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Rendez-vous en Suisse pour parler de vraie démocratie : 17 février 2024 à Neuchâtel et 18 février à Lausanne

Rendez-vous en Suisse pour parler de vraie démocratie : 17 février 2024 à Neuchâtel et 18 février à Lausanne

Pré­sen­ta­tion sur la page des actua­li­tés du site Moder­no­cra­tie / Moder­no­kra­tie. On se ver­ra le 17 février 2024 à Neu­châ­tel : et le 18 à Lau­sanne : Pour aider les orga­ni­sa­teurs à tout vous pré­pa­rer, ce serait vrai­ment sym­pa de vous ins­crire, c’est là : Au plai­sir de vous y retrou­ver Étienne.

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Le message constituant – Montage vidéo par Alex Thoby

Le message constituant – Montage vidéo par Alex Thoby

https://www.youtube.com/watch?v=C‑8QDUiIRBw » Ouvrir la vidéo Cette vidéo a pour but d’expliquer la logique de ce que j’appelle le « mou­ve­ment consti­tuant » : le mou­ve­ment des citoyens et citoyennes qui veulent réécrire leurs consti­tu­tions pour ten­ter de créer des sys­tèmes plus démo­cra­tiques. Cet état d’es­prit consti­tuant mérite selon moi d’être trans­mis tel un pré­cieux mes­sage. Depuis le début du XXIème siècle, ce cou­rant de pen­sée se déve­loppe dans cer­tains pays du monde, comme au Chi­li et…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Prochain atelier constituant à Montreuil, samedi 18 juin 2016, avec Jean Massiet (Accropolis)

Le Comi­té des Citoyens mon­treuillois est plein de peps et conti­nue à orga­ni­ser des ate­liers — vei­nards de Parisiens 🙂

Le pro­chain aura lieu le same­di 18 juin 2016, de 14 h à 19 h, avec comme thèmes : La démo­cra­tie d’o­ri­gine citoyenne. Réécrire la consti­tu­tion, Pour­quoi ? Comment ?

Il faut réser­ver (l’a­dresse est indi­quée sur l’affiche).

L’in­ter­ve­nant sera Jean Mas­siet. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, voi­ci un article des Inrocks sur ce jeune homme tonique :
Jean Mas­siet, le strea­mer qui veut nous rendre accros à la vie politique
http://​www​.lesin​rocks​.com/​2​0​1​6​/​0​3​/​1​3​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​j​e​a​n​–​m​a​s​s​i​e​t​–​l​e​–​s​t​r​e​a​m​e​r​–​q​u​i​–​v​e​u​t​–​n​o​u​s​–​r​e​n​d​r​e​–​a​c​c​r​o​s​–​a​–​l​a​–​v​i​e​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​1​1​8​1​0​5​35/

Et voi­ci un exemple de ses vidéos : Je t’ex­plique le 49.3
httpv://youtu.be/3uG49qZoT5c

Un com­men­taire, au pas­sage, sur cette vidéo : dans cette expli­ca­tion du 49.3, ce que Jean a oublié d’ex­pli­quer (à mon avis), c’est que les dépu­tés dépendent pour leur car­rière poli­tique toute entière de l’in­ves­ti­ture aux élec­tions (le sou­tien offi­ciel du par­ti), que cette inves­ti­ture est don­née (ou pas) par le chef du par­ti, et que le Pré­sident de la Répu­blique était pré­ci­sé­ment le chef du par­ti qui est deve­nu majo­ri­taire à l’As­sem­blée… ce qui per­met évi­dem­ment aux appa­rat­chiks du par­ti d’exer­cer un chan­tage auprès des par­le­men­taires : « si tu votes la cen­sure, tu nous ren­verses peut-être, mais tu n’au­ras plus jamais l’in­ves­ti­ture du par­ti, et tu pour­ras donc faire une croix sur l’in­fi­ni­té de pri­vi­lèges ultra-confor­­tables liés à l’é­lec­tion ».

Vous avez bien com­pris, cette cui­sine poli­ti­cienne n’a rien à voir avec le bien com­mun, abso­lu­ment rien, effectivement. 

Jean aurait pu éga­le­ment signa­ler que ce sys­tème de maître-chan­­teur a été pen­sé et vou­lu par le pre­mier Pré­sident lui-même, en 1958 : le géné­ral de Gaulle, qui s’est fait écrire (par Michel Debré notam­ment) une « consti­tu­tion » sur mesure… … … Mais cher­chez bien la cause des causes 😉

Ce sera inté­res­sant de voir le point de vue de Jean Mas­siet sur les ate­liers consti­tuants. J’es­père que la ren­contre sera filmée.

Faites pas­ser 🙂

Étienne.

Pour mémoire, les vidéos de notre ate­lier à Mon­treuil en mars dernier :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​6​/​0​4​/​0​9​/​v​i​d​e​o​s​–​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​–​e​t​–​a​t​e​l​i​e​r​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​t​–​m​o​n​t​r​e​u​i​l​–​m​a​r​s​–​2​0​1​6​–​l​e​s​–​f​i​l​m​s​–​s​o​n​t​–​a​r​r​i​v​es/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​2​5​1​9​8​0​3​7​2​317

La prophétie de Fakir en 2012 : les politiciens feront ce que les riches (les dieux cruels « marchés financiers ») leur diront de faire, grâce au fléau de la prétendue « union européenne » : « les nécessaire réformes », c’est-à-dire la destruction de toutes les protections sociales

httpv://youtu.be/MLK95_p8zI0

Ça, c’est du bon bou­lot. Bien mon­trer – et démon­trer – que les pires régres­sions sociales – récentes, pré­sentes et à venir – sont DUES (ren­dues pos­sibles et même ren­dues obli­ga­toires ! ) par notre « appar­te­nance » (c’est le bon mot) à la pré­ten­due « union euro­péenne » (outil des 1 % atlan­tistes pour asser­vir les 99 % euro­péens), ce tra­­vail-là, c’est du bon bou­lot de vrais jour­na­listes – « sen­ti­nelles du peuple » comme on appe­lait les jour­na­listes en 1789, à l’é­poque de Marat (vision­naire dévoué au bien com­mun, lui aussi).

Mer­ci Fakir.

Les poli­ti­ciens sont des gre­dins, adver­saires du bien comun. Il faut d’ur­gence sor­tir de leurs pièges démo­phobes, il faut sor­tir de l’eu­ro, de l’UE, de l’O­TAN, de l’OMC, du FMI…

Mais la solu­tion ne vien­dra pas des « élus », qui sont le pro­blème : il nous faut une consti­tu­tion digne de ce nom, et il fau­dra bien apprendre à l’é­crire (et ensuite la pro­té­ger) nous-mêmes.

Allez, au bou­lot ! 🙂 Mul­ti­pliez donc vos mini-ate­­liers, tous les jours…
Et faites passer.

Bon cou­rage à tous – et mer­ci pour vos chouettes mes­sages, tous les jours 🙂

Étienne.
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PS : Ne ratez pas (et faites connaître autour de vous, ceci est essen­tiel) la grande enquête de Fakir sur le piège unio­neu­ro­péen, et le for­mi­dable petit bou­quin – explo­sif – de Fran­çois Ruf­fin :  » Faut-il faire sau­ter Bruxelles ? » :

http://​www​.fakir​presse​.info/​+​–​F​a​u​t​–​i​l​–​f​a​i​r​e​–​s​a​u​t​e​r​–​B​r​u​x​e​l​l​es-+

Rap­pel :https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​5​/​1​3​/​f​a​u​t​–​i​l​–​f​a​i​r​e​–​s​a​u​t​e​r​–​b​r​u​x​e​l​l​e​s​–​f​r​a​n​c​o​i​s​–​r​u​f​f​i​n​–​f​a​k​ir/

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[génial] LA RELIGION DU CAPITAL (Paul Lafargue, 1887)

RELIGION DU CAPITAL
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ORAISON DOMINICALE :

Capi­tal, notre père, qui êtes de ce monde, Dieu tout-puis­­sant, qui chan­gez le cours des fleuves et per­cez les mon­tagnes, qui sépa­rez les conti­nents et unis­sez les nations ; créa­teur des mar­chan­dises et source de vie, qui com­man­dez aux rois et aux sujets, aux patrons et aux sala­riés, que votre règne s’é­ta­blisse sur toute la terre.

Don­­nez-nous beau­coup d’a­che­teurs pre­nant nos mar­chan­dises, les mau­vaises et aus­si les bonnes ;

Don­­nez-nous des tra­vailleurs misé­rables accep­tant sans révolte tous les tra­vaux et se conten­tant du plus vil salaire ;

Don­­nez-nous des gogos croyant en nos prospectus :

Faites que nos débi­teurs payent inté­gra­le­ment leurs dettes et que la Banque escompte notre papier ;

Faites que Mazas ne s’ouvre jamais pour nous et écar­tez de nous la faillite ;

Accor­­dez-nous des rentes perpétuelles.

Amen.
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CREDO :

Je crois au Capi­tal qui gou­verne la matière et l’esprit ;

Je crois au Pro­fit, son fils très légi­time, et au Cré­dit, le Saint-Esprit, qui pro­cède de lui et est ado­ré conjointement ;

Je crois à l’Or et à l’Argent, qui, tor­tu­rés dans l’Hô­tel de la Mon­naie, fon­dus au creu­set et frap­pés au balan­cier, repa­raissent au monde Mon­naie légale, et qui, trou­vés trop pesants, après avoir cir­cu­lé sur la terre entière, des­cendent dans les caves de la Banque pour res­sus­ci­ter Papier-monnaie ; 

je crois à la Rente cinq pour cent, au quatre et au trois pour cent éga­le­ment et à la Cote authen­tique des valeurs ; 

je crois au Grand-Livre de la Dette publique, qui garan­tit le Capi­tal des risques du com­merce, de l’in­dus­trie et de l’usure ; 

je crois à la Pro­prié­té indi­vi­duelle, fruit du tra­vail des autres, et à sa durée jus­qu’à la fin des siècles ; 

je crois à l’É­ter­ni­té du Sala­riat qui débar­rasse le tra­vailleur des sou­cis de la propriété ; 

je crois à la Pro­lon­ga­tion de la jour­née de tra­vail et à la Réduc­tion des salaires et aus­si à la Fal­si­fi­ca­tion des produits ; 

je crois au dogme sacré :
ACHETER BON MARCHÉ ET VENDRE CHER ; 

et pareille­ment je crois aux prin­cipes éter­nels de notre très sainte église, l’É­co­no­mie poli­tique officielle.

Amen.

Paul Lafargue, « La reli­gion du capi­tal » (1887).


Paul Lafargue (1842 – 1911)

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« Il est impos­sible d’é­ta­blir et de main­te­nir en pleine paix une machine d’op­pres­sion comme l’ar­mée per­ma­nente, sans que les par­tis poli­tiques ne s’en emparent pour la tour­ner contre leurs adver­saires.

Le dan­ger des coups d’É­tat et du des­po­tisme mili­taire ne ces­se­ra d’exis­ter que lorsque l’ar­mée per­ma­nente sera abo­lie et que la nation sera armée. »

Paul Lafargue, dans « Le Socia­liste », 23 juillet 1887.

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Maximes de la sagesse divine

1. – Le mate­lot est assailli par la tem­pête ; le mineur vit entre le gri­sou et les ébou­le­ments, l’ou­vrier se meut au milieu des roues et des cour­roies de la machine de fer ; la muti­la­tion et la mort se dressent devant le sala­rié qui tra­vaille : le capi­ta­liste qui ne tra­vaille pas est à l’a­bri de tout danger.

2 – Le tra­vail éreinte, tue et n’en­ri­chit pas : on amasse de la for­tune, non pas en tra­vaillant, mais en fai­sant tra­vailler les autres.

3 – La pro­prié­té est le fruit du tra­vail et la récom­pense de la paresse.

4 – On ne tire pas du vin d’un caillou, ni des pro­fits d’un cadavre : on n’ex­ploite que les vivants. Le bour­reau qui guillo­tine un cri­mi­nel fraude le capi­tal d’un ani­mal à exploiter.

5 – L’argent et tout ce qui rap­porte n’ont point d’odeur.

6 – L’argent rachète ses qua­li­tés hon­teuses par sa quantité.

7 – L’argent tient lieu de ver­tu à celui qui possède,

8 – Un bien­fait n’est pas un bon pla­ce­ment por­tant intérêt.

9 – En se cou­chant mieux vaut se dire j’ai fait une bonne affaire qu’une bonne action.

10 – Le patron qui fait tra­vailler les sala­riés qua­torze heures sur vingt-quatre ne perd pas sa journée.

11 – N’é­pargne ni le bon, ni le mau­vais ouvrier, car le bon comme le mau­vais che­val a besoin de l’éperon.

12 – L’arbre qui ne donne pas de fruits doit être arra­ché et brû­lé ; l’ou­vrier qui ne porte plus de pro­fits doit être condam­né à la faim.

13 – L’ou­vrier qui se révolte, nour­­ris-le avec du plomb.

14 – La feuille du mûrier prend plus de temps à se trans­for­mer en satin que le sala­rié en capital.

15 – Voler en grand et res­ti­tuer en petit, c’est la philanthropie.

16 – Faire coopé­rer les ouvriers à l’é­di­fi­ca­tion de sa for­tune, c’est la coopération.

17 – Prendre la plus grosse part des fruits du tra­vail, c’est la participation.

18 – Le capi­ta­liste, liber­taire fana­tique, ne pra­tique par l’au­mône ; car elle enlève au sans-tra­­vail la liber­té de mou­rir de faim.

19 – Les hommes ne sont rien de plus que des machines à pro­duire et à consom­mer : le capi­ta­liste achète les uns et court après les autres.

20 – Le capi­ta­liste à deux langues dans sa bouche, l’une pour ache­ter et l’autre pour vendre.

21 – La bouche qui ment donne la vie à la bourse.

22 – La déli­ca­tesse et l’hon­nê­te­té sont les poi­sons des affaires.

23 – Voler tout le monde ce n’est voler personne.

24 – Démontre que l’homme est capable de dévoue­ment ain­si que le caniche, en te dévouant à toi-même.

25 – Méfie-toi du mal­hon­nête homme, mais ne te fie pas à l’homme honnête.

26 – Pro­mettre prouve de la bon­ho­mie et de l’ur­ba­ni­té, mais tenir sa pro­messe dénote de la fai­blesse mentale.

27 – Les pièces de mon­naie sont frap­pées à l’ef­fi­gie du sou­ve­rain ou de la Répu­blique, parce que, comme les oiseaux du ciel, elles n’ap­par­tiennent qu’à celui qui les attrape.

28 – Les pièces de cent sous se relèvent tou­jours après être tom­bées, même dans l’ordure.

29 – Tu t’in­quiètes de beau­coup de choses, tu te crées bien des sou­cis, tu t’ef­forces d’être hon­nête, tu ambi­tionnes le savoir, tu brigues les places, tu recherches les hon­neurs ; et tout cela n’est que vani­té et pâture de vent ; une seule chose est néces­saire : le Capi­tal, encore le Capital.

30 – La jeu­nesse se fane, la beau­té se flé­trit, l’in­tel­li­gence s’obs­cur­cit, l’or, seul, ne se ride, ni ne vieillit.

31 – L’argent est l’âme du capi­ta­liste et le mobile de ses actions.

32 – Je le dis en véri­té, il y a plus de gloire à être un por­te­feuille bour­ré d’or, et de billets de banque, qu’un homme plus char­gé de talents et de ver­tus que l’âne por­tant des légumes au marché.

33 – Le génie, l’es­prit, la pudeur, la pro­bi­té, la beau­té n’existent que parce qu’ils ont une valeur vénale.

34 – La ver­tu et le tra­vail ne sont utiles que chez autrui.

35 – Il n’y a rien de meilleur pour le capi­ta­liste que de boire, man­ger et paillar­der : c’est aus­si ce qui lui res­te­ra de plus cer­tain quand il aura ter­mi­né ses jours.

36 – Tant qu’il demeure par­mi les hommes qu’é­claire et que réchauffe le soleil, le capi­ta­liste doit jouir, car on ne vit pas deux fois la même heure et on n’é­chappe pas à la méchante et à la vilaine vieillesse qui sai­sit l’homme par la tête et le pousse dans le tombeau.

37 – Au sépulcre où tu vas, tes ver­tus ne t’ac­com­pa­gne­ront pas ; tu ne trou­ve­ras que des vers.

38 – Hors un ventre plein et digé­rant gaillar­de­ment et des sens robustes et satis­faits, il n’y a que vani­té et ron­ge­ment d’esprit.

Paul Lafargue, « La reli­gion du capi­tal » (1887).

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http://​www​.edi​tions​-allia​.com/​f​r​/​l​i​v​r​e​/​1​4​7​/​l​e​–​d​r​o​i​t​–​a​–​l​a​–​p​a​r​e​sse

Nom­breux textes inté­graux télé­char­geables sur la mine inson­dable du site de l’UQAC :
http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​l​a​f​a​r​g​u​e​_​p​a​u​l​/​l​a​f​a​r​g​u​e​_​p​a​u​l​.​h​tml

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Source : ‘Pré­cieuses pépites’ sur Plan C. Pdf à télé­char­ger libre­ment (11 ans de boulot 🙂 ) :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​p​r​e​c​i​e​u​s​e​s​_​p​e​p​i​t​e​s​.​pdf

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[Bien commun menacé – Tous concernés] Comment le Pentagone punit les lanceurs d’alerte

Mer­ci au Saker fran­co­phone (remar­quable site d’in­for­ma­tion quo­ti­dienne) d’a­voir tra­duit cet article impor­tant du Guar­dian.

Tous les pou­voirs vont jus­qu’à ce qu’ils trouvent une limite, et les pou­voirs n’aiment pas les limites : tous les pou­voirs tendent à s’au­to­no­mi­ser, à s’af­fran­chir pro­gres­si­ve­ment de tous les contrôles réels.
Les pou­voirs sont inca­pables de se limi­ter eux-mêmes.

Si nous n’ap­pre­nons pas à fixer nous-mêmes des limites aux pou­voirs, on ver­ra réap­pa­raître les camps et les mas­sacres, natu­rel­le­ment, les mêmes causes pro­dui­sant les mêmes effets.

Nous avons abso­lu­ment besoin que les lan­ceurs d’a­lerte soient bien pro­té­gés, par­ti­cu­liè­re­ment en ce moment, et il n’y a que nous pour le faire (les pou­voirs ne le feront jamais cor­rec­te­ment — à cause du conflit d’intérêts).

Com­plé­tez cette info autant que vous le pou­vez (dans les com­men­taires), et… faites passer.

ÉC.

Comment le Pentagone punit les lanceurs d’alerte


Par Mark Herts­gaard – Le 22 mai 2016 – Source The Guar­dian


À l’heure actuelle, presque tout le monde sait ce qu’Edward Snow­den a fait. Il a révé­lé des docu­ments top-secrets mon­trant que l’Agence natio­nale de sécu­ri­té (NSA) espion­nait des cen­taines de mil­lions de per­sonnes à tra­vers le monde, col­lec­tait des appels télé­pho­niques et des cour­riels de pra­ti­que­ment tout le monde sur terre uti­li­sant un télé­phone mobile ou Inter­net. Lorsque ce jour­nal [The Guar­dian, NdT] a com­men­cé à publier les docu­ments de la NSA en juin 2013, cela a pro­vo­qué un débat poli­tique féroce qui conti­nue à ce jour – à pro­pos de la sur­veillance du gou­ver­ne­ment, mais aus­si à pro­pos de la mora­li­té, de la léga­li­té et de la valeur civique de lan­cer des alertes.

Mais si vous vou­lez savoir pour­quoi Snow­den a fait une telle chose, et la façon dont il l’a fait, vous devez connaître les his­toires de deux autres hommes.

Le pre­mier est Tho­mas Drake, qui a dénon­cé les mêmes acti­vi­tés de la NSA dix ans avant Snow­den. Drake était un fonc­tion­naire de la NSA plus haut pla­cé dans la hié­rar­chie que ne l’était Snow­den. Il a obéi aux lois éta­su­niennes concer­nant les lan­ceurs d’alerte, en uti­li­sant les canaux offi­ciels pour trans­mettre ses griefs. Résul­tat, il fut explosé.

Drake fut viré, arrê­té à l’aube par des agents du FBI, pis­to­lets aux poings, dépouillé de son habi­li­ta­tion de sécu­ri­té, accu­sé de crimes qui auraient pu l’envoyer en pri­son pour le reste de sa vie, rui­né finan­ciè­re­ment et pro­fes­sion­nel­le­ment. Le seul tra­vail qu’il a pu trou­ver ensuite, fut dans un maga­sin Apple de la ban­lieue de Washing­ton, où il tra­vaille encore aujourd’hui. Ajou­tant l’insulte aux bles­sures, ses aver­tis­se­ments sur les dan­gers du pro­gramme de sur­veillance de la NSA ont été lar­ge­ment ignorés.

« Le gou­ver­ne­ment a pas­sé de nom­breuses années à essayer de me bri­ser, et plus je résis­tais, plus il deve­nait méchant », m’a dit Drake.

L’histoire de Drake a été racon­tée depuis, et a eu un impact pro­fond sur Snow­den, qui a dit à un jour­na­liste en 2015 : « Il est juste de dire que s’il n’y avait pas eu de Tho­mas Drake, il n’y aurait pas eu d’Edward Snow­den.»

Mais il y a un autre homme dont l’histoire n’a jamais été racon­tée et qui, pour la pre­mière fois, parle publi­que­ment ici. Son nom est John Crane, il était un haut fonc­tion­naire du minis­tère de la Défense, qui a com­bat­tu pour four­nir un trai­te­ment équi­table aux lan­ceurs d’alerte comme Tho­mas Drake – jusqu’à ce que lui-même soit contraint de quit­ter son emploi et de deve­nir lui aus­si un lan­ceur d’alerte.

Son témoi­gnage révèle un nou­veau cha­pitre cru­cial dans l’histoire Snow­den – et la bataille per­due de Crane pour pro­té­ger les pré­cé­dents lan­ceurs d’alerte montre très clai­re­ment que Snow­den avait de bonnes rai­sons de rendre ses révé­la­tions publiques.

Au cours de dizaines d’heures d’interviews, Crane m’a racon­té com­ment les hauts fonc­tion­naires du minis­tère de la Défense ont vio­lé la loi, à plu­sieurs reprises, pour per­sé­cu­ter Drake. Tout d’abord, raconte-t-il, ils ont révé­lé l’identité de Drake au minis­tère de la Jus­tice ; puis ils ont confis­qué (et peut-être détruit) les preuves, après que Drake eut été mis en exa­men ; enfin, ils ont men­ti à pro­pos de tout cela à un juge fédéral.

L’ironie suprême ? Dans leur zèle pour punir Drake, ces res­pon­sables du Penta­gone ont invo­lon­tai­re­ment ensei­gné à Snow­den com­ment échap­per à leurs griffes quand l’employé contrac­tuel NSA de 29 ans a, à son tour, lan­cé l’alerte. Snow­den igno­rait les machi­na­tions cachées à l’intérieur du Penta­gone pour cas­ser Drake, mais le résul­tat de ces machi­na­tions – l’arrestation de Drake, son incul­pa­tion et sa per­sé­cu­tion – a envoyé un mes­sage sans équi­voque : sou­le­ver des inquié­tudes au sein du sys­tème est source de malheur.

« Nom­mez un dénon­cia­teur de la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment dont la divul­ga­tion a conduit à un chan­ge­ment réel – un chan­ge­ment de lois ou de stra­té­gies – et qui n’a pas été confron­té à des repré­sailles par la suite. Les pro­tec­tions n’existent tout sim­ple­ment pas, a décla­ré Snow­den au Guar­dian cette semaine. La triste réa­li­té d’aujourd’hui, est que trans­mettre à l’inspecteur géné­ral des preuves d’actes répré­hen­sibles vrai­ment sérieux est sou­vent une erreur. Les trans­mettre à la presse com­porte des risques graves, mais au moins vous avez une chance.»

Snow­den a vu ce qui était arri­vé à Drake et à d’autres lan­ceurs d’alerte comme lui. La clé de l’efficacité de Snow­den, selon Tho­mas Devine, le direc­teur juri­dique du Pro­jet Govern­ment Accoun­ta­bi­li­ty (PGA), est qu’il a pra­ti­qué la déso­béis­sance civile, plu­tôt que la dénon­cia­tion légale. (PGA, un groupe sans but lucra­tif de Washing­ton qui défend les lan­ceurs d’alerte, a repré­sen­té Snow­den, Drake et Crane.)

« Aucun des dénon­cia­teurs légi­times qui ont essayé d’exposer la sur­veillance sans man­dat du gou­ver­ne­ment – et Drake était loin d’être le seul à avoir essayé – n’a réus­si, me dit Devine. Ils se sont mani­fes­tés et ont avan­cé leurs charges, mais le gou­ver­ne­ment répond seule­ment : Ils mentent, ils sont para­noïaques, nous ne fai­sons pas ces choses là. Les dénon­cia­teurs ne pou­vaient pas prou­ver leur cause, parce que le gou­ver­ne­ment avait clas­sé ‘confi­den­tiel’ toutes les preuves. Consi­dé­rant que Snow­den a emme­né les preuves avec lui, quand le gou­ver­ne­ment a publié ses déné­ga­tions habi­tuelles, il a pu pro­duire, docu­ment après docu­ment, les preuves indi­quant que le gou­ver­ne­ment men­tait. C’est du lan­ce­ment d’alerte par déso­béis­sance civile. »

Crane, un résident de Vir­gi­nie, bien bâti avec des taches de gris dans son col­lier de barbe bien taillée, a com­pris la déci­sion de Snow­den de ne pas res­pec­ter les règles – mais la regrette. « Quelqu’un comme Snow­den ne devrait pas avoir à res­sen­tir le besoin de se faire du mal juste pour la bonne cause », me dit-il.

Le témoi­gnage de Crane n’est pas sim­ple­ment un indi­ca­teur des moti­va­tions et des méthodes de Snow­den. Si ses allé­ga­tions sont confir­mées par la cour, cela pour­raient ame­ner des hauts res­pon­sables actuels et anciens du Penta­gone en pri­son. (Des enquêtes offi­cielles sont tran­quille­ment en cours.)

Mais l’histoire de Crane a encore plus de consé­quences : elle réfute la posi­tion prise par Barack Oba­ma et Hil­la­ry Clin­ton contre Snow­den, disant que celui-ci aurait dû trans­mettre ses pré­oc­cu­pa­tions par des voies offi­cielles parce que la loi amé­ri­caine sur les lan­ceurs d’alerte l’aurait protégé.

Com­ment Edward Snow­den est-il pas­sé de ‘loyal entre­pre­neur tra­vaillant pour la NSA’ à ‘lan­ceur d’alerte’ ?

Au moment où Snow­den est deve­nu une figure publique en 2013, Crane avait déjà pas­sé des années à mener une bataille per­due au Penta­gone pour four­nir aux lan­ceurs d’alerte les pro­tec­tions juri­diques aux­quelles ils avaient droit. Il a pris ses res­pon­sa­bi­li­tés tel­le­ment au sérieux, et a été si sou­vent en conflit avec ses supé­rieurs, qu’il por­tait des copies de la loi sur la pro­tec­tion des lan­ceurs d’alerte de 1989 et de la Consti­tu­tion des États-Unis dans sa poche, pour les sor­tir pen­dant les conflits au bureau.

Les avo­cats de Crane à PGA – qui ont l’habitude de tra­vailler avec tous les types de lan­ceurs d’alerte, gou­ver­ne­men­taux ou pri­vés – ont été décon­cer­tés par son atti­tude. D’après leur expé­rience, les res­pon­sables gou­ver­ne­men­taux les plus éle­vés se sou­ciaient peu des droits des lan­ceurs d’alerte. Alors qu’est ce qui moti­vait Crane à conti­nuer à se battre pour les droits des lan­ceurs d’alerte au Penta­gone, alors même que ses supé­rieurs deve­naient de plus en plus hos­tiles et l’ont fina­le­ment for­cé à démissionner ?

Selon Crane, le cou­rage de se battre vient de sa famille. Il n’a jamais oublié l’histoire qu’il a enten­due étant enfant, de son propre grand-père, un offi­cier de l’armée alle­mande qui fit une fois face à Adolf Hit­ler, à la pointe du fusil, dans la nuit où le futur Füh­rer a ten­té son pre­mier coup d’État.

Ancien conseiller de presse pour les membres répu­bli­cains du Congrès, John Crane a été embau­ché par le bureau de l’inspecteur géné­ral du minis­tère de la Défense en 1988. Au sein des orga­nismes gou­ver­ne­men­taux des États-Unis, un ins­pec­teur géné­ral est comme une sorte de juge et chef de la police. L’IG, comme l’inspecteur géné­ral est connu, est char­gé de s’assurer qu’une agence don­née fonc­tionne selon la loi – obéit aux règles et règle­ments, dépense l’argent comme elle y est auto­ri­sée par le Congrès. « Dans le bureau de l’IG, nous étions les gars avec les cha­peaux blancs », nous dit Crane.

En 2004, Crane fut pro­mu ins­pec­teur géné­ral adjoint. À l’âge de 48 ans, ses res­pon­sa­bi­li­tés com­pre­naient la super­vi­sion du dépar­te­ment sur les dénon­cia­tions au minis­tère de la Défense, ain­si que d’enquêter sur toutes les allé­ga­tions de mal­ver­sa­tions pro­ve­nant des deux mil­lions d’employés du minis­tère (de loin le plus grand effec­tif au sein du gou­ver­ne­ment des États-Unis), et dans cer­tains cas les allé­ga­tions pro­ve­nant de la NSA et d’autres agences de renseignement.

A cette époque, Tho­mas Drake était déjà bien avan­cé sur le che­min qui allait fina­le­ment le relier à Crane. Le pre­mier jour de Drake comme employé à part entière de l’Agence natio­nale de sécu­ri­té fut le 11 sep­tembre 2001. Alors que la NSA allait gon­fler en taille et en bud­get lorsque les États-Unis répon­draient aux attaques du 11 Sep­tembre, l’agence était déjà clas­sée comme la plus grande orga­ni­sa­tion d’espionnage, la plus géné­reu­se­ment finan­cée sur terre. Créée en 1952, la NSA est le cas­seur de code du gou­ver­ne­ment et sonoreille mon­diale. La NSA inter­cepte les com­mu­ni­ca­tions des gou­ver­ne­ments et des indi­vi­dus étran­gers et tra­duit cette intel­li­gence brute en infor­ma­tion uti­li­sable par la CIA, le FBI et les agences gouvernementales.

Drake, père de cinq enfants, avait déjà tra­vaillé pour la NSA pen­dant 12 ans, comme entre­pre­neur du sec­teur pri­vé. Une fois deve­nu membre du per­son­nel de la NSA, il fut pla­cé direc­te­ment sous la res­pon­sa­bi­li­té du troi­sième plus haut fonc­tion­naire de la NSA, Mau­reen Bagins­ki ; elle a diri­gé la plus grande divi­sion de la NSA, la Direc­tion du ren­sei­gne­ment pour les signaux, qui était res­pon­sable de l’interception des appels télé­pho­niques et autres communications.

Grand, sombre, intense, Drake était un joueur d’échecs de cham­pion­nat à l’école secon­daire, dont le don pour les mathé­ma­tiques, l’informatique et les langues ont fait de lui un élé­ment natu­rel pour l’écoute clan­des­tine en langues étran­gères et la mise à dis­po­si­tion des com­pé­tences cryp­to­gra­phiques et lin­guis­tiques dont la NSA avait besoin. Pen­dant la Guerre froide, il a tra­vaillé pour le ren­sei­gne­ment de l’armée de l’air et la sur­veillance des com­mu­ni­ca­tions de la police secrète de l’Allemagne de l’Est, la Stasi.

Dans les semaines qui sui­virent les atten­tats du 11 sep­tembre, Drake a été affec­té à la pré­pa­ra­tion du plai­doyer de la NSA au sujet de la catas­trophe. Le Congrès, les médias et le public exi­geaient des réponses : qu’est ce qui avait mal tour­né à la NSA et dans les autres orga­nismes fédé­raux, pour per­mettre aux agents d’Oussama Ben Laden de mener une attaque si dévastatrice ?

Pen­dant que Drake inter­ro­geait des col­lègues de la NSA et fouillait les dos­siers de l’agence, il est tom­bé sur des infor­ma­tions qui l’ont hor­ri­fié. Il a décou­vert que la NSA – avant même le 11 sep­tembre – avait secrè­te­ment modi­fié son champ d’opérations pour étendre ses pouvoirs.

Depuis sa créa­tion, il était stric­te­ment inter­dit à la NSA d’écouter les com­mu­ni­ca­tions natio­nales. L’enquête de Drake l’a per­sua­dé que la NSA vio­lait cette res­tric­tion en col­lec­tant des infor­ma­tions sur les com­mu­ni­ca­tions à l’intérieur comme à l’extérieur des États-Unis. Et cela, sans avoir obte­nu les ordon­nances judi­ciaires exi­gées par la loi.

Res­pec­tueux de la loi depuis le lycée – il a une fois dénon­cé à la police les noms des cama­rades de classe qu’il soup­çon­nait de vendre de l’herbe – Drake m’a dit qu’il se sen­tait obli­gé d’agir. « J’ai fait le ser­ment de res­pec­ter et de défendre la Consti­tu­tion contre tous les enne­mis étran­gers et natio­naux », m’a‑t‑il expliqué.

Pour Drake, le Pro­gramme de sur­veillance du Pré­sident, comme on l’appelait sous l’administration de George W. Bush, lui a rap­pe­lé l’état d’esprit de la Sta­si. « Vous ne pas­sez pas des années à écou­ter un État poli­cier sans en être affec­té, ce n’est pas pos­sible, me dit-il. Je me sou­viens m’être dit : Ouah, je ne veux pas que cela se pro­duise dans notre pays ! Com­ment pour­­riez-vous vivre dans une socié­té où il faut tou­jours regar­der der­rière son épaule, ne sachant pas à qui pou­voir faire confiance, même dans votre propre famille ?»

Le cau­che­mar de la per­sé­cu­tion de Drake par son propre gou­ver­ne­ment a com­men­cé inno­cem­ment. Ayant décou­vert des preuves de com­por­te­ment appa­rem­ment illé­gal, il a fait ce que sa for­ma­tion mili­taire et le droit sur les lan­ceurs d’alerte lui deman­daient : il a trans­mis ces infor­ma­tions à la chaîne de com­man­de­ment. Dès le début 2002, il a fait part de ses pré­oc­cu­pa­tions, d’abord à un petit nombre de hauts fonc­tion­naires de la NSA, puis aux membres appro­priés du Congrès et au per­son­nel des comi­tés de sur­veillance du Sénat et de la Chambre des représentants.

Drake a pas­sé d’innombrables heures à ces séances, mais est fina­le­ment arri­vé à la conclu­sion que per­sonne ayant une posi­tion d’autorité ne vou­lait entendre ce qu’il disait. Quand il a dit à son patron, Bagins­ki, que la sur­veillance accrue de la NSA à la suite du 11 sep­tembre sem­blait juri­di­que­ment contes­table, elle lui aurait dit de lais­ser tom­ber car la Mai­son Blanche en avait déci­dé autrement.

John Crane a enten­du par­ler de Tho­mas Drake quand Crane et ses col­lègues du bureau de l’Inspection géné­rale du Penta­gone ont reçu une plainte d’un lan­ceur d’alerte en sep­tembre 2002. La plainte allé­guait que la NSA sou­te­nait une poli­tique de sur­veillance élec­tro­nique qui était à la fois finan­ciè­re­ment et consti­tu­tion­nel­le­ment irres­pon­sable. La plainte a été signée par trois anciens res­pon­sables de la NSA, William Bin­ney, Kirk Wiebe et Edward Loo­mis, et une ancienne membre du per­son­nel du Congrès prin­ci­pal, Diane Roark. Drake a éga­le­ment approu­vé la plainte – mais parce que lui, contrai­re­ment aux quatre autres, n’avait pas encore pris sa retraite de la fonc­tion publique, il a deman­dé à ce que son nom soit ano­nyme, même dans un docu­ment cen­sé être trai­té de manière confi­den­tielle au sein du gouvernement.

Bin­ney, Wiebe, Loo­mis et Roark ont par­ta­gé les pré­oc­cu­pa­tions de Drake sur les impli­ca­tions consti­tu­tion­nelles de la sur­veillance de masse sans man­dat, mais leur plainte por­tait sur deux autres questions.

Le pre­mier point était d’ordre finan­cier. Les lan­ceurs d’alerte ont sou­te­nu que le pro­gramme de sur­veillance de la NSA, du nom de code Trail­bla­zer, était un gas­pillage éhon­té de 3,8 mil­liards de dol­lars – il avait été plus effi­cace pour cana­li­ser l’argent des contri­buables vers des entre­pre­neurs pri­vés que pour pro­té­ger la patrie.

Le deuxième point dénon­cé était que Trail­bla­zer ren­dait en réa­li­té les États-Unis moins sûrs. Ils ont recon­nu que Trail­bla­zer avait consi­dé­ra­ble­ment élar­gi la quan­ti­té de com­mu­ni­ca­tions élec­tro­niques recueillies par la NSA. Mais cette ava­lanche de don­nées brutes était trop forte – les ana­lystes de la NSA avaient du mal à dis­tin­guer l’essentiel du futile et étaient donc sus­cep­tibles de man­quer des indices importants.

Drake en a décou­vert un exemple cho­quant en fai­sant des recherches pour son rap­port sur les atten­tats du 11 sep­tembre. Des mois aupa­ra­vant, la NSA était entrée en pos­ses­sion d’un numé­ro de télé­phone à San Die­go, qui a été uti­li­sé par deux des pirates de l’air qui plus tard se sont écra­sés sur le World Trade Cen­ter. Mais la NSA n’a pas agi suite à cette découverte.

Comme Drake l’a dit plus tard à l’expert sur la NSA, James Bam­ford, la NSA a inter­cep­té sept appels télé­pho­niques entre ce numé­ro de télé­phone à San Die­go et un QG d’al-Qaida au Yémen. Drake a trou­vé un enre­gis­tre­ment de ces sept appels enter­ré dans une base de don­nées de la NSA.

Les res­pon­sables amé­ri­cains savaient depuis long­temps que le QG du Yémen était une plaque tour­nante opé­ra­tion­nelle à tra­vers laquelle Ben Laden, depuis une grotte en Afgha­nis­tan, ordon­nait des attaques. Sept appels télé­pho­niques à un tel centre à par­tir du même numé­ro de télé­phone étaient évi­dem­ment sus­pects. Pour­tant, la NSA n’a pris aucune mesure – l’information avait appa­rem­ment été négligée.

Les lan­ceurs d’alerte de la NSA envoyèrent d’abord leur plainte à l’inspecteur géné­ral de la NSA, qui les a ren­voyés. Ils mon­tèrent plus haut dans l’échelle bureau­cra­tique, en dépo­sant la plainte auprès de l’inspecteur géné­ral du minis­tère de la Défense. Là, Crane et son per­son­nel ont sub­stan­tiel­le­ment défen­du la plainte – en d’autres termes, que leur propre enquête avait conclu que les accu­sa­tions des lan­ceurs d’alerte de la NSA étaient pro­ba­ble­ment valides.

Au cours de leur enquête, Crane et ses col­lègues du bureau de l’inspection géné­rale ont éga­le­ment confir­mé l’allégation selon laquelle le pro­gramme de sur­veillance de l’administration Bush avait vio­lé le qua­trième amen­de­ment de la Consti­tu­tion des États-Unis, en espion­nant les com­mu­ni­ca­tions des Amé­ri­cains sans man­dat légal. « Nous étions pré­oc­cu­pés par ces ques­tions consti­tu­tion­nelles avant même d’avoir étu­dié leur plainte, m’a dit Crane. Nous avions reçu d’autres docu­ments de la part d’autres lan­ceurs d’alerte qui confir­maient ce point.»

Confor­mé­ment à la pro­cé­dure stan­dard, ces résul­tats d’enquête ont été trans­mis aux comi­tés de la Chambre et du Sénat super­vi­sant la NSA – et cela a pous­sé le Congrès à mettre fin au finan­ce­ment du pro­gramme Trail­bla­zer. Mais pour les dénon­cia­teurs de la NSA, cette appa­rente vic­toire fut le début d’une sombre saga qui allait chan­ger leur vie à jamais.

Les efforts de sur­veillance de masse de l’administration Bush ont été par­tiel­le­ment expo­sés en décembre 2005, lorsque le New York Times a publié un article en pre­mière page, écrit par les jour­na­listes James Risen et Eric Licht­blau. Il révé­lait que la NSA avait espion­né des appels inter­na­tio­naux et des cour­riels de cer­taines per­sonnes aux États-Unis, sans man­dats légaux.

Huit ans plus tard, cette his­toire sera éclip­sée par les révé­la­tions de Snow­den. Mais à l’époque, la Mai­son Blanche de Bush était furieuse – et ils étaient déter­mi­nés à trou­ver et à punir celui qui avait divul­gué ces détails au New York Times.

Selon Crane, ses supé­rieurs du bureau de l’inspecteur géné­ral du Penta­gone étaient dési­reux d’aider à cela. Hen­ry Shel­ley, l’avocat géné­ral – l’avocat prin­ci­pal du bureau – a deman­dé que le bureau de l’inspection géné­rale dénonce Drake et les autres lan­ceurs d’alerte de la NSA aux agents du FBI enquê­tant sur la fuite du Times.

Après tout, la récente plainte des lan­ceurs d’alerte de la NSA avait dénon­cé les mêmes pra­tiques de sur­veillance décrites dans l’article du Times – ce qui en fai­sait logi­que­ment des sus­pects de la fuite. Crane s’y est vigou­reu­se­ment oppo­sé. Infor­mer qui que ce soit – encore moins des enquê­teurs du FBI – du nom d’un lan­ceur d’alerte était illégal.

Après avoir débat­tu de la ques­tion lors d’une réunion offi­cielle dans le bureau per­son­nel de l’inspecteur géné­ral, Shel­ley et Crane ont conti­nué à en débattre dans le cou­loir. « J’ai sor­ti ma copie de la loi sur la pro­tec­tion des lan­ceurs d’alerte de ma poche, se sou­vient Crane.Je crai­gnais qu’Henry ne soit en train de vio­ler la loi. Nos voix n’étaient pas fortes, mais la conver­sa­tion était, je dirais, très intense et agi­tée. Hen­ry [répon­dit] qu’il était l’avocat géné­ral, l’avocat géné­ral est celui char­gé de gérer les choses avec le minis­tère de la Jus­tice et qu’il ferait les choses à sa façon.»

Hen­ry Shel­ley a refu­sé mes demandes répé­tées pour une entre­vue. Dans un e‑mail, il m’a dit : « Je suis confiant que lorsque cette ques­tion sera com­plè­te­ment réso­lue, aucune faute de ma part ne sera rele­vée.»

Le désac­cord entre Crane et Shel­ley en res­ta là. Ou c’est ce qu’il sem­blait encore 18 mois plus tard. Le matin du 26 juillet 2007, des agents du FBI armés de fusils ont pris d’assaut les mai­sons de Bin­ney, Wiebe, Loo­mis et Roark. Bin­ney se séchait après la douche lorsque les agents l’ont arrê­té ; lui et sa femme se sont tout à coup trou­vés avec un canon de fusils entre les yeux, se sou­vient le retrai­té de la NSA.

Crane a sen­ti le coup four­ré. L’enquête que son per­son­nel avait menée sur la plainte des lan­ceurs d’alerte avait été hau­te­ment clas­si­fiée : très peu de gens pou­vaient connaître leurs noms, et ils auraient dû res­ter confi­nés à l’intérieur du bureau de l’Inspection géné­rale. Après les raids, Crane a confron­té Shel­ley et a exi­gé de savoir si le bureau de l’IG avait don­né les noms au FBI. Shel­ley a refu­sé de dis­cu­ter de la ques­tion, se rap­pelle Crane.

La bataille a bien­tôt dégé­né­ré. Quatre mois plus tard, des agents du FBI ont pris d’assaut la mai­son de Drake dans un raid tôt le matin, devant sa famille en état de choc.

Après que Drake eut été incul­pé en 2010, ses avo­cats ont dépo­sé une demande, conforme à la loi sur la liber­té d’information, pour obte­nir les docu­ments liés à l’enquête que le bureau de Crane avait menée sur les dénon­cia­tions des lan­ceurs d’alerte. Selon Crane, il lui a été ordon­né par ses supé­rieurs du bureau de l’IG de retar­der la remise des docu­ments – qui auraient pu inno­cen­ter Drake – jusqu’après le pro­cès, qui devait avoir lieu plus tard dans l’année.

Crane pré­tend qu’il lui a été ordon­né de le faire par Shel­ley et Lynne Hal­brooks – qui avait récem­ment été nom­mée direc­trice adjointe de l’inspecteur géné­ral (en d’autres termes, le deuxième plus haut fonc­tion­naire dans le bureau de l’IG). Crane a pro­tes­té, mais a aus­si per­du cette bataille. (Hal­brooks n’a pas répon­du à ses demandes répé­tées pour une entrevue.)

En décembre 2010, près de cinq ans après que le bureau de l’inspecteur géné­ral du Penta­gone avait appa­rem­ment don­né le nom de Drake aux enquê­teurs du FBI, les avo­cats de ce der­nier ont dépo­sé une plainte auprès de l’inspecteur géné­ral, allé­guant que Drake avait été puni en repré­sailles de sa dénon­cia­tion. Selon leur plainte, les crimes dont Drake avait été accu­sés étaient « basés en par­tie, ou en tota­li­té, sur des infor­ma­tions que M. Drake avait four­nies à l’IG [du Penta­gone]» au cours de son enquête sur les lan­ceurs d’alerte de la NSA.

Crane fut à la fois effrayé et révol­té. La plainte des avo­cats de Drake sem­blait confir­mer ses soup­çons que quelqu’un au bureau de l’IG avait illé­ga­le­ment dénon­cé Drake au FBI. Pire encore, l’acte d’accusation dépo­sé contre Drake pré­sen­tait des simi­li­tudes indé­niables avec le témoi­gnage confi­den­tiel que Drake avait don­né au per­son­nel de Crane – sug­gé­rant que quelqu’un dans le bureau de l’IG n’a pas sim­ple­ment don­né le nom de Drake au FBI, mais a par­ta­gé tout son témoi­gnage, une vio­la­tion fla­grante du droit.

La plainte de Drake deman­dait une enquête, a dit Crane à Hal­brooks. Mais Hal­brooks, rejoint par Shel­ley, aurait reje­té la demande de Crane. Elle a ajou­té que Crane n’était pas un « bon joueur d’équipe » et que s’il ne chan­geait pas, elle lui ren­drait la vie difficile.

Mais il y a pire encore. Alors que le pro­cès de Drake appro­chait, au prin­temps de 2011, Crane savait que la loi exi­geait du bureau de l’IG qu’il réponde à la plainte contre repré­sailles dépo­sée par les avo­cats de Drake. Mais, raconte Crane, Shel­ley l’a alors infor­mé qu’il lui serait impos­sible d’y répondre – parce que les docu­ments per­ti­nents avaient été détruits. Le per­son­nel de niveau infé­rieur « a fou­tu le bor­del », lui aurait dit Shel­ley : ils avaient déchi­que­té les docu­ments dans un net­toyage, pré­ten­du­ment de rou­tine, des vastes armoires de l’IG pleines de docu­ments confidentiels.

Crane ne pou­vait en croire ses oreilles. « J’ai rap­pelé à Hen­ry que la des­truc­tion de docu­ments dans de telles cir­cons­tances était, comme il le savait, une ques­tion très grave et pour­rait conduire l’inspecteur géné­ral à être accu­sé d’entrave à une enquête cri­mi­nelle. » Shel­ley a répon­du, selon Crane, qu’il n’y aurait pas de pro­blèmes si tout le monde se mon­trait bon joueur d’équipe.

Le 15 février 2011, Shel­ley et Hal­brooks ont envoyé au juge char­gé de l’affaire Drake une lettre qui répète l’excuse don­née à Crane : les docu­ments deman­dés ont été détruits, par erreur, lors d’un net­toyage de rou­tine. Ce net­toyage de rou­tine a eu lieu avant que Drake n’ait été incul­pé, est-il expli­qué dans cette lettre au juge Richard Bennett.

« Lynne et Hen­ry m’avaient écar­té à ce moment-là, donc je ne savais rien de cette lettre au juge Ben­nett, dit Crane. Ils ont donc fini par men­tir à un juge dans une affaire pénale, ce qui bien sûr est un crime.»

Avec Drake résis­tant fer­me­ment à la pres­sion des pro­cu­reurs pour trou­ver un accord – « Je ne vais pas négo­cier avec la véri­té », a‑t‑il décla­ré –  le gou­ver­ne­ment a fina­le­ment reti­ré la plu­part des accu­sa­tions por­tées contre lui. Ensuite, le juge a fus­ti­gé la conduite du gou­ver­ne­ment. Il était « extra­or­di­naire », a‑t‑il dit, que le gou­ver­ne­ment ait fait irrup­tion dans la mai­son de Drake, l’ait accu­sé, puis laisse tom­ber le cas à la veille du pro­cès comme si, après tout, ce n’était pas un gros pro­blème. « Je trouve cela inad­mis­sible, a ajou­té Ben­nett. Dérai­son­nable. Ce sont les racines même sur les­quelles ce pays a été fon­dé […] Ce fut l’une des choses les plus fon­da­men­tales dans la décla­ra­tion des droits, que ce pays ne devait pas être expo­sé à des gens frap­pant à la porte avec l’excuse de l’autorité gou­ver­ne­men­tale et péné­trant dans leurs mai­sons ».

Lorsque John Crane a mis sa car­rière en jeu en se mobi­li­sant pour un trai­te­ment légal des lan­ceurs d’alerte du Penta­gone, il sui­vait un code moral datant de 80 ans, trans­mis par son grand-père alle­mand. Crane a gran­di dans une ban­lieue de Vir­gi­nie, mais il a pas­sé presque chaque été en Alle­magne avec la famille de sa mère. Au cours de ces séjours d’été, Crane a enten­du d’innombrables fois l’histoire du moment où son grand-père a confron­té Hit­ler. Sa mère et sa grand-mère ont racon­té l’histoire, et la morale ne chan­geait jamais. « Il faut tou­jours essayer de faire la chose juste, même quand il y a des risques, se sou­vient Crane. Et si quelqu’un doit faire la chose juste, il peut bien sûr y avoir des consé­quences.»

Le grand-père de Crane était proche des 40 ans la nuit du Putsch de la bras­se­rie d’Hitler, le 8 novembre 1923. Com­plo­tant pour ren­ver­ser la Répu­blique de Wei­mar, Hit­ler et 600 membres armés de son nou­veau par­ti nazi ont encer­clé une bras­se­rie de Munich où le gou­ver­neur de Bavière, Gus­tav von Kahr, s’adressait à la foule. Les rebelles ont fait irrup­tion dans la salle, dans l’espoir d’enlever Von Kahr et de mar­cher sur Ber­lin. Après que ses hommes eurent dévoi­lé une mitrailleuse cachée dans la gale­rie à l’étage, Hit­ler a tiré en l’air et a crié : « La révo­lu­tion natio­nale a com­men­cé !»

Le grand-père de Crane, Gün­ther Rüdel, était dans la salle, dans le cadre de ses fonc­tions mili­taires. Rüdel a noté dans un mémo de huit pages, à simple inter­ligne, un compte ren­du du putsch, minute par minute, en tant que témoin ocu­laire. (Rüdel fut plus tard un témoin du gou­ver­ne­ment dans le pro­cès qui a condam­né Hit­ler à cinq ans de pri­son, même s’il n’a a pas été appe­lé à la barre.)

Fils d’un émi­nent géné­ral alle­mand, Rüdel avait ser­vi avec dis­tinc­tion dans la Pre­mière Guerre mon­diale, gagnant deux Croix de fer. En 1923, il occu­pait le poste de chef adjoint poli­tique au géné­ral Otto von Los­sow, plus haut fonc­tion­naire de l’armée alle­mande en Bavière. En tant que tel, Rüdel était le prin­ci­pal lien entre Von Los­sow et Von Kahr et au cou­rant des nom­breux rap­ports des deux hommes avec Hit­ler. Soup­çon­nant qu’Hitler et ses par­ti­sans avaient pré­vu un coup d’État, Los­sow et Rüdel avaient for­cé leur che­min dans la bras­se­rie afin de suivre les évè­ne­ments. Le chef de la police de l’État de Bavière, Hans Rit­ter von Seis­ser, était là aus­si, accom­pa­gné d’un garde du corps. Rüdel se tenait avec Los­sow et Von Seis­ser quand les hommes armés ont fait irrup­tion dans la salle, Hit­ler en tête.

« Hit­ler, pis­to­let au poing, escor­té à droite et à gauche par des hommes armés, sa tunique tachée de bière, a pris d’assaut la salle et le podium », a écrit Rüdel dans son affi­da­vit. « Quand il était exac­te­ment en face de nous, l’adjudant chef de la police Von Seis­ser a sai­si [mais n’a pas dégai­né] son épée. Hit­ler a immé­dia­te­ment poin­té son pis­to­let sur la poi­trine de l’homme. Je lui ai crié, Mon­sieur Hit­ler ce n’est pas de cette façon que vous libé­re­rez l’Allemagne. Hit­ler a hési­té, bais­sé son pis­to­let et a conti­nué son che­min entre nous vers le podium.»

Dans le chaos envi­ron­nant, les hommes d’Hitler ont essayé de for­cer Von Kahr, Los­sow et Von Seis­ser à rejoindre le coup d’État, mais leur sou­lè­ve­ment a fait long feu. Quelques jours plus tard, Hit­ler a été arrê­té et accu­sé de tra­hi­son. Il a pas­sé un an en pri­son, où il a écrit son auto­bio­gra­phie, Mein Kampf.

« Nous sommes en train de deve­nir un État poli­cier », a décla­ré Diane Roark dans une inter­view 2014 à la télé­vi­sion. En se réfé­rant à elle-même et aux autres lan­ceurs d’alerte de la NSA, elle a ajou­té : « Nous sommes les cana­ris dans la mine de char­bon. On n’a rien fait de mal. Tout ce que nous avons fait était de nous oppo­ser à ce pro­gramme. Et pour cela, ils nous ont piétinés. »

« Ils disent : Nous fai­sons cela pour vous pro­té­ger, m’a dit William Bin­ney, le col­lègue lan­ceur d’alerte de Roark. Je vais vous dire que c’est exac­te­ment ce que les nazis disaient dans un Ordre spé­cial 48 en 1933 – nous fai­sons cela pour vous pro­té­ger. Et voi­là com­ment ils se sont débar­ras­sés de tous leurs oppo­sants poli­tiques.»

Ce sont des décla­ra­tions fortes – com­pa­rer les actions du gou­ver­ne­ment des États-Unis à l’Allemagne nazie, aler­ter d’un état poli­cier nais­sant – il est donc utile de rap­pe­ler qui les a pro­non­cées. Les lan­ceurs d’alerte de la NSA ne sont pas des gau­chistes paci­fistes à la noix. Ils ont pas­sé leur vie pro­fes­sion­nelle à l’intérieur du sys­tème de ren­sei­gne­ment amé­ri­cain, consa­cré, pen­­saient-ils, à la pro­tec­tion de la patrie et à la défense de la Constitution.

Ce sont des conser­va­teurs poli­tiques, très ins­truits, res­pec­tueux des preuves, fai­sant atten­tion à ce qu’ils disent. Et ils ont dit, sur la base de leur expé­rience per­son­nelle, que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain a été diri­gé par des gens qui étaient prêts à enfreindre la loi et à sub­ti­li­ser les pou­voirs impres­sion­nants de l’État à leurs propres fins. Ils disent que les lois et les tech­no­lo­gies qui ont secrè­te­ment été mises en place menacent de ren­ver­ser la gou­ver­nance démo­cra­tique éta­su­nienne, que l’ont croyait acquise, et de réduire leurs liber­tés à néant. Et ils disent que quelque chose doit être fait à ce sujet avant qu’il ne soit trop tard.

À Washing­ton, les hauts fonc­tion­naires et les poli­ti­ciens insistent tou­jours pour dire que le vrai méchant est Edward Snow­den. L’ancien direc­teur de la CIA James Wool­sey a appe­lé à ce que Snow­den soit  « pen­du par le cou jusqu’à sa mort, plu­tôt que d’être sim­ple­ment élec­tro­cu­té ».

Les démo­crates sont moins san­gui­naires, mais guère plus indul­gents. Le pré­sident Oba­ma et Hil­la­ry Clin­ton sou­tiennent que Snow­den a vio­lé la loi alors qu’il aurait dû leur faire confiance. « Il aurait pu obte­nir toutes les pro­tec­tions pro­mises à un lan­ceur d’alerte, a décla­ré Clin­ton dans le pre­mier débat pré­si­den­tiel démo­cra­tique d’octobre der­nier. Il aurait pu sou­le­ver toutes les ques­tions qu’il a sou­le­vées. Et je pense qu’il aurait obte­nu une réponse posi­tive à tout cela.»

Dites cela à Tho­mas Drake. Dites cela aus­si, sur ce sujet, à John Crane.

Hal­brooks a for­cé Crane à démis­sion­ner de son poste en jan­vier 2013. Après avoir quit­té le Penta­gone, Crane s’est diri­gé vers le Govern­ment Accoun­ta­bi­li­ty Pro­ject, où l’ancien pro­tec­teur des lan­ceurs d’alerte est deve­nu lui-même un lan­ceur d’alerte.

Crane a dépo­sé plainte contre Shel­ley et Hal­brooks, détaillant de nom­breux méfaits, bien plus que ceux décrits dans cet article. Le Bureau du Conseil Spé­cial (BCS), l’agence amé­ri­caine char­gée d’enquêter sur ces ques­tions, a conclu en mars 2016 qu’il y avait une « forte pro­ba­bi­li­té » que les accu­sa­tions de Crane soient fon­dées. Le choix par le BCS de l’expression « forte pro­ba­bi­li­té » est frap­pant. Il aurait pu esti­mer tout  sim­ple­ment de « manière rai­son­nable » que les accu­sa­tions de Crane étaient véri­diques, et dans ce cas, aucune autre mesure n’aurait été néces­saire. En concluant plu­tôt à une « forte pro­ba­bi­li­té », le BCS a déclen­ché un pro­ces­sus qui a léga­le­ment requis du secré­taire de la défense Ash­ton Car­ter d’organiser une nou­velle enquête sur les allé­ga­tions de Crane. Parce qu’aucun orga­nisme fédé­ral n’est auto­ri­sé à enquê­ter lui-même, cette enquête est menée par le minis­tère de la Justice.

Aus­si incroyable que cela puisse paraître, Crane vise à réin­té­grer son ancien emploi. Son avo­cat, Devine, pense que c’est un fan­tasme. De l’avis de Devine, les pro­blèmes aux­quels sont confron­tés les lan­ceurs d’alerte sont sys­té­miques – et le sys­tème ne par­donne jamais, sur­tout à quelqu’un qui a expo­sé la cor­rup­tion du sys­tème comme Crane l’a fait.

Pour Crane, cepen­dant, c’est une simple ques­tion de bien et de mal. Il n’est pas celui qui a vio­lé la loi ; ce sont ses supé­rieurs. Ce n’est donc pas à lui d’en payer le prix, mais à eux.

« Je veux seule­ment voir le sys­tème fonc­tion­ner cor­rec­te­ment, dit-il. Je sais que le sys­tème peut échouer – la Seconde Guerre mon­diale, l’Allemagne nazie – mais je sais aus­si que vous devez faire ce qui est juste. Parce que le gou­ver­ne­ment est si puis­sant, vous devez le faire tour­ner effi­ca­ce­ment et hon­nê­te­ment et confor­mé­ment à la loi.»

« Quelles sont les chances que le sys­tème fonc­tionne cor­rec­te­ment pour votre cas ?» deman­­dai-je à Crane.

« Je ne vais pas vous don­ner de chiffres, répond-il avec un petit rire. C’est juste quelque chose que je me dois de faire.»

Mark Herts­gaard

Tra­duit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

Article ori­gi­nal du Guar­dian en anglais :
http://​www​.the​guar​dian​.com/​u​s​–​n​e​w​s​/​2​0​1​6​/​m​a​y​/​2​2​/​h​o​w​–​p​e​n​t​a​g​o​n​–​p​u​n​i​s​h​e​d​–​n​s​a​–​w​h​i​s​t​l​e​b​l​o​w​ers

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[Lan­ceurs d’a­lerte] Elise Lucet sans filtre, Cash inves­ti­ga­tion, Pana­ma Papers, l’of­fen­sive des journalistes ?
httpv://www.youtube.com/watch?v=laDOwa1gGF0
Source : Thin­ker­view

[Lan­ceurs d’a­lerte] Michel Col­lon « Pro­pa­gande de Guerre, fes­ti­val de médias men­songes et complot ? »
httpv://www.youtube.com/watch?v=_jSPkz_0UZw
Source : Thin­ker­view

[Lan­ceurs d’a­lerte] Denis Robert « Char­lie Heb­do sans filtre »
httpv://www.youtube.com/watch?v=iXnUIx24jng
Source : Thin­ker­view

Il faut voir le film (très émou­vant et très impor­tant) qui raconte l’his­toire de Snowden
iti­zen four
httpv://youtu.be/yQkj2mAamCw

Pre­mière inter­ven­tion publique d’Ed­ward Snow­den en France (Inté­gra­li­té – en français)
httpv://youtu.be/o0nEJqThdmE

Lan­ceurs d’a­lerte : cou­pables [selon les hommes au pou­voir] ou héros [selon le bien com­mun] ? Arte 16 décembre 2014
httpv://youtu.be/RyBpjHmt0Fo
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[Edit]

Sté­pha­nie Gibaud : « on vous prend tout » [quand vous lan­cez une alerte]
httpv://youtu.be/tad9yNTFJJA

Her­vé Fal­cia­ni : « j’é­tais prêt à aller jus­qu’en pri­son après mes révélations »


Her­vé Fal­cia­ni : « j’é­tais prêt à aller jus­qu’en… par fran­cein­ter

Un ancien agent de Trac­fin com­pa­raît pour des révé­la­tions sur le compte de Cahu­zac – 0511
httpv://youtu.be/Nug0FjkAi_0

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Un article paru dans le jour­nal bri­tan­nique « The guar­dian » : le Penta­gone se pré­pare à une rup­ture civile de masse
http://​www​.upr​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​g​u​a​r​d​i​a​n​–​p​e​n​t​a​g​o​n​e​–​s​u​r​v​e​i​l​l​a​n​c​e​–​m​o​u​v​e​m​e​n​t​s​–​s​o​c​i​aux

Le Pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Publié le 17 juin 2014

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Un article paru dans le journal britannique « The guardian » : le Pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Le jour­nal The Guar­dian – plu­tôt clas­sé à gauche sur l’échiquier poli­tique bri­tan­nique – s’est fait une spé­cia­li­té, depuis main­te­nant plu­sieurs années, d’ouvrir ses colonnes et son site Inter­net à ce qu’il est conve­nu d’appeler des whist­le­blo­wer (tra­duit approxi­ma­ti­ve­ment par « lan­ceurs d’alerte » en fran­çais). C’est-à-dire à des citoyens ordi­naires (fonc­tion­naires, cher­cheurs, uni­ver­si­taires,…), qui décident d’informer le grand public d’un dan­ger ou de dérives dan­ge­reuses ou cri­mi­nelles qu’ils ont pu consta­ter dans leur métier, en inter­pel­lant les pou­voirs en place et en sus­ci­tant la prise de conscience de leurs contemporains.

Par­mi les affaires les plus récentes, The Guar­dian a par exemple été l’un des prin­ci­paux médias dans le monde à don­ner en 2013 la plus large cou­ver­ture pos­sible à Edward Snow­den, ancien employé de la CIA et de la NSA, qui a ren­du public les pro­grammes de sur­veillance de masse de la NSA.

S’inscrivant dans cette ligne édi­to­riale, The Guar­dian a publié voi­ci quelques jours – le 12 juin 2014 sur son site Inter­net – un long article de Nafeez Ahmed, uni­ver­si­taire et jour­na­liste spé­cia­liste de la sécu­ri­té internationale.

Cet article révèle au grand public l’existence d’un pro­gramme – « l’initiative de recherche Miner­va » – lan­cé par le minis­tère amé­ri­cain de la Défense, qui consiste à mettre les sciences sociales et les recherches anthro­po­lo­giques au ser­vice opé­ra­tion­nel des mili­taires américains.

Par­mi les objec­tifs clai­re­ment annon­cés figure celui d’amener l’armée amé­ri­caine à étu­dier la façon dont appa­raissent les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion popu­laire (impli­quant plus de 1 000 par­ti­ci­pants en acti­vi­té de façon durable) dans 58 pays (dont les États-Unis eux-mêmes), et de la pré­pa­rer à neu­tra­li­ser ces mou­ve­ments. L’un des pro­grammes de recherche a ain­si orga­ni­sé des exer­cices mili­taires dans les­quels les par­ti­ci­pants étaient char­gés de repé­rer ceux qui ‘‘cau­saient les pro­blèmes’’, ceux qui ‘‘résol­vaient les pro­blèmes’’ et le reste de la popu­la­tion. L’objectif opé­ra­tion­nel était de défi­nir une cam­pagne « d’informations » « per­met­tant de dépla­cer le centre de gra­vi­té de l’opinion vers cet ensemble de valeurs et de points de vue qui consti­tuait ‘‘l’état final dési­ré’’ de la stra­té­gie de l’armée. »

Il ne s’agit pas de sup­po­si­tions « conspi­ra­tion­nistes », mais de faits éta­blis. Et il ne s’agit pas d’opérations anec­do­tiques. L’initiative de recherche Miner­va doit béné­fi­cier de 75 mil­lions de dol­lars sur cinq ans et a béné­fi­cié pour cette seule année d’une dota­tion de 17,8 mil­lions de dol­lars votée par le Congrès amé­ri­cain. Pour mémoire, le bud­get alloué par le Congrès à la Com­mis­sion d’enquête sur le 11 sep­tembre a été de 14 mil­lions de dol­lars. 

Autant dire que cet article est très inté­res­sant et qu’il me semble devoir être lar­ge­ment dif­fu­sé en France.

Je remer­cie le ser­vice de tra­duc­tion de l’UPR (Eli­sa­beth McCor­mick) pour avoir tra­duit en fran­çais cet article dont la ver­sion ori­gi­nale en anglais peut être consul­tée ici :http://​www​.the​guar​dian​.com/​e​n​v​i​r​o​n​m​e​n​t​/​e​a​r​t​h​–​i​n​s​i​g​h​t​/​2​0​1​4​/​j​u​n​/​1​2​/​p​e​n​t​a​g​o​n​–​m​a​s​s​–​c​i​v​i​l​–​b​r​e​a​k​d​o​w​n​?​C​M​P​=​twt

Le pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Les sciences sociales se mili­ta­risent afin de déve­lop­per des « outils opé­ra­tion­nels » visant à cibler des mili­tants paci­fiques et des mou­ve­ments de protestation.

publié par Nafeez Ahmed le 12 juin 2014

le pentagone

 

Le Penta­gone finance des recherches en sciences sociales dans le but de modé­li­ser les risques de « conta­gion sociale » qui pour­raient com­pro­mettre les inté­rêts stra­té­giques amé­ri­cains. Pho­to­graphe : Jason Reed/REUTERS

Le Dépar­te­ment de la Défense amé­ri­cain (DoD) finance un pro­gramme de recherche uni­ver­si­taire dont le but est de modé­li­ser la dyna­mique, les risques et les points de bas­cu­le­ment de troubles civils à grande échelle à tra­vers le monde, sous la super­vi­sion de diverses agences mili­taires amé­ri­caines. Ce pro­gramme de plu­sieurs mil­lions de dol­lars est conçu pour éla­bo­rer des « éclai­rages per­ti­nents pour les com­bat­tants » à court et à long terme, des­ti­nés aux hauts fonc­tion­naires et déci­deurs de « la com­mu­nau­té de la défense ». Il vise éga­le­ment à infor­mer la poli­tique menée par « les com­man­de­ments de terrain. »

Lan­cée en 2008 – l’année de la crise ban­caire mon­diale – « l’initiative de recherche Miner­va » du DoD a noué un par­te­na­riat avec les uni­ver­si­tés, « visant à amé­lio­rer la com­pré­hen­sion de base des forces sociales, cultu­relles, com­por­te­men­tales et poli­tiques qui façonnent les régions du monde d’importance stra­té­gique pour les États-Unis. »

Par­mi les pro­jets rete­nus pour la période 2014–2017 figure une étude diri­gée par l’Université de Cor­nell, gérée par le Bureau scien­ti­fique de recherche de l’US Air Force, visant à déve­lop­per un modèle empi­rique « de dyna­mique de mobi­li­sa­tion du mou­ve­ment social et des phé­no­mènes de conta­gion. » Ce pro­jet déter­mi­ne­ra « la masse cri­tique (points de bas­cu­le­ment) » des conta­gions sociales à par­tir de l’étude de leur « empreinte numé­rique » dans les cas de « la révo­lu­tion égyp­tienne de 2011, des élec­tions de 2011 à la Dou­ma en Rus­sie, de la crise du car­bu­rant sub­ven­tion­né au Nigé­ria en 2012, et des mani­fes­ta­tions au parc de Gazi en Tur­quie en 2013. »

Les mes­sages sur Twit­ter et les conver­sa­tions seront exa­mi­nés « afin d’identifier les per­sonnes qui se mobi­lisent dans une conta­gion sociale et le moment à par­tir duquel elles se mobilisent. »

Un autre pro­jet attri­bué cette année à l’Université de Washing­ton « cherche à décou­vrir les condi­tions dans les­quelles les mou­ve­ments poli­tiques visant à des chan­ge­ments poli­tiques et éco­no­miques à grande échelle prennent nais­sance » ain­si que leurs « carac­té­ris­tiques et consé­quences ». Ce pro­jet, géré par le Bureau de recherche de l’Armée amé­ri­caine, met l’accent sur « les mou­ve­ments à grande échelle impli­quant plus de 1 000 par­ti­ci­pants en acti­vi­té de façon durable ». Il cou­vri­ra 58 pays au total.

L’an der­nier, l’initiative Miner­va du DoD a finan­cé un pro­jet per­met­tant de déter­mi­ner « Qui ne devient pas un ter­ro­riste et pour­quoi ? ». Ce pro­jet, cepen­dant, confond les mili­tants paci­fiques avec les « par­ti­sans de la vio­lence poli­tique », qui se démarquent des ter­ro­ristes en cela qu’ils ne versent pas eux-mêmes dans le « mili­tan­tisme armé ». Le pro­jet énonce expli­ci­te­ment qu’il va étu­dier les acti­vistes non violents :

« Dans chaque socié­té, nous trou­vons beau­coup d’individus qui ont en com­mun les mêmes arrière-plans  démo­gra­phiques, fami­liaux, cultu­rels ou socio-éco­­no­­miques que ceux qui ont déci­dé de s’engager dans le ter­ro­risme et qui, cepen­dant, s’abstiennent eux-mêmes de prendre les armes, même s’ils peuvent être favo­rables aux objec­tifs finaux de groupes armés. Dans le domaine des études sur le ter­ro­risme, les études n’ont pas, jusqu’à tout récem­ment, ten­té de regar­der ce groupe de contrôle. Ce pro­jet ne traite pas des ter­ro­ristes, mais des par­ti­sans de la vio­lence politique. »

Cha­cune des 14 études de cas du pro­jet « implique des entre­tiens appro­fon­dis avec plus de dix mili­tants et acti­vistes de par­tis et d’organisations non gou­ver­ne­men­tales qui, bien que favo­rables aux causes radi­cales, ont choi­si la voie de la non-violence. »

J’ai contac­té le cher­cheur prin­ci­pal du pro­jet, le Pro­fes­seur Maria Ras­mus­sen de l’École d’études supé­rieures du Centre naval amé­ri­cain, en lui deman­dant pour­quoi les acti­vistes non vio­lents tra­vaillant pour les ONG devraient être assi­mi­lés à des par­ti­sans de la vio­lence poli­tique  – et quels « par­tis et orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales » sont ain­si étu­diés. Mais je n’ai reçu aucune réponse.

De même, le per­son­nel du pro­gramme Miner­va a refu­sé de répondre à une série de ques­tions simi­laires que je leur ai sou­mises, deman­dant notam­ment com­ment les « causes radi­cales » pro­mues par les ONG paci­fistes pou­vaient consti­tuer une menace poten­tielle à la sécu­ri­té natio­nale sus­cep­tible d’intéresser le DoD.

Entre autres ques­tions, j’ai demandé :

  • « Le Dépar­te­ment amé­ri­cain de la Défense voit-il les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion et l’activisme social dans dif­fé­rentes par­ties du monde comme une menace pour la sécu­ri­té natio­nale amé­ri­caine ? Si oui pourquoi ? »
  • « Le Dépar­te­ment de la Défense amé­ri­cain consi­­dère-t-il les mou­ve­ments poli­tiques visant un chan­ge­ment poli­tique et éco­no­mique à grande échelle comme une ques­tion de sécu­ri­té natio­nale ? Si oui pourquoi ? »
  • « L’activisme, la pro­tes­ta­tion, les ‘’mou­ve­ments poli­tiques’’ et bien sûr les ONG sont des élé­ments vitaux d’une socié­té civile saine et de la démo­cra­tie. Pour­quoi le DoD finance-t-il des recherches pour étu­dier de telles questions ? »

Le Dr Erin Fitz­ge­rald, direc­teur du pro­gramme Miner­va m’a répon­du  : « J’apprécie votre inté­rêt et je suis heu­reux que vous nous contac­tiez pour nous don­ner l’occasion d’apporter des cla­ri­fi­ca­tions », avant de me pro­mettre une réponse plus détaillée. Au lieu de quoi, j’ai reçu la vague décla­ra­tion sui­vante du bureau de presse du DoD :

« Le Dépar­te­ment  de la Défense prend au sérieux son rôle en matière de sécu­ri­té des États-Unis, de ses citoyens, des alliés de l’Amérique et de ses par­te­naires. Alors que tous les défis concer­nant la sécu­ri­té ne pro­voquent pas de conflit et que tous les conflits n’impliquent pas l’intervention de l’armée amé­ri­caine, Miner­va contri­bue à finan­cer des recherches en sciences sociales fon­da­men­tales qui aident le dépar­te­ment de la Défense à mieux com­prendre ce qui pro­voque l’instabilité et l’insécurité dans le monde entier. Par une meilleure com­pré­hen­sion de ces conflits et de leurs causes préa­lables, le Dépar­te­ment de la défense peut mieux se pré­pa­rer au futur envi­ron­ne­ment de sécu­ri­té dynamique. »

En 2013, Miner­va a finan­cé un pro­jet de l’Université du Mary­land, en col­la­bo­ra­tion avec le labo­ra­toire Paci­fic Nor­th­west Natio­nal du dépar­te­ment amé­ri­cain de l’énergie, pour éva­luer le risque de troubles civils dus au chan­ge­ment cli­ma­tique. Ce pro­jet trien­nal de 1,9 mil­lion de dol­lars éla­bore des modèles pour anti­ci­per ce qui pour­rait arri­ver aux socié­tés, selon un éven­tail de scé­na­rios de chan­ge­ments cli­ma­tiques potentiels.

Dès le départ, le pro­gramme Miner­va a été pré­vu pour four­nir plus de 75 mil­lions de dol­lars sur cinq ans dédiés à la recherche en sciences sociales et com­por­te­men­tales. Pour cette seule année, il lui a été alloué un bud­get total de 17,8 mil­lions de dol­lars par le Congrès amé­ri­cain.  

Une com­mu­ni­ca­tion par cour­riel interne des­ti­né au per­son­nel de Miner­va – réfé­ren­cée dans un mémoire d’ exper­tise de 2012 – révèle que le pro­gramme est orien­té vers des résul­tats rapides des­ti­nés à être direc­te­ment appli­cables aux opé­ra­tions sur le ter­rain. Le mémoire fai­sait par­tie d’un pro­jet finan­cé par Miner­va  visant à « contrer le dis­cours musul­man radi­cal » à l’Université de l’État de l’Arizona.

Un cour­riel interne du Pro­fes­seur Steve Cor­man, cher­cheur prin­ci­pal du pro­jet, fait état d’une ren­contre orga­ni­sée par le Pro­gramme de Modé­li­sa­tion Humaine, Sociale, Cultu­relle et Com­por­te­men­tale (HSCB) du Dépar­te­ment de la Défense, pro­gramme dans lequel des hauts res­pon­sables du Penta­gone indiquent que leurs prio­ri­tés sont « de déve­lop­per des capa­ci­tés rapi­de­ment dis­po­nibles » sous forme de « modèles et outils pou­vant être inté­grés aux opérations ».

Cor­man pré­cise dans son cour­riel que, bien que le res­pon­sable du Bureau de Recherche navale, le Dr Harold Haw­kins, ait assu­ré d’emblée aux cher­cheurs de l’Université que le pro­jet n’était qu’« un effort de recherche cou­rant, donc nous ne devrions pas être pré­oc­cu­pés par son appli­ca­tion pra­tique », la réunion a en réa­li­té mon­tré que le DoD cherche à « mettre en appli­ca­tion les résul­tats ». Cor­man conseille à ses cher­cheurs de « pen­ser à pré­sen­ter les résul­tats, les rap­ports, etc., de telle sorte qu’ils [le DoD] puissent clai­re­ment voir leur appli­ca­tion comme outils qui peuvent être mis en place sur le terrain. »

De nom­breux cher­cheurs indé­pen­dants cri­tiquent ce qu’ils consi­dèrent être les efforts du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain en matière de mili­ta­ri­sa­tion des sciences sociales au ser­vice de la guerre. En mai 2008, l’Association Amé­ri­caine d’Anthropologie (AAA) a écrit au gou­ver­ne­ment amé­ri­cain pour sou­li­gner que le Penta­gone n’a pas « le genre d’infrastructure pour éva­luer la recherche anthro­po­lo­gique [et autres sciences sociales] » d’une manière qui assure « un exa­men par les pairs, rigou­reux, objec­tif et équi­li­bré » ; elle a deman­dé que de telles recherches soient gérées à la place par des orga­nismes civils comme la Fon­da­tion Natio­nal des Sciences (NSF).

Le mois sui­vant, le DoD a signé un pro­to­cole d’entente (Memo­ran­dum of unders­tan­ding) (MoU) avec la NSF afin de pou­voir coopé­rer à la ges­tion de Miner­va. En réponse, l’AAA a mis en garde que, même si les pro­po­si­tions de recherche devaient désor­mais être éva­luées par des comi­tés d’examen du mérite de la NSF, « les fonc­tion­naires du Penta­gone auront le pou­voir de déci­sion au moment de déter­mi­ner qui siè­ge­ra aux comi­tés d’examen » :

«… Il reste des inquié­tudes dans la dis­ci­pline que la recherche soit finan­cée uni­que­ment lorsqu’elle prend en compte l’ordre du jour du Penta­gone. Les autres cri­tiques du pro­gramme, notam­ment le Réseau des anthro­po­logues enga­gés, ont fait état de leurs inquié­tudes quant à un pro­gramme sus­cep­tible de décou­ra­ger la recherche dans d’autres domaines impor­tants, et de saper le rôle de l’Université comme lieu de dis­cus­sion indé­pen­dant et de cri­tique des ins­tances militaires ».

Selon le pro­fes­seur David Price, anthro­po­logue cultu­rel à l’Université de Saint-Mar­­tin à Washing­ton DC et auteur de La mili­ta­ri­sa­tion de l’anthropologie : Les sciences sociales au ser­vice de l’État mili­ta­ri­sé : « Lorsque vous regar­dez chaque élé­ment d’un grand nombre de ces pro­jets, ils se pré­sentent comme des sciences sociales nor­males, d’analyse tex­tuelle, de recherche his­to­rique et ain­si de suite ; mais lorsque vous addi­tion­nez tous ces mor­ceaux, ils par­tagent tous des thèmes de lisi­bi­li­té avec toutes les dis­tor­sions résul­tant de la sur-sim­­pli­­fi­­ca­­tion. Miner­va tra­vaille à la pro­duc­tion des élé­ments de l’empire d’une façon qui peut per­mettre aux gens de dis­so­cier leurs contri­bu­tions indi­vi­duelles du pro­jet d’ensemble. »

Le Pro­fes­seur Price a pré­cé­dem­ment expo­sé com­ment le pro­gramme HTS (Human Ter­rain Sys­tems) du Penta­gone – pro­gramme conçu pour inté­grer des spé­cia­listes des sciences sociales dans le domaine des opé­ra­tions mili­taires – conduit régu­liè­re­ment des scé­na­rios de for­ma­tion dans les régions « à l’intérieur des États-Unis. »

Citant une cri­tique som­maire du pro­gramme envoyée aux direc­teurs d’HTS par un ancien employé, Price a rap­por­té que les scé­na­rios de for­ma­tion HTS « ont adap­té COIN [contre-insur­­rec­­tion] pour l’Afghanistan et l’Irak » à des « situa­tions internes aux États-Unis » où la popu­la­tion locale était consi­dé­rée d’un point de vue mili­taire comme une menace pour l’équilibre du pou­voir et de l’influence et une contes­ta­tion de la loi et de l’ordre ».

Price rap­porte qu’un exer­cice mili­taire impli­quait des mili­tants éco­lo­gistes pro­tes­tant contre la pol­lu­tion pro­ve­nant d’une cen­trale au char­bon près du Mis­sou­ri, dont cer­tains étaient membres de l’ONG envi­ron­ne­men­tale bien connue Sier­ra Club. Les par­ti­ci­pants furent char­gés d’« iden­ti­fier ceux qui ‘‘résol­vaient les pro­blèmes’’», ceux qui ‘‘cau­saient les pro­blèmes’’ et le reste de la popu­la­tion, qui devait être la cible d’opérations d’informations afin de dépla­cer le centre de gra­vi­té de l’opinion vers cet ensemble de valeurs et de points de vue qui consti­tuait ‘‘l’état final dési­ré’’ de la stra­té­gie de l’armée. »

Ces exer­cices mili­taires s’inscrivent dans le droit fil d’une série de docu­ments du Penta­gone qui indiquent que la sur­veillance de masse de l’Agence de la Sécu­ri­té Natio­nale (Natio­nal Secu­ri­ty Agen­cy – NSA) est en par­tie moti­vée par la pré­pa­ra­tion à l’impact désta­bi­li­sa­teur des chocs à venir, envi­ron­ne­men­taux, éner­gé­tiques et économiques.

James Petras, pro­fes­seur de socio­lo­gie à l’Université de Bin­gham­ton à New York, par­tage les inquié­tudes de Price. Les socio­logues finan­cés par Miner­va et liés aux opé­ra­tions de contre-insur­­rec­­tion du Penta­gone sont impli­qués dans l’« étude des émo­tions sur­ve­nant lorsqu’on ali­mente ou que l’on réprime des mou­ve­ments déter­mi­nés par une idéo­lo­gie » ajoute-t-il, notam­ment pour « contrer des mou­ve­ments populaires. »

Miner­va est un excellent exemple de la pro­fonde étroi­tesse d’esprit et de la nature défai­tiste de l’idéologie mili­taire. Pire encore, la mau­vaise volon­té des res­pon­sables du DoD pour répondre aux ques­tions les plus fon­da­men­tales est symp­to­ma­tique d’une évi­dence : dans leur mis­sion à toute épreuve pour défendre un sys­tème mon­dial de plus en plus impo­pu­laire qui sert les inté­rêts d’une infime mino­ri­té, les agences de sécu­ri­té n’hésitent pas à peindre le reste d’entre nous comme des ter­ro­ristes en puissance.

Le Dr Nafeez Ahmed est un uni­ver­si­taire et un jour­na­liste spé­cia­liste de la sécu­ri­té inter­na­tio­nale. Il est l’auteur du Guide de l’utilisateur de la crise de civi­li­sa­tion : et com­ment la sau­ver ain­si que du roman de science-fic­­tion à paraître, ZÉRO POINT.

Source : http://​www​.upr​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​g​u​a​r​d​i​a​n​–​p​e​n​t​a​g​o​n​e​–​s​u​r​v​e​i​l​l​a​n​c​e​–​m​o​u​v​e​m​e​n​t​s​–​s​o​c​i​aux

L’Union européenne veut la destruction du droit du travail en France, et le P$ lui obéira si les salariés ne bloquent pas tout pour l’empêcher

Le gou­ver­ne­ment impose au pays, et sans même pas­ser par le Par­le­ment (49.3), une loi qu’il n’a­vait pas annon­cée dans son pro­gramme (c’est donc un tour de bri­gands) et qui sup­prime car­ré­ment la pro­tec­tion des sala­riés par le droit du tra­vail ; c’est lit­té­ra­le­ment tyran­nique : l’exé­cu­tif fait la loi ; cette confis­ca­tion du pou­voir légis­la­tif par ceux qui dirigent la police et l’ar­mée (confis­ca­tion qu’on appelle confu­sion des pou­voirs) est la han­tise prin­ci­pale de tous les pen­seurs qui cherchent à pro­té­ger les socié­tés des abus de pou­voir, depuis toujours.

La régres­sion prin­ci­pale, celle qu’il faut bien avoir repé­rée pour com­prendre à la fois l’am­pleur du dan­ger social et le motif légi­time pour une grève géné­rale illi­mi­tée, c’est la pos­si­bi­li­té pré­vue par cette loi scé­lé­rate, pour des accords locaux (accords de branche ou accords d’en­tre­prise), d’im­po­ser aux sala­riés des règles moins favo­rables que celles que pré­voit la loi en géné­ral (ce qui est car­ré­ment une inver­sion dans la hié­rar­chie des normes), ce qui veut dire en clair que la pro­tec­tion de la loi dis­pa­raît. Les digues sautent, on va redé­cou­vrir l’hu­bris des patrons, déjà bien éprou­vée au 19ème siècle.

D’où vient cette loi El Kho­me­ry ? Direc­te­ment des consignes (expli­cites) de la pré­ten­due « Union euro­péenne », https://​you​tu​.be/​E​9​b​H​c​F​9​c​kIU. L’UE aujourd’­hui veut la dis­pa­ri­tion du droit du tra­vail, pour bais­ser les salaires et haus­ser les pro­fits. Ensuite, les gou­ver­ne­ments, comme de vils bour­reaux, ne font qu’exé­cu­ter les ordres des tech­no­crates — non élus et hors contrôle — de l’UE.

Le gou­ver­ne­ment dément qu’il obéit à l’UE ; Jun­ker l’a­voue pour­tant tout net ; voyez ce bon papier de Cora­lie Delaume :

 

L’Union européenne assume : la loi El Khomri, c’est elle

Par Cora­lie Delaume

Jean-Claude Juncker, président luxembourgeois de la Commission européenne

FIGAROVOX/DECRYPTAGE – Jean-Claude Jun­cker a décla­ré que « la réforme du droit du tra­vail vou­lue et impo­sée par le gou­ver­ne­ment Valls est le mini­mum de ce qu’il faut faire ». Pour Cora­lie Delaume, l’é­co­no­mie de notre pays est depuis long­temps l’ap­pli­ca­tion des orien­ta­tions de l’U­nion européenne.


Cora­lie Delaume est jour­na­liste. Elle a notam­ment publié Europe. Les Etats dés­unis (Micha­lon, 2014). Décou­vrez ses chro­niques sur son blog.


La loi El Khom­ri est un pro­duit d’im­por­ta­tion made in Union euro­péenne (voir expli­ca­tions détaillées ici). Les « Grandes orien­ta­tions de poli­tique éco­no­mique » (GOPÉ), dont l’exis­tence est posée par les trai­tés, et le « Pro­gramme natio­nal de réformes » (PNR), qui s’ins­crit lui-même dans le cadre de la stra­té­gie Europe 2020 « pour une crois­sance éco­no­mique intel­li­gente, durable et inclu­sive » (tsoin-tsoin), pres­crivent à de nom­breux pays et depuis long­temps le mal­thu­sia­nisme bud­gé­taire et la modé­ra­tion salariale.

Dans même temps, la juris­pru­dence de la Cour de jus­tice de l’U­nion (CJUE), n’a de cesse de pro­mou­voir l’ordre concur­ren­tiel et la déré­gu­la­tion. Sur­tout, au tra­vers d’ar­rêts à l’im­pact déci­sif mais mal connus du grand public, tels, par exemple, les arrêts Laval et Viking de 2007, elle œuvre à saper le droit du tra­vail dans les pays membres, et à affai­blir la capa­ci­té de négo­cia­tion des sala­riés dans les conflits sociaux.

Enfin, l’ap­par­te­nance à l’eu­ro inter­dit toute dépré­cia­tion de la mon­naie. Dès lors, elle conduit les pays de l’eu­ro­zone non à ren­for­cer leur coopé­ra­tion, non à déve­lop­per entre eux la soli­da­ri­té, mais à se mener les uns aux autres une véri­table « guerre de la dés­in­fla­tion sala­riale », selon une expres­sion de Steve Oha­na. Pour livrer cette guerre, ajoute l’é­co­no­miste, « la France ne semble plus avoir d’autre choix que de s’en­ga­ger plus fran­che­ment dans des poli­tiques de déva­lua­tion interne, non plus seule­ment via la baisse de la fis­ca­li­té sur le tra­vail, mais via la com­pres­sion des salaires eux-mêmes ( …) c’est l’op­tion qui sous-tend la loi El Khomri ».

Face au carac­tère scan­da­leux de l’af­faire, face à la bles­sure d’or­gueil que ne peut man­quer d’oc­ca­sion­ner, chez n’im­porte quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l’i­dée d’être « gou­ver­nan­cé » depuis Bruxelles, Franc­fort ou Luxem­bourg au lieu d’être nor­ma­le­ment gou­ver­né par les diri­geants qu’il a élus, on pour­rait s’at­tendre à ce que les « Euro­péens de métier » fassent pro­fil bas. Par décence

Face au carac­tère scan­da­leux de l’af­faire, face à la bles­sure d’or­gueil que ne peut man­quer d’oc­ca­sion­ner, chez n’im­porte quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l’i­dée d’être « gou­ver­nan­cé » depuis Bruxelles, Franc­fort ou Luxem­bourg au lieu d’être nor­ma­le­ment gou­ver­né par les diri­geants qu’il a élus, on pour­rait s’at­tendre à ce que les « Euro­péens de métier » fassent pro­fil bas. Par décence. Par sou­ci de ne pas atti­ser la colère. Parce que le fait de béné­fi­cier de pou­voirs exor­bi­tants dont ils ne doivent la titu­la­ture qu’à une série d’er­reurs d’ai­guillage de l’His­toire, devrait suf­fire à les contenter.

Mais non. Jouir en silence du confort sans risque qu’offre le séjour dans cet Olympe gri­sâtre depuis lequel ils nous sur­plombent n’est pas assez bien pour ces encra­va­tés. Il faut encore qu’ils portent en ban­dou­lière leur bon­heur niais d’être là où ils sont, et qu’ils l’ouvrent à tout pro­pos. Sans se rendre compte qu’à la fin, « les gens » com­mencent à com­prendre. Et à s’agacer.

L’ou­vrir très grand, c’est l’une des choses que Jean-Claude – « il ne peut y avoir de choix démo­cra­tique contre les trai­tés euro­péens » – Jun­cker fait le mieux. Aus­si a‑t‑il trou­vé judi­cieux, dans un récent entre­tien au jour­nal Le Monde de for­mu­ler ces quelques regrets : « à voir les réac­tions que sus­cite la ‘loi tra­vail’, je n’ose pas m’i­ma­gi­ner quelle aurait été la réac­tion de la rue, à Paris ou à Mar­seille, si votre pays avait dû appli­quer des réformes comme celles qui ont été impo­sées aux Grecs ». Ah, ces Fran­çais rétifs ! Comme il est dom­mage de ne pou­voir vitri­fier leur éco­no­mie avec cette même bru­ta­li­té joyeuse dont on à usé contre l’é­co­no­mie grecque !

Ceci dit, rien n’est jamais per­du pour qui sait s’ar­mer de patience. Durant l’é­té 2015, au cœur de la « crise grecque », le ministre hel­lène Yanis Varou­fa­kis avait don­né quelques clés pour com­prendre la dure­té des créan­ciers vis-à-vis de son pays. Selon lui, la véri­table cible des « Euro­péens » (et de l’Al­le­magne, plus encore que de l’Eu­rope ins­ti­tu­tion­nelle) était en fait l’Hexa­gone. « La Grèce est un labo­ra­toire de l’aus­té­ri­té, où le mémo­ran­dum est expé­ri­men­té avant d’être expor­té. La crainte du Grexit vise à faire tom­ber les résis­tances fran­çaises, ni plus ni moins », avait-il osé. Pour lui, les cibles ter­mi­nales étaient l’É­tat-pro­vi­dence et le droit du tra­vail fran­çais.

Pour Jean-Claude Jun­cker, il se trouve que « la réforme du droit du tra­vail vou­lue et impo­sée par le gou­ver­ne­ment Valls est le mini­mum de ce qu’il faut faire ». Le mini­mum seulement.

Or pour Jean-Claude Jun­cker, il se trouve que « la réforme du droit du tra­vail vou­lue et impo­sée par le gou­ver­ne­ment Valls est le mini­mum de ce qu’il faut faire ». Le mini­mum seule­ment. Et, avec un peu de chance, de constance et d’au­dace, une simple étape vers ce rêve éveillé que consti­tue l’i­déal grec !

Autre grand bavard : Pierre Mos­co­vi­ci. Lui assume mieux encore que Jun­cker, et ses insi­nua­tions n’en sont plus. Ce sont même des aveux : oui, l’U­nion euro­péenne veut la loi El Khom­ri. Dans un entre­tien publié ici le 18 mai soit, pré­ci­sé­ment, le jour de la paru­tion des recom­man­da­tions adres­sées par la Com­mis­sion à la France dans le cadre du « semestre euro­péen », le com­mis­saire aux Affaires éco­no­miques fai­sait connaître sa volon­té. S’il minau­dait tout d’a­bord en pré­ten­dant qu’il ne lui appar­te­nait pas de « juger » la Loi tra­vail, il rap­pe­lait tou­te­fois qu’il lui appar­te­nait bien de l’exi­ger : « Tout ce que je peux dire, c’est que la réforme est indis­pen­sable et qu’y renon­cer serait une erreur lourde (…) les Fran­çais ont sou­vent le même réflexe quand une réforme se pré­sente : celui de s’y oppo­ser. Cela ne signi­fie pas que la réforme n’est pas néces­saire et qu’elle ne doit pas être menée (…) En outre, je pense que la volon­té du peuple doit s’ex­pri­mer dans les élec­tions, pas dans les son­dages ».

C’est vrai. En prin­cipe, sauf à vivre dans le chaos de la démo­cra­tie d’o­pi­nion, les scru­tins font foi bien plus que les son­dages. Mais en prin­cipe aus­si, le pou­voir exé­cu­tif fran­çais se situe à l’É­ly­sée et à Mati­gnon (Paris, France), et non dans le bâti­ment du Ber­lay­mont (Bruxelles, Bel­gique). Sauf à vivre dans le chaos de la démo­cra­tie congédiée.

Évi­dem­ment, si les choses en sont là, et Mos­co­vi­ci le dit fort bien, c’est en rai­son « des trai­tés que les gou­ver­ne­ments et les Par­le­ments de l’U­nion euro­péenne, à com­men­cer par celui de la France, ont signés ». C’est là l’ar­gu­ment dont les euro­péistes se pré­valent sans cesse, car il n’y a plus que ça en maga­sin. Au pas­sage, ils se hâtent d’ou­blier que le der­nier des trai­tés, celui de Lis­bonne, a tout de même néces­si­té pour être signé que l’on s’as­soie en 2005 sur les résul­tats de deux réfé­ren­dums, le néer­lan­dais et le fran­çais. Tout comme on s’est assis sur le résul­tat de la consul­ta­tion grecque de juillet 2015. Autre­ment, c’é­tait début du détri­co­tage de la zone euro.

Au sujet du mou­ve­ment social actuel­le­ment en cours, Myriam El Khom­ri a eu ces mots très contes­tés : « il n’est pas ques­tion que l’é­co­no­mie de notre pays soit prise en otage ». Ils sont pour­tant incon­tes­tables : l’é­co­no­mie de notre pays est, depuis long­temps, en situa­tion de cap­ti­vi­té. Sim­ple­ment, les ran­çon­neurs ne sont pas for­cé­ment ceux que l’on croit.

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On rap­pelle que la presse patro­nale (pléo­nasme), experte de l’in­ver­sion accu­sa­toire, ose trai­ter « d’ex­trême droite » tous ceux qui résistent à ce néo­fas­cisme qu’est l’UE, tous ceux qui défendent la sou­ve­rai­ne­té popu­laire et nationale.

Je rap­pelle deux ou trois choses que je dis sur ce sujet depuis onze ans :

httpv://youtu.be/7EhbGQUoy5o

httpv://youtu.be/8Ak-gFFhJ70

httpv://youtu.be/fEwCJEbJ9Pc
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Citons aus­si ces aveux impor­tants, publiés par Fakir et Là-bas et qu’il faut connaître : dès avril 2012, avant l’é­lec­tion de Hol­lande, les euro­crates savaient que le pro­chain élu ne pour­rait pas faire autre­ment que détruire les diverses pro­tec­tions des sala­riés (notam­ment le CDI, mais pas seule­ment) ; l’UE est un piège anti­so­cial, vou­lu comme tel par ceux qui le défendent :

httpv://youtu.be/4jXmdF8MjNo
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Rap­pe­lons enfin les expli­ca­tions par Gérard Filoche de la catas­trophe en cours pour tous les sala­riés du pays : pour com­prendre l’im­por­tance cru­ciale, intime, quo­ti­dienne, pour nous tous du Code du tra­vail, et pour réa­li­ser que c’est sa des­truc­tion qui est pro­gram­mée par la loi « El Khomry » :

httpv://youtu.be/c3Bd-0q4sas

httpv://youtu.be/rWTFUPFVwtE

Voir aus­si ce lien (impor­tante expli­ca­tion) : http://​rmc​.bfmtv​.com/​e​m​i​s​s​i​o​n​/​p​r​o​j​e​t​–​d​e​–​l​o​i​–​e​l​–​k​h​o​m​r​i​–​g​e​r​a​r​d​–​f​i​l​o​c​h​e​–​p​s​–​m​i​l​i​t​e​–​p​o​u​r​–​u​n​e​–​g​r​e​v​e​–​g​e​n​e​r​a​l​e​–​9​5​3​5​3​3​.​h​tml

Et enfin ce très bon plaidoyer :

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PS : scan­dale abso­lu, quand on y pense :
De jeunes tech­no­crates de l’U­nion Euro­péenne dictent la poli­tique de la France
httpv://youtu.be/uTinsboWJaM

10 rai­sons qui imposent de quit­ter l’U­nion Euro­péenne – Fran­çois Asse­li­neau (UPR) :
httpv://youtu.be/ycfOvIZC3Rc

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Il n’y a que nous
pour défendre le Code du travail,
personnellement,
maintenant.

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​2​1​5​9​1​6​4​4​7​317

Formidable « étincelle zapatiste »

Vous allez aimer étu­dier ces expé­riences popu­laires au Chia­pas, je suis sûr, bande de virus démocratiques 🙂

Pre­mière approche, le résu­mé de Wikipédia :

« On peut consi­dé­rer l’au­to­no­mie zapa­tiste comme une forme d’au­to­gou­ver­ne­ment per­met­tant l’exer­cice d’une démo­cra­tie radi­cale (ou tout sim­ple­ment, d’une démo­cra­tie au sens plein du terme, dans laquelle le peuple exerce lui-même les tâches de gouvernement).

Il ne s’a­git donc en aucun cas d’une auto­no­mie enten­due au sens d’une simple décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs d’État, comme c’est sou­vent le cas dans les pays européens.

Il s’a­git de la construc­tion d’une autre réa­li­té sociale et poli­tique, dans une pers­pec­tive anti­sys­té­mique. Comme dit l’un des membres d’un Conseil de bon gouvernement,

« l’au­to­no­mie est la construc­tion d’une nou­velle vie »

L’au­to­gou­ver­ne­ment implique que, peu à peu et de manière rota­tive, l’en­semble de la popu­la­tion par­ti­cipe aux tâches d’or­ga­ni­sa­tion de la vie collective.

La poli­tique cesse alors d’ap­pa­raître comme une acti­vi­té de « spé­cia­listes » ; elle est, lit­té­ra­le­ment, la chose de tous.

L’un des prin­cipes aux­quels se réfèrent les zapa­tistes est le man­dar obe­de­cien­do (gou­ver­ner en obéis­sant). Cet énon­cé para­doxal éloigne de la concep­tion habi­tuelle du pou­voir : celui qui exerce une charge de gou­ver­ne­ment doit le faire en obéis­sant à ceux qu’il doit « diriger ».

Pour­tant, le man­dar obe­de­cien­do n’im­plique pas une concep­tion stric­te­ment hori­zon­tale de l’or­ga­ni­sa­tion col­lec­tive (qui sup­po­se­rait que les assem­blées puissent être consul­tées en per­ma­nence et consti­tuent la seule source d’i­ni­tia­tive collective).

Au contraire, ceux à qui l’on confie des charges émi­nentes au sein des Conseils de bon gou­ver­ne­ment, s’ils doivent consul­ter les assem­blées autant que pos­sible, jouent néan­moins un rôle par­ti­cu­lier, parce qu’ils doivent par­fois prendre des déci­sions urgentes et parce qu’ils ont le devoir de pro­po­ser des ini­tia­tives pour amé­lio­rer en per­ma­nence l’or­ga­ni­sa­tion de la vie collective.

Enfin, lorsque les déci­sions ont été prises, à tra­vers le méca­nisme com­plexe de consul­ta­tion déjà indi­qué, les auto­ri­tés ont aus­si le devoir de faire res­pec­ter ce qui a été col­lec­ti­ve­ment décidé :

« l’au­to­ri­té com­mande sans don­ner d’ordre parce qu’elle le fait en obéis­sant aux citoyens… Celui qui com­mande doit obéir, mais les citoyens doivent aus­si obéir à ce que dit l’au­to­ri­té », explique un membre des Conseils.

Le « man­dar obe­de­cien­do » se décline en plu­sieurs prin­cipes dont le res­pect contri­bue à lut­ter contre la dis­so­cia­tion des gou­ver­nants d’a­vec le monde des gou­ver­nés (notam­ment « ser­vir et non se ser­vir », « convaincre et non vaincre », « pro­po­ser et non imposer »).

Comme l’ex­pliquent les zapa­tistes, l’au­to­no­mie consiste à « décou­vrir que nous sommes capables de nous gou­ver­ner nous-mêmes ».

Ce prin­cipe va rigou­reu­se­ment à l’en­contre de la sépa­ra­tion entre gou­ver­nants et gou­ver­nés, qui est au fon­de­ment de l’État moderne. En ce sens, l’ex­pé­rience zapa­tiste sug­gère la pos­si­bi­li­té d’ins­tau­rer des formes non éta­tiques de gouvernement. »

Source : wiki­pe­dia https://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​Z​a​p​a​t​i​sme

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J’en­tends par­ler depuis 10 ans du Chia­pas et du sous-com­­man­­dant Mar­cos, bien sûr, et je sais depuis long­temps que je devrais l’é­tu­dier comme il faut. Mais il a fal­lu que je lise ce long et très inté­res­sant papier dans Bal­last — où Fré­dé­ric Lor­don est sévè­re­ment cri­ti­qué — pour com­men­cer vrai­ment ce tra­vail (tout arrive) :

[Pas­sion­nant]« Lor­don au Chiapas »
http://​www​.revue​-bal​last​.fr/​f​r​e​d​e​r​i​c​–​l​o​r​d​o​n​–​a​u​–​c​h​i​a​p​as/
Texte inédit pour le site de Ballast

Fré­dé­ric Lor­don, que nous avions lon­gue­ment inter­ro­gé pour le troi­sième numé­ro de notre revue papier, est l’un des pen­seurs radi­caux les plus sti­mu­lants de cette der­nière décen­nie. Éco­no­miste et phi­lo­sophe, il fer­raille contre ce qu’il tient pour des impasses, dans les rangs de l’é­man­ci­pa­tion : l’eu­ro­péisme béat, l’in­ter­na­tio­na­lisme incan­ta­toire et le consen­sus démo­cra­tique. Son der­nier ouvrage, Impe­rium, cible notam­ment la tra­di­tion liber­taire : si l’in­tel­lec­tuel mar­xiste loue cer­tains de ses traits, il n’en mord pas moins aux mol­lets anar­chistes en jurant de sa can­deur incon­sé­quente. Une vieille que­relle poli­tique : Marx et Prou­dhon avaient ouvert le bal fra­tri­cide il y a main­te­nant deux siècles de cela. Les liber­taires, c’est de bonne guerre, ne consentent pas à tendre l’autre joue : c’est ain­si que l’his­to­rien Jérôme Baschet, auteur d’ou­vrages de réfé­rence sur le zapa­tisme, entend décons­truire, par ce copieux article, le der­nier ouvrage de Fré­dé­ric Lor­don en s’ap­puyant sur l’ex­pé­rience révo­lu­tion­naire et auto­no­miste mexi­caine. Mais Baschet assure ne pas s’ins­crire dans une énième que­relle de cha­pelles ou d’ego entre intel­lec­tuels : assu­mer les ten­sions est la pre­mière étape pour avan­cer ensemble. Un dia­logue fruc­tueux — à condi­tion, hélas, d’en maî­tri­ser les contours. ☰  Par Jérôme Baschet


Débattre d’Impe­rium1, le der­nier ouvrage de Fré­dé­ric Lor­don, est cer­tai­ne­ment utile, tant la ligne de cli­vage entre l’op­tion anti-éta­­tique à laquelle il s’en prend et l’op­tion éta­tique qu’il défend divise pro­fon­dé­ment. À l’ad­ver­saire qu’il se donne – la « pen­sée liber­taire » –, F. Lor­don prête quatre carac­té­ris­tiques : un idéal d’ho­ri­zon­ta­lisme abso­lu, la croyance en une nature humaine idéa­le­ment bonne, le carac­tère inné­ces­saire de l’État, un inter­na­tio­na­lisme uni­ver­sa­liste. Impe­rium a pour objec­tif de saper ces posi­tions. De les dégri­ser. Dégri­ser l’ho­ri­zon­ta­lisme : le social est néces­sai­re­ment ver­ti­cal. Dégri­ser l’an­ti-éta­tisme : il y aura tou­jours de l’État. Dégri­ser l’u­ni­ver­sa­lisme : il y a et il y aura tou­jours des appar­te­nances par­ti­cu­lières. Dégri­ser le « rous­seauisme » : il y a et il y aura de la ser­vi­tude pas­sion­nelle, de sorte que l’é­man­ci­pa­tion ne pour­ra être qu’in­com­plète. Avant d’a­bor­der ces quatre points de dis­cus­sion, on pour­ra rele­ver que la manière de construire l’ad­ver­saire – cette pen­sée par­fois qua­li­fiée de « libé­­rale-liber­­taire » – est pour le moins cava­lière, mal­gré quelques hom­mages ponc­tuels. Or, lors­qu’on pré­tend pro­po­ser une avan­cée à par­tir d’une réduc­tion des idées que l’on récuse à une cari­ca­ture d’elles-mêmes, on risque de ne pro­duire soi-même que la cari­ca­ture inverse de celle que l’on s’est faus­se­ment don­né comme adver­saire. Par ailleurs, et même si on ne peut négli­ger le fait que la conclu­sion affiche une claire détes­ta­tion de l’État dans sa forme actuelle (à quelques pru­dences préa­lables près, « État du capi­tal » dont il n’y a rien à faire d’autre que de cher­cher à « s’en débar­ras­ser » ; p. 318), l’é­la­bo­ra­tion sophis­ti­quée que F. Lor­don engage sous la ban­nière du spi­no­zisme se situe sur un plan réso­lu­ment abs­trait, écar­tant presque toute ana­lyse his­to­rique spé­ci­fique, pour s’en tenir à une sai­sie des impli­ca­tions poli­tiques des confi­gu­ra­tions pas­sion­nelles carac­té­ris­tiques d’une « nature humaine » (heu­reu­se­ment en par­tie modifiable).

« Dégri­ser l’an­ti-éta­tisme : il y aura tou­jours de l’État. Dégri­ser l’u­ni­ver­sa­lisme : il y a et il y aura tou­jours des appar­te­nances particulières. »

Dans ce contexte de haute abs­trac­tion, l’ex­pé­rience zapa­tiste fait par­tie des rares ancrages concrets aux­quels quelques pages sont consa­crées, avec sans doute pour inten­tion de prendre à contre-pied ses sym­pa­thi­sants : « Le Chia­pas [on sup­po­se­ra que le terme désigne la lutte zapa­tiste, à laquelle la géo­po­li­tique chia­pa­nèque ne se réduit pas, ndla] pré­sente les attri­buts… d’une struc­ture éta­tique » ; il est « une nation » (p. 131–132). On pour­rait s’a­mu­ser d’un dis­cours qui, éla­bo­ré si loin de son objet, ne craint pas, pour autant, d’as­sé­ner des sen­tences défi­ni­tives. Mais on pré­fé­re­ra prendre ces quelques para­graphes comme un hom­mage (iro­nique, mais qu’im­porte !) adres­sé à une expé­rience qui consti­tue l’un des rares points d’ap­pui poten­tiels accor­dés à l’ad­ver­saire dési­gné d’Impe­rium. Et puisque « le Chia­pas » s’est invi­té dans le débat, je me pro­pose de faire de l’au­to­no­mie zapa­tiste le ter­rain concret à par­tir duquel mettre à l’é­preuve la concep­tua­li­sa­tion lor­don­nienne2.

Une verticalité fourre-tout

À l’ad­ver­saire construit pour les besoins de sa cause et répu­té confit dans un idéal d’ho­ri­zon­ta­li­té poli­tique par­faite, F. Lor­don oppose une indé­pas­sable ver­ti­ca­li­té. Mais son pro­pos repose sur un enchaî­ne­ment logique per­ni­cieux, un usage biai­sé du terme « ver­ti­ca­li­té » et une notion confuse de la hié­rar­chie. C’est dans la consti­tu­tion même du social que le cha­pitre 2 ins­crit le carac­tère néces­saire de la ver­ti­ca­li­té. En bon dur­khei­mien, F. Lor­don rap­pelle que le social est plus qu’une col­lec­tion d’in­di­vi­dus et qu’il implique une cohé­sion qui ne sau­rait dépendre uni­que­ment des enga­ge­ments volon­taires ou des liens inter­per­son­nels. C’est ce qu’il nomme « l’ex­cé­dence du social » (du tout sur les par­ties), prin­cipe oppo­sé à une concep­tion contrac­tua­liste de l’or­ga­ni­sa­tion col­lec­tive (p. 60–62). Certes, l’ex­cé­dence du social ne relève pas d’une trans­cen­dance tom­bée du ciel mais d’une « trans­cen­dance imma­nente » qui pro­cède du plis­se­ment du social sur lui-même : c’est par « le tra­vail de sa propre puis­sance » que « la mul­ti­tude deve­nue com­mu­nau­té… s’est adjointe une nou­velle dimen­sion : la ver­ti­ca­li­té » (p. 67). Magie de la géo­mé­trie lor­do­nienne : l’é­pais­seur du plan plis­sé devient « nappe » et la ver­ti­ca­li­té est ce sup­plé­ment qui fait sor­tir d’une vision trop plate du col­lec­tif, com­pri­mé en deux dimen­sions, pour lui adjoindre cette mer­veilleuse troi­sième dimen­sion qui lui manquait…

(CC César Bojórquez)

Mais per­ni­cieuse géo­mé­trie tout de même, car si l’on peut bien accep­ter le prin­cipe de l’ex­cé­dence du social, rien n’o­blige à l’as­so­cier à la méta­phore de la ver­ti­ca­li­té. Tout le nœud de l’af­faire est là, dans le fait de lais­ser s’ins­tau­rer une confu­sion, aux consé­quences consi­dé­rables, entre l’ex­cé­dence du social consti­tué méta­pho­ri­que­ment en ver­ti­ca­li­té et l’exis­tence de rap­ports sociaux de domination/subordination. De fait, Impe­riumrepose sur un enchaî­ne­ment entre excé­dence du social, ver­ti­ca­li­té hié­rar­chique et, on le ver­ra plus loin, cap­ture éta­tique de la puis­sance de la mul­ti­tude. Dans la mesure où cette séquence est, le plus sou­vent, pré­sen­tée comme néces­saire, domi­na­tion et hié­rar­chie appa­raissent comme inhé­rentes à l’ordre du social. Or, tout ceci repose sur une fâcheuse impré­ci­sion : par elle-même, l’ex­cé­dence du social n’im­plique aucun rap­port de subor­di­na­tion entre les membres du col­lec­tif ; elle ne fait que pla­cer au-des­­sus deux tous un prin­cipe géné­ral (que l’on peut, dans un voca­bu­laire ins­pi­ré de Spi­no­za, nom­mer « puis­sance de la mul­ti­tude »). Cet au-des­­sus d’eux tous ne fait pas, par lui-même, sor­tir d’un rap­port d’é­ga­li­té entre les membres du col­lec­tif. Il n’y a donc aucune rela­tion néces­saire entre l’ex­cé­dence du social et la for­ma­tion d’une appro­pria­tion dif­fé­ren­ciée de la puis­sance, condui­sant à la conso­li­da­tion d’une hié­rar­chie entre les hommes. Que les formes his­to­ri­que­ment attes­tées de l’ex­cé­dence du social soient le plus sou­vent asso­ciées à l’exis­tence d’un pou­voir sépa­ré est évident, mais cela ne jus­ti­fie en aucun cas l’o­pé­ra­tion qui consiste à confondre par prin­cipe, d’une part, la sup­po­sée ver­ti­ca­li­té du rap­port entre les hommes et les prin­cipes du col­lec­tif auquel ils appar­tiennent et, d’autre part, la ver­ti­ca­li­té (effec­ti­ve­ment hié­rar­chique) qui peut s’ins­tau­rerentre les hommes eux-mêmes.

« L’ex­pé­rience zapa­tiste est étroi­te­ment liée à une orga­ni­sa­tion, l’EZLN, qui garde, aujourd’­hui encore, un carac­tère ver­ti­cal qu’elle n’a du reste jamais cher­ché à cacher. »

Un tel tour de passe-passe ne fait guère hon­neur à une volon­té démons­tra­tive qui, par ailleurs, s’emploie à impres­sion­ner par un luxe de raf­fi­ne­ments savants. S’a­gis­sant de la notion de com­mun, cela tourne à la pres­ti­di­gi­ta­tion3. Voi­là en effet le com­mun com­mué en ver­ti­ca­li­té, en domi­na­tion des hommes sur eux-mêmes. C’est un « com­mun au-des­­sus de ses par­ties », car toute « forme de vie com­mune… est un com­mun de rang supé­rieur » (p. 220). À moins de n’é­non­cer qu’un truisme, on confond là, comme dans l’o­pé­ra­tion men­tion­née aupa­ra­vant, deux moda­li­tés du « au-des­­sus », ce qui est bien fâcheux, car les consé­quences poli­tiques de cha­cune d’elles sont radi­ca­le­ment dif­fé­rentes. Un exemple encore : la conclu­sion du livre affirme que l’ho­ri­zon­ta­li­té voue toute com­mu­nau­té à l’ins­ta­bi­li­té et qu’au­cune ne peut durer si ce n’est « par le tra­vail d’une ver­ti­ca­li­té cachée, ou déniée. Par exemple, un lea­der cha­ris­ma­tique ou un gou­rou domi­na­teur. Ou bien, mais c’est encore un opé­ra­teur de ver­ti­ca­li­té, la force d’un affect com­mun consti­tu­tif d’une forme de vie ». On aura la cha­ri­té de sup­po­ser que F. Lor­don fait quelque dif­fé­rence entre affect com­mun et gou­rou domi­na­teur, mais il n’en reste pas moins que, du point de vue du prin­cipe même de la ver­ti­ca­li­té tel qu’il l’é­nonce, leur por­tée est iden­tique. On voit là à quelle per­ver­sion conduisent le glis­se­ment concep­tuel signa­lé et le pos­tu­lat selon lequel le social est, en son essence, verticalité.

Enga­geons main­te­nant un pre­mier « test » à l’é­preuve du Chia­pas. Vu le ren­ver­se­ment ana­ly­tique que F. Lor­don met en scène, celui-ci devrait être, pour ses arti­sans et par­ti­sans, l’É­den de l’ho­ri­zon­ta­lisme. Les choses sont pour­tant net­te­ment moins simples. En pre­mier lieu, l’ex­pé­rience zapa­tiste est étroi­te­ment liée à une orga­ni­sa­tion, l’EZLN, qui, pour avoir été capable d’as­su­mer une dyna­mique d’au­to-trans­for­ma­tion pro­fonde, n’en garde pas moins, aujourd’­hui encore, un carac­tère ver­ti­cal (au sens strict du terme) qu’elle n’a du reste jamais cher­ché à cacher4. Éga­le­ment recon­nue est l’in­te­rac­tion, en grande par­tie indue, entre les ins­tances civiles de l’au­to­no­mie et cette même struc­ture ver­ti­cale5. On peut, comme Gus­ta­vo Este­va, célé­brer le trans­fert pro­gres­sif par lequel la direc­tion poli­­ti­­co-mili­­taire de l’EZLN res­ti­tue à ses membres civils le pou­voir qui lui avait été confié6  ; mais force est d’ad­mettre que ce pro­ces­sus n’est pas ache­vé et qu’il implique des ten­sions très concrètes, dont il serait loi­sible d’a­na­ly­ser des exemples pré­cis, entre des habi­tudes où l’in­té­rio­ri­sa­tion de la hié­rar­chie joue un cer­tain rôle et des atti­tudes exi­geant une pra­tique plus accom­plie de l’autonomie.

© Moy­sés Zúñi­ga Santiago

On revien­dra plus loin sur le fonc­tion­ne­ment des ins­tances auto­nomes zapa­tistes, mais on peut déjà tirer quelques remarques du prin­cipe dont elles se réclament, le « man­dar obe­de­cien­do », expli­ci­té par les modestes pan­neaux qu’on découvre en entrant dans les ter­ri­toires rebelles : « Ici, le peuple com­mande et le gou­ver­ne­ment obéit. » La manière dont les zapa­tistes expliquent ce prin­cipe et sa mise en pra­tique devrait suf­fire à décou­ra­ger toute lec­ture pure­ment « hori­zon­ta­liste » (si, par là, on entend le pri­mat abso­lu des assem­blées et le fait que le pou­voir de déci­sion soit en per­ma­nence éga­le­ment par­ta­gé par tous). Certes, exer­cer des charges (car­gos) dans les ins­tances de gou­ver­ne­ment en pra­ti­quant le man­dar obe­de­cien­do écarte la rela­tion de pou­­voir-sur qui carac­té­rise la logique de l’ap­pa­reil d’É­tat, en tant que méca­nisme pro­gram­mé en vue du des­sai­sis­se­ment de la capa­ci­té col­lec­tive de déci­sion. Mais le man­dar obe­de­cien­do ne peut pas non plus être ana­ly­sé comme simple hori­zon­ta­li­té, car si les conseils de gou­ver­ne­ment doivent consul­ter lar­ge­ment et suivre ce que demandent les com­mu­nau­tés, il lui revient aus­si d’ap­pli­quer et faire res­pec­ter ce qui a été déci­dé au terme de la déli­bé­ra­tion col­lec­tive, ou encore lorsque l’ur­gence oblige à prendre des mesures sans pou­voir consul­ter7.

« Des femmes et des hommes, au Chia­pas et ailleurs, œuvrent concrè­te­ment et quo­ti­dien­ne­ment à inven­ter des formes poli­tiques qui ren­voient au musée des anti­qui­tés la sté­rile oppo­si­tion d’un hori­zon­ta­lisme idyl­lique et d’un ver­ti­ca­lisme détestable. »

En outre, un rôle spé­ci­fique d’i­ni­tia­tive et d’im­pul­sion estre­con­nu à ceux qui assument tem­po­rai­re­ment le sta­tut d’au­to­ri­té : « Tout n’est pas tou­jours hori­zon­tal. Tout ne vient pas du peuple. Il y a une par­tie ver­ti­cale, qui vient des auto­ri­tés, mais qui agit comme repré­sen­tant. Il faut que quel­qu’un prenne les ini­tia­tives. Mais la déci­sion, oui, elle est prise par le peuple »8. Plu­tôt que comme une totale hori­zon­ta­li­té qui court le risque de se dis­soudre par manque d’i­ni­tia­tives ou de capa­ci­tés à les concré­ti­ser, l’ex­pé­rience zapa­tiste – telle qu’elle s’est déve­lop­pée jus­qu’à pré­sent – invite à com­prendre le man­dar obe­de­cien­do comme arti­cu­la­tion de deux prin­cipes : d’une part, la capa­ci­té de déci­der réside pour l’es­sen­tiel non dans les ins­tances de gou­ver­ne­ment mais dans les assem­blées, en leurs dif­fé­rents niveaux ; de l’autre, on recon­naît à ceux qui assument une charge de gou­ver­ne­ment (de manière rota­tive et révo­cable) une fonc­tion spé­ci­fique dans le pro­ces­sus d’é­la­bo­ra­tion des déci­sions, ce qui ne va pas sans ouvrir le double risque d’une défi­cience ou d’un excès dans l’exer­cice de ce rôle. On ajou­te­ra, pour finir sur ce point, que ni la pen­sée liber­taire9 (ou anti-éta­­tique) ni les pra­tiques qui lui cor­res­pondent ne sont néces­sai­re­ment le règne de l’ho­ri­zon­ta­lisme béat que, de très loin, ima­gine F. Lor­don. De ce fait, celui-ci bataille un peu inuti­le­ment contre les mou­lins à vent de ses propres fan­tasmes. Pen­dant ce temps, des femmes et des hommes, au Chia­pas et ailleurs, œuvrent concrè­te­ment et quo­ti­dien­ne­ment à inven­ter des formes poli­tiques qui ren­voient au musée des anti­qui­tés la sté­rile oppo­si­tion d’un hori­zon­ta­lisme idyl­lique et d’un ver­ti­ca­lisme détestable.

Un État (trop) général

La forme actuelle de l’É­tat n’est assu­ré­ment pas la seule pos­sible et c’est, très logi­que­ment, que F. Lor­don pose la néces­si­té d’un concept de l’É­tat qui ne se limite pas à ce cas par­ti­cu­lier. Pour lui, ce sera l’État géné­ral. Mais ne passe-t-on pas alors d’une signi­fi­ca­tion trop spé­ci­fique à un concept d’une por­tée si large qu’il en perd l’es­sen­tiel de sa per­ti­nence ? En tout cas – et il faut y insis­ter –, l’É­tat géné­ral lor­don­nien ne sau­rait être confon­du avec l’É­tat au sens habi­tuel du terme : ce serait donc un grave mal­en­ten­du que de réfé­rer au second ce qu’Impe­rium dit du pre­mier. Ain­si, affir­mer que « le Chia­pas » a recons­ti­tué un État pour­rait être contes­té s’il était ques­tion de l’É­tat au sens cou­rant, mais c’est l’É­tat géné­ral qui est dis­cu­té dans ces pages, de sorte qu’il n’y a là guère plus qu’une évi­dence, puisque tout le poli­tique est englo­bé sous la notion d’É­tat général.

(DR)

Celle-ci est assu­mée comme une caté­go­rie poli­tique limite. Elle plonge dans l’in­fra-poli­tique, puis­qu’elle n’est rien d’autre que la puis­sance de la mul­ti­tude, c’est-à-dire le social enten­du dans son excé­dence. Mais elle est, en même temps, une caté­go­rie véri­ta­ble­ment poli­tique, car c’est de là que les ins­ti­tu­tions poli­tiques tirent leur matière. « Ce droit que défi­nit la puis­sance de la mul­ti­tude » est ce que Spi­no­za nomme « impe­rium » et que F. Lor­don choi­sit de tra­duire par « État géné­ral ». Il est donc « le pou­voir qu’a la mul­ti­tude de s’au­to-affec­ter », mais aus­si la cap­ture éta­tique et la for­ma­tion d’un appa­reil de domi­na­tion. Ain­si, « la struc­ture élé­men­taire de la poli­tique qu’est l’impe­rium (l’au­to-affec­ta­tion de la mul­ti­tude) voue le corps poli­tique à expé­ri­men­ter la cap­ture – cap­ture interne par une de ses par­ties qui se subor­donne la masse des autres » (p. 197). Diantre ! Il y aurait donc un enchaî­ne­ment fatal condui­sant de la nature même du social à la ver­ti­ca­li­té de l’ex­cé­dence et, de là, à la cap­ture de la sou­ve­rai­ne­té col­lec­tive au béné­fice d’une domi­na­tion poli­tique exer­cée par certains.

« L’É­tat dans sa forme actuelle n’est bien sûr qu’une forme spé­ci­fique d’une réa­li­té plus ample – non de l’É­tat géné­ral, mais bien plu­tôt de l’É­tat en général. »

Cette même construc­tion notion­nelle per­met éga­le­ment, par exemple, d’af­fir­mer que les socié­tés sans État, étu­diées par Pierre Clastres, sont en fait des socié­tés à État (géné­ral). Mais, outre que la thèse la plus sin­gu­lière de ce der­nier (l’exis­tence de méca­nismes visant à contrer la pos­si­bi­li­té d’une dérive éta­tique) est esqui­vée – sans doute parce qu’elle cadre mal avec l’an­gé­lisme sup­po­sé de la pen­sée liber­taire –, son pro­pos cen­tral n’est nul­le­ment démen­ti. Car en quoi consiste cet Étatgéné­ral dont la décou­verte devrait désen­chan­ter le rêve pri­mi­ti­viste ? Réponse : il est « la force morale du groupe capable de domi­ner tous les membres du groupe et de s’im­po­ser à eux » (p. 126). Assu­ré­ment. Mais, répé­­tons-le, quelle que soit la capa­ci­té d’en­vou­te­ment du voca­bu­laire lor­don­nien, l’É­tat géné­ral n’est pas l’É­tat et Lor­don, com­men­ta­teur de Clastres, ne peut que lui concé­der, comme en pas­sant, l’es­sen­tiel : il n’y a pas, chez les Gua­ra­ni, « d’ap­pa­reil éta­tique sépa­ré ». Ce qui ne l’empêche pas – et c’est bien ce qui peut paraître extra­va­gant – d’af­fir­mer que ces socié­tés « sont tout aus­si [je sou­ligne, ndla] ver­ti­ca­li­sées que les autres » (p. 128). Le concept lor­don­nien de ver­ti­ca­li­té comme celui d’É­tat géné­ral marquent ain­si leur inef­fi­ca­ci­té, dès lors qu’ils auto­risent à ne pas faire de dif­fé­rence – en essence, du point de vue de cette ver­ti­ca­li­té qui reste tou­jours la même – entre la chef­fe­rie sans pou­voir et, disons, l’ab­so­lu­tisme de droit divin. On peut alors sup­po­ser qu’en bonne géo­mé­trie lor­don­nienne une orga­ni­sa­tion col­lec­tive fon­dée sur le man­dat impé­ra­tif et révo­cable sera, elle aus­si, « tout aus­si ver­ti­ca­li­sée » qu’une dic­ta­ture mili­taire. On retrouve ici le pro­blème sou­le­vé au point pré­cé­dent : de même que l’u­sage qui est fait du concept de ver­ti­ca­li­té per­met de confondre excé­dence du social et rap­ports de domi­na­tion, celui d’É­tat géné­ral sub­sume la puis­sance de la mul­ti­tude en tant qu’elle s’exerce sur elle-même et la cap­ture de cette puis­sance au pro­fit d’un appa­reil sépa­ré ou d’un groupe par­ti­cu­lier. Est obli­té­rée la dif­fé­ren­cia­tion pour­tant déci­sive entre la « puis­sance de tous », vis-à-vis de laquelle cha­cun peut être dans un rap­port équi­valent, et le pou­­voir-sur, véri­table rap­port de domi­na­tion entre les hommes.

Dans les der­nières pages, F. Lor­don affirme, à juste titre, que se débar­ras­ser de l’É­tat du capi­tal n’est pas se débar­ras­ser « de l’É­tat tout court – de l’É­tat en géné­ral » (p. 318). Lui, si soi­gneux dans l’emploi des mots, ne dit pas ici l’É­tat géné­ral, mais l’É­tat en géné­ral. Serait-ce qu’au stade des conclu­sions, il convient de faire valoir qu’elles s’ap­pliquent à quelque chose de plus que l’É­tat géné­ral ? Le lap­sus est cepen­dant bien­ve­nu et il invite à se sai­sir de cette dis­tinc­tion entre État géné­ral et État en géné­ral, dont l’ab­sence, dans l’ou­vrage, est peut-être ce qui auto­rise une constante équi­voque. L’É­tat dans sa forme actuelle n’est bien sûr qu’une forme spé­ci­fique d’une réa­li­té plus ample – non de l’É­tat géné­ral, mais bien plu­tôt de l’É­tat en géné­ral. L’É­tat géné­ral de F. Lor­don, c’est le poli­tique dans son ensemble10, c’est l’or­ga­ni­sa­tion de la puis­sance de tous. Quant à l’É­tat en géné­ral (au sens habi­tuel du terme), c’est ce qu’A­lexandre Mathe­ron qua­li­fie de « confis­ca­tion par les diri­geants de la puis­sance col­lec­tive de leurs sujets » (cité p. 111) ou ce que F. Lor­don lui-même iden­ti­fie comme « cap­ta­tion [de la sou­ve­rai­ne­té] en un appa­reil sépa­ré » (p. 336), pla­çant « des gou­ver­nants au-des­­sus des gou­ver­nés » (p. 198–9).

© Mario Marlo

Au total, la construc­tion d’Impe­rium a ceci de per­ni­cieux qu’elle occulte l’en­jeu majeur d’une poli­tique de l’é­man­ci­pa­tion, dont le sou­ci devrait être de tra­cer une ligne de front entre les formes de domi­na­tion éta­tique et les formes non éta­tiques du poli­tique et, tout par­ti­cu­liè­re­ment, de nous aider à affi­ner l’a­na­lyse de la zone-fron­­tière – tout sauf étanche ! – qui les sépare. Au contraire, F. Lor­don noie le pois­son de l’É­tat (en géné­ral) dans l’o­céan du poli­tique (l’É­tat géné­ral). La démarche serait fon­dée s’il démon­trait que le second conduit de manière abso­lu­ment néces­saire au pre­mier. C’est ce qu’on croit par­fois com­prendre, mais mal­gré tous les efforts déployés pour éta­blir un conti­nuum de l’un à l’autre et jouer de glis­se­ments subrep­tices, Impe­rium ne par­vient à éta­blir ni iden­ti­té ni enchaî­ne­ment fatal entre eux. On en conclu­ra que les thèses lor­don­niennes rela­tives à l’É­tat géné­ral ne peuvent, par elles-mêmes, s’ap­pli­quer à l’É­tat en géné­ral que par une cou­pable absence de dis­cer­ne­ment conceptuel.

« L’au­to­no­mie zapa­tiste mêle une extrême humi­li­té (le siège d’un conseil de bon gou­ver­ne­ment, c’est une petite mai­son en bois, une table et des bancs, quelques éta­gères et tout juste un ordi­na­teur) et une rela­tive com­plexi­té, qui met en jeu des inter­ac­tions entre ins­tances multiples. »

C’est pré­ci­sé­ment l’ex­pé­ri­men­ta­tion de formes poli­tiques non éta­tiques que l’au­to­no­mie zapa­tiste nous invite à explo­rer. Celle-ci mêle une extrême humi­li­té (le siège d’un conseil de bon gou­ver­ne­ment, c’est une petite mai­son en bois, une table et des bancs, quelques éta­gères et tout juste un ordi­na­teur) et une rela­tive com­plexi­té, qui met en jeu des inter­ac­tions entre ins­tances mul­tiples, ain­si qu’une l’ar­ti­cu­la­tion d’é­chelles dif­fé­rentes : la com­mu­nau­té (le vil­lage), la com­mune (l’é­qui­valent d’un can­ton) et la zone (les ter­ri­toires zapa­tistes en com­portent cinq, ayant cha­cune une exten­sion ter­ri­to­riale com­pa­rable à celle d’un dépar­te­ment). À chaque niveau, inter­agissent une assem­blée et des auto­ri­tés élues pour deux ou trois ans (agents com­mu­nau­taires, conseil muni­ci­pal, conseil de bon gou­ver­ne­ment). Les confi­gu­ra­tions sont dif­fé­rentes à chaque niveau et posent des ques­tions spé­ci­fiques, de sorte qu’on échappe ici au « para­lo­gisme sca­laire » consis­tant, selon F. Lor­don (p. 74), à pen­ser que les pro­blèmes poli­tiques se posent de la même manière à toutes les échelles. Ain­si, au niveau du vil­lage, l’in­te­rac­tion entre agent et assem­blée com­mu­nau­taire est étroite et presque constante. Le rôle du pre­mier est d’au­tant plus cir­cons­crit que la seconde se réunit aisé­ment et même rapi­de­ment, dès qu’un pro­blème exige dis­cus­sion col­lec­tive. Pour autant, l’agent n’en rem­plit pas moins un rôle spé­ci­fique, quoique res­treint : outre le sui­vi des déci­sions de l’as­sem­blée, sa capa­ci­té d’i­ni­tia­tive peut être vitale et son auto­ri­té lui confère la pos­si­bi­li­té d’exer­cer une influence par­ti­cu­lière sur la manière de trai­ter cer­taines ques­tions. À l’é­chelle de la zone, la situa­tion est dif­fé­rente. L’as­sem­blée se réunit moins aisé­ment (tous les deux ou trois mois, ou pour des rai­sons extra­or­di­naires) et la diver­si­té des déci­sions qu’il revient au conseil de bon gou­ver­ne­ment d’as­su­mer aug­mente. Tou­te­fois, pour les ques­tions les plus impor­tantes, notam­ment pour les pro­jets dans les domaines tels que la san­té, l’é­du­ca­tion, l’a­gro-éco­lo­gie, le pro­ces­sus d’é­la­bo­ra­tion et de prise des déci­sions est par­ta­gé avec l’as­sem­blée de zone. Celle-ci peut tran­cher, mais si aucun accord clair ne se dégage, il revient aux repré­sen­tants de toutes les com­mu­nau­tés d’en­ga­ger la dis­cus­sion dans leurs vil­lages res­pec­tifs afin de faire part à l’assemblée sui­vante d’un accord, d’un refus ou d’amendements. Le cas échéant, ces der­niers sont dis­cu­tés et l’assemblée éla­bore une pro­po­si­tion rec­ti­fiée, à nou­veau sou­mise aux com­mu­nau­tés. Plu­sieurs allers et retours entre conseil, assem­blée de zone et vil­lages sont par­fois néces­saires avant qu’une pro­po­si­tion puisse être adoptée.

Au-delà des moda­li­tés d’ar­ti­cu­la­tion entre le rôle des auto­ri­tés et celui des assem­blées, un enjeu essen­tiel tient aux formes de la délé­ga­tion. À par­tir de l’a­na­lyse de l’au­to­no­mie zapa­tiste, on peut pro­po­ser une dis­tinc­tion entre des formes de délé­ga­tion struc­tu­rel­le­ment dis­so­cia­tives et d’autres qui sont fai­ble­ment dis­so­cia­tives. Arti­cu­lées à d’autres carac­té­ris­tiques de la struc­ture sociale, les pre­mières ont pour voca­tion de pro­duire une sépa­­ra­­tion-cap­­ture au pro­fit des gou­­ver­­nants-domi­­nants ; ain­si, les formes clas­siques de la repré­sen­ta­tion sont l’or­ga­ni­sa­tion métho­dique (et, aujourd’­hui, de plus en plus patente) de l’ab­sence effec­tive du repré­sen­té. Les secondes réduisent autant que pos­sible la dis­so­cia­tion entre gou­ver­nants et gou­ver­nés, même si le risque que cette dis­so­cia­tion en vienne à se res­tau­rer n’est jamais absent. Aus­si, une poli­tique de l’au­to­no­mie ne vaut-elle que par les méca­nismes pra­tiques qu’elle invente sans cesse pour lut­ter contre ce risque et pour entre­te­nir une dyna­mique de décon­cen­tra­tion de l’exer­cice des fonc­tions d’au­to­ri­té. Que la déli­mi­ta­tion entre formes de délé­ga­tion dis­so­cia­tives et non dis­so­cia­tives ne soit jamais tout à fait assu­ré est bien clair, mais cela n’empêche pas de consi­dé­rer qu’il s’a­git d’une dua­li­té concep­tuelle per­ti­nente. On dira même qu’elle est le noyau de la dis­tinc­tion entre une poli­tique éta­tique – fon­dée sur l’or­ga­ni­sa­tion métho­dique d’une dépos­ses­sion de la puis­sance du col­lec­tif et sur la conden­sa­tion de l’au­to­ri­té en pou­­voir-sur – et une poli­tique non éta­tique, laquelle écarte toute conso­li­da­tion de la dis­so­cia­tion entre gou­ver­nants et gou­ver­nés et lutte acti­ve­ment contre sa repro­duc­tion, de sorte que l’exer­cice de l’au­to­ri­té demeure essen­tiel­le­ment une mani­fes­ta­tion de la puis­sance col­lec­tive11.

Image du film ¡Viva Méxi­co ! de Nico­las Défos­sé, 2010

Encore faut-il indi­quer les carac­té­ris­tiques qui dif­fé­ren­cient concrè­te­ment les formes de délé­ga­tion for­te­ment ou fai­ble­ment dis­so­cia­tives. Pour les secondes, la révo­ca­bi­li­té des man­dats est un trait essen­tiel, jus­te­ment sou­li­gné par F. Lor­don. Mais l’ex­pé­rience zapa­tiste per­met d’en ajou­ter d’autres : faire en sorte que les charges poli­tiques ne puissent être des occa­sions de béné­fice per­son­nel (n’y sont atta­chés ni rétri­bu­tion, ni avan­tage maté­riel), de sorte qu’elles exigent une éthique effec­ti­ve­ment vécue du ser­vice ren­du ; absence de per­son­na­li­sa­tion et exer­cice plei­ne­ment col­lé­gial des charges ; contrôle de leur exer­cice par d’autres ins­tances ; non-concen­­tra­­tion des tâches d’é­la­bo­ra­tion des déci­sions. Mais on insis­te­ra sur­tout sur la de-spé­­cia­­li­­sa­­tion des rôles poli­tiques qui, au lieu d’être mono­po­li­sés par un groupe spé­ci­fique (classe poli­tique, caste fon­dée sur l’argent ou sur une autre forme de pou­voir sym­bo­lique ou de pres­tige, etc.), doivent faire l’ob­jet d’une cir­cu­la­tion géné­ra­li­sée au sein du col­lec­tif concer­né par ces déci­sions. Cela sup­pose de renon­cer – point dif­fi­cile ! – à lier le choix des délé­gués à l’é­va­lua­tion d’une « com­pé­tence » par­ti­cu­lière. Dans l’ex­pé­rience zapa­tiste, cela se tra­duit par le fait que les auto­ri­tés élues assument sans rou­gir n’en savoir pas plus – sinon même plu­tôt moins – que les autres, quant à la chose publique. Accep­ter cela, c’est la condi­tion d’une pleine dé-spé­­cia­­li­­sa­­tion du poli­tique. Enfin, une autre condi­tion pro­pre­ment déci­sive est la non-dis­­so­­cia­­tion des modes de vie entre ceux qui exercent des charges, même de manière très tem­po­raire, et tous les autres. C’est la rai­son pour laquelle les membres des conseils de bon gou­ver­ne­ment (situés dans les centres régio­naux, les cara­coles, dont les vil­lages peuvent se trou­ver fort éloi­gnés) accom­plissent leur tâche par rota­tion, en se relayant par période de 10 à 15 jours, et ce afin de ne pas inter­rompre trop long­temps leurs acti­vi­tés habi­tuelles, de conti­nuer à s’oc­cu­per de leurs familles et de leurs terres. C’est une autre condi­tion jugée indis­pen­sable pour garan­tir la non-spé­­cia­­li­­sa­­tion des tâches poli­tiques et pour évi­ter que ne réap­pa­raisse une sépa­ra­tion entre l’u­ni­vers com­mun et le mode de vie de ceux qui, fut-ce pour un temps bref et de manière très déli­mi­tée, assument un rôle par­ti­cu­lier dans l’é­la­bo­ra­tion des déci­sions collectives.

Identité nationale contre rance universel

« Dans l’ex­pé­rience zapa­tiste, les auto­ri­tés élues assument sans rou­gir n’en savoir pas plus – sinon même plu­tôt moins – que les autres, quant à la chose publique. »

F. Lor­don nous enjoint d’as­su­mer le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance, ciment réel des corps poli­tiques, ren­voyant l’u­ni­ver­sa­lisme à son manque de consis­tance. Que tout col­lec­tif pro­duise un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance – atta­che­ment à ce même col­lec­tif et satis­fac­tion d’y avoir part –, on ne voit guère de rai­son de le récu­ser. « Appar­te­nance », le mot est du reste plu­tôt aimable, contrai­re­ment à celui d’i­den­ti­té, tenu pour équi­valent par F. Lor­don, mais qui, char­riant une rela­tion appau­vrie à soi-même, paraît déci­dé­ment trop com­pro­mis avec les concep­tions fixistes et sub­stan­tia­listes de l’ap­par­te­nance qu’il s’a­git d’é­car­ter. Quant à l’ac­cep­tion lor­don­nienne du mot « nation », elle est tout aus­si per­son­nelle que celle de la « ver­ti­ca­li­té » ou de l’« État (géné­ral) ». Il désigne en effet toute forme d’ap­par­te­nance à un col­lec­tif un tant soit peu sta­bi­li­sé et déli­mi­té – et ce, par oppo­si­tion à l’ap­par­te­nance au genre humain. Redé­fi­nie comme « com­mu­nau­té sou­ve­raine », fon­dée sur « le déci­der en com­mun », la nation est ici une « col­lec­ti­vi­té régie, non par un prin­cipe d’ap­par­te­nance sub­stan­tielle, mais par un prin­cipe de par­ti­ci­pa­tion – de par­ti­ci­pa­tion à une forme de vie » (p. 333). Mais si tout col­lec­tif fon­dé sur une forme de vie est une nation, il n’y a plus à s’é­ton­ner de lire que « le Chia­pas est une nation ». Tout aus­si bien, Lon­go Maï est une nation et le pla­teau de Mil­le­vaches idem. Mais quel sens y a‑t‑il à nom­mer ain­si toute appar­te­nance à une enti­té poli­tique finie ? Sim­ple­ment pour faire place aux atta­che­ments par­ti­cu­liers ? Le choix ter­mi­no­lo­gique ne laisse pas alors d’être décon­cer­tant, et il importe de sou­li­gner que ce que l’on affirme de ces par­ti­cu­la­rismes ne dit rien, en propre, de ce que l’on appelle com­mu­né­ment nation. Ou alors choi­­sit-on ce terme parce qu’il auto­rise, là encore, à pas­ser par glis­se­ments suc­ces­sifs de la « nation » au sens lor­don­nien à la nation au sens his­to­rique du terme ? Se repro­dui­rait alors le même tour de passe-passe qu’à pro­pos de la ver­ti­ca­li­té et de l’É­tat (géné­ral).

S’a­git-il de prô­ner une revi­ta­li­sa­tion de l’ap­par­te­nance à la nation (au sens cou­rant), contre la sup­po­sée détes­ta­tion, à gauche, du sen­ti­ment natio­nal ? D’un côté, F. Lor­don reven­dique « l’af­fect de fier­té natio­nale » et argu­mente qu’il peut être arra­ché à ce qu’il a pro­duit de pire, pour peu que l’on aban­donne les concep­tions sub­stan­tia­listes de la nation au pro­fit d’une approche adop­tant comme cri­tère de l’ap­par­te­nance « la par­ti­ci­pa­tion contri­bu­tive à l’ef­fort col­lec­tif de la per­sé­vé­rance du groupe dans l’être » (p. 271–2). D’un autre côté, il conclut qu’une tâche essen­tielle consiste à « se dés­in­toxi­quer de l’i­ma­gi­naire de la gran­deur natio­nale » (p. 310). Quoi qu’il en soit, F. Lor­don fait grand cas de l’ap­par­te­nance natio­nale : « Le pen­sable de notre époque est sta­to­na­tio­nal. » Argu­ment qui se pare du carac­tère indis­cu­table du réa­lisme, mais n’en reste pas moins dou­teux, dès lors que F. Lor­don lui-même s’au­to­rise ailleurs à pen­ser à rebrousse-poil de l’é­poque. Quant à la valo­ri­sa­tion du sen­ti­ment natio­nal, elle appelle au moins deux remarques. Si elle est, pour une large part, une créa­tion de l’É­tat moderne, il y a tout lieu de pen­ser qu’elle est fonc­tion­nelle à une domi­na­tion dont on ne peut que cher­cher se débar­ras­ser. Par ailleurs, on ne sau­rait trop rap­pe­ler que le sen­ti­ment national(iste) est une construc­tion lar­ge­ment arti­fi­cielle, impo­sant une pré­émi­nence exclu­sive au sein d’un entre­la­ce­ment d’ap­par­te­nances mul­tiples (cette appar­­te­­nance-là occulte toutes les autres pour deve­nir, pré­ci­sé­ment, une « iden­ti­té ») et qu’une nation est d’a­bord une « com­mu­nau­té ima­gi­née »12.

(DR)

Mais l’es­sen­tiel, dans Impe­rium, semble plu­tôt consis­ter à défendre l’exis­tence des par­ti­cu­la­rismes, contre l’u­ni­ver­sa­lisme prê­té à la gauche inter­na­tio­na­liste. Pour F. Lor­don, l’u­ni­ver­sa­lisme n’est qu’une « chi­mère » (p. 100), une idée sans consis­tance qui dénie la force des « com­mu­nau­tés poli­tiques exis­tant réel­le­ment ». On pour­ra juger réduc­trice, sinon dou­teuse, la manière dont est trai­té l’af­fect inter­na­tio­na­liste, exé­cu­té au motif de sa décon­fi­ture en 1914. Mais ce qui est vrai­ment mal­en­con­treux est que, cette fois encore, F. Lor­don choi­sisse si mal sa cible et parte en guerre contre une concep­tion bien ran­cie de l’u­ni­ver­sa­lisme (le cha­pitre IX opte pour un dia­logue avec l’œuvre de Badiou). L’ad­ver­saire, construit ad hoc, veut « l’u­ni­ver­sel comme affran­chis­se­ment com­plet d’a­vec toute par­ti­cu­la­ri­té, c’est-à-dire comme seul appel à l’hu­ma­ni­té géné­rique des hommes, convo­qués hors de toute autre pro­prié­té dis­tinc­tive » (p. 280). C’est l’u­ni­ver­sel comme déliai­son et « arra­che­ment de la glèbe » des par­ti­cu­la­rismes. F. Lor­don a beau jeu, alors, de dénon­cer une opé­ra­tion impos­sible, dès lors que toute des­ti­née humaine est tis­sée des appar­te­nances sin­gu­lières qui l’ont consti­tuée. Mal­heu­reu­se­ment, dans la phrase citée, comme ailleurs, il se révèle inca­pable d’en­vi­sa­ger que plu­sieurs échelles d’ap­par­te­nance puissent ne pas être mutuel­le­ment exclu­sives et omet d’en­vi­sa­ger qu’une autre concep­tion de l’u­ni­ver­sel puisse s’af­fir­mer sans nier les par­ti­cu­la­ri­tés. De ce fait, la cri­tique de l’u­ni­ver­sa­lisme demeure tron­quée. Il remarque certes que cet uni­ver­sel est pro­duit à par­tir d’un sub­strat par­ti­cu­lier : il n’est que l’u­ni­ver­sa­li­sa­tion de valeurs par­ti­cu­lières. Mais cette concep­tion même de l’u­ni­ver­sel n’est pas ana­ly­sée de manière cri­tique ; elle est seule­ment récu­sée. S’in­ter­ro­geant par exemple sur « les grandes œuvres de l’his­toire cultu­relle », F. Lor­don indique qu’elles « saisis[sent] quelque chose de l’hu­ma­ni­té géné­rique et s’adress[ent] aux hommes dans leur huma­ni­té géné­rique, sans faire accep­tion d’au­cune autre qua­li­té par­ti­cu­lière » (p. 303). On reste sidé­ré que le maître des affects ima­gine que l’on puisse être tou­ché par une œuvre en tant qu’être humain géné­rique, c’est-à-dire en fai­sant abs­trac­tion de toutes les sin­gu­la­ri­tés qui, pré­ci­sé­ment, nous rendent capable d’af­fects. À l’é­vi­dence, ces œuvres n’ex­priment aucune huma­ni­té géné­rique ; elles ont sim­ple­ment la puis­sance, à par­tir d’une forme par­ti­cu­lière de l’ex­pé­rience humaine, de réson­ner auprès d’autres huma­ni­tés par­ti­cu­lières. Ce qui est en jeu est de l’ordre du trans-his­­to­­rique, nul­le­ment d’une géné­ri­ci­té anhistorique.

« Dans les ren­contres et les fêtes zapa­tistes, on chante l’hymne mexi­cain, avant même l’hymne zapa­tiste, et on rend les hon­neurs au dra­peau natio­nal, ce qui ne va pas sans faire grin­cer bien des dents par­mi les sym­pa­thi­sants libertaires. »

Alors que F. Lor­don fait la démons­tra­tion de son inca­pa­ci­té à pen­ser des appar­te­nances mul­tiples et emboî­tées, comme à dépas­ser le cadre de l’u­ni­ver­sa­li­té abs­traite héri­tée des Lumières, il y aurait sur ce point une belle leçon à tirer des pro­po­si­tions zapa­tistes. Certes, F. Lor­don sug­gère que le Chia­pas « offre peut-être l’une des meilleures illus­tra­tions contem­po­raines » de ce qu’il appelle une nation (p. 333). Loin de la nation au sens cou­rant du terme, il s’a­git, selon lui, d’une appar­te­nance à l’in­di­gé­ni­té, refor­mu­lée dans une pers­pec­tive uni­ver­selle ouverte (p. 131–132). Cela évite au moins les pon­cifs par­fois assé­nés sur le carac­tère essen­cia­liste d’une lutte pure­ment eth­nique. Mais ce qui est curieux, du point de vue même de F. Lor­don, c’est qu’il ignore entiè­re­ment, dans sa construc­tion de la sup­po­sée nation zapa­tiste, tout ce qui se réfère à la nation au sens his­to­rique du terme13. Dans les ren­contres et les fêtes zapa­tistes, on chante l’hymne mexi­cain, avant même l’hymne zapa­tiste, et on rend les hon­neurs au dra­peau natio­nal, ce qui ne va pas sans faire grin­cer bien des dents par­mi les sym­pa­thi­sants liber­taires – les­quels n’en ont que plus de mérite de ten­ter de com­prendre au-delà de ce que leurs aver­sions spon­ta­nées leur com­man­de­raient de conclure. F. Lor­don, qui aime­rait tant que l’on parle de la nation autre­ment qu’en termes de célé­bra­tion éter­ni­taire ou de répul­sion vis­cé­rale, aurait donc pu trou­ver chez les zapa­tistes, comme auprès d’autres luttes en Amé­rique latine, une conjonc­tion du pro­jet d’é­man­ci­pa­tion et de l’at­ta­che­ment à la nation (his­to­rique).

Mais le plus inté­res­sant est ailleurs : ce sont (au moins) trois échelles d’ap­par­te­nance qu’ar­ti­cule le zapa­tisme, à la fois sou­lè­ve­ment indi­gène pour la digni­té retrou­vée et pour l’au­to­no­mie, lutte de libé­ra­tion natio­nale pour trans­for­mer le Mexique et rébel­lion anti-capi­­ta­­liste pour l’humanité. Même si cette arti­cu­la­tion n’a pas tou­jours été sans ten­sions, elle trans­forme le sens de cha­cun des registres concer­nés et per­met d’écarter les périls que cha­cun d’eux, pris iso­lé­ment, pour­rait com­por­ter. Ain­si, l’ethnicisme essen­tia­liste est évi­té au pro­fit d’une concep­tion ouverte de l’in­dia­ni­té, qui ne se laisse pas cir­cons­crire à la reven­di­ca­tion d’une iden­ti­té cultu­rel­le­ment défi­nie et consti­tue bien plu­tôt le point d’an­crage d’une lutte pour la trans­for­ma­tion sociale et poli­tique, asso­ciant indiens et non indiens14. Ce que l’ap­par­te­nance natio­nale pour­rait avoir d’ex­clu­sive et d’in­to­lé­rante est déjoué par sa com­bi­nai­son avec un inter­na­tio­na­lisme mis en acte avec constance depuis l’or­ga­ni­sa­tion de la Ren­contre inter­con­ti­nen­tale pour l’hu­ma­ni­té et contre le néo­li­bé­ra­lisme, en 1996, tan­dis que l’u­ni­ver­sa­lisme abs­trait, qui finit par être un ins­tru­ment de néga­tion des dif­fé­rences réelles entre les femmes et les hommes qui com­posent l’humanité, est récu­sé par le fait même de son asso­cia­tion avec les autres échelles d’appartenance.

(DR)

Sur ce der­nier point, l’ex­pé­rience zapa­tiste est riche d’ins­pi­ra­tion pour enga­ger la construc­tion d’une autre concep­tion de l’u­ni­ver­sel. Non un uni­ver­sel abs­trait pos­tu­lant une « huma­ni­té géné­rique », mais un uni­ver­sel concret pen­sé à par­tir des sin­gu­la­ri­tés consti­tu­tives de la mul­ti­pli­ci­té des expé­riences humaines. Dans la pro­cla­ma­tion de la major Ana Maria, lors de la Ren­contre inter­con­ti­nen­tale de 1996 – « nous sommes tous égauxparce que nous sommes dif­fé­rents » – le para­doxal « parce que » brise l’idée selon laquelle l’égalité et l’unité humaines devraient être défi­nies en dépit des dif­fé­rences entre les indi­vi­dus, les peuples et les sexes. Il reven­dique une éga­li­té éla­bo­rée à par­tir des dif­fé­rences, sur la base de leur pleine recon­nais­sance. Au lieu de pen­ser l’humanité en pos­tu­lant l’identité abs­traite de tous les humains et en déniant leur diver­si­té réelle, l’u­ni­ver­sel peut – et doit – se fon­der sur la recon­nais­sance de la diver­si­té des êtres humains et de la mul­ti­pli­ci­té de leurs formes de vie. La for­mule que les zapa­tistes mettent en œuvre – par exemple dans leurs pra­tiques édu­ca­tives – consiste à viser à la fois plus de soi et plus de l’autre. Ils invitent à pen­ser la com­plé­men­ta­ri­té des appar­te­nances par­ti­cu­lières, ancrées dans des expé­riences ter­ri­to­ria­li­sées sin­gu­lières, et le sou­ci d’une com­mu­nau­té pla­né­taire en quête de son accom­plis­se­ment. Mais il faut pour cela ces­ser de pos­tu­ler un uni­ver­sel géné­rique et faire pré­va­loir la construc­tion, ô com­bien ardue, d’une uni­ver­sa­li­té conçue comme tra­ver­sées mutuelles des singularités.

Anthropologie boiteuse et émancipation triste

« L’ex­pé­rience zapa­tiste est riche d’ins­pi­ra­tion pour enga­ger la construc­tion d’une autre concep­tion de l’universel. »

S’a­gis­sant de la ques­tion anthro­po­lo­gique, déci­sive pour la pen­sée des formes poli­tiques, F. Lor­don entend pro­po­ser une posi­tion équi­li­brée : refu­ser l’i­dée – « l’illu­sion occi­den­tale », dirait Mar­shall Sah­lins – d’une nature humaine per­verse et égoïste, condui­sant à la néces­si­té d’un pou­voir sur­plom­bant (Église, puis État), tout autant qu’une concep­tion pos­tu­lant « l’ex­clu­si­vi­té des pas­sions bonnes », « condi­tion de pos­si­bi­li­té anthro­po­lo­gique de [la] forme poli­tique rêvée » de l’ho­ri­zon­ta­lisme (p. 251). Il s’a­git de récu­ser une « anthro­po­lo­gie hémi­plé­gique » (p. 27), qui ne pren­drait en compte qu’un seul ver­sant de cet homme bi-face, tis­sé d’af­fects pas­sifs et actifs, de conve­nance autant que de dis­con­ve­nance pas­sion­nelle15. On accep­te­ra une carac­té­ri­sa­tion qui a l’a­van­tage d’é­car­ter à la fois la néces­si­té du Lévia­than hob­bes­sien et l’i­déal d’une socié­té par­faite et sans conflit. Mais, outre que F. Lor­don, ici encore, cari­ca­ture effron­té­ment la pen­sée liber­taire en la rame­nant au rêve d’at­teindre « les plaines de la paix civile per­pé­tuelle » où règne la « coexis­tence har­mo­nieuse des com­muns » (p. 100), on lui repro­che­ra de ne pas tenir l’é­qui­libre annon­cé entre les deux ver­sants des pen­chants humains. C’est que l’en­jeu d’Impe­rium est de faire la guerre à la pen­sée anti-éta­­tique, en même temps que d’é­vi­ter d’être pris en défaut de réa­lisme anthro­po­lo­gique. C’est donc le ver­sant des ten­dances à la dis­con­ve­nance qui est sys­té­ma­ti­que­ment sou­li­gné et c’est lui seul, ou presque, qui est opé­rant quant à la déter­mi­na­tion des formes poli­tiques viables. Quant à l’autre ver­sant, celui des pen­chants à la coopé­ra­tion par exemple, il fait l’ob­jet d’une mino­ra­tion constante et n’ouvre guère d’autre option poli­tique spé­ci­fique, selonImpe­rium, que l’illu­sion de l’as­so­cia­tion­nisme hori­zon­tal. L’an­thro­po­lo­gie poli­tique lor­don­nienne ne marche donc pas sur ses deux pieds, et on peut craindre qu’elle en revienne, sous cou­vert de spi­no­zisme, à une moda­li­té un peu hon­teuse d’hob­be­sia­nisme. Du reste, F. Lor­don n’hé­site pas à affir­mer que « « sous la conduite des pas­sions plus que de la rai­son », le monde sans État n’est pas le monde des asso­cia­tions : il est le monde des bandes » (p. 89). Il a beau répé­ter qu’il faut voir en l’homme et le loup et le dieu, c’est le loup seul, ou presque, qui occupe, chez lui, la scène politique.

Dans ces condi­tions, quelles sont les chances de l’é­man­ci­pa­tion ? Impe­rium en pro­pose une concep­tion pru­dente et hau­te­ment res­tric­tive. Les ambi­tions éman­ci­pa­trices sont néces­sai­re­ment bor­nées (p. 296) et le com­mu­nisme est « inat­tei­gnable com­plè­te­ment », ce qui n’empêche pas de le dési­rer (p. 310). F. Lor­don mul­ti­plie les cau­tions de « réa­lisme cri­tique » et pré­tend récu­ser à la fois le « déni de ser­vi­tude pas­sion­nelle » et le « renon­ce­ment réac­tion­naire empres­sé » (p. 301). Sauf que, si vive est sa crainte d’être pris en défaut que, jus­qu’à la page 255 du livre, sa manière de rai­son­ner ne dif­fère guère de celle du « réa­lisme conser­va­teur ». Les choses changent ensuite, timi­de­ment certes, mais cela ne sau­rait être négli­gé : ain­si avance-t-il, par exemple, que « rappe­ler que les modes sont modi­fiables ouvre une for­mi­dable pos­si­bi­li­té de prin­cipe » (p. 259). Mais on sent l’é­co­no­miste-phi­lo­sophe si crain­tif de se lais­ser aller à libé­rer cette « for­mi­dable pos­si­bi­li­té », de peur sans doute de trop lâcher la bride, qu’il sté­ri­lise l’é­la­bo­ra­tion pos­sible d’une théo­rie poli­tique de l’émancipation.

(DR)

Il est sans doute judi­cieux de faire voir ce qu’une révo­lu­tion ne peut pas – la réa­li­sa­tion magique d’un monde par­fait. Et on peut, à la limite, com­prendre le sou­ci de la rendre à la fois dési­rable et cré­dible. Mais l’ex­cès de pru­dence (est-elle même réa­liste ?) oublie trop de la rendre dési­rable, en refer­mant bien vite l’ho­ri­zon des pos­sibles sur l’exis­tant, le déjà connu. S’il y a bien une chose qui n’a pas sa place sous l’é­lé­gance recher­chée de la plume lor­don­nienne, c’est l’en­thou­siasme. Cela tient peut-être en par­tie à l’ha­bi­tus uni­ver­si­taire, pour lequel ce pen­chant est per­çu comme un man­que­ment à l’é­thos pro­fes­sion­nel de dis­tan­cia­tion cri­tique, expo­sant au ter­rible soup­çon de naï­ve­té. Pour­tant, n’y aurait-il pas quelque rai­son de s’en­thou­sias­mer un tant soit peu, sans pour autant perdre toute vigi­lance cri­tique, à la pen­sée de ce que la sor­tie – dif­fi­cile, lente, conflic­tuelle – de la socié­té de la mar­chan­dise ouvri­rait de pos­sibles inédits ? Mais l’i­ma­gi­naire lor­don­nien de l’é­man­ci­pa­tion fait trop de place aux affects tristes et bien peu aux affects joyeux. Son idée de la révo­lu­tion est assu­ré­ment dégri­sée, mais elle est aus­si bien grise.

« L’au­teur d’Impe­rium lie essen­tiel­le­ment la trans­for­ma­tion de l’hu­main à l’é­du­ca­tion, plu­tôt qu’à la trans­for­ma­tion des condi­tions mêmes de l’existence. »

Impe­rium fait tou­te­fois une place remar­quable à la puis­sance trans­for­ma­trice du moment insur­rec­tion­nel, asso­cié à l’in­ten­si­té de la lutte com­mune, dans l’ur­gence et le dan­ger. Pour­tant, comme épou­van­té par le poten­tiel de trans­for­ma­tion ain­si convo­qué, F. Lor­don s’empresse de refer­mer la porte à peine entr’ou­verte : cela ne peut être qu’un moment fugace et, dès l’ef­fer­ves­cence du moment insur­rec­tion­nel pas­sée, pré­vaut « la sta­bi­li­sa­tion de nou­veaux rap­ports sociaux ». Après l’in­can­des­cence de l’in­cen­die, les froides « cendres de l’or­di­naire » (p. 339). Juste quelques jours d’embrasement, puis tout rentre dans la conve­nance de l’ordre ins­ti­tué, comme si une nou­velle forme de vie était sor­tie tout armée de l’in­ten­si­té émeu­tière. Quelle extra­va­gante concep­tion de la révo­lu­tion ! – qui repro­duit de la manière la plus gros­sière la mytho­lo­gie du Grand Soir, pour­tant gaus­sée, et qui éva­cue toute pers­pec­tive d’un pro­ces­sus conti­nué, construi­sant une réa­li­té col­lec­tive sans cesse renou­ve­lée16. Quant aux expé­ri­men­ta­tions pré­sentes de formes de vie non capi­ta­listes, elles pour­raient avoir la ver­tu, concède F. Lor­don, de pro­duire à froid ce que le moment insur­rec­tion­nel engendre à chaud. On aurait alors la confir­ma­tion d’un état des affects révo­lu­tion­naires à haute tem­pé­ra­ture et en même temps durable (p. 264–6). Il faut donc, là encore, faire marche arrière et adop­ter un point de vue fran­che­ment dépré­cia­tif sur ces expé­riences, qua­li­fiées « d’i­so­lats » pour « vir­tuoses de la révo­lu­tion », « voués à ne ras­sem­bler que les convain­cus ». Mais c’est là cou­pa­ble­ment mini­mi­ser ce qu’il y a à apprendre d’elles et l’af­fir­ma­tion brille de la gra­tui­té d’une pure péti­tion de prin­cipe : c’est exclure d’emblée une force d’at­trac­tion sus­cep­tible de s’exer­cer sur ceux qui n’en sont pas encore – une force qui, le moment venu, pour­rait bien s’a­vé­rer décisive.

Sans doute est-il salu­taire de prendre ses dis­tances vis-à-vis d’une concep­tion totale de l’é­man­ci­pa­tion, d’ad­mettre les effets poten­tiel­le­ment diver­gents de la ser­vi­tude pas­sion­nelle et d’é­car­ter le mirage d’une socié­té débar­ras­sée de tout conflit. Mais il convient aus­si, symé­tri­que­ment, de ne pas mini­mi­ser les capa­ci­tés d’au­to-trans­for­ma­tion et d’in­ven­ti­vi­té, et de faire toute sa place, en termes de pos­si­bi­li­tés d’a­gen­ce­ments poli­tiques, au ver­sant posi­tif et coopé­ra­tif d’une anthro­po­lo­gie véri­ta­ble­ment bi-face. Visi­ble­ment angois­sé, F. Lor­don craint pour la révo­lu­tion : « Qui va des­cendre les pou­belles ? » (p. 294). La ques­tion n’a rien de tri­viale, si l’on entend par là l’in­ter­ro­ga­tion sur les « mobiles par les­quels on se plie aux réqui­si­tions de son inser­tion per­son­nelle dans un agen­ce­ment col­lec­tif ». L’au­teur d’Impe­rium lie essen­tiel­le­ment la trans­for­ma­tion de l’hu­main à l’é­du­ca­tion, plu­tôt qu’à la trans­for­ma­tion des condi­tions mêmes de l’exis­tence. Il note cepen­dant que l’op­po­si­tion entre atti­tudes coopé­ra­tives ou com­pé­ti­tives dépend, non d’une quel­conque nature humaine, mais des « condi­tions externes telles qu’elles vont induire pré­fé­ren­tiel­le­ment tels ou tels méca­nismes pas­sion­nels » (p. 248–9). Ce point est d’une extrême impor­tance et on regrette que F. Lor­don s’y inté­resse si peu et ne fasse presque jamais men­tion des dif­fé­rences radi­cales qui pour­raient exis­ter, quant à ces condi­tions, entre le réel actuel et la plu­ra­li­té des mondes post-capi­­ta­­listes. Or, c’est tout à la fois la nature et l’é­chelle des pro­blèmes à résoudre (par exemple ceux qui découlent des modes de pro­duc­tion des déchets) et les formes de sub­jec­ti­vi­té qui se trou­ve­raient très pro­fon­dé­ment modi­fiés. Enfin, la « ques­tion des pou­belles » pour­rait être, sinon réso­lue, du moins éclai­rée en convo­quant la concep­tion contri­bu­tive de l’ap­par­te­nance, pro­po­sée par F. Lor­don lui-même. Il y a désir de contri­buer, parce qu’il y désir d’ap­par­te­nance. Sans pos­tu­ler une dis­si­pa­tion de toutes les ques­tions orga­ni­sa­tion­nelles par la seule ver­tu d’en­thou­siasmes inépui­sables et tou­jours bien agen­cés les uns aux autres, on ne sau­rait mini­mi­ser l’éner­gie des dési­rs contri­bu­tifs, dès lors qu’ils sont aus­si désir de faire exis­ter la forme de vie que l’on éprouve comme propre (sans exclure qu’en cas de défaillance, le rap­pel des règles col­lec­tives et le recours à une forme de média­tion puissent être nécessaires).

(DR)

Il y a, dans l’au­to­no­mie zapa­tiste, matière à reje­ter l’op­po­si­tion que F. Lor­don éta­blit entre le feu du moment insur­rec­tion­nel et les len­de­mains de cendre. Car voi­là une expé­rience qui résiste, avance, construit une « uto­pie réelle » depuis 22 ans, mal­gré les offen­sives contre-insur­­rec­­tion­­nelles de tous ordres, lan­cées contre elle. Et elle ne tient que par l’en­ga­ge­ment quo­ti­dien de ses membres. Il serait vain de nier que la fatigue, pour cer­tains plus que pour d’autres, s’in­si­nue dans cette guerre (d’u­sure, jus­te­ment). Mais il y a tou­te­fois assez d’éner­gie renou­ve­lée pour sou­te­nir dura­ble­ment le goût de vivre dans la lutte. « Le Chia­pas » ne se réduit ni au feu du sou­lè­ve­ment insur­rec­tion­nel ni aux cendres d’un ordi­naire rede­ve­nu gris : ses braises se renou­vellent depuis plus de deux décen­nies, non sans quelques étin­celles jaillis­sant vers d’autres cieux. Les zapa­tistes nous invitent du reste à une autre concep­tion de l’or­di­naire, lors­qu’ils affirment : « Somos rebeldes porque somos gente común [Nous sommes rebelles parce que nous sommes des gens ordi­naires] ». Des vir­tuoses, les zapa­tistes ? D’humbles vir­tuoses de l’or­di­naire, sans doute. Mais à quoi tient l’éner­gie sub­jec­tive tran­quille de leur art simple de faire d’autres mondes ? Cer­tai­ne­ment pas à une quel­conque essence indienne (encore qu’on ne sau­rait négli­ger le fait que le sens du col­lec­tif soit, là-bas, ten­dan­ciel­le­ment plus déve­lop­pé qu’i­ci). Durant la « petite école zapa­tiste », l’un desmaes­tros nous a deman­dé : « Et vous, est-ce que vous vous sen­tez libres ? » Pour eux, la réponse est claire. Ils ont fait le choix de vivre dans la lutte et de construire une réa­li­té inédite ; ils décident eux-mêmes de leur propre manière de vivre et de se gou­ver­ner. Il est per­mis de pen­ser que c’est dans l’exer­cice même de cette liber­té – le fait de déci­der col­lec­ti­ve­ment pour faire croître en plé­ni­tude leur forme de vie – et dans la digni­té retrou­vée que cela confère que se trouve une bonne part de l’éner­gie sub­jec­tive néces­saire pour tra­cer, jour après jour, le long che­min de la trans­for­ma­tion per­ma­nente qu’est l’émancipation.

« Des vir­tuoses, les zapa­tistes ? D’humbles vir­tuoses de l’or­di­naire, sans doute. Mais à quoi tient l’éner­gie sub­jec­tive tran­quille de leur art simple de faire d’autres mondes ? »

Ce che­min s’a­vance vers un hori­zon, mais n’at­tein­dra nulle cité idéale. F. Lor­don clôt l’ou­vrage par cette phrase : « La poli­tique de l’é­man­ci­pa­tion est inter­mi­nable. » L’un des maes­troszapa­tistes l’a­vait devan­cé en décla­rant : « L’au­to­no­mie n’a pas de fin » (l’au­to­no­mie, c’est le nom qu’ils donnent à l’ex­pé­ri­men­ta­tion de formes poli­tiques non éta­tiques et, plus lar­ge­ment, à la construc­tion d’une forme de vie inédite). Il s’a­gis­sait, par là, de recon­naître l’im­per­fec­tion de l’au­to­no­mie : imper­fec­tion pré­sente, mais aus­si imper­fec­tion prin­ci­pielle, car on n’en a jamais fini avec la lutte contre la pos­sible repro­duc­tion d’une sépa­ra­tion entre gou­ver­nants et gou­ver­nées, contre la pétri­fi­ca­tion de l’ins­ti­tué. Pro­cla­mer la pleine réa­li­sa­tion de l’au­to­no­mie – ou de l’é­man­ci­pa­tion – serait le symp­tôme de sa mort. Mais plu­tôt que de s’en tenir à l’é­non­cé d’une impos­si­bi­li­té de l’au­to-gou­ver­ne­ment, les zapa­tistes inventent quo­ti­dien­ne­ment des formes poli­tiques qui, bien qu’im­par­faites et contraintes de lut­ter contre les dérives de la sépa­ra­tion, se trans­forment sans cesse, au gré de l’a­na­lyse des dif­fi­cul­tés et des erreurs com­mises. Pas de fin, pas de per­fec­tion, rien de figé ; mais un auto-gou­­ver­­ne­­ment en acte, tout de même.

*

Au total, Impe­rium livre quelques mises en garde qu’on peut par­ta­ger (pas d’hu­ma­ni­té entiè­re­ment libé­rée de la ser­vi­tude pas­sion­nelle, pas de monde idéal et sans conflit, pas de forme poli­tique sans risque de sépa­ra­tion et de pétri­fi­ca­tion). Mais les concepts lor­don­niens sont d’une élas­ti­ci­té telle qu’ils prêtent à confu­sion et risquent d’au­to­ri­ser des glis­se­ments subrep­tices, au-delà de ce que l’ar­gu­men­ta­tion sou­tient véri­ta­ble­ment. Sur­tout, ils manquent de cette capa­ci­té de dis­cer­ne­ment qui importe tant, du point de vue d’une poli­tique de l’é­man­ci­pa­tion, et dont l’ob­jet prio­ri­taire devrait être de nous aider à faire le par­tage, aus­si incer­tain soit-il en ses limites, entre des formes poli­tiques éta­tiques et non éta­tiques, entre l’in­ven­tion de pro­cé­dures qui favo­risent l’ac­crois­se­ment de la puis­sance du col­lec­tif et la dépos­ses­sion de celle-ci au pro­fit du pou­­voir-sur des uns sur les autres. Redi­sons l’es­sen­tiel : Impe­rium ne par­vient pas à jeter aux oubliettes de l’his­toire la pers­pec­tive d’une éman­ci­pa­tion sans l’É­tat. De l’É­tat en géné­ral, rien ne fonde le carac­tère indé­pas­sable ; quant à l’É­tat géné­ral, rien ne jus­ti­fie de lui don­ner ce nom, sinon le tour de passe-passe qu’il pré­tend auto­ri­ser. Et quand bien même devrait demeu­rer ce que F. Lor­don nomme ain­si, cela ne contre­di­rait en rien la pos­si­bi­li­té de des­ti­tuer ce que nous conti­nue­rons à nom­mer État.

(DR)

L’ho­ri­zon de l’é­man­ci­pa­tion, enten­due comme pro­ces­sus tou­jours en cours, n’est pas la paix civile per­pé­tuelle, ni une quel­conque coexis­tence har­mo­nieuse par­faite. Néan­moins, il serait dom­ma­geable de ne pas s’employer à faire valoir, à rebours des pesan­teurs sys­té­miques qui pré­tendent éter­ni­ser l’é­tat de fait, que la sor­tie du monde de la des­truc­tion capi­ta­liste ouvre à l’i­né­dit, au-delà même de ce que nous sommes pré­sen­te­ment en mesure d’i­ma­gi­ner – alors que, mal­gré ses déné­ga­tions, dans l’u­ni­vers lor­don­nien, l’exis­tant borne (trop) le pos­sible. Il ne s’a­git certes pas de bas­cu­ler dans l’i­déal, ni de pos­tu­ler une par­faite maî­trise, sur­tout si on com­prend celle-ci au sens clas­sique de l’au­to­no­mie indi­vi­duelle. Bien au contraire, on pour­rait assu­mer la notion d’ap­par­te­nance plus radi­ca­le­ment que ne le pro­pose Impe­rium. Dès lors que, récu­sant l’i­dée de l’in­di­vi­du auto-ins­­ti­­tué, on adopte une concep­tion pro­pre­ment rela­tion­nelle de la per­sonne (selon laquelle celle-ci tient son être même des rela­tions qui la tra­versent), les col­lec­tifs aux­quels cha­cun appar­tient sont lit­té­ra­le­ment consti­tu­tifs de l’exis­tence sin­gu­lière. Le col­lec­tif dans lequel nous nous insé­rons, avec ses usages et ses règles, se loge donc en nous et il lui revient par­fois de le faire savoir expli­ci­te­ment, sinon abrup­te­ment, sous forme de rap­pel à la néces­saire dis­ci­pline asso­ciée à cette appar­te­nance. Les normes col­lec­tives – quelles qu’en soient les moda­li­tés – sont modi­fiables à tout moment, mais il s’a­git là d’un pro­ces­sus, non d’une auto-défi­­ni­­tion ex nihi­lo per­ma­nente. Rien n’est figé dans l’ins­ti­tué, mais la manière de trans­for­mer l’exis­tant est tri­bu­taire de ce qu’il y a à trans­for­mer et qui informe par­tiel­le­ment la manière de vou­loir le modi­fier. La dimen­sion du tran­sin­di­vi­duel n’est pas hors de por­tée des col­lec­tifs, mais elle échappe par défi­ni­tion à la pleine maî­trise des êtres indi­vi­dués qu’elle contri­bue à ins­crire dans le devenir.


Pho­to­gra­phie de por­trait de Fré­dé­ric Lor­don : © Sté­phane Burlot


NOTES

1. Fré­dé­ric Lor­don, Impe­rium. Struc­tures et affects des corps poli­tiques, Paris, La Fabrique, 2015.
2. Et qu’on ne dise pas que c’est là som­brer dans cette pen­sée « par modèle » que dénonce F. Lor­don. Les zapa­tistes eux-mêmes n’ont pas ces­sé de mettre en garde contre la ten­ta­tion de les idéa­li­ser et de voir dans leur tra­jec­toire sin­gu­lière un modèle à repro­duire. Cela n’empêche pas de se sai­sir de cette expé­rience comme d’un point d’ap­pui et d’une source d’ins­pi­ra­tion pour aider à pen­ser d’autres situa­tions éga­le­ment singulières.
3La notion ne sus­cite que quelques com­men­taires condes­cen­dants, tan­dis que le livre de Pierre Dar­dot et Chris­tian Laval (Com­mun. Essai sur la révo­lu­tion au XXIe siècle, Paris, La Décou­verte, 2014) est réduit à la men­tion de deux phrases iso­lées et congé­dié avec dédain (p. 74–75).
4. « La par­tie poli­­ti­­co-mili­­taire de l’EZLN n’est pas démo­cra­tique, puisque c’est une armée », Sixième Décla­ra­tion de la Sel­va Lacan­do­na, http://​csp​cl​.ouva​ton​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​204.
5. « L’accompagnement se conver­tit en direc­tion, le conseil en ordre… et l’appui en gêne » (Leer un video, août 2004, http://​pala​bra​.ezln​.org​.mx/).
6. Y, sí, apren­di­mos (La Jor­na­da, http://​www​.jor​na​da​.unam​.mx/​2​0​1​3​/​0​8​/​1​9​/​o​p​i​n​i​o​n​/​0​1​8​a​2​pol).
7. « Il y a des moments où le peuple dirige et le gou­ver­ne­ment obéit ; il y a des moments où le peuple obéit et le gou­ver­ne­ment dirige » (maes­tro Fidel, « Petite école zapa­tiste », août 2013). Pour tout ce qui concerne l’au­to­no­mie zapa­tiste, voir l’a­na­lyse plus détaillée dans Jérôme Baschet, Adieux au capi­ta­lisme. Auto­no­mie, socié­té du bien vivre et mul­ti­pli­ci­té des mondes, Paris, La Décou­verte, 2014 et, avec Guillaume Goutte, Ensei­gne­ments d’une rébel­lion. La petite École zapa­tiste, Paris, Édi­tions de l’Es­car­got, 2014.
8. Com­men­taires de mon Votán lors de la « petite école zapa­tiste » (à cha­cun des mil­liers d’in­vi­tés était attri­buée en propre une per­sonne char­gée de prendre soin de lui et de dia­lo­guer de manière interpersonnelle).
9. Récu­sant une concep­tion liber­taire qui consis­te­rait en « une néga­tion du pou­voir », Tomas Ibañez, par exemple, dis­tingue uti­le­ment trois sens du terme « pou­voir » (capa­ci­té de, rela­tion dis­sy­mé­trique entre agents, macro­struc­tures de régu­la­tion et contrôle), soit pré­ci­sé­ment ce que l’ap­proche lor­don­nienne écrase (« Pour un pou­voir poli­tique liber­taire », 1983, http://​www​.grand​-angle​-liber​taire​.net/​p​o​u​r​–​u​n​–​p​o​u​v​o​i​r​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​l​i​b​e​r​t​a​i​r​e​–​t​h​o​m​a​s​–​i​b​a​n​ez/). Voir aus­si Vivien Gar­cia, L’a­nar­chisme aujourd’­hui, Paris, L’Har­mat­tan, 2007, qui dis­tingue, par exemple, rela­tions auto­ri­taires et rela­tions d’au­to­ri­té légitime.
10. « Tous les grou­pe­ments poli­tiques sont des États au sens de l’É­tat géné­ral », p. 122.
11. On peut défi­nir l’État (en géné­ral) par la com­bi­nai­son de deux carac­té­ris­tiques : le webe­rien « mono­pole de la vio­lence légi­time » et une sépa­ra­tion conso­li­dée entre qui est des­ti­né à figu­rer du côté des gou­ver­nants et qui est voué au sta­tut de gou­ver­né, soit en langue lor­don­nienne (mais dépla­cée par rap­port aux énon­cés d’Im­pe­rium) la cap­ture de la puis­sance du col­lec­tif par un de ses sous-ensembles (sou­ve­rain, caste, classe poli­tique dis­so­ciée, appa­reil bureau­cra­tique fon­dé sur la reven­di­ca­tion d’une com­pé­tence sélec­tive et orga­ni­sant le consen­te­ment des domi­nés à la ges­tion du monde confor­mé­ment aux inté­rêts dominants).
12. Réfé­rence pour­tant cano­nique, l’ou­vrage de Bene­dict Ander­son – Ima­gi­ned Com­mu­ni­ties, dans la ver­sion ori­gi­nale – n’est men­tion­né qu’un seule fois, du bout de la plume (L’i­ma­gi­naire natio­nal, Paris, La Décou­verte, 2006).
13. Voir ses contor­sions cocasses (p. 131) pour expli­quer, en réfé­rence à sa propre défi­ni­tion, le sens du mot « natio­nal » dans l’a­cro­nyme de l’EZLN, alors qu’il s’a­git d’un héri­tage de la tra­di­tion anti-impé­­ria­­liste latino-américaine.
14. Sur tout ceci, voir J. Baschet, « Auto­no­mie, india­ni­té et anti­ca­pi­ta­lisme : l’ex­pé­rience zapa­tiste », dans Les Amé­riques indiennes face au néo­li­bé­ra­lisme, Actuel Marx, 56, 2014, p. 23–39.
15. On laisse de côté la dis­cus­sion sur la notion de « nature humaine » que F. Lor­don admet, en s’ins­pi­rant de Spi­no­za, en un sens faible, « sous-déter­­mi­­né » et émi­nem­ment flexible (les hommes sont modi­fiables), mais qu’on peut tout aus­si bien pré­fé­rer ne pas uti­li­ser, tant elle est char­gée d’une dimen­sion fixiste, dont on aura peine à la débarrasser.
16. A pro­pos du Grand Soir, rele­vons cette affir­ma­tion curieuse : « Si la révo­lu­tion poli­tique de l’ho­ri­zon­ta­li­té appelle comme sa condi­tion de pos­si­bi­li­té une révo­lu­tion morale, le pro­blème des révo­lu­tions morales c’est qu’elles ne connaissent pas le Grand Soir. » (p. 269). Truisme, encore. Mais qui croit encore à la mytho­lo­gie du Grand Soir, les adver­saires que F. Lor­don se donne ou lui-même ?


REBONDS

☰ Lire « Ne vous sen­tez pas seuls et iso­lés — par le sous-com­­man­­dant Mar­cos » (Memen­to), avril 2015
☰ Lire « Daniel Ben­saïd : Du pou­voir et de l’État », (Texte inédit), avril 2015
☰ Lire notre entre­tien avec Michael Löwy, « Sans révolte, la poli­tique devient vide de sens », décembre 2014
☰ Lire notre entre­tien avec Guillaume Goutte : « Que deviennent les zapa­tistes, loin des grands médias ? », novembre 2014


Par Jérôme Baschet – 9 mai 2016
His­to­rien, ensei­gnant à l’U­ni­ver­si­té Auto­nome du Chia­pas et auteur de l’ou­vrage « La rébel­lion zapatiste »

Je pense que Lor­don a rai­son de dédia­bo­li­ser les mots État et nation, parce que nous en avons besoin pour résis­ter aux plus grands pré­da­teurs capi­ta­listes. Et plu­sieurs des reproches que lui fait Baschet à la fin sont mal fon­dés (à mon sens). 

Dans cette inté­res­sante contro­verse, les pro­ta­go­nistes négligent tous les deux, je trouve, la pos­si­bi­li­té (et l’in­té­rêt) d’une appro­pria­tion popu­laire du pro­ces­sus consti­tuant : un peuple deve­nu consti­tuant sau­rait fort bien limi­ter et contrô­ler le pou­voir ver­ti­cal dont il a besoin.

Tou­jours est-il que j’ai ensuite com­men­cé à tra­vailler le livre de Jérôme Baschet, « La rébel­lion zapa­tiste » (2002), ini­tia­le­ment inti­tu­lé « L’é­tin­celle zapa­tiste », et je le trouve abso­lu­ment passionnant : 


https://www.amazon.fr/r%C3%A9bellion-zapatiste-Insurrection‑r%C3%A9sistance-plan%C3%A9taire/dp/2080801406

Encore un beau grand chan­tier pour pro­gres­ser vers l’au­to-ins­ti­tu­tion d’un régime poli­tique juste et pacifiant.

Étienne.
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[incroyable] BRA​QUE​TON​BAN​QUIER​.COM 🙂

Le corps social com­mence à s’in­sur­ger contre les usuriers.

Paul vient de publier un site pour nous défendre contre les pra­tiques mal­hon­nêtes des banquiers.

Il l’a appe­lé bra​que​ton​ban​quier​.com 🙂

En atten­dant de chan­ger vrai­ment les ins­ti­tu­tions, et entre deux mini ate­liers consti­tuants avec vos proches et vos col­lègues de tra­vail, vous pou­vez tou­jours aider Paul : faites passer 🙂

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Une pensée profonde et généreuse d’Ana, pensée utile pour accélérer et polariser notre prise de conscience, et enforcer notre exigence

Une pen­sée pro­fonde et géné­reuse d’A­na, pen­sée utile pour accé­lé­rer et pola­ri­ser notre prise de conscience, et enfor­cer notre exigence. 

https://​www​.face​book​.com/​a​n​a​.​s​a​i​l​l​a​n​d​/​p​o​s​t​s​/​1​7​5​6​6​6​7​7​0​7​8​8​4​852

Les gens qui ne trouvent pas d’emploi ne sont pas des paresseux.
Ils sont en réa­li­té l’a­vant garde des mil­liards d’in­di­vi­dus qui un jour ne trou­ve­ront pas d’emploi rému­né­ré, pour cause de tech­no­lo­gie avan­cée, relé­guant aux oubliettes l’o­bli­ga­tion de suer, de don­ner son temps, voire son sang, de se vendre ou de se bra­der pour méri­ter pitance, et sou­vent pingre.

Un jour, pas si loin­tain que ça, le divi­dende uni­ver­sel ne sera pas une reven­di­ca­tion mais un pas­sage obli­gé, une nécessité.

Sauf à accep­ter que ces mil­liards d’in­di­vi­dus libé­rés de la néces­si­té du tra­vail contrac­tuel ne meurent de cette liber­té nouvelle.

Il ne faut pas croire que le divi­dende uni­ver­sel sera alors une inci­ta­tion à l’oi­si­ve­té. Bien au contraire : libé­rés de l’o­bli­ga­tion de se vendre, les gens pour­ront se passionner.

« Tu vivras à la sueur de ton front » est une maxime moribonde.

La pas­sion créa­trice et la pul­sion de contri­bu­tion seront un jour le moteur essen­tiel de l’ac­tion par­ti­ci­pa­tive. Dom­mage qu’on doive attendre la néces­si­té pour com­prendre. Car déjà main­te­nant cette repo­la­ri­sa­tion est possible.

Lisez aus­si les com­men­taires : Ana est pas­sion­nante à tout instant…

Par exemple :

Ana Sailland :
« Cha­cun est libre d’être pes­si­miste, c’est un droit fon­da­men­tal que je ne suis pas légi­time à vous contes­ter. Mais si donc la nature humaine est mau­vaise, lais­sez nous dans ce mau­vais piège qui consiste à la pen­ser bonne.

Main­te­nant, vous remar­que­rez quand même qu’à divi­dende uni­ver­sel, vous répon­dez reve­nu de base. Ce n’est pas équi­valent du tout. Si un reve­nu de base n’est qu’un reve­nu, dont le mon­tant est à négo­cier en effet entre domi­nants et domi­nés, un divi­dende uni­ver­sel est un droit uni­ver­sel au gâteau uni­ver­sel, héri­té de la Terre, héri­té du grand œuvre pas­sé, autant que du pré­sent, il n’est pas une aumône concé­dée à la pié­taille pour la main­te­nir silen­cieuse et docile, il est au contraire l’une des condi­tions néces­saires et suf­fi­santes pour faire du peuple le Sou­ve­rain et non plus le qué­man­deur. Il est un chan­ge­ment de para­digme pro­fond, qui opère la tran­si­tion de la civi­li­sa­tion du contrat tru­qué vers la civi­li­sa­tion du par­tage et de l’a­bon­dance, la tran­si­tion de la pin­gre­rie condi­tion­nelle vers des jours heu­reux car inconditionnels. »

Autre lumière allu­mée par Ana : 

https://​www​.face​book​.com/​a​n​n​a​b​e​a​.​d​u​p​a​r​c​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​3​6​6​8​2​4​9​9​7​1​446

Anna-Bea Duparc :
Hey les gars!!! Vous savez que quel que soit le résul­tat de cette vota­tion on est en train de faire un truc incroyable ? On est en train de créer un mou­ve­ment citoyen en Suisse…! On est + de 20’000 ! En dehors des par­tis poli­tiques, des mil­liers de citoyens sont en train de se mobi­li­ser pour le RBI et de s’ac­ti­ver en ce moment même… de trac­ter un peu par­tout, de par­ler autour d’eux d’un pro­jet auquel ils croient et d’es­poir pour demain. C’est beau, presque incom­pré­hen­sible… et ça me rend heureuse ! 

Cette ini­tia­tive, contrai­re­ment à presque toutes les autres, est réel­le­ment popu­laire, elle est por­tée par le peuple, sou­te­nue par des gens qui pour beau­coup n’a­vaient jamais fait de poli­tique. Des gens qui n’ont pas d’in­té­rêts à défendre et ne sont pas payés pour por­ter ce en quoi ils croient. Des citoyens qui, parce qu’ils ne font pas métier en poli­tique, sont libres de pen­ser sans pression.

Nous sommes nom­breux à pré­pa­rer l’a­ve­nir, à vou­loir que nos vies soient ali­gnées sur beau­coup plus que nos fiches de paie, à vou­loir libé­rer l’in­croyable créa­ti­vi­té pré­sente en cha­cun, res­source renou­ve­lable, inépui­sable. Humains, libres, debout, heu­reux, au ser­vice de nous-mêmes, des autres et de la vie sur cette terre. Humains qui font un pas de côté pour pen­ser leur vie en dehors de la rentabilité.

Je ne suis pas née pour pro­duire, je suis née pour vivre, pour déve­lop­per mon poten­tiel, pour gran­dir, pour aimer. Gagner ma vie m’a tou­jours paru un concept infi­ni­ment étrange. Mon tra­vail chaque jour est d’ap­prendre à don­ner le meilleur de moi-même. C’est pré­cieux la vie…

Je vous conseille de suivre les réflexions d’Ana Sailland, c’est quel­qu’un d’im­por­tant, une magi­cienne des mots décapants 🙂

Étienne.

PS :
• Le chô­mage n’est pas qu’une consé­quence de la méca­ni­sa­tion, il est AUSSI une construc­tion poli­tique pour inti­mi­der les pauvres et les rendre dociles :
httpv://youtu.be/_x1eck6ZHks

• Le chô­mage est un des fouets des négriers (pré­ten­du­ment « libé­raux ») ; le chô­mage sert à ter­ro­ri­ser les sala­riés pour qu’ils cessent de reven­di­quer et acceptent de se faire voler :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​1​/​0​6​/​2​2​/​1​3​0​–​u​e​l​u​t​t​e​–​c​o​n​t​r​e​–​l​–​i​n​f​l​a​t​i​o​n​–​p​r​i​o​r​i​t​a​i​r​e​c​h​o​m​a​g​e​–​i​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​n​a​l​i​s​e​–​e​t​e​s​–​v​o​u​s​–​d​–​a​c​c​ord

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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L’autorité, analysée par Yann Martin (EM Strasbourg)

Je vous recom­mande cette confé­rence sur l’au­to­ri­té (et les pou­voirs, les abus de pou­voir, les ruses des pou­voirs, etc.), abso­lu­ment pas­sion­nante d’un bout à l’autre :

Yann Mar­tin : l’autorité

httpv://youtu.be/jHfTJe4-XLQ

Ça s’é­coute et se réécoute le crayon à la main.

Il fau­drait retrans­crire les meilleures for­mules, et les publier ici en com­men­taires, pour nous aider à les digé­rer ensemble.

Toutes ces clefs nous ser­vi­ront sans doute, dans notre appren­tis­sage popu­laire des dif­fé­rentes façons d’or­ga­ni­ser et de limi­ter les pouvoirs.

Hâte de vous lire à ce propos 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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[Edit (8 juillet 2016) : Anne nous a retrans­crit toute la confé­rence (quel boulot !!!):

L’autorité

Yann Mar­tin

Je vous pro­pose de com­men­cer par un lieu com­mun en vous rap­pe­lant qu’en phi­lo­so­phie il est tou­jours de bon ton de com­men­cer par le plus simple, quitte à inter­ro­ger à par­tir de là ce qui pour­rait res­sem­bler à des lieux com­muns, à des cli­chés, et à des idées reçues. Il se trouve que ça tombe bien avec le thème de l’autorité parce que les idées reçues sur l’autorité ça ne manque pas.

Le lieu com­mun le plus clas­sique c’est celui qui consiste à affir­mer que nous tra­ver­sons aujourd’hui une crise de l’autorité qui serait même pour cer­tains, une crise majeure, et pour les plus alar­mistes une crise sans pré­cé­dent, et que cette crise de l’autorité se mani­fes­te­rait en par­ti­cu­lier à tra­vers quelques vic­times qui en subi­raient des dom­mages col­la­té­raux : Les poli­tiques, les prêtres, les enseignants…

S’il est vrai que nous tra­ver­sons aujourd’hui quelque chose qui est une crise d’autorité, cette crise ne date pas d’hier. Je vou­drais vous rap­pe­ler à pro­pos de Nietzche qui écri­vait déjà dans le cré­pus­cule des idoles : On se croit en dan­ger d’esclavage dès que le mot auto­ri­té se fait seule­ment entendre.  Ca veut dire qu’on est dans la deuxième moi­tié du 19ième siècle et que Nietzche fin obser­va­teurs des mœurs de son temps, remarque déjà le pro­blème avec le mot lui-même qui est deve­nu insup­por­table aux oreilles de ses contemporains.

Cette crise d’autorité dont je ne nie pas le carac­tère contem­po­rain, se mani­feste d’une double façon :

  • d’abord par une sorte de mise à mal des hié­rar­chies. La hié­rar­chie au sens éty­mo­lo­gique c’est le pou­voir en ce qu’il a de sacré (hié­ros en grec : le sacré / arché : le pou­voir). Or s’il y a une chose qui semble rela­ti­ve­ment claire c’est que la reven­di­ca­tion d’autonomie qui est une com­po­sante de la pen­sée occi­den­tale, a pro­duit une mise à mal des hié­rar­chies, qui aujourd’hui n’ont plus grand-chose de hié­ros, qui n’ont plus grand-chose de sacré. Elles nous semblent si peu sacrées, si peu légi­ti­mables qu’elles semblent sou­vent au contraire à la fois oppres­sives et arbi­traires. Là où il y aurait des hié­rar­chies, nom­breux sont ceux qui ne voient qu’oppression, exer­cices arbi­traires du pouvoir.
  • La deuxième mani­fes­ta­tion de cette crise de l’autorité tien­drait peut-être dans la manière dont nous pen­sons aujourd’hui l’égalité, comme si la seule éga­li­té qui vaille était une éga­li­té pure­ment hori­zon­tale sans la moindre dis­sy­mé­trie. Cette idée sans doute fausse que là où il y a des hié­rar­chies, là où il y a des subor­don­nées c’est l’égalité elle-même qui serait mise à mal. Or il y a là sans doute une mau­vaise concep­tion de l’égalité, une fausse repré­sen­ta­tion de l’égalité, mais qui explique en par­tie le dis­cré­dit qui affecte aujourd’hui la ques­tion de l’autorité.

En même temps ce qu’il y a de bien dans une crise c’est que ça per­met de voir un peu mieux ce qu’on voyait très mal aupa­ra­vant. Tant que l’autorité fonc­tionne, dans les socié­tés tra­di­tion­nelles, on n’a pas à se deman­der ce qu’est l’autorité, on n’a pas à se deman­der ce qu’est le pou­voir, on n’a pas à se deman­der ce qu’est le sacré, on n’a pas à se deman­der ce qu’est une hié­rar­chie, quand il n’y a pas de pro­blème ça va de soi. L’avantage d’une crise c’est que ça nous oblige à pen­ser ce que d’ordinaire nous ne pen­sons pas et ça nous oblige à nous deman­der : mais qu’est ce qu’il en est  de cette auto­ri­té qui nous semble aujourd’hui, à tort ou à rai­son, dans une situa­tion critique ?

Et cette crise d’autorité mani­feste déjà quelque chose, elle nous fait décou­vrir que le pou­voir ne suf­fit pas à ordon­ner la socié­té. Parce que le pou­voir ça existe tou­jours, ça a tou­jours exis­té. S’il y a crise de l’autorité aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il y aurait défaut de pou­voir mais cette crise de l’autorité se mani­feste jus­te­ment quand ceux qui sont sen­sés avoir le pou­voir ne sont plus en mesure de l’exercer de manière effi­cace ou quand leur légi­ti­mi­té dans l’exercice de leur pou­voir, se trouve contestée. 

Mais si la crise de l’autorité se mani­feste lorsqu’est remise en ques­tion la légi­ti­mi­té du pou­voir, ça nous fait décou­vrir que le pou­voir ne suf­fit pas à ordon­ner, le mot « ordon­ner » est à entendre avec une oreille décras­sée, ordon­ner ce n’est pas seule­ment com­man­der, ce n’est pas seule­ment don­ner un ordre, bien sur que tout pou­voir est pou­voir d’ordonner, seul celui qui a le pou­voir peut don­ner l’ordre de faire quelque chose. Mais ordon­ner, dans un sens plus cou­rant, plus modeste, c’est mettre en ordre, c’est mettre de l’ordre. Et cette crise de l’autorité qui mani­feste une cer­taine impuis­sance du pou­voir,  nous montre que quand le pou­voir est nu, quand le pou­voir est brut, quand il est aban­don­né à lui-même, quand il n’est rien d’autre que le pou­voir, il échoue aus­si bien à mettre de l’ordre qu’à don­ner des ordres.

Le pou­voir ne suf­fit pas à l’autorité et il y a une consé­quence que vous pou­vez déga­ger immé­dia­te­ment, c’est que l’autorité c’est autre chose que le pou­voir. Non seule­ment l’autorité c’est autre chose que le pou­voir mais il semble bien qu’elle puisse par­fois se pas­ser de lui et qu’on puisse par­ler avec auto­ri­té alors même qu’on n’a qua­si­ment aucun pou­voir. Vous connais­sez peut-être une parole qui revient sou­vent dans les évan­giles, on dit que Jésus par­lait avec auto­ri­té, je ne sais pas quelle est cette auto­ri­té par­ti­cu­lière qu’on lui attri­but mais elle n’est pas l’autorité de quelqu’un qui serait doté d’un pouvoir.

Si je pour­suis ma réflexion, je vou­drais aus­si vous mettre en garde contre un risque de mal­en­ten­du, c’est que ce sub­stan­tif « auto­ri­té » est sen­sé cor­res­pondre à un adjec­tif qui est « auto­ri­taire ».  On serait ten­té de dire ce n’est pas com­pli­qué, est auto­ri­taire celui qui a de l’autorité, il suf­fit que je le dise pour que vous vous ren­diez compte que ce n’est abso­lu­ment pas vrai. L’autoritaire est peut-être celui qui a si peu d’autorité qu’il est obli­gé de la sur-jouer, qu’il est obli­gé d’en rajou­ter et qu’il se retrouve par consé­quent dans une pos­ture faus­sée . L’autorité véri­table pour­rait être ce qui me dis­pen­se­rait d’avoir à être auto­ri­taire, ça veut dire aus­si que l’autorité véri­table n’est pas à cher­cher du côté des auto­ri­taires, elle est sans doute à cher­cher ailleurs.

Pour com­prendre de quoi il s’agit il nous fau­dra dis­tin­guer ce que nous sommes par­fois ten­tés de confondre. Je n’arrête pas de dire depuis des années que la phi­lo­so­phie c’est d’abord l’art de mettre de l’ordre dans les concepts et de dis­tin­guer ce que le dis­cours com­mun tente à confondre. Quand on com­mence à ordon­ner, à mettre de l’ordre, à dis­tin­guer, on com­mence à y voir plus clair et on peut com­men­cer à s’entendre parce qu’on mul­ti­plie les chances d’être d’accord sur ce dont on parle.

Or jus­te­ment ce qu’on risque de confondre ici c’est trois notions : Le pou­voir, la puis­sance et l’autorité. En pro­dui­sant ces dis­tinc­tions on va peut-être se don­ner les moyens de com­men­cer à y voir un peu clair.

  • Le pou­voir (je reprends la défi­ni­tion de Julien Freund, phi­lo­sophe et socio­logue) c’est le com­man­de­ment struc­tu­ré socia­le­ment et par­ta­gé en fonc­tions hié­rar­chiques. Ce qui est impor­tant ici sont les termes com­man­de­ment et hié­rar­chie. Celui qui a le pou­voir a le pou­voir de com­man­der au nom du carac­tère recon­nu comme légi­time du pou­voir qui est le sien et qu’il est habi­li­té à exer­cer. Pas de pou­voir sans hié­rar­chie, pas de pou­voir qui ne soit en même temps pou­voir de commander.
  • La puis­sanceelle est capa­ci­té à faire ou à faire faire. Si je sais faire quelque chose j’en ai la puis­sance, mais en même temps si je peux le faire faire c’est que j’ai bien une puis­sance qui m’est recon­nue, aus­si mys­té­rieuse soit-elle, qui me per­met de pro­duire un effet. La puis­sance se mesure aux effets concrets quelle produit.

Le pou­voir est du côté du droit, de la recon­nais­sance d’un droit ; la puis­sance est du côté du fait et de l’effectivité. Le pou­voir réel est bien évi­dem­ment un pou­voir puis­sant. Un pou­voir réduit à l’impuissance ne serait que nomi­nal et formel.

Celui qui a la puis­sance peut l’avoir pour dif­fé­rentes rai­sons, il peut avoir la puis­sance parce qu’il dis­pose du savoir faire, il peut avoir la puis­sance parce qu’il dis­pose d’un pou­voir coer­ci­tif  (la puis­sance paren­tale par exemple, qui est autre chose que l’autorité paren­tale, peut s’accommoder d’une part de coer­ci­tion, l’enfant est contraint d’obéir à ses parents). La puis­sance peut pas­ser par le savoir-faire, la com­pé­tence, qui peut s’exercer à tra­vers la coer­ci­tion, peut s’exercer aus­si par la per­sua­sion. La puis­sance peut-être douce et souple, elle peut être la capa­ci­té à faire faire à quelqu’un ce dont on est par­ve­nu à le per­sua­der. La puis­sance peut être de l’ordre de la com­pé­tence, elle peut être coer­ci­tive, elle peut être persuasive.

  • L’autorité c’est ce qui exclu aus­si bien la contrainte que la per­sua­sion. Si j’ai recours à la contrainte ou si je suis obli­gé d’avoir recours à la contrainte c’est que je manque d’autorité. L’autorité n’a pas à jouer le jeu des dis­cus­sions inter­mi­nables au cours des­quelles j’essaierai de per­sua­der quelqu’un de ce qui est bon pour lui. Le mys­tère et la magie de l’autorité c’est quelle n’a pas besoin de l’arsenal de la puis­sance pour pro­duire des effets. L’autorité comme le pou­voir a avoir avec le droit, celui à qui je recon­nais une auto­ri­té c’est celui a qui je recon­nais le droit de dire ce qu’il dit ou de faire ce qu’il fait. Il n’y a d’autorité véri­table que là où il est recon­nu qu’il a le droit de par­ler et d’agir comme il le fait, l’autorité ne tient que par le droit recon­nu à celui dont on recon­nait l’autorité.

L’enjeu de mon pro­pos sera de cher­cher la source de ce droit, d’où vient ce droit recon­nu à cer­tains de par­ler ou d’agir avec auto­ri­té. On peut déjà remar­quer l’effet majeur de l’autorité, c’est qu’elle met de l’ordre dans les rela­tions sociales, la famille, l’entreprise, une asso­cia­tion. S’il n’y a pas de pôle d’autorité dans une entre­prise, c’est le désordre, quand bien même il y aurait un pou­voir bien déter­mi­né, quand bien même on sau­rait qui est le chef et com­ment est struc­tu­rée la société.

Je dirais donc que si le pou­voir est le pou­voir en tant que don­ner l’ordre, c’est-à-dire com­man­der ; l’autorité est l’autorité en tant qu’elle met de l’ordre. Et il va de soi que dans toute socié­té on a besoin des deux, on a besoin d’un com­man­de­ment qui assure la cir­cu­la­tion des ordres on a besoin d’une auto­ri­té qui rend pos­sible la mise en ordre.

Pour le dire autre­ment, elle sub­sti­tue des rela­tions de subor­di­na­tion à des rela­tions de domi­na­tion. Là non plus il ne faut pas confondre les deux, dans le mot subor­di­na­tion vous enten­dez le terme « ordre », être subor­don­né ce n’est pas être sou­mis, c’est rece­voir sa place d’un ordre qui me sur­plombe et à par­tir duquel je recon­nais mon rôle et ma fonc­tion. Etre subor­don­né c’est être pla­cé sous un ordre à par­tir duquel je reçois la place et la fonc­tion qui est la mienne.

Etre domi­né bien évi­dem­ment c’est subir l’emprise de plus fort ou de plus puis­sant que soi. Les rela­tions sociales sont par­fois de simples rela­tions de domi­na­tion, bien ça veut dire que ça marche mal. Quand une socié­té est fonc­tion­nelle, quand elle assure la cir­cu­la­tion de l’ordre, c’est qu’elle a su sub­sti­tuer des rela­tions de subor­di­na­tion à des rela­tions de domination.

Cette dis­tinc­tion en subor­di­na­tion et domi­na­tion va me ser­vir d’arrière plan pour cher­cher la source et les condi­tions à par­tir des­quelles on pour­ra pen­ser les effets d’une auto­ri­té authen­tique. L’autorité implique bien quelque chose qui est de l’obéissance, mais une obéis­sance qui est autre chose que la sou­mis­sion, autre chose que la ser­vi­tude. Donc pour que mon obéis­sance puisse être vrai­ment obéis­sance et non pas sou­mis­sion, qu’est ce que doit être l’autorité ? Ou bien, ce qui revient au même, qu’est ce que peut être le pou­voir quand il accepte de ne pas être réduit au jeu bar­bare d’une simple domi­na­tion coer­ci­tive ? Vous com­pre­nez bien que l’enjeu de mon topo c’est de repen­ser les liens de subor­di­na­tion qui n’ont pas grand-chose à voir avec les dis­tinc­tions faciles et faus­sées entre infé­rieur et supé­rieur. Je crois que quand on aura ban­ni de notre dis­cours des termes qui sont infâ­mants et qui ne disent pas la réa­li­té des rap­ports d’autorité, nous aurons peut-être contri­bués à pou­voir mettre de l’ordre dans les rela­tions sociales quand nous sommes vis-à-vis d’elles inves­tis d’une cer­taine res­pon­sa­bi­li­té.Pen­ser l’autorité comme ce qui struc­ture des rap­ports de subor­di­na­tion sera peut-être nous dis­pen­ser d’un pou­voir qui ne serait rien d’autre que la consti­tu­tion de rap­ports de domi­na­tion supé­rieurs / inférieurs. 

Com­ment fonc­tionne le pou­voir et sur quoi ça bute ? Quand on com­prend com­ment marche le pou­voir on est ame­né à com­prendre ce qui fait sa fai­blesse et ce qui fait le carac­tère néces­saire et indis­pen­sable de l’autorité.

Le pou­voir est un thème qui méri­te­rait à lui seul une confé­rence. Je vais me conten­ter d’une approche qui joue avec trois per­son­nages pour qui j’ai une grande affec­tion : Saint Augus­tin qui a vécu il y a très long­temps, l’autre un peu plus proche Pas­cal et encore plus proche Pierre Bour­dieu, Pierre Bour­dieu qui a d’ailleurs écrit « les médi­ta­tions pas­ca­liennes », et Pas­cal qui est un Augus­ti­nien, au fond il y a bien une filia­tion assez natu­relle qui va d’Augustin à Pas­cal et à Bour­dieu. Ils ont ceci de com­mun, (même si je ne suis pas tout à fait d’accord) qu’ils consi­dèrent que les rela­tions sociales sont tou­jours fon­da­men­ta­le­ment, consti­tu­ti­ve­ment, des rela­tions de domi­na­tion. Qu’est ce que c’est que la vie sociale ? Pour n’importe lequel d’entre eux c’est le jeu qui cor­res­pond au fait que cha­cun veut domi­ner cha­cun, et ce jeu struc­ture ou déstruc­ture, aus­si bien les familles que les asso­cia­tions ou les entre­prises ou la poli­tique. Une fois qu’on a dit qu’il y a socié­té là où cha­cun aspire à domi­ner cha­cun, on bute sur le fait que tous ne sont pas aus­si forts et qu’il faut bien que cer­tains consentent à être domi­nés. Mais si nous consen­tons à être domi­nés ce n’est jamais de gai­té de cœur parce que nous avons recon­nu notre fai­blesse ou notre posi­tion basse, c’est pour s’assurer par là même, une marge de domi­na­tion pos­sible. Un exemple tout bête : Si je consens à ne pas être le meilleur de ma classe et à recon­naitre ceux qui sont plus forts que moi aus­si nom­breux soient-ils, il faut bien une com­pen­sa­tion sym­bo­lique, qu’on me recon­naisse alors comme le plus drôle, comme le boute-en-train de ser­vice, comme le plus spor­tif ou le plus sym­pa… ou à la limite comme le plus agres­sif peu importe, mais il faut quelque part qu’une plus-value sym­bo­lique me soit recon­nue et accor­dée. Je ne peux tenir ma place dans l’ordre social qu’à condi­tion que ma libi­do domi­nan­di pour par­ler comme Saint Augus­tin, ma pul­sion de domi­na­tion trouve des pos­si­bi­li­tés de satisfaction.

Donc Augus­tin je viens de vous le dire, rat­tache cela à la libi­do domi­nan­di et il rat­tache cette libi­do domi­nan­di à l’amour propre, au fait que cor­rom­pu par ce qu’il appelle le pêché ori­gi­nel je me pré­fère moi-même à tout autre et me pré­fé­rant moi-même à tout autre je trouve juste d’être en situa­tion de pou­voir domi­ner tout autre possible.

Pas­cal reprend ce jeu de la libi­do domi­nan­di et il en fait le prin­cipe même de la poli­tique et des stra­té­gies de pou­voir. Pour Pas­cal la poli­tique c’est ce jeu par lequel cha­cun veut le pou­voir parce qu’il est convain­cu d’être le seul légi­time pour l’exercer et qu’il a un droit abso­lu de domi­na­tion sur autrui. Et pour Pas­cal c’est le nerf de la guerre, c’est le nerf de la poli­tique. Le pro­blème, et là Pas­cal devient un très fin pen­seur poli­tique, c’est que si ça se savait on ne joue­rait pas le jeu et on n’accepterait pas d’être gou­ver­nés par ceux-là même qui vou­draient nous impo­ser leur libi­do domi­nan­di. Pas­cal dit que la ruse du pou­voir poli­tique c’est de réus­sir à camou­fler la véri­té du jeu poli­tique, c’est-à-dire de réus­sir à cacher suf­fi­sam­ment l’instinct de domi­na­tion pour que ça puisse pas­ser par exemple pour un ser­vice du bien com­mun, un ser­vice public. Pas­cal n’est pas un cynique, ce n’est pas quelqu’un qui dit tous pour­ris et je crois qu’il aurait tort s’il le disait, c’est quelqu’un qui nous dit que la socié­té est telle, que tout homme est asser­vi par la libi­do domi­nan­di, que cha­cun veut domi­ner cha­cun et si on laisse libre cours à cette pul­sion de domi­na­tion il n’y a plus de socié­té pos­sible. Il faut donc bien que nous soyons gou­ver­nés. Et ceux qui nous gou­vernent par là même satis­font leur libi­do domi­nan­di, mais il faut qu’ils puissent la satis­faire, il faut qu’ils puissent exer­cer le pou­voir pour pou­voir bri­der nos pas­sions et rendre pos­sible la vie sociale mal­gré la libi­do domi­nan­di. Il faut qu’ils rusent avec nous, il faut qu’ils nous trompent, même s’ils nous trompent pour notre bien. Pas­cal disait que le plus sage des légis­la­teurs (et il pen­sait à Saint Augus­tin) affir­mait que pour le bien des hommes il est sou­vent néces­saire de les piper. De les trom­per, de les abu­ser, de les cir­con­ve­nir, de flat­ter leur libi­do domi­nan­di de manière à leur per­mettre de vivre ensemble. Et com­ment on flatte la libi­do domi­nan­di de ceux dont on est res­pon­sable ? En mul­ti­pliant dans la socié­té des situa­tions concur­ren­tielles qui per­mettent à cha­cun de recueillir le béné­fice sym­bo­lique de sa propre puis­sance indi­vi­duelle. Donc pour Pas­cal qu’est ce que c’est que la socié­té ? C’est un espèce de champ de force struc­tu­ré par des rap­ports de force, quand cha­cun veut domi­ner cha­cun, cha­cun en même temps à besoin de cha­cun. Si j’assassine tous ceux qui sont autour de moi sous le pré­texte de satis­faire de manière abso­lue ma libi­do domi­nan­di, je ne pour­rais plus domi­ner per­sonne et en plus il n’y aura plus per­sonne pour me recon­naitre comme le plus puis­sant et le plus fort. A quoi bon être le plus fort si je n’ai pas face à moi des indi­vi­dus qui me ren­voient l’image de ma force.

C’est ça la socié­té pour Bour­dieu. C’est ce jeu de rap­port de force qui est telle que cha­cun est en posi­tion d’être pour cha­cun le miroir de sa propre puis­sance et cha­cun peut satis­faire dans son ordre propre sa libi­do dominandi.

La forme la plus simple de la domi­na­tion, pour­­rait-on croire, c’est la force. La force a un avan­tage qu’avait bien vu Pas­cal et Jean de la Fon­taine, elle ne se dis­cute pas. On peut tou­jours dis­cu­ter pour savoir si vous êtes plus intel­li­gents que moi, on peut dis­cu­ter pour savoir qui est le plus beau, le plus gen­til, le plus humble, mais pour savoir qui est le plus fort ce n’est pas la peine de dis­cu­ter il suf­fit d’un ring, frap­­pez-vous des­sus, le pre­mier qui tombe c’est le plus faible, je vais l’exprimer comme Pas­cal : La force est très recon­nais­sable et sans dis­pute ; ou à la façon de La Fon­taine : La rai­son du plus fort est tou­jours la meilleure, quelques soient les argu­ments de l’agneau de toute façon il fini­ra pas se faire bouf­fer par le loup et le loup aura prou­vé qu’il est bien le dominant.

La force est pra­tique, pour­quoi l’ordre social ne serait pas assu­ré par la force puisqu’elle est indis­cu­table, mais le para­doxe de la force est qu’elle est tou­jours insuf­fi­sante, le para­doxe de la force c’est qu’en réa­li­té elle est tou­jours fai­blesse. Pour citer Rous­seau : le plus fort n’est jamais assez fort pour res­ter le maitre, et pour une rai­son toute simple c’est que d’abord le plus fort va vieillir, il va deve­nir plus faible, le pou­voir qu’il se sera acquis sera évi­dem­ment très vite mena­cé par plus fort que lui, puis il y a une deuxième rai­son c’est que même s’il reste fort assez long­temps il suf­fit que deux ou trois se liguent contre lui et sa force vien­dra buter sur une force plus grande. Le para­doxe de la force est qu’alors même qu’elle est sans dis­pute, incon­tes­table, elle est dotée d’une fai­blesse qui la rend insuf­fi­sante pour s’assurer l’acquisition et la conser­va­tion du pou­voir. Ce que savent tous les poli­tiques à part peut-être les tyrans (et encore ils font sem­blant de pas savoir), c’est qu’au fond la force ne suf­fit jamais, ni pour conqué­rir, ni pour conser­ver le pou­voir, il faut autre chose. Il faut au plus fort quelque chose qui ne relève pas sim­ple­ment de sa force, le plus fort va devoir ruser. Il va devoir nous dit Rous­seau : Trans­for­mer sa force en droit et l’obéissance en devoir, extrait du « contrat social » livre 1, cha­pitre 3. Il faut qu’il nous convainc qu’il est le plus fort, ca c’est facile il suf­fit qu’il nous tape des­sus, mais il faut qu’il arrive à nous per­sua­der que sa force même lui donne le droit de l’exercer, qu’il a le droit de nous gou­ver­ner parce que c’est le plus fort. Au pas­sage c’est la stra­té­gie du loup dans « le loup et l’agneau », le loup met un temps fou à dévo­rer l’agneau, il dis­cute 107 ans avec lui, il écoute les argu­ments de l’agneau. Pour­quoi ? Parce que le loup ce qui l’intéresse n’est pas seule­ment de dévo­rer l’agneau, il n’est pas seule­ment tenaillé par la faim, la libi­do domi­nan­di c’est plus puis­sant que la libi­do haben­di, le loup ce qu’il aime­rait arra­cher à l’agneau c’est la recon­nais­sance de son droit à le dévo­rer, c’est un per­vers le loup. L’agneau il ne joue pas le jeu, il dis­cute, il pinaille, il n’est pas d’accord et résul­tat il se fait bouf­fer mais pour le loup c’est un échec, il a raté quelque chose, il n’a pas réus­si à trans­for­mer sa force en droit, et la stra­té­gie du pou­voir c’est tou­jours de trans­for­mer la force en droit et l’obéissance en devoir. Le pou­voir ne se satis­fait jamais de l’obéissance, il faut que cette obéis­sance soit consi­dé­rée comme du, le pou­voir ne consiste pas seule­ment à dire « obéis­­sez-moi », mais « vous devez m’obéir ». Et dire vous devez m’obéir veut dire non seule­ment subir le pou­voir qui est le mien mais vous devez en recon­naitre la légi­ti­mi­té. Bref la force est si fra­gile que pour se trans­for­mer en pou­voir elle requière d’être jus­ti­fiée, elle demande à être légi­ti­mée. Mais là encore on bute sur une dif­fi­cul­té, com­ment pour­­rait-on légi­ti­mer la force que nous recon­nai­trions comme une force supé­rieure et que nous trans­for­me­rions en pou­voir en la légi­ti­mant ? Ce n’est pas pos­sible ! Si la libi­do domi­nan­di est le lot de tous quelque chose devrait résis­ter, on ne devrait pas jouer le jeu, on le joue tous, on accepte tous l’idée que le plus fort, à condi­tion que ça joue pas à 53 voix près, c’est celui qui légi­ti­me­ment est là pour domi­ner, pour gou­ver­ner, pour exer­cer son pou­voir. Et que faut-il pour ça ? Quelque chose de tout simple qu’avait bien remar­qué Pas­cal, il faut qu’on y croie, il faut que celui qui exerce le pou­voir pro­duise en même temps des effets de croyances. C’est-à-dire que celui qui veut domi­ner par­vienne à nous faire croire que son pou­voir est légi­time. Ca ne veut pas dire qu’il s’agit sim­ple­ment pour lui de nous duper et de nous trom­per, faire croire à quelqu’un ce n’est pas for­cé­ment lui vou­loir du mal. Si je fais croire à un ami gra­ve­ment malade qu’il a toutes les chances de gué­rir s’il se soigne, même si j’y crois pas vrai­ment moi-même, j’augmente pour lui les chances de gué­ri­son, si je laisse croire à l’élève en grosse dif­fi­cul­té qu’il va pro­gres­ser s’il s’accroche, je ne le fais pas pour le trom­per mais pour l’aider à pro­gres­ser. Le jeu du pou­voir c’est de réus­sir à pro­duire des effets de croyances, selon Bour­dieu, selon Pas­cal, selon Machia­vel… c’est-à-dire de réus­sir à ce qu’on croit en lui parce que ça ne tien­dra pas si on n’y croit pas. Ca marche à un niveau tout simple si vous n’étiez pas là entrain de croire que j’ai un mini­mum de com­pé­tence pour vous par­ler de l’autorité, ça ferait long­temps que vous seriez par­tis. C’est parce que vous croyez que j’ai un droit par­ti­cu­lier à être moi der­rière ce bureau alors que vous êtes assis sage­ment sur vos chaises, que je peux par­ler dans une situa­tion qui est glo­ba­le­ment une situa­tion d’ordre, ça marche parce que vous y croyez. Un des grands théo­ri­ciens de l’autorité Max Weber, rat­tache toutes les formes de l’autorité à des pro­cé­dures de croyances, on peut noter dans « le savant et le poli­tique » Weber dis­tingue trois types d’autorités : Une qu’il appelle « tra­di­tion­nelle », l’autre qu’il appelle « cha­ris­ma­tique » et la troi­sième qu’il appelle « l’égal ration­nel », il consi­dère que ce qu’elles ont en com­mun c’est qu’elles sont toutes fon­dées sur la croyance et à par­tir de là il construit un concept de  herr­shaft, pou­voir, auto­ri­té… on ne sait pas trop bien com­ment le tra­duire le herr­shaft de Weber, domi­na­tion, mai­trise, com­man­de­ment… mais ce qu’il appelle herr­shaft c’est ce qui ne fonc­tionne qu’à condi­tion de sus­ci­ter une adhé­sion, il n’y a d’autorité véri­table que si j’adhère à celui dont je recon­nais l’autorité et je ne peux y adhé­rer qu’à condi­tion d’y croire. Je vous ren­voie à un petit ouvrage éclai­rant, de Myriam Revault d’Al­lonnes «  Le pou­voir des com­men­ce­ments », elle connait très bien Max Weber, je la cite : Est ration­nel laherr­shaft fon­dée sur la croyance en la léga­li­té des règles ins­ti­tuées. Est tra­di­tion­nel la herr­shaft fon­dée sur la croyance en la sain­te­té des tra­di­tions éter­nel­le­ment valables. Est cha­ris­ma­tique la domi­na­tion fon­dée sur la dévo­tion à l’égard du carac­tère sacré de la force héroïque ou de la valeur exem­plaire d’une per­sonne. Quelque soit la forme de l’autorité évo­quée par Max Weber, elle n’existe comme puis­sance, comme herr­shaft que dans la mesure où on y croit. Pour que le pou­voir puisse s’exercer dura­ble­ment il faut qu’il puisse pro­duire des effets de croyance.

Com­ment fait-il ? Il fait en sorte que ce qui est fort soit juste, si vous me trou­vez cynique, je suis per­sua­dé de ne pas l’être, je vous prends un exemple très simple parce que dans nos socié­tés démo­cra­tiques on pour­rait dire qu’est ce que c’est la démo­cra­tie ? C’est ce qui jus­ti­fie des rap­ports de droit, des rap­ports de force, on va lais­ser ça pour le caté­chisme répu­bli­cain, ce n’est pas ça le fonc­tion­ne­ment réel de la démo­cra­tie. Je prends un exemple tout bête, vous êtes à l’assemblée natio­nale, vous avez un pro­jet de loi à défendre, il va y avoir des dis­cus­sions, des débats, des argu­ments, puis un vote, puis en fonc­tion de la majo­ri­té le pro­jet de loi s’il est vali­dé sera recon­nu comme légi­time. Très bien, mais au fond ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les plus nom­breux seront les plus forts et que le pro­jet de loi sor­ti­ra parce qu’il aura pour lui une majo­ri­té capable de le défendre. Ce sont les plus forts parce que les plus nom­breux qui par­vien­dront à faire pas­ser un pro­jet de loi qui sous une autre majo­ri­té ne serait pas pas­sé. Ce qui veut dire que sa légi­ti­mi­té n’est pas une légi­ti­mi­té abso­lue, qua­si divine, que sa légi­ti­mi­té que je ne conteste pas est une légi­ti­mi­té adve­nue dans un jeu de rap­port de force. Le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique c’est ce qui per­met pré­ci­sé­ment d’habiller des rap­ports de force en puis­sance de légi­ti­ma­tion, même quand il y a élec­tions pré­si­den­tielles celui qui est élu c’est celui qui a eu le plus de force pour pro­vo­quer l’adhésion à sa per­sonne, quelques soient les moyens légaux qu’il ait pu employer. Pour le dire comme Pas­cal en poli­tique la force est tou­jours pre­mière, la poli­tique n’abolit jamais les rap­ports de force, elle les consti­tue en rap­ports sym­bo­liques de domi­na­tion ; tout pou­voir est usur­pée, on prend tou­jours le pou­voir, on ne vient jamais vous l’offrir sur un pla­teau. Jus­te­ment parce que le pou­voir se prend et que sa légi­ti­ma­tion n’est jamais abso­lue, il lui faut pro­duire les effets de croyance qui lui per­mettent de durer et d’apparaitre comme légi­time. Même sur la scène inter­na­tio­nale, même quand un pou­voir est pris par un coup d’état, géné­ra­le­ment la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale va s’émouvoir pen­dant quelques semaines, puis si ça tient, si les rela­tions sociales et poli­tiques sont sta­bi­li­sées, on va se cal­mer, on lais­se­ra pas­ser quelques mois et celui qui quelques mois plus tôt était regar­dé comme un odieux tyran qui vient de faire un coup d’état inac­cep­table, sera regar­dé comme le chef légi­time de l’état dont il aura pris le pouvoir. 

Pour que le pou­voir tienne il faut qu’il réus­sisse à pro­duire des effets de croyance qui assurent sa légi­ti­mi­té. Il faut faire croire que la loi de la suc­ces­sion héré­di­taire, par exemple dans un sys­tème monar­chique, est par­fai­te­ment légi­time, ou faire croire que la loi de l’élection démo­cra­tique est plus légi­time que la loi de la suc­ces­sion héré­di­taire, ou faire croire que les pri­vi­lèges de la noblesse sont légi­times… et tant qu’on y croit ça marche. Et quand on n’y croit plus on est en août 89.

Il y a une autre manière, il y a une manière de faire que tous les poli­tiques connaissent, pas que les poli­tiques, les ensei­gnants, les curés, les chefs d’entreprise… Pour que ça marche il faut frap­per l’imagination, c’est-à-dire qu’il faut pou­voir mettre en scène, il faut théâ­tra­li­ser son pou­voir. Le pou­voir du roi ne tien­drait pas long­temps sans le sceptre, la cou­ronne, la cour, le trône, le palais prin­cier… Le pou­voir démo­cra­tique ne nous impres­sion­ne­rait pas beau­coup sans le balai des limou­sines dans la cour de l’Elysée, les pro­to­coles. On pour­rait ima­gi­ner que je vous parle du milieu d’entre vous, mais il y a quelque chose de théâ­tral ici, on m’a mis en hau­teur et devant moi une lon­gueur pas pos­sible qui me sépare bien de vous, théâ­tra­li­sa­tion mas­sive de ma pré­sence qui vise à assu­rer un effet de pouvoir. 

Dans le jeu du pou­voir c’est qu’il n’y a pas de pou­voir sans repré­sen­ta­tion du pou­voir, il n’y a de pou­voir que mis en signes, à tra­vers des signes qui vont frap­per l’imagination et qui sup­posent une mise en scène théâ­trale de ces signes. Cette repré­sen­ta­tion du pou­voir à tra­vers ses signes est tou­jours ce qui assure le pou­voir de la repré­sen­ta­tion. Nos repré­sen­ta­tions sont puis­santes, au fond nous sommes gou­ver­nés par nos propres repré­sen­ta­tions bien d’avantage que par ceux qui croient nous gou­ver­ner, la preuve est qu’ils ne peuvent nous gou­ver­ner que tant que la repré­sen­ta­tion que l’on se fait d’eux coïn­cide avec la repré­sen­ta­tion qu’ils espèrent qu’on a d’eux.

Le pou­voir s’il est fra­gile, il est fra­gile puisqu’il a besoin de signes, de croyances, d’être théâ­tra­li­sé, d’être légi­ti­mé il est fra­gile d’une manière telle que ce qui le rend néces­saire Pas­cal, Bour­dieu, Augus­tin sont d’accord là-des­­sus, aus­si fra­gile, aus­si trom­peur qu’il soit le pou­voir est néces­saire pour mettre de l’ordre dans les rela­tions sociales. Mais ce qui rend le pou­voir néces­saire c’est aus­si, et c’est le drame du pou­voir, c’est ce qui le rend fra­gile, parce qu’en réa­li­té on n’est pas si dupe que cela. Pas­cal a le sou­ci de démys­ti­fier le jeu poli­tique pour nous mon­trer com­ment ça marche, il est à mon avis bien plus pré­cis que Machia­vel,  Pas­cal nous dit « ce que je vous dis là il ne faut pas le répé­ter », il est bon que le peuple ne le sache pas, là Pas­cal est un peu naïf, le peuple le sait tou­jours, on a par­fois besoin de se le cacher un peu à nous-mêmes mais au fond on sait bien com­ment ça marche, on n’est pas si dupe que ça, il est arri­vé à cha­cun de nous de dou­ter de l’absolu légi­ti­mi­té d’un supé­rieur hié­rar­chique, d’un pro­fes­seur, d’un homme politique.

Tout pou­voir vient buter sur la libi­do domi­nan­di de ceux sur qui il s’exerce, le pro­blème c’est que le pou­voir ne peut jamais tenir par sa propre force jus­te­ment parce que face à lui il y a d’autres volon­tés de pou­voir. Moi j’ai le pou­voir de faire en sorte que mes élèves res­tent assis dans la classe sans bou­ger mais s’ils déci­daient mas­si­ve­ment de se lever, de plus m’écouter et de foutre le souk, c’est-à-dire d’affirmer leur propre libi­do domi­nan­di contre la mienne, ce n’est pas cer­tain du tout que je ferai le poids, il est même cer­tain que je ne le ferai pas. Ca veut dire que tout pou­voir vient buter sur la libi­do domi­nan­di de ceux sur qui il s’exerce, c’est-à-dire qu’il a tou­jours à conju­rer le risque de la révolte, de la contes­ta­tion, de la révo­lu­tion, de la cri­tique, c’est donc compliqué.

La légi­ti­ma­tion n’est jamais totale on sait qu’aucun pou­voir n’est abso­lu­ment pas légi­time. Le pou­voir pour fonc­tion­ner vrai­ment a besoin d’autre chose et ce quelque chose dont il a besoin c’est l’autorité. L’autorité est tou­jours ce qui doit relayer le pou­voir pour que le pou­voir puisse conti­nuer à s’exercer comme pou­voir. L’autorité est peut-être même par­fois ce qui assure le pou­voir, du pou­voir, ce qui l’augmente et lui per­met de tenir. Et la puis­sance de l’autorité est par­fois plus grande que celle du pou­voir. Je cite Cicé­ron, à pro­pos d’un séna­teur : Ce qu’il ne pou­vait pas réa­li­ser par le pou­voir, il l’obtint par l’autorité, Cicé­ron recon­nait déjà que la puis­sance de l’autorité est par­fois plus grande que la puis­sance du pou­voir. Com­ment c’est pos­sible qu’on puisse obte­nir par l’auctoritas ce qu’on ne peut pas obte­nir par le potes­tas ? Ety­mo­lo­gi­que­ment le mot auto­ri­té vient de verbe latin augere qui veut dire accroitre, aug­men­ter, l’autorité c’est donc ce qui aug­mente le pou­voir de per­sua­der, non pas à par­tir d’un pou­voir qu’il aurait reçu ins­ti­tu­tion­nel­le­ment mais à par­tir de qua­li­tés qui sont celles de sa per­sonne (exploits, com­pé­tences, ver­tus, suc­cés…). Ce qui donne pou­voir est reçu d’ailleurs, ce qui donne auto­ri­té pro­vient tou­jours de quelque chose qui est recon­nu comme étant de la per­sonne. L’autorité ne s’institue pas c’est une carac­té­ris­tique per­son­nelle, non trans­fé­rable. On peut trans­fé­rer un pou­voir, on peut don­ner pou­voir à quelqu’un, l’autorité est intrans­fé­rable. Emile Ben­ve­niste, spé­cia­liste de l’indo-européen, va cher­cher par­fois l’étymologie bien plus loin que dans le latin, il voit dans le augere (moi je vais cher­cher dans le latin la racine du mot auto­ri­té, lui va cher­cher dans l’indo-européen la racine du mot augere) il lui semble que le verbe latin augere vient d’une racine indo-euro­­péenne aug qui désigne la force, mais pas n’importe quelle force, pas une force humaine, une force qui est d’abord celle des Dieux, une puis­sance par­ti­cu­lière de faire être hors de soi quelque chose par sa puis­sance propre, aug c’est donc la puis­sance effi­cace qua­si divine. On trouve au pas­sage quelque chose de ce sens dans le mot auteur qui est la même racine qu’autorité, dans un sens méta­pho­rique, quand on dit de quelqu’un « il est auteur de nos jours », l’auteur de mes jours c’est bien celui qui a pu pro­duire hors de soi ce qu’il avait la puis­sance de pro­duire hors de soi, l’efficace d’un faire être entiè­re­ment du à l’auteur de mes jours. Si on parle de l’auteur comme un écri­vain c’est encore plus net, l’auteur est moins celui qui est auto­ri­sé que celui qui a le pou­voir de faire exis­ter hors de lui quelque chose qui a ensuite sa force propre de pro­duire cer­tains effets.

Si nous com­pre­nons l’autorité à par­tir de ce que nous révèle Cice­ron ou Ben­ve­niste, ou sim­ple­ment un exa­men de l’étymologie, je crois qu’on peut en tirer un cer­tain nombre de carac­tères, je vais vous en pro­po­ser 7 :

  • L’autorité exclue la coer­ci­tion, elle ne fonc­tionne pas sur le mode de la contrainte. Celui qui parle avec auto­ri­té n’a pas besoin d’élever la voix. Celui qui agit avec auto­ri­té n’a pas besoin de for­cer les évè­ne­ments. Il suf­fit qu’il parle, il suf­fit qu’il oriente, il suf­fit qu’il dise ce qu’il faut faire et on fait comme il dit et on écoute sa parole.
  • L’autorité repose sur la recon­nais­sance, il n’y a auto­ri­té réelle que d’autorité recon­nue, à tel point que l’expression « auto­ri­té recon­nue » peut être consi­dé­rée comme un pléo­nasme. Si elle n’est auto­ri­té que si elle est recon­nue c’est que son par­cours est contraire à celui du pou­voir. Le pou­voir s’exerce de haut en bas mais puisque l’autorité n’est auto­ri­té qu’à être recon­nue elle s’exerce de bas en haut puisque n’a auto­ri­té que celui a qui vous don­nez auto­ri­té en recon­nais­sant pré­ci­sé­ment l’autorité qui est la sienne.
  • L’autorité bien qu’elle fonc­tionne que sur la base d’une recon­nais­sance qui néces­sai­re­ment me vient d’en bas, elle n’est pas pour autant éga­li­taire, elle exclue le débat, l’argumentation, la dis­cus­sion. Si on est entre égaux on peut dis­cu­ter, débattre, argu­men­ter, faire valoir nos points de vue, mais quand quelqu’un parle avec auto­ri­té on recon­nait la puis­sance et l’efficacité de sa parole. L’autorité ne se dis­cute pas. Dans la mesure où l’autorité fonc­tionne hors débat, l’ordre auto­ri­taire est tou­jours un ordre hiérarchique.
  • Si l’autorité a quelque chose de per­son­nel, contrai­re­ment au pou­voir, sa source semble tou­jours quelque chose qui trans­cende la per­sonne auto­ri­sée. On recon­nait à celui dont on recon­nait l’autorité, des qua­li­tés par­ti­cu­lières et en même temps on recon­nait en sa pré­sence, quelque chose qui le dépasse, quelque chose de plus grand que lui.
  • Dans la sphère poli­tique la source de l’autorité est tou­jours la loi. Quelque soit l’autorité dont on dis­pose on ne peut jamais conser­ver l’autorité contre la loi ou dans le jeu de la trans­gres­sion de la loi. C’est ce qui dis­tingue un régime auto­ri­taire (il s’en tient au res­pect des lois, il reste ordon­né à l’ordre de la loi) d’une tyrannie.
  • Le mot et le concept d’autorité sont issus du droit romain. En droit romain on dis­tingue bien l’auctoritas et le potes­tas. Le pou­voir c’est le mono­pole de la mai­son impé­riale, l’empereur et les proches de l’empereur qui ont le pou­voir. L’autorité c’est le pri­vi­lège du sénat, c’est-à-dire des anciens. La poli­tique romaine à l’époque impé­riale est struc­tu­rée entre ces deux pôles.
  • L’autorité est de nature spi­ri­tuelle c’est-à-dire non coer­ci­tive. Han­nah Arendt nous le dit. La chute de l’Empire romain 476, au Vème siècle l’église, ins­ti­tu­tion­nel­le­ment, se retrouve dans une situa­tion où elle peut faire valoir son expé­rience, sa com­pé­tence, son mode d’organisation, et elle entre dans une dimen­sion poli­tique. Pour exer­cer ce pou­voir l’église va adop­ter la dis­tinc­tion romaine entre le pou­voir et l’autorité, et elle reven­dique pour elle la vieille auto­ri­té du sénat et aban­donne le pou­voir aux rois et aux empe­reurs du monde. Même ce jeu qui va tra­ver­ser tout le moyen âge, non pas un jeu de sépa­ra­tion, mais l’articulation du pou­voir reli­gieux et du pou­voir royal au moyen âge n’est pas un conflit de pou­voir parce qu’elle fonc­tionne bien déjà sur ce qui est une sépa­ra­tion des pou­voirs. Le pou­voir reven­di­qué par l’église médié­vale c’est l’autorité, c’est le pou­voir spi­ri­tuel non coer­ci­tif, et le pou­voir qu’elle aban­donne qu’elle recon­nait aux princes et aux rois de ce monde, c’est le pou­voir de la mai­son impé­riale. On com­prend qu’il n’y ait pas vrai­ment de crise de l’autorité pen­dant plu­sieurs siècles.

Ce qui est inté­res­sant ici c’est ce par­tage des rôles de la pen­sée. Ca nous aide à com­prendre que toute socié­té a besoin de ces deux pôles. Toute socié­té a besoin d’un pôle de pou­voir ins­ti­tué et d’un pôle d’autorité. Le pôle d’autorité c’est ce pôle où se joue la capa­ci­té à mobi­li­ser plu­tôt qu’à contraindre. Quand on doit contraindre ses subor­don­nés à faire leur tra­vail, c’est déjà que ça va mal. Et le pou­voir qui est le notre est frap­pé d’insuffisance. Mais si on arrive à mobi­li­ser une équipe, des éner­gies, c’est quelque soit le pou­voir que l’on a ou que l’on n’a pas, on joui d’une cer­taine auto­ri­té. Donc le pôle d’autorité c’est ce qui per­met de mobi­li­ser plu­tôt que de contraindre, autre­ment dit de faire qu’on y croit sans pour autant nous faire croire. Je crois que l’autorité véri­table c’est ce qui peut se pas­ser des effets de théâ­tra­li­sa­tion dont je fai­sais tout à l’heure le jeu du pou­voir parce que le pou­voir n’est jamais de lui-même assez sur de sa légi­ti­ma­tion il faut qu’il se mette en scène, il faut la bonne cra­vate et le beau cos­tume. L’autorité peut nous dis­pen­ser des effets de pou­voir et en par­ti­cu­lier des effets de théâ­tra­li­sa­tion. Ce qui me frappe chez les gens dont je recon­nais l’autorité c’est qu’ils n’ont pas besoin d’en rajou­ter, ils n’ont pas besoin de sur-jouer. Ca me rap­pelle la confi­dence d’un ami qui me par­lait d’un ancien doyen de l’inspection géné­rale, il me par­lait de lui avec beau­coup de bon­té, de gen­tillesse, d’affection… puis il a eu une for­mule éton­nante, il me dit « ce qui a de bien avec lui c’est qu’il ne joue pas au doyen ». Au fond c’est ça l’autorité c’est ce qui nous dis­pense d’avoir à jouer, quand vous n’êtes pas sur vrai­ment d’être à la place qui devrait être la votre vous devez en rajou­ter pour convaincre les autres que c’est bien vous le chef et que votre pou­voir est légi­time. Mais quand vous êtes à l’aise dans vos propres com­pé­tences, avec votre pou­voir, avec votre fonc­tion vous n’avez pas besoin de sur-jouer. Il se pour­rait bien que l’autorité ce soit ça.

Je vou­drais ter­mi­ner sur les condi­tions de l’autorité.

  • Elle s’ignore elle-même comme auto­ri­té. L’autorité que je reven­dique, l’autorité que je pose comme étant la mienne c’est tou­jours celle que je risque de sur-jouer et en la sur-jouant, celle que je risque de perdre. On n’a jamais autant d’autorité que quand on ne se pose pas la ques­tion de son auto­ri­té, quand on ignore notre auto­ri­té et quand on est dis­pen­sé par là-même d’avoir une pos­ture affec­tée qui tom­be­rait immé­dia­te­ment dans l’imposture. L’autorité qui se prend au sérieux, l’autorité qui ne s’ignore pas elle-même, l’autorité trop sure d’elle c’est ce qui risque tou­jours de nous faire som­brer dans l’autoritarisme ou dans le ridi­cule, au choix et je ne sais ce qui est le pire.
  • L’autorité a à voir avec une cer­taine sagesse recon­nue, cette sagesse peut être aus­si bien une sagesse pra­tique, qu’une sagesse théo­rique. Elle peut être une sagesse pra­tique parce qu’elle peut être de l’ordre de la com­pé­tence, du savoir-faire, de la pru­dence, de l’expérience et quand on a acquis une cer­taine com­pé­tence qui nous donne une cer­taine effi­ca­ci­té, quand notre savoir-faire est rela­ti­ve­ment indis­cu­té, quand nous sommes suf­fi­sam­ment pru­dent pour prendre le temps de mesu­rer une situa­tion, quand nous avons l’expérience qui nous per­met peut-être de ne pas faire les mêmes erreurs, d’autres éven­tuel­le­ment mais pas les mêmes, à par­tir de là nous pou­vons appa­raitre comme ayant une cer­taine auto­ri­té. Même chose pour la sagesse théo­rique, celle qui se carac­té­rise par un cer­tain recul, une cer­taine dis­tance cri­tique, une cer­taine hau­teur de vue et celui qui a cette hau­teur de vue, cette dis­tance cri­tique, c’est celui dont on sera enclin à recon­naitre l’autorité.

Ce que je suis entrain de vous dire là c’est que l’autorité n’est pas un espèce de don natu­rel, on ne nait pas avec l’autorité che­villée à l’âme, l’autorité c’est ce qui nous advient avec l’expérience, avec le recul, avec la com­pé­tence, avec le savoir-faire, avec la pru­dence, avec tout ce qu’il a fal­lu construire, avec tout ce qu’il a fal­lu acqué­rir. La mau­vaise nou­velle c’est que ce n’est pas un don magique et la bonne nou­velle c’est que mine de rien ça peut se tra­vailler. D’une manière para­doxale parce qu’à vou­loir acqué­rir de l’autorité je risque de perdre le peu d’autorité qui me res­tait. Mais ça veut dire que si j’oublie l’autorité et que je pense vrai­ment à deve­nir plus com­pé­tent, plus effi­cace, plus pru­dent, à tirer par­ti de mon expé­rience, l’autorité vien­dra comme de surcroit.

Je vois cer­tains d’entre vous qui disent « oui mais y’a quand même l’autorité cha­ris­ma­tique ! », celle là se joue à un niveau qui ne se tra­vaille pas. Cha­ris en grec c’est la grâce, le don, et l’autorité cha­ris­ma­tique ça serait une sorte de don qua­si sur­na­tu­rel et mira­cu­leux que l’on recon­nai­trait chez cer­tains. On voit par­fois dans l’autorité la marque d’un cha­risme, il est d’ailleurs éton­nant qu’on soit dans le voca­bu­laire don divin qua­si théo­lo­gique et mys­tique, je suis assez per­plexe, j’y crois pas trop. Je vous raconte une anec­dote par laquelle on a essayé de me convaincre que cer­tains avaient une auto­ri­té cha­ris­ma­tique en me pré­sen­tant une petite dame extra­or­di­naire et dont on disait qu’elle avait un cha­risme, c’était la pré­si­dente d’ATD quart monde il y a quelques années, une petite bonne femme pleine d’énergie, déjà assez âgée, elle allait régu­liè­re­ment frap­per à la porte des minis­tères et on la fai­sait pas attendre ¼ d’heure, elle avait ses entrées, on l’accueillait, on l’écoutait, elle engueu­lait les ministres et les ministres se lais­saient engueu­ler par elle. « Donc là on est vrai­ment dans l’autorité cha­ris­ma­tique ! » cette per­sonne s’appelait Gene­viève Antho­niosz qui avait bien pris soin de ne pas enle­ver son nom de jeune fille qui était De Gaulle alors oui quand on s’appelle Gene­viève Antho­nioz De Gaule ça pro­duit des effets de croyance et de sidé­ra­tion qui n’auraient pas été pro­duits si elle s’était appe­lée Arlette Dupont. L’autorité cha­ris­ma­tique à discuter.

  • L’autorité implique le res­pect, il n’y a pas d’autorité sans res­pect et le res­pect en deux sens : « tenir quelqu’un en res­pect » c’est le tenir à bonne dis­tance, je crois que c’est ça le res­pect, la ver­tu de la bonne dis­tance ni trop près, ni trop loin. Trop loin c’est de l’indifférence, trop près c’est de la confu­sion. Res­pec­ter ses élèves, res­pec­ter ses enfants c’est n’être pas trop près, ni trop loin d’eux, trou­ver la juste dis­tance qui per­met à cha­cun d’être à sa place.

Puis res­pect dans un sens plus tech­nique, c’est la recon­nais­sance de l’inaliénable digni­té de ceux à qui on s’adresse, je ne peux pas être recon­nu comme ayant auto­ri­té par quelqu’un que je mépri­se­rais, par quelqu’un dont je bafoue­rais la digni­té. Les condi­tions d’exercice de l’autorité c’est tou­jours le res­pect scru­pu­leux de celui à qui on s’adresse, avec qui on agit.

  • L’autorité implique la mise entre paren­thèses des hié­rar­chies ins­ti­tuées c’est-à-dire que l’autorité per­met de les court-cir­­cui­­ter pro­vi­soi­re­ment. C’est ce que Pas­cal dans un texte extra­or­di­naire qui s’appelle « trois dis­cours sur la condi­tion des grands » appe­lait les gran­deurs d’établissement c’est-à-dire des gran­deurs qui sont socia­le­ment éta­blies mais qui ne doivent rien aux ver­tus, aux qua­li­tés par­ti­cu­lières de ceux à qui on recon­nait ces gran­deurs, pas­cal disait par exemple qu’être Duc c’est une gran­deur d’établissement.

Elle ouvre une brèche dans le jeu des hié­rar­chies for­melles. Celui qui a auto­ri­té n’est pas celui qui conteste le pou­voir, il ne conteste pas la légi­ti­mi­té de son chef, mais c’est celui qui, parce qu’il a auto­ri­té bous­cule un peu les hié­rar­chies et qui peut être éven­tuel­le­ment enten­du bien au-delà de sa fonc­tion for­melle. Il y a dans cer­taines entre­prises, dans cer­taines écoles, dans cer­tains clubs… des indi­vi­dus qui n’ont pas de fonc­tion offi­cielle éle­vée et qu’on écoute pour­tant quand ils parlent, aux­quels on est atten­tif sans que l’attention qu’on a pour eux soit à la mesure du pou­voir offi­ciel qui est le leur. Ca c’est indis­pen­sable dans une socié­té, ça veut dire que ça donne du jeu aux hié­rar­chies ins­ti­tuées, ça per­met de ne pas les sclé­ro­ser, de ne pas les rigi­di­fier, ça fait cir­cu­ler du sens, de l’énergie, qui rend pos­sible une rela­ti­vi­sa­tion des rap­ports de domi­na­tion et jus­te­ment de ces jeux entre supé­rieur et inférieur.

Si on appli­quait ça au monde de l’entreprise, quand je dis monde de l’entreprise c’est aus­si le monde de l’éducation natio­nale, plus je fré­quente les deux plus je me rends compte qu’ils fonc­tionnent selon les mêmes sché­mas. Le monde de l’entreprise est sou­vent celui des hié­rar­chies un peu for­melles, ces hié­rar­chies sont néces­saires et en même temps on sait qu’elles sont insuf­fi­santes. For­ma­li­ser autant que vous vou­lez une hié­rar­chie ça ne suf­fi­ra jamais à assu­rer son bon fonc­tion­ne­ment. Il ne suf­fit pas d’avoir du pou­voir pour par­ler et agir avec auto­ri­té et en même temps si le monde de l’entreprise est tou­jours le monde des hié­rar­chies for­melles, il n’est pas condam­né à être le lieu des hié­rar­chies oppres­sives. Une hié­rar­chie n’est pas oppres­sive quand l’autorité lui donne du jeu, cette auto­ri­té ça peut être l’autorité d’un chef… quand on a à la fois le pou­voir et l’autorité on est pour une entre­prise, quelqu’un de pré­cieux. Mais cette auto­ri­té peut être celle d’un employé expé­ri­men­té sans pou­voir effec­tif, d’un cadre qu’on qua­li­fie­ra de cha­ris­ma­tique, ou d’un per­son­nage sim­ple­ment atten­tif aux autres, à leurs sou­cis, et qui pour autant ne se dis­pense pas de faire son tra­vail et que l’on écoute parce qu’il est capable de se déprendre un peu de lui-même et qu’il peut par­ler avec un peu d’autorité parce qu’on sait que quand il parle ce n’est pas pour lui, ni à par­tir de lui.

L’autorité a bien de visages pos­sibles qu’il est impor­tant de savoir recon­naitre. Mais elle exige trois choses indispensables :

  • Le refus des pos­tures. Dès qu’on com­mence à jouer au chef on a déjà per­du toute autorité
  • Le res­pect de cha­cun. Et le res­pect de cha­cun nous oblige à consi­dé­rer qu’il ne faut confondre un subor­don­né et un infé­rieur. Un subor­don­né ne m’est en rien infé­rieur, c’est seule­ment sur un plan fonc­tion­nel qu’il est sous mes ordres, ce que veut dire exac­te­ment subor­don­né. Mais sa subor­di­na­tion fonc­tion­nelle n’a rien d’une infériorité.
  • Pour que ce jeu de l’autorité puisse fonc­tion­ner, il faut une troi­sième chose liée aux deux pre­mières : la capa­ci­té à dis­tin­guer for­te­ment rap­ports de domi­na­tion et rap­ports de subor­di­na­tion. C’est là mon désac­cord avec Bour­dieu, Pas­cal mal­gré l’admiration que j’ai pour eux je refuse de croire que les rap­ports sociaux soient essen­tiel­le­ment des rap­ports de domi­na­tion plus ou moins bien camou­flés. En ver­tu même du jeu de l’autorité les rap­ports sociaux peuvent être des rap­ports de subor­di­na­tion bien sur, et de véri­tables rap­ports sociaux. Mais pour qu’ils puissent l’être il faut ce jeu de l’autorité sans lequel aucun pou­voir n’est effectif

Ques­tion : Vous confluez en par­lant des trois aspects : refus des pos­tures, res­pect de cha­cun et capa­ci­té à dis­tin­guer rap­ports de domi­na­tion et rap­ports de subor­di­na­tion, vous n’évoquez pas le fait d’accepter de lais­ser sa place à sa propre auto­ri­té. Il me semble que par­fois on ne s’autorise pas sa propre auto­ri­té, on y renonce.

Yann Mar­tin : C’est vrai que le verbe s’autoriser a quelque chose d’un peu sidé­rant, il est com­pli­qué à com­prendre. Le pro­blème c’est que je ne suis pas sur que ce soit d’autorité qu’il s’agisse quand on ne s’autorise pas quelque chose. Il se peut que parce que je suis un peu com­plexé où parce que je pense que le moment n’est pas venu, que je ne m’autorise pas à dire ou à faire ce que je devrais dire ou faire, mais soit c’est de l’ordre de l’autorité et dans ce cas là en ne m’autorisant pas à rabrouer quelqu’un sous le motif par exemple que ça serait inef­fi­cace, qu’il a trop de pro­blèmes, que ça va le détruire et que ça l’aidera pas, mais en lais­sant de côté, en ne m’autorisant pas à lui dire ses quatre véri­tés, je mani­feste par là mon auto­ri­té, je mani­feste que je ne suis pas sou­mis  au pou­voir, ce pou­voir que j’ai et ce droit que j’aurai de le remettre à sa place j’y renonce en ver­tu de l’autorité qui est la mienne. Il se peut que ce renon­ce­ment soit fai­blesse mais dans ce cas là mon auto­ri­té est déjà dimi­nuée. Dans cette capa­ci­té à renon­cer à cette auto­ri­té je vois soit une simple fai­blesse, soit au contraire un acte para­doxal d’autorité.

Lien vers le docu­ment au for­mat DOC :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​Y​a​n​n​–​M​a​r​t​i​n​–​L​A​U​T​O​R​I​T​E​.​doc

Mer­ci Anne ! 🙂 ]

Proposition 69 mars pour l’AG #NUITDEBOUT : engager une réflexion sur la priorité d’un processus constituant populaire

Oppor­tu­ni­té de foca­li­sa­tion de ‪#‎Nuit­De­bout‬ sur l’essentiel :
nous concen­trer et nous unir sur la cause pre­mière de notre impuis­sance politique, 

(plu­tôt que nous dis­per­ser et nous divi­ser sur les consé­quences de notre impuis­sance politique). 

On va voir ce qu’en dira l’as­sem­blée locale du moment.

PROPOSITIONS 69 MARS POUR AG #NUITDEBOUT par Alfon­so M. DORADO pour la com­mis­sion Constitution
[email protected]

L’AG NUITDEBOUT de PARIS décide d’engager un pre­mier cycle de réflexions et de pro­po­si­tions pour enclen­cher — à terme — un pro­ces­sus consti­tuant abou­tis­sant à l’écriture d’une nou­velle Consti­tu­tion citoyenne et démocratique.

Moti­va­tion de la pro­po­si­tion : ini­tia­tive fédé­ra­trice (de long terme) en phase avec l’idée de conver­gence des luttes.

1. L’AG NUITDEBOUT de PARIS encou­rage et demande à la Com­mis­sion « Consti­tu­tion » de pré­sen­ter à court terme un calen­drier de tra­vail, afin de pré­sen­ter ulté­rieu­re­ment en AG les conclu­sions de ce pre­mier cycle de réflexions, débat et de pro­po­si­tion concer­nant ce pro­ces­sus consti­tuant en coor­di­na­tion avec les autres NUITDEBOUT de toute la France.

2. L’AG NUITDEBOUT de PARIS
– constate que pour fédé­rer le peuple et non res­ter dans l’entre soi, il est impor­tant de ne pas nous foca­li­ser sur nos com­bats sec­to­riels poten­tiel­le­ment cli­vants et qui sont tous en butte à notre impuis­sance poli­tique telle qu’instituée par la Constitution
– décide de s’orienter autour de la reven­di­ca­tion uni­fi­ca­trice d’un pro­ces­sus consti­tuant d’origine citoyenne.

3. L’AG NUITDEBOUT de PARIS décide d’engager les débats pour que les par­ti­ci­pants à NUITDEBOUT génèrent leur propre règle­ment incluant la rota­tion et le contrôle des orga­ni­sa­teurs par l’AG.

Ces pro­po­si­tions ont été lues à l’AG ce dimanche 8 mai (#69mars) qui a déci­dé à une écra­sante majo­ri­té (jaune) de les inclure dans les débats de cette semaine.

Source : Wiki­crate sur Facebook

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​1​7​8​4​3​1​6​0​2​317

Rendez-vous ce soir (vendredi 6 mai, 21 h), sur Mumble

Ren­­dez-vous ce soir (21 h), sur Mumble :

https://lemumble.com/event/reservez-votre-soiree‑9/

[EDIT 9 mai : Le pod­cast du Mumble est là : https://​lemumble​.com/​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​s​/​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​l​a​–​c​a​u​s​e​–​d​e​s​–​c​a​u​s​e​s​–​6​–​m​a​i​–​2​0​16/
httpv://youtu.be/LzVuqtiabAc]

C’est comme une émis­sion de radio, il n’y aura pas d’i­mage (c’est très bien, ça aide à se concen­trer sur ce qui est dit ; je pré­fère la radio à la télévision).

Je pré­fé­re­rais une séance questions/réponses (mutuelles) qu’une confé­rence, parce que j’ai vrai­ment l’im­pres­sion de radoter 🙂

J’ai quelques livres impor­tants à vous signa­ler, quelques pistes de réflexion sur ‪#‎Nuit­De­bout‬ ain­si que sur les divers mou­ve­ments qui appellent à un ras­sem­ble­ment de mou­ve­ments, mais ce serait bien que ce moment soit plus un échange qu’une confé­rence, s’il vous plaît.

À tout à l’heure 🙂

Étienne.
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Pour bos­ser un peu à l’a­vance le sujet (de notre néces­saire recherche de « la cause des causes » © Hip­po­crate), voyez cette page :
La cause des causes : le renon­ce­ment du peuple à écrire la constitution

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/La_cause_des_causes_:_le_renoncement_du_peuple_%C3%A0_%C3%A9crire_la_constitution

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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L’ÉTAT RETORS et la prétendue théorie du complot : introduction remarquable au « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu »

[billet blog janv. 2009]

« Chers amis,

Il y a envi­ron deux ans [en 2007], je vous avais signa­lé [sur ce blog] un texte extra­or­di­naire, lit­té­ra­le­ment pas­sion­nant à plu­sieurs titres, publié en 1864 et qui s’intitulait « Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu ». On le trou­vait sur Wiki­Source et j’en avais fait une com­pi­la­tion en un seul fichier pdf pour une impres­sion com­mode et soignée.

En 2006, un petit édi­teur que j’aime bien (parce qu’il fait de très beaux livres, avec des textes sou­vent for­mi­dables), Allia, à réédi­té ce redou­table mode d’emploi de l’apprenti totalitaire.

Je vous recom­mande ce livre : c’est un de mes meilleurs livres, par­mi les cen­taines que j’ai décou­verts et arti­cu­lés depuis quatre ans [2005–2009]. C’est un objet pré­cieux qui aide à pro­gres­ser vite. Bien avant que George Orwell, ins­pi­ré par la socié­té sovié­tique, ne décrive dans « 1984 » les res­sorts effrayants d’un monde tota­li­taire, Mau­rice Joly en avait déjà dénon­cé les plus intel­li­gents méca­nismes dans ce pam­phlet, diri­gé contre Napo­léon III mais spec­ta­cu­lai­re­ment utile pour com­prendre notre monde « moderne ».

En plus, ce livre est vrai­ment beau : le papier est superbe, le for­mat est élé­gant, l’impression est légère et pré­cise, un beau livre. Et pas cher : 15 €.

Je remer­cie les édi­tions Allia de m’avoir per­mis de décou­vrir Michel Bou­nan, qui signe une intro­duc­tion vrai­ment très inté­res­sante au texte de Mau­rice Joly ; c’est elle que je vous invite à lire ici. Je trouve que Michel Bou­nan s’en prend cor­rec­te­ment aux abus de pou­voir et, comme par hasard, ça me plaît :o)

L’argument bidon de la pré­ten­due « théo­rie du com­plot » (invo­qué par tous les faux naïfs qui tra­vaillent au ser­vice des pri­vi­lé­giés) prend un coup dans le nez. J’ai com­man­dé quelques uns de ses livres pour mieux le connaître ; je vous en reparlerai.

Je n’en dis pas plus et je lui laisse la parole.

Étienne.

[C’est moi qui sou­ligne. ÉC]

L’ÉTAT RETORS

« Je vous aver­tis… de vous tenir tou­jours en défense ; trem­blez même dans la victoire ;
c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu’il remue ses machines les plus redoutables. »
BOSSUET

« Dans la voie du bou­le­ver­se­ment les meilleurs élé­ments sont tou­jours dépas­sés par les plus mauvais…
Der­rière le révo­lu­tion­naire hon­nête appa­raissent bien­tôt ces exis­tences troubles. »
MARÉCHAL DE MOLTKE

« La révo­lu­tion indus­trielle a connu en France sa plus rapide expan­sion au cours du Second Empire en même temps qu’é­taient posées les bases d’un véri­table État moderne.

Auto­ri­tai­re­ment éta­bli par un coup d’É­tat, main­te­nu par une police omni­pré­sente et effi­cace, le nou­vel ins­tru­ment de gou­ver­ne­ment était indis­pen­sable à l’am­bi­tieux pro­jet de ses pro­mo­teurs. Deux cent cin­quante mille fonc­tion­naires sont liés par ser­ment au chef de l’É­tat et étroi­te­ment sur­veillés par les pré­fets ; les magis­trats, assi­mi­lés aux fonc­tion­naires, sont nom­més et révo­qués par décret ; la presse est sou­mise à de mul­tiples contraintes finan­cières et menaces judi­ciaires ; les oppo­sants au régime sont pure­ment et sim­ple­ment dépor­tés en Algé­rie. Ce sont ces moyens et le « pacte de sang » avec l’ar­mée qui ont per­mis la mili­ta­ri­sa­tion du tra­vail pro­duc­tif et l’ex­tra­or­di­naire essor industriel.

Les ban­quiers, les hommes d’af­faires et les indus­triels qui sou­te­naient ce régime se consi­dé­raient, en géné­ral, comme des phi­lan­thropes ; beau­coup étaient sin­cè­re­ment convain­cus par les doc­trines socia­listes de Saint-Simon, et l’ac­tuelle dic­ta­ture ne devait être qu’une étape inter­mé­diaire vers cette ère nou­velle et bien­heu­reuse qu’un autre saint-simo­­nien appel­le­ra plus tard « la grande relève de l’homme par la machine ». [Ce livre est d’ailleurs, lui aus­si, remar­quable : il est de Jacques Duboin. ÉC]

Dès 1860, la poigne de fer se relâche en effet sans qu’ap­pa­rem­ment aucune force réelle d’op­po­si­tion ne l’y contraigne. (Les his­to­riens expliquent ce mys­tère par « la sym­pa­thie » que Napo­léon III avait tou­jours mar­quée à l’é­gard des classes dites « labo­rieuses ».) Des pou­voirs sont donc ren­dus aux élus et l’É­tat faci­lite lui-même la créa­tion d’un grand par­ti uni d’op­po­si­tion. Simul­ta­né­ment des contacts sont pris avec des délé­gués ouvriers, on les encou­rage à ren­con­trer leurs cama­rades trade-unio­­nistes anglais, on crée des chambres syn­di­cales, le droit de grève est enfin reconnu.

L’Em­pire a ter­mi­né sa tâche, la démo­cra­tie moderne peut fonc­tion­ner. Il y aura encore le sou­bre­saut de la Com­mune, et puis plus rien pen­dant un siècle, même entre les deux guerres mon­diales, au cours des sur­sauts plus tar­difs de l’Al­le­magne, de l’I­ta­lie, puis de l’Es­pagne. En défi­ni­tive, on peut dire que le Second Empire fran­çais a accom­pli seul en quelques années l’œuvre des dic­ta­tures euro­péennes et celle de leurs libé­ra­teurs, c’est-à-dire la grande relève de l’homme d’É­tat par ce que Nietzsche appe­lait « le plus froid des monstres froids ».

En 1864, l’an­née même où fut fon­dée à Londres l’As­so­cia­tion inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, Mau­rice Joly écrit et publie son Dia­logue aux enfers entre Machia­vel et Mon­tes­quieu. Ancien enfant rebelle, fami­lier du bar­reau et futur exi­lé, il observe avec une effrayante luci­di­té la mise en place des nou­veaux méca­nismes du pou­voir. Machia­vel est ici le porte-parole du des­po­tisme moderne. Il expose cyni­que­ment ses buts, ses pro­cé­dés et leur déve­lop­pe­ment his­to­rique. Ini­tia­le­ment la force bru­tale, le coup d’É­tat mili­taire, le ren­for­ce­ment de la police et de l’ar­mée, la pré­émi­nence des hauts fonc­tion­naires sur les élus, la mise au pas des magis­trats, de l’u­ni­ver­si­té, de la presse.

Mais la force, osten­si­ble­ment déployée, sus­cite tou­jours des forces contraires. Elle n’est uti­li­sée que pour modi­fier en quelques années les ins­ti­tu­tions, la Consti­tu­tion, et pour créer des formes légales au nou­veau des­po­tisme. Ain­si l’emprisonnement des jour­na­listes doit être relayé rapi­de­ment par des dis­po­si­tions éco­no­miques sur la presse et par la créa­tion de jour­naux dévoués au gou­ver­ne­ment. Une telle tri­bune asso­ciée à d’as­tu­cieux décou­pages élec­to­raux per­met de main­te­nir une tyran­nie élue au suf­frage universel.

Pour en finir avec toutes ces vieilles formes d’op­po­si­tion, par­tis, cote­ries, cabales, com­plots, qui gênaient tant les anciens des­potes, l’É­tat moderne doit créer lui-même son oppo­si­tion, l’en­fer­mer dans des formes conve­nables et y atti­rer les mécon­tents. Il doit en outre infil­trer tous les ras­sem­ble­ments, en prendre la direc­tion et les dévoyer. Il doit même mani­pu­ler poli­ciè­re­ment tous les com­plots clan­des­tins, les sur­prendre, les éga­rer, les décon­si­dé­rer. Voi­là le prin­ci­pal res­sort du pou­voir moderne : par­ler « tous les lan­gages » du pays afin d’en détour­ner le fleuve.

Un der­nier méca­nisme régu­la­teur garan­tit enfin la per­pé­tua­tion du nou­veau régime : une telle socié­té déve­loppe vite chez ses membres un ensemble de qua­li­tés qui tra­vaillent pour elle : la lâche­té, la domes­ti­ci­té et le goût de la déla­tion sont à la fois les fruits et les racines de cette orga­ni­sa­tion sociale. La boucle est bouclée.

La force bru­tale uti­li­sée par les anciennes tyran­nies n’a donc plus de rai­sons d’être, sauf en de rares cir­cons­tances. Au temps du machi­nisme on peut faire tra­vailler les forces hos­tiles au moyen de dis­po­si­tifs conve­nables. On peut même uti­li­ser leur éner­gie domes­tique à réduire celles qui vien­draient à sur­gir. Cette auto­ré­gu­la­tion est la base de toutes les socié­tés vrai­ment modernes.

En face de ce nou­veau pou­voir per­son­ni­fié par Machia­vel, que repré­sente Mon­tes­quieu ? Il énonce les anciens prin­cipes poli­tiques, moraux et idéo­lo­giques de ceux qui, un siècle aupa­ra­vant, se pré­pa­raient à prendre la direc­tion de la nou­velle socié­té. Le génie de Machia­vel consiste à citer volon­tiers. Mon­tes­quieu : l’ac­tuel des­po­tisme n’est nul­le­ment contra­dic­toire avec ces fon­de­ments et cette idéologie.

Notre XXe siècle a riche­ment illus­tré les prin­cipes énon­cés par Mau­rice Joly. Mais on aurait tort d’é­vo­quer ici les mul­tiples dic­ta­tures tota­li­taires où l’ar­mée et la police s’af­fichent par­tout, où les tyrans ne dis­si­mulent pas encore leur pou­voir. Le modèle décrit par Mau­rice Joly est pré­ci­sé­ment au-delà de cette étape his­to­rique : c’est celui du chef de l’É­tat élu au suf­frage » uni­ver­sel, celui des hauts fonc­tion­naires inamo­vibles, celui des consul­ta­tions élec­to­rales qui masquent la véri­table coop­ta­tion du per­son­nel politique. 

Ce mode de gou­ver­ne­ment n’est pas celui du par­ti unique, mais celui des pseu­­do-affron­­te­­ments entre des par­tis poli­tiques par­lant « tous les lan­gages » du pays, celui des faux com­plots orga­ni­sés par l’É­tat lui-même, celui enfin où l’ap­pa­reil édu­ca­tif et média­tique, aux mains du même pou­voir, entre­tient un tel abais­se­ment des esprits et des mœurs qu’il n’y a plus aucune résis­tance possible. 

Le sys­tème de gou­ver­ne­ment décrit par Mau­rice Joly est celui du com­plot per­ma­nent occulte de l’É­tat moderne pour main­te­nir indé­fi­ni­ment la ser­vi­tude, en sup­pri­mant, pour la pre­mière fois dans l’his­toire, la conscience de cette mal­heu­reuse condition. »

[···]

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​0​9​/​0​1​/​0​5​/​9​9​–​l​–​e​t​a​t​–​r​e​t​o​r​s​–​e​t​–​l​a​–​p​r​e​t​e​n​d​u​e​–​t​h​e​o​r​i​e​–​d​u​–​c​o​m​p​lot

Valeureux lanceur d’alerte, Denis Robert, toujours sur le pont, ici pour défendre Antoine Deltour à son procès inique au Luxembourg, navire amiral de la fraude fiscale unioneuropéenne

Mer­ci Denis Robert, mer­ci beaucoup.
Il fau­drait qu’on soit des mil­lions sur le pont avec vous, avec les lan­ceurs d’alerte.
Faites pas­ser, faut se réveiller, ça suf­fit l’es­cro­que­rie capitaliste !

Denis Robert 2 h :

« Bilan de la jour­née… Me suis levé à six heures, ai com­men­cé par RTL, ai enchaî­né sur la RTBF, puis Canal, grand et petit jour­nal, Radio bleue, I télé, BFM, Arte, TF1, Mira­belle, des luxem­bour­geois, des alle­mands, FR3, des alters, Bas­ta mag, LCP, etc pour arri­ver au der­nier, le sta­giaire sym­pa­thique de Public Sénat qui oublie de mettre un disque dans son magné­to et qui veut qu’on recom­mence. Niet. Jet de l’é­ponge. Une ving­taine d’in­ter­views où j’ai essayé de varier les for­mules. Au final, ce constat ancrée qu’on est ‑avec ce pro­cès Lux­­leaks- dans un délire total. Ce sont les voleurs ‑et donc la socié­té d’au­dit PWC- qui sont du (bon) côté de la jus­tice et les justes qui sont sur le banc des accu­sés. Au centre de ce jeu de dupes, des magis­trats qui res­semblent à des per­son­nages de Dau­mier et de Kaf­ka, engon­cés dans leur orgueil, uti­li­sant un voca­bu­laire qui se veut judi­ciaire et éclai­ré, mais qui n’est qu’un jar­gon visant à acca­bler celui qui dit la véri­té. On a pas­sé la mati­née à écou­ter reli­gieu­se­ment la repré­sen­tante de la socié­té d’au­dit qui a orga­ni­sé la fraude fis­cale nous expli­quer com­ment Antoine Del­tour avait fait pour s’emparer du « data ». Tu parles… Peut être suis je le fou de l’his­toire ? Peut être suis je le seul à res­sen­tir cela mais j’ai vrai­ment eu le sen­ti­ment d’être dans un hôpi­tal psy­chia­trique gran­deur nature. Les fous étaient ceux qui nous fai­saient la leçon. »

httpv://youtu.be/eck65V9ve24

Rap­pel du sou­tien néces­saire à Antoine Delcour :
[Urgent] Nous devons aider Antoine Del­tour, lan­ceur d’alerte, per­sé­cu­té par les politiciens

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Une nouvelle « Semaine de la Démocratie » commence demain à Montpellier

L’an der­nier, quelques jeunes gens bien déci­dés ont orga­ni­sé une sorte de fête de la démo­cra­tie à Mont­pel­lier, et ils ont réus­si à faire inter­ve­nir des cher­cheurs pas­sion­nants, comme Fran­cis Dupuis-Déri.

Ils recom­mencent cette année ; ça com­mence demain, lun­di 25 avril 2016 ; et ils ont besoin d’un peu d’aide pour finan­cer l’événement.

• Voi­ci donc leur site :
http://​www​.semai​ne​de​la​de​mo​cra​tie​.fr/,

le pro­gramme :

http://​www​.semai​ne​de​la​de​mo​cra​tie​.fr/​p​r​o​g​r​a​m​me/

Une petite vidéo de présentation :
httpv://youtu.be/diwfpjinRw0

Le lien pour leur don­ner quelques sous :
http://​fr​.ulule​.com/​s​e​m​a​i​n​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/
Il nous reste 4 heures pour les aider !… un défi 🙂

Et quelques vidéos de l’an pas­sé, vrai­ment très inté­res­santes (elles viennent d’être publiées, ça va vous plaire, c’est sûr) :
http://​www​.semai​ne​de​la​de​mo​cra​tie​.fr/​2​0​1​6​/​0​4​/​2​2​/​l​e​d​i​t​i​o​n​–​2​0​1​5​–​e​n​–​v​i​d​e​os/

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​l​i​s​t​=​P​L​G​c​6​W​j​i​7​x​R​F​j​n​k​A​M​N​z​f​V​i​f​b​f​w​p​Z​r​3​u​c​r​k​&​v​=​Q​i​v​1​C​B​7​c​-r0
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Bon cou­rage à tous les virus, dans leur tra­vail quo­ti­dien de conta­mi­na­tion démocratique 🙂

Étienne.

Semaine de la Démo­cra­tie 2015 – jour 1 :
« Démo­cra­tie, his­toire d’un malentendu » 

httpv://youtu.be/Qiv1CB7c-r0

Semaine de la Démo­cra­tie 2015 – jour 2 :
« Sommes-nous en Démocratie ? »

httpv://youtu.be/y_jKb3uFZfU

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[De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer] Miracle à l’islandaise : à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

NOUS N’AVONS NI CONSTITUTION NI REPRÉSENTANTS
PARCE QUE NOUS N’AVONS PAS (ENCORE) APPRIS
À ÊTRE NOUS-MÊMES CONSTITUANTS.
IL EST PLUS QUE TEMPS.

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Miracle à l’islandaise : à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19–95935

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 09/02/2016 à 09H45Piscine chauffée par géothermie en Islande î fortement volcanique
Pis­cine chauf­fée par géo­ther­mie en Islande, île for­te­ment volcanique.

L’information n’a pas fait la Une : « L’Islande a retrou­vé son niveau de chô­mage d’avant la crise. » Un résul­tat impres­sion­nant pour la petite île indé­pen­dante qui a connu l’une des pires crises éco­no­miques d’Europe. Depuis sa faillite reten­tis­sante en 2008, l’Islande et ses quelque 320.000 habi­tants ont réus­si un retour­ne­ment éco­no­mique impres­sion­nant. Avec quelles recettes ?

Le chô­mage en Islande est désor­mais de 1,9%, selon les chiffres offi­ciels, le taux le plus bas depuis 2007. En 2007, le taux de chô­mage était de 1,3%…  Au plus fort de la crise, sur­ve­nue en 2008, le chô­mage avait dépas­sé les 10% (avec des pointes à 12%).

Pour­tant, la crise islan­daise a été un vrai tsu­na­mi pour cette île. « Peu de pays, voire aucun, avaient vécu une débâcle éco­no­mique aus­si catas­tro­phique », notait le FMI à son propos.

Ce petit miracle à l’is­lan­daise s’ex­plique. Selon le Pre­mier ministre, « nous n’aurions pu sor­tir de la crise si nous avions été membre de l’Union euro­péenne », avait-il dit en novembre 2015. Sig­mun­dur Davíð Gunn­laug­sson avait même été plus loin en affir­mant que ne pas être membre de la zone euro avait été une chance pour l’Islande : « Si toutes ces dettes avaient été en euros, et si nous avions été obli­gés de faire la même chose que l’Ir­lande ou la Grèce et de prendre la res­pon­sa­bi­li­té des dettes des banques en faillite, cela aurait été catas­tro­phique pour nous sur le plan éco­no­mique.»

Chômage Islande-Irlande

Com­pa­rai­son chô­mage Islande-Irlande entre 2005 et 2014 (source Alte­ré­co­plus) © alte­re­co­plus

Pour­tant l’Is­lande revient de loin. Le pays a connu une crise beau­coup plus vio­lente que les autres pays euro­péens du fait de la déme­sure de son sys­tème finan­cier lors de l’éclatement de la crise des sub­primes. Mais face à une telle situa­tion, l’Islande a pris des mesures très dif­fé­rentes des autres pays euro­péens, quitte à pro­vo­quer de vives ten­sions avec cer­tains d’entre eux (leurs avoirs n’ayant pas été rem­bour­sés à la suite d’un réfé­ren­dum en Islande). « A la dif­fé­rence des autres pays heur­tés par la crise, l’Islande a lais­sé ses banques faire faillite, ne pré­ser­vant que les comptes des ménages rési­dents. Les étran­gers qui avaient pla­cé leur argent dans les banques du pays ont tout per­du lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Eu­rope, de nom­breuses banques ont été natio­na­li­sées car il n’était pas conce­vable qu’elles puissent faire faillite », rap­pe­lait l’Express en 2015.

Le pays a mené une poli­tique mêlant contrôle des capi­taux (une idée mal vue en Europe), aus­té­ri­té bud­gé­taire mais aus­si hausse des impôts et sur­tout déva­lua­tion impor­tante de sa mon­naie (60%) qui a entraî­né une impor­tante infla­tion, aujourd’­hui maî­tri­sée… et une reprise de la crois­sance. Résul­tat, Reyk­ja­vik n’a pas sacri­fié sa poli­tique sociale et le FMI a été tota­le­ment rem­bour­sé de ses avances finan­cières. Cette poli­tique a fonc­tion­né, moins d’entreprises ont fait faillite et il n’y a pas eu d’exode des jeunes comme au Por­tu­gal, Espagne ou Irlande.

De nom­breux éco­no­mistes font le paral­lèle avec le cas grec qui est tou­jours noyé dans sa dette et l’empilement des plans d’aus­té­ri­té. Mais les deux pays sont loin d’être sem­blables. La Grèce est enfer­mée dans les règles de la zone euro alors que l’Is­lande est libre de ses règles et de sa mon­naie. Et a même déci­dé de ne plus deman­der son adhé­sion à l’Europe.

De plus, l’Is­lande a pro­fi­té des capi­taux qu’elle déte­nait du fait de l’é­nor­mi­té de son sys­tème ban­caire, blo­qués par le contrôle des changes. En conclu­sion de son rap­port sur l’Is­lande, le FMI le recon­naît le côté peu ortho­doxe de la reprise islan­daise : « Cet ensemble éclec­tique de mesures a été effi­cace dans le cas de l’Islande, mais il n’est pas du tout cer­tain que les ensei­gne­ments à en tirer soient trans­po­sables ailleurs, y com­pris dans la zone euro en crise. »

En tout cas, l’Is­lande est deve­nue un exemple pour ceux qui cri­tiquent l’in­té­gra­tion autour de l’eu­ro. Avec raison ?

Source : http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19–95935

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De vrais repré­sen­tants nous sor­ti­raient de l’UE, au lieu de nous y enfermer.
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À propos de #NuitDebout (vidéo) : un processus constituant digne de ce nom ne devrait être confisqué par aucun groupe (même bien intentionné), il devrait être populaire, vraiment populaire

À l’oc­ca­sion de mon voyage récent à Nantes, j’ai ren­con­tré un jeune homme qui s’est pro­po­sé d’en­re­gis­trer rapi­de­ment (30 min) ce que m’ins­pire le mou­ve­ment #Nuit­De­bout ; je lui ai dit en sub­stance : « de l’es­poir et quelques craintes » :

Nuit Debout 17Que penses-tu du mou­ve­ment Nuit Debout ? (8 min) :
httpv://youtu.be/SF7yX4KNXJ4

Nuit Debout 27Les fai­blesses de ND (4 min 30) :
httpv://youtu.be/mdhrv9mwxDw

Nuit Debout 37 Tou­cher les classes popu­laires (2 min) :
httpv://youtu.be/22u7yopDnn4

Nuit Debout 47Les assem­blées citoyennes à ND (6 min 30) :
httpv://youtu.be/Cuhs53ibNBU

Nuit Debout 57Une « mini-consti­­tu­­tion » pour ND ? (4 min 30) :
httpv://youtu.be/tfmipjoVJNU

Nuit Debout 67Vien­dra, vien­dra pas ? (6 min 40) :
httpv://youtu.be/WfJpwt3TAy4

Nuit Debout 7/7 – Bonus – L’i­dée du pro­ces­sus consti­tuant (3 min 30) :
httpv://youtu.be/221iWuwMMZg

J’ai vu pas­ser des articles sur cet entre­tien dont le titre était « ÉC accuse … » : c’est mani­pu­la­toire, car je n’ac­cuse per­sonne par­mi les orga­ni­sa­teurs, évi­dem­ment : je déplore les exclu­sions arbi­traires et les pré­ju­gés sur un éven­tuel pro­ces­sus consti­tuant ; c’est bien dif­fé­rent d’ac­cu­ser, car je trouve ce mou­ve­ment inté­res­sant et utile, à bien des points de vue.
Méfiez-vous, donc, des titres insi­dieu­se­ment veni­meux qui nous jettent les uns contre les autres.

Je remer­cie tous ceux qui me défendent, et je vous demande avec insis­tance de res­ter gen­tils en toute occa­sion, sans céder aux pro­vo­ca­tions : je ne suis pas une vic­time de ce mou­ve­ment 🙂 On trouve des exa­gé­ra­tions de toutes parts, ces temps-ci. Ne nous lais­sons pas hys­té­ri­ser par les semeurs de ziza­nie professionnels.

Et bon cou­rage à tous les citoyens consti­tuants, des places Nuit­De­bout et d’ailleurs 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​1​3​6​0​9​0​5​0​7​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory

Frédéric Lordon : « Que la mobilisation ‘Nuit Debout’ doive aspirer à devenir Constituante », « c’est ce que je crois fondamentalement »

« Que la mobi­li­sa­tion ‘Nuit Debout’ doive aspi­rer à deve­nir Consti­tuante », « c’est ce que je crois fon­da­men­ta­le­ment »

Wouaou… Qui parle ?
Fré­dé­ric Lordon ! 🙂
Yeesssss 🙂

Tout vient à point pour qui sait attendre 🙂

Encore un petit pas­sage, allez (je bois du lait 🙂 ) : 

« Com­ment sor­tir de l’antinomie entre l’improductivité et le retour à l’écurie par­le­men­taire ? La seule réponse à mes yeux est : en se struc­tu­rant non pour retour­ner dans les ins­ti­tu­tions mais pour refaire les ins­ti­tu­tions. Refaire les ins­ti­tu­tions, ça veut dire réécrire une Consti­tu­tion.

Et voi­ci alors la deuxième rai­son pour laquelle la sor­tie par la Consti­tu­tion a du sens : le com­bat contre le capi­tal. Pour en finir avec le sala­riat comme rap­port de chan­tage, il faut en finir avec la pro­prié­té lucra­tive des moyens de pro­duc­tion, or cette pro­prié­té est sanc­tua­ri­sée dans les textes consti­tu­tion­nels. Pour en finir avec l’empire du capi­tal, qui est un empire consti­tu­tion­na­li­sé, il faut refaire une Consti­tu­tion. Une Consti­tu­tion qui abo­lisse la pro­prié­té pri­vée des moyens de pro­duc­tion et ins­ti­tue la pro­prié­té d’usage : les moyens de pro­duc­tion appar­tiennent à ceux qui s’en servent et qui s’en ser­vi­ront pour autre chose que la valo­ri­sa­tion d’un capital. »

Signé : Fré­dé­ric Lordon.

Elle est pas belle, la vie ? 🙂

Je note aussi : 

« Toute notre entre­prise vise à chan­ger la logique des luttes. Évi­dem­ment, il faut conti­nuer de reven­di­quer par­tout où il y a lieu de le faire ! Mais il faut avoir conscience que reven­di­quer est une pos­ture défen­sive, qui accepte impli­ci­te­ment les pré­sup­po­sés du cadre dans lequel on l’enferme, sans pos­si­bi­li­té de mettre en ques­tion le cadre lui-même. Or il devient urgent de mettre en ques­tion le cadre ! C’est-à-dire de pas­ser non plus à la reven­di­ca­tion mais à l’affirmation du cadre que nous vou­lons redes­si­ner. Pour le coup, il n’y a per­sonne auprès de qui nous pour­rions « reven­di­quer » un autre cadre. C’est à nous de nous empa­rer de cette ques­tion et de le faire ! Voi­ci alors com­ment nous arti­cu­lons reven­di­ca­tion et affir­ma­tion : nous disons « non à la loi et au monde El Khom­ri ». Nous reven­di­quons contre la loi mais nous affir­mons que nous vou­lons un autre monde que celui qui réen­gendre sans cesse des lois comme celle-là. Tant que nous res­te­rons dans le seul registre reven­di­ca­tif, nous n’en fini­rons pas de devoir parer les coups les uns après les autres dans ce registre exclu­si­ve­ment défen­sif où le néo­li­bé­ra­lisme nous a enfer­més depuis trois décen­nies. Il faut pas­ser à l’offensive, et pas­ser à l’offensive, c’est ces­ser de dire ce que nous ne vou­lons pas pour com­men­cer à dire ce que nous voulons. »

On se rap­proche vrai­ment de la cause des causes, non ? 

« Il faut ces­ser de dire ce que nous ne vou­lons pas pour com­men­cer à dire ce que nous voulons »


http://​repor​terre​.net/​I​l​–​f​a​u​t​–​c​e​s​s​e​r​–​d​e​–​d​i​r​e​–​c​e​–​q​u​e​–​n​o​u​s​–​n​e​–​v​o​u​l​o​n​s​–​p​a​s​–​p​o​u​r​–​c​o​m​m​e​n​c​e​r​–​a​–​d​i​r​e​–​c​e​–​que

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[Outils de contamination démocratique] ARGUMENTS pour débattre autour de vous sur le thème « ÉLECTION ou TIRAGE AU SORT ? »

Jérôme vient de publier un chouette boulot 🙂
Voi­ci son annonce :

Jérôme Bra­chet a ajou­té 16 pho­tos à l’album Vices de l’é­lec­tion vs Ver­tus du tirage au sort.

Pro­po­si­tion de visuels gra­phiques (For­mat JPEG / Taille 1160 x 640 px) extraits du tableau de syn­thèse des 16 vices de l’é­lec­tion et ver­tus du tirage au sort, réa­li­sé par Etienne Chouard pour le Plan C : ins­ti­tuer une vraie démo­cra­tie par une Consti­tu­tion d’o­ri­gine Citoyenne.

En réponse à l’ap­pel lan­cé sur l’ar­ticle [Vidéos + Confé­rence et débats, Nantes-école des Mines, 6 avril 2016, les films sont dis­po­nibles] d’E­tienne Chouard > https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​6​/​0​4​/​1​0​/​v​i​d​e​o​s​–​c​o​n​f​e​r​e​n​c​e​–​e​t​–​a​t​e​l​i​e​r​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​t​–​n​a​n​t​e​s​–​e​c​o​l​e​–​d​e​s​–​m​i​n​e​s​–​6​–​a​v​r​i​l​–​2​0​1​6​–​l​e​s​–​f​i​l​m​s​–​s​o​n​t​–​d​i​s​p​o​n​i​b​l​es/

Sources :
Tableau sur le site du Plan C : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​t​i​r​a​g​e​_​a​u​_​s​o​r​t​.​php
Page Face­book Etienne Chouard : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​ard
Notes :
– Pro­po­si­tion gra­phique : Jérôme Brachet
– Cré­dit : gra­phisme Stu­dio Jérôme Bra­chet – 2016
– Licence : images libre de droits dans le cadre du Plan C d’E­tienne Chouard – Alsacerd.
Me contac­ter pour la source des visuels ou toute autre demande. 

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Mon com­men­taire :

Ces planches peuvent aider les gens à lan­cer des dis­cus­sions autour d’eux sur un point pré­cis (un seul à la fois), plu­tôt que se lan­cer d’emblée sur un tsu­na­mi d’ar­gu­ments 🙂

J’es­père que ça va cir­cu­ler et que de nou­veaux argu­ments vont appa­raître, que ceux-là vont être amé­lio­rés, cor­ri­gés, orga­ni­sés, renforcés. 

On a déjà sug­gé­ré (sur Face­book) que l’on pour­rait faire des planche qui incite les gens à répondre eux-mêmes plu­tôt que leur assé­ner ain­si les réponse. C’est une bonne idée. Pro­dui­sez des planches, on les publie­ra si elles sont bien.

On a aus­si sug­gé­ré qu’il man­quait les argu­ments en défense de l’élection 🙂
Alors, je sou­haite solen­nel­le­ment bon cou­rage à ceux qui vont ten­ter de bâtir une liste des ver­tus de l’é­lec­tion par­mi des can­di­dats 🙂 du point de vue de l’in­té­rêt géné­ral bien sûr, parce que le tableau des ver­tus de l’é­lec­tion du point de vue des ultras riches, c’est fastoche 🙂
Ça serait même mar­rant à rédi­ger, non ? 

Bon, j’at­tends beau­coup de notre cer­veau col­lec­tif 🙂

Bon cou­rage au quo­ti­dien, les virus 🙂

Étienne.

PS : ce serait bien de cou­per la par­tie de bas, pour déchouar­di­ser le truc, je pense.
En même temps, c’est une vache­ment bonne idée de rou­ter les gens sur la page dédiée au tirage au sort : il y a des mil­liers de trucs impor­tants sur cette page…
Je ne sais pas ce qu’il faut faire 🙂

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[Urgent] Nous devons aider Antoine Deltour, lanceur d’alerte, persécuté par les politiciens

Denis Robert défend Antoine Del­tour à Ce Soir Ou Jamais :

httpv://youtu.be/YKTdQHqO0E4

Quel scan­dale, mais bon sang quel scan­dale ! Antoine Del­tour nous alerte, au risque de sa liber­té, sur un mons­trueux hold-up per­ma­nent (le Lux­Leaks), com­mis par les mul­ti­na­tio­nales qui volent les peuples (grâce à la com­pli­ci­té active du Luxem­bourg) par mil­liards ; et que font nos pré­ten­dus « repré­sen­tants » ? au lieu de pour­suivre les banques et les multinationales ?
Ils pour­suivent le don­neur d’alerte !!!!!! 

Avec le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), les pires gou­ver­ne­ront, et nous y sommes.

En atten­dant de sor­tir de ce piège, Antoine Del­tour a besoin d’aide, et mas­sive : il faut abso­lu­ment que nous soyons très nom­breux, mais vrai­ment très nom­breux pour péti­tion­ner, pro­tes­ter, pes­ter, ton­ner, tem­pê­ter, ful­mi­ner, mani­fes­ter, invec­ti­ver, vili­pen­der, accu­ser, plai­der, argu­men­ter, et fina­le­ment empê­cher cette incroyable injustice.

Nous devons défendre nous-mêmes nos lan­ceurs d’a­lerte, c’est simple.

Voi­ci quelques liens, à com­men­cer par celui de la péti­tion que nous devrions tous avoir signée dans les heures qui viennent (je m’y prends tard, le pro­cès est dans quelques jours, ça urge).
Et puis ensuite, vite pas­ser le mot à tous nos contacts :

• Le lien vers la péti­tion en faveur d’An­toine Deltour :
https://​www​.change​.org/​p​/​s​o​u​t​e​n​o​n​s​–​a​n​t​o​i​n​e​–​d​e​l​t​o​u​r​–​l​u​x​l​e​a​k​s​–​s​u​p​p​o​r​t​–​a​n​t​o​ine

• Le compte Face­book du comi­té de sou­tien à Antoine Deltour :
https://​www​.face​book​.com/​S​u​p​p​o​r​t​–​A​n​t​o​i​n​e​–​3​8​8​6​8​2​8​6​1​3​0​7​1​76/

• Le site de sou­tien :
https://​sup​port​-antoine​.org/

Jean-Luc Mélen­chon a fait au Par­le­ment euro­péen une courte mais forte inter­ven­tion sur ce scandale :
httpv://youtu.be/Jkojd3SskSY

Quand même, si on n’est pas fou­tus de défendre per­son­nel­le­ment ces héros-là (Assange, Snow­den, Del­tour… et les pro­chains), on est vrai­ment minables lamen­tables indé­crot­tables pitoyables 🙂

Bon, allez, faut se bou­ger pour l’ai­der, ce jeune homme. Faites passer !

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​1​2​3​0​0​5​1​4​7​317