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En direct Samedi 29/04/2023 à 21h : Réponse aux « arguments » et peurs de la commission des lois contre le RIC Constituant

En direct Samedi 29/04/2023 à 21h : Réponse aux « arguments » et peurs de la commission des lois contre le RIC Constituant

Same­di 29/04/2023 à 21h ren­dez-vous en direct pour répondre à la com­mis­sion des lois contre le RIC consti­tuant du 5 avril 2023, argu­ment par argu­ment. Vous pou­vez venir débattre en com­men­taire, les argu­ments du public seront affi­chés à l’é­cran. Pour par­ti­ci­per vous pou­vez : Décou­vrir le contexte, le résu­mé et la redif­fu­sion de la com­mis­sion des lois en amont Vous connec­ter au direct et par­ta­ger sur Face­book Vous connec­ter au direct sur You­Tube Rejoindre éga­le­ment le direct de dimanche 20h30…

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En direct vendredi 28/04/2023 à 20h30 : Retraites et manifestations, l’actu suisse VS française

En direct vendredi 28/04/2023 à 20h30 : Retraites et manifestations, l’actu suisse VS française

Réformes de retraites, Macron, mani­fes­ta­tions, RIP, Conseil Consti­tu­tion­nel, démo­cra­tie défaillante, … Le Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire nous invite en direct ven­dre­di 28/04/2023 à 20h30 : « Ren­dez-vous avec Étienne Chouard et Pierre Alain Bru­chez (éco­no­miste et spé­cia­liste du RIC suisse) pour com­pa­rer l’ac­tua­li­té démo­cra­tique suisse à l’ac­tu poli­tique fran­çaise ! » Com­ment par­ti­ci­per ? Les com­men­taires seront affi­chés à l’é­cran, le public peut poser des ques­tions en direct et en fin…

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« Reprendre le contrôle de nos représentants » – 3ème débat de ce soir, samedi 25 mars 2023, à 21h30 sur TweeterSpace

« Reprendre le contrôle de nos représentants » – 3ème débat de ce soir, samedi 25 mars 2023, à 21h30 sur TweeterSpace

« Reprendre le contrôle de nos repré­sen­tants » Troi­sième débat, ce soir, same­di 25 mars 2023, à 21h30 sur Twee­terS­pace La sou­ve­rai­ne­té, ça s’institue et ça se défend, contre tous les voleurs de pou­voir. Seuls les simples citoyens (et sur­tout pas leurs repré­sen­tants) sont à la fois aptes et légi­times pour le faire. Vous souf­frez de votre impuis­sance poli­tique ? Cher­chez du côté de VOTRE propre démis­sion du pro­ces­sus constituant.…

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For­mat grille – For­mat articles complets

COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?

COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?

Bonne ques­tion. C’é­tait il y a un an, ma pro­po­si­tion de réponse avec les mili­tants de Nou­velle Donne. Un reca­drage rapide (12 min) sur l’es­sen­tiel : créa­tion moné­taire néces­sai­re­ment publique, fausse « lutte contre le chô­mage » vs NAIRU+UE+EURO, alter­na­tive pro­met­teuse du CHARTALISME, impasse irré­mé­diable du faux « suf­frage uni­ver­sel », et bien sûr… espoir inouï et puis­sant de notre éman­ci­pa­tion AUTONOME par la mul­ti­pli­ca­tion des ate­liers consti­tuants populaires :

httpv://youtu.be/RT79JwkQqs0

httpv://youtu.be/bOKPGN3pGjA

Des pro­pos encore bien d’ac­tua­li­té, pour atta­quer ENSEMBLE la ren­trée en pleine forme
🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce post :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​6​3​7​9​5​6​0​6​2​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

NOTRE CAUSE COMMUNE : apprendre ensemble à instituer NOUS-MÊMES notre puissance politique

Voi­ci une bonne syn­thèse de NOTRE (INDISPENSABLE) CAUSE COMMUNE, autour de laquelle nous devrions TOUS nous réunir — vrai­ment TOUS ! — par­tout sur terre, en refu­sant obs­ti­né­ment de don­ner prise aux semeurs de zizanie :

»> seuls les citoyens eux-mêmes, sans repré­sen­tants, sont capables d’ins­ti­tuer une démo­cra­tie digne de ce nom, c’est-à-dire la puis­sance poli­tique du peuple ; des citoyens dignes de ce nom sont for­cé­ment des citoyens constituants «<

Cette courte vidéo est extraite de « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie », un film pas­sion­nant (et mal­heu­reu­se­ment cen­su­ré) sur l’im­por­tant labo­ra­toire grec :

Faites pas­ser 🙂

___________

PS :
• le film entier « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie » est télé­char­geable ici : http://​preuves​-par​-images​.fr/​#​/​d​e​d​a​l​e​–​u​n​–​f​i​l​–​v​e​r​s​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

• L’his­toire de la cen­sure du film « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie » :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​3​/​0​6​/​0​1​/​3​3​0​–​c​e​n​s​u​r​e​–​d​u​–​f​i​l​m​–​d​e​d​a​l​e​–​u​n​–​f​i​l​–​v​e​r​s​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

• Pour com­prendre les racines du racket infli­gé au peuple grec, coup d’É­tat mafieux qui nous sera bien­tôt impo­sé à nous aus­si (par nos pré­ten­dus « repré­sen­tants », soi-disant « com­pé­tents »), je vous conseille aus­si cette for­mi­dable soi­rée (un mil­lion de vues) avec Myret Zaki :

httpv://youtu.be/TLjq25_ayWM

• Pour creu­ser d’autres types de démo­cra­ties, voyez ceci :
Chouard prend une leçon de démo­cra­tie par des pirates, des indiens et des serfs
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​1​1​/​0​7​/​c​h​o​u​a​r​d​–​p​r​e​n​d​–​u​n​e​–​l​e​c​o​n​–​d​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​p​a​r​–​d​e​s​–​p​i​r​a​t​e​s​–​d​e​s​–​i​n​d​i​e​n​s​–​e​t​–​d​e​s​–​s​e​r​fs/
=> Seules les socié­té démo­cra­tiques où les citoyens sont armés votent.
=> Les autres socié­tés démo­cra­tiques, beau­coup plus nom­breuses, décident à l’unanimité.
Ne ratez pas ça.

• Le fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​6​1​7​2​0​6​0​0​7​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

[Tous concernés]Une illustration (sans gravité) de notre (non définitive) fragilité aux bobards

Chers amis,

Vous avez dû voir pas­ser ce matin cette incroyable « nou­velle » intitulée : 

« Étienne Chouard : Je me suis trom­pé, en fait on est en démocratie ! »
http://​phi​lo​news​.fr/​2​0​1​5​/​0​7​/​2​9​/​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​j​e​–​m​e​–​s​u​i​s​–​t​r​o​m​p​e​–​e​n​–​f​a​i​t​–​o​n​–​e​s​t​–​e​n​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

C’est un texte amu­sant, évidemment.

Ce qui m’in­quiète (un peu), c’est le nombre de (gen­tils) lec­teurs qui, en com­men­taires sur les dif­fé­rents sites qui signalent ce papier, s’in­dignent immé­dia­te­ment, comme empor­tés par l’é­mo­tion de bons sen­ti­ments, en pre­nant TOUT ce qu’ils lisent (trop vite) pour vrai, et au pre­mier degré. 

À com­men­cer par le titre (bien fait pour émou­voir, techniquement).

Empor­tés par l’in­di­gna­tion au point de répondre aus­si­tôt, vite vite vite, mal­gré le fait que, sur Phi​lo​news​.fr (la source), on lit, dans « à propos » : 

« Est-ce que Phi­lo­News est un site à voca­tion humo­ris­tique ? Tous les articles rela­tés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédi­gés dans un but humo­ris­tique. L’utilisation de noms de per­son­na­li­tés ou d’entreprises est ici à but pure­ment sati­rique. Cepen­dant, cer­tains articles peuvent conte­nir des choses vraies. Nous comp­tons sur l’intelligence des lec­teurs pour dis­so­cier le vrai du faux. »

C’est quand même assez clair. 

Ceux qui nous bernent et nous trompent vrai­ment, tous les jours, sont beau­coup plus dif­fi­ciles à démas­quer (et donc à com­battre). Com­ment va-t-on faire (pour démas­quer et com­battre les vrais enne­mis du peuple) si l’on n’est même pas capables de repé­rer ici l’ironie ? 

C’est trop facile de mani­pu­ler les braves gens : on n’ap­prend pas assez aux enfants (et ensuite nous autres, adultes, éprou­vons par­fois de grandes dif­fi­cul­tés) à SUSPENDRE NOTRE JUGEMENT (© Mon­taigne), attendre d’en savoir plus, attendre d’a­voir enten­du de nom­breux avis (très) contraires, pour enfin seule­ment juger et opi­ner (expri­mer son opinion). 

Et encore ! Opi­ner, mais avec un droit (per­ma­nent) à se reprendre pour chan­ger d’a­vis si l’on s’a­per­çoit qu’on s’est trom­pé. Se trom­per n’est pas mal (c’est même le début du pro­ces­sus de base de tout pro­grès) : nous devrions dédia­bo­li­ser l’erreur. 

On a donc encore, sur la planche, un gros tra­vail d’é­du­ca­tion popu­laire… Tra­vail qu’il fau­dra faire ensemble pour — tous — apprendre, en pra­tique et en pro­fon­deur, à nous méfier de notre propre cré­du­li­té. Je ne me consi­dère pas moi-même à l’a­bri de ce piège per­ma­nent, bien sûr : je suis comme tout le monde très vul­né­rable aux bobards, cela va sans dire.

Tâchons de ne pas nous dés­unir trop faci­le­ment. Recen­­trons-nous vite, chaque fois, sur notre (pré­cieuse) cause commune. 

À pro­pos, com­bien de mini-ate­­liers consti­tuants pro­li­fiques et conta­gieux (MAC-PC) pour vous cette semaine ? 😉

Ami­tiés à tous.

Étienne.

PS : Je vous pro­pose de prendre ce fil comme point d’en­trée de tous nos com­men­taires qui pour­raient nous aider à deve­nir plus fort sur ce plan de notre cré­du­li­té. Com­ment être à la fois très vigi­lants et pas crédules ?

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​5​8​3​2​1​7​8​3​2​317

Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »

Voi­ci un texte impor­tant, d’Au­ré­lien Ber­nier, sur son blog :
http://​aber​nier​.vef​blog​.net/​3​2​.​h​t​m​l​#​F​a​i​r​e​_​o​u​v​e​r​t​e​m​e​n​t​_​f​r​o​n​t​_​a​u​_​p​r​o​j​e​t​_​e​u​r​o​p​e​e​n​e​u​r​o​p​een

Faire ouver­te­ment front au pro­jet européen

La séquence de « négo­cia­tions » entre la Grèce et l’U­nion euro­péenne s’est ache­vée de la pire façon qui soit : par la signa­ture, le 13 juillet, d’un accord ren­for­çant l’aus­té­ri­té et détrui­sant encore un peu plus la sou­ve­rai­ne­té du peuple. Un accord accep­té par le gou­ver­ne­ment de gauche radi­cale, élu jus­te­ment pour en finir avec l’aus­té­ri­té et l’hu­mi­lia­tion vécue par les Grecs depuis de longues années.

En ren­dant les armes, la majo­ri­té de Syri­za emme­née par le pre­mier ministre Alexis Tsi­pras n’a pas tota­le­ment tra­hi son pro­gramme élec­to­ral. Ce der­nier, en effet, n’a jamais évo­qué le fait de rompre avec l’U­nion euro­péenne ou de sor­tir de la zone euro. Par contre, le réfé­ren­dum du 5 juillet, qui a vu le peuple dire mas­si­ve­ment Non à un pre­mier pro­jet d’ac­cord, inter­di­sait abso­lu­ment à Alexis Tsi­pras de signer un plan aus­si proche du pro­jet reje­té dans les urnes et aus­si défa­vo­rable à la Grèce.

Le pre­mier ministre a cru que la large vic­toire du Non le 5 juillet suf­fi­rait à assou­plir la posi­tion des créan­ciers. Ce fut exac­te­ment le contraire. Mais cette erreur d’ap­pré­cia­tion n’est rien à côté de la faute poli­tique com­mise par la suite. Un réfé­ren­dum n’est pas un simple son­dage d’o­pi­nion. Il enga­geait Alexis Tsi­pras à obte­nir de meilleures condi­tions ou à refu­ser de signer. Quitte à démis­sion­ner en cas de blo­cage com­plet des négo­cia­tions, lui qui avait mis cette démis­sion sur la table huit jours plus tôt, à l’oc­ca­sion du scrutin.

En accep­tant l’ul­ti­ma­tum des créan­ciers, Syri­za envoie un mes­sage ter­rible, à savoir que la rup­ture avec l’U­nion euro­péenne serait encore pire que l’ex­trême aus­té­ri­té et la mise sous tutelle poli­tique qui figurent dans l’ac­cord. C’est une vic­toire de Mar­ga­ret That­cher à titre post­hume : il n’y aurait aucune alter­na­tive à l’eu­ro­li­bé­ra­lisme. C’est évi­dem­ment faux. Certes, il fal­lait envi­sa­ger d’autres alliances (avec la Rus­sie, la Chine…) qui n’au­raient pas été sans contre­par­ties, il fal­lait s’at­tendre à des repré­sailles de la part des diri­geants euro­péens et il fal­lait sur­tout avoir le cou­rage de natio­na­li­ser lar­ge­ment, de déva­luer, de relan­cer la pro­duc­tion et la consom­ma­tion natio­nales. Mais on ima­gine dif­fi­ci­le­ment que ce « plan B » puisse don­ner de pires résul­tats que le « plan A » qu’A­lexis Tsi­pras a signé.

Peut-être la majo­ri­té de Syri­za mise-t-elle sur un coup de billard à trois bandes pour se sous­traire, à pos­te­rio­ri, à cer­taines clauses de l’ac­cord. En atten­dant, ceux qui ont voté Non le 5 juillet ont bel et bien été tra­his. Et les consé­quences de cette faute sont pré­vi­sibles : le par­ti d’ex­trême droite Aube dorée s’est déjà posi­tion­né comme der­nier rem­part face à l’U­nion euro­péenne ; il risque fort de pro­gres­ser de façon spec­ta­cu­laire lors des pro­chains scrutins.

Les réper­cus­sions seront éga­le­ment sévères dans le reste de l’Eu­rope. Pour Pode­mos en Espagne tout d’a­bord, qui a cru bon de sou­te­nir la majo­ri­té de Syri­za après l’ac­cord du 13 juillet. Dans ces condi­tions, où la coa­li­tion de gauche annonce à l’a­vance qu’elle aus­si pré­fé­re­ra se cou­cher plu­tôt que de rompre avec Bruxelles, on voit mal pour­quoi les Espa­gnols la por­te­raient au pou­voir. Le renon­ce­ment de Syri­za se paie­ra cher aus­si en France. On ima­gine déjà Marine Le Pen ren­voyer cet échec de la gauche radi­cale grecque à la figure de Jean-Luc Mélen­chon ou de Pierre Laurent, qui auront bien du mal à trou­ver des argu­ments convain­cants pour se défendre.

Les dif­fi­cul­tés actuelles et celles qui s’an­noncent sont très lar­ge­ment dues à la myo­pie de la gauche radi­cale sur la véri­table nature de l’U­nion euro­péenne. Pen­dant dix ans, entre le Non fran­çais du 29 mai 2005 et aujourd’­hui, elle n’a ces­sé de pré­tendre, en dépit du bon sens, que les ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires étaient réfor­mables. L’U­nion euro­péenne pou­vait bien impo­ser le trai­té de Lis­bonne, le trai­té sur la sta­bi­li­té, la coor­di­na­tion et la gou­ver­nance (TSCG), mar­ty­ri­ser et humi­lier les pays du Sud, négo­cier avec les États-Unis le Grand mar­ché trans­at­lan­tique… les Syri­za, les Front de gauche et les Pode­mos n’en démor­daient pas : la négo­cia­tion avec Bruxelles, Franc­fort et Ber­lin per­met­trait de « chan­ger l’Eu­rope ». Et de faire de l’eu­ro un outil au ser­vice des peuples… Le plus tra­gique est de ne pas avoir per­çu que ce dis­cours, même s’il est plus viru­lent dans sa forme, n’est qu’une réplique de la pro­pa­gande sociale-démo­­crate : demain, l’Eu­rope sociale ! Les pro­messes tra­hies de Fran­çois Mit­ter­rand, de Lio­nel Jos­pin puis de Fran­çois Hol­lande suf­fi­saient à dis­qua­li­fier tota­le­ment cette stra­té­gie. Mais la gauche radi­cale s’en­tê­tait. Jus­qu’à la séquence grecque de 2015 qui fait défi­ni­ti­ve­ment voler en éclat l’illu­sion de la « réforme de l’intérieur ».

Il est bien temps aujourd’­hui d’en­trou­vrir ces débats, tout en les cana­li­sant pour qu’ils ne nous emmènent pas trop loin. Clé­men­tine Autain (Ensemble) estime que l’on peut à pré­sent dou­ter du fait que l’u­nion moné­taire soit le para­dis sur Terre et que, par consé­quent, on est en droit de remettre en cause son exis­tence. Tout en pré­ci­sant aus­si­tôt que refu­ser l’eu­ro ne veut pas dire refu­ser l’U­nion euro­péenne. En Bel­gique, le trots­kiste Daniel Tanu­ro accepte enfin d’en­vi­sa­ger la sor­tie de la Grèce de la zone euro… avant d’in­di­quer que cette solu­tion n’est pas valable pour la France ou d’autres pays. Je repense alors aux écrits de mon ami et cama­rade Samir Amin, au len­de­main du 29 mai 2005 : « On ne pour­ra jamais faire évo­luer « de l’in­té­rieur » l’Eu­rope enga­gée dans la voie du libé­ra­lisme atlan­tiste, en direc­tion d’une « Europe sociale » et indé­pen­dante (des États-Unis). C’est en fai­sant front ouver­te­ment au pro­jet euro­péen tel qu’il est qu’on maxi­mi­se­ra les chances d’une construc­tion alter­na­tive authen­tique1. » Et je me dis que nous avons per­du dix ans.

J’ai défen­du de mon côté l’i­dée de « déso­béis­sance euro­péenne », en lui don­nant un conte­nu très clair : res­tau­rer la sou­ve­rai­ne­té juri­dique et moné­taire au niveau natio­nal pour mener des poli­tiques de gauche. Je consi­dé­rais qu’à par­tir du moment où un État diri­gé par la gauche radi­cale recou­vrait sa sou­ve­rai­ne­té, l’ap­par­te­nance for­melle aux ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires était secon­daire. Cela reste tech­ni­que­ment vrai, mais le sort qui est fait aujourd’­hui à la Grèce change la donne. Le simple fait d’être membre de l’U­nion euro­péenne est deve­nu poli­ti­que­ment into­lé­rable pour la gauche. Il ne s’a­git plus seule­ment de rompre avec l’eu­ro­li­bé­ra­lisme. Il s’a­git d’af­fir­mer que nous n’a­vons abso­lu­ment rien en com­mun, ni du point de vue des objec­tifs, ni du point de vue des valeurs, avec ces ins­ti­tu­tions conçues dans une logique de classe, pour lut­ter contre les peuples, et qui se sentent à pré­sent assez puis­santes pour ne plus faire le moindre com­pro­mis. Le seul objec­tif valable est d’en sor­tir et de les démanteler.

Auré­lien Bernier.

________
Notes :
1« Quel « pro­jet euro­péen » ? », Samir Amin, 21 juin 2005.

Source : Démon­dia­li­ser et coopé­rer.

 
Mon com­men­taire : seuls ceux qui appellent clai­re­ment à quit­ter l’UE tout de suite sont des résis­tants dignes de ce nom. Les autres, volon­tai­re­ment ou non, sont des col­la­bo­ra­teurs de l’occupant.

La capi­tu­la­tion est totale. Abjecte.
Comme celle de nos « socia­listes » et « com­mu­nistes » à nous.
« Élites » tou­jours capi­tu­lardes et cruelles quand leurs pri­vi­lèges sont contes­tés par le peuple.

Qu’on ne vienne plus me dire que la solu­tion vien­dra de l’é­lec­tion ou des « élus » :
Le faux « suf­frage uni­ver­sel » (l’é­lec­tion de maîtres consti­tuants par­mi des can­di­dats) FONDE le capi­ta­lisme, et le VERROUILLE.

 
Ne ratez pas ce livre important :

 
(Moi, après avoir lu le seul rap­pel sur l’é­pou­van­table félo­nie du chef (Robert HUE) du PC en 1997 (confir­mée chaque jour depuis par TOUS les chefs du PC fran­çais), j’au­rais plu­tôt inti­tu­lé le livre : « La gauche radi­cale et ses trahisons »…)

Pour ceux qui n’aiment pas lire, c’est cette vidéo qu’il ne faut man­quer à aucun prix :

http://​les​mu​tins​.org/​l​a​–​g​a​u​c​h​e​–​r​a​d​i​c​a​l​e​–​e​t​–​s​e​s​–​t​a​b​ous

– »’

Le fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​5​6​3​8​9​1​8​8​7​317

[Passionnant et important] Peter Dale Scott, « L’État profond américain. La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle ».

Billet à clas­ser dans la caté­go­rie : Dénon­çons —cou­ra­geu­se­ment— LA PRATIQUE DES COMPLOTS (c’est-à-dire une des prin­ci­pales et éter­nelles moda­li­tés concrètes de la lutte des classes), plu­tôt que dénon­cer —lâche­ment— « la théo­rie du com­plot » (c’est-à-dire une expres­sion inven­tée et dif­fu­sée par la CIA dans les années 60 pour dis­cré­di­ter faci­le­ment tous les lan­ceurs d’a­lerte, accu­sés en bloc de para­noïa, et pro­té­ger ain­si les com­plo­teurs de la classe dominante)…

Voi­ci des semaines que je dévore un livre essen­tiel (sur le très néces­saire — mais très défaillant — contrôle des pou­voirs à tra­vers le monde et les époques) et que je veux vous en par­ler. C’est un livre bou­le­ver­sant, et très docu­men­té (des mil­liers de notes com­men­tées, pour sour­cer et prou­ver tout ce qui y est décrit et analysé).

Il s’a­git du der­nier livre de Peter Dale Scott, pro­fes­seur et diplo­mate cana­dien (il a 86 ans), qui tra­vaille sur son sujet depuis 40 ans… Son titre est :
« L’É­tat pro­fond américain.
La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle. »

On peut trou­ver sur le site Demi-Lune (petit édi­teur cou­ra­geux et qu’il faut sou­te­nir pour cela) des extraits abso­lu­ment essen­tiels de ce livre que nous devrions tous avoir lu et qui devrait ensuite ali­men­ter nos conver­sa­tions quotidiennes.

Avec l’ac­cord de l’é­di­teur, je vais repro­duire ici quelques uns de ces extraits que je trouve fon­da­men­taux, ce qui va faire un billet long à lire, par­­don­­nez-moi, mais je vou­drais vrai­ment atti­rer votre atten­tion sur l’im­por­tance car­di­nale de ce livre pour com­prendre ce qui nous arrive sur terre, notre dépos­ses­sion poli­tique de plus en plus cari­ca­tu­rale et les guerres impé­riales de plus en plus inévi­tables notamment.

Sur la forme du livre, je signale que ce livre est très bien fabri­qué : il est par­fai­te­ment impri­mé et très soli­de­ment relié, ce qui le ren­dra résis­tant aux nom­breux mou­ve­ments et anno­ta­tions que vous ne man­que­rez pas de lui impo­ser au cours de votre lec­ture enfié­vrée 🙂 Il est prêt à ne plus vous quit­ter pen­dant des semaines sans se dés­in­té­grer (comme le font hon­teu­se­ment les livres d’autres édi­teurs comme GF – Gra­nier Flam­ma­rion dont je mau­dis l’im­pri­meur relieur, grand gou­gna­fier et grand sac­ca­geur de chefs‑d’œuvre devant l’é­ter­nel, dont TOUS les livres s’au­to­dé­truisent dès la lec­ture des pre­mières pages, grrr…). Le livre de Peter Dale Scott, lui, édi­té par Demi-Lune, est un vrai livre qui est fait pour être lu (et donc mani­pu­lé dans tous les sens). Par­don d’a­voir insis­té sur ce détail (qui compte pour moi).

Pour ceux qui n’aiment pas lire, Peter Dale Scott, par­fai­te­ment bilingue, a don­né un entre­tien très inté­res­sant sur son tra­vail dont voi­ci la vidéo (d’une heure) :

httpv://youtu.be/i4dcmJALM8k

Voi­ci donc les extraits de ce livre que je vous recom­mande chaleureusement :

• La 4ème page de couverture : 

S’appuyant sur plus de quatre décen­nies de recherches, Peter Dale SCOTT nous offre une ana­lyse inédite de « l’État pro­fond amé­ri­cain », un sys­tème infor­mel et mécon­nu, dont l’influence sur l’Histoire contem­po­raine est abso­lu­ment majeure. En dehors du cadre légal, celui-ci condi­tionne secrè­te­ment, sou­vent illé­ga­le­ment, les poli­tiques offi­cielles de l’E­tat public à Washing­ton – voire les contre­dit ou les neu­tra­lise. Obser­va­teur poli­tique de pre­mier plan, SCOTT décrit le pro­ces­sus de mili­ta­ri­sa­tion crois­sante des États-Unis, en par­ti­cu­lier depuis le 11-Sep­­tembre. Il explique éga­le­ment l’origine de la « dérive sécu­ri­taire » (écoutes et sur­veillance illé­gales, déten­tions arbi­traires mas­sives, usage de la tor­ture, assas­si­nats ciblés) et de l’accroissement des inéga­li­tés de reve­nus que connaît ce pays depuis la guerre du Vietnam.

L’État pro­fond consti­tue aujourd’hui un sys­tème qua­si ins­ti­tu­tion­na­li­sé dans des agences (comme la CIA et la NSA) qui échappent au contrôle démo­cra­tique. Mais il ne se limite pas à ces ser­vices secrets, et l’auteur décrit notam­ment l’influence exces­sive d’entreprises pri­vées telles que Booz Allen Hamil­ton (l’ex-employeur d’Edward Snow­den) et la SAIC, 70 % des bud­gets du Ren­sei­gne­ment aux États-Unis étant aujourd’hui sous-trai­­tés. Der­rière ce sys­tème opaque, où la dis­tinc­tion entre « public » et « pri­vé » semble pour le moins ténue, il retrace l’influence tra­di­tion­nelle des ban­quiers et des avo­cats de Wall Street alliés aux « super­ma­jors », les plus grandes com­pa­gnies pétro­lières inter­na­tio­nales. Il explique ain­si com­ment les pétro­mo­nar­chies du golfe Per­sique, les entre­prises de défense états-uniennes et Wall Street ont for­mé ensemble et pro­gres­si­ve­ment un État pro­fond supra­na­tio­nal – qui mène des poli­tiques par­fois radi­ca­le­ment oppo­sées aux inté­rêts natio­naux des États-Unis, de son peuple et de ses institutions.

Un tra­vail remar­quable qui clôt avec brio la tri­lo­gie enta­mée avec La Route vers le nou­veau désordre mon­dial et La Machine de guerre américaine…

 

• Le dos­sier de pré­sen­ta­tion du livre : 
http://​www​.edi​tions​de​mi​lune​.com/​m​e​d​i​a​/​p​r​e​s​s​e​/​D​o​s​s​i​e​r​–​d​e​–​p​r​e​s​s​e​–​E​t​a​t​–​p​r​o​f​o​n​d​–​a​m​e​r​i​c​a​i​n​–​O​P​T​.​pdf

• Éloges et cri­tiques + Sommaire :

Éloges et critiques

« L’État pro­fond amé­ri­cain résume plus de quatre décen­nies de recherches menées par Peter Dale Scott sur les aspects les plus obs­curs de la Poli­tique pro­fonde aux États-Unis. Il en résulte une pers­pec­tive inédite sur le véri­table sys­tème de gou­ver­nance dans ce pays. Son ana­lyse est méti­cu­leuse, brillante et magis­trale »

- Daniel Ells­berg, « l’homme qui fit tom­ber Nixon », auteur de Secrets : A Memoir of Viet­nam and the Penta­gone Papers

« Une nou­velle fois, Peter Dale Scott met en lumière les des­sous de l’État pro­fond amé­ri­cain à tra­vers cette étude pas­sion­nante et fon­da­men­tale. Cet ouvrage explique com­ment et pour­quoi nous avons per­du le contrôle de la poli­tique étran­gère des États-Unis et com­ment elle est en train de détruire notre démo­cra­tie. Ce livre indis­pen­sable est le fruit de recherches brillantes et rai­son­nées, qui achèvent de nous convaincre que nous ne pou­vons sau­ver notre Répu­blique sans iden­ti­fier les forces pro­fondes qui nous ont impo­sé leurs règles depuis bien long­temps – et ce d’une manière encore plus bru­tale et dra­ma­tique depuis le 11-Septembre. »

- Richard Falk, pro­fes­seur émé­rite de Droit inter­na­tio­nal à l’Université de Prin­ce­ton, et à l’Université de Cali­for­nie, (San­ta Bar­ba­ra) ; Rap­por­teur spé­cial du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour les Ter­ri­toires palestiniens

« Peter Dale Scott est l’universitaire le plus auda­cieux dans l’étude des struc­tures de pou­voir qui dirigent les États-Unis. Dans cet ouvrage, il démarre ses recherches là où le pion­nier Charles Wright Mil­ls s’était arrê­té, met­tant en lumière un sombre laby­rinthe de pou­voir – un monde obs­cur qui est deve­nu encore plus arro­gant et violent depuis l’époque de l’‘élite de pou­voir’ et du ‘com­plexe mili­­ta­­ro-indus­­triel’. Nous ne pou­vons com­prendre le fonc­tion­ne­ment réel du pou­voir sans nous aven­tu­rer dans la des­crip­tion révé­la­trice que Scott nous offre à tra­vers L’État pro­fond amé­ri­cain. »

- David Tal­bot, fon­da­teur du site d’information Salon​.com

« Lorsque s’écrira la véri­table His­toire intel­lec­tuelle de notre époque, Peter Dale Scott sera recon­nu pour sa pers­pi­ca­ci­té et son hon­nê­te­té. Dans L’État pro­fond amé­ri­cain, Scott per­çoit une nou­velle fois la réa­li­té de manière pré­cise, brillante et cou­ra­geu­se­ment intègre, nous alar­mant sur nos fatales illu­sions. Il s’agit de l’un des livres les plus impor­tants de notre époque. »

- Roger Mor­ris, ancien membre du Conseil de Sécu­ri­té Natio­nale des États-Unis sous les pré­si­dences de Lyn­don John­son et de Richard Nixon

« Peter Dale Scott ana­lyse en pro­fon­deur chaque aspect du sys­tème orwel­lien de sécu­ri­té natio­nale – de la sur­veillance extra­ju­di­ciaire aux déten­tions arbi­traires, en pas­sant par la loi mar­tiale. Il montre com­ment les ser­vices de ren­sei­gne­ment et l’armée des États-Unis sont doré­na­vant impli­qués de façon per­ma­nente dans le main­tien de l’ordre. Pour l’essentiel, ce sys­tème opaque – c’est-à-dire le gou­ver­ne­ment secret – est ce que Scott appelle l’‘État pro­fond’. Il s’agit de l’influent sec­teur qui éclipse les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques. Pour­tant, les agences publiques [la NSA, la CIA, le JSOC, le Penta­gone, etc.] qui forment cet État pro­fond n’en repré­sentent qu’un seul niveau. En effet, leur pou­voir pro­vient éga­le­ment de leurs connexions cru­ciales en dehors du gou­ver­ne­ment – comme le montre l’exemple de la CIA, qui est soli­de­ment ancrée à Wall Street. (…) Tout est dans ce livre. Une lec­ture abso­lu­ment obli­ga­toire. »

- Pepe Esco­bar, cor­res­pon­dant iti­né­rant pour Asia Times (Hong Kong) et auteur de Empire of Chaos

« Depuis long­temps, Peter Dale Scott a été un pion­nier dans l’étude métho­dique de l’État de sécu­ri­té natio­nale et de son influence occulte dans tous les domaines de la poli­tique étran­gère et inté­rieure des États-Unis. Avec ce nou­vel ouvrage, il se sur­passe en offrant une ana­lyse véri­ta­ble­ment com­plète de l’empiètement crois­sant d’un ‘État pro­fond’ incon­trô­lé dans le sys­tème poli­tique démo­cra­tique de ce pays, depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. (…) Il s’agit d’un tra­vail brillant et inci­sif, une lec­ture obli­ga­toire pour tous ceux qui sou­haitent com­prendre les inter­ac­tions entre le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé, la sécu­ri­té natio­nale et les objec­tifs dou­teux des ser­vices de ren­sei­gne­ment les plus puis­sants, mais aus­si les plus secrets. »

- Nafeez M. Ahmed, spé­cia­liste des ques­tions de res­sources éner­gé­tiques, de ter­ro­risme, et de sécu­ri­té inter­na­tio­nale, auteur de La Guerre contre la vérité

« Dans cet excellent livre, Peter Dale Scott montre com­ment les res­tric­tions impo­sées par le Congrès des États-Unis aux ser­vices de ren­sei­gne­ment US ont entraî­né la fusion de l’État pro­fond amé­ri­cain avec des ser­vices étran­gers, afin d’opérer depuis d’autres pays. (…) L’auteur explique com­ment le pétrole saou­dien et les contrats d’armement US ont péren­ni­sé une rela­tion spé­ciale entre les États-Unis et l’Arabie saou­dite. (…) L’État pro­fond amé­ri­cain a tou­jours été lié aux ban­quiers de Wall Street et aux super­ma­jors, l’ancien direc­teur de la CIA Allen Dulles en étant l’archétype – lui qui voyait les diri­geants poli­tiques élus comme des natio­na­listes à l’esprit étroit, inca­pables de gérer les affaires poli­tiques globales. »

- Ola Tunan­der, pro­fes­seur de Rela­tions inter­na­tio­nales, à Oslo (PRIO).

« Peter Dale SCOTT nous offre sa der­nière dis­sec­tion des sombres entrailles du gou­ver­ne­ment des États-Unis. (…) Un ouvrage alar­mant et sti­mu­lant. »

- Publi­shers Week­ly, revue pro­fes­sion­nelle heb­do­ma­daire, équi­valent US de Livres Heb­do

 

sommaire

- Remer­cie­ments
– Acronymes
– Note au sujet de la cou­ver­ture de l’édition ori­gi­nale 17
– Avant-pro­­pos de l’auteur 21

  1. Le Pro­jet Juge­ment der­nier, les évé­ne­ments pro­fonds et l’éro­sion de la démo­cra­tie aux États-Unis 25

- La socio­dy­na­mique des pou­voirs répres­sifs dans les socié­tés impé­riales 30
– Un pou­voir incon­trô­lé : la CIA et le retour de la connexion nar­co­tique glo­bale 33
– La « Conti­nui­té du Gou­ver­ne­ment » (COG) et l’occupation mili­taire des États-Unis 35
– L’État pro­fond américain38

  1. L’État pro­fond, le supra­monde de Wall Street et les super­ma­jors 41

- L’État pro­fond, le gou­ver­ne­ment de l’ombre et le supra­monde de Wall Street 44
– La longue his­toire du supra­monde de Wall Street 46
– L’État pro­fond et le finan­ce­ment des opé­ra­tions clan­des­tines de la CIA 47
– Les com­mis­sions occultes de Lock­heed et les clients de la CIA : les Pays-Bas, le Japon, l’Italie, l’Indonésie et l’Arabie saou­dite 49
– L’Iran en 1953 : com­ment une opé­ra­tion du car­tel pétro­lier est deve­nue une mis­sion de la CIA 51
– La CIA, Booz Allen Hamil­ton et le supra­monde de Wall Street 55
– La CIA, Miles Cope­land et Adnan Kha­shog­gi 57
– Kha­shog­gi, Edward K. Moss et la cor­rup­tion poli­tique 59
– Moss, Kha­shog­gi, le Safa­ri Club et le supra­monde inter­na­tio­nal 62
– L’État pro­fond, le Safa­ri Club et la BCCI 63
– Les super­ma­jors, l’Arabie saou­dite, le Safa­ri Club et la défaite du Pré­sident Car­ter en 1980 65
– L’État pro­fond et la dis­si­mu­la­tion autour de la BCCI 67
– Conclu­sion : un État pro­fond supra­na­tio­nal 69

  1. Le Pro­jet Juge­ment der­nier : com­ment la COG a sup­planté la Consti­tu­tion des États-Unis le 11-Sep­­tembre 71

- La mise en œuvre de la COG le 11-Sep­­tembre 75
– La mili­ta­ri­sa­tion du main­tien de l’ordre aux États-Unis 81
– La pro­cla­ma­tion d’urgences natio­nales per­ma­nentes 82
– La par­ti­ci­pa­tion de Che­ney et de Rum­sfeld au comi­té secret de pla­ni­fi­ca­tion de la COG 83
– La COG, l’état d’urgence natio­nale et le Natio­nal Emer­gen­cies Act 85

  1. La préten­due guerre « contre » le ter­ro­risme (1re par­tie): l’His­toire pro­fonde de la pro­tec­tion par les États-Unis d’Ali Moha­med, un ter­ro­riste d’al-Qaïda 89

- L’intervention du FBI auprès de la GRC pour qu’elle libère Ali Moha­med (1993) 94
– La libé­ra­tion d’Ali Moha­med : un évé­ne­ment pro­fond igno­ré par les médias aux États-Unis 96
– Une His­toire des États-Unis à deux niveaux : l’Histoire offi­cielle et l’Histoire pro­fonde 98
– La pro­tec­tion plus ancienne d’Ali Moha­med par le FBI et le gou­ver­ne­ment des États-Unis 100
– Le centre al-Kifah, Ali Moha­med et le flux de jiha­distes vers l’Afghanistan 102
– La dis­si­mu­la­tion par le FBI des liens d’Ali Moha­med avec le meurtre de Meir Kahane 103
– La pro­tec­tion d’Ali Moha­med par le FBI dans l’attentat à la bombe contre le World Trade Cen­ter en 1993 105
– Le sou­tien des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saou­dite au réseau Mak­tab al-Kha­­da­­mat 107
– La cible d’al-Kifah en 1993 : la Bos­nie et non l’Afghanistan 109
Al-Kifah, al-Qaï­­da, le Tad­ji­kis­tan et la drogue 110
– La pro­tec­tion du centre al-Kifah par les États-Unis visait-elle à faci­li­ter le finan­ce­ment et l’envoi de jiha­distes à l’étranger ? 113

  1. La préten­due guerre « contre » le ter­ro­risme (2e par­tie) : la pro­tec­tion et l’uti­li­sa­tion d’al-Qaïda par l’État pro­fond et les pétro­mo­nar­chies 115

- Le sou­tien de l’Arabie saou­dite au Mak­tab al-Kha­­da­­mat et plus tard à al-Qaï­­da 115
– Quel prince saou­dien aida un Ous­sa­ma ben Laden pri­vé de pas­se­port à quit­ter l’Arabie saou­dite ? 118
– Les diver­gences entre le Dépar­te­ment d’État et la CIA sur la ques­tion de l’Afghanistan – et les inté­rêts pétro­liers 121
– Les opé­ra­tions clan­des­tines et le pétrole en Asie cen­trale 122
– Ben Laden, Ali Moha­med et la famille royale saou­dienne 124
– Le finan­ce­ment de ben Laden par la famille royale saou­dienne, incluant son trans­fert au Sou­dan 125
– La pro­tec­tion de Moham­med Jamal Kha­li­fa, le beau-frère d’Oussama ben Laden, par les États-Unis et l’Arabie saou­dite 128
– La pro­tec­tion de Kha­led Sheikh Moham­med, une figure cen­trale d’al-Qaïda, par les États-Unis et le Qatar 130
– La pro­tec­tion fédé­rale de deux pirates de l’air pré­su­més du 11-Sep­­tembre 133
– Une dis­si­mu­la­tion per­ma­nente de la véri­té qui s’est pour­sui­vie après le 11-Sep­­tembre 136
– Le com­plexe pétro­lier amé­­ri­­ca­­no-saou­­dien et la défense du sys­tème des pétro­dol­lars 138
– Conclu­sion : un nou­veau désordre mon­dial 141

  1. La guerre de ter­reur des États-Unis : la CIA, le 11-Sep­­tembre, l’Afgha­nis­tan et l’Asie cen­trale 143

- La guerre de ter­reur de Bush et la fal­si­fi­ca­tion des ren­sei­gne­ments 143
– La guerre de ter­reur et le pro­jet de domi­na­tion glo­bale de Donald Rum­sfeld, Dick Che­ney et Paul Wol­fo­witz 146
– La dis­si­mu­la­tion autour du 11-Sep­­tembre et le rôle de la CIA dans le lais­­ser-faire de ces atten­tats 151
– Les accords de liai­son avec d’autres ser­vices de ren­sei­gne­ment 155
– Retour en arrière : le Safa­ri Club et William Casey 158
– Les accords de liai­son et la pro­tec­tion de Kha­led al-Mihd­­har et de Nawaf al-Haz­­mi 163
– Richard Blee avait-il un objec­tif incon­nu pour dis­si­mu­ler les ren­sei­gne­ments ? 166
– Le SOCOM avait-il un objec­tif incon­nu pour stop­per le pro­gramme Able Dan­ger ? 167
– La récur­rence des évé­ne­ments pro­fonds der­rière les enga­ge­ments mili­taires des États-Unis 169
– L’impact du 11-Sep­­tembre sur le Droit inter­na­tio­nal et états-unien 170
– Post-scrip­­tum 172

  1. Com­ment l’État pro­fond s’est impo­sé aux Pré­si­dents suc­ces­sifs des États-Unis (1961−1980) 175

- L’État pro­fond, les évé­ne­ments pro­fonds et la vio­lence 175
– L’hostilité de l’armée et de la CIA envers les stra­té­gies pré­si­den­tielles suc­ces­sives (1961−1980) 180
– La Révo­lu­tion Rea­gan et le « consen­sus de Washing­ton » 185

  1. Les évé­ne­ments pro­fonds struc­tu­rels : JFK, le Water­gate, l’Iran­gate et le 11-Sep­­tembre 189

- Les com­por­te­ments bureau­cra­tiques mal­veillants comme fac­teur ayant contri­bué à l’assassinat de JFK ain­si qu’au 11-Sep­­tembre 193
– Le même type de com­por­te­ments bureau­cra­tiques mal­veillants autour du 11-Sep­­tembre 196
– L’élargissement des pou­voirs répres­sifs à la suite des évé­ne­ments pro­fonds 198
– Des recou­pe­ments de per­son­nel entre les évé­ne­ments pro­fonds suc­ces­sifs 201
– Un déno­mi­na­teur com­mun aux évé­ne­ments pro­fonds struc­tu­rels : le Pro­jet Juge­ment der­nier et la COG 202

  1. L’État pro­fond amé­ri­cain, les évé­ne­ments pro­fonds et leurs sources de finan­ce­ment occulte 209

- L’État pro­fond amé­ri­cain 214
– La CIA et le pou­voir du por­te­feuille 216
– Les fonds pro­ve­nant des contrats d’armement 218
– Kha­shog­gi, le Safa­ri Club, la BCCI et le supra­monde inter­na­tio­nal 219
– Les clauses secrètes dans les contrats d’armement 220
L’accord AWACS 221
L’accord al-Yama­­mah 222
– Les finan­ce­ments off­shore et la conti­nui­té des évé­ne­ments pro­fonds 222
La contre-sur­­prise d’octobre de 1980 223
Le scan­dale de l’Iran­gate (dont le finan­ce­ment des Contras, les ventes d’armes illé­gales à l’Iran et le sou­tien des moud­ja­hi­dines en Afgha­nis­tan) 224
Le 11-Sep­­tembre 227
– Conclu­sion : l’État pro­fond amé­ri­cain aujourd’hui 229
– Post-scrip­­tum 230

  1. L’État sécu­ri­taire incon­trô­lé des États-Unis : la conti­nuité de la pla­ni­fi­ca­tion de la COG (1936−2001) 233

- Hoo­ver, McCar­thy et notre hys­té­rie du Juge­ment der­nier 233
– La source du pou­voir illi­cite de Hoo­ver : la Divi­sion du Ren­sei­gne­ment du FBI 243
– Les pou­voirs de Hoo­ver et le ren­for­ce­ment de l’État dua­liste aux États-Unis 247
– Hoo­ver et les ori­gines de la pla­ni­fi­ca­tion des inter­ne­ments de crise de la COG 249
– Com­ment les plans d’internement de Hoo­ver furent inté­grés à la pla­ni­fi­ca­tion natio­nale de crise (COG) 251
– L’évolution de la pré­pa­ra­tion de la loi mar­tiale : le plan Gar­den Plot, l’opération Cable Spli­cer et la FEMA 254
– Le Sys­tème natio­nal de com­mu­ni­ca­tions et le Pro­jet Juge­ment der­nier 255

  1. L’État sécu­ri­taire incon­trô­lé des États-Unis et l’illégalité 259

- L’utilisation par Hoo­ver de méthodes illé­gales pour com­battre le Ku Klux Klan 263
– La fin du Hoo­ve­risme et les débats de la période de l’après-guerre du Viet­nam 269
– Le débat sur les pou­voirs secrets dans la tran­si­tion entre l’après-guerre du Viet­nam et la pré­si­dence Rea­gan 272
– Le Hoo­ve­risme et l’hystérie du Juge­ment der­nier : une dif­fé­rence ins­truc­tive 275
– L’expansion des pou­voirs secrets depuis le 11-Sep­­tembre 277
– Conclu­sion 278

  1. Pour­quoi les citoyens des États-Unis doivent stop­per les guerres auto‑géné­ra­trices de leur pays 283

- Les dérives de la Pax Bri­tan­ni­ca à la fin du XIXe siècle 285
– La Pax Ame­ri­ca­na à l’aune de la Pax Bri­tan­ni­ca 290
– L’alliance secrète entre les États-Unis et l’Arabie saou­dite, et la guerre « contre » le ter­ro­risme 293
– Le sou­tien de l’Arabie saou­dite aux ter­ro­ristes 296
– L’exemple du Mali 297
– Une oppor­tu­ni­té pour la paix, et l’insécurité comme prin­ci­pal obs­tacle à celle-ci 298
– Que doit-on faire ? 301

Épi­logue. Théâtre grec – Mario Savio et la quête socra­tique 307

- Annexes 313
– Notes 315
– Biblio­gra­phie sélec­tive 407
– Index 414

 

• Avant-pro­­pos de l’au­teur pour l’é­di­tion française :

avant-propos de l’auteur

Les États-Unis, la France et l’État profond international

L’État pro­fond amé­ri­cain devrait être une pré­oc­cu­pa­tion uni­ver­selle, et par­ti­cu­liè­re­ment en France. Ce sys­tème ren­force le milieu suprana­tional des super-riches (le « supra­monde »), dont seule­ment 80 d’entre eux pos­sèdent autant que 3,5 mil­liards d’êtres humains.1 Grâce à la crois­sance récente et colos­sale de la richesse à tra­vers le monde, ceux qui com­posent l’« élite de pou­voir glo­ba­li­sé » réunie chaque année au Forum de Davos ont aujourd’hui plus d’influence sur la gou­ver­nance mon­diale que ceux qui siègent à l’Assemblée Géné­rale des Nations Unies.

Les par­ti­ci­pants de Davos n’ont pas besoin de don­ner leurs instruc­tions à l’État pro­fond amé­ri­cain, qui s’est struc­tu­ré pour satis­faire les inté­rêts de Wall Street et d’autres milieux, dont celui du crime orga­ni­sé.2 Cer­tains élé­ments de ce supra­monde font par­tie des « élites de l’ombre, dont l’influence découle de moyens illi­cites ou non conven­tionnels. »3 D’autres acteurs, tels que le ven­deur d’armes saou­dien Adnan Kha­shog­gi * – qui fut autre­fois appe­lé « l’homme le plus riche du monde » – font par­tie inté­grante de l’Histoire de l’État pro­fond américain.

Depuis l’après-guerre, ce sys­tème de gou­ver­nance opaque et infor­mel s’est pro­gres­si­ve­ment inter­na­tio­na­li­sé. Dans les années 1980, William Casey – le direc­teur de la CIA sous la pré­si­dence Rea­gan – contour­na sa propre agence pour finan­cer la guerre secrète contre les Sovié­tiques en Afgha­nis­tan. Pour ce faire, il eut recours aux ser­vices de la BCCI (Bank of Cre­dit and Com­merce Inter­na­tio­nal), une mul­ti­na­tio­nale ban­caire cor­rom­pue et impli­quée dans le tra­fic de drogue glo­bal, qui était enra­ci­née au Pakis­tan, au Luxem­bourg, en Ara­bie saou­dite, ain­si qu’à Abou Dha­bi. Plus récem­ment, des élé­ments de l’État pro­fond amé­ri­cain – notam­ment la puis­sante entre­prise de ser­vices pétro­liers Hal­li­bur­ton –, se sont mis à l’abri de la super­vi­sion des auto­ri­tés US en délo­ca­li­sant leurs sièges sociaux dans les capi­tales moins régu­lées du golfe Per­sique.5

Pen­dant deux décen­nies, depuis l’attentat à la sta­tion Saint-Michel du RER B en 1995 jusqu’à ceux de Char­lie Heb­do, de Mon­trouge et de l’Hyper Cacher début 2015, la France a souf­fert du ter­ro­risme. La vague d’attentats de l’été 1995 en France fut per­pé­trée par d’anciens moud­ja­hi­dines ayant com­bat­tu en Bos­nie ; le cha­pitre 4 de ce livre décrit com­ment cette cam­pagne bos­niaque a notam­ment été sou­te­nue par le centre al-Kifah de Brook­lyn, New York – qui était alors pro­té­gé par les auto­ri­tés US.6 Dans cet ouvrage, je retra­ce­rai l’historique de la pro­tec­tion et du sou­tien clan­des­tins, par les États-Unis, de réseaux ter­ro­ristes pour­tant consi­dé­rés comme ennemis.

Ce pro­ces­sus est étroi­te­ment lié à la pré­ten­due guerre « contre » le ter­ro­risme lan­cée par George W. Bush en 2001, et menée avec la coopé­ra­tion de l’Arabie saou­dite, du Qatar et du Pakis­tan. Or, les élites de ces trois pays ont été les prin­ci­paux sou­tiens finan­ciers et poli­tiques des réseaux jiha­distes que les États-Unis sont cen­sés avoir com­bat­tus jusqu’à pré­sent. Dans le même temps, les plus farouches oppo­sants à ces ter­ro­ristes sun­nites – les gou­ver­ne­ments d’Irak, de Libye, de Syrie et d’Iran – ont été ren­ver­sés (Irak et Libye), désta­bi­li­sés avec l’appui des États-Unis et de la France (Syrie) ou sanc­tion­nés et mena­cés en tant qu’éléments de l’« Axe du Mal » (Iran). Selon des esti­ma­tions cré­dibles, cette guerre « contre » le ter­ro­risme aurait engen­dré au moins 1,3 mil­lion de morts en Afgha­nis­tan, en Irak et au Pakis­tan depuis 2001 – une cam­pagne mili­taire glo­bale que j’ai rebap­ti­sée « guerre de ter­reur » dans le cha­pitre 6 de cet ouvrage.7

La stra­té­gie com­mune des États-Unis et de l’Arabie saou­dite dans la défense du sys­tème des pétro­dol­lars a sous-ten­­du ces poli­tiques per­verses et dan­ge­reuses. Ain­si, les impor­ta­tions de pétrole du golfe Per­sique – qui sont réglées en dol­lars – ont été com­pen­sées par les expor­ta­tions d’armes vers les pétro­mo­nar­chies, dont le royaume des Saoud qui en fut le pre­mier impor­ta­teur en 2014.8 Comme je l’explique dans ce livre, une part des pro­fits de ces contrats d’armement ont été uti­li­sés pour finan­cer des opé­ra­tions clan­des­tines, comme l’Iran-Contra ou la guerre secrète en Afgha­nis­tan dans les années 1980.

Dans ce contexte de guerre per­pé­tuelle, il est urgent que les citoyens des États-Unis – mais aus­si de la France et plus lar­ge­ment de l’Europe – fassent pres­sion sur leurs gou­ver­ne­ments pour stop­per cette stra­té­gie basée sur le pétrole et les armes. Il est donc indis­pen­sable de mieux com­prendre ce sys­tème de l’État pro­fond, et c’est l’un des prin­ci­paux buts de ce livre.

Peter Dale Scott.

 

• et puis l’ex­trait du cha­pitre 1 (ne ratez sur­tout pas ça) :
http://www.editionsdemilune.com/media/extraits/l‑etat-profond-americain/EDL-EPA-Extraits-chapitre‑1.pdf

chapitre 1 : Le Projet Jugement dernier, les événements profonds et l’érosion de la démocratie aux États-Unis

« Je suis conscient de la pos­si­bi­li­té d’instaurer une véri­table tyran­nie aux États-Unis. Nous devons donc nous assu­rer que cette agence [la Natio­nal Secu­ri­ty Agen­cy], et toutes celles qui possèdent ces tech­no­lo­gies, opèrent dans un cadre légal et sous une super­vi­sion appro­priée, de sorte que nous ne tom­bions jamais dans cet abîme. Y som­brer serait sans retour. »
– Séna­teur Frank Church (1975)

Ces der­nières années, j’ai été de plus en plus pré­oc­cu­pé par l’interaction entre trois ten­dances alar­mantes et déter­mi­nantes dans l’Histoire contem­poraine des États-Unis. La pre­mière est la mili­ta­ri­sa­tion crois­sante de ce pays, et essen­tiel­le­ment sa pro­pen­sion, voire son obses­sion, à s’engager dans des guerres néfastes et inutiles. (Comme l’ancien Pré­sident Jim­my Car­ter l’a expli­qué avec per­ti­nence, « le reste du monde consi­dère presque una­ni­me­ment les États-Unis comme le prin­ci­pal fau­teur de guerre. »)1 La deuxième ten­dance, qui lui est étroi­te­ment liée, est l’éro­sion pro­gres­sive de la poli­tique publique et de l’État de droit, du fait qu’ils sont subor­don­nés – y com­pris sur notre ter­ri­toire – aux exi­gences des opé­ra­tions clan­des­tines états-uniennes à l’étranger.

La troi­sième ten­dance, elle aus­si étroi­te­ment liée aux pré­cé­dentes, est l’influence majeure de ce que j’ai appe­lé les « évé­ne­ments pro­fonds » sur l’Histoire des États-Unis – une influence de plus en plus nocive. Il s’agit d’événements qui, dès le départ, sont enta­chés de mys­tère, comme l’assassinat du Pré­sident Ken­ne­dy, l’effraction du Water­gate ou le 11-Sep­­tembre. Par ailleurs, ils impliquent sys­té­ma­ti­que­ment des actes cri­mi­nels ou vio­lents, et ils sont inté­grés dans les pro­ces­sus clan­des­tins des ser­vices spé­ciaux. Enfin, ils ont pour consé­quence d’étendre la part secrète de l’État, et ils font ensuite l’objet de dis­si­mu­la­tions sys­té­ma­tiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement.

Il existe un fac­teur liant l’assassinat de JFK, le Water­gate, la « contre-sur­­prise d’octobre » de 1980 visant à empê­cher la réélec­tion du Pré­sident Car­ter, l’affaire Iran-Contra et le 11-Sep­­tembre. Il s’agit de l’implication, dans les cou­lisses de tous ces évé­ne­ments pro­fonds, d’individus ayant par­ti­ci­pé à la pla­ni­fi­ca­tion de crise la plus secrète et impor­tante des États-Unis. Depuis les années 1950, on désigne celle-ci comme le pro­gramme de la « Conti­nui­té du Gou­ver­ne­ment » (COG pour Conti­nui­ty of Govern­ment) – plus com­mu­né­ment appe­lé le « Pro­jet Juge­ment der­nier » au Penta­gone. La mise en œuvre des mesures de la COG le matin du 11 sep­tembre 2001 fut l’aboutissement de plu­sieurs décen­nies de cette pla­ni­fi­ca­tion. Elle a eu comme consé­quences la mili­ta­ri­sa­tion per­ma­nente du ter­ri­toire des États-Unis, de même que l’instauration de pro­ces­sus et d’institutions ayant pour objec­tif d’imposer l’hégémonie de ce pays à l’étranger.

Ces der­nières décen­nies, en étu­diant ces évé­ne­ments pro­fonds à mesure qu’ils sur­ve­naient, je me suis inté­res­sé aux liens qu’ils pou­vaient avoir entre eux. Doré­na­vant, il est pos­sible de démon­trer en quoi cha­cun fut lié aus­si bien à celui qui le pré­cé­dait qu’à l’occurrence suivante.

Dans ce cha­pitre, je sou­hai­te­rais appro­fon­dir cette ana­lyse, en pro­po­sant un cadre théo­rique qui per­mette d’étudier les forces immuables der­rière les évé­ne­ments pro­fonds les plus impor­tants. Il s’agit ain­si de com­prendre dans quelle mesure ces forces ont contri­bué à la pré­do­mi­nance poli­tique de ce qui était appe­lé autre­fois le « com­plexe mili­­ta­­ro-indus­­triel ». C’est pour­quoi je ten­te­rai de décrire cer­taines lois infor­melles qui déter­minent la socio­dy­na­mique de cha­cune des grandes socié­tés que l’on appelle les « empires ». Celles-ci déploient leur excès de puis­sance pour s’étendre au-delà de leurs propres fron­tières en impo­sant leurs volon­tés aux autres peuples. De façon pré­vi­sible, ce pro­ces­sus d’expansion génère des ten­dances propres aux ins­ti­tu­tions impé­riales et aux indi­vi­dus lut­tant pour s’élever dans leurs hié­rar­chies. Aux États-Unis, ce phé­no­mène a trans­formé le com­plexe mili­­ta­­ro-indus­­triel : d’une menace en marge de l’ordre social, il est pro­gres­si­ve­ment deve­nu une force omni­pré­sente qui domine celui-ci.

Par ce cadre théo­rique, j’espère convaincre les lec­teurs que notre His­toire récente est, à cer­tains égards, plus simple qu’elle n’y paraît – notam­ment dans les médias. Notre socié­té, du fait de ses réus­sites éco­no­miques et de l’expansion qui en découle, a engen­dré des forces imper­son­nelles à la fois en dedans et en dehors d’elle-même. Jusqu’à pré­sent, celles-ci ont trans­for­mé notre démo­cra­tie élec­tive en un empire répres­sif. Et par­mi ces forces évo­luent celles qui sont à l’ori­gine des évé­ne­ments profonds.

Je suis loin d’être le seul à per­ce­voir cette dégra­da­tion poli­tique aux États-Unis, notam­ment en termes de pro­ces­sus déci­sion­nels. Un tel phé­no­mène, reflé­tant le déclin des empires du pas­sé, fut décrit de manière appro­fon­die par le regret­té Chal­mers Johnson :

« Une abon­dance de preuves démontre que, dans la décen­nie sui­vant la fin de la guerre froide, la poli­tique étran­gère des États-Unis s’est consi­dérablement éloi­gnée de la diplo­ma­tie, de l’aide au déve­lop­pe­ment, du Droit inter­na­tio­nal et des ins­ti­tu­tions mul­ti­la­té­rales. La plu­part du temps, elle s’est au contraire maté­ria­li­sée par les inti­mi­da­tions, la force mili­taire et les mani­pu­la­tions finan­cières. »2

Cepen­dant, mon ana­lyse va plus loin que celles de Chal­mers John­son, Kevin Phil­lips, Andrew Bace­vich et d’autres obser­va­teurs. En effet, elle vise à démon­trer que les trois prin­ci­paux évé­ne­ments pro­fonds – l’assassinat de JFK, le Water­gate et le 11-Sep­­tembre – ne furent pas seule­ment des symp­tômes de ce déclin démo­cra­tique aux États-Unis, mais qu’ils en ont été des fac­teurs importants.

À l’instar de Michael Lind, cer­tains auteurs ont remar­qué que, depuis long­temps, deux dif­fé­rentes cultures poli­tiques avaient pré­va­lu aux États-Unis. Celles-ci sous-tendent les diver­gences poli­tiques entre les citoyens de ce pays, de même qu’entre divers sec­teurs de l’État.3 L’une de ces cultures est prin­ci­pa­le­ment éga­li­taire et démo­cra­tique, favo­ri­sant le ren­for­ce­ment juri­dique des droits de l’Homme aus­si bien aux États-Unis qu’à l’étranger. La seconde, bien moins admise mais pro­fon­dé­ment enra­ci­née, prio­rise et enseigne le recours à la vio­lence répres­sive. Visant à main­te­nir l’« ordre », elle est diri­gée à la fois contre la popu­la­tion des États-Unis et contre celles du Tiers-Monde.

Dans une cer­taine mesure, on peut retrou­ver ces deux men­ta­li­tés dans chaque socié­té. Elles cor­res­pondent à deux exer­cices oppo­sés du pou­voir et de la gou­ver­nance, défi­nis par Han­nah Arendt comme la « per­sua­sion par argu­ments » face à la « contrainte par la force ». Se confor­mant à Thu­cy­dide, Arendt attri­bue l’origine de ces prin­cipes à la « manière grecque de gérer les affaires inté­rieures, la per­sua­sion (ttsiG­siv), ain­si [qu’à] la conduite habi­tuelle des affaires étran­gères, cen­trée sur la force et la vio­lence ((3ia). »4 Dans un autre essai, Arendt écri­vit que « la vio­lence et le pou­voir [per­sua­sif] ne sont pas iden­tiques. (…) Le pou­voir et la vio­lence sont à l’opposé l’un de l’autre ; là où l’un règne d’une manière abso­lue, l’autre est absent. »5

On peut consi­dé­rer que l’apologie, par Han­nah Arendt, du pou­voir per­sua­sif comme fon­de­ment d’une socié­té consti­tu­tion­nelle et ouverte est aux anti­podes de la défense – par le pro­fes­seur de Har­vard Samuel P. Hun­ting­ton – d’un pou­voir de l’ombre auto­ri­taire et coer­ci­tif comme pré­re­quis de la cohé­sion sociale. Ce pou­voir coer­ci­tif prô­né par Hun­ting­ton consti­tue donc l’antithèse du pou­voir ouvert et per­sua­sif. Selon lui, « le pou­voir ne peut res­ter fort que lorsqu’il est main­te­nu dans l’ombre ; lorsqu’il est expo­sé à la lumière du jour, il com­mence à s’évaporer. »6

Arendt admi­rait la Révo­lu­tion amé­ri­caine, puisqu’elle avait abou­ti à la créa­tion d’une Consti­tu­tion visant à assu­rer l’encadrement du pou­voir poli­tique par l’ouverture et la per­sua­sion. Au contraire, dans l’Afrique du Sud ségré­ga­tion­niste, Hun­ting­ton conseilla le gou­ver­ne­ment Botha dans la mise en place d’un puis­sant appa­reil d’État sécu­ri­taire non sou­mis au contrôle public. Nous pour­rions dire qu’Arendt était une théo­ri­cienne du pou­voir consti­tu­tion­nel, et Hun­ting­ton du « pou­voir de l’ombre ». Ce der­nier est l’essence même de ce que j’ai vou­lu signi­fier en me réfé­rant à « l’État pro­fond » – une expres­sion que j’ai emprun­tée à la Tur­quie en 2007. Il s’agit d’un pou­voir qui ne pro­vient pas de la Consti­tu­tion, mais de sources exté­rieures et supé­rieures à celle-ci, et qui est « plus puis­sant que l’État public. »7 En 2013, le retour de l’armée à la tête de Égypte, de même que les révé­la­tions sur la sur­veillance de la NSA par Edward Snow­den, ont don­né de la valeur à la notion d’État pro­fond. Celui-ci a été défi­ni dans un édi­to­rial du New York Times comme « [un] niveau de gou­ver­ne­ment ou de super contrôle dif­fi­ci­le­ment per­cep­tible qui se main­tient quel que soit le résul­tat des élec­tions et qui est sus­cep­tible de contre­car­rer les mou­ve­ments sociaux ou les chan­ge­ments radi­caux. »8 À par­tir du cha­pitre 2, j’approfondirai mon ana­lyse et ma défi­ni­tion de l’État profond.

Écri­vant durant les mani­fes­ta­tions et les émeutes des années 1960, Arendt aus­si bien qu’Huntington crai­gnaient que l’autorité tra­di­tion­nelle ne soit en dan­ger. En effet, Arendt la per­ce­vait comme étant mena­cée par le « déclin [contem­po­rain] de la tra­di­tion et de la reli­gion ». Un demi-siècle plus tard, je dirais que l’État pro­fond repré­sente un bien plus grand péril pour l’équilibre social. En revanche, il est un atout majeur pour ceux qui, à la droite de l’échiquier poli­tique, invoquent l’autorité au nom de la sécu­ri­té, de la tra­di­tion et de la reli­gion. Nous avons pu obser­ver l’implication mas­sive des États-Unis dans un mou­ve­ment de domi­na­tion et d’exploitation du reste du monde, notam­ment par les méthodes clan­des­tines et hors-la-loi de l’État pro­fond. Ain­si, les pro­ces­sus per­sua­sifs ouverts, qui ont consti­tué l’idéal tra­di­tion­nel de ce pays dans la ges­tion de ses affaires inté­rieures, ont été de plus en plus subor­don­nés à la vio­lence autoritaire.

Comme je le mon­tre­rai dans ce livre, les méca­nismes hori­zon­taux de la démo­cra­tie ont été gra­duel­le­ment sup­plan­tés par les pro­ces­sus ver­ti­caux de l’État pro­fond. Or, j’ai ten­dance à pen­ser que les pres­sions immuables de l’Histoire vont dans l’autre sens : celui de l’atténuation de la vio­lence par les forces de per­sua­sion. Par exemple, la Rus­sie tsa­riste s’est trans­for­mée en un sys­tème ana­chro­nique voué à l’effon­drement car il lui man­quait un enra­ci­ne­ment popu­laire. Je sou­hai­te­rais un meilleur ave­nir pour les États-Unis.9

La ten­dance actuelle au ren­for­ce­ment d’un pou­voir ver­ti­cal, répres­sif ou violent est idéo­lo­gi­que­ment défen­due comme étant un moyen de garan­tir la sécu­ri­té et la sta­bi­li­té sociale, alors qu’au contraire, il les menace. Comme Kevin Phil­lips et d’autres auteurs l’ont démon­tré, les empires bâtis sur la vio­lence ou la répres­sion ont ten­dance à triom­pher puis à s’effondrer, bien sou­vent avec une rapi­di­té sur­pre­nante.10 Selon la thèse cen­trale de ce cha­pitre, le pou­voir répres­sif est instable par essence, en ce qu’il engendre des forces dia­lec­tiques à la fois en dedans et en dehors de lui-même. De par le monde, le pou­voir répres­sif a favo­ri­sé la créa­tion de ses propres enne­mis, comme le démontrent les exemples de la Grande-Bre­­tagne (en Inde), de la France (en Indo­chine) et de la Rus­sie (en Europe de l’Est).

Mon argu­ment cen­tral est que l’expansionnisme d’un pays hors de ses fron­tières engendre le déve­lop­pe­ment d’un pou­voir répres­sif. Ce phé­no­mène a des consé­quences pré­vi­sibles, qui dépassent les inten­tions de qui­conque évo­luant au sein de ce sys­tème. Des agences récem­ment mises en place et mal super­vi­sées appliquent des poli­tiques contradic­toires à l’étranger, dont le résul­tat glo­bal est habi­tuel­le­ment coû­teux et néfaste – non seule­ment pour la nation ciblée, mais éga­le­ment pour les États-Unis.

Ce constat s’applique tout par­ti­cu­liè­re­ment aux agences clandes­tines, dont l’usage du secret induit que des poli­tiques controver­sées pro­li­fèrent sans coor­di­na­tion ou sans contrôle. Essen­tiel­le­ment, depuis 1945, l’Asie a été la prin­ci­pale région dans laquelle la CIA a outre­pas­sé ou igno­ré les direc­tives poli­tiques du Dépar­te­ment d’État. Comme je le docu­mente dans La Machine de guerre amé­ri­caine, les inter­ven­tions de l’Agence sur le conti­nent asia­tique – en par­ti­cu­lier celles qui ont mené aux guerres du Laos, du Viet­nam et d’Afghanistan – ont favo­ri­sé le déve­lop­pe­ment d’une connexion nar­co­tique glo­bale de la CIA (que j’ai appe­lée dans des tra­vaux pré­cé­dents un « ‘sombre qua­drant’ de pou­voirs incontrôlés »).

Cette connexion nar­co­tique glo­bale, abon­dam­ment finan­cée par les reve­nus des tra­fics et de la vio­lence illé­gale, a un inté­rêt majeur dans les inter­ven­tions étran­gères des États-Unis – en par­ti­cu­lier dans ces guerres inga­gnables, qui aggravent les condi­tions de non-droit néces­saires à la pro­li­fé­ra­tion du tra­fic de drogue. Il est donc par­fai­te­ment logique que cette connexion nar­co­tique ait conti­nuel­le­ment favo­ri­sé la créa­tion d’un empire glo­bal états-unien – que la plu­part de nos conci­toyens n’ont jamais deman­dé. Plus par­ti­cu­liè­re­ment, ce « sombre qua­drant » a contri­bué à cha­cun des prin­ci­paux évé­ne­ments pro­fonds, dont l’assas­sinat du Pré­sident Ken­ne­dy, le cam­brio­lage du Water­gate et les attaques du 11-Sep­­tembre. Ces évé­ne­ments ont encou­ra­gé la mili­ta­ri­sa­tion de ce pays, ain­si que l’affaiblissement de ses ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques.22

La « continuité du gouvernement » (cog) et L’occupation militaire des États-Unis

Comme je l’ai écrit pré­cé­dem­ment, deux men­ta­li­tés conflic­tuelles ont sous-ten­­du cha­cun des évé­ne­ments pro­fonds impor­tants ayant frap­pé les États-Unis : celle de l’ouverture et celle de la domi­na­tion répres­sive. Les ori­gines de ce conflit remontent à la guerre de Séces­sion, ain­si qu’aux guerres indiennes du milieu du xixe siècle – et avant celles-ci à la Révo­lu­tion amé­ri­caine. 23 Bien que cette conflic­tua­li­té soit ancienne et per­ma­nente, en conclure que rien n’a chan­gé récem­ment serait une erreur. Au contraire, les USA tra­versent actuel­le­ment une nou­velle crise sus­ci­tée par ce très vieil antagonisme.

Depuis la seconde guerre mon­diale, le secret a été uti­li­sé pour accu­mu­ler de nou­veaux pou­voirs bureau­cra­tiques clas­si­fiés, sous cou­vert de la pla­ni­fi­ca­tion d’urgence cen­sée répondre aux désastres natio­naux. Au sein même comme en dehors de l’État, ce pro­gramme est connu sous le nom de code de « Pro­jet Juge­ment der­nier ». Au début de la pré­si­dence Rea­gan, cette pla­ni­fi­ca­tion a été rebap­ti­sée par une appel­la­tion trom­peuse, la « Conti­nui­té du Gou­ver­ne­ment » (ou COG). Notam­ment déve­lop­pée par Oli­ver North, Donald Rum­sfeld et Dick Che­ney depuis le début des années 1980, la COG est en fait deve­nue le vec­teur d’un impor­tant chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment depuis son ins­tau­ra­tion le 11 sep­tembre 2001. À l’origine, les pou­voirs répres­sifs extrêmes qui avaient été accu­mu­lés dans le cadre du Pro­jet Juge­ment der­nier furent déve­lop­pés afin de contrô­ler le reste du monde. À pré­sent, les États-Unis eux-mêmes sont trai­tés comme s’ils étaient un ter­ri­toire occu­pé – et ce à un degré sans précédent.

Ces plans – ini­tia­le­ment cen­trés sur une éven­tuelle déca­pi­ta­tion du gou­ver­ne­ment des États-Unis à la suite d’une attaque nucléaire –, furent pro­gres­si­ve­ment reca­li­brés afin de gérer le pro­blème de la déso­béis­sance civile, et plus par­ti­cu­liè­re­ment de la résis­tance de l’opinion publique états-unienne aux cam­pagnes mili­taires à l’étranger. En effet, les plans de la COG furent modi­fiés sous l’administration Rea­gan afin de trai­ter le peuple des États-Unis comme une forme d’ennemi. Devant les Comi­tés res­treints du Congrès sur l’affaire Iran-Contra, Oli­ver North avait décla­ré : « Nous n’avons pas per­du la guerre au Viet­nam, nous l’avons per­due ici même, dans cette ville [c’est-à-dire Washing­ton]. »24 Ain­si, le Pro­jet Juge­ment der­nier a repris et élar­gi les direc­tives de l’opération Gar­den Plot déve­lop­pées par l’armée US. Ce pro­gramme était des­ti­né à gérer des mani­fes­ta­tions anti-guerres et des émeutes urbaines qui, après l’assassinat de Mar­tin Luther King Jr, avaient abou­ti à la créa­tion de ce que l’on appelle la « salle de guerre inté­rieure » du Penta­gone (la « domes­tic war room », ou Direc­to­rate of Civil Dis­tur­bance and Plan­ning Ope­ra­tions [DCDPO]). Les stra­tèges de la COG y ont éga­le­ment incor­po­ré des plans du Dépar­te­ment de la Jus­tice, qui orga­ni­saient la mise en place d’un sys­tème de centres de déten­tion pour des mil­liers de dis­si­dents – ces der­niers ayant été fichés pour être immé­dia­te­ment arrê­tés en cas d’urgence natio­nale. 25

Le résul­tat de cette pla­ni­fi­ca­tion de la COG fut un ensemble de méca­nismes répres­sifs, pré­pa­rés pen­dant deux décen­nies par un groupe très res­treint et éli­tiste, puis ins­tau­rés à par­tir du 11-Sep­­tembre. J’en dis­cu­te­rai dans le cha­pitre 3, en me réfé­rant à leur appel­la­tion offi­cielle de « Conti­nui­té du Gou­ver­ne­ment » (c’est-à-dire les plans de la COG). Cet ensemble de mesures com­pre­nait 1) la sur­veillance extra­ju­di­ciaire, ce qui a été confir­mé par les révé­la­tions d’Edward Snow­den ; 2) la déten­tion arbi­traire, incluant des déro­ga­tions sans pré­cé­dent au droit de ne pas être empri­son­né arbi­trai­re­ment (l’habeas cor­pus) * et 3) des mesures inédites favo­ri­sant la mili­ta­ri­sa­tion de la sécu­ri­té inté­rieure et l’érosion du Posse Comi­ta­tus Act (une loi de 1876 inter­di­sant au gou­ver­ne­ment fédé­ral d’avoir recours à l’armée dans l’application civile de la loi).

Depuis 2008, une bri­gade de com­bat de l’armée US a été déployée de façon per­ma­nente aux États-Unis. Sa mis­sion prin­ci­pale consiste à être « mobi­li­sée pour assu­rer la ges­tion des troubles civils et le contrôle des foules. »26 Visi­ble­ment, la plu­part des gens n’ont pas conscience que les citoyens des États-Unis ont vécu depuis 2002, comme la bri­gade en ques­tion, sous l’autorité d’un com­man­de­ment mili­taire de l’US Army appe­lé le NORTHCOM.27 Cer­tains obser­va­teurs ont éta­bli un paral­lèle entre le déploie­ment de cette uni­té en 2008 et l’année 49 av. J.-C., lorsque César et ses légions fran­chirent le Rubicon.

Il est pro­bable que cette force reste déployée aux États-Unis, consti­tuant alors un sym­bole osten­sible de la mili­ta­ri­sa­tion de notre sécu­ri­té inté­rieure. Il faut donc espé­rer que le Congrès finisse par rem­plir les obli­ga­tions que lui impose le Natio­nal Emer­gen­cies Act, et qu’il mette fin à l’état d’urgence natio­nal sous lequel nous vivons depuis le 11-Septembre.

L’état profond américain

Les cha­pitres sui­vants consti­tuent dans leur ensemble une ten­ta­tive de défi­ni­tion de l’État pro­fond amé­ri­cain – un sys­tème infor­mel et com­plexe, qui est donc aus­si chao­tique mais néan­moins aus­si puis­sant qu’un sys­tème météo­ro­lo­gique. Depuis dif­fé­rentes pers­pec­tives, et avec cer­taines répé­ti­tions cor­ro­bo­ra­tives, je ten­te­rai de décrire la pré­sence d’un trou noir trans­na­tio­nal au cœur de nos prin­ci­pales dif­fi­cul­tés poli­tiques actuelles.

Il appa­raît clai­re­ment que des forces pro­fondes inter­viennent à cer­taines occa­sions pour modi­fier la tra­jec­toire poli­tique des États-Unis. Nous avons pu l’observer après que le Pré­sident Ken­ne­dy eut annon­cé en 1963 sa déci­sion de reti­rer les troupes états-uniennes du Viet­nam. Nous pou­vons éga­le­ment citer l’exemple des attaques du 11-Sep­­tembre, qui ont déclen­ché la guerre de ter­reur glo­bale (éga­le­ment appe­lée dans cet ouvrage la guerre « contre » le ter­ro­risme).28 En revanche, il est bien plus dif­fi­cile de prou­ver que ces inter­ven­tions pro­fondes ont un quel­conque lien entre elles. Afin d’enquêter sur cette pos­si­bi­li­té, il est néces­saire de mener des recherches au-delà des archives du domaine public, sur les­quelles les uni­ver­si­tés nous habi­tuent à travailler.

Je ten­te­rai de démon­trer que, der­rière les ins­ti­tu­tions ouvertes de l’État public et leurs archives consul­tables, il existe un sys­tème plus obs­cur et abys­sal, qui n’est que par­tiel­le­ment recon­nu et docu­men­té : le sys­tème de l’État pro­fond. Au cœur de celui-ci évo­luent les diffé­rentes agences ins­ti­tuées à l’abri du contrôle du Congrès et de la vue du public, telles que la CIA, la NSA et le Com­man­de­ment mixte pour les opé­ra­tions spé­ciales créé en 1980 (JSOC pour Joint Spe­cial Ope­ra­tions Com­mand). En théo­rie, la CIA a été ins­tau­rée en 1947 par une loi du Congrès. Mais en réa­li­té, elle a été façon­née et impo­sée à un Pré­sident récal­ci­trant par des ban­quiers et des avo­cats de Wall Street, dont Allen Dulles. Je le mon­tre­rai dans le cha­pitre 2, où je décri­rai le sys­tème de l’État pro­fond dans le contexte de Wall Street et des super­ma­jors (appe­lées « Big Oil » aux États-Unis). Dans le cha­pitre 3, j’expliquerai com­ment le pro­gramme peu remar­qué du Pro­jet Juge­ment der­nier – c’est-à-dire les plans de la COG mis en œuvre le 11 sep­tembre 2001 – ont contri­bué à la subor­di­na­tion de la Consti­tu­tion des États-Unis par les dif­fé­rentes mesures de crise ana­ly­sées ici (ces pro­cé­dures étant tou­jours en place aujourd’hui).

Les cha­pitres 4, 5 et 6 ana­ly­se­ront les contre­vé­ri­tés dans les récits offi­ciels de la guerre « contre » le ter­ro­risme – une cam­pagne mili­taire qui a été invo­quée pour jus­ti­fier les pro­cé­dures d’urgence de la COG. Je mon­tre­rai en quoi le contexte de « guerre » a per­mis de mas­quer la pro­tec­tion d’importants agents d’al-Qaïda par de hauts res­pon­sables des gou­ver­ne­ments états-unien, saou­dien et qata­ri – à par­tir des années 1990, et même après le 11-Sep­­tembre. Plus par­ti­cu­liè­re­ment, le cha­pitre 6 s’intéressera aux rai­sons cachées de la guerre de ter­reur lan­cée par les États-Unis depuis le 11-Septembre.

Le cha­pitre 7 démon­tre­ra dans quelle mesure les pou­voirs pro­fonds se sont impo­sés aux dif­fé­rents Pré­si­dents des États-Unis depuis 1961. Cette ana­lyse nous condui­ra à l’argument cen­tral du cha­pitre 8, selon lequel il est plus pro­bable que les évé­ne­ments pro­fonds tels que le 11-Sep­­tembre – et avant celui-ci le Water­gate ou l’assassinat de JFK – aient été l’œuvre de forces obs­cures issues de l’État pro­fond, plu­tôt que d’éléments mar­gi­naux exté­rieurs au gou­ver­ne­ment. À un niveau plus obs­cur et abys­sal, ils peuvent être consi­dé­rés comme des séquences cen­trales et struc­tu­relles dans l’Histoire de l’État pro­fond amé­ri­cain. Après quatre décen­nies de recherches, je peux éga­le­ment conclure qu’ils sont liés entre eux, notam­ment à tra­vers le rôle récur­rent – dans les cou­lisses de ces évé­ne­ments pro­fonds – du réseau de com­mu­ni­ca­tions de crise déve­lop­pé à tra­vers ce que le Penta­gone a appe­lé le « Pro­jet Juge­ment dernier ».

Dans le cha­pitre 9, je revien­drai sur mon ana­lyse de l’État pro­fond. Je repren­drai alors cer­tains élé­ments de cet ouvrage à la lumière des liens qu’entretiennent les États-Unis avec l’Arabie saou­dite et d’autres États ou orga­ni­sa­tions (des connexions décrites en pro­fon­deur dans les cha­pitres 4 à 6). Mon ana­lyse nous condui­ra à cette décou­verte fon­da­men­tale : des finan­ce­ments occultes, pro­ve­nant des com­mis­sions ver­sées dans le cadre d’importants contrats à long terme avec l’Arabie saou­dite, « sont le déno­mi­na­teur com­mun der­rière chaque évé­ne­ment pro­fond struc­tu­rel (EPS) ayant affec­té les États-Unis depuis (…) 1976 ». Ces EPS incluent l’Irangate (ou affaire Iran-Contra) et le 11-Septembre.

Afin de mieux com­prendre l’offensive actuelle contre la démo­cra­tie états-unienne, les cha­pitres 10 et 11 décri­ront les toutes pre­mières ori­gines de la pla­ni­fi­ca­tion de la COG. C’est pour­quoi j’analyserai la Peur rouge de 1919 ; les mesures de sur­veillance déci­dées par le direc­teur du FBI J. Edgar Hoo­ver, qui étaient par­fois illé­gales ; l’état d’urgence pro­cla­mé par le Pré­sident Tru­man durant la guerre de Corée ; ou encore le plan Hus­ton de 1970 (un mémo­ran­dum de la Mai­son Blanche ayant été briè­ve­ment mis en œuvre, puisqu’il avait été jugé anti­cons­ti­tu­tion­nel et reje­té par John Mit­chell, le ministre de la Jus­tice – Attor­ney Gene­ral – du Pré­sident Nixon).

Fina­le­ment, je rejoin­drai celles et ceux qui per­çoivent le déclin de la soi-disant Pax Ame­ri­ca­na, carac­té­ri­sé par une course aux arme­ments per­pé­tuelle et un élar­gis­se­ment du recours à la vio­lence mili­taire. Je com­pa­re­rai ce déclin à celui – très simi­laire au phé­no­mène actuel – de la Pax Bri­tan­ni­ca il y a un siècle. Aujourd’hui, nous devons mettre un terme à des poli­tiques qui semblent aus­si néfastes pour les États-Unis et le reste du monde qu’elles l’étaient à l’époque de l’Empire bri­tan­nique. Le pro­blème est que nos ins­ti­tu­tions sont à nou­veau sous l’emprise d’une hys­té­rie col­lec­tive, comme ce fut le cas durant les raids de Pal­mer en 1919 ou les per­sé­cu­tions du mac­car­thysme dans les années 1950. La socié­té civile doit œuvrer pour que le gou­ver­ne­ment US s’éloigne de l’hystérie et de l’illégalité, à l’image du réveil col­lec­tif ayant eu rai­son du mac­car­thysme. Cepen­dant, pour reprendre le contrôle de leurs affaires poli­tiques, les citoyens des États-Unis doivent com­prendre les forces obs­cures de l’État pro­fond et apprendre à les combattre.

Comme je le sug­gé­re­rai à la fin de cet ouvrage, les États-Unis, à l’instar de la Grande-Bre­­tagne, ont bien plus à offrir à l’humanité que le pou­voir violent.

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* NdT : L’habeas cor­pus éta­blit une liber­té fon­da­men­tale, celle de ne pas être empri­sonné sans juge­ment. En ver­tu de ce prin­cipe, toute per­sonne mise en état d’arresta­tion a le droit de savoir pour­quoi elle est arrê­tée et de quoi elle est accu­sée. Alors que cette note est rédi­gée en mars 2015, l’un des plus anciens déte­nus de Guantá­na­mo ne sait tou­jours pas ce que les auto­ri­tés états-uniennes lui reprochent. En effet, comme l’a rap­pe­lé Peter Dale Scott en 2013, « la Com­mis­sion sur le 11-Sep­­tembre, se basant sur des témoi­gnages extir­pés sous la tor­ture, a qua­li­fié Abou Zou­bei­da [ou ‘Abu Zubay­dah’] de ‘lieu­te­nant de Ben Laden’ et de ‘[numé­ro 3] d’al-Qaïda’. (…) Toutes ces accu­sa­tions furent ensuite remises en cause et, jusqu’à pré­sent, Zou­bei­da n’a jamais été incul­pé. En 2009, d’après le Washing­ton Post, il ‘n’était pas même un membre (…) d’al-Qaïda, selon [des infor­ma­tions issues] de docu­ments juri­dic­tion­nels et d’entretiens avec des sources des ren­sei­gne­ments, de la police et de l’armée. (…) Un ancien res­pon­sable du Dépar­te­ment de la Jus­tice [a décla­ré] : ‘Faire de cet homme [un lea­der d’al-Qaïda] est ridi­cule.’ La même année, le gou­ver­ne­ment des États-Unis lui-même, dans sa réponse contre la requête en habeas cor­pus de Zou­bei­da, déci­da expli­ci­te­ment de ne pas sou­te­nir qu’il ‘était un membre d’al-Qaïda, ou qu’il était for­mel­le­ment iden­ti­fié comme fai­sant par­tie de cette orga­ni­sa­tion.’ Qui­conque ose remettre en cause la ver­sion gouvernemen­tale du 11-Sep­­tembre se voit impo­ser le sobri­quet de ‘com­plo­tiste’. » – Source : Peter Dale Scott, « America’s Unche­cked Secu­ri­ty State, Part I : The Toxic Lega­cy of J. Edgar Hoover’s Ille­gal Powers », Japan​fo​cus​.org, 29 avril 2013,

www​.japan​fo​cus​.org/​–​P​e​t​e​r​_​D​a​l​e​–​S​c​o​t​t​/​3​932

 

Je vou­drais tout publier, tel­le­ment tout ça est impor­tant, notam­ment (cha­pitre 3) le pro­jet d’en­fer­me­ment de tous les Amé­ri­cains dis­si­dents dans des camps de concen­tra­tion : 800 camps FEMA aux USA, prêts à l’emploi dès que ça va péter, grâce à d’in­croyables exer­cices mili­taires d’ar­res­ta­tions et d’en­fer­me­ments massifs…

Pour moi qui tra­vaille depuis dix ans sur les pou­voirs ins­ti­tués et sur le très néces­saire — et pas facile — contrôle de ces pou­voirs, sur la ten­dance uni­ver­selle des pou­voirs à s’au­to­no­mi­ser (pour s’af­fran­chir pro­gres­si­ve­ment de tout contrôle), et sur l’im­por­tance car­di­nale de la vigi­lance citoyenne pour ins­ti­tuer et faire vivre une consti­tu­tion digne de ce nom, vous ima­gi­nez comme ce livre est un for­mi­dable cas pra­tique de ce qui nous pend au nez demain si nous ne deve­nons pas VITE, à tra­vers le monde, des citoyens constituants.

Bonne lec­ture.

Étienne.

Atelier constituant exceptionnel à Paris, samedi 18 juillet 2015, avec Alf, qui présentera le processus constituant en Bolivie

Depuis le début de cette année, Les Citoyens Consti­tuants ont com­men­cé une série d’a­te­liers sur le thème des règles de la consti­tuante et cela se pour­suit d’un ate­lier à l’autre.

Le 4ème ate­lier consti­tuant de cette année aura lieu le same­di 18 juillet 2015 à Paris, du coté du métro Pigalle de 13H à 18H.

Le thème de cet ate­lier consti­tuant por­te­ra éga­le­ment sur les règles de l’as­sem­blée constituante.

L’ordre du jour de cet ate­lier est visible : http://​lc​.cx/​Z​gNV.

Les per­sonnes sou­hai­tant par­ti­ci­per à cet ate­lier consti­tuant sont invi­tées à s’ins­crire via ce for­mu­laire d’inscription :
http://​lc​.cx/​Z​gNj.

IMPORTANT :
Veuillez noter que nous aurons le pri­vi­lège d’a­voir par Alf une pré­sen­ta­tion de l’as­sem­blée consti­tuante qui a eu lieu en Boli­vie et en par­ti­cu­lier du contexte de sa mise en place et de son exercice.

Pour ceux que cela inté­resse, nous vous conseillons de voir et entendre Alf pré­sen­ter le pro­ces­sus consti­tu­tion­nel en Boli­vie dans cette vidéo : http://​lc​.cx/​Z​gNH, qui a été faite à l’oc­ca­sion du débat du 14 jan­vier 2015 orga­ni­sé par le col­lec­tif 6ème Répu­blique Paris XX.

httpv://youtu.be/qOBVdnYsHtA

Démo­Kra­ti­que­ment,
Lionel
Le secré­taire adjoint de l’association
Les Citoyens Constituants

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Ate­lier Consti­tuant du same­di 18/07/2015

Nous tra­vaille­rons same­di dans la conti­nui­té de trois ate­liers consti­tuants dans les­quels nous avons com­men­cé à écrire les règles d’une assem­blée consti­tuante. Cette base pour­ra être utile à une chambre citoyenne tirée au sort mis­sion­née d’écrire les règles offi­cielles d’une assem­blée consti­tuante dans le cas où le peuple fran­çais sou­hai­te­rait sa mise en place dans un futur proche ou lointain.

Ordre du jour

  1. Tour de table des per­sonnes pré­sentes (30 secondes par personne)
    Réponse sur post-it à la réponse à la ques­tion “Pour­quoi une assem­blée constituante ?”
  2. Pré­sen­ta­tion (20 min) 
    1. Qu’est-ce que la consti­tu­tion selon le sys­tème en place (vision­nage de cette vidéo 8 min)
    2. Qu’est-ce que la consti­tu­tion selon LCC (2 min)
    3. Qu’est-ce que Les citoyens consti­tuants (5 min)
    4. Pour­quoi les ate­liers consti­tuants (5 min par Quentin)
  3. Pré­sen­ta­tion d’une assem­blée consti­tuante en Boli­vie et du contexte de sa mise en place et de son exer­cice (20 min par Alfonso)
  4. Vote pour le choix de la thé­ma­tique concer­nant les règles de l’assemblée consti­tuante (5 min)
  5. Ate­lier consti­tuant en petit groupe de 6–8 per­sonnes (3h)
  6. Pro­po­si­tion et vali­da­tion des articles en plé­nière (1h)

Qu’avons-nous écrit comme règles de l’assemblée consti­tuante pour l’instant ?

  1. L’assemblée consti­tuante reçoit un man­dat impé­ra­tif de la part du peuple pour écrire une pro­po­si­tion de consti­tu­tion qui sera sou­mise au vote des élec­teurs citoyens
  2. Les pou­voirs de cette assem­blée consti­tuante seront limi­tés et enca­drés par le règle­ment de la consti­tuante, ce der­nier ne pou­vant être modi­fié que par voie référendaire
  3. Les membres de l’assemblée consti­tuante seront dési­gnés par tirage au sort par­mi les citoyens et devront s’acquitter de ce mandat
  4. Une com­mis­sion sera sou­ve­raine pour accor­der une déro­ga­tion aux citoyens tirés au sort, si cela est justifié
  5. Les consti­tuants renoncent à tous man­dats en cours et à tous man­dats à venir
  6. L’assemblée consti­tuante est sou­ve­raine concer­nant les cha­pitres qu’elle pro­pose au vote des citoyens
  7. L’assemblée  consti­tuante est sou­ve­raine concer­nant le moment où elle pro­pose un cha­pitre au vote des citoyens

Ce que nous vou­lons tra­vailler aujourd’hui et dans l’avenir pour conti­nuer d’étoffer cette base de règles

  • Thématique « contrôle citoyen de l’assemblée »

  • Moda­li­tés de dési­gna­tion des membres de la com­mis­sion de déro­ga­tion (huis­sier, fonc­tion­naire, pri­vé, peuple…)
  • Contrôle de l’assemblée (chambre de  contrôle citoyenne tirée au sort, pro­fes­sion­nelle, réfé­ren­dum popu­laire, assem­blées locales, pos­si­bi­li­tés de révocation…)
  • Trans­pa­rence et média­ti­sa­tion de l’assemblée
  • Quel niveau de sou­ve­rai­ne­té de l’assemblée constituante ?
  • Pro­tec­tion contre les lobbies
  • Thématique « structure de l’assemblée »

  • Fré­quence de ras­sem­ble­ment de l’assemblée
  • Nombre de citoyens dans l’assemblée consti­tuante (en plé­nière, par commission…)
    1200 semble être le nombre adé­quat pour 65 mil­lions de per­sonnes (INSEE).
  • Salaire et indem­ni­té de dépla­ce­ment (jurés d’assises, salaires égaux, en fonc­tion du reve­nu de chacun…)
  • Inter­ac­tion assem­blée consti­tuante et citoyens
  • Rela­tion avec l’international
  • Consi­dé­ra­tion du consti­tuant comme per­sonne public
  • Période de for­ma­tion des constituants
  • Thématique « modalité de création de la constitution » 

  • Vali­da­tion des pro­po­si­tions d’articles de la consti­tu­tion par le peuple (pour­cen­tage d’approbation, vote de valeur, attri­bu­tion de points majo­ri­té abso­lue, pré­sen­ta­tion de plu­sieurs articles et prise en compte du meilleur…)
  • Vali­da­tion des pro­po­si­tions d’articles dans l’assemblée constituante

La consti­tuante pour­rait tra­vailler de la manière sui­vante : elle consti­tue en plé­nière un sque­lette de thèmes, appe­lés « cha­pitres » pour for­mer la consti­tu­tion, puis tra­vaille en com­mis­sion sur ces thèmes. Il y a autant de com­mis­sions qu’il y a de cha­pitres, afin d’écrire les articles d’un cha­pitre de manière cohérente. 

Quelles sont les moda­li­tés de la consti­tu­tion de ces com­mis­sions ? Quel est le nombre de consti­tuants dans ces commissions ? 

Qui vote dans la constituante ?L’objet du voteLes choix de vote
La plé­nière Inti­tu­lé d’un chapitreOui / Non / A reformuler
La com­mis­sionUn articleOui / Non / A reformuler
La com­mis­sionL’intégralité des articles du chapitreOui (la com­mis­sion a ter­mi­né son tra­vail) / À reformuler
La Plé­nièreL’intégralité des articles du chapitreOui / À reformuler
  • Pro­po­si­tion au fur et à mesure des articles/chapitres de la consti­tu­tion par l’assemblée consti­tuante ou en une seule fois.

La com­mis­sion « Règle­ment de la constituante »

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Mon com­men­taire : par ailleurs, n’ou­bliez pas d’or­ga­ni­ser vous-mêmes tous les jours (de façon non excep­tion­nelle 🙂 ) vos propres mini-ate­­liers consti­tuants pro­li­fiques et conta­gieux, MACPC 🙂 

Faites pas­ser l’in­fo : ça inté­resse tout le monde, et pas seule­ment les Parisiens 🙂
Ça ser­vi­ra de piqûre de rap­pel (avec la ver­tu de l’exemple) pour pen­ser cha­cun à conti­nuer à muter pen­dant l’é­té (muter d’é­lec­teur obéis­sant en citoyen consti­tuant), et à se pré­oc­cu­per davan­tage des causes que des conséquences.

Étienne.

Le secret des banques derrière la tragédie grecque

Un réqui­si­toire impor­tant, sur le méga-scan­­dale des « dettes publiques », publié sur (l’in­dis­pen­sable) Media­part.
À lire atten­ti­ve­ment, le crayon à la main, et à faire connaître par­tout en Europe.

Le secret des banques
der­rière la tra­gé­die grecque

Maria Lucia Fato­rel­li, membre de la Com­mis­sion Véri­té sur la Dette Publique Grecque [1] et coor­di­na­trice de l’au­dit citoyen de la dette du Bré­sil, ana­lyse les faits pour revè­ler la super­che­rie du bai­lout grec de 2010.


La Grèce est confron­tée à l’é­norme pro­blème de la dette et à une crise huma­ni­taire. La situa­tion est main­te­nant pire que ce qu’elle a connue en 2010, lorsque la troï­ka – le FMI, la Com­mis­sion euro­péenne et la BCE – a impo­sé son « plan de sau­ve­tage », jus­ti­fié par la néces­si­té de sou­te­nir la Grèce. En fait, ce plan a été un désastre com­plet pour la Grèce, qui n’a tiré aucun avan­tage des conven­tions d’emprunt dou­teuses mises en œuvre depuis.

Ce dont per­sonne ne parle est qu’un autre plan de sau­ve­tage réus­si a effec­ti­ve­ment eu lieu à ce moment-là en 2010, mais pas au béné­fice de la Grèce, mais au pro­fit des banques pri­vées. Der­rière la crise grecque, il y a un énorme plan de sau­ve­tage illé­gal pour les banques pri­vées. Et la façon dont il est mené repré­sente un risque immense pour l’Europe.

Après cinq ans, les banques ont obte­nu tout ce qu’elles vou­laient. La Grèce, d’un autre côté, est entrée dans une véri­table tra­gé­die : le pays a vu son pro­blème de la dette consi­dé­ra­ble­ment alour­di, ses biens per­dus en rai­son du pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion qui a été accé­lé­ré, ain­si que son éco­no­mie qui s’est énor­mé­ment réduite. De sur­croit, il y a eu un coût social incal­cu­lable per­cep­tible pour des mil­liers de per­sonnes déses­pé­rées qui ont vu leur sub­sis­tance et leurs rêves tou­chés par les sévères mesures d’aus­té­ri­té impo­sées depuis 2010. La san­té, l’é­du­ca­tion, le tra­vail, l’as­sis­tance, les pen­sions, les salaires et tous les autres ser­vices sociaux ont tous été tou­chés de façon destructive.

La répar­ti­tion du bud­get natio­nal grec montre que les dépenses de la dette l’emportent sur toutes les autres dépenses de l’E­tat. En fait, les prêts, les autres titres de créance, inté­rêts et autres frais, couvrent 56% du bud­get : bud­get annuel natio­nal de la Grèce en 2013 (Source : Εισηγητική Έκθεση Απολογισμού και Ισολογισμού 2013 – p. 90. Ela­bo­ré par Sta­vros Papaioannou).

En mai 2010, en même temps, toutes les atten­tions se sont foca­li­sées sur les mul­tiples annonces autour de l’in­gé­rence de la Troï­ka en Grèce, avec son curieux « plan de sau­ve­tage » ; un autre plan de sau­ve­tage effi­cace et un ensemble de mesures illé­gales pour sau­ver les banques pri­vées était éga­le­ment sur le point d’être approuvé.

En un seul coup, jus­ti­fiées par la néces­si­té de « pré­ser­ver la sta­bi­li­té finan­cière en Europe », des mesures illé­gales ont été prises en mai 2010. But de la manœuvre : four­nir les struc­tures néces­saires qui per­met­traient aux banques pri­vées de se débar­ras­ser de la « bulle » dan­ge­reuse, à savoir la grande quan­ti­té d’ac­tifs toxiques – des actifs essen­tiel­le­ment déma­té­ria­li­sés et non négo­ciables – qui a char­gé leurs comptes de patri­moine hors-bilan [2]. L’ob­jec­tif prin­ci­pal était d’ai­der les banques pri­vées à trans­fé­rer ces actifs pro­blé­ma­tiques aux pays européens.

Une des mesures adop­tées pour accé­lé­rer l’é­change d’ac­tifs des banques pri­vées et de régler la crise ban­caire était le pro­gramme de titre de mar­ché ou Secu­ri­ties Mar­kets Pro­gramme SMP [3], qui a per­mis à la Banque Cen­trale Euro­péenne (BCE) de faire des achats directs de titres de créance publics et pri­vés sur les mar­chés pri­maire et secon­daire. L’o­pé­ra­tion liée aux titres de la dette publique est illé­gale en ver­tu de l’ar­ticle 123 du trai­té de l’U­nion Euro­péenne [4]. Ce pro­gramme est l’un par­mi plu­sieurs « mesures non conven­tion­nelles », prises par la BCE à ce moment-là.

La créa­tion d’une socié­té Spe­cial Pur­pose Vehicle (SPV) basée à Luxem­bourg a été une autre mesure très impor­tante pour aider le trans­fert déma­té­ria­li­sé d’actifs toxiques des banques pri­vées dans le sec­teur public. Croyez-le ou non, les pays euro­péens [5] sont deve­nus « par­te­naires » de cette socié­té pri­vée, une « socié­té ano­nyme » appe­lée Fonds euro­péen de sta­bi­li­té finan­cière (FESF) [6]. Les pays se sont enga­gés avec des garan­ties de mil­liar­daire, qui a été ini­tia­le­ment mis en place sur le mon­tant de 440 mil­liards d’eu­ros [7]; puis en 2011, le capi­tal a été por­té à 779 780 000 000 EUR [8]. Le but réel de cette socié­té a été d’éclipser par des annonces le fait que cette socié­té four­ni­rait des « prêts » à des pays, basés sur des « ins­tru­ments de finan­ce­ment », et non pas de l’argent réel. La créa­tion du FESF était clai­re­ment impo­sée par le FMI [9], qui lui a don­né un appui de 250 mil­liards d’eu­ros [10].

Ensemble, le SMP et le FESF repré­sentent un sché­ma com­plé­men­taire essen­tiel de sau­ve­tage des actifs [11] dont les banques pri­vées avaient besoin pour conclure le sou­tien du public qui avait été lan­cé au début de la crise ban­caire de 2008 aux Etats-Unis et aus­si en Europe. Depuis le début de 2009, les banques ont pos­tu­lé pour davan­tage de sou­tien public afin de se déchar­ger de la quan­ti­té exces­sive de leurs actifs toxiques qui alour­dis­saient leurs comptes hors-bilan. Les solu­tions peuvent être soit les achats directs du gou­ver­ne­ment, ou le trans­fert des actifs à des socié­tés de ges­tion de patri­moine indé­pen­dantes. Les deux outils ont été four­nis par le SMP et le FESF, et les pertes liées aux actifs toxiques sont à la charge des citoyens européens.

L’é­change d’ac­tifs toxiques des banques pri­vées à une entre­prise par simple trans­fert, sans paie­ment et sans opé­ra­tion adé­quate d’a­chat / vente serait illé­gal selon les règles de red­di­tion de comptes [12]. EUROSTAT a chan­gé ces règles et a per­mis « les opé­ra­tions de liqui­di­té menées par l’é­change d’ac­tifs », jus­ti­fiant ce chan­ge­ment par les « cir­cons­tances par­ti­cu­lières de la crise financière ».

La prin­ci­pale rai­son du fait que le FESF a été basé au Luxem­bourg était d’é­vi­ter d’avoir à se sou­mettre aux lois inter­na­tio­nales. En outre, le FESF est éga­le­ment finan­cé par le FMI, dont la col­la­bo­ra­tion serait illé­gale, selon ses propres sta­tuts. Cepen­dant, le FMI a revi­si­té ses règles pour four­nir les 250 mil­liards d’eu­ros au FESF [13].

Confor­mé­ment à la loi [14] auto­ri­sant sa créa­tion, la socié­té luxem­bour­geoise FESF pour­rait délé­guer la ges­tion de toutes les acti­vi­tés de finan­ce­ment. Le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion pour­rait délé­guer ses fonc­tions et ses États membres asso­ciés pour­raient délé­guer des déci­sions concer­nant les garants de l’Eu­ro­group Wor­king Group (EWG). À ce moment-même l’EWG n’a même pas un pré­sident à plein temps [15]. C’est le Bureau de la ges­tion de la dette alle­mande qui dirige réel­le­ment le FESF [16], et de concert avec la Banque euro­péenne d’in­ves­tis­se­ment four­nit un sou­tien pour la ges­tion opé­ra­tion­nelle du FESF. Le manque de légi­ti­mi­té du fond est évident, car il est effec­ti­ve­ment géré par un orga­nisme dif­fé­rent. Aujourd’hui, le FESF est le plus grand créan­cier de la Grèce.

Les ins­tru­ments de finan­ce­ment gérés par le FESF sont les plus ris­qués et res­treints, déma­té­ria­li­sés, non négo­ciables : tels les billets à taux flot­tant (Floa­ting Rate Notes) réglés comme pass-through, de change et d’ar­ran­ge­ments de cou­ver­ture et d’autres acti­vi­tés de co-finan­­ce­­ment qui implique la fidu­ciaire Bri­tan­nique Wil­ming­ton Trust (Londres) Limi­ted [17] en tant qu’ins­truc­teur pour la déli­vrance de type res­treint d’o­bli­ga­tions non-cer­­ti­­fiés, qui ne peuvent être com­mer­cia­li­sées dans un mar­ché légi­time des actions, parce qu’ils ne res­pectent pas les règles pour les obli­ga­tions de la dette sou­ve­raine. Cet ensemble d’ins­tru­ments de finan­ce­ment toxiques repré­sentent un risque pour les États membres dont les garan­ties peuvent être appe­lées à payer pour tous les pro­duits finan­ciers de la socié­té luxembourgeoise.

Un grand scan­dale de pro­por­tion aurait eu lieu en 2010 si ces agis­se­ments illé­gaux avaient été révé­lés : la vio­la­tion du trai­té de l’UE, les chan­ge­ments arbi­traires dans les règles de pro­cé­dure de la BCE, EUROSTAT et le FMI, ain­si que l’as­so­cia­tion des États membres à la socié­té Luxem­bour­geoise à but spé­cial pri­vé. Tout cela juste pour le sau­ve­tage des banques pri­vées et au détri­ment d’un risque sys­té­mique pour l’en­semble de l’Eu­rope, en rai­son de l’en­ga­ge­ment d’États avec des garan­ties de mil­liar­daires qui cou­vri­raient actifs toxiques pro­blé­ma­tiques, déma­té­ria­li­sées et non négociables.

Ce scan­dale n’a jamais eu lieu, parce que la même réunion extra­or­di­naire des affaires éco­no­miques et sociales de l’UE [18] qui a dis­cu­té de la créa­tion du « Spe­cial Pur­pose Vehicle » qu’est la socié­té du FESF en mai 2010 a don­né une impor­tance par­ti­cu­lière au « sou­tien du package pour la Grèce », ce qui fait croire que la créa­tion de cette struc­ture était pour la Grèce et que, ce fai­sant, elle assu­re­rait la sta­bi­li­té finan­cière dans la région. Depuis lors, la Grèce a été le centre de toutes les atten­tions, occu­pant constam­ment les grands titres des prin­ci­paux de médias par­tout dans le monde, tan­dis que le régime illé­gal qui a effec­ti­ve­ment sou­te­nu et pro­fi­té les banques pri­vées reste dans l’ombre, et presque per­sonne ne parle de ce sujet.

Le rap­port annuel de la Banque de Grèce montre une immense aug­men­ta­tion des comptes « hors bilan » liées aux valeurs mobi­lières en 2009 et 2010, sur des mon­tants beau­coup plus impor­tant que l’ac­tif total de la Banque, et cette ten­dance se pour­suit sur les années sui­vantes. Par exemple, sur le bilan de la Banque de Grèce de 2010 [19], le total des actifs au 31/12/2010 a été 138,64 mil­liards d’eu­ros. Les comptes hors bilan sur cette année ont atteint 204,88 mil­liards d’eu­ros. Le 31/12/2011 [20], alors que le solde du total des actifs addi­tion­nés est à 168.44 mil­liards d’eu­ros ; les comptes hors bilan a atteint 279.58 mil­liard d’euros.

« Ain­si, le trans­fert des actifs toxiques des banques pri­vées dans le sec­teur public a été un grand suc­cès pour les banques pri­vées. Et le sys­tème de la dette [21] a été l’outil pour dis­si­mu­ler cela. » 

La Grèce a été mise sur ce scé­na­rio après plu­sieurs mois de pres­sion per­sis­tante de la Com­mis­sion de L’Union Euro­péenne sur les allé­ga­tions d’in­co­hé­rences sur les don­nées sta­tis­tiques et l’exis­tence d’un défi­cit exces­sif [22]. Étape par étape, une grosse affaire a été créé sur ces ques­tions, jus­qu’en mai 2010, lorsque le Conseil d’Affaires Éco­no­miques et Finan­cières, a décla­ré : « dans le sillage de la crise en Grèce, la situa­tion sur les mar­chés finan­ciers est fra­gile et il y a un risque de conta­gion » [23]. Et ain­si la Grèce a été sou­mise à un package com­pre­nant l’in­gé­rence de la Troï­ka avec ses mesures sévères en ver­tu des plans d’a­jus­te­ment annuels, un accord bila­té­ral sur­pre­nant, sui­vis par des « prêts » de la socié­té FESF, sou­te­nus par des ins­tru­ments de finan­ce­ment à risque.

Les éco­no­mistes grecs, des diri­geants poli­tiques, et même cer­taines auto­ri­tés du FMI ont pro­po­sé que la restruc­tu­ra­tion de la dette grecque pour­rait four­nir des résul­tats bien meilleurs que ce package. Cela a été tout sim­ple­ment ignoré.

Les cri­tiques qui ont dénon­cé la sur­es­ti­ma­tion du défi­cit grec – qui avait été la jus­ti­fi­ca­tion de la créa­tion de la grosse affaire autour de la Grèce et de l’im­po­si­tion de du package de 2010 – ont éga­le­ment été ignorées.

Les dénon­cia­tions graves faites par des spé­cia­listes grecs [24] au sujet de la fal­si­fi­ca­tion des sta­tis­tiques n’ont éga­le­ment pas été prises en consi­dé­ra­tion. Ces études ont mon­tré que la quan­ti­té de 27,99 mil­liards d’eu­ros a sur­char­gé les sta­tis­tiques de la dette publique en 2009 [25], en rai­son de l’aug­men­ta­tion erro­née sur cer­taines caté­go­ries (comme les DEKO, les arrié­rés des hôpi­taux et SWAP Gold­man Sachs). Les sta­tis­tiques des années pré­cé­dentes avaient éga­le­ment été tou­chées par 21 mil­liards d’eu­ros de swaps Gold­man Sachs dis­tri­bués ad hoc en 2006, 2007, 2008 et 2009.

Mal­gré tout cela, sous une atmo­sphère d’ur­gence et de menace de « conta­gion », de curieux accords ont été mis en œuvre depuis 2010 en Grèce ; non pas comme une ini­tia­tive grecque, mais comme une injonc­tion des auto­ri­tés de l’UE et le FMI.

« L’a­na­lyse des méca­nismes [26] insé­rées dans ces accords montre qu’ils ne béné­fi­cient pas du tout la Grèce, mais qu’ils ont ser­vi les inté­rêts des banques pri­vées, en par­faite confor­mi­té à l’en­semble des mesures de sau­ve­tage illé­gales approu­vés en mai 2010. » 

• Pre­miè­re­ment, le prêt bila­té­ral a uti­li­sé un compte spé­cial à la BCE par lequel les prêts consen­tis par les pays et la Banque alle­mande de déve­lop­pe­ment, les prê­teurs, iraient direc­te­ment aux banques pri­vées qui déte­naient des titres de créance avec des valeurs nomi­nales bien en deçà. Donc, cet accord bila­té­ral étrange a été orga­ni­sé pour per­mettre le paie­ment inté­gral au pro­fit des déten­teurs d’o­bli­ga­tions tan­dis que la Grèce n’a obte­nu aucun avan­tage. Au lieu de cela, les Grecs auront à rem­bour­ser le capi­tal, les taux d’in­té­rêt éle­vés et tous les coûts.

• Deuxiè­me­ment, les « prêts » du FESF ont abou­ti à la reca­pi­ta­li­sa­tion des banques pri­vées grecques. La Grèce n’a pas reçu un véri­table prêt ou un sou­tien du FESF. À tra­vers les méca­nismes insé­rés dans les accords du FESF, l’argent réel n’est jamais par­ve­nu en Grèce. Le pays a donc été for­cé de réduire les dépenses sociales essen­tielles afin de rem­bour­ser, en espèces, les taux d’in­té­rêt éle­vés et tous les frais abu­sifs. Et devra éga­le­ment rem­bour­ser le capi­tal qu’il n’a jamais reçu.

Nous devons cher­cher la rai­son pour laquelle la Grèce a été choi­sie pour être dans l’œil de la tem­pête, sou­mis à des accords et mémo­ran­dums illé­gaux et illé­gi­times, sié­geant en tant que décor pour cou­vrir le plan de sau­ve­tage illé­gale scan­da­leux des banques pri­vées depuis 2010.

Peut-être que cette humi­lia­tion est liée au fait que la Grèce a été his­to­ri­que­ment la réfé­rence mon­diale pour l’hu­ma­ni­té, car elle est le ber­ceau de la démo­cra­tie, le sym­bole de l’é­thique et des droits humains. Le sys­tème de la dette ne peut pas admettre ces valeurs, car il n’a aucun scru­pule à endom­ma­ger les pays et les peuples afin d’ob­te­nir leurs profits.

Le Par­le­ment grec a déjà ins­tal­lé la Com­mis­sion de la Véri­té sur la Dette Publique et nous a don­né la chance de révé­ler ces faits. Car c’est seule­ment grâce à la trans­pa­rence que les pays vain­cront ceux qui veulent les mettre à genoux.

Il est temps que la véri­té l’emporte, il est le temps de pla­cer les droits humains, la démo­cra­tie et l’é­thique au-des­­sus des inté­rêts pri­vés. Ceci est la mis­sion que la Grèce doit prendre en ce moment.

Maria Lucia Fatorelli.

Tra­duit de l’anglais par Mabrou­ka M’Barek (co-auteur de la loi pour l’audit de la dette tunisienne)

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Notes :

[1] Coor­don­na­trice Natio­nale de l’Audit Citoyen de la Dette au Bré­sil (www​.audi​to​ria​ci​da​da​.org​.br), invi­tée par la pré­si­dente du Par­le­ment grec la dépu­té Zoe Kons­tan­to­pou­lou afin de col­la­bo­rer avec la Com­mis­sion de la véri­té sur la dette publique créée le 4 avril 2015 et coor­don­née par Eric Tous­saint du CADTM.

[2] Hors-bilan signi­fie une sec­tion exté­rieure aux comptes de bilan nor­mal, où les actifs pro­blé­ma­tiques, tels que les actifs non négo­ciables déma­té­ria­li­sés sont informés.

[3] Secu­ri­ties Mar­kets Pro­gramme (SMP) – BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE. Glos­saire poli­tique moné­taire. Dis­po­nible depuis :

https://​www​.ecb​.euro​pa​.eu/​h​o​m​e​/​g​l​o​s​s​a​r​y​/​h​t​m​l​/​a​c​t​4​s​.​e​n​.​h​t​m​l​#​696 [Consul­té : 4th Juin 2015]

[4] LE TRAITÉ DE LISBONNE. Article 123. Dis­po­nible à par­tir : http://​www​.lis​bon​-trea​ty​.org/​w​c​m​/​t​h​e​–​l​i​s​b​o​n​–​t​r​e​a​t​y​/​t​r​e​a​t​y​–​o​n​–​t​h​e​–​f​u​n​c​t​i​o​n​i​n​g​–​o​f​–​t​h​e​–​e​u​r​o​p​e​a​n​–​u​n​i​o​n​–​a​n​d​–​c​o​m​m​e​n​t​s​/​p​a​r​t​–​3​–​u​n​i​o​n​–​p​o​l​i​c​i​e​s​–​a​n​d​–​i​n​t​e​r​n​a​l​–​a​c​t​i​o​n​s​/​t​i​t​l​e​–​v​i​i​i​–​e​c​o​n​o​m​i​c​–​a​n​d​–​m​o​n​e​t​a​r​y​–​p​o​l​i​c​y​/​c​h​a​p​t​e​r​–​1​–​e​c​o​n​o​m​i​c​–​p​o​l​i​c​y​/​3​9​1​–​a​r​t​i​c​l​e​–​1​2​3​.​h​tml [Consul­té : 4th Juin 2015]

[5] La zone euro des États membres ou action­naires du FESF : Royaume de Bel­gique, Répu­blique Fédé­rale d’Al­le­magne, Irlande, Royaume d’Es­pagne, la Répu­blique fran­çaise, la Répu­blique ita­lienne, la Répu­blique de Chypre, le Grand-Duché de Luxem­bourg, la Répu­blique de Malte, Royaume des Pays-Bas, Répu­blique d’Au­triche, la Répu­blique por­tu­gaise, la Répu­blique de Slo­vé­nie, la Répu­blique slo­vaque, la Répu­blique de Fin­lande et Répu­blique hellénique

[6] La socié­té FESF pri­vée a été créée comme un Méca­nisme euro­péen de la sta­bi­li­sa­tion finan­cière (MESF), dans : http://​ec​.euro​pa​.eu/​e​c​o​n​o​m​y​_​f​i​n​a​n​c​e​/​e​u​_​b​o​r​r​o​w​e​r​/​e​f​s​m​/​i​n​d​e​x​_​e​n​.​htm

[7] Com­mis­sion euro­péenne (2010) Com­mu­ni­ca­tion de la Com­mis­sion au Par­le­ment euro­péen, le Conseil euro­péen, le Conseil, la Banque cen­trale euro­péenne, le Comi­té éco­no­mique et social et au Comi­té des régions – Ren­for­cer la coor­di­na­tion des poli­tiques économiques.

http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/euro/documents/2010–05–12-com(2010)250_final.pdf – Page 10.

[8] IRISH STATUTE BOOK (2011) Fonds euro­péen de sta­bi­li­té finan­cière et le Fonds de la zone euro prêt (Amend­ment) Act 2011. Dis­po­nible auprès de : http://​www​.irishs​ta​tu​te​book​.ie/​2​0​1​1​/​e​n​/​a​c​t​/​p​u​b​/​0​0​2​5​/​p​r​i​n​t​.​h​tml # s2 [Consul­té : 4th Juin 2015].

[9] Décla­ra­tion faite par M. Pana­gio­tis Rou­me­lio­tis, ancien repré­sen­tant de la Grèce au FMI, à la « Com­mis­sion de la véri­té sur la dette publique », au Par­le­ment grec, le 15 Juin à 2015.

[10] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2010) A pro­pos FESF [en ligne] Dis­po­nible à partir :

http://​www​.efsf​.euro​pa​.eu/​a​b​o​u​t​/​i​n​d​e​x​.​htm et http://​www​.efsf​.euro​pa​.eu/​a​t​t​a​c​h​m​e​n​t​s​/​f​a​q​_​e​n​.​pdf – Ques­tion A9 [Consul­té le 3 Juin 2015].

[11] Haan, Jacob de ; OSSTERLOO, San­der ; SCHOENMAKER, Dirk. Ins­ti­tu­tions et mar­chés finan­ciers – A Euro­pean Pers­pec­tive (2012) 2e édi­tion. Cam­bridge, Royaume-Uni. régimes d’ac­tifs de secours, Van Riet (2010) page 62.

[12] EUROSTAT (2009) Nou­velle déci­sion d’Eu­ro­stat sur le défi­cit et la dette – L’en­re­gis­tre­ment sta­tis­tique des inter­ven­tions publiques pour sou­te­nir les ins­ti­tu­tions finan­cières et les mar­chés finan­ciers durant la crise finan­cière. Dis­po­nible depuis :

http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/5071614/2–15072009-BP-EN.PDF/37382919-ebff-4dca-9175–64d78e780257?version=1.0 [Consul­té : 4th Juin 2015]

[13] « La plu­part des admi­nis­tra­teurs (…) appe­lé le Fonds à col­la­bo­rer avec d’autres ins­ti­tu­tions, comme la Banque des règle­ments inter­na­tio­naux, le Conseil de sta­bi­li­té finan­cière, et les auto­ri­tés natio­nales, à atteindre cet objec­tif. » En FMI (2013) des déci­sions choi­sies. Dis­po­nible à par­tir : http://​www​.imf​.org/​e​x​t​e​r​n​a​l​/​p​u​b​s​/​f​t​/​s​d​/​2​0​1​3​/​1​2​3​1​1​3​.​pdf – Page 72. [Consul­té : 4th Juin 2015]

[14] LOI SUR L’Eu­ro­pean Finan­cial Sta­bi­li­ty Faci­li­ty 2010. FESF accord-cadre, l’ar­ticle 12 (1) a, b, c, d, et (3); Article 10 (1), (2) et (3); Article 12 (4); Article 10 (8).

[15] Seule­ment à par­tir d’Octobre 2011, selon une déci­sion du Conseil le 26 Avril 2012, EWG a pré­sident à temps plein :
JOURNAL OFFICIEL DE L’UNION EUROPÉENNE (2012) Déci­sion offi­ciel. Dis­po­nible depuis :
http://​euro​pa​.eu/​e​f​c​/​p​d​f​/​c​o​u​n​c​i​l​_​d​e​c​i​s​i​o​n​_​2​0​1​2​_​2​4​5​_​e​c​_​o​f​_​2​6​_​a​p​r​i​l​_​2​0​1​2​_​o​n​_​a​_​r​e​v​i​s​i​o​n​_​o​f​_​t​h​e​_​s​t​a​t​u​t​e​s​_​o​f​_​t​h​e​_​e​f​c​.​pdf .

La même per­sonne, Tho­mas Wie­ser, avait été le pré­sident du Comi­té éco­no­mique et finan­cier (CEF) de Mars 2009 à Mars 2011 : CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE. Groupe de tra­vail de l’Eu­ro­groupe. Dis­po­nible depuis :
http://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​e​n​/​c​o​u​n​c​i​l​–​e​u​/​e​u​r​o​g​r​o​u​p​/​e​u​r​o​g​r​o​u​p​–​w​o​r​k​i​n​g​–​g​r​o​up/

[16] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2013) FESF ques­tions géné­rales. Dis­po­nible depuis :
http://​www​.efsf​.euro​pa​.eu/​a​t​t​a​c​h​m​e​n​t​s​/​f​a​q​_​e​n​.​pdf – Ques­tion A6. [Consul­té : 4th Juin 2015].

Voir aus­si : L’agence de ges­tion de la dette alle­mande a émis des titres du FESF au nom du FESF.

De EUROPEEN DE STABILITÉ FINANCIÈRE (2010) de l’UE et de finan­ce­ment du FESF plans visant à four­nir une aide finan­cière pour l’Ir­lande. Dis­po­nible depuis :

http://www.efsf.europa.eu/mediacentre/news/2010/2010–006-eu-and-efsf-funding-plans-to-provide-financial-assistance-for-ireland.htm [Consul­té : 4th Juin 2015]

Accord [17] Co-finan­­ce­­ment, PREAMBULE (A) et de l’ar­ticle 1 – Défi­ni­tions et « Obli­ga­tions » d’in­ter­pré­ta­tion. Dis­po­nible au http://crisisobs.gr/wp-content/uploads/2012/02/7‑co-financing-agreement.pdf [Consul­té : 4th Juin 2015]

Ces obli­ga­tions sont émises sur la forme déma­té­ria­li­sée et non cer­ti­fiés. Ils ont beau­coup de res­tric­tions parce qu’ils sont émis direc­te­ment dans un cer­tain but et pas offerts sur le mar­ché, comme les valeurs mobi­lières lois et règles déter­mi­nées par la SEC. Ils sont émis en ver­tu d’une règle d’ex­cep­tion per­mise seule­ment pour les émet­teurs pri­vés, pas pour les États.

[18] AFFAIRES ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Conseil Réunion extra­or­di­naire de Bruxelles, 910 mai 2010. CONCLUSIONS DU CONSEIL

https://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​u​e​d​o​c​s​/​c​m​s​U​p​l​o​a​d​/​C​o​n​c​l​u​s​i​o​n​s​_​E​x​t​r​a​o​r​d​i​n​a​r​y​_​m​e​e​t​i​n​g​_​M​a​y​2​0​1​0​–​E​N​.​pdf

[19] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2010 BILAN p. A4 http://​www​.ban​kof​greece​.gr/​B​o​g​E​k​d​o​s​e​i​s​/​A​n​n​r​e​p​2​0​1​0​.​pdf

[20] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2011 BILAN p. A4. http://​www​.ban​kof​greece​.gr/​B​o​g​E​k​d​o​s​e​i​s​/​A​n​n​r​e​p​2​0​1​1​.​pdf

[21] L’ex­pres­sion créé par l’au­teur pour véri­fier, suite à plu­sieurs pro­cé­dures d’au­dit de la dette dans dif­fé­rentes ins­tances, l’u­ti­li­sa­tion abu­sive de l’ins­tru­ment de la dette publique comme un outil pour prendre des res­sources des États, au lieu de les sou­te­nir, en fonc­tion­nant comme un ensemble d’en­gre­nages qui concernent le sys­tème poli­tique, le sys­tème juri­dique, le modèle éco­no­mique basé sur des plans d’a­jus­te­ment, les grands médias et la corruption.

[22] 24 mars 2009 – Avis de la Com­mis­sion – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–05/2009–03–24_el_104-5_en.pdf

27 avril 2009 – Déci­sion du Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–06_council/2009–04–27_el_104-6_council_en.pdf

10 novembre 2009 – Conclu­sions du Conseil – http://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​u​e​d​o​c​s​/​c​m​s​_​d​a​t​a​/​d​o​c​s​/​p​r​e​s​s​d​a​t​a​/​e​n​/​e​c​o​f​i​n​/​1​1​1​0​2​5​.​pdf

8 JANVIER 2010- Rap­port de la Com­mis­sion – http://ec.europa.eu/eurostat/documents/4187653/6404656/COM_2010_report_greek/c8523cfa-d3c1-4954–8ea1-64bb11e59b3a

2 décembre 2009 – Déci­sion du Conseil – https://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​u​e​d​o​c​s​/​c​m​s​_​d​a​t​a​/​d​o​c​s​/​p​r​e​s​s​d​a​t​a​/​e​n​/​e​c​o​f​i​n​/​1​1​1​7​0​6​.​pdf

11 février 2010 – Décla­ra­tion des chefs d’É­tat ou de gou­ver­ne­ment de l’U­nion euro­péenne. – http://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​u​e​d​o​c​s​/​c​m​s​_​d​a​t​a​/​d​o​c​s​/​p​r​e​s​s​d​a​t​a​/​e​n​/​e​c​/​1​1​2​8​5​6​.​pdf

16 février 2010 – Déci­sion don­nant Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–09_council/2010–02–16_el_126-9_council_en.pdf

[23] 910 mai 2010 – Conclu­sions du Conseil – Réunion extra­or­di­naire – En ver­tu de la jus­ti­fi­ca­tion de la « crise grecque », les mesures du régime pour sau­ver les banques sont mises en œuvre.

https://​www​.consi​lium​.euro​pa​.eu/​u​e​d​o​c​s​/​c​m​s​U​p​l​o​a​d​/​C​o​n​c​l​u​s​i​o​n​s​_​E​x​t​r​a​o​r​d​i​n​a​r​y​_​m​e​e​t​i​n​g​_​M​a​y​2​0​1​0​–​E​N​.​pdf

10 MAY 2010 – Déci­sion du Conseil -

http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104–09_council/2010–05–10_el_126-9_council_en.pdf

[24] Le pro­fes­seur Zoe Geor­gan­ta, pro­fes­seur d’é­co­no­mé­trie appli­quée et de la pro­duc­ti­vi­té, Ex membre de la contri­bu­tion du conseil ELSTAT à « La Com­mis­sion de la véri­té sur la dette publique » le 21 mai 2015.

[25] HF inter­na­tio­nal (2011) Geor­gan­tas a dit que le défi­cit de 2009 était déli­bé­ré­ment gon­flé pour nous mettre dans le code rouge. Dis­po­nible à par­tir : http://​hel​las​frappe​.blog​spot​.gr/​2​0​1​1​/​0​9​/​s​h​o​c​k​i​n​g​–​r​e​p​o​r​t​–​o​f​f​i​c​i​a​l​–​a​d​m​i​s​t​–​2​0​0​9​.​h​tml

[26] Les méca­nismes sont résu­més dans le cha­pitre 4 du rap­port pré­li­mi­naire pré­sen­té par la Com­mis­sion de la véri­té sur la dette publique, le 17 Juin 2015. Dis­po­nible auprès de : http://​www​.hel​le​nic​par​lia​ment​.gr/​U​s​e​r​F​i​l​e​s​/​8​1​5​8​4​0​7​a​–​f​c​3​1​–​4​f​f​2​–​a​8​d3- 433701dbe6d4 / Report_web.pdf

(Article dis­po­nible dans le blog de la pla­te­forme de l’audit citoyen de la Grèce http://​www​.audi​ta​mos​gre​cia​.org/​e​n​/​b​a​n​k​s​–​b​e​h​i​n​d​–​g​r​e​e​k​–​t​r​a​g​e​dy/)

Source : Media­part

Mon com­men­taire :

Encore une inci­ta­tion puis­sante à réflé­chir à la res­pon­sa­bi­li­té effec­tive (pénale, finan­cière et patri­mo­niale) des « res­pon­sables » poli­tiques… non ?

Ceux qui nous gou­vernent en ser­vant aus­si hon­teu­se­ment les banques pri­vées aux dépens de l’in­té­rêt géné­ral sont des fléaux de l’hu­ma­ni­té et devraient être punis à plu­sieurs titres. 

Mais ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.
Notre impuis­sance poli­tique découle — direc­te­ment et prin­ci­pa­le­ment — de NOTRE démis­sion du pro­ces­sus constituant.
La solu­tion (durable et uni­ver­selle) est entre NOS mains (inutile de récla­mer quoi que ce soit à qui que ce soit : la solu­tion ne vien­dra PAS des « élus ») : il faut nous entraî­ner per­son­nel­le­ment, dès aujourd’­hui et tous les jours qui viennent, à écrire nous-mêmes les règles qui nous per­met­tront un jour de contrô­ler enfin comme il faut les acteurs poli­tiques ; et aus­si ne pas oublier d’en­traî­ner avec nous le plus grand nombre pos­sible d’en­dor­mis que nous aurons réveillés. 

Tout va dépendre de ce que vous faites, VOUS, oui vous, main­te­nant et les jours qui viennent, pour déclen­cher et entre­te­nir votre muta­tion en citoyen consti­tuant.

Étienne.

Collecte de dons pour acheminer des médicaments au dispensaire de soins d’Athènes afin de les aider à tenir bon dans la tempête !

Des gens dévoués (et prag­ma­tiques) réflé­chissent aux moyens d’ai­der les Grecs.
Voi­ci un exemple d’aide immé­diate et concrète, que nous pou­vons encou­ra­ger par de simples dons :
https://​www​.leet​chi​.com/​c​/​s​o​l​i​d​a​r​i​t​e​–​d​e​–​d​i​s​p​e​n​s​a​i​r​e​–​d​e​–​s​o​i​n​s​–​a​u​t​o​–​g​e​r​e​–​d​a​t​h​e​nes

Mer­ci Sarah.

Le fait que les peuples soient capables de s’ai­der mutuel­le­ment, concrè­te­ment, mas­si­ve­ment, est un mes­sage puis­sant — aux oli­garques mais aus­si aux peuples eux-mêmes — que nous pou­vons don­ner tous les jours, si le cœur nous en dit.
C’est un bon com­plé­ment des ate­liers constituants 🙂

Faites pas­ser 🙂

Le fil Face­book cor­res­pon­dant à cet appel :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​4​9​2​0​1​4​1​2​2​317

Mondialisme et compétition (bonus du film Demokratia)

Mon­dia­lisme et compétition ?
ou loca­lisme et collaboration ? 

Quelques sujets de conver­sa­tion pour notre cer­veau collectif 🙂


Etienne Chouard – Mon­dia­lisme et com­pé­ti­tion… par docu­to­pie

C’est un extrait inédit (non conser­vé au mon­tage) de l’en­tre­tien avec les auteurs du film « Demo­kra­tia », Thier­ry Kru­ger et Pablo Girault.

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Abso­lu­ment tout ce qui est vivant a besoin vita­le­ment d’une limite : la mem­brane de la cel­lule, l’é­corce du végé­tal, la peau de l’a­ni­mal (y com­pris de l’a­ni­mal humain), la fron­tière du corps social… PERMETTENT LA VIE.

Rien ne vit sans frontière.

Si on retire sa limite à un être, on lui retire sa vie, méca­ni­que­ment, forcément. 

Si tu sup­primes la fron­tière d’un être, tu le tues.

Et c’est d’ailleurs le but des pré­da­teurs (caché en l’occurrence).

Lisez « Éloge des fron­tières » de Régis Debray ; c’est passionnant.

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Le fil Face­book (hyper­ac­tif comme d’ha­bi­tude) cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​4​7​7​9​3​4​6​1​7​317

La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? (Laurent de Sutter, dans « Libération »)

« La rai­son déli­rante de l’Europe, un nou­veau fas­cisme mou ? », c’est le titre d’un papier publié récem­ment dans « Libé­ra­tion », et dont voi­ci l’in­tro­duc­tion et la conclusion :

La rai­son déli­rante de l’Europe,
un nou­veau fas­cisme mou ?

par Laurent de SUTTER, Pro­fes­seur de théo­rie du droit, à la Vrije Uni­ver­si­teit de Bruxelles et direc­teur de la col­lec­tion « Pers­pec­tives cri­tiques » aux Presses uni­ver­si­taires de France. (Source : « http://​www​.libe​ra​tion​.fr/​m​o​n​d​e​/​2​0​1​5​/​0​2​/​1​0​/​l​a​–​r​a​i​s​o​n​–​d​e​l​i​r​a​n​t​e​–​d​e​–​l​–​e​u​r​o​p​e​–​u​n​–​n​o​u​v​e​a​u​–​f​a​s​c​i​s​m​e​–​m​o​u​_​1​1​9​9​605 ARTICLE SUPPRIMÉ »)

Il est temps d’ouvrir les yeux : les auto­ri­tés qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fas­cisme nou­veau. Ce fas­cisme, ce n’est plus celui, mani­feste et assu­mé, qui a fait du XXe siècle l’un des grands siècles de la lai­deur poli­tique ; il s’agit plu­tôt d’un fas­cisme mou et retors, dis­si­mu­lant ses inten­tions mau­vaises der­rière un lan­gage qui se vou­drait de rai­son. Mais la rai­son que mani­festent tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent for­cés de dis­cu­ter avec le Pre­mier ministre grec, Aléxis Tsí­pras, est en réa­li­té une rai­son déli­rante. Elle l’est sur plu­sieurs plans.

[…] [(déli­rant sur le plan poli­tique, sur le plan éco­no­mique, et sur le plan de la raison)] […]

Ce délire géné­ra­li­sé, que mani­festent les auto­ri­tés euro­péennes, doit être inter­ro­gé. Pour­quoi se déploie-t-il de manière si impu­dique sous nos yeux ? Pour­quoi conti­­nue-t-il à faire sem­blant de se trou­ver des rai­sons, lorsque ces rai­sons n’ont plus aucun sens – ne sont que des mots vides, des slo­gans creux et des logiques inconsistantes ? 

La réponse est simple : il s’agit bien de fas­cisme. Il s’agit de se don­ner une cou­ver­ture idéo­lo­gique de pure conven­tion, un dis­cours auquel on fait sem­blant d’adhérer, pour, en véri­té, réa­li­ser une autre opé­ra­tion. Comme je l’ai sug­gé­ré plus haut, cette autre opé­ra­tion est une opé­ra­tion d’ordre : il s’agit de s’assurer de la domes­ti­ca­tion tou­jours plus dure des popu­la­tions euro­péennes – de ce qu’elles ne réagi­ront pas aux mesures de plus en plus vio­lentes prises à leur encontre. 

Des gou­ver­ne­ments qui se pré­tendent démo­cra­tiques ont été élus par les dif­fé­rentes popu­la­tions euro­péennes – mais ce sont des gou­ver­ne­ments dont le pro­gramme caché est tout le contraire : ce sont des gou­ver­ne­ments qui sou­haitent la fin de la démo­cra­tie, car la démo­cra­tie ne les arrange pas. Tout le reste n’est que prétexte. 

Or, ce que le nou­veau gou­ver­ne­ment grec tente de réa­li­ser, c’est réin­tro­duire un peu de réa­lisme au milieu de l’invraisemblable délire poli­tique, éco­no­mique et ration­nel dans lequel baigne l’Europe – donc un peu de démo­cra­tie. Mais, ce fai­sant, il rend appa­rent l’ampleur de la cra­pu­le­rie régnant dans les autres pays du conti­nent – et, cela, on ne le lui par­don­ne­ra pas.

Laurent de SUTTER, Pro­fes­seur de théo­rie du droit, à la Vrije Uni­ver­si­teit de Bruxelles et direc­teur de la col­lec­tion « Pers­pec­tives cri­tiques » aux Presses uni­ver­si­taires de France 

Source : http://​www​.libe​ra​tion​.fr/​m​o​n​d​e​/​2​0​1​5​/​0​2​/​1​0​/​l​a​–​r​a​i​s​o​n​–​d​e​l​i​r​a​n​t​e​–​d​e​–​l​–​e​u​r​o​p​e​–​u​n​–​n​o​u​v​e​a​u​–​f​a​s​c​i​s​m​e​–​m​o​u​_​1​1​9​9​605 ARTICLE SUPPRIMÉ

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Mon commentaire : 

Le point d’in­ter­ro­ga­tion du titre de l’ar­ticle est en trop. 

Et le fas­cisme 2.0 régime auto­ri­taire euro­péen est clai­re­ment de moins en moins « mou ».

Les poli­tiques publiques régres­sives qui sont impo­sées aux peuples ne sont « déli­rantes » que du point de vue des élec­teurs trop gen­tils qui font confiance aux « élus », comme si les « élus » ser­vaient l’in­té­rêt général. 

Mais du point de vue des ban­quiers qui, en réa­li­té, font élire nos maîtres (pour qu’ils servent prio­ri­tai­re­ment leurs inté­rêts de ban­quiers), rien n’est « déli­rant » : du point de vue de la réa­li­té, tout se passe comme pré­vu. Les « élus » font bien leur job, d’es­crocs professionnels. 

Ce qui est déli­rant, c’est notre cré­du­li­té dans les bobards des défen­seurs du faux « suf­frage uni­ver­sel » (quand nous accep­tons gen­ti­ment d’« élire des rois au lieu de voter nos lois »).

Il est urgent d’ap­prendre – entre nous, sans attendre aucune aide d’au­cun notable – à remettre les mots impor­tants à l’en­droit (démo­cra­tie, plou­to­cra­tie, fas­cisme, repré­sen­tant, suf­frage, citoyen, mon­naie, tirage au sort, conflit d’in­té­rêts, réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne…), car on ne peut pas pen­ser à l’en­droit avec des mots à l’envers. 

Une fois les mots impor­tants rede­ve­nus opé­ra­tion­nels, il appa­raît alors vital, comme une évi­dence, natu­relle, d’ins­ti­tuer nous-mêmes des pro­cé­dures de dési­gna­tion et de contrôle des acteurs poli­tiques qui rendent IMPOSSIBLE D’AIDER DES CANDIDATS. 

Car le vice suprême de l’é­lec­tion-par­mi-des-can­di­dats, plus grave encore que de don­ner le pou­voir à ceux qui le veulent (ce qui est déjà une folie, on le sait depuis Pla­ton), est de PERMETTRE D’AIDER des can­di­dats à gagner la com­pé­ti­tion élec­to­rale, ce que ne manquent jamais de faire les plus riches — évi­dem­ment ! —, tou­jours et par­tout, car cette aide fait des « élus » leurs ser­vi­teurs (ce qui est pro­pre­ment un immense scan­dale, et le pre­mier d’une longue série), aux dépens des gogos que sont les « électeurs ».

Le TIRAGE AU SORT est LA SEULE pro­cé­dure qui n’offre AUCUNE PRISE à cette cor­rup­tion au moment de dési­gner des acteurs poli­tiques, notam­ment les membres d’une Assem­blée consti­tuante, mais aus­si ceux des (très néces­saires) Chambres de contrôle. 

La solu­tion ne vien­dra pas des « élus » (qui sont pré­ci­sé­ment ceux qui nous ont mis dans cette pri­son poli­tique, depuis 200 ans) : la solu­tion ne peut venir que du peuple lui-même. Il faut que les élec­teurs s’en­traînent, per­son­nel­le­ment et quo­ti­dien­ne­ment, et deviennent des citoyens consti­tuants.

Plus tard, on sau­ra sans doute que citoyen consti­tuant est un pléo­nasme : il n’est de citoyens que consti­tuants. Il faut com­prendre (et ensuite expli­quer aux autres, vite) l’im­por­tance cen­trale, fon­da­men­tale, de NE PAS ÉLIRE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.

Faites pas­ser.

Nota : voi­ci l’a­dresse du fil de com­men­taires Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​3​4​8​5​5​2​5​0​7​317

[Passionnant] FRIOT sur la LAÏCITÉ, outil radical de désintoxication des croyances religieuses capitalistes

Salut à tous. 

Je vous parle de Ber­nard Friot depuis des années. Je le trouve épa­tant, atta­chant, éman­ci­pant… important. 

Mon enthou­siasme redouble encore, cette fois, avec cette (pas­sion­nante) confé­rence sur… la laï­ci­té. Pour­tant, jusque-là je pen­sais que le concept de laï­ci­té était vrai­ment « à la marge » de mon tra­vail (je me penche très peu sur les ques­tions religieuses). 

Eh bien, vous allez voir com­ment Ber­nard replace éton­nam­ment la laï­ci­té (lai­kos = peuple) au cœur de nos réflexions poli­tiques modernes. 

Les confé­rences de Ber­nard sont de plus en plus puis­santes (et utiles), je trouve.

Ber­nard Friot : Reli­gion Capi­ta­liste & Laï­ci­té (par­tie 12) :
httpv://youtu.be/3vW8EoVUaEo

Ber­nard Friot : Reli­gion Capi­ta­liste & Laï­ci­té (par­tie 2/2) :
httpv://youtu.be/oIdzo2HpRYk

Il fau­drait retrans­crire cette confé­rence, je crois : sa langue est claire, convain­cante, son mes­sage est à la fois sub­ver­sif et éman­ci­pant. Mais je n’ai pas le temps. 

[Edit (6 mai) : ça y est 🙂 Nicole a retrans­crit toute la par­tie 1 !

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​B​e​r​n​a​r​d​_​F​R​I​O​T​_​L​a​i​c​i​t​e​_​v​s​_​C​a​p​i​t​a​l​i​s​m​e​_​f​e​v​r​i​e​r​_​2​0​1​5​.​pdf

Incroyable cer­veau collectif…
Mer­ci Nicole ! 🙂 ]

J’ai grat­té en l’é­cou­tant plus de 30 pages de notes (avec mon écri­ture de pattes de mouches), et je vais en retrans­crire ici les grandes lignes, pour que vous en sen­tiez l’im­por­tance (pour nous tous) :

[Extrait de mes notes, prises au vol :]

Il ne faut pas réduire la laï­ci­té à la seule sépa­ra­tion entre l’É­glise et l’É­tat ; elle passe par là, bien sûr, mais le fon­de­ment de la laï­ci­té, c’est de rendre pos­sible des lois, des ins­ti­tu­tions, qui affirment, contre le pou­voir, la sou­ve­rai­ne­té popu­laire (lai­kos = peuple).

En effet, le pou­voir exerce tou­jours son emprise contre la sou­ve­rai­ne­té popu­laire par le biais de croyances reli­gieuses, en l’oc­cur­rence aujourd’­hui des croyances « économiques ». 

On va décrire ici 5 croyances reli­gieuses, des croyances qui, aujourd’­hui, appuient le pou­voir de la classe diri­geante contre la sou­ve­rai­ne­té populaire :

1) La croyance (reli­gieuse, irra­tion­nelle) que
« le patri­moine crée de la valeur économique »
(croyance en la légi­ti­mi­té de la pro­prié­té lucra­tive ;
croyance que « il est nor­mal de tirer un reve­nu d’un patrimoine »,
alors que la seule source de valeur est — exclu­si­ve­ment — le tra­vail vivant). 

Anti­dote laïc : la copro­prié­té d’u­sage des outils de travail.

2) La croyance (reli­gieuse, irra­tion­nelle) dans
« la néces­si­té d’un mar­ché du travail »
(mar­ché du tra­vail qui est la cause pre­mière du chômage !
croyance qu’il est légi­time d’at­ta­cher le salaire au poste de travail,
et que seuls les employés subor­don­nés à un employeur créent de la valeur économique).

Anti­dote laïc : le droit au salaire à vie, comme matrice uni­ver­selle du tra­vail, avec qua­li­fi­ca­tion de la per­sonne. Nous n’a­vons pas besoin d’employeurs pour travailler.

3) La croyance (reli­gieuse, irra­tion­nelle) dans
« la néces­si­té du cré­dit pour finan­cer les investissements »
(nous pen­sons « man­quer d’argent », alors que ceux qui pro­posent de nous prê­ter de l’argent (moyen­nant un inté­rêt non néces­saire et rui­neux) viennent de nous le piquer !)

Anti­dote laïc : la sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment, grâce à l’im­pôt et à la coti­sa­tion sociale (dont nous devrions deman­der l’aug­men­ta­tion mas­sive, pour deve­nir les sou­ve­rains de la valeur). Nous n’a­vons pas besoin de prê­teurs pour finan­cer l’in­ves­tis­se­ment. Le Tré­sor public sub­ven­tionne, il ne prête pas.

4) La croyance (reli­gieuse, irra­tion­nelle) dans le fait que
« la réduc­tion du temps de tra­vail est la mesure de la productivité »
(croyance qu’il faut tra­vailler plus vite pour tra­vailler mieux ; har­cè­le­ment du management).

Anti­dote laïc : qua­li­fi­ca­tion du pro­duc­teur (et pas du poste) et conven­tion col­lec­tive (par qui le salaire ne dépend plus du temps pas­sé à travailler)

5) La croyance (reli­gieuse, irra­tion­nelle) dans le fait que
« la Sécu­ri­té sociale, c’est de la solidarité »
(croyance que « ceux qui tra­vaillent » paient pour « ceux qui ne tra­vaillent pas »).

Anti­dote laïc : la coti­sa­tion comme salaire signi­fie que TOUS ceux qui pro­duisent des biens non mar­chands pro­duisent AUSSI de la valeur économique.

Fina­le­ment, la reli­gion du capi­tal, elle nous dit que « ne pro­duit de la valeur éco­no­mique que celui qui va se vendre sur un « mar­ché du tra­vail » et se sou­mettre à un pro­prié­taire lucra­tif, qui a finan­cé son inves­tis­se­ment par cré­dit, et qui mesure la valeur de ce qu’on pro­duit par le temps pas­sé à tra­vailler. En dehors de ça, il n’y a pas de pro­duc­tion de valeur, ce n’est que de l’u­ti­li­té sociale ; donc, tous les autres, qui touchent de l’argent autre­ment, c’est grâce à la solidarité. »

Et cette reli­gion a des curés, qui viennent prê­cher le caté­chisme du capi­tal, tous les matins à la radio, au 6–9 : « si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer ». 

Dépla­çons notre com­bat laïc ; nos socié­tés ne sont qu’à mi-che­­min dans la bagarre de la laïcité.

C’est vrai­ment une bonne syn­thèse du tra­vail de Friot, je trouve. 

C’est un nou­veau bel outil d’é­du­ca­tion popu­laire que Ber­nard — et ceux qui l’ont invi­té et ceux qui ont pro­duit ce film — nous offrent.
À nous, ensuite, de le faire connaître autour de nous. 

Faites pas­ser…

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Par ailleurs, l’as­so­cia­tion « Deve­nons Citoyens », à Basse-Terre en Gua­de­loupe, orga­nise une semaine d’é­du­ca­tion popu­laire, du 6 au 12 juin 2015, avec Ber­nard Friot et Franck Lepage (les deux en même temps ! vei­nards de Gua­de­lou­péens). Un beau moment d’é­du­ca­tion popu­laire en vue, donc.

Mais ils ont besoin de quelques sous pour finir de payer le voyage… Déci­dé­ment, je vous parle pas mal de sous, ces temps-ci… Mais bon, il faut bien finan­cer nous-mêmes nos outils d’au­to-éman­ci­pa­tion, n’est-ce pas ? 

Donc, je vous donne ici les liens qui signalent l’é­vé­ne­ment, et ceux qui invitent à aider les orga­ni­sa­teurs à finan­cer ce voyage :

• Évé­ne­ment Face­book : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​6​2​8​9​1​3​4​0​5​8​6​0​22/

• Finan­ce­ment col­lec­tif : https://​www​.lepot​com​mun​.fr/​p​o​t​/​c​g​s​h​9​02v

• Pro­gramme :

• Site de l’as­so « Deve­nons citoyens », chaîne You­tube et page FB :

http://​deve​nons​ci​toyens​.fr/

https://​www​.you​tube​.com/​c​h​a​n​n​e​l​/​U​C​X​e​D​W​6​n​h​–​C​I​3​I​Z​i​–​r​x​K​6​5Lg

https://​www​.face​book​.com/​D​e​v​e​n​o​n​s​C​i​t​o​y​ens

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Ensuite, il y a des mois que je veux vous signa­ler le der­nier livre de Ber­nard, « Éman­ci­per le tra­vail » :

C’est son meilleur livre, je trouve, il est bien adap­té au grand public. La forme des entre­tiens assez courts le rend très agréable à lire, et toute la puis­sance sub­ver­sive de ses pro­po­si­tions y est pour­tant mieux expo­sée que jamais.

Le plan du livre est là : http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​1​b​1​0​5​2​b​a​5​9​f​8​c​f​b​c​a​c​d​6​d​4​1​f​b​8​e​5​b​5​a​b​?​l​a​n​g​=fr

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Enfin, je veux dire encore un mot de l’ou­til d’é­du­ca­tion popu­laire créé par Ber­nard pour faire mon­ter notre niveau de conscience et d’exi­gence sur l’en­jeu du salaire : tâchez d’ai­der Réseau Sala­riat si vous le pou­vez : nous ne pou­vons comp­ter que sur nous-mêmes pour finan­cer de tels outils. 

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Mer­ci pour toutes ces pen­sées affec­tueuses et pour tous ces encou­ra­ge­ments que vous m’en­voyez tous les jours, par mail et dans les dif­fé­rents fils de com­men­taires sur le net. Je n’ai pas le temps maté­riel de vous répondre indi­vi­duel­le­ment, mal­heu­reu­se­ment, mais je le fais par la pen­sée, tou­jours avec émo­tion. On n’est forts qu’en­semble et vos témoi­gnages ami­caux me donnent bien de l’éner­gie. Merci.

Bon cou­rage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Le fil de com­men­taires cor­res­pon­dant à ce billet sur Face­book :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​3​4​0​0​4​0​5​4​2​317

« Ruptures » : le 29 mai 2015, lancement d’un mensuel hors du commun

Bien­tôt 10 ans.
10 ans que nous avons uni nos forces en France pour crier aux pré­ten­dues « élites » un NON réflé­chi et déter­mi­né oppo­sé à l’an­ti-consti­tu­tion européenne. 

C’é­tait le 29 mai 2005.
Un jour de vic­toire popu­laire contre les men­songes média­tiques ; c’est plu­tôt rare. 

10 ans, depuis lors, de scan­da­leux mépris du peuple de la part de nos pré­ten­dus « repré­sen­tants » et de nos pré­ten­dus « jour­na­listes » ; mépris de tous les jour­naux « impor­tants », tous ache­tés par des banques ou des mar­chands d’armes ! Les « Ouiistes » nous ont trai­tés (et nous traitent encore) de xéno­phobes, de « fas­cistes », de « mou­tons noirs », de repliés-sur-nous-mêmes, d’aigris…

Attention ! Danger (par ici) de moutons noirs !

10 ANS ET PLUS QUE JAMAIS BESOIN D’UN JOURNAL RADICALEMENT EURO-CRITIQUE, oppo­sé fron­ta­le­ment au pro­ces­sus fon­da­men­ta­le­ment anti­dé­mo­cra­tique qu’est la pré­ten­due « construc­tion européenne ». 

Ce jour­nal des résis­tants sera peut-être

Il se fixe cet objec­­tif-là, apparemment :
http://​fr​.ulule​.com/​r​u​p​t​u​r​e​s​–​p​r​e​s​se/

Pierre Levy, son rédac­teur en chef, pré­sente le projet :

httpv://youtu.be/pc0vv0EuQ6E

Finan­ce­ment participatif : 

« Rup­tures » ne sera sans doute pas aidé par le sys­tème ; il a donc besoin de nos sous… C’est natu­rel, on le sait : si l’on veut des outils d’in­for­ma­tion vrai­ment libres, il faut que nous soyons capables de les finan­cer nous-mêmes. 

Donc, si vous faites par­tie des mil­lions de « Nonistes » de 2005 (vio­lés en 2008, et tous les jours depuis), si vous êtes comme moi un élec­teur humi­lié par les élus, vous devriez aider ce jour­nal à naître, je crois. 

J’au­rais dû vous en par­ler depuis long­temps ; j’ai traî­né, par­don, aujourd’­hui, ça urge !

Le lien pour leur don­ner un coup de main :
http://​fr​.ulule​.com/​r​u​p​t​u​r​e​s​–​p​r​e​s​se/

Et… faites pas­ser :o)

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Et puis il fau­drait peut-être aus­si qu’on réflé­chisse ensemble à ce qu’on pour­rait faire, le 29 mai pro­chain, pour mar­quer le coup de l’an­ni­ver­saire de cette vic­toire popu­laire (l’an­ni­ver­saire de la-tra­­hi­­son-des-élites, lui, serait plu­tôt « tous-les-jours-depuis »…)

Bon cou­rage à tous.

Étienne.

Edwy Plenel, sur Mediapart : Loi sur le renseignement, loi scélérate : un attentat aux libertés

Je repro­duis ici in exten­so, comme nous devrions tous le faire vite, je crois (en le pla­car­dant sur les murs de nos rues, en l’af­fi­chant dans notre entre­prise, en l’af­fi­chant chez nous, en le relayant sur nos blogs, en en dis­tri­buant des pho­to­co­pies autour de nous), ce puis­sant cri d’a­larme, pous­sé par Edwy Plenel. 

Il me semble que ce geste cou­ra­geux, d’ap­pel au peuple à résis­ter à un atten­tat des pou­voirs contre l’in­té­rêt géné­ral, c’est du jour­na­lisme, digne de ce nom.

Faites pas­ser, ça urge.

Loi sur le renseignement : un attentat aux libertés

|  Par Edwy Ple­nel

Source : Media­part
http://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​1​8​0​4​1​5​/​l​o​i​–​s​u​r​–​l​e​–​r​e​n​s​e​i​g​n​e​m​e​n​t​–​u​n​–​a​t​t​e​n​t​a​t​–​a​u​x​–​l​i​b​e​r​tes
(lire sur Media­part les nom­breux com­men­taires, sou­vent utiles)

Le pro­jet de loi rela­tif au ren­sei­gne­ment, dont le vote final est pré­vu le 5 mai, ins­taure une sur­veillance géné­ra­li­sée de la popu­la­tion, sans contrôles effi­caces ni contre-pou­­voirs forts. Comme l’ensemble des défen­seurs des liber­tés, des asso­cia­tions et pro­fes­sions concer­nées, des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives impli­quées, des acteurs de la révo­lu­tion numé­rique, Media­part dit non à cette loi scé­lé­rate. Et vous donne ren­­dez-vous en ligne lun­di 4 mai pour une jour­née de mobilisation.

Un atten­tat à nos liber­tés fon­da­men­tales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gou­vernent, tous embar­qués aux côtés de l’auteur prin­ci­pal, le pre­mier ministre, jusqu’à celle qui devrait pro­té­ger nos droits et nos liber­tés, la garde des Sceaux, dont le pro­fond silence vaut appro­ba­tion. Leurs com­plices sont ceux qui nous repré­sentent, droite et gauche confon­dues, empres­sés, à quelques rares et cou­ra­geuses excep­tions, d’approuver ce crime offi­ciel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.

Des amen­de­ments cos­mé­tiques n’y chan­ge­ront rien : cette loi ins­taure une socié­té de sur­veillance géné­ra­li­sée. Pro­fi­tant des poten­tia­li­tés tech­niques de la révo­lu­tion numé­rique et des oppor­tu­ni­tés poli­tiques de l’émotion sécu­ri­taire, elle auto­rise l’État pro­fond, cette part d’ombre du pou­voir exé­cu­tif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espion­ner tout un cha­cun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.

L’avènement de cette loi signi­fie­ra qu’en France, désor­mais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pou­voir en place pour­ra faire sur­veiller des citoyens et leurs entou­rages sans res­tric­tions solides, sans contrôles indé­pen­dants, sans auto­ri­sa­tions judi­ciaires. Que le soup­çon rem­pla­ce­ra la preuve. Que des opi­nions devien­dront des délits. Que des fré­quen­ta­tions s’avéreront cou­pables. Que des curio­si­tés se révé­le­ront dan­ge­reuses. Que des dif­fé­rences ou des dis­si­dences à l’égard des pen­sées domi­nantes ou des poli­tiques offi­cielles seront poten­tiel­le­ment criminelles.

Il suf­fit de lire l’avis cir­cons­tan­cié que vient de rendre à l’unanimité la Com­mis­sion natio­nale consul­ta­tive des droits de l’homme (CNCDH) pour en être convain­cu (il est ici sur Media­part). De ne pas se lais­ser rebu­ter par sa lon­gueur ni par son juri­disme pour entendre l’alarme inquiète qui l’habite der­rière son lan­gage pré­cau­tion­neux. Ce texte fait litière radi­cale de la vul­gate gou­ver­ne­men­tale selon lequel ce pro­jet de loi, d’une part, don­ne­rait enfin un cadre légal res­pec­table aux acti­vi­tés occultes des ser­vices de ren­sei­gne­ment et, d’autre part, ins­tau­re­rait un contrôle effi­cace de ces mêmes activités.

D’emblée, la CNCDH sou­ligne au contraire que la façon dont ce pro­jet de loi a sur­gi en dément tota­le­ment les inten­tions ver­tueuses pro­cla­mées. Elle sou­ligne que ce texte est pas­sé en conseil des ministres « à peine deux mois » après les crimes ter­ro­ristes de jan­vier et « quelques jours seule­ment avant la tenue d’élections can­to­nales dont la cam­pagne a été mar­quée par une forte pré­sence du popu­lisme et de l’extrémisme ». Qu’il a, de plus, été éla­bo­ré quelques mois après l’entrée en vigueur d’une énième loi anti­ter­ro­riste, « consé­cu­tive à l’affaire Nem­mouche », elle-même fai­sant suite à deux autres lois anti­ter­ro­ristes récentes, « consé­cu­tives, elles, à l’affaire Merah ».

Tan­dis que chô­mage, pré­ca­ri­té, insé­cu­ri­tés sociales et injus­tices éco­no­miques, mal-vivre et mal-être sont relé­gués en fond de décor de notre vie publique, sans urgences ni prio­ri­tés de nos gou­ver­nants, plus de vingt-cinq lois rela­tives à la sécu­ri­té inté­rieure ont été adop­tées ces quinze der­nières années, entre 1999 et 2014. Déplo­rant « cette pro­li­fé­ra­tion de textes légis­la­tifs rele­vant davan­tage de l’opportunité poli­tique que du tra­vail légis­la­tif réflé­chi », la CNCDH « rap­pelle l’importance d’une poli­tique pénale et de sécu­ri­té pen­sée, cohé­rente, stable et lisible, dont la qua­li­té ne se mesure pas à son degré de réac­ti­vi­té aux faits divers et aux cir­cons­tances du moment ».

Tra­duite par la pro­cé­dure accé­lé­rée impo­sée par le gou­ver­ne­ment, la « plus grande pré­ci­pi­ta­tion » a été vou­lue pour ce pro­jet de loi, selon les mots de la CNCDH qui rap­pelle sa « ferme oppo­si­tion » à cette pro­cé­dure. Aucune urgence effec­tive ne la jus­ti­fie. C’est en fait une arme de pou­voir, un moyen de faire taire les oppo­si­tions, de prendre de court les pro­tes­ta­tions, d’entraver le fonc­tion­ne­ment nor­mal du Par­le­ment, de res­treindre « consi­dé­ra­ble­ment le temps de réflexion et de matu­ra­tion néces­saire au débat démo­cra­tique ».

Cette pro­cé­dure arbi­traire dévoile l’intention de ses pro­mo­teurs : jouer sur l’émotion pour impo­ser la régres­sion. Le pou­voir exé­cu­tif réclame un chèque en blanc pour l’État pro­fond, de sur­veillance et de police, sans exper­tise ni bilan, sans cri­tique ni auto­cri­tique. Aucun débat préa­lable, aucune enquête par­le­men­taire, aucune audi­tion contra­dic­toire pour éva­luer les récents fias­cos sécu­ri­taires des ser­vices char­gés de la lutte anti­ter­ro­riste, alors même que les iti­né­raires de Merah, de Kou­li­ba­li et des frères Koua­chi le jus­ti­fie­raient ample­ment, révé­lant des failles de sur­veillance et des manques de vigilance.

Pis, la CNCDH relève « la pau­vre­té » de l’étude d’impact qui accom­pagne le pro­jet de loi, son carac­tère suc­cinct, ses for­mu­la­tions vagues, sa façon de pro­cé­der « par simple affir­ma­tion en s’exonérant de toute réfé­rence docu­men­taire ». Car cette loi n’est pas seule­ment un mau­vais coup, elle est aus­si de mau­vaise qua­li­té, mal rédi­gée, impré­cise ou incom­plète. Vou­lu, ce flou cache évi­dem­ment mille loups : c’est un moyen d’échapper à l’exigence d’extrême pré­ci­sion pour toute dis­po­si­tion per­met­tant de por­ter atteinte au droit au secret pri­vé et fami­lial, une ruse pour ne pas se plier à l’encadrement rigou­reux d’un pou­voir de sur­veillance qui, tou­jours, s’accompagne du risque de l’arbitraire.

Appe­lant en conclu­sion à des « amen­de­ments du Gou­ver­ne­ment et du Par­le­ment [qui] per­mettent de ren­for­cer la garan­tie des liber­tés publiques et des droits fon­da­men­taux », la CNCDH ne va pas jusqu’au terme logique de son réqui­si­toire : le retrait ou la sus­pen­sion de cette loi atten­ta­toire à nos droits fon­da­men­taux, au res­pect de nos vies pri­vées et fami­liales, à nos liber­tés d’opinion, d’expression et d’information, à notre droit de savoir et de communiquer.

Car c’est bien « une sur­veillance de masse », écrit-elle, qu’autorise ce pro­jet, par la col­lecte géné­ra­li­sée et la conser­va­tion durable de don­nées col­lec­tées sur nos ordi­na­teurs, nos télé­phones, nos tablettes, tous les ins­tru­ments élec­tro­niques qui, désor­mais, sont le quo­ti­dien de nos vies. À plu­sieurs reprises, son avis affirme que le dis­po­si­tif de la loi contient « une vio­la­tion fla­grante de l’article 8 » de la Conven­tion euro­péenne des droits de l’homme énon­çant le « droit au res­pect de la vie pri­vée et fami­liale ».

« Le risque d’un “État pan­op­tique” est à prendre au sérieux », ajoute-t-elle, autre­ment dit d’un État ayant à sa libre dis­po­si­tion des ins­tru­ments tech­no­lo­giques qui lui donnent accès à une trans­pa­rence tota­li­taire sur la vie pri­vée des indi­vi­dus, leurs pen­sées secrètes, leurs per­son­na­li­tés intimes. Pis, en éten­dant le recours aux tech­niques de ren­sei­gne­ment jusqu’aux inté­rêts de la poli­tique étran­gère comme aux inté­rêts éco­no­miques et indus­triels, sans comp­ter la sur­veillance pré­ven­tive des vio­lences col­lec­tives, le pro­jet de loi offre un champ « poten­tiel­le­ment illi­mi­té » aux curio­si­tés intru­sives des ser­vices de renseignement.

Quant à la « Com­mis­sion natio­nale de contrôle des tech­niques de ren­sei­gne­ment » que la loi entend ins­tau­rer, son indé­pen­dance, son impar­tia­li­té, sa tech­ni­ci­té et sa com­pé­tence sont radi­ca­le­ment mises en doute par la CNCDH pour qui elles « ne sont pas garan­ties ». Son contrôle, conclut-elle, « risque for­te­ment de ne pas être effec­tif ».

Ultime reproche, et non des moindres, de cette com­mis­sion qui réunit l’ensemble des acteurs fran­çais de la pro­mo­tion et de la défense des droits humains : en fai­sant bas­cu­ler dans le champ de la police admi­nis­tra­tive des mesures répres­sives qui devraient béné­fi­cier de garan­ties judi­ciaires, ce pro­jet de loi « porte atteinte au prin­cipe de la sépa­ra­tion des pouvoirs ».

Faire payer à la liberté les frais d’une sécurité menteuse

Autre­ment dit, ce pro­jet de loi est anti­cons­ti­tu­tion­nel, vio­lant notre loi fon­da­men­tale, celle dont le pré­sident de la Répu­blique est nor­ma­le­ment le gar­dien. « Toute Socié­té dans laquelle la garan­tie des droits n’est pas assu­rée, ni la sépa­ra­tion des pou­voirs déter­mi­née, n’a point de Consti­tu­tion », énonce l’article 16 de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen. Com­ment Fran­çois Hol­lande ou Chris­tiane Tau­bi­ra, qui ni l’un ni l’autre ne sont juristes, peuvent-ils res­ter inertes face à ce réqui­si­toire aus­si rigou­reux qu’implacable de la CNCDH, com­mis­sion émi­nem­ment repré­sen­ta­tive de la socié­té dans sa diver­si­té dont l’efficace pré­si­dente, Chris­tine Lazerges, est de ces pro­fes­seurs de droit qui se font fort de « rai­son­ner la rai­son d’État » ?

Si, d’une manière ou d’une autre, ils ne se mettent pas en tra­vers de ce coup d’État à froid contre nos droits fon­da­men­taux, leurs noms res­te­ront défi­ni­ti­ve­ment asso­ciés à la pire régres­sion de nos liber­tés indi­vi­duelles et col­lec­tives depuis l’État d’exception de l’aveuglement colo­nial, ces pou­voirs spé­ciaux impo­sés à leur majo­ri­té par, déjà, des gou­ver­nants de gauche. L’auraient-ils oublié ? Une Répu­blique en est morte, gan­gré­née par des fac­tieux et des tor­tion­naires, des hommes qui se vou­laient gar­diens sans contrôle d’une sécu­ri­té deve­nue un abso­lu au mépris de la liber­té, pro­mue fin en soi quels qu’en soient les moyens.

Vou­lu par le pre­mier ministre Manuel Valls, qui s’en est fait sym­bo­li­que­ment le rap­por­teur devant l’Assemblée, por­té par le dépu­té socia­liste Jean-Jacques Urvoas, qui se com­porte en repré­sen­tant des ser­vices bien plus qu’en élu de la Nation, ce pro­jet de loi est bien un Patriot Act fran­çais tant ses inten­tions et la méthode pour les impo­ser sont simi­laires à celles des néo­con­ser­va­teurs amé­ri­cains en 2001, après le 11-Sep­­tembre. Il s’agit bien d’autoriser une sur­veillance éta­tique de la socié­té sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement pro­vo­qué par les attaques terroristes.

Avec ses mots feu­trés, la CNCDH sou­ligne ce chan­tage dont la repré­sen­ta­tion natio­nale et l’opinion publique sont actuel­le­ment l’objet : « Tout se passe comme si la simple invo­ca­tion d’une plus grande effi­ca­ci­té pou­vait jus­ti­fier l’adoption, sans aucune dis­cus­sion, des mesures les plus atten­ta­toires aux liber­tés. » C’est pour­quoi elle prend la peine de « réaf­fir­mer avec force que les États ne sau­raient prendre, au nom d’intérêts consi­dé­rées à juste titre comme pri­mor­diaux, n’importe quelle mesure ». « La plus grande vic­toire des enne­mis des droits de l’homme (ter­ro­ristes ou autres), ajoute-t-elle, serait de mettre en péril l’État de droit par l’émergence et la conso­li­da­tion d’un État pré­ten­du de sécu­ri­té qui se légi­ti­me­rait par l’adoption de mesures de plus en plus sévères et de plus en plus atten­ta­toires aux droits et liber­tés fondamentaux. »

Nous y sommes, et c’est pour­quoi, d’ici le 5 mai, toutes les bonnes volon­tés doivent conver­ger pour faire échouer ce pro­jet de loi. Et, s’il est néan­moins adop­té, conti­nuer sans relâche à se mobi­li­ser pour qu’il échoue sur d’autres obs­tacles, le Conseil consti­tu­tion­nel, la Cour euro­péenne des droits de l’homme ou, tout sim­ple­ment, la socié­té elle-même, sou­le­vée par ce « droit de résis­tance à l’oppression » que lui recon­naît, depuis 1789, l’article 2 de la Décla­ra­tion des droits de l’homme.

Car, outre l’abandon par la gauche de gou­ver­ne­ment du ter­rain des liber­tés, de leur élar­gis­se­ment et de leur conquête, le plus stu­pé­fiant dans cette régres­sion démo­cra­tique est le spec­tacle d’un pou­voir qui pré­tend défendre la socié­té contre elle-même. Il n’y a en effet aucune voix dis­cor­dante par­mi tous les acteurs sociaux : des avo­cats aux magis­trats, des jour­na­listes aux blo­gueurs, des Auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes au Défen­seur des droits, des asso­cia­tions de défense des droits de l’homme aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales, des acteurs du numé­rique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part una­ni­me­ment de leur refus d’une loi liber­ti­cide (lire ici).

Mais, pour les sachants qui pré­tendent nous gou­ver­ner, leurs cabi­nets et leurs com­mu­ni­cants, cette exper­tise citoyenne ne compte pas, y com­pris quand elle s’exprime jusqu’à l’Assemblée natio­nale, au sein d’une com­mis­sion sur le droit et les liber­tés à l’âge du numé­rique com­po­sée de par­le­men­taires et de repré­sen­tants de la socié­té civile (lire là son avis). Pour eux, la socié­té qui pro­teste a for­cé­ment tort. Elle est mal infor­mée, mal édu­quée, mal inten­tion­née. Il y a là une péda­go­gie anti­dé­mo­cra­tique au pos­sible, où les repré­sen­tants ignorent super­be­ment ceux qu’ils sont sup­po­sés repré­sen­ter, où le pou­voir exé­cu­tif s’affirme comme le tuteur auto­ri­taire d’une socié­té igno­rante ou mena­çante, dans tous les cas mise à dis­tance et sous contrôle.

« La France a connu à plu­sieurs reprises, au cours de ce siècle, ces paniques pro­vo­quées par cer­tains atten­tats, savam­ment exploi­tées par la réac­tion et qui ont tou­jours fait payer à la liber­té les frais d’une sécu­ri­té men­teuse. » Ain­si com­mence, en 1899, l’article du fon­da­teur de la Ligue des droits de l’homme, Fran­cis de Pres­sen­sé, contre les lois d’exception votées en 1893 et 1894 sous le choc des atten­tats anar­chistes qui ensan­glan­taient alors la Troi­sième République.

Il s’intitulait « Notre loi des sus­pects », et s’en pre­nait à ceux qui, en l’ayant adop­tée, abais­saient la Répu­blique, son idéal et ses prin­cipes : « Un Pré­­sident-par­­ve­­nu qui joue au sou­ve­rain, un pre­mier ministre sour­noi­se­ment bru­tal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poi­gnée du glaive de la rai­son d’État, un Par­le­ment où tout est repré­sen­té, sauf la conscience et l’âme de la France. » For­gés par la haute bataille du drey­fu­sisme qui les occu­pait alors, Fran­cis de Pres­sen­sé et ses pareils, dont Jean Jau­rès, en concluaient qu’il reve­nait à la socié­té, aux citoyens qui la com­posent, bref au peuple sou­ve­rain, de rele­ver cette conscience et cette âme, aban­don­nées et meur­tries par la poli­tique professionnelle.

Nous avons tous ren­­dez-vous aujourd’hui avec la même exi­gence : le devoir de nous dres­ser contre ce crime légal, offi­ciel, gou­ver­ne­men­tal et, peut-être, par­le­men­taire, puis pré­si­den­tiel si la loi est adop­tée puis pro­mul­guée. Un devoir qu’au temps des com­bats fon­da­teurs de la Répu­blique, à la fin du XIXe siècle, avait rejoint un jeune conseiller d’État qui, à la suite de Fran­cis de Pres­sen­sé, dres­sait un réqui­si­toire contre les lois de 1893–1894 aus­si infor­mé que celui de la CNCDH contre le pro­jet de loi qui nous occupe. Par obli­ga­tion de réserve, il signait ano­ny­me­ment « Un Juriste ». Mais l’on sait, depuis, qu’il s’agissait de Léon Blum, le futur lea­der du socia­lisme fran­çais, l’homme du Front popu­laire, dont c’était le pre­mier acte politique.

« Telle est l’histoire des lois scé­lé­rates, concluait-il avec des mots que nous n’hésitons pas à reprendre aujourd’hui : il faut bien leur don­ner ce nom, c’est celui qu’elles gar­de­ront dans l’histoire. Elles sont vrai­ment les lois scé­lé­rates de la Répu­blique. J’ai vou­lu mon­trer non seule­ment qu’elles étaient atroces, ce que tout le monde sait, mais ce que l’on sait moins, avec quelle pré­ci­pi­ta­tion inouïe, ou quelle inco­hé­rence absurde, ou quelle pas­si­vi­té hon­teuse, elles avaient été votées. » 

Mes­dames et Mes­sieurs les dépu­tés, d’ici le 5 mai, vous avez le choix entre la honte ou l’honneur. La honte d’être com­plices d’un atten­tat aux liber­tés. L’honneur d’être fidèles à la Répu­blique véritable.

Edwy Ple­nel.

Source : http://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​1​8​0​4​1​5​/​l​o​i​–​s​u​r​–​l​e​–​r​e​n​s​e​i​g​n​e​m​e​n​t​–​u​n​–​a​t​t​e​n​t​a​t​–​a​u​x​–​l​i​b​e​r​tes

La vidéo de la conférence de Mulhouse (28÷2÷2015) est arrivée

httpv://www.youtube.com/watch?v=aI9TaGIvceI

Remarque sur les calom­nies qui cir­culent à pro­pos de mon tra­vail (et de mes pré­ten­dues « alliances », alors que, pré­ci­sé­ment, j’é­vite toute alliance et que mon seul « crime » est d’o­ser par­ler à tout le monde de démo­cra­tie pour res­ter capable de pen­ser un monde vrai­ment COMMUN) : pour savoir ce que je pense vrai­ment, et ce qui m’a­nime, le mieux, je crois, c’est de m’é­cou­ter direc­te­ment, plu­tôt que de croire sur parole les rumeurs mal­veillantes qui pré­tendent savoir mieux que moi ce que je pense.

D’une façon géné­rale, ne condam­nez jamais per­sonne sans avoir enten­du loya­le­ment sa défense. Ceci est lit­té­ra­le­ment essentiel.

Le sort de l’i­dée des ate­liers consti­tuants popu­laires (et conta­gieux) est entre vos mains, beau­coup plus qu’entre les miennes. Cette idée a abso­lu­ment besoin de VOTRE force, tous les jours un peu.

De toute façon, de mon côté, je ne peux pas faire mieux que de faire de mon mieux.
J’ai besoin de vous pour ça, bien sûr.
Pour le reste, advienne que pourra.

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​3​1​1​9​3​5​7​2​7​317

John Pilger : renaissance du fascisme sous une forme moderne

Je sou­mets à votre esprit cri­tique cette pas­sion­nante et impor­tante syn­thèse de John Pil­ger sur la guerre qui vient :

La renaissance du fascisme sous une forme moderne

John Pilger
John Pil­ger

Par John Pil­ger – Le 26 février 2015.
Source Rus­sia Today
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La récente 70e com­mé­mo­ra­tion de la libé­ra­tion d’Auschwitz fut l’occasion de nous remé­mo­rer les grands crimes du fas­cisme dont l’iconographie nazie est gra­vée dans notre conscience.

Le fas­cisme est consi­dé­ré comme de l’histoire ancienne, comme dans ces vieux films trem­blo­tants de che­mises noires mar­chant au pas, leur cri­mi­na­li­té aus­si ter­ri­fiante qu’évidente. Et pour­tant dans nos socié­tés libé­rales, alors même que des élites va-t-en guerre nous poussent au devoir de mémoire, le dan­ger gran­dis­sant d’une forme moderne du fas­cisme est igno­ré. Car c’est leur fascisme.

« Déclen­cher une guerre d’agression.., ont décla­ré les juges du tri­bu­nal de Nurem­berg en 1946, est non seule­ment un crime inter­na­tio­nal mais de plus le pire crime inter­na­tio­nal car, par rap­port aux autres crimes de guerre, il contient en lui toute la mal­fai­sance des autres crime de guerre réunis.»

Si les nazis n’avaient pas enva­hi l’Europe, Ausch­witz et l’holocauste ne se seraient jamais pro­duits. Si les États Unis et leurs alliés n’avaient pas com­men­cé leur guerre d’agression en Irak en 2003, près d’un mil­lion de per­sonnes seraient encore en vie aujourd’hui et l’État isla­mique ne serait pas en train de nous mena­cer de sa sau­va­ge­rie. Ce der­nier est le reje­ton du fas­cisme moderne, nour­ri par les bombes, les bains de sang et les men­songes de ce théâtre sur­réa­liste que l’on appelle les actualités.

Vue géné­rale du camp d’extermination à Ausch­witz 26 jan­vier 2015. (Reuters/Laszlo Balogh)

Comme pen­dant la période fas­ciste des années 1930 et 1940, des men­songes y sont débi­tés avec le débit d’un métro­nome grâce à des médias omni­pré­sents et répé­ti­tifs et leur étroite cen­sure par omis­sion. La catas­trophe libyenne par exemple.

En 2011, l’Otan a effec­tué 9 700 bom­bar­de­ments sur la Libye, dont plus d’un tiers ont atteint des cibles civiles. Des obus à ura­nium enri­chi furent uti­li­sés. Les villes de Misu­ra­ta et Syrte furent rasées. La Croix-Rouge a retrou­vé des fosses com­munes et l’UNICEF a rap­por­té que « plus de la moi­tié des enfants tués avaient moins de 10 ans.»

Le diri­geant Libyen Muam­mar Gad­da­fi. (Reuters/Filippo Monteforte)

La sodo­mie publique du pré­sident libyen Mouam­mar Kadha­fi à l’aide d’une baïon­nette rebelle fut accueillie par la secré­taire d’état amé­ri­caine avec ces mots : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son assas­si­nat ain­si que la des­truc­tion de son pays ont été jus­ti­fiée par un men­songe clas­sique : il pla­ni­fiait un géno­cide contre son propre peuple. « Nous savions que si nous atten­dions un jour de plus, Ben­gha­zi, une ville de la taille de Char­lotte, aurait subi un mas­sacre qui aurait eu des réper­cus­sions sur toute la région et aurait créé une tache sur la conscience du monde », a pré­ten­du le pré­sident Obama.

Mais c’était une inven­tion des milices isla­mistes qui subis­saient une défaite face aux forces gou­ver­ne­men­tales libyennes. Ils ont dit à Reu­ters qu’il y aurait un véri­table bain de sang, comme au Rwan­da. Rap­por­té le 14 mars 2011, ce men­songe fut la pre­mière étin­celle du déluge de feu de l’Otan, pré­sen­té par David Came­ron comme une inter­ven­tion huma­ni­taire.

Secrè­te­ment appro­vi­sion­nés et entraî­nés par les ser­vices spé­ciaux bri­tan­niques, beau­coup de ces rebelles devien­dront membres de cet État Isla­mique dont la der­nière vidéo en date montre la déca­pi­ta­tion de 21 chré­tiens coptes kid­nap­pés à Syrte, la ville même qui fut rasée par les bom­bar­de­ments de l’Otan, en leur nom.

Pour Oba­ma, Came­ron et Hol­lande [plu­tôt Sar­ko­zy en l’occurrence, NdT], le véri­table crime de Kadha­fi était l’indépendance éco­no­mique de la Libye et son inten­tion décla­rée d’arrêter de vendre les plus grandes réserves de pétrole afri­caines en dol­lar amé­ri­cains. Le pétro­dol­lar est un des piliers de la puis­sance impé­riale amé­ri­caine. Kadha­fi a eu l’audace de pla­ni­fier la mise en place d’une mon­naie afri­caine com­mune, ados­sée à l’or, de créer une banque pour toute l’Afrique et de pous­ser à l’union éco­no­mique entre pays pauvres ayant des res­sources en matières pre­mières pri­sées. Que cela soit réa­li­sable ou pas, rien que d’y pen­ser était into­lé­rable aux États-Unis, alors qu’ils se pré­pa­raient jus­te­ment à péné­trer en Afrique et à cor­rompre les gou­ver­ne­ments afri­cains avec leur par­te­na­riat mili­taire

A la suite de l’attaque de l’Otan sous cou­vert d’une réso­lu­tion du Conseil de sécu­ri­té, Oba­ma a, selon les écrits de Gari­kai Chen­gu, « confis­qué les 30 mil­liards de dol­lars de la Banque cen­trale libyenne que Kadha­fi avait mis de coté pour la mise en place d’une banque cen­trale afri­caine et d’une mon­naie com­mune à l’Afrique, ados­sée à l’or ».

La guerre huma­ni­taire contre la Libye a sui­vi un modèle cher au cœur des libé­raux occi­den­taux, spé­cia­le­ment dans les médias. En 1999, Bill Clin­ton et Tony Blair ont envoyé l’Otan bom­bar­der la Ser­bie car, ont-ils men­ti, les Serbes étaient en train de com­mettre un géno­cide contre les habi­tants d’origine alba­naise dans la pro­vince séces­sion­niste du Koso­vo. David Schef­fer, l’ambassadeur amé­ri­cain contre les crimes de guerre (sic), a pré­ten­du que pas moins de 225 000 per­sonnes d’origine alba­naise âgées de 14 à 59 an pour­raient avoir été assas­si­nées. Clin­ton et Blair évo­quèrent le spectre de l’Holocauste et l’esprit de la Deuxième Guerre mon­diale. Les héroïques alliés de l’Occident étaient les membres de l’Armée de libé­ra­tion du Koso­vo, dont les actes cri­mi­nels furent mis de côté. Le secré­taire aux Affaires étran­gères, Robin Cook, leur a dit de l’appeler n’importe quand sur son portable.

Pris­ti­na (Koso­vo) après les bom­bar­de­ments de l’Otan 29 mars 1999. (Reu­ters)

Quand les bom­bar­de­ments de l’OTAN furent ter­mi­nés et la plus grande par­tie des infra­struc­tures de la Ser­bie en ruine, ses écoles, ses hôpi­taux, ses monas­tères et même la sta­tion de télé­vi­sion natio­nale, les équipes d’enquêteurs inter­na­tio­naux débar­quèrent au Koso­vo pour y trou­ver les preuves de cet holo­causte. Le FBI ne trou­va pas une seule fosse com­mune et ren­tra bre­douille. L’équipe espa­gnole fit de même, jusqu’à ce que son chef dénonce avec colère une pirouette séman­tique par les machines à pro­pa­gande de guerre. Un an plus tard, le tri­bu­nal des Nations Unis pour la You­go­sla­vie annon­ça le décompte final des morts au Koso­vo : 2 788. Nombre incluant les com­bat­tants des deux bords ain­si que les Serbes tués par l’Armée de libé­ra­tion du Koso­vo. Il n’y a eu aucun géno­cide. L’holo­causte n’était qu’un men­songe. L’attaque de l’Otan repo­sait donc sur une manipulation.

Mais der­rière ces men­songes se cachait une rai­son sérieuse. La You­go­sla­vie était unique, indé­pen­dante, une fédé­ra­tion mul­tieth­nique qui a ser­vi de pont poli­tique et éco­no­mique durant la Guerre Froide. La majo­ri­té de ses ser­vices et de sa capa­ci­té de pro­duc­tion était publiques. Fait inac­cep­table pour une Com­mu­nau­té euro­péenne en expan­sion, sur­tout pour l’Allemagne tout juste réuni­fiée et qui com­men­çait à se tour­ner vers l’Est pour cap­tu­rer ses mar­chés natu­rels dans les pro­vinces de Croa­tie et de Slo­vé­nie. Au moment où les Euro­péens se réunis­saient à Maas­tricht en 1991 pour devi­ser sur le pro­jet de mise en place de la catas­tro­phique zone euro, un accord secret fut conclu, l’Allemagne recon­naî­trait la Croa­tie. C’en était fini de la Yougoslavie.

A Washing­ton, les États-Unis veillèrent à ce que l’économie you­go­slave en dif­fi­cul­té ne puisse béné­fi­cier d’un prêt de la Banque mon­diale. L’Otan, qui n’était plus à cette époque qu’une relique de la guerre froide, renais­sait comme ins­tru­ment de l’impérialisme. En 1999, à la confé­rence de paix du Koso­vo à Ram­bouillet, en France, les Serbes furent sou­mis aux tac­tiques vicieuses des vain­queurs. L’accord de Ram­bouillet com­porte l’annexe secrète B, rajou­tée le der­nier jour par la délé­ga­tion amé­ri­caine, qui deman­dait l’occupation mili­taire de toute la You­go­sla­vie et la mise en place d’une éco­no­mie libé­rale ain­si que la pri­va­ti­sa­tion de tout le domaine public. Aucun État sou­ve­rain ne peut signer un tel accord. Alors la puni­tion suit rapi­de­ment. Les bombes de l’Otan pleuvent sur le pays sans défense. Ce fut un avant goût des catas­trophes qui frap­pe­ront l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye et der­niè­re­ment l’Ukraine.

Bâti­ments détruits par l’Otan à 150km à l’est de Tri­po­li 21 juillet, 2011. (Reuters/Ismail Zitouny)

Depuis 1945, plus d’un tiers des membres des Nations unies – 69 pays – ont souf­fert, entre les mains du fas­cisme moderne amé­ri­cain, en par­tie ou tota­le­ment, de l’un de ces sévices : ils ont été enva­his, leurs gou­ver­ne­ments ren­ver­sés, leurs mou­ve­ments popu­laires répri­més, leurs élec­tions mani­pu­lées, leur popu­la­tion bom­bar­dée, leurs éco­no­mies mal­me­nées et sou­mises à un embar­go connu sous le nom de sanc­tions. L’historien bri­tan­nique Mark Cur­tis compte le nombre de vic­times en mil­lions. A chaque fois un men­songe était utilisé.

« Ce soir, pour la pre­mière fois depuis le 11 sep­tembre, notre mis­sion de com­bat est ter­mi­née. » Tels furent les mots d’ouverture du dis­cours sur l’état de l’Union en 2015. En réa­li­té, il reste encore 10 000 troupes et 20 000 mer­ce­naires amé­ri­cains en Afgha­nis­tan, pour une durée indé­ter­mi­née. « La plus longue guerre de l’histoire des États-Unis a pris fin de manière res­pon­sable », a dit Oba­ma. En fait, plus de civils ont été tués en 2014 en Afgha­nis­tan qu’au cours d’aucune autre année depuis que les Nations unies en font le décompte. La majo­ri­té ayant été tuée – civils comme sol­dats – durant la période de pré­si­dence d’Obama.

La tra­gé­die afghane concur­rence les crimes épiques en Indo­chine. Dans son livre tant van­té, Le grand échi­quier : La pri­mau­té amé­ri­caine et ses impé­ra­tifs stra­té­giques, Zbi­gniew Brze­zins­ki, le père de la poli­tique étran­gère amé­ri­caine de l’Afghanistan à nos jours, écrit que si les États-Unis devait contrô­ler l’Eurasie et domi­ner le monde, ils ne pour­raient sup­por­ter une démo­cra­tie popu­laire, parce que « la pour­suite du pou­voir n’est pas quelque chose qui entraîne la pas­sion du peuple… La démo­cra­tie n’est pas l’amie de la mobi­li­sa­tion impé­riale ». Il a rai­son. Comme Wiki­Leaks et Edward Snow­den l’ont révé­lé, un État poli­cier est en train d’usurper la démo­cra­tie. En 1976, Brze­zins­ki, qui était alors conseiller à la Sécu­ri­té natio­nale du pré­sident Car­ter, fit ses preuves en por­tant un coup mor­tel à la pre­mière et seule période démo­cra­tique afghane. Qui connait cette période de l’histoire ?

Com­bat des Marines US contre les tali­bans dans la pro­vince de Hel­mand  5 avril 2010. (Reuters/Asmaa Waguih)

Dans les années 1960, une révo­lu­tion popu­laire balaya l’Afghanistan, le plus pauvre pays sur terre, ren­ver­sant fina­le­ment le régime aris­to­cra­tique en 1978. Le Par­ti démo­cra­tique popu­laire d’Afghanistan (PDPA) a for­mé un gou­ver­ne­ment et décla­ré un pro­gramme de réformes qui com­pre­nait l’abolition du féo­da­lisme, la liber­té de reli­gion, des droits égaux pour les femmes et la jus­tice sociale pour les mino­ri­tés eth­niques. Plus de 13 000 pri­son­niers poli­tiques furent libé­rés et les fichiers de la police brû­lés en place publique.

Le nou­veau gou­ver­ne­ment intro­dui­sit les soins médi­caux gra­tuits pour les plus pauvres. Le ser­vage fut abo­li et un vaste pro­gramme contre l’illettrisme lan­cé. Pour les femmes, les gains furent immenses. A la fin des années 1980, la moi­tié des étu­diants uni­ver­si­taires étaient des femmes ; elles for­maient aus­si la moi­tié du contin­gent de méde­cins, un tiers des fonc­tion­naires et la majo­ri­té des ins­ti­tu­teurs. « Toutes les filles, se sou­vient Sai­ra Noo­ra­ni, une femme chi­rur­gien, pou­vaient aller à l’école et à l’université. Nous pou­vions aller où bon nous sem­blait et por­ter ce que l’on aimait. On avait l’habitude de sor­tir le ven­dre­di soir dans les cafés pour écou­ter de la musique ou au ciné­ma pour y voir le der­nier film indien. Tout a com­men­cé à aller de tra­vers quand les moud­ja­hi­dines ont com­men­cé à gagner. Ils tuaient les ins­ti­tu­teurs et bru­laient les écoles. On était ter­ri­fiés. C’était étrange et triste de pen­ser que ces gens étaient aidés par l’Occident »

Le gou­ver­ne­ment PDPA était sou­te­nu par l’Union sovié­tique, même si, comme l’ancien secré­taire d’État l’a admis plus tard « il n’y avait aucune preuve d’une com­pli­ci­té sovié­tique dans cette révo­lu­tion ». Alar­mé par les suc­cès crois­sants des mou­ve­ments de libé­ra­tion à tra­vers le monde, Brze­zins­ki déci­da que si le gou­ver­ne­ment PDPA réus­sis­sait en Afgha­nis­tan, son indé­pen­dance et ses réus­sites ris­quaient d’offrir la menace d’un exemple pro­met­teur.

Le 3 juillet 1979, la Mai­son Blanche déci­da de sou­te­nir secrè­te­ment les groupes tri­baux fon­da­men­ta­listes connus comme les moud­ja­hi­dines, un sou­tien dont le coût mon­ta jusqu’à plus de 500 mil­lions de dol­lars par an en four­ni­ture d’armes et autre assis­tance. L’objectif était de ren­ver­ser le pre­mier gou­ver­ne­ment laïque et réfor­miste d’Afghanistan. En aout 1979, l’ambassade amé­ri­caine à Kaboul rap­por­ta que « les inté­rêts supé­rieurs des États Unis… seraient ser­vis par la des­ti­tu­tion [du gou­ver­ne­ment PDPA], quelles qu’en soient les consé­quences pour les réformes sociales et éco­no­miques en Afgha­nis­tan ».

Les moud­ja­hi­dines furent les pré­cur­seurs d’al-Qaida et de l’État isla­mique. Gul­bud­din Hek­ma­tyar, qui reçu des dizaines de mil­lions de dol­lars en liquide, fut l’un des leurs. La spé­cia­li­té d’Hekmatyar était le tra­fic d’opium et l’aspersion d’acide sur le visage des femmes qui refu­saient de por­ter le voile. Invi­té à Londres, il fut pré­sen­té par le pre­mier ministre That­cher comme un com­bat­tant pour la liber­té.

De tels fana­tiques seraient res­tés dans leur monde tri­bal si Brze­zins­ki n’avait pas ini­tié un mou­ve­ment inter­na­tio­nal pour pro­mou­voir le fon­da­men­ta­lisme isla­mique en Asie Cen­trale et donc miné la poli­tique sécu­laire de libé­ra­tion pour désta­bi­li­ser l’Union Sovié­tique, créant, ain­si qu’il l’écrit dans son auto­bio­gra­phie, quelques musul­mans agi­tés. Son grand plan coïn­ci­dait avec celui du dic­ta­teur pakis­ta­nais Zia ul-Haq pour domi­ner la région. En 1986, la CIA et l’agence pakis­ta­naise de ren­sei­gne­ment, l’ISI, com­men­cèrent à recru­ter des gens a tra­vers le monde pour rejoindre le dji­had afghan. Le mul­­ti-mil­­lion­­naire saou­dien Ous­sa­ma Ben Laden était l’un d’eux. Des volon­taires, qui fina­le­ment rejoin­dront les tali­bans et al-Qai­­da, furent recru­tés dans un col­lège isla­mique de Brook­lyn, à New York, et reçurent un entrai­ne­ment para-mili­­taire dans un camp de la CIA en Vir­gi­nie. Cette opé­ra­tion fut nom­mée Opé­ra­tion Cyclone. Son suc­cès fut fêté en 1996 quand le der­nier pré­sident PDPA d’Afghanistan, Moham­med Naji­bul­lah – qui venait de deman­der de l’aide à l’assemblée géné­rale des Nations unies – fut pen­du à un réver­bère dans la rue, par les talibans.

Le retour de bâton de l’opération Cyclone et ses quelques musul­mans agi­tés arri­va le 11 sep­tembre 2001. L’opération Cyclone se trans­for­ma en guerre contre le ter­ro­risme, dans laquelle un nombre incal­cu­lable d’hommes, de femmes et d’enfants vont perdre la vie dans tout le monde musul­man, de l’Afghanistan à l’Irak, au Yémen, en Soma­lie et en Syrie. Le mes­sage des puis­sants était, et est tou­jours : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ».

Le fil conduc­teur du fas­cisme, autre­fois comme aujourd’hui, est le meurtre de masse. L’invasion amé­ri­caine du Viet­nam eut ses zones de tir à vue , sa comp­ta­bi­li­té de cadavres et ses dom­mages col­la­té­raux. Dans la pro­vince de Quang Ngai, ou j’étais basé, des mil­liers de civils furent tués par les États-Unis, même si l’on ne se sou­vient que d’un seul mas­sacre, celui de My Lai. Au Laos et au Cam­bodge, le plus grand bom­bar­de­ment aérien de l’histoire a entrai­né une époque de ter­reur mar­quée encore aujourd’hui par le spec­tacle de ces cra­tères de bombes se rejoi­gnant jusqu’à for­mer, vu du ciel, l’image d’un mons­trueux col­lier. Les bom­bar­de­ments ont four­ni au Cam­bodge son propre État isla­mique, les Khmers rouges diri­gés par Pol Pot.

De Pol Pot à l’EI : Tout ce qui vole contre tout ce qui bouge

Aujourd’hui, la plus grande cam­pagne de ter­reur qui ait jamais exis­té entraîne l’exécution de familles entières, d’invités à des mariages ou à des funé­railles. Ce sont les vic­times des tirs de drones d’Obama. Selon le New York Times, Oba­ma fait sa sélec­tion à par­tir d’une liste des per­sonnes à tuer que la CIA lui pré­sente chaque mar­di dans la Situa­tion Room de la Mai­son Blanche. Il décide alors, sans la moindre jus­ti­fi­ca­tion légale, qui vivra et qui mour­ra. Son arme de bour­reau est le mis­sile Hell­fire [les feux de l’enfer, NdT] empor­té par un avion sans pilote connu sous le nom de drone. Ces mis­siles rôtissent leurs vic­times et laissent la région par­se­mée de cadavres cal­ci­nés. Chaque frappe est enre­gis­trée sur une console très éloi­gnée du point d’impact, console nom­mée Bug­splat.

« A ceux qui marchent au pas, écrit l’historien Nor­man Pol­lock, se sub­sti­tue une  mili­ta­ri­sa­tion de la culture appa­rem­ment plus ano­dine. Et à un diri­geant gran­di­lo­quent se sub­sti­tue un réfor­ma­teur effa­cé, heu­reux dans son tra­vail de pla­ni­fi­ca­teur et d’exécuteur des hautes œuvres, tou­jours sou­riant.»

Ce qui rap­proche aus­si l’ancienne et la moderne ver­sion du fas­cisme est le culte de la supé­rio­ri­té [le supré­ma­tisme, NdT]. « Je crois en l’exceptionnalisme amé­ri­cain de toutes les fibres de mon être », a décla­ré Oba­ma, fai­sant écho aux décla­ra­tions ultra­na­tio­na­listes des années 1930. Comme l’historien Alfred W. McCoy l’a sou­li­gné, c’est un homme dévoué à Hit­ler, Carl Schmitt, qui dit un jour : « Le sou­ve­rain est celui qui décide de l’exception ». Cela résume tout à fait l’américanisme, l’idéologie qui domine le monde actuel.

Qu’elle ne soit pas recon­nue comme une idéo­lo­gie pré­da­trice est le résul­tat d’un lavage de cer­veau, lui-même non recon­nu. Insi­dieux, caché, fine­ment pré­sen­té comme un éclai­rage uni­ver­sel, son tota­li­ta­risme inonde la culture occi­den­tale. J’ai moi-même gran­di dans un envi­ron­ne­ment ciné­ma­to­gra­phi­que à la gloire de l’Amérique, qui était presque tou­jours une défor­ma­tion de la réa­li­té. Je n’avais aucune connais­sance du fait que l’Armée rouge avait détruit qua­si­ment toute la machine de guerre nazie, au prix de la vie de 13 mil­lions de ses sol­dats. Par com­pa­rai­son, les pertes amé­ri­caines, incluant celles du Paci­fique, furent de 400 000 hommes. Hol­ly­wood avait inver­sé les faits.

La dif­fé­rence, de nos jours, tient à ce que le public des salles obs­cures est invi­té à s’accrocher au fau­teuil sur la tra­gé­die de psy­cho­pathes amé­ri­cains devant tuer des gens par­tout dans le monde – comme le fait le pré­sident des États-Unis lui-même. Sym­bole de la vio­lence hol­ly­woo­dienne, l’acteur et réa­li­sa­teur Clint East­wood, fut nomi­né pour un Oscar cette année pour son film Ame­ri­can Sni­per, film qui raconte l’histoire d’un assas­sin légal fou furieux. Selon le New York Times, « patrio­tique et pour toute la famille, ce film a bat­tu tous les records d’audience dans ses pre­miers jours ».

Il n’existe pas de film épique sur les flirts de l’Amérique avec le fas­cisme. Durant la Deuxième Guerre mon­diale, l’Amérique (et la Grande-Bre­­tagne) entrèrent en guerre contre la Grèce qui venait de se battre héroï­que­ment contre le nazisme et résis­tait à l’avènement d’un fas­cisme grec. En 1967, la CIA aida une junte mili­taire fas­ciste à prendre le pou­voir à Athènes, comme elle le fit au Bré­sil et dans la plu­part des pays d’Amérique latine. Les Alle­mands et les Euro­péens de l’Est qui avaient col­la­bo­ré avec les nazis et leurs crimes contre l’humanité reçurent l’asile aux États-Unis. Beau­coup furent bien soi­gnés et leurs talents récom­pen­sés. Wern­her von Braun, par exemple, fut à la fois le père de la fusée nazie V2 et du pro­gramme spa­tial des États Unis.

Dans les années 1990, alors que les anciennes répu­bliques sovié­tiques, l’Europe de l’Est et les Bal­kans, deve­naient des avant-postes mili­taires de l’Otan, on a don­né leur chance aux héri­tiers du mou­ve­ment nazi ukrai­nien. Res­pon­sable de la mort de mil­liers de juifs, Polo­nais et Russes durant l’invasion de l’Union sovié­tique par les nazis, le mou­ve­ment fas­ciste ukrai­nien fut réha­bi­li­té et cette nou­velle vague consi­dé­rée comme natio­na­liste par ceux qui gouvernent.

Cette vague a atteint son apo­gée quand l’administration Oba­ma a misé 5 mil­liards de dol­lars sur un coup d’État contre le gou­ver­ne­ment élu en place. Les troupes de choc étaient for­mées de néo–nazis du Sec­teur Droit et de Svo­bo­da. Par­mi leurs diri­geants on retrouve Oleh Tyah­ny­bok, qui a appe­lé à la purge de la mafia juive et mos­co­vite et autres merdes telles que les homo­sexuels, les fémi­nistes et les gauchistes.

Ces fas­cistes font main­te­nant par­tie du gou­ver­ne­ment ukrai­nien issu du coup d’État. Le rap­por­teur de l’assemblée natio­nale ukrai­nienne, Andriy Paru­biy, un diri­geant du par­ti au pou­voir, est aus­si un co-fon­­da­­teur de Svo­bo­da. Le 14 février, Paru­biy annon­ça qu’il par­tait pour Washing­ton afin d’obtenir que « les États-Unis nous four­nissent des armes de pré­ci­sion ». S’il y arrive, cela sera consi­dé­ré comme un acte de guerre par la Russie.

Aucun diri­geant occi­den­tal ne s’est insur­gé contre cette renais­sance du fas­cisme en plein cœur de l’Europe, à l’exception de Vla­di­mir Pou­tine dont le peuple a per­du 22 mil­lions de per­sonnes dans l’invasion nazie qui arri­va à tra­vers les fron­tières de l’Ukraine. A la der­nière Confé­rence sur la sécu­ri­té de Munich, l’assistante d’Obama pour les affaires euro­péennes et eur­asiennes, Vic­to­ria Nuland, a cri­ti­qué les diri­geants euro­péens qui s’opposent à ce que les États-Unis arment le régime de Kiev. Elle a fait réfé­rence au ministre alle­mand de la défense en le trai­tant de « ministre du défai­tisme ». C’est Nuland qui avait orga­ni­sé le coup d’État à Kiev. Elle est la femme de Robert D. Kagan, une figure du mou­ve­ment néo-conser­­va­­teur et cofon­da­teur de l’association d’extrême-droite Pro­ject for a New Ame­ri­can Cen­tu­ry (Pro­jet pour un nou­veau siècle amé­ri­cain). Elle a aus­si été conseillère en poli­tique étran­gère de Dick Cheney.

Le feu à la Mai­son des Syn­di­cats à Odes­sa. (RIA Novosti/Maxim Voitenko)

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas tota­le­ment dérou­lé comme pré­vu. L’Otan n’a pas pu s’emparer de l’historique et légi­time base navale russe en Cri­mée. La popu­la­tion de Cri­mée, en grande majo­ri­té d’origine russe  – qui fut illé­ga­le­ment annexée à l’Ukraine par Niki­ta Krout­chev en 1954 – a lar­ge­ment voté pour son rat­ta­che­ment à la Rus­sie, comme elle l’avait fait dans les années 1990. Le réfé­ren­dum fut non impo­sé, popu­laire et sous obser­va­tion inter­na­tio­nale. Il n’y a pas eu d’invasion.

Dans le même temps, le régime de Kiev s’en est pris à la popu­la­tion d’origine russe dans l’est du pays avec la féro­ci­té d’un net­toyage eth­nique. Tout en déployant des milices néo-nazies dans le style de la Waf­fen SS, ils ont assié­gé et bom­bar­dé villes et vil­lages. Ils ont affa­mé les popu­la­tions, cou­pé l’électricité, gelé les comptes en banque, arrê­té le ver­se­ment des pres­ta­tions sociales et des retraites. Plus d’un mil­lion de per­sonnes ont tra­ver­sé la fron­tière pour se réfu­gier en Rus­sie. Réfu­giés décrits dans les médias occi­den­taux comme des gens fuyant les vio­lences cau­sées par l’invasion russe. Le com­man­dant de l’Otan, le géné­ral Breed­love, dont le nom et les actes pour­raient avoir été ins­pi­rés par le Dr Stran­ge­love [Dr Fola­mour, NdT] de Stan­ley Kubrick, annon­ça que 40 000 sol­dats russes se ras­sem­blaient aux fron­tières. A l’âge des pho­tos satel­lites, il n’en a trou­vé aucune pour prou­ver ses affirmations.

Le peuple d’Ukraine de langue russe et bilingue, un tiers de la popu­la­tion, a long­temps cher­ché a créer une fédé­ra­tion qui puisse reflé­ter la diver­si­té eth­nique du pays et qui soit auto­nome et indé­pen­dante de Mos­cou. La plu­part ne sont pas des sépa­ra­tistes, ils veulent sim­ple­ment vivre en sécu­ri­té dans leur pays et s’opposent à la prise de pou­voir qui a eu lieu à Kiev. Leur révolte et la créa­tion de répu­bliques auto­nomes sont venues en réac­tion aux attaques de Kiev. On l’a très peu expli­qué au public occidental.

En mai 2014 à Odes­sa, 41 per­sonnes d’origine russe furent brû­lées vives au siège social des syn­di­cats sous les regards de la police. Le diri­geant de Sec­teur Droit Dmy­tro Yarosh a consi­dé­ré ce mas­sacre comme encore un grand jour dans l’histoire de notre pays. Dans les médias bri­tan­niques et amé­ri­cains cela fut repor­té comme une tra­gé­die opaque résul­tant de bagarres entre natio­na­listes (les néo nazis) et sépa­ra­tistes (les gens récol­tant des signa­tures pour un réfé­ren­dum sur une Ukraine fédérale).

Le New York Times a enter­ré l’affaire en trai­tant de pro­pa­gande russe les aver­tis­se­ments sur la poli­tique fas­ciste et anti­sé­mite des nou­veaux clients de Washing­ton. Le Wall Street Jour­nal a condam­né les vic­times avec cet en-tête : « L’incendie mor­tel a été appa­rem­ment ini­tié par les rebelles », dit le gou­ver­ne­ment. Oba­ma a féli­ci­té la junte ukrai­nienne pour sa rete­nue.

Si Pou­tine était tom­bé dans le piège de venir défendre les rebelles, son sta­tut de paria dans le monde occi­den­tal aurait jus­ti­fié le men­songe d’une Rus­sie enva­his­sant l’Ukraine. Le 29 jan­vier, le géné­ral Vik­tor Muz­hen­ko, haut com­man­dant des armées ukrai­niennes a, presque par inad­ver­tance, reje­té la base même des sanc­tions occi­den­tales quand il décla­ra de manière empha­tique au cours d’une confé­rence de presse : « L’armée ukrai­nienne ne com­bat pas contre les troupes régu­lières russes », mais contre des « citoyens ordi­naires », membres de « groupes armées illé­gaux » ; il n’y avait plus d’invasion russe. Vadym Prys­tai­ko, adjoint au ministre de la Défense, a lui, appe­lé à la guerre totale contre la Rus­sie, une puis­sance nucléaire.

Le 21 février, le séna­teur amé­ri­cain James Inhofe, un répu­bli­cain de l’Oklahoma, a intro­duit un arrê­té par­le­men­taire pour auto­ri­ser l’exportation d’armes amé­ri­caines vers Kiev. Au cours de sa pré­sen­ta­tion au Sénat, Inhofe a uti­li­sé des pho­tos qu’il a pré­sen­tées comme des preuves de troupes russes fran­chis­sant la fron­tière ukrai­nienne, pho­tos qui ont depuis été démas­quées comme des faux. Cela m’a rap­pe­lé les fausses pho­tos de Ronald Rea­gan d’une ins­tal­la­tion sovié­tique au Nica­ra­gua et les fausses preuves de Colin Powell sur les armes de des­truc­tion mas­sive en Irak.

L’intensité de la cam­pagne de déni­gre­ment contre la Rus­sie et la pré­sen­ta­tion de son pré­sident comme un méchant de foire ne res­semble à rien de ce que j’ai pu voir au cours de ma vie de jour­na­liste. Robert Par­ry, un des jour­na­listes d’investigation amé­ri­cain les plus répu­tés, qui a révé­lé le scan­dale Iran–Contra, a écrit récem­ment : « Aucun gou­ver­ne­ment occi­den­tal, depuis l’Allemagne hit­lé­rienne, n’avait osé envoyer des troupes de choc nazies contre sa propre popu­la­tion, mais le régime de Kiev l’a fait et en toute conscience. Pour­tant, le monde poli­­ti­­co-média­­tique a fait tout ce qu’il a pu pour cacher cette réa­li­té, allant jusqu’à igno­rer des faits clai­re­ment éta­blis… Si vous vous deman­dez com­ment le monde pour­rait tom­ber dans une troi­sième guerre mon­diale – comme cela s’est pas­sé pour la pre­mière il y a un siècle – tout ce que vous avez a faire est de regar­der la folie en ce qui concerne l’Ukraine, folie qui se montre imper­méable aux faits ou à la rai­son.»

Pro­cés de Nurem­berg. Les diri­geants nazis 1945–1946. (1er rang, g. à d. )Göring, Rudolf Heß, von Rib­ben­trop, Kei­tel (2ème rang, g. à d.) Dönitz, Rae­der, von Schi­rach, Sau­ckel (Image de Wikipedia)

En 1946, le pro­cu­reur du tri­bu­nal de Nurem­berg a décla­ré aux jour­naux alle­mands : « L’uti­li­sa­tion par les conspi­ra­teurs nazis de la guerre psy­cho­lo­gique est bien connue. Avant chaque attaque majeure, à l’exception de celles repo­sant sur la rapi­di­té d’action, ils démar­raient une cam­pagne de presse des­ti­née à abais­ser leurs vic­times et à pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment le peuple alle­mand à l’attaque… Dans le sys­tème de pro­pa­gande de l’État hit­lé­rien, les armes les plus impor­tantes furent la presse quo­ti­dienne et la radio.»

Dans le Guar­dian du 2 février, Timo­thy Gar­­ton-Ash a deman­dé, en mots clairs, une guerre mon­diale. « Pou­tine doit être empê­ché, dit le titre. Et par­fois seuls les armes peuvent arrê­ter les armes.» Il concé­da que la menace d’une guerre puisse nour­rir la para­noïa russe de l’encerclement, mais que cela n’était pas grave. Il fit la liste de l’équipement mili­taire néces­saire pour le bou­lot et conseilla ses lec­teurs en affir­mant que l’Amérique avait le meilleur équi­pe­ment.

En 2003, le même Gar­­ton-Ash, alors pro­fes­seur a Oxford, répé­ta la pro­pa­gande qui entrai­na le mas­sacre en Irak. Sad­dam Hus­sein, écri­vait il, « a, comme l’a mon­tré Colin Powell, accu­mu­lé de grandes quan­ti­tés d’armes chi­miques et bio­lo­giques et cache ce qui lui reste. Il est tou­jours en train d’acquérir des armes nucléaires ». Il loua Blair comme un « Glad­sto­nien, un chré­tien libé­ral inter­ven­tion­niste ». En 2006, il écri­vit : « Main­te­nant nous fai­sons face au pro­chain grand défi occi­den­tal après l’Irak : l’Iran »

Ces pro­cla­ma­tions – ou comme Gar­­ton-Ash pré­fère le dire, son ambi­va­lence libé­rale tor­tu­rée – sont assez cou­rantes chez ceux qui, dans l’élite libé­rale trans­at­lan­tique, ont signé un pacte faus­tien. Le cri­mi­nel de guerre qu’est Tony Blair est leur idole déchue. Le Guar­dian, jour­nal dans lequel le texte de Gar­­ton-Ash fut publié a mis en page une publi­ci­té pour un avion de chasse fur­tif amé­ri­cain. Sous l’image mena­çante de ce monstre crée par Lock­heed Mar­tin s’étalent les mots : « Le F35. Grand pour la Grande Bre­tagne ». Ce maté­riel [qui ne vole tou­jours pas, NdT] amé­ri­cain coû­te­ra aux contri­buables bri­tan­niques 1,3 mil­liards de livres, les modèles pré­cé­dents ayant déjà fait des mas­sacres à tra­vers le monde. En par­fait accord avec son annon­ceur, l’éditorial du Guar­dian a plai­dé pour une aug­men­ta­tion des dépenses militaires.

La encore, cela suit un objec­tif sérieux. Les maitres du monde ne veulent pas seule­ment que l’Ukraine soit une base de mis­siles, ils veulent son éco­no­mie. La nou­velle ministre des finances de Kiev, Nata­liwe Jares­ko, est une Amé­ri­caine, ancienne fonc­tion­naire du Dépar­te­ment d’État amé­ri­cain en charge des inves­tis­se­ments à l’étranger. On lui a octroyé la natio­na­li­té ukrai­nienne en toute hâte.

Ils veulent l’Ukraine pour son gaz abon­dant. Le fils du vice-pré­­sident Joe Biden est entré au conseil d’administration de la plus grosse com­pa­gnie pétro­lière d’Ukraine. Les fabri­cants de graines géné­ti­que­ment modi­fiées, comme le tris­te­ment célèbre Mon­san­to, veulent les riches terres culti­vables de l’Ukraine.

Mais par des­sus tout, ils veulent le puis­sant voi­sin de l’Ukraine, la Rus­sie. Ils veulent bal­ka­ni­ser et démem­brer la Rus­sie pour exploi­ter la plus grande source de gaz natu­rel sur terre. Alors que l’Arctique fond, ils veulent contrô­ler l’océan Arc­tique et ses richesses éner­gé­tiques, tout comme les terres russes qui le longent. Leur homme à Mos­cou fut Boris Elt­sine, un alcoo­lique, qui livra l’économie de son pays à l’Occident. Son suc­ces­seur, Pou­tine, a réta­bli la sou­ve­rai­ne­té russe. Tel est son crime.

Notre res­pon­sa­bi­li­té ici est donc claire. Elle repose sur l’identification et la mise à nu des men­songes per­ma­nents des va-t-en guerre et à ne jamais col­la­bo­rer avec eux. Elle est dans le réveil des grands mou­ve­ments popu­laires qui ont conduit une civi­li­sa­tion fra­gile vers des États modernes. Et, plus que tout, elle réside dans notre habi­le­té à empê­cher qu’ils ne nous écrasent. Si nous res­tons silen­cieux, leur vic­toire sur nous est assu­rée et l’holocauste est proche.

John Pil­ger

John Pil­ger, est un jour­na­liste basé à Londres, il est aus­si cinéaste et auteur. Il anime le site www​.john​pil​ger​.com.

Tra­duit par Wayan, relu par jj et par Diane pour le Saker Francophone

Source : lesa​ker​fran​co​phone​.net

Fil de com­men­taires Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​9​7​8​9​8​8​9​7​317

« On passe à l’acte » Écrire nous-mêmes les constitutions pour améliorer nos sociétés

De jeunes mili­tants (qui animent le site « On passe à l’acte ») m’ont inter­ro­gé l’an der­nier (en 2014), lors de l’U­ni­ver­si­té d’é­té du Reve­nu de base.
Voi­ci la pre­mière vidéo qu’ils en ont tirée.
J’es­père que ce sera bien contagieux 🙂

(Par­don pour les quelques gros mots qui m’ont échappé…
Mais bon, c’est pas du théâtre, c’est la vraie vie, c’est pas grave.)

http://​onpas​sea​lacte​.fr/​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​.​e​c​r​i​r​e​–​n​o​u​s​–​m​e​m​e​–​l​e​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​–​p​o​u​r​–​a​m​e​l​i​o​r​e​r​–​n​o​s​–​s​o​c​i​e​t​e​s​.​9​1​3​9​6​2​4​6​2​7​2​.​h​tml

Ver­sion courte (4’30) :

J’ai déci­dé d’or­ga­ni­ser des ate­liers d’é­cri­ture… par onpas­sea­lacte

Ver­sion longue (7’45) :

J’ai déci­dé d’or­ga­ni­ser des ate­liers d’é­cri­ture… par onpas­sea­lacte

Le fil Face­book (bien cré­pi­tant) cor­res­pon­dant à ce billet est ici.

Vous trou­ve­rez plein de res­sources utiles sur les ate­liers consti­tuants à cette adresse : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Catégorie:Atelier_constituant.

[via les​-crises​.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

L’assassinat de la Grèce
par James Petras :

http://www.les-crises.fr/l‑assassinat-de-la-grece/

L’asphyxie de Syri­za fait par­tie inté­grante d’un pro­ces­sus qui dure depuis dix ans en vue de l’élimination de la Grèce par l’UE.

by Dr. James Petras

Le gou­ver­ne­ment grec est aujourd’hui enfer­mé dans une lutte à mort face à l’élite qui domine les banques et les centres du pou­voir poli­tique de l’Union Européenne.

Ce qui est en jeu, ce sont les condi­tions de vie de 11 mil­lions de tra­vailleurs, fonc­tion­naires et arti­sans grecs, ain­si que la via­bi­li­té de l’Union Euro­péenne. Si le gou­ver­ne­ment de Syri­za capi­tule face aux exi­gences des ban­quiers de l’Union Euro­péenne et accepte de pour­suivre la poli­tique d’austérité, la Grèce sera alors condam­née à des décen­nies de régres­sion, de misère et de domi­na­tion colo­niale. Si la Grèce décide de résis­ter et si elle est contrainte de quit­ter l’Union Euro­péenne, il lui fau­dra répu­dier une dette exté­rieure de 270 mil­liards d’euros, pro­vo­quant la chute des mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux et l’effondrement de l’Union Européenne.

Les diri­geants euro­péens : des fan­toches impuissants

Les diri­geants de l’Union Euro­péenne misent sur un renie­ment par les diri­geants de Syri­za des pro­messes faites à l’électorat grec qui, au début du mois de février 2015, vou­lait, à une écra­sante majo­ri­té (plus de 70 %), en finir avec l’austérité et le paie­ment de la dette, déve­lop­per les inves­tis­se­ments de l’état dans l’économie natio­nale et le déve­lop­pe­ment social (Finan­cial Times 7−8÷2÷15, p. 3). Les choix sont dou­lou­reux, leurs consé­quences auront une por­tée his­to­rique mon­diale. Les enjeux vont bien au-delà de l’aspect local, ou même régio­nal à court terme. C’est à l’échelle mon­diale que tout le sys­tème finan­cier en sera affec­té (FT 10/2/15, p. 2).

Bien au-delà de l’Europe, le non-rem­­bour­­se­­ment de la dette va se pro­pa­ger à tous, débi­teurs ou créan­ciers ; la confiance des inves­tis­seurs à l’égard de l’empire finan­cier occi­den­tal sera ébran­lée. Avant tout, toutes les banques occi­den­tales ont des liens directs ou indi­rects avec les banques grecques (FT 2/6/15, p. 3). Quand ces der­nières s’effondreront, elles seront pro­fon­dé­ment affec­tées au-delà de ce que leurs gou­ver­ne­ments peuvent sup­por­ter. L’intervention mas­sive de l’état sera à l’ordre du jour. Le gou­ver­ne­ment grec n’aura plus alors d’autre choix que de prendre le contrôle de l’ensemble du sys­tème finan­cier… l’effet domi­no affec­te­ra en pre­mier lieu l’Europe du Sud puis se pro­pa­ge­ra aux “régions domi­nantes” du nord ain­si qu’à l’Angleterre et à l’Amérique du Nord (FT 9/2/15, p. 2).

Afin de com­prendre les ori­gines de ces crises et des choix aux­quels la Grèce et l’Union Euro­péenne sont confron­tées, il est néces­saire de pas­ser rapi­de­ment en revue les déve­lop­pe­ments éco­no­miques et poli­tiques des trois der­nières décen­nies. Nous pro­cé­de­rons en exa­mi­nant les rela­tions grecques et euro­péennes entre les années 1980 et 2000, puis la crise actuelle et l’intervention euro­péenne dans l’économie grecque. Dans la sec­tion finale, nous dis­cu­te­rons de l’ascension et de l’élection de Syri­za et de sa sou­mis­sion gran­dis­sante dans le contexte 0de domi­na­tion et d’intransigeance de l’Union Euro­péenne, met­tant en évi­dence la néces­si­té d’une cas­sure radi­cale avec les anciennes rela­tions de ‘sei­gneur à vassal’.

His­toire ancienne : la fon­da­tion de l’empire européen

En 1980 la Grèce fut admise dans la Com­mu­nau­té éco­no­mique euro­péenne (CEE) comme un état vas­sal de l’empire émergent fran­­co-alle­­mand. Avec l’élection d’Andreas Papan­dréou, chef du par­ti pan­hel­lé­nis­tique socia­liste grec qui dis­po­sait d’une majo­ri­té abso­lue au Par­le­ment, l’espoir d’un chan­ge­ment radi­cal dans les affaires inté­rieures et exté­rieures se fai­sait jour. 1/ En par­ti­cu­lier, pen­dant la cam­pagne élec­to­rale, Papan­dréou avait pro­mis la sor­tie de l’OTAN et de la CEE, l’annulation des accords auto­ri­sant les États-Unis à main­te­nir des bases mili­taires en Grèce et une éco­no­mie fon­dée sur la “pro­prié­té sociale” des moyens de pro­duc­tion. Après avoir été élu, Papan­dréou a immé­dia­te­ment assu­ré à la CEE et à Washing­ton que son gou­ver­ne­ment res­te­rait au sein de la com­mu­nau­té euro­péenne et de l’OTAN et renou­ve­lé les accords sur les bases mili­taires des États-Unis. Des études, com­man­dées par le gou­ver­ne­ment au début des années 80, mon­trant les résul­tats à moyen et long terme du main­tien de la Grèce dans la CEE, notam­ment la perte de contrôle du com­merce, des bud­gets et des mar­chés, ont été igno­rées par Papan­dréou qui a choi­si de sacri­fier l’indépendance poli­tique et l’autonomie éco­no­mique sur l’autel des trans­ferts de fonds à grande échelle, des prêts et des cré­dits venant de la CEE. Depuis son bal­con, Papan­dréou a par­lé aux masses d’indépendance, de jus­tice sociale, alors qu’il conser­vait des liens avec les ban­quiers euro­péens et les oli­garques grecs, arma­teurs comme ban­quiers. L’élite euro­péenne à Bruxelles et les oli­garques grecs à Athènes ont gar­dé la main­mise sur les hautes sphères du sys­tème poli­tique et éco­no­mique de la Grèce.

Papan­dréou a conser­vé les pra­tiques de clien­té­lisme poli­tique mises en place par les pré­cé­dents gou­ver­ne­ments de droite, rem­pla­çant uni­que­ment les fonc­tion­naires de droite par des membres du par­ti PASOK.

La CEE a balayé la rhé­to­rique radi­cale bidon de Papan­dréou et s’est foca­li­sée sur le fait qu’elle ache­tait le contrôle et la sou­mis­sion de l’état grec en finan­çant un régime clien­té­liste cor­rom­pu, qui détour­nait les fonds des pro­jets de déve­lop­pe­ment de la com­pé­ti­ti­vi­té éco­no­mique grecque au pro­fit d’un sys­tème de favo­ri­tisme fon­dé sur une consom­ma­tion accrue.

Les élites euro­péennes savaient, au final, que la main­mise finan­cière sur l’économie leur per­met­trait de dic­ter la poli­tique grecque et de la gar­der au sein de l’empire euro­péen émergent.

En dépit de la rhé­to­rique déma­go­gique “tiers-mon­­diste” de Papan­dréou, la Grèce était pro­fon­dé­ment ancrée au sein de l’Union Euro­péenne et de l’OTAN. Entre 1981 et 1985, Papan­dréou a reje­té sa rhé­to­rique socia­liste en faveur d’une aug­men­ta­tion des dépenses sociales pour les réformes de l’aide sociale, l’augmentation des salaires, des pen­sions et de la cou­ver­ture de san­té, tout en ren­flouant les entre­prises en faillite éco­no­mique mises à terre par des capi­ta­listes klep­to­crates. Résul­tat, tan­dis que le niveau de vie aug­men­tait, la struc­ture éco­no­mique de la Grèce res­sem­blait tou­jours à celle d’un état vas­sal for­te­ment dépen­dant de la finance de l’Union Euro­péenne, des tou­ristes euro­péens, et à une éco­no­mie de rente basée sur l’immobilier, la finance et le tourisme.

Papan­dréou a conso­li­dé le rôle de la Grèce comme avant-poste vas­sa­li­sé de l’OTAN, une plate-forme pour une inter­ven­tion mili­taire amé­ri­caine au Moyen-Orient et en Médi­ter­ra­née orien­tale dou­blée d’un mar­ché pour les pro­duits manu­fac­tu­rés d’Allemagne et d’Europe du Nord.

D’octobre 1981 à juillet 1989 la consom­ma­tion grecque a aug­men­té tan­dis que la pro­duc­ti­vi­té stag­nait. Papan­dréou a rem­por­té les élec­tions en 1985 en uti­li­sant les fonds de la CEE. Pen­dant ce temps la dette grecque euro­péenne s’envolait… Les diri­geants de l’UE ont condam­né la mau­vaise uti­li­sa­tion des fonds par la vaste armée de klep­to­crates de Papan­dréou mais pas trop bruyam­ment. Bruxelles recon­nais­sait que Papan­dréou et le PASOK repré­sen­taient le meilleur moyen pour muse­ler l’électorat radi­cal grec et gar­der la Grèce sous tutelle de la CEE et comme fidèle vas­sal de l’OTAN.

Des leçons pour Syri­za : les réformes à court terme et la stra­té­gie vas­sa­liste du PASOK

Qu’il soit dans le gou­ver­ne­ment ou en dehors, le PASOK a sui­vi les traces de son adver­saire de droite (Nou­velle Démo­cra­tie) en accep­tant la cami­sole de force de l’OTAN-CEE. La Grèce a conti­nué à main­te­nir les dépenses mili­taires par habi­tant au niveau le plus éle­vé de tous les membres euro­péens de l’OTAN. Résul­tat, la Grèce a reçu prêts et cré­dits pour finan­cer des réformes sociales à court terme et la cor­rup­tion à grande échelle à long terme, tout en élar­gis­sant l’appareil poli­tique de l’état-parti.

Avec l’ascension du pre­mier ministre ouver­te­ment néo­li­bé­ral Costas Simi­tis en 2002, le régime du PASOK a mani­pu­lé les comptes, fabri­qué des don­nées gou­ver­ne­men­tales sur son défi­cit bud­gé­taire, avec l’aide des banques d’investissement de Wall Street, et est deve­nu un membre de l’Union Moné­taire Euro­péenne. En adop­tant l’euro, Simi­tis a favo­ri­sé une plus grande subor­di­na­tion finan­cière de la Grèce aux fonc­tion­naires euro­péens non élus de Bruxelles, domi­nés par le minis­tère alle­mand des finances et les banques.

Les oli­garques grecs ont fait de la place au som­met pour une nou­velle espèce d’élite klep­to­cra­tique issue du PASOK, qui a détour­né des mil­lions sur les achats mili­taires, com­mis des fraudes ban­caires et s’est livrée à une éva­sion fis­cale massive.

Les élites bruxel­loises ont per­mis à la classe moyenne grecque de vivre l’illusion d’être des “euro­péens pros­pères” car elles conser­vaient une influence déci­sive à tra­vers les prêts et l’accumulation des dettes.

Une fraude ban­caire à grande échelle – trois cent mil­lions d’euros – a même impli­qué le bureau de l’ex-premier ministre Papandréou.

Les rela­tions clien­té­listes à l’intérieur de la Grèce n’avaient d’égales que les rela­tions clien­té­listes entre Bruxelles et Athènes.

Même avant le krach de 2008 les créan­ciers de l’UE, ban­quiers pri­vés et prê­teurs offi­ciels, fixaient les para­mètres de la poli­tique grecque.

Le krach mon­dial révé­la les fon­da­tions fra­giles de l’état grec – et condui­sit direc­te­ment à l’intervention directe et bru­tale de la Banque Cen­trale Euro­péenne, du Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal et de la Com­mis­sion Euro­péenne – la tris­te­ment célèbre « Troï­ka ». Cette der­nière a impo­sé les poli­tiques « d’austérité » comme condi­tion du “sau­ve­tage”, qui ont dévas­té l’économie, pro­vo­quant une crise éco­no­mique majeure, appau­vris­sant plus de 40% de la popu­la­tion, rédui­sant les reve­nus de 25% et géné­rant 28% de chômage.

La Grèce : cap­ti­vi­té par invitation

Pri­son­nière de l’UE poli­ti­que­ment et éco­no­mi­que­ment, la Grèce était impuis­sante au plan poli­tique. Mis à part les syn­di­cats qui ont lan­cé trente grèves géné­rales entre 2009 et 2014, les deux prin­ci­paux par­tis, PASOK et Nou­velle Démo­cra­tie, ont ame­né la prise de contrôle par l’UE. La dégé­né­res­cence du PASOK en un appen­dice de l’UE consti­tué d’oligarques et de vas­saux col­la­bo­ra­teurs a vidé de son sens la rhé­to­rique ‘socia­liste’. Le par­ti de droite Nou­velle Démo­cra­tie a ren­for­cé et ren­du plus pro­fonde encore la main­mise de l’UE sur l’économie grecque. La Troï­ka a prê­té à son vas­sal grec des fonds (“de sau­ve­tage”) qui furent uti­li­sés pour rem­bour­ser les oli­garques finan­ciers alle­mands, fran­çais et anglais et ren­for­cer les banques pri­vées grecques. La popu­la­tion grecque était ‘affa­mée’ par les poli­tiques “d’austérité” des­ti­nées à main­te­nir le flot des rem­bour­se­ments sor­tant vers le haut.

L’Europe : Union ou Empire ?

La crise de L’Union Euro­péenne de 2008/2009 eut plus d’impact sur ses maillons faibles, l’Europe du Sud et l’Irlande. L’Union Euro­péenne a révé­lé sa véri­table nature d’empire hié­rar­chique, dans lequel les états puis­sants, l’Allemagne et la France, pou­vaient ouver­te­ment et direc­te­ment contrô­ler l’investissement, le com­merce, les poli­tiques moné­taires et finan­cières. Le “sau­ve­tage” de la Grèce tant van­té par l’UE était en fait le pré­texte pour impo­ser de pro­fonds chan­ge­ments struc­tu­rels. Ceux-ci incluaient la déna­tio­na­li­sa­tion et la pri­va­ti­sa­tion de tous les sec­teurs éco­no­miques stra­té­giques, les rem­bour­se­ments de dettes per­pé­tuels, les dik­tats étran­gers sur les poli­tiques de reve­nus et d’investissements. La Grèce a ces­sé d’être un état indé­pen­dant : elle a été tota­le­ment et abso­lu­ment colonisée.

Les crises per­pé­tuelles de la Grèce : la fin de “l’illusion européenne”

L’élite grecque et, au moins depuis 5 ans, la plu­part des élec­teurs, ont cru que les mesures régres­sives (“aus­té­ri­té”) adop­tées – les licen­cie­ments, les coupes bud­gé­taires, les pri­va­ti­sa­tions, etc., étaient des trai­te­ments amers de courte durée qui mène­raient rapi­de­ment à une réduc­tion de la dette, à l’équilibre bud­gé­taire, à de nou­veaux inves­tis­se­ments, à la crois­sance et au redres­se­ment. Du moins, c’est ce que leur disaient les experts éco­no­miques et les diri­geants de Bruxelles.

En réa­li­té, la dette a aug­men­té, la spi­rale des­cen­dante de l’économie s’est pour­sui­vie, le chô­mage s’est ampli­fié, la dépres­sion s’est aggra­vée. “L’austérité” était une poli­tique de classe ins­tau­rée par Bruxelles pour enri­chir les ban­quiers étran­gers et piller le sec­teur public grec.

La clé du pillage par l’UE a été la perte de la sou­ve­rai­ne­té grecque. Les deux par­tis majo­ri­taires, Nou­velle Démo­cra­tie et le PASOK, en étaient des com­plices actifs. Mal­gré un taux de chô­mage de 55% chez les 16–30 ans, la cou­pure de l’électricité de 300 000 foyers et un exode de masse (plus de 175 000), l’UE (comme on pou­vait le pré­voir) a refu­sé d’admettre que le plan d’”austérité” avait échoué à redres­ser l’économie grecque. La rai­son pour laquelle l’UE s’obstinait dans cette “poli­tique ayant échoué” rési­dait dans le fait qu’elle béné­fi­ciait du pou­voir, des pri­vi­lèges et des pro­fits du pillage et de sa supré­ma­tie impériale.

De plus, la recon­nais­sance par l’élite de Bruxelles de son échec en Grèce aurait pro­ba­ble­ment pour résul­tat qu’il lui serait deman­dé de recon­naître éga­le­ment ses échecs dans le reste de l’Europe du Sud et au-delà, y com­pris en France, en Ita­lie et chez d’autres membres clés de l’UE (Eco­no­mist 17/1/15, p. 53). Les élites diri­geantes, finan­cières et entre­pre­neu­riales, d’Europe et des USA ont pros­pé­ré par les crises et la dépres­sion, en impo­sant des coupes bud­gé­taires dans les sec­teurs sociaux, les salaires et les trai­te­ments. Admettre un échec en Grèce aurait des réper­cus­sions en Amé­rique du Nord et en Europe, remet­tant en ques­tion leurs poli­tiques éco­no­miques, leur idéo­lo­gie et la légi­ti­mi­té des diri­geants. La rai­son pour laquelle tous les régimes de l’UE sou­tiennent l’insistance de l’UE à ce que la Grèce conti­nue à res­pec­ter cette poli­tique “d’austérité” mani­fes­te­ment per­verse et rétro­grade et impose des “réformes struc­tu­relles” réac­tion­naires, est que ces mêmes gou­ver­nants ont sacri­fié le niveau de vie de leur propre popu­la­tion active au cours des crises éco­no­miques (FT 13/2/15, p. 2).

Les crises éco­no­miques, de 2008/2009 jusqu’à aujourd’hui (2015), demandent tou­jours de durs sacri­fices pour per­pé­tuer les pro­fits des classes diri­geantes et finan­cer les sub­ven­tions publiques des banques pri­vées. Toutes les ins­ti­tu­tions finan­cières majeures – la BCE, la Com­mis­sion Euro­péenne et le FMI – suivent la même ligne : aucune contes­ta­tion ou écart ne sera tolé­ré. La Grèce doit accep­ter les dik­tats de l’UE ou faire face à d’énormes repré­sailles finan­cières. “Etran­gle­ment éco­no­mique ou ser­vage per­pé­tuel envers la dette” est la leçon que Bruxelles envoie à tous les états membres de l’UE. Alors que, osten­si­ble­ment, elle parle à la Grèce – c’est un mes­sage des­ti­né à tous les états, mou­ve­ments d’opposition et syn­di­cats qui met­traient en ques­tion les dik­tats de l’oligarchie bruxel­loise et de ses suze­rains allemands.

Tous les prin­ci­paux médias et grands pontes de l’économie ont ser­vi de méga­phone aux oli­garques de Bruxelles. Le mes­sage répé­té sans cesse par les libé­raux, conser­va­teurs et sociaux démo­crates aux nations per­sé­cu­tées, aux tra­vailleurs dont les reve­nus baissent, qu’ils soient sala­riés ou payés à la tâche, ain­si qu’aux petits entre­pre­neurs, est qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter des mesures rétro­grades, taillant dans le vif de leurs condi­tions de vie (les “réformes”) s’ils veulent espé­rer la ‘reprise éco­no­mique’ – qui, bien sûr, n’a pas eu lieu depuis cinq ans !

La Grèce est deve­nue la cible prin­ci­pale des élites éco­no­miques en Europe car les grecs sont pas­sés de mani­fes­ta­tions sans consé­quence au pou­voir poli­tique. L’élection de Syri­za, sur la base d’une sou­ve­rai­ne­té conva­les­cente, reje­tant l’austérité et redé­fi­nis­sant ses rela­tions avec les cré­di­teurs en faveur d’un déve­lop­pe­ment natio­nal marque les pré­mices d’une éven­tuelle confron­ta­tion à l’échelle du continent.

L’ascension de Syri­za : héri­tage dou­teux, luttes de masse et pro­messes radi­cales (non tenues)

La crois­sance de Syri­za, d’une alliance de petites sectes mar­xistes en un par­ti élec­to­ral de masse, est lar­ge­ment due à l’incorporation de mil­lions de fonc­tion­naires des classes moyennes, de retrai­tés et de petits entre­pre­neurs. Beau­coup sou­te­naient le PASOK aupa­ra­vant. Ils ont voté Syri­za pour retrou­ver leurs condi­tions de vie et la sta­bi­li­té de l’emploi de la pré­cé­dente période de “pros­pé­ri­té” (2000−2007) qu’ils avaient obte­nue au sein de l’UE. Le rejet total du PASOK et de la Nou­velle Démo­cra­tie fut l’aboutissement de 5 années de pro­fondes souf­frances qui auraient pu pro­vo­quer une révo­lu­tion dans un autre pays. Leur radi­ca­lisme com­men­ça par des mani­fes­ta­tions, des marches, et des grèves qui furent autant de ten­ta­tives de pres­sion sur les régimes de droite pour qu’ils changent le cap de l’UE et que cesse l’austérité tout en res­tant au sein de l’UE.

Ce sec­teur de SYRIZA est ‘radi­cal’ en ce qu’il oppose le confor­misme pré­sent à la nos­tal­gie du pas­sé – le temps des vacances à Londres et Paris finan­cées par l’euro, du cré­dit facile pour ache­ter voi­tures et mets impor­tés, pour ‘se sen­tir moderne’ et ‘euro­péen’ et par­ler anglais !

La poli­tique de Syri­za reflète, en par­tie, cette part ambigüe de son élec­to­rat. D’un autre côté, Syri­za s’est assu­ré le vote des jeunes radi­caux, chô­meurs et tra­vailleurs, qui n’ont jamais fait par­tie de la socié­té de consom­ma­tion et qui ne s’identifient pas à “l’Europe”. Syri­za s’est impo­sé comme un par­ti de masse en moins de 5 ans et ses sym­pa­thi­sants comme ses diri­geants reflètent un haut degré d’hétérogénéité.

La branche la plus radi­cale, idéo­lo­gi­que­ment, est repré­sen­tée prin­ci­pa­le­ment par des groupes mar­xistes qui à l’origine se sont regrou­pés pour for­mer un par­ti. La branche des jeunes chô­meurs s’y est jointe suite aux émeutes contre la police déclen­chées par l’assassinat d’un jeune acti­viste lors des pre­mières années de la crise. La troi­sième vague est com­po­sée en majo­ri­té de mil­liers de fonc­tion­naires licen­ciés et de retrai­tés qui ont souf­fert de larges coupes dans leurs pen­sions sur ordre de la troï­ka en 2012. La qua­trième vague repré­sente les membres de l’ex PASOK qui ont fui le nau­frage d’un par­ti en faillite.

La gauche de Syri­za se trouve prin­ci­pa­le­ment dans la base popu­laire et par­mi les diri­geants des mou­ve­ments locaux issus des classes moyennes. Les grands diri­geants de Syri­za qui tiennent les postes-clés sont des uni­ver­si­taires, dont cer­tains étran­gers. Beau­coup sont des membres récents voire ne sont même pas membres du par­ti. Peu d’entre eux ont pris part aux luttes de masse – et beau­coup n’ont que peu de liens avec les mili­tants de base. Ils sont les plus enclins à signer un “accord” tra­his­sant des grecs appauvris.

Depuis que Syri­za a rem­por­té les élec­tions en 2015, le par­ti a com­men­cé à enter­rer son pro­gramme ini­tial de chan­ge­ments struc­tu­rels radi­caux (socia­lisme) et à adop­ter des mesures visant à s’adapter aux inté­rêts du sec­teur des affaires grec. Tsi­pras a par­lé de la “négo­cia­tion d’un accord” dans le cadre d’une Union Euro­péenne domi­née par les alle­mands. Tsi­pras et son ministre des finances ont pro­po­sé de rené­go­cier la dette, l’obligation de payer et 70% des réformes ! Quand un accord a été signé, ils ont com­plè­te­ment capitulé !

Pen­dant un court moment, Syri­za a main­te­nu une posi­tion double : “s’opposer” à l’austérité et par­ve­nir à un accord avec ses créan­ciers. Cette poli­tique “réa­liste” reflète les posi­tions des nou­veaux ministres uni­ver­si­taires, des anciens membres du PASOK et de la classe moyenne qui s’enfonce. La rhé­to­rique et les pos­tures radi­cales de Syri­za sont révé­la­trices de la pres­sion des chô­meurs, de la jeu­nesse et de la masse pauvre, qui seraient ceux qui auraient à perdre si un accord de paie­ment aux créan­ciers était négocié.

Union Euro­péenne – SYRIZA : les conces­sions avant la lutte ont mené à la red­di­tion et à la défaite

La “dette grecque” n’est pas vrai­ment une dette des grecs. Les créan­ciers ins­ti­tu­tion­nels et les banques euro­péennes ont prê­té sciem­ment et à grand risque de l’argent à des klep­to­crates, des oli­garques et des ban­quiers qui en ont siphon­né la plus grande par­tie dans des comptes en Suisse, dans de l’immobilier de grand stan­ding à Londres et à Paris, acti­vi­tés inca­pables de géné­rer des reve­nus afin de rem­bour­ser la dette. En d’autres termes, la dette est en grande par­tie illé­gi­time et a été mise à tort sur le dos des grecs.

Syri­za, depuis le début des “négo­cia­tions”, n’a pas remis en ques­tion la légi­ti­mi­té de la dette ni iden­ti­fié les caté­go­ries spé­ci­fiques de per­sonnes et les entre­prises qui devraient la payer.

De plus, pen­dant que Syri­za contes­tait la poli­tique “d’austérité”, il ne remet­tait pas en cause les orga­ni­sa­tions et les ins­ti­tu­tions euro­péennes qui l’imposaient.

Depuis ses débuts, Syri­za a accep­té l’adhésion à l’Union Euro­péenne. Au nom du “réa­lisme”, le gou­ver­ne­ment Syri­za a accep­té de payer la dette ou une par­tie de celle-ci comme base de négociation.

Struc­tu­rel­le­ment, Syri­za a déve­lop­pé une direc­tion très cen­tra­li­sée dans laquelle toutes les déci­sions majeures sont prises par Alexis Tsi­pras, ce qui limite l’influence des mili­tants de base radi­ca­li­sés. Cela a faci­li­té les “com­pro­mis” avec l’oligarchie de Bruxelles qui vont à l’encontre des pro­messes de cam­pagne et qui peuvent mener à la per­pé­tuelle dépen­dance de la Grèce aux diri­geants et créan­ciers de l’UE.

De plus, Tsi­pras a res­ser­ré la dis­ci­pline au sein du par­ti au len­de­main de son élec­tion, s’assurant qu’aucun com­pro­mis dou­teux ne ferait l’objet d’un quel­conque débat public ou d’une révolte extra-parlementaire.

L’Empire contre le suc­cès démo­cra­tique grec

Lors des élec­tions par­le­men­taires grecques, pro­ba­ble­ment les plus impor­tantes depuis la seconde guerre mon­diale, les tra­vailleurs grecs ont défié une incroyable cam­pagne média­tique de peur et ont voté mas­si­ve­ment pour le par­ti de gauche, anti-aus­­té­­ri­­té, SYRIZA.

Dès l’instant où Syri­za a reçu un man­dat démo­cra­tique, l’élite de l’UE a sui­vi la route auto­ri­taire typique de tous les monarques impé­riaux. Elle a exi­gé de Syri­za (1) une red­di­tion incon­di­tion­nelle, (2) le main­tien des struc­tures, poli­tiques et pra­tiques du pré­cé­dent régime vas­sal de coa­li­tion (PASOK-Nou­­velle Démo­cra­tie) (3) que Syri­za sus­pende toute réforme sociale, (aug­men­ta­tion du salaire mini­mum, aug­men­ta­tion des dépenses dans le sec­teur des retraites, de la san­té, de l’éducation et de la lutte contre le chô­mage) (4) que SYRIZA se plie aux direc­tives éco­no­miques strictes et à la super­vi­sion déve­lop­pées par la “troï­ka” (la Com­mis­sion Euro­péenne, la Banque Cen­trale Euro­péenne, et le Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal) (5) que SYRIZA conserve l’objectif actuel d’excédent bud­gé­taire pri­maire de 4,5% du PIB en 2015–2017.

Pour ren­for­cer sa stra­té­gie de stran­gu­la­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment, Bruxelles a mena­cé de cou­per brus­que­ment toutes les faci­li­tés de cré­dit pré­sentes et futures, de récla­mer tous les paie­ments de dette, de mettre fin à l’accès aux fonds d’urgence, et de ne pas sou­te­nir les obli­ga­tions ban­caires grecques – les­quelles four­nissent les prêts aux entre­prises locales.

Bruxelles offre à Syri­za la funeste “solu­tion” de com­mettre un sui­cide poli­tique en accep­tant le dik­tat qui lui est impo­sé, s’aliénant ain­si son élec­to­rat. En tra­his­sant son man­dat, Syri­za se confron­te­rait à des mani­fes­ta­tions de colère popu­laire. En reje­tant le dik­tat de Bruxelles et en mobi­li­sant son élec­to­rat, Syri­za pour­rait cher­cher de nou­velles sources de finan­ce­ment, en impo­sant un contrôle des capi­taux et en s’orientant vers une « éco­no­mie d’urgence » radicale.

Bruxelles s’est retran­ché sur ses posi­tions et a fait la sourde oreille aux pre­mières conces­sions de Syri­za, pré­fé­rant inter­pré­ter celles-ci comme une avan­cée vers une capi­tu­la­tion totale, au lieu d’y voir des efforts pour par­ve­nir à un “com­pro­mis”.

Syri­za a déjà aban­don­né ses demandes d’effacement de grandes parts de la dette, en faveur d’une exten­sion de la période de recou­vre­ment de celle-ci. Syri­za a accep­té de conti­nuer à payer ses échéances, du moment qu’elles soient liées au taux de crois­sance éco­no­mique. Syri­za accepte la super­vi­sion de l’UE, tant qu’elle n’est pas menée par la “troï­ka” hon­nie, laquelle a des conno­ta­tions toxiques pour la plu­part des grecs. Mal­gré tout, les chan­ge­ments séman­tiques ne changent pas la sub­stance de la “sou­ve­rai­ne­té limitée”.

Syri­za a déjà accep­té une dépen­dance struc­tu­relle à moyen et long terme dans le but de s’assurer le temps et la marge de manœuvre néces­saires afin de finan­cer ses pro­grammes popu­laires à court terme. Tout ce que Syri­za demande c’est un mini­mum de flexi­bi­li­té fis­cale sous la super­vi­sion de “radi­caux” ayant la qua­li­té de ministre des finances allemand !

Syri­za a tem­po­rai­re­ment sus­pen­du les pri­va­ti­sa­tions en cours de sec­teurs clés de l’infrastructure (infra­struc­tures por­tuaires et aéro­por­tuaires), de l’énergie et des télé­com­mu­ni­ca­tions. Cepen­dant, elle n’y a pas mis fin, ni révi­sé les pri­va­ti­sa­tions pas­sées. Mais pour Bruxelles, la “liqui­da­tion” des lucra­tifs sec­teurs stra­té­giques grecs est une par­tie essen­tielle de son agen­da de “réformes structurelles”.

Les pro­po­si­tions modé­rées de Syri­za et ses efforts pour opé­rer dans le cadre struc­tu­rel de l’UE éta­bli par les pré­cé­dents gou­ver­ne­ments vas­saux ont été reje­tés par l’Allemagne et ses 27 lar­bins de l’UE.

L’affirmation dog­ma­tique de poli­tiques extré­mistes, ultra néo­li­bé­rales de l’UE, y com­pris le déman­tè­le­ment de l’économie natio­nale grecque et le trans­fert des sec­teurs les plus lucra­tifs dans les mains d’investisseurs impé­riaux, est répé­tée dans les pages de tous les prin­ci­paux quo­ti­diens. Le Finan­cial Times, le Wall Street Jour­nal, le New York Times, le Washing­ton Post, le Monde sont des armes de pro­pa­gande de l’extrémisme de l’Union Euro­péenne. Confron­té à l’intransigeance de Bruxelles et face au ‘choix his­to­rique’ de la capi­tu­la­tion ou de la radi­ca­li­sa­tion, Syri­za a essayé de per­sua­der des gou­ver­ne­ments clés. Syri­za a tenu de nom­breuses réunions avec des ministres de l’UE. Le pre­mier ministre Alexis Tsi­pras et le ministre des finances Yanis Varou­fa­kis sont allés à Paris, Londres, Bruxelles, Ber­lin et Rome pour cher­cher un accord de ‘com­pro­mis’. Cela n’a ser­vi à rien. L’élite bruxel­loise mar­te­lait sans relâche :

La dette devra être payée entiè­re­ment et dans les temps.

La Grèce devrait res­treindre ses dépenses pour accu­mu­ler un sur­plus de 4,5% ce qui assu­re­rait les paie­ments aux créan­ciers, aux inves­tis­seurs, spé­cu­la­teurs et kleptocrates.

Le manque de toute flexi­bi­li­té éco­no­mique de l’Union Euro­péenne, comme de toute dis­po­si­tion à accep­ter le moindre com­pro­mis, est une déci­sion poli­tique : humi­lier et détruire la cré­di­bi­li­té de SYRIZA en tant que gou­ver­ne­ment anti-aus­­té­­ri­­té aux yeux de ses sou­tiens natio­naux et de ceux qui seraient sus­cep­tibles de l’imiter à l’étranger, en Espagne, en Ita­lie, au Por­tu­gal ou en Irlande (Economist1/17/15, p. 53).

Conclu­sion

Yánis Varoufá­kis and Aléxis Tsí­pras (Vol­taire)

L’étranglement de Syri­za fait par­tie inté­grante du pro­ces­sus, long de 10 ans, visant à l’assassinat de la Grèce par l’Union Euro­péenne. Une réponse bru­tale à la ten­ta­tive héroïque d’un peuple entier, pro­je­té dans la misère, condam­né à être diri­gé par des conser­va­teurs klep­to­crates et des sociaux-démocrates.

Les empires ne se défont pas de leurs colo­nies par des argu­ments rai­son­nables ni par la faillite de leurs “réformes” régressives.

L’attitude de Bruxelles envers la Grèce est gui­dée par la poli­tique du “diri­ger ou rui­ner”. “Sau­ve­tage” est un euphé­misme pour recy­cler les finan­ce­ments, tra­ver­sant la Grèce et retour­nant aux banques contrô­lées par la zone euro, pen­dant que les tra­vailleurs et sala­riés grecs sont acca­blés par une dette tou­jours plus impor­tante et une domi­na­tion durable. Le “plan de sau­ve­tage” de Bruxelles est un ins­tru­ment de contrôle par des ins­ti­tu­tions impé­riales, qu’elles s’appellent “troï­ka” ou autre.

Bruxelles et l’Allemagne ne veulent pas de membres contes­ta­taires, ils peuvent néan­moins condes­cendre à faire de petites conces­sions afin que le ministre des finances Varou­fa­kis puisse reven­di­quer “une vic­toire par­tielle” – une comé­die gro­tesque ayant pour euphé­misme “ram­pez ! Sinon…”

Le plan de sau­ve­tage sera décrit par Tsi­­pras-Varou­­fa­­kis comme étant “nou­veau” et “dif­fé­rent” des accords pas­sés ou encore comme un repli “tem­po­raire”. Les alle­mands peuvent “accor­der” à la Grèce de réduire son excé­dent de bud­get pri­maire de 4,5 à 3,5% ‘l’an pro­chain’ – mais elle devra tou­jours réduire les fonds des­ti­nés à sti­mu­ler l’économie et “repor­ter” la hausse des retraites, des salaires minimums…

Les pri­va­ti­sa­tions et autres réformes régres­sives ne s’arrêteront pas, elles seront “rené­go­ciées”. L’état ne gar­de­ra qu’une “part” minoritaire.

On deman­de­ra aux plou­to­crates de payer quelques taxes sup­plé­men­taires mais pas les mil­liards d’euros d’impôts non payés au cours des der­nières décennies.

De même les klep­to­crates du Pasok- Nou­velle Démo­cra­tie ne seront pas pour­sui­vis en jus­tice pour pillage et vol.

Les com­pro­mis de SYRIZA démontrent que la défi­ni­tion déli­rante don­née par la droite (the Eco­no­mist, Finan­cial Times Times, NY Times, etc.) de Syri­za comme appar­te­nant à la “gauche dure”, ou ultra-gauche n’est nul­le­ment fon­dée sur la réa­li­té. Car “l’espoir pour l’avenir” de l’électorat grec pour­rait à pré­sent virer à la colère. Seule une pres­sion popu­laire peut inver­ser l’apparente capi­tu­la­tion de Syri­za, et les infor­tu­nés com­pro­mis du ministre des finances Varou­fa­kis. Comme celui-ci manque de sou­tien dans son par­ti, Tsi­pras peut faci­le­ment le démettre pour avoir signé un “arran­ge­ment” qui sacri­fie les inté­rêts fon­da­men­taux du peuple.

Cepen­dant, si, dans les faits, le dog­ma­tisme de l’Union Euro­péenne et son intran­si­geance excluent même les accords les plus favo­rables, Tsi­pras et Syri­za (contre leur volon­té) pour­raient être for­cés de quit­ter l’Empire de l’Euro et faire face au défi de bâtir une poli­tique et une éco­no­mie vrai­ment nou­velles et radi­cales, en tant qu’état libre et indépendant.

Une sor­tie réus­sie de la Grèce de l’empire ger­­ma­­no-bruxel­­lois entraî­ne­rait pro­ba­ble­ment la dis­so­lu­tion de l’UE, car d’autres états vas­saux se rebel­le­raient et sui­vraient l’exemple grec. Ils renie­raient non seule­ment l’austérité mais aus­si leurs dettes exté­rieures et le paie­ment éter­nel des inté­rêts. L’empire finan­cier tout entier – le pré­ten­du sys­tème finan­cier mon­dial pour­rait être ébran­lé… La Grèce pour­rait rede­ve­nir le “ber­ceau de la démocratie”.

Post-scrip­­tum : Il y a trente ans, je fus un par­ti­ci­pant actif et un conseiller pen­dant trois ans (de 1981 à 1984), du pre­mier ministre Papan­dréou. Tout comme Tsi­pras, il a com­men­cé avec des pro­messes de chan­ge­ment radi­cal et a fini par capi­tu­ler devant Bruxelles et l’OTAN, se ran­geant aux côtés des oli­garques et des klep­to­crates au nom de “com­pro­mis prag­ma­tiques”. Espé­rons que face à une révolte de masse, le pre­mier ministre Alexis Tsi­pras et Syri­za pren­dront un tout autre che­min. L’Histoire n’est pas obli­gée de se répé­ter comme une tra­gé­die ou une farce.

[1] Le compte-ren­­du du régime d’Andreas Papan­dreou s’appuie sur mon expé­rience per­son­nelle, des inter­views et des obser­va­tions et sur mon article (écrit en col­lec­tif) “Socia­lisme grec : L’état patri­mo­nial revi­si­té” paru dans Para­doxes médi­ter­ra­néens : la struc­ture poli­tique et sociale de l’Europe du Sud, James Kurth et James Petras (Oxford : presse de Berg 1993/ pp. 160–224)

Source : James Petras, My Cat­bird Seat, le 22/02/2015

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.

Source : les​-crises​.fr

Mon com­men­taire (l’an­tienne d’Étienne) :

• Les banques ont une consti­tu­tion, et donc les banques ont des repré­sen­tants poli­tiques (qui leur aban­donnent pre­miè­re­ment le contrôle de la créa­tion moné­taire), PARCE QU’ELLES s’oc­cupent d’é­crire elles-mêmes la Consti­tu­tion (comme elles le font à tra­vers les trai­tés européens).

• Les élec­teurs n’ont PAS de consti­tu­tion, et donc les élec­teurs n’ont PAS de repré­sen­tants poli­tiques (qui pour­raient leur garan­tir le contrôle citoyen de la créa­tion moné­taire), PARCE QU’ILS ne s’oc­cupent PAS d’é­crire eux-mêmes la Consti­tu­tion (comme ils devraient le faire avec des mil­liers de mini-ate­­liers consti­tuants popu­laires contagieux).

C’est une forme (ter­rible) de sélec­tion naturelle :
si on veut une Consti­tu­tion (digne de ce nom), et donc une mon­naie publique au ser­vice du peuple, il fau­dra écrire NOUS-MÊMES cette Constitution.

Et pour l’é­crire nous-mêmes, il ne suf­fit PAS d’a­voir com­pris cette idée : il faut s’y entraî­ner, VRAIMENT, quo­ti­dien­ne­ment. Ne lais­sez plus pas­ser une jour­née sans avoir rédi­gé vous-mêmes quelques mots de consti­tu­tion. C’est vous qui devez impul­ser vous-même votre propre muta­tion en citoyen consti­tuant. Per­sonne ne le fera à votre place, et c’est votre muta­tion qui va tout chan­ger. Un citoyen est consti­tuant, forcément.

Faites pas­ser
(aux Grecs aus­si, si vous pouvez).

Bon cou­rage à tous.
Étienne.

(Mer­ci à Oli­vier Berruyer​. Sacré résis­tant ; esprit libre et cou­ra­geux. Un type bien.)

Argent, dette et Music-Hall : rendez-vous vendredi soir, au théâtre du Lucernaire (Paris)

Je vous pro­pose de nous retrou­ver au théâtre cette fois, au Lucer­naire à Paris, le ven­dre­di 27 mars à 21h30, où nous échan­ge­rons, après le spec­tacle, à pro­pos d’argent, de dette et de créa­tion monétaire :

http://​www​.lucer​naire​.fr/​b​e​t​a​1​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​o​p​t​i​o​n​=​c​o​m​_​c​o​n​t​e​n​t​&​t​a​s​k​=​v​i​e​w​&​i​d​=​1​8​3​6​&​I​t​e​m​i​d​=​5​6​#​.​V​R​M​2​K​4​4​Q​ZMc

Il faut réser­ver, je crois.

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Voi­ci une bonne cri­tique, sur Reg’Arts, qui donne bien envie d’al­ler voir :


http://​www​.regarts​.org/​S​p​e​c​t​_​m​u​s​i​c​/​a​r​g​e​n​t​–​d​e​t​t​e​–​e​t​–​m​u​s​i​c​h​a​l​l​.​htm

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Ces temps-ci, je parle à nou­veau prin­ci­pa­le­ment de la créa­tion moné­taire affran­chie des ban­quiers comme d’un objec­tif cen­tral et déci­sif pour l’é­man­ci­pa­tion des peuples contre le sys­tème de domi­na­tion usuraire.

Hâte de vous y retrouver.

Je pro­fite de ce billet pour vous remer­cier tous : vos innom­brables marques de confiance et vos encou­ra­ge­ments (en public et en pri­vé), tous les jours, me donnent bien de la force et du cou­rage. Heu­reu­se­ment que je vous ai :o)

Sacrée tranche de vie, vrai­ment. Merci.

Étienne.

Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique

Dimanche pro­chain (22 mars 2015), sur Arte, nous pour­rons voir un docu­ment pré­pa­ré par Flore Vas­seur (une chic fille, cou­ra­geuse), qui nous pré­sente un homme épa­tant, Lar­ry Les­sig.

Voi­ci la pré­sen­ta­tion qu’en fait Flore :

« Ce dimanche à 12h55, Arte dif­fuse mon film de 26 minutes sur Lar­ry Les­sig, le pro­fes­seur de Har­vard qui est entré en rébel­lion contre l’in­fluence de l’argent en poli­tique. Grâce à la Revue XXI qui m’a­vait deman­dé un repor­tage, j’a­vais pu mieux com­prendre le tra­vail de cet homme. 

Voi­ci le film de Flore qui a été dif­fu­sé sur Arte : 

httpv://www.youtube.com/watch?v=C8dPFUpmc2Y

Ce film est le pre­mier épi­sode d’une série en créa­tion ori­gi­nale appe­lée TED­Sto­ries, née d’un par­te­na­riat entre les confé­rences TED et Arte. Le concept ? Repé­rer une idée forte dévoi­lée à TED. Par­tir à la ren­contre de la per­sonne qui la porte, où qu’elle soit, pour docu­men­ter l’im­pact concret. À tra­vers le por­trait de cette idée, une solu­tion locale à un pro­blème uni­ver­sel, révé­ler le des­tin d’une per­sonne qui a déci­dé de se mettre en marche. Je veux lier la vie d’une idée à celle de son por­teur, mêler his­toire per­son­nelle et solu­tion pour le monde. Mon intui­tion de départ ? Les idées pour « chan­ger le monde » sont par­tout. Mais les ques­tions, mes pré­fé­rées, demeurent : pour­quoi un jour y croit-on suf­fi­sam­ment pour pas­ser à l’ac­tion ? Qu’est-ce qu’on trouve sur ce che­min et qu’est-ce qu’il en coûte ?

La créa­tion de cette série a été pas­sion­nante et dif­fi­cile. Un an de joie, d’a­ven­ture, de désar­roi aus­si. De bataille. Je ne m’en serais jamais sor­tie sans quelques bonnes fées aux cœurs et talents XXI et notam­ment Héloise Condroyer, Nico­las Gaume et Bru­no Giussani.

Un second épi­sode est en cours de mon­tage sur un tout autre sujet mais dores et déjà, j’adorerais savoir ce que vous avez pen­sé de ce pre­mier épi­sode. Si cela vous tente de par­ta­ger avec moi votre res­sen­ti, dites-le moi et j’essaierai d’organiser une ren­contre tous ensemble, près de vous.

En espé­rant que cela vous inté­res­se­ra et que tout va bien pour vous, 
À bien­tôt
Flore »

• FB de FV : https://​www​.face​book​.com/​f​l​o​r​e​.​v​a​s​s​e​u​r.1
• Blog de FV : http://​blog​.flo​re​vas​seur​.com

Voi­ci les liens vers
• la NH Rebel­lion, ses marches de mobi­li­sa­tion dans le New Hamp­shire : http://​www​.nhre​bel​lion​.org/
• et vers May­Day : https://​may​day​.us/

Pour mémoire, cette vidéo est vrai­ment bien : 

J’ai hâte de voir le docu­men­taire de Flore (je le ver­rai en dif­fé­ré car je serai encore à Athènes dimanche).

Faites connaître autour de vous cette pro­gram­ma­tion : c’est un sujet cen­tral pour nous tous. 

On en repar­le­ra après ?

Étienne.

Le gouvernement grec devrait reprendre, d’autorité et d’urgence, le droit de créer lui-même la monnaie dont son peuple a besoin.

Je lis les nou­velles de « la Grèce au bord de l’ef­fon­dre­ment finan­cier », et cette « infor­ma­tion » m’ins­pire ce commentaire : 

Le gou­ver­ne­ment grec devrait reprendre, d’au­to­ri­té et d’ur­gence, le droit de créer lui-même la mon­naie dont son peuple a besoin.

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Un État digne de ce nom NE PEUT PAS être endet­té (et encore moins être en faillite).

Un État digne de ce nom n’emprunte pas l’argent dont sa popu­la­tion a besoin : il la crée, lors de ses dépenses.

(Et il détruit la mon­naie qu’il voit reve­nir via les impôts, qui sont ses recettes.)

Chaque citoyen avi­sé devrait connaître la piste éman­ci­pante du « Char­ta­lisme ».

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L’a­ban­don de la créa­tion moné­taire aux banques pri­vées est à la fois une tra­hi­son (par nos pré­ten­dus « repré­sen­tants ») et une catas­trophe poli­tique durable : un sabo­tage de la sou­ve­rai­ne­té populaire.

Mais ce n’est pas du tout une fata­li­té : une fois au pou­voir, il suf­fi­rait d’une volon­té poli­tique réelle pour s’é­man­ci­per des mar­chés finan­ciers. Créa­teurs moné­taires, nous n’au­rions plus besoin de l’argent des riches.

Le gou­ver­ne­ment grec devrait fuir les griffes de ses bourreaux.
La dépen­dance des puis­sances publiques envers les mar­chés finan­ciers est une construc­tion poli­tique (contraire à l’in­té­rêt géné­ral), pas une loi immuable.

Ce que les ban­quiers font aux Grecs est un labo­ra­toire (anti­so­cial), et nous devrions tous nous sen­tir concer­nés et mena­cés : comme en bien d’autres matières, nous n’a­vons pas de pro­blèmes tech­niques (nous avons bien des solu­tions), nous avons UN pro­blème poli­tique : nous n’a­vons pas de repré­sen­tants. Nous devrions réflé­chir dès aujourd’­hui, avant que les ban­quiers nous assas­sinent à notre tour, aux alter­na­tives moné­taires capables de nous éman­ci­per des ultra-riches.

Je ne com­prends pas pour­quoi les Grecs res­tent dans l’eu­ro et dans l’UE.
De la part de gens qui disent défendre le peuple, c’est incompréhensible.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​2​3​1​2​6​3​5​8​2​317

[Édit :
Sur une ques­tion (face­book) rela­tive à la dif­fi­cul­té liée au contexte inter­na­tio­nal qui impose leur valeur aux mon­naies, j’ai répon­du ceci : ]

1) La dépen­dance de la valeur d’une mon­naie envers les spé­cu­la­teurs (natio­naux et inter­na­tio­naux) n’est pos­sible QUE SI l’É­tat laisse ache­ter et vendre sa mon­naie comme une vul­gaire marchandise.

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Mais un État digne de ce nom peut très bien l’interdire !
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2) En dehors de la spé­cu­la­tion, la valeur de la mon­naie dépend des équi­libres (ou des dés­équi­libres) de la balance des paie­ments : IL FAUT ABSOLUMENT ÉQUILIBRER TOUTES LES BALANCES COMMERCIALES pour cal­mer la folie des monnaies. 

Il faut ain­si péna­li­ser (très lour­de­ment) les pré­da­teurs que sont les expor­ta­teurs nets (en taxant de taux confis­ca­toires toutes leurs expor­ta­tions excédentaires).

Voir le pro­jet mon­dial (tout à fait essen­tiel et à connaître abso­lu­ment) de la CHARTE DE LA HAVANE (1948) :
http://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​C​h​a​r​t​e​_​d​e​_​L​a​_​H​a​v​ane

3) Faute d’ac­cord inter­na­tio­nal de ce type, si la Grèce n’ar­rive pas à équi­li­brer ses échanges com­mer­ciaux (comme ce sera pro­ba­ble­ment le cas), elle devra de temps en temps DÉVALUER. 

ET CE QUI N’EST PAS UN DRAME (sauf pour les riches qui cessent alors, pour quelque temps, de s’en­ri­chir sans tra­vailler), tout le monde déva­lue de temps en temps, depuis toujours.

En empê­chant les États de déva­luer leur mon­naie, l’eu­ro condamne tous les pays à pro­cé­der aux ajus­te­ments inter­na­tio­naux en bais­sant les SALAIRES (tou­jours le même enjeu cen­tral de la lutte des classes que sont nos salaires ; tou­jours l’in­cre­vable cupi­di­té des ultra-riches), ce qui est une félonie !

IL FAUT SORTIR DE L’EURO ET DE L’UE.

Rap­pel 1 : pour­quoi il ne faut sur­tout pas rem­bour­ser la dette publique :

httpv://youtu.be/xszWsFEehQg

Rap­pel 2 : l’ex­cellent docu­men­taire com­men­té sur la « crise » grecque, « Dédale, un fil vers la démo­cra­tie », peut se voir sur Preuves-par-image (et il est conseillé de télé­char­ger avant qu’il ne soit retiré) :

http://​preuves​-par​-images​.fr/​#​/​d​e​d​a​l​e​–​u​n​–​f​i​l​–​v​e​r​s​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie