Henri Guillemin explique Robespierre
et les « Révolutions Françaises » :
la fausse de 1789 (les nouveaux riches prennent le pouvoir aux anciens)
et la vraie de 1792 (le peuple est enfin défendu, pendant deux ans)
Chers amis,
Comme vous le savez (puisque j’en parle tout le temps depuis des mois),
je suis en train de devenir complètement drogué d’Henri Guillemin,
dont une captivante « intégrale » des vidéos est publiée sur le site de RTS (Radio Télévision Suisse)

L’intégrale de Guillemin sur le site de RTS :
http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/?integrales=true
Je trouve ce vieux monsieur absolument épatant, il est honnête, il est gentil, il est savant, il explique merveilleusement bien, avec simplicité mais aussi avec élégance (il est de la génération qui utilise encore l’imparfait du subjonctif, mais naturellement), il met tous ses efforts au service du bien commun et notamment du peuple qui travaille (ou qui voudrait bien travailler pour survivre) ; il n’est pas marxiste si j’ai bien compris mais plutôt chrétien (ce qui présente des tas de valeurs humanistes communes), il est généreux et parfaitement loyal ; très attachant. Et surtout, il démonte un à un tous les mythes fondateurs du gouvernement prétendument représentatif.
Henri Guillemin écrit la contre-histoire des 200 ans d’impostures du « gouvernement représentatif ».
Cet homme bon nous a laissé un peu plus d’une centaine de vidéos d’une demi-heure (parfois une heure), littéralement passionnantes, et quelques dizaines de livres en cours de réédition complète, aux éditions Utovie (utovie.com), encore plus importants.
Je compte mettre en valeur, progressivement, une à une, les vidéos les plus importantes.
Mais pour commencer cette nouvelle catégorie de blog (catégorie que j’ai appelée « Guillemin, Robespierre, Rousseau… »), je vous signale ici une perle parmi les perles, peut-être la meilleure de toutes les conférences de Guillemin (j’ai écouté presque toutes les autres 3 ou 4 fois) : celle-ci concerne spécifiquement la révolution française et Robespierre ! Elle a été enregistrée en février 1970 et elle est téléchargeable dans différents formats sur le site du CERN :
Guillemin explique Robespierre,
la fausse Révolution française (de 1789)
et la vraie Révolution française (de 1792) :

• Première partie (mp3) :
https://mediastream.cern.ch/MediaArchive/Audio/Public/Open/1970/AUDIO-1970–003‑1/AUDIO-1970–003‑1–128-kbps-44-kHz-stereo.mp3
• Deuxième partie (mp3) :
https://mediastream.cern.ch/MediaArchive/Audio/Public/Open/1970/AUDIO-1970–003‑2/AUDIO-1970–003‑2–128-kbps-44-kHz-stereo.mp3
Je remercie du fond du cœur le gentil virus « samsam » (sur le forum) qui m’a fait connaître cette magnifique trouvaille.
Je lance ici un APPEL À LA RETRANSCRIPTION :
cette histoire est RE-MAR-QUA-BLE !
[Mise à jour 10 juin 2012 : la retranscription est disponible… (incroyable) ; c’est là :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/06/08/227-conference-d-henri-guillemin-sur-robespierre-le-texte
Mille mercis aux gentils virus ! 🙂 ]
Il faudrait même LA TRADUIRE, pour les autres peuples de la terre.
Mais pendant ce temps, sur Facebook, d’autres virus me signalent d’autres merveilles…
• Emmanuel, par exemple, me signale que Marc Collin a récapitulé
toutes les conférences de Guillemin du site RTS de façon ergonomique :
tous les liens sur une seule page et bien rangés dans l’ordre d’écoute :
http://gillemin.blogspot.fr/
Ce qui donne cette liste géniale (remise à ma sauce et agrémentée de mes trouvailles personnelles) :
Napoléon
Index :
http://www.rts.ch/archives/dossiers/3477989-les-dossiers-de-l-histoire-napoleon.html
Épisodes :
Napoléon 1 Le faux départ
Napoléon 2 Les débuts de l’escalade
Napoléon 3 Le militaire abusif
Napoléon 4 Les sphinx avec moi
Napoléon 5 Brumaire
Napoléon 6 Un caïd respectueux
Napoléon 7 L’annexion de l’Église
Napoléon 8 Le prénom suffira
Napoléon 9 Le repos du monde
Napoléon 10La grande parade
Napoléon 11 Monsieur Napoléon
Napoléon 12 La chanson de geste
Napoléon 13 La débâcle
Napoléon 14 Le récidiviste
Napoléon 15 Le bilan
La commune de Paris 1871
Épisodes :
1871 La Commune de Paris 1 Situation : la Révolution française
1871 La Commune de Paris 2 Qui est Thiers ?
1871 La Commune de Paris 3 « Il faut en finir » : la Guerre de 1870
1871 La Commune de Paris 4 Le siège de Paris : le 18 mars
1871 La Commune de Paris 5 L’avant Commune
1871 La Commune de Paris 6 Cependant qu’à Versailles…
1871 La Commune de Paris 7 La commune au pouvoir 1 : Ambiance à Paris :
1871 La Commune de Paris 8 La commune au pouvoir 2 : Des gens scrupuleux
1871 La Commune de Paris 9 « La vraie France » en action
1871 La Commune de Paris 10 À l’attaque de Paris : la croisade
1871 La Commune de Paris 11 Le moment de vérité : la victoire des « honnêtes gens »
1871 La Commune de Paris 12 Le fonds des choses
1871 La Commune de Paris 13 Lendemains
L’affaire Dreyfus
1 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3436309-l-affaire-dreyfus‑1.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3436310-l-affaire-dreyfus‑2.html
3 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3436311-l-affaire-dreyfus‑3.html
L’autre avant-guerre (1871−1914)
Épisodes :
1 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436385-l-ordre-moral.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436405-jules-ferry-triomphe.html
3 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436298-debut-du-colonialisme.html
4 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436341-le-general-boulanger.html
5 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436278-montee-du-socialisme.html
6 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436321-l-affaire-dreyfus.html
7 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436308-defense-republicaine.html
8 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436395-la-ruee-de-l-occident.html
9 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436288-republique-bourgeoise.html
10 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436371-alliances-coloniales.html
11 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436351-la-guerre-se-prepare.html
12 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436361-jean-jaures.html
13 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/dossiers-de-l-histoire/3436331-la-guerre-est-la.html
L’affaire Pétain
Épisodes :
1 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449601-la-montee-du-fascisme.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449522-petain-avant-34.html
3 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449593-le-politicien.html
4 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449569-la-defense-nationale.html
5 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449513-un-etrange-marechal.html
6 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449585-le-but-est-atteint.html
7 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449577-l-an-40.html
8 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449546-avec-darlan.html
9 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449554-laval-reapparait.html
10 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449530-l-asservissement.html
11 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449450-la-fin.html
12 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/histoire/3449538-constats.html
13 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3448905-une-raison-intime.html
France 1940
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448450-france-1940.html
L’énigme Jeanne d’Arc
Épisodes :
1 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460857-le-temps-de-jeanne‑1.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460848-signalement‑2.html
3 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460752-chez-le-roi‑3.html
4 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460802-le-siege-d-orleans‑4.html
5 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460793-temps-perdu‑5.html
6 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460830-le-sacre-a-reims‑6.html
7 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460811-reprendre-paris‑7.html
8 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460781-jeanne-isolee‑8.html
9 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460743-la-capture‑9.html
10 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460772-aux-fauves-10.html
11http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460761-l-epouvante-11.html
12 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460821-jeanne-rehabilitee-12.html
13 http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3460839-sainte-jeanne-13.html
LES GRANDS ÉCRIVAINS
Épisodes :
Rousseau
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448914-rousseau‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448915-rousseau‑2.html
Lamartine
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448698-lamartine‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448699-lamartine‑2.html
Hugo
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448666-hugo‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448674-hugo‑2.html
Zola
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449035-emile-zola‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3449036-emile-zola‑2.html
Flaubert
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448649-flaubert‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448650-flaubert‑2.html
Peguy
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448887-peguy‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448888-peguy‑2.html
Chateaubriand
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448471-chateaubriand‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448472-chateaubriand‑2.html
Pascal
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448871-pascal‑1.html
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448872-pascal‑2.html
Tolstoï
Index :
http://www.rts.ch/archives/dossiers/3478307-leon-tolstoi-vu-par-henri-guillemin.html
Épisodes :
1 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448929-le-commencement.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448970-tolstoi-soldat.html
3 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448978-l-incertain.html
4 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448986-sonia-entre-en-scene.html
5 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448994-le-trouble.html
6 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3449002-tolstoi-devient-fou.html
7 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3449010-en-avant.html
8 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3449018-la-tragedie.html
9 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3449026-tumultes.html
10 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448938-obstinement.html
11 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448946-crepuscule-ardent.html
12 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448954-fin-de-la-trajectoire.html
13 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/tolstoi-vu-par-henri-guillemin/3448962-presence-de-tolstoi.html
Lénine
1 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/portraits-de-revolutionnaires/3448715-lenine-partie‑1.html
2 http://www.rts.ch/archives/tv/culture/portraits-de-revolutionnaires/3448716-lenine-partie‑2.html
Défense de Guillemin : réponses aux critiques du structuralisme
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448614-defense-de-guillemin.html
Confidences d’Henri Guillemin
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/signes-des-temps/3448683-henri-guillemin.html
Entrevue : Guillemin intime
http://www.rts.ch/archives/tv/information/en-direct-avec/3448615-guillemin-intime.html
Maître de sa parole /
http://www.rts.ch/archives/radio/divers/emission-sans-nom/3637193-maitre-de-sa-parole-16–09-1942.html
CONVICTION PROFONDE (texte bouleversant, je trouve)
http://www.rts.ch/archives/radio/culture/ma-conviction-profonde/3643822-conviction-profonde-21–10-1962.html
Le hobby de Guillemin (minute 3:20)
http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3450139-le-hobby-de-guillemin.html
Réponse à Tel Quel :
http://www.rts.ch/archives/radio/culture/decouverte-de-la-litterature-et-de-l-histoire/3637159-reponse-a-tel-quel-04–11-1968.html
Lettres ouvertes :
http://www.rts.ch/archives/radio/divers/lettres-ouvertes/3584260-lettres-ouvertes-02–12-1973.html
Guillemin explique Robespierre et la Révolution française :
• Première partie (mp3) : https://mediastream.cern.ch/MediaArchive/Audio/Public/Open/1970/AUDIO-1970–003‑1/AUDIO-1970–003‑1–128-kbps-44-kHz-stereo.mp3
• Deuxième partie (mp3) : https://mediastream.cern.ch/MediaArchive/Audio/Public/Open/1970/AUDIO-1970–003‑2/AUDIO-1970–003‑2–128-kbps-44-kHz-stereo.mp3
LES MEILLEURS LIVRES DE GUILLEMIN SUR LA COMMUNE DE PARIS (1871) :
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3459321-la-commune.html
Les livres de l’été 1974 : (minutes 10:20 à 20:55)
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3837794-les-livres-de-l-ete-74.html
Guillemin résume la Commune de Paris 1871 en 3 minutes (min. 0:55 à 4:15) :
http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3459160-jean-pierre-chabrol.html
Des goûts musicaux d’Henri Guillemin :
http://www.rts.ch/archives/radio/culture/disco-portrait/3637200-des-gouts-musicaux-29–04-1970.html
Il est tellement gentil, c’est émouvant 🙂
Henri Guillemin parle
de Zola et de l’affaire Dreyfus
à Henri Mitterrand (archive INA) :
Du beau boulot de bon virus… 🙂
Je reviendrai en détail sur les conférences les plus poignantes, les plus importantes, les plus saisissantes, mais c’est vraiment très utile d’avoir composé cette table des matières unique. Merci Marc !
Mais ce n’est pas tout ! Les vidéos sont longues à télécharger et saturent les baladeurs qui se contenteraient de sons mp3…
Alors un virus « Guillaume » a tout téléchargé et tout converti… en mp3 ! Voici sa participation :
Guillaume : « J’ai compilé les conférences d’Henri Guillemin reformatées en audio. Voici les liens :
La commune de Paris
liste de fichiers mp3 à télécharger
Napoléon
liste de fichiers mp3 à télécharger
L’autre avant-guerre (1871−1914)
liste de fichiers mp3 à télécharger
Jeanne d’Arc
liste de fichiers mp3 à télécharger
Affaire Pétain
liste de fichiers mp3 à télécharger
L’Affaire Dreyfus
liste de fichiers mp3 à télécharger
Mais je dois bien reconnaître que c’est dommage de perdre les images, car la bonne tête de Guillemin, ses belles mains, ses œillades et ses indignations de visage… sont un vrai spectacle, qu’il est dommage de perdre. Bon, les mp3 c’est pour alimenter les baladeurs à petite capacité, mais le site RTS reste une irremplaçable caverne d’Ali Baba pour les amoureux d’Henri 🙂
Eh bien…
Voilà de l’éducation populaire en perspective ! pendant les transports, au lieu d’écouter les chiens de garde de Big Brother à la radio…
Tiens, à propos de journalistes mercenaires vendus aux ultra-riches, il faut absolument lire le dernier livre (explosif !) que Laurent Mauduit vient de publier, « LES IMPOSTEURS DE L’ÉCONOMIE »… c’est littéralement révoltant : Fiorentino, Lorenzi, Pastré, Boissieu… « experts » de mes deux… Gibiers de potence, plutôt ! Crapules en costard, oui…

À lire, sur ce scandale absolu :
• Mais que se passe-t-il donc à France Culture ?
• Les avancées du débat autour des « Imposteurs de l’économie »
• Assauts multiples contre les « imposteurs de l’économie »
Merci à tous pour tout ce boulot !
Je file réécouter la conférence sur Robespierre (c’est trop bon)… 🙂

Étienne.
[PS : mise à jour (15 juillet 2012) : je signale la publication sur ce blog du formidable libelle (introuvable) intitulé
« SILENCE AUX PAUVRES ! »
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/07/15/237-henri-guillemin-silence-aux-pauvres-1989
C’est un texte très important ; ne ratez pas ça.
D’une façon générale, POUR SUIVRE ce qui se dit sur ce blog à propos de Guillemin, de Rousseau, de Robespierre, créez un raccourci vers la CATÉGORIE « Guillemin, Rousseau, Robespierre… »
ÉC]
[PPS : mise à jour 8 janvier 2013 :
• Viennent de paraître les vidéos d’un colloque passionnant
« Henri Guillemin et la Révolution Française : le moment Robespierre »
• Ne ratez pas ce livre important qui vient de sortir (et dont Patrick Rödel nous raconte l’histoire au cours du colloque ci-dessus) :
📚 Livre : 1789–1792 / 1792–1794 : Les deux Révolutions françaises
ÉC]

C’est vrai que c’est une personne formidable. Il possède un amour de l’histoire mais surtout de la Vérité inégalable.
C’est véritablement à faire connaître, à partager et à apprécier soi-même.
Merci à vous, Étienne Chouard, de nous partager à la foi votre culture, vos recherches mais surtout des SOLUTIONS pour nous sortir de notre situation… Comment dire ?… Presque désespérée.
http://www.programme-tv.net/programme/culture-infos/r35954-l-ombre-d-un-doute/3290569-robespierre-bourreau-de-la-vendee/
on peut telecharger ici : http://www.t411.me/torrents/lombre-dun-doute-robespierre-le-bourreau-de-la-vendee-fr pr
guillemin en mp3 : http://www.t411.me/torrents/search/?search=guillemin j’uploadrais le reste bientôt
Merci, merci et merci : ces deux heures de conférence sur la (les) révolution(s) française sont absolument passionnante d’autant plus que je ne connaissais pas ce formidable homme.
Merci encore, continuer de garder foi en vos idées.
Mes salutations distinguées.
yes !
ravie que vous découvriez le bonhomme ! Il est passionnant et humble.
Juste un bémol pour moi, c’est son parti pris chrétien, surtout quand il défend Rousseau. Mais c’est un détail.
Merci beaucoup pour tous ces référencements 🙂
C’est excellent d’avoir toutes ces archives sous la main en 1 seul click, car ce n’est pas facile de les trouver parfois (même en arpentant le site RTS.ch).
Bref, merci mille fois… des heures d’éducation populaire, de la vraie, ça ne peut pas faire de mal 🙂
merci Bourik, pour cet exemple typique des très mauvais documentaires qu’utilise le système pour répandre des calomnies sur l’histoire révolutionnaire.
typique de l’histoire que critique guillemin !
Merci pour cette superbe conférence sur Robespierre ! Le travail pour réhabiliter sa mémoire parmi nos semblables va être longue, mais nous sommes armés.
Et encore merci aussi à Étienne de m’avoir fait découvrir dans une de ses conférences le recueil de ses discours « Pour le bonheur et la liberté » aux éditions la Fabrique, que j’ai pu offrir à noël 🙂
Par ailleurs, je voudrais savoir si quelqu’un connaissait la source de H. Guillemin lorsqu’il fait cette citation de Jaurès dans sa conférence sur Robespierre :
« Sous le régime capitaliste l’individu est enfoncé dans la matière jusqu’au cœur sous l’écrasement économique et sous l’obsession militaire. Je veux construire une cité d’espérance où l’Homme s’aperçoit que les étoiles existent »
Merci encore !
Un dialogue entre Jacques Brel, Françoise Mallet Joris et Henri Guillemin :
http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I00003623/jacques-brel-francoisee-mallet-joris-et-henri-guillemin.fr.html
Un peu plus orienté sur le coté chrétien de gauche de Guillemin, mais c’est toujours intéressant.
Et ceux que ça titille le coté catho, regardez, par exemple, la théologie de la libération, ça me semble être du bon coté du manche !
en tout cas, il faut avoir une haute et claire idée de ce qui est vraiment sacré pour avoir cette force de démonter les vaches sacrées !
et merci pour cette bibliothèque facile d’accès…
Guillemin est sans conteste ce que Grasmci nommait « un intellectuel organique », c’est à dire qui émerge du peuple et qui travaille pour lui.
j’ai récemment découvert Normand Baillargeon (québecois très chomskien) qui a condensé son « petit cours d’autodéfense intellectuelle »…ici :
http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/rsc/normand%20baillargeon-petit%20cours%20autodefense%20intellectuelle.pdf
un extrait de l’introduction où il explique la nécessité de l’esprit critique pour la démocratie participative et que sa formation repose sur l’école et les médias mais que ces deux piliers sont défaillants (introduction où figure une assimilation de la propagation des croyances paranormales comme témoignage du recul de la raison, assimilation que je trouve stupide) :
« 2.4 Les médias de la société du spectacle contre la citoyenneté participative
Le deuxième lieu privilégie de l’apprentissage de la pensée critique citoyenne est constitué par
l’univers des médias. Or, ici encore, il y a lieu de s’inquiéter. Pour le comprendre, il faut savoir que
nos institutions d’information et de discussion publique citoyenne sont depuis longtemps enracinées
dans un terreau propagandiste ; depuis quelques années, la concentration de plus en accrue des
médias entre les mains d’un nombre de plus en lus restreint de tyrannies privée accentue encore plus
cette tendance lourde vers la marginalisation du public.
2.4.1 La Commission Creel et ses alentours
La grande expérience fondatrice de propagande institutionnelle, à cet égard et en Amérique, aura eu
lieu lors de la Première Guerre Mondiale, alors la Commission on Public Information ou
Commission Creel, du nom de son Président, est créée pour amener la population américaine,
majoritairement pacifiste, à entrer en guerre. Le succès de cette Commission a été total et c’est là
que sont nées une large part des instruments de propagande des démocraties actuelles.
Walter Lippmann, un de ses influents membres, souvent donné comme “le journaliste américain le
plus écouté au monde après 1930” décrit le travail de la commission comme une “révolution dans la
pratique de la démocratie” où une “minorité intelligente” chargée du domaine politique, est
responsable de “fabriquer le consentement” du peuple, lorsque la minorité des “hommes
responsables” ne l’avaient pas d’office. Cette “formation d’une opinion publique saine” servirait à se
protéger “du piétinement et de l’hurlement du troupeau dérouté”, (le peuple) un “intrus ignorant qui
se mêle de tout”, dont le rôle est d’être un “spectateur”, et non un “participant”. Edward Bernays, un
autre membre célèbre de la commission, expliquait en 1925, que c’était maintenant possible de
“discipliner les esprits du peuple tout comme une armée discipline ses corps”. Bernays est le
principal fondateur de la moderne industrie des Relations publiques et une des fondateurs de la
publicité moderne : il amena notamment les femmes américaines à fumer et travailla longtemps pour
les compagnies de tabac.
Le type de citoyenneté qui est ici mise l’avant, la citoyenneté de spectateurs et non de participants,
est précisément celle que souhaitait et que souhaite encore voir advenir une certaine élite
occidentale. Selon ce point de vue, la démocratie sainement comprise est fort différente de celle que
la plupart des gens ont ordinairement en tête. Dans une des toutes premières éditions de
l’Encyclopedia of Social Sciences, parue dans les années 30, un des plus éminents spécialistes des
médias, Harold Laswell, expliquait justement qu’il importe surtout de ne pas succomber à ce qu’il
nomme le “dogmatisme démocratique”, c’est-à-dire
à cette idée selon laquelle les gens ordinaires
seraient en mesure de déterminer eux-mêmes
leurs besoins, leurs intérêts et qu’ils seraient donc,
partant, en mesure de choisir par eux-mêmes
ce qui leur convient. Cette idée est complètement
fausse, assure Laswell. La vérité est plutôt que d’autres, c’est-à-dire
une élite à laquelle l’auteur a
sans aucun doute la certitude d’appartenir, doivent décider pour eux. L’ennui, poursuit Laswell, c’est
que nous sommes ici en démocratie et qu’il est impossible de contrôler la populace par la force.
Heureusement, Laswell et les intellectuels de service (Gilbert Langevin disait superbement : les
intellectueurs à gages) ont une solution toute prête à proposer : à défaut du recours à la force pour
contrôler la populace, on peut parfaitement bien la contrôler par l’opinion.
On remarquera qu’il y a bien une conception de la société et de la démocratie qui est ici mise en jeu,
ainsi qu’une conception des médias qui lui correspond parfaitement. Cette conception traverse de
part en part notre culture, nos institutions, nos pratiques et les discours de nos élites. »
Merci pour ce regroupement de trésor d’histoire vrai.
Effectivement la partie sur Robespierre est particulierement vivante, la dernière question du Monsieur parlant d’historia fait une conclusion parfaite 🙂
Le passage où Mme de Staël s’effraie de l’apparence de Robespierre fait immanquablement penser aux cris d’orfraie de Mme Parizot à la vue du succès grandissant de Jean-Luc Mélenchon !
Ah ! merveille ! Je n’ai qu’un seul regret, c’est qu’on n’ait pu le voir, lui si truculent, humain, aimant…
Au-delà du fait qu’il prenait de l’âge et était fumeur, on a l’impression à la fin que son essoufflement est fait d’émotion qu’il peine à contenir. Dans une de ses vidéos sur la Commune, on devine qu’il pleure. Il aimait l’Histoire parce qu’il aimait les gens, je me retrouve tellement…
Le tableau qu’il dresse de l’imposture que fut 1789 me va au cœur. Ca fait des années que j’avance dans la découverte de cette gigantesque escroquerie reprise par tous nos politiques.
J’ai moi aussi découvert Robespierre comme ce pur diffamé et cerné par les barbares et les rapaces qui lui ont fait porter leurs crimes, avant que la postérité ne répercute la calomnie.
Le jugement de Robespierre sur Voltaire est simplement génial : tant de vérités en si peu de mots !
Guillemin parle de l’assassinat du maire d’Étampes comme un tournant menant à la guerre. Je suis précisément en train de travailler sur l’événement et j’en suis arrivée à la même conclusion.
J’ai deux réserves à émettre sur les jugements d’HG, qui tiennent certainement au fait qu’il n’a pu tout étudier :
- ce qu’il dit des massacres de septembre semble passer à côté de la réalité qui fut encore plus sordide.
- Il ne comprenait pas les paysans qu’il a tendance (dans toutes ses vidéos) à prendre pour des ignorants suivant leurs notables. J’ai une vision singulièrement différente. Mais mon champ d’étude n’est pas le même.
Merci Étienne pour ces merveilles.
Ayant découvert Étienne chouard lors d’une conférence filmée, j’ai foncé voir Henri guillemin et étant passionné d’histoire je me régale. Merci de promouvoir ce savoir, pour devenir des virus, c,est la première étape.
Etienne, merci de tout coeur pour ce boulot de fourmi, un vrai régal !! Plus j’avance et plus j’ai envie d’avancer. On gratte la première couche de poudre aux yeux pour ce rendre compte à quel point les choses ne sont pas si complexes, contrairement à ce que nos chers politiciens veulent bien nous faire croire…
Merci ! @++
À propos de Robespierre
Autant il me semble légitime, et même salutaire, de faire le ménage dans le monceau de calomnies qu’on a fait circuler sur Robespierre, autant je n’ai pas envie de passer à côté de sa vérité.
Je ne suis pas Robespierriste, j’entends par là que je ne suis pas de ceux qui le défendent becs et ongles envers et contre tout.
Il me semble aujourd’hui évident que l’incorruptible était un être généreux cerné par la pire racaille, et n’être pas corrompu dans un tel environnement dénote une haute valeur morale.
Mais quand je lis ce que Robespierre a pu écrire sur le projet d’éducation concocté par Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, j’ai les cheveux qui se dressent sur la tête.
Il s’agit d’un projet totalitaire que je trouve terrifiant et qu’il a trouvé génial. Et là, personne d’autre que lui n’est responsable de ce qu’il en a dit.
http://www.egaliteetreconciliation.fr/Humaniste-republicain-epris-des-Lumieres-10964.html
Alors rendre à César ce qui est à César et cesser de faire porter à Maximilien les crimes commis par les autres, oui, mille fois oui.
Mais cela n’implique pas de s’aveugler sur son dogmatisme, ses amitiés douteuses et les dérives terribles et mortifères que toutes ces grandes idées ont engendrées.
On a tout à gagner à savoir faire la part des choses.
@ Marion,
effectivement « On a tout à gagner à savoir faire la part des choses. », je ne crois pas que ton article y participe,
tu portes un jugement anachronique sur un homme, Michel le Peletier, mort il y a 219 ans.
un homme qui, en matière d’éducation n’a jamais eu le pouvoir, son projet n’ayant pas été retenu, mais animé de manière désintéressée par le souci de la justice et de l’égalité.
Puis tu imputes à Robespierre la responsabilité d’avoir trouvé génial ce qui à l’époque était objectivement génial, un projet au sujet duquel aucun homme ne pouvait avoir la capacité de formuler les arguments que tu es aujourd’hui en capacité de formuler à son encontre !
alors c’est peut être le format qui fait qu’on reste sur sa fin en matière de contextualisation, des enjeux de l’époque, de l’univers mental des hommes de l’époque, etc.
mais je n’en suis pas sûr, car ça et là on lit de grossières exagérations et des indices d’une lecture partiale et partielle des choses,
et le lieu de publication en trahit les présupposés,
la philosophie des lumières est un système de pensée circonstancié, se mettre du côté de l’ombre n’a jamais permis de le dépasser,
il n’y a pas lieu non plus de revisiter l’Histoire pour régler ses comptes avec soi-même ou avec des adversaires du moment,
surtout dans une époque ou certains confondent la liberté de l’enseignement avec la liberté d’entreprendre, la liberté de l’enseignement avec la liberté de transmettre à ses enfants les préjugées qui sont les siens et l’univers mental clos et sécurisant d’un monde expliqué par les vérités « révélées » et les traditions, former des esprits tautologiques,
un monde où les écoles sont conçues comme les lieux de formation d’individus prêts à consommer et à satisfaire aux besoins des actionnaires, à obéir et à penser dans les clous,
comme je suis sûr que tu n’as pas ce genre de projet, je suis sûr qu’au fond de toi tu sais ce que nous devons tous à des gens comme le Peletier, ne serait-ce que la capacité à critiquer son projet…
j’ai lu il y a quelques années un livre du père Teilhard de Chardin, et je me suis dit, voilà un homme qui a su se sortir des dogmes de son Eglise pour dire ce que son engagement spirituel signifiait sans vouloir occulter la vérité et les preuves,
celui-là est un honnête homme, un digne héritier des lumières, pour qui croire en Dieu et croire en l’évolution n’est pas antinomique,
et puis plus tard j’ai rencontré des américains et des nord africains qui visiblement n’ont pas connu l’enseignement laïque, était créationnistes, les dinosaures n’existaient pas, etc., l’homme n’avait rien à voir avec le singe etc., et bien, je me suis dit que je préférais l’école des sceptiques à celle de croyants, car elle forme aussi des croyants capable de faire la place à ce qui est prouvé comme vrai…et même si ça contredit leurs livres « sacré ».
En ce sens la quête de le Peletier, c’est un pas vers la citoyenneté pleine et entière, la fabrique du citoyen plutôt que la fabrique du serf, cette quête n’est malheureusement pas terminée !
« On a tout à gagner à savoir faire la part des choses. »
exemple de contre-propagande : http://www.scoplepave.org/_conf_incul_2_dorigny.html
Je ne porte un jugement anachronique sur rien du tout. Je suis historienne, je me réfère aux textes et je porte un jugement sur ce que je lis.
On ne peut pas bêler d’admiration dès qu’on parle des Lumières, et ensuite dire anachronique celui qui n’y trouve pas son compte.
Je dis, et je maintiens, que le projet d’éducation de Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est une horreur, parce que je l’ai lu. Jusqu’au bout. Je ne me suis pas contentée d’en lire les préliminaires pontifiants (dans lesquels, au demeurant, je pourrais trouver à redire mais passons), je suis allée au bout. Ce que très peu de personnes font.
Je pense que Robespierre, lui, l’a lu jusqu’au bout, je fais confiance à sa probité intellectuelle.
Et Robespierre a trouvé ce plan génial, de même qu’il a donné son amitié à ce triste sire pis que louche.
http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-mystere-du-tableau-de-David-9073.html
Est-ce la franc-maçonnerie, auxquels tous deux appartenaient, qui a fait ce lien qui me semble contre nature ?
Je ne juge pas des sentiments entre les hommes. Si Robespierre a aimé Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, c’est qu’il l’a trouvé aimable.
Ce que je dis du projet de Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, c’est qu’il ressemble, dans l’esprit sinon dans la lettre, au projet qu’avaient en la matière les ancêtres (ou tout du moins les prédécesseurs, socialement parlant) du magistrat quand ils ont créé l’hôpital général.
Je donne tous les détails sur cet état d’esprit dans :
http://www.egaliteetreconciliation.fr/La-Marche-rouge-Les-enfants-de-l-Hopital-general-9004.html
Et il convient de savoir que ces projets totalitaires ont toujours, depuis le début (c’est-à-dire dès le 17e siècle) suscité des résistances et des débats. Nos aïeux étaient, aussi bien que nous, capables d’esprit critique. Et je crois pouvoir affirmer que la mainmise sur les gosses a été l’un des fondements de la guerre sans merci que les jansénistes (partisans du projet de l’hôpital général) ont menée victorieusement contre les jésuites (enseignants pour tous partout).
Je n’autorise personne à dire que je « revisite l’Histoire » pour régler mes comptes. Le travail de l’historien consiste à revisiter l’Histoire. Si on n’aime pas ça, on fait autre chose.
Quant à savoir si je fais ça pour régler des comptes ou pour gagner le paradis, vous n’êtes pas là pour en juger et je récuse d’avance, fermement et définitivement, toute considération de ce type.
Pour votre gouverne : j’ai lu tout Teilhard de Chardin qui a été mon maître à penser.
Pour se faire une opinion sur Saint-Fargeau, Robespierre, quelques belles pages sur la fascination du pouvoir et les formes autoritaires d’organisation :
Alain Jouffroy, « De l’Individualisme révolutionnaire », dernière édition en 1997 par Gallimard.
http://www.amazon.fr/De-lindividualisme-révolutionnaire-Alain-Jouffroy/dp/2070748545
http://www.amazon.fr/lIndividualisme‑r%C3%A9volutionnaire-10–18-Alain-Jouffroy/dp/B0000E7JO2
Bonjour ,
Le tirage au sort encadré pourrait être une solution aux abus de pouvoir commis par les représentants élus.
Pour être éligibles , ils se battent entre eux, recherchant d’abord leur intérêt personnel .
Ils prêchent la bonne parole, pensant détenir la seule vérité et à ce titre estiment être légitime et inattaquable du fait de l’élection.
Peut-on penser que, dans le contexte actuel, les socialistes qui détiendraient tous les pouvoirs après les législatives agiront exclusivement dans l’intérêt général ? eux qui n’ont jamais été constructifs dans l’opposition depuis 10 ans ?
La règle du non cumul serait mise en place (par des politiques ayant cumulés toute leur vie .….) bientôt : c’est une avancée mais dans le cadre du système représentatif électif la portée en sera réduite par la désignation des candidats qui relève des partis et non du peuple.
Oui, il faut penser à introduire le tirage au sort dans notre pays pour une meilleure représentativité des citoyens, pour un éveil à la citoyenneté, pour découvrir des talents et des idées cachées, pour protéger contre les dérives de l’exercice du pouvoir et contre les dérives de la presse.
excellentes les vidéos , celle sur Rimbaud notamment !
Bonjour M. Chouard
Merci pour cette page très instructive.
Je viens de créer les vidéos de Guillemin sur Robespierre à partir des deux enregistrements audios proposés.
La première partie se trouve ici :
La deuxième partie devrait arriver très rapidement.
Bonne continuation
Rikiai
http://www.ubest1.com/?page=avatar/Rikiai
http://www.rts.ch/archives/tv/information/en-direct-avec/3448615-guillemin-intime.html
celui là est incroyable notamment à propos de Vigny et B. Constant.
Merci Étienne.
@Robert Spire
Pouvez-vous me parler de ce livre avant que je me décide à l’acheter (il a la même couverture que le mien, « Le Mysère du tableau de David »).
Merci à vous,
Marion
@Marion,
Alain Jouffroy est un poète et grand connaisseur des arts en particulier la peinture. Il a découvert un tableau de Topino-Lebrun (élève de David)dont l’histoire éclaire la sombre prise du pouvoir par Bonaparte et la triste fin de Babeuf et de ses amis.
« De l’individualisme révolutionnaire » est un essai difficile à résumer. Globalement l’auteur, ami d’André Breton, voyage dans le temps pour relier à notre époque, à travers les arts et les faits historiques tout ce qui est resté caché de ces hommes et femmes (révolutionnaires, anarchistes, artistes, philosophes, etc) qui ont lutté pour le bonheur commun ; et qui surtout,lui permettent de démontrer qu’il existe des voies autres que les idéologies individualistes ou totalitaires.
Cet essai a eu 3 publications, celle de 1997 a été remaniée, textes enlevés d’autres rajoutés. Sur Saint-Fargeau et Topino-lebrun, l’édition « 10−18 » me semble plus complète.
@ Marion,
je ne doute pas de ta bonne volonté,
je doute sérieusement de ta qualité d’historienne,
un scientifique qui observe une cellule, utilise un microscope, tel qui observe la lune, un télescope,
mais au moins ont-ils conscience d’utiliser des instruments,
or toi tu regardes l’histoire et tu lis un texte avec des lunettes déformantes,
et après tout nous faisons tous cela,
simplement la scientificité exige d’être capable de se forger les meilleurs lunettes possibles et d’expliciter celles que l’on utilise,
et en matière d’histoire, objectiver son point de vue n’a rien d’accessoire,
il s’agit également, pour être honnête envers soi-même et envers les autres, de commencer par tirer le fil des faits et de leur succession, en s’interdisant autant que faire se peut de juger, sans quoi l’on s’expose à sélectionner les faits et à lire les choses avec un a priori, ou de tirer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas,
première étape, contextualiser, et ainsi de suite, tu sais cela mieux que moi, jusqu’à la dernière étape de l’honnêteté scientifique : se plier à la critique.
Donc non seulement je maintiens mes critiques mais j’ajoute que ton article n’a rien du compte rendu d’un travail d’historienne, mais que c’est un pamphlet idéologique,
s’il en fallait une preuve, il suffit de se reporter aux réponses que tu fais aux commentaires critiques sous ton article,
qui se résument ainsi : j’ai raison car j’ai lu le texte jusqu’au bout, j’ai raison car je suis historienne.
Eh bien permets-moi d’avoir des doutes !
je n’attendais qu’une chose, que tu sois en mesure de les dissiper.
Or, tu me fais l’honneur de me répondre en confirmant la justesse de mes soupçons :
justement, je te reproche de te référer au texte sans le contexte, ce qui m’empêche de reconnaître ta qualité supposée d’historienne, étant entendu qu’il s’agissait de nous livrer une exégèse du texte, et non pas nous livrer du haut de ta chaire, ta vision normative et moraliste du texte. Pour nous livrer ce qu’il faudrait en penser, tu t’es faites procureur de ton propre ministère, un historien se serait fait juge : où sont donc les circonstances atténuantes, les éléments à décharges, les preuves ?
mon reproche c’était que tu le lis avec une seule paire de lunettes déformantes, au lieu de multiplier les angles de vue, pour finalement nous livrer un truc un peu objectif.
mais pour me moquer un peu, je vais reprendre ton mode d’argumentation : je suis économiste, il est impératif de réduire les dépenses publiques pour sortir de la crise, le traité sur la règle d’or est un bon traité parce que je l’ai lu et jusqu’au bout.
ah bon, me diras tu et pourquoi est-il si impératif de réduire les dépenses publiques ? Parce que si on ne réduit pas les dépenses publiques on ne sortira pas de la crise.
. Coller des étiquettes manichéennes sur les personnes ou sur les pensées qu’elles expriment ce n’est pas un travail d’historien, c’est de la propagande, des jugements normatifs, des fausses imputations (il est noble donc s’il dit ça cela veut dire que…, il est franc-maçon et donc comme mes préjugés et ma propagande disent franc-maçon c’est mal, ça veut dire que… donc etc.) il y a un monde entre déconstruire la propagande républicaine sur le « premier martyr de la liberté » et montrer en toute objectivité le personnage dans toute sa complexité,
et ce que tu fais, qui est de la science canada dry, où l’on confond les hypothèses avec les conclusions,
en faisant cela, tu t’inscris dans un travail idéologique, dans la droite ligne des entreprises d’éradication des « lumières », l’antirépublicanisme, l’ordre moral, etc., et ce faisant, tu fournis de la matière à d’autres entreprises de domination, qui n’ont rien d’émancipatrices.
Quand je dis que tu as des comptes à régler, je pense que c’est d’abord avec toi-même,
car finalement (je caricature) tu lis et tu juges en fonction de présupposés que tu ne veux plus remettre en question, tu nous fournis une morale, tu dis ce qui est bien ou mal en cherchant à disqualifier tout ce qui et tous ceux qui sont à l’origine de la remise en question de la sécurité normative et morale, psychique, dans laquelle tu as choisit de rester, ou de te réinscrire.
ceci est le propre de la pensée dogmatique, quelles qu’en soient les prémisses, et peu importe les mots, quand il dit « communiste », « catholique », « franc-maçon », « capitaliste », etc., le dogmatique pense « diable », « blasphème », etc., il a cessé d’ouvrir son esprit au nouveau et à l’imaginaire, il use de son esprit critique pour débusquer diables et sorcières, c’est à dire tout ce qui contredit son dogme.
Je ne dis pas que tu en es rendu à ce point, du moins je l’espère, simplement, ton travail comporte des biais et des travers évidents,
et c’est bien dommage, car si tu prétends critiquer objectivement une certaine logique, en expliciter les filiations historiques et démontrer les possibles effets délétères de son application, au moins devrais-tu être capable de te mettre à la place de celui qui a écrit plutôt que de celle qui l’aurait brûlé.
En démocratie, le travail de l’historien doit permettre au citoyen, en toute connaissance de cause, de peser le pour et le contre, de lire le passé comme jadis le religieux lisait sa Bible, pour connaître ses origines, ses ancêtres, leurs erreurs et leurs gloires.
Le citoyen libre a besoin de l’historien et des sciences en général pour savoir comment organiser au mieux sa cité, car, étant libre, il sait que personne d’autre que lui et ses semblables ne sont responsables de cette organisation, et, étant libre, il ne justifie pas ses choix par le respect aux ancêtres, aux traditions ou aux dogmes,
nous ne pouvons donc pas vouloir faire quelque chose « parce qu’il en a toujours été ainsi », car l’oubli du « pourquoi il en est ainsi » et « depuis quand » nous expose à perdre notre liberté, car le propre de la démocratie est de pouvoir dire « il en est ainsi car nous l’avons décidé », ce qui, retraduit pour nous, êtres souhaitant cheminer vers et par la démocratie veut dire « nous devons faire en sorte qu’il en soit autrement »,
et la sagesse commande de trouver la bonne mesure lorsqu’il s’agit de produire de l’inédit, que cet inédit soit imaginé comme un retour à une organisation passée mythifiée ou un saut vers une utopie que l’on s’imagine raisonnable, ce qui revient strictement au même, suffisamment de leçons de l’histoire nous invitent à la prudence,
or toi tu ne prends pas plus de gants avec les lumières, que les lumières n’en prenaient avec les pensées dominantes de leur temps, tu ne nous rends pas capable d’en tirer la substantifique moelle, de graver dans nos mémoires ce qu’il ne faudrait surtout pas rejeter et ce qu’il ne faudrait pas reproduire, donc ton pamphlet idéologique est un handicap pour avancer,
Or un rapport objectif à l’histoire est essentiel, et ton travail pourrait l’être s’il ne visait pas à déconstruire un rapport canonique à l’histoire pour en substituer un nouveau !
une société saine se pense comme une entité consciente de son propre caractère ouvert, évolutif, donc perfectible, en même temps qu’elle est consciente de son caractère historique, hérité, donc imparfaite et incapable de produire une quelconque perfection absolue, car le nouveau émerge toujours de racines anciennes,
le rapport objectif à l’histoire, comme toute opération de réflexivité, induit une capacité à l’autocorrection permanente, à l’évaluation permanente et une capacité à susciter de l’inédit qui ne soit jamais à vocation de transformation totale selon des plans prédéfinis, mais par touches, par expérimentations,
car ce qui libère les hommes d’aujourd’hui sera par définition trop étriqué pour leurs descendants…cela s’appelle le conflit de génération.
la société fermée entend éduquer ses enfants pour qu’il n’y ait pas de conflit de génération en les dressant pour qu’ils reproduisent le même, comme dans toute société traditionnelle, ou bien pour qu’ils soient façonnés tels que leurs parents les ont imaginé, comme dans toute société totalitaire,
en revanche, la société ouverte entend éduquer ses enfants pour qu’ils deviennent meilleurs et plus libres que les parents, ils porteront donc le nouveau en germe…
comme nous vivons dans une société ouverte, du degré de fermeture de la société dépend le temps de maturation et le degré de violence du conflit de génération.
les excès révolutionnaires ou contre-révolutionnaires naissent de l’incapacité d’une société à faire émerger le nouveau, à prendre les risques qui s’imposent pour dépasser les limites devenues insupportables tout en maintenant la notion de limite comme seule manière de rendre la situation supportable pour tous.
Le Peletier ne fait pas autre chose que d’imaginer les moyens de faire cesser les malheurs qu’il observe, ses propres excès ne sont finalement que l’héritage et le choc en retour des excès inverses,
conserver, maintenir sous le joug, ce n’était pas là son but, mais bien ceux de ses adversaires,
et peu importe ce que feront de ces pensées d’autres après lui qui verront là, en les travestissant, des moyens de dominer et de conserver à leur tour, et comme de toute façon c’est le projet de Condorcet qui fut retenu, que t’importe Le Peletier ?
la pensée des lumières mérite à mon sens d’être critiquée à l’aune de ce qu’elle entendait elle-même dépasser, mais elle conservera toujours l’aspect ambivalent de tous ces sauts dans l’inconnu que l’humanité à effectué, et qui suppose qu’elle abandonne une bonne part de ses oripeaux du passé, en même temps qu’elle s’en tisse de nouveaux,
et si par malheur le penseur, le rêveur ou le fou s’est trompé, ce n’est pas lui rendre justice que de le crucifier une fois mort, mais c’est par contre un devoir que de blâmer tous ceux qui aujourd’hui encore s’interdisent et voudraient interdire de rêver, d’imaginer et se coulent doucettement dans des idées préconçues, des dogmes et des traditions, se vivent comme éternels disciples, gardiens des temples de vieilles recettes, sans vouloir écouter le fou, le penseur, le rêveur, dès fois qu’il ait de bonnes recettes ou de bons ingrédients.
le massacre ne nait qu’à la seconde où l’on oublie que ce que l’autre propose n’est jamais qu’un cheminement, et qu’on transforme son chemin en « seule voie possible », ce qui à terme rend sourd à la parole du protestant,
et tu ne pourras jamais prouver que Lepeletier est responsable de sa postérité, pas plus que Jesus, Marx ou Einstein ne le sont, et qui sait si toi-même tu ne figureras pas parmi les désignés coupables d’horreurs à venir, toi qui a de « douteuses fréquentations » ?
Et que crois-tu que l’on puisse penser quand on lit tes articles et qu’on y retrouve les même procédés et les mêmes types de lecture de cette période de l’histoire que les historiens d’extrême droite des années trente ont pratiqué ? A quoi sert d’être « historienne » si c’est pour reproduire les mêmes erreurs ?
plutôt que vouloir se purifier et purifier l’histoire, en la falsifiant, en disant ceci n’est pas moi, ceci n’est pas nous, mieux vaut avancer sereinement en reconnaissant que nous avons tous du sang sur les mains, quel que soit l’héritage que l’on se bricole…ça aide a chausser des lunettes à la fois indulgente et intransigeantes.
une idée n’a jamais tué personne, et diaboliser l’idée ou l’émetteur n’a jamais constitué un système fiable de réfutation, non ?
@nawak merci pour votre commentaire inutile, un jour vous apprendrez a argumenter vos réponses 😀
Merci pour cette excellente conférences sur la révolution ! Quel bon livre sur l’histoire de la Révolution me conseilleriez-vous pour aller plus loin ? (je ne cherche pas spécialement du Guillemin, même si j’aimerais sans doute lire son « Silence aux pauvres » par exemple)
Bonsoir,
voici la conférence de Guillemin sur Robespierre en un seul fichier :
http://www.mediafire.com/?j6xd2fr18ifa8np
si les vérités ne sont pas bonnes à dire, c’est un régal de les entendre …
Sitouaillain,
Je t’invite à LIRE Michel Le Peletier de Saint-Fargeau, et comme le suggère Marion, à le lire JUSQU’AU BOUT (ce que je n’avais pas fait moi-même avant de rencontrer Marion : j’avais acheté ce livre après avoir entendu Franck (Lepage) louer cet auteur dans une conférence gesticulée passionnante, mais je ne l’avais que commencé).
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k515462p/f270.image.r=.langFR.swf
C’est très court : le projet pour l’éducation nationale va des pages 267 à 330 : avec peu de caractères par page, ça se lit à toute vitesse.
Tout va bien (discours apparemment irréprochable) jusqu’à la page 277, où l’on voit apparaître un dithyrambique chant d’amour du commerce et de l’industrie… (j’ai noté « hum » dans la marge). Mais, hormis cette première petite alerte, le discours reste uniquement motivé, au début, par le gout du bien commun, la recherche de l’intérêt général.
À la fin de la page 284, on voit apparaître « l’avantage inestimable » (sic) du projet, qui est « L’ACCOUTUMANCE AU TRAVAIL »… (« Hum ! » dans la marge). Mais bon, là encore, ça se discute : je me vois bien défendre moi-même cette idée dans l’intérêt général, de façon parfaitement désintéressée et dans l’intérêt de la société comme celui des enfants : tout dépend du sens qu’on donne au mot TRAVAIL.
Bon, et à partir de la dernière ligne de la page 285, où l’on voit apparaître « l’intéressement de tous à produire dans les ateliers des enfants » (sic), on commence à comprendre (et on découvre ensuite le détail de) l’horreur absolue de ce PROJET DE NÉGRIERS AVARES : il s’agit de mettre dès le plus jeune âge les enfants au travail, au service des industriels et des commerçants, et pour un salaire de misère, avec comme objectif avoué de leur apprendre très vite et en profondeur la docilité et la résistance à l’effort. Il s’agit de créer des CAMPS DE TRAVAIL POUR LES ENFANTS, AUTOFINANCÉS PAR LE PRODUIT DE CE TRAVAIL INDUSTRIEL FORCÉ, camps de travail dont les conditions de vie quotidienne sont proprement infernales (privations, punitions, obéissance absolue, conditionnement mental en profondeur au service du patron, etc.)
Mais tout cela n’apparaît qu’à la fin (ça me fait penser au TCE en 2005 🙂 ) : je dirais des pages 286 à 314 (mais il faut retravailler tout ça, j’en ai sans doute raté).
Je n’ai pas le temps de développer ce matin, mais je publierai bientôt l’intégralité de ce texte avec mes commentaires en marge : je crois bien que 1) c’est indéfendable et 2) c’est un révélateur passionnant de la vraie nature de ce qu’on appelle fallacieusement « LES LUMIÈRES », nouveaux philosophes du XVIIIe, philosophes nouveaux riches (d’une richesse MOBILIÈRE) produisant une idéologie à l’usage exclusif des riches.
À creuser, donc, mais sans insultes, svp.
Étienne.
PS : tu as raison de demander des preuves, Sitouaillain, et ton message est intéressant : grâce à lui, nous allons travailler ensemble LE TEXTE de Saint-Fargeau. Mais s’il te plaît, essaie d’être un peu moins rentre-dedans. Ce sera plus facile de progresser ensemble. J’aime beaucoup te lire, tu me rends sensible des tas d’idées importantes, presque tous les jours, mais parfois tu montes dans les tours de façon vraiment injuste. Je te promets que Marion est une fille bien, une femme remarquable. Merci de ta compréhension (dont je ne doute pas).
« Elles sont sœurs mais l’éducation nationale est l’aînée. Que dis-je ! c’est la mère commune de tous les citoyens, qui leur donne à tous le même lait, qui les élèves et les traite en frères, et qui, par la communauté de ses soins leur donne un air de ressemblance et de famille qui distingue un peuple ainsi élevé de tous les autres. Toute sa doctrine consiste donc à s’emparer de l’homme dès le berceau, et même avant sa naissance ; car l’enfant qui n’est pas né appartient déjà à la patrie. Elle s’empare de tout homme sans le quitter jamais, en sorte que l’éducation nationale n’est pas une institution pour l’enfant, mais pour la vie tout entière. »
Lepeletier, Projet d’éducation nationale.
il y a incontestablement un ferment totalitaire dans ce qu’il dit même en contextualisant.
Par ailleurs, je ne vois pas par où l’on peut dire que c’est le projet de Condorcet, qui a finalement été retenu. Au grand jamais l’école sous la tutelle de l’appareil d’Etat n’a été et ne sera jamais une école dédiée à l’autorité de la vérité comme le préconisait Condorcet : c’est bien plutôt sur les principes de Lepeletier que s’est construite l’école républicaine jusqu’à aujourd’hui d’où le fait qu’elle se revendique comme une éducation nationale. Lepage, aussi drôle soit-il, empile quand même de monstrueux contresens dans sa conférence.
Dieu que je suis content d’être tombé sur ce Guillemin ; je cherchai depuis un moment l’équivalent d’un H Zinn pour nous faire une contre histoire de la France.
Claude rappelait le 1er mai – jour de bataille des mémoires – dans l’émission » Là-bas si j’y suis »
le texte magnifique de Victor Hugo consacré au travail des enfants : Melancolia.
http://snd.sc/J044LI
» Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit,
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème !
O Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux ! »
http://www.bacdefrancais.net/melancholia.php
Pour parodier l’obscène conception de Sarkozy, l’UMP pourrait créer des camps à l’entrée desquels elle inscrirait » le vrai travail rend libre « …
D’avoir écouté Henri Guillemin dans sa conférence sur l’avant-guerre de 14–18, quelques ré-orientations morales de la population par l’école y sont bien explicitées : le travail, l’argent (dans la soumission) pour valeurs à propager… C’est du programme tout net et franc !
À propos de l’historien que j’aime aussi beaucoup écouter et regarder, à la suite du conseil d’Étienne, je me demande si sa facilité, son aisance qui emportent, ne lui viennent pas d’avoir traversé un certain miroir une bonne fois pour toutes : prendre les être humains et leur Histoire – à grande Hache – pour ce qu’ils sont (depuis – trop – longtemps ?), en nombreuse société, à savoir une PYRAMIDE EFFERVESCENTE, dans laquelle lui se balade en toute amitié et chaleur pour ses congénères (ses saluts, sa connivence comme un tutoiement d’un état de fait partagé – mais à ne pas forcément continuer) ?
Comme j’aime aussi la vision critique de Lewis MUMFORD sur les fourmilières et les ruches vers lesquelles l’humanité tendrait trop souvent (certes, sûrement caricaturées, abeilles et fourmis, pour les besoins de l’idée), et son ampleur de vue, à l’égal de Guillemin.
Mais : est-ce enthousiasmant une PYRAMIDE ? J’avoue que ce n’est pas mon volume préféré, ni même une forme qui m’est agréable, même si j’aime le ciel et la terre ! Bien d’autres formes leur laissent une place avantageuse, sans non plus contraindre et rendre agitée à ce point (pour si peu de bonheur) l’humanité.
Sur la manière d’échanger…
Personnellement, je m’interroge s’il est préférable de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche ou communiquer sans contour sa pensée, qu’elle soit construite et savante, ou très réactive, hyper-sensitive (nota : la pensée s’avère scientifiquement bien moins cartésienne que vivante, dans le plus affectif et réactif du terme, la passion réhabilitée comme l’essence du vivant, d’après mes premières compréhensions, dans le domaine qui semble révolutionnaire et méconnu – et que je n’ai pas lu : Damasio, J.-D. Vincent, etc.).
J’aime beaucoup l’idée de l’ISEGORIA grecque antique réactualisée par Étienne, et le chamboulement actif et permanent qu’elle semble impliquer, l’expression acharnée de chacun en présence de beaucoup que je lui présume (et espère), parole nue ou armée, selon ses moyens et croyances, déversoir parfois insensé, jusqu’à l’excès qui miraculeusement conduit à une forme de sagesse (individuelle, collective). (Mais quid des timides et réservés pour le coup ? En dehors ?)
J’aurais (très fortement !) tendance à trouver qu’à chaque expression, quelle qu’elle soit, une vérité s’ouvre, et de la CONNAISSANCE à multiples facettes, et j’ai aussi constaté que bien souvent aussi une sensibilité s’en trouve affectée, à un niveau ou l’autre, sur un plan ou un autre (rationnel compris donc, et pour de belles combinaisons d’affectations possibles), parfois là où rien n’y amenait.
Faut-il apprendre – pour une société plus heureuse – à entendre l’autre dans toute son expression, excès, agressivité compris, ou apprendre à se retenir de sa propre expression, se contrôler, ce qui semble le plus traditionnel et répandu ? Des modérations sont-elles à trouver ? Des règles…
Le documentaire sur Summerhill promu par Étienne est PASSIONNANT ! C’est à la suite de l’article du 18-12-2011 sur JACOTOT et RANCIERE… (Rubrique « Propos sur le pouvoir »)
La CNV (Communication Non Violente) développée par Marshall ROSENBERG entrevoit une issue par une expression de soi systématique mais remodelée, si je résume ce qui est un souvenir de lecture pour moi, désormais, en dépit de la richesse du contenu.
Entre Marion et Sitouaillain, le conflit – patent – me paraît se situer dans l’érudition pour légitimer une vérité, (sa vérité ?). Et j’ai lu avec grand intérêt leur vif « dialogue », attaque / défense dirigée et bille en tête comme mode privilégié.
Autant je ne soutiens pas la seule légitimité de l’érudition (pour un accès à la vérité, à la connaissance, et sans doute pour un accès à d’autres choses encore, aussi essentielles ou davantage), et je regrette encore une fois de ne pouvoir développer tout ce que j’y « sens », notamment dans l’aspiration à la supériorité, ou du moins la reconnaissance – ontologiquement humaine, cette ou ces aspirations ? -, et tout l’intérêt de se prémunir contre l’abus de pouvoir en germe ; supérieur, reconnu n’ouvrant-il pas quelques droits, en « double récompense » assez peu juste, et surtout pas égalitaire, si l’on y pense), autant je tiens mordicus à l’émergence de vérité, ne serait-ce que celle d’un être, lorsqu’il s’exprime ou lorsqu’il réagit, avec ou sans détours de tous ordres (et même sans doute, par sa seule présence, vérité d’être, être tout court).
Cela me rappelle aussi une note d’un observateur de la société anglaise et de ses principes victoriens de communication encore tenaces : « l’élite » (noble, bourgeoise ?!) devant se garder de parler avec sentiment, exclure tonalité expressive et conserver une neutralité sans faille, afin de ne pas affecter l’autre, avec le risque notoire de le blesser (quel mot, non ? et quelle réalité d’une sensibilité que la nôtre si développée). Afin de garder aussi sa main-mise ou son ascendance ? Ou tout serait-il à craindre du blessé ?
Nota : Alain Soral, qui me déplaît et me met mal à l’aise (quelques vidéos regardées en automne 2011), m’a amusée à pousser sa charge « contre le bourgeois ». Compte personnel à rendre croirait-on ? Hypocrisie au rendez-vous pour généraliser son regard, propre d’un groupe social ou de la communication humaine ? Car, ne dit-on pas la même chose du paysan, du petit-bourgeois, et même du taiseux ou du loquace de tout milieu : hypocrite, la politesse le serait aussi, pacificatrice et… conservatrice. Et où en sommes-nous vraiment aujourd’hui, où la parole est aussi pervertie (nov-langue), que libre et (auto-)censurée ?
L’agression est-elle inévitable dans le dialogue ? Faut-il parler de violence (je viens de lire toute une distinction qu’un « professeur » de non-violence pose, dans le dialogue ou dans toute autre relation, l’agressivité étant « permise », la violence, non) ?
J’aime réfléchir à cela, d’autant que l’auteur Jean-Marie Muller, ici repris, pose en préalable incontestable la vie « comme un combat », ce à quoi je ne souscris pas facilement et de moins en moins. La vie ne pourrait-elle être aussi d’emblée une joie, ou simplement une évidence ! eh, oui, amorale, ou peut-être dialectique, et d’entrée de naissance ! et non un chemin de croix…
L’autre est-il immédiatement un problème ? L’insupportable limite que nous recherchons pourtant ? Ne serions-nous pas encore imbibés de judéo-christianisme, ou d’une foi doloriste – effort, souffrance, mal – alors que nous sommes effectivement en train de faire devenir la planète un enfer dans cet « accomplissement auto-réalisateur » mortifère qui semble nous caractériser, avec notre techno-industrie bureaucratique, et notre spectacle si productivistes, et qu’une autre voie est urgente ?
Voir Eco-passerelle n° 45, printemps 2012, « Signification de la non-violence » par Jean-Marie MULLER, pp. 61–65.
Cela me ramène dans la foulée à René GIRARD (le sacré, la violence, le désir mimétique, l’identité – à double sens ! – soi et le même, le bouc-émissaire, et lui, comme Guillemin, porteur d’un christianisme contemporain).
Bonsoir à Etienne et vous tous
Suite à notre rencontre du côté de Gréoux, j’envoie un article des créateurs de la monnaie Chiemgauer en français. Ce débat sur la monnaie reste très important.
Ce site est très riche mais souvent en allemand. Le Chiemgauer est la monnaie locale qui a le plus de succès en Allemagne. Elle permet de financer des associations, de créer du lien social de fidéliser les clients, de promouvoir les circuits locaux.
Une réponse à la crise ?
Je pense que les idées de André Jacques Holbecq sont assez proches de cette concrétisation locale.
http://www.chiemgauer.info/fileadmin/user_upload/Theorie/2012_02_22_Expressgeld_statt_Euroaustritt.pdf
Cordialement
André
@ Étienne,
bien, je comprends, mais je n’ai insulté personne, et, en théorie, ce n’est pas à moi de faire l’avocat du diable, c’est aux « historiens »,
la question n’est donc pas, ce projet est-il ou non défendable, mais bien qu’est-ce qu’il nous révèle sur le présent,
et d’ailleurs en ce sens, Franck Lepage l’utilise comme « mémoire » et non comme « fait historique », ce n’est pas du tout la même chose.
Je veux dire par là qu’il y a un monde entre s’inspirer d’un texte et aspirer à le suivre à la lettre,
lire un texte ancien avec les yeux d’aujourd’hui sans le remettre dans son contexte, c’est exactement le propre de l’intégrisme, et là en l’occurrence, c’est un intégrisme « à l’envers », négatif, un peu comme si je te faisais une lecture de l’ancien testament avec les catégories morales d’aujourd’hui, comme il y a des assassins d’enfants, des violeurs, des machistes, des mariages forcés, des appels au génocide, etc., ça risque de paraître tout de suite moins « sacré ».
Donc Louis-Michel Le Peletier de Saint-Fargeau (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k515462p/f287.highres), marquis de son état, ultra riche, très bien placé sous l’Ancien Régime, juriste, franc-maçon, etc.
(résumé de l’article Wikipedia)
ce n’est pas un Bourgeois, c’est un noble, pourtant des juillet 1789, alors qu’il est député de la noblesse, il décide de renier ses origines nobles et de se faire avocat du peuple. c’est d’ailleurs lui qui fait voter une loi réduisant les noms de famille à leur plus simple expression : plus personne ne doit s’appeler bidule truc de machin truc de ceci, un nom suffira.Michel Lepeletier, donc, devient président de l’assemblée nationale constituante le 21.06.1790.
le 30 mai 1791, il présente un projet de code pénal dans lequel il propose d’abolir la peine de mort et de la remplacer par l’emprisonnement.
6 septembre 1792, il est élu à la Convention, où il se joindra aux montagnards. Il se prononce pour la liberté de la Presse.
En décembre 1792, le comité d’instruction publique ayant présenté un plan d’éducation nationale reproduisant celui de Condorcet, Lepeletier rédige alors un mémoire dans lequel il résume ses idées sur l’éducation de l’enfance. Celles-ci stipulent notamment que tout enfant doit appartenir à l’état et non pas à ses parents.
il vote la mort de Louis XVI le 20 janvier 1793, il reçoit un coup d’épée dans le flanc le soir même, il meurt le lendemain, et sur son corps est retrouvé le projet d’éducation que Robespierre lira plus tard à la Convention.
C’est-à-dire que Robespierre lit en Juillet 93 les derniers mots de son ami assassiné… on imagine l’émotion qu’il a du avoir en le lisant…
Voté, le projet ne sera jamais appliqué. Il inspirera, certes, les réformateurs de la IIIème République, mais de manière non-exclusive.
Pour savoir s’il s’agit d’un projet totalitaire, je renvoie à la lecture d’Annah Arendt.
En l’occurrence il s’agit d’un projet d’égalisation des conditions par la fourniture d’une éducation égale pour tous. Ce qui suppose pour Lepeletier de soustraire les enfants à leur milieu social d’origine, de leur 5ème à leur 12ème année.
Alors que nous dit ce projet dans ces pages incriminées ?
« ils seront couchés durement, leur nourriture sera saine, mais frugale;leur vêtement commode, mais grossier.
Il importe que pour tous, l’habitude de l’enfance soit telle, qu’aucun n’ait à souffrir du passage de l’institution aux divers états de la société. L’enfant qui rentrera dans le sein d’une famille pauvre, retrouvera toujours ce qu’il quitte. Il aura été accoutumé à vivre de peu, il n’aura pas changé d’existence. Quand à l’enfant d’un riche, d’autres habitudes l’attendent mais celles là se contractent facilement »
donc l’horrible personnage n’entend pas fonder un système qui règlerait la vie sociale de la naissance à la mort, il apparaît que les enfants, une fois ayant bénéficié de l’école obligatoire seront rendu à leur famille et à la liberté.
On sait aujourd’hui que les inégalités sociales liées à la stimulation du cerveau et à l’apprentissage du langage ne se jouent presque pas entre 5 et 12 ans mais bien entre 0 et 3ans. donc le projet aurait eu une incidence faible sur l’égalisation des conditions, surtout en ne prévoyant pas d’accès gratuit aux études supérieures.
Disons donc tout de suite que le projet en soi, n’a pas grand intérêt en comparaison de notre propre système éducatif qui est déjà incapable de transformer les inégalités de naissance en inégalités de mérite. Et disons qu’au vu des questions qui se posent lorsqu’on se propose de fournir un système éducatif à la république, depuis Athènes, Sparte et Rome à nos jours, en passant par l’enseignement religieux, nul doute que si la mère Le Peletier avait avorté, il n’y aurait pas eu de grande différences tant les projets éducatifs de l’époque se ressemblent sur leurs principes de base.
En revanche je ne suis pas sûr que nous soyons capable de savoir dans quelle mesure nous devons à ces hommes la faculté de discerner, faculté qui nous permet aujourd’hui de gloser au sujet d’un projet éducatif. Une chose est sûre, leur méthode de la « pensée logique » et leur « faculté de discerner », ils entendaient la transmettre, et donc ne pas la garder pour eux seuls et s’amuser dans leurs petits clubs et autres sociétés savantes. On est donc loin du druidisme et de sa filiation christiano-occidentale, et, avec Le Peletier, on n’est même plus vraiment dans la conception d’une aristocratie ouverte fondée sur les savoirs et les mérites, mais bien dans la « fabrique des égaux », l’égalité des chances poussée à l’extrême.
Mais, comme tout projet éducatif et toute pédagogie, il s’agit d’un projet d’accroissement global des capacités de l’enfant et donc de la société dans son ensemble, en même temps que d’un projet de « dressage social ».
Et, si j’ai bien compris, la dispute porte aussi sur les finalités de ce dressage. Et on accuse Le Peletier d’avoir derrière la tête un projet de fabrique d’ouvriers dociles pour nourrir l’industrie des bourgeois et la formation de citoyens dociles pour obéir aux lois des Bourgeois.
On s’autorise même à le juger comme si l’homme de 1792 avait lu Élisée Reclus, subi les internats des années 50 en lisant Dickens, traîné derrière quelques barricades du Quartier Latin en 68, et écrivait la tête pleine des méthodes Freynet, de diverses expérimentations de pédagogies alternatives et des exposés de pédopsychiatrie.
Enfin, on imagine que l’homme se prend à rêver d’une exploitation en règle des petites mains des enfants, par leur mise au travail forcé, le temps de leur scolarité… selon l’idée directrice de notre futur ex-président qui veut que « le travail rende libre », ce qui en allemand se traduit par « Arbeit macht frei ».
Ayant visité et étudié plusieurs « internats d’excellence », institution récente qui reprend bien des principes de Le Peletier, sans toutefois l’étendre à toute la société mais le réservant aux plus prometteurs des enfants de pauvres indociles, et ayant étudié le système scolaire est-allemand et fréquenté nombre de ceux qui y sont passé, ayant aussi fréquenté nombre d’être humains n’ayant jamais été à « l’école », je m’estime bien incapable de me mettre dans une posture supérieure à celle qu’adopte Le Peletier pour définir quelle serait la meilleure éducation possible, compte tenu des ressource dont la nation dispose, et compte tenu des buts qu’elle se fixe.
Moi qui ai travaillé dans ce qu’appelle Erving Goffman des « institutions totales », à savoir un hôpital psychiatrique et une prison, je ne sais que trop où les meilleures intentions peuvent conduire, en même temps je continue de m’étonner des capacités humaines, tant dans leur génie « oppresseur » et leur capacité à œuvrer dans la « banalité du mal » que dans leurs facultés insoupçonnable à résister à l’oppression, en ce sens, je suis moins pessimiste que Michel Foucault, peut-être aussi ai-je moins de comptes à régler que lui.
C’est pour cela d’ailleurs que le débat est intéressant et que j’eusse aimé rencontrer un regard d’historien honnête sur les conditions de production du projet plutôt qu’un regard « inquisiteur » et idéologique prêtant à l’auteur des intentions et des arrières-pensées anachroniques car imputables « après-coup ».
Car le problème n’est pas résolu, et l’on voit bien qu’à chaque révolution ou contre-révolution, l’éducation est au centre de l’attention politique, c’est l’enjeu majeur pour fixer dans le temps les « progrès » ou les « régressions », pour maintenir les « acquis » que les transformations du pouvoir ont opéré. Et j’espère d’ailleurs que la contre-révolution anti « pensée 68 » s’achève avec la fin du sarkosysme, et qu’on puisse continuer d’avancer à l’abri des velléités réactionnaires des tenants de l’ »autorité », de la « performance » etc ; gommer une nouvelle fois l’ultime avatar de la collusion entre extrême droite, ordre moral et capitaliste, tout en résolvant les contradiction post soixanthuitarde de la confusion entre liberté et licence, entre punir et molester, entre désir créatif et jouissance sans entrave.
mais il se passe aussi des choses ailleurs que dans l’aire d’influence directe du capitalisme anglosaxon.
Depuis une quarantaine d’années par exemple, la Suède tente d’éradiquer la violence dans la société en l’interprétant comme le résultat d’une éducation par la violence, et c’est pourquoi les violences envers les enfants sont interdites et sévèrement punies par la loi, aussi bien à l’école que dans la famille. Les sanctions vont jusqu’à l’arrachage des enfants à leurs parents si ces derniers persistent à administrer fessées, claques et autres gestes violents. Cette disqualification morale et sociétale de la violence éducative ne rend pas pour autant les parents suédois plus laxistes et les enfants plus indisciplinés.
Cependant, si le système de contraintes de la société suédoise ne repose pas sur la violence, il est bien évident que les structures économiques et les rapports de production inhérents à la cogestion social-démocrate, ne sont, en dernier recours « défendables » que par la violence, violence dont l’État détient le monopole de l’exercice « légitime », pour défendre la loi, notamment dans le domaine de la propriété du capital, loi qui cristallise le rapport de force entre capital et travail au moment où elle fut rédigée.
Or le système suédois est issu de structures de pouvoir qui subordonnent la liberté du citoyen à l’allégeance au « pouvoir d’achat », donc du capital préalablement accumulé.
Si, au moment de l’institution du modèle suédois, il n’y avait pas les conditions réunies pour remplacer la ploutocratie par la démocratie, il y avait tout de même de sérieuses raisons à ce que les capitalistes concèdent le fort empiètement de la démocratie sur leur ploutocratie, compromis que consolide le modèle suédois.
Il en allait de leur survie en tant que prédateurs du travail des autres. Et, à vrai dire, par rapport au status quo ex-ante, matériellement parlant, tout le monde y a gagné. Il n’empêche que comme nous autres, l’immense majorité des suédois travaillent pour des causes et des buts qui ne sont pas les leurs mais bien ceux des capitalistes et dans des conditions qu’ils n’ont que fort partiellement choisies.
Autrement dit, on pourrait lire les transformations du système éducatif suédois défendu par l’État (avec l’acceptation de ses principes par les citoyens), comme une manière de rendre impossible toute révolte et toute capacité des citoyens à dépasser les cadres institués, un approfondissement de « l’achat de la paix sociale », que représente l’octroi de droits sociaux, par la fabrique douce d’une docilité et d’une discipline correspondant à un système de domination, domination à la violence dissimulée par des justifications idéologiques et morales inculquées dès l’enfance et faisant l’objet d’un contrôle social permanent. en somme, la fabrique d’un ordre par le conformisme et l’autodiscipline, l’incitation à la dénonciation citoyenne de la déviance et la soumission librement consentie à un ordre qu’il convient de percevoir comme « juste » sous peine, sinon d’excommunication, du moins de sévères reproches quand à l’ingratitude du citoyen récalcitrant… D’où la limitation des ventes d’alcool et un taux de suicide à faire passer les dirigeants de France Telecom pour des beatniks.…exit, voice ou loyalty… beaucoup « choisissent » l’exit.
Mais si ma vision du système suédois est celle-ci, dois-je pour autant considérer l’interdiction de la fessée comme la source du résultat ? assurément non. Et dois-je supposer l’intention cynique des réformateurs à produire ce qui n’est finalement qu’un résultat à l’aune de mon propre jugement ? Certainement pas.
La vrai question c’est donc à la fois celle des conditions socio-historiques de la mise en œuvre d’un projet éducatif, des rapports économiques et sociaux figés par des normes et des lois, et des rapports économiques et sociaux tels qu’ils s’observent à un instant T, mais aussi celle des postures réflexives qui produisent un système éducatif, qui, par nature, émergent d’un contexte social-historique donné, tout en en imaginant un autre, à partir du donné, et qui, par nature, visent à faire le bonheur des autres malgré eux.
Je dis « par nature », parce que bien évidemment un enfant ne peut pas savoir ce qui est bon pour lui, ni souhaiter dans quel monde il veut vivre. Et si l’on présuppose que l’ambiance culturelle et l’état de la société ne permet pas à chaque citoyen de discerner ce qu’il serait bon pour son enfant, alors on a déjà mis le doigt dans l’engrenage. Le fallait-il en 1791 ?
Disons à la décharge de ceux qui l’ont pensé à l’époque qu’ils eurent des prédécesseurs dont le nom de « saints » ne parvient plus à couvrir les massacres et les génocides culturels, et qu’il était aisé de constater que la fin n’en avait même pas justifié les moyens…
Donc il nous est donné un projet éducatif que l’auteur résume ainsi
« Donner à tous les habitudes physiques et les habitudes morales, les instructions et les connaissances qui, étant acquises dans l’enfance, influent sur tout le reste de la vie, qu’il importe à tous d’acquérir, qui ont une commune utilité pour tous, à quelque profession qu’ils se destinent, et qui doivent produire une masse sensible d’avantages pour la société, lorsqu’elle en aura également pourvu tous les membres qui sont destinés à la composer. Au surplus, ce plan tracé à la hâte a besoin d’être perfectionné. De meilleurs esprits, des philosophes plus profonds, pourront suppléer à ce qu’il a de défectueux. Le temps et l’expérience l’enrichiront. »
au moins il est modeste, modestie à rapprocher de ce vers de la marseillaise :
« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos ainés n’y seront plus,
nous y trouverons leur poussière
et la trace de leurs vertus »,
il rajoute « Mais j’observe que ce qu’il a d’utile, que son principal avantage, c’est précisément cette susceptibilité de recevoir un perfectionnement graduel et progressif ; c’est un cadre dans lequel toute vue utile, toute institution bienfaitrice à l’enfance peut se placer d’elle-même » donc il ne s’agit pas son esprit d’un « projet totalitaire », figé, et il le voit complémentaire d’autres « institutions bienfaitrices »… lui aurait-on fait un faux procès ?
et si la suite des évènements avait permis d’abolir ou de ne pas encourager une certaine forme de propriété, et de spéculation, personne n’aurait pu en dire qu’il s’agissait d’un projet au service de la bourgeoisie, lui permettant ainsi de mieux capter les profit tirés d’une société où tous travaillent avec entrain et avec un meilleur cerveau…honni soit qui mal y pense !
Alors Le Peletier dans tout ça ? Eh bien, Le Peletier, comme nous aurais dit De Certeau, c’est un Autre, un étranger en quelque sorte. Un être singulier dans son « époque » et dans un « moment » que nous serions bien en peine de « connaître » pleinement. C’est déjà difficile de vraiment faire la connaissance de quelqu’un de proche, que dire alors d’un type célèbre qu’on ne connait que par ses écrits et ce que d’autres en ont écrit, et que dire d’un tel homme s’il vivait, parlait et réfléchissait dans un univers mental, culturel, etc., qui n’est pas le nôtre, ou si peu. Ses projections sur l’avenir sont le fruit de ce que lui-même pouvait avoir compris de son passé et de son présent, et nous ne saurions lui reprocher de ne pas avoir la même vision que nous de son passé, de son présent et de l’avenir, c’est-à-dire de ne pas avoir notre propre passé/mémoire tel que nous nous le sommes raconté.
Alors je veux bien que l’on analyse ensemble le texte, là n’est pas le problème, le problème est que j’aurais aimé l’analyser aussi avec Le Peletier lui-même, ou disons, à partir de ce qu’un biographe historien honnête pourrait nous en dire.
je n’ai pas fait suffisamment de recherches sur cette période, pour en dire autre chose que ce que les traces mémorielles issues de ma propre sélection me laissent entrevoir.
j’ai en tête les écrits des utopistes, More ou Campanella, qui font aussi bondir aujourd’hui, mais je m’imagine qu’à l’époque de leur écriture, l’aspect libératoire sautait plus aux yeux que les aspects ultracontraignants, même chose avec les pensées d’un Rabelais puis d’un Erasme, tous ceux là ont cherché à se sortir de l’institué, de ce qui régissait leur temps et contraignait l’injustice et la violence à se reproduire,
Que dire aussi du sort réservé à un Copernic ou un Galilée et plus tard aux érudits protestants chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes, allant ainsi nourrir la puissance d’ennemis héréditaires de la France, mais continuant à échanger dans toute l’Europe, les savoirs, savoirs libérateurs qu’une Église Catholique aux abois ne savait pas intégrer ni voir autrement que comme une menace.
Je ne sais pas ce qu’à tiré Le Peletier et ses contemporains de tout cela, des lectures de Rousseau, ou de Voltaire, je ne sais pas non plus à quel point et jusqu’à quelles couches sociales avaient pénétré la révolution mentale opéré par un Descartes ou un Spinoza, c’est à dire que je ne sais pas comment un noble ou un bourgeois érudit qui s’interroge sur l’éducation pouvait percevoir un paysan de l’époque, s’il le voyait aliéné par la superstition populaire et les dogmes inculqués par l’Eglise, comment ils étaient vu, cette populace des villes et ces serfs des campagnes et les petits bourgeois, par des hommes maniérés à l’extrême, esprits travaillés par l’ordonnancement « rationnel » du monde, et corps contraints par les normes de l’élégance et du paraître en société. Je ne le sais pas mais en même temps bien des romans même postérieurs à l’époque m’en donne l’intuition, y compris les plus tendres comme Zola, mais c’est peut-être l’oeil de Tocqueville qui est le plus parlant ou celui de Sade le plus percutant.
« souvenons-nous que nous élevons des hommes destinés à jouir de la liberté, et qu’il n’existe pas de liberté sans obéissance aux lois. Ployés tous les jours et à tous les instants sous le joug d’une règle exacte, les élèves de la patrie se trouveront tous formés à la sainte dépendance des lois et des autorités légitimes. » et d’invoquer l’exemple du service militaire qui faire revenir dans leur famille des jeunes hommes transformés.
Je ne sais pas non plus ce que pouvaient ressentir à la lecture de ce projet des hommes issus d’une noblesse où l’on n’arrachait certes pas les enfants à leur mère, mais où l’on délaissait les tâches d’une mère à une nourrice, où l’on confiait l’enfant à des précepteurs et où l’on préparait le descendant à incarner son « nom, son « rang » et à perpétuer ou accroître les privilèges d’une « maison », entendue comme « famille », servant la couronne ou la calotte. un monde où « l’adolescence » n’existait pratiquement pas, ou l’amour filial n’avait pas la même connotation… Je ne sais pas, je ne suis pas ethnologue et je ne voyage pas dans le temps.
« sans l’éducation nationale, il vous faut renoncer à former ce que j’appelle les mœurs de l’enfant, qui bientôt, par ce plan, vont devenir les mœurs nationales ; et par là je veux dire la socialisation, son caractère, un langage qui ne soit point grossier, l’attitude et le port d’un homme libre, enfin des manières franches, également distantes de la politesse et de la rusticité. Entre citoyens égaux d’une même république, il faut que ces divers avantages de l’éducation soient répartis à tous : car on a beau dire, ces nuances, lorsqu’elles existent, créent d’incalculables différences, et établissent de trop réelles inégalités entre les hommes. »
Que dire aussi sur un projet d’un homme si bien éduqué et érudit, qui sait la valeur libératrice et jouissive du savoir et la valeur pacificatrice du savoir-être et de l’aptitude au dialogue, qui mesure la distance qui le sépare d’une société où tous possèdent ces aptitudes et qui mesure à quel point l’être humain est façonable eut égard à ce qu’il pouvait savoir des œuvres jésuites de par le monde avec ces « sauvages » dont on s’est aperçu qu’il était possible de les « civiliser ».
Un homme qui voit bien que le « processus de civilisation des mœurs » n’a de vertu libératrice que s’il s’inscrit dans une entreprise démocratique, par et pour le peuple et non plus par et pour le bénéfice de la perpétuation d’une Église et d’une monarchie qui méconnaissent le « droit naturel » et sa valeur cardinale,l’égalité.
Et il voit bien aussi, qu’en cette époque, l’enfant, créature malléable, est l’objet lorsqu’il est miséreux, sauvageon, et achetable à ses parents qui ne peuvent le nourrir, cible de toutes les expériences pleines de fausse compassion et de toutes les turpitudes de libertins et autres savants amateurs. Que dire alors de celui qui veut y mettre bon ordre ?
De même, que penser de celui dont bien des congénères ont perdu la tête, leurs avoirs et leurs privilèges, au motif qu’ils ne servaient à rien et ne pouvaient justifier par leur travail leur position de pouvoir, lorsqu’il pense inculquer aux enfants le goût du travail. Et à une époque où l’on martelait déjà que « l’oisiveté est mère de tous les vices ».
il dit donc :
« Après la force et la santé, il est un bien que l’institution publique doit à tous, parce que pour tous il est d’un avantage inestimable, je veux dire l’accoutumance au travail.
Je ne parle point ici de telle ou telle industrie particulière ; mais j’entends, en général, ce courage pour entreprendre une tâche pénible, cette action en l’exécutant, cette constance à la suivre, cette persévérance jusqu’à ce qu’elle soit achevée, qui caractérise l’homme laborieux.
Formez de tels hommes, et la république, composée bientôt de ces robustes éléments, verra doubler dans son sein les produits de l’agriculture et de l’industrie.
Formez de tels hommes et vous verrez disparaître presque tous les crimes.
Formez de tels hommes, et l’aspect hideux de la misère n’affligera plus vos regards.
Créez dans vos jeunes élèves ce goût, ce besoin, cette habitude de travail, leur existence est assurée, ils ne dépendent plus que d’eux-mêmes. »
« Travailler la terre », « répandre des matériaux sur les routes »,
Et si en toute logique le travail « éducatif », « édifiant », était dirigé vers des besoins communs ? Après tout, les parents ne se servaient-ils pas de leurs enfants pour l’économie domestique ? Les maîtres n’exploitaient-ils pas leurs apprentis dès le plus jeune âge à leur profit ?
Et comment, au su de l’état de la pensée économique de l’époque, cet homme pouvait-il percevoir le travail ? N’avait-on pas redistribué les terres pour que le paysan puisse jouir de son travail et être incité à produire plus, n’avait-on pas aboli les corporations pour que chacun puisse exercer n’importe qu’elle profession et de la façon dont il l’entendait et s’y élever en fonction de ses mérites ? Et quelles perspectives la pensée de Smith offrait dans cette révolution industrielle naissante, où l’on voyait l’Angleterre si prospère et florissante quand la France sortait d’abominable famines ? l’homme désintéressé observant son temps et la misère ambiante n’aurait-il pas accueilli avec bienveillance l’idée de la division du travail et de la main invisible du marché, élevant les conditions de tous ?
Et comment ne pas comprendre le choc énorme qu’a vécu cet homme, si bien né, si pacifique et soucieux des lois, de voir un pays entier s’embraser, des gens qu’il a fréquentés, leur tête sur une pique, des déchaînements de violence, des célébrations païennes et sanguinaires de la victoire des gueux sur ceux qui affament le peuple.
Comment ne pas lui accorder, même si son esprit est infirme et biaisé, la sincérité de l’analyse. « Plus jamais ça » se dit-il, et il a sous les yeux des félons et des traîtres, des gens qui cherchent à tirer opportunément profit des évènements, et d’autres qui par tous les moyens cherchent à maintenir leurs privilèges, il voit à quel point l’ignorance du peuple est délétère, le rend manipulable, prêt à se déchaîner en fonction des rumeurs et de peurs irrationnelles.
Ce n’est certainement pas sa tête ni sa caste qu’il entend préserver, mais bien l’harmonie et la prospérité pour tout un peuple, il voit bien qu’aucun retour en arrière n’est possible, il ne le souhaite pas, il veut participer à l’établissement d’un ordre juste et il le fait à partir des principes de la justice, telle qu’elle trouve sa plus noble expression à l’époque, à force d’avoir cherché à comprendre ce qui pouvait avoir conduit ce pays à un tel chaos.
Et nous sommes à une époque où tous les fondements de la société sont remis en cause, la royauté et ses trois états, la propriété et même « Dieu », tout est en train de s’écrouler et tout doit être réinstitué.
Que des Robespierre ou Le Peletier aient eu l’outrecuidance de penser qu’il était possible de tout reconstruire à partir de leurs propres visions, n’enlève rien à l’indéniable justesse d’intention qu’ils avaient en voulant supprimer ce qu’ils comprenait de ce qui causait tant de malheurs et de souffrances.
Et du rapport entre le présent et l’avenir souhaité il surgit un projet d’éducation national qui ne peut pas se comprendre sans lire jusqu’au bout la déclaration des droits de 93 et la constitution de l’an 2. Je veux dire par là que, quitte à imputer des arrières pensées à l’auteur, autant s’appuyer sur des discussions ayant eu lieu à la Convention, et voir que le projet s’inscrit dans un projet plus large qui n’a rien de totalitaire, qui en est même le contraire. Il s’agissait de rendre les citoyen capable d’ »habiter » la Constitution, de la faire fonctionner, en défendre les principes et les droits fondamentaux. Et, pour un homme de jurisprudence comme Le Peletier, c’est bien évidemment de manière incrémentale et douce qu’il concevait l’égalisation des conditions et c’est dans le cadre de la liberté de penser et d’agir qu’il concevait la finalité de l’enseignement.
Donc la capacité d’un peuple à assurer de manière pérenne sa prospérité (donc sa sécurité alimentaire), mais aussi à faire ses propres choix, tel que lui s’estimait capable de le faire, en dehors de ce que sa famille, son Église, etc., lui avait dit qu’il fallait penser, il souhaite que le peuple atteigne ce degré d’autonomie et puisse évoluer sans autres guides que lui-même et ceux qu’il se choisit en son sein.
Dans une telle période de chaos, tout peut basculer, l’impensable devient pensable, l’impossible est devenu possible, mais tout est si précaire, et l’ennemi si puissant, bref c’est la révolution, celle-ci est sanglante, des forces brutales sont déchaînées dans le pays et aux frontières, et Le Peletier est un homme d’ordre, qui perçoit que l’harmonie entre les hommes ne peut être assurée qu’à certaines conditions.
Et bien évidemment il se trompe, sinon il ne serait pas un homme mais ce que nous appelons un « dieu ». D’autres peuples ont une science plus fine et subtile de la manière dont on produit l’harmonie, et leurs structures peuvent tenir des centaines d’années sans bouger, mais cela n’empêchait pas à quelques « prophètes » de la forêt amazonienne qui surgissaient dans un peuple qui se croyait figé, de repenser le monde et d’entraîner à leur suite les membres de plusieurs tribus pour aller s’installer plus loin, autrement. On voit donc que même les société les plus figées et les plus « totalitaires » peuvent sortir de leur propre enfermement, c’est plus rapide sur un continent « ouvert », de circulation comme le notre, mais cela se produit quand même en interne au fin fond la forêt car la dissidence,la disharmonie, c’est l’essence même de la vie, son impérieuse adaptabilité.
Et que disait donc cet homme de si mortifère qu’il faille en extirper le souvenir et l’enterrer à jamais ?
« jamais dans les écoles primaires nous ne trouverons qu’une instruction imparfaite. Leur vice radical, c’est de ne s’emparer que de quelques heures et de livrer à l’abandon toutes les autres. On concevra en vain des théories ingénieuses ; en vain, pour former, pour instruire l’enfance, établira-t-on des méthodes parfaites : tout cela, avec des écoles primaires, manquera toujours pour l’exécution ; avec un tel moyen il est impossible de produire autre chose que des effets, ou nuls, ou partiels, ou profitables à un très petit nombre d’individus.
Dans l’institution publique au contraire, la totalité de l’existence de l’enfant nous appartient ; la matière, si je peux m’exprimer ainsi, ne sort jamais du moule, aucun objet extérieur ne vient déformer la modification que vous lui donnez. Prescrivez, l’exécution est certaine ; imaginez une bonne méthode, à l’instant elle est suivie ; créez une conception utile, elle se pratique complètement, continument, et sans efforts »
Aïe, c’est dur à avaler, mais bien des gens de l’époque pesaient comme ça.
Avant et après Le Peletier fleurissent les projets de rééducation des « classes dangereuses », de soustraire à l’influence de la rue les enfants chapardeurs.
Lui propose que tous les enfants soient élevés ensemble et au bénéfice du bien commun, de la société.
Et il propose des programmes. Sur chacun des programmes « les citoyens seront invités à travailler et à concourir » et il dit même que ce travail sera rémunéré « pour récompenser sur chaque partie les meilleurs ouvrages ; et cette munificence même enrichira la république » et ce chaque année pour des « prix annuels proposés à quiconque aura conçu une pensée utile sur l’éducation et ajouté un bon article au code de l’enfance »
Et prudemment (il a face à lui des bourgeois tenant à leur bourse et à leur propriété), il tente de glisser l’idée que le financement du projet en sus du projet lui-même, est un moyen d’égaliser les conditions, de sucer un peu le riches pour diminuer l’indécence de l’écart des fortunes,
Bien sûr, c’est un modéré qui dit qu’il faut avancer pas à pas (« tout moyen convulsif est inadmissible ») mais « faire en sorte de diminuer les nécessités de l’indigence et diminuer le superflu de la richesse ». Et il a un plan : « la mesure la plus douce et la plus efficace de rapprocher l’immense distance des fortunes, et de corriger la bizarre disparité que le hasard de la propriété jette entre les citoyens, se trouve dans le mode de répartir les charges publiques. »
Donc, que ce soit les riches qui paient, mais « tous contribuant pourtant dans une juste proportion, de manière à ne pas laisser à l’indigent même l’humiliation de recevoir un bienfait » (moi aussi je suis contre ce genre d’humiliation que d’aucuns appellent l’assistanat et d’autres la charité). Et donc il propose par canton une sorte de dîme pour l’éducation (donc, ce ne sont pas les enfants qui autofinancent leur éducation, contrairement à ce que certains veulent faire croire).
Une dîme qui ne porte que sur les citoyens « riches » (actifs), et qui est progressive au-dessus de mille livres de rente pour financer l’éducation des enfants des citoyens « inactifs ». et pour faire accepter la pilule (il n’a tout de même en face que des riches), il brosse un tableau larmoyant des chaumières aux enfants mal-nourris, ou l’enfant « ne se développe point, ou il se développe mal ; et à défaut de la plus grossière culture, cette jeune plante est avortée », voyant que ça n’est peut être pas assez, il enchaîne « quelque fois même, le dirais-je, un spectacle plus déchirant m’a navré, je vois une famille affligée ; j’approche : un enfant venait d’expirer, il était là… Et d’abord la nature arrachait à ce couple infortuné quelques pleurs ; mais bientôt l’affreuse indigence lui présentait cette consolation plus amère encore que ses larmes…c’est une charge de moins » Zola je vous dis !
C’est ensuite qu’il développe un argumentaire propre à rassurer tout un peuple (oui tout le peuple, cf infra) qui fait bosser les enfants, mais pour lui ça ne sera pas avant 8 ans, sur des tâches adaptées, avec de « saines mesures » et propres à apporter un soulagement aux corvées du canton. Et la preuve du jugement anachronique porté par notre sympathique Marion est là, dans le texte même : « Les pères et mères, par droit de garde, jouissaient des revenus de leurs enfants mineurs, mais l’entretien des enfants en était la condition et la charge : alors la charge passerait à la patrie ; il paraît juste et convenable qu’elle jouisse aussi des avantages », puis Le Peletier propose la semi auto-gestion des établissements, ce qui pour des bourgeois ne concevant pas que leurs enfants touchent à la vaisselle ou au linge a dû faire bondir. Il propose en tout cas que l’administration soit assurée par les citoyens du canton, il dit par « les pères de famille du canton », car ils ont, « tout à la fois, et le droit et le devoir de couver continuellement des regards de la tendresse et de la sollicitude, ces intéressants dépôts de leurs plus douces espérances », soit un conseil de 52 pères de famille du canton choisis chaque année par les citoyens, surveillant à tour de rôle les maîtres et les enfants, qu’ils soient bien nourris et bien vêtus..
Où est la réalité du « projet totalitaire » ?
parce qu’ensuite il propose que les enfants s’occupent un peu des vieillards du canton ? De lutter contre la mortalité infantile ? en même temps que contre les préjugés ? et de vouloir forger un « moule républicain », de l’égalité, à la place du moule aristocratique et religieux ? la dignité pour les « citoyens prolétaires » qui ne « possèdent rien dans les campagnes affranchies » et pour lesquels la révolution ne fit jusque là rien pour eux ?
Allons, allons, ne faisons pas de jugements anachroniques et hâtifs, ce ne sont pas des « CAMPS DE TRAVAIL POUR LES ENFANTS, AUTOFINANCÉS PAR LE PRODUIT DE CE TRAVAIL INDUSTRIEL FORCÉ, camps de travail dont les conditions de vie quotidienne sont proprement infernales (privations, punitions, obéissance absolue, conditionnement mental en profondeur au service du patron, etc.) » issu du cerveau d’un « négrier avare »… ou bien tous les pères de famille devant veiller à l’alimentation, aux soins et à l’emploi du temps des enfants l’étaient aussi… Le grand complot quoi… et Toussaint Louverture, ou était-il pour arrêter ça ! et Simon Rodriguez… Il en faisait partie aussi ?
Je vous fais partager mon enthousiasme sur les vidéos de « la petite Jeanne » comme l’appelle Henri Guillemin.
Je trouve cette retranscription extrêmement vivante comme toute les autres mais celle ci est retranscrite à la lumière de notre ami Henri Guillemin avec plein de profondeur et de sa sympathie pour Jeanne finalement « l’une d’entre nous » .
je note particulièrement un commentaire de conclusion sur la nature humaine « la plupart des êtres humains voyez-vous vivent dans un états d’incohérence, nous sommes tous plus ou moins des paquets d’organes.
nous sommes engourdis par l’habitude nous sommes happés par nos convoitises nous sommes happés par l’événement »
Il est vraisemblable que malgré son talent de raconteur et d’historien Guillemin n’avais pas les bases nécessaires pour comprendre l’économie de la révolution française.
Les 2 courbes qui ici indiquent le nombre d’assignats et leur cours en chute libre.
http://vldsnumis.free.fr/1789_assignats.html
Il s’en est évidement suivi des effets dévastateurs, mal assimilé à aujourd’hui par une population très éduquée, alors à l’époque…
Dont la hausse considérables des prix.
On comprend alors, que les 4000 de « l’ armée révolutionnaire » faisant respecter le (prix) « maximum » :
– causait de graves dysfonctionnement dans la distribution du blé.
– Envoyait à la guillotine un grand nombres (200 000 est le chiffres cité ?) de paysans et de commerçants innocents.
Il n’est pas étonnant que la convention n’ait votée que sous la menace d’execussions sommaires, une mesure si stupidement dangereuse.
Dans le même ordre d’idée la question des salaires devait se poser de la même façon et causer des troubles publiques considérables.
Robespierre devaient (comme le fait Guillemin) attribuer ces problèmes à des « complots de riches », incapable de comprendre les dégâts causés par sa politique.
Pas étonnant non plus qu’a son exécution, la foule criât « foutu le maximum ».
L’incompétence ne exonère pas de sa responsabilité dans la terreur, bien au contraire.
Vive Charlotte Corday ! 😉
Merci Sitouaillain : belle défense !
En relisant ce texte ce matin tôt, je me sentais effectivement par endroits en risque d’anachronisme car je retrouvais de nombreux passages vraiment superbes, et il est quand même paradoxal, et donc surprenant, de trouver tout à la fois de belles paroles et des paroles odieuses dans le même bouche ; ce peut être un signe fort de malentendu (dans un sens ou dans l’autre, d’ailleurs).
L’argument le plus convaincant, je trouve, c’est de se souvenir qu’il tâchait de convaincre de très riches (et très avares) propriétaires, très majoritaires dans toutes les assemblées, bonne raison pour lui de souligner la stricte économie du projet.
Cependant, n’oublions pas qu’il était lui-même un très riche propriétaire, et qu’il avait donc objectivement, en cette période précise, un intérêt personnel vital à passer pour un fervent « ami du peuple » : Sade lui-même, ce salaud de Sade, dans sa prison d’où il voyait préparer l’échafaud qui lui était réservé, a su trouver des mots enthousiasmants d’humanisme et de générosité (absolument feints et contrefaits, évidemment) pour sauver sa peau => Ne pas oublier que « l’homme est comme le lapin : il s’attrape par les oreilles », comme le disait cette autre crapule qu’est Mirabeau (qui savait de quoi il parlait).
Il reste quelques passages terrifiants (je trouve), et d’autres littéralement enthousiasmants (il y a de tout, dans ce texte riche), que tu n’as pas cités, mais je te remercie pour ce beau plaidoyer, qui me conduit à retravailler et à réviser mon jugement.
J’ai hâte de lire ce qu’en pense Marion.
Étienne.
merci etienne, je ne crois pas que ce soit une belle défense, mais disons que pour moi il s’agit d’autodéfense…
il m’apparait parfois que ces hommes de l’époque étaient mieux armé que nous en termes de pensée critique et de méthode de pensée, c’est donc parfois difficile de faire la part des choses entre la perception « rationnelle » de l’odieux (qui peut s’expliquer par les connaissances actuelles supérieures à celles de l’époque ou par la preuve d’une intention délibérée d’exploitation ou de domination présente dans l’énoncé) et la perception « irrationnelle » de l’odieux (qui peut s’expliquer par nos propres tabous langagiers ou moraux, nos préjugés et nos dogmes)…mais en tous les cas il faut se prémunir de la lecture moraliste-inquisitrice (cf l’étymologie de « odieux ») sans quoi on passe peut-être à côté de ce qu’une lecture compréhensive et « détachée » peut apporter.
en tout cas, je me suis beaucoup amusé à relire ce texte comme si j’étais une sorte de christine boutin, une femme qui pour moi est la preuve vivante de la nécessité actuelle et réactualisée des lumières.
et, au vu de la période trouble que nous traversons, ça n’est pas un combat d’arrière garde :
« L’antirationalisme, le relativisme et le communautarisme nationaliste, ces trois piliers immuables de la guerre aux Lumières et aux principes de 89, remplissent toujours la même fonction : ils mènent campagne contre l’humanisme, les valeurs universelles tant moquées et finalement la démocratie. »
Zeev Sternhell
Si je cite cet historien israélien pour le moins controversé, qui a fait une revue exhaustive de la critique des « lumières » (en oubliant Herder tout de même), et leurs conséquences, comme terreau des fascismes et des intégrismes,
c’est parce qu’il y a un enjeu du débat qui va bien au-delà de ce que Florence identifie,
indéniablement, la lecture des « lumières » n’est pas neutre, il y a une différence politique majeure entre une lecture qui vise au dépassement (l’Aufhebung chez Hegel) et une lecture qui vise à l’effacement.
c’est un enjeu de lutte considérable, je ne suis pas « rentre-dedans » par plaisir, ou par orgueil,
c’est une question d’immunité au cancer de l’extrême-droite ou de n’importe quelle pente fasciste, « de droite comme de gauche »,
parce qu’il y a une différence majeure entre identifier une idéologie ou un système de pensée à la fois comme porteur d’excès et de bienfaits, et l’identifier au mal absolu, il y a un onde en lire et s’inspirer de machiavel et être « machiavélique », question d’intention et de posture,
de même il y a une différence entre l’utilisation qui est faite par une classe dominante d’une « idée » pour justifier sa domination, et le bienfondé intrinsèque de ces justifications, de ces « idées ».
En effet, le lent processus qui a conduit un jour à formuler l’idée que « les hommes naissent libres et égaux en droits » ne saurait être remis en cause au prétexte qu’il s’agirait d’une « idéologie bourgeoise au service de la domination de la bourgeoisie »,
je ne saurais jamais assez mettre en garde contre les « idées derrière la tête » qu’ont ceux qui professent ce genre de révisionnisme, et qui, tirant partie du fait qu’effectivement les belles idées ne sont pas devenues réalité, voudraient nous faire oublier les belles idées elles-mêmes,
au sens où il faut bien avoir d’abord posé l’égalité des droits pour bien se pencher sur les conditions de leur réalisation effective (cf Amartya sen et l’approche par les capabilités), dire « foutaises et mystifications », « complot maçonnique », c’est une autre manière de priver le peuple de ses meilleures armes.
De même, c’est une chose de critiquer l’universalisme jacobin et sa tendance uniformisante, le rationalisme ethnocentrique, l’oubli de l’éco-système ou le scientisme et une autre de professer le mysticisme, la deep ecology, le relativisme culturel et l’irréductibilité des différences, donc de légitimer l’appréhension de l’homme, non plus comme homme, mais comme « musulman », « français de souche », etc. et penser la « démocratie » comme relative à une culture donnée, voire même, dire que les français, de par leur « culture immuable » auraient besoin d’un « gouvernement fort »…
de même qu’il y a une différence d’approche du phénomène de la « mondialisation » comme « impérialisme » dans sa dimension culturelle en tant que phénomène de destruction des cultures populaires par la marchandisation, et l’approche qui consiste à en tirer la conclusion « nationaliste-identitaire » dont on sait à quel point elle est dangereuse et qu’elle prive le peuple qui s’y adonne de la capacité à lutter efficacement pour la mise en place d’institutions empêchant les effets délétères du capitalisme de s’exercer en interne ou en externe.
bref, je ne vais pas faire la revue des lubies d’Alain Soral, en tous cas, une chose est sûre, tant que je ne serai pas censuré, je ne laisserai pas passer tout ce que j’identifie comme propre à percer notre système immunitaire contre l’extrême droite,
les idées les plus dangereuses provenant bien sûr de ceux qui ont flirté avec la gauche et pratiquent le confusionnisme idéologique, et ça c’est une leçon de l’histoire.
cette parenthèse à part, j’ai récemment rencontré Denis Collin, Étienne, je ne sais pas si tu le connais mais un dialogue entre vous deux serait une pure merveille ;), son blog est très riche, je vous invite tous à y faire un tour, notamment ces articles très intéressants :
http://denis-collin.viabloga.com/news/hannah-arendt-la-signification-de-la-philosophie-de-hobbes
http://denis-collin.viabloga.com/news/la-valeur-du-modele-republicaniste
http://denis-collin.viabloga.com/news/la-democratie-comme-ideologie
http://denis-collin.viabloga.com/news/a‑propos-de-la-representation
http://denis-collin.viabloga.com/news/la-theorie-des-elites
Effectivement, quand je lis Denis Collin, je suis presque toujours en parfait accord avec lui : j’ai trouvé très bon son livre « Revive la République », que j’ai depuis 2005 à la maison, sur un rayon « réflexions sur la démocratie ». C’est vrai que nous aurions sans doute beaucoup à nous apporter mutuellement.
Nos routes se croiseront sans doute un jour.
Advienne que pourra.
Étienne.
Effectivement, quand je lis Denis Collin, je suis presque toujours en parfait accord avec lui : j’ai trouvé très bon son livre « Revive la République », que j’ai depuis 2005 à la maison, sur un rayon « réflexions sur la démocratie ». C’est vrai que nous aurions sans doute beaucoup à nous apporter mutuellement.
Nos routes se croiseront sans doute un jour.
Advienne que pourra.
Sitouaillain : est-ce qu’on va pouvoir critiquer les prétendues « Lumières » (très souvent d’un utilitarisme cupide et sordide, je trouve, quand on gratte un peu) sans être traité de « fasciste » ? Parce que si non, le qualificatif « fasciste » va bientôt devenir une légion d’honneur populaire pour résistance à une police de la pensée, ce qui, je pense, n’est pas votre objectif. De mon point de vue, les idées que je qualifie « d’extrême droite » — et donc bien haïssables du point de vue de l’intérêt général— sont celles de la réaction au progrès social, celles des ultra-riches qui défendent leurs privilèges.Est-ce qu’on peut tomber d’accord sur ce préalable ? L’extrême droite, ce sont les Versaillais et leurs mercenaires armés. Ça va, comme première approche ? Or il semble bien que les prétendues « Lumières » servaient précisément à défendre ces intérêts privilégiés (les 1% du Tiers État), sous des dehors humanitaires à vocation publicitaire évidente : il serait dès lors, si cette hypothèse était vérifiée, un peu fort de café de se faire reprocher des arrières pensées d’extrême droite dans une recherche historique pour précisément localiser une des sources des idées d’extrême droite.… Non ?
Laissez donc les pensées diverses réviser ce qu’elles veulent réviser, puisqu’on ne sait pas pas à l’avance qui va énoncer une sottise ou une trouvaille, et étudions au fur et à mesure les arguments et les faits, sans trop faire de procès d’intention (on en fait toujours, je le sais bien, moi qui en fais tant aux ultra-riches… mais quand même).
Étienne.
Tu me demandes, cher Étienne, ce que j’en pense.
Je ne vois d’autre réponse à te faire qu’en me référant au texte, en l’occurrence celui que j’ai tiré du
discours tenu par Robespierre à la Convention le jour où il a présenté le plan de son défunt ami. [en bleu et entre guillemets]
Je mets en rouge mes commentaires.
« Considérant à quel point l’espèce humaine est dégradée par le vice de notre ancien système social, je me suis convaincu de la nécessité d’opérer une entière régénération, et si je peux m’exprimer ainsi, de créer un nouveau peuple : »
Créer l’homme nouveau par entière régénération. Totalitaire dans l’esprit.
« D’abord, je remarque avec peine que jusqu’à six ans l’enfant échappe à la vigilance du législateur, et que cette portion importante de la vie reste abandonnée aux préjugés subsistants et à la merci des vieilles erreurs. »
Encore l’homme nouveau. L’héritage culturel, c’est les préjugés et les vieilles erreurs. Du passé, faisons table rase.
« L’enfant, lorsque l’instant de la leçon est passé, se trouve bientôt rendu, soit à la mollesse du luxe, soit à l’orgueil de la vanité, soit à la grossièreté de l’indigence, soit à l’indiscipline de l’oisiveté. »
Quand l’enfant a fini ses leçons : mollesse, orgueil, vanité, grossièreté, indiscipline, oisiveté… Ou comment on va lui interdire de jouer.
« Victime malheureuse des vices, des erreurs, de l’infortune, de l’incurie, de tout ce qui l’entoure, il sera un peu moins ignorant que par le passé, les écoles un peu plus nombreuses, les maîtres un peu meilleurs qu’aujourd’hui ; mais aurons-nous vraiment formé des hommes, des citoyens, des républicains ; en un mot, la Nation sera-t-elle régénérée ? »
Régénérée ?
« Je demande que vous décrétiez que, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze pour les garçons, et jusqu’à onze pour les filles, tous les enfants sans distinction et sans exception seront élevés en commun, aux dépens de la République ; »
Bien. Ce sera donc la République qui payera.
« Presque tout portera sur le riche ; la taxe sera presque insensible pour le pauvre. »
Bien : on rectifie les écarts de fortune.
« Il faut dévouer tout entière cette période de la vie à une surveillance de tous les jours, de tous les moments. »
Aïe ! Je redoute le pire. Big brother is watching you. Les jansénistes disaient déjà la même chose : ils surveillaient les enfants jusque dans leur lit.
« Il vous sera facile de placer ces établissements dans les édifices appartenant à la Nation, maisons religieuses, habitations d’émigrés, et autres propriétés publiques. »
Pas bête : on reprend les écoles religieuses confisquées à l’Eglise pour mettre les écoles de la République. Logique.
« D’après les calculs que j’ai faits, il m’a semblé qu’un maître pour 50 enfants suffirait. D’abord on pourrait croire que c’est une trop forte charge pour une seule personne ; mais j’ai imaginé qu’il serait facile de classer les enfants de telle manière que les plus âgés, ceux de dix et onze ans, par exemple, pussent soulager le maître dans ses fonctions, surveiller les plus jeunes, aider pour les répétitions. »
Il n’y aura pas besoin en effet de plus de maîtres si on fait travailler les plus grands à le soulager. Pendant qu’ils surveillent les plus jeunes et les aident pour les répétitions, les enfants de dix et onze ans n’étudient pas eux-mêmes : ils travaillent à la place d’un second maître. Économie.
« Former un bon tempérament aux enfants, augmenter leurs forces, favoriser leur croissance, développer en eux vigueur, adresse, agilité ; les endurcir contre la fatigue, les intempéries des saisons, la privation momentanée des premiers besoins de la vie : voilà le but auquel nous devons tendre. »
On leur apprend à avoir faim, froid, sommeil, ou j’ai mal compris ?
« Continuellement sous l’œil et dans la main d’une active surveillance, chaque heure sera marquée pour le sommeil, le repas, le travail, l’exercice, le délassement ; tout le régime de vie sera invariablement réglé ; les épreuves graduelles et successives seront déterminées ; les genres de travaux du corps seront désignés ; les exercices de gymnastique seront indiqués ; un règlement salutaire et uniforme prescrira tous ces détails, et une exécution constante et facile en assurera les bons effets. »
C’est la caserne. Je vous ai à l’œil mon gaillard !
On ne dit pas qui surveille, puisque jusqu’à présent on n’a qu’un maître pour 50 élèves. La police doit donc être assurée par les plus grands. Bonjour l’ambiance.
« Ils seront couchés durement, leur nourriture sera saine, mais frugale ; leur vêtement commode, mais grossier. »
Bonne idée, ça formera le caractère des fils de riches.
« Il est un bien que l’institution publique doit à tous : l’accoutumance au travail. »
« Formez de tels hommes, et la République composée bientôt de ces robustes éléments, verra doubler dans son sein les produits de l’agriculture et de l’industrie. »
On ne dira jamais assez que l’agriculture et l’industrie périssent à cause l’oisiveté. Au boulot, bande de feignants !
« Formez de tels hommes, et vous verrez disparaître presque tous les crimes. »
Bon sang mais c’est bien sûr : c’est parce que les Français n’ont pas été accoutumés au travail dès leur plus jeune âge qu’il y a des crimes !
« Formez de tels hommes, et l’aspect hideux de la misère n’affligera plus vos regards. »
Bis repetita : la misère en France provient du fait que les Français ne savent pas, ou ne veulent travailler.
« Dans l’emploi de la journée tout le reste sera accessoire, le travail des mains sera la principale occupation. »
À quel moment on étudie ?
« Les pères de famille, les élèves, les maîtres, tous par la loi que je vous propose, seront intéressés à produire dans les ateliers des enfants la masse la plus considérable de travail qu’il sera possible, tous y seront excités par leur propre avantage. »
À la bonne heure : tout le monde sera intéressé au travail des mains des enfants, dans les ateliers où ils produiront une masse considérable de travail.
On trouve dans le texte original que Félix, le frère du défunt, a fourni à Robespierre, le commentaire suivant que ce dernier n’a pas retenu : « Quiconque a vu des lieux où fleurit l’industrie, sait qu’on connaît l’art d’employer fort utilement des enfants de huit ans et au-dessus. »
Le travail des enfants, voulu par Turgot lors de son passage au gouvernement, a donc été appliqué et Michel Lepeletier de Saint-Fargeau s’en inspire.
« Les uns, parce qu’ils y trouveront la diminution de la charge commune ; »
les pères, si on comprend bien, seront satisfaits de voir leurs enfants les soulager d’une partie du travail de production.
« Les autres, parce qu’ils y verront l’espérance d’être honorés et récompensés ; »
en effet, si on donne des primes aux maîtres en fonction du travail fourni…
« les enfants enfin, parce que le travail sera pour eux la source de quelques douceurs toujours proportionnées à la tâche qu’ils auront remplie : » on va donc permettre aux chères têtes blondes de la République de tirer quelques douceurs de leur travail de la journée. Dites merci.
« Je propose que tous soient exercés à travailler à la terre ; c’est la première, c’est la plus nécessaire, c’est la plus générale occupation de l’homme, partout d’ailleurs elle offre du pain.
On peut encore leur faire ramasser et répandre les matériaux sur les routes ; les localités, les saisons, les manufactures voisines de la maison d’institution offriront des ressources particulières. »
Nous y voilà : une fois à l’école, les enfants iront retourner la terre, faire des routes (depuis qu’on a supprimé la corvée, le problème se pose en effet de savoir qui désormais va s’en charger, on a trouvé : les gosses) et les manufactures du coin pourront venir leur apporter de l’ouvrage.
« Je voudrais qu’on établisît [sic] dans les maisons même d’institution divers genres de travaux auxquels tous les enfants sont propres, et qui, distribués et répartis dans tous ces établissements grossiraient sensiblement pour la République la masse annuelle des productions manufacturées. »
Là, on lit bien que le travail des enfants va grossir la masse des produits manufacturés pour la République. Les enfants sont donc, c’est ce qui est écrit ici, des producteurs.
« Je demande que la Nation promette une honorable récompense pour tous ceux qui indiqueront un genre d’industrie facile qui soit propre à remplir la destination que je vous propose. »
Et une gratification, une, pour le petit malin qui trouvera quel genre d’industrie est la plus destinée aux petites mains innocentes.
« J’adopte entièrement, pour l’institution publique, la nomenclature que le comité vous a présentée pour le cours des écoles primaires : apprendre à lire, écrire, compter, mesurer, recevoir des principes de morale, une connaissance sommaire de la Constitution, des notions d’économie domestique et rurale… »
Entre quelle heure et quelle heure ?
« Je désirerais l’enfant ne reçût que les instructions de la morale universelle, et non les enseignements d’aucune croyance particulière. »
Excellent ! On la trouve où la morale universelle rattachée à aucune croyance particulière ?
« Dans l’institution publique au contraire, la totalité de l’existence de l’enfant nous appartient ; la matière, si je peux m’exprimer ainsi, ne sort jamais du moule ; aucun objet extérieur ne vient déformer la modification que vous lui donnez. »
Sans commentaire.
« En deux mots, l’enfant du pauvre sera élevé aux dépens du riche, tous contribuant pourtant dans une juste proportion de manière à ne pas laisser à l’indigent même l’humiliation de recevoir un bienfait. »
Bien ! Un peu de justice sociale, une grande Révolution est passée par là.
« La charge sera portée par un impôt proportionnel aux revenus qui fait plus payer le riche que le pauvre. De toute façon les enfants entre cinq et huit ans seront les seuls totalement à charge. Les autres travailleront. »
On va faire payer les riches, mais qu’ils se rassurent : ils n’auront à charge que les tout-petits, les autres gagneront leur pitance.
« Tous les intérêts concourront à multiplier auprès des maisons nationales d’institution des objets de travaux à la convenance des enfants. »
Bis repetita. Pour ceux qui n’avaient pas bien compris le paragraphe un peu au-dessus.
« L’ardeur des enfants sera animée par des encouragements qu’un règlement sage présentera à leur émulation. »
« Les maîtres eux-mêmes recevront des récompenses, lorsque les enfants confiés à leurs soins auront emporté le prix du travail. »
Primes au rendement, avec prime spéciale au contremaitre… pardon, au maître.
« Quelques enfants auront des revenus personnels. »
« Tant qu’ils seront au nombre des élèves de la Nation, toute dépense cesse pour eux : qu’est-il besoin que ces revenus épargnés chaque année grossissent leurs capitaux pour le moment où ils seront en âge de jouir de leur bien ? N’est-il pas plus naturel que pendant le temps où la Nation prend soin d’eux, leurs revenus soient appliqués à la dépense commune ? »
Des enfants ont-ils quelques revenus personnels ? Par ici la monnaie. On vous éduque mes agneaux, videz vos poches, non mais sans blague !
« Voici donc comme je propose de doter nos établissements d’institution nationale.
1. Le produit du travail des enfants.
2. Les revenus personnels des enfants qui y seront élevés pendant tout le temps de leur éducation.
3. Le surplus sera fourni par les produits d’une taxe imposée sur tous les citoyens du canton, chacun dans la proportion de ses facultés. »
Vous, je ne sais pas, mais moi j’ai bien l’impression que la taxe imposée sur tous les citoyens du canton (dont les riches, on vous a dit, dont les riches !) ne va pas être bien grosse. Mais bon…
« Les dépenses se borneront au juste nécessaire. Aucun domestique ne sera employé dans les maisons d’institution : les enfants les plus âgés donneront aux plus jeunes les secours dont ils pourront avoir besoin ; ils seront, chacun à leur tour, le service commun ; ils apprendront, tout à la fois, à se suffire à eux-mêmes, et à se rendre utiles aux autres. »
Ce seront donc bien les enfants qui, en sus de leur travail dans les ateliers, sur les routes, dans les champs ou autre (on n’a pas encore vu qui a remporté le prix de l’occupation la plus adaptée aux petites mains), vont se taper le ménage, la vaisselle, la cuisine, les soins aux plus petits, en plus des répétitions des leçons.
Ça leur apprendra à se suffire à eux-mêmes : dites merci.
« Il n’existera donc, à proprement parler, que trois articles de dépense : les appointements des instituteurs et institutrices, le vêtement, la nourriture des enfants. »
Ça va mieux en le disant : la fameuse taxe payée par les plus riches ne va pas être lourde.
« Je propose de fixer les appointements des instituteurs à 400 livres, et ceux des institutrices à 300, en leur donnant, pour leur nourriture, double portion de celle des enfants les plus âgés. »
Bon : 400 £ pour 50 gosses, ça fait 8 £ par gamin. Le gros bourgeois du coin va-t-il accepter de faire un tel accroc dans sa fortune ?
« Quant aux vêtements, les étoffes les plus communes y seront employées, et vous pouvez concevoir que les frais n’en seront pas considérables. Tous les citoyens du canton ayant un intérêt commun à l’économie, chacun y mettra un peu du sien ; l’un y mettra son étoffe, l’autre le métier qu’il fait, les mères de famille leur travail ; tous se partageront la tâche à l’envi, et ainsi la charge deviendra plus légère pour tous. »
Deuxième poste de dépense : les vêtements. Les familles s’y colleront gratuitement.
« À l’égard de la nourriture, les aliments les plus simples et les plus communs, à raison de leur abondance, seront préférés. »
Là, il faut laisser parler le maître :
« Et pour vous présenter un aperçu de l’utile parcimonie qu’on peut apporter dans les frais de nourriture des jeunes élèves, je vous citerai un fait que tous les journaux du temps ont publié. Dans le grand hiver de 1788, le curé de Sainte-Marguerite à Paris, employa, avec le plus grand succès, une recette composée d’un mélange de plusieurs espèces d’aliments ; il fit vivre fort sainement une multitude immense de malheureux, et la portion d’un homme fait n’allait pas à trois sous par jour. »
Ce qui signifie que le régime proposé pour nourrir les enfants est un régime de famine.
« Je propose que, tous les ans, les pères de famille du canton réunis, choisissent, pour chaque maison d’éducation nationale qui y sera établie, un conseil de cinquante-deux pères pris dans leur sein. »
« Chacun des membres du conseil sera obligé de donner, dans tout le cours de l’année, sept jours de son temps, et chacun fera sa semaine de résidence dans la maison d’institution, pour suivre la conduite, et des enfants, et des maîtres. »
Cet article nous dit que l’administration de l’école sera assurée par les pères de familles qui seront obligés d’y venir résider gratuitement une semaine par an. Ce type de travail non rémunéré portait sous l’ancien régime le doux nom de « corvée ». C’était un impôt payable en nature. Le voilà rétabli.
« Nous regardons comme une dette de la société l’obligation de nourrir les vieillards et les infirmes hors d’état de gagner leur vie… Pourquoi élever dispendieusement de nouveaux édifices ? Formons une réunion doublement utile : je voudrais que les vieillards à la charge des communes d’un canton, trouvassent leur asile dans une partie des établissements destinés à l’institution publique. »
Poussez-vous les gosses, il faut de la place pour les vieux, on ne va tout de même pas leur ouvrir un établissement spécial, où irait-on ?
« Là, presque sans frais, ils partageraient une frugale nourriture ; là, presque sans frais, ils recevraient les assistances journalières qui leur sont nécessaires : les enfants les plus âgés et les plus forts seraient successivement employés à l’honneur de les servir. »
On a bien lu : après avoir gagné leur pitance, soigné les petits, assuré tout le ménage et le service de la maison, assuré les répétitions des plus jeunes, les enfants vont aller s’occuper des vieux. Les servir, les nourrir (toujours au régime de famine). Dites merci encore : c’est un honneur, et en plus c’est d’une beauté touchante, ça relève du religieux !
« Ainsi le saint respect pour la vieillesse, la compassion pour le malheur, la bienfaisante humanité, pénétreront dans l’âme de nos élèves avec leurs premières sensations, s’y graveront profondément ; leurs habitudes mêmes deviendront en eux des vertus. »
La sainteté par le travail. Arbeit macht heilig.
« Ainsi se formera une race renouvelée, forte, laborieuse, réglée, disciplinée, et qu’une barrière impénétrable aura séparée du contact impur des préjugés de notre espèce vieillie. »
Sans commentaire.
« Jusqu’ici l’abolition de la gabelle est le seul bien qui ait pu les atteindre, car la corvée n’existait déjà plus, et momentanément ils ont souffert par la cherté des denrées, par le ralentissement du travail, et par l’agitation inséparable des tempêtes politiques. »
Ah oui ? Et ce ne serait donc pas par la brutale libéralisation des prix et des salaires que la misère s’est abattue sur le peuple ? Sans doute Michel Lepeletier de Saint-Fargeau l’ignorait-il, qui peut prétendre tout savoir ?
« Ici est la révolution du pauvre… mais révolution douce et paisible, révolution qui s’opère sans alarmer la propriété, et sans offenser la justice. »
Ouf ! Une révolution sans alarmer les propriétaires !
« Article XI
Les garçons apprendront à lire, écrire, compter, et il leur sera donné les premières notions du mesurage et de l’arpentage. »
Entre quelle heure et quelle heure ?
« Leur mémoire sera cultivée et développée ; on leur fera apprendre par cœur quelques chants civiques, et le récit des traits les plus frappants de l’histoire des peuples libres et de celle de la révolution française.
Ils recevront aussi des notions de la constitution de leur pays, de la morale universelle, et de l’économie rurale et domestique. »
C’est ici qu’on voit comment fut décidé l’apprentissage de l’Histoire telle qu’elle nous est parvenue.
« XV
Le produit du travail des enfants sera employé ainsi qu’il suit.
Les neuf dixièmes en seront appliqués aux dépenses communes de la maison ; un dixième sera remis à la fin de chaque semaine à l’enfant, pour en disposer à sa volonté. »
Ça va mieux en le disant : 90 % pour faire tourner la maison, 10 % pour le gamin.
« XVI
Tout enfant de l’un et l’autre sexe, âgé de plus de huit ans, qui dans la journée précédente, si c’est un jour de travail, n’aura pas rempli une tâche équivalente à sa nourriture, ne prendra son repas qu’après que les autres enfants auront achevé le leur, et il aura la honte de manger seul ; ou bien il sera puni par une humiliation publique qui sera indiquée par le règlement. »
Là, pardonne-moi, mais je n’arrive plus à faire de l’humour. L’indignation me donne des palopitations.
« XVII
Les moments et les jours de délassements seront employés à des exercices de gymnastique, qui seront indiqués par le règlement. Les garçons seront formés en outre au maniement des armes. »
Aller jouer ? Vous plaisantez j’espère.
Allez : Une ! deux ! Une ! deux ! Prrrrrrrrrrrrrrésentez, armes !
« XVIII
Aucuns domestiques ne seront employés dans les maisons d’éducation nationale. Les enfants les plus âgés, chacun à leur tour, et sous les ordres et l’inspection des instituteurs et institutrices, rempliront les diverses fonctions du service journalier de la maison ainsi qu’il sera expliqué par le règlement. »
Bis repetita placent ; je ne m’en lasse pas.
« XX
Dans l’intérieur ou à portée des maisons d’éducation nationale, seront placés, autant qu’il sera possible, les vieillards ou infirmes hors d’état de gagner leur vie, et qui seront à la charge de la commune.
Les enfants seront employés chacun à leur tour, suivant leur force et leur âge, à leur service et assistance. »
Idem ci-dessus.
Et, pour ceux qui n’auraient encore pas bien compris :
« Quant aux frais d’établissement et d’entretien des maisons d’éducation nationale, à la nourriture et vêtement des enfants et autres dépenses de la maison, il y sera pourvu :
1° par le produit du travail des enfants, sauf la réforme du dixième, dont il est autrement disposé par l’article XV ci-dessus ;
2° les revenus personnels qui pourraient appartenir aux enfants élevés dans lesdites maisons, seront employés à la dépense commune pendant tout le temps qu’ils y demeureront ;
3° le surplus sera acquitté comme charge locale par toutes les personnes domiciliées dans le canton ou section, chacun au marc la livre de ses facultés présumées d’après la cote de ses impositions directes.
XXIV
… Il sera accordé par le département une gratification de 300 livres à chacun des instituteurs de la maison dans laquelle il sera mort, pendant le cours de l’année, un moindre nombre d’enfants, comparativement aux autres maisons situées dans le département, et en observant les proportions du nombre des enfants qui y ont été élevés.
Pareille gratification sera accordée à chacun des instituteurs de la maison dans laquelle le produit du travail des enfants aura été le plus considérable… »
Là, je ne vois pas quoi ajouter.
Conclusion de Robespierre à la fin de sa présentation :
« quelle différence entre Michel Lepeletier et moi, que la mort ? »
Voilà, cher Étienne, mes commentaires.
Marion.
@ Etienne,
je comprends ton point de vue, et je n’ai traité personne de fasciste, je ne fais que chercher à contrecarrer ce que j’estime être un terreau favorable idéologique, ça n’est pas la même chose.
aujourd’hui l’extrême droite ce ne sont pas les versaillais, et l’utilitarisme c’est un courant particulier, mais là n’est pas le problème,
l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante, cela est une constante, ce qui veut dire que quand ça la sert, l’oligarchie justifie son action par les idées des lumières, ou par la xénophobie et le traditionnalisme, selon (c’est de la dialectique) ce qui « fonctionne », c’est à dire comment le peuple a été travaillé par des idées politiques… pas besoin de faire un dessein sur ce qui se passe dans toute l’europe en ce moment… plutôt hitler que le front populaire… sarkosy c’est fini mais pas le fond idéologique nauséabond qui a fait que les classes populaires l’ont porté au pouvoir, au contraire, il progresse et se radicalise.… alors chacun fait ce qu’il veut selon sa conscience… mais ça n’est pas comme si l’on ne savait pas où tout ça mène
donc quand tu dis
« Or il semble bien que les prétendues « Lumières » servaient précisément à défendre ces intérêts privilégiés (les 1% du Tiers État), sous des dehors humanitaires à vocation publicitaire évidente : il serait dès lors, si cette hypothèse était vérifiée, un peu fort de café de se faire reprocher des arrières pensées d’extrême droite dans une recherche historique pour précisément localiser une des sources des idées d’extrême droite.… Non ? »
je m’estime en droit de dire « achtung », ce n’est pas la même chose de dire que la classe dominante n’applique pas dans toute leur portée les idées humanistes par lesquelles elle se justifie, donc par exemple de critiquer le libéralisme « réel » par le libéralisme « idéel », et dire que l’idéologie dominante est un mal absolu, tout ceux qui s’en réclament sont vos ennemis, police de la pensée etc., ce qui permet précisément à la classe dominante ou à celle qui entend la remplacer de s’appuyer sur une incapacité du peuple à s’appuyer sur les principes de progrès (liberté d’expresssion, etc.) pour leurs revendications et rasseoir une domination sur des idées plus obscures.
Et toute l’entreprise de l’extrême-droite, des réactionnaires, d’hier comme d’aujourd’hui, vise généralement à remettre l’ordre moral, superstitieux et religieux à la place de la « méthode » ou a semer la confusion.
c’est par exemple un fait établi que bon nombre des premiers théoriciens du libéralisme étaient esclavagistes, mais l’entourloupe qui consiste à rejeter le libéralisme parce qu’elle serait esclavagiste, relève du même procédé de disqualification qui a conduit à l’occultation de la démocratie athénienne. De même une idée professée par un gros corrompu, ne fait pas de l’idée une idée corruptrice.
le pintemps de Prague se revendiquait du communisme, pas du capitalisme !
autre exemple, ce n’est parce que des partis sont pourris que l’idée de parti est pourrie, ce n’est parce que des directions syndicales sont corrompus que le syndicalisme est corrupteur, et en général tous ceux qui ont fait la confusion, Michels le premier, sont passé de la gauche au fascisme (le vrai fascisme, celui de mussolini et le nazisme).
enfin les catholiques réactionnaires ont toujours combattu férocement les idées des lumières et n’ont jamais digéré d’avoir perdu le monopole de la formation des consciences, à l’inverse les catholiques progressistes ont toujours eu suffisamment confiance dans leur foi pour soutenir que la république fabrique des êtres de raison, et non de superstition, des être capables de choisir en conscience leur religion.
question d’arrières pensées…
@ Marion,
je suis plutôt d’accord avec tes commentaires, mais là n’était pas la question, ce sont des jugements moraux, donc anachroniques, car élaborés à partir de catégories morales contemporaine (les enfants qui doivent jouer, pas travailler, c’est complètement étranger à l’époque !) donc tu ne peux pas les légitimer comme « historiographique », cqfd.
une des valeurs qui à l’époque scellait l’alliance de classe au sein du tiers état contre le clergé et la noblesse, précisément, c’est le travail ! les révolutionnaires opèrent la traduction politique d’un complet renversement des valeurs, pour la noblesse, le travail c’est pour le gueux, est noble celui qui ne travaille pas pour vivre, or la prise de pouvoir révolutionnaire par le tiers état se fait justement sur une revendication économique : c’est nous qui produisons les richesses, donc le tiers état c’est tout !
donc ne confondons pas la valorisation du travail par la bourgeoisie et l’exploitation du travail par la bourgeoisie. et ça n’est véritablement qu’en 92 que ce problème de la « sacro-sainte propriété » sera identifié comme le combat nécessaire, et Le Peletier en avait conscience, en bon lecteur d’helvetius et de rousseau, mais pas le peuple.…et pas ceux dont les enfants mourraient comme des mouches dans les caniveaux de paris et les campagnes ravagées par les spéculateurs..
HISTOIRE DE L’ENFANCE EN OCCIDENT,
Egle Becchi, Dominique Julia
(http://books.google.fr/books/about/Histoire_de_l_enfance_en_Occident.html?id=i2WTAAAAIAAJ&redir_esc=y)
par MARIE-FRANCE MOREL
(http://memoires.pro.free.fr/doc/histoireenf.htm)
« Depuis l’Antiquité, les traités de morale, de pédagogie ou de médecine, qu’ils soient destinés au public savant ou au peuple, s’intéressent aux enfants : il faut les étudier dans la longue durée pour savoir comment ils se répètent et à quels moments ils innovent. Ils donnent en général le regard des élites culturelles sur l’enfance ; en hommes de savoir, leurs auteurs sont prêts à édicter des normes au nom desquelles ils condamnent les pratiques populaires de leur temps. Il faut les lire avec un certain recul et tenter de restituer la cohérence des gestes qu’ils critiquent. Dans les recueils de traditions populaires et de folklore, l’enfant est souvent présent, enserré dans des préceptes, tabous, rites, croyances et dictons. Dans les pratiques religieuses également (cérémonie du baptême, culte des saints, pèlerinages), l’enfant a sa place assignée, reflet des angoisses et des espoirs placés en lui par ses géniteurs. »
« L’évolution d’ensemble a été dégagée par Philippe Ariès [ex de l’Action Française !] en 1960. L’histoire de l’enfance ne peut se séparer de l’histoire de la famille. Du Moyen Age jusqu’au XVIIe siècle, dans le cadre de grandes maisonnées, où vivent des familles élargies, l’enfant n’a guère de spécificité : il est perçu comme un adulte en réduction et on se soucie peu de protéger son innocence ou sa personnalité. Dans le meilleur des cas, on l’aime pour ses fantaisies comme un petit animal : c’est le « mignotage », dont certaines pages du Journal d’Héroard ou des lettres de Madame de Sévigné nous donnent une idée ; on voit les jeux et les facéties, souvent paillardes et impudiques, auxquels les adultes se livrent avec les petits enfants. Dans un tel contexte, la mort des plus jeunes est en général vécue avec fatalisme et détachement, du moins en apparence. A partir du XVIII°siècle, dans la bourgeoisie ou la noblesse éclairée, la famille change de structure : elle devient plus intime, plus étroite ; on la qualifie de « nucléaire », parce qu’elle est réduite au couple parental et à ses enfants. C’est en son sein que se produit la « découverte de l’enfance » qui est une grande mutation des comportements et des sensibilités : chaque enfant y est désormais un être unique et choyé ; il a des relations tendres, continues, privilégiées avec sa mère et souvent avec son père. Son éducation se fait attentive, inquiète et personnalisée : il ne s’agit plus de redresser les mauvais penchants qui caractérisaient l’état d’enfance dans les siècles passés, mais de préserver ce qu’il peut avoir en lui de spontané, d’innocent, d’unique. Ce nouveau courant qui s’inscrit dans l’optimisme de la culture des Lumières se manifeste par une abondante littérature administrative, morale, médicale et philosophique consacrée à l’enfance, qui culmine avec le succès de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau en 1762. »
« Elle [la démographie historique] a d’abord permis de quantifier l’énorme mortalité infantile d’autrefois : sur quatre enfants qui naissaient en moyenne dans chaque famille française au XVIIIe siècle, l’un mourait avant un an, un autre avant dix ars et deux seulement parvenaient à l’âge adulte, assurant tout juste le remplacement des générations. L’époque de la petite enfance, dans les siècles passés, est marquée au sceau du tragique : il naît beaucoup d’enfants, il en meurt beaucoup. Les sentiments des adultes face à ces naissances et ces décès répétés ne peuvent être les mêmes que dans nos sociétés parcimonieuses qui engendrent et perdent peu d’enfants. »
« Faute de pouvoir guérir l’enfant malade, les médecins, à partir de 1750, font une place de plus en plus grande à la prévention de la maladie par l’hygiène : pour conserver un nourrisson en bonne santé, il faut renoncer à un certain nombre de conduites routinières et de préjugés séculaires ; l’enfant doit être nourri exclusivement de lait maternel, sans bouillies ; il faut le baigner tous les jours et ne pas l’emmailloter. Il est possible que le développement relatif de l’hygiène ait fait régresser, au XIXe siècle , certaines formes de mortalité infantile. Mais les médecins ont-ils vraiment été entendus ?
La médecine savante, assez suivie dans les villes dès le XVIIIe siècle, a sans doute eu peu d’influence dans les campagnes. Les ethnologues qui travaillent sur la culture paysanne traditionnelle insistent sur l’opposition qui existe entre la notion savante et positive d’hygiène et la conception populaire de prévention qui est ‚plutôt de nature symbolique. Ainsi les bains recommandés par les médecins sont-ils contraires à toute une tradition qui fait de la saleté une protection contre la maladie et le froid ; de même le maillot, loin de gêner l’enfant comme le proclament les traités d’hygiène, est-il considéré comme nécessaire au façonnage de son corps inachevé à la naissance ; la bouillie n’est pas destinée, comme le croient les médecins, à gaver l’enfant pour qu’il ne crie plus : elle doit lui donner des forces et le rendre gras car, dans les milieux paysans, l’embonpoint est signe de prospérité. Le recours à l’ethnologie permet à l’historien de déchiffrer « en creux » les condamnations incessantes par les médecins des XVIIIe et XIXe siècles des pratiques des mères dans les milieux populaires. ( sont deux visions inconciliables du corps humain qui s’opposent ici : celle des médecins, bientôt partagée par l’élite noble et bourgeoise, se veut rationnelle et naturelle, tandis que celle des paysans, très ancienne (elle a été codifiée au Moyen Age par l’école de Salerne), voit dans le corps humain un microcosme où s’affrontent les forces bonnes et maléfiques à l’oeuvre dans l’univers. »
« Dans ses développements les plus récents, l’histoire sociale, combinée avec l’étude démographique des grandes villes, a bien mis en valeur deux phénomènes massifs qui excluent de leur famille un grand nombre d’enfants : la mise en nourrice et l’abandon. La mise en nourrice existe depuis l’Antiquité, mais elle a longtemps été le fait exclusif des familles du haut de l’échelle sociale. :Au XVIII° siècle, en France particulièrement, elle s’étend à toutes les couches de la société urbaine, y compris les plus populaires : à Paris, à la veille de la Révolution, plus de 90 % des nouveau-nés sont envoyés à la campagne, chez une nourrice, où ils restent entre un et deux ans, sans beaucoup de contacts possibles avec leurs géniteurs. Les causes du refus d’allaiter sont complexes : pour la mère des classes aisées jouent les motivations esthétiques et le poids des obligations mondaines ; dans les milieux populaires, la nécessité d’un travail salarié ; pour le père, la volonté de reprendre rapidement le commerce sexuel avec sa femme. Le résultat est que les nourrissons sont pratiquement exclus des grandes villes françaises des XVIIIe et XIXe siècles. Peut-être est-ce en partie pour leur bien, pour les faire profiter du bon lait et du bon air de la campagne. Mais le bilan de la mise en nourrice est très lourd : de 25 à 30 % des bébés urbains meurent avant de revoir leurs parents. Certaines mères éclairées, à l’incitation de Rousseau et de médecins des Lumières, se mettent à allaiter elles-mêmes leurs enfants, mais elles n’ont jamais été qu’une élite très restreinte. Au XIXe siècle, la mise en nourrice reste toujours très pratiquée, avec, dans les maisons bourgeoises, la variante de la nourrice « sur lieu », qui oblige une paysanne à venir vivre en ville pour allaiter, en laissant son propre enfant au pays.
Les abandons d’enfants connaissent également une hausse tragique au XVIIIe siècle (près de 7 000 à Paris en 1770). Les hôpitaux, mis en place au XVII° siècle, ont rarement les moyens suffisants pour les nourrir convenablement, et ils meurent presque tous dès les premiers mois. Comment expliquer l’ampleur de ce phénomène au moment même de la « découverte de l’enfance » ? On doit d’abord indiquer que ce ne sont pas les mêmes familles qui câlinent leurs petits enfants et qui les abandonnent ou les mettent en nourrice au loin. Mais, plus profondément, il est certain que l’abandon à l’hôpital constitue un progrès et un moindre mal par rapport à l’infanticide, qui était sans doute largement pratiqué dans les siècles précédents. Désormais, les parents reculent devant le geste fatal et donnent une chance au nouveau-né en le portant dans les hôpitaux qui, malgré leurs résultats désastreux, ont une réputation de philanthropie désintéressée. »
Et sur le travail des enfants, la littérature scientifique ne manque pas non plus :
un bon résumé http://www.droitsenfant.com/travail_histoire.htm et
un CR de quelques monographies http://rhei.revues.org/index98.html
« Éliane Richard se penche sur la « Protection et utilisation des enfants dans les orphelinats et pénitenciers de l’abbé Fissiaux ». Charles-Marie-Joseph Fissiaux est le fondateur de l’une des premières institutions spécialisées dans la prise en charge des mineurs délinquants (le pénitencier Saint-Pierre ouvre quelques mois avant la célèbre colonie agricole de Mettray). L’auteure montre que, dans les établissements de l’abbé, on « n’hésite pas à sacrifier le bien de l’enfant à des impératifs économiques » avec la bénédiction des élites philanthropiques locales. Les lois de 1841 et de 1874 sur le travail des enfants sont régulièrement bafouées, aussi bien dans les structures pénitentiaires que dans les orphelinats placés sous l’autorité de cet apôtre de la jeunesse. Il est vrai que, lorsque le travail est élevé au rang de « thérapie individuelle et sociale » , limiter sa durée ou son intensité n’a pas de sens ! »
Bonjour à tous.
Il y a, sur Facebook, une bande de virus retranscripteurs/traducteurs absolument hyperactifs 🙂
Voici le message épatant de l’un d’entre eux, reçu à l’instant sur la page http://www.facebook.com/groups/263030843793893/284240028339641 :
Salut tout le monde !
Etienne Chouard avait lancé un appel à la retranscription et à la traduction d’une conférence de Henri Guillemin sur Robespierre et la révolution française.
Avec un autre virion, on a retranscrit l’ensemble de la conférence en français, puis on l’a synchronisé, il est disponible dans les sous-titres youtube.
Il faudrait maintenant traduire cette vidéo en plusieurs langues.
C’est vraiment important, cette conférence est passionnante, et qui comprend la révolution française comprend la crise d’aujourd’hui (les similitudes sont bleuffantes, vous verrez).
L’ensemble de la conférence dure 1h30. C’est du travail, mais il suffit de traduire (la synchronisation est déjà faite…).
Je donnerais cependant un petit conseil : En effet, Henri Guillemin a un débit de parole assez impressionnant. Il parle très vite. Donc pour la traduction, il serait utile de simplifier, de raccourcir les phrases (tout en gardant l’idée d’origine bien sûr) sinon les étrangers qui ne feront que lire n’y comprendront rien, ça ira trop vite…
La conférence se divise donc en deux parties :
Si vous êtes intéressé par traduire cette conférence, merci de m’envoyer un mail à : [email protected]
Je vous enverrai le texte en français avec la synchronisation.
Voilà, merci à tous !
Mathieu Chappuis
http://fr.wikipedia.org/wiki/Radis :
« En France, sous la IIIe République, les radicaux étaient souvent comparés aux radis : « Roses à l’extérieur, blancs à l’intérieur, et toujours près du beurre ». Ce dicton politique décrivait le comportement du parti radical : politiquement à gauche (« roses »), économiquement à droite (« blancs »), et presque toujours dans le gouvernement (le « beurre »). »
Sur la RTS, il manque deux chapitres dans la série « portraits de révolutionnaire ».
Un seul chapitre est visionnable « Lénine » en deux parties.
Il manque « Trotsky » et « Staline »
Si quelqu’un peut donner des liens pour ces deux chapitres manquants, merci.
L’un des blogs les plus « sains » que j’ai rencontré en me promenant sur le net.
Bravo.
La chute de Robespierre et la propagande diabolisatrice post-mortem dont il fût l’objet
http://cercledesvolontaires.wordpress.com/2012/07/29/la-chute-de-robespierre-et-la-propagande-diabolisatrice-post-mortem-dont-il-fut-lobjet-par-alexis-martinez/
Bonjour,
A la fin de votre article, vous citez l’étrange Laurent Mauduit dont on ne se souvient pas assez qu’il fut un chantre du néo-libéralisme lorsqu’il sévissait au journal Le Monde.
A économiste, économiste et demie, cet honnête homme qu’est Frédéric Lordon lui a dernièrement cloué le bec avec une tribune au titre sans équivoque :
Corruptions passées, corruptions présentes
Laurent Mauduit tente de se racheter une morale et une éthique. A l’heure actuelle, certains journalistes se découvrent des talents de réformateurs de Gauche. Mais n’est pas Edgar Faure qui veut, ces girouettes de la pensée unique ne mesurent pas le degré de décrépitude intellectuelle dans laquelle ils nagent. Ces hommes et femmes vont se multiplier comme des petits pains, ce sont les ralliés de la dernière minute, ceux qui nous feront le plus de mal car nous les aurons laissé entrer et s’installer dans la bergerie.
Robespierre a eu le courage et la volonté politique de couper cette mauvaise herbe qu’était Danton avec tout ce que a du lui coûter humainement parlant. Nous, nous avons à partager le bon grain de l’ivraie dès maintenant et de manière beaucoup plus pacifique. Et personnellement, je préfère partager mon quignon de pain avec le constant Frédéric Lordon qu’avec la girouette Laurent Mauduit.
Bien à vous et encore félicitations pour votre combat et enthousiasme communicatif.
Merci pour tout ce récapitulatif et tous ces liens. Cependant en MP3 je n’ai trouvé (c’est déjà pas mal) que Lénine, Rimbaud, Rousseau, Tolstoï, Robespierre, L’autre avant-guerre, La commune, Dreyfus, Jeanne d’Arc, Napoléon, et Pétain, grâce aux différents liens donnés.
Si quelqu’un sait où je pourrais trouver le reste en audio, je suis preneur car je ne peux pas rester devant mon ordinateur à regarder les vidéos, je les écoute en travaillant dans mon atelier. En tous cas c’est passionnant et le personnage est effectivement très attachant !
« Robespierre, bourreau de la Vendée ? » :
une splendide leçon d’anti-méthode historique
Réplique
Par Marc Belissa, Université Paris Ouest Nanterre-La Défense et Yannick Bosc, Université de Rouen
Alors que sévit une crise engendrée par la cupidité et le délitement des valeurs républicaines, la mobilisation de milliers de personnes pour l’achat des manuscrits de Robespierre au printemps 2011 a surpris. Elle a surpris à gauche ceux qui ont laissé l’héritage républicain en déshérence et à droite le ban et l’arrière-ban des dénonciateurs du « totalitarisme » robespierriste. Des décennies de « communication » n’ayant donc pas suffi il fallait dans l’urgence faire face au retour de « l’incorruptible ». En septembre dernier, la revue Historia a donc consacré un dossier à « Robespierre le psychopathe légaliste ». Le service public conscient de sa mission ne pouvant être en reste, France 3 a diffusé le mercredi 7 mars 2012 un documentaire « réalisé par Richard Vargas et raconté par Franck Ferrand » intitulé « Robespierre : bourreau de la Vendée ? ».
Pour l’occasion, le site internet de la chaîne a proposé une bibliographie généreusement composée de trois ouvrages. Elle donne le ton. Ainsi parmi des dizaines de biographies disponibles le choix s’est porté sur le Robespierre de Jean Artarit, un psychiatre qui s’égare sur le terrain de l’histoire de la Révolution française. Comme l’a souligné Historia , Robespierre c’est d’abord une pathologie. Le visiteur du site est ensuite encouragé à lire Anne Bernet. Sur Wikipédia elle est présentée comme une « femme de lettres » qui collabore à des revues « proches des milieux royalistes », « réhabilite l’insurrection royaliste de Vendée » et dont les livres « sont empreints d’un catholicisme traditionnel, voire royaliste pour certains ». Elle a contribué au dossier d’ Historia par un article intitulé « Comment il (Robespierre) a déshonoré la République ». Elle y affirme, sans preuve, que Robespierre est l’ « inspirateur » des massacres en Vendée (« on parlerait aujourd’hui d’épuration ethnique » précise-t-elle). Enfin, pour étancher sa soif de connaissance, le passionné est engagé à se plonger dans une source, La Guerre de La Vendée et le système de dépopulation (1) de Gracchus Baboeuf (sic), publiée aux éditions du Cerf (éditeur du Livre noir de la Révolution française ), préfacée par Stéphane Courtois (qui a dirigé Le livre noir du communisme et participé au précédent), introduite par Jean-Joël Brégeon (pourfendeur de la vision « marxiste-léniniste » de la Révolution française)(2) et Reynald Sécher (le promoteur depuis un quart de siècle de la reconnaissance du « génocide vendéen » comme « crime contre l’humanité »). Rappelons que ce texte de Babeuf, utilisé ici comme une pièce à conviction, reprend la propagande thermidorienne avec laquelle le Tribun du peuple va très vite rompre, ce qui lui vaut d’aller en prison. Quelques mois plus tard, il écrit à son ami Bodson : « je confesse de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir et le Gouvernement révolutionnaire, et Robespierre, et Saint-Just ». Et il conclut : « en relevant le robespierrisme, vous êtes sûrs de relever la démocratie » (Lettre à Bodson du 10 ventôse an IV) (3). Évidemment, cela ne sert guère la thèse du dessein génocidaire que Courtois, Brégeon et Sécher voudraient attribuer à Robespierre.
Le site de France 3 énumère ensuite les ouvrages qui sont présentés « en plateau » après le documentaire : La Vendée – Vengé : le génocide franco-français , de Reynald Secher (réédité chez Perrin) et Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d’un crime légal contre l’humanité , toujours de Reynald Secher (aux éditions du Cerf, spécialistes sur ce créneau). Pour faire bonne mesure les journalistes évoquent aussi, Quatre-vingt-treize de Victor Hugo et deux livres de Jean-Clément Martin ( Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée et La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire ). Il était difficile d’ignorer l’ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française qui est le spécialiste de la mémoire vendéenne.
Jean-Clément Martin est également présent dans le documentaire avec Jean Artarit, Stéphane Courtois et Reynald Secher. A leur côté, trois autres intervenants sont désignés comme « historiens » : Noël Stassinet (président du « Souvenir Chouan de Bretagne ») dont il est beaucoup question sur les sites royalistes mais dont on ne trouve aucune trace de recherche historique à son actif ; Michel Chamard (l’auteur du Puy du Fou ; un rêve d’enfant , ancien du Figaro et directeur du Centre Vendéen de Recherches Historiques) que le président du conseil général de Vendée décrit, de manière sibylline, comme l’incarnation de la « tradition française », passionné par son attachement à la Civilisation (grand C) qui « a défendu les valeurs de liberté intellectuelle en 1968 à Nanterre » (4) ; Antoine Boulant, lieutenant-colonel et historien de la gendarmerie dont la thèse a porté sur Les agents secrets du ministre des Affaires étrangères envoyés dans les départements (1792−1794).
Le site Chouans et Vendéens considère évidemment que « ce programme affiche toutes les qualités de sérieux et d’objectivité pour faire découvrir au grand public cette part occultée de la Révolution française. » Avec un bémol cependant : « on regrettera l’absence du « Souvenir Vendéen » qui a malheureusement décliné l’invitation à cette émission à ne manquer sous aucun prétexte. » (5) En revanche, le téléspectateur notera la présence de Dominique Lambert de La Douasnerie, « fondateur et président à vie » (la fonction est-elle héréditaire ?) de l’ « association Vendée militaire », dont la présidente d’honneur est la comtesse Christian de Quatrebarbes et le premier vice-président le baron de La Tousche d’Avrigny. (6) La télévision de service public – qu’elle en soit remerciée – a ainsi tout mis en œuvre pour offrir une leçon d’anti-méthode historique à montrer à tous les étudiants de licence. Ils ont là matière à réfléchir sur ce qu’il ne faut pas faire, sur ce qui distingue l’histoire fondée sur les méthodes scientifiques et l’histoire qui se contente de mettre en scène un discours politique recuit mais probablement « vendeur ».
Au vu du titre, « Robespierre, bourreau de la Vendée ? » (on notera le point d’interrogation qui vise à présenter la question comme « ouverte »), on aurait pu penser que ce documentaire allait étudier la responsabilité personnelle de Robespierre dans la guerre de Vendée et dans les massacres commis lors de cette guerre civile (qui dura dans sa première phase de mars à décembre 1793, puis de janvier 1794 au traité de la Jaunaye signé le 17 février 1795 dans sa deuxième phase, même si Robespierre est mort depuis le 28 juillet 1794…). En fait, nous avons eu droit à une longue et fastidieuse mise en scène des thèses de Reynald Secher sur le « génocide franco-français » et sur le « mémoricide » qui est le thème de l’ouvrage qu’il vient de sortir fort opportunément.
Restons dans un premier temps sur le « cas Robespierre » et notons sans surprise, puisque la « bibliographie » nous l’indique, que le propos est absolument identique à celui d’Anne Bernet dans le numéro spécial d’ Historia . On peut le résumer sans beaucoup le schématiser de la façon suivante : le comité de Salut Public qui est alors « aux mains de Robespierre » a pris une série de décisions visant à réprimer la révolte vendéenne, notamment « l’extermination des brigands », les soldats de la République ont pratiqué « l’extermination organisée » de la population (laquelle ?) sur l’ordre de leurs généraux, qui eux-mêmes ont obéi aux ordres du Comité de Salut Public. Donc, Robespierre = Comité de Salut Public = massacres en Vendée = extermination, donc Robespierre = extermination de la Vendée. CQFD. Stéphane Courtois — le spécialiste des livres noirs — avoue quand même à la fin d’une phrase : « Bien sûr, on ne peut pas dire que Robespierre soit le dictateur absolu, mais quand même c’est bien le Comité de Salut Public dans l’affaire de Vendée qui a envoyé les ordres. » Et comme Robespierre et le Comité de Salut Public, c’est tout un…
Le problème est que cette construction digne des plus beaux amalgames et des plus belles manipulations historiques est radicalement fausse et ne s’appuie sur aucun document. D’ailleurs, les « historiens » apparaissant dans l’émission (nous exceptons bien entendu Jean-Clément Martin des guillemets) n’en produisent aucun émanant de Robespierre… S’il en avait eu, ils n’auraient pas manqué de les produire bruyamment. À vrai dire on l’aurait su depuis deux siècles tant les ennemis de Robespierre sont nombreux parmi les écrivains du XIXe siècle sur la Révolution française. Loin de nous l’idée d’affirmer que Robespierre n’a pas soutenu les armées républicaines et la répression de la révolte vendéenne, il partageait peut-être le point de vue de ses collègues du Comité de Salut Public, mais la seule chose dont nous soyons certain, c’est qu’il n’a pas écrit grand-chose sur la question, qu’il n’a prononcé aucun des grands discours sur la Vendée au nom du Comité de Salut Public, bref, qu’il n’a, sur cette question, jamais affirmé une position personnelle (même si, dans plusieurs de ses interventions, il se plaint de la manière dont la guerre a été menée et surtout de la façon dont les factions se sont emparées de la révolte vendéenne pour défendre leurs intérêts politiques particuliers).
Par ailleurs, l’équation Robespierre = tyran = chef du comité de Salut public = dictateur de la Convention, si elle ne manque pas d’antiquité (elle est rabâchée par tous les anti-robespierristes et les contre-révolutionnaires depuis thermidor an II), manque en revanche de poids scientifique. Aucun spécialiste actuel de la Révolution française enseignant dans les universités françaises n’affirmerait qu’en l’an II, Robespierre possédait un pouvoir absolu sur la Convention (même Patrice Gueniffey, pourtant peu « suspect » de robespierrisme, n’écrit pas cela !).
Robespierre n’est ni un « tyran », ni un « dictateur », ni le « chef » du comité de salut Public. Robespierre est un député qui jouit d’une immense popularité chez les sans-culottes et au-delà dans la population et dont la parole politique possède un poids considérable. Il est membre du comité de salut public du 27 juillet 1793 jusqu’à sa mise hors la loi un an plus tard, il a un réseau de proches et d’amis (plutôt qu’un « parti ») qui défendent des positions analogues. La seule « dictature » en l’an II, si l’on tient à garder cette expression, est celle de la Convention qui a concentré les pouvoirs en son sein. Il s’agit d’une « dictature » collective de représentants élus, ce qui est — on en conviendra — une dictature d’un genre un peu particulier… Alors si Robespierre n’est ni le « chef » du Comité de salut public ni le « dictateur » de la Convention, quelle est sa responsabilité personnelle dans la guerre de Vendée et la répression ? Rien de plus que celle des autres membres du comité qui exercent collectivement les pouvoirs qui leur ont été délégués par la Convention, elle-même responsable en dernier ressort puisqu’elle conserve le droit (dont elle use d’ailleurs) de renouveler ou non le comité. Pourquoi, les « historiens » du documentaire insistent alors sur Robespierre ?
Il s’agit de toute évidence d’un procédé rhétorique visant notamment à accrocher l’attention des non-spécialistes. Comme pour le plus grand nombre, les noms de Barère ou de Carnot (deux députés fort peu amis de Robespierre), ou encore ceux du général Westermann n’évoquent pas grand-chose, il faut donc mettre en avant celui de Robespierre comme « incarnation » du mal révolutionnaire. Un procédé qui a deux siècles. La légende thermidorienne et postérieure n’a cessé d’accumuler sur sa tête toutes les accusations possibles et imaginables pour, en réalité, mettre en cause le processus révolutionnaire lui-même. L’identité — fausse — entre Robespierre et Révolution française est pratique. Il suffit d’écrire « Robespierre » et immédiatement l’image construite par la légende noire thermidorienne joue son rôle : on pense guillotines, sang qui coule, perruques poudrées, et lunettes vertes… Le documentaire n’y manque pas avec cette phrase bien digne d’être notée : « La guillotine s’emballe. Robespierre sème l’effroi. » On s’y croirait… L’identification de la Révolution à Robespierre permet de faire l’impasse sur sa place réelle dans le processus révolutionnaire, elle le « dépolitise » et rend incompréhensible son action pratique entre 1789 et 1794. Elle permet aussi de personnaliser la haine de la Révolution française. Ce qui est bien pratique.
Dans sa forme, et sans finesse, le documentaire met en scène un parti pris. On remarquera par exemple que toutes les illustrations picturales représentant les Vendéens datent du XIXe siècle et sont empruntées à la légende rose vendéenne, construite à partir de 1815. Non ! La Rochejacquelein ne ressemblait pas au portrait donné de lui par Guérin en 1817 ! On ne sait pas trop à quoi il ressemblait d’ailleurs… Un seul exemple pris dans le documentaire : peut-on utiliser sans commentaires spécifiques une image comme celle de la messe clandestine du prêtre réfractaire, de toute évidence extrêmement postérieure à la période de la Révolution ? Les Vendéens apparaissent dans toute cette iconographie comme de véritables « anges » romantiques. On peut douter de la réalité de ce type de représentations, typique de la manière dont on héroïse la Vendée pendant le XIXe siècle. À l’inverse, les soldats bleus sont souvent montrés, soit en masse à travers des reconstitutions cinématographiques (le film « Les Vendéens » de 1993), soit à travers des images animées où ils fusillent, embrochent et grimacent. Le Comité de Salut Public est également représenté avec le même système graphique. Un Robespierre (?) au poing agressif levé et au visage tordu semble figé dans une attitude de dément. Les bons prêtres vendéens sont représentés subissant les coups de sans-culottes avinés, selon les procédés de l’imagerie contre-révolutionnaire du XIXe siècle.
La musique est, elle aussi, tout à fait remarquable. Quand le documentaire montre la messe clandestine des Vendéens retentit un air faussement sacré et grandiose. En ouverture, les images de crânes et d’ossements sont au contraire accompagnées par une musique sinistre qui vise à mettre le téléspectateur dans une atmosphère de film d’horreur. Toute la partition est à l’avenant. La lourdeur de « l’illustration » musicale qui souligne d’un trait fort épais le propos historique n’est évidemment pas à mettre au débit du compositeur, c’est bien la finalité idéologique du montage qui est ici en cause. Imaginez le sens du même documentaire en inversant les illustrations musicales : la musique sinistre pour les Vendéens et la musique sacrée pour les Républicains…
Une des formes particulières de la mise en scène de l’histoire dans cette émission vient de l’utilisation d’images donnant l’impression que l’on vient de découvrir quelque chose de nouveau ou de remarquable dans les Archives. Ainsi, le commentaire explique que les concepteurs de l’émission ont « retrouvé le décret du 1er août 1793 dans les Archives Nationales », on procède de même avec les lettres de Turreau au Comité de Salut Public qui se trouvent aux Archives de Vincennes etc. Il s’agit évidemment de donner une épaisseur « scientifique » aux affirmations grossières du discours de Sécher et consorts et de montrer que ces documents étaient « cachés » (sans doute parce qu’ils disaient la « vérité » sur les massacres de Vendée). En réalité, ces documents sont bien connus, non seulement des spécialistes, mais aussi de tout étudiant en histoire ayant eu un cours sur les guerres de Vendée dans les universités françaises. Ils ont été publiés et republiés. On les trouve dans toutes les bibliothèques et sur de nombreux sites internet.
Les erreurs, les approximations, les manipulations sont, certes, de toutes les chapelles, mais la chapelle « vendéenne » a une certaine expérience historique en la matière. Inutile de revenir ici sur les enjeux politiques de la construction de la mémoire vendéenne aux XIXe et XXe siècle, Jean-Clément Martin notamment a publié plusieurs ouvrages sur la question, on les lira avec profit. Néanmoins, comme ce documentaire reprend un certain nombre de contre-vérités et d’approximations assez impressionnant, il faut tout de même en relever les plus importantes.
L’un des grands classiques de « l’historiographie » vendéenne et contre-révolutionnaire est le flou et l’exagération du nombre des victimes. Dès le début du documentaire, la voix off affirme « ce carnage (celui du Mans) préfigure une série de massacres dont seront victimes plus de 170 000 Vendéens ». Si l’on comprend bien le français, APRÉS la bataille du Mans (décembre 1793), 170 000 Vendéens seront massacrés… mais on estime généralement — et c’est ce que rappelle Jean-Clément Martin à la fin du film — que le nombre TOTAL de victimes et de disparus des guerres de Vendée se monte à peu près à 170 000. Par conséquent, l’ensemble des victimes (y compris les morts de maladies, de faim, les disparus dont une partie est sans doute toujours vivante, mais ailleurs) serait équivalent aux Vendéens massacrés par les armées républicaines après décembre 1793. Il y a comme un problème…
De même, le « Massacre des Lucs » est un grand classique de la construction de la légende vendéenne. Le documentaire présente comme un fait avéré la « tradition locale ». On insiste sur les enfants de moins de onze ans figurant sur la liste des victimes « du » massacre des Lucs, mais il a été montré par plusieurs historiens, dont Jean-Clément Martin, qu’il y avait eu non UN massacre des Lucs, mais PLUSIEURS tueries sur plusieurs années. C’est la « tradition » qui a inventé l’amalgame de ces différents massacres en un seul lieu. Martin écrit ainsi que « la liste dressée en 1794 comptabilise manifestement l’ensemble des habitants tués depuis 1789, alors que toute une tradition veut la voir comme le résultat d’un massacre unique commis en deux jours de février 1794. Les conclusions sont évidemment fort divergentes selon la lecture adoptée. » Cette interprétation — partagée par la plupart des universitaires spécialistes de la Révolution française — n’est même pas mentionnée.
Un deuxième grand classique de « l’historiographie » vendéenne et contre-révolutionnaire (et l’un des artifices rhétoriques préférés de la droite « décomplexée » depuis quelque temps) est de se présenter comme la victime d’un complot universitaire de la part de « l’histoire officielle » dont on sous-entend qu’elle ne veut pas poser la question de la Vendée parce qu’elle la gêne. Ainsi, on insiste sur Reynald Secher, le « jeune historien » qui a eu, au milieu des années quatre-vingt, le « courage » de s’opposer à l’histoire officielle au moment de la préparation du Bicentenaire de la Révolution française. Le commentateur note naïvement que le livre de Secher tombait bien mal… On peut au contraire considérer — avec tous les spécialistes qui ont travaillé sur la période du Bicentenaire — que cela tombait fort bien et que la soutenance de thèse de Secher, montée en épingle par Pierre Chaunu, n’était qu’un des moments choisis par l’extrême-droite, catholique, vendéenne et royaliste pour lancer « son » bicentenaire. La « communauté des historiens » s’est « insurgée » nous dit le commentaire. Elle s’est surtout insurgée contre l’utilisation à tort et à travers du concept de génocide et sur l’approximation de la méthode utilisée par Secher. Nous ne referons pas ici un commentaire critique de ce livre, il a été fait depuis longtemps. Ce n’est pas un hasard si aucun historien universitaire spécialiste de la Révolution française n’y accorde crédit (et il faut une sérieuse méconnaissance du milieu universitaire pour imaginer un complot « gauchiste » contre le « courageux » Reynald Secher).
Stéphane Courtois — lui-même fort peu considéré parmi les historiens contemporanéistes, qui sont sans doute aussi tous de dangereux extrémistes — est convoqué pour souscrire à la thèse de « l’histoire officielle ». Il dit ainsi : « Certains historiens, et on peut comprendre, refusent qu’on parle de génocide ». Car « comme vous le savez en France, on ne peut pas toucher à la Révolution, c’est sacré. En même temps… bon… il faut quand même que les historiens fassent leur travail… » Courtois sous-entend-il que ceux qui critiquent le concept de « génocide vendéen » n’en sont pas ? Sans doute… D’ailleurs, « l’histoire de la Vendée va être systématiquement occultée dans l’historiographie française » pendant deux siècles nous explique le même Courtois. Nous invitons le grand spécialiste des livres noirs à se plonger notamment dans les travaux de Paul Bois, de Jacques Godechot, de Marcel Faucheux, Marcel Lidove, Claude Petitfrère ou Jean-Clement Martin pour rester parmi les historiens français de la seconde moitié du XXe siècle.
Le journaliste Christophe Bourseiller se fait aussi le défenseur de l’historien « anticonformiste » Secher. Son livre est « celui par lequel la vérité a été rappelée aux Français car il faut dire que les événements de Vendée sont presque toujours oubliés par notre historiographie ». Secher a eu « le courage de sonder la mémoire des vaincus ». Les historiens universitaires « officiels » n’ont pourtant eu que « haine » et « silence » contre son livre…
Il est vrai que les historiens « officiels » ont la manie de pinailler sur des détails et d’aimer la précision dans les termes : ils n’aiment pas que l’on parle de « conscription » et de « service militaire obligatoire » avant la loi Jourdan Delbrel qui les créent en 1797, ils n’aiment pas que Carnot soit désigné comme « ministre de la guerre du Comité de Salut Public » alors qu’il n’a jamais été ministre, ils estiment quelque peu confuses des expressions comme « les enragés montagnards menés par Robespierre ». Ils trouvent que la phrase « n’importe qui peut-être arrêté sous n’importe quel prétexte » ne reflète pas vraiment le contenu de la loi des suspects, etc. On pourrait multiplier les citations montrant que la rigueur dans l’utilisation du vocabulaire historique et la précision des faits n’est pas le fort des « historiens » Secher, Artarit et Courtois, pas plus que celui des auteurs du documentaire.
Ils sont pourtant capables de moduler le vocabulaire quand leur propos le nécessite. Ainsi les armées républicaines commentent des « crimes », jamais l’armée catholique et royale. Il est vrai qu’elle n’a commis qu’un massacre, celui de Machecoul ! D’ailleurs, les Vendéens ne « massacrent » pas les Bleus, ils « s’en prennent » aux notables républicains des villes. Sans rire, le commentaire — faisant ainsi la preuve de son caractère « modéré » — admet que « CE massacre est bien le fait des Vendéens » (même s’il a été provoqué par le fait que les Bleus « ont tiré sur la foule »). Aucun autre massacre des Blancs sur les Bleus ne sera évoqué dans le documentaire. Exit Châtillon, le Pallet, Bouin, etc. Il est vrai que le commentaire sous-entend que « les » Vendéens se soulèvent dans un bel élan unanime pour Dieu et le Roi, mais on ne saura donc pas grand-chose sur les républicains de Vendée, de Loire-inférieure, de Mayenne qui se sont battus avec acharnement contre les Blancs, les empêchant de prendre les grandes villes de l’ouest. Car « la » Vendée est AUSSI une guerre civile locale entre Blancs et Bleus (mais évidemment, cela pose une question fondamentale que Secher n’aborde pas : les Bleus de Vendée sont-ils des « génocidaires » d’eux-mêmes ?) On ne saura rien non plus sur la politique menée par la direction de l’Armée catholique et royale dans les territoires « libérés », sur ses liens avec les émigrés ou les Anglais.
À part cela ? Quoi de neuf ? Rien.
Des variations sur le thème « anti-totalitaire » qui ne sont ni très neuves ni très remarquables par leur intelligence interprétative. Le grand spécialiste des livres noirs, Stéphane Courtois, nous livre ainsi une réflexion de poids : « Qu’est-ce qu’un brigand ? Bon… Un brigand… c’est un criminel. Alors… ça c’est intéressant… La criminalisation des adversaires politiques ou des opposants quels qu’ils soient. Il ne s’agit plus d’un débat politique, il s’agit de se débarrasser d’une catégorie de la population. » Certes… la criminalisation des adversaires politiques… mais bon (pour parler comme Courtois)… Est-ce bien là une particularité de la Révolution française en général et des révolutionnaires en particulier ? Les tenants de la contre-révolution comme Burke ou Mallet du Pan agissent-ils et parlent-ils autrement ? Les journaux royalistes de 1789 jusqu’au 10 août 1792 traitent tout « patriote » de « brigand », de « cannibale », de « buveur de sang ». Brunswick appelle au massacre de tous les révolutionnaires de Paris dans son manifeste. Les contre-révolutionnaires anglais sont accusés par l’opposition de mener une bellum internecinum (une guerre d’extermination), etc., etc. Le refus du « débat politique » peut difficilement être un apanage des révolutionnaires et il est vrai qu’en Vendée, il ne s’agit en aucun cas d’un débat feutré entre adversaires de bonne société, mais d’une guerre civile à mort dans un contexte de guerre étrangère, la tentation de « criminaliser » l’adversaire est bien forte des deux côtés.
Et les massacres de femmes et d’enfants, les colonnes infernales ? Ce n’est pas du totalitarisme, cela ? Secher explique qu’après août 1793, on ne fait plus de distinction entre les brigands et les femmes, les enfants et les vieillards, que l’on « globalise » l’extermination (sous-entendu, on arrive au génocide puisque tout le monde est « englobé »). Le sage Courtois renchérit : « La rhétorique, elle est très claire, il y a le peuple et les ennemis du peuple, voilà… bon… », « il faut justifier une extermination de masse ». S’il le dit…
La rhétorique, en effet. Celle de Barère, du comité de Salut Public, n’est pas une rhétorique totalitaire, mais une rhétorique de guerre. Si les « historiens » du documentaire avaient quelques connaissances en histoire militaire et politique de l’époque moderne, ils sauraient que la rhétorique de l’extermination n’est pas spécifique aux révolutionnaires français. Sans revenir aux guerres de religion du XVIe siècle, elle est présente dans la plupart des conflits du XVIIIe siècle quand ils impliquent des populations civiles (par exemple lors de la rébellion jacobite en Écosse en 1745). On la retrouve dans la guerre de la deuxième coalition des deux côtés…
Avec Carrier, on est « dans le dur ». Ah ! les noyades… sujet inépuisable… Carrier n’est pas un sanguinaire, c’est un « pur », explique Jean Artarit, il ajoute qu’il est là « pour sortir l’homme révolutionnaire (?), et donc il faut tuer tous les autres. » Profonde réflexion… Un peu plus tard, on apprend que Carrier fait emprisonner les commerçants « dont il convoite la fortune », qu’il envoie des enfants à la guillotine, qu’il affame volontairement les prisonniers en ne leur donnant que du riz à manger, qu’il est l’inventeur des noyades « procédé d’extermination encore plus radical », qu’il « aurait fait tirer de prison les plus jolies filles leur promettant la vie sauve contre des faveurs avant de les faire noyer à l’aube » (mais ce sont peut-être des « rumeurs »). On apprend même le nombre des noyés (environ 6 000). Tous ces « faits » ne sont pourtant rien moins qu’établis. Sans entrer dans le détail de l’affaire Carrier et du rôle que son procès joue dans la définition de la « Terreur » après Thermidor (7), il faut rappeler que personne n’a pu prouver que Carrier s’était enrichi, qu’il aurait monnayé ses grâces auprès des jolies Nantaises, ni même qu’il aurait ordonné les noyades. Des noyades, il y en a bien eu, c’est à peu près certain, mais combien, avec combien de victimes à chaque fois, avec quels exécutants, nous ne le savons pas avec certitude (8).
Les « colonnes infernales de Turreau » sont « incompréhensibles » puisque la « Vendée n’est plus une menace », c’est du moins ce qu’affirme Secher. Pourtant, la première guerre de Vendée se termine en 1795 (pour reprendre presque aussitôt) et la guerre extérieure ne prend fin complètement qu’en 1802. On peut penser que, pour les dirigeants parisiens, la menace est encore bien présente et que la nécessité d’éradiquer la révolte est toujours bien là.
Mais ces destructions de Turreau… on est bien dans le « génocide », non ?
Rien n’est moins sûr… La tactique appliquée par Turreau est courante dans la répression des insurrections locales dans les guerres de toute l’Europe. La destruction des maisons, des récoltes, du bétail, l’exécution des paysans pris les armes à la main, étaient, hélas, les méthodes utilisées par tous les pouvoirs, monarchistes ou non, qui faisaient face à des insurrections paysannes dans un « pays » difficile d’accès. Le caractère atroce des massacres perpétrés par les armées républicaines ou par l’Armée catholique et royale n’était en rien inédit. Les mêmes massacres se répètent en bien d’autres circonstances, par exemple l’insurrection sanfediste à Naples en 1798.
Cela n’empêche pas le journaliste Christophe Bourseiller d’acquiescer quand le présentateur lui pose la question : « Robespierre a‑t-il voulu mener une expérience en inventant… en éradiquant une population pour inventer l’homme nouveau ? » On attend toujours la référence du document où Robespierre aurait ne serait-ce qu’esquissé un programme d’éradication d’une population « pour créer un homme nouveau »… Mais Bourseiller n’est pas à cela près puisque quelques secondes plus tard, il affirme avec beaucoup d’aplomb que les colonnes infernales de Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis (et oui, dans les deux cas, il y a eu des massacres dans les bois). Robespierre ce n’est plus seulement Lénine, Staline et Pol Pot, c’est directement Hitler et la SS… Il est vrai que le « communisme » et le « nazisme » c’est tout un… Certes, Bourseiller trouve que Secher exagère quand il parle de « fours crématoires »… Il est modéré, le journaliste Bourseiller… pas comme les révolutionnaires qui ont anticipé les Khmers rouges en changeant le nom de la Vendée en « Vengé » comme Pol Pot a appelé son pays le Kampuchea. La comparaison laisse pantois.
Approximations, erreurs, manipulations, mise en scène, reprise du vieux discours vendéen et contre-révolutionnaire remis au goût « génocidaire » du jour, une pincée d’anti-totalitarisme : de vieilles recettes pour une vieille mixture. Dès lors, tous les sites royalistes du Web en conviennent : cette émission a été placée sous le signe de la rigueur historique et de l’objectivité. Il n’y a donc rien de racoleur ni de politique dans cette agitation médiatique autour de Robespierre et des guerres de Vendée que nous a offert le service public en collaboration avec Europe 1. C’est évidemment un pur hasard si le 8 mars, au lendemain de l’émission, les députés qui soutiennent le lobby vendéen (Dominique Souchet, Hervé de Charette, Lionnel Luca etc.) ont déposé une nouvelle proposition de loi visant à reconnaitre le « génocide vendéen ».
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NOTES :
(1) A lire sur Gallica
(2) Jean-Joël Brégeon, Écrire la Révolution française. Deux siècles d’historiographie , Paris, Ellipses, 2011. Voir la recension de Michel Biard
(3) Albert Mathiez, « Babeuf et Robespierre », Annales révolutionnaire , mai 1917, repris dans Autour de Robespierre , Paris, Payot, 1926, p. 256–257.
(4) http://www.vendeeinfos.com/Michel-Chamard-quitte-le-conseil-general-de-la-Vendee_a3862.html
(5) http://guerredevendee.canalblog.com/archives/2012/03/04/23665108.html
(6) http://vendeemilitaire.org/presentation-vendee-militaire.html
(7) A ce sujet, on lira évidemment Comment sortir de la Terreur de Bronislaw Baszcko et les travaux de Corine Gomez-Lechevanton sur le procès Carrier.
(8) On consultera avec profit le petit ouvrage de Corine Gomez-Le Chevanton, Carrier et la Révolution française en 30 questions , Geste éditions, 2004.
Source : http://revolution-francaise.net/2012/03/15/476-robespierre-bourreau-de-la-vendee-une-splendide-lecon-danti-methode-historique.
Henri Guillemin parle
de Zola et de l’affaire Dreyfus
à Henri Mitterrand (archive INA) :
http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I00006396/henri-mitterrand-et-henri-guillemin.fr.html
J’ai lu des commentaires de Marion sur les propos de Lepeletier, c’est affligeant. Elle n’y comprend vraiment rien, toute historienne qu’elle soit.
Régénération de l’homme, mais Jésus, Socrate ou Rousseau avaient le même projet, mais l’exprimaient avec d’autres termes !
La Révolution devait d’abord être morale , spirituelle avant d’être politique !! C’est EXACTEMENT ce que dit Guillemin sur Robespierre dans sa vidéo : la fin ultime n’est pas la justice sociale mais l’accomplissement de ce à quoi l’homme est destiné : sa nature d’homme.
Une bonne historienne se doit d’être une excellente lectrice des philosophes et les philosophes commencent avec Platon ! Les types du XVIIIème étaient pétris d’œuvres classiques qui sont depuis des années méprisées .
Un de vos confrères avait même accusé Platon d’avoir inspiré le nazisme ! Vous vous rendez compte !
Quand aux enfants qu’il faut arracher aux parents , vous DEVRIEZ savoir en tant qu’historienne, que nombre de parents si ce n’est la majorité considéraient autrefois et jusqu’au début du XXème siècle que leurs gosses devaient travailler pour eux en tant de main d’œuvre gratuite seulement nourrie et logée. La IIIème république a dû en effet LUTTER CONTRE LES PARENTS POUR QU’ILS ENVOIENT LEURS GOSSES À L’ÉCOLE ET PAS AUX CHAMPS !
Et une autre raison que je reproduis ici , tiré d’un article de J‑M Muglioni sur le blog de C.Kintzler MEZETULLE :
« La démocratisation du pire
Revenons sur un exemple que j’ai déjà donné. Pour gagner leur vie, de nombreux philosophes du XVIII° siècle et du début du XIX° siècle durent exercer le métier de précepteur dans des familles aristocratiques ou bourgeoises. Cette malheureuse expérience leur a appris que seul un enseignement public, dans une classe (3), peut libérer les enfants des riches et des puissants de leurs habitudes despotiques qui rendaient le préceptorat insupportable et inefficace : la proximité des parents et l’immersion dans le milieu social, en l’occurrence l’aristocratie, rendaient l’instruction impossible, et le précepteur était l’objet de vexations permanentes, et selon l’expression consacrée ici à sa place, traité comme un domestique.
Le monde a changé – je le répète puisqu’on dira que je n’en tiens pas compte. Mais on voit aujourd’hui que, dans les quartiers les plus déshérités, les plus petits se comportent en enfants gâtés ; ils se moquent de leurs maîtres et leurs parents les soutiennent : les professeurs sont à peu près les seuls qu’ils peuvent traiter comme leurs domestiques ! On n’a pas démocratisé l’instruction mais le vice : il y a cent ans, les pauvres se contentaient de l’alcoolisme et la drogue n’affectait que les plus hautes classes et quelques artistes. »
Pour ceux qui veulent télécharger ces vidéos, ils savent comment faire ?
http://www.insideelectronicpipo.com/helpdesk/tutoriels-astuces/article/extraire-des-videos-de-sites-de
Nouvelle mine de conférences d’Henri Guillemin :
http://www.demystification.fr/lecons-dhistoire‑2/henri-guillemin/
On y trouve : Danton, Voltaire, Marie-Antoinette, Vallès, Trotsky, Robespierre, Napoléon (nouvelles ?)…
J’ai trouvé ce lien sur le forum d’ASI (Arrêt sur Images) consacré spécialement à Guillemin :
http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1259381
forum faisant suite à l’autre forum — étonnant et intéressant — sur mon entretien avec Maya de cet été :
http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1259381
Étienne.
Bonjour,
Merci pour cette formidable découverte qu’est Henri Guillemin. Sa vidéo « Confidences » est vraiment épatante. Ça me parle. Ce qu’il évoque sur les petits papiers de l’histoire qui révèle bien des choses… et on sent tout le poids du rouleau compresseur de l’histoire officielle.
Churchill a dit : « l’histoire sera douce avec moi car j’ai l’intention de l’écrire ». Et en effet, le nom de Churchill évoque l’homme au cigare au milieux des ruines de Londres, demandant à sa flotte de couler le Bismarck. Il évoque moins souvent le boucher raciste qui a fait réprimer des soulèvements dans les protectorats britanniques. Ni ses copinages bien rémunérés avec les pétroliers ou le désastre du débarquement aux Dardanelles.
Concernant Robespierre, j’avais été très marqué par le film de Robent Enrico avec K.M. Brandauer, François Cluzet, Sam Neil, J.F. Balmer, Peter Ustinov et le génial Andrej Zeweryn. Un film très pro-Danton. Mais j’avais appris par ma grand-mère que feu mon grand-père, homme de gauche non encarté, compagnon de route de l’abbé Pierre, aimait Robespierre. J’émets l’hypothèse qu’il avait entendu en son temps les conférences de Guillemin. Peut-être via l’association « Vie nouvelle » à laquelle il appartenait. Qui sait…
J’ai donc naturellement tendu l’oreille à cette conférence de Guillemin. C’est passionnant. J’enchaine avec Napoléon !
Je dois dire que cette curiosité intellectuelle a réellement commencé après la forfaiture de Versailles en 2007. À Versailles, quel symbole !
Merci encore.
http://gilbertquelennec.blogspot.fr/2012/11/audio-video-eric-hazan-une-histoire-de.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+GilbertQulennec+(Gilbert+Qu%C3%A9lennec)
Éric Hazan vient d’écrire Une Histoire la Révolution française. Je n’ai pas lu son livre mais écouté cet entretien avec 2 (+1) journalistes de Rue 89.
Henri Guillemin n’y est pas cité, mais pas mal de propos qui débordent largement cette époque m’ont intéressée (François Furet plusieurs fois, totalitarisme, Palestine, insurrection, norme, novlangue, urbanisme et espaces verts à Paris, etc.).
Plus précisément, et en clin d’oeil à Yves le révolutionnaire qui trouve que les commentaires débordent au point de ne plus correspondre aux intitulés et sujets d’Étienne…
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/11/03/272-henri-guillemin-suite-danton-voltaire-valles-marie-antoinette,
deux notes :
1 – Et en retranscription subjective : Que les moments mortifères de l’après révolution n’adviennent, de ces « gouvernements provisoires auto-proclamés » avec « élection constituante ». Quelques explications données à la suite…
2 – Pourquoi ce livre, à titre personnel ? Robespierre. Robespierre qui « hante » Eric Hazan.
Une pensée à réhabiliter ? « Si tu calomnies Robespierre, tu calomnies la Révolution avec lui. » « Il est vilipendé ». « La guillotine, le sang : oui, malgré lui. Une immense douleur. (…) Sa fin comme un suicide. » Et aussi : « un grand discours contre la peine de mort sous la Constituante ».
À la place de déborder, on peut aussi écrire dépasser ?
Ah, les après manifestation !
À bientôt !
Henri Guillemin en torrent.
À noter : intégrale Guillemin en torrent.
15 Go de vidéos plus 5 Go d’extractions audio pour ceux qui préfère l’écouter dans la voiture.
Fichier torrent içi
Le son est plutôt correct.
Quant au contenu, c’est une merveille.
Mon conseil : ne pas négliger voir terminer par Tolstoî. J’en ai pleuré !
Je viens de finir Tolstoï, moi aussi. C’est essentiel et bouleversant.
Immense trouvaille que ce Guillemin. Il nous grandit tous.
Formidable jardinier pour entretenir les graines de mémoire des luttes.
Étienne.
« Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme.
Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister.
La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.
Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle, & qui soit abandonné à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage & un fratricide. »
ROBESPIERRE, Opinion sur les subsistances,
discours prononcé à la Convention le 2 décembre 1792
http://membres.multimania.fr/discours/subsistances.htm
@Robespierre
A l’instant précis où elle broute, la chèvre sauvage qui gambade sur le Ventoux est de facto propriétaire de l’herbe qu’elle broute, et ne lèse pas ni le papillon ni l’hirondelle, mais si le loup est propriétaire des lieux, il va la faire payer, ou bien la dépecer si elle ne s’acquitte pas du loyer de sa vie.
« c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. »
La propriété n’est pas en opposition avec la subsistance du propriétaire en effet … mais elle est ou peut être en opposition avec la subsistance de celui qui n’a rien :
Si la propriété est inégalement répartie, elle induit une hiérarchie du droit et une différenciation du pouvoir individuel, pouvant aller jusqu’à la partition de la société en castes dominantes/dominées.
Il faudrait donc que tout citoyen soit détenteur d’une propriété vitale minimale (option 1), ce qui sous entend un renoncement aux concentrations urbaines et une (re)focalisation sur l’agriculture vivrière, ou bien, option 2, que la société soit l’unique propriétaire, et gère cette propriété commune en vue du bonheur de tous et chacun, ou bien, option 3, plus subtile, opérer un distinguo entre la propriété d’usage et la propriété lucrative 😉 en encadrant de manière drastique la propriété lucrative afin d’en bloquer les dérives, voire en la supprimant.
Vaste débat
@61
Fin juin, j’ai vainement tenté de télécharger ce fichier. Mode d’emploi ?
Je n’y arrive pas non plus.
Superbe vidéo présentant l’esprit Anonymous… cet esprit autant libertaire que chouardien…
Bien des choses à vous, ÉTIENNE, partagé que je suis entre ce quotidien et ces certitudes (ou cette radicalité) qui ne concerne que moi et quelques autres… variation de cette radicalité libertaire et humaniste commune.
ROBESPIERRE
Je cite sur la description de la vidéo : « L’idée Anonymous peut être définie par deux mots : Liberté et Justice ».
Attention à ce que l’idée de liberté ne prenne pas le pas sur l’idée de justice 😉 . L’un et l’autre vont de pair dans une démocratie digne de ce nom.
« Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime, la loi qui affranchit »
La liberté a ses limites ou, plutôt, cet équilibre de bienséance et de civisme qu’il doit y avoir dans ce rapport quotidien à autrui et à la communauté, tel ne pas empiéter sur l’intimité d’autrui ou ne point exercer à son encontre ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fit, etc., etc.
La justice est cette juste appréciation des choses en vertu de ce rapport et de cet équilibre collectif et citoyen, ce sens civique et ce savoir-vivre en même temps que cette éthique et cet humanisme_cette humanité en nous comme cette propension au bonheur et à tout idéal humain.
Bref, de bien belles paroles quand, au final, Talion et Dollar imposent leurs diktats…
… ce pourquoi je signe ROBESPIERRE avant qu’ANONYMOUS, la liberté comme un leurre et la Loi qui nous oblige et nous en impose, quand nous devrions tous pouvoir avoir accès à cette herbe naturelle, autonome, économique, écologique et émancipatrice de cette Liberté égale et commune.
EFFAB_alias ROBESPIERRE_alias La Chèvre de Monsieur GUILLEMIN !
BRAVO POUR CETTE PAGE SUR HENRI GUILLEMIN ET ROBESPIERRE.
Henri Guillemin est mon historien préféré, et son « silence aux pauvres » le livre que j’aurai aimé avoir eu le talent d’écrire.
Passionné depuis trente ans par la révolution et la personnalité de Maximilien, j’ai découvert Henri Guillemin à travers ses travaux sur cette période. J’ai ensuite lu et écouté ses autres travaux, et j’y ai retrouver la même indépendance d’esprit et la liberté d’analyse qui lui font dépasser (et terrasser) l’histoire de bonne compagnie.C’est pourquoi je serai présent au colloque qui lui sera consacré en octobre prochain à Paris ;
Encore félicitations pour cette mise en lumière de cet écrivain trop méconnu.
Daniel (vice président de l’association maximilien robespierre pour l’idéal démocratique)
Bonsoir,
Merci pour cette page, les liens, les débats.
Il y aurait tout un travail à faire aussi, que Guillemin évoque juste dans son oeuvre, sur les liens entre la pensée de Robespierre et celle de Jaurès.
Lequel, sur les questions d’éducation, est assez loin des projets de Lepeletier… (même si replacer ceux-ci dans le contexte historique leur ôte une partie de leur aspect effrayant).
Sur le sujet, j’aime beaucoup ce texte-là :

de Jaurès : L’instruction morale à l’école.
François.
Mise à jour 8 janvier 2013 :
• Viennent de paraître les vidéos d’un colloque passionnant
« Henri Guillemin et la Révolution Française : le moment Robespierre »
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2014/01/08/360-les-videos-du-colloque-2013-henri-guillemin-et-la-revolution-francaise-le-moment-robespierre
• Ne ratez pas ce livre important qui vient de sortir (et dont Patrick Rödel nous raconte l’histoire au cours du colloque ci-dessus) :
ÉC]
Bonjour monsieur Chouard,
J’ai decouvert Henri Guillemin grace a vous, c’est un grand bonheur d’ecouter ces conferences aussi limpides et profondes.
Merci
Un autre Etienne
Bonjour, j’ai lu vos commentaires et regardé vos vidéos sur la constitution. Depuis quelques mois je partage vos point de vues a quelques différences infimes. Mais pour ce faire, il vaut mieux en mon sens être apolitique aujourd’hui, pour réellement parler et agir pour le peuple.
D’aucun ont écris sur vous que vous étiez proche du fond de gauche, qu’en est-il ? Que pensez-vous de la franc-maçonnerie ?
J’ai pris la peine de lire la constitution en Janvier et de la réécrire et je l’ai posté sur « l’edito de bruno sur Facebook » Prenez en connaissance et n’hésitez pas a me répondre.
Merci
Cordialement
Bruno Le Floch de Nantes
@74
En lisant les différents points de ce Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, il me semble que des juristes prêts à en découdre pourraient fort bien attaquer devant les tribunaux et l’Etat et nos Institutions soit-disant démocratiques, je me trompe ou ai-je mal lu ou interpréter ces clauses et fondamentaux démocratiques ?!
Je vois que vous êtes nantais, j’habite moi-même la région. Cela ne me déplairait pas, tout anonyme et insignifiant au système que je suis, de vous rencontrer, parler deux trois heures de ceci, de choses et d’autres. Personnellement, outre l’idée d’une méga-manifestation associé à un coup d’Etat, ni plus ni moins, je suis très séduit pour pousser la chansonnette à l’occasion en groupe dans les rues de Nantes : le « Vent du Renouveau », par exemple !
Dites-moi si mon pseudo vous inspire confiance et si vous avez du temps à perdre surtout, je vous appellerai alors.
Fabien
« Conclusion : Ma raison n’a pas la Foi. Ma Foi n’a pas raison. Et même sur un site de rencontres, il ne faut pas que ces deux là se rencontrent… parce qu’ils ne peuvent pas se voir ! » (JDP)
http://www.youtube.com/watch?v=sd7PtaImGxk
http://www.prorussia.tv/Journal-hebdomadaire-17-fevrier-2014_v766.html
Le pompon, si je puis dire, de toutes ces nouvelles étant ce détour du porte-avion Charles de Gaulle au large des côtes crétoises… bien que chacune d’entre elles se vaille bien toutes pareillement…
Bref, j’en connais un, moi, qui doit bien se retourner vu tous ces détours qu’on fait subir à son nom !
Mais l’humour à ses limites et tout cela cela paiera, d’une façon ou d’une autre, cela ne dépend pas de nous comme il est toujouts temps de reconnaître ses erreurs et péchés.
La série de Guillemin sur la Révolution est introuvable… A la RTS, on m’indique que c’est le Canada qui dispose des droits et qu’ils ne peuvent donc pas la diffuser… Si quelqu’un avait plus d’info, ce serait précieux… !!
Bonjour,
Je suis tombé sur votre site par hasard, une fois une vidéo de Guillemin lancée est c’est le coup de foudre ! magnifique comme site merci et les mp3 je suis encore demandeur