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Demain soir, on saura si les jeunes sont allés se mettre en travers de l’arbitraire, en élisant… En élisant n’importe qui contre le tyran du moment — qu’il est urgent de freiner, de limiter, d’empêcher !

Demain soir, on saura si les jeunes sont allés se mettre en travers de l’arbitraire, en élisant… En élisant n’importe qui contre le tyran du moment — qu’il est urgent de freiner, de limiter, d’empêcher !

Chers amis, Voi­là 17 ans que j’ins­truis, dans ma tête et sur ce site, le pro­cès de l’é­lec­tion. Dix-sept ans que je creuse ce sujet cen­tral, et que je découvre et dénonce les méca­nismes dia­bo­liques (qui divisent) de ce piège poli­tique — infan­ti­li­sant et humi­liant — qu’est l’é­lec­tion. Pour­tant, dans notre anti-consti­tu­tion, c’est tout ce que nous avons : l’é­lec­tion. Ce serait donc folie de n’en rien faire quand elle nous offre, par­fois, une pos­si­bi­li­té, petite mais réelle, de résis­ter à…

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[Indispensable mémoire des luttes] Formidable Bernard Friot : « NUPES : le retour des conquis sociaux ? »

[Indispensable mémoire des luttes] Formidable Bernard Friot : « NUPES : le retour des conquis sociaux ? »

J’aime cet homme. De mon point de vue, c’est le pen­seur vivant le plus impor­tant pour nous en ce moment. L’es­poir ins­ti­tu­tion­nel qu’il décrit — pro­jet pen­sé autour de l’ex­pé­rience réus­sie, déjà là, du régime géné­ral de la Sécu­ri­té sociale et de la Fonc­tion publique — est extrê­me­ment pro­met­teur et entraî­nant. Vivi­fiant. Sti­mu­lant. Nous devrions tous avoir étu­dié ses tra­vaux. Nous nous défen­drions mieux contre l’ar­bi­traire triom­phant des mar­chands. Étienne.…

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[Contre la tyrannie qui vient] Grand Appel et Marche pour défendre la Liberté

Chers amis, Sen­tez-vous que le temps est venu de prendre nos res­pon­sa­bi­li­tés pour défendre notre liber­té ? Si ne disons jamais non aux pou­voirs abu­sifs, ils ne s’ar­rê­te­ront jamais d’a­bu­ser : « tout pout pou­voir va jus­qu’à ce qu’il trouve une limite » (Mon­tes­quieu). Quelles limites allez-vous impo­ser, vous-même, per­son­nel­le­ment, aux pou­voirs ? Allez-vous les lais­ser s’en prendre aux enfants ? Même à vos propres enfants ? Sou­ve­nez-vous d’An­selme Bel­le­gar­rigue :  Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Minute Papillon : SOIF DE POUVOIR

Mon petit doigt me dit que ce jeune homme est en train, lui aus­si, de muter et d’as­pi­rer à deve­nir citoyen. 

Je ne serais pas sur­pris de le voir bien­tôt sug­gé­rer d’é­crire nous-mêmes la consti­tu­tion qui nous manque.

Étienne.

18 avril 2014, à Bruxelles : échange avec David Van Reybrouck, sur les mécanismes démocratiques dignes de ce nom

Je vous ai par­lé plu­sieurs fois ( et ) d’un auteur remar­quable, David Van Rey­brouck, à la fois pour son der­nier livre « Contre les élec­tions », qui défend l’i­dée du tirage au sort en poli­tique, et pour son livre pré­cé­dent « Congo – Une his­toire », qui raconte avec des mots for­mi­dables une his­toire impor­tante, une his­toire non étran­gère car elle concerne direc­te­ment notre ave­nir immé­diat (nous sommes aujourd’­hui dans les griffes des mêmes monstres hors contrôle qui ont ran­çon­né le Congo).

Je vais avoir la chance de le ren­con­trer bien­tôt, à Bruxelles :

L’an­nonce Facebook :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​4​0​0​6​9​6​7​5​6​8​6​9​0​18/

J’es­père que, au-delà de ce qui nous ras­semble (cri­tique de l’é­lec­tion et défense du tirage au sort), nous aurons le temps de creu­ser ensemble 1) l’i­dée de la réap­pro­pria­tion popu­laire du pro­ces­sus consti­tuant et 2) les dif­fé­rents usages ima­gi­nables du tirage au sort en poli­tique : j’ai­me­rais inter­ro­ger David sur ce qu’il pense d’une (ou plu­sieurs) Assemblée(s) constituante(s) tirée(s) au sort ; serait-il prêt à y voir une condi­tion pre­mière (cau­sale) d’ins­ti­tu­tion du tirage au sort ailleurs en poli­tique ? Autre­ment dit, et au contraire, lui paraît-il pos­sible qu’une assem­blée consti­tuante élue par­mi des pro­fes­sion­nels de la poli­tique soit un jour capable de vou­loir l’ins­ti­tu­tion du tirage au sort en politique ?

Et bien d’autres ques­tions centrales.

J’ai hâte d’y être.

Étienne.

De la trahison du référendum de 2005 à la cause des causes

Un nou­veau petit mon­tage vidéo (mer­ci Dar­ben), comme aide-mémoire de la tra­hi­son his­to­rique du peuple fran­çais par ses propres « repré­sen­tants », le triste jour du coup d’É­tat du 4 février 2008, quand les dépu­tés et les séna­teurs, réunis en « Congrès », nous ont impo­sé par voie par­le­men­taire ce que nous venions de refu­ser expres­sé­ment par réfé­ren­dum le 29 mai 2005.

Aide-mémoire de ce viol poli­tique, donc, et aide-mémoire de la seule ana­lyse qui en découle et qui vaille pour s’en pro­té­ger à l’a­ve­nir, ana­lyse radi­cale, c’est-à-dire cher­chant la racine des problèmes :

Tous ces mau­vais coups de la classe poli­ti­cienne ne res­tent impu­nis et ne peuvent se per­pé­tuer que parce que
nous n’a­vons pas de repré­sen­tants,
– nous n’a­vons pas de repré­sen­tants parce que nous n’a­vons pas de consti­tu­tion,
– nous n’a­vons pas de consti­tu­tion parce que nous avons lais­sé écrire la consti­tu­tion par les pro­fes­sion­nels de la poli­tique, qui sont pré­ci­sé­ment ceux qui ne devraient JAMAIS y tou­cher, ni pour l’é­crire, ni pour la modi­fier, à cause du conflit d’in­té­rêts.

La cause des causes de notre impuis­sance poli­tique (et des injus­tices qui per­durent faute de résis­tance effi­cace), c’est notre propre démis­sion du pro­ces­sus constituant.

D’où l’i­dée d’ap­prendre entre nous, libre­ment, de façon auto­nome, comme des adultes poli­tiques, d’ap­prendre à écrire nous-mêmes la consti­tu­tion qui nous manque, pour nous éman­ci­per nous-mêmes de nos maîtres tyranniques.

Cette idée de géné­ra­li­sa­tion d’a­te­liers consti­tuants popu­laires, par­tout, tout le temps, ne fonc­tion­ne­ra que si vous vous en empa­rez, vous, oui vous, là, vous qui lisez ce petit texte, per­son­nel­le­ment, avec vos proches ou avec vos col­lègues, tous les jours un peu, quelques phrases, quelques pen­sées, quelques réflexions consti­tuantes, quelques efforts quo­ti­diens pour ani­mer vous-mêmes votre propre muta­tion : il s’a­git de vous trans­for­mer (de votre propre ini­tia­tive et par votre propre tra­vail, sans rien attendre d’au­cun maître) d’é­lec­teur obéis­sant en citoyen consti­tuant.

Je ne sais pas si cette idée fonc­tion­ne­ra, mais ce que je sais c’est que ça ne dépend que de nous, il faut arrê­ter de dire que c’est la faute des autres.

Mer­ci pour tous vos mes­sages, c’est émou­vant. On n’est forts qu’en­semble. On progresse.

Étienne.
Chouard – De la tra­hi­son du réfé­ren­dum de 2005… par dar­ben

COMMENT ÊTRE EFFICACE POUR RÉTABLIR UNE VRAIE DÉMOCRATIE ?

« Nous sommes aux tra­vaux for­cés aux ser­vices de para­sites… qui ont pris le contrôle de la pro­duc­tion du droit. Ils sont capable d’écrire eux même le droit injuste, inique… ».

Lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​2​4​4​2​9​2​8​9​6​7​317

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens ! (Le Monde diplomatique, nov. 2013)

Ceux qui s’ap­pellent des « libé­raux » sont tous, au fond, depuis 300 ans, des escla­va­gistes.
Lisez
le livre stu­pé­fiant de Losur­do, si vous en dou­tez encore.

La der­nière preuve en date des pro­jets lit­té­ra­le­ment escla­va­gistes des pré­ten­dus « libé­raux », c’est l’Accord de Par­te­na­riat Trans­at­lan­tique (APT).
Si on ne se mobi­lise pas TOUS contre cette salo­pe­rie de Trai­té trans­at­lan­tique, comble de la haute tra­hi­son de la part de nos pré­ten­dus « repré­sen­tants » qui le négo­cient en secret, on n’au­ra RIEN à dire quand com­men­ce­ront pour nous les tra­vaux for­cés sans plus AUCUNE défense de la force publique. 
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(Je repro­duis inté­gra­le­ment cet article impor­tant du Diplo, en vous invi­tant ins­tam­ment à vous abon­ner : ce jour­nal a besoin de notre aide pour sur­vivre.)
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Sécu­ri­té ali­men­taire, droit social, écologie…

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens

Source : http://​www​.monde​-diplo​ma​tique​.fr/​2​0​1​3​/​1​1​/​W​A​L​L​A​C​H​/​4​9​803

Enga­gées en 2008, les dis­cus­sions sur l’accord de libre-échange entre le Cana­da et l’Union euro­péenne ont abou­ti le 18 octobre. Un bon pré­sage pour le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, qui espère conclure un par­te­na­riat de ce type avec le Vieux Conti­nent. Négo­cié en secret, ce pro­jet ardem­ment sou­te­nu par les mul­ti­na­tio­nales leur per­met­trait d’attaquer en jus­tice tout État qui ne se plie­rait pas aux normes du libéralisme.

par Lori M. Wal­lach, novembre 2013
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Ima­­gine-t-on des mul­ti­na­tio­nales traî­ner en jus­tice les gou­ver­ne­ments dont l’orientation poli­tique aurait pour effet d’amoindrir leurs pro­fits ? Se conçoit-il qu’elles puissent récla­mer — et obte­nir ! — une géné­reuse com­pen­sa­tion pour le manque à gagner induit par un droit du tra­vail trop contrai­gnant ou par une légis­la­tion envi­ron­ne­men­tale trop spo­lia­trice ? Si invrai­sem­blable qu’il paraisse, ce scé­na­rio ne date pas d’hier. Il figu­rait déjà en toutes lettres dans le pro­jet d’accord mul­ti­la­té­ral sur l’investissement (AMI) négo­cié secrè­te­ment entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf États membres de l’Organisation de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE) (1). Divul­guée in extre­mis, notam­ment par Le Monde diplo­ma­tique, la copie sou­le­va une vague de pro­tes­ta­tions sans pré­cé­dent, contrai­gnant ses pro­mo­teurs à la remi­ser. Quinze ans plus tard, la voi­là qui fait son grand retour sous un nou­vel habillage.

L’accord de par­te­na­riat trans­at­lan­tique (APT) négo­cié depuis juillet 2013 par les États-Unis et l’Union euro­péenne est une ver­sion modi­fiée de l’AMI. Il pré­voit que les légis­la­tions en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange éta­blies par et pour les grandes entre­prises euro­péennes et amé­ri­caines, sous peine de sanc­tions com­mer­ciales pour le pays contre­ve­nant, ou d’une répa­ra­tion de plu­sieurs mil­lions d’euros au béné­fice des plaignants.

D’après le calen­drier offi­ciel, les négo­cia­tions ne devraient abou­tir que dans un délai de deux ans. L’APT com­bine en les aggra­vant les élé­ments les plus néfastes des accords conclus par le pas­sé. S’il devait entrer en vigueur, les pri­vi­lèges des mul­ti­na­tio­nales pren­draient force de loi et lie­raient pour de bon les mains des gou­ver­nants. Imper­méable aux alter­nances poli­tiques et aux mobi­li­sa­tions popu­laires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dis­po­si­tions ne pour­raient être amen­dées qu’avec le consen­te­ment una­nime des pays signa­taires. Il dupli­que­rait en Europe l’esprit et les moda­li­tés de son modèle asia­tique, l’accord de par­te­na­riat trans­pa­ci­fique (Trans-Paci­­fic Part­ner­ship, TPP), actuel­le­ment en cours d’adoption dans douze pays après avoir été ardem­ment pro­mu par les milieux d’affaires amé­ri­cains. A eux deux, l’APT et le TPP for­me­raient un empire éco­no­mique capable de dic­ter ses condi­tions hors de ses fron­tières : tout pays qui cher­che­rait à nouer des rela­tions com­mer­ciales avec les États-Unis ou l’Union euro­péenne se ver­rait contraint d’adopter telles quelles les règles qui pré­valent au sein de leur mar­ché commun.

Tribunaux spécialement créés

Parce qu’elles visent à bra­der des pans entiers du sec­teur non mar­chand, les négo­cia­tions autour de l’APT et du TPP se déroulent der­rière des portes closes. Les délé­ga­tions amé­ri­caines comptent plus de six cents consul­tants man­da­tés par les mul­ti­na­tio­nales, qui dis­posent d’un accès illi­mi­té aux docu­ments pré­pa­ra­toires et aux repré­sen­tants de l’administration. Rien ne doit fil­trer. Ins­truc­tion a été don­née de lais­ser jour­na­listes et citoyens à l’écart des dis­cus­sions : ils seront infor­més en temps utile, à la signa­ture du trai­té, lorsqu’il sera trop tard pour réagir.

Dans un élan de can­deur, l’ancien ministre du com­merce amé­ri­cain Ronald (« Ron ») Kirk a fait valoir l’intérêt « pra­tique » de « pré­ser­ver un cer­tain degré de dis­cré­tion et de confi­den­tia­li­té (2) ». La der­nière fois qu’une ver­sion de tra­vail d’un accord en cours de for­ma­li­sa­tion a été mise sur la place publique, a‑t‑il sou­li­gné, les négo­cia­tions ont échoué — une allu­sion à la Zone de libre-échange des Amé­riques (ZLEA), une ver­sion élar­gie de l’Accord de libre-échange nord-amé­­ri­­cain (Ale­na) ; le pro­jet, âpre­ment défen­du par M. George W. Bush, fut dévoi­lé sur le site Inter­net de l’administration en 2001. A quoi la séna­trice Eli­za­beth War­ren rétorque qu’un accord négo­cié sans aucun exa­men démo­cra­tique ne devrait jamais être signé (3).

L’impérieuse volon­té de sous­traire le chan­tier du trai­té amé­­ri­­ca­­no-euro­­péen à l’attention du public se conçoit aisé­ment. Mieux vaut prendre son temps pour annon­cer au pays les effets qu’il pro­dui­ra à tous les éche­lons : du som­met de l’Etat fédé­ral jusqu’aux conseils muni­ci­paux en pas­sant par les gou­ver­no­rats et les assem­blées locales, les élus devront redé­fi­nir de fond en comble leurs poli­tiques publiques de manière à satis­faire les appé­tits du pri­vé dans les sec­teurs qui lui échap­paient encore en par­tie. Sécu­ri­té des ali­ments, normes de toxi­ci­té, assu­­rance-mala­­die, prix des médi­ca­ments, liber­té du Net, pro­tec­tion de la vie pri­vée, éner­gie, culture, droits d’auteur, res­sources natu­relles, for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, équi­pe­ments publics, immi­gra­tion : pas un domaine d’intérêt géné­ral qui ne passe sous les fourches cau­dines du libre-échange ins­ti­tu­tion­na­li­sé. L’action poli­tique des élus se limi­te­ra à négo­cier auprès des entre­prises ou de leurs man­da­taires locaux les miettes de sou­ve­rai­ne­té qu’ils vou­dront bien leur consentir.

Il est d’ores et déjà sti­pu­lé que les pays signa­taires assu­re­ront la « mise en confor­mi­té de leurs lois, de leurs règle­ments et de leurs pro­cé­dures » avec les dis­po­si­tions du trai­té. Nul doute qu’ils veille­ront scru­pu­leu­se­ment à hono­rer cet enga­ge­ment. Dans le cas contraire, ils pour­raient faire l’objet de pour­suites devant l’un des tri­bu­naux spé­cia­le­ment créés pour arbi­trer les litiges entre les inves­tis­seurs et les États, et dotés du pou­voir de pro­non­cer des sanc­tions com­mer­ciales contre ces derniers.

L’idée peut paraître invrai­sem­blable ; elle s’inscrit pour­tant dans la phi­lo­so­phie des trai­tés com­mer­ciaux déjà en vigueur. L’année der­nière, l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC) a ain­si condam­né les États-Unis pour leurs boîtes de thon label­li­sées « sans dan­ger pour les dau­phins », pour l’indication du pays d’origine sur les viandes impor­tées, ou encore pour l’interdiction du tabac par­fu­mé au bon­bon, ces mesures pro­tec­trices étant consi­dé­rées comme des entraves au libre-échange. Elle a aus­si infli­gé à l’Union euro­péenne des péna­li­tés de plu­sieurs cen­taines de mil­lions d’euros pour son refus d’importer des orga­nismes géné­ti­que­ment modi­fiés (OGM). La nou­veau­té intro­duite par l’APT et le TTP, c’est qu’ils per­met­traient aux mul­ti­na­tio­nales de pour­suivre en leur propre nom un pays signa­taire dont la poli­tique aurait un effet res­tric­tif sur leur abat­tage commercial.

Sous un tel régime, les entre­prises seraient en mesure de contre­car­rer les poli­tiques de san­té, de pro­tec­tion de l’environnement ou de régu­la­tion de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui récla­mant des dom­mages et inté­rêts devant des tri­bu­naux extra­ju­di­ciaires. Com­po­sées de trois avo­cats d’affaires, ces cours spé­ciales répon­dant aux lois de la Banque mon­diale et de l’Organisation des Nations unies (ONU) seraient habi­li­tées à condam­ner le contri­buable à de lourdes répa­ra­tions dès lors que sa légis­la­tion rogne­rait sur les « futurs pro­fits espé­rés » d’une société.

Ce sys­tème « inves­tis­seur contre État », qui sem­blait rayé de la carte après l’abandon de l’AMI en 1998, a été res­tau­ré en cati­mi­ni au fil des années. En ver­tu de plu­sieurs accords com­mer­ciaux signés par Washing­ton, 400 mil­lions de dol­lars sont pas­sés de la poche du contri­buable à celle des mul­ti­na­tio­nales pour cause d’interdiction de pro­duits toxiques, d’encadrement de l’exploitation de l’eau, du sol ou du bois, etc. (4). Sous l’égide de ces mêmes trai­tés, les pro­cé­dures actuel­le­ment en cours — dans des affaires d’intérêt géné­ral comme les bre­vets médi­caux, la lutte anti­pol­lu­tion ou les lois sur le cli­mat et les éner­gies fos­siles — font grim­per les demandes de dom­mages et inté­rêts à 14 mil­liards de dollars.

L’APT alour­di­rait encore la fac­ture de cette extor­sion léga­li­sée, compte tenu de l’importance des inté­rêts en jeu dans le com­merce trans­at­lan­tique. Trois mille trois cents entre­prises euro­péennes sont pré­sentes sur le sol amé­ri­cain par le biais de vingt-quatre mille filiales, dont cha­cune peut s’estimer fon­dée un jour ou l’autre à deman­der répa­ra­tion pour un pré­ju­dice com­mer­cial. Un tel effet d’aubaine dépas­se­rait de très loin les coûts occa­sion­nés par les trai­tés pré­cé­dents. De leur côté, les pays membres de l’Union euro­péenne se ver­raient expo­sés à un risque finan­cier plus grand encore, sachant que qua­torze mille quatre cents com­pa­gnies amé­ri­caines dis­posent en Europe d’un réseau de cin­quante mille huit cents filiales. Au total, ce sont soixante-quinze mille socié­tés qui pour­raient se jeter dans la chasse aux tré­sors publics.

Offi­ciel­le­ment, ce régime devait ser­vir au départ à conso­li­der la posi­tion des inves­tis­seurs dans les pays en déve­lop­pe­ment dépour­vus de sys­tème juri­dique fiable ; il leur per­met­tait de faire valoir leurs droits en cas d’expropriation. Mais l’Union euro­péenne et les États-Unis ne passent pas pré­ci­sé­ment pour des zones de non-droit ; ils dis­posent au contraire d’une jus­tice fonc­tion­nelle et plei­ne­ment res­pec­tueuse du droit à la pro­prié­té. En les pla­çant mal­gré tout sous la tutelle de tri­bu­naux spé­ciaux, l’APT démontre que son objec­tif n’est pas de pro­té­ger les inves­tis­seurs, mais bien d’accroître le pou­voir des multinationales.

Procès pour hausse du salaire minimum

Il va sans dire que les avo­cats qui com­posent ces tri­bu­naux n’ont de comptes à rendre à aucun élec­to­rat. Inver­sant allè­gre­ment les rôles, ils peuvent aus­si bien ser­vir de juges que plai­der la cause de leurs puis­sants clients (5). C’est un tout petit monde que celui des juristes de l’investissement inter­na­tio­nal : ils ne sont que quinze à se par­ta­ger 55 % des affaires trai­tées à ce jour. Évi­dem­ment, leurs déci­sions sont sans appel.

Les « droits » qu’ils ont pour mis­sion de pro­té­ger sont for­mu­lés de manière déli­bé­ré­ment approxi­ma­tive, et leur inter­pré­ta­tion sert rare­ment les inté­rêts du plus grand nombre. Ain­si de celui accor­dé à l’investisseur de béné­fi­cier d’un cadre régle­men­taire conforme à ses « pré­vi­sions » — par quoi il convient d’entendre que le gou­ver­ne­ment s’interdira de modi­fier sa poli­tique une fois que l’investissement a eu lieu. Quant au droit d’obtenir une com­pen­sa­tion en cas d’« expro­pria­tion indi­recte », il signi­fie que les pou­voirs publics devront mettre la main à la poche si leur légis­la­tion a pour effet de dimi­nuer la valeur d’un inves­tis­se­ment, y com­pris lorsque cette même légis­la­tion s’applique aus­si aux entre­prises locales. Les tri­bu­naux recon­naissent éga­le­ment le droit du capi­tal à acqué­rir tou­jours plus de terres, de res­sources natu­relles, d’équipements, d’usines, etc. Nulle contre­par­tie de la part des mul­ti­na­tio­nales : elles n’ont aucune obli­ga­tion à l’égard des Etats et peuvent enga­ger des pour­suites où et quand cela leur chante.

Cer­tains inves­tis­seurs ont une concep­tion très exten­sive de leurs droits inalié­nables. On a pu voir récem­ment des socié­tés euro­péennes enga­ger des pour­suites contre l’augmentation du salaire mini­mum en Egypte ou contre la limi­ta­tion des émis­sions toxiques au Pérou, l’Alena ser­vant dans ce der­nier cas à pro­té­ger le droit de pol­luer du groupe amé­ri­cain Ren­co (6). Autre exemple : le géant de la ciga­rette Phi­lip Mor­ris, incom­mo­dé par les légis­la­tions anti­ta­bac de l’Uruguay et de l’Australie, a assi­gné ces deux pays devant un tri­bu­nal spé­cial. Le groupe phar­ma­ceu­tique amé­ri­cain Eli Lil­ly entend se faire jus­tice face au Cana­da, cou­pable d’avoir mis en place un sys­tème de bre­vets qui rend cer­tains médi­ca­ments plus abor­dables. Le four­nis­seur d’électricité sué­dois Vat­ten­fall réclame plu­sieurs mil­liards d’euros à l’Allemagne pour son « tour­nant éner­gé­tique », qui encadre plus sévè­re­ment les cen­trales à char­bon et pro­met une sor­tie du nucléaire.

Il n’y a pas de limite aux péna­li­tés qu’un tri­bu­nal peut infli­ger à un État au béné­fice d’une mul­ti­na­tio­nale. Il y a un an, l’Équateur s’est vu condam­né à ver­ser la somme record de 2 mil­liards d’euros à une com­pa­gnie pétro­lière (7). Même lorsque les gou­ver­ne­ments gagnent leur pro­cès, ils doivent s’acquitter de frais de jus­tice et de com­mis­sions diverses qui atteignent en moyenne 8 mil­lions de dol­lars par dos­sier, gas­pillés au détri­ment du citoyen. Moyen­nant quoi les pou­voirs publics pré­fèrent sou­vent négo­cier avec le plai­gnant que plai­der leur cause au tri­bu­nal. L’État cana­dien s’est ain­si épar­gné une convo­ca­tion à la barre en abro­geant hâti­ve­ment l’interdiction d’un addi­tif toxique uti­li­sé par l’industrie pétrolière.

Pour autant, les récla­ma­tions n’en finissent pas de croître. D’après la Confé­rence des Nations unies sur le com­merce et le déve­lop­pe­ment (Cnu­ced), le nombre d’affaires sou­mises aux tri­bu­naux spé­ciaux a été mul­ti­plié par dix depuis 2000. Alors que le sys­tème d’arbitrage com­mer­cial a été conçu dès les années 1950, il n’a jamais autant ren­du ser­vice aux inté­rêts pri­vés qu’en 2012, année excep­tion­nelle en termes de dépôts de dos­siers. Ce boom a créé une flo­ris­sante pépi­nière de consul­tants finan­ciers et d’avocats d’affaires.

Le pro­jet de grand mar­ché amé­­ri­­ca­­no-euro­­péen est por­té depuis de longues années par le Dia­logue éco­no­mique trans­at­lan­tique (Trans-Atlan­­tic Busi­ness Dia­logue, TABD), un lob­by mieux connu aujourd’hui sous l’appellation de Trans-Atlan­­tic Busi­ness Coun­cil (TABC). Créé en 1995 sous le patro­nage de la Com­mis­sion euro­péenne et du minis­tère du com­merce amé­ri­cain, ce ras­sem­ble­ment de riches entre­pre­neurs milite pour un « dia­logue » hau­te­ment construc­tif entre les élites éco­no­miques des deux conti­nents, l’administration de Washing­ton et les com­mis­saires de Bruxelles. Le TABC est un forum per­ma­nent qui per­met aux mul­ti­na­tio­nales de coor­don­ner leurs attaques contre les poli­tiques d’intérêt géné­ral qui tiennent encore debout des deux côtés de l’Atlantique.

Son objec­tif, publi­que­ment affi­ché, est d’éliminer ce qu’il appelle les « dis­cordes com­mer­ciales » (trade irri­tants), c’est-à-dire d’opérer sur les deux conti­nents selon les mêmes règles et sans inter­fé­rence avec les pou­voirs publics. « Conver­gence régu­la­toire » et « recon­nais­sance mutuelle » font par­tie des pan­neaux séman­tiques qu’il bran­dit pour inci­ter les gou­ver­ne­ments à auto­ri­ser les pro­duits et ser­vices contre­ve­nant aux légis­la­tions locales.

Injuste rejet du porc à la ractopamine

Mais au lieu de prô­ner un simple assou­plis­se­ment des lois exis­tantes, les acti­vistes du mar­ché trans­at­lan­tique se pro­posent car­ré­ment de les réécrire eux-mêmes. La Chambre amé­ri­caine de com­merce et Busi­nes­sEu­rope, deux des plus grosses orga­ni­sa­tions patro­nales de la pla­nète, ont ain­si appe­lé les négo­cia­teurs de l’APT à réunir autour d’une table de tra­vail un échan­tillon de gros action­naires et de res­pon­sables poli­tiques afin qu’ils « rédigent ensemble les textes de régu­la­tion » qui auront ensuite force de loi aux États-Unis et dans l’Union euro­péenne. C’est à se deman­der, d’ailleurs, si la pré­sence des poli­tiques à l’atelier d’écriture com­mer­cial est vrai­ment indispensable…

De fait, les mul­ti­na­tio­nales se montrent d’une remar­quable fran­chise dans l’exposé de leurs inten­tions. Par exemple sur la ques­tion des OGM. Alors qu’aux États-Unis un État sur deux envi­sage de rendre obli­ga­toire un label indi­quant la pré­sence d‘organismes géné­ti­que­ment modi­fiés dans un ali­ment — une mesure sou­hai­tée par 80 % des consom­ma­teurs du pays —, les indus­triels de l’agroalimentaire, là comme en Europe, poussent à l’interdiction de ce type d’étiquetage. L’Association natio­nale des confi­seurs n’y est pas allée par quatre che­mins : « L’industrie amé­ri­caine vou­drait que l’APT avance sur cette ques­tion en sup­pri­mant la label­li­sa­tion OGM et les normes de tra­ça­bi­li­té. » La très influente Asso­cia­tion de l’industrie bio­tech­no­lo­gique (Bio­tech­no­lo­gy Indus­try Orga­ni­za­tion, BIO), dont fait par­tie le géant Mon­san­to, s’indigne pour sa part que des pro­duits conte­nant des OGM et ven­dus aux États-Unis puissent essuyer un refus sur le mar­ché euro­péen. Elle sou­haite par consé­quent que le « gouffre qui se creuse entre la déré­gu­la­tion des nou­veaux pro­duits bio­tech­no­lo­giques aux États-Unis et leur accueil en Europe » soit pres­te­ment com­blé (8). Mon­san­to et ses amis ne cachent pas leur espoir que la zone de libre-échange trans­at­lan­tique per­mette d’imposer enfin aux Euro­péens leur « cata­logue foi­son­nant de pro­duits OGM en attente d’approbation et d’utilisation (9) ».

L’offensive n’est pas moins vigou­reuse sur le front de la vie pri­vée. La Coa­li­tion du com­merce numé­rique (Digi­tal Trade Coa­li­tion, DTC), qui regroupe des indus­triels du Net et des hautes tech­no­lo­gies, presse les négo­cia­teurs de l’APT de lever les bar­rières empê­chant les flux de don­nées per­son­nelles de s’épancher libre­ment de l’Europe vers les États-Unis (lire La traque métho­dique de l’internaute révo­lu­tionne la publi­ci­té). « Le point de vue actuel de l’Union selon lequel les États-Unis ne four­nissent pas une pro­tec­tion de la vie pri­vée “adé­quate” n’est pas rai­son­nable », s’impatientent les lob­byistes. A la lumière des révé­la­tions de M. Edward Snow­den sur le sys­tème d’espionnage de l’Agence natio­nale de sécu­ri­té (Natio­nal Secu­ri­ty Agen­cy, NSA), cet avis tran­ché ne manque pas de sel. Tou­te­fois, il n’égale pas la décla­ra­tion de l’US Coun­cil for Inter­na­tio­nal Busi­ness (USCIB), un grou­pe­ment de socié­tés qui, à l’instar de Veri­zon, ont mas­si­ve­ment appro­vi­sion­né la NSA en don­nées per­son­nelles : « L’accord devrait cher­cher à cir­cons­crire les excep­tions, comme la sécu­ri­té et la vie pri­vée, afin de s’assurer qu’elles ne servent pas d’entraves au com­merce dégui­sées. »

Les normes de qua­li­té dans l’alimentation sont elles aus­si prises pour cible. L’industrie amé­ri­caine de la viande entend obte­nir la sup­pres­sion de la règle euro­péenne qui inter­dit les pou­lets dés­in­fec­tés au chlore. À l’avant-garde de ce com­bat, le groupe Yum !, pro­prié­taire de la chaîne de res­tau­ra­tion rapide Ken­tu­cky Fried Chi­cken (KFC), peut comp­ter sur la force de frappe des orga­ni­sa­tions patro­nales. « L’Union auto­rise seule­ment l’usage de l’eau et de la vapeur sur les car­casses », pro­teste l’Association nord-amé­­ri­­caine de la viande, tan­dis qu’un autre groupe de pres­sion, l’Institut amé­ri­cain de la viande, déplore le « rejet injus­ti­fié [par Bruxelles] des viandes addi­tion­nées de bêta-ago­­nistes, comme le chlor­hy­drate de rac­to­pa­mine ».

La rac­to­pa­mine est un médi­ca­ment uti­li­sé pour gon­fler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins. Du fait de ses risques pour la san­té des bêtes et des consom­ma­teurs, elle est ban­nie dans cent soixante pays, par­mi les­quels les États membres de l’Union, la Rus­sie et la Chine. Pour la filière por­cine amé­ri­caine, cette mesure de pro­tec­tion consti­tue une dis­tor­sion de la libre concur­rence à laquelle l’APT doit mettre fin d’urgence.

« Les pro­duc­teurs de porc amé­ri­cains n’accepteront pas d’autre résul­tat que la levée de l’interdiction euro­péenne de la rac­to­pa­mine », menace le Conseil natio­nal des pro­duc­teurs de porc (Natio­nal Pork Pro­du­cers Coun­cil, NPPC). Pen­dant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les indus­triels regrou­pés au sein de Busi­nes­sEu­rope dénoncent les « bar­rières qui affectent les expor­ta­tions euro­péennes vers les États-Unis, comme la loi amé­ri­caine sur la sécu­ri­té ali­men­taire ». Depuis 2011, celle-ci auto­rise en effet les ser­vices de contrôle à reti­rer du mar­ché les pro­duits d’importation conta­mi­nés. Là encore, les négo­cia­teurs de l’APT sont priés de faire table rase.

Il en va de même avec les gaz à effet de serre. L’organisation Air­lines for Ame­ri­ca (A4A), bras armé des trans­por­teurs aériens amé­ri­cains, a éta­bli une liste des « règle­ments inutiles qui portent un pré­ju­dice consi­dé­rable à [leur] indus­trie » et que l’APT, bien sûr, a voca­tion à rayer de la carte. Au pre­mier rang de cette liste figure le sys­tème euro­péen d’échange de quo­tas d’émissions, qui oblige les com­pa­gnies aériennes à payer pour leur pol­lu­tion au car­bone. Bruxelles a pro­vi­soi­re­ment sus­pen­du ce pro­gramme ; A4A exige sa sup­pres­sion défi­ni­tive au nom du « pro­grès ».

Mais c’est dans le sec­teur de la finance que la croi­sade des mar­chés est la plus viru­lente. Cinq ans après l’irruption de la crise des sub­prime, les négo­cia­teurs amé­ri­cains et euro­péens sont conve­nus que les vel­léi­tés de régu­la­tion de l’industrie finan­cière avaient fait leur temps. Le cadre qu’ils veulent mettre en place pré­voit de lever tous les garde-fous en matière de pla­ce­ments à risques et d’empêcher les gou­ver­ne­ments de contrô­ler le volume, la nature ou l’origine des pro­duits finan­ciers mis sur le mar­ché. En somme, il s’agit pure­ment et sim­ple­ment de rayer le mot « régu­la­tion » de la carte.

D’où vient cet extra­va­gant retour aux vieilles lunes that­ché­riennes ? Il répond notam­ment aux vœux de l’Association des banques alle­mandes, qui ne manque pas d’exprimer ses « inquié­tudes » à pro­pos de la pour­tant timide réforme de Wall Street adop­tée au len­de­main de la crise de 2008. L’un de ses membres les plus entre­pre­nants sur ce dos­sier est la Deutsche Bank, qui a pour­tant reçu en 2009 des cen­taines de mil­liards de dol­lars de la Réserve fédé­rale amé­ri­caine en échange de titres ados­sés à des créances hypo­thé­caires (10). Le mas­to­donte alle­mand veut en finir avec la régle­men­ta­tion Vol­cker, clé de voûte de la réforme de Wall Street, qui pèse selon lui d’un « poids trop lourd sur les banques non amé­ri­caines ». Insu­rance Europe, le fer de lance des socié­tés d’assurances euro­péennes, sou­haite pour sa part que l’APT « sup­prime » les garan­ties col­la­té­rales qui dis­suadent le sec­teur de s’aventurer dans des pla­ce­ments à hauts risques.

Quant au Forum des ser­vices euro­péens, orga­ni­sa­tion patro­nale dont fait par­tie la Deutsche Bank, il s’agite dans les cou­lisses des pour­par­lers trans­at­lan­tiques pour que les auto­ri­tés de contrôle amé­ri­caines cessent de mettre leur nez dans les affaires des grandes banques étran­gères opé­rant sur leur ter­ri­toire. Côté amé­ri­cain, on espère sur­tout que l’APT enter­re­ra pour de bon le pro­jet euro­péen de taxe sur les tran­sac­tions finan­cières. L’affaire paraît d’ores et déjà enten­due, la Com­mis­sion euro­péenne ayant elle-même jugé cette taxe non conforme aux règles de l’OMC (11). Dans la mesure où la zone de libre-échange trans­at­lan­tique pro­met un libé­ra­lisme plus débri­dé encore que celui de l’OMC, et alors que le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) s’oppose sys­té­ma­ti­que­ment à toute forme de contrôle sur les mou­ve­ments de capi­taux, la ché­tive « taxe Tobin » n’inquiète plus grand monde aux États-Unis.

Mais les sirènes de la déré­gu­la­tion ne se font pas entendre dans la seule indus­trie finan­cière. L’APT entend ouvrir à la concur­rence tous les sec­teurs « invi­sibles » ou d’intérêt géné­ral. Les États signa­taires se ver­raient contraints non seule­ment de sou­mettre leurs ser­vices publics à la logique mar­chande, mais aus­si de renon­cer à toute inter­ven­tion sur les four­nis­seurs de ser­vices étran­gers qui convoitent leurs mar­chés. Les marges de manœuvre poli­tiques en matière de san­té, d’énergie, d’éducation, d’eau ou de trans­port se rédui­raient comme peau de cha­grin. La fièvre com­mer­ciale n’épargne pas non plus l’immigration, puisque les ins­ti­ga­teurs de l’APT s’arrogent la com­pé­tence d’établir une poli­tique com­mune aux fron­tières — sans doute pour faci­li­ter l’entrée de ceux qui ont un bien ou un ser­vice à vendre au détri­ment des autres.

Depuis quelques mois, le rythme des négo­cia­tions s’intensifie. À Washing­ton, on a de bonnes rai­sons de croire que les diri­geants euro­péens sont prêts à n’importe quoi pour ravi­ver une crois­sance éco­no­mique mori­bonde, fût-ce au prix d’un renie­ment de leur pacte social. L’argument des pro­mo­teurs de l’APT, selon lequel le libre-échange déré­gu­lé faci­li­te­rait les échanges com­mer­ciaux et serait donc créa­teur d’emplois, pèse appa­rem­ment plus lourd que la crainte d’un séisme social. Les bar­rières doua­nières qui sub­sistent encore entre l’Europe et les États-Unis sont pour­tant « déjà assez basses », comme le recon­naît le repré­sen­tant amé­ri­cain au com­merce (12). Les arti­sans de l’APT admettent eux-mêmes que leur objec­tif pre­mier n’est pas d’alléger les contraintes doua­nières, de toute façon insi­gni­fiantes, mais d’imposer « l’élimination, la réduc­tion ou la pré­ven­tion de poli­tiques natio­nales super­flues (13) », étant consi­dé­ré comme « super­flu » tout ce qui ralen­tit l’écoulement des mar­chan­dises, comme la régu­la­tion de la finance, la lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ou l’exercice de la démocratie.

Il est vrai que les rares études consa­crées aux consé­quences de l’APT ne s’attardent guère sur ses retom­bées sociales et éco­no­miques. Un rap­port fré­quem­ment cité, issu du Centre euro­péen d’économie poli­tique inter­na­tio­nale (Euro­pean Centre for Inter­na­tio­nal Poli­ti­cal Eco­no­my, Ecipe), affirme avec l’autorité d’un Nostra­da­mus d’école de com­merce que l’APT déli­vre­ra à la popu­la­tion du mar­ché trans­at­lan­tique un sur­croît de richesse de 3 cen­times par tête et par jour… à par­tir de 2029 (14).

En dépit de son opti­misme, la même étude éva­lue à 0,06 % seule­ment la hausse du pro­duit inté­rieur but (PIB) en Europe et aux États-Unis à la suite de l’entrée en vigueur de l’APT. Encore un tel « impact » est-il lar­ge­ment irréa­liste, dans la mesure où ses auteurs pos­tulent que le libre-échange « dyna­mise » la crois­sance éco­no­mique ; une théo­rie régu­liè­re­ment réfu­tée par les faits. Une élé­va­tion aus­si infi­ni­té­si­male serait d’ailleurs imper­cep­tible. Par com­pa­rai­son, la cin­quième ver­sion de l’iPhone d’Apple a entraî­né aux États-Unis une hausse du PIB huit fois plus importante.

Presque toutes les études sur l’APT ont été finan­cées par des ins­ti­tu­tions favo­rables au libre-échange ou par des orga­ni­sa­tions patro­nales, rai­son pour laquelle les coûts sociaux du trai­té n’y appa­raissent pas, pas plus que ses vic­times directes, qui pour­raient pour­tant se comp­ter en cen­taines de mil­lions. Mais les jeux ne sont pas encore faits. Comme l’ont mon­tré les mésa­ven­tures de l’AMI, de la ZLEA et cer­tains cycles de négo­cia­tions à l’OMC, l’utilisation du « com­merce » comme che­val de Troie pour déman­te­ler les pro­tec­tions sociales et ins­tau­rer la junte des char­gés d’affaires a échoué à plu­sieurs reprises par le pas­sé. Rien ne dit qu’il n’en sera pas de même cette fois encore.

Lori M. Wallach

Direc­trice de Public Citizen’s Glo­bal Trade Watch, Washing­ton, DC, www​.citi​zen​.org
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(1) Lire « Le nou­veau mani­feste du capi­ta­lisme mon­dial », Le Monde diplo­ma­tique, février 1998.

(2) « Some secre­cy nee­ded in trade talks : Ron Kirk », Reu­ters, 13 mai 2012.

(3) Zach Car­ter, « Eli­za­beth War­ren oppo­sing Oba­ma trade nomi­nee Michael Fro­man », Huf­fing­ton Post, 19 juin 2013.

(5) Andrew Mar­tin, « Trea­ty dis­putes roi­led by bias charges », Bloom­berg, 10 juillet 2013.

(6) « Ren­co uses US-Peru FTA to evade jus­tice for La Oroya pol­lu­tion » (PDF), Public Citi­zen, 28 novembre 2012.

(7) « Ecua­dor to fight oil dis­pute fine », Agence France-Presse, 13 octobre 2012.

(8) Com­men­taires sur l’accord de par­te­na­riat trans­at­lan­tique, docu­ment du BIO, Washing­ton, DC, mai 2013.

(9) « EU-US high level wor­king group on jobs and growth. Res­ponse to consul­ta­tion by Euro­pa­Bio and BIO » (PDF), http://​ec​.euro​pa​.eu

(10) Sha­hien Nasi­ri­pour, « Fed opens books, revea­ling Euro­pean mega­banks were big­gest bene­fi­cia­ries », Huf­fing­ton Post, 10 jan­vier 2012.

(11) « Europe admits spe­cu­la­tion taxes a WTO pro­blem », Public Citi­zen, 30 avril 2010.

(12) Cour­rier de M. Deme­trios Maran­tis, repré­sen­tant amé­ri­cain au com­merce, à M. John Boeh­ner, porte-parole répu­bli­cain à la Chambre des repré­sen­tants, Washing­ton, DC, 20 mars 2013, http://​ec​.euro​pa​.eu

(13) « Final report. High level wor­king group on jobs and growth » (PDF), 11 février 2013, http://​ec​.euro​pa​.eu

(14) « TAFTA’s trade bene­fit : A can­dy bar », Public Citi­zen, 11 juillet 2013.

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Le traité qui va nous maltraiter (Le Canard enchaîné du 19 mars 2014)

Article court et tonique, publié dans Le Canard enchaî­né du 19 mars 2014,
et trou­vé sur le blog (pas­sion­nant) de Claude Rochet :

« SANS tam­bour ni trom­pette, des délé­ga­tions euro­péennes et amé­ri­caines se sont ren­con­trées tout au long de la semaine der­nière à Bruxelles pour le qua­trième round de négo­cia­tions sur le fameux trai­té de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis. Ce trai­té dont Fran­çois Hol­lande a récem­ment dit devant Oba­ma qu’il sou­hai­tait sa ratifi­ca­tion« le plus vite pos­sible », ce qui nous pro­met bien du plai­sir… Car son but est d’éliminer les« obs­tacles régle­men­taires inutiles au com­merce ». Et ce dans tous les domaines : à part le ciné­ma, excep­tion cultu­relle qui confirme la règle, tout sera pas­sé au kar­cher : agri­cul­ture, envi­ron­ne­ment, éner­gie, aéro­nau­tique, auto­mo­bile, ser­vices, contrats publics, normes, etc. Ça va saigner !

Un exemple ? On se sou­vient que le pétro­lier texan Schuep­bach, furieux que ses per­mis de forer en France soient deve­nus caducs à cause de la loi de juillet 2011 inter­di­sant la frac­tu­ra­tion hydrau­lique pour extraire les gaz de schiste, avait atta­qué celle-ci en jus­tice. Et que le Conseil consti­tu­tion­nel l’avait envoyé bou­ler, en octobre. Pur archaïsme, évi­dem­ment ! Lorsque le trai­té trans­at­lan­tique sera ratifié, le Conseil consti­tu­tion­nel et les tri­bu­naux fran­çais n’auront plus leur mot à dire. C’est le Cir­di, un tri­bu­nal d’arbitrage sis à Washing­ton et dépen­dant de la Banque mon­diale, qui sera juge. Plu­sieurs pays se mordent déjà les doigts d’avoir signé pareil trai­té de libre-échange, qui, sous pré­texte de pro­té­ger les inves­tis­seurs, per­met aux firmes pri­vées d’attaquer les pou­voirs publics, et au droit pri­vé de pri­mer sur le droit natio­nal. Ain­si l’Uruguay, dont le Pré­sident, un ancien can­cé­ro­logue très sen­sible aux méfaits du tabac, avait mené une vigou­reuse cam­pagne anti-clopes qui a fait bais­ser la consom­ma­tion de 44 %. Le géant de la ciga­rette Phi­lip Mor­ris, esti­mant que ses « droits d’investisseur » ont été bafoués, réclame à I’Uruguay une indem­ni­té de 2 mil­liards de dol­lars. Le Cir­di ren­dra son juge­ment l’an pro­chain (« Cour­rier inter­na­tio­nal », 132)…

Dans un excellent petit ouvrage (1) qui décrypte les 46 articles du man­dat de négo­cia­tion de la Com­mis­sion euro­péenne, et per­met donc d’imaginer ce qui se passe dans les très opaques négo­cia­tions actuel­le­ment en cours, Raoul Marc Jen­nar rap­pelle qu’il existe un pré­cé­dent, l’Ale­na, accord de libre-échange qui lie depuis vingt ans États-Unis, Cana­da et Mexique. « En vingt ans, le Cana­da a été atta­qué 30 fois par des firmes pri­vées amé­ri­caines, le plus sou­vent pour contes­ter des mesures en vue de pro­té­ger la san­té publique ou l’environnement, ou pour pro­mou­voir des éner­gies alter­na­tives. Le Cana­da a per­du 30 fois. » 

Et de racon­ter une plainte actuel­le­ment en cours. La ville amé­ri­caine de Detroit est reliée par un pont à la ville cana­dienne de Wind­sor. Ce pont est tota­le­ment satu­ré par le trafic. Le Cana­da a donc déci­dé d’en construire un nou­veau… Mais la firme pri­vée amé­ri­caine à laquelle appar­tient le pont embou­teillé ne l’entend pas de cette oreille ! Elle réclame 3,5 mil­liards de dol­lars de com­pen­sa­tion au Cana­da, car « elle consi­dère que la construc­tion du nou­veau pont est une expro­pria­tion de son inves­tis­se­ment et qu’elle béné­fi­cie d’un droit exclu­sif au fran­chis­se­ment de la rivière par un pont ». C’est‑y pas beau ?

On se demande bien pour­quoi les trac­ta­tions entre l’Europe et les États-Unis concer­nant ce mer­veilleux méca­nisme dit du règle­ment des dif­fé­rends, qui sera l’une des pierres angu­laires du trai­té, ont été pru­dem­ment repous­sées après les élec­tions euro­péennes. Mieux vaut tenir le popu­lo à l’écart : il serait capable de com­prendre que c’est dans ses poches que les mul­ti­na­tio­nales s’apprêtent à se servir… »

Jean-Luc Por­quet
Le Canard enchaî­né, 19/3/2014.

http://www.laquadrature.net/fileshttp://www.laquadrature.net/files/rp/20140319%20-%20Canard%20enchaine%20-%20TAFTA.jpg

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Note :

(1) « Le grand mar­ché trans­at­lan­tique : la menace sur les pays d’Europe », Cap Béar Edi­tions, 64 p., 5 €.

Lire aus­si le récent rap­port en ligne de Cor­po­rate Europe Obser­va­to­ry « Pro­fi­ter de la crise — Com­ment des entre­prises et des avo­cats s’enrichissent aux dépens des pays euro­péens en crise ».


Le Canard oublie juste un détail : la cause des causes de ces hideuses traî­trises au plus haut niveau de la Répri­vée, c’est notre démis­sion per­son­nelle du pro­ces­sus consti­tuant. Et je pense que les canards devraient bien nous aider à en prendre vite conscience, en fai­sant fi du qu’en dira-t-on.

Étienne.

Prochain atelier constituant, autonome, à Pont-À-Mousson le 6 avril 2014, avec Utopia Lorraine

Les copains d’Uto­pia Lor­raine m’in­forment que les belles graines d’i­dées semées récem­ment (lors de notre riche ren­contre du 24 jan­vier) com­mencent déjà à germer :

Un pre­mier ate­lier « démo­cra­tie », avec ate­lier « consti­tuante », en auto­no­mie, aura lieu le 6 avril pro­chain à la Mai­son des Socié­tés de Pont-à-Mous­­son, dès 14h.


http://​www​.fsl​-nan​cy​.fr/​a​t​e​l​i​e​r​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​u​t​o​p​i​a​–​s​u​ite

Il est pro­po­sé de com­men­cer par un travail :

  • de col­lecte des mots qui ont per­du leur sens ou qui ont des sens dévoyés, ce qui empêche une bonne com­pré­hen­sion des concepts poli­tiques par le peuple. Ce tra­vail devrait débou­cher sur un lexique qui don­ne­rait du sens ou redon­ne­rait du sens aux termes ;
  • d’é­cri­ture de consti­tu­tion. 1ère étape : lis­ter les valeurs, concepts, prin­cipes qui semblent incon­tour­nables dans une consti­tu­tion (charte du bien vivre ensemble) dans une socié­té à voca­tion tout à fait démocratique.

Je suis sûr qu’ils nous tien­dront au cou­rant : résu­mé, vidéos, outils d’or­ga­ni­sa­tion et de déli­bé­ra­tion… pou­vant ser­vir aux autres à amé­lio­rer leurs propres ate­liers constituants.

À pro­pos, il serait vrai­ment utile que quelques virus pro­gram­meurs web cou­ra­geux et talen­tueux nous aident à créer une PLATEFORME ‘ATELIERS CONSTITUANTS’ d’é­changes, avec mise en com­mun des agen­das, des expé­riences vécues, des outils d’or­ga­ni­sa­tion, des outils de déli­bé­ra­tion, des textes pro­duits, etc.

Mer­ci à tous, pour tout ce que vous faites pour le bien commun.

Étienne.

Exerçons-nous à écrire une constitution citoyenne

Un court extrait (3 minutes) de l’en­tre­tien récent avec La Mutinerie,
à la mai­son (14 février 2014) :

On est jeu­di. À com­bien d’a­te­liers avez-vous par­ti­ci­pé depuis lun­di ? Oui, vous.
Allez, il faut s’en­traî­ner, ça rou­pille là-dedans !
Pas besoin d’être 50 ! Un ate­lier, ça fonc­tionne très bien à deux ou trois personnes.
Et n’ou­bliez pas d’in­vi­ter des incon­nus (voi­sins, pas­sants..), ou votre famille encore endor­mie (papa, maman, reje­tons, cou­sins, cou­sines…), ou vos col­lègues de tra­vail… Et au bou­lot, tous les jours de toute la semaine 🙂 Ben oui, quoi, faut savoir ce qu’on veut : si c’est une bonne idée, c’est une bonne idée… Alors, on s’en occupe : on éteint la télé et on réflé­chit (tout le temps) à notre pro­chaine constitution.

Passionnant Philip Zimbardo : la psychologie du mal – comment des gens ordinaires deviennent des monstres… ou des héros ! Regardez du côté des INSTITUTIONS et du CONTRÔLE DES POUVOIRS

Remar­quable syn­thèse sur l’im­por­tance des ins­ti­tu­tions,
pour inci­ter les acteurs au vice ou à la vertu :

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Notez bien que Zim­bar­do, comme tout le monde, s’ar­rête sur une cause spec­ta­cu­laire et utile, mais PAS pre­mière. En sub­stance, Zim­bar­do dit, comme Mon­tes­quieu : « inutile de comp­ter sur la ver­tu spon­ta­née des hommes, réflé­chis­sez plu­tôt à de bonnes ins­ti­tu­tions, qui vont pous­ser tout le monde à la ver­tu ; inutile de redou­ter ou de déplo­rer le vice spon­ta­né des hommes, réflé­chis­sez plu­tôt aux ins­ti­tu­tions qui ont ren­du pos­sible — et peut-être même sus­ci­té — ce mal ».

OK, MAIS, cette cause (qu’il explique for­mi­da­ble­ment bien) est fon­da­men­ta­le­ment INSUFFISANTE pour régler le pro­blème du mal,
parce que cette cause n’est pas pre­mière :
Zim­bar­do ne cherche pas la cause de la cause ; il devrait encore se deman­der :
QUI ÉCRIT CES FICHUES INSTITUTIONS ?!
– ET, encore plus en amont, QUI LAISSE LES HOMMES AU POUVOIR ÉCRIRE LES RÈGLES DE LEUR PROPRE POUVOIR ?!

(Com­ment ça « je radote » ? 🙂 )
Étienne.
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Texte inté­gral (à par­tir des sous-titres) :

« Phi­lo­sophes, dra­ma­turges, théo­lo­giens ont débat­tu de cette ques­tion pen­dant des siècles : Qu’est-ce qui rend les gens mau­vais ? J’ai posé cette ques­tion quand j’é­tais un petit gar­çon. Quand je gran­dis­sais dans le ghet­to déshé­ri­té du Bronx Sud à New-York, j’é­tais entou­ré par le mal, comme tous les enfants qui gran­dissent dans une zone dif­fi­cile. Et j’a­vais des amis qui étaient vrai­ment des enfants gen­tils, mais qui vivaient la vie de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, de Robert Louis Ste­ven­son. C’est-à-dire qu’ils se dro­guaient, avaient des ennuis, allaient en pri­son. Cer­tains se sont fait tuer, et cer­tains ont fait tout cela sans même l’in­fluence de la drogue.

Donc quand j’ai lu Robert Louis Ste­ven­son, ce n’é­tait pas de la fic­tion. La seule ques­tion, c’est : qu’est-ce qu’il y avait dans la potion ? Et plus impor­tant, cette ligne entre le bien et le mal – dont les gens pri­vi­lé­giés aiment à pen­ser qu’elle est fixe et étanche, avec eux du bon côté, et les autres du mau­vais côté – je savais que cette ligne était mobile, et qu’elle était per­méable. Des gens biens pou­vaient être inci­tés à tra­ver­ser cette ligne, et dans cer­taines rares cir­cons­tances favo­rables, de jeunes voyous pou­vaient en reve­nir avec de l’aide, un tra­vail sur soi et de la rééducation.

Et donc je vais com­men­cer avec cette mer­veilleuse illu­sion par l’ar­tiste hol­lan­dais M.C. Escher. Si vous la regar­dez, et que vous vous concen­trez sur les par­ties blanches, ce que vous voyez, c’est un monde plein d’anges. Mais si nous regar­dons de plus près, ce qui appa­raît ce sont les démons, les diables dans le monde. Et ceci nous dit plu­sieurs choses.

Un : le monde est, a tou­jours été et sera tou­jours fait du bien et du mal, parce que le bien et le mal sont le Yin et le Yang de la condi­tion humaine. Mais cela me dit éga­le­ment autre chose. Si vous vous sou­ve­nez bien, l’ange pré­fé­ré de Dieu était Luci­fer. Appa­rem­ment, Luci­fer signi­fie « la lumière ». Cela veut aus­si dire « l’é­toile du matin », dans cer­tains textes. Et appa­rem­ment, il a déso­béi à Dieu, et c’est la plus grande déso­béis­sance pos­sible à l’au­to­ri­té. Et lorsque c’est arri­vé, l’Ar­change Michel a été envoyé pour le ban­nir du para­dis avec les autres anges déchus. Et donc Luci­fer des­cend en enfer, devient Satan, devient le diable, et les forces du mal dans l’u­ni­vers émergent.

Para­doxa­le­ment, c’est donc Dieu qui créa l’en­fer, en tant qu’en­droit où conte­nir le mal. Il n’a pas fait un très bon tra­vail d’i­so­la­tion, cepen­dant. Donc, cette his­toire de la trans­for­ma­tion cos­mique de l’ange pré­fé­ré de Dieu, en Diable, à mes yeux, nous donne le contexte néces­saire à la com­pré­hen­sion des êtres humains qui sont trans­for­més, de gens bons et ordi­naires en auteurs de crimes.

Et donc cet Effet Luci­fer, bien qu’il se concentre sur les néga­tifs (les néga­tifs que peuvent deve­nir les gens, pas les néga­tifs que sont les gens) me mène à une défi­ni­tion psy­cho­lo­gique : le mal, c’est l’exer­cice du pou­voir. Et là est la clé : il s’a­git du pou­voir. De faire inten­tion­nel­le­ment du mal aux gens, psy­cho­lo­gi­que­ment, phy­si­que­ment, de détruire mor­tel­le­ment des gens, ou des idées, et de com­mettre des crimes contre l’hu­ma­ni­té. Si vous faites une recherche Google du mot « evil », un mot qui devrait sûre­ment être en retrait de nos jours vous obte­nez 136 mil­lions de réponses en un tiers de seconde.

Il y a quelques années – Je suis cer­tain que vous avez tous été cho­qués, comme moi, par la révé­la­tion que des sol­dats amé­ri­cains mal­trai­taient des pri­son­niers dans un endroit éloi­gné au milieu d’une guerre contro­ver­sée : Abu Ghraib en Irak. Il s’a­gis­sait d’hommes et de femmes qui pro­cé­daient à d’in­croyables humi­lia­tions sur les pri­son­niers. J’é­tais cho­qué, mais pas sur­pris, parce que j’a­vais vu ces mêmes paral­lèles visuels quand j’é­tais le direc­teur de pri­son dans l’é­tude sur la pri­son de Stanford.

Immé­dia­te­ment, qu’a dit l’ad­mi­nis­tra­tion mili­taire du gou­ver­ne­ment Bush ? Ce que toutes les admi­nis­tra­tions disent quand il y a un scan­dale. « Ce n’est pas notre faute. Ce n’est pas celle du sys­tème. C’est celle de quelques bre­bis galeuses, de quelques mau­vais sol­dats. » Mon hypo­thèse est que les sol­dats amé­ri­cains sont bons, en temps nor­mal. Peut-être que c’é­tait le pré qui était mau­vais. Mais com­ment je vais.… com­ment puis-je déve­lop­per une telle hypothèse ?

Je suis deve­nu un expert témoin pour l’un des gardes, le ser­gent Chip Fre­de­rick, et dans cette fonc­tion, j’ai eu accès à la dizaine de rap­ports d’en­quêtes, J’a eu accès à lui, j’ai pu l’é­tu­dier. le faire venir chez moi, apprendre à le connaitre, faire des ana­lyses psy­cho­lo­giques pour voir s’il était une bonne bre­bis ou une bre­bis galeuse. Et enfin, j’ai eu accès à l’in­té­gra­li­té des 1000 pho­tos que ces sol­dats ont prises. Ces images sont d’une nature vio­lente ou sexuelle. Elles pro­viennent toutes des appa­reils de sol­dats amé­ri­cains parce que tout le monde a un appa­reil pho­to, numé­rique ou sur son télé­phone. Ils ont tout pho­to­gra­phié. Plus de 1000 photos.

Ce que j’ai fait, c’est que je les ai orga­ni­sées en dif­fé­rentes caté­go­ries. Mais celles-ci sont prises par la police mili­taire des États-Unis, des réser­vistes de l’ar­mée. Ces sol­dats ne sont abso­lu­ment pas pré­pa­rés pour ce type de mis­sion. Et tout s’est dérou­lé en un seul endroit, au Niveau 1A, pen­dant la rota­tion de nuit. Pour­quoi ? Le Niveau 1A était le centre de ren­sei­gne­ment mili­taire. C’é­tait le centre d’in­ter­ro­ga­tion. La CIA y était, les inter­ro­ga­teurs de Titan Cor­po­ra­tion, ils sont tous là, et ils n’ob­tiennent aucune infor­ma­tion concer­nant l’in­sur­rec­tion. Alors ils mettent la pres­sion sur ces sol­dats, la police mili­taire, pour qu’ils fran­chissent la ligne, ils leur donnent la per­mis­sion de bri­ser la volon­té de l’en­ne­mi, de les pré­pa­rer pour les inter­ro­ga­toires, de les rendre plus mal­léables, d’en­le­ver les gants. Voi­là les euphé­mismes, et voi­ci com­ment ils ont été inter­pré­tés. Des­cen­dons dans ce cachot.

(Bruit d’ap­pa­reil pho­to) (Bruits sourds) (Bruit d’ap­pa­reil pho­to) (Bruits sourds) (Res­pi­ra­tion) (Cloches)

Assez hor­rible. C’est l’une des illus­tra­tions visuelles du mal. Et vous avez sûre­ment com­pris que la rai­son pour laquelle j’ai sur­im­po­sé l’i­mage du pri­son­nier avec ses bras écar­tés et l’ode à l’hu­ma­ni­té de Léo­nard de Vin­ci, c’est que le pri­son­nier était un malade men­tal. Ce pri­son­nier se cou­vrait de merde chaque jour, et ils étaient obli­gés de le rou­ler dans la pous­sière pour qu’il ne pue pas. Mais les gar­diens ont fini par le sur­nom­mer Petit Mer­deux. Pour­quoi était-il dans cette pri­son plu­tôt que dans un asile ?

Quoi­qu’il en soit, voi­ci l’an­cien ministre de la Défense, M. Rum­sfeld. Il arrive et dit : « Je veux savoir qui est res­pon­sable ? Qui sont les bre­bis galeuses ? » Mais c’est une mau­vaise ques­tion. Il faut la reca­drer et deman­der « Qu’est-ce qui est res­pon­sable ? » Parce que ce « Qu’est-ce que » pour­rait être le « qui » des gens mais pour­rait aus­si être le « quoi » de la situa­tion et mani­fes­te­ment sa ques­tion va dans le mau­vais sens.

Alors com­ment les psy­cho­logues font-ils pour com­prendre de telles trans­for­ma­tions de la per­son­na­li­té humaine, si vous croyez fer­me­ment qu’ils étaient de bons sol­dats avant d’être envoyés dans ce cachot ? Il y a trois méthodes. La prin­ci­pale est appe­lée pré-dis­­po­­si­­tion. Nous obser­vons ce qui est à l’in­té­rieur de la per­sonne, les bre­bis galeuses.

C’est la base de toutes les sciences sociales, la base de la reli­gion, la base de la guerre. Les psy­cho­logues sociaux comme moi débarquent et disent « D’ac­cord, les gens sont les acteurs sur la scène, mais il faut être conscient du contexte de la situa­tion. Quel est l’en­semble des per­son­nages ? Quels sont les cos­tumes ? Y a‑t‑il un met­teur en scène ? » Et donc nous nous inté­res­sons aux fac­teurs externes autour de l’in­di­vi­du : le mau­vais pré ? Et les socio­logues s’ar­rêtent là, et ne voient pas le point cru­cial que j’ai décou­vert quand je suis deve­nu expert témoin pour Abu Ghraib. Le pou­voir est dans le sys­tème. Le sys­tème crée la situa­tion qui cor­rompt les indi­vi­dus, et le sys­tème, c’est l’ar­rière-plan légal, poli­tique, éco­no­mique et cultu­rel. Et c’est là qu’est le pou­voir des créa­teurs de mau­vais prés.

Donc si vous vou­lez chan­ger une per­sonne, il vous faut chan­ger la situa­tion. Si vous vou­lez chan­ger la situa­tion, il vous faut savoir où réside le pou­voir dans le sys­tème. Et donc l’Ef­fet Luci­fer implique la com­pré­hen­sion des modi­fi­ca­tions de la per­son­na­li­té humaine avec ces trois fac­teurs. Et ce sont des inter­ac­tions dyna­miques. Qu’est-ce que les gens apportent à la situa­tion ? Qu’est que la situa­tion fait res­sor­tir d’eux ? Et quel est le sys­tème qui crée et main­tient cette situation ?

Et donc le sujet de mon livre, l’Ef­fet Luci­fer, publié récem­ment, c’est de com­prendre com­ment des gens biens deviennent mau­vais ? Il contient beau­coup de détails concer­nant ce dont je vais vous par­ler aujourd’­hui. Donc « L’Ef­fet Luci­fer » du Dr. Z, bien qu’il se concentre sur le mal, est en fait une célé­bra­tion de la capa­ci­té infi­nie de l’es­prit humain de rendre n’im­porte lequel d’entre nous com­pa­tis­sant ou cruel, atten­tion­né ou indif­fé­rent, créa­tif ou des­truc­tif, et il trans­forme cer­tains d’entre nous en cri­mi­nels. Mais la bonne nou­velle, que j’es­père je pour­rai évo­quer à la fin, c’est qu’il fait de cer­tains d’entre nous des héros. Ceci est un mer­veilleux des­sin du New Yor­ker, qui résume vrai­ment toute ma pré­sen­ta­tion : « Je ne suis ni un bon, ni un mau­vais flic, Jérôme. Comme toi, je suis un amal­game com­plexe de traits de per­son­na­li­té posi­tifs et néga­tifs qui émergent, ou non, sui­vant les cir­cons­tances. » (Rires)

Il y a une étude que cer­tains d’entre vous croient connaître mais très peu de gens ont lu l’his­toire. Vous avez vu le film. Voi­ci Stan­ley Mil­gram, un gamin juif du Bronx, et il a posé la ques­tion « Est-ce que l’ho­lo­causte pour­rait se pro­duire ici, main­te­nant ? » Les gens disent « Non, ça c’est l’Al­le­magne Nazie, c’est Hit­ler, c’est 1939. » Il a répon­du « Oui, mais sup­po­sez que Hit­ler vous demande « Pour­­riez-vous élec­tro­cu­ter un étran­ger ? » « Non, pas moi, je suis quel­qu’un de bien. » Et il a dit « Pour­quoi ne pas vous pla­cer dans une situa­tion par­ti­cu­lière et vous per­mettre de voir ce que vous feriez ? »

Et donc ce qu’il a fait, c’est qu’il a tes­té 1000 per­sonnes ordi­naires, 500 de New Haven dans le Connec­ti­cut, 500 de Brid­ge­port. L’an­nonce disait : « Des psy­cho­logues veulent com­prendre la mémoire, nous vou­lons amé­lio­rer la mémoire des gens, parce que la mémoire est la clé du suc­cès. » D’ac­cord ? « Nous allons vous payer cinq dol­lars – quatre dol­lars, pour le temps pas­sé. » Et elle disait « Nous ne vou­lons pas d’é­tu­diants, nous vou­lons des hommes entre 20 et 50 ans » – dans une enquête ulté­rieure ils ont étu­dié les femmes – des gens ordi­naires : coif­feurs, ven­deurs, employés de bureau.

Donc vous y allez et l’un d’entre vous va être l’é­tu­diant et l’autre sera l’en­sei­gnant. L’é­tu­diant est un type sym­pa­thique, d’âge moyen. Il est atta­ché à l’élec­tro-choc dans une autre pièce. L’é­tu­diant peut être d’âge moyen, peut n’a­voir que vingt ans. Et des ins­truc­tions vous sont don­nées par une auto­ri­té, l’homme en blouse blanche. « Votre tra­vail d’en­sei­gnant est de don­ner à cet homme des choses à apprendre. S’il répond juste, récom­­pen­­sez-le. S’il se trompe, vous pres­sez un bou­ton sur la boite à élec­­tro-choc. Le pre­mier bou­ton est 15 volts. Il ne le sent même pas. » Et c’est cela la clé. Toutes les hor­reurs com­mencent avec 15 volts. Et l’é­tape sui­vante c’est 15 volts de plus. Le pro­blème c’est que, à l’autre bout, c’est 450 volts. Et à mesure que vous pro­gres­sez, l’homme hurle, « J’ai des pro­blèmes de cœur ! J’abandonne ! »

Vous êtes quel­qu’un de bien. Vous vous plai­gnez. « Mon­sieur, qui sera res­pon­sable si quelque chose lui arrive ? » Et l’ex­pé­ri­men­ta­teur répond « Ne vous inquié­tez pas, c’est ma res­pon­sa­bi­li­té. Conti­nuez d’en­sei­gner. » Et la ques­tion est : qui va aller jus­qu’à 450 volts ? Remar­quez que ici, quand on monte à 375, il est écrit : « Dan­ger : Décharge impor­tante. » Et quand on en arrive là, il y a « XXX » : la por­no­gra­phie du pou­voir. (Rires)

Mil­gram a deman­dé à 40 psy­chiatres, « Quel pour­cen­tage de citoyens amé­ri­cains iront jus­qu’au bout ? » Ils ont répon­du 1%. Parce que c’est un com­por­te­ment sadique, et nous savons, la psy­chia­trie sait, que seule­ment 1% des Amé­ri­cains sont sadiques. Voi­là les résul­tats. Ils étaient très loin du compte. Les deux-tiers sont allés jus­qu’à 450 volts. Ce n’é­tait qu’une seule étude. Mil­gram en a fait plus de 16 et regar­dez : dans la sei­zième étude, où vous voyez quel­qu’un dans la même situa­tion aller jus­qu’au bout, 90% vont jus­qu’au bout. Dans la cin­quième étude, si vous voyez des gens se rebel­ler, 90% se rebellent. Et les femmes ? Étude 13 : pas de dif­fé­rence avec les hommes. Mil­gram quan­ti­fie le mal comme le consen­te­ment des gens à obéir aveu­glé­ment à l’au­to­ri­té, à aller jus­qu’au bout, à 450 volts. C’est comme un cadran sur la nature humaine. un cadran dans la mesure où vous pou­vez rendre presque tous le monde tota­le­ment obéis­sant ou bien la majo­ri­té, ou bien personne.

Alors quels sont les paral­lèles exté­rieurs ? Toute recherche est après tout arti­fi­cielle. Quelle est la vali­di­té dans le monde réel ? 912 citoyens amé­ri­cains se sont sui­ci­dés ou ont été tués par des amis ou des membres de leur famille dans la jungle du Guya­na en 1978, parce qu’ils obéis­saient aveu­glé­ment à cet homme, leur pas­teur. Pas leur prêtre. Leur pas­teur, le révé­rend Jim Jones. Il les a per­sua­dés de com­mettre un sui­cide de masse et il est la repré­sen­ta­tion moderne de l’Ef­fet Luci­fer. Un homme de Dieu qui devient l’Ange de la Mort. L’é­tude de Mil­gram concerne l’au­to­ri­té d’un indi­vi­du pour contrô­ler les gens. Cepen­dant la plu­part du temps nous sommes dans des ins­ti­tu­tions et donc l’é­tude sur la pri­son de Stan­ford est une étude du pou­voir des ins­ti­tu­tions à influen­cer les com­por­te­ments indi­vi­duels. Et, c’est inté­res­sant, Stan­ley Mil­gram et moi étions dans la même classe au lycée à James Mon­roe dans le Bronx en 1954.

Donc cette étude, que j’ai faite avec mes étu­diants, en par­ti­cu­lier Craig Haney, com­men­çait aus­si avec une annonce. Nous n’a­vions pas d’argent, alors nous avions une toute petite annonce bon mar­ché, mais nous vou­lions des étu­diants en uni­ver­si­té pour une étude sur la vie en pri­son. Nous avons eu 75 volon­taires, qui ont pas­sé des tests de per­son­na­li­té. Nous avons fait des entre­tiens et en avons choi­si deux dou­zaines : les plus nor­maux, les plus sains. Un rôle leur a été attri­bué au hasard, pri­son­nier ou gar­dien. Donc, le pre­mier jour, nous savions que nous avions de bonne bre­bis. Je vais les mettre dans une mau­vaise situation.

Deuxiè­me­ment, nous savons qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre les jeunes qui vont être les gar­diens et ceux qui vont être les pri­son­niers. Aux gamins qui allaient être les pri­son­niers, nous avons dit : « Atten­dez chez vous dans les dor­toirs. L’é­tude com­mence dimanche. » Nous ne leur avons pas dit que la police muni­ci­pale vien­drait les arrê­ter de manière réa­liste. (Homme dans la vidéo : une voi­ture de police s’ar­rête devant, un flic vient à la porte et frappe et dit qu’il me cherche. Et là, immé­dia­te­ment, ils m’embarquent, me mettent les mains contre la voi­ture. C’é­tait une vraie voi­ture de flics, c’é­tait un vrai poli­cier, et il y avait mes vrais voi­sins dans la rue qui ne savaient pas que c’é­tait une expé­rience. Et il y avait ces camé­ras tout autour et les voi­sins tout autour. Ils m’ont mis dans la voi­ture, et ensuite ils ont conduit dans Palo Alto. Il’s m’ont emme­né au poste de police, dans la cave du poste de police. Et ils m’ont enfer­mé en cel­lule. J’é­tais le pre­mier à être arrê­té, donc ils m’ont mis en cel­lule, qui était exac­te­ment comme une chambre avec une porte à bar­reaux. Ce n’é­tait clai­re­ment pas une vraie cel­lule. Ils m’ont enfer­mé là-dedans, avec cet uni­forme dégra­dant. Ils pre­naient cette expé­rience trop au sérieux. »

Voi­ci les pri­son­niers qui vont être déshu­ma­ni­sés. Ils vont deve­nir des numé­ros. Voi­ci les gardes avec les sym­boles de pou­voir et d’a­no­ny­mat. Les gar­diens obligent les pri­son­niers à net­toyer les cuvettes des toi­lettes à mains nues, et à effec­tuer d’autres tra­vaux humi­liants. Ils les mettent nus. Ils les pro­voquent sexuel­le­ment. Ils com­mencent à pra­ti­quer des acti­vi­tés dégra­dantes, comme leur faire simu­ler la sodo­mie. Vous avez vu une simu­la­tion de fel­la­tion avec les sol­dats d’A­bu Ghraib. Mes gar­diens en sont arri­vés là en cinq jours. La réac­tion de stress était tel­le­ment extrême, que des enfants nor­maux, que nous avions choi­sis parce qu’ils étaient en bonne san­té ont fait des dépres­sions en l’es­pace de 36 heures. L’é­tude s’est ter­mi­née après six jours parce qu’elle était deve­nue incon­trô­lable. Cinq jeunes ont fait des dépressions.

Est-ce que cela fait une dif­fé­rence si les guer­riers partent en guerre en chan­geant leur appa­rence, ou pas ? Est-ce que cela fait une dif­fé­rence s’ils sont ano­nymes dans la manière dont ils traitent leurs vic­times ? Nous savons que dans cer­taines cultures, ils partent en guerre sans chan­ger leur appa­rence. Dans d’autres cultures, ils se peignent le corps comme dans « Sa Majes­té des Mouches » Dans d’autres, ils portent des masques. Dans beau­coup, les sol­dats sont ano­nymes en uni­formes. Donc cet anthro­po­logue, John Wat­son, a étu­dié 23 cultures qui avaient 2 types de don­nées. Changent-elles leur appa­rence ? 15. Est-ce qu’elles tuent, tor­turent, mutilent ? 13. Si elles ne changent pas leur appa­rence seule­ment une sur huit tue, tor­ture ou mutile. La clé est dans la zone rouge. Si elles changent leur appa­rence, 12 sur 13 (soit 90 pourcent) tuent, tor­turent, mutilent. Et c’est là le pou­voir de l’anonymat.

Quels sont donc
les sept pro­ces­sus sociaux qui huilent la pente glis­sante vers le mal ?

  1. Faire le pre­mier petit pas sans réfléchir.
  2. Déshu­ma­ni­ser les autres.
  3. Se dés­in­di­vi­dua­li­ser soi-même.
  4. Le par­tage de la res­pon­sa­bi­li­té personnelle.
  5. L’o­béis­sance aveugle à l’autorité.
  6. Confor­mi­té sans réserves aux normes de groupe.
  1. Tolé­rance pas­sive au mal, à tra­vers l’i­nac­tion ou l’indifférence.

Et tout cela se pro­duit lorsque vous êtes dans une situa­tion nou­velle ou peu fami­lière. Vos sché­mas de réponse habi­tuels ne fonc­tionnent pas. Votre per­son­na­li­té et mora­li­té ne sont pas engagées.

« Rien n’est plus facile que de dénon­cer celui qui fait le mal ; rien n’est plus dif­fi­cile que de le com­prendre, » nous dit Dos­toïevs­ki. Com­prendre n’est pas excu­ser. La psy­cho­lo­gie n’est pas l’excus-ologie.

Et donc les recherches socio­lo­giques et psy­cho­lo­giques révèlent com­ment des gens ordi­naires peuvent être trans­for­més sans drogues. Vous n’en avez pas besoin. Vous avez seule­ment besoin des pro­ces­sus socio-psy­­cho­­lo­­giques. Des exemples dans le monde réel ?

Com­pa­rez avec ceci. James Schle­sin­ger (et je vais devoir conclure là-des­­sus) dit : « Les psy­cho­logues ont ten­té de com­prendre com­ment et pour­quoi les indi­vi­dus et groupes qui nor­ma­le­ment se com­portent de manière humaine peuvent par­fois se com­por­ter dif­fé­rem­ment dans cer­taines cir­cons­tances. » C’est l’Ef­fet Luci­fer. Et il conti­nue en disant « L’é­tude déci­sive de Stan­ford nous four­nit un conte moral pour toutes les opé­ra­tions mili­taires. » Si vous don­nez aux gens du pou­voir sans sur­veillance, c’est une ordon­nance pour les abus. Ils le savaient et ont lais­sé faire.

Un autre rap­port, un rap­port d’en­quête du géné­ral Fay, dit que le sys­tème est cou­pable et dans son rap­port il dit que c’est l’en­vi­ron­ne­ment qui a créé Abu Ghraib du fait de man­que­ments de com­man­de­ment qui ont contri­bué à l’a­vè­ne­ment de ce type d’a­bus, et le fait qu’ils soient res­tés incon­nus des auto­ri­tés supé­rieures pen­dant si long­temps. Ces abus se sont pro­duits pen­dant trois mois. Qui gar­dait le maga­sin ? La réponse est per­sonne et, je pense, de manière vou­lue. Ils ont don­né aux gar­diens la per­mis­sion de faire ces choses, et ils savaient que per­sonne ne des­cen­drait jamais dans ce cachot.

Il faut donc un chan­ge­ment de para­digme dans tous ces domaines. Ce chan­ge­ment doit se pro­duire en dehors du modèle médi­cal qui se concentre uni­que­ment sur l’in­di­vi­du. Ce chan­ge­ment doit aller vers un modèle de san­té publique qui recon­nait les vec­teurs situa­tion­nels et sys­té­miques de la mala­die. L’in­ti­mi­da­tion est une mala­die. Le pré­ju­gé est une mala­die. La vio­lence est une mala­die. Et depuis l’In­qui­si­tion, nous avons géré ces pro­blèmes au niveau des indi­vi­dus. Et vous savez quoi ? Cela ne fonc­tionne pas. Alexandre Sol­je­nit­syne dit que la ligne entre le bien et le mal passe au tra­vers du cœur de chaque être humain. Cela signi­fie que la ligne n’est pas quelque part là-bas. C’est une déci­sion que vous devez prendre. C’est quelque chose de personnel.

Mais je vou­drais ter­mi­ner très rapi­de­ment sur une note posi­tive : l’hé­roïsme en tant qu’an­ti­dote au mal. En pro­mou­vant l’i­ma­gi­na­tion héroïque, par­ti­cu­liè­re­ment chez nos enfants, dans notre sys­tème d’é­du­ca­tion. Nous vou­lons que nos enfants pensent « Je suis le héros en deve­nir, atten­dant la bonne situa­tion pour appa­raître, et j’a­gi­rai de manière héroïque ».

Toute ma vie va main­te­nant se détour­ner du mal dans lequel j’ai évo­lué depuis mon enfance, vers la com­pré­hen­sion des héros.

Et leur idée de l’hé­roïsme main­te­nant, ce sont des gens ordi­naires qui font des choses héroïques. C’est le contre­point de la bana­li­té du mal de Han­nah Arendt. Les héros de notre socié­té tra­di­tion­nelle sont faux, parce qu’ils sont les excep­tions. Ils orga­nisent toute leur vie autour de cela. C’est pour cela que nous connais­sons leurs noms. Et les héros de nos enfants sont aus­si leurs modèles parce qu’ils ont des talents super natu­rels. Nous vou­lons que nos enfants réa­lisent que la plu­part des héros sont des gens comme vous et moi, et que l’acte héroïque est inha­bi­tuel. Voi­ci Joe Dar­by. C’est lui qui a stop­pé ces abus que vous avez vus, parce que lors­qu’il a vu ces images, il les a don­nées à un offi­cier supé­rieur qui enquê­tait. C’é­tait un simple sol­dat du rang et cela a tout arrê­té. Était-il un héros ? Non. Ils ont dû le mettre sous pro­tec­tion, parce que des gens vou­laient le tuer, avec sa mère et sa femme. Ils ont dû res­ter cachés pen­dant trois ans.

Voi­ci la femme qui a stop­pé l’é­tude sur la pri­son de Stan­ford. Quand j’ai dit que c’é­tait deve­nu hors de contrôle, j’é­tais le direc­teur de la pri­son. Je ne savais pas qu’elle n’é­tait plus sous contrôle. J’é­tais tota­le­ment indif­fé­rent. Elle est venue, a vu cet asile de fous et m’a dit : « Vous savez, ce que vous faites à ces gar­çons est ter­rible. Ce ne sont pas des pri­son­niers, ce ne sont pas des gar­diens, ce sont des gar­çons, et vous êtes res­pon­sable. » Et j’ai arrê­té l’é­tude le jour sui­vant. La bonne nou­velle c’est que je l’ai épou­sée l’an­née sui­vante. (Rires) (Applau­dis­se­ments) J’ai repris mes esprits, manifestement.

Donc cer­taines situa­tions ont le pou­voir de faire, à tra­vers – mais l’im­por­tant, c’est que c’est la même situa­tion qui peut enflam­mer une ima­gi­na­tion agres­sive chez cer­tains d’entre nous, qui nous fait com­mettre des crimes, qui peut aus­si ins­pi­rer l’i­ma­gi­na­tion héroïque chez d’autres. C’est la même situa­tion. Et vous êtes soit d’un côté, soit de l’autre.

La plu­part des gens sont cou­pables du crime d’i­nac­tion, parce que votre mère vous a dit : « Ne t’en mêle pas, occupe-toi de tes affaires. » Et vous devez dire : « Maman, l’hu­ma­ni­té est mon affaire. »

Donc la psy­cho­lo­gie de l’hé­roïsme c’est – nous allons finir dans un moment – com­ment encou­ra­ger nos enfants, dans des cours de héros, sur les­quels je tra­vaille avec Matt Lang­don (il a un ate­lier d’hé­roïsme), à déve­lop­per cette ima­gi­na­tion héroïque, cette éti­quette auto-appo­­sée « Je suis un héros en attente » et leur ensei­gner des com­pé­tences. Pour être un héros, vous devez apprendre à être dif­fé­rent, parce que vous allez tou­jours à l’en­contre de la confor­mi­té du groupe. Les héros sont des gens ordi­naires dont les actions sociales sont extra­or­di­naires. Qui agissent.

La clé de l’hé­roïsme, ce sont deux choses : 

A : Il faut agir quand tous les autres sont passifs. 

B : Il faut agir de manière socio-cen­­trique, pas égo­cen­trique.

Et je veux ter­mi­ner avec cette his­toire que cer­tains d’entre vous connaissent, à pro­pos de Wes­ley Autrey, héros du métro new-yor­­kais. Un noir amé­ri­cain de 50 ans, employé du bâti­ment. Il est là debout sur le quai du métro à New York ; un homme blanc tombe sur les rails. Le métro arrive. Il y a 75 per­sonnes pré­sentes. Vous savez quoi ? Ils sont tous cloués au sol. Il a une bonne rai­son de ne pas inter­ve­nir. Il est noir, cet homme est blanc, et il a deux petits enfants avec lui. Au lieu de cela, il confie ses enfants à un incon­nu, saute sur les rails, place l’homme entre les rails, se couche sur lui, le métro passe par-des­­sus. Wes­ley et l’homme : 52 cen­ti­mètres de hau­teur. La hau­teur sous le train est de 53 cen­ti­mètres et demi. Un cen­ti­mètre et demi de plus et il aurait été déca­pi­té. Et il a dit : « J’ai fait ce que n’im­porte qui aurait pu faire » ce n’est pas bien dif­fi­cile de sau­ter sur les rails.

L’im­pé­ra­tif moral c’est « J’ai fait ce que tout le monde devrait faire. » Et ain­si un jour, vous serez dans une situa­tion nou­velle. Pre­nez un che­min, vous com­met­trez le mal. Le mal, c’est-à-dire que vous serez Arthur Ander­son. Vous tri­che­rez, ou vous auto­ri­se­rez l’in­ti­mi­da­tion. Second che­min : vous deve­nez cou­pable de com­mettre le mal par inac­tion pas­sive. Troi­sième voie : vous deve­nez un héros. La ques­tion c’est, sommes-nous prêts à prendre le che­min qui célèbre les héros ordi­naires, qui attendent que la bonne situa­tion se pré­sente, pour mettre en action leur ima­gi­na­tion héroïque ? Parce qu’il se pour­rait que cela n’ar­rive qu’une fois dans votre vie, et quand vous l’au­rez lais­sé pas­ser, vous vous sou­vien­drez tou­jours que vous auriez pu être un héros, et que vous n’a­vez rien fait. Le but est d’y pen­ser, et puis de le faire.

Je veux vous remer­cier. Mer­ci. Mer­ci. Oppo­­sons-nous au pou­voir des sys­tèmes immo­raux chez nous et à l’é­tran­ger, et concen­­trons-nous sur le posi­tif. Défen­dez le res­pect de la digni­té per­son­nelle, la jus­tice et la paix, ce que mal­heu­reu­se­ment notre gou­ver­ne­ment n’a pas fait. Mer­ci beau­coup. » (Applau­dis­se­ments)

Phi­lip Zim­bar­do (TED).

Étienne Chouard inédit – DVD LA DETTE non-censuré

En jan­vier 2012, il y a deux ans, je vous avais signa­lé (sur le blog) un film qui allait sor­tir, inti­tu­lé « LA DETTE », pour lequel les réa­li­sa­teurs (Nico­las et sa petite famille, bien sym­pas) étaient pas­sés à la mai­son (durant l’é­té 2011) pour évo­quer les enjeux et les méca­nismes de la créa­tion moné­taire et de la dette publique.

Ce film a d’a­bord tour­né dans les réseaux mili­tants, avec succès.
Après un an, en 2013, il a été déci­dé de dis­tri­buer le film LA DETTE en salle, comme les vrais films.
Mais à cette occa­sion, sans doute par peur des calom­nies des tali­ban­ti­fas, « on » a reti­ré tous les pas­sages du père Chouard : sur le site du film, plus la moindre trace de nos entre­tiens… ni dans la bande-annonce… ni dans les inter­views… ni dans les bonus du DVD… gom­mé, le Chouard, vaporisé… 🙂

On avait déjà vu une autre cen­sure de mon tra­vail (dif­fé­rente cepen­dant) avec le (très bon) film « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie ».

Il y a cepen­dant quelques rebelles qui ont le DVD ori­gi­nal et qui publient les mor­ceaux cen­su­rés à part. Vous allez donc pou­voir juger vous-mêmes si ces pro­pos méri­taient d’être censurés :

Bonus du DVD LA DETTE : pro­pos de Chouard censurés :

DVD LA DETTE non cen­su­ré (Ver­sion complète) :

Vous devriez peut-être télé­char­ger les fichiers chez vous, pen­dant que c’est pos­sible, car la cen­sure est une mau­vaise herbe qui repousse vite… Voi­ci des liens qui faci­litent ce téléchargement :


Nou­veau fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​9​5​5​5​2​6​3​5​6​7​317


Nou­veau tweet cor­res­pon­dant à ce billet :


Post Tele­gram cor­res­pon­dant à ce billet :
https://t.me/chouard/235

Louis Even : l’arnaque (et la trahison) de la dette publique (1962)

J’aime beau­coup écou­ter et lire Louis Even.
Louis Even, en 1962 :
L’ar­naque (et la tra­hi­son) de la dette publique :


Louis Even, que je sache, est le meilleur connais­seur fran­co­phone des thèses for­mi­dables du Major Dou­glas sur le cré­dit social. Dou­glas qui était admi­ré (et cri­ti­qué) par Keynes lui-même : voyez à ce sujet ce pas­sion­nant com­men­taire de Rum­bo, et les réac­tions qui suivent, très inté­res­santes aus­si, sur le blog de Paul Jorion (à la grande époque où ce der­nier lais­sait ses lec­teurs y échan­ger des points de vue très oppo­sés à pro­pos de la créa­tion moné­taire, et même le contre­dire parfois).
Comme Hen­ri Guille­min, ce vieux mon­sieur (Louis Even) est mu par une foi reli­gieuse qui se voit peu mais qui est assez puis­sante au fond : il défend le bien com­mun, et notam­ment les plus pauvres, avec une sin­cé­ri­té et une effi­ca­ci­té hors du com­mun. Bien concen­tré lui aus­si sur la recherche d’une cause pre­mière (de la cause des causes) des injus­tices et des mal­heurs, il tombe, quant à lui, sur le vol par les banques pri­vées de la créa­tion moné­taire, qui est pour­tant LE bien public par excellence.
Son site et son groupe de mili­tants contiennent pas mal de bon­dieu­se­ries, mais on peut faci­le­ment les igno­rer et se concen­trer sur l’es­sen­tiel, que voi­ci : nous sommes bien fous de ne pas nous pré­oc­cu­per de cet enjeu éco­no­mique majeur : un corps social bien ins­ti­tué garde jalou­se­ment le contrôle citoyen per­ma­nent de la créa­tion monétaire.
Il y a beau­coup d’ex­pli­ca­tions lumi­neuses et déca­pantes, impor­tantes, autour du tra­vail de Louis Even :

Étienne.

À Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour !

Ah ! Quelle his­toire for­mi­dable, vous allez voir !
Les gen­tils virus vont sûre­ment savou­rer ce repor­tage épa­tant d’Émilie Brouze.
Mer­ci à Rue89 de nous avoir rap­por­té cette trouvaille.
Je suis sur le che­min de retour de Paris. Bien­tôt, je vous racon­te­rai les ate­liers consti­tuants que nous venons de vivre, à Fon­­te­­nay-sous-Bois et à Nan­terre. C’est de plus en plus jubi­la­toire. C’est fou ce que le niveau monte. Il se passe quelque chose d’im­por­tant, je crois.
Déjà hâte de vous revoir.
Étienne.
Voi­ci l’his­toire exem­plaire de Saillans (Source Rue89) :

Ils en avaient assez que le maire sor­tant décide seul : les habi­tants de ce vil­lage de la Drôme ont tra­vaillé pen­dant des mois à une liste col­lé­giale, et vécu une belle expé­rience de démo­cra­tie participative.

(De Saillans, Drôme) Que ceux qui ne croient plus à la poli­tique aillent donc pas­ser quelques jours dans ce petit coin au sud du Ver­cors. Ce qui s’y est pas­sé ces der­niers mois pour­rait bien les faire chan­ger d’avis. Joa­chim Hir­schler, l’un des nou­veaux élus de Saillans, rap­porte avec délice la remarque d’une habitante :

« C’est magni­fique : c’est la pre­mière fois que je vote avec le sourire. »

Le pont de Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

 

Dans ce vil­lage de la Drôme, les muni­ci­pales ont bras­sé une éner­gie formidable.

Face au maire sor­tant, quelques habi­tants ont lan­cé l’idée d’une « liste col­lé­giale ». Avec l’envie de chan­ger les choses, de ne pas voter « par dépit », ils se sont lan­cés dans une nou­velle manière de gérer leur com­mune, en sol­li­ci­tant tous leurs voisins.

Une « démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive » pour laquelle ils ont ren­ver­sé l’organisation pyra­mi­dale de la mairie.

Hop, voi­là les 1 199 habi­tants au som­met. Par petits groupes, ils ont ima­gi­né ensemble des dizaines de pro­jets et jusqu’à 250 per­sonnes se sont réunies lors des réunions publiques – soit presque le quart de la population !

Ces deux der­niers mois, on ne par­lait plus que de poli­tique, au vil­lage. Joa­chim Hirschler :

« A la fin on n’en pou­vait plus, il fal­lait vrai­ment faire ces élections. »

La Drôme à Saillans, en mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)
La Drôme à Saillans, en mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

 

Réveil des consciences

Cris de joie à l’annonce des résul­tats dimanche der­nier, dans une salle bon­dée : la liste col­lé­giale rem­porte les élec­tions au pre­mier tour avec 56,8% des voix (pour 1 070 ins­crits) et 110 bul­le­tins d’écart avec la liste du maire sor­tant, qui conserve trois sièges.

L’annonce des résul­tats des élections :

Le soir même, les membres de la liste col­lé­giale et ses sym­pa­thi­sants ont bu plus de Clai­rette de Die que pré­vu. Il ne reste que des bou­teilles de jus de pomme qu’Annie Morin, la pre­mière adjointe, a mis de côté pour le conseil muni­ci­pal du ven­dre­di sui­vant. Le tout premier.

« Va fal­loir tra­vailler ensemble, main­te­nant, pour l’intérêt com­mun ! », fait remar­quer une vieille dame qui pro­mène son caniche près du cime­tière. « Les gens atten­daient quelque chose de ces élec­tions », sou­rit Sabine Girard, l’une des élues. Isa­belle Raff­ner, sur la même liste, acquiesce :

« Qu’on gagne ou qu’on perde, il s’est pas­sé un truc. Un réveil des consciences. Des ren­contres, du par­tage. Quoi qu’il arri­vait, ça allait changer. »

« Un village un peu rebelle »

A Saillans, la vie est habi­tuel­le­ment aus­si douce que les cou­leurs des mai­sons. Sur les façades, du sau­mon, de la menthe à l’eau ou des nuances de rose. La Drôme qui coule sous le pont de pierre à l’entrée du vil­lage est d’un bleu lagon, tout en transparence.

Deux façades à Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

 

Les habi­tants affirment qu’il y a dans ce vil­lage une éner­gie hors du com­mun. Une effer­ves­cence qui doit en par­tie expli­quer ce qui s’est dérou­lé ces der­nières semaines. Saillans a connu l’exode rural et ses mai­sons aban­don­nées, avant de voir sa popu­la­tion gros­sir depuis une dizaine d’années. Vincent Beillard, le nou­veau maire, ins­tal­lé depuis 2005, fait par­tie de ces « néo ».

Le vil­lage foi­sonne aus­si d’associations (une qua­ran­taine, selon Annie Morin). Comme L’Oignon, lan­cé en 2011, qui pro­pose des soi­rées vinyles ou des cours de langues.Son local, sur la Grande rue, héber­geait autre­fois un cercle répu­bli­cain – L’Union. L’Oignon compte plus d’adhérents que d’habitants.

Confi­nés dans la val­lée, les vil­la­geois assurent enfin qu’ils béné­fi­cient d’un micro­cli­mat : quand ça souffle à Crest (la com­mune d’Hervé Mari­ton, réélu au pre­mier tour), le mis­tral passe au-des­­sus des Saillansons.

« Le vil­lage est répu­té pour être un peu rebelle », s’exalte Michel Gautheron.

« Il y a l’histoire de la supé­rette, de la car­rière ou la fer­me­ture de la gare – on s’était mis sur la voie pour arrê­ter les trains ! »

« Faut faire quelque chose ! »

L’aventure de « Autre­ment pour Saillans… tous ensemble » a démar­ré en juin autour d’un trio de vil­la­geois, Fer­nand Kara­gian­nis, Annie Morin et André Oddon. Ils en avaient marre du coté « chef de vil­lage » du maire, Fran­çois Pégon, qui pre­naient des déci­sions sans consul­ter la popu­la­tion. Ils ont com­men­cé à ima­gi­ner une démo­cra­tie participative.

Annie, ex-ensei­­gnante, raconte que le maire sor­tant était très atta­ché au mode électif :

Le « A » d’anarchie sous l’abri-bus (E.B./Rue89)

 

« J’ai dit “x fois” au maire que ça ne fonc­tion­nait plus. De moins en moins de gens assis­taient au conseil, les gens se désintéressaient. »

Dans le trio, André Oddon ne tenait pas en place : « Faut faire quelque chose ! »

Ils ont com­men­cé à réflé­chir à un pro­jet de ges­tion muni­ci­pale alter­na­tif. Leur envie a com­men­cé à s’ébruiter après les grandes vacances, par bouche à oreille.

Le supermarché, goutte d’eau de trop

Un évé­ne­ment a cris­tal­li­sé le ras-le-bol, en 2010 : le pro­jet d’une supé­rette qui devait être implan­tée à la sor­tie du vil­lage. Le maire n’a pas consul­té les habi­tants pour cette déci­sion impor­tante : le super­mar­ché, qui n’était pas acces­sible à pied depuis le centre, ris­quait d’affecter les petits commerces.

Un col­lec­tif, Pays de Saillans vivant, s’est mobi­li­sé contre le pro­jet, à grand ren­fort de péti­tions, mani­fes­ta­tions et cour­riers. Avec suc­cès : le super­mar­ché a été abandonné.

La bataille du super­mar­ché a four­ni l’énergie néces­saire aux débats sur la ges­tion de la com­mune : le suc­cès des pre­mières réunions publiques en a sur­pris plus d’un.

Au début, on ne par­lait ni de liste, ni de pro­gramme. Il n’y avait, comme docu­ment de tra­vail, qu’une feuille en papier pour que les inté­res­sés puissent lais­ser leurs coordonnées.

Le 16 novembre, dans une salle poly­va­lente rem­plie (120 têtes, « un évé­ne­ment en soi »), les habi­tants ont été invi­tés à par­ler de leur vil­lage – une sorte de diag­nos­tic – avant d’avancer des idées.

Huit groupes de tra­vail ont été consti­tués, enca­drés par des ani­ma­teurs : envi­ron­ne­ment, vivre ensemble, sport, jeu­nesse… Tris­tan Rechid, qui tra­vaille dans un centre social, explique qu’ils ont uti­li­sé les méthodes de l’éducation popu­laire, avec des gom­mettes et des post-it :

« On avait ce pari fou : bâtir un pro­gramme qui ne sor­tait pas de la tête d’un élu. On était en pos­ture d’animateurs, à l’écoute, et trente pro­jets ont été défi­nis, ini­tiés par des pro­po­si­tions d’habitants : de petites choses quo­ti­diennes, de l’embellissement aux crottes de chien en pas­sant par la redé­fi­ni­tion du stationnement. »

Pen­dant cette réunion, les habi­tants ont beau­coup par­lé de lien social, d’écoute et de ce qu’ils pour­raient faire pour décloi­son­ner les géné­ra­tions et les groupes.

Les per­sonnes âgées, par exemple, avaient envie d’être inté­grées au pro­jet de Mai­son de l’enfance et de la paren­ta­li­té, issue de l’ancienne municipalité.

Les sympathisants de la liste collégiale, à Saillans, en février 2014 (Emmanuel Cappellin)

 

Les municipales, passage obligé

La liste de « Autre­ment pour Saillans » s’est consti­tuée au début de l’année. Beau­coup d’associatifs et une majo­ri­té d’actifs, de 20 à 66 ans. Tout le monde est au même niveau : l’absence de hié­rar­chie se res­sent au niveau de l’animation des réunions.

Ils n’ont jamais par­lé de la « poli­tique avec un grand P » et ignorent les pen­chants de leurs colis­tiers – le vil­lage vote plu­tôt à gauche. Ils disent se ras­sem­bler autour de valeurs com­munes, mises au propre dans une charte – on retrouve le dia­logue, la trans­pa­rence ou la pro­tec­tion de l’environnement.

« Ça m’a fait plai­sir que de voir que des gens dif­fé­rents se retrou­vaient ensemble, sans aucune coop­ta­tion », résume une élue, Domi­nique Balderanis.Pour choi­sir leur tête de liste, ils ont tran­ché selon les dis­po­ni­bi­li­tés de cha­cun. Tris­tan Rechid :

« On a essayé de tenir jusqu’au bout pour ne pas avoir une per­sonne dési­gnée. Il y avait “la liste de Pegon” [le maire sor­tant, ndlr] et “la liste collégiale”.

On a gagné sur ce point : on n’a pas voté pour une per­sonne mais pour un projet. »

Conseil des sages

Durant les réunions publiques, les habi­tants ont éga­le­ment construit le sché­ma de fonc­tion­ne­ment de leur muni­ci­pa­li­té idéale.

Le schéma de fonctionnement « collégial et participatif »

 

« On est même allés jusqu’à se deman­der si on avait besoin d’un maire », pré­cise Tris­tan Rechid. Les conseillers muni­ci­paux fonc­tion­ne­ront en binôme autour de sept com­pé­tences com­mu­nales. Les indem­ni­tés leur seront équi­ta­ble­ment répar­ties, en fonc­tion du temps investi.

Que faire des trois élus de l’opposition ? « On va les inté­grer dans notre fonc­tion­ne­ment, leur pro­po­ser de tra­vailler selon nos méthodes », pré­cise Vincent Beillard, le nou­veau maire.

Une à deux fois par an, la popu­la­tion sera invi­tée à don­ner ses idées lors d’assemblées (les « com­mis­sions par­ti­ci­pa­tives » du sché­ma). Le reste de l’année, il y aura des petits comi­tés sur des sujets pré­cis, comme le choix du mobi­lier urbain ou la ques­tion des rythmes sco­laires. Et s’il fau­dra tran­cher sur une chose impor­tante, les élus aime­raient orga­ni­ser des référendums.

Des chats se la coulent douce à Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

 

Sabine se sou­vient que les beau­coup d’habitants avaient cri­ti­qué l’abattage d’arbres cen­te­naires, sous l’ancienne municipalité :

« Peut-être que ce choix était ration­nel… Si on avait eu tous les élé­ments du dos­siers, on serait peut-être arri­vé au même résul­tat. On veut prendre des déci­sions qui paraissent justes. »

Dans ce sché­ma de fonc­tion­ne­ment, il y aus­si un « conseil des sages » : neuf habi­tants, qui veille­ront au res­pect de la poli­tique par­ti­ci­pa­tive et en seront les ambassadeurs.

Car les élus veulent par­ta­ger leurs méthodes, « essai­mer » dans d’autres communes.

Saillans et Les Trois becs, à l’horizon (Emilie Brouze/Rue89)

 

« Complètement utopiste »

« Quand je suis sor­tie de la pre­mière réunion, je me suis dit que c’était com­plé­te­ment uto­piste, qu’on y arri­ve­rait jamais », se sou­vient Sabine Girard, une géo­graphe de 36 ans, atta­blée à la ter­rasse du Café des sports.

L’élue conti­nue :

« Je suis quand même reve­nue et je me suis lais­sée embar­quer par l’énergie du groupe. »

Les plus vieux ont joué un rôle impor­tant, juge-t-elle, alors que sa propre géné­ra­tion y croyait mollement.

Toutes ces réunions, ces cen­taines d’e‑mails, cette cam­pagne… Ça n’a pas été « un long fleuve tran­quille », raconte Annie.

« Il y avait beau­coup d’interrogations. Par­fois, je ren­trais et j’avais l’impression de ne pas avan­cer. Il y avait des fric­tions, du débat, on savait que ça allait être épui­sant mais on est restés. »

Les par­ti­ci­pants parlent tous d’un mélange d’utopie et de rigueur, de rêve et de travail.

Les élus dans la salle du conseil, le 27 mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

 

« Arme de discussion massive »

Ce jeu­di, le maire et sa pre­mière adjointe, fraî­che­ment élus, s’arrêtent toutes les cinq minutes pour dire bon­jour, ser­rer des mains, faire des bises. Vincent porte un T‑shirt à mes­sage de cir­cons­tance : « arme de dis­cus­sion mas­sive », est-il indi­qué sous un haut-parleur.

Plus loin, un homme les inter­pelle déjà car sa vigne vierge a été soit-disant arra­chée par du per­son­nel communal :

« C’est tou­jours mieux de le dire ami­ca­le­ment plu­tôt que d’envoyer une lettre avec des photos. »

Annie Morin et Vincent Beillard (Emilie Brouze/Rue89)

 

Les résul­tats du pre­mier tour sont encore pla­car­dés sur la porte en bois de la mai­rie. Le pre­mier magis­trat n’a pas encore récu­pé­ré les clés de l’entrée mais les nou­veaux élus uti­lisent une salle au pre­mier étage, pour leur « réunion de pilo­tage » heb­do­ma­daire, ouverte au public. La pre­mière des six ans de mandat.

Hollande caché derrière un buste dans la salle du conseil (Emilie Brouze/Rue89)

 

Comme ils se trouvent à côté de la salle du conseil, plu­sieurs élus vont jeter un œil. « Ils ont caché Hol­lande ! », rient-ils en poin­tant le por­trait, posé au fond der­rière un buste.

Le maire prend la parole et fait le point sur le pot offert aux employés muni­ci­paux ou les tra­vaux de la grande rue.

Ils parlent aus­si de l’intercommunalité : les élus ont ren­con­tré plu­sieurs maires pour par­ler stratégie :

« C’est vrai que dès qu’on sort de Saillans, on est obli­gés de ren­trer dans le jeu politique. »

Lors du comité de pilotage le 27 mars 2014 (Emilie Brouze/Rue89)

 

A la fin, sur­prise : le maire reçoit un petit cadeau de ses colis­tiers qu’il déballe, amu­sé. Une paire de chaussettes.

« On en avait marre de voir les tiennes trouées. »

Pour Sabine Girard, le pire main­te­nant serait de déce­voir les attentes. Ou s’enliser dans une machine ingouvernable.

Puisque les habi­tants les ont choi­si, ils vont devoir tra­vailler ensemble. Avec Oli­vier, le secré­taire de mai­rie, ils sont en train d’étudier les obli­ga­tions légales pour cla­ri­fier l’organisation de la nou­velle muni­ci­pa­li­té. Sabine Girard craint la rou­tine, aussi :

« Le défi, ça va être aus­si de main­te­nir cette énergie. »

Annie Morin et Vincent Beillard, première adjointe et maire, dans la salle du conseil de Saillans (Emilie Brouze/Rue89)

 

Making of

C’est une rive­raine, Lud­mil­la, qui nous a signa­lé l’expérience de Saillans et la vic­toire de la « liste col­lé­giale » : « …79 % de votants, une belle mobi­li­sa­tion pour contrer le maire sor­tant Fran­çois Pégon cadre-poli­­ti­­cien, qui menait une poli­tique mono-déci­­sion­­nelle […] S’il y a un nou­veau maire c’est que la consti­tu­tion l’exige, car la volon­té de la nou­velle maire est tout autre ». Rue89

Edwy Plenel / Étienne Chouard : le journalisme et les lanceurs d’alerte (Marat, Robespierre, Guillemin, Assange, Snowden, Manning…)

Pour ceux qui auraient lou­pé cet échange au cours de la table-ronde du col­loque Hen­ri Guille­min d’oc­tobre der­nier, le jeune et gen­til virus Benoît nous a pré­pa­ré cette courte et inté­res­sante vidéo.

Je le remer­cie cha­leu­reu­se­ment de conser­ver ain­si dans les mémoires, par son tra­vail d’ob­ser­va­tion, d’a­na­lyse et de mon­tage vidéo, ce moment Guille­min Robes­pierre Assange Snow­den Lash Dewey Marat que j’a­vais bien aimé.

Café Liberté 28 mars 2014 – Quelles institutions pour la liberté ?

Le blog Café Liber­té pré­sente notre ren­­dez-vous d’a­près-demain ; je pense que ça va être bien intéressant.

« Cette séance se tien­dra à 20h00 au café Le Coup d’État, 164 rue Saint Hono­ré, 75001 Paris (M° Halles ou Louvre Rivo­li). Étant don­né la grande noto­rié­té de l’o­ra­teur, une ins­crip­tion préa­lable à [email protected] est obligatoire.

 La séance aura pour thème les ins­ti­tu­tions de la liberté.

 Nous aurons l’hon­neur de rece­voir Étienne CHOUARD. Pro­fes­seur des lycées, il enseigne l’é­co­no­mie et le droit. Auteur d’un des blogs actuel­le­ment les plus lus de France, Étienne CHOUARD a connu une impor­tante noto­rié­té à par­tir de 2005 quand il s’est oppo­sé au trai­té consti­tu­tion­nel euro­péen pro­po­sé au réfé­ren­dum. Intel­lec­tuel de gauche sou­cieux de jus­tice sociale il dénonce la concen­tra­tion des richesses jugée dan­ge­reu­se­ment exces­sive et l’ac­tuel sys­tème moné­taire et ban­caire jugé cor­po­ra­tiste. Ne fai­sant plus confiance à la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive trop faci­le­ment oli­gar­chique ou cor­rom­pue, et consta­tant les graves dérives oli­gar­chiques et géno­ci­daires des régimes com­mu­nistes, il prône une démo­cra­tie directe, qui pour­rait com­por­ter des tirages au sort et des réfé­ren­dums d’i­ni­tia­tive popu­laire à de mul­tiples échelons.

Étienne CHOUARD intro­dui­ra sa pré­sen­ta­tion par une réflexion sur les racines du libé­ra­lisme, en s’ap­puyant notam­ment sur l’ou­vrage de Dome­ni­co LOSURDO ins­trui­sant à charge contre la vie sociale ou poli­tique des grandes figures du libé­ra­lisme clas­sique tels que John LOCKE, Ben­ja­min CONSTANT ou Alexis de TOCQUEVILLE. Étienne CHOUARD sou­ligne par exemple le contraste cho­quant entre les magni­fiques écrits libé­raux de John LOCKE et sa pra­tique d’in­ves­tis­seur escla­va­giste en Amérique.

Il décri­ra ensuite quelles pour­raient être selon lui des ins­ti­tu­tions aptes à pro­té­ger effi­ca­ce­ment la liber­té. De telles ins­ti­tu­tions sont ou ont été à l’œuvre concrè­te­ment, avec estime-t-il, de bons résul­tats et une expé­rience riche pou­vant fon­der de bonnes pra­tique dans leur mise en œuvre. Des corps déci­sion­naires issus de tirages au sort ont eu un rôle majeur dans la démo­cra­tie athé­nienne ou la jus­tice pénale en France ou aux USA. Des réfé­ren­dums d’i­ni­tia­tive popu­laire à de mul­tiples éche­lons font vivre la démo­cra­tie suisse et donnent à la popu­la­tion le vrai pou­voir dis­sua­dant les élus issus des élec­tions de voter des textes ou de prendre des mesures irres­pec­tueux de la volon­té popu­laire. La démo­cra­tie directe appa­rait donc comme apte à éli­mi­ner les tares les plus immé­diates de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Dans son actuelle réflexion, Étienne CHOUARD vou­drait lui don­ner aus­si de larges pou­voirs éco­no­miques et sociaux, s’op­po­sant ain­si à la construc­tion libé­rale du droit.

Quelle est l’am­pleur du constat com­mun fait par les libé­raux et par les intel­lec­tuels de la gauche anti-oli­­gar­­chique tels Étienne CHOUARD ? L’École des Choix Publics est elle inté­grée ou inté­grable au cor­pus de réflexion de ces der­niers ? La théo­rie libé­rale a‑t‑elle été popu­la­ri­sée et raf­fi­née depuis le 17ème siècle par des intel­lec­tuels qui auraient par ailleurs gra­ve­ment déra­pés au regard de l’é­thique libé­rale qu’ils affi­chaient ou plus géné­ra­le­ment de l’hu­ma­nisme dont ils se reven­diquent ? Les inéga­li­tés sociales portent elles un dan­ger pour le règne du droit ? Est-il cohé­rent d’op­po­ser, ou de ne pas oppo­ser, les droit fon­da­men­taux du libé­ra­lisme et les liber­tés réelles reven­di­quées par les anti-oli­­garques et avec elle une forme d’é­ga­li­té sociale ins­ti­tu­tion­nelle ? La démo­cra­tie directe peut-elle fia­ble­ment pro­té­ger les liber­tés sans être elle-même enca­drée par une consti­tu­tion impo­sant les droits fon­da­men­taux même face au vote popu­laire ? C’est autour de ces ques­tions que nous vous pro­po­sons de débattre le ven­dre­di 28 mars 2014 à 20h00 au café Le Coup d’État, 164 rue Saint Hono­ré, 75001 Paris (M° Halles ou Louvre Rivoli). »

Source :http://affinitiz.net/space/cafeliberte/content/cl-28-mars-2014—etienne-chouard—quelles-institutions-pour-la-liberte–_0C0E62AB-0E68-42F4-A129-5A976CFA68BA

Initiative citoyenne européenne : un revenu pour tous, sans conditions

Un bel appel col­lec­tif , qui nous per­met­tra peut-être de favo­ri­ser un débat essen­tiel pour nous tous : reve­nu de base, salaire à vie, divi­dende universel…

Source : http://​www​.bas​ta​mag​.net/​U​n​–​r​e​v​e​n​u​–​p​o​u​r​–​t​o​u​s​–​s​ans

Initiative citoyenne européenne :
un revenu pour tous, sans conditions

(col­lec­tif)

Chô­mage de masse, pau­vre­té, pré­ca­ri­té, pres­sion insou­te­nable sur les res­sources natu­relles et sur les hommes… La bataille pour l’emploi et la course à la crois­sance menées depuis plus de 30 ans semblent conduire à une impasse. Face à ce constat, des per­son­na­li­tés de dif­fé­rents bords poli­tiques sug­gèrent de chan­ger de logi­ciel de pen­sée et sou­tiennent l’instauration d’un reve­nu de base : le droit à un reve­nu pour tous, sans condi­tion. Ils appellent à signer l’Initiative Citoyenne Euro­péenne en cours, afin d’obliger l’Union euro­péenne à ouvrir le débat sur le sujet.

Notre pays n’a jamais été aus­si riche. Pour­tant, 8,5 mil­lions de Fran­çais, dont 2,5 mil­lions d’enfants, vivent aujourd’hui sous le seuil de pau­vre­té. Nous sommes ins­tal­lés depuis qua­rante ans dans une situa­tion de chô­mage de masse qui touche près de 5 mil­lions de per­sonnes. De nom­breux tra­vailleurs sont en situa­tion pré­caire, occupent des temps par­tiels subis ou des emplois trop mal payés pour les sor­tir de la pau­vre­té. Sans comp­ter l’explosion de la souf­france au tra­vail qui, en plus de coû­ter 3 à 4% du PIB, détruit des vies.

La solu­tion à ces pro­blèmes, nous dit-on, serait la crois­sance éco­no­mique. Or mal­gré tous les efforts mis en œuvre pour la retrou­ver depuis qua­rante ans, celle-ci n’a jamais suf­fi à résor­ber le chô­mage. Au contraire, les gains de pro­duc­ti­vi­té réa­li­sés au cours du der­nier siècle ont per­mis d’automatiser de nom­breuses tâches, rédui­sant ain­si le besoin de main d’œuvre. En outre, l’explosion de la pro­duc­tion indus­trielle nous a conduits à accroître notre pres­sion sur les res­sources natu­relles et nos émis­sions de gaz à effet de serre.

Notre pro­po­si­tion : le reve­nu de base

Mais ce constat ne consti­tue pas un hori­zon indé­pas­sable. Nos socié­tés modernes sont en mesure d’assurer à tous une vie digne. Pour y par­ve­nir dès main­te­nant, nous, citoyens fran­çais et euro­péens de tous bords poli­tiques, deman­dons l’instauration d’un reve­nu de base. Il s’agit de dis­tri­buer à tous, de la nais­sance à la mort, un reve­nu inalié­nable, incon­di­tion­nel, indi­vi­duel et cumu­lable avec les reve­nus du tra­vail sala­rié et du patri­moine, sans contrôle des res­sources ni exi­gence de contrepartie.

Il ne faut pas voir dans le reve­nu de base une nou­velle forme de cha­ri­té ou un simple outil pour gérer la pau­vre­té, mais un nou­veau droit humain garan­ti par la socié­té au même titre que le droit à l’éducation ou le droit de vote.

Le reve­nu de base donne sens à l’article 25 de la Décla­ra­tion Uni­ver­selle des Droits de l’Homme : “Toute per­sonne a droit à un niveau de vie suf­fi­sant pour assu­rer sa san­té, son bien-être et ceux de sa famille”. Le Conseil euro­péen a d’ailleurs recon­nu l’existence d’un « droit fon­da­men­tal de la per­sonne à des res­sources et pres­ta­tions suf­fi­santes pour vivre confor­mé­ment à la digni­té humaine ».

Sans reve­nu, pas de citoyen

L’idée du reve­nu de base n’est pas nou­velle. Dès la fin du XVIIIème siècle, l’homme poli­tique fran­­co-amé­­ri­­cain Tho­mas Paine la défen­dait dans son essai sur La Jus­tice Agraire en expli­quant que “sans reve­nu, point de citoyen”. Depuis, de nom­breux pen­seurs lui ont emboî­té le pas, dont 5 prix Nobel d’économie (James Meade, James Tobin, Mil­ton Fried­man, Jan Tin­ber­gen et Her­bert Simon).

Le reve­nu de base a été expé­ri­men­té au Cana­da, en Inde en Nami­bie et en Alas­ka, avec des résul­tats notables sur le déve­lop­pe­ment de petites acti­vi­tés pro­duc­tives, l’éducation des enfants, l’accès aux soins, la dimi­nu­tion de la délin­quance et une construc­tion posi­tive de soi. Et ce pro­jet sécu­laire pour­rait bien­tôt deve­nir réa­li­té. Suite à une forte mobi­li­sa­tion citoyenne, les citoyens suisses déci­de­ront par réfé­ren­dum d’ici 2015 d’inscrire dans la loi le ver­se­ment d’un reve­nu de base 2500 francs suisses [1] à tous les rési­dents du pays.

Le reve­nu de base libère le tra­vail et les ini­tia­tives humaines

Le reve­nu de base est un vec­teur de trans­for­ma­tions posi­tives pour notre éco­no­mie et notre socié­té. Il ne per­met pas seule­ment d’éradiquer la misère et de relan­cer une éco­no­mie lais­sée atone par l’insuffisance de la demande. Il libère éga­le­ment des éner­gies nou­velles en don­nant la pos­si­bi­li­té à cha­cun de choi­sir libre­ment une acti­vi­té réel­le­ment épa­nouis­sante et enri­chis­sante, utile socia­le­ment et économiquement.
En nous sou­la­geant du tra­vail subi et de la contrainte vitale que repré­sente la recherche d’un moyen de sub­sis­tance, le reve­nu de base per­met­trait de tra­vailler autre­ment. Il libère du temps pour don­ner un nou­veau souffle à l’activité asso­cia­tive, l’engagement citoyen, les pro­jets pro­fes­sion­nels, la créa­tion artis­tique et ain­si recréer du lien social, fami­lial et de la confiance dans nos villes, nos quar­tiers et nos villages.

Au-delà de ses effets posi­tifs sur la pau­vre­té, l’activité éco­no­mique et le lien social, le reve­nu de base per­met de mettre fin aux effets per­vers du sys­tème actuel d’aides sociales géné­rant humi­lia­tions et stig­ma­ti­sa­tions injus­ti­fiées [2]. Incon­di­tion­nel, le reve­nu de base est dis­tri­bué auto­ma­ti­que­ment, sans qu’aucune démarche ne soit néces­saire pour le per­ce­voir. On peut en outre accep­ter un emploi sans craindre de perdre son reve­nu de base, ni même de le voir dimi­nué, contrai­re­ment au RSA. Ain­si, avec le reve­nu de base, le tra­vail paie toujours.

Une pro­po­si­tion éco­no­mique équilibrée

Le reve­nu de base n’a pas voca­tion à se sub­sti­tuer à notre modèle social mais plu­tôt à le par­faire pour le rendre plus éman­ci­pa­teur. Les tra­vaux d’experts sur son finan­ce­ment ne manquent pas. Seule la volon­té poli­tique fait encore défaut. C’est pour­quoi nous, citoyens fran­çais, suisses et euro­péens, au-delà de nos cli­vages poli­tiques et idéo­lo­giques, sou­te­nons et signons l’Initiative Citoyenne Euro­péenne (ICE) pour le reve­nu de base. Nous avons jusqu’au 14 jan­vier pour récol­ter 800 000 signa­tures à tra­vers l’Europe et ain­si contraindre la Com­mis­sion Euro­péenne à étu­dier cette proposition.

Le Reve­nu de Base n’est pas une solu­tion clé en main à tous les pro­blèmes actuels. Mais il pose les bases d’une socié­té plus juste, plus humaine, et pro­pose enfin une vision posi­tive du 21ème siècle.

Pour signer l’initiative citoyenne euro­péenne : http://​basi​cin​co​me2013​.eu/​u​b​i​/​fr/

Voir le mou­ve­ment fran­çais pour un reve­nu de base

Pre­miers signa­taires : Yves Cochet (euro­dé­pu­té éco­lo­giste, ancien ministre), José Bové, Eva Joly, Kari­ma Del­li, Michèle Riva­si (eurodéputé(e)s), Jean Deses­sard (Séna­teur EELV), Chris­tophe Girard (Maire PS du 4ème arron­dis­se­ment de Paris, Conseiller régio­nal IDF), Corinne Morel Dar­leux (Conseillère régio­nale Rhône Alpes PG – FdG), Paul Ariès (rédac­teur en chef de la revue les Z’indigné(e)s), Jean-Paul Joua­ry (phi­lo­sophe), Vincent Lie­gey, Sté­phane Made­leine, Anne-Isa­­belle Veillot et Chris­tophe Ondet (auteurs du mani­feste pour une dota­tion incon­di­tion­nelle d’autonomie), Yves Cit­ton (ensei­gnant et phi­lo­sophe) et la revue Mul­ti­tudes, Fré­dé­ric Brun (ins­pec­teur géné­ral au minis­tère de l’agriculture, pré­sident de Oikia, orga­nisme de coopé­ra­tion éco­lo­gique euro­péen), Anne Quer­rien (Socio­logue, urba­niste), Yann Mou­lier Bou­tang (Pro­fes­seur de sciences éco­no­miques), Bap­tiste Mylon­do (ensei­gnant en éco­no­mie et phi­lo­so­phie poli­tique), Marie Pezé (doc­teur en psy­cho­lo­gie, spé­cia­liste de la souf­france au tra­vail), Marc de Bas­quiat (doc­teur en éco­no­mie), Étienne Chouard (ensei­gnant, blo­gueur), David Poryn­gier (Pré­sident du Mou­ve­ment des libé­raux de gauche), Thier­ry Crou­zet (écri­vain, blo­gueur), Fran­çois Rouillay (Co-fon­­da­­teur des Incroyables comes­tibles France).

Notes

[1] Soit envi­ron 2000 €, ce qui cor­res­pond au seuil de pau­vre­té suisse

[2] Com­plexi­té admi­nis­tra­tive, fort taux de non recours, effets de seuil éco­no­mi­que­ment néfastes

Source : http://​www​.bas​ta​mag​.net/​U​n​–​r​e​v​e​n​u​–​p​o​u​r​–​t​o​u​s​–​s​ans

Un million de vues pour une conférence avec Myret sur le coup d’État mondial des banques contre les peuples… On en fait une autre ?

On arrive à un mil­lion de vues (avec plein de copies) pour cette for­mi­dable confé­rence avec Myret :

Les orga­ni­sa­teurs ont inter­ro­gé Myret pour réflé­chir à une pro­chaine rencontre :

Myret et moi, on est tout contents de nous revoir enfin 🙂
Donc ça va se faire.

Moi, j’ai­me­rais bien reve­nir sur notre désac­cord à pro­pos des poli­tiques key­né­siennes (relan­cer la demande — et tout le reste — par des dépenses publiques de l’É­tat en grands tra­vaux)  :  si je l’ai bien com­prise, Myret pense que ça n’a jamais mar­ché, alors que je pense qu’il n’y a que ça qui peut mar­cher : ça nous fait un bon point de départ pour discuter 🙂

Et puis, dans sa nou­velle vidéo, Myret dit des trucs qui me font grim­per aux rideaux 🙂
Par exemple, quand elle défend mor­di­cus l’in­té­rêt (comme si les gens épar­gnaient pour gagner un intérêt…).
Ou quand elle prêche pour l’aus­té­ri­té, la défla­tion et le rem­bour­se­ment de la dette… Nos dis­cus­sions vont être punchy 🙂
Ou quand elle trouve la cause cau­sale de « la crise » aux USA et nul­le­ment en Europe…
Etc.
Ça pro­met : on ne va pas s’en­nuyer, tous les deux 🙂

Et puis Myret (comme tout le monde) n’en­vi­sage jamais notre impuis­sance poli­tique (face à tous ces pré­da­teurs et tous ces escrocs), et encore moins sa cause pre­mière. Il faut donc que je revienne pour pas­ser une piqûre de rap­pel constituante 🙂

Si vous avez des sug­ges­tions de contro­verses utiles (péda­go­giques), vous êtes les bien­ve­nus ; on ver­ra ce qu’on peut en faire.

Étienne.

Entretien au calme (à la maison) avec « La Mutinerie »

Toutes les par­ties inter­ac­tives (forum, blog et wiki) de mon site Free sont en panne depuis deux jours. Je suis donc conduit à accé­lé­rer la tran­si­tion vers une nou­velle tech­no­lo­gie de blog.

Pour ce pre­mier billet de ce nou­veau blog, je vous pro­pose cet entre­tien avec deux jeunes gens de « La Muti­ne­rie », à la mai­son, le 14 février 2014 :

Pro­ces­sus consti­tuant, éman­ci­pa­tion, ver­gogne, « extrême droite » (expres­sion impor­tante et dévoyée)…
Je radote, pardon.
(En plus, je suis cre­vé, là.)
Mais bon, il y a peut-être un gen­til virus qui va extraire un pas­sage, meilleur que le reste, capable de conta­mi­ner à toute vitesse (réveiller les mar­mottes dans le dor­toir 🙂 ) Essayer, essayer, et essayer encore…
Étienne.

PS : dès que la BDD Free sera répa­rée (si elle l’est), je met­trai des liens vers l’an­cien blog et l’an­cien forum dans le nou­veau blog .

PPS : tout est nou­veau pour moi, avec Word­Press, et je n’ai pas vrai­ment le temps de m’y mettre comme il faut tout de suite.
Avec les réglages stan­dard, on dirait que la pre­mière de vos par­ti­ci­pa­tions est modé­rée (ce qui nous pro­tège pas mal des robots, sans doute), mais une fois vali­dé, vous pou­vez publier libre­ment d’autres com­men­taires (non modé­rés donc).

Premiers pas

Je vous pro­pose de prendre per­son­nel­le­ment nos pro­blèmes quo­ti­diens à la racine et de réflé­chir nous-mêmes à l’institution d’une vraie démo­cra­tie : et la racine d’une démo­cra­tie digne de ce nom, ce n’est pas l’élection — élec­tion qui est par défi­ni­tion aris­to­cra­tique (choi­sir le meilleur, aris­tos), donc oli­gar­chique — la seule racine de la démo­cra­tie, c’est le tirage au sort.

Depuis le débat réfé­ren­daire sur le TCE (un puis­sant révé­la­teur !), j’ai réa­li­sé, avec d’autres citoyens, d’une part, l’importance de nos ins­ti­tu­tions dans notre vie de tous les jours et d’autre part, l’état de décré­pi­tude dans lequel nous lais­sons se dégra­der ces règles supé­rieures, par indif­fé­rence pares­seuse le plus souvent.

L’approche ins­ti­tu­tion­nelle m’apparaît désor­mais comme une clef de lec­ture uni­ver­selle pour décryp­ter l’actualité et cette clef me per­met de décou­vrir cer­taines sources pro­fondes du mal­heur des hommes.

Ce blog nous per­met d’échanger, de confron­ter nos points de vue, de les rap­pro­cher (ou pas)… C’est un outil pour notre « cer­veau col­lec­tif » qui est en train de naître, depuis une dizaine d’années, grâce à l’hyper connexion que per­met la tech­no­lo­gie moderne.