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« Le déclin et la chute de l’empire Cochrane », un nouveau livre essentiel de Peter C Gøtzsche traduit en français par Ronald Mazzoleni

« Le déclin et la chute de l’empire Cochrane », un nouveau livre essentiel de Peter C Gøtzsche traduit en français par Ronald Mazzoleni

Chers amis, Ronald Maz­zo­le­ni, ami belge, méde­cin et fidèle lec­teur de ce blog depuis bien long­temps, a fait l’im­mense effort de tra­duire très soi­gneu­se­ment le der­nier livre de Peter C Gøtzsche : « Le déclin et la chute de l’empire Cochrane ». C’est for­mi­dable de rendre dis­po­nible aux fran­co­phones ce livre impor­tant (sur la cor­rup­tion tra­gique d’une grande ins­ti­tu­tion scien­ti­fique de réfé­rence), et je remer­cie Ronald du fond du coeur. Nous avons contac­té Peter, pour lui deman­der l’au­to­ri­sa­tion de…

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Étienne Chouard : « Nous sommes dans une prison politique et tout le monde s’en fout ! » (entretien avec Nexus)

Étienne Chouard : « Nous sommes dans une prison politique et tout le monde s’en fout ! » (entretien avec Nexus)

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​H​3​l​W​Y​9​Y​O​Plc « Erre­ments de la démo­cra­tie, crise des ins­ti­tu­tions, Consti­tu­tion de 1958 « tru­quée », 3e guerre mon­diale. Dans un entre­tien de 80 minutes qu’il a accor­dé au maga­zine Nexus, Étienne Chouard parle sans masque. Cet ancien pro­fes­seur de droit et d’économie s’est sur­tout fait connaître lors de la crise des gilets jaunes en 2018 avec une idée en tête : convaincre la popu­la­tion de la néces­si­té d’un RIC, un réfé­ren­dum d’initiative citoyenne. Étienne…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Rendez-vous à Bordeaux, le 21 août, pour un atelier constituant

Ça fait long­temps que je ne suis pas allé à la ren­contre des virus atlan­tiques (la der­nière fois, c’é­tait pour une confé­rence avec Ber­nard Friot)…

« La Révo­lu­tion des Gre­nouilles » a pré­pa­ré tout ce qu’il faut, à Bor­deaux, pour que nous puis­sions, une nou­velle fois, nous entraî­ner à ins­ti­tuer nous-mêmes notre puis­sance poli­tique (celle-là même que nous refusent, obs­ti­né­ment et hypo­cri­te­ment, les « élus » de la « répu­blique » depuis 200 ans).

Ce sera jeu­di pro­chain, 21 août 2014, à 19h30. Voi­ci les liens utiles :

http://​lare​vo​lu​tion​des​gre​nouilles​.fr/​?​p​=​635

Sug­ges­tion (par­fai­te­ment indi­ca­tive ; nous sommes libres) :

Je viens de finir le livre épa­tant de David Grae­ber, « La démo­cra­tie aux marges », et je vou­drais vous invi­ter, après avoir résu­mé les points que j’ai trou­vés bou­le­ver­sants dans ce bou­quin, à nous concen­trer ce soir sur les articles rela­tifs à la créa­tion des lois : com­ment com­po­ser le par­le­ment (élec­tions avec ou sans can­di­dats ? élec­tions ou tirage au sort ? ou les deux ?), com­ment voter les lois (majo­ri­té ou consen­sus ? Quel mode de scru­tin ?), à quelle échelle ? (natio­nale ou locale ? Quels domaines pour le local ? quels domaines pour le natio­nal ?), quelles garan­ties et moda­li­tés pour l’i­ni­tia­tive popu­laire, etc.

Pre­nez de quoi écrire ! 🙂

Et puis, si vous avez un peu bos­sé sur la façon (fon­ciè­re­ment anti­dé­mo­cra­tique, démo­phobe même) dont notre anti­cons­ti­tu­tion de 1958 pré­voit que les lois seront tou­jours écrites SANS NOUS et même MALGRÉ NOUS s’il le faut, ce sera bien, parce que vous irez plus vite à l’essentiel.

Le texte de notre anti­cons­ti­tu­tion (à avoir tou­jours à por­tée de la main, pour apprendre seul à faire mieux) : en PDF  ou en livre.

L’an­nonce sur Facebook…

Au plai­sir de vous revoir bien­tôt, bande de virus 🙂

HOLOCAUSTE DES ANIMAUX NON HUMAINS : pétition pour un nouveau statut juridique de l’animal

la mul­ti­pli­ca­tion sur Terre des holo­caustes (mas­sacres indus­triels) pousse à en cher­cher les causes pro­fondes. Le plus bana­li­sé, et sans doute le plus ancien, des holo­caustes, celui des ani­maux, est peut-être le pre­mier, dont la léga­li­té juri­dique légi­time au fond les autres. 

Je res­sens sou­vent les tor­tures et les mas­sacres infli­gés sans remord aux ani­maux comme une des racines impor­tantes des tor­tures et des mas­sacres infli­gés sans remord à des humains, comme si le mépris abso­lu de cer­tains être vivants et sen­sibles ren­dait pos­sible – et donc pré­vi­sible – le mépris abso­lu de n’im­porte quel être vivant et sen­sible, et donc nos sem­blables : dans un tel sys­tème juri­dique d’im­pu­ni­té pour les crimes contre les ani­maux, il suf­fit à un homme mal­veillant d’a­ni­ma­li­ser ceux dont il veut se débar­ras­ser pour légi­ti­mer les pires horreurs.

Par­mi les actions que nous pour­rions entre­prendre de façon radi­cale (c’est-à-dire en pre­nant les pro­blèmes à la racine), il y a le sta­tut juri­dique que les hommes (ani­maux humains, armés) donnent aux bêtes (ani­maux non humains, désarmés).

Une péti­tion lan­cée par l’as­so­cia­tion « 30 mil­lions d’a­mis » demande au légis­la­teur (mais si, vous savez, l’as­sem­blée d’a­ni­maux humains « élus » par leurs sem­blables pour obser­ver et com­prendre « la volon­té géné­rale », pour ensuite la retrans­crire en « lois »), une péti­tion demande au légis­la­teur, donc, de modi­fier notre Code civil pour ces­ser de consi­dé­rer les ani­maux comme des « meubles ». En droit, la défi­ni­tion des biens meubles est néga­tive : sont meubles tous les biens non immeubles, et les ani­maux en font par­tie, pour l’ins­tant. La péti­tion demande for­mel­le­ment que les ani­maux non humains ne soient plus qua­li­fiés juri­di­que­ment de meubles, mais plu­tôt d’êtres vivants sensibles.

Pour un nou­veau sta­tut juri­dique de l’a­ni­mal – Pétition :

http://​www​.30mil​lions​da​mis​.fr/​j​a​g​i​s​/​s​i​g​n​e​r​–​l​a​–​p​e​t​i​t​i​o​n​/​j​e​–​s​i​g​n​e​/​2​2​–​p​o​u​r​–​u​n​–​n​o​u​v​e​a​u​–​s​t​a​t​u​t​–​j​u​r​i​d​i​q​u​e​–​d​e​–​l​a​n​i​m​al/

Il est pos­sible que la pos­si­bi­li­té même de cho­si­fier les ani­maux soit un obs­tacle logique puis­sant qui nous empêche depuis des mil­lé­naires de nous pro­té­ger  contre les tue­ries, en ren­dant légi­times et non cri­mi­nelles cer­taines tueries.

Il est donc pos­sible que décho­si­fier les ani­maux soit un che­min qui nous conduise pro­gres­si­ve­ment à décho­si­fier les hommes VRAIMENT.

Je dis pos­sible pour être pru­dent, mais je pense plu­tôt pro­bable.


Rap­pel (voir tout le fil de com­men­taires) des tor­tures que nous sommes capables, sans remord ni peine, d’im­po­ser en masse à nos com­pa­gnons de vie sur terre, les ani­maux, nous autres humains soi disant supé­rieurs en dignité :

Le coup de poing dans la figure du film Earth­lings (Ter­riens). Le sort que les ani­maux « hommes » réservent aux autres ter­riens — l’a­bus de pou­voir géné­ra­li­sé, cruel et indus­triel­le­ment quo­ti­dien — est un trai­te­ment digne des nazis.

écorchés vifs pour leur fourrure, des animaux non humains

En faisant preuve de retenue, la Russie n’a fait que persuader Washington qu’elle était faible, par Paul Craig Roberts, traduit et signalé par les​-crises​.fr

Encore un billet pas­sion­nant et impor­tant sur le blog d’Olivier.
http://​www​.les​-crises​.fr/​p​c​r​–​r​u​s​s​i​e​–​f​a​i​b​le/
Je le repro­duis in exten­so parce que je trouve que ce qui y est dit est vital.
Mer­ci à Oli­vier et à ses lec­teurs, pour ce tra­vail d’u­ti­li­té publique. Faites passer.
ÉC
« Un billet de Paul Craig Roberts…
Je rap­pelle que cet éco­no­miste et jour­na­liste paléo­con­ser­va­teur amé­ri­cain a été sous-secré­­taire au Tré­sor dans l’administration Rea­gan (1981−1982), et est un des pères fon­da­teurs des Reaganomics.
Il a éga­le­ment été rédac­teur en chef adjoint au Wall Street Journal.
Sa vision décape, en général… »
[Oli­vier Berruyer]
Olivier Berruyer (www.les-crises.fr)

Paul Craig Roberts, 1er août 2014 :

Je viens juste d’entendre deux choses sur la radio publique natio­nale [NPR] qui ont com­plè­te­ment anéan­ti le peu de confiance qu’il me res­tait encore dans l’Administration amé­ri­caine. J’en ai conclu que l’expression « un Amé­ri­cain intel­li­gent » est un oxymore.

Les élites amé­ri­caines ont déci­dé que les Amé­ri­cains n’étaient pas suf­fi­sam­ment mena­cés par la guerre et le chaos éco­no­mique, aus­si nous apportent-elles le virus Ebo­la en Amé­rique. La radio publique natio­nale [NPR] a annon­cé que deux per­sonnes infec­tées par le virus Ebo­la, qui est incu­rable et géné­ra­le­ment mor­tel, ont été conduites à l’hôpital uni­ver­si­taire d’Emory à Atlan­ta, en Géor­gie. Il suf­fit d’une toux, d’un éter­nue­ment, d’une goutte de salive, et le virus est relâ­ché dans l’un des prin­ci­paux centres du réseau de trans­port des États-Unis.

Une pan­dé­mie, ça vous tente ? Il y a peu de doutes que toute la pla­nète ou presque pous­se­rait un grand sou­pir de sou­la­ge­ment d’être débar­ras­sé de Washington.

Les por­teurs de l’Ebola seront pré­ten­du­ment mis en qua­ran­taine dans des locaux spé­ciaux. Mais nous savons déjà que les hôpi­taux amé­ri­cains ne sont même pas capables de conte­nir les infec­tions noso­co­miales [http://​rt​.com/​u​s​a​/​1​7​7​4​0​8​–​n​i​g​h​t​m​a​r​e​–​b​a​c​t​e​r​i​a​–​a​n​t​i​b​i​o​t​i​c​–​s​o​u​t​h​e​a​st/]. Qu’advient-il des cou­verts, assiettes, bols et verres qu’utilisent les per­sonnes infec­tées pour man­ger et boire ? Et qui s’occupe de net­toyer les lits ? Une bourde faite par une per­sonne, une déchi­rure dans un gant en caou­tchouc, et le virus est lâché dans la nature.

Si on ne meurt pas d’Ebola, on devra encore échap­per à une guerre nucléaire.

J’ai écou­té une par­tie de la confé­rence de presse d’Obama. Oba­ma accuse Pou­tine de faire tout ce qu’Obama est le seul à faire. Si Oba­ma croit ce qu’il a dit à la presse, il se laisse mener en bateau par ses conseillers. S’il ne croit pas en la pro­pa­gande gros­sière dont il parle, il nous mène tout à fait consciem­ment vers une guerre avec la Rus­sie, ce qui signi­fie pro­ba­ble­ment aus­si la guerre avec la Chine et notre fin à tous.

Gar­dez à l’esprit qu’en huit ans, l’armée amé­ri­caine a été inca­pable d’occuper l’Irak avec suc­cès, et qu’en 13 ans, les États-Unis ont été inca­pables de venir à bout de quelques mil­liers de Tali­bans fai­ble­ment armés en Afghanistan.

La Rus­sie et la Chine ne sont pas l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan.

La guerre avec la Rus­sie sera nucléaire. Washing­ton s’y est pré­pa­ré. Washing­ton a aban­don­né le trai­té ABM, a créé ce qu’il pense être un « bou­clier anti-mis­­siles balis­tiques », et a chan­gé sa doc­trine de guerre pour per­mettre aux USA de lan­cer les pre­miers une attaque nucléaire . Tout ceci évi­dem­ment diri­gé contre la Rus­sie, ce que son gou­ver­ne­ment sait très bien. Com­bien de temps la Rus­sie va-t-elle res­ter les bras croi­sés à attendre la pre­mière frappe de Washington ?

La Rus­sie n’a rien fait d’autre que d’opposer des obs­tacles tar­difs aux men­songes de Washing­ton, ceux que Washing­ton uti­lise pour déclen­cher des guerres. La Rus­sie (et la Chine) se sont lais­sées ber­ner par Washing­ton et les armes de des­truc­tion mas­sive ira­kiennes. La Rus­sie (et la Chine) se sont lais­sées ber­ner par Washing­ton sur la soi-disant traque de 13 ans de Ben Laden, qui aurait néces­si­té la conquête et l’occupation de l’Afghanistan. La Rus­sie (et la Chine) sont tom­bées dans le pan­neau lorsque Washing­ton a affir­mé que la réso­lu­tion des Nations unies éta­blis­sant une zone d’exclusion aérienne sur la Libye avait pour but d’empêcher l’armée de l’air de Kadha­fi de bom­bar­der son propre peuple. Avant de décou­vrir que Washing­ton fai­sait un usage abu­sif de cette réso­lu­tion en envoyant la force aérienne de l’OTAN ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment libyen.

Lorsque Washing­ton a tra­cé une « ligne rouge » concer­nant l’utilisation d’armes chi­miques par le gou­ver­ne­ment syrien contre les forces exté­rieures – celles que Washing­ton avait orga­ni­sées et envoyées en Syrie pour ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment – ne ces­sant de pré­tendre que ces mer­ce­naires isla­mistes étaient les vrais repré­sen­tants de la démo­cra­tie en Syrie, la plus grande par­tie du monde a su que Washing­ton était sur le point d’organiser une attaque chi­mique et d’accuser Assad. Quand l’attaque a eu lieu au moment pré­vu, cette fois la Rus­sie et la Chine ne s’y sont pas lais­sé prendre. Pas plus que le Par­le­ment bri­tan­nique. Washing­ton n’a pu pro­duire la moindre preuve des accu­sa­tions que Washing­ton avait mon­tées de toute pièce, et qui lui auraient au moins valu le concours des Bri­tan­niques pour un assaut mili­taire contre la Syrie. La Rus­sie, en revanche, fut capable d’apporter des preuves, et celles-ci ont déjoué le com­plot de Washing­ton à l’encontre de la Syrie.

Cette inter­ven­tion de la Rus­sie a pro­vo­qué la colère de Washing­ton, tout comme celle qui avait déjoué les mani­gances de Washing­ton en vue d’attaquer l’Iran. Washing­ton, sans aucune preuve, et en contra­dic­tion avec les rap­ports des ins­pec­teurs de l’Agence Inter­na­tio­nale pour l’Énergie Ato­mique opé­rant sur le ter­rain, selon les­quels il n’y avait jamais eu de détour­ne­ment d’uranium du pro­gramme nucléaire légal vers un pro­gramme d’armement, avait quand-même mis en place ce qu’il fal­lait pour une attaque de l’Iran. Celle-ci s’est retrou­vée encer­clée par une qua­ran­taine de bases mili­taires amé­ri­caines et mena­cé par deux des flottes de Washing­ton au large de ses côtes.

Mais la Rus­sie s’est inter­po­sée et a éla­bo­ré un plan que Washing­ton a été obli­gé d’accepter : main­te­nir l’enrichissement d’uranium ira­nien à un niveau suf­fi­sant pour pro­duire de l’énergie, mais bien trop bas pour ser­vir à l’armement.

Deux mau­vaises notes pour la Rus­sie, dont le gou­ver­ne­ment a empê­ché des guerres que Washing­ton vou­lait. La Rus­sie (et la Chine) étaient cen­sées ava­li­ser les men­songes de Washing­ton, à l’instar des États-pan­­tins de l’Europe et autres pays lui ayant aban­don­né leur sou­ve­rai­ne­té depuis belle lurette : Cana­da, Aus­tra­lie, et Japon.

Mal­heu­reu­se­ment pour elle, en mon­trant qu’elle avait à pré­sent suf­fi­sam­ment de pou­voir et d’influence pour blo­quer les plans de guerre de Washing­ton, la Rus­sie a, de fac­to, déclen­ché la doc­trine Wol­fo­witz à son encontre. J’ai déjà cité cette doc­trine dans des articles récents, mais vous pou­vez cher­cher sur Google et la décou­vrir par vous-même. Cette doc­trine est la base de la poli­tique étran­gère de Washing­ton. Elle affirme que l’objectif prin­ci­pal de Washing­ton est d’empêcher la mon­tée de tout pays qui pour­rait faire obs­tacle à son hégé­mo­nie sur le monde. (La doc­trine men­tionne expli­ci­te­ment la Rus­sie, mais elle s’applique aus­si à la Chine.)

Washing­ton est per­tur­bé parce que la Rus­sie a, par deux fois, déjoué ses inten­tions bel­li­queuses et parce que le Par­le­ment du Royaume-Uni, État fan­toche des US, a voté du côté des Russes.

Washing­ton est aus­si pré­oc­cu­pé par la mon­tée des rela­tions éco­no­miques et poli­tiques entre ses marion­nettes euro­péennes et la Rus­sie. Les pays euro­péens, par­ti­cu­liè­re­ment l’Allemagne, ont des liens éco­no­miques nom­breux et fruc­tueux avec la Rus­sie, et toute l’Europe est dépen­dante de la four­ni­ture d’énergie russe.

Washing­ton a donc conclu qu’il ris­quait de voir le contrôle de l’Europe lui échap­per. Pen­dant que le gou­ver­ne­ment russe s’endormait aux com­mandes lors des Jeux olym­piques, Washing­ton a réus­si son coup à Kiev.

Le néo­con­ser­va­trice Vic­to­ria Nuland, appoin­tée par Oba­ma comme Sous-secré­­taire d’Etat, a annon­cé en confé­rence de presse en décembre der­nier que Washing­ton avait dépen­sé cinq mil­liards de dol­lars, ache­tant des ONG ukrai­niennes pour for­mer une “cin­quième colonne” pou­vant s’introduire dans des mani­fes­ta­tions en vue de désta­bi­li­ser un gou­ver­ne­ment, mani­pu­lant et ache­tant des poli­ti­ciens ukrai­niens des­ti­nés à ser­vir de lar­bins à Washing­ton. Nuland,bien sûr, a pré­sen­té cet achat de l’Ukraine par Washing­ton comme étant “une grande avan­cée” de la démocratie.

Le coup d’État de Washing­ton contre un gou­ver­ne­ment démo­cra­ti­que­ment élu a mis au pou­voir des extré­mistes pro­cla­mant leur haine des Juifs et des Russes. Ces extré­mistes ont détruit les mémo­riaux russes com­mé­mo­rant la libé­ra­tion de l’Ukraine du Troi­sième Reich par la Rus­sie, ont pros­crit le russe comme langue offi­cielle régio­nale, et s’en sont vio­lem­ment pris phy­si­que­ment aux russophones.

L’Ukraine a tou­jours été une zone aux fron­tières chan­geantes. Comme l’ont dit cer­tains, « l’Ukraine est un pays à la recherche de fron­tières ». Quand l’Ukraine était une pro­vince sovié­tique, les diri­geants sovié­tiques rat­ta­chèrent, pour diverses rai­sons, des pro­vinces tra­di­tion­nel­le­ment russes à la Répu­blique Socia­liste Sovié­tique d’Ukraine. Après l’effondrement de l’Union Sovié­tique en 1991, la pres­sion de Washing­ton sur une Rus­sie affai­blie condui­sit à sépa­rer l’Ukraine de la Rus­sie, y com­pris la Cri­mée qui fai­sait par­tie de la Rus­sie depuis les années 1700 et consti­tuait son accès aux mers chaudes.

Les popu­la­tions russes des ex-ter­­ri­­toires russes rat­ta­chés à l’Ukraine, de manière incon­si­dé­rée, par les diri­geants sovié­tiques ont été alar­mées par l’extrême rus­so­pho­bie du gou­ver­ne­ment mis en place à Kiev par Washing­ton. Les ex-ter­­ri­­toires russes ont voté pour rejoindre leur pays d’origine et quit­ter l’Etat fan­toche rus­so­phobe éta­bli à Kiev par les États-Unis.

Le gou­ver­ne­ment russe a accep­té la demande de la Cri­mée, mais a repous­sé les demandes éma­nant d’autres ex-pro­­vinces russes afin de démon­trer à l’Europe que la Rus­sie ne fai­sait pas de pro­vo­ca­tion et n’était pas à l’origine de cette crise. Pou­tine a même fait annu­ler par la Dou­ma son pou­voir d’intervenir en Ukraine pour pro­té­ger les pro­vinces séces­sion­nistes. Cette rete­nue a gêné plus qu’aidé la posi­tion du gou­ver­ne­ment russe. Washing­ton a usé de sa machine de pro­pa­gande pour qua­li­fier l’autodétermination des Cri­méens d’« inva­sion et annexion de la Cri­mée par la Russie ».

La rete­nue de la Rus­sie à l’égard des demandes des autres anciennes pro­vinces russes pour rejoindre la Rus­sie a eu pour consé­quence une attaque mili­taire déclen­chée par le gou­ver­ne­ment fan­toche de Kiev, encou­ra­gé par Washing­ton, contre les pro­vinces sépa­ra­tistes, attaque que la Rus­sie a refu­sé d’accepter. La pro­pa­gande de Washing­ton a ensuite réus­si à accu­ser la Rus­sie d’être res­pon­sable de la guerre que Washing­ton a lan­cée sur les pro­vinces séparatistes.

Washing­ton n’a aucun inté­rêt pour la véri­té. De ce fait, la Rus­sie ne peut pas gagner la pro­pa­gande de guerre lorsque Washing­ton en contrôle la langue : l’anglais. Les médias occi­den­taux, quant à eux, sont des abru­tis don­nant les mains libres à Washing­ton pour exter­mi­ner toute vie sur Terre.

Si le gou­ver­ne­ment russe avait accep­té la demande des pro­vinces sépa­ra­tistes, il n’y aurait eu aucune guerre. Le gou­ver­ne­ment ukrai­nien est certes cin­glé et contrô­lé par Washing­ton, mais pas au point d’attaquer les ter­ri­toires recon­nus par la Rus­sie comme étant les siens.

En fai­sant preuve de rete­nue, la Rus­sie n’a fait que per­sua­der Washing­ton qu’elle était faible, et Washing­ton a aug­men­té la pres­sion. La Rus­sie a convain­cu l’Europe qu’il ne lui en coû­te­rait rien de se plier aux sanc­tions de Washing­ton contre la Rus­sie. En comp­tant sur la bonne volon­té, la rai­son, la véri­té et les preuves, la Rus­sie s’est trom­pée sur Washing­ton et ses ser­viles marion­nettes européennes.

Ce qu’Obama vou­lait dire lors de sa confé­rence de presse à la Mai­son Blanche aujourd’hui (1er août) lorsqu’il a dit que Pou­tine devrait uti­li­ser la diplo­ma­tie – ce que Pou­tine n’a ces­sé de faire en vain – c’est que Pou­tine devrait rendre la Cri­mée au gou­ver­ne­ment de pan­tins de Washing­ton à Kiev, mal­gré l’opposition des habi­tants de Cri­mée et du peuple russe. Cela per­met­trait à Washing­ton d’expulser la Rus­sie de son port de mer chaude et de son accès à la mer Médi­ter­ra­née et ren­drait inutile la base navale de la Rus­sie à Tar­tous, en Syrie. Oba­ma veut aus­si que Pou­tine envoie des forces mili­taires russes dans les zones sépa­ra­tistes de l’Ukraine, régions qui fai­saient tra­di­tion­nel­le­ment par­tie de la Rus­sie, pour sou­mettre ces ter­ri­toires sépa­ra­tistes au gou­ver­ne­ment de pan­tins de Washing­ton à Kiev.

Telle est la posi­tion « diplo­ma­tique » de Washing­ton. Seule une per­sonne tota­le­ment démente pour­rait consi­dé­rer la posi­tion d’Obama comme réaliste.

En tant que per­sonne consi­dé­rée comme saine d’esprit par les médias mon­diaux, et par­ve­nant à des conclu­sions rai­son­nables mal­gré la pro­pa­gande de Washing­ton, je suis sou­vent inter­viewé par des médias étran­gers ain­si que des médias amé­ri­cains indé­pen­dants. Der­niè­re­ment, les médias russes se sont tour­nés vers moi à de nom­breuses occa­sions. Ce que j’ai appris est que l’hostilité de Washing­ton envers la Rus­sie rend per­plexes les médias russes.

La Rus­sie n’agit pas dans le vieux Sud Confé­dé­ré pour essayer de mon­ter les États sudistes contre Washing­ton du fait des vols, des meurtres et de la des­truc­tion de la culture sudiste com­mis par Washing­ton. Mais Washing­ton se per­met d’agir dans le sud de la Rus­sie en essayant de mon­ter l’Ukraine, long­temps par­tie inté­grante de la Rus­sie, contre la Russie.

Comme les Russes, sauf peut-être au sein du gou­ver­ne­ment, ignorent l’existence de la doc­trine Wol­fo­witz, ils ne savent pas que le but prin­ci­pal de Washing­ton est d’empêcher l’avènement de toute autre puis­sance qui pour­rait limi­ter son rôle de Moi-le-Pou­­voir-Unique, d’Hegemon sur la Terre. Au lieu de com­prendre la véri­table nature de la menace, les médias russes me demandent si les finances russes peuvent se per­mettre de répondre aux sanc­tions de Washing­ton et de l’UE en cou­pant les appro­vi­sion­ne­ments en éner­gie de l’Europe.

Je suis sur­pris à chaque fois que j’entends cette ques­tion. La Rus­sie peut pro­vo­quer l’arrêt d’une grande par­tie de l’industrie euro­péenne et pri­ver les Euro­péens de chauf­fage pen­dant l’hiver, et les médias russes me demandent si la Rus­sie peut se le permettre ?!

La Rus­sie peut-elle se per­mettre d’être dia­bo­li­sée par des men­songes, ense­ve­lie sous un tas de sanc­tions pro­pa­gan­distes qui affec­te­ront l’Europe et cer­taines socié­tés amé­ri­caines, de mon­trer une image d’elle-même si faible et si dému­nie face aux sanc­tions occi­den­tales qu’elle doive les accep­ter sans même en faire peser le coût sur l’Europe et les États-Unis ?

Les Russes, à leur tour, auraient-ils subi un lavage de cer­veau de Washington ?

Je suis pré­oc­cu­pé par la crise que Washing­ton a orches­trée, parce que je pense qu’elle va mener à la guerre, et qu’elle sera nucléaire. Êtes-vous prêts à être détruits suite aux men­songes de Washing­ton concer­nant un avion de ligne malai­sien ? Je suis convain­cu que Washing­ton est der­rière la des­truc­tion du vol MH-17, car leur pro­pa­gande était déjà prête et est entrée immé­dia­te­ment en action. Que Washing­ton soit res­pon­sable est la rai­son pour laquelle Washing­ton ne veut pas publier les pho­tos satel­lites de la zone au moment de la des­truc­tion de l’avion de ligne. Que Washing­ton soit res­pon­sable est la rai­son pour laquelle Washing­ton répond aux preuves fac­tuelles de la Rus­sie avec des men­songes et de la pro­pa­gande. C’est Oba­ma et ses lar­bins à Kiev qui refusent de négo­cier, pas la Russie.

La Rus­sie a autant de têtes nucléaires que Washing­ton, et le « bou­clier ABM » de Washing­ton n’est qu’une farce. Si ce gou­ver­ne­ment amé­ri­cain insen­sé engendre une crise menant à la guerre, que seul Washing­ton aura cau­sée, nous allons tous mou­rir, et pour quoi ? La réponse est : pour un MENSONGE de Washington.

Vou­­lez-vous mou­rir pour un men­songe ? Un autre men­songe de Washington ?

Si vous ne vou­lez pas, vous feriez bien d’en faire part à Washington.

La Rus­sie ne peut mettre fin à cette crise sans taper du poing sur la table. J’ai sou­te­nu l’idée que la Rus­sie devrait plai­der son cas aux Nations Unies. Ou alors, le gou­ver­ne­ment russe doit poser à l’Europe deux ques­tions. La pre­mière : l’Europe veut-elle que la Rus­sie lui coupe ses appro­vi­sion­ne­ments en éner­gie, éner­gie que Washing­ton, mal­gré ses men­songes, ne pour­ra rem­pla­cer avant 3 ans voire plus, si tant est qu’elle le puisse ? L’autre ques­tion est : l’Europe veut-elle la guerre avec la Rus­sie et l’Europe pense-t-elle que ces pays idiots qui hébergent les mis­siles de Washing­ton ne se retrou­ve­ront pas ato­mi­sés et exterminés ?

Cette crise en Ukraine conti­nue­ra aux dépens de la Rus­sie et de toute l’humanité jusqu’à ce que la Rus­sie explique à l’Occident stu­pide, arro­gant et empli d’hubris que les actions cri­mi­nelles et agres­sives de l’Occident contre la Rus­sie com­portent un coût réel et que la Rus­sie est prête à le faire payer.

Les Occi­den­taux qui subissent la pro­pa­gande n’ont aucune idée du des­tin vers lequel leurs gou­ver­ne­ments déments les conduisent. Il faut que la Rus­sie signi­fie clai­re­ment aux Occi­den­taux vic­times de la pro­pa­gande et du lavage de cer­veau qu’elle ne sera pas le jouet de l’Occident et n’acceptera pas l’agression gra­tuite du fou de la Mai­son Blanche.

Si la Chine en fai­sait autant, cela pour­rait contri­buer à sau­ver la vie sur terre. Le plus tôt serait le mieux.

Si le monde ne freine pas les cri­mi­nels déments de Washing­ton, le monde a signé son propre arrêt de mort.

Source : Paul Craig Roberts, tra­duc­tion col­lec­tive par les lec­teurs du blog www​.les​-crises​.fr

Source : http://​www​.les​-crises​.fr/​p​c​r​–​r​u​s​s​i​e​–​f​a​i​b​le/

Avignon, 9 juillet 2014, Fête de la démocratie, suggestions d’ateliers constituants, avec Camille Halut

L’é­quipe de Cause Tou­jours a fil­mé, mon­té et mis en ligne (en 3 vidéos liées) notre ren­contre avec Camille près d’A­vi­gnon, à pro­pos de sa cou­ra­geuse (et emblé­ma­tique) résis­tance à Saint-André de Val­borgne (résis­tance dont je vous par­lais déjà ici et ici)..

Il me semble que Camille nous montre un che­min, un exemple vivant de ce que nous pour­rions faire nous-mêmes, cha­cun dans notre com­mune, pour don­ner vie, concrè­te­ment, à l’as­pi­ra­tion démo­cra­tique qui grandit :

httpv://www.youtube.com/watch?v=aqIKVa411YQ&list=PL9IQXC7V-4xPFJG5DiWMMXw4rGsOkWJho&index=1

Je cherche des moyens pour aider Camille et ses amis.
Nous devrions au moins faire connaître cette ini­tia­tive, en par­ler entre nous.
Peut-être même aller dans son vil­lage, pour assis­ter phy­si­que­ment à tout ça.
Si on essaie de faire la même chose chez nous, lui faire savoir, pour qu’elle sente que ses efforts font des petits.
Si vous avez d’autres idées…

Saint-André de Valborgne Saint-André de Valborgne Saint-André de Valborgne

Mer­ci aux intré­pides repor­ters de Cause Tou­jours 🙂

Innombrables expériences démocratiques non athéniennes : lire Graeber, Dupuis-Déri et Rediker

Voi­ci un article que j’ai pré­pa­ré pour le maga­zine Kai­zen (les Coli­bris de Pierre Rabhi) et qui vient d’être publié sur leur site :

innombrables expériences démocratiques NON athénienneshttp://​www​.kai​zen​-maga​zine​.com/​i​n​n​o​m​b​r​a​b​l​e​s​–​e​x​p​e​r​i​e​n​c​e​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​s​–​n​o​n​–​a​t​h​e​n​i​e​n​n​e​s​–​l​i​r​e​–​g​r​a​e​b​e​r​–​d​u​p​u​i​s​–​d​e​r​i​–​e​t​–​r​e​d​i​k​er/

Innom­brables expé­riences démo­cra­tiques non athéniennes :
lire Grae­ber, Dupuis-Déri et Rediker

David Grae­ber est épa­tant. Après m’avoir remué en pro­fon­deur sur le sujet de la mon­naie avec son livre Dette : 5 000 ans d’histoire, voi­ci qu’il me retourne sur celui de la démo­cra­tie avec son livre La démo­cra­tie aux marges (avec une pas­sion­nante pré­face d’Alain Caillé).

David Graeber

Après m’avoir fait com­prendre que presque tout ce qu’on nous apprend en « éco­no­mie » sur la mon­naie et la dette est un tis­su de contre­sens, voi­là que David me fait réa­li­ser, à moi qui jus­te­ment croyais avoir déjà fait un bon tra­vail de démys­ti­fi­ca­tion sur le plan poli­tique autour de la démo­cra­tie, que j’ai encore un étage à mon­ter pour prendre conscience des erreurs cou­rantes en la matière. 

Cet anthro­po­logue observe les socié­tés humaines réelles, y com­pris et sur­tout les com­mu­nau­tés dont l’imaginaire n’a pas encore été colo­ni­sé par les mar­chands (et leurs armées), les socié­tés qu’on appelle « pri­mi­tives » et qui sont, en fait, à bien des égards, plus humaines et plus géné­reuses que nous, stu­pides consom­ma­teurs maté­ria­listes et com­pé­ti­teurs égoïstes – décer­ve­lés par la réclame et les jeux du cirque – que nous sommes devenus.

Du point de vue de l’anthropologue Grae­ber, Athènes n’est pas la seule démo­cra­tie au monde, loin de là, et c’en est même une ver­sion plu­tôt dégra­dée (mili­taire et bru­tale), alors que toutes les socié­tés sans État se sont orga­ni­sées ─ et s’organisent encore, natu­rel­le­ment, spon­ta­né­ment ─ de façon démo­cra­tique ! C’est-à-dire en se réunis­sant tous pour dis­cu­ter ensemble et déci­der ensemble, et presque tou­jours sans voter ! En cher­chant tou­jours le consen­sus, sorte de qua­­si-una­­ni­­mi­­té… Cor­ne­gi­douille, ça secoue !

Le pas­sage sur le petit nombre de socié­tés qui votent leurs lois (alors que je pen­sais, après l’avoir pas mal étu­diée, que la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment voter nous-mêmes nos lois au lieu d’élire des maîtres) est pas­sion­nant : Grae­ber explique que les socié­tés qui votent leurs lois sont tou­jours des socié­tés de sol­dats, donc armées, donc redou­tables, capables d’imposer leurs vues par la force, et pour qui le vote est une solu­tion rai­son­nable pour ne pas s’entre-tuer et éco­no­mi­ser des vies humaines en se comp­tant avant de se battre.

Et il décrit, au contraire, la mul­ti­tude des autres socié­tés (que les anthro­po­logues connaissent bien mais que nous igno­rons trop), les com­mu­nau­tés sans coer­ci­tion, sans État, où per­sonne n’a les moyens d’imposer un com­por­te­ment à qui que ce soit, et qui pré­fèrent la solu­tion appa­rem­ment la plus dif­fi­cile : négo­cier plu­tôt que voter, cher­cher un consen­sus plu­tôt qu’une majorité.

Grae­ber explique ce choix éton­nant d’une façon lumi­neuse (page 48 et s.) :

On doit se deman­der pour­quoi ces méthodes [lever la main pour dire son accord ou désac­cord avec une pro­po­si­tion] sont si rare­ment employées. Et pour­quoi, à l’inverse, les com­mu­nau­tés humaines ont tou­jours pré­fé­ré s’imposer la tâche bien plus dif­fi­cile d’aboutir à des déci­sions unanimes.

L’explication que je vou­drais sug­gé­rer est la sui­vante : il est plus facile, dans des com­mu­nau­tés de face-à-face, de se repré­sen­ter ce que la plu­part des membres veulent faire, que d’imaginer les moyens de convaincre ceux qui sont en désaccord.

La prise de déci­sion consen­suelle est typique des socié­tés au sein des­quelles on ne voit aucun moyen de contraindre une mino­ri­té à accep­ter une déci­sion majo­ri­taire, soit parce qu’il n’existe pas d’État dis­po­sant du mono­pole de la coer­ci­tion, soit parce qu’il ne mani­feste aucun inté­rêt ni aucune pro­pen­sion à inter­ve­nir dans les prises de déci­sions locales. S’il n’y a aucun moyen de for­cer ceux qui consi­dèrent une déci­sion majo­ri­taire comme désas­treuse à s’y plier, alors la der­nière chose à faire, c’est d’organiser un vote. Ce serait orga­ni­ser une sorte de com­pé­ti­tion publique à l’issue de laquelle cer­tains seraient consi­dé­rés comme des per­dants. Voter serait le meilleur moyen de pro­vo­quer ces formes d’humiliation, de res­sen­ti­ment et de haine qui conduisent au bout du compte à la dis­pa­ri­tion des com­mu­nau­tés. […]

Cela ne veut pas dire que tout le monde doit être d’accord. La plu­part des formes de consen­sus incluent toute une varié­té de formes gra­duées de désac­cords. L’enjeu est de s’assurer que per­sonne ne s’en aille avec le sen­ti­ment que ses opi­nions ont été tota­le­ment ignorées […]

La démo­cra­tie majo­ri­taire ne peut donc émer­ger que lorsque deux fac­teurs sont conjoin­te­ment à l’œuvre : 1) le sen­ti­ment que les gens doivent avoir un pou­voir égal dans la prise de déci­sion au sein du groupe, et 2) un appa­reil de coer­ci­tion capable d’assurer l’application des décisions.

Dans la plus grande par­tie de l’histoire humaine, ces deux condi­tions n’ont été qu’exceptionnellement réunies au même moment. Là où existent des socié­tés éga­li­taires, impo­ser une coer­ci­tion sys­té­ma­tique est jugé habi­tuel­le­ment de façon néga­tive. Paral­lè­le­ment, là où un appa­reil de coer­ci­tion exis­tait pour de bon, il ne venait guère à l’esprit de ses agents qu’ils met­taient en œuvre une quel­conque volon­té populaire.

Nul ne sau­rait contes­ter l’évidence que la Grèce antique a été l’une des socié­tés les plus com­pé­ti­tives que l’histoire ait connues. Elle avait en effet ten­dance à faire de toute chose un objet de riva­li­té publique, de l’athlétisme à la phi­lo­so­phie ou à l’art dra­ma­tique, etc. Il n’est donc guère sur­pre­nant que la prise de déci­sion poli­tique ait connu elle aus­si un sort semblable.

Plus cru­cial encore est le fait que les déci­sions étaient prises par le peuple en armes.

En d’autres termes, si un homme est armé, on a tout inté­rêt à prendre en compte son opinion. […]

Chaque vote était, au sens fort du terme, une conquête. »

Source : David Grae­ber, La Démo­cra­tie aux marges, Bord de l’eau, 2014

En lisant la suite, je vou­drais tout publier, tout relayer :

  • le « miroir des hor­reurs » (le spec­tacle dégoû­tant d’une foule cruelle et dan­ge­reuse que le prince ren­voie exprès à son peuple — à tra­vers les jeux du cirque hier, ou à tra­vers les défor­ma­tions télé­vi­sées à 20 h aujourd’hui —, pour le dis­sua­der de convoi­ter le pou­voir en ayant peur de lui-même),
  • la réfu­ta­tion par­faite de la thèse ridi­cule de Samuel Hun­ting­ton (qui pré­tend que les valeurs démo­cra­tiques sont spé­ci­fi­que­ment « occi­den­tales », alors que la réa­li­té des élites en ques­tion est au contraire, tou­jours et par­tout, la haine de la démo­cra­tie et le mas­sacre des démocrates),
  • l’évocation du tra­vail for­mi­dable de Mar­cus Redi­ker sur l’éthique pro­fon­dé­ment démo­cra­tique des pirates des mers (pre­miers résis­tants farouches à la bru­ta­li­té mar­chande à la fin du XVIIe siècle),
  • la mise en valeur de l’extraordinaire expé­rience de l’AZLN dans la forêt du Lacan­don (« Les zapa­tistes ont déve­lop­pé un sys­tème très éla­bo­ré d’assemblées com­mu­nau­taires opé­rant par voie de consen­sus, com­plé­tées par des comi­tés de femmes et de jeunes ─ afin de contre­ba­lan­cer la domi­na­tion tra­di­tion­nelle des adultes mâles ─ et des conseils for­més de délé­gués révocables. »),
  • etc.

Ce texte de Grae­ber (assez court, fina­le­ment) est d’utilité publique, il fau­drait le faire lire dans les écoles, il devrait être en libre accès sur Inter­net pour tous ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter des livres.

Donc, pour Grae­ber, les démo­cra­ties dignes de ce nom ne sont adve­nues — et ne peuvent adve­nir (et c’est là, pour l’avenir, que j’espère qu’il se trompe) — QUE à l’abri de l’État, qu’aux marges des socié­tés ayant ins­ti­tué un mono­pole de la coer­ci­tion à une puis­sance publique.

J’aimerais bien échan­ger avec lui, pour pas­ser au feu de sa cri­tique mon idée de « pro­ces­sus consti­tuant popu­laire », car, même après l’avoir lu, je conti­nue à me deman­der com­ment une socié­té peut pro­té­ger effi­ca­ce­ment les 99 % contre les 1 % les plus forts et les plus égoïstes sans orga­ni­ser une puis­sance publique pro­tec­trice qui soit, par construc­tion, supé­rieure à toute puis­sance pri­vée et sous contrôle public permanent.

Dans sa conclu­sion, cet anar de Grae­ber (mais la vraie démo­cra­tie est-elle autre chose que l’anarchie, ce pro­jet fon­da­men­ta­le­ment géné­reux et paci­fique défen­du par des héros comme Prou­dhon, Kro­pot­kine, Tol­stoï ?), cet anar de Grae­ber, donc, nous sug­gère de résis­ter à l’Empire du moment avec la méthode zapa­tiste d’une refon­da­tion démo­cra­tique par l’auto-organisation de com­mu­nau­tés auto­nomes. Ça me fait pen­ser aux « micro-résis­­tances », que Michel (Onfray) sug­gère d’organiser contre ce qu’il appelle des « micro-fas­­cismes ». Ces deux pro­po­si­tions sont inté­res­santes, évi­dem­ment, mais elles ne me paraissent pas tout à fait à la hau­teur de la puis­sance et de la cruau­té du pro­jet d’asservissement des grands pri­vi­lé­giés qui nous pré­parent une toute pro­chaine guerre… Ils devraient bien s’entendre, ces deux-là (David et Michel), d’ailleurs. On dirait que les anthro­po­logues (Grae­ber, Clastres…), à force d’étudier des socié­tés bien réelles sans chefs et pour­tant calmes et pros­pères, deviennent natu­rel­le­ment anar­chistes… D’ailleurs (mais je ne vais pas démar­rer là-des­­sus), David Grae­ber a écrit un troi­sième petit livre, lui aus­si tout à fait pas­sion­nant du début à la fin : Pour une anthro­po­lo­gie anar­chiste (2004)… Je vous en par­le­rai une autre fois.

* * * * *

Par ailleurs, sur ce même sujet de réap­pro­pria­tion popu­laire du mot démo­cra­tie, je vou­drais signa­ler deux autres livres que je lis en même temps, et qui ren­forcent et com­plètent mon auto-for­­ma­­tion, ma cure de dés­in­toxi­ca­tion politique.

Fran­cis Dupuis-Déri, dont j’ai déjà par­lé, vient d’écrire un livre vrai­ment pas­sion­nant, très ins­truc­tif, très utile pour notre édu­ca­tion popu­laire : Démo­cra­tie, his­toire poli­tique d’un mot, aux États-Unis et en France (2013). Je sou­ligne ici notam­ment l’exemple for­mi­dable des com­mu­nau­tés vil­la­geoises au Moyen Âge, incroya­ble­ment démo­cra­tiques au regard des por­traits cala­mi­teux que nous ont dres­sés de l’Ancien régime les pré­ten­dues « Lumières » (très mar­chandes, en fait, et très plou­to­cra­tiques, au fond, les « Lumières »). Cet exemple de la démo­cra­tie quo­ti­dienne au Moyen Âge est édi­fiant. L’exemple très démo­cra­tique des Amé­rin­diens est, lui aus­si, pas­sion­nant. Il faut que nous creu­sions tout ça.

Francis Dupuis-Déri

Voyez ce pas­sage, pages 40 et s. :

Cela dit, « démo­cra­tie » et ses déri­vés sont rare­ment uti­li­sés avant le XIXe siècle. Jusqu’alors, il s’agit plu­tôt de termes savants qui font réfé­rence à l’Antiquité gréco-romaine.

Pour­tant, au Moyen Âge et pen­dant la Renais­sance euro­péenne, des mil­liers de vil­lages dis­po­saient d’une assem­blée d’habitants où se pre­naient en com­mun les déci­sions au sujet de la col­lec­ti­vi­té. Les « com­mu­nau­tés d’habitants », qui dis­po­saient même d’un sta­tut juri­dique, ont fonc­tion­né sur le mode de l’autogestion pen­dant des siècles. Les rois et les nobles se conten­taient de gérer les affaires liées à la guerre ou à leurs domaines pri­vés, d’administrer la jus­tice et de mobi­li­ser leurs sujets par des cor­vées. Les auto­ri­tés monar­chiques ou aris­to­cra­tiques ne s’ingéraient pas dans les affaires de la com­mu­nau­té, qui se réunis­sait en assem­blée pour déli­bé­rer au sujet d’enjeux poli­tiques, com­mu­naux, finan­ciers, judi­ciaires et paroissiaux. […]

La par­ti­ci­pa­tion à l’assemblée était obli­ga­toire et une amende était impo­sée aux absents quand l’enjeu était impor­tant. Un quo­rum de deux tiers devait alors être res­pec­té pour que la déci­sion col­lec­tive soit valide, par exemple celle d’aliéner une par­tie des biens com­muns de la com­mu­nau­té (bois ou pâtu­rage). Il était si impor­tant que la com­mu­nau­té s’exprime que même lorsque la peste a frap­pé dans la région de Nîmes, en 1649, l’assemblée a été convo­quée dans la cam­pagne sur les deux rives d’une rivière, pour per­mettre de réunir à la fois les per­sonnes ayant fui la ville et celles qui y étaient res­tées. En géné­ral, le vote était rapide, à main levée, par accla­ma­tion ou selon le sys­tème de « bal­lote » dis­tin­guant les « pour » des « contre » par des boules noires et blanches. Lorsque la déci­sion était impor­tante, les noms des per­sonnes pré­sentes et ayant voté étaient por­tés au procès-verbal. […]

En plus des assem­blées de la com­mu­nau­té, des assem­blées fédé­rales réunis­saient plu­sieurs com­mu­nau­tés d’une même val­lée, par exemple, pour trai­ter des affaires com­munes. […]

En plus de ces assem­blées muni­ci­pales, des assem­blées au sein des guildes de mar­chands et d’artisans. […]

La démo­cra­tie médié­vale, bien vivante alors, mais aujourd’hui si mécon­nue, per­met­tait au peuple de tra­ver­ser de longs mois sans contact direct avec des repré­sen­tants de la monar­chie, une ins­ti­tu­tion qui offrait fina­le­ment très peu de ser­vices à sa popu­la­tion com­po­sée de sujets, et non de citoyens. […]

Les com­mu­nau­tés d’habitants et les guildes de métiers perdent peu à peu de leur auto­no­mie poli­tique non pas en rai­son d’un dys­fonc­tion­ne­ment de leurs pra­tiques démo­cra­tiques, qui se pour­suivent d’ailleurs dans cer­tains cas jusqu’au XVIIIe siècle, mais plu­tôt en rai­son de la mon­tée en puis­sance de l’État, de plus en plus auto­ri­taire et cen­tra­li­sa­teur. [Lire La fin des Cor­po­ra­tions de Ste­ven L. Kaplan.] Vers les XVIe et XVIIe siècles, les royaumes monar­chiques se trans­forment peu à peu en États, soit un nou­veau sys­tème poli­tique qui déve­loppe plu­sieurs stra­té­gies pour accroître son pou­voir d’imposition, de taxa­tion et de conscrip­tion, alors que la guerre coûte de plus en plus cher, en rai­son des déve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques de la marine et de l’armement (arque­buses, canons). En effet, ces États modi­fient petit à petit les lois et règle­ments qui encadrent les villes et vil­lages, pour maxi­mi­ser leur capa­ci­té d’appropriation des reve­nus et des hommes. […]

L’assemblée d’habitants est alors un espace où s’organise la résis­tance face à cette mon­tée en puis­sance de l’État. Par exemple, en pro­tes­ta­tion contre une conscrip­tion jugée illé­gi­time, les assem­blées choi­sissent un han­di­ca­pé pour ser­vir dans la milice. Lorsqu’on annonce de nou­velles taxes, les cloches convoquent l’assemblée et le démos se trans­forme par­fois en foule émeu­tière, en plèbe : elle attaque les pri­sons pour libé­rer les pri­son­niers endet­tés, incen­die la mai­son du « gabe­leur », voire l’assassine. En guise de repré­sailles, les troupes royales confisquent les cloches et les fondent. Fina­le­ment, les assem­blées d’habitants sont tout sim­ple­ment inter­dites et le roi nomme des pré­fets à la tête des communautés. 

[…]

En Amé­rique du Nord, les colo­ni­sa­teurs d’origine euro­péenne ont été en contact avec des socié­tés amé­rin­diennes fonc­tion­nant selon des prin­cipes démo­cra­tiques. Pour le cas de la Nou­­velle-France, notons l’exemple des Wen­dats (connus aus­si sous le nom de Hurons), qui comp­taient quatre niveaux de gou­ver­ne­ment, soient le clan, le vil­lage, la nation et la confé­dé­ra­tion. Le clan regrou­pait envi­ron 250 per­sonnes, soit une dizaine de familles. Chaque clan avait un chef civil et un ou plu­sieurs chefs de guerre, nom­més sou­vent par un conseil de femmes. Ces chefs n’avaient pas de pou­voir coer­ci­tif leur per­met­tant d’imposer leur volon­té. […] Selon un Fran­çais témoin des socié­tés amé­rin­diennes au tout début du XVIIIe siècle, le titre de « chef » « ne leur donne aucun pou­voir sur les guer­riers ; ces sortes de gens ne connaissent point la subor­di­na­tion mili­taire non plus que civile. Cela est tel­le­ment vrai que si ce grand chef s’avisait de com­man­der quelque chose au moindre homme de son par­ti, [ce der­nier] est en droit de répondre net­te­ment à cette figure de capi­taine qu’il ait à faire lui-même ce qu’il ordonne aux autres ». […]

De telles com­mu­nau­tés éga­li­taires et démo­cra­tiques atti­raient inévi­ta­ble­ment les Euro­péens déser­teurs de la marine ou de l’armée, les esclaves en fuite et des femmes fuyant un mari violent. Si bien que les auto­ri­tés colo­niales inter­di­saient les contacts entre les esclaves, par exemple, et les com­mu­nau­tés amérindiennes.

Conscient que les pra­tiques démo­cra­tiques d’assemblées déli­bé­ra­tives ont été très répan­dues dans le monde, l’anthropologue Mar­cel Détienne insiste sur l’importance de contes­ter « une opi­nion fort répan­due, dans les États-Unis d’Europe et d’Amérique, que la démo­cra­tie est tom­bée du ciel, une fois pour toutes, en Grèce, et même sur une seule cité, […] Athènes.

Comme le rap­pellent aus­si l’anthropologue David Grae­ber et l’économiste Amar­tya Sen, la pra­tique de s’assembler pour déli­bé­rer au sujet des affaires com­munes a exis­té un peu par­tout, y com­pris en Europe au Moyen Âge et dans les siècles sui­vants, et dans les ter­ri­toires que l’Europe a conquis et colonisés. »

Source : Fran­cis Dupuis-Déri, Démo­cra­tie. His­toire poli­tique d’un mot, aux États-Unis et en France

* * * * *

De son côté, Mar­cus Redi­ker entre­tient la mémoire des luttes des marins et des pirates contre le capi­ta­lisme nais­sant (fin XVIIe, début XVIIIe) : j’ai quatre ou cinq de ses livres, par­mi les­quels Pirates de tous les pays (2004).

Marcus Rediker

Cette lec­ture est édi­fiante : encore une contre-his­­toire puisqu’il s’agit ici de décons­truire les men­songes des his­to­riens pros­ti­tués aux riches (ils ne le sont pour­tant pas tous) qui ont copieu­se­ment calom­nié les pirates en occul­tant les condi­tions de tra­vail épou­van­tables des marins qui ont jus­ti­fié — ô com­bien ! — les muti­ne­ries : les pirates étaient des résis­tants à la cruau­té mar­chande et ils ont orga­ni­sé des com­mu­nau­tés incroya­ble­ment démo­cra­tiques, au sens strict. Voyez ce pas­sage, pas­sion­nant je trouve (mais Redi­ker est tou­jours pas­sion­nant…), pages 120 et s. :

« Chaque vais­seau fonc­tionne selon les termes d’un contrat court approu­vé par l’équipage, éta­bli au début du voyage ou à l’occasion de l’élection d’un nou­veau capi­taine. C’est en fonc­tion de ces conven­tions écrites que les équi­pages confient l’autorité, dis­tri­buent le butin et la nour­ri­ture et font res­pec­ter la dis­ci­pline”. Ces arran­ge­ments font du capi­taine la créa­ture de l’équipage. [Ça donne des idées, non ?] […]

Ayant besoin de quelqu’un qui ait à la fois un tem­pé­ra­ment cou­ra­geux et des com­pé­tences de navi­ga­teur, les hommes élisent leur chef. Ils veulent un com­man­de­ment par l’exemple, pas un com­man­de­ment dû à un sta­tut et à une hié­rar­chie impo­sés de fait. Ils n’accordent que peu de pri­vi­lèges. […] L’équipage garan­tit au capi­taine une auto­ri­té incon­tes­tée pour le com­bat et la chasse, mais « pour tous les autres aspects quels qu’ils soient », il est « gou­ver­né par une majo­ri­té. » Un capi­taine mar­chand scan­da­li­sé note : « Le capi­taine semble n’avoir aucune méthode de com­man­de­ment, mais quand il s’agit de par­tir en chasse ou d’engager un com­bat, alors il a le pou­voir abso­lu. » [Comme les chefs amé­rin­diens qui n’ont de pou­voir qu’en temps de guerre.]

De la même façon que la majo­ri­té élit, elle peut démettre. Cer­tains sont démis de leurs fonc­tions pour couar­dise, cruau­té ou pour avoir refu­sé de « cap­tu­rer et de piller des vais­seaux anglais. » Un capi­taine doit subir une colère ins­pi­rée de la conscience de classe de son équi­page pour s’être com­por­té « comme un gent­le­man. » Occa­sion­nel­le­ment, en cas de des­po­tisme, il peut être som­mai­re­ment exécuté.

Sou­­ve­­nons-nous du com­men­taire de Wal­ter Ken­ne­dy affir­mant que la plu­part des ban­dits des mers, « ayant aupa­ra­vant souf­fert des mau­vais trai­te­ments infli­gés par leurs offi­ciers, se pro­tègent soi­gneu­se­ment d’un tel mal ». La sélec­tion démo­cra­tique des offi­ciers appa­raît ain­si en contraste total et signi­fi­ca­tif avec l’organisation qua­si dic­ta­to­riale du com­man­de­ment dans le ser­vice mar­chand et la Royal Navy.

Afin d’éviter les abus d’autorité, les pirates élisent un offi­cier appe­lé le quar­­tier-maître, dont les pou­voirs contre­ba­lancent ceux du capi­taine. William Snel­grave explique qu’il « est char­gé de l’inspection géné­rale de toutes les affaires, il contrôle sou­vent les ordres du capi­taine. Cette per­sonne est aus­si celle qui doit être la pre­mière lors de l’abordage de n’importe quel bateau ». Un autre pri­son­nier, le capi­taine Richard Haw­kins, qua­li­fie le quar­­tier-maître de « direc­teur en chef » du vais­seau pirate. […]

Le quar­­tier-maître est donc le gar­dien de la tra­di­tion pirate, celui qui émet les juge­ments défi­ni­tifs concer­nant la pra­tique cultu­relle. Comme un tri­bun dans la Rome antique, il pro­tège le peuple contre les puis­sants, les plé­béiens contre les patri­ciens. Dans le ser­vice mar­chand, le quar­­tier-maître n’est pas consi­dé­ré comme un offi­cier mais sim­ple­ment comme un marin « dégour­di », c’est-à-dire bien infor­mé et expé­ri­men­té. Chez les pirates, il est éle­vé à une posi­tion suprê­me­ment valo­ri­sée de confiance, d’autorité et de pouvoir. […]

Le rôle du quar­­tier-maître consis­tant à main­te­nir l’autorité au sein d’un exé­cu­tif dua­liste et repré­sen­ta­tif est un prin­cipe propre à l’organisation sociale des pirates, et il influence la créa­tion de nou­veaux bateaux. Le quar­­tier-maître, tri­bun, média­teur, tré­so­rier et par­tie pre­nante du main­tien de la paix à bord d’un navire, devient sou­vent le capi­taine d’un nou­veau vais­seau lorsqu’un bâti­ment est cap­tu­ré puis conver­ti. […]

Et pour­tant, ni le capi­taine ni le quar­­tier-maître ne repré­sentent l’autorité la plus éle­vée sur le bateau pirate. Cet hon­neur revient au conseil com­mun, qui réunit régu­liè­re­ment tous les hommes, du capi­taine jusqu’à l’homme du beau­pré. Les déci­sions ayant le plus de consé­quences sur le bien-être de l’équipage sont prises lors de réunions ouvertes où les débats sont hou­leux. En ren­dant l’équipage sou­ve­rain, les pirates s’appuient sur une ancienne cou­tume mari­time tom­bée dans l’oubli vers 1700, sui­vant laquelle le maître d’un navire mar­chand consul­tait tout son équi­page (qui était sou­vent en par­tie pro­prié­taire de la car­gai­son) pour la prise de déci­sions vitales. Les fli­bus­tiers connaissent éga­le­ment la tra­di­tion navale mili­taire – le conseil de guerre – au cours duquel les offi­ciers supé­rieurs d’un navire ou d’une flotte se retrouvent afin de défi­nir une stra­té­gie. La réunion de la com­mu­nau­té flot­tante accré­di­tait la réa­li­té du vieux pro­verbe qui affirme : « Nous sommes tous ensemble sur ce bateau. » […]

Les déci­sions prises par le conseil sont sacro-saintes. Même le capi­taine le plus cou­ra­geux n’ose les affron­ter. Les conseils ont démis un cer­tain nombre de capi­taines et d’autres offi­ciers de leur poste. Tho­mas Ans­tis perd sa fonc­tion de capi­taine : il est, selon l’expression des marins, « remis au pied du mât », c’est-à-dire qu’il rede­vient un marin ordi­naire sur le bateau qu’il a aupa­ra­vant com­man­dé. Charles Vane, éti­que­té comme couard par son équi­page, est démis de ses fonc­tions de capi­taine. Charles Mar­tel perd son titre en rai­son de sa cruau­té envers l’équipage et les pri­son­niers, un homme « plus juste » est nom­mé à sa place. Parce qu’une majo­ri­té de l’équipage de Bar­tho­lo­mew Roberts consi­dère que le « vieux pirate » David Simp­son est deve­nu vicieux depuis qu’il est quar­­tier-maître, il est « viré par les hommes ».

La démo­cra­tie à bord des navires peut paraître étouf­fante. Cer­tains équi­pages font en per­ma­nence appel au conseil, « déci­dant toutes choses à la majo­ri­té des votes ». D’autres l’organisent comme un tri­bu­nal. « Ils aiment voter », déclare un capi­taine cap­tu­ré, « toutes les affaires des pirates sont trai­tées de cette façon ». En réa­li­té, il y a « tel­le­ment peu de gou­ver­ne­ment et de subor­di­na­tion » par­mi les pirates qu’« ils sont, selon l’occasion, tous capi­taines, tous chefs ». Le capi­taine de marine mili­taire Hum­phrey Orme, qui cap­ture et inter­roge un gang de pirates en 1723, résume suc­cinc­te­ment la situa­tion : « Les plai­sirs tirés d’une fonc­tion sont très pré­caires à bord des bateaux pirates et reposent entiè­re­ment sur le bon vou­loir et le bien-être de l’équipage. »

La dis­tri­bu­tion du butin est expli­ci­te­ment régu­lée par la charte du navire. Les pirates font appel à un sys­tème de par­tage pré­ca­pi­ta­liste afin de répar­tir leurs prises. Le capi­taine et le quar­­tier-maître reçoivent entre une part et demie et deux parts ; les canon­niers, maîtres d’équipage, seconds, char­pen­tiers et doc­teurs reçoivent entre une part et un quart et une part et demie ; tous les autres ont droit à une part cha­cun”. Ce sys­tème de rému­né­ra­tion prend une dis­tance radi­cale avec les pra­tiques de la marine mar­chande, de la Royal Navy et des cor­saires. Il ins­ti­tue un sys­tème éla­bo­ré de niveaux hié­rar­chiques de reve­nus, qui réduit dras­ti­que­ment les dis­pa­ri­tés entre le haut et le bas de l’échelle. En réa­li­té, il s’agit pro­ba­ble­ment de l’un des pro­grammes d’attribution des res­sources les plus éga­li­ta­ristes du XVIIIe siècle. Si comme le sug­gère Phi­lip Gosse, émi­nent his­to­rien de la pira­te­rie, « les meilleurs des marins sont les pirates », la dis­tri­bu­tion équi­table du butin et la concep­tion du par­te­na­riat peuvent être com­prises comme l’œuvre d’hommes qui accordent de la valeur et du res­pect aux com­pé­tences de leurs camarades.

En expro­priant un navire mar­chand (après une muti­ne­rie ou une cap­ture), les pirates s’approprient les moyens de pro­duc­tion mari­times et déclarent qu’ils sont la pro­prié­té com­mune de ceux qui tra­vaillent à son bord. Ils abo­lissent la rela­tion sala­riale qui se trouve au cœur du pro­ces­sus d’accumulation capitaliste.

Source : Makus Redi­ker, Pirates de tous les pays, édi­tions Liber­ta­lia (ça ne s’invente pas), 2014

Cerise sur ce gâteau démo­cra­tique, l’exergue choi­si par Mar­cus Rediker :

« Mau­dit sois-tu, tu n’es qu’un lâche, comme le sont tous ceux qui acceptent d’être gou­ver­nés par les lois que des hommes riches ont rédi­gées afin d’assurer leur propre sécu­ri­té. Ils nous font pas­ser pour des ban­dits, ces scé­lé­rats, alors qu’il n’y a qu’une dif­fé­rence entre eux et nous, ils volent les pauvres sous cou­vert de la loi tan­dis que nous pillons les riches sous la pro­tec­tion de notre seul courage. »
Charles Bellamy

Com­plé­ment vidéo (à pro­pos du livre pas­sion­nant À bord du négrier (2013) de Mar­kus Rediker :

* * * * *

On n’aura donc aucun mal, fina­le­ment, à four­nir à nos contra­dic­teurs incré­dules d’autres exemples que celui d’Athènes, pour illus­trer la pos­si­bi­li­té bien réelle de socié­tés authen­ti­que­ment démocratiques.

S’ils passent par ici, je remer­cie David, Fran­cis et Mar­cus d’exister, je gran­dis en les lisant.

Étienne Chouard

Source : http://​www​.kai​zen​-maga​zine​.com/​i​n​n​o​m​b​r​a​b​l​e​s​–​e​x​p​e​r​i​e​n​c​e​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​s​–​n​o​n​–​a​t​h​e​n​i​e​n​n​e​s​–​l​i​r​e​–​g​r​a​e​b​e​r​–​d​u​p​u​i​s​–​d​e​r​i​–​e​t​–​r​e​d​i​k​er/

Saint-André-de-Valborgne « Sous surveillance »

8 juillet 2014 : repor­tage à Saint André de Val­borgne (où les oli­garques locaux refusent d’être fil­més) + extrait de notre conférence/débat près d’Avignon avec (la cou­ra­geuse) Camille Halut :

httpv://www.youtube.com/watch?v=IxsPM9ExPTQ

Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, ce n’est PAS la démocratie :

Jean-Jacques Rous­seau, dans « Le contrat social » (1762) :

« LA SOUVERAINETÉ NE PEUT ÊTRE REPRÉSENTÉE, par la même rai­son qu’elle ne peut être alié­née ; elle consiste essen­tiel­le­ment dans la volon­té géné­rale, et la volon­té ne se repré­sente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les dépu­tés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses repré­sen­tants, ils ne sont que ses com­mis­saires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. 

TOUTE LOI QUE LE PEUPLE EN PERSONNE N’A PAS RATIFIÉE EST NULLE ; CE N’EST POINT UNE LOI. 

Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’é­lec­tion des membres du par­le­ment : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liber­té, l’u­sage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »

Si nous vou­lons à la fois des repré­sen­tants (ce qui peut se conce­voir, évi­dem­ment) et res­ter libres, nous devons abso­lu­ment sur­veiller en per­ma­nence les repré­sen­tants de la puis­sance publique dans l’exer­cice du pou­voir (et donc, nous devons écrire nous-mêmes la consti­tu­tion qui règle et garan­tit cette sur­veillance car JAMAIS les élus n’é­cri­ront eux-mêmes de telles règles, à cause du conflit d’intérêts).

Le blog de « Cause toujours » :
Logo blog
http://​cau​se​tou​jours​.fr/​2​0​1​4​/​0​7​/​1​4​/​s​t​–​a​n​d​r​e​–​d​e​–​v​a​l​b​o​r​g​n​e​–​s​o​u​s​–​s​u​r​v​e​i​l​l​a​n​ce/

Le site de Camille : Pour une vraie démo­cra­tie à Saint-André-de-Val­­borgne : http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/

[EDIT : Peu de temps après le repor­tage, une requête a été faite par le Maire au tri­bu­nal admi­nis­tra­tif deman­dant la démis­sion de Camille Halut pour trouble de l’ordre.]

Il me semble que nous devrions aider Camille, dans la mesure de nos moyens, cha­cun à sa manière.

Roméo Bouchard : « Constituer le Québec – Pistes de solution pour une véritable démocratie »

Les idées authen­ti­que­ment démo­cra­tiques se déve­loppent des deux côtés de l’At­lan­tique, bien sûr, au sein des peuples, à la base, et je vou­drais vous signa­ler un bon petit livre qui vient de sor­tir au Québec :

Couverture du livre de Roméo Bouchard :
http://​nou​veau​pro​jet​.com/​m​a​g​a​z​i​n​e​/​c​o​n​s​t​i​t​u​e​r​–​l​e​–​q​u​e​bec

Roméo Bou­chard

J’y ai retrou­vé des tas d’i­dées connues, bien sûr, mais sous des for­mu­la­tions ori­gi­nales, et j’y ai aus­si trou­vé des ana­lyses et des pro­po­si­tions utiles et sur­pre­nantes, nou­velles pour moi ; et puis un ton par­ti­cu­lier, qui n’est pas tout à fait le nôtre et qui est bien intéressant.

Extrait :

« Les mots consti­tu­tion et assem­blée consti­tuante ne font pas par­tie de la tra­di­tion ni du voca­bu­laire poli­tique au Cana­da, où la popu­la­tion n’a jamais eu à se pro­non­cer sur une consti­tu­tion. Nous sommes nés par césa­rienne, en quelque sorte, comme beau­coup d’ex-colo­nies. Lors de l’é­lec­tion qué­bé­coise de 2012, mal­gré le peu de temps dis­po­nible, nous avons quand même vou­lu faire de l’as­sem­blée consti­tuante la base d’un pro­jet élec­to­ral auda­cieux : sous le nom de Coa­li­tion pour la consti­tuante, nous avons pré­sen­té 19 can­di­dats. Le seul article au pro­gramme était la convo­ca­tion d’une assem­blée consti­tuante dont les membres devaient être tirés au sort. » […]

http://​www​.sans​par​ti​.org

Plan du livre :
Préface
L’illu­sion de la démocratie
Com­ment j’ai per­du la foi
Voter ou ne pas voter ?
Pre­mière piste : avec ou sans partis ?
Deuxième piste : élec­tion ou tirage au sort ?
Troi­sième piste : la démo­cra­tie directe
Qua­trième piste : le prin­cipe de proximité
Cin­quième piste : une éco­no­mie citoyenne
La solu­­tion-clef : l’as­sem­blée constituante
Conclu­sion : des « citoyens constituants »

Un bon petit livre, qui pour­ra vous aider à être bien conta­gieux, bande de virus 🙂

À pro­pos de Qué­bec, il est ques­tion que des Qué­bé­cois m’in­vitent bien­tôt chez eux, pour réflé­chir ensemble sur nos idées de réap­pro­pria­tion popu­laire du poli­tique et du bien com­mun : j’es­père que ce sera pos­sible et j’ai hâte d’y être !

Mer­ci Roméo, pour les mots gentils 🙂

Le point de vue d’Usul

« Usul » a pré­pa­ré cette vidéo (gros bou­lot) pour pré­sen­ter mon tra­vail, de façon à la fois amu­sante et sérieuse :

httpv://www.youtube.com/watch?v=Dahg7XPHu98

Mer­ci à lui.

Mais le soir même, au vu de quelques réac­tions, il regret­tait appa­rem­ment sa bien­veillance première :
https://​www​.face​book​.com/​p​e​r​m​a​l​i​n​k​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​7​7​8​6​9​4​9​1​5​5​1​4​7​2​5​&​i​d​=​1​5​3​9​3​8​2​5​1​3​2​3​731

Je ne sais pas trop quoi pen­ser de tout ça (des doutes qui assaillent ce jeune homme hon­nête face aux inti­mi­da­tions quand elles l’at­teignent à son tour, et des ennuis qu’on va peut-être lui faire pour avoir osé me défendre).
Je serais triste de lui cau­ser du tort, même sans le vou­loir, car je le crois bien inten­tion­né. Il fau­dra peut-être qu’il retire cette vidéo. Je ne sais pas. 

Advienne que pourra.

Emprunts toxiques : le maire, la banque et les truands

httpv://www.youtube.com/watch?v=u‑YgXFwT5g0

Les banques ont des repré­sen­tants poli­tiques, mais pas nous !

Si on veut une Consti­tu­tion, il fau­dra l’é­crire nous-mêmes.

Rap­pel : demain, mer­cre­di 9 juillet à 14 h, ate­lier consti­tuant à Avignon.

Atelier constituant en Avignon, le 9 juillet 2014 : artisans de spectacles et démocratie locale, avec Camille Halut

Je vous pro­pose de nous retrou­ver en Avi­gnon le 9 juillet pro­chain, pour un ate­lier consti­tuant que nous allons dédier, si vous le vou­lez bien : 

1) À la pro­tec­tion consti­tu­tion­nelle des arti­sans de spectacle
(j’in­vente cette expres­sion que je pré­fère à « inter­mit­tents », qui montre mal l’im­por­tance poli­tique et sociale de ces travailleurs)

C’est d’ac­tua­li­té, on dirait : en Avi­gnon et en juillet, on ne devrait pas man­quer de citoyens inté­res­sés à réflé­chir à cette question.

2) Aux ins­ti­tu­tions qu’il nous fau­drait pour garan­tir une vraie démo­cra­tie locale.

Camille Halut sera par­mi nous (ça me fait bien plai­sir), et j’ai­me­rais échan­ger avec elle et avec vous sur ce que nous pour­rions écrire (à condi­tion de le faire nous-mêmes) pour n’être plus jamais sans défense contre d’é­ven­tuels (et tou­jours pos­sibles) élus infantilisants. 

Le point cen­tral du fait de fil­mer (et dif­fu­ser en direct) en per­ma­nence les hommes au pou­voir dans l’exer­cice de leurs fonc­tions est abso­lu­ment pas­sion­nant. À dis­cu­ter, j’en suis sûr ! On va voir ça, justement.

Voi­ci les lieux et heures de cette rencontre :
9 juillet 2014, de 14 h à 21 h,
salle muni­ci­pale du Rex,
rue des parois­siens, 84110 Montfavet

Voyez aus­si toutes sortes d’é­vé­ne­ments pro­met­teurs, dans la même veine : 

Si vous n’a­vez pas encore vu la pièce tou­chante de Cécile CANAL, « La démo­cra­tie expli­quée à mon dépu­té », c’est le moment ! 

Mer­ci à tous les gen­tils virus qui orga­nisent tout ça, merci !

À tout bientôt 🙂

Étienne.

Pour une vraie démocratie à Saint-André-de-Valborgne : les efforts admirables de Camille Halut – Filmer les élus en train de travailler ou pas ?

Camille Halut, jeune et cou­ra­geuse étu­diante en droit à Mont­pel­lier, a été tirée au sort pour figu­rer sur une liste de son vil­lage, Saint-André-de-Val­­borgne dans les Cévennes, puis élue !

Depuis, elle se bagarre contre les (vives) résis­tances des élus-en-place-depuis-long­­temps, pas contents du tout de voir ain­si des citoyens indo­ciles ten­ter de s’oc­cu­per eux-mêmes de leurs propres affaires. Par exemple, cer­tains élus refusent abso­lu­ment d’être fil­més, va savoir pour­quoi, alors que ces mêmes élus ne se privent pas de faire fil­mer leurs admi­nis­trés un peu par­tout, sans leur accord, et même par­fois contre leur refus !

L’ex­pé­rience qu’elle vit là-bas va sans doute lui don­ner des tas d’i­dées d’ins­ti­tu­tions qui nous garan­ti­raient mieux contre les voleurs de pou­voir. On lui deman­de­ra, quand on la retrou­ve­ra à Avi­gnon, le 9 juillet prochain.

Pour com­prendre cette affaire, voyez d’a­bord ces deux articles du Midi Libre qui l’évoquent : 

À Saint-André-de-Val­­borgne, la crise per­ma­nente au conseil
http://www.midilibre.fr/2014/05/16/a‑saint-andre-la-crise-permanente-au-conseil,861811.php

Le maire Régis Bou­rel­ly est mis en dif­fi­cul­té par Camille Halut, une jeune oppo­sante aux idées radicales.

Régis Bou­rel­ly est maire de Saint-André-de-Val­­borgne depuis 2001 mais ce troi­sième man­dat com­mence des plus dif­fi­ci­le­ment pour lui. Pour le vote du bud­get, il a fal­lu convo­quer le conseil trois fois, dépas­ser le délai légal et deman­der pour ce faire l’au­to­ri­sa­tion de la sous-pré­­fec­­ture, et au final, se prendre quand même un recours pour « excès de pou­voir contre un acte admi­nis­tra­tif » de la part d’une toute nou­velle opposante. 

Camille Halut, étu­diante en deuxième année de droit à Mont­pel­lier, et habi­tante du vil­lage a en effet une concep­tion toute par­ti­cu­lière de la démo­cra­tie locale. La jeune femme, qui se pré­sente sur la liste Démo­cra­tie réelle aux Euro­péennes (elle est deuxième sur la liste pour notre région Sud Ouest) défend l’i­dée que « notre sys­tème actuel n’est pas la démo­cra­tie. C’est aux citoyens de s’ex­pri­mer, pas à des per­sonnes élues qui ne sont pas suf­fi­sam­ment légi­times. Les der­nières élec­tions euro­péennes l’ont mon­tré avec 60 % d’abstention. »

Tirage au sort

Camille Halut a ten­té de défendre l’i­dée d’un tirage au sort des can­di­dats à par­tir des listes élec­to­rales, et d’un maire qui chan­ge­rait tous les six mois. Pen­dant la cam­pagne des muni­ci­pales, elle a ain­si contac­té dans le vil­lage une cen­taine de per­sonnes. Trois ont été élus avec elle. Mais pas for­cé­ment pour appor­ter une pierre construc­tive à l’é­di­fice muni­ci­pal ! Si les oppo­sants contestent ce qu’ils estiment être « de l’argent jeté par les fenêtres avec un pro­jet de route pour des­cendre à la rivière, qui est tota­le­ment inutile », ils n’ont pour l’ins­tant pas pré­sen­té d’autres pro­po­si­tions « J’ai des pro­jets, comme tout citoyen bien sûr », dit Camille Halut, qui se défend d’une quel­conque ambi­tion poli­tique per­son­nelle, y com­pris dans six ans.

Chan­ge­ment de maire tous les six mois ?

D’i­ci là, l’op­po­sante compte bien conti­nuer à rendre compte sur son blog des séances de conseils et ce, dans les moindres détails. Son recours au tri­bu­nal contre l’in­ter­dic­tion faite par le maire de fil­mer les séances a en revanche été reje­té. Régis Bou­rel­ly en a fait une ques­tion de prin­cipe. « Une majo­ri­té d’é­lus ne veut pas être fil­mée, un point c’est tout. J’ai dû annu­ler le conseil à deux reprises parce qu’elle sor­tait sa camé­ra mal­gré tout. Et le der­nier en date du 7 mai, a duré trois heures ! For­cé­ment dès que je dis un mot, l’op­po­si­tion conteste ! ». Pour l’an­née à venir, le gros pro­jet de Saint-André, c’est de régler le pro­blème d’ar­se­nic dans l’eau au hameau de Tour­gueil. Mais les oppo­sants ont éga­le­ment dépo­sé un troi­sième recours, pour l’an­nu­la­tion des élec­tions cette fois.

Source : http://www.midilibre.fr/2014/05/16/a‑saint-andre-la-crise-permanente-au-conseil,861811.php

Camille avait pré­sen­té l’i­dée aux jour­na­listes quelque temps auparavant : 

Cévennes : « Le citoyen n’est pas qu’un simple électeur »
http://​www​.midi​libre​.fr/​2​0​1​4​/​0​3​/​1​9​/​l​e​–​c​i​t​o​y​e​n​–​n​–​e​s​t​–​p​a​s​–​q​u​–​u​n​–​s​i​m​p​l​e​–​e​l​e​c​t​e​u​r​,​8​3​6​6​6​4​.​php

Une ini­tia­tive ori­gi­nale de Camille Halut à Saint-André-de-Valborgne.

Vous avez pro­po­sé une ini­tia­tive citoyenne pour les élec­tions muni­ci­pales à St-André-de-Val­­borgne. Pou­­vez-vous expli­quer les ori­gines de ce projet ?

En fait, j’ai rejoint “la contre-élec­­tion euro­péenne” en m’ins­cri­vant sur le site de l’ac­tion menée pour une démo­cra­tie réelle en Europe. Je me suis beau­coup inves­tie dans cette “contre-élec­­tion”. Étant ori­gi­naire de Saint-André-de-Val­­borgne, je me suis dit pour­quoi ne pas appli­quer cette démarche pour les élec­tions muni­ci­pales de mon village.

Jus­te­ment, quelle est cette démarche ?

On ne peut pas réduire le citoyen juste à l’é­lec­teur. Il faut, selon moi, aller plus loin, que tout un cha­cun par­ti­cipe à la vie poli­tique. C’est pour cela que cha­cun, dans un ordre aléa­toire, se pré­sente. Ensuite, la popu­la­tion, non élue, se réunie en com­mis­sion pour tra­vailler sur des pro­jets, avant de les sou­mettre au vote par réfé­ren­dum. N’im­porte qui peut pro­po­ser un pro­jet dans un comi­té de pilo­tage consti­tué de volontaires.

« Quand on fait les choses à la place des gens, cela ne les pousse pas à faire… »
Camille Halut

Une manière de gérer la com­mune de façon démo­cra­tique et de res­pon­sa­bi­li­ser les gens, notam­ment à la ges­tion de l’argent public. Quant aux élus, leur rôle serait can­ton­né au simple fait d’en­re­gis­trer les pro­jets et d’être un sup­port légal. Quant au maire, il y aurait un sys­tème de rota­tion, pour que cha­cun à leur tour durant le man­dat, tous les conseillers muni­ci­paux siègent dans le fau­teuil de pre­mier magis­trat, après des démis­sions volon­taires à cette fonc­tion durant un temps impar­ti. Tout est légal et donc pos­sible. Et comme cela, l’é­lu s’en­gage à ne plus mono­po­li­ser mais rendre le pou­voir de déci­sion qui revient légi­ti­me­ment aux citoyens.

Un pro­jet à la por­tée de tous ?

Oui bien sûr. C’est à la por­tée de tous les citoyens. Cha­cun est capable d’ap­por­ter quelque chose. Moi, per­son­nel­le­ment, cela ne m’in­té­resse pas d’être poli­tique. En revanche, je suis une citoyenne. On voit bien quand on fait les choses à la place des gens, cela ne les pousse pas à faire. La démo­cra­tie réelle, cela part de la base, comme dans la Grèce Antique.

Com­ment avez-vous procédé ?

J’ai orga­ni­sé un tirage au sort de l’en­semble des ins­crits sur les listes élec­to­rales. J’ai récu­pé­ré la liste élec­to­rale puis­qu’elle est dis­po­nible et acces­sible à tous les citoyens. J’ai ensuite deman­dé à des per­sonnes du vil­lage de me dire qui, par­mi les ins­crits, étaient rési­dents à l’an­née. Sur 449 élec­teurs, j’en ai comp­ta­bi­li­sé 310.

Paral­lè­le­ment, j’ai mis des affiches, fait du porte-à-porte et orga­ni­sé des dis­cus­sions citoyennes pour expli­quer l’in­té­rêt de cette démarche et j’ai eu un très bon écho de la part des habi­tants. Et beau­coup ont de nom­breux pro­jets comme créer des calades dans les rues par exemple. Il faut arrê­ter de bri­der les initiatives.

Et alors ce tirage au sort…

J’ai donc orga­ni­sé le tirage au sort, ce qui a mis en exergue 310 can­di­dats poten­tiels dans un ordre aléa­toire par rap­port à celui de la liste élec­to­rale. Cela s’est concré­ti­sé par un énorme rou­leau de papier (sou­rire). Et pour aller jus­qu’au bout, j’ai appe­lé un à un, du moins tous ceux dont j’ai pu obte­nir les contacts télé­pho­niques, dans l’ordre du tirage, les élec­teurs pour savoir s’ils dési­raient ou non se pré­sen­ter. Après trois jours au télé­phone, cinq ont accep­té (moi com­prise). Le pre­mier de la liste était vers le 95e tiré.

Fina­le­ment dans un vil­lage ce type de démarche peut sem­bler facile ?

C’est ce que je pen­sais, mais ça a été au contraire plus com­pli­qué. Je n’a­vais pas mesu­ré les contraintes éco­no­miques, liées aux emplois qui dépendent fré­quem­ment de la mai­rie. Mais beau­coup sont inté­res­sés (même cer­tains qui sont sur les listes concur­rentes). En tout cas, la liste (incom­plète) de cinq per­sonnes est dépo­sée en pré­fec­ture. On ver­ra par la suite…

Source : http://​www​.midi​libre​.fr/​2​0​1​4​/​0​3​/​1​9​/​l​e​–​c​i​t​o​y​e​n​–​n​–​e​s​t​–​p​a​s​–​q​u​–​u​n​–​s​i​m​p​l​e​–​e​l​e​c​t​e​u​r​,​8​3​6​6​6​4​.​php

Voyez sur­tout le blog que Camille a mis en place pour nous tenir au cou­rant de sa lutte (c’est pas­sion­nant, David contre Goliath) :

Pour une vraie démo­cra­tie à Saint-André-de-Valborgne
http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/

Voyez notam­ment (mais pas seule­ment) la bagarre (qui nous concerne tous) sur le droit des citoyens (ou pas) de fil­mer les séances du Conseil municipal :
•http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/​d​u​–​d​r​o​i​t​–​d​e​–​f​i​l​m​er/
• http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/​c​o​n​s​e​i​l​–​m​u​n​i​c​i​p​a​l​–​a​n​n​u​l​e​–​p​o​u​r​–​c​a​u​s​e​–​d​e​–​f​i​lm/
• http://democratie-saintandredevalborgne.com/conseil-municipal-8-annule‑4/
httpv://www.youtube.com/watch?v=mn-TwduZs6c


Le prin­cipe géné­ral est effec­ti­ve­ment L’AUTORISATION PAR LA LOI de fil­mer les séances des Conseils municipaux :
http://​www​.legi​france​.gouv​.fr/​a​f​f​i​c​h​C​o​d​e​A​r​t​i​c​l​e​.​d​o​?​c​i​d​T​e​x​t​e​=​L​E​G​I​T​E​X​T​0​0​0​0​0​6​0​7​0​6​3​3​&​i​d​A​r​t​i​c​l​e​=​L​E​G​I​A​R​T​I​0​0​0​0​0​6​3​8​9​8​7​6​&​d​a​t​e​T​e​x​t​e​=​&​c​a​t​e​g​o​r​i​e​L​i​e​n​=​cid

Article L2121-18 du Code géné­ral des col­lec­ti­vi­tés territoriales

« Les séances des conseils muni­ci­paux sont publiques.

Néan­moins, sur la demande de trois membres ou du maire, le conseil muni­ci­pal peut déci­der, sans débat, à la majo­ri­té abso­lue des membres pré­sents ou repré­sen­tés, qu’il se réunit à huis clos.

Sans pré­ju­dice des pou­voirs que le maire tient de l’ar­ticle L. 2121–16, ces séances peuvent être retrans­mises par les moyens de com­mu­ni­ca­tion audiovisuelle.

Le rejet-défaite en jus­tice dont se pré­vaut abu­si­ve­ment le maire n’est PAS un rejet sur le fond, mais un rejet sur la forme du réfé­ré : « il n’y avait pas urgence à juger » ont seule­ment dit les juges, qui se sont décla­rés incom­pé­tents ; cela n’est PAS un juge­ment qui sup­pri­me­rait le droit pour les citoyens de fil­mer leurs légis­la­teurs au travail.

Publication chez Utovie des Actes du colloque « Henri Guillemin et la révolution française : le moment Robespierre »

Les Édi­tions Uto­vie viennent de publier les Actes du col­loque « Hen­ri Guille­min et la révo­lu­tion fran­çaise : le moment Robespierre ».

J’a­vais ado­ré cette jour­née, très émou­vante et pas­sion­nante, et j’aime ce livre, plus inté­res­sant encore : je suis sûr qu’il plai­ra beau­coup à de nom­breux virus.

• Plan de l’ou­vrage (175 pages) :

- Pré­face, par Édouard Mangin
– Le mot d’ac­cueil de Phi­lippe Guillemin
– Sur l’é­la­bo­ra­tion du Robes­pierre de Guille­min, par Patrick Berthier
– Sur Robes­pierre et Rous­seau, par Claude Mazauric
– Robes­pierre, théo­ri­cien et acteur d’une Répu­blique démo­cra­tique et sociale, par Flo­rence Gauthier
– Hen­ri Guille­min et Robes­pierre : contre-his­­toire du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif et pro­po­si­tions de pro­lon­ge­ments consti­tuants, par Étienne Chouard
– Robes­pierre ou la ter­reur des droits de l’homme, par Yan­nick Bosc
– Argent et cor­rup­tion sous la Ter­reur, par Oli­vier Blanc
– Robes­pierre et la reli­gion dans l’his­to­rio­gra­phie (1794−2012), par Marc Belissa
– Le pro­blème Robes­pierre : celui de son héri­tage, ou de ses héri­tiers ? par Serge Deruette
– Les confé­rences retrou­vées d’Hen­ri Guille­min sur la Révo­lu­tion, par Patrick Rödel
– Actua­li­té et vita­li­té de Guille­min, par Edwy Plenel
– Post­face, par Michel-Antoine Rognard
– Notices sur les contri­bu­teurs du volume

• Pré­face d’É­douard Mangin :

« Au-delà de par­ache­ver le tra­vail four­ni pour que cet évé­ne­ment ait lieu, l’é­di­tion des actes du col­loque « Hen­ri Guille­min et la Révo­lu­tion fran­çaise – le moment Robes­pierre », qui se dérou­la le 26 octobre 2013 à l’Ins­ti­tut catho­lique de Paris (ICP), pro­cure pour les orga­ni­sa­teurs un double plai­sir, ou plu­tôt, un plai­sir à double détente, tein­té à la fois de nos­tal­gie et de désir de recon­duire ce qui est tou­jours un peu une aventure.

La pre­mière émo­tion pro­vient des textes eux-mêmes. Relire les inter­ven­tions, c’est assu­ré­ment les redé­cou­vrir à froid et en savou­rer la pro­fon­deur, la por­tée et les sub­ti­li­tés, sur un thème peu cou­rant et sur­tout plein d’en­jeux, où les opi­nions se dif­fractent pour de mul­tiples rai­sons, par­mi les­quelles la mécon­nais­sance des faits ou le par­­ti-pris idéologique.

« La Révo­lu­tion fran­çaise – le moment Robes­pierre » est en effet un sujet suf­fi­sam­ment riche et com­plexe pour qu’on ne l’en­ferme pas, serait-ce dans la plus belle des cha­pelles, ou le plus impo­sant des temples. À cet égard, la diver­si­té des inter­ve­nants peut être per­çue comme un reflet de la démarche non conven­tion­nelle d’Hen­ri Guille­min, consti­tuée à la fois de recherches his­to­riques scru­pu­leuses, et d’af­fir­ma­tions sans ambages, de convic­tions puis­santes et intimes nées d’ex­tra­or­di­naires intui­tions sur le sens de l’His­toire et les lois humaines ; ras­sem­blant à la fois le déploie­ment logique des faits propre à l’his­to­rien, et l’ap­pel aux forces de l’i­ma­gi­naire de l’écrivain.

Relire ces textes c’est aus­si, au-delà d’eux, revivre cette belle jour­née par­ti­cu­lière d’au­tomne : un site à l’ar­chi­tec­ture com­po­site et évo­ca­trice ; une jour­née enso­leillée, la der­nière de la sai­son ; une salle, la fameuse salle des Actes de l’Ins­ti­tut, pleine d’un public inter­gé­né­ra­tion­nel, extrê­me­ment atten­tif, et qui n’a pas désem­pli de la journée.

Tout cela offre une pre­mière invi­ta­tion au voyage, pour para­phra­ser le poète, un voyage réunis­sant tous ceux qui, à un titre ou à un autre, contri­buèrent à cette aventure.

J’ai par­lé d’une double détente. Il y a effec­ti­ve­ment un second plai­sir, moins immé­diat, plus lent à émer­ger et qui s’im­pose par­ti­cu­liè­re­ment aux orga­ni­sa­teurs du colloque.

Mal­gré eux, en reli­sant ces textes, ils revivent le fil des évé­ne­ments qui ont pré­cé­dé la jour­née du 26 octobre, les joies et les décon­ve­nues qu’ils ont vécues, toutes péri­pé­ties propres à ce genre d’é­vé­ne­ment. Com­ment en effet oublier l’é­mo­tion de cet incon­di­tion­nel d’Hen­ri Guille­min, dont la voix signait l’a­van­cée en âge, qui me télé­pho­na un matin pour connaître les horaires du col­loque. « Vous habi­tez Paris ? — Non ! s’ex­cla­ma-t-il, j’ha­bite à 500 km et je viens en voi­ture spé­cia­le­ment pour lui, pour Guille­min ! » Ou cet étu­diant me deman­dant des adresses d’a­mis bien­veillants ou d’hô­tels bon mar­ché près de l’Ins­ti­tut catho­lique, car il venait de Bruxelles et avait même déca­lé ses congés en appre­nant la tenue du col­loque. Ou encore cette femme qui dans sa jeu­nesse avait décou­vert Hen­ri Guille­min à tra­vers ses confé­rences télé­vi­sées, ce qui l’a­vait mar­quée à jamais dans le choix de ses études et de son tra­vail, et qui me par­lait d’Hen­ri Guille­min avec tant de fer­veur et d’in­tel­li­gence que je l’i­ma­gi­nais aisé­ment faire par­tie des inter­ve­nants pour une pro­chaine fois.

Revivre la genèse du col­loque amène imman­qua­ble­ment à revivre le cha­leu­reux déjeu­ner de jan­vier 2013 au cours duquel Edwy Ple­nel, plein d’en­thou­siasme, confir­ma le par­te­na­riat de Media­part ain­si que sa pré­sence à la table ronde finale. Sur ce point, le sou­tien de Media­part, en met­tant notre blog d’in­for­ma­tion sur le col­loque en pre­mière page dès le début de sep­tembre, nous a été très pré­cieux. Car com­ment mobi­li­ser le public sans com­mu­ni­quer ? Il y eut aus­si Témoi­gnage chré­tien avec le beau texte de Patrick Rödel en une du numé­ro du 17 octobre 2013. Et enfin, je me sou­viens de l’im­mé­diate mobi­li­sa­tion de l’as­so­cia­tion des Amis de Robes­pierre pour le Bicen­te­naire de la Révo­lu­tion (ARBR) qui acti­va très effi­ca­ce­ment son impor­tant réseau, créant le flux régu­lier des pre­mières pré-ins­­crip­­tions. Presque tous les mes­sages reçus à tra­vers ces relais furent accom­pa­gnés de remer­cie­ments et d’encouragements.

[…]

L’œuvre d’Hen­ri Guille­min est si vaste et si utile par ces temps de pen­sée molle et confuse, presque urgente à faire vivre aujourd’­hui, que d’autres voyages appa­raissent néces­saires. Sans doute. Et c’est bien pour cela que le frêle esquif actuel­le­ment à quai, cla­po­tant sage­ment dans son port d’ar­ri­vée, est prêt à appa­reiller de nouveau.

Édouard MANGIN

• Pré­sen­ta­tion du colloque : 
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​3​/​0​9​/​2​1​/​3​4​1​–​s​a​m​e​d​i​–​2​6​–​o​c​t​–​2​0​1​3​–​c​o​l​l​o​q​u​e​–​h​e​n​r​i​–​g​u​i​l​l​e​m​i​n​–​a​–​p​a​ris

• Vidéos du colloque : 
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​4​/​0​1​/​0​8​/​3​6​0​–​l​e​s​–​v​i​d​e​o​s​–​d​u​–​c​o​l​l​o​q​u​e​–​2​0​1​3​–​h​e​n​r​i​–​g​u​i​l​l​e​m​i​n​–​e​t​–​l​a​–​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​–​f​r​a​n​c​a​i​s​e​–​l​e​–​m​o​m​e​n​t​–​r​o​b​e​s​p​i​e​rre

• Le texte de mon intervention :
Hen­ri Guille­min et Robes­pierre : contre-his­­toire du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif et pro­po­si­tions de pro­lon­ge­ments constituants

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​E​t​i​e​n​n​e​_​C​h​o​u​a​r​d​_​H​e​n​r​i​_​G​u​i​l​l​e​m​i​n​_​e​t​_​R​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​_​o​c​t​_​2​0​1​3​.​pdf

Je remer­cie tous ceux qui ont orga­ni­sé cette ren­contre cha­leu­reuse et utile, et qui ont eu la gen­tillesse de m’y invi­ter. J’en­voie un salut par­ti­cu­lier à Patrick Ber­thier, qui a écrit des pages très émou­vantes sur Guille­min, et qui a édi­té mon texte avec un soin méti­cu­leux et un grand respect.

Mer­ci aus­si aux Édi­tions Uto­vie, de rendre dis­po­nibles, et donc de gar­der vivants, tous les tra­vaux d’Hen­ri Guillemin.

Étienne.

Ken Loach – Défier le récit des puissants

Un bou­quin pas­sion­nant, et entraî­nant, comme Ken Loach lui-même :
http://​www​.indi​gene​-edi​tions​.fr/​c​e​u​x​–​q​u​i​–​m​a​r​c​h​e​n​t​–​c​o​n​t​r​e​–​l​e​–​v​e​n​t​/​d​e​f​i​e​r​–​l​e​–​r​e​c​i​t​–​d​e​s​–​p​u​i​s​s​a​n​t​s​.​h​tml

https://​www​.face​book​.com/​d​e​f​i​e​r​r​e​c​i​t​p​u​i​s​s​a​nts

L’au­to-ins­ti­tu­tion de notre socié­té aura besoin de récits et de porte-voix ;
ce petit livre ori­gi­nal est truf­fé de méthodes utiles et d’i­dées stimulantes.

TRAVAIL ou EMPLOI ? par Bernard FRIOT

Une courte pre­mière vidéo pro­po­sée par l’é­quipe « Deve­nons Citoyens » :

httpv://www.youtube.com/watch?v=rsnPYHxIvmc

Je consi­dère que Ber­nard Friot porte l’i­dée la plus révo­lu­tion­naire et la plus pro­met­teuse de notre temps.

Cet homme pas­sion­nant nous dit : 

• Com­pre­nons (en pro­fon­deur) et défen­dons nous-mêmes (per­son­nel­le­ment) l’ins­ti­tu­tion éman­ci­pa­trice de la COTISATION SOCIALE et du SALAIRE À VIE (avec qua­li­fi­ca­tion des per­sonnes plu­tôt que des postes) :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​3​/​0​6​/​0​7​/​3​3​1​–​p​a​s​s​i​o​n​n​a​n​t​–​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​o​t​–​e​x​p​l​i​q​u​e​–​l​–​e​n​j​e​u​–​d​e​s​–​r​e​t​r​a​i​t​e​s​–​p​a​r​–​r​e​p​a​r​t​i​t​i​o​n​–​r​e​s​i​s​t​e​r​–​a​–​l​a​–​r​e​f​o​r​m​e​–​c​a​p​i​t​a​l​i​s​t​e​–​e​t​–​a​s​s​u​m​e​r​–​c​e​t​t​e​–​a​u​t​r​e​–​d​e​f​i​n​i​t​i​o​n​–​d​e​–​l​a​–​v​a​l​e​u​r​–​e​c​o​n​o​m​i​que

• Et dis­tin­guons la pro­prié­té D’USAGE (à géné­ra­li­ser et à garan­tir à tous) de la pro­prié­té LUCRATIVE (à interdire) :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​4​/​1​2​/​2​0​4​–​p​a​s​s​i​o​n​n​a​n​t​–​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​o​t​–​d​i​s​t​i​n​g​u​e​r​–​l​a​–​p​r​o​p​r​i​e​t​e​–​d​–​u​s​a​g​e​–​d​e​–​l​a​–​p​r​o​p​r​i​e​t​e​–​l​u​c​r​a​t​i​v​e​–​p​o​u​r​–​e​t​e​n​d​r​e​–​l​a​–​p​r​e​m​i​e​r​e​–​e​t​–​i​n​t​e​r​d​i​r​e​–​l​a​–​s​e​c​o​nde

• Ce que PROUVE l’ex­pé­rience réus­sie des RETRAITES, c’est que nous sommes CAPABLES de FINANCER NOUS-MÊMES nos acti­vi­tés (nous : sala­riés, 93% de la popu­la­tion active) : nous n’a­vons pas besoin de l’argent des riches, nous n’a­vons pas à leur payer un inté­rêt non néces­saire et rui­neux, on peut s’af­fran­chir des maîtres-chan­­teurs de l’emploi et de la dette :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​0​/​1​1​/​0​7​/​1​1​0​–​l​–​e​n​j​e​u​–​d​e​s​–​r​e​t​r​a​i​tes

Ne ratez pas le tra­vail de Ber­nard Friot : il va vous trans­for­mer, et sans doute chan­ger votre vie (en bien).
BERNARD FRIOT NOUS AIDE À NOUS ÉMANCIPER

Demain La Décroissance N° 14 – Entretien à la maison avec Christian Laurut

Encore un long entre­tien ; c’é­tait le 10 mai 2014, à la mai­son, avec des ques­tions clai­re­ment orien­tées éco­lo, mais je ne me laisse pas faire 🙂 (on n’a pas de « pro­blèmes éco­lo­giques », on a un pro­blème politique) :

httpv://www.youtube.com/watch?v=thwQ6rZrt4Q

Tu radotes, Chouard, va plu­tôt écrire ton bouquin ! 

Conseils de lectures anti-esclavagistes

conseils un peu plus appuyés cette fois peut-être :

httpv://www.youtube.com/watch?v=YEOn39qClgs

Vous allez me détes­ter à force de rado­ter comme ça, par­don. On cherche la forme qui va se répandre ensuite toute seule, comme une trai­née de poudre, de façon virale et enfin auto­nome… On cherche…
____

Lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​2​5​9​4​2​6​1​2​8​7​317

François Asselineau : L’histoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer « le débarquement des anglo-saxons »

Encore un article pas­sion­nant de Fran­çois Asselineau :

De_Gaulle_refuse_de_commemorer_le_6_juin

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l‑histoire-vraie-il-y-a-50-ans-le-153022

C’est vrai­ment très intéressant.


Voir aus­si la reprise de ce tra­vail de mémoire de Fran­çois Asse­li­neau par Oli­vier Ber­ruyer, avec des com­plé­ments et com­men­taires intéressants :

http://​www​.les​-crises​.fr/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​d​e​–​g​a​u​l​l​e​–​r​e​f​u​s​a​–​t​–​i​l​–​t​o​u​j​o​u​r​s​–​d​e​–​c​o​m​m​e​m​o​r​e​r​–​l​e​–​d​e​b​a​r​q​u​e​m​e​n​t​–​d​u​–​6​–​j​u​in/

Voir sur­tout cet autre article d’Olivier :
[L’en­sei­gne­ment de l’ignorance]
Quelle est la nation qui a le plus contri­bué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

http://​www​.les​-crises​.fr/​l​a​–​f​a​b​r​i​q​u​e​–​d​u​–​c​r​e​t​i​n​–​d​e​f​a​i​t​e​–​n​a​z​is/

Avec cet incroyable gra­phique (qui prouve l’ef­fet, sur l’o­pi­nion d’une pro­vince, de 70 ans de pro­pa­gande d’un empire en formation) :

Et aus­si ces chiffres :


Pertes humaines pen­dant la Seconde Guerre mondiale :
http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​P​e​r​t​e​s​_​h​u​m​a​i​n​e​s​_​p​e​n​d​a​n​t​_​l​a​_​S​e​c​o​n​d​e​_​G​u​e​r​r​e​_​m​o​n​d​i​ale