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Seul le « hasard » nous sauvera (on n’aura jamais de démocratie sans tirage au sort). C’est ce vendredi soir 3 nov 2023 à 21h30.
https://www.youtube.com/watch?v=_JeK2U7UDdU Ouvrir la vidéo Le tirage rau sort est la seule procédure démocratique, égalitaire et incorruptible. Aucune démocratie n’est possible sans tirage au sort des représentants, parce que le tirage au sort est la seule procédure qui AFFAIBLIT les représentants, la seule technique qui EMPÊCHE les représentants de devenir des maîtres, la seule façon de désigner des représentants qui protège la souveraineté pleine et entière des citoyens, seuls législateurs…
Legrand, Duhamel, Truchot… des ennemis du peuple assumés ! – Yvan Bachaud, le grand-père du RIC, leur répond
Modernocratie — ou La destinée démocratique de la Suisse, par Thomas Wroblevski et Jacques Silberstein
Chers amis, Je vous présente ici la réflexion de Thomas Wroblevski, un jeune homme suisse dont je suis le travail depuis plus de dix ans et dont j’admire le courage et la ténacité. Il nous a préparé un document pour présenter son projet. J’espère qu’il vous donnera envie de l’aiderl’aider : il en a bien besoin et il le mérite amplement (les douleurs vives et incessantes que lui inflige son état de santé sont une vraie torture et je suis admiratif du dévouement durable de ce jeune homme au bien…
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Rendez-vous à Metz et à Nancy, les 19 et 20 oct. 2015 : projections-débats autour du film Demokratia et ateliers constituants
Je vous propose de nous revoir encore une fois en chair et en os 🙂 à Metz et à Nancy cette fois, la semaine prochaine, autour de projections publiques du film Demokratia, réalisé par Pablo Girault-Lazaré et Thierry Kruger, et pour animer ensemble des ateliers constituants.
Teaser DEMOKRATIA (Projection/Débats) par cinequaprod
L’annonce sur Facebook :
https://www.facebook.com/events/419249668284630/
Pensez à apporter du papier et de quoi écrire 🙂
Pensez aussi à inviter des proches et des voisins, pour alimenter la contagion (de la mutation d’électeurs obéissants en citoyens constituants).
Au plaisir de vous rencontrer.
Étienne.
(Fil FB de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153742803232317
[Mise à jour 11 novembre 2015 : ]
Projection-débat « DEMOKRATIA » à Metz, en… par cinequaprod
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! » L’édito de Charles SANNAT, à propos de Jacques DUBOIN
Charles Sannat tient un blog que je trouve souvent bien intéressant, qui s’appelait « Le Contrarien Matin » et qui s’appelle depuis peu « Insolentiae ».
Charles a débusqué sur mon (ancien) blog (qui est une vraie mine pour ceux qui ont la patience d’y farfouiller) un article où je vous signalais (en 2007) une merveille, un livre enthousiasmant, de Jacques DUBOIN : « LA GRANDE RELÈVE des hommes par la Machine ».
Voici la réaction de Charles, ce matin, à cette découverte :
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! »
L’édito de Charles SANNAT !
Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,
Cet édito est long, j’espère simplement que vous ne vous découragerez pas, car il recèle quelques petits trésors qui devraient ravir vos esprits contrariens, insolents et impertinents.
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense »… oui le chômeur devrait-être la récompense du progrès humain. Il devrait être célébré comme le succès entier de la réussite de l’humanité vers un monde affranchi du travail et dont la vie de l’homme n’aurait plus à se résumer à une longue lutte pour assurer sa survie quotidienne.
Le chômeur, l’homme sans nécessité de travailler est l’aboutissement logique de notre processus d’évolution.
C’était un 11 janvier. Bernard Maris, économiste perdait la vie lors de l’attaque de Charlie Hebdo, et pourtant, presque d’outre tombe, c’est lui qui va vous faire connaitre cet homme aujourd’hui. J’ai connu cet auteur par un simple lien reçu dans un mail envoyé par l’un de nos camarades impertinents. Ce lien pointe sur le site internet d’Étienne Chouard, un « hurluberlu »que certains parmi vous doivent connaître puisque ce « sombre individu » ose parler d’une idée comme celle de démocratie… non mais je vous jure… parler de démocratie…On devrait interdire tous ceux qui parlent de démocratie… ça tombe bien Chouard est interdit d’antenne. Ouf… je commençais à avoir sacrément peur. S’il y en a qui ont des phobies administratives, on oublie trop ceux qui souffrent de phobie démocratique. C’est une maladie rare, orpheline même. Elle ne touche qu’une toute petite partie de la population. Moins de 1%… oui c’est ça, ces 1% qui détiennent 90% des richesses et 100% du pouvoir… et bien ils souffrent ces braves petits. Et la phobie démocratique croyez-moi, c’est très douloureux…
Bref, sur le site d’Étienne Chouard un article de 2007… franchement pas tout jeune me direz-vous et pourtant !
Étienne donc écrit la chose suivante en 2007 !
« Je viens de taper pour vous un extrait important d’un livre merveilleux que je viens de recevoir. Merci à Bernard Maris d’avoir signalé cette perle (voir ses précieuses chroniques, sur le site de France Inter, et notamment : Où va l’argent ?). Il est épuisé, pour l’instant, et on le trouve d’occasion, ce qui n’est pas si mal car le livre d’origine, très ancien, est d’autant plus émouvant. On dirait vraiment un trésor. Bonne lecture. »
La grande relève des hommes par la machine de Jacques Duboin, 1932
C’est de ce livre là que nous allons parler, et ne le cherchez plus en occasion je l’ai ai tous acheté pour spéculer… ceux qui veulent un exemplaire m’adresse un chèque de 100 euros… non je plaisante bien évidemment, j’en ai trouvé un d’occasion et pas en très bon état… mais à l’ère du numérique, certains vieux papiers ont une véritable valeur non pas financière mais intellectuelle ! Sur le site d’Amazon il en passe régulièrement, donc avec un peu de temps vous devriez trouver votre bonheur. Pour toutes celles et ceux qui n’auront pas le bonheur de trouver une édition originale, sur le site d’Étienne Chouard ce livre est disponible gratuitement sous format PDF et vous pourrez le télécharger. Je vous indique le lien comme d’habitude ci-dessous.
Avant de parler de ce livre, d’une actualité brulante alors qu’il est de 1932, je voulais vous montrer un peu qui était l’homme Jacques Duboin.
En 1922 Jacques Duboin fait un petit topo à la Chambre des députés assez truculent avec le recul historique au Ministre de la guerre déjà à l’époque aussi crétinifié que nos sinistres actuels. Vous pourrez le trouver et le lire ici… Voici l’une de ses toutes premières phrases…
« Vous nous demandez donc, monsieur le ministre, un crédit d’hommes, mais vous ne nous dites pas quel effort vous avez accompli jusqu’ici pour économiser ces hommes, ni celui que vous projetez pour économiser éventuellement leur sang ».
Et oui déjà à l’époque nous voulions croire que l’on nous voulait que du bien et depuis rien n’a fondamentalement changé. Le peuple reste une variable d’ajustement pour des élites qui perdent rapidement tout sens moral lorsqu’elles sont aux affaires.
Jacques Duboin n’ignorait pas non plus – et il le disait et l’écrivait sans cependant insister, car il parlait en économiste – que les privilégiés actuels du régime emploieraient toute leur puissance à combattre son enseignement. Ils le firent en organisant systématiquement la « conspiration du silence » autour de lui. Bientôt, et malgré les ventes très confortables de ses premiers livres, il ne trouva plus un éditeur pour les imprimer et les diffuser.
Jacques Duboin, né à Saint-Julien-en-Genevois le 17 septembre 1878. Il sera banquier, industriel et homme politique.
En octobre 1935, Jacques Duboin crée le journal de réflexion socio-économique La Grande Relève. Il y présente au fil des années sa vision d’une économie de partage des richesses qu’il nomme « économie distributive » et est considéré comme l’un des tous premiers personnages politiques français à défendre l’idée d’un revenu de base.
Il décède en région parisienne en mars 1976.
Si vous voulez en savoir plus sur cet illustre inconnu vous pouvez consulter la biographie complète ici
Voici donc les quelques passages cruellement d’actualité qu’Étienne Chouard avait d’ailleurs sélectionnés dans son article et qui je l’espère vous donneront envie de lire ce livre et de réfléchir à ce qui vient.
« Je ne vois pas pourquoi la race humaine serait condamnée au travail à perpétuité. Ou alors il ne fallait pas la doter d’un cerveau grâce auquel elle oblige la matière à travailler à sa place. Des trésors de patience et d’intelligence ont été dépensés par des générations et des générations, pour inventer et mettre au point des machines qui, de plus en plus, remplacent le travail des hommes. Nous assistons aujourd’hui à la grande relève des travailleurs par la matière disciplinée et animée d’une force de production. Ne peut-on concevoir une évolution du capitalisme qui tienne compte de cette relève, sans obliger l’armée qui descend des lignes à mourir de faim ? ».
Ou encore
« Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le progrès permet d’économiser l’effort. Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense. Plus il y a de chômeurs dans un pays, plus le niveau intellectuel, plus l’étiage économique est élevé. Théoriquement, n’est-ce pas vrai ? »
Il y a aussi ce passage…
« Qu’y a‑t‑il d’effrayant ? répliqua tranquillement Hermodan ? Voici deux pays de même population. L’un comme l’autre produisent, chaque année, la même quantité de richesses, mais, dans le premier, ce résultat est obtenu grâce à l’effort intensif de tous les travailleurs ; dans l’autre, grâce au travail de la moitié seulement de la population. Laquelle de ces deux nations possède le niveau intellectuel, social, économique, — mettez l’adjectif qui vous plaira, — le plus élevé ? La seconde évidemment. Cependant, ce pays privilégié est à plaindre, car la moitié de sa population, réduite à ne rien faire, est condamnée à mourir de faim et de froid. Voilà le drame que nous vivons ».
Ou celui-là !
« Évidemment, je m’aperçois que ce que je vous dis vous surprend légèrement. J’insisterai donc en affirmant que, du moment que vous n’avez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’obligation absolue de les faire vivre sans travailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches remplies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un propriétaire légitime ? Et si l’abondance de ces richesses est telle que vous préférez les détruire ? Ah ! pour légitimer cette appropriation de tout ce qui est nécessaire à la vie, la société a élevé le travail à la hauteur d’une véritable religion. Ils ont accepté cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis courageusement à l’œuvre. Mais voilà que, grâce au progrès technique, leur travail ne vous est plus nécessaire ! C’est cependant leur unique bien, qu’ils sont forcés d’échanger contre le morceau de pain indispensable à la vie. Concluez ?… Préférez-vous les faire disparaître comme les chevaux ? C’est la solution des anthropophages. Elle paraît tellement odieuse que, dans tous les pays, c’est l’État qui vient en aide à ces soi-disant déshérités. Vous savez, d’ailleurs, qu’une attitude différente conduirait droit à la révolution, car ils sont de plus en plus nombreux. Aujourd’hui 30 millions, demain 35, 40, 50 millions ! Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête, puisque l’idéal du progrès technique est la suppression totale de la main‑d’œuvre ».
Ce livre fût écrit en 1932. Certains diront et bien « vous voyez, c’est la preuve qu’il ne faut pas avoir peur du progrès, le progrès technique ne supprime pas les emplois il en créé » !
Oui c’était valable encore en 1932. C’était même valable en 1980 bien que nettement moins et que le chômage commençait à devenir « de masse »… Pourtant la population active continuait à s’accroitre et le marché du travail à absorber presque tout le monde moins quelques centaines de milliers de chômeurs.
Ce fût nettement moins vrai dans les années 90… mais la véritable inflexion c’est la crise de 2007. Cette crise de 2007, va servir de déclencheur aux entreprises pour encaisser certains gains de productivité. On l’oublie déjà pourtant le haut débit n’arrive qu’en 2005… en 2007 il est déployé, les tuyaux sont là. La véritable révolution internet peut commencer. Les progrès de la robotique et de la puissance informatique, et de façon générale de l’ensemble des technologies rendent l’utilisation de masse de travailleurs totalement obsolète. Dépassée.
C’est en soi une excellente nouvelle car le génie humain depuis l’invention de la roue a toujours eu pour objectif de nous faciliter la tâche… au bout du compte, à force de se faciliter la tâche, il est logique de « supprimer » la tâche. Nous y sommes. Le problème n’est donc pas l’absence de travail qui est la conséquence logique de l’évolution humaine.
Le problème est l’organisation de notre système économique. Le problème est la répartition de la création des richesses sans passer par la case salaire. Le problème c’est de maintenir des incitations positives pour ne pas tomber dans les défauts d’une société sans stimulation comme ce fût le cas de l’expérience soviétique… désastreuse. Le problème c’est de dépasser nos conceptions totalement erronées de l’économie. En 1932 certains en avaient déjà parfaitement conscience.
Cette fois, nous y sommes. La question c’est comment aborder collectivement et individuellement ces sujets.
Préparez-vous car il est déjà trop tard !
Charles SANNAT
Insolentiae signifie impertinence en latin
Pour m’écrire [email protected]
Pour télécharger gratuitement le livre c’est ici sur le site d’Etienne Chouard !
Site de l’association pour l’économie distributive
Le fil Facebook de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153740595072317
Bernard Friot à Ballast : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »
Puissante synthèse de Bernard Friot,
pour Ballast :
« Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »
À lire.
http://www.revue-ballast.fr/bernard–friot/
Entretien inédit pour le site de Ballast
Économiste et sociologue, Bernard Friot défend depuis de nombreuses années une alternative au capitalisme, qu’il a théorisée à partir de son sujet de prédilection : la sécurité sociale. Contrairement à la proposition du revenu de base qu’il qualifie de « roue de secours du capitalisme », la solution du salaire à vie s’inscrit autant dans une refonte complète de notre rapport à la propriété que dans une démarche de suppression de notre aliénation au marché de l’emploi, au profit de la valorisation du travail. Car, pour ce professeur émérite de l’université de Nanterre, c’est très clair : nous travaillons tous, même si nous n’avons pas d’emploi. Au sein de l’association d’éducation populaire Réseau salariat dont il est cofondateur, Bernard Friot déconstruit méthodiquement la rhétorique de ce qu’il appelle la « religion capitaliste », que nous avons intégrée jusqu’à en être prisonniers conceptuellement. Entretien.
Dans l’une de vos conférences, vous affirmez que la France n’est pas un État laïc. Pouvez-vous nous expliquer en quoi le capitalisme est une religion, d’État qui plus est ?
La France est un État partiellement laïc et c’est heureux : la laïcité, en séparant l’État des religions, est une condition de l’émancipation populaire, car les religions sont de puissants systèmes d’adhésion à la classe dirigeante. Mais justement, il y a une religion qui, loin d’être séparée de l’Etat, y règne en maître : c’est la religion capitaliste. Entendons par là un ensemble très construit de dogmes, de croyances, de rituels, qui font passer pour divine la violence des institutions du capital. Les dogmes sont construits par la prétendue « science économique », qui s’est imposée à l’université en excluant les hétérodoxes des postes de professeur et qui formate tout le discours des gouvernants et des médias. Plus la réalité infirme le dogme, plus il est raffiné, avec l’affirmation classique de toute religion : c’est parce que nous ne sommes pas assez fidèles au dogme qu’il n’informe pas encore suffisamment le réel ! La prétendue « science économique » procède par injonction permanente. Les croyances permettent d’intérioriser les injonctions du capital : nous présenter sur le marché du travail comme « demandeurs d’emploi » (alors que nous sommes les seuls producteurs de la valeur !) parce que nous croyons que seuls ceux qui ont un emploi produisent de la valeur économique ; nous soumettre aux marchés financiers parce que nous croyons que l’on ne peut financer l’investissement (et créer de la monnaie) que par crédit ; accepter la rémunération du capital parce que nous croyons que l’outil de travail crée de la valeur ; apprendre à vivre avec la souffrance d’un travail mené sous la dictature du temps parce que nous croyons que la mesure naturelle de la valeur, c’est le temps de travail. Je m’en tiens à ces exemples, mais les croyances capitalistes nous enserrent dans un filet très fin.
Les rituels, eux, inscrivent notre quotidien dans la pratique ou l’acceptation des croyances et des dogmes. Là encore, je n’en retiens que quelques-uns dans un ensemble infini. Dès l’enfance, nous entendons à la radio et à la télé le prêche des éditorialistes, qui nous rabâchent ad nauseam le même sermon : si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer (voyez, les Grecs n’ont pas été sages, ils sont en enfer). À la radio toujours, l’appel plusieurs fois par jour du muezzin qui, depuis le temple de la Bourse, récite le moulin à prières de la cote des titres financiers. Dès le collège, nos enfants sont régulièrement conduits dans des salons d’orientation où ils vont apprendre à appauvrir leurs désirs professionnels pour les conformer aux « exigences du marché du travail », un dieu particulièrement cruel. Puis il faudra aller régulièrement à confesse : auprès de conseillers de Pôle emploi et autres institutions du marché du travail pour examiner avec eux comment sortir du péché en améliorant notre employabilité, auprès du N+1 pour entretenir soigneusement notre incertitude sur la légitimité de notre présence dans notre emploi. A l’opposé, dans une pratique laïque de l’État, la loi ne doit être porteuse d’aucune de ces croyances et de ces rituels, leur expression doit être interdite dans les instances d’État et les services publics (mais autorisée bien sûr sur France Culture le dimanche matin parmi les autres croyances) ; la loi doit interdire leur obligation et garantir l’impunité pour ceux qui les refusent. Nous en sommes loin, le combat laïc a encore fort à faire. Mener la bataille pour la séparation de l’État et de la religion capitaliste est d’autant plus décisif aujourd’hui que, chez les socialistes, les mânes de la séparation de l’État et des églises traditionnelles sont invoquées comme caution de gauche à une politique de soutien résolu à la religion capitaliste, tandis que la laïcité a été récupérée par le Front national et Les Républicains comme argument raciste au service d’une division populaire qui dédouane le capital de sa responsabilité dans la crise du travail.
Vous décrivez donc une religion capitaliste qui est la cause d’une très puissante aliénation aux institutions du capital. Quelles sont les alternatives possibles à ces institutions ?
« Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire. »
Mettre en évidence le déjà-là de ces alternatives est tout l’objet de mon activité de chercheur : je fais donc une réponse sommaire et je renvoie le lecteur à mes livres, du plus simple (Émanciper le travail, entretiens avec Patrick Zech, aux éditions La Dispute, en 2014) au plus technique (Puissances du salariat, édition augmentée, La Dispute, 2012). Vous avez raison de souligner que malgré la chape de plomb de la religion d’État, le mouvement populaire a commencé à construire une classe révolutionnaire qui s’est victorieusement opposée aux institutions du capital. Contre le marché du travail a été construit le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités. Contre le salaire « prix de la force de travail », qui fait de nous des mineurs économiques ayant droit à du pouvoir d’achat, niés comme producteurs de valeur, la classe ouvrière a imposé le salaire à la qualification. Contre la mesure de la valeur par le temps de travail, la production des administrations est mesurée par la qualification des producteurs. Contre la propriété lucrative, de multiples formes de propriété d’usage sont en train de s’instituer. Contre le crédit à l’investissement, l’impôt et la cotisation permettent de subventionner des équipements collectifs. Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire.

Il a été reproché à Thomas Piketty de négliger dans son livre best-seller Le Capital au XXIe siècle toute la violence sociale contenue dans le rapport entre un employeur et un employé. Peut-on imaginer un capitalisme sans ce rapport asymétrique, et donc sans cette violence ?
Évidemment pas : la propriété lucrative réserve la propriété de l’outil de production à une minorité, qui exerce une dictature sur la majorité par le double chantage à l’emploi et à la dette. Les institutions de l’Union européenne, syndicat du capital, organisent depuis les années 1950 ce double chantage, avec une constance et une détermination que des travaux comme ceux de Corinne Gobin, politiste à l’université libre de Bruxelles, ont très bien montrées depuis des décennies, sans qu’ils aient été pris au sérieux par tous les croyants dans une possible réforme de l’Union européenne. L’affrontement de la troïka au peuple grec ouvre aujourd’hui les yeux de certains de ces croyants, et cela en dépit de la mise en scène du jeu de rôles entre Hollande et Merkel, et de l’incroyable propagande du clergé médiatique. Dans une affaire où Le Monde et Libération s’illustrent par leur participation sans retenue à la curée, de tous les quotidiens, seul L’Humanité soutient le peuple grec, même s’il faut déplorer qu’elle le fasse sur la base d’un appui sans réserve à Syriza, qui ne mène pas la nécessaire lutte contre la classe capitaliste grecque pour la propriété populaire de l’économie, condition sine qua non de tout bras de fer avec la troïka – ce qui nous renvoie, chez nous, à la dérive sociale-démocrate du PCF et de la CGT. Puisque votre question fait référence à Thomas Piketty, qui s’inscrit dans la filiation de François Furet et de Pierre Rosanvallon dont la responsabilité dans le déplacement à droite du débat public depuis quarante ans est énorme, je note qu’il a pris position contre la troïka, avec tous les économistes hétérodoxes. Ce qui montre que le refus de l’austérité, qui motive l’essentiel de l’opposition à la politique de l’Union, est à côté de la plaque : la violence du capital exige en réponse la construction d’une autonomie populaire sur la base d’une production alternative à la production capitaliste, comme la classe ouvrière, avant son affaissement des quarante dernières années, a commencé à le faire. Je viens de rappeler ces commencements en réponse à votre précédente question, et c’est de ces acquis – considérables – qu’il faut partir pour les généraliser.
Pour faire disparaître la violence sociale due à l’emploi, vous proposez, entre autres, la copropriété d’usage, et donc l’abolition de la propriété lucrative. En quoi cette dernière est-elle différente de ce que l’on appelle communément la propriété privée des biens de production ?
« Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail. »
Remplacer dans l’analyse de la propriété l’opposition propriété privée/publique par l’opposition propriété lucrative/d’usage est décisif si le mouvement populaire veut sortir de son désastreux mutisme sur la propriété. « Propriété privée » est un pléonasme : le propriétaire d’un logement individuel ou le collectif copropriétaire d’une usine en ont un usage privé, personne d’autre que ces propriétaires ne peut disposer de ce logement ou de cette usine. Le projet d’« abolir la propriété privée » est de ce point de vue un non-sens : seuls des logements ou des outils de travail portés par des propriétaires sont réellement assumés. C’est pourquoi ce projet est si peu énoncé, ou alors selon deux propositions très contestables. La première, traditionnelle dans la revendication de nationalisations, opère une distinction entre les petits et les gros propriétaires : seuls les seconds seraient concernés par la collectivisation de la propriété (le projet étant, je le rappelle, de passer du « privé » au « public »)… ce qui revient à laisser au capital l’essentiel du tissu productif, fait de PME, et crée une division du salariat entre les salariés des grandes entreprises et les autres, deux raisons essentielles de l’échec des nationalisations, qui ont pourtant été très nombreuses au XXe siècle. La seconde, plus récente, considère la propriété comme une question dépassée, et préconise l’usage : certes, mais sur quelle base juridique et avec quelles capacités décisionnelles ? Revendiquer l’usage sans la propriété ne risque pas de faire peur au capital ! Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non-propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail, afin de produire des marchandises sous la dictature du temps et ainsi d’augmenter le patrimoine des propriétaires. Seul le travail vivant produit de la valeur, et donc, si un patrimoine procure un revenu, c’est forcément sur la base de cette extorsion du travail d’autrui dans la sphère de la production. Y compris si l’on est « petit » : propriétaire d’une TPE ou d’une PME, salarié actionnaire ou titulaire d’une épargne dont le rendement est supérieur à la croissance du PIB courant, loueur d’un bien foncier ou immobilier.
Tant que la propriété lucrative n’est pas délégitimée (et interdite) dans toutes ses manifestations, l’œuf volé par le « petit » légitimera le bœuf volé par le « gros ». Contre la propriété lucrative et à sa place, c’est une autre propriété qu’il faut continuer à construire pour la généraliser : la propriété d’usage. Propriété, parce que c’est la condition pour décider : de l’investissement, de ce qui va être produit, de la hiérarchie, du collectif de travail. Tout cela doit être le fait de chacun de nous, nous devons absolument devenir propriétaires de notre outil de travail (et, j’ajoute, de notre logement, pour pouvoir y apporter les modifications conformes à notre pratique de l’espace privé). Faute d’être nous-mêmes propriétaires, nous sommes impuissants devant des propriétaires lucratifs qui délocalisent à leur guise, qui nous imposent l’objet et les conditions de notre travail ou des hiérarchies sur lesquelles nous n’avons aucune prise, qui nous obligent à restituer notre logement dans l’état où nous l’avons trouvé. Oui, contre cette impuissance, nous devons devenir tous propriétaires de notre outil de travail et de notre logement, mais propriétaires d’usage ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que nous ne tirons aucun revenu de cette propriété, et qu’elle n’est transmissible que comme propriété d’usage. Pas de parts sociales cessibles comme dans trop de coopératives : dès qu’on est embauché, on entre dans l’entreprise avec tous les droits d’un copropriétaire (décision sur l’investissement, le produit, la hiérarchie, le collectif de travail…), sans nécessité d’un quelconque apport autre que celui de son travail, et quand on la quitte, c’est sans autre enrichissement que celui d’une progression salariale, si on a pu passer une épreuve de qualification grâce à l’expérience acquise. Dans la même logique, la maison de famille, la ferme ou l’outil de travail d’un artisan sont transmissibles comme propriété d’usage, et uniquement comme propriété d’usage. Aucune accumulation individuelle et familiale ou collective n’est possible.

Devant le rejet de la hiérarchie de la part de la nouvelle génération, le capitalisme semble opérer une nouvelle mutation. Dans de plus en plus d’entreprises, on supprime les hiérarchies, et on autonomise et implique davantage tous les travailleurs dans les créations de projet. On leur propose même parfois de décider eux-mêmes de leur salaire. Qu’en pensez-vous ?
On peut aussi venir y travailler en short et tongs et avec son chat. Et, si possible, avec son sac de couchage, pour être en permanence « créateur de projet » ! La capacité de telles entreprises à essorer les jeunes en s’appuyant sur leur intérêt pour leur travail pour obtenir d’eux un infini travail gratuit est effectivement très perverse. Mais, à 30 ou 35 ans, ils se rendent compte qu’ils ont été floués.
Cette question vous est souvent objectée mais, pour avoir lu et écouté vos réponses, nous restons encore sur notre faim : qu’est-ce qui pourrait pousser les gens à travailler s’ils reçoivent un salaire à vie ? Ne projetez-vous vos propres dispositions personnelles sur l’ensemble de la population ? Votre anthropologie ne souffre-t-elle pas de quelque candeur ?
« La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail. »
Si les réponses que je fais habituellement à cette objection ne vous satisfont pas, je vais passer par un détour théorique sur la valeur et la lutte des classes. Le mot « travail » renvoie à deux réalités qu’il faut bien distinguer. Nous passons l’essentiel de notre vie éveillée dans des activités concrètes qui produisent, avec la nature, des biens et des services utiles – ou considérés comme tels. Ce travail concret est producteur de la richesse sans laquelle notre espèce ne pourrait pas se reproduire. Et lorsqu’une personne, bien qu’engagée dans ces activités concrètes, dit qu’elle « cherche du travail » ou qu’elle « ne travaille plus », nous sommes renvoyés à la seconde dimension du travail, celle de sa validation sociale et de l’expression monétaire de cette validation dans le profit du propriétaire lucratif et le salaire du salarié, ou dans le bénéfice du travailleur indépendant. Ici, ce n’est pas sous sa dimension concrète, en tant que producteur de richesse, que le travail est considéré, mais en tant que producteur de valeur. On parle alors de travail abstrait : quelles que soient les différences de leur travail concret, une comptable et un boucher peuvent produire la même valeur. Le travail abstrait détermine le travail concret : c’est sur « ce qui vaut » que va se concentrer la production de richesse et cela, selon les critères de « ce qui vaut ». Par exemple : si ce sont les transports liés à la route qui valent, il y a peu de chance pour que des moyens de transport ferroviaires ou fluviaux soient produits. Il y a une loi de la valeur, au sens où la production de richesse est déterminée par la production de valeur. Penser qu’on pourrait faire société dans la transparence des valeurs d’usage, éliminer le travail abstrait, libérer la richesse de la valeur en supprimant la monnaie et le travail est un rêve mortifère, qui prétend abolir le pouvoir par décret et qui empêche de voir que le travail abstrait est l’objet d’une lutte de classes. Car qui décide de ce qui vaut dans tout ce que nous produisons ? La lutte de classes. La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail.
La classe capitaliste, en tant que classe dirigeante, exerce une dictature sur la production de valeur en la mettant au service de l’accumulation du capital : les richesses produites hors de son emprise (par les retraités, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants, les chômeurs) sont déclarées sans valeur, tandis que valent des biens et des services parfaitement inutiles ou dangereux, dont la production alimente le capital. Mais contradictoirement, comme nous l’avons vu, une classe révolutionnaire se construit depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, et commence à imposer une autre pratique de la valeur que, dans L’Enjeu du salaire et dans Émanciper le travail, je qualifie de « salariale » parce qu’elle se construit à partir des institutions du salaire conquises par la classe révolutionnaire : une pratique de la valeur décidée par des copropriétaires d’usage titulaires d’un salaire à vie, libérés du marché du travail, du chantage au crédit et de la mesure de la valeur par le temps de travail. La lutte de classes est l’affrontement irréductible entre deux pratiques antagonistes de la valeur. Elle se joue dans la matérialité des institutions de la production et dans les représentations qu’elles génèrent. La bourgeoisie prend l’avantage dans la lutte de classes quand elle réussit à imposer le gel ou le recul des cotisations et des impôts qui paient les soignants, les retraités, les fonctionnaires, les parents ou les chômeurs. Quand elle transforme le droit au salaire des chômeurs en droit à l’emploi, la retraite comme salaire continué par la retraite comme salaire différé, le salaire à la qualification par la sécurisation des parcours professionnels. Quand elle réimpose le financement à crédit des équipements collectifs. Quand, par le new public management, elle introduit la dictature du temps dans la production des services publics et y remplace des fonctionnaires par des CDI ou des salariés associatifs. Nous sommes là dans la matérialité des institutions de la production. Mais la lutte de classes se joue aussi dans les représentations. Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste, aliénation à la violence de rapports de classes qui permettent à la classe capitaliste de refuser de valider l’activité qui se déroule hors de l’emploi, dont elle a la maîtrise absolue.
« Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste. »
Quand des fonctionnaires acceptent l’idée absurde qu’ils dépensent (et non pas qu’ils produisent, comme tous les salariés) la valeur de l’impôt qui les paie, ils témoignent aussi de la même violence et de son intériorisation religieuse : ils croient que, comme ils ont un salaire à vie lié à leur grade, qui est un attribut de leur personne, et non un salaire à l’emploi (dont le support est le poste de travail, comme dans le privé), ils ne travaillent pas – au sens de : ils ne produisent pas de valeur –, puisque leur travail concret ne s’inscrit pas dans les canons capitalistes du travail abstrait. L’enjeu est que la classe révolutionnaire reprenne l’avantage, dans les institutions comme dans les représentations. Pour m’en tenir à l’objet de votre question (mais le raisonnement serait le même pour la copropriété d’usage de tous les outils de travail, pour le financement de l’investissement sans appel au crédit, ou pour le remplacement de la mesure capitaliste du travail abstrait par le temps de travail, par sa mesure salariale, par la qualification du producteur), nous ne pourrons généraliser le salaire à vie que si la classe révolutionnaire retrouve l’offensive et continue à imposer la pratique salariale de la valeur contre sa pratique capitaliste, comme elle l’a fait jusque dans les années 1970. Énumérons quelques mots d’ordre et pratiques d’une telle ré-offensive en vue de l’institution d’un droit politique au salaire, c’est-à-dire d’un salaire attribué de façon irrévocable à chaque personne, de 18 ans à sa mort, avec une progression possible par épreuves de qualification : hausse massive des cotisations et des impôts qui paient les fonctionnaires, les libéraux de santé ou les retraités, pour que la valeur qu’ils produisent aille au salaire socialisé, exclusivité des marchés publics pour les seules entreprises non capitalistes afin de sortir les coopératives et le travail indépendant de la marginalité, affectation de la qualification, et donc du salaire, à la personne des salariés du privé et non à leur poste de travail, transformation des prétendues « aides à l’agriculture » en salaire à vie des paysans, etc.

Si une telle mobilisation était porteuse d’une moindre incitation à travailler, elle serait immédiatement vaincue par l’adversaire de classe. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à une telle mobilisation ? Précisément l’expérience que le marché du travail et le marché des capitaux (ces fouets esclavagistes qui sont implicitement derrière la croyance que leur disparition conduirait à une moindre incitation à travailler) sont des institutions du travail abstrait qui empêchent le travail concret, celui des travailleurs bridés dans leurs initiatives par la nécessité de produire de la valeur pour l’actionnaire, celui des jeunes sous-utilisés massivement parce que victimes du marché du travail, celui des retraités réduits au bénévolat, celui des travailleurs indépendants ou des patrons de PME réduits aux miettes que leur laissent les groupes capitalistes. La mutation salariale du travail abstrait va considérablement relancer le travail concret et, ce qui est encore plus décisif quand on considère les considérables dégâts anthropologiques et écologiques de la pratique capitaliste du travail, le déplacer vers d’autres valeurs d’usage si, dès l’enfance, nous sommes éduqués à la coresponsabilité sur la valeur, puisque nous nous serons libérés de la dictature du capital.
Je résume : la généralisation du salaire à vie contre le marché du travail est l’affaire d’une incessante lutte de classes pour construire un travail abstrait libéré de sa pratique capitaliste et rendant possible un travail concret pour tous dans de bonnes conditions anthropologiques et écologiques. Il ne s’agit en aucun cas d’une « autre répartition de la valeur » qui affecterait aux personnes sous forme inconditionnelle une partie de la valeur créée par un travail abstrait inchangé. Laissons ce projet aux tenants du revenu de base, roue de secours d’une classe capitaliste porteuse d’un travail abstrait à ce point aberrant pour le travail concret qu’elle est prête à mettre en place la soupape de sécurité d’un revenu de base permettant à chacun, dans les interstices que laisse une production capitaliste inchangée, de mener les activités concrètes de son choix : par exemple avoir un jardin bio dans un océan d’agro-business, produire des logiciels libres qui, au bout du compte, alimenteront le droit de propriété intellectuelle des groupes capitalistes de l’internet. En contradiction avec cette dérive hélas possible, la généralisation du salaire à vie est une des dimensions de la suppression de la production capitaliste et de l’institution, à l’échelle macroéconomique, d’une autre pratique de la valeur et du travail dans laquelle le chantage à l’emploi et à la dette cédera la place à la coresponsabilité dans la production d’une valeur suffisante pour assurer le droit politique au salaire.
Nous avons récemment interviewé le sociologue Alain Bihr. Il nous disait : « Ce qui me paraît fort critiquable dans l’idée de « salaire à vie », c’est qu’elle passe à la trappe l’idée qu’abolir le capital, c’est, simultanément et du même mouvement, abolir le salariat. Le processus révolutionnaire est celui par lequel les producteurs associés, et au-delà l’ensemble de la société à travers eux, se réapproprient les moyens sociaux de production et dirigent, organisent et contrôlent la production de manière à satisfaire l’ensemble des besoins sociaux. Dans le cadre de pareils rapports de production, il n’y a pas de salariat. » Que répondez-vous ?
« La croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. »
Alain Bihr fait partie de ces marxistes (et ils sont hélas nombreux) qui pensent qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire effectivement en train de se construire à l’échelle macrosociale, que la seule classe qui existe est la classe capitaliste. Et cela contre le cœur même de l’œuvre de Marx, analyste magistral du capitalisme comme contradiction, journaliste soigneux des mouvements révolutionnaires, acteur de la Première Internationale. Alain Bihr écrit certes sur « les rapports sociaux de classes », au sens où il énonce, à juste titre, que les classes ne préexistent pas à leur conflit et que ce sont les luttes de classes qui produisent les classes, mais les classes qu’il définit ne comportent… qu’une classe, la « classe capitaliste » qui domine respectivement le« prolétariat », l’« encadrement » et la « petite bourgeoisie ». Le postulat de la lutte de classes reste chez lui un élément du puzzle théorique mais, dans la réalité, il n’observe aucun résultat révolutionnaire de la mobilisation syndicale ou politique concrète des dominés : la qualification, la sécurité sociale, la fonction publique, la cotisation, tout cela peut selon lui apporter une correction aux inégalités sociales et desserrer provisoirement l’étau, mais ne constitue en aucun cas les prémices d’une alternative, voire sert les intérêts fondamentaux du capital. Ce mouvement ouvrier qui n’a rien conquis de véritablement subversif du capital n’est donc pas un sujet historique, il n’est pas une classe révolutionnaire. Seule la classe capitaliste existe comme telle. Alain Bihr n’est pas le seul à exalter le mouvement ouvrier abstrait mais à faire du mouvement ouvrier concret un idiot utile du capital, à élaborer une critique théorique du capitalisme dans l’ignorance de sa critique sociale, à raconter la saga d’une classe dirigeante qui a toujours la main : la majorité des chercheurs en sciences sociales écrivent l’histoire du point de vue de la domination de classe. Par leur fascination pour le pouvoir, ils sont un élément décisif du clergé de la religion capitaliste. Je ne parle pas ici des économistes orthodoxes, dont j’ai dit dès le début qu’ils sont le haut clergé de cette religion et qui pratiquent d’ailleurs, non pas la science sociale (pouah), mais la science tout court ! Je parle d’un bas-clergé d’autant plus efficace qu’il critique une domination capitaliste dont il nie qu’elle ait commencé à être radicalement mise en cause.

On retrouve là un ingrédient constitutif de la religion, qui, je le rappelle, n’est pas simple soumission, mais aussi soupir du soumis contre son maître. De même que la croyance dans la damnation des riches après la mort entretient la soumission dans cette vie à ces riches haïs, de même la croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. J’ai tout à fait conscience de la gravité qu’il y a à dire cela, s’agissant de collègues aussi respectables qu’Alain Bihr ou les Pinçon-Charlot, ou trop d’Économistes atterrés. Si je le dis aujourd’hui avec encore plus de fermeté qu’hier, c’est parce qu’il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes, une critique qui, par son aveuglement, participe, évidemment à son corps défendant, à la domination qu’elle combat. Pourquoi Alain Bihr identifie-il souveraineté sur la production des producteurs associés et abolition du salariat ? Précisément parce que les salariés sont rangés chez lui dans deux classes-qui‑n’en-sont-pas, le prolétariat, qu’il définit exclusivement comme dominé, et l’encadrement, qui regroupe « les agents subalternes de la domination capitaliste ». Le salariat, c’est les prisonniers et leurs kapos. Et alors même qu’il insiste sur le papier sur la nécessité théorique d’une historicisation des classes sociales, en pratique il les essentialise : les salariés sont enfermés à vie dans le camp du capital. Rien, dans ce qui s’est passé depuis deux siècles de combat ouvrier, n’est fondamentalement émancipateur. Le « processus révolutionnaire » dont il parle dans la citation que vous rapportez est pour demain, Alain Bihr attend le Messie qui balaiera la classe capitaliste, et donc le salariat qui en est l’appendice. Alors que si, comme je m’y efforce depuis quarante ans dans mon analyse de la sécurité sociale dans l’Europe continentale, on élabore une critique théorique du capitalisme à partir de sa critique sociale, le salariat prend une tout autre couleur. En tant que classe ouvrière, il a mené une lutte de classes sur le salaire qui a produit les institutions décisives que sont le salaire à la qualification et, plus encore, à la qualification de la personne qui en fait un salaire à vie, et une socialisation massive de la valeur contradictoire à l’accumulation capitaliste par la partie de la cotisation et de l’impôt qui est affectée au paiement du salaire à vie et au subventionnement de l’investissement.
« Il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes. »
Aujourd’hui où la classe ouvrière s’est affaissée dans les vieux pays capitalistes – ce qui certes est dommageable sur le court terme mais doit être lu dans le nécessaire temps long de la révolution du mode de production (après tout, la bourgeoisie a mis cinq siècles pour l’emporter comme classe révolutionnaire sur l’aristocratie féodale, et a connu elle aussi des hauts et des bas dans ce combat séculaire) –, l’imposition d’une production salariale sans emploi et sans crédit, sans chantage donc de la propriété lucrative, relève de la mobilisation et de l’inventivité des organisations encore vivantes de la classe ouvrière, mais aussi, très au-delà d’elles, de la mobilisation des cadres, écœurés des pratiques des actionnaires et des prêteurs et qui mettent leur savoir-faire au service d’une production alternative portée par de plus en plus de trentenaires éduqués qui refusent, c’est leurs termes, de « produire de la merde pour le capital » ou de se soumettre aux injonctions d’employabilité : et aussi de la mobilisation de travailleurs indépendants qui ont compris que leur intérêt n’est absolument pas du côté du capital, voire de patrons de PME sur qui pèsent la fonction d’employeur et la propriété d’un patrimoine dont ils pourraient être libérés par une organisation salariale de la production. Le salariat comme classe révolutionnaire en cours d’affirmation face à la classe capitaliste ne se définit évidemment pas à partir du contrat de travail avec un employeur. Il regroupe toutes celles et tous ceux qui assument les institutions anticapitalistes du salaire : droit politique au salaire à vie, copropriété d’usage de l’outil de travail, socialisation de tout le PIB dans la cotisation-salaire et la cotisation-investissement, création monétaire sans crédit.
Dans Après l’économie de marché, paru aux éditions ACL, Anselm Jappe vous reproche de vous battre pour des choses qui, finalement, existent déjà (la valeur, l’argent, le salaire, les fonctionnaires, les retraites), et estime que votre montagne (la révolution) accouche d’une souris. Vous voyez les choses en petit ou Jappe a‑t‑il la folie des grandeurs ?
Comme Alain Bihr, Anselm Jappe pense qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire en construction face à la classe capitaliste, ce qui pour lui n’a d’ailleurs aucune importance. Car la lutte de classes disparaît chez lui non seulement de l’observation concrète, mais de la théorie elle-même. Le capitalisme est défini comme fétichisme de la valeur, un fétichisme qui domine tant les capitalistes que ceux qu’ils dominent, les uns comme les autres impuissants à contenir une dynamique éperdue de marchandisation pour tenter d’échapper à l’implacable baisse tendancielle du taux de profit, dans une fuite en avant qui débouchera sur une inévitable apocalypse. Il reste à espérer qu’elle sera joyeuse. Anselm Jappe ne voit les choses ni en petit ni en grand : il développe du capitalisme une lecture millénariste irresponsable. Ce qui m’importe, c’est de débattre avec ceux que touche cette lecture. Car un tel discours sur l’horreur économique, sur l’inutilité des mobilisations syndicales, sur la nécessité de suppression de la valeur, et donc du travail et de la monnaie, n’est pas sans échos à une époque où, à défaut de pouvoir susciter l’adhésion au triste état dans lequel elle met la pratique de la valeur et donc le travail concret, la classe dirigeante s’accommode d’opposants qui récusent toute mobilisation pour changer cette pratique.
REBONDS
☰ Lire notre entretien avec Franck Lepage, « L’école fabrique des travailleurs adaptables et non des esprits critiques », juin 2015
☰ Lire notre entretien avec Alain Bihr, « Étatiste et libertaire doivent créer un espace de coopération », mai 2015
Source : Ballast
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Atelier constituant à Paris ce samedi 19 sept à 13h
Je vous signale (très tard, pardon, c’est la rentrée, débordé) l’atelier constituant organisé cet après-midi à Paris par l’association Les Citoyens Constituants. Voici leur annonce :
Le 5ème atelier constituant de cette année aura lieu le samedi 19 Septembre 2015 à Paris, du coté du métro Pigalle de 13H à 18H.
Le thème de cet atelier constituant portera également sur les règles de l’assemblée constituante. L’ordre du jour de cet atelier est visible depuis ce lien : http://lc.cx/ZrPS.
Les personnes souhaitant participer à cet atelier constituant sont invités à s’inscrire via ce formulaire d’inscription : http://lc.cx/ZrPc.
DémoKratiquement,
Hugo Deschamps
Le secrétaire de l’association
Les Citoyens Constituants »
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COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?
COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?
Bonne question. C’était il y a un an, ma proposition de réponse avec les militants de Nouvelle Donne. Un recadrage rapide (12 min) sur l’essentiel : création monétaire nécessairement publique, fausse « lutte contre le chômage » vs NAIRU+UE+EURO, alternative prometteuse du CHARTALISME, impasse irrémédiable du faux « suffrage universel », et bien sûr… espoir inouï et puissant de notre émancipation AUTONOME par la multiplication des ateliers constituants populaires :
httpv://youtu.be/RT79JwkQqs0
httpv://youtu.be/bOKPGN3pGjA
Des propos encore bien d’actualité, pour attaquer ENSEMBLE la rentrée en pleine forme
🙂
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NOTRE CAUSE COMMUNE : apprendre ensemble à instituer NOUS-MÊMES notre puissance politique
Voici une bonne synthèse de NOTRE (INDISPENSABLE) CAUSE COMMUNE, autour de laquelle nous devrions TOUS nous réunir — vraiment TOUS ! — partout sur terre, en refusant obstinément de donner prise aux semeurs de zizanie :
»> seuls les citoyens eux-mêmes, sans représentants, sont capables d’instituer une démocratie digne de ce nom, c’est-à-dire la puissance politique du peuple ; des citoyens dignes de ce nom sont forcément des citoyens constituants «<
Cette courte vidéo est extraite de « Dédale, un fil vers la démocratie », un film passionnant (et malheureusement censuré) sur l’important laboratoire grec :
Faites passer 🙂
___________
PS :
• le film entier « Dédale, un fil vers la démocratie » est téléchargeable ici : http://preuves-par-images.fr/#/dedale–un–fil–vers–la–democratie
• L’histoire de la censure du film « Dédale, un fil vers la démocratie » :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2013/06/01/330–censure–du–film–dedale–un–fil–vers–la–democratie
• Pour comprendre les racines du racket infligé au peuple grec, coup d’État mafieux qui nous sera bientôt imposé à nous aussi (par nos prétendus « représentants », soi-disant « compétents »), je vous conseille aussi cette formidable soirée (un million de vues) avec Myret Zaki :
httpv://youtu.be/TLjq25_ayWM
• Pour creuser d’autres types de démocraties, voyez ceci :
Chouard prend une leçon de démocratie par des pirates, des indiens et des serfs
https://www.chouard.org/2014/11/07/chouard–prend–une–lecon–de–democratie–par–des–pirates–des–indiens–et–des–serfs/
=> Seules les société démocratiques où les citoyens sont armés votent.
=> Les autres sociétés démocratiques, beaucoup plus nombreuses, décident à l’unanimité.
Ne ratez pas ça.
• Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153617206007317?pnref=story
[Tous concernés]Une illustration (sans gravité) de notre (non définitive) fragilité aux bobards
Chers amis,
Vous avez dû voir passer ce matin cette incroyable « nouvelle » intitulée :
« Étienne Chouard : Je me suis trompé, en fait on est en démocratie ! »
http://philonews.fr/2015/07/29/etienne–chouard–je–me–suis–trompe–en–fait–on–est–en–democratie/


C’est un texte amusant, évidemment.
Ce qui m’inquiète (un peu), c’est le nombre de (gentils) lecteurs qui, en commentaires sur les différents sites qui signalent ce papier, s’indignent immédiatement, comme emportés par l’émotion de bons sentiments, en prenant TOUT ce qu’ils lisent (trop vite) pour vrai, et au premier degré.
À commencer par le titre (bien fait pour émouvoir, techniquement).
Emportés par l’indignation au point de répondre aussitôt, vite vite vite, malgré le fait que, sur Philonews.fr (la source), on lit, dans « à propos » :
« Est-ce que PhiloNews est un site à vocation humoristique ? Tous les articles relatés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédigés dans un but humoristique. L’utilisation de noms de personnalités ou d’entreprises est ici à but purement satirique. Cependant, certains articles peuvent contenir des choses vraies. Nous comptons sur l’intelligence des lecteurs pour dissocier le vrai du faux. »
C’est quand même assez clair.
Ceux qui nous bernent et nous trompent vraiment, tous les jours, sont beaucoup plus difficiles à démasquer (et donc à combattre). Comment va-t-on faire (pour démasquer et combattre les vrais ennemis du peuple) si l’on n’est même pas capables de repérer ici l’ironie ?
C’est trop facile de manipuler les braves gens : on n’apprend pas assez aux enfants (et ensuite nous autres, adultes, éprouvons parfois de grandes difficultés) à SUSPENDRE NOTRE JUGEMENT (© Montaigne), attendre d’en savoir plus, attendre d’avoir entendu de nombreux avis (très) contraires, pour enfin seulement juger et opiner (exprimer son opinion).
Et encore ! Opiner, mais avec un droit (permanent) à se reprendre pour changer d’avis si l’on s’aperçoit qu’on s’est trompé. Se tromper n’est pas mal (c’est même le début du processus de base de tout progrès) : nous devrions dédiaboliser l’erreur.
On a donc encore, sur la planche, un gros travail d’éducation populaire… Travail qu’il faudra faire ensemble pour — tous — apprendre, en pratique et en profondeur, à nous méfier de notre propre crédulité. Je ne me considère pas moi-même à l’abri de ce piège permanent, bien sûr : je suis comme tout le monde très vulnérable aux bobards, cela va sans dire.
Tâchons de ne pas nous désunir trop facilement. Recentrons-nous vite, chaque fois, sur notre (précieuse) cause commune.
À propos, combien de mini-ateliers constituants prolifiques et contagieux (MAC-PC) pour vous cette semaine ? 😉
Amitiés à tous.
Étienne.
PS : Je vous propose de prendre ce fil comme point d’entrée de tous nos commentaires qui pourraient nous aider à devenir plus fort sur ce plan de notre crédulité. Comment être à la fois très vigilants et pas crédules ?
Fil Facebook correspondant à ce billet :
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Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »
Voici un texte important, d’Aurélien Bernier, sur son blog :
http://abernier.vefblog.net/32.html#Faire_ouvertement_front_au_projet_europeeneuropeen
Faire ouvertement front au projet européen
La séquence de « négociations » entre la Grèce et l’Union européenne s’est achevée de la pire façon qui soit : par la signature, le 13 juillet, d’un accord renforçant l’austérité et détruisant encore un peu plus la souveraineté du peuple. Un accord accepté par le gouvernement de gauche radicale, élu justement pour en finir avec l’austérité et l’humiliation vécue par les Grecs depuis de longues années.
En rendant les armes, la majorité de Syriza emmenée par le premier ministre Alexis Tsipras n’a pas totalement trahi son programme électoral. Ce dernier, en effet, n’a jamais évoqué le fait de rompre avec l’Union européenne ou de sortir de la zone euro. Par contre, le référendum du 5 juillet, qui a vu le peuple dire massivement Non à un premier projet d’accord, interdisait absolument à Alexis Tsipras de signer un plan aussi proche du projet rejeté dans les urnes et aussi défavorable à la Grèce.
Le premier ministre a cru que la large victoire du Non le 5 juillet suffirait à assouplir la position des créanciers. Ce fut exactement le contraire. Mais cette erreur d’appréciation n’est rien à côté de la faute politique commise par la suite. Un référendum n’est pas un simple sondage d’opinion. Il engageait Alexis Tsipras à obtenir de meilleures conditions ou à refuser de signer. Quitte à démissionner en cas de blocage complet des négociations, lui qui avait mis cette démission sur la table huit jours plus tôt, à l’occasion du scrutin.
En acceptant l’ultimatum des créanciers, Syriza envoie un message terrible, à savoir que la rupture avec l’Union européenne serait encore pire que l’extrême austérité et la mise sous tutelle politique qui figurent dans l’accord. C’est une victoire de Margaret Thatcher à titre posthume : il n’y aurait aucune alternative à l’eurolibéralisme. C’est évidemment faux. Certes, il fallait envisager d’autres alliances (avec la Russie, la Chine…) qui n’auraient pas été sans contreparties, il fallait s’attendre à des représailles de la part des dirigeants européens et il fallait surtout avoir le courage de nationaliser largement, de dévaluer, de relancer la production et la consommation nationales. Mais on imagine difficilement que ce « plan B » puisse donner de pires résultats que le « plan A » qu’Alexis Tsipras a signé.
Peut-être la majorité de Syriza mise-t-elle sur un coup de billard à trois bandes pour se soustraire, à posteriori, à certaines clauses de l’accord. En attendant, ceux qui ont voté Non le 5 juillet ont bel et bien été trahis. Et les conséquences de cette faute sont prévisibles : le parti d’extrême droite Aube dorée s’est déjà positionné comme dernier rempart face à l’Union européenne ; il risque fort de progresser de façon spectaculaire lors des prochains scrutins.
Les répercussions seront également sévères dans le reste de l’Europe. Pour Podemos en Espagne tout d’abord, qui a cru bon de soutenir la majorité de Syriza après l’accord du 13 juillet. Dans ces conditions, où la coalition de gauche annonce à l’avance qu’elle aussi préférera se coucher plutôt que de rompre avec Bruxelles, on voit mal pourquoi les Espagnols la porteraient au pouvoir. Le renoncement de Syriza se paiera cher aussi en France. On imagine déjà Marine Le Pen renvoyer cet échec de la gauche radicale grecque à la figure de Jean-Luc Mélenchon ou de Pierre Laurent, qui auront bien du mal à trouver des arguments convaincants pour se défendre.
Les difficultés actuelles et celles qui s’annoncent sont très largement dues à la myopie de la gauche radicale sur la véritable nature de l’Union européenne. Pendant dix ans, entre le Non français du 29 mai 2005 et aujourd’hui, elle n’a cessé de prétendre, en dépit du bon sens, que les institutions communautaires étaient réformables. L’Union européenne pouvait bien imposer le traité de Lisbonne, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), martyriser et humilier les pays du Sud, négocier avec les États-Unis le Grand marché transatlantique… les Syriza, les Front de gauche et les Podemos n’en démordaient pas : la négociation avec Bruxelles, Francfort et Berlin permettrait de « changer l’Europe ». Et de faire de l’euro un outil au service des peuples… Le plus tragique est de ne pas avoir perçu que ce discours, même s’il est plus virulent dans sa forme, n’est qu’une réplique de la propagande sociale-démocrate : demain, l’Europe sociale ! Les promesses trahies de François Mitterrand, de Lionel Jospin puis de François Hollande suffisaient à disqualifier totalement cette stratégie. Mais la gauche radicale s’entêtait. Jusqu’à la séquence grecque de 2015 qui fait définitivement voler en éclat l’illusion de la « réforme de l’intérieur ».
Il est bien temps aujourd’hui d’entrouvrir ces débats, tout en les canalisant pour qu’ils ne nous emmènent pas trop loin. Clémentine Autain (Ensemble) estime que l’on peut à présent douter du fait que l’union monétaire soit le paradis sur Terre et que, par conséquent, on est en droit de remettre en cause son existence. Tout en précisant aussitôt que refuser l’euro ne veut pas dire refuser l’Union européenne. En Belgique, le trotskiste Daniel Tanuro accepte enfin d’envisager la sortie de la Grèce de la zone euro… avant d’indiquer que cette solution n’est pas valable pour la France ou d’autres pays. Je repense alors aux écrits de mon ami et camarade Samir Amin, au lendemain du 29 mai 2005 : « On ne pourra jamais faire évoluer « de l’intérieur » l’Europe engagée dans la voie du libéralisme atlantiste, en direction d’une « Europe sociale » et indépendante (des États-Unis). C’est en faisant front ouvertement au projet européen tel qu’il est qu’on maximisera les chances d’une construction alternative authentique1. » Et je me dis que nous avons perdu dix ans.
J’ai défendu de mon côté l’idée de « désobéissance européenne », en lui donnant un contenu très clair : restaurer la souveraineté juridique et monétaire au niveau national pour mener des politiques de gauche. Je considérais qu’à partir du moment où un État dirigé par la gauche radicale recouvrait sa souveraineté, l’appartenance formelle aux institutions communautaires était secondaire. Cela reste techniquement vrai, mais le sort qui est fait aujourd’hui à la Grèce change la donne. Le simple fait d’être membre de l’Union européenne est devenu politiquement intolérable pour la gauche. Il ne s’agit plus seulement de rompre avec l’eurolibéralisme. Il s’agit d’affirmer que nous n’avons absolument rien en commun, ni du point de vue des objectifs, ni du point de vue des valeurs, avec ces institutions conçues dans une logique de classe, pour lutter contre les peuples, et qui se sentent à présent assez puissantes pour ne plus faire le moindre compromis. Le seul objectif valable est d’en sortir et de les démanteler.
Aurélien Bernier.
________
Notes :
1« Quel « projet européen » ? », Samir Amin, 21 juin 2005.
Source : Démondialiser et coopérer.
Mon commentaire : seuls ceux qui appellent clairement à quitter l’UE tout de suite sont des résistants dignes de ce nom. Les autres, volontairement ou non, sont des collaborateurs de l’occupant.
La capitulation est totale. Abjecte.
Comme celle de nos « socialistes » et « communistes » à nous.
« Élites » toujours capitulardes et cruelles quand leurs privilèges sont contestés par le peuple.
Qu’on ne vienne plus me dire que la solution viendra de l’élection ou des « élus » :
Le faux « suffrage universel » (l’élection de maîtres constituants parmi des candidats) FONDE le capitalisme, et le VERROUILLE.
Ne ratez pas ce livre important :

(Moi, après avoir lu le seul rappel sur l’épouvantable félonie du chef (Robert HUE) du PC en 1997 (confirmée chaque jour depuis par TOUS les chefs du PC français), j’aurais plutôt intitulé le livre : « La gauche radicale et ses trahisons »…)
Pour ceux qui n’aiment pas lire, c’est cette vidéo qu’il ne faut manquer à aucun prix :
http://lesmutins.org/la–gauche–radicale–et–ses–tabous
– »’
Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153563891887317
[Passionnant et important] Peter Dale Scott, « L’État profond américain. La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle ».
Billet à classer dans la catégorie : Dénonçons —courageusement— LA PRATIQUE DES COMPLOTS (c’est-à-dire une des principales et éternelles modalités concrètes de la lutte des classes), plutôt que dénoncer —lâchement— « la théorie du complot » (c’est-à-dire une expression inventée et diffusée par la CIA dans les années 60 pour discréditer facilement tous les lanceurs d’alerte, accusés en bloc de paranoïa, et protéger ainsi les comploteurs de la classe dominante)…
Voici des semaines que je dévore un livre essentiel (sur le très nécessaire — mais très défaillant — contrôle des pouvoirs à travers le monde et les époques) et que je veux vous en parler. C’est un livre bouleversant, et très documenté (des milliers de notes commentées, pour sourcer et prouver tout ce qui y est décrit et analysé).
Il s’agit du dernier livre de Peter Dale Scott, professeur et diplomate canadien (il a 86 ans), qui travaille sur son sujet depuis 40 ans… Son titre est :
« L’État profond américain.
La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle. »
On peut trouver sur le site Demi-Lune (petit éditeur courageux et qu’il faut soutenir pour cela) des extraits absolument essentiels de ce livre que nous devrions tous avoir lu et qui devrait ensuite alimenter nos conversations quotidiennes.
Avec l’accord de l’éditeur, je vais reproduire ici quelques uns de ces extraits que je trouve fondamentaux, ce qui va faire un billet long à lire, pardonnez-moi, mais je voudrais vraiment attirer votre attention sur l’importance cardinale de ce livre pour comprendre ce qui nous arrive sur terre, notre dépossession politique de plus en plus caricaturale et les guerres impériales de plus en plus inévitables notamment.
Sur la forme du livre, je signale que ce livre est très bien fabriqué : il est parfaitement imprimé et très solidement relié, ce qui le rendra résistant aux nombreux mouvements et annotations que vous ne manquerez pas de lui imposer au cours de votre lecture enfiévrée 🙂 Il est prêt à ne plus vous quitter pendant des semaines sans se désintégrer (comme le font honteusement les livres d’autres éditeurs comme GF – Granier Flammarion dont je maudis l’imprimeur relieur, grand gougnafier et grand saccageur de chefs‑d’œuvre devant l’éternel, dont TOUS les livres s’autodétruisent dès la lecture des premières pages, grrr…). Le livre de Peter Dale Scott, lui, édité par Demi-Lune, est un vrai livre qui est fait pour être lu (et donc manipulé dans tous les sens). Pardon d’avoir insisté sur ce détail (qui compte pour moi).
Pour ceux qui n’aiment pas lire, Peter Dale Scott, parfaitement bilingue, a donné un entretien très intéressant sur son travail dont voici la vidéo (d’une heure) :
httpv://youtu.be/i4dcmJALM8k
Voici donc les extraits de ce livre que je vous recommande chaleureusement :
• La 4ème page de couverture :
S’appuyant sur plus de quatre décennies de recherches, Peter Dale SCOTT nous offre une analyse inédite de « l’État profond américain », un système informel et méconnu, dont l’influence sur l’Histoire contemporaine est absolument majeure. En dehors du cadre légal, celui-ci conditionne secrètement, souvent illégalement, les politiques officielles de l’Etat public à Washington – voire les contredit ou les neutralise. Observateur politique de premier plan, SCOTT décrit le processus de militarisation croissante des États-Unis, en particulier depuis le 11-Septembre. Il explique également l’origine de la « dérive sécuritaire » (écoutes et surveillance illégales, détentions arbitraires massives, usage de la torture, assassinats ciblés) et de l’accroissement des inégalités de revenus que connaît ce pays depuis la guerre du Vietnam.
L’État profond constitue aujourd’hui un système quasi institutionnalisé dans des agences (comme la CIA et la NSA) qui échappent au contrôle démocratique. Mais il ne se limite pas à ces services secrets, et l’auteur décrit notamment l’influence excessive d’entreprises privées telles que Booz Allen Hamilton (l’ex-employeur d’Edward Snowden) et la SAIC, 70 % des budgets du Renseignement aux États-Unis étant aujourd’hui sous-traités. Derrière ce système opaque, où la distinction entre « public » et « privé » semble pour le moins ténue, il retrace l’influence traditionnelle des banquiers et des avocats de Wall Street alliés aux « supermajors », les plus grandes compagnies pétrolières internationales. Il explique ainsi comment les pétromonarchies du golfe Persique, les entreprises de défense états-uniennes et Wall Street ont formé ensemble et progressivement un État profond supranational – qui mène des politiques parfois radicalement opposées aux intérêts nationaux des États-Unis, de son peuple et de ses institutions.
Un travail remarquable qui clôt avec brio la trilogie entamée avec La Route vers le nouveau désordre mondial et La Machine de guerre américaine…
• Le dossier de présentation du livre :
http://www.editionsdemilune.com/media/presse/Dossier–de–presse–Etat–profond–americain–OPT.pdf
• Éloges et critiques + Sommaire :
Éloges et critiques
« L’État profond américain résume plus de quatre décennies de recherches menées par Peter Dale Scott sur les aspects les plus obscurs de la Politique profonde aux États-Unis. Il en résulte une perspective inédite sur le véritable système de gouvernance dans ce pays. Son analyse est méticuleuse, brillante et magistrale »
- Daniel Ellsberg, « l’homme qui fit tomber Nixon », auteur de Secrets : A Memoir of Vietnam and the Pentagone Papers
« Une nouvelle fois, Peter Dale Scott met en lumière les dessous de l’État profond américain à travers cette étude passionnante et fondamentale. Cet ouvrage explique comment et pourquoi nous avons perdu le contrôle de la politique étrangère des États-Unis et comment elle est en train de détruire notre démocratie. Ce livre indispensable est le fruit de recherches brillantes et raisonnées, qui achèvent de nous convaincre que nous ne pouvons sauver notre République sans identifier les forces profondes qui nous ont imposé leurs règles depuis bien longtemps – et ce d’une manière encore plus brutale et dramatique depuis le 11-Septembre. »
- Richard Falk, professeur émérite de Droit international à l’Université de Princeton, et à l’Université de Californie, (Santa Barbara) ; Rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour les Territoires palestiniens
« Peter Dale Scott est l’universitaire le plus audacieux dans l’étude des structures de pouvoir qui dirigent les États-Unis. Dans cet ouvrage, il démarre ses recherches là où le pionnier Charles Wright Mills s’était arrêté, mettant en lumière un sombre labyrinthe de pouvoir – un monde obscur qui est devenu encore plus arrogant et violent depuis l’époque de l’‘élite de pouvoir’ et du ‘complexe militaro-industriel’. Nous ne pouvons comprendre le fonctionnement réel du pouvoir sans nous aventurer dans la description révélatrice que Scott nous offre à travers L’État profond américain. »
- David Talbot, fondateur du site d’information Salon.com
« Lorsque s’écrira la véritable Histoire intellectuelle de notre époque, Peter Dale Scott sera reconnu pour sa perspicacité et son honnêteté. Dans L’État profond américain, Scott perçoit une nouvelle fois la réalité de manière précise, brillante et courageusement intègre, nous alarmant sur nos fatales illusions. Il s’agit de l’un des livres les plus importants de notre époque. »
- Roger Morris, ancien membre du Conseil de Sécurité Nationale des États-Unis sous les présidences de Lyndon Johnson et de Richard Nixon
« Peter Dale Scott analyse en profondeur chaque aspect du système orwellien de sécurité nationale – de la surveillance extrajudiciaire aux détentions arbitraires, en passant par la loi martiale. Il montre comment les services de renseignement et l’armée des États-Unis sont dorénavant impliqués de façon permanente dans le maintien de l’ordre. Pour l’essentiel, ce système opaque – c’est-à-dire le gouvernement secret – est ce que Scott appelle l’‘État profond’. Il s’agit de l’influent secteur qui éclipse les institutions démocratiques. Pourtant, les agences publiques [la NSA, la CIA, le JSOC, le Pentagone, etc.] qui forment cet État profond n’en représentent qu’un seul niveau. En effet, leur pouvoir provient également de leurs connexions cruciales en dehors du gouvernement – comme le montre l’exemple de la CIA, qui est solidement ancrée à Wall Street. (…) Tout est dans ce livre. Une lecture absolument obligatoire. »
- Pepe Escobar, correspondant itinérant pour Asia Times (Hong Kong) et auteur de Empire of Chaos
« Depuis longtemps, Peter Dale Scott a été un pionnier dans l’étude méthodique de l’État de sécurité nationale et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis. Avec ce nouvel ouvrage, il se surpasse en offrant une analyse véritablement complète de l’empiètement croissant d’un ‘État profond’ incontrôlé dans le système politique démocratique de ce pays, depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. (…) Il s’agit d’un travail brillant et incisif, une lecture obligatoire pour tous ceux qui souhaitent comprendre les interactions entre le capitalisme mondialisé, la sécurité nationale et les objectifs douteux des services de renseignement les plus puissants, mais aussi les plus secrets. »
- Nafeez M. Ahmed, spécialiste des questions de ressources énergétiques, de terrorisme, et de sécurité internationale, auteur de La Guerre contre la vérité
« Dans cet excellent livre, Peter Dale Scott montre comment les restrictions imposées par le Congrès des États-Unis aux services de renseignement US ont entraîné la fusion de l’État profond américain avec des services étrangers, afin d’opérer depuis d’autres pays. (…) L’auteur explique comment le pétrole saoudien et les contrats d’armement US ont pérennisé une relation spéciale entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. (…) L’État profond américain a toujours été lié aux banquiers de Wall Street et aux supermajors, l’ancien directeur de la CIA Allen Dulles en étant l’archétype – lui qui voyait les dirigeants politiques élus comme des nationalistes à l’esprit étroit, incapables de gérer les affaires politiques globales. »
- Ola Tunander, professeur de Relations internationales, à Oslo (PRIO).
« Peter Dale SCOTT nous offre sa dernière dissection des sombres entrailles du gouvernement des États-Unis. (…) Un ouvrage alarmant et stimulant. »
- Publishers Weekly, revue professionnelle hebdomadaire, équivalent US de Livres Hebdo
sommaire
- Remerciements
– Acronymes
– Note au sujet de la couverture de l’édition originale 17
– Avant-propos de l’auteur 21
- Le Projet Jugement dernier, les événements profonds et l’érosion de la démocratie aux États-Unis 25
- La sociodynamique des pouvoirs répressifs dans les sociétés impériales 30
– Un pouvoir incontrôlé : la CIA et le retour de la connexion narcotique globale 33
– La « Continuité du Gouvernement » (COG) et l’occupation militaire des États-Unis 35
– L’État profond américain38
- L’État profond, le supramonde de Wall Street et les supermajors 41
- L’État profond, le gouvernement de l’ombre et le supramonde de Wall Street 44
– La longue histoire du supramonde de Wall Street 46
– L’État profond et le financement des opérations clandestines de la CIA 47
– Les commissions occultes de Lockheed et les clients de la CIA : les Pays-Bas, le Japon, l’Italie, l’Indonésie et l’Arabie saoudite 49
– L’Iran en 1953 : comment une opération du cartel pétrolier est devenue une mission de la CIA 51
– La CIA, Booz Allen Hamilton et le supramonde de Wall Street 55
– La CIA, Miles Copeland et Adnan Khashoggi 57
– Khashoggi, Edward K. Moss et la corruption politique 59
– Moss, Khashoggi, le Safari Club et le supramonde international 62
– L’État profond, le Safari Club et la BCCI 63
– Les supermajors, l’Arabie saoudite, le Safari Club et la défaite du Président Carter en 1980 65
– L’État profond et la dissimulation autour de la BCCI 67
– Conclusion : un État profond supranational 69
- Le Projet Jugement dernier : comment la COG a supplanté la Constitution des États-Unis le 11-Septembre 71
- La mise en œuvre de la COG le 11-Septembre 75
– La militarisation du maintien de l’ordre aux États-Unis 81
– La proclamation d’urgences nationales permanentes 82
– La participation de Cheney et de Rumsfeld au comité secret de planification de la COG 83
– La COG, l’état d’urgence nationale et le National Emergencies Act 85
- La prétendue guerre « contre » le terrorisme (1re partie): l’Histoire profonde de la protection par les États-Unis d’Ali Mohamed, un terroriste d’al-Qaïda 89
- L’intervention du FBI auprès de la GRC pour qu’elle libère Ali Mohamed (1993) 94
– La libération d’Ali Mohamed : un événement profond ignoré par les médias aux États-Unis 96
– Une Histoire des États-Unis à deux niveaux : l’Histoire officielle et l’Histoire profonde 98
– La protection plus ancienne d’Ali Mohamed par le FBI et le gouvernement des États-Unis 100
– Le centre al-Kifah, Ali Mohamed et le flux de jihadistes vers l’Afghanistan 102
– La dissimulation par le FBI des liens d’Ali Mohamed avec le meurtre de Meir Kahane 103
– La protection d’Ali Mohamed par le FBI dans l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993 105
– Le soutien des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite au réseau Maktab al-Khadamat 107
– La cible d’al-Kifah en 1993 : la Bosnie et non l’Afghanistan 109
Al-Kifah, al-Qaïda, le Tadjikistan et la drogue 110
– La protection du centre al-Kifah par les États-Unis visait-elle à faciliter le financement et l’envoi de jihadistes à l’étranger ? 113
- La prétendue guerre « contre » le terrorisme (2e partie) : la protection et l’utilisation d’al-Qaïda par l’État profond et les pétromonarchies 115
- Le soutien de l’Arabie saoudite au Maktab al-Khadamat et plus tard à al-Qaïda 115
– Quel prince saoudien aida un Oussama ben Laden privé de passeport à quitter l’Arabie saoudite ? 118
– Les divergences entre le Département d’État et la CIA sur la question de l’Afghanistan – et les intérêts pétroliers 121
– Les opérations clandestines et le pétrole en Asie centrale 122
– Ben Laden, Ali Mohamed et la famille royale saoudienne 124
– Le financement de ben Laden par la famille royale saoudienne, incluant son transfert au Soudan 125
– La protection de Mohammed Jamal Khalifa, le beau-frère d’Oussama ben Laden, par les États-Unis et l’Arabie saoudite 128
– La protection de Khaled Sheikh Mohammed, une figure centrale d’al-Qaïda, par les États-Unis et le Qatar 130
– La protection fédérale de deux pirates de l’air présumés du 11-Septembre 133
– Une dissimulation permanente de la vérité qui s’est poursuivie après le 11-Septembre 136
– Le complexe pétrolier américano-saoudien et la défense du système des pétrodollars 138
– Conclusion : un nouveau désordre mondial 141
- La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale 143
- La guerre de terreur de Bush et la falsification des renseignements 143
– La guerre de terreur et le projet de domination globale de Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz 146
– La dissimulation autour du 11-Septembre et le rôle de la CIA dans le laisser-faire de ces attentats 151
– Les accords de liaison avec d’autres services de renseignement 155
– Retour en arrière : le Safari Club et William Casey 158
– Les accords de liaison et la protection de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi 163
– Richard Blee avait-il un objectif inconnu pour dissimuler les renseignements ? 166
– Le SOCOM avait-il un objectif inconnu pour stopper le programme Able Danger ? 167
– La récurrence des événements profonds derrière les engagements militaires des États-Unis 169
– L’impact du 11-Septembre sur le Droit international et états-unien 170
– Post-scriptum 172
- Comment l’État profond s’est imposé aux Présidents successifs des États-Unis (1961−1980) 175
- L’État profond, les événements profonds et la violence 175
– L’hostilité de l’armée et de la CIA envers les stratégies présidentielles successives (1961−1980) 180
– La Révolution Reagan et le « consensus de Washington » 185
- Les événements profonds structurels : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre 189
- Les comportements bureaucratiques malveillants comme facteur ayant contribué à l’assassinat de JFK ainsi qu’au 11-Septembre 193
– Le même type de comportements bureaucratiques malveillants autour du 11-Septembre 196
– L’élargissement des pouvoirs répressifs à la suite des événements profonds 198
– Des recoupements de personnel entre les événements profonds successifs 201
– Un dénominateur commun aux événements profonds structurels : le Projet Jugement dernier et la COG 202
- L’État profond américain, les événements profonds et leurs sources de financement occulte 209
- L’État profond américain 214
– La CIA et le pouvoir du portefeuille 216
– Les fonds provenant des contrats d’armement 218
– Khashoggi, le Safari Club, la BCCI et le supramonde international 219
– Les clauses secrètes dans les contrats d’armement 220
– L’accord AWACS 221
– L’accord al-Yamamah 222
– Les financements offshore et la continuité des événements profonds 222
– La contre-surprise d’octobre de 1980 223
– Le scandale de l’Irangate (dont le financement des Contras, les ventes d’armes illégales à l’Iran et le soutien des moudjahidines en Afghanistan) 224
– Le 11-Septembre 227
– Conclusion : l’État profond américain aujourd’hui 229
– Post-scriptum 230
- L’État sécuritaire incontrôlé des États-Unis : la continuité de la planification de la COG (1936−2001) 233
- Hoover, McCarthy et notre hystérie du Jugement dernier 233
– La source du pouvoir illicite de Hoover : la Division du Renseignement du FBI 243
– Les pouvoirs de Hoover et le renforcement de l’État dualiste aux États-Unis 247
– Hoover et les origines de la planification des internements de crise de la COG 249
– Comment les plans d’internement de Hoover furent intégrés à la planification nationale de crise (COG) 251
– L’évolution de la préparation de la loi martiale : le plan Garden Plot, l’opération Cable Splicer et la FEMA 254
– Le Système national de communications et le Projet Jugement dernier 255
- L’État sécuritaire incontrôlé des États-Unis et l’illégalité 259
- L’utilisation par Hoover de méthodes illégales pour combattre le Ku Klux Klan 263
– La fin du Hooverisme et les débats de la période de l’après-guerre du Vietnam 269
– Le débat sur les pouvoirs secrets dans la transition entre l’après-guerre du Vietnam et la présidence Reagan 272
– Le Hooverisme et l’hystérie du Jugement dernier : une différence instructive 275
– L’expansion des pouvoirs secrets depuis le 11-Septembre 277
– Conclusion 278
- Pourquoi les citoyens des États-Unis doivent stopper les guerres auto‑génératrices de leur pays 283
- Les dérives de la Pax Britannica à la fin du XIXe siècle 285
– La Pax Americana à l’aune de la Pax Britannica 290
– L’alliance secrète entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, et la guerre « contre » le terrorisme 293
– Le soutien de l’Arabie saoudite aux terroristes 296
– L’exemple du Mali 297
– Une opportunité pour la paix, et l’insécurité comme principal obstacle à celle-ci 298
– Que doit-on faire ? 301
Épilogue. Théâtre grec – Mario Savio et la quête socratique 307
- Annexes 313
– Notes 315
– Bibliographie sélective 407
– Index 414
• Avant-propos de l’auteur pour l’édition française :
avant-propos de l’auteur
Les États-Unis, la France et l’État profond international
L’État profond américain devrait être une préoccupation universelle, et particulièrement en France. Ce système renforce le milieu supranational des super-riches (le « supramonde »), dont seulement 80 d’entre eux possèdent autant que 3,5 milliards d’êtres humains.1 Grâce à la croissance récente et colossale de la richesse à travers le monde, ceux qui composent l’« élite de pouvoir globalisé » réunie chaque année au Forum de Davos ont aujourd’hui plus d’influence sur la gouvernance mondiale que ceux qui siègent à l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Les participants de Davos n’ont pas besoin de donner leurs instructions à l’État profond américain, qui s’est structuré pour satisfaire les intérêts de Wall Street et d’autres milieux, dont celui du crime organisé.2 Certains éléments de ce supramonde font partie des « élites de l’ombre, dont l’influence découle de moyens illicites ou non conventionnels. »3 D’autres acteurs, tels que le vendeur d’armes saoudien Adnan Khashoggi * – qui fut autrefois appelé « l’homme le plus riche du monde » – font partie intégrante de l’Histoire de l’État profond américain.
Depuis l’après-guerre, ce système de gouvernance opaque et informel s’est progressivement internationalisé. Dans les années 1980, William Casey – le directeur de la CIA sous la présidence Reagan – contourna sa propre agence pour financer la guerre secrète contre les Soviétiques en Afghanistan. Pour ce faire, il eut recours aux services de la BCCI (Bank of Credit and Commerce International), une multinationale bancaire corrompue et impliquée dans le trafic de drogue global, qui était enracinée au Pakistan, au Luxembourg, en Arabie saoudite, ainsi qu’à Abou Dhabi. Plus récemment, des éléments de l’État profond américain – notamment la puissante entreprise de services pétroliers Halliburton –, se sont mis à l’abri de la supervision des autorités US en délocalisant leurs sièges sociaux dans les capitales moins régulées du golfe Persique.5
Pendant deux décennies, depuis l’attentat à la station Saint-Michel du RER B en 1995 jusqu’à ceux de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher début 2015, la France a souffert du terrorisme. La vague d’attentats de l’été 1995 en France fut perpétrée par d’anciens moudjahidines ayant combattu en Bosnie ; le chapitre 4 de ce livre décrit comment cette campagne bosniaque a notamment été soutenue par le centre al-Kifah de Brooklyn, New York – qui était alors protégé par les autorités US.6 Dans cet ouvrage, je retracerai l’historique de la protection et du soutien clandestins, par les États-Unis, de réseaux terroristes pourtant considérés comme ennemis.
Ce processus est étroitement lié à la prétendue guerre « contre » le terrorisme lancée par George W. Bush en 2001, et menée avec la coopération de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Pakistan. Or, les élites de ces trois pays ont été les principaux soutiens financiers et politiques des réseaux jihadistes que les États-Unis sont censés avoir combattus jusqu’à présent. Dans le même temps, les plus farouches opposants à ces terroristes sunnites – les gouvernements d’Irak, de Libye, de Syrie et d’Iran – ont été renversés (Irak et Libye), déstabilisés avec l’appui des États-Unis et de la France (Syrie) ou sanctionnés et menacés en tant qu’éléments de l’« Axe du Mal » (Iran). Selon des estimations crédibles, cette guerre « contre » le terrorisme aurait engendré au moins 1,3 million de morts en Afghanistan, en Irak et au Pakistan depuis 2001 – une campagne militaire globale que j’ai rebaptisée « guerre de terreur » dans le chapitre 6 de cet ouvrage.7
La stratégie commune des États-Unis et de l’Arabie saoudite dans la défense du système des pétrodollars a sous-tendu ces politiques perverses et dangereuses. Ainsi, les importations de pétrole du golfe Persique – qui sont réglées en dollars – ont été compensées par les exportations d’armes vers les pétromonarchies, dont le royaume des Saoud qui en fut le premier importateur en 2014.8 Comme je l’explique dans ce livre, une part des profits de ces contrats d’armement ont été utilisés pour financer des opérations clandestines, comme l’Iran-Contra ou la guerre secrète en Afghanistan dans les années 1980.
Dans ce contexte de guerre perpétuelle, il est urgent que les citoyens des États-Unis – mais aussi de la France et plus largement de l’Europe – fassent pression sur leurs gouvernements pour stopper cette stratégie basée sur le pétrole et les armes. Il est donc indispensable de mieux comprendre ce système de l’État profond, et c’est l’un des principaux buts de ce livre.
Peter Dale Scott.
• et puis l’extrait du chapitre 1 (ne ratez surtout pas ça) :
http://www.editionsdemilune.com/media/extraits/l‑etat-profond-americain/EDL-EPA-Extraits-chapitre‑1.pdf
chapitre 1 : Le Projet Jugement dernier, les événements profonds et l’érosion de la démocratie aux États-Unis
« Je suis conscient de la possibilité d’instaurer une véritable tyrannie aux États-Unis. Nous devons donc nous assurer que cette agence [la National Security Agency], et toutes celles qui possèdent ces technologies, opèrent dans un cadre légal et sous une supervision appropriée, de sorte que nous ne tombions jamais dans cet abîme. Y sombrer serait sans retour. »
– Sénateur Frank Church (1975)
Ces dernières années, j’ai été de plus en plus préoccupé par l’interaction entre trois tendances alarmantes et déterminantes dans l’Histoire contemporaine des États-Unis. La première est la militarisation croissante de ce pays, et essentiellement sa propension, voire son obsession, à s’engager dans des guerres néfastes et inutiles. (Comme l’ancien Président Jimmy Carter l’a expliqué avec pertinence, « le reste du monde considère presque unanimement les États-Unis comme le principal fauteur de guerre. »)1 La deuxième tendance, qui lui est étroitement liée, est l’érosion progressive de la politique publique et de l’État de droit, du fait qu’ils sont subordonnés – y compris sur notre territoire – aux exigences des opérations clandestines états-uniennes à l’étranger.
La troisième tendance, elle aussi étroitement liée aux précédentes, est l’influence majeure de ce que j’ai appelé les « événements profonds » sur l’Histoire des États-Unis – une influence de plus en plus nocive. Il s’agit d’événements qui, dès le départ, sont entachés de mystère, comme l’assassinat du Président Kennedy, l’effraction du Watergate ou le 11-Septembre. Par ailleurs, ils impliquent systématiquement des actes criminels ou violents, et ils sont intégrés dans les processus clandestins des services spéciaux. Enfin, ils ont pour conséquence d’étendre la part secrète de l’État, et ils font ensuite l’objet de dissimulations systématiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement.
Il existe un facteur liant l’assassinat de JFK, le Watergate, la « contre-surprise d’octobre » de 1980 visant à empêcher la réélection du Président Carter, l’affaire Iran-Contra et le 11-Septembre. Il s’agit de l’implication, dans les coulisses de tous ces événements profonds, d’individus ayant participé à la planification de crise la plus secrète et importante des États-Unis. Depuis les années 1950, on désigne celle-ci comme le programme de la « Continuité du Gouvernement » (COG pour Continuity of Government) – plus communément appelé le « Projet Jugement dernier » au Pentagone. La mise en œuvre des mesures de la COG le matin du 11 septembre 2001 fut l’aboutissement de plusieurs décennies de cette planification. Elle a eu comme conséquences la militarisation permanente du territoire des États-Unis, de même que l’instauration de processus et d’institutions ayant pour objectif d’imposer l’hégémonie de ce pays à l’étranger.
Ces dernières décennies, en étudiant ces événements profonds à mesure qu’ils survenaient, je me suis intéressé aux liens qu’ils pouvaient avoir entre eux. Dorénavant, il est possible de démontrer en quoi chacun fut lié aussi bien à celui qui le précédait qu’à l’occurrence suivante.
Dans ce chapitre, je souhaiterais approfondir cette analyse, en proposant un cadre théorique qui permette d’étudier les forces immuables derrière les événements profonds les plus importants. Il s’agit ainsi de comprendre dans quelle mesure ces forces ont contribué à la prédominance politique de ce qui était appelé autrefois le « complexe militaro-industriel ». C’est pourquoi je tenterai de décrire certaines lois informelles qui déterminent la sociodynamique de chacune des grandes sociétés que l’on appelle les « empires ». Celles-ci déploient leur excès de puissance pour s’étendre au-delà de leurs propres frontières en imposant leurs volontés aux autres peuples. De façon prévisible, ce processus d’expansion génère des tendances propres aux institutions impériales et aux individus luttant pour s’élever dans leurs hiérarchies. Aux États-Unis, ce phénomène a transformé le complexe militaro-industriel : d’une menace en marge de l’ordre social, il est progressivement devenu une force omniprésente qui domine celui-ci.
Par ce cadre théorique, j’espère convaincre les lecteurs que notre Histoire récente est, à certains égards, plus simple qu’elle n’y paraît – notamment dans les médias. Notre société, du fait de ses réussites économiques et de l’expansion qui en découle, a engendré des forces impersonnelles à la fois en dedans et en dehors d’elle-même. Jusqu’à présent, celles-ci ont transformé notre démocratie élective en un empire répressif. Et parmi ces forces évoluent celles qui sont à l’origine des événements profonds.
Je suis loin d’être le seul à percevoir cette dégradation politique aux États-Unis, notamment en termes de processus décisionnels. Un tel phénomène, reflétant le déclin des empires du passé, fut décrit de manière approfondie par le regretté Chalmers Johnson :
« Une abondance de preuves démontre que, dans la décennie suivant la fin de la guerre froide, la politique étrangère des États-Unis s’est considérablement éloignée de la diplomatie, de l’aide au développement, du Droit international et des institutions multilatérales. La plupart du temps, elle s’est au contraire matérialisée par les intimidations, la force militaire et les manipulations financières. »2
Cependant, mon analyse va plus loin que celles de Chalmers Johnson, Kevin Phillips, Andrew Bacevich et d’autres observateurs. En effet, elle vise à démontrer que les trois principaux événements profonds – l’assassinat de JFK, le Watergate et le 11-Septembre – ne furent pas seulement des symptômes de ce déclin démocratique aux États-Unis, mais qu’ils en ont été des facteurs importants.
À l’instar de Michael Lind, certains auteurs ont remarqué que, depuis longtemps, deux différentes cultures politiques avaient prévalu aux États-Unis. Celles-ci sous-tendent les divergences politiques entre les citoyens de ce pays, de même qu’entre divers secteurs de l’État.3 L’une de ces cultures est principalement égalitaire et démocratique, favorisant le renforcement juridique des droits de l’Homme aussi bien aux États-Unis qu’à l’étranger. La seconde, bien moins admise mais profondément enracinée, priorise et enseigne le recours à la violence répressive. Visant à maintenir l’« ordre », elle est dirigée à la fois contre la population des États-Unis et contre celles du Tiers-Monde.
Dans une certaine mesure, on peut retrouver ces deux mentalités dans chaque société. Elles correspondent à deux exercices opposés du pouvoir et de la gouvernance, définis par Hannah Arendt comme la « persuasion par arguments » face à la « contrainte par la force ». Se conformant à Thucydide, Arendt attribue l’origine de ces principes à la « manière grecque de gérer les affaires intérieures, la persuasion (ttsiGsiv), ainsi [qu’à] la conduite habituelle des affaires étrangères, centrée sur la force et la violence ((3ia). »4 Dans un autre essai, Arendt écrivit que « la violence et le pouvoir [persuasif] ne sont pas identiques. (…) Le pouvoir et la violence sont à l’opposé l’un de l’autre ; là où l’un règne d’une manière absolue, l’autre est absent. »5
On peut considérer que l’apologie, par Hannah Arendt, du pouvoir persuasif comme fondement d’une société constitutionnelle et ouverte est aux antipodes de la défense – par le professeur de Harvard Samuel P. Huntington – d’un pouvoir de l’ombre autoritaire et coercitif comme prérequis de la cohésion sociale. Ce pouvoir coercitif prôné par Huntington constitue donc l’antithèse du pouvoir ouvert et persuasif. Selon lui, « le pouvoir ne peut rester fort que lorsqu’il est maintenu dans l’ombre ; lorsqu’il est exposé à la lumière du jour, il commence à s’évaporer. »6
Arendt admirait la Révolution américaine, puisqu’elle avait abouti à la création d’une Constitution visant à assurer l’encadrement du pouvoir politique par l’ouverture et la persuasion. Au contraire, dans l’Afrique du Sud ségrégationniste, Huntington conseilla le gouvernement Botha dans la mise en place d’un puissant appareil d’État sécuritaire non soumis au contrôle public. Nous pourrions dire qu’Arendt était une théoricienne du pouvoir constitutionnel, et Huntington du « pouvoir de l’ombre ». Ce dernier est l’essence même de ce que j’ai voulu signifier en me référant à « l’État profond » – une expression que j’ai empruntée à la Turquie en 2007. Il s’agit d’un pouvoir qui ne provient pas de la Constitution, mais de sources extérieures et supérieures à celle-ci, et qui est « plus puissant que l’État public. »7 En 2013, le retour de l’armée à la tête de Égypte, de même que les révélations sur la surveillance de la NSA par Edward Snowden, ont donné de la valeur à la notion d’État profond. Celui-ci a été défini dans un éditorial du New York Times comme « [un] niveau de gouvernement ou de super contrôle difficilement perceptible qui se maintient quel que soit le résultat des élections et qui est susceptible de contrecarrer les mouvements sociaux ou les changements radicaux. »8 À partir du chapitre 2, j’approfondirai mon analyse et ma définition de l’État profond.
Écrivant durant les manifestations et les émeutes des années 1960, Arendt aussi bien qu’Huntington craignaient que l’autorité traditionnelle ne soit en danger. En effet, Arendt la percevait comme étant menacée par le « déclin [contemporain] de la tradition et de la religion ». Un demi-siècle plus tard, je dirais que l’État profond représente un bien plus grand péril pour l’équilibre social. En revanche, il est un atout majeur pour ceux qui, à la droite de l’échiquier politique, invoquent l’autorité au nom de la sécurité, de la tradition et de la religion. Nous avons pu observer l’implication massive des États-Unis dans un mouvement de domination et d’exploitation du reste du monde, notamment par les méthodes clandestines et hors-la-loi de l’État profond. Ainsi, les processus persuasifs ouverts, qui ont constitué l’idéal traditionnel de ce pays dans la gestion de ses affaires intérieures, ont été de plus en plus subordonnés à la violence autoritaire.
Comme je le montrerai dans ce livre, les mécanismes horizontaux de la démocratie ont été graduellement supplantés par les processus verticaux de l’État profond. Or, j’ai tendance à penser que les pressions immuables de l’Histoire vont dans l’autre sens : celui de l’atténuation de la violence par les forces de persuasion. Par exemple, la Russie tsariste s’est transformée en un système anachronique voué à l’effondrement car il lui manquait un enracinement populaire. Je souhaiterais un meilleur avenir pour les États-Unis.9
La tendance actuelle au renforcement d’un pouvoir vertical, répressif ou violent est idéologiquement défendue comme étant un moyen de garantir la sécurité et la stabilité sociale, alors qu’au contraire, il les menace. Comme Kevin Phillips et d’autres auteurs l’ont démontré, les empires bâtis sur la violence ou la répression ont tendance à triompher puis à s’effondrer, bien souvent avec une rapidité surprenante.10 Selon la thèse centrale de ce chapitre, le pouvoir répressif est instable par essence, en ce qu’il engendre des forces dialectiques à la fois en dedans et en dehors de lui-même. De par le monde, le pouvoir répressif a favorisé la création de ses propres ennemis, comme le démontrent les exemples de la Grande-Bretagne (en Inde), de la France (en Indochine) et de la Russie (en Europe de l’Est).
Mon argument central est que l’expansionnisme d’un pays hors de ses frontières engendre le développement d’un pouvoir répressif. Ce phénomène a des conséquences prévisibles, qui dépassent les intentions de quiconque évoluant au sein de ce système. Des agences récemment mises en place et mal supervisées appliquent des politiques contradictoires à l’étranger, dont le résultat global est habituellement coûteux et néfaste – non seulement pour la nation ciblée, mais également pour les États-Unis.
Ce constat s’applique tout particulièrement aux agences clandestines, dont l’usage du secret induit que des politiques controversées prolifèrent sans coordination ou sans contrôle. Essentiellement, depuis 1945, l’Asie a été la principale région dans laquelle la CIA a outrepassé ou ignoré les directives politiques du Département d’État. Comme je le documente dans La Machine de guerre américaine, les interventions de l’Agence sur le continent asiatique – en particulier celles qui ont mené aux guerres du Laos, du Vietnam et d’Afghanistan – ont favorisé le développement d’une connexion narcotique globale de la CIA (que j’ai appelée dans des travaux précédents un « ‘sombre quadrant’ de pouvoirs incontrôlés »).
Cette connexion narcotique globale, abondamment financée par les revenus des trafics et de la violence illégale, a un intérêt majeur dans les interventions étrangères des États-Unis – en particulier dans ces guerres ingagnables, qui aggravent les conditions de non-droit nécessaires à la prolifération du trafic de drogue. Il est donc parfaitement logique que cette connexion narcotique ait continuellement favorisé la création d’un empire global états-unien – que la plupart de nos concitoyens n’ont jamais demandé. Plus particulièrement, ce « sombre quadrant » a contribué à chacun des principaux événements profonds, dont l’assassinat du Président Kennedy, le cambriolage du Watergate et les attaques du 11-Septembre. Ces événements ont encouragé la militarisation de ce pays, ainsi que l’affaiblissement de ses institutions démocratiques.22
La « continuité du gouvernement » (cog) et L’occupation militaire des États-Unis
Comme je l’ai écrit précédemment, deux mentalités conflictuelles ont sous-tendu chacun des événements profonds importants ayant frappé les États-Unis : celle de l’ouverture et celle de la domination répressive. Les origines de ce conflit remontent à la guerre de Sécession, ainsi qu’aux guerres indiennes du milieu du xixe siècle – et avant celles-ci à la Révolution américaine. 23 Bien que cette conflictualité soit ancienne et permanente, en conclure que rien n’a changé récemment serait une erreur. Au contraire, les USA traversent actuellement une nouvelle crise suscitée par ce très vieil antagonisme.
Depuis la seconde guerre mondiale, le secret a été utilisé pour accumuler de nouveaux pouvoirs bureaucratiques classifiés, sous couvert de la planification d’urgence censée répondre aux désastres nationaux. Au sein même comme en dehors de l’État, ce programme est connu sous le nom de code de « Projet Jugement dernier ». Au début de la présidence Reagan, cette planification a été rebaptisée par une appellation trompeuse, la « Continuité du Gouvernement » (ou COG). Notamment développée par Oliver North, Donald Rumsfeld et Dick Cheney depuis le début des années 1980, la COG est en fait devenue le vecteur d’un important changement de gouvernement depuis son instauration le 11 septembre 2001. À l’origine, les pouvoirs répressifs extrêmes qui avaient été accumulés dans le cadre du Projet Jugement dernier furent développés afin de contrôler le reste du monde. À présent, les États-Unis eux-mêmes sont traités comme s’ils étaient un territoire occupé – et ce à un degré sans précédent.
Ces plans – initialement centrés sur une éventuelle décapitation du gouvernement des États-Unis à la suite d’une attaque nucléaire –, furent progressivement recalibrés afin de gérer le problème de la désobéissance civile, et plus particulièrement de la résistance de l’opinion publique états-unienne aux campagnes militaires à l’étranger. En effet, les plans de la COG furent modifiés sous l’administration Reagan afin de traiter le peuple des États-Unis comme une forme d’ennemi. Devant les Comités restreints du Congrès sur l’affaire Iran-Contra, Oliver North avait déclaré : « Nous n’avons pas perdu la guerre au Vietnam, nous l’avons perdue ici même, dans cette ville [c’est-à-dire Washington]. »24 Ainsi, le Projet Jugement dernier a repris et élargi les directives de l’opération Garden Plot développées par l’armée US. Ce programme était destiné à gérer des manifestations anti-guerres et des émeutes urbaines qui, après l’assassinat de Martin Luther King Jr, avaient abouti à la création de ce que l’on appelle la « salle de guerre intérieure » du Pentagone (la « domestic war room », ou Directorate of Civil Disturbance and Planning Operations [DCDPO]). Les stratèges de la COG y ont également incorporé des plans du Département de la Justice, qui organisaient la mise en place d’un système de centres de détention pour des milliers de dissidents – ces derniers ayant été fichés pour être immédiatement arrêtés en cas d’urgence nationale. 25
Le résultat de cette planification de la COG fut un ensemble de mécanismes répressifs, préparés pendant deux décennies par un groupe très restreint et élitiste, puis instaurés à partir du 11-Septembre. J’en discuterai dans le chapitre 3, en me référant à leur appellation officielle de « Continuité du Gouvernement » (c’est-à-dire les plans de la COG). Cet ensemble de mesures comprenait 1) la surveillance extrajudiciaire, ce qui a été confirmé par les révélations d’Edward Snowden ; 2) la détention arbitraire, incluant des dérogations sans précédent au droit de ne pas être emprisonné arbitrairement (l’habeas corpus) * et 3) des mesures inédites favorisant la militarisation de la sécurité intérieure et l’érosion du Posse Comitatus Act (une loi de 1876 interdisant au gouvernement fédéral d’avoir recours à l’armée dans l’application civile de la loi).
Depuis 2008, une brigade de combat de l’armée US a été déployée de façon permanente aux États-Unis. Sa mission principale consiste à être « mobilisée pour assurer la gestion des troubles civils et le contrôle des foules. »26 Visiblement, la plupart des gens n’ont pas conscience que les citoyens des États-Unis ont vécu depuis 2002, comme la brigade en question, sous l’autorité d’un commandement militaire de l’US Army appelé le NORTHCOM.27 Certains observateurs ont établi un parallèle entre le déploiement de cette unité en 2008 et l’année 49 av. J.-C., lorsque César et ses légions franchirent le Rubicon.
Il est probable que cette force reste déployée aux États-Unis, constituant alors un symbole ostensible de la militarisation de notre sécurité intérieure. Il faut donc espérer que le Congrès finisse par remplir les obligations que lui impose le National Emergencies Act, et qu’il mette fin à l’état d’urgence national sous lequel nous vivons depuis le 11-Septembre.
L’état profond américain
Les chapitres suivants constituent dans leur ensemble une tentative de définition de l’État profond américain – un système informel et complexe, qui est donc aussi chaotique mais néanmoins aussi puissant qu’un système météorologique. Depuis différentes perspectives, et avec certaines répétitions corroboratives, je tenterai de décrire la présence d’un trou noir transnational au cœur de nos principales difficultés politiques actuelles.
Il apparaît clairement que des forces profondes interviennent à certaines occasions pour modifier la trajectoire politique des États-Unis. Nous avons pu l’observer après que le Président Kennedy eut annoncé en 1963 sa décision de retirer les troupes états-uniennes du Vietnam. Nous pouvons également citer l’exemple des attaques du 11-Septembre, qui ont déclenché la guerre de terreur globale (également appelée dans cet ouvrage la guerre « contre » le terrorisme).28 En revanche, il est bien plus difficile de prouver que ces interventions profondes ont un quelconque lien entre elles. Afin d’enquêter sur cette possibilité, il est nécessaire de mener des recherches au-delà des archives du domaine public, sur lesquelles les universités nous habituent à travailler.
Je tenterai de démontrer que, derrière les institutions ouvertes de l’État public et leurs archives consultables, il existe un système plus obscur et abyssal, qui n’est que partiellement reconnu et documenté : le système de l’État profond. Au cœur de celui-ci évoluent les différentes agences instituées à l’abri du contrôle du Congrès et de la vue du public, telles que la CIA, la NSA et le Commandement mixte pour les opérations spéciales créé en 1980 (JSOC pour Joint Special Operations Command). En théorie, la CIA a été instaurée en 1947 par une loi du Congrès. Mais en réalité, elle a été façonnée et imposée à un Président récalcitrant par des banquiers et des avocats de Wall Street, dont Allen Dulles. Je le montrerai dans le chapitre 2, où je décrirai le système de l’État profond dans le contexte de Wall Street et des supermajors (appelées « Big Oil » aux États-Unis). Dans le chapitre 3, j’expliquerai comment le programme peu remarqué du Projet Jugement dernier – c’est-à-dire les plans de la COG mis en œuvre le 11 septembre 2001 – ont contribué à la subordination de la Constitution des États-Unis par les différentes mesures de crise analysées ici (ces procédures étant toujours en place aujourd’hui).
Les chapitres 4, 5 et 6 analyseront les contrevérités dans les récits officiels de la guerre « contre » le terrorisme – une campagne militaire qui a été invoquée pour justifier les procédures d’urgence de la COG. Je montrerai en quoi le contexte de « guerre » a permis de masquer la protection d’importants agents d’al-Qaïda par de hauts responsables des gouvernements états-unien, saoudien et qatari – à partir des années 1990, et même après le 11-Septembre. Plus particulièrement, le chapitre 6 s’intéressera aux raisons cachées de la guerre de terreur lancée par les États-Unis depuis le 11-Septembre.
Le chapitre 7 démontrera dans quelle mesure les pouvoirs profonds se sont imposés aux différents Présidents des États-Unis depuis 1961. Cette analyse nous conduira à l’argument central du chapitre 8, selon lequel il est plus probable que les événements profonds tels que le 11-Septembre – et avant celui-ci le Watergate ou l’assassinat de JFK – aient été l’œuvre de forces obscures issues de l’État profond, plutôt que d’éléments marginaux extérieurs au gouvernement. À un niveau plus obscur et abyssal, ils peuvent être considérés comme des séquences centrales et structurelles dans l’Histoire de l’État profond américain. Après quatre décennies de recherches, je peux également conclure qu’ils sont liés entre eux, notamment à travers le rôle récurrent – dans les coulisses de ces événements profonds – du réseau de communications de crise développé à travers ce que le Pentagone a appelé le « Projet Jugement dernier ».
Dans le chapitre 9, je reviendrai sur mon analyse de l’État profond. Je reprendrai alors certains éléments de cet ouvrage à la lumière des liens qu’entretiennent les États-Unis avec l’Arabie saoudite et d’autres États ou organisations (des connexions décrites en profondeur dans les chapitres 4 à 6). Mon analyse nous conduira à cette découverte fondamentale : des financements occultes, provenant des commissions versées dans le cadre d’importants contrats à long terme avec l’Arabie saoudite, « sont le dénominateur commun derrière chaque événement profond structurel (EPS) ayant affecté les États-Unis depuis (…) 1976 ». Ces EPS incluent l’Irangate (ou affaire Iran-Contra) et le 11-Septembre.
Afin de mieux comprendre l’offensive actuelle contre la démocratie états-unienne, les chapitres 10 et 11 décriront les toutes premières origines de la planification de la COG. C’est pourquoi j’analyserai la Peur rouge de 1919 ; les mesures de surveillance décidées par le directeur du FBI J. Edgar Hoover, qui étaient parfois illégales ; l’état d’urgence proclamé par le Président Truman durant la guerre de Corée ; ou encore le plan Huston de 1970 (un mémorandum de la Maison Blanche ayant été brièvement mis en œuvre, puisqu’il avait été jugé anticonstitutionnel et rejeté par John Mitchell, le ministre de la Justice – Attorney General – du Président Nixon).
Finalement, je rejoindrai celles et ceux qui perçoivent le déclin de la soi-disant Pax Americana, caractérisé par une course aux armements perpétuelle et un élargissement du recours à la violence militaire. Je comparerai ce déclin à celui – très similaire au phénomène actuel – de la Pax Britannica il y a un siècle. Aujourd’hui, nous devons mettre un terme à des politiques qui semblent aussi néfastes pour les États-Unis et le reste du monde qu’elles l’étaient à l’époque de l’Empire britannique. Le problème est que nos institutions sont à nouveau sous l’emprise d’une hystérie collective, comme ce fut le cas durant les raids de Palmer en 1919 ou les persécutions du maccarthysme dans les années 1950. La société civile doit œuvrer pour que le gouvernement US s’éloigne de l’hystérie et de l’illégalité, à l’image du réveil collectif ayant eu raison du maccarthysme. Cependant, pour reprendre le contrôle de leurs affaires politiques, les citoyens des États-Unis doivent comprendre les forces obscures de l’État profond et apprendre à les combattre.
Comme je le suggérerai à la fin de cet ouvrage, les États-Unis, à l’instar de la Grande-Bretagne, ont bien plus à offrir à l’humanité que le pouvoir violent.
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* NdT : L’habeas corpus établit une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu de ce principe, toute personne mise en état d’arrestation a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Alors que cette note est rédigée en mars 2015, l’un des plus anciens détenus de Guantánamo ne sait toujours pas ce que les autorités états-uniennes lui reprochent. En effet, comme l’a rappelé Peter Dale Scott en 2013, « la Commission sur le 11-Septembre, se basant sur des témoignages extirpés sous la torture, a qualifié Abou Zoubeida [ou ‘Abu Zubaydah’] de ‘lieutenant de Ben Laden’ et de ‘[numéro 3] d’al-Qaïda’. (…) Toutes ces accusations furent ensuite remises en cause et, jusqu’à présent, Zoubeida n’a jamais été inculpé. En 2009, d’après le Washington Post, il ‘n’était pas même un membre (…) d’al-Qaïda, selon [des informations issues] de documents juridictionnels et d’entretiens avec des sources des renseignements, de la police et de l’armée. (…) Un ancien responsable du Département de la Justice [a déclaré] : ‘Faire de cet homme [un leader d’al-Qaïda] est ridicule.’ La même année, le gouvernement des États-Unis lui-même, dans sa réponse contre la requête en habeas corpus de Zoubeida, décida explicitement de ne pas soutenir qu’il ‘était un membre d’al-Qaïda, ou qu’il était formellement identifié comme faisant partie de cette organisation.’ Quiconque ose remettre en cause la version gouvernementale du 11-Septembre se voit imposer le sobriquet de ‘complotiste’. » – Source : Peter Dale Scott, « America’s Unchecked Security State, Part I : The Toxic Legacy of J. Edgar Hoover’s Illegal Powers », Japanfocus.org, 29 avril 2013,
www.japanfocus.org/–Peter_Dale–Scott/3932
Je voudrais tout publier, tellement tout ça est important, notamment (chapitre 3) le projet d’enfermement de tous les Américains dissidents dans des camps de concentration : 800 camps FEMA aux USA, prêts à l’emploi dès que ça va péter, grâce à d’incroyables exercices militaires d’arrestations et d’enfermements massifs…
Pour moi qui travaille depuis dix ans sur les pouvoirs institués et sur le très nécessaire — et pas facile — contrôle de ces pouvoirs, sur la tendance universelle des pouvoirs à s’autonomiser (pour s’affranchir progressivement de tout contrôle), et sur l’importance cardinale de la vigilance citoyenne pour instituer et faire vivre une constitution digne de ce nom, vous imaginez comme ce livre est un formidable cas pratique de ce qui nous pend au nez demain si nous ne devenons pas VITE, à travers le monde, des citoyens constituants.
Bonne lecture.
Étienne.
Atelier constituant exceptionnel à Paris, samedi 18 juillet 2015, avec Alf, qui présentera le processus constituant en Bolivie
Depuis le début de cette année, Les Citoyens Constituants ont commencé une série d’ateliers sur le thème des règles de la constituante et cela se poursuit d’un atelier à l’autre.
Le 4ème atelier constituant de cette année aura lieu le samedi 18 juillet 2015 à Paris, du coté du métro Pigalle de 13H à 18H.
Le thème de cet atelier constituant portera également sur les règles de l’assemblée constituante.
L’ordre du jour de cet atelier est visible : http://lc.cx/ZgNV.
Les personnes souhaitant participer à cet atelier constituant sont invitées à s’inscrire via ce formulaire d’inscription :
http://lc.cx/ZgNj.
IMPORTANT :
Veuillez noter que nous aurons le privilège d’avoir par Alf une présentation de l’assemblée constituante qui a eu lieu en Bolivie et en particulier du contexte de sa mise en place et de son exercice.
Pour ceux que cela intéresse, nous vous conseillons de voir et entendre Alf présenter le processus constitutionnel en Bolivie dans cette vidéo : http://lc.cx/ZgNH, qui a été faite à l’occasion du débat du 14 janvier 2015 organisé par le collectif 6ème République Paris XX.
httpv://youtu.be/qOBVdnYsHtA
DémoKratiquement,
Lionel
Le secrétaire adjoint de l’association
Les Citoyens Constituants
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Atelier Constituant du samedi 18/07/2015
Nous travaillerons samedi dans la continuité de trois ateliers constituants dans lesquels nous avons commencé à écrire les règles d’une assemblée constituante. Cette base pourra être utile à une chambre citoyenne tirée au sort missionnée d’écrire les règles officielles d’une assemblée constituante dans le cas où le peuple français souhaiterait sa mise en place dans un futur proche ou lointain.
Ordre du jour
- Tour de table des personnes présentes (30 secondes par personne)
Réponse sur post-it à la réponse à la question “Pourquoi une assemblée constituante ?” - Présentation (20 min)
- Qu’est-ce que la constitution selon le système en place (visionnage de cette vidéo 8 min)
- Qu’est-ce que la constitution selon LCC (2 min)
- Qu’est-ce que Les citoyens constituants (5 min)
- Pourquoi les ateliers constituants (5 min par Quentin)
- Présentation d’une assemblée constituante en Bolivie et du contexte de sa mise en place et de son exercice (20 min par Alfonso)
- Vote pour le choix de la thématique concernant les règles de l’assemblée constituante (5 min)
- Atelier constituant en petit groupe de 6–8 personnes (3h)
- Proposition et validation des articles en plénière (1h)
Qu’avons-nous écrit comme règles de l’assemblée constituante pour l’instant ?
- L’assemblée constituante reçoit un mandat impératif de la part du peuple pour écrire une proposition de constitution qui sera soumise au vote des électeurs citoyens
- Les pouvoirs de cette assemblée constituante seront limités et encadrés par le règlement de la constituante, ce dernier ne pouvant être modifié que par voie référendaire
- Les membres de l’assemblée constituante seront désignés par tirage au sort parmi les citoyens et devront s’acquitter de ce mandat
- Une commission sera souveraine pour accorder une dérogation aux citoyens tirés au sort, si cela est justifié
- Les constituants renoncent à tous mandats en cours et à tous mandats à venir
- L’assemblée constituante est souveraine concernant les chapitres qu’elle propose au vote des citoyens
- L’assemblée constituante est souveraine concernant le moment où elle propose un chapitre au vote des citoyens
Ce que nous voulons travailler aujourd’hui et dans l’avenir pour continuer d’étoffer cette base de règles
Thématique « contrôle citoyen de l’assemblée »
- Modalités de désignation des membres de la commission de dérogation (huissier, fonctionnaire, privé, peuple…)
- Contrôle de l’assemblée (chambre de contrôle citoyenne tirée au sort, professionnelle, référendum populaire, assemblées locales, possibilités de révocation…)
- Transparence et médiatisation de l’assemblée
- Quel niveau de souveraineté de l’assemblée constituante ?
- Protection contre les lobbies
Thématique « structure de l’assemblée »
- Fréquence de rassemblement de l’assemblée
- Nombre de citoyens dans l’assemblée constituante (en plénière, par commission…)
1200 semble être le nombre adéquat pour 65 millions de personnes (INSEE). - Salaire et indemnité de déplacement (jurés d’assises, salaires égaux, en fonction du revenu de chacun…)
- Interaction assemblée constituante et citoyens
- Relation avec l’international
- Considération du constituant comme personne public
- Période de formation des constituants
Thématique « modalité de création de la constitution »
- Validation des propositions d’articles de la constitution par le peuple (pourcentage d’approbation, vote de valeur, attribution de points majorité absolue, présentation de plusieurs articles et prise en compte du meilleur…)
- Validation des propositions d’articles dans l’assemblée constituante
La constituante pourrait travailler de la manière suivante : elle constitue en plénière un squelette de thèmes, appelés « chapitres » pour former la constitution, puis travaille en commission sur ces thèmes. Il y a autant de commissions qu’il y a de chapitres, afin d’écrire les articles d’un chapitre de manière cohérente.
Quelles sont les modalités de la constitution de ces commissions ? Quel est le nombre de constituants dans ces commissions ?
| Qui vote dans la constituante ? | L’objet du vote | Les choix de vote |
| La plénière | Intitulé d’un chapitre | Oui / Non / A reformuler |
| La commission | Un article | Oui / Non / A reformuler |
| La commission | L’intégralité des articles du chapitre | Oui (la commission a terminé son travail) / À reformuler |
| La Plénière | L’intégralité des articles du chapitre | Oui / À reformuler |
- Proposition au fur et à mesure des articles/chapitres de la constitution par l’assemblée constituante ou en une seule fois.
La commission « Règlement de la constituante »
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Mon commentaire : par ailleurs, n’oubliez pas d’organiser vous-mêmes tous les jours (de façon non exceptionnelle 🙂 ) vos propres mini-ateliers constituants prolifiques et contagieux, MACPC 🙂
Faites passer l’info : ça intéresse tout le monde, et pas seulement les Parisiens 🙂
Ça servira de piqûre de rappel (avec la vertu de l’exemple) pour penser chacun à continuer à muter pendant l’été (muter d’électeur obéissant en citoyen constituant), et à se préoccuper davantage des causes que des conséquences.
Étienne.
Le secret des banques derrière la tragédie grecque
Un réquisitoire important, sur le méga-scandale des « dettes publiques », publié sur (l’indispensable) Mediapart.
À lire attentivement, le crayon à la main, et à faire connaître partout en Europe.
Le secret des banques
derrière la tragédie grecque
Maria Lucia Fatorelli, membre de la Commission Vérité sur la Dette Publique Grecque [1] et coordinatrice de l’audit citoyen de la dette du Brésil, analyse les faits pour revèler la supercherie du bailout grec de 2010.
La Grèce est confrontée à l’énorme problème de la dette et à une crise humanitaire. La situation est maintenant pire que ce qu’elle a connue en 2010, lorsque la troïka – le FMI, la Commission européenne et la BCE – a imposé son « plan de sauvetage », justifié par la nécessité de soutenir la Grèce. En fait, ce plan a été un désastre complet pour la Grèce, qui n’a tiré aucun avantage des conventions d’emprunt douteuses mises en œuvre depuis.
Ce dont personne ne parle est qu’un autre plan de sauvetage réussi a effectivement eu lieu à ce moment-là en 2010, mais pas au bénéfice de la Grèce, mais au profit des banques privées. Derrière la crise grecque, il y a un énorme plan de sauvetage illégal pour les banques privées. Et la façon dont il est mené représente un risque immense pour l’Europe.
Après cinq ans, les banques ont obtenu tout ce qu’elles voulaient. La Grèce, d’un autre côté, est entrée dans une véritable tragédie : le pays a vu son problème de la dette considérablement alourdi, ses biens perdus en raison du processus de privatisation qui a été accéléré, ainsi que son économie qui s’est énormément réduite. De surcroit, il y a eu un coût social incalculable perceptible pour des milliers de personnes désespérées qui ont vu leur subsistance et leurs rêves touchés par les sévères mesures d’austérité imposées depuis 2010. La santé, l’éducation, le travail, l’assistance, les pensions, les salaires et tous les autres services sociaux ont tous été touchés de façon destructive.
La répartition du budget national grec montre que les dépenses de la dette l’emportent sur toutes les autres dépenses de l’Etat. En fait, les prêts, les autres titres de créance, intérêts et autres frais, couvrent 56% du budget : budget annuel national de la Grèce en 2013 (Source : Εισηγητική Έκθεση Απολογισμού και Ισολογισμού 2013 – p. 90. Elaboré par Stavros Papaioannou).
En mai 2010, en même temps, toutes les attentions se sont focalisées sur les multiples annonces autour de l’ingérence de la Troïka en Grèce, avec son curieux « plan de sauvetage » ; un autre plan de sauvetage efficace et un ensemble de mesures illégales pour sauver les banques privées était également sur le point d’être approuvé.
En un seul coup, justifiées par la nécessité de « préserver la stabilité financière en Europe », des mesures illégales ont été prises en mai 2010. But de la manœuvre : fournir les structures nécessaires qui permettraient aux banques privées de se débarrasser de la « bulle » dangereuse, à savoir la grande quantité d’actifs toxiques – des actifs essentiellement dématérialisés et non négociables – qui a chargé leurs comptes de patrimoine hors-bilan [2]. L’objectif principal était d’aider les banques privées à transférer ces actifs problématiques aux pays européens.
Une des mesures adoptées pour accélérer l’échange d’actifs des banques privées et de régler la crise bancaire était le programme de titre de marché ou Securities Markets Programme SMP [3], qui a permis à la Banque Centrale Européenne (BCE) de faire des achats directs de titres de créance publics et privés sur les marchés primaire et secondaire. L’opération liée aux titres de la dette publique est illégale en vertu de l’article 123 du traité de l’Union Européenne [4]. Ce programme est l’un parmi plusieurs « mesures non conventionnelles », prises par la BCE à ce moment-là.
La création d’une société Special Purpose Vehicle (SPV) basée à Luxembourg a été une autre mesure très importante pour aider le transfert dématérialisé d’actifs toxiques des banques privées dans le secteur public. Croyez-le ou non, les pays européens [5] sont devenus « partenaires » de cette société privée, une « société anonyme » appelée Fonds européen de stabilité financière (FESF) [6]. Les pays se sont engagés avec des garanties de milliardaire, qui a été initialement mis en place sur le montant de 440 milliards d’euros [7]; puis en 2011, le capital a été porté à 779 780 000 000 EUR [8]. Le but réel de cette société a été d’éclipser par des annonces le fait que cette société fournirait des « prêts » à des pays, basés sur des « instruments de financement », et non pas de l’argent réel. La création du FESF était clairement imposée par le FMI [9], qui lui a donné un appui de 250 milliards d’euros [10].
Ensemble, le SMP et le FESF représentent un schéma complémentaire essentiel de sauvetage des actifs [11] dont les banques privées avaient besoin pour conclure le soutien du public qui avait été lancé au début de la crise bancaire de 2008 aux Etats-Unis et aussi en Europe. Depuis le début de 2009, les banques ont postulé pour davantage de soutien public afin de se décharger de la quantité excessive de leurs actifs toxiques qui alourdissaient leurs comptes hors-bilan. Les solutions peuvent être soit les achats directs du gouvernement, ou le transfert des actifs à des sociétés de gestion de patrimoine indépendantes. Les deux outils ont été fournis par le SMP et le FESF, et les pertes liées aux actifs toxiques sont à la charge des citoyens européens.
L’échange d’actifs toxiques des banques privées à une entreprise par simple transfert, sans paiement et sans opération adéquate d’achat / vente serait illégal selon les règles de reddition de comptes [12]. EUROSTAT a changé ces règles et a permis « les opérations de liquidité menées par l’échange d’actifs », justifiant ce changement par les « circonstances particulières de la crise financière ».
La principale raison du fait que le FESF a été basé au Luxembourg était d’éviter d’avoir à se soumettre aux lois internationales. En outre, le FESF est également financé par le FMI, dont la collaboration serait illégale, selon ses propres statuts. Cependant, le FMI a revisité ses règles pour fournir les 250 milliards d’euros au FESF [13].
Conformément à la loi [14] autorisant sa création, la société luxembourgeoise FESF pourrait déléguer la gestion de toutes les activités de financement. Le conseil d’administration pourrait déléguer ses fonctions et ses États membres associés pourraient déléguer des décisions concernant les garants de l’Eurogroup Working Group (EWG). À ce moment-même l’EWG n’a même pas un président à plein temps [15]. C’est le Bureau de la gestion de la dette allemande qui dirige réellement le FESF [16], et de concert avec la Banque européenne d’investissement fournit un soutien pour la gestion opérationnelle du FESF. Le manque de légitimité du fond est évident, car il est effectivement géré par un organisme différent. Aujourd’hui, le FESF est le plus grand créancier de la Grèce.
Les instruments de financement gérés par le FESF sont les plus risqués et restreints, dématérialisés, non négociables : tels les billets à taux flottant (Floating Rate Notes) réglés comme pass-through, de change et d’arrangements de couverture et d’autres activités de co-financement qui implique la fiduciaire Britannique Wilmington Trust (Londres) Limited [17] en tant qu’instructeur pour la délivrance de type restreint d’obligations non-certifiés, qui ne peuvent être commercialisées dans un marché légitime des actions, parce qu’ils ne respectent pas les règles pour les obligations de la dette souveraine. Cet ensemble d’instruments de financement toxiques représentent un risque pour les États membres dont les garanties peuvent être appelées à payer pour tous les produits financiers de la société luxembourgeoise.
Un grand scandale de proportion aurait eu lieu en 2010 si ces agissements illégaux avaient été révélés : la violation du traité de l’UE, les changements arbitraires dans les règles de procédure de la BCE, EUROSTAT et le FMI, ainsi que l’association des États membres à la société Luxembourgeoise à but spécial privé. Tout cela juste pour le sauvetage des banques privées et au détriment d’un risque systémique pour l’ensemble de l’Europe, en raison de l’engagement d’États avec des garanties de milliardaires qui couvriraient actifs toxiques problématiques, dématérialisées et non négociables.
Ce scandale n’a jamais eu lieu, parce que la même réunion extraordinaire des affaires économiques et sociales de l’UE [18] qui a discuté de la création du « Special Purpose Vehicle » qu’est la société du FESF en mai 2010 a donné une importance particulière au « soutien du package pour la Grèce », ce qui fait croire que la création de cette structure était pour la Grèce et que, ce faisant, elle assurerait la stabilité financière dans la région. Depuis lors, la Grèce a été le centre de toutes les attentions, occupant constamment les grands titres des principaux de médias partout dans le monde, tandis que le régime illégal qui a effectivement soutenu et profité les banques privées reste dans l’ombre, et presque personne ne parle de ce sujet.
Le rapport annuel de la Banque de Grèce montre une immense augmentation des comptes « hors bilan » liées aux valeurs mobilières en 2009 et 2010, sur des montants beaucoup plus important que l’actif total de la Banque, et cette tendance se poursuit sur les années suivantes. Par exemple, sur le bilan de la Banque de Grèce de 2010 [19], le total des actifs au 31/12/2010 a été 138,64 milliards d’euros. Les comptes hors bilan sur cette année ont atteint 204,88 milliards d’euros. Le 31/12/2011 [20], alors que le solde du total des actifs additionnés est à 168.44 milliards d’euros ; les comptes hors bilan a atteint 279.58 milliard d’euros.
« Ainsi, le transfert des actifs toxiques des banques privées dans le secteur public a été un grand succès pour les banques privées. Et le système de la dette [21] a été l’outil pour dissimuler cela. »
La Grèce a été mise sur ce scénario après plusieurs mois de pression persistante de la Commission de L’Union Européenne sur les allégations d’incohérences sur les données statistiques et l’existence d’un déficit excessif [22]. Étape par étape, une grosse affaire a été créé sur ces questions, jusqu’en mai 2010, lorsque le Conseil d’Affaires Économiques et Financières, a déclaré : « dans le sillage de la crise en Grèce, la situation sur les marchés financiers est fragile et il y a un risque de contagion » [23]. Et ainsi la Grèce a été soumise à un package comprenant l’ingérence de la Troïka avec ses mesures sévères en vertu des plans d’ajustement annuels, un accord bilatéral surprenant, suivis par des « prêts » de la société FESF, soutenus par des instruments de financement à risque.
Les économistes grecs, des dirigeants politiques, et même certaines autorités du FMI ont proposé que la restructuration de la dette grecque pourrait fournir des résultats bien meilleurs que ce package. Cela a été tout simplement ignoré.
Les critiques qui ont dénoncé la surestimation du déficit grec – qui avait été la justification de la création de la grosse affaire autour de la Grèce et de l’imposition de du package de 2010 – ont également été ignorées.
Les dénonciations graves faites par des spécialistes grecs [24] au sujet de la falsification des statistiques n’ont également pas été prises en considération. Ces études ont montré que la quantité de 27,99 milliards d’euros a surchargé les statistiques de la dette publique en 2009 [25], en raison de l’augmentation erronée sur certaines catégories (comme les DEKO, les arriérés des hôpitaux et SWAP Goldman Sachs). Les statistiques des années précédentes avaient également été touchées par 21 milliards d’euros de swaps Goldman Sachs distribués ad hoc en 2006, 2007, 2008 et 2009.
Malgré tout cela, sous une atmosphère d’urgence et de menace de « contagion », de curieux accords ont été mis en œuvre depuis 2010 en Grèce ; non pas comme une initiative grecque, mais comme une injonction des autorités de l’UE et le FMI.
« L’analyse des mécanismes [26] insérées dans ces accords montre qu’ils ne bénéficient pas du tout la Grèce, mais qu’ils ont servi les intérêts des banques privées, en parfaite conformité à l’ensemble des mesures de sauvetage illégales approuvés en mai 2010. »
• Premièrement, le prêt bilatéral a utilisé un compte spécial à la BCE par lequel les prêts consentis par les pays et la Banque allemande de développement, les prêteurs, iraient directement aux banques privées qui détenaient des titres de créance avec des valeurs nominales bien en deçà. Donc, cet accord bilatéral étrange a été organisé pour permettre le paiement intégral au profit des détenteurs d’obligations tandis que la Grèce n’a obtenu aucun avantage. Au lieu de cela, les Grecs auront à rembourser le capital, les taux d’intérêt élevés et tous les coûts.
• Deuxièmement, les « prêts » du FESF ont abouti à la recapitalisation des banques privées grecques. La Grèce n’a pas reçu un véritable prêt ou un soutien du FESF. À travers les mécanismes insérés dans les accords du FESF, l’argent réel n’est jamais parvenu en Grèce. Le pays a donc été forcé de réduire les dépenses sociales essentielles afin de rembourser, en espèces, les taux d’intérêt élevés et tous les frais abusifs. Et devra également rembourser le capital qu’il n’a jamais reçu.
Nous devons chercher la raison pour laquelle la Grèce a été choisie pour être dans l’œil de la tempête, soumis à des accords et mémorandums illégaux et illégitimes, siégeant en tant que décor pour couvrir le plan de sauvetage illégale scandaleux des banques privées depuis 2010.
Peut-être que cette humiliation est liée au fait que la Grèce a été historiquement la référence mondiale pour l’humanité, car elle est le berceau de la démocratie, le symbole de l’éthique et des droits humains. Le système de la dette ne peut pas admettre ces valeurs, car il n’a aucun scrupule à endommager les pays et les peuples afin d’obtenir leurs profits.
Le Parlement grec a déjà installé la Commission de la Vérité sur la Dette Publique et nous a donné la chance de révéler ces faits. Car c’est seulement grâce à la transparence que les pays vaincront ceux qui veulent les mettre à genoux.
Il est temps que la vérité l’emporte, il est le temps de placer les droits humains, la démocratie et l’éthique au-dessus des intérêts privés. Ceci est la mission que la Grèce doit prendre en ce moment.
Maria Lucia Fatorelli.
Traduit de l’anglais par Mabrouka M’Barek (co-auteur de la loi pour l’audit de la dette tunisienne)
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Notes :
[1] Coordonnatrice Nationale de l’Audit Citoyen de la Dette au Brésil (www.auditoriacidada.org.br), invitée par la présidente du Parlement grec la député Zoe Konstantopoulou afin de collaborer avec la Commission de la vérité sur la dette publique créée le 4 avril 2015 et coordonnée par Eric Toussaint du CADTM.
[2] Hors-bilan signifie une section extérieure aux comptes de bilan normal, où les actifs problématiques, tels que les actifs non négociables dématérialisés sont informés.
[3] Securities Markets Programme (SMP) – BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE. Glossaire politique monétaire. Disponible depuis :
https://www.ecb.europa.eu/home/glossary/html/act4s.en.html#696 [Consulté : 4th Juin 2015]
[4] LE TRAITÉ DE LISBONNE. Article 123. Disponible à partir : http://www.lisbon-treaty.org/wcm/the–lisbon–treaty/treaty–on–the–functioning–of–the–european–union–and–comments/part–3–union–policies–and–internal–actions/title–viii–economic–and–monetary–policy/chapter–1–economic–policy/391–article–123.html [Consulté : 4th Juin 2015]
[5] La zone euro des États membres ou actionnaires du FESF : Royaume de Belgique, République Fédérale d’Allemagne, Irlande, Royaume d’Espagne, la République française, la République italienne, la République de Chypre, le Grand-Duché de Luxembourg, la République de Malte, Royaume des Pays-Bas, République d’Autriche, la République portugaise, la République de Slovénie, la République slovaque, la République de Finlande et République hellénique
[6] La société FESF privée a été créée comme un Mécanisme européen de la stabilisation financière (MESF), dans : http://ec.europa.eu/economy_finance/eu_borrower/efsm/index_en.htm
[7] Commission européenne (2010) Communication de la Commission au Parlement européen, le Conseil européen, le Conseil, la Banque centrale européenne, le Comité économique et social et au Comité des régions – Renforcer la coordination des politiques économiques.
http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/euro/documents/2010–05–12-com(2010)250_final.pdf – Page 10.
[8] IRISH STATUTE BOOK (2011) Fonds européen de stabilité financière et le Fonds de la zone euro prêt (Amendment) Act 2011. Disponible auprès de : http://www.irishstatutebook.ie/2011/en/act/pub/0025/print.html # s2 [Consulté : 4th Juin 2015].
[9] Déclaration faite par M. Panagiotis Roumeliotis, ancien représentant de la Grèce au FMI, à la « Commission de la vérité sur la dette publique », au Parlement grec, le 15 Juin à 2015.
[10] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2010) A propos FESF [en ligne] Disponible à partir :
http://www.efsf.europa.eu/about/index.htm et http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf – Question A9 [Consulté le 3 Juin 2015].
[11] Haan, Jacob de ; OSSTERLOO, Sander ; SCHOENMAKER, Dirk. Institutions et marchés financiers – A European Perspective (2012) 2e édition. Cambridge, Royaume-Uni. régimes d’actifs de secours, Van Riet (2010) page 62.
[12] EUROSTAT (2009) Nouvelle décision d’Eurostat sur le déficit et la dette – L’enregistrement statistique des interventions publiques pour soutenir les institutions financières et les marchés financiers durant la crise financière. Disponible depuis :
http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/5071614/2–15072009-BP-EN.PDF/37382919-ebff-4dca-9175–64d78e780257?version=1.0 [Consulté : 4th Juin 2015]
[13] « La plupart des administrateurs (…) appelé le Fonds à collaborer avec d’autres institutions, comme la Banque des règlements internationaux, le Conseil de stabilité financière, et les autorités nationales, à atteindre cet objectif. » En FMI (2013) des décisions choisies. Disponible à partir : http://www.imf.org/external/pubs/ft/sd/2013/123113.pdf – Page 72. [Consulté : 4th Juin 2015]
[14] LOI SUR L’European Financial Stability Facility 2010. FESF accord-cadre, l’article 12 (1) a, b, c, d, et (3); Article 10 (1), (2) et (3); Article 12 (4); Article 10 (8).
[15] Seulement à partir d’Octobre 2011, selon une décision du Conseil le 26 Avril 2012, EWG a président à temps plein :
JOURNAL OFFICIEL DE L’UNION EUROPÉENNE (2012) Décision officiel. Disponible depuis :
http://europa.eu/efc/pdf/council_decision_2012_245_ec_of_26_april_2012_on_a_revision_of_the_statutes_of_the_efc.pdf .
La même personne, Thomas Wieser, avait été le président du Comité économique et financier (CEF) de Mars 2009 à Mars 2011 : CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE. Groupe de travail de l’Eurogroupe. Disponible depuis :
http://www.consilium.europa.eu/en/council–eu/eurogroup/eurogroup–working–group/
[16] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2013) FESF questions générales. Disponible depuis :
http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf – Question A6. [Consulté : 4th Juin 2015].
Voir aussi : L’agence de gestion de la dette allemande a émis des titres du FESF au nom du FESF.
De EUROPEEN DE STABILITÉ FINANCIÈRE (2010) de l’UE et de financement du FESF plans visant à fournir une aide financière pour l’Irlande. Disponible depuis :
http://www.efsf.europa.eu/mediacentre/news/2010/2010–006-eu-and-efsf-funding-plans-to-provide-financial-assistance-for-ireland.htm [Consulté : 4th Juin 2015]
Accord [17] Co-financement, PREAMBULE (A) et de l’article 1 – Définitions et « Obligations » d’interprétation. Disponible au http://crisisobs.gr/wp-content/uploads/2012/02/7‑co-financing-agreement.pdf [Consulté : 4th Juin 2015]
Ces obligations sont émises sur la forme dématérialisée et non certifiés. Ils ont beaucoup de restrictions parce qu’ils sont émis directement dans un certain but et pas offerts sur le marché, comme les valeurs mobilières lois et règles déterminées par la SEC. Ils sont émis en vertu d’une règle d’exception permise seulement pour les émetteurs privés, pas pour les États.
[18] AFFAIRES ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Conseil Réunion extraordinaire de Bruxelles, 9⁄10 mai 2010. CONCLUSIONS DU CONSEIL
https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010–EN.pdf
[19] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2010 BILAN p. A4 http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2010.pdf
[20] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2011 BILAN p. A4. http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2011.pdf
[21] L’expression créé par l’auteur pour vérifier, suite à plusieurs procédures d’audit de la dette dans différentes instances, l’utilisation abusive de l’instrument de la dette publique comme un outil pour prendre des ressources des États, au lieu de les soutenir, en fonctionnant comme un ensemble d’engrenages qui concernent le système politique, le système juridique, le modèle économique basé sur des plans d’ajustement, les grands médias et la corruption.
[22] 24 mars 2009 – Avis de la Commission – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–05/2009–03–24_el_104-5_en.pdf
27 avril 2009 – Décision du Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–06_council/2009–04–27_el_104-6_council_en.pdf
10 novembre 2009 – Conclusions du Conseil – http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111025.pdf
8 JANVIER 2010- Rapport de la Commission – http://ec.europa.eu/eurostat/documents/4187653/6404656/COM_2010_report_greek/c8523cfa-d3c1-4954–8ea1-64bb11e59b3a
2 décembre 2009 – Décision du Conseil – https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111706.pdf
11 février 2010 – Déclaration des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne. – http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/112856.pdf
16 février 2010 – Décision donnant Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–09_council/2010–02–16_el_126-9_council_en.pdf
[23] 9⁄10 mai 2010 – Conclusions du Conseil – Réunion extraordinaire – En vertu de la justification de la « crise grecque », les mesures du régime pour sauver les banques sont mises en œuvre.
https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010–EN.pdf
10 MAY 2010 – Décision du Conseil -
[24] Le professeur Zoe Georganta, professeur d’économétrie appliquée et de la productivité, Ex membre de la contribution du conseil ELSTAT à « La Commission de la vérité sur la dette publique » le 21 mai 2015.
[25] HF international (2011) Georgantas a dit que le déficit de 2009 était délibérément gonflé pour nous mettre dans le code rouge. Disponible à partir : http://hellasfrappe.blogspot.gr/2011/09/shocking–report–official–admist–2009.html
[26] Les mécanismes sont résumés dans le chapitre 4 du rapport préliminaire présenté par la Commission de la vérité sur la dette publique, le 17 Juin 2015. Disponible auprès de : http://www.hellenicparliament.gr/UserFiles/8158407a–fc31–4ff2–a8d3- 433701dbe6d4 / Report_web.pdf
(Article disponible dans le blog de la plateforme de l’audit citoyen de la Grèce http://www.auditamosgrecia.org/en/banks–behind–greek–tragedy/)
Source : Mediapart
Mon commentaire :
Encore une incitation puissante à réfléchir à la responsabilité effective (pénale, financière et patrimoniale) des « responsables » politiques… non ?
Ceux qui nous gouvernent en servant aussi honteusement les banques privées aux dépens de l’intérêt général sont des fléaux de l’humanité et devraient être punis à plusieurs titres.
Mais ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Notre impuissance politique découle — directement et principalement — de NOTRE démission du processus constituant.
La solution (durable et universelle) est entre NOS mains (inutile de réclamer quoi que ce soit à qui que ce soit : la solution ne viendra PAS des « élus ») : il faut nous entraîner personnellement, dès aujourd’hui et tous les jours qui viennent, à écrire nous-mêmes les règles qui nous permettront un jour de contrôler enfin comme il faut les acteurs politiques ; et aussi ne pas oublier d’entraîner avec nous le plus grand nombre possible d’endormis que nous aurons réveillés.
Tout va dépendre de ce que vous faites, VOUS, oui vous, maintenant et les jours qui viennent, pour déclencher et entretenir votre mutation en citoyen constituant.
Étienne.
Collecte de dons pour acheminer des médicaments au dispensaire de soins d’Athènes afin de les aider à tenir bon dans la tempête !
Des gens dévoués (et pragmatiques) réfléchissent aux moyens d’aider les Grecs.
Voici un exemple d’aide immédiate et concrète, que nous pouvons encourager par de simples dons :
https://www.leetchi.com/c/solidarite–de–dispensaire–de–soins–auto–gere–dathenes

Merci Sarah.
Le fait que les peuples soient capables de s’aider mutuellement, concrètement, massivement, est un message puissant — aux oligarques mais aussi aux peuples eux-mêmes — que nous pouvons donner tous les jours, si le cœur nous en dit.
C’est un bon complément des ateliers constituants 🙂
Faites passer 🙂
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Le fil Facebook correspondant à cet appel :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153492014122317
Mondialisme et compétition (bonus du film Demokratia)
Mondialisme et compétition ?
ou localisme et collaboration ?
Quelques sujets de conversation pour notre cerveau collectif 🙂
Etienne Chouard – Mondialisme et compétition… par docutopie
C’est un extrait inédit (non conservé au montage) de l’entretien avec les auteurs du film « Demokratia », Thierry Kruger et Pablo Girault.
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Absolument tout ce qui est vivant a besoin vitalement d’une limite : la membrane de la cellule, l’écorce du végétal, la peau de l’animal (y compris de l’animal humain), la frontière du corps social… PERMETTENT LA VIE.
Rien ne vit sans frontière.
Si on retire sa limite à un être, on lui retire sa vie, mécaniquement, forcément.
Si tu supprimes la frontière d’un être, tu le tues.
Et c’est d’ailleurs le but des prédateurs (caché en l’occurrence).
Lisez « Éloge des frontières » de Régis Debray ; c’est passionnant.
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Le fil Facebook (hyperactif comme d’habitude) correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153477934617317
La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? (Laurent de Sutter, dans « Libération »)
« La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? », c’est le titre d’un papier publié récemment dans « Libération », et dont voici l’introduction et la conclusion :
La raison délirante de l’Europe,
un nouveau fascisme mou ?
par Laurent de SUTTER, Professeur de théorie du droit, à la Vrije Universiteit de Bruxelles et directeur de la collection « Perspectives critiques » aux Presses universitaires de France. (Source : « http://www.liberation.fr/monde/2015/02/10/la–raison–delirante–de–l–europe–un–nouveau–fascisme–mou_1199605 ARTICLE SUPPRIMÉ »)
Il est temps d’ouvrir les yeux : les autorités qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fascisme nouveau. Ce fascisme, ce n’est plus celui, manifeste et assumé, qui a fait du XXe siècle l’un des grands siècles de la laideur politique ; il s’agit plutôt d’un fascisme mou et retors, dissimulant ses intentions mauvaises derrière un langage qui se voudrait de raison. Mais la raison que manifestent tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent forcés de discuter avec le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, est en réalité une raison délirante. Elle l’est sur plusieurs plans.
[…] [(délirant sur le plan politique, sur le plan économique, et sur le plan de la raison)] […]
Ce délire généralisé, que manifestent les autorités européennes, doit être interrogé. Pourquoi se déploie-t-il de manière si impudique sous nos yeux ? Pourquoi continue-t-il à faire semblant de se trouver des raisons, lorsque ces raisons n’ont plus aucun sens – ne sont que des mots vides, des slogans creux et des logiques inconsistantes ?
La réponse est simple : il s’agit bien de fascisme. Il s’agit de se donner une couverture idéologique de pure convention, un discours auquel on fait semblant d’adhérer, pour, en vérité, réaliser une autre opération. Comme je l’ai suggéré plus haut, cette autre opération est une opération d’ordre : il s’agit de s’assurer de la domestication toujours plus dure des populations européennes – de ce qu’elles ne réagiront pas aux mesures de plus en plus violentes prises à leur encontre.
Des gouvernements qui se prétendent démocratiques ont été élus par les différentes populations européennes – mais ce sont des gouvernements dont le programme caché est tout le contraire : ce sont des gouvernements qui souhaitent la fin de la démocratie, car la démocratie ne les arrange pas. Tout le reste n’est que prétexte.
Or, ce que le nouveau gouvernement grec tente de réaliser, c’est réintroduire un peu de réalisme au milieu de l’invraisemblable délire politique, économique et rationnel dans lequel baigne l’Europe – donc un peu de démocratie. Mais, ce faisant, il rend apparent l’ampleur de la crapulerie régnant dans les autres pays du continent – et, cela, on ne le lui pardonnera pas.
Laurent de SUTTER, Professeur de théorie du droit, à la Vrije Universiteit de Bruxelles et directeur de la collection « Perspectives critiques » aux Presses universitaires de France
.
Mon commentaire :
Le point d’interrogation du titre de l’article est en trop.
Et le fascisme 2.0 régime autoritaire européen est clairement de moins en moins « mou ».
Les politiques publiques régressives qui sont imposées aux peuples ne sont « délirantes » que du point de vue des électeurs trop gentils qui font confiance aux « élus », comme si les « élus » servaient l’intérêt général.
Mais du point de vue des banquiers qui, en réalité, font élire nos maîtres (pour qu’ils servent prioritairement leurs intérêts de banquiers), rien n’est « délirant » : du point de vue de la réalité, tout se passe comme prévu. Les « élus » font bien leur job, d’escrocs professionnels.
Ce qui est délirant, c’est notre crédulité dans les bobards des défenseurs du faux « suffrage universel » (quand nous acceptons gentiment d’« élire des rois au lieu de voter nos lois »).
Il est urgent d’apprendre – entre nous, sans attendre aucune aide d’aucun notable – à remettre les mots importants à l’endroit (démocratie, ploutocratie, fascisme, représentant, suffrage, citoyen, monnaie, tirage au sort, conflit d’intérêts, référendum d’initiative citoyenne…), car on ne peut pas penser à l’endroit avec des mots à l’envers.
Une fois les mots importants redevenus opérationnels, il apparaît alors vital, comme une évidence, naturelle, d’instituer nous-mêmes des procédures de désignation et de contrôle des acteurs politiques qui rendent IMPOSSIBLE D’AIDER DES CANDIDATS.
Car le vice suprême de l’élection-parmi-des-candidats, plus grave encore que de donner le pouvoir à ceux qui le veulent (ce qui est déjà une folie, on le sait depuis Platon), est de PERMETTRE D’AIDER des candidats à gagner la compétition électorale, ce que ne manquent jamais de faire les plus riches — évidemment ! —, toujours et partout, car cette aide fait des « élus » leurs serviteurs (ce qui est proprement un immense scandale, et le premier d’une longue série), aux dépens des gogos que sont les « électeurs ».
Le TIRAGE AU SORT est LA SEULE procédure qui n’offre AUCUNE PRISE à cette corruption au moment de désigner des acteurs politiques, notamment les membres d’une Assemblée constituante, mais aussi ceux des (très nécessaires) Chambres de contrôle.
La solution ne viendra pas des « élus » (qui sont précisément ceux qui nous ont mis dans cette prison politique, depuis 200 ans) : la solution ne peut venir que du peuple lui-même. Il faut que les électeurs s’entraînent, personnellement et quotidiennement, et deviennent des citoyens constituants.
Plus tard, on saura sans doute que citoyen constituant est un pléonasme : il n’est de citoyens que constituants. Il faut comprendre (et ensuite expliquer aux autres, vite) l’importance centrale, fondamentale, de NE PAS ÉLIRE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.
Faites passer.
Nota : voici l’adresse du fil de commentaires Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153348552507317
[Passionnant] FRIOT sur la LAÏCITÉ, outil radical de désintoxication des croyances religieuses capitalistes
Salut à tous.
Je vous parle de Bernard Friot depuis des années. Je le trouve épatant, attachant, émancipant… important.
Mon enthousiasme redouble encore, cette fois, avec cette (passionnante) conférence sur… la laïcité. Pourtant, jusque-là je pensais que le concept de laïcité était vraiment « à la marge » de mon travail (je me penche très peu sur les questions religieuses).
Eh bien, vous allez voir comment Bernard replace étonnamment la laïcité (laikos = peuple) au cœur de nos réflexions politiques modernes.
Les conférences de Bernard sont de plus en plus puissantes (et utiles), je trouve.
Bernard Friot : Religion Capitaliste & Laïcité (partie 1⁄2) :
httpv://youtu.be/3vW8EoVUaEo
Bernard Friot : Religion Capitaliste & Laïcité (partie 2/2) :
httpv://youtu.be/oIdzo2HpRYk
Il faudrait retranscrire cette conférence, je crois : sa langue est claire, convaincante, son message est à la fois subversif et émancipant. Mais je n’ai pas le temps.
[Edit (6 mai) : ça y est 🙂 Nicole a retranscrit toute la partie 1 !
Incroyable cerveau collectif…
Merci Nicole ! 🙂 ]
J’ai gratté en l’écoutant plus de 30 pages de notes (avec mon écriture de pattes de mouches), et je vais en retranscrire ici les grandes lignes, pour que vous en sentiez l’importance (pour nous tous) :
Il ne faut pas réduire la laïcité à la seule séparation entre l’Église et l’État ; elle passe par là, bien sûr, mais le fondement de la laïcité, c’est de rendre possible des lois, des institutions, qui affirment, contre le pouvoir, la souveraineté populaire (laikos = peuple).
En effet, le pouvoir exerce toujours son emprise contre la souveraineté populaire par le biais de croyances religieuses, en l’occurrence aujourd’hui des croyances « économiques ».
On va décrire ici 5 croyances religieuses, des croyances qui, aujourd’hui, appuient le pouvoir de la classe dirigeante contre la souveraineté populaire :
1) La croyance (religieuse, irrationnelle) que
« le patrimoine crée de la valeur économique »
(croyance en la légitimité de la propriété lucrative ;
croyance que « il est normal de tirer un revenu d’un patrimoine »,
alors que la seule source de valeur est — exclusivement — le travail vivant).
Antidote laïc : la copropriété d’usage des outils de travail.
2) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans
« la nécessité d’un marché du travail »
(marché du travail qui est la cause première du chômage !
croyance qu’il est légitime d’attacher le salaire au poste de travail,
et que seuls les employés subordonnés à un employeur créent de la valeur économique).
Antidote laïc : le droit au salaire à vie, comme matrice universelle du travail, avec qualification de la personne. Nous n’avons pas besoin d’employeurs pour travailler.
3) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans
« la nécessité du crédit pour financer les investissements »
(nous pensons « manquer d’argent », alors que ceux qui proposent de nous prêter de l’argent (moyennant un intérêt non nécessaire et ruineux) viennent de nous le piquer !)
Antidote laïc : la subvention de l’investissement, grâce à l’impôt et à la cotisation sociale (dont nous devrions demander l’augmentation massive, pour devenir les souverains de la valeur). Nous n’avons pas besoin de prêteurs pour financer l’investissement. Le Trésor public subventionne, il ne prête pas.
4) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans le fait que
« la réduction du temps de travail est la mesure de la productivité »
(croyance qu’il faut travailler plus vite pour travailler mieux ; harcèlement du management).
Antidote laïc : qualification du producteur (et pas du poste) et convention collective (par qui le salaire ne dépend plus du temps passé à travailler)
5) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans le fait que
« la Sécurité sociale, c’est de la solidarité »
(croyance que « ceux qui travaillent » paient pour « ceux qui ne travaillent pas »).
Antidote laïc : la cotisation comme salaire signifie que TOUS ceux qui produisent des biens non marchands produisent AUSSI de la valeur économique.
Finalement, la religion du capital, elle nous dit que « ne produit de la valeur économique que celui qui va se vendre sur un « marché du travail » et se soumettre à un propriétaire lucratif, qui a financé son investissement par crédit, et qui mesure la valeur de ce qu’on produit par le temps passé à travailler. En dehors de ça, il n’y a pas de production de valeur, ce n’est que de l’utilité sociale ; donc, tous les autres, qui touchent de l’argent autrement, c’est grâce à la solidarité. »
Et cette religion a des curés, qui viennent prêcher le catéchisme du capital, tous les matins à la radio, au 6–9 : « si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer ».
Déplaçons notre combat laïc ; nos sociétés ne sont qu’à mi-chemin dans la bagarre de la laïcité.
C’est vraiment une bonne synthèse du travail de Friot, je trouve.
C’est un nouveau bel outil d’éducation populaire que Bernard — et ceux qui l’ont invité et ceux qui ont produit ce film — nous offrent.
À nous, ensuite, de le faire connaître autour de nous.
Faites passer…
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Par ailleurs, l’association « Devenons Citoyens », à Basse-Terre en Guadeloupe, organise une semaine d’éducation populaire, du 6 au 12 juin 2015, avec Bernard Friot et Franck Lepage (les deux en même temps ! veinards de Guadeloupéens). Un beau moment d’éducation populaire en vue, donc.
Mais ils ont besoin de quelques sous pour finir de payer le voyage… Décidément, je vous parle pas mal de sous, ces temps-ci… Mais bon, il faut bien financer nous-mêmes nos outils d’auto-émancipation, n’est-ce pas ?
Donc, je vous donne ici les liens qui signalent l’événement, et ceux qui invitent à aider les organisateurs à financer ce voyage :
• Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/362891340586022/
• Financement collectif : https://www.lepotcommun.fr/pot/cgsh902v
• Programme :

• Site de l’asso « Devenons citoyens », chaîne Youtube et page FB :
http://devenonscitoyens.fr/
https://www.youtube.com/channel/UCXeDW6nh–CI3IZi–rxK65Lg
https://www.facebook.com/DevenonsCitoyens
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Ensuite, il y a des mois que je veux vous signaler le dernier livre de Bernard, « Émanciper le travail » :
C’est son meilleur livre, je trouve, il est bien adapté au grand public. La forme des entretiens assez courts le rend très agréable à lire, et toute la puissance subversive de ses propositions y est pourtant mieux exposée que jamais.
Le plan du livre est là : http://www.reseau-salariat.info/1b1052ba59f8cfbcacd6d41fb8e5b5ab?lang=fr
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Enfin, je veux dire encore un mot de l’outil d’éducation populaire créé par Bernard pour faire monter notre niveau de conscience et d’exigence sur l’enjeu du salaire : tâchez d’aider Réseau Salariat si vous le pouvez : nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour financer de tels outils.
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Merci pour toutes ces pensées affectueuses et pour tous ces encouragements que vous m’envoyez tous les jours, par mail et dans les différents fils de commentaires sur le net. Je n’ai pas le temps matériel de vous répondre individuellement, malheureusement, mais je le fais par la pensée, toujours avec émotion. On n’est forts qu’ensemble et vos témoignages amicaux me donnent bien de l’énergie. Merci.
Bon courage à tous, bande de virus 🙂
Étienne.
Le fil de commentaires correspondant à ce billet sur Facebook :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153340040542317
« Ruptures » : le 29 mai 2015, lancement d’un mensuel hors du commun
Bientôt 10 ans.
10 ans que nous avons uni nos forces en France pour crier aux prétendues « élites » un NON réfléchi et déterminé opposé à l’anti-constitution européenne.

C’était le 29 mai 2005.
Un jour de victoire populaire contre les mensonges médiatiques ; c’est plutôt rare.
10 ans, depuis lors, de scandaleux mépris du peuple de la part de nos prétendus « représentants » et de nos prétendus « journalistes » ; mépris de tous les journaux « importants », tous achetés par des banques ou des marchands d’armes ! Les « Ouiistes » nous ont traités (et nous traitent encore) de xénophobes, de « fascistes », de « moutons noirs », de repliés-sur-nous-mêmes, d’aigris…

10 ANS ET PLUS QUE JAMAIS BESOIN D’UN JOURNAL RADICALEMENT EURO-CRITIQUE, opposé frontalement au processus fondamentalement antidémocratique qu’est la prétendue « construction européenne ».
Ce journal des résistants sera peut-être
Il se fixe cet objectif-là, apparemment :
http://fr.ulule.com/ruptures–presse/
Pierre Levy, son rédacteur en chef, présente le projet :
httpv://youtu.be/pc0vv0EuQ6E
Financement participatif :
« Ruptures » ne sera sans doute pas aidé par le système ; il a donc besoin de nos sous… C’est naturel, on le sait : si l’on veut des outils d’information vraiment libres, il faut que nous soyons capables de les financer nous-mêmes.
Donc, si vous faites partie des millions de « Nonistes » de 2005 (violés en 2008, et tous les jours depuis), si vous êtes comme moi un électeur humilié par les élus, vous devriez aider ce journal à naître, je crois.
J’aurais dû vous en parler depuis longtemps ; j’ai traîné, pardon, aujourd’hui, ça urge !
Le lien pour leur donner un coup de main :
http://fr.ulule.com/ruptures–presse/
Et… faites passer :o)
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Et puis il faudrait peut-être aussi qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’on pourrait faire, le 29 mai prochain, pour marquer le coup de l’anniversaire de cette victoire populaire (l’anniversaire de la-trahison-des-élites, lui, serait plutôt « tous-les-jours-depuis »…)
Bon courage à tous.
Étienne.
Edwy Plenel, sur Mediapart : Loi sur le renseignement, loi scélérate : un attentat aux libertés
Je reproduis ici in extenso, comme nous devrions tous le faire vite, je crois (en le placardant sur les murs de nos rues, en l’affichant dans notre entreprise, en l’affichant chez nous, en le relayant sur nos blogs, en en distribuant des photocopies autour de nous), ce puissant cri d’alarme, poussé par Edwy Plenel.
Il me semble que ce geste courageux, d’appel au peuple à résister à un attentat des pouvoirs contre l’intérêt général, c’est du journalisme, digne de ce nom.
Faites passer, ça urge.
Loi sur le renseignement : un attentat aux libertés
Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate. Et vous donne rendez-vous en ligne lundi 4 mai pour une journée de mobilisation.
Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.
Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée. Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.
L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.
Il suffit de lire l’avis circonstancié que vient de rendre à l’unanimité la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convaincu (il est ici sur Mediapart). De ne pas se laisser rebuter par sa longueur ni par son juridisme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite derrière son langage précautionneux. Ce texte fait litière radicale de la vulgate gouvernementale selon lequel ce projet de loi, d’une part, donnerait enfin un cadre légal respectable aux activités occultes des services de renseignement et, d’autre part, instaurerait un contrôle efficace de ces mêmes activités.
D’emblée, la CNCDH souligne au contraire que la façon dont ce projet de loi a surgi en dément totalement les intentions vertueuses proclamées. Elle souligne que ce texte est passé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes terroristes de janvier et « quelques jours seulement avant la tenue d’élections cantonales dont la campagne a été marquée par une forte présence du populisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été élaboré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi antiterroriste, « consécutive à l’affaire Nemmouche », elle-même faisant suite à deux autres lois antiterroristes récentes, « consécutives, elles, à l’affaire Merah ».
Tandis que chômage, précarité, insécurités sociales et injustices économiques, mal-vivre et mal-être sont relégués en fond de décor de notre vie publique, sans urgences ni priorités de nos gouvernants, plus de vingt-cinq lois relatives à la sécurité intérieure ont été adoptées ces quinze dernières années, entre 1999 et 2014. Déplorant « cette prolifération de textes législatifs relevant davantage de l’opportunité politique que du travail législatif réfléchi », la CNCDH « rappelle l’importance d’une politique pénale et de sécurité pensée, cohérente, stable et lisible, dont la qualité ne se mesure pas à son degré de réactivité aux faits divers et aux circonstances du moment ».
Traduite par la procédure accélérée imposée par le gouvernement, la « plus grande précipitation » a été voulue pour ce projet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rappelle sa « ferme opposition » à cette procédure. Aucune urgence effective ne la justifie. C’est en fait une arme de pouvoir, un moyen de faire taire les oppositions, de prendre de court les protestations, d’entraver le fonctionnement normal du Parlement, de restreindre « considérablement le temps de réflexion et de maturation nécessaire au débat démocratique ».
Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État profond, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique. Aucun débat préalable, aucune enquête parlementaire, aucune audition contradictoire pour évaluer les récents fiascos sécuritaires des services chargés de la lutte antiterroriste, alors même que les itinéraires de Merah, de Koulibali et des frères Kouachi le justifieraient amplement, révélant des failles de surveillance et des manques de vigilance.
Pis, la CNCDH relève « la pauvreté » de l’étude d’impact qui accompagne le projet de loi, son caractère succinct, ses formulations vagues, sa façon de procéder « par simple affirmation en s’exonérant de toute référence documentaire ». Car cette loi n’est pas seulement un mauvais coup, elle est aussi de mauvaise qualité, mal rédigée, imprécise ou incomplète. Voulu, ce flou cache évidemment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême précision pour toute disposition permettant de porter atteinte au droit au secret privé et familial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigoureux d’un pouvoir de surveillance qui, toujours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.
Appelant en conclusion à des « amendements du Gouvernement et du Parlement [qui] permettent de renforcer la garantie des libertés publiques et des droits fondamentaux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réquisitoire : le retrait ou la suspension de cette loi attentatoire à nos droits fondamentaux, au respect de nos vies privées et familiales, à nos libertés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.
Car c’est bien « une surveillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies. À plusieurs reprises, son avis affirme que le dispositif de la loi contient « une violation flagrante de l’article 8 » de la Convention européenne des droits de l’homme énonçant le « droit au respect de la vie privée et familiale ».
« Le risque d’un “État panoptique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autrement dit d’un État ayant à sa libre disposition des instruments technologiques qui lui donnent accès à une transparence totalitaire sur la vie privée des individus, leurs pensées secrètes, leurs personnalités intimes. Pis, en étendant le recours aux techniques de renseignement jusqu’aux intérêts de la politique étrangère comme aux intérêts économiques et industriels, sans compter la surveillance préventive des violences collectives, le projet de loi offre un champ « potentiellement illimité » aux curiosités intrusives des services de renseignement.
Quant à la « Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement » que la loi entend instaurer, son indépendance, son impartialité, sa technicité et sa compétence sont radicalement mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garanties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque fortement de ne pas être effectif ».
Ultime reproche, et non des moindres, de cette commission qui réunit l’ensemble des acteurs français de la promotion et de la défense des droits humains : en faisant basculer dans le champ de la police administrative des mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires, ce projet de loi « porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs ».
Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse
Autrement dit, ce projet de loi est anticonstitutionnel, violant notre loi fondamentale, celle dont le président de la République est normalement le gardien. « Toute Société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution », énonce l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Comment François Hollande ou Christiane Taubira, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils rester inertes face à ce réquisitoire aussi rigoureux qu’implacable de la CNCDH, commission éminemment représentative de la société dans sa diversité dont l’efficace présidente, Christine Lazerges, est de ces professeurs de droit qui se font fort de « raisonner la raison d’État » ?
Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en travers de ce coup d’État à froid contre nos droits fondamentaux, leurs noms resteront définitivement associés à la pire régression de nos libertés individuelles et collectives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colonial, ces pouvoirs spéciaux imposés à leur majorité par, déjà, des gouvernants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une République en est morte, gangrénée par des factieux et des tortionnaires, des hommes qui se voulaient gardiens sans contrôle d’une sécurité devenue un absolu au mépris de la liberté, promue fin en soi quels qu’en soient les moyens.
Voulu par le premier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait symboliquement le rapporteur devant l’Assemblée, porté par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui se comporte en représentant des services bien plus qu’en élu de la Nation, ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11-Septembre. Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.
Avec ses mots feutrés, la CNCDH souligne ce chantage dont la représentation nationale et l’opinion publique sont actuellement l’objet : « Tout se passe comme si la simple invocation d’une plus grande efficacité pouvait justifier l’adoption, sans aucune discussion, des mesures les plus attentatoires aux libertés. » C’est pourquoi elle prend la peine de « réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérées à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure ». « La plus grande victoire des ennemis des droits de l’homme (terroristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la consolidation d’un État prétendu de sécurité qui se légitimerait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux. »
Nous y sommes, et c’est pourquoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volontés doivent converger pour faire échouer ce projet de loi. Et, s’il est néanmoins adopté, continuer sans relâche à se mobiliser pour qu’il échoue sur d’autres obstacles, le Conseil constitutionnel, la Cour européenne des droits de l’homme ou, tout simplement, la société elle-même, soulevée par ce « droit de résistance à l’oppression » que lui reconnaît, depuis 1789, l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme.
Car, outre l’abandon par la gauche de gouvernement du terrain des libertés, de leur élargissement et de leur conquête, le plus stupéfiant dans cette régression démocratique est le spectacle d’un pouvoir qui prétend défendre la société contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix discordante parmi tous les acteurs sociaux : des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide (lire ici).
Mais, pour les sachants qui prétendent nous gouverner, leurs cabinets et leurs communicants, cette expertise citoyenne ne compte pas, y compris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée nationale, au sein d’une commission sur le droit et les libertés à l’âge du numérique composée de parlementaires et de représentants de la société civile (lire là son avis). Pour eux, la société qui proteste a forcément tort. Elle est mal informée, mal éduquée, mal intentionnée. Il y a là une pédagogie antidémocratique au possible, où les représentants ignorent superbement ceux qu’ils sont supposés représenter, où le pouvoir exécutif s’affirme comme le tuteur autoritaire d’une société ignorante ou menaçante, dans tous les cas mise à distance et sous contrôle.
« La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques provoquées par certains attentats, savamment exploitées par la réaction et qui ont toujours fait payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse. » Ainsi commence, en 1899, l’article du fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Francis de Pressensé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des attentats anarchistes qui ensanglantaient alors la Troisième République.
Il s’intitulait « Notre loi des suspects », et s’en prenait à ceux qui, en l’ayant adoptée, abaissaient la République, son idéal et ses principes : « Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. » Forgés par la haute bataille du dreyfusisme qui les occupait alors, Francis de Pressensé et ses pareils, dont Jean Jaurès, en concluaient qu’il revenait à la société, aux citoyens qui la composent, bref au peuple souverain, de relever cette conscience et cette âme, abandonnées et meurtries par la politique professionnelle.
Nous avons tous rendez-vous aujourd’hui avec la même exigence : le devoir de nous dresser contre ce crime légal, officiel, gouvernemental et, peut-être, parlementaire, puis présidentiel si la loi est adoptée puis promulguée. Un devoir qu’au temps des combats fondateurs de la République, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Francis de Pressensé, dressait un réquisitoire contre les lois de 1893–1894 aussi informé que celui de la CNCDH contre le projet de loi qui nous occupe. Par obligation de réserve, il signait anonymement « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur leader du socialisme français, l’homme du Front populaire, dont c’était le premier acte politique.
« Telle est l’histoire des lois scélérates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur donner ce nom, c’est celui qu’elles garderont dans l’histoire. Elles sont vraiment les lois scélérates de la République. J’ai voulu montrer non seulement qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle précipitation inouïe, ou quelle incohérence absurde, ou quelle passivité honteuse, elles avaient été votées. »
Mesdames et Messieurs les députés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être complices d’un attentat aux libertés. L’honneur d’être fidèles à la République véritable.
Edwy Plenel.
La vidéo de la conférence de Mulhouse (28÷2÷2015) est arrivée
httpv://www.youtube.com/watch?v=aI9TaGIvceI
Remarque sur les calomnies qui circulent à propos de mon travail (et de mes prétendues « alliances », alors que, précisément, j’évite toute alliance et que mon seul « crime » est d’oser parler à tout le monde de démocratie pour rester capable de penser un monde vraiment COMMUN) : pour savoir ce que je pense vraiment, et ce qui m’anime, le mieux, je crois, c’est de m’écouter directement, plutôt que de croire sur parole les rumeurs malveillantes qui prétendent savoir mieux que moi ce que je pense.
D’une façon générale, ne condamnez jamais personne sans avoir entendu loyalement sa défense. Ceci est littéralement essentiel.
Le sort de l’idée des ateliers constituants populaires (et contagieux) est entre vos mains, beaucoup plus qu’entre les miennes. Cette idée a absolument besoin de VOTRE force, tous les jours un peu.
De toute façon, de mon côté, je ne peux pas faire mieux que de faire de mon mieux.
J’ai besoin de vous pour ça, bien sûr.
Pour le reste, advienne que pourra.
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Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153311935727317
John Pilger : renaissance du fascisme sous une forme moderne
Je soumets à votre esprit critique cette passionnante et importante synthèse de John Pilger sur la guerre qui vient :
La renaissance du fascisme sous une forme moderne

Par John Pilger – Le 26 février 2015.
Source Russia Today
http://lesakerfrancophone.net/la–renaissance–du–fascisme–sous–une–forme–moderne/
La récente 70e commémoration de la libération d’Auschwitz fut l’occasion de nous remémorer les grands crimes du fascisme dont l’iconographie nazie est gravée dans notre conscience.
Le fascisme est considéré comme de l’histoire ancienne, comme dans ces vieux films tremblotants de chemises noires marchant au pas, leur criminalité aussi terrifiante qu’évidente. Et pourtant dans nos sociétés libérales, alors même que des élites va-t-en guerre nous poussent au devoir de mémoire, le danger grandissant d’une forme moderne du fascisme est ignoré. Car c’est leur fascisme.
« Déclencher une guerre d’agression.., ont déclaré les juges du tribunal de Nuremberg en 1946, est non seulement un crime international mais de plus le pire crime international car, par rapport aux autres crimes de guerre, il contient en lui toute la malfaisance des autres crime de guerre réunis.»
Si les nazis n’avaient pas envahi l’Europe, Auschwitz et l’holocauste ne se seraient jamais produits. Si les États Unis et leurs alliés n’avaient pas commencé leur guerre d’agression en Irak en 2003, près d’un million de personnes seraient encore en vie aujourd’hui et l’État islamique ne serait pas en train de nous menacer de sa sauvagerie. Ce dernier est le rejeton du fascisme moderne, nourri par les bombes, les bains de sang et les mensonges de ce théâtre surréaliste que l’on appelle les actualités.

Comme pendant la période fasciste des années 1930 et 1940, des mensonges y sont débités avec le débit d’un métronome grâce à des médias omniprésents et répétitifs et leur étroite censure par omission. La catastrophe libyenne par exemple.
En 2011, l’Otan a effectué 9 700 bombardements sur la Libye, dont plus d’un tiers ont atteint des cibles civiles. Des obus à uranium enrichi furent utilisés. Les villes de Misurata et Syrte furent rasées. La Croix-Rouge a retrouvé des fosses communes et l’UNICEF a rapporté que « plus de la moitié des enfants tués avaient moins de 10 ans.»

La sodomie publique du président libyen Mouammar Kadhafi à l’aide d’une baïonnette rebelle fut accueillie par la secrétaire d’état américaine avec ces mots : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son assassinat ainsi que la destruction de son pays ont été justifiée par un mensonge classique : il planifiait un génocide contre son propre peuple. « Nous savions que si nous attendions un jour de plus, Benghazi, une ville de la taille de Charlotte, aurait subi un massacre qui aurait eu des répercussions sur toute la région et aurait créé une tache sur la conscience du monde », a prétendu le président Obama.
Mais c’était une invention des milices islamistes qui subissaient une défaite face aux forces gouvernementales libyennes. Ils ont dit à Reuters qu’il y aurait un véritable bain de sang, comme au Rwanda. Rapporté le 14 mars 2011, ce mensonge fut la première étincelle du déluge de feu de l’Otan, présenté par David Cameron comme une intervention humanitaire.
Secrètement approvisionnés et entraînés par les services spéciaux britanniques, beaucoup de ces rebelles deviendront membres de cet État Islamique dont la dernière vidéo en date montre la décapitation de 21 chrétiens coptes kidnappés à Syrte, la ville même qui fut rasée par les bombardements de l’Otan, en leur nom.
Pour Obama, Cameron et Hollande [plutôt Sarkozy en l’occurrence, NdT], le véritable crime de Kadhafi était l’indépendance économique de la Libye et son intention déclarée d’arrêter de vendre les plus grandes réserves de pétrole africaines en dollar américains. Le pétrodollar est un des piliers de la puissance impériale américaine. Kadhafi a eu l’audace de planifier la mise en place d’une monnaie africaine commune, adossée à l’or, de créer une banque pour toute l’Afrique et de pousser à l’union économique entre pays pauvres ayant des ressources en matières premières prisées. Que cela soit réalisable ou pas, rien que d’y penser était intolérable aux États-Unis, alors qu’ils se préparaient justement à pénétrer en Afrique et à corrompre les gouvernements africains avec leur partenariat militaire
A la suite de l’attaque de l’Otan sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité, Obama a, selon les écrits de Garikai Chengu, « confisqué les 30 milliards de dollars de la Banque centrale libyenne que Kadhafi avait mis de coté pour la mise en place d’une banque centrale africaine et d’une monnaie commune à l’Afrique, adossée à l’or ».
La guerre humanitaire contre la Libye a suivi un modèle cher au cœur des libéraux occidentaux, spécialement dans les médias. En 1999, Bill Clinton et Tony Blair ont envoyé l’Otan bombarder la Serbie car, ont-ils menti, les Serbes étaient en train de commettre un génocide contre les habitants d’origine albanaise dans la province sécessionniste du Kosovo. David Scheffer, l’ambassadeur américain contre les crimes de guerre (sic), a prétendu que pas moins de 225 000 personnes d’origine albanaise âgées de 14 à 59 an pourraient avoir été assassinées. Clinton et Blair évoquèrent le spectre de l’Holocauste et l’esprit de la Deuxième Guerre mondiale. Les héroïques alliés de l’Occident étaient les membres de l’Armée de libération du Kosovo, dont les actes criminels furent mis de côté. Le secrétaire aux Affaires étrangères, Robin Cook, leur a dit de l’appeler n’importe quand sur son portable.

Quand les bombardements de l’OTAN furent terminés et la plus grande partie des infrastructures de la Serbie en ruine, ses écoles, ses hôpitaux, ses monastères et même la station de télévision nationale, les équipes d’enquêteurs internationaux débarquèrent au Kosovo pour y trouver les preuves de cet holocauste. Le FBI ne trouva pas une seule fosse commune et rentra bredouille. L’équipe espagnole fit de même, jusqu’à ce que son chef dénonce avec colère une pirouette sémantique par les machines à propagande de guerre. Un an plus tard, le tribunal des Nations Unis pour la Yougoslavie annonça le décompte final des morts au Kosovo : 2 788. Nombre incluant les combattants des deux bords ainsi que les Serbes tués par l’Armée de libération du Kosovo. Il n’y a eu aucun génocide. L’holocauste n’était qu’un mensonge. L’attaque de l’Otan reposait donc sur une manipulation.
Mais derrière ces mensonges se cachait une raison sérieuse. La Yougoslavie était unique, indépendante, une fédération multiethnique qui a servi de pont politique et économique durant la Guerre Froide. La majorité de ses services et de sa capacité de production était publiques. Fait inacceptable pour une Communauté européenne en expansion, surtout pour l’Allemagne tout juste réunifiée et qui commençait à se tourner vers l’Est pour capturer ses marchés naturels dans les provinces de Croatie et de Slovénie. Au moment où les Européens se réunissaient à Maastricht en 1991 pour deviser sur le projet de mise en place de la catastrophique zone euro, un accord secret fut conclu, l’Allemagne reconnaîtrait la Croatie. C’en était fini de la Yougoslavie.
A Washington, les États-Unis veillèrent à ce que l’économie yougoslave en difficulté ne puisse bénéficier d’un prêt de la Banque mondiale. L’Otan, qui n’était plus à cette époque qu’une relique de la guerre froide, renaissait comme instrument de l’impérialisme. En 1999, à la conférence de paix du Kosovo à Rambouillet, en France, les Serbes furent soumis aux tactiques vicieuses des vainqueurs. L’accord de Rambouillet comporte l’annexe secrète B, rajoutée le dernier jour par la délégation américaine, qui demandait l’occupation militaire de toute la Yougoslavie et la mise en place d’une économie libérale ainsi que la privatisation de tout le domaine public. Aucun État souverain ne peut signer un tel accord. Alors la punition suit rapidement. Les bombes de l’Otan pleuvent sur le pays sans défense. Ce fut un avant goût des catastrophes qui frapperont l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye et dernièrement l’Ukraine.

Depuis 1945, plus d’un tiers des membres des Nations unies – 69 pays – ont souffert, entre les mains du fascisme moderne américain, en partie ou totalement, de l’un de ces sévices : ils ont été envahis, leurs gouvernements renversés, leurs mouvements populaires réprimés, leurs élections manipulées, leur population bombardée, leurs économies malmenées et soumises à un embargo connu sous le nom de sanctions. L’historien britannique Mark Curtis compte le nombre de victimes en millions. A chaque fois un mensonge était utilisé.
« Ce soir, pour la première fois depuis le 11 septembre, notre mission de combat est terminée. » Tels furent les mots d’ouverture du discours sur l’état de l’Union en 2015. En réalité, il reste encore 10 000 troupes et 20 000 mercenaires américains en Afghanistan, pour une durée indéterminée. « La plus longue guerre de l’histoire des États-Unis a pris fin de manière responsable », a dit Obama. En fait, plus de civils ont été tués en 2014 en Afghanistan qu’au cours d’aucune autre année depuis que les Nations unies en font le décompte. La majorité ayant été tuée – civils comme soldats – durant la période de présidence d’Obama.
La tragédie afghane concurrence les crimes épiques en Indochine. Dans son livre tant vanté, Le grand échiquier : La primauté américaine et ses impératifs stratégiques, Zbigniew Brzezinski, le père de la politique étrangère américaine de l’Afghanistan à nos jours, écrit que si les États-Unis devait contrôler l’Eurasie et dominer le monde, ils ne pourraient supporter une démocratie populaire, parce que « la poursuite du pouvoir n’est pas quelque chose qui entraîne la passion du peuple… La démocratie n’est pas l’amie de la mobilisation impériale ». Il a raison. Comme WikiLeaks et Edward Snowden l’ont révélé, un État policier est en train d’usurper la démocratie. En 1976, Brzezinski, qui était alors conseiller à la Sécurité nationale du président Carter, fit ses preuves en portant un coup mortel à la première et seule période démocratique afghane. Qui connait cette période de l’histoire ?

Dans les années 1960, une révolution populaire balaya l’Afghanistan, le plus pauvre pays sur terre, renversant finalement le régime aristocratique en 1978. Le Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA) a formé un gouvernement et déclaré un programme de réformes qui comprenait l’abolition du féodalisme, la liberté de religion, des droits égaux pour les femmes et la justice sociale pour les minorités ethniques. Plus de 13 000 prisonniers politiques furent libérés et les fichiers de la police brûlés en place publique.
Le nouveau gouvernement introduisit les soins médicaux gratuits pour les plus pauvres. Le servage fut aboli et un vaste programme contre l’illettrisme lancé. Pour les femmes, les gains furent immenses. A la fin des années 1980, la moitié des étudiants universitaires étaient des femmes ; elles formaient aussi la moitié du contingent de médecins, un tiers des fonctionnaires et la majorité des instituteurs. « Toutes les filles, se souvient Saira Noorani, une femme chirurgien, pouvaient aller à l’école et à l’université. Nous pouvions aller où bon nous semblait et porter ce que l’on aimait. On avait l’habitude de sortir le vendredi soir dans les cafés pour écouter de la musique ou au cinéma pour y voir le dernier film indien. Tout a commencé à aller de travers quand les moudjahidines ont commencé à gagner. Ils tuaient les instituteurs et brulaient les écoles. On était terrifiés. C’était étrange et triste de penser que ces gens étaient aidés par l’Occident »
Le gouvernement PDPA était soutenu par l’Union soviétique, même si, comme l’ancien secrétaire d’État l’a admis plus tard « il n’y avait aucune preuve d’une complicité soviétique dans cette révolution ». Alarmé par les succès croissants des mouvements de libération à travers le monde, Brzezinski décida que si le gouvernement PDPA réussissait en Afghanistan, son indépendance et ses réussites risquaient d’offrir la menace d’un exemple prometteur.
Le 3 juillet 1979, la Maison Blanche décida de soutenir secrètement les groupes tribaux fondamentalistes connus comme les moudjahidines, un soutien dont le coût monta jusqu’à plus de 500 millions de dollars par an en fourniture d’armes et autre assistance. L’objectif était de renverser le premier gouvernement laïque et réformiste d’Afghanistan. En aout 1979, l’ambassade américaine à Kaboul rapporta que « les intérêts supérieurs des États Unis… seraient servis par la destitution [du gouvernement PDPA], quelles qu’en soient les conséquences pour les réformes sociales et économiques en Afghanistan ».
Les moudjahidines furent les précurseurs d’al-Qaida et de l’État islamique. Gulbuddin Hekmatyar, qui reçu des dizaines de millions de dollars en liquide, fut l’un des leurs. La spécialité d’Hekmatyar était le trafic d’opium et l’aspersion d’acide sur le visage des femmes qui refusaient de porter le voile. Invité à Londres, il fut présenté par le premier ministre Thatcher comme un combattant pour la liberté.
De tels fanatiques seraient restés dans leur monde tribal si Brzezinski n’avait pas initié un mouvement international pour promouvoir le fondamentalisme islamique en Asie Centrale et donc miné la politique séculaire de libération pour déstabiliser l’Union Soviétique, créant, ainsi qu’il l’écrit dans son autobiographie, quelques musulmans agités. Son grand plan coïncidait avec celui du dictateur pakistanais Zia ul-Haq pour dominer la région. En 1986, la CIA et l’agence pakistanaise de renseignement, l’ISI, commencèrent à recruter des gens a travers le monde pour rejoindre le djihad afghan. Le multi-millionnaire saoudien Oussama Ben Laden était l’un d’eux. Des volontaires, qui finalement rejoindront les talibans et al-Qaida, furent recrutés dans un collège islamique de Brooklyn, à New York, et reçurent un entrainement para-militaire dans un camp de la CIA en Virginie. Cette opération fut nommée Opération Cyclone. Son succès fut fêté en 1996 quand le dernier président PDPA d’Afghanistan, Mohammed Najibullah – qui venait de demander de l’aide à l’assemblée générale des Nations unies – fut pendu à un réverbère dans la rue, par les talibans.
Le retour de bâton de l’opération Cyclone et ses quelques musulmans agités arriva le 11 septembre 2001. L’opération Cyclone se transforma en guerre contre le terrorisme, dans laquelle un nombre incalculable d’hommes, de femmes et d’enfants vont perdre la vie dans tout le monde musulman, de l’Afghanistan à l’Irak, au Yémen, en Somalie et en Syrie. Le message des puissants était, et est toujours : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ».
Le fil conducteur du fascisme, autrefois comme aujourd’hui, est le meurtre de masse. L’invasion américaine du Vietnam eut ses zones de tir à vue , sa comptabilité de cadavres et ses dommages collatéraux. Dans la province de Quang Ngai, ou j’étais basé, des milliers de civils furent tués par les États-Unis, même si l’on ne se souvient que d’un seul massacre, celui de My Lai. Au Laos et au Cambodge, le plus grand bombardement aérien de l’histoire a entrainé une époque de terreur marquée encore aujourd’hui par le spectacle de ces cratères de bombes se rejoignant jusqu’à former, vu du ciel, l’image d’un monstrueux collier. Les bombardements ont fourni au Cambodge son propre État islamique, les Khmers rouges dirigés par Pol Pot.

Aujourd’hui, la plus grande campagne de terreur qui ait jamais existé entraîne l’exécution de familles entières, d’invités à des mariages ou à des funérailles. Ce sont les victimes des tirs de drones d’Obama. Selon le New York Times, Obama fait sa sélection à partir d’une liste des personnes à tuer que la CIA lui présente chaque mardi dans la Situation Room de la Maison Blanche. Il décide alors, sans la moindre justification légale, qui vivra et qui mourra. Son arme de bourreau est le missile Hellfire [les feux de l’enfer, NdT] emporté par un avion sans pilote connu sous le nom de drone. Ces missiles rôtissent leurs victimes et laissent la région parsemée de cadavres calcinés. Chaque frappe est enregistrée sur une console très éloignée du point d’impact, console nommée Bugsplat.
« A ceux qui marchent au pas, écrit l’historien Norman Pollock, se substitue une militarisation de la culture apparemment plus anodine. Et à un dirigeant grandiloquent se substitue un réformateur effacé, heureux dans son travail de planificateur et d’exécuteur des hautes œuvres, toujours souriant.»
Ce qui rapproche aussi l’ancienne et la moderne version du fascisme est le culte de la supériorité [le suprématisme, NdT]. « Je crois en l’exceptionnalis
Qu’elle ne soit pas reconnue comme une idéologie prédatrice est le résultat d’un lavage de cerveau, lui-même non reconnu. Insidieux, caché, finement présenté comme un éclairage universel, son totalitarisme inonde la culture occidentale. J’ai moi-même grandi dans un environnement cinématographiqu
La différence, de nos jours, tient à ce que le public des salles obscures est invité à s’accrocher au fauteuil sur la tragédie de psychopathes américains devant tuer des gens partout dans le monde – comme le fait le président des États-Unis lui-même. Symbole de la violence hollywoodienne, l’acteur et réalisateur Clint Eastwood, fut nominé pour un Oscar cette année pour son film American Sniper, film qui raconte l’histoire d’un assassin légal fou furieux. Selon le New York Times, « patriotique et pour toute la famille, ce film a battu tous les records d’audience dans ses premiers jours ».
Il n’existe pas de film épique sur les flirts de l’Amérique avec le fascisme. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’Amérique (et la Grande-Bretagne) entrèrent en guerre contre la Grèce qui venait de se battre héroïquement contre le nazisme et résistait à l’avènement d’un fascisme grec. En 1967, la CIA aida une junte militaire fasciste à prendre le pouvoir à Athènes, comme elle le fit au Brésil et dans la plupart des pays d’Amérique latine. Les Allemands et les Européens de l’Est qui avaient collaboré avec les nazis et leurs crimes contre l’humanité reçurent l’asile aux États-Unis. Beaucoup furent bien soignés et leurs talents récompensés. Wernher von Braun, par exemple, fut à la fois le père de la fusée nazie V2 et du programme spatial des États Unis.
Dans les années 1990, alors que les anciennes républiques soviétiques, l’Europe de l’Est et les Balkans, devenaient des avant-postes militaires de l’Otan, on a donné leur chance aux héritiers du mouvement nazi ukrainien. Responsable de la mort de milliers de juifs, Polonais et Russes durant l’invasion de l’Union soviétique par les nazis, le mouvement fasciste ukrainien fut réhabilité et cette nouvelle vague considérée comme nationaliste par ceux qui gouvernent.
Cette vague a atteint son apogée quand l’administration Obama a misé 5 milliards de dollars sur un coup d’État contre le gouvernement élu en place. Les troupes de choc étaient formées de néo–nazis du Secteur Droit et de Svoboda. Parmi leurs dirigeants on retrouve Oleh Tyahnybok, qui a appelé à la purge de la mafia juive et moscovite et autres merdes telles que les homosexuels, les féministes et les gauchistes.
Ces fascistes font maintenant partie du gouvernement ukrainien issu du coup d’État. Le rapporteur de l’assemblée nationale ukrainienne, Andriy Parubiy, un dirigeant du parti au pouvoir, est aussi un co-fondateur de Svoboda. Le 14 février, Parubiy annonça qu’il partait pour Washington afin d’obtenir que « les États-Unis nous fournissent des armes de précision ». S’il y arrive, cela sera considéré comme un acte de guerre par la Russie.
Aucun dirigeant occidental ne s’est insurgé contre cette renaissance du fascisme en plein cœur de l’Europe, à l’exception de Vladimir Poutine dont le peuple a perdu 22 millions de personnes dans l’invasion nazie qui arriva à travers les frontières de l’Ukraine. A la dernière Conférence sur la sécurité de Munich, l’assistante d’Obama pour les affaires européennes et eurasiennes, Victoria Nuland, a critiqué les dirigeants européens qui s’opposent à ce que les États-Unis arment le régime de Kiev. Elle a fait référence au ministre allemand de la défense en le traitant de « ministre du défaitisme ». C’est Nuland qui avait organisé le coup d’État à Kiev. Elle est la femme de Robert D. Kagan, une figure du mouvement néo-conservateur et cofondateur de l’association d’extrême-droite Project for a New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain). Elle a aussi été conseillère en politique étrangère de Dick Cheney.

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas totalement déroulé comme prévu. L’Otan n’a pas pu s’emparer de l’historique et légitime base navale russe en Crimée. La population de Crimée, en grande majorité d’origine russe – qui fut illégalement annexée à l’Ukraine par Nikita Kroutchev en 1954 – a largement voté pour son rattachement à la Russie, comme elle l’avait fait dans les années 1990. Le référendum fut non imposé, populaire et sous observation internationale. Il n’y a pas eu d’invasion.
Dans le même temps, le régime de Kiev s’en est pris à la population d’origine russe dans l’est du pays avec la férocité d’un nettoyage ethnique. Tout en déployant des milices néo-nazies dans le style de la Waffen SS, ils ont assiégé et bombardé villes et villages. Ils ont affamé les populations, coupé l’électricité, gelé les comptes en banque, arrêté le versement des prestations sociales et des retraites. Plus d’un million de personnes ont traversé la frontière pour se réfugier en Russie. Réfugiés décrits dans les médias occidentaux comme des gens fuyant les violences causées par l’invasion russe. Le commandant de l’Otan, le général Breedlove, dont le nom et les actes pourraient avoir été inspirés par le Dr Strangelove [Dr Folamour, NdT] de Stanley Kubrick, annonça que 40 000 soldats russes se rassemblaient aux frontières. A l’âge des photos satellites, il n’en a trouvé aucune pour prouver ses affirmations.
Le peuple d’Ukraine de langue russe et bilingue, un tiers de la population, a longtemps cherché a créer une fédération qui puisse refléter la diversité ethnique du pays et qui soit autonome et indépendante de Moscou. La plupart ne sont pas des séparatistes, ils veulent simplement vivre en sécurité dans leur pays et s’opposent à la prise de pouvoir qui a eu lieu à Kiev. Leur révolte et la création de républiques autonomes sont venues en réaction aux attaques de Kiev. On l’a très peu expliqué au public occidental.
En mai 2014 à Odessa, 41 personnes d’origine russe furent brûlées vives au siège social des syndicats sous les regards de la police. Le dirigeant de Secteur Droit Dmytro Yarosh a considéré ce massacre comme encore un grand jour dans l’histoire de notre pays. Dans les médias britanniques et américains cela fut reporté comme une tragédie opaque résultant de bagarres entre nationalistes (les néo nazis) et séparatistes (les gens récoltant des signatures pour un référendum sur une Ukraine fédérale).
Le New York Times a enterré l’affaire en traitant de propagande russe les avertissements sur la politique fasciste et antisémite des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street Journal a condamné les victimes avec cet en-tête : « L’incendie mortel a été apparemment initié par les rebelles », dit le gouvernement. Obama a félicité la junte ukrainienne pour sa retenue.
Si Poutine était tombé dans le piège de venir défendre les rebelles, son statut de paria dans le monde occidental aurait justifié le mensonge d’une Russie envahissant l’Ukraine. Le 29 janvier, le général Viktor Muzhenko, haut commandant des armées ukrainiennes a, presque par inadvertance, rejeté la base même des sanctions occidentales quand il déclara de manière emphatique au cours d’une conférence de presse : « L’armée ukrainienne ne combat pas contre les troupes régulières russes », mais contre des « citoyens ordinaires », membres de « groupes armées illégaux » ; il n’y avait plus d’invasion russe. Vadym Prystaiko, adjoint au ministre de la Défense, a lui, appelé à la guerre totale contre la Russie, une puissance nucléaire.
Le 21 février, le sénateur américain James Inhofe, un républicain de l’Oklahoma, a introduit un arrêté parlementaire pour autoriser l’exportation d’armes américaines vers Kiev. Au cours de sa présentation au Sénat, Inhofe a utilisé des photos qu’il a présentées comme des preuves de troupes russes franchissant la frontière ukrainienne, photos qui ont depuis été démasquées comme des faux. Cela m’a rappelé les fausses photos de Ronald Reagan d’une installation soviétique au Nicaragua et les fausses preuves de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak.
L’intensité de la campagne de dénigrement contre la Russie et la présentation de son président comme un méchant de foire ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir au cours de ma vie de journaliste. Robert Parry, un des journalistes d’investigation américain les plus réputés, qui a révélé le scandale Iran–Contra, a écrit récemment : « Aucun gouvernement occidental, depuis l’Allemagne hitlérienne, n’avait osé envoyer des troupes de choc nazies contre sa propre population, mais le régime de Kiev l’a fait et en toute conscience. Pourtant, le monde politico-médiatique a fait tout ce qu’il a pu pour cacher cette réalité, allant jusqu’à ignorer des faits clairement établis… Si vous vous demandez comment le monde pourrait tomber dans une troisième guerre mondiale – comme cela s’est passé pour la première il y a un siècle – tout ce que vous avez a faire est de regarder la folie en ce qui concerne l’Ukraine, folie qui se montre imperméable aux faits ou à la raison.»

En 1946, le procureur du tribunal de Nuremberg a déclaré aux journaux allemands : « L’utilisation par les conspirateurs nazis de la guerre psychologique est bien connue. Avant chaque attaque majeure, à l’exception de celles reposant sur la rapidité d’action, ils démarraient une campagne de presse destinée à abaisser leurs victimes et à préparer psychologiquemen
Dans le Guardian du 2 février, Timothy Garton-Ash a demandé, en mots clairs, une guerre mondiale. « Poutine doit être empêché, dit le titre. Et parfois seuls les armes peuvent arrêter les armes.» Il concéda que la menace d’une guerre puisse nourrir la paranoïa russe de l’encerclement, mais que cela n’était pas grave. Il fit la liste de l’équipement militaire nécessaire pour le boulot et conseilla ses lecteurs en affirmant que l’Amérique avait le meilleur équipement.
En 2003, le même Garton-Ash, alors professeur a Oxford, répéta la propagande qui entraina le massacre en Irak. Saddam Hussein, écrivait il, « a, comme l’a montré Colin Powell, accumulé de grandes quantités d’armes chimiques et biologiques et cache ce qui lui reste. Il est toujours en train d’acquérir des armes nucléaires ». Il loua Blair comme un « Gladstonien, un chrétien libéral interventionnist
Ces proclamations – ou comme Garton-Ash préfère le dire, son ambivalence libérale torturée – sont assez courantes chez ceux qui, dans l’élite libérale transatlantique, ont signé un pacte faustien. Le criminel de guerre qu’est Tony Blair est leur idole déchue. Le Guardian, journal dans lequel le texte de Garton-Ash fut publié a mis en page une publicité pour un avion de chasse furtif américain. Sous l’image menaçante de ce monstre crée par Lockheed Martin s’étalent les mots : « Le F35. Grand pour la Grande Bretagne ». Ce matériel [qui ne vole toujours pas, NdT] américain coûtera aux contribuables britanniques 1,3 milliards de livres, les modèles précédents ayant déjà fait des massacres à travers le monde. En parfait accord avec son annonceur, l’éditorial du Guardian a plaidé pour une augmentation des dépenses militaires.
La encore, cela suit un objectif sérieux. Les maitres du monde ne veulent pas seulement que l’Ukraine soit une base de missiles, ils veulent son économie. La nouvelle ministre des finances de Kiev, Nataliwe Jaresko, est une Américaine, ancienne fonctionnaire du Département d’État américain en charge des investissement
Ils veulent l’Ukraine pour son gaz abondant. Le fils du vice-président Joe Biden est entré au conseil d’administration de la plus grosse compagnie pétrolière d’Ukraine. Les fabricants de graines génétiquement modifiées, comme le tristement célèbre Monsanto, veulent les riches terres cultivables de l’Ukraine.
Mais par dessus tout, ils veulent le puissant voisin de l’Ukraine, la Russie. Ils veulent balkaniser et démembrer la Russie pour exploiter la plus grande source de gaz naturel sur terre. Alors que l’Arctique fond, ils veulent contrôler l’océan Arctique et ses richesses énergétiques, tout comme les terres russes qui le longent. Leur homme à Moscou fut Boris Eltsine, un alcoolique, qui livra l’économie de son pays à l’Occident. Son successeur, Poutine, a rétabli la souveraineté russe. Tel est son crime.
Notre responsabilité ici est donc claire. Elle repose sur l’identification et la mise à nu des mensonges permanents des va-t-en guerre et à ne jamais collaborer avec eux. Elle est dans le réveil des grands mouvements populaires qui ont conduit une civilisation fragile vers des États modernes. Et, plus que tout, elle réside dans notre habileté à empêcher qu’ils ne nous écrasent. Si nous restons silencieux, leur victoire sur nous est assurée et l’holocauste est proche.
John Pilger
John Pilger, est un journaliste basé à Londres, il est aussi cinéaste et auteur. Il anime le site www.johnpilger.com.
Traduit par Wayan, relu par jj et par Diane pour le Saker Francophone
Source : lesakerfrancophone.net
Fil de commentaires Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153297898897317
« On passe à l’acte » Écrire nous-mêmes les constitutions pour améliorer nos sociétés
De jeunes militants (qui animent le site « On passe à l’acte ») m’ont interrogé l’an dernier (en 2014), lors de l’Université d’été du Revenu de base.
Voici la première vidéo qu’ils en ont tirée.
J’espère que ce sera bien contagieux 🙂
(Pardon pour les quelques gros mots qui m’ont échappé…
Mais bon, c’est pas du théâtre, c’est la vraie vie, c’est pas grave.)
Version courte (4’30) :
J’ai décidé d’organiser des ateliers d’écriture… par onpassealacte
Version longue (7’45) :
J’ai décidé d’organiser des ateliers d’écriture… par onpassealacte
Le fil Facebook (bien crépitant) correspondant à ce billet est ici.
Vous trouverez plein de ressources utiles sur les ateliers constituants à cette adresse : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Catégorie:Atelier_constituant.






