné par le Comité de Gouvernance rassemblait des « experts ». Ceux-ci étaient chargés notamment d’évaluer si la Convention remplit bien l’objectif qui lui a été fixé, à savoir si leurs mesures préconisées permettront bien de réduire les émissions de 40 %. Ce sont des « vérificateurs d’impact » (sic).

Des Chercheurs-Observateurs sont des membres de groupes de recherche (CEVIPOF, etc) qui ont postulé pour observer et étudier le fonctionnement de la convention. On peut donc imaginer prochainement des rapports intéressants sur son déroulement.

Enfin, un « Comité légistique » regroupait de juristes, engagés dans les matières environnementales, chargés de transcrire les propositions de la Convention en textes juridiques qui pourront être soumis aux instances légitimes.

Les travaux se sont tenus d’octobre 2019 à juin 2020, sur 7 sessions de 3 jours. Les membres étaient défrayés (86 euros/jour + 10 euros/heures pour les personnes venant sur leur temps de travail). Logement, trajets, repas, garde d’enfants étaient assurés. Entre les sessions, les membres pouvaient continuer à être en contact et à travailler via une plateforme en ligne.

Le public a pu aussi participer en ligne aux propositions. Il y a eu plusieurs milliers d’interventions de ce type.

L’ensemble du budget a été de 5 millions d’euros (ce type d’organisation est donc uniquement accessibles à des pouvoirs publics, cette somme n’aurait pas pu être réunie par des particuliers).

On peut retrouver les videos des sessions sur la chaine Youtube du CESE. Bizarrement, seule une partie de ces travaux étaient filmés. On ne dispose pas non plus malheureusement de comptes-rendus publics écrit des auditions.

Le travail était constitué d’activités plénière (à 150), ainsi que d’ateliers en petit groupes tirés au sort pour travailler sur les différents thèmes. Le travail en petit groupe permet la prise de parole de tous. Mais bien entendu, tout le travail d’échantillonnage pour représenter la population française est entièrement perdu dès lors que l’on travaille en sous-groupes. Ceux-ci ne reflètent plus statistiquement la population. C’est un biais connu des praticiens de la démocratie délibérative pour qui il suffit que le panel soit « diversifié » plutôt que strictement représentatif. On bute ici sur la limite entre la représentativité et les possibilités concrètes de délibérer.

Les travaux semblent s’être déroulés sans accroc majeur. La participation ne s’est pas étiolée et il y avait à la fin encore plus de 140 personnes pour voter les propositions finales (c’était le quorum nécessaire pour que le suffrage final soit considéré comme valide). Le vote se faisait par proposition, puis sur l’ensemble.

Le rapport de 460 pages comporte 149 propositions. Elles ont recueilli en général plus de 95 % de suffrages positifs. L’objectif de réduction des gaz à effet de serre est combiné avec une volonté d’acceptabilité sociale. Une partie d’entre elles, mais pas toutes, ont bien reçu une transcription juridique en proposition de loi ou autre. La bonne volonté de l’équipe juridique pour appuyer les membres de la convention est manifeste. Ceci s’explique sans doute par le fait que ces juristes sont eux-mêmes engagés dans le domaine de l’écologie.

L’un des principaux problèmes de la réduction des émissions de gaz a effet de serre a bien été perçu : « Nous avons conscience que les propositions développées dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat et plus largement de la transition écologique rendront certaines activités en France et en Europe moins compétitives sur le marché. Il faut donc s’assurer que les produits faits en France et en Europe ne soient pas désavantagés, ou encore, que des entreprises soient tentées de délocaliser leur activité plutôt que de la verdir. » Si les activités industrielles produisant des gaz à effet de serre sont détruites en France pour être reconstruite en Chine, et que les mêmes produits sont ensuite réimportés en France, l’intérêt est nul. La réforme serait même nuisible à la France. Pour résoudre ce dilemme, il est proposé d’instaurer une barrière européenne à l’entrée de ces produits. Mais cette idée n’a pas été soumise à l’équipe juridique pour envisager de la transcrire en proposition de loi.

Le rapport intègre aussi l’expression des avis discordants sur les propositions votées, ainsi que les propositions qui ont été rejetées.

Après la remise du rapport, le Président a bien accepté toutes les propositions, sauf trois :

  • La taxe sur les dividendes
  • La limitation à 110 km/h sur autoroute
  • La modification du préambule de la constitution

Cette dernière proposition prévoyait l’ajout d’un paragraphe : « La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité. ». Même si celle-ci ne faisait pas l’unanimité au sein de la convention (76 % de suffrages favorables), elle témoigne tout de même de la radicalité qui ressort de certaines propositions.

La limitation de la vitesse sur autoroute a aussi été jugée trop clivante par Emmanuel Macron qui avait déjà une mauvaise expérience de la limitation de la vitesse sur les routes nationales.

Il est interpellant que dans ces deux cas l’assemblée tirée au sort apparaît plus radicale et le représentant élu plus consensuel.

Quelques jours plus tard, c’est le ministre de l’économie Bruno Lemaire qui s’oppose à son tour à certaines propositions.

Analyse

Qu’en retenir ?

Tout d’abord l’avancée que représente la première organisation d’une convention de citoyens tirés au sort ayant pour but de présenter des propositions législatives. La France comble donc en partie son retard démocratique. [Ronald est vraiment trop gentil 🙂 ÉC]

La réalisation pratique est un succès. L’organisation logistique s’est faite selon les usages pratiqués ailleurs dans ce genre de panel citoyens. Les participants se sont engagés, ont été présents tout au long du mandat, et ont remis leurs propositions conformément au cahier des charges. La survenue de la pandémie à coronavirus au cours de l’exercice n’avait en outre pas facilité les choses.

Les délais ont été tenus et ont été suffisants pour que les membres s’imprègnent du sujet et développent une série de propositions cohérentes.

Ceci ne doit pas nous aveugler sur ce dont il s’est agi. Nous ne sommes pas en face d’une assemblée de citoyens qui fait sa propre loi. Elle a agi explicitement selon un mandat. Mandat qui lui a été donné par le gouvernement : « réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 ». Les membres de la convention n’ont pas eu l’initiative d’évaluer si ce but était pertinent. C’est le gouvernement qui le définit, et la convention a la charge de le transcrire en proposition de loi. On est en en face de l’équivalent politique de ce qu’on appelle dans l’entreprise le « management par objectif », méthode jugée plus motivante pour les exécutants : la direction fixe des objectifs à atteindre, et les travailleurs ont la liberté d’employer les moyens qu’ils désirent pour le faire.

Le Comité de Gouvernance a été constituée de manière improvisée et sans légitimité. Il a été composé de membres désignés pour moitié par le CESE, pour moitié par le collectif Gilets citoyens. La compétence a été privilégiée sur la représentativité, et l’on se retrouve avec un Comité homogène idéologiquement (pour faire bref : « de gauche et écologiste »). Cette homogénéité se répercute dans l’ensemble de la structure. On comprend aisément que pour une première tentative de ce genre de convention, initiée en plein mouvements des Gilets Jaunes, on ne se soit pas encombré de formalisme. Et qu’il était nécessaire que cet essai réussisse pour pouvoir asseoir la légitimité de la méthode. Une homogénéité dans l’organisation était une garantie pour un bon fonctionnement sur la durée. Mais cela ne peut devenir une règle. Il suffit d’imaginer une Convention sur l’Immigration où un membre de Comité organisateur explique « être pris d’une peur panique en se levant le matin en pensant aux arrivées d’immigrés » pour comprendre qu’un minimum de neutralité de ce Comité est nécessaire. À noter que même le peu de divergence qu’il y avait en son sein a été critiqué : certains ont reproché à l’un de ses membres, d’avoir été dirigeante d’une compagnie minière et donc de ne pouvoir y siéger (en fin de compte, elle a néanmoins été maintenue).

On peut toujours se satisfaire de l’absence de représentativité du Comité de Gouvernance si celui-ci ne se mêle pas des travaux. Mais dans cette expérience, c’est lui qui a sélectionné les experts qui s’adressent à l’assemblée. Sélectionner les intervenants, c’est sélectionner l’information qui sera fournie, et donc les solutions qui sortiront des débats. Encore une fois, s’agissant d’un premier essai, cela est excusable pour s’assurer que les travaux « roulent » bien, mais il est à l’avenir nécessaire que ce soient les citoyens eux-mêmes qui fixent leur programme et leurs interlocuteurs.

Plus grave et plus difficile à corriger est le processus de sélection des membres. Tous les modes de sélections ont leur biais. Mais il s’agit de plus que cela. Le mandataire (le gouvernement) fixe ici l’objectif : réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas pour l’assemblée de se questionner sur les problèmes écologiques ; le problème est déjà posé et la solution avancée. Il faut seulement des volontaires pour mettre en œuvre le mandat fixé. Aussi, toutes les personnes pour qui le problème du climat n’est pas une priorité ou pour qui la solution n’est pas adéquate ne sont pas invitées à se prononcer. Cela est bien explicite dans l’accroche téléphonique rédigée par l’institut de sondage qui recrute les citoyens. Cette sélection par l’objectif se répercute immédiatement dans la composition de l’assemblée. Lorsque le premier jour des travaux, un animateur demande à la convention « qui est venu pour l’urgence d’agir au niveau climatique ? », 100 % de l’assemblée se lève, et quand il est demandé « qui pense tous les jours au changement climatique », environ 40 % se lève. Il faut être clair : une convention ainsi constituée n’est pas un échantillon représentatif de la population française, mais une assemblée de volontaires pour appliquer les directives du commanditaire.

Il semble même que ce risque n’ait pas été perçu par l’exécutif. Certains de ses membres, une fois le rapport remis, apparaissent surpris par la radicalité de certaines propositions. Ainsi, si la proposition de réduire la vitesse sur autoroute a été votée par 60 % des membres de la convention, elle est rejetée dans un sondage par 75 % des Français. L’idée est finalement repoussée par Emmanuel Macron. Certes, le principe d’une convention est par la délibération de faire évoluer les positions, et des personnes qui se sont formées au sujet voteront différemment d’un échantillon sondé dans la population générale. Mais on ne peut nier ici l’impact du mode de recrutement. On aboutit au résultat paradoxal que les élus ont une opinion plus en phase avec le peuple que le panel sélectionné par tirage au sort. [Moi, j’aurais mis des guillemets à « tirage au sort » 🙂 ce qui aurait fait disparaître et le paradoxe et la surprise… ÉC]

En imaginant l’hypothèse où la Convention n’aurait pas reçu un mandat gouvernemental avec un objectif fixé en matière de réduction de gaz a effet de serre, mais aurait simplement eu la mission de « proposer un programme de mesures environnementales », le biais de sélection aurait été moindre mais n’aurait pas disparu. Il est connu qu’il y a dans la sélection des jurys citoyens un biais lié aux sujets proposés. Ce sont les citoyens les plus intéressés par le sujet qui acceptent le plus volontiers la convocation. Si l’accroche téléphonique avait consisté en « Une convention est organisée pour proposer un programme environnemental pour la France, voulez-vous y participer ? », il y aurait quand même eu une surreprésentation de personnes se sentant concernée par l’écologie dans le panel. Et on peut parier que les personnes « intéressée par l’environnement » sont aussi celles qui sont les plus tentée de prendre des mesures visant à protéger l’environnement. De même que par exemple des personnes « intéressées par le sujet de la fin de vie » seraient certainement en fait plus pro-euthanasie que la population générale. Il y a de ces sujets où le fait de s’y intéresser implique en pratique de pencher vers une certaine opinion sur la question.

Comment supprimer ce biais ? On peut imaginer plusieurs solutions.

Certains organisateurs de jurys citoyens sélectionnent les candidats par des questionnaires de manière à éliminer ceux qui ont déjà une opinion bien ancrée sur le domaine. Cela à l’avantage aussi d’éviter de polariser la délibération, mais ce genre de sélection est assez difficile à justifier démocratiquement.

On pourrait créer une assemblée permanente de citoyens tirés au sort (en changeant par exemple le mode de recrutement du CESE). Ils auraient alors pendant tout leur mandat à délibérer sur toutes sortes de sujets qu’ils n’ont pas volontairement choisi. Mais on retombe alors dans une forme de professionnalisation de la délibération que l’on voulait justement éviter.

On pourrait recruter les membres de la convention tirés au sort sans les avertir du sujet, ils ne le découvriraient qu’une fois le processus accepté. Mais il y aurait alors un grand risque d’abandons en cours de travaux, si les personnes ne sont pas du tout intéressées par le sujet.

Le mieux serait peut-être, dès lors, que les Instituts chargés de recruter les membres des conventions constituent à l’avance une réserve de candidats citoyens qui s’engagent à participer à une prochaine assemblée quel que soit le sujet. Lorsqu’une nouvelle convention est organisée, il suffirait alors de tirer au sort dans cette réserve. On aurait alors un panel à la fois représentatif et motivé. La seule réserve est qu’ils ne pourront par participer à des jurys dont le thème est la participation citoyenne à la vie démocratique, leurs opinions sur ce point étant alors justement trop biaisé par rapport à la population générale.

Il est important de réduire ce décalage entre l’opinion des panels tirées au sort et la population générale. À défaut, les décisions prises par ces assemblées seront rejetées par l’opinion publique, ce qui menacerait rapidement la légitimité de la méthode. Cependant, si les personnes recrutées ne sont pas particulièrement au fait des questions abordées dans la convention à laquelle ils participent, il faudra sans doute tenir compte d’un plus long délai pour qu’ils se documentent et comprennent bien les enjeux.

Concernant la transcription juridique des propositions, cela ne semble pas un obstacle. L’aide d’une équipe de juristes est tout à fait efficace. Sur ce point, le fait que ceux-ci aient un a priori favorable par rapport aux travaux de l’assemblée semble un avantage.

Enfin, il faut se rappeler que cette convention citoyenne n’a pas de rôle officiel dans l’élaboration de la loi. Ce que l’exécutif a ici accepté a été ce qu’il pouvait faire de mieux en l’état actuel des institutions. Il a été promis que les propositions seraient transmises pour application réglementaire, ou pour être soumise au parlement ou à référendum. La voie législative n’a pas changé, et actuellement la mise en œuvre des propositions de ce genre de convention reste soumise au bon vouloir du personnel politique en place. Si l’on veut ancrer les méthodes de démocratie délibérative dans la vie politique du pays, il est nécessaire de consacrer une place institutionnelle à ces assemblées citoyennes.

 

Préconisations

Il était envisagé, si l’expérience de la convention citoyenne était un succès, de la réitérer. Afin d’en améliorer l’organisation à l’avenir, les mesures suivantes semblent nécessaires :

  • Définir dans les textes la place de ces conventions dans le processus législatif, préciser leur mode de fonctionnement, leur sélection ainsi que la désignation des différentes instances.
  • Assurer la diversité du Comité de Gouvernance, avec une représentation des opinions opposées sur le thème traité.
  • Réduire l’emprise du Comité sur le programme et la sélection des intervenant, et accroître l’autonomie de l’assemblée dans ce domaine.
  • Bien distinguer si l’objet de la convention est la mise en œuvre d’objectifs fixés par le commanditaire ou si les citoyens tirés au sort ont toute latitude pour s’emparer d’un thème donné.
  • S’assurer lors de la sélection d’une réelle représentativité du panel par rapport aux différentes opinions dans la population française vis-à-vis du thème.

Ronald Mazzoleni.


Références

– Le site de la Convention Citoyenne pour le Climat (avec notamment les videos de la première journée) : https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/

– Le rapport final : https://propositions.conventioncitoyennepourleclimat.fr/pdf/ccc-rapport-final.pdf

– Le site du collectif Gilets Citoyens : https://giletscitoyens.org/

– L’avis du CESE « Fractures et Transitions » : https://www.lecese.fr/travaux-publies/fractures-et-transitions-reconcilier-la-france

– Fourniau JM., 2019, La sélection des mini-publics. Entre tirage au sort, motivation et disponibilité, Participations, 373-400 : https://www.cairn.info/revue-participations-2019-HS-page-373.html#

[Sur notre humaine vulnérabilité aux bobards] Apprendre à se méfier des histoires officielles

L’histoire des paysans a été écrite par les citadins

l’histoire des nomades a été écrite par les sédentaires

L’histoire des chasseurs-cueilleurs a été écrite par les agriculteurs

L’histoire des peuples sans État a été écrite par les scribes du palais

Elles sont toutes répertoriées dans les archives sous le nom de « Chroniques barbares »

Auteur anonyme

cité par James C. Scott dans son livre passionnant, « Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États », 2017, p 234.

Insurrection violente ou pas ? (+ Monnaie + Francis Cousin) Entretien avec Jean-Christophe Chavanon

J’ai passé un moment avec Jean-Christophe Chavanon, hier soir au calme :

On a évoqué les aspirations actuelles (compréhensibles) à la violence insurrectionnelle, et l’alternative non violente de notre mutation générale en citoyens constituants, devenus enfin méfiants de tous les pouvoirs, par principe et par méthode.

Il n’est pas surprenant, il est même logique et prévisible, que les hommes forts (aspirant à un pouvoir sans partage) méprisent et combattent cette idée alternative, pourtant prometteuse, du point de vue populaire, si on la comprend bien.

Tâchez d’inviter la constitution dans la plupart de vos conversations avec des inconnus, et advienne que pourra.

Étienne.

PS : on aussi parlé de monnaie et de création monétaire sous contrôle populaire.

PPS : on a aussi dit quelques mots de Francis Cousin.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158212598077317&id=600922316

[RIC, Gilets jaunes] Entrer dans un parti politique ? Ou multiplier les ateliers constituants populaires autonomes ?

Merci à Benoît, pour la publication de cet extrait, et pour tout son travail sur cette belle chaîne YT.

Les ateliers constituants, c’est le service militaire des citoyens, l’entraînement (auto-organisé) où ils apprennent à se méfier des pouvoirs (et des hommes forts candidats au pouvoir) et où ils apprennent à manier les armes contre les pouvoirs, où ils deviennent des soldats, des soldats de la démocratie, où ils deviennent des adultes politiques, méfiants des puissants et jaloux de leur souveraineté, capables d’utiliser les meilleures armes politiques, loyalement.

Qu’un homme fort (qui se croit meilleur que les autres, qui voudrait tout décider à la place des autres, qui voudrait dominer le plus grand nombre) méprise et même déteste cette idée émancipatrice d’auto-institution de la société, ce n’est pas étonnant.

La seule piste de révolution sans l’aide des financiers, c’est la mutation générale des électeurs en citoyens, donc constituants.

Aucune révolution n’a jamais fonctionné sans l’aide secrète d’un gang financier rival du gang au pouvoir.

Le projet d’une révolution populaire victorieuse est un rêve de singe si on n’a pas formé des soldats politiques avant.

Tâchez de parler de la constitution autour de vous, surtout à des inconnus, pour que nous soyions de plus en plus nombreux.

Étienne.

Vidéo originale complète :

https://youtu.be/E4WfXChgwEQ

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158204610192317&id=600922316

[Mutation en citoyen constituant] Vincent Lindon : « comment ce pays si riche… »

Vers la fin de cette bonne synthèse, Vincent mute en citoyen constituant :)

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-richehttps://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-riche

 

Comment ce pays si riche…

Traversé par le flot incessant des commentaires, désorienté par l’addition d’analyses souvent contradictoires, j’ai tenté de réfléchir à la question la plus banale : mais comment avons-nous pu en arriver là ? À cette situation inédite, littéralement stupéfiante.

Spécialiste en rien, intéressé par tout, il m’a paru pourtant utile de contribuer en faisant entendre une voix simplement citoyenne. Suis-je légitime pour interpeller nos dirigeants, tous professionnels de la chose publique, tous diplômés des meilleures écoles ? Pas plus qu’un autre sans doute, mais pas moins non plus, ayant pris soin de consulter nombre d’avis autorisés, notamment dans le domaine de la santé, où André Grimaldi [professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière – ndlr] m’a apporté son éclairage.

Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir, pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d’avoir le meilleur système de santé du monde.

C’était avant.

Avant que s’impose la folle idée que la santé devait être rentable, puisque tout désormais devait être marchandise, jusqu’à la vie des hommes.

Un espoir s’était pourtant levé avec le nouveau chef de l’État Emmanuel Macron, et son programme promettant un « investissement massif dans le système de santé ». Hélas, l’élection acquise, il préféra poursuivre l’action de ses prédécesseurs. S’il n’est donc que le dernier avatar d’une même politique, il porte pourtant une responsabilité particulière, pour avoir ignoré tous les signaux d’alerte.

Douze mois de grève des urgences ? Les patients patienteront.

1 200 chefs de service démissionnent de leurs fonctions administratives ? Moins de paperasse.

Présence massive des soignants dans toutes les manifestations ? Sortez les LBD et les grenades de désencerclement…

Au-delà de la santé, c’est l’ensemble du secteur public qui subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : privations pour ce qui coûte (l’éducation, la justice, la police, l’armée, la santé…) et privatisations pour ce qui rapporte.

Tandis que les budgets des ministères régaliens sont comprimés et les salaires de leurs fonctionnaires bloqués, la grande braderie est ouverte. Villepin solde les autoroutes, Nicolas Sarkozy fait absorber Gaz de France par un groupe privé, Suez, et enfin François Hollande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand profit de l’américain General Electric.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête continue. Deux entreprises publiques, la Française des jeux (FDJ) et Aéroports de Paris (AdP), sont très rentables ? Vendez-les !

Pour comprendre l’attachement aveugle de notre président à cette ligne idéologique, il est nécessaire de revenir sur trois années d’exercice de son pouvoir, que notre Constitution a voulu absolu.

Qu’en retenir ?

Dès les premiers jours, une évidence : le goût du nouveau président pour la pompe et les rites de la monarchie, se mettant régulièrement en scène dans les décors de la royauté ; ainsi a-t-il choisi le palais du Louvre pour son intronisation, marchant seul devant la pyramide, le château de Versailles pour recevoir Vladimir Poutine, l’empereur du Japon ou 150 millionnaires high-tech et, enfin, celui de Chambord pour célébrer son 40e anniversaire.

Une prédilection annoncée par des déclarations antérieures – en 2015, il affirmait déjà : « Dans la politique française, l’absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » – et confirmée jusque dans son programme, qui prévoyait de rétablir les chasses présidentielles. Ce qui n’a rien d’un détail.

L’ego comblé, le jeune homme allait pouvoir s’attaquer à son grand œuvre : bâtir cette « start-up nation » où les « premiers de cordée » allaient tirer vers les cimes ces « Gaulois réfractaires ». Au pas de charge : suppression de l’ISF et allègement de l’impôt sur les profits financiers pour les uns, réformes restrictives du droit du travail ou des allocations chômage et baisse des APL pour les autres. Cinq euros en moins sur les APL ! Mais qu’est-ce qui peut bien passer par la tête d’un dirigeant pour accoucher d’une aussi mauvaise idée ? La brume des sommets obscurcit-elle le jugement au point de lui faire oublier le poids des symboles ? C’était donc ça le « en même temps » macronien, des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien, des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout ?

Mais c’est le premier été du quinquennat, et tout semble encore permis au conquérant de l’Élysée. Malgré quelques protestations, le nouveau monde impose ses lois grâce au soutien de sa majorité obéissante et reconnaissante.

Premier grain de sable à l’été 2018, l’affaire Benalla et son traitement rocambolesque, qui jette une lumière crue sur la conception et les pratiques du pouvoir.

Avec l’automne, un vent se lève, une révolte inattendue et pourtant évidente : des femmes et des hommes en jaune envahissent les ronds-points et les Champs-Élysées, naturellement accompagnés par une très faible minorité qui prétexte le port de la chasuble pour casser plutôt que pour revendiquer, une revendication légitime qui emporte l’adhésion de l’opinion, contraignant le gouvernement à un repli tactique : 10 milliards jetés à la hâte pour tenter d’éteindre la colère sociale.

Trop tard. Les sacrifiés de la mondialisation ultralibérale veulent plus. Plus de moyens, certes, mais aussi plus de pouvoirs, notamment celui de contrôler ceux dont la mission est de les représenter.

Après la carotte, vient le temps du bâton. Une répression brutale, policière, avec mains arrachées et manifestants éborgnés, mais aussi judiciaire, avec une distribution massive de condamnations fermes. Pendant que les pouvoirs exécutif et judiciaire répriment, les législateurs ferraillent pour imposer une réforme des retraites dont une majorité des Français ne veut pas.

Occupés à bâtir leur nouveau monde, les responsables n’accordent qu’une attention distraite à un virus agressif qui, parti de Chine, va très vite ravager la planète et envahir la totalité de l’espace politique, donnant à nos gouvernants l’occasion de montrer l’étendue de leur compétence.

Dans les hôpitaux, la situation est dramatique. On manque de tout, de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de lits et de personnels en réanimation. Le 29 février, après que le Covid-19 a fait ses premières victimes en France, Édouard Philippe convoque un conseil des ministres extraordinaire consacré au virus. Une grande décision en ressort : utiliser le 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites !

Alors que l’épidémie progresse, se faisant pandémie, le pouvoir s’affole, s’agite comme un poulet sans tête. Sur quoi s’interroge l’exécutif aux premiers jours de mars ? Mais sur le maintien des municipales, bien sûr ! La veille du premier tour, le premier ministre joue les contorsionnistes, invitant les Français à rester chez eux, mais, en même temps, à aller voter. Chapeau l’artiste !

Pendant que nos voisins allemands se mettent en ordre de bataille, le gouvernement français peaufine sa communication.

Une seule stratégie, mentir.

Relayant le discours présidentiel, l’équipe gouvernementale multiplie les déclarations absurdes et contradictoires. Ainsi affirme-t-on successivement qu’il ne s’agit que d’une « grippette », que l’épidémie, comme le nuage de Tchernobyl, ne touchera pas la France – alors même qu’à notre frontière sud, l’Italie est frappée –, puis qu’elle est « sous contrôle », avant de devoir avouer la gravité de la situation.

Sur la question cruciale des masques de protection, la parole officielle est schizophrène : aux premiers temps, leur utilité est affirmée. D’ailleurs, il y en a des millions en stock, prêts à être distribués à la population en cas de besoin. La menace virale se précisant, les masques sont soudain déclarés inutiles, voire dangereux puisqu’on ne sait pas s’en servir. Ce qui est fort opportun, puisque les stocks se sont volatilisés.

Pschitt…

Plus de masques.

Pas même de quoi équiper tous les soignants qui doivent monter au front armés de leur seul courage. Bon, d’accord, pas de masques, mais ils arrivent. Quand ? Mais demain, bien sûr ! Hélas, les jours et les semaines passent, la pénurie persiste. Ignorés, méprisés et matraqués quelques semaines plus tôt, les soignants sont désormais portés aux nues.

Pour le commun des Français, le confinement est la règle, chômage technique pour les uns, télétravail pour les autres. Tous les Français ? Non. Pour les caissières, les livreurs, les éboueurs, les policiers ou les pompiers, l’activité doit se poursuivre, quels que soient les périls. Eux qui formaient le gros des bataillons en gilet jaune, naguère vilipendés, sont désormais officiellement essentiels. Exit les premiers de cordée, place aux premiers de corvée.

Le 23 avril, dans une adresse solennelle à la nation, le président Macron annonce enfin le déconfinement pour le 11 mai. Pourquoi le 11 plutôt que le 5 ? Pourquoi mai plutôt que juin ? Parce que.

Deux semaines plus tard, le premier ministre en dévoile les conditions. Acte 1 : réouverture des crèches et des écoles primaires. Curieux puisqu’elles avaient été les premières à être fermées, avant même le début du confinement, au motif qu’elles étaient un lieu hautement favorable à la propagation du virus… Évidemment économique – il s’agit bien sûr de libérer les parents de l’obligation de garder leurs jeunes enfants, pour leur permettre de reprendre le travail –, la véritable raison de ce choix sera passée sous silence, voire niée, alors même qu’elle est audible : vouloir éviter l’effondrement total de l’activité et son cortège de drames est après tout une motivation hautement respectable.

Empêtré dans ses mensonges et ses omissions, le pourvoir tergiverse. Très vite, le discours s’infléchit : l’obligation de retourner en classe ne s’appliquera pas systématiquement. Les maires, les préfets pourront décider, ou non, de s’y conformer.

Mieux, les parents seront libres de garder leurs enfants à la maison. Dans les milieux favorisés, on n’hésitera guère. Mais dans les milieux plus modestes, le dilemme est cornélien. Alors que le chômage enfle, dois-je exposer mon enfant au risque de tomber malade, ou accepter l’éventualité de perdre mon emploi ? Et si les parents sont d’avis contraires, le couple pourra-t-il résister, notamment si les choses tournent mal ? Questions sans réponses…

Une bonne nouvelle, pourtant : les masques arrivent. Des masques en tissu, lavables et réutilisables. Efficaces ? « Oui, dit le Pr Grimaldi, contre la transmission du virus. Mais comme ils n’empêchent pas le porteur d’être infecté lui-même, la mesure ne vaut que si elle s’impose à tous, dans l’espace public au moins. » Prisonnier de son discours récent, le gouvernement ne peut se résoudre à rendre obligatoires partout ces masques qu’hier encore il déclarait inutiles. « Pourtant, ajoute le PGrimaldi, on a le droit de se tromper, mais le devoir de reconnaître ses erreurs. »

Au rythme où s’enchaînent les événements, ce droit à l’erreur pourrait bien m’être utile, mes propos risquant de devenir rapidement caducs, tant les stratégies gouvernementales oscillent, sinon à la vitesse de la lumière, au moins à celle où se propage le virus.

En termes de gestion et de communication de crise, je ne sais pas qui aurait pu faire mieux, mais je ne vois pas qui aurait pu faire pire.

En mettant au jour ses insuffisances, cette crise pourrait-elle être l’occasion d’une refonte radicale de notre démocratie ? Dans un discours célèbre, Churchill affirmait que c’était là « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Mais, ajoutait-il aussitôt, « la démocratie n’est pas un lieu où on obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut ».

Si l’on s’accorde pour ne pas changer de système, alors il faut changer LE système.

Mais l’urgence est ailleurs. Déjà insupportables, les inégalités ont explosé avec la pandémie. Confinés dans des logements exigus ou contraints d’affronter les périls, les plus fragiles vivent des jours terriblement difficiles. Et leurs lendemains ne chantent pas. Après la crise sanitaire, ils seront sûrement les premières victimes de l’inévitable catastrophe économique et sociale.

Que faire ?

L’État ne pouvant pas tout, il me paraît impératif d’innover. Comment ? En demandant aux plus grosses fortunes une solidarité envers les plus démunis. Cette idée, juste et légitime, pourrait prendre la forme d’une contribution exceptionnelle, baptisée « Jean Valjean », conçue comme une forme d’assistance à personnes en danger, financée par les patrimoines français de plus de 10 millions d’euros, sans acrobaties, à travers une taxe progressive de 1 % à 5 %, avec une franchise pour les premiers 10 millions d’euros.

À période exceptionnelle, contribution exceptionnelle. Même si j’applaudirais évidemment tout amendement visant à pérenniser cet effort de réduction des inégalités. Après tout, une fois peut devenir coutume.

D’après les économistes que j’ai pris soin de consulter, cette contribution devrait représenter environ 36 à 37 milliards d’euros, qui seront distribués aux quelque 21,4 millions de foyers trop pauvres pour être assujettis à l’impôt sur le revenu.

Compte tenu de l’urgence, l’État assurerait la trésorerie et abonderait marginalement la collecte, leur distribuant sans délai et sans prélèvement, la somme de 2 000 €, à charge pour lui de recouvrer ultérieurement le produit de la contribution « Jean Valjean ».

Même si je ne doute pas un instant que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’occasion ainsi offerte de montrer leur patriotisme et leur générosité, il me paraît prudent que les législateurs mettent en place des sanctions suffisamment dissuasives pour décourager les improbables mauvaises volontés. Je pense ici, surtout, à nos compatriotes domiciliés fiscalement à l’étranger, évidemment conviés à manifester leur solidarité.

Mon rôle n’est évidemment pas d’entrer dans le détail de ces sanctions. Je voudrais néanmoins en proposer une, essentiellement symbolique – car je crois, moi, à la force du symbole : alléger les réfractaires de leurs pesantes décorations (Ordre du mérite ou Légion d’honneur, par exemple) pour leur permettre de gambader librement dans les couloirs des hôpitaux étrangers, voire français, où ils seraient évidemment les bienvenus après avoir refusé de financer notre système de santé national et plus généralement notre service public. En un mot, leur pays.

Bien sûr, je sais que ces précautions seront sans nul doute inutiles, tous ces privilégiés étant bien conscients de ce qu’ils doivent au pays qui les a formés et souvent enrichis. Mais la confiance n’excluant pas la prudence, de telles dispositions ne sauraient nuire.

Après cette mesure d’urgence, il sera temps de nous pencher sur les moyens de réparer notre démocratie. Comment ? On pourra s’étonner que je me pose la question et plus encore que j’essaie d’y répondre. Alors, sans prétendre détenir des solutions – j’ai gardé le sens du ridicule –, je me risque à évoquer quelques pistes de réflexion.

Instituer des contre-pouvoirs. La Constitution de la Ve République avait été taillée sur mesure pour le général de Gaulle. Un costume bien trop grand pour ses récents successeurs. D’autant que, depuis l’instauration du quinquennat, le président dispose toujours, et pendant toute la durée de son mandat, d’une franche majorité au Parlement. Élue en même temps que lui, grâce à lui et sur son programme, l’Assemblée nationale a logiquement la même couleur que l’Élysée et le législatif n’a donc pas vocation à s’opposer à l’exécutif.

Quant au pouvoir judiciaire, son indépendance n’est que théorique, tant il est simple de le contrôler par le jeu des nominations et des promotions. Depuis Montesquieu, qui a théorisé la séparation des pouvoirs (il n’en connaissait que trois, lui), un quatrième s’est imposé : la presse. Problème : neuf milliardaires en possèdent l’immense majorité, on ne s’étonnera donc pas que l’intérêt des puissants soit ménagé dans le traitement de l’information. Impuissante politiquement, la contestation s’exprime là où elle le peut encore, dans la rue et dans les sondages d’opinion.

Responsabiliser les élus. Les élus devront être comptables de leur action devant le peuple dont ils ont obtenu la confiance. Une élection, c’est quoi ? C’est l’histoire d’un mec qui arrive et qui dit : « Faites-moi confiance, voilà ce que je vais faire », et qui, une fois élu, ne le fait pas. À la place, il fait autre chose ou rien. Eh bien non, ça ne peut plus marcher comme ça. En cas de défaillance, il est nécessaire qu’ils puissent être démis de leur fonctions, démocratiquement, c’est-à-dire si une fraction de citoyens le propose et si une majorité d’électeurs l’exige.

Insistons : cette mesure doit s’appliquer à tous les élus, jusqu’au président de la République, qui, en France, ne peut être démis par personne en cours de mandat, ni même être jugé depuis la scandaleuse décision du Conseil constitutionnel sous la présidence du douteux Roland Dumas.

Sanctionner sévèrement les dérives, pour interdire l’alliance mortifère entre les copains et les coquins. Depuis des décennies, aucun élu, même le plus corrompu, ne craint les rigueurs de la loi. Il y a à cela une excellente raison : la prison, c’est pour les autres. Eux pourront toujours solliciter les meilleurs avocats et multiplier les procédures des décennies durant, jusqu’au moment où les juger n’aura plus aucun sens.

D’où une proposition en trois points :

  1. Rendre passible de longues années de prison ferme tout acte de corruption avérée d’un élu. Parce qu’elle menace dangereusement la démocratie, en décourageant le vote notamment, la corruption politique me paraît un crime plus grave qu’un braquage de banque. Excessif ? Je ne pense pas. Enfant, je me souviens que, sur les billets de banque, il était inscrit que « la fabrication de fausse monnaie [était] passible des travaux forcés à perpétuité ». Pas une goutte de sang versée, pourtant, mais une atteinte criminelle au bien commun.
  2. Définir des couloirs judiciaires dédiés, pour éviter qu’on ne juge que des cadavres. L’ensemble des procédures, appel et cassation compris, devra être bouclé dans les 12 mois suivant l’ouverture de l’instruction.
  3. Augmenter fortement la rémunération des hommes et des femmes qui choisiront de servir la collectivité avec compétence, zèle et intégrité. Pourquoi ? Pour avoir les meilleurs. Pour leur éviter la tentation. Et pour rendre inexcusable qu’ils y cèdent.

Constitutionnelles, électorales ou judiciaires, ces propositions de réforme peuvent apparaître éloignées des préoccupations immédiates, en ces temps troublés surtout.

Je les crois pourtant essentielles. Même si elles ne résolvent pas l’ensemble des problèmes auxquels notre époque est confrontée, elles m’apparaissent nécessaires pour rétablir l’indispensable confiance du peuple en ses représentants, enfin comptables de leurs promesses comme de leur action, et responsables de leurs erreurs.

Vincent Lindon.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158201127727317&id=600922316

PROJET D’EXPÉRIMENTATION DÉMOCRATIQUE, Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud – Dernier Mumble de mobilisation : jeudi 7 mai 2020, 20h30

Maxime organise une dernière réunion d’information sur le projet, le jeudi 7 mai 2020 à 20h30.

– pour en savoir plus, Voyez ce billet :
https://www.chouard.org/2020/04/01/projet-dexperimentation-democratique-elaborer-ensemble-le-reglement-interieur-de-nos-prochaines-assemblees-democratiques-avec-maxime-peroud-3eme-mumble-de-mobilisation-9-avril-2020/

Le site du projet, où vous devriez regarder la vidéo de présentation en entier :
https://exp-demo.jimdo.com/

Rappel : c’est un projet important pour tous les démocrates, car il permettra de disposer des fondations nécessaires pour organiser concrètement les citoyens en assemblée délibérante, y compris pendant que nous sommes encore en « démocratie représentative » (oxymore) pour rédiger, dans quelques années, la future Constitution au sein d’une véritable assemblée populaire.

Cette assemblée sera, en quelque sorte, une expérimentation en vraie grandeur de ce que pourrait être une assemblée Constituante.

Mais sans le projet que propose Maxime, nous ne pourrons pas expérimenter cela. Alors intéressez-vous à son travail, et tâchez de l’aider si vous le pouvez, ça en vaut la peine ! Maxime et son équipe ont besoin de renfort et le compte n’y est pas. Trop rares sont les citoyens prêts à consacrer du temps chaque semaine à un projet construit et rigoureux comme celui-ci. C’est pourtant un vrai TRAVAIL nécessaire pour notre avenir.

Cette réunion d’information sera la dernière avant de longs mois car l’équipe est presque au complet (mais pas tout à fait, donc n’hésitez pas à contacter Maxime comme indiqué dans l’événement si vous êtes intéressés par une contribution active au projet). Pensez à regarder la vidéo de présentation en entier avant de vous inscrire !

Maxime m’a demandé de vous préciser que si, parmi les intéressés, certains ont des compétences en développement d’applications web ou/et en architecture informatique, ils seront les bienvenus dans l’équipe (pour travailler avec les autres membres sur le règlement intérieur) ou seulement – selon leur préférence (notamment s’ils manquent de temps) – pour apporter de l’aide à l’équipe au moment des travaux préparatoires sur l’application GESTA qui sera développée sur-mesure pour le projet. Ils ne seront pas sollicités pour le développement lui-même de l’application car ce développement sera confié à un freelance qui sera choisi par Maxime dans quelques mois.

Le lien Facebook vers l’événement :
https://www.facebook.com/events/1090829191291686/

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158163638432317

Au Danemark, pas d’aide financière pour les entreprises avec dividendes ou paradis fiscaux

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux

« En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

Ce weekend, le gouvernement danois a décidé de prolonger ses programmes d’aide aux entreprises et aux travailleurs pour augmenter l’enveloppe d’environ 100 milliards de couronnes, soit 9 milliards d’euros. L’Etat danois a décidé d’exclure de cette aide financière toutes les entreprises qui versent des dividendes ou étant enregistrées dans des paradis fiscaux. Une contrainte économique avant-gardiste sur la scène internationale.

Dans un communiqué publié dimanche, le gouvernement du Danemark et tous les groupes d’opposition ont décidé de prolonger jusqu’au 8 juillet le programme d’aide financière accordé aux entreprises et aux travailleurs pour éviter les licenciements et les faillites.

Parmi les mesures annoncées, les petites et moyennes entreprises pourront désormais récupérer certains paiements de TVA qu’elles ont effectués l’année dernière sous forme de prêts à taux zéro, et les charges sociales seront remboursées à certains secteurs d’activité.

Côté travailleurs, le gouvernement s’engage à destiner un fonds pour renforcer et maintenir les emplois danois, tandis que les droits au chômage et aux indemnités de maladie vont être prolongés. Mais la mesure qui détonne le plus, c’est le conditionnement des aides publiques.

« Les demandeurs, comme condition pour recevoir une indemnisation pour la période prolongée, doivent déclarer par la foi et les lois que les sociétés ne paieront pas de dividendes ou ne rachèteront pas d’actions pour les exercices 2020 et 2021. (…) Les entreprises basées dans des paradis fiscaux, conformément aux lignes directrices de l’UE, ne peuvent pas recevoir de compensation financière.«  a ainsi déclaré le gouvernement

En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

Dans le même temps, en France, l’Assemblée Nationale a voté favorablement à un plan de 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises « stratégiques » comme Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec. Sans leur demander aucune contrepartie écologique et sociale en échange, suite au rejet du seul amendement qui aurait pu rétablir l’équilibre.

Le projet de loi de finances rectificative 2020 qui a été adopté par l’Assemblée Nationale vendredi soir doit maintenant passer devant le Sénat mardi 21 avril. La politique économique sociale avant-gardiste du Danemark va-t-elle faire écho auprès de nos sénateurs ? pas sûr…

20 avril 2020 – Laurie Debove.

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux


Mon commentaire :

Les actionnaires sont une classe oisive, parasitaire, des ennemis de l’Humanité qui vont bientôt tous nous faire crever (pour toujours gagner davantage sans jamais travailler), de la même façon qu’un ver solitaire tue la bête qu’il ponctionne à mort, stupide au point de crever lui-même avec sa victime…

Nous devrions supprimer la possibilité même de verser des dividendes. Nous devrions même supprimer la forme juridique des sociétés par actions.

On va nous objecter : « Sans actions ni dividendes, comment attirerez-vous les capitaux pour investir ? »

Nous répondrons : NOUS N’AVONS PAS BESOIN DE L’ARGENT DES RICHES POUR INVESTIR : nous pouvons financer l’investissement par une cotisation sociale (à une Caisse sociale des investissements, créée pour ça), exactement comme nous avons construit tout notre système de soins hospitaliers avec des cotisations sur nos salaires versées à des caisses d’assurance maladie qui ont intégralement financé aussi bien les investissements que le fonctionnement des hôpitaux, sans emprunter un sou ni verser un centime d’intérêts aux marchés financiers.

Écoutez et lisez Bernard Friot, et aidez le Réseau Salariat.

Les actionnaires sont un cancer, non nécessaires.

Pour survivre, il va bien falloir nous occuper personnellement de cette menace mortelle.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158137101482317

CRISE SANITAIRE-ÉCONOMIQUE-DÉMOCRATIQUE / CRÉATION MONÉTAIRE – Entretien avec É. CHOUARD & Charles-Henri GALLOIS


J’aime bien Charles-Henri Gallois, il vient d’écrire un bon bouquin sur la prétendue « Union européenne », je vous le recommande.

https://www.fauves-editions.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=150

Nous nous sommes un peu parlé, il y a deux jours, à propos :
1) de « la crise sanitaire » (qui peut être vue surtout comme une crise des libertés publiques, sous prétexte de terreur)
et 2) de la création monétaire une fois sortis de l’UE.
J’apprécie le travail de ce jeune homme, que je trouve très pointu et pertinent sur l’UE, même si, clairement, on n’est pas d’accord du tout (pour l’instant) sur les enjeux monétaires :)
Voici l’enregistrement de l’échange, réalisé par les militants de l’UPR :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158132768832317

CRISE SANITAIRE-ÉCONOMIQUE-DÉMOCRATIQUE / CRÉATION MONÉTAIRE – Entretien avec É. CHOUARD & Charles-Henri GALLOIS

J’aime bien Charles-Henri Gallois, il vient d’écrire un bon bouquin sur la prétendue « Union européenne », je vous le recommande.


https://www.fauves-editions.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=150

Nous nous sommes un peu parlé, il y a deux jours, à propos :
1) de « la crise sanitaire » (qui peut être vue surtout comme une crise des libertés publiques, sous prétexte de terreur)
et 2) de la création monétaire une fois sortis de l’UE.

J’apprécie le travail de ce jeune homme, que je trouve très pointu et pertinent sur l’UE, même si, clairement, on n’est pas d’accord du tout (pour l’instant) sur les enjeux monétaires :)

Voici l’enregistrement de l’échange, réalisé par les militants de l’UPR :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158132768832317

Deuxième live avec Bascar : Quelle(s) stratégie(s) pour une « gouvernance liquide » ?

L’échange de la semaine dernière ayant paru intéressant, on a décidé de recommencer cette semaine (demain soir) :)

Je ne sais pas d’où sort ce titre ni ce que ça va donner, mais j’aime autant vous prévenir que les deux mots « gouvernance » et « liquide » allument tous mes warnings :)

Le lien du live (et du replay) :

Bonne nuit.

Étienne.

Fil Facebook corrspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158119559502317

Le caractère chinois fă 法, « loi » / Peinture de Bernard d’Agesci (1757-1828), La justice, musée de Niort. • Crédits : Wikicommons

Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation », met en valeur l’approche transnationale et trans-disciplinaires des questions posées par la mondialisation et la révolution numérique, qui bouleversent toutes deux nos sociétés et nos institutions. Aussi, nous propose-t-il dans le cadre de sa série consacrée au passage du « gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres », de se pencher sur l’École des lois dans la culture juridique chinoise.

« Penser un ordre en termes de loi n’a en effet rien d’universel« , explique-t-il. Dans de nombreuses sociétés, c’est l’observance de rituels qui assure le bon ordre et non l’obéissance à des lois.

Le juriste ouvre sur l’exemple des « difficultés de traductions rencontrées dans de nombreuses langues africaines pour incorporer cette notion de loi, arrivée avec la colonisation ».

Si le cas chinois est particulièrement intéressant, souligne-t-il encore, c’est parce que « les institutions impériales sont nées d’un conflit, puis d’une combinaison du ritualisme et du légalisme« .

« Cette symbiose est à l’œuvre dans de nombreux traités classiques chinois sur l’art du gouverner, qui se sont efforcés de tempérer par le ritualisme la dimension proprement totalitaire du légisme. Et aujourd’hui encore, le légisme continue de percer sous le vernis confucianiste qui enduit l’économie socialiste de marché de la République populaire de Chine« .

La pratique de l’analyse juridique d’Alain Supiot, son approche qui mêle longue durée, comparatisme et interdisciplinarité, invitent à ouvrir le regard. Son cours a été publié chez Fayard, sous le titre La Gouvernance par les nombres. En ouverture du chapitre, qui présente les « Autres points de vue sur les lois« , il remarque :

« chaque civilisation prête spontanément à ses catégories de pensée une universalité qu’elles n’ont pas. Les Occidentaux y sont d’autant plus enclins que, grâce à leurs techno-sciences, ils ont dominé depuis trois siècles le reste du monde. Cette période est en train de se clore, il leur faut désormais compter avec d’autres manières de concevoir l’organisation des sociétés humaines. » (p.81)

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, pour le cours d’Alain Supiot , le 28 février 2013 : « Autres points de vue sur la loi, ritualisme et légalisme »

Source : France culture,
https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-la-gouvernance-par-les-3
et
https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-la-gouvernance-par-les-4

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158078963807317

Alain Supiot : DU GOUVERNEMENT PAR LES LOIS À LA GOUVERNANCE PAR LES NOMBRES #3 L’essence des lois, le nomos grec et la lex dans le droit romain

La troisième leçon d’Alain Supiot sur la gouvernance par les nombres s’intitule « L’essence des lois, le nomos grec et la lex dans le droit romain ».

Vous verrez qu’il est très utile de rappeler les fondements de notre ordre juridique traditionnel pour comprendre en profondeur la révolution catastrophique (en cours) du néolibéralisme, et donc de l’Union européenne, avec leur idéologie utilitariste, scientiste et gestionnaire.

Voici la présentation de Merryl Moneghetti :

Pourquoi Aristote a-t-il récusé l’assimilation de l’art législatif à 1 technique de gouvernement ? Pourquoi l’idée selon laquelle l’autorité des lois dépend de leur stabilité a-t-elle couru jusqu’à nous ? Alain Supiot revient sur l’apport des Grecs anciens sur l’idée de loi & le legs romain juridique.

Aristote par Lysippe, copie romaine (période impériale) d'un bronze, Musée du Louvre / Artgate Fondazione Cariplo - Allegoria della Giustizia, par Canova, 1792, Corpus iuris civilisAristote par Lysippe, copie romaine (période impériale) d’un bronze, Musée du Louvre / Artgate Fondazione Cariplo – Allegoria della Giustizia, par Canova, 1792, Corpus iuris civilis • Crédits : Wikicommons : E. Gaba (Aristote), Artgate Fondazione (Allégorie)

« La conception du droit, vidée de toute interrogation politique ou philosophique est-elle un héritage du droit romain » ? Comment « devenue technique de gouvernement, avec les Romains, la loi est-elle susceptible de servir aussi bien une monarchie, une oligarchie qu’une démocratie ».

Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », fondateur en 2008 de l’Institut d’études avancées de Nantes, dont il préside aujourd’hui le comité stratégique, interroge l’apport grec de notre idée de la loi et la matrice juridique romaine de notre culture dans le cadre de sa grande série de cours sur les changements qui nous font passer « Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres ».

De l’ « englobement de la lex par le ius » naît le droit romain, rappelle Alain Supiot et un paradigme institutionnel promis à une extraordinaire carrière :

« un ordre juridique qui tout à la fois s’impose aux gouvernants et il est un instrument de leur pouvoir. Cet ordre s’impose à eux car il autonomise la forme juridique et investit les gouvernés de droits individuels opposables. Et il est un instrument de leur pouvoir, car, à la différence de la loi religieuse ou scientifique, la loi civile donne force normative à la volonté humaine et peut être modelée et transformée par elle. »

Revenant sur le legs antique, dans une tribune donnée auFigaro le 7 novembre 2016, sur le « granddélitement de la démocratie » Alain Supiot rappelle :

« La démocratie est un cadre institutionnel fragile qui, faisant crédit à la valeur de la parole, nous permet de confronter durement nos opinions sans en venir aux coups.

« Mais c’est un régime qui ne peut survivre durablement , écrit-il qu’à deux conditions, repérées depuis l’Antiquité : d’une part des citoyens que ne divisent pas de trop grands écarts de richesse et rendus capables de se hisser à la considération de l’intérêt général au-delà de leurs passions et intérêts particuliers ; et d’autre part des gouvernants issus de leurs rangs, qui ne se considèrent pas comme les maîtres des hommes, mais comme les serviteurs des lois. »

Revenant sur la crise actuelle, il conclut,

Cela permet aussi de comprendre pourquoi il est dangereux de ne tenir compte des scrutins que lorsqu’on les gagne : le discrédit qui en résulte sape les bases mêmes de la démocratie, encourage la quête de l’homme fort et ouvre les vannes de la violence. »

Cela posé, questionnonsle nomos grec et la lex dans le droit romain, pour la première partie que consacre Alain Supiot, à « L’essence de la loi dans la tradition juridique occidentale », le 14 février 2013. A cette première heure tournée vers l’antiquité succédera une deuxième partie sur la révolution grégorienne et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France.

Source : France culture, https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-la-gouvernance-par-les-2

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158068315047317

[Mémoire des luttes] Sur notre (effrayante) vulnérabilité aux bobards, voyez ceci (d’Octave Mirbeau et qui date de 1901) : IL SUFFIT DE PROMETTRE pour nous tromper impunément au dernier degré

Les paysans passent, d’ordinaire, pour être malins et rusés ; les candidats, très souvent, pour être stupides. On a écrit là-dessus des romans, des comédies, des traités de science sociale, des statistiques qui, tous, ont confirmé ces deux vérités. Or, il arrive que ce sont les candidats stupides qui, toujours, roulent les paysans malins. Ils ont, pour cela, un moyen infaillible qui ne demande aucune intelligence, aucune étude préparatoire, aucune qualité personnelle, rien de ce qu’on exige du plus humble employé, du plus gâteux serviteur de l’État. Le moyen est tout entier dans ce mot : promettre… Pour réussir, le candidat n’a pas autre chose à faire qu’à exploiter – exploiter à coup sûr – la plus persistante, la plus obstinée, la plus inarrachable manie des hommes : l’espérance. Par l’espérance, il s’adresse aux sources mêmes de la vie ; l’intérêt, les passions, les vices.

On peut poser en principe absolu l’axiome suivant : « Est nécessairement élu le candidat qui, durant une période électorale, aura le plus promis et le plus de choses, quelles que soient ses opinions, à quelque parti qu’il appartienne, ces opinions et ce parti fussent-ils diamétralement opposés à ceux des électeurs. » Cette opération que les arracheurs de dents pratiquent journellement sur les places publiques, avec moins d’éclat, il est vrai, et plus de retenue, s’appelle pour le mandant : dicter sa volonté, pour le mandataire : écouter les vœux des populations… Pour les journaux, cela prend des noms encore plus nobles et sonores… Et tel est le merveilleux mécanisme des sociétés politiques que voilà déjà plusieurs milliers d’années que les vœux sont toujours écoutés, jamais entendus, et que la machine tourne, tourne, sans la plus petite fêlure à ses engrenages, sans le moindre arrêt dans sa marche. Tout le monde est content, et cela va très bien comme cela va.

Ce qu’il y a d’admirable dans le fonctionnement du suffrage universel, c’est que le peuple, étant souverain et n’ayant point de maître au-dessus de lui, on peut lui promettre des bienfaits dont il ne jouira jamais, et ne jamais tenir des promesses qu’il n’est point, d’ailleurs, au pouvoir de quelqu’un de réaliser. Même il vaut mieux ne jamais tenir une promesse, pour la raison électorale et suprêmement humaine qu’on s’attache de la sorte, inaliénablement, les électeurs, lesquels, toute leur vie, courront après ces promesses, comme les joueurs après leur argent, les amoureux après leur souffrance. Électeurs ou non, nous sommes tous ainsi… Les désirs satisfaits n’ont plus de joies pour nous… Et nous n’aimons rien autant que le rêve, qui est l’éternelle et vaine aspiration vers un bien que nous savons inétreignable.

L’important, dans une élection, est donc de promettre beaucoup, de promettre immensément, de promettre plus que les autres. Plus les promesses sont irréalisables et plus solidement ancré dans la confiance publique sera celui qui les aura faites. Le paysan veut bien donner sa voix, c’est-à-dire aliéner ses préférences, sa liberté, son épargne entre les mains du premier imbécile ou du premier bandit venu ; encore exige-t-il que les promesses qu’il reçoit, en échange de tout cela, en vaillent la peine… Il en réclame pour sa confiance, éternelle comme son destin de dupé.

« Que veut le paysan ? me disait, un jour, un député, en veine de franchise. Il veut des promesses, voilà tout. Il les veut énormes, déraisonnables, et en même temps claires… Il ne demande pas qu’on les réalise, sa voracité bien connue ne va pas jusque-là ; il exige seulement de les comprendre. Il est heureux si elles ont trait à sa vache, à son champ, à sa maison. Et s’il peut en parler, le soir, à la veillée, le dimanche, devant le porche de l’église ou au cabaret, comme d’une chose qui pourrait arriver et n’arrivera jamais, il se tient pour satisfait. On peut alors l’écraser d’impôts, doubler les charges qui pèsent sur lui… Lui, sourit d’un air fin, et à chaque contribution nouvelle, à chaque nouvelle tracasserie administrative, il se dit : « C’est bon… c’est bon… allez toujours… J’avons un député qui fera cesser, bientôt, tous ces micmacs. Il l’a promis ! » »

Octave Mirbeau, Les 21 jours d’un neurasthéniques, 1901.

—-

NB : en 1901, nous étions presque tous paysans.
PS : Si vous pensez que cette analyse ne concerne que les agriculteurs… vous avez raté un truc important : relisez en remplaçant paysan par électeur.
Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10158063502047317&set=a.10150279445907317&type=3&theater

PROJET D’EXPÉRIMENTATION DÉMOCRATIQUE, Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud – 3ème Mumble de mobilisation  : 9 avril 2020

Maxime a encore besoin de volontaires :)

Rappel du projet : https://www.chouard.org/2020/03/16/projet-dexperimentation-democratique-elaborer-ensemble-le-reglement-interieur-de-nos-prochaines-assemblees-democratiques-avec-maxime-peroud-2eme-mumble-de-mobilisation/


https://exp-demo.jimdo.com/

On reste concentrés sur l’essentiel : penser nous-mêmes aux institutions de notre souveraineté.

Étienne.


« Appel au peuple » de Maxime :

Mumble d’information sur le projet en cours
le jeudi 9 avril à 20h30
pour compléter l’équipe actuelle.
———————————————————
IMPORTANT : LIRE ATTENTIVEMENT
CE QUI SUIT AVANT DE S’INSCRIRE
À CET ÉVÉNEMENT
———————————————————

Nous sommes en train de mener un projet expérimental qui consistera, une fois que tout sera prêt, à simuler le fonctionnement d’une assemblée démocratique et, dans le même temps, à établir son règlement intérieur, seul document sur lequel ces débats parlementaires vont porter.

Actuellement, nous cherchons à renforcer l’équipe avec 5 à 10 coéquipiers très motivés. Et le compte n’y est pas encore.

Ce grand projet a commencé en fin mars 2018 et nous en sommes à la phase de préparation qui consiste à mettre au point ce qui va être nécessaire pour démarrer les travaux de cette assemblée, à savoir une première version (V1) du règlement intérieur et un outil collaboratif de gestion d’assemblée (GESTA).

Tous les travaux se font uniquement à distance afin de pouvoir rassembler des volontaires de toutes régions. Nos réunions, comme les futures séances parlementaires, se font et se feront avec l’outil Mumble.

Le règlement intérieur qui sera mis au point (de même niveau de professionnalisme qu’un règlement intérieur de l’Assemblée Nationale actuelle par exemple) pourra servir à tous les groupes de plusieurs dizaines voire centaines de citoyens qui voudront élaborer des textes complexes d’une manière parfaitement démocratique en assemblée délibérante.

Le projet est présenté en détail dans une longue vidéo (de près de 2h15 !) qui est une nouvelle version de la vidéo réalisée lors du précédent appel à volontaires de 2017 et qui avait été très appréciée. Vous trouverez cette vidéo dans la page VIDEO du site dédié au projet : https://exp-demo.jimdofree.com/

Après avoir visionné cette vidéo – et seulement après et si vous êtes tenté(e) de rejoindre l’équipe ! – vous pourrez vous inscrire à cette réunion d’information sur Mumble afin de pouvoir nous poser toutes vos questions au sujet du projet. L’aventure promet d’être passionnante mais aussi exigeante (pas mal de nos anciens coéquipiers n’ont pas pu suivre ou réellement contribuer aux travaux).

Voici donc les 3 étapes à suivre (obligatoires toutes les trois) pour participer à cette réunion :

1) Regarder entièrement cette vidéo, de préférence en prenant des notes (notamment pour noter vos questions !)

2) S’inscrire à cette réunion d’information en cliquant sur « j’y vais » dans cet événement.

3) Laisser dès que possible (et plus de 2 jours avant ce Mumble d’information) votre adresse mail en écrivant un message sur la page contact du site dédié au projet (www.exp-demo.jimdo.com), afin que, au moins deux jours avant la réunion, je puisse vous indiquer par mail la marche à suivre pour participer à ce Mumble. Votre message arrive directement dans ma boîte mail (Maxime Péroud). Pensez à préciser aussi votre « nom » sur FB et ce qui vous intéresse dans ce projet. Dans le mailing aux participants à ce Mumble, les adresses des destinataires seront en copie cachée.

Merci et à bientôt !

Maxime Péroud.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158062837282317

Alain Supiot : DU GOUVERNEMENT PAR LES LOIS À LA GOUVERNANCE PAR LES NOMBRES #2 En quête de la machine à gouverner

La deuxième leçon d’Alain Supiot sur la gouvernance par les nombres s’intitule « En quête de la machine à gouverner » :

Voici la présentation de Merryl Moneghetti (dont je trouve toutes les synthèses remarquables) :

« Pourquoi dans le contexte de la globalisation, faut-il s’interroger sur la diversité de sens de la notion de gouvernement ? Pourquoi l’Etat social est-il une catégorie à requestionner ? Pourquoi la quête de la « machine à gouverner » et pourquoi cette machine n’est-elle plus régie par des lois ?

Couverture du Léviathan de Thomas Hobbes en 1651 / "L'écrivain", automate de Pierre Jacquet-Droz, 1774 (A. Supiot reprend le détail du mécanisme dans "La Gouvernance par les nombres"Fayard, p 37)Couverture du Léviathan de Thomas Hobbes en 1651 / « L’écrivain », automate de Pierre Jacquet-Droz, 1774 (A. Supiot reprend le détail du mécanisme dans « La Gouvernance par les nombres »Fayard, p 37) Crédits : Wikicommons / Musée d’art et d’histoire, Neuchâtel

Quel est ce besoin vital de se mettre en scène pour tout gouvernement, qu’il soit un Etat ou une entreprise ? Que veut dire le mot « représenter » en droit du travail ? Comment la loi peut-elle perdre sa « souveraineté pour se faire l’instrument de la réalisation d’un programme dans l’imaginaire cybernétique ?

Nous poursuivons en compagnie du juriste Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », fondateur en 2008 del‘Institut d’études avancées de Nantes, sa série de cours intitulée, « Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres ».

Dans la présentation de ce cours pour le Collège de France, Alain Supiot souligne :

« Derrière le glissement sémantique du « gouvernement » à la « gouvernance », c’est une nouvelle façon de diriger les hommes que donne à voir l’analyse juridique. La raison du pouvoir n’est plus recherchée dans une instance souveraine transcendant la société, mais dans des normes témoignant de son bon fonctionnement. »

Cette semaine, Alain Supiot explore le gouvernement par les lois sur la longue durée (de l’Antiquité à aujourd’hui) et il interroge le rapport aux lois d’autres cultures. Il indique ainsi reprenant les travaux de l’ethnobotaniste André Haudricourt :

« A la métaphore du berger ou du timonier – de celui qui conduit les hommes avec un bâton, en exerçant sur eux une action directe – s’oppose dans les pays à dominante horticole celle du jardinier, qui agit indirectement en créant les conditions les plus favorables à l’éclosion du génie propre de chaque espèce de plante ».

Alain Supiot suit l’évolution de la « machine à gouverner imaginée par Hobbes »,

« calquée sur le modèle de l’automate et régie par des lois inflexibles du même types que l’astrophysique » vers son modèle cybernétique.

Dans une interview donnée au magazine, L’Usine Nouvelle en 2015, Alain Supiot résumait :

« Comme souvent, le changement d’imaginaire a commencé dans l’ordre juridique avant de s’exprimer au plan scientifique et technique. La perte de la foi dans l’existence d’un souverain législateur date du XIXe siècle et de la première crise de légitimité de l’État. C’est cette crise qui a donné naissance à l’État social, mais aussi aux expériences totalitaires du XXe siècle qui ont cherché dans la science les « vraies lois » devant régir l’humanité. Au plan scientifique et technique ce sont dès les années 30, de grandes découvertes mathématiques, puis l’invention de la machine de Turing et les débuts de l’informatique, qui marquent ce passage à l’imaginaire cybernétique (…) Trois concepts jouent un rôle essentiel dans cette nouvelle vision de l’homme et du monde : le programme, le feedback (aujourd’hui nous dirions la « réactivité ») et la performance. « L’homme machine » des XVII-XVIIIe siècles disparaît, ou plus exactement, il se métamorphose en « machine intelligente », machine programmable par des objectifs chiffrés (…) Le fantasme aujourd’hui poursuivi est celui d’une mise en pilotage automatique des affaires humaines. »

Alors, comment l’Europe pense-t-elle le gouvernement des hommes ? Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, pour le cours d’Alain Supiot, le 7 février 2013, « En quête de la machine à gouverner ».


Pour prolonger :

Les ressources en ligne autour d’Alain Supiot : bibliographie, conférences et entretiens, les résumés annuels des cours…

La leçon inaugurale d’Alain Supiot, « Grandeur et misère de l’État social » sur France Culture et auCollège de France(lien vers le fichier vidéo).

Alain Supiot, La Gouvernance par les lois, Fayard, 2015, Collection « Poids et Mesures du monde »

Alain Supiot, La Gouvernance par les nombresAlain Supiot, La Gouvernance par les nombres • Crédits : Fayard

Le musée d’art et d’histoire de Neuchâtel présente sur son site des photos des automates de l’horloger, Pierre Jaquet-Droz avec un commentaire sur les oeuvre et les mécanismes. « Les automates sont exposés et accessibles au public toute l’année et fonctionnent en démonstrations le premier dimanche du mois ou encore sur réservation »…

Alain Supiot au Collège de France en entretien :

Présentation de l’Institut d’études avancées Nantes

Voir tous les épisodes

DANS LA MÊME SÉRIE

Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres (3/12) : L'essence des lois, le nomos grec et la lex dans le droit romain

Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres (4/12) : L'essence de la loi dans la tradition juridique occidentale

Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres (5/12) : Ritualisme et légalisme

Alain Supiot, Grandeur et misère de l'Etat social

Grandeur et misère de l’Etat social
Alain Supiot
Fayard, 2013

La Gouvernance par les nombres

La Gouvernance par les nombres

Alain Supiot Fayard, 2015

"Le droit du travail" (PUF, 2019)

Le droit du travail
Alain Supiot
PUF – Que sais-je ?, 2019

L'esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total

L’esprit de Philadelphie : la justice sociale face au marché total
 Alain Supiot
Seuil, 2010

Source : France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-la-gouvernance-par-les-1

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158060376367317

« Devant nous s’étend la terre des pauvres, dont les richesses appartiennent exclusivement aux riches… » par Antoine Volodine (Des anges mineurs, 1999)

« Devant nous s’étend la terre des pauvres, dont les richesses appartiennent exclusivement aux riches, une planète de terre écorchée, de forêts saignées à cendre, une planète d’ordures, un champ d’ordures, des océans que seuls les riches traversent, des déserts pollués par les jouets et les erreurs des riches, nous avons devant nous les villes dont les multinationales mafieuses possèdent les clés, les cirques dont les riches contrôlent les pitres, les télévisions conçues pour leur distraction et notre assoupissement, nous avons devant nous leurs grands hommes juchés sur leur grandeur qui est toujours un tonneau de sanglante sueur que les pauvres ont versée ou verseront, nous avons devant nous les brillantes vedettes et les célébrités doctorales dont pas une des opinions émises, dont pas une des dissidences spectaculaires n’entre en contradiction avec la stratégie à long terme des riches, nous avons devant nous leurs valeurs démocratiques conçues pour leur propre renouvellement éternel et pour notre éternelle torpeur, nous avons devant nous les machines démocratiques qui leur obéissent au doigt et à l’œil et interdisent aux pauvres toute victoire significative, nous avons devant nous les cibles qu’ils nous désignent pour nos haines, toujours d’une façon subtile, avec une intelligence qui dépasse notre entendement de pauvres et avec un art du double langage qui annihile notre culture de pauvres, nous avons devant nous leur lutte contre la pauvreté, leurs programmes d’assistance aux industries des pauvres, leur programmes d’urgence et de sauvetage, nous avons devant nous leurs distributions gratuites de dollars pour que nous restions pauvres et eux riches, leurs théories économiques méprisantes et leur morale de l’effort et leur promesse pour plus tard d’une richesse universelle, pour dans vingt générations ou dans vingt mille ans, nous avons devant nous leurs organisations omniprésentes et leurs agents d’influence, leurs propagandistes spontanés, leurs innombrables médias, leurs chefs de famille scrupuleusement attachés aux principes les plus lumineux de la justice sociale, pour peu que leurs enfants aient une place garantie du bon côté de la balance, nous avons devant nous un cynisme tellement bien huilé que le seul fait d’y faire allusion, même pas d’en démonter les mécanismes, mais d’y faire simplement allusion, renvoie dans une marginalité indistincte, proche de la folie et loin de tout tambour et de tout soutien, je suis devant cela, en terrain découvert, exposée aux insultes et criminalisé à cause de mon discours, nous sommes en face de cela qui devrait donner naissance à une tempête généralisée, à un mouvement jusqu’au-boutiste et impitoyable et de reconstruction selon nos règles, loin de toutes les logiques religieuses ou financières des riches et en dehors de leurs philosophies politiques et sans prendre garde aux clameurs de leurs ultimes chiens de garde, nous sommes devant cela depuis des centaines d’années et nous n’avons toujours pas compris comment faire pour que l’idée de l’insurrection égalitaire visite en même temps, à la même date, les milliards de pauvres qu’elle n’a pas visités encore, et pour qu’elle s’y enracine et pour qu’enfin elle y fleurisse. Trouvons donc comment le faire, et faisons-le. »

Antoine Volodine, Des anges mineurs


Mon commentaire :

Contre les riches esclavagistes, et plus largement contre toutes les formes de tyrannie, je défends la solution politique radicale et universelle du TIRAGE AU SORT.

Impartial et incorruptible, le tirage au sort des représentants politiques — et de leurs contrôleurs — permet de DÉSYNCHRONISER, forcément, durablement, mécaniquement, la puissance politique de la puissance économique : avec le tirage au sort, les riches, peu nombreux, ne peuvent jamais contrôler le pouvoir politique, alors que les pauvres, plus nombreux, peuvent toujours exercer le pouvoir politique et faire ainsi valoir les droits de la multitude.

L’élection est un piège aristocratique, qui se prétend fallacieusement démocratique, alors que, toujours et partout, l’élection permet aux riches du moment d’acheter le pouvoir politique.

L’élection est l’outil même de la dépossession politique des citoyens. L’élection est la procédure qui rend possible — et invulnérable — le capitalisme.

Pas de justice sans démocratie.
Pas de démocratie sans tirage au sort.
Pas de tirage au sort sans citoyens constituants.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158057231382317

Alain Supiot : DU GOUVERNEMENT PAR LES LOIS À LA GOUVERNANCE PAR LES NOMBRES : 12 leçons fondamentales retransmises à nouveau sur France Culture

Chers amis,

France Culture rediffuse à partir d’aujourd’hui les 12 formidables et essentielles leçons qu’Alain Supiot a données au Collège de France en 2013 sur la gouvernance par les nombres.

Les douze cours sont déjà tous disponibles sur le site de France Culture, mais c’est autre chose de les entendre à la radio : il y a un côté « communion » (on écoute tous ensemble), et aussi un côté « il faut rester bien concentré pour ne rien rater », qui n’appartiennent qu’à la radio :)

J’ai déjà écouté de nombreuses fois toutes ces conférences, en auto ou en vélo, j’en raffole, je ne m’en lasse pas. C’est à partir du n°3, et encore plus du n°6, que l’intérêt de ces cours devient incandescent.

Bien amicalement.

Étienne.


Ce lundi 30 mars, c’est la première leçon (plus théorique et générale que les suivantes) :

Épisode 1 : Du gouvernement des hommes : de l’imaginaire horloger à l’ordinateur

https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-a-la-gouvernance-par-les-nombres-112-du-gouvernement-des-hommes-de

Merryl Moneghetti introduit la leçon : Comment l’analyse juridique peut-elle contribuer à éclairer les transformations de nos sociétés, travaillées par la globalisation, la révolution numérique et le passage, selon sa formule du « gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres » ? s’interroge le juriste Alain Supiot.

Extrait du film "Metropolis" de Fritz Lang, la séquence dans l'usine, associée à un gros plan d'une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d'un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ».
Extrait du film « Metropolis » de Fritz Lang, la séquence dans l’usine, associée à un gros plan d’une main analysant les données boursières sur un écran. A. Supiot analyse la mise en place d’un « ordre normatif entièrement régi par le calcul ». Crédits : UFA/Jesada Wongsa/EyeEm/Getty/Moneghetti

Dans l’actualité de la profonde remise en question de l’économie de marché et de l’approche budgétaire des domaines sensibles que sont la santé, la culture, et les services publics…, nous vous proposons  la rediffusion de la série d’Alain Supiot « Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres(1re diffusion en janvier 2017).

Les années 2015-2020 sont marquées par des sanglants attentats et les ondes de choc du terrible conflit syrien, par l’ébranlement du Brexit et les secousses de l’élection de Donald Trump, à la tête des Etats-Unis, et plus récemment le mouvement des gilets jaunes et les grandes grèves en France et aujourd’hui par une terrible pandémie qui nécessite le confinement de la plus grande partie de la population et le ralentissement, voire la mise à l’arrêt de pans entiers de l’économie mondiale. La« gouvernance par les nombres », cet l’idéal des « objectifs mesurables », de la statistique, de l’algorithme qui numérise tout et pourrait tout maîtriser… cet idéal serait-il bousculé par un retour de bâton de l’imprévisible ?

Alain Supiot, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », fondateur en 2008 de l’Institut d’études avancées de Nantes, dont il préside aujourd’hui le comité stratégique, s’attache dans son approche transdiciplinaire et transnationale à rendre sa juste place  à cet imprévisible qui fait notre monde. Il montre quel parti nous pouvons tirer de l’analyse juridique dans la longue durée et dans une approche comparative. La série de cours que vous allez pouvoir suivre a fait l’objet d’un stimulant ouvrage, intitulé « La gouvernance par les nombres » chez Fayard, en 2015 (la publication en poche est prévue pour le printemps 2020). Cet ouvrage essentiel est publié dans la collection, joliment nommée « Poids et mesures du monde ».Alain Supiot la définit comme

« ouverte à des auteurs de tous les continents, qui ont en commun de considérer la diversité des systèmes de pensée, non pas comme un reste d’irrationalité dans un monde destiné à devenir uniforme, transparent et gérable, mais comme un support indispensable à l’institution de la raison, dans un monde destiné à demeurer divers et imprévisible ».

Et c’est dans cet esprit qu’il ouvre ce matin sur la part indémontrable des sociétés, son « armature dogmatique », les systèmes de croyances, le fameux imaginaire collectif.

D’élections en élections,  marquées ces dernières années par les populistes qui battent campagne, la mondialisation  se trouve fortement questionnée, tandis que « l’ubérisation » et l’influence plus ou moins réfléchie des réseaux sociaux, voire les dérives numériques (les craintes de piratages, l’épineux enjeu de la protection des données personnelles…) sont redoutées.

Alain Supiot remet bien des questions en perspective et retourne quelques idées reçues.

En 2008, dans une note pour le think tank, Notre Europe, il avertissait déjà :

« On aurait tort de ne pas prendre au sérieux ce que les dirigeants chinois appellent aujourd’hui« l’économie communiste de marché », car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Nos notions de communisme, d’économie de marché ou de démocratie ne nous permettent en effet ni de comprendre la singularité des voies empruntées aujourd’hui par la Russie ou la Chine, ni de voir en quoi ces pays sont à l’avant-garde de tendances plus générales du nouveau capitalisme mondial. Elles ne sont pas davantage en mesure d’éclairer le « déficit démocratique » de l’Europe, ni l’effacement dans les pays occidentaux du politique au profit de la « gouvernance » à base d’indicateurs chiffrés et autres techniques de benchmarking.« 

Nous voici au cœur des enjeux.

Alors comment est-on passé d’un imaginaire qui s’est donné comme « objet fétiche » l’horloge à « l’imaginaire cybernétique » ?

Nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, le 31 janvier 2013,  pour le cours d’introduction d’Alain Supiot àsa série intitulée « Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres » :

PS : parmi tous les livres d’Alain Supiot, que j’aime tous lire, je vous recommande particulièrement ces deux-là, ce sont des bijoux :


https://www.fayard.fr/sciences-humaines/la-gouvernance-par-les-nombres-9782213681092


http://www.seuil.com/ouvrage/l-esprit-de-philadelphie-alain-supiot/9782020991032

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158056042107317

Une action en justice est lancée par des citoyens et avocats en soutien aux 600 médecins ayant porté plainte contre le gouverne-ment : http://plaintecovid.fr

Ça bouge côté citoyens : une action en justice est lancée par des citoyens et avocats en soutien aux 600 médecins ayant porté plainte contre le gouverne-ment : http://plaintecovid.fr

15 000 plaintes déposées en 24 h…

Citoyen, te laisse pas faire ! La politique c'est ton affaire !

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10158047746472317&set=a.10150279445907317&type=3&theater

[Passionnant et important] Didier Sicard : « Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19 »

Article passionnant et important, de Didier Sicard sur France culture, signalé par Juan.

Cette analyse recoupe en de nombreux points nos recherches des racines profondes (la cause des causes) des crimes odieux du prétendu « néolibéralisme », gouvernance par les nombres formidablement décrite par Alain Supiot, scientisme irresponsable et assassin qu’on retrouve chez les nazis, chez les soviétiques, et chez… les Unioneuropéistes.

Donner le pouvoir à des comptables (des gestionnaires, des managers) a été une catastrophe humanitaire majeure dont on n’a pas fini de payer le prix exorbitant.

On en crèvera peut-être, si notre sottise et notre vulnérabilité aux bobards (en l’occurrence, les mensonges des marchands et de leurs élus) en rajoutent encore au désastre.

Étienne.

PS : moi j’aurais plutôt donné à ce texte le titre suivant :
« Il est urgent d’enquêter sur l’origine humaine de l’épidémie de Covid-19 ».

On pourrait aussi incriminer la voracité des hommes à manger tous les autres animaux.


Didier Sicard : « Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19 »

Entretien |La recherche se focalise sur les traitements et les vaccins, analyse le professeur Didier Sicard, mais elle néglige l’origine animale de l’épidémie. Spécialiste des maladies infectieuses, il affirme qu’il faut retourner sur le terrain, étudier de plus près la chaîne de transmission des coronavirus.

https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19

Pour Didier Sicard, il faut notamment "essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse".
Pour Didier Sicard, il faut notamment « essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse ». Crédits : Isabel PaviaGetty

Didier Sicard est un spécialiste des maladies infectieuses, il a notamment travaillé longtemps sur le VIH. Docteur en médecine interne, il est aujourd’hui professeur émérite à Sorbonne Université. Ce qui le frappe dans cette crise est « l’indifférence au point de départ », à l’origine de la pandémie. 

Très impliqué dans la création de l’Institut Pasteur au Laos, Didier Sicard a pu constater à quel point la transformation de la forêt primaire rapproche l’homme des chauves-souris et donc d’un réservoir de virus qu’on a trop peu étudié.

Par ailleurs, si la Chine a interdit le 24 février dernier « totalement et immédiatement » le trafic et la consommation d’animaux sauvages, une législation analogue existe déjà depuis 2003 sans être appliquée réellement par Pékin. Le professeur Sicard plaide donc pour la création d’un tribunal sanitaire international. 

L’ancien président du Comité consultatif d’éthique de 1999 à 2008 souligne enfin combien, dans cette épidémie où la question du contact est primordiale, il faut que chacun se comporte comme un modèle. 

Vous souhaitez revenir aux origines du mal ?

Le point de départ de cette pandémie, c’est un marché ouvert de Wuhan dans lequel s’accumulent des animaux sauvages, serpents, chauves-souris, pangolins, conservés dans des caisses en osier. En Chine, ces animaux sont achetés pour la fête du Rat. Ils coûtent assez cher et ce sont des aliments de choix. Sur ce marché, ils sont touchés par les vendeurs, dépecés, alors qu’ils sont maculés d’urine et que les tiques et les moustiques font une sorte de nuage autour de ces pauvres animaux, par milliers. Ces conditions ont fait que quelques animaux infectés ont forcément infecté d’autres animaux en quelques jours. On peut faire l’hypothèse qu’un vendeur s’est blessé ou a touché des urines contaminantes avant de porter la main à son visage. Et c’est parti !

Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation. Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique. On dit que ces marchés rapportent autant d’argent que le marché de la drogue. Au Mexique, il y a un tel trafic que les douaniers retrouvent même des pangolins dans des valises…

Ce n’est pourtant pas la première fois que des animaux sont à l’origine de crises sanitaires ?

Les animaux sont effectivement à l’origine de la plupart des crises épidémiques depuis toujours : le VIH, les grippes aviaires type H5N1, Ebola. Ces maladies virales viennent toujours d’un réservoir de virus animal. Et on ne s’y intéresse pratiquement pas. C’est la même chose pour la dengue. J’ai des relations très étroites avec le Laos et sur place, au moment où la maladie apparaît, les populations disent : ‘Il faut démoustiquer ‘. Mais en réalité c’est pendant la saison sèche, au moment où il n’y a que des larves, qu’il faudrait mener une politique d’extermination des larves de moustique. Or personne ne le fait parce que les gens se disent ‘oh, il n’y a pas de moustiques, pourquoi voulez-vous qu’on utilise des insecticides ?’. Et l’Institut Pasteur du Laos s’époumone en vain, en demandant aux populations locales de porter l’effort avant que la maladie n’éclate.

C’est exactement comme le travail qui reste à faire sur les chauves-souris. Elles sont elles-mêmes porteuses d’une trentaine de coronavirus ! Il faut que l’on mène des travaux sur ces animaux. Evidemment, ce n’est pas très facile : aller dans des grottes, bien protégé, prendre des vipères, des pangolins, des fourmis, regarder les virus qu’ils hébergent, ce sont des travaux ingrats et souvent méprisés par les laboratoires. Les chercheurs disent : ‘Nous préférons travailler dans le laboratoire de biologie moléculaire avec nos cagoules de cosmonautes. Aller dans la jungle, ramener des moustiques, c’est dangereux.’ Pourtant, ce sont de très loin les pistes essentielles.

Par ailleurs, on sait que ces épidémies vont recommencer dans les années à venir de façon répétée si on n’interdit pas définitivement le trafic d’animaux sauvages. Cela devrait être criminalisé comme une vente de cocaïne à l’air libre. Il faudrait punir ce crime de prison. Je pense aussi à ces élevages de poulet ou de porc en batterie que l’on trouve en Chine. Ils donnent chaque année de nouvelles crises grippales à partir de virus d’origine aviaire. Rassembler comme cela des animaux, ce n’est pas sérieux.

C’est comme si l’art vétérinaire et l’art médical humain n’avaient aucun rapport. L’origine de l’épidémie devrait être l’objet d’une mobilisation internationale majeure.

Quel type de recherches faudrait-il mettre en œuvre ? 

Il faut essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse. Elle contamine ainsi d’autres animaux. Lorsque les chauves-souris sont accrochées dans les grottes et meurent, elles tombent par terre. Alors les serpents, les vipères en particulier, qui raffolent de leurs cadavres, les mangent. Tout comme les petits chauves-souriceaux enfants qui tombent et sont dévorés immédiatement par ces serpents qui sont donc probablement des hôtes intermédiaires des virus. En plus, il y a dans ces grottes des nuages de moustiques et de tiques et il faudrait essayer de voir quels sont les insectes qui sont aussi éventuellement transmetteurs du virus.

Une autre hypothèse porte sur la transmission qui se produit quand les chauves-souris sortent la nuit manger des fruits, en particulier dans les bégoniacées. Elles ont un réflexe quasiment automatique, dès qu’elles déglutissent, elles urinent. Elles vont donc contaminer les fruits de ces arbres et les civettes, qui adorent les mêmes fruits, se contaminent en les mangeant. Les fourmis participent aux agapes et les pangolins – pour lesquels la nourriture la plus merveilleuse est constituée de fourmis – dévorent les fourmis et s’infectent à leur tour.

C’est toute cette chaîne de contamination qu’il faut explorer. Les réservoirs de virus les plus dangereux sont probablement les serpents, car ce sont eux qui se nourrissent perpétuellement des chauves-souris, elles-mêmes porteuses des coronavirus. Il se pourrait donc que les serpents hébergent ces virus en permanence. Mais c’est justement cela qu’il faut savoir et vérifier. Il faudrait donc que des chercheurs capturent des chauves-souris, mais aussi qu’ils fassent le même travail sur les fourmis, les civettes, les pangolins et essayent de comprendre leur tolérance au virus. C’est un peu ingrat, mais essentiel.

 

Quel est le rapport qu’entretient la population locale avec ces chauves-souris ? 

Ce qui m’a frappé au Laos, où je vais souvent, c’est que la forêt primaire est en train de régresser parce que les Chinois y construisent des gares et des trains. Ces trains, qui traversent la jungle sans aucune précaution sanitaire, peuvent devenir le vecteur de maladies parasitaires ou virales et les transporter à travers la Chine, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et même Singapour. La route de la soie, que les chinois sont en train d’achever, deviendra peut-être aussi la route de propagation de graves maladies.

Sur place, les grottes sont de plus en plus accessibles. Les humains ont donc tendance à s’approcher des lieux d’habitation des chauves-souris, qui sont de surcroît des aliments très recherchés. Les hommes construisent aussi désormais des parcs d’arbres à fruit tout près de ces grottes parce qu’il n’y a plus d’arbres en raison de la déforestation. Les habitants ont l’impression qu’ils peuvent gagner des territoires, comme en Amazonie. Et ils construisent donc des zones agricoles toutes proches de zones de réservoir de virus extrêmement dangereuses.

Moi, je n’ai pas la réponse à toutes ces questions, mais je sais simplement que le point de départ est mal connu. Et qu’il est totalement méprisé. On en fait des discours de conférence sur un mode folklorique. On parle à propos des chauves-souris de la malédiction des pharaons.

 

Mais il n’existe pas d’après vous d’études suffisamment sérieuses sur la capacité des chauves-souris à héberger des coronavirus ?

Si, il y a sûrement des études sérieuses, je ne peux pas dire qu’il n’y a rien du tout.  Mais je le vois bien, quand je me rends à l’Institut Pasteur du Laos qui est dirigé par un homme exceptionnel, Paul Brey. Ce directeur a la fibre d’un Louis Pasteur, il est passionné depuis vingt ans par les questions de transmission. Mais il est extrêmement seul. Même l’étude des moustiques, qui est fondamentale pour comprendre la transmissions des maladies au Laos, est presque abandonnée. Et Paul Brey me répète qu’il y a une trentaine d’espèces de coronavirus chez les chauve-souris. L’effort scientifique n’est donc pas à la hauteur.

Quand le ministère des Affaires étrangères français retire le poste de virologue de cet Institut Pasteur qui est à quelques centaines de kilomètres de la frontière chinoise, on est atterré. Cela s’est passé en novembre 2019. Nous allons essayer de récupérer ce poste, mais c’est quand même effrayant de se dire qu’aux portes même de là où les maladies infectieuses virales viennent, on a de la peine à mettre tous les efforts. L’Institut Pasteur du Laos est soutenu très modérément par la France, il est soutenu par les Japonais, les Américains, les Luxembourgeois. La France y contribue, mais elle n’en fait pas un outil majeur de recherche.

Quel est le rôle exact de cet Institut Pasteur ?

Sa mission est de former des chercheurs locaux. De faire des études épidémiologiques sur les virus existants le chikungunya, la dengue et maintenant le coronavirus. D’être un lieu d’études scientifiques biologiques de haut niveau dans un territoire lointain, tropical, mais avec un laboratoire de haute sécurité. D’être au plus près de là où se passent les épidémies et d’avoir des laboratoires à la hauteur. C’est très difficile pour les pays relativement pauvres d’avoir un équipement scientifique de haut niveau. Le réseau des Instituts Pasteurs – qui existent dans plusieurs pays – est une structure que le monde nous envie. Mais des instituts comme celui du Laos ont besoin d’être aidé beaucoup plus qu’il ne l’est actuellement. Ces laboratoires ont du mal à boucler leur budget et ils ont aussi de la peine à recruter des chercheurs. La plupart d’entre eux préfèrent être dans leur laboratoire à l’Institut Pasteur à Paris ou dans un laboratoire Sanofi ou chez Merieux, mais se transformer en explorateur dans la jungle, il n’y a pas beaucoup de gens qui font cela. Or c’est ce que faisait Louis Pasteur, il allait voir les paysans dans les vignes, il allait voir les bergers et leurs moutons. Il sortait de son laboratoire. Tout comme Alexandre Yersin qui était sur le terrain, au Vietnam, quand il a découvert le bacille de la peste.

La recherche entomologique et la recherche sur les animaux transmetteurs n’est donc pas à la hauteur des enjeux. Bien sûr qu’elle existe, mais elle doit compter peut-être pour 1 % de la recherche. Parce que ce qui fascine les candidats au Prix Nobel, c’est de trouver un traitement ou un nouveau virus en biologie moléculaire et pas de reconstituer les chaînes épidémiologiques. Or les grandes découvertes infectieuses sont nées ainsi : l’agent du paludisme, le Plasmodium, a été découvert par un Français, Alphonse Laveran sur le terrain, en Tunisie. Et ce sont des recherches qui sont fondamentales et qui sont faites à une échelle qu’on a un peu oubliée. Comme si la vision micro avait fini par faire disparaître l’importance du macro.

Auriez-vous d’autres exemples qui montrent que l’étude du comportement animal est cruciale ?

La peste reste un exemple passionnant. Le réservoir de la peste, ce sont les rats. Il y a des populations de rats qui sont très résistantes et qui transmettent le bacille de la peste, mais s’en fichent complètement. Et puis, il y a des populations de rats très sensibles. Il suffit qu’un jour, quelques individus de la population de rats sensible rencontrent la population de rats qui est résistante pour qu’ils se contaminent. Les rats sensibles meurent. A ce moment là, les puces qui se nourrissent du sang des rats, désespérées de ne plus avoir de rats vivants, vont se mettre à piquer les hommes. Reconstituer ce tout début de la chaîne de transmission permet d’agir. Dans les endroits où la peste sévit encore, en Californie, à Madagascar, en Iran ou en Chine, lorsque l’on constate que quelques rats se mettent à mourir, c’est exactement le moment où il faut intervenir : c’est extrêmement dangereux car c’est le moment où les puces vont se mettre à vouloir piquer les humains. Dans les régions pesteuses, lorsque l’on voit des centaines de rats morts, c’est une véritable bombe.

Heureusement, la peste est une maladie du passé. Il doit y avoir encore 4 000 ou 5 000 cas de peste dans le monde. Ce n’est pas considérable et puis les antibiotiques sont efficaces. Mais c’est un exemple, pour montrer que l’origine animale est fondamentale et toujours difficile à appréhender. Elle est néanmoins essentielle pour la compréhension et permet de mettre en place des politiques de prévention. Aujourd’hui, si l’on continue à vendre des animaux sauvages sur un marché, on est dans une situation délirante. Il faut appliquer le principe de précaution.

Le trafic d’animaux sauvage est pourtant prohibé. Il existe une convention internationale qui encadre toutes les ventes. 

Oui, mais en Chine, notamment, cette convention internationale n’est pas respectée. Il faudrait créer une sorte de tribunal sanitaire international. On voit bien que si on demande à chaque pays de s’organiser nationalement, rien ne changera. La Chine a fait pression au début sur l’OMS pour qu’on ne dise pas qu’il s’agissait d’une pandémie. Elle a tenté de bloquer les choses, car elle contribue fortement au financement de l’OMS. Il serait donc important que ce soit un tribunal sanitaire totalement indépendant, comme un tribunal international pour les crimes de guerre, avec des inspecteurs indépendants qui vérifient ce qu’il se passe sur le terrain.

Au Laos, dans la campagne, il y a beaucoup de marchés où les animaux sauvages sont vendus comme des poulets ou des lapins. Dans l’indifférence générale, car c’est la culture locale. Or la culture est la choses la plus difficile à faire évoluer dans un pays.

Dans cette épidémie, en tant que spécialiste des maladies infectieuses, y a-t-il quelque chose qui vous frappe dans l’attitude de la population ? 

Oui, c’est l’écart entre une sorte de désinvolture indifférente, un regard un peu critique sur l’Italie, sur la Chine et la découverte brutale de la catastrophe sanitaire. On est passé d’une insouciance à une extrême inquiétude et les deux sont aussi toxiques l’une que l’autre : l’insouciance crée la contamination et l’angoisse extrême aboutit à des comportements irrationnels. J’en veux pour preuve la fuite des Parisiens, des Lyonnais, des habitants des grandes villes vers leurs résidences secondaires. Cela m’a paru témoigner d’abord une vision à très courte vue, comme si l’on pouvait échapper, en guerre, à l’arrivée des armées allemandes. Et ensuite d’un comportement extraordinairement individualiste, dans le mauvais sens du terme : ‘Sauve qui peut, moi je me renferme dans ma campagne et puis tant pis pour les autres, je me protège’. Bien sûr, j’imagine que si l’on peut protéger des personnes âgées et les mettre à l’abri, c’est très bien. Mais quand on voit des jeunes couples ou des bandes d’amis qui se disent maintenant on va partir en vacances ! Il y a là une image d’autant plus choquante que dans cette épidémie, il s’agit justement de tout autre chose que d’un sauve-qui-peut. Il s’agit, à l’inverse, de se demander comment chacun peut être vu par l’autre comme un modèle.

Il faudrait donc afficher une sorte d’attitude universalisable ? 

Oui, il ne faut pas se mettre ‘en dehors’. Il ne faut pas considérer qu’on a 30 ans et qu’on est en bonne santé et qu’on ne va pas se laisser avoir par tous ces discours. Je pense aussi aux couples qui pourraient dire, on va continuer quand même à s’embrasser dans la rue, on se connaît, on n’est pas contagieux. Alors que l’on sait qu’environ 1/3 des personnes contaminantes ne présentent aucun symptôme. Par conséquent, il faut que chacun intègre le fait qu’il est possiblement contaminant à son insu. Et si cette personne part dans un territoire à priori vierge de tout virus, son comportement va être une vraie bombe pour les autres.

L’épidémie est passée par des gens qui sont revenus de Chine ou d’Italie. Je connais l’exemple d’une femme italienne qui s’est rendue en Argentine. Elle a participé à un mariage et embrassé tout le monde. Cette femme a contaminé 56 personnes ! L’irresponsabilité en période d’épidémie fait d’immenses dégâts. Il faut au contraire respecter à la lettre les mesures barrières. Comme attendre, par exemple, devant le supermarché avant d’entrer si on voit qu’il y a du monde.

Quant aux masques, ce sont des protecteurs psychologiques pour les promeneurs et non des protecteurs virologiques. Il faut que chaque Français se dise : je fais tout pour que les autres ne puissent rien me reprocher. Nous avons besoin d’une attitude où l’on cherche le regard de l’autre avant son propre regard. Cela seul sera porteur d’efficacité.

Pourquoi dites-vous que les masques ne sont pas protecteurs ?

Ils sont protecteurs bien évidemment pour les médecins et les soignants, dans un milieu où circule le virus. Mais quand vous avez des gens qui se promènent dans la rue en portant des masques, c’est paradoxal. Ils pensent se protéger des autres mais il y a un écart considérable entre l’inutilité des masques dans la rue et l’utilité vitale des masques dans les hôpitaux. Moi même, j’étais à la pharmacie samedi matin et j’ai montré ma carte de médecin pour vérifier si je pouvais acheter des masques. Le pharmacien m’a répondu qu’il n’y en avait plus. Donc, si j’en avais eu besoin pour soigner un malade je n’aurai pas pu aller le voir, ou je l’aurais peut-être contaminé. On a trop vu de gens se promener dans la rue en arborant des masques comme une sorte de panoplie. Il y a un drame politique majeur dans cette absence de masque.

Faut-il les réserver aux soignants ? 

Oui, c’est évident. A tous ceux qui travaillent à proximité du virus. Quand vous voyez au supermarché des caissières qui n’ont pas de masques alors que les clients ont des masques, il y a quelque chose de complètement contre productif. Ceux qui n’en ont pas besoin en ont eu, et ceux qui en ont vraiment besoin en manquent. Cela est directement lié aux comportements individuels. Jamais je n’aurais osé me promener dans la rue avec un masque tant que les soignants n’en avaient pas. C’est quelque chose qui m’aurait effaré. Cela montre au fond la cécité des gens et leur ignorance. Si on se promène sans croiser personne, il n’y a aucun intérêt à porter un masque.

Que pensez-vous, d’un point de vue éthique, de l’attitude des soignants, qui sont en première ligne alors qu’ils étaient en grève il y a encore quelques semaines ?  

C’est leur fonction. Un médecin est mobilisé dans son fort intérieur pour accomplir son métier. Les lâches ne viennent pas dès le début. Donc cela me paraît à la fois admirable et normal. La souffrance du corps hospitalier, je la vois depuis dix ou quinze ans. Le nombre de mes collègues qui m’ont dit, tu as tellement de chance d’être à la retraite ! Nous souffrons, c’est épouvantable, l’hôpital est devenu une entreprise. Et je suis tout à fait d’accord avec leur discours : l’hôpital a été martyrisé. Avec des décisions purement économiques qui ont fait fi de l’intérêt des malades et des médecins.

Il faut mesurer le nombre de médecins qui sont partis en retraite anticipée en expliquant que leur métier n’avait plus d’intérêt et qu’ils avaient l’impression de passer leur temps à remplir des fiches et des cases. Il y a eu un vrai saccage de l’hôpital public depuis une décennie. Le dernier ministre de la Santé qui avait encore vraiment conscience de son rôle et qui respectait le personnel de santé, c’était Xavier Bertrand. Après, cela a été la catastrophe.

Mais cette casse du système hospitalier a-t-elle des répercussions aujourd’hui au moment de la crise sanitaire ? 

Non, il y a un découplage. Toutes les mesures qui rendaient l’hôpital non fonctionnel ont temporairement disparu. Les administrateurs sont terrifiés dans leurs bureaux et ne font plus rien. Ce sont les médecins qui font tout. Ils ont retrouvé la totalité de leur pouvoir. Il y a pour eux un certain bonheur à retrouver le métier qu’ils ont toujours voulu faire. L’administration a plié bagage, ou plus exactement elle est aux ordres. Le rapport de force s’est renversé : il y a un an, les médecins étaient aux ordres de l’administration ; à présent, c’est l’administration qui est aux ordres des médecins. C’est un phénomène très intéressant. Les médecins eux-mêmes ne sont plus entravés par la contrainte de remplir leurs lits avec des malades qui rapportent de l’argent, ce qui était le principe jusqu’alors. Maintenant, ils répondent à leur cœur de métier. A ce qui est la lutte contre la mort. Au fond, ils retrouvent l’ADN profond de leur métier.

C’est presque un paradoxe : il y a moins de détresse dans le corps médical actuellement en situation d’activité maximale, qu’il n’y avait de détresse il y a six mois quand ils étaient désespérés et déprimés car ils estimaient que leur métier avait perdu son sens.

Pensez-vous que le politique saura s’en souvenir ? 

Oui, je le pense. Je crois qu’on va changer d’époque. Je peux vous donner un exemple pour lequel je me bats depuis deux ans. Je ne donnerai pas le nom de l’hôpital mais je connais une femme chirurgien spécialiste des grands brûlés. A l’hôpital, son service a fermé et elle n’avait plus de poste. Elle souhaitait néanmoins continuer à travailler avec des enfants victimes de brûlures. Or son service d’enfants brûlés a été transformé en un service de chirurgie plastique de la fesse et du sein. Parce que cela rapporte beaucoup d’argent. Mais elle me dit toujours que s’il y avait un incendie dans une école avec quarante ou cinquante enfants brûlés, on n’aurait plus la capacité de les accueillir parce qu’on considère que la brûlure n’est pas assez rentable et qu’il vaut mieux s’intéresser à la chirurgie des stars. Cette vision économique de la médecine, qui s’est introduite depuis dix ans, est une catastrophe absolue.

Il s’agit d’un hôpital public ? 

Oui bien entendu. Dans le privé, les établissements font ce qu’ils veulent. Mais que dans le public, on détruise une activité qui n’est pas rentable – car les brûlures cela coûte effectivement très cher et rapporte très peu et il n’y a pas d’activité privé capable de les prendre en charge – qu’on écarte cela au profit d’activités rentables ce n’est pas normal. Au fond, le public était angoissé à l’idée qu’il lui fallait investir énormément dans des équipements haut de gamme pour être à la hauteur du privé. Or le public n’aura jamais autant d’argent que le privé et n’arrivera jamais à suivre. Et à force de dépenser de l’argent pour des secteurs ultra pointus, on finit par négliger l’accueil des personnes les plus vulnérables, que ce soient les personnes âgées, les personnes en situation d’alcoolisme, de précarité. L’hôpital public a fini par oublier sa fonction hospitalière, je l’ai dit à plusieurs reprises.
90 % des médecins en ont été conscients et cela a été pour eux une souffrance terrible. Tout comme pour les infirmières et les autres personnels soignants, de faire un métier qui était relié à l’argent.

En quoi pensez vous que les hommes politiques vont modifier leur regard sur l’hôpital ? 

On n’a aucune certitude, mais je pense que les Français s’en souviendront et demanderont des comptes. Le Président Macron avait promis d’arrêter la tarification à l’activité, le système actuel de financement des hôpitaux. Les économistes ont poussé des hauts-cris en disant qu’on n’arriverait plus à mesurer ce que coûte telle ou telle opération. Et le chef de l’Etat a renoncé. Moi, je pense qu’après cette crise, le président de la République va modifier cette tarification à l’activité. L’hôpital demandera à être remboursé sur ce qu’il réalise et ce qu’il considère comme sa priorité. Il faut faire confiance à l’hôpital pour ne pas traiter les patients inutilement et remplir des lits comme si on était au club méditerranée. L’hôpital va retrouver sa vraie fonction de soins publics.

Source : https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158047648337317

COVID19 : PROCÉDURE DE RÉFÉRÉ LIBERTÉ DEVANT LE CONSEIL D’ÉTAT, par Régis de CASTELNAU


https://www.vududroit.com/2020/03/covid19-procedure-de-refere-liberte-devant-le-conseil-detat/

Les carences de l’État et de son gouvernement dans la conduite d’une stratégie cohérente de lutte contre la pandémie due au Covid19 sont absolument éclatantes. La prise en compte de l’importance de la menace a été beaucoup trop tardive, et les mesures préconisées sont insuffisantes quand elles sont appliquées ce qui n’est pas toujours le cas. L’Assemblée nationale transformée en chambre d’enregistrement du pouvoir exécutif en violation de la séparation des pouvoirs empêche la mise en cause de la responsabilité du gouvernement.

Dans ces conditions, compte tenu de la gravité sans précédent de cette situation et de l’urgence il ne reste aux citoyens que la voie de l’action devant la justice administrative, à savoir le Conseil d’État.

Vu Du Droit met à la disposition de ceux qui le souhaitent un projet de requête devant la section du contentieux du Conseil d’État statuant en matière de référé liberté. Tous les citoyens sont recevables à saisir la juridiction puisqu’ils sont victimes des carences de l’État et du gouvernement. Le ministère d’avocat n’est pas obligatoire.

Il est possible de réaliser un copier coller à partir de ce texte, de le compléter et de l’adresser au conseil d’État soit par courrier recommandé au 1 Place du Palais Royal, 75001 Paris. On peut également utiliser la voie électronique en allant sur ce lien :https://citoyens.telerecours.fr/#/authentication

Ceux qui le souhaitent peuvent se regrouper, mais il faut impérativement faire apparaître les noms et l’État civil complet de chaque requérant.


CONSEIL D’ÉTAT
SECTION DU CONTENTIEUX
JUGE DES RÉFÉRÉS
RÉFÉRÉ-LIBERTÉ
(article L 521-2 du Code de justice administrative)

CORONAVIRUS

POUR :                        1. M. / Mme [prénom]
[nom]
                                      De nationalité [à compléter]
Né le [à compléter]
                                      [adresse]
[profession]
Représentant unique des parties au sens de l’article R 751-3 du Code de justice administrative

                                      2. M. / Mme [prénom] [nom] 
                                      De nationalité [à compléter]
Né le [à compléter]
                                      [adresse]
[profession]

                                      3. M. / Mme [prénom] [nom] 
                                      De nationalité [à compléter]
Né le [à compléter]
                                      [adresse]
[profession]

FAITS

En France, les premiers malades du coronavirus, qui avaient séjourné à Wuhan, ont été recensés le 24 janvier 2020. Des foyers de circulation du virus se forment dans un premier temps en Haute-Savoie, l’Oise, le Morbihan, le Haut-Rhin. L’épidémie est désormais répartie sur tout le territoire national, outre-mer compris.

Au total, au 23 mars 2020, plus de 350 000 cas ont été confirmés. En France, il y aurait au moins environ 20 000 cas confirmés et 869 morts.

La durée moyenne d’incubation du virus semble être d’environ 7 jours, avec une amplitude de 2 à 28 jours.

Selon l’OMS, les symptômes de la maladie sont : la fièvre, la toux sèche, la fatigue, l’expectoration, le souffle court, la gorge irritée, les maux de tête, les douleurs musculaires, les frissons, la nausée ou les vomissements, la congestion nasale ou encore la diarrhée.

Si une part importante des personnes infectées ne présente aucun symptôme, la maladie est grave dans de nombreux cas et parfois léthale. Certes, la mortalité même sans traitement est inférieure 10 % mais le virus est si contagieux que même une mortalité de 2 % peut faire périr des centaines de milliers de personnes en France – indépendamment même du risque de séquelles chez les survivants.

Le principal vecteur de propagation du virus est l’homme, par contact physique, mais le virus reste contagieux pendant quelques heures à quelques jours  lorsqu’il contamine une surface inanimée.

Jusqu’au 12 mars, l’exécutif se veut rassurant et écarte l’application, en France, de mesures prises par d’autres Etats pour lutter contre la pandémie.

Le 21 janvier 2020, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a affirmé : « le risque d’introduction en France est faible mais il ne peut être exclu ». Le 24 janvier 2020, Mme Buzyn ajoute : « le risque d’importation depuis Wuhan est modéré, il est désormais pratiquement nul parce que la ville, vous le savez, est isolée. Les risques de cas secondaires autour de cas importés sont très faibles et les risques de propagation dans la population sont très faibles. Cela peut évoluer dans les prochains jours s’il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou dans l’Union européenne ».

Le 25 janvier, lors d’un point presse, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, se veut rassurant : « le nombre de morts certes progresse, mais moins vite que le nombre de cas (…) On a au maximum 3 % de mortalité, mais on pense qu’il y a beaucoup plus de cas que les cas confirmés, ce qui veut dire finalement que la mortalité automatiquement baisse et qu’elle est déjà très nettement inférieure à celle qui avait été observée lors du Sras, ce qui est plutôt une bonne nouvelle ».

Le 27 janvier, Mme Buzyn expose que la prise de température aux aéroports des voyageurs en provenance de Chine est un « symbole qui ne sert à rien ».

Le 23 février, le Ministre de la santé affirme : « un virus ne s’arrête pas aux frontières » et « il n’y a pas à proprement parler d’épidémie en Italie »., analyse réitérée par le Premier ministre le 29 février.

Le 26 février, un match s’est tenu à Lyon entre le club de la ville et la Juventus de Turin. Aucune mesure de précaution n’a été prise pour limiter le risque immense de contagion de la part des spectateurs italiens.

Le 7 mars, le chef de l’Etat et son épouse ont assisté à une représentation théâtrale afin d’inciter les Français à continuer de sortir malgré la pandémie déclarée par l’OMS et ont déclaré : « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie ».

Le 13 mars, le président de la République annonce sa décision de maintenir le premier tour des élections municipales.

Depuis le 16 mars, l’exécutif a décidé la fermeture au public des lieux non essentiels (centres commerciaux, restaurants, bibliothèques, établissements sportifs couverts, musées, bars, cinémas, discothèques, salles d’auditions, de conférences, de réunions, de spectacles, d’expositions, de danse, de jeux, crèches, écoles, collèges, lycées et universités) et la restriction des déplacements au minimum (mais sans interdiction de travailler même dans les secteurs non essentiels à court terme).

Immunité grégaire. L’exécutif semble avoir adopté au moins en partie la stratégie de l’immunité de groupe, qui consiste à laisser infecter une grande partie de la population afin qu’elle développe en tant que groupe une immunité acquise au virus auquel elle aura été exposée et que le virus ne puisse plus se répandre en pratique une fois qu’une grande partie du groupe aura été contaminée et aura résisté à la maladie.

Selon un article non démenti du Figaro du 13 mars : « C’est en lisant entre les lignes de l’allocution solennelle du président de la République jeudi soir que l’on peut se faire une idée du choix stratégique opéré en coulisse. (…) En d’autres termes, décision a été prise de laisser l’épidémie suivre son cours et de ne pas tenter de l’arrêter brutalement ».

Dans un entretien sur Franceinfo le 15 mars 2020, le Ministre de l’éducation déclare : « comme vous les savez, depuis le début, la stratégie ce n’est pas d’empêcher que le virus passe. On sait qu’il passera probablement par plus de la moitié d’entre nous. C’est de faire en sorte qu’il passe de la manière la plus étalée possible dans le temps ».

Selon Le Monde du 15 mars 2020 :

Masques. L’Etat ne dispose pas de suffisamment de masques pour protéger ses soignants et force de l’ordre et a fortiori toute sa population. Cette carence résulte d’une imprévoyance malheureusement bien connue.

Dépistage. La France ne procède pas à des à dépistages systématiques de covid-19, contrairement aux pays qui ont soit pu juguler l’épidémie (Corée du Sud), ou dont taux de mortalité est très faible (Allemagne).

Chloroquine. Selon un spécialiste français mondialement reconnu des maladies infectieuses, un traitement à base de chloroquine pourrait guérir le coronavirus dans de nombreux cas, à condition d’être injecté suffisamment tôt.

Plusieurs autres pays s’intéressent à ce traitement et, s’il réussit, pourraient le mettre en œuvre en réquisitionnant les réserves et les usines se trouvant sur leur territoire pour soigner leur propre population.

Une seule usine située en France fabrique de la chloroquine. Elle appartient à la société Famar à Saint-Genis-Laval, dans la banlieue de Lyon, or cette société est en redressement judiciaire.

Il semblerait que d’autres usines puissent être transformées pour produire de la chloroquine à partir de mi-avril ou fin avril seulement et rien ne garantit qu’elles suffiront à couvrir les besoins. .

Respirateurs. La société Luxfer est la seule entreprise en France à produire les bouteilles contenant l’oxygène nécessaire pour alimenter les appareils de réanimation. Sans cet élément essentiel, les appareils de réanimation sont inutiles.

Or la demande d’appareils de réanimation augmente énormément à mesure que le nombre de patients atteint d’une forme grave du coronavirus augmente. Les respirateurs seront toutefois inutiles s’ils ne sont pas approvisionnés.

L’usine de la société Luxfer employait 136 salariés à Gerzat (Puy-de-Dôme) et pouvait produire en moyenne plus de 30 000 bouteilles par mois.

Or la société Luxfer est en redressement judiciaire et l’Etat n’est toujours pas intervenu pour la sauver au moins temporairement et relancer la production.

DISCUSSION

En vertu de l’article L 521-2 du Code de justice administrative : «  Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».

I.         L’urgence

Cette condition est évidemment remplie.

Le Conseil d’Etat l’a d’ailleurs retenue dans son ordonnance Syndicat des jeunes médecins (CE Ord. 22 mars 2020 n° 439674).

II.        Les libertés fondamentales en cause – droit à la vie et à la protection contre une pandémie

Le droit à la vie et même plus généralement à l’intégrité physique sont des libertés fondamentales (CE Sect. 16 novembre 2011 Ville de Paris et SEM PariSeine ; CE Ass. 14 février 2014 Mme Lambert).

Certes, le Conseil d’Etat a jugé dans une espèce très singulière que le droit à la santé ne faisait pas partie des libertés fondamentales (CE 8 septembre 2005 Garde des Sceaux c. B) mais cette décision d’espèce ne saurait s’appliquer à une pandémie. Autant un requérant unique ne peut se prévaloir d’un droit aussi vague dans un référé-liberté, surtout en invoquant le seul risque de tabagisme passif, autant il ne saurait juger qu’exposer des dizaines de millions de personnes à une épidémie potentiellement mortelle ne porte pas atteinte à une liberté fondamentale.

Ici, le droit à la vie et l’intégrité physique sont en cause car exposer les Français à un risque de contamination par le Covid19 les met en danger.

Le Conseil d’Etat a d’ailleurs retenu cette analyse dans son ordonnance Syndicat des jeunes médecins(CE Ord. 22 mars 2020 n° 439674).

Tout citoyen peut intenter un référé-liberté pour défendre son droit à la vie et  la santé.

III.      L’atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales commise par le Gouvernement et les mesures qui s’imposent pour y remédier

Tout d’abord, la carence de l’autorité administrative ou l’adoption d’une stratégie dont les désavantages de santé publique prévisibles sont sensiblement plus graves que les avantages sont illégales de deux manières.

Le juge administratif des référés sanctionne toujours l’erreur manifeste d’appréciation (CE Ord. 31 janvier 2020 Nuances politiques n° 437675). Ce pouvoir s’exerce aussi en matière de santé publique.

Dès lors que le droit à la vie est en cause, le Conseil d’Etat exerce un contrôle bien plus strict sur les erreurs commises par l’autorité administrative (CE Ass. 14 février 2014 Mme Lambert n° 375081, au Recueil, et CE 24 juin 2014 Mme Lambert n° 375081, au Recueil). Une mesure nettement inadéquate est donc illégale, quand bien même elle ne résulterait pas d’une erreur manifeste d’appréciation.

En particulier, le Conseil d’Etat a jugé dans son ordonnance Ville de Paris (CE 16 novembre 2011 n° 353172 au Recueil) : « le droit au respect de la vie, rappelé notamment par l’article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative ; que, lorsque l’action ou la carence de l’autorité publique crée un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté fondamentale, et que la situation permet de prendre utilement des mesures de sauvegarde dans un délai de quarante-huit heures, le juge des référés peut, au titre de la procédure particulière prévue par cet article, prescrire toutes les mesures de nature à faire cesser le danger résultant de cette action ou de cette carence ; qu’il peut, le cas échéant, après avoir ordonné des mesures d’urgence, décider de déterminer dans une décision ultérieure prise à brève échéance les mesures complémentaires qui s’imposent et qui peuvent être très rapidement mises en œuvre ».

Le Conseil d’Etat a confirmé l’étendue de son contrôle dans sa récente ordonnance Syndicat des jeunes médecins.

Par cette ordonnance, le Conseil d’Etat a confirmé qu’en cas de catastrophe sanitaire nationale il pouvait et devait comparer les mesures prises aux mesures qui devraient être adoptées pour préserver les libertés fondamentales et l’intérêt général.

C’est pourquoi pour l’application de l’article L 521-2 du CJA, la légalité d’une mesure ou d’une absence de mesure s’apprécie en fonction de son écart par rapport à la mesure la plus adéquate.

Ensuite, grâce à l’article L 521-4 du Code de justice administrative, le Conseil d’Etat pourra aisément modifier les injonctions qu’il prononcera sur simple demande du Gouvernement. C’est pourquoi il ne faut pas craindre d’ordonner d’urgence les mesures de sauvegarde qui s’imposent, quitte à les modifier trois jours plus tard si elles ne sont plus adéquates.

Ces précisions apportées, plusieurs mesures s’imposent :

  1. Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de la santé de prendre toutes mesures de nature à augmenter la production nationale de masques en vue de leur distribution massive
  2. Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de la santé d’adopter sans délai toutes les mesures susceptibles d’accroître la production de tests de dépistage du covid19
  3. Enjoindre au Premier ministre de racheter la société Famar et de lui faire produire la plus grande quantité possible de chloroquine
  4. Enjoindre au Premier ministre de racheter la société Luxfer et de lui faire produire la plus grande quantité possible de bouteilles d’oxygène à usage médical
  5. Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de l’Intérieur d’ordonner, à densité de population égale, l’application uniforme sur tout le territoire des contrôles et sanctions relatifs au respect du confinement.

1. Production massive de masques

Comme exposé par le Président de la République et les ministres « nous sommes en guerre ». Or en temps de guerre on préfère des armes et des équipements même imparfaits à aucune arme et aucun équipement.

Jusqu’à courant 1916, les masques à gaz n’étaient pas efficaces à 100 % face aux armes chimiques employées par les belligérants. Pour autant, les soldats ont employé des masques imparfaits plutôt que de déambuler sans masque. Une protection imparfaite est toujours préférable à aucune protection.

De même, on sait que le préservatif n’est pas fiable à 100 % pour empêcher la propagation des maladies sexuellement transmissibles et qu’il peut être mal utilisé, ce qui le rend moins efficace. Pour autant, aucun esprit éclairé ne doute que le préservatif ait été utile pour lutter contre les MST ou enrayer la propagation du SIDA.

Ici, la population française n’est pas massivement équipée en masques ; même de nombreux soignants et membres des forces de l’ordre n’en sont pas équipés.

Certes, les masques non médicaux ne sont pas efficaces à 100 % mais à Verdun on a fourni des masques à gaz partiellement efficaces plutôt que d’envoyer les soldats à la mort. Il aurait été criminel d’agir autrement.

Le graphique ci-dessous du Financial Times confirme l’évidence selon laquelle mieux vaut une protection partielle que pas de protection du tout :

C’est pourquoi la production de masques même non médicaux est indispensable, faute de mieux. Or cette production est manifestement encore insuffisante. Il faut donc enjoindre au Gouvernement de l’accroître au plus vite.

2. Production massive de tests

De notoriété publique, la France ne peut massivement dépister sa population pour déterminer qui est atteint par le coronavirus. Le Conseil d’Etat a constaté cette carence dans son ordonnance du 22 mars 2020.

L’Organisation mondiale de la santé recommande massivement de tester le plus possible la population.

La Corée du Sud a massivement testé sa population, ce qui l’a aidé à obtenir la courbe suivante de cas confirmés (graphique de M. Berruyer à partir des données publiques fournies par le Centre de contrôle et de prévention des maladies coréen) :

Selon des sources publiques, la Corée du Sud fabrique 140 000 tests de dépistage par jour malgré un PIB par habitant inférieur d’un quart à la France.

Les tests massifs permettent de déterminer qui est contaminé parmi la population et donc de confiner surtout ces personnes plutôt que tout un pays.

Comme le confinement porte atteinte aux libertés, le défaut de tests en nombre suffisant permet à l’administration de justifier la prorogation d’une atteinte aux libertés. Or l’administration ne saurait se prévaloir de sa propre incurie pour porter atteinte aux libertés individuelles. Elle doit au contraire mettre en œuvre toutes les mesures qui permettent de limiter le confinement et en particulier le cas échéant produire ou faire produits des tests en quantité la plus importante possible afin de pouvoir progressivement lever le confinement.

De même, l’administration doit adopter les politiques de santé publique les plus efficaces or manifestement le dépistage en fait partie.

Certes, selon l’ordonnance du 22 mars : « Il résulte des déclarations du ministre de la santé et de celles faites à l’audience d’une part que les autorités ont pris les dispositions avec l’ensemble des industriels en France et à l’étranger pour augmenter les capacités de tests dans les meilleurs délais, d’autre part que la limitation, à ce jour, des tests aux seuls personnels de santé présentant des symptômes du virus résulte, à ce jour, d’une insuffisante disponibilité des matériels ».

Or la pandémie s’est répandue à une telle échelle partout dans le monde que cette réponse est inadéquate, pour des raisons dissimulées au juge administratif. Car chaque Etat fait face à une pénurie massive de tests en raison de la progression exponentielle de la maladie (y compris par résurgence dans les pays asiatiques réinfectés par des pays étrangers), de sorte que chaque pays est très enclin à réquisitionner les tests produits sur son territoire en faveur de sa population.

Le Gouvernement a peut-être pris des dispositions avec des industriels à l’étranger mais ces dispositions ne sont pas de nature à garantir l’approvisionnement suffisant en tests pour dépister massivement la situation.

La réponse inadéquate du Gouvernement lors de l’audience du 22 mars conduit le requérant à soulever à nouveau la question de la production massive de tests car le critère pertinent est de savoir si les capacités de production en France suffisent à couvrir les besoins envisageables.

3. Rachat de la société FAMAR  

En droit, la pandémie est une menace spécifique justifiant une analyse particulière par le Conseil d’Etat de l’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale justifiant d’ordonner des mesures.

Toute pandémie est par définition un risque car on ignore le nombre précis de personnes infectées, le taux de mortalité, le risque de mutation du virus, les traitements qui pourraient être efficaces et de nombreux autres éléments.

Dans un tel contexte, le défaut d’anticipation d’une éventualité défavorable est une erreur manifeste d’appréciation portant une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales, que le risque se réalise ou non.

Un exemple mathématique illustre le raisonnement. Dans un cas sur [nombre de chambres du barillet], la roulette russe est un jeu profitable plutôt que mortel ; or l’autorité administrative qui encouragerait et organiserait la pratique de ce jeu porterait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales. La réalisation concrète de l’atteinte n’est pas seulement incertaine, elle est le scénario le moins probable ; or cette circonstance ne rendrait pas licite l’organisation par l’administration de la roulette russe, fût-ce en jouant une seule fois.

Le même raisonnement probabiliste s’applique aux éventualités favorables en cas de crise grave. Si un traitement est peut-être efficace pour guérir une pandémie et au pire seulement utile pour guérir d’autres maladies, il est au pire sans danger et au mieux indispensable de la produire massivement. L’autorité administrative porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie et à la santé en exposant les personnes au risque de ne pas disposer de ce traitement s’il s’avère utile.

Par exemple, si un médicament n’a qu’une chance sur trois de sauver un malade et ne cause aucun dommage au patient, refuser de le fournir porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie et au droit à la santé du patient – bien que par hypothèse la réalisation de l’atteinte soit hypothétique.

Ici, selon un spécialiste français mondialement reconnu des maladies infectieuses, un traitement à base de chloroquine pourrait guérir le coronavirus dans de nombreux cas, à condition d’être injecté suffisamment tôt.

Plusieurs autres pays s’intéressent à ce traitement et, s’il réussit, pourraient le mettre en œuvre en réquisitionnant les réserves et les usines se trouvant sur leur territoire pour soigner leur propre population.

Une seule usine située en France fabrique de la chloroquine. Elle appartient à la société Famar à Saint-Genis-Laval, dans la banlieue de Lyon, or cette société est en redressement judiciaire.

Il semblerait que d’autres usines puissent être transformées pour produire de la chloroquine à partir de mi-avril ou fin avril.

De deux choses l’une : soit le traitement préconisé par le Professeur Raoult sera employé pour guérir le Covid-19 soit il ne sera pas employé à cette fin.

Comme la chloroquine est déjà utilisée dans de nombreux cas comme le paludisme, la produire massivement n’est pas inutile ; en toute hypothèse, le coût est infime par rapport aux conséquences de ne pas en posséder suffisamment si la chloroquine s’avère un traitement efficace.

C’est pourquoi la production de chloroquine est une éventualité favorable qui ne présente aucun désavantage significatif, de sorte que ne pas ordonner cette production en France porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie et au droit à la santé des requérants et de tous les Français.

Le Ministre de la santé a déclaré que l’efficacité de la chloroquine serait testée à grande échelle et qu’elle serait autorisée à brève échéance au moins dans certains cas. Comme l’administration estime que la chloroquine est potentiellement efficace, elle commet une erreur manifeste d’appréciation en ne s’assurant pas de la possibilité de la produire massivement en cas de besoin.

Les requérants ne réclament pas au Conseil d’Etat que la chloroquine soit administrée aux patients qui souffrent du Covid-19 mais que l’autorité administrative mette en œuvre toutes les mesures qui permettent de l’administrer si l’expérimentation et l’analyse démontrent que ce traitement est utile.

Or la seule usine produisant cette substance dont l’Etat français est certain de pouvoir disposer de la production est en redressement judiciaire. D’autres usines pourraient peut-être produire aussi ce médicament mais ce n’est pas encore le cas et les besoins potentiellement immenses commandent de disposer de capacités de production aussi importantes que possible.

Comme la société FAMAR est en redressement judiciaire, son rachat ne sera pas onéreux. Au pire, l’Etat aura sauvé une entreprise de l’industrie pharmaceutique située en France et disposera désormais d’importantes réserves de traitement du paludisme. Si la crise actuelle a démontré une chose, c’est que la France a tout intérêt à disposer sur son sol de capacités de production pharmaceutiques.

Au mieux, la production massive de chloroquine sauvera de la mort des dizaines de milliers de Français et permettra de mettre fin au confinement.

C’est pourquoi la carence de l’Etat consistant à ne pas nationaliser la société FAMAR porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie et au droit à la santé des Français.

4. Rachat de la société Luxfer

La société Luxfer est la seule entreprise en France à produire les bouteilles contenant l’oxygène nécessaire pour alimenter les appareils de réanimation. Sans cet élément essentiel, les appareils de réanimation sont inutiles.

Or la demande d’appareils de réanimation augmente énormément à mesure que le nombre de patients atteint d’une forme grave du coronavirus augmente. Air liquide a par exemple annoncé une augmentation de sa production de ces appareils :

Les respirateurs seront toutefois inutiles s’ils ne sont pas approvisionnés.

L’usine de la société Luxfer employait 136 salariés à Gerzat (Puy-de-Dôme) et pouvait produire en moyenne plus de 10 000 bouteilles par mois.

Or la société Luxfer est en redressement judiciaire et l’Etat n’est toujours pas intervenu pour la sauver au moins temporairement et relancer la production.

L’injonction de nationalisation demandée ne porte pas atteinte à la liberté d’entreprise car par hypothèse l’entreprise est à vendre. Cette nationalisation ne peut entraîner aucun effet négatif puisque l’entreprise est à vendre à vil prix et qu’au prie l’Etat aura acquis une usine du secteur pharmaceutique, dont la pandémie démontre qu’il doit être relocalisé.

En prenant le risque que la France ne soit pas approvisionnée en bouteilles permettant d’alimenter en oxygène les respirateurs de réanimation, l’Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie des Français.

Partant, rien ne saurait justifier la carence de l’Etat consistant à ne pas racheter la société Luxfer.

5. Application uniforme du confinement

Premièrement, le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire prévoit notamment le confinement de la population.

L’administration est donc tenue de le respecter ; aucune autorité administrative ne saurait donner des instructions contraires.

Deuxièmement, ne pas appliquer le confinement de la même manière sur tout le territoire porte atteinte à l’égalité de traitement, a fortiori lorsque le Gouvernement discrimine les habitants en fonction de leur origine nationale ou de leurs convictions religieuses réelles ou supposées.

Une privation de liberté aussi brutale que le confinement n’est licite que si elle respecte le principe d’égalité de traitement.

Troisièmement, l’application seulement partielle du confinement est en matière de santé publique une erreur manifeste d’appréciation, qui rend illégal le laxisme consistant à ne pas l’appliquer à certains territoires. Car comme le confinement vise à faire disparaître le virus en interrompant sa transmission, il est inutile si le virus survit dans une partie de la population, prêt à se répandre à nouveau quand ceux qui auront respecté lé confinement seront libérés.

L’application partielle du confinement revient à traiter partiellement un cancer par chimiothérapie en prenant soin de laisser des métastases pour que le cancer se propage à nouveau une fois le patient sorti de l’hôpital.

Ici, selon de nombreux témoignages, le confinement n’est pas appliqué dans « les quartiers », c’est-à-dire en clair dans les zones de non-droit autour des métropoles.

Le Canard enchaîné du 25 mars 2020 révèle :

La décision administrative révélée par cet article est triplement illégale : (i) elle méconnaît les décrets de confinement par refus d’application, (ii) elle viole l’égalité de traitement et (iii) elle résulte d’une erreur manifeste d’appréciation quant aux moyens à mettre en œuvre pour juguler la pandémie.

C’est pourquoi il faut enjoindre au Premier ministre et au Ministre de l’Intérieur d’ordonner, à densité de population égale, l’application uniforme sur tout le territoire national des contrôles et des sanctions relatifs au respect du confinement.

PAR CES MOTIFS, et tous autres à produire, déduire ou suppléer, même d’office, il est demandé au juge des référés du Conseil d’Etat :

– Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de la santé de prendre toutes mesures de nature à augmenter la production nationale de masques en vue de leur distribution massive

– Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de la santé d’adopter sans délai toutes les mesures susceptibles d’accroître la production de tests de dépistage du covid19

– Enjoindre au Premier ministre de faire racheter la société Famar

– Enjoindre au Premier ministre de faire racheter la société Luxfer

– Enjoindre au Premier ministre et au Ministre de l’Intérieur d’ordonner, à densité de population égale, l’application uniforme sur tout le territoire national des contrôles et des sanctions relatifs au respect du confinement

– Condamner l’Etat à verser la somme de 5 000 € aux requérants sur le fondement de l’article 761-1  du Code de justice administrative.

Régis de Castelnau

Source : https://www.vududroit.com/2020/03/covid19-procedure-de-refere-liberte-devant-le-conseil-detat/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158043849222317

Le Professeur Didier Raoult : Rebelle Anti-Système ou Mégalomane sans éthique ? par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr

Olivier Berruyer vient de publier une longue et intéressante enquête sur Didier Raoult (il faudra qu’il puisse se défendre point par point).

[Edit]
J’ai découvert dans cette enquête la « stratégie du coucou », et les fake-CV — hypertrophiés et grossièrement mensongers — des scientifiques « mandarins » : CV à rallonge très impressionnants qui découlent facilement et fallacieusement de cette « stratégie du coucou qui consiste à s’imposer autoritairement, parce qu’on est le chef, par abus de pouvoir, en signataire de papiers qu’on n’a pas écrits, et parfois même pas lus !, et cette fraude, paraît-il très courante pour ne pas dire généralisée, m’a laissé l’impression d’avoir été trompé par un argument d’autorité largement bidonné… On verra avec la suite de la controverse si ce reproche est exagéré ou pas.

J’ai donc aujourd’hui deux billets, ouverts aux commentaires et aux compléments :
– un qui défend Raoult, que je trouve personnellement très convaincant,
– et un qui doute de Raoult, en insistant sur les problèmes que certains peuvent voir dans ses méthodes et prises de position.

Comme chaque fois que ce n’est pas simple, je suspens mon jugement (c’est mon droit le plus élémentaire), et j’observe les arguments de part et d’autre.

Chacun fait comme il veut, mais moi, je suis pas un soldat dans une armée, je n’obéis à aucun ordre. Je tiens à ma liberté de changer d’opinion quand je m’aperçois que je me suis trompé, en tout ou partie.
[\Edit]

Étienne.


https://www.les-crises.fr/le-professeur-didier-raoult-rebelle-anti-systeme-ou-megalomane-sans-ethique/

OB : « Fidèles à notre mission d’informer sans tabous, et souvent à contre-courant, nous avons souhaité rapporter quelques faits à propos du Professeur Raoult, nouvelle star des réseaux sociaux, et maintenant des médias.

Notre propos ne sera pas sur ce site, de trancher la question de l’efficacité de la chloroquine, c’est un débat que nous laissons aux médecins, seuls compétents pour en juger. Nous nous interdisons même d’avoir un avis sur ce sujet. Cela n’est pas de notre ressort, l’efficacité d’un traitement ne relevant pas du débat d’opinicon, mais de la science. Ce médicament semble être une piste intéressante, et nous espérons, comme tout le monde, qu’il s’agira du traitement miracle qui nous aidera à sortir de cette crise.

Nous sommes donc heureux qu’un très grand essai clinique soit en cours (comme dans d’autres pays, où la recherche n’attend pas la France pour avancer), car seul cet essai permettra d’apprécier l’efficacité réelle (mais aussi la dangerosité potentielle) de ce traitement.

En ce qui concerne les premiers essais menés par le Professeur Raoult, nous en parlerons plus en détail dans un prochain billet dédié. Ainsi, chacun pourra se faire sa propre opinion (et en discuter dans les commentaires de ce prochain billet)

Dans ce billet, nous allons nous intéresser au profil du docteur Raoult, désormais au cœur d’importantes polémiques. Notre but n’est en aucun cas de polémiquer, mais d’informer.

À la question, Didier Raoult est-il un génie incompris et antisystème ou un manipulateur malhonnête, nous répondons : probablement ni l’un ni l’autre. Cependant les éléments que vous retrouverez dans cet article nous portent à croire qu’il n’est pas bon de nous reposer uniquement sur son seul jugement, compte tenu de précédents assez stupéfiants et dramatiques le concernant.

Soyons prudents avec notre santé et respectons les règles scientifiques et éthiques, pour ne pas aggraver davantage la situation.

Alors, qui est donc Didier Raoult, ce médecin qui court-circuite toutes les autorités médicales, et communique désormais directement des consignes médicales à la population sur Twitter (comme ici ou ) ?

Alors, partons donc à la découverte du « plus grand chercheur français de microbiologie ». Qui est donc Didier Raoult, ce médecin qui court-circuite toutes les autorités médicales, et communique désormais directement des consignes médicales à la population sur Twitter (comme ici ou ) ?

Bonne lecture,

Olivier Berruyer


Être un grand chercheur ne procure pas une compétence universelle. Car il y a de nombreux très grands chercheurs français, et ils ne sont pas tous d’accord sur tout. Celui qui a raison sur un sujet un jour, peut avoir tort sur un autre sujet le lendemain. Etre spécialiste de la composition de l’ARN d’un virus ou de la façon dont il infecte une alvéole pulmonaire ne fait pas de vous un spécialiste d’épidémiologie pour prévoir la propagation du virus (comme on va le voir), ou des arbitrages à faire pour valider un médicament. Cela ne l’empêche pas non plus, mais il faut simplement valider la compétence sur ces points par la confrontation des prédictions avec la réalité.

Rappelons que le généralissime des Forces armées françaises au cours de la Seconde Guerre mondiale Maurice Gamelin (1872-1958) « était un des généraux les plus intellectuels de son époque. Il était respecté, même en Allemagne, pour son intelligence et sa subtilité. » (Wikipédia). Cela ne l’a pas empêché de mener la France au désastre face à l’Allemagne.

Sur le plan sanitaire, Didier Raoult peut donc être vu comme l’un des ‘’généraux’’ français qui était en charge d’empêcher l’invasion de la France par le coronavirus (SRAS-Cov-2 ou Covid-19). Intéressons-nous donc à ses anticipations en janvier 2020 :

I. Quelle était l’analyse de Didier Raoult en janvier 2020 face à la menace pandémique ?

Le coronavirus SRAS-2 est donc apparu en novembre/décembre en Chine. Très vite, fort de l’expérience du pays face au dangereux SRAS-1, le gouvernement chinois s’est mobilisé et a pris des mesures drastiques :

  • 17 janvier : 45 cas de Covid-19, 2 morts ;
  • 20 janvier : 291 cas de Covid-19, 9 morts ;
  • 22 janvier : 558 cas, 17 morts : confinement de la population de trois villes de la province de Hubei particulièrement impactées par le virus et dont elles seraient le berceau, afin de contenir les risques de pandémie : Wuhan, Huanggang et Ezhou, soit une population combinée de plus de vingt millions d’habitants.
  • le , les autorités chinoises élargissent la zone de quarantaine à presque toute la province de Hubei, soit environ 56 millions d’habitants.

D’autres mesures très fortes sont prises en Chine, en particulier de désinfection, ce qui donne ce genre d’images édifiantes dans les journaux télévisés :

Interrogé face à cette incroyable réaction chinoise, et donc aux menaces d’épidémie, voici la réaction de Didier Raoult le 23 janvier aux actions du gouvernement chinois :

Question – Prof. Didier Raoult, une épidémie de coronavirus fait l’actualité en Chine. Doit-on craindre quelque chose ?

Raoult – Vous savez, c’est un monde de fou. Ce qui se passe, le fait que des gens soient morts de coronavirus en Chine, vous savez, je ne me sens pas tellement concerné. C’est vrai que le monde est devenu complètement fou, c’est-à-dire que il se passe un truc où il y a 3 Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale, l’OMS s’en mêle, ça passe à la radio, à la télévision. S’il y a un bus qui tombe au Pérou on va dire : « les accidents de la route tuent de plus en plus ». Tout ça est fou. C’est-à-dire qu’il n’y a plus aucune lucidité.

À chaque fois qu’il y a une maladie dans le monde on se demande si en France on va avoir la même chose. Ça devient complètement délirant. C’est tellement dérisoire que ça finit par être hallucinant.

Ça veut dire qu’il n’y a plus aucune connexion entre l’information et la réalité du risque. Mais aucune du tout. Comme ils sont 1,6 milliard, vous n’avez pas fini d’avoir des alertes. Je ne sais pas, les gens n’ont pas de quoi s’occuper, alors ils vont chercher en Chine de quoi avoir peur, parce qu’ils n’arrivent pas à regarder ce dont ils pourraient avoir peur en restant en France. Voilà, ce n’est pas sérieux.

Didier Raoult, 21 janvier 2020, Chaîne Youtube de l’IHU Méditerranée Infection (archive)

On saluera dans ces conditions le slogan de Raoult « Nous avons le droit d’être intelligents »…

Donc, eh bien, « voilà, ce n’est pas sérieux ».

Et il a continué dans la presse, ici le 1er février (source) :

Il y a onze ans, en pleine crise H1N1, le professeur Bernard Debré ironisait dans le JDD : « Cela reste une grippette ». Le gouvernement en fait-il trop ?
Ce virus n’est pas si méchant, ce n’est pas un meurtrier aveugle. Le taux de mortalité, estimé aujourd’hui aux environs de 2 % c’est-à-dire équivalent à celui de toutes les pneumonies virales présentes à l’hôpital, va probablement diminuer une fois que les cas qui n’ont pas donné de symptômes seront pris en compte. Sans être devin, je doute que le virus chinois fasse augmenter de manière très significative, chez nous tout au moins, les décès par pneumonie.

Mais on ne peut pas ne pas tenir compte de l’état de notre société, très émotive. À l’heure de l’hyper-réactivité des réseaux sociaux, les responsables politiques ont peur de ne pas en faire assez, alors ils en font parfois trop.

2 % de 20 000 000 = 400 000 morts – « pas si méchant »… Le problème de ce SRAS-2 du covid-19, n’est pas le taux de mortalité, mais le couple taux de mortalité x contagiosité. Il tue comme une pneumonie, mais il va toucher beaucoup plus de monde…

Mais Didier Raoult ne s’est pas contenté de sous-estimer gravement la menace. Cela a continué après l’invasion du coronavirus.

II. Quel était ensuite le message le Didier Raoult au début de la débâcle ?

Quand le virus a commencé à se développer en France, il a décidé de publier le 25 février (14 cas confirmés de Covid-19, 1 mort en France ce jour-là) cette vidéo surYoutube (sic.) nommée, alors : « Fin de Partie pour le coronavirus ! » (re-sic.), pour faire de la publicité à la Chloroquine (nous n’en parlerons plus dans ce billet) :

Précisons que, a priori (nous allons confirmer), l’étude chinoise n’avançait apparemment pas de chiffres précis, se contentant de dire que ça pouvait aider ; mais ce n’était pas un essai clinique classique pouvant le prouver. Raoult a donc surtout dit :

  • « Un scoop de dernière minute, une nouvelle très importante » ; « Fin de Partie pour le Coronavirus ! » : c’est la nouvelle « Recherches française« ™
  • « C’est probablement l’infection respiratoire la plus facile à traiter de toutes » ;
  • « Ce n’est pas la peine de s’exciter » [ils sont vraiment fous ces Chinois, qui ont pourtant été les premiers à utiliser ce médicament, de continuer à confiner la population…] ;
  • « Faites attention, il n’y aura bientôt plus de chloroquine dans les pharmacies » : au vu du succès de la vidéo de M. Raoult (plus de 550 000 vues), ceci a entraîné une rupture des stocks dans les pharmacies, privant de médicaments ceux qui avaient vraiment besoin de chloroquine (patients atteints de malaria ou de lupus).

Comme les Décodeurs du Monde ont, à raison, classé la vidéo comme « partiellement fausse », Raoult l’a renommée « Coronavirus : vers une sortie de crise ? » (supprimant ce statut). Mais l’original était bien ceci , largement relayé par l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille qui n’y a vu aucun problème déontologique (sourcearchive@aphm_actu) :

N’en restant pas là, il est allé ensuite dans les médias porter son message, comme ici dans 20 Minutes (nous enlevons la plupart des parties concernant la chloroquine, ce n’est pas notre axe d’analyse ici, mais plus d’analyser son expression verbale et son éthique médicale) :

Coronavirus : « Ce serait une faute médicale que de ne pas donner de chloroquine contre le virus chinois », selon le professeur Didier Raoult

Note OB : rappelons que les principes de l’OMS visent à ne plus donner de nom de pays aux virus et maladies – cf. ce qui s’est passé au début de l’épidémie pour nos ressortissants d’origine chinoise stigmatisés sans raison

Source : 20 minutes, Mathilde Ceilles, 26-02-2020

INTERVIEW Le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille, envisage désormais d’utiliser un traitement contre le paludisme pour soigner le coronavirus, compte tenu des dernières découvertes scientifiques

  • Des scientifiques chinois affirment dans une publication qu’un traitement contre le paludisme peut soigner le coronavirus.
  • Fortes de cette étude, les équipes de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille envisagent désormais d’utiliser la chloroquine pour soigner la maladie.
  • Pour son directeur, Didier Raoult, les réserves émises par certains confrères sont hors de propos.

Edit le 27 février : Dans un tweet, le ministère de la Santé indique que « aucune étude rigoureuse, publiée dans une revue internationale à comité de lecture indépendant, ne démontre l’efficacité de la chloroquine pour lutte contre l’infection au coronavirus chez l’être humain ».

A Marseille, l’Institut Méditerranée Infection (IHU), centre de référence unique en France pour la prise en charge des maladies infectieuses dont le Covid-19, a décidé en conséquence de commander un stock de chloroquine, dans l’optique de soigner d’éventuels futurs malades du coronavirus chinois. « Coronavirus : Fin de partie ! »,​ titre même l’IHU sur son site Internet dans un article sur les bienfaits de la chloroquine. Le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU et passablement agacé par les réserves, critiques et autres commentaires suscités par cette décision, explique à 20 Minutes ce choix. […]

Certains scientifiques sont moins enthousiastes que vous sur les bienfaits de la chloroquine contre le coronavirus, à l’image du professeur Astrid Vabret dans« Sciences et Avenir »

Les ragots des uns et des autres, je m’en fous. Ça ne m’intéresse pas. Mon métier, c’est les maladies infectieuses, et ce depuis quarante ans. Je me sens obligé, car je crois que c’est maintenant nécessaire, de communiquer ce que je sais, et non pas des opinions, sur la recherche en maladie infectieuse. Après, ce que vous en faites, je ne suis pas prophète. Je m’en fous. J’essaie d’être le plus clair possible. Quand on a montré qu’un médicament marchait sur une centaine de personnes alors quetout le monde est en train de faire une crise de nerfs, et qu’il y a des andouilles qui disent qu’on n’est pas sûr que ça marche, ça ne m’intéresse pas !

Allez-vous utiliser la chloroquine à l’IHU pour soigner contre le coronavirus ?

Les scientifiques chinois sont des gens très sérieux. Ce ne sont pas des zozos, et ils ont montré que la chloroquine marche. Ça serait honnêtement une faute médicale que de ne pas donner de la chloroquine au coronavirus chinois. Ça n’a pas de sens. Soyons sérieux. Demain, vous commencez à être essoufflé. Vous avez uncoronavirus chinois et vous avez 40 de fièvre. Et les gens vous disent : « Vous savez, je n’y crois pas à la chloroquine contre le coronavirus chinois ». Qu’est-ce que vous faites ?

A l’IHU, nous allons mettre en place un protocole thérapeutique. Nous, ce qu’on veut, c’est soigner les malades. Il y a des gens qui arrivent avec une maladie grave, et on a montré que le seul traitement contre cette maladie, c’est la chloroquine. Donc, pour pas donner de la chloroquine, il faut être farci ! Donc on va prévenir le ministre pour lui dire que si les gens qui arrivent ont un coronavirus chinois, on va les traiter par la chloroquine parce que c’est le seul traitement dont on a eu la démonstration qu’il marchait. C’est tout ! C’est pas mystérieux, c’est de la médecine, pas des potins de télévision !

Source : 20 minutes, Mathilde Ceilles, 26-02-2020

Et le même jour, M. Raoult, qui ne semble pas trop brimé par les médias, donne une interview dans la Marseillaise, « Pour lutter contre le coronavirus, il faut être efficace sur le diagnostic » (source) :

Enfin… Il faut dire qu’ils ont changé le titre le 18 mars :

Pas de chance, suivant depuis un moment ce sujet, j’avais déjà repéré et archivé cette pépite :

Voilà. Il serait donc éthique que la Marseillaise ait la décence de remettre le titre original – même s’il dessert l’image de l’enfant du pays.

Dans cette interview il disait en effet ceci :

La Marseillaise : Le coronavirus Covid-19 est-il plus dangereux qu’un virus responsable d’une épidémie de grippe saisonnière ?
Didier Raoult :

Il ne l’est pas.

Commentaire OB : Poke Michel Cymes. La Chine mets rapidement 60 millions de personnes en quarantaine, l’OMS déclare une urgence de santé mondiale pour le SRAS-2, mais c’est juste pour une « mauvaise grippe » – sacrés « chercheurs français »™ …

Il y a eu dans la zone de Wuhan une mortalité relativement élevée que les Chinois ont estimé à 5,6 %. Si vous sortez de cette zone, la mortalité est plus proche des valeurs de 0,5 à 0,6 %, […] Par ailleurs, la surmortalité pour les formes sévères dans la zone de Wuhan est liée, d’après la Chine, à un niveau d’équipement hospitalier insuffisant, c’est pourquoi ils ont construit un hôpital en dix jours. Il y aurait donc une surmortalité liée à une mauvaise prise en charge médicale, et il est vraisemblable que ce scénario se soit répété ailleurs.

Commentaire OB : de l’intérêt, donc, qu’il n’y ait pas de grosse épidémie saturant les hôpitaux. Hélas cela semble arriver dans 9 pays sur 10… Et donc cette mortalité pourrait bien être assez élevée.

Quelle stratégie thérapeutique vous semble la plus adéquate pour lutter contre le virus ?
D.R. : Concernant les vaccins, ils sont destinés à prévenir de vraies maladies, qui concernent des centaines de milliers de cas.

Commentaire OB : Raoult doit donc considérer que nous avons à faire a une « fake maladie ». Qui est portant en croissance exponentielle, qui a déjà contaminé 375 000 personnes et tué 16 000 personnes (source)

J’attends plutôt des Chinois qu’ils testent chez les patients le médicament le plus simple et le moins toxique au monde qu’est la chloroquine, dont ils ont prouvé l’efficacité en laboratoire. Ce serait le meilleur candidat, plutôt qu’un nouveau médicament qui nécessiterait plusieurs années avant une autorisation de mise sur le marché.

On comprend donc que tout ceci ait pu participer à démobiliser les pouvoirs publics.

III. La France : Raoult fut néanmoins récompensé par le Gouvernement

Bien que ses propos aient participé à relativiser la menace et à démobiliser le public, Didier Raoult, ce grand « mandarin à la française » fut intégré parmi les 11 membres du Conseil scientifique gouvernemental, le 11 mars 2020 (source) :

C’est même un des 2 seuls infectiologues.

En réalité, il est peu surprenant de le voir à cette place, car le Président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy appartient lui aussi au conseil d’administration de l’IHU IM.

Bref, Raoult n’est pas vraiment brimé ni « hors-système ».

Même si, au vu des polémiques, il a annoncé le 24 mars ne plus participer au Conseil scientifique réuni autour d’Emmanuel Macron (mais il n’en a pas démissionné).

Rappelons d’ailleurs que c’est ce conseil qui a confirmé à Macron qu’il n’y avait aucun problème à organiser les municipales – ce que ne partageaient pas d’autres médecins :

Bilan : des assesseurs ont été contaminés le jour du vote…

IV. Quel est le message de Didier Raoult en pleine débâcle ?

Didier Raoult a ensuite réalisé un essai de chloroquine sur 26 personnes, et a publié les résultats dans une très prestigieuse revue internationale à comité de lecturedans une vidéo Youtube le 16 mars (et par une publication le 17 – source). Nous nous intéresserons à cet essai dans un prochain billet.

Nous continuons simplement à analyser ses déclarations dans la presse, qui se sont multipliées suite à l’essai. Florilège – en commençant par mon préféré :

« La chloroquine guérit le Covid-19 » : Didier Raoult, l’infectiologue qui aurait le remède au coronavirus

Source : Marianne, Etienne Campion, 19-03-2020

[Marianne] L’homme nous confie être encore amer quant au mépris dont il dit avoir été victime. Sans baisser les bras pour autant : « Je discute beaucoup avec le gouvernement et avec des personnes au plus haut niveau de l’Etat. Je comprends ce qui fait partie de l’écosystème des décideurs, ce n’est pas une surprise que d’avoir été mis de côté. »

OB : « Mis de côté » : oui, enfin, en tant membre du Comité scientifique, il fait partie des 11 conseillers du gouvernement…

[Marianne] Quant aux accusations de « fake news » ? « Préférer les opinions aux faits est une maladie. Mais je n’en veux à personne, changer d’avis, c’est mieux que de rester idiot. » […]

Mais, s’il explique « continuer sa série de tests cliniques« , Didier Raoult précise : « Je ne fais pas de communication avant d’avoir prévenu le ministère de la Santé. Dès que j’aurai un nouvel article à faire paraître, je communiquerai de façon transparente pour informer la population, pas avant. »

OB : C’est à dire que, maintenant, le « Chercheur Français »™ , dès qu’il a deux résultats provisoires, il fait des vidéos Youtube pour « informer la population » avant d’avoir convaincu ses pairs.

[Marianne] Sur les 300.000 médicaments à base de chloroquine que compte offrirSanofi à la France, il confie : « Ça, croyez-moi, j’étais au courant avant vous !« .

OB : ah, ben, il en sait des choses Didier Raoult… Mais du coup, vu les relations de l’IHU IM et de Sanofi, on comprend mieux… Sanofi qui en profite donc pour se faire une énorme opération de communication – pour un gigantesque marché potentiel.

[Marianne] Concernant les bémols émis quant à la méthodologie de ses récents essais cliniques : « C’est contre-intuitif, mais plus l’échantillon d’un test clinique est faible, plus ses résultats sont significatifs. Les différences dans un échantillon de vingt personnes peuvent être plus significatives que dans un échantillon de 10.000 personnes.Si on a besoin d’un tel échantillonnage, il y a des risques qu’on se trompe. Avec 10.000 personnes, quand les différences sont faibles, parfois, elles n’existent pas.« 

OB : Oui ! Didier Raoult a clairement dit cette énormité qui choquera principalement les lecteurs scientifiques : « Plus l’échantillon d’un test clinique est faible, plus ses résulats sont significatifs » – une véritable insulte à la Loi des Grands nombres ; une « Loi de Raoult » que l’on pourrait résumer ainsi : « Testons – non pas sur un grand nombre – mais sur un seul patient et nous aurons la meilleure robustesse statistique possible pour apprécier l’efficacité du traitement et anticiper les effets secondaires ! Et donnons-le à tous les malades dès le lendemain sans l’accord des autorités médicales ! ».

Bien sûr les grands chercheurs internationaux (ici un spécialiste suisse) n’en sont pas revenus (source) :

Eh oui, on parle bien ici du conseiller du Gouvernement français sur la crise actuelle… Retweeté par Donald Trump !

Mais bon, si Trump avait fait de la recherche plutôt que de la politique, cela devrait – dans la forme – ressembler plus ou moins à ce que fait Raoult.

Source : Marianne, Etienne Campion, 19-03-2020

On a également affaire à un bien bel humaniste :

Coronavirus : « Je ne suis pas un outsider, je suis en avance », entretien avec le professeur marseillais Didier Raoult

source : La Provence, Alexandra Ducamp, 21-03-2020

627 morts en une journée et 40 000 cas de Covid-19 en Italie, on n’en est plus à la « grippette » dont vous parliez il y a quelques semaines…
Pr Didier Raoult : Vraisemblablement, vous ne comprenez pas du premier coup.Toutes les situations doivent être mises en perspective. Sur quelle maladie infectieuse toute la presse s’est-elle excitée l’année dernière ? La rougeole. À la fin, il y a eu 1 000 cas avec un mort et il y avait une annonce tous les jours dans les médias. Le monde de l’information vit dans un monde parallèle au mien, celui de l’observation. On est passé d’une exagération à une déconnection. Il y a dans le monde 2,6 millions de morts d’infections respiratoires par an, vous imaginez que les 5 000, 10 000 ou même 100 000 vont changer les statistiques ?

On ne parle pas de statistiques, on parle d’êtres humains, de populations entières confinées…
Pr Didier Raoult : De quoi voulez-vous parler d’autres ? Les gens meurent, oui. La plus grande surmortalité de ces dernières années en France, c’était en 2017 : 10 000 morts supplémentaires en hiver, on ne sait pas même pas si c’est de la grippe. 10 000 morts, c’est beaucoup. Mais là, on en est à moins de 500. On va voir si on arrive à en tuer 10 000, mais ça m’étonnerait.

OB : « Et puis on verra… »

L’argument statistique est donc le seul prisme…
Pr Didier Raoult : À Marseille, nous avons diagnostiqué 120 cas positifs, il y avait deux morts de plus de 87 ans. Ils mourraient aussi l’année dernière. Sur 100 prélèvements de gens qui ont une infection respiratoire, ce sont plutôt des cas graves, quand on teste 20 virus et 8 bactéries, il y en a 50 % dont on ne sait pas ce qu’ils ont, c’est notre grande ignorance. Pour tous les autres, il y a 19 virus saisonniers, qui tuent aussi. Les coronavirus endémiques tuent plus ici que le chinois. Je confronte en permanence les causes de mortalité dans toute la région à cette espèce de soufflet anxiogène qui monte : pour l’instant, on a plus de chance de mourir d’autres choses que du Covid-19.

OB : ah, oui, si c’est le critère, on n’est pas près d’y être en effet.

Le grand âge, les comorbidités et la prise en charge tardive sont des facteurs de mortalité. C’est peut-être inentendable, mais c’est la réalité. La seule chose qui m’intéresse sont les datas, les données brutes. Les données vont rester, les opinions, elles, changent… […] Je ne dis pas l’avenir, mais je ne suis absolument pas terrifié.

OB : ça , on l’avait bien compris…

« Dans mon monde, je suis une star mondiale »

Comment expliquez-vous la situation dans l’est de la France ?
Pr Didier Raoult : Je suis scientifique, c’est ce qui manque dans ce pays ; une grande partie du monde politique et administratif réagit comme vous (les médias, NDLR). Nous, nous ne devons pas réagir comme ça. Les seules données qui m’intéressent ce sont les données d’observation, je n’ai pas d’opinion. Il n’y a que la presse qui parle de ce qui se passe dans l’Est, moi, je n’ai pas de données. Pour l’Italie, on disait pis que pendre, j’ai reçu une analyse, c’est comme ailleurs, ce sont des gens de plus de 75 ans.

OB : bah oui. Ils peuvent tous crever, où est le problème ? C’est quoi 5 ou 10 ans d’espérance de vie en plus ?

[…] Vous êtes en permanence à contre-courant du discours…
Pr Didier Raoult : Ce n’est pas parce qu’il y a quelques personnes qui pensent certaines choses à Paris, que je suis à contre-courant. Dans mon monde, je suis une star mondiale, je ne suis pas du tout à contre-courant. Je fais de la science, pas de la politique. Les maladies infectieuses, ce n’est pas très compliqué, c’est diagnostic et traitement. C’est le B-A ba, si les gens ne connaissent pas le B-A ba des maladies infectieuses ou de la chloroquine qui s’apprend en troisième année de médecine, je n’y peux rien. Je vais pas refaire l’éducation de ceux qui refont le monde sur les plateaux-télé. Je me fous de ce que pensent les autres. Je ne suis pas un outsider, je suis celui qui est le plus en avance. La vraie question est : comment ce pays est arrivé dans un tel état que l’on préfère écouter les gens qui ne savent pas que plutôt ceux qui savent ? […] Si vous avez des doutes sur ma crédibilité, ce n’est pas mon problème. Il y a des gens soignés dans le monde entier, je ne me sens pas plus responsable des malades de Paris que de Corée. Ce seront les plus intelligents qui seront le mieux soignés. Je n’essaie pas d’être arrogant. Si les gens ne veulent pas regarder les chiffres, je n’y peux rien.

OB : qui « savent » annoncer à temps l’épidémie du siècle en la voyant venir de loin, par exemple ?

24 patients sont suivis dans l’essai clinique, combien de personnes ont été traitées depuis…
Pr Didier Raoult : On en a traitées d’autres mais je ne vous dirai pas combien. J’en informerai d’abord le ministère.

OB : Ok, il traite donc des gens sans en avoir informé le ministère, tout va bien.

Quid des effets secondaires du traitement à l’hydroxy-chloroquine ?
Pr Didier Raoult : Ce qu’on dit sur les effets secondaires est tout simplement délirant. Ce sont des gens qui n’ont pas ouvert un livre de médecine depuis des années. Plus d’un milliard de gens en ont bouffé, les personnes qui souffrent de lupus en prennent pendant des décennies… Je connais très bien ces médicaments, j’ai traité 4 000 personnes au Plaquénil depuis 20 ans. Ce n’est pas moi qui suis bizarre, ce sont les gens qui sont ignorants. On ne va pas m’apprendre la toxicité de ce médicament.

OB : je me demande quand même comment on peut déjà connaitre les effets secondaires lorsque le médicament est donné à un patient atteint du Covid-19… L’aspirine et les antiinflammatoires aussi on connait bien, et pourtant, il ne faut pas en prendre.

source : La Provence, Alexandra Ducamp, 21-03-2020

Raoult a même démobilisé pour le confinement :

[Vidéo] Un membre du conseil scientifique Covid-19 dénonce l’inefficacité du confinement

Pour le professeur Didier Raoult, l’Italie, la France et l’Espagne suivent la mauvaise route en empruntant la voie du confinement total.

Alors que la France entière est confinée depuis maintenant deux jours, l’avis du professeur Didier Raoult est dissonant. Cet infectiologue, membre du conseil scientifique Covid-19 mandaté par le gouvernement, refuse de céder à la panique. Dans une vidéo, celui qui est directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille explique d’ailleurs que les dernières mesures prises par le gouvernement français, mais également par les gouvernements espagnols et italiens, ne règlera pas le problème immédiat du coronavirus. Pour lui, un constat s’impose : « Il faut garder raison et faire comme pour les maladies infectieuses en général : du diagnostic ».

Source : Valeurs actuelles, 19-03-2020

V. Plus de 1 000 morts : le parfait moment pour sortir un livre !

En pleine épidémie, en plein test pharmaceutique, Didier Raoult vient d’annoncer qu’il sort un livre dans les prochains jours (source) pour encore démobiliser :

On croit rêver… Et la presse semble ne pas y voir de problème (source) :

On comprend mieux pourquoi son essai sur la chloroquine est aussi bancal (nous vous le démontrerons dans le prochain billet) : il était probablement occupé à écrire son livre…

Florilège :

Il apparaît dans les tous premiers mots de ce court ouvrage destiné à surfer sur le drame actuel, que Didier Raoult a un grand but dans la vie : démobiliser les population face au risque exceptionnel de faible fréquence mais de forte intensité (du genre du Covid-19).

Pourtant, comme le rappelle fort justement Nassim Nicholas Taleb (qui est, sur ce point de gestion du risque, clairement plus dans son domaine d’expertise que Didier Raoult) dans cet article que nous avons repris :

« Il faut raisonner par l’inconnu, et non par le connu. C’est une erreur grave, parce qu’on sait qu’une grippe saisonnière ne se multiplie pas comme le coronavirus , et si c’est le cas, elle est bénigne. […] face à un tel événement, il faut réagir pour parer au pire. C’est une nécessité. […] il y a des risques qu’il ne faut pas prendre. […] Même si on panique pour rien deux fois par an, ça vaut le coup pour la fois où on paniquera avec raison. […] Sans paranoïa, pas de survie ! » [Nassim Nicholas Taleb, mars 2020]

Mais le pire est cette phrase purement mensongère :

M. Raoult a le droit d’estimer qu’elle est très faible, mais, un scientifique ne peut décemment dire qu’elle est nulle.

Que ce soit du point de vue théorique ou pratique – le coronavirus SRAS-2 a bel et bien changé les statistiques de Bergame en Italie, qu’il a durement frappée : du 8 au 16 mars 330 morts, contre 23 morts durant la même période de 2019 (source). A Bergame, en Italie, le virus aurait tué plus que pendant la Seconde Guerre mondiale.(FranceInfo,)

Et tout l’enjeu du combat est que la France ne devienne pas un gros Bergame…

Ainsi, le « Général de la santé » Didier Raoult a contribué à plusieurs reprises à relativiser la menace et à diminuer la mobilisation de la population en pleine offensive du coronavirus. Il a donc participé à notre défaite face à la propagation du virus. Espérons cependant qu’il participera à notre victoire finale sur sa mortalité…

VI. Didier Raoult : chercheur ou manager ?

Mais revenons sur le parcours de Didier Raoult. Comme le rappelle sa page Wikipedia :

Didier Raoult, né le 13 mars 1952 à Dakar au Sénégal, est un infectiologue et professeur de microbiologie français spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté de médecine de Marseille. […]

Mauvais élève, Didier Raoult part travailler à 17 ans, pendant deux ans, sur des bateaux. […]

En 1972, il passe un baccalauréat littéraire en candidat libre puis s’inscrit en faculté de médecine. […]

Devenu professeur, il dirige des thèses sur les maladies infectieuses à la faculté de médecine de Marseille. Il est président de l’université de la Méditerranée – Aix-Marseille II de 1994 à 1999. […]

Il dirige de 2008 à 2017 l’unité Urmite (Unité de recherche en maladies infectieuses et tropicales émergentes) à Marseille

Grand prix Inserm 2010 pour l’ensemble de sa carrière, il a décrit, avec son équipe marseillaise, des virus complexes. Il est l’un des chercheurs français les plus cités, avec de nombreuses publications scientifiques à son actif. […]

Grâce à la subvention la plus élevée accordée en France pour la recherche médicale (72,3 millions d’euros portés par l’ANR dans le cadre du PIA), Didier Raoult fait construire un nouveau bâtiment pour accueillir l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille ou IHU Méditerranée Infection (« Institut MI »), inauguré en 2018. Cet institut est dédié au diagnostic, à la prise en charge et à l’étude des maladies infectieuses y compris les soins, la recherche et l’enseignement. L’Institut MI a pour membres fondateurs : université d’Aix-Marseille, Assistance publique – Hôpitaux de Marseille, BioMérieux, l’Établissement français du sang, l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le Service de santé des armées. Il bénéficie de l’aide de l’Union européenne et de la région ainsi que de nombreux partenariats.

Nous vous renvoyons vers sa page Wikipedia pour voir l’impressionnante liste des recherches de l’Institut, et ici pour la liste de ses publications (source, chercher « Raoult D[Author] ») .

Par ailleurs, et comme on l’a vu sur l’image précédente il est en effet un des chercheurs français les plus fréquemment cité. Mais en fait, ce n’est pas vraiment son seul nom qui est « cité », mais les études qu’il a signées. Et co-signées. Et il co-signe vraiment beaucoup :

Comme on voit qu’il co-signe depuis 2012 près d’un article chaque jour ouvré, cela signifie qu’il utilise une pratique assez répandue, mais à large échelle : la « stratégie du coucou », où il co-signe pratiquement chaque article de n’importe lequel de ses (centaines de) subordonnés.

Signataires de l’essai de l’hydroxychloroquine dont Raoult a publié les résultats le 16 mars

Comme Didier Raoult est à la tête d’un des plus grands centres de recherche européens sur les maladies infectieuses, co-signant presque tous les travaux, il est donc finalement assez logique d’arriver à ce genre de communiqué de presse tapageur (source) :

Il chapeaute d’ailleurs depuis longtemps de grandes équipes. Mais il a une vision très productiviste de la recherche, comme on le voit ici en 2008 :

« Logé dans les étages de la faculté de médecine, son laboratoire emploie 140 personnes dont 45 chercheurs qui publient entre 150 et 200 papiers par an. […] En moyenne, chaque thésard qui passe là produit cinq articles. « Nous sommes 75 % plus productifs qu’un laboratoire de l’Inserm », a calculé Didier Raoult. Avec un budget annuel de 10 millions d’euros, le coût de revient d’une publication dans son unité ne dépasse pas 80.000 euros contre 200.000 en moyenne (pour une publication d’impact 3,5) dans l’établissement public.

Si le scientifique est si proche de ses sous, c’est qu’il doit se battre chaque année pour remplir les caisses. […]. Cette année, deux autres projets, jugés hors champ, ont encore été retoqués. « C’est irritant et incompréhensible, se révolte Didier Raoult.Sous prétexte d’égalitarisme, le système français prétend donner autant à tous. Or la recherche est une compétition. Comme des sportifs de haut niveau, les chercheurs doivent être évalués objectivement et individuellement. Les outils existent, faciles d’accès. Manque la volonté de comparer. Or c’est la seule alternative possible si on entend privilégier la promotion et le financement des chercheurs les plus efficaces et les plus dynamiques. » [Les Echos, 29/10/2008]

20 minutes précise au passage la vraie spécialité de Raoult : « Spécialiste mondial des Rickettsies, ces bactéries intracellulaires à l’origine notamment du typhus, Didier Raoult a aussi décrypté le génome de la bactérie à l’origine de la maladie de Whipple, près d’un siècle après l’apparition de cette pathologie. Le professeur marseillais a même donné son nom à deux nouvelles bactéries pathogènes qu’il a découvertes, Raoultella planticola et Rickettsia raoultii. »

Ainsi, on peut en conclure plusieurs choses :

  • bien qu’ayant un style disons « très personnel », le professeur Raoult est indubitablement un grand chercheur français sur les virus.
  • Didier Raoult n’est pas un « petit chercheur » hors du système, ayant raison contre le reste du monde, c’est une très haute figure de la santé française à qui a été confié un budget de plus d’une centaine de millions d’euros pour créer un des plus grands centres de recherche d’Europe, dans le cadre du grand emprunt ;
  • il n’a rien d’isolé : il dispose de nombreux soutiens de poids dans la recherche, l’administration, mais aussi la politique (en particulier chez LR : « C’est un garçon qui peut avoir le prix Nobel, lance même son ami médecin de longue date, le président LR de la région Paca Renaud Muselier. Il est brillantissime. » […] Face à ces critiques, Renaud Muselier se fait son meilleur avocat : « Quand on est classé numéro 1, dire qu’on est le meilleur, est-ce de la mégalomanie ou simplement faire un constat ? » – source 20 minutes)

    Didier Raoult avec toutes les autorités politiques locales et régionales lors de l’inauguration de l’IHU, le 27 mars 2018 (source)
  • c’est donc surtout maintenant un manager, qui dirige un des centres de référence du pays – que nous allons analyser plus avant.

« Le meilleur » ? Nous allons voir…

VII. Didier Raoult et les IHU

Didier Raoult, en raison de sa grande influence politique en France, a joué un rôle central dans la création des IHU, comme le rappelle un rapport de 2015 de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) du Ministère de la Santé – don la mission est d’aller auditer les structures pour le compte du Minsitère (archive) :

« En 2003, peu après la crise liée à l’anthrax, dans un rapport remis aux ministreschargés de la santé (Jean-François Mattei) et de la recherche (Claudie Haigneré), le professeur Didier Raoult propose la création de sept infectiopôles [… – ] structures intégrées regroupant des équipes multidisciplinaires (recherche fondamentale, soins, diagnostic, épidémiologie et valorisation) sur un site géographique unique. […]

En 2006, le professeur Raoult développe dans un nouveau rapport le projet de création d’un premier infectiopôle implanté à Marseille, sur le site de la Timone. […] » [Rapport IGAS]

Ses préconisations ont été suivies d’effets :

« La création d’Instituts hospitalo-universitaires (IHU) a été préconisée par deux commissions successives en 2009 et 2010, qui ont fixé les contours des IHU : la réunion en un lieu unique des fonctions de soins, de recherche et de formation, rassemblées au lit du malade. Ces rapports en ont préconisé les principes structurants : être en nombre limité, viser un niveau d’excellence internationale, être conçus autour de talents reconnus mondialement, […] disposer d’un statut spécifique permettant d’attirer et de retenir les meilleurs talents internationaux et de simplifier les collaborations entre la recherche et l’industrie pour une durée suffisamment longue, intégrer un objectif de transfert de technologies, passant par des relations étroites avec les acteurs industriels et enfin, inclure un partenariat et donc un cofinancement systématique par le secteur privé. En pratique, 850 M€ ont été ouverts par la loi de finances rectificatives de mars 2010 au profit des IHU. [NdR : dans le cadre du « Grand Emprunt »]

Le jury international a auditionné neuf projets au total et en a retenu six. » [Rapport IGAS]

Ces 6 IHU se sont donc développés au milieu des années 2010 grâce au Fond d’Investissement d’avenir mis en place en 2009 (« Grand Emprunt »).

Concernant ces structures, Marianne rappelait ceci en 2017, en raisons de tensions entre elles et l’Inserm :

« Les IHU ont été créés en 2010, sous Nicolas Sarkozy et sur conseil de Jacques Attali, Alain Juppé et Michel Rocard , afin de stimuler la recherche médicale, alors moribonde en France. L’objectif était de créer des centres de recherche de haut niveau échappant aux pesanteurs des structures existantes. Pour ce faire, ils bénéficient depuis leur création du statut de « fondation » indépendante. […] Or, ce statut est discuté depuis plusieurs années en ce qu’il pose des questions sur la viabilité du modèle économique et les liens avec les institutions partenaires de l’IHU.

Yves Levy est un des plus fervents contempteurs du modèle « fondation ». Dans son édition de ce mercredi 11 octobre, Le Canard enchaîné révèle que le patron de l’Inserm a envoyé le 9 septembre une note aux équipes candidates, dans laquelle il prône le remplacement du statut de fondation par un simple « contrat ». Celui-ci pourrait notamment prendre la forme d’un groupement d’intérêt public. La différence entre les deux statuts ? Le statut de fondation permet aux IHU de prendre des décisions rapidement, après consultation de leur conseil d’administration. Dans les groupements d’intérêt public (GIP), chaque institution partenaire dispose d’un droit de regard sur les décisions de l’IHU. Or, l’Inserm est partenaire et membre fondateur de cinq des six premiers IHU.

Dans ceux-ci, l’Institut met à disposition ses chercheurs, certains de ses laboratoires, et participe aux conseils d’administration. Sans avoir de droit de veto. Il y a aussi un enjeu en termes de brevets. Les IHU ne pouvant être en déficit, les brevets qu’ils déposent et vendent à des grandes entreprises participent à leur modèle économique. Au sein d’un GIP, la répartition de la manne devra être renégociée, devenant potentiellement plus favorable à une institution comme l’Inserm. » [Marianne, 11/10/2017]

Maintenant que nous avons mieux saisi les enjeux autour de ces structures (je renvoie les passionnés vers un autre rapport de l’IGAS de 2016 : « Le modèle économique » des IHU) , analysons plus en détail les problèmes à Marseille.

VIII. L’IHU Marseille Infection, « bébé » de Didier Raoult

Le rapport IGAS nous indique la suite de la création de l’IHU de Marseille :

« Une première fondation de coopération scientifique a été créée en 2007 pour abriter les activités du centre thématique de recherche et de soins (CRTS), sous le nom d’Infectiopôle Sud. Le professeur Didier Raoult en était le président et le docteur Yolande Obadia la directrice. […]

[Finalement retenu,] le projet d’IHU de Marseille est celui des projets d’IHU qui a bénéficié du financement le plus important. Le coût total sur la période des huit années du projet d’IHU prévu dans le document soumis au jury international est affiché à hauteur de 172,5 M€. […]

Le projet d’IHU de Marseille se caractérise par la part très importante, plus des 2/3, des fonds versés par l’ANR [Agence Nationale pour la Recherche] utilisée pour financer la construction d’un bâtiment : 48,8 M€ sur 72,3 M€. »

Comme le rappelle 20 Minutes, « il faudra toutefois attendre la fin d’année 2016, soit une quinzaine d’années plus tard, pour que Didier Raoult inaugure son « bébé », l’IHU Méditerranée Infection, dans un bâtiment de 24 000 m2 tout près de la Timone ».

Raoult est donc à la tête de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille. Il exerce à la fois la fonction de Directeur de la Fondation Marseille Infection qui coiffe l’IHU IM, mais il en est également administrateur (source) :

Organigramme de l’IHU IM

La fondation marseillaise est présidée par Yolande Obadia, qui est médecin spécialiste de santé publique.

Didier Raoult gère donc depuis des années un énorme budget (plus de 150 millions d’euros) et chapeaute près de 800 salariés. (source 1, source 2)

Budget de l’IHU MI

Alors que la situation financière de l’IHU était très difficile au début, elle a fini par s’améliorer récemment : l’IHU est désormais largement bénéficiaire (source) :

Avec plus de 11 millions d’euros de bénéfice (en augmentation de 79 % en un an), Didier Raoult semble avoir trouvé de très bons partenaires pour financer son IHU. Hélas, comme nous n’avons pas trouvé de budget détaillé (malgré la page dédiée) pour comprendre l’origine d’un tel bénéfice, ni d’éléments financiers sur la fondation de l’IHU (pas grand chose sur la page dédiée) et ses structures.

Mais il y a un « mais ».

D’abord il est à noter que cet IHU, comme les autres, nécessite une large participation du secteur privé, dont bien évidemment, les laboratoires pharmaceutiques mais aussi les banques :

Les partenaires de l’IHU-IM.

Notez bien que Sanofi Aventis finance l’Institut, donc Raoult est forcément régulièrement en contact avec eux (c’est le 3e plus gros laboratoire pharmaceutique du monde ; il faut simplement connaitre ces liens – source).

Ces partenariats sont très importants, car, la pérennité du financement de ces structures IHU, à cheval entre le public et le privé, inquiétait déjà l’IGAS il y a 5 ans :

« À partir de 2020, c’est-à-dire après l’arrêt des subventions de l’ANR [Agence Nationale de la Recherche], le modèle économique de l’IHU est inexistant. Cette situation n’est pas spécifique à l’IHU de Marseille mais soulève de multiples questions, en particulier sur la capacité de l’IHU en maladies infectieuses à trouver des nouvelles ressources fondées sur la recherche contractuelle et la valorisation[NdR : trouver des ressources du secteur privé] et susceptibles de pallier l’arrêt du subventionnement public. » [Rapport IGAS, 2015]

IX. L’avis de l’IGAS sur la gestion de l’IHU de Marseille par Didier Raoult

En réalité, le rapport de 2015 de l’IGAS était en fait un audit consacré à l’IHU de Marseille :

Il se poursuit sur la gouvernance :

« Conformément aux préconisations du rapport Marescaux sur les IHU, le support juridique et organisationnel de l’IHU de Marseille est une fondation de coopération scientifique. […] En 2011, les statuts de la fondation Infectiopôle Sud ont été modifiés afin d’élargir son champ d’activité à l’IHU et la fondation a pris alors le nom de « fondation Méditerranée Infection ». Les statuts modifiés ont été approuvés par décret du 30 novembre 2011 et publiés au Journal officiel du 2 décembre 2011. Le docteur Yolande Obadia a été élue présidente de la fondation et le professeur Didier Raoult nommé directeur. »

Raoult et Obadia ont donc inversé leurs rôles respectifs. Le rapport se poursuit, pointant une incroyable succession de problèmes de gouvernance :

« 4.2 La gouvernance et le management de l’IHU sont inadaptés

4.2.1 Un conseil d’administration qui ne fonctionne pas de façon satisfaisante

À cette fin, la première qualité d’un conseil d’administration se trouve dans l’équilibre de sa composition ainsi que dans la compétence et l’éthique de ses membres. Ses membres doivent être soucieux de l’intérêt social, avoir une qualité de jugement qui repose sur l’expérience, avoir une capacité d’anticipation leur permettant d’identifier les risques et les enjeux stratégiques et être présents, actifs et impliqués. Ils doivent également ne pas avoir de conflits d’intérêts.

Or le conseil d’administration de la fondation Méditerranée Infection ne satisfait pas suffisamment aux standards requis à cet égard.

Les administrateurs de la fondation représentant les membres fondateurs sont très peu présents personnellement, et très systématiquement représentés par un tiers. La présence des personnalités qualifiées est, elle-même, contrastée […]

Le choix des présidents des conseils d’administration des IHU s’est à juste titre porté, en général, sur une personnalité nationale et extérieure à l’institut, ayant une forte expérience politico-administrative au plus haut niveau de l’État, qui présente des garanties d’indépendance et apporte de la crédibilité, de l’autorité sur les membres du conseil d’administration ainsi que des capacités de vision stratégique et de soutien managérial.

On peut s’interroger sur l’autorité et l’indépendance de la présidente du conseil d’administration vis-à-vis du directeur, le professeur Didier Raoult, alors que celle-ci était auparavant la directrice de la fondation Infectiopôle Sud dont le professeur Didier Raoult était le président. Le cumul entre les fonctions de présidente du conseil d’administration et les fonctions de responsable d’une unité de recherche qui est partie intégrante de l’IHU, est également discutable. […]

S’agissant du profil des trésoriers, c’est un choix similaire qui s’est imposé dans les autres IHU […] : celui de personnalités issues du monde de la finance (ministère des Finances, Cour des comptes) ou de l’entreprise […]. Par ailleurs, le cumul constaté entre les fonctions de trésorier et celles de directeur général de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (Jean-Paul Ségade puis Jean-Jacques Romatet ont été élus trésoriers) paraît inopportun. […]

Le directeur de l’IHU, [NdR Didier Raoult …] qui siège en principe selon l’article 3 des statuts au conseil d’administration avec voix consultative, est en pratique membre titulaire du conseil d’administration depuis sa création : d’abord désigné à titre de personnalité qualifiée, il a ensuite été élu administrateur de plein exercice en tant que représentant des enseignants-chercheurs. Ce cumul de fonctions (directeur et administrateur) est contraire aux statuts-types des fondations reconnues d’utilité publique, qui s’imposent aux fondations de coopération scientifique et qui ont été approuvés par le Conseil d’Etat et érigés en directives (CE, 2010, n° 305649, « Postel-Vinay » depuis qualifiées de « lignes directrices » par le CE dans une décision de 2014 n° 364385 « M. J »). L’article 8 de ces statuts-types dispose qu’aucun administrateur ne peut exercer les fonctions de direction, afin d’éviter la confusion entre l’organe collégial décisionnaire et les fonctions exécutives de direction. Le cumul actuel doit donc cesser sans délai.

De façon générale, et selon les observations convergentes de plusieurs de ses membres, le conseil d’administration s’apparente trop à une chambre d’enregistrement des décisions prises par le directeur et ne peut remplir pleinement le rôle qui lui est imparti par le droit des fondations.

Deux administrateurs et membres fondateurs ainsi que le commissaire du gouvernement ont souligné que les conditions dans lesquelles les documents préparatoires étaient diffusés, les débats se déroulaient et les comptes-rendus étaient élaborés n’étaient pas propices à leur garantir la sérénité et la densité nécessaires. […]

La mission a pu constater, en effet, sur le dossier du financement de la construction du bâtiment combien les documents fournis aux administrateurs ont été succincts et changeants, en dépit de l’importance des enjeux financiers. Elle a également pu constater, au vu des comptes rendus du conseil d’administration, que les débats sur le sujet ont été trop limités. […]

Les membres fondateurs ne se réunissent pas jusqu’à présent en collège, avant les conseils d’administration, afin d’en préparer les débats et arrêter une ligne. […]

Il n’existe pas pour l’instant de bureau du conseil d’administration, qui devrait réunir le président, l’AP-HM, l’AMU, une personnalité qualifiée ou deux et le commissaire du gouvernement.[…]

Dans le même esprit, en raison des défis actuels auxquels doit faire face la fondation, le conseil d’administration mériterait de se réunir plus de deux fois par an, compte tenu des enjeux nombreux auxquels la fondation et ses membres doivent faire face. » [Rapport IGAS]

Un tel cumul d’entorses élémentaires à l’éthique de la gouvernance d’une structure publique au budget de près de 200 millions d’euros est vertigineux. Et encore, ce n’était que le Conseil d’administration ! Le rapport se poursuit sur le management :

« 4.2.2 Une organisation et un management de l’IHU qui ont des caractéristiques menaçant la bonne mise en oeuvre du projet

L’organisation et le management de l’IHU de Marseille soulèvent plusieurs problèmes qui ont été constatés par la mission.

4.2.2.1 Un défaut de formalisation et de clarté dans l’organisation

La mission a constaté au cours de ses investigations un très grand manque de formalisation de la part des responsables de l’IHU, ce qui a compliqué les travaux de la mission mais obère surtout le déroulement d’un projet complexe sur le plan administratif et financier.

Des éléments fondamentaux faisaient, ou font toujours pour certains, défaut. Il en va ainsi par exemple du nombre et de la répartition des m² des locaux, du plan d’affectation des locaux…

D’autres éléments essentiels manquent énormément de clarté. Il en va ainsi de l’organigramme de la fondation ainsi que du rôle respectif du comité de pilotage, des départements, de l’articulation entre les work packages et l’organigramme, etc….

Un véritable comité exécutif de l’IHU fait défaut, le comité de pilotage en principe dédié à l’animation de la vie scientifique en faisant office

Le rôle des directeurs de départements, et leur association au management de l’IHU, ne sont pas apparus clairement à la mission.

4.2.2.2 Une extrême concentration des pouvoirs autour du directeur

Le management de la fondation et de l’ensemble du projet est tout entier dominé par le professeur Didier Raoult qui l’exerce selon un mode vertical fondé sur l’autorité et non sur la coopération et l’inclusion et selon un mode très centralisé, sans délégation ou presque. Toutes les décisions, scientifiques et non-scientifiques, remontent en pratique au professeur Didier Raoult qui décide selon des critères qui ne sont pas transparents pour un bon nombre des interlocuteurs de la mission. […]

Le professeur Didier Raoult cumule au demeurant les fonctions de directeur et de directeur scientifique de l’IHU, ce qui n’existe pas dans les autres instituts comparables. Cette situation de cumul n’est pas satisfaisante compte tenu de la multiplicité des projets scientifiques qui sont gérés et des ambitions qui sont celles de l’IHU.

En outre, la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’un seul est contradictoire avec le caractère nécessairement fédératif et coopératif de l’IHU et conduit certaines parties prenantes à prendre des postures de méfiance – voire de défiance – à l’encontre de la direction, qui pourraient mettre en péril le projet, ou en tout cas lui faire prendre du retard.

Par ailleurs, les relations professionnelles parfois abruptes du professeur Didier Raoult ont suscité des polémiques, y compris en public ou par écrit, avec responsables de l’AP-HM, médecins et chercheurs. Cela n’a pas facilité la mise en oeuvre du projet jusqu’à présent, du moins au-delà du périmètre de l’URMITE et du pôle MIT. Ces polémiques doivent être absolument évitées à l’avenir dans la nouvelle phase du projet qui s’ouvre désormais.

4.2.2.3 L’absence de compétences administratives et financières au sein de la fondation

L’encadrement administratif et financier de la fondation est à ce jour très insuffisant au regard de la complexité des enjeux auxquels elle est confrontée. L’organisation actuelle explique les retards et les difficultés sur un grand nombre de dossiers administratifs et financiers importants évoqués ci-dessus.

Au moins deux secrétaires généraux, anciens directeurs d’hôpitaux, ont été successivement recrutés après avoir été proposés par la direction générale de l’AP-HM, mais ils n’ont pas pu trouver un point d’entente avec le directeur de la fondation et ont quitté celle-ci prématurément. Le recrutement d’un nouveau secrétaire général est prévu mais son profil, trop peu expérimenté, ne correspond pas aux besoins décrits ci-dessus par la mission. Les responsables de l’IHU ont fait le choix délibéré de limiter au maximum le nombre de salariés chargés des tâches administratives au sein de la fondation : seule une « assistante de gestion » y pourvoit. […]

4.2.3 Des processus et une organisation adaptés de conduite de projet qui font défaut, au détriment des interfaces avec l’AP-HM et les autres partenaires

L’IHU de Marseille ne s’est pas mis dans une logique de gestion de projet suffisamment efficace et opérationnelle qui permette de délivrer à échéance les livrables attendus et de créer les interfaces nécessaires avec ses grands partenaires, en particulier l’AP-HM et l’AMU. » [Rapport IGAS]

Le rapport indique même de façon étonnante :

« Il n’a pas été possible de réconcilier les chiffres figurant dans le dossier de réponse à l’appel d’offres [NdR : pour les 72 millions du Grand emprunt en 2011] avec les données budgétaires et financières disponibles aujourd’hui. »

C’était donc l’analyse de la gestion de Didier Raoult.

On comprend dès lors pourquoi la page de présentation du rapport IGAS indique :

« Ce rapport conjoint IGAS-IGAENR porte sur l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) en maladies infectieuses établi à Marseille. […] Il analyse sa situation financière qui n’apparaît plus de nature à mettre en péril le projet. Il constate que la structuration du projet tant médical que de recherche de l’IHU n’est pas achevée sur des points importants et pèse sur l’ambition du projet. Enfin, il montre que la gouvernance et le management du projet sont inadaptés à ses enjeux actuels et que des changements rapides et profonds devraient être requis par les financeurs et les fondateurs. » [Rapport IGAS]

Terminons en regardant comment ont été traitées 3 des multiples recommandations de l’IGAS :

Recommandation n°25 : Désigner rapidement un trésorier qui ait une expérience et une autorité économique et financière fortes

L’IHU MI a donc fini par remplacer son trésorier médecin par une nouvelle trésorière :

Elle est « Directeur Investissements » à la caisse locale de la Caisse d’épargne :

Au vu du volume d’argent brassé par ce projet qui doit approcher les 250 millions d’euros, essentiellement publics, un membre de la Cour des comptes spécialistes de la comptabilité publique aurait semblé un choix peut être plus approprié.

Recommandation n°27 : Mettre un terme sans délai au cumul actuel des fonctions de directeur et de membre du conseil d’administration de plein exercice […]

Didier Raoult a répondu ceci dans une interview (source) :

AEF : Le rapport pointe le fait que vous cumuliez les fonctions de directeur et d’administrateur.

Didier Raoult : Ils se trompent. On ne peut pas être à la fois administrateur et directeur si l’on est payé. Je suis directeur bénévole, il n’y a donc pas de conflits d’intérêts. Nous avons consulté un cabinet d’avocats spécialisés : personne ne peut être payé par une fondation de cette nature tout en étant administrateur.

Donc, face à une remarque de bon sens de l’IGAS, visant à éviter des conflits d’intérêts dus à « la confusion entre l’organe collégial décisionnaire et les fonctions exécutives de direction« , Didier Raoult a préféré utiliser son budget pour payer une consultation d’avocats pour ne pas démissionner d’une de ses fonctions. Lesmodèles de statuts évoqués indiquent que : « Aucun administrateur ne peut exercer des fonctions salariées de direction de la fondation. » Raoult joue sur le mot « salarié » (et explique que ce serait illégal à 1 € de salaire mais pas à 0), mais on comprend bien l’esprit de la loi : c’est un problème de contrôle et de bonne gouvernance plus que d’argent.

Mais pas de souci, Raoult a même cosigné en 2014 un xeme un papier, cette fois surle conflit d’intérêts :

Recommandation n°24 : Désigner rapidement un président du conseil d’administration extérieur à l’IHU et ayant une expérience et une autorité (ancien ministre, dirigeant d’entreprise, dirigeant d’un grand établissement public, membre d’un corps d’inspection, du Conseil d’Etat ou de la Cour des Comptes) adaptées à un projet d’ampleur nationale et internationale

Force est de constater que Didier Raoult s’est assis, comme pour la précédente, sur cette recommandation, pour ne pas se séparer de Yolande Obadia. Et nous allons comprendre dans la partie suivante pourquoi…

X. Les drôles de « combines » à l’IHU Marseille Infection

La fondation de l’IHU IM est donc présidée depuis 2011 par Yolande Obadia,

L’excellent site d’investigation locale MarsActu racontait fin 2018 cette éloquente affaire :

« Les contrôleurs de l’agence française anti-corruption (AFA)[…] dans la plus grande discrétion, sont venus à Marseille, fin mai [2018], contrôler un des fleurons de la recherche française, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) […] dont le travail consiste à développer la recherche avec les pays du Sud. […]

Les contrôleurs de l’AFA se sont particulièrement intéressés à une convention de quelques pages signée entre le PDG de l’IRD, Jean-Paul Moatti et sa femme, Yolande Obadia. À la clef, un chèque de 300 000 euros pour la fondation Méditerranée infection qu’elle préside. […] Cette convention a toute l’apparence d’un conflit d’intérêts. […]

Plusieurs éléments étonnent. Le loyer, tout d’abord, semble cousu main, pour déboucher sur un chiffre miraculeusement rond de 250 000 euros. Or, le détail, étage par étage et laboratoire par laboratoire, laisse pourtant apparaître des montants bien plus précis. Ainsi, l’IRD entend verser 213 261 euros au principal laboratoire de l’IHU, l’Urmite, jusqu’ici piloté par son directeur Didier Raoult. […]

Ensuite, cet accord vient poursuivre un long compagnonnage économique et scientifique entre les deux entités. En effet, de 2007 à 2010 et sous l’impulsion de Jean-François Girard alors président de l’IRD, l’institut s’était déjà engagé à verser250 000 euros au projet d’infectiopôle déjà porté par Didier Raoult. Ensuite, son successeur, Michel Laurent a poursuivi son effort en faveur de l’IHU en versant cette fois-ci 1 million d’euros sur cinq ans auxquels s’ajoutent 50 000 euros par an pendant six ans, à partir de 2013. En 2017, l’IHU ne touche donc plus que 50 000 euros par an. La convention et les loyers afférents semblent donc opportunément combler le trou par rapport aux années précédentes. […]

Au sein de l’IRD, aucun mécanisme de contrôle ne s’est activé : le montant de 300 000 euros est jugé trop peu élevé pour que son conseil d’administration en soit informé. […]

Jean-Paul Moatti, le PDG de l’IRD, connaît bien l’IHU. Il en a longtemps été un de ses directeurs de laboratoire. Quant à sa femme Yolande Obadia, elle en est partie prenante depuis le début. […]

Les membres du conseil d’administration de l’IRD que nous avons contactés nous ont confirmé que ce sujet d’un déport possible sur l’IHU n’avait jamais été abordé en conseil d’administration […] Et pour cause, le financement des organismes extérieurs à l’IRD n’y est que très peu un sujet de débat. » [MarsActu, 10/2018]

Opération de BTP de 75 millions d’euros, course aux partenariats privés, gouvernance calamiteuse, étonnants soutiens politiques très appuyés : il serait vraiment rassurant pour le contribuable que le préfet des Bouches-du-Rhône demande à la Cour des Comptes régionales un audit approfondi de l’IHU-IM, et le ministère un nouveau rapport de l’IGAS.

XI. Souffrances dans les équipes de Raoult

L’IHU IM a été mis à rude épreuve par des affaires de harcèlement, durant depuis des années. La CGT raconte longuement l’affaire dans cet article. En voici quelques extraits :

« L’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES), a audité l’unité URMITE à plusieurs reprises (notamment en 2008 et 2012). Lors d’au moins deux de ces audits, les ITA [NdR : Ingénieurs, Techniciens et Assistants] ont exprimé certaines de leurs souffrances au travail devant les représentants du comité d’audit. Cela n’a été suivi d’aucun effet. Plusieurs agents ont décrit leurs conditions de travail et exprimé leur mal-être et leur souffrance au sein de l’URMITE à la médecine du travail de plusieurs tutelles. Cela n’a eu aucun résultat concret. […]

Nous sommes au courant de nombreuses demandes de mutation, formulées par des ITA, mais aussi des chercheurs, INSERM, CNRS et Aix-Marseille Université. Cela semble ne pas avoir alerté les tutelles sur la situation des personnels dans l’unité. Le responsable de l’école doctorale aurait eu à gérer un nombre non négligeable deréaffectations d’étudiants de l’URMITE dans d’autres unités, en cours, voire en fin de thèse.

En janvier 2017, le Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES) a audité les projets des deux unités issues de l’URMITE, qui devraient voir le jour en janvier 2018. Les représentants élus des personnels techniques ont été écartés de ces deux audits. Ce dysfonctionnement, à l’initiative des futurs directeurs des deux unités en création, a entraîné la première action en externe de la CGT, qui a contacté les personnels techniques de l’unité pour leur demander s’ils avaient des problèmes ou des demandes à faire remonter aux tutelles.

Lors des deux audits, des ITA ont témoigné devant les deux comités HCERES, pour dénoncer, au moins partiellement, leurs conditions de travail et les rapports hiérarchiques au sein de l’URMITE. Ces témoignages, qui sont censés être confidentiels, ont été connus de la direction de l’URMITE, apparemment le soir même. On ne retrouvera, dans les deux rapports finaux de l’HCERES, aucune trace de ces témoignages. […]

La CGT a donc décidé de proposer aux ITA susceptibles d’accepter, de rédiger un courrier d’alerte et de demande d’intervention, à l’adresse des CHSCT des 4 tutelles. Le 3 avril, une lettre non signée de 12 personnels ITA de l’URMITE est envoyée aux secrétaires des CHSCT et aux tutelles. »

Ainsi, en avril 2017, les CHSCT du CNRS, de l’Inserm, de l’IRD, et d’Aix-Marseille université ont reçu ce courrier anonyme envoyé par des salariés de l’Urmite (Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes), dirigée par le même Didier Raoult (source – en entier ici) :

En réaction, les syndicats s’organisent et informent les tutelles, dont l’INSERM le 1erjuin 2017. Le Directeur de l’Inserm Yves Levy leur répond le 29 juin, en leur indiquant qu’il a demandé une inspection de l’Urmite par les CHSCT (source) :

Poursuivons le récit de la CGT :

« Début Juin, Didier Raoult, qui avait déjà connaissance de la lettre des 12, apprend les avis négatifs […] quant à la labellisation de ses deux unités filles. Il faut préciser que le contenu scientifique des projets est critiqué dans les deux cas et que cet avis négatif n’est pas rendu uniquement sur les problèmes de souffrance des personnels, loin s’en faut. Ces premières alertes provoquent une réaction de la direction de l’URMITE. [NdR : les conseils scientifiques des deux institutions ont rendu des avis défavorables, avis suivis par les deux directions]

Les mesures de rétorsion à l’encontre des lanceurs d’alerte commencent le 8 juin. Didier Raoult remet à disposition des tutelles les deux ITA ayant critiqué le plus fortement, lors des visites HCERES, ce qui se passe dans l’URMITE. Des propos menaçants auraient été tenus vis à vis des 12. Le directeur intervient en assemblée générale pour moquer les avis rendus par la section 27 du CNRS et la CSS de l’INSERM, dénoncer l’action des 12 ITA et dire qu’il n’en resterait pas là. Dans ces conditions, pour beaucoup de personnes, la peur de témoigner devant les CHSCT se développe. » [CGT]

Une intersyndicale se forme alors, et alerte la ministre, ajoutant que la Direction serait en train de sanctionner les ingénieurs lanceurs d’alerte qu’elle pense avoir identifiés (source) :


Le 7 juillet, l’inspection a lieu (voir ici MarsActu). Un autre article précise les choses quelques jours après (source) :

« Peu à peu, les langues se délient, même si les témoignages se font toujours à mots couverts. […] Les entretiens individuels, en particulier, ont permis de donner corps à des faits déjà soulevés par les syndicats. [« Ce mépris se traduit par des cris, des vexations, des insultes, le non-respect des règles les plus élémentaires de l’hygiène et de la sécurité. Les personnels, dont un très grand nombre est précaire et d’origine étrangère, vivent dans la peur […]. »]

Dans un entretien accordé à l’agence de presse spécialisée AEF, qui évoquait le dossier cette semaine, Didier Raoult a pour la première fois commenté cette nouvelle période de remous. « À ma connaissance, ce genre de choses ne se passe pas, hormis une plainte, une histoire d’amour qui a mal tourné selon le rapport que j’ai eu de la police. Nous avons interdit à ces deux personnes de se rencontrer sans témoin. » […]

« C’est délirant, déclare-t-il à nos confrères. Nous avons ouvert l’institut de recherche sur les maladies infectieuses le plus puissant au monde. Nous offrons des conditions de vie exceptionnelles. » Il évoque des « personnes amères », « cinq ou six grognons jaloux et mécontents du déménagement »avant de vanter les conditions de travail de l’IHU et le caractère exceptionnel des recherches menées en son sein : « La science, au niveau où je la pratique, c’est du sport de haut niveau. Il y a des tensions quand on le découvre, c’est la nature de l’excellence. » […]

« Ce qui est délirant, c’est surtout de tenir des propos de ce type, réagit Jean Kister, secrétaire général adjoint du syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT), en écho à Didier Raoult. Cela vient plutôt accréditer le mal-être ressenti par certains salariés. » [MarsActu]

Le rapport du CHSCT est glaçant :

« À l’inverse, parmi certains anciens de l’Urmite, les langues ont commencé à se délier. Leurs témoignages anonymes que Marsactu a pu recueillir recoupent largement les points de vue soutenus dans le rapport. Un ancien ingénieur de recherche de l’Urmite, explique ainsi que Didier Raoult semble fonctionner « avec un tableau dans la tête ». « Un tableau à entrées multiples avec deux colonnes. Il vous considère plus ou moins bien selon votre statut, médecin, pharmacien, chercheur, ingénieur... Et plus ou moins bien selon que vous êtes un homme ou une femme, explique-t-il. Nous avions des réunions de groupe le vendredi et j’ai souvent vu des femmes partir en pleurs. »

L’ingénieur aujourd’hui signifie ainsi que le directeur de recherche lui a clairement signifié « un ingénieur, ça ne publie pas  » à l’arrivée dans son service. Il poursuit son portrait-charge : « Il manipule au mieux les plus soumis ou ceux qui ont les dents longues selon la vieille technique de la carotte et du bâton. Cela ne marchait pas pour moi parce que je n’ai pas forcément de grosse ambition. En revanche, cela se concrétisait par de longs mois au placard, ce qui entraînait forcément une démotivation. » L’ingénieur a fini par quitter le service et la ville. […]

Les personnels interrogés tout comme les écrits soulignent une grande frustration ressentie par certains. C’est ce que résume le rapport du CHSCT : « Certains ingénieurs et techniciens (IT) nous ont indiqué, oralement ou dans les témoignages écrits, avoir le sentiment que leur travail n’était pas reconnu par la hiérarchie. Lors de l’entretien avec les personnels chercheurs, un chef de service nous a clairement indiqué ne pas faire signer systématiquement tous les IT ayant participé aux expériences ». Ce constat se traduit sèchement par la recommandation suivante : « Rappeler les règles éthiques en termes de signature des articles scientifiques ». » [Source – MarsActu]

Finalement, c’est vraiment la stratégie du coucou : virer les méritants et prendre leur place dans les signatures…

« Ces tensions dans le travail sont également ressenties par certains doctorants qui décrivent des situations de harcèlement moral. « Notre directeur de recherche, proche de Didier Raoult, avait beaucoup de mal à supporter la pression que ce dernier lui mettait pour obtenir des résultats, explique l’un d’eux. Du coup, de manière pyramidale, cette pression retombait sur nous ». Il a ainsi le souvenir de réunions « work in progress » où les étudiants dont le travail ne convainquait pas étaient humiliés par les directeurs de recherche, Raoult en tête. « Après on ne les revoyait plus », dit-il. […]

Mais le document validé par les quatre tutelles ne s’arrête pas qu’aux aspects humains des conditions de travail. Il décrit par le menu un certain nombre de manquements factuels dans l’organisation du laboratoire, y compris dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité « basiques » au sein d’un laboratoire où les personnels manipulent des « agents biologiques pathogènes ». Cela vaut également pour les règles de confinement spécifiques associées à chaque type de micro-organisme selon leur dangerosité. Là encore, les normes en vigueur ne sont pas toutes respectées.

Ces éléments nombreux et répétés font état d’une mauvaise prise en compte des attentes des personnels dans la construction de l’Institut, de matériaux défectueux, inadaptés voire non conformes à la réglementation. » [Source –MarsActu]

XII. #TheyToo

Mais ce n’est hélas pas fini. Il y a également eu des accusations de harcèlement sexuel et même d’agression sexuelle subie au sein de l’Urmite, comme le raconte, à nouveau le site Marsactu (abonnez-vous pour le soutenir, si vous pouvez, il le mérite). En effet, suite à la visite du CHSCT, 4 plaintes ont été déposées pour harcèlement sexuel :

« Le syndicat SNPTES a également été informé de ce que certains jeunes étudiants/chercheurs, le plus souvent de nationalité étrangère, ont été victimes depuis plusieurs années de faits pouvant revêtir la qualification de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles, ainsi que d’autres qualifications pénales, et qui se seraient produits là encore au sein de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) […]

Dominique Escalier confirme que le directeur de l’école doctorale avait bien eu connaissance de ces cas « mais qu’il n’en avait informé que le directeur de l’unité », en l’occurrence, Didier Raoult. « Nous aurions apprécié que ces dossiers soient au moins transmis au président de l’université » »

Nous vous renvoyons vers cet autre article de MarsActu, rempli de témoignes révoltants, tels que :

« Les rendez-vous ne se sont pas bien passés. J’ai eu l’impression que les faits que nous soulevions n’étaient pas pris au sérieux. On m’a également demandé si je comptais finir mon doctorat ce que j’ai pris comme une menace implicite ».

Nous vous recommandons également cet article de MarsActu pour lire la suite. La CGT précise :

« Il n’en reste pas moins que, à notre connaissance, ce sont au moins 6 femmes qui ont eu à subir, au sein de l’URMITE, des faits de ce que nous pensons être, au minimum, du harcèlement sexuel, et que cela nous amène à faire plusieurs commentaires. […]

La tenue de propos graveleux semble être une pratique courante. Comme exemple qui nous a été rapporté, à une ITA qui portait une coudière, un chercheur aurait demandé si c’était « à force de branler ? ». On peut également citer, une phrase qui aurait été coutumière d’un autre chercheur « Il est 4 heures, c’est l’heure de ma pipe, qui est-ce qui s’y colle ? ». […]

Comment est-il possible que des faits supposés de harcèlement sexuel, portés à la connaissance du directeur d’unité (Didier Raoult a confirmé, devant les CHSCT, en avoir eu connaissance dès 2015 et ne pas en avoir informé la présidence de l’Université), puissent rester sans dénonciation officielle par la direction de l’unité pendant deux ans ? Comment peut-on considérer comme normal qu’une personne responsable du personnel qu’il a sous sa direction, qui plus est médecin, laisse en contact, pendant deux ans, des supposées victimes avec leur supposé agresseur ? Comment interpréter le fait que, dans les nouveaux locaux de l’IHU, les supposées victimes et celui qu’elles ont désigné comme leur agresseur soient installés dans des laboratoires contigus par la direction de l’unité ? Comment comprendre qu’un directeur d’unité n’ait jamais pris le temps de rencontrer, en deux ans, une étudiante qui a déclaré avoir été agressée dans les locaux de son unité, par un directeur de recherche sous sa direction (déclaration faite par Didier Raoult dans une lettre qu’il a signée et adressée aux supposées victimes) ? […]

Aujourd’hui, nous pouvons dire que, loin de faire son examen de conscience, la direction de l’URMITE est dans le déni. Pour les cadres en place il n’est pas question d’entendre les faits reprochés, ils sont au contraire minimisés et les lanceurs d’alerte sont accusés de tous les maux. […]

Dans la deuxième moitié d’août, alors qu’elles sont en vacances, nous sommes avertis de menaces de renvoi ou d’interruption de bourse des supposées victimes sexuelles. […]

La pression et la stigmatisation continuent encore à l’heure actuelle. Lors de la dernière assemblée de l’URMITE, le 23/10/2017, plusieurs personnes nous ont rapporté les propos qui ont été tenus vis-à-vis des lanceurs d’alerte. Ils y auraient été désignés sous le vocable de voyous. Il aurait même été affirmé qu’ils ne feront pas longtemps les voyous. Leur dénonciation non signée de ce qu’ils affirment avoir subi aurait même été comparée à des méthodes de nazis.

Elles sont la démonstration qu’aucune volonté d’apaisement et de recherche de relations saines et respectueuses n’est actuellement à l’œuvre au sein de l’URMITE. La preuve en est, le professeur Jean-Louis Mège, qui a témoigné en faveur des victimes de harcèlement et d’agression sexuels lors de la CAP, aurait été retiré du poste de sous-directeur de l’unité Méphi et remplacé. Nous regrettons également que de nombreux personnels de l’URMITE, souffrant de mal-être au sein de leur unité, se voient contraints de partir rejoindre d’autres unités, alors que les responsables resteraient en place. » [CGT, 23/11/17]

France 3 a bien évidemment rendu compte de l’affaire (source) – appréciez la réaction de Didier Raoult face aux graves accusations contre ses collaborateurs :

Notons qu’en mars 2018, lors de l’inauguration officielle de l’IHU IM a également tenu ses propos :

« Quant aux accusations de harcèlement et agressions sexuelles portées par des employées de l’IHU à l’encontre de plusieurs chercheurs, il les balaie d’une formule :« Je vous remercie d’avoir décrit ce lieu comme un lupanar. J’ai fait installer un distributeur de préservatifs » « Mais vous n’êtes pas la justice, ni la police, s’emporte-t-il. Si le CNRS a voulu rendre la justice avant que celle-ci se prononce, ce n’est pas plus à vous de le faire ».

Pour la CGT, ces paroles sont « le reflet d’un manque de considération de M.Raoult envers les victimes d’actes de harcèlements sexuels ou agressions sexuelles, mais aussi envers l’ensemble des personnels et étudiants travaillant à l’IHU ». Les deux syndicats précisent ainsi qu’ils continueront « leur action pour améliorer les conditions de travail et d’étude à l’IHU et faire tomber l’omerta qui y règne ».

XIII. Appel à témoignages sur Didier Raoult et ses unités

Dans le cadre de ce dossier, nous sommes preneurs de tout témoignage (public ou en off), information ou document sur la gestion de l’IHU par Didier Raoult et les faits précédemment évoqués.

Vous pouvez nous contacter ici.

XIV. (bonus) Didier Raoult négateur du réchauffement climatique

Soulignons, en passant, un autre combat de Didier Raoult depuis des années : démobiliser les populations du combat contre le réchauffement climatique (alors que ce n’est évidemment pas son domaine), comme ici en 2013 (source) ;

et c’est vrai que c’est mal les prévisions erronées, comme nous le verrons ci-après.

Et encore ici, le Monde nous rappelle ses propos en juin 2014, dans l’hebdomadaireLe Point : « Après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998. » et « le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable » (source) !

Bref, Didier Raoult est un visionnaire responsable…

Mais du coup on comprend mieux pourquoi Raoult plait autant à Fox New et à Donald Trump…

XV. L’avis de la prestigieuse revue Science

En mars 2012, la revue Science a révélé ceci dans cette notice Didier Raoult (source)

« Controversé et franc, Raoult a publié l’année dernière un livre scientifique populaire qui déclare catégoriquement que la théorie de l’évolution de Darwin est fausse. Et il a été temporairement interdit de publication dans une douzaine de grandes revues de microbiologie en 2006. » [Science, 02/03/2012]

Ce bannissement d’un an de toutes les revues éditées par la société savante del’American Society for Microbiology était dû à une suspicion de fraude, concernant un article de l’équipe de Raoult.

Sa réponse mérite le détour (source) :

Il minimise « c’est juste une inversion de chiffre » (sic.), puis explique que c’est une victime collatérale d’une sanction collective (qui n’existeraient plus en France depuis la Seconde Guerre mondiale !) – alors qu’ils sanctionnent évidemment simplement tous les signataires de l’article erroné. Et il conclut en expliquant que c’est injuste car « il n’a pas dirigé le papier et n’a même pas relu la dernière version » – il a juste employé sa stratégie du coucou en s’attribuant un travail erroné. Les bras en tombent.

XV. Une dernière question

Pour conclure, j’aimerais partager une dernière réflexion personnelle. À ce stade, elle n’a aucun lien avec Raoult. Elle est en lien avec les récents aveux d’Agnès Buzyn que nous avons rapportés dans ce billet .

« Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. » [Agnès Buzyn]

Ces propos ont été confirmés par un témoin. Elle a donc lancé une importante alerte au Premier Ministre. Celui-ci a forcément passé le dossier à son conseiller, qui a dû enquêter. Il a très probablement obtenu d’une ou plusieurs personnes des retours apaisants. Ils ont dû être transmis en retour à Buzyn, qui a fini par se taire. Et, pour se faire, on peut donc imaginer que ces avis émanaient de hautes personnalités entourées d’une aura prestigieuse – assez pour faire taire la ministre.

La question que je me pose est : Raoult en faisait-il partie ? Raoult a-t-il été interrogé le 30 ou 31 janvier ou tout début février par les cabinets ministériels ? Et leur a-t-il tenu son leitmotiv « arrêtez de paniquer pour rien » – puisqu’on connait parfaitement sa position ce jour-là, avec ses vidéos… ? Aurait-il contribué à désarmer le gouvernement ?

Il serait intéressant que des journalistes creusent ce point en interrogeant Raoult et Matignon… Car malgré les aveux de Buzyn, je n’ai encore vu aucune d’enquête sur : comment cette alerte n’a pas été prise en compte ?

[Message : vous, les témoins directs, intègres et courageux, qui êtes dans les structures d’État (et qui à ce stade avez bien compris qu’il y a un très très gros problème de gouvernance) : vous pouvez nous contacter ici– anonymat garanti]

Pour terminer

En conclusion, Didier Raoult, vrai grand chercheur, semble bénéficier d’une aura exagérée car il compte de nombreux échecs à son actif, dans les différents domaines que nous venons d’analyser (c’est-à-dire hors recherche médicale fondamentale). Loin d’être un chercheur isolé, on voit que ce « mandarin à la française » bénéficie de puissants soutiens, qui ont, semble-t-il, empêché de le sanctionner en tant que manager quand il le fallait.

« Général de la santé » ayant contribué à plusieurs reprises à diminuer la mobilisation de la population en pleine offensive du coronavirus – nous verrons jusqu’où plus tard – il a participé à notre défaite face à la propagation du virus. Espérons cependant qu’il participera à notre victoire finale sur sa mortalité. Nous le verrons dans le prochain billet, consacré à son essai rendu public le 16 mars.

Pour la Chloroquine, nous n’avons donc aucun avis ; croisons les doigts etattendons calmement le résultat des essais et les consignes des autorités médicales. N’imaginez donc pas de complots : tout le monde peut l’attraper – Macron, un SDF, Bernard Arnaud, vous… – ; donc 100 % des Français veulent trouver un remède au plus vite.

Occupons-nous plutôt de l’urgence impérieuse : ne pas nous faire contaminer, et #ResterChezNous.

Nous analyserons donc dans le prochain billet l’essai de Raoult – mais nous pouvons déjà vous dire que son professionnalisme et son éthique sont à la hauteur du personnage que nous venons de décrire longuement dans ce billet.

Bonne journée – et « vous pouvez éteindre la télévision »… »

Olivier Berruyer

Source : les-crises, fr, https://www.les-crises.fr/le-professeur-didier-raoult-rebelle-anti-systeme-ou-megalomane-sans-ethique/


Toujours sur les-crises.fr, on trouve cette autre information :

Aucune efficacité de la Chloroquine contre le Covid19 d’après un nouvel essai chinois

https://www.les-crises.fr/aucune-efficacite-de-la-chloroquine-contre-le-covid19-d-apres-un-nouvel-essai-chinois/

Prologue

Les temps sont difficiles. Nous traversons une crise inédite et angoissante. Nous sommes en effet confrontés à un virus dont nous ne saisissons pas encore toutes les caractéristiques, et qui ôte chaque jour la vie à des centaines de personnes.

Sur Les-Crises, nous essayons de contribuer modestement, à notre échelle, de manière bénévole et désintéressée, au débat public. Nous rassemblons tous les articles de presse qui nous semblent indispensables à la bonne compréhension de cette crise, nous passons des heures à brasser les données statistiques afin de rendre l’information la plus accessible possible.

Si les nouvelles rapportées sont alarmantes ou pessimistes, il n’en va pas de notre volonté. Nous sommes profondément tristes de ce qui se passe en ce moment, comme tout un chacun, et espérons rapporter des informations plus optimistes les prochains jours. À titre d’exemple, des dizaines de traitements contre le Covid-19 sont en cours de tests, et nous allons bientôt vous en proposer une présentation. Toute la recherche mondiale est concentrée sur ce Coronavirus, l’espoir est loin d’être perdu.

En d’autres termes, nous ne souhaitons pas vous dire ce que vous avez envie d’entendre (c’est le rôle des politiciens…) mais ce qui nous semble indispensable à savoir pour vous aider à forger une opinion éclairée.

La fièvre de la « course à la Chloroquine » suscite une intense polémique en France, ce qui ne semble pas être le cas dans le reste du monde, bien que le sujet ait été très investi également par les Républicains aux États Unis ou encore, le président Brésilien, Bolsonaro. Conséquence : la chloroquine s’est échappée de son sujet initial, à savoir la médecine, pour à présent noircir les papiers d’opinions politiques et d’experts autoproclamés.

C’est une erreur. Quoi qu’on en dise, c’est au corps médical de trancher cette question – ce qui suppose un consensus de la communauté scientifique -, et il me déplaît d’avoir finalement à parler de Didier Raoult et « son médicament », dans la mesure où notre position est la suivante : nous ne savons pas si la chloroquine est efficace, mais c’est une mauvaise idée de se précipiter dans l’émotion vers un médicament qui n’a pas été testé dans des conditions normales contre le Covid19.

Sans rigueur scientifique ni recul critique, on peut imaginer une surenchère de solutions miracles :

« — si, si, Robert, prends du pentasulfate de potassium à 200 mg, je l’ai vu passer sur Twitter — ah non, René, moi, j’écoute Les Républicains et je prends de la quinistase de sulfamine 800 mg chaque matin — Bonjour ! Vous connaissez le carbonate de bromure ? »

Cependant, nous recevons tous les jours des centaines de messages qui nous exhortent de parler de Didier Raoult, notre silence étant de facto interprété comme une position à charge, pour ne pas dire, une agression !

Nous allons donc vous montrer dans cet article et les prochains, les éléments qui continuent à alimenter notre prudence face à la revendication d’administration généralisée de la Chloroquine, en attendant que la science tranche.

Bonne lecture !

Le nouvel essai chinois sur la chloroquine (du 26 février)

Le Docteur Jun CHEN est médecin et Directeur adjoint du Département des maladies infectieuses et immunitaires à l’Université Fudan de Shanghai, en Chine. C’est en quelque sorte un des jeunes Raoult chinois.

Son équipe a réalisé un essai d’hydroxy-chloroquine sur 30 malades du Covid-19 en Chine, n’étant pas atteints de forme sévère. Elle a été soumise à publication le 26 février et acceptée le 6 mars. Elle est disponible ici (anglais et chinois) :

Nous vous en avons traduit la synthèse, que nous vous commentons :

Étude pilote portant sur l’hydroxy-chloroquine dans le traitement des patients atteints de la forme commune de la maladie associée au coronavirus 19 (COVID-19) [soumise le 29 février, publiée le 6 mars]

CHEN Jun, LIU Danping, LIU Li, LIU Ping, XU Qingnian, XIA Lu, LING Yun, HUANG Dan, SONG Shuli, ZHANG Dandan, QIAN Zhiping, LI Tao, SHEN Yinzhong, LU Hongzhou

Département des maladies infectieuses et immunitaires, Centre clinique de santé publique de Shanghai, Université Fudan, Shanghai 201508, Chine

Résumé

Objectif  : Évaluer l’efficacité et l‘innocuité de l’hydroxychloroquine (HCQ) dans le traitement des patients atteints d’une maladie de au coronavirus 19 sous sa formecommune (COVID-19).

Méthodologie : Nous avons recruté au Centre clinique de santé publique de Shanghai, de manière prospective 30 patients n’ayant jamais été traités et atteints d’un COVID-19 confirmé, et ayant signé leur consentement éclairé. Les patients ont été randomisés 1:1 dans le groupe HCQ et dans le groupe témoin. Les patients du groupe HCQ ont reçu 400 mg de HCQ par jour pendant 5 jours en plus des traitements conventionnels, tandis que ceux du groupe de contrôle n’ont reçu qu’un traitement conventionnel. Le principal critère d’évaluation était le taux de conversion négatif de l’acide nucléique du COVID-19 dans le prélèvement respiratoire pharyngé au 7e jour après la randomisation. Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique du centre clinique de santé publique de Shanghai et enregistrée en ligne (NCT04261517).

OB : donc l’essai porte sur 30 malades – ce qui est petit, il faut donc être très prudent au niveau des conclusions. 15 reçoivent leur traitement plus de l’hydroxy-chloroquine (HCQ), et 15 simplement leur traitement.

Résultats  : Un patient du groupe HCQ a développé une forme sévère pendant le traitement.

OB : pas de chance, un des patients sous chloroquine a gravement empiré ; et aucun dans le groupe sans chloroquine. La chloroquine a-t-elle empiré la santé du malade, ou est-ce du hasard ? On ne peut le savoir à ce stade, ce sont 2 hypothèses désormais.

Au jour 7, l’acide nucléique du COVID-19 était absent dans les prélèvements pharyngés dans 13 des cas (86,7 %) dans le groupe HCQ, et 14 des cas (93,3 %)dans le groupe témoin (P>0,05).

OB : c’est assez simple : au bout d’une semaine :

  • 13 malades traités à la chloroquine sur 15 n’ont plus de virus dans la gorge ;
  • mais 14 malades non traités à la chloroquine sur 15 n’ont plus le virus dans la gorge.

Le bilan est donc celui-ci :

  • 15 patients traités à la chloroquine au bout d’une semaine : 13 sans virus, 1 malade, 1 aggravé
  • 15 patients sans chloroquine au bout d’une semaine : 14 sans virus, 1 malade

On ne peut pas aller trop loin dans les conclusions vu la taille de l’échantillon, mais, ici, on peut au moins en conclure que 1/ la chloroquine ne semble pas miraculeuse 2/ il faut vérifier dans des tests plus larges si elle n’aggrave pas le Covid-19. Et rien de plus.

La durée médiane entre la date d’hospitalisation et la conversion négative de l’acide nucléique viral a été de 4 (1-9) jours dans le groupe HCQ, ce qui est comparable à celle du groupe témoin 2 (1-4) jours, (U=83,5, P>0,05)].

OB : la chloroquine n’a, ici, pas eu d’effet notable sur le virus ou réduit la durée d’hospitalisation

Le temps médian pour arriver à la normalisation de la température corporelle dans le groupe HCQ a été de 1 (0-2) après l’hospitalisation, ce qui est également comparable à celui du groupe de contrôle 1 (0-3)].

OB : la chloroquine n’a, ici, pas accéléré la baisse de la température

La progression radiologique a été mise en évidence sur les images tomodensitométriques dans 5 cas (33,3 %) du groupe HCQ et 7 cas (46,7 %) du groupe témoin, et tous les patients ont montré une amélioration lors de l’examen de suivi. Quatre cas (26,7 %) du groupe HCQ et 3 cas (20 %) du groupe de contrôle ont eu une diarrhée transitoire et une fonction hépatique anormale (P>0,05).

OB : la chloroquine n’a, ici, pas d’effet notable sur ces autres critères

Conclusions  : Le pronostic pour les patients ayant le COVID-19 sous sa forme commune est bon. Une étude sur un échantillon plus large est nécessaire pour étudier les effets de la HCQ dans le traitement du COVID-19. Les recherches ultérieures devraient pousser plus avant l’analyse et bien prendre en compte la fiabilité des expériences, notamment par [NdT : une plus grande] taille de l‘échantillon.

Commentaire du Docteur Chen

Afin de vous donner une bonne information, nous avons contacté le docteur Chen pour qu’il réagisse à la situation du débat public en France que nous lui avons décrite. Voici sa réponse :

« Nous n’avons observé aucune tendance bénéfique de l’hydroxy-chloroquine dans le traitement du Covid-19. Mais cela ne signifie pas non plus que cela aggraverait la maladie. Notre étude était limitée par sa petite taille d’échantillon [30 malades].

Mais nous pouvons constater dans cet essai que l’hydroxy-chloroquine n’est pas un médicament « magique » – dans l’hypothèse où il aurait bien un effet antiviral. Je sais qu’il y a des ECR [Etudes Comparatives Randomisées = essais cliniques de qualité] en cours sur l’hydroxy-chloroquine. Mais, je ne connais aucun résultat positif de ces études par communication personnelle.

En fait l’hydroxy-chloroquine n’a jamais été efficace dans aucune des maladies virales, malgré son activité antivirale in vitro.

De plus, son problème est qu’elle a un effet néfaste dans le traitement de certaines maladies virales, aggravant notamment le VIH et les infections par le virus du Chikungunya.

Par conséquent, je recommande fortement d’attendre que les ECR [essais cliniques] soient effectués avant d’utiliser cette substance comme prophylaxie ou comme médicament thérapeutique. » [Jun CHEN, interview Les-crises.fr, 25 mars 2020]

Conclusion

On ne peut tirer de solides conclusions de tels essais. Mais on peut à tout le moins dire qu’il faut rester très prudent par rapport à la chloroquine, tant au niveau de son efficacité que de ses effets négatifs.

L’expérience de Didier Raoult, sur des bases assez similaires, a abouti à des conclusions assez différentes, ce qui interpelle compte tenu de la simplicité du protocole. Celle-ci sera l’objet du prochain article à paraître sur Les-Crises – nous vous y présenterons le détail.

Notons également que Didier Raoult n’a pas mentionné cette étude contredisant sa thèse alors que celle-ci a été pré-publiée 20 jours avant la sienne, et qu’il se rapporte pourtant très souvent aux travaux des scientifiques chinois pour justifier ses positions.

« Les Chinois, qui sont ceux qui vont le plus vite, qui sont le plus pragmatiques, […] ont fait du repositionning. […] Je considère les Chinois comme les meilleures équipes de virologie au monde. […] J’espère que les Chinois nous donneront très rapidement les résultats d’une première étude sur l’efficacité de la chloroquine sur les coronavirus. » (sources ici et )

En l’état, le point commun entre ces deux essais aux conclusions contradictoires est qu’ils ont été opérés sur des échantillons bien trop faibles en nombre, en sorte qu’aucun avis définitif ne peut en résulter. C’est pourquoi d’autres essais plus fiables sont en cours – espérons que leurs résultats puissent démontrer l’efficacité de la Chloroquine.

Merci de votre fidélité.

Olivier Berruyer

Edit : je note que Bloomberg vient également d’en parler (en anglais).

Chloroquine/IHU–Méditerranée Infection : itw du Pr Éric Chabrière, collaborateur du Pr Didier Raoult : « Je ne comprends pas ces polémiques, ces tergiversations… »

On nous dit avec des accents de terreur qu’on est « en guerre », qu’il faut agir vite et avec fermeté pour contenir la maladie… et de façon incroyablement contradictoire, on n’écoute pas le meilleur expert au monde en maladies infectieuses (IHU de Marseille) qui nous dit qu’on a un médicament hyper-connu (la chloroquine est le médicament le plus administré au monde, après l’aspirine), sans danger ! quasi gratuit ! et qui marche très bien et très vite pour réduire la contagion et même la maladie ! ET ON DISCUTAILLE À PARIS SUR DES FORMALITÉS PROCÉDURALES ?…

On a de plus en plus l’impression d’être gouvernés par les pires ennemis du peuple, des « agents de l’étranger » (dans toutes les sociétés humaines, les ultra-riches devraient être considérés comme des étrangers hostiles et dangereux), et l’évolution autoritaire du « régime » Macron est très préoccupante.

Le fait (catastrophique) de n’avoir AUCUNE puissance politique pour nous défendre contre de (très) mauvais représentants (le fait de ne pas avoir de constitution digne de ce nom, le fait pour chacun de nous de démissionner du processus constituant) va bientôt montrer ses pires conséquences, j’en ai peur.


Je regroupe ci-dessous quelques documents que j’ai lus et vus depuis 20 jours sur le travail de Didier Raoult et que j’ai trouvés bien intéressants :

D’abord, pour le site expertscape.com, Didier Raoult est (carrément) le premier expert mondial en maladies infectieuses :


http://expertscape.com/ex/communicable+diseases

J’ai trouvé cet exposé très intéressant, à plus d’un titre :

Didier Raoult (2015) : Le processus de l’innovation peut-il respecter la règle ?


Le professeur Didier Raoult explique pourquoi la chloroquine peut traiter facilement le Coronavirus (26 février 2020)


Coronavirus : « Ce serait une faute médicale que de ne pas donner de chloroquine contre le virus chinois », selon le professeur Didier Raoult (26 février 2020)


https://www.20minutes.fr/sante/2727411-20200226-coronavirus-faute-medicale-donner-chloroquine-contre-virus-chinois-selon-professeur-didier-raoult


Chloroquine : pourquoi les Chinois se tromperaient-ils ? (28 février 2020)


Chloroquine : pourquoi tant de haine ? (3 mars 2020)


Le Pr. Didier RAOULT de l’IHU : la chloroquine un traitement contre le coronavirus ? (Chaîne chinoise Mandarin, 6 mars 2020)


Coronavirus : Peur vs data / Chloroquine : Recherche clinique (9 mars 2020)


Coronavirus : diagnostiquons et traitons ! Premiers résultats pour la chloroquine (16 mars 2020)


Didier Raoult sur le coronavirus : « Il ne faut pas jouer avec la peur » (Marianne, 16 mars 2020)

https://www.marianne.net/societe/didier-raoult-sur-le-coronavirus-il-ne-faut-pas-jouer-avec-la-peur


Coronavirus, analyse des données épidémiques dans le monde : diagnostiquer doit être la priorité (17 mars 2020)


L’hydroxychloroquine et l’azithromycine comme traitement du COVID-19 (17 mars 2020)


Coronavirus : « Je ne suis pas un outsider, je suis en avance », entretien avec le professeur marseillais Didier Raoult (La Provence, 21 mars 2020)


https://www.laprovence.com/article/papier/5940125/pr-didier-raoult-je-ne-suis-pas-un-outsider-je-suis-en-avance.html


Coronavirus : Didier Raoult teste tout le monde et traite à la chloroquine (22 mars 2020)

https://www.ledauphine.com/france-monde/2020/03/22/coronavirus-didier-raoult-teste-tout-le-monde-et-traite-a-la-chloroquine

La patience du bouillonnant professeur Didier Raoult a des limites : alors qu’il brandit la chloroquine comme remède contre le covid-19, nombre de ses pairs lui contestent cette affirmation : la molécule, ancienne, connue comme antipaludique, a fonctionné in vitro (en laboratoire), mais pas encore in vivo (sur l’humain).

Tester tout le monde

Ou du moins, pas assez : aucun essai clinique « protocolaire » n’en a démontré l’efficacité. Mais le professeur n’en a cure, et il a pris la décision que tous les patients testés positifs dans « son » institut seraient soignés ainsi, s’ils le souhaitent.

Et pour être bien sûr que ses patients sont malades, il va faire ce qu’il prône depuis des semaines : tester tous ceux qui le souhaitent, pour peu qu’ils soient « fébriles ».

Les médecins de l’IHU ont publié ce dimanche un communiqué laconique mais ferme :

« Dans le contexte actuel de la propagation de l’épidémie à coronavirus Covid-19 sur le territoire français et dans le monde, conformément au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier à nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. Nous respectons les règles de l’art et les données les plus récemment acquises de la science médicale.

Nous avons décidé :

· Pour les tous les malades fébriles qui viennent nous consulter, de pratiquer les tests pour lediagnostic d’infection à Covid 19 ;

· Pour tous les patients infectés, dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires au scanner, de proposer au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic un traitement par l’association hydroxychloroquine (200 mg x 3 par jour pour 10 jours) +azithromycine (500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour pour 5 jours de plus), dans le cadre des précautions d’usage de cette association (avec notamment un électrocardiogramme à J0 et J2), et hors autorisation de mise sur le marché (AMM). Dans les cas de pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé. »

« Nous pensons qu’il n’est pas moral que cette association ne soit pas inclue systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l’infection à Covid19 en France. »

 


Coronavirus : Remerciements, Toxicité des Traitements, Mortalité (IHU 24 mars 2020)


Autres vidéos : https://www.youtube.com/user/ifr48/videos?disable_polymer=1


Et puis, enfin, une petite touche « complotiste », pour énerver les amis des comploteurs (ceux qui interdisent au peuple toute dénonciation des complots) :

François de Siebenthal : Bas les masques !

http://desiebenthal.blogspot.com/2020/03/bizarre-bizarre.html

FR – Chloroquine : itw du Pr Éric Chabrière, collaborateur du Pr Didier Raoult à l’IHU–Méditerranée Infection de l’Hôpital de la Timone à Marseille sur le traitement que leurs équipes donnent à leurs malades du coronavirus (hydroxychloroquine et azithromycine (anti-bactérien)), avec aussi le Pr Pierre Saliou, professeur agrégé du Val-de-Grâce, directeur médical de Pasteur-Vaccins – 22.03.2020 – Marseille, France. © Frédérick Moulin 2020 – LCI2020 – Tous droits réservés.

Suite aux derniers envois, ajoutons 2 choses :
– je ne suis pas l’auteur de cette excellente synthèse ; mais je suis fier de me transformer pour l’occasion en Hermès ;
– V. B. ajoute, de sa plume, le dernier paragraphe au message reproduit ci-dessous =>

Reprenons les faits, rien que les faits :

– le mari d’Agnès Buzyn, Monsieur Levy, participe à l’inauguration du laboratoire P4 à Wuhan d’où le virus semble être sorti ;

– avant cela, le même mari d’Agnès Buzyn s’est fâché avec Didier Raoult, en refusant les label de l’INSERM au centre de recherche mondialement réputé (IHU) dirigé par le professeur Didier Raoult ;

– le professeur Didier Raoult montre que le classique médicament de la Chloroquine soigne 90 % des cas de coronavirus s’ils sont dépistés assez tôt, il s’oppose au confinement généralisé des porteurs sains qu’il juge digne du Moyen-Age. Il prône un dépistage généralisé, et un traitement rapide avec la chloroquine, et avec confinement des seuls malades ;

– la chloroquine coûte 10 centimes le comprimé ; il est sûr que les laboratoires qui financent l’Inserm cherchent des solutions bien plus coûteuses ;

– en octobre 2019, il faut savoir que Monsieur Levy, président de l’Inserm et mari de la ministre, a  voulu révoquer le statut de « fondation » des IHU, pour reprendre le contrôlé sur leur recherche – le Professeur Raoult dirige l’IHU de Marseille, est visé directement par cette directive ;

– le 13 janvier 2020, alors que épidémie se répand en Chine, Agnes Buzyn classe la Chloroquine (le fameux remède) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait plus de 50 ans qu’elle est en vente libre ;

– il y a quelques semaine, Agnès Buzyn a dit avoir su que ce serait une hécatombe, et qu’il n’y avait pas de remède ;

– le gouvernement de Macron fait un confinement généralisé de la population, il ne parle pas de la chloroquine ;

– il affirme que les policiers ne doivent pas porter de masques (ils ont été volés pour la plupart, et il n’y en a même pas pour les soignants) ;

– il refuse le dépistage de masse, pourtant pratiqué allègrement en Corée et en Allemagne, avec succès ;

– il refuse de fermer les frontières avec les pays contaminés ;

– Le journal le Monde et l’Agence d’Etat de la santé qualifient les recherches du professeur Raoult de Fake News, avant de se rétracter ;

– le Professeur François Perrone révèle il y a quelques jours sur LCI que le stock de chloroquine de la pharmacie centrale française, a été pillé ;

– Ailleurs dans le monde, la semaine dernière, grâce à un tweet d’Elon Musk, en 48h, Donald Trump met a disposition de tous les américains la Chloroquine ;

– Le Maroc achète les stocks de chloroquine de Sanofi à Casablanca ;

– Le Pakistan va accroître sa production de la chloroquine à destination de la Chine ;

– La Suisse utilise la chloroquine, exclut elle aussi le confinement généralisé de la population, pratique un large dépistage et traitement rapide, et accuse la France de faire de la politique spectacle ;

-La société TEVA en Israël annonce qu’elle va livrer gratuitement plus de 10 millions de dose de chloroquine aux USA ;

– Estrosi, soigné lui-même a la chloroquine, sans réponse du gouvernement, a appelé directement Sanofi pour qu’ils livrent la chloroquine aux hôpitaux de Nice ;

– sous le lobbying intensif du Professeur Raoult, un test à grande échelle de la chloroquine a commencé finalement en France, sous la direction de l’Inserm ( !), qui veut « refaire les expérimentations dans d’autres centres médicaux indépendants » : ce qui prendra 6 semaines de plus…
+
La seule entreprise qui fabrique encore de la chloroquine en France est en redressement judiciaire ! Le vol des stocks de chloroquine prend ici toute sa dimension : car ces stocks vont être impossibles à reconstituer rapidement… décidément, les voleurs étaient bien informés ! Mais qui donc peuvent-ils être ?

Valérie Bugault

Le pompon !

Information de dernière minute : le traitement à base de chloroquine est interdit !

https://twitter.com/Circonscripti18/status/1242156026671005700

Alors même que des députés appelaient à sa généralisation rapide sur tout le territoire…

Il y trop de coïncidences : “Une fois (pas de masques), c’est un hasard, deux fois (le mot chloroquine interdit par des robots des réseaux sociaux, notamment mes blogs et celui de Liliane Held sur FB), c’est une coïncidence, trois fois, les mensonges si nombreux, on ne dit pas que le virus peut rester actif 9 jours, que les contaminants le sont pendant 27 jours, que les chiffres sont truqués, que plus de 8 millions d’abonnements de téléphones mobiles chinois ont disparu, que les tests ne sont pas faits en quantité, que la contagion est rapide, que les italiens refusent les « aides » européennes facturées trop chères (abus de faiblesse), que les cliniques privées sont vides, que les pandemic bonds sont toujours un bénéfice privé et JAMAIS en défaveur des spéculateurs ! ! ! Que « l’exercice 201 » de Bill Gates correspond quasiment mot pour mot à ce qui se passe ! Que tout ceci sauve les spéculateurs sans pitié qui profitent honteusement de la détresse des autres (intérêts à 20 % et énormes en Afrique…), c’est un complot… Ce n’est pas qu’un scandale, c’est un meurtre de masse, un génocide mondial ! Une atteinte à nos libertés, une loi martiale mondiale ! Des enquêtes sérieuses doivent être faites !
Information à faire circuler svp…

PS : ​Réponse à un contradicteur…

Certains trouvent normal que notamment ce mot chloroquine soit bloqué sur certains réseaux sociaux. Ce qui empêche l’intelligence collective ! ! ! ! Qu’un homme ait décidé de programmer cette censure grotesque ? Sans se poser de questions ? Qui ? Pourquoi ? Ce simple fait démontre une absence de curiosité ! Curiosité vient du mot atin cura, le soin ! Ou de complicité ? Ou de naïveté ? Ou d’imbécillité ? Ou de sidération ? Ou de fascination ? Ou de manipulation ? Ou de paresse intellectuelle ? Ou du syndrome de Stockholm ? « Il faut produire dès maintenant et très massivement » de la chloro quine, demande Philippe Juvin, lundi 23 mars sur France Inter. Le chef du service des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris estime que la France doit faire des stocks de cette molécule qui, d’après le Pr Didier Raoult à Marseille, est un traitement efficace pour soigner les personnes atteintes du coronavirus. Plusieurs cantons suisses, dont Vaud et Genève, l’utilisent malgré les subtils spéculateurs qui veulent facturer des vaccins abominablement plus chers (près de 100 fois plus, sic ), mais qui ne seront là que dans des mois. Ils bloquent des traitements efficaces et laissent donc mourir, sic mourir, pour faire du fric ! Ils en sont à lui faire les pires ennuis et de graves et inadmissibles menaces ! à vomir de dégoût !

Ces salauds demandent 8 semaines, sic, pour faire des expériences et bloquent la chloroquine,
… Les mettre tous dans des asiles, et de suite !
Ce sont des criminels, sans aucune excuse, des cyniques aveuglés par leurs perversions inhumaines, leur idolâtrie de l’argent ou manipulés comme des inconscients !

QUAND LES CONFLITS D’INTÉRÊTS PRIMENT SUR LA SANTÉ DES FRANÇAIS 😡🤮😡🤮

Karine Lacombe, qui fait tout pour décrédibiliser les travaux du Pr. Raoult, a touché de l’argent de Abbvie & de Gilead pendant 5 ans.

Or, Abbvie&Gilead produisent 2 médicaments contre le COVID19.

Par conséquent, la chloroquine(pas chère et tombée dans le domaine public)  est un concurrent qui pourrait leurs faire perdre beaucoup d’argent.

Voici sa déclaration d’intérêt de 2016 : Elle a gagné au moins 18 000 € des laboratoires Abbvie et Gilead. Elle est normalement obligée de le mentionner lors de ses interventions télévisées.

https://cns.sante.fr/wp-content/uploads/2017/07/dpi_lacombe-karine_2016.pdf

Elle a participé à un congrès avec Abbvie en 2018.
http://www.infectiologie.com/UserFiles/File/jni/2018/sympo/jni18-sympo-lacombe-aei.pdf

Elle a également participé à une étude pour AbbVie publiée en novembre 2018
https://www.researchgate.net/publication/329194123_1965_Safety…

Karine Lacombe était également formatrice lors d’une journée de formation financée par Abbvie faite le 17 octobre 2019 !
https://www.federationaddiction.fr/app/uploads/2019/06/Flyer_Paris.pdf

Il y a un conflit d’intérêts caractérisé.
Tous ces politiciens vendus aux lobbys sont à vomir !

Source : http://desiebenthal.blogspot.com/2020/03/bizarre-bizarre.html

 

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158032117432317

Pourquoi tant de patients atteints de coronavirus sont-ils morts en Italie ? (The Telegraph)


Lire l’article du Telegraph : https://www.telegraph.co.uk/global-health/science-and-disease/have-many-coronavirus-patients-died-italy

Résumé commenté :

D’après le Professeur Walter Ricciardi, Conseiller du Ministre italien de la Santé, le nombre étonnamment élevé de morts en Italie est dû principalement à trois causes :

1. Une population vieillissante : les Italiens sont les plus vieux au monde après le Japon : 67 ans d’âge médian des malades, contre 46 ans en Chine…,

2. un système de santé surchargé, parce que
(les trois causes suivantes de la surcharge du système de santé italien ne sont pas évoquées dans l’article et sont communes aux pays de l’UE néolibérale) :

(a) détruit par 40 ans de NÉOLIBÉRALISME et de « réformes » du management et du financement des hôpitaux : l’Italie comptait 10 lits pour 1 000 habitants en 1975, et seulement 3 en 2017 !, source OCDE : https://data.oecd.org/chart/5T94

(b) toujours très embouteillé tous les ans à cette époque de l’année,

© particulièrement ici quand, par PEUR d’un danger très extraordinaire, on REGROUPE tous les malades dans un petit nombre de grands hôpitaux ultra-modernes au lieu de répartir la charge en soignant localement un peu partout) (et la surcharge crée des morts en plus, faute de soins),

3. et la façon dont les décès sont signalés : en Italie, TOUS les morts qui avaient le coronavirus au moment de mourir sont comptés comme étant MORTS À CAUSE DU coronavirus… En réalité, selon le Professeur Walter Ricciardi, seuls 12 % des morts annoncés peuvent être mis vraiment sur le compte du coronavirus : « 800 morts hier », par exemple, sont en fait 96 morts du coronavirus…

Voir l’article du Telegraph :
https://www.telegraph.co.uk/global-health/science-and-disease/have-many-coronavirus-patients-died-italy/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158029464097317