Chers amis,
Voici une perle, un régal, de l’intelligence pure, du grand Lordon, en pleine forme :






Conspirationnisme : la paille et la poutre
Vendredi 24 août 2012, par Frédéric Lordon
Plan :
• Pour une pensée non complotiste des complots (quand ils existent)
• Le conspirationnisme comme symptôme politique de la dépossession
• L’apprentissage de la majorité (à propos de la « loi de 1973 »)
• À conspirationniste, conspirationniste et demi !
• D’un certain conspirationnisme européiste
• Non pas les agents du mal mais la force des structures
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Le peuple est bête et méchant, le peuple est obtus. Au mieux il pense mal, le plus souvent il délire. Son délire le plus caractéristique a un nom : conspirationnisme. Le conspirationnisme est une malédiction. Pardon : c’est une bénédiction. C’est la bénédiction des élites qui ne manquent pas une occasion de renvoyer le peuple à son enfer intellectuel, à son irrémédiable minorité. Que le peuple soit mineur, c’est très bien ainsi. Surtout qu’il veille à continuer d’en produire les signes, l’élite ne s’en sent que mieux fondée à penser et gouverner à sa place.
Pour une pensée non complotiste des complots (quand ils existent)
Il faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street en 2004 obtiennent à force de pressions une réunion longtemps tenue secrète à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés de capitaux américains, pour obtenir de lui l’abolition de la « règle Picard » limitant à 12 le coefficient de leviérisation globale des banques d’affaires [1], il faudrait une réticence intellectuelle confinant à l’obturation pure et simple pour ne pas y voir l’action concertée et dissimulée d’un groupe d’intérêts spécialement puissants et organisés – soit un complot, d’ailleurs tout à fait couronné de succès. Comme on sait les firmes de Wall Street finiront leviérisées à 30 ou 40, stratégie financière qui fera leur profits hors du commun pendant la bulle… et nourrira une panique aussi incontrôlable que destructrice au moment du retournement. Des complots, donc, il y en a, en voilà un par exemple, et il est de très belle facture.
Sans doute ne livre-t-il pas à lui seul l’intégralité de l’analyse qu’appelle la crise financière, et c’est peut-être là l’une des faiblesses notoires du conspirationnisme, même quand il pointe des faits avérés : son monoïdéisme, la chose unique qui va tout expliquer, l’idée exclusive qui rend compte intégralement, la réunion cachée qui a décidé de tout. Exemple type de monoïdéisme conspirationniste : Bilderberg (ou la Trilatérale). Bilderberg existe ! La Trilatérale aussi. Ce n’est donc pas du côté de l’établissement de ce (ces) fait(s) que se constitue le problème (comme ça peut être le cas à propos du 11 septembre par exemple) : c’est du côté du statut causal qu’on leur accorde. Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. Pour défaire le monoïdéisme de la vision complotiste, il suffit de l’inviter à se prêter à une expérience de pensée contrefactuelle : imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale, ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ? La réponse est évidemment non. Il s’en déduit par contraposition que ces conclaves occultes n’étaient pas les agents sine qua non du néolibéralisme, peut-être même pas les plus importants. Et pourtant ceci n’est pas une raison pour oublier de parler de Bilderberg et de la Trilatérale, qui disent incontestablement quelque chose du monde où nous vivons.
Il suffirait donc parfois d’un soupçon de charité intellectuelle pour retenir ce qu’il peut y avoir de fondé dans certaines thèses immédiatement disqualifiées sous l’étiquette désormais infamante de « conspirationnistes », écarter leurs égarements explicatifs, et conserver, quitte à les réagencer autrement, des faits d’actions concertées bien réels mais dont la doctrine néolibérale s’efforce d’opérer la dénégation – il est vrai qu’il entre constitutivement dans la vision du monde des dominants de dénier génériquement les faits de domination (salariés et employeurs, par exemple, sont des « co-contractants libres et égaux sur un marché du travail »…), à commencer bien sûr par tous les faits de ligue explicite par lesquels les intérêts dominants concourent à la production, à la reproduction et à l’approfondissement de leur domination. Dans un débat public médiatique qui n’a pas son pareil pour saloper irrémédiablement n’importe quelle question, il est donc probablement sans espoir d’imaginer définir une position intermédiaire qui tiendrait ensemble et la régulation contre certains errements extravagants (jusqu’au scandaleux) de la pensée conspirationniste, et l’idée que la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants – mais faire ce genre de distinction est sans doute trop demander, et on voit d’ici venir les commentaires épais qui feront de ce propos une défense apologétique du complotisme et des complotistes…
On pourrait arguer que l’analyse sociologique ou politologique de ces actions concertées, précisément, se déploie hors des schèmes intellectuels caractéristiques du conspirationnisme : monoïdéisme, exclusivisme, attraction sans partage pour l’occulte, ignorance corrélative pour tous les effets impersonnels de structure, etc. [2] Et ce serait parfaitement exact ! C’est bien pourquoi il serait temps de faire la part des complots – comme faits avérés, puisqu’il en existe certains – et du complotisme – comme forme générale –, soit d’en appeler, en quelque sorte, à une pensée non complotiste des complots, c’est-à-dire aussi bien : 1) reconnaître qu’il y a parfois des menées concertées et dissimulées – on pourra les appeler des complots, et 2) refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! Et il faudrait surtout consolider cette position intermédiaire à l’encontre de tous ceux pour qui maintenir l’amalgame des complots et du complotisme a l’excellente propriété de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garantir l’escamotage des faits de synarchie avec la disqualification de la forme « complotisme ».
Le conspirationnisme comme symptôme politique de la dépossession
Tout ceci cependant est dire à la fois trop et trop peu quand, du conspirationnisme, il est possible de prendre une vue latérale qui vient quelque peu brouiller l’image de ses habituelles dénonciations, et puis, plus encore, celle de ses frénétiques dénonciateurs. Sans doute trouve-t-on de tout à propos du conspirationnisme : des tableaux sarcastiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jusqu’à de savantes (pitoyables) analyses de la « personnalité complotiste » et de ses psychopathologies. Mais d’analyse politique, point ! La puissance des effets de disqualification, la force avec laquelle ils font le tri des locuteurs, les caractéristiques sociales associées à ce tri même, la réservation de la parole légitime à certains et l’exclusion absolue des autres, procédant là aussi par un effet d’amalgame qui confond dans l’aberration mentale, puis dans l’interdiction de parler, toute une catégorie, voire un ensemble de catégories sociales, à partir de quelques égarés isolés, ceci pour faire du discours politique l’affaire monopolistique des « représentants » assistés des experts : tous ces mécanismes devraient pourtant attirer l’attention sur les enjeux proprement politiques engagés dans le « débat sur le conspirationnisme » – au lieu de quoi il n’est matière qu’à gloussements ou cris faussement horrifiés puisque, si isolées soient-elles, les saillies conspirationnistes fournissent la meilleure raison du monde à la dépossession.
Dépossession : tel est peut-être le mot qui livre la meilleure entrée politique dans le fait social – et non pas psychique – du conspirationnisme. Car au lieu de voir en lui un délire sans cause, ou plutôt sans autre cause que l’essence arriérée de la plèbe, on pourrait y voir l’effet, sans doute aberrant, mais assez prévisible, d’une population qui ne désarme pas de comprendre ce qu’il lui arrive, mais s’en voit systématiquement refuser les moyens – accès à l’information, transparence des agendas politiques, débats publics approfondis (entendre : autre chose que les indigentes bouillies servies sous ce nom par les médias de masse) etc. Décidément l’événement politique le plus important des deux dernières décennies, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 a montré ce que peut, pourtant dans un extraordinaire climat d’adversité, un corps politique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus complexes et se les approprier pour produire un suffrage éclairé.
Hors de ces conditions exceptionnelles, tous les moyens ou presque de faire sens des forces historiques qui l’assaillent et surtout d’avoir part aux délibérations qui décident de son destin lui sont refusés. Or, remarque Spinoza, le quant-à-soi ne saurait connaître aucune suspension : « nul ne peut céder sa faculté de juger » (Traité politique), aussi celle-ci s’exerce-t-elle comme elle peut, dans les conditions qui lui sont faites, et avec l’acharnement du désespoir quand au surplus elle n’a que son malheur à penser. Le conspirationnisme n’est pas la psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public. Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. Cela, nul ne le dit mieux que Spinoza : « Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’Etat sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Traité politique, VII, 27).
L’apprentissage de la majorité (à propos de la « loi de 1973 »)
Mais plus encore que de la dépossession, le conspirationnisme, dont les élites font le signe d’une irrémédiable minorité, pourrait être le signe paradoxal que le peuple, en fait, accède à la majorité puisqu’il en a soupé d’écouter avec déférence les autorités et qu’il entreprend de se figurer le monde sans elles. Il ne lui manque qu’une chose pour y entrer complètement, et s’extraire des chausse-trappes, telle celle du conspirationnisme, dont tout débat public est inévitablement parsemé : l’exercice, la pratique, l’habitude… soit tout ce que les institutions de la confiscation (représentation, médias, experts) lui refusent et qu’il s’efforce néanmoins de conquérir dans les marges (associations, éducation populaire, presse alternative, réunions publiques, etc.) – car c’est en s’exerçant que se forment les intelligences individuelles et collectives.
Le débat sur la « loi de 1973 », interdisant supposément le financement monétaire des déficits publics devrait typiquement être regardé comme l’une des étapes de cet apprentissage, avec son processus caractéristique d’essais et d’erreurs. Bien sûr la « loi de 1973 », objet dans certaines régions de l’Internet d’une activité effervescente, a connu son lot d’embardées : depuis la vidéo à ambiance complotiste de Paul Grignon, Money as Debt, portant au jour une gigantesque conspiration monétaire – ce sont les banques privées qui créent la monnaie – dont les termes pouvaient cependant être lus dans n’importe quel manuel d’économie de Première ou de Terminale SES !, jusqu’à la lourde insistance à renommer la loi, d’abord « loi Pompidou » mais pour mieux arriver à « loi Rothschild », où certains ne verront qu’une allusion aux connexions du pouvoir politique et de la haute-finance [3] quand d’autres y laisseront jouer toutes sortes d’autres sous-entendus…
Au milieu de toutes ces scories, un principe de charité politique pourrait cependant voir : 1) ce petit miracle des non-experts se saisissant d’une question à l’évidence technique mais que ses enjeux politiques destinent au débat le moins restreint possible : la monnaie, les banques ; 2) le surgissement, peut-être désordonné mais finalement salutaire, d’interrogations sur la légitimité des taux d’intérêt, le financement des déficits publics, les figures possibles de la souveraineté monétaire, la place adéquate des émetteurs de monnaie dans une société démocratique ; 3) une intense activité polémique, au meilleur sens du terme, avec production kilométrique de textes, lancement de sites ou de blogs, controverses documentées en tous sens, etc. Tout ceci, oui, au milieu d’ignorances élémentaires, de quelques dérapages notoires et de fausses routes manifestes – certains parmi les plus acharnés à dénoncer la loi de 1973 commencent à s’apercevoir qu’ils ont poursuivi un fantôme de lièvre [4] … Mais pourtant comme un exercice collectif de pensée qui vaut en soi bien mieux que toutes ses imperfections, et dans lequel, tout sarcasme suspendu, il faudrait voir un moment de ce processus d’apprentissage typique de l’entrée dans la majorité. Sans surprise, des trébuchements de l’apprentissage les élites installées tirent parti pour refuser l’apprentissage même. On les comprend : il y va précisément de la dépossession des dépossédeurs.
À conspirationniste, conspirationniste et demi !
Mais les appeler « élites », n’est-ce pas beaucoup leur accorder ? Et que valent les élites en questions à l’aune même des critères qu’elles appliquent aux autres ? Répondre complètement à cette question exigerait de reparcourir l’interminable liste des erreurs accablantes de diagnostic, de pronostic, de conseils malavisés, innombrables foirades des experts, calamités « intellectuelles » à répétition, obstination dans l’erreur, passion pour le faux : avec une systématicité qui est en soi un phénomène, tous les précepteurs de la mondialisation néolibérale se sont trompés. Mais puisqu’il est question ici du conspirationnisme, c’est bien sur ce terrain qu’il faut les prendre. Car voilà toute la chose : à conspirationniste, conspirationniste et demi… Où il apparaît que la supposée élite y tombe aussi facilement que le bas peuple ! Qui voudrait faire du conspirationnisme un dérèglement n’aurait alors pas d’autre issue que de constater combien largement il est répandu – et que les frontières sociales sont rien moins qu’hermétiques sous ce rapport.
De ce point de vue c’est peut-être l’affaire DSK qui aura le plus spectaculairement déchiré le voile. Car jamais on n’aura vu théories du complot fleurir aussi allègrement dans les plus hautes sphères du commentariat. Les politiques, surtout du PS, sont évidemment les premiers à y choir, quitte à ce que ce soit sur le mode de la prétérition, ainsi Jean-Christophe Cambadélis dans une déclaration fameuse : « Je ne suis pas un adepte des complots mais… [5] », suivi comme il se doit par une série de conjectures dont la conspiration est la seule conclusion logique ; Jacques Attali qui d’ordinaire sait bien voir les abîmes de la pensée conspirationniste mais, quand il s’agit de DSK, évoque d’abord l’hypothèse d’une « manipulation » [6] ; François Loncle, député PS qui assure pour sa part « qu’il n’y a pas de complot » [7] mais « un coup monté » [8], c’est très différent. « La thèse du complot se répand sur le web » titre un des articles de Libération [9] – « sur le web », n’est-ce pas, en aucun cas dans les pages du papier… Mais il faut bien l’avouer, jamais on n’aura vu « thèse du complot » si amplement exposée et si aimablement relayée dans les colonnes de la grande presse, quitte à ce que ce soit pour la discuter, voire la réfuter, en tout cas sans qu’il soit jugé indigne cette fois d’en faire la mention ou de ridiculiser ceux dans la bouche de qui elle est d’abord venue.
D’un certain conspirationnisme européiste
Les illustrations les plus spectaculaires cependant ne sont pas forcément les meilleures, et si elle a fait la démonstration édifiante de ce que valent les régulations de la classe oligarchique – à savoir rien – en situation de grande tension – par exemple quand il s’agit de sauver de l’opprobre son meilleur espoir –, l’affaire DSK demeure trop exceptionnelle pour être parfaitement significative. Autrement parlantes les pulsions conspirationnistes qui émaillent à répétition le discours de la crise européenne, à plus forte raison quand elles se donnent libre cours dans l’un des journaux les plus rigoureusement donneur de leçon anti-conspirationniste, Libération, et sous la plume de son journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe telle qu’elle est, Jean Quatremer, auteur par exemple d’un magnifique « Quand l’euroscepticisme mène au conspirationnisme » [10].
Mais voilà : depuis que son objet chéri est en crise et attaqué de toutes parts, Jean Quatremer n’en finit pas de voir des complots partout. « Presse anglo-saxonne », « marchés financiers américains », « agences de notation », « hedge funds » : la monnaie unique européenne, pourtant plus franche que l’or, est la cible de pernicieuses entreprises de déstabilisation délibérée, orchestrées qui plus est par la plus maléfique des entités : « la finance anglo-saxonne ». Pour qui douterait qu’un esprit fondamentalement sain, puisque européen, ait pu ainsi être infecté par la maladie du complot, florilège de titres : « Les agences de notation complices des spéculateurs ? » (21 septembre 2011), « Les marchés financiers américains attaquent l’euro » (6 février 2010), « Comment le Financial Times alimente la crise » (30 mai 2010), « Moody’s veut la peau du triple‑A français » (21 novembre 2011), « Les banques allemandes contre la zone euro » (31 juillet 2011), « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro » (29 juillet 2012).
Et l’intérieur est à l’avenant de la devanture : « Il apparaît de plus en plus clair (sic) que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro » [11] – le complot est donc d’abord anglo-saxon. C’est l’imperméabilité à tout argument rationnel qui atteste l’intention concertée de nuire : « le problème est qu’il ne sert à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable » [12], commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se soit cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd annonçant l’explosion de l’euro [13] – il est vrai que toute prédiction de malheur à l’encontre de l’objet chéri ne peut être, au choix, qu’une grotesque bouffonnerie ou une ignoble trahison.
En tout cas la perfidie anglo-saxonne a de puissants relais, les médias par exemple dont « le biais anti-euro (…) est difficilement contestable » [14], les agences de presse également, à l’image de Reuters et de son « jeu trouble dans la crise de la zone euro » [15]. Ainsi, par inconscience ou par malignité, on ne sait, donc par malignité, « les médias accroissent la panique des marchés ». Pour ce qui est du Financial Times en tout cas, l’explication n’est pas douteuse : « pris dans le sac du mensonge (…) il manipule l’information et colporte des rumeurs » [16] le 26 novembre 2010 – le 30 mai déjà il en était « à son second mauvais coup » [17]. Une année plus tard cependant, « les marchés financiers américains » ne sont plus les seuls agents de la cinquième colonne, ce sont les banques allemandes qui sont occupées à « mettre le feu à la zone euro » [18] – et l’ennemi est maintenant à l’intérieur. Peu importe que jusqu’ici l’Allemagne en (toutes) ses institutions ait été la figure même de la vertu, le vrai moteur de l’Europe, dont le couple avec la France patati patatère – maintenant ce sont des traîtres. La circonscription de la conspiration peut donc varier, mais pas le fait conspirationniste lui-même, puisque la construction monétaire européenne est si parfaitement conçue qu’il faut nécessairement une ligue de forces occultes pour la renverser.
Si le mal organisé est partout, il n’en a pas moins son superlatif en les agences de notation : elles sont les « complices des spéculateurs » [19]. « Allons plus loin : qui a déclenché la panique sur la dette française ? Moody’s justement (…) Bref encore une fois les agences viennent donner un coup de main aux spéculateurs pour déstabiliser les marchés » [20]. Il est donc temps de poser la vraie question : « Alors complot des agences de notation qui servent ainsi leurs maîtres principaux, les banques d’affaires, les hedge funds, etc. ? (…) Laurence Parisot, la patronne du Medef en est persuadée » [21]. Bien sûr il reste des amis de l’Europe, donc de Jean Quatremer, qui n’ont pas encore complètement perdu les pédales et tentent de le rattraper. Par fidélité un peu réticente mais impressionné par l’incontestable crédit européen de son interlocuteur, Quatremer cite Jean Pisani-Ferry qui lui explique que les agences ne font jamais que ratifier avec retard des anticipations de longue date incorporées dans les positions des investisseurs… Il lui fallait au moins cette poche à glace pour se persuader que « crier au complot ne sert de toute façon à rien sinon à soulager ses nerfs » [22]. Donc Jean Quatremer a d’abord très fort envie de crier au complot – si fort que ça s’entend à longueur de billets –, puis, instruit par ses précepteurs de toujours, se convainc, mais difficilement, qu’il ne sert à rien d’y céder – moyennant quoi ses nerfs ne sont qu’à demi-soulagés, raison pour laquelle il y revient sans cesse.
Hedge Funds, médias, presse anglo-saxonne, agences de presse, marchés financiers américains, agences de notation, partout des malfaisants ligués contre l’objet chéri. De cette sorte de crumble intellectuel, les agences de notation sont peut-être l’ingrédient le plus caractéristique, boucs émissaires périphériques de toute une structure qui s’exprime par elles [23] – mais qu’évidemment on ne mettra jamais en question. Car les agences de notation, comme dans une moindre mesure la presse financière, sont les agents les plus représentatifs de la finance déréglementée comme pouvoir de l’opinion – l’opinion des investisseurs s’entend, et exclusivement celle-ci, mais opinion d’une foule traversée de croyances, très faiblement régulées par la rationalité, et pourtant base de jugements, le plus souvent mimétiquement polarisés, à partir desquels des masses immenses de capitaux sont mises en mouvement. Il faudrait donc expliquer à Jean Quatremer que la finance libéralisée, si constamment encouragée par la construction européenne, c’est cela même !, que dans cet ensemble, il entre constitutivement, et non accidentellement, rumeurs, erreurs, errances, absurdités, idées fausses, informations biaisées – Jean Quatremer s’est-il jamais ému pendant toutes les belles années qu’on voie d’incertaines start-up comme des eldorados de profit, ou bien la finance structurée comme la martingale définitive contre le risque de crédit, et l’explosion des titres adossés à l’endettement des ménages comme une géniale trouvaille ? De ce point de vue, et erreur pour erreur, les marchés sont sans doute plus près du vrai en anticipant la décapilotade de l’euro, qu’ils ne l’étaient alors…
Mais dans la vision du monde de Jean Quatremer, la finance est bonne… jusqu’à ce qu’elle s’en prenne à son talisman. On lui fera néanmoins observer qu’il y a une certaine logique, et comme une justice immanente, à ce que l’Europe modèle Maastricht-Lisbonne qui a sans relâche promu la finance périsse par la finance. Car enfin qui a fait le choix de remettre entièrement les politiques économiques entre les mains de ce pouvoir déréglé qu’est la finance libéralisée ? Qui a décidé d’instituer les marchés obligataires comme puissance disciplinaire en charge de la normalisation des politiques publiques ? Qui a voulu constitutionnaliser la liberté de circulation des capitaux qui offre à ce régime son infrastructure ?
Non pas les agents du mal mais la force des structures
En fait c’est là la chose que Jean Quatremer a visiblement du mal à comprendre – déficience par quoi d’ailleurs il verse immanquablement dans le conspirationnisme, qu’il dénonçait chez les autres à l’époque où « tout allait bien » (pour lui) –, les crises s’expliquent moins par la malignité des agents que par l’arrivée aux limites des structures. Il est vrai qu’ayant toujours postulé la perfection de son objet, donc l’impossibilité de sa crise, il n’a pas d’autre hypothèse sous la main pour en penser la décomposition : celle-ci ne peut donc être que le fait des méchants (et des irresponsables : Grecs, Portugais, Espagnols…).
Or on peut dire de la construction européenne la même chose que de n’importe quelle autre configuration institutionnelle : les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers mais de leurs stratégies ordinaires telles qu’elles ont été profondément conformées par l’environnement structurel dans lequel on les a plongés… quitte à ce que ces structures, laissées à leur simple fonctionnement, produisent in fine leur propre ruine : la Deutsche Bank lâche la dette italienne, non par trahison anti-européenne [24], mais par simple fidélité à la seule chose qu’elle ait à cœur : son profit – et si l’on veut des banques qui aient à cœur d’autres choses, il va falloir se pencher sur leurs statuts autrement que par fulmination et vœux pieux interposés. De même, les spéculateurs spéculent… parce qu’on leur a aménagé un terrain de jeu spéculatif ! Rumeurs et informations incertaines y prennent des proportions gigantesques parce que ce terrain de jeu même institue le pouvoir de l’opinion financière, etc.
Sans doute, poussés comme n’importe quels médias par les forces pernicieuses de la concurrence, de la recherche effrénée du scoop et de la primeur, le FT a‑t-il parfois lâché trop vite quelques informations foireuses, Reuters des confidences biaisées ou mal recoupées, mais ni plus ni moins que Libération ou Jean Quatremer lui-même qui n’hésite pas, par exemple, à donner audience à des études aux bases les plus incertaines à propos de la sortie de la Grèce, tout droit tirées des bons soins de la banque UBS [25], son fournisseur attitré, dont l’objectivité et la neutralité sont d’évidence incontestables… Qu’UBS batte la campagne, qui plus est sans doute au service de ses propres positions spéculatives, la chose lui est tout à fait négligeable, l’important est qu’UBS la batte dans le bon sens.
Le monde de la finance a pour propriété que n’importe quelle information est potentiellement porteuse d’effets terriblement déstabilisants, non parce que de machiavéliques émetteurs les ont voulues ainsi mais, en dernière analyse, parce qu’elles sont saisies par les forces immenses de la spéculation qui ont le pouvoir de faire un tsunami d’une queue de cerise. Si Jean Quatremer fantasme une finance dont tous les acteurs observeraient en toutes circonstances le grand calme olympien de la rationalité pure et parfaite, il faut lui dire qu’il fait des rêves en couleur. Encore faudrait-il, pour s’en apercevoir, qu’il daigne faire quelques lectures d’histoire économique, évidemment d’auteurs qui auraient fort le goût de lui déplaire, des gens comme Minsky, Kindleberger, Keynes ou Galbraith, lesquels, instruits des catastrophes passées, n’ont cessé de montrer que la finance de marché est par construction, par essence, le monde du déchaînement des passions cupides, de l’échec de la rationalité et du chaos cognitif. Et qu’en réarmer les structures, comme l’Europe l’a fait avec obstination à partir du milieu des années 1980, était le plus sûr moyen de recréer ces désastres du passé.
Entre une nouvelle, aussi factuelle soit-elle, et le mouvement subséquent des marchés, il y a toujours l’interprétation – celle des investisseurs –, et c’est par cette médiation que s’introduit la folie, particulièrement en temps de crise où la mise en échec des routines cognitives antérieures alimente les anticipations les plus désancrées. L’Europe a fait le choix de s’en remettre à cette folie-là. Et Quatremer s’étrangle de rage stupéfaite qu’elle en crève… Comme rien ne peut le conduire à remettre en cause ses objets sacrés – les traités, la règle d’or, Saint Jean-Claude et son vicaire Mario –, il ne lui reste que les explications par le mal, un équivalent fonctionnel des hérétiques ou des satanistes si l’on veut. Aussi se meut-il dans une obscurité peuplée d’agents qui fomentent des « mauvais coups » et mènent « un jeu trouble », un underworld de « complices » et d’incendiaires. Si difficile soit-il de s’y résoudre, il faudra pourtant bien admettre que la construction européenne s’effondre selon la pure et simple logique qu’elle a elle-même instituée. Elle n’est pas la proie d’une conjuration du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares structurelles congénitales et sous l’effet des forces aveugles qu’elle a elle-même installées – et s’en prendre répétitivement, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opérateurs (Hedge Funds, banques et agences) est le passeport pour l’asile de l’ignorance.
Mais il y a des aggiornamentos trop déchirants pour être consentis aisément, et des investissements psychiques trop lourds pour être rayés d’un trait de plume, aussi faut-il attendre l’infirmation définitive par le réel pour que se produise le premier mouvement de révision – et encore… On en connaît qui persistent à croire que la défaite de 40 est la faute du Front Populaire… Entre temps tous les moyens sont bons, y compris ceux de la stigmatisation complotiste, pour ravauder comme on peut le tissu de la croyance menacée de partir en lambeaux. Si l’euroscepticisme du peuple mène au conspirationnisme, il semble que l’eurocrétinisme des élites y conduise tout aussi sûrement…
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Notes
[1] Le coefficient de leviérisation désigne le multiple de dette, par rapport à ses fonds propres, qu’une banque peut contracter pour financer ses positions sur les marchés.
[2] Lire, dans l’édition de septembre du Monde diplomatique, en kiosques le mercredi 29 août, Richard Hofstadter, « Le style paranoïaque en politique ».
[3] Puisqu’avant de devenir Premier ministre, Georges Pompidou a été banquier d’affaire chez Rothschild. On remarquera tout de même que, banquier, il cesse de l’être en 1958 quand il devient directeur de cabinet de De Gaulle et que ladite loi date de 1973…
[4] Voir à ce sujet les contributions à la journée « Création monétaire » des Economistes Atterrés du 24 mars 2012, en particulier le texte d’Alain Beitone, « Idées fausses et faux débat à propos de la monnaie. Réflexion à partir de la “loi de 1973” ».
[5] 15 mai 2011.
[6] Cité in Libération, « DSK, la thèse du complot se répand sur le web », 15 mai 2011.
[7] France Info, 2 juillet 2011.
[8] LCI, 3 juillet 2011.
[9] Libération, 15 mai 2011.
[10] Libération, blog Coulisses de Bruxelles, 24 septembre 2008. Sauf indication contraire, tous les titres qui suivent correspondent à des billets de ce blog.
[11] « Les marchés financiers américains attaquent l’euro », 6 février 2010.
[12] Id.
[13] « Emmanuel Todd, Audiard d’or 2011 », 1er janvier 2012.
[14] « Comment le Financial Times alimente la crise », 30 mai 2010.
[15] « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro », 29 juillet 2012.
[16] « Comment les médias accroissent la panique des marchés », 26 novembre 2010.
[17] « Comment le Financial Times… », op. cit.
[18] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.
[19] « Les agences de notation complices des spéculateurs ? », 21 septembre 2011.
[20] « Moody’s veut la peau du triple A français », 21 novembre 2011.
[21] « Les agences… », op. cit.
[22] Id.
[23] Pour quelques développements sur cette question : « Extension du domaine de la régression », Le Monde Diplomatique, avril 2011 ; « Les gouvernement sont soumis au règne de l’opinion financière] », Marianne, 13 août 2011.
[24] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.
[25] « C’est Hotel California : une fois entré dans l’euro, on ne peut plus en repartir », 3 octobre 2011.
——
Source : http://blog.mondediplo.net/2012–08-24-Conspirationnisme-la-paille-et-la-poutre






Merci Frédéric 🙂
—–
À propos de l’article lamentable d’Ariane Chemin (malhonnête et malveillante) et de son écho déformé par le professionnel du genre qu’est Quatremer, je voudrais rappeler que j’ai répondu (tardivement mais sérieusement) à ces prétendus « professionnels » (professionnels de quoi ? de la médisance calomnieuse, pas de quoi se vanter).
• Cette réponse est dans mon ‘Journal’ (pages 3 et suiv.) : https://old.chouard.org/Europe/Journal.pdf,
• et on retrouve cette réponse, ainsi que quelques autres échanges — détaillés et utiles — à la fin du fil de commentaires chez J4M.
Pour éviter d’avoir à développer les commentaires et pour sécuriser le tout, j’ai compilé cette joute historique dans un fichier PDF :
https://old.chouard.org/Europe/archives/20080924-Quatremer-Quand_l_euroscepticisme_mene_au_conspirationnisme_et_commentaires.pdf
Je ne suis pas fâché que les kapos du système d’oppression bancaire soit enfin plongés (très méthodiquement) dans leur propre venin.
C’est justice.
Étienne.



Merci Frédéric, et merci Etienne pour toutes ces trouvailles que vous relayez 🙂
Incroyable Internet ! (qui change vraiment la donne en ce moment, pourvu que ça dure)
Merci pour cet excellent exposé.
Voilà enfin une pensée finie et exploitable de la notion de « complot » et tout ce qu’elle recouvre.
Car dans la presse, je ne trouve que des dénonciateurs de complotistes, des extraits de pensées intéressantes tronqués, voire parfois, de vraies questions posées mais traitées superficiellement. Ou avec un parti pris savamment camouflé par un traitement identique de deux faits pourtant radicalement différents en terme de gravité et de conséquences. Comme si toutes les thèses de complot se valaient, comme si toutes les informations pouvaient tenir en « 500 caractères », quelles que soient leur essence.
Cet article donne les clés pour éviter de se trouver enfermé et décrédibilisé, dépossédé de sa liberté d’expression.
Merci Étienne.
Article très bien écrit effectivement. Frédéric Lordon semble de toute façon incapable d’être chiant.
Sa conclusion est malheureusement ignorée par les commentateurs qui préfèrent eux discuter de conspirationnisme :
L’Europe est seulement victime de ses institutions. Ce qui met de l’eau au moulin d’Étienne et c’est tant mieux.
Le conspirationnisme dans cet article semble donc n’être qu’un accessoire. À cette occasion, même si Frédéric nous rappelle l’existence de complots avérés, il traite globalement le phénomène conspirationniste comme un fait sociologique plutôt que psychiatrique. Ce qu’il pense être un progrès.
En fait cet article prouve qu’au sujet des complots une réflexion ne nous fait progresser que lorsqu’elle traite des faits plutôt que du phénomène. En particuliers des faits qu’on est capable de comprendre.
Frédéric étant un fin connaisseur des mécanismes financiers, pourquoi ne consacrerait-il pas un tout petit peu de temps au délits financiers autour du 11 septembre plutôt que de nous expliquer le fait social du conspirationnisme ? :
Je le renvoie à cet article et interview du professeur américain d’économie Paul Zarembka qui fait un bon résumé des études existantes sur ces délits d’initiés autour du 11 septembre :
http://www.reopen911.info/News/2012/08/10/11-septembre-un-apercu-du-debat-sur-les-delits-dinities-les-economistes-ont-peur/
Malgré trois études scientifiques conduites depuis 2003 et concluant toutes à une très forte probabilité de délits d’initiés et de malversations financières en lien avec le 11-Septembre, cette question continue d’être royalement ignorée par la communauté de la Finance et par les chercheurs en économétrie. Le journaliste financier allemand Lars Schall fait le point sur ce sujet en interrogeant le professeur américain d’économie Paul Zarembka. Plus nuancées que d’autres, notamment au sujet des possibles délits d’initiés sur American Airlines, les conclusions du Pr. Zarembka n’en font pas moins froid dans le dos.
Dans l’article de Lordon, le sens de la référence (renvoi n°4) au texte d’Alain Beitone m’échappe , lui qui n’a eu de cesse d’accuser sans nuance les malheureux qui faisaient apparemment dire à la loi de 73 plus que ce qu’elle ne disait en réalité, d’être des complotistes, des néo-nazis et des antisémites : Alain Beitone est-il à la solde des banquiers ?
Sur la loi de 1973 et sur l’analyse d’Alain Beitone (son premier document, bref et insultant, et son deuxième document, plus détaillé et éclairant), voir :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/30/178-analyse-des-reflexions-de-monsieur-beitone-sur-la-pretendue-rumeur-d-extreme-droite-a-propos-de-la-loi-de-1973
Et notamment le précieux travail de Lior et Magali : http://www.theorie-du-tout.fr/2012/03/loi-1973-rothschild.html
Dans ce fil de discussion de « La Théorie du tout », lisez bien les commentaires, et spécialement ceux de Sam qui sont, je trouve, particulièrement pertinents.
Globalement, je crois que nous sommes nombreux à nous être TROMPÉS sur LA PORTÉE de la loi de 1973, quoique celle-ci ne soit PAS nulle, voir les commentaires de Sam, et j’insiste de mon côté sur l’aspect RÉVÉLATEUR — très important même si c’est à retardement — de cette loi. Pour ma part, je n’ai aucun problème avec le fait de me tromper : je cherche, et je me trompe comme tout le monde et je l’assume. Ceux qui prétendent ne jamais se tromper sont des prétentieux tout à fait ridicules ; et ceux qui reprochent (seulement) à quelqu’un de se tromper n’ont pas bien réfléchi au problème, je crois.
Mais Frédéric a bien compris le sens profond de toute cette affaire : de simples citoyens en cours d’émancipation s’emparent eux-mêmes — au risque évident de tromper, mais en toute connaissance de cause, et très honnêtement — d’un sujet sociétal crucial dont le peuple est tenu à l’écart par les prétendues « élites » (qui loin d’être les meilleurs sont surtout des voleurs, en fait : des voleurs d’argent et des voleurs de pouvoirs).
Cet article de Frédéric est peut-être le meilleur, le plus important, qu’il ait jamais écrit.
Étienne.
Si j’ai bien compris ce que raconte Mr Beitone, la loi de 73 n’était qu’une nouvelle réglementation (dont je n’arrive pas à saisir les tenants et aboutissants pour être honnête) et l’interdiction pour l’état d’emprunter directement à la BDF n’est advenue qu’en 93.
Une question me turlupine : une variation dans la date d’un évenement remet elle en question les conséquences actuelles de cet évenement et doit elle nous conduire à abandonner toute critique de la finance en rase campagne ? Bêtement, j’aurais tendance à répondre non.
Dans la forme, une autre question me turlupine : Ai je le droit de conchier à la fois Rothschild et Le Pen ou suis je obligé de choisir un « camp » ? Il me semble qu’une posture antisémite serait d’attaquer Rothschild UNIQUEMENT parce qu’il est juif kabbaliste invocateur d’esprits au même titre que d’attaquer Le Pen parce que je n’aime pas les bretons, le kouign aman et les langoustines.
Une dernière question me turlupine : est ce qu’on va se foutre de notre gueule encore longtemps ?
« le virus ».
Un simple mot pourrait catalyser
Le processus d’auto-déconstruction
Des logiciels de tous les Elysées
De tous les Pentagones de tous les bastions…
Un simple mot, nouveau mais facile à penser
Et qui pourtant dirait toutes les conditions
Qui démentent le sens le plus autorisé
De ces institutions : c’est le mot
« roidécon » !
Car en période de crise de raréfaction des cons, le roi serait nu ! Or la domination est entrée dans une crise systémique, crise de surproduction des nuisances et de sous-production des cons : même en réduisant les budgets sociaux, nos maîtres n’éteindront pas l’incendie qui éclaire enfin l’intelligence populaire, grâce entre autre à internet !
« Une dernière question me turlupine : est ce qu’on va se foutre de notre gueule encore longtemps ? »
mdr
explication pour les nuls que nous sommes ;
une vidéo de Yann Sarfati pour se détendre un peu. Pardon Etienne si c’est un peu vulgaire.
Si tu retires la vidéo, je ne t’en voudrais pas
bien amicalement
J.C
Excellent billet de Lordon, même si je ne suis pas sûr que 4mer mérite qu’on dépense autant d’énergie pour traiter son cas… Tous ceux qui n’embrassent pas l’Europe à pleine bouche sont des conspirationnistes anti-américains et donc antisémites, c’est follement novateur…
J’en profite pour saluer l’énorme boulot d’Etienne Chouard que je ne connaissais que de nom avant qu’il soit invité à Arrêt sur Images, et ne le remercierai jamais assez pour avoir parlé de Henri Guillemin que j’ai découvert grâce à lui et dont j’ai téléchargé toutes les émissions sur TSR. Le bonhomme est passionnant et on en ressort ragaillardi !
Bon article.
Cela étant dit :
Ce que je lis ici me fait plus ou moins penser à des explications de la Krise que j’entends souvent :
Une sorte de dérèglement systémique qui aurait fait que le « Marché », impersonnel et fortuit, ce serait auto-corrompu par un alchimique mélange de hasards et de conjonctures.
La Structure, abomination rebelle et cruelle, s’est libérée de sa muselière et nous mord la main.
J’y crois de moins en moins.
Je pensais que la manigance ne pouvait avoir qu’un but : le profit, le pouvoir.
Et donc que la Corruption était le point central, le nœud.
et si l’Union Européenne s’effondrait par dessein ? Si ces bourbiers Terroristes et Économiques étaient fabriqués ?
Je ne veux pas dire que tout est falsifié pénétré, infiltré par une secte de malades mentaux.
Mais j’ai l’impression de voir un ensemble stratégique cohérent dans le Chaos ambiant.
Du haut de la montagne, une bande de satanistes dégénérés mélange neige et merde et lance une boule toutes les 30 secondes, pour qu’en bas, noyé dans une avalanche de soupe-caca, nous lutions sans cesse a nettoyer le siphon sans avoir le temps de regarder d’où viens la merde.
Ce n’est pas de la faute de la montagne.
Et il ne pleut pas de la merde.
l’Ordre par le Chaos.
nil
Mmmmh c’est interessant, donc pour toi la cause des causes serait une manipulation générale par des satanistes qui égorgent des poulets à la nouvelle lune ? Je savais bien qu’Etienne se trompait, la mauvaise qualité du processus constituant n’est qu’une vulgaire théorie complotiste et miteuse.
D’un autre côté c’est beaucoup plus simple de se sortir du bourbier, il suffit de se convertir. Pour prouver ma foi, je vais de ce pas démembrer ma voisine (celle qui va à la messe) en écoutant du deicide à fond.
Gloire au porteur de lumière !
@ HeX :
La cause, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, la perfidie de certains d’entre nous.
Néanmoins la Structure ne peut pas être responsable de quoi que ce soit.
La Structure n’est qu’une résultante des volontés qui la tienne et la dirige :
On te parle par exemple aujourd’hui de « l’attitude du Marché » pfff… des volontés, des plans, des stratégies qui rentrent en collisions et génèrent le bazar, n’a rien avoir avec ce concept d’entité de papier et de chiffre qui serait vivante…
pourquoi la constitution est-elle écrite par des élus ?
parce que le processus constituant est accidentellement mauvais ?
ou parce que ces types savent pertinemment qu’il s’agit-là de la clef, les experts ont façonné un système, ce sont des architectes, doués, il faut le reconnaître.
aucune de leur construction, aussi ancienne soit-elle, ne peut être pointée du doigt sans qu’ils soient impliqués.
qui ça « ils » ?
les Chefs
tout comme la démocratie est un terme victime de la grande arnaque sémantique de la Novlangue, le « conspirationnisme » est un non sens. Créer ce terme c’est discréditer la dissidence.
n’ayons pas peur des mots, nous cherchons ici à détruire un paradigme :
l’existence des classes, la nécessité des chefs, la dangerosité de la nature humaine…
Ce paradigme est entretenu par des volontés qui l’instrumentalisent.
Le système est une somme de stratégie, pas un accident.
Je ne crois pas que notre combat s’arrête à la constitution.
On est tout à fait d’accord, c’est d’ailleurs pourquoi nous allons essayer de reprendre la main sur la structure en question. De là à conclure que les tenants actuels sont satanistes, ça me semble un poil hâtif. Mais sur un mode métaphorique, je te rejoins complètement.
@HeX
Mon ami, j’ai bien peur qu’il ne s’agisse pas d’une métaphore (je suis en train de m’en rendre compte, et je suis sur le cul crois moi).
un précepte du coin :
« Ne jamais sous-estimer des enculés »
désolé pour la vulgarité, mais c’était pour conserver l’authenticité du terroir.^^
« Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. »
« méthodiquement organisé » ? Frédéric Lordon conspirationniste ? 🙂
Personnellement je ne suis toujours pas convaincu par Beitone. Dire que les opposants à Pompidou Giscard courent après des faux lièvres est quand même excessif…
Qu’il ait existé d’autres lois de ce type avant la guerre ça me fait une belle jambe…
Et les emprunts Pinay des années 50 ne démontrent rien. Pinay était plutôt orthodoxe et voulait éviter de l’inflation en recourant à de l’épargne existante. (ça c’est pour être gentil sinon en mode « complotiste » on pourrait dire qu’il a voulu offrir une rente pour sa caste) Ses emprunts se révéleront très coûteux pour l’État à long terme d’ailleurs mais bref… Mais au moins toutes les options existaient à cette époque au lieu de se fermer des portes comme on allait le faire a partir de 1973.
La période 1945–1973 était particulière.
La loi Pompidou Giscard marque la fin d’une phase du système financier français très étatisé qui a commencé en 1945 et ce système n’a nullement empêché une prospérité exceptionnelle et relativement équitable. Alors pourquoi avoir voulu une limitation aussi brutale ? Pourquoi ne s’être pas contenté de quelques gardes fous si l’inflation fait si peur que ça ?
Il faut continuer à dénoncer Pompidou-Giscard comme il faut dénoncer Delors et sa « banque universelle » et autres lois qui renversent le rapport de force du travail vers le revenu de capital et qui causent la perte de contrôle des citoyens sur leur économie.
@ HeX
Dire qu’ils sont « satanistes » peut être métaphorique. Ce n’est que lorsque la métaphore est prise au premier degré que cela devient excessif. Mais c’est vrai qu’il y a plus simple et plus direct : « ce sont des salauds de riches », par exemple, me convient très bien 😉
Cordialement,
Morpheus
Cet article, fort intéressant au demeurant, semble valider la thèse d’Alain Beitone sur la loi de 1973 puisqu’il y fait référence. Je ne sais qu’en penser.
Sur la loi de 1973 et sur l’analyse d’Alain Beitone (son premier document, bref et insultant, et son deuxième document, plus détaillé et éclairant), voir :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/30/178-analyse-des-reflexions-de-monsieur-beitone-sur-la-pretendue-rumeur-d-extreme-droite-a-propos-de-la-loi-de-1973
Et notamment le précieux (mais non définitif) travail de Lior et Magali :
http://www.theorie-du-tout.fr/2012/03/loi-1973-rothschild.html
Dans ce fil de discussion de « La Théorie du tout », lisez bien les commentaires, et spécialement ceux de Sam (à la fin, juin 2012) qui sont, je trouve, particulièrement pertinents. La controverse n’est pas finie.
Il faut que je prépare une synthèse (à ce jour) des arguments en présence dans la controverse sur la loi de 1973.
Les arguments de Sam sont puissants ; il faut les ramasser en une page A4, bien articulée.
Étienne.
Les mêmes qui lui ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle.
John Milton
cité par Noam Chomsky, dans « La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie. » (Agone, 2008).
Venez voir ma caverne d’Ali Baba personnelle, remplie de perles du même tonneau, en vrac… 🙂
Est ce qu’une page Internet est comparable à un JT qui sera vu par des millions de personnes ?
Est ce qu’on est assez naïf pour croire qu’Internet permet de communiquer, de s’organiser face au rouleau compresseur de l’appareil médiatique néo-libéral qui inonde toute l’Europe, pour ne pas comprendre que la grande majorité n’a pas de temps à consacrer à l’économie, à la politique, et que parmi ceux qui ont du temps, beaucoup seront happés par l’usine à divertir ?
Assiste-t-on à une solidarité avec les grecs ? Est ce qu’on communique avec les grecs ?
Il ne saute aux yeux de personne que le problème n’est pas de savoir si l’argent dette est ou non complotiste ou si la loi de 73 a eu un impact considérable ou non,
le problème est que ces questions sur la création d’argent sont sujettes à l’OMERTA de la part des MÉDIAS DE MASSE.
Quel pourcentage de la population française passe par une 1ère SES ?
On n’a pas besoin d’être au CNRS pour se rendre compte qu’une minorité de jeunes va donc en être « informée » et qu’une minorité parmi cette minorité en comprendra l’importance, et que cette minorité n’a aucun moyen d’en informer la majorité !
Lorsqu’on met 10 litres d’eau dans un seau, il est très difficile d’en faire sortir 11.
C’est pourtant ce que les banques font !
Lorsqu’on emprunte auprès d’épargnants, on sert des intérêts à des gens qui ne dépensent pas, par définition de l’épargne,
et donc ces intérêts ne sont pas remis en circulation, alors que c’est le cas si la banque est publique (et qu’il ne s’agit pas du crédit lyonnais évidemment)
@PRabourdin
Ces remarques sont pertinentes.
Mais ce que personne ne dira ne sera jamais dit.
C’est pourquoi on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.
Et puis si on réveille Pierre qui connaît Marie, la probabilité de voir Marie s’éveiller est accrue. Sans compter que Pierre risque bien de se transformer en haut parleur lui aussi.
Nul ne peut prédire l’impact de la Pollinisation des consciences.
J’espère ne pas avoir enfoncé des portes ouvertes 😉
Pire encore, au risque de rappeler une histoire connue :->
http://www.appel-consciences.info/spip.php?article29
Un jour, un grand incendie se déclare dans la forêt…
Tous les animaux, terrifiés, observaient impuissants ce désastre.
Seul le petit colibri, aussi frêle que déterminé, s’active en allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec, qu’il jette sur le feu, recommençant son manège sans relâche.
Au bout d’un moment, le tatou agacé par cette activité à ses yeux inutile, lui dit :
– « Colibri ! Tu n’es pas un peu fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? »
– « Je le sais, répond le colibri, mais moi, au moins, je fais ma part. »
C’est notre responsabilité à chacun : si nous le décidons, nous ne sommes pas impuissants.
Cette légende amérindienne est souvent racontée par Pierre Rabhi.
Et comme le dit un proverbe africain,
« Des millions de fourmi, ensemble, peuvent soulever un éléphant. »
L’austérité,
mais dans le calme
http://blog.mondediplo.net/2012–09-17-BCE-les-arbitrages-du-pire
Plan :
• L’aléa moral ou le symptôme de la Désunion européenne
• La BCE : survivre aussi
• Une stabilisation pour le pire
• Non plus l’austérité, mais l’austérité dans le calme…
Une autre image : Après James Dean, Sergio Leone 🙂
Souvenez vous de la scène finale du film « le bon, la brute, le truand ». Mais là c’est différent : tous les acteurs peuvent finir dans le trou. Un global collapse, ça n’épargne personne. Mais chut, ne le dites à personne, nous allons gagner, gagner la démocratie.
Car le problème, ce n’est pas le traité de Maastricht, ni celui loupé (ouf!) de 2005, ni celui de Lisbonne, ni le MES, ninini ; le problème, c’est cette caste d’oligarques soi disant multicolores et pourtant si semblables, cette bande de fieffés coquins, menteurs, qui prétendent représenter les peuples, et pourtant contre l’intérêt commun les ont rédigés ou fait rédiger, ces traités, puis les ont proposés ou imposés, qui en ont fait la pub, et encore recommencent, et recommenceront encore et encore : tant que nous ne pulvériserons pas ce système de gouvernement autiste squatté par des élus plus prévisibles que s’ils étaient transparents, des élus insipides, sans saveur, inodores, et pourtant plus toxiques que le plus turpide des marigots ; ceux là, qui se prétendent compétents, et qui pour justifier leur présence, brandissent l’ignorance du peuple : ceux là sont en fait issus d’une monoculture monomaniaque qui leur interdit de voir loin, leur interdit l’imaginaire nécessaire à l’invention, leur interdit l’esprit évolutionnaire, dont pourtant ils se réclament, leur interdit la prise en compte de la devise républicaine, qu’ils sont censés défendre.
En un mot, nous ne sommes pas en démocratie.
Et c’est sur ce thème qu’il faut informer.
Se battre.
Car si le 30 septembre nous serons un nombre à six chiffres, voire plus, la belle affaire : quand bien même nous obtiendrions justice et victoire que le lendemain de leur défaite,« ils » se remettraient au travail, méticuleux, car ils sont programmés pour ça : pour obéir à l’»ordre« établi et en assurer la maintenance.
C’est sur ce problème là qu’un jour nous pouvons être un nombre à 8 chiffres.
Salut à tous et merci Etienne pour cet article de Lordon.
je reviens sur ton blog après des semaines de temps de cerveau disponible occupé à de la débrouille perso, et voilà que je tombe à nouveau sur des perles ! merci, merci !
d’ailleurs Lordon dit ce que j’ai essayé de faire passer comme message ici même, mais je suis plus provocateur et moins conciliant, question de position sociale et générationnelle moins favorable sans doute… la débilitation des forces populaires que constitue le conspirationnisme m’apparait donc avec plus d’acuité.
d’ailleurs, si je cite Lordon :
« Le conspirationnisme n’est pas la psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public. Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. Cela, nul ne le dit mieux que Spinoza : « Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’Etat sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Traité politique, VII, 27). »
eh bien je lis tout de même une contradiction, j’oserais même dire une trace de la bonne vieille condescendance de gôche : n’en voulez pas au « peuple » d’être conspirationniste sur les bord, car « on » le maintient dans l’ignorance, « on » lui cache l’essentiel…
ma foi, je m’interroge, faut-il après cela pousser un grand « ouf », ou faut-il dire à monsieur Lordon qu’il ne sert à rien d’enseigner, de passer son temps en conférence, articles du monde diplo et j’en passe, qu’il n’y a d’ailleurs même plus lieu de saluer l’immense travail d’éducation populaire qu’opèrent associations, partis et simples citoyens, dans les quartiers en porte à porte, dans des conférences-débats, et surtout, à grande échelle sur internet, pour ensuite aller brosser dans le sens du poil le brave « peuple » dont les visions conspirationnistes ne seraient pas si grave…
or je crois qu’il y bien un souci, et j’insiste sur la dimension de responsabilité et de discipline citoyenne : qui est capable de construire ou de s’approprier toute une théorie du complot à la puissance intellectuelle pour comprendre, s’approprier et transmettre la critique des structures et des effets systémiques (bien sûr, il peut y avoir des complots et il convient de les révéler, et bien sur les individus activent les structures, simplement ils ne sont ni omniscients, ni omnipotents).
et du même coup, sans reprocher à Lordon d’oublier la dimension psychologique (le complotisme comme révélation d’une pensée judéochrétienne, la dépossession comme résultat d’une déresponsabilisation, etc.), je ne crois pas manquer d’objectivité en disant qu’il relève de la responsabilité individuelle de faire le choix : ou bien je joue à l’initié de tous les complots du monde, ou bien je suis un citoyen besogneux faisant l’effort de détricoter les effets de structure… effort et choix…ou disons, en plus de faire le tri entre tel ou tel site web ou journal, discipline intellectuelle… se poser à soi-même des gardes-fous, se méfier des explications séduisantes et souvent simplistes (complotistes ou pas d’ailleurs)…
en effet, si les entreprises de manipulations ou de dépossession politique, y compris non-intentionnelles, sont hautement dénonçables, il n’en reste pas moins qu’elles ne font pas de nous des victimes, nous savons nous méfier et nous savons apprendre, chercher, dénoncer, diffuser la contre-info, et nous sommes des millions, et leur efficacité dépend directement du degré de complicité maîtres-esclaves. De ce point de vue « le peuple » est bien plus blâmable en 2012 que du temps de Spinoza, et, en quelque sorte, le conspirationnisme, est autant un signal de la dépossession, que la réponse facile à la frustration que génère la servitude volontaire.
cette servitude volontaire une fois reconnue, ne m’autorise pas à m’auto-absoudre de ma complicité (inévitable, à moins de vivre en autarcie dans la forêt profonde) en dénonçant des grands-maîtres comploteurs, en faisant cela je manque le coche, car bien plus effrayante est l’explication par les effets de structure (en prenant pour hypothèse que les individus sont sinon interchangeables, du moins incapables d’une rationalité et d’une marge de manœuvre absolue), puisqu’elle renvoie au Politique, à l’organisation de la Cité, donc à ma propre responsabilité dans le maintien ou la transformation de cette organisation. et le complotisme me soulage, car il me permet de nier mon propre pouvoir, en tant qu’il est plus facile de me faire victime de complots que de fomenter des complots efficaces, et vu ma position d’individu sans poids politique ou économique particulier, ce type de conspiration ne peut être efficace que si je m’accepte comme une unité dans un tout très nombreux, et il y a fort à parier que l’histoire ne retiendra pas mon nom et que je n’aurais pas le plaisir de mesurer ma puissance sur l’ordre des choses, comme ces grands comploteurs que je dénonce et que secrètement j’envie…je suis impuissant tout seul…mais les grand comploteurs aussi, et ils tirent leur puissance de notre propre complicité-passivité…le pouvoir étant avant tout une relation, derrière chaque méchant financier, il y a des millions d’ouvriers serviles et de chômeurs dociles.
d’où mon aversion au conspirationnisme et aux dénonciations de boucs émissaires, en tant qu’ils alimentent le « c’est pas de ma faute » général.
voilà du moins ce que m’inspire cet admirable article
Content de te revoir, Sitouaillain 🙂
Dis : penses-tu donc qu’il n’existe AUCUN complot, au plus haut niveau des pouvoirs publics du moment ?
Aucune intrigue secrète grave menée contre l’intérêt général au profit d’intrigants ?
Penses-tu cela ?
C’est ma première question.
Étienne.
Je viens juste de voir le documentaire La face cachée de Hiroshima. Y est montré avec quelle industrie les USA ont organisé et perpétué le mensonge, la tromperie et la manipulation pour, non seulement créer la bombe A, mais dissimuler ses effets meurtriers réels au monde entier – y compris aux américains eux-mêmes bien entendu – et cela jusqu’aux années soixante.
Je ne vois pas de différence dans les conditions de l’environnement géopolitique qui fasse que nous puissions benoîtement imaginer que les choses aient changé. Au contraire, le culte du secret et du mensonge d’État n’ont jamais été aussi forts qu’aujourd’hui, et les moyens dont disposent les états pour organiser l’omerta n’ont jamais été aussi performants.
Alors quand je lis toutes les antiennes déversées à l’encontre des « conspirationnistes », je suis effaré. C’est à une véritable pandémie de dissonance cognitive auquel le monde est confronté. Et il se pourrait bien que la conséquence – et/ou le remède (!) – à cette dissonance cognitive soit le passage par une vague de paranoïa collective.
Cordialement,
Morpheus
@ Etienne,
penses-tu donc qu’il n’existe AUCUN complot, au plus haut niveau des pouvoirs publics du moment ?
Aucune intrigue secrète grave menée contre l’intérêt général au profit d’intrigants ? »
j’ai déjà répondu à ta question,
en fait, quand je parle de discipline intellectuelle, ou que je dénonce l’attitude conspirationniste, je comprend tout à fait qu’on dénigre mon propos au prétexte que je ne passe pas tout le baume nécessaire, mais ça, c’est mon problème.
dans mon esprit il est parfaitement clair que celui qui relate, identifie, expose un « complot » n’est pas forcément un « conspirationniste ».
simplement, on atteint un seuil problématique dès lors qu’on développe des systèmes d’explication du monde et des faits sociaux à travers les seuls « complots », on peut dépasser ce seuil d’une manière bénigne, par exemple en se satisfaisant d’une explication par un complot sans chercher à comprendre ce que le complot révèle des structures sociales qui l’ont permis, jusqu’à l’état pathologique de gens qui développent des explications monocausales et délirantes, dont on peut observer un large échantillon sur la toile.
on peut aussi se divertir en prenant avec recul ces fruits de l’imagination, y compris au cinéma où l’oncle sam déverse sa propagande…histoire sans doute de préparer les esprits à être « conspirationnistes », qui sait ?
mais la n’est pas la question, ou les questions
en tout cas personnellement, ce n’est pas tout à fait que je me contrefiche des « complots », c’est plutôt que ce qui m’indigne et me pousse à agir réside dans ce qui a permis que le « complot » soit efficace,
de la même manière, je me fiche bien de savoir le nom, le visage et l’adresse de certains, si je ne m’attaque pas aux conditions qui les placent en position favorable pour « comploter »,
et si untel et untel discutent, élaborent des plans, agissent et que cela a des effets sur ma vie, sur la planète, etc., ce n’est pas parce que c’est plus ou moins secret que ça pose problème, mais parce qu’il existe des conditions et des structures sociales plaçant des individus en situation d’asymétrie de pouvoir gigantesque.
ou sous un autre angle, il ne me suffit pas qu’on me démontre les manipulations, ses agents et ses mécanismes, je dois aussi faire des efforts à la fois pour me rendre non manipulable (et si possible refiler le tuyau), mais surtout, je dois faire des efforts, être attentif à ne pas verser dans un mécanisme d’autodéfense pathologique, à savoir par exemple aller tout le temps chercher des vérités cachées et des comploteurs, c’est pour ça que je parle de discipline, et j’oserais même parler de déontologie lorsqu’on s’aventure à s’exprimer publiquement.
un exemple de discipline, c’est de prendre pour hypothèse que les individus où les groupes sont interchangeables, même si bien entendu c’est faux dans une large mesure, ceci permet de faire le tour des effets de structure et de système, d’examiner un fait dans toute sa complexité socialhistorique, ainsi le « complot » est vu sous l’angle d’une stratégie d’acteurs au sein d’un système, acteurs à la rationalité limitée, système complexe, évolutif et aux multiples paramètres. et bien entendu cet exercice d’abstraction a ses limites et ses écueils.
un autre exemple, c’est de faire abstraction de ses propres inclinations morales (idéologiques), et de faire l’effort de se mettre à la place des individus-acteurs du complot qu’on a sous les yeux, soit, faire le contraire de ceux qui projettent leurs fantasmes de toute-puissance sur des individus-totems type « maîtres du monde »…dans cette posture, on s’intéressera plutôt aux mécanismes psychososicaux qui conduisent les individus à adopter tel comportement plutôt qu’un autre, comme par exemple les stratégies d’intégration à un groupe,les mécanismes de socialisation, les codes sociaux, etc., ce qui, comme je le disais au message précédent, renvoie à ma propre complicité, dans le sens où ma propre trajectoire sociale est aussi le résultat de renoncement, de mesquineries, etc. et où je ne suis pas non plus tout à fait responsable de là où je suis né et de comment on m’a éduqué. et on s’aperçoit aussi que tout le monde fait des choses, et souvent de bonne foi, en se sentant obligé de le faire..disons qu’on se rassure comme ça et qu’il y a très peu de héros et quasi personne qui maîtrise l’ensemble des tenants et aboutissants de ses dires et de ses actes…d’où l’idée que le complot et la désignation des « méchants » n’enlève pas la responsabilité au « peuple »…ne serait-ce que parce qu’une bombe nucléaire a beau tomber du ciel, il faut aussi des chercheurs, des ingénieurs, des ouviers, pour la fabriquer, des soldats pour la charger, des pilote pour la larguer, et que toute cette chaîne de responsabilités diminue sensiblement la portée de l’explication par le complot…
est-ce plus clair?:)
Je crois tu vois Sitouillain que tout ce que tu dis est juste en ce qui concerne ce conspirationnisme qu’on nous sert en pâtée un peu comme on donnerait un os à un chien pour qu’il nous fiche la paix.
Mais le hic, c’est que la réalité est peut-être bien dans l’espace entre les deux.
Entre les deux quoi ?
Non plus espace conspirationniste ou non-conspirationniste mais espace conspirationniste et non-conspirationiste. Tout est dans la conjonction de co-ordination!!!!
On ne peut pas nier en effet que des forces convergent pour maintenir leur puissance, cependant il serait stupide de se laisser écraser par le rouleau compresseur de cette pensée qui n’a d’autre objectif que d’objecter toute riposte.
Car le monstre semble alors tellement tentaculaire que plus personne n’ose s’y frotter.Et pourtant, ce monstre s’est constitué d’un élément qui s’est aggloméré à un autre élément pour donner au final une force qui se fait sentir car aucune autre force ne lui a fait face. Mais si cette force s’est construite, sa déconstruction peut se faire en construisant une force positive( pour nous) qui suit un autre courant et qui au final, aussi minime soit-il au début viendra contrecarrer la grosse muraille de Chine sur laquelle les conspirationnistes se lamentent.
Le nier, ce serait injuste, en faire un obstacle indépassable le serait tout autant.
Le juste est entre les deux comme souvent, non ?
merci catherine,
ce que tu exposes me semble très juste.
j’insiste cependant sur un domaine qui t’est cher:on devrait appréhender le terme conspirationniste, sous la forme conspiration-iste, comme islam-iste, et ça change tout„
on ne prétend alors plus à un « juste milieu » mais à une mesure, une prudence, une relativité.
d’ailleurs en parlant d’islamistes, si on prend le 11 septembre, on voit tellement de gens gaspiller leur énergie et leur temps pour savoir qui a fait le coup, que je comprend leur désarroi face à un tonitruant ET ALORS?!!!
en l’absence de preuves, ou si peu, le fait que je doute est en soi un indice, un point de départ d’une réflexion. s’enferrer dans la théorie du complot, c’est déjà perdre le fil…
en attendant, complotons bien pour que le TSCG ne voit jamais le jour, nous, peuple français, sommes le dernier rempart !
@ sitouaillain
Un complot, ce n’est rien d’autre qu’une collusion d’intérêt opérée dans la plus grande discrétion – voir le secret – dans le but d’obtenir un avantage différentiel au détriment de tiers.
Cela peut concerner des écoliers entre eux, des bandes rivales entre elles, des compagnies entre elles, des criminels entre eux ou contre d’autres intérêts, des pays entre eux ou contre leur propre population, ou encore des maîtres contre les ouvriers.
Même Adam Smith le dit dans son Livre 1 : « (…) il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps, et partout, dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. Quelques fois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution (…) »
Alors, franchement, je crois qu’il n’est pas exagéré de dire que celui qui voit des complots partout est bien moins dans l’erreur que celui qui n’en voit nulle part. Par conséquent, celui qui est le plus à blâmer, c’est bien celui qui n’en voit nulle part, et non celui qui en voit partout.
Bien sûr, nous ne sommes pas obligés de nous situer dans l’une ou l’autre de ces extrêmes. Nous pouvons dénoncer les complots partout où nous les décelons, et même partout ou nous les soupçonnons, parce que dans le monde dans lequel nous évoluons, ce sont les complots qui constituent la norme, non le »hasard«. Cela ne fait pas de nous des malades mentaux, mais des personnes adaptées à leur environnement. La faculté d’adaptation n’est-elle pas ce qui permet à l’espèce de se perpétuer ? Mais je suis d’accord pour dire que les complots n’expliquent pas toujours tout. Seulement, compte tenu de ce que nous pouvons voir, le principe du rasoir d’Occam plaide largement en faveur du complot dans bien des cas.
Mais, bien sûr, tu as le droit de penser le contraire, je n’ai pas de problème personnel avec ça. De mon point de vue, en tout cas, quand cinq milliardaires se réunissent dans un restaurant pour parler de leur prochaine action contre la devise européenne afin de spéculer sur sa chute, j’appelle cela un complot. Pas toi ?
Cordialement,
Morpheus
@ Morphéus,
ma foi, ce serait déjà pas mal que chacun s’en tienne à la définition que tu donnes.
mais, problème personnel ou pas, plutôt que de faire dire ce que je n’ai jamais dit,
relis bien et tu verras qu’en citant adam smith, tu es passé à côté de son intuition fondamentale, en voulant, je ne sais pourquoi, défendre la valeur explicative des « complots »,
or le complot en lui-même n’explique rien, ce sont des faits, c’est pourquoi smith rajoute « Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils », en somme il dégage une « règle de l’action sous contrainte », un siècle avant la sociologie compréhensive, l’individualisme méthodologique de Max Weber. Et depuis on a fait des progrès.
du coup, c’est un peu dommage si on ne prend pas ces dimensions en compte,
tes 5 milliairdaires qui spéculent contre l’euro, et on sera bien d’accord que le plus étonnant serait qu’ils ne le fassent pas, justement parce que le hasard y a une faible part, et que ce qui m’intéresse moi, ce ne sont pas les montreurs du doigt, « oh regardez les méchants », mais ceux qui par exemple expliquent, pourquoi il y a des milliardaires, et pourquoi y a t‑il des institutions où leur pouvoir de nuisance s’exerce, et comment tout ça tient.
et le complotisme, pathologique ou pas, d’ailleurs je ne parlais pas toi, c’est l’exact inverse, un peu comme des fourmis qui penseraient que j’en ai après elles alors que je ne fais que marcher.
Oui, Sitouillain, tout à fait ok, c’est lorsque la parole s’enferme dans un« isme » ou « iste » qu’elle devient un tombeau.
Il doit toujours y avoir une réappropriation subjective de la parole, sinon nous ne parlons plus, nous sommes parlés par elle, nous faisons le gramophone !
Moi je trouve dommage que les vrais complots soient masqués par des théories du complot abracadabrantesques. Le « mauvais complotiste » a tendance à aller chercher des arguments complètement loufoques qui décrédibilisent ceux qui essayent de faire avancer des thèses crédibles.
Par exemple, quand on essaie de mêler le timestamp d’Unix avec les attentats du 11⁄09 (N’est-ce pas Morphéus ? 🙂 ), on rend beaucoup moins audible le fait que Bush et sa clique ont profité des évènements pour asseoir leur politique étrangère néfaste.
Les énormes bêtises qu’a dites Meyssan, par exemple, n’en finissent toujours pas de polluer le débat 10 ans après et c’est fort dommage.
Sur la monnaie et la finance, laisser entendre qu’il y a un complot juif, voire même un complot des ultra-riches, nuit à la diffusion de l’idée simple et facilement prouvable que la monnaie est construite sur un modèle de pyramide de Ponzi et que son écroulement à terme est inéluctable.
C’est d’autant plus dommage qu’on n’a PAS BESOIN de ça, pas besoin d’ajouter du scandale au scandale. Le système monétaire et financier est scandaleux en soi, même s’il n’a pas été fomenté par des méchants qui complotaient.
Ne prêtons pas le flanc aux critiques faciles. Tenons-nous en au fait, et il y a déjà de quoi faire pendre la moitié des dirigeants 🙂
@ sitouaillain
On est d’accord, je crois, d’où ma phrase »Mais je suis d’accord pour dire que les complots n’expliquent pas toujours tout. ».
@ Merome
Il y a une différence entre dire que l’administration Bush a « profité » (opportunisme) des attentats pour mener sa politique impérialiste, colonialiste, guerrière et dictatoriale, et dire que l’administration Bush a « élaboré » le complot ayant mené aux attentats.
@ tous les deux
Qu’il y ait des tendances chez certaines personnes à élaborer des théories fantasques et fantasmées, nous sommes d’accord. Que ces théories fantasmées constituent un obscurcissement plutôt qu’un éclaircissement, nous sommes d’accord.
Ce qui m’indigne, c’est de voir mis dans le même panier les lanceurs d’alertes – précieux ! – et les théoriciens fantasques ou délirants.
Je perçois cela d’autant plus mal qu’à l’évidence, cet amalgame est alimenté de la façon la plus malhonnête par ceux qui défendent l’oligarchie. On peut même être certain que certaines théories fantasques (pas toutes) qui germent quelques fois sur le net soient des fabrications artificielles visant spécifiquement à égarer les chercheurs de vérités, lancées là spécialement dans le but de créer à la fois une diversion, une confusion de principe entre chercheurs (de vérité) et un alibi pour diaboliser les lanceurs d’alerte.
Cordialement,
Morpheus
@Morpheus :
On ne va pas reprendre le débat qu’on a arrêté ailleurs, mais à mon sens, ta démarche a plutôt tendance à participer à l’obscurcissement. En gros, c’est « qui peut encore croire que c’est un avion qui a heurté le Pentagone ? », mais aucun argument solide derrière, et une fuite sur le mode « Il faut une enquête indépendante ».
Je crains que ce type précis de démarche soit de nature à polluer les vrais lanceurs d’alerte.
Et les complots sur les structures ?
Cher Sitouaillain,
Il me semble qu’il est difficile d’exclure que, les riches d’une époque ayant parfaitement compris les gains (pharamineux et durables) à retirer d’une modification de structures donnée, aient tout fait (à l’époque) pour obtenir (secrètement et évidemment contre l’intérêt général) cette modification de structures ; et qu’ensuite, les riches héritiers de toutes les époques suivantes aient TOUT fait, absolument tout, jusqu’aux massacres et à la guerre, secrètement le plus souvent mais ouvertement quand l’urgence l’imposait, pour reproduire et renforcer ces structures ad hoc (antisociales depuis le départ).
L’explication par les structures (à mon avis la plus pertinente, je partage cette conviction avec Frédéric, et avec toi apparemment) ne nous dispense pas (à mon avis) de condamner les (éventuels) complots touchant aux structures. Et je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas (logiquement) plus de complots sur les structures, précisément, tant la réussite est prometteuse pour les intrigants sur cette piste-là.
Combien de millions pour le coût du lobbying parlementaire qui permet de faire que les accords de Bâle 1 2 et 3 soient TOUJOURS signés EXCLUSIVEMENT entre banquiers privés ? À mon avis, le retour sur investissement de cet effort de corruption-là est exceptionnel. On a bien affaire à des structures (la composition d’organes de décision publique), mais on n’a aucune bonne raison, je trouve, d’évacuer l’explication complotiste (et les responsabilités individuelles qui vont avec) de la timidité des décisions prises ensuite par « Bâle 1 » « Bâle 2 » et « Bâle 3 ».
Autre exemple : quand l’élection, PAR CONSTRUCTION, ouvre une autoroute à la corruption (par la dépendance des élus envers ceux qui possèdent les moyens financiers et médiatiques de les faire élire et réélire), autrement dit quand l’élection offre aux riches le pouvoir politique sur un plateau, ce sont bien des structures qui rendent possibles ensuite toutes les lois scélérates qui favorisent toujours davantage les riches et condamnent à vie les pauvres aux travaux forcés. Mais la mise en place de ces structures, et puis la perpétuation de ces structures, malgré le repérage public de leur malfaisance, tu crois vraiment qu’elles ont lieu sans intrigues ??? Pour ma part, je ne le crois pas ; d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi les privilégiés d’une époque, en situation d’influencer secrètement les modifications de structure à leur avantage, s’en priveraient.
Plus généralement, je voudrais poser une question aux chiens de garde « anticomplotistes » (c’est comme ça qu’ils s’appellent eux-mêmes) : avez-vous l’impression de servir le bien commun en amalgamant systématiquement les sentinelles avisées (dénonçant un truc grave) et les sentinelles délirantes (paranoïaques), et en ramenant partout le refrain anticomplotiste, dans chaque débat sur une dénonciation d’intrigues, même documentée, avec la sempiternelle « théorie de la théorie du complot » (TTC) ? Est-ce bien utile ? Ne serait-ce pas le syndrome de la mouche du coche ? La TTC elle-même ne serait-elle pas d’une nature clairement paranoïde puisqu’elle consiste finalement à voir des « complotistes » partout ? D’où l’allusion pertinente de Frédéric : n’oubliez pas la parabole de la paille et la poutre…
Moi, j’ai l’impression que les « anticonspirationnistes » nous font perdre un temps fou, involontairement ou pas ; et en plus, qu’ils intimident les nouveaux donneurs d’alerte.
Tout ça fait (objectivement) le jeu du système, je trouve.
Mais bon, je peux me tromper, évidemment.
Je retourne faire ma valise pour Annecy 😉
Étienne.
L’instauration du système représentatif fut le fruit d’un complot. C’est le hold up du millénaire sur l’autodétermination du peuple, à l’instant précis où elle pouvait naître.
La définition de l’esclave, c’est celui qui ne peut codécider des règles auquel il sera soumis, par la force, avec menace de sévices ou d’emprisonnement. Il y a donc en France environ 65000000 d’esclaves, suite à un complot.
Il y a aussi des complots sur le terrain psychique ; par exemple celui qui consiste à faire croire que la réelle démocratie à grande échelle n’est pas techniquement possible ; à tel point que même de gentils révolutionnaires avancent cet argument dès qu’on aborde ce thème.
Par contre, pour me modérer, il faut bien reconnaître que tout ne se passe pas comme dans le cas de la création de la banque centrale étatsunienne : il n’y a pas forcément un « club » de malandrins réunis à la chandelle ou subrepticement sur une île secrète, qui ourdissent un plan méticuleux. Non, l’auteur du complot peut être un groupe non concerté, où chaque concertiste joue sa propre musique, mais convergence subliminale il y a, issue de plein de facteurs (culture philosophique, culture politique, imprégnation par le même pack dogmatique, coreligions en tous genres, intérêts communs, même école, etc ). Mais le résultat est le même que s’il y avait un chef d’orchestre. S’il ne s’agit pas d’un complot au sens de nos bandes dessinées, il s’agit bel et bien d’une complicité non dite, ou peu théorisée, mais hyper efficace.
La susdite question des structures est essentielle, car justement, elles peuvent, suivant leur nature, impulser ce type de complot non concerté, qui viendra renforcer la structure pertverse, lui apporter de la force, des protubérances musculeuses, des tentacules propres à étouffer l’espoir et la démocratie. Effet boule de neige
Bien que n’ayant que 45 km à faire, j’ai aussi préparer mon ptit packetage 😉
Je serais bien venu à Annecy, mais … 1800 bornes aller-retour, ça fait beaucoup tout de même quand on est sans le sous (et sans véhicule).
Aïe 🙁 Quand nous déciderons de ne pas nous contenter du net, il faudra résoudre ce problème.
J’économise déjà pour résoudre ce problème.
Cher Etienne,
si tu veux me faire dire que le complot est le régime normal de l’action sur les structures, ma foi, je le reconnais bien volontiers, c’est d’ailleurs pour ça que je passe mon temps à comploter,sinon, on serait en démocratie, la société transparente à elle-même, etc.,
après, le registre de la condamnation, vouloir faire des procès de Nuremberg à tout propos, c’est pas mon truc,
l’utilisation de catégories vagues et inopérantes de type « les riches », les « élus », ça ne m’a jamais aidé à progresser, d’ailleurs pas plus que les explications monocausales ou centrées sur des personnes,
ni les susceptibilités égotiques qui font qu’on se rend incapable de chercher à comprendre ce que dit l’autre.( je me soigne et toi?)
j’avoue que la tendance à se centrer sur les complots et non sur les structures m’apparait clairement contreproductive au regard de cet exemple d’objectif :
» L’État libre, qu’est-ce à dire ? Faire l’État libre, ce n’est nullement le but des travailleurs qui se sont dégagés de la mentalité bornée de sujets soumis. (…). La liberté consiste à transformer l’État, organisme qui est mis au-dessus de la société, en un organisme entièrement subordonné à elle (…). » Marx, Critique du programme de Gotha.
c’est parce que cet objectif est supérieur à la préservation de mon égo que j’ai continué à m’exprimer sur ce sujet du complotisme et d’autres, sans concession, quand bien même je suscite l’antipathie et dois surmonter des procédés rhétoriques issus du génie de la mauvaise foi, et là-dessus Étienne, tu es un champion, rares sont ceux aussi fortiches sur la distorsion du discours d’autrui pour le faire rentrer dans un cadre à l’intérieur duquel il est facile d’argumenter, et bon, je m’y suis fait, personne n’est parfait,
mais présentement, je ne dis JAMAIS « il n’y a aucun complot », je ne dis JAMAIS « tous ceux qui pointent des complots sont complotistes », ni même que « tous les complotistes sont parano »,
pourquoi donc alors ces questions et insinuations, pourquoi faire référence à ces tribunes de « chiens de garde » dont je ne suis pas responsable et que j’ai ici même désapprouvé sur le fond et sur la forme ?
je me sens obligé de laisser cette question en suspend,
alors je vais tenter de répondre à ta question, nonobstant le fait que j’aimerais que tu comprennes ce qui fait que tu me la poses, car j’avoue que cette récidive m’interroge…
Mais la mise en place de ces structures, et puis la perpétuation de ces structures, malgré le repérage public de leur malfaisance, tu crois vraiment qu’elles ont lieu sans intrigues ???
non môssieur, l’abruti que je je suis n’a jamais « cru » cela, il s’avère même que c’est tout le contraire, et qu’on pourrait même dire que n’importe quel fait social, qui plus est lorsqu’il s’agit de structures sociétales, est le résultat d’intrigues, on appelle même ça des stratégies d’acteurs, quand on veut éviter de brouiller son analyse par des jugements moraux, et on évite d’en sélectionner une parmi d’autres sans la contextualiser, et ce faisant, on pose des limites à la responsabilité-intentionnalité des individus et à l’autonomie de la stratégie par rapport à son contexte, sa réussite étant tributaire de l’existence d’une « fenêtre d’opportunité », c’est-à-dire un enchevêtrement de causes et d’effets qui aboutissent à ce que cette stratégie-là, parmi de multiples stratégies parfois inverses, contraires, etc. a surgi et a réussi,
voilà pourquoi le complot observé c’est une information et non une révélation et que pour poser un cadre autour d’interactions sociales et d’actes et appeler ça « complot », on opère un choix arbitraire, on sélectionne et on pose une focale sur une infime partie de magma du réel,
autrement dit, l’intrigue, en dit plus sur le contexte et il n’existe aucune œuvre humaine qu’on appellera « structure » qui n’émerge d’autres qui lui sont antérieures. c’est-à-dire que les individus et les stratégies qui modifient une structure ont été « forgés » par une structure antérieure… et que pour modifier une structure complexe, il faut autre chose que la volonté de trois péquins, en revanche pour qu’elle se perpétue « malgré le repérage public de sa malfaisance » point n’est besoin d’intrigues… enfin j’arrête-là, de toute façon, ça ne sert à rien…
donc une bonne fois pour toute, et sans humilité (après tout Lordon a le droit), contester la valeur heuristique des théories du complot, Étienne, ce n’est pas dire qu’il n’y a pas de complots, c’est avoir pitié de ceux qui s’arrêtent-là, si tu n’en fais pas partie tu n’as pas à te sentir visé,
et je ne sais pas si c’est du salut public que de s’attaquer aux complotistes (après tout, chacun ses hobbies, ça n’est pas plus grave que de lire ou écrire dans des journaux à scandales), en revanche, si je sais qu’il existe des clés pour voir au-delà, n’ai-je pas le droit d’être frustré, agacé, comme sieur Lordon, qui, sauf à ne pas vouloir comprendre, dissimule très mal son mépris pour ce genre d’explication,
par exemple pourtant, il y a des chercheurs qui ont développé des explications sur cette question de la perpétuation de systèmes défaillants, quand bien même tous les acteurs sont d’accord pour le considérer comme tel, aussi aberrant que cela paraisse, pas de complot, effet de système, il y a toute une littérature sur les organisations (entreprises, asso, partis, etc.), lire par exemple « l’acteur et le système » de Crozier et Friedberg,
et je dirais, par rapport à la fin de ton message, puisqu’en fait c’est toi qui amalgame, je crois que c’est parfaitement normal d’expliquer les choses incompréhensibles par l’occulte, et les complots « imaginaires » en font partie, l’humanité a toujours fait ça, et ça m’arrive aussi, c’est ce qu’on appelle la pensée magico-religieuse, et les plus malins ont toujours su s’en servir pour asseoir leur domination, en revanche quand on est rigoureux on évite les pentes glissantes de ce genre, et face au complot avéré, il y a aussi des façons de se discipliner pour en dire qqch…du genre quelle hypothèse/théorie préalablement établie ce complot confirme/infirme-t-il ? (ex:11 septembre/impérialisme) quelle partie du réel j’occulte pour croire que le complot est l’unique cause de ce que j’observe (ex : projet nazi d’europe vs projet de paix perpétuelle de kant, projets socialistes, intérêts américains, intérêts religieux, etc.) sinon on n’explique rien et on se perd,
et on aura beau jeu de pleurnicher face à la vindicte de quelques chiens de garde anticonspi machin-chose bien inoffensifs…à paranoïaque, paranoïaque et demi…paille et poutre…visiblement Lordon n’a pas une lame suffisante pour un rabot efficace.
« faire le jeu du système » consiste aussi a balancer des âneries d’un ton assuré à une assistance crédule, histoire de ressentir la gloire d’avoir mis la main à la pâte au mécanisme auto-réalisateur de ses propres prophéties:« l’élection offre aux riches le pouvoir politique sur un plateau »,
plus tu auras de fidèles et plus ce sera vrai..
quand je pense aux économies que le département US fera quand le « virus » aura pris en Amérique latine et que toi tu fais ça gratos !
Pour ne pas devenir agent pathogène à l’insu de son plein gré, un virus doit savoir adapter son agencement protéinique aux corps qu’il squatte.
j’ai pris du temps pour démontrer que plusieurs de tes prémisses étaient fausses ou partielles, tu ne m’as pas écouté, tu continues à énoncer des conclusions erronées ou simplistes, tu les a faites tiennes et tu t’y es attaché, au lieu de pratiquer la méthode du doute dans des bornes qui ont fait leurs preuves, tu lis et ne retiens que ce qui va conforter tes intuitions, tu rejettes ou occultes ce qui infirme tes hypothèses et tu dénigres avec violence tout ce qui pourrait remettre en cause leur bien-fondé,
je me fiche que tu te perçoives innocent, gentil, sincère, désintéressé, vertueux, le fait est que nous n’avons pas à nous brosser mutuellement dans le sens du poil, pour progresser, et, te faisant prescripteur d’idées pour autrui, tu en es responsable, comme tout citoyen athénien ayant convaincu l’agora de voter une mauvaise mesure, et si ce que tu dis a des conséquences, puisque tu déploies une grande énergie pour cela, je m’en voudrais de n’avoir pas tout fait pour en atténuer les aspects négatifs.
en l’occurrence libre à toi de ne pas accepter les conseils de prudence à l’égard des mécanismes de pensée complotiste, personnellement, je sais les reconnaître en moi et je sais par quelle gymnastique y échapper, et je garde mes supputations pour moi quand je n’ai pas le temps de faire des recherches, donc pas de danger que je sois cité en contre-exemple (sur ce point) par de vigilants mais maladroits anarchistes « anticonspi », en tout cas, je n’aime pas trop leur prose, mais le fait est qu’ils ont raison d’avertir là-dessus, et tant pis si ça décourage des « lanceurs d’alertes » peu sûrs de ce qu’ils avancent, pas besoin de collectionner les alertes pour savoir ce qui pose problème, non ?
et malgré l’évidente injustice qu’il y a à ce que tu en fasses les frais en termes de réputation, si par un miracle de l’autocritique tu reconnais que tu n’es pas l’objet de tribunes anticonspi par hasard ou par méchanceté, ni même qu’il s’agit de complots contre toi, parce que tu « dérangerais », mais peut-être parce que tu ne donnes pas l’impression d’être si immunisé que ça aux modes de pensée « conspi », et que vu la méthodologie comme la discipline que ce titre réclame, tu usurpes dans de larges mesures le titre de « chercheur » , alors, je n’aurais pas perdu mon temps…
adieu « camarade » !
@ sitouaillain
Tu ne serais pas
un peutrotskistesur les bords, des fois ?😉
@ Merome #36
Tu es conscient qu’en énonçant cela, tu jettes explicitement l’opprobre sur toute une série de lanceurs d’alerte, comme par exemple April Gallop ?
Cordialement,
Morpheus
Ton message 42 est tout simplement remarquable d’intelligence Sitouillain et ça fait du bien de sentir son air revigorant.
Les structures, les structures, ce sont des constructions qui se font sur un continuum qui va de l’acquiescement au refus de ce qui se présente à chacun d’entre nous, c’est sur ce curseur-là c’est vrai, que se construisent les stratégies de puissance que nous vivons.
Ma foi, il ne faut pas aller loin.
Observons comment nous procédons en nous, pour réprimer telle force au profit de telle autre.
Le corps social est comme un corps individuel, un organisme qui centralise des connexions diverses et variées dans leur intensité et leur durée et qui est l’objet de rapport de force contradictoire. Un corps, le mien, le tien, et les lois qui y sont à l’oeuvre sont semblables aux lois sociales auxquelles nous sommes éprouvés.
catherine,
j’aimerais savoir être aussi percutant en aussi peu de mots, bien dit !
Morphéus,
sur les bords seulement alors, car je ne fais pas partie du club, on ne m’y accepterait pas, désolé de te décevoir..
Lumière de fin
En parlant de conspiration, je viens de terminer l’excellent roman « Lumière de fin » de HENRY PORTER (à ne pas confondre avec Harry Potter 😉 ), aux éditions calman-lévy.
http://a136.idata.over-blog.com/202x300/4/45/54/51/Autres/arton26458-a0b72.jpg
Henry Porter est un journaliste et écrivain britannique vivant entre Londres et New-York. Il est considéré comme le digne successeur de vieux maitres du roman d’espionnage, tel John Le Carré (L’espion qui venait du froid, La Maison Russie, La constance du jardinier, …), John Buchan, Robert Littell, Robert Wilson ou Robert Ludlum (La mémoire dans la peau). Il se distancie d’autres auteurs tels Tom Clancy en cela que ses récits collent le plus souvent à l’actualité et s’inscrivent dans un contexte réaliste qui rend ses histoires très crédibles. A noter qu’il est également responsable de l’édition anglaise de la célèbre revue Vanity Fair.
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Dans ce roman édité en 2009, il nous raconte une histoire qui se déroule en Grande-Bretagne, où le gouvernement, sous l’égide du premier ministre John Temple (personnage fictif) est intimement lié à une cabale visant à mettre en place un régime totalitaire à travers un système de surveillance global. Un ancien membre du gouvernement, au fait de ce projet, meurt mystérieusement dans un attentat en Colombie. S’ensuit une enquête haletante où les faits sont révélés au grès d’événements de plus en plus angoissants. A la lecture, on ne peut s’empêcher d’éprouver cette angoisse d’un pays où les citoyens sont sous constante surveillance. Or, l’Angleterre telle que décrite par Porter dans ce roman n’est pas une fiction, mais une sinistre réalité ! L’auteur nous en parle d’ailleurs dans sa postface, que je vous livre ici.
POSTFACE
« Lumière de fin se passe dans l’avenir, mais n’est pas un roman futuriste. Je me suis projeté légèrement dans le temps depuis le point où se situait la Grande-Bretagne durant l’été 2009, soit, je m’en aperçois aujourd’hui, exactement soixante ans après la publication de 1984 de Georges Orwell. Il ne m’est pas venu à l’idée de moderniser sa dystopie, ou d’entrer en concurrence avec elle, parce que j’ai très vite compris que ce n’était pas nécessaire. Mon personnage, Kate Lockhart, rentre des États-Unis dans un pays qui nous est tout à fait familier mais qui comporte aussi beaucoup de ce que la presse dépeint régulièrement comme étant « orwellien ».
« Pendant les soixante années qui se sont écoulées depuis la publication du roman d’Orwell, il y a eu des changements radicaux en Grande-Bretagne. Dans l’ensemble, ces empiétements et ces restrictions nettes des libertés civiques ont été introduits discrètement, sans grand bruit, débat ou réaction de l’opinion publique britannique.
« Il y a peu, une journaliste russe, Irada Zeinalova, décrivait pour son public la vie en Grande-Bretagne comme suit : Vos déplacements sont suivis grâce à vos tickets de bus. Il y a des caméras de surveillance sur chaque bâtiment et des puces informatiques sur les poubelles – et l’on peut savoir beaucoup de choses sur votre vie à partir de vos ordures… La sécurité est devenue absurde.
« C’est précisément le genre de reportage qu’avaient coutume d’envoyer les correspondants occidentaux en Union Soviétique du temps de Brejnev. Le tableau que brosse Zeinalova est difficile à démentir. Les britanniques sont aujourd’hui plus surveillés que n’importe quel autre peuple à l’Ouest, voir dans le monde entier. Nous avons plus de caméras de surveillance que toute l’Europe réunie. Elles infestent non seulement les rues et les centres commerciaux, mais aussi les restaurants, les cinémas et les pubs où, avec l’encouragement de la police et des autorités locales, elles filment la tête et les épaules de tout individu qui y entre.
« Les gens sont surveillés tout le temps. Les voyages sur la route sont maintenant suivis par des caméras adaptées de façon à pouvoir lire les plaques d’immatriculation des véhicules, et les données de n’importe quel déplacement sont conservées pendant cinq ans. Cette technologie permet aux autorités de repérer et de suivre un véhicule en temps réel, outil utile si l’État souhaite garder un œil sur un délinquant, mais tout aussi utile pour suivre des dissidents politiques ou des activistes écologistes. Des équipes des forces spéciales de la police sont déployées lors des manifestations dans le seul but de filmer des manifestants innocents et de stocker des informations les concernant. Dans tout le pays, des dizaines de milliers de personnes sont arrêtées par la police et obligés de se soumettre à des fouilles dans le cadre des lois antiterroristes. D’après la Cour européenne des Droits de l’homme, les profils génétiques de centaines de milliers d’innocents sont maintenant illégalement conservés dans les bases de données ADN de la police.
« Face à cette liste déprimante, on peut se demander – comme Kate Lockhart – ce qui est arrivé à la Grande-Bretagne. Pourquoi les Britanniques ont-ils accepté, sans un murmure de contestation, que le gouvernement ait le droit d’accéder aux informations des communications téléphoniques et en ligne de tous, de surveiller les vies de leurs enfants par le biais d’une base de données nationale ou d’exiger au moins cinquante informations différentes avant qu’un citoyens puisse quitter son propre pays ? Il semble extraordinaire qu’au moment où j’écris ces lignes, nous nous soyons engagés dans la création de cartes d’identités qui enregistreront toutes les transactions importantes dans la vie de tout individu et conserveront indéfiniment ces détails dans les ordinateurs du Registre national de l’identité. Cela vaut également pour les dossiers médicaux des gens, qui seront centralisés et ouverts à l’inspection par un grand nombre de professionnels de la médecine et aussi – naturellement – aux agences gouvernementales. Le potentiel d’abus est évident dans ces deux systèmes, et pourtant cela n’a guère suscité de tollés, ce qui est curieux puisque Orwell soulignait que la défense de la vie privée est l’une des caractéristiques fondamentales des Britanniques.
« Les lois qui jouent un rôle dans Lumière de fin existent toutes. Je me sers en particulier de la loi sur les urgences civiles de 2004 qui, comme le suggère mon personnage Georges Lyme, permet au Premier ministre, à un ministre ou au représentant de la formation du gouvernement au Parlement de démanteler du jour au lendemain la démocratie et l’État de droit. Ces pouvoirs peuvent être invoqués sur la simple conviction qu’une urgence va se produire, et aucune sanction n’est prévue contre toute personne qui invoquerait ces pouvoirs à tort. Même dans une étude universitaire comme The Civil Contengencies Act 2004 de Clive Walker et James Broderick (Oxford University Press, 2006), on perçoit l’étonnement des auteurs face à des mesures qui autorisent la suspension des déplacements, la saisie des biens, l’évacuation forcée, les tribunaux d’exception, les arrestations et la détention arbitraires. Dans leurs conclusions, ils parlent d’une société extrêmement sécurisée avec un accent croissant mis sur la gestion des risques et la prévention et ce qui en résulte, comme la surveillance et la sécurité physique omniprésentes, des équipements coûteux, des organisations et des programmes inaccessibles et flous, et la mise au rebut des projets sociaux. Cette description suffit à expliquer la situation décrite dans Lumière de fin. Je tiens à souligner que je n’ai rien inventé : les lois sont toutes là, prêtes, attendant dans le Registre des Lois, fait dont très peu de gens en Grande-Bretagne sont conscients.
« Un problème auquel je ne m’attendais pas en décrivant cet avenir fut bien que ma vision soit rattrapée par les événements du moment. A peine mon Premier ministre fictif, John Temple, avait-il dit qu’il regrettait de ne pas avoir tenu l’enquête sur David Eyam à huis clos que le ministre de la justice de l’époque, Jack Strass, introduisait une loi autorisant les enquêtes à huis clos. A peine le programme fictif DEEP TRUTH puisait-il des informations sur les sites des réseaux sociaux que le ministère de l’Intérieur annonçait une consultation dans le but de donner au gouvernement accès aux données stockées sur Facebook, MySpace et Twitter. J’ai même commencé à me demander si un système comme DEEP TRUTH, nom inspiré d’une phrase dans de véritables documents sur le partage des données, n’existait pas déjà dans la réalité.
(…) »
> Henry Porter
J’ai dévoré ce roman en quatre jours. J’en ai eut réellement froid dans le dos et j’ai remercié ma bonne étoile de ne pas être anglais. N’empêche, je crains fort que le modèle anglais ne s’exporte un peu partout en Europe dans peu de temps. Je ne veux pas vivre dans une société comme celle-là.
Morpheus