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Démocratie et anarchisme : Entretien avec Mike – Géopolitique profonde 12 février 2023

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https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​-​M​s​_​_​L​w​z​pso Nous trai­tons notam­ment du sujet de l’a­nar­chisme. En 2023, l’a­nar­chisme est encore un terme mal com­pris qui a été constam­ment dif­fa­mé depuis sa créa­tion. Le mou­ve­ment anar­chiste est com­po­sé d’un éven­tail de pen­seurs qui par­tagent une méfiance envers toutes les formes de pou­voir et de domi­na­tion. Bien que leurs idéo­lo­gies puissent dif­fé­rer, ils ont en com­mun des prin­cipes tels que la géné­ro­si­té, le par­don et l’a­mour mutuel. Contrai­re­ment à ce que l’on…

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Démocratie, RIC et gouvernance partagée : rendez-vous en direct avec Louis FOUCHÉ mardi 7 mars 20h30

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https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​3​x​Q​Z​f​T​R​W​yAo Mer­ci « Réin­for’­Monts – Col­lec­tif Liber­tad » pour l’in­vi­ta­tion : « Démo­cra­tie, RIC et gou­ver­nance par­ta­gée – Avec Louis FOUCHE et Etienne CHOUARD » avec : ➡️ Etienne CHOUARD ➡️ Louis FOUCHE ➡️ Ani­mé par Pier­rick THEVENON Vous pour­rez assis­ter à cette émis­sion en live à par­tir de 20h30 ou en dif­fé­ré sur les canaux sui­vants : Face­book, You­tube, Twitch. Le col­lec­tif Liber­tad est issu d’une réflexion citoyenne et à…

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Rendez-vous en Belgique le 14 mars 2023, avec Artémus, pour parler de démocratie et de souveraineté — politique et monétaire

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Redif­fu­sion vidéo : « Sor­tir de la ser­vi­tude » Dis­cus­sion orga­ni­sée par Arte­mus et dif­fu­sée par Kai­ros (kai​ros​presse​.be) « Jour­nal anti­pro­duc­ti­viste pour une socié­té décente ». Un grand mer­ci à eux pour l’or­ga­ni­sa­tion de cet entre­tien ! Sur You­Tube : https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​C​q​N​t​t​J​g​V​qTk Sur Ody­see : Sur Facebook :…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Prochain atelier constituant, samedi prochain, avec ATTAC Bédarieux

Les mili­tants d’At­tac Béda­rieux (à l’ouest de Mont­pel­lier) m’in­vitent gen­ti­ment à venir par­ler avec eux de démo­cra­tie et de pro­ces­sus consti­tuant for­cé­ment popu­laire ; avec des ate­liers bien sûr. 

Ce sera same­di pro­chain, 8 novembre 2014, à par­tir de 18 h, à Bédarieux.

Affiche Attac Bédarieux 8 novembre 2014

L’a­dresse, c’est Salle Léo Fer­ré, Place Fer­di­nand Fabre, 34600 BÉDARIEUX
L’an­nonce locale est là : http://​forum​-social​-hauts​-can​tons​-herault​.org/​e​m​p​l​a​c​e​m​e​n​t​s​/​s​a​l​l​e​–​l​e​o​–​f​e​r​re/

Pen­sez à prendre de quoi écrire…

Au plai­sir de vous y retrou­ver, en chair et en os 🙂

Étienne.

[Edit (18 février 2015] :
voi­ci une pre­mière trace de notre échange à Bédarieux : 

httpv://youtu.be/Quox_QsvgNA

J’es­père qu’on aura bien­tôt une deuxième vidéo des ate­liers (qui ont eu lieu après cette conférence).
En atten­dant cette vidéo, vous trou­ve­rez un chouette repor­tage sur ces ate­liers dans le der­nier exem­plaire (en kiosque en ce moment) de la revue NEXUS (un dos­sier de 12 pages qui vous plai­ra certainement) :


ÉC]

Élection vs tirage au sort : l’objection de la CORRUPTION

Pour argu­men­ter sur la CORRUPTIBILITÉ COMPARÉE entre les élus et les tirés au sort, pen­sez à com­pa­rer les CONTRÔLES res­pec­tifs des représentants : 

• Com­ment sont contrô­lés les repré­sen­tants élus (puis­qu’on est cen­sés les contrô­ler au moment de leur dési­gna­tion, et donc leur faire confiance ensuite) ?

• Com­ment sont contrô­lés les repré­sen­tants tirés au sort (puis­qu’on est cen­sés ne PAS les contrô­ler au moment de leur dési­gna­tion, et donc NE PAS leur faire confiance ensuite) ?

Et là, vous allez faire voir (et démon­trer) l’é­vi­dence que le tirage au sort, avec ses nom­breux contrôles, per­ma­nents et rigou­reux, certes ne sera pas par­fait (per­sonne ne dit cela, per­sonne), mais sera beau­coup mieux (pour les 99%, au moins) que l’é­lec­tion (de maîtres, sur­tout consti­tuants donc hors contrôle) :

httpv://youtu.be/hc8it_lT8AU

(Mer­ci Benoît, pour ce petit extrait, cer­tai­ne­ment plus viral que la grande ori­gi­nale.)

Faites pas­ser.

Élection vs tirage au sort : l’objection de la GRANDE TAILLE du pays

Benoit nous a extrait un pas­sage, court mais intense, que je trouve par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant pour répondre comme il faut à l’ar­gu­ment de LA TAILLE de la socié­té, argu­ment fau­tif, mal fon­dé, qui « reproche au tirage au sort de n’être pas adap­té à la grande taille de nos socié­tés, grande taille qui exi­ge­rait for­cé­ment l’é­lec­tion de maîtres (pré­ten­du­ment com­pé­tents) pour régler des pro­blèmes modernes (pré­ten­du­ment com­plexes)… », alors que, pré­ci­sé­ment, le tirage au sort, accom­pa­gné et ren­for­cé par les mul­tiples contrôles per­ma­nents et rigou­reux qui vont for­cé­ment avec, est mille fois mieux adap­té (que l’é­lec­tion) à la grande taille d’un corps politique :

httpv://youtu.be/yAHb1UzOr_I

Cette expli­­ca­­tion-là devrait bien ser­vir à de nom­breux virus, dans leurs efforts quo­ti­diens pour rendre aimable à leurs proches (encore hyp­no­ti­sés et endor­mis par la télé et la doxa) l’i­dée éman­ci­pa­trice du tirage au sort en politique.
__________________

Je pro­fite de cette occa­sion pour rap­pe­ler ci-des­­sous quelques riches conver­sa­tions à pro­pos de la TAILLE idéale du corps poli­tique, ain­si que de l’ar­gu­ment du NOMBRE :

Réflexion de MARAT sur la taille limite d’un État démocratique

Médi­ta­tion sur l’obéissance et la liberté(Simone Weil, hiver 1937–1938)

L’arithmétique de la démo­cra­tie ; ou les consé­quences démo­cra­tiques de la dimen­sion des nations (par Jean-Jacques Rosa, 2005)

Pas de démo­cra­tie sans cel­lules poli­tiques à taille humaine : vive la commune

Faites pas­ser 😐

Courageuse et exemplaire Camille : intéressant reportage sur une « journée d’éducation populaire sur la démocratie », à Saint-André de Valborgne

Si vous connais­sez un peu ce site, vous connais­sez Camille Halut ; on a par­lé de son éton­nante aven­ture et et . Ce que fait cette jeune femme, concrè­te­ment, per­son­nel­le­ment, pour la démo­cra­tie réelle est formidable.

Camille HalutPour une vraie démo­cra­tie à Saint-André-de-Val­­borgne http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/

Le der­nier jour d’août der­nier, nous sommes allés, avec une bande de gen­tils virus assez déter­mi­nés (il en venait de par­tout, d’A­vi­gnon, de Mar­seille, de Trets, de Dra­gui­gnan, de Bor­deaux, d’An­ne­cy !), aider Camille et ses amis démo­crates, tirés au sort ou pas, dans leur petit vil­lage recu­lé des Cévennes, pour leur mon­trer qu’on les regar­dait tou­jours avec beau­coup d’at­ten­tion, même de loin, et qu’on était fiers d’eux.

Cette « jour­née d’é­du­ca­tion popu­laire sur la Démo­cra­tie » fut une bien belle jour­née, à tous points de vue.

Les jeunes gens du « Cercle des volon­taires » étaient là (tout seuls ) (les <oxymore>journalistes professionnels</oxymore>, ça ne les inté­resse pas, ces lubies d’a­ma­teurs poli­tiques dans des trous per­dus…) pour enquê­ter, fil­mer et fina­le­ment infor­mer. Voi­ci leur repor­tage ; je suis sûr que vous aller aimer plu­sieurs séquences, des idées originales :

httpv://youtu.be/_dTqdeTA1S0

« Le Cercle des Volon­taires » a rédi­gé un petit texte pour expli­quer ce film :
« Saint-André-de-Val­­borgne – Au coeur de la discorde »
http://​www​.cer​cle​des​vo​lon​taires​.fr/​2​0​1​4​/​1​0​/​3​0​/​s​a​i​n​t​–​a​n​d​r​e​–​v​a​l​b​o​r​g​n​e​–​a​u​–​c​o​e​u​r​–​d​i​s​c​o​r​de/

Cou­ra­geuse et exem­plaire Camille : elle fait dans sa petite com­mune ce que nous devrions peut-être tous faire, un peu par­tout sur terre, pour évi­ter l’en­fer usuraire.

Valeu­reux efforts ama­teurs pour rendre pos­sible, dans le cadre exis­tant, une vraie démo­cra­tie, d’a­bord locale.

Magnifique Propos d’Alain ! Démocratie, anarchie, monarchie, oligarchie, constitution, abus de pouvoir

Alain est pour moi le plus épa­tant des phi­lo­sophes, le plus sti­mu­lant et le plus rai­son­nable des pen­seurs, acces­sible, pro­fond et bien­veillant. Ses ‘Pro­pos’ sont des livres de che­vet, qui nous accom­pagnent et nous élèvent durant toute la vie.

Vous trou­ve­rez de nom­breuses traces de mon enthou­siasme pour cet homme bon, sur l’an­cien blog, où j’en parle depuis qua­si­ment dix ans.

L’in­fa­ti­gable Benoît vient de fabri­quer une courte vidéo qui asso­cie la lec­ture d’un pro­pos magni­fique à notre idée uni­ver­selle de virus démo­cra­tiques. Ça nous fait un nou­veau bel objet de conta­mi­na­tion démocratique.

httpv://youtu.be/v1GJfK6IJIg

 
« Je connais un cer­tain nombre de bons esprits qui essaient de défi­nir la Démo­cra­tie. J’y ai tra­vaillé sou­vent, et sans arri­ver à dire autre chose que des pau­vre­tés, qui, bien plus, ne résistent pas à une sévère cri­tique. Par exemple celui qui défi­ni­rait la démo­cra­tie par l’é­ga­li­té des droits et des charges la défi­ni­rait assez mal ; car je conçois une monar­chie qui assu­re­rait cette éga­li­té entre les citoyens ; on peut même ima­gi­ner une tyran­nie fort rigou­reuse, qui main­tien­drait l’é­ga­li­té des droits et des charges pour tous, les charges étant très lourdes pour tous, et les droits fort res­treints. Si la liber­té de pen­ser, par exemple, n’exis­tait pour per­sonne, ce serait encore une espèce d’é­ga­li­té. Il fau­drait donc dire que la Démo­cra­tie serait l’A­nar­chie. Or je ne crois pas que la Démo­cra­tie soit conce­vable sans lois, sans gou­ver­ne­ment, c’est-à-dire sans quelque limite à la liber­té de cha­cun ; un tel sys­tème, sans gou­ver­ne­ment, ne convien­drait qu’à des sages. Et qui est-ce qui est sage ?

Même le suf­frage uni­ver­sel ne défi­nit point la Démo­cra­tie.. Quand le pape, infaillible et irres­pon­sable, serait élu au suf­frage uni­ver­sel, l’É­glise ne serait pas démo­cra­tique par cela seul. Un tyran peut être élu au suf­frage uni­ver­sel, et n’être pas moins tyran pour cela. Ce qui importe, ce n’est pas l’o­ri­gine des pou­voirs, c’est le contrôle conti­nu et effi­cace que les gou­ver­nés exercent sur les gouvernants.

Ces remarques m’ont conduit à pen­ser que la Démo­cra­tie n’existe point par elle-même. Et je crois bien que dans toute consti­tu­tion il y a de la monar­chie, de l’o­li­gar­chie, de la démo­cra­tie, mais plus ou moins équilibrées.

L’exé­cu­tif est monar­chique néces­sai­re­ment. Il faut tou­jours, dans l’ac­tion, qu’un homme dirige ; car l’ac­tion ne peut se régler d’a­vance ; l’ac­tion c’est comme une bataille ; chaque détour du che­min veut une décision.

Le légis­la­tif, qui com­prend sans doute l’ad­mi­nis­tra­tif, est oli­gar­chique néces­sai­re­ment ; car, pour régler quelque orga­ni­sa­tion, il faut des savants, juristes ou ingé­nieurs, qui tra­vaillent par petits groupes dans leur spé­cia­li­té. Plus la socié­té sera com­pli­quée, et plus cette néces­si­té se fera sen­tir. Par exemple, pour contrô­ler les assu­rances et les mutua­li­tés, il faut savoir ; pour éta­blir des impôts équi­tables, il faut savoir ; pour légi­fé­rer sur les conta­gions, il faut savoir.

Où est donc la Démo­cra­tie, sinon dans ce troi­sième pou­voir que la Science Poli­tique n’a point défi­ni, et que j’ap­pelle le Contrô­leur ? Ce n’est autre chose que le pou­voir, conti­nuel­le­ment effi­cace, de dépo­ser les Rois et les Spé­cia­listes à la minute, s’ils ne conduisent pas les affaires selon l’in­té­rêt du plus grand nombre. Ce pou­voir s’est long­temps exer­cé par révo­lu­tions et bar­ri­cades. Aujourd’­hui, c’est par l’In­ter­pel­la­tion qu’il s’exerce. La Démo­cra­tie serait, à ce compte, un effort per­pé­tuel des gou­ver­nés contre les abus du pou­voir. Et, comme il y a, dans un indi­vi­du sain, nutri­tion, éli­mi­na­tion, repro­duc­tion, dans un juste équi­libre, ain­si il y aurait dans une socié­té saine : Monar­chie, Oli­gar­chie, Démo­cra­tie, dans un juste équilibre. »

Alain, 12 juillet 1910.

_____
Source : UCAQ : Alain, Élé­ments d’une doc­trine radi­cale (1925)

(Nota : pour imprimer en France les documents Word publiés par le site UCAQ, pensez à changer la Mise en page : il faut passer du format papier « Lettre US (215,9 x 279,4 mm) » au format « A4 ».)

Alain en classe

Rendez-vous à Livron (Drôme) vendredi prochain, 20h30 : pour en finir avec les prétendues « crises », la formidable idée des citoyens constituants

Salut à tous, bande de virus, pré­sents et à venir 🙂

Après Bor­deaux et Anne­cy, voi­ci une nou­velle occa­sion de nous ren­con­trer en chair et en os, et de faire fonc­tion­ner notre cer­veau collectif :

Ren­­dez-vous cette fois à l’Hô­tel de Ville de Livron, près de Valence, ven­dre­di 24 octobre 2014, à 20h30 :

http://​ensemble​-livron​.per​so​.sfr​.fr/​i​n​d​e​x​.​htm

La soi­rée devrait se pas­ser dans la Salle Signo­ret (Espace Culturel).

Pas d’a­te­liers consti­tuants cette fois (faute de temps), mais un débat libre, entre nous.

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

Sug­ges­tion (indi­ca­tive) de thèmes à abor­der ensemble :

Votre avidité nuit à l'économie !

Rue Henri Guillemin

Pour votre sécurité...

Ateliers constituants

Anselme Bellegarrigue : « Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Eh bien ! Vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. »

Bellegarriguehttp://​www​.panar​chy​.org/​b​e​l​l​e​g​a​r​r​i​g​u​e​/​m​a​n​i​f​e​s​t​o​.​h​tml

Anselme Bel­le­gar­rigue
Cita­tions :

• Il n’est, en véri­té, pires contre-révo­­lu­­tion­­naires que les révo­lu­tion­naires ; car il n’est pires citoyens que les envieux.

• Le pou­voir ne pos­sède que ce qu’il prend au peuple, et pour que les citoyens en soient venus à croire qu’ils devaient com­men­cer par don­ner ce qu’ils pos­sèdent pour arri­ver au bien-être, il faut que leur bon sens ait subi une pro­fonde perturbation.

• C’est quand l’au­to­ri­té de cha­cun est égale à celle de tous que l’é­qui­libre social se trouve for­cé­ment acquis.

• Un peuple qui fait ses affaires est un peuple qui se gou­verne, et un peuple qui se gou­verne abroge, par ce seul fait, et frappe de désué­tude tout le fatras légis­la­tif dont l’a­gi­ta­tion popu­laire avait, bien plus que le génie des hommes d’É­tat, favo­ri­sé la conception.

• La Révo­lu­tion c’est le flux des inté­rêts : nul ne peut repré­sen­ter les inté­rêts, ils sont repré­sen­tés par eux-mêmes. La force d’in­ten­si­té de leur per­sé­vé­rante et calme mani­fes­ta­tion est la seule force révo­lu­tion­naire rai­son­nable et possible.

• On ne peut pas être maître de répar­tir la richesse sans s’être fait préa­la­ble­ment maître de la richesse ; la répar­ti­tion c’est donc tout d’a­bord le monopole

• Si cela s’appelle un métier que de gou­ver­ner, je demande à voir les pro­duits de ce métier, et si ces pro­duits ne sont pas à ma conve­nance, je déclare que me for­cer à les consom­mer est le plus étrange abus d’autorité qu’un homme puisse exer­cer sur un autre homme. Il est vrai que cet abus s’exerce par la force et que c’est moi qui entre­tiens, de mes deniers, cette force dont je me plains. Cela consi­dé­ré, je me replie sur moi-même et je recon­nais qu’en même temps que je suis une vic­time, je suis un sot aus­si. Mais ma sot­tise tient à mon iso­le­ment, et c’est pour cela que je dis à mes conci­toyens : Redres­sons la tête ; n’ayons confiance qu’en nous-mêmes ; disons : que la liber­té soit, et la liber­té sera.

• Mais on dit que la liber­té sans frein est mena­çante. Qui donc menace-t-elle ? Qui donc doit craindre le cour­sier indomp­té, si ce n’est celui qui le dompte ? Qui donc a peur devant l’avalanche, si ce n’est celui qui veut l’arrêter ? Qui donc tremble devant la liber­té, si ce n’est la tyran­nie ? La liber­té mena­çante… c’est le contraire qu’il fau­drait dire. Ce qui effraye en elle c’est le bruit de ses fers. Dès qu’elle les a rom­pus, elle n’est plus tumul­tueuse ; elle est calme et sage.

• Le gou­ver­ne­ment n’est pas un fait, il n’est qu’une fic­tion. Le fait immuable et éter­nel, c’est le peuple.

Je dois dire que lire Bel­le­gar­rigue, ça décape les tuyaux qui pensent.

Edwy Plenel à son tour, cherchant ce qu’est la vraie démocratie, défend le tirage au sort et un processus constituant populaire

Edwy Plenel

Les rai­sons d’être content conti­nuent à ger­mer un peu partout.

Cette fois, c’est Edwy Ple­nel qui défend le tirage au sort en poli­tique, le vrai suf­frage uni­ver­sel (voter nous-mêmes nos lois) et l’ins­ti­tu­tion ima­gi­naire de notre propre socié­té, dans cette magni­fique confé­rence sur la Démo­cra­tie à l’U­ni­ver­si­té Popu­laire de Lyon :

httpv://youtu.be/DYNm8BDEpKA

Mer­ci Edwy.
C’est du vrai jour­na­lisme, ça.
Ça me fait pen­ser à notre cher Guille­min. Mer­ci.

 
Chers virus, il fau­drait iso­ler (dans de courtes vidéos) :

• Les minutes 10′ et sui­vantes sur la défi­ni­tion de la démo­cra­tie : le régime où n’im­porte qui peut gouverner.

• les minutes 20’55 et sui­vantes sur les véri­tés d’o­pi­nion et les véri­tés de fait.

• les minutes 37′ et sui­vantes où Marc Bloch dénonce les pré­ten­dus « démo­crates » qui reprochent d’être aveugle au peuple à qui ils ont eux-mêmes cre­vé les yeux (en le désinformant).

• Et sur­tout les minutes 51′45″ et sui­vantes sur le tirage au sort (de ser­vi­teurs), pré­fé­rable à l’é­lec­tion (de maîtres).

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Edwy Ple­nel a mani­fes­te­ment été bou­le­ver­sé par le livre épa­tant de David Van Rey­brouck, « Contre les élec­tions ».
(Voir aus­si cette page.)

David et moi avions pas­sé, autour du tirage au sort en poli­tique, une soi­rée for­mi­dable, pleine d’en­sei­gne­ments, incroya­ble­ment cha­leu­reuse et fra­ter­nelle, à Bruxelles.

C’est une grande joie de voir enfin, après presque dix ans de tra­ver­sée du désert, cette idée puis­sante, éman­ci­pa­trice, pro­met­teuse, enfin ger­mer dans les meilleurs esprits. 

On va peut-être se sor­tir du pétrin.

Mais faut pas traîner.
Faites passer.
Et n’ou­bliez pas d’or­ga­ni­ser et d’a­ni­mer, tous les jours et un peu par­tout, des mini-ate­­liers consti­tuants, ultra conta­gieux (invi­tez vos voi­sins). Il n’y a QUE NOUS pour don­ner de la force à cette idée : la solu­tion ne vien­dra pas des autres, et jamais de « élus » (!), il faut chan­ger vous-même, il faut deve­nir (au moins un peu) consti­tuant ; per­son­nel­le­ment ; réellement.
Allez, faites passer.

Mer­ci à tous, mer­ci pour tout ce que vous faites, et mer­ci pour tous ces mails très émou­vants qui arrivent tous les jours à la maison.

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

Tirage au sort en politique : Jacques Testart, Yves Sintomer et Étienne Chouard y travaillent, et enfin en discutent :o)

Ah ! Encore une rai­son d’être content ce matin.
(À part le fait que ce site va pas­ser la barre des 5 mil­lions de visites dans quelques minutes 😐 )

Voi­là des années que j’at­tends la vidéo de cette rencontre.
Dans le cadre du tour­nage du film « J’ai pas voté », quelques jeunes gens bien toniques ont réuni dans la même pièce, avec des camé­ras et un peu de temps au calme, les trois per­sonnes qui sont, que je sache, les plus actives en France pour défendre l’i­dée du tirage au sort en poli­tique : Jacques Tes­tart, Yves Sin­to­mer et moi. Moi qui m’a­li­mente de leur tra­vail et qui uti­lise leurs ana­lyses sans arrêt en ren­fort de mes propres thèses, vous ima­gi­nez comme j’é­tais heu­reux de les rencontrer.
Ce fut effec­ti­ve­ment un moment intense et utile, je crois. 

Voi­ci le pré­cieux témoi­gnage de cette rencontre : 

httpv://youtu.be/xiDpyNtasGQ

J’ai le sou­ve­nir très net d’a­voir inter­pel­lé Yves pré­ci­sé­ment sur la prio­ri­té abso­lue de la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, cause pre­mière des vices ou des ver­tus de toutes les ins­ti­tu­tions, et donc sur la toute pre­mière uti­li­sa­tion du TAS qui devrait être celui de l’As­sem­blée consti­tuante. Mais cet échange-là n’a appa­rem­ment pas pas­sé le cap du mon­tage. Dom­mage. On recommencera 😐

Un bon moment, au calme.
Utile pour que gran­disse la confiance popu­laire dans la seule pro­cé­dure démo­cra­tique digne de ce nom.
Faites passer.

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Rap­pel :

• J’ai signa­lé le tra­vail (pas­sion­nant) de Jacques Tes­tart dans ce billet .

• J’ai signa­lé le tra­vail (pas­sion­nant) d’Yves Sin­to­mer , , et .
Yves Sintomer

De mon point de vue, ces deux per­sonnes comptent beau­coup dans la pos­si­bi­li­té d’une alter­na­tive authen­ti­que­ment démo­cra­tique en France.

Mer­ci à eux pour tout ce qu’ils font, les GV leur doivent beaucoup.

Étienne.

Bonne nouvelle ! Jacques Généreux (Parti de Gauche) défend l’idée d’un processus constituant populaire et du tirage au sort en politique !

Je suis tout content : un éco­no­miste — ou plu­tôt un phi­lo­sophe huma­niste — que j’aime beau­coup, Jacques Géné­reux, défend (enfin) les idées qui sont pour moi les plus importantes.

Nous avions dîné ensemble il y a quelques années, j’a­vais expo­sé mes thèses au feu de sa cri­tique, une soi­rée sti­mu­lante, et il m’a­vait sem­blé que rien ne se pas­sait depuis ; ça me déses­pé­rait lit­té­ra­le­ment, de voir ain­si les intel­lec­tuels à mon sens les plus admi­rables res­ter un sol sec pour des graines d’i­dées que je trou­vais essentielles.

Et puis, 6 ou 7 ans plus tard, voi­là cet entre­tien, enfin… Vous allez voir, ça monte en puis­sance dou­ce­ment, mais à par­tir de la minute 15 envi­ron, c’est un vrai feu d’ar­ti­fice de gen­tils virus… Notre cer­veau col­lec­tif compte un nou­veau GV 🙂

Donc, je suis content.

httpv://youtu.be/7LbXhfWDIjw

——————–

Rap­pels : Jacques Géné­reux a écrit de nom­breux livres, très agréables à lire et très ins­truc­tifs, mais je vou­drais vous en recom­man­der par­ti­cu­liè­re­ment deux, que je trouve dura­ble­ment importants : 

« Les vraies lois de l’économie » :

« La Dis­so­cié­té » : de l’im­por­tance pour nous tous des liens qui libèrent (expres­sion magni­fique). Un livre passionnant :

Je vous avais par­lé de ce livre en 2007.

J’a­vais aus­si beau­coup aimé « Pour­quoi la droite est dan­ge­reuse », et je vous en avais par­lé .

Mer­ci aux jeunes gens du Cercle des volon­taires, pour cet entre­tien ravi­go­tant (et pour le clin d’oeil à la fin).

Il se passe plein de trucs impor­tants du côté du Par­ti de Gauche, non ?
Ça germe…

ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

Ana vient de signa­ler l’i­dée d’une « heli­cop­ter money » :

« Une banque cen­trale qui dis­tri­bue de l’argent « gra­tui­te­ment » aux citoyens d’un État dans le but de relan­cer la demande, c’est pos­sible ? Et bien en théo­rie oui, et c’est cela qui est évo­qué par cer­tains éco­no­mistes à tra­vers l’expression « heli­cop­ter money »

Je rap­pelle que je défends ici depuis de nom­breuses années la thèse for­mi­dable de Jean-Mar­­cel Jean­ne­ney (cher­cher ce mot sur les moteurs du site), qui, contre l’ab­surde et cri­mi­nel chô­mage, sug­gé­rait (et argu­men­tait puis­sam­ment pour) que, pério­di­que­ment, l’É­tat injecte 200 € par per­sonne phy­sique de mon­naie publique per­ma­nente et gra­tuite (des billets, quoi ; et donc SURTOUT PAS de la fausse mon­naie de banque com­mer­ciale, détes­table mon­naie pri­vée, endet­tante, éphé­mère, rui­neuse et alié­nante), Jean­ne­ney qui sug­gé­rait brillam­ment, donc, que l’É­tat verse régu­liè­re­ment des billets de banque (ou des bons d’a­chat de biens et ser­vices fran­çais) direc­te­ment dans la poche des gens et donc SURTOUT SANS PASSER PAR LES BANQUES, autant de fois qu’il le fau­drait (tous les six mois par exemple, jus­qu’à ce qu’on observe un peu d’in­fla­tion sup­plé­men­taire, auquel cas on atten­drait un peu pour recom­men­cer… etc.).

Voyez par exemple (une des pre­mières fois où j’en parle ici, en mai 2007) : 

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​0​7​/​0​5​/​0​1​/​7​2​–​n​o​n​–​c​e​–​n​–​e​s​t​–​p​a​s​–​t​r​o​p​–​c​h​e​r​–​l​e​–​f​i​n​a​n​c​e​m​e​n​t​–​d​e​s​–​b​e​s​o​i​n​s​–​c​o​l​l​e​c​t​i​f​s​–​e​s​t​–​r​e​n​d​u​–​s​c​i​e​m​m​e​n​t​–​r​u​i​n​e​u​x​#​c​1​640

Ou encore :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​L​i​e​n​s​_​e​n​_​t​o​t​a​l​i​t​e​.​pdf
(cher­cher Jean­ne­ney, dans cet océan de liens)

Mais voyez sur­tout (cette publi­ca­tion essen­tielle, à mes yeux) : 

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​p​i​d​=​5​8​7​5​#​p​5​875
et
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​p​i​d​=​5​8​7​6​#​p​5​876
et
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​p​i​d​=​5​8​7​7​#​p​5​877 :

dont voi­ci l’in­tro, mais vous devriez lire la suite.
Vous ne le regret­te­rez pas, c’est une bombe (dans le sys­tème de domi­na­tion actuel).

ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ?

Des nou­velles de mes par­ti­ci­pa­tions récentes sur le blog de Paul Jorion (suite)

Chers amis,

Ne ratez pas cet échange, j’y signale une idée for­mi­dable de Jean-Mar­­cel Jean­ne­ney, extrê­me­ment bien argumentée.

Il faut prendre le temps de lire ça :

nadine dit :
21 décembre 2008 à 23:06

Étienne,

Si vous pen­sez que la planche à billet est un faux pro­blème c’est votre droit, mais si vous avez le temps allez pas­ser quelques jours au Zim­babwe et regar­dez les dégâts que peut faire la planche à billet !

Après, on redis­cu­te­ra du pro­blème si vous voulez.

Bonne soirée. 

Étienne Chouard dit :
27 décembre 2008 à 02:05

ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 12

Nadine,

Je réponds tar­di­ve­ment à votre mes­sage du 21 décembre (23h06), par­­don­­nez-moi, mais cette réponse fut assez longue à pré­pa­rer, vous com­pren­drez pourquoi.
_______________________

Ce n’est peut-être qu’une appa­rence, mais vous sem­blez rai­son­ner de façon mani­chéenne : pour vous, c’est appa­rem­ment tout ou rien, et votre exemple du Zim­babwe me fait pen­ser à un épouvantail :

Rap­pel : les épou­van­tails conduisent les moi­neaux à renon­cer eux-mêmes à leur propre inté­rêt, en les effrayant par un mythe, une appa­rence trom­peuse de dan­ger simulé.

Pour­tant, d’après moi, le monde n’est pas noir ou blanc : en matière moné­taire, je vous invite à vous affran­chir des idées reçues sur la planche à billets car le choix ne se limite peut-être pas à ces deux extrêmes :

« Pas de planche à billets du tout pour l’État »
(et le corps social s’endette et s’as­phyxie faute de mon­naie PERMANENTE ET GRATUITE en suffisance)

OU

« planche à billet à gogo pour l’État »
(et la mon­naie s’ef­fondre par perte de confiance à cause d’excès insupportables).

Ce serait bien, entre nous, de pou­voir envi­sa­ger d’autres situa­tions que des caricatures.

Devant la déroute criante et hon­teuse des théo­ries ortho­doxes (ce qu’on appelle de façon trom­peuse la théo­rie éco­no­mique « stan­dard »), nous devrions pou­voir exa­mi­ner ici, ensemble, des idées hété­ro­doxes, serei­ne­ment, sans catas­tro­phisme, en cher­chant des pal­lia­tifs aux objec­tions éven­tuelles, au lieu de tout reje­ter en bloc à par­tir de peurs exa­gé­rées, exa­gé­rées au point de res­sem­bler à des superstitions.

Par exemple, ne pour­­rions-nous pas étu­dier cette pro­po­si­tion de REFLATION, où la Banque Cen­trale injec­te­rait empi­ri­que­ment (par touches suc­ces­sives) des quan­ti­tés impor­tantes mais rai­son­nables de mon­naie per­ma­nente : 300 € par per­sonne sans condi­tion et puis on voit ce que ça donne en termes d’in­fla­tion : si tout reste calme, on recom­mence ; si l’in­fla­tion devient un peu trop forte, on arrête un moment, etc.

C’est une pro­po­si­tion que je trouve fort sédui­sante de Jean-Mar­­cel Jean­ne­ney — pas vrai­ment sus­pect de pul­sions gau­chistes, pas vrai­ment un rêveur irres­pon­sable non plus smile — dans son livre « Écoute la France qui gronde », éd. Arléa, 1996.

Voi­ci quelques pas­sages pas­sion­nants de ce livre sti­mu­lant. Vous note­rez la des­crip­tion méti­cu­leuse de la défla­tion (qui nous pend au nez si on laisse s’endetter tout le corps social au lieu de créer la mon­naie per­ma­nente qui nous manque), ain­si que l’importance qu’il donne aux indi­ca­teurs de masse moné­taire et de flux nets de capi­taux pour com­prendre l’expansion et la récession :

Extrait : « Écoute la France qui gronde », de Jean-Mar­­cel Jean­ne­ney, (Arléa, 1996). Uni­ver­si­taire, ministre de l’In­dus­trie, ambas­sa­deur de France en Algé­rie, puis ministre des Affaires sociales et enfin ministre d’É­tat sous la pré­si­dence du géné­ral de Gaulle, Jean-Mar­­cel Jean­ne­ney a plus tard créé et pré­si­dé l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE).

Lire la suite (c’est vrai­ment très impor­tant)… http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​p​i​d​=​5​8​7​5​#​p​5​875

Remar­quez… un gen­til virus (bien entraî­né) me dira tout de suite que « tout ça c’est bien gen­til, mais tant que nous n’a­vons pas de Consti­tu­tion digne de ce nom et tant que nos pré­ten­dus « repré­sen­tants » obéissent ser­vi­le­ment aux banques pri­vées qui les font élire et réélire, cette solu­tion tech­nique (pour­tant scan­da­leu­se­ment facile et pro­met­teuse) n’a AUCUNE CHANCE d’advenir. »

Effec­ti­ve­ment. Donc, la prio­ri­té des prio­ri­tés reste bien de mul­ti­plier les mini ate­liers consti­tuants popu­laires, auto­nomes et ultra conta­gieux, pour nous auto-for­­mer à écrire nous-mêmes, en adultes poli­tiques, les prin­ci­paux articles de la Consti­tu­tion qui nous manque.

Bon cou­rage à tous.
Faites passer.

Étienne.

Judith Bernard : « Le tirage au sort : un rendez-vous historique à ne pas manquer ! »

Magni­fique Judith.

Comme elle fait bien gran­dir cette belle plante, importante.

C’est une chance qu’elle soit là avec nous, ici et maintenant.

Voi­ci son nou­vel appel, enthousiasmant :

Le tirage au sort : un rendez-vous historique à ne pas manquer

Il se passe quelque chose. En France, en ce moment, enfin. Le Mou­ve­ment pour la 6ème Répu­blique, dont je suis signa­taire, a recueilli plus de 45 000 signa­tures à l’heure où j’écris ces lignes. C’est bien plus que les mili­tants du par­ti auquel appar­tient son ins­ti­ga­teur, Jean-Luc Mélen­chon. Se pro­duit donc ce qu’on pou­vait pré­voir et espé­rer : ce mou­ve­ment ne sera pas un énième bidule poli­ti­cien propre à som­brer dans le nau­frage élec­to­ral qui nous déses­père ; il est dès les pre­miers jours inves­ti en masse par des citoyens sou­cieux de se réap­pro­prier la sou­ve­rai­ne­té poli­tique dont ils s’estiment dépossédés.

Par­mi eux, de plus en plus font valoir les ver­tus du tirage au sort comme pro­cé­dure de dési­gna­tion des Consti­tuants qui seraient appe­lés à pro­duire les règles ins­ti­tu­tion­nelles de la 6ème Répu­blique. Je suis de ceux-là, et je l’ai fait savoir dès les pre­miers jours, dans ma décla­ra­tion d’adhésion au m6r (http://​www​.m6r​.fr/​2​0​1​4​/​1​0​/​s​o​u​v​e​r​a​i​n​e​t​e​–​d​u​–​p​e​u​p​l​e​–​c​o​n​t​r​e​–​s​o​u​v​e​r​a​i​n​e​t​e​–​d​u​–​c​a​p​i​t​al/) ; Jean-Luc Mélen­chon a admis d’emblée que le débat sur la ques­tion devait être ouvert dans le mouvement.

Depuis, la polé­mique fait rage dans les réseaux sociaux, entre détrac­teurs et défen­seurs du tirage au sort. C’est en cela, déjà, qu’il se passe quelque chose : on retrouve un débat à haute teneur poli­tique, ani­mant les fils de dis­cus­sion des blogs ou de Face­book, d’une spec­ta­cu­laire inten­si­té… Comme en 2005. Année déci­sive, où la socié­té s’était empa­rée du débat sur le Trai­té Consti­tu­tion­nel Euro­péen, où de « simples citoyens » s’étaient pro­cu­ré le texte du pro­jet de TCE, l’avaient lu et étu­dié, avaient consul­té les juristes, les éco­no­mistes et qui bon leur sem­blait, là où on pou­vait les inter­pel­ler – sur la Toile – et en avaient conclu qu’il fal­lait refu­ser le TCE. Le peuple fran­çais avait voté « non », en dépit d’une machine média­tique puis­sante au ser­vice du « oui ». Puis les gou­ver­nants confis­quèrent la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, et impo­sèrent le Trai­té de Lisbonne.

Mais quelque chose était adve­nu, pour­tant, que plus rien ne pour­rait défaire : le peuple avait conquis son auto­no­mie de juge­ment, s’était esti­mé capable de déli­bé­rer et d’arbitrer sur une com­plexe ques­tion ins­ti­tu­tion­nelle ; indé­pen­dam­ment de la pseu­­do-exper­­tise dont les édi­to­crates inon­daient les médias, le peuple avait pro­duit une ana­lyse per­ti­nente et fon­dée, et récu­sé la pro­po­si­tion ins­ti­tu­tion­nelle qui lui était faite – la marche à la fois désas­treuse et auto­ri­taire des ins­ti­tu­tions euro­péennes orga­ni­sées par ce Trai­té prouve que la mul­ti­tude ne s’était pas trompée.

Ce qui est adve­nu alors ne s’est pas défait depuis. Ce qui a com­men­cé, c’est un pro­ces­sus de sub­jec­ti­va­tion : celui par lequel la mul­ti­tude prend conscience de sa puis­sance de juge­ment, de sa légi­ti­mi­té à arbi­trer le des­tin com­mun… et de sa dépos­ses­sion objec­tive par des ins­ti­tu­tions qui per­mettent aux élus de tra­hir les élec­teurs qui les ont por­tés au pou­voir. Les citoyens ont chan­gé de sta­tut ; d’objets qu’ils étaient, assu­jet­tis à des poli­tiques indif­fé­rentes au bien com­mun, ils sont deve­nus des sujets : concer­nés par la chose com­mune, esti­mant avoir voix au cha­pitre et autant de lumières pour juger de l’intérêt géné­ral que les élites qui les condam­naient avec constance au marasme éco­no­mique et social.

Le peuple fran­çais n’a d’ailleurs pas le mérite exclu­sif de ce pro­ces­sus de sub­jec­ti­va­tion poli­tique – ni non plus la souf­france exclu­sive de se le voir dénié : c’est un mou­ve­ment pla­né­taire, un ren­­dez-vous his­to­rique, que l’année 2011 a ren­du par­ti­cu­liè­re­ment mani­feste : Prin­temps arabe, mou­ve­ment Occu­py Wall Street, Indi­gna­dos, Prin­temps d’Erable… En d’innombrables points du globe, le même phé­no­mène est appa­ru : des foules se mobi­li­saient et exi­geaient que la démo­cra­tie, ce beau prin­cipe, se réa­lise en effet – que le peuple soit concrè­te­ment recon­nu dans sa digni­té et sa sou­ve­rai­ne­té, par des poli­tiques réel­le­ment sou­cieuses de l’intérêt géné­ral. Au-delà des évi­dentes dif­fé­rences locales, consi­dé­rables et sur les­quelles il n’y a pas lieu de s’étendre ici, un point com­mun émerge, puis­sam­ment ins­truc­tif : ces mou­ve­ments sont tous nés en dehors des par­tis, loin des ins­ti­tu­tions poli­tiques tra­di­tion­nelles, que pour la plu­part ils récu­saient1.

La mul­ti­tude est entrée dans LE poli­tique, en contes­tant les formes anciennes de LA poli­tique. Et c’est ce qui se passe en ce moment dans le m6r, et c’est en cela qu’il se passe quelque chose – en France, en ce moment, enfin.

Et comme les Fran­çais ne font rien comme les autres, et qu’en matière poli­tique ils ne détestent pas expé­ri­men­ter des choses nou­velles, nous voi­ci embar­qués dans une situa­tion tout à fait inédite et pas­sion­nante : le m6r, lan­cé par un poli­ti­cien tout ce qu’il y a de plus pro­fes­sion­nel (Jean-Luc Mélen­chon), sui­vi par nombre de ses mili­tants (du Par­ti de Gauche, d’Ensemble…) pro­cède en par­tie de LA poli­tique ; il s’agit de consti­tuer une force poli­tique qui puisse être can­di­date à l’élection pré­si­den­tielle de 2017, sur la base d’un pro­gramme expli­cite – convo­quer une consti­tuante, édi­fier la 6ème Répu­blique. Mais, offert à la mul­ti­tude comme un mou­ve­ment et non comme un par­ti, dis­po­nible aux pro­po­si­tions de ses membres et ne se fixant pas de ligne idéo­lo­gique ni métho­do­lo­gique préa­lable, il est en posi­tion d’être inves­ti par LE poli­tique : tout ce peuple arri­vant du dehors des ins­ti­tu­tions et des par­tis, qui s’engouffre et réclame une autre manière de faire de LA politique.

Alors évi­dem­ment, il y a des fric­tions. La polé­mique sur le tirage au sort se situe exac­te­ment sur cette ligne de frac­ture, entre pro­fes­sion­nels de la poli­tique et non pro­fes­sion­nels, entre par­ti­sans des méthodes poli­tiques tra­di­tion­nelles et défen­seurs d’un autre para­digme. Exac­te­ment à l’endroit où LE poli­tique et LA poli­tique s’efforcent – avec peine – de s’articuler ensemble. Nul ne sait ce qui res­sor­ti­ra de cette fric­tion, ni si nous par­vien­drons à sur­mon­ter les vives résis­tances qui se font entendre de part et d’autre. Il me semble pour­tant que le jeu en vaut la chan­delle, que les cir­cons­tances sont favo­rables, et que l’heure est venue.

Pour ce qui me concerne, comme je l’ai dit, je suis de ceux qui croient néces­saire de chan­ger de para­digme, et de bou­le­ver­ser la règle du jeu dès la convo­ca­tion de la Consti­tuante, en intro­dui­sant du tirage au sort pour une majo­ri­té, voire la tota­li­té, des Consti­tuants. Notre pro­po­si­tion sus­cite chez les par­ti­sans de la poli­tique tra­di­tion­nelle beau­coup d’effarement et d’exaspération – ce que je com­prends fort bien mais sur quoi je ne peux pas faire grand chose ; nous sommes là dans un régime pas­sion­nel peu pro­pice à l’analyse ration­nelle. On nous oppose aus­si des argu­ments inté­res­sants, et à ceux-là je sou­haite répondre ; car ce qui se joue dans cette affaire, au delà des affects qui enve­niment les échanges, c’est un débat de phi­lo­so­phie poli­tique exi­geant auquel nous ne pou­vons pas nous dérober.

On nous oppose par exemple le pro­blème de la lutte des classes (dont le tirage au sort nie­rait l’existence) ou de la conscience de classe (dont les tirés au sort seraient dépour­vus). Pos­tu­ler aujourd’hui qu’il n’y a pas de conscience de classe spon­ta­née, c’est igno­rer le fait his­to­rique que j’ai rap­pe­lé pré­cé­dem­ment : l’émergence du poli­tique, en dehors des par­tis et des ins­ti­tu­tions. Les mobi­li­sés d’Occupy Wall Street, les Indi­gna­dos du 15 de Mayo, tous les indi­vi­dus qui se sont enga­gés dans des mou­ve­ments sociaux exi­geant dans la forme et dans le fond la démo­cra­tie réelle, n’ont pas atten­du d’être for­més (et encore moins repré­sen­tés) par des par­tis pour com­prendre où étaient les inté­rêts qui les oppri­maient, et quels étaient les inté­rêts qu’ils avaient à leur opposer.

Le fonc­tion­ne­ment oli­gar­chique des « démo­cra­ties » contem­po­raines est de toute façon deve­nu si spec­ta­cu­laire qu’il suf­fit désor­mais d’être un citoyen quel­conque pour s’éprouver comme dépos­sé­dé d’une sou­ve­rai­ne­té visi­ble­ment déte­nue par une toute petite, mais très puis­sante, classe d’intérêts : celle du capi­tal. Qu’on appelle cela les « 1% », les « ultra-riches », ou « le capi­tal », l’analyse ne change fina­le­ment guère : cha­cun constate que les arbi­trages poli­tiques et ins­ti­tu­tion­nels se font tou­jours en faveur d’une petite classe domi­nante, et au mépris de l’intérêt des peuples. Pro­po­ser le tirage au sort, ce n’est pas nier la lutte des classes : c’est au contraire en prendre acte, consi­dé­rer qu’elle a lieu en effet, jusque dans les cam­pagnes élec­to­rales, les pro­cé­dures de dési­gna­tion des repré­sen­tants et les arbi­trages ren­dus par le corps poli­tique. C’est consi­dé­rer les ins­ti­tu­tions poli­tiques contem­po­raines à l’aune de ce que disait War­ren Buf­fet, par­lant au nom des ultra-riches dont il fait par­tie : « la lutte des classes existe, et c’est nous qui l’avons gagnée ». Oui : jusqu’ici ils l’ont gagnée en effet, les ins­ti­tu­tions poli­tiques contem­po­raines sont façon­nées en faveur de cette classe, et c’est pré­ci­sé­ment ce qu’il faut abro­ger. De cela, de plus en plus de citoyens sont par­fai­te­ment conscients.

Certes, tout le monde n’a pas dor­mi dans un duvet avec les Indi­gnés à la Défense, et la plu­part des gens se tiennent à dis­tance de ces actions poli­tiques éprou­vantes, coû­teuses en temps, en éner­gie, en espoir, même. Mais ceux qui res­tent chez eux ne sont évi­dem­ment pas indif­fé­rents ; lorsqu’ils s’abstiennent de voter, ça ne veut pas dire qu’ils s’abstiennent de pen­ser – loin de là ! -, et ça ne veut sur­tout pas dire qu’ils sont « incom­pé­tents » pour juger du des­tin collectif.

Bien sûr, ils seraient très impres­sion­nés s’ils se voyaient tirés au sort pour déci­der des ins­ti­tu­tions d’un nou­veau régime poli­tique. Moi-même, je serais effrayée par l’ampleur de la tâche, la lour­deur de la res­pon­sa­bi­li­té, la peur de me trom­per. Nous le serions tous. Pour­quoi dès lors faire ce pari redou­table ? Parce que c’est le pari du pro­ces­sus consti­tuant. C’est le prin­cipe de la sub­jec­ti­va­tion poli­tique, appli­qué à l’individu. Qui­conque se voit en situa­tion de devoir réflé­chir sur le des­tin com­mun se hisse à la hau­teur la res­pon­sa­bi­li­té qui lui échoit. La chose s’observe à chaque fois qu’on se donne l’occasion de la faire adve­nir : dans les jurys citoyens, tirés au sort pour des consul­ta­tions spé­ci­fiques ou dans le cadre des jurys d’assises, dans les Etats du monde où le tirage au sort a été uti­li­sé pour convo­quer des Consti­tuantes ou d’autres assem­blées poli­tiques (Islande, Irlande, Onta­rio, Colom­bie Britannique).

Com­ment cela est-il pos­sible ? N’ayant pas été dis­tin­gué par une pro­cé­dure élec­to­rale, le tiré au sort ne s’estime pas meilleur que les autres ; il arrive avec l’humilité de celui que seul le hasard a pro­mu à cette place. Il ne s’éprouve pas non plus repré­sen­tant d’un par­ti dont il aurait à défendre la ligne poli­tique, et encore moins l’image média­tique ; dépouillé de ces effets d’importance ou de spec­tacle, le tiré au sort se pré­sente comme essen­tiel­le­ment dému­ni. Il arrive avec sa seule expé­rience per­son­nelle, son ter­rain pro­fes­sion­nel, son vécu à lui aug­men­té de celui de ses proches, et n’a plus, pour déli­bé­rer et pour arbi­trer, que son intel­li­gence propre : c’est énorme, c’est même la seule chose qui soit indis­pen­sable pour conce­voir des ins­ti­tu­tions poli­tiques ver­tueuses. Il entre dans le débat avec les autres tirés au sort avec la seule arme de l’intelligence – dont je crois comme Jacques Ran­cière2, et comme Jaco­tot avant lui, que nous en dis­po­sons tous à éga­li­té. Si nous ne sommes pas tous éga­le­ment entraî­nés à l’employer et à l’exprimer, le pro­ces­sus consti­tuant offre les condi­tions favo­rables pour ne pas dis­qua­li­fier les moins entraî­nés : il suf­fit d’y appli­quer les règles de la déli­bé­ra­tion qua­li­ta­tive et pro­duc­tive, rela­tives à la prise de parole dans les assem­blées et expé­ri­men­tées intui­ti­ve­ment dans la plu­part des mou­ve­ments de démo­cra­tie réelle.

Le tiré au sort n’a donc pas à deve­nir légis­la­teur « de but en blanc » : il le devient peu à peu, dans le temps du pro­ces­sus consti­tuant. Car on lui donne le temps et les condi­tions d’un débat éclai­ré : les tirés au sort peuvent consul­ter des experts, dis­posent d’un long temps d’examen des ques­tions qu’ils ont à tran­cher, et éla­borent dia­lec­ti­que­ment le pro­duit de leur intel­li­gence col­lec­tive. Bien sûr il n’y aura aucun consen­sus a prio­ri : la dimen­sion dis­sen­suelle de la démo­cra­tie se joue­ra dans ces débats comme ailleurs, et l’arbitrage devra se faire à force de déli­bé­ra­tion et d’argumentation rela­tive à l’intérêt géné­ral – et à celui-là seul.

On nous oppose qu’ils n’auraient aucune res­pon­sa­bi­li­té, puisqu’ils ne seraient man­da­tés par per­sonne, et que la Consti­tu­tion ain­si pro­duite n’aurait aucune légi­ti­mi­té. Outre qu’on voit mal qui­conque se sen­tir « irres­pon­sable » en telle cir­cons­tance – c’est pré­ju­ger très défa­vo­ra­ble­ment des dis­po­si­tions civiques des citoyens à qui on recon­naît pour­tant sans sour­ciller le droit de vote dans le cadre du suf­frage uni­ver­sel, c’est sur­tout mécon­naître les condi­tions dans les­quelles une telle Consti­tuante serait ame­née à tra­vailler : évi­dem­ment, sous le regard du peuple qu’elle repré­sente, sous la forme de la trans­pa­rence des débats (fil­més ou retrans­crits et dif­fu­sés via Inter­net). Et sur­tout, sous la forme de la vali­da­tion (ou non) par voie réfé­ren­daire, de la Consti­tu­tion qu’elle aurait ain­si pro­duite. La pro­cé­dure sup­po­se­rait de sou­mettre le résul­tat du tra­vail de la Consti­tuante article par article, ou module par module, au suf­frage de la nation, par la voie du réfé­ren­dum. On ne sau­rait orga­ni­ser de condi­tions plus favo­rables à la res­pon­sa­bi­li­sa­tion des Consti­tuants que cette sanc­tion in fine par les urnes, et aus­si long­temps qu’il sera néces­saire pour pro­duire une Consti­tu­tion qui obtienne l’assentiment de la nation. On ne sau­rait non plus dis­cu­ter de la légi­ti­mi­té d’une telle Consti­tu­tion, éla­bo­rée sous le regard du peuple, et vali­dée par lui par la sanc­tion des urnes.

Où l’on voit qu’un tel dis­po­si­tif, loin de dépo­li­ti­ser la socié­té, la poli­ti­se­rait au contraire mas­si­ve­ment. Les par­tis poli­tiques ne dis­pa­raissent pas : ils conti­nuent d’animer le débat public sur ce qui leur paraît être l’orientation ins­ti­tu­tion­nelle à pri­vi­lé­gier. Ils jouent ain­si un rôle « consul­ta­tif », et conti­nuent d’exprimer les grandes orien­ta­tions idéo­lo­giques qui ont à se faire entendre. Ils conti­nuent en outre à for­mer les can­di­dats sus­cep­tibles de se pré­sen­ter aux élec­tions que la Consti­tuante aura jugé de bon de main­te­nir dans telle ou telle ins­ti­tu­tion de la 6ème Répu­blique. La mul­ti­tude, quant à elle, n’est pas évin­cée non plus : elle est sus­cep­tible d’observer la tota­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, via la trans­pa­rence des débats, et sur­tout, elle a à se pro­non­cer sur le résul­tat, dans son ensemble ou dans ses par­ties. Si bien que loin de « jeter le bébé avec l’eau du bain » (soit : jeter le vote avec l’élection de repré­sen­tants) le pro­ces­sus consti­tuant par tirage au sort amène le peuple à déli­bé­rer et arbi­trer presque tout le temps ! On ne sup­prime que l’élection des repré­sen­tants (et pour la seule Consti­tuante, encore), on garde évi­dem­ment, et même le plus pos­sible, le vote… pour les lois !

C’est donc jus­te­ment parce que nous croyons dans le poli­tique, et que nous enten­dons l’étendre à l’ensemble de la socié­té, que nous mili­tons pour ce chan­ge­ment de para­digme. C’est, nous semble-t-il, la condi­tion pour faire adve­nir le « peuple sou­ve­rain » qui fonde la démo­cra­tie authen­tique, et que le m6r s’efforce d’édifier. C’est sur­tout, à l’évidence, le moment his­to­rique pour le faire.

Judith Ber­nard.

1 Cf. San­dra Lau­gier et Albert Ogien : Le prin­cipe démo­cra­tie, Enquête sur les nou­velles formes du poli­tique, La décou­verte, 2014.

2 Cf. Jacques Ran­cière : Le Maître igno­rant, cinq leçons sur l’émancipation intel­lec­tuelle, 1987.

Source : http://​lesi​ne​nar​rables​.net/​l​e​–​t​i​r​a​g​e​–​a​u​–​s​o​r​t​–​u​n​–​r​e​n​d​e​z​–​v​o​u​s​–​h​i​s​t​o​r​i​q​u​e​–​a​–​n​e​–​p​a​s​–​m​a​n​q​u​er/

[Mise à jour, 15 octobre 2014 :
Judith a repu­blié son appel sur une autre adresse avec ce commentaire :

« Après quelques mésa­ven­tures, je repu­blie mon texte de la semaine der­nière (mis à jour pour le nombre de signa­taires du m6r). Mésa­ven­tures liées à la pho­to que le blog Les iné­nar­rables avait asso­ciée au texte, et dont le pho­to­graphe nous contes­tait le droit – même reti­rée du blog, la pho­to conti­nuait d’ap­pa­raître chaque fois qu’on pos­tait le lien de l’ar­ticle, ce qui était bien embê­tant et m’a conduite à sup­pri­mer tous les liens rela­tifs à ce papier… Là au moins, pas de pho­to, pas de sou­ci : on peut par­ta­ger tant qu’on veut ! »

• Sur Média­part : http://blogs.mediapart.fr/blog/judith-bernard/151014/le-processus-constituant-un-rendez-vous-historique‑0

• Relayé sur Face­book : https://​www​.face​book​.com/​j​u​d​i​t​h​.​b​e​r​n​a​r​d​.​1​2​/​p​o​s​t​s​/​1​0​2​0​4​3​0​2​6​4​9​4​3​9​324

Étienne.]

Réponses à Clément Sénéchal sur le tirage au sort en politique

Réponses d’Étienne Chouard à Clément Sénéchal,
sur le tirage au sort en politique (7−9 oct. 2014).

Ver­sion pdf de ce texte

Après une pre­mière (courte) contro­verse sur Face­book (pdf), Clé­ment Séné­chal (co-pré­­sident de la com­mis­sion natio­nale du Par­ti de Gauche) a publié un long et viru­lent article contre le tirage au sort et pour le « suf­frage uni­ver­sel » ; je lui réponds ci-des­­sous point par point.

Cette nou­velle contro­verse, avec Clé­ment Séné­chal cette fois, est le troi­sième long échange que je mène sur ce sujet fon­da­men­tal avec un tenant du « gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif » et du « suf­frage uni­ver­sel », après celui vécu avec Raoul Marc Jen­nar et celui vécu avec Fran­çois Asse­li­neau (retrou­vez ces deux longues et impor­tantes polé­miques dans les com­men­taires de ce billet : « Le tirage au sort comme anti­dote poli­ti­que­ment durable contre l’o­li­gar­chie »).

Je com­mente donc ci-des­­sous les argu­ments de Clé­ment, un par un : en noir et entre balises CS /CS, le texte de Clé­ment ; entre cro­chets, en bleu et entre balises [ÉC /ÉC], mes réponses.

Bonne lec­ture.

Étienne Chouard, 9 octobre 2014.

PS : si vous remar­quez des fautes rési­duelles (coquilles, erreurs ou mal­adresses), soyez gentil(le) de m’é­crire pour me les signa­ler ; j’é­tais com­plè­te­ment cre­vé quand j’ai fini ce texte, après 24 h non stop à le pré­pa­rer, le plus soi­gneu­se­ment que j’ai pu, et je manque de cou­rage ce matin pour tout relire à nou­veau comme il faut.

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Réaffirmer le politique : pour une Constituante élue

Contre l’arbitraire du tirage au sort (sic)

Par Clé­ment Séné­chal, 7 octobre 2014.

http://​cle​ment​se​ne​chal​.com/​2​0​1​4​/​1​0​/​0​7​/​r​e​a​f​f​i​r​m​e​r​–​l​e​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​p​o​u​r​–​u​n​e​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​t​e​–​e​l​ue/

Clé­ment Séné­chal (CS) :
Alors qu’un récent son­dage éva­lue à deux tiers la pro­por­tion de Fran­çais jugeant les ins­ti­tu­tions de la Ve Répu­blique dépas­sées, l’approfondissement latent de la crise démo­cra­tique est aujourd’hui indé­niable. Elle peut être appré­hen­dée sous deux angles majeurs : la hausse ten­dan­cielle du taux d’abstention à chaque scru­tin d’une part, et la dyna­mique rela­tive de l’extrême-droite, c’est-à-dire le pen­chant pour une réor­ga­ni­sa­tion réac­tion­naire de la vie en socié­té dou­blée d’une recons­truc­tion du pou­voir poli­tique sous des formes auto­ri­taires d’autre part. D’aucuns obser­ve­ront en outre que les alter­nances du bipar­tisme camouflent mal l’homogénéité et la conti­nui­té d’une même poli­tique, laquelle s’articule qui plus est autour des inté­rêts mino­ri­taires et par­ti­cu­liers des classes domi­nantes, où pou­voirs poli­tique et éco­no­mique sont com­bi­nés à un niveau assez éle­vé pour s’inscrire avec pro­fit dans les struc­tures sociales de la mon­dia­li­sa­tion. /CS

[Étienne Chouard (ÉC) :
Quand vous par­lez de « l’homogénéité et la conti­nui­té d’une même poli­tique, laquelle s’articule qui plus est autour des inté­rêts mino­ri­taires et par­ti­cu­liers des classes domi­nantes », est-ce qu’il est erro­né, selon vous, pour dési­gner ces poli­tiques, de par­ler d’  »extrême droite » (c’est-à-dire de poli­tiques extrê­me­ment nocives au corps social, les plus nocives qui soient en réa­li­té, extrê­me­ment liber­ti­cides et anti­dé­mo­cra­tiques), comme le démon­trait bien Hen­ri Guille­min, dans cette pas­sion­nante confé­rence inti­tu­lée « Le fas­cisme en France ») ?

Il semble que l’ex­pres­sion « extrême droite », comme « fas­ciste », vole bas ces temps-ci, et nous devrions défi­nir pré­ci­sé­ment ce vocable impor­tant, avant que tout le monde n’en soit pein­tu­ré, et qu’il ne serve fina­le­ment plus à rien.

Pour ma part, je suis sur la défi­ni­tion de Guille­min, qui me per­met bien de repé­rer (et de com­battre) effi­ca­ce­ment les pires enne­mis du peuple (les grands pri­vi­lé­giés), sans jamais incri­mi­ner le peuple lui-même.

Il me semble en effet que les idéo­lo­gies qui font du peuple le dan­ger (ce qui arrive aus­si « à gauche ») sont aux anti­podes de la démo­cra­tie, par défi­ni­tion, et pour cela, je les crains. /ÉC]

CS : Lorsque l’on cherche les causes de cette dépos­ses­sion civique du grand nombre, nous pou­vons tour à tour mettre l’accent sur la dis­tri­bu­tion du sys­tème ins­ti­tu­tion­nel et, en France, tenir le pro­cès d’une Ve Répu­blique monar­chiste et ver­ti­cale, ou décryp­ter les évo­lu­tions du capi­ta­lisme mon­dial en étu­diant les réor­don­nan­ce­ments des rap­ports de force socio-éco­­no­­miques, leur impact sur la lutte des classes au niveau tant infra­struc­tu­rel (dans les rap­ports de pro­duc­tion quo­ti­diens) que super­struc­tu­rel (dans l’hégémonie des dis­cours néo­li­bé­raux et les délé­ga­tions de sou­ve­rai­ne­té au capi­tal). Au cœur de la ques­tion démo­cra­tique se pose bien évi­dem­ment le pro­blème du pou­voir et de sa maté­ria­li­té sociale. /CS

[ÉC : Je suis bien d’ac­cord avec vous pour incri­mi­ner « la dis­tri­bu­tion du sys­tème ins­ti­tu­tion­nel » dans la « dépos­ses­sion civique du grand nombre », mais je remonte plus en amont que vous : je ne consi­dère pas que cette mau­vaise dis­tri­bu­tion tombe du ciel comme une fata­li­té ; j’en cherche les causes pre­mières, notam­ment du côté de ceux qui écrivent pré­ci­sé­ment cette mau­vaise « dis­tri­bu­tion », cher­chant à voir si ces auteurs n’é­cri­raient pas, par hasard, et depuis tou­jours, des règles pour eux-mêmes, conflit d’in­té­rêts fon­da­men­tal qui expli­que­rait cette lamen­table ten­dance sys­té­mique à l’im­puis­sance popu­laire que nous consta­tons partout.

Les autres causes que vous poin­tez (l’é­vo­lu­tion du capi­ta­lisme mon­dial, les chan­ge­ments des rap­ports de force divers et variés) me semblent être secondes, et rele­ver donc de l’ordre des consé­quences ; consé­quences d’une cause pre­mière que je tiens, par méthode, à ne pas perdre de vue. /ÉC]

CS : Mais une autre orien­ta­tion cri­tique essaime ici et là, depuis quelques mois, dans divers milieux, de gauche comme de droite, des anar­chistes aux libé­raux, du blo­gueur Étienne Chouard à l’Institut Mon­taigne. Et récem­ment, l’essai de David Van Rey­brouck, Contre les élec­tions, appa­raît comme un véri­table suc­cès de librai­rie. Il s’agit pour cette nébu­leuse de remettre en cause les élec­tions elles-mêmes, dans leur prin­cipe, au pro­fit du tirage au sort (TAS). Comme si le pro­blème ne venait pas de la dis­po­si­tion par­ti­cu­lière des règles élec­to­rales selon tel sys­tème poli­tique par­ti­cu­lier, mais de l’élection elle-même, c’est-à-dire du vote. /CS

[ÉC : Par­ler de « nébu­leuse » (avec une conno­ta­tion évi­dem­ment péjo­ra­tive, via un amal­game qui construit de toute pièce une confu­sion entre des pen­sées très dif­fé­rentes, voire oppo­sées, et dont cer­taines sont odieuses, ce qui dis­cré­dite le tout à bon compte), ce n’est peut-être pas très res­pec­tueux. Mais bon.

Sur le fond, j’at­tire votre atten­tion sur une dis­tinc­tion (essen­tielle, mais qui semble vous échap­per, pour l’ins­tant) : on peut contes­ter radi­ca­le­ment LE VOTE pour dési­gner des maîtres, et pour­tant approu­ver avec enthou­siasme LE VOTE pour adop­ter des lois. 

Com­­pre­­nez-vous ?

Si on mélange tous les « votes », volon­tai­re­ment ou invo­lon­tai­re­ment, on ne com­prend rien (ou l’on fait sem­blant de ne rien com­prendre) à l’as­pi­ra­tion popu­laire qui vient. /ÉC]

CS : Bien sûr, peu des par­ti­sans du TAS s’aventurent à pro­po­ser un sys­tème poli­tique uni­que­ment régi par le TAS : cer­tains pro­posent un sys­tème dit « bi-repré­­sen­­ta­­tif », avec un pou­voir exé­cu­tif élu et un pou­voir légis­la­tif tiré au sort, d’autres la créa­tion d’une 3e chambre tirée au sort (ou le rem­pla­ce­ment de la seconde par une assem­blée tirée au sort), d’autres la mul­ti­pli­ca­tion de groupes de contrôle de la pro­cé­dure légis­la­tive tirés au sort, etc.

Le tirage au sort pose pour­tant un cer­tain nombre de pro­blèmes (même si je par­tage avec ses par­ti­sans un cer­tains nombre des cri­tiques adres­sées au sys­tème actuel) que j’aimerais esquis­ser ici, afin d’expliquer pour­quoi le recours à cette méthode me semble coïn­ci­der avec la néga­tion du poli­tique, et pour­quoi son carac­tère démo­cra­tique me semble plus qu’aléatoire, précisément.

Après un exa­men minu­tieux, il appa­raît en effet que le TAS semble consti­tuer une fausse solu­tion à un vrai pro­blème. Pour le dire vul­gai­re­ment : une manière de jeter le bébé avec l’eau du bain. Je ne me pro­non­ce­rai ici, faute de place, que sur le prin­cipe du TAS appli­qué à la dési­gna­tion du pou­voir légis­la­tif (et n’aurai pas le temps d’examiner les infi­nies com­bi­nai­sons pro­po­sées par les dif­fé­rents par­ti­sans du TAS). /CS

[ÉC : Minu­tieux ? Hum.

Nous avons repé­ré (pour l’ins­tant) trois grands usages du tirage au sort en poli­tique (et non pas d’  »infi­nies com­bi­nai­sons »…) (voyez cette courte vidéo pour plus de détail sur les trois usages en ques­tion), et l’on peut fort bien reje­ter l’un de ces usages tout en accep­tant les autres usages du TAS ; on n’est pas du tout obli­gé de tout accep­ter en bloc ou de tout refu­ser en bloc : on peut libre­ment nuan­cer son opi­nion, intel­li­gem­ment, mais à condi­tion de bien dis­tin­guer ces trois usages :

1 TAS des Chambres de contrôle (pour mettre fin aux infi­nis conflits d’in­té­rêts entre contrô­leurs et contrôlés),

2 TAS d’une Chambre légis­la­tive sur deux (pour intro­duire une véri­table repré­sen­ta­ti­vi­té dans la repré­sen­ta­tion natio­nale : la moi­tié de femmes, 90% de sala­riés, 60% d’ou­vriers et employés, 20% de chô­meurs, etc., sans avoir besoin de quo­tas : par construc­tion, le TAS est équi­table et incorruptible),

3 et sur­tout, sur­tout, TAS de l’As­sem­blée consti­tuante (pour mettre fin au conflit d’in­té­rêts fon­da­men­tal, celui entre pou­voir consti­tuant et pou­voirs consti­tués, fléau mon­dial qui entraine der­rière lui toutes les dépos­ses­sions poli­tiques). Ce tirage au sort-là étant le plus impor­tant, car c’est lui qui rend pos­sibles tous les autres, il n’est (presque) pas négociable.

Or, pré­ci­sé­ment, vous ne faites pas la dis­tinc­tion, et comme par hasard, vous choi­sis­sez de par­ler (presque exclu­si­ve­ment, on va le voir) de l’u­sage le plus dis­cu­table, le plus contes­table, celui des légis­la­teurs… C’est amu­sant. L’au­riez-vous fait exprès, comme Jacques Atta­li le 5 sep­tembre à CSOJ ?

Nous savons bien, nous qui tra­vaillons cette ques­tion depuis presque dix ans, nous savons bien que le tirage au sort des légis­la­teurs serait une expé­rience, avec des risques, qu’il faut bien mesu­rer et parer, une ten­ta­tive encore jamais vue sur terre, et bien sûr, ce n’est PAS DU TOUT cet usage du tirage au sort que nous défen­dons le plus for­te­ment, le plus ardem­ment. On y réflé­chit, libre­ment, parce que c’est bigre­ment inté­res­sant, mais ce n’est pas (du tout) notre objec­tif premier.

Mais en pro­cé­dant de la sorte, en déci­dant de ne par­ler que du tirage au sort le plus faci­le­ment contes­table, et en déci­dant de ne pas par­ler des tirages au sort les plus incon­tes­tables (et les plus pro­tec­teurs pour le peuple), vous ne res­pec­tez pas le titre de votre propre billet : vous annon­cez une cri­tique du tirage au sort en géné­ral, et vous vous (et nous) can­ton­nez au seul usage le plus dis­cu­table du tirage au sort… D’emblée, vous tenez donc à l’é­cart les usages les plus impor­tants (pour l’é­man­ci­pa­tion réelle du peuple de ses maîtres) et les plus dif­fi­ciles à contes­ter (pour vous). Est-ce vrai­ment un débat sérieux que vous lan­cez ici, ou bien juste un simu­lacre ? /ÉC]

CS : Je résume d’abord dans ce para­graphe ma posi­tion sur le TAS, et ceux qui ont du temps et du cou­rage en trou­ve­ront plus loin la sub­stance plus ample­ment déve­lop­pée. Le TAS me semble donc anti­po­li­tique car : /CS

[ÉC : le TAS anti­po­li­tique ??? Hum. Tout dépend de la per­sonne qui parle :

C’est vrai que le tirage au sort est d’une cer­taine façon ANTIPOLITIQUE, MAIS SEULEMENT POUR LES PROFESSIONNELS DE LA POLITIQUE 🙂 qu’il risque de mettre, effec­ti­ve­ment, au chô­mage tech­nique, au moins partiel.

C’est d’ailleurs l’ob­jec­tif prin­ci­pal du TAS : dépro­fes­sion­na­li­ser la politique.

PAR CONTRE, POUR LES SIMPLES CITOYENS, LE TIRAGE AU SORT EST LA GARANTIE DU RETOUR DU POLITIQUE AU QUOTIDIEN, enfin.

Il faut donc savoir pour qui l’on tra­vaille. /ÉC]

CS :- Il confond classe en soi et classe pour soi et ignore la dimen­sion dis­sen­suelle de la démo­cra­tie au pri­vi­lège d’une vision consen­sua­liste typi­que­ment bour­geoise, igno­rante des anta­go­nismes sociaux, /CS

[ÉC : Ah bon ? De mon point de vue, c’est pré­ci­sé­ment le contraire : c’est jus­te­ment le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif qui pré­tend résu­mer la ges­tion popu­laire des conflits en une seule élec­tion de maîtres poli­tiques tous les cinq ans, comme si les innom­brables conflits et leurs évo­lu­tions per­ma­nentes étaient réglés/oubliés grâce au mythe du — pré­ten­du­ment consen­suel ! — « suf­frage uni­ver­sel », soit « élire des maîtres au lieu de voter les lois ».

Alors que, au contraire, c’est la démo­cra­tie (la vraie, « un homme = une voix pour voter les lois, non pas pour élire un maître »), construite avec — et grâce au — le tirage au sort en son centre névral­gique, qui, en évi­tant méca­ni­que­ment la for­ma­tion de maîtres, res­pec­te­rait (et per­met­trait de faire régner vrai­ment) la volon­té infi­ni­ment nuan­cée et chan­geante, dis­sen­suelle jus­te­ment, des citoyens, loi par loi, et au quo­ti­dien (et pas tous les cinq ans).

… « vision consen­sua­liste typi­que­ment bour­geoise »… Vous êtes mar­rant. /ÉC]

CS : – Le déni­gre­ment sys­té­ma­tique de l’engagement et des par­tis qu’il opère ne serait favo­rable dans la pra­tique qu’aux puis­sances du capi­tal, qui ne se pri­ve­raient pas, elles, de s’organiser col­lec­ti­ve­ment en exploi­tant leur sur­plus de res­sources, /CS

[ÉC : La bonne blague. C’est amu­sant parce que votre argu­men­ta­tion ne manque pas de tou­pet : ce serait le tirage au sort qui « déni­gre­rait l’en­ga­ge­ment » (lais­sant ain­si la voie libre au capital)…

Alors que c’est pré­ci­sé­ment la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la poli­tique (impo­sée par l’é­lec­tion par­mi des can­di­dats impo­sés par les par­tis) qui dis­suade tout le monde de s’en­ga­ger, faute de la moindre pers­pec­tive offerte à l’ac­tion indi­vi­duelle, lais­sant ain­si la voie libre au capital.

Il y en a qui ne manquent pas d’air.

Par ailleurs, pour en avoir le cœur net et pour savoir (à coup sûr) quel est le régime poli­tique dont a besoin « le capi­tal » (pour nous condam­ner tous aux tra­vaux for­cés), il suf­fit d’ob­ser­ver le régime qu’il défend lui-même : et quand on voit tous les grands patrons de mul­ti­na­tio­nales, tous les ban­quiers, tous les lob­byistes, tous les grands pri­vi­lé­giés (« jour­na­listes » ou autres théo­ri­ciens expo­sés à la télé), tous les puis­sants, tous les pos­sé­dants, quoi, défendre bec et ongles (et même impo­ser à leurs colo­nies) le « suf­frage uni­ver­sel », on a com­pris que tous ces impor­tants, tous ces beaux mes­sieurs, comme dit Jean-Luc, n’ont rigou­reu­se­ment rien à craindre du pré­ten­du « suf­frage uni­ver­sel » et évi­dem­ment tout à y gagner. 

Pré­tendre le contraire, c’est (peut-être un peu) nous prendre pour des ânes (ce qui ne serait pas civil).

Et ça fait deux cents ans que ça dure, depuis que les plus riches sont par­ve­nus, à la fin du 18ème, à écrire eux-mêmes les Consti­tu­tions pour impo­ser l’é­lec­tion de maîtres (ils ne s’en cachaient pas, à l’é­poque, ce qui nous aide à com­prendre aujourd’­hui l’es­sence du régime), pre­nant ain­si (pour la pre­mière fois dans l’his­toire des hommes) le contrôle de l’É­tat, et donc des forces armées (police, jus­tice, pri­sons…), pour impo­ser l’ordre des grands pro­prié­taires (les 1%, armés, donc) aux infor­tu­nés tra­vailleurs (les 99%, désar­més, donc).

Le capi­ta­lisme a été ren­du pos­sible grâce au « suf­frage uni­ver­sel » (vocable impor­tant mais lit­té­ra­le­ment mis à l’en­vers, à la manière Big Bro­ther et sa nov­langue, pour dési­gner notre démission/impuissance au lieu de dési­gner notre action/puissance), et le capi­ta­lisme reste aujourd’­hui inex­pug­nable grâce à ce même « suf­frage uni­ver­sel » (mis à l’en­vers par les politiciens).

Si nous écri­vions nous-mêmes la Consti­tu­tion, les riches per­draient le faux « suf­frage uni­ver­sel » => un homme = une voix pour élire des maîtres, c’est-à-dire LA cour­roie de trans­mis­sion qui per­met au pou­voir éco­no­mique de prendre en plus le pou­voir poli­tique, et nous ins­ti­tue­rions natu­rel­le­ment un vrai suf­frage uni­ver­sel, sans guille­mets, donc => un homme = une voix pour voter les lois.

Mais cela, JAMAIS les pro­fes­sion­nels de la poli­tique ne le feront. Il n’y a que le peuple qui puisse ins­ti­tuer — lui-même — sa propre puis­sance. Tant que le peuple délé­gue­ra le pro­ces­sus consti­tuant, il res­te­ra impuis­sant, comme un enfant qui ne désire pas encore être libre.

Alors, quand on entend les poli­ti­ciens, la main sur le cœur, défendre mor­di­cus « l’é­lec­tion de l’As­sem­blée consti­tuante » (par­mi des can­di­dats évi­dem­ment choi­sis par eux), on les voit venir… /ÉC]

CS : – Il implique la fin du concept de res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle et col­lec­tive (maté­ria­li­sée par le trip­tyque man­dants, man­dat, man­da­taires) au pro­fit d’une posi­tion vio­lem­ment indi­vi­dua­liste, et signe la fin des pro­grammes – i.e. d’une pen­sée col­lec­tive et inté­grale tour­née vers l’action. /CS

[ÉC : vous avez déci­dé de me faire rire, c’est gentil.

… « La fin du concept de res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle et col­lec­tive », dites-vous… Sans blague ? Vous obser­vez, vous, la moindre petite res­pon­sa­bi­li­té qui serait assu­mée par les élus pour leurs forfaits ?

Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif est le régime de la plus scan­da­leuse impu­ni­té pour les notables, et de la pire sévé­ri­té pour les autres.

Au contraire (une fois de plus), fabri­quant méca­ni­que­ment des ser­vi­teurs (en ne dési­gnant per­sonne comme supé­rieur), le tirage au sort per­met d’ins­ti­tuer, À CÔTÉ de lui, de réels contrôles et de sévères puni­tions, et donc de réelles et mul­tiples res­pon­sa­bi­li­tés ; ce qui ne s’est JAMAIS vu dans le cadre du régime actuel.

Où avez-vous vu « une posi­tion vio­lem­ment indi­vi­dua­liste » ? Qu’est-ce que vous racon­tez là ? Au contraire (une fois de plus), le tirage au sort est tou­jours uti­li­sé pour dési­gner des col­lèges, des groupes d’ac­teurs poli­tiques, jamais des indi­vi­dus isolés.

Et c’est bien plu­tôt l’é­lec­tion qui dis­tri­bue les pou­voirs sur des têtes cou­ron­nées iso­lées, et donc bien plus poten­tiel­le­ment tyranniques.

Et toutes les incan­ta­tions autour des man­dats sont des escro­que­ries tant que les condi­tions de ces man­dats sont écrites par les repré­sen­tants eux-mêmes, évi­dem­ment. Dans la « Consti­tu­tion » (il faut mettre des guille­mets à ce mot-là aus­si, puis­qu’elle est une pri­son au lieu d’être une pro­tec­tion), dans notre Anti­cons­ti­tu­tion, donc, devi­nez qui a (car­ré­ment) inter­dit les man­dats impé­ra­tifs (c’est-à-dire pré­ci­sé­ment les man­dats qui ren­draient pos­sible la res­pon­sa­bi­li­té que vous pré­ten­dez défendre) ? Sûre­ment pas le peuple pré­ten­du­ment « repré­sen­té », vous avez rai­son. Mais alors qui a écrit ça ? Eh oui, ce sont les élus, figu­­rez-vous ! S’é­tant arro­gé le droit d’é­crire eux-mêmes la Consti­tu­tion (ce texte qu’ils devraient craindre), pour eux-mêmes ou pour le compte de leurs copains, ils ont déci­dé que leur man­dat… ne leur impo­sait rien.

Ce n’est pas com­pli­qué, finalement.

Et vous avez le culot d’in­vo­quer « la fin du concept de res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle et col­lec­tive (maté­ria­li­sée par le trip­tyque man­dants, man­dat, mandataires) »…

Je pense que vous vous moquez (au moins un peu) de nous.

Ou bien que vous aimez bla­guer. Voi­là, en fait, vous êtes un far­ceur. /ÉC]

CS : – Il sup­pose que chaque pro­blème poli­tique com­porte une solu­tion prag­ma­tique – alors que dans chaque solu­tion est ins­crit un choix de socié­té à tran­cher, et consacre ain­si une vision ges­tion­naire pro­pre­ment contraire à l’objet même de la poli­tique /CS

[ÉC : non mais, ça va durer long­temps, les pro­cès à l’en­vers ? Ce serait le tirage au sort qui « consa­cre­rait ain­si une vision ges­tion­naire pro­pre­ment contraire à l’objet même de la poli­tique » ??? Ce n’est pas le régime actuel (le « gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif », avec son génial « suf­frage uni­ver­sel » et donc les ban­quiers au gou­ver­ne­ment), peut-être, qui nous enferme lit­té­ra­le­ment et nous enferre dans l’i­déo­lo­gie ges­tion­naire des mar­chands et nous inter­dit toute action pro­pre­ment politique ?!

Qui prive lit­té­ra­le­ment les citoyens du droit de tran­cher eux-mêmes les choix de socié­té aux­quels vous faites sem­blant d’at­ta­cher tant d’im­por­tance, si ce n’est le régime actuel du gou­ver­ne­ment pré­ten­du­ment représentatif ?

Il n’y aura de gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif digne de ce nom (et de puis­sance popu­laire pour opi­ner sur chaque pro­blème de la socié­té) QUE QUAND le peuple aura défi­ni LUI-MÊME — ET PAS LES PROFESSIONNELS DE LA POLITIQUE ! — les condi­tions de la repré­sen­ta­tion. /ÉC]

CS : – La vision maxi­ma­liste du conflit d’intérêts qu’on trouve à la source de ses jus­ti­fi­ca­tions, selon laquelle un être humain enga­gé dans la chose poli­tique se trou­ve­rait auto­ma­ti­que­ment en conflit d’intérêts s’il lui était auto­ri­sé d’accéder au pou­voir légis­la­tif, implique une dégra­da­tion pro­fonde de l’État de droit dans la mesure où elle met en cause a) l’égalité devant la loi (si vous êtes enga­gé poli­ti­que­ment vous êtes inter­dit de par­ti­ci­per à l’édification de la loi) b) le droit des citoyens de se pré­sen­ter au suf­frage et de concou­rir acti­ve­ment aux charges poli­tiques – tout en remet­tant d’ailleurs gra­ve­ment en cause le droit d’association (puisque l’appartenance à l’une d’elle pour­rait deve­nir un motif de des­ti­tu­tion des droits civiques), /CS.

[ÉC : d’a­bord, il est pré­vi­sible (et com­pré­hen­sible) que ceux qui sont en conflit d’in­té­rêts vont avoir « une vision mini­ma­liste du conflit d’in­té­rêts », alors que ceux qui ont à craindre les conflits d’in­té­rêts seront davan­tage por­tés à avoir une « vision maxi­ma­liste du conflit d’intérêts » (sic) (vous avez de ces mots…).

Faute de pou­voir contre­dire la thèse que vous com­bat­tez, vous la défor­mez. Alors, c’est vrai que, une fois défor­mée, la thèse est plus facile à com­battre, c’est assez commode.

Mais ça se voit un peu.

Alors qu’en est-il vrai­ment, du point de vue du peuple (non « élu ») ?

Nous dénon­çons le conflit d’in­té­rêts majeur et fon­da­teur qui rend sus­pects, PAR CONSTRUCTION, tous les pro­fes­sion­nels de la poli­tique DANS LE PROCESSUS CONSTITUANT. 

En effet, la Consti­tu­tion étant LE TEXTE MAJEUR qui doit PRINCIPALEMENT fixer les limites des pou­voirs, les pro­cé­dures d’ac­cès au pou­voir, les pro­cé­dures de révo­ca­tion (et de puni­tion) des acteurs poli­tiques, la puis­sance d’i­ni­tia­tive popu­laire contre les déci­deurs du moment s’ils venaient à deve­nir tyran­niques, notam­ment, il est tout à fait évident (sauf pour les poli­ti­ciens eux-mêmes, bien sûr, qui en cette matière déli­cate, ont la vue basse, jus­te­ment), il est tout à fait évident, donc, que les poli­ti­ciens, appe­lés par construc­tion à devoir craindre ce texte (puis­qu’ils décident de faire de la poli­tique leur métier), sont en grave et irré­duc­tible conflit d’in­té­rêts DANS LE PROCESSUS CONSTITUANT.

Dans le pro­ces­sus consti­tuant, mais pas ailleurs. 

Concen­­trez-vous, s’il vous plaît.

Vous dites que nous crions au conflit d’in­té­rêts DANS LE PROCESSUS LÉGISLATIF, mais per­sonne ne dit cela, et votre pro­tes­ta­tion, contre un diable que vous avez inven­té vous-même de toutes pièces, tape dans le vide et ne vaut donc rien.

Si vous vou­lez prou­ver que quel­qu’un a tort, il faut (au moins) par­ler de la même chose que lui.

Nous atten­dons serei­ne­ment votre contes­ta­tion du conflit d’in­té­rêts qui frappe FORCÉMENT tous les pro­fes­sion­nels de la poli­tique dans TOUS les pro­ces­sus consti­tuants, aux dépens des peuples concernés. 

Par ailleurs, vous invo­quez, pour ne pas tenir compte du conflit d’in­té­rêts des poli­ti­ciens dans le pro­ces­sus consti­tuant, toutes sortes de grands prin­cipes, que tout le monde défend mais qui n’ont rien à voir avec notre affaire :

Quand un juge est appe­lé (au hasard du rôle de son tri­bu­nal) à juger un proche, quel­qu’un qu’il connaît, sim­ple­ment, on le récuse. Tout le monde sur terre fait cela, natu­rel­le­ment, logi­que­ment. Parce qu’UNE PERSONNE EN CONFLIT D’INTÉRÊTS NE PEUT PAS ÊTRE JUSTE.

Le monde entier sait ça.

Mais pas les poli­ti­ciens :-), qui pro­testent haut et fort de leur bonne foi et de leur grande honnêteté…

Mais voyons ! Per­sonne ne les récuse pour cause de mal­hon­nê­te­té ! Personne !

Le conflit d’in­té­rêts n’est PAS une mau­vaise action, ce n’est PAS un mau­vais com­por­te­ment. C’est UNE SITUATION DANGEREUSE, qui doit donc être évi­tée, très prio­ri­tai­re­ment (si l’on tient à la jus­tice, natu­rel­le­ment ; sinon, non). 

Et on ne va pas invo­quer, contre cette recherche de jus­tice, le droit à l’é­ga­li­té de trai­te­ment entre les juges, ni le droit pour un juge à rendre la jus­tice, etc., toutes ques­tions par­fai­te­ment secon­daires en cette occur­rence précise.

Les cris d’or­fraie qui pro­testent contre une insup­por­table atteinte à l’É­tat de droit (car­ré­ment), contre un ignoble atten­tat au droit de se pré­sen­ter devant les suf­frages pour concou­rir aux charges (ben voyons), et même contre la liber­té d’as­so­cia­tion ! (n’im­porte quoi) sont juste des inti­mi­da­tions, un coup de force ; les élus — et les can­di­dats à l’é­lec­tion —, quand on aura l’au­dace de vou­loir les contrô­ler vrai­ment, vont bien­tôt crier au « fas­cisme », vous verrez.

De toutes façons, ils peuvent bien crier, ce n’est pas aux poli­ti­ciens de tran­cher cette ques­tion ; c’est au peuple sou­ve­rain de déci­der, lui-même, s’il veut que sa Consti­tu­tion soit écrite par des pro­fes­sion­nels de la poli­tique (qui ne man­que­ront pas d’ins­ti­tuer à nou­veau leur propre puis­sance, et l’im­puis­sance du peuple en ques­tion, comme ils l’ont TOUJOURS fait, par­tout dans le monde), ou bien s’il pré­fère (pour la pre­mière fois) que la Consti­tu­tion soit écrite par n’im­porte-qui-sauf-les-pro­fes­sion­nels-de-la-poli­tique (« n’im­porte-qui » qui PARTAGERA MÉCANIQUEMENT avec le peuple son inté­rêt pour la pro­tec­tion contre les abus, et son inté­rêt pour la vraie res­pon­sa­bi­li­té des acteurs poli­tiques, ce qu’il ne man­que­ra donc pas d’é­crire clai­re­ment, si on lui en laisse la pos­si­bi­li­té). /ÉC]

CS : – Il fait confiance aux classes popu­laires pour déli­bé­rer mais nie leur capa­ci­té à s’organiser poli­ti­que­ment, pré­fé­rant l’usage de la force muette conte­nue dans l’arbitraire du tirage au sort à la for­ma­tion de col­lec­tifs poli­tiques cohé­rents – la démo­cra­tie n’est pas une effrac­tion, /CS

[ÉC : « l’arbitraire du tirage au sort »… Celle-là, il fal­lait l’o­ser… C’est juste n’im­porte quoi. Ce ne sont pas les déci­sions publiques (seules pos­si­ble­ment arbi­traires) qui seraient prises au sort, évi­dem­ment, ce serait la dési­gna­tion des acteurs. Aucun risque « arbi­traire » là-dedans.

Mais en plus, TIRER AU SORT LES ACTEURS, CE N’EST ÉVIDEMMENT PAS RENONCER AU CONTRÔLE DES ACTEURS : EN TIRANT AU SORT LES ACTEURS POLITIQUES, ON DÉPLACE LES CONTRÔLES, ON NE LES SUPPRIME PAS, ET ON RENFORCE MÊME DRASTIQUEMENT CES CONTRÔLES.

Tâchons de faire le point sur cet aspect fon­da­men­tal du choix de socié­té « élec­tion de maîtres vs tirage au sort de ser­vi­teurs » :

  • L’é­lec­tion pré­tend contrô­ler les acteurs AVANT qu’ils ne prennent le pou­voir ; et on voit les résul­tats depuis deux cents ans ; pas besoin de déve­lop­per sur le train sans fin des traî­trises et des hor­reurs votées par les « élus ». Ce pré­ten­du « contrôle » par l’é­lec­tion ne fonc­tionne pas.
  • Pre­nant acte de l’é­chec de l’é­lec­tion pour contrô­ler les acteurs, le peuple est en train, ces temps-ci, d’i­ma­gi­ner (lui-même, et contre l’a­vis des élus, bien sûr) de ne plus contrô­ler les acteurs avant leur dési­gna­tion, de lais­ser faire le sort, ce qui reti­re­rait (enfin !) toutes leurs prises aux escrocs (puisque les escrocs, cham­pions pro­fes­sion­nels de la trom­pe­rie des volon­tés, ont besoin de pro­cé­dures qui s’ap­puient sur la volon­té pour accé­der au pou­voir), et de dépla­cer les contrôles des acteurs APRÈS leur dési­gna­tion, tout au long de leur man­dat, ce qui semble infi­ni­ment plus pro­tec­teur pour le peuple ; et, certes, beau­coup plus incon­for­table pour les élus, mais il faut savoir POUR L’INTÉRÊT DE QUI on consti­tue une société. 

Avec de telles ins­ti­tu­tions authen­ti­que­ment démo­cra­tiques, ins­ti­tuant vrai­ment le cra­tos du démos (ins­ti­tu­tions que JAMAIS les élus n’é­cri­ront, à cause du conflit d’in­té­rêts), c’est jus­te­ment l’ar­bi­traire des élus contre les peuples (n’ou­bliez pas le viol du 4 février 2008, Haute Tra­hi­son encore impu­nie des « élus » de la « Répu­blique », qui nous ont impo­sé par voie par­le­men­taire ce que nous venions juste de refu­ser expli­ci­te­ment par réfé­ren­dum, en 2005) qui ne sera plus possible.

Qui est arbi­traire aujourd’­hui, si ce n’est l’en­semble des pro­fes­sion­nels de la poli­tique, véri­tables voleurs de pouvoir ?

« L’ar­bi­traire du tirage au sort »… Non mais, de qui se moque-t-on ?

LE TIRAGE AU SORT DE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE EST PRÉCISÉMENT LE SEUL MOYEN DE NOUS PROTÉGER — TOUS — CONTRE L’ARBITRAIRE POLITICIEN QUOTIDIEN.

Encore un argu­ment men­son­ger, donc, lit­té­ra­le­ment à front renversés.

Déci­dé­ment, il y en a qui ne manquent pas d’air.

Je sens qu’on va avoir du mal à tom­ber d’ac­cord, Clé­ment et moi… /ÉC]

CS : – Il confond échan­tillon et ensemble, de même qu’il confond repré­sen­ta­ti­vi­té socio­lo­gique et repré­sen­ta­tion poli­tique, nour­ris­sant une pen­sée fausse de la ques­tion de la légi­ti­mi­té : vou­­drait-on d’un régime où les déci­sions prises ont le même niveau de repré­sen­ta­ti­vi­té que nos actuels son­dages, dont on connaît trop bien les défauts ? /CS

[ÉC : Nous ne confon­dons rien du tout.

TOUT LE MONDE (sauf les poli­ti­ciens de métier, OK) constate et déplore la repré­sen­ta­ti­vi­té NULLISSIME que pro­duit méca­ni­que­ment le pré­ten­du « suf­frage uni­ver­sel » depuis deux cents ans dans les assem­blées « élues ». Ça va, après 200 ans d’é­checs répé­tés, on a compris.

L’é­lec­tion per­met aux riches d’a­che­ter le pou­voir politique.

Et les riches font bien atten­tion à conser­ver vivace, « à gauche » et « à droite », une OPPOSITION CONTRÔLÉE, c’est-à-dire une oppo­si­tion dont ils n’ont rien à craindre. Cet outil qu’est l’op­po­si­tion contrô­lée est indis­pen­sable dans tout pro­jet de domi­na­tion. Relire le mode d’emploi dans le pas­sion­nant « Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu », de Mau­rice Joly. Relire aus­si « 1984 » d’Orwell.

Le tirage au sort ne per­met­trait PAS (empê­che­rait) aux riches d’a­che­ter le pou­voir politique. 

L’ar­gu­ment de la repré­sen­ta­ti­vi­té et de la légi­ti­mi­té qui seraient prou­vées par l’é­lec­tion (et par elle seule) ne vaut rien, c’est une arnaque. /ÉC]

CS : – Il fait de qua­li­tés socio­lo­giques réi­fiées – caté­go­rie socio-pro­­fes­­sion­­nelle, âge, etc. – le cri­tère de la sélec­tion poli­tique, essen­tia­li­sant de fait les êtres humains et que la socié­té n’est pas une courbe gaus­sienne, /CS

[ÉC : pas exactement.

Disons plu­tôt : pre­nant acte que, DE FAIT, la pré­ten­due « sélec­tion poli­tique » (invo­quée depuis tou­jours par les escrocs qui veulent tout déci­der à la place des autres) est une épou­van­table et cui­sante défaite, répé­tée et recuite ad nau­seam depuis deux cents ans, LE PEUPLE EST DE PLUS EN PLUS DÉTERMINÉ À NE PLUS CROIRE AUX BOBARDS DES POLITICIENS POUR ALLER LES ÉLIRE AVEUGLÉMENT, ET À INSTITUER LUI-MÊME DES PROCÉDURES DE CHOIX NOUVELLES, ET SURTOUT DES RÈGLES DE CONTRÔLES INÉDITES, MAIS TOUTES PROMETTEUSES. /ÉC]

CS : – Ce fai­sant il nie aux êtres humains la facul­té de mettre à dis­tance leur condi­tion sociale, de trans­cen­der leur inté­rêt par­ti­cu­lier pour atteindre l’intérêt géné­ral, /CS

[ÉC : tout est à l’en­vers, dans ces pro­po­si­tions. À ce niveau-là, ça devient de l’art, un plai­sir d’esthète.

Tout au rebours de ce qui est ici affir­mé à tort, le tirage au sort, en tirant n’im­porte qui hors de chez lui, pour lui offrir le spec­tacle, l’exemple, de ses sem­blables en train de se pré­oc­cu­per du bien com­mun, le tirage au sort, donc, est une école pra­tique de citoyen­ne­té de pre­mier ordre, un outil majeur d’é­du­ca­tion popu­laire, une invi­ta­tion pour cha­cun à sor­tir de ses seuls pro­blèmes per­son­nels et à s’oc­cu­per des affaires de la Cité. Il donne à cha­cun une chance de ser­vir sa Cité disait en sub­stance Montesquieu.

Au contraire, l’é­lec­tion, pro­cé­dure aris­to­cra­tique par construc­tion, qui pro­meut et arme seule­ment les pré­ten­dus « meilleurs », et qui relègue donc méca­ni­que­ment tous les non « élus » au sta­tut dégra­dant d’é­lec­teur donc d’in­fé­rieur, l’é­lec­tion pousse tout le monde (tous les non élus) à se reti­rer du poli­tique et à deve­nir in fine indi­vi­dua­listes et égoïstes.

L’é­lec­tion, pour les 99% qu’elle tient à l’é­cart, est antipolitique.

Sur les ver­tus péda­go­giques quo­ti­diennes de l’exer­cice d’un pou­voir réel don­né à des tirés au sort, lisez Tocqueville :

« J’en­tends par jury un cer­tain nombre de citoyens pris au hasard et revê­tus momen­ta­né­ment du droit de juger. […]

Le jury est avant tout une ins­ti­tu­tion poli­tique ; on doit le consi­dé­rer comme un mode de la sou­ve­rai­ne­té du peuple […] Le jury forme la par­tie de la nation char­gée d’as­su­rer l’exé­cu­tion des lois, comme les Chambres sont la par­tie de la nation char­gée de faire les lois

Le jury, et sur­tout le jury civil, sert à don­ner à l’es­prit de tous les citoyens une par­tie des habi­tudes de l’es­prit du juge ; et ces habi­tudes sont pré­ci­sé­ment celles qui pré­parent le mieux le peuple à être libre.

Il répand dans toutes les classes le res­pect pour la chose jugée et l’i­dée du droit. Ôtez ces deux choses, et l’a­mour de l’in­dé­pen­dance ne sera plus qu’une pas­sion destructive.

Il enseigne aux hommes la pra­tique de l’é­qui­té. Cha­cun, en jugeant son voi­sin, pense qu’il pour­ra être jugé à son tour. Cela est vrai sur­tout du jury en matière civile : il n’est presque per­sonne qui craigne d’être un jour l’ob­jet d’une pour­suite cri­mi­nelle ; mais tout le monde peut avoir un procès.

Le jury apprend à chaque homme à ne pas recu­ler devant la res­pon­sa­bi­li­té de ses propres actes ; dis­po­si­tion virile, sans laquelle il n’y a pas de ver­tu politique.

Il revêt chaque citoyen d’une sorte de magis­tra­ture ; il fait sen­tir à tous qu’ils ont des devoirs à rem­plir envers la socié­té, et qu’ils entrent dans son gou­ver­ne­ment. En for­çant les hommes à s’oc­cu­per d’autre chose que de leurs propres affaires, il com­bat l’é­goïsme indi­vi­duel, qui est comme la rouille des sociétés.

Le jury sert incroya­ble­ment à for­mer le juge­ment et à aug­men­ter les lumières natu­relles du peuple. C’est là, à mon avis, son plus grand avan­tage. On doit le consi­dé­rer comme une école gra­tuite et tou­jours ouverte, où chaque juré vient s’ins­truire de ses droits, où il entre en com­mu­ni­ca­tion jour­na­lière avec les membres les plus ins­truits et les plus éclai­rés des classes éle­vées, où les lois lui sont ensei­gnées d’une manière pra­tique, et sont mises à la por­tée de son intel­li­gence par les efforts des avo­cats, les avis du juge et les pas­sions mêmes des par­ties. Je pense qu’il faut prin­ci­pa­le­ment attri­buer l’in­tel­li­gence pra­tique et le bon sens poli­tique des Amé­ri­cains au long usage qu’ils ont fait du jury en matière civile.

Je ne sais si le jury est utile à ceux qui ont des pro­cès, mais je suis sûr qu’il est très utile à ceux qui les jugent. Je le regarde comme l’un des moyens les plus effi­caces dont puisse se ser­vir la socié­té pour l’é­du­ca­tion du peuple. »

Toc­que­ville, « De la démo­cra­tie en Amé­rique », livre 1, par­tie 2, cha­pitre VIII.

Je pré­tends donc, à nou­veau, tout le contraire de ce qui est affir­mé dans ce texte de Clé­ment. /ÉC]

CS : – Il cor­res­pond à une vision sta­tique de la socié­té, indi­vis, repré­sen­table en miroir, expur­geant ain­si du poli­tique la vita­li­té de tous les corps inter­mé­diaires – vision qui fait cou­rir le risque du tota­li­ta­risme, /CS

[ÉC : Ah ! Bigre. « vision qui fait cou­rir le risque du tota­li­ta­risme »… On n’est pas encore des nazis, à exi­ger d’é­crire nous-mêmes notre contrat social pour sor­tir des griffes de voleurs de pou­voir ? Pas encore, mais faut se magner : ça vient, on dirait.

Et le pro­jet de contrôle total de la socié­té (par les plus riches mar­chands), on n’y est pas encore, peut-être ? Avec le gou­ver­ne­ment pré­ten­du­ment « repré­sen­ta­tif » que vous défen­dez comme une vache sacrée, on n’y a pas déjà eu droit, aux tota­li­ta­rismes, peut-être ?

Vous nous pre­nez pour qui, à agi­ter ces épou­van­tails ridi­cules ? En s’en­traî­nant per­son­nel­le­ment à contrô­ler lui-même tous les pou­voirs, et en se méfiant sys­té­ma­ti­que­ment de tous les voleurs de pou­voirs poten­tiels, en empê­chant qui­conque de contrô­ler trop de pou­voir, le peuple « fait cou­rir le risque du tota­li­ta­risme » ?…

Un far­ceur, vous êtes un far­ceur… /ÉC]

CS : – Il marque la fin du dis­cours, du logos, de la néces­si­té de pen­ser un conte­nu et convaincre le grand nombre au pro­fit de l’insignifiance, ce qui me semble contraire au concept démo­cra­tique comme à l’esprit de la Répu­blique, /CS

[ÉC : Bon, eh bien, encore une fois, c’est juste le contraire : « l’insignifiance », on y est en plein, là, main­te­nant, avec l’é­lec­tion en sys­tème ins­ti­tué ; « la fin du dis­cours, du logos, de la néces­si­té de pen­ser un conte­nu », l’i­nu­ti­li­té et l’ab­sence de por­tée du logos popu­laire, faute de la moindre puis­sance ins­ti­tuée, on y est en plein, là, main­te­nant, avec l’é­lec­tion en sys­tème institué…

Alors de quelle abo­mi­na­tion pré­­ten­­dez-vous nous pro­té­ger, vous qui défen­dez le sys­tème de domi­na­tion poli­tique actuel ?

Mani­fes­te­ment, la solu­tion ne vien­dra pas des « élus ».

Ni des can­di­dats à l’é­lec­tion, qui sont for­cé­ment dans les mêmes dis­po­si­tions d’es­prit. /ÉC]

CS : – La dia­bo­li­sa­tion méca­nique (anti­dia­lec­tique) du pou­voir qu’il opère contient une dan­ge­reuse dérive vers l’impuissance géné­rale puisqu’elle prive para­doxa­le­ment de toute capa­ci­té d’action les citoyens qui sou­haitent s’engager. /CS

[ÉC : voi­là, c’est cela, oui : dia­bo­li­ser les voleurs de pou­voir et s’en méfier comme de la peste, écrire nous-mêmes les règles de la dési­gna­tion et du contrôle quo­ti­dien des acteurs poli­tiques, c’est nous condam­ner à « une dan­ge­reuse dérive vers l’impuissance géné­rale »… voi­là… oui… com­ment dire ?

Alors que se sou­mettre pour cinq ans aux can­di­dats qu’on n’a même pas choi­sis, pour qu’ils décident tout à notre place sans qu’on n’ait rien à dire même en cas de tra­hi­son, c’est selon vous la puis­sance garan­tie, n’est-ce pas ?

Pour le dire gen­ti­ment, vous ne man­quez pas d’air. /ÉC]

CS : Il cor­res­pond à l’atomisation de la socié­té géné­rée par le néo­li­bé­ra­lisme au lieu de s’y oppo­ser,
– Enfin, car la liber­té de choi­sir est à la source de la notion même de liber­té poli­tique. /CS

[ÉC : Hé ! Que je sache, le tirage au sort en poli­tique n’a pas encore été ins­ti­tué (par un peuple deve­nu consti­tuant), n’est-ce pas ? ET POURTANT, le néo­li­bé­ra­lisme fait bien rage, en ce moment… En plein gou­ver­ne­ment « repré­sen­ta­tif », pour­tant, avec « suf­frage uni­ver­sel » à tous les étages… ALORS ?…

Et vous pré­ten­dez quand même que c’est le « suf­frage uni­ver­sel » qui va per­mettre de s’op­po­ser au néo­li­bé­ra­lisme, et que c’est le tirage au sort qui « cor­res­pond » au néolibéralisme ?

Et vous pré­ten­dez par ailleurs qu’un sys­tème qui m’im­pose de choi­sir entre Chi­rac et Le Pen (ou n’im­porte quelle autre variante de l’es­cro­que­rie de l’op­po­si­tion contrô­lée, celle dont le régime n’a rien à craindre), c’est « la liber­té de choi­sir  » ?

Pour le dire gen­ti­ment, vous ne man­quez pas d’air. /ÉC]

CS : 1) Inté­rêt géné­ral et conscience de classe

Les par­ti­sans de gauche du TAS pensent géné­ra­le­ment qu’en ver­tu de la loi des grands nombres, une assem­blée tirée au sort com­por­te­rait un échan­tillon impor­tant de citoyens issus des classes domi­nées, et qu’il suf­fi­rait donc de la pio­cher dans ces gise­ments, de leur don­ner de but en blanc le pou­voir consti­tuant ou légis­la­tif, pour que sou­dai­ne­ment l’intérêt popu­laire – ou géné­ral – émerge et soit défen­du. /CS [ÉC : oui, c’est bien ça, mais consti­tuant sur­tout (lais­sez tom­ber le légis­la­tif, pour l’ins­tant, c’est un enjeu bien moindre). /ÉC]

CS : C’est oublier la dis­tinc­tion entre classe en soi et classe pour soi. Tout le monde n’a pas une vision glo­bale de ses inté­rêts propres, n’est pas capable d’en sai­sir spon­ta­né­ment la logique, et encore moins d’en défendre la cause. Sur­tout lorsqu’il faut se situer à gauche ; car lorsque l’hégémonie cultu­relle penche dans l’autre camp, alors il faut le temps et l’effort du pas de côté, c’est-à-dire atteindre un mili­tan­tisme cri­tique. L’idéologie capi­ta­liste est ins­crite dans la super­struc­ture comme dans l’infrastructure, nous dit Marx. Les appa­reils de mar­ché pro­duisent leurs injonc­tions et dis­pensent la domi­na­tion idéo­lo­gique du capi­tal par le haut. Mais celle-ci agit éga­le­ment par le bas : elle est incor­po­rée dans les règles et les réflexes de la pro­duc­tion quo­ti­dienne. Par consé­quent, pour mon den­tiste comme pour l’employé de ma bou­lan­ge­rie qui chaque nuit malaxe la pâte à pain, l’environnement capi­ta­liste est une éco­lo­gie natu­relle, le rap­port sala­rié la norme, l’accumulation indi­vi­duelle l’idéal. /CS

[ÉC : Je me trompe peut-être, mais j’ai l’im­pres­sion de retrou­ver là un concept mar­xiste que je n’aime pas, très radi­ca­le­ment anti­dé­mo­cra­tique, avec sa pré­ten­du­ment indis­pen­sable « avant-garde éclai­rée » (encore des « élus », ou des can­di­dats à l’é­lec­tion, qui veulent tout déci­der à la place des autres), élite orga­ni­sée qui serait la seule à com­prendre et à savoir gérer le bien com­mun ; alors que le peuple, bien trop bête pour s’oc­cu­per de ses propres affaires, devrait abso­lu­ment suivre ses chefs (de gauche).

Appa­rem­ment (mais je ne suis pas un exé­gète, et je peux me trom­per), il y a chez les incon­di­tion­nels de Marx comme une démo­pho­bie radi­cale, comme un éli­tisme congé­ni­tal, comme une haine de la démo­cra­tie dirait Ran­cière, au fond, assez éton­nants pour des mili­tants qui se veulent sin­cè­re­ment pro­gres­sistes et humanistes.

C’est ce qu’on appelle le com­mu­nisme auto­ri­taire : celui qui veut gou­ver­ner les autres. 

Et ceux qui ne sont pas d’ac­cord avec les com­mu­nistes auto­ri­taires sont des « fas­cistes » (selon le voca­bu­laire sta­li­nien en vigueur pen­dant des décennies).

Et de leur côté, les démo­crates, qui ne sont guère dif­fé­rents des anar­chistes, sont des com­mu­nistes liber­taires : ils ne veulent PAS déci­der à la place des autres — et ils ne veulent PAS non plus être gou­ver­nés sans un contrôle sour­cilleux des pouvoirs.

Ce der­nier point les rend détes­tables (dan­ge­reux) pour les com­mu­nistes auto­ri­taires. C’est ce qui explique (si j’ai bien com­pris Orwell, qui l’ex­plique dans son for­mi­dable récit de la Guerre d’Es­pagne, « Hom­mage à la Cata­logne ») que les com­mu­nistes auto­ri­taires (deve­nus les « sta­li­niens ») ont tou­jours mas­sa­cré (lit­té­ra­le­ment) les com­mu­nistes libertaires.

Alors, j’es­père que vous ne nous mas­sa­cre­rez pas tout de suite (je blague, allez), mais je retrouve, dans votre aver­sion appa­rente aux pul­sions démo­cra­tiques popu­laires, des traces d’une his­toire ancienne, qui s’est sou­vent très mal ter­mi­née (pour les démo­crates et les anarchistes).

Vous me direz si j’exa­gère et vous nous expli­que­rez, s’il vous plaît, ce qui vous dis­tingue des (ter­ribles) com­mu­nistes auto­ri­taires. /ÉC]

CS : L’élaboration maté­rielle d’une conscience de classe passe donc pré­ci­sé­ment par toutes sortes de média­tions col­lec­tives – par­tis, syn­di­cats, asso­cia­tions – il suf­fit d’étudier le XIXe siècle pour s’en convaincre. Toutes les avan­cées his­to­riques en faveur du pro­lé­ta­riat ont, faut-il le rap­pe­ler, été obte­nues par des phé­no­mènes de regrou­pe­ment en vue de prendre le pou­voir ou de faire pres­sion sur lui. /CS

[ÉC : vous croyez qu’on vous a atten­dus (et qu’on a besoin de vous comme maîtres) pour avoir une conscience de classe ? Les citoyens ne sont pas vos enfants, et vos objec­tifs « péda­go­giques » sont infan­ti­li­sants. (J’en sais quelque chose, j’ai le même tra­vers que vous. Mais je me soigne, moi.) Lais­­sez-nous nous for­mer entre nous, à éga­li­té, comme des grands.

L’âme humaine est capable de s’ins­truire seule et sans maître. (Jacotot/Rancière). /ÉC]

CS : Il ne faut pas négli­ger la nature intrin­sè­que­ment ago­nis­tique de l’intérêt géné­ral : une assem­blée tirée au sort aujourd’hui sera com­po­sée d’êtres sociaux aux inté­rêts com­plè­te­ment diver­gents. L’écriture de la loi relève autant du dis­sen­sus que du consen­sus. Elle pro­cède tou­jours d’un arbi­trage. Il ne faut pas croire que la gou­ver­ne­men­ta­li­té est sim­ple­ment tis­sée de pro­blèmes dont une solu­tion unique serait la clé, que la poli­tique peut rele­ver d’une simple prag­ma­tique, qu’il suf­fi­rait de résoudre par la maïeu­tique pure de la déli­bé­ra­tion. C’est sim­ple­ment faux : chaque solu­tion com­porte un choix de socié­té, elle néces­si­te­ra une déci­sion tran­chée, des options s’en trou­ve­ront inévi­ta­ble­ment écar­tées. /CS

[ÉC : vous êtes encore sur le tirage au sort de l’As­sem­blée législative. 

J’in­siste : ce n’est PAS la ques­tion cen­trale de notre socié­té : ce qui nous importe d’ur­gence, c’est qui va écrire la pro­chaine consti­tu­tion ? Le peuple lui-même ou les « élus » ?

Ceci dit, je ne vois pas pour­quoi une chambre élue trai­te­rait mieux « la nature intrin­sè­que­ment ago­nis­tique de l’intérêt géné­ral » qu’une chambre tirée au sort. Si vous exa­mi­niez le tra­vail des confé­rences de citoyens ou autres expé­riences concrète d’as­sem­blées tirées au sort (lisez Yves Sin­to­mer), vous consta­te­riez que ces assem­blées gèrent fort bien (et même sans doute bien mieux) « la nature intrin­sè­que­ment ago­nis­tique de l’intérêt géné­ral » (vous avez de ces mots, déci­dé­ment…), mieux que nos paniers de (vieux) crabes « élus »./ÉC]

CS : D’ailleurs il me semble que la vision des tenants du TAS selon laquelle nous pour­rions par­ve­nir par diverses méthodes arti­fi­cielles à un corps poli­tique uni­taire, figé dans le consen­sus, dans lequel tous les organes inter­mé­diaires auraient été sté­ri­li­sés, déta­chés de leur mou­ve­ment vers le pou­voir, aus­si mori­bonde qu’un champ de fleurs pri­vées de soleil, com­por­te­rait des germes tota­li­taires. /CS

[ÉC : Que je sache, PERSONNE (à part vous peut-être) n’es­saie de « par­ve­nir par diverses méthodes arti­fi­cielles à un corps poli­tique uni­taire, figé dans le consen­sus, dans lequel tous les organes inter­mé­diaires auraient été sté­ri­li­sés ».

Tout le monde sait bien qu’on va s’empailler dans les assem­blées, ni plus ni moins, d’ailleurs, que dans les assem­blées élues.

Mais cette défor­ma­tion sert sans doute à repas­ser ensuite une petite couche de ter­reur, avec l’é­vo­ca­tion « des germes tota­li­taires », encore une fois.

Sen­­tez-vous vrai­ment en moi le germe d’un monstre tota­li­taire, Clé­ment ? Vous êtes sérieux, là ? Non, je suis sûr que c’est votre côté potache qui reprend le des­sus, sacré far­ceur… /ÉC]

CS : C’est d’ailleurs ce qui me laisse pen­ser que le TAS a de toutes façons bien peu de chances de s’imposer dans l’Histoire* ; car c’est un fait onto­lo­gique que des groupes luttent pour le pou­voir dans la socié­té, et qu’il est à mon avis illu­soire de pen­ser pou­voir anni­hi­ler cette bataille (que je trouve par­fai­te­ment saine, contrai­re­ment à Van Rey­brouck pour qui dans la conflic­tua­li­té réside le signe d’une démo­cra­tie faible, alors qu’elle est au contraire la garante d’une plu­ra­li­té d’horizons poli­tiques pos­sibles – son abdi­ca­tion nous pla­çant de fait dans le filet tat­ché­rien du There Is No Alter­na­tive). /CS

[ÉC : C’est jus­te­ment l’in­té­rêt de l’É­tat de droit que de ne PAS lais­ser s’ex­pri­mer et croître tous les « faits onto­lo­giques » (comme vous dites). Depuis (au moins Pla­ton) on sait qu’il ne faut SURTOUT PAS don­ner le pou­voir à ceux qui le veulent. 

Et le fait que la ten­dance à voir appa­raître par­tout des voleurs de pou­voir soit éter­nelle, ne doit pas nous conduire fata­le­ment à leur lais­ser le champ libre. Si vous per­met­tez, nous allons résis­ter aux voleurs de pou­voir consti­tuant, pour ten­ter de construire nous-mêmes un droit des peuples à dis­po­ser d’eux mêmes digne de ce nom (je veux dire : pour une fois, PAS un droit des élus à dis­po­ser des peuples). /ÉC]

CS : L’élection est pré­ci­sé­ment le seul dis­po­si­tif qui per­mette d’arbitrer cette lutte de telle sorte qu’elle se tienne ten­dan­ciel­le­ment à dis­tance de la vio­lence phy­sique. /CS

[ÉC : Le vote des lois par les citoyens peut-être, mais l’é­lec­tion de maîtres, non : je ne vois pas comme vous une fata­li­té à dési­gner des maîtres pour « se tenir ten­dan­ciel­le­ment à dis­tance de la vio­lence phy­sique ». /ÉC]

CS : La démo­cra­tie est exi­geante, demande du tra­vail, de la patience, de la per­sé­vé­rance, de l’agilité, aus­si. C’est ainsi.

Bref, tou­jours est-il que dans la situa­tion actuelle, nul doute que la bour­geoi­sie a une vision bien plus claire de ses inté­rêts propres – qu’elle fera comme tou­jours pas­ser pour l’intérêt géné­ral – que des atomes issus du vaste monde pré­ca­ri­sé. Et qu’elle sera mieux pré­pa­rée à les défendre.

En l’occurrence, la vision consen­suelle de la socié­té est une vision bour­geoise : c’est la fic­tion que la classe domi­nante a tout inté­rêt à répandre pour main­te­nir les classes subal­ternes aveugles à leur oppres­sion. C’est la petite his­toire de la paix sociale où fer­mente la domes­ti­ca­tion douce des exclus. Les pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion mènent une âpre lutte des classes, dont l’un des moyens favo­ris est de fait d’en dis­si­mu­ler l’existence à la majo­ri­té sociale. Soit dit en pas­sant, nul doute que la bour­geoi­sie s’accommoderait très bien du TAS s’il s’agissait du seul recours pour faire bar­rage à des forces révo­lu­tion­naires orga­ni­sées en passe de deve­nir majo­ri­taires dans le pays. /CS

[ÉC : Je suis (à peu près) d’ac­cord avec tout ça. Mais cela n’a rien à voir avec le tirage au sort… qui, EN AUCUN CAS, ne repose sur une « vision consen­suelle de la socié­té » ; c’est un total mal­en­ten­du. Nulle part mieux qu’à Athènes, une socié­té n’a mieux mis en scène ses conflits, pour mieux les tran­cher elle-même, conve­na­ble­ment éclai­rée par les débats contra­dic­toires per­ma­nents, et conve­na­ble­ment pro­té­gée par les infi­nis contrôles des repré­sen­tants (qui ne votaient nul­le­ment les lois, évi­dem­ment). Les Athé­niens se savaient tous très impar­faits et en conflit per­ma­nent, et c’est pré­ci­sé­ment pour gérer au mieux ces conflits (sans les nier, ÉVIDEMMENT), qu’ils ont, très prag­ma­ti­que­ment, sans idéa­lisme, peau­fi­né leurs pas­sion­nantes ins­ti­tu­tions démocratiques.

Avec l’é­lec­tion de maîtres, un citoyen gagne tout (pen­dant 5 ans !) ou il perd tout (pen­dant 5 ans !)… Tu parles d’une ges­tion des conflits… Les 99% qui tra­vaillent passent leur temps, depuis 200 ans à se faire mar­cher des­sus par les 1% qui ne font rien. Com­ment vous dire ? Les élec­teurs com­mencent à en avoir marre des « élus » (et par­tant, des can­di­dats, pardonnez-nous).

Les élec­teurs (hété­ro­nomes, subis­sant les lois votées par d’autres) com­mencent à aspi­rer à deve­nir citoyens (auto­nomes, subis­sant les lois votées par eux-mêmes), de façon, pré­ci­sé­ment, à mieux gérer les conflits, loi par loi, ce qui leur garan­ti­rait mieux, pensent-ils (excu­­sez-les d’être peuple et de vou­loir quelque chose sans vous les « élus ») de ces­ser de perdre à tout les coups, ce qui leur ouvri­rait la riante pers­pec­tive de quel­que­fois gagner, les jours où leur volon­té par­ti­cu­lière croi­se­rait la volon­té générale.

Mais un sol­dat de par­ti peut-il com­prendre cette aspi­ra­tion popu­laire, assez modeste fina­le­ment (gagner sur une loi de temps en temps, au moins, sans aspi­rer à gagner tout le temps), lui qui ne vit que pour « gagner l’é­lec­tion », c’est–à‑dire conqué­rir tout le pou­voir pen­dant 5 ans, puis le gar­der à tout prix ? /ÉC]

CS : 2) Le péché d’engagement et la fin des partis

Si l’on suit la logique des par­ti­sans du TAS, nous retrou­vons cette méfiance irré­duc­tible vis-à-vis des par­tis poli­tiques et, par­tant, de l’engagement. D’abord les par­ti­sans du TAS com­mettent l’erreur de croire que tous les par­tis sont les mêmes. /CS

[ÉC : Non non : pas de « péché d’engagement », vous défor­mez, là : nous sommes tous enga­gés, que croyez-vous ?

Mais certes, nous ne sommes pas tous enrô­lés dans une armée poli­tique, effec­ti­ve­ment, avec sa dis­ci­pline et sa police de la pen­sée. Cer­tains veulent s’en­ga­ger en res­tant libres de pen­ser. Excu­­sez-nous de tenir à notre liber­té de penser.

Et per­sonne ne dit non plus cette énor­mi­té que tous les par­tis seraient « les mêmes ». Mais ceci dit, tous les par­tis ont des pro­prié­tés com­munes ; la pre­mière étant de tenir à l’é­cart de la poli­tique tous les indi­vi­dus, en pri­vant tout le monde de la moindre influence sur les déci­sions com­munes. /ÉC]

CS : Rap­pe­lons d’abord que les par­tis sont des asso­cia­tions (loi 1901) com­po­sés d’êtres humains, d’une plu­ra­li­té humaine en mou­ve­ment, foi­son­nante, où quelle que soit la for­ma­tion au pou­voir on peut conti­nuer de faire de la poli­tique, d’exprimer des convic­tions et d’en débattre, un espace où l’on échappe en par­tie aux stig­mates du capi­tal : les par­tis sont tout sim­ple­ment des refuges de la citoyen­ne­té. /CS

[ÉC : Non. « Les par­tis » NE SONT PAS « tout sim­ple­ment des refuges de la citoyen­ne­té ».

Les par­tis sont peut-être les refuges des (pauvres) élec­teurs, mais l’é­lec­tion de maîtres (qui vont voter toutes les lois à la place des élec­teurs, sans qu’ils puissent jamais rien y redire) est LA NÉGATION MÊME de la citoyen­ne­té (encore un mot impor­tant mis à l’en­vers par les politiciens).

Un citoyen vote ses lois ; un élec­teur élit ses maîtres. 

Si vous ne voyez pas la dif­fé­rence, figu­­rez-vous que nous, si. /ÉC]

CS : Ensuite, s’il est bien évident que les deux par­tis domi­nants pro­posent peu ou prou la même ligne poli­tique et qu’ils ont tout inté­rêt à la pré­ser­va­tion du sys­tème social et poli­tique tel qu’il est, ça ne sau­rait être le cas de tous les par­tis : et l’on ne peut pas faire – sauf à abdi­quer son sens cri­tique – comme si des diver­gences fla­grantes de pro­gramme, de par­­tis-pris idéo­lo­giques, n’existaient pas. Nous pou­vons ain­si lire sous la plume de Van Rey­brouck qu’il est temps de faire émer­ger des « voix dif­fé­rentes » en pro­cé­dant au TAS. Mais que peuvent bien avoir de res­sem­blances la voix d’un ouvrier mili­tant au NPA et celle d’un ren­tier mili­tant à l’UMP ? À l’inverse, qui qu’on soit, sans for­ma­tions poli­tiques nous en res­tons à des opi­nions sou­vent consen­suelles, peu­plées de sté­réo­types. Rien ne rem­place la pen­sée orga­nique, murie, fer­men­tée dans les va-et-vient qui carac­té­risent la confron­ta­tion mili­tante. Un par­ti est un intel­lec­tuel col­lec­tif. /CS

[ÉC : Tou­jours cette vision éli­tiste de la poli­tique, où seules comptent l’o­pi­nion et l’ac­tion de « l’a­vant-garde éclai­rée », « le par­ti », n’est-ce pas ?

Per­­met­­tez-nous de ne pas par­ta­ger cette vision éli­tiste du monde, tout en appré­ciant, nous aus­si, le bon­heur de vivre dans un « cer­veau col­lec­tif ». Un démo­crate voit son sem­blable humain comme un égal poli­tique, et compte sur la mise en scène des conflits pour éclai­rer l’o­pi­nion, qui tran­che­ra sou­ve­rai­ne­ment. Au jeu démo­cra­tique, contrai­re­ment au jeu oli­gar­chique, cha­cun peut rai­son­na­ble­ment espé­rer voir pas­ser quelques lois qui lui conviennent.

En déci­dant lui-même, le peuple se trom­pe­ra, évi­dem­ment ; et il se cor­ri­ge­ra, évidemment. 

Tout ce qui est vivant sur terre se trompe ; tout le temps. 

Les « élus » aus­si ; et très gra­ve­ment (notam­ment toutes ces guerres à cause indus­trielle et à échelle indus­trielle, enga­gées et cruel­le­ment pro­lon­gées du fait de l’ir­res­pon­sa­bi­li­té poli­tique des déci­deurs, Impu­ni­té issue direc­te­ment des vices du pro­ces­sus consti­tuant). Les « élus » se trompent (et nous trompent) énor­mé­ment, faut-il le préciser ?

Eh bien le peuple, lui aus­si, appa­rem­ment, aspire à (enfin) pou­voir se trom­per, sou­ve­rai­ne­ment, comme tout adulte digne de ce nom… /ÉC]

CS : En creux se des­sine dans les reven­di­ca­tions des pro-TAS, une méfiance irré­duc­tible envers l’engagement : [ÉC : mais non… vous vous éga­rez, là … /ÉC] car tout enga­ge­ment est un mou­ve­ment vers la trans­for­ma­tion du monde, c’est-à-dire une prise de pou­voir sur sa propre vie et sur la socié­té en géné­ral. Le TAS est la néga­tion abso­lue de l’engagement [ÉC : mais qu’est-ce que vous racon­tez ? C’est tout le contraire : en dépro­fes­sion­na­li­sant la poli­tique, on va impli­quer et enga­ger beau­coup plus de monde, pré­ci­sé­ment. /ÉC], c’est-à-dire de la conscience poli­tique en tant qu’elle se sou­tient tou­jours d’une praxis – d’une conscience qui a com­pris qu’il ne suf­fit pas d’interpréter le monde, mais qu’il importe éga­le­ment de le trans­for­mer. Celui qui s’engage devient sus­pect de vou­loir le pou­voir, son geste contient déjà la cor­rup­tion de l’âme, l’impureté des inten­tions. Sui­vant cette logique, défendre acti­ve­ment l’intérêt géné­ral relè­ve­rait déjà du conflit d’intérêts. /CS

[ÉC : Vous inven­tez un diable qui n’existe pas, en mélan­geant tout.

Vous le faites exprès, peut-être ?

Vous n’a­vez mani­fes­te­ment (pour l’ins­tant) pas com­pris grand-chose au pro­jet poli­tique (une démo­cra­tie digne de ce nom) qui est ren­du pos­sible par le tirage au sort. Et vous n’a­vez rien com­pris non plus aux risques liés aux conflits d’in­té­rêts, sur­tout et très par­ti­cu­liè­re­ment dans le pro­ces­sus consti­tuant, ni aux mesures de sécu­ri­té poli­tique qui doivent pro­té­ger le corps social de ces conflits d’intérêts.

Est-ce que vous me lais­se­rez, moi aus­si, me perdre en conjec­tures sur « la cor­rup­tion de votre âme » ? Est-ce que je peux spé­cu­ler moi aus­si sur « l’impureté de vos inten­tions » ? /ÉC]

CS : Enfin, contrai­re­ment à ce que je peux lire ici ou là, si le pou­voir légis­la­tif était don­né à des citoyens tirés au sort, il est bien évident que les par­tis dis­pa­raî­traient. Ceux de droite mute­raient en grands think tanks payés par le capi­tal, jamais avare de moyens finan­ciers quand il s’agit de défendre ses inté­rêts poli­tiques, des fabriques du consen­te­ment peu­plées de lob­byistes et d’experts de la fausse conscience. Or per­sonne à gauche, dans les classes popu­laires, n’a les moyens de finan­cer de telles struc­tures. Le pro­blème, c’est que dans un sys­tème où le pou­voir ne dépend plus de la mobi­li­sa­tion col­lec­tive conden­sée dans une ins­ti­tu­tion inter­mé­diaire, les mili­tants dis­pa­rai­traient : en effet, on ne demande pas à un mili­tant béné­vole, en prise avec une lutte de tous les jours pour repro­duire dif­fi­ci­le­ment ses moyens d’existence, de s’engager acti­ve­ment pour une cause alors qu’il n’a aucune chance de par­ti­ci­per à la trans­for­ma­tion sociale du monde par ses efforts. De fait, seule la par­tie conser­va­trice de la socié­té, celle des pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion, conti­nue­rait à être poli­ti­que­ment mobi­li­sée de façon dis­ci­pli­née et conti­nue : tout sim­ple­ment parce qu’elle serait la seule à en avoir les moyens. /CS

[ÉC : Vous êtes encore sur le pro­ces­sus légis­la­tif… On perd son temps, allez…/ÉC]

CS : Et j’entends bien ceux qui répètent par­tout, avec délice, que la défiance envers les par­tis est immense aujourd’hui. C’est sans doute vrai. Mais je ne doute pas une seconde que le grand nombre soit néan­moins prêt à défendre mas­si­ve­ment le suf­frage uni­ver­sel. /CS

[ÉC :

Le vrai suf­frage uni­ver­sel (voter nos lois) ?

ou bien

le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire nos maîtres) ?

/ÉC]

CS : 3) Res­pon­sa­bi­li­té et capi­tal d’influence

Selon la vision para­noïaque décrite plus haut, les citoyens tirés au sort seraient apu­rés de toutes les scan­da­leuses dis­so­nances que pro­duit l’appartenance à un col­lec­tif poli­tique, de la cor­rup­tion du par­ti­san, de celui qui prend par­ti. Cela pose néan­moins un pro­blème de res­pon­sa­bi­li­té. De quoi un indi­vi­du tiré au sort peut-il bien se sen­tir res­pon­sable, puisqu’il n’a de comptes à rendre à per­sonne et que le hasard, sauf si l’on est croyant ou super­sti­tieux, ne demande jamais rien en retour ? De quoi se sen­­ti­­ra-t-il res­pon­sable puisqu’il n’a ni pro­gramme, ni cama­rades poli­tiques, ni élec­teurs à res­pec­ter ? Il ne doit rien à per­sonne et sera mis dans une situa­tion de pou­voir par­fai­te­ment favo­rable à l’éthique du mer­ce­naire. /CS

[ÉC : Un conseil, bos­sez un peu le cas (édi­fiant) de la démo­cra­tie athé­nienne : c’est un exemple éton­nant, au sujet de la res­pon­sa­bi­li­té des acteurs poli­tiques, et vous y ver­rez un labo­ra­toire démo­cra­tique très inté­res­sant (il donne des idées ; aux non « élus » en tout cas) avec, pen­dant 200 ans (une paille), tirage au sort tous les matins, red­di­tion des comptes fré­quente et ultra sévère en fin de man­dat ou même plus tard, révo­ca­bi­li­té à tout moment, etc.

Autre chose, donc, que l’es­cro­que­rie poli­ti­cienne qui nous vend l’é­lec­tion de maîtres en mon­tant en épingle le-pré­­ten­­du-risque-de-ne-pas-être-réélu comme mise en œuvre de la res­pon­sa­bi­li­té poli­tique des acteurs… Tu parles d’une red­di­tion des comptes ! Une vraie honte, oui.

On peut évi­dem­ment tirer au sort nos repré­sen­tants et les rendre par­fai­te­ment res­pon­sables de leurs actes, c’est juste une ques­tion d’institutions.

Vous devriez y réflé­chir un peu, ça décape. /ÉC]

CS : Par ailleurs, à quelle influence sera-t-il sen­sible ? Le capi­tal se tien­­dra-t-il bien tran­quille pen­dant qu’un atome para­chu­té du jour au len­de­main dans le cénacle du pou­voir légi­fère et se pro­nonce sur son des­tin ? Non. Il finan­ce­ra des armées de lob­byistes et se ren­dra cou­pable de toutes les ten­ta­tives de cor­rup­tion ima­gi­nables, y com­pris finan­cières. [ÉC : Là, vous êtes en train de nous décrire le régime ACTUEL, n’est-ce pas ? Quel far­ceur vous faites… /ÉC] Et l’individu tiré au sort y sera d’autant plus sen­sible qu’il n’a pas d’expérience poli­tique (sauf si par chance il est membre d’un par­ti ou d’une asso­cia­tion poli­ti­sée), qu’il n’est res­pon­sable de rien devant per­sonne, qu’il n’est tenu à aucune loyau­té envers de quel­conques élec­teurs – c’est-à-dire des man­dants – et ne béné­fi­cie en aucune manière de la pro­tec­tion d’un col­lec­tif – et que, comme tout un cha­cun, il est sen­sible à ses inté­rêts maté­riels immé­diats. Son manque de for­ma­tion poli­tique le ren­dra par ailleurs inapte à sou­te­nir les argu­ments fal­la­cieux tenus par les pro­fes­sion­nels de l’argumentaire payés par le capi­tal. D’autant plus qu’il sera confron­té à un envi­ron­ne­ment juri­dique d’une com­plexi­té telle que l’argument de connais­sance et d’expertise fera tou­jours la déci­sion. /CS

[ÉC : Atten­dez, les « élus » ont bien, actuel­le­ment, « l’ex­pé­rience poli­tique », « la for­ma­tion poli­tique » qui vous paraît si pro­tec­trice, n’est-ce pas ? Les « élus » ne sont éga­le­ment « tenu à aucune loyau­té envers de quel­conques élec­teurs », n’est-ce pas ? (Vous ne pou­vez pas pré­tendre le contraire : les « élus » passent leur vie à tra­hir hon­teu­se­ment leurs pro­messes, et sans jamais être punis pour ça le moins du monde ; on dirait même que c’est onto­lo­gique, comme vous dites.)

Et vous trou­vez que ça fonc­tionne bien ?

Vous trou­vez vrai­ment que c’est un sys­tème à défendre ?

(Une minute de silence, svp…)

Non, aucun de vos argu­ments n’est spé­ci­fique au tirage au sort : les « élus » ren­contrent les mêmes pro­blèmes, et ils s’y cassent les dents, à nos dépens.

Par contre, de bonnes ins­ti­tu­tions (non mar­chandes) cri­mi­na­li­se­raient les influences occultes, pour­chas­se­raient vrai­ment les res­pon­sables de cor­rup­tion, don­ne­raient aux citoyens lan­ceurs d’a­lerte des moyens et des pro­tec­tions, et fina­le­ment garan­ti­raient à la Cité une bien meilleure pro­tec­tion contre les escrocs en tout genre que ce que les anti­cons­ti­tu­tions mar­chandes ont impo­sé depuis 200 ans avec le « capi­ta­lisme ».

Mais pour que de telles bonnes ins­ti­tu­tions soient un jour écrites, il faut abso­lu­ment que nous nous débar­ras­sions des conflits d’in­té­rêts dans le pro­ces­sus consti­tuant, il faut que les grands mar­chands (à com­men­cer par les mar­chands d’armes et d’argent) n’aient plus aucune influence dans le pro­ces­sus constituant. 

Et nous ne pour­rons nous en débar­ras­ser que nous-mêmes ; la solu­tion ne vien­dra pas des « élus ». On n’a jamais vu un ordre de domi­na­tion rendre spon­ta­né­ment les clefs, ça ne se pas­se­ra pas comme ça. 

Il faut donc nous réveiller mutuel­le­ment, de proche en proche, et nous entraî­ner mutuel­le­ment, dans des ate­liers consti­tuants popu­laires et auto­nomes, pour apprendre à écrire nous-mêmes les articles les plus impor­tants d’une consti­tu­tion digne de ce nom, de façon à être très nom­breux à être prêts, le jour (pro­chain) où il sera (à nou­veau) ques­tion de chan­ger d’institutions. 

Ce jour-là, si on est assez nom­breux, assez entraî­nés et assez bien foca­li­sés sur la même idée simple (« si on veut une consti­tu­tion, il fau­dra bien l’é­crire nous-mêmes »), on sera assez forts pour inter­dire aux « élus » que soit élue l’As­sem­blée consti­tuante et exi­ger 1) soit que tout le monde l’é­crive, vil­lage par vil­lage, quar­tier par quar­tier, 2) soit qu’une (ou plu­sieurs) Assem­blée consti­tuante cen­trale soit tirée au sort et qu’elle tra­vaille sous le regard sour­cilleux de tous les citoyens (auto­ri­sés et même encou­ra­gés à y inter­agir), avant de pro­po­ser fina­le­ment au réfé­ren­dum, non pas de voter pour ou contre un seul paquet d’ar­ticles en bloc, à prendre ou à lais­ser, mais de voter plu­sieurs fois pour des groupes d’ar­ticles iso­lés, cohé­rents et com­men­tés, pour cha­cun des grand choix de socié­té envisagés./ÉC]

CS : Enfin, il est évident que comme dans tout groupe humain, des ora­teurs se révè­le­ront (et il y a fort à parier qu’ils seront issus des classes domi­nantes, où la facul­té rhé­to­rique fait par­tie d’un capi­tal cultu­rel bien tenu), intro­dui­sant des dis­sy­mé­tries fla­grantes dans le corps déli­bé­ra­tif. Et le public en pré­sence ne sera pas gui­dé par des convic­tions sous-jacentes assez pro­fondes pour se situer rai­son­na­ble­ment dans ces dévers. En outre, les tenants des ver­tus déli­bé­ra­tives en mini-public insistent géné­ra­le­ment sur la néces­si­té de main­te­nir la pro­tec­tion du huis clos pour ne pas biai­ser les suites argu­men­taires ; mais dans ce cas, quid du grand public ? Une démo­cra­tie n’est-elle pas pré­ci­sé­ment fon­dée sur la rai­son publique et la publi­ci­té des débats ? /CS

[ÉC : Même objec­tion : rien de spé­ci­fique au tirage au sort. Ces pro­blèmes (bien réels) s’ob­servent aus­si (ô com­bien !) dans les assem­blées « élues ».

Et puis tou­jours ce culte de « l’a­vant-garde éclai­rée » (celle du par­ti), seule capable de mener le peuple à la vic­toire… Hum. /ÉC]

CS : 4) État de droit et conflits d’intérêts

Les par­ti­sans du tirage au sort portent par ailleurs une vision maxi­ma­liste de la notion de conflit d’intérêts dont la logique, en plus d’être naïve, me semble impli­quer de graves atteintes à l’État de droit. /CS

[ÉC : Bon, là, une per­sonne en conflit d’in­té­rêts (dans le pro­ces­sus consti­tuant) va nous expli­quer qu’il y a « des vision maxi­ma­listes » des conflits d’in­té­rêts… C’est amusant.

Mais cha­cun juge­ra, en son for intérieur.

Ça, c’est sûr, que les poli­ti­ciens, eux, ne sont pas « naïfs »…

Mais, les appels au res­pect de l’É­tat de droit (car­ré­ment) pour rendre pos­sible les conflits d’in­té­rêts, c’est car­ré­ment drôle, je trouve. /ÉC]

CS : D’après eux, la légi­ti­mi­té démo­cra­tique du tiré au sort vient du fait qu’il fait par­tie du peuple et que tout un cha­cun aurait ain­si une chance de par­ti­ci­per aux affaires publiques. [ÉC : Eh bien oui, quoi ? Vous n’êtes pas d’ac­cord avec ça ? /ÉC] Sou­li­gnons d’abord que le par­ti­san, le res­pon­sable poli­tique, l’élu, fait lui aus­si par­tie du peuple. Un élu reste un être humain comme les autres. [ÉC : Ben oui, bien sûr. Mais si, dans une situa­tion par­ti­cu­lière (comme le pro­ces­sus consti­tuant), il est en conflit d’in­té­rêts, on ne peut pas s’in­di­gner de sa récu­sa­tion (logique et néces­saire) en fai­sant comme s’il n’é­tait pas en conflit d’in­té­rêts… /ÉC] Pré­ci­sons ensuite que la loi fran­çaise consacre déjà, en droit, l’égalité poli­tique : tous les citoyens de ce pays ont les mêmes droits, dont celui de par­ti­ci­per à l’exercice du pou­voir, à éga­li­té avec les autres. [ÉC : Oui, oui, on sait ça. Mais il y a quand même des gens en pri­son, n’est-ce pas ? On admet donc, par­fois, des entorses au prin­cipe d’é­ga­li­té, oui oui… Ne faites pas sem­blant de ne pas com­prendre. /ÉC]

CS : Or ce droit serait sérieu­se­ment mis à mal [ÉC : pas tant que ça : il ne s’a­git que du pro­ces­sus consti­tuant, vous avez com­pris. Mais dites, pour­quoi tenez-vous tant à y par­ti­ci­per en per­sonne, à ce pro­ces­sus consti­tuant ? hmmm ? /ÉC] par le TAS : la par­ti­ci­pa­tion aux affaires publiques [ÉC : Ce n’est PAS TOUTE par­ti­ci­pa­tion aux affaires publiques, mais le seul pro­ces­sus consti­tuant, celui où les pro­fes­sion­nels de la poli­tique sont en conflit d’in­té­rêts évident). /ÉC] ne serait en effet plus liée aux actions du citoyen, à sa volon­té ten­due dans une pra­tique sus­cep­tible d’atteindre ce but, mais à une pro­cé­dure méca­nique et arbi­traire. Très concrè­te­ment, si un citoyen veut aujourd’hui deve­nir dépu­té, il peut se battre pour le faire, rien ne le lui inter­dit for­mel­le­ment (même si de nom­breux biais sont natu­rel­le­ment à cor­ri­ger dans le sys­tème élec­tif actuel, et que de nom­breux obs­tacles socio-cultu­­rels scandent indu­ment ses voies). Or si les dépu­tés sont tirés au sort, un citoyen qui veut deve­nir dépu­té ne pour­ra rien faire d’autre que d’attendre patiem­ment que l’infime pro­ba­bi­li­té d’être dési­gné par le sort n’advienne. Mais il lui sera de fait inter­dit de concou­rir acti­ve­ment pour exer­cer cette charge, de se pré­sen­ter au suf­frage. Il s’agirait ni plus ni moins d’une dan­ge­reuse réduc­tion des liber­tés publiques et d’une grave entaille por­tée au cœur même de l’Etat de droit. D’une clô­ture redou­blée de l’espace poli­tique, du champ de la déci­sion, du centre de la souveraineté.

[ÉC : vous êtes repar­ti sur le pro­ces­sus légis­la­tif, là ?

Mais vous vous faites du mal pour rien, ce n’est PAS le pro­blème, le pro­ces­sus législatif…

C’est rigo­lo, ça : ça ne vous inté­resse pas du tout, le tirage au sort des Consti­tuants, c’est ça ?

C’est le tirage au sort des légis­la­teurs qui vous pré­oc­cupe, c’est bien ça ?

Bon, bon, bon… (je réfléchis…)

Alors, vous savez quoi, on va dire que vous avez rai­son, que tirer au sort les légis­la­teurs, c’est une très mau­vaise idée, et donc, comme on est d’ac­cord, main­te­nant, on n’en parle plus, OK ?

Et comme le pro­ces­sus consti­tuant, vous vous en fichez com­plè­te­ment, appa­rem­ment, on fera plu­tôt comme on pré­fère nous, hein, parce que nous, on ne s’en fiche pas du tout, OK ?

Donc, on ne va sur­tout pas élire l’As­sem­blée consti­tuante, on va la tirer au sort, hein, pour mettre fin aux conflits d’in­té­rêts per­ma­nents qui nous pour­rissent la vie depuis 200 ans. OK, allez, on fait comme ça.

Sacré far­ceur… J’ai bien cru qu’on était en désac­cord, pen­dant un moment 🙂 … /ÉC]

CS : Mais les par­ti­sans du TAS vont même plus loin. En effet lorsqu’est évo­quée la convo­ca­tion d’une Assem­blée consti­tuante, aspi­ra­tion par­ta­gée par plu­sieurs par­tis ou mou­ve­ments dont le M6R, j’entends sou­vent dire que le fait que les consti­tuants ne puissent ensuite se pré­sen­ter aux charges régu­lières déter­mi­nées par la consti­tuante serait insuf­fi­sant pour pré­ve­nir les conflits d’intérêts. Pour­quoi ? Parce que si les consti­tuants sont affi­liés à des col­lec­tifs qui pour­raient être ame­nés à exer­cer le pou­voir par la suite, il y aurait encore conflit d’intérêts. On m’affirme alors que les consti­tuants doivent impé­ra­ti­ve­ment être en situa­tion d’indépendance abso­lue vis-à-vis des par­tis, sous peine de ne pou­voir par­ti­ci­per au pro­ces­sus consti­tuant – ce qui sera véri­fié par une sorte d’examen, d’inspection d’entrée. /CS

[ÉC : Ah tiens, c’est pas fini… Eh bien, on va enfin par­ler du truc qui compte vrai­ment ? Super ! /ÉC]

CS : Le pro­blème de cette logique, c’est qu’elle implique tout sim­ple­ment une remise en cause vio­lente du prin­cipe d’égalité devant la loi. [ÉC : Ah ouais, c’est vrai que c’est super violent, comme pro­jet… /ÉC] Le droit de concou­rir aux charges poli­tiques est en effet une liber­té fon­da­men­tale, nous l’avons dit. [ÉC : Violent et en plus, sur une liber­té fon­da­men­tale, t’i­ma­gines… /ÉC] Mais le droit d’association – que Toc­que­ville, sou­vent cité par les défen­seurs du TAS, voyait jus­te­ment comme la mani­fes­ta­tion la plus inté­res­sante de la démo­cra­tie – éga­le­ment. Or, si l’on suit les pré­di­cats posés par cette aver­sion des pro-TAS envers tous les col­lec­tifs qui animent la socié­té civile [ÉC : mais où allez vous cher­cher ces inven­tions ? /ÉC] , le fait d’adhérer à une asso­cia­tion dont les acti­vi­tés sont pour­tant légales (sauf si on abroge le droit d’association, bien sûr) pour­rait impli­quer la des­ti­tu­tion des droits civiques [ÉC : c’est cela, oui, car­ré­ment, avec exil et confis­ca­tion des biens en prime ?… N’im­porte quoi. Cette exa­gé­ra­tion d’une mesure néces­saire et limi­tée est une manœuvre, qui vise à rendre odieuse une pro­cé­dure qui est pour­tant juste, mesu­rée et utile. /ÉC]. Cela signi­fie­rait sim­ple­ment que les charges poli­tiques [ÉC : pas toutes, Clé­ment, n’exa­gé­rez pas, ça se voit… /ÉC] seraient de fait inter­dites à tout un ensemble de citoyens. Et ceci me semble être por­teur de graves dérives vers des formes étranges, nou­velles, de tyran­nie. /CS

[ÉC : Ah ! Revoi­là le péril tota­li­taire… Gare aux formes nou­velles —étranges— de tyran­nie si vous vous pré­pa­rez à écrire vous-mêmes —sans vos tuteurs— votre contrat social, espèce de peuple indocile ! 

Quel boute-en-train vous faites par­fois, Clément…

Vous char­riez quand même un peu, non ? /ÉC]

CS : Par ailleurs, on voit en creux quel indi­vi­dua­lisme irréa­liste résulte de cette logique : il fau­drait des indi­vi­dus dénu­dés, des monades épu­rées de toute his­toire, de tout point de vue, de tout bio­gra­phème, de toute ins­crip­tion sociale, de l’eau dans de l’eau – et cela alors même que leur dési­gna­tion par le sort est reven­di­quée au nom de qua­li­tés socio­lo­giques fixées ! Nous sommes tous des êtres sociaux ; cha­cun revêt une iden­ti­té mul­tiple et se trouve par­cou­ru d’intérêts par­ti­cu­liers à faire valoir. /CS

[ÉC : Mais vous êtes par­ti dans un truc de fou, là… Tout ça est une inven­tion pure et simple, un fan­tasme, une trouille peut-être ? /ÉC]

CS : C’est en défi­ni­tive avoir une vision fausse du conflit d’intérêts : un conflit d’intérêts est le fait d’une per­sonne qui pro­fite d’un pou­voir pour le détour­ner vers son inté­rêt per­son­nel. /CS

[ÉC : NON, PAS DU TOUT, VOUS VOUS TROMPEZ, CLÉMENT : UN CONFLIT D’INTÉRÊTS N’EST PAS UN COMPORTEMENT MALHONNÊTE, MAIS UNE SITUATION DANGEREUSE. 

SI ON NE COMPREND PAS ÇA, ON NE COMPREND RIEN AUX CONFLITS D’INTÉRÊTS.

Ou peut-être, on fait sem­blant de ne pas com­prendre, parce qu’on n’a pas très envie. /ÉC]

CS : Un man­da­taire dési­gné par une for­ma­tion col­lec­tive, por­teuse d’une vision poli­tique, n’est donc pas onto­lo­gi­que­ment en conflit d’intérêts : s’il res­pecte son man­dat, nul conflit d’intérêts. Ques­tion : deman­­de­­ra-t-on au tiré au sort, avant sa prise de fonc­tion, s’il a des convic­tions préa­lables et sera-ce un motif de red­di­tion ? /CS

[ÉC : Je vous sens repar­ti sur le pro­ces­sus légis­la­tif, là… Je me trompe ?

Vous entre­tien­driez une confu­sion, du même coup ? /ÉC]

CS : Allons même un peu plus loin, pour mon­trer à quel point cette vision maxi­ma­liste du conflit d’intérêts se heurte à des apo­ries inso­lubles. La consti­tu­tion ne règle pas seule­ment la répar­ti­tion des pré­bendes poli­tiques ; elle peut aus­si énon­cer les règles éco­no­miques fon­da­men­tales – à tout hasard, la ques­tion de la pro­prié­té, par exemple. À par­tir de là, faut-il exclure du pro­ces­sus consti­tuant « tous ceux qui en dépendent », depuis le loca­taire pré­caire jusqu’au ren­tier d’une SCI flo­ris­sante ? Par­tant, tout le monde, la socié­té étant cou­sue de rap­ports de pro­prié­té. De même, quand il fau­dra fixer les grands prin­cipes consti­tu­tion­nels en matière de fis­ca­li­té, le tiré au sort ne sera-t-il pas en conflit d’intérêts, en tant que contri­buable ? Et quand il s’agira d’établir les droits fon­da­men­taux du citoyen ? Le citoyen sera-t-il en conflit d’intérêts ? Enfin pour peu que la Consti­tuante se penche sur les droits envi­ron­ne­men­taux, espé­rons que le consti­tuant tiré au sort n’habite pas cette pla­nète. /CS

[ÉC : C’est inté­res­sant, de voir un indi­vi­du en conflit d’in­té­rêts (ce qui n’est abso­lu­ment pas condam­nable, j’in­siste : être en conflit d’in­té­rêt n’emporte, en soi, aucune mal­hon­nê­te­té, si on se récuse bien sûr) qui se débat pour désac­ti­ver le concept même de conflit d’in­té­rêts. Un vrai sujet d’étude…

Évi­dem­ment, pour qu’il y ait conflit d’in­té­rêts, il faut que l’in­té­rêt per­son­nel du déci­deur soit CONTRAIRE à l’in­té­rêt géné­ral (sinon, il n’y a pas conflit, mais convergence).

Et pré­ci­sé­ment, voi­ci, mise à nue, la dif­fé­rence entre les deux situations :

Tout le monde a des inté­rêts, OK, évi­dem­ment, vous avez bien rai­son ; à ce petit détail près que :

  • 99% ONT UN INTÉRÊT PERSONNEL QUI CONVERGE AVEC L’INTÉRÊT GÉNÉRAL (avoir besoin de garan­ties solides et quo­ti­diennes contre les abus pouvoir),
  • ALORS QUE 1% ONT UN INTÉRÊT PERSONNEL QUI DIVERGE D’AVEC L’INTÉRÊT GÉNÉRAL (avoir besoin de n’être jamais gêné ni inquié­té dans l’exer­cice du pouvoir)…

Ah ! Est-ce un détail ?

Doit-on trai­ter les deux situa­tions comme si elles étaient équivalentes ?

Ce n’est évi­dem­ment pas l’exis­tence d’in­té­rêts per­son­nels quels qu’ils soient qui pose pro­blème ; ce qui pose pro­blème, c’est le fait que cet inté­rêt per­son­nel soit contraire à l’in­té­rêt général.

Il n’y a aucune honte à être en conflit d’in­té­rêts POURVU QU’ON SE RÉCUSE. Ce qui serait hon­teux, ce serait d’être en conflit d’in­té­rêts et de conti­nuer à exer­cer la fonc­tion en ques­tion sans rien dire…

Le conflit d’in­té­rêts n’est donc PAS L’ACTION de détour­ner un pou­voir, c’est LA SITUATION où L’INTÉRÊT PERSONNEL du déci­deur est CONTRAIRE À L’INTÉRÊT GÉNÉRAL de l’or­ga­ni­sa­tion au nom de laquelle il décide.

/ÉC]

CS : 5) Le faux exemple des jurys d’assises

Les jurys d’assises consti­tuent pour les par­ti­sans du TAS une forme d’exemplification du fonc­tion­ne­ment poten­tiel du tirage au sort en poli­tique, dont ils extra­polent jus­te­ment leur vision défor­mée de la notion de conflit d’intérêts. En France, ils sont com­po­sés de citoyens dési­gnés de façon aléa­toire dans la popu­la­tion, afin de se pro­non­cer sur les crimes les plus graves recen­sés par le code pénal. Ces jurys ne sont tou­te­fois pas char­gés d’édicter la loi, mais sim­ple­ment de veiller à son appli­ca­tion, d’en coor­don­ner la lettre avec des faits bien pré­cis, cir­cons­crits dans le temps comme dans l’espace.

Le jury d’assises n’appartient pas à la même tem­po­ra­li­té que l’action poli­tique : ses yeux se tournent vers le pas­sé, véri­fient ce qui a eu lieu, quand l’action poli­tique occupe ses mains à façon­ner l’avenir. [ÉC : la belle affaire… /ÉC] L’étendue de son sujet dif­fère éga­le­ment : des faits, un pro­cès, un dos­sier judi­ciaire unique et par­ti­cu­lier pour le jury d’assises, quand l’action poli­tique concerne poten­tiel­le­ment chaque chose de ce monde. Pou­voir poli­tique et pou­voir judi­ciaire n’ont donc en rien le même objet : l’un contrôle sim­ple­ment l’application des lois tra­cées par le geste démiur­gique de l’autre. Le poli­tique doit être le lieu de l’auto-institution de la socié­té, pour par­ler comme Cas­to­ria­dis ; la jus­tice quant à elle est une ins­ti­tu­tion. C’est pour­quoi on ne sau­rait com­pa­rer un juré, ni même un juge (qui soit dit en pas­sant encadre stric­te­ment l’activité des jurés) avec un député.

À quoi bon ces dis­tinc­tions ? Pré­ci­sé­ment parce qu’elles impactent pro­fon­dé­ment la ques­tion de la légi­ti­mi­té. On ne demande pas à un jury d’assises de por­ter une vision poli­tique, de se situer dans le faire, dans la créa­tion. Mais sim­ple­ment aux citoyens dési­gnés à sa charge de se por­ter garants de ce que le poli­tique a déci­dé en leur nom, en tant que membres de la socié­té. /CS

[ÉC : Argu­ties… QUEL QUE SOIT LE DOMAINE D’ACTION, même ver­tueuse et même irré­pro­chable, UNE PERSONNE EN CONFLIT D’INTÉRÊTS NE PEUT PAS ÊTRE JUSTE, ELLE N’EST PAS FIABLE (pour les autres), elle doit se récu­ser, ou l’être par une auto­ri­té. /ÉC]

CS : 6) Les choses et les mots

Les par­ti­sans du TAS pensent, et c’est l’un des point saillants de leur argu­men­taire, que celui-ci serait le seul à pou­voir com­po­ser une chambre « repré­sen­ta­tive » de la popu­la­tion réelle, donc légi­time, dans la mesure où l’on y trou­ve­rait tant de membres des CSP qui cata­loguent le monde pro­fes­sion­nel, tant d’urbains, de ruraux, de tren­te­naires, de qua­dras, de quin­quas, etc. /CS

[ÉC : Bon, vous êtes repar­ti sur le pro­ces­sus légis­la­tif… Je vous laisse, hein. À tout à l’heure. /ÉC]

CS : Or pré­tendre qu’un tel échan­tillon serait poli­ti­que­ment repré­sen­ta­tif revient de fait à essen­tia­li­ser des êtres humains d’après une qua­li­té objec­tive (objec­ti­vée, plu­tôt) par­ti­cu­lière, froide, et bien sou­vent déter­mi­née par le pro­cès capi­ta­liste. C’est réduire et déshu­ma­ni­ser. C’est nier la capa­ci­té de l’homo poli­ti­cus à dépas­ser, néan­ti­ser les condi­tions sociales, à mettre à dis­tance les déter­mi­nismes sociaux et s’émanciper des domi­na­tions struc­tu­relles dans la révolte et le col­lec­tif. Sai­sir un indi­vi­du dans la pas­si­vi­té et l’anonymat pour le por­ter au pou­voir, tel un simple étant (inerte) réi­fié par sa col­lec­tion dans les colonnes froides de la « repré­sen­ta­ti­vi­té socio­lo­gique », iso­lat séria­li­sé par la tech­nique sta­tis­tique, c’est enle­ver au vivre-ensemble ses visages pour s’en tenir à l’abstraction spé­cieuse des pro­prié­tés. « Le visage est cette réa­li­té par excel­lence, où un être ne se pré­sente pas par ses qua­li­tés », comme l’écrit Lévinas.

Assi­gner à la for­mu­la­tion de la loi des carac­té­ris­tiques pla­cides, des clas­si­fi­ca­tions qui en elles-mêmes recèlent de nom­breuses formes de domi­na­tions sym­bo­liques, plu­tôt que l’adhésion à des dis­cours publics et des visions du monde, c’est-à-dire à un pro­ces­sus de mise en branle de l’appareil intel­lec­tuel qui débouche sur la for­ma­tion de convic­tions cri­tiques, c’est tout sim­ple­ment déni­grer la digni­té poli­tique de la conscience humaine, qui veut que cha­cun puisse se déter­mi­ner par rap­port au dit, avec ses trucs et astuces comme avec ses ver­tus dia­lec­tiques et déli­bé­ra­tives, et ait le pou­voir de choi­sir. C’est choi­sir le pho­to­gra­phique au dia­lec­tique, le pétri­fié au vivant. Et c’est tuer le logos dans la grande fête de l’insignifiance. /CS

[ÉC : Car­ré­ment ? /ÉC]

CS : Ain­si que pour­rait bien repré­sen­ter un échan­tillon de la popu­la­tion dont les membres sont absents de toutes for­mu­la­tions et reven­di­ca­tions poli­tiques ? Rien. Rien d’autre qu’un échan­tillon quel­conque, sai­si à un ins­tant T. Le TAS convient peut-être pour extraire un cénacle fan­to­ma­tique de ges­tion­naires, qui n’auraient rien d’autre à faire que de contrô­ler la bonne per­pé­tua­tion de l’ordre exis­tant d’où ils sont issus dans un geste tau­to­lo­gique, c’est-à-dire sans autre forme de jus­ti­fi­ca­tion que d’y être issus ; en aucun cas pour por­ter au pou­voir les dépo­si­taires de la volon­té géné­rale dans ses diverses nuances et ses mul­tiples velléités.

Ima­gi­nons en pas­sant un sys­tème tel que la grande majo­ri­té de la popu­la­tion vive dans le bon­heur et l’opulence, alors qu’une mino­ri­té subit de vio­lentes formes d’exclusion. Nous satis­­fe­­rons-nous à bon compte des grandes ver­tus démo­cra­tiques de la « repré­sen­ta­ti­vi­té sociologique » ?

Le poli­tique se réa­lise dans une trans­cen­dance de l’étant (inerte) par l’action, laquelle ne peut s’opérer qu’au niveau du dis­cours com­mu­ni­qué. /CS

[ÉC : Ah ? /ÉC]

CS : 7) Mépris du peuple /CS

[ÉC : What ?! But look who’s tal­king !… /ÉC]

CS : Il est en outre étrange de por­ter aux nues les facul­tés déli­bé­ra­tives du « peuple », disons des classes popu­laires, tout en lui niant celle de s’organiser poli­ti­que­ment pour prendre le pou­voir. /CS

[ÉC : Vous n’a­vez pas bien com­pris, je vais vous le dire autrement :

les 99% vou­draient empê­cher les 1% de s’or­ga­ni­ser (entre eux les 1%) pour voler 100% du pou­voir. De cette façon, les 99% espèrent exer­cer (au moins un peu) plus le pou­voir… /ÉC]

CS : C’est un point de vue au mieux défai­tiste, au pire mépri­sant. [ÉC : vous êtes sûr ? /ÉC] Puisqu’elles n’ont pas encore pris le pou­voir d’elles-mêmes, alors on les y met­tra de force (c’est-à-dire indé­pen­dam­ment de leur propre action), de force par la loi des grands nombres et des pon­dé­ra­tions algo­rith­miques. C’est dénier au peuple la facul­té de se battre et de prendre le pou­voir, oublier l’histoire de ses com­bats et de ses vic­toires (notam­ment sur le droit de vote) et abju­rer sa liber­té poli­tique. /CS

[ÉC : Inci­ter le peuple à s’en­traî­ner tous les jours pour écrire lui-même sa consti­tu­tion, pour ces­ser de démis­sion­ner devant les injonc­tions de ses maîtres « élus », deve­nir lui-même capable, par édu­ca­tion popu­laire, d’ins­ti­tuer lui-même, en adulte libre, sa propre puis­sance et ses propre garan­ties contre la tyran­nie, sti­mu­ler et favo­ri­ser des ate­liers consti­tuants popu­laires un peu par­tout dans le pays, « c’est dénier au peuple la facul­té de se battre et de prendre le pou­voir, oublier l’histoire de ses com­bats et de ses vic­toires (notam­ment sur le droit de vote) et abju­rer sa liber­té politique » ??????

Dites, Clé­ment, vous avez un petit pro­blème de com­pre­nette, on dirait, ou bien peut-être, plu­tôt oui, sur ce sujet pré­cis vous n’a­vez peut-être pas très envie de com­prendre, hmmm ? /ÉC]

CS : 8) La confu­sion de l’échantillon et de l’ensemble

Pour conti­nuer sur la ques­tion de la repré­sen­ta­ti­vi­té, les par­ti­sans du TAS opèrent une mys­ti­fi­ca­tion qui passe sou­vent inaper­çue. Elle consiste à pos­tu­ler que : échan­tillon extrait du peuple = peuple. C’est confondre un échan­tillon avec un ensemble. Le fait est qu’une infime mino­ri­té du peuple exer­ce­ra le pou­voir ; sauf qu’elle ne sera plus reliée au reste du peuple par aucune média­tion, de celle que repré­sente le vote, qui est une auto­ri­sa­tion don­née d’agir, une délé­ga­tion momen­ta­née, une licence arri­mée à une ori­gine solide, dont le siège se trouve dans la volon­té de chaque citoyen. /CS

[ÉC : Ah ! Tiens ! Elle est bien bonne celle-là.

Eh bien, Clé­ment, si vous êtes si cha­touilleux avec cette hon­teuse mys­ti­fi­ca­tion (vous avez bien rai­son), vous devriez rugir de rage et entrer en guerre avec nous contre cette autre mys­ti­fi­ca­tion, autre­ment plus grave et bien plus durable, « mys­ti­fi­ca­tion pas­sant elle aus­si inaper­çue, et qui consiste à pos­tu­ler que : échan­tillon « élu » extrait du peuple = peuple. C’est confondre un échan­tillon avec un ensemble » et « le fait est qu’une infime mino­ri­té du peuple, « élue », exer­ce­ra le pouvoir »…

Haha ! Donc ça y est, vous nous rejoi­gnez, pour écrire nous-mêmes notre consti­tu­tion, sans plus jamais confondre (lamen­ta­ble­ment, vous avez rai­son) un échan­tillon « élu » avec l’ensemble.

Elle est bonne, celle-là, je la res­sor­ti­rai. /ÉC]

CS : Sur les 45 mil­lions d’électeurs fran­çais, si l’on donne à l’Assemblée les moyens de légi­fé­rer cor­rec­te­ment, avec le temps du débat et de la déli­bé­ra­tion néces­saire, si cette Assem­blée regroupe envi­ron 500 per­sonnes, autant dire que la chance dans une vie humaine de par­ti­ci­per aux affaires frôle le ridi­cule. Pour une Assem­blée de 2000 per­sonnes renou­ve­lées tous les ans, on monte à peine à 0, 004% de chance d’être dési­gné, comme le sou­ligne Tom­my Las­serre. Dans ces condi­tions, per­sonne ne se pré­pa­re­ra, comme j’ai pu le lire ou l’entendre, à exer­cer le pou­voir. La majo­ri­té des gens n’aura même plus à se dépla­cer dans l’isoloir de temps à autre ; l’isolement poli­tique sera total, ache­vé. /CS

[ÉC : mmm… et avec l’é­lec­tion, c’est car­ré­ment 0,0000%. Donc, qua­li­té de la démonstration = ?

Et le ratio dans chaque com­mune, il est le même ?…

Mais vous êtes à nou­veau repar­ti sur le légis­la­tif… Tout se mélange, dans votre tête, déci­dé­ment, c’est confus. /ÉC]

CS : Le tirage au sort n’est pas le propre de la démo­cra­tie ; mais plu­tôt de la sto­cho­cra­tie, du grec sto­khas­ti­kos qui signi­fie « aléa­toire ». Avec l’élection le grand nombre des citoyens ont, même si c’est de façon indi­recte, le pou­voir d’agir en choi­sis­sant des repré­sen­tants iden­ti­fiés et des pro­grammes. Ce ne serait plus le cas en sto­cho­cra­tie. /CS

[ÉC : Hum… /ÉC]

CS : Les zélotes de la sto­cho­cra­tie confondent le pro­ces­sus et l’objet du pro­ces­sus : si l’objet du vote est bel et bien de choi­sir l’orientation du pou­voir de façon authen­tique et équi­table, c’est-à-dire d’un pou­voir réel et déter­mi­né, alors les couches popu­laires se mobi­lisent. C’est notam­ment ce qui explique la variance de l’abstention d’un scru­tin à l’autre.

Il faut exa­mi­ner ici trois hypothèses :

  1. A) Les tirés au sorts sont extraits d’un panel de volon­taires : alors la repré­sen­ta­ti­vi­té socio­lo­gique est bri­sée, se retrouvent des gens inté­res­sés par le pou­voir (donc sus­pects), et en toute logique des gens plu­tôt dotés d’un haut capi­tal cultu­rel qui leur per­met de maî­tri­ser la chose politique,
  1. B) Les tirés au sort peuvent démis­sion­ner : mais comme n’y aura plus de struc­tures par­ti­sanes à gauche pour for­mer, édu­quer poli­ti­que­ment et (quand elles s’y décident) pro­mou­voir des mili­tants des classes popu­laires, alors leur radia­tion poli­tique sera sans doute encore plus impor­tante que ce qu’elle n’est actuellement,
  1. C) Les tirés au sort ne peuvent démis­sion­ner : ils démis­sion­ne­ront dans l’hémicycle, peu­plé pour une pro­por­tion cer­taine d’individus qui n’assument pas la charge ou ne dési­rent pas l’assumer (quelle qu’en soit la rai­son per­son­nelle ou l’aliénation poli­tique) : autant dire que la réduc­tion de 500 à 250 sièges effec­tifs, c’est-à-dire des majo­ri­tés à 125, limite rapi­de­ment la « loi des grands nombres » : une poi­gnée de dépu­tés sans sub­stance seront effec­ti­ve­ment en posi­tion d’arbitre. /CS

[ÉC : Eh bien dites donc, vous n’êtes pas opti­miste, vous, hein ?

Le fait que le tirage au sort ait très bien mar­ché pen­dant 200 ans (car­ré­ment), ça ne vous donne pas envie de com­prendre pour­quoi et com­ment ? Vous n’êtes pas curieux, fina­le­ment, hein. /ÉC]

CS : 9) Brèves inco­hé­rences d’un sys­tème mixte

Par­fois les pro-TAS sou­tiennent un sys­tème bica­mé­ral, avec une chambre élue et l’autre tirée au sort – un peu d’ailleurs comme si un prin­cipe dis­cu­table le deve­nait moins adjoint à un prin­cipe dif­fé­rent, en l’occurrence fron­ta­le­ment oppo­sé (cette vieille idée du juste milieu, de la bonne dose). Admettons.

Mais dans ce cas laquelle des deux tran­che­ra en der­nier res­sort ? Les deux chambres ou col­lèges seront-ils dotés d’un pou­voir de veto ? En réa­li­té cela revient à retom­ber dans les mêmes pro­blèmes de légi­ti­mi­té ; cette mixi­té ne change rien au carac­tère anti­po­li­tique du TAS, qu’on le com­bine avec tous les élé­ments que l’on veut – sauf si cette com­bi­nai­son revient à lui ôter tout pou­voir réel, auquel cas il rede­vien­drait un pro­jet mar­gi­nal et nous per­dons notre temps à en dis­cu­ter. Même pro­blème en cas d’une assem­blée mixte. Les dési­gnés par le sort souf­fri­raient tou­jours d’un défi­cit de légi­ti­mi­té, auprès d’une popu­la­tion qui ne les a pas choi­sis sans doute, auprès des élus pré­sents et de leurs élec­teurs certainement.

En réa­li­té, un pou­voir poli­tique concer­nant un même objet (ici l’écriture de la loi) ne sau­rait avoir plu­sieurs sources dis­tinctes. Concrè­te­ment, des légis­la­teurs ne pro­cé­dant pas de la même source ne seraient pas à éga­li­té d’autorité : si bien que le pou­voir ris­que­rait bien­tôt de s’effondrer sur lui-même, vic­time d’un dés­équi­libre interne, figeant du même coup l’ensemble du sys­tème poli­tique gra­vi­tant autour de lui. /CS

[ÉC : Vous vous obs­ti­nez sur le tirage au sort le plus dis­cu­table (en ins­trui­sant à charge, et oubliant d’é­vo­quer toutes les réfu­ta­tions de ces objec­tions, d’ailleurs), celui du corps légis­la­tif, mais on vous voit faire. Et nous, on sait bien que le tirage au sort qui compte le plus, ce n’est PAS celui sur lequel vous nous épui­sez (il est super tard, là, quand même…).

Alors on com­mence à se deman­der si on ne va pas vous lais­ser là, à dis­cu­ter tout seul (ou avec vos amis qui sont d’ac­cord pour ne pas être d’ac­cord avec le tirage au sort) d’un sujet qu’il n’est pas temps de creu­ser autant. /ÉC]

CS : 10) Délé­gi­ti­ma­tion de l’opposition politique

Si l’échantillon du peuple se confond avec le peuple, quid de l’opposition poli­tique ? À quoi bon contes­ter les lois et en pro­po­ser de nou­velles ? Le sort est le ton­neau des danaïdes de la poli­tique. Il dis­sou­dra toute forme de coa­li­tion. Les contes­ta­taires s’adresseront à des spectres tenant leur légi­ti­mi­té de la brume indis­tincte du hasard, à quelque chose qui échappe à l’immanence du fait social, à son ancrage pro­pre­ment poli­tique, à son carac­tère tem­po­rel. Car où donc sera la prise pour accro­cher une oppo­si­tion ? Com­ment contes­ter le prag­ma­tisme abso­lu, vis­sé dans les reliefs dés­in­car­nés d’un échan­tillon sta­tis­tique ? Au nom de quoi ? Du nombre mobi­li­sé ? Impos­sible puisque la ratio­na­li­té sto­cho­cra­tique consiste pré­ci­sé­ment à dis­cré­di­ter le nombre coa­li­sé (car cou­pable de conflit d’intérêts). Nous rede­vien­drons ain­si de simples sujets plu­tôt que des citoyens en puis­sance, les sujets d’un régime obs­cur, pro­pre­ment kafkaïen.

11) Les choi­sis et les meilleurs

On entend sou­vent dire dans la bouche des par­ti­sans du sort que l’élection est par essence le dis­po­si­tif de l’aristocratie. Car il s’agirait du règne « des meilleurs. » Il s’agit là d’un sor­ti­lège ana­ly­tique, d’un abus de lan­gage, d’un glis­se­ment conceptuel.

[ÉC : Ah oui ?/ÉC]

CS : L’élection sélec­tionne les choi­sis, pas les meilleurs. /CS [ÉC : donc les pires, bien sûr, dans l’es­prit des élec­teurs… vous vou­lez rire, je pré­sume. Non mais je rêve ? Vous êtes en train de vous pré­va­loir de l’é­chec (lamen­table) de l’é­lec­tion de maîtres (qui, au lieu de mettre au pou­voir —comme pro­mis— les meilleurs, nous colle tou­jours les pires des pires, la crème de la crème des men­teurs et des voleurs), vous vous ser­vez de cet échec, donc, pour nous « démon­trer » que, vous voyez bien, l’é­lec­tion n’est pas aris­to­cra­tique ?… Oh, mais on tient là, je crois, un spé­ci­men de mau­vaise foi chi­mi­que­ment pure, c’est assez rare… /ÉC]

CS : Il n’est qu’à voir les pré­si­dents récents de la Ve pour s’en convaincre. La sélec­tion des meilleurs repo­se­rait sur des cri­tères bien pré­cis, objec­ti­vables, dans une logique d’examen ; alors que l’élection fait au contraire appel à la diver­si­té des sub­jec­ti­vi­tés. Le seul cri­tère de l’élu, c’est d’être choi­si. Et les déter­mi­nants du vote sont plu­riels, com­binent des élé­ments d’admiration et de rejet, un jeu de recon­nais­sance où la part humaine et affec­tive joue aus­si un grand rôle. L’élu n’est pas for­cé­ment le plus apte à gou­ver­ner ou à défendre une vision du monde ; il est juste élu, il a ras­sem­blé sur sa voix le plus grand nombre de votes, mélange de votes de convic­tion et de votes par défaut./CS

[ÉC : Eh bien, il faut s’en don­ner, du mal, pour arri­ver à don­ner l’im­pres­sion que l’é­lec­tion n’est pas aris­to­cra­tique, alors qu’elle l’est par construc­tion, par défi­ni­tion… Vous êtes un type cou­ra­geux, Clé­ment, un guer­rier du verbe. /ÉC]

CS : Que les par­tis domi­nants sélec­tionnent leurs cadres dans les pro­mo­tions de l’ENA, qu’ils soient tou­chés par une sur­re­pré­sen­ta­tion de la classe domi­nante dont ils défendent les inté­rêts n’a rien à voir avec la logique du vote. Elle n’est que l’ultime volet de la légi­ti­ma­tion d’une domi­na­tion maté­rielle et sym­bo­lique qui trouve ses sources dans la confis­ca­tion par un petit nombre des moda­li­tés notam­ment sco­laires d’acquisition du mérite per­met­tant de créer et repro­duire l’ « élite », qui met tout en œuvre pour gar­der la main sur le pou­voir poli­tique, pris comme un arte­fact par­mi d’autres pour ser­vir ses inté­rêts de classe.

Et quand bien même l’élection don­ne­rait la prime aux « meilleurs » : il fau­drait prou­ver que l’aspiration majo­ri­taire de la socié­té à élire ceux qui sont les plus admi­rés est illé­gi­time et anti-démo­­cra­­tique. /CS

[ÉC : Eh bien, com­ment dire ? Il se fait, voyez-vous, que l’a­ris­to­cra­tie, ce n’est PAS la démo­cra­tie, ce sont des régimes, fina­le­ment, assez… dif­fé­rents. Et si une pro­cé­dure est typi­que­ment aris­to­cra­tique (l’é­lec­tion de maîtres, supé­rieurs), et qu’une autre est typi­que­ment démo­cra­tique (le tirage au sort de ser­vi­teurs, non supé­rieurs), il est assez inco­hé­rent (sauf si on a une mau­vaise inten­tion, très cohé­rente, der­rière la tête) d’in­ver­ser les règles de dési­gna­tion des acteurs. /ÉC]

CS : En outre l’aristocratie désigne une caste supé­rieure (aris­toi) dont le pou­voir (prin­ci­pa­le­ment héré­di­taire) [ÉC : pas du tout, la trans­mis­sion héré­di­taire des pri­vi­lèges aris­to­cra­tiques est une dégé­né­res­cence, un dévoie­ment, une inver­sion de sens, une trom­pe­rie. /ÉC] n’est pas jus­te­ment pas fon­dé sur le mérite. C’est toute la dif­fé­rence entre une aris­to­cra­tie et une répu­blique. /CS

[ÉC : Bah ! /ÉC]

CS : 12) La dia­bo­li­sa­tion du pouvoir

Un autre lieu com­mun des par­ti­sans du TAS consiste donc, on l’aura com­pris, à arguer que l’élan vers le pou­voir, la pour­suite d’un cona­tus (puis­sance de per­sé­vé­rer dans son être) à la fois indi­vi­duel et col­lec­tif, la mise en mou­ve­ment de la puis­sance d’agir, serait néga­tive ou nui­sible, source de domi­na­tion. C’est déjà confondre pou­voir et domi­na­tion, le pre­mier rele­vant de la capa­ci­té col­lec­tive à habi­ter et trans­for­mer le monde dans lequel nous vivons, le second à empê­cher toute capa­ci­té d’action chez l’autre. Mais c’est sur­tout entre­te­nir une défiance mor­ti­fère envers les pas­sion­nés de la chose poli­tique, ceux qui ont un sou­ci de l’être col­lec­tif du monde tel qu’ils veuillent le trans­for­mer, le tenir à bout de bras, le tou­cher des doigts. Ceux-là seraient des tyrans en puissance.

Ce réflexe délé­tère relève quand y réflé­chit de la péti­tion de prin­cipe. Je pense qu’il y a tout autant à craindre de ceux qui ne sont pas fami­liers du pou­voir et qui, goû­tant l’ivresse de la puis­sance d’un seul coup, seraient peu enclins à y adjoindre la moindre modé­ra­tion. Quant à la bana­li­té du mal poli­tique, celle que l’on trouve chez les hommes ordi­naires, Han­nah Arendt a déjà, je crois, eu l’occasion d’en faire une sai­sis­sante démons­tra­tion (cf La bana­li­té du mal). /CS

[ÉC : vous avez toute la légi­ti­mi­té pour en pen­ser tout ce que vous vou­lez, natu­rel­le­ment, mais de toute façon, ce n’est pas à vous (ni à moi) de déci­der. Seul le peuple est légi­time pour choi­sir, LUI-MÊME, le pro­ces­sus consti­tuant qui lui agrée.

Et votre peur de l’homme ordi­naire (de qui vous avez lu « une sai­sis­sante démons­tra­tion de la bana­li­té du mal ») (et pas chez les « élus », la bana­li­té du mal, non non, on n’a jamais vu ça), votre peur de l’homme ordi­naire, donc, res­semble à de la démophobie.
Vous avez le droit, notez : on n’est pas obli­gé d’être démo­crate… /ÉC]

CS : Le but d’une démo­cra­tie n’est pas de se méfier des « hommes de pou­voir » [ÉC : Ah ? /ÉC] mais plu­tôt de faire en sorte que cha­cun devienne lui-même « un homme de pou­voir ». /CS

[ÉC : Ah bon ?! « Cha­cun » ?! À la bonne heure ! Eh bien, vous allez donc nous rejoindre pour défendre le tirage au sort, puisque le tirage au sort est incon­tes­ta­ble­ment l’ou­til idéal pour garan­tir et ali­men­ter une bonne rota­tion des charges, de façon équi­table et incor­rup­tible. Chouette ! On va faire du bon bou­lot ensemble. /ÉC]

CS : Elle n’est par ailleurs pas sup­po­sée se fon­der sur d’hypothétiques cal­culs de mora­li­té, comme si l’être humain était onto­lo­gi­que­ment bon ou mau­vais ; mais se doter d’un jeu ins­ti­tu­tion­nel au sein duquel les élus aient inté­rêt à s’aligner sur l’intérêt géné­ral et la pro­bi­té, qu’il s’agisse d’anges ou de démons.

Et puis soyons pru­dents. À har­ce­ler méca­ni­que­ment le pou­voir, on obtient l’impuissance géné­rale. Le meilleur moyen d’obtenir la domi­na­tion, c’est d’entraver le pou­voir col­lec­tif – cette chose fra­gile – dès qu’il se mani­feste. /CS

[ÉC : C’est vrai, mais en par­tant de là où on est (point de vue « har­cè­le­ment des pou­voirs »), on a de la marge…

Ah oui ! C’est vrai, le péril tota­li­taire… ne pas oublier le péril tota­li­taire, tapi dans l’ombre du tirage au sort… /ÉC]

CS : 13) Exemples manqués

Les sto­cho­crates avancent sou­vent quelques exemples pour démon­trer un inflé­chis­se­ment de l’Histoire vers le TAS. La Colom­bie bri­tan­nique, en 2004 confia la réforme de sa loi élec­to­rale à un échan­tillon arbi­traire de 160 per­sonnes. Las, son tra­vail fut reje­té par réfé­ren­dum. Même chose pour l’Ontario ou les Pays-Bas, en 2006.

En fait, aucun pou­voir tiré au sort dans l’époque récente n’a pu exer­cer une quel­conque influence concrète sur la socié­té poli­tique. Pour­quoi ? /CS

[ÉC : peut-être du fait des résis­tances oli­gar­chiques obs­ti­nées comme la vôtre ?.… /ÉC]

CS : Sans doute parce qu’avant de regar­der le texte pro­po­sé, les citoyens regardent qui s’avance devant eux et de quel droit. Force est de consta­ter qu’un groupe tiré au sort est bien mal­ve­nu de pré­tendre impo­ser des lois, une consti­tu­tion, au reste de la socié­té. Parce que les socié­tés capi­ta­listes sont tra­ver­sées d’antagonismes sociaux vio­lents, qu’il ne suf­fit pas de décré­ter pour créer de l’adhésion immé­diate à la loi ; il faut au contraire constam­ment pas­ser par la média­tion des rap­ports de force concrets qui struc­turent l’univers social. Tout le monde sait qu’il ne suf­fit pas d’être por­té au cœur offi­ciel du pou­voir pour gou­ver­ner effec­ti­ve­ment. Les choses sont un peu plus com­pli­quées que cela. Il faut convaincre constam­ment. Les sto­cho­crates pensent peut-être pou­voir s’épargner cet exer­cice : c’est une chi­mère. D’ailleurs quelle serait la nature d’un régime où il n’est plus guère néces­saire de convaincre le grand nombre ? /CS

[ÉC : En fait, vous êtes un démo­phobe pur jus, non ?

Et vous nous faites dire des choses qu’on ne dit pas. /ÉC]

CS : Et je ne résiste pas au plai­sir de citer cet argu­ment de Sin­to­mer, pour­tant l’un des grands thu­ri­fé­raires du TAS, mais qui s’en révèle ici le meilleur détrac­teur : « Com­ment les mini-publics pour­­raient-ils avoir de réelles inci­dences sur le monde ? Les citoyens tirés au sort sont désen­cas­trés de leurs liens sociaux préa­lables et sont mis arti­fi­ciel­le­ment en pré­sence. Tant que leur convo­ca­tion dépend seule­ment du bon vou­loir des auto­ri­tés publiques, il est impro­bable qu’ils puissent sub­ver­tir vrai­ment les struc­tures de pou­voir. Pour impo­ser des trans­for­ma­tions posi­tives dans un monde où les résis­tances struc­tu­relles des inté­rêts domi­nants sont énormes, l’appel à l’indignation et à une levée en masse contre les injus­tices et les périls qui menacent la pla­nète n’est-il pas plus effi­cace que les dis­cus­sions rai­son­nables en comi­tés restreints ?»

Ça c’est beau : un oli­garque (en for­ma­tion) qui se pré­vaut de sa propre tur­pi­tude (enfin, de celle de ses maîtres) : « les tirés au sort n’ar­rivent à rien, voyez-vous, parce que le sys­tème de domi­na­tion plou­to­cra­tique est tel­le­ment bien ver­rouillé par les voleurs de pou­voir qu’il ne reste pas la moindre petite lucarne pour chan­ger les choses… Alors vous voyez bien que le tirage au sort est une chi­mère… Renon­cez, mon vieux, renoncez… » 

Punaise, ça, c’est l’art de domi­ner. /ÉC]

CS : À quoi nous répon­drons cepen­dant que l’indignation ne suf­fit pas et que les masses levées doivent prendre garde à « ne pas tom­ber amou­reuses d’elles-mêmes », selon le mot de Zizek adres­sé aux mani­fes­tants d’Occupy Wall Street, mais consen­tir à un cer­tain degré d’organisation, c’est-à-dire d’institutionnalisation, afin de trou­ver un débou­ché poli­tique. /CS

[ÉC : Et les « élus » ? Est-ce qu’ils doivent « prendre garde, eux aus­si, à ne pas tom­ber amou­reux d’eux-mêmes » ?…

Allez dites-nous, Clé­ment… On a hâte de savoir, nous.

Vous êtes un sacré numé­ro, vous, hein ?/ÉC]

CS : 14) Le miroir du néolibéralisme

Para­doxa­le­ment, le TAS semble cor­res­pondre en tous points au stade ache­vé du néo­li­bé­ra­lisme. Il en est la réponse poli­tique au lieu d’en être la condam­na­tion. /CS

[ÉC : Bon, j’ai répon­du là-haut à cette énor­mi­té ; je n’y reviens pas. Tout ça est trop long. /ÉC]

CS : Le néo­li­bé­ra­lisme tra­vaille chaque jour à faire de nous des atomes éco­no­miques, les par­ti­cules d’un grand liquide dis­sol­vant toutes les appar­te­nances, toutes les soli­da­ri­tés poli­tiques, toutes les struc­tures col­lec­tives. Une réponse inter­mé­diaire au néo­li­bé­ra­lisme réside, ain­si que le sou­ligne David Har­vey, dans la pro­li­fé­ra­tion des asso­cia­tions civiles, c’est-à-dire dans la divi­sion et la spé­cia­li­sa­tion de la lutte poli­tique au détri­ment des par­tis qui portent une vision inté­grale du monde. Dans la même veine, le TAS prend acte du fait que les grandes struc­tures col­lec­tives sont affai­blies, émiet­tées, effon­drées par l’individualisme contem­po­rain, que la socié­té se divise en alvéoles éphé­mères par la faute du poids crois­sant du capi­tal dans la juri­dic­tion quo­ti­dienne. Qu’afficher des opi­nions poli­tiques et se battre pour elles paraît archaïque, soit qu’on n’en ait plus les moyens, soit qu’on pense que le pou­voir poli­tique n’a plus de prise face à la sou­ve­rai­ne­té du capi­tal, soit que l’on trouve ce genre de choses fri­voles à l’âge de « l’entertainment » géné­ra­li­sé. Devant un tel pay­sage, le TAS semble alors la réponse adé­quate : puisque la socié­té res­semble à un grand tas de pous­sière, il est légi­time d’en pio­cher ici et là les grains. En effet, ce serait tout à fait illus­tra­tif de la pente sur laquelle nous dis­pa­rais­sons, nous, citoyens et par­ti­sans. Une ode au replié. Car empê­cher ceux qui se pré­sentent, c’est en effet don­ner une prime à l’effacement.

Sauf que je ne me résous ni à cette socié­té, ni à cette pente funeste. /CS

[ÉC : c’est vrai que c’est beau­coup moins funeste et beau­coup plus pro­met­teur de conti­nuer comme avant…

80% des gens se méfient des poli­ti­ciens de métier.

Ce n’est pas sans rai­son. /ÉC]

CS : Quelques pistes pour un renou­veau démo­cra­tique /CS

[ÉC : Oh ben, ça, c’est un beau titre… /ÉC]

CS : Le diable est dans les détails et il existe de nom­breuses manières de recons­truire un sys­tème élec­tif de telle sorte qu’il rende le pou­voir aux classes popu­laires et se mette au ser­vice de l’intérêt géné­ral. Le réfé­ren­dum révo­ca­toire per­met de contrô­ler l’élu : sous son joug, le man­da­taire ne joue­ra plus le jeu des pro­messes inte­nables et des tra­hi­sons. /CS

[ÉC : Sauf que vous omet­tez l’es­sen­tiel, vous savez, ce truc dont vous ne vou­lez pas par­ler sérieu­se­ment, depuis 30 pages : AUCUN ÉLU N’INSTITUERA LUI-MÊME (À CAUSE DU CONFLIT D’INTÉRÊTS) LE RÉFÉRENDUM RÉVOCATOIRE QUI PERMETTRAIT DE LE VIRER À TOUT MOMENT.

Et donc, en annon­çant le RIC comme vous le faites ici, tout en refu­sant d’en exa­mi­ner la plus impor­tante et la plus évi­dente condi­tion d’ins­ti­tu­tion (garan­tir que les consti­tuants n’aient PAS un inté­rêt per­son­nel qui les pousse à ce que ne soit PAS ins­ti­tué le RIC), vous vous com­por­tez comme un escroc, vous pro­met­tez sans avoir du tout les moyens de tenir votre promesse.

Je ne pense pas que vous soyez un escroc, parce que je pense que vous ne faites pas ça sciem­ment, mais tout se passe comme si vous l’é­tiez. Vous devriez y réflé­chir. /ÉC]

CS : La pro­por­tion­nelle inté­grale /CS [ÉC : c’est-à-dire la plus oli­gar­chique des ver­sions de la pro­cé­dure aris­to­cra­tique de base qu’est l’é­lec­tion de maîtres… La pro­por­tion­nelle donne, cette fois, ABSOLUMENT TOUT le pou­voir aux par­tis : plus aucun indi­vi­du ne peut se pré­sen­ter seul aux suf­frages, même à petite échelle… Là, c’est le pom­pon. C’est extra­va­gant de pré­sen­ter ce truc comme un pro­grès démo­cra­tique… Extra­va­gant. /ÉC] CS : donne une repré­sen­ta­tion plus fidèle des diverses nuances de la volon­té géné­rale et n’interdit pas à des col­lec­tifs citoyens d’exercer des mandats.

Un finan­ce­ment public don­né à éga­li­té à chaque for­ma­tion en concur­rence pour le suf­frage, cou­plé à un strict res­pect de l’égalité (en quan­ti­té et en horaires d’expositions) des temps de parole dans les médias ver­ti­caux (ain­si qu’une régle­men­ta­tion bru­tale écar­tant le grand capi­tal de la pro­prié­té média­tique) ferait rapi­de­ment voler en éclat le ver­rou du bipar­tisme. Et le non-cumul des man­dats, cou­plé avec un sta­tut de l’élu, dépro­fes­sion­na­li­se­rait la poli­tique, limi­tant les conflits d’intérêts poten­tiels. Quant au vote obli­ga­toire avec recon­nais­sance du vote blanc, il ramè­ne­rait sans doute vers le poli­tique dilet­tantes et abs­ten­tion­nistes. /CS

[ÉC : Bavar­dages sans aucun ave­nir tant que ce sont des « élus » qui écri­ront la consti­tu­tion : DES « ÉLUS » N’INSTITUERONT JAMAIS TOUT ÇA, POUR LA MÊME RAISON QU’ILS NE L’ONT JAMAIS FAIT : À CAUSE DE LEUR INTÉRÊT PERSONNEL.

Et vous–même, comme eux, refu­sez d’y remé­dier. Aucune sur­prise, notez bien : du point de vue d’un peuple auto-édu­­qué, ce n’est pas à vous de déci­der tout ça. 

Vous avez mon­tré pen­dant 200 ans votre inap­ti­tude à le faire, c’est un cer­tain ordre des choses, et il faut que ça cesse. /ÉC]

CS : Il fau­dra éga­le­ment renou­ve­ler le fonc­tion­ne­ment des par­tis autant que faire se peut (même si cela reste une pré­ro­ga­tive des par­tis eux-mêmes)./CS

[ÉC : c’est cela, oui… /ÉC]

CS : Enfin, il est tout à fait pos­sible d’introduire des méca­nismes de démo­cra­tie directe, réfé­ren­dum d’initiative popu­laire, péti­tion légis­la­tive (si une pro­po­si­tion de loi reçoit tant de signa­tures, elle est auto­ma­ti­que­ment sou­mise à réfé­ren­dum), etc. /CS

[ÉC : JAMAIS des « élus » n’ins­ti­tue­ront ça hon­nê­te­ment, JAMAIS.

Si vous élu­dez la ques­tion cen­trale de la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, vous nous enfu­mez. /ÉC]

CS : Il est évident cepen­dant qu’une repo­li­ti­sa­tion mas­sive de la socié­té passe par une modi­fi­ca­tion pro­fonde de l’infrastructure éco­no­mique : réduc­tion dras­tique du temps de tra­vail afin de rame­ner les classes popu­laires vers les affaires de la cité, hausse dra­co­nienne des moyens de l’Éducation natio­nale afin de répa­rer la sépa­ra­tion cultu­relle, source de toutes les domi­na­tions, entre tra­vail manuel et tra­vail intel­lec­tuel – ce qui implique en pas­sant de se réap­pro­prier le pou­voir moné­taire et ban­caire – autant de tâches qui concernent une Consti­tuante à même de sanc­tua­ri­ser des biens com­muns et de bou­le­ver­ser la hié­rar­chie des droits. Il y a donc beau­coup à faire et cette dis­cus­sion sur le TAS, si elle est inté­res­sante et légi­time, ne doit pas être la pola­ri­sa­tion prin­ci­pale du débat poli­tique actuel ou de la cam­pagne pour une 6ème Répu­blique. Ce serait pas­ser à côté de l’essentiel des enjeux que le capi­ta­lisme contem­po­rain pose à la gauche comme au peuple.

Pour ma part, quoi qu’il en soit de l’état de la par­tie, je ne me résou­drai jamais à ne pas avoir le choix. Et je ne me résou­drai donc jamais à me sou­mettre à des lois qui ne pro­cèdent pas de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, c’est-à-dire de la volon­té de mes conci­toyens – et cela quand bien même cette volon­té diver­ge­rait de la mienne – sans avoir l’impression de céder à la tyran­nie. Sur ce point je rejoins Hegel : le pro­grès consiste à réduire par­tout la part de l’arbitraire. /CS

[ÉC : Vous avez bien rai­son, tiens :

Ni Dieu, ni Maîtres

Élec­tion, piège à cons. 

/ÉC]

CS : Clé­ment Séné­chal /CS

[ÉC : Étienne Chouard /ÉC]

CS : * PS : d’ailleurs, si l’on suit le rai­son­ne­ment des pro-TAS qui consiste à dire qu’un élu est onto­lo­gi­que­ment dans une posi­tion de conflit d’intérêts, on peut alors se deman­der com­ment ils pensent pou­voir impo­ser leur dis­po­si­tif. Sauf à en pas­ser par les armes, une Consti­tuante ne sera convo­quée que par la volon­té d’un élu. S’il est élu, il vou­dra donc sui­vant leur logique que la Consti­tuante soit peu­plée d’élus. Peu­plée d’élus, cette Consti­tuante rejet­te­ra le TAS. Et ain­si de suite… Où l’on voit les limites de ce pos­tu­lat réduc­teur, c’est que toutes les expé­riences récentes menées sur le TAS l’ont bien été du fait de la déci­sion de diri­geants – qui ont donc consen­ti à perdre momen­ta­né­ment leur pou­voir, et pris le risque de le perdre définitivement.

PPS : Démon­ter les mythes fon­da­teurs : la fable athénienne

Le mythe de la démo­cra­tie athé­nienne sert bien sou­vent de jus­ti­fi­ca­tion his­to­rique aux par­ti­sans du TAS : sorte d’épiphanie démo­cra­tique, telle qu’attestée d’ailleurs dans les livres par Pla­ton, Aris­tote ou Mon­tes­quieu. La démo­cra­tie serait alors née avec les réformes de Clys­thène, qui en plus de réor­ga­ni­ser l’espace civique en fonc­tion de la répar­ti­tion ter­ri­to­riale plu­tôt que de la répar­ti­tion des richesses, retint le tirage au sort comme mode de dési­gna­tion à cer­tains organes poli­tiques de la cité : la Bou­lè (ou conseil des Cinq-Cents), char­gée de pro­po­ser les lois ensuite votées par l’Ecclésia (par­le­ment ouvert à tous les citoyens), ou l’Héliée, sorte de tri­bu­nal popu­laire char­gé de rendre justice.

Sauf que l’idéal démo­cra­tique athé­nien souffre tout de même de quelques fai­blesses notoires, qu’on s’étonne de devoir rap­pe­ler. [ÉC : on sait par cœur tout ce que vous allez dire… /ÉC] D’abord, il semble qu’environ 6000 citoyens seule­ment sur les 40 000 que compte la Grèce antique se rendent effec­ti­ve­ment à l’Ecclésia – et beau­coup moins si l’on en croit Thu­cy­dide. Un absen­téisme chro­nique que ne man­quait d’ailleurs pas de moquer Aris­to­phane. Je résis­te­rai à la ten­ta­tion de com­pa­rer ce taux de par­ti­ci­pa­tion (15% au mieux) à celui que l’on trouve aujourd’hui en France (79,48 % de par­ti­ci­pa­tion au second tour de la pré­si­den­tielle – la mère de toutes les batailles en Ve Répu­blique – en 2012) – même si fina­le­ment ce serait jouer le même jeu que ceux qui jus­ti­fient le TAS en ayant recours à un modèle plus qu’anachronique. /CS

[ÉC : Per­sonne ne cherche de modèle (sauf vous, peut-être).

Par contre, les germes nous intéressent./ÉC]

CS : En outre, il semble que la réa­li­té du pou­voir ait peu à peu été trans­fé­rée des archontes et aux stra­tèges, qui eux étaient bel et bien élus.

Mais le plus grave réside plus sim­ple­ment dans le fait que les femmes, les esclaves et les métèques étaient exclus de la citoyen­ne­té, ce qui n’est pas un point secon­daire, loin de là. [ÉC : non ? Sans blague ? /ÉC] D’abord parce que l’on s’aperçoit que seuls 40 000 êtres humains avaient des droits poli­tiques – droit de cité (et des droits tout court si l’on se réfère à la situa­tion des esclaves) – sur envi­ron 350 000 habi­tants. Sacré dés­équi­libre. Les esclaves étaient en effet sou­mis à la légis­la­tion pri­vée, domes­tique, de chaque citoyen. La pro­duc­tion sociale – la repro­duc­tion maté­rielle de la socié­té – était donc assu­rée par des êtres humains sans droits, réduits au rang de mar­chan­dise abso­lue, pen­dant que ces bons mes­sieurs vaquaient aux délices de la cité toute la jour­née (quand ils n’étaient pas noyés dans une oisi­ve­té volup­tueuse). L’intérêt popu­laire n’avait donc pas de voie poli­tique pour s’exprimer. Tout était en ordre pour empê­cher que le peuple, le pro­lé­ta­riat (le mot n’existait évi­dem­ment pas à l’époque), ne s’organise et ne se consti­tue en tant que peuple ; la par­tie maté­rielle de la socié­té, celle qui concentre la réa­li­té des rap­ports de force sociaux, était tout sim­ple­ment tenue dans l’ombre et le silence. Sim­ple­ment, on se tirait au sort entre pri­vi­lé­giés, entre ceux qui ont du temps, des res­sources, du pres­tige ; et les esclaves assu­raient le net­toyage mira­cu­leux des écu­ries d’Augias. [ÉC : ouah, vous êtes trop fort, vous alors. Et au 19e, c’é­tait pas pareil, la condi­tion ouvrière sous régime « répu­bli­cain » avec « suf­frage uni­ver­sel », par­tis et tout ?… Ah si ? Ah bon. Ah ben alors ?… /ÉC]

CS : Mais dès lors qu’on intègre les tra­vailleurs au péri­mètre de la citoyen­ne­té dans un régime capi­ta­liste struc­tu­ré par les contra­dic­tions de classe, c’est-à-dire dans le péri­mètre col­lec­tif du pou­voir poli­tique, il est bien évident que la ques­tion démo­cra­tique change du tout au tout, notam­ment parce qu’elle englobe alors la réa­li­té de la lutte des classes./CS

[ÉC : Ah ben c’est sûr que ça change du tout au tout… c’est pas aujourd’­hui qu’il y aurait des esclaves un peu par­tout, hein ?/ÉC]

CS : Athènes était tout sauf une démo­cra­tie. [ÉC : voi­là… c’est ça, voi­là. Com­ment dire… /ÉC] C’était un régime où domi­naient l’inégalité et l’arbitraire, l’un et l’autre entre­te­nant un rap­port consub­stan­tiel. /CS

[ÉC : ben oui, mais, ce n’é­tait peut-être pas des traits spé­ci­fiques à Athènes, n’est-ce pas ? Et donc, alors, pas impu­table à la démo­cra­tie (en bonne logique). Enfin, nous, ça fait dix ans qu’on bosse la ques­tion, et tout compte fait, non, vrai­ment, on n’a pas peur : on sait qu’on n’est ni escla­va­gistes, ni phal­lo­crates, ni xéno­phobes 🙂 mais qu’on est par contre inté­res­sés par cer­taines for­mi­dables vieilles tech­niques de vivre-ensemble —de pra­tique du Poli­tique, au sens noble, c’est-à-dire très par­ta­gé— du terme) et de contrôle des pou­voirs, que les Athé­niens ont tes­tées et amé­lio­rées pen­dant très long­temps. /ÉC]

CS : Heu­reu­se­ment, depuis Pla­ton et Aris­tote [ÉC : deux grands défen­seurs de la démo­cra­tie, comme cha­cun sait. 🙂 /ÉC], c’est-à-dire depuis la pre­mière vic­toire cultu­relle de la phi­lo­so­phie idéa­liste [ÉC : idéa­lisme qui fut une racine théo­rique impor­tante des grandes églises, sauf erreur, avec ses arrière-mondes et ses invi­ta­tions et inti­mi­da­tions admi­nis­trées aux 99%, déjà, pour qu’ils acceptent doci­le­ment le tra­vail et la souf­france ici-bas : rési­gna­tion et obéis­sance à tous les étages, pour ceux qui ne sont pas « élus » bien sûr. Ça vous plaît, l’i­déa­lisme de Pla­ton ? Cha­cun son truc. /ÉC], Marx et d’autres sont pas­sés par là, fai­sant entrer la ques­tion du tra­vail, de l’exploitation et de l’aliénation dans le dis­cours cri­tique et les com­bats poli­tiques. Il faut donc s’étonner qu’à gauche on puisse encore mobi­li­ser cette vieille mytho­lo­gie pour fon­der les Ica­ries d’aujourd’hui… /CS

[ÉC : Pla­ton comme pen­seur de la démo­cra­tie, vous êtes en pleine forme, Clé­ment 🙂 Cha­peau, le guer­rier du verbe : capable de tout mettre à l’en­vers en deux coups de cuiller à pot, c’est fortiche.

Bon, eh bien, salut à tous. Il est 4 h du mat, je vais me coucher.

Étienne.

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​i​n​d​e​x​.​php

  • Pour tra­vailler le choix de socié­té « tirage au sort vs élection » :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​t​i​r​a​g​e​_​a​u​_​s​o​r​t​.​php

  • Toutes les vidéos autour d’un pro­jet de pro­ces­sus consti­tuant (vrai­ment) populaire :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​t​o​u​s​_​l​e​s​_​r​e​s​u​m​e​s​.​php

L’a­dresse de ce docu­ment : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​E​_​C​h​o​u​a​r​d​_​a​_​C​_​S​e​n​e​c​h​a​l​_​T​A​S​_​8​_​o​c​t​_​2​0​1​4​.​pdf

/ÉC]

Passionnant ! Frédéric LORDON commente et échange avec Bernard FRIOT : « Conquérir la souveraineté populaire, sur la valeur et sur la monnaie »

[Mise à jour, 4 heures (de som­meil) après la publi­ca­tion de ce billet : mar­di 7 oct., 4h30 du mat, un mot avant d’al­ler bosser.

Réflexion faite, le fait que ces deux intel­lec­tuels, qui sont pour moi par­mi les plus impor­tants et les plus atta­chants de notre temps, avec qui j’ai pas­sé per­son­nel­le­ment des dizaines et des dizaines (et des dizaines) d’heures à évoquer/défendre l’im­por­tance de la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant et DONC l’im­por­tance de l’é­du­ca­tion popu­laire consti­tuante et de l’en­traî­ne­ment popu­laire consti­tuant, pour que soit un jour ins­ti­tuée une sou­ve­rai­ne­té digne de ce nom, sou­ve­rai­ne­té poli­tique et donc moné­taire, le fait que ces pen­­seurs-là, après des années à avoir décou­vert et appri­voi­sé cette idée radi­cale avec moi, n’en disent (et pro­ba­ble­ment n’en pensent) tou­jours PAS UN MOT, dans une confé­rence à deux sur le thème, pour­tant bien télé­pho­né, de « la sou­ve­rai­ne­té popu­laire à conqué­rir, sur la valeur et sur la mon­naie », et bien je vais vous dire, mal­gré le bon­heur intime que j’ai — tou­jours — à les écou­ter et à les lire, une fois pas­sé ce bon­heur sin­cère, quatre heures après, ce fait me donne tout sim­ple­ment envie de pleurer.

Et ce deuxième fait, que PERSONNE DANS LA SALLE NON PLUS ne sug­gère à nos deux uni­ver­si­taires (ché­ris) qu’ils sont peut-être en train de com­plè­te­ment RATER LE « DÉJÀ-LÀ » de l’i­dée de CONSTITUTION digne de ce nom (contrat social pour ins­ti­tuer ET CONTRÔLER ET LIMITER ET INQUIÉTER les pou­voirs) et LE « DÉJÀ-LÀ » de l’i­dée de DÉMOCRATIE digne de ce nom (régime où c’est sim­ple­ment — mais for­cé­ment — le demos qui détient et qui exerce le cra­tos), « déjà-là » À POUSSER EN AVANT, cette fois enfin ! EN Y AJOUTANT LA PRÉOCCUPATION POPULAIRE FONDATRICE — et donc l’en­traî­ne­ment popu­laire quo­ti­dien — D’UNE PARTICIPATION DIRECTE ET EXCLUSIVE DU PEUPLE AU PROCESSUS CONSTITUANT, ce deuxième fait (que PERSONNE dans la salle n’y pense, encore et jamais, mal­gré ces mil­liers d’heures per­dues dans le train pour aller en par­ler à tout le monde, concrè­te­ment, toute ma vie) ne me console pas, et me ren­force dans l’i­dée (triste) que nous vivons ce que nous méri­tons. « Mort au cons » comme disait Dar­win avec ses mots à lui ; les ban­quiers sont justes moins cons que nous : la consti­tu­tion, ils ont bien com­pris que c’é­tait abso­lu­ment essen­tiel, et ça fait 200 ans qu’ils la font écrire par des lar­bins poli­ti­ciens, et ça donne le « capi­ta­lisme », méca­nique juri­dique escla­va­giste qui met le mono­pole de la coer­ci­tion (la police et l’ar­mée) au ser­vice des pro­prié­taires contre les non-pro­­prié­­taires. Et nous, on est trop cons pour voir cette (pour­tant évi­dente) cause com­mune (notre puis­sance poli­tique, qu’on n’au­ra QUE SI on l’ins­ti­tue nous-mêmes) et trop cons pour pola­ri­ser (vrai­ment) nos volon­tés sur ce talon d’A­chille de nos maîtres.

Alors j’ai les boules, et je vais tâcher d’ou­blier ce bour­bier en allant bosser.

Bonne jour­née quand même.

Étienne, 5 heures du mat.

PS : heu­reu­se­ment qu’il a quand même des per­sonnes simples (de vrais héros, de mon point de vue) pour m’ai­der à ne pas tota­le­ment déses­pé­rer : Judith, Franck, Cyril, et bien sûr toute cette bande de for­mi­dables gen­tils virus qui gran­dit tous les jours. Fau­dra que ce soit popu­laire, vrai­ment, notre émancipation.
Vrai­ment popu­laire. À la base, quoi. Entraî­ne­ment consti­tuant, à la base, constamment.
Et puis, faut se magner, si on veut pas crever.]

Dif­fi­cile de choi­sir des qualificatifs : …
J’aime ces deux hommes. 


Ber­nard Friot et Fré­dé­ric Lor­don chez Tro­piques par tele­qua­torze

Comme Fré­dé­ric, je trouve que la réflexion de Ber­nard Friot est la plus utile et la plus pro­met­teuse qui soit, aujourd’­hui, pour que le peuple s’é­man­cipe LUI-MÊME.

Lire Friot aide à gran­dir. Ne ratez pas ça.

Mer­ci à la Librai­rie Tro­piques d’a­voir ren­due pos­sible cette fon­taine de plaisir.

Pen­sez à aider Réseau Sala­riat, si vous pouvez.

Étienne.

Judith Bernard : « Pour la souveraineté du peuple, contre la souveraineté du capital, une Assemblée Constituante tirée au sort »

En ren­trant de Lau­sanne, je découvre cet appel puis­sant, remar­quable, d’une femme cou­ra­geuse que j’ad­mire de plus en plus :

« Pour la sou­ve­rai­ne­té du peuple,
contre la sou­ve­rai­ne­té du capital »

Par Judith Ber­nard, comé­dienne, met­teur en scène, Journaliste

J’ai mar­ché pour la 6ème Répu­blique. J’ai signé pour la 6ème Répu­blique. Aujourd’hui j’écris pour elle.

Parce que la 5ème, comme les pré­cé­dentes, n’a pas per­mis qu’advienne la démo­cra­tie qu’elle était pour­tant cen­sée organiser.

Notre Consti­tu­tion actuelle ne nous a pas pro­té­gés de l’abus de pou­voir des diri­geants, lorsqu’en 2005 le « non » que le peuple avait oppo­sé au pro­jet de Trai­té Consti­tu­tion­nel Euro­péen a été mépri­sé, igno­ré, balayé par le Trai­té de Lis­bonne, celui-là nul­le­ment rati­fié par le peuple.

Notre Consti­tu­tion actuelle ne nous a jamais pro­té­gés contre les très puis­sants inté­rêts du capi­tal, que les gou­ver­nants se sentent mani­fes­te­ment tenus de ser­vir, puisqu’ils n’ont pris aucune des mesures de régu­la­tion de la finance et de contrôle du sys­tème ban­caire dont la crise des sub­primes de 2008 a pour­tant révé­lé l’impérieuse et urgente nécessité.

Notre Consti­tu­tion actuelle ne nous a pas pro­té­gés contre la cor­rup­tion des gou­ver­nants, dont les innom­brables « affaires » ont mon­tré qu’ils se per­ce­vaient comme au des­sus des lois et qu’ils uti­li­saient leur man­dat comme une oppor­tu­ni­té d’enrichissement per­son­nel, au mépris de l’intérêt général.

Notre Consti­tu­tion actuelle ne nous a pas pro­té­gés contre l’arbitraire d’une gou­ver­nance monar­chique, envoyant les forces mili­taires fran­çaises faire des guerres dis­cu­tables sans qu’elles soient jamais dis­cu­tées au Par­le­ment, cen­sé repré­sen­ter le peuple.

Notre Consti­tu­tion actuelle a confis­qué la Répu­blique au ser­vice d’une oli­gar­chie plou­to­cra­tique qui s’est mon­trée inca­pable d’œuvrer en faveur du bien com­mun, arbi­trant tou­jours trop tard, et sou­vent fort mal, les choix de socié­té qui s’imposent à nous à l’heure de l’urgence écologique.

Notre Consti­tu­tion actuelle n’a pas per­mis qu’advienne la démo­cra­tie, parce qu’elle ne s’est pas don­né pour pro­jet d’organiser la sou­ve­rai­ne­té populaire.

J’écris pour la 6ème Répu­blique, et pour qu’advienne enfin cette sou­ve­rai­ne­té popu­laire qui est le fon­de­ment de la démo­cra­tie. Il y faut une consti­tu­tion se don­nant réel­le­ment pour pro­jet de pro­té­ger le peuple des abus de pou­voir de ses gou­ver­nants, et orga­ni­sant une démo­cra­tie authen­tique, c’est-à-dire des ins­ti­tu­tions conçues par le peuple, pour le peuple.

Le peuple, c’est tous ; ce n’est pas eux, les élus de l’époque, qui ont assez mon­tré dans quel mépris ils tenaient la mul­ti­tude et l’intérêt géné­ral. Et ce n’est pas non plus moi, toute seule, avec mes pré­fé­rences et mes inté­rêts per­son­nels. Aus­si je n’ai pas à me pro­non­cer davan­tage sur ce que devra être cette 6ème Répu­blique que j’appelle de mes vœux.

Je n’ai d’idée que sur la manière dont cette Consti­tuante doit être convo­quée. Dans la mesure où ce n’est pas aux hommes de pou­voir d’écrire les règles du pou­voir, j’estime que ce n’est pas à des élus d’écrire la pro­chaine Consti­tu­tion. Ils seraient dans une évi­dente situa­tion de conflit d’intérêt, dont il faut abso­lu­ment se pré­mu­nir puisque c’est cette situa­­tion-même qui a engen­dré la suite de Consti­tu­tions qu’a connues la France, conçues les unes après les autres en faveur des élites gou­ver­nantes plu­tôt qu’en faveur de la sou­ve­rai­ne­té populaire.

L’élection, dans son prin­­cipe-même, favo­rise ce conflit d’intérêt : psy­cho­lo­gi­que­ment, elle met l’élu dans le sen­ti­ment de sa propre dis­tinc­tion, le convainc de sa supé­rio­ri­té dans l’arbitrage des déci­sions qui concernent la mul­ti­tude, et le pousse à ména­ger les condi­tions de sa propre pros­pé­ri­té dans le sys­tème ins­ti­tu­tion­nel qu’il orga­nise. Éco­no­mi­que­ment, elle le rend dépen­dant des puis­sances du capi­tal, car pour faire une cam­pagne poli­tique il faut de consi­dé­rables moyens, et le sou­tien des mass medias, eux mêmes assu­jet­tis aux logiques capitalistes.

Face à l’élection par le vote il y a la pos­si­bi­li­té de l’élection par le sort. Cette pro­cé­dure fait peur car elle est mécon­nue dans son prin­cipe, dans ses ver­tus, dans ses réa­li­sa­tions effi­cientes ici et là, actuel­le­ment, ailleurs sur la pla­nète. Elle fait peur aux élus sur­tout, ce qui se com­prend volon­tiers puisqu’elle dis­qua­li­fie les pro­cé­dures par les­quelles ils ont été distingués.

Et pour­tant, dans son prin­cipe, le tirage au sort est pro­fon­dé­ment démo­cra­tique : qui­conque croit dans le suf­frage uni­ver­sel admet que chaque citoyen dis­pose d’une voix, éga­le­ment légi­time que tout autre. Le suf­frage uni­ver­sel repose sur la recon­nais­sance de l’égalité des com­pé­tences : chaque citoyen, quels que soient son milieu, son opi­nion, sa for­ma­tion, est fon­dé à déli­bé­rer et arbi­trer les ques­tions qui concernent le des­tin collectif.

En l’état actuel de la vie poli­tique fran­çaise – abs­ten­tion mas­sive lors des consul­ta­tions élec­to­rales, biais de repré­sen­ta­tion média­tique orga­ni­sant la prime au FN, comme puis­sance spec­ta­cu­laire, ou aux par­tis conser­va­teurs (PS et UMP), pré­sen­tés comme le seul recours contre cette menace – il y a fort à parier que l’élection d’une assem­blée consti­tuante ne pro­dui­rait pas des résul­tats beau­coup plus pro­met­teurs pour la refon­da­tion d’une démocratie.

Le tirage au sort per­met­trait de contour­ner ces obs­tacles : il éman­ci­pe­rait la consti­tuante des pres­sions du capi­tal et de la repré­sen­ta­tion média­tique. Il pro­dui­rait une assem­blée sta­tis­ti­que­ment repré­sen­ta­tive de la socié­té fran­çaise, dans toute sa diver­si­té. Celle-ci pour­rait déli­bé­rer sans conflit d’intérêt, et n’aurait pas d’autre cri­tère à étu­dier, dans ses arbi­trages, que celui de l’intérêt géné­ral. Les jurys citoyens qui existent depuis plu­sieurs années, consti­tués sur la base du tirage au sort, ont par­tout fait la preuve de leur effi­cience ; de l’intelligence col­lec­tive qu’ils per­met­taient et des arbi­trages rai­son­nés, et rai­son­nables, qu’ils rendaient.

Le m6r, parce que c’est un mou­ve­ment, et non un par­ti, peut por­ter ce pro­jet d’une Consti­tuante tirée au sort, au moins en majo­ri­té sinon dans sa tota­li­té. Le m6r n’a pas d’autre direc­tion que celle que lui donnent ses signa­taires : il appar­tient aux démo­crates de s’en empa­rer, pour en faire un mou­ve­ment démo­cra­tique dans sa forme et dans son pro­jet. Il est une occa­sion his­to­rique de faire adve­nir cette sou­ve­rai­ne­té popu­laire à laquelle la mul­ti­tude aspire, et à laquelle il est évident qu’elle est désor­mais prête.

Judith Ber­nard.

Source : http://​www​.m6r​.fr/​2​0​1​4​/​1​0​/​s​o​u​v​e​r​a​i​n​e​t​e​–​d​u​–​p​e​u​p​l​e​–​c​o​n​t​r​e​–​s​o​u​v​e​r​a​i​n​e​t​e​–​d​u​–​c​a​p​i​t​al/

Le texte de la péti­tion dit :
« Je demande l’é­lec­tion d’une assem­blée constituante… »

Or, de notre point de vue (de GV), il est essen­tiel, non négo­ciable, que l’As­sem­blée Consti­tuante ne soit SURTOUT PAS élue par­mi des can­di­dats pro­fes­sion­nels de la politique. 

Alors ?

1) On peut signer pour une élec­tion sans can­di­dats (avec, en plus, une récu­sa­tion des éven­tuels pro­fes­sion­nels de la poli­tique, qui pour­raient être élus de cette manière et qui n’ont pour­tant rien à faire dans le pro­ces­sus consti­tuant, à aucun prix). 

2) On peut entendre élec­tion au sens ancien et large de dési­gna­tion : Mon­tes­quieu lui-même uti­li­sait par­fois le mot « élec­tion » pour évo­quer la dési­gna­tion par tirage au sort : on peut nous aus­si, encore aujourd’­hui, l’en­tendre comme ça et signer dans ce sens.

Si tous les gen­tils virus s’en­gagent dans ce mou­ve­ment en signant cet appel et en y défen­dant ensuite de toutes leurs forces l’i­dée fon­da­trice et cen­trale et nou­velle et pro­met­teuse du tirage au sort de l’As­sem­blée consti­tuante, il est pos­sible qu’on engage/facilite/oriente ain­si un mou­ve­ment popu­laire historique. 

La cou­ra­geuse Judith me donne sacré­ment de l’op­ti­misme et des forces pour essayer. 

Et vous ?

Faites pas­ser.

Étienne.

m6r.fr

Pressions et expression : un entretien de Maja Neskovic avec Jean Bricmont, sur « LA RÉPUBLIQUE DES CENSEURS », livre passionnant et important

Maja Nes­ko­vic est une jour­na­liste digne de ce nom : dévouée au bien com­mun, hon­nête et courageuse.

Maja vient de publier sur le site Hors-Série un entre­tien avec Jean Bric­mont, intel­lec­tuel belge que je trouve, lui aus­si, dévoué au bien com­mun, hon­nête et cou­ra­geux ; un libre pen­seur rigou­reux et attachant. 

Ils parlent ensemble du der­nier livre de Jean, un livre impor­tant, que j’ai dévo­ré au prin­temps der­nier et que j’ai trou­vé remar­quable : « La Répu­blique des censeurs » :


Couverture du dernier livre, passionnant et courageux, de Jean Bricmont

Voi­ci la page « Hors-Série » de cet entretien :
http://www.hors-serie.net/Aux-Sources/2014–09–27/Pressions-et-expression-id40

Et voi­ci le texte intro­duc­tif de Maja :

La liber­té d’expression, on n’y pense pas vrai­ment. C’est un peu comme l’eau du robi­net, c’est là, ça coule, sans trop d’effort, sans qu’on sache vrai­ment com­ment ça marche. C’est acquis. Bien sûr, on a l’intuition qu’on ne peut pas « tout dire », mais dès lors qu’on y réflé­chit un peu plus, la ques­tion des limites devient ver­ti­gi­neuse. Des cen­taines de pages ont été écrites sur le sujet. Le cur­seur entre le dicible et l’indicible a sou­vent varié au cours de l’Histoire. C’est, semble-t-il, un sujet inépuisable.

Dans son livre, La Répu­blique des cen­seurs paru en février 2014 (édi­tions de l’Herne), Jean Bric­mont s’est plus par­ti­cu­liè­re­ment pen­ché sur des exemples récents qui montrent, selon lui, que la liber­té d’expression est bafouée en France, et ailleurs en Europe. Mena­cée par des dis­po­si­tions légis­la­tives cen­sées pour­tant pro­té­ger les plus faibles d’entre nous. La ques­tion est connue : doit on sacri­fier un peu de notre liber­té indi­vi­duelle au pro­fit d’un inté­rêt géné­ral plus grand ? Ne pas tout dire pour ne pas ris­quer de dis­cri­mi­ner, d’in­ci­ter à « la haine », de ravi­ver des mémoires dou­lou­reuses. A cette ques­tion Jean Bric­mont répon­drait peut-être qu’elle est mal posée. Où se situe vrai­ment l’intérêt géné­ral ? Qu’est ce qui menace le plus la paix civile : la liber­té d’expression ou la censure ?

Jean Bric­mont est ce qu’on appelle un per­son­nage « contro­ver­sé ». Ses prises de posi­tions très cri­tiques sur la poli­tique israé­lienne et l’attitude de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale à l’égard de cette poli­tique, ain­si que sa pro­pen­sion à aller dis­cu­ter avec des gens de tous bords, y com­pris les extrêmes, lui ont valu d’être clas­sé par cer­tains dans des mou­vances colo­rées allant du rouge au brun (voire pire).

Je ne pré­tends pas avoir lu l’ensemble de la prose de M. Bric­mont, peut-être que des « fran­chis­se­ments de ligne » m’ont échap­pé, mais dans ce que j’ai lu de ses écrits, abso­lu­ment rien ne jus­ti­fie­rait, à mon sens, qu’on refuse de débattre avec lui.

Et, par ailleurs, j’estime qu’avant de prendre au sérieux tous ceux qui dési­gnent les bons et les mau­vais, ceux avec les­quels on peut débattre et ceux avec les­quels ont ne doit sur­tout pas dis­cu­ter, il convien­drait de se pen­cher sur leur par­cours à eux. Bref, il fau­drait contex­tua­li­ser les contex­tua­li­sa­teurs, véri­fier les véri­fi­ca­teurs, légi­ti­mer les légi­ti­ma­teurs… Un sacré bou­lot, auquel je pour­rais consa­crer mes vieux jours… ou pas !

(L’in­té­grale du docu « Chom­sky et com­pa­gnie » cité dans l’é­mis­sion est là : sur le site des mutins de Pan­gée).

Maja Nes­ko­vic


On peut parier que les chiens de garde du sys­tème de domi­na­tion (adeptes du ter­ro­risme intel­lec­tuel que dénonce ici pré­ci­sé­ment Jean) vont faire payer ces actes de résis­tance (le livre et la vidéo), aus­si bien à Jean qu’à Maja, et peut-être aus­si aux autres jour­na­listes de Hors Série, ain­si qu’à tous ceux qui pren­dront leur défense… Si cela advient, c’est à nous tous, huma­nistes cohé­rents, de faire bloc et de les sou­te­nir mor­di­cus.

Mer­ci à Jean et à Maja pour tout ça.

Étienne.

______________

PS :

Daniel Schnei­der­mann (@SI) (que j’aime bien) a mal réagi
(de mon point de vue) à cet entretien :
http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014–09–30/Bricmont-l-extermination-les-historiens-et-les-juges-id7095

Judith Ber­nard (HS) a bien réagi
(de mon point de vue) à la colère de Daniel :
http://​www​.hors​-serie​.net/​e​d​i​t​o​.​php

Je trouve pas­sion­nants les der­niers para­graphes du Judith, intitulés
« LE DROIT, PRIS ENTRE PRÉJUGÉ « INTENTIONNALISTE »
ET PRÉJUGÉ « NEUTRALISTE »

Rendez-vous à LAUSANNE, vendredi 3 oct. 2014, avec Antoine Chollet, pour parler de vraie démocratie et de droits politiques

Je vous pro­pose de nous rejoindre, avec Antoine Chol­let, pour par­ler ensemble de démo­cra­tie et de droits poli­tiques, à Lau­sanne, ven­dre­di pro­chain, 3 octobre 2014, à 18 h.

J’ai déjà échan­gé quelques idées avec Antoine il y a un an, à Gre­noble, avec l’é­quipe de « Cause tou­jours ». Je trouve ce cher­cheur très inté­res­sant, et je vous recom­mande son livre « Défendre la démo­cra­tie directe. Sur quelques argu­ments anti­dé­mo­cra­tiques des élites suisses » :

Couverture du livre d'Antoine Chollet :

On trouve sur le net plu­sieurs recen­sions inté­res­santes de ce (bon) livre.

• L’af­fiche de la ren­contre de vendredi :
Affiche Lausanne 3 octobre 2014

• La page Face­book de la soirée :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​7​4​7​1​5​5​5​2​2​0​0​8​2​18/

• L’a­dresse de retrans­mis­sion vidéo pré­vue en direct sur Internet :
http://​www​.ustream​.tv/​c​h​a​n​n​e​l​/​l​a​u​d​i​t​o​ire

• L’a­dresse phy­sique du rendez-vous :
Route de la Grange, 1015 Chavannes-près-Renens

Un grand mer­ci au jeune homme cou­ra­geux, Tho­mas Wro­blevs­ki, qui a orga­ni­sé cette soirée.

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

[Mise à jour, 10 octobre 2014 :

Des traces (texte et 2 vidéos) de la ren­contre de Lausanne : 

http://​www​.audi​toire​.ch/​?​e​n​v​=​a​r​t​i​c​l​e​&​c​a​t​=​c​a​m​p​u​s​&​a​r​t​=​2​0​1​4​1​0​0​7​1​5​2​024



Broad­cast live strea­ming video on Ustream



Broad­cast live strea­ming video on Ustream

httpv://youtu.be/_LhBRFqQsUs

httpv://youtu.be/3SBVBGb0H80

Étienne.]

Révolution monétaire – Débat avec Stéphane Laborde et Jean-Baptiste Bersac : les perspectives d’émancipation politique offertes par le chartalisme et par la théorie relative de la monnaie (TRM)

Pour nous aider tous à pro­gres­ser sur le sujet cen­tral de la mon­naie, il y a long­temps que je pense à réunir devant quelques camé­ras deux jeunes spé­cia­listes des pro­blèmes moné­taires, Sté­phane Laborde (TRM) et Jean-Bap­­tiste Ber­sac (néo-char­­ta­­lisme), dont je trouve le tra­vail sti­mu­lant, pro­met­teur et utile au bien com­mun. Il me sem­blait utile de faire ensemble, publi­que­ment, le point sur leurs pro­po­si­tions dans des termes com­pré­hen­sibles par tout le monde. 

Ce moment est arri­vé dans les pre­miers mois de 2014 et, grâce aux jeunes gens qui ont bien vou­lu fil­mer cette ren­contre et se char­ger ensuite du tra­vail de mon­tage, vous pou­vez décou­vrir à votre tour ces deux alter­na­tives moné­taires, aus­si éton­nam­ment mécon­nues qu’enthousiasmantes :

httpv://youtu.be/kvjstlFaxUw

Pour bos­ser la question : 

• Le blog de Sté­phane Laborde (Créa­tion Monétaire.info) : http://​www​.crea​tion​mo​ne​taire​.info/

• Le site de la TRM (théo­rie rela­tive de la mon­naie) : http://​wiki​.crea​tion​mo​ne​taire​.info/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​t​i​t​l​e​=​M​a​i​n​_​P​age

• Le site de Jean-Bap­­tiste Ber­sac (« Frap­per mon­naie ») : http://​frap​per​mon​naie​.word​press​.com/

• La page du livre (pas­sion­nant !) dédié au char­ta­lisme : http://​frap​per​mon​naie​.word​press​.com/​l​e​–​l​i​v​r​e​–​n​e​o​c​h​a​r​t​a​l​i​s​te/

• Ma propre page (très fouillis, et même lacu­naire, bien sûr, comme un marque de fabrique de cher­cheur débor­dé, par­don par­don par­don) dédiée aux pro­blèmes moné­taires : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​m​o​n​n​a​i​e​.​php

Monnaie : course perdue d'avance, faute de Constitution digne de ce nom, c'est-à-dire écrite par les citoyens eux-mêmes (et PAS par des élus ni par des experts...)