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LA LIBERTÉ D’EXPRESSION, C’EST LA DÉMOCRATIE MÊME, 1) pour protéger la population contre les tyrans et 2) pour protéger l’opinion publique contre l’erreur – Préface d’Étienne Chouard au grand livre de Jean Bricmont : « Les censeurs contre la République »

En défense de la liberté d’expression, Jean Bricmont vient de rééditer un grand livre, « Les censeurs contre la République », aux éditions Jeanne, pour lequel j’ai préparé une longue PRÉFACE que je vous présente ici. Voici son plan, un outil pour la feuilleter ou pour la télécharger, et plus bas le texte sous une forme ordinaire :

  1. Liberté de parler pour protéger la démocratie contre les complots (la corruption ? l’oppression ?)
  2. Liberté de parler pour protéger la démocratie contre l’erreur : permettre aux citoyens d’identifier correctement le bien commun, de vouloir les bonnes décisions publiques

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/La_liberte_d_expression_c_est_la_democratie_meme_Preface_d_Etienne_au_livre_de_Jean.pdf

Je vous recommande le livre de Jean, c’est un livre important :

Jean Bricmont vient de rééditer un grand livre, « Les censeurs contre la République »

 




Préface :

La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire.
Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré.

Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage », 1774.

 

Sous le gouvernement représentatif, surtout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de représentants, l’exercice de ce droit sacré [la libre communication des pensées entre les citoyens] est la seule sauvegarde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les représentants peuvent mettre leur volonté particulière à la place de la volonté générale, il est nécessaire que la voix de l’opinion publique retentisse sans cesse autour d’eux, pour balancer la puissance de l’intérêt personnel et les passions individuelles ; pour leur rappeler, et le but de leur mission et le principe de leur autorité. Là, plus qu’ailleurs, la liberté de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de ramener le législateur à la règle unique de la législation. Si vous l’enchaînez, les représentants, déjà supérieurs à toute autorité, délivrés encore de la voix importune de ces censeurs, éternellement caressés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les propriétaires ou les usufruitiers paisibles de la fortune et des droits de la nation ; l’ombre même de la souveraineté disparaît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indestructible de toutes les tyrannies ; c’est alors qu’il est au moins difficile de contester la vérité de l’anathème foudroyant de Jean-Jacques Rousseau contre le gouvernement représentatif absolu.

Robespierre, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, 17 juin 1792.

 

La liberté d’expression, c’est la démocratie même

pour protéger la population contre les tyrans

et pour protéger l’opinion publique contre l’erreur

 

Ce livre est important. Il est courageux. C’est un acte de résistance à la tyrannie qui vient. Il m’a donné de nouveaux exemples de la fragilité de nos certitudes les plus enracinées, et il m’a conduit à actualiser et détailler  ma conviction que nous avons tous un vital besoin de libre débat, pour nous détromper en toutes matières. Ce livre m’a aussi permis de mesurer l’ampleur et la gravité des persécutions qu’on peut subir en France pour simplement avoir exprimé des pensées, des paroles qui déplaisent aux puissants.

Le blasphème est une parole interdite par les prêtres de la religion du moment. Je pensais que ce qu’on appelle « Les Lumières » nous avaient débarrassés du délit d’opinion, qu’elles nous avaient libérés de toutes les formes de blasphème. Il n’en est rien : il est aujourd’hui à nouveau des opinions interdites, des avis dont ceux-qui-parlent-dans-les-micros répètent comme un mantra : « ce que vous dites là n’est pas une opinion, c’est un délit », sans admettre qu’ils sont évidemment par-là même en train d’accepter, et même d’encourager, le retour du délit d’opinion.

Sitôt que les citoyens cessent de lutter personnellement pour défendre leurs libertés, à commencer par leur liberté de penser, ils s’enfoncent progressivement dans la servitude, les « élus » et leurs complices leur mettent petit à petit des fers aux mains et aux pieds.

Et il est plus difficile de sortir de prison que de refuser d’y entrer pendant qu’on est encore libre. Ce livre est passionnant, je l’ai lu et relu le crayon à la main.

Un livre qui défend la liberté d’expression représente forcément un enjeu plus large : la démocratie — régime politique où le peuple délibère et décide lui-même des politiques publiques qu’il juge bonnes — est une organisation sociale fragile, toujours menacée par les intrigues secrètes de quelques-uns contre la volonté générale, et toujours menacée de se tromper, de prendre de mauvaises décisions, contraires au bien commun.

Comme démocrate, je vois deux raisons majeures de défendre la liberté d’expression, l’une liée à l’intérêt collectif, l’autre aux intérêts individuels :

  • La liberté d’expression reconnue à tous les citoyens leur donne à la fois une arme d’alerte décisive et un entraînement fortifiant à la vigilance pour servir de « sentinelles du peuple », capables de surveiller l’exercice des pouvoirs d’un œil sourcilleux et de lancer l’alarme à la moindre intrigue des puissants contre la démocratie.
  • La liberté d’expression sert à inquiéter les pouvoirs abusifs.
  • La liberté d’expression reconnue à tous les citoyens permet à chacun de rechercher personnellement et activement ce qui est vrai, et donc de le comprendre en profondeur ; d’entendre et donc d’analyser tous les points de vue opposés sur chaque question intéressant la Cité ; de voir ainsi la vérité triompher du mensonge publiquement et méthodiquement, à travers une loyale mise en scène des conflits ; de vivre personnellement et en détail la mise en évidence du bien commun.
  • La liberté d’expression éclaire l’opinion et, par-là même, légitime les suffrages (fonde le droit d’opiner, de donner son opinion).

Alors que, symétriquement, les intrigants, les charlatans et les tyrans ont les deux bonnes raisons inverses d’entraver la liberté d’expression :

  • Quand les citoyens ont peur de parler, il ne leur est plus possible de dénoncer les plus graves complots contre la démocratie.
  • Sans la liberté d’expression, les comploteurs ont la voie libre et la démocratie est perdue.
  • Quand les citoyens ont peur de parler, seules les idées reçues de la classe dominante sont visibles, les pires erreurs sont vouées à perdurer, et même la vérité n’est pas bien connue, ni bien comprise.
  • Sans la liberté d’expression, l’opinion populaire, facilement trompée, perd sa fiabilité, et l’amour du bien commun ne peut pas s’imposer dans les esprits.

  

  1. Protéger la démocratie contre les complots (la corruption ? l’oppression ?)

Complot :  dessein secret, concerté entre plusieurs personnes, avec l’intention de nuire à l’autorité d’un personnage public ou d’une institution.
(Définition du Trésor de la langue française.)

Pour simplement survivre aux corruptions et aux complots de toutes sortes contre l’intérêt général, surtout ceux des gouvernants, une démocratie a besoin de citoyens-soldats armés, au moins intellectuellement, pour la protéger : c’est pour cette raison que, il y a 2 500 ans déjà, à Athènes, l’iségoria, droit de parole libre pour tous les citoyens athéniens, à tout propos et à tout moment, donnait à chacun la puissance d’agir pour protéger lui-même sa Cité : l’isègoria dotait la démocratie de milliers de paires d’yeux de sentinelles vigilantes. Si des intrigants venaient à mentir pour tromper le peuple, ou à manigancer pour prendre le pouvoir, des lanceurs d’alerte, bien protégés par des institutions démocratiques dignes de ce nom, alertaient (grâce à leur parole libre) les autres citoyens, pour les mobiliser contre le danger et pour protéger la démocratie.

Ce grand droit de libre parole entraînait naturellement avec lui une grande responsabilité : chacun pouvait avoir des comptes à rendre, devant une assemblée de citoyens tirés au sort, du mauvais usage qu’il pouvait avoir fait de l’isègoria :

« Cependant quiconque exerçait son droit fondamental d‘iségoria courait le risque d’une condamnation  sévère,  pour une proposition qu’il avait eu le droit de faire, même si cette proposition avait été adoptée par l’Assemblée. La fonction du graphe paranomon, procédure par laquelle un homme pouvait être accusé et jugé pour avoir fait une « proposition illégale » à l’Assemblée, est assez claire, une fonction double : modérer l’iségoria  par la discipline, et donner au peuple, au démos, la possibilité de reconsidérer une décision prise par lui-même. Un graphe paranomon aboutissant à une condamnation avait pour effet d’annuler un vote positif de l’Assemblée, grâce au verdict, non pas d’une élite restreinte telle que la Cour suprême des États-Unis, mais du démos, par l’intermédiaire d’un jury populaire nombreux, choisi par tirage au sort. Notre système protège la liberté des représentants grâce aux privilèges parlementaires, or ces mêmes privilèges, de façon paradoxale, protègent aussi l’irresponsabilité des représentants. Le paradoxe athénien se situait dans une voie tout à fait opposée : il protégeait à la fois la liberté de l’Assemblée en son ensemble, et celle de ses membres pris individuellement en leur refusant l’immunité. »

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne », Payot 1972, p. 73-74.

Cette liberté d’expression était si importante pour les démocrates, si vitale, que les Athéniens la jugeaient encore plus importante que l’isonomia (l’égalité devant la loi) :

« Quand Hérodote décrit la naissance de la démocratie athénienne, il met en évidence l’isègoria et non l’isonomia comme principe de l’égalité démocratique ; et d’ailleurs son exposé est conforme à ce qu’on trouve dans les sources athéniennes : ce que les démocrates athéniens chérissent le plus dans l’égalité, c’est l’isègoria, pas l’isonomia. »

Mogens H. Hansen, « La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène », Les Belles Lettres 2003, p. 111.

Ils jugeaient même la liberté d’expression si consubstantielle à la démocratie qu’ils pouvaient utiliser les deux termes démocratie et isègoria indifféremment, comme s’ils étaient synonymes :

« Le mot iségoria, le droit pour tous de parler à l’assemblée, était quelquefois employé par les écrivains grecs comme un synonyme de « démocratie ». »

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne », Payot 1972, p. 65.

 

Depuis cette lointaine époque athénienne, les plus grands penseurs ont continué à défendre la liberté de parole pour les citoyens dans le but précis de résister aux pouvoirs abusifs, quels qu’ils soient (même au pouvoir d’une majorité populaire devenue intolérante). Il est utile de garder vivante la mémoire de leurs luttes, et de méditer lentement ces pensées passées, car leurs arguments pourraient tous nous servir aujourd’hui.

Au premier reproche opposé au peuple pour lui refuser le droit à la parole libre, le reproche d’incompétence, nous avons (nous le peuple) compris depuis longtemps que cette incompétence était soigneusement entretenue :

« Les mêmes qui lui ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »

John Milton (1608-1674).

Aristote déjà, il y a 2 500 ans, pensait la foule capable d’une intelligence collective supérieure à l’intelligence individuelle d’un prince :

« D’après ces (considérations) il semble manifeste qu’aucun de ces critères [vertu, richesse, naissance, liberté] n’est correct au nom desquels certains estiment convenable que ce soit eux qui gouvernent et que tous les autres leur soient soumis. Car même à ceux qui s’estiment dignes d’être souverains sur le gouvernement au nom de leur vertu, tout comme à ceux qui invoquent leur richesse, les masses pourraient opposer un argument juste : rien n’empêche à un certain moment la masse d’être meilleure que le petit nombre ni d’être plus riche (que lui), non pas chaque individu, mais l’ensemble des gens. »

Aristote (-384 – 322 av JC),, « Les politiques », III, 13, 1283-b, Folio p. 251.

Cette observation devrait conduire logiquement à protéger le droit de cette foule à s’exprimer librement.

Contre le reproche d’incompétence et d’inconstance, souvent opposé au peuple pour le faire taire, Machiavel a aussi écrit des pages étonnantes en l’honneur de l’intelligence collective populaire, sorte de « sagesse des foules » :

« Tite-Live et tous les autres historiens affirment qu’il n’est rien de plus changeant et de plus inconstant que la foule. […] Mais, quoi qu’il en soit, je ne pense ni ne penserai jamais que ce soit un tort que de défendre une opinion par le raisonnement, sans vouloir recourir ni à la force ni à l’autorité.

Je dis donc que ce défaut dont les écrivains accusent la foule, on peut en accuser tous les hommes personnellement, et notamment les princes. Car tout individu qui n’est pas soumis aux lois peut commettre les mêmes erreurs qu’une foule sans contraintes. […]

Car on doit les comparer [les princes sages] avec une foule réglée par les lois, comme ils le sont eux-mêmes. On trouvera alors en cette foule la même vertu que nous constatons chez les princes ; et l’on ne verra pas qu’elle domine avec orgueil, ni qu’elle serve avec bassesse. […]

Aussi ne faut-il pas accuser davantage la nature de la foule que celle des princes, car ils se trompent tous, quand ils peuvent sans crainte se tromper. […]

Je conclus donc contre l’opinion générale, qui prétend que les peuples, quand ils ont le pouvoir, sont changeants, inconstants et ingrats. Et j’affirme que ces défauts ne sont pas différents chez les peuples et chez les princes. Qui accuse les princes et les peuples conjointement peut dire la vérité ; mais, s’il en excepte les princes, il se trompe. Car un peuple qui gouverne et est bien réglementé est aussi constant, sage et reconnaissant, et même davantage, qu’un prince estimé pour sa sagesse. Et, d’autre part, un prince affranchi des lois est plus ingrat, changeant et dépourvu de sagesse qu’un peuple.

La différence de leurs conduites ne naît pas de la diversité de leur nature, parce qu’elle est identique chez tous — et, s’il y a une supériorité, c’est celle du peuple ; mais du plus ou moins de respect qu’ils ont pour les lois, sous lesquelles ils vivent l’un et l’autre. […]

Quant à la sagesse et à la constance, je dis qu’un peuple est plus sage, plus constant et plus avisé qu’un prince. Ce n’est pas sans raison que l’on compare la parole d’un peuple à celle de Dieu. Car on voit que l’opinion générale réussit merveilleusement dans ses pronostics ; de sorte qu’elle semble prévoir par une vertu occulte le bien et le mal qui l’attendent. Quant à son jugement, il arrive rarement, lorsqu’un peuple entend deux orateurs opposés et de force égale, qu’il ne choisisse pas le meilleur avis et qu’il ne soit pas capable de discerner la vérité qu’on lui dit. Si, dans les entreprises risquées ou qui lui semblent profitables, il se trompe, un prince se trompe aussi très souvent dans ses passions, qui sont beaucoup plus nombreuses que celles du peuple. […]

On voit en outre que les cités où le peuple gouverne font en très peu de temps des progrès inouïs : beaucoup plus grands que les cités qui ont toujours vécu sous un prince. […] Ceci ne peut provenir que du fait que le gouvernement des peuples est meilleur que celui des princes. »

Machiavel, « Discours sur la Première Décade de Tite-Live » (1531) Livre 1, Chapitre 58 « La foule est plus sage et plus constante qu’un prince ».

Là encore, si la foule est sage, on peut en déduire qu’il faut protéger sa liberté de parole.

Au 18e siècle, contre les élites de censeurs, Condorcet (1743-1794) a calculé sous forme probabiliste ce qui peut s’appeler « la sagesse des foules » :

« Nous nous souvenons du principe de Scott Page : « La diversité prime sur la compétence« , et si j’y reviens, c’est qu’il représente la condition d’une idée soutenant tout l’édifice de la démocratie délibérative : le théorème de Condorcet. Condorcet a fait et écrit des choses admirables. Il est probablement l’un de ceux, dans l’histoire de la pensée, qui a le premier tenté de modéliser les phénomènes sociaux. S’intéressant à la question des assemblées qui délibèrent, il a mis en relief le risque que certains choix collectifs deviennent intransitifs. Mais il a défendu aussi de façon précoce l’idée de la sagesse des foules en considérant, dans son célèbre « Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix » (chapitre CLXXX), que si chaque votant a une probabilité de chance supérieure à 50 % de prendre une bonne décision, plus l’assemblée est importante, plus la probabilité est grande qu’une décision collective, prise à la majorité, tende vers une conclusion optimale et rationnelle.

Ce théorème central de la démocratie délibérative est exprimé d’une autre façon par Hélène Landemore (en 2010) : « Dans la mesure où la diversité cognitive est, jusqu’à un certain point, fonction du nombre de participants, la délibération au sein d’un groupe nombreux est, d’un point de vue épistémique, supérieure à la délibération au sein d’un petit groupe. »

Les erreurs des uns étant compensées par les erreurs des autres, comme dans le cas de l’expérimentation de Kate Gordon portant sur l’évaluation de la masse d’objets, on peut supposer que le nombre accroît les chances qu’une assemblée tende vers la sagesse.

Gérald Bronner, La démocratie des crédules (2013), évoquant le théorème de Condorcet, p 234.

La mauvaise image du peuple (qu’on peut donc faire taire) — comme la bonne image des princes (qui peuvent donc parler librement) — a été analysée très tôt par les plus grands esprits, qui ont repéré dans ces préjugés les effets de la parole libre, comme ceux de la parole asservie :

« Mais si l’on veut savoir d’où naît le préjugé défavorable au peuple, généralement répandu, c’est que tout le monde a la liberté d’en dire ouvertement le plus grand mal, même au moment où il domine ; au lieu que ce n’est qu’avec la plus grande circonspection et en tremblant qu’on parle mal des princes. »

Machiavel, « Discours sur la première décade de Tite-Live », publié en 1521, Livre Premier, chap LVIII.

Machiavel, dont on sait trop peu combien il défendait le peuple contre les princes, tenait déjà (au 16e siècle) à ce que chacun entende tous les points de vue afin de se former un jugement digne de ce nom — ce qui suppose que tous les points de vue soient librement exprimés :

« La manière la plus prompte de faire ouvrir les yeux à un peuple est de mettre individuellement chacun à même de juger par lui-même et en détail de l’objet qu’il n’avait jusque-là apprécié qu’en gros. »

Machiavel, « Discours sur la première décade de Tite-Live » (« Discorsi ») livre I, chap. 47.

Le même Machiavel soulignait l’intérêt cardinal des conflits entre dominants et dominés — et donc, logiquement, de leur liberté de parole — pour produire les meilleures lois. Ici, c’est Alain Supiot, juriste passionnant, qui le cite et le commente :

C’est à cette histoire romaine que Machiavel s’est référé pour affirmer que les bonnes lois sont celles qui s’enracinent dans l’expérience des conflits :
« Dans toute république, écrit-il, il y a deux partis : celui des grands et celui du peuple ; et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition […]. On ne peut […] qualifier de désordonnée une république [la République romaine] où l’on voit briller tant de vertus : c’est la bonne éducation qui les fait éclore, et celle-ci n’est due qu’à de bonnes lois ; les bonnes lois à leur tour sont le fruit de ces agitations que la plupart condamnent si inconsidérément.23 »

Ainsi que l’a montré Claude Lefort, Machiavel découvre ici une vérité scandaleuse : dans une cité libre, la loi n’est pas une œuvre de la froide raison, mais le fruit du heurt de deux désirs également illimités, le désir des Grands de toujours posséder davantage et celui du peuple de ne pas être opprimé. Aussi la loi n’est-elle jamais donnée une fois pour toute : elle demeure ouverte aux conflits qui toujours conduisent à la réformer.24

Alain Supiot, La gouvernance des nombres, p. 114.

23 Machiavel, « Discours sur la première décade de Tite-Live », I, 4, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1952, p. 390.

24 Claude Lefort, « Le Travail de l’œuvre : Machiavel » [1972], Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1986, p. 472 et s.

Pour le faire taire, on a aussi reproché au peuple des paroles immodérées qui pourraient inciter à la haine et à la violence, et donc troubler l’ordre public. Mais là aussi, nous savons depuis longtemps que c’est un argument fallacieux, utilisé de mauvaise foi le plus souvent soit par les tyrans soit par ceux qui se savent illégitimes et incapables de prouver leurs propres thèses :

« Si l’on y fait attention, l’on trouvera qu’il ne peut point y avoir de livre vraiment dangereux. Qu’un écrivain vienne nous dire que l’on peut assassiner ou voler, on n’en assassinera et l’on n’en volera pas plus pour cela, parce que la loi dit le contraire. Il n’y a que lorsque la religion et le zèle diront d’assassiner ou de persécuter que l’on pourra le faire, parce qu’alors on assassine impunément ou de concert avec la loi, ou parce que dans l’esprit des hommes la religion est plus forte que la loi et doit être préférablement écoutée. Quand les prêtres excitent les passions des hommes, leurs déclamations ou leurs écrits sont dangereux parce qu’il n’existe plus de frein pour contenir les passions sacrées qu’ils ont excitées, et parce que les dévots n’examinent jamais ce que disent leurs guides spirituels.

Il n’y a que l’imposture et la mauvaise foi qui puissent craindre ou interdire l’examen. La discussion fournit de nouvelles lumières au sage, elle n’est affligeante que pour celui qui veut d’un ton superbe imposer ses opinions ou pour le fourbe qui connaît la faiblesse de ses preuves, ou pour celui qui a la conscience de la futilité de ses prétentions. L’esprit humain s’éclaire même par ses égarements, il s’enrichit des expériences qu’il a faites sans succès, elles lui apprennent au moins à chercher des routes nouvelles.

Haïr la discussion, c’est avouer qu’on veut tromper, qu’on doute soi-même de la bonté de sa cause, ou qu’on a trop d’orgueil pour revenir sur ses pas. »

Paul-Henri Thiry d’Holbach, « Essai sur les préjugés ; ou De l’influence des opinions sur les mœurs & sur le bonheur des hommes », 1770.

En fait, la censure voulue par les puissants contre leurs opposants est repérée depuis longtemps :

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré. »

Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage », 1774.

Et la préférence affichée « pour la vérité et contre l’erreur », dans la bouche des dominants, n’est souvent qu’un prétexte :

« La vérité est le nom que les plus forts donnent à leur opinion. »

Alphonse Karr (1808-1890).

C’est une fonction littéralement vitale, pour une société démocratique, que celle de rester toujours vigilant et capable de lancer l’alarme quand les puissants abusent de leur puissance. Marat et les révolutionnaires de 1789 voyaient les journalistes comme des « sentinelles du peuple », de précieux lanceurs d’alerte, chargés d’entretenir la méfiance des citoyens et d’éclairer leur opinion :

« Pour rester libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.

Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l’alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l’abîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tomber l’indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis.

Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. »

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

Plus généralement, l’idée même, pour un homme ou un groupe,  d’imposer une pensée et une parole aux autres est illégitime et indéfendable :

« Si ceux qui font les lois ou ceux qui les appliquent étaient des êtres d’une intelligence supérieure à l’intelligence humaine, ils pourraient exercer cet empire sur les pensées ; mais s’ils ne sont que des hommes, s’il est absurde que la raison d’un homme soit, pour ainsi dire, souveraine de la raison de tous les autres hommes, toute loi pénale contre la manifestation des opinions n’est qu’une absurdité. »

Maximilien Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, prononcé à la Sté des Amis de la Constitution, le 11 mai 1791.

La qualité même des pouvoirs dépend de leur exposition (ou pas) à la libre critique des personnes soumises à leur autorité :

« Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé. »

Émile Chartier dit « Alain », « Propos », 25 janvier 1930.

Nos libertés publiques dépendent donc aussi de l’exposition des pouvoirs à la libre critique :

« La liberté réelle suppose une organisation constamment dirigée contre le pouvoir. La liberté meurt si elle n’agit point. »

Alain (Émile Chartier), « Mars ou la guerre jugée » (1936), page 122.

Au 18e siècle, on attendait du pouvoir législatif qu’il protège le peuple contre les abus du pouvoir exécutif :

« La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent. »

DDHC, Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793, article 9.

Mais l’expérience éternelle montre que des législateurs corrompus peuvent empêcher les opposants de s’exprimer en votant des lois de censure, lois scélérates. C’est ce type de lois illégitimes que le 1er amendement a voulu interdire définitivement au Parlement américain :

« Le Parlement n’adoptera aucune loi pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. »

Premier amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique, Bill of Rights ratifié en 1791.

L’isègoria des Grecs est donc restée une idée bien vivante à travers les siècles, comme rempart contre les pouvoirs abusifs. Au 17e, au 18e, au 19e comme au 20e siècle, la liberté de parole, c’est presque la liberté tout court, et c’est une vieille grande idée de protéger le peuple contre ses représentants en les empêchant de jamais museler les représentés.

Ainsi, pour Machiavel, il faut que tous les pouvoirs institués aient peur de quelque chose :

« Le peuple, quand il fait des magistrats, doit les créer de manière qu’ils aient lieu d’appréhender, s’ils venaient à abuser de leur pouvoir. »

Nicolas Machiavel, « Discours sur la première décade de Tite-Live », livre 1, chap. 41.

Alors que ces pouvoirs, précisément, cherchent toujours, évidemment, à n’avoir peur de rien de sérieux, à commencer par la parole libre de leurs opposants :

« Il y en a pour qui la liberté d’expression c’est la liberté de penser comme eux.

Priver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu’il n’en fasse un mauvais usage, ou bien enchaîner sa langue de peur qu’il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre, que cette méthode est tout simplement le secret du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des instruments passifs ou de vils automates. »

Robespierre, « Discours sur la liberté de la presse », prononcé à la Société des Amis de la Constitution le 11 mai 1791, et utilisé devant l’Assemblée Nationale le 22 août 1791.

 

« Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. »

Alexis de Tocqueville, « L’Ancien Régime et la Révolution », 1866 [décrivant honnêtement le fond de l’idéologie esclavagiste dite libérale].

 

« La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la « justice », mais parce que tout ce qu’il y a d’instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la « liberté » devient un privilège. »

Rosa Luxembourg, « La révolution russe », 1918.

Et même plus encore dans un gouvernement représentatif que dans une démocratie véritable, la totale liberté de parole est absolument essentielle, fondamentale, vitale :

« Sous le gouvernement représentatif, surtout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de représentants, l’exercice de ce droit sacré [la libre communication des pensées entre les citoyens] est la seule sauvegarde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les représentants peuvent mettre leur volonté particulière à la place de la volonté générale, il est nécessaire que la voix de l’opinion publique retentisse sans cesse autour d’eux, pour balancer la puissance de l’intérêt personnel et les passions individuelles ; pour leur rappeler, et le but de leur mission et le principe de leur autorité.

Là, plus qu’ailleurs, la liberté de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de ramener le législateur à la règle unique de la législation. Si vous l’enchaînez, les représentants, déjà supérieurs à toute autorité, délivrés encore de la voix importune de ces censeurs, éternellement caressés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les propriétaires ou les usufruitiers paisibles de la fortune et des droits de la nation ; l’ombre même de la souveraineté disparaît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indestructible de toutes les tyrannies ; c’est alors qu’il est au moins difficile de contester la vérité de l’anathème foudroyant de Jean-Jacques Rousseau contre le gouvernement représentatif absolu. »

Robespierre, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, 17 juin 1792.

Je trouve que ces pensées de Robespierre sont d’une actualité parfaite pour nous aider à penser la tyrannie qui vient aujourd’hui, et nous devrions les faire lire — et même méditer — par nos enfants, pour qu’ils soient bien conscients en profondeur de ces conditions vitales de leur propre liberté.

Je fais remarquer que la liberté d’acheter un média abandonne littéralement les principaux médias aux plus riches : la liberté de la presse est comme assassinée par un législateur qui consent à ce que les médias soient achetés comme on achète une marchandise : cette licence a permis en France à neuf milliardaires de contrôler finalement toute la presse du pays France, ce qui leur permet de ne publier que les « oppositions contrôlées » (© Orwell, 1984) et de faire silence sur toute les oppositions réelles, non contrôlées. Cette appropriation est criminelle. La liberté de la presse bien conçue, pour éclairer correctement l’opinion, devrait rendre inaliénables, indépendants à la fois des puissances politiques et des puissances économiques, tous les médias importants : les journaux, les radios et les télévisions, bien sûr, mais aussi les agences de presse, les instituts de sondages et les instituts statistiques.

Les partisans de l’ordre, qui acceptent la censure pour être paisible, devraient comprendre qu’il est déraisonnable de vouloir à la fois la liberté et la tranquillité :

« Demander, dans un État libre, des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix, c’est vouloir des choses impossibles, et, pour règle générale, toutes les fois qu’on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de république, on peut être assuré que la liberté n’y est pas. »

Montesquieu, « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence », 1721, Chapitre IX Deux causes de la perte de Rome, p. 51.

En fait, tout le monde, même le tyran du moment, a intérêt, un jour ou l’autre, à la liberté d’expression sans réserves, car nul ne peut être certain de rester toujours à l’abri des censures qu’il désire pour les autres :

« Celui qui veut conserver sa liberté doit protéger même ses ennemis de l’oppression ; car s’il ne s’y astreint pas il créera ainsi un précédent qui l’atteindra un jour. »

Thomas Paine (1737-1809).

D’autant plus que, au fond, la censure ne fonctionne pas : elle fait des censurés des martyrs et elle les aide même à se faire connaître, sous le manteau. Seule la libre controverse permet d’affaiblir vraiment les oppositions mal fondées :

« L’autorité ne doit jamais proscrire une religion, même quand elle la croit dangereuse. […] Le seul moyen d’affaiblir une opinion, c’est d’établir le libre examen. Or, qui dit libre examen dit éloignement de toute espèce d’autorité, absence de toute convention collective : l’examen est essentiellement individuel. »

Benjamin Constant, « Cours de politique constitutionnelle » (1861).

C’est quelquefois la population elle-même qui fixe des interdits à la parole, tantôt par intolérance, tantôt par lâcheté. Tocqueville, penseur « libéral » (entre guillemets parce que les « libéraux » sont souvent libéraux pour eux et esclavagistes pour les autres, prêts à enfermer leurs opposants — le sujet d’étude du voyage en Amérique de Tocqueville était… le système carcéral, enjeu majeur pour les « libéraux »), redoutait le risque de censure par la majorité :

« En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites, l’écrivain est libre ; mais malheur à lui s’il ose en sortir. Ce n’est pas qu’il ait à craindre un autodafé, mais il est en butte à des dégoûts de tous genres et à des persécutions de tous les jours. La carrière politique lui est fermée : il a offensé la seule puissance qui ait la faculté de l’ouvrir. On lui refuse tout, jusqu’à la gloire. Avant de publier ses opinions, il croyait avoir des partisans ; il lui semble qu’il n’en a plus, maintenant qu’il s’est découvert à tous ; car ceux qui le blâment s’expriment hautement, et ceux qui pensent comme lui, sans avoir son courage, se taisent et s’éloignent.

Il cède, il plie enfin sous l’effort de chaque jour, et rentre dans le silence, comme s’il éprouvait des remords d’avoir dit vrai. »

Alexis de Tocqueville, « De la démocratie en Amérique », tome 1, 1835 – 2ème partie – Chapitre 7 Du pouvoir qu’exerce la majorité en Amérique sur la pensée.

Mais la population elle-même, comme les pouvoirs, n’est pas légitime à imposer une parole ou une autre à qui que ce soit. Ici, c’est Mill qui le clame :

« Un législatif ou un exécutif dont les intérêts ne seraient pas identifiés à ceux du peuple n’est pas autorisé à lui prescrire des opinions ni à déterminer pour lui les doctrines et les arguments à entendre. []

Supposons donc que le gouvernement ne fasse qu’un avec le peuple et ne songe jamais à exercer aucun pouvoir de coercition, à moins d’être en accord avec ce qu’il estime être la voix du peuple. Mais je refuse au peuple le droit d’exercer une telle coercition, que ce soit de lui-même ou par l’intermédiaire de son gouvernement, car ce pouvoir est illégitime. Le meilleur gouvernement n’y a pas davantage de droit que le pire : un tel pouvoir est aussi nuisible, si ce n’est plus, lorsqu’il s’exerce en accord avec l’opinion publique qu’en opposition avec elle. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859)

Christopher Lasch a bien analysé certains ressorts intellectuels qui conduisent les populations à devenir progressivement intolérantes et à redouter les controverses :

« Ces développements jettent une lumière supplémentaire sur le déclin du débat démocratique. « La diversité » — slogan qui semble séduisant à première vue — en est arrivée à signifier le contraire de ce qu’elle semble vouloir dire. Dans la pratique, la diversité sert à légitimer un nouveau dogmatisme, dans lequel des minorités rivales s’abritent derrière un ensemble de croyances qui échappe à la discussion rationnelle. La ségrégation physique de la population dans des ghettos racialement homogènes et refermés sur eux-mêmes a pour pendant la balkanisation de l’opinion. Chaque groupe essaye de se claquemurer derrière ses propres dogmes. Nous sommes devenus une nation de minorités ; il ne manque que leur reconnaissance officielle en tant que telles pour achever le processus.

Cette parodie de « communauté » — terme fort à la mode mais qui n’est pas très bien compris — charrie avec elle le postulat insidieux selon lequel on peut attendre de tous les membres d’un groupe donné qu’ils pensent de la même manière. L’opinion devient ainsi fonction de l’identité raciale ou ethnique, du sexe ou de la préférence sexuelle. Des « porte-parole » auto-désignés de la minorité appliquent ce conformisme en frappant d’ostracisme ceux qui dévient de la ligne du parti — par exemple ces noirs qui « pensent blanc ». Combien de temps encore l’esprit de libre examen et de débat ouvert peut-il survivre dans de telles conditions ? »

Christopher Lasch, « La révolte des élites », 1996.

Chomsky a souvent décrit les façons insidieuses, indirectes, par la bande, de censurer sans que ça se voie :

« La façon la plus intelligente de maintenir la passivité des gens, c’est de limiter strictement l’éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l’intérieur de cet éventail et même d’encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pensées, alors qu’en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat. »

Noam Chomsky, « Le bien commun », 1998.

À propos de façons insidieuses de censurer les opinions dissidentes, il faut connaître la technique utilisée par les puissants au 20e siècle pour dépolitiser progressivement les choix de société les plus importants. C’est Alain Supiot (dans ses formidables conférences au Collège de France sur la Gouvernance par les nombres et sur le Retour des liens d’allégeance de type féodal) qui m’a rendu sensible cette ruse décisive (que les citoyens devraient bien connaître et faire connaître) : le prétendu « Prix Nobel d’économie » est en fait un prix décerné par la Banque de Suède ( !) « en l’honneur d’Alfred Nobel » ; c’est donc en fait un Grand-prix-des-usuriers (des banquiers) ; ce faux « Prix Nobel » sert à enraciner dans l’opinion publique l’affirmation (fausse) que « l’économie est une science ». Or, les sciences ne sont pas délibérées au Parlement, on ne soumet pas les lois de la gravitation au suffrage universel ; ce qui relève des sciences est soustrait au champ politique. Ainsi, en parlant de « sciences économiques » plutôt que d’« économie politique », on fait taire les penseurs hétérodoxes qui auraient bien des propositions alternatives aux lois cruelles des usuriers. C’est une forme de censure diaboliquement astucieuse.

Supiot souligne aussi l’étonnant parallèle qu’on peut observer entre le scientisme de l’URSS, le scientisme des nazis, et le scientisme de… l’Union européenne ! Dans tous ces cas, les puissants mettent le débat démocratique hors-jeu au prétexte qu’il s’agit de sciences, qu’on vise l’efficacité et qu’ « il n’y a pas d’alternative » (TINA). L’économie politique se transforme ainsi en religion, avec des dogmes rigides, incohérents et mystérieux, des rites, des prêtres cruels, des excommunications, des sacrifices, etc. Le scientisme est une façon moderne, détournée mais très efficace, de priver les citoyens de leur droit de parole.

Parmi ses innombrables vertus, la liberté d’expression permet de dissiper les mystères entretenus par les puissants pour fonder frauduleusement leur domination :

« Tout gouvernement a besoin d’effrayer sa population et une façon de le faire est d’envelopper son fonctionnement de mystère. C’est la manière traditionnelle de couvrir et de protéger le pouvoir : on le rend mystérieux et secret, au-dessus de la personne ordinaire. Sinon, pourquoi les gens l’accepteraient-ils ? »

Noam Chomsky, « Comprendre le pouvoir, premier mouvement », 1993.

C’est pourquoi, pour les dominants, il est extrêmement important de décourager les opposants politiques de parler librement :

« On sait, en effet, que la propagande totalitaire n’a pas besoin de convaincre pour réussir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l’inutilité de toute tentative de s’opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d’obtenir des individus qu’ils renoncent à la contredire, qu’ils n’y songent même plus.

Cet intéressant résultat, l’abasourdissement médiatique l’obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants.

Cependant, si chacun, là où il se trouve, avec ses moyens et en temps utile, s’appliquait à faire valoir les droits de la vérité en dénonçant ce qu’il sait être une falsification, sans doute l’air du temps serait-il un peu plus respirable. »

Encyclopédie des Nuisances, George Orwell devant ses calomniateurs, Quelques observations.

Les pires tyrans l’écrivent eux-mêmes clairement, ils savent très bien qu’il est vital pour leur domination que les dissidents dénonçant leurs mensonges soient bâillonnés :

« Si vous proférez un mensonge assez gros et continuez à le répéter, les gens finiront par le croire. Le mensonge ne peut être maintenu que le temps que l’État puisse protéger les gens des conséquences politiques, économiques et/ou militaires du mensonge. Il devient donc d’une importance vitale pour l’État d’utiliser tous ses pouvoirs pour réprimer la dissidence, car la vérité est l’ennemi mortel du mensonge, et donc par extension, la vérité est le plus grand ennemi de l’État. »

Phrases attribuées à Joseph Goebbels, Ministre à l’Éducation du peuple et à la Propagande sous le Troisième Reich de 1933 à 1945.

Et ceux qui procèdent à la censure des libres penseurs sont toujours des complices du pouvoir :

« Les gouvernements protègent et récompensent les hommes à proportion de la part qu’ils prennent à l’organisation du mensonge. »

Léon Tolstoï, « L’esclavage moderne », 1900.

C’est notre humaine vulnérabilité aux bobards qui rend efficaces et utiles les mensonges des gouvernants — et c’est elle aussi qui rend si nécessaire la liberté générale et absolue de dénoncer les mensonges pour détromper les citoyens :

« Abusés par les mots, les hommes n’ont pas horreur des choses les plus infâmes, décorées de beaux noms ; et ils ont horreur des choses les plus louables, décriées par des noms odieux. Aussi l’artifice ordinaire des cabinets est-il d’égarer les peuples en pervertissant le sens des mots ; et souvent des hommes de lettres avilis ont l’infamie de se charger de ce coupable emploi.

En fait de politique, quelques vains sons mènent le stupide vulgaire, j’allais dire le monde entier. Jamais aux choses leurs vrais noms. Les princes, leurs ministres, leurs agents, leurs flatteurs, leurs valets, appellent art de régner celui d’épuiser les peuples, de faire de sottes entreprises, d’afficher un faste scandaleux, et de répandre partout la terreur ; politique, l’art honteux de tromper les hommes ; gouvernement, la domination lâche et tyrannique ; prérogatives de la couronne, les droits usurpés sur la souveraineté des peuples ; puissance royale, le pouvoir absolu ; magnificence, d’odieuses prodigalités ; soumission, la servitude ; loyauté, la prostitution aux ordres arbitraires ; rébellion, la fidélité aux lois ; révolte, la résistance à l’oppression ; discours séditieux, la réclamation des droits de l’homme ; faction, le corps des citoyens réunis pour défendre leurs droits ; crimes de lèse-majesté, les mesures prises pour s’opposer à la tyrannie ; charges de l’état, les dilapidations de la cour et du cabinet ; contributions publiques, les exactions ; guerre et conquête, le brigandage  à la tête d’une armée, art de négocier, l’hypocrisie, l’astuce, le manque de foi, la perfidie et les trahisons ; coups d’État, les outrages, les meurtres et les empoisonnements ; officiers du prince, ses satellites ; observateurs, ses espions ; fidèles sujets, les suppôts du despotisme ; mesure de sûreté, les recherches inquisitoriales ; punition des séditieux, le massacre des ennemis de la liberté. Voilà comment ils parviennent à détruire l’horreur qu’inspire l’image nue des forfaits et de la tyrannie. »

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774), « 53 – Dénaturer les noms des chose ».

Et une longue pratique des mensonges endurcis — pas contredits à temps — rend difficile l’acceptation de la vérité :

« Les vieux mensonges ont plus d’amis que les nouvelles vérités. Quand un tissu de mensonges bien emballé a été vendu progressivement aux masses pendant des générations, la vérité paraîtra complètement absurde et son représentant un fou furieux. »

Pensée attribuée à « Dresde James ».

 

« En des temps de supercherie, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » Orwell.

Souvent, c’est la parole la plus subversive et la plus légitime qui fait l’objet d’une censure ; au point qu’on peut être tenté de voir la censure d’une pensée comme un indicateur de pensée-utile-au-bien-commun, comme une preuve, une légion d’honneur, de résistance digne de nom :

« Il y a la question de savoir quelle information est importante pour le monde, quel type d’information peut permettre le changement. Et il y a une grande quantité d’information. Alors, l’information que les organisations font un effort économique pour cacher, c’est vraiment un bon signal que, quand l’information sort, il y ait un espoir que ça fasse du bien. Parce que les organisations qui la connaissent le mieux, qui la connaissent de l’intérieur, travaillent à la dissimuler. Et c’est ce que nous avons découvert par la pratique. Et c’est là l’histoire du journalisme. »

Julian Assange, entretien pour Ted, 2010.

Quand on parle de liberté d’expression en 2020, on ne peut pas ne pas évoquer le scandale du traitement de Julian Assange. Julian a utilisé son immense maîtrise en informatique pour offrir à tous les journalistes du monde WikiLeaks, un outil (inédit dans l’histoire des hommes) permettant à n’importe qui de dénoncer un complot, un mensonge ou un crime sans jamais rien craindre des censeurs, en garantissant aux lanceurs d’alerte le plus inviolable anonymat, et en offrant aux peuples du monde la totalité de l’information brute en accès direct.

WikiLeaks est un cauchemar pour tous les censeurs du monde.

Eh bien, pour avoir ainsi permis de dénoncer impunément des crimes d’État (et toutes sortes de mensonges crapuleux d’élus et de responsables de tout poil), dénonciation publique qui est la fonction première des journalistes, pour ce service rendu à l’humanité, Julian Assange est carrément torturé en prison depuis dix ans sans jugement et sans pouvoir se défendre, suivant une simulacre de justice digne des procès staliniens, avec la complicité de tous les gouvernements et de tous les « journalistes » mainstream du monde (tous vendus à quelques milliardaires), qui entretiennent un silence de mort sur son supplice au lieu de le défendre bec et ongles, si bien que, aujourd’hui encore, la plupart des citoyens ignorent tout des crimes commis par leurs représentants contre leur meilleur ami.

Julian est un héros mondial, il incarne à la fois le journalisme (le vrai), la liberté d’expression (la vraie), et la cruauté arbitraire impunie des pouvoirs pour censurer leurs vrais opposants.

Les tyrans n’acceptent que les « oppositions contrôlées » (© 1984, Orwell), c’est-à-dire les opposions dont ils n’ont rien à craindre. Avec le cas Assange, on voit bien que la censure est toujours là, terrible, contre les opposants dignes de ce nom.

La liberté d’Assange, c’est notre liberté. Le combat d’Assange, ce devrait être le nôtre : l’isègoria n’est pas un concept théorique antique pour le plaisir de penser, c’est une exigence pratique moderne pour garantir les libertés. Le martyr d’Assange, c’est notre propre avenir, cauchemardesque, si nous n’arrivons pas à le sortir des griffes des tyrans. Julian n’a que nous, les simples citoyens, pour le défendre. En fait, la liberté d’expression elle-même n’a que nous, les simples citoyens, pour la défendre.

Liberté d’expression garantie ou pas par la puissance publique, les humains fiers de leur libre-arbitre s’appellent des « libres penseurs ». Leur rôle est essentiel dans la préservation des libertés publiques. Comme on vient de le dire à propos d’Assange, c’est à chacun d’entre nous de résister à la censure, courageusement, et de rester des libres penseurs envers et contre tout. Jean Bricmont, à ce sujet, de mon point de vue, est exemplaire :

« À chaque époque, il existe des libres penseurs, c’est-à-dire des gens qui n’appartiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune religion, s’intéressent aux faits avant de parler de valeurs, jugent de la vérité d’une opinion indépendamment de la personne qui l’énonce, écoutent différents points de vue, hésitent, doutent et discutent avec tout le monde. Ils pensent que chacun a le droit d’exprimer son opinion.

En face d’eux, il y a les fanatiques, les cléricaux, les obscurantistes, qui font exactement le contraire. Ils tiennent à jour leurs fiches, surveillent qui parle avec qui et lancent des campagnes de haine et de diffamation contre les libres penseurs. Ils censurent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incarner la lutte du Bien contre le Mal.

Malheureusement, de nos jours, les fanatiques, les cléricaux et les obscurantistes ne parlent que de démocratie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’égarer un certain nombre d’esprits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’étant que des victimes de l’illusion consistant à croire que l’on appartient au camp du Bien, et qui se privent et tentent de priver les autres des ressources de l’esprit critique. »

Jean Bricmont, juin 2016.

Souvent, nous restons silencieux devant le mensonge public, comme le feraient des complices, par peur de nous lever seul contre la doxa et de nous voir sévèrement punis. D’où l’importance politique des plus courageux : par la vertu de l’exemple et par la force d’entraînement du précédent, les libres penseurs  facilitent la mobilisation générale à venir :

Une personne affirmant la vérité en public
peut libérer les gens de la pensée du groupe.

En fait, le combat entre la vérité et l’autorité est éternel :

« Tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire sera toujours odieux à celui qui exercera l’autorité. »

Condorcet (Mémoire sur l’instruction publique, 1791).

Et finalement, c’est une vieille idée que, de toutes les libertés, celle de s’exprimer est la première :

« Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience, avant toute autre liberté. »

John Milton, « Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure », 1644.

 

Mais il y a une deuxième raison de défendre une liberté d’expression absolue, plus importante encore que la résistance aux abus de pouvoir : la définition du bien commun, définition politique, toujours en mouvement et en débat, a besoin des libres controverses pour repérer les croyances erronées et pour que chacun puisse progresser dans la perception de la vérité :

 

  1. Protéger la démocratie contre l’erreur : permettre aux citoyens d’identifier correctement le bien commun, de vouloir les bonnes décisions publiques :

Toute société est traversée par une infinité d’intérêts contraires et antagonistes, parmi lesquels il faut arbitrer, sans commettre ni erreurs ni injustices. La démocratie est un régime politique qui suppose que ces arbitrages, ces choix communs, soient loyalement et méthodiquement débattus par les personnes concernées elles-mêmes.

L’importance de la controverse publique dans la recherche de la vérité a été identifiée par les plus grands penseurs connus depuis la nuit des temps. Sur cette deuxième idée — défendre la liberté d’expression pour éviter les erreurs et déjouer les tromperies —, on peut, comme dans la première partie, s’appuyer sur des traces des temps passés pour nous aider à penser aujourd’hui la vérité et la censure des erreurs/mensonges.

Déjà au 4e siècle avant JC, Aristote défendait à sa manière l’intelligence collective :

« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »

Aristote (-384 – 322 av JC), « Les Politiques » IV, 14, 1298-b, p. 325.

Mais l’occident n’a pas été seul à repérer la qualité des décisions prises ensemble :

« Au Japon, au début du 7e siècle, le prince bouddhiste Shokoto […] fut aussi l’initiateur d’une constitution relativement libérale ou KEMPO, appelée la « constitution des 17 articles », en 604 après JC. Tout à fait dans l’esprit de la Grande Charte (Magna Carta) signée six siècles plus tard en Angleterre, elle insistait sur le fait que les décisions relatives à des sujets d’importance ne devaient pas être prises par un seul. Elles devaient être discutées par plusieurs personnes.

Cette constitution donnait aussi le conseil suivant : « ne soyons pas portés à l’esprit de ressentiment lorsque les opinions d’autrui diffèrent des nôtres. Car tout homme a un cœur, et tout cœur a ses propres inclinations. Ce qui est juste pour les uns est faux pour les autres, et inversement. »

Amartya Sen, « La démocratie des autres », 2005, page 32.

John Stuart Mill, grande référence du libéralisme, identifie la liberté complète de contredire n’importe quelle thèse à la meilleure assurance de ne pas se tromper :

« Il existe une différence extrême entre présumer vraie une opinion qui a survécu à toutes les réfutations et présumer sa vérité afin de ne pas en permettre la réfutation. La liberté complète de contredire et de réfuter notre opinion est la condition même qui nous permet de présumer sa vérité en vue d’agir : c’est là la seule façon rationnelle donnée à un être doué de facultés humaines de s’assurer qu’il est dans le vrai. »

John Stuart Mill, « De la liberté de pensée et de discussion », 1859, chapitre 2.

Christopher Hill est un immense historien anglais, un de ceux qui tâchent de penser l’histoire vue depuis le peuple, comme Howard Zinn, Henri Guillemin, Gérard Noirel, Michelle Zancarini-Fournel ou Jacques Pauwels. Selon cet homme, dont les livres sont si importants pour nous désintoxiquer des mensonges des historiens officiels, il n’y a pas de vérité sacrée, et nous devons tous lutter pour préserver notre droit supérieur à toujours chercher nos erreurs parmi nos actuelles croyances :

« Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir, aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. »

Christopher Hill, « 1640 : la révolution anglaise » (1940).

Montaigne, au 16e siècle déjà, aime à être franchement contredit, au nom de la recherche commune de la vérité. Je lis cette recherche systématique de la contradiction comme un appel à n’en faire taire aucune. Notre quête de vérité devrait nous conduire à craindre toute forme de censure. Je recommande la lecture des Essais dans la traduction de Lanly, en français moderne. Montaigne est un ami pour la vie, il nous aide tous à penser.

« Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la vérité et je la chéris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vaincues d’aussi loin que je la vois approcher. Et, pourvu qu’on n’y procède pas avec l’air trop impérieux d’un maître d’école, je prête l’épaule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même souvent modifiés plus pour une raison de civilité que pour une raison d’amélioration, car j’aime à favoriser et à encourager la liberté de ceux qui me font des critiques par ma facilité à céder, même à mes dépens.

Toutefois il est assurément difficile d’attirer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le courage de critiquer les autres parce qu’ils n’ont pas le courage de supporter de l’être, et ils parlent toujours avec dissimulation en présence les uns des autres. Je prends un si grand plaisir à être jugé et connu qu’il m’est pour ainsi dire indifférent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pensée se contredit elle-même si souvent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu principalement que je ne donne à sa critique que l’importance que je veux. »

Montaigne (1533-1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conversation ». p 1119.

En censurant les pensées qu’il faudrait combattre, on prive le citoyen d’entraînement à apprendre seul :

« L’exercice le plus fructueux et le plus naturel de notre esprit, c’est, à mon avis, la conversation. J’en trouve l’usage plus doux que celui d’aucune autre action de notre vie, et c’est la raison pour laquelle, si j’étais à cette heure forcé de choisir, je consentirais plutôt, je crois, à perdre la vue que l’ouïe ou la parole.

La conversation apprend et exerce en même temps. Si je discute avec un esprit vigoureux et un rude jouteur, il me presse les flancs, il m’éperonne à droite à gauche, ses idées stimulent les miennes. La rivalité, la recherche d’une certaine gloire, la lutte me poussent et m’élèvent au-dessus de moi-même, tandis que l’accord est une chose tout à fait ennuyeuse dans la conversation. »

Montaigne (1533-1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conversation ».

 

« Les contradictions des jugements, donc, ne me blessent ni ne m’émeuvent : elles m’éveillent seulement et me mettent en action.

Nous n’aimons pas la rectification de nos opinions ; il faudrait au contraire s’y prêter et s’y offrir, notamment quand elle vient sous forme de conversation, non de leçon magistrale.

À chaque opposition, on ne regarde pas si elle est juste, mais, à tort ou à raison, comment on s’en débarrassera. Au lieu de lui tendre les bras, nous lui tendons les griffes. Je supporterais d’être rudoyé par mes amis : « Tu es un sot, tu rêves. » J’aime qu’entre hommes de bonne compagnie on s’exprime à cœur ouvert, que les mots aillent où va la pensée.

Il faut fortifier notre ouïe et la durcir contre cette mollesse du son conventionnel des paroles. […] La conversation n’est pas assez vigoureuse et noble si elle n’est pas querelleuse, si elle est civilisée et étudiée, si elle craint le choc et si elle a des allures contraintes. »

Montaigne (1533-1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conversation ». p 1118.

 

« Nous n’apprenons à discuter que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en résulte que tout le profit de la discussion, c’est de ruiner et anéantir la vérité. »

Montaigne (1533-1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conversation ». p 1121.

Des siècles après Montaigne, on continue à défendre l’humble recherche de la vérité contre les combats de coqs cherchant toujours à avoir raison contre tout le monde :

« Si nous étions fondamentalement honnêtes, nous ne chercherions rien d’autre, en tout débat, qu’à faire sortir la vérité de son puits, en nous souciant peu de savoir si telle vérité apparaît finalement conforme à la première opinion que nous ayons soutenue ou à celle de l’autre ; ce qui serait indifférent, ou du moins d’importance tout à fait secondaire. »

Schopenhauer, « L’art d’avoir toujours raison », 1830, introduction.

Pour Rousseau, au 18e siècle, les règles de la vie en société et de la politesse (qui sont assurément une forme intime de censure) forment comme un moule, un carcan qui nous empêche de parler librement, ce qui nous empêche tous de savoir ce que pensent vraiment les autres :

« Aujourd’hui que des recherches plus subtiles et un goût plus fin ont réduit l’art de plaire en principes, il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse la politesse exige, la bienséance ordonne : sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est  ; et dans cette contrainte perpétuelle, les hommes qui forment ce troupeau qu’on appelle société, placés dans les mêmes circonstances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puissants ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l’on a affaire. »

Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur les sciences et les arts » (1750).

Même Blanqui, « l’Enfermé », au 19e siècle, vantait la tolérance mutuelle entre adversaires :

« Proudhoniens et communistes sont également ridicules dans leurs diatribes réciproques et ils ne comprennent pas l’utilité immense de la diversité dans les doctrines. Chaque école, chaque nuance a sa mission à remplir, sa partie à jouer dans le grand drame révolutionnaire, et si cette multiplicité des systèmes vous semblait funeste, vous méconnaîtriez la plus irrécusable des vérités : La lumière ne jaillit que de la discussion. »

Auguste Blanqui (1805-1881), « Maintenant, il faut des armes ».

Contre ceux qui veulent protéger la population de l’erreur en la censurant, en la cachant, Milton, au 17e siècle, voyait la vérité capable seule de toujours vaincre l’erreur, pourvu qu’on lui garantisse des joutes loyales, joutes très nécessaires pour accéder au vrai :

« Et quand même tous les vents de la doctrine auraient libre cours sur Terre, si la Vérité est en lice, c’est lui faire injure que douter de sa force, en mettant en place censure et interdiction. Que la Fausseté s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Vérité ait le désavantage dans une rencontre libre et ouverte ? Aucune censure n’a le poids de sa réfutation.

Quand tout le monde pense la même chose, personne ne pense.

Toutes les opinions, y compris les erreurs, sont d’un grand service pour atteindre rapidement la plus haute vérité.

Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.

Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience, avant toute autre liberté.

Connaître le bien et le mal, c’est-à-dire connaître le bien par le mal, telle est la condition présente de l’homme : quelle sagesse peut-on choisir, quelle continence observer sans connaissance du mal ? […] Je ne saurais louer une vertu cloîtrée et fugitive, qui jamais ne sort ni ne respire, qui jamais ne se rue à l’assaut de l’adversaire, mais quitte la course […] ce qui nous purifie, c’est l’épreuve, laquelle procède par l’opposition. »

John Milton, « Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure » (1644).

Descartes nous suggère de douter par méthode de toutes nos croyances, ce que je lis comme une invitation à accepter au débat toutes les pensées hétérodoxes, pour pouvoir les évaluer :

« Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. »

René Descartes, « Discours de la méthode » (1637).

L’immense Alain (j’aime ce philosophe), au 20e siècle, nous aide à penser tout à la fois notre individuelle et fondatrice liberté de penser — et de parler contre « l’opinion publique » s’il le faut — et la grande dangerosité de l’État :

« L’État est aisément neurasthénique. Mais qu’est-ce qu’un neurasthénique ? C’est un homme pensant, je veux dire instruit et fort attentif à ses opinions et à ses affections ; attentif en ce sens qu’il en est le spectateur. Et c’est en cela que consiste ce genre de folie, à constater ses propres opinions au lieu de les choisir et vouloir. Comme un homme qui, conduisant une automobile à un tournant, se demanderait : « Je suis curieux de savoir si je vais sauter dans le ravin. » Mais c’est justement son affaire de n’y point sauter. De même le neurasthénique se demande : « Est-ce que je serai gai ou triste aujourd’hui ? Est-ce que j’aurai de la volonté ou non ? Que vais-je choisir ? Je suis curieux de le savoir. » Mais il ne vient jamais à cette idée si simple de décréter au lieu d’attendre, pour les choses qui dépendent de lui.

Or ce genre de folie n’est jamais complet dans l’individu. Communément, dans les circonstances qui importent, il cesse d’attendre et se met à vouloir, résistant aux vices et aux crimes mieux qu’à la tristesse, et plutôt malheureux que méchant.

Cette maladie singulière me paraît au contraire propre à tout État ; et par là j’explique que ce grand corps soit toujours  malheureux  et   souvent  dangereux.   Et   voici pourquoi. Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n’a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l’opinion dominante au sujet des affaires publiques. « Car, se dit-il, comme je n’ai ni la prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m’attende à être conduit ; à faire ce qu’on fera, à penser ce qu’on pensera. » Remarquez, que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut-être une opinion ; mais c’est à peine s’il se la formule à lui-même ; il rougit à la seule pensée qu’il pourrait être seul de son avis.

Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l’on appelle l’opinion publique. « La question n’est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre. » Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays, au lieu de s’interroger eux-mêmes.

Les gouvernants font de même, et tout aussi naïvement. Car, sentant qu’ils ne peuvent rien tout seuls, ils veulent savoir où ce grand corps va les mener. El il est vrai que ce grand corps regarde à son tour vers le gouvernement, afin de savoir ce qu’il faut penser et vouloir. Par ce jeu, il n’est point de folle conception qui ne puisse quelque jour s’imposer à tous, sans que personne pourtant l’ait jamais formée de lui-même et par libre réflexion. Bref, les pensées mènent tout, et personne ne pense. D’où il résulte qu’un État formé d’hommes raisonnables peut penser et agir comme un fou. Et ce mal vient originairement de ce que personne n’ose former son opinion par lui-même ni la maintenir énergiquement, en lui d’abord, et devant les autres aussi.

Posons que j’ai des devoirs, et qu’il faudra que j’obéisse. Fort bien. Mais je veux obéir à une opinion réelle ; et, pour que l’opinion publique soit réelle, il faut d’abord que je forme une opinion réelle et que je l’exprime ; car si tous renoncent d’abord, d’où viendra l’opinion ? Ce raisonnement est bon à suivre, et fait voir que l’obéissance d’esprit est toujours une faute. »

Alain (Émile Chartier), « Mars ou la guerre jugée », 1921, chapitre LXIX

Comme tant d’autres penseurs, Alain se méfie de la sacralisation des « idées vraies » (qui est le fondement-même de la censure, conçue précisément pour interdire les paroles « non vraies ») :

« J’aime qu’on me réfute, et je me réfute moi-même souvent. Ces libres propos n’ont nullement pour objet de lancer dans la circulation un certain nombre d’idées vraies. Je ne sais pas ce que c’est qu’une idée vraie. Une idée, pour moi, c’est une affirmation que l’on veut redresser et compléter aussitôt qu’on l’entend ; c’est une pensée qui en appelle une autre. Et je n’écrirais point si je ne lisais presque partout de fades lieux communs qui n’appellent rien, qui n’éveillent rien. Toutes mes idées, si elles sont comme je veux, sont des pierres d’attente. Et j’ai le droit de compter que ceux qui cherchent seulement l’occasion d’un oui ou d’un non ne me lisent point. »

Émile Chartier, dit Alain.

Henri Laborit, au 20e siècle, a rapproché le racisme de la censure, car les censeurs considèrent effectivement les simples citoyens comme des êtres inférieurs, à protéger :

« Tout endoctrinement facilité par l’ignorance de l’informé, ne lui présentant qu’un aspect des choses, tendant à lui imposer des automatismes de pensée et de comportement, occultant les opinions contraires en décrétant qu’elles sont erronées ou tentant de les présenter de telle sorte qu’elles perdent aussitôt toute cohérence face à la solution préparée par celui qui informe, individu ou institution, est l’expression d’un mépris profond de l’homme.

C’est considérer qu’il est incapable de se faire une opinion personnelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de combler son ignorance en lui fournissant des opinions et des informations différentes ou contraires, c’est le tromper que de ne lui montrer qu’un aspect des choses. C’est le considérer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véritable racisme.

Le rôle d’un pouvoir ne devrait pas être de « former » l’opinion, mais de lui fournir des éléments d’information nombreux et différenciés permettant à chaque individu de remettre en cause chaque jour les bases de la pérennité de ce pouvoir même.

Autrement dit, ce serait alors se supprimer tout pouvoir centralisé. Ce serait de fournir à chaque individu les moyens d’apporter sa part imaginative à la construction jamais finie de la société humaine. »

Henri Laborit, « La Nouvelle Grille », 1974.

Je dois à Jean la découverte du bijou que j’ai gardé pour la fin. C’est assurément dans le livre de John Stuart Mill, « De la liberté » (1859), au chapitre 2, « De la liberté de pensée et de discussion », qu’on trouve la plus belle et la plus forte démonstration que la censure est un mal et que la liberté est un bien. Laissez-moi donner à JS Mill un peu de mon temps de parole, voyez comme il raisonne bien et comme ce qu’il démontre est important :

« Ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l’erreur.

Il est nécessaire de considérer séparément ces deux hypothèses, à chacune desquelles correspond une branche distincte de l’argument. On ne peut jamais être sûr que l’opinion qu’on s’efforce d’étouffer est fausse ; et si nous l’étions, ce serait encore un mal. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

  • Si l’information qu’on cherche à censurer est vraie (et les idées reçues fausses) :

« Premièrement, il se peut que l’opinion qu’on cherche à supprimer soit vraie : ceux qui désirent la supprimer en contestent naturellement la vérité, mais ils ne sont pas infaillibles. Il n’est pas en leur pouvoir de trancher la question pour l’humanité entière, ni de retirer à d’autres qu’eux les moyens de juger. Refuser d’entendre une opinion sous prétexte qu’ils sont sûrs de sa fausseté, c’est présumer que leur certitude est la certitude absolue. Étouffer une discussion, c’est s’arroger l’infaillibilité. Cet argument commun suffira à la condamnation de ce procédé, car tout commun qu’il soit, il n’en est pas plus mauvais.

[…] Moins un homme fait confiance à son jugement solitaire, plus il s’en remet implicitement à l’infaillibilité « du  monde »  en  général. Et le monde, pour chaque individu, signifie la partie du monde avec laquelle il est en contact : son parti, sa secte, son Église, sa classe sociale. […] Il délègue à son propre monde la responsabilité d’avoir raison face aux mondes dissidents des autres hommes, et jamais il ne s’inquiète de ce que c’est un pur hasard qui a décidé lequel de ces nombreux mondes serait l’objet de sa confiance.

Les époques ne sont pas plus infaillibles que les individus, chaque époque ayant professé nombre d’opinions que les époques suivantes ont estimées non seulement fausses, mais absurdes. De même il est certain que nombre d’opinions aujourd’hui répandues seront rejetées par les époques futures, comme l’époque actuelle rejette nombre d’opinions autrefois répandues.

[…]

« Une qualité de l’esprit humain [est] à la source de tout ce qu’il y a de respectable en l’homme en tant qu’être intellectuel et moral, à savoir que ses erreurs sont rectifiables. Par la discussion et l’expérience — mais non par la seule expérience — il est capable de corriger ses erreurs : la discussion est nécessaire pour montrer comment interpréter l’expérience. Fausses opinions et fausses pratiques cèdent graduellement devant le fait et l’argument ; mais pour produire quelque effet sur l’esprit, ces faits et arguments doivent lui être présentés. Rares sont les faits qui parlent d’eux-mêmes, sans commentaire qui fasse ressortir leur signification. Il s’ensuit que toute la force et la valeur de l’esprit humain — puisqu’il dépend de cette faculté d’être rectifié quand il s’égare — n’est vraiment fiable que si tous les moyens pour le rectifier sont à portée de main. Le jugement d’un homme s’avère-t-il digne de confiance, c’est qu’il a su demeurer ouvert aux critiques sur ses opinions et sa conduite ; c’est qu’il a pris l’habitude d’écouter tout ce qu’on disait contre lui, d’en profiter autant qu’il était nécessaire et de s’exposer à lui-même — et parfois aux autres — la fausseté de ce qui était faux : c’est qu’il a senti que la seule façon pour un homme d’accéder à la connaissance exhaustive d’un sujet est d’écouter ce qu’en disent des personnes d’opinions variées et  comment  l’envisagent  différentes  formes d’esprit. Jamais homme sage n’acquit sa sagesse autrement ; et la nature de l’intelligence humaine est telle qu’elle ne peut l’acquérir autrement. Loin de susciter doute et hésitation lors de la mise en pratique, s’habituer à corriger et compléter systématiquement son opinion en la comparant à celle des autres est la seule garantie qui la rende digne de confiance.

[…]

S’il était interdit de remettre en question la philosophie newtonienne, l’humanité ne pourrait aujourd’hui la tenir pour vraie en toute certitude. Les croyances pour lesquelles nous avons le plus de garantie n’ont pas d’autre sauvegarde qu’une invitation constante au monde entier de les prouver non fondées. Si le défi n’est pas relevé — ou s’il est relevé et que la tentative échoue — nous demeurerons assez éloignés de la certitude, mais nous aurons fait de notre mieux dans l’état actuel de la raison humaine : nous n’aurons rien négligé pour donner à la vérité une chance de nous atteindre. Les lices restant ouvertes, nous pouvons espérer que s’il existe une meilleure vérité, elle sera découverte lorsque l’esprit humain sera capable de la recevoir. Entre-temps, nous pouvons être sûrs que notre époque a approché la vérité d’aussi près que possible. Voilà toute la certitude à laquelle peut prétendre un être faillible, et la seule manière d’y parvenir.

[…]

Il est étonnant que les hommes admettent la validité des arguments en faveur de la libre discussion, mais qu’ils objectent dès qu’il s’agit de les « pousser jusqu’au bout », et cela sans voir que si ces raisons ne sont pas bonnes pour un cas extrême, c’est qu’elles ne valent rien. Il est étonnant qu’ils s’imaginent s’attribuer l’infaillibilité en reconnaissant la nécessité de la libre discussion sur tous les sujets ouverts au doute, mais pensent également que certaines doctrines ou principes particuliers devraient échapper à la remise en question sous prétexte que leur certitude est prouvée, ou plutôt qu’ils sont certains, eux, de leur certitude. Qualifier une proposition de certaine tant qu’il existe un être qui nierait cette certitude s’il en avait la permission alors qu’il est privé de celle-ci, c’est nous présumer — nous et ceux qui sont d’accord avec nous — les garants de la certitude, garants qui de surcroît pourraient se dispenser d’entendre la partie adverse.

Dans notre époque — qu’on a décrite comme « privée de foi, mais terrifiée devant le scepticisme » — où les gens se sentent sûrs non pas tant de la vérité de leurs opinions que de leur nécessité, les droits d’une opinion à demeurer protégée contre l’attaque publique se fondent moins sur sa vérité que sur son importance pour la société. Il y a, dit-on, certaines croyances si utiles, voire si indispensables au bien-être qu’il est du devoir des gouvernements de les défendre, au même titre que d’autres intérêts de la société. Devant une telle situation de nécessité, devant un cas s’inscrivant aussi évidemment dans leur devoir, assure-t-on, un peu moins d’infaillibilité suffirait pour justifier, voire obliger, les gouvernements à agir selon leur propre opinion, confirmée par l’opinion générale de l’humanité.

On avance aussi souvent — et on le pense plus souvent encore — que seuls les méchants désireraient affaiblir ces croyances salutaires ; aussi n’y a-t-il rien de mal à interdire ce qu’eux seuls voudraient faire. Cette manière de penser, en justifiant les restrictions sur la discussion, fait de ce problème non plus une question de vérité, mais d’utilité des doctrines ; et on se flatte ce faisant d’échapper à l’accusation de garant infaillible des opinions. Mais ceux qui se satisfont à si bon compte ne s’aperçoivent pas que la prétention à l’infaillibilité est simplement déplacée. L’utilité même d’une opinion est affaire d’opinion : elle est un objet de dispute ouvert à la discussion, et qui l’exige autant que l’opinion elle-même. Il faudra un garant infaillible des opinions tant pour décider qu’une opinion est nuisible que pour décider qu’elle est fausse, à moins que l’opinion ainsi condamnée n’ait toute latitude pour se défendre. Il ne convient donc pas de dire qu’on permet à un hérétique de soutenir l’utilité ou le caractère inoffensif de son opinion si on lui défend d’en soutenir la vérité. La vérité d’une opinion fait partie de son utilité. […] Il ne peut y avoir de discussion loyale sur la question de l’utilité quand un seul des deux partis peut se permettre d’avancer un argument aussi vital.

[…]

Le fait de se sentir sûr d’une doctrine (quelle qu’elle soit) n’est pas ce que j’appelle prétendre à l’infaillibilité. J’entends par là le fait de vouloir décider cette question pour les autres sans leur permettre d’entendre ce qu’on peut dire de l’autre côté. Et je dénonce et ne réprouve pas moins cette prétention quand on l’avance en  faveur de mes convictions  les plus solennelles. Quelque persuadé que soit un homme non seulement de la fausseté, mais des conséquences pernicieuses d’une opinion — non seulement de ses conséquences pernicieuses, mais (pour employer des expressions que je condamne absolument) de son immoralité et de son impiété — c’est présumer de son infaillibilité, et cela en dépit du soutien que lui accorderait le jugement public de son pays ou de ses contemporains, que d’empêcher cette opinion de plaider pour sa défense. Et cette présomption, loin d’être moins dangereuse ou répréhensible, serait d’autant plus fatale que l’opinion en question serait appelée immorale ou impie. Telles sont justement les occasions où les hommes commettent ces terribles erreurs qui inspirent à la postérité stupeur et horreur. Nous en trouvons des exemples mémorables dans l’histoire lorsque nous voyons le bras de la justice utilisé pour décimer les meilleurs hommes et les meilleurs doctrines, et cela avec un succès déplorable quant aux hommes. [Suivent les exemples de Socrate, de Jésus et de Marc-Aurèle…] […]

Révéler au monde quelque chose qui lui importe au premier chef et qu’il ignorait jusque-là, lui montrer son erreur sur quelque point vital de ses intérêts spirituels et temporels, c’est le service le plus important qu’un être humain puisse rendre à ses semblables.

[…]

D’ailleurs cette règle se détruit d’elle-même en se coupant de ce qui la fonde. Sous prétexte que les athées sont des menteurs, elle incite tous les athées à mentir et ne rejette que ceux qui bravent la honte de confesser publiquement une opinion détestée plutôt que de soutenir un mensonge. Une règle qui se condamne ainsi à l’absurdité eu égard à son but avoué ne peut être maintenue en vigueur que comme une marque de haine, comme un vestige de persécution — persécution dont la particularité est de n’être infligée ici qu’à ceux qui ont prouvé ne pas la mériter. Cette règle et la théorie qu’elle implique ne sont guère moins insultantes pour les croyants que pour les infidèles. Car si celui qui ne croit pas en une vie future est nécessairement un menteur, il s’ensuit que seule la crainte de l’enfer empêche, si tant est qu’elle empêche quoi que ce soit, ceux qui y croient de mentir.

[…]

Les hommes qui ne jugent pas mauvaise cette réserve des hérétiques [imposée par la censure] devraient d’abord considérer qu’un tel silence revient à ce que les opinions hérétiques ne fassent jamais l’objet d’une réflexion franche et approfondie, de sorte que celles d’entre elles qui ne résisteraient pas à une pareille discussion ne disparaissent pas, même si par ailleurs on les empêche de se répandre. Mais ce n’est pas à l’esprit hérétique que nuit le plus la mise au ban de toutes les recherches dont les conclusions ne seraient pas conformes à l’orthodoxie. Ceux qui en souffrent davantage sont les bien-pensants, dont tout le développement intellectuel est entravé et dont la raison est soumise à la crainte de l’hérésie.

[…]

Il est impossible d’être un grand penseur sans reconnaître que son premier devoir est de suivre son intelligence, quelle que soit la conclusion à laquelle elle peut mener. La vérité bénéficie encore plus des erreurs d’un homme qui, après les études et la préparation nécessaire, pense par lui-même, que des opinions vraies de ceux qui les détiennent uniquement parce qu’ils s’interdisent de penser. Non pas que la liberté de penser soit exclusivement nécessaire aux grands penseurs. Au contraire, elle est aussi indispensable — sinon plus indispensable — à l’homme du commun pour lui permettre d’atteindre la stature intellectuelle dont il est capable. Il y a eu, et il y aura encore peut-être, de grands penseurs individuels dans une atmosphère générale d’esclavage intellectuel. Mais il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais dans une telle atmosphère de peuple intellectuellement actif. Quand un peuple accédait temporairement à cette activité, c’est que la crainte des spéculations hétérodoxes était pour un temps suspendue. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

  • Si l’information qu’on cherche à censurer est fausse (et les idées reçues vraies) :

« Passons maintenant à la deuxième branche de notre argument et, abandonnant l’hypothèse que les opinions reçues puissent être fausses, admettons qu’elles soient vraies et examinons ce que vaut la manière dont on pourra les soutenir là où leur vérité n’est pas librement et ouvertement débattue. Quelque peu disposé qu’on soit à admettre la possibilité qu’une opinion à laquelle on est fortement attaché puisse être fausse, on devrait être touché par l’idée que, si vraie que soit cette opinion, on la considérera comme un dogme mort et non comme une vérité vivante, si on ne la remet pas entièrement, fréquemment, et hardiment en question.

Il y a une classe de gens (heureusement moins nombreuse qu’autrefois) qui estiment suffisant que quelqu’un adhère aveuglément à une opinion qu’ils croient vraie sans même connaître ses fondements et sans même pouvoir la défendre contre les objections les plus superficielles. Quand de telles personnes parviennent à faire enseigner leur croyance par l’autorité, elles pensent naturellement que si l’on en permettait la discussion, il n’en résulterait que du mal. Là où domine leur influence, elles rendent presque impossible de repousser l’opinion reçue avec sagesse et réflexion, bien qu’on puisse toujours la rejeter inconsidérément et par ignorance ; car il est rarement possible d’exclure complètement la discussion, et aussitôt qu’elle reprend, les croyances qui ne sont pas fondées sur une conviction réelle cèdent facilement dès que surgit le moindre semblant d’argument. Maintenant, écartons cette possibilité et admettons que l’opinion vraie reste présente dans l’esprit, mais à l’état de préjugé, de croyance indépendante de l’argument et de preuve contre ce dernier : ce n’est pas encore là la façon dont un être raisonnable devrait détenir la vérité. Ce n’est pas encore connaître la vérité. Cette conception de la vérité n’est qu’une superstition de plus qui s’accroche par hasard aux mots qui énoncent une vérité. […] Si l’entretien de l’intelligence a bien une priorité, c’est bien de prendre conscience des fondements de nos opinions personnelles. Quoi que l’on pense sur les sujets où il est primordial de penser juste, on devrait au moins être capable de défendre ses idées contre les objections ordinaires.

[…]

Sur tous sujets où la différence d’opinion est possible, la vérité dépend d’un équilibre à établir entre deux groupes d’arguments contradictoires. […] Celui qui ne connaît que ses propres arguments connaît mal sa cause. Il se peut que ses raisons soient bonnes et que personne n’ait été capable de les réfuter. Mais s’il est tout aussi incapable de réfuter les raisons du parti adverse, s’il ne les connaît même pas, rien ne le fonde à préférer une opinion à l’autre. Le seul choix raisonnable pour lui serait de suspendre son jugement, et faute de savoir se contenter de cette position, soit il se laisse conduire par l’autorité, soit il adopte, comme on le fait en général, le parti pour lequel il se sent le plus d’inclination. Mais il ne suffit pas non plus d’entendre les arguments des adversaires tels que les exposent ses propres maîtres, c’est-à-dire à leur façon et accompagnés de leurs réfutations. Telle n’est pas la façon de rendre justice à ces arguments ou d’y mesurer véritablement son esprit. Il faut pouvoir les entendre de la bouche même de ceux qui y croient, qui les défendent de bonne foi et de leur mieux. Il faut les connaître sous leur forme la plus plausible et la plus persuasive : il faut sentir toute la force de la difficulté que la bonne approche du sujet doit affronter et résoudre. Autrement, jamais on ne possédera cette partie de vérité qui est seule capable de rencontrer et de supprimer la difficulté. […] Seuls [la] connaissent ceux qui ont également et impartialement fréquentés les deux partis et qui se sont attachés respectivement à envisager leurs raisons sous leur forme la plus convaincante. Cette discipline est si essentielle à une véritable compréhension des sujets moraux ou humains que, s’il n’y a pas d’adversaires pour toutes les vérités importantes, il est indispensable d’en imaginer et de leur fournir les arguments les plus forts que puisse invoquer le plus habile avocat du diable.

[…]

L’absence de discussion fait oublier non seulement les principes, mais trop souvent aussi le sens même de l’opinion. […] Il ne reste plus que quelques phrases apprises par cœur. […] Presque toutes les doctrines morales et croyances religieuses sont pleines de sens et de vitalité pour leurs initiateurs et leurs premiers disciples. Leur sens demeure aussi fort — peut-être même devient-il plus pleinement conscient — tant qu’on lutte pour donner à la doctrine ou la croyance un ascendant sur toutes les autres.  […] À la fin, soit elle s’impose et devient l’opinion générale, soit son progrès s’arrête ; elle conserve le terrain conquis, mais cesse de s’étendre. Quand l’un ou l’autre de ces résultats devient manifeste, la controverse sur le sujet faiblit et s’éteint graduellement. La doctrine a trouvé sa place, sinon comme l’opinion reçue, du moins comme l’une des sectes ou divisions admises de l’opinion ; ses détenteurs l’ont généralement héritée, ils ne l’ont pas adoptée ; c’est ainsi que les conversions de l’une à l’autre de ces doctrines deviennent un fait exceptionnel et que leurs partisans finissent par ne plus se préoccuper de convertir. Au lieu de se tenir comme au début constamment sur le qui-vive, soit pour se défendre contre le monde, soit pour le conquérir, ils tombent dans l’inertie, n’écoutent plus que rarement les arguments avancés contre leur credo et cessent d’ennuyer leurs adversaires (s’il y en a) avec des arguments en sa faveur. C’est à ce point qu’on date habituellement le déclin de la vitalité d’une doctrine. On entend souvent les cathéchistes de toutes croyances se plaindre de la difficulté d’entretenir dans l’esprit des croyants une perception vive de la vérité.

[…]

Une fois la croyance devenue héréditaire — une fois qu’elle est admise passivement et non plus activement, une fois que l’esprit ne se sent plus autant contraint de concentrer toutes ses facultés sur les questions qu’elle lui pose — on tend à tout oublier de cette croyance pour ne plus en retenir que des formules ou ne plus lui accorder qu’un mol et torpide assentiment, comme si le fait d’y croire dispensait de la nécessité d’en prendre clairement conscience ou de l’appliquer dans sa vie. […] Les doctrines n’ont aucune prise sur les croyants ordinaires, aucun pouvoir sur leurs esprits. Par habitude, ils en respectent les formules, mais pour eux, les mots sont dépourvus de sens et ne suscitent aucun sentiment qui force l’esprit à les assimiler et à les rendre conformes à la formule. Pour savoir quelle conduite adopter, les hommes prennent comme modèle leurs voisins pour apprendre jusqu’où il faut aller dans l’obéissance.

[…]

Dès qu’il n’y a plus d’ennemi en vue, maîtres et disciples s’endorment à leur poste.

[…]

Nombreuses sont les vérités dont on ne peut pas comprendre tout le sens tant qu’on ne les a pas vécues personnellement. Mais on aurait bien mieux compris la signification de ces vérités, et ce qui en aurait été compris aurait fait sur l’esprit une impression bien plus profonde, si l’on avait eu l’habitude d’entendre des gens qui la comprenaient effectivement discuter le pour et le contre. La tendance fatale de l’espèce humaine à laisser de côté une chose dès qu’il n’y a plus de raison d’en douter est la cause de la moitié de ses erreurs. Un auteur contemporain a bien décrit « le profond sommeil d’une opinion arrêtée ».

[…]

Aucune opinion ne mérite le nom de connaissance à moins d’avoir suivi, de gré ou de force, la démarche intellectuelle qu’eût exigée de son tenant une controverse active avec des adversaires. On voit donc à quel point il est aussi absurde de renoncer à un avantage indispensable qui s’offre spontanément, alors qu’il est si difficile à créer quand il manque. S’il y a des gens pour contester une opinion reçue ou pour désirer le faire si la loi ou l’opinion publique le leur permet, il faut les en remercier, ouvrir nos esprits à leurs paroles et nous réjouir qu’il y en ait qui fassent pour nous ce que nous devrions prendre davantage la peine de faire, si tant est que la certitude ou la vitalité de nos convictions nous importe. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

 

  • Si l’information qu’on cherche à censurer (comme les idées reçues) est à la fois partiellement fausse et partiellement vraie :

« Nous n’avons jusqu’à présent examiné que deux possibilités : la première, que l’opinion reçue peut être fausse, et une autre, du même coup, vraie ; la deuxième, que si l’opinion reçue est vraie, c’est que la lutte entre celle-ci et l’erreur opposée est essentielle à une perception claire et à un profond sentiment de sa vérité. Mais il arrive plus souvent encore que les doctrines en conflit, au lieu d’être l’une vraie et l’autre fausse, se départagent la vérité ; c’est ainsi que l’opinion non conforme est nécessaire pour fournir le reste de la vérité dont la doctrine reçue n’incarne qu’une partie.

[…]

Dans l’état actuel de l’esprit humain, seule la diversité donne une chance équitable à toutes les facettes de la vérité. Lorsqu’on trouve des gens qui ne partagent  point l’apparente unanimité du monde sur un sujet, il est toujours probable — même si le monde est dans le vrai — que ces dissidents ont quelque chose de personnel à dire qui mérite d’être entendu, et que la vérité perdrait quelque chose à leur silence.

[…]

Il faut s’élever contre la prétention exclusive d’une partie de la vérité d’être la vérité tout entière.

[…]

Ce n’est pas la lutte violente entre les parties de la vérité qu’il faut redouter, mais la suppression silencieuse d’une partie de la vérité ; il y a toujours de l’espoir tant que les hommes sont contraints à écouter les deux côtés ; c’est lorsqu’ils ne se préoccupent que d’un seul que leurs erreurs s’enracinent pour devenir des préjugés, et que la vérité, caricaturée, cesse d’avoir les effets de la vérité. Et puisque rien chez un juge n’est plus rare que la faculté de rendre un jugement sensé sur une cause où il n’a entendu plaider qu’un seul avocat, la vérité n’a de chance de se faire jour que dans la mesure où chacune de ses facettes, chacune des opinions incarnant une fraction de vérité, trouve des avocats et les moyens de se faire entendre. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

 

  • Récapitulons :

« Nous avons maintenant affirmé la nécessité — pour le bien-être intellectuel de l’humanité (dont dépend son bien-être général) — de la liberté de pensée et d’expression à l’aide de quatre raisons distinctes que nous allons récapituler ici.

Premièrement, une opinion qu’on réduirait au silence peut très bien être vraie : le nier, c’est affirmer sa propre infaillibilité.

Deuxièmement, même si l’opinion réduite au silence est fausse, elle peut contenir — ce qui arrive très souvent — une part de vérité ; et puisque l’opinion générale ou dominante sur n’importe quel sujet n’est que rarement ou jamais toute la vérité, ce n’est que par la confrontation des opinions adverses qu’on a une chance de découvrir le reste de la vérité.

Troisièmement, si l’opinion reçue est non seulement vraie, mais toute la vérité, on la professera comme une sorte de préjugé, sans comprendre ou sentir ses principes rationnels, si elle ne peut être discutée vigoureusement et loyalement.

Et cela n’est pas tout car, quatrièmement, le sens de la doctrine elle-même sera en danger d’être perdu, affaibli ou privé de son effet vital sur le caractère et la conduite : le dogme deviendra une simple profession formelle, inefficace au bien, mais encombrant le terrain et empêchant la naissance de toute conviction authentique et sincère fondée sur la raison ou l’expérience personnelle. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

 

« Quant à ce que l’on entend communément par le manque de retenue en discussion, à savoir les invectives, les sarcasmes, les attaques personnelles, etc., la dénonciation de ces armes mériterait plus de sympathie si l’on proposait un jour de les interdire également des deux côtés ; mais ce qu’on souhaite, c’est uniquement en restreindre l’emploi au profit de l’opinion dominante. Qu’un homme les emploie contre les opinions minoritaires, et il est sûr non seulement de n’être pas blâmé, mais d’être loué pour son zèle honnête et sa juste indignation. Cependant, le tort que peuvent causer ces procédés n’est jamais si grand que lorsqu’on les emploie contre les plus faibles, et les avantages déloyaux qu’une opinion peut tirer de ce type d’argumentation échoient presque exclusivement aux opinions reçues. La pire offense de cette espèce qu’on puisse commettre dans une polémique est de stigmatiser comme des hommes dangereux et immoraux les partisans de l’opinion adverse. Ceux qui professent des opinions impopulaires sont particulièrement exposés à de telles calomnies, et cela parce qu’ils sont en général peu nombreux et sans influence, et que personne ne s’intéresse à leur voir rendre justice. Mais étant donné la situation, cette arme est refusée à ceux qui attaquent l’opinion dominante ; ils courraient un danger personnel à s’en servir, et s’ils s’en servaient malgré tout, ils ne réussiraient qu’à exposer par contrecoup leur propre cause. En général, les opinions contraires à celles communément reçues ne parviennent à se faire entendre qu’en modérant scrupuleusement leur langage et en mettant le plus grand soin à éviter toute offense inutile : elles ne sauraient dévier d’un pouce de cette ligne de conduite sans perdre de terrain. En revanche, de la part de l’opinion dominante, les injures les plus outrées finissent toujours par dissuader les gens de professer une opinion contraire, voire même d’écouter ceux qui la professent. C’est pourquoi dans l’intérêt de la vérité et de la justice, il est bien plus important de réfréner l’usage du langage injurieux dans ce cas précis que dans le premier ; et par exemple, s’il fallait choisir, il serait bien plus nécessaire de décourager les attaques injurieuses contre l’incroyance que contre la religion. Il est évident toutefois que ni la loi ni l’autorité n’ont à se mêler de réprimer l’une ou l’autre, et que le jugement de l’opinion devrait être déterminé, dans chaque occasion, par les circonstances du cas particulier. D’un côté ou de l’autre, on doit condamner tout homme dans la plaidoirie duquel percerait la mauvaise foi, la malveillance, la bigoterie ou encore l’intolérance, mais cela sans inférer ses vices du parti qu’il prend, même s’il s’agit du parti adverse.

Il faut rendre à chacun l’honneur qu’il mérite, quelle que soit son opinion, s’il possède assez de calme et d’honnêteté pour voir et exposer — sans rien exagérer pour les discréditer, sans rien dissimuler de ce qui peut leur être favorable — ce que sont ses adversaires et leurs opinions. Telle est la vraie moralité de la discussion publique. »

John Stuart Mill – De la liberté de pensée et de discussion (1859).

 

* * * * *

 

Le livre de Jean Bricmont que vous tenez entre les mains traite de sujets que je trouve essentiels par rapport à mes propres thèses : je travaille pour qu’un grand nombre d’électeurs se transforment en citoyens et commencent à vouloir ensemble un processus constituant populaire. Une constitution digne de ce nom est un contrat social élaboré et signé par une multitude d’êtres humains, très différents mais décidant de se constituer en « peuple » pour coexister pacifiquement malgré de grandes et parfois irréductibles différences d’intérêts individuels. Pour penser, d’abord, et pour vouloir, ensuite, une telle constitution, pour savoir où est le vrai, où est le bien commun, pour comprendre où nous nous trompons et donc pour progresser, nous allons avoir besoin d’une vraie liberté de parole, d’une vraie loyauté des débats, d’une honnête mise en scène des conflits, aussi bien pendant les processus constituants que pendant les processus législatifs.

Jean Bricmont fait partie de ces hommes libres et courageux dont la démocratie (donc l’iségoria) a besoin pour la défendre. Je connais Jean depuis de nombreuses années, et j’aime à la fois son humanisme irréprochable, son aspiration profonde à la justice sous toutes ses formes, son esprit rationnel, logique et rigoureux (il est professeur de physique théorique), son respect par principe de toutes les pensées adverses par méthode scientifique et par goût pour la recherche de la vérité, et surtout aujourd’hui son courage, car nous vivons à nouveau une époque où il faut bien du courage pour résister à la tyrannie qui vient.

Il faut dire un mot aussi de Vincent Lapierre, l’éditeur de ce livre devenu difficile à éditer du fait, précisément, de la censure qui grandit. Je connais moins bien Vincent que Jean, mais j’en apprécie les qualités humaines et je lui suis surtout reconnaissant pour son travail remarquable sur la vie d’Hugo Chavez, admirable et emblématique « Ami du peuple ». Voilà un jeune homme qui a bien du courage, lui aussi, continuant vaillamment son travail de journaliste engagé, alors qu’il prend des coups littéralement de toutes parts.

J’ai lu et relu le livre que vous allez lire, le crayon à la main, et je le trouve à la fois passionnant et important. Il va sûrement vous transformer un peu, intérieurement.

Peut-être les abus de pouvoir dénoncés dans ce livre vous donneront-ils des idées pour rédiger vous-même, dans un prochain atelier constituant personnel J, un article de constitution qui définirait et qui protègerait durablement la liberté d’expression dans votre pays. Si vous avez « le vertige de la feuille blanche », si vous avez du mal à démarrer sans base de travail, vous pouvez vous inspirer, pour l’améliorer (en prévoyant, par exemple, qui va contrôler et qui va sanctionner la règle), de cet extrait du premier amendement de la constitution des États-Unis :

Le Parlement n’adoptera aucune loi pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement.

Vous allez voir : le fait de prendre votre stylo et d’écrire, vraiment, un article de constitution va vous changer en profondeur : si vous y prenez goût, vous allez rapidement devenir un adulte politique, un être humain qui n’accepte plus que ses représentants l’infantilisent. Définir vous-même la liberté d’expression, c’est sortir du rang dégradant d’électeur et c’est devenir un vrai citoyen, constituant. Si vous laissez les puissants instituer votre liberté d’expression, vous ne l’aurez jamais. Si vous décidez de l’instituer vous-même, vous l’aurez bientôt, et pour longtemps.

C’est confiné chez moi, avec interdiction de sortir et de manifester (et bientôt, je le redoute, interdiction d’accuser publiquement des imposteurs, des menteurs ou des oppresseurs du peuple), sous prétexte de « guerre » (économique ou sanitaire ou autre, peu importe) et donc d’urgente et impérieuse discipline soi-disant « pour survivre », que j’écris ces lignes. Nos maîtres, les « élus », n’ont pas de pitié, pas de scrupules, c’est à peine s’ils nous considèrent au fond comme des humains, comme leurs prochains, ils iront jusqu’à ce qu’ils rencontrent une limite, et c’est à nous, fondamentalement, à nous les représentés, de fixer leurs limites.

Il faut être courageux pour être libre.

Heureusement, le courage est contagieux, comme dit Julian.

J’espère que ce livre nous aidera à devenir plus nombreux à défendre personnellement les libertés publiques.

 

Étienne Chouard, avril 2020.
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🔑 Comment réécrire la constitution ? Ateliers constituants à Toulouse (20 mai 2017) avec 🗣 Etienne CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #3

Comment ? En nous entraînant, personnellement, fréquemment, obstinément, courageusement… pour être prêts le jour venu.

Les ateliers constituants sont le plus souvent des moments merveilleux, délicieux, pendant lesquels on ressent physiquement une métamorphose : on sent qu’on est en train de devenir un adulte politique, on sent que bientôt nos élus ne seront plus nos maîtres, on sent qu’on prend enfin à la racine le mal (qu’on croyait éternel) de notre impuissance politique, on sent que de cette façon tout va changer, enfin.

Il ne tient qu’à nous de tout faire pour devenir nombreux, très nombreux, rassemblés autour de NOTRE CAUSE COMMUNE : instituer nous-mêmes la puissance politique qui nous manque.

Bon courage à tous (et merci pour vos chouettes messages d’encouragement).

Étienne.



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🔑Qu’est-ce qui vous incite (jusqu’à aujourd’hui) à renoncer à réécrire la constitution ? (Toulouse, 20 mai 2017) 🗣 E. CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #2

À moi de vous poser une question, importante : vous suivez mon travail depuis des années, vous dites avoir bien compris que nous devrions écrire nous-mêmes notre constitution, vous êtes même souvent déjà capables d’expliquer à des inconnus dans la rue que, si on ne s’entraîne pas à constituer, on n’arrivera pas à s’émanciper de nos maîtres élus… Et malgré tout ça, vous ne le faites pas, vous ne faites pas régulièrement des ateliers constituants. Ma question est : pourquoi ?

Parce que, si vous arrivez à trouver, en votre for intérieur, pourquoi vous ne vous entraînez pas (alors que que vous savez bien qu’il faut qu’on s’entraîne), si vous le comprenez pour vous-même et si vous me l’expliquez, on va peut-être trouver ensemble ce qui nous manque pour que cette idée formidable avance enfin infiniment plus vite dans la population ! Et peut-être cela va-t-il nous permettre de voir la libération des terriens de notre vivant ?

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[Fake-news, terrorisme, pratique des complots] CECI N’EST PAS UN COMPLOT, enquête remarquable

https://youtu.be/w6zGkTOq6qs

Passionnante enquête sur de nouveaux incroyables conflits d’intérêts (des cas de corruption aggravée, en fait) dans les Autorités de santé chargées d’imposer les politiques publiques.

À partir de la minute 18, l’influence (cachée) du « Comité d’experts scientifiques » par des consultants de McKinsey — la boîte qui vient d’être condamnée à plus d’un demi-milliard de dollars ( ! ! !) d’amende pour avoir empoisonné, drogué, sciemment, volontairement, criminellement, des millions d’Américains aux opiacés (en en tuant des centaines de milliers), et d’ailleurs la même entreprise criminelle qui conseille Macron pour nous martyriser en France — la corruption de la couverture scientifique des autorités belges et françaises est juste révoltante…

Mais le pompon, c’est à partir de 21′, le cas Marc VAN RANST (l’homme fort du « comité scientifique » belge) QUI EXPLIQUE LUI-MÊME EN 2019 À SES CLIENTS HILARES COMMENT ORGANISER LA TERREUR DANS LA POPULATION POUR CONDUIRE LES PAUVRES GENS À ACCEPTER LA VACCINATION.

Et on ose encore traiter de « complotistes » ceux qui dénoncent ces mensonges et ces crimes…

#NousSommesMartyrisésAuNomDUneScienceCorrompue

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Ce reportage sera vite censuré, enregistrez-le.
Il est aussi sur Odysee :
https://odysee.com/@ReveilleDuPeuple:5/Ceci-n’est-pas-un-complot-(1):7


Ce reportage est aussi sur Viméo :

https://vimeo.com/504845318


COMPLÉMENTS :


Facture salée pour le cabinet McKinsey dans la crise des opiacés

https://www.lematin.ch/story/facture-salee-pour-le-cabinet-mckinsey-dans-la-crise-des-opiaces-964459056737

Le prestigieux cabinet de conseil a accepté de verser plus d’un demi-milliard de dollars [une misère par rapport au préjudice subi, inestimable, qui mériterait la prison à vie pour tous le staff. ÉC] pour solder des poursuites judiciaires lancées par plusieurs Etats américains.


La conférence incroyable où le TERRORISTE Marc Van Ranst explique à ses clients hilares, en 2019, comment terroriser toute une population (avec l’aide active des médias) pour conduire tous les pauvres gens à accepter la vaccination :

La même conférence traduite en français :
https://www.facebook.com/kairospresse/videos/2122722641192009

 

[Rappel] La technique de base de la MAFIA historique est de :
1. Terroriser ses victimes,

2. puis, le même qui a terrorisé se présente ensuite lui-même comme « le protecteur »…

3. … en échange de l’obéissance absolue des victimes terrorisées.

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🔑Pourquoi réécrire nous-mêmes la constitution ? (Toulouse, 20 mai 2017) 🗣 E. CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #1

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Description de la vidéo (que je republie ici pour qu’elle reste visible sur Youtube puisque la chaîne d’Akina toute entière a donc été supprimée) :

Premier épisode d’une série de reportages réalisés lors de la venue d’ Etienne CHOUARD à Toulouse le 20 mai 2017. Il y explique l’illusion de la démocratie mise en place par l’Union Européenne et l’intérêt de pousser le peuple à réécrire lui-même la constitution.

☛ Liste des livres proposés lors de la conférence à retrouver chez votre libraire :
• La gouvernance par les nombres, Alain SUPIOT
• Gouverner par le chaos, Max MILOT
• L’argent et les mots, André SCHIFFRIN
• La mondialisation malheureuse, Thomas GUENOLE
• Nous ne sommes pas en démocratie, Etienne CHOUARD
• L’idéologie européenne, Benjamin LANDAIS, Aymeric MONVILLE et Pierre YAGHLEKJIAN
• L’euro est-il mort ?, sous la direction de Jacques SAPIR
• Éviter l’effondrement, Jean-michel NAULOT
• 30 bonne raisons pour sortir de l’Europe, Olivier DELORME
• Faut-il faire sauter Bruxelles ?, François RUFFIN
• 1984, George ORWELL
• Main basse sur l’information, Laurent MAUDUIT

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Attention : les algorithmes des outils suivants filtrent les informations, ils font semblant de nous mettre en réseau, mais ils ne vous informent pas (du tout) des nouvelles publications… Raison pour laquelle nous devrions préférer les outils précédents.
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Live facebook : État d’urgence sanitaire… constitutionnel ?

Après une première rencontre en décembre, notre série “Questions Constituantes” prend son rythme de croisière : tous les quinze jours, vous êtes invités à rencontrer un expert de la Constitution pour mieux comprendre ce texte fondamental pour la démocratie. Depuis 2005 et le débat référendaire sur la constitution européenne, Étienne Chouard a réalisé l’importance de nos institutions dans la vie de tous les jours. Il propose de prendre nos problèmes quotidiens à leur racine et de réfléchir nous-mêmes à l’institution d’une vraie démocratie.
– Le Mouvement Constituant Populaire

Rejoindre le live maintenant :

https://www.facebook.com/mouvconstpop/videos/771478223775508

Articles complets
Pour poser vos questions en live sur le Discord du MCP :
 
Pour vous inscrire au maillage territorial, vous informer et participer aux actions :
 
Intervenant : Étienne Chouard
Débat animé par Stéphanie Catala (Votez Pour Vous)
 
Débat codiffusé par Étienne Chouard (https://www.facebook.com/etienne.chouard), Culture-RIC (https://www.facebook.com/Culture.RIC/), Opération RIC (https://www.facebook.com/operationRIC), Le Message (https://www.facebook.com/le.message.org)
Akina (https://www.facebook.com/AkinaSchira8), Inform’Action (https://www.facebook.com/asso.informaction) et Le Gouv (https://www.facebook.com/LeGouvOfficiel).

[Passionnant et (très) important] 2020 : la moisson des morts

https://youtu.be/ufivMhlZ6Us

 

Tout ça est bouleversant, une fois encore : ÇA CHANGE TOUT à la compréhension des faits sanitaires depuis un an.

C’est étonnant, ce que ce jeune homme apporte au débat public à lui tout seul.

Merci à lui.

Étienne.

—–

Description lue sous la vidéo :

« Voilà, le message prend, on commence enfin à entendre dans les médias qu’il faut peut-être arrêter de faire peur aux gens avec des nombres de morts, mais plutôt regarder ce qu’il se passe en France, et dans le monde sur la pyramide des âges.

Les médias sont en train de découvrir que tous ces morts viennent peut-être du fait que la France, et tout le monde occidental, prend un sérieux coup de vieux.

Et donc que toute période épidémique fait plus de morts.

Depuis décembre, au moment où j’ai mis ma première vidéo, des chercheurs, des mathématiciens ou de gens curieux se sont mis à triturer les chiffres dans tous les sens et il se trouve que l’on tombe tous sur les mêmes conclusions. Je remercie en particulier ceux qui ne me croyaient pas et qui sont revenus vers moi avec beaucoup d’honnêteté pour me dire qu’ils trouvaient finalement les mêmes résultats, voire qu’ils avaient trouvé encore pire. Je remercie aussi tous ceux qui ont pris contact pour que l’on bosse ensemble, j’essaye de répondre à tout le monde, mais je n’ai que 7 nuits par semaine.

Dans cette vidéo je vais vous montrer un résultat qui, pour moi, met un terme à toute la psychose qui se passe en ce moment. Je vais vous montrer que l’année 2020 fait partie d’un cycle de 3 ans qui se répète tout le temps en démographie. L’année 2020 est ce que l’on appelle une année moisson, elle fonctionne avec 2018 et 2019.

L’année 2020 c’est l’année de la grande panique, parce qu’on a cru que l’on vivrait éternellement. On a enfermé tout le monde depuis 1 an, non pas parce qu’une maladie a tué des gens plus jeunes qu’avant, mais au contraire parce que les français ont vécu plus vieux. Ils ne sont pas décédés bien gentiment au fur et à mesure du temps en 2018 et 2019. Ils ont survécu et sont décédés plus tard en 2020, mais un peu trop en même temps, alors ça se voit et ça fait peur.

—————-

Méthode de correction de la pyramide des âges :

Pour les corriger, il me faut 2 choses.
Le nombre de décès par âge et par jour.
La population des années 2016 à 2020 chaque jour de l’année.
Il va falloir les calculer.
Sur le site de l’Insee, je trouve la population pour chaque âge au 1er janvier de chaque année. Par exemple, au 1er janvier 2015, nous avons X personnes vivantes nées en 1980. Cette population va évoluer toute l’année, certains vont décéder, d’autres vont partir à l’étranger et d’autre qui n’étaient pas là vont arriver en France.
Au bout d’un an de tous ces mouvements, nous arrivons à la population Y au 1er janvier 2016 des personnes nées en 1980.

Ainsi, pour estimer la population de chaque jour, je considère que la population évolue régulièrement pour passer de X à Y entre le premier janvier 2015 et le 1er janvier 2016.

Pour les puristes, je n’ai pas fait ça pour les plus âgés, parce que c’est moins précis que la méthode de soustraction des décès. Je remarque qu’à partir de 95 ans, la différence entre 2 années s’explique quasi exclusivement par le nombre de décès. Visiblement, on déménage moins à partir de 95 ans. En plus on sait qu’à cet âge, les périodes épidémiques jouent beaucoup sur la population. Il est donc de mon point de vue plus raisonnable de faire baisser la population au fur et à mesure des décès. Après, vous pourrez tester les 2 méthodes…

J’ai donc maintenant calculé la population pour chaque âge à chaque jour de l’année depuis 2015.

Je peux reprendre mon nombre de décès de chaque jour et je le divise par le nombre de personnes de chaque jour.

J’obtiens alors le taux de mortalité de chaque jour à chaque âge.

Maintenant je multiplie ce taux de mortalité par la population de 2020 à cette date pour estimer le nombre de décès que nous aurions eu avec la population de 2020 au lieu de celle du jour en question.

Pour l’effet moisson, je mets en 2015, la pyramide de 2017.
En 2016, celle de 2018.
En 2017 celle de 2019.
En 2018 celle de 2020. »

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[Résistance à l’oppression] Dolores Cahill, biologiste moléculaire et immunologiste, avertit des dangers de l’obligation vaccinale contre la COVID19

Ne criez pas, on cherche juste à rester vivants.

Je découvre cet ITV de Dolores Cahill, je le trouve important, et je suggère de le présenter dans un tableau à deux colonnes : à gauche les preuves des affirmations de cette dame, et à droite les preuves contraires.

Cette dame semble être une scientifique de renom, dans cette spécialité :
https://www.researchgate.net/profile/Dolores_Cahill
https://scholar.google.com/citations?user=LNdLEoMAAAAJ&hl=en

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Des nouvelles de « la science », au service de « la sécurité des plus fragiles »… (et des profiteurs de guerre)

Ce que disent les documents sur les vaccins anti-Covid-19 volés à l’Agence européenne des médicaments

Source : Le Monde, 16 janvier 2021, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/16/vaccins-ce-que-disent-les-documents-voles-a-l-agence-europeenne-des-medicaments_6066502_3244.html£

Ces données dérobées, puis diffusées sur le Dark Web, montrent la pression à laquelle faisait face l’agence pour approuver au plus vite le vaccin Pfizer-BioNTech.

par Lise Barnéoud

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Des documents confidentiels dérobés à l’Agence européenne des médicaments (EMA) le 9 décembre 2020 refont surface dans le Dark Web. Le Monde a pu en récupérer une partie, et une équipe européenne de journalistes les a épluchés. L’ensemble comprend une vingtaine d’éléments, essentiellement autour du dossier d’évaluation du vaccin de Pfizer-BioNTech. Il comprend également 19 courriels, échangés entre le 10 novembre et le 25 novembre par divers responsables de l’agence, dont certains auraient été « manipulés » par les hackeurs, a averti l’EMA, vendredi 15 janvier, dans un communiqué. Toutefois, dans un échange avec Le Monde, l’agence reconnaît que « les courriels divulgués reflètent les problèmes et les discussions qui ont eu lieu ».

Parmi les e-mails, qui apparaissent dûment datés, avec les différents destinataires visibles, donc a priori moins susceptibles d’avoir fait l’objet de manipulations, cinq permettent de toucher du doigt la pression à laquelle faisait face l’agence pour approuver au plus vite un premier vaccin contre le Covid-19. Dans un échange daté du 12 novembre, une responsable de l’EMA signale par exemple une discussion avec la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides. Celle-ci s’étant engagée « à ce que tous les Etats membres reçoivent le vaccin en même temps », elle aurait alors insisté sur l’importance de ne pas les « forcer » à utiliser des procédures nationales à cause de délais dans le processus d’autorisation officiel. Selon une directive de l’UE, les Etats peuvent en effet utiliser des médicaments non autorisés par l’EMA en cas d’épidémie.

Le 19 novembre, un haut responsable de l’EMA évoque également une conférence téléphonique avec la Commission européenne qui se serait tenue dans « une atmosphère plutôt tendue, parfois même un peu désagréable, qui donne une idée de ce que à quoi l’EMA peut s’attendre si les attentes ne sont pas satisfaites, que ces attentes soient réalistes ou non ». Le lendemain, dans un échange avec l’Agence danoise du médicament, le même responsable se dit surpris qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ait « clairement identifié les deux vaccins qui pourraient être approuvés avant la fin de l’année [Pfizer-BioNTech et Moderna]. Il y a encore des problèmes avec les deux », souligne l’agent.

C’est sur certains de ces « problèmes » que portent les autres documents dérobés en décembre 2020, non suspectés de manipulations par l’EMA. Et plus particulièrement, les problèmes concernant le vaccin Pfizer-BioNTech. On découvre ainsi qu’en novembre l’agence européenne formulait trois « objections majeures » vis-à-vis de ce vaccin : certains sites de fabrication n’avaient pas encore été inspectés ; il manquait encore des données sur les lots de vaccins commerciaux ; mais, surtout, les données disponibles révélaient des différences qualitatives entre les lots commerciaux et ceux qui avaient servi durant les essais cliniques. C’est sur ce dernier point que les évaluateurs semblent alors le plus préoccupés.

« Point bloquant »

En effet, pour passer d’un stade clinique à un stade commercial, les fabricants ont dû changer leurs processus de fabrication, ils ont aussi investi dans de nouvelles lignes de production et de nouvelles usines. Autant de modifications qui expliqueraient des différences dans la composition exacte des vaccins, en particulier une diminution du degré d’intégrité de l’ARN. Celui-ci est l’élément crucial de ce vaccin qui permet, une fois injecté dans les cellules, de fabriquer la protéine Spike du virus et ainsi apprendre au système immunitaire à reconnaître ce pathogène et le neutraliser. Les vaccins utilisés lors des essais cliniques possédaient entre 69 % et 81 % d’ARN « intègre », c’est-à-dire la séquence entière permettant de fabriquer la protéine Spike. En revanche, des données sur les lots fabriqués dans ces nouvelles lignes de production révélaient des pourcentages plus faibles, 59 % en moyenne. Certains lots descendaient même jusqu’à 51 % et 52 %. Un « point bloquant », dit l’EMA le 23 novembre.

La question se pose en effet de savoir si ce taux d’ARN plus faible pourrait non seulement impacter l’efficacité de la vaccination mais aussi sa sécurité, car qui dit moins d’ARN intègre, dit plus d’impuretés, notamment d’ARN tronqués. « Nous avons fréquemment des ARN un peu plus courts ou un peu plus longs dans ces produits. On filtre en fonction de la taille de la molécule, mais cette filtration est difficile à grande échelle », commente Steve Pascolo, chercheur à l’hôpital universitaire de Zurich, qui travaille depuis vingt ans sur les vaccins ARN (cofondateur de CureVac en 2000, il a quitté cette entreprise, et a aujourd’hui des projets en commun avec BioNTech). Ces ARN tronqués ne peuvent évidemment plus être traduits en protéine Spike. Toutefois, des données fournies par l’industriel à l’EMA indiquent qu’avec un taux d’ARN complet de 62 %, la protéine est tout de même produite dans des quantités comparables. « Dans les premiers essais de BioNTech, ils avaient des réponses immunitaires avec un seul microgramme d’ARN, pointe Steve Pascolo. Là, le vaccin est censé en avoir 30 microgrammes, donc ils ont de la marge. »

C’est aussi le point de vue de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, avec qui l’EMA était en contact. « La question de la teneur en ARN messager n’est pas perçue comme majeure » pour la FDA, explique un responsable de l’EMA dans un mail daté du 23 novembre. Il apparaît en réalité dans ce message que ces problèmes de fabrication et de contrôle qualité n’affectent pas les autorisations d’utilisation d’urgence (mises en œuvre par les Etats-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni). Ces dernières ne constituent pas en réalité une autorisation du vaccin lui-même, mais une autorisation de son utilisation temporaire. L’autorisation de mise sur le marché temporaire, que vise l’EMA, semble à l’inverse plus contraignante sur ce point. D’où cette nécessité de « s’aligner sur des spécifications communes » à l’EMA, la FDA et l’Agence canadienne, « afin d’éviter qu’une région obtienne tout le matériel sous-optimal », peut-on lire quelques jours plus tard dans un e-mail.

« Objection majeure »

Le 26 novembre, BioNTech et Pfizer ont l’occasion de répondre aux objections de l’EMA. Des inspections des différents sites sont en cours, peut-on lire dans leur présentation. Ils proposent aussi de relever le taux d’intégrité minimum d’ARN à 60 % dans les premières étapes de fabrication pour éviter de se retrouver en dessous de 50 % dans le produit final, ce qui apparaît comme le critère d’acceptation dans tous les documents consultés. Dans leur présentation, les fabricants de ce vaccin dit Comirnaty affirment que ces différences de quantité d’ARN « ne devraient pas affecter » ni l’efficacité ni la sécurité de leur produit. Certains de ces lots ont été utilisés dans des essais cliniques.

Mais l’EMA ne semble pas encore convaincue, puisque les derniers documents ou échanges disponibles ne permettent pas encore de lever cette « objection majeure ». Une capture d’écran d’un mail échangé le 30 novembre entre l’EMA et les fabricants le confirme : « Ces problèmes sont considérés comme critiques, en particulier dans le contexte de la nouveauté de ce type de produit et de l’expérience limitée, une stratégie de contrôle plus stricte est donc attendue ». Dans l’un des derniers rapports accessibles, on apprend toutefois qu’un ajustement des procédés de fabrication permet de retrouver des niveaux d’intégrité autour de 75 %, comparables aux lots des essais cliniques.

Trois jours plus tard, le 3 décembre, le Wall Street Journal publiait un article faisant état d’un problème de production du vaccin Pfizer. « Certains premiers lots de matières premières ne répondaient pas aux normes. Nous avons résolu le problème, mais nous avons manqué de temps pour répondre aux expéditions prévues de cette année », y explique une « personne directement impliquée dans le développement du vaccin Pfizer ». Faut-il y voir un lien ? Pfizer n’a pas souhaité s’exprimer, mentionnant uniquement l’enquête en cours de l’EMA sur la cyberattaque. Vendredi 15 janvier, BioNTech et Pfizer ont à nouveau annoncé des retards de livraison, invoquant des travaux nécessaires dans l’usine belge de Puurs.

Sollicitée, l’EMA a confirmé que ce problème de qualité avait été réglé par la suite : « La société a été en mesure de résoudre ces problèmes et de fournir les informations et données nécessaires pour permettre à l’EMA d’évoluer vers une recommandation positive pour ce vaccin ». L’agence assure par ailleurs que les spécifications actuelles sur le niveau d’ARN « sont considérées comme scientifiquement justifiées et acceptables  ». Il est par exemple peu probable, souligne l’agence, que ces molécules d’ARN tronquées puissent être traduites en protéine ou en peptide, et ainsi provoquer des effets indésirables. « Malgré l’urgence, il y a toujours eu un consensus dans toute l’UE pour ne pas compromettre les normes de haute qualité et pour fonder toute recommandation sur la force des preuves scientifiques, sur la sécurité, la qualité et l’efficacité d’un vaccin, et rien d’autre », insiste l’EMA. La Commission européenne a également répondu à notre sollicitation : elle affirme que ces discussions « n’ont jamais empiété sur l’indépendance de l’agence et n’ont jamais interféré de quelque manière que ce soit avec l’intégrité de la mission de l’EMA en ce qui concerne l’évaluation des candidats-vaccins ou d’autres médicaments ».

La piste russe ou russophile

Reste à savoir qui pourrait être derrière cette attaque. Les fichiers ont été récupérés sur Rutor : « Ru » pour Russia (Russie) et « tor », comme le navigateur Web permettant de naviguer de façon anonyme sur le Web. Ce qui pourrait accréditer l’idée d’un hackeur d’Etat russe ou russophile. « Ce genre de tactique de piratage avec vol de données, suivi de fuite, a déjà été pratiqué par des agents russes (Guccifer 2.0, ou l’affaire de l’Agence mondiale antidopage) », explique Jean-Michel Doan, spécialiste en cybercriminalité chez Sekoia, une entreprise de sécurité informatique. Difficile d’exclure également le cyberespionnage industriel, d’autant plus qu’il semble y avoir eu une sélection des documents visant spécifiquement Pfizer. La manière dont ce dossier a été nommé le suggère également : « Preuves de la grande arnaque aux données des vaccins de Pfizer (…)  ! » Quid d’un groupe antivax qui chercherait à décrédibiliser les vaccins ? « Il est peu probable qu’un hackeur antivax publie ensuite ses données sur un site assez obscur, spécialisé en piratage », commente Jean-Michel Doan.

Quelle que soit la lecture de ces documents, les faits sont les suivants : le vaccin de Pfizer-BioNTech sera finalement approuvé le 21 décembre 2020 par l’EMA, soit trois semaines après le Royaume-Uni et deux semaines après les Etats-Unis, ce qui montre que l’Agence européenne a malgré tout pris un certain temps pour résoudre ce problème de qualité avant de donner son feu vert. Un délai qui était pourtant jugé « difficilement acceptable par la Commission européenne », d’après un échange de courriels entre collègues de l’EMA daté du 19 novembre : « Quoi que nous fassions, accélérer le processus pour s’aligner [sur les autres agences] ou prendre le temps nécessaire pour avoir une garantie robuste (…), l’EMA devra faire face aux questions et aux critiques de diverses parties (Commission européenne, Etats membres, Parlement européen, médias, grand public) », y écrit un haut responsable de l’agence. Il n’avait pas prévu qu’une cyberattaque viendrait aussi s’y mêler.

Cette enquête fait partie du projet européen #behindthepledge, financé par Journalismfund et IJ4EU. Ludovica Jona (Italie), Hristo Boytchev (Allemagne), Lucien Hordijk (Pays-Bas) et Priti Patnaik (Suisse) y ont également contribué.

Source : Le Monde, 16 janvier 2021, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/16/vaccins-ce-que-disent-les-documents-voles-a-l-agence-europeenne-des-medicaments_6066502_3244.html£


Je considère l’injection obligatoire de substances industrielles comme un ABUS DE POUVOIR inacceptable. ÉC.

La Covid-19 est en fait moins mortelle qu’une grippe. La seule raison pour laquelle nous avons eu une surmortalité plus forte en 2020 qu’en 2017, c’est uniquement que parce que les gens sont plus vieux.

Description de cette importante vidéo :

« Nous sommes en 2021 et on n’en a pas encore fini avec le coronavirus. La menace d’un nouveau confinement arrive. Tout le monde regarde vers l’Angleterre et leur nouveau variant. Ce qu’on va voir dans cette vidéo, c’est si l’épidémie de COVID-19 est vraiment plus mortelle que la grippe de 2017 et de combien est l’écart. Je vous annonce tout de suite qu’en faisant tous les calculs j’ai complètement halluciné.

Dans la vidéo précédente, je vous avais montré où aller chercher les données des personnes décédées pour faire vous-même les calculs et arrêter de vous faire manipuler par des journalistes qui ne maîtrisent absolument pas les chiffres et ont juste pour but de faire le plus peur possible, parce que c’est vendeur. A l’aide de ces chiffres je vous avais montré que l’épidémie de coronavirus n’a que très légèrement augmenté la mortalité et seulement pour les plus âgés. Les moins de 65 ans ne sont pas du tout plus décédés en 2020 qu’en 2019 et les plus de 65 ans, un peu plus.

J’expliquais sur cette vidéo que les décès supplémentaires que l’on voit en 2020 viennent surtout de la pyramide des âges de la France. Les français vieillissent avec notamment les célèbres baby-boomers. Même si la plupart des personnes regardant ma vidéo ont eu des critiques positives, j’ai regardé en détail ce que disaient les commentaires. En l’occurrence, 2 internautes, au milieu de leurs insultes me reprochent de mettre trop de poids au phénomène démographique. Ils disent que les 30 000 décès montrés comme liés au Covid-19 en mars-avril sont une preuve irréfutable que la Covid-19 est extrêmement dangereuse et mortelle. J’ai donc creusé la question et d’étudié en détail les chiffres de décès par âge. Pour ça, j’ai comparé l’épisode de grippe de 2017 à l’épisode de Covid-19.

Je vous avoue que je ne m’attendais absolument à ce que j’ai découvert. J’étais complètement scotché. En faisant cette comparaison vous allez voir qu’il ne faut plus dire que la Covid-19 est un peu plus mortelle qu’une grippe. La Covid-19 est en fait moins mortelle qu’une grippe. La seule raison pour laquelle nous avons eu une surmortalité plus forte en 2020 qu’en 2017, c’est uniquement que parce que les gens sont plus vieux.

Préparez-vous à tomber de votre chaise, on y va. »

Autres vidéos de la chaîne « Décoder l’éco » :
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Covid-19 : le bilan

Je partage ce point de vue :
Vous y trouverez des informations originales et décisives, il me semble.

Description de cette vidéo que je trouve importante :

« Cela fait maintenant 1 an que l’on entend parler quotidiennement du coronavirus. Cela fait bientôt 9 mois que toute la vie politique et économique vit au rythme des décisions prises uniquement pour répondre à la peur de ce virus.

Depuis le début du crise, de nombreuses voix dénoncent l’excessivité des mesures prises au regard des épidémies que l’on vit chaque année. Toutes ces voix sont désormais cataloguées dans le camp bien pratique des complotistes. Autrefois, l’inquisition faisait taire tout ceux qui osaient contredire le clergé. Aujourd’hui la société entière organise la censure de ceux qui sortent qui discours bien établi.

Dans cette vidéo, on va voir que depuis mars dernier, on ne constate absolument aucune surmortalité pour les moins de 50 ans.

Je vous montrerai où aller chercher toutes les données des décès en France et comment faire les calculs pour que vous puissiez le faire vous-même si vous voulez et vérifier que je n’invente absolument rien. J’exploite uniquement des données de l’état civil français.

On verra ensuite les effets du coronavirus sur la mortalité des plus âgés et je ferai la comparaison avec la grippe pour que vous puissiez faire vos conclusions. La mienne est simple : au regard des chiffres officiels des décès, il n’y a absolument aucune raison objective de mettre en place un confinement généralisé ou même d’imposer à toute la population n’importe quelle règle. On peut en revanche comprendre l’intérêt d’avertir les français des risques et en particulier les plus âgés pour qu’ils puissent faire leur choix et prendre les précautions qu’ils souhaitent. Mais même dans ce cas, il faut se poser la question de pourquoi ce n’était pas fait avant, puisque quand on regarde les chiffres, on se rend compte que des épidémies mortelles, on en a tous les ans, tous les hivers. »

Des nouvelles du totalitarisme en marche : le « passeport sanitaire », outil de l’apartheid à venir

Ceux qui crient à l’incompétence (ou même à la folie paranoïaque) des résistants aux lois scélérates qui se multiplient, voudriez-vous faire l’effort d’imaginer que vos contradicteurs ne sont peut-être pas complètement débiles et qu’ils ont peut-être raison de défendre les libertés ?

Cette crise n’est pas sanitaire mais politique. Après avoir renoncé au secret de la correspondance (en acceptant l’espionnage généralisé), au secret des sources (en acceptant la persécution des vrais journalistes), au droit de se réunir, au droit de se déplacer, et même au droit de manifester, on est en train de renoncer au secret médical, carrément.

Au nom de « la sécurité » (tu parles d’une sécurité), on est en train d’accepter de renoncer progressivement à toutes les libertés, à toute forme d’intimité, à l’intrusion arbitraire de l’État partout dans notre existence, et tous ces renoncements majeurs sont obtenus par la terreur, sous l’influence de l’action quotidienne délétère de médias terroristes. On confirme là que « le terrorisme » est une construction politique, un mot outil de domination ; les Allemands pendant l’Occupation appelaient « terroristes » les Français qui résistaient à la terreur bien réelle de l’occupant.

Je ne suis rien, et je serai sans doute écrasé par le totalitarisme en marche comme les autres résistants, mais ceux qui, soucieux de leur seule sécurité, auront collaboré à cet effondrement de l’humanité (en stigmatisant et en dénonçant ceux qu’ils appellent avec mépris des « conspirationnistes » ou des « complotistes »), auront sur la conscience une partie de la responsabilité de la fin du monde libre.

Fais ce que tu dois, et advienne que pourra.

Étienne.

« Je crois qu’il y a plus de cas d’atteinte à la liberté du peuple par des empiétements progressifs et silencieux du pouvoir que par des usurpations violentes et soudaines.

Les moyens de défense contre les dangers venus de l’étranger sont historiquement devenus les instruments de la tyrannie chez nous. »

James Madison (« père fondateur » des États-Unis).

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Etienne Chouard sur Interdit d’interdire (RT) : « Ce sont les réseaux sociaux qui permettent de faire monter le niveau d’exigence politique »

J’avais raté cet extrait (3’30 sur RT, 10 décembre 2018).

Objectivement, il est très bien :-)

Les gilets jaunes sont exemplaires, ils font ce que nous devrions tous faire : réfléchir d’abord aux conditions de leur représentation (rond-point par rond-point, commune par commune) et apprendre à vouloir, en toute première priorité, l’institution de leur puissance politique par le RIC ETM ÉPNM : le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, écrit par nous-mêmes.

Merci aux vrais journalistes, qui font loyalement leur job de lanceurs d’alerte (plutôt que de protéger tous les comploteurs du monde en traquant comme des sous-hommes ceux qu’ils appellent des « complotistes »).

Passionnant, Louis Fouché, interrogé par François Asselineau sur la prétendue « crise sanitaire » (créée de toutes pièces par la dévastation volontaire de l’hôpital perpétrée par les « libéraux » depuis 40 ans)

J’aime ce jeune homme, sa gentillesse, sa culture, son humilité, son honnêteté, sa philosophie, son respect des autres — même de ses détracteurs—, sa patience, son courage… tout ça est exemplaire.

Et ce qu’il explique est de la première importance.

À connaître et à faire connaître.

Étienne.

[Moment exceptionnel] Chouard convainc patiemment un député LREM : « trouvez-vous légitime que le peuple puisse DESTITUER – par RIC – un élu qu’il juge défaillant, et plus généralement décider de sa propre représentation à travers un processus constituant POPULAIRE ? » (février 2019, tournée en Bretagne avec les Gilets jaunes)

Je garde un souvenir intense de cette soirée importante, et je remercie Paul Molac, député LREM, d’avoir courageusement accepté ce long débat à la loyale en présence d’un public de Gilets jaunes parfois turbulent.
Cet extrait (14 minutes) est formidable, un peu historique de mon point de vue :
• on y parle d’abord de la légitimité du peuple à RÉVOQUER IMMÉDIATEMENT -PAR RIC – UN ÉLU qui mécontente gravement une majorité d’électeurs,
• on y a rappelé à quoi sert une constitution et le conflit d’intérêts des politiciens dans le processus constituant,
• et on y parle surtout de la pertinence d’un PROCESSUS CONSTITUANT POPULAIRE, notamment de l’idée de tirer au sort l’Assemblée constituante :
https://www.youtube.com/watch?v=_v59v3FHnFE
La vidéo de la soirée complète est là :
[IMPORTANT]Soirée mémorable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (député LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bretons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »
Permettre (et favoriser) ces échanges publics approfondis, à la loyale, entre les représentants et les représentés, me semble être une caractéristique fondamentale de toute démocratie digne de ce nom.
Et je suis convaincu que seuls les représentés sont capables d’instituer (d’imposer) ces échanges.
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158734176982317
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NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE – Etienne Chouard intervention sur CNews (c’est plutôt rare…) le 28 mars 2019, pour défendre les Gilets Jaunes, le RIC et la vraie démocratie

C’est la première fois qu’on a une sélection complète de mon intervention sur CNews (c’est plutôt rare…), le 28 mars 2019, pour défendre les gilets jaunes, le RIC et la vraie démocratie (pas facile d’argumenter quand tout le monde veut parler en même temps).
Merci Benoît :)
L’émission entière, 1ère partie :
https://youtu.be/QnglK4iBcis
L’émission entière, 2ème partie :
https://youtu.be/CgdI1CNQy90
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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158727306957317
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[Censure du journal RUPTURES] Entre indifférence et complicité, les médias « alternatifs » favorisent le néo-maccarthysme (Laurent DAURÉ, sur Le Grand Soir)

[Abonnez-vous au journal Ruptures, c’est un bon outil de résistance à la tyrannie unioneuropéenne.
Étienne.]
Laurent DAURÉ :
Depuis que Ruptures a cherché à alerter sur le label mensonger que lui a attribué subitement Twitter le 7 septembre dernier – « Média affilié à un État, Russie » –, moins d’une heure après la mise en ligne d’une analyse montrant que 98 % des médias français de premier plan ont relayé la théorie conspirationniste du « Russiagate », le nombre d’articles consacrés à l’action arbitraire du réseau social états-unien se compte sur les doigts d’une main.
En effet, quatre médias seulement ont rendu compte de ce procédé néo-maccarthyste sur lequel Twitter refuse obstinément de s’expliquer ; non seulement la firme à l’oiseau bleu ne répond pas à nos sollicitations, y compris par lettre recommandée, mais elle fait de même avec les rares journalistes qui l’ont contactée à notre sujet.
Les médias francophones qui ont couvert l’histoire sont, par ordre chronologique : RT France, BFM-TV,Presse-citron, Causeur. Et c’est tout pour le moment. Quelques valeureux blogs communistes en ont également parlé.
Comme nous l’avons écrit dans notre dernier communiqué, cette labellisation erronée de Ruptures constitue un précédent en France. Le « mensuel progressiste radicalement eurocritique » est bel et bien le premier média hexagonal à subir cela (précisons que les répercussions ne se limitent pas à Twitter – avec un étouffement algorithmique de notre présence sur la plateforme –, elles concernent avant tout la réputation du journal).
Nous ne pouvons que constater la large indifférence que cette évolution inédite suscite parmi les médias dits « alternatifs » ou « indépendants », en particulier ceux qui se réclament de la gauche. Nos alertes sont jusque-là totalement ignorées, en tout cas elles ne se traduisent pas par des actions publiques. Pas même un petit tweet…
Le silence des médias dominants était attendu, et il est effectivement quasi total. Force est cependant de noter que le chef du service « BFM Tech », Raphaël Grably, a suivi l’affaire depuis le début – interpellant Twitter France à plusieurs reprises – et en a fait un article. Le Canard enchaîné, Mediapart et Arrêt sur images, pour ne citer que des titres bien installés, n’en ont toujours pas dit un mot, alors qu’ils traitent régulièrement de l’actualité et des enjeux relatifs au pouvoir des réseaux sociaux.
Comment expliquer cette occultation ? Nous en sommes réduits à des hypothèses. Quatre principalement.
Ignorent-ils la décision de Twitter de nous déclarer en intelligence avec Moscou ? Nous ne pouvons croire que leurs antennes soient déficientes à ce point.
Estiment-ils que l’affaire est anecdotique ou anodine ? Alors c’est qu’ils acceptent tacitement que des plateformes privées puissent pratiquer une forme d’arbitrage et de censure politiques (c’est une tendance croissante, à la fois sur Facebook, Twitter et YouTube, avec la bénédiction et même l’incitation des autorités).
Considèrent-ils que Ruptures mérite son « label rouge » ? Nous ne demandons pas mieux qu’ils enquêtent pour vérifier leur intuition. Ils verront bien si notre indépendance est une fiction.
Sont-ils en désaccord avec la ligne éditoriale de notre mensuel ? C’est fort probable, mais leur silence signifierait qu’ils s’assoient sur les principes – liberté d’expression et de la presse en tête – et ne comptent informer que sur les injustices que subissent des personnes ou des organisations qui trouvent grâce à leurs yeux.
Mais après tout faut-il être surpris de l’indifférence au tort qui nous est fait quand on constate l’attitude de la vaste majorité des médias – petits et grands – dans un cas autrement plus grave, je veux bien sûr parler du calvaire interminable de Julian Assange ? L’ignoble abandon dont est victime ce journaliste persécuté repousse les limites de la veulerie journalistique, que l’on savait pourtant généreuses.
À partir du moment où le sort de Julian Assange – un prisonnier politique dont la vie est en danger – ne suscite par une mobilisation massive, on peut se dire que la faillite intellectuelle et morale de la presse est actée (Mediapart et Edwy Plenel, après avoir ignoré ou calomnié le fondateur de WikiLeaks, se sont tardivement réveillés quant à l’importance de la cause). Le concours de lâcheté est ouvert en permanence et les concurrents sont pléthoriques.
Au-delà du cas de Ruptures, il y a une liste de positions qui valent une marginalisation automatique aux médias, organisations et personnalités qui les adoptent.
En voici quelques exemples : plaider en faveur de la sortie de l’Union européenne et/ou de l’Otan ; relativiser voire réfuter la « menace » russe, chinoise ou iranienne (l’énumération peut continuer en fonction des circonstances et des objectifs géostratégiques des puissances occidentales) ; dénoncer la politique d’apartheid de l’État israélien et pratiquer une solidarité conséquente à l’égard du peuple palestinien ; s’opposer à l’interventionnisme « humanitaire » en Afghanistan, en Libye ou en Syrie (à propos de ce dernier dossier, le blackout médiatique total sur les lanceurs d’alerte de l’OIAC est éloquent) ; soutenir le pouvoir légitime au Venezuela ou en Bolivie ; défendre la liberté d’expression sans aucun deux poids, deux mesures…
La marginalisation médiatique et professionnelle s’accompagne maintenant de plus en plus d’actes de censure, celle-ci étant sous-traitée par les États aux plateformes privées californiennes en situation de quasi-monopole. Il est déjà bien tard pour s’inquiéter de ce phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur ces derniers mois.
Twitter serait-il spécifiquement allergique à la critique de la nouvelle guerre froide que les impérialistes cherchent à nous imposer et dont les multiples accusations d’« ingérence russe » constituent un vecteur essentiel ?… Que la firme états-unienne ait Ruptures dans le collimateur est une sorte de médaille honorifique pour notre petite équipe (elle nous a d’ailleurs apporté de nouveaux abonnements). Mais nous exigeons malgré tout le retrait du label fantaisiste. Il nous faudra peut-être malheureusement en passer par une action en justice pour l’obtenir.
À bas l’e-impérialisme ! Vive WikiLeaks !
Laurent Dauré
Source :
https://www.legrandsoir.info/entre-indifference-et-complicite-les-medias-alternatifs-favorisent-le-neo-maccarthysme.html
Fil Facebook correspondant à ce billet :

https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158708561642317

[Vidéo censurée partout. À enregistrer] Inutile de discuter des lois si vous négligez de reprendre la souveraineté monétaire aux banques commerciales

Pas de souveraineté politique sans souveraineté monétaire.

https://youtu.be/h2Ry2i6ciNU&feature=youtu.be
Thèse suivie de quelques explications sur l’importance de cette réflexion contre toutes les formes de fascisme.
Bon courage à tous contre la censure qui vient.
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :

https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158677026452317
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Etienne Chouard avec les Gilets Jaunes « canal historique », au péage du Pont-de-l’Etoile, 9 déc. 2018.

https://youtu.be/vay9DZ_cEis&feature=youtu.be
Cette (importante) vidéo a été censurée à peu près partout, sur Youtube et sur Facebook notamment.
J’essaie de la republier sur ma chaîne Youtube (quasi en sommeil jusqu’ici), mais sans me faire trop d’illusions : en même temps que le couvre-feu, la censure se déchaîne dans le régime Macron.
Les vrais résistants vont sans doute devoir migrer en urgence sur des sites protégés de la censure.
On retrouve ici (dans l’ambiance formidable des klaxons joyeux qui a régné sur tous les péages libérés pendant des mois) les enjeux essentiels de ce qui s’est joué avec le mouvement des gilets jaunes.
Merci à tous pour vos messages, très émouvants.
Étienne.
PS : « canal historique » signifie « résistance d’origine, pas encore polluée par les politiciens ».
Fil Facebook correspondant à ce billet :

https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158675192237317

Réfléchissez : QUI a institué notre impuissance populaire en présence d’un président arbitraire et cruel ?

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Cherchez la cause des causes.
QUI a écrit l’absence de limites pour un « président » qui prétendrait nous imposer un couvre-feu sans raison valable ?
QUI a institué notre impuissance populaire devant un président arbitraire et cruel ?
C’EST LE PRÉSIDENT DE L’ÉPOQUE.
En 1958, de Gaulle s’est fait écrire (par ses hommes de main, Debré notamment) une « constitution » sur mesure, pour ne craindre à l’avenir aucune limite sérieuse.
Réfléchissez.
Est-ce que ce fait (l’auteur de la toute-puissance d’un président est le président lui-même, avec ses complices) n’explique pas parfaitement notre impuissance actuelle devant l’arbitraire ?
CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
Des citoyens dignes de ce nom ne laisseraient pas écrire les règles de leur représentation par des représentants.

Par ailleurs, si nous les laissons faire, ils iront progressivement jusqu’au pire, jusqu’à l’inconcevable. Mais c’est surtout de NOTRE FAUTE, nous qui restons là sans opposer AUCUNE RÉSISTANCE SÉRIEUSE.
• Anselme Bellegarrigue : « Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Eh bien ! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. »
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https://www.chouard.org/blog/2014/10/20/anselme-bellegarrigue-vous-avez-cru-jusqua-ce-jour-quil-y-avait-des-tyrans-eh-bien-vous-vous-etes-trompes-il-ny-a-que-des-esclaves-la-ou-nul-nobeit-personne-ne-commande


Et à tous ceux qui protestent ce matin contre une « erreur grossière » de la macronie, je rappelle ceci :
Les politiciens ne sont pas incompétents : ils sont intelligents ET CORROMPUS ; ils font leur job, parfaitement, contre l’intérêt général et pour les riches, qui les ont portés au pouvoir précisément pour ça. Dire qu’ils sont « incompétents » empêche de diagnostiquer la TRAHISON.
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• Napoléon Bonaparte. : « Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »
En effet, LES RICHES N’ONT PAS DE PATRIE. Leur patrie c’est l’argent. Les riches vendraient tous les biens publics à des puissances étrangères malveillantes pour accumuler encore plus d’argent. On a des preuves de ces trahisons tous les jours.
Une société bien organisée devrait empêcher quiconque de devenir trop riche. Il est raisonnable de considérer les ultra-riches comme des étrangers hostiles, des accapareurs, des colons, des tyrans, des voleurs, des ennemis du peuple.
Il est plus que temps de se mettre au travail pour apprendre à instituer nous-mêmes notre puissance politique durable, pour nous défendre contre les tyrans, non ?
Étienne.
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[Film formidable mais ultra-censuré] DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE (2013)

Ce matin, je vois passer, sur une plateforme que je ne connais pas, un film formidable, important, datant de 2013 et complètement CENSURÉ depuis.

Son titre est DÉDALE, UN FIL VERS LA DÉMOCRATIE.

Je ne sais pas combien de temps il restera visible ici, mais vous devriez en profiter pour le voir (et l’enregistrer si c’est possible ?) avant qu’il ne disparaisse à nouveau.

C’est une enquête passionnante sur le carnage de la Grèce par l’UE, le FMI et la BM pour le compte des banquiers (ce carnage est notre futur à nous aussi si nous restons inactifs), avec un assemblage inédit, très efficace, d’enquêtes de terrain et d’analyses institutionnelles des causes premières du carnage.

À connaître et à faire connaître.

Étienne.

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[Remarquable synthèse de l’horreur que nous acceptons en restant silencieux] Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges [Ceci dit, toutes les utopies ne se valent pas]

Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges

Karl Popper, dans « The Open Society and Its Enemies », met en garde contre l’ingénierie utopique, les transformations sociales massives menées par ceux qui croient avoir trouvé une vérité révélée. Ces ingénieurs utopistes procèdent à la destruction massive de systèmes, d’institutions et de structures sociales et culturelles dans un vain effort pour réaliser leur vision. Ce faisant, ils démantèlent les mécanismes autorégulateurs des réformes progressives et fragmentaires qui font obstacle à cette vision. L’histoire regorge d’utopistes désastreux – les Jacobins, les marxistes, les fascistes et maintenant, à notre époque, les mondialistes ou les impérialistes néolibéraux.

L’idéologie du néolibéralisme, qui n’a aucun sens économique et qui exige une ignorance délibérée de l’histoire sociale et économique, est la dernière itération de projets utopiques. Elle postule que la société humaine atteint son apogée lorsque les actions entrepreneuriales individuelles sont libérées des contraintes gouvernementales. La société et la culture devraient être dictées par la primauté des droits de propriété, l’ouverture du commerce – qui envoie des emplois manufacturiers dans des ateliers clandestins en Chine et dans le Sud et permet la circulation de l’argent à travers les frontières – et des marchés mondiaux sans entraves. Les marchés du travail et des produits devraient être déréglementés et libérés de la surveillance gouvernementale. Les financiers mondiaux devraient se voir confier le contrôle des économies des États-nations. Le rôle de l’État devrait être réduit à garantir la qualité et l’intégrité de l’argent, ainsi que la sécurité intérieure et extérieure, et à privatiser le contrôle des terres, de l’eau, des services publics, de l’éducation et des services gouvernementaux tels que les services de renseignements et souvent l’armée, les prisons, les soins de santé et la gestion des ressources naturelles. Le néolibéralisme convertit le capitalisme en une idole religieuse.

Cette vision utopique du marché, bien sûr, n’a aucun rapport avec sa réalité. Les capitalistes détestent les marchés libres. Ils cherchent à contrôler les marchés par le biais de fusions et d’acquisitions, en rachetant la concurrence. Ils saturent la culture avec de la publicité pour manipuler les goûts et la consommation du public. Ils se livrent à la fixation des prix. Ils construisent des monopoles inattaquables. Ils mettent en place, sans contrôle ni surveillance, des systèmes de spéculation sauvage, de prédation, de fraude et de vol. Ils s’enrichissent par le rachat d’actions, les combines à la Ponzi, la destruction structurée des actifs par l’inflation, le démembrement des actifs et l’imposition au public d’une dette accablante. Aux États-Unis, ils saturent le processus électoral d’argent, achetant l’allégeance des élus des deux partis au pouvoir pour légiférer sur les boycotts fiscaux, démolir les règlements et consolider encore plus leur richesse et leur pouvoir.

Ces capitalistes d’entreprise dépensent des centaines de millions de dollars pour financer des organisations telles que la Business Roundtable et la Chambre de commerce et des groupes de réflexion comme la Heritage Foundation pour vendre l’idéologie au public. Ils font des dons aux universités, à condition que ces dernières soient fidèles à l’idéologie dominante. Ils utilisent leur influence et leur richesse, ainsi que leur propriété des plateformes médiatiques, pour transformer la presse en leur porte-parole. Et ils font taire les hérétiques ou leur rendent la tâche difficile pour trouver un emploi. La flambée des valeurs boursières, plutôt que la production, devient la nouvelle mesure de l’économie. Tout est financiarisé et marchandisé.

Ces utopistes mutilent le tissu social par la désindustrialisation, transformant des centres de production autrefois gigantesques en friches, et la classe moyenne et ouvrière, rempart de toute démocratie, en un précariat frustré et enragé. Ils travaillent « à l’étranger », procèdent à des licenciements massifs et font baisser les salaires. Ils détruisent les syndicats. Le néolibéralisme – parce qu’il a toujours été un projet de classe et que c’était son but – redistribue la richesse vers le haut. « Privés de la protection des institutions culturelles », écrit Karl Polanyi dans son livre « La Grande Transformation », les êtres humains « périssent des effets de l’exposition sociale » et meurent comme « victimes d’une dislocation sociale aiguë ».

Le néolibéralisme, en tant que projet de classe, est une brillante réussite. Huit familles détiennent aujourd’hui autant de richesses que 50 % de la population mondiale. Les 500 personnes les plus riches du monde en 2019 ont augmenté leurs avoirs de 12 000 milliards de dollars, tandis que près de la moitié des Américains n’avaient pas d’économies et que près de 70 % n’auraient pas pu trouver 1 000 dollars en cas d’urgence sans s’endetter. David Harvey appelle cela « l’accumulation par dépossession ». Cet assaut néolibéral, antagoniste de toutes les formes de solidarité sociale qui freinent l’accumulation de capital, a fait disparaître les mécanismes démocratiques autorégulateurs qui rendaient autrefois possible une réforme progressive et fragmentaire. Il a transformé les êtres humains et le monde naturel en marchandises à exploiter jusqu’à épuisement ou effondrement. La dévotion servile des élites dirigeantes pour le profit des entreprises et l’accumulation de richesses par l’oligarchie mondiale signifie qu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas faire face à la plus grande crise existentielle à laquelle l’espèce humaine est peut-être confrontée : l’urgence climatique.

Tous les centres de pouvoir en concurrence, y compris le gouvernement, ont maintenant été accaparés par le pouvoir des entreprises, et corrompus ou détruits. Nous avons subi ce que John Ralston Saul appelle un coup d’État au ralenti. Il est terminé. Ils ont gagné.

Dans le même temps, ces utopistes, qui tentent de projeter la puissance américaine et la domination mondiale, ont lancé des invasions et des occupations dans tout le Moyen-Orient qui sont tombées dans des bourbiers futiles coûtant aux États-Unis entre 5000 et 7000 milliards de dollars. Ce projet utopique en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et, par procuration, au Yémen, a tué des centaines de milliers de personnes, déplacé ou fait fuir des millions de personnes, détruit des villes et des nations, créé des États en faillite qui couvent des groupes djihadistes radicaux et affaibli fatalement la puissance américaine. En effet, ces guerres, dont certaines sont maintenant dans leur 18e année, constituent la plus grande bévue stratégique de l’histoire américaine. Les utopistes – ignorant culturellement, linguistiquement et historiquement les pays qu’ils occupaient – croyaient dans leur naïveté qu’ils pouvaient implanter la démocratie dans des endroits comme Bagdad et la voir se propager dans tout le Moyen-Orient. Ils nous ont assuré que nous serions accueillis comme des libérateurs, que les revenus du pétrole paieraient la reconstruction et que l’Iran serait intimidé et déstabilisé. Ce n’était pas plus réalisable ni plus ancré dans la réalité que le projet utopique de libérer le marché et de libérer la prospérité et la liberté dans le monde.

Dès qu’une cabale – monarchique, communiste, fasciste ou néolibérale – s’empare du pouvoir, son démantèlement des mécanismes qui rendent la réforme possible ne laisse à ceux qui recherchent une société ouverte d’autre choix que de faire tomber le système. L’État d’entreprise, comme les régimes communistes que j’ai couverts en Europe de l’Est, n’est pas réformable de l’intérieur. Les échecs qui nous accablent sont des échecs bipartites. Sur toutes les grandes questions structurelles, y compris la guerre et l’économie, il y a peu ou pas de divergence entre les deux partis politiques au pouvoir aux États-Unis. La concentration des richesses et du pouvoir entre les mains d’une élite oligarchique, comme l’avait prévenu Aristote, ne laisse que deux possibilités : la tyrannie ou la révolution. Et nous sommes en plein sur la voie de la tyrannie.

L’utopie néolibérale, parce qu’elle supprime les libertés d’organisation, de régulation et de protection du bien commun et qu’elle permet d’exploiter et de consolider la richesse et le pouvoir, est toujours vouée, écrit Polanyi, à l’autoritarisme ou au fascisme pur et simple. Les bonnes libertés sont perdues. Les mauvaises remportent la victoire.

Le néolibéralisme a donné naissance à la pire forme de capitalisme monopoliste et au plus haut niveau d’inégalité des revenus de l’histoire américaine. Les banques et les industries agricoles, alimentaires, de l’armement et des communications ont détruit les réglementations qui entravaient autrefois leurs monopoles, leur permettant de fixer les prix, de bloquer les salaires, de garantir les profits, d’abolir les contrôles environnementaux et d’abuser de leurs travailleurs. Ils ont fait disparaître la concurrence du marché libre.

Le capitalisme sans entraves, comme l’a souligné Karl Marx, détruit le soi-disant marché libre. Il est hostile aux valeurs et aux traditions d’une démocratie capitaliste. La dernière étape du capitalisme, a écrit Marx, est marquée par le pillage des systèmes et des structures qui rendent le capitalisme possible. Ce n’est pas du tout du capitalisme. L’industrie de l’armement, par exemple, avec son projet de loi officiel d’autorisation de dépenses pour la défense de 612 milliards de dollars – un chiffre qui ignore de nombreuses autres dépenses militaires cachées dans d’autres budgets, masquant le fait que nos dépenses réelles pour la sécurité nationale dépassent les mille milliards de dollars par an – a amené le gouvernement à s’engager à dépenser 348 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour moderniser nos armes nucléaires et construire 12 nouveaux sous-marins nucléaires de classe Ohio, estimés à 8 milliards de dollars chacun. Nous dépensons quelque 100 milliards de dollars par an pour le renseignement – la surveillance de la presse – et 70 % de cet argent va à des entrepreneurs privés comme Booz Allen Hamilton, qui tire 99 % de ses revenus du gouvernement américain. Nous sommes les plus grands exportateurs d’armes au monde.

Selon le Fonds monétaire international, l’industrie des combustibles fossiles engloutit 5300 milliards de dollars par an dans le monde entier en coûts cachés pour continuer à brûler des combustibles fossiles. Cet argent, note le FMI, vient s’ajouter aux 492 milliards de dollars de subventions directes offertes par les gouvernements du monde entier par le biais d’amortissements, de dépréciations et de lacunes dans le droit d’utilisation des terres.

Les subventions des contribuables aux grandes banques – JPMorgan Chase, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs – sont estimées à 64 milliards de dollars par an, un montant à peu près égal à leurs bénéfices annuels habituels.

En 1980, les trains de marchandises ont été déréglementés. Le nombre de chemins de fer de classe I est passé de 40 à 7. Quatre d’entre eux représentent 90 % des revenus du secteur. Près d’un tiers de tous les affréteurs n’ont accès qu’à un seul chemin de fer.

Le Telecommunications Act de 1996 du président Bill Clinton a été présenté comme un moyen d’ouvrir le secteur du câble à la concurrence. Au lieu de cela, il a vu une consolidation massive de l’industrie entre les mains d’une demi-douzaine de sociétés qui contrôlent ce que 90 % des Américains regardent ou entendent sur les ondes.

L’industrie aéronautique, libérée de toute réglementation, s’est rapidement consolidée. Quatre compagnies aériennes contrôlent 85 % du marché intérieur. Elles ont divisé le pays en centres régionaux où elles extorquent des redevances, fixent les prix, annulent les vols à volonté, laissant les passagers bloqués sans indemnisation, et fournissent un service de mauvaise qualité.

Les sociétés pharmaceutiques et d’assurance qui gèrent notre industrie des soins de santé à but lucratif ont soutiré 812 milliards de dollars aux Américains en 2017. Cela représente plus d’un tiers (34,2 %) des dépenses totales pour les visites chez le médecin, les hôpitaux, les soins de longue durée et l’assurance maladie. Si nous avions un système de santé publique, comme au Canada, cela nous permettrait d’économiser 600 milliards de dollars en une seule année, selon un rapport des Médecins pour un régime national de santé. En 2017, les coûts d’administration de la santé étaient plus de quatre fois plus élevés par habitant aux États-Unis qu’au Canada (2 479 dollars contre 551 dollars par personne), note le groupe. Le Canada a mis en place un système à payeur unique « Medicare for All » en 1962. En 2017, les Américains ont dépensé 844 $ par personne pour les frais généraux des assureurs. Les Canadiens ont dépensé 146 $.

Le néolibéralisme ne peut être défendu comme étant plus innovant ou plus efficace. Il n’a pas répandu la démocratie et, en orchestrant des niveaux sans précédent d’inégalité des revenus et de stagnation politique, il a vomi des démagogues et des régimes autoritaires qui promettent mensongèrement de se venger des élites dirigeantes qui ont trahi le peuple. Notre démocratie, soumise à cet assaut, a été remplacée par un théâtre politique dénué de sens.

Comme l’ont détaillé les universitaires Benjamin Page et Martin Gilens dans leur étude exhaustive de 2017 « Democracy in America ? » :

« les meilleures preuves indiquent que les souhaits des Américains ordinaires n’ont que peu ou pas d’impact sur l’élaboration de la politique du gouvernement fédéral. Les particuliers fortunés et les groupes d’intérêt organisés, en particulier les sociétés commerciales, ont … beaucoup plus de poids politique. … [L]e grand public [est] … pratiquement impuissant. … La volonté des majorités est … contrecarrée par les riches et les personnes bien organisées, qui bloquent les propositions politiques populaires et s’accordent des privilèges particuliers. … La majorité des Américains sont favorables à des politiques spécifiques conçues pour faire face à des problèmes tels que le changement climatique, la violence armée, un système d’immigration intenable, des écoles publiques inadaptées et des ponts et des autoroutes en ruine. … De larges majorités d’Américains sont favorables à divers programmes visant à fournir des emplois, à augmenter les salaires, à aider les chômeurs, à fournir une assurance médicale universelle, à assurer des pensions de retraite décentes et à payer ces programmes avec des impôts progressifs. La plupart des Américains veulent également supprimer les « la protection sociale gérée par les entreprises ». Pourtant, ce sont surtout les riches, les groupes d’entreprises et les blocages structurels qui ont empêché ces nouvelles politiques. … »

Il ne devrait pas y avoir de débat sur la manière d’apporter des changements. Une réforme fragmentaire et progressive est toujours préférable à l’anarchie inévitable que crée tout vide de pouvoir. Le problème est que nos ingénieurs utopistes, dans leur démantèlement vertigineux d’un système économique et démocratique, ainsi que dans l’épuisement des ressources de l’État dans les guerres qu’il mène à l’étranger, ont dynamité les outils qui pourraient nous sauver. Ils ne nous ont laissé d’autre choix que de nous révolter et de les chasser du pouvoir.

Nous mènerons des actions soutenues de désobéissance civile pour faire tomber ces oligarques corporatifs ou bien nous vivrons dans une tyrannie orwellienne, au moins jusqu’à ce que l’urgence climatique fasse disparaître l’espèce humaine. Les règlements, les lois, la planification et le contrôle ne sont pas les ennemis de la liberté. Ils empêchent les capitalistes de détruire la liberté, de nier la justice et d’abolir le bien commun. La liberté de la classe capitaliste d’exploiter les êtres humains et le milieu naturel sans restriction transforme la liberté du plus grand nombre en liberté du plus petit nombre. Cela a toujours été ainsi.

Chris Hedges.

Source : Truthdig, Chris Hedges

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
https://www.les-crises.fr/le-desastre-de-l-ingenierie-de-l-utopie-par-chris-hedges/

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POURQUOI UN MOUVEMENT CONSTITUANT POPULAIRE PERMANENT (MCP) ?

Source : http://mouvement-constituant-populaire.fr/2020/annonces/pourquoi-le-mcp-etienne-chouard/

Tous les êtres humains espèrent un monde meilleur.
Tous ont une opinion sur « ce qu’il faudrait faire ».
Tous savent bien les lois qu’il faudrait voter — et celles qu’il faudrait abroger.
Tous rêvent de révoquer des politiciens qu’ils estiment (très) mauvais pour la collectivité.

Tous aimeraient participer aux décisions communes, mais tous se contentent de discuter sans jamais rien changer puisqu’aucun pouvoir de décider ne leur est jamais accordé.

Les hommes qui se contentent de parler sans rien changer ne doivent pas se plaindre que tout va de plus en plus mal : d’une certaine manière, ceux qui acceptent leur servitude la méritent.

Alors, pour aller vers un monde meilleur, qu’est-ce qu’on peut faire ?

Nous devrions cesser de parler de sujets législatifs (« quelles lois faudrait-il voter ? »), et nous devrions plutôt concentrer notre attention et nos discussions sur les sujets constituants (« comment devrait-on voter les lois ? »).

Les sujets législatifs nous divisent — pour rien, absolument pour rien puisque ce n’est pas nous qui décidons, de toutes façons —, alors que les sujets constituants nous rassemblent en nous faisant percevoir notre cause commune, prioritaire : instituer nous-mêmes les règles de notre représentation, les modalités de notre pouvoir populaire.

Les sujets législatifs sont déprimants (parce que nous sentons bien que nous bavardons en vain, comme desenfants politiques), alors que les sujets constituants sont enthousiasmants (parce que nous sentons bien que cette façon de faire de la politique, en adulte, est capable, un jour, de tout changer).

Les « élus » ne sont grands que parce que nous sommes à genoux, nous qui adorons l’élection comme une vache sacrée alors que l’élection est LA procédure de notre dépossession politique : quand j’élis, je renonce à voter ; quand j’accepte qu’un autre décide tout à ma place (selon les règles que lui et ceux de sa caste ont écrites eux-mêmes), j’abdique toute souveraineté. Penser les sujets constituants revient à me relever, devenir adulte, penser en souverain.

Quelle est la cause de notre impuissance politique ?
Qui a écrit l’affreux texte (la constitution) où est programmée l’infantilisation des citoyens ?

Si rigoureusement aucun pouvoir — ni celui de décider, ni même celui de contrôler — n’est accordé au simple citoyen, toujours et partout, c’est parce qu’aucun simple citoyen n’a jamais été invité — ou ne s’est imposé — dans le processus constituant (ce moment où l’on écrit qui a le pouvoir de décider pour la société et sous quels contrôles). Actuellement, depuis environ 200 ans qu’existe ce qu’on appelle (trompeusement) le « gouvernement représentatif », ce sont les politiciens qui, en s’imposant dans « l’Assemblée constituante », sans que personne ne se mette en travers de leur chemin, se sont arrogé le droit d’écrire leur propre contrat de travail (la constitution), et le résultat (qui était bien prévisible) est que, toujours et partout, les représentants ont ainsi institué leur propre puissance et l’impuissance des représentés : ils ont fait des citoyens des incapables politiques.

Logiquement, donc, plutôt que de discutailler inutilement sur les lois que nous ne voterons jamais, nous devrions apprendre à instituer notre propre puissance politique, celle qui nous manque pour changer le monde (en bien).

D’où les ateliers constituants populaires que j’anime depuis 2005 partout en France et dans les pays francophones. Une idée neuve grandit, grâce à de nombreux collectifs qui se multiplient depuis quinze ans et qui défendent tous cette thèse, à leur façon :
– ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir,
– c’est aux représentés d’écrire et d’améliorer (en permanence) les règles de leur propre représentation,
– et les représentants doivent être soigneusement tenus à l’écart de l’écriture des institutions (au lieu d’en avoir scandaleusement le monopole…).

Alors, pourquoi un nouveau Mouvement Constituant Populaire, MCP  ?

Pour montrer l’unité fondamentale de tous ces collectifs : seuls les citoyens sont légitimes à se constituer en peuple.
Pour donner du courage à ceux dont le moral faiblit.
Pour donner de l’ampleur géographique — et plus d’harmonie — à nos actions.
Pour nous inspirer les uns les autres avec nos initiatives.
Pour mettre en pratique l’idée que l’union fait la force.
Pour inciter/conduire les (nombreux) partisans de cette idée à devenir (tous) actifs.
Pour rester concentrés sur l’essentiel, et recadrer (fraternellement) ceux qui dérivent vers des sujets législatifs ou des objectifs politiciens.
Pour défendre l’idée dérivée centrale que c’est la procédure du RIC constituant qui semble devoir être LA modalité simple et décisive qui peut être défendue par des millions d’électeurs pour s’émanciper de leurs maîtres « élus ».

Quand les jeunes gens qui ont eu l’idée de ce MCP m’ont demandé si je voulais bien les aider, il ne m’a pas fallu longtemps pour y reconnaître une belle plante qui vient des milliers de graines que je sème depuis 2005, et j’ai évidemment décidé de les aider autant que je le peux.

À condition toutefois que l’objectif reste un processus constituant populaire. Ce point, à mon sens, n’est pas négociable, et le risque est grand de le perdre en route  : si le mouvement se mettait à défendre « un processus constituant » (qu’il soit populaire ou pas), je m’en écarterais aussitôt car l’essentiel de l’essentiel, ce qui va tout changer sur terre, la condition sine qua non de la grande évolution qui vient, c’est que ce soit les représentés qui pensent et déterminent les règles de leur représentation et surtout pas les représentants.

Si on acceptait l’idée qu’une Assemblée constituante soit élue, on pourrait dire qu’on recommence à perdre son temps et que le mouvement est perdu : en effet, la plupart des formations constituantes du monde ont toujours été élues, et toutes leurs « constitutions » ont toujours été votées par référendum ; et pourtant, chacun peut constater que toutes ces assemblées élues ont institué une redoutable impuissance populaire, malgré le référendum. Donc, ce n’est pas une Assemblée constituante élue, ni un référendum, qui pourra changer les choses, pas du tout.

Ce qui compte, ce n’est pas qui vote la constitution : ce qui compte, c’est qui écrit d’abord et qui contrôle ensuite la constitution.

Ce qui doit changer, ce sont les rédacteurs de la constitution, qui doivent être les citoyens eux-mêmes.

Par ailleurs, au moment de voter par référendum leur proposition de constitution, l’ensemble des citoyens doit pouvoir voter (décider) article par article (ou groupe d’articles par groupe d’articles), et pas du tout voter toute la constitution en bloc « à prendre ou à laisser ».

Ce qui doit changer, c’est la possibilité offerte en permanence aux simples citoyens de réviser leur constitution, parce que c’est la leur.

Dans l’ambiance actuelle de tyrannie qui vient, où les gouvernements du monde entier s’autonomisent, s’affranchissent de tout contrôle et s’en prennent brutalement à nos libertés fondamentales sous le prétexte de notre sécurité (ce qu’ont toujours fait tous les tyrans et tous les chefs de gangs mafieux), j’espère que le MCP, ce mouvement démocratique d’inspiration confédérale — unir des groupes en respectant leur souveraineté et leur liberté —, réussira à renforcer et à stimuler les différents collectifs qui le composent.

Je ferai ce que je peux pour les aider.

Bon courage à tous.

Étienne.
11 septembre 2020.
https://old.chouard.org/Europe/
https://www.chouard.org/

Le tout nouveau site du MCP :
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http://mouvement-constituant-populaire.fr/

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Comment fonctionnerait une vraie démocratie ?

https://youtu.be/5R-EsEp-cMc

Une démocratie digne de ce nom, ça s’institue.

Et jamais des élus ne le feront. Jamais. À cause du conflit d’intérêts.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Seuls les citoyens eux-mêmes sont légitimes et aptes à écrire une vraie constitution.

Quand les politiciens modifient la constitution, c’est un crime : ils volent la souveraineté qui ne leur appartient pas.

#GrèveGénéraleCONSTITUANTE

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FRANCE : Les Gilets Jaunes défilent le 5 septembre pour demander la destitution d’Emmanuel Macron (source : Afrique Éducation)

Gj
https://www.afriqueeducation.com/politique/france_les_gilets_jaunes_d_filent_le_5_septembre_pour_demander_la_destitution_d_emmanuel

« Après avoir ébranlé le pouvoir d’Emmanuel Macron en 2018, les Gilets Jaunes reviennent en force. Ils s’annoncent en pleine rentrée perturbée par le regain du coronavirus par une première manifestation, qui leur donnera l’occasion de demander ni plus ni moins la démission d’Emmanuel Macron.

Une série de rassemblements et cortèges, se dérouleront le samedi, 5 septembre 2020, à partir de 14 h, depuis la Maison de la Radio en passant par TF1, C8, France 24, Altice Media et se termineront devant le siège de France Télévisions, esplanade Henri de France à Paris, afin de porter les revendications suivantes :

1) Exiger que Macron soit destitué en raison d’un certain nombre de crimes que les Gilets Jaunes vont expliquer aux Français. Notamment, s’agissant de l’affaire Alstom qui relève de l’article 411-3 du Code Pénal, ainsi que, des frappes militaires qu’il a ordonnées sur le territoire syrien en avril 2018, qualifiées de crime d’agression par l’article 8 bis des Statuts de Rome sur la CPI.

2) Exiger que le Référendum d’Initiative Citoyenne à vocation législative et révocatoire, soit introduit dans la Constitution afin d’assurer un contre-pouvoir démocratique réel pour le peuple, que ce soit pour voter des lois ou mieux contrôler la représentation politique.

3) Dénoncer tous les régimes de sujétion économiques que subit la France, que ce soit par son rattachement illégitime à l’UE et l’euro, mais aussi, l’ingérence claire d’intérêts financiers et industriels dans les politiques publiques de la France dont Emmanuel Macron n’est à ce titre qu’un vulgaire chargé de mission.

4) Exiger une remise en cause majeure du traitement de l’information politique par les grands médias (sous entendu ils sont corrompus par des pouvoirs d’argent).  » Nous considérons que la censure de certaines personnalités ou opinions politiques et la propagande (comme celle que nous subissons à propos du Covid-19) pour servir les intérêts politiques ou financiers d’un petit nombre de personnes, n’est pas admissible dans un pays qui se dit démocratique », expliquent les Gilets Jaunes.

Et d’ajouter : « Nous savons que les journalistes sont pleinement conscients que les Français ne font plus confiance en leur indépendance et leur objectivité dans leur travail, et qu’une grande partie d’entre-vous souhaite enrayer cette crise de confiance. A ce titre, nous pensons que le premier pas consiste à nous rencontrer et discuter pour savoir quelles sont nos attentes et quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour améliorer le traitement de l’information en France ».

Le ton est donné. Les Gilets Jaunes sont de retour. Pour demander la destitution du président de la République. Ce retour conjugué à la catastrophique situation économique provoquée par le coronavirus, qui, par ailleurs, reprend de l’ampleur, est de nature à donner de grosses insomnies au locataire de l’Elysée. »

Source : Afrique Éducation, 28 août 2020.

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[La tyrannie qui vient, sous prétexte sanitaire] Big Brother is masking you

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Sur l’inefficacité des masques, prouvée par de nombreux scientifiques, signalés ici par le très officiel CDC (aux USA : Center for Disease Control and Protection) :

• Mesures non pharmaceutiques pour la grippe pandémique dans les milieux non sanitaires – Mesures de protection individuelle et environnementales

https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/5/19-0994_article

Abstract : Il y a eu 3 pandémies de grippe au 20e siècle, et il y en a eu une jusqu’à présent au 21e siècle. Les autorités sanitaires locales, nationales et internationales mettent régulièrement à jour leurs plans pour atténuer la prochaine pandémie de grippe à la lumière des dernières données disponibles sur l’efficacité des diverses mesures de contrôle pour réduire la transmission. Ici, nous passons en revue la base de preuves sur l’efficacité des mesures de protection individuelle non pharmaceutiques et des mesures d’hygiène environnementale dans les milieux non sanitaires et discutons de leur inclusion potentielle dans les plans de pandémie. Bien que les études mécanistes soutiennent l’effet potentiel de l’hygiène des mains ou des masques faciaux, les preuves de 14 essais contrôlés randomisés de ces mesures n’ont pas montré un effet substantiel sur la transmission de la grippe confirmée en laboratoire. Nous avons également trouvé des preuves limitées sur l’efficacité de l’amélioration de l’hygiène et du nettoyage environnemental. Nous avons identifié plusieurs lacunes majeures dans les connaissances, imposant des recherches plus approfondies, et plus fondamentalement une meilleure caractérisation des modes de transmission de personne à personne.

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• Covid19 : « La mascarade a assez duré, comment la combattre ? » par le Docteur Nicole Delépine

https://putsch.media/20200820/tribunes/la-culture-du-debat/covid19-la-mascarade-a-assez-dure-comment-la-combattre-par-le-docteur-nicole-delepine/

• Même David Pujadas est agacé en voyant « les cartes du Covid »…

https://youtu.be/OlCO1UGCqgM

• J.-F. Toussaint : « Il n’y a pas d’argument scientifique qui recommande le port du masque partout »

#ToutPouvoirVaJusquÀCeQuilRencontreUneLimite

#QuandLesCitoyensVontIlsEnfinSeDéciderÀRéfléchirEuxMêmesAuxNécessairesLimitesDeLeursReprésentants

MÊME SIEYES LE DIT (en 1789) : « AUCUNE SORTE DE POUVOIR DÉLÉGUÉ NE PEUT RIEN CHANGER AUX CONDITIONS DE SA DÉLÉGATION »

« Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ».

Sieyes lui-même (l’odieux qui a ensuite imposé l’idée que « dans un pays qui n’est pas une démocratie, — et la France ne saurait l’être —, le peuple ne peut parler ne peut agir que par ses représentants »…) Sieyes lui-même clamait aussi (tellement c’est évident) que seuls les représentés peuvent fixer les règles de leur représentation, et au grand jamais les représentants !

« Mais qu’on nous dise d’après quelles vues, d’après quel intérêt on aurait pu donner une constitution à la nation elle-même. La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout. Sa volonté est toujours légale, elle est la loi elle-même. Avant elle et au-dessus d’elle il n’y a que le droit naturel. Si nous voulons nous former une idée juste de la suite des lois positives qui ne peuvent émaner que de sa volonté, nous voyons en première ligne les lois constitutionnelles, qui se divisent en deux parties : les unes règlent l’organisation et les fonctions du corps législatif : les autres déterminent l’organisation et les fonctions des différents corps actifs. Ces lois sont dites fondamentales, non pas en ce sens qu’elles puissent devenir indépendantes de la volonté nationale, mais parce que les corps qui existent et agissent par elles ne peuvent point y toucher. Dans chaque partie, la constitution n’est pas l’ouvrage du pouvoir constitué, mais du pouvoir constituant. Aucune sorte de pouvoir délégué ne peut rien changer aux conditions de sa délégation. » (Sieyes, « Qu’est-ce que le Tiers état ? » (1789))

https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158550237652317

Bon courage pour vos ateliers constituants quotidiens :) avec vos voisins, vos cousins, vos copains, vos frangins…

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :

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Le texte intégral du pamphlet de Sieyes : Qu’est-ce que le Tiers état ?

[pdf-embedder url= »https://www.chouard.org/wp-content/uploads/2020/08/Sieyes_Qu_est-ce_que_le_tiers_etat_1789.pdf »]

[Corruption de l’action publique en matière de santé] Cancer : l’art de ne pas regarder une épidémie, par Celia Izoard

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Source : Terrestre (1er juillet 2020), http://www.terrestres.org/2020/07/01/cancer-lart-de-ne-pas-regarder-une-epidemie/

Comment se fait-il que, dans une société fondée sur le traitement de l’information et la collecte de données, il soit si difficile d’expliquer la multiplication effrénée de certains cancers ? Célia Izoard en appelle à une refonte des méthodes épidémiologiques pour enfin reconnaître l’impact de la pollution sur la santé.

Article publié dans la revue Z
Numéro 13, Fumées noires et gilets jaunes
(en vente actuellement en librairie)

 

Voilà un fait étonnant : on ne sait pas combien de cancers surviennent en France chaque année. Ce chiffre n’existe pas, il n’a pas été produit. On ne sait pas exactement combien de cancers surviennent, on ne sait pas où ils surviennent. Quand Santé publique France, l’agence de veille sanitaire, annonce, par exemple, 346 000 cas de cancers pour l’année 2015, il s’agit d’une estimation réalisée à partir des registres des cancers, qui couvrent entre 19 et 22 départements selon le cancer étudié, soit 22 % de la population. « Cette méthodologie, précise le dernier bilan publié en 2019, repose sur l’hypothèse que la zone géographique constituée par les registres est représentative de la France métropolitaine en termes d’incidence des cancers1. »

Pourtant, le Tarn, l’Hérault ou le Finistère, couverts par des registres, sont des départements relativement épargnés par l’urbanisation et l’industrie. En revanche, les cancers dans certaines des principales métropoles du pays, comme Paris, Marseille et Toulouse, ne sont pas décomptés. Et comme le montre une enquête de Viviane Thivent pour Le Monde, les départements les plus concernés par les sites Seveso ne sont pas non plus couverts par les registres : la Moselle (43 sites « Seveso seuil haut »), la Seine-Maritime (47), les Bouches-du-Rhône (44) 2. Un complot ? Non. La simple démonstration du fait que connaître l’impact des pollutions urbaines et industrielles n’a pas figuré jusqu’ici au premier rang des préoccupations des épidémiologistes.

« Historiquement, la mise en place des registres des cancers correspond à des initiatives locales isolées », justifie le professeur Gautier Defossez, responsable du registre des cancers du Poitou-Charentes. « Elles ont ensuite été coordonnées par un comité national des registres. La surveillance des zones industrielles et urbanisées est d’intérêt, seulement nous n’en avons pas les moyens. » Question naïve : étant donné que la quasi-totalité des soins liés aux cancers est prise en charge par l’Assurance-maladie, pourquoi n’est-il pas possible de travailler à partir de ses chiffres ? « Cela nécessiterait de changer la méthodologie, car les registres différencient plus finement les types de cancer que les bases de données de l’Assurance-maladie. Surtout, ce sont des données sensibles auxquelles nous n’avons pas accès », déplore Gautier Defossez. Des obstacles qui laissent songeur, dans une société de l’information où l’on donne sa date de naissance et son adresse personnelle quand on s’achète une boîte de Doliprane en pharmacie, où le moindre clic est enregistré dans des bases de données, absorbé dans des statistiques et mouliné par des algorithmes, où toutes les conversations téléphoniques peuvent être localisées et enregistrées à des fins de surveillance policière.

Dans un tel monde, il ne serait pas absurde de supposer l’existence d’une cellule de veille sanitaire dotée des moyens de cartographier presque en temps réel les cas de cancers recensés au moyen des fichiers des hôpitaux, voire même signalés par un numéro vert. Si un taux anormal de telle ou telle tumeur apparaissait dans un lieu donné, par exemple – à tout hasard – autour d’une usine d’engrais ou d’une centrale nucléaire, une zone de la carte se mettrait à clignoter… Visiblement, un tel dispositif pourrait intéresser du monde. Entre 2010 et 2015, Santé publique France a reçu une cinquantaine de signalement de taux de cancers anormaux dans des zones industrielles ou agricoles, comme dans l’Aube, près de Soulaines-Dhuys, où l’on observe une véritable épidémie de cancers du poumon, du pancréas et de leucémies à proximité d’un centre de stockage de déchets nucléaires 3

Surtout, les estimations des taux de cancer dont on dispose devraient nous inciter d’urgence à nous intéresser à l’impact de notre environnement dégradé. Selon Santé publique France, entre 1990 et 2018, donc en près de trente ans, l’incidence – le nombre de nouveaux cas de cancers sur une année – a augmenté de 65 % chez l’homme et de 93 % chez la femme. Est-ce uniquement parce que la population augmente et vieillit, comme on l’entend souvent ? Non ! Pour 6 % chez l’homme et pour 45 % chez la femme, cette tendance n’est pas attribuable à la démographie 4. Certains cancers sont en recul, comme le cancer de l’estomac, grâce au traitement de la bactérie Helicobacter pylori et, en gros, à la généralisation des frigos 5, de même que les cancers du larynx, du pharynx, de la lèvre et de la bouche, en grande partie grâce aux campagnes de lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme. En revanche, les cancers de l’intestin, du poumon, du pancréas augmentent chaque année en moyenne de 2 à 5 % depuis trente ans. Chez les hommes, les cancers de la prostate et des testicules augmentent de plus de 2 % par an. Chez les femmes, les cancers du foie, de l’anus et du pancréas ont bondi de plus de 3 % par an en moyenne depuis 1990. Pour les deux sexes, les cancers de la thyroïde ont augmenté de 4,4 % par an. Petite précision : 4,4 % par an, c’est beaucoup, puisque cela représente une hausse de 234 % en 28 ans.

POURQUOI LE CANCER DU SEIN A-T-IL PROGRESSÉ DE 99 % EN VINGT-TROIS ANS ?

Comment expliquer des progressions aussi spectaculaires ? Dans un petit livre pédagogique, le toxicologue André Cicolella s’est employé à éclaircir la question en s’arrêtant sur le cancer du sein, dont une Française sur huit sera atteinte au cours de sa vie 6. Entre 1990 et 2013, son incidence dans le monde a progressé de 99 %, dont 38 % seulement en raison du vieillissement de la population. Cette hausse serait-elle un simple effet du dépistage, lié au fait qu’on détecte mieux les tumeurs ? En France, le dépistage généralisé n’a commencé qu’en 2004, alors que la maladie progresse depuis 1950. Par ailleurs, les pays où le dépistage est systématique (comme la Suède) ne sont pas ceux où l’incidence est la plus haute. Il s’agit donc d’une véritable épidémie, au sens originel d’epi-dêmos, une maladie qui « circule dans la population », quoique non contagieuse, et même d’une pandémie, puisqu’elle s’étend au monde entier. Si l’on s’en tient aux chiffres produits par les États, le pays le plus touché serait la Belgique, avec 111,9 cas pour 100 000 femmes par an (contre 89,7 pour la France). Utilisant des taux qui prennent en compte les disparités démographiques comme celle du vieillissement, Cicolella compare méthodiquement cette situation avec celle du Bhoutan, un pays de taille comparable, dont le système de santé est gratuit et fiable. L’incidence du cancer du sein y est la plus faible au monde : 4,6 cas pour 100 000 femmes.

Des différences génétiques entre populations peuvent-elles expliquer de telles disparités ? Non, nous dit le toxicologue. Plusieurs études montrent que « les femmes qui migrent d’un pays à l’autre adoptent rapidement le même taux que celui de leurs nouvelles concitoyennes ». En une génération, le taux de cancer du sein des migrantes sud-coréennes aux États-Unis a doublé, de même que celui des migrantes iraniennes au Canada rattrape celui des Canadiennes, etc.

Bien plutôt, conclut Cicolella, le Bhoutan se distingue de la Belgique en ce que ce dernier, jamais colonisé, n’a pas connu de « révolution industrielle, pas de révolution verte à base de pesticides non plus, pas de pollution urbaine » et a gardé longtemps un mode de vie traditionnel. Le cancer du sein, pour l’immense majorité des cas, est donc le fruit d’un système industriel. Causes environnementales suspectées ou avérées : les traitements hormonaux (pilule y comprise), les champs électromagnétiques, la radioactivité, les perturbateurs endocriniens (pesticides, additifs, dioxines, bisphénol, tabac, etc.) et d’autres produits issus de la chimie (benzène, PVC, solvants, etc.).

 

LES « MAUVAISES HABITUDES DE VIE »

Vous avez trois minutes devant vous ? Le cancer vous préoccupe ? Alors rendez-vous sur le site Internet de l’Institut national du cancer (Inca) pour faire le quiz « Prévention cancers : 3 minutes pour faire le point ». Bilan personnel : en cliquant sur les pastilles rouges assorties d’un point d’exclamation, j’apprends que ma consommation d’alcool, associée à une faible activité physique, m’expose à un sur-risque de cancer du sein. Pour ne pas me décourager, l’Inca annonce en gros titre que « 41 % des cancers peuvent être prévenus en changeant son mode de vie : En 2015, en France, 142 000 nouveaux cas de cancer seraient attribuables à des facteurs de risque modifiables 7. L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des cancers en France, Institut national du cancer, 4 février 2019 (e-cancer.fr). » L’importance respective de ces « facteurs de risque modifiables » est illustrée par un joli diagramme échelonnant divers facteurs de risque au premier rang desquels figurent le tabac (19,8 %), l’alcool (8 %) et la qualité de l’alimentation (consommation ou non de viande rouge, fruits, fibres, etc. – 5,4 %). Tout en bas du diagramme figurent les « substances chimiques de l’environnement », qui ne seraient responsables que de 0,1 % des cancers. Pour parachever ce qui a tout l’air d’une démonstration, suit un autre gros titre : « Croyance : plus de cancers attribués à la pollution qu’à l’alcool ». Cette dénonciation de l’ignorance populaire est assortie d’un sondage : « En 2015, plus des deux tiers des Français pensaient que “la pollution provoque plus de cancers que l’alcool”, alors que […] la pollution de l’air extérieur est responsable de moins de 1 % des nouveaux cas de cancers dus à des facteurs de risque modifiables. »

Tout d’abord, arrêtons-nous sur cette formule : n’est-il pas étonnant que la « pollution » soit ici résumée à « la pollution de l’air extérieur » ? Qu’en est-il des pesticides, des nanoparticules, des perturbateurs endocriniens, des phtalates, des métaux lourds que nous ingurgitons à travers les aliments, l’eau, les cosmétiques et les textiles ? des expositions professionnelles à toutes sortes de produits cancérigènes probables, possibles ou avérés dont aucun n’est interdit, sauf l’amiante ? Il suffit de se reporter au diagramme pour voir que diverses sources de pollutions y sont séparées en autant de facteurs de risque induisant, chacune, de très faibles pourcentages de cas de cancers. Un découpage pour le moins arbitraire. En effet, la catégorie « substances chimiques de l’environnement » pourrait très facilement recouvrir un grand nombre de cancers attribués à l’obésité et au surpoids, eux-mêmes en partie causés par les additifs alimentaires, les pesticides, les perturbateurs endocriniens 8… Elle pourrait aussi absorber en partie les cases « expositions professionnelles », « radiations ionisantes ». En s’amusant à redécouper ces catégories, on obtiendrait un taux à deux chiffres, et la pollution deviendrait l’une des principales causes de l’épidémie de cancers actuelle – de quoi démontrer que la croyance du bas peuple n’est pas tout à fait dénuée de fondement…

D’autres biais importants conduisent les épidémiologistes à sous-estimer l’impact de la pollution dans l’incidence du cancer. Ainsi le diagramme mentionné, est-il précisé, ne prend en compte que des facteurs de risque et des localisations de cancer associés pour lesquels le lien de causalité est déjà scientifiquement bien établi, comme le benzène pour les leucémies, l’amiante pour les cancers du poumon. Mais s’il serait déjà impossible d’évaluer expérimentalement la nocivité des 248 055 substances chimiques dûment enregistrées et réglementées à ce jour, et encore moins leurs effets combinés, que dire des… 35 millions de substances chimiques différentes qui sont aujourd’hui commercialisées 9 ?

Par ailleurs, que signifie « substance cancérogène » ? « Traditionnellement, on ne considère une substance comme cancérogène que si elle provoque par elle-même des cellules cancéreuses, explique André Cicolella. Or la biologie du cancer a progressé : on sait maintenant que de nombreuses substances interviennent dans les très nombreux mécanismes du micro-environnement de la tumeur. Par exemple, le bisphénol A et certains fongicides favorisent la vascularisation des cellules cancéreuses » Cela n’est pas pris en compte dans les estimations présentées au public.

 

QU’EST-CE QU’UN « CANCER ÉVITABLE » ?

Au-delà d’un problème de déontologie, qui tient au fait de marteler comme des faits scientifiques des affirmations biaisées, cette approche traduit surtout une stratégie de santé publique : lutter contre le cancer en appelant chacun à modifier son comportement, ce n’est pas forcément une mauvaise idée, comme le montre la baisse d’incidence de certains cancers liés au tabagisme chez l’homme. Il est bien légitime que les politiques de santé publique incitent les gens à ne pas fumer, boire modérément, faire du sport et manger des légumes. Le problème vient de cette manière de s’adresser à tout un chacun en tant qu’Homo hygienicus en négligeant de penser la question sanitaire en termes de justice sociale. Nous sommes loin d’être égaux et égales face à ces facteurs de risque. Manger bio coûte plus cher. Une équipe de l’Inserm est même parvenue à mesurer que la fréquentation des supermarchés discount faisait grossir, compte tenu de la faible qualité de produits bourrés d’additifs, de sucre, etc. La possibilité de pratiquer un sport reste un privilège pour les familles surmenées par la précarisation galopante de l’emploi. Bref, la notion de « comportement » recouvre un faisceau de déterminismes sociaux, ce qui aboutit à culpabiliser les classes populaires avec leurs prétendues « mauvaises habitudes » qui leur sont largement imposées – ne serait-ce que par un cadre de vie dans lequel on tombe plus facilement sur un Burger King que sur un petit marché de producteurs bio. Ensuite, la stratégie présentant les mauvaises habitudes de vie comme responsables du cancer présente l’inconvénient – ou l’avantage, c’est selon – de dédouaner les industriels des expositions aux substances cancérigènes qu’ils déversent massivement dans l’environnement depuis plusieurs décennies. Dans le même temps, elle dédouane les pouvoirs publics de leur inaction face à cette pollution.

Le concept de « cancer évitable » est emblématique de cette approche de santé publique d’inspiration néolibérale. Pourquoi un cancer évitable ne serait-il pas un cancer que les pouvoirs publics pourraient éviter en prenant les mesures les plus directes ? On pourrait par exemple considérer qu’il est plus facile et plus direct d’agir sur l’exposition massive aux pesticides, qui n’a pas plus de cinquante ans, que sur la consommation d’alcool, une tradition pas fantastique sur le plan sanitaire, mais plurimillénaire et profondément ancrée dans les usages. Plus généralement, n’est-il pas plus efficace d’agir sur la pratique de quelques dizaines d’industriels – par exemple en interdisant la commercialisation d’un produit mis en cause par un nombre d’études suffisant – que sur celle de 67 millions d’individus aux marges de manœuvre très inégales ?

 

« LES ENFANTS ONT LE CANCER, ILS N’ONT NI BU, NI FUMÉ »

En août 2019, dans la salle d’attente du CHU de Rouen où sa fille de 5 ans est soignée pour un neuroblastome 10, Charlène Bachelet a discuté avec une autre maman, qui vit dans la commune d’à côté, en bord de Seine, et dont l’enfant est lui aussi atteint d’un cancer. Au fil d’une petite enquête, elles ont dénombré, dans un rayon de dix kilomètres autour de leur domicile respectif d’Igoville, notamment dans la commune voisine de Pont-de-l’Arche, en bord de Seine, une dizaine de cas d’enfants atteints, pour la plupart, de cancers du sang – soit un taux 100 fois supérieur au nombre de cas attendus 11. Pendant que l’enquête ouverte par l’agence régionale de santé et Santé publique France suit son cours, Charlène Bachelet, policière municipale, a mûri quelques hypothèses : « Nous, on n’est vraiment pas bio dans la famille, mais certains enfants malades mangent bio depuis leur naissance. Nos habitudes de vie sont très différentes. Par contre, on a presque tous un petit potager, et dans le voisinage immédiat, on a une grosse usine de pâte à papier, une usine de métallurgie et une usine de produits vétérinaires. »

Des histoires semblables, il y en a dans toute la France. Dans des communes limitrophes du Haut-Jura, dix enfants de 6 mois à 13 ans ont des cancers, apprenait-on en novembre dernier 12 ; de même en Loire-Atlantique, dans le voisinage de Sainte-Pazanne, où, depuis 2015, 17 cas ont été recensés dans la même zone. Un questionnaire de 47 pages a été soumis aux parents, une batterie de prélèvements a été effectuée dans l’école et autour d’un ancien site industriel voisin. Mais une fois écartée la présence d’une source de toxicité aiguë, l’enquête s’est arrêtée en novembre 2019. Conclusion : il s’agirait d’un « regroupement spatio-temporel sans cause commune identifiée 13 Communiqué de presse, agence régionale de santé, préfecture de région Pays de la Loire et Santé publique France, 19 novembre 2019. » En d’autres termes, il y a bien un taux anormal de cancers, mais l’agence régionale de santé n’a rien trouvé pour l’expliquer.

« Santé publique France assure qu’on ne peut pas faire d’études épidémiologiques à partir de regroupements de cas à l’échelle des communes, pour des raisons de méthodologie » 14. « Les raisons de méthodologie sont invoquées par Jacqueline Clavel, épidémiologiste à l’Inserm et responsable du registre des cancers de l’enfant, contactée par téléphone » s’insurge Marie Thibaud, mère d’un enfant malade à Sainte-Pazanne et thérapeute familiale. « Mais si elle ne peut pas le faire, qui peut ? Ils auraient pu aller voir quels produits sont utilisés dans les cultures agricoles aux alentours, s’intéresser aux effets cocktail. Les enfants ont le cancer, ils n’ont ni bu ni fumé, il y a forcément des causes environnementales. » Face à ce qu’elle résume comme « une volonté de ne pas chercher et de ne pas trouver« , Marie Thibaud a créé avec une trentaine de parents le collectif Stop aux cancers de nos enfants. Ils ont lancé une collecte sur Internet pour financer des analyses de l’environnement et des prélèvements sur les cheveux d’une vingtaine d’enfants, afin d’y tester la présence de 1 800 polluants organiques et 36 métaux toxiques 15.

En Europe, au cours des trente dernières années, les cancers de l’enfant ont augmenté de 1 à 2 % par an. En France, on recense 2 500 cas chaque année, 500 enfants en meurent. « 500 enfants par an !  Vous imaginez, si un accident de bus tuait chaque mois quarante enfants ? » interroge André Cicolella. « Le problème serait pris au sérieux ! » Mais « tout se passe comme si, dans les esprits, la priorité en termes de gravité et d’urgence était par principe liée aux risques infectieux, comme si la contamination chimique était par nature incertaine quant à ses effets sanitaires 16 » On pense à l’émoi que déclenche chaque année l’apparition de foyers de rougeole, qui donnent lieu à une surveillance systématique département par département et à une mobilisation générale des services de santé. Depuis 2008, en France, la rougeole a causé… 17 morts. Pour le toxicologue, l’augmentation des cancers de l’enfant, preuve accablante de la dégradation de nos milieux de vie, justifie d’urgence une vraie refonte des méthodes. « Le système dysfonctionne, parce qu’on se cantonne à l’épidémiologie, alors qu’il faudrait développer une vraie “expologie”, une science de l’exposition aux polluants, croisée à une approche toxicologique et épidémiologique. Il faut aussi cesser d’aligner l’action publique sur les exigences de production de la vérité scientifique. Dans le domaine de la science, il est sain d’entretenir le doute et de ne jamais considérer un résultat comme définitif. Dans le domaine de la santé publique, c’est désastreux. Il faut agir à partir du moment où on a un certain niveau de probabilité. » Dans bien des cas, c’est maintenant.

Celia Izoard.

Interview croisée de Celia Izoard (revue Z), Antoine Klein (Revue Z) et Anne Marchand, chercheuse et membre du Giscop 93 (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-saint-Denis), auteure de “Si vous allez mourir, tapez étoile” (Revue Z n°13) consacré au parcours du combattant de la reconnaissance du cancer comme maladie professionnelle. Émission réalisée par des membres de la librairie Michèle Firk à retrouver sur notre audioblog Les sons des Terrestres :

 

Notes

1. « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 : étude à partir des registres des cancers du réseau Francim – Synthèse », Gautier Defossez et autres, éd. Santé publique France, février 2019.

2. « En France, le décompte des cas de cancer n’est effectué que pour 22 % de la population », Le Monde, 22 janvier 2019.

3. « En France, le décompte des cas de cancer n’est effectué que pour 22 % de la population », art. cité. Voir aussi les vidéos  sur la chaîne YouTube du collectif « Trop – Pourquoi trop de cancers autour de Soulaines ? », exemples d’épidémiologie populaire qui met en cause l’industrie nucléaire.

4. « Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 », étude citée.

5. Les cancers de l’estomac sont liés à une alimentation fumée et salée, des moyens de conservation moins utilisés aujourd’hui.

6. Cancer du sein. En finir avec l’épidémie, éd. Les Petits Matins, 2016.

7. « L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des cancers en France », Institut national du cancer, 4 février 2019 (e-cancer.fr).

8. Sur le lien entre pollution chimique et obésité, voir l’excellente synthèse de Fabrice Nicolino, Un empoisonnement universel, éd. Les liens qui libèrent, 2014, p. 275-280.

9. Ces chiffres très officiels sont cités dans Un empoisonnement universel, ouvr. cité, p. 406.

10. Tumeur maligne extracérébrale du système nerveux.

11. L’affaire est révélée dans une série d’articles par Thomas Dubois, reporter à Paris-Normandie, à l’automne 2019.

12. « Cancers d’enfants anormalement élevés dans le Haut-Jura : des communes abasourdies par la nouvelle »,  V. Hirson et autres, 14 novembre 2019 ; et « Cancers pédiatriques dans le Haut-Jura : “C’est inquiétant, on se pose plein de questions” », Sophie Courageot, 15 novembre 2019, articles disponibles sur France Info (france3-regions.francetvinfo.fr).

13. « Communiqué de presse », agence régionale de santé, préfecture de région Pays de la Loire et Santé publique France, 19 novembre 2019.

14. Les raisons de méthodologie sont invoquées par Jacqueline Clavel, épidémiologiste à l’Inserm et responsable du registre des cancers de l’enfant, contactée par téléphone.

15. « L’introuvable explication des cancers pédiatriques en France », Patricia Jolly, Le Monde, 4 février 2020. Voir aussi la page du collectif Stop aux cancers de nos enfants sur Papayoux-solidarite.com.

16. Cancer du sein, ouvr. cité, p. 100.


Mon commentaire sera simplement de rappeler cette extraordinaire vidéo (on ne s’en lasse pas – à faire connaître partout) :

Bon courage à tous contre les innombrables complots ds empoisonneurs publics.

Étienne.

#CeQuiPermetAuxEmpoisonneursDAccaparerLePouvoirCEstLÉlection

#PasDeSouverainetéPopulaireSansTirageAuSort

#GrèveGénéraleConstituante

[Fake constitutions, diviseuses, écrites par des constituants illégitimes et antidémocrates] Frustration Magazine : « UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME »

UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME :

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https://www.facebook.com/FrustrationMag/photos/a.174102112784410/1438039903057285

Frustration Magazine : « Nous saluons cette initiative du gouvernement. Enfin on ose s’attaquer à un sujet tabou, dont l’ampleur augmente chaque année et qui pourrit le quotidien de nombreux Français. Le communautarisme bourgeois fait de terribles dégâts, en coupant une classe sociale du reste de la population et en lui permettant de s’organiser pour l’exploiter et la précariser. Ça suffit comme ça ! Nous proposons au premier ministre d’intégrer dans son courageux projet de loi les mesures suivantes :

– Suppression des grandes écoles et attribution de leurs moyens à un système d’enseignement universel et qui abolisse la séparation entre formations techniques, manuelles et intellectuelles. Les cols blancs imbus d’eux-mêmes coupés du terrain dans leur tour d’ivoire, nous n’en voulons plus, pas plus que l’entre-soi et le petit réseau qu’on cultive dans les écoles de la bourgeoisie. Les écoles privées subventionnées, ça suffit. Si les bourgeois veulent s’éduquer entre eux, qu’ils payent eux-mêmes leurs lieux.

– Interdiction de la chasse à cour, des quartiers résidentiels privés et de l’achat d’îles : de plus en plus de nos concitoyens riches se barricadent dans leur propres espaces où ils pratiquent des loisirs coûteux et attentatoire à la biodiversité [et au respect des êtres sensibles]. Il est temps pour eux de se mêler à nouveau au peuple et de cesser de se séparer des autres. Et gratuité pour le péage du Pont de l’Île de Ré : cet endroit est en train de devenir une zone de non-droit pour bourgeois, démocratisons-le.

– Fin du monopole bourgeois sur la politique : notre Assemblée nationale est préemptée par des avocats, patrons et hauts fonctionnaires. Il est temps de mettre fin à ce communautarisme politique en imposant des quotas sociaux à chaque élection. Il y a une moitié d’ouvriers et d’employés dans la population, il nous faut une moitié d’ouvriers et d’employés parmi nos représentants.

Ce ne sont que quelques mesures d’urgences, en surface, mais le fond du problème à régler tient évidement à la façon dont une seule classe sociale tire profit du travail des autres et, accumulant à chaque génération, se sépare chaque décennie un peu plus des lois de la République ! La racaille bourgeoise, ça suffit ! »

Signé : Frustration magazine

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Mon commentaire :

. L’élection (parmi des candidats qu’on peut aider) donne toujours le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le tirage au sort ne donne jamais le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le choix de la procédure — élection ou tirage au sort — incombe aux représentés — et surtout jamais aux représentants, évidemment. Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. C’est aux simples citoyens eux-mêmes, directement, d’écrire et de corriger les règles de leur représentation. Ils sont les seuls à pouvoir le faire correctement, structurellement, logiquement.

Le tirage au sort protège la société contre toutes les formes de communautarisme (et contre toutes les sociétés secrètes, d’ailleurs), sans s’en prendre à qui que ce soit en particulier, sans avoir à désigner des boucs émissaires.

Défendre une procédure permet d’éviter de s’attaquer (vainement) à des personnes et de modifier (efficacement) des structures, ce qui permet de régler –d’un coup et durablement — un grand nombre de problèmes qui paraissaient insolubles et éternels.

Réfléchissez à ça, on est au niveau des racines de nos tourments. Et vous, personnellement, vous avez un rôle important à jouer dans le développement de ce plan.

Bon courage à tous.

Étienne.

#GrèveGénéraleConstituante

[Fake suffrage universel : élire n’est pas voter] Les Gilets jaunes, le RIC et Chouard… Et la muselière de la calomnie commode « rouge-brun »

Souvenir : je vis dans un pays où les vrais opposants politiques sont condamnés dans les grands médias (et finalement bâillonnés) sans jamais leur permettre loyalement de se défendre :

Ici, dans cette émission de C dans l’air du 18 janvier 2019, les commentateurs se trompent : les gilets jaunes et Chouard ne contestent pas « toute forme de représentation », ils contestent « toute forme de représentation instituée (et verrouillée) par les représentants« , ce qui est totalement différent : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (la constitution) ; ce n’est pas aux représentants d’écrire les règles de la représentation (la constitution) ; ce n’est pas aux élus d’écrire ou de modifier la constitution.

Les représentés sont les seuls à être à la fois aptes et légitimes pour écrire et modifier la constitution.

Ce que les « élus » appellent mensongèrement « le suffrage universel » est un fake : élire n’est pas voter. Élire, c’est même le contraire de voter : élire, c’est renoncer à voter.

Ce que les « élus » appellent mensongèrement « la démocratie » est un fake : dans une vraie démocratie, un homme = une voix pour voter les lois, pas pour désigner des maîtres.

Le gouvernement représentatif institué par les élus est (depuis le début) un système de domination parlementaire, c’est la négation même de la démocratie : la république parlementaire est antidémocratique, pensée et voulue dès son origine, en 1789, comme rempart contre la démocratie.

La procédure de l’élection est profondément, ontologiquement (dans son être même), antidémocratique.

La seule procédure authentiquement démocratique est le tirage au sort.

La seule élection acceptable en démocratie est l’élection voulue et instituée par les électeurs eux-mêmes (et évidemment jamais l’élection voulue et instituée par les élus).

La constitution, c’est le contrat de travail des élus. Ce n’est évidemment pas aux élus d’écrire et modifier eux-mêmes leur propre contrat de travail

Les médias (tous vendus aux riches) ne donnent la parole qu’à l’opposition contrôlée (© 1984, Orwell), celle dont le système de domination n’a rien à craindre. La « Pravda des milliardaires » (l’ensemble des médias achetés par les 9 personnes les plus riches du pays) prive de toute parole les vrais opposants politiques.

Je réclame (mais les tricheurs me refuseront) des débats loyaux (démocratiques, quoi) avec mes contradicteurs.

Mais je doute que des gens comme Rudy Reichstadt ou Daniel Schneidermann ou Jean-Michel Aphatie ou Ali Baddou ou Laurent Jauffrin ou les autres voleurs de droit de parole soient capables (ni aient le courage) d’un tel débat : tout ce dont ils sont capables, apparemment, c’est de me taper dans le dos, à plusieurs, alors que je suis absent, ou attaché et bâillonné… Pas de quoi se vanter.

Mais on lâche rien. Chouard mort ou vif, les Gilets jaunes constituants vaincront :)

Étienne.

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[Fake tirage au sort, fake démocratie] Sur la Convention Citoyenne pour le Climat, l’analyse de Ronald Mazzoleni

Chers amis,

Ronald Mazzoleni est un habitué du blog dont j’aime les analyses, toujours mesurées et pertinentes.

Ronald m’a envoyé un travail que je trouve remarquable sur la récente « convention citoyenne pour le climat », prétendument « tirée au sort » ce qui justifie qu’on y réfléchisse ici.

Je garde de cette lecture :

1) l’idée qu’il ne faut jamais tripoter l’échantillon que produit le tirage au sort, sous peine de perdre complètement les vertus du tirage au sort,

2) que l’assemblée tirée au sort doit être souveraine dans ses travaux, et surtout pas liée par un mandat impératif qui fausse gravement sa réflexion,

3) que tirer au sort une assemblée délibérative sans être tenu le moins du monde par ses conclusions est une évidente truanderie politicienne, une de plus : le tirage au sort doit être institué par les citoyens eux-mêmes, et jamais par des élus (qui sont par essence les pires ennemis de cette procédure profondément démocratique).

Mais bon, je reconnais volontiers que je suis plus radical que Ronald :) C’est justement ce que j’aime chez lui : il m’aide à me tempérer (un peu).

Je reproduis ci-dessous son analyse.
Bonne lecture.

Étienne.


Sur la Convention Citoyenne pour le Climat

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Chronologie et organisation

La Convention citoyenne pour le climat vient de terminer ses travaux et a remis son rapport au ministre de la Transition Écologique.

La pratique de la Convention citoyenne destinée à faire des propositions législatives est déjà connue dans différents pays, mais il s’agit d’une première en France. Cette Convention, voulue par le Président Macron, a été une tentative de réponse au mouvement des Gilets Jaunes.

Ce mouvement a eu comme événement déclencheur la mise en place de la « taxe carbone » par le gouvernement en 2018. Celle-ci a été perçue comme un instrument d’ « écologie punitive » qui prétendait prendre des mesures environnementales sans se préoccuper des conséquences sociales.

La genèse de la Convention est double. D’une part, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé un groupe de travail avec un panel de 28 citoyens pour réfléchir sur l’articulation entre transition écologique, participation citoyenne et justice fiscale. Il est ressorti de l’avis (« Fractures et transitions ») notamment la proposition de jurys citoyens tirés au sort qui prépareraient les décisions. D’autre part, le collectif Gilets Citoyens a publié sur le site du Grand Débat National une lettre ouverte en janvier 2019 pour réclamer la création d’une Assemblée citoyenne tirée au sort pour parachever ce Grand Débat.

L’idée a été reprise par l’exécutif qui souhaitait bénéficier d’une forme de légitimité populaire pour ses mesures en matière d’environnement des représentants du collectif Gilets Citoyens, du CESE et du gouvernement se sont réunis pour planifier l’organisation d’une Convention citoyenne sur le climat, qui est annoncée par Emmanuel macron dans sa conférence de presse du 25 avril.

Suite aux échanges entre le gouvernement, le collectif Gilets Citoyens et le CESE, il a été convenu que :

  • La Convention sera indépendante du gouvernement, qui n’en pilotera pas les travaux
  • Les propositions seront reprises « sans filtres », c’est-à-dire que le gouvernement ne les remaniera pas, avant d’être soumise au Parlement ou à referendum, ou appliquées par voie réglementaire
  • Le CESE organisera la Convention. Un Comité de Gouvernance la pilotera.

Les membres du Comité de Gouvernance ont été volontairement sélectionnés pour leur spécialité tout en équilibrant les lobbys : 3 spécialistes du climat, 3 spécialistes de la démocratie délibérative, 4 membres issus du monde économique et social, et 2 fonctionnaires du ministère. On notera déjà qu’il n’y a pas de volonté à ce niveau de représentativité des opinions de la population. Par exemple, l’un des membres du comité affirme « être prise d’une peur panique en se levant le matin en pensant au changement climatique », ce qui est une attitude très éloignée de celle du Français moyen.

Le mandat de la Convention est signifié dans une lettre du Premier Ministre Édouard Philippe : « définir les mesures structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990 ». En outre, comme il viendra le préciser dans son discours d’ouverture, « il n’y a pas d’argent magique », et toutes les mesures qui coûtent doivent avoir un financement qui est précisé (dette, impôt ou économies).

Le tirage au sort  a été de manière assez classique effectué par un institut de sondage. 300.000 numéros de téléphone ont été générés automatiquement, pour obtenir à la fin 150 membres et 40 suppléants. Il était signifié à la personne appelée que « La Convention Citoyenne Pour le Climat annoncée par le Président Emmanuel Macron est organisée par le Conseil économique, social et environnemental. L’objectif de cette convention est d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le changement climatique et de donner davantage de place à la participation citoyenne dans la décision publique. » et il leur était demandé s’ils acceptaient de participer. L’échantillon a été constitué pour être représentatif de la population en ce qui concerne : le sexe, l’âge, le diplôme, la catégorie socio-professionnelle, le type de territoire, la zone géographique.

Le souci de représentativité de l’échantillon a été très poussé. On remarquera la prise en compte du type de territoire (urbain/périurbain/rural). On aurait éventuellement aller plus loin en sélectionnant aussi selon l’orientation politique.

C’est le Comité de Gouvernance qui a organisé le programme de la Convention et notamment sélectionné les experts et intervenants. Comme il est d’usage dans ce type d’exercice, les participants ont eu le droit de faire rechercher telle ou telle information, ou d’ajouter ou de supprimer des intervenants. Dans leur ensemble, ces derniers sont, comme on s’y attend, des personnes engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est aussi le Comité de Gouvernance qui définit les thèmes à aborder. Un point intéressant : au début des travaux, des citoyens membres de la convention ont pu postuler pour intégrer le Comité. Un tirage au sort a eu lieu pour en sélectionner deux. Les décisions au sein du Comité se prennent par consensus.

Trois « garants » nommés par les présidents de la chambre, du sénat et du CESE surveillaient l’indépendance des travaux.

Une équipe d’animation, chargé d’organiser les échanges, était composée de professionnels de l’accompagnement de débat citoyens (Eurogroup Consulting, Missions Publiques, Res publica).

Un « groupe d’appui », sélectionné par le Comité de Gouvernance rassemblait des « experts ». Ceux-ci étaient chargés notamment d’évaluer si la Convention remplit bien l’objectif qui lui a été fixé, à savoir si leurs mesures préconisées permettront bien de réduire les émissions de 40 %. Ce sont des « vérificateurs d’impact » (sic).

Des Chercheurs-Observateurs sont des membres de groupes de recherche (CEVIPOF, etc) qui ont postulé pour observer et étudier le fonctionnement de la convention. On peut donc imaginer prochainement des rapports intéressants sur son déroulement.

Enfin, un « Comité légistique » regroupait de juristes, engagés dans les matières environnementales, chargés de transcrire les propositions de la Convention en textes juridiques qui pourront être soumis aux instances légitimes.

Les travaux se sont tenus d’octobre 2019 à juin 2020, sur 7 sessions de 3 jours. Les membres étaient défrayés (86 euros/jour + 10 euros/heures pour les personnes venant sur leur temps de travail). Logement, trajets, repas, garde d’enfants étaient assurés. Entre les sessions, les membres pouvaient continuer à être en contact et à travailler via une plateforme en ligne.

Le public a pu aussi participer en ligne aux propositions. Il y a eu plusieurs milliers d’interventions de ce type.

L’ensemble du budget a été de 5 millions d’euros (ce type d’organisation est donc uniquement accessibles à des pouvoirs publics, cette somme n’aurait pas pu être réunie par des particuliers).

On peut retrouver les videos des sessions sur la chaine Youtube du CESE. Bizarrement, seule une partie de ces travaux étaient filmés. On ne dispose pas non plus malheureusement de comptes-rendus publics écrit des auditions.

Le travail était constitué d’activités plénière (à 150), ainsi que d’ateliers en petit groupes tirés au sort pour travailler sur les différents thèmes. Le travail en petit groupe permet la prise de parole de tous. Mais bien entendu, tout le travail d’échantillonnage pour représenter la population française est entièrement perdu dès lors que l’on travaille en sous-groupes. Ceux-ci ne reflètent plus statistiquement la population. C’est un biais connu des praticiens de la démocratie délibérative pour qui il suffit que le panel soit « diversifié » plutôt que strictement représentatif. On bute ici sur la limite entre la représentativité et les possibilités concrètes de délibérer.

Les travaux semblent s’être déroulés sans accroc majeur. La participation ne s’est pas étiolée et il y avait à la fin encore plus de 140 personnes pour voter les propositions finales (c’était le quorum nécessaire pour que le suffrage final soit considéré comme valide). Le vote se faisait par proposition, puis sur l’ensemble.

Le rapport de 460 pages comporte 149 propositions. Elles ont recueilli en général plus de 95 % de suffrages positifs. L’objectif de réduction des gaz à effet de serre est combiné avec une volonté d’acceptabilité sociale. Une partie d’entre elles, mais pas toutes, ont bien reçu une transcription juridique en proposition de loi ou autre. La bonne volonté de l’équipe juridique pour appuyer les membres de la convention est manifeste. Ceci s’explique sans doute par le fait que ces juristes sont eux-mêmes engagés dans le domaine de l’écologie.

L’un des principaux problèmes de la réduction des émissions de gaz a effet de serre a bien été perçu : « Nous avons conscience que les propositions développées dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat et plus largement de la transition écologique rendront certaines activités en France et en Europe moins compétitives sur le marché. Il faut donc s’assurer que les produits faits en France et en Europe ne soient pas désavantagés, ou encore, que des entreprises soient tentées de délocaliser leur activité plutôt que de la verdir. » Si les activités industrielles produisant des gaz à effet de serre sont détruites en France pour être reconstruite en Chine, et que les mêmes produits sont ensuite réimportés en France, l’intérêt est nul. La réforme serait même nuisible à la France. Pour résoudre ce dilemme, il est proposé d’instaurer une barrière européenne à l’entrée de ces produits. Mais cette idée n’a pas été soumise à l’équipe juridique pour envisager de la transcrire en proposition de loi.

Le rapport intègre aussi l’expression des avis discordants sur les propositions votées, ainsi que les propositions qui ont été rejetées.

Après la remise du rapport, le Président a bien accepté toutes les propositions, sauf trois :

  • La taxe sur les dividendes
  • La limitation à 110 km/h sur autoroute
  • La modification du préambule de la constitution

Cette dernière proposition prévoyait l’ajout d’un paragraphe : « La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité. ». Même si celle-ci ne faisait pas l’unanimité au sein de la convention (76 % de suffrages favorables), elle témoigne tout de même de la radicalité qui ressort de certaines propositions.

La limitation de la vitesse sur autoroute a aussi été jugée trop clivante par Emmanuel Macron qui avait déjà une mauvaise expérience de la limitation de la vitesse sur les routes nationales.

Il est interpellant que dans ces deux cas l’assemblée tirée au sort apparaît plus radicale et le représentant élu plus consensuel.

Quelques jours plus tard, c’est le ministre de l’économie Bruno Lemaire qui s’oppose à son tour à certaines propositions.

Analyse

Qu’en retenir ?

Tout d’abord l’avancée que représente la première organisation d’une convention de citoyens tirés au sort ayant pour but de présenter des propositions législatives. La France comble donc en partie son retard démocratique. [Ronald est vraiment trop gentil 🙂 ÉC]

La réalisation pratique est un succès. L’organisation logistique s’est faite selon les usages pratiqués ailleurs dans ce genre de panel citoyens. Les participants se sont engagés, ont été présents tout au long du mandat, et ont remis leurs propositions conformément au cahier des charges. La survenue de la pandémie à coronavirus au cours de l’exercice n’avait en outre pas facilité les choses.

Les délais ont été tenus et ont été suffisants pour que les membres s’imprègnent du sujet et développent une série de propositions cohérentes.

Ceci ne doit pas nous aveugler sur ce dont il s’est agi. Nous ne sommes pas en face d’une assemblée de citoyens qui fait sa propre loi. Elle a agi explicitement selon un mandat. Mandat qui lui a été donné par le gouvernement : « réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 ». Les membres de la convention n’ont pas eu l’initiative d’évaluer si ce but était pertinent. C’est le gouvernement qui le définit, et la convention a la charge de le transcrire en proposition de loi. On est en en face de l’équivalent politique de ce qu’on appelle dans l’entreprise le « management par objectif », méthode jugée plus motivante pour les exécutants : la direction fixe des objectifs à atteindre, et les travailleurs ont la liberté d’employer les moyens qu’ils désirent pour le faire.

Le Comité de Gouvernance a été constituée de manière improvisée et sans légitimité. Il a été composé de membres désignés pour moitié par le CESE, pour moitié par le collectif Gilets citoyens. La compétence a été privilégiée sur la représentativité, et l’on se retrouve avec un Comité homogène idéologiquement (pour faire bref : « de gauche et écologiste »). Cette homogénéité se répercute dans l’ensemble de la structure. On comprend aisément que pour une première tentative de ce genre de convention, initiée en plein mouvements des Gilets Jaunes, on ne se soit pas encombré de formalisme. Et qu’il était nécessaire que cet essai réussisse pour pouvoir asseoir la légitimité de la méthode. Une homogénéité dans l’organisation était une garantie pour un bon fonctionnement sur la durée. Mais cela ne peut devenir une règle. Il suffit d’imaginer une Convention sur l’Immigration où un membre de Comité organisateur explique « être pris d’une peur panique en se levant le matin en pensant aux arrivées d’immigrés » pour comprendre qu’un minimum de neutralité de ce Comité est nécessaire. À noter que même le peu de divergence qu’il y avait en son sein a été critiqué : certains ont reproché à l’un de ses membres, d’avoir été dirigeante d’une compagnie minière et donc de ne pouvoir y siéger (en fin de compte, elle a néanmoins été maintenue).

On peut toujours se satisfaire de l’absence de représentativité du Comité de Gouvernance si celui-ci ne se mêle pas des travaux. Mais dans cette expérience, c’est lui qui a sélectionné les experts qui s’adressent à l’assemblée. Sélectionner les intervenants, c’est sélectionner l’information qui sera fournie, et donc les solutions qui sortiront des débats. Encore une fois, s’agissant d’un premier essai, cela est excusable pour s’assurer que les travaux « roulent » bien, mais il est à l’avenir nécessaire que ce soient les citoyens eux-mêmes qui fixent leur programme et leurs interlocuteurs.

Plus grave et plus difficile à corriger est le processus de sélection des membres. Tous les modes de sélections ont leur biais. Mais il s’agit de plus que cela. Le mandataire (le gouvernement) fixe ici l’objectif : réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas pour l’assemblée de se questionner sur les problèmes écologiques ; le problème est déjà posé et la solution avancée. Il faut seulement des volontaires pour mettre en œuvre le mandat fixé. Aussi, toutes les personnes pour qui le problème du climat n’est pas une priorité ou pour qui la solution n’est pas adéquate ne sont pas invitées à se prononcer. Cela est bien explicite dans l’accroche téléphonique rédigée par l’institut de sondage qui recrute les citoyens. Cette sélection par l’objectif se répercute immédiatement dans la composition de l’assemblée. Lorsque le premier jour des travaux, un animateur demande à la convention « qui est venu pour l’urgence d’agir au niveau climatique ? », 100 % de l’assemblée se lève, et quand il est demandé « qui pense tous les jours au changement climatique », environ 40 % se lève. Il faut être clair : une convention ainsi constituée n’est pas un échantillon représentatif de la population française, mais une assemblée de volontaires pour appliquer les directives du commanditaire.

Il semble même que ce risque n’ait pas été perçu par l’exécutif. Certains de ses membres, une fois le rapport remis, apparaissent surpris par la radicalité de certaines propositions. Ainsi, si la proposition de réduire la vitesse sur autoroute a été votée par 60 % des membres de la convention, elle est rejetée dans un sondage par 75 % des Français. L’idée est finalement repoussée par Emmanuel Macron. Certes, le principe d’une convention est par la délibération de faire évoluer les positions, et des personnes qui se sont formées au sujet voteront différemment d’un échantillon sondé dans la population générale. Mais on ne peut nier ici l’impact du mode de recrutement. On aboutit au résultat paradoxal que les élus ont une opinion plus en phase avec le peuple que le panel sélectionné par tirage au sort. [Moi, j’aurais mis des guillemets à « tirage au sort » 🙂 ce qui aurait fait disparaître et le paradoxe et la surprise… ÉC]

En imaginant l’hypothèse où la Convention n’aurait pas reçu un mandat gouvernemental avec un objectif fixé en matière de réduction de gaz a effet de serre, mais aurait simplement eu la mission de « proposer un programme de mesures environnementales », le biais de sélection aurait été moindre mais n’aurait pas disparu. Il est connu qu’il y a dans la sélection des jurys citoyens un biais lié aux sujets proposés. Ce sont les citoyens les plus intéressés par le sujet qui acceptent le plus volontiers la convocation. Si l’accroche téléphonique avait consisté en « Une convention est organisée pour proposer un programme environnemental pour la France, voulez-vous y participer ? », il y aurait quand même eu une surreprésentation de personnes se sentant concernée par l’écologie dans le panel. Et on peut parier que les personnes « intéressée par l’environnement » sont aussi celles qui sont les plus tentée de prendre des mesures visant à protéger l’environnement. De même que par exemple des personnes « intéressées par le sujet de la fin de vie » seraient certainement en fait plus pro-euthanasie que la population générale. Il y a de ces sujets où le fait de s’y intéresser implique en pratique de pencher vers une certaine opinion sur la question.

Comment supprimer ce biais ? On peut imaginer plusieurs solutions.

Certains organisateurs de jurys citoyens sélectionnent les candidats par des questionnaires de manière à éliminer ceux qui ont déjà une opinion bien ancrée sur le domaine. Cela à l’avantage aussi d’éviter de polariser la délibération, mais ce genre de sélection est assez difficile à justifier démocratiquement.

On pourrait créer une assemblée permanente de citoyens tirés au sort (en changeant par exemple le mode de recrutement du CESE). Ils auraient alors pendant tout leur mandat à délibérer sur toutes sortes de sujets qu’ils n’ont pas volontairement choisi. Mais on retombe alors dans une forme de professionnalisation de la délibération que l’on voulait justement éviter.

On pourrait recruter les membres de la convention tirés au sort sans les avertir du sujet, ils ne le découvriraient qu’une fois le processus accepté. Mais il y aurait alors un grand risque d’abandons en cours de travaux, si les personnes ne sont pas du tout intéressées par le sujet.

Le mieux serait peut-être, dès lors, que les Instituts chargés de recruter les membres des conventions constituent à l’avance une réserve de candidats citoyens qui s’engagent à participer à une prochaine assemblée quel que soit le sujet. Lorsqu’une nouvelle convention est organisée, il suffirait alors de tirer au sort dans cette réserve. On aurait alors un panel à la fois représentatif et motivé. La seule réserve est qu’ils ne pourront par participer à des jurys dont le thème est la participation citoyenne à la vie démocratique, leurs opinions sur ce point étant alors justement trop biaisé par rapport à la population générale.

Il est important de réduire ce décalage entre l’opinion des panels tirées au sort et la population générale. À défaut, les décisions prises par ces assemblées seront rejetées par l’opinion publique, ce qui menacerait rapidement la légitimité de la méthode. Cependant, si les personnes recrutées ne sont pas particulièrement au fait des questions abordées dans la convention à laquelle ils participent, il faudra sans doute tenir compte d’un plus long délai pour qu’ils se documentent et comprennent bien les enjeux.

Concernant la transcription juridique des propositions, cela ne semble pas un obstacle. L’aide d’une équipe de juristes est tout à fait efficace. Sur ce point, le fait que ceux-ci aient un a priori favorable par rapport aux travaux de l’assemblée semble un avantage.

Enfin, il faut se rappeler que cette convention citoyenne n’a pas de rôle officiel dans l’élaboration de la loi. Ce que l’exécutif a ici accepté a été ce qu’il pouvait faire de mieux en l’état actuel des institutions. Il a été promis que les propositions seraient transmises pour application réglementaire, ou pour être soumise au parlement ou à référendum. La voie législative n’a pas changé, et actuellement la mise en œuvre des propositions de ce genre de convention reste soumise au bon vouloir du personnel politique en place. Si l’on veut ancrer les méthodes de démocratie délibérative dans la vie politique du pays, il est nécessaire de consacrer une place institutionnelle à ces assemblées citoyennes.

 

Préconisations

Il était envisagé, si l’expérience de la convention citoyenne était un succès, de la réitérer. Afin d’en améliorer l’organisation à l’avenir, les mesures suivantes semblent nécessaires :

  • Définir dans les textes la place de ces conventions dans le processus législatif, préciser leur mode de fonctionnement, leur sélection ainsi que la désignation des différentes instances.
  • Assurer la diversité du Comité de Gouvernance, avec une représentation des opinions opposées sur le thème traité.
  • Réduire l’emprise du Comité sur le programme et la sélection des intervenant, et accroître l’autonomie de l’assemblée dans ce domaine.
  • Bien distinguer si l’objet de la convention est la mise en œuvre d’objectifs fixés par le commanditaire ou si les citoyens tirés au sort ont toute latitude pour s’emparer d’un thème donné.
  • S’assurer lors de la sélection d’une réelle représentativité du panel par rapport aux différentes opinions dans la population française vis-à-vis du thème.

Ronald Mazzoleni.


Références

– Le site de la Convention Citoyenne pour le Climat (avec notamment les videos de la première journée) : https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/

– Le rapport final : https://propositions.conventioncitoyennepourleclimat.fr/pdf/ccc-rapport-final.pdf

– Le site du collectif Gilets Citoyens : https://giletscitoyens.org/

– L’avis du CESE « Fractures et Transitions » : https://www.lecese.fr/travaux-publies/fractures-et-transitions-reconcilier-la-france

– Fourniau JM., 2019, La sélection des mini-publics. Entre tirage au sort, motivation et disponibilité, Participations, 373-400 : https://www.cairn.info/revue-participations-2019-HS-page-373.html#

[Sur notre humaine vulnérabilité aux bobards] Apprendre à se méfier des histoires officielles

L’histoire des paysans a été écrite par les citadins

l’histoire des nomades a été écrite par les sédentaires

L’histoire des chasseurs-cueilleurs a été écrite par les agriculteurs

L’histoire des peuples sans État a été écrite par les scribes du palais

Elles sont toutes répertoriées dans les archives sous le nom de « Chroniques barbares »

Auteur anonyme

cité par James C. Scott dans son livre passionnant, « Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États », 2017, p 234.

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On n’est riche que de ses amis, c’est dit ♥

Je vous présente une bande de jeunes copains d’une chorale près de mon village, en Provence. Ce que le confinement les a conduits à faire ensemble est épatant.
On n’est riche que de ses amis, c’est dit ♥

Insurrection violente ou pas ? (+ Monnaie + Francis Cousin) Entretien avec Jean-Christophe Chavanon

J’ai passé un moment avec Jean-Christophe Chavanon, hier soir au calme :

On a évoqué les aspirations actuelles (compréhensibles) à la violence insurrectionnelle, et l’alternative non violente de notre mutation générale en citoyens constituants, devenus enfin méfiants de tous les pouvoirs, par principe et par méthode.

Il n’est pas surprenant, il est même logique et prévisible, que les hommes forts (aspirant à un pouvoir sans partage) méprisent et combattent cette idée alternative, pourtant prometteuse, du point de vue populaire, si on la comprend bien.

Tâchez d’inviter la constitution dans la plupart de vos conversations avec des inconnus, et advienne que pourra.

Étienne.

PS : on aussi parlé de monnaie et de création monétaire sous contrôle populaire.

PPS : on a aussi dit quelques mots de Francis Cousin.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158212598077317&id=600922316

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[RIC, Gilets jaunes] Entrer dans un parti politique ? Ou multiplier les ateliers constituants populaires autonomes ?

Merci à Benoît, pour la publication de cet extrait, et pour tout son travail sur cette belle chaîne YT.

Les ateliers constituants, c’est le service militaire des citoyens, l’entraînement (auto-organisé) où ils apprennent à se méfier des pouvoirs (et des hommes forts candidats au pouvoir) et où ils apprennent à manier les armes contre les pouvoirs, où ils deviennent des soldats, des soldats de la démocratie, où ils deviennent des adultes politiques, méfiants des puissants et jaloux de leur souveraineté, capables d’utiliser les meilleures armes politiques, loyalement.

Qu’un homme fort (qui se croit meilleur que les autres, qui voudrait tout décider à la place des autres, qui voudrait dominer le plus grand nombre) méprise et même déteste cette idée émancipatrice d’auto-institution de la société, ce n’est pas étonnant.

La seule piste de révolution sans l’aide des financiers, c’est la mutation générale des électeurs en citoyens, donc constituants.

Aucune révolution n’a jamais fonctionné sans l’aide secrète d’un gang financier rival du gang au pouvoir.

Le projet d’une révolution populaire victorieuse est un rêve de singe si on n’a pas formé des soldats politiques avant.

Tâchez de parler de la constitution autour de vous, surtout à des inconnus, pour que nous soyions de plus en plus nombreux.

Étienne.

Vidéo originale complète :

https://youtu.be/E4WfXChgwEQ

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Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10158204610192317&id=600922316

[Mutation en citoyen constituant] Vincent Lindon : « comment ce pays si riche… »

Vers la fin de cette bonne synthèse, Vincent mute en citoyen constituant :)

https://youtu.be/EdZBZUN2t-4

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-richehttps://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-riche

 

Comment ce pays si riche…

Traversé par le flot incessant des commentaires, désorienté par l’addition d’analyses souvent contradictoires, j’ai tenté de réfléchir à la question la plus banale : mais comment avons-nous pu en arriver là ? À cette situation inédite, littéralement stupéfiante.

Spécialiste en rien, intéressé par tout, il m’a paru pourtant utile de contribuer en faisant entendre une voix simplement citoyenne. Suis-je légitime pour interpeller nos dirigeants, tous professionnels de la chose publique, tous diplômés des meilleures écoles ? Pas plus qu’un autre sans doute, mais pas moins non plus, ayant pris soin de consulter nombre d’avis autorisés, notamment dans le domaine de la santé, où André Grimaldi [professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière – ndlr] m’a apporté son éclairage.

Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir, pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d’avoir le meilleur système de santé du monde.

C’était avant.

Avant que s’impose la folle idée que la santé devait être rentable, puisque tout désormais devait être marchandise, jusqu’à la vie des hommes.

Un espoir s’était pourtant levé avec le nouveau chef de l’État Emmanuel Macron, et son programme promettant un « investissement massif dans le système de santé ». Hélas, l’élection acquise, il préféra poursuivre l’action de ses prédécesseurs. S’il n’est donc que le dernier avatar d’une même politique, il porte pourtant une responsabilité particulière, pour avoir ignoré tous les signaux d’alerte.

Douze mois de grève des urgences ? Les patients patienteront.

1 200 chefs de service démissionnent de leurs fonctions administratives ? Moins de paperasse.

Présence massive des soignants dans toutes les manifestations ? Sortez les LBD et les grenades de désencerclement…

Au-delà de la santé, c’est l’ensemble du secteur public qui subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : privations pour ce qui coûte (l’éducation, la justice, la police, l’armée, la santé…) et privatisations pour ce qui rapporte.

Tandis que les budgets des ministères régaliens sont comprimés et les salaires de leurs fonctionnaires bloqués, la grande braderie est ouverte. Villepin solde les autoroutes, Nicolas Sarkozy fait absorber Gaz de France par un groupe privé, Suez, et enfin François Hollande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand profit de l’américain General Electric.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête continue. Deux entreprises publiques, la Française des jeux (FDJ) et Aéroports de Paris (AdP), sont très rentables ? Vendez-les !

Pour comprendre l’attachement aveugle de notre président à cette ligne idéologique, il est nécessaire de revenir sur trois années d’exercice de son pouvoir, que notre Constitution a voulu absolu.

Qu’en retenir ?

Dès les premiers jours, une évidence : le goût du nouveau président pour la pompe et les rites de la monarchie, se mettant régulièrement en scène dans les décors de la royauté ; ainsi a-t-il choisi le palais du Louvre pour son intronisation, marchant seul devant la pyramide, le château de Versailles pour recevoir Vladimir Poutine, l’empereur du Japon ou 150 millionnaires high-tech et, enfin, celui de Chambord pour célébrer son 40e anniversaire.

Une prédilection annoncée par des déclarations antérieures – en 2015, il affirmait déjà : « Dans la politique française, l’absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » – et confirmée jusque dans son programme, qui prévoyait de rétablir les chasses présidentielles. Ce qui n’a rien d’un détail.

L’ego comblé, le jeune homme allait pouvoir s’attaquer à son grand œuvre : bâtir cette « start-up nation » où les « premiers de cordée » allaient tirer vers les cimes ces « Gaulois réfractaires ». Au pas de charge : suppression de l’ISF et allègement de l’impôt sur les profits financiers pour les uns, réformes restrictives du droit du travail ou des allocations chômage et baisse des APL pour les autres. Cinq euros en moins sur les APL ! Mais qu’est-ce qui peut bien passer par la tête d’un dirigeant pour accoucher d’une aussi mauvaise idée ? La brume des sommets obscurcit-elle le jugement au point de lui faire oublier le poids des symboles ? C’était donc ça le « en même temps » macronien, des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien, des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout ?

Mais c’est le premier été du quinquennat, et tout semble encore permis au conquérant de l’Élysée. Malgré quelques protestations, le nouveau monde impose ses lois grâce au soutien de sa majorité obéissante et reconnaissante.

Premier grain de sable à l’été 2018, l’affaire Benalla et son traitement rocambolesque, qui jette une lumière crue sur la conception et les pratiques du pouvoir.

Avec l’automne, un vent se lève, une révolte inattendue et pourtant évidente : des femmes et des hommes en jaune envahissent les ronds-points et les Champs-Élysées, naturellement accompagnés par une très faible minorité qui prétexte le port de la chasuble pour casser plutôt que pour revendiquer, une revendication légitime qui emporte l’adhésion de l’opinion, contraignant le gouvernement à un repli tactique : 10 milliards jetés à la hâte pour tenter d’éteindre la colère sociale.

Trop tard. Les sacrifiés de la mondialisation ultralibérale veulent plus. Plus de moyens, certes, mais aussi plus de pouvoirs, notamment celui de contrôler ceux dont la mission est de les représenter.

Après la carotte, vient le temps du bâton. Une répression brutale, policière, avec mains arrachées et manifestants éborgnés, mais aussi judiciaire, avec une distribution massive de condamnations fermes. Pendant que les pouvoirs exécutif et judiciaire répriment, les législateurs ferraillent pour imposer une réforme des retraites dont une majorité des Français ne veut pas.

Occupés à bâtir leur nouveau monde, les responsables n’accordent qu’une attention distraite à un virus agressif qui, parti de Chine, va très vite ravager la planète et envahir la totalité de l’espace politique, donnant à nos gouvernants l’occasion de montrer l’étendue de leur compétence.

Dans les hôpitaux, la situation est dramatique. On manque de tout, de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de lits et de personnels en réanimation. Le 29 février, après que le Covid-19 a fait ses premières victimes en France, Édouard Philippe convoque un conseil des ministres extraordinaire consacré au virus. Une grande décision en ressort : utiliser le 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites !

Alors que l’épidémie progresse, se faisant pandémie, le pouvoir s’affole, s’agite comme un poulet sans tête. Sur quoi s’interroge l’exécutif aux premiers jours de mars ? Mais sur le maintien des municipales, bien sûr ! La veille du premier tour, le premier ministre joue les contorsionnistes, invitant les Français à rester chez eux, mais, en même temps, à aller voter. Chapeau l’artiste !

Pendant que nos voisins allemands se mettent en ordre de bataille, le gouvernement français peaufine sa communication.

Une seule stratégie, mentir.

Relayant le discours présidentiel, l’équipe gouvernementale multiplie les déclarations absurdes et contradictoires. Ainsi affirme-t-on successivement qu’il ne s’agit que d’une « grippette », que l’épidémie, comme le nuage de Tchernobyl, ne touchera pas la France – alors même qu’à notre frontière sud, l’Italie est frappée –, puis qu’elle est « sous contrôle », avant de devoir avouer la gravité de la situation.

Sur la question cruciale des masques de protection, la parole officielle est schizophrène : aux premiers temps, leur utilité est affirmée. D’ailleurs, il y en a des millions en stock, prêts à être distribués à la population en cas de besoin. La menace virale se précisant, les masques sont soudain déclarés inutiles, voire dangereux puisqu’on ne sait pas s’en servir. Ce qui est fort opportun, puisque les stocks se sont volatilisés.

Pschitt…

Plus de masques.

Pas même de quoi équiper tous les soignants qui doivent monter au front armés de leur seul courage. Bon, d’accord, pas de masques, mais ils arrivent. Quand ? Mais demain, bien sûr ! Hélas, les jours et les semaines passent, la pénurie persiste. Ignorés, méprisés et matraqués quelques semaines plus tôt, les soignants sont désormais portés aux nues.

Pour le commun des Français, le confinement est la règle, chômage technique pour les uns, télétravail pour les autres. Tous les Français ? Non. Pour les caissières, les livreurs, les éboueurs, les policiers ou les pompiers, l’activité doit se poursuivre, quels que soient les périls. Eux qui formaient le gros des bataillons en gilet jaune, naguère vilipendés, sont désormais officiellement essentiels. Exit les premiers de cordée, place aux premiers de corvée.

Le 23 avril, dans une adresse solennelle à la nation, le président Macron annonce enfin le déconfinement pour le 11 mai. Pourquoi le 11 plutôt que le 5 ? Pourquoi mai plutôt que juin ? Parce que.

Deux semaines plus tard, le premier ministre en dévoile les conditions. Acte 1 : réouverture des crèches et des écoles primaires. Curieux puisqu’elles avaient été les premières à être fermées, avant même le début du confinement, au motif qu’elles étaient un lieu hautement favorable à la propagation du virus… Évidemment économique – il s’agit bien sûr de libérer les parents de l’obligation de garder leurs jeunes enfants, pour leur permettre de reprendre le travail –, la véritable raison de ce choix sera passée sous silence, voire niée, alors même qu’elle est audible : vouloir éviter l’effondrement total de l’activité et son cortège de drames est après tout une motivation hautement respectable.

Empêtré dans ses mensonges et ses omissions, le pourvoir tergiverse. Très vite, le discours s’infléchit : l’obligation de retourner en classe ne s’appliquera pas systématiquement. Les maires, les préfets pourront décider, ou non, de s’y conformer.

Mieux, les parents seront libres de garder leurs enfants à la maison. Dans les milieux favorisés, on n’hésitera guère. Mais dans les milieux plus modestes, le dilemme est cornélien. Alors que le chômage enfle, dois-je exposer mon enfant au risque de tomber malade, ou accepter l’éventualité de perdre mon emploi ? Et si les parents sont d’avis contraires, le couple pourra-t-il résister, notamment si les choses tournent mal ? Questions sans réponses…

Une bonne nouvelle, pourtant : les masques arrivent. Des masques en tissu, lavables et réutilisables. Efficaces ? « Oui, dit le Pr Grimaldi, contre la transmission du virus. Mais comme ils n’empêchent pas le porteur d’être infecté lui-même, la mesure ne vaut que si elle s’impose à tous, dans l’espace public au moins. » Prisonnier de son discours récent, le gouvernement ne peut se résoudre à rendre obligatoires partout ces masques qu’hier encore il déclarait inutiles. « Pourtant, ajoute le PGrimaldi, on a le droit de se tromper, mais le devoir de reconnaître ses erreurs. »

Au rythme où s’enchaînent les événements, ce droit à l’erreur pourrait bien m’être utile, mes propos risquant de devenir rapidement caducs, tant les stratégies gouvernementales oscillent, sinon à la vitesse de la lumière, au moins à celle où se propage le virus.

En termes de gestion et de communication de crise, je ne sais pas qui aurait pu faire mieux, mais je ne vois pas qui aurait pu faire pire.

En mettant au jour ses insuffisances, cette crise pourrait-elle être l’occasion d’une refonte radicale de notre démocratie ? Dans un discours célèbre, Churchill affirmait que c’était là « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Mais, ajoutait-il aussitôt, « la démocratie n’est pas un lieu où on obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut ».

Si l’on s’accorde pour ne pas changer de système, alors il faut changer LE système.

Mais l’urgence est ailleurs. Déjà insupportables, les inégalités ont explosé avec la pandémie. Confinés dans des logements exigus ou contraints d’affronter les périls, les plus fragiles vivent des jours terriblement difficiles. Et leurs lendemains ne chantent pas. Après la crise sanitaire, ils seront sûrement les premières victimes de l’inévitable catastrophe économique et sociale.

Que faire ?

L’État ne pouvant pas tout, il me paraît impératif d’innover. Comment ? En demandant aux plus grosses fortunes une solidarité envers les plus démunis. Cette idée, juste et légitime, pourrait prendre la forme d’une contribution exceptionnelle, baptisée « Jean Valjean », conçue comme une forme d’assistance à personnes en danger, financée par les patrimoines français de plus de 10 millions d’euros, sans acrobaties, à travers une taxe progressive de 1 % à 5 %, avec une franchise pour les premiers 10 millions d’euros.

À période exceptionnelle, contribution exceptionnelle. Même si j’applaudirais évidemment tout amendement visant à pérenniser cet effort de réduction des inégalités. Après tout, une fois peut devenir coutume.

D’après les économistes que j’ai pris soin de consulter, cette contribution devrait représenter environ 36 à 37 milliards d’euros, qui seront distribués aux quelque 21,4 millions de foyers trop pauvres pour être assujettis à l’impôt sur le revenu.

Compte tenu de l’urgence, l’État assurerait la trésorerie et abonderait marginalement la collecte, leur distribuant sans délai et sans prélèvement, la somme de 2 000 €, à charge pour lui de recouvrer ultérieurement le produit de la contribution « Jean Valjean ».

Même si je ne doute pas un instant que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’occasion ainsi offerte de montrer leur patriotisme et leur générosité, il me paraît prudent que les législateurs mettent en place des sanctions suffisamment dissuasives pour décourager les improbables mauvaises volontés. Je pense ici, surtout, à nos compatriotes domiciliés fiscalement à l’étranger, évidemment conviés à manifester leur solidarité.

Mon rôle n’est évidemment pas d’entrer dans le détail de ces sanctions. Je voudrais néanmoins en proposer une, essentiellement symbolique – car je crois, moi, à la force du symbole : alléger les réfractaires de leurs pesantes décorations (Ordre du mérite ou Légion d’honneur, par exemple) pour leur permettre de gambader librement dans les couloirs des hôpitaux étrangers, voire français, où ils seraient évidemment les bienvenus après avoir refusé de financer notre système de santé national et plus généralement notre service public. En un mot, leur pays.

Bien sûr, je sais que ces précautions seront sans nul doute inutiles, tous ces privilégiés étant bien conscients de ce qu’ils doivent au pays qui les a formés et souvent enrichis. Mais la confiance n’excluant pas la prudence, de telles dispositions ne sauraient nuire.

Après cette mesure d’urgence, il sera temps de nous pencher sur les moyens de réparer notre démocratie. Comment ? On pourra s’étonner que je me pose la question et plus encore que j’essaie d’y répondre. Alors, sans prétendre détenir des solutions – j’ai gardé le sens du ridicule –, je me risque à évoquer quelques pistes de réflexion.

Instituer des contre-pouvoirs. La Constitution de la Ve République avait été taillée sur mesure pour le général de Gaulle. Un costume bien trop grand pour ses récents successeurs. D’autant que, depuis l’instauration du quinquennat, le président dispose toujours, et pendant toute la durée de son mandat, d’une franche majorité au Parlement. Élue en même temps que lui, grâce à lui et sur son programme, l’Assemblée nationale a logiquement la même couleur que l’Élysée et le législatif n’a donc pas vocation à s’opposer à l’exécutif.

Quant au pouvoir judiciaire, son indépendance n’est que théorique, tant il est simple de le contrôler par le jeu des nominations et des promotions. Depuis Montesquieu, qui a théorisé la séparation des pouvoirs (il n’en connaissait que trois, lui), un quatrième s’est imposé : la presse. Problème : neuf milliardaires en possèdent l’immense majorité, on ne s’étonnera donc pas que l’intérêt des puissants soit ménagé dans le traitement de l’information. Impuissante politiquement, la contestation s’exprime là où elle le peut encore, dans la rue et dans les sondages d’opinion.

Responsabiliser les élus. Les élus devront être comptables de leur action devant le peuple dont ils ont obtenu la confiance. Une élection, c’est quoi ? C’est l’histoire d’un mec qui arrive et qui dit : « Faites-moi confiance, voilà ce que je vais faire », et qui, une fois élu, ne le fait pas. À la place, il fait autre chose ou rien. Eh bien non, ça ne peut plus marcher comme ça. En cas de défaillance, il est nécessaire qu’ils puissent être démis de leur fonctions, démocratiquement, c’est-à-dire si une fraction de citoyens le propose et si une majorité d’électeurs l’exige.

Insistons : cette mesure doit s’appliquer à tous les élus, jusqu’au président de la République, qui, en France, ne peut être démis par personne en cours de mandat, ni même être jugé depuis la scandaleuse décision du Conseil constitutionnel sous la présidence du douteux Roland Dumas.

Sanctionner sévèrement les dérives, pour interdire l’alliance mortifère entre les copains et les coquins. Depuis des décennies, aucun élu, même le plus corrompu, ne craint les rigueurs de la loi. Il y a à cela une excellente raison : la prison, c’est pour les autres. Eux pourront toujours solliciter les meilleurs avocats et multiplier les procédures des décennies durant, jusqu’au moment où les juger n’aura plus aucun sens.

D’où une proposition en trois points :

  1. Rendre passible de longues années de prison ferme tout acte de corruption avérée d’un élu. Parce qu’elle menace dangereusement la démocratie, en décourageant le vote notamment, la corruption politique me paraît un crime plus grave qu’un braquage de banque. Excessif ? Je ne pense pas. Enfant, je me souviens que, sur les billets de banque, il était inscrit que « la fabrication de fausse monnaie [était] passible des travaux forcés à perpétuité ». Pas une goutte de sang versée, pourtant, mais une atteinte criminelle au bien commun.
  2. Définir des couloirs judiciaires dédiés, pour éviter qu’on ne juge que des cadavres. L’ensemble des procédures, appel et cassation compris, devra être bouclé dans les 12 mois suivant l’ouverture de l’instruction.
  3. Augmenter fortement la rémunération des hommes et des femmes qui choisiront de servir la collectivité avec compétence, zèle et intégrité. Pourquoi ? Pour avoir les meilleurs. Pour leur éviter la tentation. Et pour rendre inexcusable qu’ils y cèdent.

Constitutionnelles, électorales ou judiciaires, ces propositions de réforme peuvent apparaître éloignées des préoccupations immédiates, en ces temps troublés surtout.

Je les crois pourtant essentielles. Même si elles ne résolvent pas l’ensemble des problèmes auxquels notre époque est confrontée, elles m’apparaissent nécessaires pour rétablir l’indispensable confiance du peuple en ses représentants, enfin comptables de leurs promesses comme de leur action, et responsables de leurs erreurs.

Vincent Lindon.

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PROJET D’EXPÉRIMENTATION DÉMOCRATIQUE, Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud – Dernier Mumble de mobilisation : jeudi 7 mai 2020, 20h30

Maxime organise une dernière réunion d’information sur le projet, le jeudi 7 mai 2020 à 20h30.

– pour en savoir plus, Voyez ce billet :
https://www.chouard.org/2020/04/01/projet-dexperimentation-democratique-elaborer-ensemble-le-reglement-interieur-de-nos-prochaines-assemblees-democratiques-avec-maxime-peroud-3eme-mumble-de-mobilisation-9-avril-2020/

Le site du projet, où vous devriez regarder la vidéo de présentation en entier :
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Rappel : c’est un projet important pour tous les démocrates, car il permettra de disposer des fondations nécessaires pour organiser concrètement les citoyens en assemblée délibérante, y compris pendant que nous sommes encore en « démocratie représentative » (oxymore) pour rédiger, dans quelques années, la future Constitution au sein d’une véritable assemblée populaire.

Cette assemblée sera, en quelque sorte, une expérimentation en vraie grandeur de ce que pourrait être une assemblée Constituante.

Mais sans le projet que propose Maxime, nous ne pourrons pas expérimenter cela. Alors intéressez-vous à son travail, et tâchez de l’aider si vous le pouvez, ça en vaut la peine ! Maxime et son équipe ont besoin de renfort et le compte n’y est pas. Trop rares sont les citoyens prêts à consacrer du temps chaque semaine à un projet construit et rigoureux comme celui-ci. C’est pourtant un vrai TRAVAIL nécessaire pour notre avenir.

Cette réunion d’information sera la dernière avant de longs mois car l’équipe est presque au complet (mais pas tout à fait, donc n’hésitez pas à contacter Maxime comme indiqué dans l’événement si vous êtes intéressés par une contribution active au projet). Pensez à regarder la vidéo de présentation en entier avant de vous inscrire !

Maxime m’a demandé de vous préciser que si, parmi les intéressés, certains ont des compétences en développement d’applications web ou/et en architecture informatique, ils seront les bienvenus dans l’équipe (pour travailler avec les autres membres sur le règlement intérieur) ou seulement – selon leur préférence (notamment s’ils manquent de temps) – pour apporter de l’aide à l’équipe au moment des travaux préparatoires sur l’application GESTA qui sera développée sur-mesure pour le projet. Ils ne seront pas sollicités pour le développement lui-même de l’application car ce développement sera confié à un freelance qui sera choisi par Maxime dans quelques mois.

Le lien Facebook vers l’événement :
https://www.facebook.com/events/1090829191291686/

Étienne.

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Au Danemark, pas d’aide financière pour les entreprises avec dividendes ou paradis fiscaux

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux

« En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

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Ce weekend, le gouvernement danois a décidé de prolonger ses programmes d’aide aux entreprises et aux travailleurs pour augmenter l’enveloppe d’environ 100 milliards de couronnes, soit 9 milliards d’euros. L’Etat danois a décidé d’exclure de cette aide financière toutes les entreprises qui versent des dividendes ou étant enregistrées dans des paradis fiscaux. Une contrainte économique avant-gardiste sur la scène internationale.

Dans un communiqué publié dimanche, le gouvernement du Danemark et tous les groupes d’opposition ont décidé de prolonger jusqu’au 8 juillet le programme d’aide financière accordé aux entreprises et aux travailleurs pour éviter les licenciements et les faillites.

Parmi les mesures annoncées, les petites et moyennes entreprises pourront désormais récupérer certains paiements de TVA qu’elles ont effectués l’année dernière sous forme de prêts à taux zéro, et les charges sociales seront remboursées à certains secteurs d’activité.

Côté travailleurs, le gouvernement s’engage à destiner un fonds pour renforcer et maintenir les emplois danois, tandis que les droits au chômage et aux indemnités de maladie vont être prolongés. Mais la mesure qui détonne le plus, c’est le conditionnement des aides publiques.

« Les demandeurs, comme condition pour recevoir une indemnisation pour la période prolongée, doivent déclarer par la foi et les lois que les sociétés ne paieront pas de dividendes ou ne rachèteront pas d’actions pour les exercices 2020 et 2021. (…) Les entreprises basées dans des paradis fiscaux, conformément aux lignes directrices de l’UE, ne peuvent pas recevoir de compensation financière.«  a ainsi déclaré le gouvernement

En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

Dans le même temps, en France, l’Assemblée Nationale a voté favorablement à un plan de 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises « stratégiques » comme Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec. Sans leur demander aucune contrepartie écologique et sociale en échange, suite au rejet du seul amendement qui aurait pu rétablir l’équilibre.

Le projet de loi de finances rectificative 2020 qui a été adopté par l’Assemblée Nationale vendredi soir doit maintenant passer devant le Sénat mardi 21 avril. La politique économique sociale avant-gardiste du Danemark va-t-elle faire écho auprès de nos sénateurs ? pas sûr…

20 avril 2020 – Laurie Debove.

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux


Mon commentaire :

Les actionnaires sont une classe oisive, parasitaire, des ennemis de l’Humanité qui vont bientôt tous nous faire crever (pour toujours gagner davantage sans jamais travailler), de la même façon qu’un ver solitaire tue la bête qu’il ponctionne à mort, stupide au point de crever lui-même avec sa victime…

Nous devrions supprimer la possibilité même de verser des dividendes. Nous devrions même supprimer la forme juridique des sociétés par actions.

On va nous objecter : « Sans actions ni dividendes, comment attirerez-vous les capitaux pour investir ? »

Nous répondrons : NOUS N’AVONS PAS BESOIN DE L’ARGENT DES RICHES POUR INVESTIR : nous pouvons financer l’investissement par une cotisation sociale (à une Caisse sociale des investissements, créée pour ça), exactement comme nous avons construit tout notre système de soins hospitaliers avec des cotisations sur nos salaires versées à des caisses d’assurance maladie qui ont intégralement financé aussi bien les investissements que le fonctionnement des hôpitaux, sans emprunter un sou ni verser un centime d’intérêts aux marchés financiers.

Écoutez et lisez Bernard Friot, et aidez le Réseau Salariat.

Les actionnaires sont un cancer, non nécessaires.

Pour survivre, il va bien falloir nous occuper personnellement de cette menace mortelle.

Étienne.

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CRISE SANITAIRE-ÉCONOMIQUE-DÉMOCRATIQUE / CRÉATION MONÉTAIRE – Entretien avec É. CHOUARD & Charles-Henri GALLOIS

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J’aime bien Charles-Henri Gallois, il vient d’écrire un bon bouquin sur la prétendue « Union européenne », je vous le recommande.
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https://www.fauves-editions.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=150

Nous nous sommes un peu parlé, il y a deux jours, à propos :
1) de « la crise sanitaire » (qui peut être vue surtout comme une crise des libertés publiques, sous prétexte de terreur)
et 2) de la création monétaire une fois sortis de l’UE.
J’apprécie le travail de ce jeune homme, que je trouve très pointu et pertinent sur l’UE, même si, clairement, on n’est pas d’accord du tout (pour l’instant) sur les enjeux monétaires :)
Voici l’enregistrement de l’échange, réalisé par les militants de l’UPR :
https://youtu.be/4nTNwe0EicM&feature=youtu.be
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Deuxième live avec Bascar : Quelle(s) stratégie(s) pour une « gouvernance liquide » ?

L’échange de la semaine dernière ayant paru intéressant, on a décidé de recommencer cette semaine (demain soir) :)

Je ne sais pas d’où sort ce titre ni ce que ça va donner, mais j’aime autant vous prévenir que les deux mots « gouvernance » et « liquide » allument tous mes warnings :)

Le lien du live (et du replay) :

Bonne nuit.

Étienne.

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