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Modernocratie — ou La destinée démocratique de la Suisse, par Thomas Wroblevski et Jacques Silberstein

Modernocratie — ou La destinée démocratique de la Suisse, par Thomas Wroblevski et Jacques Silberstein

Chers amis, Je vous pré­sente ici la réflexion de Tho­mas Wro­blevs­ki, un jeune homme suisse dont je suis le tra­vail depuis plus de dix ans et dont j’ad­mire le cou­rage et la téna­ci­té. Il nous a pré­pa­ré un docu­ment pour pré­sen­ter son pro­jet. J’es­père qu’il vous don­ne­ra envie de l’ai­derl’ai­der : il en a bien besoin et il le mérite ample­ment (les dou­leurs vives et inces­santes que lui inflige son état de san­té sont une vraie tor­ture et je suis admi­ra­tif du dévoue­ment durable de ce jeune homme au bien…

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Le #15 de la Gazette des Amis du RIC est paru :)

Le #15 de la Gazette des Amis du RIC est paru 🙂

Les prin­ci­pales actua­li­tés, vidéos et actions utiles à l’instauration du RIC pour une démo­cra­tie digne de ce nom, par la Conver­gence RIC. Le som­maire Le RIC dans la presse • La presse natio­nale • La presse locale Invi­ta­tions à l’action • Actua­li­té et besoins de Pla­te­forme RIC • Opé­ra­tion RIC cherche des volon­taires • Le RIC recrute ! • Deuxième péti­tion offi­cielle pour le RIC consti­tuant • Péti­tion pour le droit de veto contre les lois comme la réforme des retraites • Autres propositions…

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For­mat grille – For­mat articles complets

John Pilger : renaissance du fascisme sous une forme moderne

Je sou­mets à votre esprit cri­tique cette pas­sion­nante et impor­tante syn­thèse de John Pil­ger sur la guerre qui vient :

La renaissance du fascisme sous une forme moderne

John Pilger
John Pil­ger

Par John Pil­ger – Le 26 février 2015.
Source Rus­sia Today
http://​lesa​ker​fran​co​phone​.net/​l​a​–​r​e​n​a​i​s​s​a​n​c​e​–​d​u​–​f​a​s​c​i​s​m​e​–​s​o​u​s​–​u​n​e​–​f​o​r​m​e​–​m​o​d​e​r​ne/
La récente 70e com­mé­mo­ra­tion de la libé­ra­tion d’Auschwitz fut l’occasion de nous remé­mo­rer les grands crimes du fas­cisme dont l’iconographie nazie est gra­vée dans notre conscience.

Le fas­cisme est consi­dé­ré comme de l’histoire ancienne, comme dans ces vieux films trem­blo­tants de che­mises noires mar­chant au pas, leur cri­mi­na­li­té aus­si ter­ri­fiante qu’évidente. Et pour­tant dans nos socié­tés libé­rales, alors même que des élites va-t-en guerre nous poussent au devoir de mémoire, le dan­ger gran­dis­sant d’une forme moderne du fas­cisme est igno­ré. Car c’est leur fascisme.

« Déclen­cher une guerre d’agression.., ont décla­ré les juges du tri­bu­nal de Nurem­berg en 1946, est non seule­ment un crime inter­na­tio­nal mais de plus le pire crime inter­na­tio­nal car, par rap­port aux autres crimes de guerre, il contient en lui toute la mal­fai­sance des autres crime de guerre réunis.»

Si les nazis n’avaient pas enva­hi l’Europe, Ausch­witz et l’holocauste ne se seraient jamais pro­duits. Si les États Unis et leurs alliés n’avaient pas com­men­cé leur guerre d’agression en Irak en 2003, près d’un mil­lion de per­sonnes seraient encore en vie aujourd’hui et l’État isla­mique ne serait pas en train de nous mena­cer de sa sau­va­ge­rie. Ce der­nier est le reje­ton du fas­cisme moderne, nour­ri par les bombes, les bains de sang et les men­songes de ce théâtre sur­réa­liste que l’on appelle les actualités.

Vue géné­rale du camp d’extermination à Ausch­witz 26 jan­vier 2015. (Reuters/Laszlo Balogh)

Comme pen­dant la période fas­ciste des années 1930 et 1940, des men­songes y sont débi­tés avec le débit d’un métro­nome grâce à des médias omni­pré­sents et répé­ti­tifs et leur étroite cen­sure par omis­sion. La catas­trophe libyenne par exemple.

En 2011, l’Otan a effec­tué 9 700 bom­bar­de­ments sur la Libye, dont plus d’un tiers ont atteint des cibles civiles. Des obus à ura­nium enri­chi furent uti­li­sés. Les villes de Misu­ra­ta et Syrte furent rasées. La Croix-Rouge a retrou­vé des fosses com­munes et l’UNICEF a rap­por­té que « plus de la moi­tié des enfants tués avaient moins de 10 ans.»

Le diri­geant Libyen Muam­mar Gad­da­fi. (Reuters/Filippo Monteforte)

La sodo­mie publique du pré­sident libyen Mouam­mar Kadha­fi à l’aide d’une baïon­nette rebelle fut accueillie par la secré­taire d’état amé­ri­caine avec ces mots : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son assas­si­nat ain­si que la des­truc­tion de son pays ont été jus­ti­fiée par un men­songe clas­sique : il pla­ni­fiait un géno­cide contre son propre peuple. « Nous savions que si nous atten­dions un jour de plus, Ben­gha­zi, une ville de la taille de Char­lotte, aurait subi un mas­sacre qui aurait eu des réper­cus­sions sur toute la région et aurait créé une tache sur la conscience du monde », a pré­ten­du le pré­sident Obama.

Mais c’était une inven­tion des milices isla­mistes qui subis­saient une défaite face aux forces gou­ver­ne­men­tales libyennes. Ils ont dit à Reu­ters qu’il y aurait un véri­table bain de sang, comme au Rwan­da. Rap­por­té le 14 mars 2011, ce men­songe fut la pre­mière étin­celle du déluge de feu de l’Otan, pré­sen­té par David Came­ron comme une inter­ven­tion huma­ni­taire.

Secrè­te­ment appro­vi­sion­nés et entraî­nés par les ser­vices spé­ciaux bri­tan­niques, beau­coup de ces rebelles devien­dront membres de cet État Isla­mique dont la der­nière vidéo en date montre la déca­pi­ta­tion de 21 chré­tiens coptes kid­nap­pés à Syrte, la ville même qui fut rasée par les bom­bar­de­ments de l’Otan, en leur nom.

Pour Oba­ma, Came­ron et Hol­lande [plu­tôt Sar­ko­zy en l’occurrence, NdT], le véri­table crime de Kadha­fi était l’indépendance éco­no­mique de la Libye et son inten­tion décla­rée d’arrêter de vendre les plus grandes réserves de pétrole afri­caines en dol­lar amé­ri­cains. Le pétro­dol­lar est un des piliers de la puis­sance impé­riale amé­ri­caine. Kadha­fi a eu l’audace de pla­ni­fier la mise en place d’une mon­naie afri­caine com­mune, ados­sée à l’or, de créer une banque pour toute l’Afrique et de pous­ser à l’union éco­no­mique entre pays pauvres ayant des res­sources en matières pre­mières pri­sées. Que cela soit réa­li­sable ou pas, rien que d’y pen­ser était into­lé­rable aux États-Unis, alors qu’ils se pré­pa­raient jus­te­ment à péné­trer en Afrique et à cor­rompre les gou­ver­ne­ments afri­cains avec leur par­te­na­riat mili­taire

A la suite de l’attaque de l’Otan sous cou­vert d’une réso­lu­tion du Conseil de sécu­ri­té, Oba­ma a, selon les écrits de Gari­kai Chen­gu, « confis­qué les 30 mil­liards de dol­lars de la Banque cen­trale libyenne que Kadha­fi avait mis de coté pour la mise en place d’une banque cen­trale afri­caine et d’une mon­naie com­mune à l’Afrique, ados­sée à l’or ».

La guerre huma­ni­taire contre la Libye a sui­vi un modèle cher au cœur des libé­raux occi­den­taux, spé­cia­le­ment dans les médias. En 1999, Bill Clin­ton et Tony Blair ont envoyé l’Otan bom­bar­der la Ser­bie car, ont-ils men­ti, les Serbes étaient en train de com­mettre un géno­cide contre les habi­tants d’origine alba­naise dans la pro­vince séces­sion­niste du Koso­vo. David Schef­fer, l’ambassadeur amé­ri­cain contre les crimes de guerre (sic), a pré­ten­du que pas moins de 225 000 per­sonnes d’origine alba­naise âgées de 14 à 59 an pour­raient avoir été assas­si­nées. Clin­ton et Blair évo­quèrent le spectre de l’Holocauste et l’esprit de la Deuxième Guerre mon­diale. Les héroïques alliés de l’Occident étaient les membres de l’Armée de libé­ra­tion du Koso­vo, dont les actes cri­mi­nels furent mis de côté. Le secré­taire aux Affaires étran­gères, Robin Cook, leur a dit de l’appeler n’importe quand sur son portable.

Pris­ti­na (Koso­vo) après les bom­bar­de­ments de l’Otan 29 mars 1999. (Reu­ters)

Quand les bom­bar­de­ments de l’OTAN furent ter­mi­nés et la plus grande par­tie des infra­struc­tures de la Ser­bie en ruine, ses écoles, ses hôpi­taux, ses monas­tères et même la sta­tion de télé­vi­sion natio­nale, les équipes d’enquêteurs inter­na­tio­naux débar­quèrent au Koso­vo pour y trou­ver les preuves de cet holo­causte. Le FBI ne trou­va pas une seule fosse com­mune et ren­tra bre­douille. L’équipe espa­gnole fit de même, jusqu’à ce que son chef dénonce avec colère une pirouette séman­tique par les machines à pro­pa­gande de guerre. Un an plus tard, le tri­bu­nal des Nations Unis pour la You­go­sla­vie annon­ça le décompte final des morts au Koso­vo : 2 788. Nombre incluant les com­bat­tants des deux bords ain­si que les Serbes tués par l’Armée de libé­ra­tion du Koso­vo. Il n’y a eu aucun géno­cide. L’holo­causte n’était qu’un men­songe. L’attaque de l’Otan repo­sait donc sur une manipulation.

Mais der­rière ces men­songes se cachait une rai­son sérieuse. La You­go­sla­vie était unique, indé­pen­dante, une fédé­ra­tion mul­tieth­nique qui a ser­vi de pont poli­tique et éco­no­mique durant la Guerre Froide. La majo­ri­té de ses ser­vices et de sa capa­ci­té de pro­duc­tion était publiques. Fait inac­cep­table pour une Com­mu­nau­té euro­péenne en expan­sion, sur­tout pour l’Allemagne tout juste réuni­fiée et qui com­men­çait à se tour­ner vers l’Est pour cap­tu­rer ses mar­chés natu­rels dans les pro­vinces de Croa­tie et de Slo­vé­nie. Au moment où les Euro­péens se réunis­saient à Maas­tricht en 1991 pour devi­ser sur le pro­jet de mise en place de la catas­tro­phique zone euro, un accord secret fut conclu, l’Allemagne recon­naî­trait la Croa­tie. C’en était fini de la Yougoslavie.

A Washing­ton, les États-Unis veillèrent à ce que l’économie you­go­slave en dif­fi­cul­té ne puisse béné­fi­cier d’un prêt de la Banque mon­diale. L’Otan, qui n’était plus à cette époque qu’une relique de la guerre froide, renais­sait comme ins­tru­ment de l’impérialisme. En 1999, à la confé­rence de paix du Koso­vo à Ram­bouillet, en France, les Serbes furent sou­mis aux tac­tiques vicieuses des vain­queurs. L’accord de Ram­bouillet com­porte l’annexe secrète B, rajou­tée le der­nier jour par la délé­ga­tion amé­ri­caine, qui deman­dait l’occupation mili­taire de toute la You­go­sla­vie et la mise en place d’une éco­no­mie libé­rale ain­si que la pri­va­ti­sa­tion de tout le domaine public. Aucun État sou­ve­rain ne peut signer un tel accord. Alors la puni­tion suit rapi­de­ment. Les bombes de l’Otan pleuvent sur le pays sans défense. Ce fut un avant goût des catas­trophes qui frap­pe­ront l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye et der­niè­re­ment l’Ukraine.

Bâti­ments détruits par l’Otan à 150km à l’est de Tri­po­li 21 juillet, 2011. (Reuters/Ismail Zitouny)

Depuis 1945, plus d’un tiers des membres des Nations unies – 69 pays – ont souf­fert, entre les mains du fas­cisme moderne amé­ri­cain, en par­tie ou tota­le­ment, de l’un de ces sévices : ils ont été enva­his, leurs gou­ver­ne­ments ren­ver­sés, leurs mou­ve­ments popu­laires répri­més, leurs élec­tions mani­pu­lées, leur popu­la­tion bom­bar­dée, leurs éco­no­mies mal­me­nées et sou­mises à un embar­go connu sous le nom de sanc­tions. L’historien bri­tan­nique Mark Cur­tis compte le nombre de vic­times en mil­lions. A chaque fois un men­songe était utilisé.

« Ce soir, pour la pre­mière fois depuis le 11 sep­tembre, notre mis­sion de com­bat est ter­mi­née. » Tels furent les mots d’ouverture du dis­cours sur l’état de l’Union en 2015. En réa­li­té, il reste encore 10 000 troupes et 20 000 mer­ce­naires amé­ri­cains en Afgha­nis­tan, pour une durée indé­ter­mi­née. « La plus longue guerre de l’histoire des États-Unis a pris fin de manière res­pon­sable », a dit Oba­ma. En fait, plus de civils ont été tués en 2014 en Afgha­nis­tan qu’au cours d’aucune autre année depuis que les Nations unies en font le décompte. La majo­ri­té ayant été tuée – civils comme sol­dats – durant la période de pré­si­dence d’Obama.

La tra­gé­die afghane concur­rence les crimes épiques en Indo­chine. Dans son livre tant van­té, Le grand échi­quier : La pri­mau­té amé­ri­caine et ses impé­ra­tifs stra­té­giques, Zbi­gniew Brze­zins­ki, le père de la poli­tique étran­gère amé­ri­caine de l’Afghanistan à nos jours, écrit que si les États-Unis devait contrô­ler l’Eurasie et domi­ner le monde, ils ne pour­raient sup­por­ter une démo­cra­tie popu­laire, parce que « la pour­suite du pou­voir n’est pas quelque chose qui entraîne la pas­sion du peuple… La démo­cra­tie n’est pas l’amie de la mobi­li­sa­tion impé­riale ». Il a rai­son. Comme Wiki­Leaks et Edward Snow­den l’ont révé­lé, un État poli­cier est en train d’usurper la démo­cra­tie. En 1976, Brze­zins­ki, qui était alors conseiller à la Sécu­ri­té natio­nale du pré­sident Car­ter, fit ses preuves en por­tant un coup mor­tel à la pre­mière et seule période démo­cra­tique afghane. Qui connait cette période de l’histoire ?

Com­bat des Marines US contre les tali­bans dans la pro­vince de Hel­mand  5 avril 2010. (Reuters/Asmaa Waguih)

Dans les années 1960, une révo­lu­tion popu­laire balaya l’Afghanistan, le plus pauvre pays sur terre, ren­ver­sant fina­le­ment le régime aris­to­cra­tique en 1978. Le Par­ti démo­cra­tique popu­laire d’Afghanistan (PDPA) a for­mé un gou­ver­ne­ment et décla­ré un pro­gramme de réformes qui com­pre­nait l’abolition du féo­da­lisme, la liber­té de reli­gion, des droits égaux pour les femmes et la jus­tice sociale pour les mino­ri­tés eth­niques. Plus de 13 000 pri­son­niers poli­tiques furent libé­rés et les fichiers de la police brû­lés en place publique.

Le nou­veau gou­ver­ne­ment intro­dui­sit les soins médi­caux gra­tuits pour les plus pauvres. Le ser­vage fut abo­li et un vaste pro­gramme contre l’illettrisme lan­cé. Pour les femmes, les gains furent immenses. A la fin des années 1980, la moi­tié des étu­diants uni­ver­si­taires étaient des femmes ; elles for­maient aus­si la moi­tié du contin­gent de méde­cins, un tiers des fonc­tion­naires et la majo­ri­té des ins­ti­tu­teurs. « Toutes les filles, se sou­vient Sai­ra Noo­ra­ni, une femme chi­rur­gien, pou­vaient aller à l’école et à l’université. Nous pou­vions aller où bon nous sem­blait et por­ter ce que l’on aimait. On avait l’habitude de sor­tir le ven­dre­di soir dans les cafés pour écou­ter de la musique ou au ciné­ma pour y voir le der­nier film indien. Tout a com­men­cé à aller de tra­vers quand les moud­ja­hi­dines ont com­men­cé à gagner. Ils tuaient les ins­ti­tu­teurs et bru­laient les écoles. On était ter­ri­fiés. C’était étrange et triste de pen­ser que ces gens étaient aidés par l’Occident »

Le gou­ver­ne­ment PDPA était sou­te­nu par l’Union sovié­tique, même si, comme l’ancien secré­taire d’État l’a admis plus tard « il n’y avait aucune preuve d’une com­pli­ci­té sovié­tique dans cette révo­lu­tion ». Alar­mé par les suc­cès crois­sants des mou­ve­ments de libé­ra­tion à tra­vers le monde, Brze­zins­ki déci­da que si le gou­ver­ne­ment PDPA réus­sis­sait en Afgha­nis­tan, son indé­pen­dance et ses réus­sites ris­quaient d’offrir la menace d’un exemple pro­met­teur.

Le 3 juillet 1979, la Mai­son Blanche déci­da de sou­te­nir secrè­te­ment les groupes tri­baux fon­da­men­ta­listes connus comme les moud­ja­hi­dines, un sou­tien dont le coût mon­ta jusqu’à plus de 500 mil­lions de dol­lars par an en four­ni­ture d’armes et autre assis­tance. L’objectif était de ren­ver­ser le pre­mier gou­ver­ne­ment laïque et réfor­miste d’Afghanistan. En aout 1979, l’ambassade amé­ri­caine à Kaboul rap­por­ta que « les inté­rêts supé­rieurs des États Unis… seraient ser­vis par la des­ti­tu­tion [du gou­ver­ne­ment PDPA], quelles qu’en soient les consé­quences pour les réformes sociales et éco­no­miques en Afgha­nis­tan ».

Les moud­ja­hi­dines furent les pré­cur­seurs d’al-Qaida et de l’État isla­mique. Gul­bud­din Hek­ma­tyar, qui reçu des dizaines de mil­lions de dol­lars en liquide, fut l’un des leurs. La spé­cia­li­té d’Hekmatyar était le tra­fic d’opium et l’aspersion d’acide sur le visage des femmes qui refu­saient de por­ter le voile. Invi­té à Londres, il fut pré­sen­té par le pre­mier ministre That­cher comme un com­bat­tant pour la liber­té.

De tels fana­tiques seraient res­tés dans leur monde tri­bal si Brze­zins­ki n’avait pas ini­tié un mou­ve­ment inter­na­tio­nal pour pro­mou­voir le fon­da­men­ta­lisme isla­mique en Asie Cen­trale et donc miné la poli­tique sécu­laire de libé­ra­tion pour désta­bi­li­ser l’Union Sovié­tique, créant, ain­si qu’il l’écrit dans son auto­bio­gra­phie, quelques musul­mans agi­tés. Son grand plan coïn­ci­dait avec celui du dic­ta­teur pakis­ta­nais Zia ul-Haq pour domi­ner la région. En 1986, la CIA et l’agence pakis­ta­naise de ren­sei­gne­ment, l’ISI, com­men­cèrent à recru­ter des gens a tra­vers le monde pour rejoindre le dji­had afghan. Le mul­­ti-mil­­lion­­naire saou­dien Ous­sa­ma Ben Laden était l’un d’eux. Des volon­taires, qui fina­le­ment rejoin­dront les tali­bans et al-Qai­­da, furent recru­tés dans un col­lège isla­mique de Brook­lyn, à New York, et reçurent un entrai­ne­ment para-mili­­taire dans un camp de la CIA en Vir­gi­nie. Cette opé­ra­tion fut nom­mée Opé­ra­tion Cyclone. Son suc­cès fut fêté en 1996 quand le der­nier pré­sident PDPA d’Afghanistan, Moham­med Naji­bul­lah – qui venait de deman­der de l’aide à l’assemblée géné­rale des Nations unies – fut pen­du à un réver­bère dans la rue, par les talibans.

Le retour de bâton de l’opération Cyclone et ses quelques musul­mans agi­tés arri­va le 11 sep­tembre 2001. L’opération Cyclone se trans­for­ma en guerre contre le ter­ro­risme, dans laquelle un nombre incal­cu­lable d’hommes, de femmes et d’enfants vont perdre la vie dans tout le monde musul­man, de l’Afghanistan à l’Irak, au Yémen, en Soma­lie et en Syrie. Le mes­sage des puis­sants était, et est tou­jours : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ».

Le fil conduc­teur du fas­cisme, autre­fois comme aujourd’hui, est le meurtre de masse. L’invasion amé­ri­caine du Viet­nam eut ses zones de tir à vue , sa comp­ta­bi­li­té de cadavres et ses dom­mages col­la­té­raux. Dans la pro­vince de Quang Ngai, ou j’étais basé, des mil­liers de civils furent tués par les États-Unis, même si l’on ne se sou­vient que d’un seul mas­sacre, celui de My Lai. Au Laos et au Cam­bodge, le plus grand bom­bar­de­ment aérien de l’histoire a entrai­né une époque de ter­reur mar­quée encore aujourd’hui par le spec­tacle de ces cra­tères de bombes se rejoi­gnant jusqu’à for­mer, vu du ciel, l’image d’un mons­trueux col­lier. Les bom­bar­de­ments ont four­ni au Cam­bodge son propre État isla­mique, les Khmers rouges diri­gés par Pol Pot.

De Pol Pot à l’EI : Tout ce qui vole contre tout ce qui bouge

Aujourd’hui, la plus grande cam­pagne de ter­reur qui ait jamais exis­té entraîne l’exécution de familles entières, d’invités à des mariages ou à des funé­railles. Ce sont les vic­times des tirs de drones d’Obama. Selon le New York Times, Oba­ma fait sa sélec­tion à par­tir d’une liste des per­sonnes à tuer que la CIA lui pré­sente chaque mar­di dans la Situa­tion Room de la Mai­son Blanche. Il décide alors, sans la moindre jus­ti­fi­ca­tion légale, qui vivra et qui mour­ra. Son arme de bour­reau est le mis­sile Hell­fire [les feux de l’enfer, NdT] empor­té par un avion sans pilote connu sous le nom de drone. Ces mis­siles rôtissent leurs vic­times et laissent la région par­se­mée de cadavres cal­ci­nés. Chaque frappe est enre­gis­trée sur une console très éloi­gnée du point d’impact, console nom­mée Bug­splat.

« A ceux qui marchent au pas, écrit l’historien Nor­man Pol­lock, se sub­sti­tue une  mili­ta­ri­sa­tion de la culture appa­rem­ment plus ano­dine. Et à un diri­geant gran­di­lo­quent se sub­sti­tue un réfor­ma­teur effa­cé, heu­reux dans son tra­vail de pla­ni­fi­ca­teur et d’exécuteur des hautes œuvres, tou­jours sou­riant.»

Ce qui rap­proche aus­si l’ancienne et la moderne ver­sion du fas­cisme est le culte de la supé­rio­ri­té [le supré­ma­tisme, NdT]. « Je crois en l’exceptionnalisme amé­ri­cain de toutes les fibres de mon être », a décla­ré Oba­ma, fai­sant écho aux décla­ra­tions ultra­na­tio­na­listes des années 1930. Comme l’historien Alfred W. McCoy l’a sou­li­gné, c’est un homme dévoué à Hit­ler, Carl Schmitt, qui dit un jour : « Le sou­ve­rain est celui qui décide de l’exception ». Cela résume tout à fait l’américanisme, l’idéologie qui domine le monde actuel.

Qu’elle ne soit pas recon­nue comme une idéo­lo­gie pré­da­trice est le résul­tat d’un lavage de cer­veau, lui-même non recon­nu. Insi­dieux, caché, fine­ment pré­sen­té comme un éclai­rage uni­ver­sel, son tota­li­ta­risme inonde la culture occi­den­tale. J’ai moi-même gran­di dans un envi­ron­ne­ment ciné­ma­to­gra­phi­que à la gloire de l’Amérique, qui était presque tou­jours une défor­ma­tion de la réa­li­té. Je n’avais aucune connais­sance du fait que l’Armée rouge avait détruit qua­si­ment toute la machine de guerre nazie, au prix de la vie de 13 mil­lions de ses sol­dats. Par com­pa­rai­son, les pertes amé­ri­caines, incluant celles du Paci­fique, furent de 400 000 hommes. Hol­ly­wood avait inver­sé les faits.

La dif­fé­rence, de nos jours, tient à ce que le public des salles obs­cures est invi­té à s’accrocher au fau­teuil sur la tra­gé­die de psy­cho­pathes amé­ri­cains devant tuer des gens par­tout dans le monde – comme le fait le pré­sident des États-Unis lui-même. Sym­bole de la vio­lence hol­ly­woo­dienne, l’acteur et réa­li­sa­teur Clint East­wood, fut nomi­né pour un Oscar cette année pour son film Ame­ri­can Sni­per, film qui raconte l’histoire d’un assas­sin légal fou furieux. Selon le New York Times, « patrio­tique et pour toute la famille, ce film a bat­tu tous les records d’audience dans ses pre­miers jours ».

Il n’existe pas de film épique sur les flirts de l’Amérique avec le fas­cisme. Durant la Deuxième Guerre mon­diale, l’Amérique (et la Grande-Bre­­tagne) entrèrent en guerre contre la Grèce qui venait de se battre héroï­que­ment contre le nazisme et résis­tait à l’avènement d’un fas­cisme grec. En 1967, la CIA aida une junte mili­taire fas­ciste à prendre le pou­voir à Athènes, comme elle le fit au Bré­sil et dans la plu­part des pays d’Amérique latine. Les Alle­mands et les Euro­péens de l’Est qui avaient col­la­bo­ré avec les nazis et leurs crimes contre l’humanité reçurent l’asile aux États-Unis. Beau­coup furent bien soi­gnés et leurs talents récom­pen­sés. Wern­her von Braun, par exemple, fut à la fois le père de la fusée nazie V2 et du pro­gramme spa­tial des États Unis.

Dans les années 1990, alors que les anciennes répu­bliques sovié­tiques, l’Europe de l’Est et les Bal­kans, deve­naient des avant-postes mili­taires de l’Otan, on a don­né leur chance aux héri­tiers du mou­ve­ment nazi ukrai­nien. Res­pon­sable de la mort de mil­liers de juifs, Polo­nais et Russes durant l’invasion de l’Union sovié­tique par les nazis, le mou­ve­ment fas­ciste ukrai­nien fut réha­bi­li­té et cette nou­velle vague consi­dé­rée comme natio­na­liste par ceux qui gouvernent.

Cette vague a atteint son apo­gée quand l’administration Oba­ma a misé 5 mil­liards de dol­lars sur un coup d’État contre le gou­ver­ne­ment élu en place. Les troupes de choc étaient for­mées de néo–nazis du Sec­teur Droit et de Svo­bo­da. Par­mi leurs diri­geants on retrouve Oleh Tyah­ny­bok, qui a appe­lé à la purge de la mafia juive et mos­co­vite et autres merdes telles que les homo­sexuels, les fémi­nistes et les gauchistes.

Ces fas­cistes font main­te­nant par­tie du gou­ver­ne­ment ukrai­nien issu du coup d’État. Le rap­por­teur de l’assemblée natio­nale ukrai­nienne, Andriy Paru­biy, un diri­geant du par­ti au pou­voir, est aus­si un co-fon­­da­­teur de Svo­bo­da. Le 14 février, Paru­biy annon­ça qu’il par­tait pour Washing­ton afin d’obtenir que « les États-Unis nous four­nissent des armes de pré­ci­sion ». S’il y arrive, cela sera consi­dé­ré comme un acte de guerre par la Russie.

Aucun diri­geant occi­den­tal ne s’est insur­gé contre cette renais­sance du fas­cisme en plein cœur de l’Europe, à l’exception de Vla­di­mir Pou­tine dont le peuple a per­du 22 mil­lions de per­sonnes dans l’invasion nazie qui arri­va à tra­vers les fron­tières de l’Ukraine. A la der­nière Confé­rence sur la sécu­ri­té de Munich, l’assistante d’Obama pour les affaires euro­péennes et eur­asiennes, Vic­to­ria Nuland, a cri­ti­qué les diri­geants euro­péens qui s’opposent à ce que les États-Unis arment le régime de Kiev. Elle a fait réfé­rence au ministre alle­mand de la défense en le trai­tant de « ministre du défai­tisme ». C’est Nuland qui avait orga­ni­sé le coup d’État à Kiev. Elle est la femme de Robert D. Kagan, une figure du mou­ve­ment néo-conser­­va­­teur et cofon­da­teur de l’association d’extrême-droite Pro­ject for a New Ame­ri­can Cen­tu­ry (Pro­jet pour un nou­veau siècle amé­ri­cain). Elle a aus­si été conseillère en poli­tique étran­gère de Dick Cheney.

Le feu à la Mai­son des Syn­di­cats à Odes­sa. (RIA Novosti/Maxim Voitenko)

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas tota­le­ment dérou­lé comme pré­vu. L’Otan n’a pas pu s’emparer de l’historique et légi­time base navale russe en Cri­mée. La popu­la­tion de Cri­mée, en grande majo­ri­té d’origine russe  – qui fut illé­ga­le­ment annexée à l’Ukraine par Niki­ta Krout­chev en 1954 – a lar­ge­ment voté pour son rat­ta­che­ment à la Rus­sie, comme elle l’avait fait dans les années 1990. Le réfé­ren­dum fut non impo­sé, popu­laire et sous obser­va­tion inter­na­tio­nale. Il n’y a pas eu d’invasion.

Dans le même temps, le régime de Kiev s’en est pris à la popu­la­tion d’origine russe dans l’est du pays avec la féro­ci­té d’un net­toyage eth­nique. Tout en déployant des milices néo-nazies dans le style de la Waf­fen SS, ils ont assié­gé et bom­bar­dé villes et vil­lages. Ils ont affa­mé les popu­la­tions, cou­pé l’électricité, gelé les comptes en banque, arrê­té le ver­se­ment des pres­ta­tions sociales et des retraites. Plus d’un mil­lion de per­sonnes ont tra­ver­sé la fron­tière pour se réfu­gier en Rus­sie. Réfu­giés décrits dans les médias occi­den­taux comme des gens fuyant les vio­lences cau­sées par l’invasion russe. Le com­man­dant de l’Otan, le géné­ral Breed­love, dont le nom et les actes pour­raient avoir été ins­pi­rés par le Dr Stran­ge­love [Dr Fola­mour, NdT] de Stan­ley Kubrick, annon­ça que 40 000 sol­dats russes se ras­sem­blaient aux fron­tières. A l’âge des pho­tos satel­lites, il n’en a trou­vé aucune pour prou­ver ses affirmations.

Le peuple d’Ukraine de langue russe et bilingue, un tiers de la popu­la­tion, a long­temps cher­ché a créer une fédé­ra­tion qui puisse reflé­ter la diver­si­té eth­nique du pays et qui soit auto­nome et indé­pen­dante de Mos­cou. La plu­part ne sont pas des sépa­ra­tistes, ils veulent sim­ple­ment vivre en sécu­ri­té dans leur pays et s’opposent à la prise de pou­voir qui a eu lieu à Kiev. Leur révolte et la créa­tion de répu­bliques auto­nomes sont venues en réac­tion aux attaques de Kiev. On l’a très peu expli­qué au public occidental.

En mai 2014 à Odes­sa, 41 per­sonnes d’origine russe furent brû­lées vives au siège social des syn­di­cats sous les regards de la police. Le diri­geant de Sec­teur Droit Dmy­tro Yarosh a consi­dé­ré ce mas­sacre comme encore un grand jour dans l’histoire de notre pays. Dans les médias bri­tan­niques et amé­ri­cains cela fut repor­té comme une tra­gé­die opaque résul­tant de bagarres entre natio­na­listes (les néo nazis) et sépa­ra­tistes (les gens récol­tant des signa­tures pour un réfé­ren­dum sur une Ukraine fédérale).

Le New York Times a enter­ré l’affaire en trai­tant de pro­pa­gande russe les aver­tis­se­ments sur la poli­tique fas­ciste et anti­sé­mite des nou­veaux clients de Washing­ton. Le Wall Street Jour­nal a condam­né les vic­times avec cet en-tête : « L’incendie mor­tel a été appa­rem­ment ini­tié par les rebelles », dit le gou­ver­ne­ment. Oba­ma a féli­ci­té la junte ukrai­nienne pour sa rete­nue.

Si Pou­tine était tom­bé dans le piège de venir défendre les rebelles, son sta­tut de paria dans le monde occi­den­tal aurait jus­ti­fié le men­songe d’une Rus­sie enva­his­sant l’Ukraine. Le 29 jan­vier, le géné­ral Vik­tor Muz­hen­ko, haut com­man­dant des armées ukrai­niennes a, presque par inad­ver­tance, reje­té la base même des sanc­tions occi­den­tales quand il décla­ra de manière empha­tique au cours d’une confé­rence de presse : « L’armée ukrai­nienne ne com­bat pas contre les troupes régu­lières russes », mais contre des « citoyens ordi­naires », membres de « groupes armées illé­gaux » ; il n’y avait plus d’invasion russe. Vadym Prys­tai­ko, adjoint au ministre de la Défense, a lui, appe­lé à la guerre totale contre la Rus­sie, une puis­sance nucléaire.

Le 21 février, le séna­teur amé­ri­cain James Inhofe, un répu­bli­cain de l’Oklahoma, a intro­duit un arrê­té par­le­men­taire pour auto­ri­ser l’exportation d’armes amé­ri­caines vers Kiev. Au cours de sa pré­sen­ta­tion au Sénat, Inhofe a uti­li­sé des pho­tos qu’il a pré­sen­tées comme des preuves de troupes russes fran­chis­sant la fron­tière ukrai­nienne, pho­tos qui ont depuis été démas­quées comme des faux. Cela m’a rap­pe­lé les fausses pho­tos de Ronald Rea­gan d’une ins­tal­la­tion sovié­tique au Nica­ra­gua et les fausses preuves de Colin Powell sur les armes de des­truc­tion mas­sive en Irak.

L’intensité de la cam­pagne de déni­gre­ment contre la Rus­sie et la pré­sen­ta­tion de son pré­sident comme un méchant de foire ne res­semble à rien de ce que j’ai pu voir au cours de ma vie de jour­na­liste. Robert Par­ry, un des jour­na­listes d’investigation amé­ri­cain les plus répu­tés, qui a révé­lé le scan­dale Iran–Contra, a écrit récem­ment : « Aucun gou­ver­ne­ment occi­den­tal, depuis l’Allemagne hit­lé­rienne, n’avait osé envoyer des troupes de choc nazies contre sa propre popu­la­tion, mais le régime de Kiev l’a fait et en toute conscience. Pour­tant, le monde poli­­ti­­co-média­­tique a fait tout ce qu’il a pu pour cacher cette réa­li­té, allant jusqu’à igno­rer des faits clai­re­ment éta­blis… Si vous vous deman­dez com­ment le monde pour­rait tom­ber dans une troi­sième guerre mon­diale – comme cela s’est pas­sé pour la pre­mière il y a un siècle – tout ce que vous avez a faire est de regar­der la folie en ce qui concerne l’Ukraine, folie qui se montre imper­méable aux faits ou à la rai­son.»

Pro­cés de Nurem­berg. Les diri­geants nazis 1945–1946. (1er rang, g. à d. )Göring, Rudolf Heß, von Rib­ben­trop, Kei­tel (2ème rang, g. à d.) Dönitz, Rae­der, von Schi­rach, Sau­ckel (Image de Wikipedia)

En 1946, le pro­cu­reur du tri­bu­nal de Nurem­berg a décla­ré aux jour­naux alle­mands : « L’uti­li­sa­tion par les conspi­ra­teurs nazis de la guerre psy­cho­lo­gique est bien connue. Avant chaque attaque majeure, à l’exception de celles repo­sant sur la rapi­di­té d’action, ils démar­raient une cam­pagne de presse des­ti­née à abais­ser leurs vic­times et à pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment le peuple alle­mand à l’attaque… Dans le sys­tème de pro­pa­gande de l’État hit­lé­rien, les armes les plus impor­tantes furent la presse quo­ti­dienne et la radio.»

Dans le Guar­dian du 2 février, Timo­thy Gar­­ton-Ash a deman­dé, en mots clairs, une guerre mon­diale. « Pou­tine doit être empê­ché, dit le titre. Et par­fois seuls les armes peuvent arrê­ter les armes.» Il concé­da que la menace d’une guerre puisse nour­rir la para­noïa russe de l’encerclement, mais que cela n’était pas grave. Il fit la liste de l’équipement mili­taire néces­saire pour le bou­lot et conseilla ses lec­teurs en affir­mant que l’Amérique avait le meilleur équi­pe­ment.

En 2003, le même Gar­­ton-Ash, alors pro­fes­seur a Oxford, répé­ta la pro­pa­gande qui entrai­na le mas­sacre en Irak. Sad­dam Hus­sein, écri­vait il, « a, comme l’a mon­tré Colin Powell, accu­mu­lé de grandes quan­ti­tés d’armes chi­miques et bio­lo­giques et cache ce qui lui reste. Il est tou­jours en train d’acquérir des armes nucléaires ». Il loua Blair comme un « Glad­sto­nien, un chré­tien libé­ral inter­ven­tion­niste ». En 2006, il écri­vit : « Main­te­nant nous fai­sons face au pro­chain grand défi occi­den­tal après l’Irak : l’Iran »

Ces pro­cla­ma­tions – ou comme Gar­­ton-Ash pré­fère le dire, son ambi­va­lence libé­rale tor­tu­rée – sont assez cou­rantes chez ceux qui, dans l’élite libé­rale trans­at­lan­tique, ont signé un pacte faus­tien. Le cri­mi­nel de guerre qu’est Tony Blair est leur idole déchue. Le Guar­dian, jour­nal dans lequel le texte de Gar­­ton-Ash fut publié a mis en page une publi­ci­té pour un avion de chasse fur­tif amé­ri­cain. Sous l’image mena­çante de ce monstre crée par Lock­heed Mar­tin s’étalent les mots : « Le F35. Grand pour la Grande Bre­tagne ». Ce maté­riel [qui ne vole tou­jours pas, NdT] amé­ri­cain coû­te­ra aux contri­buables bri­tan­niques 1,3 mil­liards de livres, les modèles pré­cé­dents ayant déjà fait des mas­sacres à tra­vers le monde. En par­fait accord avec son annon­ceur, l’éditorial du Guar­dian a plai­dé pour une aug­men­ta­tion des dépenses militaires.

La encore, cela suit un objec­tif sérieux. Les maitres du monde ne veulent pas seule­ment que l’Ukraine soit une base de mis­siles, ils veulent son éco­no­mie. La nou­velle ministre des finances de Kiev, Nata­liwe Jares­ko, est une Amé­ri­caine, ancienne fonc­tion­naire du Dépar­te­ment d’État amé­ri­cain en charge des inves­tis­se­ments à l’étranger. On lui a octroyé la natio­na­li­té ukrai­nienne en toute hâte.

Ils veulent l’Ukraine pour son gaz abon­dant. Le fils du vice-pré­­sident Joe Biden est entré au conseil d’administration de la plus grosse com­pa­gnie pétro­lière d’Ukraine. Les fabri­cants de graines géné­ti­que­ment modi­fiées, comme le tris­te­ment célèbre Mon­san­to, veulent les riches terres culti­vables de l’Ukraine.

Mais par des­sus tout, ils veulent le puis­sant voi­sin de l’Ukraine, la Rus­sie. Ils veulent bal­ka­ni­ser et démem­brer la Rus­sie pour exploi­ter la plus grande source de gaz natu­rel sur terre. Alors que l’Arctique fond, ils veulent contrô­ler l’océan Arc­tique et ses richesses éner­gé­tiques, tout comme les terres russes qui le longent. Leur homme à Mos­cou fut Boris Elt­sine, un alcoo­lique, qui livra l’économie de son pays à l’Occident. Son suc­ces­seur, Pou­tine, a réta­bli la sou­ve­rai­ne­té russe. Tel est son crime.

Notre res­pon­sa­bi­li­té ici est donc claire. Elle repose sur l’identification et la mise à nu des men­songes per­ma­nents des va-t-en guerre et à ne jamais col­la­bo­rer avec eux. Elle est dans le réveil des grands mou­ve­ments popu­laires qui ont conduit une civi­li­sa­tion fra­gile vers des États modernes. Et, plus que tout, elle réside dans notre habi­le­té à empê­cher qu’ils ne nous écrasent. Si nous res­tons silen­cieux, leur vic­toire sur nous est assu­rée et l’holocauste est proche.

John Pil­ger

John Pil­ger, est un jour­na­liste basé à Londres, il est aus­si cinéaste et auteur. Il anime le site www​.john​pil​ger​.com.

Tra­duit par Wayan, relu par jj et par Diane pour le Saker Francophone

Source : lesa​ker​fran​co​phone​.net

Fil de com­men­taires Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​9​7​8​9​8​8​9​7​317

« On passe à l’acte » Écrire nous-mêmes les constitutions pour améliorer nos sociétés

De jeunes mili­tants (qui animent le site « On passe à l’acte ») m’ont inter­ro­gé l’an der­nier (en 2014), lors de l’U­ni­ver­si­té d’é­té du Reve­nu de base.
Voi­ci la pre­mière vidéo qu’ils en ont tirée.
J’es­père que ce sera bien contagieux 🙂

(Par­don pour les quelques gros mots qui m’ont échappé…
Mais bon, c’est pas du théâtre, c’est la vraie vie, c’est pas grave.)

http://​onpas​sea​lacte​.fr/​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​.​e​c​r​i​r​e​–​n​o​u​s​–​m​e​m​e​–​l​e​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​–​p​o​u​r​–​a​m​e​l​i​o​r​e​r​–​n​o​s​–​s​o​c​i​e​t​e​s​.​9​1​3​9​6​2​4​6​2​7​2​.​h​tml

Ver­sion courte (4’30) :

J’ai déci­dé d’or­ga­ni­ser des ate­liers d’é­cri­ture… par onpas­sea­lacte

Ver­sion longue (7’45) :

J’ai déci­dé d’or­ga­ni­ser des ate­liers d’é­cri­ture… par onpas­sea­lacte

Le fil Face­book (bien cré­pi­tant) cor­res­pon­dant à ce billet est ici.

Vous trou­ve­rez plein de res­sources utiles sur les ate­liers consti­tuants à cette adresse : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Catégorie:Atelier_constituant.

[via les​-crises​.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

L’assassinat de la Grèce
par James Petras :

http://www.les-crises.fr/l‑assassinat-de-la-grece/

L’asphyxie de Syri­za fait par­tie inté­grante d’un pro­ces­sus qui dure depuis dix ans en vue de l’élimination de la Grèce par l’UE.

by Dr. James Petras

Le gou­ver­ne­ment grec est aujourd’hui enfer­mé dans une lutte à mort face à l’élite qui domine les banques et les centres du pou­voir poli­tique de l’Union Européenne.

Ce qui est en jeu, ce sont les condi­tions de vie de 11 mil­lions de tra­vailleurs, fonc­tion­naires et arti­sans grecs, ain­si que la via­bi­li­té de l’Union Euro­péenne. Si le gou­ver­ne­ment de Syri­za capi­tule face aux exi­gences des ban­quiers de l’Union Euro­péenne et accepte de pour­suivre la poli­tique d’austérité, la Grèce sera alors condam­née à des décen­nies de régres­sion, de misère et de domi­na­tion colo­niale. Si la Grèce décide de résis­ter et si elle est contrainte de quit­ter l’Union Euro­péenne, il lui fau­dra répu­dier une dette exté­rieure de 270 mil­liards d’euros, pro­vo­quant la chute des mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux et l’effondrement de l’Union Européenne.

Les diri­geants euro­péens : des fan­toches impuissants

Les diri­geants de l’Union Euro­péenne misent sur un renie­ment par les diri­geants de Syri­za des pro­messes faites à l’électorat grec qui, au début du mois de février 2015, vou­lait, à une écra­sante majo­ri­té (plus de 70 %), en finir avec l’austérité et le paie­ment de la dette, déve­lop­per les inves­tis­se­ments de l’état dans l’économie natio­nale et le déve­lop­pe­ment social (Finan­cial Times 7−8÷2÷15, p. 3). Les choix sont dou­lou­reux, leurs consé­quences auront une por­tée his­to­rique mon­diale. Les enjeux vont bien au-delà de l’aspect local, ou même régio­nal à court terme. C’est à l’échelle mon­diale que tout le sys­tème finan­cier en sera affec­té (FT 10/2/15, p. 2).

Bien au-delà de l’Europe, le non-rem­­bour­­se­­ment de la dette va se pro­pa­ger à tous, débi­teurs ou créan­ciers ; la confiance des inves­tis­seurs à l’égard de l’empire finan­cier occi­den­tal sera ébran­lée. Avant tout, toutes les banques occi­den­tales ont des liens directs ou indi­rects avec les banques grecques (FT 2/6/15, p. 3). Quand ces der­nières s’effondreront, elles seront pro­fon­dé­ment affec­tées au-delà de ce que leurs gou­ver­ne­ments peuvent sup­por­ter. L’intervention mas­sive de l’état sera à l’ordre du jour. Le gou­ver­ne­ment grec n’aura plus alors d’autre choix que de prendre le contrôle de l’ensemble du sys­tème finan­cier… l’effet domi­no affec­te­ra en pre­mier lieu l’Europe du Sud puis se pro­pa­ge­ra aux “régions domi­nantes” du nord ain­si qu’à l’Angleterre et à l’Amérique du Nord (FT 9/2/15, p. 2).

Afin de com­prendre les ori­gines de ces crises et des choix aux­quels la Grèce et l’Union Euro­péenne sont confron­tées, il est néces­saire de pas­ser rapi­de­ment en revue les déve­lop­pe­ments éco­no­miques et poli­tiques des trois der­nières décen­nies. Nous pro­cé­de­rons en exa­mi­nant les rela­tions grecques et euro­péennes entre les années 1980 et 2000, puis la crise actuelle et l’intervention euro­péenne dans l’économie grecque. Dans la sec­tion finale, nous dis­cu­te­rons de l’ascension et de l’élection de Syri­za et de sa sou­mis­sion gran­dis­sante dans le contexte 0de domi­na­tion et d’intransigeance de l’Union Euro­péenne, met­tant en évi­dence la néces­si­té d’une cas­sure radi­cale avec les anciennes rela­tions de ‘sei­gneur à vassal’.

His­toire ancienne : la fon­da­tion de l’empire européen

En 1980 la Grèce fut admise dans la Com­mu­nau­té éco­no­mique euro­péenne (CEE) comme un état vas­sal de l’empire émergent fran­­co-alle­­mand. Avec l’élection d’Andreas Papan­dréou, chef du par­ti pan­hel­lé­nis­tique socia­liste grec qui dis­po­sait d’une majo­ri­té abso­lue au Par­le­ment, l’espoir d’un chan­ge­ment radi­cal dans les affaires inté­rieures et exté­rieures se fai­sait jour. 1/ En par­ti­cu­lier, pen­dant la cam­pagne élec­to­rale, Papan­dréou avait pro­mis la sor­tie de l’OTAN et de la CEE, l’annulation des accords auto­ri­sant les États-Unis à main­te­nir des bases mili­taires en Grèce et une éco­no­mie fon­dée sur la “pro­prié­té sociale” des moyens de pro­duc­tion. Après avoir été élu, Papan­dréou a immé­dia­te­ment assu­ré à la CEE et à Washing­ton que son gou­ver­ne­ment res­te­rait au sein de la com­mu­nau­té euro­péenne et de l’OTAN et renou­ve­lé les accords sur les bases mili­taires des États-Unis. Des études, com­man­dées par le gou­ver­ne­ment au début des années 80, mon­trant les résul­tats à moyen et long terme du main­tien de la Grèce dans la CEE, notam­ment la perte de contrôle du com­merce, des bud­gets et des mar­chés, ont été igno­rées par Papan­dréou qui a choi­si de sacri­fier l’indépendance poli­tique et l’autonomie éco­no­mique sur l’autel des trans­ferts de fonds à grande échelle, des prêts et des cré­dits venant de la CEE. Depuis son bal­con, Papan­dréou a par­lé aux masses d’indépendance, de jus­tice sociale, alors qu’il conser­vait des liens avec les ban­quiers euro­péens et les oli­garques grecs, arma­teurs comme ban­quiers. L’élite euro­péenne à Bruxelles et les oli­garques grecs à Athènes ont gar­dé la main­mise sur les hautes sphères du sys­tème poli­tique et éco­no­mique de la Grèce.

Papan­dréou a conser­vé les pra­tiques de clien­té­lisme poli­tique mises en place par les pré­cé­dents gou­ver­ne­ments de droite, rem­pla­çant uni­que­ment les fonc­tion­naires de droite par des membres du par­ti PASOK.

La CEE a balayé la rhé­to­rique radi­cale bidon de Papan­dréou et s’est foca­li­sée sur le fait qu’elle ache­tait le contrôle et la sou­mis­sion de l’état grec en finan­çant un régime clien­té­liste cor­rom­pu, qui détour­nait les fonds des pro­jets de déve­lop­pe­ment de la com­pé­ti­ti­vi­té éco­no­mique grecque au pro­fit d’un sys­tème de favo­ri­tisme fon­dé sur une consom­ma­tion accrue.

Les élites euro­péennes savaient, au final, que la main­mise finan­cière sur l’économie leur per­met­trait de dic­ter la poli­tique grecque et de la gar­der au sein de l’empire euro­péen émergent.

En dépit de la rhé­to­rique déma­go­gique “tiers-mon­­diste” de Papan­dréou, la Grèce était pro­fon­dé­ment ancrée au sein de l’Union Euro­péenne et de l’OTAN. Entre 1981 et 1985, Papan­dréou a reje­té sa rhé­to­rique socia­liste en faveur d’une aug­men­ta­tion des dépenses sociales pour les réformes de l’aide sociale, l’augmentation des salaires, des pen­sions et de la cou­ver­ture de san­té, tout en ren­flouant les entre­prises en faillite éco­no­mique mises à terre par des capi­ta­listes klep­to­crates. Résul­tat, tan­dis que le niveau de vie aug­men­tait, la struc­ture éco­no­mique de la Grèce res­sem­blait tou­jours à celle d’un état vas­sal for­te­ment dépen­dant de la finance de l’Union Euro­péenne, des tou­ristes euro­péens, et à une éco­no­mie de rente basée sur l’immobilier, la finance et le tourisme.

Papan­dréou a conso­li­dé le rôle de la Grèce comme avant-poste vas­sa­li­sé de l’OTAN, une plate-forme pour une inter­ven­tion mili­taire amé­ri­caine au Moyen-Orient et en Médi­ter­ra­née orien­tale dou­blée d’un mar­ché pour les pro­duits manu­fac­tu­rés d’Allemagne et d’Europe du Nord.

D’octobre 1981 à juillet 1989 la consom­ma­tion grecque a aug­men­té tan­dis que la pro­duc­ti­vi­té stag­nait. Papan­dréou a rem­por­té les élec­tions en 1985 en uti­li­sant les fonds de la CEE. Pen­dant ce temps la dette grecque euro­péenne s’envolait… Les diri­geants de l’UE ont condam­né la mau­vaise uti­li­sa­tion des fonds par la vaste armée de klep­to­crates de Papan­dréou mais pas trop bruyam­ment. Bruxelles recon­nais­sait que Papan­dréou et le PASOK repré­sen­taient le meilleur moyen pour muse­ler l’électorat radi­cal grec et gar­der la Grèce sous tutelle de la CEE et comme fidèle vas­sal de l’OTAN.

Des leçons pour Syri­za : les réformes à court terme et la stra­té­gie vas­sa­liste du PASOK

Qu’il soit dans le gou­ver­ne­ment ou en dehors, le PASOK a sui­vi les traces de son adver­saire de droite (Nou­velle Démo­cra­tie) en accep­tant la cami­sole de force de l’OTAN-CEE. La Grèce a conti­nué à main­te­nir les dépenses mili­taires par habi­tant au niveau le plus éle­vé de tous les membres euro­péens de l’OTAN. Résul­tat, la Grèce a reçu prêts et cré­dits pour finan­cer des réformes sociales à court terme et la cor­rup­tion à grande échelle à long terme, tout en élar­gis­sant l’appareil poli­tique de l’état-parti.

Avec l’ascension du pre­mier ministre ouver­te­ment néo­li­bé­ral Costas Simi­tis en 2002, le régime du PASOK a mani­pu­lé les comptes, fabri­qué des don­nées gou­ver­ne­men­tales sur son défi­cit bud­gé­taire, avec l’aide des banques d’investissement de Wall Street, et est deve­nu un membre de l’Union Moné­taire Euro­péenne. En adop­tant l’euro, Simi­tis a favo­ri­sé une plus grande subor­di­na­tion finan­cière de la Grèce aux fonc­tion­naires euro­péens non élus de Bruxelles, domi­nés par le minis­tère alle­mand des finances et les banques.

Les oli­garques grecs ont fait de la place au som­met pour une nou­velle espèce d’élite klep­to­cra­tique issue du PASOK, qui a détour­né des mil­lions sur les achats mili­taires, com­mis des fraudes ban­caires et s’est livrée à une éva­sion fis­cale massive.

Les élites bruxel­loises ont per­mis à la classe moyenne grecque de vivre l’illusion d’être des “euro­péens pros­pères” car elles conser­vaient une influence déci­sive à tra­vers les prêts et l’accumulation des dettes.

Une fraude ban­caire à grande échelle – trois cent mil­lions d’euros – a même impli­qué le bureau de l’ex-premier ministre Papandréou.

Les rela­tions clien­té­listes à l’intérieur de la Grèce n’avaient d’égales que les rela­tions clien­té­listes entre Bruxelles et Athènes.

Même avant le krach de 2008 les créan­ciers de l’UE, ban­quiers pri­vés et prê­teurs offi­ciels, fixaient les para­mètres de la poli­tique grecque.

Le krach mon­dial révé­la les fon­da­tions fra­giles de l’état grec – et condui­sit direc­te­ment à l’intervention directe et bru­tale de la Banque Cen­trale Euro­péenne, du Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal et de la Com­mis­sion Euro­péenne – la tris­te­ment célèbre « Troï­ka ». Cette der­nière a impo­sé les poli­tiques « d’austérité » comme condi­tion du “sau­ve­tage”, qui ont dévas­té l’économie, pro­vo­quant une crise éco­no­mique majeure, appau­vris­sant plus de 40% de la popu­la­tion, rédui­sant les reve­nus de 25% et géné­rant 28% de chômage.

La Grèce : cap­ti­vi­té par invitation

Pri­son­nière de l’UE poli­ti­que­ment et éco­no­mi­que­ment, la Grèce était impuis­sante au plan poli­tique. Mis à part les syn­di­cats qui ont lan­cé trente grèves géné­rales entre 2009 et 2014, les deux prin­ci­paux par­tis, PASOK et Nou­velle Démo­cra­tie, ont ame­né la prise de contrôle par l’UE. La dégé­né­res­cence du PASOK en un appen­dice de l’UE consti­tué d’oligarques et de vas­saux col­la­bo­ra­teurs a vidé de son sens la rhé­to­rique ‘socia­liste’. Le par­ti de droite Nou­velle Démo­cra­tie a ren­for­cé et ren­du plus pro­fonde encore la main­mise de l’UE sur l’économie grecque. La Troï­ka a prê­té à son vas­sal grec des fonds (“de sau­ve­tage”) qui furent uti­li­sés pour rem­bour­ser les oli­garques finan­ciers alle­mands, fran­çais et anglais et ren­for­cer les banques pri­vées grecques. La popu­la­tion grecque était ‘affa­mée’ par les poli­tiques “d’austérité” des­ti­nées à main­te­nir le flot des rem­bour­se­ments sor­tant vers le haut.

L’Europe : Union ou Empire ?

La crise de L’Union Euro­péenne de 2008/2009 eut plus d’impact sur ses maillons faibles, l’Europe du Sud et l’Irlande. L’Union Euro­péenne a révé­lé sa véri­table nature d’empire hié­rar­chique, dans lequel les états puis­sants, l’Allemagne et la France, pou­vaient ouver­te­ment et direc­te­ment contrô­ler l’investissement, le com­merce, les poli­tiques moné­taires et finan­cières. Le “sau­ve­tage” de la Grèce tant van­té par l’UE était en fait le pré­texte pour impo­ser de pro­fonds chan­ge­ments struc­tu­rels. Ceux-ci incluaient la déna­tio­na­li­sa­tion et la pri­va­ti­sa­tion de tous les sec­teurs éco­no­miques stra­té­giques, les rem­bour­se­ments de dettes per­pé­tuels, les dik­tats étran­gers sur les poli­tiques de reve­nus et d’investissements. La Grèce a ces­sé d’être un état indé­pen­dant : elle a été tota­le­ment et abso­lu­ment colonisée.

Les crises per­pé­tuelles de la Grèce : la fin de “l’illusion européenne”

L’élite grecque et, au moins depuis 5 ans, la plu­part des élec­teurs, ont cru que les mesures régres­sives (“aus­té­ri­té”) adop­tées – les licen­cie­ments, les coupes bud­gé­taires, les pri­va­ti­sa­tions, etc., étaient des trai­te­ments amers de courte durée qui mène­raient rapi­de­ment à une réduc­tion de la dette, à l’équilibre bud­gé­taire, à de nou­veaux inves­tis­se­ments, à la crois­sance et au redres­se­ment. Du moins, c’est ce que leur disaient les experts éco­no­miques et les diri­geants de Bruxelles.

En réa­li­té, la dette a aug­men­té, la spi­rale des­cen­dante de l’économie s’est pour­sui­vie, le chô­mage s’est ampli­fié, la dépres­sion s’est aggra­vée. “L’austérité” était une poli­tique de classe ins­tau­rée par Bruxelles pour enri­chir les ban­quiers étran­gers et piller le sec­teur public grec.

La clé du pillage par l’UE a été la perte de la sou­ve­rai­ne­té grecque. Les deux par­tis majo­ri­taires, Nou­velle Démo­cra­tie et le PASOK, en étaient des com­plices actifs. Mal­gré un taux de chô­mage de 55% chez les 16–30 ans, la cou­pure de l’électricité de 300 000 foyers et un exode de masse (plus de 175 000), l’UE (comme on pou­vait le pré­voir) a refu­sé d’admettre que le plan d’”austérité” avait échoué à redres­ser l’économie grecque. La rai­son pour laquelle l’UE s’obstinait dans cette “poli­tique ayant échoué” rési­dait dans le fait qu’elle béné­fi­ciait du pou­voir, des pri­vi­lèges et des pro­fits du pillage et de sa supré­ma­tie impériale.

De plus, la recon­nais­sance par l’élite de Bruxelles de son échec en Grèce aurait pro­ba­ble­ment pour résul­tat qu’il lui serait deman­dé de recon­naître éga­le­ment ses échecs dans le reste de l’Europe du Sud et au-delà, y com­pris en France, en Ita­lie et chez d’autres membres clés de l’UE (Eco­no­mist 17/1/15, p. 53). Les élites diri­geantes, finan­cières et entre­pre­neu­riales, d’Europe et des USA ont pros­pé­ré par les crises et la dépres­sion, en impo­sant des coupes bud­gé­taires dans les sec­teurs sociaux, les salaires et les trai­te­ments. Admettre un échec en Grèce aurait des réper­cus­sions en Amé­rique du Nord et en Europe, remet­tant en ques­tion leurs poli­tiques éco­no­miques, leur idéo­lo­gie et la légi­ti­mi­té des diri­geants. La rai­son pour laquelle tous les régimes de l’UE sou­tiennent l’insistance de l’UE à ce que la Grèce conti­nue à res­pec­ter cette poli­tique “d’austérité” mani­fes­te­ment per­verse et rétro­grade et impose des “réformes struc­tu­relles” réac­tion­naires, est que ces mêmes gou­ver­nants ont sacri­fié le niveau de vie de leur propre popu­la­tion active au cours des crises éco­no­miques (FT 13/2/15, p. 2).

Les crises éco­no­miques, de 2008/2009 jusqu’à aujourd’hui (2015), demandent tou­jours de durs sacri­fices pour per­pé­tuer les pro­fits des classes diri­geantes et finan­cer les sub­ven­tions publiques des banques pri­vées. Toutes les ins­ti­tu­tions finan­cières majeures – la BCE, la Com­mis­sion Euro­péenne et le FMI – suivent la même ligne : aucune contes­ta­tion ou écart ne sera tolé­ré. La Grèce doit accep­ter les dik­tats de l’UE ou faire face à d’énormes repré­sailles finan­cières. “Etran­gle­ment éco­no­mique ou ser­vage per­pé­tuel envers la dette” est la leçon que Bruxelles envoie à tous les états membres de l’UE. Alors que, osten­si­ble­ment, elle parle à la Grèce – c’est un mes­sage des­ti­né à tous les états, mou­ve­ments d’opposition et syn­di­cats qui met­traient en ques­tion les dik­tats de l’oligarchie bruxel­loise et de ses suze­rains allemands.

Tous les prin­ci­paux médias et grands pontes de l’économie ont ser­vi de méga­phone aux oli­garques de Bruxelles. Le mes­sage répé­té sans cesse par les libé­raux, conser­va­teurs et sociaux démo­crates aux nations per­sé­cu­tées, aux tra­vailleurs dont les reve­nus baissent, qu’ils soient sala­riés ou payés à la tâche, ain­si qu’aux petits entre­pre­neurs, est qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter des mesures rétro­grades, taillant dans le vif de leurs condi­tions de vie (les “réformes”) s’ils veulent espé­rer la ‘reprise éco­no­mique’ – qui, bien sûr, n’a pas eu lieu depuis cinq ans !

La Grèce est deve­nue la cible prin­ci­pale des élites éco­no­miques en Europe car les grecs sont pas­sés de mani­fes­ta­tions sans consé­quence au pou­voir poli­tique. L’élection de Syri­za, sur la base d’une sou­ve­rai­ne­té conva­les­cente, reje­tant l’austérité et redé­fi­nis­sant ses rela­tions avec les cré­di­teurs en faveur d’un déve­lop­pe­ment natio­nal marque les pré­mices d’une éven­tuelle confron­ta­tion à l’échelle du continent.

L’ascension de Syri­za : héri­tage dou­teux, luttes de masse et pro­messes radi­cales (non tenues)

La crois­sance de Syri­za, d’une alliance de petites sectes mar­xistes en un par­ti élec­to­ral de masse, est lar­ge­ment due à l’incorporation de mil­lions de fonc­tion­naires des classes moyennes, de retrai­tés et de petits entre­pre­neurs. Beau­coup sou­te­naient le PASOK aupa­ra­vant. Ils ont voté Syri­za pour retrou­ver leurs condi­tions de vie et la sta­bi­li­té de l’emploi de la pré­cé­dente période de “pros­pé­ri­té” (2000−2007) qu’ils avaient obte­nue au sein de l’UE. Le rejet total du PASOK et de la Nou­velle Démo­cra­tie fut l’aboutissement de 5 années de pro­fondes souf­frances qui auraient pu pro­vo­quer une révo­lu­tion dans un autre pays. Leur radi­ca­lisme com­men­ça par des mani­fes­ta­tions, des marches, et des grèves qui furent autant de ten­ta­tives de pres­sion sur les régimes de droite pour qu’ils changent le cap de l’UE et que cesse l’austérité tout en res­tant au sein de l’UE.

Ce sec­teur de SYRIZA est ‘radi­cal’ en ce qu’il oppose le confor­misme pré­sent à la nos­tal­gie du pas­sé – le temps des vacances à Londres et Paris finan­cées par l’euro, du cré­dit facile pour ache­ter voi­tures et mets impor­tés, pour ‘se sen­tir moderne’ et ‘euro­péen’ et par­ler anglais !

La poli­tique de Syri­za reflète, en par­tie, cette part ambigüe de son élec­to­rat. D’un autre côté, Syri­za s’est assu­ré le vote des jeunes radi­caux, chô­meurs et tra­vailleurs, qui n’ont jamais fait par­tie de la socié­té de consom­ma­tion et qui ne s’identifient pas à “l’Europe”. Syri­za s’est impo­sé comme un par­ti de masse en moins de 5 ans et ses sym­pa­thi­sants comme ses diri­geants reflètent un haut degré d’hétérogénéité.

La branche la plus radi­cale, idéo­lo­gi­que­ment, est repré­sen­tée prin­ci­pa­le­ment par des groupes mar­xistes qui à l’origine se sont regrou­pés pour for­mer un par­ti. La branche des jeunes chô­meurs s’y est jointe suite aux émeutes contre la police déclen­chées par l’assassinat d’un jeune acti­viste lors des pre­mières années de la crise. La troi­sième vague est com­po­sée en majo­ri­té de mil­liers de fonc­tion­naires licen­ciés et de retrai­tés qui ont souf­fert de larges coupes dans leurs pen­sions sur ordre de la troï­ka en 2012. La qua­trième vague repré­sente les membres de l’ex PASOK qui ont fui le nau­frage d’un par­ti en faillite.

La gauche de Syri­za se trouve prin­ci­pa­le­ment dans la base popu­laire et par­mi les diri­geants des mou­ve­ments locaux issus des classes moyennes. Les grands diri­geants de Syri­za qui tiennent les postes-clés sont des uni­ver­si­taires, dont cer­tains étran­gers. Beau­coup sont des membres récents voire ne sont même pas membres du par­ti. Peu d’entre eux ont pris part aux luttes de masse – et beau­coup n’ont que peu de liens avec les mili­tants de base. Ils sont les plus enclins à signer un “accord” tra­his­sant des grecs appauvris.

Depuis que Syri­za a rem­por­té les élec­tions en 2015, le par­ti a com­men­cé à enter­rer son pro­gramme ini­tial de chan­ge­ments struc­tu­rels radi­caux (socia­lisme) et à adop­ter des mesures visant à s’adapter aux inté­rêts du sec­teur des affaires grec. Tsi­pras a par­lé de la “négo­cia­tion d’un accord” dans le cadre d’une Union Euro­péenne domi­née par les alle­mands. Tsi­pras et son ministre des finances ont pro­po­sé de rené­go­cier la dette, l’obligation de payer et 70% des réformes ! Quand un accord a été signé, ils ont com­plè­te­ment capitulé !

Pen­dant un court moment, Syri­za a main­te­nu une posi­tion double : “s’opposer” à l’austérité et par­ve­nir à un accord avec ses créan­ciers. Cette poli­tique “réa­liste” reflète les posi­tions des nou­veaux ministres uni­ver­si­taires, des anciens membres du PASOK et de la classe moyenne qui s’enfonce. La rhé­to­rique et les pos­tures radi­cales de Syri­za sont révé­la­trices de la pres­sion des chô­meurs, de la jeu­nesse et de la masse pauvre, qui seraient ceux qui auraient à perdre si un accord de paie­ment aux créan­ciers était négocié.

Union Euro­péenne – SYRIZA : les conces­sions avant la lutte ont mené à la red­di­tion et à la défaite

La “dette grecque” n’est pas vrai­ment une dette des grecs. Les créan­ciers ins­ti­tu­tion­nels et les banques euro­péennes ont prê­té sciem­ment et à grand risque de l’argent à des klep­to­crates, des oli­garques et des ban­quiers qui en ont siphon­né la plus grande par­tie dans des comptes en Suisse, dans de l’immobilier de grand stan­ding à Londres et à Paris, acti­vi­tés inca­pables de géné­rer des reve­nus afin de rem­bour­ser la dette. En d’autres termes, la dette est en grande par­tie illé­gi­time et a été mise à tort sur le dos des grecs.

Syri­za, depuis le début des “négo­cia­tions”, n’a pas remis en ques­tion la légi­ti­mi­té de la dette ni iden­ti­fié les caté­go­ries spé­ci­fiques de per­sonnes et les entre­prises qui devraient la payer.

De plus, pen­dant que Syri­za contes­tait la poli­tique “d’austérité”, il ne remet­tait pas en cause les orga­ni­sa­tions et les ins­ti­tu­tions euro­péennes qui l’imposaient.

Depuis ses débuts, Syri­za a accep­té l’adhésion à l’Union Euro­péenne. Au nom du “réa­lisme”, le gou­ver­ne­ment Syri­za a accep­té de payer la dette ou une par­tie de celle-ci comme base de négociation.

Struc­tu­rel­le­ment, Syri­za a déve­lop­pé une direc­tion très cen­tra­li­sée dans laquelle toutes les déci­sions majeures sont prises par Alexis Tsi­pras, ce qui limite l’influence des mili­tants de base radi­ca­li­sés. Cela a faci­li­té les “com­pro­mis” avec l’oligarchie de Bruxelles qui vont à l’encontre des pro­messes de cam­pagne et qui peuvent mener à la per­pé­tuelle dépen­dance de la Grèce aux diri­geants et créan­ciers de l’UE.

De plus, Tsi­pras a res­ser­ré la dis­ci­pline au sein du par­ti au len­de­main de son élec­tion, s’assurant qu’aucun com­pro­mis dou­teux ne ferait l’objet d’un quel­conque débat public ou d’une révolte extra-parlementaire.

L’Empire contre le suc­cès démo­cra­tique grec

Lors des élec­tions par­le­men­taires grecques, pro­ba­ble­ment les plus impor­tantes depuis la seconde guerre mon­diale, les tra­vailleurs grecs ont défié une incroyable cam­pagne média­tique de peur et ont voté mas­si­ve­ment pour le par­ti de gauche, anti-aus­­té­­ri­­té, SYRIZA.

Dès l’instant où Syri­za a reçu un man­dat démo­cra­tique, l’élite de l’UE a sui­vi la route auto­ri­taire typique de tous les monarques impé­riaux. Elle a exi­gé de Syri­za (1) une red­di­tion incon­di­tion­nelle, (2) le main­tien des struc­tures, poli­tiques et pra­tiques du pré­cé­dent régime vas­sal de coa­li­tion (PASOK-Nou­­velle Démo­cra­tie) (3) que Syri­za sus­pende toute réforme sociale, (aug­men­ta­tion du salaire mini­mum, aug­men­ta­tion des dépenses dans le sec­teur des retraites, de la san­té, de l’éducation et de la lutte contre le chô­mage) (4) que SYRIZA se plie aux direc­tives éco­no­miques strictes et à la super­vi­sion déve­lop­pées par la “troï­ka” (la Com­mis­sion Euro­péenne, la Banque Cen­trale Euro­péenne, et le Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal) (5) que SYRIZA conserve l’objectif actuel d’excédent bud­gé­taire pri­maire de 4,5% du PIB en 2015–2017.

Pour ren­for­cer sa stra­té­gie de stran­gu­la­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment, Bruxelles a mena­cé de cou­per brus­que­ment toutes les faci­li­tés de cré­dit pré­sentes et futures, de récla­mer tous les paie­ments de dette, de mettre fin à l’accès aux fonds d’urgence, et de ne pas sou­te­nir les obli­ga­tions ban­caires grecques – les­quelles four­nissent les prêts aux entre­prises locales.

Bruxelles offre à Syri­za la funeste “solu­tion” de com­mettre un sui­cide poli­tique en accep­tant le dik­tat qui lui est impo­sé, s’aliénant ain­si son élec­to­rat. En tra­his­sant son man­dat, Syri­za se confron­te­rait à des mani­fes­ta­tions de colère popu­laire. En reje­tant le dik­tat de Bruxelles et en mobi­li­sant son élec­to­rat, Syri­za pour­rait cher­cher de nou­velles sources de finan­ce­ment, en impo­sant un contrôle des capi­taux et en s’orientant vers une « éco­no­mie d’urgence » radicale.

Bruxelles s’est retran­ché sur ses posi­tions et a fait la sourde oreille aux pre­mières conces­sions de Syri­za, pré­fé­rant inter­pré­ter celles-ci comme une avan­cée vers une capi­tu­la­tion totale, au lieu d’y voir des efforts pour par­ve­nir à un “com­pro­mis”.

Syri­za a déjà aban­don­né ses demandes d’effacement de grandes parts de la dette, en faveur d’une exten­sion de la période de recou­vre­ment de celle-ci. Syri­za a accep­té de conti­nuer à payer ses échéances, du moment qu’elles soient liées au taux de crois­sance éco­no­mique. Syri­za accepte la super­vi­sion de l’UE, tant qu’elle n’est pas menée par la “troï­ka” hon­nie, laquelle a des conno­ta­tions toxiques pour la plu­part des grecs. Mal­gré tout, les chan­ge­ments séman­tiques ne changent pas la sub­stance de la “sou­ve­rai­ne­té limitée”.

Syri­za a déjà accep­té une dépen­dance struc­tu­relle à moyen et long terme dans le but de s’assurer le temps et la marge de manœuvre néces­saires afin de finan­cer ses pro­grammes popu­laires à court terme. Tout ce que Syri­za demande c’est un mini­mum de flexi­bi­li­té fis­cale sous la super­vi­sion de “radi­caux” ayant la qua­li­té de ministre des finances allemand !

Syri­za a tem­po­rai­re­ment sus­pen­du les pri­va­ti­sa­tions en cours de sec­teurs clés de l’infrastructure (infra­struc­tures por­tuaires et aéro­por­tuaires), de l’énergie et des télé­com­mu­ni­ca­tions. Cepen­dant, elle n’y a pas mis fin, ni révi­sé les pri­va­ti­sa­tions pas­sées. Mais pour Bruxelles, la “liqui­da­tion” des lucra­tifs sec­teurs stra­té­giques grecs est une par­tie essen­tielle de son agen­da de “réformes structurelles”.

Les pro­po­si­tions modé­rées de Syri­za et ses efforts pour opé­rer dans le cadre struc­tu­rel de l’UE éta­bli par les pré­cé­dents gou­ver­ne­ments vas­saux ont été reje­tés par l’Allemagne et ses 27 lar­bins de l’UE.

L’affirmation dog­ma­tique de poli­tiques extré­mistes, ultra néo­li­bé­rales de l’UE, y com­pris le déman­tè­le­ment de l’économie natio­nale grecque et le trans­fert des sec­teurs les plus lucra­tifs dans les mains d’investisseurs impé­riaux, est répé­tée dans les pages de tous les prin­ci­paux quo­ti­diens. Le Finan­cial Times, le Wall Street Jour­nal, le New York Times, le Washing­ton Post, le Monde sont des armes de pro­pa­gande de l’extrémisme de l’Union Euro­péenne. Confron­té à l’intransigeance de Bruxelles et face au ‘choix his­to­rique’ de la capi­tu­la­tion ou de la radi­ca­li­sa­tion, Syri­za a essayé de per­sua­der des gou­ver­ne­ments clés. Syri­za a tenu de nom­breuses réunions avec des ministres de l’UE. Le pre­mier ministre Alexis Tsi­pras et le ministre des finances Yanis Varou­fa­kis sont allés à Paris, Londres, Bruxelles, Ber­lin et Rome pour cher­cher un accord de ‘com­pro­mis’. Cela n’a ser­vi à rien. L’élite bruxel­loise mar­te­lait sans relâche :

La dette devra être payée entiè­re­ment et dans les temps.

La Grèce devrait res­treindre ses dépenses pour accu­mu­ler un sur­plus de 4,5% ce qui assu­re­rait les paie­ments aux créan­ciers, aux inves­tis­seurs, spé­cu­la­teurs et kleptocrates.

Le manque de toute flexi­bi­li­té éco­no­mique de l’Union Euro­péenne, comme de toute dis­po­si­tion à accep­ter le moindre com­pro­mis, est une déci­sion poli­tique : humi­lier et détruire la cré­di­bi­li­té de SYRIZA en tant que gou­ver­ne­ment anti-aus­­té­­ri­­té aux yeux de ses sou­tiens natio­naux et de ceux qui seraient sus­cep­tibles de l’imiter à l’étranger, en Espagne, en Ita­lie, au Por­tu­gal ou en Irlande (Economist1/17/15, p. 53).

Conclu­sion

Yánis Varoufá­kis and Aléxis Tsí­pras (Vol­taire)

L’étranglement de Syri­za fait par­tie inté­grante du pro­ces­sus, long de 10 ans, visant à l’assassinat de la Grèce par l’Union Euro­péenne. Une réponse bru­tale à la ten­ta­tive héroïque d’un peuple entier, pro­je­té dans la misère, condam­né à être diri­gé par des conser­va­teurs klep­to­crates et des sociaux-démocrates.

Les empires ne se défont pas de leurs colo­nies par des argu­ments rai­son­nables ni par la faillite de leurs “réformes” régressives.

L’attitude de Bruxelles envers la Grèce est gui­dée par la poli­tique du “diri­ger ou rui­ner”. “Sau­ve­tage” est un euphé­misme pour recy­cler les finan­ce­ments, tra­ver­sant la Grèce et retour­nant aux banques contrô­lées par la zone euro, pen­dant que les tra­vailleurs et sala­riés grecs sont acca­blés par une dette tou­jours plus impor­tante et une domi­na­tion durable. Le “plan de sau­ve­tage” de Bruxelles est un ins­tru­ment de contrôle par des ins­ti­tu­tions impé­riales, qu’elles s’appellent “troï­ka” ou autre.

Bruxelles et l’Allemagne ne veulent pas de membres contes­ta­taires, ils peuvent néan­moins condes­cendre à faire de petites conces­sions afin que le ministre des finances Varou­fa­kis puisse reven­di­quer “une vic­toire par­tielle” – une comé­die gro­tesque ayant pour euphé­misme “ram­pez ! Sinon…”

Le plan de sau­ve­tage sera décrit par Tsi­­pras-Varou­­fa­­kis comme étant “nou­veau” et “dif­fé­rent” des accords pas­sés ou encore comme un repli “tem­po­raire”. Les alle­mands peuvent “accor­der” à la Grèce de réduire son excé­dent de bud­get pri­maire de 4,5 à 3,5% ‘l’an pro­chain’ – mais elle devra tou­jours réduire les fonds des­ti­nés à sti­mu­ler l’économie et “repor­ter” la hausse des retraites, des salaires minimums…

Les pri­va­ti­sa­tions et autres réformes régres­sives ne s’arrêteront pas, elles seront “rené­go­ciées”. L’état ne gar­de­ra qu’une “part” minoritaire.

On deman­de­ra aux plou­to­crates de payer quelques taxes sup­plé­men­taires mais pas les mil­liards d’euros d’impôts non payés au cours des der­nières décennies.

De même les klep­to­crates du Pasok- Nou­velle Démo­cra­tie ne seront pas pour­sui­vis en jus­tice pour pillage et vol.

Les com­pro­mis de SYRIZA démontrent que la défi­ni­tion déli­rante don­née par la droite (the Eco­no­mist, Finan­cial Times Times, NY Times, etc.) de Syri­za comme appar­te­nant à la “gauche dure”, ou ultra-gauche n’est nul­le­ment fon­dée sur la réa­li­té. Car “l’espoir pour l’avenir” de l’électorat grec pour­rait à pré­sent virer à la colère. Seule une pres­sion popu­laire peut inver­ser l’apparente capi­tu­la­tion de Syri­za, et les infor­tu­nés com­pro­mis du ministre des finances Varou­fa­kis. Comme celui-ci manque de sou­tien dans son par­ti, Tsi­pras peut faci­le­ment le démettre pour avoir signé un “arran­ge­ment” qui sacri­fie les inté­rêts fon­da­men­taux du peuple.

Cepen­dant, si, dans les faits, le dog­ma­tisme de l’Union Euro­péenne et son intran­si­geance excluent même les accords les plus favo­rables, Tsi­pras et Syri­za (contre leur volon­té) pour­raient être for­cés de quit­ter l’Empire de l’Euro et faire face au défi de bâtir une poli­tique et une éco­no­mie vrai­ment nou­velles et radi­cales, en tant qu’état libre et indépendant.

Une sor­tie réus­sie de la Grèce de l’empire ger­­ma­­no-bruxel­­lois entraî­ne­rait pro­ba­ble­ment la dis­so­lu­tion de l’UE, car d’autres états vas­saux se rebel­le­raient et sui­vraient l’exemple grec. Ils renie­raient non seule­ment l’austérité mais aus­si leurs dettes exté­rieures et le paie­ment éter­nel des inté­rêts. L’empire finan­cier tout entier – le pré­ten­du sys­tème finan­cier mon­dial pour­rait être ébran­lé… La Grèce pour­rait rede­ve­nir le “ber­ceau de la démocratie”.

Post-scrip­­tum : Il y a trente ans, je fus un par­ti­ci­pant actif et un conseiller pen­dant trois ans (de 1981 à 1984), du pre­mier ministre Papan­dréou. Tout comme Tsi­pras, il a com­men­cé avec des pro­messes de chan­ge­ment radi­cal et a fini par capi­tu­ler devant Bruxelles et l’OTAN, se ran­geant aux côtés des oli­garques et des klep­to­crates au nom de “com­pro­mis prag­ma­tiques”. Espé­rons que face à une révolte de masse, le pre­mier ministre Alexis Tsi­pras et Syri­za pren­dront un tout autre che­min. L’Histoire n’est pas obli­gée de se répé­ter comme une tra­gé­die ou une farce.

[1] Le compte-ren­­du du régime d’Andreas Papan­dreou s’appuie sur mon expé­rience per­son­nelle, des inter­views et des obser­va­tions et sur mon article (écrit en col­lec­tif) “Socia­lisme grec : L’état patri­mo­nial revi­si­té” paru dans Para­doxes médi­ter­ra­néens : la struc­ture poli­tique et sociale de l’Europe du Sud, James Kurth et James Petras (Oxford : presse de Berg 1993/ pp. 160–224)

Source : James Petras, My Cat­bird Seat, le 22/02/2015

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.

Source : les​-crises​.fr

Mon com­men­taire (l’an­tienne d’Étienne) :

• Les banques ont une consti­tu­tion, et donc les banques ont des repré­sen­tants poli­tiques (qui leur aban­donnent pre­miè­re­ment le contrôle de la créa­tion moné­taire), PARCE QU’ELLES s’oc­cupent d’é­crire elles-mêmes la Consti­tu­tion (comme elles le font à tra­vers les trai­tés européens).

• Les élec­teurs n’ont PAS de consti­tu­tion, et donc les élec­teurs n’ont PAS de repré­sen­tants poli­tiques (qui pour­raient leur garan­tir le contrôle citoyen de la créa­tion moné­taire), PARCE QU’ILS ne s’oc­cupent PAS d’é­crire eux-mêmes la Consti­tu­tion (comme ils devraient le faire avec des mil­liers de mini-ate­­liers consti­tuants popu­laires contagieux).

C’est une forme (ter­rible) de sélec­tion naturelle :
si on veut une Consti­tu­tion (digne de ce nom), et donc une mon­naie publique au ser­vice du peuple, il fau­dra écrire NOUS-MÊMES cette Constitution.

Et pour l’é­crire nous-mêmes, il ne suf­fit PAS d’a­voir com­pris cette idée : il faut s’y entraî­ner, VRAIMENT, quo­ti­dien­ne­ment. Ne lais­sez plus pas­ser une jour­née sans avoir rédi­gé vous-mêmes quelques mots de consti­tu­tion. C’est vous qui devez impul­ser vous-même votre propre muta­tion en citoyen consti­tuant. Per­sonne ne le fera à votre place, et c’est votre muta­tion qui va tout chan­ger. Un citoyen est consti­tuant, forcément.

Faites pas­ser
(aux Grecs aus­si, si vous pouvez).

Bon cou­rage à tous.
Étienne.

(Mer­ci à Oli­vier Berruyer​. Sacré résis­tant ; esprit libre et cou­ra­geux. Un type bien.)

Argent, dette et Music-Hall : rendez-vous vendredi soir, au théâtre du Lucernaire (Paris)

Je vous pro­pose de nous retrou­ver au théâtre cette fois, au Lucer­naire à Paris, le ven­dre­di 27 mars à 21h30, où nous échan­ge­rons, après le spec­tacle, à pro­pos d’argent, de dette et de créa­tion monétaire :

http://​www​.lucer​naire​.fr/​b​e​t​a​1​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​o​p​t​i​o​n​=​c​o​m​_​c​o​n​t​e​n​t​&​t​a​s​k​=​v​i​e​w​&​i​d​=​1​8​3​6​&​I​t​e​m​i​d​=​5​6​#​.​V​R​M​2​K​4​4​Q​ZMc

Il faut réser­ver, je crois.

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Voi­ci une bonne cri­tique, sur Reg’Arts, qui donne bien envie d’al­ler voir :


http://​www​.regarts​.org/​S​p​e​c​t​_​m​u​s​i​c​/​a​r​g​e​n​t​–​d​e​t​t​e​–​e​t​–​m​u​s​i​c​h​a​l​l​.​htm

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Ces temps-ci, je parle à nou­veau prin­ci­pa­le­ment de la créa­tion moné­taire affran­chie des ban­quiers comme d’un objec­tif cen­tral et déci­sif pour l’é­man­ci­pa­tion des peuples contre le sys­tème de domi­na­tion usuraire.

Hâte de vous y retrouver.

Je pro­fite de ce billet pour vous remer­cier tous : vos innom­brables marques de confiance et vos encou­ra­ge­ments (en public et en pri­vé), tous les jours, me donnent bien de la force et du cou­rage. Heu­reu­se­ment que je vous ai :o)

Sacrée tranche de vie, vrai­ment. Merci.

Étienne.

Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique

Dimanche pro­chain (22 mars 2015), sur Arte, nous pour­rons voir un docu­ment pré­pa­ré par Flore Vas­seur (une chic fille, cou­ra­geuse), qui nous pré­sente un homme épa­tant, Lar­ry Les­sig.

Voi­ci la pré­sen­ta­tion qu’en fait Flore :

« Ce dimanche à 12h55, Arte dif­fuse mon film de 26 minutes sur Lar­ry Les­sig, le pro­fes­seur de Har­vard qui est entré en rébel­lion contre l’in­fluence de l’argent en poli­tique. Grâce à la Revue XXI qui m’a­vait deman­dé un repor­tage, j’a­vais pu mieux com­prendre le tra­vail de cet homme. 

Voi­ci le film de Flore qui a été dif­fu­sé sur Arte : 

httpv://www.youtube.com/watch?v=C8dPFUpmc2Y

Ce film est le pre­mier épi­sode d’une série en créa­tion ori­gi­nale appe­lée TED­Sto­ries, née d’un par­te­na­riat entre les confé­rences TED et Arte. Le concept ? Repé­rer une idée forte dévoi­lée à TED. Par­tir à la ren­contre de la per­sonne qui la porte, où qu’elle soit, pour docu­men­ter l’im­pact concret. À tra­vers le por­trait de cette idée, une solu­tion locale à un pro­blème uni­ver­sel, révé­ler le des­tin d’une per­sonne qui a déci­dé de se mettre en marche. Je veux lier la vie d’une idée à celle de son por­teur, mêler his­toire per­son­nelle et solu­tion pour le monde. Mon intui­tion de départ ? Les idées pour « chan­ger le monde » sont par­tout. Mais les ques­tions, mes pré­fé­rées, demeurent : pour­quoi un jour y croit-on suf­fi­sam­ment pour pas­ser à l’ac­tion ? Qu’est-ce qu’on trouve sur ce che­min et qu’est-ce qu’il en coûte ?

La créa­tion de cette série a été pas­sion­nante et dif­fi­cile. Un an de joie, d’a­ven­ture, de désar­roi aus­si. De bataille. Je ne m’en serais jamais sor­tie sans quelques bonnes fées aux cœurs et talents XXI et notam­ment Héloise Condroyer, Nico­las Gaume et Bru­no Giussani.

Un second épi­sode est en cours de mon­tage sur un tout autre sujet mais dores et déjà, j’adorerais savoir ce que vous avez pen­sé de ce pre­mier épi­sode. Si cela vous tente de par­ta­ger avec moi votre res­sen­ti, dites-le moi et j’essaierai d’organiser une ren­contre tous ensemble, près de vous.

En espé­rant que cela vous inté­res­se­ra et que tout va bien pour vous, 
À bien­tôt
Flore »

• FB de FV : https://​www​.face​book​.com/​f​l​o​r​e​.​v​a​s​s​e​u​r.1
• Blog de FV : http://​blog​.flo​re​vas​seur​.com

Voi­ci les liens vers
• la NH Rebel­lion, ses marches de mobi­li­sa­tion dans le New Hamp­shire : http://​www​.nhre​bel​lion​.org/
• et vers May­Day : https://​may​day​.us/

Pour mémoire, cette vidéo est vrai­ment bien : 

J’ai hâte de voir le docu­men­taire de Flore (je le ver­rai en dif­fé­ré car je serai encore à Athènes dimanche).

Faites connaître autour de vous cette pro­gram­ma­tion : c’est un sujet cen­tral pour nous tous. 

On en repar­le­ra après ?

Étienne.

Le gouvernement grec devrait reprendre, d’autorité et d’urgence, le droit de créer lui-même la monnaie dont son peuple a besoin.

Je lis les nou­velles de « la Grèce au bord de l’ef­fon­dre­ment finan­cier », et cette « infor­ma­tion » m’ins­pire ce commentaire : 

Le gou­ver­ne­ment grec devrait reprendre, d’au­to­ri­té et d’ur­gence, le droit de créer lui-même la mon­naie dont son peuple a besoin.

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Un État digne de ce nom NE PEUT PAS être endet­té (et encore moins être en faillite).

Un État digne de ce nom n’emprunte pas l’argent dont sa popu­la­tion a besoin : il la crée, lors de ses dépenses.

(Et il détruit la mon­naie qu’il voit reve­nir via les impôts, qui sont ses recettes.)

Chaque citoyen avi­sé devrait connaître la piste éman­ci­pante du « Char­ta­lisme ».

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L’a­ban­don de la créa­tion moné­taire aux banques pri­vées est à la fois une tra­hi­son (par nos pré­ten­dus « repré­sen­tants ») et une catas­trophe poli­tique durable : un sabo­tage de la sou­ve­rai­ne­té populaire.

Mais ce n’est pas du tout une fata­li­té : une fois au pou­voir, il suf­fi­rait d’une volon­té poli­tique réelle pour s’é­man­ci­per des mar­chés finan­ciers. Créa­teurs moné­taires, nous n’au­rions plus besoin de l’argent des riches.

Le gou­ver­ne­ment grec devrait fuir les griffes de ses bourreaux.
La dépen­dance des puis­sances publiques envers les mar­chés finan­ciers est une construc­tion poli­tique (contraire à l’in­té­rêt géné­ral), pas une loi immuable.

Ce que les ban­quiers font aux Grecs est un labo­ra­toire (anti­so­cial), et nous devrions tous nous sen­tir concer­nés et mena­cés : comme en bien d’autres matières, nous n’a­vons pas de pro­blèmes tech­niques (nous avons bien des solu­tions), nous avons UN pro­blème poli­tique : nous n’a­vons pas de repré­sen­tants. Nous devrions réflé­chir dès aujourd’­hui, avant que les ban­quiers nous assas­sinent à notre tour, aux alter­na­tives moné­taires capables de nous éman­ci­per des ultra-riches.

Je ne com­prends pas pour­quoi les Grecs res­tent dans l’eu­ro et dans l’UE.
De la part de gens qui disent défendre le peuple, c’est incompréhensible.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​3​1​2​6​3​5​8​2​317

[Édit :
Sur une ques­tion (face­book) rela­tive à la dif­fi­cul­té liée au contexte inter­na­tio­nal qui impose leur valeur aux mon­naies, j’ai répon­du ceci : ]

1) La dépen­dance de la valeur d’une mon­naie envers les spé­cu­la­teurs (natio­naux et inter­na­tio­naux) n’est pos­sible QUE SI l’É­tat laisse ache­ter et vendre sa mon­naie comme une vul­gaire marchandise.

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Mais un État digne de ce nom peut très bien l’interdire !
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2) En dehors de la spé­cu­la­tion, la valeur de la mon­naie dépend des équi­libres (ou des dés­équi­libres) de la balance des paie­ments : IL FAUT ABSOLUMENT ÉQUILIBRER TOUTES LES BALANCES COMMERCIALES pour cal­mer la folie des monnaies. 

Il faut ain­si péna­li­ser (très lour­de­ment) les pré­da­teurs que sont les expor­ta­teurs nets (en taxant de taux confis­ca­toires toutes leurs expor­ta­tions excédentaires).

Voir le pro­jet mon­dial (tout à fait essen­tiel et à connaître abso­lu­ment) de la CHARTE DE LA HAVANE (1948) :
http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​C​h​a​r​t​e​_​d​e​_​L​a​_​H​a​v​ane

3) Faute d’ac­cord inter­na­tio­nal de ce type, si la Grèce n’ar­rive pas à équi­li­brer ses échanges com­mer­ciaux (comme ce sera pro­ba­ble­ment le cas), elle devra de temps en temps DÉVALUER. 

ET CE QUI N’EST PAS UN DRAME (sauf pour les riches qui cessent alors, pour quelque temps, de s’en­ri­chir sans tra­vailler), tout le monde déva­lue de temps en temps, depuis toujours.

En empê­chant les États de déva­luer leur mon­naie, l’eu­ro condamne tous les pays à pro­cé­der aux ajus­te­ments inter­na­tio­naux en bais­sant les SALAIRES (tou­jours le même enjeu cen­tral de la lutte des classes que sont nos salaires ; tou­jours l’in­cre­vable cupi­di­té des ultra-riches), ce qui est une félonie !

IL FAUT SORTIR DE L’EURO ET DE L’UE.

Rap­pel 1 : pour­quoi il ne faut sur­tout pas rem­bour­ser la dette publique :

httpv://youtu.be/xszWsFEehQg

Rap­pel 2 : l’ex­cellent docu­men­taire com­men­té sur la « crise » grecque, « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie », peut se voir sur Preuves-par-image (et il est conseillé de télé­char­ger avant qu’il ne soit retiré) :

http://​preuves​-par​-images​.fr/​#​/​d​e​d​a​l​e​–​u​n​–​f​i​l​–​v​e​r​s​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

Scandale Alstom : qu’est-ce qui peut conduire un pays, progressivement, à se retrouver gouverné comme une colonie par des agents de l’étranger ?

Qu’est-ce qui peut conduire un pays, pro­gres­si­ve­ment, à se retrou­ver gou­ver­né comme une colo­nie par des agents de l’étranger ?

Cher­chez la cause des causes.

Vente d’Al­stom :
le des­sous des cartes

http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/01/05/31007–20150105ARTFIG00339-vente-d-alstom-les-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php

« Pour Jean-Michel Qua­tre­point, la vente d’Al­stom est un « scan­dale d’É­tat ». Le jour­na­liste et éco­no­miste révèle que le gou­ver­ne­ment a déli­bé­ré­ment confié à un groupe amé­ri­cain l’a­ve­nir de l’en­semble de notre filière nucléaire. »

[…] « Ven­dre­di 19 décembre, dans un com­plet silence média­tique, les action­naires d’Al­stom ont approu­vé à la qua­­si-una­­ni­­mi­­té le pas­sage sous pavillon amé­ri­cain du pôle éner­gie du fleu­ron indus­triel. 70% des acti­vi­tés d’Al­stom sont donc ven­dues au conglo­mé­rat Gene­ral Elec­tric (GE). Que cela signi­­fie-t-il concrètement ?

J‑M Q : « Le pro­to­cole d’ac­cord approu­vé par Emma­nuel Macron en novembre et voté par l’as­sem­blée géné­rale d’Al­stom, le 19 décembre, est pro­pre­ment hal­lu­ci­nant ! tant il fait la part belle à Géné­ral Elec­tric et ne cor­res­pond pas à ce qui avait été négo­cié et pré­sen­té au prin­temps dernier.

Au-delà des élé­ments de lan­gage des com­mu­ni­cants et de la défense de Patrick Kron, il s’a­git, bel et bien de la vente – ose­­rais-je dire, pour un plat de len­tilles – d’un des der­niers et des plus beaux fleu­rons de l’in­dus­trie fran­çaise à Gene­ral Electric.

Pour com­prendre les enjeux, il faut rap­pe­ler quelques faits. Le mar­ché mon­dial de la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té, des tur­bines, est domi­né par quatre entre­prises : Sie­mens, Mit­su­bi­shi, Gene­ral Elec­tric et Alstom. Le groupe fran­çais détient 20 % du parc mon­dial des tur­bines à vapeur. Il est numé­ro un pour les cen­trales à char­bon et hydrau­liques. Alstom Grid, spé­cia­li­sé dans le trans­port de l’élec­tri­ci­té, est éga­le­ment un des lea­ders mon­diaux. Mais c’est dans le nucléaire qu’Al­stom était deve­nu un acteur incon­tour­nable. Avec 178 tur­bines ins­tal­lées, il couvre 30 % du parc nucléaire mon­dial. Ses nou­velles tur­bines, Ara­belle sont consi­dé­rées comme les plus fiables du monde et assurent 60 ans de cycle de vie aux cen­trales nucléaires. Ara­belle équipe les futurs EPR. Mais Alstom a éga­le­ment des contrats avec Rosa­tom en Rus­sie et avec la Chine pour la livrai­son de quatre tur­bines de 1000 MW. Alstom, faut-il le rap­pe­ler, assure la main­te­nance de l’î­lot nucléaire des 58 cen­trales françaises.

C’est désor­mais le groupe amé­ri­cain qui déci­de­ra à qui et com­ment vendre ces tur­bines. C’est lui aus­si qui aura le der­nier mot sur la main­te­nance de nos cen­trales sur le sol fran­çais… Nous avons donc déli­bé­ré­ment confié à un groupe amé­ri­cain l’a­ve­nir de l’en­semble de notre filière nucléaire. »

[…]

« Les États-Unis sont nos alliés, mais il peut arri­ver dans l’his­toire que des alliés soient en désac­cord ou n’aient pas la même approche des pro­blèmes, notam­ment dans la diplo­ma­tie et les rela­tions entre États. Est-on sûrs qu’en cas de fortes ten­sions entre nos deux pays, comme ce fut le cas sous le Géné­ral de Gaulle, la main­te­nance de nos cen­trales nucléaires, la four­ni­ture des pièces déta­chées seront assu­rées avec célé­ri­té par la filiale de GE ?

En outre, on a éga­le­ment oublié de dire qu’il donne à GE le mono­pole de la four­ni­ture de tur­bines de l’en­semble de notre flotte de guerre. D’ores et déjà, le groupe amé­ri­cain four­nit près de la moi­tié des tur­bines à vapeur de notre marine, à tra­vers sa filiale Ther­mo­dyn du Creu­sot. Alstom pro­duit le reste, notam­ment les tur­bines du Charles de Gaulle et de nos quatre sous-marins lan­ceurs d’en­gins. Demain, GE va donc avoir le mono­pole des livrai­sons pour la marine fran­çaise. Que va dire la Com­mis­sion de la concur­rence ? Mon­sieur Macron a‑t‑il étu­dié cet aspect du dossier ?

Enfin, il est un autre sec­teur qu’ap­pa­rem­ment on a oublié. Il s’a­git d’une petite filiale d’Al­stom, Alstom Satel­lite Tra­cking Sys­tems, spé­cia­li­sée dans les sys­tèmes de repé­rage par satel­lite. Ces sys­tèmes, ins­tal­lés dans plus de 70 pays, équipent, bien évi­dem­ment, nos armées, et des entre­prises du sec­teur de la défense et de l’es­pace. C’est un domaine émi­nem­ment stra­té­gique, car il concerne tous les échanges de don­nées par satel­lite. Gene­ral Elec­tric récu­père cette pépite.

Quand on sait les liens qui existent entre la NSA, les grands groupes amé­ri­cains pour écou­ter, lire, accé­der aux don­nées des enne­mis, mais aus­si des concur­rents, fussent-ils alliés, on voit l’er­reur stra­té­gique à long terme que le gou­ver­ne­ment vient de commettre.

Le minis­tère de la Défense a t il don­né son avis ? » 

[…]

« Oui, il y a bien une cor­ré­la­tion entre l’étrange défaite de 1940, qui vit en quelques semaines l’effondrement de notre pays et celle, plus insi­dieuse et plus longue, qui voit le déli­te­ment de notre appa­reil industriel. » 

Jean-Michel Qua­tre­point

Source : Figa­ro Vox

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Voir aus­si :

RAPPORTS DU CF2R N°13
RACKET AMÉRICAIN ET DÉMISSION D’ÉTAT.
LE DESSOUS DES CARTES DU RACHAT D’ALSTOM PAR GENERAL ELECTRIC

http://​www​.cf2r​.org/​f​r​/​r​a​p​p​o​r​t​s​–​d​u​–​c​f​2​r​/​r​a​c​k​e​t​–​a​m​e​r​i​c​a​i​n​–​e​t​–​d​e​m​i​s​s​i​o​n​–​e​t​a​t​–​l​e​–​d​e​s​s​o​u​s​–​d​e​s​–​c​a​r​t​e​s​–​d​u​–​r​a​c​h​a​t​–​a​l​s​t​o​m​–​p​a​r​–​g​e​n​e​r​a​l​–​e​l​e​c​.​php

http://​www​.cf2r​.org/​i​m​a​g​e​s​/​s​t​o​r​i​e​s​/​R​R​/​r​r​1​3​.​pdf

______________

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce sujet de pré­oc­cu­pa­tion : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​0​6​7​0​2​7​1​7​317

[Edit (25 octobre 2015) :
[Empire en marche, bien­tôt chez toi (parce que tu roupilles)]

La vente d’Al­stom, his­toire d’une guerre économique

Un résu­mé inté­res­sant — et révol­tant — pro­po­sé par Strat­pol, avec Eric Dené­cé et Jean-Michel Quatrepoint :

httpv://youtu.be/88cZestFj9c

Ma ques­tion :
mais à quoi servent donc les pré­ten­dus « jour­na­listes » fran­çais (presque tous ven­dus, lit­té­ra­le­ment, aux banques et aux mar­chands d’armes) ?
Marat, reviens !]

Salutaire et légitime interpellation des « actionnaires » (frelons oisifs) et des « grands patrons », fléaux de l’Humanité

http://​tele​vi​sion​.tele​ra​ma​.fr/​t​e​l​e​v​i​s​i​o​n​/​c​h​e​z​–​s​a​n​o​f​i​–​l​a​–​s​a​n​t​e​–​p​r​o​f​i​t​e​–​s​u​r​t​o​u​t​–​a​u​x​–​a​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​s​,​1​2​3​5​6​4​.​php

Exemple de « patron » (gre­din, scé­lé­rat, voleur) payé 24 000 € PAR JOUR !, payé autant pré­ci­sé­ment et exclu­si­ve­ment pour bais­ser — et même détruire — les salaires de TOUS les autres, ce qui est la marque des salauds, des collabos.

Mer­ci Élise Lucet.

Fil face­book correspondant :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​0​6​7​0​2​7​1​7​317

Rendez-vous à Bordeaux le 19 février 2015, et à Mulhouse le 28

Je vais bien­tôt vous rejoindre, à tra­vers le pays, pour deux ate­liers constituants : 

le 19 février 2015 à Bor­deaux, et le 28 février à Mulhouse :

J’es­père que les Bor­de­lais nous racon­te­ront ce qu’ils ont fait depuis la der­nière fois (nous étions 300 🙂 ) : ce qui a fonc­tion­né, ce qui a déçu, les astuces qu’ils ont inven­tées pour que ça fonc­tionne mieux… 

J’ai hâte d’y être.

Le syndrome Tolstoïevsky (Slobodan Despot)

Le pro­blème, avec l’approche occi­den­tale de la Rus­sie, n’est pas tant dans le manque de volon­té de com­prendre que dans l’excès de volon­té de ne rien savoir.

Tolstoï-Evsky

Cette nation qui a don­né Pou­ch­kine et Guerre et Paix, Nijins­ky et le Lac des Cygnes, qui a l’une des plus riches tra­di­tions pic­tu­rales au monde, qui a clas­sé les élé­ments de la nature, qui fut la pre­mière à envoyer un homme dans l’espace (et la der­nière à ce jour), qui a pro­duit des pel­le­tées de génies du ciné­ma, de la poé­sie, de l’architecture, de la théo­lo­gie, des sciences, qui a vain­cu Napo­léon et Hit­ler, qui édite les meilleurs manuels — et de loin — de phy­sique, de mathé­ma­tiques et de chi­mie, qui a su trou­ver un modus viven­di sécu­laire et paci­fique, sur fond de res­pect et de com­pré­hen­sion mutuelle, avec ses Tatars et ses indé­nom­brables musul­mans, kha­zars, boud­dhistes, Tchouktches, Bou­riates et Toun­gouzes, qui a bâti la plus longue voie de che­min de fer au monde et l’utilise encore (à la dif­fé­rence des USA où les rails légen­daires finissent en rouille), qui a minu­tieu­se­ment explo­ré et car­to­gra­phié les terres, usages, eth­nies et langues de l’espace eur­asien, qui construit des avions de com­bat redou­tables et des sous-marins géants, qui a recons­ti­tué une classe moyenne en moins de quinze ans après la tiers-mon­­di­­sa­­tion gor­­bat­­cho-elt­­si­­nienne, cette immense nation, donc, qui gou­verne le sixième des terres émer­gées, est sou­dain trai­tée, du jour au len­de­main, comme un ramas­sis de brutes qu’il s’agit de débar­ras­ser de leur dic­ta­teur cari­ca­tu­ral et san­glant avant de les édu­quer à ser­vir la « vraie » civilisation !

*

L’Occident res­sort la même gui­gno­le­rie hai­neuse à chaque crise, depuis Ivan le Ter­rible à « Put­ler »-Pou­tine, en pas­sant par le tsar Paul, la guerre de Cri­mée, le pauvre et tra­gique Nico­las II, et même l’URSS où tout suc­cès était dit « sovié­tique » et tout échec déni­gré comme « russe ».

Des nations ser­viles qui accordent aux Amé­ri­cains un cré­dit illi­mi­té de for­fai­ture et de bri­gan­dage « parce-qu’ils-nous-ont-libérés-en-45 » n’ont pas un mot, pas une pen­sée de gra­ti­tude pour la nation qui a le plus contri­bué à vaincre l’hydre natio­­nal-socia­­liste… et qui en a payé le prix le plus lourd. Ses élus sont trai­tés en impor­tuns, son pré­sident cari­ca­tu­ré avec une haine obses­sion­nelle, la liber­té de mou­ve­ment et de com­merce de ses citoyens, savants, uni­ver­si­taires et hommes d’affaires est sus­pen­due au bon vou­loir d’obscures com­mis­sions euro­péennes dont les peuples qu’elles pré­tendent repré­sen­ter ne connaissent pas le nom d’un seul membre, ni pour­quoi il y siège plu­tôt qu’un autre lar­bin des multinationales.

Mais tout ceci n’est encore rien. C’est dans l’ordre des choses. L’Occident et la Rus­sie ne font que jouer les pro­lon­ga­tions, à l’infini, du conflit Rome-Byzance en l’étendant aux conti­nents voi­sins voire à l’espace inter­pla­né­taire. La vraie guerre des civi­li­sa­tions, la seule, est là. Bar­bare comme le sac de Constan­ti­nople, apo­ca­lyp­tique comme sa chute, ancienne et sour­noise comme les schismes théo­lo­giques mas­quant de per­fides prises de pou­voir. Tapie dans les replis du temps, mais prête à bon­dir et à mordre comme un piège à loups. C’est le seul piège, du reste, que l’empire occi­den­tal n’ait pas posé tout seul et qu’il ne puisse donc désa­mor­cer. (Étant enten­du que la menace isla­mique n’est que le pro­duit des manœuvres colo­niales anglo-saxonnes, de la cupi­di­té pétro­lière et de l’action de ser­vices d’État occu­pés à culti­ver des épou­van­tails pour effrayer leurs propres sujets, puis à les abattre pour les convaincre de leur propre puis­sance et de leur nécessité.)

La menace russe, elle, est d’une autre nature. Voi­ci une civi­li­sa­tion qua­­si-jumelle, ancrée sur ses terres, consciente d’elle-même et tota­le­ment ouverte aux trois océans, à l’Arctique comme à l’Himalaya, aux forêts de Fin­lande comme aux steppes de Mon­go­lie. Voi­ci des sou­ve­rains qui — depuis la bataille de Kazan rem­por­tée par ce même Ivan qui nous sert de Père Fouet­tard — portent le titre de Khans tatars en même temps que d’Empereurs chré­tiens sié­geant dans l’ultime Rome, la troi­sième, Mos­cou, qui fleu­rit au moment où Byzance gémis­sait sous l’Ottoman et le pape sous la verge de ses mignons. Voi­ci une terre aux hori­zons infi­nis, mais dont les contours sont gra­vés dans l’histoire du monde, invio­lables bien que dif­fus. Voi­ci des gens, enfin, et sur­tout, aus­si divers qu’on peut l’imaginer, mêlant au sein d’un même peuple le poil blond des Vikings aux yeux obliques et aux peaux tan­nées de l’Asie. Ils n’ont pas atten­du le coup de départ du métis­sage obli­gé, les Russes, ils l’ont dans leur sang, si bien assi­mi­lé qu’ils n’y pensent plus. Les obsé­dés de la race au crâne rasé qu’on exhibe sur les chaînes anglo-saxonnes ont la même fonc­tion que les cou­cous suisses : des articles pour touristes.

*

Cela res­semble tel­le­ment à l’Europe. Et c’en est tel­le­ment loin ! Tel­le­ment loin que les infa­ti­gables arpen­teurs des mers — génois, anglais, néer­lan­dais, espa­gnols —, qui connaissent l’odeur de la fève de ton­ka et la varié­té des bois de Suma­tra, ne savent rien de la com­po­si­tion d’un borchtch. Ni même de la manière dont on pro­nonce le nom de cette soupe. Ce n’est pas qu’ils ne pour­raient pas l’apprendre. C’est qu’ils n’en ont pas envie. Pas plus qu’ils ne veulent connaître, vrai­ment, l’esprit, les cou­tumes et la men­ta­li­té des immi­grants exo­tiques qu’ils accueillent désor­mais par mil­lions et qu’ils laissent s’agglutiner en ghet­tos parce qu’ils ne savent com­ment leur parler.

J’ai dû, moi, petit Serbe, apprendre deux langues et deux alpha­bets pour enta­mer ma vie d’immigré. J’en ai appris d’autres pour mieux connaître le monde où je vis. Je m’étonne sin­cè­re­ment de voir que mes com­pa­triotes suisses ne savent pas, pour la plu­part, les deux autres grandes langues de leur pays. Com­ment connaître autrui si vous ne savez rien de la langue qu’il parle ? C’est le mini­mum de la cour­toi­sie. Et cette cour­toi­sie, désor­mais, se réduit de plus en plus à des rudi­ments d’anglais d’aéroport.

De même font les Russes, dont l’éducation intègre la culture ouest-euro­­péenne en sus de la leur propre. Où voit-on la réci­proque, à l’ouest du Dnie­pr ? Depuis Pierre le Grand, ils se consi­dé­raient euro­péens à part entière. Les artistes de la Renais­sance et les pen­seurs des Lumières sont les leurs. Leon­tiev, le père Serge Boul­ga­kov, Répine, Bou­nine, Pro­ko­fiev et Ches­tov sont-ils pour autant les nôtres ? Non, bien enten­du. Par­ler fran­çais fut deux siècles durant la règle dans les bonnes mai­sons — et le reste encore par­fois. Ils se sont inten­sé­ment crus euro­péens, mais l’Europe s’est achar­née à leur dis­si­per cette illu­sion. Quand les jeunes Russes vous chantent Bras­sens par cœur, vous leur répon­dez en évo­quant « Tol­stoïevs­ky ». L’Europe de Lis­bonne à Vla­di­vos­tok n’aura été réelle qu’à l’Est. A l’Ouest, elle ne fut jamais que la pro­jec­tion livresque de quelques visionnaires.

L’Europe de Lis­bonne à Vla­di­vos­tok ! Ima­­gine-t-on la puis­sance, la conti­nui­té, le rayon­ne­ment, les res­sources d’un tel ensemble ? Non. On pré­fère defi­ni­te­ly se mirer dans l’Atlantique. Un monde vieillis­sant et ses propres out­laws mal dégros­sis s’étreignant déses­pé­ré­ment par-des­­sus la mer vide et refu­sant de voir dans le monde exté­rieur autre chose qu’un miroir ou un butin. Leur der­niers échanges cha­leu­reux avec la Rus­sie remontent à Gor­bat­chev. Nor­mal : le cocu zélé avait entre­pris de démon­ter son empire sans autre contre­par­tie qu’une paire de san­tiags au ranch de Rea­gan. Vingt ans plus tard, les sou­dards de l’OTAN occu­paient toutes les terres, de Vienne à Lviv, qu’ils avaient juré de ne jamais tou­cher ! Au plus fort de la Gor­by­ma­nia, Alexandre Zino­viev lan­çait son axiome que tous les Russes devraient apprendre au ber­ceau : « Ils n’aimeront le tsar que tant qu’il détrui­ra la Russie ! »

*

« Ah, vous les Slaves ! » — ouïs-je sou­vent dire — « Quel don pour les langues ! » Je me suis long­temps ren­gor­gé, pre­nant le com­pli­ment pour argent comp­tant. Puis, ayant voya­gé, j’ai fini par com­prendre. Ce n’est pas « nous les Slaves » qui avons de l’aisance pour les langues : c’est vous, les « Euro­péens » qui n’en avez pas. Qui n’en avez pas besoin, esti­mant depuis des siècles que votre package lin­guis­tique (anglais, fran­çais, alle­mand, espa­gnol) gou­verne le monde. Pour­quoi s’escrimer à par­ler ban­tou ? Votre langue, éten­dard de votre civi­li­sa­tion, vous suf­fit ample­ment, puisqu’au-delà de votre civi­li­sa­tion, c’est le limes (comme au temps de César), et qu’au-delà du limes, mon Dieu… Ce sont les terres des Scythes, des Sar­mates, des Mar­cheurs Blancs, bref de la bar­ba­rie. Voire, car­ré­ment, le bord du monde où les navires dévalent dans l’abîme infini.

Voi­là pour­quoi le russe, pour vous, c’est du chi­nois. Et le chi­nois de l’arabe, et l’arabe de l’ennemi. Vous n’avez plus même, dans votre nom­bri­lisme, les outils cog­ni­tifs pour sai­sir ce que les autres — qui sou­dain com­mencent à comp­ter — pensent et disent, réel­le­ment, de vous. Ah ! Fré­­mi­­riez-vous, si vous pigiez l’arabe des pré­di­ca­teurs de ban­lieue ! Ah ! Raille­­riez-vous si vous entra­viez des miettes de ce que les ser­veurs chi­nois du XIIIe dégoisent sur vous. Ah ! Ririez-vous s’il vous était don­né de sai­sir la finesse de l’humour noir des Russes, plu­tôt que de vous per­sua­der à cha­cun de leurs haus­se­ments de sour­cil que leurs che­nilles sont au bord de votre gazon.

Mais vous ne riez pas. Vous ne riez plus jamais. Même vos vau­de­villes pré­si­den­tiels sont désor­mais com­men­tés avec des mines de fesse-mathieu. Vous êtes graves comme des chats qui caquent dans votre quié­tude de couvre-feu, alors qu’eux, là-bas, rient, pleurent et fes­toient dans leurs appar­te­ments minia­tures, leur métro somp­tueux, sur leur ban­quise, dans leurs isbas et jusque sous les pluies d’obus.

Tout ceci n’est rien, disais-je, par­lant du mal­en­ten­du his­to­rique qui nous oppose. La par­tie grave, elle arrive main­te­nant. Vous ne leur en vou­lez pas pour trois bouts d’Ukraine dont vous igno­riez jusqu’à l’existence. Vous leur en vou­lez d’être ce qu’ils sont, et de ne pas en démordre ! Vous leur en vou­lez de leur res­pect de la tra­di­tion, de la famille, des icônes et de l’héroïsme — bref, de toutes les valeurs qu’on vous a dres­sés à vomir. Vous leur en vou­lez de ne pas orga­ni­ser pour l’amour de l’Autre la haine du Soi. Vous les enviez d’avoir réso­lu le dilemme qui vous mine et qui vous trans­forme en hypo­crites congé­ni­taux : Jusqu’à quand défen­­drons-nous des cou­leurs qui ne sont pas les nôtres ?

Vous leur en vou­lez de tout ce que vous avez man­qué d’être !

Ce qui impres­sionne le plus, c’est la quan­ti­té d’ignorance et de bêtise qu’il vous faut déployer désor­mais pour entre­te­nir votre gui­gno­le­rie du ramas­sis de brutes qu’il s’agit de débar­ras­ser de leur dic­ta­teur cari­ca­tu­ral et san­glant avant de les édu­quer à ser­vir la « vraie » civi­li­sa­tion. Car tout la dément : et les excel­lentes rela­tions de la Rus­sie avec les nations qui comptent et se tiennent debout (BRICS), et le dyna­misme réel de ce peuple, et l’habileté de ses stra­tèges, et la culture géné­rale du pre­mier Russe venu, par oppo­si­tion à l’inculture spé­cia­li­sée du « cher­cheur » uni­ver­si­taire pari­sien qui pré­tend nous expli­quer son obs­cu­ran­tisme et son arrié­ra­tion. C’est que ce ramas­sis de brutes croit encore à l’instruction et au savoir quand l’école euro­péenne pro­duit de l’ignorance socia­li­sée ; croit encore en ses ins­ti­tu­tions quand celles de l’UE prêtent à rire ; croit encore en son des­tin quand les vieilles nations d’Europe confient le leur au cours de la Bourse et aux ban­quiers de Wall Street.

Du coup, la pro­pa­gande a tout enva­hi, jusqu’à l’air qu’on res­pire. Le gou­ver­ne­ment d’Obama prend des sanc­tions contre le régime de Pou­tine : tout est dit ! D’un côté, Guan­ta­na­mo, les assas­si­nats par drones aux quatre coins du monde, la sus­pen­sion des droits élé­men­taires et le per­mis de tuer sans pro­cès ses propres citoyens — et, sur­tout, vingt-cinq ans de guerres colo­niales cala­mi­teuses, sales et ratées qui ont fait du Moyen-Orient, de la Bos­nie à Kan­da­har, un enfer sur terre. De l’autre, une puis­sance qui essaie pas à pas de faire le ménage à ses propres fron­tières, celles jus­te­ment dont on s’était enga­gé à ne jamais s’approcher. Votre gou­ver­ne­ment contre leur régime

Savez-vous de quoi vous vous pri­vez en vous cou­pant ain­si, deux fois par siècle, de la Rus­sie ? Du refuge ultime des vos dis­si­dents, en pre­mier lieu du témoin capi­tal Snow­den. Des sources d’une part consi­dé­rable de votre science, de votre art, de votre musique, et même, ces jours-ci, du der­nier trans­por­teur capable d’emmener vos gens dans l’espace. Mais qu’importe, puisque vous avez sou­mis votre science, votre art, votre musique et votre quête spa­tiale à la loi sui­ci­daire du ren­de­ment et de la spé­cu­la­tion. Et qu’être tra­qués et épiés à chaque pas, comme Snow­den vous l’a prou­vé, ne vous dérange au fond pas plus que ça. A quoi bon implan­ter une puce GPS à des chiens déjà soli­de­ment tenus en laisse ? Quant à la dis­si­dence… Elle n’est bonne que pour saper la Rus­sie. Tout est bon pour saper la Rus­sie. Y com­pris les nazis enra­gés de Kiev que vous sou­te­nez sans gêne et n’hésitez pas à hous­piller contre leurs propres conci­toyens. Quelle que soit l’issue, cela fera tou­jours quelques mil­liers de Slaves en moins…

Que vous a‑t‑il donc fait, ce pays, pour que vous en arri­viez à pous­ser contre lui les forces les plus san­gui­naires enfan­tées par la malice humaine : les nazis et les dji­ha­distes ? Com­ment pou­­vez-vous son­ger à contour­ner un peuple éten­du sur onze fuseaux horaires ? En l’exterminant ou en le rédui­sant en escla­vage ? (Il est vrai que « toutes les options sont sur la table », comme on dit à l’OTAN.) Des­ti­tuer de l’extérieur un chef d’État plus popu­laire que tous vos poli­chi­nelles réunis ? Êtes-vous déments ? Ou la Terre est-elle trop petite, à vos yeux, pour que l’« Occi­dent » puisse y coha­bi­ter avec un État russe ?

C’est peut-être cela, tout compte fait. La Rus­sie est l’avant-poste, aujourd’hui, d’un monde nou­veau, de la pre­mière déco­lo­ni­sa­tion véri­table. Celle des idées, des échanges, des mon­naies, des men­ta­li­tés. A moins que vous, atlan­tistes et euro­crates, ne par­ve­niez à entraî­ner la nappe dans votre chute en pro­vo­quant une guerre ato­mique, le ban­quet de demain sera mul­ti­po­laire. Vous n’y aurez que la place qui vous revient. Ce sera une pre­mière dans votre his­toire : mieux vaut vous y préparer.

Slo­bo­dan Despot.


• Quelques lec­tures appropriées :

Jür­gen Elsäs­ser : Com­ment le dji­had est arri­vé en Europe

A.S. Kho­mia­kov : L’Église latine et le Pro­tes­tan­tisme au point de vue de l’Église d’Orient

Nao­mi Klein : La stra­té­gie du choc

Kons­tan­tin Leon­tiev : L’Européen moyen, idéal et outil de la des­truc­tion universelle

C.S. Lewis : L’Abolition de l’Homme

Car­roll Qui­gley : Tra­ge­dy and Hope

Ste­ven Run­ci­man : La chute de Constantinople

Eric Wer­ner : De l’extermination, L’avant-guerre civile

Alexandre Zino­viev : La Grande Rup­ture, L’Oc­ci­den­tisme

Source : http://​blog​.des​pot​.ch/​l​e​–​s​y​n​d​r​o​m​e​–​t​o​l​s​t​o​i​e​v​sky


Le lien vers la conver­sa­tion Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Claude Rochet : Pour Étienne Chouard

Claude est un puits de science, pré­cis et rigou­reux, scien­ti­fique en fait, tra­vaillant beau­coup sur le bien com­mun et la qua­li­té des déci­sions publiques, qui m’ap­prend mille choses utiles chaque fois qu’on se rencontre. 

Son texte est assez émou­vant, au moment où je me demande si je ne vais pas tout lais­ser tom­ber (pour libé­rer tous les autres des calom­nies qui se concentrent sur moi). 

Il a [sans doute la dent trop dure] pour Pier­rick, qui peut évi­de­ment chan­ger d’a­vis, et pour les mili­tants de gauche, si sou­vent dévoués et qui peuvent aus­si évo­luer, mais bon, c’est un libre-pen­­seur, qui a une repré­sen­ta­tion très dégra­dée de ce que la gauche est devenue.
On s’en repar­le­ra sûre­ment, dès qu’on se reverra.
Mer­ci à lui.

[Mise à jour, le len­de­main, 4 h du matin : 

Je com­mence à souf­frir pro­fon­dé­ment, phy­si­que­ment, de cette esca­lade de peurs et de vio­lences qui s’ar­ti­culent autour de ce que je fais. Comme en toute matière, une esca­lade ne peut ces­ser que si l’une des par­ties s’obs­tine à res­ter gen­tille au lieu de deve­nir plus méchante que l’autre. Par sou­ci d’a­pai­se­ment, je n’au­rais peut-être pas dû publier, et donc ren­for­cer, le billet de Claude, car il empêche sans doute, par une agres­si­vi­té en retour, ceux qui me mal­traitent de recon­naître qu’ils se sont peut-être trom­pés sur moi : agres­sés (au lieu d’être obs­ti­né­ment res­pec­tés, mal­gré leur injuste méchan­ce­té), ils seront comme enfer­més dans leur rôle pre­mier, et ils conti­nue­ront à m’as­sas­si­ner, comme si, tout seul devant mon cla­vier, j’é­tais le plus grave dan­ger pour la Cité… 

Je cherche un moyen tech­nique de me reti­rer, en vous lais­sant comme une vitrine la trace de tout notre tra­vail pas­sé, mais en reti­rant toute pos­si­bi­li­té d’in­te­rac­ti­vi­té, pour que je n’aie plus à m’en occu­per. Ain­si, dis­pa­rai­traient ce blog, le forum et ma page Face­book, en tant qu’es­pace d’in­te­rac­tion entre nous. Enre­gis­trez ce que vous pouvez. 

Je ne sais pas com­ment on va arri­ver à faire un monde com­mun, vrai­ment com­mun, en excluant tant de per­sonnes de l’es­pace légi­time de dis­cus­sion, trai­tées de « fachos » ou de « gau­chos » ou d’autres éti­quettes — pro­fon­dé­ment racistes si on y songe : ce serait une nature d’être fas­ciste ou raciste ou gau­chiste… — éti­quettes rédui­sant défi­ni­ti­ve­ment des êtres humains à (une infime frac­tion de) ce qu’ils pensent en ce moment, ou pire, à (une infime frac­tion de) ce qu’ils ont pen­sé (!), comme s’il était inter­dit de se trom­per. Et en plus, c’est conta­gieux : osez par­ler ou signa­ler un pes­ti­fé­ré, et vous voi­là à votre tour pes­ti­fé­ré. Il faut qu’on réin­vente la poli­tique, qui est d’a­bord res­pect de l’être humain, de TOUT être humain, comme ora­teur et acteur poli­tique légi­time dans la cité ; il faut qu’on assume tous ce qu’est une véri­table iségoria.

Je pense que, fon­da­men­ta­le­ment, cette guerre de tran­chées qu’est deve­nue la poli­tique nous est impo­sée par la pro­cé­dure de dési­gna­tion de nos repré­sen­tants : l’é­lec­tion de maîtres (le pré­ten­du « suf­frage uni­ver­sel ») ne peut-être gagnée, par la force des choses, qu’en se regrou­pant en par­tis, en armées, et en écra­sant lit­té­ra­le­ment les autres par­tis. C’est cette pro­cé­dure qui nous condamne méca­ni­que­ment à une dis­corde aggra­vée, en enve­ni­mant nos conflits (certes inévi­tables, mais sou­vent conci­liables) et en nous jetant les uns contre les autres, en bloc, dis­ci­pli­nés mais aveuglés.

Le tirage au sort des repré­sen­tants, accom­pa­gné des pro­cé­dures adé­quates pour cor­ri­ger ses défauts natu­rels, semble être une pro­cé­dure plus adap­tée, pour ceux qui cherchent à ins­ti­tuer un monde plus apaisé. 

Mais c’est à nous, le peuple, et sur­tout pas aux corps consti­tués, de l’ins­ti­tuer. C’est pour ça qu’il faut nous y entraî­ner, toute la jour­née : il faut qu’on impose la consti­tu­tion, article par article, dans nos conversations. 

Je suis déter­mi­né à me reti­rer, sur­tout pour libé­rer les autres de ce dont je suis accusé.

Mer­ci à tous ceux qui me montrent leur ami­tié. Je pars travailler.

Étienne.]

 

Pour Étienne Chouard

par Claude Rochet
Claude Rochet

http://​claude​-rochet​.fr/​p​o​u​r​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​rd/

Je lis énor­mé­ment de livres. Non plus des romans, que pour­­rais-je lire aujourd’hui dans cet uni­vers de miè­vre­rie com­mer­ciale après avoir dévo­ré durant mon ado­les­cence et ma prime jeu­nesse Jack Lon­don, les Rou­gon Mac­quart de Zola, Ste­fan Zweig, Arthur Schnilt­zer, Albert Camus….? Non. Je lis des livres d’histoire, de phi­lo­so­phie, d’économie, des essais. 

Mais il y a un gaillard qui lit encore plus que moi c’est mon ami Etienne Chouard. Quand je dis « ami » ce n’est pas une clause de style. A un ami on dit tout, on par­tage beau­coup, on dis­cute et on se dis­pute. Il m’a fait décou­vrir énor­mé­ment d’auteurs (et je crois que je lui en ai fait aus­si décou­vrir beau­coup). Je ne cite­rai que les tra­vaux de Jean-Paul Joua­ry sur Rous­seau Rous­seau, citoyen du futur ou de Yves Sin­to­mer sur Petite his­toire de l’expérimentation démo­cra­tique.

Avec Étienne, natu­rel­le­ment, on ne fait pas que lire. Nous avons un autre point com­mun – que nous par­ta­geons avec un autre de ses amis, https://​you​tu​.be/​9​M​C​U​7​A​L​A​q0Q – l’éducation popu­laire. J’ai gran­di dans les mou­ve­ments de jeu­nesse et d’éducation popu­laire avec cette idée que l’émancipation du genre humain pas­sait par la culture qui per­met à l’homme de se construire et d’être une per­sonne auto­nome contri­buant au bien com­mun. Tout ce qu’abhorre la gauche socié­tale elgé­bé­tiste, les socio­logues nihi­listes d’Etat à la Eric Fas­sin, les petits bobos, les ensei­gnan­gnans du SGEN CFDT, les écri­vaillons de cour à la Maza­rine Pin­geot, les jour­na­listes qui croient que la poli­tique est une science (ils ont fait une école pour ça) et les éco­no­mistes qui ont choi­si, pour leur car­rière, de pen­ser que le mar­ché est ration­nel. Tout ce petit monde vénère l’individu roi, ne sup­porte pas que la moindre objec­tion soit for­mu­lée à la satis­fac­tion immé­diate de ses dési­rs, quant il ne pro­fesse pas un nihi­lisme mili­tant au nom  d’un rela­ti­visme des valeurs obsessionnel.

Etienne Chouard a une grande ver­tu que je n’ai pas et que je n’ai pas l’ambition d’avoir : la capa­ci­té de dis­cu­ter avec patience avec tout le monde, même et sur­tout ceux qui ne par­tagent pas son ana­lyse (quel inté­rêt sinon?), les emmer­deurs et les abru­tis. Par exemple, je n’ai nulle inten­tion de consa­crer une seconde d’énergie à dis­cu­ter avec une nul­li­té du genre Pier­rick Le Feuvre. Nul­li­té au sens mathé­ma­tique du terme, une valeur nulle qui n’ajoute rien, et qui anni­hile le résul­tat quand on la fac­to­rise. Ce genre d’individu est une cloche. Au sens propre : il ne « rai­sonne » pas, il « résonne », des pon­cifs dif­fu­sés par l’oligarchie qui a com­pris depuis bien long­temps qu’un sys­tème oppres­sif fonc­tionne mieux quand on uti­lise l’arme du mora­lisme et de la culpa­bi­li­sa­tion que celle de la répres­sion directe. C’est l’archétype du petit sol­dat de l’ordre éta­bli qui uti­lise l’arme de la mora­line, néo­lo­gisme inven­té par Frie­drich Nietzsche pour dési­gner une fausse morale chré­tienne, dont la bour­geoi­sie bien-pen­­sante du XIXème se dra­pait pour mieux camou­fler ses exac­tions, auto­ri­ser son pou­voir et lui per­mettre de conti­nuer d’exploiter le peuple des tra­vailleurs abê­tis sans états d’âme au nom de Dieu. Étienne l’accueillera et dis­cu­te­ra avec patience. Moi, non. Je suis un cher­cheur, un pro­fes­seur qui pro­duit et publie, j’ai fait le choix de ne pas intro­duire de valeur nulle dans mon pro­ces­sus de pro­duc­tion. Choix natu­rel­le­ment uti­li­ta­riste et dis­cu­table et j’admire Étienne de ne pas l’avoir fait.

On connaît le com­bat d’Étienne : redon­ner vie aux formes his­to­riques de la démo­cra­tie, la vraie, celle du pou­voir du peuple, face à la gigan­tesque escro­que­rie qu’est la « démo­cra­tie par­le­men­taire » qui réduit la poli­tique à un spec­tacle, un concours de beau­té pen­dant que les vraies affaires se déroulent ailleurs. J’ai don­né mon ana­lyse de ce phé­no­mène et de ses racine his­to­rique dans mon article « Pour une logique de l’indiscipline » .

Mais voi­là. Quand on prône cela, on donne la parole à tout le monde et on étu­die toutes les pro­po­si­tions. Etienne le fait. Il cite­ra Eus­tache Mul­lins pour sa dénon­cia­tion de la réserve fédé­rale au Etats-Unis et des las­cars qui bran­disse l’étendard de la révolte comme Alain Soral. Mul­lins a pro­duit une ana­lyse du rôle de la réserve fédé­rale qui est sans doute à prendre en consi­dé­ra­tion, mais il est deve­nu fran­che­ment nazi. Quant à Soral, cela fait par­tie pour moi des beaux esprits qui ont pu pro­duire des intui­tions qu’ils ont eux même enfouies sous leur nar­cis­sisme et des obses­sions mono­ma­niaques qui rendent leur dis­cours sans inté­rêt, sinon nuisible.

C’est un sujet de dis­cus­sion avec Étienne : j’ai lu Mein Kampf, le jour­nal de Goeb­bels et son « Com­bat pour Ber­lin » qui est un manuel bien fait d’organisation de la sub­ver­sion et de prise de pou­voir. On peut même avoir eu des ana­lyses inté­res­santes au départ et mal évo­luer : pre­nons le cas de Gott­fried Feder qui a écrit un livre inté­res­sant sur la néces­si­té de bri­ser les chaînes du prêt à inté­rêt dans lequel il voyait l’une des causes du déclin de l’Allemagne. Il entre­ra au par­ti nazi où il incar­ne­ra « l’aile gauche », et c’est même lui qui recru­te­ra Hit­ler ! Et je lis bien d’autres choses non recom­man­dables. Mais je ne les recom­mande pas et je ne réfé­rence pas ces auteurs sur mon site, sauf bien sûr pour citer une réfé­rence pré­cise à titre technique.

Il est comme ça, Etienne. A‑t‑il tort ou rai­son ? Il sou­haite dis­cu­ter avec les gens qui suivent de mau­vais pro­phètes, il sou­haite éveiller leur intel­li­gence. Et depuis plus de dix ans qu’il met des grains de sable dans le sys­tème, il a de belles réa­li­sa­tions à son actif.

Mais pour­quoi ce qui ne devrait être qu’un objet de dis­cus­sion et de stra­té­gie devient-il un objet de pro­cès ? Les S.A du régime – ceux qui s’autodénomment par anti­phrase les « anti-fas » – lui tombent des­sus. C’est nor­mal et c’est leur rôle. Ils sont d’autant plus furieux que sa stra­té­gie de consti­tu­tion de réseaux de gen­tils virus ne peut pas être arrê­té par de défer­lantes de bandes de petites frappes qui consti­tuent le gros des « anti-fas ». Mais Etienne s’en prend à une vache sacrée : notre Sainte Mère « la gauche ». Etienne croit encore qu’il existe une « vraie gauche », pas moi qui par­tage sur ce point les ana­lyse de Jean-Claude Michéa. Pour les culs-bénits « de gauche » qui sont les pro­fes­sion­nels de la mora­line, il y a une huma­ni­té noble qui est « de gauche » et des êtres arrié­rés et de sous-hommes qui n’ont pas de conscience poli­tique (loin­tain héri­tage de la théo­rie de Lénine déve­lop­pée dans Que faire ?) ou pire qui est « de droite ». Cette approche racia­liste de « la gauche » a été admi­ra­ble­ment cro­quée par mon regret­té cama­rade le pro­fes­seur Fran­çois Gau­du dans un article de la revue que nous avions créée ensemble, Per­pec­tives répu­bli­caines : la gauche eth­nique, que j’avais com­plé­té par un « Pour­quoi la gauche est-elle de droite et vice-ver­­sa ?« .

C’est que jus­te­ment ses idées marchent et que même les « élites » qui voient s’effriter les fon­da­tions de leur pou­voir se mettent à par­ler de démo­cra­tie directe et de tirage au soir. Et le Mélen­chon de res­sor­tir sa VI° Répu­blique, comme si chan­ger de numé­ro allait chan­ger quelque chose sur le fond, à part amu­ser le public. Point de hasard que l’offensive anti-Chouard se renforce.

Aidons le, sou­­te­­nons-le et mani­­fes­­tons-lui encore plus notre amitié.

Claude Rochet.

Source : http://​claude​-rochet​.fr/​p​o​u​r​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​rd/

Échanges (inté­res­sants) à pro­pos de ce ce texte, sur Facebook

Pour que les choses soient claires – suite

Quand on s’a­per­çoit qu’on se trompe, il faut se corriger.

Quand on s’a­per­çoit qu’on a trop cor­ri­gé, ou pas assez, il faut encore se corriger.
C’est un tra­vail qui dure toute la vie.

Ça donne une tra­jec­toire en zig-zag, qui peut sug­gé­rer une insta­bi­li­té ou une fra­gi­li­té, mais c’est plu­tôt le résul­tat d’une hon­nê­te­té, et il faut l’as­su­mer : tout ce qui est vivant sur terre se trompe, et se trompe sou­vent ; et il faut donc s’a­dap­ter. Je ne pré­tends pas, comme les don­neurs de leçon qui pré­tendent avoir défi­ni­ti­ve­ment tout com­pris mieux que tout le monde, avoir trou­vé la véri­té le pre­mier et ensuite tenir un cap sûr et droit, déter­mi­né à n’en pas chan­ger. Si vous m’ac­com­pa­gnez, pré­­pa­­rez-vous à zig-zaguer.

Sur le plan de la pres­sion que je subis, ça devient raide, je vous prie de croire. Je suis là tout seul devant mon cla­vier, et vous êtes des mil­liers — des mil­liers ! — à par­ler, ou à crier, soit pour féli­ci­ter, soit pour condam­ner, soit pour exi­ger, soit pour renon­cer, mais des mil­liers c’est inhu­main, presque incom­pré­hen­sible tel­le­ment c’est varié et ani­mé de pen­sées argu­men­tées, contras­tées, vio­lem­ment oppo­sées. Essayer de tous vous conten­ter, c’est cer­tai­ne­ment deve­nir bien­tôt fou à lier. Je vais donc me retour­ner sur moi-même, c’est plus simple, et tâcher d’é­va­luer — iso­lé — ce que j’ai fait.

J’ai pas­sé des jours et des nuits à pré­pa­rer le billet d’hier, et il me semble équi­li­bré. Sauf à la fin, où ma conclu­sion va trop loin, parce qu’elle est, je pense, exa­gé­rée. Il fal­lait expri­mer — clai­re­ment, for­te­ment — mon oppo­si­tion farouche aux paroles dan­ge­reuses, et peut-être cor­ri­ger le lien en lui ajou­tant un com­men­taire expli­cite sur le risque d’es­ca­lade des racismes ; mais pas sup­pri­mer un lien, ce petit lien, avec toute une com­mu­nau­té (geste trop fort, sym­bo­li­que­ment), même pour cause de très mau­vaises paroles. En cou­pant com­plè­te­ment les ponts, je me rends moi-même cou­pable, pré­ci­sé­ment, du tra­vers anti-poli­­tique que je condamne d’habitude.

Je vous rap­pelle quelle est ma posi­tion sur le racisme et sur « l’antiracisme » :

Je pense (et c’est pré­ci­sé­ment ce qu’on me reproche, si j’ai bien com­pris) que, pour ser­vir à quelque chose d’u­tile, le mot « extrême droite » devrait ser­vir à dési­gner les enne­mis extrêmes du peuple et du bien com­mun, et PAS « les racistes » ; car les paroles racistes sont un fléau qu’on retrouve par­tout et elles sont plus une consé­quence des pro­blèmes sociaux qu’une cause. J’utilise l’expression paroles racistes car je refuse le mot « raciste » pour dési­gner une per­sonne, comme si elle n’al­lait jamais chan­ger d’a­vis, comme si sa nature c’é­tait d’être raciste, comme si elle n’é­tait plus humaine, infé­rieure poli­ti­que­ment… Je trouve cette façon de pen­ser pré­ci­sé­ment… raciste, antipolitique.

La haine de la haine, c’est encore de la haine. En trai­tant quel­qu’un de « raciste », avec haine (et… racisme), en enfer­mant l’ad­ver­saire (à vie) dans ses mau­vaises paroles du moment, on s’in­ter­dit abso­lu­ment, selon moi, d’a­mé­lio­rer la situa­tion, aus­si peu que ce soit : les accu­sés vont s’en­fer­rer dans leurs mau­vais dis­cours et même se pré­pa­rer à une guerre. Contre les paroles racistes, je ne vois pas d’autre issue que poli­tique : la vision raciste du monde est une grave erreur d’a­na­lyse, une honte au regard de l’hu­ma­ni­té, mais ça se démontre, ça ne s’im­pose pas.

N’ou­bliez pas que ceux qui ont aujourd’­hui des paroles racistes sont des êtres humains. N’ou­bliez pas que, DONC, ils changent. Peut-être cette per­sonne que vous détes­tez aujourd’­hui (parce qu’elle pense et dit effec­ti­ve­ment des hor­reurs) vous sau­­ve­­ra-t-elle la vie demain. Il ne faut jamais renon­cer à l’ac­tion poli­tique (qui n’est PAS la guerre sans mer­ci des par­tis, misé­rable paro­die d’ac­tion poli­tique). Il vaut mieux cher­cher les causes pre­mières du racisme que d’in­vec­ti­ver ceux qui sont aujourd’­hui frap­pés de cette mala­die (hon­teuse).

En plus, quand vous met­tez toutes vos forces dans « l’an­ti­ra­cisme » (sic), vous ne met­tez plus aucune force dans la lutte contre le capi­ta­lisme : contre les 1% « libé­raux »-escla­va­gistes, ni contre leurs « élus » et leurs traî­trises. Donc, ces der­niers doivent bien se frot­ter les mains de « l’antiracisme », ce « confu­sion­nisme poli­tique, sciem­ment orga­ni­sé, intel­lec­tuel­le­ment struc­tu­ré, qui vise à dépla­cer la vraie ligne de diver­gence démo­cra­tique majeure entre les héri­tiers pos­sé­dants et les dépossédés »…

Et si l’ex­pres­sion extrême droite désigne sim­ple­ment, comme je pense que nous devrions le déci­der, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment, et que les chif­fons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite fré­né­ti­que­ment devant nous dans toutes nos dis­cus­sions servent de LEURRES, qui nous dis­traient de l’es­sen­tiel et qui nous empêchent — lit­té­ra­le­ment — de pen­ser et de progresser.

Hier, sans m’en aper­ce­voir, je me suis ren­du cou­pable moi-même de cet « anti­ra­cisme » qui fabrique une race des « racistes », sorte de sous-hommes à com­battre en toute matière pour cause de péché impar­don­nable, de crime de la pen­sée : quand on repère une parole raciste, il faut la com­battre, bien sûr, en dénon­cer for­te­ment le dan­ger, la honte et l’in­hu­ma­ni­té, mais pas cou­per les ponts avec les hommes, pas cou­per l’hu­ma­ni­té en deux caté­go­ries (les purs : les non racistes, et les impurs : les racistes), sinon on n’ar­ri­ve­ra jamais à faire socié­té : il faut gar­der confiance dans la poli­tique : les êtres humains peuvent chan­ger, et il faut s’y atte­ler. Les exclure, c’est y renoncer.

Je vais donc remettre un lien, dif­fé­rent, com­men­té, vers E&R, que je consi­dère comme un por­tail utile pour com­prendre et résis­ter à cer­tains abus de pou­voir ter­ribles, même s’il est évi­dem­ment très cri­ti­quable par cer­tains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma posi­tion ouverte d’a­vant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que cha­cun se forge une opi­nion en adulte, et une vraie démo­cra­tie doit lais­ser une place aux non démo­crates. Et pour les ulcé­rés, faut quand même pas char­rier, ce n’est qu’un lien sug­gé­ré, pas du tout une iden­ti­té, une allé­geance ou une cau­tion : je ne suis pas « sora­lien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « com­plai­sant avec le fas­cisme » que je com­bats du mieux que je peux, en conscience, libre­ment, à ma façon, et je vous pense tous libres de pen­ser. Soyez gen­tils de ne pas tout sur­in­ter­pré­ter, tâchez de modérer.

Vous savez main­te­nant ce que je pense de l’an­ti­sé­mi­tisme et du racisme : je les consi­dère comme des fléaux, une honte pour l’hu­ma­ni­té. Mais je pense que les com­battre en trai­tant les gens de « racistes » comme si c’é­tait leur nature, et en leur cou­pant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incen­die en jetant de l’es­sence sur les flammes.

Je suis déso­lé de vous mécon­ten­ter, ceux d’hier et ceux d’au­jourd’­hui ; ce ne sont pas les mêmes et je risque fort de tous vous éner­ver. Je vous demande de me par­don­ner. Je suis bou­le­ver­sé, tout noué, mal au bide, comme per­cé par la vio­lence des mille com­men­taires qui fusent de toute part chaque jour, comme si je devais ne jamais me trom­per, ou comme si, pour m’être trom­pé, je devais main­te­nant expier. Vous tous, qui m’ai­mez ou qui me détes­tez, vous m’é­pui­sez. Quelque temps, je vais m’éloigner.

Je fais ce que je peux, mais là, je n’en peux plus.

Étienne.

[Edit, 22h30 : fina­le­ment, tout bien réflé­chi, j’ai sup­pri­mé car­ré­ment TOUS mes liens.]

Fil de dis­cus­sion Face­book sur ce billet

Pour que les choses soient claires au sujet de Soral

De grands médias et des poli­ti­ciens de métier sont en train d’es­sayer de faire de moi un « Sora­lien », ce qui leur per­met­trait de dis­cré­di­ter d’un coup, sans argu­ment de fond, la pro­po­si­tion ultra-démo­­cra­­tique de pro­ces­sus consti­tuant popu­laire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution euro­péenne, je tra­vaille jour et nuit pour don­ner de la force à une idée ori­gi­nale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je sou­tiens l’idée que nous n’avons pas de consti­tu­tion digne de ce nom et que, si nous vou­lons nous réap­pro­prier une puis­sance poli­tique popu­laire et nous débar­ras­ser du capi­ta­lisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Consti­tu­tion, notre contrat social, en orga­ni­sant nous-mêmes un peu par­tout des ate­liers consti­tuants popu­laires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir, ce n’est pas aux pro­fes­sion­nels de la poli­tique d’écrire ou de modi­fier la Consti­tu­tion, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beau­coup, dans toutes les direc­tions, tout ce qui touche aux pou­voirs, aux abus de pou­voir et aux ins­ti­tu­tions : his­toire, droit, éco­no­mie, phi­lo­so­phie poli­tique, socio­lo­gie, anthro­po­lo­gie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pour­vu que ça me donne des idées et des forces pour orga­ni­ser la résis­tance des êtres humains à tous les sys­tèmes de domi­na­tion. J’essaie de com­prendre com­ment on en est arri­vé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et com­ment on pour­rait (réel­le­ment) amé­lio­rer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intel­lec­tuel, un texte, une vidéo, ou tout docu­ment qui me semble utile pour com­prendre les abus de pou­voir et y résis­ter, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ain­si des dizaines de mil­liers de liens que j’ai expo­sés à l’intérêt et à la cri­tique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radi­ca­le­ment démo­cra­tique, je suis pour­tant tou­jours à l’affût des argu­ments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pen­sée, je cherche les pen­sées contraires aux miennes, autant pour les com­prendre vrai­ment (ce qui faci­lite ensuite les échanges construc­tifs avec des adver­saires que je consi­dère, mal­gré notre oppo­si­tion, comme des êtres humains, donc ipso fac­to légi­times pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détec­ter mes éven­tuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne pro­gresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tom­bé sur une vidéo de Soral, que je ne connais­sais pas, qui m’a inté­res­sé : il y dénon­çait le colo­nia­lisme raciste du gou­ver­ne­ment israé­lien et le sio­nisme comme idéo­lo­gie de conquête, aux États-Unis mais aus­si en France (en s’ap­puyant sur les livres — bou­le­ver­sants — d’Is­raël Sha­hak, de Shlo­mo Sand, de Gilad Atz­mon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui tra­vaille sur les abus de pou­voir, il est natu­rel d’être inté­res­sé par toute étude d’un pro­jet de domi­na­tion, quel qu’il soit. En regar­dant un peu son site, j’ai vu qu’il étu­diait, condam­nait et résis­tait (comme moi), entre autres, à l’Union euro­péenne, au capi­ta­lisme, à l’impérialisme, au colo­nia­lisme, au racisme, aux com­mu­nau­ta­rismes, aux mul­ti­na­tio­nales, aux com­plexes mili­­ta­­ro-indus­­triels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les mar­chands d’armes, au libre-échange et au sabo­tage moné­taire, aux innom­brables et scan­da­leuses tra­hi­sons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réduc­tions des liber­tés publiques jus­ti­fiées par la « lutte contre le ter­ro­risme », etc. Bref, tous ces fronts de résis­tance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radi­cale et vraie, j’ai ajou­té natu­rel­le­ment un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, par­mi des mil­liers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signa­lés : j’ai juste cité le lien déni­ché, comp­tant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je consi­dère comme des adultes — pour dis­tin­guer ce qui y est per­ti­nent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mau­vais. Et puis, je suis pas­sé à autre chose, évi­dem­ment ; ma vie est une course per­ma­nente d’une idée à l’autre.

À par­tir de ce moment, j’ai reçu des accu­sa­tions vio­lentes et des injonc­tions — sou­vent ano­nymes — à reti­rer ce lien, jugé dia­bo­lique. Or, j’ai hor­reur qu’on m’impose ce que je dois pen­ser ou dire ; je veux bien chan­ger d’avis (j’aime décou­vrir que je me trompe et pro­gres­ser en chan­geant d’opinion), mais il ne suf­fit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fas­ciste (sic), il faut me le prou­ver. Et si on veut me for­cer à reti­rer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bête­ment, je sais).

Autre fait qui m’est repro­ché : depuis 2011, les mili­tants d’E&R relaient sou­vent mes textes et vidéos sur leur site (docu­ments qui ne parlent que de démo­cra­tie, de consti­tu­tion d’origine popu­laire, et de ges­tion com­mune du bien com­mun), signe d’intérêt de mili­tants « de droite » pour la vraie démo­cra­tie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évi­dente de « fas­cisme »…  Lorsque je constate qu’un par­ti ou un jour­nal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radi­cale d’émancipation par l’auto-institution de la socié­té, je ne peux y voir que des rai­sons d’être satis­fait : mon mes­sage est uni­ver­sel, il n’est pas réser­vé à une famille poli­tique ; plus on sème­ra des graines de démo­cra­tie auto-ins­­ti­­tuée, un peu par­tout, sans exclu­sive aucune, mieux ce sera.

Jus­te­ment, j’ai obser­vé une évo­lu­tion qui me semble impor­tante : les jeunes gens qui suivent et sou­tiennent Soral, et qui étaient assez radi­ca­le­ment anti­dé­mo­crates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démo­­cra­­tie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pen­saient (comme tout le monde) que l’alternative poli­tique était 1) capi­­ta­­lisme-libé­­ra­­lisme-« démo­cra­tie » (com­plè­te­ment pour­ri, mafieux, escla­va­giste, des mil­lions de morts, à vomir) ou 2) com­­mu­­nisme-socia­­lisme-« démo­cra­tie popu­laire » (com­plè­te­ment pour­ri, un capi­ta­lisme d’État, avec police de la pen­sée, des camps de tra­vail en Sibé­rie, des mil­lions de morts, à vomir) ou 3) fas­­cisme-« non-démo­­cra­­tie » (violent aus­si, mais sans cor­rup­tion — choix ter­ri­fiant, selon moi, évi­dem­ment)… Et puis, voi­là qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Han­sen, Rous­seau, Sin­to­mer, Cas­to­ria­dis, Guille­min…) un régime alter­na­tif, une qua­trième voie, une orga­ni­sa­tion poli­tique dont per­sonne ne nous a jamais par­lé sérieu­se­ment à l’école ou dans les jour­naux : la vraie démo­cra­tie, sans guille­mets, avec une vraie consti­tu­tion et des vrais contrôles, que nous écri­rions nous-mêmes, direc­te­ment parce que entraî­nés, pour être sûrs de ne pas nous faire trom­per à nou­veau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai res­sen­ti sou­vent, net­te­ment) que nombre de ces jeunes mili­tants (de droite dure au début par dépit de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée et faute d’alternative autre — pro­ces­sus iden­tique à la nais­sance du nazisme en Alle­magne) sont en train de deve­nir (ou sont déjà deve­nus) des démo­crates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alter­na­tive démo­cra­tique réelle est à la fois cré­dible et pro­met­teuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volon­té. Alors, je main­tiens qu’il est per­ti­nent et néces­saire de par­ler avec enthou­siasme de vraie démo­cra­tie à abso­lu­ment tout le monde, en étant convain­cu qu’un être humain, ça peut chan­ger d’avis 1) si on le res­pecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui pro­pose est éman­ci­pant, libé­ra­teur, puis­sant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant par­fois peu fré­quen­tables— par les­quels sont relayées mes graines de démo­cra­tie réelle, je réponds que je ne m’i­den­ti­fie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la per­sonne à qui je parle, et sur­tout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand jour­nal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si‑j’y‑suis, ni le Diplo, ni Poli­tis, ni Terre-à-terre, dont je parle pour­tant sou­vent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signa­lé / com­men­té mon tra­vail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démo­cra­tie vraie ne les inté­res­sait pas du tout, ou comme si elle leur fai­sait peur. Il n’y a QUE les mili­tants de base qui m’in­vitent à venir débattre sur ces ques­tions : l’idée d’un pro­ces­sus consti­tuant qui devien­drait popu­laire et d’une pro­cé­dure authen­ti­que­ment démo­cra­tique comme le tirage au sort, ça n’in­té­resse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Par­mi les faits qui me sont repro­chés, il y a aus­si une confé­rence avec Marion Sigaut (que j’ai trou­vée bien inté­res­sante, d’ailleurs), sur la réa­li­té du mou­ve­ment des « Lumières ». On s’empaille sou­vent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rous­seau, sur Robes­pierre, sur la Ven­dée, et sur quelques points his­to­riques impor­tants, mais on arrive bien à se par­ler, tous les deux, mal­gré nos désac­cords, en essayant de com­prendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se res­pec­tant, ce qui s’appelle une contro­verse, pro­ces­sus qui est à la base du pro­grès de la connais­sance. Cet échange intel­lec­tuel avec Marion, m’a fait décou­vrir des faits et docu­ments par­ti­cu­liè­re­ment impor­tants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre pas­sion­nant « Le pain, le peuple et le roi » de Ste­ven Kaplan —, et les intrigues fon­da­trices des « Phi­lo­sophes » des « Lumières » (riches et mar­chandes, tiens tiens), pour faire adve­nir le « libé­ra­lisme », c’est-à-dire la tyran­­nie-des-mar­­chands-libé­­rés-deve­­nus-légis­­la­­teurs qu’on appelle aujourd’­hui le capi­ta­lisme.

Pour reve­nir à Soral, j’ai rapi­de­ment com­pris qu’il n’est pas du tout un démo­crate, évi­dem­ment : il est auto­ri­taire et il défend une idéo­lo­gie auto­ri­taire, au strict oppo­sé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dic­ta­ture éclai­rée » que de n’importe quelle dic­ta­ture, évidemment.

Mais mal­gré cela, une par­tie de son ana­lyse du monde actuel (et non pas ses pro­jets de socié­té) me semble utile, objec­ti­ve­ment, pour mon pro­jet à moi, de com­pré­hen­sion des abus de pou­voir et de consti­tuante popu­laire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résis­tance au sio­nisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de pen­ser et de par­ler que je suis.

On reproche à Soral un anti­sé­mi­tisme intense et assu­mé. Pour­tant, quand on lui demande « êtes-vous anti­sé­mite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il sou­ligne aus­si­tôt que le mot « anti­sé­mite », avec des guille­mets, a pro­gres­si­ve­ment chan­gé de sens pour ser­vir aujourd’hui de bou­clier anti-cri­­tiques (ce que Mélen­chon dénonce lui aus­si, amè­re­ment, avec rai­son et cou­rage, je trouve, en appe­lant cette calom­nie sys­té­ma­tique « le rayon para­ly­sant du CRIF ») : dans ce nou­veau sens, com­plè­te­ment dévoyé, « anti­sé­mite » sert à qua­li­fier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui cri­tiquent et condamnent la poli­tique — elle, offi­ciel­le­ment raciste et cri­mi­nelle — du gou­ver­ne­ment israé­lien (cri­tiques d’un racisme qui sont donc un anti­ra­cisme). C’est ce nou­veau sens seule­ment que Soral assu­mait, en mar­te­lant, en sub­stance : « j’en ai marre de ce chan­tage à « l’antisémitisme » et de ces inti­mi­da­tions per­ma­nentes de la part d’ultra-racistes qui osent accu­ser de racisme des résis­tants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’hu­ma­nisme, c’est-à-dire à ne pas deve­nir soi-même raciste en réac­tion à un racisme pre­mier : il est essen­tiel, je pense, de ne pas deve­nir anti­sé­mite en réac­tion au sio­nisme : il ne faut sur­tout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que cer­tains sio­nistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récem­ment, j’ai décou­vert dans une publi­ca­tion de Soral des pro­pos ter­ribles et dan­ge­reux qui me conduisent à chan­ger d’avis sur la por­tée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à par­tir de 47:54), Soral dit les mots sui­vants, que je n’avais jamais enten­dus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai com­men­cé à trans­crire, mais j’ai honte de seule­ment écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évi­dem­ment pas vali­der une parole pareille, froi­de­ment raciste, sexiste, auto­ri­taire. Je n’avais jamais vu Soral par­ler comme ça. C’est un peu comme un désa­veu, parce que je l’ai enten­du maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je recon­nais que me suis trom­pé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’es­ca­lade des racismes. Ce mélange de lutte légi­time et cou­ra­geuse contre de redou­tables pro­jets de domi­na­tion (résis­tance qui m’intéresse tou­jours et dont je ne me déso­li­da­rise pas), avec un sexisme, une homo­pho­bie, et main­te­nant un anti­sé­mi­tisme assu­més (qui me hérissent vrai­ment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ate­liers consti­tuants : on nous inter­pelle sans arrêt sur notre pré­ten­due iden­ti­fi­ca­tion à Soral, et la vio­lence des échanges qui s’en suivent par­tout me déses­père ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour mar­quer une dif­fé­rence, une limite : je sup­prime le lien de mon site vers Soral. Désor­mais, je ferai le filtre, en évo­quant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlo­mo Sand, Jacob Cohen, Ber­nard Lazare, Israël Sha­hak, Gilad Atz­mon, Nor­man Fin­kel­stein, Gideon Levy, Mear­shei­mer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclu­sion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont mon­tés en épingle de mau­vaise foi par les pro­fes­sion­nels de la poli­tique pour entre­te­nir une CONFUSION entre les vrais démo­crates et « l’extrême droite » ; confu­sion qui leur per­met de se débar­ras­ser des vrais démo­crates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scrip­tum : si le sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire arrive fina­le­ment à me faire pas­ser pour un diable hir­sute, infré­quen­table et ban­ni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cel­lule du corps social et je ne cherche abso­lu­ment aucun pou­voir per­son­nel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostra­ci­sé par le sys­tème, à part le bon­heur de bien ser­vir à quelque chose d’utile, que je res­sens en ce moment) : pre­nez alors le relais vous-mêmes ! Notre cer­veau col­lec­tif sur­vi­vra très bien à la dis­pa­ri­tion d’un neu­rone, chan­gez de nom, et conti­nuez à défendre vous-mêmes, un peu par­tout et tout le temps, cette idée impor­tante qui va tout chan­ger, mais seule­ment si on est très nom­breux à s’être bien pola­ri­sés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée consti­tuante ; si on veut une consti­tu­tion, il fau­dra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès main­te­nant et tous les jours (!), nous entraî­ner réel­le­ment en orga­ni­sant et en ani­mant par­tout des mini-ate­­liers consti­tuants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

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Rap­pel : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​C​o​n​t​r​o​v​e​r​s​e​s​–​e​t​–​d​r​o​i​t​–​d​e​–​r​e​p​o​nse

Fil de dis­cus­sion Face­book sur ce billet

Magnifique plaidoyer de Judith Bernard, pour le tirage au sort, la seule procédure démocratique digne de ce nom.

Magni­fique plai­doyer de Judith Ber­nard, pour le tirage au sort, la seule pro­cé­dure démo­cra­tique digne de ce nom.

Un peuple deve­nu consti­tuant sau­ra tenir en res­pect tous les voleurs de pouvoir.

Je pré­pare moi-même une réponse à Pas­cale Fau­trier, et c’est si impor­tant que je vous demande un peu de patience ; je sais que ça urge, mais je vais quand même me relire et me cor­ri­ger beaucoup.

Je vous remer­cie tous pour votre immense éner­gie posi­tive. Ce serait juste impos­sible d’en­cais­ser tout ça sans vous. N’ou­bliez pas, s’il vous plaît, d’être tou­jours très gen­tils, même quand vous êtes révol­tés d’une injus­tice qui m’est faite. Un excès n’en jus­ti­fie pas un autre. Jamais. Soyons nous-mêmes comme nous vou­lons que le monde devienne.
Encore mer­ci, bande de virus 🙂

Les mili­tants du sort portent un pro­jet radi­ca­le­ment antifasciste.

http://​blogs​.media​part​.fr/​b​l​o​g​/​j​u​d​i​t​h​–​b​e​r​n​a​r​d​/​2​4​1​1​1​4​/​l​e​s​–​m​i​l​i​t​a​n​t​s​–​d​u​–​s​o​r​t​–​p​o​r​t​e​n​t​–​u​n​–​p​r​o​j​e​t​–​r​a​d​i​c​a​l​e​m​e​n​t​–​a​n​t​i​f​a​s​c​i​ste

24 novembre 2014 | Par Judith Bernard

Me voi­ci donc som­mée de m’expliquer : de m’expliquer, en tant que signa­taire du M6R, en tant que membre du Comi­té d’Initiative de ce mou­ve­ment, sur ma posi­tion favo­rable au tirage au sort pour la dési­gna­tion de la Consti­tuante, et sur mon « indul­gence avec Chouard et sa mou­vance », qui est sup­po­sée être une com­plai­sance avec Alain Soral et ses dis­cours délirants.

Le tirage au sort est désor­mais sus­pect ; voi­là plu­sieurs fois qu’il est soup­çon­né d’être l’ingrédient d’un pro­jet « fas­ciste ». La chose pour­rait faire rire ceux qui découvrent cette polé­mique, elle est pour­tant à pleu­rer tant elle pro­cède d’un hys­té­rique refus de pen­ser selon les règles de la plus élé­men­taire ratio­na­li­té. Pas­cale Fau­trier, dans le papier où elle m’intime de me jus­ti­fier, et même de démis­sion­ner des ins­tances du M6R où je suis enga­gée, affirme en effet ceci : « Il y a quelque chose dans le tirage au sort qui a à voir avec ce rac­cour­ci anti-rhé­­to­­rique qu’est le fas­cisme – auquel leurs par­ti­sans feraient bien de réfléchir. »

Repre­nons donc les élé­ments du rai­son­ne­ment, puisqu’on nous enjoint de réflé­chir : ceux qui militent pour le tirage au sort sont pour la plu­part enga­gés depuis long­temps dans une réflexion sur les ins­ti­tu­tions poli­tiques. Ils observent que la « crise » où la France, comme d’autres démo­cra­ties occi­den­tales, est plon­gée depuis des décen­nies ne trouve pas de réponse du côté d’un corps poli­tique mani­fes­te­ment plus empres­sé à ser­vir les inté­rêts du capi­tal qu’à ser­vir l’intérêt géné­ral. Cette incu­rie poli­tique est essen­tiel­le­ment liée à la nature de nos ins­ti­tu­tions, et d’abord à la mère de toutes : la Consti­tu­tion. Je l’écrivais dans ma décla­ra­tion d’adhésion au M6R, cette Consti­tu­tion doit être réécrite, et cette fois elle doit être écrite par le peuple, et pour le peuple. Seul un pro­ces­sus consti­tuant citoyen pour­ra ins­ti­tuer la puis­sance popu­laire qui passe par quelques règles élé­men­taires : la révo­ca­bi­li­té des élus, l’interdiction du cumul des man­dats, la red­di­tion des comptes, le réfé­ren­dum d’initiative citoyenne, règles élé­men­taires, mais peu sus­cep­tibles d’être écrites par des élus qui n’y ver­raient (à juste titre) que contraintes limi­tant leur pros­pé­ri­té et leur carrière.

S’il faut des citoyens et non des élus pour écrire ces règles, la ques­tion de leur mode de dési­gna­tion se pose : le tirage au sort se pré­sente, par­mi d’autres options, comme une solu­tion rai­son­nable, expé­ri­men­tée ici et là sur la pla­nète – sans avoir pré­ci­pi­té les peuples qui s’y étaient ris­qués dans le péril fas­ciste. Et l’on voit bien pour­quoi : le tirage au sort repose sur la recon­nais­sance d’une abso­lue éga­li­té entre tous les citoyens. C’est un outil par­fai­te­ment aveugle aux condi­tions de classe, d’origine, de reli­gion ou de sexe, et la plus ferme garan­tie qui soit contre toute ten­ta­tive de dis­cri­mi­na­tion. En cela il est l’antidote d’un pro­jet fas­ciste – volon­tiers por­té, lui, sur la dési­gna­tion d’une com­mu­nau­té jugée cou­pable, et dési­gnée à l’opprobre ou à l’extermination. En outre, en confiant l’écriture des règles de la démo­cra­tie au peuple, dans l’hypothèse d’une Consti­tuante tirée au sort, il se donne comme pro­jet d’instituer la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, enfin à même de se pro­té­ger des abus de pou­voir : tan­dis que le fas­cisme repose sur le culte d’un chef omni­po­tent, les règles aux­quelles les mili­tants du sort aspirent consistent toutes dans la limi­ta­tion des pou­voirs des gou­ver­nants, afin que nulle cap­ture fas­ciste des forces de l’Etat ne soit pos­sible. Le tirage au sort est donc, à ce titre éga­le­ment, un anti­dote au fas­cisme, et non son allié. Ceci est pour les prin­cipes de phi­lo­so­phie poli­tique qui sous-tendent la vision por­tée par les mili­tants du sort.

Cela devrait suf­fire, mais il faut appa­rem­ment se posi­tion­ner sur Soral, sur qui se foca­lisent désor­mais les contro­verses qui tra­versent actuel­le­ment le débat : cette pola­ri­sa­tion autour d’un seul homme est absurde et regret­table, mais puisqu’il faut lever le mal­en­ten­du – les mili­tants du sort étant désor­mais accu­sés d’être des « sora­liens » dégui­sés, ayant entre­pris de « noyau­ter » le mou­ve­ment pour la 6ème Répu­blique avec une idéo­lo­gie d’extrême-droite (et je redis que c’est irra­tion­nel puisque les mili­tants du sort refusent caté­go­ri­que­ment toute figure de « chef » ain­si que tout pro­jet dis­cri­mi­na­toire, qui sont les ingré­dients consti­tu­tifs de cette idéo­lo­gie toxique), alors je vais le dire : Soral pro­duit un dis­cours que j’exècre. Les relents anti­sé­mites, sexistes et homo­phobes qui émanent de ses allo­cu­tions suf­fisent à dis­cré­di­ter pour moi sa posi­tion poli­tique, qui me paraît déli­rante : parce qu’il tend à la dis­cri­mi­na­tion d’une com­mu­nau­té jugée infé­rieure (les « pédés ») ou d’une autre jugée dan­ge­reu­se­ment puis­sante (les juifs), parce qu’en outre il appelle à un « des­po­tisme éclai­ré » de sinistre augure, il incarne à mes yeux un pro­jet de socié­té haïs­sable, et abso­lu­ment à l’opposé de la démo­cra­tie exi­geante, réelle et non pas seule­ment invo­quée, pour laquelle je milite. Je l’écris sans peine – et pour­tant je m’inquiète qu’il faille désor­mais se prê­ter à ce rituel de la condam­na­tion publique de Soral pour s’acheter un cer­ti­fi­cat de légi­ti­mi­té à par­ti­ci­per au débat public.

C’est essen­tiel­le­ment parce qu’Étienne Chouard a jusqu’à pré­sent refu­sé d’en pas­ser par ce rituel de condam­na­tion publique qu’il est accu­sé d’être un sora­lien dégui­sé. Qu’il ait mon­tré à l’égard de Soral une cou­pable indul­gence, en le qua­li­fiant, quand on l’interrogeait sur lui, de « résis­tant », sans dénon­cer vigou­reu­se­ment son anti­sé­mi­tisme, est une chose cer­taine : je l’ai maintes fois inter­pel­lé là-des­­sus, et nous sommes nom­breux à lui avoir deman­dé de cla­ri­fier ses posi­tions d’une manière qui ne per­mette plus de mal­en­ten­du. Cette indul­gence avec l’homme, en effet pro­blé­ma­tique, ne doit cepen­dant pas être prise pour une com­plai­sance envers les idées fas­ci­santes dont Soral est l’expression : il n’y a pas trace chez Étienne Chouard de la moindre orien­ta­tion anti­sé­mite, homo­phobe, sexiste, ni la moindre fas­ci­na­tion pour une socié­té assu­jet­tie à un chef – puisque, comme je le répète inlas­sa­ble­ment, en mili­tant du tirage au sort il met au des­sus de tout le refus de toute dis­cri­mi­na­tion, et l’aspiration à un contrôle citoyen de tous les pouvoirs.

D’une manière géné­rale, il est urgent que le débat sur le tirage au sort, et plus géné­ra­le­ment sur les pro­cé­dures envi­sa­gées pour la dési­gna­tion de la Consti­tuante (mixte d’élection et de tirage au sort, écri­ture par­ti­ci­pa­tive à l’échelle de toute la socié­té par la voie des outils numé­riques dont nous dis­po­sons désor­mais…) ait lieu dans des condi­tions dignes de son impor­tance. C’est-à-dire sans que cette idée, en soi insoup­çon­nable de dérive tota­li­taire, soit enta­chée par des amal­games calom­nieux ou des articles dif­fa­ma­toires quant aux per­sonnes qui s’en font les porte-parole. Ce qui est en jeu ici est la réflexion sur la refon­da­tion d’une démo­cra­tie qui ins­taure enfin réel­le­ment la sou­ve­rai­ne­té popu­laire : c’est un com­bat his­to­rique, qui mérite mieux que les invec­tives per­son­nelles, d’ab­jectes calom­nies, et cette sorte de chasse aux sor­cières que d’aucuns semblent vou­loir remettre au goût du jour, dégui­sant sous les ori­peaux d’une lutte pré­ten­du­ment « anti­fas­ciste » le refus d’un débat authen­ti­que­ment démocratique. 

Judith Ber­nard.

Source : http://​blogs​.media​part​.fr/​b​l​o​g​/​j​u​d​i​t​h​–​b​e​r​n​a​r​d​/​2​4​1​1​1​4​/​l​e​s​–​m​i​l​i​t​a​n​t​s​–​d​u​–​s​o​r​t​–​p​o​r​t​e​n​t​–​u​n​–​p​r​o​j​e​t​–​r​a​d​i​c​a​l​e​m​e​n​t​–​a​n​t​i​f​a​s​c​i​ste

1 heure sur Radio Grenouille (Marseille, 88,8 FM), ce jeudi à 13h30, avec Christophe Meierhans, qui présente théâtralement sa proposition de constitution, au MUCEM (ce soir)

Éton­nante décou­verte : les ani­ma­teurs de Radio Gre­nouille (pour qui j’ai fait quelques chro­niques il y a quelques années) m’in­vitent à ren­con­trer chez eux Chris­tophe Meie­rhans, et je découvre à cette occa­sion un tra­vail éton­nant et utile, que les GV ne man­que­ront pas d’é­tu­dier, j’en suis sûr.

Chris­tophe tra­vaille un pro­jet de Consti­tu­tion et le pré­sente sous forme théâtrale :

http://​www​.mucem​.org/​f​r​/​n​o​d​e​/​2​873

Son spec­tacle s’intitule :
Some use for your bro­ken clay pots 
(Sug­ges­tion d’u­ti­li­sa­tion pour vos pote­ries cas­sées 🙂 )

J’ai trou­vé quelques com­men­taires de ce spec­tacle qui donnent bien envie d’al­ler voir, ce soir à Mar­seille, de quoi il retourne ; celui-là par exemple : 

l’en­voi de Paul Her­mant à Chris­tophe Meierhans
26 avril 2014, 11:00 | Paul Hermant

« Cher Chris­tophe Meie­rhans, ce n’est pas la pre­mière fois que je m’entretiens avec un consti­tu­tion­na­liste, mais c’est sans doute la pre­mière fois que je m’adresse à quelqu’un qui a rédi­gé une Consti­tu­tion tan­dis qu’on ne lui avait rien demandé.

J’ai par exemple le sou­ve­nir de mon ami Kamel Jen­dou­bi suant pen­dant des mois et des mois sur la Consti­tu­tion tuni­sienne d’après Ben Ali : plus le temps pas­sait, plus il s’épuisait. Cet exer­cice lui pesait plus encore que la réso­lu­tion de la qua­dra­ture du cercle.

Bon, mais main­te­nant, ça y est, c’est fait, cela tourne plus ou moins rond et il peut res­pi­rer à l’aise. Peut-être mieux que nous qui, dans un mois assez exac­te­ment, allons vivre la mère de toutes les élec­tions, enfin quand je dis la mère de toutes les élec­tions on disait déjà ça des der­nières qui nous avaient valu plus de 500 jours de vacances gou­ver­ne­men­tales fédé­rales, alors peut-être que le pro­chain scru­tin sera fina­le­ment la grand-mère de toutes les élec­tions. Ou la fille. Ou la cou­sine, on ne sait plus bien. Nous sommes un peu per­dus, à vrai dire.

Alors, tant mieux s’il existe des gens qui rédigent des Consti­tu­tions sans qu’on leur ait rien deman­dé. Et que vous soyez, cher Chris­tophe Meie­rhans citoyen d’un pays, la Suisse, qui a construit sa démo­cra­tie sur les vota­tions et les réfé­ren­dum d’initiative popu­laire ajoute encore un peu de sel à la chose.

Car voi­là bien que l’on com­prend que tous et par­tout, nous cher­chons des alter­na­tives à la façon dont les peuples se pré­sentent et se représentent.

Sans doute sommes-nous nom­breux à consta­ter en effet que le sys­tème élec­to­ral tel que nous l’utilisons aujourd’hui n’a jamais vécu de réelle réno­va­tion depuis sa nais­sance lors de la révo­lu­tion indus­trielle qu’il a accom­pa­gnée. N’importe quoi, dans quelque sec­teur que ce soit, qui n’aurait pas été retou­ché et entre­te­nu depuis plus de deux siècles serait, je pense, dans le même état. En véri­té, assez décrépi.

Les par­tis, qui sont le corps du sys­tème élec­to­ral, vivent désor­mais sans trop de membres et les jour­naux, qui en étaient l’âme, sur­vivent aujourd’hui sans assez de lec­teurs. Le sys­tème élec­to­ral délé­ga­tif, celui où nous dési­gnons ce qui s’appelle lit­té­ra­le­ment un repré­sen­tant, trouve sans doute ses limites dans cette perte où les élec­teurs comme les lec­teurs ne trouvent plus de lieu où atti­ser leur feu.

D’où sans doute, ces appels à réin­ven­ter l’acte démo­cra­tique en soi car l’on se rend compte peu à peu que délé­guer sa voix ne suf­fit plus, ne suf­fit pas, n’épuise plus aucune sorte d’idéal et n’épouse plus non plus beau­coup de convictions.

Je vais vous dire, cher Chris­tophe Meie­rhans : il y a des jours où l’on ferait bien double ou triple chro­nique et où l’on sait que quoi que l’on dise ce sera à la fois trop court et trop long, de sorte que sur toutes les idées bien revi­go­rantes que vous pro­po­sez : le tirage au sort, la négo­cia­tion penta­to­nique, le Ser­vice démo­cra­tique, le nombre de mots que peuvent com­por­ter les lois ou les rituels consti­tu­tion­nels , rituels de pas­sage entre citoyens — vous inven­tez ici une parade, presque un car­na­val, autant dire un cha­ri­va­ri — de tout cela donc je vous lais­se­rai devi­ser avec Pas­cale Seys.

Je note­rai sim­ple­ment que votre Consti­tu­tion débute par un cha­pitre sur la Dis­qua­li­fi­ca­tion, sorte de miroir ren­ver­sé du choix par défaut que nous effec­tuons, semble-t-il, de plus en plus sou­vent lors des consul­ta­tions élec­to­rales. (Et, entre nous soit dit, ce mot de consul­ta­tion décrit déjà assez bien en lui même la patho­lo­gie démo­cra­tique ambiante).

Mais donc, cet ostra­cisme à la grecque que vous pro­po­sez— d’où le titre de votre ouvrage et de votre spec­tacle que je pour­rais tra­duire libre­ment par  » quelque idées pour uti­li­ser vos tes­sons de pote­ries  » (il s’agit là d’une réfé­rence à la manière dont se pra­ti­quait l’ostracisme : en notant un nom sur un mor­ceau de pote­rie),…. ce sys­tème qui dis­qua­li­fie donc a pos­te­rio­ri sup­pose que l’on puisse non seule­ment être à être désa­voué sur ses actes et sur ses déci­sions mais que l’on puisse l’être aus­si de façon qua­si per­ma­nente et non pas lors d’échéances pro­gram­mées, ce sys­tème donc tranche assez bien avec les régu­la­tions qui sont aujourd’hui les nôtres.

Au total, je le disais, un livre et un spec­tacle qui ont le sens de la montre et qui tombent exac­te­ment à leur heure…

Il y a tout de même cette ques­tion : pour­quoi est-ce que ce sont des poètes, des écri­vains, des plas­ti­ciens qui, aujourd’hui se pré­oc­cupent des formes de repré­sen­ta­tions et de par­ti­ci­pa­tions citoyennes tan­dis que l’on pour­rait pen­ser que c’est là sinon le tra­vail de véri­tables consti­tu­tio­na­listes ou de juristes spé­cia­li­sés, au moins de poli­tiques… Le G1000 hier, vous aujourd’hui… Des gens de la culture, des artistes… Vous me direz : il y a bien des ministres de la Culture ou de l’Emploi qui s’occupent de don­ner des sta­tuts aux artistes sans avoir jamais écrit une chan­son ou défen­du un texte sur scène, et ce n’est dès lors que saine jus­tice que les gens de la culture s’emparent à leur tour de ques­tions qui semblent le pré car­ré du monde de la politique.

Et c’est pour­quoi, vous ne serez pas sur­pris et encore moins meur­tri si, — pré­ci­sé­ment parce que vous occu­pez un ter­rain qui n’est pas répu­té le vôtre — l’on vous moque un peu et que l’on vous serine d’ici et de là que tout cela n’est jamais que bille­ve­sées et calem­bre­daines… Vous savez ce que d’on dit : d’abord, on vous ignore, ensuite on vous raille, puis on vous com­bat et, enfin, vous gagnez. Je vous sou­haite le bon jour.

Paul Her­mant

Source : http://​www​.rtbf​.be/​m​u​s​i​q​3​/​a​r​t​i​c​l​e​_​l​–​e​n​v​o​i​–​d​e​–​p​a​u​l​–​h​e​r​m​a​n​t​–​a​–​c​h​r​i​s​t​o​p​h​e​–​m​e​i​e​r​h​a​n​s​?​i​d​=​8​2​6​7​804

 
Je suis en train de plan­cher sur le fichier PDF de son pro­jet de consti­tu­tion.

C’est long, mais c’est très intéressant 🙂

13h30 sur Radio Gre­nouille (Mar­seille 88,8 FM) et 20h30 au MUCEM, donc.
À tout à l’heure ?

Yves Sintomer, professeur de sciences politiques : « Le tirage au sort permettrait de recrédibiliser la politique »

Yves Sintomer : « Le tirage au sort permettrait de recrédibiliser la politique »

par Mar­tine Kis

Yves Sintomer, professeur de sciences politiques
© CNRS‑C. Frésillon 

Le tirage au sort, vieille pra­tique poli­tique, tom­bée en désué­tude, retrouve une cer­taine popu­la­ri­té. Y recou­rir per­met­trait à une large frac­tion de la popu­la­tion qui ne s’exprime pas et qui n’est plus repré­sen­tée par les élus, de par­ti­ci­per au débat démo­cra­tique, comme l’ex­plique Yves Sin­to­mer, pro­fes­seur de sciences poli­tiques à Paris VIII.

Cour​rier​des​maires​.fr. Pour­quoi serait-il inté­res­sant de par­ler, aujourd’hui, de recou­rir au tirage au sort pour la repré­sen­ta­tion des citoyens ?

Yves Sin­to­mer(1). Parce que la démo­cra­tie est un régime où l’on invente régu­liè­re­ment. Depuis deux siècles, nous avons eu plu­sieurs consti­tu­tions, la créa­tion des par­tis poli­tiques, un bou­le­ver­se­ment des équi­libres ins­ti­tu­tion­nels. Et cela va conti­nuer. Il n’y a aucune rai­son pour que la vie poli­tique du XXIe siècle res­semble à celle du XXe siècle – et le tirage au sort est l’une des pistes pos­sibles de renouvellement.

Quelles cri­tiques peut-on faire au sys­tème de l’élection ?

Y. S. L’élection fonc­tion­nait bien lorsque l’on avait des par­tis de masse, qui sélec­tion­naient le per­son­nel poli­tique ame­né à gou­ver­ner et orga­ni­saient la socié­té, direc­te­ment ou à tra­vers des syn­di­cats et des asso­cia­tions. Ces par­tis consti­tuaient des canaux de com­mu­ni­ca­tion entre les citoyens et les gou­ver­nants et menaient une réflexion sur l’avenir.

Aujourd’hui, les par­tis n’organisent plus la socié­té, les classes popu­laires ont décro­ché de la vie poli­tique orga­ni­sée par eux. Naguère, c’est dans les ban­lieues rouges que l’on votait le plus. Les classes popu­laires ne sont presque plus repré­sen­tées à l’Assemblée natio­nale, les maires qui en sont issus sont de plus en plus rares. Les canaux de com­mu­ni­ca­tion entre citoyens et gou­ver­nants ne fonc­tionnent pas. Quant à la vision de l’avenir, elle ne se trouve plus guère dans les partis.

Le résul­tat de tout cela est que les élec­tions tournent à vide. L’abstention, le mécon­ten­te­ment crois­sant, mais aus­si des mou­ve­ments comme “Occu­py” et des mani­fes­ta­tions plus ou moins vio­lentes sont des expres­sions de distanciation.

Com­ment donc don­ner du souffle à la politique ?

Y. S. Il ne s’agit natu­rel­le­ment pas de sup­pri­mer les par­tis et les élec­tions, mais de les cou­pler avec d’autres méca­nismes. Et l’un de ceux-ci pour­rait être le tirage au sort de per­sonnes qui pour­raient dis­cu­ter, opi­ner, pro­po­ser, déci­der même, dans des domaines d’intérêt public. On abou­ti­rait ain­si à un avis éclai­ré, qui ne sera peut-être pas celui du peuple consul­té par réfé­ren­dum ou par sondage.

Ce n’est pas une vue de l’esprit, une théo­rie uni­ver­si­taire. Chaque année des cen­taines d’expériences sont menées dans le monde. Et le tirage au sort a été lar­ge­ment uti­li­sé au cours de l’histoire.

Quels sont les grands exemples historiques ?

Y. S. Il a été uti­li­sé dans l’Antiquité par la démo­cra­tie athé­nienne, lors de sa période de plus grande puis­sance. Il était fon­da­men­tal pour consti­tuer la “Bou­lê”, le conseil légis­la­tif, pour dési­gner une grande majo­ri­té des charges poli­tiques, les jurys populaires.

Flo­rence aus­si y a eu recours, à l’époque où elle a inven­té la Renais­sance, la pers­pec­tive… La Révo­lu­tion fran­çaise l’a adop­tée pour les jurys d’assises. Aux Etats-Unis, le jury popu­laire est tou­jours un pan impor­tant de l’organisation de la justice.

 

« On sait désor­mais que le tirage au sort per­met de sélec­tion­ner un échan­tillon repré­sen­tant toutes les strates de la popu­la­tion, jeunes, vieux, hommes, femmes, édu­qués ou non, etc. Ce que l’élection ne fait plus. »

 

Quelle était l’argumentation pour pri­vi­lé­gier le tirage au sort ?

Y. S. Les Grecs lui recon­nais­saient de per­mettre l’impartialité et de limi­ter les conflits pour le pou­voir, en dési­gnant des per­sonnes dont la car­rière n’était pas en jeu grâce à une rota­tion rapide. Pour eux, démo­cra­tie signi­fiait aus­si être tour à tour gou­ver­nant et gouverné.

Quand la poli­tique a été réin­ven­tée dans les com­munes, au Moyen-Age en Ita­lie, le tirage au sort a été cou­plé à l’élection pour par­ve­nir à plus d’impartialité. Chaque année, Flo­rence tirait au sort un mil­lier de per­sonnes par­mi envi­ron 12 000 hommes adultes, sur une popu­la­tion totale de 20 000 personnes.

Pour­quoi le tirage au sort a‑t‑il régres­sé à l’époque moderne ?

Y. S. Les pères fon­da­teurs des révo­lu­tions fran­çaises et amé­ri­caines ne vou­laient pas la démo­cra­tie, mais une aris­to­cra­tie élec­tive. Il s’agissait de per­mettre au peuple de dési­gner les meilleurs.

En outre, le tirage au sort ne parais­sait pas pos­sible dans les grands pays. On ne conce­vait pas que 500 per­sonnes puissent repré­sen­ter 20 à 30 mil­lions d’habitants.

Les choses ont chan­gé avec la notion d’échantillon repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion, que les son­dages ont popu­la­ri­sé. On sait désor­mais que le tirage au sort per­met de sélec­tion­ner un échan­tillon repré­sen­tant toutes les strates de la popu­la­tion, jeunes, vieux, hommes, femmes, édu­qués ou non etc. Ce que l’élection ne fait plus.

Quels en sont les exemples récents de mise en œuvre ?

Y. S. En France, nous avons une pro­li­fé­ra­tion d’exemples au niveau local, avec les conseils de quar­tier, les confé­rences citoyennes. Au niveau natio­nal, il y a des consul­ta­tions sur des sujets scien­ti­fiques, tech­niques, d’aménagement du territoire.

En Colom­bie bri­tan­nique, au Cana­da, une assem­blée tirée au sort a tra­vaillé pen­dant un an sur une nou­velle loi élec­to­rale, sou­mise ensuite à réfé­ren­dum. Elle a obte­nu la majo­ri­té des suf­frages, mais pas la majo­ri­té qua­li­fiée néces­saire à son adoption.

Autre grand exemple : l’Islande, après la faillite de son sys­tème ban­caire. Deux grandes assem­blées tirées au sort ont dis­cu­té sur la refon­da­tion du pays et sur une nou­velle consti­tu­tion. L’expérience a capo­té suite au revers élec­to­ral du par­ti qui la por­tait. Mais elle pour­rait se renouveler.

 

« Le tirage au sort limite les que­relles liées à la conser­va­tion ou à la recherche du pouvoir. »

 

Qu’en pensent les par­tis politiques ?

Y. S. Aujourd’hui, par­tis et fon­da­tions poli­tiques s’emparent de cette idée. Le Front natio­nal pro­pose le tirage au sort pour la dési­gna­tion des membres du Conseil consti­tu­tion­nel, par­mi plu­sieurs groupes de hauts fonctionnaires.

Fon­da­pol, proche de l’UMP, pro­pose de dési­gner ain­si 10% des conseillers muni­ci­paux. L’Institut Mon­taigne, libé­ral, a orga­ni­sé une confé­rence citoyenne sur la réforme de la san­té basée sur le tirage au sort.

La Fon­da­tion Jean Jau­rès, socia­liste, a publié une note sur les jurys citoyens tirés au sort. La Fon­da­tion Nico­las Hulot pré­co­nise une 3e chambre tirée au sort. Attac veut rem­pla­cer le Sénat par une Chambre des citoyens tirés au sort. Bref, tout l’arc poli­tique s’y intéresse.

Quels sont les thèmes qui se prêtent à ce type de débat ?

Y. S. Tout d’abord ceux où l’on a besoin d’impartialité, où il faut neu­tra­li­ser les inté­rêts par­ti­cu­liers, comme la réforme de la carte ter­ri­to­riale, le chan­ge­ment de mode de scru­tin, la modi­fi­ca­tion des péri­mètres des cir­cons­crip­tions élec­to­rales. Le tirage au sort limite les que­relles liées à la conser­va­tion ou à la recherche du pouvoir.

Autre cas : les ques­tions très pré­cises et contro­ver­sées, comme l’aménagement d’un bar­rage, l’autorisation ou non des OGM, la muni­ci­pa­li­sa­tion de la ges­tion de l’eau, la construc­tion d’une usine d’incinération… Sur ce type de ques­tion, les citoyens peuvent se for­mer et prendre une déci­sion pertinente.

Enfin, au niveau micro­lo­cal, on peut mobi­li­ser le savoir d’expertise d’usage des habi­tants. Par exemple pour l’aménagement d’une place. Les conseils de quar­tiers ne sont en effet géné­ra­le­ment pas repré­sen­ta­tifs de la popu­la­tion. C’est pour­quoi on y crée par­fois un col­lège tiré au sort.

Le pro­blème n’est-il pas que les élus refusent ce qu’ils voient comme une dépos­ses­sion de leur pouvoir ?

Y. S. Ils doivent com­prendre que le pou­voir n’est pas un jeu à somme nulle. Ce n’est pas parce qu’ils en donnent une part à d’autres qu’ils en auront moins. Au contraire. On peut avoir un jeu gagnant-gagnant.

Ces pra­tiques contri­bue­raient à recré­di­bi­li­ser la poli­tique, mon­tre­raient la com­plexi­té de la prise de déci­sion. Il faut mettre fin à une divi­sion de tra­vail absurde entre des élus qui auraient le mono­pole de la défense de l’intérêt géné­ral et des citoyens qui ne défen­draient que leur bout de gras.

En outre, il n’est pas ques­tion de mettre fin ni aux élec­tions ni aux réfé­ren­dums, mais de le cou­pler avec les ini­tia­tives popu­laires et le tirage au sort.

Pour dépas­ser le stade actuel, il fau­drait cepen­dant ins­ti­tu­tion­na­li­ser ces dis­po­si­tifs, pour qu’ils ne dépendent pas du libre arbitre des décideurs.

 

« À tra­vers une ani­ma­tion dyna­mique et équi­li­brée de la déli­bé­ra­tion, les dif­fé­rences de diplômes, de culture, de niveau social sont lar­ge­ment neutralisées. »

 

N’y a‑t‑il pas fina­le­ment un risque de tirer au sort des per­sonnes trop peu qua­li­fiées, inaptes à par­ti­ci­per aux débats ?

Y. S. L’exemple d’Athènes et de Flo­rence montre que le tirage au sort n’empêche pas un rayon­ne­ment poli­tique et cultu­rel exceptionnel.

Plus récem­ment, l’Institut Mon­taigne a orga­ni­sé une confé­rence citoyenne sur la réforme de la san­té avec un jury tiré au sort, com­pre­nant quelques per­sonnes ayant des dif­fi­cul­tés d’alphabétisation. À la fin, les experts ont recon­nu qu’ils n’avaient jamais vu une telle qua­li­té de discussion.

À tra­vers une ani­ma­tion dyna­mique et équi­li­brée de la déli­bé­ra­tion, les dif­fé­rences de diplômes, de culture, de niveau social sont lar­ge­ment neu­tra­li­sées. Et l’on découvre que ce ne sont pas tou­jours les « forts en gueule » qui s’expriment le plus et le mieux.

Yves Sin­to­mer.

Note 01 :Pro­fes­seur de sciences poli­tiques à Paris VIII, Yves Sin­to­mer est membre de l’Institut uni­ver­si­taire de France

Source : http://​www​.cour​rier​des​maires​.fr/​4​2​3​4​1​/​y​v​e​s​–​s​i​n​t​o​m​e​r​–​p​r​o​f​e​s​s​e​u​r​–​d​e​–​s​c​i​e​n​c​e​s​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​s​–​l​e​–​t​i​r​a​g​e​–​a​u​–​s​o​r​t​–​p​e​r​m​e​t​t​r​a​i​t​–​d​e​–​r​e​c​r​e​d​i​b​i​l​i​s​e​r​–​l​a​–​p​o​l​i​t​i​q​ue/

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Je rap­pelle cette ren­contre sti­mu­lante (Tes­tart, Sin­to­mer, Chouard… un chouette sou­ve­nir), que vous aime­rez voir ou revoir pour appri­voi­ser l’i­dée du tirage au sort de façon apai­sée et constructive :

httpv://youtu.be/xiDpyNtasGQ

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Voir aus­si :
Peter Jones : The les­son of Athens :
« to make people care about poli­tics, give them real power »

http://​equa​li​ty​by​lot​.word​press​.com/​2​0​1​4​/​1​1​/​1​4​/​p​e​t​e​r​–​j​o​n​e​s​–​t​h​e​–​l​e​s​s​o​n​–​o​f​–​a​t​h​e​ns/