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Le processus constituant à la loupe – Politoscope TV (BETA)

Le processus constituant à la loupe – Politoscope TV (BETA)

Mer­ci à Fré­dé­ric Bas­cuña­na et à Space Ago­ra pour cet entre­tien https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​p​q​-​G​x​J​a​h​M4Q Ce Mer­cre­di 10 avril, nous avions enre­gis­tré un « salon vocal sur X, en com­pa­gnie d’ @Etienne_Chouard – vous pou­vez retrou­ver nos lives en sui­vant les comptes @Space_Agora ou @parrhesiaste_fr (Fred Bas­cuña­na) pour inter­agir avec les invi­tés. Nous avons ce soir-là abor­dé de manière concrète le pro­ces­sus consti­tuant et ses avan­tages. Som­maire : 14:43 Du carac­tère incon­tour­nable de la…

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[Exceptionnel] Rencontre avec Jacques Neirynck, un ancien élu suisse

[Exceptionnel] Rencontre avec Jacques Neirynck, un ancien élu suisse

Mer­ci à Tho­mas Wro­blevs­ki fon­da­teur de l’as­so­cia­tion Moder­no­cra­tie pour l’or­ga­ni­sa­tion de cette ren­contre : Ouvrir la vidéo sur you­tube https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​2​A​g​P​9​m​L​u​H​6​I​&​t​=​1​47s Etienne Chouard ren­contre Jacques Nei­rynck lors de la « Jour­née démo­cra­tie » du 18.02.24 à Lau­sanne et orga­ni­sée par l’as­so­cia­tion Moder­no­cra­tie. Jacques Nei­rynck a 93 ans, il a été élu au Conseil natio­nal de 1999 à 2003 et de 2007 à 2015 au PDC, le Par­ti Démo­crate-Chré­tien et a mis fin à sa carrière…

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Le mirage des élections européennes – Entretien avec Jérémie Mercier

Le mirage des élections européennes – Entretien avec Jérémie Mercier

Mer­ci à Jéré­mie Mer­cier pour son invi­ta­tion : « Pour cette émis­sion excep­tion­nelle, Jéré­mie Mer­cier reçoit Étienne Chouard, qui va nous mon­trer en quoi les élec­tions « euro­péennes » (les pro­chaines auront lieu le 9 juin 2024 en France) sont un mirage. De nom­breuses notions dis­cu­tées lors de l’é­mis­sion sont ras­sem­blées dans le docu­ment : « Prin­ci­paux griefs contre les ins­ti­tu­tions euro­péennes, ins­ti­tu­tions écrites sans les citoyens — même sou­vent contre eux — et pro­gram­mant leur impuissance ». »…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Liberté d’expression, un bon sujet pour vos prochains ateliers constituants, présenté par Normand Baillargeon

Très inté­res­sante vidéo, signa­lée par Jean Bric­mont, enquête de Marie-Eve Trem­blay publiée par ICI Grand Mont­réal, avec des inter­ven­tions par­faites d’un humain que j’ap­pré­cie au plus haut point, Nor­mand Baillar­geon :

On a le même pro­blème en France. (Je ne déve­loppe pas 🙂 )

Une consti­tu­tion digne de ce nom — c’est-à-dire écrite, et sur­tout défen­due, par des citoyens consti­tuants — ins­ti­tue­rait sans doute une vraie liber­té d’ex­pres­sion, accom­pa­gnée peut-être d’un organe de contrôle (tiré au sort ?) pour empê­cher à la fois les cen­sures illé­gi­times évo­quées dans la vidéo et les expres­sions hys­té­riques effec­ti­ve­ment dangereuses. 

Tout ça est un thème par­fait pour votre ate­lier consti­tuant de ce soir ou de demain 🙂

PS : on doit à Nor­mand la publi­ca­tion récente d’un petit livre magni­fique, « Idéaux poli­tiques » de Ber­trand Rus­sell :


http://​eco​so​ciete​.org/​l​i​v​r​e​s​/​i​d​e​a​u​x​–​p​o​l​i​t​i​q​ues

Fil FB cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​6​6​2​9​7​2​4​7​317

Contre toute forme de « fascisme », les ateliers constituants (Toulon du 9/2/2017, vidéo intro)

Lio­nel vient de publier le petit entre­tien que j’ai eu avec lui (à Tou­lon) juste avant de me rendre à l’a­te­lier consti­tuant du 9 février 2017.

On voit bien la crève que j’ai attra­pée à Bruxelles le same­di pré­cé­dent, et que j’ai empor­tée à Genève le same­di sui­vant. Pardon 🙂

httpv://youtu.be/7k7FHIjAdeM


Quelques res­sources utiles pour ceux qui veulent démar­rer sans moi leurs mini-ate­­liers consti­tuants conta­gieux per­son­nels (cus­to­mi­sés) 🙂

• Le très pré­cieux wiki des GV : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

• La page ‘Calen­drier’ de l’as­so­cia­tion Citoyens consti­tuants : http://​ate​liers​cons​ti​tuants​.org/

• La page ‘Archives des ate­liers » de l’as­so­cia­tion Citoyens Consti­tuants http://​www​.les​ci​toyens​cons​ti​tuants​.org/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​l​e​s​–​a​t​e​l​i​e​r​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​ts/

• La page du tag ‘Ate­liers consti­tuants’ de ce blog : https://www.chouard.org/tag/ateliers-constituants‑2/

• Une confé­rence assez détaillée (2h, sur l’île de La Réunion en nov 2012) pour don­ner des exemples de chan­tiers et de méthodes :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​3​/​0​7​/​0​3​/​3​3​3​–​p​r​e​p​a​r​a​t​i​o​n​–​d​–​u​n​–​a​t​e​l​i​e​r​–​c​o​n​s​t​i​t​u​ant

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​6​3​5​2​4​3​1​7​317


J’ai chan­gé le titre de ce billet, parce que le pas­sage impor­tant de cet entre­tien, à la fin, était mal mis en valeur par mon pre­mier titre. 

La vidéo s’est inter­rom­pue auto­ma­ti­que­ment (au bout de 20 min, tas de fer­raille… 🙂 ) alors que j’é­tais en train de dire un truc très impor­tant : les ate­liers consti­tuants sont anti­fas­cistes (mais vrai­ment, hein, radi­ca­le­ment, et sans deve­nir nous-mêmes des brutes comme les pré­ten­dus « anti­fas »), mais les ate­liers consti­tuants sont éga­le­ment anti­ca­pi­ta­listes (cou­pé dans la vidéo) : dans un peuple deve­nu consti­tuant, il n’y aura plus de place pour les tyrans, ni pour les grands mar­chands.

Il fau­dra, un de ces jours, qu’on filme une vidéo dédiée à ce double point. Ça fera aus­si un thème de cha­pitre pour un livre, sans doute 😉

Lio­nel me signale qu’il a aus­si mon­té ce petit teaser :

httpv://youtu.be/idOoAwtlZBo

[Interview RT] Le journal Le Monde devient un problème pour la Démocratie

Contrai­re­ment aux pré­ten­dus « jour­na­listes » du jour­nal « Le Monde », « jour­nal de réfé­rence » lit­té­ra­le­ment — et scan­da­leu­se­ment — ven­du à 3 mil­liar­daires, je trouve Oli­vier Ber­ruyer admi­rable et exem­plaire.

C’est, plus que jamais, l’oc­ca­sion de lire tous les jours — et de faire connaître à tous vos proches ! — un des meilleurs sites d’in­for­ma­tion du pays (Oli­vier ne me lais­se­rait pas dire ça sans ten­ter de mini­mi­ser son rôle, mais je fais ce que je veux 🙂 ), les​-crises​.fr. C’est très facile : il suf­fit de glis­ser un rac­cour­ci de son adresse dans le groupe Démar­rage du menu Démar­rer, et ce site de salut public devient alors gra­tui­te­ment votre jour­nal quo­ti­dien, un des tout meilleurs cer­veaux col­lec­tifs du pays.

Lisez ce récent billet : 

[Interview RT] Le Monde devient un problème pour la Démocratie

Oli­vier Berruyer : 

« Je com­prends mal pour­quoi Le Monde conti­nue à trou­ver d’une telle impor­tance que je sois dans leur liste Mac­car­thyste avec d’autres petits blogs.

Très bien, je me charge d’en faire de la publi­ci­té en ce cas.

Et ne me sor­tez pas le cou­plet “la télé des russes”, j’ai contac­té les Amé­ri­cains, et un des plus grands jour­na­listes amé­ri­cains, son­né par ce que vous me faites, m’a accor­dé une tri­bune invi­té dans son site…

Mer­ci beau­coup Le Monde – ce suc­cès inter­na­tio­nal, je vous le dois…

Il est impor­tant de se mobi­li­ser, sinon il va être très dif­fi­cile à n’importe qui de créer et tenir un blog, si la police du Monde veille…

(je tien­drai les lec­teurs infor­més de tous les déve­lop­pe­ments de ce dossier) » 

OB

Lire la suite :
http://​www​.les​-crises​.fr/​i​n​t​e​r​v​i​e​w​–​r​t​–​l​e​–​m​o​n​d​e​–​d​e​v​i​e​n​t​–​u​n​–​p​r​o​b​l​e​m​e​–​p​o​u​r​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​t​ie/

Source : les​-crises​.fr Oli­vier Berruyer

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​6​2​2​4​0​5​1​2​317

Portrait de Philippe Pascot, le chasseur d’élus crapuleux, et soutien de Philippe à l’idée des Citoyens Constituants

Un article très inté­res­sant dans la revue « Les Inro­ckup­tibles » sur notre meilleure sen­ti­nelle anti-corruption : 

Portrait de Philippe Pascot, le chasseur d’élus crapuleux


http://​www​.lesin​rocks​.com/​2​0​1​7​/​0​2​/​1​1​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​p​o​r​t​r​a​i​t​–​d​e​–​p​h​i​l​i​p​p​e​–​p​a​s​c​o​t​–​c​h​a​s​s​e​u​r​–​d​e​l​u​s​–​c​r​a​p​u​l​e​u​x​–​1​1​9​1​1​3​32/

J’ai hâte de lire son qua­trième livre. 

Je remer­cie Phi­lippe Pas­cot du fond du cœur pour son sou­tien déter­mi­né. Il faut du cou­rage pour me défendre ain­si, mor­di­cus, et Phi­lippe sait très bien ce qu’il risque, et il le fait quand même. Ce type n’est pas seule­ment excep­tion­nel­le­ment utile au bien com­mun, il est aus­si cou­ra­geux. Un chic type. C’est émou­vant. Merci.

httpv://youtu.be/ppvM0sCbm_I

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​6​0​0​7​1​6​0​7​317

« En attendant la prochaine conférence de Myret Zaki et d’Etienne Chouard à Genève » : un chouette résumé de la précédente rencontre (vidéo dense, 30 min)

Chers amis,

Comme vous le savez, je retourne à Genève same­di pro­chain.

Pour nous mettre (tous) en appé­tit, Greg a pré­pa­ré un résu­mé (très dense) en 30 minutes de la pré­cé­dente rencontre :

(ça devrait bien vous plaire 🙂 )

httpv://www.youtube.com/watch?v=YyY9OXjscKU&feature=youtu.be

Mer­ci Greg 🙂


[Rap­pel] La confé­rence de 2011 (inté­grale, 2h30, 1 mil­lion de vues) :
httpv://www.youtube.com/watch?v=TLjq25_ayWM

Ah ! J’ai hâte de retrou­ver ma chère Myret ! 🙂

Quand Le Monde ressuscite L’Index de l’Église catholique… [Magnifique travail d’alerte du site les​-crises​.fr sur « Le naufrage des Décodeurs du Monde »]

Sur mon site d’in­for­ma­tion pré­fé­ré, les​-crises​.fr, je découvre un scan­da­leux (et com­plè­te­ment ridi­cule) pro­jet de Police de la Pen­sée du jour­nal Le Monde :

Pour l’ins­tant, Oli­vier a rédi­gé 5 billets (vrai­ment inté­res­sants) sur cette affaire. À mon avis, il y en aura d’autres. À suivre :

  • Billet 2 : Le Deco­dex du Monde déco­dé : du tra­vail de pro !

    Mais quel bou­lot ! Il faut lire ça : la nul­li­té de ce pro­jet « deco­dex »  (et de ses ani­ma­teurs) est confon­dante. Il faut faire connaître autour de nous le tra­vail de désen­fu­mage d’O­li­vier Berruyer.

 

Et comme le dit le grand Edward Snowden

« Le pro­blème des “Fake News” (fausses nou­velles) ne se résout pas en espé­rant faire inter­ve­nir un arbitre, mais plu­tôt parce que nous, en tant que par­ti­ci­pants, en tant que citoyens, en tant qu’utilisateurs de ces ser­vices, nous nous aidons mutuellement.

La réponse aux fausses infor­ma­tions, ce n’est pas la cen­sure. La réponse aux fausses infor­ma­tions, c’est plus d’informations, dis­cu­tées en commun.

Trop de gens dépendent d’une seule source, comme Face­book, pour s’informer. Lorsque vous allez sur votre page Face­book, c’est Face­book qui décide quelles nou­velles vous voyez sur votre page. Ils créent plus de silence qu’ils ne créent d’informations.

Vous com­pre­nez à quel point il est dan­ge­reux qu’une entre­prise puisse avoir assez de pou­voir pour remo­de­ler notre façon de penser.

Nous devons mettre en pra­tique et répandre l’idée que la pen­sée cri­tique est aujourd’hui plus impor­tante que jamais, étant don­né que les men­songes semblent deve­nir très popu­laires. »

[Edward Snow­den, News­week, Per­iscope,  https://​you​tu​.be/​B​U​C​C​C​E​K​r​U​8​oet The Inde­pen­dant – 11/2016]

 
Quand je constate que j’ap­pa­rais moi-même dans les gom­mettes oranges de ce pro­jet décon­nant (à côté de Fakir, c’est un hon­neur), je m’a­muse, car Adrien Sene­cat, pré­ten­dant éva­luer et cen­su­rer tout le pays, arrive lui-même à dif­fu­ser une fausse nou­velle (il me pré­sente comme « ex-prof », alors que je suis en train de cor­ri­ger mes copies…) en rédi­geant à peine 50 mots 🙂 C’est vrai­ment mar­rant.

 

La pré­ten­tion des pré­ten­dus « jour­na­listes », hon­teu­se­ment ven­dus aux banques et aux mil­liar­daires de l’ar­me­ment (ceci est abso­lu­ment fac­tuel), la pré­ten­tion de ces sinistres ven­dus, donc, à nous impo­ser ce que nous pour­rions lire et à nous inter­dire ce que nous ne pour­rions pas lire est à la fois révol­tante et ridicule.

Je remer­cie Oli­vier (Ber­ruyer) pour son tra­vail her­cu­léen, tous les jours et ici encore, pour nous infor­mer du mieux qu’il peut. Chez moi, le site les​-crises​.fr s’ouvre tout seul quand mon PC démarre et c’est abso­lu­ment pas­sion­nant tous les jours. 

La dif­fa­ma­tion du site les​-crises​.fr par le jour­nal Le Monde est une honte pour ce canard, qui se désho­nore encore un peu de la sorte  ; c’est une honte éga­le­ment pour la pro­fes­sion qui ne pro­teste ni contre cette dif­­fa­­ma­­tion-là, ni contre cette incroyable liste de dénon­cia­tions calom­nieuses.

Ce gros tra­vail d’O­li­vier sur le décon­nant Deco­dex est de salu­bri­té publique et mérite d’être lar­ge­ment dif­fu­sé, je trouve.

On se retrouve jeu­di à Tou­lon, et same­di à Genève. Hâte de vous revoir.

Salut à tous.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​4​8​4​3​3​2​7​2​317

Rendez-vous à Genève le 11 fév 2017 : « 5 ANS APRÈS, LE HOLD-UP CONTINUE – MYRET ZAKI & ÉTIENNE CHOUARD »

Chers amis,

Je vais enfin retrou­ver ma chère Myret, et vous aus­si j’es­père, à Genève same­di pro­chain, pour conti­nuer cet échange épa­tant que nous avions com­men­cé il y a 5 ans, déjà, en décembre 2011, sur le coup d’É­tat ban­caire qui se dérou­lait en Grèce, et par­tout dans le monde.

Conférence . Samedi 11 février 2017 . 18h30

http://​fon​de​rie​ku​gler​.ch/​f​o​n​d​e​r​i​e​/​f​o​n​d​e​r​i​e​–​k​u​g​l​e​r​/​n​e​w​s​–​f​o​n​d​e​r​i​e​/​4​4​2​–​l​–​e​t​a​t​–​e​t​–​l​e​s​–​b​a​n​q​ues

Il y a un « évé­ne­ment Face­boook » : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​8​3​3​8​1​0​5​0​0​2​2​9​4​93/

Je vou­drais sur­tout reprendre avec Myret notre début de contro­verse à pro­pos de Keynes : Myret sem­blait pen­ser que les poli­tiques key­né­siennes « échouaient mani­fes­te­ment », et je n’a­vais pas eu le temps de répondre à ça : il me semble au contraire que, à l’é­vi­dence, c’est de Keynes que nous avons besoin aujourd’­hui, et je suis content que nous ayons tous les deux, un peu de temps pour appro­fon­dir cette ques­tion cru­ciale : nos socié­tés ont-elles besoin d’une poli­tique de l’offre (au pro­fit du capi­tal) ou d’une poli­tique de la demande (au pro­fit du travail) ?

Par ailleurs, j’ai­me­rais sou­mettre à Myret une pro­po­si­tion de réforme moné­taire abso­lu­ment radicale.

Il y a aus­si quelques livres essen­tiels dont je vou­drais vous par­ler sur ces sujets.

J’ai hâte d’y être, ça va être une très chouette soi­rée, je suis sûr 🙂

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

—-

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​3​6​1​8​7​4​8​2​317

Rendez-vous à Genève le 11 fév 2017 : « 5 ANS APRÈS, LE HOLD-UP CONTINUE – MYRET ZAKI & ÉTIENNE CHOUARD »

Chers amis,
Je vais enfin retrou­ver ma chère Myret, et vous aus­si j’es­père, à Genève same­di pro­chain, pour conti­nuer cet échange épa­tant que nous avions com­men­cé il y a 5 ans, déjà, en décembre 2011, sur le coup d’É­tat ban­caire qui se dérou­lait en Grèce, et par­tout dans le monde.

Conférence . Samedi 11 février 2017 . 18h30

http://​fon​de​rie​ku​gler​.ch/​f​o​n​d​e​r​i​e​/​f​o​n​d​e​r​i​e​–​k​u​g​l​e​r​/​n​e​w​s​–​f​o​n​d​e​r​i​e​/​4​4​2​–​l​–​e​t​a​t​–​e​t​–​l​e​s​–​b​a​n​q​ues
Il y a un « évé­ne­ment Face­boook » : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​8​3​3​8​1​0​5​0​0​2​2​9​4​93/
Je vou­drais sur­tout reprendre avec Myret notre début de contro­verse à pro­pos de Keynes : Myret sem­blait pen­ser que les poli­tiques key­né­siennes « échouaient mani­fes­te­ment », et je n’a­vais pas eu le temps de répondre à ça : il me semble au contraire que, à l’é­vi­dence, c’est de Keynes que nous avons besoin aujourd’­hui, et je suis content que nous ayons tous les deux, un peu de temps pour appro­fon­dir cette ques­tion cru­ciale : nos socié­tés ont-elles besoin d’une poli­tique de l’offre (au pro­fit du capi­tal) ou d’une poli­tique de la demande (au pro­fit du travail) ?
Par ailleurs, j’ai­me­rais sou­mettre à Myret une pro­po­si­tion de réforme moné­taire abso­lu­ment radicale.
Il y a aus­si quelques livres essen­tiels dont je vou­drais vous par­ler sur ces sujets.
J’ai hâte d’y être, ça va être une très chouette soi­rée, je suis sûr 🙂
Au plai­sir de vous y retrouver.
Étienne.
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En atten­dant la pro­chaine confé­rence de Myret Zaki et d’E­tienne Chouard, un résu­mé en 30 minutes de la pre­mière confé­rence (2h30) de décembre 2011 :

Les deux vidéos de la soirée :
Alors… KEYNES OU PAS ?
Pre­mière partie :

Deuxième partie :

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Rendez-vous à Toulon, le 9 février 2017 à 19 h, pour des ateliers constituants sur la monnaie

Suite de mes péré­gri­na­tions constituantes 🙂

Jeu­di 9 février, je vais à Tou­lon (c’est dans ma région, cette fois), pour accom­pa­gner, dans leurs pre­miers pas d’or­ga­ni­sa­teurs, des débu­tants consti­tuants bien motivés 🙂

Voi­ci leur affiche et le lien de leur annonce :


https://​www​.even​si​.fr/​r​e​n​c​o​n​t​r​e​–​e​x​c​l​u​s​i​v​e​–​e​n​t​r​e​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​a​m​p​–​a​l​e​x​a​n​d​r​e​/​1​9​7​1​2​2​235

Il y a aus­si un évé­ne­ment Facebook :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​8​1​1​0​4​8​8​5​5​8​9​7​26/

 L’adresse est : Maison des Citoyens de Toulon, Place de la révolution, 83000 Toulon

 

Nous allons donc par­ler de la mon­naie, ins­ti­tu­tion cen­trale et déci­sive pour déter­mi­ner la sou­ve­rai­ne­té.

Comme d’ha­bi­tude, on com­men­ce­ra par un expo­sé, et on enchaî­ne­ra sur des ate­liers (où ce sera à vous de bos­ser 🙂 donc, venez avec du papier et de quoi écrire), ate­liers sui­vis d’une mise en commun.

Et puis, les jours et les mois sui­vants, vous devriez arri­ver à vous débrouiller tout seuls, à la fois pour entre­te­nir et pour étendre (chaque jour) la flamme consti­tuante popu­laire autour de vous 🙂

Je pro­fi­te­rai de cette ren­contre (qui sera sans doute fil­mée) pour vous pré­sen­ter quelques livres  pas­sion­nants et utiles.

Sur la mon­naie, le niveau monte — le niveau de conscience et aus­si le niveau d’exi­gence —, et c’est bien.

À bien­tôt, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : pour pré­pa­rer des ate­liers consti­tuants, rien de tel que le wiki des GV (c’est une mine de res­sources inépuisable !) :

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Rendez-vous à Bruxelles le 4 février 2017, avec Michel Collon, sur les médiamensonges, qui préparent les opinions à accepter (et même à vouloir) les guerres

Chers amis,

Je vais reprendre (un peu) la route 🙂 Bruxelles, Tou­lon, Genève.

Je serai vers Bruxelles les 3 et 4 février pro­chain, et une ren­contre publique est pré­vue à Braine-le-Châ­­teau (au sud de Bruxelles) le 4 février à 16 h, avec Michel Col­lon 🙂 Je trouve essen­tiel (et cou­ra­geux) le tra­vail opi­niâtre de Michel sur les médias-men­­songes qui pré­parent l’o­pi­nion à accep­ter (et même vou­loir) la guerre.

J’ai­me­rais bien faire avec Michel un ou plu­sieurs ate­liers consti­tuants (évi­dem­ment 🙂 ) sur son domaine d’ex­per­tise (les médias et la guerre), en public s’il le veut bien, et avec vous dans tous les cas.

En tout cas, je vous pro­pose de faire ensemble, same­di pro­chain, des ate­liers consti­tuants à par­tir des ana­lyses de Michel : quels articles de consti­tu­tion (au plus haut niveau du droit, là où le droit devient plus poli­tique que juri­dique) pour­­rait-on écrire pour empê­cher dura­ble­ment les média­men­songes, les pro­vo­ca­tions sous faux dra­peau, et les guerres pré­ten­du­ment « humanitaires » ?

Voi­ci l’an­nonce des amis belges qui orga­nisent gen­ti­ment cette rencontre :


Démocratie et contrôle citoyen

Voter, ça suffit ?

Ate­lier citoyen 4 février 2017  à 16 h

avec Étienne Chouard & Michel Collon

Non, dit Étienne Chouard, blo­gueur mili­tant fran­çais, deve­nu célèbre en 2005 en fai­sant cam­pagne pour le « Non » lors du réfé­ren­dum sur la Consti­tu­tion pour l’Eu­rope. Contre l’ensemble des par­tis et des médias, cette cam­pagne d’info à la base sus­ci­ta un énorme débat sur le Net et fit bas­cu­ler l’opinion en mon­trant qu’elle n’avait pas été infor­mée en fait. Il milite pour des ins­ti­tu­tions per­met­tant un véri­table contrôle citoyen par la par­ti­ci­pa­tion active.Michel Col­lon, jour­na­liste et écri­vain, fon­da­teur d’Investig’Action, a étu­dié les tech­niques de la pro­pa­gande de guerre et la dés­in­for­ma­tion média­tique. Il appelle les citoyens à tes­ter col­lec­ti­ve­ment l’info en exa­mi­nant qui les pos­sède, quels inté­rêts sont ser­vis et en déve­lop­pant leurs propres canaux de débat citoyen.

Étienne, excep­tion­nel­le­ment en Bel­gique, expo­se­ra com­ment cha­cun peut déve­lop­per une ini­tia­tive pour construire col­lec­ti­ve­ment une Consti­tu­tion citoyenne. Le débat est ouvert sur tous les thèmes sou­hai­tables dans un tel document.

Où ? Salle « Les Tour­ne­sols » 115B rue de Nivelles, à Braine-le-Château

Quand ? Le 4 février à 16 heures.

Par­ti­ci­pa­tion gra­tuite, pas de réservation.

Je suis très heu­reux de reve­nir en Belgique.
D’au­tant que je vous réserve une sur­prise en ren­trant, après un entre­tien impor­tant là-bas. Mais chuut 🙂

Au plai­sir de vous revoir bientôt 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​9​2​3​7​2​6​0​3​7​317

Jacques Testart : « Le Sénat devrait être remplacé par une assemblée citoyenne tirée au sort »

Ça germe un peu par­tout, c’est chouette 🙂

Jacques Testart : « Le Sénat devrait être remplacé par une assemblée citoyenne tirée au sort »

La science, comme l’économie, serait por­teuse de véri­té parce que neutre. Pour­tant, entres autres exemples, l’axiome fon­da­teur de la loi Tra­vail pas­sée en force, contre l’avis des mil­lions de tra­vailleurs qu’elle affecte déjà, dépend d’une cer­taine concep­tion “scien­ti­fique” de l’économie et nous prouve bien que cette neu­tra­li­té sup­po­sée n’en a bien que le nom et que la véri­té qu’elle porte ne l’est que pour la mino­ri­té au pou­voir. Quand le contrat social est à ce point mis à mal, quand les déci­deurs favo­risent le Capi­tal plu­tôt que le peuple, peut-être faut-il essayer de réflé­chir à ce(ux) qui le constitue(nt) et com­ment, pour pou­voir rendre la démo­cra­tie meilleure. C’est ce à quoi Jacques Tes­tart, ancien cher­cheur en bio­lo­gie et “père” du pre­mier bébé-éprou­­vette fran­çais, consacre aujourd’hui son temps, notam­ment à tra­vers l’association Sciences citoyennes.À des­sein, il a récem­ment publié « Rêve­ries d’un cher­cheur soli­daire », « L’humanitude au pou­voir – Com­ment les citoyens peuvent déci­der du bien com­mun » et« Faire des enfants demain ». Nous sommes allés le ren­con­trer. La pre­mière par­tie de notre dis­cus­sion porte sur la faillite de la démo­cra­tie, à laquelle les tenants de la véri­té par­ti­cipent ardem­ment. Les moyens pour la rendre effec­tive sont prin­ci­pa­le­ment conte­nus dans cette seconde partie. 

« La sou­ve­rai­ne­té natio­nale appar­tient au peuple qui l’exerce par ses repré­sen­tants et par la voie du réfé­ren­dum. Aucune sec­tion du peuple ni aucun indi­vi­du ne peut s’en attri­buer l’exercice. »
Article 3 de la Consti­tu­tion fran­çaise actuelle

Le Comptoir : « Pour nourrir le processus politique dans des domaines d’incertitude scientifique » (Des Conférences de citoyens en droit français, Collectif, 2007) et pour trouver quelles solutions sont les plus adaptées pour l’ensemble de la société, les conférences et jurys de citoyens ont jusqu’à présent été utilisés à titre consultatif. Pouvez-vous expliquer en quoi ces procédures consistent et dans quels cadres elles s’expriment ?

Jacques Tes­tart : Les pro­cé­dures démo­cra­tiques des jurys ou confé­rences de citoyens sont très vagues. Le prin­cipe est tou­jours de mettre un groupe de per­sonnes tirées au sort devant un pro­blème et de lui deman­der de don­ner un avis. His­to­ri­que­ment, les confé­rences de citoyens, qui consti­tuent le modèle le plus éla­bo­ré, ont été inven­tées par le par­le­ment danois à la fin des années 1980, peut-être parce que les par­le­men­taires danois sont moins pré­ten­tieux que les nôtres. Ils se sont ren­du compte qu’ils étaient incom­pé­tents pour don­ner une direc­tive poli­tique sur des pro­blèmes tech­no­lo­giques et médi­cales en particulier.

Au par­le­ment en France, il doit y avoir un ancien pro­fes­seur de sciences natu­relles, plu­sieurs méde­cins mais ce n’est pas parce qu’on a été méde­cin ou pro­fes­seur un jour qu’on com­prend quelque chose à la bio­lo­gie molé­cu­laire d’aujourd’hui, c’est une illu­sion. Ces gens-là on les retrouve quand même dans l’Office par­le­men­taire d’évaluation des choix scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques. Ce sont des séna­teurs et dépu­tés qui se sont por­tés volon­taires, ils sont une qua­ran­taine. Ils tra­vaillent sur tous les sujets liés aux tech­no­lo­gies et leurs avis sont ensuite sui­vis par les “inno­cents”, les élus qui, eux, se savent incom­pé­tents. Cet Office est une cible rêvée pour les lobbys.

Le par­le­ment danois a inven­té un sys­tème déri­vé des confé­rences de consen­sus de la méde­cine amé­ri­caine. Le prin­cipe est de tirer au sort des gens pour évi­ter que les lob­bys ne s’infiltrent dans les déci­sions poli­tiques à ce niveau-là. On leur donne éga­le­ment une for­ma­tion pour qu’ils puissent émettre un avis. À par­tir de cette expé­rience danoise, plu­sieurs mil­liers de pro­cé­dures se sont déve­lop­pées et se sont récla­mées de ce prin­­cipe-là : confé­rences de citoyens, jurys de citoyens, assem­blées citoyennes.

À Sciences citoyennes, on tra­vaille là-des­­sus depuis 2006 et on a éla­bo­ré, en fai­sant une ana­lyse préa­lable des expé­riences mon­diales, un pro­to­cole qui nous paraît le plus per­ti­nent et ration­nel. On a appe­lé ça des conven­tions de citoyens et on en a don­né une défi­ni­tion très pré­cise, ce qui n’avait pas été fait jusqu’à pré­sent. Ça a abou­ti à un pro­jet de loi qu’on a fait connaître en 2007 et qui n’a évi­dem­ment jamais été ana­ly­sé à l’assemblée. Qu’est-ce que c’est, pour nous, une conven­tion de citoyens ? Ce sont effec­ti­ve­ment des gens tirés au sort dont on s’arrange pour qu’en plus, ils ne soient pas por­teurs d’intérêts. Si, par exemple, on fait une confé­rence sur les déchets nucléaires et que le sort désigne un ingé­nieur du CEA, on va dire « non, vous retour­nez chez vous et on va prendre le sui­vant dans le tirage au sort parce que vous êtes déjà par­tie pre­nante. » Ce serait vrai aus­si pour un mili­tant de Green­peace. On prend donc volon­tai­re­ment des gens inno­cents, igno­rants et puis on leur donne une for­ma­tion. C’est le point clé.

La for­ma­tion peut orien­ter com­plè­te­ment l’avis des citoyens. Pour qu’elle soit objec­tive, on a ima­gi­né que l’organisateur désigne un groupe, le comi­té de pilo­tage, qui aura pour tâche essen­tielle de défi­nir la for­ma­tion qu’on va don­ner aux citoyens. Ce comi­té est com­po­sé de gens qui sont recon­nus comme étant com­pé­tents sur le pro­blème et comme ayant des avis dif­fé­rents : ils ont écrit un article dans un jour­nal, mon­té une asso­cia­tion, tra­vaillent pour un indus­triel… C’est fina­le­ment un groupe d’une dizaine de per­sonnes, dans lequel il y a aus­si deux uni­ver­si­taires, spé­cia­listes de la pro­cé­dure, qui peuvent rap­pe­ler sans arrêt ce qu’est une conven­tion de citoyens et ce qu’est l’objectivité. Ces gens qui ne sont pas d’accord entre eux vont devoir se mettre d’accord sur le choix des for­ma­teurs, des thèmes à trai­ter et de la durée consa­crée à chaque thème. L’objectivité de la for­ma­tion en dépen­dra. Ils défi­nissent éga­le­ment des cahiers d’acteurs, des docu­ments à lire ou vision­ner, qui réunissent des prises de posi­tion diverses sur le thème, et qui sont pro­po­sés depuis tout le pays. Ce comi­té de pilo­tage ne ren­con­tre­ra jamais les citoyens. Il faut tou­jours un déca­lage pour évi­ter jus­te­ment les mani­pu­la­tions et les pressions.

« Dans les conven­tions de citoyens, il y a une impli­ca­tion des gens comme membres de l’espèce humaine. »

Les citoyens ont cette for­ma­tion pen­dant deux week-ends pas for­cé­ment conti­nus – par­fois ils sont même orga­ni­sés à plu­sieurs semaines, voire mois d’intervalle parce qu’il faut qu’ils aient le temps de dis­cu­ter entre eux, de réflé­chir. Ensuite, ils éla­borent eux-mêmes un troi­sième week-end qui sera ouvert au public et lors duquel ils feront com­pa­raître devant eux des experts que le comi­té de pilo­tage n’avait pas dési­gné. Des conven­tions de citoyens orga­ni­sées de cette manière-là n’ont encore jamais eu lieu. Il y a eu des choses qui s’en rap­pro­chaient plus ou moins, une quin­zaine en France depuis 1998, avec des variantes. En géné­ral, pour ce troi­sième week-end, ils ont des idées géniales et sélec­tionnent des gens qui n’appartiennent par­fois pas direc­te­ment au champ de la pro­blé­ma­tique. Par exemple, ils vont faire com­pa­raître un géo­graphe pour par­ler d’OGM, ou un psy­cho­logue, ou un ambassadeur.

Pour­quoi c’est en public ? Parce que c’est un moment un peu solen­nel où on découvre pour la pre­mière fois ces citoyens, puisque jusque-là tout était caché pour évi­ter que les lob­bys ne mettent la main des­sus. La salle n’a pas le droit d’intervenir, elle est spec­ta­trice. On peut voir com­pa­raître des mecs qui d’habitude passent à la télé et racontent n’importe quoi devant des jour­na­listes qui n’y connaissent rien et là, devant les citoyens qui ont bos­sé sur le sujet pen­dant déjà deux week-ends, ils se font char­cu­ter. C’est très émou­vant de voir com­ment ces gens-là ont fini par acqué­rir une com­pé­tence là où eux-mêmes se croyaient incapables.

Quand c’est fini, les citoyens se retirent dans une arrière-salle et rédigent leur avis, à huis-clos, sou­vent toute la nuit. On ne peut pas faire pres­sion sur eux. Le len­de­main matin, ils font une confé­rence de presse pour rendre leur avis, qui peut-être plus ou moins long, et indiquent « on est tous d’accord, ou bien seule­ment 4 sur 15 pensent ça, il y en a 3 qui pensent ça », etc.

Dans mon bou­quin L’humanitude au pou­voir, j’appelle « huma­ni­tude » cette capa­ci­té de l’humain à déve­lop­per, dans cer­taines condi­tions, l’intelligence col­lec­tive mais aus­si l’altruisme et l’empathie. Je ne l’ai pas inven­té, tous les socio­logues qui tra­vaillent là-des­­sus l’avaient déjà remar­qué. C’est-à-dire que les gens qui sont tirés au sort et qui ont accep­té de jouer le jeu – ce n’est pas obli­ga­toire contrai­re­ment aux membres d’un jury d’assise –, ne vont pas pen­ser à leur famille, à leur petit inté­rêt per­son­nel, ils vont pen­ser au tiers-monde et aux géné­ra­tions futures. Cette huma­ni­tude se déve­loppe parce qu’ils prennent très au sérieux leur rôle d’apporter un avis sur un pro­blème grave – les OGM, le nucléaire, les nano­tech­no­lo­gies. Ils sont impres­sion­nés d’ailleurs par la manière dont ils ont réus­si à deve­nir compétents.

Tout ça ne se mani­feste pas dans le débat public ou dans le réfé­ren­dum. Dans les conven­tions de citoyens, il y a une impli­ca­tion des gens comme membres de l’espèce humaine. Cette facul­té doit exis­ter chez tout le monde mais elle appa­raît seule­ment dans des cir­cons­tances excep­tion­nelles : peut-être des jurys d’assises, des conven­tions de citoyens, mais aus­si dans des grandes grèves où d’un seul coup les types qui, avant, ne se regar­daient pas trop, tra­vaillent pour la même chose et ont des idées géniales. C’est rare mais on peut donc pro­vo­quer des situa­tions où cette huma­ni­tude va appa­raître : on peut ame­ner l’espèce humaine à don­ner le meilleur d’elle-même. Est-ce que le but du poli­tique ne devrait pas être de créer les condi­tions pour que ça s’exprime ?

Peut-être que son but est justement que ça ne s’exprime pas.

Évi­dem­ment. D’une part, peut-être parce que les poli­tiques ont peur de perdre leurs pré­ro­ga­tives. Ils ne croient pas du tout que le peuple soit com­pé­tent autant qu’ils le sont. Ceci étant, ils sont quand même élus par le peuple, tout ça est donc absurde.

Quelles sont, pour nous donner une idée, les propositions issues de conférences de citoyens qui vous ont le plus marqué ?

Les confé­rences de citoyens ont sur­tout été uti­li­sées pour bou­cher les trous, pour dire « voyez, on fait de la démo­cra­tie ». Un peu comme les débats publics dont je par­lais au début. Les résul­tats n’ont pas été beau­coup pris en compte. La pre­mière qui a eu lieu en France, c’était en 1998 sur les OGM. C’est grâce à elle que l’étiquetage des pro­duits OGM a été ren­du obli­ga­toire, sauf pour les ani­maux nour­ris aux OGM qui ne sont tou­jours pas éti­que­tés. Dans un autre ordre d’idée, les citoyens de cette confé­­rence-là avaient don­né un avis sur l’expertise. Ils avaient dit qu’il n’était pas nor­mal que dans les com­mis­sions d’évaluation natio­nales – il s’agissait en l’occurrence de la Com­mis­sion de génie bio-molé­­cu­­laire qui s’occupait des OGM – il n’y ait que des scien­ti­fiques. Selon eux, il devrait y avoir deux groupes de per­sonnes : d’une part, les scien­ti­fiques ; d’autre part, un comi­té éco­no­mique et social dans lequel il y aurait des asso­cia­tions par exemple, qui inter­vien­draient et don­ne­raient leur avis. L’avis final serait ain­si le pro­duit des deux. Il y a une dizaine d’années, cette com­mis­sion de génie bio-molé­­cu­­laire s’est effec­ti­ve­ment trans­for­mée en Haut Conseil des bio­tech­no­lo­gies avec deux groupes d’expertise. Sa pre­mière mou­ture a un peu pris du plomb dans l’aile mais il n’en est pas moins que c’était un des résul­tats de la confé­rence de citoyens sur les OGM. Com­ment une quin­zaine de per­sonnes qui ne connaissent rien des OGM, ni de la démo­cra­tie en sont venues en quelques mois à pro­po­ser des choses pareilles ? C’est fas­ci­nant. À la fin des débats, j’avais aus­si enten­du « La nature ne peut pas être une paillasse de labo­ra­toire. » Ce que ce citoyen vou­lait dire c’est qu’il faut mener les expé­riences jusqu’au bout dans les labo­ra­toires, en milieu fer­mé mais ne pas faire d’essais dans les champs parce qu’ils peuvent être conta­mi­nants. On ne devrait pou­voir mettre dans les champs que des pro­duits dont on a com­plè­te­ment fini l’expérimentation, ce qui est rare­ment le cas.

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Les citoyens deman­daient aus­si une assu­rance spé­ci­fique pour les gens qui cultivent des OGM, étant don­né que les catas­trophes qui pour­raient sur­ve­nir ne sont pas pré­vi­sibles et pour­raient être d’ampleur énorme. À cette confé­rence, il y avait notam­ment un expert qui était assu­reur et pro-OGM. Il est venu expli­quer qu’en tant qu’assureur il ne pou­vait pas assu­rer les OGM puisque le risque n’est pas connu. La salle pouf­fait évi­dem­ment. On voit la contradiction…

Je pour­rais éga­le­ment citer la confé­rence de citoyens orga­ni­sée par la ville de Paris sur les ondes élec­tro­ma­gné­tiques (wifi, antennes-relais). Les citoyens ont dit qu’il fal­lait limi­ter le nombre d’antennes-relais et codi­fier l’emploi du télé­phone por­table dans les trans­ports en com­mun alors que tous avaient évi­dem­ment des télé­phones por­tables. Ça montre que les gens sont capables d’aller à l’encontre de leurs propres intérêts.

À l’issue d’une autre confé­rence de citoyens en 2002 qui s’appelait « Chan­ge­ment cli­ma­tique et citoyen­ne­té », et dont j’étais co-orga­­ni­­sa­­teur, une des pro­po­si­tions a été de mettre un impôt sur le kéro­sène des avions. Ça a vague­ment été repris après mais ça n’existe tou­jours pas. Pour­tant, il n’y a pas de rai­son à ce qu’il y ait un impôt sur l’essence des voi­tures mais pas sur le kéro­sène des avions.

brave-new-worldEn bioé­thique, il y a eu deux confé­rences de citoyens : une sur la fin de vie et une sur les lois autour de la PMA. Pour la pre­mière, un des avis était d’autoriser le sui­cide volon­taire sans néces­sai­re­ment pas­ser par un comi­té d’expertise. Le prin­cipe était celui de la liber­té de cha­cun de dis­po­ser de sa durée de vie. Dans des pays comme la Suisse ou la Hol­lande où c’est deve­nu assez cou­rant, il y a jus­te­ment une exper­tise médi­cale pour juger de la gra­vi­té de la situa­tion et don­ner l’autorisation à mou­rir. Après tout, les gens pour­raient dire « J’ai un can­cer, on va me trai­ter, j’ai une chance sur dix d’en sor­tir, j’ai pas envie de cou­rir ça et je pré­fère mou­rir tout de suite. » C’est une idée qui avait été émise dans cette confé­rence de citoyens. Quant à celle sur la PMA, j’avais été appe­lé en tant qu’expert dans la der­nière jour­née, celle qui se déroule en public. J’avais été appe­lé parce que dans mes bagarres, il y a celle contre le tri des embryons humains et la renais­sance de l’eugénisme. Les citoyens m’ont dit « Qu’est-ce que vous pro­po­sez ? » et j’ai répon­du qu’à mon avis la recherche de patho­lo­gies géné­tiques sur l’ensemble des embryons pro­duits par un même couple ne devrait être faite que pour une seule patho­lo­gie pour évi­ter le “bébé à la carte” et se limi­ter aux mala­dies très graves. Il y a un article qui est sor­ti dans Nature en novembre 2016 qui montre que, sur la sou­ris, on peut main­te­nant faire des mil­liers d’embryons à par­tir de cel­lules de peau. Dans dix ans, on pour­ra le faire chez l’homme. Si on peut pro­duire beau­coup d’embryons, il y a donc la pos­si­bi­li­té de faire un tri de tous les enfants en recher­chant de très nom­breux traits géné­tiques. Tous les citoyens ont été d’accord avec mon idée mais le Par­le­ment l’a snobée.

Pour faire en sorte que la démocratie soit enfin le porte-drapeau du bien commun, vous proposez avec l’association Sciences citoyennes d’encadrer les conférences et jurys de citoyens en les mettant sous la dénomination de “conventions de citoyens” et surtout d’en étendre le rayon d’action. Pourquoi et comment les encadrer ? Comment en imaginez-vous l’extension ?

Pour arri­ver à leur don­ner une valo­ri­sa­tion poli­tique, il faut effec­ti­ve­ment que ces conven­tions de citoyens soient ins­crites dans la loi ou même dans la Consti­tu­tion. Pour le moment, on ne peut pas obli­ger les élus à suivre l’avis des citoyens parce que dans notre sys­tème par­le­men­taire, ils sont ceux qui décident et sont res­pon­sables. Si la pro­cé­dure est léga­li­sée, il devraient prendre posi­tion indi­vi­duel­le­ment et c’est jus­te­ment ce qu’on demande : pour chaque conven­tion de citoyen au niveau natio­nal, l’avis devrait être exa­mi­né au Par­le­ment et chaque par­le­men­taire devrait avoir l’obligation d’exprimer son avis en don­nant son nom, pour prendre une res­pon­sa­bi­li­té devant l’avenir. S’il s’oppose, il se sera oppo­sé, fina­le­ment, à lavox popu­li. Ça chan­ge­rait pas mal, à mon avis, les réac­tions des parlementaires.

Ensuite, il faut se mettre d’accord sur les normes. Pour que ça fonc­tionne, il faut savoir à quel moment on fait des conven­tions de citoyens et pour­quoi. Per­son­nel­le­ment, là je ne parle plus pour Sciences citoyennes, je suis pour la sup­pres­sion du Sénat et son rem­pla­ce­ment par une assem­blée citoyenne tirée au sort et renou­ve­lée régu­liè­re­ment, qui n’ait pas les pri­vi­lèges des élus actuels. Il y aurait quelques cen­taines de citoyens, comme c’est actuel­le­ment le cas pour les séna­teurs. Ils auraient un rôle effec­tif qui devrait être celui du Sénat : de contre­ba­lan­cer les choix des dépu­tés qui, eux, conti­nue­raient d’être élus. Ce Sénat aurait un rôle de garant de repré­sen­ta­tion de la socié­té et de démo­cra­tie per­ma­nente. Pour tous les pro­blèmes liti­gieux, à chaque fois qu’il y a contro­verse, on réuni­rait une conven­tion de citoyens, voire plu­sieurs. Leur rôle irait au-delà des tech­no­lo­gies, qui jusque-là ont prin­ci­pa­le­ment été les thèmes des confé­rences de citoyens. Moi, je les vois appli­quées à tous les pro­blèmes de la vie poli­tique. Je pense qu’il fau­drait qu’on en réunisse tou­jours trois à chaque fois. Et si elles don­naient toutes le même avis, cet avis devien­drait qua­si­ment immé­dia­te­ment léga­li­sé. Ça aurait du sens. C’est comme une expé­rience scien­ti­fique : si on arrive à trou­ver le même résul­tat dans plu­sieurs groupes, c’est là que ça prend du sens. Ce n’est pas un détail. Il fau­drait que ce soit un mode nou­veau de faire de la poli­tique. C’est ce que j’appelle la démo­cra­tie per­ma­nente. Il y aurait sans arrêt quelque part, des gens qui seraient réunis et tirés au sort, qui dis­cu­te­raient d’un pro­blème et qui, au bout de quelques mois, ren­draient un avis à cette chambre de citoyens que serait le nou­veau Sénat. Ce der­nier défen­drait cette pro­po­si­tion auprès de la chambre des dépu­tés. Ce serait quelque chose de com­plè­te­ment nou­veau dans la démo­cra­tie. Je regrette d’ailleurs que même les can­di­dats les plus enga­gés et qui parlent de démo­cra­tie sont tou­jours timides pour ce qui est du tirage au sort et du rôle des élus. Je crois qu’il faut être radi­cal. Dans mon groupe local d’insoumis, j’ai réus­si à faire pas­ser cette pro­­po­­si­­tion-là : tirage au sort d’un nou­veau Sénat et conven­tions de citoyens pour tous les problèmes.

Ça s’inscrit dans la volonté de Mélenchon d’une VIe République ?

Je me bats pour qu’il le dise. Il faut chan­ger les règles du jeu.

https://​you​tu​.be/​E​O​T​8​Z​3​t​7​stQ

Quand je fais des confé­rences où j’explique les conven­tions de citoyens, les gens sont tous d’accord. Ce n’est peut-être pas n’importe qui qui vient m’écouter mais quand même. Ils sont éton­nés qu’on ne parle jamais de ça à la radio ou à la télé et ils disent « Mais c’est ça qu’il nous faut ! » Il y a quelque chose là à pros­pec­ter qui ren­con­tre­rait très vite, à mon avis, une adhé­sion. Il pour­rait y avoir à par­tir de là un véri­table bou­le­ver­se­ment, un chan­ge­ment radi­cal de la vie poli­tique, comme ce qu’a enclen­ché Pode­mos en Espagne par exemple, mais en allant plus loin. Je crois que si on ne va pas plus loin, on n’ira nulle part.

Cet entretien a été rondement mené par Sylvain Métafiot, suivant des questions d’Alizé Lacoste Jeanson

Nos Desserts :

  • Retrou­vez le site per­son­nel de Jacques Tes­tart et celui de la fon­da­tion Sciences citoyennes
  • Le blog d’Her­vé Mai­son­neuve est une mine d’or d’informations sans œillères sur le monde de la recherche
  • Au Comp­toir, nous avons déjà inter­viewé Eva Bel­li­na­to et Didier Lam­bert qui nous par­laient tous les deux des dan­gers bien réels de l’incursion des lois du mar­ché dans la méde­cine (au niveau de l’accouchement et des adju­vants vac­ci­naux, respectivement)
  • On par­lait du non-sens et de l’instrumentalisation de l’expertise en pre­nant l’exemple des tests osseux
  • Récem­ment, nous ren­con­trions Auré­lien Ber­nier avec qui nous dis­cu­tions aus­si des pro­po­si­tions qu’une gauche vrai­ment radi­cale pour­rait défendre
  • Pour se don­ner du grain à moudre, on vous pro­po­sait des cri­tiques fron­tales la notion de Pro­grès avec Pierre Thies­set etGalaad Wil­gos

 

Source : Le Comp­toir, https://​comp​toir​.org/​2​0​1​7​/​0​1​/​1​3​/​j​a​c​q​u​e​s​–​t​e​s​t​a​r​t​–​l​e​–​s​e​n​a​t​–​d​e​v​r​a​i​t​–​e​t​r​e​–​r​e​m​p​l​a​c​e​–​p​a​r​–​u​n​e​–​a​s​s​e​m​b​l​e​e​–​c​i​t​o​y​e​n​n​e​–​t​i​r​e​e​–​a​u​–​s​o​rt/https://​comp​toir​.org/​2​0​1​7​/​0​1​/​1​3​/​j​a​c​q​u​e​s​–​t​e​s​t​a​r​t​–​l​e​–​s​e​n​a​t​–​d​e​v​r​a​i​t​–​e​t​r​e​–​r​e​m​p​l​a​c​e​–​p​a​r​–​u​n​e​–​a​s​s​e​m​b​l​e​e​–​c​i​t​o​y​e​n​n​e​–​t​i​r​e​e​–​a​u​–​s​o​rt/

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[Procès citoyen du faux « suffrage universel »] La vidéo du DÉBAT

[Pro­cès citoyen du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois)]
La vidéo du DÉBAT au théâtre Soum-Soum (à Paris le 9 décembre der­nier) est publiée 🙂

httpv://youtu.be/7E6kstTJrFI

Je n’ai pas eu le temps de répondre comme il aurait fal­lu à toutes les ques­tions & objec­tions, et je vous invite donc à vous exer­cer à y répondre vous-mêmes, bien sûr 🙂

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Rap­pel de la confé­rence qui avait pré­cé­dé ce débat : 

[Vidéo et texte] L’antidote uni­ver­sel au capitalisme,
ce sera un peuple deve­nu consti­tuant, capable de conduire lui-même LE PROCÈS DE L’ÉLECTION :

http://​bit​.ly/​2​i​Q​r​0V9

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N’ou­bliez pas de créer et ani­mer vous-même vos propres ate­liers consti­tuants, quo­ti­dien­ne­ment, obstinément 🙂

Étienne.

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[Rappels en 7 min des principaux rouages antidémocratiques de l’UE] J’étais l’invité (le 21 nov 2007) de David Abiker, sur France Info. Sujet : « le « traité simplifié » et sa critique par les internautes »

Ça fait 10 ans déjà…

Com­plé­ments utiles (pour ceux qui débarquent 🙂 ) :

• L’article-aveu-de-haute-trahison de l’affreux Giscard,
« La boîte à outils du traité de Lisbonne » : 

http://​www​.lemonde​.fr/​i​d​e​e​s​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2​0​0​7​/​1​0​/​2​6​/​l​a​–​b​o​i​t​e​–​a​–​o​u​t​i​l​s​–​d​u​–​t​r​a​i​t​e​–​d​e​–​l​i​s​b​o​n​n​e​–​p​a​r​–​v​a​l​e​r​y​–​g​i​s​c​a​r​d​–​d​–​e​s​t​a​i​n​g​_​9​7​1​6​1​6​_​3​2​3​2​.​h​tml

• Ma réac­tion (indi­gnée) à l’époque :

« Monsieur Giscard d’Estaing (futur candidat à la présidence de l’UE ?) confirme la scandaleuse arnaque du « mini-traité simplifié » (il oublie cependant quelques « détails ») » :

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​0​7​/​1​0​/​2​7​/​8​6​–​l​e​–​c​a​n​d​i​d​a​t​–​g​i​s​c​a​r​d​–​d​–​e​s​t​a​i​n​g​–​c​o​n​f​i​r​m​e​–​l​a​–​s​c​a​n​d​a​l​e​u​s​e​–​a​r​n​a​q​u​e​–​d​u​–​m​i​n​i​–​t​r​a​i​t​e​–​s​i​m​p​l​i​f​i​e​–​i​l​–​o​u​b​l​i​e​–​c​e​p​e​n​d​a​n​t​–​q​u​e​l​q​u​e​s​–​d​e​t​a​ils

TOUT CECI RESTE D’UNE ACTUALITÉ BRÛLANTE ET DRAMATIQUE.

• Pour creu­ser le sujet des trai­tés anti­cons­ti­tu­tion­nels : ma page dédiée

« Résistance aux abus de pouvoir caractérisés que sont tous les « traités constitutionnels » »

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​r​e​s​i​s​t​a​n​c​e​_​a​_​t​o​u​s​_​l​e​s​_​t​r​a​i​t​e​s​_​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​n​e​l​s​.​php

et notam­ment :

« Principaux GRIEFS contre les institutions européennes, institutions écrites sans les citoyens (et même souvent contre eux) et programmant leur impuissance » (voir la page 2) :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​C​i​t​o​y​e​n​s​_​d​_​E​u​r​o​p​e​_​C​o​n​t​r​e​_​l​e​_​R​e​g​i​m​e​_​I​l​l​e​g​i​t​i​m​e​.​pdf

Étienne.

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[Populisme, mon amour] Emmanuel TODD : « la France n’est évidemment pas une démocratie »

Emma­nuel Todd insiste (sans se lais­ser inter­rompre par les eurocrates) : 

« On n’est évi­dem­ment pas en démo­cra­tie, on fait tous sem­blant, on fait du théâtre : on remet en cause la démo­cra­tie amé­ri­caine (qui renaît ! [heu, là, il rêve, Emma­nuel 🙂 ]) et on fait comme si, nous, on était des démocrates… 

Mais en fait la France n’a plus d’au­to­no­mie moné­taire et c’est l’Al­le­magne qui va décider !

On n’est évi­dem­ment plus en démo­cra­tie : [en 2008,] la classe poli­ti­cienne s’est assise sur le réfé­ren­dum de 2005 (!), et notre pré­ten­due « élec­tion pré­si­den­tielle », c’est un sys­tème qui per­met d’é­lire celui qui va être notre repré­sen­tant à Berlin…

Donc, on est vrai­ment des gros rigo­los, quand on met Trump en question »

Je trouve amu­santes les lèvres (très) pin­cées du vieil euro­lâtre des­po­tique Ber­nard Guetta.


Guet­ta : « Non, là, Todd, vous exagérez… »

Mer­ci Emma­nuel Todd, MERCI 🙂

Étienne.

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« QE for the peuple » – « Helicopter Money » POUR RELANCER LA DEMANDE : le niveau monte

Europe1 : « Et si la Banque Centrale donnait (directement) de l’argent à TOUS les citoyens ? »

httpv://youtu.be/UId2QCPNAJE

Si les « jour­na­listes » com­mencent à par­ler favo­ra­ble­ment de « QE for the peuple – Heli­cop­ter Money » (ils ont enfin tra­vaillé, un peu, la ques­tion moné­taire => le niveau monte – c’est pas trop tôt), les choses peuvent bouger.

Mais sur­tout, le niveau des élec­teurs va lui aus­si mon­ter – et peut-être aus­si leur niveau d’exi­gence, sur cette ques­tion déci­sive et cru­ciale pour la sou­ve­rai­ne­té popu­laire : c’est au peuple lui-même (et sur­tout pas aux banques pri­vées, fléau de l’hu­ma­ni­té) de déci­der s’il faut créer ou détruire de la mon­naie, au niveau local comme au niveau national.

=> Faites passer 🙂

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Rap­pel (impor­tant) sur QE for the people :

ÉPOUVANTAILS (prétendue menace d’hyperinflation) ou REFLATION (retour volontaire à l’inflation) ? RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​1​0​/​1​2​/​e​p​o​u​v​a​n​t​a​i​l​s​–​o​u​–​r​e​f​l​a​t​i​o​n​–​r​e​l​a​n​c​e​r​–​l​a​–​d​e​m​a​n​d​e​–​a​v​e​c​–​d​e​–​l​h​e​l​i​c​o​p​t​e​r​–​m​o​n​e​y​–​v​i​te/

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[Guerre des classes, hideuse guerre des riches contre les pauvres] Fillon-le-fourbe attaquera le peuple endormi pendant les vacances…

Ceci est pro­pre­ment scan­da­leux : Fillon envi­sage son rap­port au peuple fran­çais comme un blitz­krieg (sic), une guerre-éclair… Le can­di­dat qui avoue que, une fois élu, il atta­que­ra aus­si­tôt (et en traître, l’é­té !) ceux qui viennent de l’é­lire ! C’est dégueu­lasse, c’est à gerber. 

L’u­sage, par de pré­ten­dus « repré­sen­tants » (payés pour défendre l’in­té­rêt géné­ral, et pas celui des grands patrons), l’u­sage de pro­cé­dures expé­di­tives et tyran­niques pen­dant les vacances d’é­té, expli­ci­te­ment pour empê­cher toute résis­tance du peuple qu’ils veulent pres­su­rer, c’est lit­té­ra­le­ment scandaleux.

Encore un peu plus ? (Atten­tion, c’est à vomir) :
httpv://youtu.be/rlQ3cfBMhFY

L’o­ri­gi­nal, sans coupe, en une heure (dif­fi­ci­le­ment sup­por­table, désolé) :

Cet admi­ra­teur éper­du de Mar­ga­ret That­cher (elle-même amou­reuse de l’as­sas­sin Pino­chet et des Chi­ca­go boys) est effrayant.

Donc, ça se confirme : l’é­lec­tion porte au pou­voir les pires. Il n’y a rien de bon à espé­rer du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois) : nous devons écrire nous-mêmes la consti­tu­tion qui nous manque : aucun « élu » ne le fera à notre place.

N’ou­bliez pas d’ins­truire per­son­nel­le­ment le très néces­saire pro­cès citoyen de l’é­lec­tion.

Et n’ou­bliez pas, sur­tout, de vous concen­trer sur l’es­sen­tiel de l’es­sen­tiel : vos propres ate­liers consti­tuants, quo­ti­dien­ne­ment, opi­niâ­tre­ment, obs­ti­né­ment, cou­ra­geu­se­ment, contagieusement 🙂

Bon cou­rage à tous 🙂

Étienne.

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[Mémoire des luttes] Pierre Mendès-France (1957) : L’ « union européenne », L’ABDICATION D’UNE « DÉMOCRATIE »

On sait depuis le début que la pré­ten­due « union euro­péenne » est un piège poli­tique pen­sé et vou­lu et impo­sé par les États-Unis, un piège anti­so­cial et antidémocratique. 

Mais nous n’a­vons aucune ins­ti­tu­tion pour résis­ter aux traîtres qui nous gou­vernent. Aucune.
Parce que nous démis­sion­nons de notre rôle per­son­nel dans un pro­ces­sus consti­tuant digne de ce nom.

N’ou­blions pas l’a­ver­tis­se­ment de Pierre Mendès-France :
L’ « union euro­péenne », L’ABDICATION D’UNE « DÉMOCRATIE » (1957)

Le dis­cours com­plet (repro­duit sur le site de « l’as­so­cia­tion Pour une consti­tuante ») :

“ Mes­dames, mes­sieurs, cet impor­tant débat porte sur deux séries de ques­tions. Il y a d’abord un pro­blème d’orientation géné­rale — on pour­rait dire un pro­blème de poli­tique géné­rale — et puis se posent des pro­blèmes d’exécution, qui sont plu­tôt de nature technique.
Sur le pro­blème géné­ral, sur le pro­blème pro­pre­ment poli­tique, je ne m’attarderai pas. J’ai tou­jours été par­ti­san d’une construc­tion orga­nique de l’Europe. Je crois, comme beau­coup d’hommes dans cette Assem­blée, que nos vieux pays euro­péens sont deve­nus trop petits, trop étroits pour que puissent s’y déve­lop­per les grandes acti­vi­tés du XXe siècle, pour que le pro­grès éco­no­mique puisse y avan­cer à la vitesse qui nous est deve­nue nécessaire.

Un mar­ché vaste est un élé­ment de large cir­cu­la­tion des pro­grès tech­niques et des échanges, et éga­le­ment un élé­ment essen­tiel pour l’organisation et la conso­li­da­tion de la paix entre les États euro­péens, ce qui est tout aus­si important.

Mais ce mar­ché, nous devons l’aménager de telle sorte que nous puis­sions y obte­nir les meilleurs résul­tats pos­sibles, sans tom­ber dans un étroit égoïsme natio­nal, spé­cia­le­ment pour notre pays.
Un ancien pré­sident du Conseil a dit que nous devions « faire l’Europe sans défaire la France ». Ce résul­tat est-il obte­nu dans les pro­jets, tels, du moins, qu’ils sont connus de nous ? C’est ce que je vou­drais rechercher.

Ces pro­jets com­portent essen­tiel­le­ment la sup­pres­sion, pour les échanges entre les six pays par­ti­ci­pants, de tout droit de douane et de tout contin­gen­te­ment. Ce résul­tat sera obte­nu pro­gres­si­ve­ment au cours d’une période tran­si­toire de douze à seize ans.

Au cours de chaque étape inter­mé­diaire, les droits de douane seront réduits d’un tiers envi­ron de leur mon­tant ini­tial, les contin­gents seront por­tés au double envi­ron de ce qu’ils étaient au début de l’étape.

Les six pays appli­que­ront, vis-à-vis des pays exté­rieurs à la com­mu­nau­té, un tarif doua­nier com­mun. Le pas­sage du tarif ini­tial de chaque pays à ce tarif com­mun se fera pro­gres­si­ve­ment au cours de la période transitoire.

Le Mar­ché com­mun aura donc des effets très sen­sibles dès le début, dès la pre­mière étape. Ces effets por­te­ront sur les trois aspects du Mar­ché com­mun, lequel com­porte, même assor­ti de res­tric­tions tem­po­raires, la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes, la libre cir­cu­la­tion des mar­chan­dises et la libre cir­cu­la­tion des capi­taux. C’est de ce triple point de vue que je vais me pla­cer main­te­nant, en com­men­çant par la libre cir­cu­la­tion des personnes.

Bien qu’il soit expres­sé­ment men­tion­né et annon­cé, il semble que ce pro­blème n’a été envi­sa­gé que très super­fi­ciel­le­ment dans les textes, au point de la dis­cus­sion où ils sont par­ve­nus, et M. le secré­taire d’État aux Affaires étran­gères, dans le brillant dis­cours que nous avons tous applau­di avant-hier, a été sur ce point — qu’il me per­mette de le lui dire — très impré­cis. Aus­si des ques­tions doivent être posées à ce sujet, des garan­ties doivent être obtenues.

En effet, si le mou­ve­ment des capi­taux et des biens peut à pre­mière vue ne pas paraître tou­cher aux concepts de Nation et de Patrie, il n’en est pas de même pour les migra­tions de popu­la­tions. Il n’est pas indif­fé­rent pour l’avenir de la France ni que, pen­dant une période, les Ita­liens affluent en France, ni que, simul­ta­né­ment ou pen­dant une autre période, les Fran­çais du Lan­gue­doc, de l’Auvergne ou de la Bre­tagne soient conduits à cher­cher de meilleures condi­tions de tra­vail dans une Alle­magne qui, en cours de déve­lop­pe­ment rapide, offri­rait des emplois à des tra­vailleurs mena­cés par le chômage.

Or, ces pers­pec­tives ne consti­tuent pas une vue de l’esprit. Si les Ita­liens se montrent si atta­chés à la notion du mar­ché com­mun, s’ils sont impa­tients d’aboutir à une conclu­sion concrète, c’est bien — et ils ne s’en cachent pas — pour per­mettre l’émigration de leurs chômeurs.
Dans une cer­taine conjonc­ture, lorsque nous man­quons de main‑d’œuvre, c’est tant mieux pour nous si nous pou­vons en trou­ver dans un pays voi­sin. Mais dans d’autres cas, lorsque nous sommes mena­cés par le chô­mage ou lorsqu’il s’en pro­duit dans notre pays, l’afflux de chô­meurs venus du dehors et sus­cep­tibles, sou­vent, d’accepter des salaires sen­si­ble­ment infé­rieurs à ceux qui sont pra­ti­qués dans notre pays est évi­dem­ment de nature à pro­vo­quer des contre­coups et des dif­fi­cul­tés que nous avons inté­rêt à éviter.

Quant à l’Allemagne, n’oublions pas sa puis­sance d’expansion, ses res­sources, son dyna­misme. Dans le cas d’une crise éco­no­mique, dont, par sa struc­ture indus­trielle, l’Allemagne souf­fri­ra plus tôt et plus for­te­ment que nous, il se pro­dui­ra une baisse des salaires alle­mands, un dum­ping de l’industrie alle­mande contre la nôtre et un mou­ve­ment des chô­meurs alle­mands, plus mobiles par tra­di­tion que les nôtres, vers la France pour y cher­cher du travail.

Jusqu’à pré­sent, nous fai­sions face aux grandes crises éco­no­miques inter­na­tio­nales mieux que d’autres pays, mieux que les pays plus indus­tria­li­sés, comme l’Allemagne ou la Bel­gique, en rai­son de la struc­ture mieux équi­li­brée de notre propre économie.

À la pre­mière réces­sion éco­no­mique, un pays comme l’Allemagne de l’Ouest, qui vient d’absorber en quelques années plu­sieurs mil­lions d’immigrés encore mal digé­rés, dis­po­se­ra d’un volume de chô­meurs consi­dé­rable et exportable.

De ce fait, nous per­drons cet élé­ment de sta­bi­li­té rela­tive dont nous jouis­sions jusque-là et qui nous avait per­mis, soit entre 1929 et 1932, soit en 1948–1949, de souf­frir moins que les autres pays occidentaux.
Mais en période de conjonc­ture favo­rable, nous aurons aus­si à subir dans le Mar­ché com­mun une concur­rence redou­table, concur­rence qui pour­ra être salu­taire à long terme si les amé­na­ge­ments néces­saires sont pré­vus — c’est le but même du trai­té — et qui pour­ra néan­moins être très dou­lou­reuse et néfaste même à long terme si les pré­cau­tions appro­priées ne sont pas prises et garanties.

Cer­taines de nos indus­tries, tout au moins, ne pour­ront pas s’adapter ou s’adapteront mal. Il en résul­te­ra du chô­mage dans divers sec­teurs de nos régions sous-déve­­lop­­pées, notam­ment celles du sud de la Loire qui ont beau­coup à craindre de la riva­li­té com­mer­ciale et indus­trielle qui va se déclen­cher à l’intérieur du mar­ché uni­fié et dont les popu­la­tions peuvent être pous­sées à émi­grer, à moins de consen­tir sur place à un niveau de vie très bas pour ne pas s’expatrier.
Je vou­drais faire obser­ver que le pro­blème de la conta­gion des effets éco­no­miques n’est pas théo­rique et qu’il a don­né lieu dans le pas­sé à des expé­riences qui doivent nous faire réfléchir.

Après l’unité ita­lienne, l’Italie du Sud a souf­fert beau­coup du contact et de la concur­rence de la région du Centre et du Nord. Contrai­re­ment à ce que nous croyons trop sou­vent, l’Italie du Sud avait atteint, avant l’unité ita­lienne, un degré d’industrialisation et de déve­lop­pe­ment com­pa­rable et pro­ba­ble­ment même supé­rieur à celui du reste du pays. L’unité lui a por­té un coup qui s’est tra­duit par une large émi­gra­tion à l’intérieur de l’Italie uni­fiée et aus­si vers l’extérieur, un coup que même les gens du Nord recon­naissent et auquel ils essayent main­te­nant de remé­dier. Pour obte­nir le déve­lop­pe­ment de la Sicile et de l’Italie du Sud, le gou­ver­ne­ment de Rome recrée pré­ci­sé­ment, depuis quelques années, un régime dis­tinct qui sup­prime ou qui atté­nue le carac­tère abso­lu de l’intégration réa­li­sée voi­ci un siècle.

La situa­tion est com­pa­rable dans d’autres pays.

Les États méri­dio­naux des États-Unis se sont tou­jours plaints et se plaignent aujourd’hui encore d’avoir été défa­vo­ri­sés éco­no­mi­que­ment du fait de leur rat­ta­che­ment aux États du Nord.

En Alle­magne même, qui a fait l’expérience d’un Zoll­ve­rein, véri­table pré­cé­dent du Mar­ché com­mun, bien que la Prusse, ini­tia­trice et agent moteur de l’intégration, ait consen­ti de larges inves­tis­se­ments en faveur des régions alle­mandes moins favo­ri­sées, les Wur­tem­ber­geois, les Bava­rois ont dû émi­grer en grand nombre vers les Amériques.
Au sur­plus, si, à l’échelle d’un siècle et en ne consi­dé­rant que l’ensemble de l’économie alle­mande, le Sud et le Nord confon­dus, si le Zoll­ve­rein a été un élé­ment d’expansion, n’oublions pas qu’il a pu por­ter ses fruits parce qu’un État domi­na­teur, prin­ci­pal béné­fi­ciaire de la réforme, a fait la loi aux autres États domi­nés. En ce sens, c’est un pré­cé­dent qui ne com­porte pas que des aspects plaisants.

Le trai­té doit donc nous don­ner des garan­ties contre les risques qui se sont ain­si maté­ria­li­sés en Alle­magne, aux États-Unis, en Ita­lie, ailleurs encore. Par­mi ces garan­ties figurent le droit, que nous devons conser­ver, de limi­ter l’immigration en France, sur­tout lorsque la conjonc­ture éco­no­mique le ren­dra néces­saire, et des sau­ve­gardes contre le risque d’un chô­mage et d’un abais­se­ment du niveau de vie impor­tés du dehors. Je revien­drai tout à l’heure sur cer­taines moda­li­tés de ces indis­pen­sables garan­ties, mais pour cela il me faut, après avoir exa­mi­né les pro­blèmes tou­chant à la cir­cu­la­tion des per­sonnes, en venir à ceux qui concernent la cir­cu­la­tion des mar­chan­dises. Ici nous sommes au centre même du débat.

En cas de mar­ché com­mun sans bar­rières doua­nières ou contin­gents, ou bien avec des bar­rières et des contin­gents rapi­de­ment réduits puis éli­mi­nés, les mar­chan­dises dont les prix de revient sont les plus bas se vendent par prio­ri­té et dans tous les pays par­ti­ci­pants. Ces prix de revient sont fonc­tion des charges qui pèsent sur la pro­duc­tion. Or, la France connaît de lourds han­di­caps dans la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale. Elle sup­porte des charges que les autres n’ont pas, tout au moins au même degré : charges mili­taires, charges sociales, charges d’outre-mer.

Les autres pays qui n’ont pas de charges équi­va­lentes dis­posent ain­si de res­sources pour leurs inves­tis­se­ments, pour accé­lé­rer leurs pro­grès, pour abais­ser leurs prix de revient et c’est bien ce que nous avons pu consta­ter depuis dix ans.

Nous pou­vons, bien enten­du, espé­rer qu’après le règle­ment algé­rien nous pour­rons réduire la dis­pro­por­tion des charges mili­taires, mais à cet égard je tiens à rap­pe­ler que les enga­ge­ments pris dans le cadre de l’O.T.A.N. sont pro­por­tion­nel­le­ment plus lourds pour nous que pour tous les autres pays de la Petite Europe.

[…]

D’autre part, M. le pré­sident du Conseil nous a indi­qué dans un dis­cours récent qu’après la fin des hos­ti­li­tés en Algé­rie nous devrons consa­crer aux dépenses éco­no­miques en Afrique du Nord autant, a‑t‑il dit, que nous avons don­né jusqu’ici pour les dépenses mili­taires, de telle sorte que le règle­ment algé­rien lui-même risque de ne pas entraî­ner au total le sou­la­ge­ment très sub­stan­tiel sur lequel nous pou­vons compter.

En second lieu, après les charges mili­taires, les charges des ter­ri­toires d’outre-mer sont, vous le savez, consi­dé­rables au point que le gou­ver­ne­ment a deman­dé — et il a eu rai­son — d’en trans­fé­rer une frac­tion à nos partenaires.

Même si nos par­te­naires accep­taient les pro­po­si­tions fran­çaises dans ce domaine — et jusqu’à main­te­nant je ne crois pas que cet accord ait été obte­nu — la majeure par­tie des charges d’outre-mer conti­nue­rait tout natu­rel­le­ment à nous incom­ber et ain­si, de ce chef encore, il n’est pas dou­teux que notre éco­no­mie subi­rait un han­di­cap de charges supé­rieures à celles qui incombent à nos cocontractants.

J’en viens, main­te­nant, aux charges sociales qui ont été évo­quées à plu­sieurs reprises par un cer­tain nombre de nos collègues.

La seule har­mo­ni­sa­tion pré­vue en prin­cipe concerne l’égalité des salaires mas­cu­lins et fémi­nins dans un délai de quatre, cinq ou six ans. C’est cer­tai­ne­ment une nou­velle satis­fai­sante et qui entraî­ne­ra, si la pro­messe est tenue, des résul­tats favo­rables pour cer­taines indus­tries fran­çaises, par exemple pour l’industrie du tex­tile. Mais aucune autre géné­ra­li­sa­tion d’avantages sociaux n’est vrai­ment orga­ni­sée ni même garan­tie et cela appa­raît si l’on énu­mère un cer­tain nombre de ces avan­tages sociaux qui pèsent, dans une mesure qui est loin d’être négli­geable, sur la pro­duc­ti­vi­té et sur les prix de revient.
S’agit-il du tarif spé­cial des heures sup­plé­men­taires dont a par­lé hier M. le secré­taire d’Etat aux affaires étran­gères ? Le pro­blème est en effet men­tion­né et il est dit dans les textes qui, paraît-il, ont été arrê­tés sur ce point, que le sys­tème fran­çais sera pris comme base de réfé­rence. Je ne sais pas exac­te­ment ce que signi­fie cette for­mule. Je ne crois pas qu’elle implique qu’il en résul­te­ra une obli­ga­tion pour nos cocon­trac­tants de réa­li­ser une éga­li­sa­tion entre eux et nous et, lorsque le pro­blème sera exa­mi­né à la fin de la pre­mière période, c’est bien la majo­ri­té qua­li­fiée qui en déci­de­ra, ce qui, je le mon­tre­rai tout à l’heure, ne nous donne mal­heu­reu­se­ment aucune garan­tie sur un ter­rain où la plu­part de nos cocon­trac­tants ont des inté­rêts très évi­dem­ment oppo­sés aux nôtres.

S’agit-il des allo­ca­tions fami­liales ? Je crois que le pro­blème n’a même pas été envi­sa­gé ou, s’il a été dis­cu­té, il n’a abou­ti à aucun accord. Or, ce pro­blème est impor­tant, puisque les allo­ca­tions fami­liales cor­res­pondent à 12 p. 100 de la masse salariale.

S’agit-il du pro­blème des salaires des jeunes ? Ce point est impor­tant puisque, en rai­son de la pyra­mide des âges, nous aurons, dans les pro­chaines années, en France comme dans les autres pays occi­den­taux, un nombre crois­sant de jeunes au travail.

Les salaires des jeunes, des mineurs, sont, en France, très supé­rieurs à ceux qui sont pra­ti­qués en Alle­magne, en Ita­lie, en Bel­gique. D’une part, en ver­tu de la régle­men­ta­tion offi­cielle, d’autre part, en ver­tu des conven­tions col­lec­tives, la situa­tion est beau­coup plus satis­fai­sante pour les jeunes tra­vailleurs en France qu’elle ne l’est dans les autres pays.

On pour­rait pour­suivre très long­temps l’énumération des avan­tages sociaux très supé­rieurs en France à ce qu’ils sont dans les pays avec les­quels nous allons nous associer.

La thèse fran­çaise, à laquelle nous devons nous tenir très fer­me­ment et que le gou­ver­ne­ment a sou­te­nue, sans avoir, je le crains mal­heu­reu­se­ment, obte­nu l’adhésion de nos inter­lo­cu­teurs, c’est l’égalisation des charges et la géné­ra­li­sa­tion rapide des avan­tages sociaux à l’intérieur de tous les pays du mar­ché com­mun. C’est la seule thèse cor­recte et logique sauf, tou­te­fois, celle que per­sonne n’a sou­te­nue, selon laquelle nous serions conduits à sup­pri­mer les allo­ca­tions fami­liales ou à réduire les salaires horaires pour obte­nir le même résultat.

Je sais bien que l’on invoque quel­que­fois le fait que cer­taines dis­po­si­tions sociales, à vrai dire peu nom­breuses et peu impor­tantes, de la régle­men­ta­tion fran­çaise, se trouvent être moins avan­ta­geuses que celles pré­vues dans tel ou tel pays voisin.

Par exemple, les indem­ni­tés de chô­mage sont plus éle­vées dans un cer­tain nombre de pays voi­sins qu’elles ne le sont en France.
À vrai dire, les indem­ni­tés de chô­mage repré­sentent peu de chose par rap­port à la masse sala­riale, mais je vou­drais que nous pous­sions sur ce point notre posi­tion jusqu’à l’extrême logique. L’unification, la péréqua­tion des charges doit se faire, elle doit être géné­rale et elle doit tou­jours se faire par le haut.

Il serait par­fai­te­ment nor­mal que nous rele­vions nos allo­ca­tions de chô­mage si elles sont infé­rieures à celles de nos voi­sins à condi­tion que ceux-ci, réci­pro­que­ment, relèvent par exemple les allo­ca­tions fami­liales ou les créent pour les pays qui n’en ont pas.

L’harmonisation doit se faire dans le sens du pro­grès social, dans le sens du relè­ve­ment paral­lèle des avan­tages sociaux et non pas, comme les gou­ver­ne­ments fran­çais le redoutent depuis si long­temps, au pro­fit des pays les plus conser­va­teurs et au détri­ment des pays socia­le­ment les plus avancés.

On dit quel­que­fois, et cette opi­nion a été expri­mée à la tri­bune au cours des der­niers jours, qu’il ne faut pas consi­dé­rer seule­ment le dés­équi­libre des légis­la­tions sociales, mais l’ensemble de toutes les charges sala­riales, c’est-à-dire les salaires pro­pre­ment dits aug­men­tés des charges sociales, dites aus­si salaires indirects.
Ce point de vue est peut-être contes­table car la concur­rence n’est pas un phé­no­mène glo­bal : toute l’économie d’un pays contre toute l’économie d’un autre pays. La concur­rence s’opère, en réa­li­té, indus­trie par indus­trie et ce sont bien les prix de revient par mar­chan­dises, c’est-à-dire par caté­go­ries indus­trielles, qui comptent.
Mais, peu importe, car, au cours des récentes négo­cia­tions, nos experts ont prou­vé que les salaires pro­pre­ment dits en Hol­lande, en Ita­lie et même en Alle­magne étaient très géné­ra­le­ment infé­rieurs aux nôtres.

Par consé­quent, c’est bien l’ensemble salaires plus charges sociales qui est supé­rieur en France à ce qu’il est chez nos voi­sins et concur­rents étrangers.

Or, l’harmonisation des charges sala­riales, directes et indi­rectes, c’est la vieille reven­di­ca­tion de tous les Fran­çais qui ne veulent pas que notre pays soit vic­time des pas en avant qu’il a faits ou qu’il fait dans le sens du pro­grès. À cet égard, qu’il me suf­fise d’évoquer la pro­po­si­tion qui a été pré­sen­tée par le gou­ver­ne­ment fran­çais au Conseil de l’Europe le 20 sep­tembre 1954 en vue d’égaliser les charges sociales par le haut pour empê­cher qu’une libé­ra­tion des échanges réa­li­sée sans pré­cau­tion conduise à l’égalisation par le bas.
À la suite de cette ini­tia­tive gou­ver­ne­men­tale, M. Guy Mol­let, qui était alors pré­sident en exer­cice de l’assemblée de Stras­bourg, char­gea la com­mis­sion des affaires sociales de ladite assem­blée, d’une part, et pria le comi­té des ministres, d’autre part, d’élaborer une charte sociale commune.

Quelques mois plus tard, en jan­vier 1955, une confé­rence était convo­quée aux mêmes fins par le bureau inter­na­tio­nal du tra­vail, dont le direc­teur deman­da que soit dis­cu­tée la pro­po­si­tion fran­çaise et que soient étu­diées les dif­fé­rences de coût de la main‑d’œuvre dans les pays européens.

L’affaire depuis, fut pour­sui­vie, len­te­ment, hélas ! Divers rap­ports d’experts ont été éla­bo­rés. Par­mi eux, des points de vue très hos­tiles au nôtre se sont mani­fes­tés et notre repré­sen­tant M. Byé, mis en mino­ri­té, a dû rédi­ger un rap­port dis­tinct de celui de ses col­lègues étrangers.

Le rap­port éta­bli par la majo­ri­té a été com­bat­tu par M. Hauck, au nom des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, et par M. Waline, au nom des orga­ni­sa­tions patro­nales. L’assemblée de Stras­bourg a néan­moins voté une motion indi­quant que si, à ses yeux, l’harmonisation des charges sociales n’est pas un préa­lable, elle consti­tue une condi­tion essen­tielle de l’intégration.

Depuis, rien n’a été fait et aucune suite n’a été don­née à une demande pré­sen­tée par un autre de nos repré­sen­tants, M. Jacques Dou­blet, qui avait éla­bo­ré au nom du gou­ver­ne­ment fran­çais la liste des conven­tions du Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail à rati­fier avant l’établissement du Mar­ché com­mun pour que ce der­nier n’entraîne pas les plus graves incon­vé­nients éco­no­miques et sociaux pour nous.
En fait, mes chers col­lègues, ne nous ne le dis­si­mu­lons pas, nos par­te­naires veulent conser­ver l’avantage com­mer­cial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre poli­tique doit conti­nuer à consis­ter, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régres­sion au détri­ment de la classe ouvrière et, par contre­coup, au détri­ment des autres classes sociales qui vivent du pou­voir d’achat ouvrier. Il faut faire l’Europe dans l’expansion et dans le pro­grès social et non pas contre l’une et l’autre.

Un des aspects essen­tiels de la poli­tique de défense des tra­vailleurs — et d’ailleurs de la vita­li­té géné­rale du pays — c’est la poli­tique du plein emploi. Dans un pays comme le nôtre, qui a tant souf­fert, et où tant de retard a été pris sur les pro­grès qui auraient été pos­sibles, pas un élé­ment de la richesse natio­nale ne doit être gas­pillé ou inuti­li­sé. Pas un tra­vailleur ne doit être condam­né au sous-emploi ou au chô­mage. C’est encore sous cet angle que nous devons consi­dé­rer les pro­jets qui nous sont sou­mis. Ils ne doivent pas mettre en dan­ger les pos­si­bi­li­tés d’expansion et de plein emploi de la main‑d’œuvre.
Or, c’est un fait que cette opi­nion n’est pas domi­nante en Alle­magne. Par contre, elle est com­mu­né­ment admise en Angle­terre, même chez les conser­va­teurs. Et c’est là une rai­son de plus pour nous — je le dis en pas­sant — de déplo­rer l’absence de l’Angleterre de l’association projetée.

À cet égard, le gou­ver­ne­ment devra reprendre la dis­cus­sion et exi­ger des dis­po­si­tions très strictes pour pro­té­ger l’économie fran­çaise. À défaut des pré­cau­tions néces­saires, le trai­té com­por­te­rait des risques éco­no­miques et sociaux que nous devons évi­ter coûte que coûte à ce pays dont l’économie a déjà tant souffert.

À ce sujet, je vou­drais, ouvrant une paren­thèse, for­mu­ler une remarque qui méri­te­rait d’ailleurs un plus long déve­lop­pe­ment. Ce que je viens de dire de l’harmonisation des charges sociales s’applique dans une large mesure aus­si à l’harmonisation des charges fis­cales et aus­si à celles des tarifs de trans­port et d’un cer­tain nombre d’autres élé­ments des prix de revient, comme par exemple le prix de l’énergie.
Je ne cite­rai qu’un cas, mais qui a son impor­tance. Le taux des taxes sur les chiffres d’affaires est envi­ron deux fois plus éle­vé en France que dans les autres pays euro­péens. Par contre, les impôts sur les reve­nus sont beau­coup plus lourds en Alle­magne ou en Hol­lande qu’en France. Seule­ment, les taxes sur les chiffres d’affaires pèsent sur les prix beau­coup plus que les impôts sur les reve­nus. Il se pose donc un pro­blème d’équilibre dont la solu­tion ne nous est pas fran­che­ment proposée.

Je dis « pas fran­che­ment pro­po­sée » car, en fait, nos par­te­naires ont bien arrê­té cette solu­tion dans leur esprit. Lorsqu’ils contestent la véri­table exis­tence d’un pro­blème de l’équilibre des charges fis­cales, sociales, mili­taires ou autres, c’est qu’ils ont une réponse prête, et, au cours des conver­sa­tions avec nos négo­cia­teurs, ils ne l’ont jamais caché.

Lisons le rap­port éta­bli par M. Spaak l’été der­nier. Le rap­port Spaak estime qu’il est impos­sible et inutile d’harmoniser les régimes sociaux, fis­caux, finan­ciers et éco­no­miques des six pays, l’égalisation des condi­tions de concur­rence entre pro­duc­teurs de pays dif­fé­rents devant être obte­nue par une fixa­tion conve­nable des taux de change, ce qui signi­fie­rait évi­dem­ment, au départ, une déva­lua­tion du franc français.

En sep­tembre der­nier, le gou­ver­ne­ment fran­çais fit connaître l’impossibilité où il se trou­vait de déva­luer sa mon­naie et il récla­ma une har­mo­ni­sa­tion des régimes sociaux. On convint alors à Bruxelles que si la France ne pou­vait pas modi­fier offi­ciel­le­ment ses pari­tés de change, elle pour­rait être auto­ri­sée à main­te­nir, à titre pro­vi­soire, les cor­rec­tifs moné­taires qu’elle avait uti­li­sés jusqu’à pré­sent, à savoir, à l’importation la taxe spé­ciale tem­po­raire dite de com­pen­sa­tion et, à l’exportation, le rem­bour­se­ment des charges fis­cales et sociales, en lan­gage cou­rant l’aide à l’exportation.

Il parait actuel­le­ment acquis, d’après les indi­ca­tions qui ont été don­nées à cette tri­bune, que, pour une période tran­si­toire, la France pour­ra donc main­te­nir ces cor­rec­tifs à condi­tion, tou­te­fois, de s’interdire d’en aug­men­ter les taux. Au bout de cette période tran­si­toire, la conser­va­tion des cor­rec­tifs sera subor­don­née au consen­te­ment de l’autorité supranationale.

Cette conces­sion qui nous a été faite sur le main­tien des cor­rec­tifs moné­taires étant accor­dée, les cinq pays euro­péens décla­rèrent qu’il n’y avait plus lieu de par­ler d’harmonisation. Ils acce­ptèrent cepen­dant — je cite l’un d’eux — « dans un esprit de conci­lia­tion pous­sé à l’extrême, de pro­mettre à la France de mettre en appli­ca­tion, avant la fin de la pre­mière étape, la conven­tion de Genève sur l’égalité des salaires fémi­nins et mas­cu­lins », conven­tion qu’ils avaient tous signée depuis de nom­breuses années, mais qu’ils n’avaient jamais appliquée.

Ce der­nier point mis à part, il n’y a plus, dans le pro­jet de trai­té de mar­ché com­mun, aucune obli­ga­tion d’harmonisation des condi­tions de concur­rence, de quelque nature qu’elle soit.

Eh bien ! mes chers col­lègues, c’est l’une des lacunes les plus graves des pro­jets qui sont aujourd’hui en dis­cus­sion et c’est l’un des points sur les­quels l’Assemblée devrait deman­der au gou­ver­ne­ment d’insister auprès de nos par­te­naires pour leur faire com­prendre qu’il serait impos­sible à la France de don­ner son adhé­sion aux pro­jets qui lui sont sou­mis si, à cet égard, aucune garan­tie ne nous était donnée.
Jusqu’à pré­sent, je le répète, il n’existe aucune garan­tie ; il n’y a qu’une mesure de tran­si­tion, qui réside dans l’autorisation de main­te­nir pro­vi­soi­re­ment, pen­dant quatre, cinq ou six ans, les taxes à l’importation et les primes à l’exportation. Pen­dant cette période, nous pou­vons main­te­nir taxes et primes, mais nous ne pou­vons pas les augmenter.

Alors se pose une ques­tion : qu’arriverait-il si, dans cette période tran­si­toire, la dis­pa­ri­té des prix fran­çais et étran­gers venait à s’accroître ?

Sup­po­sons qu’une crise éco­no­mique éclate et qu’il en résulte une baisse mas­sive des prix en Alle­magne ou en Bel­gique. Sup­po­sons que l’Italie déva­lue. Sup­po­sons qu’une hausse nou­velle des prix sur­vienne en France — nous ne pou­vons, hélas ! exclure une telle éven­tua­li­té — du fait d’une nou­velle pous­sée d’inflation ou du vote de nou­velles lois sociales.

Dans cha­cune de ces hypo­thèses, soit du fait de tel ou tel pays étran­ger, soit de notre propre fait, la dis­pa­ri­té des prix entre la France et l’étranger serait accrue et nous ne pour­rions rien faire pour nous pro­té­ger et pour nous défendre : nous devrions main­te­nir et subir pure­ment et sim­ple­ment le sta­tu quo. Mais, après le délai tran­si­toire, ce serait pire encore, car le main­tien du sta­tu quo ne nous est même plus assuré.

Après la période tran­si­toire, nous serons livrés à la volon­té de l’autorité supra­na­tio­nale qui déci­de­ra, à la majo­ri­té, si les cor­rec­tifs pour­ront ou ne pour­ront pas être main­te­nus. En fait, la ten­dance évi­dente sera de les abolir.

Le rap­port Spaak, que je citais, montre clai­re­ment ce qu’on nous dira ce jour-là. Si nos charges sont trop lourdes, comme il est cer­tain, si notre balance des paye­ments en est alté­rée, on nous invi­te­ra à déva­luer le franc, une ou plu­sieurs fois, autant qu’il le fau­dra, pour réta­blir l’équilibre, en rédui­sant chez nous le niveau de vie et les salaires réels.

Alors, la déva­lua­tion ne sera plus une déci­sion sou­ve­raine, natio­nale ; elle nous sera impo­sée du dehors, comme pour frei­ner nos ini­tia­tives sociales, jugées trop généreuses.

D’ailleurs, on peut se poser une ques­tion : ces ini­tia­tives sociales seront-elles encore pos­sibles ? Je vou­drais poser la ques­tion à M. le ministre des Affaires sociales s’il était au banc du gouvernement.
La ten­dance à l’uniformisation n’implique-t-elle pas que les pays les plus avan­cés vont se voir inter­dire, au moins momen­ta­né­ment, de nou­veaux pro­grès sociaux ?

C’est bien ce que donne à croire l’article 48 du pro­jet en dis­cus­sion, et dont voi­ci le texte :

« Après l’entrée en vigueur du trai­té, les États membres, afin de pré­ve­nir l’apparition de nou­velles dis­tor­sions de la concur­rence, se consul­te­ront mutuel­le­ment avant de pro­cé­der à l’introduction ou à la modi­fi­ca­tion de dis­po­si­tions légis­la­tives ou admi­nis­tra­tives sus­cep­tibles d’avoir une inci­dence sérieuse sur le fonc­tion­ne­ment du Mar­ché commun. »

Tout relè­ve­ment de salaire ou octroi de nou­veaux avan­tages sociaux n’est-il pas dès lors, et pour long­temps, exclu pour les ouvriers français ?

Mes chers col­lègues, il m’est arri­vé sou­vent de recom­man­der plus de rigueur dans notre ges­tion éco­no­mique. Mais je ne suis pas rési­gné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréo­page euro­péen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre.

Sur ce point, je mets le gou­ver­ne­ment en garde : nous ne pou­vons pas nous lais­ser dépouiller de notre liber­té de déci­sion dans des matières qui touchent d’aussi près notre concep­tion même du pro­grès et de la jus­tice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.

Prenons‑y bien garde aus­si : le méca­nisme une fois mis en marche, nous ne pour­rons plus l’arrêter.

La France avait deman­dé qu’à la fin de la pre­mière étape de quatre ans la conti­nua­tion de la pro­gres­sion vers le Mar­ché com­mun ne puisse être déci­dée qu’à l’unanimité des pays par­ti­ci­pants, c’est-à-dire avec notre assen­ti­ment. Une dis­po­si­tion de ce genre a été caté­go­ri­que­ment refu­sée et il ne reste dans le pro­jet de trai­té, comme on l’a rap­pe­lé à maintes reprises, qu’une clause qui per­met, après quatre ans, de faire durer la pre­mière étape un an ou deux ans de plus. Ensuite, les déci­sions sont prises à la majorité.

Même si l’expérience des six pre­mières années s’est révé­lée néfaste pour nous, nous ne pour­rons plus nous déga­ger. Nous serons entiè­re­ment assu­jet­tis aux déci­sions de l’autorité supra­na­tio­nale devant laquelle, si notre situa­tion est trop mau­vaise, nous serons condam­nés à venir qué­man­der des déro­ga­tions ou des exemp­tions, qu’elle ne nous accor­de­ra pas, soyez-en assu­rés, sans contre­par­ties et sans conditions.

Jusqu’à pré­sent, j’ai envi­sa­gé les rela­tions com­mer­ciales entre pays asso­ciés et la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive des droits de douane et des pro­tec­tions entre eux. Mais il faut aus­si exa­mi­ner leurs rela­tions avec les pays tiers, étran­gers à la communauté.

Les six pays par­ti­ci­pants vont consti­tuer pro­gres­si­ve­ment une enti­té doua­nière unique avec, autour d’eux, à l’égard des mar­chan­dises venant du dehors, une pro­tec­tion doua­nière unique dite « tarif com­mun ». Ce tarif sera fixé, pour chaque pro­duit, à la moyenne arith­mé­tique entre les droits actuel­le­ment en vigueur dans cha­cun des six pays. Le tarif com­mun sera donc très infé­rieur au tarif actuel­le­ment le plus éle­vé, c’est-à-dire le nôtre. Nous devrons donc nous adap­ter rapi­de­ment non seule­ment, comme cha­cun l’a bien com­pris, dès le début, aux impor­ta­tions bien­tôt libres venant des cinq pays par­ti­ci­pants avec nous, mais encore, comme on ne l’a pas assez aper­çu, aux impor­ta­tions bien­tôt dégre­vées ou en par­tie dégre­vées venant de tous les autres pays, de l’extérieur.

Il aurait été essen­tiel, puisque désor­mais la pro­tec­tion sera celle du nou­veau tarif, que le gou­ver­ne­ment nous four­nît, au cours même de ce débat, un tableau des tarifs com­pa­rés des six pays par­ti­ci­pants et de la moyenne pon­dé­rée qui en résulte afin que nous nous ren­dions compte de la pro­tec­tion doua­nière qui sub­sis­te­ra une fois la réforme mise en vigueur.

Il me paraît impos­sible que l’Assemblée se pro­nonce défi­ni­ti­ve­ment sur un objet aus­si vaste et qui implique pour notre main‑d’œuvre un risque ter­rible de chô­mage, sans qu’elle connaisse exac­te­ment, par l’étude du nou­veau tarif, cepen­dant facile à cal­cu­ler lorsqu’on dis­pose des élé­ments d’information que le gou­ver­ne­ment pos­sède, les consé­quences pré­cises qui peuvent en résul­ter pour l’ensemble de nos productions.

Tou­te­fois, cer­taines clauses me paraissent plus pré­oc­cu­pantes encore. C’est, d’abord, celle qui consiste à dire que le tarif externe, déjà très bas, qui pro­tège l’industrie des six pays asso­ciés contre la concur­rence des autres pays du dehors, pour­ra être, pour cer­tains pro­duits, tota­le­ment sus­pen­du par simple déci­sion de la majorité.
Compte tenu des ten­dances vers la fixa­tion de tarifs très bas qui règnent aujourd’hui en Alle­magne et en Bel­gique, nous ris­quons donc de voir sacri­fiées, tota­le­ment pri­vées de pro­tec­tion, cer­taines pro­duc­tions essen­tielles pour nous et pour notre main‑d’œuvre.
C’est une clause par­mi les plus pré­oc­cu­pantes, les plus graves. C’est une clause à écar­ter en tout cas.

N’oublions jamais que, par­mi nos asso­ciés, l’Allemagne, le Bene­lux et, pour cer­tains pro­duits, l’Italie, vou­draient un tarif com­mun le plus bas pos­sible. Demain, l’autorité supra­na­tio­nale étant char­gée de fixer ce tarif, il sera donc inévi­ta­ble­ment modé­ré, par­fois même il sera nul ou bien, comme je viens de l’indiquer, il pour­ra être sus­pen­du. Notre indus­trie se trou­ve­ra alors décou­verte contre toutes les concur­rences du dehors, celle des États-Unis comme celle du Japon.

Je le répète, il faut que nous sachions que le déman­tè­le­ment, la libé­ra­tion vers les­quels nous nous ache­mi­nons ne vont pas seule­ment s’appliquer aux échanges entre les six pays par­ti­ci­pants, ils s’appliqueront aus­si à l’égard des impor­ta­tions venues du dehors. C’est bien ce qui explique la décla­ra­tion offi­cielle qu’a faite le State Depart­ment et que vous avez lue dans la presse hier matin, décla­ra­tion dans laquelle le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain se féli­cite par­ti­cu­liè­re­ment du pro­jet actuel­le­ment en dis­cus­sion et, dit-il, de la libé­ra­li­sa­tion des contrôles sur les impor­ta­tions pro­ve­nant de la zone dollar.

Je le répète, c’est là un aspect du pro­blème sur lequel l’opinion par­le­men­taire et l’opinion publique ne sont peut-être pas suf­fi­sam­ment averties.

Il ne s’agit pas, mes chers col­lègues, d’un dan­ger loin­tain. Il s’agit d’une situa­tion qui va être rapi­de­ment sensible.

L’élargissement rapide des contin­gents que nous envi­sa­geons ne concerne, en prin­cipe, que les mar­chan­dises venant des six pays par­ti­ci­pants. Mais cer­tains de nos asso­ciés, comme l’Allemagne ou la Bel­gique, pra­tiquent dès main­te­nant une libé­ra­tion à peu près totale à l’égard des pays de la zone dol­lar et d’un cer­tain nombre d’autres pays. L’ouverture du mar­ché, ou même la sup­pres­sion des contin­gents, qui va être déci­dée et qui va entrer en vigueur pro­gres­si­ve­ment mais rapi­de­ment, va donc s’étendre aus­si­tôt à des mar­chan­dises venues de l’extérieur du Mar­ché com­mun mais ayant tran­si­té à tra­vers l’un des pays asso­ciés, mar­chan­dises impor­tées par exemple en Alle­magne ou en Bel­gique mais, de là, pas­sant en France au béné­fice du tarif doua­nier réduit inté­rieur à la com­mu­nau­té et des contin­gents lar­ge­ment desserrés.

Vou­­lez-vous un exemple ? L’importation des montres suisses en France est contin­gen­tée, mais ces mar­chan­dises peuvent entrer libre­ment en Bel­gique. De ce fait, elles pour­ront pas­ser en Bel­gique et, de là, entrer en France en ne payant que le droit de douane réduit.
C’est ain­si que la libé­ra­tion à l’égard de la Bel­gique va pro­fi­ter à des mar­chan­dises suisses qui auront pu entrer en Belgique.
Je viens de par­ler de montres d’origine exté­rieure à la com­mu­nau­té et j’imagine que le gou­ver­ne­ment pour­ra obte­nir, à l’égard de ce détour­ne­ment de tra­fic, je dirais presque de cette fraude, bien qu’en réa­li­té le mot s’applique mal, des dis­po­si­tions de pro­tec­tion. Mais dans d’autres domaines, plus com­plexes, les dis­po­si­tions devront être étu­diées avec minutie.

C’est le cas, par exemple, de pièces déta­chées impor­tées de l’extérieur dans la com­mu­nau­té et qui per­met­tront, à l’intérieur de celle-ci, de fabri­quer telle ou telle caté­go­rie de pro­duits manu­fac­tu­rés com­plexes. Il s’agira, notam­ment, de pièces déta­chées ou d’éléments divers qui entrent dans la fabri­ca­tion auto­mo­bile, sus­cep­tibles d’être impor­tés en Alle­magne, en Ita­lie ou en Bel­gique, mis en œuvre par l’industrie locale pour la pro­duc­tion d’automobiles, qui seront ensuite décla­rés alle­mands, ita­liens ou belges et qui se pré­vau­dront, alors, des droits de douane et des contin­gents pri­vi­lé­giés réser­vés, en prin­cipe, aux États membres et à eux seuls.

Eh bien ! je ne pense pas que notre balance des comptes, que l’état de notre indus­trie nous per­mettent d’envisager sans inquié­tude des situa­tions de ce genre. C’est pour­quoi nous devons deman­der au gou­ver­ne­ment, dans les pour­par­lers qu’il va conti­nuer à mener, de se mon­trer extrê­me­ment éner­gique et de s’opposer à des dis­po­si­tions tel­le­ment incom­pa­tibles avec l’état de notre éco­no­mie qu’elles nous condam­ne­raient vite, si elles étaient main­te­nues et adop­tées, à des déva­lua­tions de plus en plus accen­tuées, après quoi, sous la pres­sion d’une expé­rience amère, l’opinion exi­ge­rait que nous révo­quions les enga­ge­ments que nous aurions pris. Ce serait cer­tai­ne­ment un bien mau­vais che­min pour réa­li­ser fina­le­ment cette coopé­ra­tion euro­péenne à laquelle nous vou­drions aboutir.

Après cet exa­men des dis­po­si­tions tou­chant la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes et la libre cir­cu­la­tion des mar­chan­dises, j’envisagerai — ce sera beau­coup moins long — le pro­blème de la libre cir­cu­la­tion des capitaux.

Il est pré­vu que le Mar­ché com­mun com­porte la libre cir­cu­la­tion des capi­taux. Or, si l’harmonisation des condi­tions concur­ren­tielles n’est pas réa­li­sée et si, comme actuel­le­ment, il est plus avan­ta­geux d’installer une usine ou de mon­ter une fabri­ca­tion don­née dans d’autres pays, cette liber­té de cir­cu­la­tion des capi­taux condui­ra à un exode des capi­taux fran­çais. Il en résul­te­ra une dimi­nu­tion des inves­tis­se­ments pro­duc­tifs, des pertes de poten­tiel fran­çais et un chô­mage accru.

M. le secré­taire d’État aux Affaires étran­gères indi­quait hier que la libé­ra­tion des mou­ve­ments de capi­taux ne sera pas com­plète et qu’un cer­tain nombre de pré­cau­tions seront prises. Je m’en réjouis. Mais il a aus­si­tôt pré­ci­sé que la liber­té des mou­ve­ments de capi­taux serait entière pour les inves­tis­se­ments à réa­li­ser à l’intérieur des six pays participants.

La ques­tion qui se pose est alors la sui­vante : où se feront les inves­tis­se­ments futurs, créa­teurs de nou­velles occa­sions de tra­vail pour la classe ouvrière, créa­teurs de nou­velles occa­sions de pro­duc­tion pour le pays tout entier ? Où les capi­taux des six pays par­ti­ci­pants se diri­­ge­­ront-ils pour finan­cer de nou­veaux investissements ?

Il est évident que le mou­ve­ment natu­rel des capi­taux, sur­tout des capi­taux pri­vés, sera orien­té vers les pays à faibles charges, c’est-à-dire vers les pays où la poli­tique sociale, les obli­ga­tions mili­taires et autres sont les moins coûteuses.

Les capi­taux ont ten­dance à quit­ter les pays socia­li­sants et leur départ exerce une pres­sion dans le sens de l’abandon d’une poli­tique sociale avan­cée. On a vu des cas récents où des gou­ver­ne­ments étran­gers ont com­bat­tu des pro­jets de lois sociales en insis­tant sur le fait que leur adop­tion pro­vo­que­rait des éva­sions de capitaux.
Nous-mêmes, en France, avons vécu en 1936 une période, que beau­coup d’entre vous n’ont pas oubliée, durant laquelle un cer­tain nombre de lois sociales impor­tantes ont été adoptées.

Il est de fait que, dans les années sui­vantes, cette atti­tude a entraî­né des éva­sions, une véri­table hémor­ra­gie des capi­taux français.
Mais les capi­taux fran­çais ne sont pas les seuls qui risquent de s’évader. Il n’y a pas que les capi­taux euro­péens qui risquent de s’investir ailleurs que chez nous. Les capi­taux étran­gers, par exemple ceux des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales ou ceux des États-Unis, risquent aus­si de se concen­trer sur l’Allemagne, sur l’Italie ou sur le Benelux.
On peut redou­ter, par exemple, que cer­taines grandes affaires amé­ri­caines, dési­reuses de créer des filiales en Europe, les implantent de pré­fé­rence en Alle­magne où il est pro­ba­ble­ment plus avan­ta­geux aujourd’hui de mon­ter une usine, non seule­ment pour les besoins alle­mands, mais aus­si, désor­mais, pour les besoins de tous les pays du Mar­ché commun.

La démons­tra­tion du dan­ger telle qu’elle a été faite dans une étude que nous a four­nie l’industrie de l’automobile me paraît, à cet égard, par­ti­cu­liè­re­ment impressionnante.

Il sera ten­tant demain, pour telle puis­sante indus­trie amé­ri­caine ou cana­dienne ou anglaise, dési­reuse de se créer un débou­ché dans l’ensemble du mar­ché euro­péen uni­fié, d’ouvrir une usine à l’échelle de ce mar­ché euro­péen, mais de l’ouvrir plu­tôt en Alle­magne qu’en France.
Le dan­ger de voir péri­cli­ter l’économie fran­çaise par rap­port aux éco­no­mies des pays voi­sins va donc être très réel.

Mes chers col­lègues, l’ensemble des condi­tions dans les­quelles vont désor­mais se déve­lop­per les mou­ve­ments de mar­chan­dises et les mou­ve­ments de capi­taux tels que je viens de les décrire ne peut pas ne pas entraî­ner très vite des suites faciles à pré­voir sur notre balance des paye­ments dont le dés­équi­libre risque de deve­nir permanent.

Ce dan­ger a été aper­çu par les rédac­teurs du trai­té et une clause de sau­ve­garde y a été ins­crite sur laquelle M. Mau­rice Faure a hier appe­lé notre attention.

Cette clause de sau­ve­garde pré­voit qu’en cas de crise grave de la balance des paye­ments, le pays en dif­fi­cul­té peut prendre des mesures d’urgence. A vrai dire, il n’est en droit de le faire que s’il n’a pas reçu préa­la­ble­ment de recom­man­da­tion de l’autorité supra­na­tio­nale. Sup­po­sons que ce n’ait pas été le cas et qu’il ait pris libre­ment les mesures qui lui parais­saient appro­priées. Ces mesures peuvent et doivent aus­si­tôt dis­pa­raître sur la simple injonc­tion de l’autorité inter­na­tio­nale qui a le droit d’imposer d’autres mesures qu’elle estime devoir sub­sti­tuer aux premières.

En quelque sorte, l’autorité inter­na­tio­nale, dans le cas par­ti­cu­lier, va avoir le droit de légi­fé­rer d’une manière auto­ri­taire à laquelle nous ne pour­rons pas échap­per et de prendre des déci­sions qui pri­me­ront celles du gou­ver­ne­ment et même celles du Par­le­ment. Ce sera une loi supé­rieure à la loi fran­çaise qui s’imposera à nous.

On peut d’ailleurs sup­po­ser que, dans le cas d’un dés­équi­libre pro­fond et durable de la balance, la majo­ri­té nous impo­se­ra, comme je l’ai déjà indi­qué, des déva­lua­tions qui se tra­dui­ront par des abais­se­ments de niveau de vie ou par des mesures de défla­tion dont nous n’aurons pas été juges nous-mêmes.

Eh bien ! mes chers col­lègues, le salut de la mon­naie — je l’ai dit sou­vent à cette tri­bune — exige par­fois une poli­tique finan­cière de cou­rage et de rigueur. Des sacri­fices peuvent être néces­saires et peut-être avons-nous quel­que­fois dans ces der­nières années man­qué du cou­rage qu’il aurait fal­lu pour les faire abou­tir. Mais il appar­tient néan­moins au Par­le­ment de choi­sir ces sacri­fices et de les répar­tir et je sup­porte mal l’idée que ces sacri­fices peuvent être demain dosés pour nous, choi­sis pour nous, répar­tis pour nous par les pays qui nous sont asso­ciés et dont l’objectif pre­mier n’est pas néces­sai­re­ment le mieux-être en France pour la masse de nos conci­toyens et le pro­grès de notre économie.

Et puis nous recueillons des bruits, nous enten­dons des sug­ges­tions. Le doc­teur Schacht, qui n’est pas sans influence, a esquis­sé un plan qui consis­te­rait à uti­li­ser l’excédent de réserves moné­taires consti­tuées par les Alle­mands pour recons­ti­tuer les réserves fran­çaises par le moyen de la prise de par­ti­ci­pa­tions par des socié­tés alle­mandes dans des entre­prises fran­çaises. La mise en œuvre d’un tel plan abou­ti­rait évi­dem­ment à une emprise alle­mande sur l’économie française.

Je ne dis pas que ce plan est celui de nos par­te­naires, mais je dis qu’il est par­fai­te­ment com­pa­tible avec les pro­po­si­tions qu’on nous fait et qu’aucune sau­ve­garde ne paraît nous en pro­té­ger vraiment.
Quoi qu’il en soit, que nous l’ayons déci­dé libre­ment ou que cela nous soit impo­sé par l’autorité exté­rieure, des recon­ver­sions par­fois dif­fi­ciles, par­fois dou­lou­reuses seront nécessaires.

À cette fin, le rap­port de M. Spaak pré­voyait la consti­tu­tion d’un fonds d’investissement euro­péen dont l’une des mis­sions aurait été de finan­cer, au moins par­tiel­le­ment, les opé­ra­tions de recon­ver­sion indus­trielle ren­dues néces­saires par la situa­tion éco­no­mique nou­velle résul­tant du Mar­ché commun.

La créa­tion de ce fonds est d’autant plus inté­res­sante pour nous Fran­çais que — je l’ai mon­tré tout à l’heure — nous ris­quons de n’être pas favo­ri­sés par les capi­taux pri­vés, aus­si bien ceux des six pays asso­ciés, dont le nôtre, que ceux du dehors.

Le pro­jet de M. Spaak pré­voyait donc un fonds d’investissement impor­tant, lar­ge­ment doté, orien­té vers la recon­ver­sion. Cette dis­po­si­tion était utile et sage. À vrai dire, c’est selon cette pro­cé­dure qu’aurait dû com­men­cer, à mon avis, la construc­tion d’une Europe éco­no­mi­que­ment inté­grée. C’est ce que j’avais pro­po­sé dès 1945. Je crois que toute la recons­truc­tion de l’Europe, tout son déve­lop­pe­ment d’après-guerre auraient dû être conçus sur la base d’investissements euro­péens coor­don­nés selon des plans d’intérêt com­mun, évi­tant les doubles emplois, les inves­tis­se­ments exces­sifs ou super­flus, les concur­rences rui­neuses et aus­si les pénu­ries communes.

Dix ans après la fin de la guerre, cette idée réap­pa­rais­sait heu­reu­se­ment dans le rap­port de M. le pré­sident Spaak. Hélas ! elle a pra­ti­que­ment disparu.

[…]

Car, sous la pres­sion des Alle­mands qui, eux, n’ont guère besoin de recon­ver­sion, le fonds d’investissement appa­raît, dans la phase finale des négo­cia­tions, sous une forme tout à fait nouvelle.

Le fonds est deve­nu en fait un orga­nisme de carac­tère ban­caire tra­di­tion­nel, se pro­cu­rant des capi­taux, soit à l’intérieur de la com­mu­nau­té, soit sur­tout en Suisse et aux États-Unis et les uti­li­sant pour des pla­ce­ments dans les entre­prises des six pays dont la ren­ta­bi­li­té lui paraî­tra opti­mum, ce qui exclut dans une large mesure le finan­ce­ment des opé­ra­tions de reconversion.

Cepen­dant, pour satis­faire l’Italie, il reste pré­vu que le fonds d’investissement pour­ra appor­ter un cer­tain sou­tien à la mise en valeur des régions sous-déve­­lop­­pées. Eh bien ! il serait indis­pen­sable que nous jouis­sions de garan­ties sem­blables pour nos indus­tries à moder­ni­ser et à recon­ver­tir, sinon nous cour­rons un risque véri­ta­ble­ment paradoxal.

Il est pré­vu que notre sous­crip­tion au fonds d’investissement sera égale à celle de l’Allemagne, ce qui est contes­table — je le dis entre paren­thèses — puisque l’Allemagne souffre d’un excé­dent de capi­taux et d’un excé­dent de sa balance exté­rieure, tan­dis que nous souf­frons d’une pénu­rie de capi­taux et du défi­cit de notre balance des comptes.
Encore fau­­drait-il être assu­ré que notre sous­crip­tion au fonds ne sera pas supé­rieure à l’aide qu’il va nous appor­ter, sinon ce serait un élé­ment sup­plé­men­taire de dés­équi­libre de notre balance des paye­ments et un dan­ger de plus pour nos chances de voir se déve­lop­per nos inves­tis­se­ments déjà insuffisants.

Je ne sau­rais donc trop deman­der au gou­ver­ne­ment d’exiger des garan­ties très strictes pour le fonc­tion­ne­ment et — je dirai plus — pour la concep­tion même du fonds d’investissement.

Pour nous, le fonds d’investissement doit être un orga­nisme com­pen­sa­teur pour pal­lier les insuf­fi­sances ou les mal­fa­çons résul­tant des mou­ve­ments spon­ta­nés des capi­taux libres. Si le fonds, loin de jouer ce rôle com­pen­sa­teur, venait à ampli­fier encore les incon­vé­nients que nous redou­tons déjà, il pré­sen­te­rait alors beau­coup plus de dan­gers que d’avantages et l’on ne voit pas pour­quoi nous lui four­ni­rions des dizaines et des cen­taines de mil­liards dont notre éco­no­mie métro­po­li­taine ou ultra-marine pour­rait faire un usage beau­coup meilleur.

Mes chers col­lègues, je vou­drais conclure sur le plan politique.
Le gou­ver­ne­ment a rai­son de recher­cher une amé­lio­ra­tion éco­no­mique à long terme dans l’élargissement du mar­ché, dans la créa­tion d’un mar­ché glo­bal euro­péen, pour contri­buer à éle­ver le niveau de vie en France. Mais cet élé­ment d’une poli­tique éco­no­mique d’ensemble ne doit pas le conduire à sacri­fier les autres élé­ments. Le but alors ne serait pas atteint, car l’élévation du niveau de vie n’est pas seule­ment fonc­tion de l’ampleur du mar­ché natio­nal, mais d’autres condi­tions aus­si qu’on ne peut pas négliger.

Il est bien vrai que les États-Unis, avec leur mar­ché de 150 mil­lions d’habitants, sont en tête du pal­ma­rès des pays si on les classe d’après le niveau des condi­tions d’existence qui y règnent.
Mais der­rière les États-Unis, en ran­geant les pays d’après l’importance du reve­nu par tête, on trouve le Cana­da, avec un mar­ché de 13 mil­lions d’habitants seule­ment, la Suisse, avec 5 mil­lions, la Suède, avec 7 mil­lions d’habitants. Puis viennent le Royaume-Uni, avec 50 mil­lions d’habitants et le vaste mar­ché de l’Empire bri­tan­nique der­rière lui, mais, aus­si­tôt après, la Nou­­velle-Zélande, avec 2 mil­lions, l’Australie, avec 8 mil­lions, le Dane­mark, avec 4 mil­lions, puis encore la Bel­gique, la Hol­lande, la Nor­vège — pays de petit mar­ché — qui pré­cèdent la France mal­gré ses 43 mil­lions d’habitants et son mar­ché africain.

La rela­tion qui existe entre l’importance du mar­ché et le reve­nu moyen, le niveau de vie, n’est donc pas si simple qu’on le dit parfois.
D’autres fac­teurs aus­si impor­tants entrent en jeu, qu’il ne faut pas sacri­fier dans l’entreprise d’élargissement du mar­ché, sans quoi on risque de perdre d’un côté beau­coup plus qu’on ne gagne­ra de l’autre.
Il nous faut donc tout à la fois recher­cher l’élargissement du mar­ché, c’est-à-dire faire l’Europe, et évi­ter telles moda­li­tés dan­ge­reuses qui alté­re­raient com­plè­te­ment les consé­quences espé­rées et qui trans­for­me­raient, au total, le solde actif atten­du en un solde pas­sif désastreux.

Il est dif­fi­cile d’en juger dès aujourd’hui d’une manière défi­ni­tive. Il y a encore dans le trai­té de vastes lacunes sur les­quelles nous ne savons rien ou pas grand-chose. Il contient des articles qui se contentent de délé­guer à de futurs négo­cia­teurs ou à de futures auto­ri­tés supra­na­tio­nales la solu­tion des plus grandes dif­fi­cul­tés res­tées en suspens.

On nous a dit hier — M. le ministre des Affaires étran­gères le répé­tait cet après-midi, et c’est juste — qu’on ne peut pas deman­der à un trai­té de régler tous les détails, toutes les moda­li­tés jusqu’aux plus minimes.

Mais, lorsqu’il s’agit du sta­tut de l’agriculture, de l’harmonisation des lois sociales, du sta­tut des ter­ri­toires d’outre-mer, on est bien en droit d’affirmer que ce ne sont pas des détails, des moda­li­tés secon­daires, mais des points véri­ta­ble­ment les plus importants.
La pro­cé­dure sui­vie, qui consiste donc à ren­voyer à plus tard la solu­tion des pro­blèmes qui n’ont pas pu être réglés dès main­te­nant est une mau­vaise pro­cé­dure. Pour un cer­tain nombre de pro­blèmes essen­tiels que je viens de men­tion­ner, la France, nous le savons d’ores et déjà, sera seule ou à peu près seule de son avis. Elle a donc inté­rêt à ce que ces pro­blèmes soient tran­chés avant la signa­ture du trai­té, car, après, elle sera désarmée.

Nous avons eu des lois-cadre. Nous deman­dons fer­me­ment au gou­ver­ne­ment de ne pas accep­ter un trai­­té-cadre. Les affaires les plus impor­tantes doivent être tran­chées clai­re­ment par le trai­té lui-même ; de même que les garan­ties obte­nues doivent y figu­rer. Auprès, il sera trop tard.

On nous dit qu’il faut aller très vite, qu’il faut conclure dans les jours ou dans les semaines à venir. J’avoue que je me demande par moment pour­quoi tant de hâte. En effet, jusqu’en novembre der­nier, il était envi­sa­gé que la négo­cia­tion serait rela­ti­ve­ment lente et la mise en vigueur tar­dive. Il avait même été admis par nos par­te­naires que la mise en vigueur pour­rait être ajour­née si, à la fin de l’année 1957, la France avait encore à sup­por­ter les charges mili­taires excep­tion­nelles résul­tant de la situa­tion en Algérie.

Depuis le début du mois de décembre, une pers­pec­tive nou­velle s’est des­si­née : on prend main­te­nant comme objec­tif la mise en vigueur effec­tive du trai­té dès le 1er jan­vier pro­chain. Or, les charges de la guerre d’Algérie ne seront pas réduites et risquent de ne pas l’être très pro­chai­ne­ment. Pour­quoi donc a‑t‑on brus­que­ment accé­lé­ré le rythme pré­vu il y a quelques mois ?

Je crois qu’il y a à cela plu­sieurs rai­sons que je vou­drais mentionner.
D’abord on envi­sage avec une cer­taine inquié­tude la sépa­ra­tion du Bun­des­tag actuel en juin 1957 en vue des élec­tions alle­mandes de sep­tembre, car on peut éprou­ver la crainte de voir appa­raître un nou­veau Bun­des­tag moins favo­rable à une rati­fi­ca­tion rapide que celui qui est actuel­le­ment en fonctions.

Rien n’est aus­si mau­vais que de fon­der des arran­ge­ments inter­na­tio­naux, sur des cir­cons­tances de poli­tique inté­rieure dans l’un des pays par­ti­ci­pants. On abou­tit alors trop sou­vent à des accords qui sont remis en cause rapi­de­ment, selon les fluc­tua­tions de cette même poli­tique intérieure.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas un assen­ti­ment don­né par une majo­ri­té de hasard, c’est un enga­ge­ment qui lie vala­ble­ment l’Allemagne. S’il appa­raît dès main­te­nant que la pro­chaine assem­blée alle­mande nous deman­de­ra de nou­velles conces­sions, notam­ment sur les points les plus graves non encore réglés, nous aurions bien tort de nous lier avec l’actuel Bundestag.

Je sais bien qu’on invoque une deuxième rai­son, éga­le­ment de nature poli­tique. Cer­tains ont vu dans l’échec de notre poli­tique au Moyen-Orient une rai­son de hâter l’édification de l’Europe. Or les consé­quences de l’opération de Suez vont se faire sen­tir sur notre éco­no­mie dans un sens, hélas ! défa­vo­rable et vont ain­si nous éloi­gner du moment où nous pour­rons affron­ter la concur­rence internationale.

En fait, le plan qui est des­ti­né à for­ti­fier notre éco­no­mie à cet effet vient d’être — vous le savez mieux que moi, mon­sieur le ministre — retar­dé d’un an.

D’une façon géné­rale, la situa­tion de notre balance des comptes est plus fra­gile qu’à aucun moment et, si elle n’est pas réta­blie, la mise en vigueur du Mar­ché com­mun est une impos­si­bi­li­té de fait.
N’oublions pas non plus que, dans l’affaire de Suez, nous avons été osten­si­ble­ment condam­nés par l’Allemagne, par l’Italie et par les autres États de la Petite Europe et que cette Petite Europe ne com­prend pas la Grande-Bre­­tagne, seul pays euro­péen qui se soit soli­da­ri­sé avec nous au Moyen-Orient. Nous sommes donc vrai­ment en plein paradoxe.

Mais il y a une troi­sième rai­son à laquelle je veux venir puisque je viens d’évoquer pré­ci­sé­ment l’absence de la Grande-Bre­­tagne dans la for­ma­tion poli­tique ou tech­nique qui nous est proposée.
Je fais allu­sion aux tra­vaux qui ont été enga­gés à l’O.E.C.E. sur l’initiative de la Grande-Bre­­tagne pour l’étude de cette « zone de libre échange » dont par­lait tout à l’heure M. Chris­tian Pineau. En plus des six pays de Bruxelles, la Grande-Bre­­tagne, l’Autriche et, éven­tuel­le­ment, les pays Scan­di­naves pour­raient faire par­tie de cette zone.

Nous assis­tons alors à une étrange course de vitesse dans laquelle on peut se deman­der pour­quoi nous vou­lons coûte que coûte devan­cer l’initiative anglaise et, en quelque sorte, la déva­lo­ri­ser ou même la para­ly­ser, d’avance l’empêcher d’aboutir.

La Grande-Bre­­tagne a fait un pas en avant consi­dé­rable le jour où elle a pro­po­sé à l’O.E.C.E. la créa­tion de cette zone de libre échange à laquelle elle par­ti­ci­pe­rait. Il fal­lait évi­dem­ment sai­sir la balle au bond et essayer d’en tirer le plus large par­ti pos­sible. Au contraire, il semble qu’on veuille for­cer de vitesse et devan­cer coûte que coûte l’évolution de la négo­cia­tion anglaise, comme si l’on vou­lait vrai­ment empê­cher l’aboutissement de la zone de libre échange.

M. Mau­rice Faure nous a dit hier que l’on pour­rait faire en même temps et le mar­ché avec nos cinq par­te­naires et la zone de libre échange avec une demi-dou­­zaine d’autres pays dont la Grande-Bretagne.
Cette solu­tion est peu vrai­sem­blable. La créa­tion d’une zone de mar­ché com­mun avec cinq par­te­naires est déjà une opé­ra­tion très com­pli­quée qui com­porte toutes les moda­li­tés dont nous avons par­lé ici depuis quatre jours, et nous nous aper­ce­vons tous actuel­le­ment de l’extraordinaire com­plexi­té de la situation.

Com­ment peut-on ima­gi­ner qu’à cette construc­tion déjà dif­fi­cile, et à cer­tains égards obs­curs, on pour­ra sur­ajou­ter, avec les mêmes pays par­ti­ci­pants et d’autres pays étran­gers, une construc­tion sup­plé­men­taire sou­mise à un sta­tut et à un régime différents ?
Et cepen­dant, dans le cas pré­sent, en dehors des rai­sons poli­tiques d’ordre géné­ral, nous aurions des rai­sons par­ti­cu­liè­re­ment fortes de sou­hai­ter, plus encore que jamais, la pré­sence de l’Angleterre, étant don­né le paral­lé­lisme de cer­taines des posi­tions de nos deux pays.
Je par­lais tout à l’heure de nos pré­oc­cu­pa­tions en matière de plein emploi. Elles règnent aus­si en Angle­terre, elles sont à la base de la poli­tique éco­no­mique de ce pays.

L’Angleterre a pra­ti­qué, comme nous, une poli­tique sociale plus avan­cée que celle qui a été pra­ti­quée dans les autres pays avec les­quels nous allons nous asso­cier. L’Angleterre, comme nous, a le sou­ci de ne pas des­ser­vir cer­tains inté­rêts impor­tants qu’elle pos­sède outre-mer. L’Angleterre, comme nous, veut évi­ter cer­tains risques en matière agri­cole. Nous le vou­lons pour pro­té­ger notre pro­duc­tion agri­cole ; les Anglais le veulent pour main­te­nir les enga­ge­ments pré­fé­ren­tiels qu’ils ont pris au pro­fit de cer­tains de leurs domi­nions, eux-mêmes pro­duc­teurs agricoles.

J’ajoute que les cir­cons­tances poli­tiques sont vrai­ment par­ti­cu­liè­re­ment favo­rables, alors que vient d’être appe­lé à la plus haute charge gou­ver­ne­men­tale en Angle­terre l’homme qui, depuis long­temps déjà, s’était signa­lé par sa volon­té de contri­buer de toutes ses forces au res­ser­re­ment des liens entre l’Angleterre et le conti­nent et à la par­ti­ci­pa­tion même de l’Angleterre à une for­ma­tion poli­tique qui asso­cie­rait ce pays aux pays du continent.

Eh bien ! c’est une grande erreur poli­tique de don­ner une fois de plus aux Anglais l’impression que nous nous pas­sons d’eux, ou même, si leur concours futur est envi­sa­gé, qu’il y aura deux séries de liai­sons, les unes plus lâches qui les concernent, les autres plus étroites, les seules qui comp­te­ront pour le déve­lop­pe­ment poli­tique ulté­rieur et dont ils seront exclus.

C’est une méthode détestable.

Il est vrai que l’Angleterre a sou­vent été réti­cente quand il s’agissait de s’engager sur le che­min de l’unification euro­péenne. Elle ne la pas été tou­jours. Elle ne l’a pas été en 1954, lors de la créa­tion de l’union de l’Europe occi­den­tale et nous avons eu grand tort de ne pas exploi­ter à fond, à cette époque, le pas en avant consi­dé­rable qu’elle avait fait alors vers le conti­nent. Elle ne l’a pas été non plus lorsqu’elle nous a pro­po­sé la zone de libre échange que nous sommes en train d’étouffer silencieusement.

Je sais bien que la poli­tique fran­çaise, dans ce domaine, est dif­fi­cile. L’intérêt bien com­pris de la France consiste à asso­cier des pays conti­nen­taux, comme l’Allemagne, qui ne sou­haitent pas for­cé­ment la pré­sence de l’Angleterre, et l’Angleterre qui hésite par­fois à se lier avec le continent.

De là la dif­fi­cul­té même de notre entre­prise et de notre poli­tique. Mais cette dif­fi­cul­té ne doit pas nous faire oublier notre véri­table inté­rêt et ne doit pas nous faire renon­cer à orga­ni­ser l’Europe avec un équi­libre sain et non sous l’influence déci­sive et uni­la­té­rale de l’Allemagne.
La faci­li­té consiste à céder à ceux qui, sur le conti­nent ou en Grande-Bre­­tagne, ne veulent pas s’associer ; mais l’intérêt fran­çais consiste, au contraire, à les obli­ger à se lier et, tout d’abord, à ne jamais lais­ser pas­ser une occa­sion, à la sai­sir chaque fois pour en tirer le maximum.
Je redoute que nous ne le fas­sions pas aujourd’hui avec la zone de libre échange et je le regrette.

J’ai lu, hier, dans la presse fran­çaise, un extrait d’un article paru le même jour dans le Times, dont on sait que, très sou­vent, il tra­duit le sen­ti­ment du Forei­gn Office, et que voici :

« Les prin­ci­paux archi­tectes du pro­jet d’association de la Grande-Bre­­tagne au Mar­ché com­mun, MM. Mac­mil­lan et Thor­ney­croft, occupent main­te­nant des postes plus impor­tants que lorsque ce pro­jet a com­men­cé à être envi­sa­gé… Mais jusqu’à quel point la Grande-Bre­­tagne pour­­ra-t-elle négo­cier un accord de mar­ché com­mun si les condi­tions de celui-ci sont déter­mi­nées à l’avance ? Met­­tra-t-on notre pays devant le fait accom­pli sur plu­sieurs points vitaux ? »
Mes chers col­lègues, sans més­es­ti­mer aucu­ne­ment l’intérêt que pré­sente pour nous le déve­lop­pe­ment des rela­tions éco­no­miques et com­mer­ciales fran­­co-alle­­mandes ou fran­­co-conti­­nen­­tales, il ne faut jamais négli­ger celles qui nous lient à la Grande-Bre­­tagne et au bloc sterling.

L’Allemagne est un bon client, par exemple, pour nos expor­ta­tions agri­coles, mais l’Angleterre peut nous ache­ter beau­coup plus encore si nous savons prendre une place plus large sur son mar­ché. En fait l’Angleterre est le pre­mier impor­ta­teur du monde pour la viande, les céréales, les corps gras.

Toute for­ma­tion de l’Europe qui nous éloigne de l’Angleterre dimi­nue nos chances de péné­trer sur ce mar­ché qui peut être l’un des plus lucra­tifs pour nos expor­ta­teurs, sur­tout agricoles.
Dès lors, on com­prend mal les réti­cences qui accueillent le pro­jet de zone de libre échange à laquelle l’Angleterre par­ti­ci­pe­rait et cette prio­ri­té jalouse accor­dée si vite à une orga­ni­sa­tion volon­tai­re­ment limi­tée à l’Europe des Six.

Enfin, pour en reve­nir au fond, le pro­jet de mar­ché com­mun tel qu’il nous est pré­sen­té ou, tout au moins, tel qu’on nous le laisse connaître, est basé sur le libé­ra­lisme clas­sique du XIXe siècle, selon lequel la concur­rence pure et simple règle tous les problèmes.
Dix crises graves, tant de souf­frances endu­rées, les faillites et le chô­mage pério­dique nous ont mon­tré le carac­tère de cette théo­rie clas­sique de rési­gna­tion. En fait, la concur­rence qui s’instaurera dans le cadre du trai­té tel qu’il est aujourd’hui — mais je veux croire qu’il est encore per­fec­tible — n’assurera pas le triomphe de celui qui a, intrin­sè­que­ment, la meilleure pro­duc­ti­vi­té, mais de ceux qui détiennent les matières pre­mières ou les pro­duits néces­saires aux autres, des moyens finan­ciers impor­tants, des pro­duc­tions concen­trées et inté­grées ver­ti­ca­le­ment, de vastes réseaux com­mer­ciaux et de trans­port, de ceux aus­si qui ont les moindres charges sociales, mili­taires et autres.

Lorsque le nou­veau régime entre­ra en vigueur dans quelques mois, au début de 1958, nous serons pro­ba­ble­ment en grave dif­fi­cul­té de devises, cha­cun le sait ici. Nous devrons accep­ter aus­si­tôt un sur­croît d’importations sans avoir aucune pos­si­bi­li­té de les sol­der. Nous devrons aus­si subir une cor­rec­tion de changes que cer­tains croient inévi­table mais qu’il vau­drait mieux, si nous devons vrai­ment la faire, orga­ni­ser libre­ment, selon nos propres déci­sions, plu­tôt que dans les condi­tions impo­sées par une tech­no­cra­tie inter­na­tio­nale où nous n’avons jamais trou­vé beau­coup de com­pré­hen­sion et de sou­tien jusqu’à présent.

Beau­coup d’autres ques­tions res­tent obscures.
Quelle est, dans le nou­veau sys­tème, la situa­tion réelle de l’agriculture ?

Quels sont les risques, pour nos pro­duc­teurs, d’une concur­rence accrue venue des cinq pays ou de pays tiers ?
Quelles sont les chances, réduites ou accrues, pour nos expor­ta­teurs ? Je ne suis pas ras­su­ré par les indi­ca­tions qu’on nous a don­nées à cet égard.

Quelle est la por­tée réelle d’une cer­taine clause, assez mys­té­rieuse, sur le pas­sage de la pre­mière à la deuxième étape, en fonc­tion d’accords agri­coles pas­sés dans l’intervalle ?

Quel est le sta­tut de nos ter­ri­toires d’outre-mer ? C’est un point essen­tiel, beau­coup de nos col­lègues l’ont dit, puisque nos expor­ta­tions vers les pays d’outre-mer ont été, en 1955, supé­rieures de 100 mil­liards de francs à l’ensemble de nos expor­ta­tions vers les cinq pays avec les­quels nous allons nous associer.

À cet égard, je vou­drais seule­ment appe­ler votre atten­tion sur les réac­tions qui se sont fait jour dans les pays qui veulent res­ter atta­chés à l’Union française.

Au Togo, en Tuni­sie, au Maroc, dans toute l’Afrique noire, nos amis expriment une vive inquié­tude. Ils demandent à être plus com­plè­te­ment infor­més sur la com­pa­ti­bi­li­té du Mar­ché com­mun, tel qu’il est pré­vu, et de la sur­vie de l’Union fran­çaise des points de vue éco­no­mique, doua­nier et moné­taire, l’économie et la mon­naie consti­tuant les élé­ments les plus solides et les plus effi­caces du main­tien de notre pré­sence et de notre rôle en Afrique et dans nos autres territoires.

Il serait évi­dem­ment lamen­table qu’ayant ver­sé tant de sang et dépen­sé tant d’argent pour conser­ver les pays de l’Union fran­çaise nous en arri­vions aujourd’hui à les mettre, gra­tui­te­ment ou presque, à la dis­po­si­tion de nos concur­rents étran­gers, à les sépa­rer de nous par un cor­don doua­nier qui mar­que­rait, de notre fait, le com­men­ce­ment de l’éloignement, même sur le ter­rain éco­no­mique et monétaire.
Dire cela, mon­sieur le secré­taire d’État, ce n’est pas être hos­tile à l’édification de l’Europe, mais c’est ne pas vou­loir que l’entreprise se tra­duise, demain, dans la Métro­pole comme dans l’outre-mer, par une décep­tion ter­rible pour notre pays, après un grand et bel espoir, par le sen­ti­ment qu’il en serait la vic­time et, tout d’abord, ses élé­ments déjà les plus défa­vo­ri­sés, aus­si bien en France qu’en Afrique.

C’est avec de telles pré­oc­cu­pa­tions constam­ment dans l’esprit que la France peut et doit coopé­rer à la construc­tion de l’Europe ; ce ne doit pas être avec un sen­ti­ment de méfiance en soi, d’impuissance à se réfor­mer soi-même, avec l’idée de se faire impo­ser par des contraintes exté­rieures, par une auto­ri­té supra­na­tio­nale, des réformes que nous n’aurions pas eu le cou­rage de pro­mou­voir nous-mêmes.

L’abdication d’une démo­cra­tie peut prendre deux formes, soit le recours à une dic­ta­ture interne par la remise de tous les pou­voirs à un homme pro­vi­den­tiel, soit la délé­ga­tion de ces pou­voirs à une auto­ri­té exté­rieure, laquelle, au nom de la tech­nique, exer­ce­ra en réa­li­té la puis­sance poli­tique, car au nom d’une saine éco­no­mie on en vient aisé­ment à dic­ter une poli­tique moné­taire, bud­gé­taire, sociale, fina­le­ment « une poli­tique », au sens le plus large du mot, natio­nale et internationale.

Si la France est prête à opé­rer son redres­se­ment dans le cadre d’une coopé­ra­tion fra­ter­nelle avec les autres pays euro­péens, elle n’admettra pas que les voies et moyens de son redres­se­ment lui soient impo­sés de l’extérieur, même sous le cou­vert de méca­nismes automatiques.

C’est par une prise de conscience de ses pro­blèmes, c’est par une accep­ta­tion rai­son­née des remèdes néces­saires, c’est par une réso­lu­tion virile de les appli­quer qu’elle entre­ra dans la voie où, tout natu­rel­le­ment, elle se retrou­ve­ra auprès des autres nations euro­péennes, pour avan­cer ensemble vers l’expansion éco­no­mique, vers le pro­grès social et vers la conso­li­da­tion de la paix. “

Pierre Men­­dès-France, 1957.

Source : Mar­ché com­mun euro­péen, dans Jour­nal offi­ciel de la Répu­blique fran­çaise. 19 jan­vier 1957, n° 3, p. 159–166.

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Démocratie, c’est pas foutu : Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire » – #pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

 

Démocratie, c’est pas foutu

Un dos­sier spé­cial du (remar­quable) jour­nal « L’âge de faire », qui y étu­die l’i­dée qui gran­dit des ate­liers consti­tuants populaires 🙂


http://​www​.lage​de​faire​-lejour​nal​.fr/​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​c​e​s​t​–​f​o​u​tu/

Com­man­der ce numé­ro ne coûte que 2 € (ils en ont évi­dem­ment besoin), et on peut s’a­bon­ner là : http://​maga​sin​.lage​de​faire​-lejour​nal​.fr/

#pas­de­dé­mo­cra­tie­sans­ci­toyens­cons­ti­tuants

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

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Et vous, vos propres ate­liers consti­tuants, ça avance ? 🙂
Don­­nez-nous des nou­velles, s’il vous plaît 🙂

Bon cou­rage à tous
et res­tez bien concen­trés sur l’essentiel :
ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Je partage les vœux de Jean-Luc Mélenchon, que je trouve remarquables : UNE FRANCE NON ALIGNÉE POUR LA PAIX

httpv://www.youtube.com/watch?v=u8Lta7F4SgY

PS : je sens venir une tem­pête de com­men­taires (sur Face­book, notam­ment)… 🙂 Quand on dit du bien de Mélen­chon, on se prend les gens d’As­se­li­neau sur le museau, et inversement.
Alors quand on aime les deux, ce qui est mon cas, on s’en prend des deux côtés, double ration d’a­gres­sions et de « cruelles décep­tions » 🙂 Je m’at­tends donc au tra­di­tion­nel ciné­ma, mais je suis serein 🙂
Je rap­pelle que trou­ver inté­res­sant et utile le pro­pos de quel­qu’un ne vaut PAS « allé­geance », obéis­sance, sou­mis­sion… : on peut appré­cier les gens sans esprit partisan.
Et puis regar­dez la vidéo, avant de com­men­ter, non ? 🙂
Je sup­pri­me­rai sim­ple­ment les mes­sages trop venimeux.

PPS : et n’ou­bliez pas que la solu­tion ne vien­dra PAS de l’élection.
Donc, inutile de dra­ma­ti­ser celle-là. Où en êtes-vous, d’ailleurs, per­son­nel­le­ment, avec vos mini-ate­­liers constituants ? 😉

Ça cré­pite dur, déjà, sur le fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet 🙂
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​4​8​5​9​3​8​2​7​4​7​317