Articles du blog
Les derniers articles du blog
« Manger les riches » – Entretien Kall Reco avec Etienne Chouard
Bonjour à tous. Un jeune homme est passé cet hiver à la maison pour un entretien un peu particulier : pas d’image, rien que du son, un beau son. Cet entretien en podcast est original, je vous le recommande. Pendant la dernière demi-heure, notamment, je décris les grandes lignes d’un monde rendu meilleur grâce à une constitution d’origine citoyenne. Vous me direz ? Étienne. https://youtu.be/AnhrNXVgz5s
LIBÉREZ L’INFO #14 avec Étienne Chouard – 11 mai 2023 – Comment sortir de notre impuissance, politique et économique (et d’abord monétaire)
Les livres que j’ai évoqués : • Petite histoire de l’expérimentation démocratique, Yves Sintomer • La société ingouvernable, Grégoire Chamayou • Le mythe du déficit, Stéphanie Kelton • Anthony Fauci, Bill Gates, Big pharma, leur guerre mondiale contre la démocratie et la santé publique, Robert F. Kennedy • Vaccinations, les vérités indésirables, Michel Georget • Les vaccins à l’ère de la Covid-19, Dr Michel de Lorgeril • Covid-19, ce que révèlent les chiffres officiels, Pierre Chaillot • Aux…
Ils ne nous le donneront jamais : obtenons-en la preuve avec cette pétition officielle pour le RIC Constituant
Chers amis, Je vous invite à lire et à soutenir l’argumentaire de Raul Magni-Berton, du collectif Espoir RIC, qui nous suggère de signer une pétition officielle pour le RIC constituant sur la plateforme de l’Assemblée nationale à ce lien. Je suis convaincu que les élus ne nous donneront jamais le pouvoir constituant, à moins d’y être contraints. Cette pétition officielle peut appliquer une pression supplémentaire, et surtout mettre en lumière leur répugnance à donner un vrai pouvoir de…
Tous les articles du blog
Format grille – Format articles complets
LA CONSTITUTION PEUT-ELLE ÊTRE MODIFIÉE [PENDANT UN « ÉTAT D’URGENCE »] ? Révision sans référendum = Haute Trahison.
Voici quelques idées pour alimenter vos prochains ateliers constituants, au chapitre (important) de la révision.
Comme vous ne le savez peut-être pas (car les « élus » préparent ce mauvais coup en catimini, en tapinois comme aurait dit Guillemin, pendant les fêtes), le Gouvernement et le-Parlement-réuni-en-Congrès sont en train de manœuvrer pour modifier eux-mêmes la Constitution, une fois de plus, et comme d’habitude sans consulter le Peuple (qu’ils « représentent » comme un tuteur représente un incapable). Une félonie de plus, donc.
[ L’avis du Conseil d’État sur la révision de la Constitution : prudence et embarras : http://libertes.blog.lemonde.fr/2015/12/17/lavis–du–conseil–detat–sur–la–revision–de–la–constitution–prudence–et–embarras/ ]
Comme vous le savez si vous passez un peu par ici, tous ces professionnels de la politique, tous ces hommes de pouvoir, sont très profondément illégitimes, par construction, par définition, pour toucher à la Constitution, texte supérieur à eux, texte qu’ils devraient craindre et surtout pas maîtriser. NOTRE PROBLÈME N’EST PAS JURIDIQUE, MAIS POLITIQUE : si les professionnels de la politique peuvent juridiquement rédiger et corriger « la constitution », c’est parce que ce texte supérieur qui devrait nous protéger, et qui prétend être une « constitution », n’est PAS une constitution digne de ce nom : c’est une anti-constitution, un leurre, une prison pour le peuple au lieu d’être une protection.
En l’occurrence, l’indignité des « représentants » est plus nette que jamais : après avoir déclaré « l’état d’urgence », qui met en veilleuse toutes sortes de libertés et de protections juridiques contre les abus de pouvoir, le gouvernement ne devrait PARTICULIÈREMENT PAS modifier la Constitution. Quand un corps social est terrorisé, il est en quelque sorte sans défense, comme l’a bien analysé Naomi Klein dans « la stratégie du choc ». Il est donc particulièrement dangereux, pour une société civile dans cet état de sidération, que l’exécutif entreprenne une révision constitutionnelle à ce moment-là. Les prétendus « états d’urgence » sont l’occasion des pires traîtrises et des pires coups de force. Une constitution digne de ce nom devrait instituer un pouvoir supérieur chargé de contrôler cet abus de pouvoir et de l’empêcher.
Je pense que l’article ci-dessous, de Dominique Rousseau, peut alimenter votre réflexion constituante ainsi que vos ateliers :
LA CONSTITUTION PEUT-ELLE ÊTRE MODIFIÉE ?
Auteur : Dominique ROUSSEAU
http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil–constitutionnel/francais/la–constitution/la–constitution–de–1958–en–20–questions/la–constitution–en–20–questions–question–n–20.25811.html
Après quarante ans, la Constitution de 1958 se reconnaît-elle ?
En 1958, le Parlement se réunissait en deux sessions ordinaires de trois mois par an ; aujourd’hui il se réunit en une session unique continue de neuf mois. En 1958, le président était élu pour sept ans par un collège de 80 000 grands électeurs ; aujourd’hui, il est directement élu par le peuple pour cinq ans. En 1958, le référendum était limité, intéressant surtout la vie de l’État ; aujourd’hui, il est étendu aux questions de politique économique et sociale et aux services publics qui y concourent. En 1958, le Parlement n’avait pas compétence sur le budget social ; aujourd’hui, il l’a. En 1958, le Conseil constitutionnel était une institution à l’accès limité et à la compétence réduite à l’examen du respect des domaines respectifs du Parlement et du gouvernement ; aujourd’hui, son accès est ouvert aux justiciables, son contrôle est a priori et a posteriori et son pouvoir est étendu au contrôle du respect des droits fondamentaux. En 1958, l’Europe était absente de la Constitution ; aujourd’hui, elle dispose pour elle toute seule d’un long titre VI. En 1958, la République était jacobine ; aujourd’hui, elle est décentralisée. Vingt-quatre révisions en cinquante ans d’existence ! Si la France vit depuis 1958 avec la même Constitution – ce qui représente, au regard de son histoire, un petit exploit – cette Constitution n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était en 1958 !
Rien d’anormal à cela. Toute Constitution prévoit toujours que ses dispositions peuvent être modifiées, complétées ou supprimées. Aussi fiers soient-ils de leur œuvre, les constituants restent assez sages pour savoir que leur travail n’est jamais parfait, que l’usage du texte peut faire apparaître des difficultés inédites ou imprévisibles au moment de sa conception, ou encore que la marche du temps et l’évolution de la société peuvent susciter de nouvelles exigences constitutionnelles. Cette sagesse, au demeurant, se nourrit d’une philosophie politique, celle qui fait de la nation souveraine l’origine de tout et qui postule, en conséquence, sa totale et permanente liberté : la nation n’est pas faite par la Constitution, c’est elle qui fait la Constitution et reste constamment maître de son contenu. SIEYÈS, dans Qu’est-ce que le Tiers État ?, l’affirme sans détour : « il serait ridicule de supposer la nation liée elle-même par la Constitution à laquelle elle a assujetti ses mandataires. Non seulement la nation n’est pas soumise à une Constitution, mais elle ne peut pas l’être, mais elle ne doit pas l’être, ce qui équivaut encore à dire qu’elle ne l’est pas ». Et, dans son article 28, la mythique Constitution du 24 juin 1793 traduit cette philosophie en un principe clair : « un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures ».
Cette totale liberté constituante du peuple, parfaitement compréhensible dans son principe démocratique, rencontre cependant sur son chemin d’autres exigences, également démocratiques [ÉC : Hum… /ÉC], qui justifient une codification du pouvoir de révision. Une Constitution, en effet, n’est pas un texte ordinaire ; c’est la Loi des lois, l’acte solennel par lequel une société [ÉC : QUI, au sein de la société ? Soyons précis. /ÉC] déclare les principes qui la fondent, qui la rassemblent et qui l’organisent. Ce texte-là ne peut être changé aussi facilement qu’une loi ordinaire ; il faut une procédure particulière, plus solennelle, plus exigeante [ÉC : exigeante surtout pour éviter à tout prix les éventuels conflits d’intérêts des constituants, effectivement. /ÉC], qui corresponde à la qualité de l’acte à modifier ; il faut distinguer le pouvoir de faire les lois du pouvoir de réviser la Loi. Comme la plupart des Constitutions, celle de 1958 opère cette distinction en réservant un titre spécial à la révision constitutionnelle – le titre XVI – et un article unique – l’article 89.
Ces dispositions particulières règlent quatre questions :
- L’initiative de la révision. Elle appartient « concurremment au Président de la République sur proposition du Premier ministre et aux membres du Parlement ». Initiative partagée donc entre les parlementaires et l’exécutif [ÉC : notez le premier scandale qui consiste ici à priver le peuple de toute initiative constituante. Et pensez‑y bien quand vous conduirez vos propres ateliers constituants. /ÉC], mais surtout au sein même de l’exécutif : ni le Président ni le Premier ministre ne peuvent engager seul une procédure de révision ; le Président doit attendre – ou solliciter – la proposition du Premier ministre, et, en retour, le Premier ministre doit attendre – ou provoquer – la réponse du Président à sa proposition. Quand l’initiative de la révision vient de l’exécutif, l’accord du Président et du Premier ministre est ainsi nécessaire ; exigence relativement facile à satisfaire si l’un et l’autre appartiennent à la même famille politique, beaucoup moins dans l’hypothèse d’une cohabitation au sommet de l’État.
- L’adoption du projet ou de la proposition. Qu’il vienne de l’exécutif — projet — ou des parlementaires — proposition — le texte doit être voté par chacune des deux assemblées « en termes identiques ». La précision est importante. À la différence de la procédure législative ordinaire où le Premier ministre peut, en cas de désaccord persistant entre les deux chambres, provoquer la réunion d’une commission mixte paritaire pour tenter d’aboutir à un texte commun – et même demander à l’Assemblée nationale de statuer définitivement — la procédure de révision ne prévoit aucun moyen de forcer l’accord entre députés et sénateurs. Ici, les deux assemblées ont un égal pouvoir [ÉC : mais le peuple n’en a AUCUN, comme d’habitude quand ce sont des « élus » qui sont constituants. Pensez bien à instituer différents droits de veto populaires quand vous conduirez vos propres ateliers constituants. /ÉC]; en maintenant sa rédaction, en refusant de prendre en compte les modifications de l’autre, chacune peut faire durer les débats indéfiniment et, de fait, bloquer la révision. Plusieurs projets ont ainsi échoué à ce stade, par obstruction du Sénat : l’extension du champ du référendum (1984), le droit pour les justiciables de soulever devant les juridictions ordinaires la question d’inconstitutionnalité (1990, 1993)…
- La ratification. Deux situations doivent être distinguées : ou les parlementaires sont à l’origine de la révision, et la ratification se fait obligatoirement par référendum ; ou l’exécutif est à l’origine, et le Président de la République a le choix entre la ratification par référendum ou la ratification par le Congrès [ÉC : sans référendum, ce qui un scandale sans nom. /ÉC]. Le Congrès est la réunion, dans une même salle et au château de Versailles, des députés et des sénateurs qui doivent voter le projet à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés pour qu’il soit ratifié. La raison de cette différence de traitement entre projet et proposition est, évidemment, politique : le général de Gaulle craignait que les initiatives parlementaires de révision aient pour objet de détruire son œuvre ; aussi, connaissant la très grande réserve des députés et sénateurs à l’égard de la pratique référendaire, il espérait limiter leurs « envies » de révision en les soumettant obligatoirement au référendum. Il n’avait pas tort.
- Les limites de la révision. Elles peuvent être classées en deux catégories principales. D’abord, les limites justifiées par les circonstances ; pour éviter que les révisions se fassent sous la pression de l’occupant ou d’un conflit, il est interdit d’engager ou de poursuivre une procédure de révision « lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire » ; pour éviter aussi qu’un Président « intérimaire » ne profite de la situation, l’usage de l’article 89 est interdit « durant la vacance de la Présidence de la République » ; pour éviter encore qu’un Président en exercice ne saisisse l’occasion d’une crise exceptionnelle, il lui est interdit – par la décision du Conseil constitutionnel du 2 septembre 1992 – de changer la Constitution lorsqu’il fait application des pouvoirs de l’article 16. Ensuite, des limites portant sur le contenu : « la forme républicaine du gouvernement, précise le dernier alinéa de l’article 89, ne peut faire l’objet d’une révision ». Si l’obligation de respecter la « forme républicaine » signifie l’interdiction de rétablir la monarchie ou l’empire, la limite imposée au pouvoir de révision est faible car le risque d’un tel rétablissement est lui-même faible ; si, en revanche, l’expression signifie obligation de respecter les valeurs et principes qui donnent à un régime sa « forme républicaine » – par exemple, la laïcité, le service public, l’égalité, la fraternité,… – la liberté du pouvoir constituant se trouverait fortement réduite.
Si, dans sa décision du 2 septembre 1992, le Conseil constitutionnel a rappelé l’ensemble de ces limites, il a déclaré, dans sa décision du 26 mars 2003, qu’il « ne tenait d’aucune disposition de la Constitution le pouvoir de statuer sur une révision de la Constitution ». En l’espèce, il lui était demandé de déclarer contraire à la forme républicaine du gouvernement la révision posant que « l’organisation de la République est décentralisée ». Les limites à l’exercice du pouvoir de révision sont posées mais le contrôle de leur respect n’est pas assuré. À tout le moins, est-il possible de considérer que le Conseil veillerait au respect des limites posées aux articles 7, 16 et 89–4 de la Constitution, pour le contenu des révisions, il retient son contrôle.
Au demeurant, l’article 89 n’interdisant pas une révision des limites qu’il pose, le pouvoir constituant pourrait parfaitement les supprimer et retrouver ainsi une totale liberté de décision, y compris pour modifier la forme républicaine du gouvernement…
Et l’article 11 ? Une révision de la Constitution est-elle possible par le moyen de l’article 11 ? En 1958, chacun s’accordait pour considérer que la Constitution définissait une seule procédure de révision, celle prévue à l’article 89. Mais, en 1962, l’utilisation par le général de Gaulle de l’article 11 pour modifier le mode d’élection du Président de la République oblige à reprendre la lecture de cet article, et en particulier de la disposition prévoyant que peut être soumis au référendum « tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics ». Or, juridiquement, il est clair qu’un des objets principaux d’une Constitution est d’organiser les pouvoirs publics ; la première loi constitutionnelle de la IIIe République est, d’ailleurs, intitulée « loi relative à l’organisation des pouvoirs publics ». La possibilité d’une révision par le moyen de l’article 11 est donc constitutionnellement défendable. Pourtant, ce sont surtout des considérations politiques qui ont été avancées pour justifier l’usage de l’article 11. La procédure qu’il institue procure, en effet, deux « avantages » – qui peuvent être lus aussi comme deux « inconvénients » :
- La mise hors jeu du Parlement. Avec l’article 11, le projet de révision, présenté par le Président de la République sur proposition du Premier ministre, est directement soumis au vote du peuple par référendum. La seule obligation pour le gouvernement est de faire sa proposition de révision pendant la durée des sessions parlementaires et de l’accompagner d’une déclaration suivie d’un débat dans chacune des deux assemblées ; mais aucun travail ni, a fortiori, aucun vote sur le projet lui-même ne sont prévus. Un Parlement en désaccord avec le projet ne pourrait manifester son opposition que par le dépôt et le vote d’une motion de censure. Ce qu’il fit en octobre 1962, provoquant la seule « chute » parlementaire d’un gouvernement sous la Ve République.
- La suppression des limites. L’article 11 ne prévoit aucune limite de circonstances ou de contenu à l’exercice du pouvoir de modifier directement par référendum l’organisation des pouvoirs publics. Sauf à considérer que les limites énoncées à l’article 89 sont également valables pour l’article 11 – mais aucun renvoi n’est fait d’un article à l’autre – le pouvoir de révision est, ici, totalement libre.
Au fond, l’article 11 ne s’est imposé comme modalité possible de révision que parce que l’article 89 donne au Sénat, chambre haute issue d’un suffrage indirect, un pouvoir de blocage ; hostile, en 1962, à l’élection populaire du chef de l’État, il n’aurait jamais laissé « passer » cette révision par la procédure de l’article 89. Contourner le refus prévisible du Sénat fut sans doute, à cette époque, la véritable raison du recours à l’article 11.
Au demeurant, l’article 11 n’a été utilisé que deux fois comme moyen de révision, avec succès en 1962 et, sans succès en 1969, provoquant le départ du général de Gaulle. L’article 89 reste donc la procédure de droit commun de la révision constitutionnelle. Mais, article 11 ou article 89, à trop souvent changer la Constitution, il arrive qu’un pays change, sans s’en apercevoir, de Constitution ; la meilleure solution, alors, est peut-être que le peuple reprenne, dans sa globalité, son pouvoir constituant.
Rappels importants :
Dominique Rousseau :
« Démocratie représentative, c’est un contre-sens. » [..]
« La représentation n’est pas la démocratie. » [..]
« L’expression du peuple est contraire à la représentation car dans le régime représentatif, le peuple ne parle pas, ce sont ses représentants. Il y a donc un problème quant à la définition qu’on accepte tous comme allant de soi, démocratique représentative alors qu’elle ne va absolument pas de soi. » [..]
« Je ne parle pas de démocratie représentative, je parle de système représentatif. »
httpv://youtu.be/I3UHT1WQ4N0
_______________
La Stratégie du Choc ~ Naomi Klein ~ Capitalisme du désastre
httpv://youtu.be/bhS7LnkTkGY
Une autre copie du film de Naomi, avec du son jusqu’au bout 🙂
_______________
Bon. Dites, vous en êtes où, vous, de vos mini ateliers constituants, prolifiques et contagieux ? 🙂
J’ai hâte de lire vos propositions d’articles 🙂
On ne s’en sortira que comme ça, je crois.
Bon courage à vous tous.
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153862638997317
DEMAIN : le film est sorti et il est épatant ! Faites passer.
Ah que c’est bon ! C’est une bouffée d’air frais, ce film, une rasade de potion magique, un condensé de mille expériences et propositions importantes.
Vous vous souvenez que, fin mai, j’avais signalé que Mélanie et Cyril nous demandaient de les aider à faire un film positif, constructif et optimiste, un tour du monde d’expériences formidables, pour donner la pêche à tous ceux qui ne croient plus qu’on puisse renverser la vapeur capitaliste. Et nous avons été des milliers à les aider 🙂
Je viens (enfin ! quel traînard je suis, 6 semaines après la sortie…) d’aller voir ce film, et je l’ai trouvé enthousiasmant, très beau, très riche, très bien fait, une bonne synthèse de tout ce qui nous préoccupe tous, mais sous un angle constructif et optimiste, avec une partie passionnante sur la permaculture, des villes en transition, des entreprises respectueuses des hommes, des humains épatants au Danemark, en Inde, en Finlande, à San Francisco, en Normandie, etc., une partie qui incrimine la monnaie-dette, les multinationales et les banques, et Bernard Lietaer qui explique les monnaies locales et la nécessaire bio-diversité monétaire, une partie où David Van Reybrouck parle de tirage au sort et même l’idée d’assemblées constituantes tirées au sort ! Le pied, quoi 🙂 J’en oublie plein, évidemment, car le film va vite, on ne s’ennuie pas une seconde et c’est difficile de tout fixer d’emblée. Il faut sans doute le revoir, et puis travailler le texte, le crayon à la main, pour bien mémoriser et intégrer toutes ces suggestions. Le livre servira précisément à ça, je pense.
Que vous dire de plus que vous inviter à aller le voir, si ce n’est pas déjà fait, et à le faire connaître autour de vous 🙂
httpv://youtu.be/Bk2LnbrXx_I
Merci à tous ceux à qui nous devons ce bel outil politique d’origine citoyenne.
Faites passer 🙂
Étienne.
• Pour savoir dans quelle salle aller le voir, il y a le site du film : http://www.demain-lefilm.com/
• Aussi, la page Facebook du film : https://www.facebook.com/demain.lefilm/
• Il y a aussi un livre, pour reprendre tout ça lentement et bosser à son rythme 🙂 http://www.demain-lefilm.com/demain–le–livre
Le fil Facebook correspondant à ce billet : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153859729672317
À partir d’une réflexion sur le sens et le respect du vote blanc…
[Rappel pour les 80 000 nouveaux venus (5 ou 600 de plus chaque jour, ces temps-ci) : ]
À partir d’une réflexion sur le sens et le respect du vote blanc…
httpv://youtu.be/yG6MiDsNLB4
Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.
Seul le peuple lui-même est légitime (et apte) pour écrire, protéger et modifier une véritable constitution.
Raison pour laquelle chaque citoyen (digne de ce nom) doit s’entraîner personnellement, tous les jours, à réfléchir, à rédiger, à critiquer, à corriger, à améliorer des articles de constitution, et… à contaminer son prochain 🙂
Faites passer 🙂
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153840117712317
le NON au référendum danois et le silence des journaux français
Précieux lanceurs d’alerte :
http://www.les-crises.fr/referendum–danois–le–silence–des–journaux–par–jacques–sapir/

Référendum danois : le silence des journaux, par Jacques Sapir
Source : Russeurope, Jacques Sapir, 04-12-2015
Le référendum qui s’est tenu au Danemark le jeudi 3 décembre, et qui a vu la victoire du « non » et des eurosceptiques, continue de soulever des interrogations multiples. La première concerne le faible retentissement médiatique de ce référendum. Assurément, nous sommes en campagne électorale en France. Mais, ce quasi-silence des médias est un objet d’étude à lui tout seul. La seconde interrogation porte sur le sens qu’il convient de donner à ce référendum. On voit bien que, dans les rares commentaires à son sujet on parle de « questions techniques ». Techniques, elles l’étaient assurément. Mais il faut être bien naïf, ou bien de mauvaise fois, pour ne pas se rendre compte que, derrière cette dimension « technique » la véritable question portait sur le processus d’intégration européenne.
Le silence des journaux
Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actualités ne produit que 170 résultats, dont certains ne concernent pas les médias français. Dans une liste d’environ 150 références des médias français, on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in extenso soit partielle de l’article publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La différence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux.
Certes, ce n’est pas la première fois que la presse française se comporte de manière plus que désinvolte vis-à-vis d’événements survenant dans un « petit » pays. Cette arrogance de « grande nation » qui ressort spontanément et en dépit de discours pourtant ouvertement européistes n’est pas la moindre des choses qui m’insupportent dans les comportements des journalistes français. A cet égard, il est intéressant de lire les commentaires dans les journaux belges (Le Soir ou La Libre Belgique) ou dans les quotidiens suisses francophones. Ils sont souvent de meilleures qualités que ce que l’on peut lire dans une presse française qui se révèle à la fois partiale et surfaite. Mais, cette arrogance n’est sans doute pas la cause première de ce silence.
Ce relatif silence de la presse française traduit, et trahit, une gêne devant le résultat. Les danois, peuple européens, ont rejeté une proposition de plus grande intégration dans le cadre de l’Union européenne. Ils l’ont rejeté de manière très claire, ce qui a été reconnu par le gouvernement danois. Ils l’ont rejeté aussi dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radicale ») et le parti populiste et souverainiste danois le DPP. On constate une nouvelle fois que, quand peuvent se retrouver sur un terrain commun, des souverainistes de gauche et de droite ont une large majorité. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les éditorialistes à gages de notre presse nationale. Cela pourrait donner des idées au bon peuple de France. Voici donc une autre raison de ce silence relatif, et il faut le dire bien intéressé. Ce référendum porte en lui une critique de l’européisme. C’est pourquoi il convient de faire silence dessus. Ah, elle est belle la presse libre en France ; elle est belle mais elle est surtout silencieuse quand il convient à ses propriétaires…
Une question technique ?
Dans les rares articles que les journaux, ou les autres médias français, consacrent aux résultats de ce référendum, on pointe avant tout la nature « technique » de la question posée : fallait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négociées par le Danemark avec l’Union européenne pour permettre une meilleure coopération policière entre ce pays et les instances policières européennes (Europol pour les nommer). Mais, si l’énoncé de la question était assurément technique, il faut beaucoup d’aveuglement, bien de la cécité volontaire, pour ne pas voir que la réponse apportée par les danois fut avant tout politique.
Il convient ici de rappeler que ce référendum a connu une forte participation. Près de 72% des électeurs danois se sont déplacés pour voter, ce qui constitue un record dans des référendums portant sur l’Europe pour le Danemark. C’est bien la preuve que les danois ont compris que, derrière une apparence technique, la question était bien avant tout politique. D’ailleurs, cette dimension politique ressortait bien de la campagne qui se déroula avant ce référendum. Les questions de la suspension des accords de Schengen, de l’intégration européenne, des coopérations multiples, furent en réalité largement débattues.
Cette réponse donc politique que les électeurs danois ont apporté, elle a un sens très net : celui d’un refus de toute nouvelle intégration européenne. Face à des questions essentielles, comme celles concernant la sécurité, les danois ont clairement opté pour le maintien de leur souveraineté et le refus pour une plus grande intégration. Leur réponse traduit le profond désenchantement auquel on assiste quant à la construction européenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécurité, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux frontières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confronté. Or, la réponse des européistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de demander, encore et toujours, plus d’intégration. En fait, l’intégration européenne est devenue un dogme, une religion. Et celle-ci n’admet aucune critique, ne souffre aucune contradiction. C’est pourquoi les dirigeants poussent à une surenchère mortelle. Mais, c’est aussi pourquoi les peuples, qui bien souvent ne sont pas dupes d’un discours trop formaté pour être honnête, refusent justement cette surenchère et exigent qu’un bilan honnête et objectif de cette intégration soit fait.
L’heure des bilans
Ces bilans vont se multiplier, que les dirigeants le veuillent ou non. La Grande-Bretagne votera sur son appartenance à l’Union européenne en 2016 et, n’en doutons pas, on y suit de très près les implications du référendum danois. On votera sans doute sur la question de l’Euro en Finlande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aussi une importante signification. Mais, surtout, c’est dans sa pratique au jour le jour que l’Union européenne sera confrontée à cette demande de bilan.
Car, il est clair que le trop fameux « pragmatisme » européen a engendré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépourvu d’existence légale et qui pourtant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pouvoir que commet désormais chaque semaine la Commission européenne. On se souvient des déclarations de Jean-Claude Juncker à l’occasion de l’élection grecque de janvier dernier[1]. Leur caractère inouï fut largement débattu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces institutions européennes négocient, dans le plus grand secret, le fameux « Traité Transatlantique » ou TAFTA qui aboutira à déshabiller encore plus les Etats et la souveraineté populaire qui s’y exprime. Le comportement de l’Union Européenne tout comme celui des institutions de la zone Euro appellent une réaction d’ensemble parce qu’elles contestent cette liberté qu’est la souveraineté[2].
Il est plus que temps de dresser le bilan de ces actes, d’évaluer la politique poursuivie par les institutions européennes et leurs diverses affidés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut comprendre, à voir l’importance de l’investissement politique et symbolique qu’ils ont consenti, que les dirigeants européistes voient avec une certaine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes. Mais, à recourir à de quasi-censure, à des méthodes ouvertement anti-démocratiques pour en retarder le moment ils risquent bien de finir par voir leurs tête orner le bout d’un pique.
Notes
[1] Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003–20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne : http://www.politis.fr/Juncker–dit–non–a–la–Grece–et,29890.html
[2] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European–allince–of–national–liberation–fronts–emerges–to–avenge–Greek–defeat.html
Source : Russeurope, Jacques Sapir, 04-12-2015
___________________
Les Danois disent “non” à davantage d’intégration européenne, par Romaric Godin
Source : Romaric Godin, La Tribune, 4/12/2015
53,1 % des électeurs danois ont rejeté par référendum un projet de coopération renforcée avec l’UE dans le domaine de la police et de la justice. Un désaveu pour la classe politique danoise.
Les Danois ont rejeté par référendum un projet de renforcement de l’intégration de leur pays dans l’Union européenne. 53,1 % des électeurs convoqués jeudi 3 décembre ont voté « nej » (« non ») au projet d’adhésion du pays à Europol, l’agence européenne chargée de la lutte contre le crime organisé, les trafics et le terrorisme qui deviendra en 2016 un organisme supranational chargé de l’ensemble des affaires de police et de justice pour l’UE. Lars Løkke Rasmussen devra désormais négocier un accord « séparé » avec Europol. Une négociation qui s’annonce difficile.
Ce « non catégorique », comme l’a décrit le premier ministre libéral Lars Løkke Rasmussen, révèle une nouvelle fois qu’une majorité des Danois reste très sceptique sur le projet européen. Ce référendum avait été décidé par la précédente première ministre Helle Thorning Schmidt en février 2015 après l’attaque d’une librairie à Copenhague. En théorie, les attentats de Paris auraient dû renforcer l’idée d’une coopération européenne plus profonde, d’autant que la très grande majorité des partis politiques danois appelaient à « voter oui. » Mais plusieurs éléments ont joué contre le « oui. »
La question de l’immigration
D’abord, la campagne menée par le parti du peuple danois (Danske Folkeparti, DF) qui est arrivé deuxième lors des élections de juin dernier avec 21,1 % des voix. Ce parti a agité la crainte d’une arrivée massive de réfugiés dans le pays. Quoique membre du gouvernement de droite depuis les élections de juin dernier, DF a agité la menace de « quotas obligatoires » alors que la Suède est déjà débordée par l’afflux de réfugiés et que le Danemark a accepté dix fois moins de personnes sur son sol que son voisin oriental. Une partie de l’électorat danois est très hostile à l’immigration, comme le montre la poussée de DF qui n’avait obtenu que 12,3 % en 2011. La gestion assez chaotique de la crise des réfugiés par l’UE n’a pas dû aider le « oui » à progresser.
La question de la souveraineté
Deuxième point sur lequel le « non » a joué : l’idée qu’il existait une « instrumentalisation » des attentats de Paris pour faire accepter davantage d’intégration du pays dans l’UE. Le DF s’y oppose, mais aussi le parti de gauche radicale, la Liste Unique (Enhedslisten), quatrième parti du pays en juin avec 7,8 % des voix, qui a dénoncé un « oui » aux politiques économiques de l’UE. De façon générale, le camp du « oui » a souffert de la mauvaise image de l’UE et de la zone euro. En 1992 et en 2000, les Danois ont rejeté l’entrée de leur pays dans la zone euro, alors que leur monnaie, la couronne, a toujours été étroitement liée au deutsche mark ou à l’euro. Autrement dit, la question de la souveraineté a permis au « non » de l’emporter.
Défaite des partis pro-européens
Au final, cette défaite est un désaveu pour les pro-européens danois. Le premier ministre avait avancé le scrutin pour empêcher tout impact du référendum britannique, qui devrait se tenir dans les prochains mois. Une manœuvre finalement manquée. La participation de 72 % souligne le désaveu de la classe politique sur les questions européennes. Une grande partie des électeurs traditionnels des partis libéraux (Venstre) et Sociaux-démocrates ont en effet voté « non. » Simon Gade, le président du groupe parlementaire de Venstre, a considéré que les partis danois devaient faire un « examen de conscience » sur la question européenne.
Source : Romaric Godin, La Tribune, 4/12/2015
Source : les-crises.fr
Même relais sur Facebook : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153839387402317
[On passe à l’acte] Prochains ateliers constituants demain samedi, à Paris, à Nancy et ailleurs…
L’association Citoyens Constituants continue à organiser des ateliers en région parisienne. Voici leur invitation pour demain, samedi 12 décembre 2015 :
Chers sympathisants,
Depuis le début de cette année, nous avons organisé 7 ateliers constituants sur le thème des règles de la constituante et le dernier de cette année aura lieu ce samedi 12 décembre du coté de Pigalle.
Chaque atelier fait l’objet d’un compte-rendu que vous pouvez visualiser ici.
Notre commission chargée de prendre note du travail effectué durant les ateliers constituants s’organise et travaille déjà depuis plusieurs mois à faire la synthèse des travaux effectués afin de formaliser et préparer le travail des prochains ateliers.
L’autre but que s’est fixé cette commission sera de proposer, sur les bases du travail effectué durant les ateliers un texte sur les règles de la constituante.
Vous pouvez, si vous le souhaitez, visualiser la synthèse préparée par cette commission pour faciliter le travail du prochain atelier.
Vous pourrez ainsi visualiser
- Les articles déjà validés,
- Ceux à retravailler
- Avoir une idée des débats qui ont eu lieu dans les thématiques suivantes :
- Rôle et contrôle de l’Assemblé Constituante,
- Structure de l’Assemblée Constituante,
- Modalité de création de la Constitution.
Les personnes qui souhaitent participer à cet atelier sont cordialement invitées à s’inscrire via ce formulaire d’inscription.
Remarque
La salle que nous occupons actuellement ne nous permet pas d’avoir plus de 40 personnes, et nous sommes désormais contraint systématiquement de refuser les personnes fautes de place, c’est la raison pour laquelle nous vous conseillons de ne pas tarder à vous inscrire si vous souhaitez y participer.
Face au succès grandissant des derniers ateliers, sachez que nous sommes actuellement en train de chercher une salle plus grande.
Nous vous invitons également à visualiser l’annonce de cet atelier sur notre site internet.
Les Citoyens Constituants
Sur Nancy, le prochain atelier prévu est le 19 décembre 2015 :
Atelier constituant du 19 décembre à Nancy
19 décembre à 14:00 — 19:00

Chers citoyens,
Vous êtes tous cordialement invités à l’atelier constituant du samedi 19 décembre 2015 à Nancy – 14H – Café « Trois petits points... » – Nancy !
N’hésitez pas à inviter vos amis et connaissance à venir découvrir un atelier constituant.
Application du petit protocole de sociocratie délibérative et utilisation des bandes papier de couleur pour les votations.
Le but d’un atelier constituant est toujours :
- – questionner et se questionner sur la démocratie,
– échanger et dialoguer,
– découvrir comment des citoyens divers peuvent arriver à dépasser les intérêts particuliers pour se retrouver sur l’intérêt commun, comment des citoyens peuvent s’enrichir et enrichir leurs réflexions mutuellement, comment sortir du système mortifère qui pousse parfois certains à se réfugier derrière des dogmes ou des extrêmes,
– faire du lien,
– faire émerger l’intelligence collective,
– découvrir que nous sommes capables d’être autres que ce à quoi le système nous pousse.
- Voir l’annonce de l’événement sur le wiki des Gentils virus
- Voir la page FB événement
J’espère que ces grands ateliers incitent les participants à continuer personnellement de leur côté (c’est le but), en leur donnant des idées et du courage pour organiser eux-mêmes, tous les jours un peu partout, des mini-ateliers, prolifiques et contagieux 🙂
Emmanuel et Catherine tiennent à jour des listes d’ateliers passés et à venir avec les comptes rendus :
- l’agenda d’Emmanuel (Wikicrate) : http://ateliersconstituants.com/
– l’agenda de Catherine sur le wiki des GV : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Evenements
– l’agenda de Catherine sur l’agenda dédié à la Lorraine : http://lorraine.gentilsvirus.org/evenements/
Mille mercis à tous ceux qui se dévouent, un peu beaucoup passionnément à la folie, pour que cette idée avance.
Faites passer 🙂
Étienne.
PS : je vous rappelle la précieuse boîte à outils (sur le wiki des GV) : qui s’étoffe chaque jour pour vous aider à organiser ou préparer une participation à des ateliers constituants :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153839289237317
Voulez-vous faire un petit atelier constituant avec moi ? Parlons, cette fois, si vous voulez bien, du droit sacré du peuple à se réunir publiquement librement
Chers vous tous,
Je connais à Chambéry un jeune homme attachant et stimulant, qui s’appelle Sylvain et qui travaille comme nous depuis des années sur ce que devrait être une démocratie digne de ce nom.
À ce que je sais, ses travaux (site fermé) le conduisent, ces temps-ci, à se polariser sur deux points que je trouve, moi aussi, importants :
1) la façon dont est organisée / imposée l’éducation nationale, [Sylvain prône carrément la déscolarisation… (d’une façon que je trouve parfois inutilement brutale et injuste, mais l’idée de fond est importante et intéressante)… Les débats s’annoncent toniques 🙂 ]
et
2) la confiscation des lieux de réunions publiques par les professionnels de la politique.
Je m’alimente presque tous les jours des nombreux livres qu’il nous invite à lire à propos d’éducation et d’émancipation. Par exemple, en ce moment, je suis tout remué par les idées que je découvre dans « La domination adulte. L’oppression des mineurs » d’Yves Bonnardel. Sylvain m’a ainsi conduit à découvrir des dizaines d’ouvrages remarquablement bien argumentés sur la façon, souvent révoltante, dont les adultes traitent aujourd’hui les enfants. Certaines thèses me hérissent, mais toutes me conduisent à réfléchir. Il y a là, je le reconnais, sans doute une des grosses racines qui alimentent l’invraisemblable consentement du plus grand nombre à la domination d’un petit nombre.
Un peu de la même façon que je m’impatiente moi-même de voir les intellectuels que j’estime (Lordon, Généreux, Onfray, Michéa…) ne pas accorder la moindre importance à la [nécessaire] source populaire des processus constituants, Sylvain s’irrite et s’impatiente de ne pas me voir embrayer immédiatement sur ses chantiers à lui. 🙂 Pourtant, j’y travaille en silence, parmi mille autres sujets que je trouve importants.
Je le prouve : mercredi dernier, je devais rester quelques heures immobile, sans même pouvoir lire (une surveillance de devoir), et j’en ai profité pour faire dans ma tête, en tête-à-tête avec moi-même pour commencer, un petit atelier constituant… 🙂 Prenant comme points de départ les plus scandaleux des abus de pouvoir qui encombrent l’actualité, j’ai entrepris d’écrire l’ébauche de quelques nouveaux articles de constitution. L’entraînement de base, quoi 🙂 J’imaginais de vous les soumettre lors d’une prochaine rencontre, ou même de vous les soumettre un par un, sur le net grâce à des billets dédiés.
Et voilà que je lis aujourd’hui le billet de Sylvain (reproduit plus bas), et j’y trouve l’occasion en question, de vous soumettre une de ces idées. Voici donc un des articles que j’ai ébauché intérieurement mercredi (je vous parlerai des autres plus tard) :
Article X : le droit de réunion publique est inviolable et sacré. Aucune loi ou règlement ne peut interdire au peuple de se réunir librement, sous peine de forfaiture et de déchéance pour les représentants qui l’aurait tenté.
Chaque commune doit mettre à disposition à tout moment — et entretenir — des salles de réunion de taille adaptée aux besoins du village (ou du quartier).
Une Chambre Communale des Réunions Publiques, composée de 20 membres tirés au sort pour 28 jours, renouvelables par quart toutes les semaines, vérifie dans chaque commune le respect par les autorités du droit constitutionnel de réunion populaire.
La Chambre Communale des Réunions Publiques organise un référendum local quand elle le juge nécessaire (« Faut-il agrandir ou aménager telle salle ? », « Voulez-vous construire plusieurs nouvelles salles ? », etc.). Les décisions prises lors de tels référendums s’imposent à toutes les autorités.
« Le secret de l’action, c’est de commencer » : ce brouillon d’article, qui voudrait finalement formaliser et garantir notre droit de réunion, n’est qu’un premier jet, bien sûr, et je vous invite (fraternellement) à le corriger, le compléter, l’améliorer, en toute liberté.
La synchronicité de ma réflexion avec les reproches de Sylvain est amusante, je trouve. Pendant que Sylvain rédigeait une sorte d’interpellation pour me reprocher de ne pas donner d’importance au droit fondamental pour le peuple de disposer de lieux pour se réunir librement à tout moment, au même moment, je tâchais dans mon coin de formaliser un article de constitution précisément sur ce sujet… Comme on dit en blaguant, les grands esprits se rencontrent 🙂
Voici donc le billet de Sylvain en question, amicalement réprobateur :
Réponse courte et conjointe à Etienne Chouard et Frédéric Lordon
- Catégorie : Vraie démocratie
Publication : jeudi 3 décembre 2015 10:46
Écrit par Sylvain Rochex
Courte, car je ne vais pas ré-écrire tout ce qu’il y a dans ce site et tout ce que j’écris depuis des années. Mais Étienne a marqué ceci récemment (20÷11÷15) sur son blog :

« Vous avez été des milliers (et des milliers), à aimer et à partager le précédent billet, qui résumait cette vérité, bien d’actualité : « Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (composé de citoyens constituants) de s’opposer aux représentants qui veulent lui imposer la guerre. » POURTANT, malgré cet élan spontané (pour l’idée de nous auto-constituer), vous n’êtes PAS — pas encore — des milliers (et des milliers) à vous entraîner, pied à pied, « pour de vrai », à constituer 🙁 Mais qu’est-ce qui vous retient donc ? Qu’est-ce qui vous empêche, vous personnellement, de passer à l’acte, massivement, puisque vous pouvez le faire librement (pour l’instant) ? Si vous trouvez (le frein qui nous gêne), soyez gentils de m’en parler. »
Ce frein (qui est un mur) est explicité en long en large et en travers, via les idées de « Déscolarisation » présentes ici, et dans les têtes et papiers de Sylvain et Mathilde. Un atelier constituant doit pouvoir se dérouler dans l’espace commun (l’espace public) ! Le cas échéant, il ne s’agira que d’une discussion privée, ésotérique (au sens étymologique de ce mot), vécue par une ou plusieurs hétairies philosophiques. Le fait d’être « constituant » doit être en lien avec l’espace public (espace commun, à vrai dire). Car c’est le peuple qui est constituant en démocratie, et non telles ou telles bandes privées.
Ce à quoi Étienne répondra certainement à peu près ceci (« l’antienne d’Étienne » disait-il lui-même) : « Non ! Vous pouvez le faire partout : chez vous, dans un ascenseur, au bistrot, au bureau et même aux chiottes ! Il suffit d’être au moins deux ! « . Je pense au plus profond de moi-même qu’Étienne se trompe cruellement sur ce point : un atelier constituant digne de ce nom, doit se tenir dans l’espace public ! Pourquoi ? Car la constitution concerne la chose publique et le peuple. Dans les lieux privés : il n’y aura jamais le peuple (l’Idée de peuple) et il ne s’agira jamais — c’est une lapalissade — d’espace public ! Pour que Mamie Josette, tante Ursule, le vieux Robert, Monsieur tout-le-monde, s’intéressent à la constitution, les ateliers constituants doivent se tenir dans l’espace public. Le cas échéant, Nico, Valentin, Sylvie, et Benoît (des gentils virus, des militants d’extrême gauche, de l’UPR et des alters permaculteurs, adeptes des couches lavables et du revenu de base, ou autres bobos cultivés) continueront tout seul dans leur coin, avec les membres de leur club philosophique, à s’intéresser à la constitution.
Or l’espace public est volé, actuellement, par l’oligarchie. Nous devons d’abord « arracher » nos espaces. Curieux, vraiment très curieux, qu’Étienne n’aille jamais sur ce point (je ne sous-entends rien de spécial, mais je trouve ça juste hallucinant que le sujet ne vienne jamais). Étienne répondrait sûrement : « nous devons d’abord ré-écrire la constitution pour que l’oligarchie nous restitue ce qui nous appartient ». Comment ne pas voir ce bon vieux serpent qui se mord la queue ? Pourtant, nous savons très bien que le véritablement commencement c’est quand les gens se ré-approprient les espaces communs pour prendre la parole et faire de la politique ensemble.
Frédéric Lordon, qui a fourni récemment une excellent tribune sur la situation (a)politique actuelle conclut, ÉVIDEMMENT, à la nécessité absolue de se rassembler dans l’espace public ! Mais, très grave erreur, pour lui, comme pour des milliards de cerveaux formatés, l’Espace public, c’est toujours sinistrement « LA RUE ». Comment ne pas voir, ne pas entendre, le pathétique-larme-à‑l’oeil teinté de religiosité, avec lequel la grande majorité des « militants gauchistes » prononce l’expression « LA RUE ! » . Ne nous laissons donc pas berner par ce puissant affect-triste !! (pour reprendre un concept pourtant si bien malaxé par Lordon). Nous devons trouver le chemin d’un affect doux et joyeux concernant « les communs », et « la rue » ne sera alors qu’une très maigre portion des « communs » (soit-dit en passant : la rue, de nos jours, est en prime un des territoires privilégiés du capitalisme : règne de la bagnole, du béton, de l’artificiel et des commerces (et du sécuritaire régalien). Voici les trois dernières phrases de sa tribune (qui sont sinistres, contrairement au reste du billet) :
Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous verrons bien.
C’est-à-dire que le programme selon Lordon, ça serait ENCORE de se geler les couilles au profit d’une pub massive sur l’usage urbain à rude épreuve des tentes Queshua de Décathon. Il s’agirait encore, selon Lordon, qu’on se regroupe sur le béton et dans le froid, comme des SDF, avec du vin chaud et des soupes au moins pour se rassurer, créer une illusion de fraternité retrouvée, et afin d’organiser la Révolution… (??) Bizarre… ! Programme que nous connaissons par cœur : épuisement des motivations, situation qui ne permet absolument pas d’être efficaces collectivement sur tous les plans : matériellement et intellectuellement. Situation en forme de courbe de gauss (en cloche), qui monte agréablement, qui atteint son extremum (ce qui est autorisé) et qui redescend comme c’est monté. Oui, il faut conclure comme Lordon à la nécessité absolue de se rassembler dans l’espace public ! Mais à partir de là, il faudrait dire ce qu’est véritablement l’espace public et dire que c’est infiniment plus que « LA RUE », dire que toutes les salles municipales éclairées et chauffées c’est surtout cela l’espace-public, dire que c’est de cela dont nous avons besoin pour organiser notamment les « ateliers constituants » à la Chouard, mais pas seulement. Nous avons aussi besoin de ces espaces pour faire jaillir une égalité d’expression tous azimuts ! Des intellos comme Chouard ou Lordon devraient pourtant savoir que tous les vrais basculements social-historiques vertueux et constructifs sont toujours marqués par le jaillissement un peu partout de la parole de ceux qui en étaient privés, et précisément dans les lieux où ils étaient privés de parole.
Bref, c’est bien curieux… Chouard et Lordon, tout en allant comme d’hab dans le bon sens, demeurent conjointement en-deça d’une ligne symbolique qui m’apparaît bien nette, comme le nez au milieu de la figure !
Nous devons redevenir des hommes politiques au sens athénien de la chose, oui sieur Lordon et sieur Chouard ! Mais le premier nous dit que ça se peut se faire dans l’ascenseur ou au cinéma, et le deuxième, possédé par « un affect-triste » (rapport au monde qu’il dénonce pourtant dans des bouquins), que ça doit se faire dans « LA RUE ! » Non et non !! Ils se trompent, et peut-être sans le vouloir, ils nous trompent ! Le processus nécessaire doit se faire dans « LES COMMUNS », dans une culture retrouvée et actualisée du « commun », et leur reconquête culturelle et matérielle doit être la priorité des priorités !!!
Donc, tout ceci nous amène, ni dans l’ascenseur, ni sur le coin de table d’un restau, ni dans « La rue !! », mais dans des espaces municipaux : éclairés, conviviaux et chauffés (voir le récent billet Espacemelimelo.barre (site fermé)) ou bien encore : nos conseils pour aider la déscolarisation de la société (site fermé)ou même la totalité du site Déscolarisation)
Merci DONC à tous (Lordon et Chouard, y compris) de cesser avec L’INDIGNITÉ !!!! Nous valons mieux que ça !
Peut-être que Chouard et Lordon savent, plus ou moins inconsciemment que lorsque « L’insurrection qui vient » vient vraiment, « ceux qui parlent plus que les autres et/ou à la place des autres « (dont Chouard et Lordon font partie actuellement) , doivent s’effacer automatiquement au profit du Démos tout entier qui se met à parler… Ces deux-là veulent-il vraiment sacrifier leur statut actuel de tribun quelque-peu aristos, au profit d’une réelle et intense activitédémo-cratique ? (Chouard, je pense, est tout enclin pour se diriger vers cette sagesse ; Lordon, je sais pas car je ne le connais pas du tout).
P.S : ce billet n’est pas ce qu’on appelle une « charge » contre Étienne pour qui je demeure dans l’amitié totale. Ce n’est point non plus une charge contre Lordon, chez qui j’apprécie la justesse des analyses, mais avec lequel je ne peux point parler d’amitié puisque nous ne sommes liés d’aucune façon. Gros bisous aux deux dans tous les cas.
Sylvain Rochex
Source : http://descolarisation.org/index.php/bibliotheque/vraie–democratie/339–reponse–lapidaire–a–etienne–chouard–et–frederic–lordon
Lien Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153827376337317
Voulez-vous faire un petit atelier constituant avec moi ? Parlons, cette fois, si vous voulez bien, du droit sacré du peuple à se réunir publiquement librement
Je connais à Chambéry un jeune homme attachant et stimulant, qui s’appelle Sylvain et qui travaille comme nous depuis des années sur ce que devrait être une démocratie digne de ce nom.
À ce que je sais, ses travaux (site fermé) le conduisent, ces temps-ci, à se polariser sur deux points que je trouve, moi aussi, importants :
1) la façon dont est organisée / imposée l’éducation nationale, [Sylvain prône carrément la déscolarisation… (d’une façon que je trouve parfois inutilement brutale et injuste, mais l’idée de fond est importante et intéressante)… Les débats s’annoncent toniques 🙂 ]
et
2) la confiscation des lieux de réunions publiques par les professionnels de la politique.
Je m’alimente presque tous les jours des nombreux livres qu’il nous invite à lire à propos d’éducation et d’émancipation. Par exemple, en ce moment, je suis tout remué par les idées que je découvre dans « La domination adulte. L’oppression des mineurs » d’Yves Bonnardel. Sylvain m’a ainsi conduit à découvrir des dizaines d’ouvrages remarquablement bien argumentés sur la façon, souvent révoltante, dont les adultes traitent aujourd’hui les enfants. Certaines thèses me hérissent, mais toutes me conduisent à réfléchir. Il y a là, je le reconnais, sans doute une des grosses racines qui alimentent l’invraisemblable consentement du plus grand nombre à la domination d’un petit nombre.
Un peu de la même façon que je m’impatiente moi-même de voir les intellectuels que j’estime (Lordon, Généreux, Onfray, Michéa…) ne pas accorder la moindre importance à la [nécessaire] source populaire des processus constituants, Sylvain s’irrite et s’impatiente de ne pas me voir embrayer immédiatement sur ses chantiers à lui. 🙂 Pourtant, j’y travaille en silence, parmi mille autres sujets que je trouve importants.
Je le prouve : mercredi dernier, je devais rester quelques heures immobile, sans même pouvoir lire (une surveillance de devoir), et j’en ai profité pour faire dans ma tête, en tête-à-tête avec moi-même pour commencer, un petit atelier constituant… 🙂 Prenant comme points de départ les plus scandaleux des abus de pouvoir qui encombrent l’actualité, j’ai entrepris d’écrire l’ébauche de quelques nouveaux articles de constitution. L’entraînement de base, quoi 🙂 J’imaginais de vous les soumettre lors d’une prochaine rencontre, ou même de vous les soumettre un par un, sur le net grâce à des billets dédiés.
Et voilà que je lis aujourd’hui le billet de Sylvain (reproduit plus bas), et j’y trouve l’occasion en question, de vous soumettre une de ces idées. Voici donc un des articles que j’ai ébauché intérieurement mercredi (je vous parlerai des autres plus tard) :
Article X : le droit de réunion publique est inviolable et sacré. Aucune loi ou règlement ne peut interdire au peuple de se réunir librement, sous peine de forfaiture et de déchéance pour les représentants qui l’aurait tenté.
Chaque commune doit mettre à disposition à tout moment — et entretenir — des salles de réunion de taille adaptée aux besoins du village (ou du quartier).
Une Chambre Communale des Réunions Publiques, composée de 20 membres tirés au sort pour 28 jours, renouvelables par quart toutes les semaines, vérifie dans chaque commune le respect par les autorités du droit constitutionnel de réunion populaire.
La Chambre Communale des Réunions Publiques organise un référendum local quand elle le juge nécessaire (« Faut-il agrandir ou aménager telle salle ? », « Voulez-vous construire plusieurs nouvelles salles ? », etc.). Les décisions prises lors de tels référendums s’imposent à toutes les autorités.
« Le secret de l’action, c’est de commencer » : ce brouillon d’article, qui voudrait finalement formaliser et garantir notre droit de réunion, n’est qu’un premier jet, bien sûr, et je vous invite (fraternellement) à le corriger, le compléter, l’améliorer, en toute liberté.
La synchronicité de ma réflexion avec les reproches de Sylvain est amusante, je trouve. Pendant que Sylvain rédigeait une sorte d’interpellation pour me reprocher de ne pas donner d’importance au droit fondamental pour le peuple de disposer de lieux pour se réunir librement à tout moment, au même moment, je tâchais dans mon coin de formaliser un article de constitution précisément sur ce sujet… Comme on dit en blaguant, les grands esprits se rencontrent 🙂
Voici donc le billet de Sylvain en question, amicalement réprobateur :
Réponse courte et conjointe à Etienne Chouard et Frédéric Lordon
- Catégorie : Vraie démocratie
Publication : jeudi 3 décembre 2015 10:46
Écrit par Sylvain Rochex
Courte, car je ne vais pas ré-écrire tout ce qu’il y a dans ce site et tout ce que j’écris depuis des années. Mais Étienne a marqué ceci récemment (20÷11÷15) sur son blog :

« Vous avez été des milliers (et des milliers), à aimer et à partager le précédent billet, qui résumait cette vérité, bien d’actualité : « Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (composé de citoyens constituants) de s’opposer aux représentants qui veulent lui imposer la guerre. » POURTANT, malgré cet élan spontané (pour l’idée de nous auto-constituer), vous n’êtes PAS — pas encore — des milliers (et des milliers) à vous entraîner, pied à pied, « pour de vrai », à constituer 🙁 Mais qu’est-ce qui vous retient donc ? Qu’est-ce qui vous empêche, vous personnellement, de passer à l’acte, massivement, puisque vous pouvez le faire librement (pour l’instant) ? Si vous trouvez (le frein qui nous gêne), soyez gentils de m’en parler. »
Ce frein (qui est un mur) est explicité en long en large et en travers, via les idées de « Déscolarisation » présentes ici, et dans les têtes et papiers de Sylvain et Mathilde. Un atelier constituant doit pouvoir se dérouler dans l’espace commun (l’espace public) ! Le cas échéant, il ne s’agira que d’une discussion privée, ésotérique (au sens étymologique de ce mot), vécue par une ou plusieurs hétairies philosophiques. Le fait d’être « constituant » doit être en lien avec l’espace public (espace commun, à vrai dire). Car c’est le peuple qui est constituant en démocratie, et non telles ou telles bandes privées.
Ce à quoi Étienne répondra certainement à peu près ceci (« l’antienne d’Étienne » disait-il lui-même) : « Non ! Vous pouvez le faire partout : chez vous, dans un ascenseur, au bistrot, au bureau et même aux chiottes ! Il suffit d’être au moins deux ! « . Je pense au plus profond de moi-même qu’Étienne se trompe cruellement sur ce point : un atelier constituant digne de ce nom, doit se tenir dans l’espace public ! Pourquoi ? Car la constitution concerne la chose publique et le peuple. Dans les lieux privés : il n’y aura jamais le peuple (l’Idée de peuple) et il ne s’agira jamais — c’est une lapalissade — d’espace public ! Pour que Mamie Josette, tante Ursule, le vieux Robert, Monsieur tout-le-monde, s’intéressent à la constitution, les ateliers constituants doivent se tenir dans l’espace public. Le cas échéant, Nico, Valentin, Sylvie, et Benoît (des gentils virus, des militants d’extrême gauche, de l’UPR et des alters permaculteurs, adeptes des couches lavables et du revenu de base, ou autres bobos cultivés) continueront tout seul dans leur coin, avec les membres de leur club philosophique, à s’intéresser à la constitution.
Or l’espace public est volé, actuellement, par l’oligarchie. Nous devons d’abord « arracher » nos espaces. Curieux, vraiment très curieux, qu’Étienne n’aille jamais sur ce point (je ne sous-entends rien de spécial, mais je trouve ça juste hallucinant que le sujet ne vienne jamais). Étienne répondrait sûrement : « nous devons d’abord ré-écrire la constitution pour que l’oligarchie nous restitue ce qui nous appartient ». Comment ne pas voir ce bon vieux serpent qui se mord la queue ? Pourtant, nous savons très bien que le véritablement commencement c’est quand les gens se ré-approprient les espaces communs pour prendre la parole et faire de la politique ensemble.
Frédéric Lordon, qui a fourni récemment une excellent tribune sur la situation (a)politique actuelle conclut, ÉVIDEMMENT, à la nécessité absolue de se rassembler dans l’espace public ! Mais, très grave erreur, pour lui, comme pour des milliards de cerveaux formatés, l’Espace public, c’est toujours sinistrement « LA RUE ». Comment ne pas voir, ne pas entendre, le pathétique-larme-à‑l’oeil teinté de religiosité, avec lequel la grande majorité des « militants gauchistes » prononce l’expression « LA RUE ! » . Ne nous laissons donc pas berner par ce puissant affect-triste !! (pour reprendre un concept pourtant si bien malaxé par Lordon). Nous devons trouver le chemin d’un affect doux et joyeux concernant « les communs », et « la rue » ne sera alors qu’une très maigre portion des « communs » (soit-dit en passant : la rue, de nos jours, est en prime un des territoires privilégiés du capitalisme : règne de la bagnole, du béton, de l’artificiel et des commerces (et du sécuritaire régalien). Voici les trois dernières phrases de sa tribune (qui sont sinistres, contrairement au reste du billet) :
Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous verrons bien.
C’est-à-dire que le programme selon Lordon, ça serait ENCORE de se geler les couilles au profit d’une pub massive sur l’usage urbain à rude épreuve des tentes Queshua de Décathon. Il s’agirait encore, selon Lordon, qu’on se regroupe sur le béton et dans le froid, comme des SDF, avec du vin chaud et des soupes au moins pour se rassurer, créer une illusion de fraternité retrouvée, et afin d’organiser la Révolution… (??) Bizarre… ! Programme que nous connaissons par cœur : épuisement des motivations, situation qui ne permet absolument pas d’être efficaces collectivement sur tous les plans : matériellement et intellectuellement. Situation en forme de courbe de gauss (en cloche), qui monte agréablement, qui atteint son extremum (ce qui est autorisé) et qui redescend comme c’est monté. Oui, il faut conclure comme Lordon à la nécessité absolue de se rassembler dans l’espace public ! Mais à partir de là, il faudrait dire ce qu’est véritablement l’espace public et dire que c’est infiniment plus que « LA RUE », dire que toutes les salles municipales éclairées et chauffées c’est surtout cela l’espace-public, dire que c’est de cela dont nous avons besoin pour organiser notamment les « ateliers constituants » à la Chouard, mais pas seulement. Nous avons aussi besoin de ces espaces pour faire jaillir une égalité d’expression tous azimuts ! Des intellos comme Chouard ou Lordon devraient pourtant savoir que tous les vrais basculements social-historiques vertueux et constructifs sont toujours marqués par le jaillissement un peu partout de la parole de ceux qui en étaient privés, et précisément dans les lieux où ils étaient privés de parole.
Bref, c’est bien curieux… Chouard et Lordon, tout en allant comme d’hab dans le bon sens, demeurent conjointement en-deça d’une ligne symbolique qui m’apparaît bien nette, comme le nez au milieu de la figure !
Nous devons redevenir des hommes politiques au sens athénien de la chose, oui sieur Lordon et sieur Chouard ! Mais le premier nous dit que ça se peut se faire dans l’ascenseur ou au cinéma, et le deuxième, possédé par « un affect-triste » (rapport au monde qu’il dénonce pourtant dans des bouquins), que ça doit se faire dans « LA RUE ! » Non et non !! Ils se trompent, et peut-être sans le vouloir, ils nous trompent ! Le processus nécessaire doit se faire dans « LES COMMUNS », dans une culture retrouvée et actualisée du « commun », et leur reconquête culturelle et matérielle doit être la priorité des priorités !!!
Donc, tout ceci nous amène, ni dans l’ascenseur, ni sur le coin de table d’un restau, ni dans « La rue !! », mais dans des espaces municipaux : éclairés, conviviaux et chauffés (voir le récent billet Espacemelimelo.barre (site fermé)) ou bien encore : nos conseils pour aider la déscolarisation de la société (site fermé)ou même la totalité du site Déscolarisation)
Merci DONC à tous (Lordon et Chouard, y compris) de cesser avec L’INDIGNITÉ !!!! Nous valons mieux que ça !
Peut-être que Chouard et Lordon savent, plus ou moins inconsciemment que lorsque « L’insurrection qui vient » vient vraiment, « ceux qui parlent plus que les autres et/ou à la place des autres « (dont Chouard et Lordon font partie actuellement) , doivent s’effacer automatiquement au profit du Démos tout entier qui se met à parler… Ces deux-là veulent-il vraiment sacrifier leur statut actuel de tribun quelque-peu aristos, au profit d’une réelle et intense activitédémo-cratique ? (Chouard, je pense, est tout enclin pour se diriger vers cette sagesse ; Lordon, je sais pas car je ne le connais pas du tout).
P.S : ce billet n’est pas ce qu’on appelle une « charge » contre Étienne pour qui je demeure dans l’amitié totale. Ce n’est point non plus une charge contre Lordon, chez qui j’apprécie la justesse des analyses, mais avec lequel je ne peux point parler d’amitié puisque nous ne sommes liés d’aucune façon. Gros bisous aux deux dans tous les cas.
Sylvain Rochex
Source : http://descolarisation.org/index.php/bibliotheque/vraie–democratie/339–reponse–lapidaire–a–etienne–chouard–et–frederic–lordon
Lien Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153827376337317
Une constitution digne de ce nom permettrait à un peuple digne de ce nom d’empêcher (à tout moment, souverainement) les représentants de lui imposer un « état d’urgence » non nécessaire et des violences arbitraires.
Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire et sous contrôle populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (entraîné à constituer et donc à se faire respecter) d’empêcher (à tout moment, souverainement) les représentants du moment d’imposer un « état d’urgence » non nécessaire et des violences arbitraires.
Si nous ne sommes pas des citoyens puissants (mais seulement des électeurs impuissants), c’est parce que nous sommes indifférents aux processus constituants.
Tout pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite.
Sans limites, les pouvoirs nous conduiront à nouveau à la guerre, et aux camps. Forcément. Mécaniquement. On est déjà dans ce mouvement.
C’est NOTRE responsabilité de définir et d’imposer des limites aux pouvoirs.
Un vrai citoyen est constituant.
Sinon, politiquement, c’est un enfant.
Allez… Tâchez au moins de commencer. Entraînez-vous à constituer, prenez une feuille de papier…
Et si cela vous plaît, faites passer.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153822299037317
[Edit] (Rappel pour les 65 000 nouveaux venus depuis un an 🙂 )
• Réflexion sur le (très nécessaire) contrôle populaire des forces armées dont le peuple a besoin :
httpv://youtu.be/k0fHC0iyouU
• Ressources variées pour organiser et nourrir vos propres ateliers :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant
• L’actuel projet (pédagogique) du PLAN C (un exemple de ce que pourrait être une Constitution Citoyenne) :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Constitution_Wiki_Etienne_Chouard
Vous pouvez l’imprimer et la commenter, la corriger, ça peut vous aider à commencer (à constituer).
• L’actuelle anti-constitution française et l’anti-constitution européenne
(je vous laisse trouver les liens tout seul 🙂 )
Vous pouvez y chercher la puissance du peuple, article par article (vous allez chercher longtemps 🙂 ) et là aussi, vous pouvez corriger/annoter/compléter… en citoyen adulte (ce que vous ne pouvez pas faire en tant qu’électeur enfant).
Bon entraînement 🙂
Et n’oubliez pas d’être contagieux…
Cinq leçons de l’expérience ratée de l’Islande dans la création d’une constitution écrite par les citoyens, par Hélène Landemore
Je vous signale ce texte très intéressant qui vient d’être publié sur le blog de « 123REVEUR » :

Qui doit rédiger la constitution d’un pays démocratique, et par conséquent de tous les pays ? La réponse semble évidente : ses habitants. Pourtant, les constitutions des États existants, y compris ceux démocratiques, ont généralement été écrites par des petits sous-ensembles peu représentatif d’individus. Solon est censé avoir à lui seul posé les fondements de la démocratie athénienne. La Constitution américaine a été écrite par quelques dizaines d’hommes blancs. Dans les exemples plus récents de processus constitutionnel, seules les élites habituelles sont impliquées : les politiciens professionnels et les bureaucrates de l’État. Au mieux, des élus ou rédacteurs constitutionnels démocratiquement autorisés représentent métaphoriquement « Nous, le peuple. »
Non seulement les processus constitutionnels typiques sont exclusifs et élitistes, mais ils ont aussi tendance à être caractérisé par un manque total de transparence. Les Pères Fondateurs américains ont intentionnellement gardé leurs délibérations cachées du public pour essayer de se protéger des passions populaires. Même les théoriciens politiques contemporains tels que Jon Elster insistent pour que le processus constitutionnel idéal soit en forme de sablier, avec des moments de consultation largement ouverts en amont et en aval de la rédaction, mais avec une partie centrale très étroite, correspondant au moment exclusif et fermé de l’écriture réelle par une élite.
L’expérience récente en Islande de remaniement de la constitution a remis en cause les hypothèses qu’un processus constitutionnel doit être exclusif et opaque. En 2013, ce pays est passé très près d’inscrire dans son droit constitutionnel le texte écrit de la façon la plus inclusive et transparente du monde. Cette expérience, surnommé en anglais « crowdsourced constitution », devrait être une source d’espoir et d’inspiration pour les gens autour du globe qui veulent écrire ou ré-écrire leur propre contrat social.
Le processus constitutionnel islandais comprenait trois caractéristiques originales. La première, sous le nom de Forum National, est une consultation en amont du processus, par un groupe démographiquement représentatif de 950 citoyens, choisis quasiment au hasard parmi la population. Ces citoyens ont été rassemblés durant toute une journée et il leur a été demandé d’énumérer les principes et valeurs qu’ils aimeraient voir intégrés dans la Constitution islandaise. Ils ont identifié, entre autres, les droits de l’Homme, la démocratie, la transparence, l’égalité d’accès aux soins et à l’éducation, un secteur financier plus fortement réglementé, et la propriété publique des ressources naturelles islandaises.
La deuxième particularité de ce processus est une assemblée de rédacteurs de la constitution sélectionnée parmi un groupe de 522 citoyens, excluant délibérément les politiciens professionnels (discrédités aux yeux du public depuis la crise financière de 2008). L’assemblée résultante était caractérisée par une relative parité de genre (10 femmes et 15 hommes), et une diversité de professions, allant au delà des médecins et avocats habituels, comprenant un agriculteur, un pasteur, un directeur de musée d’art, un animateur de radio, un président de syndicat, un porte-parole des consommateurs, un étudiant et un cinéaste. La présence de Freyja Haraldsdóttir, une militante des droits de l’homme touchée par la maladie des os de verre, illustra remarquablement que la souveraineté populaire ne doit pas être représentée que par les hommes valides, d’âge moyen en costume et cravate.
La troisième particularité du processus islandais est la décision prise par ces 25 rédacteurs constitutionnels d’utiliser les médias sociaux pour ouvrir le processus à l’ensemble des citoyens et recueillir des commentaires sur les 12 projets successifs. Toute personne intéressée par le processus constitutionnel était en mesure de commenter le texte en utilisant les médias sociaux comme Facebook et Twitter, ou en utilisant le courrier électronique et le courrier régulier. Au total, cette phase d’écriture collective généra environ 3.600 commentaires pour un total de 360 suggestions. Bien que la foule n’a pas au final « écrit » elle même la constitution, elle a fourni des contributions précieuses. Parmi celles-ci se trouve la proposition Facebook d’établir un droit constitutionnel à Internet, qui a abouti à l’article 14 de la proposition finale.
Enfin, le caractère inclusif du processus a été renforcé par un niveau de transparence qui, bien que limité, était sans précédent. Par exemple, le déroulement du Forum National a été diffusé sur internet en streaming pour que tout le monde puisse le suivre. De même, alors que le travail des membres du Conseil Constitutionnel s’est déroulé principalement à huis clos, il incluait des réunions ouvertes au public, qui ont été filmées, enregistrées et diffusées sous forme de fichiers PDF sur la plate-forme en ligne du Conseil.
La proposition constitutionnelle résultante a été approuvée en tant que base d’une constitution future par les deux tiers des électeurs au cours d’un référendum en Octobre 2012, mais le projet de loi qui reposait sur elle a finalement été bloqué par le Parlement au printemps suivant. Ce résultat, bien que décevant, est loin de prouver que les procédés démocratiques constitutionnels sont voués à l’échec. Puisque l’on peut espérer que d’autres seront expérimentés dans le futur, la question devient : que peut-on apprendre de l’expérience islandaise ? Cinq leçons semblent particulièrement importantes pour toute nation qui aurait l’intention de s’y mettre.
1. Planifiez soigneusement.
Il est important de souligner ce point, tant certains aspects de l’expérience islandaise semblaient un peu trop improvisés. Par exemple, lorsque les élections à l’assemblée constituante ont eu lieu, on ne savait pas ce qui se passerait une fois son travail terminé. Le Parlement fera-t-il de nouvelles révisions du texte ? Fera-t-elle l’objet d’un référendum ? Il est plus difficile pour la population de comprendre et de prendre le processus au sérieux s’il semble mal planifié. De même, lorsque le choix se porte sur un mode de conception de type crowdsourcing, les moyens doivent être alloués en conséquence. Alors que le moment de crowdsourcing aurait pu conduire à une libération de la boucle de rétroaction vertueuse entre la foule et le Conseil Constitutionnel, ce dernier ne semblait pas avoir le temps, les outils ou la formation nécessaires pour traiter soigneusement les entrants de la foule, expliquer comment il les prenaient en compte, et formuler des réponses argumentées au public.
2. Justifiez publiquement (et si possible en débattre) des choix de conception des procédures.
Dans la mesure où un processus constitutionnel vise à être inclusif et transparent, il faut que les choix de conception clés le soient aussi. Dans le cas des islandais, plusieurs choix semblaient un peu arbitraire. Par exemple, il n’est pas clair pourquoi le Forum National a favorisé des pratiques d’agrégation d’opinion plutôt que des pratiques de délibération, ou pourquoi l’assemblée constitutionnelle comprenait 25 membres élus, par opposition à, disons, 100 membres choisis au hasard. Davantage d’efforts à justifier les choix de conception par avance auraient probablement augmenté la qualité ainsi que la légitimité, la lisibilité et la crédibilité du processus. À cet égard, il pourrait en fait avoir été une bonne idée de faire un examen de la partie du processus du Forum National, ou utiliser le crowdsourcing aussi à ce stade précoce.
3. Soyez conscient des conditions du changement.
Dans l’expérience islandaise, le référendum populaire était l’une des trois étapes que devait franchir la proposition de constitution avant d’être adoptée, et le résultat positif de ce référendum n’était même pas contraignant. Les deux autres étapes, soit l’approbation par le parlement en place puis par celui post électoral, étaient probablement de trop. Étant donné que les conditions de changement constitutionnel ne font eux-mêmes généralement pas l’objet de débat (étant dictés par la Constitution actuelle), il aurait été plus sage d’avoir l’objectif moins ambitieux de réviser quelques articles clés plutôt que de réécrire l’ensemble du document. La situation est différente pour un pays qui rédige sa constitution pour la première fois.
4. Ne pas essayer de contourner entièrement les autres institutions représentatives existantes.
Les membres du Conseil constitutionnel se considéraient comme étant en dehors du système existant et en lutte contre ses élites retranchées. Cette position aurait peut-être été gagnante juste après la crise, mais sur le long terme, elle a nuis à leur légitimité et mis en péril leur travail. Le processus islandais a ainsi souffert de l’antagonisme avec plusieurs acteurs clés : La Cour suprême, qui a annulé la première assemblée constituante élue en Janvier 2011 pour ce qui semblait être des irrégularités de procédure mineures durant les élections ; le Parti libéral, qui a dénoncé l’ensemble du processus comme illégitime depuis le début ; la communauté universitaire, qui n’a pas cessé d’exprimer son scepticisme quand à la complexité du processus ; et les médias, qui l’ont ignoré la plupart du temps. Le succès de tout processus constitutionnel est largement tributaire du ralliement des principaux acteurs politiques et du maintien de sa légitimité sur toute sa durée.
Hélène Landemore est française, diplômée de Harvard et professeur assistant en science politique à Yale (États-Unis).
Merci beaucoup à Olivier P pour la traduction de cet article important, je ne te connais pas mais je t’aime mec <3
Approfondir : Utopie perdue, leçons d’Islande, par Smari McCarthy (Parti Pirate Islandais).
Fil de commentaires sur Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153811529712317?pnref=story
[On passe à l’acte] Prochains ateliers constituants, demain samedi et plus tard, à Paris, à Nancy et ailleurs…
Chers vous tous 🙂
Vous avez été des milliers (et des milliers), à aimer et à partager le précédent billet, qui résumait cette vérité, bien d’actualité : « Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (composé de citoyens constituants) de s’opposer aux représentants qui veulent lui imposer la guerre. »
POURTANT, malgré cet élan spontané (pour l’idée de nous auto-constituer), vous n’êtes PAS — pas encore — des milliers (et des milliers) à vous entraîner, pied à pied, « pour de vrai », à constituer 🙁
Mais qu’est-ce qui vous retient donc ?
Qu’est-ce qui vous empêche, vous personnellement, de passer à l’acte, massivement, puisque vous pouvez le faire librement (pour l’instant) ?
Si vous trouvez (le frein qui nous gêne), soyez gentils de m’en parler.
Demain samedi et les semaines suivantes, auront lieu des ateliers constituants : l’un à Paris (le 21⁄11), l’autre à Nancy (fin de semaine prochaine, date à fixer), et d’autres encore, parfois délocalisés (sur Internet) (descendez dans la page pour voir les ‘Tâches réalisées’, l’incroyable ‘Calendrier’, triable à volonté.
• Formulaire d’inscription à l’atelier de demain samedi (21 nov. 2015), à Paris :

• Le 29 novembre (probablement), il y a un atelier prévu à Nancy :
https://www.facebook.com/events/506675856180244/
• Le 5 décembre, il y a une atelier constituant organisé sur le net :
https://www.facebook.com/events/399197716946252/
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Compte–rendu:pad
J’espère que vous y serez nombreux, et que vous allez nous dénicher (et nous signaler) des libellés que nous pourrons tous réutiliser 🙂
MAIS, si vous êtes loin de Paris et de Nancy, OU si vous n’êtes pas libre ce samedi, vous pouvez, non, VOUS DEVRIEZ créer vous-même votre propre atelier, un MINI-atelier, tout seul ou à deux ou à trois, avec vos amis et avec un inconnu ou un voisin (pour alimenter la contagion), où vous voulez, quand vous voulez, le temps que vous voulez, sur les articles que vous voulez, en approfondissant ou pas comme vous en jugez, EN ADULTE, autonome, en train de s’émanciper, sans y être autorisé, tout seul comme un grand, et/ou avec vos proches eux aussi constituants.
Je vous signale ici quelques prochains ateliers constituants ; faites-les connaître s’il vous plaît pour qu’ils soient bien contaminants ; mais n’oubliez pas que CE SONT VOS PROPRES ATELIERS, vos initiatives individuelles, une myriade de mini-ateliers constituants (populaires et contagieux), qui prépareront le mieux notre future émancipation politique.
Repérez et signalez vos prochains ateliers, MAIS AUSSI vos compte-rendus (sans oublier 🙂 ) : sur le wiki des GV (qui est une mine inépuisable de ressources précieuses pour bosser l’idée du Plan C), vous trouverez (dans le menu) à gauche un lien ‘Ateliers constituants’, puis, dans le sommaire (au milieu), un lien ‘Calendrier’ (ce n’est pas tout à fait le même que le ‘Calendrier’ du menu à gauche) qui vous permettra, le plus simplement du monde, de créer un nouvel événement (signaler un prochain atelier) :
Le tout est de d’abord ‘s’inscrire’ (créer un compte) et ‘se connecter’, pour pouvoir ensuite ‘Modifier’.
N’ayez pas peur, vous ne pouvez rien abîmer ; le plus simple est d’essayer 🙂
Merci à tous, pour tout ce que vous faites, tous les jours un peu, comme des colibris, des colibris constituants 🙂
Bien amicalement.
Étienne.
PS : quelques rappels de ressources pour organiser vos propres ateliers :
• Préparation d’un atelier constituant : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant#Pr.C3.A9paration_d.27un_atelier_constituant
• Aides et méthodes de délibération :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant#Aides_et_M.C3.A9thodes_de_d.C3.A9lib.C3.A9ration
• Etc. : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant
Et encore un argumentaire, bref, pour qu’on s’en occupe tous vraiment, maintenant, tout le temps :
httpv://youtu.be/0Rg_8r9A43g
Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (composé de citoyens constituants) de s’opposer aux représentants qui veulent lui imposer la guerre
Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (des citoyens constituants) de s’opposer — à tout moment, souverainement — aux représentants qui veulent lui imposer la guerre.
[Éducation populaire] Guillemin nous rappelle « L’Été 1914 », une histoire essentielle pour comprendre aujourd’hui et la guerre qui vient
C’est le 11 novembre, anniversaire de la fin de la grande boucherie de 14–18, la grande guerre des classes, premier massacre industriel des pauvres par les riches.
Hier, j’écoutais Guillemin (pour la dix millième fois), et précisément il me parlait de l’été 1914, période du déclenchement du massacre par les riches au pouvoir.
Et en écoutant Guillemin, je me disais : « il faudrait retranscrire tout ça, mot pour mot ; tout y est important, pour que les enfants d’aujourd’hui comprennent pourquoi et comment on va les envoyer, encore une fois, de faire tuer à l’aide d’énormes mensonges ».
Je ne sais pas si un virus trouvera du temps et du courage pour retranscrire cette précieuse vidéo, je l’espère, mais en tout cas, je vous la signale, ci-dessous, et je vous la recommande chaleureusement.
Proverbe du jour : Un citoyen malin, tous les matins, en allant au turbin, s’écoute sans faute un bon petit Guillemin 🙂
Henri Guillemin :
l’été 1914
Autre lien pour cette vidéo : https://youtu.be/72PtZve–Yvc
_________
Rappels :
• J’ai composé une sorte de table des matières de tous les sons et images que nous avons de Guillemin ; c’est là :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/04/218–henri–guillemin–explique–robespierre–et–les–revolutions–francaises_la–fausse–et–la–vraie
• La série passionnante « L’autre avant-guerre (1871−1914) » est là :
http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477314-l-autre-avant-guerre-1871–1914-.html
______________
À propos de Guillemin, je suis en train d’avancer doucement dans un petit livre que Patrick Rödel vient juste d’écrire sur son oncle : « Les petits papiers d’Henri Guillemin ». Patrick écrit bien, il nous montre un regard décalé (et donc bien intéressant) sur un homme que nous sommes de plus en plus nombreux à aimer.
—–
Premier lien Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153787073612317?pnref=story
Deuxième lien (rappel 2016) :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154672289982317
Devenons citoyens ! Entretiens à propos d’une démocratie digne de ce nom :
L’an passé, le 20 février 2014, sous le ciel pluvieux de Paris, j’ai évoqué quelques idées qui me semblent importantes avec « Devenons citoyens ! ».

Pour que ces échanges restent bien vivants (et peut-être utiles aux nouveaux venus), pour nous aider à nous passer le mot entre nous (« ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire la constitution, c’est à nous, c’est au peuple lui-même d’instituer la société qu’il veut »), je récapitule ici (en un seul billet) les douze petites vidéos qui sont nées de cette rencontre :
1 QUELS SONT LES DÉFAUTS DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF ? (5 min.)
httpv://www.youtube.com/watch?v=1Xnz91l5DDU
Commentaires : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2014/02/22/374–quels–sont–les–defauts–du–gouvernement–representatif–paris–20–fevrier–2014
2 QUELS SONT LES GRANDS PRINCIPES DE LA DÉMOCRATIE ? (5 min.)
httpv://youtu.be/hJ9jc2-PHRg
Commentaires : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2014/03/01/377–quels–sont–les–grands–principes–de–la–democratie
3 LA RÉPUBLIQUE FAVORISE-T-ELLE LA DÉMOCRATIE ? (5 min.)
httpv://youtu.be/u‑9aUejdKy4
Commentaires : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2014/03/08/380–la–republique–favorise–t–elle–la–democratie
4 LE PUBLIC AUX MAINS DES INTÉRÊTS PRIVÉS (4 min.)
httpv://youtu.be/Gx2jhPH27dA
Commentaires : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2014/03/16/382–le–public–aux–mains–des–interets–prives
5 INDIVIDUALISME ET DÉMOCRATIE : CE N’EST PAS UN PROBLÈME (7 min.)
httpv://youtu.be/au04_85qNDQ
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/03/22/individualisme–et–democratie–ce–nest–pas–un–probleme/
6 FAUT-IL UN « CHEF » DANS UNE DÉMOCRATIE ? (6 min.)
httpv://youtu.be/-8adkgdYYL0
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/03/31/faut–il–un–chef–dans–une–democratie/
7 COMMENT ÊTRE EFFICACE POUR RÉTABLIR UNE VRAIE DÉMOCRATIE ? (5 min.)
httpv://youtu.be/O6RScXIpSZ0
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/04/05/comment–etre–efficace–pour–retablir–une–vraie–democratie/
8 ÉTIENNE CHOUARD EST-IL UN GOUROU DE LA DÉMOCRATIE ? (6 min.)
httpv://youtu.be/YlSlzmXrJsw
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/04/29/etienne–chouard–est–il–un–gourou–de–la–democratie/
9 QUI PEUT ÉCRIRE UNE CONSTITUTION ? (5 min.)
httpv://youtu.be/L16AnwkkD6c
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/05/09/qui–peut–ecrire–une–constitution–5–min/
10 DÉMOCRATIE, RELIGIONS ET LAÏCITÉ (4 min.)
httpv://youtu.be/jNhw2lC8PrM
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/05/17/democratie–religions–et–laicite/
11 COMMENT SE FINANCE UNE DÉMOCRATIE ? (10 min.)
httpv://youtu.be/VZrMdW2_5vc
Commentaires : https://www.chouard.org/2014/05/27/comment–se–finance–une–democratie/
12 CONSEILS DE LECTURES ANTI-ESCLAVAGISTES (12 min.)
httpv://youtu.be/YEOn39qClgs
https://www.chouard.org/2014/06/10/conseils–de–lectures–anti–esclavagistes/
______
Lien Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153786614737317
Des problèmes d’élection ? L’impuissance n’est plus une fatalité !
Témoignage :
A 45 ans, je redécouvre la vie d’Homme
Posted by Jérôme qui t’aime

Musicien raté, gauchiste moribond, ingénieur soumis, ouiouiste obstiné, le ventre mou et la conscience gélifiée, Jérôme Choain n’est pas à proprement parler un homme susceptible de susciter l’intérêt de ses concitoyens. C’est un homme normal. Jusqu’à ce que sa vie bascule. Il en parle en toute franchise, n’élude aucun détail de son intimité flappie. Un témoignage rare :
« J’allais abandonner tout espoir. Je m’étais presque habitué à cette vie passive, j’avais la démocratie en berne, j’étais résigné : je ne serai plus jamais un Homme.
Et puis un jour un ami m’a conseillé un site. J’y suis allé sans grand espoir, les solutions miracles, on en a soupé.

Ce fut un choc ! J’ai découvert des tas de gens qui avaient le même problème électile que moi, tous partageaient leur expérience avec beaucoup de générosité et de bienveillance. Pas de prêchi-prêcha : du débat, du partage, de la vergogne, et tout cela totalement gratuitement. En à peine 6 mois, j’avais retrouvé la niac, ma femme n’en revenait pas, j’avais retrouvé l’envie.
Pourtant ils n’ont pas manqué les oiseaux de mauvaise augure qui ont voulu salir mon désir de reprendre ma vie en main : “fais gaffe, c’est une secte”, “arrête de penser, il y a des professionnels pour ça”, “ne prend pas ça, ce sont des molécules populistes très dangereuses”, “Attention aux effets secondaires fascisants” et j’en passe…

Cela fait des mois que je suis ce traitement totalement naturel et croyez moi, je ne me suis jamais senti aussi bien. Aucun effet secondaire en dehors d’un trop plein d’échanges parfois difficile à juguler.
Je me suis enfin réveillé, et je ne suis pas prêt de me rendormir !
J’invite tous ceux qui souffrent à tenter l’expérience : je ne demande pas de me croire sur parole, je propose d’en parler, ensemble. »
Source : jcfrog.com/democracy4all
Fil Facebook : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153778178007317
Pourriture professionnelle chez les professionnels de la politique : un nouvel exemple écœurant
Voici ce que vient d’écrire Flore Vasseur sur son mur :
« Chers tous et toutes
Il y a une semaine je vous présentais mon travail (film de 52 min sur Arte) sur l’action de Larry Lessig pour dégager l’action politique de l’influence de l’argent.
Après plusieurs expérimentations pour placer ce sujet au cœur de la campagne présidentielle, il avait décidé de se présenter lui même aux élections. En un mois, il avait recueilli la mise de fond minimum auprès d’internautes et atteint le 1% nécessaire d’intention de vote pour faire partie des grands débats télévisés entre démocrates, grand’messe incontournable des élections. Le prochain débat démocrate a lieu le 14 novembre et Lessig, techniquement, devait en être.
LE PARTI DÉMOCRATE A MODIFIÉ LUNDI LES RÈGLES D’ACCESSION À CES DÉBATS.
Lessig a annoncé qu’il suspendait sa campagne.
Les idées puissantes se remarquent à la résistance qu’elles déclenchent.
C’est tragique et sous nos yeux.
Je doute que Lessig ne s’arrête là. C’est David contre Goliath version fin de la démocratie américaine. Je sais que ce sujet vous intéresse. Organisons nous pour que le sujet (de la corruption endémique) ne passe pas à la trappe.
Au cas, voici la version youtube du film »
httpv://youtu.be/C8dPFUpmc2Y
___
Je pense à Flore, qui se donne tant de mal depuis le début pour relayer auprès de nous ce combat courageux de Larry Lessig contre la corruption politique. Elle doit être bien triste, en voyant le valeureux citoyen bâillonné par les politiciens professionnels.
C’est rageant. Ça confirme (s’il en était besoin) combien CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR. C’est à se dire que les professionnels de la politique sont ontologiquement, dans leur être même, par nature et pour toujours, forcément, des ennemis du peuple. On se retient de penser cela, on se force à ne pas généraliser, mais cette pensée revient sans cesse, comme une évidence criante.
Je pense de plus en plus profondément qu’il n’y a pas de démocratie sans tirage au sort. L’élection est profondément anti-démocratique, car elle conduit MÉCANIQUEMENT, fatalement, à la professionnalisation de la politique, professionnalisation qui est précisément le fléau que la démocratie (la vraie) cherche à tout prix à éviter.
Je vous invite à découvrir (et relayer) le film passionnant que Flore a réalisé pour nous raconter cette aventure (un film qui a été rediffusé il y a quelques jours sur Arte).
Faites connaître tout ça autour de vous, si vous le jugez utile.
Le niveau monte.
Merci à tous, pour tout ce que vous faites (pour que le niveau continue à monter) 🙂
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153773269532317?pnref=story
Comment muter en citoyen adulte ?
Un entretien au calme, en Lorraine, avec un point de fixation (un peu) original (vers la fin), sur le fait que seul un processus constituant populaire rendra possible l’institution d’un État démocratique digne de ce nom, c’est-à-dire soumis à un contrôle citoyen quotidien et doté du pouvoir de création monétaire et donc de la puissance d’un employeur en dernier ressort, gage de prospérité économique :
httpv://youtu.be/GTk-nuX70MQ
Merci à Catherine, tout particulièrement cette fois, et à tous ceux qui participent activement à l’ensemencement libérateur de notre grande communauté humaine avec l’idée d’auto-institution de la société.
Étienne.
Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153766086812317
Rendez-vous à Metz et à Nancy, les 19 et 20 oct. 2015 : projections-débats autour du film Demokratia et ateliers constituants
Je vous propose de nous revoir encore une fois en chair et en os 🙂 à Metz et à Nancy cette fois, la semaine prochaine, autour de projections publiques du film Demokratia, réalisé par Pablo Girault-Lazaré et Thierry Kruger, et pour animer ensemble des ateliers constituants.
Teaser DEMOKRATIA (Projection/Débats) par cinequaprod
L’annonce sur Facebook :
https://www.facebook.com/events/419249668284630/
Pensez à apporter du papier et de quoi écrire 🙂
Pensez aussi à inviter des proches et des voisins, pour alimenter la contagion (de la mutation d’électeurs obéissants en citoyens constituants).
Au plaisir de vous rencontrer.
Étienne.
(Fil FB de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153742803232317
[Mise à jour 11 novembre 2015 : ]
Projection-débat « DEMOKRATIA » à Metz, en… par cinequaprod
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! » L’édito de Charles SANNAT, à propos de Jacques DUBOIN
Charles Sannat tient un blog que je trouve souvent bien intéressant, qui s’appelait « Le Contrarien Matin » et qui s’appelle depuis peu « Insolentiae ».
Charles a débusqué sur mon (ancien) blog (qui est une vraie mine pour ceux qui ont la patience d’y farfouiller) un article où je vous signalais (en 2007) une merveille, un livre enthousiasmant, de Jacques DUBOIN : « LA GRANDE RELÈVE des hommes par la Machine ».
Voici la réaction de Charles, ce matin, à cette découverte :
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense ! »
L’édito de Charles SANNAT !
Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,
Cet édito est long, j’espère simplement que vous ne vous découragerez pas, car il recèle quelques petits trésors qui devraient ravir vos esprits contrariens, insolents et impertinents.
« Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense »… oui le chômeur devrait-être la récompense du progrès humain. Il devrait être célébré comme le succès entier de la réussite de l’humanité vers un monde affranchi du travail et dont la vie de l’homme n’aurait plus à se résumer à une longue lutte pour assurer sa survie quotidienne.
Le chômeur, l’homme sans nécessité de travailler est l’aboutissement logique de notre processus d’évolution.
C’était un 11 janvier. Bernard Maris, économiste perdait la vie lors de l’attaque de Charlie Hebdo, et pourtant, presque d’outre tombe, c’est lui qui va vous faire connaitre cet homme aujourd’hui. J’ai connu cet auteur par un simple lien reçu dans un mail envoyé par l’un de nos camarades impertinents. Ce lien pointe sur le site internet d’Étienne Chouard, un « hurluberlu »que certains parmi vous doivent connaître puisque ce « sombre individu » ose parler d’une idée comme celle de démocratie… non mais je vous jure… parler de démocratie…On devrait interdire tous ceux qui parlent de démocratie… ça tombe bien Chouard est interdit d’antenne. Ouf… je commençais à avoir sacrément peur. S’il y en a qui ont des phobies administratives, on oublie trop ceux qui souffrent de phobie démocratique. C’est une maladie rare, orpheline même. Elle ne touche qu’une toute petite partie de la population. Moins de 1%… oui c’est ça, ces 1% qui détiennent 90% des richesses et 100% du pouvoir… et bien ils souffrent ces braves petits. Et la phobie démocratique croyez-moi, c’est très douloureux…
Bref, sur le site d’Étienne Chouard un article de 2007… franchement pas tout jeune me direz-vous et pourtant !
Étienne donc écrit la chose suivante en 2007 !
« Je viens de taper pour vous un extrait important d’un livre merveilleux que je viens de recevoir. Merci à Bernard Maris d’avoir signalé cette perle (voir ses précieuses chroniques, sur le site de France Inter, et notamment : Où va l’argent ?). Il est épuisé, pour l’instant, et on le trouve d’occasion, ce qui n’est pas si mal car le livre d’origine, très ancien, est d’autant plus émouvant. On dirait vraiment un trésor. Bonne lecture. »
La grande relève des hommes par la machine de Jacques Duboin, 1932
C’est de ce livre là que nous allons parler, et ne le cherchez plus en occasion je l’ai ai tous acheté pour spéculer… ceux qui veulent un exemplaire m’adresse un chèque de 100 euros… non je plaisante bien évidemment, j’en ai trouvé un d’occasion et pas en très bon état… mais à l’ère du numérique, certains vieux papiers ont une véritable valeur non pas financière mais intellectuelle ! Sur le site d’Amazon il en passe régulièrement, donc avec un peu de temps vous devriez trouver votre bonheur. Pour toutes celles et ceux qui n’auront pas le bonheur de trouver une édition originale, sur le site d’Étienne Chouard ce livre est disponible gratuitement sous format PDF et vous pourrez le télécharger. Je vous indique le lien comme d’habitude ci-dessous.
Avant de parler de ce livre, d’une actualité brulante alors qu’il est de 1932, je voulais vous montrer un peu qui était l’homme Jacques Duboin.
En 1922 Jacques Duboin fait un petit topo à la Chambre des députés assez truculent avec le recul historique au Ministre de la guerre déjà à l’époque aussi crétinifié que nos sinistres actuels. Vous pourrez le trouver et le lire ici… Voici l’une de ses toutes premières phrases…
« Vous nous demandez donc, monsieur le ministre, un crédit d’hommes, mais vous ne nous dites pas quel effort vous avez accompli jusqu’ici pour économiser ces hommes, ni celui que vous projetez pour économiser éventuellement leur sang ».
Et oui déjà à l’époque nous voulions croire que l’on nous voulait que du bien et depuis rien n’a fondamentalement changé. Le peuple reste une variable d’ajustement pour des élites qui perdent rapidement tout sens moral lorsqu’elles sont aux affaires.
Jacques Duboin n’ignorait pas non plus – et il le disait et l’écrivait sans cependant insister, car il parlait en économiste – que les privilégiés actuels du régime emploieraient toute leur puissance à combattre son enseignement. Ils le firent en organisant systématiquement la « conspiration du silence » autour de lui. Bientôt, et malgré les ventes très confortables de ses premiers livres, il ne trouva plus un éditeur pour les imprimer et les diffuser.
Jacques Duboin, né à Saint-Julien-en-Genevois le 17 septembre 1878. Il sera banquier, industriel et homme politique.
En octobre 1935, Jacques Duboin crée le journal de réflexion socio-économique La Grande Relève. Il y présente au fil des années sa vision d’une économie de partage des richesses qu’il nomme « économie distributive » et est considéré comme l’un des tous premiers personnages politiques français à défendre l’idée d’un revenu de base.
Il décède en région parisienne en mars 1976.
Si vous voulez en savoir plus sur cet illustre inconnu vous pouvez consulter la biographie complète ici
Voici donc les quelques passages cruellement d’actualité qu’Étienne Chouard avait d’ailleurs sélectionnés dans son article et qui je l’espère vous donneront envie de lire ce livre et de réfléchir à ce qui vient.
« Je ne vois pas pourquoi la race humaine serait condamnée au travail à perpétuité. Ou alors il ne fallait pas la doter d’un cerveau grâce auquel elle oblige la matière à travailler à sa place. Des trésors de patience et d’intelligence ont été dépensés par des générations et des générations, pour inventer et mettre au point des machines qui, de plus en plus, remplacent le travail des hommes. Nous assistons aujourd’hui à la grande relève des travailleurs par la matière disciplinée et animée d’une force de production. Ne peut-on concevoir une évolution du capitalisme qui tienne compte de cette relève, sans obliger l’armée qui descend des lignes à mourir de faim ? ».
Ou encore
« Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le progrès permet d’économiser l’effort. Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense. Plus il y a de chômeurs dans un pays, plus le niveau intellectuel, plus l’étiage économique est élevé. Théoriquement, n’est-ce pas vrai ? »
Il y a aussi ce passage…
« Qu’y a‑t‑il d’effrayant ? répliqua tranquillement Hermodan ? Voici deux pays de même population. L’un comme l’autre produisent, chaque année, la même quantité de richesses, mais, dans le premier, ce résultat est obtenu grâce à l’effort intensif de tous les travailleurs ; dans l’autre, grâce au travail de la moitié seulement de la population. Laquelle de ces deux nations possède le niveau intellectuel, social, économique, — mettez l’adjectif qui vous plaira, — le plus élevé ? La seconde évidemment. Cependant, ce pays privilégié est à plaindre, car la moitié de sa population, réduite à ne rien faire, est condamnée à mourir de faim et de froid. Voilà le drame que nous vivons ».
Ou celui-là !
« Évidemment, je m’aperçois que ce que je vous dis vous surprend légèrement. J’insisterai donc en affirmant que, du moment que vous n’avez plus besoin de ces hommes, vous êtes dans l’obligation absolue de les faire vivre sans travailler. Car du moment qu’ils sont venus au monde, ils ont droit à la vie. Ils y sont venus comme tous leurs frères, nus, sans poches remplies sur les côtés. Est-ce leur faute si toutes les richesses qui existent ont déjà un propriétaire légitime ? Et si l’abondance de ces richesses est telle que vous préférez les détruire ? Ah ! pour légitimer cette appropriation de tout ce qui est nécessaire à la vie, la société a élevé le travail à la hauteur d’une véritable religion. Ils ont accepté cette loi, bien qu’elle dût leur paraître dure, et ils se sont mis courageusement à l’œuvre. Mais voilà que, grâce au progrès technique, leur travail ne vous est plus nécessaire ! C’est cependant leur unique bien, qu’ils sont forcés d’échanger contre le morceau de pain indispensable à la vie. Concluez ?… Préférez-vous les faire disparaître comme les chevaux ? C’est la solution des anthropophages. Elle paraît tellement odieuse que, dans tous les pays, c’est l’État qui vient en aide à ces soi-disant déshérités. Vous savez, d’ailleurs, qu’une attitude différente conduirait droit à la révolution, car ils sont de plus en plus nombreux. Aujourd’hui 30 millions, demain 35, 40, 50 millions ! Il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête, puisque l’idéal du progrès technique est la suppression totale de la main‑d’œuvre ».
Ce livre fût écrit en 1932. Certains diront et bien « vous voyez, c’est la preuve qu’il ne faut pas avoir peur du progrès, le progrès technique ne supprime pas les emplois il en créé » !
Oui c’était valable encore en 1932. C’était même valable en 1980 bien que nettement moins et que le chômage commençait à devenir « de masse »… Pourtant la population active continuait à s’accroitre et le marché du travail à absorber presque tout le monde moins quelques centaines de milliers de chômeurs.
Ce fût nettement moins vrai dans les années 90… mais la véritable inflexion c’est la crise de 2007. Cette crise de 2007, va servir de déclencheur aux entreprises pour encaisser certains gains de productivité. On l’oublie déjà pourtant le haut débit n’arrive qu’en 2005… en 2007 il est déployé, les tuyaux sont là. La véritable révolution internet peut commencer. Les progrès de la robotique et de la puissance informatique, et de façon générale de l’ensemble des technologies rendent l’utilisation de masse de travailleurs totalement obsolète. Dépassée.
C’est en soi une excellente nouvelle car le génie humain depuis l’invention de la roue a toujours eu pour objectif de nous faciliter la tâche… au bout du compte, à force de se faciliter la tâche, il est logique de « supprimer » la tâche. Nous y sommes. Le problème n’est donc pas l’absence de travail qui est la conséquence logique de l’évolution humaine.
Le problème est l’organisation de notre système économique. Le problème est la répartition de la création des richesses sans passer par la case salaire. Le problème c’est de maintenir des incitations positives pour ne pas tomber dans les défauts d’une société sans stimulation comme ce fût le cas de l’expérience soviétique… désastreuse. Le problème c’est de dépasser nos conceptions totalement erronées de l’économie. En 1932 certains en avaient déjà parfaitement conscience.
Cette fois, nous y sommes. La question c’est comment aborder collectivement et individuellement ces sujets.
Préparez-vous car il est déjà trop tard !
Charles SANNAT
Insolentiae signifie impertinence en latin
Pour m’écrire [email protected]
Pour télécharger gratuitement le livre c’est ici sur le site d’Etienne Chouard !
Site de l’association pour l’économie distributive
Le fil Facebook de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153740595072317
Bernard Friot à Ballast : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »
Puissante synthèse de Bernard Friot,
pour Ballast :
« Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire »
À lire.
http://www.revue-ballast.fr/bernard–friot/
Entretien inédit pour le site de Ballast
Économiste et sociologue, Bernard Friot défend depuis de nombreuses années une alternative au capitalisme, qu’il a théorisée à partir de son sujet de prédilection : la sécurité sociale. Contrairement à la proposition du revenu de base qu’il qualifie de « roue de secours du capitalisme », la solution du salaire à vie s’inscrit autant dans une refonte complète de notre rapport à la propriété que dans une démarche de suppression de notre aliénation au marché de l’emploi, au profit de la valorisation du travail. Car, pour ce professeur émérite de l’université de Nanterre, c’est très clair : nous travaillons tous, même si nous n’avons pas d’emploi. Au sein de l’association d’éducation populaire Réseau salariat dont il est cofondateur, Bernard Friot déconstruit méthodiquement la rhétorique de ce qu’il appelle la « religion capitaliste », que nous avons intégrée jusqu’à en être prisonniers conceptuellement. Entretien.
Dans l’une de vos conférences, vous affirmez que la France n’est pas un État laïc. Pouvez-vous nous expliquer en quoi le capitalisme est une religion, d’État qui plus est ?
La France est un État partiellement laïc et c’est heureux : la laïcité, en séparant l’État des religions, est une condition de l’émancipation populaire, car les religions sont de puissants systèmes d’adhésion à la classe dirigeante. Mais justement, il y a une religion qui, loin d’être séparée de l’Etat, y règne en maître : c’est la religion capitaliste. Entendons par là un ensemble très construit de dogmes, de croyances, de rituels, qui font passer pour divine la violence des institutions du capital. Les dogmes sont construits par la prétendue « science économique », qui s’est imposée à l’université en excluant les hétérodoxes des postes de professeur et qui formate tout le discours des gouvernants et des médias. Plus la réalité infirme le dogme, plus il est raffiné, avec l’affirmation classique de toute religion : c’est parce que nous ne sommes pas assez fidèles au dogme qu’il n’informe pas encore suffisamment le réel ! La prétendue « science économique » procède par injonction permanente. Les croyances permettent d’intérioriser les injonctions du capital : nous présenter sur le marché du travail comme « demandeurs d’emploi » (alors que nous sommes les seuls producteurs de la valeur !) parce que nous croyons que seuls ceux qui ont un emploi produisent de la valeur économique ; nous soumettre aux marchés financiers parce que nous croyons que l’on ne peut financer l’investissement (et créer de la monnaie) que par crédit ; accepter la rémunération du capital parce que nous croyons que l’outil de travail crée de la valeur ; apprendre à vivre avec la souffrance d’un travail mené sous la dictature du temps parce que nous croyons que la mesure naturelle de la valeur, c’est le temps de travail. Je m’en tiens à ces exemples, mais les croyances capitalistes nous enserrent dans un filet très fin.
Les rituels, eux, inscrivent notre quotidien dans la pratique ou l’acceptation des croyances et des dogmes. Là encore, je n’en retiens que quelques-uns dans un ensemble infini. Dès l’enfance, nous entendons à la radio et à la télé le prêche des éditorialistes, qui nous rabâchent ad nauseam le même sermon : si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer (voyez, les Grecs n’ont pas été sages, ils sont en enfer). À la radio toujours, l’appel plusieurs fois par jour du muezzin qui, depuis le temple de la Bourse, récite le moulin à prières de la cote des titres financiers. Dès le collège, nos enfants sont régulièrement conduits dans des salons d’orientation où ils vont apprendre à appauvrir leurs désirs professionnels pour les conformer aux « exigences du marché du travail », un dieu particulièrement cruel. Puis il faudra aller régulièrement à confesse : auprès de conseillers de Pôle emploi et autres institutions du marché du travail pour examiner avec eux comment sortir du péché en améliorant notre employabilité, auprès du N+1 pour entretenir soigneusement notre incertitude sur la légitimité de notre présence dans notre emploi. A l’opposé, dans une pratique laïque de l’État, la loi ne doit être porteuse d’aucune de ces croyances et de ces rituels, leur expression doit être interdite dans les instances d’État et les services publics (mais autorisée bien sûr sur France Culture le dimanche matin parmi les autres croyances) ; la loi doit interdire leur obligation et garantir l’impunité pour ceux qui les refusent. Nous en sommes loin, le combat laïc a encore fort à faire. Mener la bataille pour la séparation de l’État et de la religion capitaliste est d’autant plus décisif aujourd’hui que, chez les socialistes, les mânes de la séparation de l’État et des églises traditionnelles sont invoquées comme caution de gauche à une politique de soutien résolu à la religion capitaliste, tandis que la laïcité a été récupérée par le Front national et Les Républicains comme argument raciste au service d’une division populaire qui dédouane le capital de sa responsabilité dans la crise du travail.
Vous décrivez donc une religion capitaliste qui est la cause d’une très puissante aliénation aux institutions du capital. Quelles sont les alternatives possibles à ces institutions ?
« Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire. »
Mettre en évidence le déjà-là de ces alternatives est tout l’objet de mon activité de chercheur : je fais donc une réponse sommaire et je renvoie le lecteur à mes livres, du plus simple (Émanciper le travail, entretiens avec Patrick Zech, aux éditions La Dispute, en 2014) au plus technique (Puissances du salariat, édition augmentée, La Dispute, 2012). Vous avez raison de souligner que malgré la chape de plomb de la religion d’État, le mouvement populaire a commencé à construire une classe révolutionnaire qui s’est victorieusement opposée aux institutions du capital. Contre le marché du travail a été construit le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités. Contre le salaire « prix de la force de travail », qui fait de nous des mineurs économiques ayant droit à du pouvoir d’achat, niés comme producteurs de valeur, la classe ouvrière a imposé le salaire à la qualification. Contre la mesure de la valeur par le temps de travail, la production des administrations est mesurée par la qualification des producteurs. Contre la propriété lucrative, de multiples formes de propriété d’usage sont en train de s’instituer. Contre le crédit à l’investissement, l’impôt et la cotisation permettent de subventionner des équipements collectifs. Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire.

Il a été reproché à Thomas Piketty de négliger dans son livre best-seller Le Capital au XXIe siècle toute la violence sociale contenue dans le rapport entre un employeur et un employé. Peut-on imaginer un capitalisme sans ce rapport asymétrique, et donc sans cette violence ?
Évidemment pas : la propriété lucrative réserve la propriété de l’outil de production à une minorité, qui exerce une dictature sur la majorité par le double chantage à l’emploi et à la dette. Les institutions de l’Union européenne, syndicat du capital, organisent depuis les années 1950 ce double chantage, avec une constance et une détermination que des travaux comme ceux de Corinne Gobin, politiste à l’université libre de Bruxelles, ont très bien montrées depuis des décennies, sans qu’ils aient été pris au sérieux par tous les croyants dans une possible réforme de l’Union européenne. L’affrontement de la troïka au peuple grec ouvre aujourd’hui les yeux de certains de ces croyants, et cela en dépit de la mise en scène du jeu de rôles entre Hollande et Merkel, et de l’incroyable propagande du clergé médiatique. Dans une affaire où Le Monde et Libération s’illustrent par leur participation sans retenue à la curée, de tous les quotidiens, seul L’Humanité soutient le peuple grec, même s’il faut déplorer qu’elle le fasse sur la base d’un appui sans réserve à Syriza, qui ne mène pas la nécessaire lutte contre la classe capitaliste grecque pour la propriété populaire de l’économie, condition sine qua non de tout bras de fer avec la troïka – ce qui nous renvoie, chez nous, à la dérive sociale-démocrate du PCF et de la CGT. Puisque votre question fait référence à Thomas Piketty, qui s’inscrit dans la filiation de François Furet et de Pierre Rosanvallon dont la responsabilité dans le déplacement à droite du débat public depuis quarante ans est énorme, je note qu’il a pris position contre la troïka, avec tous les économistes hétérodoxes. Ce qui montre que le refus de l’austérité, qui motive l’essentiel de l’opposition à la politique de l’Union, est à côté de la plaque : la violence du capital exige en réponse la construction d’une autonomie populaire sur la base d’une production alternative à la production capitaliste, comme la classe ouvrière, avant son affaissement des quarante dernières années, a commencé à le faire. Je viens de rappeler ces commencements en réponse à votre précédente question, et c’est de ces acquis – considérables – qu’il faut partir pour les généraliser.
Pour faire disparaître la violence sociale due à l’emploi, vous proposez, entre autres, la copropriété d’usage, et donc l’abolition de la propriété lucrative. En quoi cette dernière est-elle différente de ce que l’on appelle communément la propriété privée des biens de production ?
« Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail. »
Remplacer dans l’analyse de la propriété l’opposition propriété privée/publique par l’opposition propriété lucrative/d’usage est décisif si le mouvement populaire veut sortir de son désastreux mutisme sur la propriété. « Propriété privée » est un pléonasme : le propriétaire d’un logement individuel ou le collectif copropriétaire d’une usine en ont un usage privé, personne d’autre que ces propriétaires ne peut disposer de ce logement ou de cette usine. Le projet d’« abolir la propriété privée » est de ce point de vue un non-sens : seuls des logements ou des outils de travail portés par des propriétaires sont réellement assumés. C’est pourquoi ce projet est si peu énoncé, ou alors selon deux propositions très contestables. La première, traditionnelle dans la revendication de nationalisations, opère une distinction entre les petits et les gros propriétaires : seuls les seconds seraient concernés par la collectivisation de la propriété (le projet étant, je le rappelle, de passer du « privé » au « public »)… ce qui revient à laisser au capital l’essentiel du tissu productif, fait de PME, et crée une division du salariat entre les salariés des grandes entreprises et les autres, deux raisons essentielles de l’échec des nationalisations, qui ont pourtant été très nombreuses au XXe siècle. La seconde, plus récente, considère la propriété comme une question dépassée, et préconise l’usage : certes, mais sur quelle base juridique et avec quelles capacités décisionnelles ? Revendiquer l’usage sans la propriété ne risque pas de faire peur au capital ! Le capitalisme ne repose pas sur la propriété privée des biens de production mais sur leur propriété lucrative, c’est-à-dire sur la contrainte faite aux non-propriétaires de présenter leur force de travail comme une marchandise sur un marché du travail, afin de produire des marchandises sous la dictature du temps et ainsi d’augmenter le patrimoine des propriétaires. Seul le travail vivant produit de la valeur, et donc, si un patrimoine procure un revenu, c’est forcément sur la base de cette extorsion du travail d’autrui dans la sphère de la production. Y compris si l’on est « petit » : propriétaire d’une TPE ou d’une PME, salarié actionnaire ou titulaire d’une épargne dont le rendement est supérieur à la croissance du PIB courant, loueur d’un bien foncier ou immobilier.
Tant que la propriété lucrative n’est pas délégitimée (et interdite) dans toutes ses manifestations, l’œuf volé par le « petit » légitimera le bœuf volé par le « gros ». Contre la propriété lucrative et à sa place, c’est une autre propriété qu’il faut continuer à construire pour la généraliser : la propriété d’usage. Propriété, parce que c’est la condition pour décider : de l’investissement, de ce qui va être produit, de la hiérarchie, du collectif de travail. Tout cela doit être le fait de chacun de nous, nous devons absolument devenir propriétaires de notre outil de travail (et, j’ajoute, de notre logement, pour pouvoir y apporter les modifications conformes à notre pratique de l’espace privé). Faute d’être nous-mêmes propriétaires, nous sommes impuissants devant des propriétaires lucratifs qui délocalisent à leur guise, qui nous imposent l’objet et les conditions de notre travail ou des hiérarchies sur lesquelles nous n’avons aucune prise, qui nous obligent à restituer notre logement dans l’état où nous l’avons trouvé. Oui, contre cette impuissance, nous devons devenir tous propriétaires de notre outil de travail et de notre logement, mais propriétaires d’usage ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que nous ne tirons aucun revenu de cette propriété, et qu’elle n’est transmissible que comme propriété d’usage. Pas de parts sociales cessibles comme dans trop de coopératives : dès qu’on est embauché, on entre dans l’entreprise avec tous les droits d’un copropriétaire (décision sur l’investissement, le produit, la hiérarchie, le collectif de travail…), sans nécessité d’un quelconque apport autre que celui de son travail, et quand on la quitte, c’est sans autre enrichissement que celui d’une progression salariale, si on a pu passer une épreuve de qualification grâce à l’expérience acquise. Dans la même logique, la maison de famille, la ferme ou l’outil de travail d’un artisan sont transmissibles comme propriété d’usage, et uniquement comme propriété d’usage. Aucune accumulation individuelle et familiale ou collective n’est possible.

Devant le rejet de la hiérarchie de la part de la nouvelle génération, le capitalisme semble opérer une nouvelle mutation. Dans de plus en plus d’entreprises, on supprime les hiérarchies, et on autonomise et implique davantage tous les travailleurs dans les créations de projet. On leur propose même parfois de décider eux-mêmes de leur salaire. Qu’en pensez-vous ?
On peut aussi venir y travailler en short et tongs et avec son chat. Et, si possible, avec son sac de couchage, pour être en permanence « créateur de projet » ! La capacité de telles entreprises à essorer les jeunes en s’appuyant sur leur intérêt pour leur travail pour obtenir d’eux un infini travail gratuit est effectivement très perverse. Mais, à 30 ou 35 ans, ils se rendent compte qu’ils ont été floués.
Cette question vous est souvent objectée mais, pour avoir lu et écouté vos réponses, nous restons encore sur notre faim : qu’est-ce qui pourrait pousser les gens à travailler s’ils reçoivent un salaire à vie ? Ne projetez-vous vos propres dispositions personnelles sur l’ensemble de la population ? Votre anthropologie ne souffre-t-elle pas de quelque candeur ?
« La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail. »
Si les réponses que je fais habituellement à cette objection ne vous satisfont pas, je vais passer par un détour théorique sur la valeur et la lutte des classes. Le mot « travail » renvoie à deux réalités qu’il faut bien distinguer. Nous passons l’essentiel de notre vie éveillée dans des activités concrètes qui produisent, avec la nature, des biens et des services utiles – ou considérés comme tels. Ce travail concret est producteur de la richesse sans laquelle notre espèce ne pourrait pas se reproduire. Et lorsqu’une personne, bien qu’engagée dans ces activités concrètes, dit qu’elle « cherche du travail » ou qu’elle « ne travaille plus », nous sommes renvoyés à la seconde dimension du travail, celle de sa validation sociale et de l’expression monétaire de cette validation dans le profit du propriétaire lucratif et le salaire du salarié, ou dans le bénéfice du travailleur indépendant. Ici, ce n’est pas sous sa dimension concrète, en tant que producteur de richesse, que le travail est considéré, mais en tant que producteur de valeur. On parle alors de travail abstrait : quelles que soient les différences de leur travail concret, une comptable et un boucher peuvent produire la même valeur. Le travail abstrait détermine le travail concret : c’est sur « ce qui vaut » que va se concentrer la production de richesse et cela, selon les critères de « ce qui vaut ». Par exemple : si ce sont les transports liés à la route qui valent, il y a peu de chance pour que des moyens de transport ferroviaires ou fluviaux soient produits. Il y a une loi de la valeur, au sens où la production de richesse est déterminée par la production de valeur. Penser qu’on pourrait faire société dans la transparence des valeurs d’usage, éliminer le travail abstrait, libérer la richesse de la valeur en supprimant la monnaie et le travail est un rêve mortifère, qui prétend abolir le pouvoir par décret et qui empêche de voir que le travail abstrait est l’objet d’une lutte de classes. Car qui décide de ce qui vaut dans tout ce que nous produisons ? La lutte de classes. La valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail.
La classe capitaliste, en tant que classe dirigeante, exerce une dictature sur la production de valeur en la mettant au service de l’accumulation du capital : les richesses produites hors de son emprise (par les retraités, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants, les chômeurs) sont déclarées sans valeur, tandis que valent des biens et des services parfaitement inutiles ou dangereux, dont la production alimente le capital. Mais contradictoirement, comme nous l’avons vu, une classe révolutionnaire se construit depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, et commence à imposer une autre pratique de la valeur que, dans L’Enjeu du salaire et dans Émanciper le travail, je qualifie de « salariale » parce qu’elle se construit à partir des institutions du salaire conquises par la classe révolutionnaire : une pratique de la valeur décidée par des copropriétaires d’usage titulaires d’un salaire à vie, libérés du marché du travail, du chantage au crédit et de la mesure de la valeur par le temps de travail. La lutte de classes est l’affrontement irréductible entre deux pratiques antagonistes de la valeur. Elle se joue dans la matérialité des institutions de la production et dans les représentations qu’elles génèrent. La bourgeoisie prend l’avantage dans la lutte de classes quand elle réussit à imposer le gel ou le recul des cotisations et des impôts qui paient les soignants, les retraités, les fonctionnaires, les parents ou les chômeurs. Quand elle transforme le droit au salaire des chômeurs en droit à l’emploi, la retraite comme salaire continué par la retraite comme salaire différé, le salaire à la qualification par la sécurisation des parcours professionnels. Quand elle réimpose le financement à crédit des équipements collectifs. Quand, par le new public management, elle introduit la dictature du temps dans la production des services publics et y remplace des fonctionnaires par des CDI ou des salariés associatifs. Nous sommes là dans la matérialité des institutions de la production. Mais la lutte de classes se joue aussi dans les représentations. Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste, aliénation à la violence de rapports de classes qui permettent à la classe capitaliste de refuser de valider l’activité qui se déroule hors de l’emploi, dont elle a la maîtrise absolue.
« Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste. »
Quand des fonctionnaires acceptent l’idée absurde qu’ils dépensent (et non pas qu’ils produisent, comme tous les salariés) la valeur de l’impôt qui les paie, ils témoignent aussi de la même violence et de son intériorisation religieuse : ils croient que, comme ils ont un salaire à vie lié à leur grade, qui est un attribut de leur personne, et non un salaire à l’emploi (dont le support est le poste de travail, comme dans le privé), ils ne travaillent pas – au sens de : ils ne produisent pas de valeur –, puisque leur travail concret ne s’inscrit pas dans les canons capitalistes du travail abstrait. L’enjeu est que la classe révolutionnaire reprenne l’avantage, dans les institutions comme dans les représentations. Pour m’en tenir à l’objet de votre question (mais le raisonnement serait le même pour la copropriété d’usage de tous les outils de travail, pour le financement de l’investissement sans appel au crédit, ou pour le remplacement de la mesure capitaliste du travail abstrait par le temps de travail, par sa mesure salariale, par la qualification du producteur), nous ne pourrons généraliser le salaire à vie que si la classe révolutionnaire retrouve l’offensive et continue à imposer la pratique salariale de la valeur contre sa pratique capitaliste, comme elle l’a fait jusque dans les années 1970. Énumérons quelques mots d’ordre et pratiques d’une telle ré-offensive en vue de l’institution d’un droit politique au salaire, c’est-à-dire d’un salaire attribué de façon irrévocable à chaque personne, de 18 ans à sa mort, avec une progression possible par épreuves de qualification : hausse massive des cotisations et des impôts qui paient les fonctionnaires, les libéraux de santé ou les retraités, pour que la valeur qu’ils produisent aille au salaire socialisé, exclusivité des marchés publics pour les seules entreprises non capitalistes afin de sortir les coopératives et le travail indépendant de la marginalité, affectation de la qualification, et donc du salaire, à la personne des salariés du privé et non à leur poste de travail, transformation des prétendues « aides à l’agriculture » en salaire à vie des paysans, etc.

Si une telle mobilisation était porteuse d’une moindre incitation à travailler, elle serait immédiatement vaincue par l’adversaire de classe. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pousse aujourd’hui à une telle mobilisation ? Précisément l’expérience que le marché du travail et le marché des capitaux (ces fouets esclavagistes qui sont implicitement derrière la croyance que leur disparition conduirait à une moindre incitation à travailler) sont des institutions du travail abstrait qui empêchent le travail concret, celui des travailleurs bridés dans leurs initiatives par la nécessité de produire de la valeur pour l’actionnaire, celui des jeunes sous-utilisés massivement parce que victimes du marché du travail, celui des retraités réduits au bénévolat, celui des travailleurs indépendants ou des patrons de PME réduits aux miettes que leur laissent les groupes capitalistes. La mutation salariale du travail abstrait va considérablement relancer le travail concret et, ce qui est encore plus décisif quand on considère les considérables dégâts anthropologiques et écologiques de la pratique capitaliste du travail, le déplacer vers d’autres valeurs d’usage si, dès l’enfance, nous sommes éduqués à la coresponsabilité sur la valeur, puisque nous nous serons libérés de la dictature du capital.
Je résume : la généralisation du salaire à vie contre le marché du travail est l’affaire d’une incessante lutte de classes pour construire un travail abstrait libéré de sa pratique capitaliste et rendant possible un travail concret pour tous dans de bonnes conditions anthropologiques et écologiques. Il ne s’agit en aucun cas d’une « autre répartition de la valeur » qui affecterait aux personnes sous forme inconditionnelle une partie de la valeur créée par un travail abstrait inchangé. Laissons ce projet aux tenants du revenu de base, roue de secours d’une classe capitaliste porteuse d’un travail abstrait à ce point aberrant pour le travail concret qu’elle est prête à mettre en place la soupape de sécurité d’un revenu de base permettant à chacun, dans les interstices que laisse une production capitaliste inchangée, de mener les activités concrètes de son choix : par exemple avoir un jardin bio dans un océan d’agro-business, produire des logiciels libres qui, au bout du compte, alimenteront le droit de propriété intellectuelle des groupes capitalistes de l’internet. En contradiction avec cette dérive hélas possible, la généralisation du salaire à vie est une des dimensions de la suppression de la production capitaliste et de l’institution, à l’échelle macroéconomique, d’une autre pratique de la valeur et du travail dans laquelle le chantage à l’emploi et à la dette cédera la place à la coresponsabilité dans la production d’une valeur suffisante pour assurer le droit politique au salaire.
Nous avons récemment interviewé le sociologue Alain Bihr. Il nous disait : « Ce qui me paraît fort critiquable dans l’idée de « salaire à vie », c’est qu’elle passe à la trappe l’idée qu’abolir le capital, c’est, simultanément et du même mouvement, abolir le salariat. Le processus révolutionnaire est celui par lequel les producteurs associés, et au-delà l’ensemble de la société à travers eux, se réapproprient les moyens sociaux de production et dirigent, organisent et contrôlent la production de manière à satisfaire l’ensemble des besoins sociaux. Dans le cadre de pareils rapports de production, il n’y a pas de salariat. » Que répondez-vous ?
« La croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. »
Alain Bihr fait partie de ces marxistes (et ils sont hélas nombreux) qui pensent qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire effectivement en train de se construire à l’échelle macrosociale, que la seule classe qui existe est la classe capitaliste. Et cela contre le cœur même de l’œuvre de Marx, analyste magistral du capitalisme comme contradiction, journaliste soigneux des mouvements révolutionnaires, acteur de la Première Internationale. Alain Bihr écrit certes sur « les rapports sociaux de classes », au sens où il énonce, à juste titre, que les classes ne préexistent pas à leur conflit et que ce sont les luttes de classes qui produisent les classes, mais les classes qu’il définit ne comportent… qu’une classe, la « classe capitaliste » qui domine respectivement le« prolétariat », l’« encadrement » et la « petite bourgeoisie ». Le postulat de la lutte de classes reste chez lui un élément du puzzle théorique mais, dans la réalité, il n’observe aucun résultat révolutionnaire de la mobilisation syndicale ou politique concrète des dominés : la qualification, la sécurité sociale, la fonction publique, la cotisation, tout cela peut selon lui apporter une correction aux inégalités sociales et desserrer provisoirement l’étau, mais ne constitue en aucun cas les prémices d’une alternative, voire sert les intérêts fondamentaux du capital. Ce mouvement ouvrier qui n’a rien conquis de véritablement subversif du capital n’est donc pas un sujet historique, il n’est pas une classe révolutionnaire. Seule la classe capitaliste existe comme telle. Alain Bihr n’est pas le seul à exalter le mouvement ouvrier abstrait mais à faire du mouvement ouvrier concret un idiot utile du capital, à élaborer une critique théorique du capitalisme dans l’ignorance de sa critique sociale, à raconter la saga d’une classe dirigeante qui a toujours la main : la majorité des chercheurs en sciences sociales écrivent l’histoire du point de vue de la domination de classe. Par leur fascination pour le pouvoir, ils sont un élément décisif du clergé de la religion capitaliste. Je ne parle pas ici des économistes orthodoxes, dont j’ai dit dès le début qu’ils sont le haut clergé de cette religion et qui pratiquent d’ailleurs, non pas la science sociale (pouah), mais la science tout court ! Je parle d’un bas-clergé d’autant plus efficace qu’il critique une domination capitaliste dont il nie qu’elle ait commencé à être radicalement mise en cause.

On retrouve là un ingrédient constitutif de la religion, qui, je le rappelle, n’est pas simple soumission, mais aussi soupir du soumis contre son maître. De même que la croyance dans la damnation des riches après la mort entretient la soumission dans cette vie à ces riches haïs, de même la croyance dans une révolution qui n’aura jamais lieu que demain entretient le mythe de l’impuissance des dominés aujourd’hui. J’ai tout à fait conscience de la gravité qu’il y a à dire cela, s’agissant de collègues aussi respectables qu’Alain Bihr ou les Pinçon-Charlot, ou trop d’Économistes atterrés. Si je le dis aujourd’hui avec encore plus de fermeté qu’hier, c’est parce qu’il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes, une critique qui, par son aveuglement, participe, évidemment à son corps défendant, à la domination qu’elle combat. Pourquoi Alain Bihr identifie-il souveraineté sur la production des producteurs associés et abolition du salariat ? Précisément parce que les salariés sont rangés chez lui dans deux classes-qui‑n’en-sont-pas, le prolétariat, qu’il définit exclusivement comme dominé, et l’encadrement, qui regroupe « les agents subalternes de la domination capitaliste ». Le salariat, c’est les prisonniers et leurs kapos. Et alors même qu’il insiste sur le papier sur la nécessité théorique d’une historicisation des classes sociales, en pratique il les essentialise : les salariés sont enfermés à vie dans le camp du capital. Rien, dans ce qui s’est passé depuis deux siècles de combat ouvrier, n’est fondamentalement émancipateur. Le « processus révolutionnaire » dont il parle dans la citation que vous rapportez est pour demain, Alain Bihr attend le Messie qui balaiera la classe capitaliste, et donc le salariat qui en est l’appendice. Alors que si, comme je m’y efforce depuis quarante ans dans mon analyse de la sécurité sociale dans l’Europe continentale, on élabore une critique théorique du capitalisme à partir de sa critique sociale, le salariat prend une tout autre couleur. En tant que classe ouvrière, il a mené une lutte de classes sur le salaire qui a produit les institutions décisives que sont le salaire à la qualification et, plus encore, à la qualification de la personne qui en fait un salaire à vie, et une socialisation massive de la valeur contradictoire à l’accumulation capitaliste par la partie de la cotisation et de l’impôt qui est affectée au paiement du salaire à vie et au subventionnement de l’investissement.
« Il y a urgence à sortir d’une critique du capitalisme aveugle sur les tremplins révolutionnaires construits dans la lutte de classes. »
Aujourd’hui où la classe ouvrière s’est affaissée dans les vieux pays capitalistes – ce qui certes est dommageable sur le court terme mais doit être lu dans le nécessaire temps long de la révolution du mode de production (après tout, la bourgeoisie a mis cinq siècles pour l’emporter comme classe révolutionnaire sur l’aristocratie féodale, et a connu elle aussi des hauts et des bas dans ce combat séculaire) –, l’imposition d’une production salariale sans emploi et sans crédit, sans chantage donc de la propriété lucrative, relève de la mobilisation et de l’inventivité des organisations encore vivantes de la classe ouvrière, mais aussi, très au-delà d’elles, de la mobilisation des cadres, écœurés des pratiques des actionnaires et des prêteurs et qui mettent leur savoir-faire au service d’une production alternative portée par de plus en plus de trentenaires éduqués qui refusent, c’est leurs termes, de « produire de la merde pour le capital » ou de se soumettre aux injonctions d’employabilité : et aussi de la mobilisation de travailleurs indépendants qui ont compris que leur intérêt n’est absolument pas du côté du capital, voire de patrons de PME sur qui pèsent la fonction d’employeur et la propriété d’un patrimoine dont ils pourraient être libérés par une organisation salariale de la production. Le salariat comme classe révolutionnaire en cours d’affirmation face à la classe capitaliste ne se définit évidemment pas à partir du contrat de travail avec un employeur. Il regroupe toutes celles et tous ceux qui assument les institutions anticapitalistes du salaire : droit politique au salaire à vie, copropriété d’usage de l’outil de travail, socialisation de tout le PIB dans la cotisation-salaire et la cotisation-investissement, création monétaire sans crédit.
Dans Après l’économie de marché, paru aux éditions ACL, Anselm Jappe vous reproche de vous battre pour des choses qui, finalement, existent déjà (la valeur, l’argent, le salaire, les fonctionnaires, les retraites), et estime que votre montagne (la révolution) accouche d’une souris. Vous voyez les choses en petit ou Jappe a‑t‑il la folie des grandeurs ?
Comme Alain Bihr, Anselm Jappe pense qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire en construction face à la classe capitaliste, ce qui pour lui n’a d’ailleurs aucune importance. Car la lutte de classes disparaît chez lui non seulement de l’observation concrète, mais de la théorie elle-même. Le capitalisme est défini comme fétichisme de la valeur, un fétichisme qui domine tant les capitalistes que ceux qu’ils dominent, les uns comme les autres impuissants à contenir une dynamique éperdue de marchandisation pour tenter d’échapper à l’implacable baisse tendancielle du taux de profit, dans une fuite en avant qui débouchera sur une inévitable apocalypse. Il reste à espérer qu’elle sera joyeuse. Anselm Jappe ne voit les choses ni en petit ni en grand : il développe du capitalisme une lecture millénariste irresponsable. Ce qui m’importe, c’est de débattre avec ceux que touche cette lecture. Car un tel discours sur l’horreur économique, sur l’inutilité des mobilisations syndicales, sur la nécessité de suppression de la valeur, et donc du travail et de la monnaie, n’est pas sans échos à une époque où, à défaut de pouvoir susciter l’adhésion au triste état dans lequel elle met la pratique de la valeur et donc le travail concret, la classe dirigeante s’accommode d’opposants qui récusent toute mobilisation pour changer cette pratique.
REBONDS
☰ Lire notre entretien avec Franck Lepage, « L’école fabrique des travailleurs adaptables et non des esprits critiques », juin 2015
☰ Lire notre entretien avec Alain Bihr, « Étatiste et libertaire doivent créer un espace de coopération », mai 2015
Source : Ballast
Fil Facebook de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153694690082317?pnref=story
Atelier constituant à Paris ce samedi 19 sept à 13h
Je vous signale (très tard, pardon, c’est la rentrée, débordé) l’atelier constituant organisé cet après-midi à Paris par l’association Les Citoyens Constituants. Voici leur annonce :
Le 5ème atelier constituant de cette année aura lieu le samedi 19 Septembre 2015 à Paris, du coté du métro Pigalle de 13H à 18H.
Le thème de cet atelier constituant portera également sur les règles de l’assemblée constituante. L’ordre du jour de cet atelier est visible depuis ce lien : http://lc.cx/ZrPS.
Les personnes souhaitant participer à cet atelier constituant sont invités à s’inscrire via ce formulaire d’inscription : http://lc.cx/ZrPc.
DémoKratiquement,
Hugo Deschamps
Le secrétaire de l’association
Les Citoyens Constituants »
Le fil Facebook de ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153693774602317







