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« Manger les riches » – Entretien Kall Reco avec Etienne Chouard

« Manger les riches » – Entretien Kall Reco avec Etienne Chouard

Bon­jour à tous. Un jeune homme est pas­sé cet hiver à la mai­son pour un entre­tien un peu par­ti­cu­lier : pas d’i­mage, rien que du son, un beau son. Cet entre­tien en pod­cast est ori­gi­nal, je vous le recom­mande. Pen­dant la der­nière demi-heure, notam­ment, je décris les grandes lignes d’un monde ren­du meilleur grâce à une consti­tu­tion d’o­ri­gine citoyenne. Vous me direz ? Étienne. https://​you​tu​.be/​A​n​h​r​N​X​V​g​z5s

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LIBÉREZ L’INFO #14 avec Étienne Chouard – 11 mai 2023 – Comment sortir de notre impuissance, politique et économique (et d’abord monétaire)

LIBÉREZ L’INFO #14 avec Étienne Chouard – 11 mai 2023 – Comment sortir de notre impuissance, politique et économique (et d’abord monétaire)

Les livres que j’ai évo­qués : • Petite his­toire de l’ex­pé­ri­men­ta­tion démo­cra­tique, Yves Sin­to­mer • La socié­té ingou­ver­nable, Gré­goire Cha­mayou • Le mythe du défi­cit, Sté­pha­nie Kel­ton • Antho­ny Fau­ci, Bill Gates, Big phar­ma, leur guerre mon­diale contre la démo­cra­tie et la san­té publique, Robert F. Ken­ne­dy • Vac­ci­na­tions, les véri­tés indé­si­rables, Michel Geor­get • Les vac­cins à l’ère de la Covid-19, Dr Michel de Lor­ge­ril • Covid-19, ce que révèlent les chiffres offi­ciels, Pierre Chaillot • Aux…

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Ils ne nous le donneront jamais : obtenons-en la preuve avec cette pétition officielle pour le RIC Constituant

Ils ne nous le donneront jamais : obtenons-en la preuve avec cette pétition officielle pour le RIC Constituant

Chers amis, Je vous invite à lire et à sou­te­nir l’ar­gu­men­taire de Raul Magni-Ber­ton, du col­lec­tif Espoir RIC, qui nous sug­gère de signer une péti­tion offi­cielle pour le RIC consti­tuant sur la pla­te­forme de l’As­sem­blée natio­nale à ce lien. Je suis convain­cu que les élus ne nous don­ne­ront jamais le pou­voir consti­tuant, à moins d’y être contraints. Cette péti­tion offi­cielle peut appli­quer une pres­sion sup­plé­men­taire, et sur­tout mettre en lumière leur répu­gnance à don­ner un vrai pou­voir de…

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For­mat grille – For­mat articles complets

LA CONSTITUTION PEUT-ELLE ÊTRE MODIFIÉE [PENDANT UN « ÉTAT D’URGENCE »] ? Révision sans référendum = Haute Trahison.

Voi­ci quelques idées pour ali­men­ter vos pro­chains ate­liers consti­tuants, au cha­pitre (impor­tant) de la révision.

Comme vous ne le savez peut-être pas (car les « élus » pré­parent ce mau­vais coup en cati­mi­ni, en tapi­nois comme aurait dit Guille­min, pen­dant les fêtes), le Gou­ver­ne­ment et le-Par­­le­­ment-réuni-en-Congrès sont en train de manœu­vrer pour modi­fier eux-mêmes la Consti­tu­tion, une fois de plus, et comme d’ha­bi­tude sans consul­ter le Peuple (qu’ils « repré­sentent » comme un tuteur repré­sente un inca­pable). Une félo­nie de plus, donc.

[ L’avis du Conseil d’État sur la révi­sion de la Consti­tu­tion : pru­dence et embar­ras : http://​libertes​.blog​.lemonde​.fr/​2​0​1​5​/​1​2​/​1​7​/​l​a​v​i​s​–​d​u​–​c​o​n​s​e​i​l​–​d​e​t​a​t​–​s​u​r​–​l​a​–​r​e​v​i​s​i​o​n​–​d​e​–​l​a​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​–​p​r​u​d​e​n​c​e​–​e​t​–​e​m​b​a​r​r​as/ ]

Comme vous le savez si vous pas­sez un peu par ici, tous ces pro­fes­sion­nels de la poli­tique, tous ces hommes de pou­voir, sont très pro­fon­dé­ment illé­gi­times, par construc­tion, par défi­ni­tion, pour tou­cher à la Consti­tu­tion, texte supé­rieur à eux, texte qu’ils devraient craindre et sur­tout pas maî­tri­ser. NOTRE PROBLÈME N’EST PAS JURIDIQUE, MAIS POLITIQUE : si les pro­fes­sion­nels de la poli­tique peuvent juri­di­que­ment rédi­ger et cor­ri­ger « la consti­tu­tion », c’est parce que ce texte supé­rieur qui devrait nous pro­té­ger, et qui pré­tend être une « consti­tu­tion », n’est PAS une consti­tu­tion digne de ce nom : c’est une anti-consti­­tu­­tion, un leurre, une pri­son pour le peuple au lieu d’être une protection.

En l’oc­cur­rence, l’in­di­gni­té des « repré­sen­tants » est plus nette que jamais : après avoir décla­ré « l’é­tat d’ur­gence », qui met en veilleuse toutes sortes de liber­tés et de pro­tec­tions juri­diques contre les abus de pou­voir, le gou­ver­ne­ment ne devrait PARTICULIÈREMENT PAS modi­fier la Consti­tu­tion. Quand un corps social est ter­ro­ri­sé, il est en quelque sorte sans défense, comme l’a bien ana­ly­sé Nao­mi Klein dans « la stra­té­gie du choc ». Il est donc par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux, pour une socié­té civile dans cet état de sidé­ra­tion, que l’exé­cu­tif entre­prenne une révi­sion consti­tu­tion­nelle à ce moment-là. Les pré­ten­dus « états d’ur­gence » sont l’oc­ca­sion des pires traî­trises et des pires coups de force. Une consti­tu­tion digne de ce nom devrait ins­ti­tuer un pou­voir supé­rieur char­gé de contrô­ler cet abus de pou­voir et de l’empêcher.

Je pense que l’ar­ticle ci-des­­sous, de Domi­nique Rous­seau, peut ali­men­ter votre réflexion consti­tuante ain­si que vos ateliers :

LA CONSTITUTION PEUT-ELLE ÊTRE MODIFIÉE ?

La révi­sion de la Consti­tu­tion sous la Vème Répu­blique

Auteur : Domi­nique ROUSSEAU

http://​www​.conseil​-consti​tu​tion​nel​.fr/​c​o​n​s​e​i​l​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​n​e​l​/​f​r​a​n​c​a​i​s​/​l​a​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​/​l​a​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​–​d​e​–​1​9​5​8​–​e​n​–​2​0​–​q​u​e​s​t​i​o​n​s​/​l​a​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​–​e​n​–​2​0​–​q​u​e​s​t​i​o​n​s​–​q​u​e​s​t​i​o​n​–​n​–​2​0​.​2​5​8​1​1​.​h​tml

Après qua­rante ans, la Consti­tu­tion de 1958 se reconnaît-elle ?

En 1958, le Par­le­ment se réunis­sait en deux ses­sions ordi­naires de trois mois par an ; aujourd’­hui il se réunit en une ses­sion unique conti­nue de neuf mois. En 1958, le pré­sident était élu pour sept ans par un col­lège de 80 000 grands élec­teurs ; aujourd’­hui, il est direc­te­ment élu par le peuple pour cinq ans. En 1958, le réfé­ren­dum était limi­té, inté­res­sant sur­tout la vie de l’É­tat ; aujourd’­hui, il est éten­du aux ques­tions de poli­tique éco­no­mique et sociale et aux ser­vices publics qui y concourent. En 1958, le Par­le­ment n’a­vait pas com­pé­tence sur le bud­get social ; aujourd’­hui, il l’a. En 1958, le Conseil consti­tu­tion­nel était une ins­ti­tu­tion à l’ac­cès limi­té et à la com­pé­tence réduite à l’exa­men du res­pect des domaines res­pec­tifs du Par­le­ment et du gou­ver­ne­ment ; aujourd’­hui, son accès est ouvert aux jus­ti­ciables, son contrôle est a prio­ri et a pos­te­rio­ri et son pou­voir est éten­du au contrôle du res­pect des droits fon­da­men­taux. En 1958, l’Eu­rope était absente de la Consti­tu­tion ; aujourd’­hui, elle dis­pose pour elle toute seule d’un long titre VI. En 1958, la Répu­blique était jaco­bine ; aujourd’­hui, elle est décen­tra­li­sée. Vingt-quatre révi­sions en cin­quante ans d’exis­tence ! Si la France vit depuis 1958 avec la même Consti­tu­tion – ce qui repré­sente, au regard de son his­toire, un petit exploit – cette Consti­tu­tion n’est plus aujourd’­hui ce qu’elle était en 1958 !

Rien d’a­nor­mal à cela. Toute Consti­tu­tion pré­voit tou­jours que ses dis­po­si­tions peuvent être modi­fiées, com­plé­tées ou sup­pri­mées. Aus­si fiers soient-ils de leur œuvre, les consti­tuants res­tent assez sages pour savoir que leur tra­vail n’est jamais par­fait, que l’u­sage du texte peut faire appa­raître des dif­fi­cul­tés inédites ou impré­vi­sibles au moment de sa concep­tion, ou encore que la marche du temps et l’é­vo­lu­tion de la socié­té peuvent sus­ci­ter de nou­velles exi­gences consti­tu­tion­nelles. Cette sagesse, au demeu­rant, se nour­rit d’une phi­lo­so­phie poli­tique, celle qui fait de la nation sou­ve­raine l’o­ri­gine de tout et qui pos­tule, en consé­quence, sa totale et per­ma­nente liber­té : la nation n’est pas faite par la Consti­tu­tion, c’est elle qui fait la Consti­tu­tion et reste constam­ment maître de son conte­nu. SIEYÈS, dans Qu’est-ce que le Tiers État ?, l’af­firme sans détour : « il serait ridi­cule de sup­po­ser la nation liée elle-même par la Consti­tu­tion à laquelle elle a assu­jet­ti ses man­da­taires. Non seule­ment la nation n’est pas sou­mise à une Consti­tu­tion, mais elle ne peut pas l’être, mais elle ne doit pas l’être, ce qui équi­vaut encore à dire qu’elle ne l’est pas ». Et, dans son article 28, la mythique Consti­tu­tion du 24 juin 1793 tra­duit cette phi­lo­so­phie en un prin­cipe clair : « un peuple a tou­jours le droit de revoir, de réfor­mer et de chan­ger sa Consti­tu­tion. Une géné­ra­tion ne peut assu­jet­tir à ses lois les géné­ra­tions futures ».

Cette totale liber­té consti­tuante du peuple, par­fai­te­ment com­pré­hen­sible dans son prin­cipe démo­cra­tique, ren­contre cepen­dant sur son che­min d’autres exi­gences, éga­le­ment démo­cra­tiques [ÉC : Hum… /ÉC], qui jus­ti­fient une codi­fi­ca­tion du pou­voir de révi­sion. Une Consti­tu­tion, en effet, n’est pas un texte ordi­naire ; c’est la Loi des lois, l’acte solen­nel par lequel une socié­té [ÉC : QUI, au sein de la socié­té ? Soyons pré­cis. /ÉC] déclare les prin­cipes qui la fondent, qui la ras­semblent et qui l’or­ga­nisent. Ce texte-là ne peut être chan­gé aus­si faci­le­ment qu’une loi ordi­naire ; il faut une pro­cé­dure par­ti­cu­lière, plus solen­nelle, plus exi­geante [ÉC : exi­geante sur­tout pour évi­ter à tout prix les éven­tuels conflits d’in­té­rêts des consti­tuants, effec­ti­ve­ment. /ÉC], qui cor­res­ponde à la qua­li­té de l’acte à modi­fier ; il faut dis­tin­guer le pou­voir de faire les lois du pou­voir de révi­ser la Loi. Comme la plu­part des Consti­tu­tions, celle de 1958 opère cette dis­tinc­tion en réser­vant un titre spé­cial à la révi­sion consti­tu­tion­nelle – le titre XVI – et un article unique – l’ar­ticle 89.

Ces dis­po­si­tions par­ti­cu­lières règlent quatre questions :

- L’i­ni­tia­tive de la révi­sion. Elle appar­tient « concur­rem­ment au Pré­sident de la Répu­blique sur pro­po­si­tion du Pre­mier ministre et aux membres du Par­le­ment ». Ini­tia­tive par­ta­gée donc entre les par­le­men­taires et l’exé­cu­tif [ÉC : notez le pre­mier scan­dale qui consiste ici à pri­ver le peuple de toute ini­tia­tive consti­tuante. Et pensez‑y bien quand vous condui­rez vos propres ate­liers consti­tuants. /ÉC], mais sur­tout au sein même de l’exé­cu­tif : ni le Pré­sident ni le Pre­mier ministre ne peuvent enga­ger seul une pro­cé­dure de révi­sion ; le Pré­sident doit attendre – ou sol­li­ci­ter – la pro­po­si­tion du Pre­mier ministre, et, en retour, le Pre­mier ministre doit attendre – ou pro­vo­quer – la réponse du Pré­sident à sa pro­po­si­tion. Quand l’i­ni­tia­tive de la révi­sion vient de l’exé­cu­tif, l’ac­cord du Pré­sident et du Pre­mier ministre est ain­si néces­saire ; exi­gence rela­ti­ve­ment facile à satis­faire si l’un et l’autre appar­tiennent à la même famille poli­tique, beau­coup moins dans l’hy­po­thèse d’une coha­bi­ta­tion au som­met de l’État.

- L’a­dop­tion du pro­jet ou de la pro­po­si­tion. Qu’il vienne de l’exé­cu­tif — pro­jet — ou des par­le­men­taires — pro­po­si­tion — le texte doit être voté par cha­cune des deux assem­blées « en termes iden­tiques ». La pré­ci­sion est impor­tante. À la dif­fé­rence de la pro­cé­dure légis­la­tive ordi­naire où le Pre­mier ministre peut, en cas de désac­cord per­sis­tant entre les deux chambres, pro­vo­quer la réunion d’une com­mis­sion mixte pari­taire pour ten­ter d’a­bou­tir à un texte com­mun – et même deman­der à l’As­sem­blée natio­nale de sta­tuer défi­ni­ti­ve­ment — la pro­cé­dure de révi­sion ne pré­voit aucun moyen de for­cer l’ac­cord entre dépu­tés et séna­teurs. Ici, les deux assem­blées ont un égal pou­voir [ÉC : mais le peuple n’en a AUCUN, comme d’ha­bi­tude quand ce sont des « élus » qui sont consti­tuants. Pen­sez bien à ins­ti­tuer dif­fé­rents droits de veto popu­laires quand vous condui­rez vos propres ate­liers consti­tuants. /ÉC]; en main­te­nant sa rédac­tion, en refu­sant de prendre en compte les modi­fi­ca­tions de l’autre, cha­cune peut faire durer les débats indé­fi­ni­ment et, de fait, blo­quer la révi­sion. Plu­sieurs pro­jets ont ain­si échoué à ce stade, par obs­truc­tion du Sénat : l’ex­ten­sion du champ du réfé­ren­dum (1984), le droit pour les jus­ti­ciables de sou­le­ver devant les juri­dic­tions ordi­naires la ques­tion d’in­cons­ti­tu­tion­na­li­té (1990, 1993)…

- La rati­fi­ca­tion. Deux situa­tions doivent être dis­tin­guées : ou les par­le­men­taires sont à l’o­ri­gine de la révi­sion, et la rati­fi­ca­tion se fait obli­ga­toi­re­ment par réfé­ren­dum ; ou l’exé­cu­tif est à l’o­ri­gine, et le Pré­sident de la Répu­blique a le choix entre la rati­fi­ca­tion par réfé­ren­dum ou la rati­fi­ca­tion par le Congrès [ÉC : sans réfé­ren­dum, ce qui un scan­dale sans nom. /ÉC]. Le Congrès est la réunion, dans une même salle et au châ­teau de Ver­sailles, des dépu­tés et des séna­teurs qui doivent voter le pro­jet à la majo­ri­té des trois cin­quièmes des suf­frages expri­més pour qu’il soit rati­fié. La rai­son de cette dif­fé­rence de trai­te­ment entre pro­jet et pro­po­si­tion est, évi­dem­ment, poli­tique : le géné­ral de Gaulle crai­gnait que les ini­tia­tives par­le­men­taires de révi­sion aient pour objet de détruire son œuvre ; aus­si, connais­sant la très grande réserve des dépu­tés et séna­teurs à l’é­gard de la pra­tique réfé­ren­daire, il espé­rait limi­ter leurs « envies » de révi­sion en les sou­met­tant obli­ga­toi­re­ment au réfé­ren­dum. Il n’a­vait pas tort.

- Les limites de la révi­sion. Elles peuvent être clas­sées en deux caté­go­ries prin­ci­pales. D’a­bord, les limites jus­ti­fiées par les cir­cons­tances ; pour évi­ter que les révi­sions se fassent sous la pres­sion de l’oc­cu­pant ou d’un conflit, il est inter­dit d’en­ga­ger ou de pour­suivre une pro­cé­dure de révi­sion « lors­qu’il est por­té atteinte à l’in­té­gri­té du ter­ri­toire » ; pour évi­ter aus­si qu’un Pré­sident « inté­ri­maire » ne pro­fite de la situa­tion, l’u­sage de l’ar­ticle 89 est inter­dit « durant la vacance de la Pré­si­dence de la Répu­blique » ; pour évi­ter encore qu’un Pré­sident en exer­cice ne sai­sisse l’oc­ca­sion d’une crise excep­tion­nelle, il lui est inter­dit – par la déci­sion du Conseil consti­tu­tion­nel du 2 sep­tembre 1992 – de chan­ger la Consti­tu­tion lors­qu’il fait appli­ca­tion des pou­voirs de l’ar­ticle 16. Ensuite, des limites por­tant sur le conte­nu : « la forme répu­bli­caine du gou­ver­ne­ment, pré­cise le der­nier ali­néa de l’ar­ticle 89, ne peut faire l’ob­jet d’une révi­sion ». Si l’o­bli­ga­tion de res­pec­ter la « forme répu­bli­caine » signi­fie l’in­ter­dic­tion de réta­blir la monar­chie ou l’empire, la limite impo­sée au pou­voir de révi­sion est faible car le risque d’un tel réta­blis­se­ment est lui-même faible ; si, en revanche, l’ex­pres­sion signi­fie obli­ga­tion de res­pec­ter les valeurs et prin­cipes qui donnent à un régime sa « forme répu­bli­caine » – par exemple, la laï­ci­té, le ser­vice public, l’é­ga­li­té, la fra­ter­ni­té,… – la liber­té du pou­voir consti­tuant se trou­ve­rait for­te­ment réduite.

Si, dans sa déci­sion du 2 sep­tembre 1992, le Conseil consti­tu­tion­nel a rap­pe­lé l’en­semble de ces limites, il a décla­ré, dans sa déci­sion du 26 mars 2003, qu’il « ne tenait d’au­cune dis­po­si­tion de la Consti­tu­tion le pou­voir de sta­tuer sur une révi­sion de la Consti­tu­tion ». En l’es­pèce, il lui était deman­dé de décla­rer contraire à la forme répu­bli­caine du gou­ver­ne­ment la révi­sion posant que « l’or­ga­ni­sa­tion de la Répu­blique est décen­tra­li­sée ». Les limites à l’exer­cice du pou­voir de révi­sion sont posées mais le contrôle de leur res­pect n’est pas assu­ré. À tout le moins, est-il pos­sible de consi­dé­rer que le Conseil veille­rait au res­pect des limites posées aux articles 7, 16 et 89–4 de la Consti­tu­tion, pour le conte­nu des révi­sions, il retient son contrôle.

Au demeu­rant, l’ar­ticle 89 n’in­ter­di­sant pas une révi­sion des limites qu’il pose, le pou­voir consti­tuant pour­rait par­fai­te­ment les sup­pri­mer et retrou­ver ain­si une totale liber­té de déci­sion, y com­pris pour modi­fier la forme répu­bli­caine du gouvernement…

Et l’ar­ticle 11 ? Une révi­sion de la Consti­tu­tion est-elle pos­sible par le moyen de l’ar­ticle 11 ? En 1958, cha­cun s’ac­cor­dait pour consi­dé­rer que la Consti­tu­tion défi­nis­sait une seule pro­cé­dure de révi­sion, celle pré­vue à l’ar­ticle 89. Mais, en 1962, l’u­ti­li­sa­tion par le géné­ral de Gaulle de l’ar­ticle 11 pour modi­fier le mode d’é­lec­tion du Pré­sident de la Répu­blique oblige à reprendre la lec­ture de cet article, et en par­ti­cu­lier de la dis­po­si­tion pré­voyant que peut être sou­mis au réfé­ren­dum « tout pro­jet de loi por­tant sur l’or­ga­ni­sa­tion des pou­voirs publics ». Or, juri­di­que­ment, il est clair qu’un des objets prin­ci­paux d’une Consti­tu­tion est d’or­ga­ni­ser les pou­voirs publics ; la pre­mière loi consti­tu­tion­nelle de la IIIe Répu­blique est, d’ailleurs, inti­tu­lée « loi rela­tive à l’or­ga­ni­sa­tion des pou­voirs publics ». La pos­si­bi­li­té d’une révi­sion par le moyen de l’ar­ticle 11 est donc consti­tu­tion­nel­le­ment défen­dable. Pour­tant, ce sont sur­tout des consi­dé­ra­tions poli­tiques qui ont été avan­cées pour jus­ti­fier l’u­sage de l’ar­ticle 11. La pro­cé­dure qu’il ins­ti­tue pro­cure, en effet, deux « avan­tages » – qui peuvent être lus aus­si comme deux « inconvénients » :

- La mise hors jeu du Par­le­ment. Avec l’ar­ticle 11, le pro­jet de révi­sion, pré­sen­té par le Pré­sident de la Répu­blique sur pro­po­si­tion du Pre­mier ministre, est direc­te­ment sou­mis au vote du peuple par réfé­ren­dum. La seule obli­ga­tion pour le gou­ver­ne­ment est de faire sa pro­po­si­tion de révi­sion pen­dant la durée des ses­sions par­le­men­taires et de l’ac­com­pa­gner d’une décla­ra­tion sui­vie d’un débat dans cha­cune des deux assem­blées ; mais aucun tra­vail ni, a for­tio­ri, aucun vote sur le pro­jet lui-même ne sont pré­vus. Un Par­le­ment en désac­cord avec le pro­jet ne pour­rait mani­fes­ter son oppo­si­tion que par le dépôt et le vote d’une motion de cen­sure. Ce qu’il fit en octobre 1962, pro­vo­quant la seule « chute » par­le­men­taire d’un gou­ver­ne­ment sous la Ve République.

- La sup­pres­sion des limites. L’ar­ticle 11 ne pré­voit aucune limite de cir­cons­tances ou de conte­nu à l’exer­cice du pou­voir de modi­fier direc­te­ment par réfé­ren­dum l’or­ga­ni­sa­tion des pou­voirs publics. Sauf à consi­dé­rer que les limites énon­cées à l’ar­ticle 89 sont éga­le­ment valables pour l’ar­ticle 11 – mais aucun ren­voi n’est fait d’un article à l’autre – le pou­voir de révi­sion est, ici, tota­le­ment libre.

Au fond, l’ar­ticle 11 ne s’est impo­sé comme moda­li­té pos­sible de révi­sion que parce que l’ar­ticle 89 donne au Sénat, chambre haute issue d’un suf­frage indi­rect, un pou­voir de blo­cage ; hos­tile, en 1962, à l’é­lec­tion popu­laire du chef de l’É­tat, il n’au­rait jamais lais­sé « pas­ser » cette révi­sion par la pro­cé­dure de l’ar­ticle 89. Contour­ner le refus pré­vi­sible du Sénat fut sans doute, à cette époque, la véri­table rai­son du recours à l’ar­ticle 11.

Au demeu­rant, l’ar­ticle 11 n’a été uti­li­sé que deux fois comme moyen de révi­sion, avec suc­cès en 1962 et, sans suc­cès en 1969, pro­vo­quant le départ du géné­ral de Gaulle. L’ar­ticle 89 reste donc la pro­cé­dure de droit com­mun de la révi­sion consti­tu­tion­nelle. Mais, article 11 ou article 89, à trop sou­vent chan­ger la Consti­tu­tion, il arrive qu’un pays change, sans s’en aper­ce­voir, de Consti­tu­tion ; la meilleure solu­tion, alors, est peut-être que le peuple reprenne, dans sa glo­ba­li­té, son pou­voir constituant.

 
Rap­pels importants :

Domi­nique Rousseau :
« Démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, c’est un contre-sens. » [..]
« La repré­sen­ta­tion n’est pas la démocratie. » [..]
« L’ex­pres­sion du peuple est contraire à la repré­sen­ta­tion car dans le régime repré­sen­ta­tif, le peuple ne parle pas, ce sont ses repré­sen­tants. Il y a donc un pro­blème quant à la défi­ni­tion qu’on accepte tous comme allant de soi, démo­cra­tique repré­sen­ta­tive alors qu’elle ne va abso­lu­ment pas de soi. » [..]
« Je ne parle pas de démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, je parle de sys­tème représentatif. »

httpv://youtu.be/I3UHT1WQ4N0
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La Stra­té­gie du Choc ~ Nao­mi Klein ~ Capi­ta­lisme du désastre
httpv://youtu.be/bhS7LnkTkGY

Une autre copie du film de Nao­mi, avec du son jus­qu’au bout 🙂

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Bon. Dites, vous en êtes où, vous, de vos mini ate­liers consti­tuants, pro­li­fiques et conta­gieux ? 🙂

J’ai hâte de lire vos pro­po­si­tions d’articles 🙂

On ne s’en sor­ti­ra que comme ça, je crois.

Bon cou­rage à vous tous.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​6​2​6​3​8​9​9​7​317

DEMAIN : le film est sorti et il est épatant ! Faites passer.

Ah que c’est bon ! C’est une bouf­fée d’air frais, ce film, une rasade de potion magique, un conden­sé de mille expé­riences et pro­po­si­tions importantes. 

Vous vous sou­ve­nez que, fin mai, j’a­vais signa­lé que Méla­nie et Cyril nous deman­daient de les aider à faire un film posi­tif, construc­tif et opti­miste, un tour du monde d’expé­riences for­mi­dables, pour don­ner la pêche à tous ceux qui ne croient plus qu’on puisse ren­ver­ser la vapeur capi­ta­liste. Et nous avons été des mil­liers à les aider 🙂

Je viens (enfin ! quel traî­nard je suis, 6 semaines après la sor­tie…) d’al­ler voir ce film, et je l’ai trou­vé enthou­sias­mant, très beau, très riche, très bien fait, une bonne syn­thèse de tout ce qui nous pré­oc­cupe tous, mais sous un angle construc­tif et opti­miste, avec une par­tie pas­sion­nante sur la per­ma­cul­ture, des villes en tran­si­tion, des entre­prises res­pec­tueuses des hommes, des humains épa­tants au Dane­mark, en Inde, en Fin­lande, à San Fran­cis­co, en Nor­man­die, etc., une par­tie qui incri­mine la mon­­naie-dette, les mul­ti­na­tio­nales et les banques, et Ber­nard Lie­taer qui explique les mon­naies locales et la néces­saire bio-diver­­si­­té moné­taire, une par­tie où David Van Rey­brouck parle de tirage au sort et même l’i­dée d’as­sem­blées consti­tuantes tirées au sort ! Le pied, quoi 🙂 J’en oublie plein, évi­dem­ment, car le film va vite, on ne s’en­nuie pas une seconde et c’est dif­fi­cile de tout fixer d’emblée. Il faut sans doute le revoir, et puis tra­vailler le texte, le crayon à la main, pour bien mémo­ri­ser et inté­grer toutes ces sug­ges­tions. Le livre ser­vi­ra pré­ci­sé­ment à ça, je pense.

Que vous dire de plus que vous invi­ter à aller le voir, si ce n’est pas déjà fait, et à le faire connaître autour de vous 🙂

httpv://youtu.be/Bk2LnbrXx_I

Mer­ci à tous ceux à qui nous devons ce bel outil poli­tique d’o­ri­gine citoyenne.

Faites pas­ser 🙂

Étienne.

• Pour savoir dans quelle salle aller le voir, il y a le site du film : http://​www​.demain​-lefilm​.com/

• Aus­si, la page Face­book du film : https://​www​.face​book​.com/​d​e​m​a​i​n​.​l​e​f​i​lm/

• Il y a aus­si un livre, pour reprendre tout ça len­te­ment et bos­ser à son rythme 🙂 http://​www​.demain​-lefilm​.com/​d​e​m​a​i​n​–​l​e​–​l​i​vre

Le fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​5​9​7​2​9​6​7​2​317

À partir d’une réflexion sur le sens et le respect du vote blanc…

[Rap­pel pour les 80 000 nou­veaux venus (5 ou 600 de plus chaque jour, ces temps-ci) : ]

À par­tir d’une réflexion sur le sens et le res­pect du vote blanc…
httpv://youtu.be/yG6MiDsNLB4

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.
Seul le peuple lui-même est légi­time (et apte) pour écrire, pro­té­ger et modi­fier une véri­table constitution.
Rai­son pour laquelle chaque citoyen (digne de ce nom) doit s’en­traî­ner per­son­nel­le­ment, tous les jours, à réflé­chir, à rédi­ger, à cri­ti­quer, à cor­ri­ger, à amé­lio­rer des articles de consti­tu­tion, et… à conta­mi­ner son prochain 🙂

Faites pas­ser 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​4​0​1​1​7​7​1​2​317

le NON au référendum danois et le silence des journaux français

Pré­cieux lan­ceurs d’alerte :
http://​www​.les​-crises​.fr/​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​d​a​n​o​i​s​–​l​e​–​s​i​l​e​n​c​e​–​d​e​s​–​j​o​u​r​n​a​u​x​–​p​a​r​–​j​a​c​q​u​e​s​–​s​a​p​ir/

Référendum danois : le silence des journaux, par Jacques Sapir

Source : Rus­seu­rope, Jacques Sapir, 04-12-2015

Le réfé­ren­dum qui s’est tenu au Dane­mark le jeu­di 3 décembre, et qui a vu la vic­toire du « non » et des euros­cep­tiques, conti­nue de sou­le­ver des inter­ro­ga­tions mul­tiples. La pre­mière concerne le faible reten­tis­se­ment média­tique de ce réfé­ren­dum. Assu­ré­ment, nous sommes en cam­pagne élec­to­rale en France. Mais, ce qua­­si-silence des médias est un objet d’étude à lui tout seul. La seconde inter­ro­ga­tion porte sur le sens qu’il convient de don­ner à ce réfé­ren­dum. On voit bien que, dans les rares com­men­taires à son sujet on parle de « ques­tions tech­niques ». Tech­niques, elles l’étaient assu­ré­ment. Mais il faut être bien naïf, ou bien de mau­vaise fois, pour ne pas se rendre compte que, der­rière cette dimen­sion « tech­nique » la véri­table ques­tion por­tait sur le pro­ces­sus d’intégration européenne.

 Le silence des journaux

Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actua­li­tés ne pro­duit que 170 résul­tats, dont cer­tains ne concernent pas les médias fran­çais. Dans une liste d’environ 150 réfé­rences des médias fran­çais, on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in exten­so soit par­tielle de l’article publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La dif­fé­rence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux.

Certes, ce n’est pas la pre­mière fois que la presse fran­çaise se com­porte de manière plus que désin­volte vis-à-vis d’événements sur­ve­nant dans un « petit » pays. Cette arro­gance de « grande nation » qui res­sort spon­ta­né­ment et en dépit de dis­cours pour­tant ouver­te­ment euro­péistes n’est pas la moindre des choses qui m’insupportent dans les com­por­te­ments des jour­na­listes fran­çais. A cet égard, il est inté­res­sant de lire les com­men­taires dans les jour­naux belges (Le Soir ou La Libre Bel­gique) ou dans les quo­ti­diens suisses fran­co­phones. Ils sont sou­vent de meilleures qua­li­tés que ce que l’on peut lire dans une presse fran­çaise qui se révèle à la fois par­tiale et sur­faite. Mais, cette arro­gance n’est sans doute pas la cause pre­mière de ce silence.

Ce rela­tif silence de la presse fran­çaise tra­duit, et tra­hit, une gêne devant le résul­tat. Les danois, peuple euro­péens, ont reje­té une pro­po­si­tion de plus grande inté­gra­tion dans le cadre de l’Union euro­péenne. Ils l’ont reje­té de manière très claire, ce qui a été recon­nu par le gou­ver­ne­ment danois. Ils l’ont reje­té aus­si dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radi­cale ») et le par­ti popu­liste et sou­ve­rai­niste danois le DPP. On constate une nou­velle fois que, quand peuvent se retrou­ver sur un ter­rain com­mun, des sou­ve­rai­nistes de gauche et de droite ont une large majo­ri­té. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les édi­to­ria­listes à gages de notre presse natio­nale. Cela pour­rait don­ner des idées au bon peuple de France. Voi­ci donc une autre rai­son de ce silence rela­tif, et il faut le dire bien inté­res­sé. Ce réfé­ren­dum porte en lui une cri­tique de l’européisme. C’est pour­quoi il convient de faire silence des­sus. Ah, elle est belle la presse libre en France ; elle est belle mais elle est sur­tout silen­cieuse quand il convient à ses propriétaires…

 Une ques­tion technique ?

Dans les rares articles que les jour­naux, ou les autres médias fran­çais, consacrent aux résul­tats de ce réfé­ren­dum, on pointe avant tout la nature « tech­nique » de la ques­tion posée : fal­­lait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négo­ciées par le Dane­mark avec l’Union euro­péenne pour per­mettre une meilleure coopé­ra­tion poli­cière entre ce pays et les ins­tances poli­cières euro­péennes (Euro­pol pour les nom­mer). Mais, si l’énoncé de la ques­tion était assu­ré­ment tech­nique, il faut beau­coup d’aveuglement, bien de la céci­té volon­taire, pour ne pas voir que la réponse appor­tée par les danois fut avant tout politique.

Il convient ici de rap­pe­ler que ce réfé­ren­dum a connu une forte par­ti­ci­pa­tion. Près de 72% des élec­teurs danois se sont dépla­cés pour voter, ce qui consti­tue un record dans des réfé­ren­dums por­tant sur l’Europe pour le Dane­mark. C’est bien la preuve que les danois ont com­pris que, der­rière une appa­rence tech­nique, la ques­tion était bien avant tout poli­tique. D’ailleurs, cette dimen­sion poli­tique res­sor­tait bien de la cam­pagne qui se dérou­la avant ce réfé­ren­dum. Les ques­tions de la sus­pen­sion des accords de Schen­gen, de l’intégration euro­péenne, des coopé­ra­tions mul­tiples, furent en réa­li­té lar­ge­ment débattues.

Cette réponse donc poli­tique que les élec­teurs danois ont appor­té, elle a un sens très net : celui d’un refus de toute nou­velle inté­gra­tion euro­péenne. Face à des ques­tions essen­tielles, comme celles concer­nant la sécu­ri­té, les danois ont clai­re­ment opté pour le main­tien de leur sou­ve­rai­ne­té et le refus pour une plus grande inté­gra­tion. Leur réponse tra­duit le pro­fond désen­chan­te­ment auquel on assiste quant à la construc­tion euro­péenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécu­ri­té, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux fron­tières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confron­té. Or, la réponse des euro­péistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de deman­der, encore et tou­jours, plus d’intégration. En fait, l’intégration euro­péenne est deve­nue un dogme, une reli­gion. Et celle-ci n’admet aucune cri­tique, ne souffre aucune contra­dic­tion. C’est pour­quoi les diri­geants poussent à une sur­en­chère mor­telle. Mais, c’est aus­si pour­quoi les peuples, qui bien sou­vent ne sont pas dupes d’un dis­cours trop for­ma­té pour être hon­nête, refusent jus­te­ment cette sur­en­chère et exigent qu’un bilan hon­nête et objec­tif de cette inté­gra­tion soit fait.

 L’heure des bilans

Ces bilans vont se mul­ti­plier, que les diri­geants le veuillent ou non. La Grande-Bre­­tagne vote­ra sur son appar­te­nance à l’Union euro­péenne en 2016 et, n’en dou­tons pas, on y suit de très près les impli­ca­tions du réfé­ren­dum danois. On vote­ra sans doute sur la ques­tion de l’Euro en Fin­lande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aus­si une impor­tante signi­fi­ca­tion. Mais, sur­tout, c’est dans sa pra­tique au jour le jour que l’Union euro­péenne sera confron­tée à cette demande de bilan.

Car, il est clair que le trop fameux « prag­ma­tisme » euro­péen a engen­dré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépour­vu d’existence légale et qui pour­tant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pou­voir que com­met désor­mais chaque semaine la Com­mis­sion euro­péenne. On se sou­vient des décla­ra­tions de Jean-Claude Jun­cker à l’occasion de l’élection grecque de jan­vier der­nier[1]. Leur carac­tère inouï fut lar­ge­ment débat­tu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces ins­ti­tu­tions euro­péennes négo­cient, dans le plus grand secret, le fameux « Trai­té Trans­at­lan­tique » ou TAFTA qui abou­ti­ra à désha­biller encore plus les Etats et la sou­ve­rai­ne­té popu­laire qui s’y exprime. Le com­por­te­ment de l’Union Euro­péenne tout comme celui des ins­ti­tu­tions de la zone Euro appellent une réac­tion d’ensemble parce qu’elles contestent cette liber­té qu’est la sou­ve­rai­ne­té[2].

Il est plus que temps de dres­ser le bilan de ces actes, d’évaluer la poli­tique pour­sui­vie par les ins­ti­tu­tions euro­péennes et leurs diverses affi­dés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut com­prendre, à voir l’importance de l’investissement poli­tique et sym­bo­lique qu’ils ont consen­ti, que les diri­geants euro­péistes voient avec une cer­taine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes. Mais, à recou­rir à de qua­­si-cen­­sure, à des méthodes ouver­te­ment anti-démo­­cra­­tiques pour en retar­der le moment ils risquent bien de finir par voir leurs tête orner le bout d’un pique.

 Notes

[1] Jean-Jacques Mevel in Le Figa­ro, le 29 jan­vier 2015, Jean-Claude Jun­cker : « la Grèce doit res­pec­ter l’Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003–20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses décla­ra­tions sont lar­ge­ment reprises dans l’hebdomadaire Poli­tis, consul­table en ligne : http://​www​.poli​tis​.fr/​J​u​n​c​k​e​r​–​d​i​t​–​n​o​n​–​a​–​l​a​–​G​r​e​c​e​–​e​t​,​2​9​8​9​0​.​h​tml

[2] Evans-Prit­­chards A., « Euro­pean ‘alliance of natio­nal libe­ra­tion fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Tele­graph, 29 juillet 2015, http://​www​.tele​graph​.co​.uk/​f​i​n​a​n​c​e​/​e​c​o​n​o​m​i​c​s​/​1​1​7​6​8​1​3​4​/​E​u​r​o​p​e​a​n​–​a​l​l​i​n​c​e​–​o​f​–​n​a​t​i​o​n​a​l​–​l​i​b​e​r​a​t​i​o​n​–​f​r​o​n​t​s​–​e​m​e​r​g​e​s​–​t​o​–​a​v​e​n​g​e​–​G​r​e​e​k​–​d​e​f​e​a​t​.​h​tml

Source : Rus­seu­rope, Jacques Sapir, 04-12-2015

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Les Danois disent “non” à davantage d’intégration européenne, par Romaric Godin

Source : Roma­ric Godin, La Tri­bune, 4/12/2015

53,1 % des élec­teurs danois ont reje­té par réfé­ren­dum un pro­jet de coopé­ra­tion ren­for­cée avec l’UE dans le domaine de la police et de la jus­tice. Un désa­veu pour la classe poli­tique danoise.

Les Danois ont reje­té par réfé­ren­dum un pro­jet de ren­for­ce­ment de l’intégration de leur pays dans l’Union euro­péenne. 53,1 % des élec­teurs convo­qués jeu­di 3 décembre ont voté « nej » (« non ») au pro­jet d’adhésion du pays à Euro­pol, l’agence euro­péenne char­gée de la lutte contre le crime orga­ni­sé, les tra­fics et le ter­ro­risme qui devien­dra en 2016 un orga­nisme supra­na­tio­nal char­gé de l’ensemble des affaires de police et de jus­tice pour l’UE. Lars Løkke Ras­mus­sen devra désor­mais négo­cier un accord « sépa­ré » avec Euro­pol. Une négo­cia­tion qui s’annonce difficile.

Ce « non caté­go­rique », comme l’a décrit le pre­mier ministre libé­ral Lars Løkke Ras­mus­sen, révèle une nou­velle fois qu’une majo­ri­té des Danois reste très scep­tique sur le pro­jet euro­péen. Ce réfé­ren­dum avait été déci­dé par la pré­cé­dente pre­mière ministre Helle Thor­ning Schmidt en février 2015 après l’attaque d’une librai­rie à Copen­hague. En théo­rie, les atten­tats de Paris auraient dû ren­for­cer l’idée d’une coopé­ra­tion euro­péenne plus pro­fonde, d’autant que la très grande majo­ri­té des par­tis poli­tiques danois appe­laient à « voter oui. » Mais plu­sieurs élé­ments ont joué contre le « oui. »

La question de l’immigration

D’abord, la cam­pagne menée par le par­ti du peuple danois (Danske Fol­ke­par­ti, DF) qui est arri­vé deuxième lors des élec­tions de juin der­nier avec 21,1 % des voix. Ce par­ti a agi­té la crainte d’une arri­vée mas­sive de réfu­giés dans le pays. Quoique membre du gou­ver­ne­ment de droite depuis les élec­tions de juin der­nier, DF a agi­té la menace de « quo­tas obli­ga­toires » alors que la Suède est déjà débor­dée par l’afflux de réfu­giés et que le Dane­mark a accep­té dix fois moins de per­sonnes sur son sol que son voi­sin orien­tal. Une par­tie de l’électorat danois est très hos­tile à l’immigration, comme le montre la pous­sée de DF qui n’avait obte­nu que 12,3 % en 2011. La ges­tion assez chao­tique de la crise des réfu­giés par l’UE n’a pas dû aider le « oui » à progresser.

La question de la souveraineté

Deuxième point sur lequel le « non » a joué : l’idée qu’il exis­tait une « ins­tru­men­ta­li­sa­tion » des atten­tats de Paris pour faire accep­ter davan­tage d’intégration du pays dans l’UE. Le DF s’y oppose, mais aus­si le par­ti de gauche radi­cale, la Liste Unique (Enhed­slis­ten), qua­trième par­ti du pays en juin avec 7,8 % des voix, qui a dénon­cé un « oui » aux poli­tiques éco­no­miques de l’UE. De façon géné­rale, le camp du « oui » a souf­fert de la mau­vaise image de l’UE et de la zone euro. En 1992 et en 2000, les Danois ont reje­té l’entrée de leur pays dans la zone euro, alors que leur mon­naie, la cou­ronne, a tou­jours été étroi­te­ment liée au deutsche mark ou à l’euro. Autre­ment dit, la ques­tion de la sou­ve­rai­ne­té a per­mis au « non » de l’emporter.

Défaite des partis pro-européens

Au final, cette défaite est un désa­veu pour les pro-euro­­péens danois. Le pre­mier ministre avait avan­cé le scru­tin pour empê­cher tout impact du réfé­ren­dum bri­tan­nique, qui devrait se tenir dans les pro­chains mois. Une manœuvre fina­le­ment man­quée. La par­ti­ci­pa­tion de 72 % sou­ligne le désa­veu de la classe poli­tique sur les ques­tions euro­péennes. Une grande par­tie des élec­teurs tra­di­tion­nels des par­tis libé­raux (Venstre) et Sociaux-démo­­crates ont en effet voté « non. » Simon Gade, le pré­sident du groupe par­le­men­taire de Venstre, a consi­dé­ré que les par­tis danois devaient faire un « exa­men de conscience » sur la ques­tion européenne.

Source : Roma­ric Godin, La Tri­bune, 4/12/2015

Source : les​-crises​.fr

Même relais sur Face­book : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​3​9​3​8​7​4​0​2​317

[On passe à l’acte] Prochains ateliers constituants demain samedi, à Paris, à Nancy et ailleurs…

L’as­so­cia­tion Citoyens Consti­tuants conti­nue à orga­ni­ser des ate­liers en région pari­sienne. Voi­ci leur invi­ta­tion pour demain, same­di 12 décembre 2015 :

Chers sym­pa­thi­sants,

Depuis le début de cette année, nous avons orga­ni­sé 7 ate­liers consti­tuants sur le thème des règles de la consti­tuante et le der­nier de cette année aura lieu ce same­di 12 décembre du coté de Pigalle.

Chaque ate­lier fait l’ob­jet d’un compte-ren­­du que vous pou­vez visua­li­ser ici.

Notre com­mis­sion char­gée de prendre note du tra­vail effec­tué durant les ate­liers consti­tuants s’or­ga­nise et tra­vaille déjà depuis plu­sieurs mois à faire la syn­thèse des tra­vaux effec­tués afin de for­ma­li­ser et pré­pa­rer le tra­vail des pro­chains ateliers.

L’autre but que s’est fixé cette com­mis­sion sera de pro­po­ser, sur les bases du tra­vail effec­tué durant les ate­liers un texte sur les règles de la constituante.

Vous pou­vez, si vous le sou­hai­tez, visua­li­ser la syn­thèse pré­pa­rée par cette com­mis­sion pour faci­li­ter le tra­vail du pro­chain atelier.

Vous pour­rez ain­si visualiser

  1. Les articles déjà validés,
  2. Ceux à retravailler
  3. Avoir une idée des débats qui ont eu lieu dans les thé­ma­tiques suivantes :

    Les per­sonnes qui sou­haitent par­ti­ci­per à cet ate­lier sont cor­dia­le­ment invi­tées à s’ins­crire via ce for­mu­laire d’ins­crip­tion.

    Remarque

    La salle que nous occu­pons actuel­le­ment ne nous per­met pas d’a­voir plus de 40 per­sonnes, et nous sommes désor­mais contraint sys­té­ma­ti­que­ment de refu­ser les per­sonnes fautes de place, c’est la rai­son pour laquelle nous vous conseillons de ne pas tar­der à vous ins­crire si vous sou­hai­tez y participer.

    Face au suc­cès gran­dis­sant des der­niers ate­liers, sachez que nous sommes actuel­le­ment en train de cher­cher une salle plus grande.

    Nous vous invi­tons éga­le­ment à visua­li­ser l’an­nonce de cet ate­lier sur notre site internet.

    Les Citoyens Constituants

    http://​www​.les​ci​toyens​cons​ti​tuants​.org/

     
    Sur Nan­cy, le pro­chain ate­lier pré­vu est le 19 décembre 2015 :

    Atelier constituant du 19 décembre à Nancy

    19 décembre à 14:0019:00

    Atelier Constituant GV Lorrains
    Chers citoyens,
    Vous êtes tous cor­dia­le­ment invi­tés à l’atelier consti­tuant du same­di 19 décembre 2015 à Nan­cy –  14H –  Café « Trois petits points... » – Nancy !
    N’hésitez pas à invi­ter vos amis et connais­sance à venir décou­vrir un ate­lier constituant.
    Appli­ca­tion du petit pro­to­cole de socio­cra­tie déli­bé­ra­tive et uti­li­sa­tion des bandes papier de cou­leur pour les vota­tions.

    Le but d’un ate­lier consti­tuant est toujours :

    – ques­tion­ner et se ques­tion­ner sur la démocratie,
    – échan­ger et dialoguer,
    – décou­vrir com­ment des citoyens divers peuvent arri­ver à dépas­ser les inté­rêts par­ti­cu­liers pour se retrou­ver sur l’intérêt com­mun, com­ment des citoyens peuvent s’enrichir et enri­chir leurs réflexions mutuel­le­ment, com­ment sor­tir du sys­tème mor­ti­fère qui pousse par­fois cer­tains à se réfu­gier der­rière des dogmes ou des extrêmes,
    – faire du lien,
    – faire émer­ger l’intelligence collective,
    – décou­vrir que nous sommes capables d’être autres que ce à quoi le sys­tème nous pousse.

     
    J’es­père que ces grands ate­liers incitent les par­ti­ci­pants à conti­nuer per­son­nel­le­ment de leur côté (c’est le but), en leur don­nant des idées et du cou­rage pour orga­ni­ser eux-mêmes, tous les jours un peu par­tout, des mini-ate­­liers, pro­li­fiques et contagieux 🙂

    Emma­nuel et Cathe­rine tiennent à jour des listes d’a­te­liers pas­sés et à venir avec les comptes rendus :

    - l’a­gen­da d’Em­ma­nuel (Wiki­crate) : http://​ate​liers​cons​ti​tuants​.com/
    – l’a­gen­da de Cathe­rine sur le wiki des GV : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Evenements
    – l’a­gen­da de Cathe­rine sur l’a­gen­da dédié à la Lor­raine : http://​lor​raine​.gen​tils​vi​rus​.org/​e​v​e​n​e​m​e​n​ts/

     

    Mille mer­cis à tous ceux qui se dévouent, un peu beau­coup pas­sion­né­ment à la folie, pour que cette idée avance.

    Faites pas­ser 🙂

    Étienne.

    PS : je vous rap­pelle la pré­cieuse boîte à outils (sur le wiki des GV) : qui s’é­toffe chaque jour pour vous aider à orga­ni­ser ou pré­pa­rer une par­ti­ci­pa­tion à des ate­liers constituants :
    http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

    Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​3​9​2​8​9​2​3​7​317

    Voulez-vous faire un petit atelier constituant avec moi ? Parlons, cette fois, si vous voulez bien, du droit sacré du peuple à se réunir publiquement librement

    Chers vous tous,

    Je connais à Cham­bé­ry un jeune homme atta­chant et sti­mu­lant, qui s’ap­pelle Syl­vain et qui tra­vaille comme nous depuis des années sur ce que devrait être une démo­cra­tie digne de ce nom.

    À ce que je sais, ses tra­vaux (site fer­mé) le conduisent, ces temps-ci, à se pola­ri­ser sur deux points que je trouve, moi aus­si, importants :

    1) la façon dont est orga­ni­sée / impo­sée l’é­du­ca­tion natio­nale, [Syl­vain prône car­ré­ment la désco­la­ri­sa­tion… (d’une façon que je trouve par­fois inuti­le­ment bru­tale et injuste, mais l’i­dée de fond est impor­tante et inté­res­sante)… Les débats s’an­noncent toniques 🙂 ]
    et
    2) la confis­ca­tion des lieux de réunions publiques par les pro­fes­sion­nels de la politique.

    Je m’a­li­mente presque tous les jours des nom­breux livres qu’il nous invite à lire à pro­pos d’é­du­ca­tion et d’é­man­ci­pa­tion. Par exemple, en ce moment, je suis tout remué par les idées que je découvre dans « La domi­na­tion adulte. L’op­pres­sion des mineurs » d’Yves Bon­nar­del. Syl­vain m’a ain­si conduit à décou­vrir des dizaines d’ou­vrages remar­qua­ble­ment bien argu­men­tés sur la façon, sou­vent révol­tante, dont les adultes traitent aujourd’­hui les enfants. Cer­taines thèses me hérissent, mais toutes me conduisent à réflé­chir. Il y a là, je le recon­nais, sans doute une des grosses racines qui ali­mentent l’in­vrai­sem­blable consen­te­ment du plus grand nombre à la domi­na­tion d’un petit nombre.

    Un peu de la même façon que je m’im­pa­tiente moi-même de voir les intel­lec­tuels que j’es­time (Lor­don, Géné­reux, Onfray, Michéa…) ne pas accor­der la moindre impor­tance à la [néces­saire] source popu­laire des pro­ces­sus consti­tuants, Syl­vain s’ir­rite et s’im­pa­tiente de ne pas me voir embrayer immé­dia­te­ment sur ses chan­tiers à lui. 🙂 Pour­tant, j’y tra­vaille en silence, par­mi mille autres sujets que je trouve importants.

    Je le prouve : mer­cre­di der­nier, je devais res­ter quelques heures immo­bile, sans même pou­voir lire (une sur­veillance de devoir), et j’en ai pro­fi­té pour faire dans ma tête, en tête-à-tête avec moi-même pour com­men­cer, un petit ate­lier consti­tuant… 🙂 Pre­nant comme points de départ les plus scan­da­leux des abus de pou­voir qui encombrent l’ac­tua­li­té, j’ai entre­pris d’é­crire l’é­bauche de quelques nou­veaux articles de consti­tu­tion. L’en­traî­ne­ment de base, quoi 🙂 J’i­ma­gi­nais de vous les sou­mettre lors d’une pro­chaine ren­contre, ou même de vous les sou­mettre un par un, sur le net grâce à des billets dédiés.

    Et voi­là que je lis aujourd’­hui le billet de Syl­vain (repro­duit plus bas), et j’y trouve l’oc­ca­sion en ques­tion, de vous sou­mettre une de ces idées. Voi­ci donc un des articles que j’ai ébau­ché inté­rieu­re­ment mer­cre­di (je vous par­le­rai des autres plus tard) :

    Article X : le droit de réunion publique est invio­lable et sacré. Aucune loi ou règle­ment ne peut inter­dire au peuple de se réunir libre­ment, sous peine de for­fai­ture et de déchéance pour les repré­sen­tants qui l’au­rait tenté.

    Chaque com­mune doit mettre à dis­po­si­tion à tout moment — et entre­te­nir — des salles de réunion de taille adap­tée aux besoins du vil­lage (ou du quartier).

    Une Chambre Com­mu­nale des Réunions Publiques, com­po­sée de 20 membres tirés au sort pour 28 jours, renou­ve­lables par quart toutes les semaines, véri­fie dans chaque com­mune le res­pect par les auto­ri­tés du droit consti­tu­tion­nel de réunion populaire.

    La Chambre Com­mu­nale des Réunions Publiques orga­nise un réfé­ren­dum local quand elle le juge néces­saire (« Faut-il agran­dir ou amé­na­ger telle salle ? », « Vou­­lez-vous construire plu­sieurs nou­velles salles ? », etc.). Les déci­sions prises lors de tels réfé­ren­dums s’im­posent à toutes les autorités.

    « Le secret de l’ac­tion, c’est de com­men­cer » : ce brouillon d’ar­ticle, qui vou­drait fina­le­ment for­ma­li­ser et garan­tir notre droit de réunion, n’est qu’un pre­mier jet, bien sûr, et je vous invite (fra­ter­nel­le­ment) à le cor­ri­ger, le com­plé­ter, l’a­mé­lio­rer, en toute liberté. 

    La syn­chro­ni­ci­té de ma réflexion avec les reproches de Syl­vain est amu­sante, je trouve. Pen­dant que Syl­vain rédi­geait une sorte d’in­ter­pel­la­tion pour me repro­cher de ne pas don­ner d’im­por­tance au droit fon­da­men­tal pour le peuple de dis­po­ser de lieux pour se réunir libre­ment à tout moment, au même moment, je tâchais dans mon coin de for­ma­li­ser un article de consti­tu­tion pré­ci­sé­ment sur ce sujet… Comme on dit en bla­guant, les grands esprits se ren­contrent 🙂
    Voi­ci donc le billet de Syl­vain en ques­tion, ami­ca­le­ment réprobateur :

    Réponse courte et conjointe à Etienne Chouard et Frédéric Lordon

    Courte, car je ne vais pas ré-écrire tout ce qu’il y a dans ce site et tout ce que j’é­cris depuis des années. Mais Étienne a mar­qué ceci récem­ment (20÷11÷15) sur son blog :

    etienne chouard

    « Vous avez été des mil­liers (et des mil­liers), à aimer et à par­ta­ger le pré­cé­dent billet, qui résu­mait cette véri­té, bien d’actualité : « Une consti­tu­tion digne de ce nom (d’origine popu­laire) per­met­trait à un peuple digne de ce nom (com­po­sé de citoyens consti­tuants) de s’opposer aux repré­sen­tants qui veulent lui impo­ser la guerre. » POURTANT, mal­gré cet élan spon­ta­né (pour l’idée de nous auto-consti­­tuer), vous n’êtes PAS — pas encore — des mil­liers (et des mil­liers) à vous entraî­ner, pied à pied, « pour de vrai », à consti­tuer 🙁 Mais qu’est-ce qui vous retient donc ? Qu’est-ce qui vous empêche, vous per­son­nel­le­ment, de pas­ser à l’acte, mas­si­ve­ment, puisque vous pou­vez le faire libre­ment (pour l’instant) ? Si vous trou­vez (le frein qui nous gêne), soyez gen­tils de m’en parler. »

    Ce frein (qui est un mur) est expli­ci­té en long en large et en tra­vers, via les idées de « Désco­la­ri­sa­tion » pré­sentes ici, et dans les têtes et papiers de Syl­vain et Mathilde. Un ate­lier consti­tuant doit pou­voir se dérou­ler dans l’es­pace com­mun (l’es­pace public) ! Le cas échéant, il ne s’a­gi­ra que d’une dis­cus­sion pri­vée, éso­té­rique (au sens éty­mo­lo­gique de ce mot), vécue par une ou plu­sieurs hétai­ries phi­lo­so­phiques. Le fait d’être « consti­tuant » doit être en lien avec l’es­pace public (espace com­mun, à vrai dire). Car c’est le peuple qui est consti­tuant en démo­cra­tie, et non telles ou telles bandes privées.

    Ce à quoi Étienne répon­dra cer­tai­ne­ment à peu près ceci (« l’an­tienne d’É­tienne » disait-il lui-même) : « Non ! Vous pou­vez le faire par­tout : chez vous, dans un ascen­seur, au bis­trot, au bureau et même aux chiottes ! Il suf­fit d’être au moins deux ! « . Je pense au plus pro­fond de moi-même qu’Étienne se trompe cruel­le­ment sur ce point : un ate­lier consti­tuant digne de ce nom, doit se tenir dans l’es­pace public ! Pour­quoi ? Car la consti­tu­tion concerne la chose publique et le peuple. Dans les lieux pri­vés : il n’y aura jamais le peuple (l’I­dée de peuple) et il ne s’a­gi­ra jamais — c’est une lapa­lis­sade — d’es­pace public ! Pour que Mamie Josette, tante Ursule, le vieux Robert, Mon­sieur tout-le-monde, s’in­té­ressent à la consti­tu­tion, les ate­liers consti­tuants doivent se tenir dans l’es­pace public. Le cas échéant, Nico, Valen­tin, Syl­vie, et Benoît (des gen­tils virus, des mili­tants d’ex­trême gauche, de l’U­PR et des alters per­ma­cul­teurs, adeptes des couches lavables et du reve­nu de base, ou autres bobos culti­vés) conti­nue­ront tout seul dans leur coin, avec les membres de leur club phi­lo­so­phique, à s’in­té­res­ser à la constitution.

    Or l’es­pace public est volé, actuel­le­ment, par l’o­li­gar­chie. Nous devons d’a­bord « arra­cher » nos espaces. Curieux, vrai­ment très curieux, qu’Étienne n’aille jamais sur ce point (je ne sous-entends rien de spé­cial, mais je trouve ça juste hal­lu­ci­nant que le sujet ne vienne jamais). Étienne répon­drait sûre­ment : « nous devons d’a­bord ré-écrire la consti­tu­tion pour que l’o­li­gar­chie nous res­ti­tue ce qui nous appar­tient ». Com­ment ne pas voir ce bon vieux ser­pent qui se mord la queue ? Pour­tant, nous savons très bien que le véri­ta­ble­ment com­men­ce­ment c’est quand les gens se ré-appro­­prient les espaces com­muns pour prendre la parole et faire de la poli­tique ensemble.

    lordonFré­dé­ric Lor­don, qui a four­ni récem­ment une excellent tri­bune sur la situa­tion (a)politique actuelle conclut, ÉVIDEMMENT, à la néces­si­té abso­lue de se ras­sem­bler dans l’es­pace public ! Mais, très grave erreur, pour lui, comme pour des mil­liards de cer­veaux for­ma­tés, l’Es­pace public, c’est tou­jours sinis­tre­ment « LA RUE ». Com­ment ne pas voir, ne pas entendre, le pathé­tique-larme-à‑l’oeil tein­té de reli­gio­si­té, avec lequel la grande majo­ri­té des « mili­tants gau­chistes » pro­nonce l’ex­pres­sion « LA RUE ! » . Ne nous lais­sons donc pas ber­ner par ce puis­sant affect-triste !! (pour reprendre un concept pour­tant si bien malaxé par Lor­don). Nous devons trou­ver le che­min d’un affect doux et joyeux concer­nant « les com­muns », et « la rue » ne sera alors qu’une très maigre por­tion des « com­muns » (soit-dit en pas­sant : la rue, de nos jours, est en prime un des ter­ri­toires pri­vi­lé­giés du capi­ta­lisme : règne de la bagnole, du béton, de l’ar­ti­fi­ciel et des com­merces (et du sécu­ri­taire réga­lien). Voi­ci les trois der­nières phrases de sa tri­bune (qui sont sinistres, contrai­re­ment au reste du billet) :

    Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous ver­rons bien.

    C’est-à-dire que le pro­gramme selon Lor­don, ça serait ENCORE de se geler les couilles au pro­fit d’une pub mas­sive sur l’u­sage urbain à rude épreuve des tentes Que­shua de Déca­thon. Il s’a­gi­rait encore, selon Lor­don, qu’on se regroupe sur le béton et dans le froid, comme des SDF, avec du vin chaud et des soupes au moins pour se ras­su­rer, créer une illu­sion de fra­ter­ni­té retrou­vée, et afin d’or­ga­ni­ser la Révo­lu­tion…  (??) Bizarre… ! Pro­gramme que nous connais­sons par cœur : épui­se­ment des moti­va­tions, situa­tion qui ne per­met abso­lu­ment pas d’être effi­caces col­lec­ti­ve­ment sur tous les plans : maté­riel­le­ment et intel­lec­tuel­le­ment. Situa­tion en forme de courbe de gauss (en cloche), qui monte agréa­ble­ment, qui atteint son extre­mum (ce qui est auto­ri­sé) et qui redes­cend comme c’est mon­té. Oui, il faut conclure comme Lor­don à la néces­si­té abso­lue de se ras­sem­bler dans l’es­pace public ! Mais à par­tir de là, il fau­drait dire ce qu’est véri­ta­ble­ment l’es­pace public et dire que c’est infi­ni­ment plus que « LA RUE », dire que toutes les salles muni­ci­pales éclai­rées et chauf­fées c’est sur­tout cela l’es­pace-public, dire que c’est de cela dont nous avons besoin pour orga­ni­ser notam­ment les « ate­liers consti­tuants » à la Chouard, mais pas seule­ment. Nous avons aus­si besoin de ces espaces pour faire jaillir une éga­li­té d’ex­pres­sion tous azi­muts ! Des intel­los comme Chouard ou Lor­don devraient pour­tant savoir que tous les vrais bas­cu­le­ments social-his­­to­­riques ver­tueux et construc­tifs sont tou­jours mar­qués par le jaillis­se­ment un peu par­tout de la parole de ceux qui en étaient pri­vés, et pré­ci­sé­ment dans les lieux où ils étaient pri­vés de parole.

    Bref, c’est bien curieux… Chouard et Lor­don, tout en allant comme d’hab dans le bon sens, demeurent conjoin­te­ment en-deça d’une ligne sym­bo­lique qui m’ap­pa­raît bien nette, comme le nez au milieu de la figure !

    Nous devons rede­ve­nir des hommes poli­tiques au sens athé­nien de la chose, oui sieur Lor­don et sieur Chouard ! Mais le pre­mier nous dit que ça se peut se faire dans l’ascenseur ou au ciné­ma, et le deuxième, pos­sé­dé par « un affect-triste » (rap­port au monde qu’il dénonce pour­tant dans des bou­quins), que ça doit se faire dans « LA RUE !  » Non et non !! Ils se trompent, et peut-être sans le vou­loir, ils nous trompent ! Le pro­ces­sus néces­saire doit se faire dans « LES COMMUNS », dans une culture retrou­vée et actua­li­sée du « com­mun », et leur recon­quête cultu­relle et maté­rielle doit être la prio­ri­té des priorités !!!

    Donc, tout ceci nous amène, ni dans l’as­cen­seur, ni sur le coin de table d’un res­tau, ni dans « La rue !! », mais dans des espaces muni­ci­paux : éclai­rés, convi­viaux et chauf­fés (voir le récent billet Espacemelimelo.barre (site fer­mé)) ou bien encore : nos conseils pour aider la désco­la­ri­sa­tion de la socié­té (site fermé)ou même la tota­li­té du site Déscolarisation) 

    Mer­ci DONC à tous (Lor­don et Chouard, y com­pris) de ces­ser avec L’INDIGNITÉ !!!! Nous valons mieux que ça !

    Peut-être que Chouard et Lor­don savent, plus ou moins incons­ciem­ment que lorsque « L’in­sur­rec­tion qui vient » vient vrai­ment, « ceux qui parlent plus que les autres et/ou à la place des autres « (dont Chouard et Lor­don font par­tie actuel­le­ment) , doivent s’ef­fa­cer auto­ma­ti­que­ment au pro­fit du Démos tout entier qui se met à par­ler… Ces deux-là veulent-il vrai­ment sacri­fier leur sta­tut actuel de tri­bun quelque-peu aris­tos, au pro­fit d’une réelle et intense acti­vi­tédémo-cra­tique ? (Chouard, je pense, est tout enclin pour se diri­ger vers cette sagesse ; Lor­don, je sais pas car je ne le connais pas du tout).

    P.S : ce billet n’est pas ce qu’on appelle une « charge » contre Étienne pour qui je demeure dans l’a­mi­tié totale. Ce n’est point non plus une charge contre Lor­don, chez qui j’ap­pré­cie la jus­tesse des ana­lyses, mais avec lequel je ne peux point par­ler d’a­mi­tié puisque nous ne sommes liés d’au­cune façon. Gros bisous aux deux dans tous les cas.

    Syl­vain Rochex

    Source : http://​des​co​la​ri​sa​tion​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​b​i​b​l​i​o​t​h​e​q​u​e​/​v​r​a​i​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​/​3​3​9​–​r​e​p​o​n​s​e​–​l​a​p​i​d​a​i​r​e​–​a​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​e​t​–​f​r​e​d​e​r​i​c​–​l​o​r​don

     
    Lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​2​7​3​7​6​3​3​7​317

    Voulez-vous faire un petit atelier constituant avec moi ? Parlons, cette fois, si vous voulez bien, du droit sacré du peuple à se réunir publiquement librement

    Chers vous tous,
    Je connais à Cham­bé­ry un jeune homme atta­chant et sti­mu­lant, qui s’ap­pelle Syl­vain et qui tra­vaille comme nous depuis des années sur ce que devrait être une démo­cra­tie digne de ce nom.
    À ce que je sais, ses tra­vaux (site fer­mé) le conduisent, ces temps-ci, à se pola­ri­ser sur deux points que je trouve, moi aus­si, importants :
    1) la façon dont est orga­ni­sée / impo­sée l’é­du­ca­tion natio­nale, [Syl­vain prône car­ré­ment la désco­la­ri­sa­tion… (d’une façon que je trouve par­fois inuti­le­ment bru­tale et injuste, mais l’i­dée de fond est impor­tante et inté­res­sante)… Les débats s’an­noncent toniques 🙂 ]
    et
    2) la confis­ca­tion des lieux de réunions publiques par les pro­fes­sion­nels de la politique.
    Je m’a­li­mente presque tous les jours des nom­breux livres qu’il nous invite à lire à pro­pos d’é­du­ca­tion et d’é­man­ci­pa­tion. Par exemple, en ce moment, je suis tout remué par les idées que je découvre dans « La domi­na­tion adulte. L’op­pres­sion des mineurs » d’Yves Bon­nar­del. Syl­vain m’a ain­si conduit à décou­vrir des dizaines d’ou­vrages remar­qua­ble­ment bien argu­men­tés sur la façon, sou­vent révol­tante, dont les adultes traitent aujourd’­hui les enfants. Cer­taines thèses me hérissent, mais toutes me conduisent à réflé­chir. Il y a là, je le recon­nais, sans doute une des grosses racines qui ali­mentent l’in­vrai­sem­blable consen­te­ment du plus grand nombre à la domi­na­tion d’un petit nombre.
    Un peu de la même façon que je m’im­pa­tiente moi-même de voir les intel­lec­tuels que j’es­time (Lor­don, Géné­reux, Onfray, Michéa…) ne pas accor­der la moindre impor­tance à la [néces­saire] source popu­laire des pro­ces­sus consti­tuants, Syl­vain s’ir­rite et s’im­pa­tiente de ne pas me voir embrayer immé­dia­te­ment sur ses chan­tiers à lui. 🙂 Pour­tant, j’y tra­vaille en silence, par­mi mille autres sujets que je trouve importants.
    Je le prouve : mer­cre­di der­nier, je devais res­ter quelques heures immo­bile, sans même pou­voir lire (une sur­veillance de devoir), et j’en ai pro­fi­té pour faire dans ma tête, en tête-à-tête avec moi-même pour com­men­cer, un petit ate­lier consti­tuant… 🙂 Pre­nant comme points de départ les plus scan­da­leux des abus de pou­voir qui encombrent l’ac­tua­li­té, j’ai entre­pris d’é­crire l’é­bauche de quelques nou­veaux articles de consti­tu­tion. L’en­traî­ne­ment de base, quoi 🙂 J’i­ma­gi­nais de vous les sou­mettre lors d’une pro­chaine ren­contre, ou même de vous les sou­mettre un par un, sur le net grâce à des billets dédiés.
    Et voi­là que je lis aujourd’­hui le billet de Syl­vain (repro­duit plus bas), et j’y trouve l’oc­ca­sion en ques­tion, de vous sou­mettre une de ces idées. Voi­ci donc un des articles que j’ai ébau­ché inté­rieu­re­ment mer­cre­di (je vous par­le­rai des autres plus tard) : 

    Article X : le droit de réunion publique est invio­lable et sacré. Aucune loi ou règle­ment ne peut inter­dire au peuple de se réunir libre­ment, sous peine de for­fai­ture et de déchéance pour les repré­sen­tants qui l’au­rait tenté.
    Chaque com­mune doit mettre à dis­po­si­tion à tout moment — et entre­te­nir — des salles de réunion de taille adap­tée aux besoins du vil­lage (ou du quartier).
    Une Chambre Com­mu­nale des Réunions Publiques, com­po­sée de 20 membres tirés au sort pour 28 jours, renou­ve­lables par quart toutes les semaines, véri­fie dans chaque com­mune le res­pect par les auto­ri­tés du droit consti­tu­tion­nel de réunion populaire.
    La Chambre Com­mu­nale des Réunions Publiques orga­nise un réfé­ren­dum local quand elle le juge néces­saire (« Faut-il agran­dir ou amé­na­ger telle salle ? », « Vou­­lez-vous construire plu­sieurs nou­velles salles ? », etc.). Les déci­sions prises lors de tels réfé­ren­dums s’im­posent à toutes les autorités.

    « Le secret de l’ac­tion, c’est de com­men­cer » : ce brouillon d’ar­ticle, qui vou­drait fina­le­ment for­ma­li­ser et garan­tir notre droit de réunion, n’est qu’un pre­mier jet, bien sûr, et je vous invite (fra­ter­nel­le­ment) à le cor­ri­ger, le com­plé­ter, l’a­mé­lio­rer, en toute liberté.
    La syn­chro­ni­ci­té de ma réflexion avec les reproches de Syl­vain est amu­sante, je trouve. Pen­dant que Syl­vain rédi­geait une sorte d’in­ter­pel­la­tion pour me repro­cher de ne pas don­ner d’im­por­tance au droit fon­da­men­tal pour le peuple de dis­po­ser de lieux pour se réunir libre­ment à tout moment, au même moment, je tâchais dans mon coin de for­ma­li­ser un article de consti­tu­tion pré­ci­sé­ment sur ce sujet… Comme on dit en bla­guant, les grands esprits se ren­contrent 🙂
    Voi­ci donc le billet de Syl­vain en ques­tion, ami­ca­le­ment réprobateur :

    Réponse courte et conjointe à Etienne Chouard et Frédéric Lordon

    Courte, car je ne vais pas ré-écrire tout ce qu’il y a dans ce site et tout ce que j’é­cris depuis des années. Mais Étienne a mar­qué ceci récem­ment (20÷11÷15) sur son blog :
    etienne chouard

    « Vous avez été des mil­liers (et des mil­liers), à aimer et à par­ta­ger le pré­cé­dent billet, qui résu­mait cette véri­té, bien d’actualité : « Une consti­tu­tion digne de ce nom (d’origine popu­laire) per­met­trait à un peuple digne de ce nom (com­po­sé de citoyens consti­tuants) de s’opposer aux repré­sen­tants qui veulent lui impo­ser la guerre. » POURTANT, mal­gré cet élan spon­ta­né (pour l’idée de nous auto-consti­­tuer), vous n’êtes PAS — pas encore — des mil­liers (et des mil­liers) à vous entraî­ner, pied à pied, « pour de vrai », à consti­tuer 🙁 Mais qu’est-ce qui vous retient donc ? Qu’est-ce qui vous empêche, vous per­son­nel­le­ment, de pas­ser à l’acte, mas­si­ve­ment, puisque vous pou­vez le faire libre­ment (pour l’instant) ? Si vous trou­vez (le frein qui nous gêne), soyez gen­tils de m’en parler. »

    Ce frein (qui est un mur) est expli­ci­té en long en large et en tra­vers, via les idées de « Désco­la­ri­sa­tion » pré­sentes ici, et dans les têtes et papiers de Syl­vain et Mathilde. Un ate­lier consti­tuant doit pou­voir se dérou­ler dans l’es­pace com­mun (l’es­pace public) ! Le cas échéant, il ne s’a­gi­ra que d’une dis­cus­sion pri­vée, éso­té­rique (au sens éty­mo­lo­gique de ce mot), vécue par une ou plu­sieurs hétai­ries phi­lo­so­phiques. Le fait d’être « consti­tuant » doit être en lien avec l’es­pace public (espace com­mun, à vrai dire). Car c’est le peuple qui est consti­tuant en démo­cra­tie, et non telles ou telles bandes privées.
    Ce à quoi Étienne répon­dra cer­tai­ne­ment à peu près ceci (« l’an­tienne d’É­tienne » disait-il lui-même) : « Non ! Vous pou­vez le faire par­tout : chez vous, dans un ascen­seur, au bis­trot, au bureau et même aux chiottes ! Il suf­fit d’être au moins deux ! « . Je pense au plus pro­fond de moi-même qu’Étienne se trompe cruel­le­ment sur ce point : un ate­lier consti­tuant digne de ce nom, doit se tenir dans l’es­pace public ! Pour­quoi ? Car la consti­tu­tion concerne la chose publique et le peuple. Dans les lieux pri­vés : il n’y aura jamais le peuple (l’I­dée de peuple) et il ne s’a­gi­ra jamais — c’est une lapa­lis­sade — d’es­pace public ! Pour que Mamie Josette, tante Ursule, le vieux Robert, Mon­sieur tout-le-monde, s’in­té­ressent à la consti­tu­tion, les ate­liers consti­tuants doivent se tenir dans l’es­pace public. Le cas échéant, Nico, Valen­tin, Syl­vie, et Benoît (des gen­tils virus, des mili­tants d’ex­trême gauche, de l’U­PR et des alters per­ma­cul­teurs, adeptes des couches lavables et du reve­nu de base, ou autres bobos culti­vés) conti­nue­ront tout seul dans leur coin, avec les membres de leur club phi­lo­so­phique, à s’in­té­res­ser à la constitution.
    Or l’es­pace public est volé, actuel­le­ment, par l’o­li­gar­chie. Nous devons d’a­bord « arra­cher » nos espaces. Curieux, vrai­ment très curieux, qu’Étienne n’aille jamais sur ce point (je ne sous-entends rien de spé­cial, mais je trouve ça juste hal­lu­ci­nant que le sujet ne vienne jamais). Étienne répon­drait sûre­ment : « nous devons d’a­bord ré-écrire la consti­tu­tion pour que l’o­li­gar­chie nous res­ti­tue ce qui nous appar­tient ». Com­ment ne pas voir ce bon vieux ser­pent qui se mord la queue ? Pour­tant, nous savons très bien que le véri­ta­ble­ment com­men­ce­ment c’est quand les gens se ré-appro­­prient les espaces com­muns pour prendre la parole et faire de la poli­tique ensemble.
    lordonFré­dé­ric Lor­don, qui a four­ni récem­ment une excellent tri­bune sur la situa­tion (a)politique actuelle conclut, ÉVIDEMMENT, à la néces­si­té abso­lue de se ras­sem­bler dans l’es­pace public ! Mais, très grave erreur, pour lui, comme pour des mil­liards de cer­veaux for­ma­tés, l’Es­pace public, c’est tou­jours sinis­tre­ment « LA RUE ». Com­ment ne pas voir, ne pas entendre, le pathé­tique-larme-à‑l’oeil tein­té de reli­gio­si­té, avec lequel la grande majo­ri­té des « mili­tants gau­chistes » pro­nonce l’ex­pres­sion « LA RUE ! » . Ne nous lais­sons donc pas ber­ner par ce puis­sant affect-triste !! (pour reprendre un concept pour­tant si bien malaxé par Lor­don). Nous devons trou­ver le che­min d’un affect doux et joyeux concer­nant « les com­muns », et « la rue » ne sera alors qu’une très maigre por­tion des « com­muns » (soit-dit en pas­sant : la rue, de nos jours, est en prime un des ter­ri­toires pri­vi­lé­giés du capi­ta­lisme : règne de la bagnole, du béton, de l’ar­ti­fi­ciel et des com­merces (et du sécu­ri­taire réga­lien). Voi­ci les trois der­nières phrases de sa tri­bune (qui sont sinistres, contrai­re­ment au reste du billet) :

    Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous ver­rons bien.

    C’est-à-dire que le pro­gramme selon Lor­don, ça serait ENCORE de se geler les couilles au pro­fit d’une pub mas­sive sur l’u­sage urbain à rude épreuve des tentes Que­shua de Déca­thon. Il s’a­gi­rait encore, selon Lor­don, qu’on se regroupe sur le béton et dans le froid, comme des SDF, avec du vin chaud et des soupes au moins pour se ras­su­rer, créer une illu­sion de fra­ter­ni­té retrou­vée, et afin d’or­ga­ni­ser la Révo­lu­tion…  (??) Bizarre… ! Pro­gramme que nous connais­sons par cœur : épui­se­ment des moti­va­tions, situa­tion qui ne per­met abso­lu­ment pas d’être effi­caces col­lec­ti­ve­ment sur tous les plans : maté­riel­le­ment et intel­lec­tuel­le­ment. Situa­tion en forme de courbe de gauss (en cloche), qui monte agréa­ble­ment, qui atteint son extre­mum (ce qui est auto­ri­sé) et qui redes­cend comme c’est mon­té. Oui, il faut conclure comme Lor­don à la néces­si­té abso­lue de se ras­sem­bler dans l’es­pace public ! Mais à par­tir de là, il fau­drait dire ce qu’est véri­ta­ble­ment l’es­pace public et dire que c’est infi­ni­ment plus que « LA RUE », dire que toutes les salles muni­ci­pales éclai­rées et chauf­fées c’est sur­tout cela l’es­pace-public, dire que c’est de cela dont nous avons besoin pour orga­ni­ser notam­ment les « ate­liers consti­tuants » à la Chouard, mais pas seule­ment. Nous avons aus­si besoin de ces espaces pour faire jaillir une éga­li­té d’ex­pres­sion tous azi­muts ! Des intel­los comme Chouard ou Lor­don devraient pour­tant savoir que tous les vrais bas­cu­le­ments social-his­­to­­riques ver­tueux et construc­tifs sont tou­jours mar­qués par le jaillis­se­ment un peu par­tout de la parole de ceux qui en étaient pri­vés, et pré­ci­sé­ment dans les lieux où ils étaient pri­vés de parole.
    Bref, c’est bien curieux… Chouard et Lor­don, tout en allant comme d’hab dans le bon sens, demeurent conjoin­te­ment en-deça d’une ligne sym­bo­lique qui m’ap­pa­raît bien nette, comme le nez au milieu de la figure !
    Nous devons rede­ve­nir des hommes poli­tiques au sens athé­nien de la chose, oui sieur Lor­don et sieur Chouard ! Mais le pre­mier nous dit que ça se peut se faire dans l’ascenseur ou au ciné­ma, et le deuxième, pos­sé­dé par « un affect-triste » (rap­port au monde qu’il dénonce pour­tant dans des bou­quins), que ça doit se faire dans « LA RUE !  » Non et non !! Ils se trompent, et peut-être sans le vou­loir, ils nous trompent ! Le pro­ces­sus néces­saire doit se faire dans « LES COMMUNS », dans une culture retrou­vée et actua­li­sée du « com­mun », et leur recon­quête cultu­relle et maté­rielle doit être la prio­ri­té des priorités !!!
    Donc, tout ceci nous amène, ni dans l’as­cen­seur, ni sur le coin de table d’un res­tau, ni dans « La rue !! », mais dans des espaces muni­ci­paux : éclai­rés, convi­viaux et chauf­fés (voir le récent billet Espacemelimelo.barre (site fer­mé)) ou bien encore : nos conseils pour aider la désco­la­ri­sa­tion de la socié­té (site fermé)ou même la tota­li­té du site Déscolarisation) 
    Mer­ci DONC à tous (Lor­don et Chouard, y com­pris) de ces­ser avec L’INDIGNITÉ !!!! Nous valons mieux que ça !

    Peut-être que Chouard et Lor­don savent, plus ou moins incons­ciem­ment que lorsque « L’in­sur­rec­tion qui vient » vient vrai­ment, « ceux qui parlent plus que les autres et/ou à la place des autres « (dont Chouard et Lor­don font par­tie actuel­le­ment) , doivent s’ef­fa­cer auto­ma­ti­que­ment au pro­fit du Démos tout entier qui se met à par­ler… Ces deux-là veulent-il vrai­ment sacri­fier leur sta­tut actuel de tri­bun quelque-peu aris­tos, au pro­fit d’une réelle et intense acti­vi­tédémo-cra­tique ? (Chouard, je pense, est tout enclin pour se diri­ger vers cette sagesse ; Lor­don, je sais pas car je ne le connais pas du tout).
    P.S : ce billet n’est pas ce qu’on appelle une « charge » contre Étienne pour qui je demeure dans l’a­mi­tié totale. Ce n’est point non plus une charge contre Lor­don, chez qui j’ap­pré­cie la jus­tesse des ana­lyses, mais avec lequel je ne peux point par­ler d’a­mi­tié puisque nous ne sommes liés d’au­cune façon. Gros bisous aux deux dans tous les cas.

    Syl­vain Rochex
    Source : http://​des​co​la​ri​sa​tion​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​b​i​b​l​i​o​t​h​e​q​u​e​/​v​r​a​i​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​/​3​3​9​–​r​e​p​o​n​s​e​–​l​a​p​i​d​a​i​r​e​–​a​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​e​t​–​f​r​e​d​e​r​i​c​–​l​o​r​don

     
    Lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​2​7​3​7​6​3​3​7​317

    Une constitution digne de ce nom permettrait à un peuple digne de ce nom d’empêcher (à tout moment, souverainement) les représentants de lui imposer un « état d’urgence » non nécessaire et des violences arbitraires.

    Une consti­tu­tion digne de ce nom (d’o­ri­gine popu­laire et sous contrôle popu­laire) per­met­trait à un peuple digne de ce nom (entraî­né à consti­tuer et donc à se faire res­pec­ter) d’empêcher (à tout moment, sou­ve­rai­ne­ment) les repré­sen­tants du moment d’im­po­ser un « état d’ur­gence » non néces­saire et des vio­lences arbitraires.

    Si nous ne sommes pas des citoyens puis­sants (mais seule­ment des élec­teurs impuis­sants), c’est parce que nous sommes indif­fé­rents aux pro­ces­sus constituants.

    Tout pou­voir va jus­qu’à ce qu’il trouve une limite.
    Sans limites, les pou­voirs nous condui­ront à nou­veau à la guerre, et aux camps. For­cé­ment. Méca­ni­que­ment. On est déjà dans ce mouvement.

    C’est NOTRE res­pon­sa­bi­li­té de défi­nir et d’im­po­ser des limites aux pouvoirs.
    Un vrai citoyen est constituant.
    Sinon, poli­ti­que­ment, c’est un enfant.

    Allez… Tâchez au moins de com­men­cer. Entraî­­nez-vous à consti­tuer, pre­nez une feuille de papier…

    Et si cela vous plaît, faites passer.

    Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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    [Edit] (Rap­pel pour les 65 000 nou­veaux venus depuis un an 🙂 )
    • Réflexion sur le (très néces­saire) contrôle popu­laire des forces armées dont le peuple a besoin :
    httpv://youtu.be/k0fHC0iyouU

    • Res­sources variées pour orga­ni­ser et nour­rir vos propres ateliers :
    http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

    • L’ac­tuel pro­jet (péda­go­gique) du PLAN C (un exemple de ce que pour­rait être une Consti­tu­tion Citoyenne) :
    http://​wiki​.gen​tils​vi​rus​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​C​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​_​W​i​k​i​_​E​t​i​e​n​n​e​_​C​h​o​u​ard
    Vous pou­vez l’im­pri­mer et la com­men­ter, la cor­ri­ger, ça peut vous aider à com­men­cer (à constituer).

    • L’ac­tuelle anti-consti­­tu­­tion fran­çaise et l’an­ti-consti­tu­tion européenne
    (je vous laisse trou­ver les liens tout seul 🙂 )
    Vous pou­vez y cher­cher la puis­sance du peuple, article par article (vous allez cher­cher long­temps 🙂 ) et là aus­si, vous pou­vez corriger/annoter/compléter… en citoyen adulte (ce que vous ne pou­vez pas faire en tant qu’é­lec­teur enfant).

    Bon entraî­ne­ment 🙂
    Et n’ou­bliez pas d’être contagieux…

    Cinq leçons de l’expérience ratée de l’Islande dans la création d’une constitution écrite par les citoyens, par Hélène Landemore

    Je vous signale ce texte très inté­res­sant qui vient d’être publié sur le blog de « 123REVEUR » :

    Nous, tous les gens du Peuple.
    Cinq leçons de l’expérience ratée de l’Islande dans la créa­tion d’une consti­tu­tion écrite par les citoyens. Par Hélène Landemore.

    Qui doit rédi­ger la consti­tu­tion d’un pays démo­cra­tique, et par consé­quent de tous les pays ? La réponse semble évi­dente : ses habi­tants. Pour­tant, les consti­tu­tions des États exis­tants, y com­pris ceux démo­cra­tiques, ont géné­ra­le­ment été écrites par des petits sous-ensembles peu repré­sen­ta­tif d’individus. Solon est cen­sé avoir à lui seul posé les fon­de­ments de la démo­cra­tie athé­nienne. La Consti­tu­tion amé­ri­caine a été écrite par quelques dizaines d’hommes blancs. Dans les exemples plus récents de pro­ces­sus consti­tu­tion­nel, seules les élites habi­tuelles sont impli­quées : les poli­ti­ciens pro­fes­sion­nels et les bureau­crates de l’État. Au mieux, des élus ou rédac­teurs consti­tu­tion­nels démo­cra­ti­que­ment auto­ri­sés repré­sentent méta­pho­ri­que­ment « Nous, le peuple. »

    Non seule­ment les pro­ces­sus consti­tu­tion­nels typiques sont exclu­sifs et éli­tistes, mais ils ont aus­si ten­dance à être carac­té­ri­sé par un manque total de trans­pa­rence. Les Pères Fon­da­teurs amé­ri­cains ont inten­tion­nel­le­ment gar­dé leurs déli­bé­ra­tions cachées du public pour essayer de se pro­té­ger des pas­sions popu­laires. Même les théo­ri­ciens poli­tiques contem­po­rains tels que Jon Elster insistent pour que le pro­ces­sus consti­tu­tion­nel idéal soit en forme de sablier, avec des moments de consul­ta­tion lar­ge­ment ouverts en amont et en aval de la rédac­tion, mais avec une par­tie cen­trale très étroite, cor­res­pon­dant au moment exclu­sif et fer­mé de l’écriture réelle par une élite.

    L’expérience récente en Islande de rema­nie­ment de la consti­tu­tion a remis en cause les hypo­thèses qu’un pro­ces­sus consti­tu­tion­nel doit être exclu­sif et opaque. En 2013, ce pays est pas­sé très près d’inscrire dans son droit consti­tu­tion­nel le texte écrit de la façon la plus inclu­sive et trans­pa­rente du monde. Cette expé­rience, sur­nom­mé en anglais « crowd­sour­ced consti­tu­tion », devrait être une source d’espoir et d’inspiration pour les gens autour du globe qui veulent écrire ou ré-écrire leur propre contrat social.

    Le pro­ces­sus consti­tu­tion­nel islan­dais com­pre­nait trois carac­té­ris­tiques ori­gi­nales. La pre­mière, sous le nom de Forum Natio­nal, est une consul­ta­tion en amont du pro­ces­sus, par un groupe démo­gra­phi­que­ment repré­sen­ta­tif de 950 citoyens, choi­sis qua­si­ment au hasard par­mi la popu­la­tion. Ces citoyens ont été ras­sem­blés durant toute une jour­née et il leur a été deman­dé d’énumérer les prin­cipes et valeurs qu’ils aime­raient voir inté­grés dans la Consti­tu­tion islan­daise. Ils ont iden­ti­fié, entre autres, les droits de l’Homme, la démo­cra­tie, la trans­pa­rence, l’égalité d’accès aux soins et à l’éducation, un sec­teur finan­cier plus for­te­ment régle­men­té, et la pro­prié­té publique des res­sources natu­relles islandaises.

    La deuxième par­ti­cu­la­ri­té de ce pro­ces­sus est une assem­blée de rédac­teurs de la consti­tu­tion sélec­tion­née par­mi un groupe de 522 citoyens, excluant déli­bé­ré­ment les poli­ti­ciens pro­fes­sion­nels (dis­cré­di­tés aux yeux du public depuis la crise finan­cière de 2008). L’assemblée résul­tante était carac­té­ri­sée par une rela­tive pari­té de genre (10 femmes et 15 hommes), et une diver­si­té de pro­fes­sions, allant au delà des méde­cins et avo­cats habi­tuels, com­pre­nant un agri­cul­teur, un pas­teur, un direc­teur de musée d’art, un ani­ma­teur de radio, un pré­sident de syn­di­cat, un porte-parole des consom­ma­teurs, un étu­diant et un cinéaste. La pré­sence de Frey­ja Harald­sdót­tir, une mili­tante des droits de l’homme tou­chée par la mala­die des os de verre, illus­tra remar­qua­ble­ment que la sou­ve­rai­ne­té popu­laire ne doit pas être repré­sen­tée que par les hommes valides, d’âge moyen en cos­tume et cravate.

    La troi­sième par­ti­cu­la­ri­té du pro­ces­sus islan­dais est la déci­sion prise par ces 25 rédac­teurs consti­tu­tion­nels d’utiliser les médias sociaux pour ouvrir le pro­ces­sus à l’ensemble des citoyens et recueillir des com­men­taires sur les 12 pro­jets suc­ces­sifs. Toute per­sonne inté­res­sée par le pro­ces­sus consti­tu­tion­nel était en mesure de com­men­ter le texte en uti­li­sant les médias sociaux comme Face­book et Twit­ter, ou en uti­li­sant le cour­rier élec­tro­nique et le cour­rier régu­lier. Au total, cette phase d’écriture col­lec­tive géné­ra envi­ron 3.600 com­men­taires pour un total de 360 sug­ges­tions. Bien que la foule n’a pas au final « écrit » elle même la consti­tu­tion, elle a four­ni des contri­bu­tions pré­cieuses. Par­mi celles-ci se trouve la pro­po­si­tion Face­book d’établir un droit consti­tu­tion­nel à Inter­net, qui a abou­ti à l’article 14 de la pro­po­si­tion finale.

    Enfin, le carac­tère inclu­sif du pro­ces­sus a été ren­for­cé par un niveau de trans­pa­rence qui, bien que limi­té, était sans pré­cé­dent. Par exemple, le dérou­le­ment du Forum Natio­nal a été dif­fu­sé sur inter­net en strea­ming pour que tout le monde puisse le suivre. De même, alors que le tra­vail des membres du Conseil Consti­tu­tion­nel s’est dérou­lé prin­ci­pa­le­ment à huis clos, il incluait des réunions ouvertes au public, qui ont été fil­mées, enre­gis­trées et dif­fu­sées sous forme de fichiers PDF sur la plate-forme en ligne du Conseil.

    La pro­po­si­tion consti­tu­tion­nelle résul­tante a été approu­vée en tant que base d’une consti­tu­tion future par les deux tiers des élec­teurs au cours d’un réfé­ren­dum en Octobre 2012, mais le pro­jet de loi qui repo­sait sur elle a fina­le­ment été blo­qué par le Par­le­ment au prin­temps sui­vant. Ce résul­tat, bien que déce­vant, est loin de prou­ver que les pro­cé­dés démo­cra­tiques consti­tu­tion­nels sont voués à l’échec. Puisque l’on peut espé­rer que d’autres seront expé­ri­men­tés dans le futur, la ques­tion devient : que peut-on apprendre de l’expérience islan­daise ? Cinq leçons semblent par­ti­cu­liè­re­ment impor­tantes pour toute nation qui aurait l’intention de s’y mettre.

    1. Pla­ni­fiez soigneusement.

    Il est impor­tant de sou­li­gner ce point, tant cer­tains aspects de l’expérience islan­daise sem­blaient un peu trop impro­vi­sés. Par exemple, lorsque les élec­tions à l’assemblée consti­tuante ont eu lieu, on ne savait pas ce qui se pas­se­rait une fois son tra­vail ter­mi­né. Le Par­le­ment fera-t-il de nou­velles révi­sions du texte ? Fera-t-elle l’objet d’un réfé­ren­dum ? Il est plus dif­fi­cile pour la popu­la­tion de com­prendre et de prendre le pro­ces­sus au sérieux s’il semble mal pla­ni­fié. De même, lorsque le choix se porte sur un mode de concep­tion de type crowd­sour­cing, les moyens doivent être alloués en consé­quence. Alors que le moment de crowd­sour­cing aurait pu conduire à une libé­ra­tion de la boucle de rétro­ac­tion ver­tueuse entre la foule et le Conseil Consti­tu­tion­nel, ce der­nier ne sem­blait pas avoir le temps, les outils ou la for­ma­tion néces­saires pour trai­ter soi­gneu­se­ment les entrants de la foule, expli­quer com­ment il les pre­naient en compte, et for­mu­ler des réponses argu­men­tées au public.

    2. Jus­ti­fiez publi­que­ment (et si pos­sible en débattre) des choix de concep­tion des procédures.

    Dans la mesure où un pro­ces­sus consti­tu­tion­nel vise à être inclu­sif et trans­pa­rent, il faut que les choix de concep­tion clés le soient aus­si. Dans le cas des islan­dais, plu­sieurs choix sem­blaient un peu arbi­traire. Par exemple, il n’est pas clair pour­quoi le Forum Natio­nal a favo­ri­sé des pra­tiques d’agrégation d’opinion plu­tôt que des pra­tiques de déli­bé­ra­tion, ou pour­quoi l’assemblée consti­tu­tion­nelle com­pre­nait 25 membres élus, par oppo­si­tion à, disons, 100 membres choi­sis au hasard. Davan­tage d’efforts à jus­ti­fier les choix de concep­tion par avance auraient pro­ba­ble­ment aug­men­té la qua­li­té ain­si que la légi­ti­mi­té, la lisi­bi­li­té et la cré­di­bi­li­té du pro­ces­sus. À cet égard, il pour­rait en fait avoir été une bonne idée de faire un exa­men de la par­tie du pro­ces­sus du Forum Natio­nal, ou uti­li­ser le crowd­sour­cing aus­si à ce stade précoce.

    3. Soyez conscient des condi­tions du changement.

    Dans l’expérience islan­daise, le réfé­ren­dum popu­laire était l’une des trois étapes que devait fran­chir la pro­po­si­tion de consti­tu­tion avant d’être adop­tée, et le résul­tat posi­tif de ce réfé­ren­dum n’était même pas contrai­gnant. Les deux autres étapes, soit l’approbation par le par­le­ment en place puis par celui post élec­to­ral, étaient pro­ba­ble­ment de trop. Étant don­né que les condi­tions de chan­ge­ment consti­tu­tion­nel ne font eux-mêmes géné­ra­le­ment pas l’objet de débat (étant dic­tés par la Consti­tu­tion actuelle), il aurait été plus sage d’avoir l’objectif moins ambi­tieux de révi­ser quelques articles clés plu­tôt que de réécrire l’ensemble du docu­ment. La situa­tion est dif­fé­rente pour un pays qui rédige sa consti­tu­tion pour la pre­mière fois.

    4. Ne pas essayer de contour­ner entiè­re­ment les autres ins­ti­tu­tions repré­sen­ta­tives existantes.

    Les membres du Conseil consti­tu­tion­nel se consi­dé­raient comme étant en dehors du sys­tème exis­tant et en lutte contre ses élites retran­chées. Cette posi­tion aurait peut-être été gagnante juste après la crise, mais sur le long terme, elle a nuis à leur légi­ti­mi­té et mis en péril leur tra­vail. Le pro­ces­sus islan­dais a ain­si souf­fert de l’antagonisme avec plu­sieurs acteurs clés : La Cour suprême, qui a annu­lé la pre­mière assem­blée consti­tuante élue en Jan­vier 2011 pour ce qui sem­blait être des irré­gu­la­ri­tés de pro­cé­dure mineures durant les élec­tions ; le Par­ti libé­ral, qui a dénon­cé l’ensemble du pro­ces­sus comme illé­gi­time depuis le début ; la com­mu­nau­té uni­ver­si­taire, qui n’a pas ces­sé d’exprimer son scep­ti­cisme quand à la com­plexi­té du pro­ces­sus ; et les médias, qui l’ont igno­ré la plu­part du temps. Le suc­cès de tout pro­ces­sus consti­tu­tion­nel est lar­ge­ment tri­bu­taire du ral­lie­ment des prin­ci­paux acteurs poli­tiques et du main­tien de sa légi­ti­mi­té sur toute sa durée.

    5. Uti­li­sez sage­ment les experts.
    Le rôle des consul­­tants-experts dans le pro­ces­sus devrait être cla­ri­fié dans une sen­sible divi­sion du tra­vail en col­la­bo­ra­tion avec, en par­ti­cu­lier, les membres de l’assemblée consti­tu­tion­nelle. Avoir impli­qué des magis­trats dans la for­mu­la­tion de la pro­po­si­tion consti­tu­tion­nelle Islan­daise était pro­ba­ble­ment une bonne idée (pour s’assurer d’un voca­bu­laire pré­cis et com­pa­tible avec les trai­tés inter­na­tio­naux), mais à plu­sieurs reprises cela s’est ter­mi­né par une dis­tor­sion de l’intention des rédac­teurs. Les inter­ven­tions des experts n’étaient pas seule­ment une vio­la­tion de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire, mais ils ont aus­si objec­ti­ve­ment dégra­dé la qua­li­té de la proposition.
    Bien que cela n’a résul­té d’aucun chan­ge­ment consti­tu­tion­nel actuel, l’expérience Islan­daise a défi­ni­ti­ve­ment mis à l’épreuve la vision d’un pro­ces­sus consti­tu­tion­nel exclu­sif et secret, créant un pré­cé­dent pour un pro­jet plus démo­cra­tique. Espé­rons que cela ins­pi­re­ra davan­tage d’expérimentations de la sorte dans un futur proche.

    Hélène Lan­de­more est fran­çaise, diplô­mée de Har­vard et pro­fes­seur assis­tant en science poli­tique à Yale (États-Unis).

    Source anglais : http://​www​.slate​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​t​e​c​h​n​o​l​o​g​y​/​f​u​t​u​r​e​_​t​e​n​s​e​/​2​0​1​4​/​0​7​/​f​i​v​e​_​l​e​s​s​o​n​s​_​f​r​o​m​_​i​c​e​l​a​n​d​_​s​_​f​a​i​l​e​d​_​c​r​o​w​d​s​o​u​r​c​e​d​_​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​_​e​x​p​e​r​i​m​e​n​t​.​h​tml

    Mer­ci beau­coup à Oli­vier P pour la tra­duc­tion de cet article impor­tant, je ne te connais pas mais je t’aime mec <3

    Appro­fon­dir : Uto­pie per­due, leçons d’Islande, par Sma­ri McCar­thy (Par­ti Pirate Islandais).

    Source : https://​pou​voi​rau​peuple​.word​press​.com/​2​0​1​5​/​1​1​/​2​5​/​c​i​n​q​–​l​e​c​o​n​s​–​d​e​–​l​e​x​p​e​r​i​e​n​c​e​–​r​a​t​e​e​–​d​e​–​l​i​s​l​a​n​de/

    Fil de com­men­taires sur Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​8​1​1​5​2​9​7​1​2​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

    [On passe à l’acte] Prochains ateliers constituants, demain samedi et plus tard, à Paris, à Nancy et ailleurs…

    Chers vous tous 🙂

    Vous avez été des mil­liers (et des mil­liers), à aimer et à par­ta­ger le pré­cé­dent billet, qui résu­mait cette véri­té, bien d’ac­tua­li­té : « Une consti­tu­tion digne de ce nom (d’origine popu­laire) per­met­trait à un peuple digne de ce nom (com­po­sé de citoyens consti­tuants) de s’opposer aux repré­sen­tants qui veulent lui impo­ser la guerre. »

    POURTANT, mal­gré cet élan spon­ta­né (pour l’i­dée de nous auto-consti­­tuer), vous n’êtes PAS — pas encore — des mil­liers (et des mil­liers) à vous entraî­ner, pied à pied, « pour de vrai », à constituer 🙁

    Mais qu’est-ce qui vous retient donc ?
    Qu’est-ce qui vous empêche, vous per­son­nel­le­ment, de pas­ser à l’acte, mas­si­ve­ment, puisque vous pou­vez le faire libre­ment (pour l’instant) ?
    Si vous trou­vez (le frein qui nous gêne), soyez gen­tils de m’en parler.

    Demain same­di et les semaines sui­vantes, auront lieu des ate­liers consti­tuants : l’un à Paris (le 2111), l’autre à Nan­cy (fin de semaine pro­chaine, date à fixer), et d’autres encore, par­fois délo­ca­li­sés (sur Inter­net) (des­cen­dez dans la page pour voir les ‘Tâches réa­li­sées’, l’in­croyable ‘Calen­drier’, triable à volon­té.

    • For­mu­laire d’ins­crip­tion à l’a­te­lier de demain same­di (21 nov. 2015), à Paris :

    • Le 29 novembre (pro­ba­ble­ment), il y a un ate­lier pré­vu à Nancy :
    https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​5​0​6​6​7​5​8​5​6​1​8​0​2​44/

    • Le 5 décembre, il y a une ate­lier consti­tuant orga­ni­sé sur le net :
    https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​9​9​1​9​7​7​1​6​9​4​6​2​52/
    http://​wiki​.gen​tils​vi​rus​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​C​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​:​pad

    J’es­père que vous y serez nom­breux, et que vous allez nous déni­cher (et nous signa­ler) des libel­lés que nous pour­rons tous réutiliser 🙂

    MAIS, si vous êtes loin de Paris et de Nan­cy, OU si vous n’êtes pas libre ce same­di, vous pou­vez, non, VOUS DEVRIEZ créer vous-même votre propre ate­lier, un MINI-ate­­lier, tout seul ou à deux ou à trois, avec vos amis et avec un incon­nu ou un voi­sin (pour ali­men­ter la conta­gion), où vous vou­lez, quand vous vou­lez, le temps que vous vou­lez, sur les articles que vous vou­lez, en appro­fon­dis­sant ou pas comme vous en jugez, EN ADULTE, auto­nome, en train de s’é­man­ci­per, sans y être auto­ri­sé, tout seul comme un grand, et/ou avec vos proches eux aus­si constituants.

    Je vous signale ici quelques pro­chains ate­liers consti­tuants ; faites-les connaître s’il vous plaît pour qu’ils soient bien conta­mi­nants ; mais n’ou­bliez pas que CE SONT VOS PROPRES ATELIERS, vos ini­tia­tives indi­vi­duelles, une myriade de mini-ate­­liers consti­tuants (popu­laires et conta­gieux), qui pré­pa­re­ront le mieux notre future éman­ci­pa­tion poli­tique.

    Repé­rez et signa­lez vos pro­chains ate­liers, MAIS AUSSI vos compte-ren­­dus (sans oublier 🙂 ) : sur le wiki des GV (qui est une mine inépui­sable de res­sources pré­cieuses pour bos­ser l’i­dée du Plan C), vous trou­ve­rez (dans le menu) à gauche un lien ‘Ate­liers consti­tuants’, puis, dans le som­maire (au milieu), un lien ‘Calen­drier’ (ce n’est pas tout à fait le même que le ‘Calen­drier’ du menu à gauche) qui vous per­met­tra, le plus sim­ple­ment du monde, de créer un nou­vel évé­ne­ment (signa­ler un pro­chain atelier) : 

    Le tout est de d’a­bord ‘s’ins­crire’ (créer un compte) et ‘se connec­ter’, pour pou­voir ensuite ‘Modi­fier’.

    N’ayez pas peur, vous ne pou­vez rien abî­mer ; le plus simple est d’essayer 🙂

    Mer­ci à tous, pour tout ce que vous faites, tous les jours un peu, comme des coli­bris, des coli­bris constituants 🙂

    Bien ami­ca­le­ment.

    Étienne.

    PS : quelques rap­pels de res­sources pour orga­ni­ser vos propres ateliers : 

    • Pré­pa­ra­tion d’un ate­lier consti­tuant : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant#Pr.C3.A9paration_d.27un_atelier_constituant

    • Aides et méthodes de délibération :
    http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant#Aides_et_M.C3.A9thodes_de_d.C3.A9lib.C3.A9ration

    • Etc. : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

    Et encore un argu­men­taire, bref, pour qu’on s’en occupe tous vrai­ment, main­te­nant, tout le temps :
    httpv://youtu.be/0Rg_8r9A43g

    [Éducation populaire] Guillemin nous rappelle « L’Été 1914 », une histoire essentielle pour comprendre aujourd’hui et la guerre qui vient

    C’est le 11 novembre, anni­ver­saire de la fin de la grande bou­che­rie de 14–18, la grande guerre des classes, pre­mier mas­sacre indus­triel des pauvres par les riches.

    Hier, j’é­cou­tais Guille­min (pour la dix mil­lième fois), et pré­ci­sé­ment il me par­lait de l’é­té 1914, période du déclen­che­ment du mas­sacre par les riches au pouvoir. 

    Et en écou­tant Guille­min, je me disais : « il fau­drait retrans­crire tout ça, mot pour mot ; tout y est impor­tant, pour que les enfants d’au­jourd’­hui com­prennent pour­quoi et com­ment on va les envoyer, encore une fois, de faire tuer à l’aide d’é­normes mensonges ».

    Je ne sais pas si un virus trou­ve­ra du temps et du cou­rage pour retrans­crire cette pré­cieuse vidéo, je l’es­père, mais en tout cas, je vous la signale, ci-des­­sous, et je vous la recom­mande chaleureusement.

    Pro­verbe du jour : Un citoyen malin, tous les matins, en allant au tur­bin, s’é­coute sans faute un bon petit Guille­min 🙂

    Hen­ri Guillemin :
    l’é­té 1914

    Autre lien pour cette vidéo : https://​you​tu​.be/​7​2​P​t​Z​v​e​–​Yvc
    _________

    Rap­pels :

    • J’ai com­po­sé une sorte de table des matières de tous les sons et images que nous avons de Guille­min ; c’est là :
    http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​5​/​0​4​/​2​1​8​–​h​e​n​r​i​–​g​u​i​l​l​e​m​i​n​–​e​x​p​l​i​q​u​e​–​r​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​–​e​t​–​l​e​s​–​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​e​s​_​l​a​–​f​a​u​s​s​e​–​e​t​–​l​a​–​v​r​aie

    • La série pas­sion­nante « L’autre avant-guerre (1871−1914) » est là :
    http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477314-l-autre-avant-guerre-1871–1914-.html

    ______________

    À pro­pos de Guille­min, je suis en train d’a­van­cer dou­ce­ment dans un petit livre que Patrick Rödel vient juste d’é­crire sur son oncle : « Les petits papiers d’Hen­ri Guille­min ». Patrick écrit bien, il nous montre un regard déca­lé (et donc bien inté­res­sant) sur un homme que nous sommes de plus en plus nom­breux à aimer.

    —–

    Pre­mier lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​8​7​0​7​3​6​1​2​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

    Deuxième lien (rap­pel 2016) :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​7​2​2​8​9​9​8​2​317

    Devenons citoyens ! Entretiens à propos d’une démocratie digne de ce nom :

    L’an pas­sé, le 20 février 2014, sous le ciel plu­vieux de Paris, j’ai évo­qué quelques idées qui me semblent impor­tantes avec « Deve­nons citoyens ! ».

    Pour que ces échanges res­tent bien vivants (et peut-être utiles aux nou­veaux venus), pour nous aider à nous pas­ser le mot entre nous (« ce n’est pas aux pro­fes­sion­nels de la poli­tique d’é­crire la consti­tu­tion, c’est à nous, c’est au peuple lui-même d’ins­ti­tuer la socié­té qu’il veut »), je réca­pi­tule ici (en un seul billet) les douze petites vidéos qui sont nées de cette rencontre :

    1 QUELS SONT LES DÉFAUTS DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF ? (5 min.)
    httpv://www.youtube.com/watch?v=1Xnz91l5DDU
    Com­men­taires : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​4​/​0​2​/​2​2​/​3​7​4​–​q​u​e​l​s​–​s​o​n​t​–​l​e​s​–​d​e​f​a​u​t​s​–​d​u​–​g​o​u​v​e​r​n​e​m​e​n​t​–​r​e​p​r​e​s​e​n​t​a​t​i​f​–​p​a​r​i​s​–​2​0​–​f​e​v​r​i​e​r​–​2​014

    2 QUELS SONT LES GRANDS PRINCIPES DE LA DÉMOCRATIE ? (5 min.)
    httpv://youtu.be/hJ9jc2-PHRg
    Com­men­taires : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​4​/​0​3​/​0​1​/​3​7​7​–​q​u​e​l​s​–​s​o​n​t​–​l​e​s​–​g​r​a​n​d​s​–​p​r​i​n​c​i​p​e​s​–​d​e​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

    3 LA RÉPUBLIQUE FAVORISE-T-ELLE LA DÉMOCRATIE ? (5 min.)
    httpv://youtu.be/u‑9aUejdKy4
    Com­men­taires : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​4​/​0​3​/​0​8​/​3​8​0​–​l​a​–​r​e​p​u​b​l​i​q​u​e​–​f​a​v​o​r​i​s​e​–​t​–​e​l​l​e​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

    4 LE PUBLIC AUX MAINS DES INTÉRÊTS PRIVÉS (4 min.)
    httpv://youtu.be/Gx2jhPH27dA
    Com­men­taires : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​4​/​0​3​/​1​6​/​3​8​2​–​l​e​–​p​u​b​l​i​c​–​a​u​x​–​m​a​i​n​s​–​d​e​s​–​i​n​t​e​r​e​t​s​–​p​r​i​ves

    5 INDIVIDUALISME ET DÉMOCRATIE : CE N’EST PAS UN PROBLÈME (7 min.)
    httpv://youtu.be/au04_85qNDQ
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​3​/​2​2​/​i​n​d​i​v​i​d​u​a​l​i​s​m​e​–​e​t​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​c​e​–​n​e​s​t​–​p​a​s​–​u​n​–​p​r​o​b​l​e​me/

    6 FAUT-IL UN « CHEF » DANS UNE DÉMOCRATIE ? (6 min.)
    httpv://youtu.be/-8adkgdYYL0
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​3​/​3​1​/​f​a​u​t​–​i​l​–​u​n​–​c​h​e​f​–​d​a​n​s​–​u​n​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

    7 COMMENT ÊTRE EFFICACE POUR RÉTABLIR UNE VRAIE DÉMOCRATIE ? (5 min.)
    httpv://youtu.be/O6RScXIpSZ0
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​4​/​0​5​/​c​o​m​m​e​n​t​–​e​t​r​e​–​e​f​f​i​c​a​c​e​–​p​o​u​r​–​r​e​t​a​b​l​i​r​–​u​n​e​–​v​r​a​i​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

    8 ÉTIENNE CHOUARD EST-IL UN GOUROU DE LA DÉMOCRATIE ? (6 min.)
    httpv://youtu.be/YlSlzmXrJsw
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​4​/​2​9​/​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​e​s​t​–​i​l​–​u​n​–​g​o​u​r​o​u​–​d​e​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

    9 QUI PEUT ÉCRIRE UNE CONSTITUTION ? (5 min.)
    httpv://youtu.be/L16AnwkkD6c
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​5​/​0​9​/​q​u​i​–​p​e​u​t​–​e​c​r​i​r​e​–​u​n​e​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​–​5​–​m​in/

    10 DÉMOCRATIE, RELIGIONS ET LAÏCITÉ (4 min.)
    httpv://youtu.be/jNhw2lC8PrM
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​5​/​1​7​/​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​r​e​l​i​g​i​o​n​s​–​e​t​–​l​a​i​c​i​te/

    11 COMMENT SE FINANCE UNE DÉMOCRATIE ? (10 min.)
    httpv://youtu.be/VZrMdW2_5vc
    Com­men­taires : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​5​/​2​7​/​c​o​m​m​e​n​t​–​s​e​–​f​i​n​a​n​c​e​–​u​n​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

    12 CONSEILS DE LECTURES ANTI-ESCLAVAGISTES (12 min.)
    httpv://youtu.be/YEOn39qClgs
    https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​6​/​1​0​/​c​o​n​s​e​i​l​s​–​d​e​–​l​e​c​t​u​r​e​s​–​a​n​t​i​–​e​s​c​l​a​v​a​g​i​s​t​es/
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    Lien Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​8​6​6​1​4​7​3​7​317

    Des problèmes d’élection ? L’impuissance n’est plus une fatalité !

    Témoi­gnage :

    A 45 ans, je redécouvre la vie d’Homme

    Pos­ted by Jérôme qui t’aime


    Musi­cien raté, gau­chiste mori­bond, ingé­nieur sou­mis, ouiouiste obs­ti­né, le ventre mou et la conscience géli­fiée, Jérôme Choain n’est pas à pro­pre­ment par­ler un homme sus­cep­tible de sus­ci­ter l’in­té­rêt de ses conci­toyens. C’est un homme nor­mal. Jus­qu’à ce que sa vie bas­cule. Il en parle en toute fran­chise, n’é­lude aucun détail de son inti­mi­té flap­pie. Un témoi­gnage rare :

    « J’allais aban­don­ner tout espoir. Je m’étais presque habi­tué à cette vie pas­sive, j’avais la démo­cra­tie en berne, j’étais rési­gné : je ne serai plus jamais un Homme.

    Et puis un jour un ami m’a conseillé un site. J’y suis allé sans grand espoir, les solu­tions miracles, on en a soupé.


    Ce fut un choc ! J’ai décou­vert des tas de gens qui avaient le même pro­blème élec­tile que moi, tous par­ta­geaient leur expé­rience avec beau­coup de géné­ro­si­té et de bien­veillance. Pas de prê­­chi-prê­­cha : du débat, du par­tage, de la ver­gogne, et tout cela tota­le­ment gra­tui­te­ment. En à peine 6 mois, j’avais retrou­vé la niac, ma femme n’en reve­nait pas, j’avais retrou­vé l’envie.

    Pour­tant ils n’ont pas man­qué les oiseaux de mau­vaise augure qui ont vou­lu salir mon désir de reprendre ma vie en main : “fais gaffe, c’est une secte”, “arrête de pen­ser, il y a des pro­fes­sion­nels pour ça”, “ne prend pas ça, ce sont des molé­cules popu­listes très dan­ge­reuses”, “Atten­tion aux effets secon­daires fas­ci­sants” et j’en passe…


    Cela fait des mois que je suis ce trai­te­ment tota­le­ment natu­rel et croyez moi, je ne me suis jamais sen­ti aus­si bien. Aucun effet secon­daire en dehors d’un trop plein d’échanges par­fois dif­fi­cile à juguler.

    Je me suis enfin réveillé, et je ne suis pas prêt de me rendormir !

    J’in­vite tous ceux qui souffrent à ten­ter l’ex­pé­rience : je ne demande pas de me croire sur parole, je pro­pose d’en par­ler, ensemble. »

    Source : jcfrog​.com/​d​e​m​o​c​r​a​c​y​4​all

    Fil Face­book : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​7​8​1​7​8​0​0​7​317

    Pourriture professionnelle chez les professionnels de la politique : un nouvel exemple écœurant

    Voi­ci ce que vient d’é­crire Flore Vas­seur sur son mur : 

    « Chers tous et toutes

    Il y a une semaine je vous pré­sen­tais mon tra­vail (film de 52 min sur Arte) sur l’action de Lar­ry Les­sig pour déga­ger l’action poli­tique de l’influence de l’argent.

    Après plu­sieurs expé­ri­men­ta­tions pour pla­cer ce sujet au cœur de la cam­pagne pré­si­den­tielle, il avait déci­dé de se pré­sen­ter lui même aux élec­tions. En un mois, il avait recueilli la mise de fond mini­mum auprès d’internautes et atteint le 1% néces­saire d’intention de vote pour faire par­tie des grands débats télé­vi­sés entre démo­crates, grand’messe incon­tour­nable des élec­tions. Le pro­chain débat démo­crate a lieu le 14 novembre et Les­sig, tech­ni­que­ment, devait en être.

    LE PARTI DÉMOCRATE A MODIFIÉ LUNDI LES RÈGLES D’ACCESSION À CES DÉBATS.
    Les­sig a annon­cé qu’il sus­pen­dait sa campagne. 
    Les idées puis­santes se remarquent à la résis­tance qu’elles déclenchent. 
    C’est tra­gique et sous nos yeux.

    Je doute que Les­sig ne s’arrête là. C’est David contre Goliath ver­sion fin de la démo­cra­tie amé­ri­caine. Je sais que ce sujet vous inté­resse. Orga­ni­sons nous pour que le sujet (de la cor­rup­tion endé­mique) ne passe pas à la trappe. 
    Au cas, voi­ci la ver­sion you­tube du film »

    httpv://youtu.be/C8dPFUpmc2Y
    ___

    Je pense à Flore​, qui se donne tant de mal depuis le début pour relayer auprès de nous ce com­bat cou­ra­geux de Lar­ry Les­sig contre la cor­rup­tion poli­tique. Elle doit être bien triste, en voyant le valeu­reux citoyen bâillon­né par les poli­ti­ciens professionnels. 

    C’est rageant. Ça confirme (s’il en était besoin) com­bien CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR. C’est à se dire que les pro­fes­sion­nels de la poli­tique sont onto­lo­gi­que­ment, dans leur être même, par nature et pour tou­jours, for­cé­ment, des enne­mis du peuple. On se retient de pen­ser cela, on se force à ne pas géné­ra­li­ser, mais cette pen­sée revient sans cesse, comme une évi­dence criante. 

    Je pense de plus en plus pro­fon­dé­ment qu’il n’y a pas de démo­cra­tie sans tirage au sort. L’é­lec­tion est pro­fon­dé­ment anti-démo­­cra­­tique, car elle conduit MÉCANIQUEMENT, fata­le­ment, à la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la poli­tique, pro­fes­sion­na­li­sa­tion qui est pré­ci­sé­ment le fléau que la démo­cra­tie (la vraie) cherche à tout prix à éviter.

    Je vous invite à décou­vrir (et relayer) le film pas­sion­nant que Flore a réa­li­sé pour nous racon­ter cette aven­ture (un film qui a été redif­fu­sé il y a quelques jours sur Arte). 

    Faites connaître tout ça autour de vous, si vous le jugez utile. 

    Le niveau monte.

    Mer­ci à tous, pour tout ce que vous faites (pour que le niveau conti­nue à monter) 🙂

    Étienne.

    Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​7​3​2​6​9​5​3​2​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

    Comment muter en citoyen adulte ?

    Un entre­tien au calme, en Lor­raine, avec un point de fixa­tion (un peu) ori­gi­nal (vers la fin), sur le fait que seul un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire ren­dra pos­sible l’ins­ti­tu­tion d’un État démo­cra­tique digne de ce nom, c’est-à-dire sou­mis à un contrôle citoyen quo­ti­dien et doté du pou­voir de créa­tion moné­taire et donc de la puis­sance d’un employeur en der­nier res­sort, gage de pros­pé­ri­té économique :

    httpv://youtu.be/GTk-nuX70MQ

    Mer­ci à Cathe­rine, tout par­ti­cu­liè­re­ment cette fois, et à tous ceux qui par­ti­cipent acti­ve­ment à l’en­se­men­ce­ment libé­ra­teur de notre grande com­mu­nau­té humaine avec l’i­dée d’auto-ins­­ti­­tu­­tion de la socié­té.

    Étienne.

    Le fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​6​6​0​8​6​8​1​2​317

    Rendez-vous à Metz et à Nancy, les 19 et 20 oct. 2015 : projections-débats autour du film Demokratia et ateliers constituants

    Je vous pro­pose de nous revoir encore une fois en chair et en os 🙂 à Metz et à Nan­cy cette fois, la semaine pro­chaine, autour de pro­jec­tions publiques du film Demo­kra­tia, réa­li­sé par Pablo Girault-Laza­­ré et Thier­ry Kru­ger, et pour ani­mer ensemble des ate­liers constituants.


    Tea­ser DEMOKRATIA (Projection/Débats) par cine­qua­prod

    Le pro­gramme :
    http://​lor​raine​.gen​tils​vi​rus​.org/​e​v​e​n​e​m​e​n​t​/​p​r​o​j​e​c​t​i​o​n​s​d​e​b​a​t​s​–​d​u​–​f​i​l​m​–​d​e​m​o​k​r​a​t​i​a​–​e​t​–​a​t​e​l​i​e​r​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​ts/

    L’an­nonce sur Facebook : 
    https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​4​1​9​2​4​9​6​6​8​2​8​4​6​30/

    Pen­sez à appor­ter du papier et de quoi écrire 🙂
    Pen­sez aus­si à invi­ter des proches et des voi­sins, pour ali­men­ter la conta­gion (de la muta­tion d’é­lec­teurs obéis­sants en citoyens constituants).

    Au plai­sir de vous rencontrer.

    Étienne.

    (Fil FB de ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​4​2​8​0​3​2​3​2​317

    [Mise à jour 11 novembre 2015 : ]

    Pro­­jec­­tion-débat « DEMOKRATIA » à Metz, en… par cine­qua­prod

    « Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! » L’édito de Charles SANNAT, à propos de Jacques DUBOIN

    Charles San­nat tient un blog que je trouve sou­vent bien inté­res­sant, qui s’ap­pe­lait « Le Contra­rien Matin » et qui s’ap­pelle depuis peu « Inso­len­tiae ».

    Charles a débus­qué sur mon (ancien) blog (qui est une vraie mine pour ceux qui ont la patience d’y far­fouiller) un article où je vous signa­lais (en 2007) une mer­veille, un livre enthou­sias­mant, de Jacques DUBOIN : « LA GRANDE RELÈVE des hommes par la Machine ».

    Voi­ci la réac­tion de Charles, ce matin, à cette découverte :

    Source : http://​inso​len​tiae​.com/​2​0​1​5​/​1​0​/​1​4​/​l​e​–​c​h​o​m​e​u​r​–​a​u​–​l​i​e​u​–​d​e​t​r​e​–​l​a​–​r​a​n​c​o​n​–​d​e​–​l​a​–​s​c​i​e​n​c​e​–​d​e​v​r​a​i​t​–​e​n​–​e​t​r​e​–​l​a​–​r​e​c​o​m​p​e​n​s​e​–​l​e​d​i​t​o​–​d​e​–​c​h​a​r​l​e​s​–​s​a​n​n​at/

    « Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! »

    L’édito de Charles SANNAT !

    Mes chères imper­ti­nentes, mes chers impertinents,

    Cet édi­to est long, j’espère sim­ple­ment que vous ne vous décou­ra­ge­rez pas, car il recèle quelques petits tré­sors qui  devraient ravir vos esprits contra­riens, inso­lents et impertinents.

    « Le chô­meur, au lieu d’être la ran­çon de la science, devrait en être la récom­pense »… oui le chô­meur devrait-être la récom­pense du pro­grès humain. Il devrait être célé­bré comme le suc­cès entier de la réus­site de l’humanité vers un monde affran­chi du tra­vail et dont la vie de l’homme n’aurait plus à se résu­mer à une longue lutte pour assu­rer sa sur­vie quotidienne.

    Le chô­meur, l’homme sans néces­si­té de tra­vailler est l’aboutissement logique de notre pro­ces­sus d’évolution.

    C’était un 11 jan­vier. Ber­nard Maris, éco­no­miste per­dait la vie lors de l’attaque de Char­lie Heb­do, et pour­tant, presque d’outre tombe, c’est lui qui va vous faire connaitre cet homme aujourd’hui. J’ai connu cet auteur par un simple lien reçu dans un mail envoyé par l’un de nos cama­rades imper­ti­nents. Ce lien pointe sur le site inter­net d’Étienne Chouard, un « hur­lu­ber­lu »que cer­tains par­mi vous doivent connaître puisque ce « sombre indi­vi­du » ose par­ler d’une idée comme celle de démo­cra­tie… non mais je vous jure… par­ler de démocratie…On devrait inter­dire tous ceux qui parlent de démo­cra­tie… ça tombe bien Chouard est inter­dit d’antenne. Ouf… je com­men­çais à avoir sacré­ment peur. S’il y en a qui ont des pho­bies admi­nis­tra­tives, on oublie trop ceux qui souffrent de pho­bie démo­cra­tique. C’est une mala­die rare, orphe­line même. Elle ne touche qu’une toute petite par­tie de la popu­la­tion. Moins de 1%… oui c’est ça, ces 1% qui détiennent 90% des richesses et 100% du pou­voir… et bien ils souffrent ces braves petits. Et la pho­bie démo­cra­tique croyez-moi, c’est très douloureux…

    Bref, sur le site d’Étienne Chouard un article de 2007… fran­che­ment pas tout jeune me direz-vous et pourtant !

    Étienne donc écrit la chose suivante en 2007 !

    « Je viens de taper pour vous un extrait impor­tant d’un livre mer­veilleux que je viens de rece­voir. Mer­ci à Ber­nard Maris d’avoir signa­lé cette perle (voir ses pré­cieuses chro­niques, sur le site de France Inter, et notam­ment : Où va l’argent ?). Il est épui­sé, pour l’instant, et on le trouve d’occasion, ce qui n’est pas si mal car le livre d’origine, très ancien, est d’autant plus émou­vant. On dirait vrai­ment un tré­sor. Bonne lecture. »

    La grande relève des hommes par la machine de Jacques Duboin, 1932

    C’est de ce livre là que nous allons par­ler, et ne le cher­chez plus en occa­sion je l’ai ai tous ache­té pour spé­cu­ler… ceux qui veulent un exem­plaire m’adresse un chèque de 100 euros… non je plai­sante bien évi­dem­ment, j’en ai trou­vé un d’occasion et pas en très bon état… mais à l’ère du numé­rique, cer­tains vieux papiers ont une véri­table valeur non pas finan­cière mais intel­lec­tuelle ! Sur le site d’Amazon il en passe régu­liè­re­ment, donc avec un peu de temps vous devriez trou­ver votre bon­heur. Pour toutes celles et ceux qui n’auront pas le bon­heur de trou­ver une édi­tion ori­gi­nale, sur le site d’Étienne Chouard ce livre est dis­po­nible gra­tui­te­ment sous for­mat PDF et vous pour­rez le télé­char­ger. Je vous indique le lien comme d’habitude ci-dessous.

    Avant de par­ler de ce livre, d’une actua­li­té bru­lante alors qu’il est de 1932, je vou­lais vous mon­trer un peu qui était l’homme Jacques Duboin.

    En 1922 Jacques Duboin fait un petit topo à la Chambre des dépu­tés assez tru­cu­lent avec le recul his­to­rique au Ministre de la guerre déjà à l’époque aus­si cré­ti­ni­fié que nos sinistres actuels. Vous pour­rez le trou­ver et le lire ici Voi­ci l’une de ses toutes pre­mières phrases…

    « Vous nous deman­dez donc, mon­sieur le ministre, un cré­dit d’hommes, mais vous ne nous dites pas quel effort vous avez accom­pli jusqu’ici pour éco­no­mi­ser ces hommes, ni celui que vous pro­je­tez pour éco­no­mi­ser éven­tuel­le­ment leur sang ».

    Et oui déjà à l’époque nous vou­lions croire que l’on nous vou­lait que du bien et depuis rien n’a fon­da­men­ta­le­ment chan­gé. Le peuple reste une variable d’ajustement pour des élites qui perdent rapi­de­ment tout sens moral lorsqu’elles sont aux affaires.

    Jacques Duboin n’ignorait pas non plus – et il le disait et l’écrivait sans cepen­dant insis­ter, car il par­lait en éco­no­miste – que les pri­vi­lé­giés actuels du régime emploie­raient toute leur puis­sance à com­battre son ensei­gne­ment. Ils le firent en orga­ni­sant sys­té­ma­ti­que­ment la « conspi­ra­tion du silence » autour de lui. Bien­tôt, et mal­gré les ventes très confor­tables de ses pre­miers livres, il ne trou­va plus un édi­teur pour les impri­mer et les diffuser.

    Jacques Duboin, né à Saint-Julien-en-Genevois le 17 septembre 1878. Il sera banquier, industriel et homme politique.

    En octobre 1935, Jacques Duboin crée le jour­nal de réflexion socio-éco­­no­­mique La Grande Relève. Il y pré­sente au fil des années sa vision d’une éco­no­mie de par­tage des richesses qu’il nomme « éco­no­mie dis­tri­bu­tive » et est consi­dé­ré comme l’un des tous pre­miers per­son­nages poli­tiques fran­çais à défendre l’idée d’un reve­nu de base.

    Il décède en région pari­sienne en mars 1976.

    Si vous vou­lez en savoir plus sur cet illustre incon­nu vous pou­vez consul­ter la bio­gra­phie com­plète ici

    Voici donc les quelques passages cruellement d’actualité qu’Étienne Chouard avait d’ailleurs sélectionnés dans son article et qui je l’espère vous donneront envie de lire ce livre et de réfléchir à ce qui vient.

    « Je ne vois pas pour­quoi la race humaine serait condam­née au tra­vail à per­pé­tui­té. Ou alors il ne fal­lait pas la doter d’un cer­veau grâce auquel elle oblige la matière à tra­vailler à sa place. Des tré­sors de patience et d’intelligence ont été dépen­sés par des géné­ra­tions et des géné­ra­tions, pour inven­ter et mettre au point des machines qui, de plus en plus, rem­placent le tra­vail des hommes. Nous assis­tons aujourd’hui à la grande relève des tra­vailleurs par la matière dis­ci­pli­née et ani­mée d’une force de pro­duc­tion. Ne peut-on conce­voir une évo­lu­tion du capi­ta­lisme qui tienne compte de cette relève, sans obli­ger l’armée qui des­cend des lignes à mou­rir de faim ? ».

    Ou encore

    « Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le pro­grès per­met d’économiser l’effort. Le chô­meur, au lieu d’être la ran­çon de la science, devrait en être la récom­pense. Plus il y a de chô­meurs dans un pays, plus le niveau intel­lec­tuel, plus l’étiage éco­no­mique est éle­vé. Théo­ri­que­ment, n’est-ce pas vrai ? »

    Il y a aus­si ce passage…

    « Qu’y a‑t‑il d’effrayant ? répli­qua tran­quille­ment Her­mo­dan ? Voi­ci deux pays de même popu­la­tion. L’un comme l’autre pro­duisent, chaque année, la même quan­ti­té de richesses, mais, dans le pre­mier, ce résul­tat est obte­nu grâce à l’effort inten­sif de tous les tra­vailleurs ; dans l’autre, grâce au tra­vail de la moi­tié seule­ment de la popu­la­tion. Laquelle de ces deux nations pos­sède le niveau intel­lec­tuel, social, éco­no­mique, — met­tez l’adjectif qui vous plai­ra, — le plus éle­vé ? La seconde évi­dem­ment. Cepen­dant, ce pays pri­vi­lé­gié est à plaindre, car la moi­tié de sa popu­la­tion, réduite à ne rien faire, est condam­née à mou­rir de faim et de froid. Voi­là le drame que nous vivons ».

    Ou celui-là !

    « Évi­dem­ment, je m’aperçois que ce que je vous dis vous sur­prend légè­re­ment. J’insisterai donc en affir­mant que, du moment que vous n’avez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’obligation abso­lue de les faire vivre sans tra­vailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches rem­plies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un pro­prié­taire légi­time ? Et si l’abondance de ces richesses est telle que vous pré­fé­rez les détruire ? Ah ! pour légi­ti­mer cette appro­pria­tion de tout ce qui est néces­saire à la vie, la socié­té a éle­vé le tra­vail à la hau­teur d’une véri­table reli­gion. Ils ont accep­té cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis cou­ra­geu­se­ment à l’œuvre. Mais voi­là que, grâce au pro­grès tech­nique, leur tra­vail ne vous est plus néces­saire ! C’est cepen­dant leur unique bien, qu’ils sont for­cés d’échanger contre le mor­ceau de pain indis­pen­sable à la vie. Concluez ?… Pré­­fé­­rez-vous les faire dis­pa­raître comme les che­vaux ? C’est la solu­tion des anthro­po­phages. Elle paraît tel­le­ment odieuse que, dans tous les pays, c’est l’État qui vient en aide à ces soi-disant déshé­ri­tés. Vous savez, d’ailleurs, qu’une atti­tude dif­fé­rente condui­rait droit à la révo­lu­tion, car ils sont de plus en plus nom­breux. Aujourd’hui 30 mil­lions, demain 35, 40, 50 mil­lions ! Il n’y a pas de rai­son pour que ça s’arrête, puisque l’idéal du pro­grès tech­nique est la sup­pres­sion totale de la main‑d’œuvre ».

    Ce livre fût écrit en 1932. Cer­tains diront et bien « vous voyez, c’est la preuve qu’il ne faut pas avoir peur du pro­grès, le pro­grès tech­nique ne sup­prime pas les emplois il en créé » !

    Oui c’était valable encore en 1932. C’était même valable en 1980 bien que net­te­ment moins et que le chô­mage com­men­çait à deve­nir « de masse »… Pour­tant la popu­la­tion active conti­nuait à s’accroitre et le mar­ché du tra­vail à absor­ber presque tout le monde moins quelques cen­taines de mil­liers de chômeurs.

    Ce fût net­te­ment moins vrai dans les années 90… mais la véri­table inflexion c’est la crise de 2007. Cette crise de 2007, va ser­vir de déclen­cheur aux entre­prises pour encais­ser cer­tains gains de pro­duc­ti­vi­té. On l’oublie déjà pour­tant le haut débit n’arrive qu’en 2005… en 2007 il est déployé, les tuyaux sont là. La véri­table révo­lu­tion inter­net peut com­men­cer. Les pro­grès de la robo­tique et de la puis­sance infor­ma­tique, et de façon géné­rale de l’ensemble des tech­no­lo­gies rendent l’utilisation de masse de tra­vailleurs tota­le­ment obso­lète. Dépassée.

    C’est en soi une excel­lente nou­velle car le génie humain depuis l’invention de la roue a tou­jours eu pour objec­tif de nous faci­li­ter la tâche… au bout du compte, à force de se faci­li­ter la tâche, il est logique de « sup­pri­mer » la tâche. Nous y sommes. Le pro­blème n’est donc pas l’absence de tra­vail qui est la consé­quence logique de l’évolution humaine.

    Le pro­blème est l’organisation de notre sys­tème éco­no­mique. Le pro­blème est la répar­ti­tion de la créa­tion des richesses sans pas­ser par la case salaire. Le pro­blème c’est de main­te­nir des inci­ta­tions posi­tives pour ne pas tom­ber dans les défauts d’une socié­té sans sti­mu­la­tion comme ce fût le cas de l’expérience sovié­tique… désas­treuse. Le pro­blème c’est de dépas­ser nos concep­tions tota­le­ment erro­nées de l’économie. En 1932 cer­tains en avaient déjà par­fai­te­ment conscience.

    Cette fois, nous y sommes. La ques­tion c’est com­ment abor­der col­lec­ti­ve­ment et indi­vi­duel­le­ment ces sujets.

    Pré­­pa­­rez-vous car il est déjà trop tard !

    Charles SANNAT

    Inso­len­tiae signi­fie imper­ti­nence en latin

    Pour m’écrire [email protected]
    Pour télé­char­ger gra­tui­te­ment le livre c’est ici sur le site d’Etienne Chouard !

    Site de l’association pour l’économie distributive

     

    Source : http://​inso​len​tiae​.com/​2​0​1​5​/​1​0​/​1​4​/​l​e​–​c​h​o​m​e​u​r​–​a​u​–​l​i​e​u​–​d​e​t​r​e​–​l​a​–​r​a​n​c​o​n​–​d​e​–​l​a​–​s​c​i​e​n​c​e​–​d​e​v​r​a​i​t​–​e​n​–​e​t​r​e​–​l​a​–​r​e​c​o​m​p​e​n​s​e​–​l​e​d​i​t​o​–​d​e​–​c​h​a​r​l​e​s​–​s​a​n​n​at/

    Le fil Face­book de ce billet :
    https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​7​4​0​5​9​5​0​7​2​317

    Bernard Friot à Ballast : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »

    Puis­sante syn­thèse de Ber­nard Friot,
    pour Ballast :
    « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »

    À lire.

    http://​www​.revue​-bal​last​.fr/​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​ot/

    Entretien inédit pour le site de Ballast

    Éco­no­miste et socio­logue, Ber­nard Friot défend depuis de nom­breuses années une alter­na­tive au capi­ta­lisme, qu’il a théo­ri­sée à par­tir de son sujet de pré­di­lec­tion : la sécu­ri­té sociale. Contrai­re­ment à la pro­po­si­tion du reve­nu de base qu’il qua­li­fie de « roue de secours du capi­ta­lisme », la solu­tion du salaire à vie s’inscrit autant dans une refonte com­plète de notre rap­port à la pro­prié­té que dans une démarche de sup­pres­sion de notre alié­na­tion au mar­ché de l’emploi, au pro­fit de la valo­ri­sa­tion du tra­vail. Car, pour ce pro­fes­seur émé­rite de l’université de Nan­terre, c’est très clair : nous tra­vaillons tous, même si nous n’avons pas d’emploi. Au sein de l’association d’éducation popu­laire Réseau sala­riat dont il est cofon­da­teur, Ber­nard Friot décons­truit métho­di­que­ment la rhé­to­rique de ce qu’il appelle la « reli­gion capi­ta­liste », que nous avons inté­grée jusqu’à en être pri­son­niers concep­tuel­le­ment. Entretien.


    Potrait1Dans l’une de vos confé­rences, vous affir­mez que la France n’est pas un État laïc. Pou­­vez-vous nous expli­quer en quoi le capi­ta­lisme est une reli­gion, d’État qui plus est ?

    La France est un État par­tiel­le­ment laïc et c’est heu­reux : la laï­ci­té, en sépa­rant l’État des reli­gions, est une condi­tion de l’émancipation popu­laire, car les reli­gions sont de puis­sants sys­tèmes d’adhésion à la classe diri­geante. Mais jus­te­ment, il y a une reli­gion qui, loin d’être sépa­rée de l’Etat, y règne en maître : c’est la reli­gion capi­ta­liste. Enten­dons par là un ensemble très construit de dogmes, de croyances, de rituels, qui font pas­ser pour divine la vio­lence des ins­ti­tu­tions du capi­tal. Les dogmes sont construits par la pré­ten­due « science éco­no­mique », qui s’est impo­sée à l’université en excluant les hété­ro­doxes des postes de pro­fes­seur et qui for­mate tout le dis­cours des gou­ver­nants et des médias. Plus la réa­li­té infirme le dogme, plus il est raf­fi­né, avec l’affirmation clas­sique de toute reli­gion : c’est parce que nous ne sommes pas assez fidèles au dogme qu’il n’informe pas encore suf­fi­sam­ment le réel ! La pré­ten­due « science éco­no­mique » pro­cède par injonc­tion per­ma­nente. Les croyances per­mettent d’intérioriser les injonc­tions du capi­tal : nous pré­sen­ter sur le mar­ché du tra­vail comme « deman­deurs d’emploi » (alors que nous sommes les seuls pro­duc­teurs de la valeur !) parce que nous croyons que seuls ceux qui ont un emploi pro­duisent de la valeur éco­no­mique ; nous sou­mettre aux mar­chés finan­ciers parce que nous croyons que l’on ne peut finan­cer l’investissement (et créer de la mon­naie) que par cré­dit ; accep­ter la rému­né­ra­tion du capi­tal parce que nous croyons que l’outil de tra­vail crée de la valeur ; apprendre à vivre avec la souf­france d’un tra­vail mené sous la dic­ta­ture du temps parce que nous croyons que la mesure natu­relle de la valeur, c’est le temps de tra­vail. Je m’en tiens à ces exemples, mais les croyances capi­ta­listes nous enserrent dans un filet très fin.

    Les rituels, eux, ins­crivent notre quo­ti­dien dans la pra­tique ou l’acceptation des croyances et des dogmes. Là encore, je n’en retiens que quelques-uns dans un ensemble infi­ni. Dès l’enfance, nous enten­dons à la radio et à la télé le prêche des édi­to­ria­listes, qui nous rabâchent ad nau­seam le même ser­mon : si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer (voyez, les Grecs n’ont pas été sages, ils sont en enfer). À la radio tou­jours, l’appel plu­sieurs fois par jour du muez­zin qui, depuis le temple de la Bourse, récite le mou­lin à prières de la cote des titres finan­ciers. Dès le col­lège, nos enfants sont régu­liè­re­ment conduits dans des salons d’orientation où ils vont apprendre à appau­vrir leurs dési­rs pro­fes­sion­nels pour les confor­mer aux « exi­gences du mar­ché du tra­vail », un dieu par­ti­cu­liè­re­ment cruel. Puis il fau­dra aller régu­liè­re­ment à confesse : auprès de conseillers de Pôle emploi et autres ins­ti­tu­tions du mar­ché du tra­vail pour exa­mi­ner avec eux com­ment sor­tir du péché en amé­lio­rant notre employa­bi­li­té, auprès du N+1 pour entre­te­nir soi­gneu­se­ment notre incer­ti­tude sur la légi­ti­mi­té de notre pré­sence dans notre emploi. A l’opposé, dans une pra­tique laïque de l’État, la loi ne doit être por­teuse d’aucune de ces croyances et de ces rituels, leur expres­sion doit être inter­dite dans les ins­tances d’État et les ser­vices publics (mais auto­ri­sée bien sûr sur France Culture le dimanche matin par­mi les autres croyances) ; la loi doit inter­dire leur obli­ga­tion et garan­tir l’impunité pour ceux qui les refusent. Nous en sommes loin, le com­bat laïc a encore fort à faire. Mener la bataille pour la sépa­ra­tion de l’État et de la reli­gion capi­ta­liste est d’autant plus déci­sif aujourd’hui que, chez les socia­listes, les mânes de la sépa­ra­tion de l’État et des églises tra­di­tion­nelles sont invo­quées comme cau­tion de gauche à une poli­tique de sou­tien réso­lu à la reli­gion capi­ta­liste, tan­dis que la laï­ci­té a été récu­pé­rée par le Front natio­nal et Les Répu­bli­cains comme argu­ment raciste au ser­vice d’une divi­sion popu­laire qui dédouane le capi­tal de sa res­pon­sa­bi­li­té dans la crise du travail.

    Vous décri­vez donc une reli­gion capi­ta­liste qui est la cause d’une très puis­sante alié­na­tion aux ins­ti­tu­tions du capi­tal. Quelles sont les alter­na­tives pos­sibles à ces institutions ?

    « Tout cela peut être éten­du à toute la pro­duc­tion, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prê­teurs pour produire. » 

    Mettre en évi­dence le déjà-là de ces alter­na­tives est tout l’objet de mon acti­vi­té de cher­cheur : je fais donc une réponse som­maire et je ren­voie le lec­teur à mes livres, du plus simple (Éman­ci­per le tra­vail, entre­tiens avec Patrick Zech, aux édi­tions La Dis­pute, en 2014) au plus tech­nique (Puis­sances du sala­riat, édi­tion aug­men­tée, La Dis­pute, 2012). Vous avez rai­son de sou­li­gner que mal­gré la chape de plomb de la reli­gion d’État, le mou­ve­ment popu­laire a com­men­cé à construire une classe révo­lu­tion­naire qui s’est vic­to­rieu­se­ment oppo­sée aux ins­ti­tu­tions du capi­tal. Contre le mar­ché du tra­vail a été construit le salaire à vie des fonc­tion­naires et des retrai­tés. Contre le salaire « prix de la force de tra­vail », qui fait de nous des mineurs éco­no­miques ayant droit à du pou­voir d’achat, niés comme pro­duc­teurs de valeur, la classe ouvrière a impo­sé le salaire à la qua­li­fi­ca­tion. Contre la mesure de la valeur par le temps de tra­vail, la pro­duc­tion des admi­nis­tra­tions est mesu­rée par la qua­li­fi­ca­tion des pro­duc­teurs. Contre la pro­prié­té lucra­tive, de mul­tiples formes de pro­prié­té d’usage sont en train de s’instituer. Contre le cré­dit à l’investissement, l’impôt et la coti­sa­tion per­mettent de sub­ven­tion­ner des équi­pe­ments col­lec­tifs. Tout cela peut être éten­du à toute la pro­duc­tion, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prê­teurs pour produire.

    Il a été repro­ché à Tho­mas Piket­ty de négli­ger dans son livre best-sel­­ler Le Capi­tal au XXIsiècle toute la vio­lence sociale conte­nue dans le rap­port entre un employeur et un employé. Peut-on ima­gi­ner un capi­ta­lisme sans ce rap­port asy­mé­trique, et donc sans cette violence ?

    Évi­dem­ment pas : la pro­prié­té lucra­tive réserve la pro­prié­té de l’outil de pro­duc­tion à une mino­ri­té, qui exerce une dic­ta­ture sur la majo­ri­té par le double chan­tage à l’emploi et à la dette. Les ins­ti­tu­tions de l’Union euro­péenne, syn­di­cat du capi­tal, orga­nisent depuis les années 1950 ce double chan­tage, avec une constance et une déter­mi­na­tion que des tra­vaux comme ceux de Corinne Gobin, poli­tiste à l’université libre de Bruxelles, ont très bien mon­trées depuis des décen­nies, sans qu’ils aient été pris au sérieux par tous les croyants dans une pos­sible réforme de l’Union euro­péenne. L’affrontement de la troï­ka au peuple grec ouvre aujourd’hui les yeux de cer­tains de ces croyants, et cela en dépit de la mise en scène du jeu de rôles entre Hol­lande et Mer­kel, et de l’incroyable pro­pa­gande du cler­gé média­tique. Dans une affaire où Le Monde et Libé­ra­tion s’illustrent par leur par­ti­ci­pa­tion sans rete­nue à la curée, de tous les quo­ti­diens, seul L’Humanité sou­tient le peuple grec, même s’il faut déplo­rer qu’elle le fasse sur la base d’un appui sans réserve à Syri­za, qui ne mène pas la néces­saire lutte contre la classe capi­ta­liste grecque pour la pro­prié­té popu­laire de l’économie, condi­tion sine qua non de tout bras de fer avec la troï­ka – ce qui nous ren­voie, chez nous, à la dérive sociale-démo­­crate du PCF et de la CGT. Puisque votre ques­tion fait réfé­rence à Tho­mas Piket­ty, qui s’inscrit dans la filia­tion de Fran­çois Furet et de Pierre Rosan­val­lon dont la res­pon­sa­bi­li­té dans le dépla­ce­ment à droite du débat public depuis qua­rante ans est énorme, je note qu’il a pris posi­tion contre la troï­ka, avec tous les éco­no­mistes hété­ro­doxes. Ce qui montre que le refus de l’austérité, qui motive l’essentiel de l’opposition à la poli­tique de l’Union, est à côté de la plaque : la vio­lence du capi­tal exige en réponse la construc­tion d’une auto­no­mie popu­laire sur la base d’une pro­duc­tion alter­na­tive à la pro­duc­tion capi­ta­liste, comme la classe ouvrière, avant son affais­se­ment des qua­rante der­nières années, a com­men­cé à le faire. Je viens de rap­pe­ler ces com­men­ce­ments en réponse à votre pré­cé­dente ques­tion, et c’est de ces acquis – consi­dé­rables – qu’il faut par­tir pour les généraliser.

    Pour faire dis­pa­raître la vio­lence sociale due à l’emploi, vous pro­po­sez, entre autres, la copro­prié­té d’usage, et donc l’abolition de la pro­prié­té lucra­tive. En quoi cette der­nière est-elle dif­fé­rente de ce que l’on appelle com­mu­né­ment la pro­prié­té pri­vée des biens de production ?

    « Le capi­ta­lisme ne repose pas sur la pro­prié­té pri­vée des biens de pro­duc­tion mais sur leur pro­prié­té lucra­tive, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non pro­prié­taires de pré­sen­ter leur force de tra­vail comme une mar­chan­dise sur un mar­ché du travail. »

    Rem­pla­cer dans l’analyse de la pro­prié­té l’opposition pro­prié­té privée/publique par l’opposition pro­prié­té lucrative/d’usage est déci­sif si le mou­ve­ment popu­laire veut sor­tir de son désas­treux mutisme sur la pro­prié­té. « Pro­prié­té pri­vée » est un pléo­nasme : le pro­prié­taire d’un loge­ment indi­vi­duel ou le col­lec­tif copro­prié­taire d’une usine en ont un usage pri­vé, per­sonne d’autre que ces pro­prié­taires ne peut dis­po­ser de ce loge­ment ou de cette usine. Le pro­jet  d’« abo­lir la pro­prié­té pri­vée » est de ce point de vue un non-sens : seuls des loge­ments ou des outils de tra­vail por­tés par des pro­prié­taires sont réel­le­ment assu­més. C’est pour­quoi ce pro­jet est si peu énon­cé, ou alors selon deux pro­po­si­tions très contes­tables. La pre­mière, tra­di­tion­nelle dans la reven­di­ca­tion de natio­na­li­sa­tions, opère une dis­tinc­tion entre les petits et les gros pro­prié­taires : seuls les seconds seraient concer­nés par la col­lec­ti­vi­sa­tion de la pro­prié­té (le pro­jet étant, je le rap­pelle, de pas­ser du « pri­vé » au « public »)… ce qui revient à lais­ser au capi­tal l’essentiel du tis­su pro­duc­tif, fait de PME, et crée une divi­sion du sala­riat entre les sala­riés des grandes entre­prises et les autres, deux rai­sons essen­tielles de l’échec des natio­na­li­sa­tions, qui ont pour­tant été très nom­breuses au XXe siècle. La seconde, plus récente, consi­dère la pro­prié­té comme une ques­tion dépas­sée, et pré­co­nise l’usage : certes, mais sur quelle base juri­dique et avec quelles capa­ci­tés déci­sion­nelles ? Reven­di­quer l’usage sans la pro­prié­té ne risque pas de faire peur au capi­tal ! Le capi­ta­lisme ne repose pas sur la pro­prié­té pri­vée des biens de pro­duc­tion mais sur leur pro­prié­té lucra­tive, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non-pro­­prié­­taires de pré­sen­ter leur force de tra­vail comme une mar­chan­dise sur un mar­ché du tra­vail, afin de pro­duire des mar­chan­dises sous la dic­ta­ture du temps et ain­si d’augmenter le patri­moine des pro­prié­taires. Seul le tra­vail vivant pro­duit de la valeur, et donc, si un patri­moine pro­cure un reve­nu, c’est for­cé­ment sur la base de cette extor­sion du tra­vail d’autrui dans la sphère de la pro­duc­tion. Y com­pris si l’on est « petit » : pro­prié­taire d’une TPE ou d’une PME, sala­rié action­naire ou titu­laire d’une épargne dont le ren­de­ment est supé­rieur à la crois­sance du PIB cou­rant, loueur d’un bien fon­cier ou immobilier.

    Tant que la pro­prié­té lucra­tive n’est pas délé­gi­ti­mée (et inter­dite) dans toutes ses mani­fes­ta­tions, l’œuf volé par le « petit » légi­ti­me­ra le bœuf volé par le « gros ». Contre la pro­prié­té lucra­tive et à sa place, c’est une autre pro­prié­té qu’il faut conti­nuer à construire pour la géné­ra­li­ser : la pro­prié­té d’usage. Pro­prié­té, parce que c’est la condi­tion pour déci­der : de l’investissement, de ce qui va être pro­duit, de la hié­rar­chie, du col­lec­tif de tra­vail. Tout cela doit être le fait de cha­cun de nous, nous devons abso­lu­ment deve­nir pro­prié­taires de notre outil de tra­vail (et, j’ajoute, de notre loge­ment, pour pou­voir y appor­ter les modi­fi­ca­tions conformes à notre pra­tique de l’espace pri­vé). Faute d’être nous-mêmes pro­prié­taires, nous sommes impuis­sants devant des pro­prié­taires lucra­tifs qui délo­ca­lisent à leur guise, qui nous imposent l’objet et les condi­tions de notre tra­vail ou des hié­rar­chies sur les­quelles nous n’avons aucune prise, qui nous obligent à res­ti­tuer notre loge­ment dans l’état où nous l’avons trou­vé. Oui, contre cette impuis­sance, nous devons deve­nir tous pro­prié­taires de notre outil de tra­vail et de notre loge­ment, mais pro­prié­taires d’usage ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que nous ne tirons aucun reve­nu de cette pro­prié­té, et qu’elle n’est trans­mis­sible que comme pro­prié­té d’usage. Pas de parts sociales ces­sibles comme dans trop de coopé­ra­tives : dès qu’on est embau­ché, on entre dans l’entreprise avec tous les droits d’un copro­prié­taire (déci­sion sur l’investissement, le pro­duit, la hié­rar­chie, le col­lec­tif de tra­vail…), sans néces­si­té d’un quel­conque apport autre que celui de son tra­vail, et quand on la quitte, c’est sans autre enri­chis­se­ment que celui d’une pro­gres­sion sala­riale, si on a pu pas­ser une épreuve de qua­li­fi­ca­tion grâce à l’expérience acquise. Dans la même logique, la mai­son de famille, la ferme ou l’outil de tra­vail d’un arti­san sont trans­mis­sibles comme pro­prié­té d’usage, et uni­que­ment comme pro­prié­té d’usage. Aucune accu­mu­la­tion indi­vi­duelle et fami­liale ou col­lec­tive n’est possible.

    Devant le rejet de la hié­rar­chie de la part de la nou­velle géné­ra­tion, le capi­ta­lisme semble opé­rer une nou­velle muta­tion. Dans de plus en plus d’entreprises, on sup­prime les hié­rar­chies, et on auto­no­mise et implique davan­tage tous les tra­vailleurs dans les créa­tions de pro­jet. On leur pro­pose même par­fois de déci­der eux-mêmes de leur salaire. Qu’en pensez-vous ?

    On peut aus­si venir y tra­vailler en short et tongs et avec son chat. Et, si pos­sible, avec son sac de cou­chage, pour être en per­ma­nence « créa­teur de pro­jet » ! La capa­ci­té de telles entre­prises à esso­rer les jeunes en s’appuyant sur leur inté­rêt pour leur tra­vail pour obte­nir d’eux un infi­ni tra­vail gra­tuit est effec­ti­ve­ment très per­verse. Mais, à 30 ou 35 ans, ils se rendent compte qu’ils ont été floués.

    Cette ques­tion vous est sou­vent objec­tée mais, pour avoir lu et écou­té vos réponses, nous res­tons encore sur notre faim : qu’est-ce qui pour­rait pous­ser les gens à tra­vailler s’ils reçoivent un salaire à vie ? Ne pro­­je­­tez-vous vos propres dis­po­si­tions per­son­nelles sur l’en­semble de la popu­la­tion ? Votre anthro­po­lo­gie ne souffre-t-elle pas de quelque candeur ?

    « La valeur n’a pas d’autre fon­de­ment que poli­tique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pou­voir inhé­rent à toute pro­duc­tion, à tout travail. »

    Si les réponses que je fais habi­tuel­le­ment à cette objec­tion ne vous satis­font pas, je vais pas­ser par un détour théo­rique sur la valeur et la lutte des classes. Le mot « tra­vail » ren­voie à deux réa­li­tés qu’il faut bien dis­tin­guer. Nous pas­sons l’essentiel de notre vie éveillée dans des acti­vi­tés concrètes qui pro­duisent, avec la nature, des biens et des ser­vices utiles – ou consi­dé­rés comme tels. Ce tra­vail concret est pro­duc­teur de la richesse sans laquelle notre espèce ne pour­rait pas se repro­duire. Et lorsqu’une per­sonne, bien qu’engagée dans ces acti­vi­tés concrètes, dit qu’elle « cherche du tra­vail » ou qu’elle « ne tra­vaille plus », nous sommes ren­voyés à la seconde dimen­sion du tra­vail, celle de sa vali­da­tion sociale et de l’expression moné­taire de cette vali­da­tion dans le pro­fit du pro­prié­taire lucra­tif et le salaire du sala­rié, ou dans le béné­fice du tra­vailleur indé­pen­dant. Ici, ce n’est pas sous sa dimen­sion concrète, en tant que pro­duc­teur de richesse, que le tra­vail est consi­dé­ré, mais en tant que pro­duc­teur de valeur. On parle alors de tra­vail abs­trait : quelles que soient les dif­fé­rences de leur tra­vail concret, une comp­table et un bou­cher peuvent pro­duire la même valeur. Le tra­vail abs­trait déter­mine le tra­vail concret : c’est sur « ce qui vaut » que va se concen­trer la pro­duc­tion de richesse et cela, selon les cri­tères de « ce qui vaut ». Par exemple : si ce sont les trans­ports liés à la route qui valent, il y a peu de chance pour que des moyens de trans­port fer­ro­viaires ou flu­viaux soient pro­duits. Il y a une loi de la valeur, au sens où la pro­duc­tion de richesse est déter­mi­née par la pro­duc­tion de valeur. Pen­ser qu’on pour­rait faire socié­té dans la trans­pa­rence des valeurs d’usage, éli­mi­ner le tra­vail abs­trait, libé­rer la richesse de la valeur en sup­pri­mant la mon­naie et le tra­vail est un rêve mor­ti­fère, qui pré­tend abo­lir le pou­voir par décret et qui empêche de voir que le tra­vail abs­trait est l’objet d’une lutte de classes. Car qui décide de ce qui vaut dans tout ce que nous pro­dui­sons ? La lutte de classes. La valeur n’a pas d’autre fon­de­ment que poli­tique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pou­voir inhé­rent à toute pro­duc­tion, à tout travail.

    La classe capi­ta­liste, en tant que classe diri­geante, exerce une dic­ta­ture sur la pro­duc­tion de valeur en la met­tant au ser­vice de l’accumulation du capi­tal : les richesses pro­duites hors de son emprise (par les retrai­tés, les fonc­tion­naires, les tra­vailleurs indé­pen­dants, les chô­meurs) sont décla­rées sans valeur, tan­dis que valent des biens et des ser­vices par­fai­te­ment inutiles ou dan­ge­reux, dont la pro­duc­tion ali­mente le capi­tal. Mais contra­dic­toi­re­ment, comme nous l’avons vu, une classe révo­lu­tion­naire se construit depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, et com­mence à impo­ser une autre pra­tique de la valeur que, dans L’Enjeu du salaire et dans Éman­ci­per le tra­vail, je qua­li­fie de « sala­riale » parce qu’elle se construit à par­tir des ins­ti­tu­tions du salaire conquises par la classe révo­lu­tion­naire : une pra­tique de la valeur déci­dée par des copro­prié­taires d’usage titu­laires d’un salaire à vie, libé­rés du mar­ché du tra­vail, du chan­tage au cré­dit et de la mesure de la valeur par le temps de tra­vail. La lutte de classes est l’affrontement irré­duc­tible entre deux pra­tiques anta­go­nistes de la valeur. Elle se joue dans la maté­ria­li­té des ins­ti­tu­tions de la pro­duc­tion et dans les repré­sen­ta­tions qu’elles génèrent. La bour­geoi­sie prend l’avantage dans la lutte de classes quand elle réus­sit à impo­ser le gel ou le recul des coti­sa­tions et des impôts qui paient les soi­gnants, les retrai­tés, les fonc­tion­naires, les parents ou les chô­meurs. Quand elle trans­forme le droit au salaire des chô­meurs en droit à l’emploi, la retraite comme salaire conti­nué par la retraite comme salaire dif­fé­ré, le salaire à la qua­li­fi­ca­tion par la sécu­ri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels. Quand elle réim­pose le finan­ce­ment à cré­dit des équi­pe­ments col­lec­tifs. Quand, par le new public mana­ge­ment, elle intro­duit la dic­ta­ture du temps dans la pro­duc­tion des ser­vices publics et y rem­place des fonc­tion­naires par des CDI ou des sala­riés asso­cia­tifs. Nous sommes là dans la maté­ria­li­té des ins­ti­tu­tions de la pro­duc­tion. Mais la lutte de classes se joue aus­si dans les repré­sen­ta­tions. Quand un chô­meur dit qu’il ne tra­vaille pas, ou qu’un retrai­té dit qu’il ne tra­vaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhé­sion à la reli­gion capi­ta­liste, alié­na­tion à la vio­lence de rap­ports de classes qui per­mettent à la classe capi­ta­liste de refu­ser de vali­der l’activité qui se déroule hors de l’emploi, dont elle a la maî­trise absolue.

    « Quand un chô­meur dit qu’il ne tra­vaille pas, ou qu’un retrai­té dit qu’il ne tra­vaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhé­sion à la reli­gion capitaliste. »

    Quand des fonc­tion­naires acceptent l’idée absurde qu’ils dépensent (et non pas qu’ils pro­duisent, comme tous les sala­riés) la valeur de l’impôt qui les paie, ils témoignent aus­si de la même vio­lence et de son inté­rio­ri­sa­tion reli­gieuse : ils croient que, comme ils ont un salaire à vie lié à leur grade, qui est un attri­but de leur per­sonne, et non un salaire à l’emploi (dont le sup­port est le poste de tra­vail, comme dans le pri­vé), ils ne tra­vaillent pas – au sens de : ils ne pro­duisent pas de valeur –, puisque leur tra­vail concret ne s’inscrit pas dans les canons capi­ta­listes du tra­vail abs­trait. L’enjeu est que la classe révo­lu­tion­naire reprenne l’avantage, dans les ins­ti­tu­tions comme dans les repré­sen­ta­tions. Pour m’en tenir à l’objet de votre ques­tion (mais le rai­son­ne­ment serait le même pour la copro­prié­té d’usage de tous les outils de tra­vail, pour le finan­ce­ment de l’investissement sans appel au cré­dit, ou pour le rem­pla­ce­ment de la mesure capi­ta­liste du tra­vail abs­trait par le temps de tra­vail, par sa mesure sala­riale, par la qua­li­fi­ca­tion du pro­duc­teur), nous ne pour­rons géné­ra­li­ser le salaire à vie que si la classe révo­lu­tion­naire retrouve l’offensive et conti­nue à impo­ser la pra­tique sala­riale de la valeur contre sa pra­tique capi­ta­liste, comme elle l’a fait jusque dans les années 1970. Énu­mé­rons quelques mots d’ordre et pra­tiques d’une telle ré-offen­­sive en vue de l’institution d’un droit poli­tique au salaire, c’est-à-dire d’un salaire attri­bué de façon irré­vo­cable à chaque per­sonne, de 18 ans à sa mort, avec une pro­gres­sion pos­sible par épreuves de qua­li­fi­ca­tion : hausse mas­sive des coti­sa­tions et des impôts qui paient les fonc­tion­naires, les libé­raux de san­té ou les retrai­tés, pour que la valeur qu’ils pro­duisent aille au salaire socia­li­sé, exclu­si­vi­té des mar­chés publics pour les seules entre­prises non capi­ta­listes afin de sor­tir les coopé­ra­tives et le tra­vail indé­pen­dant de la mar­gi­na­li­té, affec­ta­tion de la qua­li­fi­ca­tion, et donc du salaire, à la per­sonne des sala­riés du pri­vé et non à leur poste de tra­vail, trans­for­ma­tion des pré­ten­dues « aides à l’agriculture » en salaire à vie des pay­sans, etc.

    Si une telle mobi­li­sa­tion était por­teuse d’une moindre inci­ta­tion à tra­vailler, elle serait immé­dia­te­ment vain­cue par l’adversaire de classe. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à une telle mobi­li­sa­tion ? Pré­ci­sé­ment l’expérience que le mar­ché du tra­vail et le mar­ché des capi­taux (ces fouets escla­va­gistes qui sont impli­ci­te­ment der­rière la croyance que leur dis­pa­ri­tion condui­rait à une moindre inci­ta­tion à tra­vailler) sont des ins­ti­tu­tions du tra­vail abs­trait qui empêchent le tra­vail concret, celui des tra­vailleurs bri­dés dans leurs ini­tia­tives par la néces­si­té de pro­duire de la valeur pour l’actionnaire, celui des jeunes sous-uti­­li­­sés mas­si­ve­ment parce que vic­times du mar­ché du tra­vail, celui des retrai­tés réduits au béné­vo­lat, celui des tra­vailleurs indé­pen­dants ou des patrons de PME réduits aux miettes que leur laissent les groupes capi­ta­listes. La muta­tion sala­riale du tra­vail abs­trait va consi­dé­ra­ble­ment relan­cer le tra­vail concret et, ce qui est encore plus déci­sif quand on consi­dère les consi­dé­rables dégâts anthro­po­lo­giques et éco­lo­giques de la pra­tique capi­ta­liste du tra­vail, le dépla­cer vers d’autres valeurs d’usage si, dès l’enfance, nous sommes édu­qués à la cores­pon­sa­bi­li­té sur la valeur, puisque nous nous serons libé­rés de la dic­ta­ture du capital.

    Je résume : la géné­ra­li­sa­tion du salaire à vie contre le mar­ché du tra­vail est l’affaire d’une inces­sante lutte de classes pour construire un tra­vail abs­trait libé­ré de sa pra­tique capi­ta­liste et ren­dant pos­sible un tra­vail concret pour tous dans de bonnes condi­tions anthro­po­lo­giques et éco­lo­giques. Il ne s’agit en aucun cas d’une « autre répar­ti­tion de la valeur » qui affec­te­rait aux per­sonnes sous forme incon­di­tion­nelle une par­tie de la valeur créée par un tra­vail abs­trait inchan­gé. Lais­sons ce pro­jet aux tenants du reve­nu de base, roue de secours d’une classe capi­ta­liste por­teuse d’un tra­vail abs­trait à ce point aber­rant pour le tra­vail concret qu’elle est prête à mettre en place la sou­pape de sécu­ri­té d’un reve­nu de base per­met­tant à cha­cun, dans les inter­stices que laisse une pro­duc­tion capi­ta­liste inchan­gée, de mener les acti­vi­tés concrètes de son choix : par exemple avoir un jar­din bio dans un océan d’agro-business, pro­duire des logi­ciels libres qui, au bout du compte, ali­men­te­ront le droit de pro­prié­té intel­lec­tuelle des groupes capi­ta­listes de l’internet. En contra­dic­tion avec cette dérive hélas pos­sible, la géné­ra­li­sa­tion du salaire à vie est une des dimen­sions de la sup­pres­sion de la pro­duc­tion capi­ta­liste et de l’institution, à l’échelle macroé­co­no­mique, d’une autre pra­tique de la valeur et du tra­vail dans laquelle le chan­tage à l’emploi et à la dette céde­ra la place à la cores­pon­sa­bi­li­té dans la pro­duc­tion d’une valeur suf­fi­sante pour assu­rer le droit poli­tique au salaire.

    Nous avons récem­ment inter­viewé le socio­logue Alain Bihr. Il nous disait : « Ce qui me paraît fort cri­ti­quable dans l’i­dée de « salaire à vie », c’est qu’elle passe à la trappe l’i­dée qu’a­bo­lir le capi­tal, c’est, simul­ta­né­ment et du même mou­ve­ment, abo­lir le sala­riat. Le pro­ces­sus révo­lu­tion­naire est celui par lequel les pro­duc­teurs asso­ciés, et au-delà l’en­semble de la socié­té à tra­vers eux, se réap­pro­prient les moyens sociaux de pro­duc­tion et dirigent, orga­nisent et contrôlent la pro­duc­tion de manière à satis­faire l’en­semble des besoins sociaux. Dans le cadre de pareils rap­ports de pro­duc­tion, il n’y a pas de sala­riat. » Que répondez-vous ?

    « La croyance dans une révo­lu­tion qui n’aura jamais lieu que demain entre­tient le mythe de l’impuissance des domi­nés aujourd’hui. »

    Alain Bihr fait par­tie de ces mar­xistes (et ils sont hélas nom­breux) qui pensent qu’il n’y a pas de sujet révo­lu­tion­naire effec­ti­ve­ment en train de se construire à l’échelle macro­so­ciale, que la seule classe qui existe est la classe capi­ta­liste. Et cela contre le cœur même de l’œuvre de Marx, ana­lyste magis­tral du capi­ta­lisme comme contra­dic­tion, jour­na­liste soi­gneux des mou­ve­ments révo­lu­tion­naires, acteur de la Première Inter­na­tio­nale. Alain Bihr écrit certes sur « les rap­ports sociaux de classes », au sens où il énonce, à juste titre, que les classes ne pré­existent pas à leur conflit et que ce sont les luttes de classes qui pro­duisent les classes, mais les classes qu’il défi­nit ne com­portent… qu’une classe, la « classe capi­ta­liste » qui domine res­pec­ti­ve­ment  le« pro­lé­ta­riat »,  l’« enca­dre­ment » et la « petite bour­geoi­sie ». Le pos­tu­lat de la lutte de classes reste chez lui un élé­ment du puzzle théo­rique mais, dans la réa­li­té, il n’observe aucun résul­tat révo­lu­tion­naire de la mobi­li­sa­tion syn­di­cale ou poli­tique concrète des domi­nés : la qua­li­fi­ca­tion, la sécu­ri­té sociale, la fonc­tion publique, la coti­sa­tion, tout cela peut selon lui appor­ter une cor­rec­tion aux inéga­li­tés sociales et des­ser­rer pro­vi­soi­re­ment l’étau, mais ne consti­tue en aucun cas les pré­mices d’une alter­na­tive, voire sert les inté­rêts fon­da­men­taux du capi­tal. Ce mou­ve­ment ouvrier qui n’a rien conquis de véri­ta­ble­ment sub­ver­sif du capi­tal n’est donc pas un sujet his­to­rique, il n’est pas une classe révo­lu­tion­naire. Seule la classe capi­ta­liste existe comme telle. Alain Bihr n’est pas le seul à exal­ter le mou­ve­ment ouvrier abs­trait mais à faire du mou­ve­ment ouvrier concret un idiot utile du capi­tal, à éla­bo­rer une cri­tique théo­rique du capi­ta­lisme dans l’ignorance de sa cri­tique sociale, à racon­ter la saga d’une classe diri­geante qui a tou­jours la main : la majo­ri­té des cher­cheurs en sciences sociales écrivent l’histoire du point de vue de la domi­na­tion de classe. Par leur fas­ci­na­tion pour le pou­voir, ils sont un élé­ment déci­sif du cler­gé de la reli­gion capi­ta­liste. Je ne parle pas ici des éco­no­mistes ortho­doxes, dont j’ai dit dès le début qu’ils sont le haut cler­gé de cette reli­gion et qui pra­tiquent d’ailleurs, non pas la science sociale (pouah), mais la science tout court ! Je parle d’un bas-cler­­gé d’autant plus effi­cace qu’il cri­tique une domi­na­tion capi­ta­liste dont il nie qu’elle ait com­men­cé à être radi­ca­le­ment mise en cause.

    On retrouve là un ingré­dient consti­tu­tif de la reli­gion, qui, je le rap­pelle, n’est pas simple sou­mis­sion, mais aus­si sou­pir du sou­mis contre son maître. De même que la croyance dans la dam­na­tion des riches après la mort entre­tient la sou­mis­sion dans cette vie à ces riches haïs, de même la croyance dans une révo­lu­tion qui n’aura jamais lieu que demain entre­tient le mythe de l’impuissance des domi­nés aujourd’hui. J’ai tout à fait conscience de la gra­vi­té qu’il y a à dire cela, s’agissant de col­lègues aus­si res­pec­tables qu’Alain Bihr ou les Pin­­çon-Char­­lot, ou trop d’Écono­mistes atter­rés. Si je le dis aujourd’hui avec encore plus de fer­me­té qu’hier, c’est parce qu’il y a urgence à sor­tir d’une cri­tique du capi­ta­lisme aveugle sur les trem­plins révo­lu­tion­naires construits dans la lutte de classes, une cri­tique qui, par son aveu­gle­ment, par­ti­cipe, évi­dem­ment à son corps défen­dant, à la domi­na­tion qu’elle com­bat. Pour­quoi Alain Bihr iden­­ti­­fie-il sou­ve­rai­ne­té sur la pro­duc­tion des pro­duc­teurs asso­ciés et abo­li­tion du sala­riat ? Pré­ci­sé­ment parce que les sala­riés sont ran­gés chez lui dans deux classes-qui‑n’en-sont-pas, le pro­lé­ta­riat, qu’il défi­nit exclu­si­ve­ment comme domi­né, et l’encadrement, qui regroupe « les agents subal­ternes de la domi­na­tion capi­ta­liste ». Le sala­riat, c’est les pri­son­niers et leurs kapos. Et alors même qu’il insiste sur le papier sur la néces­si­té théo­rique d’une his­to­ri­ci­sa­tion des classes sociales, en pra­tique il les essen­tia­lise : les sala­riés sont enfer­més à vie dans le camp du capi­tal. Rien, dans ce qui s’est pas­sé depuis deux siècles de com­bat ouvrier, n’est fon­da­men­ta­le­ment éman­ci­pa­teur. Le « pro­ces­sus révo­lu­tion­naire » dont il parle dans la cita­tion que vous rap­por­tez est pour demain, Alain Bihr attend le Mes­sie qui balaie­ra la classe capi­ta­liste, et donc le sala­riat qui en est l’appendice. Alors que si, comme je m’y efforce depuis qua­rante ans dans mon ana­lyse de la sécu­ri­té sociale dans l’Europe conti­nen­tale, on éla­bore une cri­tique théo­rique du capi­ta­lisme à par­tir de sa cri­tique sociale, le sala­riat prend une tout autre cou­leur. En tant que classe ouvrière, il a mené une lutte de classes sur le salaire qui a pro­duit les ins­ti­tu­tions déci­sives que sont le salaire à la qua­li­fi­ca­tion et, plus encore, à la qua­li­fi­ca­tion de la per­sonne qui en fait un salaire à vie, et une socia­li­sa­tion mas­sive de la valeur contra­dic­toire à l’accumulation capi­ta­liste par la par­tie de la coti­sa­tion et de l’impôt qui est affec­tée au paie­ment du salaire à vie et au sub­ven­tion­ne­ment de l’investissement.

    « Il y a urgence à sor­tir d’une cri­tique du capi­ta­lisme aveugle sur les trem­plins révo­lu­tion­naires construits dans la lutte de classes. »

    Aujourd’hui où la classe ouvrière s’est affais­sée dans les vieux pays capi­ta­listes – ce qui certes est dom­ma­geable sur le court terme mais doit être lu dans le néces­saire temps long de la révo­lu­tion du mode de pro­duc­tion (après tout, la bour­geoi­sie a mis cinq siècles pour l’emporter comme classe révo­lu­tion­naire sur l’aristocratie féo­dale, et a connu elle aus­si des hauts et des bas dans ce com­bat sécu­laire) –, l’imposition d’une pro­duc­tion sala­riale sans emploi et sans cré­dit, sans chan­tage donc de la pro­prié­té lucra­tive, relève de la mobi­li­sa­tion et de l’inventivité des orga­ni­sa­tions encore vivantes de la classe ouvrière, mais aus­si, très au-delà d’elles, de la mobi­li­sa­tion des cadres, écœu­rés des pra­tiques des action­naires et des prê­teurs et qui mettent leur savoir-faire au ser­vice d’une pro­duc­tion alter­na­tive por­tée par de plus en plus de tren­te­naires édu­qués qui refusent, c’est leurs termes, de « pro­duire de la merde pour le capi­tal » ou de se sou­mettre aux injonc­tions d’employabilité : et aus­si de la mobi­li­sa­tion de tra­vailleurs indé­pen­dants qui ont com­pris que leur inté­rêt n’est abso­lu­ment pas du côté du capi­tal, voire de patrons de PME sur qui pèsent la fonc­tion d’employeur et la pro­prié­té d’un patri­moine dont ils pour­raient être libé­rés par une orga­ni­sa­tion sala­riale de la pro­duc­tion. Le sala­riat comme classe révo­lu­tion­naire en cours d’affirmation face à la classe capi­ta­liste ne se défi­nit évi­dem­ment pas à par­tir du contrat de tra­vail avec un employeur. Il regroupe toutes celles et tous ceux qui assument les ins­ti­tu­tions anti­ca­pi­ta­listes du salaire : droit poli­tique au salaire à vie, copro­prié­té d’usage de l’outil de tra­vail, socia­li­sa­tion de tout le PIB dans la coti­­sa­­tion-salaire et la coti­­sa­­tion-inves­­tis­­se­­ment, créa­tion moné­taire sans crédit.

    Dans Après l’é­co­no­mie de mar­ché, paru aux édi­tions ACL, Anselm Jappe vous reproche de vous battre pour des choses qui, fina­le­ment, existent déjà (la valeur, l’argent, le salaire, les fonc­tion­naires, les retraites), et estime que votre mon­tagne (la révo­lu­tion) accouche d’une sou­ris. Vous voyez les choses en petit ou Jappe a‑t‑il la folie des grandeurs ?

    Comme Alain Bihr, Anselm Jappe pense qu’il n’y a pas de sujet révo­lu­tion­naire en construc­tion face à la classe capi­ta­liste, ce qui pour lui n’a d’ailleurs aucune impor­tance. Car la lutte de classes dis­pa­raît chez lui non seule­ment de l’observation concrète, mais de la théo­rie elle-même. Le capi­ta­lisme est défi­ni comme féti­chisme de la valeur, un féti­chisme qui domine tant les capi­ta­listes que ceux qu’ils dominent, les uns comme les autres impuis­sants à conte­nir une dyna­mique éper­due de mar­chan­di­sa­tion pour ten­ter d’échapper à l’implacable baisse ten­dan­cielle du taux de pro­fit, dans une fuite en avant qui débou­che­ra sur une inévi­table apo­ca­lypse. Il reste à espé­rer qu’elle sera joyeuse. Anselm Jappe ne voit les choses ni en petit ni en grand : il déve­loppe du capi­ta­lisme une lec­ture mil­lé­na­riste irres­pon­sable. Ce qui m’importe, c’est de débattre avec ceux que touche cette lec­ture. Car un tel dis­cours sur l’horreur éco­no­mique, sur l’inutilité des mobi­li­sa­tions syn­di­cales, sur la néces­si­té de sup­pres­sion de la valeur, et donc du tra­vail et de la mon­naie, n’est pas sans échos à une époque où, à défaut de pou­voir sus­ci­ter l’adhésion au triste état dans lequel elle met la pra­tique de la valeur et donc le tra­vail concret, la classe diri­geante s’accommode d’opposants qui récusent toute mobi­li­sa­tion pour chan­ger cette pratique.


    REBONDS 

    ☰ Lire notre entre­tien avec Franck Lepage, « L’é­cole fabrique des tra­vailleurs adap­tables et non des esprits cri­tiques », juin 2015
    ☰  Lire notre entre­tien avec Alain Bihr, « Éta­tiste et liber­taire doivent créer un espace de coopé­ra­tion », mai 2015

    Source : Bal­last

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    Atelier constituant à Paris ce samedi 19 sept à 13h

    Je vous signale (très tard, par­don, c’est la ren­trée, débor­dé) l’a­te­lier consti­tuant orga­ni­sé cet après-midi à Paris par l’as­so­cia­tion Les Citoyens Consti­tuants. Voi­ci leur annonce :

    « Depuis le début de cette année, Les Citoyens Consti­tuants ont com­men­cé une série d’a­te­liers sur le thème des règles de la consti­tuante et cela se pour­suit d’un ate­lier à l’autre.

    Le 5ème ate­lier consti­tuant de cette année aura lieu le same­di 19 Sep­tembre 2015 à Paris, du coté du métro Pigalle de 13H à 18H.

    Le thème de cet ate­lier consti­tuant por­te­ra éga­le­ment sur les règles de l’as­sem­blée consti­tuante. L’ordre du jour de cet ate­lier est visible depuis ce lien : http://​lc​.cx/​Z​rPS.

    Les per­sonnes sou­hai­tant par­ti­ci­per à cet ate­lier consti­tuant sont invi­tés à s’ins­crire via ce for­mu­laire d’ins­crip­tion : http://​lc​.cx/​Z​rPc.

    Démo­Kra­ti­que­ment,
    Hugo Deschamps
    Le secré­taire de l’association
    Les Citoyens Constituants » 

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