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Ateliers constituants en Gironde le 13 avril

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Je serai à Gra­di­gnan, en Gironde, le 13 avril pro­chain pour des ate­liers consti­tuants d’un genre nou­veau en mati­née, sui­vis d’une confé­rence sur le thème de l’ins­tau­ra­tion d’une pre­mière démo­cra­tie. 5 tables de 10 per­sonnes réflé­chi­ront sur un sujet don­né pour rédi­ger un article de la Consti­tu­tion. Soyez acteur (assis aux tables) ou réac­teur pou­vant cir­cu­ler autour des dif­fé­rentes tables, prendre des notes et sou­mettre des idées pen­dant la res­ti­tu­tion. Un food truck sera pré­sent pour un repas…

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DÉSOBÉISSANCE : POURQUOI OBÉIT-ON ? Étienne Chouard à Antibes, 18 nov 2023, anniv. Gilets jaunes

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Ouvrir la vidéo sur You­Tube https://www.youtube.com/watch?v=9‑LZdJbRiiw « La déso­béis­sance civile […] n’est pas un pro­blème, quoi qu’en disent ceux qui pré­tendent qu’elle menace l’ordre social et conduit droit à l’anarchie. Le vrai dan­ger, c’est l’obéissance civile, la sou­mis­sion de la conscience indi­vi­duelle à l’autorité gou­ver­ne­men­tale. » Howard Zin, L’Impossible Neu­tra­li­té (1994). TYRANNIE DE LA MAJORITÉ « Je regarde comme impie et détes­table cette maxime, qu’en matière de gou­ver­ne­ment la…

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Pour Ainsi Dire : Discussion 1, 2 et 3

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Mer­ci à Laurent Sei­ter – Pour Ain­si Dire – pour ses invi­ta­tions sur sa chaine You­Tube 3. Les spé­cu­la­teurs « Reve­nons sur l’im­por­tance des prin­cipes, en tant que fon­da­tion d’une éthique mini­male. Les spé­cu­la­teurs : para­sites ou sym­biotes ? Pro­prié­té, prin­cipes de non-agres­sion et autres consi­dé­ra­tions sur le contrôle du pou­voir. » https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​i​l​H​p​H​N​t​w​kuY 2. Pro­prié­té, capi­ta­lisme « Pour­sui­vons la dis­cus­sion : ne pas confondre Droit, morale et éco­no­mie pour par­ler sainement…

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For­mat grille – For­mat articles complets

[Vidéos et texte] L’antidote universel au capitalisme, ce sera un peuple devenu constituant, capable de conduire lui-même LE PROCÈS DE L’ÉLECTION

Chers amis,

Lors d’un récent voyage à Paris, j’ai eu (grâce à Greg et Raphaël) l’oc­ca­sion d’ex­pli­quer à un groupe de jeunes gens (joyeux, atten­tifs et bien­veillants) où en était mon chan­tier du « Pro­cès citoyen de l’é­lec­tion ».
Voi­ci la vidéo de cette soi­rée, j’es­père qu’elle vous plaira 🙂

Pourquoi et comment les citoyens devraient conduire eux-mêmes LE PROCÈS DE L’ÉLECTION :

httpv://youtu.be/Pm_ebQrLt6s

Cette com­pa­rai­son entre élec­tion et tirage au sort (du point de vue de ceux que l’on appelle aujourd’­hui « les 99% »), que je vous décris ici ora­le­ment, fait par­tie d’une réflexion plus large qui pro­pose (ceux qui lisent ce blog le savent bien), par­tout sur terre, l’é­cri­ture de la consti­tu­tion par les citoyens eux-mêmes. J’ai essayé de rédi­ger ça par écrit du mieux que je peux, mais tou­jours entre deux paquets de copies à cor­ri­ger et je trouve le résul­tat encore trop long et pour­tant lacu­naire, par­don. Je vou­drais expli­quer ça en deux pages, sans rien oublier d’im­por­tant, mais je n’y arrive pas encore 🙂 Vous trou­ve­rez, ci-des­­sous mais sur­tout dans ce fichier pdf à télé­char­ger pour une impres­sion soi­gnée, un essai de syn­thèse rédi­gée autour du néces­saire pro­cès citoyen de l’é­lec­tion.

Ça fait une ving­taine de pages… aux­quelles je joins qua­rante pages (!) de cita­tions très utiles sur ce sujet, mais que je n’ai pas encore inté­grées comme il faut dans la syn­thèse. Bref, c’est un chan­tier, et j’es­père que vos com­men­taires vont m’ai­der à l’a­mé­lio­rer et à le renforcer 🙂

Bonne lec­ture.

Étienne.

PS : mer­ci à Gré­go­ry (J’suis pas content) pour cette chouette soi­rée 🙂 et mer­ci à Raphaël et à tous ceux ceux qui ont œuvré pour en gar­der une chouette vidéo 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​8​0​1​3​5​3​0​8​2​317


Edit : [Pro­cès citoyen du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois)]
La vidéo du DÉBAT au théâtre Soum-Soum (à Paris le 9 décembre der­nier) est publiée 🙂

httpv://youtu.be/7E6kstTJrFI


Pour venir à bout du capitalisme, il faudra bien que les citoyens conduisent eux-mêmes LE PROCÈS DE L’ÉLECTION

Les citoyens sont les seuls légitimes 
pour choisir entre élection et tirage au sort

 

« Cher­chez la cause des causes »
Hip­po­crate

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes »
Bossuet

 

Il me semble que « le capi­ta­lisme » est la consé­quence éco­no­mique d’une dépos­ses­sion poli­tique.  Et cette dépos­ses­sion poli­tique est pre­mière : elle est à l’origine du mal. C’est donc elle que nous devrions logi­que­ment trai­ter en prio­ri­té. Autre­ment dit, le capi­ta­lisme, c’est avant tout du droit ; le droit des riches, impo­sé par les riches, depuis 200 ans. Et ce qui per­met aux riches d’écrire les lois, c’est une pro­cé­dure, une pro­cé­dure qui donne accès cer­tain au pou­voir à ceux qui ont les moyens d’aider des can­di­dats. Tout le reste découle de ça. Il est donc vain de nous conten­ter de nous battre contre les tur­pi­tudes poli­ti­ciennes ou ban­caires (toutes plus impu­nies les unes que les autres), qui ne sont que des consé­quences de notre dépos­ses­sion poli­tique : il faut nous concen­trer sur la cause qui a ren­du pos­sible et durable notre impuis­sance politique.

Dans l’Ancien régime, les grands mar­chands, et notam­ment les mar­chands d’argent, étaient certes influents, mais pas tout-puis­­sants : ils devaient res­pec­ter la monar­chie abso­lue et le cler­gé. Le pou­voir éco­no­mique et le pou­voir poli­tique n’étaient pas confon­dus dans les mêmes mains.

À l’occasion de deux révo­lu­tions (amé­ri­caine en 1776 et fran­çaise en 1789), les grands mar­chands se sont libé­rés de leurs chaînes en écri­vant eux-mêmes les consti­tu­tions (geste fon­da­men­ta­le­ment libé­ra­teur pour tous ceux qui osent s’y aven­tu­rer libre­ment), ce qui leur a per­mis d’imposer une pro­cé­dure de dési­gna­tion des repré­sen­tants fon­ciè­re­ment anti­dé­mo­cra­tique et plou­to­cra­tique (don­nant le pou­voir aux riches) : l’élection-parmi-des-candidats. Le capi­ta­lisme, c’est le régime dans lequel les mar­chands sont par­ve­nus à écrire les consti­tu­tions, et donc les lois. Il me semble que ce coup de force (consti­tuant puis légis­la­tif) est déci­sif, cen­tral, fon­da­teur. Et méconnu.

Cette pro­cé­dure plou­to­cra­tique de l’élection reste aujourd’hui clai­re­ment le mur por­teur du capi­ta­lisme. Si les peuples s’estimaient légi­times et capables de reprendre aux riches le pou­voir consti­tuant — et donc le pou­voir légis­la­tif —, ce serait méca­ni­que­ment la fin du capi­ta­lisme, sim­ple­ment parce que les grands mar­chands et usu­riers ne pour­raient plus impo­ser leurs lois et leur mon­naie à toute la société.

Je vou­drais démon­trer ici que c’est bien la pro­cé­dure de L’É­LEC­TION-par­mi-des-can­di­dats (qu’on appelle fau­ti­ve­ment le « suf­frage uni­ver­sel » et qu’on nous ordonne d’adorer comme une vache sacrée : élire des maîtres au lieu de voter les lois), c’est bien l’élection, donc, qui orga­nise l’im­puis­sance popu­laire et qui per­met (et même ver­rouille !) le capitalisme.

Je pro­pose donc que nous menions nous-mêmes le néces­saire PROCÈS DE L’ÉLECTION. Ce pro­cès ne peut être conduit cor­rec­te­ment que par de simples citoyens, et en aucun cas par des pro­fes­sion­nels de la poli­tique. En effet, les poli­ti­ciens sont tous, dans le pro­ces­sus consti­tuant, en irré­duc­tible (et inad­mis­sible) conflit d’in­té­rêts : tous les pro­fes­sion­nels de la poli­tique ont ici un inté­rêt per­son­nel contraire à l’in­té­rêt géné­ral ; ils ont tous ici un inté­rêt per­son­nel à ins­ti­tuer leur propre puis­sance (et à ins­ti­tuer l’impuissance popu­laire). Et cha­cun peut le véri­fier par­tout sur terre : de fait, incon­tes­ta­ble­ment, les poli­ti­ciens de métier élus consti­tuants ins­ti­tuent tou­jours l’impuissance du peuple qu’ils décident de « représenter ».

Voi­ci donc l’une des pre­mières mou­tures (il y en aura d’autres) du réqui­si­toire que je suis en train de ras­sem­bler contre ce que j’analyse comme la pro­cé­dure mère de l’impuissance poli­tique popu­laire, dans tous les régimes par­le­men­taires sur terre.

Je vous invite à lire tout ça d’un œil cri­tique et construc­tif. Je ne cherche pas à avoir rai­son, je cherche seule­ment à me trom­per le moins pos­sible. Et nous sommes tous éga­le­ment concer­nés par cette réflexion cen­trale. Donc, si vous trou­vez ça utile, objec­tez, cri­ti­quez ce tra­vail, cor­­ri­­gez-le, com­­plé­­tez-le… pour que nous pro­gres­sions ensemble autour d’une syn­thèse qui devien­dra ain­si, par le tra­vail de notre cer­veau col­lec­tif, pro­gres­si­ve­ment, de plus en plus irré­fu­table et documentée.

 

Je com­mence par com­pa­rer point par point l’é­lec­tion et le tirage au sort (I), et j’observe que les deux pro­cé­dures se com­portent comme en miroir, l’une étant tou­jours l’in­verse de l’autre. À l’examen et au final, pour l’instant, le tirage au sort rem­porte tous les rounds haut-la-main (du point de vue du bien com­mun, bien sûr).

Puis, je décris trois grands usages que de vrais citoyens (donc consti­tuants) pour­raient faire du tirage au sort en poli­tique (II).

I. Comparaison des forces et faiblesses universelles de l’élection et du tirage au sort des représentants

Com­men­çons donc par com­pa­rer en géné­ral élec­tions et tirage au sort en démo­cra­tie. Éty­mo­lo­gi­que­ment, la démo­cra­tie est le régime poli­tique dans lequel le demos (le peuple) exerce le kra­tos (le pou­voir), les citoyens y votent eux-mêmes leurs lois. J’aime cette défi­ni­tion de Paul Ricœur, res­pec­tueuse et ouverte : « Est démo­cra­tique, une socié­té qui se recon­naît divi­sée, c’est-à-dire tra­ver­sée par des contra­dic­tions d’intérêt et qui se fixe comme moda­li­té d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression de ces contra­dic­tions, l’analyse de ces contra­dic­tions et la mise en déli­bé­ra­tion de ces contra­dic­tions, en vue d’arriver à un arbi­trage. »

Donc, la défi­ni­tion du bien com­mun est par construc­tion rela­tive, variable, dis­cu­table, conflic­tuelle, donc poli­tique. Qu’il soit « de gauche » ou « de droite » ou d’ailleurs, celui qui pré­tend savoir mieux que les autres quel est le bien com­mun, pour tou­jours, sans accep­ter la longue et dif­fi­cile phase de déli­bé­ra­tion col­lec­tive, est un tyran, simplement.

Mais cette rela­ti­vi­té du bien com­mun pose alors la ques­tion de la sou­ve­rai­ne­té : qui est légi­time pour prendre les déci­sions com­munes ? Qui éva­lue les besoins du corps social ? Qui décide ? Et qui éva­lue les déci­sions ? Le peuple lui-même ou ses repré­sen­tants ? Avons-nous même besoin de représentants ?

Et, si la taille de nos socié­tés impose effec­ti­ve­ment de dési­gner des repré­sen­tants, quel type de repré­sen­tants ? Car le mot repré­sen­tant est poly­sé­mique en fran­çais : faut-il pré­fé­rer des maîtres ou des ser­vi­teurs pour ser­vir le bien com­mun ?

Et sur­tout, qui est légi­time pour déci­der de toutes ces règles supé­rieures, qui est légi­time pour ins­ti­tuer les méta­règles ?

En théo­rie, depuis 200 ans, selon ses défen­seurs, l’élection-parmi-des-candidats des légis­la­teurs et des gou­ver­nants (pro­cé­dure nom­mée « suf­frage uni­ver­sel »), pré­tend ser­vir le bien com­mun 1) en dési­gnant les meilleurs et 2) en les contrô­lant, 3) tout en libé­rant du temps pour les gouvernés.

Mais en pra­tique, depuis 200 ans, l’élection pro­duit un sys­tème de domi­na­tion abso­lue du grand nombre (99%) par un petit nombre (1%).

Ce type de socié­té (où le peuple est domi­né par les plus riches) était vou­lu dès l’origine, dès le XVIIIe siècle, par des per­son­nages comme Vol­taire (richis­sime mar­chand d’armes et ins­pi­ra­teur impor­tant de la Révo­lu­tion fran­çaise en 1789), qui écri­vait : « L’esprit d’une nation réside tou­jours dans le petit nombre, qui fait tra­vailler le grand, est nour­ri par lui, et le gou­verne. Cer­tai­ne­ment cet esprit de la nation chi­noise est le plus ancien monu­ment de la rai­son qui soit sur la terre.[1] »

Sieyes aus­si, peut-être le prin­ci­pal père fon­da­teur du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, expli­ci­tait sans se cacher le pro­gramme de la Révo­lu­tion dès 1789 : « Dans la démo­cra­tie, les citoyens font eux-mêmes les lois, et nomment direc­te­ment les offi­ciers publics. Dans notre plan [le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif], les citoyens font, plus ou moins immé­dia­te­ment, le choix de leurs dépu­tés à l’Assemblée légis­la­tive ; la légis­la­tion cesse donc d’être démo­cra­tique et devient repré­sen­ta­tive.[2] »

Il y a mille preuves de la volon­té des pères fon­da­teurs de tenir le peuple à l’écart de la poli­tique grâce à l’élection ; je ren­voie aux textes de réfé­rence annexes[3].

La meilleure façon, pour des élec­teurs comme nous, de bien com­prendre l’intérêt du tirage au sort en poli­tique, est de conduire nous-mêmes le pro­cès (équi­table) de l’élection, point par point, car cette mise en accu­sa­tion, par effet miroir, montre une à une les qua­li­tés intrin­sèques du tirage au sort[4].

On va voir que A) l’élection para­lyse les gou­ver­nés, et que B) l’élection donne le pou­voir aux pires gou­ver­nants (brillant résultat…) :

 

A.  Du côté des gouvernés, l’élection infantilise — et donc paralyse — les électeurs ; elle les décourage de penser et de défendre le bien commun (alors que le tirage au sort non)

Pour com­men­cer par les gou­ver­nés, voyons point par point pour­quoi et com­ment l’élection infan­ti­lise — et donc para­lyse — les électeurs :

1.    Par définition, l’élection est aristocratique (alors que le tirage au sort est démocratique)

Les plus grands pen­seurs savent depuis long­temps ce que nous avons aujourd’hui oublié :

Aris­tote (-332) : « Les élec­tions sont aris­to­cra­tiques et non démo­cra­tiques : elles intro­duisent un élé­ment de choix déli­bé­ré, de sélec­tion des meilleurs citoyens, les aris­toi, au lieu du gou­ver­ne­ment par le peuple tout entier[5]. »

Mon­tes­quieu (1748) : « Le suf­frage par le sort est de la nature de la démo­cra­tie ; le suf­frage par choix est de celle de l’aristocratie[6]. »

Cor­né­lius Cas­to­ria­dis (1996) : « Ce sont les Grecs qui ont inven­té les élec­tions. C’est un fait his­to­ri­que­ment attes­té. Ils ont peut-être eu tort, mais ils ont inven­té les élec­tions ! Qui éli­­sait-on à Athènes ? On n’é­li­sait pas les magis­trats. Les magis­trats étaient dési­gnés par tirage au sort ou par rota­tion. Pour Aris­tote, sou­­ve­­nez-vous, un citoyen est celui qui est capable de gou­ver­ner et d’être gou­ver­né. Tout le monde est capable de gou­ver­ner, donc on tire au sort. Pour­quoi ? Parce que la poli­tique n’est pas une affaire de spé­cia­listes. Il n’y a pas de science de la poli­tique. Il y a une opi­nion, la doxa des Grecs[7] […] »

Donc, le mot aris­tos signi­fie le meilleur en grec. L’élection qui, par défi­ni­tion, conduit à choi­sir le meilleur, est donc par construc­tion aris­to­cra­tique. La pro­messe d’égalité démo­cra­tique n’est donc pas tenue, repré­sen­tants élus et repré­sen­tés ne sont pas sur un pied d’égalité : les élus dominent les élec­teurs, un petit nombre com­mande à un grand nombre ; on peut dès lors craindre que le bien com­mun soit mena­cé, si jamais les élus venaient à ser­vir des inté­rêts per­son­nels au lieu de ser­vir l’intérêt général.

Au contraire, le tirage au sort désigne n’importe qui ; il est donc la seule pro­cé­dure qui res­pecte l’égalité poli­tique entre les citoyens (la pro­messe fon­da­trice de la démocratie).

2.    Par définition, élire c’est abdiquer, c’est renoncer à exercer soi-même sa souveraineté, c’est déléguer, c’est renoncer à légiférer, (alors que tirer au sort, c’est revendiquer sa souveraineté).

Le mot « repré­sen­tant » est poly­sé­mique, il peut dési­gner deux pou­voirs très oppo­sés : en fran­çais, un repré­sen­tant peut être un ser­vi­teur (comme un cour­tier, man­da­taire qui attend fidè­le­ment les ordres de son man­dant pour agir), mais un repré­sen­tant peut aus­si être un maître (comme un tuteur, qui décide tout à la place de l’incapable qu’il repré­sente). Cette poly­sé­mie est la source des plus graves mal­en­ten­dus (pour ne pas dire des pires escro­que­ries politiciennes).

Par construc­tion, aujourd’hui, la pro­cé­dure de l’élection par­mi des can­di­dats pro­duit des repré­sen­tants qui seront des maîtres, en votant toutes les lois à la place des élec­teurs. Alors que le tirage au sort pro­dui­rait des repré­sen­tants qui seraient des égaux, lais­sant le droit de voter les lois aux citoyens eux-mêmes. Les élus décident tout à la place des élec­teurs — l’élection dépos­sède les élec­teurs de leur sou­ve­rai­ne­té —, alors que les tirés au sort ne décident que ce que les citoyens ne peuvent pas (ou ne veulent pas) déci­der (pré­pa­ra­tion des lois, exé­cu­tion des lois, juge­ments indi­vi­duels…) — le tirage au sort ne dépos­sède pas les citoyens de leur souveraineté.

Robes­pierre, authen­tique démo­crate, le for­mu­lait ain­si for­te­ment : « La démo­cra­tie est un état où le peuple sou­ve­rain, gui­dé par des lois qui sont son ouvrage,  fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délé­gués tout ce qu’il ne peut faire lui-même »[8].

Dans nos « répu­bliques », on appelle donc fau­ti­ve­ment « citoyens » les élec­teurs, alors qu’un élec­teur est hété­ro­nome : il subit la loi écrite par un autre ; au contraire, un citoyen est auto­nome : il pro­duit lui-même le droit auquel il consent à obéir.

Ain­si, l’élection par­mi des can­di­dats ravale le peuple au rang dégra­dant d’élec­teurs, sorte d’enfants poli­tiques (éty­mo­lo­gi­que­ment, enfant signi­fie pri­vé de parole), impuis­sants poli­tiques : l’élection fait fonc­tion de bâillon, elle nous infan­ti­lise, poli­ti­que­ment, et donc aus­si glo­ba­le­ment (socia­le­ment et éco­no­mi­que­ment), et l’élection empêche ain­si le plus grand nombre de défendre en per­sonne le bien com­mun. Nous ne sommes pas citoyens, nous sommes élec­teurs.

D’ailleurs, les pères fon­da­teurs de notre régime savaient fort bien qu’ils allaient, grâce à cette accep­tion asser­vis­sante du mot repré­sen­tants, tenir le peuple à l’écart de la pro­duc­tion des normes :

Abbé SIEYES, anti­dé­mo­crate assu­mé, l’exprimait clai­re­ment en ces termes : « Les citoyens qui se nomment des repré­sen­tants renoncent et doivent renon­cer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volon­té par­ti­cu­lière à impo­ser. S’ils dic­taient des volon­tés, la France ne serait plus cet État repré­sen­ta­tif ; ce serait un État démo­cra­tique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démo­cra­tie (et la France ne sau­rait l’être), le peuple ne peut par­ler, ne peut agir que par ses repré­sen­tants[9]. »

Est-il sérieux de pré­tendre que le bien com­mun est cor­rec­te­ment res­pec­té en tenant dura­ble­ment et sciem­ment le plus grand nombre à l’écart des réflexions et déci­sions politiques ?

Pour­tant, de nom­breux grands pen­seurs ont bien vu que les déci­sions com­munes sont mieux prises par une assem­blée popu­laire que par un homme seul.

On pense d’abord à Aris­tote : « La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse[10]. »

Mais on vou­drait aus­si citer Machia­vel : « je dis qu’un peuple est plus sage, plus constant et plus avi­sé qu’un prince[11]. »

3.  Infantilisante, l’élection décourage et déresponsabilise, dissuade de bien faire, éloigne le peuple de la politique et du bien commun, (alors que le tirage au sort encourage, et responsabilise, incite à bien faire).

De fait, l’élection est donc une péda­go­gie de la ser­vi­tude, un appren­tis­sage de la rési­gna­tion, elle enferme les élec­teurs dans un rôle de domi­nés. En les infan­ti­li­sant, l’élection déres­pon­sa­bi­lise les élec­teurs. L’élection, depuis 200 ans, nous dés­in­cite à faire de la poli­tique. Et pro­gres­si­ve­ment, à force de dépo­li­ti­ser les élec­teurs, l’élection les décou­rage com­plè­te­ment (« à quoi bon se don­ner du mal en poli­tique puisque ça ne chan­ge­ra rien ? » entend-on par­tout) et fina­le­ment, l’élection nous abru­tit — politiquement.

Au contraire, le tirage au sort éman­cipe les citoyens, en les trai­tant en adultes res­pon­sables. Et en géné­ral les gens essaient d’être dignes de la confiance qu’on leur fait, sur­tout si on leur confie une vraie res­pon­sa­bi­li­té. Par exemple, les expé­riences de conven­tions citoyennes tirées au sort orga­ni­sées par Jacques Tes­tart montrent que le niveau monte vite quand on res­pecte et implique vrai­ment les gens.

Jacques Tes­tart : « Ce qui est extra­or­di­naire quand on s’in­té­resse aux Confé­rences de Citoyens [tirées au sort et char­gées de don­ner un avis sur l’en­jeu poli­tique et social d’un sujet scien­ti­fique], c’est de voir à quel point les indi­vi­dus peuvent être modi­fiés au cours de la pro­cé­dure. Vous pre­nez une bou­lan­gère, un ins­ti­tu­teur, bon des gens qui ont leur métier et qui a prio­ri sont inno­cents, naïfs par rap­port au pro­blème. Ce n’est pas tel­le­ment qu’ils deviennent com­pé­tents, ça c’est évident. C’est sur­tout qu’ils deviennent une autre qua­li­té d’hu­main. C’est-à-dire qu’ils déve­loppent des idées et des points de vue, qu’ils vont défendre leurs avis, qui ne sont pas du tout là pour défendre leur famille, même pas leurs enfants, mais la des­cen­dance de tout le monde : les gens du Sud … on voit une espèce d’al­truisme qui trans­pa­raît, qu’on ne voit pas d’habitude.

Et moi, ce que j’ai consta­té en regar­dant ça, c’est à quel point il y a un gâchis de l’hu­ma­ni­té. C’est-à-dire qu’on main­tient les gens dans un état d’abêtissement, de sui­visme, de condi­tion­ne­ment. Et, je dois dire j’y croyais pas avant de voir ça. Je pen­sais que c’é­tait triste mais que l’hu­ma­ni­té elle n’é­tait pas vrai­ment belle à voir. Mais elle n’est pas belle à voir parce qu’on la met dans cet état-là. Mais je suis main­te­nant convain­cu qu’il y a chez la plu­part des indi­vi­dus, il y a des res­sorts, il y a quelque chose qu’on n’ex­ploite pas, qu’on n’u­ti­lise pas, qu’on ne met pas en valeur. Mais les humains valent beau­coup mieux que ce qu’on en fabrique. »[12]

Toc­que­ville aus­si, a écrit des pages admi­rables pour défendre les ver­tus édu­ca­tives et res­pon­sa­bi­li­santes des jurys civils tirés au sort. On n’a mal­heu­reu­se­ment pas le temps de citer le plai­doyer en entier, mais écou­tez plutôt :

« J’en­tends par JURY un cer­tain nombre de citoyens PRIS AU HASARD et revê­tus momen­ta­né­ment du droit de juger. […]

le jury est avant tout une ins­ti­tu­tion poli­tique ; on doit le consi­dé­rer comme un mode de la sou­ve­rai­ne­té du peuple […]

Le jury, et sur­tout le jury civil, sert à don­ner à l’es­prit de tous les citoyens une par­tie des habi­tudes de l’es­prit du juge ; et ces habi­tudes sont pré­ci­sé­ment celles qui pré­parent le mieux le peuple à être libre. Il répand dans toutes les classes le res­pect pour la chose jugée et l’i­dée du droit. Ôtez ces deux choses, et l’a­mour de l’in­dé­pen­dance ne sera plus qu’une pas­sion des­truc­tive. Il enseigne aux hommes la pra­tique de l’é­qui­té. Cha­cun, en jugeant son voi­sin, pense qu’il pour­ra être jugé à son tour. […]

Le jury apprend à chaque homme à ne pas recu­ler devant la res­pon­sa­bi­li­té de ses propres actes ; dis­po­si­tion virile, sans laquelle il n’y a pas de ver­tu politique. […]

En for­çant les hommes à s’oc­cu­per d’autre chose que de leurs propres affaires, il com­bat l’é­goïsme indi­vi­duel, qui est comme la rouille des socié­tés. Le jury sert incroya­ble­ment à for­mer le juge­ment et à aug­men­ter les lumières natu­relles du peuple. C’est là, à mon avis, son plus grand avan­tage. On doit le consi­dé­rer comme une école gra­tuite et tou­jours ouverte, où chaque juré vient s’ins­truire de ses droits, où il entre en com­mu­ni­ca­tion jour­na­lière avec les membres les plus ins­truits et les plus éclai­rés des classes éle­vées, où les lois lui sont ensei­gnées d’une manière pratique […]

Ain­si le jury, qui est le moyen le plus éner­gique de faire régner le peuple, est aus­si le moyen le plus effi­cace de lui apprendre à régner[13]. »

Donc, du côté des gou­ver­nés, par cha­cun de ces trois pre­miers traits carac­té­ris­tiques de l’élection par­mi des can­di­dats (pro­cé­dure  aris­to­cra­tique, infan­ti­li­sante et démo­ti­vante), on constate que l’élection réduit à presque rien le nombre de per­sonnes capables de défendre le bien commun.

On va voir main­te­nant que, en plus de para­ly­ser et abru­tir les gou­ver­nés, l’élection choi­sit les pires gouvernants :

B.  Du côté des gouvernants, l’élection porte au pouvoir les pires (alors que le tirage au sort non)

Du côté des gou­ver­nants, en admet­tant que nous ayons besoin de « repré­sen­tants », on constate sou­vent que l’élection par­mi des can­di­dats porte au pou­voir les pires, à l’exact oppo­sé de ce qu’elle pré­tend. Je cherche à com­prendre pourquoi.

Je vois sept carac­tères propres à l’élection qui conduisent (for­cé­ment) à ce désastre — et je vois comme dans un  miroir sept carac­tères inverses propres au tirage au sort qui évi­te­raient ce désastre (for­cé­ment) :

1.  L’élection parmi des candidats donne le pouvoir à ceux qui le veulent (alors que le tirage au sort, non)

On sait depuis 2 500 ans qu’il ne faut pas don­ner le pou­voir à ceux qui le  veulent.

Pla­ton : « Le pire des maux est que le pou­voir soit occu­pé par ceux qui l’ont vou­lu[14]. »

Alain : « Le trait le plus visible dans l’homme juste est de ne point vou­loir du tout gou­ver­ner les autres et de gou­ver­ner seule­ment lui-même. Cela décide tout. Autant dire que les pires gou­ver­ne­ront[15]. »

Si l’on y réflé­chit, c’est vrai que les pires gou­ver­ne­ront, mais seule­ment si l’on donne le pou­voir à ceux qui le veulent (parce que les meilleurs ne le veulent pas).

Et pré­ci­sé­ment, le tirage au sort évite ce piège cen­tral et donne le pou­voir « aux autres »… et le tirage au sort ne nous condamne donc pas, lui, à la tyran­nie de ceux qui veulent tout déci­der à la place des autres.

C’est une mau­vaise idée de don­ner le pou­voir à ceux qui le veulent assez pour y par­ve­nir car les com­pé­tences (et les moti­va­tions) néces­saires pour par­ve­nir au pou­voir (pour gagner une com­pé­ti­tion élec­to­rale) ne sont sûre­ment pas les mêmes qui sont néces­saires pour exer­cer le pou­voir (pour cher­cher le bien com­mun et le ser­vir). C’est ce qu’on va voir maintenant :

2.  L’élection pousse au mensonge et favorise les menteurs  (alors que le tirage au sort, non)

En s’appuyant sur la volon­té des citoyens pour dési­gner les acteurs, l’élection donne des prises aux escrocs, dont tout le talent est pré­ci­sé­ment de savoir trom­per les volon­tés. D’une cer­taine façon, l’élection offre le pou­voir aux men­teurs : c’est celui qui men­ti­ra le mieux qui sera élu, à tous les coups. Donc, par construc­tion, l’élection pousse au men­songe : d’abord men­songes avant le man­dat pour être élu, et ensuite men­songes pen­dant et après le man­dat pour être réélu. Scien­ti­fi­que­ment, méca­ni­que­ment, l’élection par­mi des can­di­dats incite au men­songe, tout le temps.

(Rap­pel : « Les pires gou­ver­ne­ront » annon­çait Alain.)

Alors que, en ne s’appuyant pas sur la volon­té des gens, le tirage au sort retire toute prise aux escrocs.

Mieux encore, le tirage au sort dis­suade de men­tir puisque le men­songe ne sert à rien pour accé­der au pouvoir.

Certes, on objec­te­ra qu’il res­te­ra tou­jours des men­teurs dans une socié­té humaine. Bien sûr, mais le tirage au sort baisse la pro­por­tion de men­teurs au pou­voir (de 100% à ?), ce qui ne peut être que pro­fi­table au bien commun.

3.  L’élection produit des maîtres, très différents de nous (alors que le tirage au sort produit des égaux, très ressemblants)

D’avoir été dési­gné comme le meilleur, l’élu éprouve natu­rel­le­ment, et assez logi­que­ment,  fier­té, vani­té et sen­ti­ment de supé­rio­ri­té, humeurs qui l’incitent natu­rel­le­ment à se sen­tir légi­time à tout déci­der tout seul, y com­pris de ses propres pri­vi­lèges, sans avoir à démon­trer davan­tage qu’il est digne de sa charge.

Bien des abus de pou­voir — et bien des négli­gences du bien com­mun — trouvent sans doute de pro­fondes racines dans ce sen­ti­ment de supé­rio­ri­té de « l’élu », qui naît for­cé­ment de cette pro­cé­dure aris­to­cra­tique qu’est l’élection-parmi-des-candidats.

Au contraire, le tirage au sort n’offre aucune rai­son de res­sen­tir un sen­ti­ment de supé­rio­ri­té, et il incite donc le repré­sen­tant à l’humilité : on n’a pas été choi­si comme le meilleur, mais bien comme un égal, et il faut donc démon­trer à tout moment qu’on est digne de la charge.

Par ailleurs, on constate depuis 200 ans que l’élection pro­duit des assem­blées de notables, abso­lu­ment pas repré­sen­ta­tives du corps social qu’elles pré­tendent repré­sen­ter, et, qui plus est, extrê­me­ment pri­vi­lé­giées. On ne compte plus les études scien­ti­fiques qui prouvent l’absence criante des classes labo­rieuses au Par­le­ment, ni les enquêtes jour­na­lis­tiques qui prouvent les innom­brables (et hon­teux) avan­tages que s’octroient eux-mêmes les parlementaires.

Ces (1%) notables ne connaissent pas la vie des (99%) tra­vailleurs et, très dif­fé­rents d’eux, ne sont pas du tout por­tés à les aider, et encore moins à les émanciper.

Un des sens du mot repré­sen­ter est recons­ti­tuer une image minia­ture fidèle de la socié­té repré­sen­tée, et pour ce faire, le tirage au sort est bien mieux adap­té que l’élection : lui seul est capable de com­po­ser un échan­tillon repré­sen­ta­tif de l’ensemble des citoyens[16]. Tirer au sort une assem­blée don­ne­ra tou­jours une moi­tié de femmes, 90% de sala­riés, 60% d’ouvriers et d’employés, 10% de chô­meurs, etc.  Une assem­blée tirée au sort nous res­sem­ble­ra. Le tirage au sort est fidèle, impar­tial et incorruptible.

Et la ques­tion de savoir si l’assemblée qui va nous repré­sen­ter doit nous res­sem­bler ou pas relève du choix sou­ve­rain des citoyens (consti­tuants), et nul­le­ment des élus, car tous les élus ont un inté­rêt per­son­nel puis­sant à dis­cré­di­ter le tirage au sort (qui les obli­ge­rait à retour­ner au tra­vail comme tout le monde).

4.  L’élection produit des maîtres hors contrôle (alors que le tirage au sort, non)

L’élection repose sur la confiance et place le contrôle des repré­sen­tants pré­ci­sé­ment au moment de leur dési­gna­tion. Ce choix dis­suade de contrô­ler les élus davan­tage, pen­dant leur man­dat et après leur man­dat : on entend dire que l’élection — et le risque de non réélec­tion — sont des contrôles bien suffisants…

Fon­da­men­ta­le­ment, cette absence de contrôles réels des élus rend pos­sible — et même favo­rise — la cor­rup­tion. L’élection sans autre contrôle que l’élection ne pro­tège pas cor­rec­te­ment le bien commun.

Alors que le tirage au sort, ins­pi­rant natu­rel­le­ment une défiance, déplace le moment du contrôle des repré­sen­tants : le contrôle des tirés au sort n’a pas lieu au moment de la dési­gna­tion (on choi­sit n’importe qui), mais à tout moment, pen­dant le man­dat et après le man­dat (par d’autres tirés au sort).

Donc, des tirés au sort sont — natu­rel­le­ment et ins­tinc­ti­ve­ment — tou­jours beau­coup plus contrô­lés que des élus.

Cette dif­fé­rence essen­tielle (tou­chant aux contrôles) conduit d’ailleurs logi­que­ment à pré­co­ni­ser l’élection-parmi-des-candidats pour dési­gner les repré­sen­tants locaux (que l’on connaît, que l’on côtoie et que l’on observe plus faci­le­ment soi-même du fait de la proxi­mi­té), et à pré­co­ni­ser le tirage au sort (et ses contrôles mul­tiples à tous les étages) pour dési­gner les repré­sen­tants à l’échelle régio­nale, natio­nale ou fédé­rale (que l’on ne connaît pas et que l’on ne peut pas sur­veiller soi-même, du fait de l’éloignement).

Donc l’élection est bien adap­tée aux scru­tins muni­ci­paux (et mal aux autres), alors que le tirage au sort est beau­coup mieux adap­té aux scru­tins régio­naux, natio­naux et fédéraux.

On entend géné­ra­le­ment dire le contraire, et c’est à tort.

5.  L’élection produit une caste de maîtres hors contrôle (alors que le tirage au sort, non)

Dans tous les son­dages d’opinions, et dans toutes nos conver­sa­tions, le reproche le plus fré­quent et le plus grave que font les citoyens au gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif est la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la poli­tique. Mais cette pro­fes­sion­na­li­sa­tion est une consé­quence iné­luc­table de l’élection : les mêmes rai­sons qui ont conduit à élire un can­di­dat une fois (la liste réduite des can­di­dats volon­taires ; leur art de séduire — qui se per­fec­tionne sans cesse ; la per­son­na­li­té des élec­teurs — qui ne change guère d’une élec­tion à l’autre…) conduisent à réélire la même per­sonne plu­sieurs fois. Par construc­tion, donc, l’élection contra­rie la rota­tion des charges, et c’est elle qui impose la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la poli­tique —, ain­si que la for­ma­tion de par­tis, on y revien­dra plus loin. On le constate par­tout dans le monde et à toutes les époques.

Alors que le tirage au sort, lui, impose la rota­tion des charges et inter­dit donc la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la politique.

Par ce pro­ces­sus, l’élection nie l’égalité poli­tique, en pri­vant le plus grand nombre de l’action poli­tique au pro­fit d’une caste poli­ti­cienne, alors que le tirage au sort res­pecte l’égalité poli­tique des citoyens, en inter­di­sant toute for­ma­tion de caste privilégiée.

6.  L’élection parmi des candidats impose les partis pour gagner une sorte de guerre politique, camp contre camp, avec une logique militaire, réclamant l’obéissance des militants et mobilisant à fond des passions collectives (alors que le tirage au sort, non)

On vote presque une fois par an ; et un citoyen seul ne peut pas gagner une élec­­tion-par­­mi-des-can­­di­­dats. Donc, la cam­pagne élec­to­rale per­ma­nente qui découle du choix de l’élection (comme pro­cé­dure de dési­gna­tion des repré­sen­tants) impose aux can­di­dats, pour gagner, de mobi­li­ser une armée de mili­tants, enrô­lés autour d’un chef, d’une ligne de pen­sée, d’un dogme, d’une dis­ci­pline, d’une hié­rar­chie, de la détes­ta­tion de toutes les autres armées équi­va­lentes (détes­ta­tion en bloc), l’obsession sec­taire de par­ve­nir seul au pou­voir, etc., ce qui entre­tient une dis­corde non néces­saire et néfaste au bien commun.

On ne suit plus l’intérêt géné­ral quand l’objectif prio­ri­taire est de par­ve­nir au pouvoir.

Les par­tis ne servent qu’à gagner les élec­tions et à rien d’autre. Il n’y a jamais eu de  par­tis dans les régimes sans élec­tions. His­to­ri­que­ment, c’est le choix de l’élection-parmi-des-candidats qui nous condamne au fléau des par­tis, mais on n’a évi­dem­ment pas besoin de par­tis pour faire de la politique.

C’est pour­quoi, avec le tirage au sort, les par­tis deviennent inutiles et dis­pa­raissent naturellement.

Je vou­drais ici vous ren­voyer aux réflexions essen­tielles de Simone Weil dans sa « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques »[17], pour vous inci­ter à réa­li­ser un par un les dégâts, graves et durables, qu’infligent les par­tis poli­tiques au corps social.

J’ai gar­dé le plus grave pour la fin (de cette pre­mière partie) :

7.  L’élection parmi des candidats permet d’aider un candidat, et donne ainsi tout le pouvoir aux plus riches (alors que le tirage au sort, non)

Il est facile de cor­rompre quelqu’un qui vous doit tout.

Alors qu’il est plus dif­fi­cile de cor­rompre quelqu’un qui ne vous doit rien.

Si l’on peut aider un can­di­dat, il est cer­tain que ceux qui ont les moyens d’aider le feront — tou­jours —, car les élus « aidés » seront ain­si for­cé­ment débi­teurs — donc ser­vi­teurs — des inté­rêts pri­vés de leurs bien­fai­teurs (dont ils ont abso­lu­ment besoin, pour leur élec­tion et pour leur réélection).

Quels sont les moyens d’aider cer­tains can­di­dats ? Il s’agit de les faire voir beau­coup, de les mon­trer sous un angle flat­teur (de ne leur poser que des ques­tions faciles, sans pièges), de dis­cré­di­ter ou de ne pas invi­ter leurs concur­rents, etc. Tout ce « tra­vail » de l’opinion[18] est accom­pli par les grands médias (presse, radio, télés, ins­ti­tuts de son­dage) et leurs « jour­na­listes » « édi­to­ria­listes » et autres « experts ».

Aujourd’hui, et ce n’est pas par hasard, toute la presse et l’édition appar­tiennent à quelques banques et indus­triels et à deux mar­chands d’armes[19].

Donc, lélec­­tion-par­­mi-des-can­­di­­dats per­met — et même incite à — la pire cor­rup­tion. C’est sans doute son plus grave — et impar­don­nable — défaut.

Les indi­vi­dus les plus riches du corps social ont ain­si trou­vé dans l’élection-parmi-des-candidats le moyen cer­tain de conser­ver le pou­voir pour tou­jours, et de pro­duire un droit qui leur est favo­rable. On peut appe­ler ce droit « le capi­ta­lisme » ou la plou­to­cra­tie (le gou­ver­ne­ment par les riches pour les riches), mais toute la pyra­mide des pou­voirs ins­ti­tués (par­le­ment, gou­ver­ne­ment, juges, pri­sons, police…) tient à la pro­cé­dure de dési­gna­tion des légis­la­teurs : rien n’impose aux 99% de pré­fé­rer l’élection au tirage au sort ; ce sont des élus qui ont choi­si la pro­cé­dure de l’élection… Que ferions-nous, nous, si nous nous mêlions d’y réflé­chir ? Rien ne nous oblige légi­ti­me­ment à suivre éter­nel­le­ment les élus dans leurs pré­fé­rences institutionnelles.

À l’inverse, le tirage au sort ne per­met­tant pas d’aider qui que ce soit, est une pro­cé­dure éga­li­taire et incor­rup­tible qui porte au pou­voir de meilleurs ser­vi­teurs du bien com­mun, certes impar­faits eux aus­si, mais moins faci­le­ment cor­rup­tibles car ne devant rien à qui­conque pour leur acces­sion au pouvoir.

Pour résu­mer, l’élection-parmi-des-candidats porte au pou­voir des per­sonnes qui vont défendre des inté­rêts par­ti­cu­liers (ceux de leurs par­rains), alors que le tirage au sort porte au pou­voir des per­sonnes qui vont défendre l’intérêt géné­ral (parce qu’ils n’ont pas de par­rains à servir).

Certes, rien n’est par­fait et les risques de cor­rup­tion exis­te­ront tou­jours, dans toute socié­té humaine, mais force est de consta­ter que l’élection par­mi des can­di­dats cumule tous les vices, du point de vue du bien com­mun (pas du point de vue des élus, bien sûr, ni de leurs riches bien­fai­teurs). On peut rai­son­na­ble­ment escomp­ter que le tirage au sort rédui­ra le ratio de cor­rom­pus au pou­voir (de 100% à ?).

Conclu­sion de la  pre­mière partie :

Nous avons deux labo­ra­toires poli­tiques pour véri­fier sur le ter­rain que la pra­tique confirme bien ce que per­met de pré­voir la théo­rie : 200 ans de tirage au sort (quo­ti­dien) à Athènes (aux 5e et 4e siècles av. JC) ont per­mis aux citoyens pauvres (aujourd’hui, on dirait les 99%) de gou­ver­ner pen­dant toute la période ; alors que, au contraire, 200 ans d’élections par­mi des can­di­dats (depuis 1789) ont per­mis aux citoyens riches (aujourd’hui, on dirait les 1%) de gou­ver­ner pen­dant toute la période.

Aris­tote : « Le rai­son­ne­ment rend donc évident, semble-t-il, que la sou­ve­rai­ne­té d’une mino­ri­té ou d’une majo­ri­té n’est qu’un acci­dent, propre soit aux oli­gar­chies soit aux démo­cra­ties, dû au fait que par­tout les riches sont en mino­ri­té et les pauvres en majo­ri­té. Aus­si… la dif­fé­rence réelle qui sépare entre elles démo­cra­tie et oli­gar­chie, c’est la pau­vre­té et la richesse ; et néces­sai­re­ment, un régime où les diri­geants, qu’ils soient mino­ri­taires ou majo­ri­taires, exercent le pou­voir grâce à leur richesse est une oli­gar­chie, et celui où les pauvres gou­vernent, une démo­cra­tie »[20]

Donc, en théo­rie comme en pra­tique, l’élection donne le pou­voir aux riches (aux 1%), et le tirage au sort donne le pou­voir aux pauvres (aux 99%).

Une ques­tion impor­tante vient alors à l’esprit : « com­bien de temps encore les 99% vont-ils défendre comme une vache sacrée démo­cra­tique la pro­cé­dure aris­to­cra­tique qui les infan­ti­lise pour tou­jours et qui les para­lyse à jamais ? »

 

Il reste à exa­mi­ner les dif­fé­rentes pra­tiques du tirage au sort en politique :

II. Mise en œuvre des différentes pratiques du tirage au sort

Pas­sée la sur­prise, pour le bien com­mun, de se voir si mal ser­vi par l’élection, et si bien défen­du par le tirage au sort, on peut se deman­der (A) quels sont les prin­ci­paux usages d’une pro­cé­dure aléa­toire de dési­gna­tion des repré­sen­tants, et (B) com­ment cette pro­cé­dure pour­rait être un jour réel­le­ment ins­ti­tuée (ins­crite dans la constitution).

A.  Principaux usages pratiques du tirage au sort en politique

L’élection par­mi des can­di­dats attri­bue géné­ra­le­ment des pri­vi­lèges, alors que le tirage au sort dis­tri­bue le plus sou­vent des charges.

Par ailleurs, il faut bien gar­der pré­sent à l’esprit que, pour tenir un poste ou rem­plir une fonc­tion, on élit tou­jours une per­sonne seule (à qui l’on se confie et qu’on contrôle peu ou pas) pour un temps assez long ; alors qu’on tire au sort sou­vent un col­lec­tif de per­sonnes (de qui on se défie et qu’on contrôle vrai­ment et sou­vent) pour un temps assez court— ce qui ras­sure tout le monde…

On signa­le­ra ici trois grands cas de figure, en gar­dant le plus impor­tant, le plus déci­sif, pour la fin.

1. Tirage au sort pour désigner les Chambres de contrôle de tous les pouvoirs

Les réfé­rences ne manquent pas, dans la lit­té­ra­ture de phi­lo­so­phie poli­tique, pour insis­ter sur le grand devoir de vigi­lance des citoyens à l’encontre de tous les pou­voirs. On cite­ra Montesquieu :

« C’est une expé­rience éter­nelle que tout homme qui a du pou­voir est por­té à en abu­ser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! la ver­tu même a besoin de limites. Pour qu’on ne puisse abu­ser du pou­voir, il faut que, par la dis­po­si­tion des choses, le pou­voir arrête le pou­voir[21]. »

À cause du conflit d’intérêts et de l’esprit de corps, un pou­voir ne sera jamais (ne peut pas être) cor­rec­te­ment jugé par ses pairs.

L’antidote uni­ver­sel contre les conflits d’intérêts est le tirage au sort ; c’est pour­quoi tout le monde (sauf les pou­voirs concer­nés, bien sûr) com­prend et admet rapi­de­ment l’intérêt et l’importance de ce pre­mier usage du hasard en poli­tique : dans la pers­pec­tive du bien com­mun, il faut que tous les organes de contrôle des dif­fé­rents pou­voirs soient com­po­sés de simples citoyens, et donc tirés au sort (et for­més pour ça).

2. Tirage au sort pour désigner tout ou partie du Corps législatif

Ce point du tirage au sort du Corps légis­la­tif est déli­cat, et donc contro­ver­sé : nous avons si long­temps cru, mal­gré toutes les preuves contraires, que le fait d’élire nous-mêmes les légis­la­teurs était un bon moyen de ser­vir le bien com­mun, que nous avons aujourd’hui toutes les peines du monde à nous figu­rer qu’un Par­le­ment tiré au sort don­ne­rait plus de chance à l’intérêt géné­ral qu’un Par­le­ment élu. En plus, il y a plein de gens qui ne veulent pas faire ce travail…

Aus­si cet usage pré­cis du tirage au sort est-il le plus long (et par­fois impos­sible) à admettre, et sou­vent, il n’est accep­té par les gens qui le découvrent que moyen­nant le com­pro­mis des deux chambres légis­la­tives : une élue (la Chambre des Par­tis) et une tirée au sort (la Chambre des Citoyens). Je n’ai pas le temps de déve­lop­per, mais c’est un chan­tier ouvert, avec de nom­breuses oppor­tu­ni­tés d’innovations intelligentes.

Si cet usage du tirage au sort vous effraie ou vous rebute, ne reje­tez pas en bloc tous les usages du tirage au sort : vous avez le droit de nuan­cer votre pen­sée et vous pou­vez sou­hai­ter un usage don­né du tirage au sort (pour les Chambres de contrôle et pour l’Assemblée consti­tuante, par exemple) tout en refu­sant un autre usage (pour la Chambre légis­la­tive par exemple).

3. Tirage au sort pour désigner l’Assemblée constituante, sans qui rien n’adviendra

L’usage le plus impor­tant du tirage au sort en poli­tique est sans doute celui de la dési­gna­tion de l’Assemblée consti­tuante. C’est lui qui importe le plus car il est la condi­tion même pour que tous les autres usages du tirage au sort adviennent un jour (jamais les élus ne renon­ce­ront à la pro­cé­dure qui leur donne le pou­voir à eux).

On rap­pelle que la Consti­tu­tion est le texte supé­rieur qui ins­ti­tue tous les pou­voirs d’un pays, qui fixe les pro­cé­dures de dési­gna­tion des acteurs, les organes de contrôle de ces acteurs, et la puis­sance du peuple par rap­port à ces pouvoirs.

On peut consi­dé­rer la Consti­tu­tion comme un contrat social, tou­jours révi­sable, par lequel un groupe humain se consti­tue en éta­blis­sant des pou­voirs aux­quels il consent à obéir. La Consti­tu­tion doit impé­ra­ti­ve­ment limi­ter les pou­voirs, pour pro­té­ger la socié­té contre leurs abus : donc, il ne faut en aucun cas que ce soit les hommes au pou­voir qui écrivent les règles du pou­voir (la consti­tu­tion) : en effet, dans le pro­ces­sus consti­tuant, les élus sont — for­cé­ment — en conflit d’intérêts (ils ont un inté­rêt per­son­nel contraire à l’intérêt géné­ral), et ils vont tou­jours ins­ti­tuer leur puis­sance et l’impuissance popu­laire. C’est pré­ci­sé­ment ce que l’on observe, par­tout sur terre et à toutes les époques.

Il n’y a presque pas de trace de cette idée radi­cale dans la lit­té­ra­ture, mais j’en ai trou­vé une que je vous signale. C’est Tho­mas Paine, un anglais, qui écri­vait en 1791 :

« Il est contraire aux prin­cipes du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif qu’un corps s’octroie à lui-même des pou­voirs[22]. »

« Un gou­ver­ne­ment n’a pas le droit de se décla­rer par­tie pre­nante dans un débat tou­chant aux prin­cipes ou à la méthode uti­li­sés pour éla­bo­rer ou amen­der une consti­tu­tion. Ce n’est pas à l’in­ten­tion de ceux qui exercent le pou­voir gou­ver­ne­men­tal qu’on éta­blit des consti­tu­tions et les gou­ver­ne­ments qui en découlent. Dans toutes ces choses, le droit de juger et d’a­gir appar­tient à ceux qui paient et non à ceux qui reçoivent[23]. »

Il n’est pas d’autre contrat que celui pas­sé entre ses dif­fé­rentes com­po­santes par l’ensemble du peuple en vue d’engendrer et de consti­tuer un gou­ver­ne­ment. Sup­po­ser qu’un gou­ver­ne­ment quel­conque puisse être par­tie pre­nante dans un contrat pas­sé avec le peuple, c’est sup­po­ser que le gou­ver­ne­ment exis­tait avant d’en avoir le droit. Le gou­ver­ne­ment n’est pas un fonds de com­merce que n’importe quel homme ou groupe d’hommes aurait le droit d’ouvrir et de gérer à son pro­fit. Ce n’est qu’un dépôt, confié au nom de ceux qui le délèguent — et qui à tout moment peuvent le reprendre[24]. »

Aujourd’hui, je dis ça de cette manière :
ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir.

Si le tirage au sort n’a jamais été ins­ti­tué, c’est sans aucun doute parce que les Assem­blées consti­tuantes ont tou­jours été élues par­mi des can­di­dats pro­fes­sion­nels de la poli­tique, dont l’intérêt per­son­nel les conduit à pré­fé­rer natu­rel­le­ment l’élection, aux dépens du bien commun.

Donc, si les peuples du monde veulent un jour sor­tir du piège poli­ti­cien qui les condamne à l’impuissance, il fau­dra sans doute qu’ils fassent du tirage au sort de l’Assemblée consti­tuante leur prio­ri­té abso­lue : pour ins­ti­tuer enfin le droit des peuples à dis­po­ser d’eux-mêmes (vrai­ment), les Assem­blées consti­tuantes ne doivent sur­tout pas être élues par­mi des candidats.

Mais qui va donc por­ter ce pro­jet d’Assemblée consti­tuante citoyenne, sinon les citoyens eux-mêmes ?

B. Les ateliers constituants, outils pratiques d’éducation populaire pour former une foule de citoyens constituants, gardiens du bien commun

Le régime du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif (fau­ti­ve­ment appe­lé « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » — oxy­more trom­peur), régime de domi­na­tion des élec­teurs par des élus, n’a été vou­lu et impo­sé depuis l’origine que par des élus (Sieyes, Madi­son…). La solu­tion ne vien­dra donc pas des élus, qui sont le pro­blème tant qu’ils confisquent le pou­voir consti­tuant. La solu­tion ne peut venir que des autres, c’est-à-dire des citoyens eux-mêmes.

L’émancipation des élec­teurs (leur muta­tion en citoyens) exige que soit ins­ti­tuée leur puis­sance poli­tique (1) et il fau­drait donc que les élec­teurs s’entraînent à consti­tuer eux-mêmes (2) :

1. Un citoyen digne de ce nom doit être vigilant, donc constituant

La vigi­lance est repé­rée depuis long­temps comme une qua­li­té essen­tielle du citoyen.

Pla­ton : « La puni­tion des gens bons qui ne s’intéressent pas à la poli­tique, c’est d’être gou­ver­nés par des gens mauvais. »

Thu­cy­dide : « Un homme ne se mêlant pas de poli­tique mérite de pas­ser, non pour un citoyen pai­sible, mais pour un citoyen inutile[25]. »

Marat : « Pour res­ter libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gou­vernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécu­ri­té des peuples est tou­jours l’a­vant-cou­reur de leur ser­vi­tude[26]. »

Alain : « La démo­cra­tie n’est pas dans l’o­ri­gine popu­laire du pou­voir, elle est dans son contrôle.  La démo­cra­tie, c’est l’exer­cice du contrôle des gou­ver­nés sur les gou­ver­nants. Non pas une fois tous les cinq ans, ni tous les ans, mais tous les jours[27]. »

« Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif devient bien­tôt le plus cor­rom­pu des gou­ver­ne­ments si le peuple cesse d’inspecter ses repré­sen­tants. Le pro­blème des Fran­çais, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ain­si qu’on perd la liber­té. Il est vrai que cette confiance est infi­ni­ment com­mode : elle dis­pense du soin de veiller, de pen­ser et de juger. »
Madame Rol­land (1789), citée par Rosan­val­lon (2006, n°3, min. 2:37).

« Tout pou­voir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pou­voir est sage dès qu’il se sent jugé. »
Émile Char­tier dit « Alain », « Pro­pos », 25 jan­vier 1930.

Donc, nous devons tous être vigi­lants, quotidiennement. 

Mais quelle est l’efficacité d’une vigi­lance pri­vée d’une puis­sance d’agir ? Aujourd’hui, nos anti­cons­ti­tu­tions ne recon­naissent aux élec­teurs rigou­reu­se­ment aucun pou­voir pour se défendre contre les politiciens.

Pour jouer leur rôle de sen­ti­nelles de la démo­cra­tie, les citoyens doivent donc se (voir) doter d’une puis­sance garan­tie (quel que soit le choix fait par ailleurs au sujet des repré­sen­tants — maitres ou serviteurs).

À Athènes, c’était le rôle :

  • du droit de vote des lois à l’Ecclésia, l’assemblée du peuple,
  • mais aus­si de l’iségoria, droit de parole pour tous, à tout moment et à tout pro­pos, per­met­tant à chaque citoyen de deve­nir en cas de dan­ger une sen­ti­nelle de la démo­cra­tie, un gar­dien du bien commun.

Aujourd’hui, cette puis­sance popu­laire ins­ti­tuée pour­rait prendre la forme

  • de la liber­té d’expression,
  • du réfé­ren­dum d’initiative citoyenne,
  • de médias publics acces­sibles à tous,
  • et du sta­tut pro­tec­teur des lan­ceurs d’alerte, par exemple.

Mais jamais les élus n’institueront eux-mêmes la puis­sance des citoyens. Seuls les citoyens eux-mêmes sont capables d’instituer leur propre puis­sance. Il est donc tout à fait déci­sif (et non négo­ciable) que les citoyens soient consti­tuants, c’est-à-dire capables de vou­loir, ins­ti­tuer et défendre eux-mêmes leur contrat social, leur Consti­tu­tion, le texte supé­rieur qui les consti­tue en peuple.

Ceci va deman­der un appren­tis­sage — théo­rique et pra­tique — pour la popu­la­tion. Com­ment faire ?

2. Cette mutation des électeurs-enfants en citoyens-adultes ne pourra advenir que par éducation populaire pratique : les Mini-Ateliers Constituants, Prolifiques et Contagieux

Jamais les élus n’apprendront aux élec­teurs à se pas­ser d’eux, ni même seule­ment à les contrô­ler effi­ca­ce­ment (à cause du conflit d’intérêts).

C’est donc aux citoyens de se for­mer mutuel­le­ment, entre eux, à tra­vers des ren­contres ciblées sur l’écriture d’articles de consti­tu­tion, mini ate­liers consti­tuants « conta­gieux », par édu­ca­tion popu­laire et cas pra­tiques, peer to peer, entre égaux.

Une fois la mul­ti­tude for­mée, habi­tuée aux débats consti­tuants, il appa­raî­tra natu­rel au corps social de tirer au sort les citoyens de l’Assemblée consti­tuante, car l’expérience aura mon­tré que, glo­ba­le­ment, nous écri­vons tous à peu près les mêmes articles.

Les ate­liers consti­tuants prennent ain­si à la racine le mal de l’impuissance popu­laire à défendre le bien com­mun. Ce sont de tels ate­liers que j’anime depuis des années, un peu par­tout dans l’espace francophone.

 

CONCLUSION GÉNÉRALE

Le bien com­mun a besoin de nom­breux gar­diens volon­taires, capables de le com­prendre, de le vou­loir et de le défendre. C’est donc un appren­tis­sage poli­tique, théo­rique et pra­tique, auto­nome, éman­ci­pant, qu’il faut non seule­ment per­mettre mais favo­ri­ser dès le plus jeune âge et jusqu’au bout de la vie.

De ce point de vue, et au terme de cet exa­men, l’élection par­mi des can­di­dats réduit à presque rien le nombre de ces gar­diens du bien com­mun et les expose aux plus graves corruptions.

Au contraire, le tirage au sort, lui, notam­ment celui de l’Assemblée consti­tuante, mul­ti­plie ces gar­diens de l’intérêt géné­ral et les pro­tège de la cor­rup­tion par une dés­in­ci­ta­tion à men­tir et par des contrôles permanents.

Cette ana­lyse est un chan­tier récent (à peine plus de dix ans) et ne doit sur­tout pas deve­nir un domaine d’experts : vous pou­vez, vous devriez, tous par­ti­ci­per à enri­chir cette réflexion et à la renforcer.

Je vous remer­cie de votre attention.
Étienne Chouard.
21 décembre 2016.


III. Textes de référence. Démocratie, élections, tirage au sort…

Il y a trop de textes épa­tants depuis 2500 ans — sur l’élection, sur le tirage au sort, sur la démo­cra­tie, sur la très néces­saire vigi­lance citoyenne à l’encontre des pou­voirs… — pour les citer tous dans un réqui­si­toire comme celui-là.

Aus­si je vous pro­pose d’en consul­ter quelques-uns à part, ci-après, un peu en vrac. Si vous esti­mez que l’une de ces annexes est assez impor­tante et frap­pante pour figu­rer direc­te­ment dans le réqui­si­toire ci-des­­sus, signa­­lez-le-moi, s’il vous plaît ; et je com­plé­te­rai le texte ci-dessus.

Vous trou­ve­rez encore des mil­liers d’autres pen­sées utiles, rela­tives aux pou­voirs, dans ma page Pré­cieuses pépites (à télé­char­ger ici).

1.    Souveraineté et démocratie

« C’est une loi fon­da­men­tale de la démo­cra­tie que le peuple fasse les lois. »
Mon­tes­quieu, « De l’esprit des lois » (1748), livre II cha­pitre 2.

 

« La sou­ve­rai­ne­té ne peut être repré­sen­tée, par la même rai­son qu’elle peut être alié­née ; elle consiste essen­tiel­le­ment dans la volon­té géné­rale, et la volon­té ne se repré­sente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les dépu­tés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses repré­sen­tants, ils ne sont que ses com­mis­saires ; ils ne peuvent rien conclure défi­ni­ti­ve­ment. Toute loi que le peuple en per­sonne n’a pas rati­fiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’é­lec­tion des membres du par­le­ment : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liber­té, l’u­sage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »
Jean-Jacques Rous­seau, Le contrat social (1792).

 

« Démo­cra­tie : sorte de gou­ver­ne­ment où le peuple a toute l’autorité. La démo­cra­tie n’a été flo­ris­sante que dans les répu­bliques de Rome et d’Athènes. »
Fure­tière, Dic­tion­naire uni­ver­sel (1890).

 

« Le démo­crate après tout est celui qui admet qu’un adver­saire peut avoir rai­son, qui le laisse donc s’exprimer et qui accepte de réflé­chir à ses argu­ments. Quand des par­tis ou des hommes se trouvent assez per­sua­dés de leurs rai­sons pour accep­ter de fer­mer la bouche de leurs contra­dic­teurs par la vio­lence, alors la démo­cra­tie n’est plus. »
Albert Camus, extrait de « Démo­cra­tie et Modes­tie », in Com­bat, février 1947.

 

« La démo­cra­tie est un état où le peuple sou­ve­rain, gui­dé par des lois qui sont son ouvrage,  fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délé­gués tout ce qu’il ne peut faire lui-même. »
ROBESPIERRE, dis­cours du 18 plu­viôse an II.

 

« Pre­miè­re­ment, un État très petit, où le peuple soit facile à ras­sem­bler, et où chaque citoyen puisse aisé­ment connaître tous les autres ; secon­de­ment, une grande sim­pli­ci­té de mœurs qui pré­vienne la mul­ti­tude d’af­faires et de dis­cus­sions épi­neuses ; ensuite beau­coup d’é­ga­li­té dans les rangs et dans les for­tunes, sans quoi l’é­ga­li­té ne sau­rait sub­sis­ter long­temps dans les droits et l’au­to­ri­té ; enfin peu ou point de luxe, car ou le luxe est l’ef­fet des richesses, ou il les rend néces­saires ; il cor­rompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la pos­ses­sion, l’autre par la convoi­tise ; il vend la patrie à la mol­lesse, à la vani­té ; il ôte à l’É­tat tous ses citoyens pour les asser­vir les uns aux autres, et tous à l’opinion. »
Jean-Jacques Rous­seau, « Du contrat social ou Prin­cipes du droit poli­tique » (1762), livre III, cha­pitre 4 « De la démocratie ».

 

« Le pou­voir doit être bien dis­tin­gué des fonc­tions ; la nation délègue en effet les diverses fonc­tions publiques ; mais le pou­voir ne peut être alié­né ni délé­gué. Si l’on pou­vait délé­guer ces pou­voirs en détail, il s’en sui­vrait que la sou­ve­rai­ne­té pour­rait être déléguée. »
Robes­pierre, « notes manus­crites en marge du pro­jet de consti­tu­tion de 1791 ».

 

« Je ne connais pas d’autre dépo­si­taire sûr du pou­voir suprême dans une socié­té que le peuple lui-même, et si nous ne le pen­sons pas suf­fi­sam­ment com­pé­tent pour exer­cer son contrôle libre­ment, le remède ne consiste pas à le lui reti­rer, mais à l’instruire. »
Tho­mas Jef­fer­son, « Lettre à William Jar­vis » (1820).

 

« Pour les deux auteurs [Mon­tes­quieu et Rous­seau], le concept de démo­cra­tie, appré­hen­dé à par­tir de l’idée de sou­ve­rai­ne­té, implique que le peuple soit lui-même légis­la­teur et magis­trat, qu’il exerce donc à la fois le pou­voir exé­cu­tif et le pou­voir législatif. »
Pierre Rosan­val­lon, « His­toire du mot démo­cra­tie », in « Situa­tions de la démo­cra­tie » (1993), p 12.

 

« Lorsque dans une répu­blique le peuple en corps a la sou­ve­raine puis­sance, c’est une démocratie. »
Mon­tes­quieu, « De l’esprit des lois » (1748), livre II cha­pitre 2.

 

Par la sub­si­dia­ri­té, le sou­ve­rain pro­tège sa sou­ve­rai­ne­té :

  • soit par le haut, comme le pape dont la doc­trine sociale décide qu’un diri­geant ne doit pas faire ce que ses subor­don­nés peuvent faire eux-mêmes,
  • soit par le bas, comme les can­tons suisses qui exigent de voter eux-mêmes toutes les lois qu’ils peuvent voter et de ne délé­guer au niveau supé­rieur que ce qu’ils doivent ration­nel­le­ment déléguer.

 

« La jus­tice est la sou­ve­rai­ne­té de la sou­ve­rai­ne­té. C’est pour­quoi, par la jus­tice, le faible atteint celui qui est très puis­sant, comme par une ordon­nance royale. »
Mythe hindou.

 

« Au lieu de « La sou­ve­rai­ne­té poli­tique réside dans la nation » je pro­po­se­rais « La légi­ti­mi­té est consti­tuée par le libre consen­te­ment du peuple à l’ensemble des auto­ri­tés aux­quelles il est sou­mis ». Cela au moins, il me semble, veut dire quelque chose. »
Simone Weil, « Remarques sur le nou­veau pro­jet de consti­tu­tion » dans « Écrits de Londres », p 87.

 

 

« Dans les États qui jux­ta­posent à la puis­sance légis­la­tive des Chambres la pos­si­bi­li­té de demandes popu­laires de réfé­ren­dums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’ac­qui­si­tion du pou­voir de pro­non­cer le rejet ou l’a­dop­tion défi­ni­tive des déci­sions par­le­men­taires. Du coup le Par­le­ment se trouve rame­né au rang de simple auto­ri­té : il ne repré­sente plus la volon­té géné­rale que pour cher­cher et pro­po­ser l’ex­pres­sion qu’il convient de don­ner à celle-ci ; il ne rem­plit ain­si qu’of­fice de fonc­tion­naire. Le véri­table sou­ve­rain c’est alors le peuple. »
Car­ré de Mal­berg, dans un article de 1931 « Réfé­ren­dum Ini­tia­tive popu­laire », cité Dans « La démo­cra­tie locale et le réfé­ren­dum » de Marion Pao­let­ti, chez L’Harmattan page 89.

 

[…] « dans une démo­cra­tie, tous les habi­tants qui sont fils de citoyens, tous ceux qui sont nés sur le sol natio­nal, ont ren­du ser­vice à l’État, ou doivent, pour toute autre rai­son, béné­fi­cier du droit de citoyen­ne­té, tous ─ je le répète ─ peuvent se fon­der sur la loi pour récla­mer le droit de vote à l’Assemblée suprême ou pour poser leur can­di­da­ture aux plus hautes charges. »
Spi­no­za, « Trai­té de l’autorité poli­tique » (1677).

 

« Un peuple est d’autant plus démo­cra­tique que la déli­bé­ra­tion, que la réflexion, que l’esprit cri­tique jouent un rôle plus consi­dé­rable dans la marche des affaires publiques. Il l’est d’autant moins que l’inconscience, les habi­tudes inavouées, les sen­ti­ments obs­curs, les pré­ju­gés en un mot sous­traits à l’examen, y sont au contraire prépondérants. »
Émile Dur­kheim, « Leçons de socio­lo­gie » (1950), p 123.

 

« Le régime démo­cra­tique ne peut être conçu, créé et sou­te­nu que par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Le démo­crate est modeste, il avoue une cer­taine part d’ignorance, il recon­naît le carac­tère en par­tie aven­tu­reux de son effort et que tout ne lui est pas don­né, et à par­tir de cet aveu, il recon­naît qu’il a besoin de consul­ter les autres, de com­plé­ter ce qu’il sait. »
Albert Camus, extrait de « Réflexions sur une démo­cra­tie sans caté­chisme », in La Gauche, juillet 1948.

 

« Il n’est ration­nel de nous incli­ner devant une majo­ri­té que lorsque nous sommes désarmés. »
Nicolás Gómez Dávi­la, « Les hor­reurs de la démo­cra­tie », 2003, n°2096.

 

2.    Nécessaire vigilance des citoyens et indispensables contrôles des pouvoirs en démocratie

« Tout chef sera un détes­table tyran si on le laisse faire. »
Alain.

 

« La meilleure for­te­resse des tyrans, c’est l’inertie des peuples. »
Machiavel.

 

« Veiller est le pre­mier devoir de tout bon citoyen. »
Jean-Paul Marat, 13 avril 1792.

 

« C’est une expé­rience éter­nelle que tout homme qui a du pou­voir est por­té à en abu­ser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! la ver­tu même a besoin de limites. Pour qu’on ne puisse abu­ser du pou­voir, il faut que, par la dis­po­si­tion des choses, le pou­voir arrête le pouvoir. »
Mon­tes­quieu, L’esprit des lois, livre XI, chap. IV.

 

« Ce qui est bien connu en géné­ral est, pour cette rai­son qu’il est bien connu, non connu. Dans le pro­ces­sus de la connais­sance, le moyen le plus com­mun de se trom­per, soi et les autres, est de pré­sup­po­ser quelque chose comme connu et de l’accepter comme tel. »
G. F. Hegel, « Phé­no­mé­no­lo­gie de l’esprit ».

 

« Pour res­ter libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gou­vernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécu­ri­té des peuples est tou­jours l’a­vant-cou­reur de leur servitude.

Mais comme une atten­tion conti­nuelle sur les affaires publiques est au-des­­sus de la por­tée de la mul­ti­tude, trop occu­pée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabi­net, qui suivent les menées du gou­ver­ne­ment, qui dévoilent ses pro­jets ambi­tieux, qui sonnent l’a­larme aux approches de la tem­pête, qui réveillent la nation de sa léthar­gie, qui lui découvrent l’a­bîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tom­ber l’in­di­gna­tion publique. Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni partis.

Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédition. »
Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

 

« Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif devient bien­tôt le plus cor­rom­pu des gou­ver­ne­ments si le peuple cesse d’inspecter ses repré­sen­tants. Le pro­blème des Fran­çais, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ain­si qu’on perd la liber­té. Il est vrai que cette confiance est infi­ni­ment com­mode : elle dis­pense du soin de veiller, de pen­ser et de juger. »
Madame Rol­land (1789), citée par Rosan­val­lon (2006, n°3, min. 2:37).

 

« Tout pou­voir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pou­voir est sage dès qu’il se sent jugé. »
Émile Char­tier dit « Alain », « Pro­pos », 25 jan­vier 1930.

 

« La vraie démo­cra­tie ne vien­dra pas de la prise de pou­voir par quelques-uns, mais du pou­voir que tous auront de s’op­po­ser aux abus de pouvoir. »
Gandhi.

 

« La puni­tion des gens bons qui ne s’intéressent pas à la poli­tique, c’est d’être gou­ver­nés par des gens mauvais. »
Platon.

 

« L’acclamation a fait tous les maux de tous les peuples. Le citoyen se trouve por­té au-delà de son propre juge­ment, le pou­voir accla­mé se croit aimé et infaillible ; toute liber­té est per­due. »
Alain, 8 décembre 1923.

 

« La démo­cra­tie n’est pas dans l’o­ri­gine popu­laire du pou­voir, elle est dans son contrôle.  La démo­cra­tie, c’est l’exer­cice du contrôle des gou­ver­nés sur les gou­ver­nants. Non pas une fois tous les cinq ans, ni tous les ans, mais tous les jours. »
Alain.

 

« La vigi­lance ne se délègue pas. »
Alain.

 

« Appre­nez donc que, hors ce qui concerne la dis­ci­pline mili­taire, c’est-à-dire, le manie­ment et la tenue des armes, les exer­cices et les évo­lu­tions, la marche contre les enne­mis des lois et de l’É­tat, les sol­dats de la patrie ne doivent aucune obéis­sance à leurs chefs ; que loin de leur être sou­mis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’exa­mi­ner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les consé­quences, d’en pré­ve­nir les suites. Ain­si lorsque ces ordres sont sus­pects, ils doivent res­ter dans l’i­nac­tion ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y oppo­ser un refus for­mel ; lorsque ces ordres mettent en dan­ger la liber­té publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tour­ner leurs armes contre leurs offi­ciers. Tout ser­ment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacri­lège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et mépri­sable celui qui le prête. »
Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.

 

« Par la divi­sion des spé­cia­listes, qui est une règle de l’é­lite, le gou­ver­ne­ment des meilleurs est pro­pre­ment aveugle. »
Alain, avril 1939.

 

« La liber­té réelle sup­pose une orga­ni­sa­tion constam­ment diri­gée contre le pou­voir.  La liber­té meurt si elle n’agit point. »
Alain.

 

« Le suf­frage périt par l’acclamation. »
Alain, février 1932

 

« Le prix de la liber­té est la vigi­lance éter­nelle. »
Tho­mas Jefferson.

 

« Répé­tez un men­songe assez fort et assez long­temps et les gens le croiront. »
Josef GOEBBELS (1897−1945)

 

« Le droit qu’ont les citoyens de s’as­sem­bler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’oc­cu­per de la chose publique, est inhé­rent à tout peuple libre.

Sans ce droit sacré, l’é­tat est dis­sous, et le sou­ve­rain est anéan­ti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se mon­trer en corps, il ne reste dans l’É­tat que des indi­vi­dus iso­lés ; la nation n’existe plus.

On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéan­ti la sou­ve­rai­ne­té du peuple, tout en ayant l’air d’as­su­rer la liber­té indi­vi­duelle. En Angle­terre, toute assem­blée pai­sible est licite : la loi ne défend que les attrou­pe­ments sédi­tieux. Voi­là la liberté. »
Marat 16–17 août 1792.

 

« Il en va de la res­pon­sa­bi­li­té de chaque citoyen de ques­tion­ner l’Autorité. »
Ben­ja­min FRANKLIN (1706−1790)

 

« L’homme ne risque pas de s’endormir dans un monde tota­li­taire mais de se réveiller dans un uni­vers qui l’est deve­nu durant son sommeil. »
Arthur KOESTLER (1905−1983)

 

« L’im­por­tant est de construire chaque jour une petite bar­ri­cade, ou, si l’on veut, de tra­duire tous les jours quelque roi devant le tri­bu­nal popu­laire. Disons encore qu’en empê­chant chaque jour d’a­jou­ter une pierre à la Bas­tille, on s’é­pargne la peine de la démolir. »
Alain, Pro­pos, 6 jan­vier 1910.

 

« Ce qui importe, ce n’est pas l’o­ri­gine des pou­voirs, c’est le contrôle conti­nu et effi­cace que les gou­ver­nés exercent sur les gou­ver­nants. Où est donc la Démo­cra­tie, sinon dans ce troi­sième pou­voir que la Science Poli­tique n’a point défi­ni, et que j’ap­pelle le Contrô­leur ? Ce n’est autre chose que le pou­voir, conti­nuel­le­ment effi­cace, de dépo­ser les Rois et les Spé­cia­listes à la minute, s’ils ne conduisent pas les affaires selon l’in­té­rêt du plus grand nombre. Le citoyen a le devoir de pen­ser libre­ment, car les droits des citoyens cré­dules sont comme abo­lis. Obéis­sez, mais n’obéissez pas sans contre­par­tie : sachez dou­ter, refu­sez de croire. N’acclamez point : les pou­voirs seront modé­rés si seule­ment vous vous pri­vez de battre des mains. »
Alain, Pro­pos sur le pouvoir.

 

« Les pou­voirs élus ne valent pas mieux que les autres ; on peut même sou­te­nir qu’ils valent moins. L’é­lec­teur ne sau­ra pas choi­sir le meilleur finan­cier, ni le meilleur poli­cier. Et qui pour­rait choisir ?

Dans le fait les chefs réels s’é­lèvent par un mélange de savoir, de ruse et de bonne chance, et aus­si par l’emportement de l’am­bi­tion. Les chefs sont des pro­duits de nature ; et l’on ne demande point s’il est juste qu’une pomme soit plus grosse qu’une autre. Un chef gros­sit et mûrit de même. Nous voyons par­tout des gros et des petits. Nous savons ce que peut faire un homme qui a beau­coup d’argent. Mais il serait absurde d’é­lire un homme riche, je veux dire de déci­der par des suf­frages que cet homme aura beau­coup d’argent. L’i­né­ga­li­té des hommes est de nature, comme celle des pommes. Et le pou­voir d’un géné­ral d’ar­tille­rie est de même source que celui d’un finan­cier. L’un et l’autre se sont éle­vés par un savoir-faire, par un art de per­sua­der, par un mariage, par des ami­tiés. Tous les deux peuvent beau­coup dans leur métier, et étendent sou­vent leur pou­voir hors de leur métier. Ce pou­voir n’est pas don­né par la masse, mais plu­tôt est subi et recon­nu par elle, sou­vent même accla­mé. Et il serait faible de dire qu’un tel pou­voir dépend du peuple et que le peuple peut le don­ner et le reti­rer. Dans le fait ces hommes gou­vernent. Et de tels hommes sont tou­jours grou­pés en fac­tions rivales, qui ont leurs agents subal­ternes et leurs fidèles sujets. C’est ain­si qu’un riche fabri­cant d’a­vions gou­verne une masse ouvrière par les salaires. Toute socié­té humaine est faite de tels pou­voirs entre­la­cés. Et cha­cun convient que les grands évé­ne­ments poli­tiques dépendent beau­coup des pou­voirs réels, et de leurs conseils secrets. Il y a une élite, et une pen­sée d’é­lite ; d’où dépendent trop sou­vent les lois, les impôts, la marche de la jus­tice et sur­tout la paix et la guerre, grave ques­tion en tous les temps, et aujourd’­hui suprême ques­tion, puisque toutes les familles y sont tra­gi­que­ment intéressées.

Or, ce qu’il y a de neuf dans la poli­tique, ce que l’on désigne du nom de démo­cra­tie, c’est l’or­ga­ni­sa­tion de la   résis­tance   contre   ces   redou­tables   pou­voirs.   Et, comme on ne peut assem­bler tout le peuple pour déci­der si les pou­voirs abusent ou non, cette résis­tance concer­tée se fait par repré­sen­tants élus. Ain­si, l’o­pi­nion com­mune trouve pas­sage ; et tant que les repré­sen­tants sont fidèles et incor­rup­tibles, cela suf­fit. Le propre des assem­blées déli­bé­rantes, c’est qu’elles ne peuvent se sub­sti­tuer aux pou­voirs, ni choi­sir les pou­voirs, mais qu’elles peuvent refu­ser obéis­sance au nom du peuple. Un vote de défiance, selon nos usages poli­tiques, res­semble à une menace de grève, menace que les pou­voirs ne négligent jamais.

D’a­près cette vue, même som­maire, on com­prend pour­quoi tous les pou­voirs réels sont oppo­sés à ce sys­tème ; pour­quoi ils disent et font dire que les repré­sen­tants du peuple sont igno­rants ou ven­dus. Mais la ruse prin­ci­pale des pou­voirs est de cor­rompre les repré­sen­tants par le pou­voir même. C’est très promp­te­ment fait, par ceci, qu’un ministre des Finances, ou de la Guerre, ou de la Marine, tombe dans de grosses fautes s’il ne se laisse conduire par les gens du métier, et se trouve alors l’ob­jet des plus humi­liantes attaques ; et qu’au contraire il est loué par tous les connais­seurs et sacré homme d’É­tat s’il prend le par­ti d’obéir.

C’est ain­si qu’un homme, excellent au contrôle, devient faible et esclave au poste de com­man­de­ment. On com­prend que les repré­sen­tants, sur­tout quand ils ont fait l’ex­pé­rience du pou­voir, montrent de l’in­dul­gence, et soient ain­si les com­plices des pou­voirs réels ; au lieu que ceux qui sont réduits à l’op­po­si­tion se trouvent sou­vent rois du contrôle, et fort gênants.

C’est pour­quoi le pro­blème fameux de la par­ti­ci­pa­tion au pou­voir est le vrai pro­blème, quoi­qu’on ne le traite pas encore à fond. La vraie ques­tion est de savoir si un dépu­té est élu pour faire un ministre, ou pour défaire les ministres par le pou­voir de refus. Ces rap­ports ne font   encore   que   trans­pa­raître.   On   s’é­tonne   que   le Pré­sident suprême ait si peu de pou­voir. Mais n’est-il pas au fond le chef suprême du contrôle ? Ce serait alors un grand et beau pou­voir, devant lequel tous les pou­voirs trem­ble­raient. Ces choses s’é­clair­ci­ront, en dépit des noms anciens, qui obs­cur­cissent tout. »
Alain, « Pro­pos sur le pou­voir », novembre 1931, p 226.

 

« Que nous importent les com­bi­nai­sons qui balancent l’au­to­ri­té des tyrans ? C’est la tyran­nie qu’il faut extir­per. Ce n’est pas dans les que­relles de leurs maîtres que les peuples doivent cher­cher l’a­van­tage de res­pi­rer quelques ins­tants, c’est dans leurs propres forces qu’il faut pla­cer la garan­tie de leurs droits. Il n’y a qu’un tri­bun du peuple que je puisse avouer, c’est le peuple lui-même. »
Robes­pierre, dis­cours contre l’ins­ti­tu­tion d’un Tri­bu­nat (chambre de contrôle des pou­voirs), cité par Pierre Rosan­val­lon, « Les formes de la sou­ve­rai­ne­té néga­tive » (2006), min. 36′.

 

« Les chances de l’erreur sont bien plus nom­breuses encore, lorsque le peuple délègue l’exercice du pou­voir légis­la­tif à un petit nombre d’individus ; c’est-à-dire, lorsque c’est seule­ment par fic­tion que la loi est l’expression de la volon­té du plus grand nombre, ou ce qui est pré­su­mé l’être. […] Sous le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, sur­tout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de repré­sen­tants, l’exercice de ce droit sacré [la libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées entre les citoyens] est la seule sau­ve­garde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les repré­sen­tants peuvent mettre leur volon­té par­ti­cu­lière à la place de la volon­té géné­rale, il est néces­saire que la voix de l’opinion publique reten­tisse sans cesse autour d’eux, pour balan­cer la puis­sance de l’intérêt per­son­nel et les pas­sions indi­vi­duelles ; pour leur rap­pe­ler, et le but de leur mis­sion et le prin­cipe de leur autorité. 

Là, plus qu’ailleurs, la liber­té de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de rame­ner le légis­la­teur à la règle unique de la légis­la­tion. Si vous l’enchaînez, les repré­sen­tants, déjà supé­rieurs à toute auto­ri­té, déli­vrés encore de la voix impor­tune de ces cen­seurs, éter­nel­le­ment cares­sés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les pro­prié­taires ou les usu­frui­tiers pai­sibles de la for­tune et des droits de la nation ; l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té dis­pa­raît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indes­truc­tible de toutes les tyran­nies ; c’est alors qu’il est au moins dif­fi­cile de contes­ter la véri­té de l’anathème fou­droyant de Jean-Jacques Rous­seau contre le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif absolu. »
Robes­pierre, Le Défen­seur de la Consti­tu­tion, n° 5, 17 juin 1792.

 

« C’est à la lueur des flammes de leurs châ­teaux incen­diés qu’ils ont la gran­deur d’âme de renon­cer au pri­vi­lège de tenir dans les fers les hommes qui ont ren­con­tré leur liber­té les armes à la main. […] Ces sacri­fices sont pour la plu­part illusoires. »
Jean-Paul Marat, « L’Ami du Peuple », 21 sep­tembre 1789.

 

« La source de tous nos maux, c’est l’indépendance abso­lue où les repré­sen­tants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consul­tée. Ils ont recon­nu la sou­ve­rai­ne­té de la nation, et ils l’ont anéan­tie. Ils n’étaient de leur aveu même que les man­da­taires du peuple, et ils se sont faits sou­ve­rains, c’est-à-dire des­potes, car le des­po­tisme n’est autre chose que l’usurpation du pou­voir souverain.

Quels que soient les noms des fonc­tion­naires publics et les formes exté­rieures du gou­ver­ne­ment, dans tout État où le sou­ve­rain ne conserve aucun moyen de répri­mer l’abus que ses délé­gués font de sa puis­sance et d’arrêter leurs atten­tats contre la consti­tu­tion de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est aban­don­née abso­lu­ment à la mer­ci de ceux qui exercent l’autorité.

Et comme il est dans la nature des choses que les hommes pré­fèrent leur inté­rêt per­son­nel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impu­né­ment, il s’ensuit que le peuple est oppri­mé toutes les fois que ses man­da­taires sont abso­lu­ment indé­pen­dants de lui.

Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révo­lu­tion, si des intri­gants ont rem­pla­cé d’autres intri­gants, si une tyran­nie légale semble avoir suc­cé­dé à l’ancien des­po­tisme, n’en cher­chez point ailleurs la cause que dans le pri­vi­lège que se sont arro­gés les man­da­taires du peuple de se jouer impu­né­ment des droits de ceux qu’ils ont cares­sés bas­se­ment pen­dant les élec­tions. »
Robes­pierre, 29 juillet 1792.

 

« Loin que le chef ait un inté­rêt natu­rel au bon­heur des par­ti­cu­liers, il ne lui est pas rare de cher­cher le sien dans leur misère. La magis­tra­ture est-elle héré­di­taire, c’est sou­vent un enfant qui com­mande à des hommes : est-elle élec­tive, mille incon­vé­nients se font sen­tir dans les élec­tions, et l’on perd dans l’un et l’autre cas tous les avan­tages de la pater­ni­té.  Si vous n’a­vez qu’un seul chef, vous êtes à la dis­cré­tion d’un maître qui n’a nulle rai­son de vous aimer ; si vous en avez plu­sieurs, il faut sup­por­ter à la fois leur tyran­nie et leurs divi­sions. En un mot, les abus sont inévi­tables et leurs suites funestes dans toute socié­té, où l’in­té­rêt public et les lois n’ont aucune force natu­relle, et sont sans cesse atta­qués par l’in­té­rêt per­son­nel et les pas­sions du chef et des membres. […]

Je prie mes lec­teurs de bien dis­tin­guer entre l’é­co­no­mie publique dont j’ai à par­ler, et que j’ap­pelle gou­ver­ne­ment, de l’au­to­ri­té suprême que j’ap­pelle sou­ve­rai­ne­té ; dis­tinc­tion qui consiste en ce que l’une a le droit légis­la­tif, et oblige en cer­tains cas le corps même de la nation, tan­dis que l’autre n’a que la puis­sance exé­cu­trice, et ne peut obli­ger que les par­ti­cu­liers. […] et en géné­ral ce serait une grande folie d’es­pé­rer que ceux qui dans le fait sont les maîtres pré­fé­re­ront un autre inté­rêt au leur. […]

Plus vous mul­ti­pliez les lois, plus vous les ren­dez mépri­sables : et tous les sur­veillants que vous ins­ti­tuez ne sont que de nou­veaux infrac­teurs des­ti­nés à par­ta­ger avec les anciens, ou à faire leur pillage à part. […] Toute l’ha­bi­le­té de ces grands poli­tiques est de fas­ci­ner tel­le­ment les yeux de ceux dont ils ont besoin, que cha­cun croie tra­vailler pour son inté­rêt en tra­vaillant pour le leur ; je dis le leur, si tant est qu’en effet le véri­table inté­rêt des chefs soit d’a­néan­tir les peuples pour les sou­mettre, et de rui­ner leur propre bien pour s’en assu­rer la possession. […]

Les mœurs publiques sup­pléent au génie des chefs ; et plus la ver­tu règne, moins les talents sont néces­saires. L’am­bi­tion même est mieux ser­vie par le devoir que par l’u­sur­pa­tion : le peuple convain­cu que ses chefs ne tra­vaillent qu’à faire son bon­heur, les dis­pense par sa défé­rence de tra­vailler à affer­mir leur pou­voir ; et l’his­toire nous montre en mille endroits que l’au­to­ri­té qu’il accorde à ceux qu’il aime et dont il est aimé, est cent fois plus abso­lue que toute la tyran­nie des usur­pa­teurs. […] Ce n’est pas assez de dire aux citoyens, soyez bons ; il faut leur apprendre à l’être ; et l’exemple même, qui est à cet égard la pre­mière leçon, n’est pas le seul moyen qu’il faille employer : l’a­mour de la patrie est le plus effi­cace ; car comme je l’ai déjà dit, tout homme est ver­tueux quand sa volon­té par­ti­cu­lière est conforme en tout à la volon­té géné­rale, et nous vou­lons volon­tiers ce que veulent les gens que nous aimons. »
Jean-Jacques Rous­seau, Dis­cours sur l’économie poli­tique (1755).

 

« Il faut qu’une consti­tu­tion soit courte et obs­cure. Elle doit être faite de manière à ne pas gêner l’ac­tion du gouvernement. »
Napo­léon Bonaparte.

 

« Sitôt que le ser­vice public cesse d’être la prin­ci­pale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux ser­vir de leur bourse que de leur per­sonne, l’É­tat est déjà près de sa ruine. Faut-il mar­cher au com­bat ? ils payent des troupes et res­tent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des dépu­tés et res­tent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des sol­dats pour asser­vir la patrie, et des repré­sen­tants pour la vendre.

C’est le tra­cas du com­merce et des arts, c’est l’a­vide inté­rêt du gain, c’est la mol­lesse et l’a­mour des com­mo­di­tés, qui changent les ser­vices per­son­nels en argent. On cède une par­tie de son pro­fit pour l’aug­men­ter à son aise. Don­nez de l’argent, et bien­tôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’es­clave, il est incon­nu dans la cité. Dans un pays vrai­ment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exemp­ter de leurs devoirs, ils paye­raient pour les rem­plir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées com­munes ; je crois les cor­vées moins contraires à la liber­té que les taxes.

Mieux l’État est consti­tué, plus les affaires publiques l’emportent sur les pri­vées, dans l’es­prit des citoyens. Il y a même beau­coup moins d’af­faires pri­vées, parce que la somme du bon­heur com­mun four­nis­sant une por­tion plus consi­dé­rable à celui de chaque indi­vi­du, il lui en reste moins à cher­cher dans les soins par­ti­cu­liers. Dans une cité bien conduite, cha­cun vole aux assem­blées ; sous un mau­vais gou­ver­ne­ment, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend inté­rêt à ce qui s’y fait, qu’on pré­voit que la volon­té géné­rale n’y domi­ne­ra pas, et qu’en­fin les soins domes­tiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mau­vaises en amènent de pires. Sitôt que quel­qu’un dit des affaires de l’É­tat : Que m’im­porte ? on doit comp­ter que l’É­tat est perdu.

L’at­tié­dis­se­ment de l’a­mour de la patrie, l’ac­ti­vi­té de l’in­té­rêt pri­vé, l’im­men­si­té des États, les conquêtes, l’a­bus du gou­ver­ne­ment, ont fait ima­gi­ner la voie des dépu­tés ou repré­sen­tants du peuple dans les assem­blées de la nation. C’est ce qu’en cer­tain pays on ose appe­ler le tiers état. Ain­si l’in­té­rêt par­ti­cu­lier de deux ordres est mis au pre­mier et second rang ; l’in­té­rêt public n’est qu’au troisième.

La sou­ve­rai­ne­té ne peut être repré­sen­tée, par la même rai­son qu’elle peut être alié­née ; elle consiste essen­tiel­le­ment dans la volon­té géné­rale, et la volon­té ne se repré­sente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les dépu­tés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses repré­sen­tants, ils ne sont que ses com­mis­saires ; ils ne peuvent rien conclure défi­ni­ti­ve­ment. Toute loi que le peuple en per­sonne n’a pas rati­fiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’é­lec­tion des membres du par­le­ment : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liber­té, l’u­sage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »
Jean-Jacques Rous­seau, Du contrat social (1762), Cha­pitre 3.15 : Des dépu­tés ou repré­sen­tants (extrait).

 

3.    Projets ouvertement antidémocratiques des pères fondateurs du gouvernement représentatif

« Les citoyens qui se nomment des repré­sen­tants renoncent et doivent renon­cer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volon­té par­ti­cu­lière à impo­ser. S’ils dic­taient des volon­tés, la France ne serait plus cet État repré­sen­ta­tif ; ce serait un État démo­cra­tique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démo­cra­tie (et la France ne sau­rait l’être), le peuple ne peut par­ler, ne peut agir que par ses représentants. »
Abbé SIEYES, Dis­cours du 7 sep­tembre 1789.

 

« Si la foule gou­ver­née peut se croire l’é­gale du petit nombre qui gou­verne, alors il n’y a plus de gou­ver­ne­ment. Le pou­voir doit être hors de por­tée de la com­pré­hen­sion de la foule des gou­ver­nés. L’au­to­ri­té doit être constam­ment gar­dée au-des­­sus du juge­ment cri­tique à tra­vers les ins­tru­ments psy­cho­lo­giques de la reli­gion, du patrio­tisme, de la tra­di­tion et du pré­ju­gé… Il ne faut pas culti­ver la rai­son du peuple mais ses sen­ti­ments, il faut donc les diri­ger et for­mer son cœur non son esprit. »
Joseph de Maistre (1753 – 1821) « Étude sur la sou­ve­rai­ne­té » (Œuvres com­plètes, Lyon, 1891–1892), cité Fabrice Arfi dans « Le sens des affaires » page 71.

 

« Le concours immé­diat est celui qui carac­té­rise la véri­table démo­cra­tie. Le concours médiat désigne le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif. La dif­fé­rence entre ces deux sys­tèmes poli­tiques est énorme. »
Sieyes, Dire sur la ques­tion du véto royal, 7 sep­tembre 1789, p 14.

 

« Il est déjà bien suf­fi­sant que les gens sachent qu’il y a eu une élec­tion. Les gens qui votent ne décident rien. Ce sont ceux qui comptent les votes qui décident de tout. »
Joseph Sta­line (1879−1953).

 

« Quelque heu­reux que puissent être les chan­ge­ments sur­ve­nus dans l’État, ils sont tous pour le riche : le ciel fut tou­jours d’airain pour le pauvre, et le sera tou­jours… Qu’aurons-nous gagné à détruire l’aristocratie des nobles, si elle est rem­pla­cée par l’aristocratie des riches ? »
Jean-Paul Marat (1790), cité par Jean Mas­sin, p 28.

 

« Un peuple sans reli­gion sera bien­tôt un peuple de brigands. »
Voltaire.

 

« La reli­gion est l’art d’en­ivrer les hommes pour détour­ner leur esprit des maux dont les accablent ceux qui gou­vernent. À l’aide des puis­sances invi­sibles dont on les menace, on les force à souf­frir en silence les misères qu’ils doivent aux puis­sances visibles. »
D’Holbach, « Le sys­tème de la nature », cité par Hen­ri Guille­min (dans son livre Éclaircissements).

 

« C’est la phi­lo­so­phie d’un gueux qui vou­drait que les riches fussent dépouillés par les pauvres. »
Vol­taire, à pro­pos du « Dis­cours sur l’origine des inéga­li­tés par­mi les hommes » de Jean-Jacques Rous­seau, et cité par Hen­ri Guille­min expli­quant Rous­seau (1÷2, min. 24:25).

 

« Il est néces­saire qu’il y ait des gueux igno­rants pour nour­rir les gens de bien. »
Vol­taire, cité par Hen­ri Guille­min (min. 36:30).

 

« La croyance des peines et des récom­penses après la mort est un frein dont le peuple a besoin »
Vol­taire, cité par Hen­ri Guille­min (dans son livre Éclaircissements).

 

« Je crois que nous ne nous enten­dons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être ins­truit. J’entends par peuple la popu­lace, qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capa­ci­té de s’instruire ; ils mour­raient de faim avant de deve­nir phi­lo­sophes. Il me paraît essen­tiel qu’il y ait des gueux igno­rants. Si vous fai­siez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des char­rues, vous seriez bien de mon avis. Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut ins­truire, c’est le bon bour­geois, c’est l’habitant des villes ; […] Quand la popu­lace se mêle de rai­son­ner, tout est per­du. »
VOLTAIRE, Lettre à M. Damil­la­ville (1er avril 1766), dans Œuvres de Vol­taire, éd. Lefèvre, 1828, t. 69, p. 131

 

« Théo­ri­cien de la puis­sance éta­tique, Car­ré de Mal­berg a mon­tré d’une façon défi­ni­tive com­ment le phé­no­mène du Pou­voir — qu’au­jourd’­hui la science poli­tique s’ef­force de cer­ner dans la diver­si­té de ses mani­fes­ta­tions brutes — trouve dans l’É­tat son expres­sion par­faite. L’É­tat n’est pas seule­ment le lieu de la domi­na­tion ; il est aus­si l’ap­pa­reil qui per­met de la contrô­ler car, par la consti­tu­tion, il impose un sta­tut aux gou­ver­nants. Ce sta­tut défi­nit en même temps la fina­li­té et les moda­li­tés de leur action, d’où la thèse sou­te­nue par Car­ré de Mal­berg quant à l’au­to-limi­ta­tion de l’É­tat. Encore faut-il cepen­dant que la consti­tu­tion soit l’œuvre du peuple et que les gou­ver­nants ne soient pas libres d’en don­ner une inter­pré­ta­tion favo­rable à leur volon­té de puis­sance. C’est pré­ci­sé­ment la mécon­nais­sance de ces condi­tions, volon­tai­re­ment entre­te­nue depuis 1791 par le per­son­nel poli­tique fran­çais, qui a conduit au régime de la Illème Répu­blique où LE PARLEMENT A SUBSTITUÉ SA PROPRE SOUVERAINETÉ À CELLE DE LA NATION.

[Le livre] « La loi, expres­sion de la volon­té géné­rale » apporte la démons­tra­tion de cette ESCROQUERIE INTELLECTUELLE. Il en révèle l’o­ri­gine (une défi­ni­tion fal­si­fiée de la volon­té géné­rale), il en décrit l’ins­tru­ment (une concep­tion par­tiale de la repré­sen­ta­tion) ; il en expose les consé­quences, (une théo­rie de la léga­li­té qui a pour effet de subor­don­ner toutes les auto­ri­tés éta­tiques à la volon­té arbi­traire du Par­le­ment). La démons­tra­tion met en cause la qua­­si-tota­­li­­té de l’or­don­nan­ce­ment consti­tu­tion­nel de notre pays et, de ce fait, l’œuvre que l’on va lire n’est pas sim­ple­ment consa­crée à un pro­blème spé­ci­fique et limi­té ; elle est un véri­table Trai­té de droit public fran­çais. Un Trai­té qui, par la richesse de son infor­ma­tion, la rigueur de sa construc­tion et la per­fec­tion de son style, consti­tue une source irrem­pla­çable de connais­sance en même temps qu’une joie pour l’esprit. »
Georges Bur­deau, Pré­face du grand livre « La loi, expres­sion de la volon­té géné­rale », de Ber­trand Car­ré de Mal­berg (1931).

 

« Pour­tant, aujourd’hui comme hier, les libé­raux vic­to­rieux gar­daient une secrète méfiance envers le spectre de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire qui s’agite sous la sur­face lisse du for­ma­lisme démo­cra­tique. « J’ai pour les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques un goût de tête, confiait Toc­que­ville, mais je suis aris­to­cra­tique par l’instinct, c’est-à-dire que je méprise et crains la foule. J’aime à fond la liber­té, le res­pect des droits, mais non la démo­cra­tie. » [New York Dai­ly Tri­bune, 25 juin 1853]. La peur des masses et la pas­sion de l’ordre, tel est bien le fond de l’idéologie libé­rale, pour qui le terme de démo­cra­tie n’est en somme que le faux-nez du des­po­tisme mar­chand et de sa concur­rence non faussée. »
Daniel Ben­saïd dans « Le scan­dale per­ma­nent » in « Démo­cra­tie, dans quel état ? » (ouvrage col­lec­tif), La Fabrique, Paris, 2009.

 

« Nos contem­po­rains sont inces­sam­ment tra­vaillés par deux pas­sions enne­mies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’en­vie de res­ter libres. Ne pou­vant détruire ni l’un ni l’autre de ces ins­tincts contraires, ils s’ef­forcent de les satis­faire à la fois tous les deux. Ils ima­ginent un pou­voir unique, tuté­laire, tout-puis­­sant, mais élu par les citoyens. Ils com­binent la cen­tra­li­sa­tion et la sou­ve­rai­ne­té du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en son­geant qu’ils ont eux-mêmes choi­si leurs tuteurs. Chaque indi­vi­du souffre qu’on l’at­tache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne. Dans ce sys­tème, les citoyens sortent un moment de la dépen­dance pour indi­quer leur maître, et y rentrent. »
Alexis de Toc­que­ville, De la Démo­cra­tie en Amé­rique II, Qua­trième par­tie, cha­pitre VI.

 

« Le rôle du public ne consiste pas vrai­ment à expri­mer ses opi­nions, mais à s’a­li­gner ou non der­rière une opi­nion. Cela posé, il faut ces­ser de dire qu’un gou­ver­ne­ment démo­cra­tique peut être l’ex­pres­sion directe de la volon­té du peuple. Le peuple doit être mis à sa place, afin que les hommes res­pon­sables puissent vivre sans crainte d’être pié­tines ou encor­nés par le trou­peau de bêtes sauvages. »
Wal­ter Lipp­mann, « L’o­pi­nion publique » (1922)  et « Le public fan­tôme » (1925), 2 pas­sages cités par Her­vé Kempf, dans « L’o­li­gar­chie ça suf­fit, vive la démo­cra­tie  (2011), p 87.

 

« L’éducation de masse fut conçue pour trans­for­mer les fer­miers indé­pen­dants en ins­tru­ments de pro­duc­tion dociles et pas­sifs. C’était son pre­mier objec­tif. Et ne pen­sez pas que les gens n’étaient pas au cou­rant. Ils le savaient et l’ont com­bat­tu. Il y eut beau­coup de résis­tance à l’éducation de masse pour cette rai­son. C’était aus­si com­pris par les élites. Emer­son a dit une fois quelque chose sur la façon dont on les éduque pour les empê­cher de nous sau­ter à la gorge. Si vous ne les édu­quez pas, ce qu’on appelle l’« édu­ca­tion », ils vont prendre le contrôle — « ils » étant ce qu’Alexander Hamil­ton appe­lait la « grande Bête », c’est-à-dire le peuple. La pous­sée anti-démo­­cra­­tique de l’opinion dans ce qui est appe­lé les socié­tés démo­cra­tiques est tout bon­ne­ment féroce. »
Noam Chomsky.

 

« Il est fort bon de faire accroire aux hommes qu’ils ont une âme immor­telle et qu’il y a un Dieu ven­geur qui puni­ra mes pay­sans s’ils me volent mon blé et mon vin ».
Vol­taire, cité par Hen­ri Guille­min (dans son livre Éclaircissements).

 

4.    Le mensonge comme arme centrale des politiciens de métier, « les pires gouverneront »

« Il faut men­tir comme un diable, non pas timi­de­ment, non pas pour un temps, mais har­di­ment et tou­jours. Men­tez, mes amis, men­tez, je vous le ren­drai un jour. »
Vol­taire (la réfé­rence morale des élus et de leurs don­neurs d’ordres), Lettre à Thi­riot, 21 octobre 1736.

 

« Pour pou­voir deve­nir le maître, le poli­ti­cien se fait pas­ser pour le servant. »
Charles de Gaulle (1890−1970), Géné­ral et Pré­sident Français.

 

« Le poli­tique s’efforce à domi­ner l’opinion… Aus­si met-il tout son art à la séduire, dis­si­mu­lant sui­vant l’heure, n’affirmant qu’opportunément… Enfin, par mille intrigues et ser­ments, voi­ci qu’il l’a conquise : elle lui donne le pou­voir. À pré­sent, va-t-il agir sans feindre ? Mais non ! Il lui faut plaire encore, convaincre le prince ou le par­le­ment, flat­ter les pas­sions, tenir en haleine les intérêts. »
Charles de Gaulle

 

« Bona­parte a le goût des mal­hon­nêtes gens, il aime à s’entourer de canailles, et il le dit ─ c’est pour ça, d’ailleurs, qu’il va ché­rir Tal­ley­rand ─, il y a une phrase de lui extrê­me­ment claire là-des­­sus : « il y a long­temps que j’ai consta­té que les gens hon­nêtes ne sont bons à rien ». »
Hen­ri Guille­min, confé­rence n°11/15 sur Napo­léon, min. 21.

 

« Il y a ce qu’on dit et il y a ce qu’on fait. Il y a un voca­bu­laire à attra­per, et il est facile avec quelques mots ─ liber­té et indé­pen­dance natio­nale ─ de se faire écou­ter des imbéciles. »
Bona­parte, automne 1795, cité par Hen­ri Guille­min (confé­rence n°3/15 sur Napo­léon, « Un mili­taire abu­sif », min. 19:15).

 

« Les hommes sont comme les lapins : ils s’attrapent par les oreilles… »
Mot attri­bué à Mira­beau (qui en connais­sait un rayon).

 

« La mani­pu­la­tion consciente et intel­li­gente des opi­nions et des habi­tudes orga­ni­sées des masses joue un rôle impor­tant dans les socié­tés démo­cra­tiques. Ceux qui mani­pulent ce méca­nisme social imper­cep­tible fun gou­ver­ne­ment invi­sible qui dirige véri­ta­ble­ment le pays. »
Edward Ber­nays, « Pro­pa­gan­da » (1928), p 31.

 

« Par le temps qui court, cha­cun a la pré­ten­tion d’être démo­crate sans même en exemp­ter ceux qui, par inté­rêt ou par pré­ju­gé, sont les enne­mis les plus impla­cables de toute démo­cra­tie. Le ban­quier qui s’est enri­chi dans les sales tri­po­tages de la bourse, et l’orateur sub­ven­tion­né qui monte à la tri­bune pré­ten­du­ment natio­nale pour y défendre les plus révol­tants mono­poles se disent démo­crates ; le jour­nal qui chaque jour se fait l’écho des décla­ma­tions aris­to­cra­tiques et qui se tourne avec le plus de fureur contre la liber­té et l’égalité se dit démocrate. »
Albert Lapon­ne­raye, Lettre aux Pro­lé­taires (1833), cité par Pierre Rosan­val­lon dans son article de 1993 sur les ori­gines du mot démocratie.

 

« C’est prin­ci­pa­le­ment, sinon exclu­si­ve­ment, par le don ora­toire que les chefs ont réus­si, à l’o­ri­gine du mou­ve­ment ouvrier, à gagner leur supré­ma­tie sur les masses. Il n’est pas de foule qui soit capable de se sous­traire au pou­voir esthé­tique et émo­tif de la parole. La beau­té du dis­cours sug­ges­tionne la masse, et la sug­ges­tion la livre sans résis­tance à l’influence de l’orateur. Or, ce qui carac­té­rise essen­tiel­le­ment la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment la faci­li­té avec laquelle elle suc­combe à la magie du verbe. Dans le régime démo­cra­tique, les chefs nés sont ora­teurs et jour­na­listes. […] Dans les États démo­cra­tiques règne la convic­tion que seul le don de la parole rend apte à diri­ger les affaires publiques. On peut en dire autant, et d’une façon encore plus abso­lue, des grands par­tis démocratiques. »
Robert Michels, « Les par­tis poli­tiques. Essai sur les ten­dances oli­gar­chiques des démo­cra­ties » (1911), p 49.

 

« Il est plus facile de domi­ner la masse qu’un petit audi­toire. L’adhé­sion de celle-là est en effet tumul­tueuse, som­maire, incon­di­tion­née. Une fois sug­ges­tion­née, elle n’ad­met pas volon­tiers les contra­dic­tions, sur­tout de la part d’in­di­vi­dus iso­lés. Une grande mul­ti­tude réunie dans un petit espace est incon­tes­ta­ble­ment plus acces­sible à la panique aveugle ou à l’en­thou­siasme irré­flé­chi qu’une petite réunion dont les membres peuvent tran­quille­ment dis­cu­ter entre eux.

[…]

Actes et paroles sont moins pesés par la foule que par les indi­vi­dus ou les petits groupes dont elle se com­pose. C’est là un fait incon­tes­table. Il est une des mani­fes­ta­tions de la patho­lo­gie de la foule. La mul­ti­tude anni­hile l’in­di­vi­du, et, avec lui, sa per­son­na­li­té et son sen­ti­ment de responsabilité. »
Robert Michels, « Les par­tis poli­tiques – Essai sur les ten­dances oli­gar­chiques des démo­cra­ties » (1911).

 

« [Jacques Ellul] qui déjà dans la pre­mière moi­tié du siècle der­nier ensei­gnait que le fon­de­ment de la légi­ti­ma­tion juri­dique du pou­voir poli­tique (la volon­té popu­laire expri­mée par le vote) est une chi­mère objec­ti­ve­ment irréa­li­sable, un mythe ridi­cule mais bien utile pour gou­ver­ner, et bien connu comme tel dans les milieux poli­tiques et socio­lo­giques. La réa­li­té des sys­tèmes démo­cra­tiques n’est pas dans la volon­té d’une base gui­dant les déci­sions du som­met, mais dans la volon­té du som­met de pro­duire du consen­sus, c’est-à-dire l’acquiescement de la base à ses déci­sions, et ceci notam­ment grâce à la mani­pu­la­tion de l’information (cen­sures, distorsions). »
Jacques ELLUL (cité par Mar­co del­la Luna et Pao­lo Cio­ni  dans « Neuro-Esclaves »).

 

« Par le moyen de méthodes tou­jours plus effi­caces de mani­pu­la­tion men­tale, les démo­cra­ties chan­ge­ront de nature. Les vieilles formes pit­to­resques — élec­tions, par­le­ments, hautes cours de jus­tice — demeu­re­ront, mais la sub­stance sous-jacente sera une nou­velle forme de tota­li­ta­risme « non violent ». Toutes les appel­la­tions tra­di­tion­nelles, tous les slo­gans consa­crés, res­te­ront exac­te­ment ce qu’ils étaient aux bons vieux temps. La démo­cra­tie et la liber­té seront les thèmes de toutes les émis­sions (…) et de tous les édi­to­riaux, mais (…) l’o­li­gar­chie au pou­voir et son élite hau­te­ment qua­li­fiée de sol­dats, de poli­ciers, de fabri­cants de pen­sée, de mani­pu­la­teurs men­taux, mène­ra tout et tout le monde comme bon lui semblera. »
Aldous Hux­ley, « Retour au meilleur des monde » (1958).

 

« Bien sûr, le peuple ne veut pas la guerre. C’est natu­rel et on le com­prend. Mais après tout, ce sont les diri­geants du pays qui décident des poli­tiques. Qu’il s’a­gisse d’une démo­cra­tie, d’une dic­ta­ture fas­ciste, d’un par­le­ment ou d’une dic­ta­ture com­mu­niste, il sera tou­jours facile d’a­me­ner le peuple à suivre. Qu’il ait ou non droit de parole, le peuple peut tou­jours être ame­né à pen­ser comme ses diri­geants. C’est facile. Il suf­fit de lui dire qu’il est atta­qué, de dénon­cer le manque de patrio­tisme des paci­fistes et d’as­su­rer qu’ils mettent le pays en dan­ger. Les tech­niques res­tent les mêmes, quel que soit le pays. »
Her­man Goe­ring (durant son pro­cès à Nuremberg).

 

« Dou­tez de tout ce qu’une per­sonne de pou­voir peut vous dire. En public, les ins­ti­tu­tions se pré­sentent sys­té­ma­ti­que­ment sous leur meilleur jour. Comp­tables de leurs actes et de leur répu­ta­tion, les per­sonnes qui les gèrent ont tou­jours ten­dance à men­tir un peu, à arron­dir les angles, à cacher les pro­blèmes, voire à nier leur exis­tence. Ce qu’elles disent peut être vrai, mais l’or­ga­ni­sa­tion sociale leur donne toutes les rai­sons de men­tir. Un par­ti­ci­pant de la socié­té cor­rec­te­ment socia­li­sé peut les croire ; un socio­logue cor­rec­te­ment socia­li­sé doit en revanche soup­çon­ner le pire, et le traquer. »
Howard S. Becker, Les ficelles du métier, 1998.

 

« Les gou­ver­ne­ments pro­tègent et récom­pensent les hommes à pro­por­tion de la part qu’ils prennent à l’or­ga­ni­sa­tion du mensonge. »
Léon Tolstoï.

 

« Désor­mais, nous dit-on, l’individu est roi et le roi est sujet. Tout devrait donc être pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est, du moins, ce que cherchent à nous faire croire tous ces pro­fes­sion­nels de la poli­tique qui occupent le devant de la scène à nos dépens. Car, hélas, le pré­sent est tou­jours à l’image du pas­sé : le pri­vi­lège du pou­voir n’est pas de répondre aux ques­tions ─ de voter ─ mais de les poser ─ d’organiser les élections. »
Upins­ky, « Com­ment vous aurez tous la tête cou­pée (ou la parole). Le cal­cul et la mort sont les deux pôles de la poli­tique » (1991), p 25.

 

« Pour dire un men­songe, on peut aller vite. Pour dire la véri­té, il faut réflé­chir. Men­songe et véri­té ne sont pas les deux faces d’une même pièce : il est plus facile de dire un men­songe qu’une véri­té ; le men­songe s’accommode mieux de la vitesse, de la non réflexion, du n’importequoitisme. La véri­té, c’est un pro­ces­sus long, qui demande du temps. »
Vik­tor Dedaj.

 

« Les hommes ont deux res­sorts : la crainte et l’intérêt. Il faut leur faire peur et leur mon­trer un avantage. »
Bona­parte, cité par Hen­ri Guille­min, confé­rence n°11/15 sur Napoléon.

 

« Il faut par­ler paix et agir guerre. »
Bona­parte, cité par Hen­ri Guillemin.

 

« Il faut tou­jours mettre autour des actions une confi­ture de paroles. »
Napo­léon Bonaparte.

 

« Bien ana­ly­sée, la liber­té poli­tique est une fable conve­nue, ima­gi­née par les gou­ver­nants pour endor­mir les gouvernés. »
Napo­léon Bonaparte.

 

5.    Pertinence de l’opinion (et nécessaire participation) des simples citoyens

 

Liber­té d’expression et res­pect mutuel de rigueur, prô­nés par­tout dans l’Inde du 3e siècle avant JC : l’édit d’Erragudi :

« La crois­sance des élé­ments du Dhar­ma [com­por­te­ment cor­rect] est pos­sible de bien des façons. C’est la réserve à l’égard de la parole qui en est la racine, afin de ne pas encen­ser sa propre secte et de ne pas déni­grer les autres sectes dans des cir­cons­tances inop­por­tunes ; et même dans des cir­cons­tances appro­priées, cette parole doit gar­der sa modé­ra­tion. Au contraire, les autres sectes devraient être dûment hono­rées de toutes façons et en toutes occasions […]

Si quelqu’un agit dif­fé­rem­ment, non seule­ment il fait injure aux siens, mais il porte aus­si atteinte aux autres. En véri­té, si quelqu’un exalte sa secte et dénigre les autres dans l’intention de glo­ri­fier la sienne, uni­que­ment pour l’attachement qu’il lui porte, il ne fait que bles­ser gra­ve­ment les siens en agis­sant de la sorte. »
Édit d’Erragudi, cité par Amar­tya Sen, « La démo­cra­tie des autres », page 29.

 

« La manière la plus prompte de faire ouvrir les yeux à un peuple est de mettre indi­vi­duel­le­ment cha­cun à même de juger par lui-même et en détail de l’objet qu’il n’avait jusque-là appré­cié qu’en gros. »
Machia­vel, « Dis­cor­si » I, 47.

 

« La liber­té de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réser­ver la liber­té de tout faire. Quand il est per­mis de tout dire, la véri­té parle d’elle-même et son triomphe est assuré. »
Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »

 

 

Machia­vel. Dis­cours sur la Pre­mière Décade de Tite-Live (1531) Livre 1,
Cha­pitre 58 : La foule est plus sage et plus constante qu’un prince« Tite-Live et tous les autres his­to­riens affirment qu’il n’est rien de plus chan­geant et de plus incons­tant que la foule. Il arrive sou­vent, en effet, lors­qu’on raconte les actions des hommes, que l’on voie la foule condam­ner quel­qu’un à mort, et puis le pleu­rer et le regret­ter amè­re­ment. […]Vou­lant défendre une cause contre laquelle, comme je l’ai dit, tous les his­to­riens se sont décla­rés, je crains de m’en­ga­ger dans un domaine si ardu et dif­fi­cile qu’il me fau­dra l’a­ban­don­ner hon­teu­se­ment ou le par­cou­rir dif­fi­ci­le­ment. Mais, quoi qu’il en soit, je ne pense ni ne pen­se­rai jamais que ce soit un tort que de défendre une opi­nion par le rai­son­ne­ment, sans vou­loir recou­rir ni à la force ni à l’autorité.Je dis donc que ce défaut dont les écri­vains accusent la foule, on peut en accu­ser tous les hommes per­son­nel­le­ment, et notam­ment les princes. Car tout indi­vi­du qui n’est pas sou­mis aux lois peut com­mettre les mêmes erreurs qu’une foule sans contraintes. On peut aisé­ment consta­ter ce fait, parce qu’il y a et qu’il y a eu beau­coup de princes, et qu’il y en a eu peu qui furent bons et sages : je parle des princes qui ont pu rompre le frein qui pou­vait les rete­nir. Par­mi ceux-ci on ne peut comp­ter les rois d’É­gypte, à l’é­poque très ancienne où ce pays était gou­ver­né par des lois ; ni les rois de France de notre temps, dont le pou­voir est plus réglé par les lois que dans tout autre royaume de notre temps. Les rois qui vivent sous de tels édits ne sont pas à comp­ter au nombre des indi­vi­dus dont il faut consi­dé­rer la nature pour voir si elle est sem­blable à celle de la foule. Car on doit les com­pa­rer avec une foule réglée par les lois, comme ils le sont eux-mêmes. On trou­ve­ra alors en cette foule la même ver­tu que nous consta­tons chez les princes ; et l’on ne ver­ra pas qu’elle domine avec orgueil, ni qu’elle serve avec bas­sesse. […]Aus­si ne faut-il pas accu­ser davan­tage la nature de la foule que celle des princes, car ils se trompent tous, quand ils peuvent sans crainte se trom­per. Outre ceux que j’ai don­nés, il y a de très nom­breux exemples par­mi les empe­reurs romains et par­mi d’autres tyrans et d’autres princes : on trouve chez eux plus d’in­cons­tance et de varia­tions que l’on n’en a jamais trou­vées chez aucune foule​.Je conclus donc contre l’o­pi­nion géné­rale, qui pré­tend que les peuples, quand ils ont le pou­voir, sont chan­geants, incons­tants et ingrats. Et j’af­firme que ces défauts ne sont pas dif­fé­rents chez les peuples et chez les princes. Qui accuse les princes et les peuples conjoin­te­ment peut dire la véri­té ; mais, s’il en excepte les princes, il se trompe. Car un peuple qui gou­verne et est bien régle­men­té est aus­si constant, sage et recon­nais­sant, et même davan­tage, qu’un prince esti­mé pour sa sagesse. Et, d’autre part, un prince affran­chi des lois est plus ingrat, chan­geant et dépour­vu de sagesse qu’un peuple​.La dif­fé­rence de leurs conduites ne naît pas de la diver­si­té de leur nature, parce qu’elle est iden­tique chez tous — et, s’il y a une supé­rio­ri­té, c’est celle du peuple ; mais du plus ou moins de res­pect qu’ils ont pour les lois, sous les­quelles ils vivent l’un et l’autre. […]

Quant à la sagesse et à la constance, je dis qu’un peuple est plus sage, plus constant et plus avi­sé qu’un prince. Ce n’est pas sans rai­son que l’on com­pare la parole d’un peuple à celle de Dieu. Car on voit que l’o­pi­nion géné­rale réus­sit mer­veilleu­se­ment dans ses pro­nos­tics ; de sorte qu’elle semble pré­voir par une ver­tu occulte le bien et le mal qui l’at­tendent. Quant à son juge­ment, il arrive rare­ment, lors­qu’un peuple entend deux ora­teurs oppo­sés et de force égale, qu’il ne choi­sisse pas le meilleur avis et qu’il ne soit pas capable de dis­cer­ner la véri­té qu’on lui dit. Si, dans les entre­prises ris­quées ou qui lui semblent pro­fi­tables, il se trompe, un prince se trompe aus­si très sou­vent dans ses pas­sions, qui sont beau­coup plus nom­breuses que celles du peuple. On voit aus­si que dans le choix des magis­trats il fait un bien meilleur choix que les princes, et on ne per­sua­de­ra jamais un peuple qu’il est bon d’é­le­ver à de hautes digni­tés un homme de mau­vaise répu­ta­tion et de moeurs cor­rom­pues : chose dont on per­suade aisé­ment un prince, et de mille façons. On voit un peuple avoir une chose en hor­reur et conser­ver plu­sieurs siècles cette opi­nion ; ce que l’on ne voit pas chez un prince. […]

On voit en outre que les cités où le peuple gou­verne font en très peu de temps des pro­grès inouïs : beau­coup plus grands que les cités qui ont tou­jours vécu sous un prince. C’est ce que fit Rome après l’ex­pul­sion des rois et Athènes après qu’elle se fut déli­vrée de Pisis­trate. Ceci ne peut pro­ve­nir que du fait que le gou­ver­ne­ment des peuples est meilleur que celui des princes.

Je ne veux pas que l’on objecte à mon opi­nion tout ce que notre his­to­rien a dit dans le texte cité ci-des­­sus et dans d’autres. Car si l’on exa­mine tous les désordres des peuples, tous les désordres des princes, toutes les gloires des peuples et toutes celles des princes, on voit que le peuple est lar­ge­ment supé­rieur en ver­tu et en gloire. Si les princes sont supé­rieurs aux peuples dans l’é­la­bo­ra­tion des lois, dans la créa­tion des régimes poli­tiques, dans l’é­ta­blis­se­ment de sta­tuts et de nou­velles ins­ti­tu­tions, les peuples sont tel­le­ment supé­rieurs dans le main­tien des choses éta­blies qu’ils ajoutent assu­ré­ment à la gloire de ceux qui les établissent.

En somme et pour conclure, je dirai que les régimes prin­ciers et répu­bli­cains qui ont duré long­temps ont eu besoin les uns et les autres d’être régis par des lois. Car un prince qui peut faire ce qu’il veut est fou ; un peuple qui peut faire ce qu’il veut n’est pas sage.

Si l’on parle donc d’un prince contraint par les lois et d’un peuple lié par elles, on trouve plus de ver­tu dans le peuple que chez le prince. Si l’on parle d’un prince et d’un peuple sans lois, on trouve moins d’er­reurs dans le peuple que chez le prince : *étant moindres, elles trou­ve­ront de plus grands remèdes. En effet, un homme de bien peut par­ler à un peuple agi­té et vivant dans la licence et il peut aisé­ment le rame­ner sur le bon che­min. Il n’est per­sonne qui puisse par­ler à un mau­vais prince et il n’y a pas d’autre remède que l’é­pée. D’où l’on peut conjec­tu­rer la gra­vi­té de la mala­die dont ils souffrent l’un et l’autre. Si les paroles suf­fisent pour gué­rir la mala­die du peuple et s’il faut une épée pour celle du prince, cha­cun peut pen­ser que, là où il faut plus de soin, il y a de plus grandes fautes. Quand un peuple est sans lois, on ne craint pas ses folies et l’on n’a pas peur des maux qu’il peut pré­sen­te­ment com­mettre, mais de ceux qui peuvent appa­raître, car un tyran peut naître au milieu d’une telle confu­sion. Avec les mau­vais princes, c’est le contraire qui arrive : on craint les maux pré­sents et on espère dans le futur, car on s*e per­suade que son mau­vais com­por­te­ment peut faire naître la liber­té. Vous voyez donc la dif­fé­rence qu’il y a entre l’un et l’autre : elle est entre les choses pré­sentes et celles à venir. Les cruau­tés de la foule visent ceux dont elle craint qu’ils ne s’emparent du bien public ; celles d’un prince visent ceux dont il craint qu’ils ne s’emparent de ses biens.

L’o­pi­nion défa­vo­rable au peuple vient de ce que tout le monde en dit du mal sans crainte et libre­ment, même lors­qu’il gou­verne ; on cri­tique tou­jours les princes avec mille craintes et soupçons. »

Machia­vel, « Dis­cours sur la Pre­mière Décade de Tite-Live » (1531), Livre 1, Cha­pitre LVIII : « La foule est plus sage et plus constante qu’un prince ». Édi­tion Robert Laf­font, col­lec­tion Bou­quins, tra­duc­tion Chris­tian Bec (1996), pages 284 à 288.

 

 

« Ce qui est extra­or­di­naire quand on s’in­té­resse aux Confé­rences de Citoyens [tirées au sort et char­gées de don­ner un avis sur l’en­jeu poli­tique et social d’un sujet scien­ti­fique], c’est de voir à quel point les indi­vi­dus peuvent être modi­fiés au cours de la pro­cé­dure. Vous pre­nez une bou­lan­gère, un ins­ti­tu­teur, bon des gens ont leur métier et qui a prio­ri sont inno­cents, naïfs par rap­port au pro­blème. Ce n’est pas tel­le­ment qu’ils deviennent com­pé­tents, ça c’est évident. C’est sur­tout qu’ils deviennent une autre qua­li­té d’hu­main. C’est-à-dire qu’ils déve­loppent des idées et des points de vue, qu’ils vont défendre leurs avis, qui ne sont pas du tout là pour défendre leur famille, même pas leurs enfants, mais la des­cen­dance de tout le monde : les gens du Sud … on voit une espèce d’al­truisme qui trans­pa­raît, qu’on ne voit pas d’habitude.

Et moi, ce que j’ai consta­té en regar­dant ça, c’est à quel point il y a un gâchis de l’hu­ma­ni­té. C’est-à-dire qu’on main­tient les gens dans un état d’abêtissement, de sui­visme, de condi­tion­ne­ment. Et, je dois dire j’y croyais pas avant de voir ça. Je pen­sais que c’é­tait triste mais que l’hu­ma­ni­té elle n’é­tait pas vrai­ment belle à voir. Mais elle n’est pas belle à voir parce qu’on la met dans cet état-là. Mais je suis main­te­nant convain­cu qu’il y a chez la plu­part des indi­vi­dus, il y a des res­sorts, il y a quelque chose qu’on n’ex­ploite pas, qu’on n’u­ti­lise pas, qu’on ne met pas en valeur. Mais les humains valent beau­coup mieux que ce qu’on en fabrique. »

Jacques Tes­tart, « À voix nue » (France Culture), 8 juin 2012.

 

« L’œuvre du légis­la­teur n’est point com­plète quand il a seule­ment ren­du le peuple tran­quille. Lors même que ce peuple est content, il reste encore beau­coup à faire. Il faut que les ins­ti­tu­tions achèvent l’é­du­ca­tion morale des citoyens. En res­pec­tant leurs droits indi­vi­duels, en ména­geant leur indé­pen­dance, en ne trou­blant point leurs occu­pa­tions, elles doivent pour­tant consa­crer leur influence sur la chose publique, les appe­ler à concou­rir, par leurs déter­mi­na­tions et par leurs suf­frages, à l’exer­cice du pou­voir, leur garan­tir un droit de contrôle et de sur­veillance par la mani­fes­ta­tion de leurs opi­nions, et les for­mant de la sorte par la pra­tique à ces fonc­tions éle­vées, leur don­ner à la fois et le désir et la facul­té de s’en acquitter. »
Ben­ja­min Constant, « De la liber­té des Anciens com­pa­rée à celle des Modernes » (1819).

 

« La régie est l’ad­mi­nis­tra­tion d’un bon père de famille, qui lève lui-même, avec éco­no­mie et avec ordre, ses reve­nus. Par la régie, le prince est le maître de pres­ser ou de retar­der la levée des tri­buts, ou sui­vant ses besoins, ou sui­vant ceux de ses peuples. Par la régie, il épargne à l’É­tat les pro­fits immenses des fer­miers, qui l’ap­pau­vrissent d’une infi­ni­té de manières. Par la régie, il épargne au peuple le spec­tacle des for­tunes subites qui l’af­fligent. Par la régie, l’argent levé passe par peu de mains ; il va direc­te­ment au prince, et par consé­quent revient plus promp­te­ment au peuple. Par la régie, le prince épargne au peuple une infi­ni­té de mau­vaises lois qu’exige tou­jours de lui l’a­va­rice impor­tune des fer­miers, qui montrent un avan­tage pré­sent dans des règle­ments funestes pour l’a­ve­nir. Comme celui qui a l’argent est tou­jours le maître de l’autre, le trai­tant se rend des­po­tique sur le prince même : il n’est pas légis­la­teur, mais il le force à don­ner des lois. »
Mon­tes­quieu, L’esprit des lois, Livre XIII : des rap­ports que la levée des tri­buts et la gran­deur des reve­nus publics ont avec la liber­té, Cha­pitre XIX : Qu’est-ce qui est plus conve­nable au prince et au peuple, de la ferme ou de la régie des tributs ?

 

6.    Références antiques

« Il y a avan­tage pour une démo­cra­tie, au sens où on entend de nos jours la démo­cra­tie par excel­lence (je veux dire celle où le peuple est sou­ve­rain même des lois) à faire, pour que l’(instance) déli­bé­ra­tive (fonc­tionne) mieux, ce qu’on fait pour les tri­bu­naux dans les oli­gar­chies (on inflige une amende pour faire sié­ger ceux qu’on veut voir sié­ger, tan­dis que les régimes popu­laires donnent un salaire aux gens modestes (pour qu’ils siègent) ; et aus­si à faire de même en ce qui concerne les assem­blées. La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b.

 

« Or il semble que la rai­son rende clair le fait sui­vant : que ceux qui sont sou­ve­rains soient peu nom­breux ou nom­breux est un attri­but acci­den­tel dans le pre­mier cas des oli­gar­chies, dans le second des démo­cra­ties, parce que par­tout les gens aisés sont en petit nombre et les gens modestes en grand nombre. Les dif­fé­rences ne viennent donc pas des causes invo­quées ; mais ce par quoi dif­fèrent l’une de l’autre la démo­cra­tie et l’o­li­gar­chie, c’est la pau­vre­té et la richesse, et, néces­sai­re­ment, là où ceux qui gou­vernent le font par la richesse, qu’ils soient mino­ri­taires ou majo­ri­taires, on aura une oli­gar­chie, et là où ce sont les gens modestes, une démocratie. »
Aris­tote, Les Poli­tiques III, 8, 1279 –b.

 

« Les élec­tions sont aris­to­cra­tiques et non démo­cra­tiques : elles intro­duisent un élé­ment de choix déli­bé­ré, de sélec­tion des meilleurs citoyens, les aris­toi, au lieu du gou­ver­ne­ment par le peuple tout entier. »
Aristote.

 

« Le suf­frage par le sort est de la nature de la démo­cra­tie ; le suf­frage par choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige per­sonne ; il laisse à chaque citoyen une espé­rance rai­son­nable de ser­vir sa patrie.

Mais, comme il est défec­tueux par lui-même, c’est à le régler et à le cor­ri­ger que les grands légis­la­teurs se sont sur­pas­sés. Solon éta­blit à Athènes que l’on nom­me­rait par choix à tous les emplois mili­taires, et que les séna­teurs et les juges seraient élus par le sort. Il vou­lut que l’on don­nât par choix les magis­tra­tures civiles qui exi­geaient une grande dépense, et que les autres fussent don­nées par le sort.

Mais, pour cor­ri­ger le sort, il régla qu’on ne pour­rait élire que dans le nombre de ceux qui se pré­sen­te­raient ; que celui qui aurait été élu serait exa­mi­né par des juges, et que cha­cun pour­rait l’accuser d’en être indigne : cela tenait en même temps du sort et du choix. Quand on avait fini le temps de sa magis­tra­ture, il fal­lait essuyer un autre juge­ment sur la manière dont on s’était com­por­té. Les gens sans capa­ci­té devaient avoir bien de la répu­gnance à don­ner leur nom pour être tirés au sort. »
Mon­tes­quieu, « L’esprit des lois », Livre II, Cha­pitre 2.

 

« Allons-nous oublier […] que l’on tire meilleur par­ti d’une igno­rance asso­ciée à une sage pon­dé­ra­tion que d’une habi­le­té jointe à un carac­tère capri­cieux, et qu’en géné­ral les cités sont mieux gou­ver­nées par les gens ordi­naires que par les hommes d’es­prit plus sub­til ? Ces der­niers veulent tou­jours paraître plus intel­li­gents que les lois […]. Les gens ordi­naires au contraire […] ne pré­tendent pas avoir plus de dis­cer­ne­ment que les lois. Moins habiles à cri­ti­quer l’ar­gu­men­ta­tion d’un ora­teur élo­quent, ils se laissent gui­der, quand ils jugent des affaires, par le sens com­mun et non par l’es­prit de com­pé­ti­tion. C’est ain­si que leur poli­tique a géné­ra­le­ment des effets heureux ».
Thu­cy­dide, La Guerre du Pélo­pon­nèse, II, 37, in Œuvres com­plètes, Gal­li­mard, « La Pléiade », Paris, 1964, cité par Yves Sin­to­mer dans « Le pou­voir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive », p 47.

 

« Mais les consti­tu­tions changent même sans sédi­tion, du seul fait d’in­trigues, comme à Héraia où on rem­pla­ça les élec­tions par le tirage au sort parce que c’é­taient des intri­gants qui se fai­saient élire, ou du fait de la négli­gence quand on per­met aux enne­mis de la consti­tu­tion de par­ve­nir aux magis­tra­tures les plus importantes […] »
Aris­tote, Les poli­tiques V, 3, 1303a (GF Flam­ma­rion, p. 351).

 

« Ce sont les Grecs qui ont inven­té les élec­tions. C’est un fait his­to­ri­que­ment attes­té. Ils ont peut-être eu tort, mais ils ont inven­té les élec­tions ! Qui éli­­sait-on à Athènes ? On n’é­li­sait pas les magis­trats. Les magis­trats étaient dési­gnés par tirage au sort ou par rota­tion. Pour Aris­tote, sou­­ve­­nez-vous, un citoyen est celui qui est capable de gou­ver­ner et d’être gou­ver­né. Tout le monde est capable de gou­ver­ner, donc on tire au sort. Pour­quoi ? Parce que la poli­tique n’est pas une affaire de spé­cia­listes. Il n’y a pas de science de la poli­tique. Il y a une opi­nion, la doxa des Grecs, il n’y a pas d’é­pis­té­mè [Ensemble des connais­sances réglées propres à un groupe social, à une époque]. Je vous fais remar­quer d’ailleurs que l’i­dée qu’il n’y a pas de spé­cia­listes de la poli­tique et que les opi­nions se valent est la seule jus­ti­fi­ca­tion rai­son­nable du prin­cipe majoritaire. »
Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, Post scrip­tum sur l’insignifiance.

 

« Les puis­sants n’ont pas d’intérêt plus vital que d’empêcher cette cris­tal­li­sa­tion des foules sou­mises, ou du moins, car ils ne peuvent pas tou­jours l’empêcher, de la rendre le plus rare pos­sible. Qu’une même émo­tion agite en même temps un grand nombre de mal­heu­reux, ce qui arrive très sou­vent par le cours natu­rel des choses ; mais d’ordinaire cette émo­tion, à peine éveillée, est répri­mée par le sen­ti­ment d’une impuis­sance irré­mé­diable. Entre­te­nir ce sen­ti­ment d’impuissance, c’est le pre­mier article d’une poli­tique habile de la part des maîtres. »
Simone Weil (Médi­ta­tion sur l’obéissance et la liber­té, hiver 1937–1938)

 

« Un État com­po­sé de gens trop nom­breux », a écrit Aris­tote dans un pas­sage célèbre (Poli­tique, 1326b3‑7), « ne sera pas un véri­table État, pour la simple rai­son qu’il peut dif­fi­ci­le­ment avoir une véri­table consti­tu­tion. Qui peut être géné­ral d’une masse si grande ? »
Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 63.

 

 

« Péri­clès, dans un dis­cours célé­brant les sol­dats tom­bés à la guerre, pro­non­ça, dit-on, ces paroles : « Quand un homme sans for­tune peut rendre quelque ser­vice à l’É­tat, l’obs­cu­ri­té de sa condi­tion ne consti­tue pas pour lui un obs­tacle » (Thu­cy­dide, 2.37.1). Une large par­ti­ci­pa­tion publique aux affaires de l’É­tat incluant « ceux qui ont connu l’é­chec ou qui se trouvent pri­vés de contacts sociaux, sans sécu­ri­té éco­no­mique, peu ins­truits » ne condui­sait pas à des « mou­ve­ments extrémistes ». 

Il est évident que peu de gens exer­çaient réel­le­ment leur droit de parole à l’As­sem­blée ; celle-ci ne tolé­rait pas les sots, elle recon­nais­sait par son com­por­te­ment l’exis­tence d’une com­pé­tence poli­tique tout aus­si bien que tech­nique et, à toutes les époques, elle gar­da le regard fixé sur les quelques hommes capables de tra­cer les lignes poli­tiques entre les­quelles elle devait choisir. 

Cepen­dant, cette pra­tique dif­fé­rait fon­da­men­ta­le­ment de la for­mu­la­tion que Schum­pe­ter a don­née de la posi­tion éli­tiste : « La méthode démo­cra­tique est le sys­tème ins­ti­tu­tion­nel abou­tis­sant à des déci­sions poli­tiques, dans lequel des indi­vi­dus acquièrent le pou­voir de déci­der, à l’is­sue d’une lutte concur­ren­tielle por­tant sur les votes du peuple. » Schum­pe­ter enten­dait l’ex­pres­sion « pou­voir de déci­der » en un sens tout à fait lit­té­ral : « Ce sont les diri­geants des par­tis poli­tiques qui décident, et non le peuple. »

Mais pas à Athènes. Même Péri­clès n’eut pas un tel pou­voir. Tout le temps où son influence fut à son apo­gée, il pou­vait espé­rer une appro­ba­tion conti­nue de sa poli­tique, expri­mée par le vote du peuple à l’As­sem­blée, mais ses pro­po­si­tions étaient sou­mises à l’As­sem­blée, semaine après semaine, les idées oppo­sées demeu­raient sous les yeux des membres de l’As­sem­blée et celle-ci pou­vait tou­jours ─ et elle le fit à l’oc­ca­sion ─ l’a­ban­don­ner, lui et sa poli­tique. La déci­sion appar­te­nait aux membres de l’As­sem­blée, elle n’ap­par­te­nait ni à Péri­clès ni à un autre diri­geant. S’ils recon­nais­saient la néces­si­té d’une direc­tion, ils n’a­ban­don­naient pas pour autant leur pou­voir de déci­sion. Et Péri­clès le savait bien. Ce n’est pas par pure poli­tesse tac­tique qu’il uti­li­sa les mots sui­vants, tels qu’on nous les rap­porte, en 431 av. J.-C, lors­qu’il pro­po­sa le rejet d’un ulti­ma­tum Spar­tiate, et par consé­quent le vote de la guerre : « Je vois qu’en cette occa­sion je dois vous don­ner exac­te­ment le même avis que je vous ai don­né dans le pas­sé ; et je demande à ceux d’entre vous qui sont per­sua­dés, de don­ner leur appui à ces réso­lu­tions que nous sommes en train de prendre tous ensemble » (Thu­cy­dide, 1.140.1).

Pour par­ler en termes plus conformes à l’u­sage en matière consti­tu­tion­nelle, le peuple pos­sé­dait non seule­ment l’é­li­gi­bi­li­té néces­saire pour occu­per les charges et le droit d’é­lire des magis­trats, mais aus­si le droit de déci­der en tous les domaines de la poli­tique de l’É­tat et le droit de juger, consti­tué en tri­bu­nal, de toutes les causes impor­tantes, civiles et cri­mi­nelles, publiques et pri­vées. La concen­tra­tion de l’au­to­ri­té dans l’As­sem­blée, la frag­men­ta­tion et le carac­tère rota­tif des postes admi­nis­tra­tifs, le choix par tirage au sort, l’ab­sence de bureau­cra­tie rétri­buée, les jurys popu­laires, tout cela contri­buait à empê­cher la créa­tion d’un appa­reil de par­ti et, par voie de consé­quence, d’une élite poli­tique ins­ti­tu­tion­na­li­sée. La direc­tion des affaires était directe et per­son­nelle, et il n’y avait pas place pour de médiocres fan­toches, mani­pu­lés der­rière la scène par les diri­geants « réels ». Les hommes tels que Péri­clès consti­tuaient, c’est cer­tain, une élite poli­tique, mais cette élite ne se per­pé­tuait pas d’elle-même ; l’on en fai­sait par­tie en rai­son de pres­ta­tions impor­tantes, four­nies prin­ci­pa­le­ment à l’As­sem­blée, l’ac­cès en était ouvert, et pour conti­nuer à en faire par­tie, il fal­lait conti­nuer à four­nir des pres­ta­tions publiques.

Quelques-uns des dis­po­si­tifs ins­ti­tu­tion­nels que les Athé­niens inven­tèrent avec tant d’i­ma­gi­na­tion perdent leur étran­ge­té appa­rente à la lumière de cette réa­li­té poli­tique. L’os­tra­cisme est le plus connu : un homme dont l’in­fluence était jugée dan­ge­reu­se­ment exces­sive pou­vait être exi­lé pour dix ans, sans perdre tou­te­fois, et ceci est impor­tant, ses biens ou son sta­tut de citoyen. Les racines his­to­riques de l’os­tra­cisme reposent sur la tyran­nie et la crainte qu’ins­pi­rait son éven­tuel retour, mais la sur­vi­vance de cette pra­tique est due à l’in­sé­cu­ri­té qua­si into­lé­rable des diri­geants poli­tiques que la logique du sys­tème ame­nait à ten­ter de se pro­té­ger en éloi­gnant phy­si­que­ment de la scène poli­tique les prin­ci­paux repré­sen­tants de la poli­tique opposée. 

En l’ab­sence d’é­lec­tions pério­diques dépar­ta­geant les par­tis, y avait-il une autre solu­tion ? Et il est révé­la­teur qu’à la fin du Ve siècle av. J.-C, lorsque l’os­tra­cisme dégé­né­ra en ins­ti­tu­tion non fonc­tion­nelle, ce dis­po­si­tif tom­ba dou­ce­ment en désuétude. 

Un autre dis­po­si­tif, encore plus curieux, est le dis­po­si­tif connu sous le nom de gra­phé para-nomon, par lequel un homme pou­vait être accu­sé et jugé pour avoir fait une « pro­po­si­tion illé­gale » à l’As­sem­blée. Il est impos­sible de faire entrer cette pro­cé­dure dans une de nos caté­go­ries consti­tu­tion­nelles. La sou­ve­rai­ne­té de l’As­sem­blée était sans limites : durant un bref laps de temps, à la fin de la guerre du Pélo­pon­nèse, l’As­sem­blée fut même ame­née par des manœuvres à voter l’a­bo­li­tion de la démo­cra­tie. Cepen­dant qui­conque exer­çait son droit fon­da­men­tal d’i­sé­go­ria cou­rait le risque d’une condam­na­tion  sévère,  pour une pro­po­si­tion qu’il avait eu le droit de faire, même si cette pro­po­si­tion avait été adop­tée par l’Assemblée.

Nous ne pou­vons don­ner à l’in­tro­duc­tion de la gra­phé para­no­mon une date plus pré­cise que le cours du Ve siècle av. J.-C, aus­si ne connais­­sons-nous pas les évé­ne­ments qui furent à l’o­ri­gine de ce dis­po­si­tif. Sa fonc­tion est cepen­dant assez claire, une fonc­tion double, modé­rer l’iségoria par la dis­ci­pline, et don­ner au peuple, au démos, la pos­si­bi­li­té de recon­si­dé­rer une déci­sion prise par lui-même. Une gra­phé para­no­mon abou­tis­sant à une condam­na­tion avait pour effet d’an­nu­ler un vote posi­tif de l’As­sem­blée, grâce au ver­dict, non pas d’une élite res­treinte telle que la Cour suprême des États-Unis, mais du démos, par l’in­ter­mé­diaire d’un jury popu­laire nom­breux, choi­si par tirage au sort. 

Notre sys­tème pro­tège la liber­té des repré­sen­tants grâce aux pri­vi­lèges par­le­men­taires, or ces mêmes pri­vi­lèges, de façon para­doxale, pro­tègent aus­si l’ir­res­pon­sa­bi­li­té des repré­sen­tants. Le para­doxe athé­nien se situait dans une voie tout à fait oppo­sée, il pro­té­geait à la fois la liber­té de l’As­sem­blée en son ensemble, et celle de ses membres pris indi­vi­duel­le­ment en leur refu­sant l’im­mu­ni­té. »
Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 70.

 

« Le rai­son­ne­ment rend donc évident, semble-t-il, que la sou­ve­rai­ne­té d’une mino­ri­té ou d’une majo­ri­té n’est qu’un acci­dent, propre soit aux oli­gar­chies soit aux démo­cra­ties, dû au fait que par­tout les riches sont en mino­ri­té et les pauvres en majo­ri­té. Aus­si… la dif­fé­rence réelle qui sépare entre elles démo­cra­tie et oli­gar­chie, c’est la pau­vre­té et la richesse ; et néces­sai­re­ment, un régime où les diri­geants, qu’ils soient mino­ri­taires ou majo­ri­taires, exercent le pou­voir grâce à leur richesse est une oli­gar­chie, et celui où les pauvres gou­vernent, une démocratie »
Aris­tote, Poli­tique, III, 1279b34-1280a4 (trad. Aubon­net), cité par Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 58.

 

« Notre Consti­tu­tion est appe­lée démo­cra­tie parce que le pou­voir est entre les mains non d’une mino­ri­té, mais du peuple tout entier. »
Cita­tion attri­buée par Thu­cy­dide à Périclès.

 

« Athé­niens (Euro­péens), n’attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent ; c’est l’œuvre de votre cor­rup­tion : vous-mêmes avez mis la puis­sance dans la main de ceux qui vous oppriment. Vos oppres­seurs se sont avan­cés avec habi­le­té comme des renards, et vous, vous n’êtes que des impru­dents et des lâches : vous vous lais­sez séduire par la vaine élo­quence et par les grâces du lan­gage. Jamais la rai­son ne vous guide dans les choses sérieuses. »
Solon d’Athènes

 

« Ota­nès, d’a­bord, deman­da qu’on remit au peuple perse le soin de diri­ger ses propres affaires (ès méson kata­thé­nai ta prag­ma­ta). « À mon avis », décla­­ra-t-il, « le pou­voir ne doit plus appar­te­nir à un seul homme par­mi nous : ce régime n’est ni plai­sant ni bon. […] Com­ment la monar­chie serait-elle un gou­ver­ne­ment équi­li­bré, quand elle per­met à un homme d’a­gir à sa guise, sans avoir de comptes à rendre ? Don­nez ce pou­voir à l’homme le plus ver­tueux qui soit, vous le ver­rez bien­tôt chan­ger d’at­ti­tude. Sa for­tune nou­velle engendre en lui un orgueil sans mesure, et l’en­vie est innée dans l’homme : avec ces deux vices il n’y a plus en lui que per­ver­si­té ; il com­met fol­le­ment des crimes sans nombre, saoul tan­tôt d’or­gueil, tan­tôt d’en­vie. Un tyran, cepen­dant, devrait igno­rer l’en­vie, lui qui a tout, mais il est dans sa nature de prou­ver le contraire à ses conci­toyens. Il éprouve une haine jalouse à voir vivre jour après jour les gens de bien ; seuls les pires coquins lui plaisent, il excelle à accueillir la calom­nie. Suprême incon­sé­quence : gar­dez quelque mesure dans vos louanges, il s’in­digne de n’être pas flat­té bas­se­ment ; flat­­tez-le bas­se­ment, il s’en indigne encore comme d’une fla­gor­ne­rie. Mais le pire, je vais vous le dire : il ren­verse les cou­tumes ances­trales, il outrage les femmes, il fait mou­rir n’im­porte qui sans jugement.

Au contraire, le régime popu­laire (archon plè­thos) porte le plus beau nom qui soit : éga­li­té (iso­no­mia) ; en second lieu, il ne com­met aucun des excès dont un monarque se rend cou­pable : le sort dis­tri­bue les charges, le magis­trat rend compte de ses actes, toute déci­sion y est por­tée devant le peuple (bou­leu­ma­ta pan­ta es to koi­non ana­phé­rein). Donc voi­ci mon opi­nion : renon­çons à la monar­chie et met­tons le peuple au pou­voir, car seule doit comp­ter la majorité. »

« Com­pa­gnons de révolte, il est clair qu’un seul d’entre nous va devoir régner […]. Pour moi, je ne pren­drai point part à cette com­pé­ti­tion : je ne veux ni com­man­der ni obéir ; mais si je renonce au pou­voir, c’est à la condi­tion que je n’au­rai pas à obéir à l’un de vous, ni moi, ni aucun de mes des­cen­dants à l’avenir. » »
Ota­nès, sous la plume d’Hé­ro­dote, L’En­quête (≈ ‑445).

 

VERGOGNE = impor­tance que l’on donne à l’opinion des autres

« Qu’on mette à mort, comme un fléau de la cité, l’homme qui se montre inca­pable de prendre part à la Ver­gogne et à la Jus­tice. » Zeus, via PLATON (Pro­ta­go­ras, 322b-323a).

èLa ver­gogne pousse à la ver­tu. (Et inversement.)

 

« Le pire des maux est que le pou­voir soit occu­pé par ceux qui l’ont voulu. »
Pla­ton, cité par Jacques Rancière.

7.    Contre les inégalités

« Vou­­lez-vous donc don­ner à l’État de la consis­tance, rap­pro­chez les degrés extrêmes autant qu’il est pos­sible ; ne souf­frez ni des gens opu­lents ni des gueux. Ces deux états, natu­rel­le­ment insé­pa­rables, sont éga­le­ment funestes au bien com­mun ; de l’un sortent les fau­teurs de la tyran­nie, et de l’autre les tyrans : c’est tou­jours entre eux que se fait le tra­fic de la liber­té publique : l’un l’achète, et l’autre la vend. »
Rous­seau, Le contrat social (cha­pitre XI des divers sys­tèmes de légis­la­tion), 1762.

 

« Chez les nations com­mer­çantes, les capi­ta­listes et les ren­tiers fai­sant presque tous cause com­mune avec les trai­tants, les finan­ciers et les agio­teurs ; les grandes villes ne ren­ferment que deux classes de citoyens, dont l’une végète dans la misère, et dont l’autre regorge de super­flui­tés : celle-ci pos­sède tous les moyens d’op­pres­sion ; celle-là manque de tous les moyens de défense. Ain­si, dans les répu­bliques, l’extrême inéga­li­té des for­tunes met le peuple entier sous le joug d’une poi­gnée d’individus. »
Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage », 1792.

8.    Arguments contre le faux suffrage universel (élire des maîtres au lieu de voter les lois)

« L’é­lec­teur est celui qui jouit du pri­vi­lège sacré de voter pour l’homme choi­si par un autre. »
Ambrose Bierce.

 

« Le peuple qui se sou­met aux lois doit en être l’auteur. Il n’appartient qu’à ceux qui s’associent de fixer les règles de la société. »
Jean-Jacques Rous­seau, « Du contrat social ou Prin­cipes du droit poli­tique » (1762)

 

« Dès que la socié­té est divi­sée en hommes qui ordonnent et en hommes qui exé­cutent, toute la vie sociale est com­man­dée par la lutte pour le pouvoir. »
Simone Weil, « Réflexions sur les causes de la liber­té et de l’oppression sociale » (1934).

 

Repré­sen­ter signi­fie faire accep­ter comme étant la volon­té de la masse ce qui n’est que volon­té individuelle.

Il est pos­sible de repré­sen­ter, dans cer­tains cas iso­lés, lorsqu’il s’agit par exemple de ques­tions ayant des contours nets et simples et lorsque, par sur­croît, la délé­ga­tion est de brève durée.

Mais une repré­sen­ta­tion per­ma­nente équi­vau­dra tou­jours à une hégé­mo­nie des repré­sen­tants sur les représentés. »
Robert Michels, « Les par­tis poli­tiques. Essai sur les ten­dances oli­gar­chiques des démo­cra­ties » (1911), p 21.

 

« Peut-on par­ler de suf­frage uni­ver­sel sans rire ? Tous sont obli­gés de recon­naître que c’est une mau­vaise arme […] Votre vote, c’est la prière aux dieux sourds de toutes les mytho­lo­gies, quelque chose comme le mugis­se­ment d’un bœuf flai­rant l’abattoir. »
Louise Michel, « Prise de pos­ses­sion » (1890).

 

« Aujourd’hui, le can­di­dat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redres­se­ra et peut-être trop haut. Il men­diait les votes, il vous don­ne­ra des ordres. (…) Le fou­gueux démo­crate n’apprend-il pas à cour­ber l’échine quand le ban­quier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les anti­chambres ? L’atmosphère de ces corps légis­la­tifs est mal­saine à res­pi­rer ; vous envoyez vos man­da­taires dans un milieu de cor­rup­tion ; ne vous éton­nez pas s’ils en sortent cor­rom­pus… Au lieu de confier vos inté­rêts à d’autres, défen­­dez-les vous-mêmes ; agissez ! »
Éli­sée Reclus, 26 sep­tembre 1885

 

 

« Les qua­li­tés néces­saires pour accé­der au pou­voir n’ont rien à voir avec les qua­li­tés néces­saires pour exer­cer le pouvoir. »
Léon Blum.

 

« Quand j’ai voté, mon éga­li­té tombe dans la boîte avec mon bul­le­tin ; ils dis­pa­raissent ensemble. »
Louis Veuillot.

 

« Beau­coup de formes de gou­ver­ne­ment ont été tes­tées, et seront tes­tées dans ce monde de péché et de mal­heur. Per­sonne ne pré­tend que la démo­cra­tie est par­faite ou omni­sciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gou­ver­ne­ment à l’ex­cep­tion de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sen­ti­ment, lar­ge­ment par­ta­gé dans notre pays, que le peuple doit être sou­ve­rain, sou­ve­rain de façon conti­nue, et que l’o­pi­nion publique, expri­mée par tous les moyens consti­tu­tion­nels, devrait façon­ner, gui­der et contrô­ler les actions de ministres qui en sont les ser­vi­teurs et non les maîtres.

[…]

Un groupe d’hommes qui a le contrôle de la machine et une majo­ri­té par­le­men­taire a sans aucun doute le pou­voir de pro­po­ser ce qu’il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l’ap­pré­cie ou non, ou la moindre réfé­rence à sa pré­sence dans son pro­gramme de campagne.

[…]

Le par­ti adverse doit-il vrai­ment être auto­ri­sé à faire adop­ter des lois affec­tant le carac­tère même de ce pays dans les der­nières années de ce Par­le­ment sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l’a pla­cé là où il est ? Non, Mon­sieur, la démo­cra­tie dit : « Non, mille fois non. Vous n’a­vez pas le droit de faire pas­ser, dans la der­nière phase d’une légis­la­ture, des lois qui ne sont pas accep­tées ni dési­rées par la majo­ri­té populaire. […] »
W Chur­chill, dis­cours du 11 novembre 1947.

 

« Dès qu’une fois un peuple a confié à quelques-uns de ses membres le dan­ge­reux dépôt de l’au­to­ri­té publique et qu’il leur a remis le soin de faire obser­ver les lois, tou­jours enchaî­né par elles, il voit tôt ou tard sa liber­té, ses biens, sa vie à la mer­ci des chefs qu’il s’est choi­si pour le défendre. »
Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

 

« Dès que la socié­té est divi­sée en hommes qui ordonnent et en hommes qui exé­cutent, toute la vie sociale est com­man­dée par la lutte pour le pouvoir. »
Simone Weil, « Réflexions sur les causes de la liber­té et de l’oppression sociale » (1934).

 

« C’est un blas­phème poli­tique d’o­ser avan­cer que la nation, de qui émanent tous les pou­voirs, ne peut les exer­cer que par délé­ga­tion ; ce qui la met­trait elle-même dans la dépen­dance, ou plu­tôt sous le joug de ses propres mandataires. »
Jean-Paul Marat, 1791.

 

« Sur le conti­nent d’Eu­rope, le tota­li­ta­risme est le péché ori­gi­nel des partis. »
Simone Weil, « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques » 1940, « Écrits de Londres », p. 126 et s.

 

« Le par­le­ment sous l’in­fluence de la cour, ne s’oc­cu­pe­ra jamais du bon­heur public. Ne conce­­vez-vous pas que des intri­gants qui ne doivent leur nomi­na­tion qu’à l’or qu’ils ont semé, non contents de négli­ger vos inté­rêts, se font un devoir de vous trai­ter en vils mer­ce­naires ? Cher­chant à rac­cro­cher ce qu’ils ont dépen­sé pour vous cor­rompre, ils ne feront usage des pou­voirs que vous leur avez remis, que pour s’en­ri­chir à vos dépens, que pour tra­fi­quer impu­né­ment de vos droits. »
Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’es­cla­vage (1792).

« Si les bour­geois ont pris les armes en 89, c’est avant tout par effroi des pauvres. La bour­geoi­sie s’est ser­vie des pauvres dont elle avait besoin pour inti­mi­der la Cour et pour éta­blir sa propre oli­gar­chie. Et les nou­veaux maîtres, la Légis­la­tive, sont des fai­seurs d’affaires pour qui la liber­té c’est le pri­vi­lège de s’enrichir sans obstacle. »
Jean-Paul Marat, « L’ami du peuple », 20 nov. 1791, cité par Hen­ri Guille­min dans « Les deux révo­lu­tions. », p. 110.

 

« Les grands hommes appellent honte le fait de perdre et non celui de trom­per pour gagner. »
Machia­vel Nico­las (1469−1527)

 

« Bien avant que les élec­teurs alle­mands ne portent Hit­ler au pou­voir, quand Bona­parte (Napo­léon III) eut assas­si­né la répu­blique, il pro­cla­ma le suf­frage uni­ver­sel. Quand le comte de Bis­marck eut assu­ré la vic­toire des hobe­reaux prus­siens, il pro­cla­ma le suf­frage uni­ver­sel. Dans les deux cas, la pro­cla­ma­tion, l’oc­troi du suf­frage uni­ver­sel scel­la le triomphe du des­po­tisme. Cela seul devrait ouvrir les yeux aux amou­reux du suf­frage universel. »
Wil­helm Liebknecht

 

 

Cla­rens, Vaud, 26 sep­tembre 1885. 

 

« Com­pa­gnons,

Vous deman­dez à un homme de bonne volon­té, qui n’est ni votant ni can­di­dat, de vous expo­ser quelles sont ses idées sur l’exer­cice du droit de suf­frage.

Le délai que vous m’ac­cor­dez est bien court, mais ayant, au sujet du vote élec­to­ral, des convic­tions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se for­mu­ler en quelques mots.

Voter, c’est abdi­quer ; nom­mer un ou plu­sieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renon­cer à sa propre sou­ve­rai­ne­té. Qu’il devienne monarque abso­lu, prince consti­tu­tion­nel ou sim­ple­ment man­da­taire muni d’une petite part de royau­té, le can­di­dat que vous por­tez au trône ou au fau­teuil sera votre supé­rieur. Vous nom­mez des hommes qui sont au-des­­sus des lois, puis­qu’ils se chargent de les rédi­ger et que leur mis­sion est de vous faire obéir. 

Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquer­ront sou­dain, au tin­te­ment d’une son­nette, la ver­tu de tout savoir et de tout com­prendre. Vos man­da­taires ayant à légi­fé­rer sur toutes choses, des allu­mettes aux vais­seaux de guerre, de l’é­che­nillage des arbres à l’ex­ter­mi­na­tion des peu­plades rouges ou noires, il vous semble que leur intel­li­gence gran­disse en rai­son même de l’im­men­si­té de la tâche. L’his­toire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pou­voir a tou­jours affo­lé, le par­lo­tage a tou­jours abê­ti. Dans les assem­blées sou­ve­raines, la médio­cri­té pré­vaut fatalement.

Voter c’est évo­quer la tra­hi­son. Sans doute, les votants croient à l’hon­nê­te­té de ceux aux­quels ils accordent leurs suf­frages  — et peut-être ont-il rai­son le pre­mier jour, quand les can­di­dats sont encore dans la fer­veur du pre­mier amour. Mais chaque jour a son len­de­main. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’­hui, le can­di­dat s’in­cline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redres­se­ra et peut-être trop haut. Il men­diait les votes, il vous don­ne­ra des ordres. L’ou­vrier, deve­nu contre­maître, peut-il res­ter ce qu’il était avant d’a­voir obte­nu la faveur du patron ? Le fou­gueux démo­crate n’ap­prend-il pas à cour­ber l’é­chine quand le ban­quier daigne l’in­vi­ter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’hon­neur de l’en­tre­te­nir dans les anti­chambres ? L’at­mo­sphère de ces corps légis­la­tifs est mal­sain à res­pi­rer, vous envoyez vos man­da­taires dans un milieu de cor­rup­tion ; ne vous éton­nez pas s’ils en sortent corrompus.

N’ab­di­quez donc pas, ne remet­tez donc pas vos des­ti­nées à des hommes for­cé­ment inca­pables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos inté­rêts à d’autres, défen­­dez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avo­cats pour pro­po­ser un mode d’ac­tion futur,  agis­sez ! Les occa­sions ne manquent pas aux hommes de bon vou­loir. Reje­ter sur les autres la res­pon­sa­bi­li­té de sa conduite, c’est man­quer de vaillance.

Je vous salue de tout cœur, compagnons. »

Éli­sée Reclus, Lettre adres­sée à Jean Grave, insé­rée dans Le Révol­té du 11 octobre 1885 Reclus, Éli­sée (1830−1905), Cor­res­pon­dance, Paris : Schlei­cher Frères : A. Costes, 1911–1925

 

« Les par­tis sont un mer­veilleux méca­nisme, par la ver­tu duquel, dans toute l’é­ten­due d’un pays, pas un esprit ne donne son atten­tion à l’ef­fort de dis­cer­ner, dans les affaires publiques, le bien, la jus­tice, la vérité. »
Simone Weil, « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques » 1940.

 

 

La grève des électeurs

« Une chose m’é­tonne pro­di­gieu­se­ment — j’o­se­rai dire qu’elle me stu­pé­fie — c’est qu’à l’heure scien­ti­fique où j’é­cris, après les innom­brables expé­riences, après les scan­dales jour­na­liers, il puisse exis­ter encore dans notre chère France (comme ils disent à la Com­mis­sion du bud­get) un élec­teur, un seul élec­teur, cet ani­mal irra­tion­nel, inor­ga­nique, hal­lu­ci­nant, qui consente à se déran­ger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plai­sirs, pour voter en faveur de quel­qu’un ou de quelque chose. Quand on réflé­chit un seul ins­tant, ce sur­pre­nant phé­no­mène n’est-il pas fait pour dérou­ter les phi­lo­so­phies les plus sub­tiles et confondre la rai­son ? Où est-il le Bal­zac qui nous don­ne­ra la phy­sio­lo­gie de l’é­lec­teur moderne ? et le Char­cot qui nous expli­que­ra l’a­na­to­mie et les men­ta­li­tés de cet incu­rable dément ? Nous l’attendons.

Je com­prends qu’un escroc trouve tou­jours des action­naires, la Cen­sure des défen­seurs, l’O­pé­ra-Comique des dilet­tan­ti, le Consti­tu­tion­nel des abon­nés, M. Car­not des peintres qui célèbrent sa triom­phale et rigide entrée dans une cité lan­gue­do­cienne ; je com­prends M. Chan­ta­voine s’obs­ti­nant à cher­cher des rimes ; je com­prends tout. Mais qu’un dépu­té, ou un séna­teur, ou un pré­sident de Répu­blique, ou n’im­porte lequel par­mi tous les étranges far­ceurs qui réclament une fonc­tion élec­tive, quelle qu’elle soit, trouve un élec­teur, c’est-à-dire l’être irrê­vé, le mar­tyr impro­bable, qui vous nour­rit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enri­chit de son argent, avec la seule pers­pec­tive de rece­voir, en échange de ces pro­di­ga­li­tés, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au der­rière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poi­trine, en véri­té, cela dépasse les notions déjà pas mal pes­si­mistes que je m’é­tais faites jus­qu’i­ci de la sot­tise humaine, en géné­ral, et de la sot­tise fran­çaise en par­ti­cu­lier, notre chère et immor­telle sot­tise, ô chauvin !

Il est bien enten­du que je parle ici de l’é­lec­teur aver­ti, convain­cu, de l’é­lec­teur théo­ri­cien, de celui qui s’i­ma­gine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, éta­ler sa sou­ve­rai­ne­té, expri­mer ses opi­nions, impo­ser — ô folie admi­rable et décon­cer­tante — des pro­grammes poli­tiques et des reven­di­ca­tions sociales ; et non point de l’é­lec­teur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résul­tats de sa toute-puis­­sance » qu’une rigo­lade à la char­cu­te­rie monar­chiste, ou une ribote au vin répu­bli­cain. Sa sou­ve­rai­ne­té à celui-là, c’est de se pochar­der aux frais du suf­frage uni­ver­sel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait. Mais les autres ?

Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les aus­tères, les peuple sou­ve­rain, ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lors­qu’ils se regardent et se disent : « Je suis élec­teur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la socié­té moderne. Par ma volon­té, Floque fait des lois aux­quelles sont astreints trente-six mil­lions d’hommes, et Bau­dry d’As­son aus­si, et Pierre Alype éga­le­ment. » Com­ment y en a‑t‑il encore de cet aca­bit ? Com­ment, si entê­tés, si orgueilleux, si para­doxaux qu’ils soient, n’ont-ils pas été, depuis long­temps, décou­ra­gés et hon­teux de leur œuvre ? Com­ment peut-il arri­ver qu’il se ren­contre quelque part, même dans le fond des landes per­dues de la Bre­tagne, même dans les inac­ces­sibles cavernes des Cévennes et des Pyré­nées, un bon­homme assez stu­pide, assez dérai­son­nable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l’y oblige, sans qu’on le paye ou sans qu’on le soûle ?

À quel sen­ti­ment baroque, à quelle mys­té­rieuse sug­ges­tion peut bien obéir ce bipède pen­sant, doué d’une volon­té, à ce qu’on pré­tend, et qui s’en va, fier de son droit, assu­ré qu’il accom­plit un devoir, dépo­ser dans une boîte élec­to­rale quel­conque un quel­conque bul­le­tin, peu importe le nom qu’il ait écrit des­sus ?… Qu’est-ce qu’il doit bien se dire, en dedans de soi, qui jus­ti­fie ou seule­ment qui explique cet acte extravagant ?

Qu’est-ce qu’il espère ? Car enfin, pour consen­tir à se don­ner des maîtres avides qui le grugent et qui l’as­somment, il faut qu’il se dise et qu’il espère quelque chose d’ex­tra­or­di­naire que nous ne soup­çon­nons pas. Il faut que, par de puis­santes dévia­tions céré­brales, les idées de dépu­té cor­res­pondent en lui à des idées de science, de jus­tice, de dévoue­ment, de tra­vail et de pro­bi­té ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Bai­haut, non moins que dans ceux de Rou­vier et de Wil­son, il découvre une magie spé­ciale et qu’il voie, au tra­vers d’un mirage, fleu­rir et s’é­pa­nouir dans Ver­goin et dans Hub­bard, des pro­messes de bon­heur futur et de sou­la­ge­ment immé­diat. Et c’est cela qui est véri­ta­ble­ment effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comé­dies les plus bur­lesques, ni les plus sinistres tragédies.

Voi­là pour­tant de longs siècles que le monde dure, que les socié­tés se déroulent et se suc­cèdent, pareilles les unes aux autres, qu’un fait unique domine toutes les his­toires : la pro­tec­tion aux grands, l’é­cra­se­ment aux petits. Il ne peut arri­ver à com­prendre qu’il n’a qu’une rai­son d’être his­to­rique, c’est de payer pour un tas de choses dont il ne joui­ra jamais, et de mou­rir pour des com­bi­nai­sons poli­tiques qui ne le regardent point.

Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puis­qu’il est obli­gé de se dépouiller de l’un, et de don­ner l’autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bour­reaux, il a des pré­fé­rences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il vote­ra demain, il vote­ra tou­jours. Les mou­tons vont à l’a­bat­toir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’es­pèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le bou­cher qui les tue­ra, et pour le bour­geois qui les man­ge­ra. Plus bête que les bêtes, plus mou­ton­nier que les mou­tons, l’é­lec­teur nomme son bou­cher et choi­sit son bour­geois. Il a fait des Révo­lu­tions pour conqué­rir ce droit.

Ô bon élec­teur, inex­pri­mable imbé­cile, pauvre hère, si, au lieu de te lais­ser prendre aux ren­gaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les jour­naux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chi­mé­riques flat­te­ries dont on caresse ta vani­té, dont on entoure ta lamen­table sou­ve­rai­ne­té en gue­nilles, si, au lieu de t’ar­rê­ter, éter­nel badaud, devant les lourdes dupe­ries des pro­grammes ; si tu lisais par­fois, au coin du feu, Scho­pen­hauer et Max Nor­dau, deux phi­lo­sophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être appren­­drais-tu des choses éton­nantes et utiles. Peut-être aus­si, après les avoir lus, serais-tu moins empres­sé à revê­tir ton air grave et ta belle redin­gote, à cou­rir ensuite vers les urnes homi­cides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’a­vance le nom de ton plus mor­tel enne­mi. Ils te diraient, en connais­seurs d’hu­ma­ni­té, que la poli­tique est un abo­mi­nable men­songe, que tout y est à l’en­vers du bon sens, de la jus­tice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des des­ti­nées humaines.

Rêve après cela, si tu veux, des para­dis de lumières et de par­fums, des fra­ter­ni­tés impos­sibles, des bon­heurs irréels. C’est bon de rêver, et cela calme la souf­france. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la dou­leur, la haine et le meurtre. Sur­tout, sou­­viens-toi que l’homme qui sol­li­cite tes suf­frages est, de ce fait, un mal­hon­nête homme, parce qu’en échange de la situa­tion et de la for­tune où tu le pousses, il te pro­met un tas de choses mer­veilleuses qu’il ne te don­ne­ra pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pou­voir de te don­ner. L’homme que tu élèves ne repré­sente ni ta misère, ni tes aspi­ra­tions, ni rien de toi ; il ne repré­sente que ses propres pas­sions et ses propres inté­rêts, les­quels sont contraires aux tiens. Pour te récon­for­ter et rani­mer des espé­rances qui seraient vite déçues, ne va pas t’i­ma­gi­ner que le spec­tacle navrant auquel tu assistes aujourd’­hui est par­ti­cu­lier à une époque ou à un régime, et que cela pas­se­ra. Toutes les époques se valent, et aus­si tous les régimes, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bon­homme, et fais la grève du suf­frage uni­ver­sel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pour­ra t’a­mu­ser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fer­mée aux qué­man­deurs d’au­mônes poli­tiques, tu regar­de­ras défi­ler la bagarre, en fumant silen­cieu­se­ment ta pipe.

Et s’il existe, en un endroit igno­ré, un hon­nête homme capable de te gou­ver­ner et de t’ai­mer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa digni­té pour se mêler à la lutte fan­geuse des par­tis, trop fier pour tenir de toi un man­dat que tu n’ac­cordes jamais qu’à l’au­dace cynique, à l’in­sulte et au mensonge.

Je te l’ai dit, bon­homme, rentre chez toi et fais la grève. »

Octave Mir­beau, Le Figa­ro, 28 novembre 1888.

 

« Paris ! Le Paris qui vote, la cohue, le peuple sou­ve­rain tous les quatre ans… Le peuple suf­fi­sam­ment nigaud pour croire que la sou­ve­rai­ne­té consiste à se nom­mer des maîtres. Comme par­qués devant les mai­ries, c’était des trou­peaux d’électeurs, des hébé­tés, des féti­chistes qui tenaient le petit bul­le­tin par lequel ils disent : J’abdique. […] Addi­tion­nez les bul­le­tins blancs et comp­tez les bul­le­tins nuls, ajoutez‑y les abs­ten­tions, voix et silences qui nor­ma­le­ment se réunissent pour signi­fier ou le dégoût ou le mépris. Un peu de sta­tis­tique s’il vous plaît, et vous consta­te­rez faci­le­ment que, dans toutes les cir­cons­crip­tions, le mon­sieur pro­cla­mé frau­du­leu­se­ment dépu­té n’a pas le quart des suf­frages. De là, pour les besoins de la cause, cette locu­tion imbé­cile : Majo­ri­té rela­tive — autant vau­drait dire que, la nuit, il fait jour rela­ti­ve­ment. Aus­si bien l’incohérent, le bru­tal Suf­frage Uni­ver­sel qui ne repose que sur le nombre — et n’a pas même pour lui le nombre — péri­ra dans le ridicule. »
Zo d’Axa, LES FEUILLES, IL EST ÉLU (1900).

 

 

 

« Toute socié­té qui conserve l’i­dée de gou­ver­ne­ment, qui com­porte une légis­la­tion et consacre le droit de com­man­der pour les uns, l’o­bli­ga­tion de se sou­mettre pour les autres, sup­pose néces­sai­re­ment l’es­prit religieux.

 

La devise de Blan­qui Ni Dieu ni Maître ne peut être scin­dée ; elle est à accep­ter toute entière ou à reje­ter en bloc.

 

Qu’il soit patron, dépu­té, conseiller muni­ci­pal ou autre chose de ce genre, le Maître ne peut tenir son auto­ri­té que d’un prin­cipe supé­rieur et celui-ci : gou­ver­ne­ment, patrie, pro­prié­té, suf­frage uni­ver­sel, délé­ga­tion, n’est qu’un dogme nou­veau, une nou­velle religion… »

Sébas­tien Faure (1858−1942)

 

 

« Rous­seau par­tait de deux évi­dences. L’une, que la rai­son dis­cerne et choi­sit la jus­tice et l’u­ti­li­té inno­cente, et que tout crime a pour mobile la pas­sion. L’autre, que la rai­son est iden­tique chez tous les hommes, au lieu que les pas­sions, le plus sou­vent, dif­fèrent. Par suite si, sur un pro­blème géné­ral, cha­cun réflé­chit tout seul et exprime une opi­nion, et si ensuite les opi­nions sont com­pa­rées entre elles, pro­ba­ble­ment elles coïn­ci­de­ront par la par­tie juste et rai­son­nable de cha­cune et dif­fé­re­ront par les injus­tices et les erreurs.

C’est uni­que­ment en ver­tu d’un rai­son­ne­ment de ce genre qu’on admet que le consen­sus uni­ver­sel indique la vérité.

La véri­té est une. La jus­tice est une. Les erreurs, les injus­tices sont indé­fi­ni­ment variables. Ain­si les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le men­songe et le crime les font indé­fi­ni­ment diver­ger. L’u­nion étant une force maté­rielle, on peut espé­rer trou­ver là une res­source pour rendre ici-bas la véri­té et la jus­tice maté­riel­le­ment plus fortes que le crime et l’erreur.

Il y faut un méca­nisme conve­nable. Si la démo­cra­tie consti­tue un tel méca­nisme, elle est bonne. Autre­ment non.

Un vou­loir injuste com­mun à toute la nation n’é­tait aucu­ne­ment supé­rieur aux yeux de Rous­seau — et il était dans le vrai — au vou­loir injuste d’un homme.

Rous­seau pen­sait seule­ment que le plus sou­vent un vou­loir com­mun à tout un peuple est en fait conforme à la jus­tice, par la neu­tra­li­sa­tion mutuelle et la com­pen­sa­tion des pas­sions par­ti­cu­lières. C’é­tait là pour lui l’u­nique motif de pré­fé­rer le vou­loir du peuple à un vou­loir particulier.

C’est ain­si qu’une cer­taine masse d’eau, quoique com­po­sée de par­ti­cules qui se meuvent et se heurtent sans cesse, est dans un équi­libre et un repos par­faits. Elle ren­voie aux objets leurs images avec une véri­té irré­pro­chable. Elle indique par­fai­te­ment le plan hori­zon­tal. Elle dit sans erreur la den­si­té des objets qu’on y plonge.

Si des indi­vi­dus pas­sion­nés, enclins par la pas­sion au crime et au men­songe, se com­posent de la même manière en un peuple véri­dique et juste, alors il est bon que le peuple soit sou­ve­rain. Une consti­tu­tion démo­cra­tique est bonne si d’a­bord elle accom­plit dans le peuple cet état d’é­qui­libre, et si ensuite seule­ment elle fait en sorte que les vou­loirs du peuple soient exécutés.

Le véri­table esprit de 1789 consiste à pen­ser, non pas qu’une chose est juste parce que le peuple la veut, mais qu’à cer­taines con ditions le vou­loir du peuple a plus de chances qu’au­cun autre vou­loir d’être conforme à la justice.

Il y a plu­sieurs condi­tions indis­pen­sables pour pou­voir appli­quer la notion de volon­té géné­rale. Deux doivent par­ti­cu­liè­re­ment rete­nir l’attention.

L’une est qu’au moment où le peuple prend conscience d’un de ses vou­loirs et l’ex­prime, il n’y ait aucune espèce de pas­sion collective.

Il est tout à fait évident que le rai­son­ne­ment de Rous­seau tombe dès qu’il y a pas­sion col­lec­tive. Rous­seau le savait bien. La pas­sion col­lec­tive est une impul­sion de crime et de men­songe infi­ni­ment plus puis­sante qu’au­cune pas­sion indi­vi­duelle. Les impul­sions mau­vaises, en ce cas, loin de se neu­tra­li­ser, se portent mutuel­le­ment à la mil­lième puis­sance. La pres­sion est presque irré­sis­tible, sinon pour les saints authentiques.

Une eau mise en mou­ve­ment par un cou­rant violent, impé­tueux, ne reflète plus les objets, n’a plus une sur­face hori­zon­tale, n’in­dique plus les densités.

Et il importe très peu qu’elle soit mue par un seul cou­rant ou par cinq ou six cou­rants qui se heurtent et font des remous. Elle est éga­le­ment trou­blée dans les deux cas.

Si une seule pas­sion col­lec­tive sai­sit tout un pays, le pays entier est una­nime dans le crime. Si deux ou quatre ou cinq ou dix pas­sions col­lec­tives le par­tagent, il est divi­sé en plu­sieurs bandes de cri­mi­nels. Les pas­sions diver­gentes ne se neu­tra­lisent pas, comme c’est le cas pour une pous­sière de pas­sions indi­vi­duelles fon­dues dans une masse ; le nombre est bien trop petit, la force de cha­cune est bien trop grande, pour qu’il puisse y avoir neu­tra­li­sa­tion. La lutte les exas­père. Elles se heurtent avec un bruit vrai­ment infer­nal, et qui rend impos­sible d’en­tendre même une seconde la voix de la jus­tice et de la véri­té, tou­jours presque imperceptible.

Quand il y a pas­sion col­lec­tive dans un pays, il y a pro­ba­bi­li­té pour que n’im­porte quelle volon­té par­ti­cu­lière soit plus proche de la jus­tice et de la rai­son que la volon­té géné­rale, ou plu­tôt que ce qui en consti­tue la caricature.

La seconde condi­tion est que le peuple ait à expri­mer son vou­loir à l’é­gard des pro­blèmes de la vie publique, et non pas à faire seule­ment un choix de per­sonnes. Encore moins un choix de col­lec­ti­vi­tés irres­pon­sables. Car la volon­té géné­rale est sans aucune rela­tion avec un tel choix.

S’il y a eu en 1789 une cer­taine expres­sion de la volon­té géné­rale, bien qu’on eût adop­té le sys­tème repré­sen­ta­tif faute de savoir en ima­gi­ner un autre, c’est qu’il y avait eu bien autre chose que des élec­tions. Tout ce qu’il y avait de vivant à tra­vers tout le pays — et le pays débor­dait alors de vie — avait cher­ché à expri­mer une pen­sée par l’or­gane des cahiers de reven­di­ca­tions. Les repré­sen­tants s’é­taient en grande par­tie fait connaître au cours de cette coopé­ra­tion dans la pen­sée ; ils en gar­daient l’a cha­leur ; ils sen­taient le pays atten­tif à leurs paroles, jaloux de sur­veiller si elles tra­dui­saient exac­te­ment ses aspi­ra­tions. Pen­dant quelque temps — peu de temps — ils furent vrai­ment de simples organes d’ex­pres­sion pour la pen­sée publique.

Pareille chose ne se pro­dui­sit jamais plus.

Le seul énon­cé de ces deux condi­tions montre que nous n’a­vons jamais rien connu qui res­semble même de loin à une démo­cra­tie. Dans ce que nous nom­mons de ce nom, jamais le peuple n’a l’oc­ca­sion ni le moyen d’ex­pri­mer un avis sur aucun pro­blème de la vie publique ; et tout ce qui échappe aux inté­rêts par­ti­cu­liers est livré aux pas­sions col­lec­tives, les­quelles sont sys­té­ma­ti­que­ment, offi­ciel­le­ment encouragées. »
Simone Weil, « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques » 1940.

 

« Le par­ti se trouve en fait, par l’ef­fet de l’ab­sence de pen­sée, dans un état conti­nuel d’im­puis­sance qu’il attri­bue tou­jours à l’in­suf­fi­sance du pou­voir dont il dis­pose. Serait-il maître abso­lu du pays, les néces­si­tés inter­na­tio­nales imposent des limites étroites.

Ain­si la ten­dance essen­tielle des par­tis est tota­li­taire, non seule­ment rela­ti­ve­ment à une nation, mais rela­ti­ve­ment au globe ter­restre. C’est pré­ci­sé­ment parce que la concep­tion du bien public propre à tel ou tel par­ti est une fic­tion, une chose vide, sans réa­li­té, qu’elle impose la recherche de la puis­sance totale. »
Simone Weil, « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques » 1940.

 

 

« L’é­lec­tion n’est pas le meilleur moyen de dési­gna­tion des magis­trats dans les autres cas (qui n’exigent pas des com­pé­tences par­ti­cu­lières) pour des rai­sons que S. Khil­na­ni résume excel­lem­ment : c’est qu’elle crée une divi­sion du tra­vail politique.

La poli­tique à affaire avec le pou­voir, et la divi­sion du tra­vail en poli­tique ne signi­fie et ne peut signi­fier rien d’autre que la divi­sion entre gou­ver­nants et gou­ver­nés, domi­nants et dominés.

Une démo­cra­tie accep­te­ra évi­dem­ment la divi­sion des tâches poli­tiques, non pas une divi­sion du tra­vail poli­tique, à savoir la divi­sion fixe et stable de la socié­té poli­tique entre diri­geants et exé­cu­tants, l’exis­tence d’une caté­go­rie d’in­di­vi­dus, dont le rôle, le métier, l’in­té­rêt, est de diri­ger les autres. »
C. Cas­to­ria­dis, Fait et à faire, Les car­re­fours du laby­rinthe 5, p 66.

 

 

« Par ce triple carac­tère, tout par­ti est tota­li­taire en germe et en aspi­ra­tion. S’il ne l’est pas en fait, c’est seule­ment parce que ceux qui l’en­tourent ne le sont pas moins que lui. »
Simone Weil, « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis poli­tiques » 1940.

 

 

« Dans les États qui jux­ta­posent à la puis­sance légis­la­tive des Chambres la pos­si­bi­li­té de demandes popu­laires de réfé­ren­dums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’ac­qui­si­tion du pou­voir de pro­non­cer le rejet ou l’a­dop­tion défi­ni­tive des déci­sions parlementaires.

Du coup le Par­le­ment se trouve rame­né au rang de simple auto­ri­té : il ne repré­sente plus la volon­té géné­rale que pour cher­cher et pro­po­ser l’ex­pres­sion qu’il convient de don­ner à celle-ci ; il ne rem­plit ain­si qu’of­fice de fonctionnaire.

Le véri­table sou­ve­rain c’est alors le peuple. »
Car­ré de Mal­berg, dans un article de 1931 « Réfé­ren­dum Ini­tia­tive popu­laire », cité Dans « La démo­cra­tie locale et le réfé­ren­dum » de Marion Pao­let­ti, chez l’Harmattan page 89.

 

9.    Arguments pour le tirage au sort

« Le suf­frage par le sort est de la nature de la démo­cra­tie ; le suf­frage par choix est de celle de l’aristocratie. »
Montesquieu.

 

« Démo­cra­tie : forme de gou­ver­ne­ment où les charges se donnent au sort. »
Pierre Riche­let, Dic­tion­naire (1680).

 

« Tous les confor­mismes, au sens large, sont par nature plus incons­cients. De ce point de vue, le tirage au sort assure la diver­si­té des choix et, plus encore que la neu­tra­li­té, il s’a­git là d’une forme géné­rale d’impartialité et d’une source de richesse dans l’expression des per­son­na­li­tés et l’épanouissement des com­por­te­ments. Au contraire, les règles de coop­ta­tion très éla­bo­rées et très codi­fiées poussent en géné­ral à uni­for­mi­ser les choix. »
Gil Delan­noi, « Le retour du tirage au sort en poli­tique » (2010).

 

« La neu­tra­li­sa­tion des pro­cé­dures que per­met le tirage au sort a sou­vent pour but de sup­pri­mer la com­pé­ti­tion, d’éviter le conflit d’intérêts. Le tirage au sort étant un méca­nisme ins­tan­ta­né, il sup­prime les diverses manœuvres qui pré­cèdent habi­tuel­le­ment la plu­part des autres formes de dési­gna­tion : décla­ra­tions, com­mu­ni­ca­tions, jeux d’influence et tout autre stra­té­gie ouverte ou cachée. La notion de trans­pa­rence (ou d’opacité) n’a plus de sens quand on recourt au tirage. Le recours au tirage au sort anni­hile les ambi­tions extra­or­di­naires et impose le sens ordi­naire des res­pon­sa­bi­li­tés. Les effets qui sont recher­chés sont, en fait, des non effets. Tout ce qui relève de l’intrigue et de la com­pé­ti­tion est sup­pri­mé par le tirage dès lors qu’il est programmé. »
Gil Delan­noi, « Le retour du tirage au sort en poli­tique », décembre 2012.

 

« Car enfin le trait le plus visible dans l’homme juste est de ne point vou­loir du tout gou­ver­ner les autres et de gou­ver­ner seule­ment lui-même. Cela décide tout. Autant dire que les pires gouverneront. »
Alain, 10 décembre 1935

 

« Le suf­frage par le sort est de la nature de la démo­cra­tie ; le suf­frage par choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige per­sonne ; il laisse à chaque citoyen une espé­rance rai­son­nable de ser­vir sa patrie. Mais, comme il est défec­tueux par lui-même, c’est à le régler et à le cor­ri­ger que les grands légis­la­teurs se sont sur­pas­sés. Solon éta­blit à Athènes que l’on nom­me­rait par choix à tous les emplois mili­taires, et que les séna­teurs et les juges seraient élus par le sort. Il vou­lut que l’on don­nât par choix les magis­tra­tures civiles qui exi­geaient une grande dépense, et que les autres fussent don­nées par le sort. Mais, pour cor­ri­ger le sort, il régla qu’on ne pour­rait élire que dans le nombre de ceux qui se pré­sen­te­raient ; que celui qui aurait été élu serait exa­mi­né par des juges, et que cha­cun pour­rait l’accuser d’en être indigne : cela tenait en même temps du sort et du choix. Quand on avait fini le temps de sa magis­tra­ture, il fal­lait essuyer un autre juge­ment sur la manière dont on s’était com­por­té. Les gens sans capa­ci­té devaient avoir bien de la répu­gnance à don­ner leur nom pour être tirés au sort. »
Mon­tes­quieu, « L’esprit des lois », Livre II, Cha­pitre 2.

 

« Il est dif­fi­cile de conce­voir com­ment des hommes qui ont entiè­re­ment renon­cé à l’habitude de se diri­ger eux même pour­raient réus­sir à bien choi­sir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gou­ver­ne­ment libé­ral, éner­gique et sage puisse jamais sor­tir des suf­frages d’un peuple de serviteurs. »
Tocqueville

 

« J’en­tends par JURY un cer­tain nombre de citoyens PRIS AU HASARD et revê­tus momen­ta­né­ment du droit de juger.  …) L’ins­ti­tu­tion du jury peut être aris­to­cra­tique ou démo­cra­tique, sui­vant la classe dans laquelle on prend les jurés ; mais elle conserve tou­jours un carac­tère répu­bli­cain, en ce qu’elle place la direc­tion réelle de la socié­té dans les mains des gou­ver­nés ou d’une por­tion d’entre eux, et non dans celle des gou­ver­nants. (…) le jury est avant tout une ins­ti­tu­tion poli­tique ; on doit le consi­dé­rer comme un mode de la sou­ve­rai­ne­té du peuple ; il faut le reje­ter entiè­re­ment quand on repousse la sou­ve­rai­ne­té du peuple, ou le mettre en rap­port avec les autres lois qui éta­blissent cette sou­ve­rai­ne­té. Le jury forme la par­tie de la nation char­gée d’as­su­rer l’exé­cu­tion des lois, comme les Chambres sont la par­tie de la nation char­gée de faire les lois ; et pour que la socié­té soit gou­ver­née d’une manière fixe et uni­forme, il est néces­saire que la liste des jurés s’é­tende ou se res­serre avec celle des élec­teurs. C’est ce point de vue qui, sui­vant moi, doit tou­jours atti­rer l’at­ten­tion prin­ci­pale du légis­la­teur(*). Le reste est pour ain­si dire acces­soire. (…) De quelque manière qu’on applique le jury, il ne peut man­quer d’exer­cer une grande influence sur le carac­tère natio­nal ; mais cette influence s’ac­croît infi­ni­ment à mesure qu’on l’in­tro­duit plus avant dans les matières civiles.

Le jury, et sur­tout le jury civil, sert à don­ner à l’es­prit de tous les citoyens une par­tie des habi­tudes de l’es­prit du juge ; et ces habi­tudes sont pré­ci­sé­ment celles qui pré­parent le mieux le peuple à être libre. Il répand dans toutes les classes le res­pect pour la chose jugée et l’i­dée du droit. Ôtez ces deux choses, et l’a­mour de l’in­dé­pen­dance ne sera plus qu’une pas­sion des­truc­tive. Il enseigne aux hommes la pra­tique de l’é­qui­té. Cha­cun, en jugeant son voi­sin, pense qu’il pour­ra être jugé à son tour. Cela est vrai sur­tout du jury en matière civile : il n’est presque per­sonne qui craigne d’être un jour l’ob­jet d’une pour­suite cri­mi­nelle ; mais tout le monde peut avoir un pro­cès. Le jury apprend à chaque homme à ne pas recu­ler devant la res­pon­sa­bi­li­té de ses propres actes ; dis­po­si­tion virile, sans laquelle il n’y a pas de ver­tu poli­tique. Il revêt chaque citoyen d’une sorte de magis­tra­ture ; il fait sen­tir à tous qu’ils ont des devoirs à rem­plir envers la socié­té, et qu’ils entrent dans son gouvernement.

En for­çant les hommes à s’oc­cu­per d’autre chose que de leurs propres affaires, il com­bat l’é­goïsme indi­vi­duel, qui est comme la rouille des socié­tés. Le jury sert incroya­ble­ment à for­mer le juge­ment et à aug­men­ter les lumières natu­relles du peuple. C’est là, à mon avis, son plus grand avan­tage. On doit le consi­dé­rer comme une école gra­tuite et tou­jours ouverte, où chaque juré vient s’ins­truire de ses droits, où il entre en com­mu­ni­ca­tion jour­na­lière avec les membres les plus ins­truits et les plus éclai­rés des classes éle­vées, où les lois lui sont ensei­gnées d’une manière pra­tique, et sont mises à la por­tée de son intel­li­gence par les efforts des avo­cats, les avis du juge et les pas­sions mêmes des par­ties. Je pense qu’il faut prin­ci­pa­le­ment attri­buer l’in­tel­li­gence pra­tique et le bon sens poli­tique des Amé­ri­cains au long usage qu’ils ont fait du jury en matière civile.

Je ne sais si le jury est utile à ceux qui ont des pro­cès, mais je suis sûr qu’il est très utile à ceux qui les jugent. Je le regarde comme l’un des moyens les plus effi­caces dont puisse se ser­vir la socié­té pour l’é­du­ca­tion du peuple. (…) Ain­si le jury, qui est le moyen le plus éner­gique de faire régner le peuple, est aus­si le moyen le plus effi­cace de lui apprendre à régner. »
Toc­que­ville, « De la démo­cra­tie en Amé­rique », Livre 1, deuxième par­tie, cha­pitre VIII. GF Flam­ma­rion, tome I, p 371 et s.

(*) Atten­tion : à l’é­poque de Rous­seau et de Toc­que­ville, « Légis­la­teur » signi­fie « Consti­tuant ». ÉC.

 

 

Un kle­ro­te­rion, machine à tirer au sort, à Athènes, il y a 2 500 ans.

 

« Dans une démo­cra­tie, la volon­té de limi­ter le pou­voir des magis­trats s’as­so­cie avec celle de faire ser­vir tout un cha­cun à son tour en qua­li­té de magis­trat. La rota­tion est assu­rée en par­tie par une mul­ti­pli­ca­tion des postes aus­si grande que pos­sible : si, par suite, une très large pro­por­tion de la popu­la­tion civique est des­ti­née à exer­cer tôt ou tard une fonc­tion, le tirage au sort est le moyen logique pour le réa­li­ser. Même en démo­cra­tie, cer­taines charges, pres­ti­gieuses et avan­ta­geuses, sont plus convoi­tées : le tirage au sort assure que la ques­tion de savoir qui les obtien­dra sera réglée par le hasard, alors que l’é­lec­tion ouvre le champ aux que­relles et, en der­nière ana­lyse, à la sta­sis [aux troubles civils] : les démo­crates pré­fé­raient le tirage au sort parce qu’il pré­ve­nait la cor­rup­tion et les divi­sions du corps civique. »
Mogens Her­man Han­sen, « La démo­cra­tie athé­nienne à l’é­poque de Démos­thène, Struc­ture, prin­cipes et idéo­lo­gie », 1991, p 275, cité par Fabrice Wolff, « Qu’est-ce que la démo­cra­tie directe. Mani­feste pour une comé­die his­to­rique » (2010), p 69.

 

10. À propos du processus constituant

« Il est contraire aux prin­cipes du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif qu’un corps s’octroie à lui-même des pouvoirs. »
Tho­mas Paine, « Les droits de l’homme » (1791−1792).

 

« Un gou­ver­ne­ment n’a pas le droit de se décla­rer par­tie pre­nante dans un débat tou­chant aux prin­cipes ou à la méthode uti­li­sés pour éla­bo­rer ou amen­der une consti­tu­tion. Ce n’est pas à l’in­ten­tion de ceux qui exercent le pou­voir gou­ver­ne­men­tal qu’on éta­blit des consti­tu­tions et les gou­ver­ne­ments qui en découlent. Dans toutes ces choses, le droit de juger et d’a­gir appar­tient à ceux qui paient et non à ceux qui reçoivent. »
Tho­mas Paine, Les Droits de l’Homme (1792), chap. 4 Des constitutions.

 

« Un gou­ver­ne­ment ne trouve pas sa force en lui-même, mais dans l’attachement du pays et dans l’intérêt que le peuple trouve à le sou­te­nir. Quand ces deux motifs n’existent plus, le gou­ver­ne­ment n’est plus qu’un enfant au pou­voir ; et il a beau, comme l’ancien gou­ver­ne­ment de la France, har­ce­ler les indi­vi­dus pen­dant long­temps, il ne fait que pré­ci­pi­ter sa propre chute. »
Tho­mas Paine, « Les droits de l’homme » (1791−1792).

 

Il n’est pas d’autre contrat que celui pas­sé entre ses dif­fé­rentes com­po­santes par l’ensemble du peuple en vue d’engendrer et de consti­tuer un gou­ver­ne­ment. Sup­po­ser qu’un gou­ver­ne­ment quel­conque puisse être par­tie pre­nante dans un contrat pas­sé avec le peuple, c’est sup­po­ser que le gou­ver­ne­ment exis­tait avant d’en avoir le droit. Le gou­ver­ne­ment n’est pas un fonds de com­merce que n’importe quel homme ou groupe d’hommes aurait le droit d’ouvrir et de gérer à son pro­fit. Ce n’est qu’un dépôt, confié au nom de ceux qui le délèguent ─ et qui à tout moment peuvent le reprendre. »
Tho­mas Paine, « Les droits de l’homme » (1791−1792).

 

« Avant que d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bon d’examiner l’acte par lequel un peuple est peuple. Car cet acte, étant néces­sai­re­ment anté­rieur à l’autre, est le vrai fon­de­ment de la socié­té. En effet, s’il n’y avait point de conven­tion anté­rieure, où serait, à moins que l’élection ne fût una­nime, l’obligation pour le petit nombre de se sou­mettre au choix du grand, et d’où cent qui veulent un maître ont-ils le droit de voter pour dix qui n’en veulent point ? La loi de la plu­ra­li­té des suf­frages est elle-même un éta­blis­se­ment de conven­tion et sup­pose au moins une fois l’unanimité. »
Jean-Jacques Rous­seau, « Du contrat social ou Prin­cipes du droit poli­tique » (1762), cha­pitre 5 (excep­tion­nel) « Qu’il faut tou­jours remon­ter à une pre­mière convention ».

 

« Le peuple, quand il fait des magis­trats, doit les créer de manière qu’ils aient lieu d’appréhender, s’ils venaient à abu­ser de leur pouvoir. »
Nico­las Machia­vel, Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live, livre 1, chap 41.

 

« Toute consti­tu­tion, toute loi expire natu­rel­le­ment après une période de dix-neuf années. Main­te­nir leur empire pas­sé ce terme, c’est un acte de force et non de droit. »

Tho­mas Jef­fer­son à James Madi­son, Paris, le 6 sep­tembre 1789

 

« Qui­conque veut fon­der un État et lui don­ner des lois doit sup­po­ser d’avance les hommes méchants et tou­jours prêts à déployer ce carac­tère de méchanceté. »
Nico­las Machiavel.

 

« Ce qui est sou­ve­rain, en fait, c’est la force, qui est tou­jours aux mains d’une petite frac­tion de la nation. Ce qui doit être sou­ve­rain, c’est la jus­tice. Toutes les consti­tu­tions poli­tiques, répu­bli­caines et autres, ont pour unique fin — si elles sont légi­times — d’empêcher ou au moins de limi­ter l’op­pres­sion à laquelle la force incline natu­rel­le­ment. Et quand il y a oppres­sion, ce n’est pas la nation qui est oppri­mée. C’est un homme, et un homme, et un homme. La nation n’existe pas ; com­ment serait-elle sou­ve­raine ? Ces for­mules vides ont fait trop de mal pour qu’on puisse leur être indulgent. »
Simone Weil dans « Remarques sur le nou­veau pro­jet de consti­tu­tion » dans « Écrits de Londres », p 86.

 

« Il n’y a point d’en­tre­prise plus dif­fi­cile à conduire, plus incer­taine quant au suc­cès, et plus dan­ge­reuse que celle d’in­tro­duire de nou­velles ins­ti­tu­tions.

Le réfor­ma­teur des ins­ti­tu­tions a pour enne­mis tous ceux qui pro­fi­taient des ins­ti­tu­tions anciennes, et il ne trouve que de tièdes défen­seurs dans ceux pour qui les nou­velles seraient utiles.

Cette tié­deur, au reste, leur vient de deux causes : la pre­mière est la peur qu’ils ont de leurs adver­saires, les­quels ont en leur faveur les lois exis­tantes ; la seconde est l’in­cré­du­li­té com­mune à tous les hommes, qui ne veulent croire à la bon­té des choses nou­velles que lors­qu’ils en ont été bien convain­cus par l’ex­pé­rience. De là vient aus­si que si ceux qui sont enne­mis trouvent l’oc­ca­sion d’at­ta­quer, ils le font avec toute la cha­leur de l’es­prit de par­ti, et que les autres se défendent avec froi­deur, en sorte qu’il y a du dan­ger à com­battre avec eux.

Afin de bien rai­son­ner sur ce sujet, il faut consi­dé­rer si les inno­va­teurs sont puis­sants par eux-mêmes, ou s’ils dépendent d’au­trui, c’est-à-dire si, pour conduire leur entre­prise, ils en sont réduits à prier, ou s’ils ont les moyens de contraindre.

Dans le pre­mier cas, il leur arrive tou­jours mal­heur, et ils ne viennent à bout de rien ; mais dans le second, au contraire, c’est-à-dire quand ils ne dépendent que d’eux-mêmes, et qu’ils sont en état de for­cer, ils courent bien rare­ment le risque de succomber.

C’est pour cela qu’on a vu réus­sir tous les pro­phètes armés, et finir mal­heu­reu­se­ment ceux qui étaient désarmés. »
Machia­vel, Le prince (1515), cha­pitre VI.

 

« Tout homme qui a le pou­voir de bri­mer ou de trom­per des hommes doit être obli­gé à prendre l’en­ga­ge­ment de ne pas le faire. »
Simone Weil, « Remarques sur le nou­veau pro­jet de consti­tu­tion » dans « Écrits de Londres », p 87.

 

« L’ac­cu­mu­la­tion de tous les pou­voirs, légis­la­tif, exé­cu­tif et judi­ciaire, dans les mêmes mains, soit d’un seul homme, soit de quelques-uns, soit de plu­sieurs, soit par l’hé­ré­di­té, par la conquête, ou par l’é­lec­tion, peut jus­te­ment être consi­dé­rée comme la véri­table défi­ni­tion de la tyrannie. »
James Madi­son, « Le Fédé­ra­liste », n°47, 1er février 1788.

 

« Cha­cun com­mande par­tout où il en a le pouvoir. »
Des Athé­niens réa­listes, signa­lés par Simone Weil.

 

« L’ac­tion humaine n’a pas d’autre règle ou limite que les obstacles. »
Des Athé­niens réa­listes, signa­lés par Simone Weil.

 

« C’est une expé­rience éter­nelle que tout homme qui a du pou­voir est por­té à en abu­ser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! la ver­tu même a besoin de limites. »
Montesquieu.
« La plu­part des légis­la­teurs ont été des hommes bor­nés, que le hasard a mis à la tête des autres, et qui n’ont presque consul­té que leurs pré­ju­gés et leurs fantaisies.

Il semble qu’ils aient mécon­nu la gran­deur et la digni­té même de leur ouvrage : ils se sont amu­sés à faire des ins­ti­tu­tions pué­riles, avec les­quelles ils se sont, à la véri­té, confor­més aux petits esprits, mais décré­di­tés auprès des gens de bon sens.

Ils se sont jetés dans des détails inutiles ; ils ont don­né dans les cas par­ti­cu­liers, ce qui marque un génie étroit qui ne voit les choses que par par­ties, et n’embrasse rien d’une vue générale.

Quelques-uns ont affec­té de se ser­vir d’une autre langue que la vul­gaire : chose absurde pour un fai­seur de lois. Com­ment peut-on les obser­ver, si elles ne sont pas connues ?

Ils ont sou­vent abo­li sans néces­si­té celles qu’ils ont trou­vées éta­blies ; c’est-à-dire qu’ils ont jeté les peuples dans les désordres insé­pa­rables des chan­ge­ments. Il est vrai que, par une bizar­re­rie qui vient plu­tôt de la nature que de l’es­prit des hommes, il est quel­que­fois néces­saire de chan­ger cer­taines lois. Mais le cas est rare, et, lors­qu’il arrive, il n’y faut tou­cher que d’une main trem­blante : on y doit obser­ver tant de solen­ni­tés et appor­ter tant de pré­cau­tions que le peuple en conclue natu­rel­le­ment que les lois sont bien saintes, puis­qu’il faut tant de for­ma­li­tés pour les abroger. »
Mon­tes­quieu, Lettres Per­sanes, lettre CXXIX. (Note : le « légis­la­teur », à l’é­poque, est l’au­teur de la Consti­tu­tion — pas celui des lois ordinaires.)

 

« La parole n’a pas été don­née à l’homme, il l’a prise. »
Aragon.

11. Légitimité

« Il y a un para­doxe de la force, car la force c’est la peur en action, et la peur, elle est conta­gieuse : impos­sible de faire peur aux hommes sans finir par en avoir peur. C’est de cette loi de l’es­prit humain que naît le plus grand tour­ment de la vie : la peur réci­proque du pou­voir et de ses sujets. Pour com­battre ce fléau, l’hu­ma­ni­té n’a jus­qu’à pré­sent trou­vé que deux remèdes : d’a­bord les phi­lo­so­phies et les reli­gions mys­tiques ; ensuite, dans les der­niers siècles, les prin­cipes de LÉGITIMITÉ. En somme, un gou­ver­ne­ment légi­time est un pou­voir qui s’est libé­ré de la peur, parce qu’il a appris à s’ap­puyer sur le consen­te­ment, actif ou pas­sif, et à réduire en pro­por­tion l’emploi de la force. »
Gugliel­mo Fer­re­ro (1871−1942), « Pou­voir. Les Génies Invi­sibles De La Cité » (1943 post­hume), cité par Rosan­val­lon, « Les formes de la sou­ve­rai­ne­té néga­tive » (2006,  cours 1, 48′54″).

 

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être tou­jours le maître, s’il ne trans­forme sa force en droit, et l’o­béis­sance en devoir. »
Rous­seau, « Du contrat social, prin­cipes du droit poli­tique » (1762), cha­pitre 1.3, Du droit du plus fort.

 

« Qu’est-ce qui fait que l’État est un ? C’est l’union de ses membres. Et d’où naît l’union de ses membres ? De l’obligation qui les lie. Tout est d’accord jusqu’ici. Mais quel est le fon­de­ment de cette obli­ga­tion ? Voi­là où les auteurs se divisent. Selon les uns, c’est la force ; selon d’autres, l’autorité pater­nelle ; selon d’autres, la volon­té de Dieu. Cha­cun éta­blit son prin­cipe et attaque celui des autres : je n’ai pas moi-même fait autre­ment, et, sui­vant la plus saine par­tie de ceux qui ont dis­cu­té ces matières, j’ai posé pour fon­de­ment du corps poli­tique la conven­tion de ses membres, j’ai réfu­té les prin­cipes dif­fé­rents du mien.  Indé­pen­dam­ment de la véri­té de ce prin­cipe, il l’emporte sur tous les autres par la soli­di­té du fon­de­ment qu’il éta­blit ; car quel fon­de­ment plus sûr peut avoir l’obligation par­mi les hommes que LE LIBRE ENGAGEMENT DE CELUI QUI S’OBLIGE ? On peut dis­pu­ter tout autre prin­cipe […] ; on ne sau­rait dis­pu­ter celui-là. »
Rous­seau, « Sixième lettre écrite de la mon­tagne » (1764).

 

« Dans l’o­ri­gine, les rois et les princes furent tous de simples chefs de brigands. »
Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’es­cla­vage (1774).

 

12. Bien commun, intérêt général, besoin de controverses

« Le cri­tère du bien ne peut être que la véri­té, la jus­tice et, en second lieu, l’utilité publique.

La démo­cra­tie, le pou­voir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, esti­més effi­caces à tort ou à raison.

Seul ce qui est juste est légitime. »
Simone Weil, Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis politiques.

 

« Est juste ce qui est appro­prié au bien commun. »
Claude Rochet, d’après Tho­mas d’Aquin.

 

« Au Japon, au début du 7e siècle, le prince boud­dhiste Sho­ko­to […] fut aus­si l’initiateur d’une consti­tu­tion rela­ti­ve­ment libé­rale ou KEMPO, appe­lée la « consti­tu­tion des 17 articles », en 604 après JC. Tout à fait dans l’esprit de la Grande Charte (Magna Car­ta) signée six siècles plus tard en Angle­terre, elle insis­tait sur le fait que les déci­sions rela­tives à des sujets d’importance ne devaient pas être prises par un seul. Elles devaient être dis­cu­tées par plu­sieurs personnes.

Cette consti­tu­tion don­nait aus­si le conseil sui­vant : « ne soyons pas por­tés à l’esprit de res­sen­ti­ment lorsque les opi­nions d’autrui dif­fèrent des nôtres. Car tout homme a un cœur, et tout cœur a ses propres incli­na­tions. Ce qui est juste pour les uns est faux pour les autres, et inversement. »
Amar­tya Sen, « La démo­cra­tie des autres », page 32.

 

« Une convic­tion ne se ren­force que si nous la nour­ris­sons d’objections. »
Nicolás Gómez Dávi­la, « Les hor­reurs de la démo­cra­tie », 2003, n°213.

 

Le débat est l’essence de l’éducation et de la démocratie

Au lieu de rendre, comme d’ha­bi­tude, l’é­cole res­pon­sable de cette igno­rance dépri­mante des affaires publiques, nous devrions cher­cher ailleurs une expli­ca­tion plus com­plète, en gar­dant à l’es­prit que les gens acquièrent faci­le­ment les connais­sances dont ils peuvent faire usage.

Puisque le public ne par­ti­cipe plus aux débats sur les ques­tions natio­nales, il n’a aucune rai­son de s’in­for­mer des affaires civiques. C’est le déclin du débat public, et non pas le sys­tème sco­laire (quelle que soit, par ailleurs, sa dégra­da­tion) qui fait que le public est mal infor­mé, mal­gré toutes les mer­veilles de l’âge de l’in­for­ma­tion. Quand le débat devient un art dont on a per­du le secret, l’in­for­ma­tion aura beau être aus­si faci­le­ment acces­sible que l’on vou­dra, elle ne lais­se­ra aucune marque.

Ce que demande la démo­cra­tie, c’est un débat public vigou­reux, et non de l’in­for­ma­tion. Bien sûr, elle a éga­le­ment besoin d’in­for­ma­tion, mais le type d’in­for­ma­tion dont elle a besoin ne peut être pro­duit que par le débat. Nous ne savons pas quelles choses nous avons besoin de savoir tant que nous n’a­vons pas posé les bonnes ques­tions, et nous ne pou­vons poser les bonnes ques­tions qu’en sou­met­tant nos idées sur le monde à l’é­preuve de la contro­verse publique.

L’in­for­ma­tion qui est d’or­di­naire conçue comme une condi­tion préa­lable au débat se com­prend mieux comme son pro­duit déri­vé. Quand nous nous enga­geons dans des dis­cus­sions qui cap­tivent entiè­re­ment notre atten­tion en la foca­li­sant, nous nous trans­for­mons en cher­cheurs avides d’in­for­ma­tion per­ti­nente. Sinon, nous absor­bons pas­si­ve­ment l’in­for­ma­tion — si tant est que nous l’absorbions. »
Chris­to­pher Lasch, « La révolte des élites, et la tra­hi­son de la démo­cra­tie », 1994, p 168.

 

« Les mêmes qui lui ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »
John Mil­ton, cité par Noam Chom­sky dans « La fabri­ca­tion du consen­te­ment. De la pro­pa­gande média­tique en démo­cra­tie. » (Agone, 2008).

 

« Ce qu’il faut sau­ve­gar­der avant tout, ce qui est le bien ines­ti­mable conquis par l’homme à tra­vers tous les pré­ju­gés, toutes les souf­frances et tous les com­bats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de véri­té sacrée, c’est-à-dire inter­dite à la pleine inves­ti­ga­tion de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liber­té sou­ve­raine de l’esprit ; c’est qu’aucune puis­sance ou inté­rieure ou exté­rieure, aucun pou­voir, aucun dogme ne doit limi­ter le per­pé­tuel effort et la per­pé­tuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute véri­té qui ne vient pas de nous est un mensonge. »
Chris­to­pher Hill, « 1640 : la révo­lu­tion anglaise » (1940).

 

« Quand un tis­su de men­songes bien embal­lé a été ven­du pro­gres­si­ve­ment aux masses pen­dant des géné­ra­tions, la véri­té paraî­tra com­plè­te­ment absurde et son repré­sen­tant un fou furieux. »
Dresde James.

 

« Le lan­gage poli­tique est conçu pour don­ner aux men­songes des airs de véri­té, rendre le meurtre res­pec­table, et faire pas­ser pour solide ce qui n’est que du vent. »
George Orwell.

 

« Les noms mêmes des quatre minis­tères qui nous dirigent font res­sor­tir une sorte d’im­pu­dence dans le ren­ver­se­ment déli­bé­ré des faits. Le minis­tère de la Paix s’oc­cupe de la guerre, celui de la Véri­té, des men­songes, celui de l’A­mour, de la tor­ture, celui de l’A­bon­dance, de la famine. Ces contra­dic­tions ne sont pas acci­den­telles, elles ne résultent pas non plus d’une hypo­cri­sie ordi­naire, elles sont des exer­cices déli­bé­rés de doublepensée.

Ce n’est en effet qu’en conci­liant des contraires que le pou­voir peut être indé­fi­ni­ment rete­nu. L’an­cien cycle ne pou­vait être bri­sé d’au­cune autre façon. Pour que l’é­ga­li­té humaine soit à jamais écar­tée, pour que les grands, comme nous les avons appe­lés, gardent per­pé­tuel­le­ment leurs places, la condi­tion men­tale domi­nante doit être la folie dirigée. »
George Orwell, 1984.

 

13. Tyrannie

« Ain­si, le der­nier coup que les princes portent à la liber­té, c’est de vio­ler les lois au nom des lois mêmes, de toutes les ren­ver­ser, en fei­gnant de les défendre, et de punir comme rebelle qui­conque ose les défendre en effet : tyran­nie la plus cruelle de toutes, en ce qu’elle s’exerce sous le man­teau même de la justice. »
Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’es­cla­vage (1792).

 

« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pou­vez être sûr que la liber­té n’y est pas. »
Montesquieu.

 

« Le des­po­tisme, cette forme de gou­ver­ne­ment où per­sonne n’est citoyen. »
Montesquieu.

 

« TOUT SERAIT PERDU, si le même homme, ou le même corps des prin­ci­paux, ou des nobles, ou du peuple, exer­çaient ces trois pou­voirs : celui de faire des lois, celui d’exé­cu­ter les réso­lu­tions publiques, et celui de juger les crimes ou les dif­fé­rends des particuliers. »
Mon­tes­quieu, De l’esprit des lois (1748) Livre XI : des lois qui forment la liber­té poli­tique dans son rap­port avec la consti­tu­tion, Cha­pitre VI De la consti­tu­tion d’Angleterre.

 

« Tous les coups por­tèrent sur les tyrans, aucun sur la tyrannie. »
Mon­tes­quieu (L’esprit des lois, Liv. III, Chap. III).

14. Autres pensées utiles

« J’en­voie ce livre dans le monde avec l’es­poir qu’il déplai­ra à toutes les sectes politiques. »
F. C. Dahl­mann, « Die Poli­tik » (1835), cité par Moi­sei Ostro­gors­ki dans « La démo­cra­tie et les par­tis politiques ».

 

« Nous avons conquis le suf­frage uni­ver­sel, il nous reste à conqué­rir la sou­ve­rai­ne­té populaire. »
Jean Jaurès

 

« Celui qui veut conser­ver sa liber­té doit pro­té­ger même ses enne­mis de l’op­pres­sion ; car s’il ne s’y astreint pas il crée­ra ain­si un pré­cé­dent qui l’at­tein­dra un jour. »
Tho­mas Paine.

 

« La plu­part des peuples, ain­si que des hommes, ne sont dociles que dans leur jeu­nesse ; ils deviennent incor­ri­gibles en vieillis­sant. Quand une fois les cou­tumes sont éta­blies et les pré­ju­gés enra­ci­nés, c’est une entre­prise dan­ge­reuse et vaine de vou­loir les réfor­mer ; le peuple ne peut pas même souf­frir qu’on touche à ses maux pour les détruire, sem­blable à ces malades stu­pides et sans cou­rage qui fré­missent à l’as­pect du médecin. »
Jean-Jacques Rous­seau, « Du contrat social ou Prin­cipes du droit poli­tique » (1762), cha­pitre VIII « Du peuple », p 76.

 

Toute la science consti­tu­tion­nelle est là, je la résume en trois propositions :

1- For­mer des groupes médiocres, res­pec­ti­ve­ment sou­ve­rains, et les unir par un pacte de fédération ;

2- Orga­ni­ser en chaque État fédé­ré le gou­ver­ne­ment d’a­près la loi de sépa­ra­tion des organes, je veux dire : sépa­rer dans le pou­voir tout ce qui peut être sépa­ré, défi­nir tout ce qui peut être défi­ni. Dis­tri­buer entre organes ou fonc­tion­naires dif­fé­rents tout ce qui aura été sépa­ré et défi­ni ; ne rien lais­ser à l’in­di­vi­sion ; entou­rer l’ad­mi­nis­tra­tion publique de toutes les condi­tions de publi­ci­té et de contrôle ;

3- Au lieu d’ab­sor­ber les États fédé­rés ou auto­ri­tés pro­vin­ciales et muni­ci­pales dans une auto­ri­té cen­trale, réduire les attri­bu­tions de celle-ci à un simple rôle d’i­ni­tia­tive géné­rale, de garan­tie mutuelle et de sur­veillance, dont les décrets ne reçoivent leur exé­cu­tion que sur le visa des gou­ver­ne­ments confé­dé­rés et par des agents à leurs ordres…

Le sys­tème fédé­ra­tif est appli­cable à toutes les nations et à toutes les époques, puisque l’hu­ma­ni­té est pro­gres­sive dans toutes ses géné­ra­tions et dans toutes ses races, et que la poli­tique de fédé­ra­tion, qui est par excel­lence la poli­tique de pro­grès, consiste à trai­ter chaque popu­la­tion, à tel moment que l’on indi­que­ra, sui­vant un régime d’au­to­ri­té et de cen­tra­li­sa­tion décrois­santes, cor­res­pon­dant à l’É­tat des esprits et des mœurs. »
Prou­dhon, « Du prin­cipe fédé­ra­tif » (1863).

 

« Les citoyens ne se laissent oppri­mer qu’au­tant qu’en­traî­nés par une aveugle ambi­tion et regar­dant plus au-des­­sous qu’au-des­sus d’eux, la domi­na­tion leur devient plus chère que l’in­dé­pen­dance, et qu’ils consentent à por­ter des fers pour en pou­voir don­ner à leur tour. Il est très dif­fi­cile de réduire à l’o­béis­sance celui qui ne cherche point à com­man­der et le poli­tique le plus adroit ne vien­drait pas à bout d’as­su­jet­tir des hommes qui ne vou­draient qu’être libres ; mais l’i­né­ga­li­té s’é­tend sans peine par­mi des âmes ambi­tieuses et lâches, tou­jours prêtes à cou­rir les risques de la for­tune et à domi­ner ou ser­vir presque indif­fé­rem­ment selon qu’elle leur devient favo­rable ou contraire. »
Jean-Jacques Rous­seau, « Dis­cours sur l’origine des inéga­li­tés par­mi les hommes » (1754), seconde partie.

 

« Cette dis­po­si­tion à admi­rer, et presque à véné­rer, les riches et les puis­sants, ain­si qu’à mépri­ser, ou du moins à négli­ger, les per­sonnes pauvres et d’humble condi­tion, quoique néces­saire à la fois pour éta­blir et pour main­te­nir la dis­tinc­tion des rangs et de l’ordre de la socié­té, est en même temps la cause la plus grande et la plus uni­ver­selle de la cor­rup­tion de nos sen­ti­ments moraux. Les mora­listes de toutes les époques se sont plaints que la richesse et la gran­deur soient sou­vent regar­dées avec le res­pect et l’ad­mi­ra­tion seule­ment dus à la sagesse et à la ver­tu ; et que le mépris, dont le vice et la folie sont les seuls objets conve­nables, soit sou­vent très injus­te­ment atta­ché à la pau­vre­té et à la faiblesse. »
Adam Smith, Théo­rie des sen­ti­ments moraux, 1759.

 

« Tout débat intel­lec­tuel passe par le blasphème. »
Voltaire.

 

« Lorsque l’obéissance com­porte au moins autant de risque que la rébel­lion, com­ment se maintient-elle ? »
Simone Weil

 

Ben­ja­min Constant défi­nis­sait un mini­mum libé­ral : « Le bon­heur des socié­tés et la sécu­ri­té des indi­vi­dus reposent sur cer­tains prin­cipes posi­tifs et immuables. Ces prin­cipes sont vrais dans tous les cli­mats, sous toutes les lati­tudes. Ils ne peuvent jamais varier, quels que soient l’é­ten­due du pays, ses mœurs, sa croyance, ses usages. Il est incon­tes­table dans un hameau de cent vingt cabanes, comme dans une nation de trente mil­lions d’hommes, que nul ne doit être arrê­té arbi­trai­re­ment, puni sans avoir été jugé, jugé qu’en ver­tu de lois anté­rieures et sui­vant des formes pres­crites, empê­ché enfin d’exer­cer ses facul­tés phy­siques, morales, intel­lec­tuelles et indus­trielles, d’une manière inno­cente et pai­sible. Ces droits fon­da­men­taux des indi­vi­dus ne doivent pas pou­voir être vio­lés par toutes les auto­ri­tés réunies : mais la réunion de ces auto­ri­tés doit être com­pé­tente pour pro­non­cer sur tout ce qui n’est pas contraire à ces droits invio­lables et impres­crip­tibles.[28] »

« Ce qui est essen­tiel dans l’i­dée d’un régime démo­cra­tique, c’est d’a­bord la léga­li­té : régime où il y a des lois et où le pou­voir n’est pas arbi­traire et sans limites. Je pense que les régimes démo­cra­tiques sont ceux qui ont un mini­mum de res­pect pour les per­sonnes et ne consi­dèrent pas les indi­vi­dus uni­que­ment comme des moyens de pro­duc­tion ou des objets de propagande. »
Ray­mond Aron, « Machia­vel et les tyran­nies modernes », Ray­mond Aron, 1995, p. 187.

 

« Lorsqu’un groupe veut arri­ver au pou­voir par la vio­lence et pour réa­li­ser des chan­ge­ments qui ne peuvent pas être accep­tés paci­fi­que­ment par d’autres groupes, on sort de la démo­cra­tie et on entre dans la guerre civile ou dans la révolution.

Encore une fois, je ne dis pas qu’il faut tou­jours res­ter dans le cadre de la concur­rence paci­fique. Il est par­fai­te­ment pos­sible qu’à cer­tains moments la moins mau­vaise solu­tion soit la révo­lu­tion. Sim­ple­ment, si l’on veut pen­ser les choses clai­re­ment, il faut com­prendre que, la démo­cra­tie étant essen­tiel­le­ment la concur­rence paci­fique pour l’exercice du pou­voir, qui ne veut pas de la paix ou qui ne veut pas de la concur­rence sort de la démo­cra­tie et entre dans quelque chose d’autre.

Par consé­quent, j’arrive à une conclu­sion très simple : la ver­tu essen­tielle de la démo­cra­tie, le prin­cipe de la démo­cra­tie au sens de Mon­tes­quieu, ce n’est pas la ver­tu, c’est l’esprit de compromis. »
Ray­mond Aron, « Intro­duc­tion à la phi­lo­so­phie poli­tique : Démo­cra­tie et révo­lu­tion « , pages 51 et 52.

 

« Dans toute magis­tra­ture, il faut com­pen­ser la gran­deur de la puis­sance par la briè­ve­té de sa durée. Un an est le temps que la plu­part des légis­la­teurs ont fixé ; un temps plus long serait dan­ge­reux, un plus court serait contre la nature de la chose. »
Mon­tes­quieu, De l’Es­prit des lois, livre II : « Des lois qui dérivent direc­te­ment de la nature du gou­ver­ne­ment », cha­pitre III : « Des lois rela­tives à la nature de l’aristocratie »

 

« Il convient de dis­so­cier les idées, avant et afin d’associer les cœurs. »
Jean Gre­nier, Essai sur l’es­prit d’or­tho­doxie (1938). [For­mi­dable réflexion contre l’es­prit de parti.]

 

« La prise de déci­sion consen­suelle est typique des socié­tés au sein des­quelles on ne voit aucun moyen de contraindre une mino­ri­té à accep­ter une déci­sion majo­ri­taire, soit parce qu’il n’existe pas d’É­tat dis­po­sant du mono­pole de la coer­ci­tion, soit parce qu’il ne mani­feste aucun inté­rêt ni aucune pro­pen­sion à inter­ve­nir dans les prises de déci­sions locales.

S’il n’y a aucun moyen de for­cer ceux qui consi­dèrent une déci­sion majo­ri­taire comme désas­treuse à s’y plier, alors la der­nière chose à faire, c’est d’or­ga­ni­ser un vote.

Ce serait orga­ni­ser une sorte de com­pé­ti­tion publique à l’is­sue de laquelle cer­tains seraient consi­dé­rés comme des per­dants. Voter serait le meilleur moyen de pro­vo­quer ces formes d’hu­mi­lia­tion, de res­sen­ti­ment et de haine qui conduisent au bout du compte à la des­truc­tion des communautés. »
David Graeber.

 

« Les bul­le­tins de vote, des­ti­nés à être empor­tés par le vent avec les pro­messes des can­di­dats, ne valent pas mieux que des sagaies contre des canons. Pen­­sez-vous, citoyens, que les gou­ver­nants vous les lais­se­raient si vous pou­viez vous en ser­vir pour faire une révolution ? »
Louise Michel, « Prise de pos­ses­sion » (1890).

 

« Mais qu’est-ce en véri­té qu’une élec­tion ? L’expression de la volon­té popu­laire, dit-on. Vrai­ment ? Nous entrons dans un iso­loir, et sur un bout de papier, nous tra­çons une croix devant un, deux, peut-être trois ou quatre noms. Avons-nous pour autant expri­mé ce que nous pen­sions de la poli­tique des États-Unis ? Nous avons sans doute quelques idées sur la ques­tion, avec beau­coup de « mais » et de « si » et de « on ». Cette croix sur un bout de papier n’en dit évi­dem­ment rien. Il nous fau­drait des heures pour expri­mer nos idées : qua­li­fier un bul­le­tin de vote d’« expres­sion de notre opi­nion » n’est qu’une fic­tion vide de sens. »
Wal­ter Lipp­mann, 1927.

 

« Deux loups et un lapin qui votent pour le dîner ce soir. »

 

« Je veux cher­cher si, dans l’ordre civil, il peut y avoir quelque règle d’ad­mi­nis­tra­tion légi­time et sûre, en pre­nant les hommes tels qu’ils sont, et les lois telles qu’elles peuvent être. Je tâche­rai d’al­lier tou­jours, dans cette recherche, ce que le droit per­met avec ce que l’in­té­rêt pres­crit, afin que la jus­tice et l’u­ti­li­té ne se trouvent point divi­sées. J’entre en matière sans prou­ver l’im­por­tance de mon sujet. On me deman­de­ra si je suis prince ou légis­la­teur pour écrire sur la poli­tique. Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’é­cris sur la poli­tique. Si j’étais prince ou légis­la­teur, je ne per­drais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tai­rais. Né citoyen d’un État libre, et membre du sou­ve­rain, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suf­fit pour m’im­po­ser le devoir de m’en ins­truire : heu­reux, toutes les fois que je médite sur les gou­ver­ne­ments, de trou­ver tou­jours dans mes recherches de nou­velles rai­sons d’ai­mer celui de mon pays ! »
Rous­seau, Le contrat social (1762), intro­duc­tion (superbe !).

 

« Mau­dit sois-tu, tu n’es qu’un lâche, comme le sont tous ceux qui acceptent d’être gou­ver­nés par les lois que des hommes riches ont rédi­gées afin d’as­su­rer leur propre sécu­ri­té. Ils nous font pas­ser pour des ban­dits, ces scé­lé­rats, alors qu’il n’y a qu’une dif­fé­rence entre eux et nous, ils volent les pauvres sous cou­vert de la loi tan­dis que nous pillons les riches sous la pro­tec­tion de notre seul courage. »
Charles Bel­la­my, cité par Mar­kus Redi­ker, dans « Pirates de tous pays »


Le pro­cès citoyen de l’élection – Sommaire

  1. Com­pa­rai­son des forces et fai­blesses uni­ver­selles de l’élection et du tirage au sort des repré­sen­tants. 2
  2. Du côté des gou­ver­nés, l’élection infan­ti­lise — et donc para­lyse — les élec­teurs ; elle les décou­rage de pen­ser et de défendre le bien com­mun (alors que le tirage au sort non). 4
  3. Par défi­ni­tion, l’élection est aris­to­cra­tique (alors que le tirage au sort est démo­cra­tique) 4
  4. Par défi­ni­tion, élire c’est abdi­quer, c’est renon­cer à exer­cer soi-même sa sou­ve­rai­ne­té, c’est délé­guer, c’est renon­cer à légi­fé­rer, (alors que tirer au sort, c’est reven­di­quer sa sou­ve­rai­ne­té). 5
  5. Infan­ti­li­sante, l’élection décou­rage et déres­pon­sa­bi­lise, dis­suade de bien faire, éloigne le peuple de la poli­tique et du bien com­mun, (alors que le tirage au sort encou­rage, et res­pon­sa­bi­lise, incite à bien faire). 6
  6. Du côté des gou­ver­nants, l’élection porte au pou­voir les pires (alors que le tirage au sort non) 7
  7. L’élection par­mi des can­di­dats donne le pou­voir à ceux qui le veulent (alors que le tirage au sort, non) 8
  8. L’élection pousse au men­songe et favo­rise les men­teurs (alors que le tirage au sort, non) 8
  9. L’élection pro­duit des maîtres, très dif­fé­rents de nous (alors que le tirage au sort pro­duit des égaux, très res­sem­blants) 9
  10. L’élection pro­duit des maîtres hors contrôle (alors que le tirage au sort, non) 9
  11. L’élection pro­duit une caste de maîtres hors contrôle (alors que le tirage au sort, non) 10
  12. L’élection par­mi des can­di­dats impose les par­tis pour gagner une sorte de guerre poli­tique, camp contre camp, avec une logique mili­taire, récla­mant l’obéissance des mili­tants et mobi­li­sant à fond des pas­sions col­lec­tives (alors que le tirage au sort, non) 11
  13. L’élection par­mi des can­di­dats per­met d’aider un can­di­dat, et donne ain­si tout le pou­voir aux plus riches (alors que le tirage au sort, non) 11
  14. Mise en œuvre des dif­fé­rentes pra­tiques du tirage au sort 13
  15. Prin­ci­paux usages pra­tiques du tirage au sort en poli­tique. 13
  16. Tirage au sort pour dési­gner les Chambres de contrôle de tous les pou­voirs. 13
  17. Tirage au sort pour dési­gner tout ou par­tie du Corps légis­la­tif 14
  18. Tirage au sort pour dési­gner l’Assemblée consti­tuante, sans qui rien n’adviendra. 14
  19. Les ate­liers consti­tuants, outils pra­tiques d’éducation popu­laire pour for­mer une foule de citoyens consti­tuants, gar­diens du bien com­mun. 15
  20. Un citoyen digne de ce nom doit être vigi­lant, donc consti­tuant 16
  21. Cette muta­tion des élec­­teurs-enfants en citoyens-adultes ne pour­ra adve­nir que par édu­ca­tion popu­laire pra­tique : les Mini-Ate­­liers Consti­tuants, Pro­li­fiques et Conta­gieux. 17

III.      Textes de réfé­rence. Démo­cra­tie, élec­tions, tirage au sort….. 18

  1. Sou­ve­rai­ne­té et démo­cra­tie. 18
  2. Néces­saire vigi­lance des citoyens et indis­pen­sables contrôles des pou­voirs en démo­cra­tie. 21
  3. Pro­jets ouver­te­ment anti­dé­mo­cra­tiques des pères fon­da­teurs du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif 28
  4. Le men­songe comme arme cen­trale des poli­ti­ciens de métier, « les pires gou­ver­ne­ront ». 31
  5. Per­ti­nence de l’opinion (et néces­saire par­ti­ci­pa­tion) des simples citoyens. 34
  6. Réfé­rences antiques. 38
  7. Contre les inéga­li­tés. 43
  8. Argu­ments contre le faux suf­frage uni­ver­sel (élire des maîtres au lieu de voter les lois) 43
  9. Argu­ments pour le tirage au sort 52
  10. À pro­pos du pro­ces­sus consti­tuant 55
  11. Légi­ti­mi­té. 58
  12. Bien com­mun, inté­rêt géné­ral, besoin de contro­verses. 58
  13. Tyran­nie. 60
  14. Autres pen­sées utiles. 61

Notes :

[2]   Sieyes, « Quelques idées de consti­tu­tion appli­cables à la ville de Paris », juillet 1789, p 3, cité par Pierre Rosan­val­lon dans son cha­pitre « His­toire du mot démo­cra­tie » (1993).

[3]   Annexes p. 27 : « 3 Pro­jets ouver­te­ment anti­dé­mo­cra­tiques des pères fon­da­teurs du gou­ver­ne­ment représentatif. »

[4]   La pro­cé­dure du concours, tra­di­tion chi­noise, ne sera pas étu­diée ici. Lire Ber­nard Manin, « Prin­cipes du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif » (1995), p. 177 : « On pour­rait d’ailleurs noter que l’at­tri­bu­tion de l’au­to­ri­té poli­tique par concours a été long­temps pra­ti­quée dans la Chine ancienne. Le concours consti­tue, à côté du tirage au sort, de l’é­lec­tion, de l’hé­ré­di­té et de la dési­gna­tion par les diri­geants en place une des moda­li­tés pos­sibles de la sélec­tion des gouvernants. […] »

[5] Aris­tote (Poli­tique IV, 1300b4‑5, ‑332).

[6] Mon­tes­quieu (L’esprit des lois, 1748).

[7] Cor­né­lius Cas­to­ria­dis (Post scrip­tum sur l’insignifiance, 1996).

[8]   Robes­pierre, Dis­cours du 18 plu­viôse an II.

[9]   Sieyes, Dis­cours du 7 sep­tembre 1789.

[10]  Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b

[11]  Machia­vel, Dis­cours sur la Pre­mière Décade de Tite-Live (1531) Livre 1, Cha­pitre 58 : La foule est plus sage et plus constante qu’un prince. Voir aus­si les annexe p. 34, « 5. Per­ti­nence de l’opinion (et néces­saire par­ti­ci­pa­tion) des simples citoyens ».

[12]  Jacques Tes­tart, « À voix nue » (France Culture), 8 juin 2012.

[13] Toc­que­ville, « De la démo­cra­tie en Amé­rique », Livre 1, deuxième par­tie, cha­pitre VIII. GF Flam­ma­rion, tome I, p 371 et s.

[14] Pla­ton, cité par Jacques Rancière.

[15] Alain, Pro­pos sur le pou­voir, 10 décembre 1935.

[16]  Sur le concept essen­tiel (et très récent dans l’histoire) d’échan­tillon repré­sen­ta­tif, se repor­ter au livre d’Yves Sin­to­mer, « Petite his­toire de l’expérimentation démo­cra­tique. Tirage au sort et poli­tique d’Athènes à nos jours » (La Décou­verte, 2011), au cha­pitre « L’échantillon repré­sen­ta­tif, un micro­cosme de la cité », pages 149 et s..

[17]  « Écrits de Londres », 1940, p. 126 et s. :     https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​S​i​m​o​n​e​_​W​e​i​l​_​N​o​t​e​_​s​u​r​_​l​a​_​s​u​p​p​r​e​s​s​i​o​n​_​g​e​n​e​r​a​l​e​_​d​e​s​_​p​a​r​t​i​s​_​p​o​l​i​t​i​q​u​e​s​.​pdf

[18]  Lire « L’opinion, ça se tra­vaille. Les médias et les « guerres justes » », de Hali­mi, Maler, Rey­mond, Vidal (Agone 2014).
Lire aus­si « La Fabri­ca­tion du consen­te­ment. De la pro­pa­gande média­tique en démo­cra­tie », de Noam Chom­sky & Edward Her­man (Agone, 2008).

[19]  Lire « Tous pou­voirs confon­dus : État, capi­tal et médias à l’ère de la mon­dia­li­sa­tion », de Geof­frey GEUENS (EPO Édi­tions, 2003). Lire aus­si « Main basse sur l’information » (Don Qui­chotte, 2016) de Laurent Mau­duit (de Mediapart).

[20]  Aris­tote, Poli­tique, III, 1279b34-1280a4 (trad. Aubon­net), cité par Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 58.

[21] Mon­tes­quieu, L’esprit des lois, livre XI, chap. IV.

[22] Tho­mas Paine, « Les droits de l’homme » (1791−1792).

[23] Tho­mas Paine, Les Droits de l’Homme (1792), chap. 4 Des constitutions.

[24] Tho­mas Paine, « Les droits de l’homme » (1791−1792).

[25] Thu­cy­dide 2.40.2, trad. Roussel.

[26] Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

[27] Alain, Pro­pos sur le pouvoir.

[28] Ben­ja­min Constant, « Réflexions sur les consti­tu­tions et les garan­ties » (1814), p. 159–166.

[Passionnant] « L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu. » Franck Lepage – Incultures (1) (vidéo 5 h 40, à connaître absolument)

For­mi­dable confé­rence ges­ti­cu­lée (©) de Franck Lepage, pas­sion­nante, déso­pi­lante, très importante.

Ça fait des années que cette confé­rence a com­men­cé à me trans­for­mer, je ne m’en lasse pas… et elle s’al­longe sans cesse 🙂

Ceux qui ne la connaissent pas vont la dévorer.
Ceux qui la connaissent vont la dévo­rer aussi 🙂
C’est la ver­sion 5 h 40 — encore trop courte ! 🙂

httpv://www.youtube.com/watch?v=ixSI7qD-Z1s

Il fau­dra un jour retrans­crire tout ça, en construire le plan détaillé minuté.
Il y a bien des perles pré­cieuses dans ce document.

L’an­cêtre 🙂 :
http://www.scoplepave.org/l‑education-populaire-monsieur-ils-n-en-ont-pas

Savou­rons (le crayon à la main) et digé­rons ensemble ces pépites de mémoire des luttes : s’il vous plaît, signa­lez (en com­men­taires) vos minu­tages pré­fé­rés, à extraire, à iso­ler, à repu­blier, à retrans­crire, et à com­men­ter, com­plé­ter, cor­ri­ger… Tâchons de mettre en valeur le meilleur.

Au plai­sir de vous lire 🙂

Étienne.
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​7​9​0​8​7​6​0​5​2​317

LES PÉTITIONS NE SUFFISENT PAS : IL FAUT QU’ON CRÉE (VITE) UN FONDS D’AIDE POPULAIRE ET PERMANENTE AUX LANCEURS D’ALERTE

J’ai signé ça, mais c’est évi­dem­ment très insuffisant :

https://​www​.weroes​.com/​t​h​e​–​c​l​a​i​m​s​/​e​c​o​n​o​m​y​/​5​0​7​–​s​e​c​o​u​r​o​n​s​–​c​e​t​t​e​–​l​a​n​c​e​u​s​e​–​d​–​a​l​e​r​t​e​–​p​r​o​t​e​c​t​–​t​h​i​s​–​w​h​i​s​t​l​e​b​l​o​wer

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LES PÉTITIONS NE SUFFISENT PAS : IL FAUT QU’ON CRÉE (VITE) UN FONDS D’AIDE POPULAIRE ET PERMANENTE AUX LANCEURS D’ALERTE.

Inutile de comp­ter sur les « élus » des banques (pléo­nasme), ni sur les « jour­na­listes » ven­dus aux banques (pléo­nasme), pour pro­té­ger ceux qui dénoncent les tur­pi­tudes des banques… : il n’y a que les simples citoyens, il n’y a que nous, pour aider les lan­ceurs d’a­lerte, vrai­ment, maintenant.

Com­ment on fait, concrè­te­ment ? Une asso­cia­tion 1901 ? Et des mil­liers de vire­ments per­ma­nents de 1 € par mois ? 

Sté­pha­nie Gibaud au RSA, Antoine Del­tour mar­ty­ri­sé, et nous qui ne fai­sons rien, c’est insupportable.

Qu’en pen­­sez-vous ?

Étienne.

PS :

Le mur des insoumis 

res­semble à ce que je cherche :

http://​lemur​de​sin​sou​mis​.fr/

On peut créer un vire­ment per­ma­nent là : http://​lemur​de​sin​sou​mis​.fr/​l​a​n​c​e​u​r​s​–​d​a​l​e​r​t​e​/​s​o​u​t​e​n​i​r​–​l​e​–​m​u​r​–​d​e​s​–​i​n​s​o​u​m​is/

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NOTRE CAUSE COMMUNE est notre impuissance politique ET MONÉTAIRE ; et cette impuissance vient de NOTRE démission du processus constituant [synthèse vidéo en 30 min]

C’est impor­tant, une cause com­mune, une vraie CAUSE COMMUNE, pour faire socié­té, non ?

Rap­pel d’une bonne syn­thèse — en 30 minutes — CONTRE l’es­cro­que­rie par­le­men­taire, et POUR ses ate­liers consti­tuants populaires :

httpv://youtu.be/GTk-nuX70MQ

0’30 – Loi Macron et article 49–3 ;
6’08 – com­pé­tence des repré­sen­tants politique ;
8’18 – 3ème et 4ème République ;
10’45 – Nou­velles tech­no­lo­gies et Démocratie ;
18′ – Pro­blème tech­nique ou politique ? ;
19’30 – Pou­voir poli­tique vs pou­voir économique ;
22’10 – Infla­tion légis­la­tive et démis­sion du politique ;
26’10 – Créa­tion moné­taire et l’al­ter­na­tive for­mi­dable du CHARTALISME qui ren­drait l’É­tat EMPLOYEUR EN DERNIER RESSORT (fin du chômage !) ; 
34’05 – Conseils de lecture

Je radote, par­don, mais c’est là-des­­sus que nous devrions NOUS CONCENTRER. Donc, je res­sasse, excu­­sez-moi, j’en ai marre qu’on se dis­perse, encore et tou­jours. Ça nous affai­blit ter­ri­ble­ment de nous dis­per­ser et on n’a­vance pas. Il faut faire des ate­liers consti­tuants, per­son­nel­le­ment, tout le temps, et empor­ter avec nous plein de gens, des nou­veaux, régulièrement.
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Bernard Friot : « À quoi je dis oui »

Chers amis,

Je vous parle depuis long­temps du tra­vail de deux amis qui comptent beau­coup pour moi, Franck Lepage et Ber­nard Friot, le pre­mier m’ayant fait décou­vrir le second. 

Ber­nard a fait mille et une confé­rences, mais Franck a réus­si à lui faire pré­pa­rer une confé­rence ges­ti­cu­lée, ce qui est très dif­fé­rent (vous allez voir).

Et la contre-his­­toire (l’his­toire popu­laire qui contre­dit l’his­toire offi­cielle écrite et impo­sée par les vain­queurs) que Ber­nard nous rap­pelle ici est fondamentale.
Ici, en juin 2016, sous cette forme ori­gi­nale, il prend le temps de racon­ter cette his­toire en détail, et ça vaut le coup.

Il faut prendre le temps d’ap­prendre cette his­toire, et de ne pas la lais­ser perdre.
C’est pas­sion­nant et important.

[Sécu­ri­té sociale, inven­tée & réa­li­sée par la classe ouvrière, salaire à vie…]

00:00 Pré­sen­ta­tion
Par­tie 1
07:21 Introduction
27:00 Le cor­beau et le renard
44:06 Le jeune chercheur
1:12:58 Sor­tir de la mili­tance du dimanche
Par­tie 2
1:25:38 Revoir ses fondamentaux
1:45:05 La retraite
2:23:10 Le régime général
2:37:20 La reli­gion du capital
2:49:51 Une autre lecture

httpv://youtu.be/ZuZz9NSOh10

Il faut connaître, suivre et aider Réseau sala­riat :
http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​?​l​a​n​g​=fr

Étienne.

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[Mémoire des luttes] « LA SOCIALE », le nouveau film, épatant, de Gilles Perret, pour nous souvenir d’Ambroise Croizat

J’ai vu le der­nier film de Gilles Per­ret, « La sociale », et, encore une fois, c’est épatant.
Gilles nous invite à ne pas oublier Ambroise Croi­zat, à qui nous devons la Sécu­ri­té sociale. 

http://​www​.laso​ciale​.fr/

C’est un sujet à la fois impor­tant et émou­vant : de mon côté, je me bagarre depuis long­temps pour que les élec­teurs se mobi­lisent per­son­nel­le­ment pour deve­nir enfin citoyens en deve­nant consti­tuants, et donc, toutes les his­toires de grandes mobi­li­sa­tions popu­laires me bou­le­versent, au spec­tacle que c’est pos­sible, de fra­ter­ni­ser très nom­breux. L’his­toire de Spar­ta­cus et des esclaves contre l’empire romain, l’his­toire de la Révo­lu­tion fran­çaise entre 1792 et 1794 et l’his­toire de la Com­mune de Paris en 1771 racon­tées par Guille­min, l’his­toire popu­laire des États-unis que racontent Zinn et Chom­sky, l’his­toire de la Sécu­ri­té sociale racon­tée par Friot et Étievent, l’his­toire des démo­cra­ties pirates inven­tées par des mutins racon­tée par Redi­ker, toutes ces his­toires où les peuples s’é­man­cipent en se levant contre la tyran­nie me remuent en pro­fon­deur (comme tout le monde).

Et gar­der vivante la mémoire de ces luttes popu­laires est un car­bu­rant essen­tiel pour les luttes actuelles. C’est d’ailleurs pour ça que les patro­nats, par­tout sur terre, font tout pour effa­cer les traces de ces conflits gagnés et pour nous rendre com­plè­te­ment amné­siques. Ici, c’est le nom d’Am­broise Croi­zat qui est a été gom­mé par la bour­geoi­sie depuis 60 ans, au point qu’il soit oublié même par les acteurs de l’ac­tuelle Sécu­ri­té sociale (!), et qu’il s’a­git de main­te­nir en vie. 


Bande Annonce « La Sociale »

On y retrouve Ber­nard Friot, Michel Étievent, et plein d’i­mages d’ar­chives, « Les Jours Heu­reux »… Un chouette film, vraiment 🙂


Je pro­fite de l’oc­ca­sion pour vous signa­ler plu­sieurs docu­ments inté­res­sants à ce propos :

L’an­nonce du film par Franck Lepage : 
https://​www​.face​book​.com/​p​e​r​m​a​l​i​n​k​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​7​8​6​2​4​4​2​4​1​6​2​9​1​6​6​&​i​d​=​1​5​2​5​9​4​6​1​0​7​6​5​8​982

Les funé­railles d’Am­broise Croi­zat (Archives PCF) :
httpv://youtu.be/_LzJbgHUvY4

[Pas­sion­nant] Michel Etievent nous rap­pelle qui était (et qui devrait res­ter dans nos mémoires) Ambroise Croizat :
httpv://www.youtube.com/watch?v=MSWM6rY8fRQ

Un livre pas­sion­nant et impor­tant, de Michel Étievent :
Ambroise Croi­zat ou l’invention sociale

http://​www​.miche​le​tievent​.lautre​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e10

Un autre livre épa­tant, d’une actua­li­té brûlante :
Mar­cel Paul Ambroise Croi­zat che­mins croi­sés d’in­no­va­tion sociale

http://​www​.miche​le​tievent​.lautre​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​le1

Une autre confé­rence de Michel Étievent sur Mar­cel Paul et Ambroise Croizat :

confé­rence Etiévent

Gilles Per­ret était l’in­vi­té de « Si tu écoutes, j’an­nule tout » sur France Inter, avec Guillaume Meurice :
https://​www​.fran​cein​ter​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​s​/​s​i​–​t​u​–​e​c​o​u​t​e​s​–​j​–​a​n​n​u​l​e​–​t​o​u​t​/​s​i​–​t​u​–​e​c​o​u​t​e​s​–​j​–​a​n​n​u​l​e​–​t​o​u​t​–​2​1​–​n​o​v​e​m​b​r​e​–​2​016

La (très pré­cieuse) confé­rence ges­ti­cu­lée de Ber­nard Friot :
httpv://www.youtube.com/watch?v=ZuZz9NSOh10

Le pro­gramme de (l’a­bo­mi­nable et détes­table) Fillon :
détruire la Sécu­ri­té sociale, carrément,
en douce et en vitesse pen­dant les vacances scolaires (!) :

Donc, allez tous voir le film La sociale, et par­­lez-en autour de vous,
pour que nous soyons très nom­breux à ne pas oublier Ambroise Croi­zat, et pour défendre la Sécu.

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

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David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) : JUSTICE vs FINANCE (Thinkerview)

Encore un très inté­res­sant entre­tien pro­po­sé par Thin­ker­view,
cette fois-ci avec David Koub­bi, l’a­vo­cat de Jérôme Kerviel. 

Ça décape 🙂

httpv://youtu.be/-odoA0BauaE

Ce serait bien de rédi­ger un plan détaillé de cet entre­tien, comme un aide-mémoire, pour nous aider à en mémo­ri­ser les idées.

En fait, tous les entre­tiens de Thin­ker­view sont concer­nés par cette remarque 😉

——

J’ai­me­rais sou­mettre ma thèse au feu de l’es­prit cri­tique de David, thèse selon laquelle c’est pré­ci­sé­ment la pro­cé­dure de l’é­lec­tion (ce qu’on appelle fau­ti­ve­ment le « suf­frage uni­ver­sel » : « élire des maîtres, au lieu de voter des lois ») qui est la cause pre­mière qui per­met aux plus riches d’a­che­ter le pou­voir poli­tique, lit­té­ra­le­ment, depuis 200 ans. 

Tout le reste (un État et des ser­vices publics pro­fon­dé­ment cor­rom­pus, par la tête prin­ci­pa­le­ment, et une infi­ni­té d’in­jus­tices impu­nies à tra­vers le corps social) n’é­tant, dans cette ana­lyse, qu’une série de consé­quences de cette catas­trophe première.

Or, « dieu rit des hommes qui déplorent les effets dont ils adorent les causes ».
Autre­ment dit, il est inco­hé­rent de déplo­rer le capi­ta­lisme finan­cier tout en ado­rant comme une vache sacrée l’é­lec­tion par­mi des can­di­dats (pro­cé­dure qui donne pré­ci­sé­ment le pou­voir à ceux qui ont les moyens de finan­cer leurs candidats).

À bien écou­ter David Koub­bi dans cet entre­tien, j’ai l’in­tui­tion qu’il n’au­ra pas de mal à par­ta­ger cette analyse 😉

Étienne.

#pas­de­dé­mo­cra­tie­sans­ti­ra­geau­sort

#pas­de­cons­ti­tu­tion­sans­ci­toyens­cons­ti­tuants

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Eric Zuesse : « HOMME BLANC AVOIR LANGUE FOURCHUE »… Le double jeu infamant de l’Occident avec Gorbatchev


Eric Zuesse

Par Eric Zuesse – Le 10 sep­tembre 2015 – Source Stra­te­gic Culture

La condi­tion­na­li­té de l’accord de l’Union sovié­tique, pour per­mettre à l’Allemagne de l’Ouest de récu­pé­rer l’Allemagne de l’Est, et ter­mi­ner ain­si la guerre froide, était que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’est ». C’est l’accord qui a été approu­vé par le pré­sident russe de l’Union sovié­tique, Mikhaïl Gor­bat­chev, un grand homme et un héros exem­plaire pour les démo­crates par­tout dans le monde.

Il accep­ta alors de mettre fin à l’Union sovié­tique, en aban­don­nant le com­mu­nisme, et donc de mettre fin à la guerre froide. Il a accep­té cela, parce qu’on lui avait pro­mis que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’est » ou « d’un pouce à l’est », selon la façon dont la pro­messe a été tra­duite et com­prise – mais elle a le même sens, peu importe la tra­duc­tion. Il a fait confiance au pré­sident amé­ri­cain George Her­bert Wal­ker Bush, dont l’ami et secré­taire d’État James Baker a fait cette pro­messe à Gor­bat­chev. Avec cette pro­messe, Gor­bat­chev a accep­té de mettre fin à l’Union sovié­tique, au pacte com­mu­niste de défense mutuelle, qui était leur équi­valent de l’OTAN, le Pacte de Var­so­vie. Et il croyait que la nation res­tante, la Rus­sie, qu’il diri­ge­rait alors, serait accep­tée comme une démo­cra­tie occidentale.

Il a même été pro­mis par les États-Unis que « nous allions être un membre [de l’OTAN], nous serions d’abord obser­va­teurs, puis un membre ». En d’autres termes, les États-Unis ont pro­mis que l’OTAN ne s’étendrait pas jusqu’aux fron­tières de la Rus­sie en deve­nant une menace mor­telle pour la sécu­ri­té natio­nale du peuple russe, iso­lé et sépa­ré de ses anciens alliés mili­taires. Au lieu de cela, a dit Gor­bat­chev, la Rus­sie serait elle-même accueillie dans l’Alliance occi­den­tale, et fina­le­ment devien­drait un membre de l’OTAN. C’était l’accord, met­tant fin à une guerre froide de qua­­rante-six ans.

La Rus­sie a res­pec­té sa part de l’accord. Les États-Unis ne l’ont pas fait. Les États-Unis ont la langue four­chue [comme dans leurs accords avec les Amé­rin­diens, NdT] et ont depuis élar­gi l’OTAN, pour y inté­grer les anciennes nations membres du Pacte de Var­so­vie dans une alliance mili­taire anti-russe – exac­te­ment ce que les États-Unis avaient pro­mis de ne jamais faire. Le pré­sident amé­ri­cain George Her­bert Wal­ker Bush a dit en pri­vé au chan­ce­lier de l’Allemagne de l’Ouest Hel­mut Kohl (qui était d’accord avec ce que James Baker avait arran­gé) : « Qu’ils aillent au diable ! Nous avons vain­cu, pas eux. » Il ne vou­lait pas la paix avec la Rus­sie. Il vou­lait la conqué­rir. Il vou­lait enfon­cer le nez des Russes dans leur infé­rio­ri­té par rap­port aux Américains.

Le désir constant de la Rus­sie de rejoindre l’OTAN a été reje­té. C’est une guerre inten­tion­nelle de l’OTAN. C’est exac­te­ment le contraire de ce que les États-Unis avaient pro­mis à la Rus­sie, sur la base de quoi le Pacte de Var­so­vie a pris fin. Com­ment le peuple russe peut-il alors faire confiance à un pays comme les États-Unis ? Ils seraient fous de le faire.

Mais cette trom­pe­rie, cette double peine, n’est pas seule­ment la honte de l’Amérique. Elle est aus­si deve­nue la honte de l’ensemble des nations qui ont adhé­ré à cette pro­messe occi­den­tale à l’époque. Parce que tous ont accep­té le lea­der­ship de l’Amérique dans le double jeu de cette guerre contre la Rus­sie, la guerre de l’Amérique pour conqué­rir la Rus­sie. Ils l’acceptent tout sim­ple­ment, en res­tant membres de ce gang mili­taire, main­te­nant néfaste, que l’OTAN est deve­nue. Pire encore, cer­tains des pays membres de l’OTAN à l’époque étaient –  comme Kohl en Alle­magne occi­den­tale, le modèle de sa pro­té­gée Ange­la Mer­kel, qui per­pé­tue main­te­nant le crime – eux-mêmes des par­ti­ci­pants majeurs à l’élaboration, puis main­te­nant à la rup­ture, de cette pro­messe faite aux Russes.

Voi­ci la preuve de ce crime inter­na­tio­nal his­to­rique, mas­sif et constant. Le crime qui est à l’origine de tant de misère, de des­truc­tions et de morts, non seule­ment en Rus­sie, mais dans le reste de l’Europe, où des mil­lions de réfu­giés fuient la Libye, la Syrie, l’Ukraine et d’autres anciens pays alliés de la Rus­sie – suite au chaos engen­dré par les États-Unis.

LE TÉMOIGNAGE

« J’étais là quand nous avons dit aux Russes que nous allions en faire un membre, un obser­va­teur d’abord, puis un membre » – Law­rence Wil­ker­son, le 3 octobre 2014, sur The Real News Net­work, à 18:54 dans l’entretien.

« Quand j’ai par­lé avec Baker, il a conve­nu qu’il disait à Gor­bat­chev que si l’Union sovié­tique auto­ri­sait la réuni­fi­ca­tion alle­mande et l’adhésion à l’OTAN, l’Occident ne déve­lop­pe­rait pas l’OTAN d’un pouce à l’est. » – Bill Brad­ley, le 22 août 2009 .

« M. Kohl a choi­si de faire écho à M. Baker et non à M. Bush. Le chan­ce­lier a assu­ré M. Gor­bat­chev, comme M. Baker l’avait fait, que ‘natu­rel­le­ment l’OTAN ne pou­vait pas étendre son ter­ri­toire’ en Alle­magne de l’Est […] La réunion Gor­­bat­­chev-Kohl s’est ter­mi­née par un accord, contrai­re­ment à la ses­sion de Gor­­bat­­chev-Baker la veille […] M. Kohl et ses col­la­bo­ra­teurs ont immé­dia­te­ment ren­due publique cette impor­tante conces­sion, lors d’une confé­rence de presse. Puis ils sont retour­nés chez eux pour com­men­cer à fusion­ner les deux Alle­magnes, sous une mon­naie et un sys­tème éco­no­mique unique. » – Mary Louise Sarotte, New York Times, 29 novembre 2009.

« Selon les dos­siers de la chan­cel­le­rie, Kohl a choi­si de se réfé­rer à Baker, pas à Bush, puisque la ligne douce de Baker était plus sus­cep­tible de pro­duire les résul­tats que Kohl vou­lait : l’autorisation de Mos­cou pour com­men­cer à réuni­fier l’Allemagne. Kohl a ain­si assu­ré à Gor­bat­chev que ‘natu­rel­le­ment l’OTAN ne pour­rait pas étendre son ter­ri­toire au ter­ri­toire actuel de l’Allemagne de l’Est’. Dans des entre­tiens paral­lèles, Gen­scher a trans­mis le même mes­sage à son homo­logue sovié­tique, Edouard She­vard­nadze : L’OTAN ne s’étendra pas à l’Est. Mais l’énoncé de Kohl devien­dra rapi­de­ment une héré­sie par­mi les prin­ci­paux déci­deurs occidentaux.

Une fois Baker retour­né à Washing­ton, à la mi-février 1990, il est tom­bé d’accord avec l’avis du Conseil de sécu­ri­té natio­nale et a adop­té sa posi­tion. Dès lors, les membres de l’équipe de poli­tique étran­gère de Bush ont impo­sé une stricte dis­ci­pline de mes­sage, ne fai­sant aucune remarque sur l’OTAN figée à la ligne de 1989. Kohl, lui aus­si, a ali­gné sa rhé­to­rique sur celle de Bush, comme le montrent les rele­vés de notes des États-Unis et de l’Allemagne de l’Ouest au som­met des 24 et 25 février à Camp David. Bush a expri­mé à Kohl ses sen­ti­ments, à pro­pos du com­pro­mis avec Mos­cou : ‘Qu’ils aillent au diable ! Nous avons vain­cu, pas eux’,a‑t‑il dit. En avril, Bush a expri­mé sa pen­sée dans un télé­gramme confi­den­tiel adres­sé au pré­sident fran­çais Fran­çois Mit­ter­rand […] Bush à clai­re­ment fait com­prendre à Mit­ter­rand que l’organisation de sécu­ri­té domi­nante dans l’Europe de l’après-Guerre Froide devait res­ter l’OTAN – et non une sorte quel­conque d’alliance paneuropéenne.

Le mois sui­vant, Gor­bat­chev a pro­po­sé un tel arran­ge­ment paneu­ro­péen, dans lequel une Alle­magne uni­fiée rejoin­drait l’OTAN et le Pacte de Var­so­vie, créant ain­si une ins­ti­tu­tion mas­sive de sécu­ri­té. Gor­bat­chev a même sou­le­vé l’idée de faire adhé­rer l’Union sovié­tique à l’OTAN. ‘Vous dites que l’OTAN n’est pas diri­gée contre nous, qu’il s’agit sim­ple­ment d’une struc­ture de sécu­ri­té qui s’adapte aux nou­velles réa­li­tés’, a décla­ré Gor­bat­chev à Baker en mai, selon les archives sovié­tiques. Baker a refu­sé d’envisager une telle idée, répli­quant avec dédain : ‘La sécu­ri­té paneu­ro­péenne est un rêve…’ Au moment du Som­met de Camp David, […] tous les membres de l’équipe de Bush, avec Kohl , se sont accor­dés sur une offre par laquelle Gor­bat­chev rece­vrait une aide finan­cière de l’Allemagne de l’Ouest – et un peu plus à côté – en échange d’autoriser l’Allemagne de se réuni­fier et de per­mettre à une Alle­magne unie de faire par­tie de l’OTAN. » – Mary Louise Sarotte.

« L’incapacité d’apprécier la fin de la guerre froide a eu un pro­fond impact sur les atti­tudes russes et occi­den­tales – et aide à expli­quer ce que nous voyons main­te­nant. La sup­po­si­tion com­mune que l’Occident a for­cé l’effondrement de l’Union sovié­tique et a ain­si gagné la guerre froide est fausse. Le fait est que la guerre froide s’est ter­mi­née par la négo­cia­tion au pro­fit des deux côtés. Au som­met de Malte en décembre 1989, Mikhaïl Gor­bat­chev et le pré­sident George H.W. Bush ont confir­mé que la base idéo­lo­gique de la guerre avait dis­pa­ru, décla­rant que les deux nations ne se consi­dé­raient plus comme des enne­mis. Au cours des deux années sui­vantes, nous avons tra­vaillé plus étroi­te­ment avec les Sovié­tiques qu’avec même cer­tains de nos alliés. ‘Par la grâce de Dieu, l’Amérique a rem­por­té la guerre froide’, a décla­ré Bush lors de son dis­cours sur l’état de l’Union en 1992. Cette rhé­to­rique n’aurait pas été par­ti­cu­liè­re­ment dom­ma­geable par elle-même. Mais elle a été ren­for­cée par les mesures prises sous les trois pré­si­dents sui­vants. Le pré­sident Bill Clin­ton a appuyé le bom­bar­de­ment de la Ser­bie par l’OTAN, sans l’approbation du Conseil de sécu­ri­té des Nations Unies et l’expansion de l’OTAN pour inclure les anciens pays du Pacte de Var­so­vie. Ces démarches sem­blaient vio­ler l’accord disant que les États-Unis ne pro­fi­te­raient pas de la retraite sovié­tique de l’Europe de l’Est. L’effet sur la confiance des Russes dans les États-Unis a été dévas­ta­teur. » – Jack Mat­lock, Washing­ton Post, 14 mars 2014.

« Sir Rodric Brai­th­waite GCMG, ancien ambas­sa­deur bri­tan­nique en Union sovié­tique et en Rus­sie, nous a infor­més que des assu­rances avaient été don­nées, en 1990, par les États-Unis (James Baker, secré­taire d’État amé­ri­cain), l’Allemagne (Hel­mut Kohl, chan­ce­lier alle­mand), le Royaume-Uni (par le Pre­mier ministre de l’époque, John Major, et le ministre bri­tan­nique des Affaires étran­gères, Dou­glas Hurd) et la France (par le pré­sident fran­çais Fran­çois Mit­ter­rand). Sir Rodric Brai­th­waite a décla­ré que ce ‘dos­sier fac­tuel n’a pas été contes­té avec suc­cès en Occi­dent’.» L’UE et la Rus­sie : avant et après la crise en Ukraine, 20 février 2015, Chambre des Lords bri­tan­nique, para­graphe 107.

Conclu­sion

L’incapacité de Gor­bat­chev à exi­ger ces assu­rances par écrit a été lar­ge­ment cri­ti­quée, mais les accords de poi­gnée de main dans les affaires inter­na­tio­nales sont cou­rants et aucun trai­té ne devait être signé à la fin de la guerre froide parce que cela n’avait pas été une guerre chaude, il n’y avait aucune res­ti­tu­tion ou répa­ra­tions à payer par l’une ou l’autre par­tie. Gor­bat­chev a pen­sé que les États-Unis étaient hon­nêtes et dignes de confiance, que les accords obte­nus en pri­vé devant de nom­breux témoins seraient hono­rés par l’Occident, comme ils le seraient par la Russie.

Mal­heu­reu­se­ment, il fai­sait confiance à des méga-escrocs qui étaient diri­gés par un super-gang­s­ter, G.H.W. Bush, et le monde entier souffre de ces escrocs aujourd’hui, tous les jours. Au lieu de s’excuser et de s’arrêter, l’Occident insulte la Rus­sie constam­ment. C’est appro­fon­dir encore plus les consé­quences du péché ori­gi­nel de G.H.W. Bush, le méga-crime de l’Occident, qui pro­duit un chaos et une effu­sion de sang crois­sants en Libye, en Syrie, en Ukraine et ailleurs, avec une crise de réfu­giés qui en résulte dans toute l’Europe.

Par exemple, Defense News, la revue com­mer­ciale des entre­prises tra­vaillant pour la défense aux États-Unis, a fait son gros titre le 4 sep­tembre 2015 avec « La nou­velle doc­trine mili­taire ukrai­nienne iden­ti­fie la Rus­sie comme un agres­seur, et envi­sage des acqui­si­tions navales », en précisant :

« Le Pre­mier ministre ukrai­nien Arse­ni Iat­se­niouk [que Vic­to­ria Nuland, du Dépar­te­ment d’État amé­ri­cain, https://​you​tu​.be/​M​S​x​a​a​–​6​7​yGM le 4 février 2014, 18 jours avant le https://youtu.be/8‑RyOaFwcEw] a décla­ré que le nou­veau pro­jet de doc­trine mili­taire du pays est le pre­mier dans l’histoire de l’Ukraine, à iden­ti­fier clai­re­ment la Rus­sie comme enne­mi et agres­seur. L’annonce a été faite le 1ersep­tembre lors de la visite du Pre­mier ministre à Odes­sa. […] Iat­se­niouk a décla­ré que […] le pré­sident ukrai­nien ‘signe­ra le décret cor­res­pon­dant’ […] Le vice-ami­­ral James Fog­go, com­man­dant de la 6e flotte amé­ri­caine, et l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine Geof­frey R. Pyatt [qui a pris les https://​you​tu​.be/​M​S​x​a​a​–​6​7​yGM de Nuland et lan­cé le coup d’État pour elle] ont par­ti­ci­pé à la céré­mo­nie […] ‘Nous nous sen­tons comme une seule force avec nos par­te­naires, les pays membres de l’OTAN, avec nos par­te­naires amé­ri­cains. Par consé­quent, les navires amé­ri­cains sont entrés et vont entrer dans les eaux ter­ri­to­riales ukrai­niennes à l’avenir [pour vaincre les Russes en Cri­mée et expul­ser la base navale de la marine russe qui a son siège là depuis 1783]. Nous allons conti­nuer notre exer­cice conjoint’, a décla­ré Iatseniouk. »

Eric Zuesse

Tra­duit et édi­té par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​h​o​m​m​e​–​b​l​a​n​c​–​a​v​o​i​r​–​l​a​n​g​u​e​–​f​o​u​r​c​hue

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​7​1​3​8​4​8​5​7​7​317

[Lanceurs d’alerte, contrôle des politiciens et constitution d’origine citoyenne] Rendez-vous le 10 décembre 2016 à Paris, avec Philippe Pascot, Yvan Stefanovitch et Stéphanie Gibaud

Je vous donne ren­­dez-vous le same­di 10 décembre pro­chain, à Paris, pour une table-ronde sur le thème « Alerte ! Quelle socié­té vou­­lons-nous pour demain ? », avec trois per­sonnes que je trouve admi­rables, pour leur dévoue­ment au bien com­mun et pour leur cou­rage : Phi­lippe Pas­cot et Yvan Ste­fa­no­vitch, deux jour­na­listes qui mènent des enquêtes re-mar-qua-bles sur les pri­vi­lèges scan­da­leux et sur la cor­rup­tion impu­nie gran­dis­sante des « élus » de la « Répu­blique », et Sté­pha­nie Gibaud, lan­ceuse d’a­lerte héroïque, qui a dévoi­lé la tur­pi­tude de son employeur (UBS, acteur cen­tral de l’é­va­sion fis­cale en France) et qui, au lieu d’être récom­pen­sée et pro­té­gée, est hon­teu­se­ment aban­don­née par le gou­ver­ne­ment après l’a­voir bien servi.

L’an­nonce SynerJ : https://​synerj​.org/

L’an­nonce Face­book de la rencontre :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​3​6​1​5​0​3​1​3​4​2​9​4​52/

httpv://youtu.be/g82BzDIbIa0

httpv://youtu.be/tREjX7kXh1E

   


Je vou­drais insis­ter par­ti­cu­liè­re­ment sur le cas de Sté­pha­nie Gibaud, qui a vu sa vie rui­née — lit­té­ra­le­ment — pour son cou­rage et son hon­nê­te­té, et pour­tant SANS ÊTRE AIDÉE DU TOUT PAR LE GOUVERNEMENT (qui, aujourd’­hui, la laisse se débattre seule et cre­ver sans rien faire !!!!!!), alors que cette femme a per­mis de ren­flouer le Tré­sor public avec des sommes colos­sales (au moins 12 mil­liards d’eu­ros !!).

Une fois de plus, je trouve le com­por­te­ment de nos gou­ver­nants révol­tant et scan­da­leux : à l’é­vi­dence, les ministres et les par­le­men­taires, et même les juges, pro­tègent les ultra­riches qui les portent au pou­voir, en mar­ty­ri­sant osten­si­ble­ment les lan­ceurs d’a­lertes, de façon à dis­sua­der d’a­gir les pro­chains héros citoyens.

Faute d’une consti­tu­tion digne de ce nom, les voleurs d’argent et les voleurs de pou­voir s’en­traident en secret pour res­ter hors de por­tée de la colère du peuple.

Mais sur­tout, je trouve qu’ « on n’a pas de figure », nous autres, pré­ten­dus « citoyens », si on n’est même pas fou­tus de pro­té­ger nous-mêmes nos lan­ceurs d’a­lerte. Je vous invite donc à faire comme moi et à aider finan­ciè­re­ment Sté­pha­nie, qui se débat dans les pires galères maté­rielles alors qu’elle nous a ren­du les plus grands services. 

Il y a une adresse où on peut l’ai­der : http://​www​.leet​chi​.com/​c​/​s​o​l​i​d​a​r​i​t​e​–​d​e​–​g​i​b​a​u​d​–​s​t​e​p​h​a​nie. Si cha­cun lui verse un ou deux euros par mois jus­qu’à ce qu’elle se sorte d’af­faire (elle nous pré­vien­dra), elle rece­vra à la fois une aide publique (qu’elle mérite mille fois), et des signes tan­gibles de gra­ti­tude et de sou­tien (qui l’ai­de­ront mora­le­ment dans les bagarres qui l’attendent). 

On peut aus­si aider Sté­pha­nie en lui ache­tant son livre (pas­sion­nant) :


https://​www​.cherche​-midi​.com/​l​i​v​r​e​s​/​l​a​–​f​e​m​m​e​–​q​u​i​–​e​n​–​s​a​v​a​i​t​–​v​r​a​i​m​e​n​t​–​t​rop

httpv://youtu.be/luO3hGC703g

J’ai hâte de vous y retrou­ver, avec ces trois héros : il devrait y avoir de l’ambiance 🙂

Je compte sur vous, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : quelques docu­ments utiles, à lire et à voir :

Stéphanie Gibaud : « Pourquoi moi, lanceuse d’alerte, je dois quitter mon appartement » (24 mars 2016) :

https://​blogs​.media​part​.fr/​s​t​e​p​h​a​n​i​e​–​g​i​b​a​u​d​/​b​l​o​g​/​2​4​0​3​1​6​/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​m​o​i​–​l​a​n​c​e​u​s​e​–​d​a​l​e​r​t​e​–​j​e​–​d​o​i​s​–​q​u​i​t​t​e​r​–​m​o​n​–​a​p​p​a​r​t​e​m​ent

Lanceurs d’alerte : « Une Légion d’honneur pour Stéphanie Gibaud » (7 avril 2016) :

http://​lex​pan​sion​.lex​press​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​–​e​c​o​n​o​m​i​q​u​e​/​l​a​n​c​e​u​r​s​–​d​–​a​l​e​r​t​e​–​u​n​e​–​l​e​g​i​o​n​–​d​–​h​o​n​n​e​u​r​–​p​o​u​r​–​s​t​e​p​h​a​n​i​e​–​g​i​b​a​u​d​_​1​7​8​0​5​5​7​.​h​tml

Stéphanie Gibaud explique son cas sur LCI (24 mars 2016) :

httpv://youtu.be/3u2-MxzN4OY

Stefanovitch chez Bourdin : « Le Sénat, un paradis fiscal pour des parlementaires fantômes » :

httpv://youtu.be/R_DxaJILojY

Philippe Pascot – Pilleurs d’Etat – Bourdin Direct – RMC :

httpv://youtu.be/JngNyfTbR4g
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​7​0​1​5​2​8​9​8​2​317

[Pourriture politicienne impunie] Ziad Takieddine affirme avoir remis 5 millions d’euros à Sarkozy et Guéant pour la campagne de 2007

Un pas­sion­nant dos­sier publié par Oli­vier Ber­ruyer ce matin, sur les​-crises​.fr (le meilleur site d’in­fo du pays, selon moi, avec Media­part, le Saker fran­co­phone, Inves­tig’Ac­tion, Le Grand Soir et deux ou trois autres) :

[Vidéos] Ziad Takieddine affirme avoir remis 5 millions d’euros à Sarkozy et Guéant pour la campagne de 2007

Oli­vier Ber­ruyer : « Un scan­dale incroyable, qui ne fait incroya­ble­ment pas la une de nos gazettes…

Qui, elles, font par contre la leçon à Trump qui n’est même pas encore en fonc­tion au lieu de s’occuper de notre ancien Président… »

Source : Le Figa­ro, Paul Louis, 15/11/2016

Ziad Takieddine Crédits photos : Jacques Demarthon/AFP

Ziad Takied­dine Cré­dits pho­tos : Jacques Demarthon/AFP

Dans un entre­tien vidéo dif­fu­sé par Media­part, l’homme d’affaires fran­­co-liba­­nais explique avoir remis trois valises rem­plies d’argent liquide au minis­tère de l’Intérieur entre 2006 et 2007. Les avo­cats de Claude Guéant et de Nico­las Sar­ko­zy annoncent des poursuites.

À quelques jours du pre­mier tour de la pri­maire de la droite et du centre, ce n’est pas une bonne nou­velle pour Nico­las Sar­ko­zy. Dans un entre­tien réa­li­sé et enre­gis­tré par le site d’investigation Media­part et l’agence Pre­mières Lignes, Ziad Takied­dine passe aux aveux. L’homme d’affaires, proche du régime de Mouam­mar Kadha­fi, recon­naît avoir ser­vi d’intermédiaire en trans­por­tant à trois reprises de l’argent liquide libyen jusqu’au minis­tère de l’Intérieur fran­çais, place Beau­vau, entre novembre 2006 et jan­vier 2007. Le Fran­­co-Liba­­nais affirme avoir remis au total la somme de 5 mil­lions d’euros des­ti­née au ministre de l’Intérieur de l’époque, Nico­las Sar­ko­zy, dans le cadre du finan­ce­ment de sa cam­pagne présidentielle.

Ce n’est pas la pre­mière fois que Ziad Takied­dine porte des accu­sa­tions sur un éven­tuel finan­ce­ment libyen. En mai 2012, alors qu’il était enten­du par un juge dans le volet finan­cier du dos­sier de l’affaire Kara­chi, dans lequel il est mis en exa­men, il déclare que « les infor­ma­tions révé­lées par la presse au sujet du finan­ce­ment de la cam­pagne de Nico­las Sar­ko­zy de 2007 » étaient « tout à fait cré­dibles ». Media­part avait notam­ment ren­du public une note témoi­gnant d’un ver­se­ment d’environ 50 mil­lions d’euros. La plainte de Nico­las Sar­ko­zy s’était sol­dée par un non-lieu.

S’agissant des 5 mil­lions d’euros, Ziad Takied­dine livre les détails du trans­fert. Trans­por­tant à chaque fois une valise pleine de « billets de cinq cent » et quelques « liasses de deux cent », il aurait per­son­nel­le­ment effec­tué trois voyages entre Tri­po­li et Paris via des vols clas­siques de la com­pa­gnie Afri­qiyah. Comme il l’a affir­mé en 2012 dans le cadre de pour­suites de la Cour pénale inter­na­tio­nale, Abdal­lah Senous­si, l’un des chefs des ser­vices libyens et beau-frère par alliance de Mouam­mar Kadha­fi, a « per­son­nel­le­ment super­vi­sé » les remises d’argent.

« Un jour, M.Senoussi me demande si je veux être celui qui trans­porte ces sommes à Claude Guéant, de l’Intérieur. À ce moment-là, je dis “si c’est bon, c’est bon”», raconte Takied­dine. Inquiet d’une pos­sible arres­ta­tion par les auto­ri­tés fran­çaises à son arri­vée, Senous­si lui répond : « Ne vous inquié­tez pas, de toute manière les ser­vices sont pré­ve­nus… Vous ren­trez avec, vous le livrez à M.Guéant et vous nous confir­mez quand c’est reçu ! ».

« Dénoncer l’État mafieux dans lequel on est en train de vivre »

Fin 2006, Claude Guéant, direc­teur de cabi­net du minis­tère de l’Intérieur, aurait ain­si reçu deux valises dans son bureau des mains de Takied­dine, la pre­mière conte­nant envi­ron 1,5 mil­lion d’euros contre 2 mil­lions pour la deuxième. La « livrai­son », atten­due par Claude Guéant, est expé­di­tive et ne sus­cite aucun com­men­taire : « Il (Claude Guéant) sort de der­rière son bureau. On parle un tout petit peu. Il voit où j’ai lais­sé la valise. Et voi­là », témoigne Ziad Takied­dine. En jan­vier 2007, la troi­sième valise, d’un mon­tant de 1,5 mil­lion d’euros, est remise à Nico­las Sar­ko­zy en per­sonne, dans l’appartement pri­vé du ministre de l’Intérieur.

L’homme d’affaires affirme aujourd’hui que Nico­las Sar­ko­zy était par­fai­te­ment au cou­rant du conte­nu des valises. S’il le pre­nait pour un « cham­pion » en 2006–2007, il pré­sente désor­mais l’ex-président comme quelqu’un « de faux » et sou­haite « dénon­cer l’État mafieux dans lequel on est en train de vivre ». « J’ai décou­vert des choses qui ne méritent plus d’être cachées », ajoute-t-il.

Contac­té par Media­part, Claude Guéant a démen­ti les révé­la­tions de Ziad Takied­dine : « Je n’ai jamais reçu d’espèces du gou­ver­ne­ment libyen, non plus de qui­conque d’autre du reste. Je n’en ai pas davan­tage vu pas­ser. Le pré­tendre est men­son­ger et diffamatoire ».

« Il est tout de même étrange qu’il avance ses allé­ga­tions à quelques jours de la pri­maire de la droite. S’il avait des preuves, pour­quoi ne pas les avoir four­nies avant ? » a rele­vé l’avocat de Claude Guéant, Phi­lippe Bou­­chez-El Gho­zi, qui a annon­cé une plainte en dif­fa­ma­tion allait être dépo­sée. Claude Guéant « n’a jamais enten­du par­ler du moindre cen­time libyen qui aurait pu ser­vir à finan­cer la cam­pagne de 2007 et, mal­gré les nom­breuses inves­ti­ga­tions dili­gen­tées, il n’a jamais été mis en cause à ce titre », a sou­li­gné l’avocat.

Dans un com­mu­ni­qué, Me Thier­ry Her­zog, l’avocat de Nico­las Sar­ko­zy, accuse le site Media­part de ten­ter de « salir » son client à quelques jours du pre­mier tour de la pri­maire de la droite et ajoute que « l’absence de cré­di­bi­li­té » de Ziad Takied­dine a été « maintes fois démon­trée ». « M. Nico­las Sar­ko­zy oppose un démen­ti for­mel à ces nou­velles allé­ga­tions », déclare-t-il. « Des pour­suites judi­ciaires seront donc enga­gées en réponse à cette mani­pu­la­tion grossière. »

Une pro­cé­dure judi­ciaire a été ouverte en 2013 par le par­quet de Paris qui doit inves­ti­guer l’hypothèse d’un finan­ce­ment libyen de la cam­pagne de Nico­las Sar­ko­zy en 2007. Elle porte sur des charges de cor­rup­tion active et pas­sive, tra­fic d’influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, blan­chi­ment, com­pli­ci­té et recel de ces délits. Pour l’heure, mal­gré les mul­tiples témoi­gnages d’ex-hauts res­pon­sables du régime libyen dont dis­pose la jus­tice, aucune preuve ne vient confir­mer ces accusations.

Source : Le Figa­ro, Paul Louis, 15/11/2016

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Ziad Takieddine : « J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy »

Source : https://​you​tu​.be/​W​m​v​S​y​R​G​V​Tew, 16-11-2016

httpv://youtu.be/WmvSyRGVTew

Ziad Takied­dine, l’homme qui a intro­duit Nico­las Sar­ko­zy auprès de Mouam­mar Kadha­fi, avoue avoir appor­té au minis­tère de l’intérieur, fin 2006 et début 2007, plu­sieurs valises d’argent liquide pré­pa­rées par le régime libyen, pour un mon­tant total de 5 mil­lions d’euros. « J’ai décou­vert des choses qui ne méritent plus d’être cachées », déclare-t-il, en annon­çant son inten­tion de « racon­ter exac­te­ment les faits à la justice ».

Tour­né le 12 novembre 2016, à Paris.
Entre­tien par Nico­las Vescovacci.
Media­part (Fabrice Arfi et Karl Laske), pro­duc­tion Pre­mières Lignes.

Source : https://​you​tu​.be/​W​m​v​S​y​R​G​V​Tew, 16-11-2016

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Comment Ziad Takieddine a parlé à Mediapart

Source : France Inter16/11/2016

Sonia Devil­lers reçoit Nico­las Ves­co­vac­ci dans L’Instant M pour son inter­view exclu­sive de Ziad Takied­dine dans Mediapart

Trois valises avec zip en cuir mar­ron. Cinq mil­lions d’euros en cou­pures neuves. Dans un entre­tien fil­mé, dif­fu­sé sur le site d’info Média­part, Ziad Takied­dine balance, les livrai­sons d’argent en pro­ve­nance de Lybie et à des­ti­na­tion de Nico­las Sar­ko­zy entre 2006 et 2007. Révé­la­tion choc dans une enquête que le Monde qua­li­fiait récem­ment « d’impossible ». Quand, com­ment et pour­quoi cette inter­view a‑t‑elle lieu ?L”Instant M pose la ques­tion à Nico­las Ves­ca­vac­ci, jour­na­liste d’investigation.

httpv://youtu.be/0HCUXSl-nRwhttps://youtu.be/0HCUXSl-nRw

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TAKIEDDINE : SILENCE !

par Daniel Schnei­der­mann, @si, 17/11/2016
Soyons clair. Aucun media n’est jamais obli­gé de “reprendre” les révé­la­tions d’un autre media. Il peut y avoir toutes sortes de rai­sons de ne pas les reprendre. Soit qu’on ne les estime pas fiables, soit (si si, ça arrive) qu’on ne sou­haite pas, par vilaine jalou­sie, faire de la pub à un media concur­rent. Et Media­partn’échappe pas à la règle. Aucun confrère n’est obli­gé de reprendre les révé­la­tions de Media­part. A for­tio­ri, sur l’affaire du finan­ce­ment libyen de la cam­pagne de Sar­ko­zy, affaire sur laquelle, per­son­nel­le­ment, j’ai tou­jours esti­mé que Media­part, à la dif­fé­rence des affaires Bet­ten­court ou Cahu­zac, n’avait pas four­ni dès le départ la preuve irré­fu­table de l’existence de ces finan­ce­ments. Des témoins à la sin­cé­ri­té invé­ri­fiable, des docu­ments contes­tés : le doute pou­vait sub­sis­ter.Ça, c’était jusqu’à avant-hier, mar­di 15 novembre. Avant-hier, Media­part a mis en ligne une inter­view de l’intermédiaire fran­­co-liba­­nais Ziad Takied­dine, racon­tant dans le détail com­ment il appor­té à trois reprises, en 2006 et 2007, trois mal­lettes de billets de 500 et 200 euros au minis­tère de l’Intérieur, alors diri­gé par Sar­ko­zy (pour un total de cinq mil­lions d’euros). Peut-être Takied­dine fabule-t-il. Peut-être a‑t‑il tout inven­té. Tou­jours est-il que ce témoi­gnage existe. Qu’il est pré­cis. Que Takied­dine s’est mis dans la situa­tion de devoir en répondre à la Jus­tice (il a d’ailleurs été, le soir même, enten­du par la police).

Il est donc tout sim­ple­ment incom­pré­hen­sible qu’un jour­nal comme le 20 Heures de Field et Puja­das, entre autres, n’en ait souf­flé mot ni mar­di, ni mer­cre­di soir. On peut pré­sen­ter ce témoi­gnage avec toutes les pré­cau­tions pos­sibles. On peut sim­ple­ment le citer sans rien en dif­fu­ser. On peut, commeLe Monde, esti­mer ce témoi­gnage tar­dif, dou­teux, esti­mer que les mobiles de ces ver­se­ments sont impré­cis. Mais le pas­ser pure­ment et sim­ple­ment sous silence, c’est com­mettre, aux yeux de la France entière, une erreur qui sera long­temps repro­chée aux medias tai­seux. Que croient-ils ? Qu’on ne les voit pas ? Qu’on ne se rend compte de rien ? Mais leur silence, sur cet enième épi­sode du feuille­ton fran­çais “les poli­tiques et les mal­lettes”, qui rap­pel­le­ra aux plus anciens la belle époque de la “cas­sette Méry”éclate tous les soirs, comme une insulte à des mil­lions de citoyens.

D’autant que l’événement sur­vient à quelques jours du der­nier débat de la pri­maire de la Droite.Dans lequel on guet­te­ra évi­dem­ment toute allu­sion à “la” ques­tion. On ima­gine la ner­vo­si­té en cou­lisse, dont témoignent les pré­pa­ra­tifs. A en croire Le Pari­sien, tout a été fait pour que le débat ne déborde pas : d’abord, la chaîne de Field a pré­fé­ré s’associer à Europe 1 qu’à France Inter. Effets col­la­té­raux : les poten­tiels (et rela­tifs) incon­trô­lables ont été écar­tés : le sûr Elkab­bach a été pré­fé­ré au jeune Sot­to (qui avait asti­co­té Sar­ko­zy sur Byg­ma­lion), Et Natha­lie Saint-Cricq pré­fé­rée à Léa (“c’est une plaisanterie”)Salamé, offi­ciel­le­ment, défense de rire, parce que Europe 1 ne sou­hai­tait pas qu’on entende Sala­mé sur son antenne. Les bou­lons sont ser­rés. Mais le sont-ils jamais assez ?

par Daniel Schnei­der­mann, @si, 17/11/2016

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Commentaires recommandés [sur le site [les​-crises​.fr]

SpectreLe 18 novembre 2016 à 01h43

Ce matin, j’avais parié que dans le der­nier débat de la pri­maire UMP, le sujet serait évo­qué pour la forme — dix secondes au mieux —, que Sar­ko­zy bot­te­rait en touche, puis que l’on pas­se­rait bien vite à autre chose.

Eh bien… pas man­qué. Pour ceux qui ont man­qué cette séquence pathé­tique :Débat de la pri­maire de la droite : Sar­ko­zy juge « indigne » une ques­tion sur Takied­dine (Le Monde)

Vous note­rez l’immense pug­na­ci­té de Puja­das : un vrai pit­bull, il n’a rien lâché !!

Avec un “““jour­na­lisme””” aus­si lâche et ser­vile, com­ment s’étonner que des poli­ti­cards cor­rom­pus et men­teurs puissent conti­nuer de sévir pen­dant des DÉCENNIES ? 2 mois ferme pour avoir volé des pâtes ou asper­gé un maire avec de l’eau, impu­ni­té et passe-droit pour les banks­ters ou les magouilleurs pro­fes­sion­nels for­més à la mafia RPR : bien­ve­nue en France !

Source : http://​www​.les​-crises​.fr/​v​i​d​e​o​s​–​z​i​a​d​–​t​a​k​i​e​d​d​i​n​e​–​a​f​f​i​r​m​e​–​a​v​o​i​r​–​r​e​m​i​s​–​5​–​m​i​l​l​i​o​n​s​–​d​e​u​r​o​s​–​a​–​s​a​r​k​o​z​y​–​e​t​–​g​u​e​a​n​t​–​p​o​u​r​–​l​a​–​c​a​m​p​a​g​n​e​–​d​e​–​2​0​07/

 
Eh bien… Ça va faire quelques para­graphes de plus à ajou­ter au pro­chain livre de Phi­lippe Pas­cot (dont les livres, pré­cieux dic­tion­naires de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée du sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire — et des hon­teux pri­vi­lèges légaux de nos pré­ten­dus « repré­sen­tants »— four­millent de mil­liers de révé­la­tions de la même eau).

Mon com­men­taire : je pense que LA PROCÉDURE de l’é­lec­tion par­mi des can­di­dats POUSSE au men­songe, et l’é­lec­tion INCITE à la cor­rup­tion (ce qui fait quand même deux très gros défauts, et j’en ai repé­ré huit autres, en plus !), parce que l’é­lec­tion PERMET D’AIDER des can­di­dats, et donc, ceux qui ont les moyens d’ai­der vont aider les leurs, for­cé­ment, méca­ni­que­ment, cer­tai­ne­ment, sys­té­ma­ti­que­ment. Cette aide fait des « élus » les DÉBITEURS de ceux qui les ont aidés (et qui les aide­ront encore) à accé­der au pou­voir, et DONC leurs SERVITEURS. 

Avec la pro­cé­dure de l’é­lec­tion (que nous ado­rons stu­pi­de­ment comme si elle était intou­chable), on a une cause pre­mière évi­dente de la cor­rup­tion poli­ti­cienne endémique.

Au contraire, le tirage au sort des acteurs publics (assor­ti de leur contrôle sour­cilleux, évi­dem­ment) ne pousse PAS au men­songe (il ne sert à rien de men­tir : le tirage au sort est insen­sible au men­songe) et le tirage au sort n’in­cite PAS à la cor­rup­tion (il n’y a per­sonne à cor­rompre : la pro­cé­dure du tirage au sort, par construc­tion, méca­ni­que­ment, cer­tai­ne­ment, for­cé­ment, RETIRE TOUTE PRISE AUX ESCROCS de tous poils).

#pas­de­dé­mo­cra­tie­sans­ti­ra­geau­sort

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​9​3​9​8​0​8​0​7​317

Réactions remarquables à l’élection de Donald Trump à la Maison blanche

Je vou­drais signa­ler dans ce billet quelques réac­tions que je trouve remar­quables, après l’é­lec­tion de Donald Trump à la pré­si­dence des Etats-unis :

D’a­bord remer­cier Tatia­na, pour ce billet, que je trouve pro­fond et émouvant :

Hystérie collective autour de Donald Trump – Mise au point

httpv://www.youtube.com/watch?v=4egtarw11uA

Ensuite signa­ler ce beau coup de gueule, qui part d’une dra­ma­ti­sa­tion, mais qui cherche ardem­ment une lumière dans la dis­cus­sion, entre humains égaux en digni­té, et en arrê­tant de mépriser/diaboliser ses adversaires : 

J’ai man­qué pas mal de trucs (il parle vrai­ment vite), mais ça a l’air vrai­ment bien, comme appel à curer la fosse sep­tique de la pré­ten­due gauche libé­rale (Clin­ton, Blair, Hol­lande et autres innom­brables social-traîtres).

—–

Réca­pi­tu­lons, dans les com­men­taires ci-des­­sous, les autres réac­tions remar­quables si vous vou­lez bien.

Etienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​7​6​3​5​1​1​3​2​317

[Philippe Pascot] (Évidente) pétition pour l’interdiction aux détenteurs d’un casier judiciaire d’effectuer un mandat électoral

Un élu condam­né en jus­tice pour mal­ver­sa­tion ne devrait évi­dem­ment PLUS JAMAIS pou­voir être can­di­dat à une élection. 

C’est incroyable qu’on ait à se battre pour seule­ment sou­te­nir un pro­jet qui tombe autant sous le sens.

Il n’y a que les élus (ou les can­di­dats) pour ne pas com­prendre le scan­dale abso­lu des candidats-repris-de-justice.

Je sou­tiens donc sans réserve Phi­lippe Pas­cot dans sa cou­ra­geuse bagarre contre la cor­rup­tion (scan­da­leuse) des par­le­men­taires en France. 

la péti­tion :
http://​www​.meso​pi​nions​.com/​p​e​t​i​t​i​o​n​/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​i​n​t​e​r​d​i​c​t​i​o​n​–​a​u​x​–​d​e​t​e​n​t​e​u​r​s​–​c​a​s​i​e​r​–​j​u​d​i​c​i​a​i​r​e​–​e​f​f​e​c​t​u​e​r​/​1​9​889

La chro­nique de Guillaume Meu­rice sur ce sujet est abso­lu­ment poilante 🙂 :
httpv://youtu.be/MBLsMIeca3E

J’ai signé sa péti­tion, bien sûr, mais sur­tout, je lis (tous les jours quelques lignes de) ses trois bou­quins qui sont trois bombes : « Pilleurs d’É­tat » et « Délits d’é­lus » (tomes 1 et 2)… 

http://​www​.max​mi​lo​.com/​p​r​o​d​u​c​t​_​i​n​f​o​.​p​h​p​?​p​r​o​d​u​c​t​s​_​i​d​=​354

http://​www​.max​mi​lo​.com/​p​r​o​d​u​c​t​_​i​n​f​o​.​p​h​p​?​p​r​o​d​u​c​t​s​_​i​d​=​319

http://​www​.max​mi​lo​.com/​p​r​o​d​u​c​t​_​i​n​f​o​.​p​h​p​?​p​r​o​d​u​c​t​s​_​i​d​=​375

Les salaires extra­va­gants, les passe-droit, la paresse, la mal­hon­nê­te­té, l’im­pu­ni­té et les hon­teux pri­vi­lèges des « élus » qui nous imposent pour­tant – sans rou­gir de honte – chô­mage, dépos­ses­sion poli­tique, libre-échange, délo­ca­li­sa­tions, des­truc­tion du droit du tra­vail, sabo­tage des ser­vices publics, pri­va­ti­sa­tion des biens publics, rigueur et aus­té­ri­té (!!!), eux qui se gavent eux-mêmes comme per­sonne (11 000 € par mois !, dont 7 000 au black sans payer le moindre impôt !!), sont lit­té­ra­le­ment révoltants. 

Ces trois livres sont le résul­tat édi­fiant d’une enquête d’u­ti­li­té publique, que les citoyens devraient s’of­frir mutuel­le­ment en cadeau de réveil-prise de conscience… 

(Ne pas comp­ter sur les « élus », ni sur les « jour­na­listes » – spon­so­ri­sés par les mêmes ultra-riches – pour faire connaître au plus grand nombre ce pré­cieux dic­tion­naire de la pour­ri­ture parlementaire.) 

———-

Ceci dit, ain­si infor­mé sur les voies ordi­naires de la cor­rup­tion poli­ti­cienne, je sug­gère – vous me voyez venir, bande de virus 🙂 – de prendre de la hau­teur sur ces innom­brables scan­dales, qui ne sont que des CONSÉQUENCES de notre démis­sion du pro­ces­sus constituant :

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. Ce n’est pas aux par­le­men­taires, ni aux ministres, ni aux juges, ni aux hommes de loi, d’é­crire ou de modi­fier LA CONSTITUTION (qu’ils devraient tous craindre) : c’est au peuple lui-même, et à lui seul, de fixer les termes – et les contrôles – du man­dat qu’il confie à ses représentants. 

Les « élus » trichent parce qu’ils écrivent eux-mêmes les contrôles contre leurs triches (sot­tise que la nôtre, de les lais­ser faire !)
Si l’on veut des repré­sen­tants exem­plaires, il fau­dra néces­sai­re­ment deve­nir nous-mêmes consti­tuants, per­son­nel­le­ment, quotidiennement. 

Un citoyen digne de ce nom est constituant.
Sinon, poli­ti­que­ment, c’est un enfant, forcément.

Étienne.

PS : je serai avec Phi­lipe Pas­cot, Yvan Ste­fa­no­vitch et (la très cou­ra­geuse et très valeu­reuse) Ste­pha­nie Gibaud, le 10 décembre pro­chain à Mon­treuil. Une bien belle ren­contre en perspective 🙂 


Annonce de la rencontre

J’es­père qu’on aura le temps de faire ensemble des ate­liers consti­tuants 🙂 (« One track min­ded », me disent mes proches 🙂 ).

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​7​6​0​5​4​8​2​2​317

[Passionnant, émouvant, important] John PILGER interroge Julian ASSANGE (vidéo), et John Pilger insiste sur le rôle criminel des « journalistes » mainstream qui nous conduisent à nouveau à accepter la guerre

Je consi­dère John Pil­ger et Julian Assange comme deux per­sonnes admi­rables, du point de vue du bien com­mun ; deux jour­na­listes dignes de ce nom, deux héros de la résis­tance à la cor­rup­tion, aux abus de pou­voir et à la guerre.

Je regroupe ici deux docu­ments poi­gnants, essen­tiels pour com­prendre pour quelles lamen­tables rai­sons l’hu­ma­ni­té va subir à nou­veau l’en­fer sur terre.

1) Une vidéo pas­sion­nante, où Pil­ger et Assange éva­luent cal­me­ment les res­pon­sa­bi­li­tés scan­da­leuses de la guerre qui vient.

2) Une syn­thèse écrite, impor­tante, à lire le crayon à la main, où Pil­ger pointe la res­pon­sa­bi­li­té car­di­nale des jour­na­listes dans les guerres qui ravagent et rava­ge­ront la planète.

Mer­ci à RT et à LGS de relayer ces impor­tantes infor­ma­tions, au milieu de l’am­biance géné­rale va-t-en-guerre de la presse pros­ti­tuée aux pires criminels.

C’est à nous, simples citoyens, de défendre ces héros, lan­ceurs l’a­lertes, « whist­le­blo­wers », du mieux que nous pou­vons, pied à pied, de por­ter leur parole, par­tout sur terre, contre les men­songes des médias de la banque et de la guerre, pour que la conscience popu­laire refuse mas­si­ve­ment la guerre, où que ce soit, et pour que soient un jour incri­mi­nés les riches assassins.

Étienne.


Entretien exclusif de John Pilger avec Julian Assange :

httpv://youtu.be/WksG3XSBvE4

À l’intérieur du gouvernement invisible : Guerre, Propagande, Clinton & Trump


par John PILGER
Le jour­na­liste amé­ri­cain, Edward Ber­nays, est sou­vent pré­sen­té comme l’inventeur de la pro­pa­gande moderne. Neveu de Sig­mund Freud, le pion­nier de la psy­cha­na­lyse, Ber­nays a inven­té le terme « rela­tions publiques » comme un euphé­misme pour dési­gner les mani­pu­la­tions et les trom­pe­ries.En 1929, il a per­sua­dé les fémi­nistes de pro­mou­voir les ciga­rettes pour les femmes en fumant lors d’une parade à New York – un com­por­te­ment consi­dé­ré à l’époque comme sau­gre­nu. Une fémi­niste, Ruth Booth, a décla­ré,  » Femmes ! Allu­mez un nou­veau flam­beau de la liber­té ! Lut­tez contre un autre tabou sexiste ! »

L’influence de Ber­nays s’étendait bien au-delà de la publi­ci­té. Son plus grand suc­cès a été de convaincre le public amé­ri­cain de se joindre à la grande tue­rie de la Pre­mière Guerre mon­diale. Le secret, disait-il, était « de fabri­quer le consen­te­ment » des per­sonnes afin de les « contrô­ler et orien­ter selon notre volon­té et à leur insu ».

Il décri­vait cela comme « le véri­table pou­voir de déci­sion dans notre socié­té » et l’appelait le « gou­ver­ne­ment invi­sible ».

Aujourd’hui, le gou­ver­ne­ment invi­sible n’a jamais été aus­si puis­sant et aus­si peu com­pris. Dans toute ma car­rière de jour­na­liste et de cinéaste, je n’ai jamais connu de pro­pa­gande aus­si influente sur nos vies que celle qui sévit aujourd’hui, et qui soit aus­si peu contestée.

Ima­gi­nez deux villes. Les deux sont en état de siège par les forces gou­ver­ne­men­tales de ces pays. Les deux villes sont occu­pées par des fana­tiques, qui com­mettent des atro­ci­tés, comme la décapitation.

Mais il y a une dif­fé­rence essen­tielle. Dans une des deux villes, les jour­na­listes occi­den­taux embar­qués avec les sol­dats gou­ver­ne­men­taux décrivent ces der­niers comme des libé­ra­teurs et annoncent avec enthou­siasme leurs batailles et leurs frappes aériennes. Il y a des pho­tos en pre­mière page de ces sol­dats héroïques fai­sant le V de la vic­toire. Il est très peu fait men­tion des vic­times civiles.

Dans la deuxième ville – dans un pays voi­sin – il se passe presque exac­te­ment la même chose. Les forces gou­ver­ne­men­tales assiègent une ville contrô­lée par la même trempe de fanatiques.

La dif­fé­rence est que ces fana­tiques sont sou­te­nus, équi­pés et armés par « nous » – par les Etats-Unis et la Grande-Bre­­tagne. Ils ont même un centre de médias finan­cé par la Grande-Bre­­tagne et les Etats-Unis.

Une autre dif­fé­rence est que les sol­dats gou­ver­ne­men­taux qui assiègent cette ville sont les méchants, condam­nés pour avoir agres­sé et bom­bar­dé la ville – ce qui est exac­te­ment ce que les bons sol­dats font dans la pre­mière ville.

Dérou­tant ? Pas vrai­ment. Tel est le double stan­dard de base qui est l’essence même de la pro­pa­gande. Je parle, bien sûr, du siège actuel de la ville de Mos­soul par les forces gou­ver­ne­men­tales ira­kiennes, sou­te­nues par les Etats-Unis et la Grande-Bre­­tagne et le siège d’Alep par les forces gou­ver­ne­men­tales de la Syrie, sou­te­nues par la Rus­sie. L’un est bon ; l’autre est mauvais.

Ce qui est rare­ment signa­lé est que les deux villes ne seraient pas occu­pées par des fana­tiques et rava­gées par la guerre si la Grande-Bre­­tagne et les États-Unis n’avaient pas enva­hi l’Irak en 2003. Cette entre­prise cri­mi­nelle fut lan­cée sur la base de men­songes éton­nam­ment sem­blables à la pro­pa­gande qui déforme main­te­nant notre com­pré­hen­sion de la guerre en Syrie.

Sans ce bat­te­ment de tam­bour de pro­pa­gande dégui­sé en infor­ma­tions, les mons­trueux Daesh, Al-Qai­­da, al-Nus­­ra et tout le reste de ces bandes de dji­ha­distes pour­raient ne pas exis­ter, et le peuple syrien ne serait pas en train de se battre pour sa survie.

Cer­tains se sou­vien­dront peut-être de tous ces jour­na­listes de la BBC qui en 2003 défi­laient devant les camé­ras pour nous expli­quer que l’initiative de Blair était « jus­ti­fiée » pour ce qui allait deve­nir le crime du siècle. Les chaînes de télé­vi­sion US four­nis­saient les mêmes jus­ti­fi­ca­tions pour George W. Bush. Fox News invi­ta Hen­ry Kis­sin­ger pour dis­ser­ter sur les men­songes de Colin Powell.

La même année, peu après l’invasion, j’ai fil­mé une inter­view à Washing­ton de Charles Lewis, le célèbre jour­na­liste d’investigation. Je lui ai deman­dé, « Qu’est-ce qui se serait pas­sé si les médias les plus libres du monde avaient sérieu­se­ment remis en ques­tion ce qui s’est avé­ré être une pro­pa­gande gros­sière ? »

Il a répon­du que si les jour­na­listes avaient fait leur tra­vail, « il y a de très fortes chances qui nous ne serions pas entrés en guerre contre Irak. »

Ce fut une décla­ra­tion cho­quante, et confir­mée par d’autres jour­na­listes célèbres à qui j’ai posé la même ques­tion – Dan Rather de CBS, David Rose du Obser­ver et des jour­na­listes et pro­duc­teurs de la BBC, qui sou­hai­taient res­ter anonymes.

En d’autres mots, si les jour­na­listes avaient fait leur tra­vail, s’ils avaient contes­té et enquê­té sur la pro­pa­gande au lieu de l’amplifier, des cen­taines de mil­liers d’hommes, de femmes et d’enfants seraient encore en vie aujourd’hui, et il n’y aurait pas de Daesh et aucun siège à Alep ou à Mossoul.

Il y aurait eu aucune atro­ci­té dans le métro de Londres le 7 Juillet 2005. Il n’y aurait eu aucune fuite de mil­lions de réfu­giés ; il n’y aurait pas de camps misérables.

Lorsque l’atrocité ter­ro­riste a eu lieu à Paris, au mois de novembre der­nier, le pré­sident Fran­çois Hol­lande a immé­dia­te­ment envoyé des avions pour bom­bar­der la Syrie – et plus de ter­ro­risme a sui­vi, de façon pré­vi­sible, pro­duit par la gran­di­lo­quence de Hol­lande sur la France « en guerre » et « ne mon­trant aucune pitié ». Que la vio­lence de l’État et la vio­lence dji­ha­diste s’alimentent mutuel­le­ment est une réa­li­té qu’aucun diri­geant natio­nal n’a le cou­rage d’aborder.

« Lorsque la véri­té est rem­pla­cée par le silence », a décla­ré le dis­si­dent sovié­tique Yev­tu­shen­ko, « le silence devient un men­songe ».

L’attaque contre l’Irak, l’attaque contre la Libye, l’attaque contre la Syrie ont eu lieu parce que les diri­geants de cha­cun de ces pays n’étaient pas des marion­nettes de l’Occident. Le bilan en matière de droits de l’homme d’un Sad­dam ou d’un Kadha­fi est hors de pro­pos. Ils ont déso­béi aux ordres et n’ont pas aban­don­né le contrôle de leur pays.

Le même sort atten­dait Slo­bo­dan Milo­se­vic une fois qu’il avait refu­sé de signer un « accord » qui exi­geait l’occupation de la Ser­bie et sa conver­sion à une éco­no­mie de mar­ché. Son peuple fut bom­bar­dé, et il fut pour­sui­vi à La Haye. Une telle indé­pen­dance est intolérable.

Comme Wik­Leaks l’a révé­lé, ce ne fut que lorsque le diri­geant syrien Bashar al-Assad reje­ta en 2009 un pro­jet d’oléoduc qui devait tra­ver­ser son pays en pro­ve­nance du Qatar vers l’Europe, qu’il a été attaqué.

A par­tir de ce moment, la CIA a pré­vu de détruire le gou­ver­ne­ment de la Syrie avec les fana­tiques jiha­distes – les mêmes fana­tiques qui tiennent actuel­le­ment en otage les habi­tants de Mos­soul et des quar­tiers est d’Alep.

Pour­quoi les médias n’en parlent pas ? L’ancien fonc­tion­naire du Minis­tère des Affaires étran­gères bri­tan­nique, Carne Ross, qui était res­pon­sable des sanc­tions opé­ra­tion­nelles contre l’Irak, m’a dit : « Nous four­nis­sions aux jour­na­listes des bribes d’informations soi­gneu­se­ment triées, ou nous les tenions à l’écart. Voi­là com­ment ça fonc­tion­nait. ».

L’allié médié­val de l’Occident, l’Arabie Saou­dite – à laquelle les Etats-Unis et la Grande-Bre­­tagne vendent des mil­liards de dol­lars d’armement – est en ce moment en train de détruire le Yémen, un pays si pauvre que, dans le meilleur des cas, la moi­tié des enfants souffrent de malnutrition.

Cher­chez sur You­Tube et vous ver­rez le genre de bombes mas­sives – « nos » bombes – que les Saou­diens uti­lisent contre des vil­lages de terre bat­tue, et contre les mariages et les funérailles.

Les explo­sions res­semblent à de petites bombes ato­miques. Ceux qui pilotent ces bombes depuis l’Arabie Saou­dite tra­vaillent côte à côte avec des offi­ciers bri­tan­niques. Vous n’en enten­drez pas par­ler dans les jour­naux télé­vi­sés du soir.

La pro­pa­gande est plus effi­cace lorsque notre consen­te­ment est fabri­qué par l’élite édu­quée – Oxford, Cam­bridge, Har­vard, Colum­bia – qui fait car­rière à la BBC, au Guar­dian, New York Times, Washing­ton Post.

Ces médias sont répu­tés pour être pro­gres­sistes. Ils se pré­sentent comme des gens éclai­rés, des tri­buns pro­gres­sistes de la morale ambiante. Ils sont anti-racistes, pro-fémi­­nistes et pro-LGBT.

Et ils adorent la guerre.

En même temps qu’ils défendent le fémi­nisme, ils sou­tiennent les guerres rapaces qui nient les droits d’innombrables femmes, dont le droit à la vie.

En 2011, la Libye, un Etat moderne, fut détruite sous pré­texte que Mouam­mar Kadha­fi était sur le point de com­mettre un géno­cide contre son propre peuple. L’information tour­nait en boucle ; mais il n’y avait aucune preuve. C’était un mensonge.

En réa­li­té, la Grande-Bre­­tagne, l’Europe et les États-Unis vou­laient ce qu’ils aiment à appe­ler un « chan­ge­ment de régime » en Libye, le plus grand pro­duc­teur de pétrole en Afrique. L’influence de Kadha­fi sur le conti­nent et, sur­tout, son indé­pen­dance était intolérable.

Il a donc été assas­si­né avec un cou­teau dans le dos par des fana­tiques, sou­te­nus par les Etats-Unis, la Grande-Bre­­tagne et la France. Devant une camé­ra, Hil­la­ry Clin­ton a applau­di sa mort hor­rible en décla­rant,  » Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ! »

La des­truc­tion de la Libye fut un triomphe média­tique. Tan­dis que l’on bat­tait les tam­bours de guerre, Jona­than Freed­land écri­vait dans le Guar­dian : « Bien que les risques soient bien réels, le cas d’une inter­ven­tion reste forte. »

Inter­ven­tion. Un mot poli, bénin, très « Guar­dian », dont la signi­fi­ca­tion réelle, pour la Libye, fut la mort et la destruction.

Selon ses propres dos­siers, l’OTAN a lan­cé 9.700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers étaient des­ti­nées à des cibles civiles. Elles com­pre­naient des mis­siles avec des ogives d’uranium. Regar­dez les pho­tos des décombres à Misu­ra­ta et à Syrte, et les fosses com­munes iden­ti­fiées par la Croix-Rouge. Le rap­port de l’Unicef sur les enfants tués dit, « la plu­part [d’entre eux] avaient moins de dix ans. » Comme consé­quence directe, Syrte est deve­nue la capi­tale de l’Etat Islamique.

L’Ukraine est un autre triomphe média­tique. Des jour­naux libé­raux res­pec­tables tels que le New York Times, le Washing­ton Post et le Guar­dian, et les dif­fu­seurs tra­di­tion­nels tels que la BBC, NBC, CBS et CNN ont joué un rôle cru­cial dans le condi­tion­ne­ment de leurs télé­spec­ta­teurs pour accep­ter une nou­velle et dan­ge­reuse guerre froide.

Tous ont défor­mé les évé­ne­ments en Ukraine pour en faire un acte malé­fique de la Rus­sie, alors qu’en réa­li­té, le coup d’Etat en Ukraine en 2014 fut le tra­vail des États-Unis, aidés par l’Allemagne et de l’OTAN.

Cette inver­sion de la réa­li­té est tel­le­ment omni­pré­sente que les menaces mili­taires de Washing­ton envers la Rus­sie sont pas­sées sous silence ; tout est occul­té par une cam­pagne de déni­gre­ment et de peur du genre de celui que j’ai connu pen­dant la pre­mière guerre froide. Une fois de plus, les Russ­koffs viennent nous cher­cher des poux, diri­gés par un nou­veau Sta­line, que The Eco­no­mist dépeint comme le diable.

L’occultation de la véri­té sur l’Ukraine est une des opé­ra­tions de cen­sure les plus com­plètes que j’ai jamais vue. Les fas­cistes qui ont conçu le coup d’Etat à Kiev sont de la même trempe que ceux qui ont sou­te­nu l’invasion nazie de l’Union sovié­tique en 1941. Alors que l’on se répand sur les craintes d’une mon­tée de l’antisémitisme fas­ciste en Europe, aucun diri­geant ne men­tionne les fas­cistes en Ukraine – sauf Vla­di­mir Pou­tine, mais lui ne compte pas.

Beau­coup dans les médias occi­den­taux ont tra­vaillé dur pour pré­sen­ter la popu­la­tion rus­so­phone eth­nique de l’Ukraine comme des étran­gers dans leur propre pays, comme des agents de Mos­cou, presque jamais comme des Ukrai­niens qui cherchent une fédé­ra­tion en Ukraine et, en tant que citoyens ukrai­niens, qui résistent à un coup d’Etat orches­tré depuis l’étranger contre leur gou­ver­ne­ment élu.

Chez les bel­li­cistes règne pra­ti­que­ment le même état d’excitation que lors d’une réunion de classe. Le bat­teurs de tam­bour du Washing­ton Post qui incitent à la guerre contre la Rus­sie sont les mêmes qui publiaient les men­songes sur les armes de des­truc­tions mas­sive de Sad­dam Hussein.

Pour la plu­part d’entre nous, la cam­pagne pré­si­den­tielle US est un spec­tacle de monstres, où Donald Trump tient le rôle du grand méchant. Mais Trump est détes­té par ceux qui détiennent le pou­voir aux États-Unis pour des rai­sons qui ont peu à voir avec son com­por­te­ment odieux et ses opi­nions. Pour le gou­ver­ne­ment invi­sible à Washing­ton, le Trump impré­vi­sible est un obs­tacle au pro­jet de l’Amérique pour le 21e siècle, qui est de main­te­nir la domi­na­tion des États-Unis et de sou­mettre la Rus­sie, et, si pos­sible, la Chine.

Pour les mili­ta­ristes à Washing­ton, le vrai pro­blème avec Trump est que, dans ses moments de luci­di­té, il ne semble pas vou­loir une guerre avec la Rus­sie ; il veut par­ler avec le pré­sident russe, pas le com­battre ; il dit qu’il veut par­ler avec le pré­sident de la Chine.

Dans le pre­mier débat avec Hil­la­ry Clin­ton, Trump a pro­mis de ne pas être le pre­mier à uti­li­ser des armes nucléaires dans un conflit. Il a dit : « Je ne vou­drais cer­tai­ne­ment pas effec­tuer la pre­mière frappe. Une fois l’option nucléaire prise, c’est fini. » Les médias n’en ont pas parlé.

Le pen­­sait-il réel­le­ment ? Qui sait ? Il se contre­dit sou­vent. Mais ce qui est clair, c’est que Trump est consi­dé­ré comme une grave menace pour le sta­tu quo entre­te­nu par le vaste appa­reil de sécu­ri­té natio­nale qui opère aux États-Unis, quel que soit l’occupant de la Mai­son Blanche.

La CIA veut le voir bat­tu. Le Penta­gone veut le voir bat­tu. Les médias veulent le voir bat­tu. Même son propre par­ti veut le voir bat­tu. Il repré­sente une menace pour les diri­geants du monde – contrai­re­ment à Clin­ton, qui n’a lais­sé aucun doute qu’elle était prête à aller en guerre contre la Rus­sie et la Chine, deux pays qui pos­sèdent des armes nucléaires.

Clin­ton a la forme, comme elle s’en vante sou­vent. En effet, elle n’a plus rien à prou­ver. En tant que séna­trice, elle a sou­te­nu le bain de sang en Irak. Quand s’est pré­sen­tée contre Oba­ma en 2008, elle a mena­cé de « tota­le­ment détruire » l’Iran. En tant que secré­taire d’Etat, elle a com­plo­té dans la des­truc­tion des gou­ver­ne­ments de la Libye et du Hon­du­ras et mis en branle la pro­vo­ca­tion de la Chine.

Elle a pro­mis de sou­te­nir une zone d’exclusion aérienne en Syrie – une pro­vo­ca­tion directe d’une guerre avec la Rus­sie. Clin­ton pour­rait bien deve­nir le pré­sident le plus dan­ge­reux des États-Unis de mon vivant – un titre pour lequel la concur­rence est rude.

Sans la moindre preuve, elle a accu­sé la Rus­sie de sou­te­nir Trump et d’avoir pira­té ses e‑mails. Publiés par Wiki­Leaks, ces e‑mails nous révèlent que ce que dit Clin­ton en pri­vé, dans ses dis­cours aux riches et puis­sants, est le contraire de ce qu’elle dit en public.

Voi­là pour­quoi il est si impor­tant de faire taire et de mena­cer Julian Assange. En tant que diri­geant de Wiki­Leaks, Julian Assange connaît la véri­té. Et per­­met­­tez-moi de ras­su­rer tous ceux qui sont pré­oc­cu­pés, il va bien, et Wiki­Leaks tourne à plein régime.

Aujourd’hui, la plus grande accu­mu­la­tion de forces diri­gées par les Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mon­diale est en route – dans le Cau­case et l’Europe orien­tale, à la fron­tière avec la Rus­sie, et en Asie et dans le Paci­fique, où la Chine est la cible.

Gar­dez cela à l’esprit lorsque le cirque de l’élection pré­si­den­tielle attein­dra son apo­gée le 8 Novembre, Si Clin­ton gagne, un chœur des com­men­ta­teurs écer­ve­lés célé­bre­ra son cou­ron­ne­ment comme un grand pas en avant pour les femmes. Aucun ne men­tion­ne­ra les vic­times de Clin­ton : les femmes syriennes, les femmes ira­kiennes, les femmes libyennes. Aucun ne men­tion­ne­ra les exer­cices de défense civile menées en Rus­sie. Aucun ne rap­pel­le­ra « les flam­beaux de la liber­té » d’Edward Bernays.

Un jour, le porte-parole char­gé des rela­tions avec la presse de George Bush a qua­li­fié les médias de « faci­li­ta­teurs com­plices ».

Venant d’un haut fonc­tion­naire d’une admi­nis­tra­tion dont les men­songes, per­mis par les médias, ont pro­vo­qué tant de souf­frances, cette des­crip­tion est un aver­tis­se­ment de l’histoire.

En 1946, le pro­cu­reur du Tri­bu­nal de Nurem­berg a décla­ré au sujet des médias alle­mands : « Avant chaque agres­sion majeure, ils lan­çaient une cam­pagne de presse cal­cu­lée pour affai­blir leurs vic­times et pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment le peuple alle­mand pour une attaque. Dans le sys­tème de pro­pa­gande, la presse quo­ti­dienne et la radio étaient les armes les plus impor­tantes. »

John Pil­ger

Tra­duc­tion « j’avais récem­ment recom­men­cé à écou­ter France-Inter mais je n’ai tenu qu’une petite semaine » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» http://​john​pil​ger​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​i​n​s​i​d​e​–​t​h​e​–​i​n​v​i​s​i​b​l​e​–​g​o​v​e​r​n​m​e​n​t​–​w​a​r​–​pro…
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[Contre la corruption générale des politiciens] Larry Lessig sera avec Flore Vasseur à Annecy, jeudi prochain, 10 novembre

Je vous avais par­lé l’an pas­sé de Lar­ry Les­sig, le pro­fes­seur de Har­vard qui est entré en rébel­lion contre l’influence de l’argent en poli­tique.

« Depuis 7 ans, Lar­ry Les­sig dénonce sans relâche l’emprise des inté­rêts pri­vés sur la démo­cra­tie amé­ri­caine. Défen­seur de la culture libre, c’est un pilier de la Sili­con Val­ley. Pro­fes­seur de droit et d’éthique à Har­vard, conseiller d’Obama en 2008, fin consti­tu­tion­na­liste, il connaît tous les rouages de Washington. 

Il aurait pu être juge à la Cour Suprême. Il a déci­dé de se rebel­ler pour sau­ver l’intérêt géné­ral. Il mobi­lise sur les routes, sur Inter­net, dérange, ques­tionne, force le débat. Au nom de son pays malade et de son ami mort, Aaron Swartz, hackeur de génie et enfant ché­ri de l’in­ter­net, il veut chan­ger la donne. Après de mul­tiples expé­ri­men­ta­tions pour impo­ser le thème de l’influence de l’argent dans la cam­pagne pré­si­den­tielle amé­ri­caine, il a déci­dé de se por­ter can­di­dat, dans le camp démo­crate. Une expé­rience tra­gique qui dit tout de l’état de la démo­cra­tie américaine. »

Voi­là un prof de droit consti­tu­tion­nel à qui j’au­rais deux mots à dire, bien sûr 🙂 (voir plus bas)…

Eh bien, Flore Vas­seur va rece­voir ce citoyen cou­ra­geux à Anne­cy jeu­di pro­chain, juste après l’é­lec­tion américaine.

Voi­ci quelques liens qui annoncent sa venue — vei­nards d’Annéciens 🙂 :

• http://​www​.bon​lieu​-anne​cy​.com/​f​i​c​h​e​_​s​p​e​c​t​a​c​l​e​.​p​h​p​?​i​d​_​s​p​e​c​t​a​c​l​e​=​262

https://​www​.face​book​.com/​f​l​o​r​e​.​v​a​s​s​e​u​r​.​1​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​2​7​6​1​9​2​4​9​919

https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​1​3​4​0​8​6​3​9​1​3​1​4​10/

J’es­père que l’en­tre­tien et le débat seront filmés.

J’es­père aus­si qu’il y aura à Anne­cy quelques virus démo­cra­tiques, ou citoyens consti­tuants c’est pareil, pour poser à Lar­ry des ques­tions fon­da­trices. Par exemple :

– Que pen­­sez-vous de cette para­ly­sante CONTRADICTION qui consiste à 1) déplo­rer notre impuis­sance poli­tique et 2) ado­rer comme une vache sacrée le faux « suf­frage uni­ver­sel » (c’est-à-dire élire des maîtres, au lieu de voter des lois) ?

ou

– En tant que pro­fes­seur de droit consti­tu­tion­nel, que pen­­sez-vous du lien (que com­prennent de plus en plus les élec­teurs) entre ce faux « suf­frage uni­ver­sel » pour dési­gner les Assem­blées consti­tuantes, et l’impuissance poli­tique ins­ti­tu­tion­nelle des peuples du monde entier ? Autre­ment dit, le TIRAGE AU SORT DE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE n’est-elle pas la seule pro­cé­dure équi­table et incor­rup­tible pour ins­ti­tuer dura­ble­ment une socié­té juste, hors de por­tée de la puis­sance de triche des plus riches ?

Mer­ci Flore ; n’ou­blie pas d’embrasser Lar­ry pour nous 🙂

Étienne.

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Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »

« … Un de mes pro­fes­seurs de des­sin aux Arts appli­qués don­nait un superbe ensei­gne­ment qui se ramas­sait en une seule phrase : « À chaque ins­tant votre des­sin est fini. » 

En règle géné­rale, dans un cours de des­sin, on vous indique le temps dont vous dis­po­sez. Cinq minutes, une heure, quatre heures, ou plu­sieurs séances. Avec lui, non. Il fal­lait com­men­cer par l’essentiel et res­ter sur l’essentiel. Dès que le fusain tou­chait le papier, et à chaque trait, l’urgent était l’essentiel. Un « essen­tiel » qu’il appar­te­nait à cha­cun de décou­vrir. Puis de s’y main­te­nir. Sur la brèche, sur la ligne de crête, pre­mière ligne, ligne de feu, ligne de par­tage des eaux. Ain­si, à chaque ins­tant, le des­sin peut s’arrêter. L’important est dans chaque ins­tant de la ligne. Pas dans la fin. Ni dans le début. Mais dans le trait, dans le chemin.

Quel sage pour­rait ain­si des­si­ner sa vie ? Qu’à chaque ins­tant la vie puisse être inter­rom­pue et qu’à chaque ins­tant elle soit « essen­tielle » ? Tou­jours prête à la halte et prête à s’en aller. 

Nous croyons pour­suivre un but, nous croyons que le trait, comme un che­min, nous conduit vers un but. 

Or il n’y a pas de but. Le but c’est le chemin. 

Le but n’est rien, le che­min est tout. 

Dans le che­min il y a tous les pos­sibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. 

Être en che­min, voi­là le but. 

Être n’est pas le but. Il n’y a pas d’Être que d’être en chemin… »

Daniel Mer­met

 
Daniel est un homme impor­tant pour moi : depuis 2004, à tra­vers Là-bas si j’y suis et aus­si à tra­vers quelques conver­sa­tions, il me trans­forme pro­fon­dé­ment, en bien je crois.

C’est vrai qu’on n’est pas (encore) très nom­breux, à défendre un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire, ouvert à vrai­ment tous les êtres humains ; c’est vrai qu’on n’ar­rive pas encore à rendre le monde meilleur ; mais on est en marche, on est ensemble, autant que pos­sible, autour d’une idée ori­gi­nale et radi­cale, on se trans­forme ensemble, on apprend ensemble qu’on est capables d’é­crire nous-mêmes notre consti­tu­tion, et on pro­gresse, mal­gré les calom­nies et les dif­fi­cul­tés, on fait de notre mieux pour être de plus en plus nom­breux à cher­cher à ser­vir nous-mêmes le bien com­mun, sans accep­ter les cari­ca­tures des poli­ti­ciens qui font de celui qui n’est pas d’ac­cord un adver­saire à vaincre.

Ne déses­pé­rez pas d’être petit. Tout ce qui est grand a com­men­cé par être petit.

Fais ce que tu dois, et advienne que pourra.

Étienne.

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[CORRUPTION GÉNÉRALE DE L’UE] Osons causer : 10 FAITS qui montrent comment LES MULTINATIONALES ACHÈTENT LA POLITIQUE EUROPÉENNE

Ne ratez pas ce tra­vail remar­quable de l’é­quipe Osons Cau­ser sur la CORRUPTION GÉNÉRALISÉE qui règne au sein de la pré­ten­due « Union européenne » :

10 FAITS qui montrent comment LES MULTINATIONALES ACHÈTENT LA POLITIQUE EUROPÉENNE :

httpv://youtu.be/3gv7jxCtnpk

Nous devrions sou­te­nir ces jeunes gens du mieux que nous pou­vons, je trouve : https://​www​.tipeee​.com/​o​s​o​n​s​–​c​a​u​ser

Est-ce que la retrans­crip­tion de cette vidéo existe ?

[Edit 2 novembre, 21 h : la retrans­crip­tion n’exis­tait pas ce matin, mais Julie s’en est occu­pée toute la jour­née, la voi­ci, mer­ci à elle ! 🙂 ]

Retrans­crip­tion de la vidéo de l’équipe OSONS CAUSER : 

10 faits qui montrent comment les multinationales achètent la politique européenne

http://​osons​cau​ser​.com/​1​0​–​f​a​i​t​s​–​m​o​n​t​r​e​n​t​–​m​u​l​t​i​n​a​t​i​o​n​a​l​e​s​–​a​c​h​e​t​e​n​t​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​e​u​r​o​p​e​e​n​ne/

“Wesh Wesh les amis ! 

Alors aujourd’hui, on va par­cou­rir ensemble 10 faits qui montrent que les mul­ti­na­tio­nales achètent la poli­tique européenne.

Alors, l’Union euro­péenne c’est très loin, c’est à Bruxelles, on connaît pas trop, on n’a pas l’impression, le sen­ti­ment clair, de l’influence que ça a sur nos vies, mais pour­tant les poli­tiques déci­dées à l’Union euro­péenne eh bien elles façonnent tout le cadre de toutes les lois de tous les pays membres et ça fait 500 mil­lions de personnes.

Donc ça a énor­mé­ment de consé­quences, les déci­sions qui sont prises à Bruxelles.

Et en ce moment, l’Europe, l’Union euro­péenne, est très contro­ver­sée, il y a de plus en plus de gens qui ont envie de se bar­rer, ne se recon­naissent plus dans les déci­sions euro­péennes, et il y en a d’autres qui croient encore au pro­jet euro­péen et qui se disent qu’il fau­drait une meilleure Europe, plus d’Europe.

Et nous, on n’avait pas envie de ren­trer dans ce débat, on avait envie de pro­po­ser des faits. Alors, on s’est beau­coup docu­men­té, on a fait un taf de recherches colos­sal, on est allé à Bruxelles, on a ren­con­tré des ONG spé­cia­li­sées, on a beau­coup taf­fé pour jus­te­ment ame­ner des faits, pour que tout le monde ait un idée claire de com­ment ça se passe, com­ment se passe le pro­ces­sus de déci­sion euro­péen et qui a la main à toutes les étapes, dans les ins­ti­tu­tions déci­sion­naires en Europe.

Et nous, ce qu’on a trou­vé, à l’occasion de ce tra­vail de recherche, c’est que, der­rière la Com­mis­sion, der­rière le Par­le­ment, der­rière l’expertise et à tous les endroits qui font la poli­tique euro­péenne, en réa­li­té, dans le concret, der­rière tout ça, il y a les mul­ti­na­tio­nales qui, avec leur argent achètent des dépu­tés, achètent des com­mis­saires, achètent des fonc­tion­naires, achètent des experts… et donc, en gros, ont la main, façonnent les poli­tiques prises par l’Union européenne.

Donc nor­ma­le­ment à la fin de cette vidéo, quel que soit votre avis sur l’Union euro­péenne, vous aurez des billes, des faits incon­tes­tables pour com­prendre ce qu’est la réa­li­té des déci­sions à Bruxelles.

  • FAIT NUMÉRO 1 : les mul­ti­na­tio­nales achètent des dépu­tés pen­dant leur mandat.

Alors les pre­mières per­sonnes que les mul­ti­na­tio­nales peuvent ache­ter, c’est les dépu­tés euro­péens. Ça a l’air com­plè­te­ment fou comme ça, c’est vrai que c’est dur à croire, mais vrai­ment, un dépu­té euro­péen, quand il est à Bruxelles ou à Stras­bourg, quand il siège pour l’intérêt géné­ral des 500 mil­lions d’Européens, il peut en même temps occu­per un emploi pri­vé, et donc peut-être, être à la solde d’un employeur qui est une grande multinationale.

Alors, ça s’appelle un conflit d’intérêts : en même temps qu’il est dépu­té et qu’il doit défendre l’intérêt géné­ral, il est en lien avec l’intérêt pri­vé d’une grande boîte.

C’est un peu comme si un arbitre de foot, en même temps qu’il doit arbi­trer “impar­tia­le­ment”, était payé par une des deux équipes… 

Alors, vous pou­vez ima­gi­ner que c’est une pra­tique rare, ou sim­ple­ment faite de quelques dépu­tés un peu lou­foques comme il y en a tou­jours. Mais non pas du tout : il y a un mec qui s’appelle Guy Verhof­stadt qui est un des 5 dépu­tés les plus influents de tout le Par­le­ment, et c’est un ancien pre­mier ministre belge, c’est le pré­sident du groupe par­le­men­taire libé­ral  au Par­le­ment donc c’est un mec qui pèse, qui pèse, qui pèse… Et ce mec-là, il a 9 autres tafs en plus que dépu­té c’est à dire qu’il a 9 cas­quettes, c’est une col­lec­tion, le mec se met bien. Et par­mi ces 9 cas­quettes, il est payé plus de 10.000 € par mois par un de plus gros fonds d’investissement belge qui s’appelle Sofi­na. Alors ça qu’est-ce que ça veut dire ? 

Ça veut dire que, quand il vote le Mr Verhof­stadt, quand il doit régu­ler la finance, est-ce qu’il a la cas­quette de l’intérêt géné­ral des 500 mil­lions d’européens ? ou est-ce qu’il a la cas­quette du fonds d’investissement finan­cier belge Sofi­na ? Com­ment on va savoir ? Il est com­plè­te­ment en conflit d’intérêts.

Et donc, ce qu’on voit avec cet exemple qui est vrai­ment scan­da­leux, parce que le seul truc qu’il doit faire pour le régu­ler, la “régu­la­tion” de cette double cas­quette, c’est sim­ple­ment de cocher un croix dans un tableau… Vous ver­rez le tableau, c’est tout ce qu’on lui demande ! Il a juste à dire “oui c’est vrai je suis payé par un fonds d’investissement”… Donc, on voit que même des dépu­tés (qui sont les seules per­sonnes qu’on élit dans tout le pro­ces­sus légal euro­péen : il n’y a que pour les dépu­tés qu’on peut voter) et même ces dépu­­tés-là peuvent être ache­tés par des mul­ti­na­tio­nales et avoir en même temps leurs inté­rêts en tête… 

Donc, ça com­mence bien notre Odys­sée par­mi les déci­sions euro­péennes. On voit que les mul­ti­na­tio­nales se mettent très bien.

  • FAIT NUMÉRO 2 : les mul­ti­na­tio­nales dictent jusqu’à ⅓ des amen­de­ments aux députés.

 Le seul taf des dépu­tés euro­péens, c’est de modi­fier la loi. Ça, dans le jar­gon par­le­men­taire, ça s’appelle dépo­ser des amen­de­ments à la loi et ce qu’on a décou­vert dans nos recherches, c’est que les mul­ti­na­tio­nales pou­vaient dic­ter des amen­de­ments aux dépu­tés. C’est-à-dire que les dépu­tés déposent des copiés-col­­lés de pro­po­si­tions des multinationales.

Alors vous allez pen­ser que ça n’arrive jamais, que c’est excep­tion­nel tel­le­ment c’est gros comme une mai­son, mais je vais vous lais­ser avec Lau­ra, une meuf géniale d’une ONG qui s’appelle CIO, Cor­po­rate Europe Obser­va­to­ry, et qui est spé­cia­li­sée jus­te­ment sur l’influence des mul­ti­na­tio­nales sur les déci­sions à Bruxelles. Elle, elle va vous dire dans quelle pro­por­tion ça se passe ce scandale :

Lau­ra : “Ce qu’on observe, c’est : par­fois, on a des dépu­tés qui nous envoient jus­te­ment ces pro­po­si­tions d’amendements, et alors on peut com­pa­rer. C’est à peu près ⅓ des amendements.”

Un tiers ! Mais c’est colos­sal, parce que le tra­vail des dépu­tés, c’est nor­ma­le­ment d’amender en ayant en tête l’intérêt géné­ral des 500 mil­lions d’européens, et là, ce qu’on voit, c’est qu’une fois sur trois, ils font leur tra­vail en reco­piant tex­to des mesures et des sou­haits des lob­bies et des grandes multinationales.

Est-ce que c’est vrai­ment ça, notre idée de la démocratie ?

  • FAIT NUMÉRO 3 : les mul­ti­na­tio­nales achètent des com­mis­saires euro­péens : le pou­voir d’une pro­messe d’embauche.

On a par­lé des dépu­tés euro­péens qui sont un peu comme le Par­le­ment en Europe. Main­te­nant on va par­ler de la Com­mis­sion euro­péenne. Ça, c’est un peu comme un gou­ver­ne­ment et les com­mis­saires euro­péens sont un peu comme des ministres : c’est eux qui s’occupent tech­ni­que­ment des sujets.

Alors, ces com­mis­saires euro­péens, les grandes entre­prises ne peuvent pas direc­te­ment les ache­ter, c’est inter­dit : on ne peut pas employer en même temps un com­mis­saire quand il est en fonction. 

Alors là, l’astuce, c’est de leur pro­mettre un emploi dans le futur. 

Alors, je vais vous lais­ser avec le plus grand lob­byiste amé­ri­cain des années 80–90, Jack Abra­moff, qui explique très bien com­ment pro­mettre un emploi, c’est déci­sif pour se mettre dans la poche toute l’action d’un fonctionnaire :

Jack Abra­moff (ancien lob­byiste au Sénat américain) : 

«”Quand vous aurez fini de tra­vailler pour l’administration, nous aime­rions beau­coup que vous envi­sa­giez de tra­vailler avec nous.” Au moment où un de mes col­lègues ou moi avions pro­non­cé ces mots, c’était plié. On les tenait ! Et qu’est-ce que ça veut dire ? Chaque requête venant de chez nous ou d’un de nos clients, tout ce qu’on vou­lait, ils allaient le faire.

Et, mieux que ça, ils allaient pen­ser à faire des choses qu’on n’aurait pas ima­gi­nées nous-mêmes…»

Au niveau euro­péen, cette pra­tique est hyper cou­rante. Par exemple, dans la der­nière Com­mis­sion euro­péenne, donc le der­nier gou­ver­ne­ment, il y a énor­mé­ment de ministres qui sont pas­sés dans le pri­vé, on y a consa­cré une vidéo entière pour mon­trer tout ça.( cf. “Pour­quoi les mul­ti­na­tio­nales achètent nos diri­geants ?”)

Il y a le pré­sident de la Com­mis­sion Bar­ro­so (José Manuel Bar­ro­so) qui est pas­sé chez Gold­man Sachs, il y a la Com­mis­saire à la concur­rence (Nee­lie Kroes) qui est pas­sée chez Uber et il y a la Com­mis­saire au cli­mat (Connie Hede­gaard) qui est pas­sée chez Volkswagen… 

Donc, on voit qu’il a énor­mé­ment de sus­pi­cion de conflit d’intérêts. Encore une fois, comme on leur a pro­mis un emploi dans une boîte pri­vée, et bien on peut se deman­der si les Com­mis­saires euro­péens défen­daient les inté­rêts de tous les Euro­péens ou les inté­rêts de leur futur employeur.

  • FAIT NUMÉRO 4 : les mul­ti­na­tio­nales achètent les fonc­tion­naires euro­péens : pro­messe d’embauche (bis).

Alors, on avait les Com­mis­saires qui sont un peu comme les poli­tiques du gou­ver­ne­ment, c’est nos ministres un peu, et donc, à Bruxelles, il y a aus­si les fonc­tion­naires à la Com­mis­sion euro­péenne. Et ces fonc­tion­naires, ils sont très impor­tants parce qu’ils res­tent en poste plus long­temps : ils peuvent être fonc­tion­naires par­fois pen­dant 10 ans ou 15 ans à la même direc­tion géné­rale, donc il connaissent très très bien les dossiers.

Et ces fonc­tion­naires, les mul­ti­na­tio­nales ont aus­si inté­rêt à les cibler, et là, vous allez voir que c’est exac­te­ment le même fonc­tion­ne­ment qu’avec les Com­mis­saires : ils leur pro­mettent des emplois, et c’est même pire que les pro­messes d’emploi parce qu’à Bruxelles, les car­rières entre lob­bies pri­vés et fonc­tion publique de la Com­mis­sion sont com­plè­te­ment poreuses. D’après l’association CIO, il y a envi­ron la moi­tié des fonc­tion­naires de la Com­mis­sion euro­péenne à Bruxelles qui sont d’anciens ou de futurs lob­byistes pri­vés, et donc, on voit que leurs inté­rêts sont exces­si­ve­ment mêlés.

Si vous vou­lez un exemple, par exemple il y a Tobias McKen­ney. Alors, ce mec-là a bos­sé pen­dant long­temps sur la pro­prié­té intel­lec­tuelle et le copy­right à la Direc­tion géné­rale du mar­ché inté­rieur dans la fonc­tion publique de Bruxelles. 

Et après il a été embau­ché direc­teur Europe de la pro­prié­té intel­lec­tuelle par Google !

Donc, est-ce que ces gens qui vont être bien­tôt embau­chés par des entre­prises pri­vées qui vont tri­pler leur salaire, est-ce que ces gens vont régu­ler la pro­prié­té intel­lec­tuelle, le char­bon, les OGM avec l’intérêt géné­ral en tête ou avec l’intérêt de leur futur employeur ?

Je sais pas, enfin moi, j’en doute pas mal, et je pense que ça, ça nous montre aus­si que jusque dans les rouages fins de la fonc­tion publique bruxel­loise, les mul­ti­na­tio­nales arrivent à ache­ter des décisions.

  • FAIT NUMÉRO 5 : les experts “indé­pen­dants” sont payés par des multinationales.

Avant chaque pro­jet de loi, la Com­mis­sion euro­péenne nomme un groupe d’experts.

Et ce qu’il faut com­prendre, c’est que ce groupe d’experts, il a un rôle très impor­tant : c’est lui qui va défri­cher le domaine et poser le pro­blème que va tâcher de résoudre la loi.

Et les mul­ti­na­tio­nales, évi­dem­ment, elles se glissent dans ce groupe d’experts pour le façon­ner à leur guise.

Ces groupes d’experts, ils sont com­po­sés de fonc­tion­naires euro­péens ou des pays natio­naux, de repré­sen­tants d’intérêts indus­triels (lob­bies) ou de la socié­té civile (ONG) et sur­tout de plein d’experts “indé­pen­dants” qui sont sou­vent des chercheurs.

Et en fait, si on regarde dans le détail, ces experts indé­pen­dants ne sont pas si indé­pen­dants que ça : ils sont direc­te­ment finan­cés par des mul­ti­na­tio­nales et des lobbies.

Exemple : le cas du gaz de schiste. Par exemple, si l’on prend le groupe d’experts qui s’est réuni sur la ques­tion du gaz de schiste, on remarque que 70% des gens qui le com­posent sont payés direc­te­ment par des indus­tries gazières ! Et si on regarde plus pré­ci­sé­ment les “experts indé­pen­dants” qui repré­sentent des cher­cheurs, ou l’Université, “l’Académie”, eux sont presque ⅔ à être payés direc­te­ment par les indus­tries gazières !

Alors ça, c’est très impor­tant, ce finan­ce­ment de l’expertise dans les groupes d’experts par les mul­ti­na­tio­nales, parce que, dans le cas du gaz de schiste, ça contri­bue à chan­ger com­plè­te­ment le pro­blème que va chan­ger la loi et la direc­tive : la loi, au lieu de se deman­der si les gaz de schiste c’est bon ou non pour l’environnement et l’économie euro­péenne, c’est pas du tout ça que s’est posé comme pro­blème la loi : le pro­blème c’était “com­ment bien extraire du gaz de schiste ?”… 

Donc on voit que, impli­ci­te­ment, le gaz de schiste était acquis, ce qui est nor­mal si on finance plus de 70% des membres du groupe d’experts… Donc, on voit avec cet exemple du groupe d’experts, qu’avant même la loi, tout au début, quand on dis­cute de quel est le pro­blème ? Quelle est la pro­blé­ma­tique ? Eh bien, déjà là, les mul­ti­na­tio­nales ont la main sur les déci­sions de l’Europe.

  • FAIT NUMÉRO 6 : les mul­ti­na­tio­nales financent des lob­bies déguisés.

On a vu que les mul­ti­na­tio­nales, elles arri­vaient à faire pas­ser leurs inté­rêts jusqu’au groupe d’experts et aux experts cen­sés être indépendants.

Là, ce qu’on va voir, c’est qu’elles font pareil dans des ins­ti­tu­tions qui sont cen­sées être des trucs de recherches “neutres” et qui n’ont rien à voir avec des méchants lob­bies industriels.

Alors, si vous vou­lez un exemple, parce qu’il faut bien prendre l’exemple pour com­prendre cette affaire : est-ce que vous connais­sez l’Institut Euro­péen pour l’Hydratation ? L’European Hydra­tion Ins­ti­tute ? J’imagine que non. Pour­tant c’est un lieu for­mi­dable qui a pour mis­sion de pro­mou­voir le savoir concer­nant l’hydratation humaine dans dif­fé­rents domaines.

Donc ce truc a l’air génial, il va nous apprendre qu’il faut bien boire de l’eau…

Alors cet ins­ti­tut, il a été finan­cé à hau­teur de 6,6 mil­lions d’eu­ros par Coca Cola et, évi­dem­ment il va pro­duire des recherches qui conviennent à l’intérêt de Coca Cola.

Alors, la der­nière en date, elle est drôle, elle date de 2016. C’est une étude qui montre que des bois­sons caféi­nées peuvent être uti­li­sées aus­si bien que l’eau pour se réhy­dra­ter après l’effort. Vous avez déjà vu des gens boire expres­so sur expres­so après avoir cou­ru un mara­thon ? Moi jamais. Mais évi­dem­ment, ça convient à Coca puisque Coca, c’est des bois­sons caféi­nées qui sont cen­sées te “réhy­dra­ter”. Et donc on voit que cette “fausse science”, elle est uti­li­sée pour que les indus­triels pro­duisent des études qui mettent en avant leurs pro­duits et leurs intérêts.

Et, est-ce que cet ins­ti­tut euro­péen pour l’hydratation figure dans le registre des lobbies ? 

Nous, on est allé voir et on voit que non ! 

Donc, les mul­ti­na­tio­nales ont une autre manière d’influencer les déci­sions, c’est de pro­duire plein d’études, plein d’études qui conviennent à leurs inté­rêts, comme a fait coca Cola avec cette étude pour­rie sur les bois­sons caféi­nées, pour pro­duire plein d’études qui vont dans leurs inté­rêts et des études qui ne sont même pas per­çues comme des lob­bies qui influencent les décisions. 

Donc, on voit, si on va dans le détail de l’expertise, que les mul­ti­na­tio­nales appro­fon­dissent et appro­fon­dissent la main­mise qu’elles ont sur les déci­sions européennes.

  • FAIT NUMÉRO 7 : les mul­ti­na­tio­nales influencent les résul­tats de la science en la finançant.

On a vu que les mul­ti­na­tio­nales elles arri­vaient déjà à payer des experts indé­pen­dants, à payer des ins­ti­tu­tions de “recherche indé­pen­dante” pour façon­ner les poli­tiques selon leurs inté­rêts, mais ce qu’elles font, et ça c’est plus dur à docu­men­ter, c’est que les mul­ti­na­tio­nales paient direc­te­ment de la recherche. Elles paient direc­te­ment des uni­ver­si­tés, des cher­cheurs, des pro­grammes académiques.

Alors ça, c’est dif­fi­cile à voir, parce qu’il y a beau­coup beau­coup de recherches et beau­coup beau­coup de types de finan­ce­ments pri­vés. Mais il y a des gens (PLOS) en 2013 qui ont fait une méta ana­lyse, c’est-à-dire qui ont regar­dé toutes les recherches pro­duites sur un sujet. Et ils ont remar­qué que, quand une recherche était payée par l’industrie du sucre, c’est-à-dire Coca, Pep­si, etc., quand une recherche était payée par l’industrie des bois­sons sucrées, elles avaient 5 fois moins de chance de prou­ver qu’il y avait un lien entre la consom­ma­tion de bois­sons sucrées et l’obésité, comme par hasard.

Et donc, on voit avec cet exemple que c’est prou­vé : quand une mul­ti­na­tio­nale finance des recherches, eh bien, sou­vent, elle le fait avec son angle de vue. Il y a beau­coup plus de chance qu’une recherche finan­cée par une mul­ti­na­tio­nale trouve des résul­tats qui cor­res­pondent aux inté­rêts de cette multinationale.

Donc là, ce qu’on voit, c’est qu’une autre manière d’acheter les poli­tiques euro­péennes, c’est d’influencer très très très en amont la recherche scien­ti­fique en payant des études favo­rables à leurs intérêts.

  • FAIT NUMÉRO 8 : les mul­ti­na­tio­nales paient les experts des agences de régu­la­tion et de contrôle.

En plus de la Com­mis­sion et du Par­le­ment en Europe, il y a d’autres organes qui prennent des déci­sions, c’est les agences de régu­la­tion qui sont char­gées d’examiner si un médi­ca­ment ou des pro­duits qu’on consomme tous les jours sont ris­qués, et elles prennent ces déci­sions en regar­dant la recherche. 

Et donc, on a vu, si on reprend notre exemple du sucre, que, quand des mul­ti­na­tio­nales finan­çaient direc­te­ment des recherches, ces recherches avaient des chances de trou­ver des résul­tats qui les arrangent, c’est-à-dire qui montrent que le sucre ne cause pas l’obésité.

Alors évi­dem­ment, il y a beau­coup de recherches qui montrent que si l’on consomme beau­coup de sucre, on a des chances de gros­sir, c’est sûr, mais comme les mul­ti­na­tio­nales en financent d’autres, ça jette le doute : il y a des études qui montrent que oui, et d’autres qui montrent que non. 

Et en 2010, l’agence de sécu­ri­té ali­men­taire euro­péenne (EFSA : Euro­pean Food Safe­ty Autho­ri­ty) elle a dû se poser la ques­tion s’il fal­lait mettre une limite maxi­male dans la dose de sucre de nos pro­duits. Et qu’est-ce qu’elle a conclu ? Elle a conclu que les “preuves” n’étaient pas suf­fi­santes pour éta­blir un lien entre consom­ma­tion de sucre et obésité…

Alors, on peut se dire que c’est sim­ple­ment parce que, dans la recherche, il y a un peu des deux puisque les mul­ti­na­tio­nales paient, mais en fait ça va plus loin, parce que, quand on exa­mine le groupe de l’agence de sécu­ri­té ali­men­taire qui a pris cette déci­sion, sur les 21 membres de ce groupe, 19 étaient payés par les com­pa­gnies d’a­gro indus­trie du sucre !

Et donc, on voit que les mul­ti­na­tio­nales, non contentes de semer le doute en ache­tant des recherches qui aillent dans leurs inté­rêts, et bien elles vont jusqu’à payer les mecs qui vont déci­der si un médi­ca­ment est bon ou pas ou si les pro­duits sont bons ou pas.

Donc, à tous les niveaux, jusque dans nos vies, dans ce qu’on consomme, les mul­ti­na­tio­nales font tout pour que les déci­sions euro­péennes aillent dans leur intérêt.

  • FAIT NUMÉRO 9 : les mul­ti­na­tio­nales dépensent des sommes colos­sales en lobbying.

Donc, on a vu que, libre­ment, les mul­ti­na­tio­nales pou­vaient payer des gens à toutes les étapes du pro­ces­sus de déci­sion euro­péen, depuis la science jusqu’aux amen­de­ments au Parlement. 

Mais, pour bien com­prendre jusqu’où les mul­ti­na­tio­nales ont des moyens et dépensent de l’argent pour influen­cer les poli­tiques, il faut aus­si inclure le lobbying.

Le lob­bying, c’est toutes les dépenses faites par des mul­ti­na­tio­nales pour, en fait, faire le lien entre des déci­deurs qu’elles vont payer et des études qu’elles pro­duisent. Et ça tout ce liant ça repré­sente des sommes colos­sales.  Au bas mot, c’est les esti­ma­tions basses, il y a 1,5 mil­liard, 1,5 mil­liard d’euros qui sont dépen­sés par les mul­ti­na­tio­nales euro­péennes en lob­bying à Bruxelles.

Elles emploient au mini­mum du mini­mum 25.000 per­sonnes rien que dans la capi­tale à Bruxelles. Et ça, ça repré­sente qua­si­ment 1 lob­byiste par fonc­tion­naire puisqu’il y a 33.000 fonc­tion­naires euro­péens. Donc, il y a un mar­quage à la culotte.

C’est eux qui vont les influen­cer, leur don­ner des petites bro­chures le matin, juste la veille d’une déci­sion ou d’une réunion qu’ils doivent avoir. C’est eux qui vont aller influen­cer tout dou­ce­ment toutes les per­sonnes qu’elles ne peuvent pas ache­ter. C’est ces lob­byistes qui vont aller ache­ter les contrats, et se mettre dans la poche, et payer des confé­rences à tous les cher­cheurs, les experts et les fonc­tion­naires dont on a par­lé pré­cé­dem­ment dans cette vidéo.

Et ça, ces dépenses colos­sales ne sont abso­lu­ment pas enca­drées, il n’y a pas, il n’y a pas de régu­la­tion. On demande sim­ple­ment dans cer­tains cas très par­ti­cu­liers aux lob­byistes de se décla­rer dans un registre mais c’est tout.

Et donc, on voit que Bruxelles et la poli­tique de l’Union euro­péenne est extrê­me­ment poreuse aux influences des mul­ti­na­tio­nales et aux mil­lions, et aux mil­liards même, qu’elles sont prêtes à dépen­ser. Et donc on voit que, fina­le­ment, c’est pas ano­din, si dans plein de déci­sions euro­péennes on a l’impression que l’intérêt géné­ral est très très loin des pré­oc­cu­pa­tions des déci­deurs et que ces déci­deurs ont l’air beau­coup plus proches des mul­ti­na­tio­nales, vu comme ils les bichonnent et vu comme ils les marquent à la culotte.

  • FAIT NUMÉRO 10 : la trans­pa­rence : une fausse solu­tion aux conflits d’intérêts.

Et com­ment c’est contrô­lé, là, tous ces conflits d’intérêts à tous les étages ? Eh bien, pour le per­son­nel euro­péen, on voit, c’est très clair qu’il n’y a aucune volon­té d’y mettre fin, il n’y a aucun contrôle. Les dépu­tés, les fonc­tion­naires, ils ne risquent rien si ils sont en train de bos­ser, ou qu’ils vont bos­ser, pour des mul­ti­na­tio­nales : ni amende, ni pri­son, ni d’être viré, rien du tout.

Par exemple, les Dépu­tés, là, ils peuvent bos­ser pen­dant leur man­dat dans des mul­ti­na­tio­nales. Qu’est-ce qu’ils doivent faire ? Ils doivent le noter dans un car­net, ils doivent dire “oui c’est vrai je bosse pour une multinationale”.

Alors ça, c’est com­plè­te­ment absurde, c’est comme s’il y avait un espion qui est un agent double, il bosse en même temps pour la France et les Etats Unis, et la France son employeur il lui dit “Ah mais ça va, tu l’as écrit dans un car­net c‘est tout bon, ok on conti­nue à te payer, on va pas te virer de l’espionnage, on va pas te pour­suivre pour haute tra­hi­son. Sois le bien­ve­nu, conti­nue, on est au cou­rant.” : c’est comme ça que les Dépu­tés sont régu­lés, c’est vrai­ment absurde ! 

Et pour les fonc­tion­naires euro­péens, alors faut bien com­prendre que pour tous les petits fonc­tion­naires de la Com­mis­sion, il y a aucun pro­blème. Ils peuvent être en train de bos­ser sur un dos­sier, ren­con­trer quelqu’un d’une mul­ti­na­tio­nale qui leur dit “Allez arrange-nous et on t’embauche, on te triple ton salaire” et du jour au len­de­main, pas­ser dans la grande mul­ti­na­tio­nale alors qu’ils viennent de prendre une déci­sion sur elle. Il y a aucun pro­blème pour tous les petits fonctionnaires.

Pour les hauts fonc­tion­naires et les Com­mis­saires, alors là, vous allez voir c’est fou.

C’est si ils veulent, tout de suite après la fin de leur man­dat, pas­ser dans une mul­ti­na­tio­nale, alors ils peuvent le faire si c’est pas direc­te­ment sur le sujet qu’ils ont régulé…

Si jamais c’est sur le sujet qu’ils ont régu­lé, alors, ils doivent attendre un an et demi…

S’ils attendent un an et demi, ils font exac­te­ment ce qu’ils veulent… Et s’ils sont pres­sés et qu’ils veulent aller dans la mul­ti­na­tio­nale tou­cher leur gros salaire avant d’attendre ces un an et demi, alors un “Comi­té d’éthique” se réunit. Et ce “Comi­té d’éthique”, c’est des gens proches de la Com­mis­sion, donc en gros leurs copains qui vont regar­der si, “Ah oui oui c’est vrai vous pou­vez ou vous ne pou­vez pas, il y a ou non conflits d’intérêts” et ce Comi­té d’éthique il n’a jamais sévi, il est hyper bienveillant.

Donc, on voit qu’à tous les étages, où il y a plein de conflits d’intérêts à Bruxelles, eh bien il n’y aucune volon­té de lut­ter contre, à Bruxelles on s’en accom­mode très bien, on trouve ça nor­mal qu’on soit Dépu­té et en même temps embau­ché par une mul­ti­na­tio­nale, ou qu’on soit fonc­tion­naire ou Com­mis­saire euro­péen et que tout de suite après, on se fasse embau­cher par une boîte qu’on a régu­lée pour un salaire miro­bo­lant… Ils n’en ont rien à faire.

QUE RETENIR ? QUE FAIRE ?

Bon, après ces 10 faits, qu’on soit en faveur d’une sor­tie de l’Union euro­péenne ou qu’on sou­haite la réfor­mer, il faut prendre acte de l’ampleur, de la pro­fon­deur des conflits d’intérêts et de la puis­sance de l’influence des mul­ti­na­tio­nales sur les déci­sions prises dans l’Union européenne.

Et ça, si on veut recon­qué­rir une démo­cra­tie, en France en Europe ou au Suri­nam ou je ne sais où, la pro­blé­ma­tique du conflit d’intérêts est cen­trale et cruciale.

Il faut qu’on agisse, que les pou­voirs publics et que les citoyens régulent tous ces leviers qu’ont les mul­ti­na­tio­nales pour chan­ger les déci­sions à leur avan­tage, et ça, eh bien il y a plein de solu­tions qui existent, il y a plein d’acteurs, Trans­pa­ren­cy Inter­na­tio­nal, CIO, et plein d’acteurs démo­cra­tiques qui y ont réfléchi. 

Par exemple, un truc impor­tant pour les Dépu­tés, c’est d’interdire d’être en même temps un repré­sen­tant du peuple et de l’intérêt géné­ral de bos­ser pour une entre­prise, d’avoir un emploi pri­vé. Il n’y a aucune rai­son d’être en même temps avo­cat, employé de je ne sais quelle mul­ti­na­tio­nale et Dépu­té. Pen­dant ton man­dat t’es rien du tout et ça ira très bien. C’est une mesure simple.

Il y a une autre mesure simple, c’est de régle­men­ter for­te­ment le pas­sage de la fonc­tion publique à un emploi pri­vé quand c’est dans le même sec­teur que régu­lait le fonc­tion­naire. Si un fonc­tion­naire régule la pêche, il ne peut pas tra­vailler pour une entre­prise de pêche immé­dia­te­ment après son boulot.

Et les experts, les gens des ONG qui ont un peu réflé­chi des­sus, ils pensent qu’un délai mini­mal de 3 ans avant d’occuper un job dans le sec­teur qu’on a régu­lé, c’est le mini­mum. Parce qu’en 3 ans, les dos­siers ont chan­gé, les équipes ont peut-être chan­gé et donc l’information qu’a gagnée le fonc­tion­naire pen­dant son tra­vail public, il ne va pas pou­voir la vendre au pro­fit de son employeur pri­vé. Et donc, par exemple, mettre ce délai de 3 ans c’est le mini­mum du mini­mum pour régu­ler le pas­sage de la fonc­tion publique et de la Com­mis­sion, au privé.

Et troi­sième point, on a beau­coup insis­té sur tous les dom­mages que pou­vaient cau­ser l’expertise et la recherche ou la science payées par des inté­rêts pri­vés. Donc, ça, pour empê­cher toute la confu­sion et tout le doute que sème cette science pri­vée, il y a des choses très simples à faire : il faut pro­mou­voir une exper­tise publique, lui don­ner des moyens, conti­nuer à avoir un finan­ce­ment public de la recherche, l’approfondir, et aus­si exa­mi­ner mais fine­ment, avec beau­coup d’exigence tous les résul­tats de recherches pri­vées. Puisqu’on voit bien s’il y a 5 fois plus de chance quand une recherche est finan­cée par les indus­tries du sucre, de trou­ver que le sucre ne rend pas gros, quand on voit tous ces biais que cause le finan­ce­ment de la recherche, il suf­fi­rait de les contrô­ler et de mettre un label “Atten­tion, cette science c’est d’la merde, c’est payé par des gens qui ont des inté­rêts par­ti­cu­liers dans l’affaire”.

Évi­dem­ment, régu­ler les conflits d’intérêts et contrô­ler cette main­mise des mul­ti­na­tio­nales sur nos déci­sions, ça ne règle­ra pas d’un coup de baguette magique tous les pro­blèmes de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Il y aura sûre­ment tou­jours le pro­blème du contrôle des élus, les pro­messes non tenues et l’alternance infi­nie entre des par­tis qui sont en fait les mêmes. 

Il y aura sûre­ment d’autres choses à faire, mais ce qu’on com­prend avec cette vidéo, c’est que, quand un jour, nous autres citoyens, on va se réveiller pour leur bot­ter le cul et conqué­rir enfin une nou­velle Consti­tu­tion pour avoir un pou­voir de tous sur les déci­sions, eh bien le conflit d’intérêts et ce pou­voir qu’ont les mul­ti­na­tio­nales pour cro­quer tou­jours plus les déci­sions qui changent nos vies, eh bien ce sera un des pre­miers trucs à régu­ler et on ne l’oubliera pas !

(Mer­ci beau­coup d’avoir regar­dé cette vidéo. Alors, on s’est essayé à un for­mat un peu par­ti­cu­lier : cette fois, on est allé à Bruxelles, on a ren­con­tré des acteurs, fait des entre­tiens et fait énor­mé­ment de recherches pour trou­ver ces infos et on espère que ça vous a plu. Si ça vous a plu, n’hésitez pas à nous sou­te­nir sur Tipeee parce que nous si on n’a pas vos dons, on ne peut pas sur­vivre, et d’ailleurs, mer­ci à tous les Tipeurs qui sont tou­jours de plus en plus nom­breux, on a hâte de vous che­cker en vrai, et puis évi­dem­ment comme d’habitude si vous kif­fez le taf, n’hésitez pas à liker, à vous abon­ner, parce que sinon on ne se voit pas et c’est quand même moins fun. C’était un plai­sir les copains à très vite, Ciao.)

Osons cau­ser

Rap­pel : vidéo source de ce texte impor­tant : http://​osons​cau​ser​.com/​1​0​–​f​a​i​t​s​–​m​o​n​t​r​e​n​t​–​m​u​l​t​i​n​a​t​i​o​n​a​l​e​s​–​a​c​h​e​t​e​n​t​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​e​u​r​o​p​e​e​n​ne/

 
J’in­siste aus­si sur les sources détaillées de cette enquête (ils ont vrai­ment fait du bon bou­lot, ces jeunes gens, pen­sez à les aider, allez) :

SOURCES :

INTRODUCTION SUR LE LOBBYING ET L’INFLUENCE :

[LE POUVOIR DES LOBBIES SUR LES DÉCISIONS] http://​www​.lemonde​.fr/​e​u​r​o​p​e​e​n​n​e​s​–​2​0​1​4​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​1​4​/​0​5​/​0​7​/​b​r​u​x​e​l​l​e​s​–​l​e​s​–​l​o​b​b​i​e​s​–​a​–​l​a​–​m​a​n​–​u​v​r​e​_​4​4​1​2​7​4​7​_​4​3​5​0​1​4​6​.​h​tml

Cet article et enquête euro­péenne de 2014 illustre, en pre­nant quatre exemples, le pou­voir des lob­bies sur les déci­sions euro­péennes. Il est impor­tant de com­men­cer par là pour com­prendre que les pro­cé­dés d’influence décrits dans la vidéo portent leurs fruits.

[LE LOBBING À BRUXELLES] http://​www​.slate​.fr/​s​t​o​r​y​/​6​9​2​9​7​/​l​o​b​b​y​–​b​r​u​x​e​l​l​e​s​–​v​i​s​i​t​e​–​g​u​i​dee

Excellent article INTRODUCTIF. L’NG Cor­po­rate Eruope Obser­va­to­ry donne une visite gui­dée et com­men­tée du “quar­tier euro­péen” de Bruxelles et de ses nom­breux lob­bies. Tout y passe : le tra­vail concret des lob­bistes, leur nombre, les car­rières, leurs astuces. Un MUST READ si vous vou­lez vous intro­duire à la thématique.

[LA VIDÉO INTRODUCTIVE SUR L’INFLUENCE DES MULTINATIONALES]https://youtu.be/ePJeuyBRf2E

Cette vidéo est extrê­me­ment claire et syn­thé­tique sur les moyens d’influence dont dis­posent les mul­ti­na­tio­nales pour façon­ner les poli­tiques euro­péennes selon leurs inté­rêts. UN MUST SEE.

[ FAIT 1 ] LES MULTINATIONALES ACHÈTENT DES DÉPUTÉS PENDANT LEUR MANDAT

[VERHOFSTADT ET D’AUTRES DÉPUTÉS PAYÉS] http://www.lesoir.be/913007/article/actualite/union-europeenne/2015–06–19/guy-verhofstadt-pointe-du-doigt-pour-potentiels-conflits-d-interets

Un article réca­pi­tu­lant tous les enjeux autour du cas Verhof­stadt et de la pro­blé­ma­tique du conflit d’intérêt. Bonne introduction.

Pour aller plus loin :

[LE RAPPORT DE RÉFÉRENCE SUR LA QUESTION] https://​cor​po​ra​teeu​rope​.org/​s​i​t​e​s​/​d​e​f​a​u​l​t​/​f​i​l​e​s​/​f​o​e​e​_​c​e​o​_​l​c​_​–​_​1​5​0​6​_​–​_​w​h​o​s​e​_​r​e​p​r​e​s​e​n​t​a​t​i​v​e​s​_​–​m​e​p​s​_​o​n​_​t​h​e​_​i​n​d​u​s​t​r​y​_​p​a​y​r​o​l​l​f​i​n​a​l​.​pdf

Un rap­port détaillé sur la man­da­ture de 2014. CEO passe au crible les par­le­men­taires et isole une dizaine de cas par­ti­cu­liè­re­ment frap­pant. On y croi­se­ra la bien connue Rachi­da Dati.

[LES DÉPUTÉS MULTICASQUETTES ET LEURS SALAIRES] https://​www​.eur​ac​tiv​.fr/​s​e​c​t​i​o​n​/​e​l​e​c​t​i​o​n​s​–​2​0​1​4​/​n​e​w​s​/​l​e​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​–​s​e​–​d​i​s​t​i​n​g​u​e​n​t​–​p​a​r​–​d​e​s​–​r​e​v​e​n​u​s​–​p​a​r​a​l​l​e​l​e​s​–​e​l​e​v​e​s​–​a​u​–​p​a​r​l​e​m​e​n​t​–​e​u​r​o​p​e​en/

Cet article est tiré d’une enquête de Trans­pa­ren­cy Inter­na­tio­nal sur les décla­ra­tions d’intérêts des dépu­tés euro­péens élus en 2014. Il montre l’ampleur des reve­nus tirés d’autres acti­vi­tés et se concentre par­ti­cu­liè­re­ment sur les cas des dépu­tés fran­çais. Allez y faire un tour, vous y ver­rez d’anciennes connais­sances commes les ministres Dati, Alliot-Marie et Muselier.

[ FAIT 2 ] LES MULTINATIONALES DICTENT JUSQU’À 13 DES AMENDEMENTS AUX DÉPUTÉS

[AMENDEMENTS COPIÉS/COLLÉS] http://​uk​.reu​ters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​u​k​–​e​u​r​o​p​e​–​l​o​b​b​y​i​n​g​–​i​d​U​K​T​R​E​7​2​H​2​1​M​2​0​1​1​0​318

ANGLAIS Une enquête com­plète de Reu­ters, réa­li­sée en 2011, sur le lob­bying auprès des par­le­men­taires et les amen­de­ments dic­tés par les mul­ti­na­tio­nales. Les décla­ra­tions du dépu­té fran­çais Jean-Paul Gau­zès vaut le détour. Le mec assume com­plè­te­ment reco­pier des amen­de­ments écrits par les lob­bies, OKLM.

Pour aller plus loin :

Pour vous faire une idée des copiés/collés, un site a mené une étude exhaus­tive des amen­de­ments dépo­sés pour la direc­tive sur les liber­tés numé­rique et les don­nées.http://​lob​by​plag​.eu/​i​n​f​l​u​e​nce

[ FAIT 3 ] LES MULTINATIONALES ACHÈTENT LES COMMISSAIRES EUROPÉENS : LE POUVOIR D’UNE PROMESSE D’EMBAUCHE

[COMMISSION EUROPÉENNE ACHETÉE] https://​cor​po​ra​teeu​rope​.org/​r​e​v​o​l​v​i​n​g​–​d​o​o​r​s​/​2​0​1​5​/​1​0​/​r​e​v​o​l​v​i​n​g​–​d​o​o​r​s​–​s​p​i​n​–​a​g​ain

ANGLAIS. Pour avoir une idée d’à quel point il est cou­rant pour des mul­ti­na­tio­nales de pro­mettre un emploi aux com­mis­saires euro­péens, jetez un oeil à cette étude de CEO sur la car­rière de membres de la der­nière com­mis­sion Bar­ro­so. Tous les com­mis­saires tra­vaillent main­te­nant pour des entre­prises et, très régu­liè­re­ment, sur des thé­ma­tiques proches de celles qu’ils régu­laient lorsqu’ils étaient en poste à la commission.

Pour aller plus loin :

[COMPRENDRE POURQUOI LES EMBAUCHES : LE CAS GOLDMAN SACHS] http://​www​.fran​cet​vin​fo​.fr/​m​o​n​d​e​/​e​u​r​o​p​e​/​a​v​e​c​–​b​a​r​r​o​s​o​–​g​o​l​d​m​a​n​–​s​a​c​h​s​–​c​o​n​t​i​n​u​e​–​a​–​t​i​s​s​e​r​–​s​a​–​t​o​i​l​e​–​a​u​–​c​o​e​u​r​–​d​u​–​p​o​u​v​o​i​r​_​1​5​4​3​6​1​7​.​h​tml

Cet article est EXCELLENT. En par­cou­rant par le détail la toile que tisse Gold­man Sachs autour du pou­voir euro­péen, on com­prend mieux pour­quoi les mul­ti­na­tio­nales dépensent autant d’argent et d’énergie pour recru­ter d’anciens dirigeants.

[LE DOCUMENTAIRE SUR LES LOBBIES US] https://​you​tu​.be/​C​H​i​i​c​N​0​K​g10

Voi­ci le lien vers le docu­men­taire dont est extraite la cita­tion de Jack Abra­moff. Il est un peu daté mais assez com­plet pour se faire une idée de la réa­li­té du tra­vail de lobbying.

[ FAIT 4 ] LES MULTINATIONALES ACHÈTENT LES FONCTIONNAIRES EUROPÉENS : PROMESSE D’EMBAUCHE BIS

[DES FONCTIONNAIRES ACHETÉS] https://​cor​po​ra​teeu​rope​.org/​r​e​v​o​l​v​i​n​g​d​o​o​r​w​a​tch

Ce site est une mine, mais est en ANGLAIS. CEO recense très régu­liè­re­ment les der­niers pas­sages du public au pri­vé et du pri­vé au public de hauts fonc­tion­naires. Vous y trou­ve­rez des dizaines d’exemples pour vous faire une idée de l’ampleur du phénomène.

[ FAIT 5 ] LES EXPERTS “INDÉPENDANTS” SONT PAYÉS PAR LES MULTINATIONALES

[LE GROUPE D’EXPERTS SUR LES GAZ DE SCHISTE] http://multinationales.org/L‑Europe-laisse-la-porte-grande-ouverte-aux-lobbies-du-gaz-de-schiste

Cet article de l’Observatoire des Mul­ti­na­tio­nales, orga­nisme lié à Bas­ta Mag, détaille cette affaire du groupe d’experts sur le gaz de schiste.

Pour aller plus loin :

[LE RAPPORT DE CEO ET AMIS DE LA TERRE] https://​cor​po​ra​teeu​rope​.org/​s​i​t​e​s​/​d​e​f​a​u​l​t​/​f​i​l​e​s​/​a​t​t​a​c​h​m​e​n​t​s​/​c​a​r​t​e​_​b​l​a​n​c​h​e​_​f​o​r​_​f​r​a​c​k​i​n​g​_​f​i​n​a​l​.​pdf

Voi­là un rap­port, en ANGLAIS une nou­velle fois, de l’ONG CEO sur le groupe d’expert sur le gaz de schiste et les liens de ses membres avec l’industrie gazière. Ce groupe n’est qu’un exemple illus­tra­tif. Au cours de nos recherches, nous avons ren­con­tré bien d’autres groupes d’experts com­por­tant la même pro­por­tion de membre en conflit d’intérêt.

[L’INFLUENCE DU CHOIX DES EXPERTS SUR LE PROBLÈME POSÉ] https://​blogs​.media​part​.fr/​m​a​x​i​m​e​–​c​o​m​b​e​s​/​b​l​o​g​/​1​5​0​4​1​5​/​g​a​z​–​d​e​–​s​c​h​i​s​t​e​–​p​o​u​r​q​u​o​i​–​j​a​i​–​r​e​n​o​n​c​e​–​p​a​r​t​i​c​i​p​e​r​–​a​u​–​g​r​o​u​p​e​–​d​e​x​p​e​r​t​s​–​d​e​–​l​a​–​c​o​m​m​i​s​s​i​o​n​–​e​u​r​o​p​e​e​nne

Maxime Combes, éco­no­miste d’Attac, a été contac­té pour par­ti­ci­per à ce groupe d’experts sur le gaz de schiste. En voyant le recru­te­ment des autres membres et, sur­tout, les mis­sions don­nés à ce groupe, il a refu­sé de par­ti­ci­per à cette mas­ca­rade. Vous appren­drez dans ce billet de blog que le groupe se don­nait pour mis­sion de réflé­chir aux pro­jets d’extraction, sans tenir aucun compte des enjeux environnementaux.

[ FAIT 6 ] LES MULTINATIONALES FINANCENT DES LOBBIES DEGUISES

[L’INSTITUT POUR L’HYDRATATION] https://www.arretsurimages.net/articles/2016–04–13/Comment-Coca-abreuve-les-etudes-sur-l-hydratation-id8636

Cet article d’Arrêt sur Images est par­fait. Il détaille le scan­dale de cet ins­ti­tut qui habille les inté­rêts de Coca-Cola des appa­rats de la science. L’article détaille les finan­ce­ments de l’institut par Coca, les tech­niques uti­li­sées pour com­mu­ni­quer plus lar­ge­ment et mettre en avant les sodas en les fai­sant pas­ser pour des pro­duits hydratants.

Pour aller plus loin :

[D’AUTRES EXEMPLES DE THINK TANK “ÉCRANS” POUR LES MULTINATIONALES]

Les géants du web financent un “ins­ti­tut de recherche” le ‘Euro­pean Pri­va­cy Ins­ti­tute” :http://​www​.pcworld​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​3​9​2​4​9​/​g​o​o​g​l​e​–​m​i​c​r​o​s​o​f​t​–​a​n​d​–​y​a​h​o​o​–​a​r​e​–​s​e​c​r​e​t​–​b​a​c​k​e​r​s​–​b​e​h​i​n​d​–​e​u​r​o​p​e​a​n​–​p​r​i​v​a​c​y​–​a​s​s​o​c​i​a​t​i​o​n​.​h​tml

Le labo­ra­toire Roche a mon­té en Angle­terre une asso­cia­tion citoyenne contre le can­cer : https://​www​.the​guar​dian​.com/​s​o​c​i​e​t​y​/​2​0​0​6​/​o​c​t​/​1​8​/​c​a​n​c​e​r​c​a​r​e​.​h​e​a​lth

[ FAIT 7 ] LES MULTINATIONALES INFLUENCENT LES RÉSULTATS DE LA SCIENCE EN LA FINANÇANT

[LES MANIPULATIONS DE LA SCIENCE PAR L’INDUSTRIE] http://​jour​nals​.plos​.org/​p​l​o​s​m​e​d​i​c​i​n​e​/​a​r​t​i​c​l​e​?​i​d​=​1​0​.​1​3​7​1​/​j​o​u​r​n​a​l​.​p​m​e​d​.​1​0​0​1​578

Cette “Méta-ana­­lyse” explore les résul­tats scien­ti­fiques obte­nus en cher­chant les liens entre bois­sons sucrées et gain de poids. Cette ana­lyse a per­mis d’identifier  le pou­voir d’influence des finan­ceurs indus­triels sur la qua­li­té de la science. Mer­ci à ces scien­ti­fiques. Sans cet exemple exhaus­tif, on aurait été bien embar­ras­sé pour mon­trer soli­de­ment le pou­voir de l’argent sur la science.

Pour aller plus loin :

[CONFÉRENCE : L’INDUSTRIE UTILISE LE FINANCEMENT DE LA  SCIENCE POUR CRÉER LE DOUTE SELON SES INTÉRÊTS] https://​you​tu​.be/​h​4​t​a​Q​x​Z​1​zg8

Dans cette conf chez Grogle, David Michaels pré­sente son livre magis­tral sur l’utilisation stra­té­gique de la science par les lob­bies du tabac. Cet exemple est par­fait pour com­prendre, par le détail, com­ment et pour­quoi les indus­triels sont prêts à consa­crer des bud­gets immenses pour sim­ple­ment détour­ner l’attention et créer du doute. SI VOUS COMPRENEZ L’ANGLAIS, C’EST PAR LÀ QUE ÇA SE PASSE 🙂

[LE LOBBY DU SUCRE PRIS LA MAIN DANS LE SAC] http://​www​.scien​ce​se​ta​ve​nir​.fr/​s​a​n​t​e​/​l​e​s​–​l​o​b​b​i​e​s​–​d​u​–​s​u​c​r​e​–​a​v​a​i​e​n​t​–​f​i​n​a​n​c​e​–​d​e​s​–​e​t​u​d​e​s​–​p​o​u​r​–​m​i​n​i​m​i​s​e​r​–​l​–​i​m​p​a​c​t​–​s​u​r​–​l​e​s​–​m​a​l​a​d​i​e​s​–​c​a​r​d​i​a​q​u​e​s​_​1​0​4​964

Un article récent d’une revue médi­cale amé­ri­caine prouve, après une enquête appro­fon­die, que l’industrie du sucre a payé, dans les années 60, plu­sieurs cher­cheurs d’Harvard près de 50 000 $ pour qu’ils signent une recherche mini­mi­sant le rôle du sucre sur les mala­dies cardiaques.

[15% DES CHERCHEURS AVOUENT CHANGER L’ORIENTATION DE LEUR RECHERCHE POUR PLAIRE AUX FINANCEURS] http://​pages​.sto​laf​.edu/​r​o​s​s​/​f​i​l​e​s​/​2​0​1​4​/​0​5​/​S​c​i​e​n​t​i​s​t​s​B​e​h​a​v​i​n​g​B​a​d​l​y​.​pdf

Cet article, publié en anglais dans Science en 2014, cherche à mon­trer les “écarts” métho­do­lo­giques des cher­cheurs amé­ri­cains. Il s’appuie sur un son­dage pas­sé en 2002 à des échan­tillons repré­sen­ta­tifs de cher­cheurs amé­ri­cains ( + 3 000 répon­dants). Cette étude montre que le finan­ce­ment est clai­re­ment la source la plus impor­tante de man­que­ments métho­do­lo­giques à la pro­bi­té scien­ti­fique. Plus de 15% des son­dés avouent avoir “chan­gé le plan, la métho­do­lo­gie ou les résul­tats d’une étude sous la pres­sion d’un financeur”.

[ FAIT 8 ] LES MULTINATIONALES PAIENT LES EXPERTS DES AGENCES DE RÉGULATION ET DE CONTRÔLE

[L’AGENCE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE]

Une vidéo très bien faite :https://​you​tu​.be/​I​n​v​3​i​X​5​r​hpo

Le rap­port de CEO (en ANGLAIS) : https://​cor​po​ra​teeu​rope​.org/​e​f​s​a​/​2​0​1​3​/​1​0​/​u​n​h​a​p​p​y​–​m​e​a​l​–​e​u​r​o​p​e​a​n​–​f​o​o​d​–​s​a​f​e​t​y​–​a​u​t​h​o​r​i​t​y​s​–​i​n​d​e​p​e​n​d​e​n​c​e​–​p​r​o​b​lem

Vous trou­ve­rez dans ce rap­port et cette vidéo les nom­breux conflits d’intérêts que ren­contre l’agence de sécu­ri­té ali­men­taire euro­péenne. Encore une fois, nous avons pris l’exemple de l’EFSA, mais nous aurions pu par­ler de l’agence du médi­ca­ment (EMA) qui, elle aus­si, était épin­glée en 2012 pour ces conflits d’intérêts par la Cour des comptes européenne.

Pour aller plus loin :

Le rap­port en ANGLAIS SUR l’EFSA  ici :http://​www​.eca​.euro​pa​.eu/​L​i​s​t​s​/​N​e​w​s​/​N​E​W​S​1​2​1​0​_​1​1​/​N​E​W​S​1​2​1​0​_​1​1​_​E​N​.​PDF

Un article mon­trant les mêmes logiques à l’OMS (Orga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té) :http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/03/26/l‑oms-sous-influence-de-l-industrie-pharmaceutique_1324720_3244.html

[ FAIT 9 ] LES MULTINATIONALES ENGAGENT DES DÉPENSES COLOSSALES EN LOBBYING

[LOBBIES TROP PEU RÉGULÉS] http://​www​.trans​pa​ren​cyin​ter​na​tio​nal​.eu/​w​p​–​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​6​/​0​6​/​J​o​i​n​t​–​l​e​t​t​e​r​–​L​o​b​b​y​i​s​t​s​–​f​o​r​–​t​r​a​n​s​p​a​r​e​n​t​–​l​o​b​b​y​i​n​g​.​pdf

Quoi de mieux qu’une lettre ouverte de lob­byistes se plai­gnant de la trop faible régu­la­tion de leur pro­fes­sion à Bruxelles ? Cette lettre (en ANGLAIS) de juin 2016 décrit la fai­blesse de l’encadrement des acti­vi­tés de lob­bying et de “rela­tions publiques” autour des ins­ti­tu­tions euro­péennes. Elle demande, notam­ment, à ce que l’inscription dans le registre soit obli­ga­toire et recouvre un panel plus large d’activités.

Pour aller plus loin :

[LA COMMISSION REFUSE DE DÉVOILER SES LIENS AVEC LES LOBBIES DU TABAC] http://​www​.eur​ac​tiv​.fr/​s​e​c​t​i​o​n​/​a​f​f​a​i​r​e​s​–​p​u​b​l​i​q​u​e​s​/​n​e​w​s​/​l​a​–​c​o​m​m​i​s​s​i​o​n​–​r​e​f​u​s​e​–​d​e​–​l​e​v​e​r​–​l​e​–​v​o​i​l​e​–​s​u​r​–​l​e​–​l​o​b​b​y​i​n​g​–​d​u​–​t​a​b​ac/

Whao ! EN 2016, la média­trice euro­péenne, s’appuyant sur des conven­tions signées à l’ONU, a deman­dé à la Com­mis­sion Euro­péenne de divul­guer le détails des liens entre les membres de ses ser­vices et les repré­sen­tants de l’industrie du tabac. La Com­mis­sion a refu­sé la trans­pa­rence, au grand dam de la démo­cra­tie. Affligeant….

[ARTICLE SOMPTUEUX SUR LES LOBBYISTES] http://​www​.nytimes​.com/​2​0​1​3​/​1​0​/​1​9​/​w​o​r​l​d​/​e​u​r​o​p​e​/​l​o​b​b​y​i​n​g​–​b​o​n​a​n​z​a​–​a​s​–​f​i​r​m​s​–​t​r​y​–​t​o​–​i​n​f​l​u​e​n​c​e​–​e​u​r​o​p​e​a​n​–​u​n​i​o​n​.​h​t​m​l​?​_​r=1

Cet article, mal­heu­reu­se­ment en ANGLAIS, est excellent. Fon­dé sur une enquête à pro­pos d’un grand cabi­net de lob­bying, l’article décrit, de l’intérieur,  les pra­tiques et les enjeux des lob­byistes. Il montre à quel point les car­rière, les agen­das et les infor­ma­tions des fonc­tion­naires euro­péens et des indus­triels doivent s’entremêler.

[ FAIT 10 ] LES FAIBLESSES DE LA RÉGULATION DES CONFLITS D’INTÉRÉT : LA FAUSSE SOLUTION DE LA TRANSPARENCE

[LE RIDICULE CODE DE CONDUITE DES DÉPUTÉS EUROPÉENS] a href=« http://​www​.euro​parl​.euro​pa​.eu/​p​d​f​/​m​e​p​s​/​2​0​1​3​0​5​_​C​o​d​e​_​o​f​_​c​o​n​d​u​c​t​_​F​R​.​pdf » tar­get=« _blank »>http://​www​.euro​parl​.euro​pa​.eu/​p​d​f​/​m​e​p​s​/​2​0​1​3​0​5​_​C​o​d​e​_​o​f​_​c​o​n​d​u​c​t​_​F​R​.​pdf

Je ne sais pas quoi dire, il parle pour lui-même. Le conflit d’intérêt est dif­fi­cile à consti­tuer, le comi­té char­gé d’y veiller est “consul­ta­tif”, le juge en la matière est lui-même dépu­té et les sanc­tions n’existent qua­si­ment pas. Bref, c’est une BLAGUE ! 🙂 

Pour nous sou­te­nir, mer­ci 🙂 http://​bit​.ly/​t​i​p​e​e​e​o​s​o​n​s​c​a​u​ser

Source (des sources détaillées) : OSONS CAUSER, http://​osons​cau​ser​.com/​1​0​–​f​a​i​t​s​–​m​o​n​t​r​e​n​t​–​m​u​l​t​i​n​a​t​i​o​n​a​l​e​s​–​a​c​h​e​t​e​n​t​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​–​e​u​r​o​p​e​e​n​ne/

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Comme cerise sur ce gâteau de la CORRUPTION EUROPÉENNE CRASSE, je rap­pelle que TOUS les fonc­tion­naires euro­péens béné­fi­cient d’une IMMUNITÉ JUDICIAIRE À VIE pour tous les actes qu’ils ont com­mis pen­dant leurs fonc­tions (WTF!).

Cha­cun se demande évi­dem­ment à quoi sert ce droit exor­bi­tant, que même les pires dic­ta­teurs n’ac­cordent jamais qu’à leur seule famille. Même dans les pires régimes, on n’a jamais vu ain­si pro­té­ger toute l’administration…

Voyez ceci :

Les Eurocrates tout-puissants : l’information clé que Verheugen oublie de vous dire !

Franck Biancheri

Il lui fau­dra cer­tai­ne­ment encore une ou deux années de plus pour recon­naître que sa poli­tique de sou­tien à l’élargissement à la Tur­quie[1], c’était éga­le­ment une poli­tique écrite par ses prin­ci­paux bureaucrates.

Pour Newro­peans, et un nombre sub­stan­tiel de citoyens euro­péens, c’est une évi­dence depuis de nom­breuses années et c’est d’ailleurs pour cette rai­son que Newro­peans a choi­si de faire de la démo­cra­ti­sa­tion de l’UE sa prio­ri­té poli­tique pour la décen­nie à venir. C’est aus­si pour cela que le mou­ve­ment a choi­si de pla­cer en pre­mière place de son pro­gramme pour les élec­tions euro­péennes de 2009 une réforme essen­tielle pour stop­per la dérive bureau­cra­tique du pro­jet euro­péen : sup­pri­mer l’immunité judi­ciaire à vie dont béné­fi­cient les fonc­tion­naires des ins­ti­tu­tions européennes.

Oui, vous avez bien lu : aucun tri­bu­nal dans l’Union euro­péenne ne peut sanc­tion­ner les dérives des fonc­tion­naires euro­péens inter­ve­nues dans le cadre de leur fonc­tion, et cette pro­tec­tion leur est accor­dée à vie. Vous trou­ve­rez tout le détail dans l’annexe d’un Trai­té euro­péen de 1965 qui a accor­dé ce pri­vi­lège exor­bi­tant[2].

Je me per­mets d’insister car c’est tel­le­ment énorme qu’on peut faci­le­ment mal com­prendre l’information : ceux qui béné­fi­cient de cette immu­ni­té à vie, ce ne sont pas les Com­mis­saires euro­péens comme Verheu­gen, nom­més par les gou­ver­ne­ments, ni les dépu­tés euro­péens de Stras­bourg que nous éli­sons. Non, ceux là ont une immu­ni­té poli­tique clas­sique, comme dans les Etats membres, qui ne dure que le temps de leur fonc­tion (5 ans). Ceux qui béné­fi­cient de cette immu­ni­té, ce sont les fonc­tion­naires, qui res­tent en poste géné­ra­le­ment une tren­taine d’années ! Et de toute façon, elle leur est accor­dée jusqu’à leur mort !

Aucun régime démo­cra­tique dans l’Histoire n’a accor­dé un tel pri­vi­lège à ses bureau­crates. Même les dic­ta­tures concentrent les immu­ni­tés à vie sur la per­sonne du dic­ta­teur ou de ses plus proches sbires. En tout cas, ces mêmes dic­ta­tures nous enseignent quelque chose d’utile pour com­prendre où se trouve le vrai pou­voir à Bruxelles : ces immu­ni­tés à vie ne s’attribuent qu’à ceux qui ont vrai­ment le pou­voir, et tout le pouvoir.
Alors, déjà, comme le rap­pelle fort jus­te­ment Gün­ter Verheu­gen, la durée de fonc­tion des fonc­tion­naires euro­péens (trente ans envi­ron contre cinq pour les Com­mis­saires), conduit la haute hié­rar­chie de la Com­mis­sion à consi­dé­rer les « poli­tiques » de la mai­son comme de vul­gaires signa­taires de déci­sions éla­bo­rées sans eux, voire contre eux. Vous pou­vez ima­gi­ner, avec l’immunité à vie dans la poche, com­ment ils peuvent éva­luer les rap­ports de force entre eux et le soi-disant niveau poli­tique de la Com­mis­sion : tout le pou­voir aux Euro­crates[3] et seule­ment l’apparence aux Commissaires.

En fait, soyons hon­nêtes, un Com­mis­saire euro­péen ne sert plus à rien sauf à main­te­nir la fic­tion d’une direc­tion poli­tique à Bruxelles.

Cette situa­tion est extrê­me­ment inquié­tante pour la démo­cra­tie en Europe. C’est une ques­tion qui devrait être au cœur des débats poli­tiques dans chaque Etat-membre : com­ment reprendre le contrôle démo­cra­tique de la machine euro­péenne ? Pour­tant, nos lea­ders natio­naux, nos par­tis natio­naux passent leur temps à se dés­in­té­res­ser des affaires euro­péennes, ou peut-être pire, à confier entiè­re­ment le des­tin de l’UE à ces bureau­crates en répé­tant aux Euro­crates : « pour le com­ment, c’est à vous de voir ». Mais quels types d’hommes et de femmes poli­tiques sont deve­nus nos « lea­ders » natio­naux qui oublient que la pre­mière tâche d’un poli­tique élu en démo­cra­tie c’est de diri­ger son admi­nis­tra­tion, d’obliger cette der­nière à suivre la volon­té popu­laire ; et pas l’inverse !
Hélas peu d’espoir du côté des par­tis natio­naux, car d’un bout à l’autre de l’UE aujourd’hui les chefs de ces par­tis sont des déma­gogues : ils se pré­tendent « lea­ders »   mais ne font que suivre les son­dages. Alors espé­rer que demain ils imposent une direc­tion à leurs bureau­crates plu­tôt que de tout sim­ple­ment les suivre, c’est une illusion.
C’est donc pour chan­ger cela que nous avons lan­cé Newro­peans et que nous nous pré­sen­te­rons aux suf­frages des 500 mil­lions d’Européens en Juin 2009. Il est impé­ra­tif de remettre les citoyens et non pas les bureau­crates au cœur du pro­jet euro­péen. C’est l’objectif que nous nous sommes assi­gnés. Et cela passe notam­ment par une confron­ta­tion directe avec l’appareil bureau­cra­tique euro­péen sur la ques­tion de son immu­ni­té à vie. Cette immu­ni­té à vie doit être sup­pri­mée dès que pos­sible ; et la Com­mis­sion doit décla­rer au plus vite qu’elle sus­pend ad aeter­nam l’utilisation de cette immu­ni­té devant les tri­bu­naux des Etats membres de l’Union euro­péenne. M. Verheu­gen, c’est une déci­sion que vous et vos amis Com­mis­saires pour­riez prendre dès demain si vous le vou­liez. Ou plu­tôt si vos Euro­crates vous auto­ri­saient à le faire ?
S’il y avait déjà des élus Newro­peans au Par­le­ment euro­péen, cela ferait plu­sieurs années que nous aurions conduit le Par­le­ment à impo­ser cette déci­sion à la Com­mis­sion. Mais, au Par­le­ment actuel, sans élus Newro­peans donc, bien qu’informée depuis quatre ans, l’immense majo­ri­té des Euro-dépu­­tés ne veut pas abor­der le sujet, par peur de fâcher les Eurocrates !
C’est vrai que la majo­ri­té de ceux qui peuplent actuel­le­ment le Par­le­ment euro­péen ne sont pas là pour don­ner la parole aux citoyens euro­péens et prendre les risques qui s’imposent pour par­ve­nir à le faire. Ils sont juste là pour occu­per les bonnes places mises à dis­po­si­tion des par­tis natio­naux tous les cinq ans.

Verheu­gen a rai­son de dénon­cer la main­mise des bureau­crates sur le pou­voir euro­péen. Mais pour chan­ger cela, il va fal­loir se battre dans l’arène élec­to­rale en 2009, comme tou­jours dans l’Histoire, les citoyens ont dû le faire pour démo­cra­ti­ser des régimes non démocratiques !

Franck Bian­che­ri
Pré­sident de Newro­peans
[1] Il était en charge de l’élargissement dans la pré­cé­dente Commission.
[2] Texte des trai­tés euro­péens rela­tif aux immu­ni­tés des fonc­tion­naires euro­péens : Euro​pa​.eu ; et plus d’information sur la ques­tion : Newro­peans
[3] Je tiens à pré­ci­ser que ce pou­voir des Euro­crates est concen­tré dans les mains de moins de 500 hauts fonc­tion­naires. L’immense majo­ri­té des fonc­tion­naires euro­péens n’a ni la volon­té, ni la capa­ci­té d’exercer ce pou­voir en haut du sys­tème. Mais via les immu­ni­tés à vie qu’in fine seule la haute hié­rar­chie peut lever si elle le sou­haite, non seule­ment les direc­teurs géné­raux et direc­teurs tiennent leurs troupes avec un ins­tru­ment par­ti­cu­liè­re­ment effi­caces ; mais en plus ils savent qu’en cas de crise c’est leur « patron poli­tique » qui sau­te­ra. Ces der­nières années ont vu des Com­mis­saires, voire des Com­mis­sions entières, démis­sion­ner ou être mises en accu­sa­tion, y com­pris devant la jus­tice. Cher­chez en revanche les hauts fonc­tion­naires euro­péens dans le même cas ! Vous ne trou­ve­rez rien, car il n’y en a tout sim­ple­ment pas eu. C’est l’avantage d’être intouchable.

Source : http://www.newropeans-magazine.org/en/2006/10/11/les-eurocrates-tout-puissants‑l%C2%92information-cle-que-verheugen-oublie-de-vous-dire/

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Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​4​4​5​3​3​0​4​7​317

[Au diable les « élus » ! Vive la démocratie !] Finalement Paul Magnette s’avère être un traître, comme la plupart des autres « élus » : pour des modifications insignifiantes, il vient d’accepter de signer le CETA !

[Edit 1er novembre 2016 : Fina­le­ment Paul Magnette s’a­vère être un traître, comme la plu­part des autres « élus » 🙁 : pour des modi­fi­ca­tions insi­gni­fiantes (le trai­té avec un pays enchaî­né à l’Em­pire par l’A­LE­NA est tou­jours secret et il n’est tou­jours pas sou­mis au réfé­ren­dum), il vient d’ac­cep­ter de signer le CETA !

Déci­dé­ment, l’é­lec­tion porte au pou­voir LES PIRES. : sont « élus » ceux qui mentent le mieux à ceux qu’ils pré­tendent « représenter ».

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Et plus grave encore, les tech­no­crates unio­neu­ro­péens (de vrais fas­cistes, en fait) vont bien­tôt faire de ces trai­tés félons de « libre-échange » un « domaine de com­pé­tence exclu­sive de l’UE », ce qui leur per­met­tra à l’a­ve­nir de les impo­ser aux peuples euro­péens sans se sou­cier même de l’a­vis des par­le­ments nationaux :

Libre-échange : la tentation autoritaire

par Mar­tine Orange (Media­part) :

Pres­sé d’effacer l’affront wal­lon, le conseil euro­péen a pré­vu de signer le trai­té de libre-échange avec le Cana­da, dès dimanche. L’épisode a cepen­dant sou­li­gné un com­plet divorce avec la socié­té civile euro­péenne. Le temps de la mon­dia­li­sa­tion heu­reuse est achevé.

Il fal­lait laver l’affront wal­lon au plus vite. Les dif­fé­rents par­le­ments régio­naux belges avaient à peine don­né leur accord au texte amen­dé que le pré­sident du conseil euro­péen, Donald Tusk, annon­çait la signa­ture du trai­té entre le Cana­da et l’Union euro­péenne. Le pre­mier ministre cana­dien, Jus­tin Tru­deau, se féli­ci­tait de son côté de l’accord trou­vé et annon­çait sa venue à Bruxelles. L’accord sur le CETA sera signé dès dimanche.

En pré­ci­pi­tant les évé­ne­ments, les res­pon­sables euro­péens espèrent redon­ner à l’Union euro­péenne sa cré­di­bi­li­té enta­mée. Après la Grèce, le Brexit, la crise sur les réfu­giés, cette nou­velle contes­ta­tion a mis à mal l’appareil euro­péen. De nom­breuses cri­tiques se sont éle­vées sur son fonc­tion­ne­ment, sa capa­ci­té à négo­cier des trai­tés commerciaux.

Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, et Donald Tusk, président du conseil européen. © ReutersJean-Claude Juncker, président de la commission européenne, et Donald Tusk, président du conseil européen. © Reuters

Signer le CETA au plus vite est une façon d’apporter la démons­tra­tion que l’Union euro­péenne, quoi que ses détrac­teurs aient pu en dire ces der­niers jours, est tou­jours en pleine pos­ses­sion de ses pou­voirs. C’est une manière de réduire la contes­ta­tion wal­lonne à rien : un énième rebon­dis­se­ment dans la vie poli­tique com­pli­quée belge, de la lutte entre Wal­lons et Fla­mands, une manœuvre de ces socia­listes wal­lons « obtus et ringards ».

Le pre­mier ministre belge, Charles Michel, comme les repré­sen­tants fla­mands se sont d’ailleurs empres­sés d’accréditer cette thèse : « Pas une vir­gule n’a bou­gé dans le texte du CETA », a assu­ré le chef du gou­ver­ne­ment belge devant le par­le­ment, jeu­di soir. Une thèse que reprennent à leur compte les res­pon­sables euro­péens. Rien d’important n’a été concé­dé aux par­ties wal­lonnes, puisqu’il est pos­sible dès le len­de­main de mettre en œuvre le trai­té de libre-échange entre le Cana­da et l’Union européenne.

Pré­oc­cu­pés à défendre leur légi­ti­mi­té, les res­pon­sables euro­péens n’ont désor­mais qu’une obses­sion : tout faire pour que pareil blo­cage ne se repro­duise plus, pour qu’aucun grain de sable ne vienne enrayer la machine euro­péenne. Des conser­va­teurs demandent déjà que les modes de négo­cia­tion soient chan­gés, que les trai­tés com­mer­ciaux soient de la com­pé­tence exclu­sive de la com­mis­sion et du par­le­ment euro­péens, sans que les États puissent dire leur mot sur le processus.

À Bruxelles, on attend avec impa­tience l’arrêt de la cour euro­péenne de jus­tice sur le trai­té com­mer­cial avec Sin­ga­pour. Si celle-ci tranche que cet accord est de la com­pé­tence exclu­sive de la com­mis­sion, comme tous les tech­no­crates euro­péens l’espèrent, alors la voie sera libre : ils n’auront plus de compte à rendre aux par­le­ments natio­naux et pour­ront enga­ger les pays de l’Union euro­péenne comme bon leur semble. Ber­lay­mont (le siège de la Com­mis­sion euro­péenne) aura alors tout pouvoir.

La ten­ta­tion auto­ri­taire des res­pon­sables euro­péens, leur désir de pas­ser en force sont bien là. La façon dont ils vont gérer les demandes belges per­met­tra d’en mesu­rer l’ampleur. Car quoi qu’ils en disent, des enga­ge­ments ont bien été pris : sur la pro­tec­tion des ser­vices publics, sur les OGM, sur les méca­nismes de pro­tec­tion des mar­chés agri­coles en cas de dés­équi­libre. Sur­tout, les régions wal­lonne, ger­ma­no­phone et celle de Bruxelles ont impo­sé que les tri­bu­naux arbi­traux soient trans­for­més en cour publique inter­na­tio­nale avec des juges dont les man­dats seraient enca­drés. Et avant toute chose, elles ont exi­gé que la cour euro­péenne de jus­tice se pro­nonce sur la com­pa­ti­bi­li­té de cette cour avec les prin­cipes consti­tu­tion­nels euro­péens. Le fait même que la com­mis­sion euro­péenne n’ait jamais posé la ques­tion à la cour euro­péenne de jus­tice laisse pen­ser que les choses ne vont peut-être pas de soi.

Que vont faire les res­pon­sables euro­péens de tous ces enga­ge­ments pris ? Vont-ils accep­ter de les mettre en appli­ca­tion, en concé­dant que d’autres pays exigent les mêmes trai­te­ments et garan­ties ? Ou, pour pré­ser­ver l’intégrité du trai­té, vont-ils déci­der de tout igno­rer, main­te­nant que la crise est pas­sée et que l’accord est signé : les pro­messes, comme cha­cun le sait, n’engageant que ceux qui les reçoivent ? La réponse à cette ques­tion est redoutée.

Ima­gi­ner que tout va rede­ve­nir comme avant ou encore mieux qu’avant, avec une com­mis­sion dotée de tous les pou­voirs face aux États, comme des res­pon­sables euro­péens semblent en cares­ser l’idée, serait une lourde erreur. Car même si le conseil euro­péen veut feindre de l’ignorer, la crise de légi­ti­mi­té des ins­tances euro­péennes face à la socié­té civile euro­péenne est bien plus grande que celle à l’égard des pays par­te­naires, même s’il semble pres­sé de ne répondre qu’à ces derniers.

La contes­ta­tion belge a recueilli un écho et un sou­tien inat­ten­du auprès de toutes les opi­nions publiques euro­péennes. Celles-ci n’adhèrent plus à la mon­dia­li­sa­tion heu­reuse, tant van­tée depuis vingt ans. Le CETA est signé, alors que 70 % des Wal­lons et des Fran­çais s’y disent oppo­sés. Des mani­fes­ta­tions contre le CETA et le Taf­ta ont lieu dans toute l’Europe. En Alle­magne, plus de 300 000 per­sonnes ont défi­lé dans tout le pays pour dénon­cer ces trai­tés de libre-échange, début octobre. L’accord avec le Cana­da fait d’ailleurs l’objet de mul­tiples recours d’associations devant la cour consti­tu­tion­nelle de Karls­ruhe. Et celle-ci n’a don­né qu’un accord pro­vi­soire sur ce trai­té, se réser­vant de se pro­non­cer plus tard sur sa confor­mi­té avec les prin­cipes consti­tu­tion­nels allemands.

Le malaise de la socié­té civile devant ces grands accords com­mer­ciaux, dont les seuls béné­fi­ciaires évi­dents sont les mul­ti­na­tio­nales, gagne les par­tis poli­tiques. Dès sep­tembre, le ministre alle­mand de l’économie, le socia­liste Sig­mar Gabriel, s’est décla­ré oppo­sé au Taf­ta, entraî­nant à sa suite les socia­listes fran­çais. Aujourd’hui, celui-ci recon­naît que même le CETA pose pro­blème et que les opi­nions publiques n’ont peut-être pas été suf­fi­sam­ment prises en compte. Des ren­ver­se­ments s’esquissent aus­si au par­le­ment euro­péen : des élus socia­listes, notam­ment alle­mands, qui s’étaient pro­non­cés en faveur du trai­té de libre-échange avec le Cana­da, paraissent ten­tés de recon­si­dé­rer leur position.

La com­mis­sion et le conseil euro­péen peuvent tou­jours déci­der de pas­ser en force contre les opi­nions publiques, de s’asseoir sur les oppo­si­tions et les refus de la socié­té civile, comme ils l’ont fait lors des réfé­ren­dums irlan­dais, fran­çais et néer­lan­dais. Le désa­mour à l’égard de l’Europe n’en sera que plus grand. En refu­sant tout débat, tout com­pro­mis, ils courent le risque d’accélérer encore la décom­po­si­tion de l’Union. Sans retour possible.

 

https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​2​9​1​0​1​6​/​l​i​b​r​e​–​e​c​h​a​n​g​e​–​l​a​–​t​e​n​t​a​t​i​o​n​–​a​u​t​o​r​i​t​a​ire

——

L’U­nion euro­péenne est un fas­cisme mar­chand, un can­cer anti­so­cial qui gran­dit, avec l’ac­cord des élec­teurs qui votent pour les poli­ti­ciens qui le défendent.
Qu’ils le veuillent ou non, ces élec­teurs qui votent pour les défen­seurs de la pré­ten­due « Union euro­péenne » sont per­son­nel­le­ment res­pon­sables de la guerre qui vient.

Paul Magnette, je ne vous remer­cie pas. Vous êtes la tra­hi­son incar­née. Vous devriez avoir honte. Au diable les « élus » ! Vive la démo­cra­tie vraie !

Étienne Chouard.]

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​4​2​7​2​0​0​7​2​317

[Passionnant] « France, terrorisme et diplomatie en carton » : Pierre Conesa interrogé par Thinkerview

httpv://www.youtube.com/watch?v=AQN8AYVzXqs

Ce type est vrai­ment passionnant.

« Diplo­ma­tie en car­ton » me paraît un euphé­misme trop gen­til, comme si les acteurs poli­tiques fai­saient de leur mieux pour ser­vir le bien com­mun, mais en étaient incapables.

L’hy­po­thèse de la cor­rup­tion et de la traî­trise est beau­coup plus plau­sible, je trouve.

Il me semble qu’il manque sur­tout à cette réflexion (très riche et utile) la recherche de causes pre­mières encore plus en amont : qui, sur terre, a inté­rêt au chaos en ques­tion (évi­dem­ment contraire au bien com­mun) ? Et quel est le pro­ces­sus consti­tuant qui nous conduit tou­jours à choi­sir pré­ci­sé­ment la pro­cé­dure qui donne le pou­voir aux grands pri­vi­lé­giés, tou­jours enne­mis du bien commun ?

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​2​3​9​9​9​3​4​2​317

[25/10/2016] Je suis invité de 18h20 à 18h50 sur Sud-Radio, avec… devinez qui… Jacques Attali 🙂 (invitation annulée 10 min avant l’émission… Quel dégonflé 🙂 )

Je suis invi­té de 18h20 à 18h50 sur Sud-Radio,
avec… devi­nez qui… Jacques Attali 🙂

http://​www​.sudra​dio​.fr/

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[EDIT : 10 minutes avant l’é­mis­sion, la per­sonne qui m’a­vait invi­té vient de m’ap­pe­ler, désolée : 

L’INVITATION EST ANNULÉE

🙁
Quel dégon­flé, ce banquier 🙂 ]
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Pour ceux qui n’ont pas sui­vi les épi­sodes pré­cé­dents, j’ai déjà ren­con­tré Atta­li à la télé, le 5 sep­tembre 2014 à Ce Soir Ou Jamais :
https://​you​tu​.be/​q​c​q​a​_​Y​i​i​Gxc
dont le court extrait sui­vant a dépas­sé 20 mil­lions de vues :

https://​www​.dai​ly​mo​tion​.com/​v​i​d​e​o​/​x​2​5​k​b​n​j​_​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​l​a​–​s​i​t​u​a​t​i​o​n​–​n​–​e​s​t​–​p​a​s​–​c​a​t​a​s​t​r​o​p​h​i​q​u​e​–​p​o​u​r​–​c​e​u​x​–​q​u​i​–​f​i​n​a​n​c​e​n​t​–​l​e​s​–​e​l​u​s​–​c​e​–​s​o​i​r​–​o​u​–​j​a​_tv

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J’es­père que ce soir, on pour­ra [ben non, c’est raté] évo­quer plus sérieu­se­ment le tirage au sort en incri­mi­nant cor­rec­te­ment le faux « suf­frage universel ».

Étienne.
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​2​1​5​0​8​2​8​2​317

[Edit : Magnette est un traître comme les autres « élus »] [À ne pas rater, et à faire passer] À propos du CETA, magnifique discours de Paul Magnette, Ministre-Président de la Wallonie :

[Edit 1er novembre 2016 : Fina­le­ment Paul Magnette s’a­vère être un traître, comme la plu­part des autres « élus » 🙁 : pour des modi­fi­ca­tions de détail, il vient d’ac­cep­ter de signer le CETA !

Déci­dé­ment, l’é­lec­tion porte au pou­voir LES PIRES. : sont « élus » ceux qui mentent le mieux à ceux qu’ils pré­tendent « représenter ».

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Et plus grave encore, les tech­no­crates unio­neu­ro­péens (de vrais fas­cistes, en fait) vont bien­tôt faire de ces trai­tés félons de « libre-échange » un « domaine de com­pé­tence exclu­sive de l’UE », ce qui leur per­met­tra à l’a­ve­nir de les impo­ser aux peuples euro­péens sans se sou­cier même de l’a­vis des par­le­ments nationaux.

Libre-échange : la tentation autoritaire

par Mar­tine Orange (Media­part) :
https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​2​9​1​0​1​6​/​l​i​b​r​e​–​e​c​h​a​n​g​e​–​l​a​–​t​e​n​t​a​t​i​o​n​–​a​u​t​o​r​i​t​a​ire

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L’U­nion euro­péenne est un fas­cisme mar­chand, un can­cer anti­so­cial qui gran­dit, avec l’ac­cord des élec­teurs qui votent pour les poli­ti­ciens qui le défendent.
Qu’ils le veuillent ou non, ces élec­teurs qui votent pour les défen­seurs de la pré­ten­due « Union euro­péenne » sont per­son­nel­le­ment res­pon­sables de la guerre qui vient.

Paul Magnette, je ne vous remer­cie pas. Vous êtes la tra­hi­son incar­née. Vous devriez avoir honte. Au diable les « élus » ! Vive la démo­cra­tie vraie !

Étienne Chouard.]

httpv://youtu.be/B5GhqxWeqzQ

Mon com­men­taire (sur sa page) :

« Mer­ci, beau­coup. Ce dis­cours est remarquable.
Vous nous pro­té­gez contre les traîtres qui nous gou­vernent (en France et ailleurs). Grand merci.

Pour­­riez-vous nous don­ner une retrans­crip­tion de ce texte ?

J’es­père que, plus tard, de simples petites conces­sions secon­daires ne vous amè­ne­ront pas à fina­le­ment signer ce trai­té félon, struc­tu­rel­le­ment et bru­ta­le­ment contraire à l’in­té­rêt général.

En tout cas, mer­ci de résis­ter ici et maintenant.

ÉC. »

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​6​1​3​6​9​5​3​8​2​3​1​7​?​p​n​r​e​f​=​s​t​ory