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Pour Ainsi Dire – 39 – Conversation avec Étienne Chouard : 5. Monnaie

Nos dis­cus­sions conti­nuent, éton­nantes, enri­chis­santes (à mon goût), entre un liber­ta­rien anar-capi­ta­liste et un démo­crate key­né­sien Cette fois-ci, on s’empaille (sans mal­veillance) sur le sujet cen­tral de la mon­naie. Vos com­men­taires sont sou­vent très inté­res­sants (sur la chaine You­Tube, sur le blog, sur Twit­ter X et ailleurs), mer­ci à tous pour votre intel­li­gence construc­tive, sou­vent dévouée à la jus­tice et à la paix, avec cha­cun son chemin…

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Interdit d’interdire – Le référendum d’initiative citoyenne en débat [Vidéo supprimée ou censurée]

Cette vidéo impor­tante (de jan­vier 2019) ayant com­plè­te­ment dis­pa­ru du web, je la repu­blie ici, sur ma propre chaîne You­tube : https://www.youtube.com/watch?v=o‑wi2AxMod4 Aus­si­tôt recen­su­rée par You­Tube 🙄, il fau­dra aller sur Ody­see pour la voir : Sur le Blog, je l’an­non­çais ici : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​9​/​0​1​/​0​6​/in… Invi­té chez Tad­déï, sur RT France (Inter­dit d’Interdire en direct de 19 h à 20 h), pour défendre le RIC et les #Gilets­Jau­nes­Cons­ti­tuants, face à une per­son­na­li­té (prof…

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Pour Ainsi Dire – 39 – Conversation avec Étienne Chouard : 4. Propriété Privée

Chers amis, Je viens de pas­ser un bon moment, à nou­veau, avec deux per­sonnes (Laurent et Domi­nique) qui pensent presque tout dif­fé­rem­ment de moi (tous les deux sont farou­che­ment oppo­sés à l’i­dée d’un État char­gé de défendre l’in­té­rêt géné­ral, concept dont ils réfutent même l’exis­tence) mais sans mal­veillance, ce qui nous per­met à tous de pro­gres­ser. Cette fois, on essaie de se concen­trer sur LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE : Peut-elle ou même doit-elle être…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Des mots, des mots… démocratie ? #DATAGUEULE_74

Chic, ça germe 🙂 (le choix de Sieyes & co depuis 1789, vio­lem­ment anti­dé­mo­cra­tique, l’es­cro­que­rie par­le­men­taire, l’an­ti­dote du tirage au sort…) 

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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[ESSENTIEL !] REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR ÉCHAPPER À L’AUSTÉRITÉ, par Romaric Godin, sur Mediapart

Je vous le dis sou­vent : nous devrions nous abon­ner à Media­part.
La rai­son prin­ci­pale en est qu’il n’y a guère plus d’autres « jour­na­listes » indé­pen­dants des mil­liar­daires (voir le livre IMPORTANT de Laurent Mau­duit : « Main basse sur l’information »).
Mais voi­ci qu’en plus, Media­part recourt main­te­nant aux ser­vices de Roma­ric Godin (récem­ment viré du « jour­nal » La Tri­bune, pro­ba­ble­ment pour trop grande sub­ver­si­vi­té), un for­mi­dable révé­la­teur d’in­for­ma­tions utiles !

Lisez bien l’ar­ticle ci-des­­sous, que je prends la liber­té de repro­duire en entier vu l’ur­gence et l’im­por­tance, article qui confirme for­te­ment ce que clament et démontrent André-Jacques Hol­becq et Phi­lippe Derud­der depuis plus de 10 ans (vous devriez relire cet article impor­tant du blog — et ses com­men­taires —, de mai 2007 : Non, ce n’est pas « trop cher » : le finan­ce­ment des besoins col­lec­tifs est ren­du sciem­ment rui­neux par un sabor­dage moné­taire éton­nant).

Voi­ci le pré­cieux article :

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par ROMARIC GODIN

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​ite

Dans un ouvrage récem­ment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pet­ti­for explique pour­quoi le monde ne sau­rait être « à court d’argent » pour finan­cer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le chan­ge­ment cli­ma­tique. La seule condi­tion reste d’ôter aux banques le pou­voir de créa­tion moné­taire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lec­ture qui per­met de rela­ti­vi­ser les « urgences » pré­ten­dues de l’actuel gou­ver­ne­ment fran­çais en matière éco­no­mique et financière. 

Quelques jours avant les élec­tions géné­rales bri­tan­niques du 7 juin der­nier, la pre­mière ministre The­re­sa May répon­dait à la télé­vi­sion à une infir­mière qui deman­dait des hausses de salaires pour le per­son­nel du ser­vice natio­nal de san­té (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pour­rions secouer pour dis­po­ser de l’argent que les gens dési­rent. » Cette réponse est un grand clas­sique de la pen­sée libé­rale pour jus­ti­fier l’austérité bud­gé­taire sous le cou­vert d’un pré­ten­du « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gou­ver­ne­ment fran­çais, qui estime que, parce que le défi­cit public pour­rait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plu­tôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence bud­gé­taire ».

httpv://www.youtube.com/watch?v=zIbITJekGZE
The­re­sa May répond à une infir­mière qu’il n’y a pas « d’arbre magique à argent ». © Youtube

En sep­tembre 2014, le com­men­ta­teur poli­tique Jean-Michel Apa­thie pen­sait avoir liqui­dé en un tweet tout débat éco­no­mique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre poli­tique est pos­sible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

Comme celle de The­re­sa May, cette pré­ten­due clar­té ne lais­se­rait d’autre option que l’austérité bud­gé­taire. Mais cette évi­dence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incom­pré­hen­sion com­plète du sys­tème éco­no­mique et finan­cier dans lequel nous vivons. Du reste, pour finan­cer les exi­gences de son allié au Par­le­ment de West­mins­ter, le par­ti ultra-conser­­va­­teur unio­niste nord-irlan­­dais DUP, The­re­sa May a sou­dai­ne­ment décou­vert un « arbre magique à argent » et pro­mis un mil­liard de livres pour les six com­tés nord-irlandais. 

Quant à la France, elle n’a pas regar­dé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occi­den­taux, elle a sau­vé en quelques jours son sys­tème ban­caire dans la fou­lée de la faillite de Leh­man Bro­thers en sep­tembre 2008. 

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une rai­son simple : le sys­tème moné­taire ne fonc­tionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihi­lo. Le com­prendre per­met d’avancer et d’ouvrir consi­dé­ra­ble­ment un débat que d’aucuns, effec­ti­ve­ment, vou­draient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récem­ment paru en langue anglaise aux édi­tions Ver­so à Londres, The Pro­duc­tion of Money : How To Break the Power of Ban­kers, est hau­te­ment pré­cieux. Signé de l’économiste bri­tan­nique Ann Pet­ti­for, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – expli­ca­tion sur notre sys­tème moné­taire et sur ses consé­quences. Pour elle, la com­pré­hen­sion par les citoyens du méca­nisme de la créa­tion moné­taire est un moyen de faire des choix éclai­rés en se libé­rant de l’idéologie aus­té­ri­taire qui s’est abat­tue depuis 30 ans sur le monde occi­den­tal, avec le sou­tien du sys­tème financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quan­ti­té limi­tée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réa­li­té pas de sens. Certes, l’école néo­clas­sique a long­temps défen­du cette idée que la mon­naie était une « matière pre­mière » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprun­teurs étaient donc sur un mar­ché avec les épar­gnants, échan­geant leurs actifs moné­taires comme toute autre mar­chan­dise. Dans ce sys­tème, les ban­quiers ne seraient que les inter­mé­diaires entre ces deux acteurs du mar­ché de la mon­naie. Et, effec­ti­ve­ment, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix aug­mente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la pro­duc­tion d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour réta­blir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de The­re­sa May et la réflexion de Jean-Michel Apa­thie, est cepen­dant en déca­lage com­plet avec toute réa­li­té. Ann Pet­ti­for sou­ligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le sys­tème ban­caire a, d’ailleurs, eu comme voca­tion de résoudre ce pro­blème du « manque d’argent » en créant de la mon­naie par le cré­dit pour com­pen­ser le manque d’épargne dis­po­nible. Ce cré­dit consti­tue aujourd’hui l’essentiel de la créa­tion moné­taire : 95 % de la mon­naie en cir­cu­la­tion a été créée par les banques com­mer­ciales, 5 % par les banques cen­trales. Le sys­tème est simple : les banques accordent des cré­dits sur des fonds qu’elles ne pos­sèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immé­dia­te­ment cré­di­tés en dépôts et l’immense majo­ri­té de ces fonds n’est pas trans­for­mée en argent fidu­ciaire, concret, dont la créa­tion est du seul apa­nage de la banque cen­trale. L’argent créé n’a donc pas majo­ri­tai­re­ment besoin d’être créé par la banque cen­trale. Sa pro­duc­tion relève prin­ci­pa­le­ment de la seule volon­té des banques commerciales.

Pen­dant long­temps, cette créa­tion moné­taire était certes en théo­rie limi­tée par des contraintes de quan­ti­té phy­sique d’or et d’argent, ce qui limi­tait cette crois­sance du cré­dit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refi­nan­ce­ment défi­nis par les banques cen­trales, mais ces cadres sont peu contrai­gnants. Le taux de refi­nan­ce­ment dur­cit certes le cadre, mais si la demande est là mal­gré ce dur­cis­se­ment, comme en 2005–2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques dis­posent donc bien de cette capa­ci­té de créer de la mon­naie « à par­tir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quan­ti­té en réa­li­té illi­mi­tée. D’autant que les banques cen­trales, en cas de besoin, peuvent créer éga­le­ment « à par­tir de rien » de la mon­naie pour les acteurs du sys­tème finan­cier. C’est ain­si que, chaque mois, la BCE déverse 60 mil­liards d’euros sur les mar­chés finan­ciers et que la Fed a pu trou­ver 85 mil­liards de dol­lars pour sau­ver en 2008 la com­pa­gnie d’assurance AIG. Cette réa­li­té, long­temps contes­tée, a été recon­nue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus impli­ci­te­ment, encore plus récem­ment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la créa­tion moné­taire, la vraie régu­la­tion, sont de deux ordres. Le pre­mier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débi­teurs, elles ne crée­ront pas de mon­naie en leur refu­sant un cré­dit. Le second frein, c’est la volon­té des emprun­teurs de dis­po­ser de fonds sup­plé­men­taires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pour­ront pas créer de mon­naie, quand bien même elles en auraient la pos­si­bi­li­té. C’est ce qui s’est pas­sé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du cré­dit, mais que les banques ont man­qué d’abord de confiance, puis de demande. Le pro­blème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la pre­mière force de la créa­tion moné­taire réside dans les banques com­mer­ciales et dans les rela­tions avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change consi­dé­ra­ble­ment la donne. L’argent ne sau­rait man­quer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nou­velle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une éco­no­mie moné­taire déve­lop­pée : l’épargne n’est PAS néces­saire au finan­ce­ment des achats ou de l’investissement ». Lorsque le pre­mier ministre Édouard Phi­lippe pré­tend donc vou­loir favo­ri­ser l’investissement pro­duc­tif en modi­fiant la fis­ca­li­té de l’épargne, il consi­dère que la France est une éco­no­mie sous-déve­­lop­­pée et non moné­ta­ri­sée. « La dis­po­ni­bi­li­té des moyens finan­ciers dans une éco­no­mie moné­taire est à pla­cer en contraste avec une éco­no­mie pauvre et peu déve­lop­pée où l’épargne est la seule source de finan­ce­ment de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCou­ver­ture de l’ou­vrage d’Ann Pet­ti­for © Verso

Le sys­tème finan­cier a été créé pour cela : dépas­ser les limites de l’épargne et offrir des moyens nou­veaux à l’économie. Et l’auteur de pour­suivre : « Un sys­tème moné­taire déve­lop­pé peut finan­cer de très grands pro­jets, des pro­jets qui dépas­se­raient de loin la somme de l’épargne d’une éco­no­mie. […] Cela signi­fie qu’une socié­té fon­dée sur un sys­tème moné­taire sain pour­rait s’offrir une édu­ca­tion gra­tuite et un sys­tème de san­té ; elle pour­rait finan­cer le sou­tien aux arts autant qu’à la défense ; elle pour­rait faire face aux mala­dies et ren­flouer les banques dans une crise finan­cière. Alors que nous pou­vons man­quer de res­sources humaines et phy­siques pour sor­tir nos éco­no­mies des éner­gies fos­siles, les besoins de la socié­té ne devraient jamais man­quer de rela­tions finan­cières pour faire face à ces chan­ge­ments vastes. » Le pro­blème n’est pas, dès lors, de savoir « où trou­ver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, éco­no­miques et envi­ron­ne­men­taux, mais de savoir com­ment maî­tri­ser la créa­tion moné­taire. L’enjeu, dès lors, est de créer un sys­tème moné­taire « sain ».

Or, comme le rap­pelle Ann Pet­ti­for, notre sys­tème ne l’est pas, sain. Car le pro­blème est évi­dem­ment que, dis­po­sant de ce pou­voir, le sys­tème finan­cier ne l’utilise pas dans l’intérêt géné­ral, mais uni­que­ment en faveur d’intérêts par­ti­cu­liers. La créa­tion moné­taire favo­rise alors les mar­chés finan­ciers eux-mêmes, et les ren­de­ments éle­vés et rapides qu’ils pro­mettent. Et lorsque la méca­nique se casse, il suf­fit de deman­der l’aide des États, aux­quels l’on prê­te­ra l’argent néces­saire à son propre sau­ve­tage et dont on assu­re­ra le rem­bour­se­ment par une poli­tique cen­trée sur le res­pect des créan­ciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son poten­tiel réduit par la concur­rence de l’investissement finan­cier et par les exi­gences de ren­de­ments. Pro­gres­si­ve­ment, « les valeurs du sec­teur finan­cier l’emportent sur toute autre consi­dé­ra­tion », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la déré­gu­la­tion finan­cière a mené à la déré­gu­la­tion des heures de tra­vail. » Dans cette logique, les finan­ciers ont évi­dem­ment tout inté­rêt à défendre l’idée d’une quan­ti­té limi­tée de mon­naie qui, en réa­li­té, leur serait réservée.

Pour Ann Pet­ti­for, c’est cette prise de contrôle de la puis­sance créa­trice de la mon­naie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit néces­sai­re­ment à un recul de l’investissement pro­duc­tif sur le long terme et à un monde où les besoins essen­tiels ne sont pas satis­faits. En revanche, l’économie mon­diale est à la mer­ci d’un sys­tème finan­cier cen­tré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises cau­sées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises des­truc­trices qui font le jeu des natio­na­listes et des extré­mistes, selon Ann Pet­ti­for, en détrui­sant l’aptitude du poli­tique, donc de la démo­cra­tie, à résoudre les pro­blèmes, à com­bler les besoins sociaux et à orien­ter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième par­tie de l’ouvrage pro­pose d’explorer des solu­tions et l’auteure y dis­cute les diverses pro­po­si­tions visant à reprendre le contrôle de la créa­tion moné­taire. Elle y défend ses posi­tions, fon­dées prin­ci­pa­le­ment sur un retour à la pen­sée de Keynes. Pour elle, la pen­sée key­né­sienne, limi­tée à un simple exer­cice de relance par la dépense publique, a été cari­ca­tu­rée afin de la dis­cré­di­ter. Keynes est prin­ci­pa­le­ment un pen­seur de la mon­naie et du sys­tème moné­taire. Son point de départ est de consti­tuer un sys­tème moné­taire sain, notam­ment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une dis­tri­bu­tion de cré­dit réduite, un sys­tème où « la finance est sou­mise aux inté­rêts plus larges de la socié­té ». L’inverse du sys­tème actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix éle­vé : le chô­mage et l’appauvrissement de mil­lions de per­sonnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les pro­po­si­tions de maî­trise de la créa­tion moné­taire, notam­ment celle qui consiste à don­ner à la seule banque cen­trale la capa­ci­té de créer de la mon­naie et qui sera dis­cu­tée l’an pro­chain en Suisse, dans le cadre d’une vota­tion bap­ti­sée « ini­tia­tive mon­naie pleine ». Selon elle, ce sys­tème trans­fère à une com­mis­sion bureau­cra­tique la créa­tion moné­taire, alors même qu’elle est ins­pi­rée par la « théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie » qui édicte la néces­si­té, par­fois, de réduire auto­ri­tai­re­ment la masse moné­taire. Ceci com­porte, selon l’auteure, le risque de prises de déci­sions sans contrôle démo­cra­tique ins­pi­rée par une vision dan­ge­reuse de ce qu’est la monnaie.

Ini­tia­tive mon­naie pleine – Par­tie 1 : Emis­sion moné­taire uni­que­ment par la Banque natio­nale ! from Voll­­geld-Ini­­tia­­tive on Vimeo.

Vidéo de pré­sen­ta­tion de l’i­ni­tia­tive suisse « mon­naie pleine » qui sera sou­mise au peuple hel­vé­tique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle pré­fère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonc­tion­ne­ment du sys­tème, mais réduisent le pou­voir auto­nome de la finance : éta­blir un contrôle étroit de la dis­tri­bu­tion du cré­dit, ren­for­cer les ratios de sol­va­bi­li­té, assu­rer un endet­te­ment public à taux faible pour agir plus géné­ra­le­ment sur les taux et sur­tout mieux maî­tri­ser les flux de capi­taux. Ce der­nier élé­ment, qui serait réa­li­sé par une taxe sur les tran­sac­tions finan­cières ou taxe Tobin, est la pro­po­si­tion la plus forte. Il s’agit non seule­ment de « rame­ner les fonds off­shore dans les nations où la richesse est créée », mais aus­si de retrou­ver des moyens d’agir. « La mobi­li­té du capi­tal ôte aux auto­ri­tés d’un pays le pou­voir d’organiser la pros­pé­ri­té éco­no­mique en déter­mi­nant les taux d’intérêt les plus appro­priés », estime Ann Pettifor.

On note­ra, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces pro­po­si­tions est aujourd’hui reje­té par la plu­part des auto­ri­tés poli­tiques. En France, par exemple, le nou­veau gou­ver­ne­ment sou­tient une moindre régu­la­tion ban­caire et a aban­don­né tout pro­jet euro­péen de taxe Tobin. Ann Pet­ti­for estime que la pre­mière condi­tion pour ôter le « pou­voir des ban­quiers » est donc de déve­lop­per une meilleure com­pré­hen­sion des méca­nismes de créa­tion moné­taire, en dépit de l’opposition de la majo­ri­té des uni­ver­si­taires. C’est seule­ment une fois ce tra­vail effec­tué que la mobi­li­sa­tion citoyenne et poli­tique pour­ra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est par­ti­cu­liè­re­ment urgent pour deux causes : celle des femmes, sou­vent les pre­mières vic­times des coupes dans les dépenses de l’État et de la pré­ca­ri­sa­tion de l’emploi, et celle des défen­seurs de l’environnement, qui ne peuvent espé­rer des poli­tiques vrai­ment effi­caces contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique avec l’actuel sys­tème monétaire.

httpv://www.youtube.com/watch?v=-PD7hrUXRBU
L’É­mis­sion poli­tique avec Fran­çois Fillon, 24 mars 2017 © YouTube

Et c’est bien là l’essentiel actuel­le­ment pour nous, Fran­çais. La lec­ture de l’ouvrage d’Ann Pet­ti­for met en relief les contra­dic­tions essen­tielles de la poli­tique envi­sa­gée par le nou­veau pou­voir : assu­rer un enga­ge­ment envi­ron­ne­men­tal fort et défendre et ren­for­cer les logiques de l’actuel sys­tème moné­taire et finan­cier. Une logique sui­vie par Emma­nuel Macron, comme jadis dési­rée par Fran­çois Fillon qui, à l’i­mage de The­re­sa May, refu­sait de don­ner plus de moyens à des infir­mières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lec­ture per­met aus­si d’envisager une alter­na­tive réfor­miste, fémi­niste et envi­ron­ne­men­ta­liste à la domi­na­tion actuelle du centre droit, autour de cette réforme du sys­tème monétaire. 

Aus­si sa tra­duc­tion fran­çaise pour­­rait-elle s’avérer indispensable.

Roma­ric Godin.

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​i​t​e​?​o​n​g​l​e​t​=​f​ull

N’ou­bliez pas de vous abon­ner à Media­part, ça vaut le coup 🙂 :
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​3​3​7​3​3​9​3​7​317

Christine Lazerges : le projet de loi antiterroriste est « une grave régression de l’Etat de droit », par Jérôme Hourdeaux (Mediapart)

Dans un entre­tien à Media­part, la pré­si­dente de la Com­mis­sion natio­nale consul­ta­tive des droits de l’homme, Chris­tine Lazerges, fus­tige le texte du gou­ver­ne­ment visant à ins­crire dans le droit com­mun cer­taines mesures de l’é­tat d’ur­gence. Un éven­tuel dic­ta­teur « n’aurait abso­lu­ment rien à ajou­ter à ce texte » qui fait bien entrer la France dans un « état d’urgence per­ma­nent ».

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​0​5​0​7​1​7​/​c​h​r​i​s​t​i​n​e​–​l​a​z​e​r​g​e​s​–​l​e​–​p​r​o​j​e​t​–​d​e​–​l​o​i​–​a​n​t​i​t​e​r​r​o​r​i​s​t​e​–​e​s​t​–​u​n​e​–​g​r​a​v​e​–​r​e​g​r​e​s​s​i​o​n​–​d​e​–​l​–​e​t​a​t​–​d​e​–​d​r​oit

Il aura fal­lu à peine deux mois à Emma­nuel Macron pour s’inscrire dans la droite lignée de ses pré­dé­ces­seurs en matière de poli­tique sécu­ri­taire. Une des pre­mières mesures annon­cées par le nou­veau pré­sident et son ministre de l’intérieur Gérard Col­lomb a en effet été la pro­ro­ga­tion de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre pro­chain. À cette date, une bonne par­tie des mesures pré­vues par la loi de 1955 seront inté­grées au droit com­mun par le pro­jet de loi anti­ter­ro­riste en cours d’exa­men au Parlement.

Ce texte per­met­tra notam­ment aux pré­fets d’ordonner, dans le cadre de la lutte contre le ter­ro­risme, des per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives, d’obliger des per­sonnes à rési­der dans une zone déter­mi­née, d’instaurer des « péri­mètres de sécu­ri­té » lors d’événements, au sein des­quels les règles de contrôle seront assou­plies, ou encore d’ordonner la fer­me­ture de lieux de culte. L’ensemble de ces mesures pour­ront être déci­dées sur de simples soup­çons des ser­vices de ren­sei­gne­ment et sans le contrôle d’un juge judi­ciaire, hor­mis dans le cas des per­qui­si­tions, qui devront être auto­ri­sées par un juge des liber­tés et des déten­tions (JLD).

Comme lors des pré­cé­dents textes, ce pro­jet de loi a été dénon­cé par la qua­­si-tota­­li­­té des asso­cia­tions de défense des droits de l’homme mais éga­le­ment par de nom­breux experts. Le Défen­seur des droits Jacques Tou­bon a ain­si qua­li­fié, dans une inter­view publiée par Le Monde le 23 juin, ce pro­jet de « pilule empoi­son­née ». De son côté, la Com­mis­sion consul­ta­tive des droits de l’homme (CNCDH) s’apprête à voter, jeu­di 6 juillet, un avis dont le conte­nu pour­rait être une nou­velle fois très sévère.

À cette occa­sion, Media­part a ren­con­tré la pré­si­dente de la CNCDH, Chris­tine Lazerges, pour évo­quer les dan­gers que repré­sente ce texte mais éga­le­ment la vague de réformes sécu­ri­taires qu’a connues la France ces vingt der­nières années, l’accoutumance des citoyens vis-à-vis de l’érosion de leurs liber­tés fon­da­men­tales, l’absence de cou­rage poli­tique des pou­voirs suc­ces­sifs et la manière dont les mul­tiples avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes sont sys­té­ma­ti­que­ment ignorés.

Christine Lazerges © MediapartChris­tine Lazerges © Mediapart

À chaque pro­ro­ga­tion de l’état d’urgence, de nom­breuses voix met­taient en garde contre les risques de son enra­ci­ne­ment dans notre droit com­mun, la mise en place pro­gres­sive d’un état d’urgence per­ma­nent. L’adoption du pro­jet de loi anti­ter­ro­riste mar­­que­­rait-il un point de non-retour dans cette évo­lu­tion ? Serait-il un tour­nant his­to­rique pour l’équilibre des liber­tés fondamentales ?

La com­mis­sion des lois de l’Assemblée, alors pré­si­dée par Jean-Jacques Urvoas, avait sai­si la CNCDH pour lui deman­der de suivre l’application de l’état d’urgence. Nous avons, depuis, ren­du cinq avis sur le sujet. Celui de jeu­di, s’il est adop­té par l’assemblée plé­nière, sera donc le sixième. Nous avions éga­le­ment ren­du un avis cri­tique sur la loi du 3 juin 2016 sur la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée qui intro­dui­sait lui aus­si dans le droit com­mun quelques dis­po­si­tions qui auraient dû demeu­rer d’exception. On nous disait déjà à l’époque que le but était de per­mettre la sor­tie de l’état d’urgence.

Mais le pro­jet actuel de loi anti­ter­ro­riste n’a rien à voir avec la loi du 3 juin 2016. Il est extrê­me­ment grave, car il intro­duit dans le droit com­mun des dis­po­si­tions de la loi de 1955 qui dérogent aux liber­tés et droits fon­da­men­taux. Je dis et redis que ce pro­jet de loi, qui est jus­te­ment cen­sé per­mettre de sor­tir de l’état d’urgence, ne fera en fait que l’inscrire dans notre droit com­mun. Avec ce texte, oui, la France sera en état d’urgence permanent.

Le seul gain qu’apporte le pro­jet de loi sera que, en sor­tant du régime de la loi de 1955, nous ne pour­rons plus invo­quer l’article 15 de la Conven­tion euro­péenne des droits de l’homme [qui per­met à un État membre de déro­ger à cer­taines dis­po­si­tions en cas d’état d’urgence – ndlr]. La France ne fera plus par­tie des trois pays, avec la Tur­quie et l’Ukraine, qui béné­fi­cient de l’article 15. C’est une très bonne chose, car il faut avoir conscience que l’état d’urgence a beau­coup abî­mé l’image de la France en Europe. À la dif­fé­rence de l’Allemagne, de la Bel­gique ou de la Grande-Bre­­tagne qui, mal­gré les atten­tats qui ont frap­pé ces pays, n’y ont pas eu recours.

Les quelques garan­ties appor­tées par rap­port à l’état d’urgence, comme l’introduction du juge des liber­tés char­gé d’autoriser en amont les per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives, ne suf­­fisent-elles pas à vous rassurer ?

Avec le retour du juge judi­ciaire, dans le pro­jet de loi final, ce texte garan­tit un peu mieux les liber­tés fon­da­men­tales. Il n’en reste pas moins qu’il pré­sente tou­jours un défaut dra­ma­tique pour le droit com­mun en le pol­luant avec des mesures qui, par nature, devraient res­ter des mesures d’exception. Il consti­tue même une incon­tes­table régres­sion de l’État de droit, car il péren­nise une cer­taine confu­sion entre les pro­cé­dures admi­nis­tra­tives d’exception et la pro­cé­dure pénale de droit com­mun. L’état d’exception est recon­nu par l’État de droit. Mais celui-ci ne peut s’accommoder d’un état d’exception permanent.

Ce qui nous inquiète éga­le­ment, c’est que ce pro­jet a de grandes chances d’être adop­té à une forte majo­ri­té, et sans même la pos­si­bi­li­té d’un contrôle a prio­ri du Conseil consti­tu­tion­nel, car je ne pense pas qu’il y ait 60 élus d’opposition néces­saires à sa sai­sine à l’Assemblée natio­nale. C’est grave, car nous per­dons un contrôle a prio­ricapi­tal, sur­tout sur un texte de cette nature. Heu­reu­se­ment, il existe a pos­te­rio­ri les ques­tions prio­ri­taires de consti­tu­tion­na­li­té (QPC), intro­duites par la réforme consti­tu­tion­nelle de 2008, car sinon le Conseil consti­tu­tion­nel n’aurait même pas la pos­si­bi­li­té de se pro­non­cer. Sauf si au Sénat il se trou­vait 60 élus pour sai­sir le Conseil constitutionnel.

L’exécutif argue éga­le­ment du fait que ce texte sera limi­té aux seuls ter­ro­ristes. Mais dans un article du Figa­ro du lun­di 3 juillet, le res­pon­sable du syn­di­cat Syner­­gie-Offi­­ciers, Patrice Ribei­ro, esti­mait que les mani­fes­tants jugés trop radi­caux ou vio­lents entraient « dans le cadre de la ter­mi­no­lo­gie d’une loi anti­ter­ro­riste, car ce qui est en cause, c’est bien la mon­tée des radi­ca­li­tés ». Peut-on savoir à qui s’appliquera ce texte ? Pour­­ra-t-il ser­vir à étouf­fer les mou­ve­ments sociaux, comme le craignent les asso­cia­tions de défense des droits de l’homme ?

C’est l’un des pro­blèmes de ce texte qui est cen­sé s’appliquer au ter­ro­risme, donc à des faits par­ti­cu­liè­re­ment graves. On a bien vu avec l’affaire de Tar­nac com­ment des faits pou­vaient être qua­li­fiés de « ter­ro­ristes » en amont, avant que cette qua­li­fi­ca­tion ne tombe en toute fin de pro­cé­dure. Il suf­fi­rait qu’un ministre de l’intérieur estime qu’un groupe radi­ca­li­sé d’extrême gauche ou d’extrême droite fomente une action vio­lente peut-être ter­ro­riste pour que celui-ci tombe sous le coup de la loi.

Du moment où on par­ti­cipe à une action vio­lente éven­tuel­le­ment ter­ro­riste, ce texte pour­rait en théo­rie s’appliquer. Ce sera la juris­pru­dence qui nous dira ce qui est ou non consi­dé­ré comme ter­ro­riste. Mais une mesure inquiète déjà la CNCDH : la pos­si­bi­li­té pour les pré­fets de décré­ter des « péri­mètres de sécu­ri­té ». Elle pour­rait tout sim­ple­ment réduire consi­dé­ra­ble­ment toute pos­si­bi­li­té de mobilisation.

En tout cas, si ce pro­jet de loi est adop­té, et que l’extrême droite arrive un jour au pou­voir, la France serait dans une situa­tion extrê­me­ment dif­fi­cile en matière de liber­tés. Un tel pou­voir n’aurait abso­lu­ment rien à ajou­ter à ce texte.

L’inefficacité de l’état d’urgence contre la lutte contre le ter­ro­risme et l’essoufflement de ses mesures ont été recon­nus par tous, que ce soit les auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes, les asso­cia­tions ou même la com­mis­sion de sui­vi par­le­men­taire. Fran­çois Hol­lande avait annon­cé sa fin à la mi-2016, tout comme Emma­nuel Macron l’avait pro­mis durant sa cam­pagne. Com­ment expli­­quez-vous cette inca­pa­ci­té à se défaire de ces mesures d’exception ?

Il a été lar­ge­ment démon­tré que les dis­po­si­tions de l’état d’urgence étaient inutiles en termes de lutte contre le ter­ro­risme. Et qu’elles étaient même par­fois contre-pro­­duc­­tives. Il arrive en effet que les ser­vices de ren­sei­gne­ment n’apprécient pas l’état d’urgence, notam­ment en cas de per­qui­si­tion admi­nis­tra­tive chez un sus­pect qui, tout d’un coup, est ren­du visible. Or, pour pré­ve­nir, c’est le ren­sei­gne­ment qui est utile. Il semble que tous les atten­tats qui ont pu être déjoués l’ont été grâce au ren­sei­gne­ment, pas grâce à l’état d’urgence.

Celui-ci n’a donc fina­le­ment ser­vi qu’à ras­su­rer les Fran­çais, à leur faire croire qu’ils étaient en sécu­ri­té. Tout cela a été recon­nu. Encore fal­­lait-il l’expliquer aux citoyens. Fran­çois Hol­lande n’a pas eu ce cou­rage poli­tique de la péda­go­gie. C’est regret­table. À sa décharge, il faut sou­li­gner qu’il s’apprêtait à lever l’état d’urgence au mois de juillet 2016 mais cela était deve­nu impos­sible poli­ti­que­ment après l’attentat de Nice du 14 juillet.

Les condi­tions parais­saient réunies pour que notre nou­veau pré­sident de la Répu­blique fasse cet effort de péda­go­gie auprès des citoyens. D’autant plus que, durant la cam­pagne pour l’élection pré­si­den­tielle, il avait affir­mé à plu­sieurs reprises qu’il fal­lait lever l’état d’urgence et qu’il fal­lait expli­quer les choses aux Fran­çais. Il sem­ble­rait que nous soyons encore pri­son­niers d’une poli­tique sondagière.

Car, en effet, si on demande aux Fran­çais s’il faut réduire les garan­ties du res­pect de la vie pri­vée, la liber­té d’aller et de venir, les droits de la défense, etc., dans la période actuelle et sans expli­ca­tions, ils répon­dront oui à une grande majo­ri­té. Pour­quoi ne pas par­ler à leur intel­li­gence plu­tôt que de répondre à leur légi­time émotion ?

Ce qui frappe avec cette dérive sécu­ri­taire, c’est qu’elle trans­cende les majo­ri­tés. Que ce soit sous la gauche ou sous la droite, le rythme des réformes anti­ter­ro­ristes ne cesse de s’accélérer depuis le début des années 2000. Au-delà de l’état d’urgence, sommes-nous face à une évo­lu­tion consis­tant, au nom de la lutte contre le ter­ro­risme, à ins­tal­ler un droit d’exception per­ma­nent carac­té­ris­tique d’une idéo­lo­gie sécuritaire ?

La pre­mière étape de cette évo­lu­tion date de la loi du 9 sep­tembre 1986. Alors que notre pays avait déjà, à cette époque, connu des atten­tats, avec ce texte le légis­la­teur va com­men­cer à bâtir une pro­cé­dure pénale bis pour les affaires ter­ro­ristes et la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée. Depuis, la France a voté plus de trente lois de lutte contre le ter­ro­risme modi­fiant aus­si bien le droit pénal de fond, avec des défi­ni­tions élar­gies des incri­mi­na­tions, que le droit pénal de forme, avec des pro­cé­dures moins garan­tistes des liber­tés et droits fondamentaux.

Un autre tour­nant a été le quin­quen­nat de Nico­las Sar­ko­zy qui a don­né le ton des évo­lu­tions à venir. Une phrase de Nico­las Sar­ko­zy est pour moi une phrase clef. Elle figu­rait d’ailleurs sur une carte de vœux du minis­tère de l’intérieur : « La sécu­ri­té est la pre­mière des libertés. »

On note tout d’abord qu’il s’agit d’une liber­té enten­due au sens le plus étroit, en rap­port avec des formes de délin­quances très spé­ci­fiques. Par exemple, on sait qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups d’un homme. Nous aurions pu avoir une poli­tique sécu­ri­taire contre les crimes fami­liaux, ou une poli­tique de sécu­ri­té sani­taire, ou de sécu­ri­té envi­ron­ne­men­tale. Mais ce qui a été visé, ça a été la petite délin­quance, le ter­ro­risme et le crime orga­ni­sé. Comme si on avait limi­té la sécu­ri­té à cer­taines formes de délin­quance seulement.

Il est inté­res­sant ensuite de reve­nir sur la confu­sion opé­rée entre « sûre­té » et « sécu­ri­té ». La « sûre­té » est effec­ti­ve­ment une liber­té fon­da­men­tale garan­tie par la Décla­ra­tion des droits de l’homme de 1789 dans son article 2. Mais cette « sûre­té » était enten­due comme la pro­tec­tion du citoyen contre l’arbitraire de l’État et non comme « sécu­ri­té » des biens et des per­sonnes. Cette der­nière a bien été recon­nue comme un droit fon­da­men­tal par notre droit, mais seule­ment depuis une loi de 1995. Ce droit à la sécu­ri­té a ensuite été ins­crit dans l’article pre­mier du code de la sécu­ri­té inté­rieure (CSI) lors de sa créa­tion en 2012.

Depuis, nombre d’atteintes au droit à la sûre­té, à la pro­tec­tion des liber­tés ont conti­nué à ali­men­ter le CSI au nom de la sécu­ri­té. Les dis­po­si­tions rela­tives à la légi­time défense des poli­ciers par exemple, conte­nues dans la loi sur la sécu­ri­té publique de février 2017, auraient dû être ins­crites dans le code pénal. Mais elles l’ont été dans le code de la sécu­ri­té intérieure.

Ces textes ont été adop­tés avec des argu­ments tout à fait com­pré­hen­sibles. Mais nous avons sur­tout pro­té­gé les Fran­çais contre leurs propres peurs en jus­ti­fiant ain­si des mesures de plus en plus déro­ga­toires au droit com­mun. Et ce, jusqu’à l’état d’urgence.

Les der­nières réformes sécu­ri­taires ont éga­le­ment été mar­quées par une absence de prise en compte des avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes concer­nées. Que ce soit sur les loi anti-ter­­ro­­ristes, sur la loi sur le ren­sei­gne­ment, sur les migrants… la CNCDH, le Défen­seur des droits, la Cnil ou encore le CNNum ont ren­du des avis et rap­ports par­fois très sévères sur les réformes enga­gées. Com­ment jugez-vous cette absence de prise en compte de votre travail ?

C’est assez déses­pé­rant. Sur­tout quand tous les avis sont aus­si concor­dants. Que ce soit sur les migrants comme sur les contrôles au faciès ou bien d’autres sujets, il y a une pro­fonde concor­dance des avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives concernées.

Je me sou­viens qu’un jour le secré­taire géné­ral de l’É­ly­sée, Jean-Pierre Jouyet, m’avait confié :« Fran­che­ment, vous êtes intran­si­geants à la CNCDH. »Je lui avais répon­du : « C’est notre mis­sion d’être intran­si­geants, intran­si­geants sur les liber­tés et les droits fon­da­men­taux. » J’ajouterais même qu’il n’y a plus grand monde d’intransigeant aujourd’hui, mal­heu­reu­se­ment. Mais, à la CNCDH, l’universalisme et l’indivisibilité des droits fon­da­men­taux, nous conti­nuons à y croire​.La période est en effet très dif­fi­cile pour les droits de l’homme. Les atten­tats ter­ro­ristes aux consé­quences dra­ma­tiques ont réus­si en outre à ébran­ler l’État de droit ; nous nous accou­tu­mons aux atteintes aux liber­tés et droits fon­da­men­taux. N’oublions jamais cette phrase de Ben­ja­min Frank­lin : « Un peuple prêt à sacri­fier un peu de liber­té pour un peu de sécu­ri­té ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. »

Chris­tine Lazerges


Mon com­men­taire :

Toutes ces félo­nies sont des CONSÉQUENCES de notre impuis­sance poli­tique totale. 

Toutes ces régres­sions majeures (et celles qui sont à venir) — sans que le peuple n’y puisse RIEN, quelle que soit son opi­nion — ne sont POSSIBLES QUE PARCE QUE nous n’a­vons pas de consti­tu­tion digne de ce nom, et LA RAISON PREMIÈRE, la cause des causes, en est NOTRE DÉMISSION DU PROCESSUS CONSTITUANT. 

Quand nous accep­tons d’ap­pe­ler « suf­frage uni­ver­sel » l’ou­til cen­tral de notre dépos­ses­sion poli­tique (l’é­lec­tion de maîtres par­mi les ser­vi­teurs des plus riches), nous sommes les prin­ci­paux arti­sans de nos mal­heurs à venir.

IL NE TIENT QU’À NOUS de nous entraî­ner, per­son­nel­le­ment, dès aujourd’­hui et tous les jours, opi­niâ­tre­ment, cou­ra­geu­se­ment, à nous entraî­ner et deve­nir citoyens constituants.

Il vaut mieux allu­mer une petite lumière que pes­ter contre les ténèbres. (Pro­verbe chinois)

N’ou­bliez pas d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans vos conver­sa­tions, même pen­dant les vacances.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.

PS : et abon­­nez-vous à Média­part, c’est le seul jour­nal qui n’a pas été ache­té par les barons voleurs : https://​www​.media​part​.fr/​e​t​e​–​2​017

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​1​5​4​6​3​5​0​2​317

ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3÷4)

La troi­sième par­tie de nos récents échanges à Tou­louse vient de paraître :

httpv://www.youtube.com/watch?v=eTesYR-_ikE

Déci­dé­ment, je trouve remar­quable le tra­vail des jeunes gens d’In­form’Ac­tion Tou­louse : tra­vail d’a­na­lyse de tous nos échanges de la jour­née, tra­vail de regrou­pe­ment et de séquen­çage des idées impor­tantes, tra­vail de mon­tage et de réa­li­sa­tion… Tout ça est propre et bien fait, tout ça fait sens.

Il me semble que ce sont des vidéos de ce type dont nous avons besoin pour réveiller les endor­mis et remo­bi­li­ser ceux qui ne croient plus à « la politique ».

Je remer­cie du fond du coeur tous ces Tou­lou­sains épa­tants ; j’ai hâte de vous revoir 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​9​5​2​6​5​5​1​7​317

Un exemple (amusant) d’atelier constituant. (ici sur la vidéosurveillance, mais peu importe).

httpv://youtu.be/kSfWR9-YLok

Un exemple (amu­sant) d’a­te­lier consti­tuant (ici sur la vidéo­sur­veillance mais, au fond, peu importe).

Cette petite scène, qui montre sur­tout com­ment il s’a­git sim­ple­ment d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans nos conver­sa­tions quo­ti­diennes, pour­rait vous aider (je rêve) à enfin orga­ni­ser les vôtres.

Mille mer­cis à Benoît​​, jeune magi­cien de la mini vidéo virale, pour avoir ain­si extrait ce petit pas­sage de la (très chouette) confé­rence de Nantes.

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​7​9​5​6​5​6​1​7​317

[Mémoire des luttes] Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme (Chris Hedges)

« Arrê­té le 8 novembre 1926 et assi­gné d’abord à cinq ans de relé­ga­tion dans une île, Anto­nio Gram­sci sera condam­né par le Tri­bu­nal spé­cial à 20 ans, 4 mois et 5 jours de pri­son ; « Pour vingt ans nous devons empê­cher ce cer­veau de fonc­tion­ner », décla­re­ra le 4 juin 1928 le pro­cu­reur fas­ciste. » (Source : Bel­la­ciao, Anto­nio GRAMSCI : Lettres de la pri­son (1926−1937))


[Mémoire des luttes] Je repro­duis ci-des­­sous un article pas­sion­nant publié sur l’in­dis­pen­sable et quo­ti­dien Saker fran­co­phone, à la mémoire d’An­to­nio Gram­sci, dont nous devrions entre­te­nir le sou­ve­nir pour nous don­ner des forces :

Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme

Par Chris Hedges – Le 4 juin 2017 – Source Tru­th­dig

Anto­nio Gram­sci écri­vit ses Cahiers de pri­son à une époque assez peu dif­fé­rente de la nôtre. Les par­tis poli­tiques diri­gés par la classe libé­rale, parce qu’ils s’étaient déta­chés de la classe ouvrière, étaient faibles ou insi­gni­fiants. La gauche radi­cale avait été neu­tra­li­sée et avait échoué à for­mu­ler une vision alter­na­tive au capi­ta­lisme. Il y avait une « crise d’autorité ». Le fas­cisme mon­tait et la répres­sion d’État deve­nait de plus en plus dure et totalitaire.

Le régime de Beni­to Mus­so­li­ni récla­mait, comme notre État cor­po­ra­tiste, que soit ins­tal­lé un gou­ver­ne­ment basé sur l’efficacité, la méri­to­cra­tie, la ges­tion de la socié­té par des experts et des spé­cia­listes et l’élimination de la lutte de classe par la média­tion. Il célé­brait éga­le­ment les valeurs mili­taires « héroïques », le tra­di­tio­na­lisme et un pas­sé mythique qui remon­tait, dans le cas de l’Italie fas­ciste, à l’ancienne Rome. Il récom­pen­sait aus­si le confor­misme et la loyau­té, déni­grait les huma­ni­tés et la culture au pro­fit de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et tech­nique, le spec­tacle et le kitsch patrio­tique. Il prê­chait un posi­ti­visme impla­cable, ridi­cu­li­sait la notion de bien public en pro­cla­mant un hyper-indi­­vi­­dua­­lisme et a affai­bli la presse. La dis­si­dence et la cri­tique étaient condam­nées comme une tra­hi­son. Lorsque Gram­sci fut arrê­té et empri­son­né en 1926, il jouis­sait de l’immunité par­le­men­taire, mais les règles juri­diques n’avaient plus aucun sens à ce moment-là. C’est dans ce sombre pay­sage poli­tique que nous avons eu la maxime de [Gram­sci] que vous avez tous enten­due : « Le pes­si­misme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté ». 

Gram­sci, comme Léon Trots­ky, était un intel­lec­tuel mais aus­si un jour­na­liste. Et c’est Trots­ky qui regrette que, au moment où Gram­sci vou­lait construire le Par­ti com­mu­niste ita­lien, les élites éco­no­miques, alliées aux fas­cistes, aient mis en place des formes de répres­sion si dra­co­niennes qu’une orga­ni­sa­tion effi­cace était presque impossible.

Gram­sci s’écartait de la croyance mar­xiste selon laquelle les contra­dic­tions intrin­sèques du capi­ta­lisme condui­raient d’elles-mêmes au socia­lisme. Il était oppo­sé au contrôle de fer d’une avant-garde révo­lu­tion­naire léni­niste. La révo­lu­tion, écri­­vit-il, ne serait atteinte que lorsque les masses auraient acquis un niveau de conscience suf­fi­sant pour exer­cer leur auto­no­mie per­son­nelle et échap­per aux mœurs, sté­réo­types et récits dis­sé­mi­nés par la culture domi­nante. Le chan­ge­ment révo­lu­tion­naire exi­geait cette capa­ci­té intel­lec­tuelle pour com­prendre la réalité.

L’hégémonie, pour Gram­sci, se réfère à la façon dont les élites diri­geantes, à tra­vers les organes de la culture de masse, mani­pulent notre com­pré­hen­sion de la réa­li­té pour pro­mou­voir leurs inté­rêts. Les consom­ma­teurs pas­sifs de la culture de masse voient le monde non tel qu’il est mais tel qu’il est inter­pré­té pour eux. La culture de masse, y com­pris la presse, les écoles et les sys­tèmes de diver­tis­se­ment, dia­bo­lisent tous ceux que les élites diri­geantes dési­gnent comme boucs émis­saires et craignent – dans notre cas les gens de cou­leur, les pauvres, les musul­mans, les tra­vailleurs sans papiers, les anti-capi­­ta­­listes, les syn­di­cats, les intel­lec­tuels, les pro­gres­sistes et les dis­si­dents. Les diri­geants d’entreprise uti­lisent la culture de masse pour trans­for­mer les reven­di­ca­tions éco­no­miques et sociales légi­times en pro­blèmes psy­cho­lo­giques et émo­tion­nels – d’où les bat­te­ments de tam­bour dans l’ensemble de la socié­té appe­lant à croire en nous-mêmes, à tra­vailler dur, à être obéis­sants, à tenir compte des psy­cho­logues posi­tifs et des gou­rous du déve­lop­pe­ment per­son­nel, à étu­dier, à viser l’excellence et à croire en nos rêves. Ce man­tra, qui nous assure en sub­stance que la réa­li­té n’est jamais un obs­tacle à nos dési­rs, s’accompagne de la pro­mo­tion d’une fausse cama­ra­de­rie avec la soi-disant famille d’entreprise, si nous tra­vaillons pour une grande socié­té, ou d’un natio­na­lisme exacerbé.

Gram­sci a eu la pres­cience de voir qu’on ne deman­dait pas seule­ment au ges­tion­naire capi­ta­liste de maxi­mi­ser les pro­fits et de réduire le coût du tra­vail. Le ges­tion­naire devait construire des méca­nismes d’endoctrinement pour assu­rer l’intégration sociale et la soli­da­ri­té col­lec­tive au ser­vice du capi­ta­lisme, d’où les éva­lua­tions, les pro­mo­tions et les rétro­gra­da­tions per­ma­nentes en même temps que le ras­sem­ble­ment des employées dans des réunions pour ins­til­ler une pen­sée de groupe. Avec cet endoc­tri­ne­ment, de mini états de sécu­ri­té et de sur­veillance s’installent dans nos lieux de tra­vail, où chaque mou­ve­ment et chaque mot pro­non­cé sont enre­gis­trés ou fil­més au nom du ser­vice à la clien­tèle. Les entre­prises fonc­tionnent comme de petits États tota­li­taires, des modèles pour l’État cor­po­ra­tiste plus vaste.

Gram­sci voyait la culture de masse comme le pre­mier outil pour obte­nir la sou­mis­sion. Plus la culture de masse infecte la pen­sée et les com­por­te­ments de la popu­la­tion, moins l’État doit dur­cir les formes de coer­ci­tion pour exer­cer sa domi­na­tion. Gram­sci décri­vit la culture de masse, ou la socié­té civile, comme les tran­chées et les for­ti­fi­ca­tions per­ma­nentes qui défendent les inté­rêts fon­da­men­taux des élites. Le chan­ge­ment révo­lu­tion­naire n’interviendra qu’après une longue série d’attaques, que Gram­sci appe­lait une « guerre de posi­tion », sur ces défenses idéo­lo­giques exté­rieures. C’était, à ses yeux, une étape de la guerre de siège qui exige « patience et inven­ti­vi­té ». Une fois que l’idéologie diri­geante perd sa cré­di­bi­li­té, une fois que la culture de masse n’est plus effi­cace, ses struc­tures ins­ti­tu­tion­nelles s’effondrent. Bref, une contre-hégé­­mo­­nie arrive avant le pouvoir.

« Chaque révo­lu­tion, écri­­vit-il, a été pré­cé­dée par un intense tra­vail cri­tique, par la dif­fu­sion de culture et la dif­fu­sion d’idées. […] Le même phé­no­mène se répète aujourd’hui dans le cas du socia­lisme. C’est à tra­vers une cri­tique de la civi­li­sa­tion capi­ta­liste que la conscience uni­fiée du pro­lé­ta­riat s’est for­mée ou se forme encore, et une cri­tique implique de la culture, pas sim­ple­ment une évo­lu­tion spon­ta­née et natu­ra­liste. […] Se connaître soi-même signi­fie être soi-même, être le maître de soi. […] et nous ne pou­vons réus­sir à moins de connaître aus­si les autres, leur his­toire, les efforts cou­ron­nés de suc­cès qu’ils ont accom­plis pour être ce qu’ils sont, pour créer la civi­li­sa­tion qu’ils ont créée et que nous cher­chons à rem­pla­cer par la nôtre. »

Les révo­lu­tions ont été avant tout une bataille d’idées.

« Un obs­tacle prin­ci­pal au chan­ge­ment est la repro­duc­tion par les forces domi­nantes d’éléments de leur idéo­lo­gie hégé­mo­nique, écri­vit Gram­sci. C’est une tâche impor­tante et urgente de déve­lop­per des inter­pré­ta­tions alter­na­tives de la réalité. »

Noam Chom­sky résume ceci par « dire la vérité ».

Et Gram­sci appuyait : « Dire la véri­té est révolutionnaire. »

Le cœur du néo­li­bé­ra­lisme est l’idée absurde que le niveau de vie de la classe ouvrière mon­diale aug­men­te­ra en défi­gu­rant les socié­tés pour obéir ser­vi­le­ment aux dik­tats du marché.

Nous avons atteint un moment dans l’histoire de l’humanité où l’idéologie régnante a per­du sa cré­di­bi­li­té. Toutes les pro­messes du néo­li­bé­ra­lisme se sont révé­lées fausses. L’abolition des condi­tions de rési­dence natio­nale pour les socié­tés a été uti­li­sée pour léga­li­ser les boy­cotts fis­caux des entre­prises. La classe moyenne – le fon­de­ment de toute démo­cra­tie capi­ta­liste – dépé­rit et a été rem­pla­cée par des tra­vailleurs pauvres, en colère et pri­vés de leurs droits. Les ouvriers sont for­cés d’avoir deux ou trois bou­lots et des semaines de tra­vail de 70 heures pour res­ter sol­vables. Les fac­tures médi­cales, les emprunts étu­diants, les prêts hypo­thé­caires à risque et les dettes sur la carte de cré­dit pro­voquent des faillites dévas­ta­trices. La classe des diri­geants d’entreprise, pen­dant ce temps, ramasse des mil­liards en bonus et en com­pen­sa­tions et uti­lise son argent et des lob­byistes pour détruire les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques. Elle a ins­tal­lé soli­de­ment un sys­tème que le phi­lo­sophe poli­tique Shel­don Wolin appelle un « tota­li­ta­risme inversé ».

Au fur et à mesure que ces men­songes s’éventent, nous sommes jetés dans ce que Gram­sci appelle un inter­règne – un temps pen­dant lequel l’idéologie domi­nante a per­du son effi­ca­ci­té mais n’a pas encore été rem­pla­cée par une nou­velle. « La crises consiste, écri­vit Gram­sci, pré­ci­sé­ment dans le fait que l’ancien meurt et que le nou­veau ne par­vient pas à voir le jour [et] dans ce clair-obs­­cur sur­gissent des monstres. » D’où les muta­tions poli­tiques comme Donald Trump ou, à l’époque de Gram­sci, Mussolini.

L’accélération de la dés­in­dus­tria­li­sa­tion dans les années 1970 a créé une crise qui a for­cé les élites diri­geantes à inven­ter un nou­veau para­digme poli­tique, comme Stuart Hall [avec des co-auteurs] l’explique dans son livre Poli­cing the Cri­sis. Ce para­digme, clai­ron­né par les médias aux ordres, a fait pas­ser ses prio­ri­tés du bien com­mun à la race, au crime et à l’ordre public. Il a dit à ceux qui subis­saient de pro­fonds chan­ge­ments éco­no­miques et poli­tiques que leurs souf­frances ne résul­taient pas de la cupi­di­té des entre­prises mais d’une menace à l’intégrité natio­nale. L’ancien consen­sus qui s’appuyait sur les pro­grammes duNew Deal et de l’État social a été atta­qué comme étant favo­rable aux jeunes cri­mi­nels noirs, à eux qui vivent aux cro­chets de l’État social et aux para­sites sociaux. Il fal­lait blâ­mer les para­sites. Cela a ouvert la porte à un popu­lisme auto­ri­taire, enta­mé par Ronald Rea­gan et Mar­ga­ret That­cher, qui ont pré­ten­du défendre les valeurs fami­liales, la morale tra­di­tion­nelle, l’autonomie indi­vi­duelle, l’ordre public, la foi chré­tienne et le retour à un pas­sé mythique, au moins pour les Amé­ri­cains blancs.

La culture de masse est une force contre-révo­­lu­­tion­­naire puis­sante et dan­ge­reuse. Elle crée une men­ta­li­té gré­gaire. Elle ban­nit la pen­sée indé­pen­dante et auto­nome. Elle détruit notre confiance en nous. Elle mar­gi­na­lise et dis­cré­dite les non-confor­­mistes. Elle dépo­li­tise la citoyen­ne­té. Elle ins­tille un sen­ti­ment de futi­li­té et d’impuissance col­lec­tives en pré­sen­tant l’idéologie domi­nante comme une véri­té révé­lée, irré­fu­table, une force inévi­table et inexo­rable qui seule rend le pro­grès humain possible.

La culture de masse est une agres­sion qui, comme Gram­sci l’écrivait, pro­voque une conscience « confuse et frag­men­taire » ou ce que Marx appe­lait « fausse conscience ». Elle vise à trans­mettre au pro­lé­ta­riat la croyance que ses« véri­tables » inté­rêts sont ali­gnés sur ceux de la classe diri­geante, dans notre cas les multinationales.

Nous ne sommes pas pro­duits par la nature, écri­vit Gram­sci, mais par notre his­toire et notre culture. Si nous ne connais­sons pas notre his­toire et notre culture, et si nous accep­tons la fausse his­toire et la culture fabri­quées pour nous, nous ne vain­crons jamais les forces de l’oppression. La récu­pé­ra­tion de la mémoire par les radi­caux dans les années 1960 a ter­ri­fié les élites. Cela a per­mis aux gens de com­prendre leur propre pou­voir et leur action. Elle a expri­mé et célé­bré les luttes des tra­vailleurs et des tra­vailleuses et des oppri­més plu­tôt que la bien­fai­sance mythique des oppres­seurs. Elle a révé­lé l’exploitation et l’hypocrisie de la classe domi­nante. Et c’est pour­quoi les grands patrons ont dépen­sé des mil­lions pour écra­ser et mar­gi­na­li­ser ces mou­ve­ments et leurs his­toires dans les écoles, la culture, la presse et dans nos sys­tèmes de divertissement.

« Non seule­ment les gens n’ont pas de conscience pré­cise de leur propre iden­ti­té his­to­rique, déplo­rait Gram­sci sous le fas­cisme, ils ne sont même pas conscients de l’identité his­to­rique ou des limites exactes de leur adversaire. »

Si nous ne connais­sons pas notre his­toire, nous n’avons aucun point de com­pa­rai­son. Nous ne pou­vons pas nom­mer les forces qui nous contrôlent ou voir la longue conti­nui­té de l’oppression capi­ta­liste et de la résis­tance. Une fois qu’une démo­cra­tie échoue, comme en a aver­ti Pla­ton, elle crée les condi­tions pour une tyran­nie basée sur le sou­tien popu­laire. C’est ce qui s’est pas­sé dans l’Italie fas­ciste. C’est ce qui s’est pas­sé avec l’élection de Trump. Lorsqu’un popu­lisme de droite ou le fas­cisme prend le pou­voir, le but n’est pas, comme le disait Gram­sci, d’éveiller « la conscience civique de la nation », mais de nour­rir et de recréer une conscience civique per­due. C’est là où nous en sommes his­to­ri­que­ment. Et c’était là où en était Gram­sci lorsqu’il écri­vit ses volu­mi­neux Cahiers de pri­son.

La démo­cra­tie fut une ano­ma­lie dans la plus grande par­tie de l’Histoire de l’Occident. Après l’effondrement de la démo­cra­tie athé­nienne en 322 avant l’ère chré­tienne – et cette démo­cra­tie n’était réser­vée qu’aux hommes et excluait les esclaves –, il s’est pas­sé 2000 ans avant l’apparition d’un autre gou­ver­ne­ment démo­cra­tique. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que des gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques, main­te­nant mena­cés par des mou­ve­ments pro­­to-fas­­cistes, ont pu fleu­rir, même de manière impar­faite. Notre propre sys­tème de gou­ver­ne­ment, si on consi­dère l’exclusion des Afro-Amé­­ri­­cains, des Amé­rin­diens, des hommes non pro­prié­taires et des femmes, ne pou­vait pas être défi­ni comme une démo­cra­tie com­plète jusqu’à la moi­tié du siècle der­nier. Et, comme l’Italie fas­ciste, nous retour­nons à un des­po­tisme plus familier.

Il y a une rai­son pour laquelle l’État capi­ta­liste cherche à main­te­nir les tra­vailleurs sans conscience. Aucun tra­vailleur ne béné­fi­cie­ra plei­ne­ment de son tra­vail dans un sys­tème capi­ta­liste puisque cela détrui­rait le capi­ta­lisme lui-même. Et tout tra­vailleur qui com­prend vrai­ment ses inté­rêts se consa­cre­rait à ren­ver­ser le capitalisme.

Gram­sci publia l’article à Turin, dans Ordine Nuo­vo (Ordre nou­veau), pen­dant les sou­lè­ve­ments de 1919 qui virent les ouvriers s’emparer des ate­liers et for­mer des conseils ouvriers. Lui et les autres auteurs de l’article – qui ces­sèrent inex­pli­ca­ble­ment de publier au plus fort des troubles pour se consa­crer à l’organisation – ne défen­daient pas des posi­tions avant d’avoir ana­ly­sé et dis­cu­té lon­gue­ment avec les conseils ouvriers. Ces conseils, écri­vit Gram­sci, avaient non seule­ment confé­ré du pou­voir aux tra­vailleurs sur leurs vies pro­fes­sion­nelles, mais avaient bri­sé le mur qui empê­chaient les citoyens pri­vés de par­ti­ci­per à la vie politique.

Pour Gram­sci, la poli­tique révo­lu­tion­naire ne venait pas d’en haut mais d’en bas. Elle était orga­nique. Et l’échec, à ses yeux, des élites révo­lu­tion­naires est qu’elles étaient sou­vent aus­si dic­ta­to­riales et décon­nec­tées des ouvriers que les élites capi­ta­listes. Les masses devaient être inté­grées aux struc­tures du pou­voir pour créer une nou­velle forme de poli­tique de masse – d’où son insis­tance sur le fait que tous les gens sont des intel­lec­tuels capables de pen­sée auto­nome et indé­pen­dante. Une démo­cra­tie n’est pos­sible que si tous ses citoyens com­prennent la méca­nique du pou­voir et ont un rôle dans l’exercice de ce dernier.

Gram­sci [1891–1937] se serait déses­pé­ré de la frac­ture, aux États-Unis, entre notre Gauche ané­mique et la classe ouvrière. Ridi­cu­li­ser les par­ti­sans de Trump, être inca­pable d’écouter et de se sou­cier de la souf­france des tra­vailleurs pauvres, y com­pris blancs, garan­tit que toute révolte sera mort-née. Ceux d’entre nous qui cherchent à ren­ver­ser l’État cor­po­ra­tiste devront com­men­cer loca­le­ment. Cela signi­fie défendre des pro­po­si­tions comme l’augmentation du salaire mini­mum, lut­ter pour de l’eau propre, les soins de san­té uni­ver­sels et un bon ensei­gne­ment public, y com­pris la for­ma­tion uni­ver­si­taire gra­tuite, qui parlent direc­te­ment de l’amélioration des condi­tions de vie de la classe labo­rieuse. Cela ne veut pas dire don­ner des leçons à la classe ouvrière, et en par­ti­cu­lier à la classe ouvrière blanche, sur le mul­ti­cul­tu­ra­lisme et la poli­tique identitaire.

La révolte, cepen­dant, sans une vision poli­tique alter­na­tive, Gram­sci le savait, était vouée à l’échec. Les ouvriers sont mobi­li­sés aus­si faci­le­ment autour d’idéologies anti-démo­­cra­­tiques comme le fas­cisme et le racisme. S’ils manquent de conscience, ils peuvent deve­nir une force sombre dans le corps poli­tique, comme nous l’avons vu lors des ras­sem­ble­ments de Trump et avec l’augmentation des crimes mus par la haine.

« Mais est-ce suf­fi­sant qu’une révo­lu­tion soit menée par des pro­lé­taires pour qu’elle soit une révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne ?, ques­­tion­­nait-il. La guerre est aus­si est faite par des pro­lé­taires, mais elle n’en est pas pour autant un évé­ne­ment pro­lé­ta­rien. Pour que cela le soit, il faut la pré­sence d’autres fac­teurs spi­ri­tuels. Il doit y avoir plus pour la révo­lu­tion que la ques­tion du pou­voir : il doit y avoir la ques­tion de la morale, de la manière de vivre. »

Cette insis­tance sur la vision d’un nou­vel ordre oppo­sa Gram­sci aux anar­chistes et aux syn­di­cats. L’État pour­rait affron­ter les troubles, même la révolte, savait-il, tant qu’elle était spo­ra­dique et loca­li­sée et ne for­mu­lait pas un pro­gramme visant à rem­pla­cer les struc­tures qui main­tiennent les élites diri­geantes au pou­voir. « L’État socia­liste ne peut pas s’incarner dans les ins­ti­tu­tions de l’État capi­ta­liste […], écri­­vit-il. L’État socia­liste doit être une créa­tion fon­da­men­ta­le­ment nou­velle. Les ins­ti­tu­tions de l’État capi­ta­liste sont orga­ni­sées de manière à faci­li­ter la libre concur­rence : se conten­ter de chan­ger le per­son­nel dans ces ins­ti­tu­tions ne chan­ge­ra guère la direc­tion de leur action. »

Gram­sci fut un enfant mala­dif qui, après avoir été lais­sé tom­bé au bas des esca­liers par une ser­vante à l’âge de 4 ans, devint bos­su et mesu­rait 4 pieds 6 pouces [un peu plus de 137 cm, NdT] à l’âge adulte. Il gran­dit en Sar­daigne, une île pauvre du sud de l’Italie. Il vécut dans une extrême souf­france la plus grande par­tie de sa vie, dans la pau­vre­té lorsque son père fut empri­son­né pour cor­rup­tion. Il était, phy­si­que­ment, par tem­pé­ra­ment et géo­gra­phi­que­ment, un paria. Cela lui don­na une sym­pa­thie natu­relle pour les mar­gi­na­li­sés et les oubliés. Il fut trou­blé par le schisme entre le Sud [de l’Italie] agraire et sous-déve­­lop­­pé et le Nord, en par­ti­cu­lier Turin, où il alla à l’université.

Les élites ita­liennes pro­murent, comme beau­coup d’autres à cette époque, l’idée de l’infériorité bio­lo­gique de cer­taines races. Les pay­sans du Sud n’étaient pas pauvres parce qu’ils étaient moins bien trai­tés que des serfs par les grands pro­prié­taires ter­riens, mais parce qu’ils étaient géné­ti­que­ment han­di­ca­pés. Ce racisme, qui péné­trait dans la pen­sée de la gauche, met­tait Gram­sci en rage. Ses écrits sur les divi­sions entre le Nord indus­triel et le Sud agraire furent fon­da­men­tales pour Edward Saïd lorsqu’il écri­vit L’Orientalisme. Comme Gram­sci, il a vu com­ment les sté­réo­types racistes dif­fu­sés par le Nord mon­dial étaient uti­li­sés pour jus­ti­fier les poli­tiques d’exploitation et d’oppression du Sud mondial.

« Tout le com­plexe d’activités pra­tiques et théo­riques avec lequel la classe domi­nante non seule­ment jus­ti­fie et main­tient sa domi­na­tion, mais fait en sorte d’obtenir le consen­te­ment actif des gou­ver­nés » doit être ren­du clair pour le public, écri­vit Gramsci.

La com­pré­hen­sion par Gram­sci de la façon dont les élites diri­geantes fabriquent le consen­te­ment le sépare de Marx. Marx voyait la théo­rie cri­tique comme un pré­li­mi­naire à la construc­tion d’une socié­té éga­li­taire et juste. Dans la socié­té juste, la théo­rie cri­tique, comme l’État, dépé­ri­rait. Gram­sci savait que les élites repro­dui­raient conti­nuel­le­ment des situa­tions et des idéo­lo­gies pour main­te­nir leur contrôle ou le prendre. Cela exi­geait la vigi­lance constante du théo­ri­cien révo­lu­tion­naire cri­tique. Il y aurait une bataille sans fin des idées, celles déve­lop­pées par les élites pour jus­ti­fier leurs pri­vi­lèges et celles des théo­ri­ciens radi­caux qui dénon­ce­raient ces idées comme étant des ins­tru­ments de répres­sion et sou­tien­draient une alter­na­tive socialiste.

Gram­sci sou­te­nait que le fac­teur humain – rom­pant de nou­veau avec Marx – est essen­tiel. L’Histoire, disait-il, est faite par la volon­té des hommes. Elle n’est pas pré­dé­ter­mi­née. On ne peut pas com­prendre com­ment nous acqué­rons de la conscience et com­ment nous réa­li­sons la révo­lu­tion en ne consi­dé­rant que les moyens de pro­duc­tion. Nous ne pou­vons pas, aver­­tis­­sait-il, pré­dire le cours de l’Histoire. Nous pou­vons recu­ler tout autant qu’avancer. Nous devons, par consé­quent, créer une contre-culture dyna­mique qui finit par rendre la révo­lu­tion pos­sible. Alors que nous bat­tons en retraite devant l’offensive du fas­cisme, cela fait de Gram­sci notre contemporain.

Chris Hedges

Tra­duit par Diane, véri­fié par Wayan, relu par Her­vé pour le Saker francophone

Source : http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​a​n​t​o​n​i​o​–​g​r​a​m​s​c​i​–​e​t​–​l​a​–​b​a​t​a​i​l​l​e​–​c​o​n​t​r​e​–​l​e​–​f​a​s​c​i​sme

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​6​9​9​3​1​4​9​2​317

POURQUOI NE VOULONS-NOUS PAS RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? 24 « Qu’est-ce qui manque à cette idée forte, cette CAUSE COMMUNE de l’humanité, pour se répandre plus rapidement ? »

https://​you​tu​.be/​W​7​O​e​f​d​G​E​FMs

Ah, qu’est-ce qu’ils bossent bien ! Ces jeunes gens d’Inform’Ac­tion, à Tou­louse, sont en train de nous fabri­quer un bien beau mon­tage de notre ren­contre et de nos réflexions. Voi­ci la deuxième par­tie. C’é­tait le 20 mai der­nier. Un chouette moment, vous allez voir 🙂

httpv://www.youtube.com/watch?v=W7OefdGEFMs

Vous aus­si, si vous trou­vez bonne cette idée (si on veut une vraie consti­tu­tion, il faut nous entraî­ner à l’é­crire nous-mêmes), dites-moi ce qui, au fond, vous conduit à ne pour­tant pas (encore) orga­ni­ser vos propres ateliers.

Bon cou­rage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​4​3​6​6​6​8​7​7​317

[Tribune/Pétition] Monsieur le Président : serez-vous le garant des droits de la défense ?

Je vous signale ici une pro­tes­ta­tion que je soutiens.
À mon avis, ce n’est pas la der­nière que nous devrons appuyer, du mieux que nous pour­rons, contre un pou­voir qui devient tyran­nique ; il y en aura d’autres 🙁
Étienne.

Monsieur le Président : Serez-vous le garant des droits de la défense ?

16 juin 2017 (les invi­tés de Mediapart)

Tri­bune : https://​blogs​.media​part​.fr/​e​d​i​t​i​o​n​/​l​e​s​–​i​n​v​i​t​e​s​–​d​e​–​m​e​d​i​a​p​a​r​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​1​6​0​6​1​7​/​m​o​n​s​i​e​u​r​–​l​e​–​p​r​e​s​i​d​e​n​t​–​s​e​r​e​z​–​v​o​u​s​–​l​e​–​g​a​r​a​n​t​–​d​e​s​–​d​r​o​i​t​s​–​d​e​–​l​a​–​d​e​f​e​nse

Des avo­cats, des magis­trats, des jour­na­listes, des membres de la socié­té civile alertent le Pré­sident Emma­nuel Macron et l’opinion publique, suite au pla­ce­ment en garde à vue de Jérôme Ker­viel et de son avo­cat David Koub­bi, pour avoir uti­li­sé en défense des enre­gis­tre­ments qui dévoilent de graves dys­fonc­tion­ne­ments judiciaires.

Nous avo­cats, magis­trats, gens de jus­tice et citoyens, en appe­lons à l’opinion publique à la suite du pla­ce­ment en garde à vue de David Koub­bi, avo­cat à la Cour d’appel de Paris le jeu­di 8 juin 2017.

Au moment où les Fran­çais expriment leur pro­fond désir de renou­vel­le­ment des com­por­te­ments de la vie publique, nous ne pou­vons nous accom­mo­der de pra­tiques judi­ciaires d’un autre temps, por­tant atteinte aux droits élé­men­taires de la défense.

Sont en jeux les droits fon­da­men­taux garan­tis à chaque citoyen, dont les avo­cats et l’ensemble du per­son­nel judi­ciaire sont les pre­miers défenseurs.

David Koub­bi a été ame­né dans le cadre de la défense de son client, en audience publique, et avec l’accord exprès du Pré­sident de la Cour d’appel de Ver­sailles, à pro­duire les enre­gis­tre­ments d’une conver­sa­tion tenue entre le Com­man­dant Natha­lie Le Roy, Offi­cier de Police Judi­ciaire et Madame Chan­tal De Lei­ris, Vice Pro­cu­reur au par­quet finan­cier de Paris en charge des plaintes dépo­sées contre SOCIETE GENERALE.

Ces enre­gis­tre­ments ont été remis par le Com­man­dant Le Roy à David Koub­bi, ès qualité.

Dans ces enre­gis­tre­ments figurent une conver­sa­tion fai­sant état de graves dys­fonc­tion­ne­ments dans la pro­cé­dure judi­ciaire menée contre le client de David Koubbi.

En droit pénal, où la preuve est libre, David Koub­bi a par­fai­te­ment rem­pli sa mis­sion de défense, en por­tant à la connais­sance des magis­trats l’existence et le conte­nu de cette pièce. Ne pas le faire aurait été une faute professionnelle.

Cet acte de défense serait selon le Minis­tère Public consti­tu­tif du délit de « recel de vio­la­tion de la vie privée ».

Pour­tant, la Chambre cri­mi­nelle de la Cour de cas­sa­tion a tou­jours affir­mé la liber­té de la preuve en matière pénale et la Cour Euro­péenne des Droits de l’Homme a déci­dé de la pri­mau­té de la liber­té d’expression et du droit à l’information sur le res­pect de la vie pri­vée lorsque l’intérêt géné­ral l’impose.

La mesure de garde à vue ain­si ordon­née dans les locaux de l’Inspection Géné­rale de la Police Natio­nale (IGPN) ayant affec­té Mon­sieur Jérôme Ker­viel et son avo­cat David Koub­bi, le jeu­di 8 juin 2017, est into­lé­rable en ce qu’elle par­ti­cipe encore mal­heu­reu­se­ment d’une forme d’instrumentalisation de la jus­tice, au pré­ju­dice des droits de la défense.

Cette mesure pri­va­tive de liber­té, prise sur com­mis­sion roga­toire de deux juges d’instruction ne s’imposait pas. Mais elle a fait l’objet d’une dif­fu­sion dans la presse pour des motifs qu’on devine aisément.

Cette mesure de contrainte consti­tue en l’espèce une atteinte grave aux droits de la défense car Jérôme Ker­viel n’a pu méca­ni­que­ment béné­fi­cier de l’assistance de son avo­cat pla­cé en garde à vue lui aus­si, au même moment, au même endroit.

Mais l’enjeu de cette affaire dépasse le sort d’un jus­ti­ciable et de son avo­cat ; il nous concerne tous, autant que nous sommes.

Dans ce contexte, la ques­tion est clai­re­ment posée :  où en sont les droits de la défense dans une socié­té qui pré­tend vou­loir mora­li­ser la vie publique mais dont les auto­ri­tés se refusent à une mise en œuvre concrète ?

A cette ques­tion nous répon­dons clai­re­ment que la France ne peut pas être la mau­vaise élève de la Conven­tion Euro­péenne de Sau­ve­garde des Droits de l’Homme.

Il n’y a pas de démo­cra­tie sans appli­ca­tion intran­si­geante des règles régis­sant l’Etat de droit.

C’est pour­quoi, nous enten­dons aler­ter solen­nel­le­ment le Pré­sident de la Répu­blique Mon­sieur Emma­nuel Macron, garant de l’indépendance de la jus­tice aux termes de la Consti­tu­tion, et inter­pe­ler l’opinion publique sur ces ques­tions fondamentales.

Nous appe­lons éga­le­ment tous les avo­cats, magis­trats, gens de Jus­tice et citoyens, à demeu­rer vigi­lants et à par­ti­ci­per à ce com­bat, dont l’objet est de garan­tir le libre exer­cice des droits de la défense.

Pour ceux qui sou­haitent se joindre aux pre­miers signa­taires (liste ci-des­­sous) une péti­tion est ouverte sur  change​.org (c’est là).

Pre­miers signataires :

Alain Jaku­bo­wicz, avo­cat aux bar­reaux de Paris et Lyon, Pré­sident de la LICRA
Alexandre Gadot, avo­cat au bar­reau de Paris
Alexandre Jar­din, ecri­vain, Pré­sident des Citoyens
Alexandre Pesle, auteur et comédien
Alexandre Plan­te­vin, avo­cat au bar­reau de Lyon et ancien magistrat
Amale Ken­bib, avo­cat au bar­reau de Paris
Anna Sala­bi, avo­cat au bar­reau de Paris, ancienne secré­taire de la Conférence
Anne Fré­dé­rique Bon­temps, avo­cat au bar­reau de Paris
Anne Gre­co, avo­cat au bar­reau de Paris
Antoine Bohm, édi­teur Don Quichotte
Antoine Reillac, avo­cat au bar­reau de Paris
Apol­li­naire Legros-Gim­­bert, avo­cat au bar­reau de Toulouse
Arash Deram­barsh, conseiller muni­ci­pal Courbevoie
Arnault Cham­pre­mier Tri­ga­no, direc­teur de Media­scop Production
Auré­lia Domi­­ni­­ci-Cam­­pa­­gna, avo­cat au bar­reau de Bastia
Auré­lie Gode­froy, journaliste
Auré­lie Michel, édi­trice Don Quichotte
Auré­lie Vian­dier Lefèvre, avo­cat au bar­reau de Bordeaux
Ayme­ric Caron, auteur et journaliste
Bea­trice Rosen, actrice
Béa­trice Solere Rius, ancien Bâton­nier de l’ordre des avo­cats de Car­cas­sonne, avocat
Ben­ja­min Genui­ni, avo­cat au bar­reau de Bastia
Benoît Pru­vost, avo­cat au bar­reau de Paris
Ber­trand Daillié, magistrat
Bru­no Gac­cio, journaliste
Cal­vin Job, avo­cat au bar­reau de Paris
Car­bon de Seze, avo­cat au bar­reau de Paris
Carole Duparc, huis­sier de jus­tice à Paris
Carole-Oli­­via Mon­te­not, avo­cat au bar­reau de Paris
Caro­line Goeu­­ry-Gia­­mar­­chi, avo­cat au bar­reau de Bastia
Céline Dil­man, avo­cat au bar­reau de Paris
Céline Lemoux, avo­cat au bar­reau de Paris
Céline Pas­cal, avo­cat au Bar­reau d’Agen
Charles Blan­di­gnères, anc. com­man­dant de police à la direc­tion cen­trale de la PJ Finan­cière (OCRGDF), anc. ins­pec­teur à l’Autorité des Mar­chés Finan­ciers, anc. res­pon­sable groupe SOCIETE GÉNÉRALE pour la pré­ven­tion du risque de blan­chi­ment, finan­ce­ment de ter­ro­risme et fraude fiscale
Chris­tian Saint-Palais, avo­cat au bar­reau de Paris
Chris­tophe Ale­veque, humoriste
Chris­tophe Bar­ra­tier, réalisateur
Chris­tophe Kuli­kovs­ki, journaliste
Claire Ber­nier, avo­cat au bar­reau de Paris
Claire Mathieu, avo­cat au Bar­reau de Bastia
Claude Llo­ren­ter, avo­cat au bar­reau de Paris
Corinne Diez, avo­cat au bar­reau de Paris
Danièle Gaz­zot­ti, avo­cat au Bar­reau de Nice
David Alexandre, avo­cat au bar­reau de Paris et au Bar­reau du Luxembourg
David Bar­to­li, char­gé de mission
David Metaxas, avo­cat au bar­reau de Lyon
David Perche, avo­cat au Bar­reau de Nice
Denis Bou­teiller, journaliste
Didier Cham­ba­re­taud, consultant
Domi­nique Mat­tei, avo­cat ancien Bâton­nier de l’Ordre des avo­cats de Marseille
Elie Ohayon, publiciste
Elise Ripault, avo­cat au bar­reau de Lyon
Emma­nuel Pier­rat, avo­cat au bar­reau de Paris
Emma­nuelle Poin­tet, avo­cat au bar­reau de paris
Eric Appen­zel­ler, avo­cat au bar­reau de Paris
Eric Boc­quet, séna­teur de la République
Eric Bor­ghi­ni, avo­cat au bar­reau de Nice
Eric Gaf­tar­nik, avo­cat au bar­reau de Paris
Eric Naul­leau, auteur et journaliste
Eric Piquet, huis­sier de jus­tice à Paris
Eric Tubia­na, avo­cat au bar­reau de Paris
Etienne Chouard, pro­fes­seur, blo­gueur, citoyen constituant
Etienne Gouesse, avo­cat au bar­reau de Paris
Eva Joly, avo­cat et dépu­té euro­péen, ancienne magistrate
Franck Spen­gler, édi­teur – Edi­tions Blanche-Paris
Fran­çois Casal­ta, avo­cat et Bâton­nier (repré­sen­tant l’Ordre des avo­cats d’Ajaccio)
Fran­çois de Cas­tro, avo­cat au bar­reau de Paris
Fran­çois Vin­cen­tel­li, comédien
Fré­dé­ric Gil­bert, jour­na­liste, chro­niques criminelles
Fré­dé­ric Royer, auteur et journaliste
Garance Bon­­fa­­nyi-Vincent, direc­trice littéraire
Georges Fenech, ancien magis­trat et dépu­té de la République
Georges Girard, avo­cat honoraire
Géral­dine Levas­seur, journaliste
Gérard Bau­doux, avo­cat au Bar­reau de Nice
Gilles Hae­ri – édi­teur Pré­sident direc­teur géné­ral Flammarion
Gilles Sti­ckel, avo­cat au bar­reau de Genève, anc. Pré­sident de la Cour de Cas­sa­tion, anc. Pré­sident de la Com­mis­sion du Bar­reau, anc. Juge sup­pléant à la Cour de Justice
Gilles William Gold­na­del, avo­cat au bar­reau de Paris
Gré­go­ri Baquet, comédien
Guillaume Masse, avo­cat au bar­reau de paris
Harold Cobert, écrivain
Hélène Fran­co, Magistrat
Her­vé Temime, avo­cat au bar­reau de Paris
Igor Usti­nov, artiste
Jean Baret, avo­cat au bar­reau de Paris
Jean Bou­dot, avo­cat au Bar­reau de Mar­seille, membre du Conseil de l’Ordre, Pré­sident de l’école des avo­cats du sud est
Jean de Maillard, magistrat
Jean Dra­gac­ci, major de la Police Natio­nale honoraire
Jean Tama­let, avo­cat au bar­reau de Paris
Jean-Charles Teis­sedre, avo­cat au bar­reau de Paris
Jean-Fran­­çois Fou­qué, avo­cat au Bar­reau de Nice, conseiller natio­nal du Modem
Jean-Luc Medi­na, avo­cat au Bar­reau de Gre­noble, ancien Bâtonnier
Jean-Marie Bur­gu­bu­ru, avo­cat au bar­reau de Paris
Jean-Marie Cha­baud, avo­cat au Bar­reau de Nîmes
Jean-Pierre Sef­far, avo­cat au bar­reau de Bastia
Jean-Sébas­­tien De Casal­ta, avo­cat et Bâton­nier (repré­sen­tant l’Ordre des avo­cats de Bastia)
Jef­frey Schi­na­zi, avo­cat au bar­reau de Paris
Jen­ny Gabelle-Congio, avo­cat au Bar­reau d’Aix en Provence
Jéré­mie Bou­lay, avo­cat au bar­reau de Paris
Jéré­mie Layoub, avo­cat au bar­reau de Paris
Jere­my Max­well Win­tre­bert, artisan
Joelle Aqua­vi­va, avo­cat au bar­reau de Bastia
Julien Bayou, conseiller régio­nal Ile de France EELV
Julien Dami le Coz, avo­cat au bar­reau de Paris
Karl Zero, réalisateur
L’association « Action Justice »
Lau­rence Aloup, avo­cat au bar­reau de Paris
Lau­rence Apitz, avo­cat au bar­reau de Paris
Laurent Benar­rous, avo­cat au bar­reau de Paris
Laurent Mau­duit, Journaliste
Léon-Lef Fors­ter, avo­cat au Bar­reau de Paris
Loïc Guer­rin, avo­cat au bar­reau de Paris
Loïc Hen­ri, avo­cat au bar­reau de Paris
Manuel Abit­bol, avo­cat au bar­reau de Paris
Marie Jo Agret, assis­tante de production
Marie-Char­­lotte Bene­det­ti, avo­cat au bar­reau de Bastia
Marie-Chris­­tine Mou­chan, avo­cat au Bar­reau de Nice, ancien Bâtonnier
Marielle Pois­son, avo­cat au bar­reau de Paris
Marine Gio­van­nan­ge­li, avo­cat au bar­reau de Paris
Mar­jo­rie Morisse, avo­cat au Bar­reau de la Seine Saint-Denis
Mathieu Bois­sa­vy, avo­cat au bar­reau de Paris membre du Conseil de l’Ordre
Mathieu Brin­ger, avo­cat au bar­reau de Paris
Mathieu Davy, avo­cat au bar­reau de Paris
Moun­dir Akas­bi, avo­cat au bar­reau de Paris
Natha­lie Attias, avo­cat au bar­reau de Paris membre du Conseil de l’Ordre
Nico­las Bezombes, avo­cat au bar­reau de Toulouse
Nico­las Blan­che­nay, avo­cat au bar­reau de Paris
Nico­las Reb­bot, avo­cat au bar­reau de Paris
Nico­las Remy-Neris, avo­cat au bar­reau de Paris
Nor­bert Dor­nier, magis­trat honoraire
Oli­vier De Fas­sio, avo­cat au Bar­reau de Nice
Oli­vier Sitruk, comédien
Pas­cale Per­rei­mond, avo­cat au bar­reau de Bastia
Patrick Lucia­ni, avo­cat au Bar­reau de Nice
Paul Sol­la­ca­ro, avo­cat au Bar­reau de Nice
Peg­gy Olmi, jour­na­liste et pro­duc­trice TV
Peg­gy Sil­ber­ling, agent artistique
Phi­lippe Gil­das, journaliste
Phi­lippe Marc, producteur
Pierre Deland­me­ter, avo­cat au bar­reau de Luxembourg
Pierre Godi­not, avo­cat au bar­reau de Nice
Pierre Mara­val, producteur
Ran­dy Yaloz, avo­cat au bar­reau de Paris
Raphaëlle Cha­baud, avo­cat au Bar­reau de Nîmes
Ravyn Issa, avo­cat au bar­reau de Toulouse
Rémy Nou­gier, avo­cat au bar­reau de Nimes
Richard Amal­vy, mili­tant asso­cia­tif, consultant
Roland Rodri­guez, avo­cat au Bar­reau de Grasse, membre du CNB
Rubin Staj, avo­cat au bar­reau de Paris
Salah Baouche, mis­sion locale Saint Denis
San­drine Pegand, avo­cat au bar­reau de Paris
San­drine Petoin, avo­cat au bar­reau de Paris
Sophie Cohen-Elbaz, avo­cat au Bar­reau de Strasbourg
Sophie Per­rei­mond, avo­cat au bar­reau de Bastia
Sten­ka Quillet, journaliste
Ste­phane Nesa, avo­cat et bâton­nier élu du Bar­reau d’Ajaccio
Sté­phane Seban, Direc­teur de Publication
Sté­pha­nie Che­vrier, édi­trice Don Quichotte
Sté­pha­nie Gibaud, lan­ceuse d’alerte dos­sier UBS
Syl­vie Brus­­siau-Constant, avo­cat au bar­reau d’Agen
Syl­vie Lamar­tine, avo­cat au bar­reau de Paris
Syl­vie Ohayon, roman­cière et réalisatrice
Tes­sa Vol­kine, comédienne
Thier­ry Dagi­ral, journaliste
Thier­ry Lal­let, maître chocolatier
Tho­mas Cou­trot, éco­no­miste, membre d’Attac
Vincent Olli­vier, avo­cat au bar­reau de Paris, ancien secré­taire de la Conférence
Vir­gi­nie Mar­quet, avo­cat au bar­reau de Paris
Vito Fer­re­ri, producteur
Waj­di Daa­gi, avo­cat au bar­reau de Bastia
Xavier Deleu, avo­cat au Bar­reau de Bruxelles
Yael Mel­lul, ancien avocat
Yann Galut, avo­cat et dépu­té de la République
Yvan Flaud, avo­cat au bar­reau de Valence
Zia Olou­mi, avo­cat au bar­reau de Paris

Pour signer la péti­tion : https://www.change.org/p/pierre-godinot-monsieur-le-président-serez-vous-le-garant-des-droits-de-la-défense

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​4​3​4​6​7​1​0​7​317

POURQUOI RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (1÷4) : « Les constitutions du monde, pour l’instant, nous tiennent À L’ÉCART »

Voi­ci la pre­mière des traces de mon récent voyage à Tou­louse :

httpv://youtu.be/_YXZrz1e_h0

Mer­ci à la jeune et tonique équipe tou­lou­saine d’Inform’Action 🙂
Ce mon­tage a du sens, c’est bien. 

——-

Nous devrions tous nous ins­pi­rer, quar­tier par quar­tier, vil­lage par vil­lage, de leur pra­tique épa­tante des EXPOSITIONS DE RUE, qu’ils inti­tulent « Le saviez-vous ? », variante bien pen­sée des dazi­baos :

httpv://www.youtube.com/watch?v=Dq2yGvCwbH4

Voi­ci les 100 PLANCHES dis­po­nibles sur leur site ; beau­coup sont cap­ti­vantes, bien conçues et bien réa­li­sées, et c’est magique : affi­chées sim­ple­ment dans la rue, elles incitent des incon­nus à se par­ler dans l’es­pace public, à échan­ger des points de vue poli­tiques tran­quille­ment avec des gens qui peut-être votent très différemment :
http://asso.informaction.info/blog/expositions‑3

. Et leur page qui donne plus de détail : http://asso.informaction.info/blog/nos-activites‑5/post/notre-exposition‑7

Il me semble avoir com­pris que ces joyeux mili­tants pro­posent leur AIDE (lot de planches toutes prêtes, conseils…) à tous ceux qui vou­draient faire comme eux dans leur vil­lage. Je trouve ça très chouette et j’ai­me­rais essayer vers chez moi 🙂

La suite du mon­tage vidéo des jeunes Tou­lou­sains devrait paraître bien­tôt. Encore mer­ci à eux, et à tous les virus démo­cra­tiques sur terre 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10155326032637317&id=600922316

[Merci Flore] MEETING SNOWDEN : Larry Lessig et Birgitta Jónsdóttir vont rencontrer Edward Snowden en Russie, filmés par Flore Vasseur

Flore Vas­seur nous fait un cadeau for­mi­dable : elle a orga­ni­sé et fil­mé une ren­contre sym­bo­lique très émou­vante : Lar­ry Les­sig (Crea­tive Com­mons, Repu­blic Lost) et Bir­git­ta Jónsdót­tir (Par­ti Pirate en Islande) vont ren­con­trer Edward Snow­den (CIA, NSA, Citi­zen­four) en Rus­sie, pour nous invi­ter à réflé­chir ensemble à ce que nous devrions faire pour sau­ver « la démocratie ».

Le film de Flore est épa­tant, il s’ap­pelle MEETING SNOWDEN, et il sera dif­fu­sé sur Arte demain 10 juin 2017 à minuit :

httpv://www.youtube.com/watch?v=X41LxKbS9K0

Moi qui aime et admire ces deux hommes, pour leur dévoue­ment au bien com­mun et pour leur cou­rage, je trouve cette pho­to vrai­ment poignante :

J’ai vu ce film et je le trouve émou­vant, pas­sion­nant… beau­coup trop court 🙂
Je vous le conseille chaleureusement.

Il fau­dra sans doute le retrans­crire pour don­ner une force durable à ses plus sai­sis­santes pen­sées ; je le tra­vaille­rai sans doute avec mes étudiants.

 
Je note (au pas­sage) que le soi-disant « pays de la liber­té et de la démo­cra­tie » pour­chasse et mar­ty­rise en réa­li­té le héros lan­ceur d’a­lerte, pro­tec­teur des liber­tés civiles contre les pou­voirs cor­rom­pus, qu’est Edward Snow­den, alors que le soi-disant « pays enne­mi de la liber­té et de la démo­cra­tie » héberge et pro­tège en réa­li­té ce citoyen pour­chas­sé injus­te­ment par l’Empire. 

Les médias mentent.

Voi­ci quelques textes et vidéos qui accueillent bien ce film et qui ques­tionnent Flore :

« Snow­den ne fait pas l’his­toire, il la per­met » (Flore Vas­seur, chez Usbek et Rica)
https://​usbe​ke​tri​ca​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​s​n​o​w​d​e​n​–​n​e​–​f​a​i​t​–​p​a​s​–​l​–​h​i​s​t​o​i​r​e​–​i​l​–​l​a​–​p​e​r​met

« Mee­ting Snow­den » sur Arte le 10 juin – entre­tien du Cercle des volon­taires avec la réa­li­sa­trice Flore Vasseur
http://​www​.cer​cle​des​vo​lon​taires​.fr/​2​0​1​7​/​0​6​/​0​7​/​m​e​e​t​i​n​g​–​s​n​w​o​d​e​n​–​f​l​o​r​e​–​v​a​s​s​e​u​r​–​e​n​t​r​e​t​i​en/

httpv://www.youtube.com/watch?v=qhvnfNuyGBM

[Docu­men­taire] « Mee­ting Snow­den », l’avenir de la démo­cra­tie en débat (Jour­nal­du­geek)
http://​www​.jour​nal​du​geek​.com/​2​0​1​7​/​0​6​/​0​9​/​m​e​e​t​i​n​g​–​s​n​o​w​d​e​n​–​f​l​o​r​e​–​v​a​s​s​e​ur/

« Mee­ting Snow­den » : l’a­ve­nir de la démo­cra­tie en débat face camé­ra (France Inter, L’ins­tant M)
https://www.franceinter.fr/emissions/l‑instant‑m/l‑instant-m-09-juin-2017

httpv://www.youtube.com/watch?v=Hqm0gyHx1cs

L’en­tre­tien de Snow­den (dont parle Flore sur France Inter) avec Katie Couric :
httpv://www.youtube.com/watch?v=1ZS6MpqeYWA

Dans les cou­lisses de MEETING SNOWDEN :

C polé­mique – France 5 – Flore Vas­seur à pro­pos de Mee­ting Snowden
httpv://www.youtube.com/watch?v=9Z7RtpG7lhE&feature=youtu.be


• Je rap­pelle qu’il faut abso­lu­ment voir le film CITIZENFOUR, où l’on voit (en vrai !) Lau­ra Poi­tras et Glenn Green­wald recueillir les révé­la­tions explo­sives de Snow­den ; c’est un film bou­le­ver­sant et important :

httpv://www.youtube.com/watch?v=E8lW4_tpzO4

On peut (pour une bou­chée de pain) com­man­der le DVD, par exemple là : http://video.fnac.com/a8192204/Citizenfour-DVD-Edward-Snowden-DVD-Zone‑2

Le site du film : https://​citi​zen​four​film​.com/

—-

Voyez aus­si (rap­pel) :
[Bien com­mun mena­cé – Tous concer­nés] Com­ment le Penta­gone punit les lan­ceurs d’alerte
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​6​/​0​5​/​2​7​/​b​i​e​n​–​c​o​m​m​u​n​–​m​e​n​a​c​e​–​c​o​m​m​e​n​t​–​l​e​–​p​e​n​t​a​g​o​n​e​–​p​u​n​i​t​–​l​e​s​–​l​a​n​c​e​u​r​s​–​d​a​l​e​r​te/


À mon avis, vous devriez vous ser­vir de tout ça pour ali­men­ter vos pro­chains ate­liers consti­tuants sur la pro­tec­tion de la vie pri­vée et sur la sur­veillance des gou­ver­nants par les gou­ver­nés (plu­tôt que l’in­verse). Ne comp­tez pas sur les « élus » des usu­riers : la solu­tion ne vien­dra pas d’eux ; ne comp­tez que sur vous-mêmes et entraî­­nez-vous à consti­tuer POUR ÊTRE PRÊTS CETTE FOIS, la pro­chaine fois que ça pétera.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.

PS : je rap­pelle que je dois (nous devons) à Flore son invi­ta­tion et son aide qui avait per­mis cette vidéo (un peu his­to­rique) de TedX (en mars 2012, je crois) :

httpv://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8

Donc, Flore, à nou­veau, mille fois MERCI ! 🙂 

____

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​2​1​3​0​8​9​6​7​317

[BIENTÔT CHEZ NOUS] Pillage et dévastation volontaires en Grèce, au Portugal et à Chypre – L’UE est un carcan criminel d’usuriers : CORRUPTION généralisée et totale IMPUNITÉ chez les voleurs de pouvoir (baptisés « troïka »)

• L’en­quête sui­vante (un film d’Arte, 1h30) est magis­trale, une puis­sante et révol­tante démons­tra­tion que la toute pre­mière urgence pour nous tous est de fuir ce piège mor­tel qu’est la pré­ten­due « Union européenne » :

httpv://youtu.be/NDYNlnLP9m4

Le docu­men­taire ori­gi­nal (2015) :
« Puis­sante et incon­trô­lée, la Troïka »
httpv://youtu.be/jUz_j8z0Fb0

Il fau­drait RETRANSCRIRE le texte de ce film impor­tant, pour le tra­vailler point par point, comme j’a­vais retrans­crit le film INSIDE JOB, cette autre enquête fon­da­men­tale à ne sur­tout pas rater. Si quel­qu’un peut m’ai­der, en récu­pé­rant les sous-titres par exemple, ce serait super 🙂

• Rap­pel d’une autre vidéo his­to­rique (1 M vues), avec Myret Zaki, essen­tielle pour com­prendre les rai­sons pro­fondes (spé­cu­la­tives et ins­ti­tu­tion­nelles) du scan­da­leux (et abso­lu­ment NON NÉCESSAIRE) mar­tyr des Grecs — mar­tyr grec qui nous donne à voir clai­re­ment notre propre pro­chain mar­tyr puisque nous éli­sons nous-mêmes, les uns après les autres, dans la joie, des euro-maîtres, des euro-tyrans, des euro-bourreaux :

httpv://www.youtube.com/watch?v=TLjq25_ayWM

• Il y a aus­si l’ex­cellent film « DÉDALE, un fil vers la démo­cra­tie », visible ici : http://​preuves​-par​-images​.fr/​#​/​d​e​d​a​l​e​–​u​n​–​f​i​l​–​v​e​r​s​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

• Il faut lire aus­si les deux excel­lents livres ci-dessous,
deux brillantes syn­thèses de la pré­da­tion dite « libérale » :

[FORMIDABLE BOUQUIN] Olivier Delorme : 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe


http://​www​.ho​-edi​tions​.com/​p​r​o​d​u​c​t​d​i​s​p​l​a​y​/​3​0​–​b​o​n​n​e​s​–​r​a​i​s​o​n​s​–​p​o​u​r​–​s​o​r​t​i​r​–​d​e​–​l​e​u​r​ope

[FORMIDABLE BOUQUIN] Thomas Guénolé : « La Mondialisation malheureuse. Inégalités – Pillage – Oligarchie »


http://​tho​mas​-gue​nole​.fr/​?​p​a​g​e​_​i​d​=11

TOUT MONTRE que l’Eu­rope n’est pas un pro­jet de paix et de démo­cra­tie, mais un pro­jet de pré­da­tion et d’ex­ploi­ta­tion, un pro­jet ultra-capi­­ta­­liste et antidémocratique.

Je trouve déses­pé­rant que des mili­tants de gauche (ou soi-disant tels) osent défendre le pro­jet de domi­na­tion « UE » (en répé­tant stu­pi­de­ment qu’ils défendent « une autre Europe »), et qu’ils osent même condamner/calomnier ceux qui veulent (évi­dem­ment) sor­tir au plus vite de ce piège esclavagiste.


• Atten­tion : bien­tôt, les grands usu­riers qui nous ont volé la créa­tion moné­taire depuis 300 ans (1694) vont nous pri­ver com­plè­te­ment de mon­naie, nous jetant tous dans un chaos total (https://​you​tu​.be/​2​I​W​2​K​F​e​r​Gzo) : il est donc impor­tant — et urgent — que de très nom­breux citoyens apprennent à créer la mon­naie (à tra­vers la pra­tique de mon­naies locales, mais sur­tout en lisant des livres citoyens sur ce sujet, pour nous déniai­ser rapi­de­ment), car il fau­dra en créer vite, pour sur­vivre, quand tout va s’ef­fon­drer.

Lisez
« RÉINVENTONS LA MONNAIE !
Les premiers pas vers un nouveau paradigme »

de Bernard LIETAER et Jacqui DUNNE
(Préface de John PERKINS)


http://​www​.yves​mi​chel​.org/​p​r​o​d​u​c​t​–​p​a​g​e​/​l​i​v​r​e​s​–​n​o​u​v​e​a​u​t​e​s​/​r​e​i​n​v​e​n​t​o​n​s​–​l​a​–​m​o​n​n​a​ie/

Lisez aussi l’excellent livre de Gérard Foucher :

« LES SECRETS DE LA MONNAIE
Changer la monnaie pour changer le monde »


http://​www​.yves​mi​chel​.org/​p​r​o​d​u​c​t​–​p​a​g​e​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​s​e​c​r​e​t​s​–​d​e​–​l​a​–​m​o​n​n​a​i​e​–​l​es/

• Voyez aus­si ma page dédiée à la créa­tion monétaire : 

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​m​o​n​n​a​i​e​.​php


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« Puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

« Dans notre pays [chez les Inuits], nous sommes humains. Et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. 
Nous n’ai­mons pas entendre quel­qu’un dire mer­ci pour ça. 
Ce que j’ai aujourd’­hui, tu peux l’a­voir demain.
Ici, nous disons qu’a­vec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’a­vec les fouets on fait des chiens. » 

Pré­cieux ensei­gne­ment de David Grae­ber, dans « Dette, 5000 ans d’his­toire »… (rap­pel)

Rap­pel de la vidéo ori­gi­nale sur le blog, avec une foule de pré­cieux commentaires :

https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​4​/​0​4​/​1​3​/​d​a​v​i​d​–​g​r​a​e​b​e​r​–​n​o​u​s​–​e​x​p​l​i​q​u​e​–​l​a​–​l​e​c​o​n​–​f​o​n​d​a​m​e​n​t​a​l​e​–​d​e​s​–​i​n​u​i​ts/

Le livre épatant :

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Rendez-vous pour un débat à La Tour D’aigues (84) jeudi prochain, 1er juin 2017 à 19h30, avec Attac et la LDH, sur le thème « SOUVERAINETÉ ET DÉMOCRATIE »

Salut à tous 🙂 

Je vous pro­pose de débattre ensemble à nou­veau, jeu­di pro­chain (1er juin 2017) à 19 h 30, à La Tour D’aigues (84), à l’in­vi­ta­tion d’At­tac et de la LDH, et en nous concen­trant cette fois sur le mot SOUVERAINETÉ, mot aimé des démo­crates mais détes­té par les pen­seurs oli­gar­chiques — vous savez, ceux qui nous traitent de « popu­listes » et de « conspi­ra­tion­nistes » dès qu’on dénonce les intrigues des riches pour exploi­ter les pauvres et dès qu’on parle de vraie démocratie 🙂

Si l’on doit par­ler de sou­ve­rai­ne­té, on par­le­ra donc for­cé­ment de MONNAIE (pas de sou­ve­rai­ne­té poli­tique sans sou­ve­rai­ne­té moné­taire, assurément).

On par­le­ra aus­si de la sou­ve­rai­ne­té pour empê­cher la GUERRE : pas de paix durable en asser­vis­sant notre volon­té à une machine de guerre per­ma­nente comme l’O­TAN, notam­ment. La pré­ten­due « UE » nous oblige à tuer dans les guerres illé­gales de l’O­TAN, vou­lues et com­man­dées par les USA et sou­vent, au bout du compte, par l’ex­trême droite israé­lienne. Le seul moyen de ne pas être embar­qués de force dans la guerre, c’est de res­tau­rer (NOUS-MÊMES) notre sou­ve­rai­ne­té, une vraie sou­ve­rai­ne­té, popu­laire, démocratique. 

Voi­ci l’af­fiche pré­pa­rée par les organisateurs :

Le sujet est majeur, effec­ti­ve­ment, mais nous ne sau­rons que jeu­di si notre débat l’a été aussi 🙂

Pre­nez de quoi écrire : j’ai­me­rais que nous réflé­chis­sions ensemble à quelques articles de consti­tu­tion (d’o­ri­gine populaire).

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

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Guillemin : les gens de droite s’appellent toujours « les libéraux »

On ne se lasse pas de ce cher Guillemin.
Il change la vie. 

Les »libé­raux« sont sou­vent des escrocs : libé­raux pour eux mais escla­va­gistes pour les autres ; ils se servent de l’É­tat en pré­ten­dant le servir.

Rap­pel : lire Dome­ni­co Losur­do, « contre-his­­toire du libé­ra­lisme », ça pique.

On devrait apprendre l’his­toire à l’é­cole en pas­sant du Guille­min aux enfants.

Chaque matin, avec un peu de Guille­min, on est en forme jus­qu’au lendemain 🙂

—–

Pour ceux qui ne connaissent pas, voyez ce billet (accom­pa­gné d’une longue liste « inté­grale de Guillemin » ) : 

Hen­ri Guille­min explique Robes­pierre et les « Révo­lu­tions Fran­çaises » : la fausse de 1789 (les nou­veaux riches prennent le pou­voir aux anciens) et la vraie de 1792 (le peuple est enfin défen­du, pen­dant deux ans) :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​2​/​0​5​/​0​4​/​2​1​8​–​h​e​n​r​i​–​g​u​i​l​l​e​m​i​n​–​e​x​p​l​i​q​u​e​–​r​o​b​e​s​p​i​e​r​r​e​–​e​t​–​l​e​s​–​r​e​v​o​l​u​t​i​o​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​e​s​_​l​a​–​f​a​u​s​s​e​–​e​t​–​l​a​–​v​r​aie

—-

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Le KLÉROTÉRION, machine à tirer au sort, indispensable rouage pratique pour toute démocratie digne de ce nom, machine dissimulée par les voleurs de pouvoir depuis 2300 ans

Ah ! La for­mi­dable trou­vaille que ce tra­vail pré­cieux de deux cher­cheurs au CNRS pour recons­ti­tuer et pour expli­quer un klé­ro­té­rion, machine à tirer au sort des Athé­niens pen­dant 200 ans, il y a 2 500 ans !

La démons­tra­tion de son MODE D’EMPLOI pra­­ti­­co-pra­­tique est inédite pour moi, je n’a­vais jamais vu ça ; je vous parle pour­tant de cette machine, sym­bo­li­que­ment essen­tielle pour toute démo­cra­tie digne de ce nom, depuis 2005…

Voi­là donc une vidéo à vous pas­ser entre vous, avant votre pro­chaine série d’a­te­liers consti­tuants 🙂 sur la dési­gna­tion et le contrôle de nos (éven­tuels) représentants 🙂

Hé ! les virus, il date de quand, votre der­nier ate­lier constituant ?
Hum
Vous avez com­pris que si vous ne faites rien, il ne se pas­se­ra rien, n’est-ce pas ?
Il faut « conta­gier », cha­cun du mieux qu’il peut, cou­ra­geu­se­ment, opi­niâ­tre­ment, tout le temps… Moi, demain je suis à Tou­louse, ven­dre­di pro­chain à Col­mar, mer­cre­di d’a­près à La Tour d’Aigues… et vous ? 🙂 Allez, citoyens, les petits ruis­seaux font les grandes rivières : pas besoin d’au­tant voya­ger que moi, tâchez de par­ler consti­tu­tion avec vos proches et vos voi­sins, ce sera déjà épatant 🙂

Bon cou­rage, bande de virus 🙂 

Etienne.


Je pro­fite de l’oc­ca­sion pour vous rap­pe­ler d’autres docu­ments utiles pour réflé­chir aux usages et aux moda­li­tés pra­tiques du tirage au sort en politique :

Ma page dédiée au tirage au sort en politique :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​t​i​r​a​g​e​_​a​u​_​s​o​r​t​.​php

Autres consi­dé­ra­tions sur le klérotérion :
http://​fran​coib​.chez​-alice​.fr/​a​g​o​r​a​/​a​g​m​k​l​e​r​o​.​htm

La page wiki­pé­dia sur le klérotérion :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Klérotèrion

La page wiki­pé­dia sur le tirage au sort en politique :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Tirage_au_sort

Remarques fon­da­men­tales de Jacques Tes­tart sur la com­pé­tence des citoyens :
httpv://www.youtube.com/watch?v=wCAVBxcxnAI

Résu­mé très ramas­sé du com­pa­ra­tif « élec­tion vs tirage au sort » :

Le pro­cès de l’é­lec­tion en une vidéo et un texte :
httpv://youtu.be/Pm_ebQrLt6s

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​N​e​c​e​s​s​a​i​r​e​_​p​r​o​c​e​s​_​d​e​_​l​_​e​l​e​c​t​i​o​n​.​pdf

Ce texte en livre (cli­quer sur l’i­mage pour en savoir plus) :

https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste‑1/


Vous pou­vez aus­si consul­ter ce flo­ri­lège que j’ai com­po­sé pour nos ate­liers de l’UP­PA (Uni­ver­si­té Popu­laire du Pays d’Aix en Provence) :
UP_d_Aix_sur_le_tirage_au_sort_kleroterion_Sintomer_Montesquieu_Tocqueville.pdf

Vous trou­ve­rez, dans la com­pi­la­tion ci-des­­sus, les textes impor­tants suivants :

• Un extrait (du cha­pitre 2) du livre lit­té­ra­le­ment passionnant
d’Yves Sin­to­mer, « Le pou­voir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive », La décou­verte, mars 2007.

• Des images de klé­ro­té­rion, la machine à tirer au sort qui a ser­vi il y a 2500 ans à dési­gner les magis­trats tous les matins par­mi les mil­liers de citoyens pré­sents chaque jour. Yves Sin­to­mer explique cette for­mi­dable pro­cé­dure antique ; livre à connaître,

• Le juge­ment très favo­rable que Mon­tes­quieu por­tait au tirage au sort, rap­pe­lé par Ber­nard Manin, dans son livre enthou­sias­mant, « Prin­cipes du gou­ver­ne­ment représentatif »,

• Le plai­doyer for­mi­dable de Toc­que­ville pour les jurys citoyens tirés au sort, ins­ti­tu­tion poli­tique éman­ci­pa­trice et péda­go­gique : le cha­pitre VIII de l a 2e par­tie « De la démo­cra­tie en Amé­rique » est une pure mer­veille. Ne ratez pas ça, c’est super­be­ment écrit,

• … et quelques textes régle­men­taires sur les pro­cé­dures actuelles du tirage au sort des jurys d’As­sises en France.

Ne ratez pas non plus ces pas­sion­nantes GRANDES CONTROVERSES sur le tirage au sort en poli­tique, où j’ai échan­gé (par­fois très vive­ment) de forts argu­ments avec d’ir­ré­duc­tibles défen­seurs du faux « suf­frage uni­ver­sel », notam­ment Raoul Marc Jen­nar et Fran­çois Asse­li­neau. Voyez ce billet de blog (mai 2011, il y a déjà 6 ans !) avec la vidéo et sur­tout son impor­tant fil de commentaires :

Le tirage au sort comme antidote politiquement durable contre l’oligarchie : la vidéo

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​2​0​1​1​/​0​5​/​3​0​/​1​2​7​–​l​e​–​t​i​r​a​g​e​–​a​u​–​s​o​r​t​–​c​o​m​m​e​–​b​o​m​b​e​–​p​o​l​i​t​i​q​u​e​m​e​n​t​–​d​u​r​a​b​l​e​–​c​o​n​t​r​e​–​l​–​o​l​i​g​a​r​c​h​i​e​–​l​a​–​v​i​deo

Et puis, bien sûr, cet échange his­to­rique, de mon point de vue :
httpv://www.youtube.com/watch?v=xiDpyNtasGQ


Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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« Destination DÉMOCRATIE » : rendez-vous à la Foire ÉcoBio Alsace, à COLMAR, vendredi prochain, 26 mai 2017 à 15h, pour une conférence et des ateliers constituants

« Des­ti­na­tion démo­cra­tie », c’est le thème de la Foire Éco­Bio Alsace cette année, qui a ins­pi­ré à ses orga­ni­sa­teurs une très gen­tille invi­ta­tion, ven­dre­di 26 à 15 h, à COLMAR, pour une confé­rence et des ate­liers constituants :

http://​www​.eco​bio​.alsace/

De plus en plus, les gens com­mencent à se pré­oc­cu­per du vrai sens du mot « démo­cra­tie », et donc des condi­tions d’ins­ti­tu­tion de leur cratos 🙂

Le pro­gramme de vendredi :
http://​www​.eco​bio​.alsace/​f​o​i​r​e​/​v​e​n​d​r​e​di/

Je tâche­rai de mon­trer ce qui rend cru­ciale, déci­sive, indis­pen­sable, l’ap­proche ins­ti­tu­tion­nelle et moné­taire pour les enjeux éco­lo­giques (et j’es­saie­rai de vous aider à rédi­ger vous-mêmes des articles de consti­tu­tion dans ce sens) : 

AUCUNE poli­tique éco­lo­gique et sociale digne de ce nom n’est pos­sible tant que ce sont les mul­ti­na­tio­nales et les banques (les 1% les plus riches du monde, qui ne pensent qu’en termes d’ex­ploi­ta­tion et de pro­fit) qui maî­trisent les acteurs poli­tiques et la créa­tion moné­taire. Or, ce sont pré­ci­sé­ment nos ins­ti­tu­tions, et spé­cia­le­ment le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), qui donnent le pou­voir aux plus riches, tou­jours et par­tout. Je tâche­rai de mon­trer qu’en matière éco­lo­gique comme ailleurs, on ne règle les pro­blèmes cor­rec­te­ment qu’en s’en pre­nant à leur racine : cher­cher la cause des causes, comme un bon méde­cin. Qui écrit la consti­tu­tion, qui désigne les repré­sen­tants, pour quel man­dat, avec quel mode de scru­tin, quels contrôles, en pro­té­geant com­ment les ini­tia­tives citoyennes, quelles pro­cé­dures de révi­sion, etc. L’an­tienne d’É­tienne, quoi 🙂

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.

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Rendez-vous à Toulouse avec Inform’Action, le 20 mai 2017 à 11h, pour des ateliers constituants

Je suis content : je vais vous revoir bien­tôt, en chair et en os 🙂

L’as­so­cia­tion Inform’Ac­tion de Tou­louse nous pro­pose très gen­ti­ment (avec une ving­taine de béné­voles pour l’or­ga­ni­sa­tion) de nous réunir same­di pro­chain, 20 mai 2017, dans une belle grande salle, pour faire ensemble des ate­liers constituants :

La page de l’as­so­cia­tion qui annonce la rencontre :
http://asso.informaction.info/blog/actualites‑1/post/conference-etienne-chouard-25

La page Face­book de la rencontre :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​4​8​1​8​1​3​1​8​5​2​1​2​3​9​2​/​p​e​r​m​a​l​i​n​k​/​1​4​8​9​0​4​8​0​2​1​1​5​5​5​75/

Pre­nez de quoi ÉCRIRE 🙂 

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.


PS (7 août 2017) : voi­ci les liens vers 4 vidéos com­po­sées patiem­ment et intel­li­gem­ment par Inform’Ac­tion pour gar­der un sou­ve­nir fécond de cette rencontre :

1. POURQUOI RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (1÷4) : « Les consti­tu­tions du monde, pour l’instant, nous tiennent À L’ÉCART »

2. POURQUOI NE VOULONS-NOUS PAS RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? 24 « Qu’est-ce qui manque à cette idée forte, cette CAUSE COMMUNE de l’humanité, pour se répandre plus rapidement ? »

3. ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3÷4)

4. [ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4
_____

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Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Parry

Une bonne syn­thèse, pour remon­ter aux sources et décou­vrir qui veut la guerre, (et qui nous y « tire­ra par les che­veux », même si on n’est pas d’ac­cord du tout) :

Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, 

par Robert Parry

Source : Consor­tium News, le 15/03/2017

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.

Le 15 mars 2017

Exclu­sif : La famille “royale” néo­con­ser­va­trice des Kagan compte sur les Démo­crates et les pré­ten­dus pro­gres­sistes pour jouer les fan­tas­sins dans la nou­velle cam­pagne néo­con­ser­va­trice qui vise à pous­ser les Répu­bli­cains et le pré­sident Trump à enga­ger d’autres guerres de « chan­ge­ment de régime ».

Par Robert Parry

La famille Kagan, fleu­ron de l’aristocratie néo­con­ser­va­trice de l’Amérique, refait sur­face après s’être remise de n’avoir pas vu s’accroître son influence – ce que lui aurait offert l’élection d’Hillary Clin­ton – et d’avoir per­du son pou­voir offi­ciel au début de la pré­si­dence Trump.

L’ancienne Secré­taire d’État adjointe aux Affaires euro­péennes, Vic­to­ria Nuland, qui a mili­té pour le coup d’État en Ukraine et qui a contri­bué à choi­sir les diri­geants de l’après coup d’État. (Elle est l’épouse du théo­ri­cien néo­con­ser­va­teur Robert Kagan.)

La famille Kagan est de retour, pon­ti­fiant dans les tri­bunes des plus grands jour­naux. Elle incite main­te­nant à un élar­gis­se­ment de l’intervention mili­taire état­su­nienne en Syrie et elle har­cèle les Répu­bli­cains pour qu’ils par­ti­cipent avec un peu plus d’enthousiasme à la chasse aux sor­cières anti­russe au sujet de la contri­bu­tion pré­su­mée de Mos­cou à l’élection de Trump.

Dans une tri­bune du Washing­ton Post datée du 7 mars, Robert Kagan, cofon­da­teur du Pro­ject for the New Ame­ri­can Cen­tu­ry et l’un des prin­ci­paux cer­veaux de la guerre d’Irak, a atta­qué les Répu­bli­cains dont le peu d’empressement à enquê­ter fai­sait d’eux « des com­plices après coup de la Russie. »

Puis Fre­de­rick Kagan, direc­teur du Cri­ti­cal Threats Pro­ject à l’American Enter­prise Ins­ti­tut néo­con­ser­va­teur et sa femme, Kim­ber­ly Kagan, qui a son propre groupe de réflexion, l’Institute for the Stu­dy of War (Ins­ti­tut pour l’étude de la guerre), van­taient, dans une tri­bune du Wall Street Jour­nal du 15 mars, les avan­tages d’un ren­for­ce­ment de l’intervention amé­ri­caine en Syrie.

Pour­tant, quelle que soit l’influence que gardent les Kagan à Washing­ton, dans le monde des groupes de réflexion et des tri­bunes libres, ils demeurent presque tota­le­ment à l’écart des centres du pou­voir de la nou­velle ère Trump, même si, semble-t-il, ils ont vu une porte qu’on pou­vait forcer.

Il y a un an, cepen­dant, leurs pers­pec­tives avaient l’air bien plus exal­tant. Ils pou­vaient faire leur choix par­mi un grand nombre de can­di­dats répu­bli­cains néo­con­ser­va­teurs à la pré­si­dence ou, comme Robert Kagan, ils pou­vaient sou­te­nir la can­di­date de l’establishment démo­crate, Hil­la­ry Clin­ton, dont « l’interventionnisme pro­gres­siste » se confon­dait qua­si­ment avec le néo conser­va­tisme et n’en dif­fé­rait que par les expli­ca­tions ration­nelles invo­quées pour jus­ti­fier tou­jours davan­tage de guerres.

Il y avait aus­si l’espoir qu’Hillary Clin­ton pré­si­dente recon­naî­trait sa com­mu­nau­té de vues avec les fau­cons pro­gres­sistes et les néo­con­ser­va­teurs en don­nant une pro­mo­tion à la femme néo­con­ser­va­trice de Robert Kagan, Vic­to­ria Nuland, qui pas­se­rait du poste de secré­taire d’État adjointe aux Affaires euro­péennes à celui de secré­taire d’État.

Alors ils auraient béné­fi­cié d’un for­mi­dable élan pour à la fois aug­men­ter l’intervention mili­taire amé­ri­caine en Syrie et accroître l’escalade de la nou­velle guerre froide avec la Rus­sie, remet­tant l’idée de « chan­ge­ment de régime » pour ces deux pays à l’ordre du jour. Ain­si, au début de l’an der­nier, les oppor­tu­ni­tés sem­blaient infi­nies pour la famille Kagan qui allait pou­voir mon­trer sa force et engran­ger beau­coup d’argent.

Une affaire de famille

Comme je l’ai fait remar­quer il y a deux ans dans un article inti­tu­lé “Une affaire de famille de guerre sans fin” : « Le com­men­ta­teur néo­con­ser­va­teur Robert Kagan et sa femme, la secré­taire d’État adjointe aux Affaires euro­péennes Vic­to­ria Nuland, sont à la tête d’une affaire de famille remar­quable : elle, elle a déclen­ché une vraie guerre en Ukraine et elle a contri­bué à pro­vo­quer une seconde Guerre froide avec la Rus­sie, et lui, il inter­vient pour exi­ger que le Congrès aug­mente le bud­get de l’armée afin que l’Amérique puisse faire face à ces nou­velles menaces contre la sécurité.

L’intellectuel néo­con­ser­va­teur bien connu Robert Kagan. (Pho­to cre­dit : Mariusz Kubik, http://​www​.mariusz​ku​bik​.pl)

« Cet extra­or­di­naire duo conju­gal repré­sente, pour le com­plexe mili­­ta­­ro-indus­­triel, deux forces qui s’unissent, une équipe dedans-dehors qui crée le besoin d’un bud­get mili­taire plus impor­tant, use de pres­sions poli­tiques pour assu­rer des dota­tions plus éle­vées et regarde avec recon­nais­sance les mar­chands d’armes offrir de géné­reuses dona­tions aux groupes de réflexion bel­li­cistes de Washington.

« Non seule­ment la com­mu­nau­té des néo­con­ser­va­teurs dans son ensemble béné­fi­cie de ces lar­gesses, mais c’est le cas aus­si d’autres membres du clan Kagan, y com­pris celui du frère de Robert, Fre­de­rick de l’American Enter­prise Ins­ti­tute, et de sa femme Kim­ber­ly qui dirige sa propre agence, l’Institute for the Stu­dy of War. »

Cepen­dant, les évé­ne­ments ne se sont pas dérou­lés tout à fait comme les avaient ima­gi­nés les Kagan. Les Répu­bli­cains néo­con­ser­va­teurs ont tré­bu­ché lors des pri­maires et c’est Trump qui a gagné, et après qu’Hillary Clin­ton a ren­voyé le séna­teur Ber­nie San­ders dans les cordes et qu’elle a été nom­mée can­di­date pour les Démo­crates, elle a per­du devant Trump lors de la présidentielle.

A la suite de sa sur­pre­nante vic­toire, Trump, en dépit de ses nom­breuses lacunes, a recon­nu ne pas être proche des néo­con­ser­va­teurs et les a lais­sés, pour la plu­part, à la porte. Nuland a non seule­ment per­du son poste de secré­taire d’État adjointe mais elle a aus­si démis­sion­né du dépar­te­ment d’État.

Trump à la Mai­­son-Blanche, l’establishment de la poli­tique étran­gère de Washing­ton, domi­né par les néo­con­ser­va­teurs, avait pris un coup, mais il n’était pas au tapis. Les néo­con­ser­va­teurs ont reçu alors une bouée de sau­ve­tage de la part des Démo­crates et des pro­gres­sistes qui détes­taient Trump à un point tel qu’ils ont été ravis de reprendre le flam­beau de la nou­velle Guerre froide de Vic­to­ria Nuland avec la Rus­sie. Par­ti­ci­pant à un plan dou­teux pour écar­ter Trump du pou­voir, les Démo­crates et les pro­gres­sistes ont mon­té en épingle des accu­sa­tions sans preuve selon les­quelles la Rus­sie se serait enten­due avec l’équipe de Trump afin de tru­quer l’élection américaine.

L’éditorialiste du New York Times, Tho­mas L. Fried­man, a par­lé pour nombre d’entre eux quand il a com­pa­ré la pré­su­mée « ingé­rence » de la Rus­sie dans les élec­tions avec le bom­bar­de­ment de Pearl Har­bour et les atten­tats du 11-Sep­­tembre par al-Qaïda.

Dans l’émission Mor­ning Joe sur MSNBC, il a exi­gé que les accu­sa­tions de pira­tage contre la Rus­sie soient trai­tées comme un casus bel­li. « C’était un évé­ne­ment de la même ampleur que le 11-Sep­­tembre, a‑t‑il décla­ré. Ils ont atta­qué le cœur de notre démo­cra­tie. C’était un évé­ne­ment de l’ampleur de Pearl Har­bour. » Aus­si bien Pearl Har­bour que le 11-Sep­­tembre ont mené à des guerres.

Ain­si beau­coup de pro­gres­sistes, aveu­glés par leur haine de Trump, ont-ils favo­ri­sé le retour des néoconservateurs.

Le har­cè­le­ment des Républicains

Robert Kagan a choi­si la page des tri­bunes libres du Washing­ton Post pour har­ce­ler des Répu­bli­cains qui comptent, comme le repré­sen­tant Devin Nunes, pré­sident du House Intel­li­gence Com­mit­tee, qui se trou­vait en pho­to au-des­­sus de l’article et de son titre « Rou­lant pour une ingé­rence de la Russie ».

Le géné­ral David Petraeus devant le Capi­tole avec Kim­ber­ly Kagan, fon­da­trice et pré­si­dente de l’Institute for the Stu­dy of War. (Pho­to cre­dit : ISW’s 2011 Annual Report)

« Il aurait été impos­sible d’imaginer il y a un an, » écrit Kagan, « que des diri­geants du Par­ti répu­bli­cain aide­raient effec­ti­ve­ment les Russes à s’ingérer dans le sys­tème poli­tique de notre pays. Pour­tant, et c’est incroyable, c’est le rôle que joue le Par­ti républicain. »

Kagan a alors repris la doxa des res­pon­sables de Washing­ton qui accep­taient, sans émettre le moindre doute, les allé­ga­tions des direc­teurs sor­tants des ser­vices de ren­sei­gne­ment de la pré­si­dence Oba­ma, à savoir que la Rus­sie avait pira­té les mails des Démo­crates et les avait publiés via Wiki­Leaks pour gêner la cam­pagne de Clinton.

Bien que les res­pon­sables du ren­sei­gne­ment d’Obama n’aient four­ni aucune preuve pour étayer ce qu’ils avan­çaient et que Wiki­Leaks ait nié avoir reçu ces deux liasses de mails des Russes, les offi­ciels de Washing­ton ont lar­ge­ment admis ces allé­ga­tions, les consi­dé­rant comme des motifs pour dis­cré­di­ter Trump et essayer de le destituer.

Pas­sant sous silence le conflit poli­tique d’intérêts de ceux qui avaient été nom­més par Oba­ma, Kagan a esti­mé que « vu l’importance de cette décou­verte par­ti­cu­lière [l’ingérence de la Rus­sie], les preuves doivent être déter­mi­nantes » et cela jus­ti­fie « une enquête sérieuse, d’une grande ampleur et transparente. »

Kagan, cepen­dant, doit aus­si avoir com­pris quelle oppor­tu­ni­té de reve­nir au pou­voir consti­tuait pour les néo­con­ser­va­teurs ce rideau de fumée d’une nou­velle Guerre froide avec la Russie.

Il a décla­ré : « La ques­tion la plus impor­tante concerne la capa­ci­té de la Rus­sie à mani­pu­ler les élec­tions des États-Unis. Ce n’est pas un pro­blème poli­tique. C’est un pro­blème de sécu­ri­té natio­nale. Si le gou­ver­ne­ment russe s’est effec­ti­ve­ment ingé­ré dans les pro­ces­sus élec­to­raux des États-Unis l’an der­nier, alors il a la capa­ci­té de le faire dans toutes les autres élec­tions à par­tir de main­te­nant. C’est une arme puis­sante et dan­ge­reuse, plus redou­table que des vais­seaux de guerre, des chars ou des bombardiers.

« Ni la Rus­sie ni aucun autre adver­saire éven­tuel n’a le pou­voir de mettre à mal le sys­tème poli­tique état­su­nien avec des armes de guerre. Mais en ins­til­lant des doutes sur la vali­di­té, l’intégrité et la fia­bi­li­té des élec­tions des États-Unis, elle peut saper les bases de ce système. »

Une réa­li­té différente

Le ton de la tri­bune de Kagan était alar­miste, mais la réa­li­té était bien dif­fé­rente. Même si les Russes ont effec­ti­ve­ment pira­té les mails des Démo­crates et les ont, d’une façon ou d’une autre, fait pas­ser à Wiki­Leaks, affir­ma­tion non étayée et contro­ver­sée d’ailleurs, ces deux séries de mails n’ont pas joué un rôle si impor­tant dans le résul­tat de l’élection.

L’ancienne secré­taire d’État Hil­la­ry Clin­ton et le séna­teur Ber­nie San­ders. (NBC photo)

Selon Hil­la­ry Clin­ton, le res­pon­sable de sa défaite sur­prise, c’est le direc­teur du FBI James Cor­mey qui a ré-ouvert briè­ve­ment l’enquête sur le ser­veur pri­vé dont elle se ser­vait quand elle était secré­taire d’État.

En outre, tout porte à croire que les mails publiés par Wiki­Leaks étaient authen­tiques et révé­laient les agis­se­ments illi­cites des diri­geants des Démo­crates, comme la manière dont le Comi­té natio­nal du Par­ti démo­crate a lésé Ber­nie San­ders et favo­ri­sé Hil­la­ry Clin­ton. Dans les mails du direc­teur de cam­pagne de Clin­ton John Podes­ta, on a pu lire les dis­cours rétri­bués que Clin­ton avait pro­non­cés devant les finan­ciers de Wall Street et qu’elle essayait de cacher aux élec­teurs, sans oublier quelques exemples d’octroi de mar­chés aux dona­teurs de la Fon­da­tion Clinton.

En d’autres termes, la publi­ca­tion de Wiki­Leaks a contri­bué à infor­mer les élec­teurs amé­ri­cains à pro­pos des irré­gu­la­ri­tés du pro­ces­sus démo­cra­tique dans leur pays. Les mails n’étaient pas de la « dés­in­for­ma­tion » ni des « fausses nou­velles », ils conte­naient de vraies informations.

On a eu cette semaine une com­mu­ni­ca­tion d’informations sem­blable à celles qui s’étaient pro­duites avant l’élection. On a fait fui­ter, en effet, des infor­ma­tions sur les feuilles d’impôts de Trump, les­quelles sont pro­té­gées par la loi. Cepen­dant, à part le camp Trump, presque per­sonne n’a jugé que la publi­ca­tion illi­cite des feuilles d’impôts d’un citoyen consti­tuait, quelque part, une menace contre la démo­cra­tie américaine.

Les Amé­ri­cains ont le droit de connaître ce genre de détails à pro­pos d’un can­di­dat à la Mai­­son-Blanche, c’était le sen­ti­ment géné­ral. Je suis tout à fait d’accord, mais est-ce qu’il ne s’ensuit pas éga­le­ment que nous avions le droit de savoir que le Comi­té du Par­ti démo­crate abu­sait de son pou­voir pour faci­li­ter la nomi­na­tion de Clin­ton, le droit de savoir ce que conte­naient les dis­cours pro­non­cés devant les ban­quiers de Wall Street et le droit de savoir que des gou­ver­ne­ments étran­gers cher­chaient à se faire attri­buer des mar­chés en fai­sant des dona­tions à la Fon­da­tion Clinton ?

Pour­tant, parce que les hauts fonc­tion­naires nom­més par Oba­ma dans la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment « estiment » que la Rus­sie était la source des mails de Wiki­Leaks, cette attaque contre la démo­cra­tie des États-Unis jus­ti­fie une Troi­sième Guerre mondiale.

Tou­jours plus de pro­pos inconsidérés

Accu­ser cepen­dant, sans preuve, la Rus­sie de fra­gi­li­ser la démo­cra­tie des États-Unis n’était pas suf­fi­sant pour Kagan. Il a affir­mé comme un « fait », bien que, une fois de plus, il n’ait pas pré­sen­té de preuves, les élé­ments sui­vants : la Rus­sie « s’ingère dans les élec­tions à venir de la France et de l’Allemagne, et elle s’est déjà ingé­rée dans le récent réfé­ren­dum ita­lien et dans de nom­breuses autres élec­tions en Europe. Elle uti­lise cette arme contre autant de démo­cra­ties qu’elle peut pour saper la confiance des citoyens dans les ins­ti­tu­tions démocratiques. »

Le Secré­taire d’État des États-Unis, John Ker­ry, accom­pa­gné de la secré­taire d’État adjointe aux Affaires euro­péennes et eur­asiennes Vic­to­ria « Toria » Nuland, s’adresse au pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine lors d’une réunion au Krem­lin à Mos­cou, en Rus­sie, le 14 juillet 2016. [Pho­to du Dépar­te­ment d’État]

Les diri­geants à Washing­ton et les médias tra­di­tion­nels ont beau­coup déplo­ré leur impuis­sance au sujet de l’ère « post-véri­­té », mais ces pré­ten­dus ava­tars de la véri­té sont aus­si cou­pables que qui­conque, agis­sant comme si la répé­ti­tion constante d’une allé­ga­tion non étayée de faits reve­nait à la prouver.

Mais ce que Kagan et d’autres néo­con­ser­va­teurs ont à l’esprit est clair : c’est une esca­lade des hos­ti­li­tés avec la Rus­sie et une aug­men­ta­tion sub­stan­tielle des dépenses consa­crées au maté­riel mili­taire amé­ri­cain et à la pro­pa­gande occi­den­tale pour « contrer » ce qui est consi­dé­ré comme une « pro­pa­gande russe ».

Kagan l’admet, il a déjà beau­coup de Démo­crates et de pro­gres­sistes de pre­mier plan de son côté. Donc, il cherche à for­cer les Répu­bli­cains à se joindre à cette cam­pagne hys­té­rique de déni­gre­ment contre la Rus­sie, quand il écrit :

« Mais ce sont les Répu­bli­cains qui les couvrent. Le chef actuel du par­ti, le pré­sident, remet en cause les décou­vertes, les moti­va­tions et l’intégrité de la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment. Les diri­geants répu­bli­cains au Congrès se sont oppo­sés à la créa­tion d’un comi­té spé­cial d’enquête, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Congrès. Ils ont insis­té pour que les enquêtes soient menées par les deux comi­tés de renseignement.

« Pour­tant, le pré­sident répu­bli­cain du comi­té à la Chambre a indi­qué que cette enquête n’était pas bien urgente et il a même mis en cause la gra­vi­té et la vali­di­té des accu­sa­tions. Le pré­sident répu­bli­cain du comi­té au Sénat a abor­dé cette tâche à contrecœur.

« En consé­quence, on a l’impression que les enquêtes avancent avec une len­teur déli­bé­rée, pro­dui­sant peu d’informations et en four­nis­sant encore moins au public. Il est dif­fi­cile de ne pas conclure que c’est pré­ci­sé­ment l’intention de la direc­tion du Par­ti répu­bli­cain, à la fois à la Mai­­son-Blanche et au Congrès. …

« Lorsque les Répu­bli­cains s’opposent à des enquêtes appro­fon­dies, trans­pa­rentes et immé­diates, ils deviennent com­plices de la Rus­sie après coup. »

Men­tir avec les néoconservateurs

Beau­coup de démo­crates et de pro­gres­sistes peuvent trou­ver encou­ra­geant qu’un néo­con­ser­va­teur de pre­mier plan, qui a contri­bué à ouvrir la voie de la guerre en Irak, soit désor­mais de leur côté pour déni­grer les Répu­bli­cains cou­pables de ne pas se joindre avec enthou­siasme à la der­nière chasse aux sor­cières russe. Mais ils pour­raient éga­le­ment réflé­chir un ins­tant et se deman­der com­ment ils ont pu lais­ser leur haine de Trump les conduire à s’allier avec les néoconservateurs.

Le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine, après son dis­cours à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies, le 28 sep­tembre 2015. (Pho­to de l’ONU)

Mer­cre­di, dans The Wall Street Jour­nal, Fre­de­rick, le frère de Robert Kagan, et sa femme, Kim­ber­ly, sont allés plus loin en pré­sen­tant le vieux rêve des néo­cons d’une inva­sion amé­ri­caine à grande échelle en Syrie, pro­jet qui a été mis en attente en 2004 à cause des échecs mili­taires des États-Unis en Irak.

Cepen­dant, les néo­con­ser­va­teurs sont avides, depuis long­temps, d’un « chan­ge­ment de régime » en Syrie et n’ont pas été satis­faits par ce qu’a fait Oba­ma en armant les rebelles anti­gou­ver­ne­men­taux et par l’implication limi­tée de forces spé­ciales dans le nord de la Syrie afin de contri­buer à la recon­quête de la « capi­tale » de l’EI, Raqqa.

Dans leur tri­bune du Wall Street Jour­nal, Fre­de­rick et Kim­ber­ly Kagan appellent à l’ouverture d’un nou­veau front dans le sud-est de la Syrie.

« Les forces armées amé­ri­caines seront néces­saires. Mais les États-Unis peuvent recru­ter de nou­veaux par­te­naires sun­nites en com­bat­tant avec eux dans leur pays. Au départ, le but doit être de se battre contre l’EI parce qu’il contrôle, en Syrie, les der­nières zones où les États-Unis peuvent rai­son­na­ble­ment espé­rer trou­ver des alliés sun­nites qui ne soient pas sous l’influence d’al-Qaïda. Mais après la défaite de l’EI, il fau­dra lever une armée arabe sun­nite capable de vaincre al-Qaï­­da et de contri­buer à négo­cier un règle­ment de la guerre.

« Les États-Unis devront faire pres­sion auprès du régime d’Assad, de l’Iran et de la Rus­sie pour mettre fin au conflit dans des condi­tions que les arabes sun­nites accep­te­ront. Ce sera plus facile si on dis­pose d’une base sûre, indé­pen­dante et influente à l’intérieur de la Syrie. Le pré­sident Trump devrait s’affranchir des rai­son­ne­ments erro­nés et de la pla­ni­fi­ca­tion inadap­tée héri­tés de son pré­dé­ces­seur. Il peut trans­for­mer cette lutte, mais seule­ment en trans­for­mant l’approche qu’en a l’Amérique »

Un nou­veau plan pour la Syrie

En d’autres termes, les néo­con­ser­va­teurs sont de retour avec leur habi­le­té à jouer avec les mots et leurs manœuvres stra­té­giques pour ame­ner les forces armées état­su­niennes à accom­plir un pro­jet de « chan­ge­ment de régime » en Syrie.

Ils pen­saient avoir qua­si­ment atteint ce but en fai­sant por­ter au gou­ver­ne­ment syrien la res­pon­sa­bi­li­té de la mys­té­rieuse attaque au gaz sarin qui a eu lieu dans la ban­lieue de Damas le 21 août 2013 et en pié­geant ain­si Oba­ma qui se serait trou­vé for­cé de lan­cer une attaque aérienne d’envergure contre l’armée syrienne.

Mais le pré­sident Vla­di­mir Pou­tine est inter­ve­nu et il a réus­si à ce que le pré­sident syrien Bachar el-Assad livre toutes ses armes chi­miques, même si ce der­nier conti­nuait à nier avoir joué le moindre rôle dans l’attaque au sarin.

L’intercession de Pou­tine, en met­tant en pièces le rêve des néo­con­ser­va­teurs d’un « chan­ge­ment de régime » en Syrie, l’a pro­pul­sé en haut de la liste de leurs enne­mis. Des néo­con­ser­va­teurs impor­tants, comme Carl Gersh­man, pré­sident du Natio­nal Endow­ment for Demo­cra­cy, n’ont pas tar­dé alors à prendre l’Ukraine pour cible, ce qui, pour Gersh­man, consti­tuait « la plus belle récom­pense » et une pre­mière étape qui devait abou­tir à la des­ti­tu­tion de Pou­tine à Moscou.

C’est à la secré­taire adjointe Vic­to­ria « Toria » Nuland qu’est reve­nu de super­vi­ser le « chan­ge­ment de régime » en Ukraine. L’un des coups de fil qu’elle a don­né sur une ligne non sécu­ri­sée fin jan­vier ou début février 2014 a été inter­cep­té, et on l’y entend par­ler avec l’ambassadeur en Ukraine, Geof­frey Pyatt, d’« arran­ger » ou d’« accou­cher » un chan­ge­ment dans le gou­ver­ne­ment élu du pré­sident Vik­tor Ianoukovitch.

Quelques semaines plus tard, les com­bat­tants néo­na­zis et ultra­na­tio­na­listes étaient en pre­mière ligne de l’attaque vio­lente contre les bâti­ments gou­ver­ne­men­taux et ont for­cé Ianou­ko­vitvh et d’autres res­pon­sables à s’enfuir pour sau­ver leur vie tan­dis que le gou­ver­ne­ment état­su­nien se dépê­chait de saluer le gou­ver­ne­ment issu du coup d’État comme « légitime ».

Mais le putsch ukrai­nien a conduit à la séces­sion de la Cri­mée et à une san­glante guerre civile dans l’est de l’Ukraine contre la mino­ri­té eth­nique russe, des évé­ne­ments que le dépar­te­ment d’État et les médias occi­den­taux ont qua­li­fié d’« agres­sion russe » ou d’« inva­sion russe ».

Ain­si, depuis les der­nières années de l’administration Oba­ma, tout était en place pour que les néo­con­ser­va­teurs et la famille Kagan mènent à bien la der­nière étape de leur plan stra­té­gique qui consis­tait à accu­ler la Rus­sie et à ins­ti­tuer un « chan­ge­ment de régime » en Syrie.

Tout ce qu’il fal­lait, c’était qu’Hillary Clin­ton soit élue pré­si­dente. Pour­tant, éton­nam­ment, ces plans si bien conçus ont échoué. Bien qu’il ne soit pas, d’une manière géné­rale, apte à la pré­si­dence, Trump a bat­tu Clin­ton, amère décep­tion pour les néo­con­ser­va­teurs et leurs alliés pro­gres­sistes interventionnistes.

Pour­tant, la pré­ten­due #Resis­tance à la pré­si­dence de Trump et l’utilisation sans pré­cé­dent par le pré­sident Oba­ma de ses agences de ren­sei­gne­ment pour dépeindre Trump comme un « can­di­dat ven­du aux Russes » a don­né un nou­vel espoir aux néo­con­ser­va­teurs pour la mise en œuvre de leur ordre du jour.

Il ne leur a fal­lu que quelques mois pour se réor­ga­ni­ser et se regrou­per, mais ils ont main­te­nant l’espoir d’exercer sur Trump, à pro­pos de la Rus­sie, une pres­sion si forte qu’il n’aura plus d’autre choix que de se lais­ser convaincre par leurs plans bellicistes.

Comme c’est sou­vent le cas, la famille Kagan a défi­ni la stra­té­gie : for­cer les répu­bli­cains à se joindre à la cam­pagne de déni­gre­ment de la Rus­sie et à per­sua­der un Trump radou­ci de lan­cer une inva­sion à grande échelle de la Syrie. Et dans cette entre­prise, les Kagan uti­lisent Démo­crates et pro­gres­sistes comme fantassins.

Robert Par­ry.

Le jour­na­liste d’investigation Robert Par­ry a dévoi­lé une grande par­tie des scan­dales Iran-Contra pour l’Associated Press et News­week dans les années 1980.

Source : Consor­tium News, le 15/03/2017

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.

http://​www​.les​-crises​.fr/​l​e​s​–​k​a​g​a​n​–​s​o​n​t​–​d​e​–​r​e​t​o​u​r​–​l​e​s​–​g​u​e​r​r​e​s​–​v​o​n​t​–​s​u​i​v​r​e​–​p​a​r​–​r​o​b​e​r​t​–​p​a​r​ry/


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[Démocratie directe, l’exemple suisse] La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux (par Wolf Linder)

Moi qui suis assez vieux tout de même, c’est la pre­mière fois de ma vie que je n’ai pas voté élu mon pro­chain maître.

Je me suis abs­te­nu, pour évi­ter de faire des bêtises, per­du dans le choix lamen­table qui m’é­tait impo­sé par les ultra-riches et leurs serviteurs.

Cette élec­tion pré­si­den­tielle fut donc un épi­sode par­ti­cu­liè­re­ment odieux de pré­ten­due « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » : on te met le pis­to­let (d’ex­trême droite) sur la tempe (chan­tage qui prend des années à mettre en place, grâce aux médias qu’il a fal­lu ache­ter pour ça) et un dimanche fatal, on te dit :

« tu dois voter :

- soit pour la pré­ten­due « Union euro­péenne » — c’est-à-dire la per­pé­tua­tion de la schlague de l’or­do­li­bé­ra­lisme alle­mand et l’as­ser­vis­se­ment par la dette, les concur­rences déloyales du « libre-échange », les délo­ca­li­sa­tions et la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, les « tra­vailleurs déta­chés », le chô­mage de masse et les bas salaires, l’es­pion­nage géné­ra­li­sé et la colo­ni­sa­tion du pays par les USA, et puis fina­le­ment le pillage et la dévas­ta­tion bien­tôt comme les pauvres Grecs —,

- soit pour… « le péril fas­ciste » (sic)…

Allez, main­te­nant, vote ! »

Heu, non.

Tout compte fait, en cette occur­rence cala­mi­teuse, même le vote blanc valide l’es­cro­que­rie repré­sen­ta­tive : j’ai relu Liber­tad et je me suis abstenu.

66% des gens qui élisent Macron (!), leur pire enne­mi (et, bien enten­du, rien à foutre de l’abs­ten­tion, des blancs et des nuls)… La pré­dic­tion de Toc­que­ville (la devise des riches) s’est encore par­fai­te­ment confir­mée : « je ne crains pas le suf­frage uni­ver­sel : les gens vote­ront comme on leur dira ».

Après cet épi­sode odieux, donc, je vous pro­pose de reve­nir aux fon­da­men­taux (quel contrat social allons-nous mettre en place nous-mêmes, pré­ci­sé­ment, dès que nous serons assez nom­breux à être deve­nus vrai­ment consti­tuants ?), avec cet article de Wolf Lin­der, aima­ble­ment tra­duit par Domaine public.

Avant de vous lais­ser le lire, je vous rap­pelle que c’est à VOUS, per­son­nel­le­ment, quo­ti­dien­ne­ment, de réflé­chir à la consti­tu­tion et de vous entraî­ner à consti­tuer, pour, le jour où il sera ques­tion de chan­ger de contrat social, être prêt à refu­ser d’é­lire une assem­blée consti­tuante et prêt à exi­ger soit de par­ti­ci­per vous-même à l’é­cri­ture, soit que l’AC soit tirée au sort par­mi de simples mais vrais citoyens (donc constituants).

Pas de démo­cra­tie sans citoyens consti­tuants et vigilants.

Bon cou­rage à tous
(parce que là, on va perdre à la fois le droit du tra­vail, la sécu­ri­té sociale, la retraite, et j’en passe… dans l’im­puis­sance poli­tique la plus totale).

Étienne.

Voir aus­si Démo­cra­tie directe : avan­tages et inconvénients


La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux

La vraie démo­cra­tie sup­pose d’assumer son opi­nion et de la confron­ter à celle des autres

icone auteurWOLF LINDER | icone calendrier 8 mai 2017 | icone calendrier DP 2164

Photo jimynu
Pho­to jimy­nu (licence CC)

Durant de longues années, je ne comp­tais pas par­mi les fer­vents admi­ra­teurs de l’institution de la Land­sge­meinde, par­ta­geant un scep­ti­cisme très répan­du : dans de telles assem­blées, le secret du vote n’existe pas.

Cha­cun peut voir com­ment et pour qui vote son fils, son voi­sin ou son employé. Le talent ora­toire d’un Lan­dam­man peut influen­cer l’avis de l’assemblée. Le décompte d’une courte majo­ri­té est presque impos­sible lors d’un vote à main levée.

On se sou­vient encore de l’entêtement des Appen­zel­lois des Rhodes-Inté­­rieures qui ont refu­sé à plu­sieurs reprises le droit de vote à leurs femmes. Il a fal­lu qu’une poi­gnée de vaillantes Appen­zel­loises portent la cause jusqu’au Tri­bu­nal fédé­ral pour obte­nir en 1990 les droits poli­tiques dont les autres Suis­sesses béné­fi­ciaient depuis long­temps. A cette époque, j’aurais voté comme les Nid­wal­diens et les Appen­zel­lois des Rhodes-Exté­­rieures qui ont abo­li leur Land­sge­meinde dans les années 90.

Aujourd’hui, seuls les can­tons de Gla­ris et d’Appenzell Rhodes-Inté­­rieures connaissent encore une assem­blée annuelle du corps élec­to­ral qui élit ses auto­ri­tés, se pro­nonce sur les finances et sur les ques­tions impor­tantes – telle l’interdiction de la bur­ka, refu­sée dimanche 7 mai 2017. Seraient-ils donc les der­niers à célé­brer ce folk­lore et à tenir à cette vieille tra­di­tion n’ayant plus de place à notre époque ?

Mes pre­miers doutes sont appa­rus il y a une dizaine d’années lors d’une dis­cus­sion avec Marianne Klei­ner, pre­mière conseillère d’Etat d’Appenzell Rhodes-Exté­­rieures, puis conseillère natio­nale (PRD). Celle-ci s’est bat­tue sans suc­cès pour réin­tro­duire la Land­sge­meinde à Tro­gen et Hund­wil (AR), échouant mal­gré un argu­men­taire remar­quable. Et en 2006, à Gla­ris, une motion de jeunes socia­listes pro­po­sant la fusion des 25 com­munes du can­ton en trois nou­velles com­munes fut accep­tée par la Land­sge­meinde. Une année plus tard, la même assem­blée fai­sait de Gla­ris le pre­mier can­ton – et tou­jours le seul – à connaître le droit de vote à 16 ans.

Il s’agissait donc de bien autre chose que de folk­lore. Par la suite, deux tra­vaux de recherche menés sous ma direc­tion à l’Institut de science poli­tique de l’Université de Berne ont par­ache­vé mon revi­re­ment d’opinion.

Le pre­mier, la thèse de doc­to­rat de Hans­pe­ter Schaub, com­pare la qua­li­té de la démo­cra­tie telle que pra­ti­quée dans la Land­sge­meinde d’une part, et par le vote dans les urnes d’autre part, dans six can­tons ; le second tra­vail inter­roge un mil­lier de citoyens gla­ron­nais sur leur expé­rience de la Land­sge­meinde, afin de savoir de quelle manière les débats à l’assemblée ont contri­bué à for­mer leur propre opi­nion. De plus, il s’agissait de véri­fier l’intensité du sou­tien à la démo­cra­tie d’assemblée.

Les deux tra­vaux montrent une image nou­velle et fas­ci­nante de cette ins­ti­tu­tion. Le vote dans les urnes voit l’initiative et le réfé­ren­dum contre les déci­sions du par­le­ment se sub­sti­tuer à l’assemblée des citoyens. Un tel sys­tème per­met une plus grande indé­pen­dance de la jus­tice et accroît la capa­ci­té d’action du gou­ver­ne­ment. Par contre, la démo­cra­tie « radi­cale » de la Land­sge­meinde élar­git les pos­si­bi­li­tés de choix du peuple et per­met aux citoyennes et aux citoyens de véri­ta­ble­ment déci­der sur un plus grand nombre de dos­siers. La Land­sge­meinde per­met éga­le­ment de mieux cla­ri­fier la res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment. Mais le plus sur­pre­nant est la qua­li­té démo­cra­tique des débats tenus dans l’enceinte de la Land­sge­meinde, révé­lé par les deux études.

Certes, un quart seule­ment du corps élec­to­ral par­ti­cipe à l’assemblée. Mais les Gla­ron­nais sont fiers de leur ins­ti­tu­tion et per­çoivent les déci­sions prises comme par­ti­cu­liè­re­ment cré­dibles. Et à rai­son, car l’assemblée est le théâtre de réels et vifs débats sur les ques­tions de poli­tique can­to­nale. L’étude détaillée de deux objets sou­mis à vota­tion a mon­tré qu’une bonne par­tie des par­ti­ci­pants ont for­mé leur avis au cours de l’assemblée. Les nou­veaux argu­ments lan­cés dans le débat ont influen­cé la for­ma­tion de l’opinion. Les per­sonnes inter­ro­gées accordent une forte cré­di­bi­li­té aux pro­po­si­tions for­mu­lées par les per­sonnes direc­te­ment concer­nées par le pro­blème dis­cu­té et par des citoyens sans man­dat élec­tif. Si leur point de vue est bien argu­men­té, il peut empor­ter l’adhésion.

Une étude plus ancienne, por­tant sur la révi­sion du plan géné­ral d’affectation des sols dans 60 com­munes du can­ton de Zurich, arrive à des conclu­sions simi­laires : les pro­po­si­tions véri­ta­ble­ment nou­velles émergent lors de l’assemblée com­mu­nale cen­sée adop­ter le nou­veau plan, soit à la fin du pro­ces­sus de révi­sion, et non lors des étapes pré­cé­dentes qui passent par la consul­ta­tion des par­tis ain­si que des asso­cia­tions et des groupes d’intérêts concernés.

Ces avan­tages devraient contri­buer à expli­quer pour­quoi cer­taines com­munes suisses alé­ma­niques ont abo­li les conseils com­mu­naux intro­duits dans les années 1970. Dans les villes, le vote à l’urne devrait res­ter, pour des rai­sons pra­tiques, la seule solu­tion pos­sible. Mais les com­munes pour qui l’assemblée fonc­tionne bien n’ont pas de rai­son de se « moder­ni­ser » en lui sub­sti­tuant un conseil élu. En outre, nous devrions évi­ter de mon­ter les sys­tèmes l’un contre l’autre. Selon Schaub, les deux ont leurs avan­tages et leurs incon­vé­nients et s’avèrent en de nom­breux points com­pa­rables en termes de qua­li­té du sys­tème démo­cra­tique local. L’absence de secret lors du vote en assem­blée géné­rale pose encore un réel pro­blème – que le recours au smart­phone per­met­trait de résoudre.

Mais quelles sont, alors, les rai­sons de la grande qua­li­té des débats dans une démo­cra­tie d’assemblée, non seule­ment dans les Land­sge­meinde mais éga­le­ment dans les cen­taines d’assemblées com­mu­nales à tra­vers le pays ? Tout d’abord, se lever pour sou­mettre une pro­po­si­tion à une assem­blée requiert du cou­rage : son auteur sait qu’elle ne va pas plaire à tout le monde. Ce cou­rage ne va pas de soi ;  j’ai par­ti­ci­pé à des assem­blées où j’en ai moi-même man­qué, ce que j’ai regret­té ulté­rieu­re­ment. Ce cou­rage se retrouve dans la plu­part des assem­blées où les pro­po­si­tions de ces valeu­reux inter­ve­nants sont pro­ba­ble­ment appré­ciées tout comme dans le « ring » glaronnais.

En outre, la liber­té d’expression dans le cadre d’une assem­blée publique ne consti­tue pas seule­ment un droit mais impose un devoir envers soi-même. On doit répondre de ce qu’on dit. Voi­là la grande dif­fé­rence avec l’anonymat de ces médias sociaux où règnent scan­dales et fausses infor­ma­tions et où se mobi­lise une com­mu­nau­té vir­tuelle d’individus par­ta­geant des opi­nions ana­logues – mais dont per­sonne ne répond ni de ses propres affir­ma­tions ni des « infor­ma­tions » qu’il par­tage géné­reu­se­ment. Enfin les pro­po­si­tions pré­sen­tées en assem­blée se doivent d’être jus­ti­fiées dans les faits. Elles abou­tissent à une dis­cus­sion du pour et du contre, indis­pen­sable pour une déci­sion démo­cra­tique où ne s’impose aucune cer­ti­tude, ni du bien, ni du juste.

Wolf Lin­der

Une pre­mière ver­sion de cet article a paru en alle­mand dans l’hebdomadaire Die Welt­woche.

Source : Domaine public, https://​www​.domai​ne​pu​blic​.ch/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​3​1​490 

 

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Plus de chèques en blanc aux élus : mettez en place le Référendum d’Initiative Citoyenne !

Une péti­tion pro­po­sée par Oli­vier Ber­ruyer, sur les​-crises​.fr :
http://​www​.les​-crises​.fr/​p​l​u​s​–​d​e​–​c​h​e​q​u​e​s​–​e​n​–​b​l​a​n​c​–​a​u​x​–​e​l​u​s​–​m​e​t​t​e​z​–​e​n​–​p​l​a​c​e​–​l​e​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​d​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​–​c​i​t​o​y​e​n​ne/

Aujourd’­hui scan­da­leu­se­ment inter­dit au peuple par les poli­ti­ciens, le RIC est pour­tant un MINIMUM indis­pen­sable dans une « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » digne de ce nom
(alors que, bien sûr, le RIC ne ser­vi­rait à rien dans une vraie démo­cra­tie — donc directe — où le peuple vote­rait lui-même toutes ses lois).

Mais, JAMAIS les pro­fes­sion­nels de la poli­tique ne nous don­ne­ront le RIC (le vrai), car ils sont en conflit d’in­té­rêts dans le pro­ces­sus consti­tuant : ils ont tous un inté­rêt per­son­nel contraire à l’in­té­rêt géné­ral : res­ter les seuls à déte­nir l’i­ni­tia­tive des lois.

Donc, si la plèbe veut le RIC, et elle en a bien besoin, il fau­dra qu’elle apprenne à l’ins­ti­tuer elle-même.

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

Pas de démo­cra­tie sans citoyens constituants.

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Comme d’ha­bi­tude, une péti­tion ne sert pas à influen­cer les pro­fes­sion­nels de la poli­tique, qui sont le plus sou­vent des men­teurs pro­fes­sion­nels, des voleurs de pou­voir et des enne­mis du peuple, de la plus mau­vaise foi qui soit dans le pro­ces­sus consti­tuant, mais une péti­tion sert à lan­cer à la can­to­nade des cris de ral­lie­ment, entre nous, et à réveiller des endormis 🙂 

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Et n’ou­bliez pas, tous les jours, d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans vos conver­sa­tions : c’est en for­geant qu’on devient for­ge­ron ; c’est en consti­tuant qu’on devient citoyen.

Étienne.

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PS : demain, on élit un maître, au lieu de voter nos lois.

Demain soir, on réin­tègre notre cel­lule, dans la pri­son poli­tique du par­le­men­ta­risme, pour 5 ans d’ex­ploi­ta­tion renou­ve­lée et aggravée. 

Mais en éli­sant, on valide nous-mêmes le sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire (qui a engen­dré cette salo­pe­rie de « capi­ta­lisme », l’empire des grands mar­chands), certes sous la pres­sion d’un chan­tage de plus en plus odieux, mais on le valide quand même.

Pas de démo­cra­tie sans tirage au sort.
Pas de démo­cra­tie sans citoyens constituants.

Essayez les ate­liers consti­tuants, vous ver­rez, c’est une façon adulte de faire de la poli­tique, c’est enthou­sias­mant, c’est sti­mu­lant, c’est exci­tant, c’est valo­ri­sant, c’est éner­gi­sant ; jour après jour, on gran­dit : on ne demande rien à per­sonne, on se hisse au rang de sou­ve­rain, on s’ha­bi­tue à pen­ser en sou­ve­rain, en adulte, au-des­­sus des repré­sen­tants, on sort de l’en­fance (de la parole inter­dite), on conteste l’hé­té­ro­no­mie que nous imposent les « élus », on apprend à assu­mer notre auto­no­mie, on devient des adultes politiques.

La liber­té ne se demande pas, elle se prend.

Si l’on veut un jour consti­tuer, il faut dès aujourd’­hui nous entraî­ner, per­son­nel­le­ment, quo­ti­dien­ne­ment, courageusement.

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Rap­pel, pour ceux qui ne savent pas (encore) très bien ce qu’est le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire (RIC) 🙂
httpv://www.youtube.com/watch?v=iYgXksRpxb0
(Cette vidéo devrait bien inté­res­ser tous les virus démocratiques 🙂 )