Articles du blog

Les derniers articles du blog

Le combat pour une démocratie véritable : instituer le pouvoir des citoyens avec le RIC – Vidéo : DEVENIR UN ADULTE POLITIQUE

J’ai répon­du récem­ment aux ques­tions de Kate, pour le Média en 4−4−2, et voi­ci leur (gen­tille) pré­sen­ta­tion et la vidéo qui vient d’être publiée : Le com­bat d’Étienne Chouard pour une démo­cra­tie plus juste : Redon­ner le pou­voir aux citoyens avec le RIC Dans cette nou­velle inter­view du Média en 442, notre jour­na­liste Kate donne la parole à Etienne Chouard, ancien pro­fes­seur de droit et d’é­co­no­mie et mili­tant poli­tique depuis plus de 20 ans. Il sera ques­tion du RIC, du Plan C et du tirage au…

lire plus

Pour Ainsi Dire – 39 – Conversation avec Étienne Chouard : 5. Monnaie

Nos dis­cus­sions conti­nuent, éton­nantes, enri­chis­santes (à mon goût), entre un liber­ta­rien anar-capi­ta­liste et un démo­crate key­né­sien Cette fois-ci, on s’empaille (sans mal­veillance) sur le sujet cen­tral de la mon­naie. Vos com­men­taires sont sou­vent très inté­res­sants (sur la chaine You­Tube, sur le blog, sur Twit­ter X et ailleurs), mer­ci à tous pour votre intel­li­gence construc­tive, sou­vent dévouée à la jus­tice et à la paix, avec cha­cun son chemin…

lire plus

Interdit d’interdire – Le référendum d’initiative citoyenne en débat [Vidéo supprimée ou censurée]

Cette vidéo impor­tante (de jan­vier 2019) ayant com­plè­te­ment dis­pa­ru du web, je la repu­blie ici, sur ma propre chaîne You­tube : https://www.youtube.com/watch?v=o‑wi2AxMod4 Aus­si­tôt recen­su­rée par You­Tube 🙄, il fau­dra aller sur Ody­see pour la voir : Sur le Blog, je l’an­non­çais ici : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​9​/​0​1​/​0​6​/in… Invi­té chez Tad­déï, sur RT France (Inter­dit d’Interdire en direct de 19 h à 20 h), pour défendre le RIC et les #Gilets­Jau­nes­Cons­ti­tuants, face à une per­son­na­li­té (prof…

lire plus

Tous les articles du blog

For­mat grille – For­mat articles complets

[Lanceurs d’alerte contre la propagande de guerre] Venezuela : comment NE PAS donner une information

Venezuela : comment NE PAS donner une information


Ángeles Diez Rodríguez
pho­to : Ángeles Diez Rodrí­guez, Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

 

Le 30 juillet s’est pro­duit un évé­ne­ment poli­tique d’une por­tée his­to­rique consi­dé­rable : un peuple inter­na­tio­na­le­ment assailli à l’extérieur et sou­mis à la vio­lence para­mi­li­taire à l’intérieur, est des­cen­du dans la rue pour expri­mer son double rejet de l’ingérence inter­na­tio­nale et des aspi­ra­tions des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle der­nier, un évé­ne­ment d’une telle ampleur aurait figu­ré en pre­mière page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et pri­vés, l’auraient rele­vé dans leurs gros titres, sans doute mani­pu­la­teurs, mais ceux-ci auraient par­lé du défi du peuple véné­zué­lien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient mon­tré des images, peu nom­breuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de véné­zué­liens devant les bureaux de vote, comme ceux du Polie­dro de Cara­cas, ou de ces gens mar­chant à tra­vers les col­lines et tra­ver­sant les rivières dans la région de Táchi­ra ou de Méri­da, où les bureaux de vote étant occu­pés par des gua­rim­be­ros (cas­seurs) armés, il fal­lait se dépla­cer à la recherche de centres de secours où pou­voir voter, sou­vent sans y parvenir.

Les légendes des pho­tos auraient sûre­ment détour­né les images et pro­po­sé une lec­ture en accord avec le déses­poir de l’opposition put­chiste inca­pable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un com­men­taire, une toute petite infor­ma­tion qui aurait par­lé de la volon­té majo­ri­taire du peuple véné­zué­lien contre tout pro­nos­tic et tout cal­cul rationnel.

Tout jour­na­liste digne de ce nom aurait vou­lu consi­gner, ana­ly­ser, véri­fier et même mani­pu­ler cet évé­ne­ment. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font cir­cu­ler une infi­ni­té d’images qui comblent les vides des nou­velles qui en sont dépour­vues. Là où les médias de masse cachent une image, les réseaux en mettent des cen­taines. Cepen­dant, le 31 Juillet, l’information sur les élec­tions véné­zué­liennes pour l’Assemblée Consti­tuante est pas­sée sous silence dans les médias espa­gnols. C’est une autre infor­ma­tion qui fut don­née à sa place.

La non nou­velle qui a sup­plan­té l’événement véné­zué­lien, bâtie sur le modèle déjà exis­tant (vio­lence et chaos) était : nou­velle jour­née de vio­lence au Vene­zue­la. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qua­li­fi­ca­tifs, à façon­ner une image qui cor­res­ponde à la pro­pa­gande dis­til­lée au cours des mois anté­rieurs. Puis ont éclos les spores dis­sé­mi­nées par la non nou­velle, qui avaient déjà été dif­fu­sées par les agences impé­ria­listes : auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gou­ver­ne­ment, oppo­sants nou­vel­le­ment arrê­tés, iso­le­ment international…

L’événement d’une jour­née élec­to­rale qui a mobi­li­sé des mil­lions de véné­zué­liens qui sont allés voter pour leurs can­di­dats à la Consti­tuante, fut trop incon­tes­table pour être pas­sé sous silence ; les flots du peuple véné­zué­lien trou­vaient une infi­ni­té de fenêtres numé­riques par où s’écouler. De sorte que le sys­tème de pro­pa­gande de guerre des médias de masse espa­gnols, si bien entre­te­nu et hui­lé par les agences de presse éta­su­niennes, acti­va l’un de ses res­sorts les plus sub­tils. Il n’affronta pas la nou­velle en la tai­sant, bien qu’il le fît éga­le­ment, il ne mani­pu­la pas des images comme il l’a réel­le­ment fait avec le frau­du­leux réfé­ren­dum de l’opposition du 16 Juillet (le jour­nal El País dût rec­ti­fier une image du test élec­to­ral pour l’assemblée Consti­tuante, sous laquelle figu­rait une légende affir­mant que c’étaient des queues pour voter au réfé­ren­dum orga­ni­sé par l’opposition). Dans ce cas, la tech­nique de pro­pa­gande média­tique majo­ri­tai­re­ment employée fit rem­pla­cer l’information qui fai­sait l’évènement par d’autres qui atti­re­raient l’attention des audiences.

Les gros titres par­lèrent de vio­lence, dic­ta­ture et condam­na­tion inter­na­tio­nale : “Lors d’une jour­née mar­quée par la ten­sion, les mani­fes­ta­tions, la répro­ba­tion inter­na­tio­nale et la vio­lence, les véné­zué­liens ont voté pour choi­sir les membres de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante » (CNN en espa­gnol) ; “Madu­ro concré­tise un coup d’état contre lui-même au Vene­zue­la au cours d’une jour­née élec­to­rale des plus vio­lentes” (El País) ; “Condam­na­tion inter­na­tio­nale de l’usage dis­pro­por­tion­né de la force au Vene­zue­la. 10 per­sonnes au moins sont mortes dans les mani­fes­ta­tions pen­dant les élec­tions à l’assemblée consti­tuante que sou­tient Nicolás Madu­ro. (Télé­vi­sion Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 mil­lions de véné­zué­liens atten­daient leur tour pour voter. Après les élec­tions pré­si­den­tielles de 2012 qui élirent Hugo Chá­vez, ce furent les élec­tions qui mobi­li­sèrent la plus large par­ti­ci­pa­tion de masse. Tou­te­fois, lorsque l’on consulte les archives pho­to­gra­phiques du jour­nal El País, on se trouve devant un étrange phé­no­mène : sur 30 images sélec­tion­nées par le quo­ti­dien, 7 sont celles d’explosions, de bar­ri­cades et d’actes de vio­lence, 2 montrent les oppo­sants, 2 autres le pré­sident Madu­ro et le reste montre des véné­zué­liens iso­lés en train de voter, l’urne en pre­mier plan, des petits groupes regar­dant les listes ou assis, atten­dant pour voter ; il n’y a qu’une pho­to où l’on voit très loin des voi­tures et des per­sonnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images signi­fi­ca­tives fut consta­té sur la Télé­vi­sion Espa­gnole. C’est dire que, dans les médias espa­gnols de grande audience, les images, quand elles fai­saient allu­sion à l’acte de voter, lan­çaient un mes­sage contraire à la réa­li­té qui cir­cu­lait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de véné­zué­liens sont allés voter. C’étaient des images soi­gneu­se­ment sélec­tion­nées pour appuyer la ver­sion de l’opposition et ne pas don­ner l’information de l’appui mas­sif à la Consti­tuante don­né par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes poli­tiques ne font pas de décla­ra­tion, ils twittent, où la vola­ti­li­té de l’information numé­rique pré­vaut sur le papier et où les télé­vi­sions copient les réseaux sociaux, les façons de men­tir et de défor­mer sont de plus en plus com­plexes. Plu­tôt que de cacher une infor­ma­tion, il est plus effi­cace d’en don­ner une autre dif­fé­rente, qui occupe la place de la réelle. Nous appel­le­rons cela la « non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations socio­lo­giques) que ceci soit habi­tuel dans les médias espa­gnols. Comme anté­cé­dents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signa­lait que la Télé­vi­sion Espa­gnole, alors que le chô­mage était tou­jours la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des espa­gnols, lui avait consa­cré la moi­tié du temps qu’elle avait employé à par­ler de la crise poli­tique au Vene­zue­la (les jour­naux télé­vi­sés de ce mois-là consa­crèrent 71 minutes à la situa­tion du Vene­zue­la face aux 31 qu’ils dédièrent au chô­mage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bul­le­tins d’information du monde ouvraient sur le désar­me­ment de l’ETA, la Télé­vi­sion Espa­gnole par­lait du Vene­zue­la plu­tôt que du désar­me­ment de l’ETA.

Cette tech­nique de pro­pa­gande de guerre qu’emploient les jour­naux d’information espa­gnols fait par­tie d’autres tech­niques mieux réper­to­riées comme : le deux poids deux mesures, prendre la par­tie pour le tout, les infos toxiques, la par­tia­li­té des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de sub­sti­tu­tion, la non infor­ma­tion, elle, doit com­por­ter cer­taines carac­té­ris­tiques. En pre­mier lieu, elle doit être cré­dible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà éta­blie ; dans le cas des élec­tions à l’Assemblée Consti­tuante cette matrice est : vio­lence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait cer­tain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des bar­ri­cades incen­diées, un quel­conque inci­dent iso­lé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anec­do­tique ou ne peut être géné­ra­li­sé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cepen­dant, pour ne pas don­ner l’information impor­tante ‑celle qui, elle, est géné­ra­li­sable quan­ti­ta­ti­ve­ment et qualitativement‑, il est fon­da­men­tal de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre média­tique, fonc­tionne, comme les atten­tats sous faux dra­peaux ou atten­tats contre soi-même, (ceux qui sont com­mis pour reje­ter la faute sur l’ennemi et jus­ti­fier une inter­ven­tion). Ain­si, lors de la jour­née d’élections véné­zué­lienne il y eut des inci­dents pro­vo­qués par l’opposition, un atten­tat contre la Garde Natio­nale Boli­va­rienne, des embus­cades armées pour dis­sua­der les votants et incen­die de bureaux de vote. Mais si l’on prend la jour­née dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude paci­fique et la déter­mi­na­tion des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troi­sième lieu, l’information de sub­sti­tu­tion doit être au rang du spec­ta­cu­laire autant que l’information réelle, afin de rete­nir toute l’attention. La vio­lence est tou­jours une infor­ma­tion spec­ta­cu­laire en soi, elle est capable de rete­nir l’attention et de relé­guer tout autre fait. C’est pour­quoi, même lorsque l’on ne dis­pose pas d’images de vio­lence il faut que le jour­na­liste appa­raisse por­tant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cer­veau prête foi aux actes de vio­lence dont parle le reporter.

En qua­trième lieu, elle doit être capable de concen­trer l’attention de ceux qui sont cri­tiques envers les médias de masse, afin que tout le poten­tiel de contre-infor­­ma­­tion soit poin­té vers la mise en cause du « mes­sa­ger » (les moyens de com­mu­ni­ca­tion de masse). Nous, les intel­lec­tuels et ana­lystes, nous nous foca­li­sons sur la dénon­cia­tion de la mani­pu­la­tion des médias et nous lais­sons de côté la dif­fu­sion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concen­trés sur la dénon­cia­tion de l’attentat contre la garde natio­nale boli­va­rienne, que les médias ont trans­for­mé en « répres­sion contre Madu­ro » ou sur la dénon­cia­tion de la vio­lence des para­mi­li­taires de l’opposition qui sabo­taient les élec­tions, au lieu de par­ler des véné­zué­liens élus pour réfor­mer la Consti­tu­tion, de leur ori­gine sociale, de leur enga­ge­ment envers leurs bases, des pre­mières pro­po­si­tions pour la réforme de la Consti­tu­tion, des pro­blèmes d’impunité que sou­haite résoudre la nou­velle car­ta magna … En théo­rie de la com­mu­ni­ca­tion cela se com­prend comme l’Agenda Set­ting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on par­le­ra, qui fixent ce qui est impor­tant, ce qui ne doit appa­raître dans aucun média, com­ment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non infor­ma­tion de ces jours der­niers a été « l’isolement inter­na­tio­nal du Vene­zue­la ». Aux Nations Unies, le Vene­zue­la a obte­nu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approu­vèrent une réso­lu­tion de recon­nais­sance de la Consti­tuante véné­zué­lienne et récla­mèrent la non-ingé­­rence. Par­mi ces pays figu­raient les plus peu­plés au monde et quelques autres de grand poids inter­na­tio­nal comme la Rus­sie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.

La non infor­ma­tion qui rem­pla­ça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les prin­ci­paux pays d’Amérique Latine condamnent la Consti­tuante de Madu­ro (El País) » infor­ma­tion éga­le­ment pré­sente dans la majo­ri­té des médias espa­gnols le len­de­main des élections.

Mais cette tech­nique ne fonc­tionne que si l’on dis­pose du per­son­nel spé­cia­li­sé capable, presque spon­ta­né­ment, d’élaborer les non infor­ma­tions, capable de regar­der ailleurs, bien équi­pé du dégui­se­ment du « repor­ter de guerre ». Ce sont les para­jour­na­listes, et à la tête de la pro­fes­sion inter­na­tio­nale se trouvent les espa­gnols, tant des médias de masse pri­vés que des médias publics.

L’an der­nier j’ai déjà défi­ni ce que j’entends par para­jour­na­listes : « Si l’on qua­li­fie de para­mi­li­taire celui qui est affi­lié à une orga­ni­sa­tion civile dotée d’une struc­ture ou d’une dis­ci­pline mili­taire, nous pou­vons dire des para­jour­na­listes qu’ils sont ces jour­na­listes affi­liés à des médias de masse qui suivent une dis­ci­pline mili­taire, lan­çant des bombes infor­ma­tives sur les objec­tifs défi­nis par leurs entre­prises ». Par­mi ces der­niers nous avons Mar­cos López et Nuria Ramos, cor­res­pon­dants de Télé­vi­sion Espa­gnole, qui sans aucun doute méritent une men­tion spé­ciale pour leur mau­vais tra­vail jour­na­lis­tique, tou­jours prêts à se pla­cer du côté de ceux qui jettent les bombes incen­diaires sur la garde boli­va­rienne, capables de contre­dire sans dif­fi­cul­té les images que recueillent leurs propres appa­reils de pho­tos, dis­po­sés à se faire les vic­times –tout comme l’opposition- de la « répres­sion du gou­ver­ne­ment bolivarien ».

La grande offen­sive contre le gou­ver­ne­ment du Vene­zue­la de la part des médias de masse espa­gnols fait par­tie de la guerre mon­diale contre tout pro­ces­sus qui ne se plie pas aux inté­rêts impé­ria­listes. Nos para­jour­na­listes jouent leur rôle comme membres de l’armée vas­sale. Ces jours der­niers nous avons véri­fié que la guerre média­tique contre le Vene­zue­la est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guer­rière d’aujourd’hui est sans pré­cé­dents, et qu’en réa­li­té il n’existe pas dif­fé­rents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape Fran­çois, nous sommes face à une Troi­sième Guerre Mon­diale dont nous ne voyons que des bribes, le Vene­zue­la est aujourd’hui l’un des objec­tifs prio­ri­taires pour l’empire. La dif­fi­cul­té vient de ce que, contrai­re­ment à ce que nous vendent les films de Hol­ly­wood, aujourd’hui la guerre ne se pré­sente pas à nous sous la même forme qu’au siècle der­nier, il nous est plus dif­fi­cile de recon­naître son mode de dérou­le­ment et d’identifier ses nou­veaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Vene­zue­la essaie de com­battre les deux piliers sur les­quels repose la Révo­lu­tion boli­va­rienne : la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et l’utopie socia­liste. Elle vise à miner l’image du Vene­zue­la à l’extérieur pour contre­ba­lan­cer deux des traits les plus carac­té­ris­tiques de la révo­lu­tion boli­va­rienne : la voie paci­fique et démo­cra­tique pour trans­for­mer le pays et l’utilisation de ses res­sources natu­relles pour amé­lio­rer les condi­tions de vie socio-éco­­no­­miques de la popu­la­tion. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alter­na­tive au Capi­ta­lisme. En ce sens, le Vene­zue­la a éga­le­ment pris la relève de Cuba comme réfé­rent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est deve­nu le mau­vais exemple.

D’où les mis­siles qui sont constam­ment lan­cés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révo­lu­tion boli­va­rienne : la vio­lence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux tor­pilles qui tra­di­tion­nel­le­ment sont poin­tées sur la ligne de flot­tai­son de toute uto­pie socialiste.

Avec un pareil objec­tif, les moyens de com­mu­ni­ca­tion et tout le sys­tème de pro­pa­gande contre le Vene­zue­la visent très spé­cia­le­ment le ter­rain des cam­pagnes élec­to­rales et mettent en cause sa démo­cra­tie. Il ne faut pas oublier que les élec­tions sont la condi­tion de la démo­cra­tie pour les élites poli­tiques mais, seule­ment si l’on peut garan­tir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de com­mu­ni­ca­tion, l’on par­vient à convaincre la popu­la­tion de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gou­ver­ne­ments, ni des cor­po­ra­tions, ni des moyens de com­mu­ni­ca­tion, ni des peuples. Les guerres sont le résul­tat de tous et de cha­cun de ces élé­ments. Les gou­ver­ne­ments déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévi­table », mais, avant, les cor­po­ra­tions font leurs comptes et le bilan des coûts et pro­fits, mais, avant, les moyens de com­mu­ni­ca­tion créent les condi­tions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas per­du : selon un rap­port éla­bo­ré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reu­ters pour l’étude du jour­na­lisme, sur les 11 pays euro­péens étu­diés, les moyens de com­mu­ni­ca­tion espa­gnols sont les moins fiables. Au niveau mon­dial, quand sont étu­diés les publics des Etats-Unis, Grande Bre­tagne, Alle­magne, France, Espagne, Ita­lie, Irlande, Dane­mark, Fin­lande, Bré­sil, Japon et Aus­tra­lie, seuls les moyens de com­mu­ni­ca­tion éta­su­niens ont moins de cré­di­bi­li­té que les espagnols.

Ángeles Diez Rodrí­guez
Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

Source : http://​www​.alai​net​.org/​e​s​/​a​r​t​i​c​u​l​o​/​1​8​7​357

Tra­duc­tion : Michele ELICHIRIGOITY

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/19/venezuela-comment-ne‑p…

URL de cet article 32221
https://​www​.legrand​soir​.info/​v​e​n​e​z​u​e​l​a​–​c​o​m​m​e​n​t​–​n​e​–​p​a​s​–​d​o​n​n​e​r​–​u​n​e​–​i​n​f​o​r​m​a​t​i​o​n​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​7​0​0​4​1​1​7​7​317

Philippe Pascot​​ : [à la fois juges et parties] les élus peuvent toujours autant truander !

httpv://youtu.be/-Agk8brvG4M

N’ou­bliez pas ça (tout le reste est second) : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir. 

Si c’é­tait de simples citoyens qui étaient char­gés d’é­crire et de faire appli­quer une « loi de mora­li­sa­tion de la vie publique », celle-ci serait par­fai­te­ment rédi­gée et res­pec­tée depuis longtemps.

Nous n’a­vons pas de repré­sen­tants parce que nous n’a­vons pas de consti­tu­tion parce que nous démis­sion­nons du pro­ces­sus constituant. 

Une jus­tice sociale digne de ce nom, ça s’ins­ti­tue et ça se défend au quo­ti­dien, et ça, c’est le bou­lot des citoyens, consti­tuants et vigilants.

Un élec­teur est un enfant poli­tique, un mineur, accep­tant le rang dégra­dant d’in­ca­pable, repré­sen­té par un tuteur, un maître qui décide tout à sa place. 

Un citoyen est un adulte, un acteur poli­tique actif et res­pon­sable n’ac­cep­tant pas d’être « repré­sen­té » par un maître poli­tique, et exi­geant que, en toute matière, les repré­sen­tants soient les ser­vi­teurs des lois sous le contrôle per­ma­nent du peuple. 

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. Ce n’est pas aux élus d’é­crire les lois mora­li­sant leur propre comportement. 

Et il n’y a que nous pour les en empêcher.

Mer­ci Phi­lippe, pour ton tra­vail et ton cou­rage. On a signé ta péti­tion, on lit tes livres et on les fait connaître.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​6​4​5​6​1​1​6​2​317

[PRATIQUE DU COMPLOT des riches contre les pauvres] Buchanan, le tyran (dé)masqué : la mission d’un homme pour détruire la démocratie, par George Monbiot dans The Guardian (traduit par les​-crises​.fr)

Une bonne syn­thèse, tra­duite et signa­lée par le meilleur site d’in­for­ma­tion en France, les​-crises​.fr.

Ce n’est pas une « théo­rie du com­plot », c’est une PRATIQUE du com­plot, évi­dente et scandaleuse.

Et il fau­dra du cou­rage aux citoyens dignes de ce nom pour y résis­ter, sans se lais­ser inti­mi­der par les chiens de garde média­tiques judi­ciaires et poli­ciers dudit complot.

Étienne.


‘ Bucha­nan a déve­lop­pé un pro­gramme caché pour sup­pri­mer la démo­cra­tie pour le compte des très riches. Il refa­çonne la poli­tique. Illus­tra­tion : Sébas­tien Thibault’

La vision de James McGill Buchanan d’un capitalisme totalitaire a infecté les politiques publiques aux États-Unis. Aujourd’hui, elle est en train de s’exporter.

C’est le cha­pitre man­quant : une clé pour com­prendre la poli­tique de la der­nière moi­tié du ving­tième siècle. Lire le nou­veau livre de Nan­cy Mac Lean : “Demo­cra­cy in chains : The Deep His­to­ry of the Radi­cal Right’s Stealth Plan for Ame­ri­ca”, c’est voir ce qui jusqu’alors était demeu­ré invisible.

Le tra­vail du pro­fes­seur d’histoire sur le sujet com­men­ça par acci­dent. En 2013, elle tom­ba sur une mai­son colo­niale aban­don­née sur le cam­pus de l’université George Mason en Vir­gi­nie. Celle-ci était rem­plie d’archives non clas­sées appar­te­nant à un homme mort cette année là et dont le nom ne vous est pro­ba­ble­ment guère fami­lier : James McGill Bucha­nan. Elle affirme que la pre­mière chose qu’elle récu­pé­ra fut un lot de lettres confi­den­tielles concer­nant des mil­lions de dol­lars trans­fé­rés à l’université par le mil­liar­daire Charles Koch.

Ses décou­vertes dans cette mai­son des hor­reurs révèlent com­ment Bucha­nan, avec l’aide de magnats des affaires et des ins­ti­tuts finan­cés par ces der­niers, déve­lop­pèrent un pro­gramme secret pour sup­pri­mer la démo­cra­tie au béné­fice des ultra-riches. Ce pro­gramme est en train de remo­de­ler la sphère poli­tique et pas seule­ment aux Etats-Unis.

Bucha­nan fut for­te­ment influen­cé à la fois par le néo­li­bé­ra­lisme de Frie­drich Hayek et de Lud­wig von Mises ain­si que par le défen­seur du pri­mat de la pro­prié­té John C. Cal­houn, lequel défen­dit dans la pre­mière moi­tié du XIXème siècle l’idée selon laquelle la liber­té consiste à avoir le droit abso­lu d’utiliser votre pro­prié­té (y com­pris vos esclaves) comme vous le sou­hai­tez ; toute ins­ti­tu­tion qui empiète sur ce droit est un agent d’oppression, exploi­tant les pos­sé­dants pour le compte de la masse.

James Bucha­nan réa­li­sa la syn­thèse de ces influences pour créer ce qu’il appe­la la théo­rie du choix public (Public Choice). Selon cette der­nière, une socié­té ne peut être consi­dé­rée comme libre à moins que chaque citoyen n’ait la pos­si­bi­li­té de mettre un veto sur les déci­sions prises par celle-ci.

Pour Bucha­nan, cela vou­lait dire concrè­te­ment que per­sonne ne devait être impo­sé contre sa volon­té. Or, selon lui, les riches étaient exploi­tés par ceux qui uti­lisent leur vote pour leur extor­quer de l’argent et qui l’utilisent pour finan­cer, via l’impôt, la dépense publique et les sys­tèmes de pro­tec­tion sociale. Auto­ri­ser les tra­vailleurs à créer des syn­di­cats et mettre en place des niveaux d’imposition pro­gres­sifs sur le reve­nu était l’exemple d’une légis­la­tion « dis­cri­mi­na­toire ou dif­fé­ren­tielle » envers les déten­teurs du capital.

Tout conflit entre « la liber­té » (auto­ri­ser les riches à agir comme bon leur semble) et la démo­cra­tie devait être réso­lu en faveur de la liber­té. Dans son livre, « The Limits of Liber­ty », Bucha­nan notait que « le des­po­tisme pour­rait être la seule forme d’organisation alter­na­tive à la struc­ture poli­tique telle que nous l’observons. »

Le despotisme au nom de la défense de la liberté.

Sa solu­tion à ce pro­blème était une “révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle” : créer des contraintes irré­vo­cables pour limi­ter le choix démo­cra­tique. Spon­so­ri­sé durant toute sa car­rière par des fon­da­tions appar­te­nant à des mil­liar­daires et de grandes entre­prises, il déve­lop­pa un cadre théo­rique pour pré­sen­ter à quoi res­sem­ble­rait sa révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle ain­si que la stra­té­gie pour la mettre en œuvre.

Il expli­qua com­ment les poli­tiques de désé­gré­ga­tion dans les écoles du sud des Etats-Unis pour­raient être mises en échec en créant un réseau d’écoles pri­vées sou­te­nues par les États. Il fut le pre­mier à pro­po­ser de pri­va­ti­ser les uni­ver­si­tés et d’imposer aux étu­diants de payer l’intégralité des frais de sco­la­ri­té : son but ini­tial était d’écraser le mili­tan­tisme étudiant.

Il appe­la à pri­va­ti­ser la sécu­ri­té sociale et de nom­breuses autres fonc­tions de l’État. Il cher­cha à rompre les liens entre le peuple et le gou­ver­ne­ment et à réduire à néant la confiance envers les ins­ti­tu­tions. Pour résu­mer, son objec­tif était de sau­ver le capi­ta­lisme de la démocratie.

En 1980, il put mettre son pro­gramme en action. Il fut invi­té au Chi­li où il aida la dic­ta­ture de Pino­chet à écrire une nou­velle consti­tu­tion qui, grâce aux habiles méca­nismes pro­po­sés par Bucha­nan, s’est avé­rée impos­sible à abro­ger com­plè­te­ment. Pen­dant que la tor­ture et les mas­sacres fai­saient rage, il conseilla le gou­ver­ne­ment d’étendre les pro­grammes de pri­va­ti­sa­tion, d’austérité, de res­tric­tion moné­taire, de déré­gu­la­tion et de des­truc­tion des syn­di­cats : un ensemble de mesures qui contri­buèrent à un effon­dre­ment éco­no­mique en 1982.

Rien de tout cela ne trou­bla l’Académie Sué­doise qui, par le biais de Assar Lind­beck de l’université de Stock­holm, un sup­por­teur de Bucha­nan, lui attri­bua le prix d’économie en mémoire d’Alfred Nobel. C’est une des déci­sions qui, par­mi d’autres, contri­buèrent à dis­cré­di­ter ce prix. Mais son pou­voir com­men­ça vrai­ment à se faire sen­tir lorsque Koch, actuel­le­ment la sep­tième for­tune des Etats-Unis, déci­da que Bucha­nan pos­sé­dait la clé qui lui per­met­trait d’enclencher la trans­for­ma­tion qu’il sou­hai­tait. Koch consi­dé­rait même des idéo­logues comme Mil­ton Fried­man ou Alan Greens­pan comme des « ven­dus » car ils cher­chaient à amé­lio­rer l’efficacité du gou­ver­ne­ment plu­tôt que de lé détruire pure­ment et sim­ple­ment. Bucha­nan pous­sa cette logique jusqu’au bout.

MacLean affirme que Charles Koch injec­ta des mil­lions de dol­lars dans le tra­vail de Bucha­nan à l’université George Mason dont les dépar­te­ments d’économie et de droit res­semblent davan­tage à des think-tanks finan­cés par des entre­prises qu’à des ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires. Il uti­li­sa l’économiste pour recru­ter les « cadres » des­ti­nés à mettre en place son pro­gramme (Mur­ray Roth­bard de l’institut Cato fon­dé par Koch, a exhor­té le mil­liar­daire à étu­dier les tech­niques de Lénine et à les appli­quer à la cause liber­ta­rienne). À eux deux, ils com­men­cèrent à déve­lop­per un pro­gramme des­ti­né à chan­ger les règles.

Les papiers décou­verts par MacLean montrent que Bucha­nan consi­dé­rait la dis­si­mu­la­tion comme étant cru­ciale. Il aver­tit ses col­la­bo­ra­teurs que « le secret de la conspi­ra­tion est en tout temps essen­tiel ». Au lieu de révé­ler le but final, ils allaient avan­cer pas à pas, par paliers. Par exemple, au lieu de cher­cher à détruire le sys­tème de sécu­ri­té sociale, ils affir­me­raient vou­loir le sau­ver arguant que sans des « réformes » radi­cales, ce der­nier était condam­né (le même argu­ment est uti­li­sé par ceux qui attaquent le NHS [le sys­tème de san­té bri­tan­nique]. Petit à petit, ils construi­raient une « contre-intel­­li­­gent­­sia », alliée à « vaste réseau de pou­voir poli­tique » des­ti­né à deve­nir la nou­velle élite.

Par le réseau de think-tanks que Koch et les autres mil­liar­daires ont finan­cé, par leur trans­for­ma­tion du par­ti répu­bli­cain et les cen­taines de mil­lions qu’ils ont injec­té dans les élec­tions légis­la­tives et judi­ciaires amé­ri­caines, par la colo­ni­sa­tion mas­sive de l’administration de Trump par les membres de ce réseau et par les cam­pagnes redou­ta­ble­ment effi­caces contre un ensemble de sujets allant de la san­té publique au chan­ge­ment cli­ma­tique, il serait juste de dire que la vision de Bucha­nan est arri­vée à matu­ri­té aux États-Unis.

Mais pas seule­ment là-bas. Lire ce livre fut comme enle­ver la couche de buée recou­vrant la fenêtre d’où j’observe la vie poli­tique bri­tan­nique. La grande liqui­da­tion des régle­men­ta­tions mise en évi­dence par le désastre de la tour Green­fel, la des­truc­tion de l’architecture de l’État par l’austérité, les règles bud­gé­taires, le déman­tè­le­ment des ser­vices publics, les frais de sco­la­ri­té et le contrôle des écoles : toutes ces mesures suivent le pro­gramme de Bucha­nan à la lettre. Je me demande com­bien de per­sonnes ont conscience que le pro­jet des écoles libres de David Came­ron s’appuie sur un pro­jet conçu pour lut­ter contre la désé­gré­ga­tion du sud des États-Unis.

Bucha­nan avait rai­son sur un point : il y a un conflit intrin­sèque entre ce qu’il appe­lait « la liber­té éco­no­mique » et la liber­té poli­tique. La liber­té com­plète pour les mil­liar­daires signi­fie la pau­vre­té, l’insécurité, la pol­lu­tion et la dis­pa­ri­tion des ser­vices publics pour le reste de la socié­té. Etant don­né que nous ne vote­rons jamais pour un tel pro­gramme, il ne peut être mis en place qu’en ayant recours à la trom­pe­rie et à un contrôle auto­ri­taire. Le choix auquel nous sommes confron­tés oppose un capi­ta­lisme sans res­tric­tion et la démo­cra­tie. Nous ne pou­vons pas avoir les deux.

Le pro­gramme de Bucha­nan est un mode d’emploi pour la mise en place d’un capi­ta­lisme tota­li­taire. Et ses dis­ciples ont à peine com­men­cé à le mettre en appli­ca­tion. Grâce aux décou­vertes de MacLean, nous pou­vons au moins prendre conscience de son exis­tence. L’une des pre­mières règles en poli­tique est : connais ton enne­mi. On s’en approche.

George Mon­biot (The Guardian)

Tra­duc­tion par Camille M., publiée sur les​-crises​.fr :

Source : The Guar­dian, George Mon­biot, 19-07-2017

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​4​6​5​1​6​2​6​2​317

Nouvel entretien avec La Mutinerie : à propos des élections (toujours gagnées par les pires ennemis du bien commun), de l’opposition contrôlée (divisée), des prétendus « antifas », et bien sûr des ateliers constituants

Mani­fes­te­ment cre­vé et pas­sa­ble­ment décou­ra­gé, pardon.

Si un gen­til ou une gen­tille pou­vait m’ai­der à com­po­ser un plan minu­té de cet entre­tien, ce serait bien 🙂

Mer­ci à tous, pour tout ce que vous arri­vez à faire mal­gré les difficultés.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​4​1​6​5​3​0​4​7​317


[Edit (16 août) : Cathe­rine a rédi­gé le plan très détaillé de tout cet entre­tien… Quel bou­lot, non mais quel bou­lot !!! Cette bonne fée a publié tout ça sur l’i­né­pui­sable wiki des GVs :

http://​wiki​.gen​tils​vi​rus​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​L​a​_​M​u​t​i​n​e​r​i​e​–​_​e​n​t​r​e​t​i​e​n​_​a​v​e​c​_​E​t​i​e​n​n​e​_​C​h​o​u​a​r​d​–​2​017

Mer­ci Cathe­rine, MERCI !!! 🙂

Étienne.


1 Résumé détaillé minuté : La Mutinerie – entretien avec Etienne Chouard – 2017

1.1 Une vraie constitution

1.1.1 (0′10″) Avoir une vraie constitution = pouvoir prendre des décisions dans le sens du bien commun, de l’intérêt général et non dans l’intérêt des privilégiés contrôlant le pouvoir

Si on a une vraie consti­tu­tion, cela va abso­lu­ment tout changer :

-> Cela donne le pou­voir de prendre des déci­sions dans le bien com­mun, dans le sens du bien com­mun, dans l’in­té­rêt général.
-> Cela change tout au niveau local, dépar­te­men­tal, régio­nal, natio­nal, conti­nen­tal, mondial.
-> Cela chan­ge­rait même la conjonc­ture géné­rale, la pros­pé­ri­té en décou­le­rait comme la dis­pa­ri­tion com­plète du chômage.
-> Les déci­sions publiques ne ser­vi­raient plus l’in­té­rêt des pri­vi­lé­giés qui ont pris le contrôle du pouvoir.
-> Les déci­sions prises ne seraient plus dans l’in­té­rêt des lob­bies, puis­sants, riches, mul­ti­na­tio­nales (Mon­san­to et mar­chands de canons y compris).

1.1.2 (1′30″) Méthode de la mafia historique et des gouvernements : terreur et pénurie

-> La mafia gou­verne par la ter­reur, en ter­ro­ri­sant ses vic­times tout en se pré­sen­tant comme le protecteur.
-> Le chô­mage est une construc­tion poli­tique, un outil ter­ro­riste, un outil mafieux.
Le chô­mage est une arme des riches contre les pauvres, un outil qui sert de tenaille pour faire peur.
-> Les gou­ver­ne­ments qui sont au ser­vice des plus riches depuis la Révo­lu­tion fran­çaise ter­ro­risent la popu­la­tion et orga­nisent la pénurie.
Il est très impor­tant que les peuples aient besoin de tra­vailler mais pas pour le bien com­mun, pour les négriers qui ont pris le contrôle du gouvernement.

1.1.3 (2′48″) Avoir une vraie constitution rendraient impossibles toutes les formes de fascisme

-> Ipso fac­to les riches ne peuvent plus prendre le pou­voir politique.
-> Fin du capitalisme.
-> impos­si­bi­li­té de toutes les formes de fascisme.
Avec un peuple consti­tuant, il n’y a plus de place pour un tyran.
Avec un peuple consti­tuant dès qu’un tyran mani­gance pour arri­ver au pou­voir, il a contre lui des citoyens.

1.1.4 (3′20″) Électeur = consent à tout abandonner à des maîtres / citoyen = défend la démocratie

-> Un élec­teur ne défend rien ; il consent à tout aban­don­ner à des maîtres ; il choi­sit entre cra­pule A, cra­pule B et cra­pule C ; il est sou­vent éteint, pares­seux, com­plexé et se croit incompétent.
-> Un citoyen défend la démo­cra­tie ; il est actif, courageux.

Tout le monde se méfie des poli­tiques, plus de 80% de la popu­la­tion n’ont pas confiance dans les acteurs politiques.
Ceux qui votent valident le système.

1.2 Méchants abstentionnistes !

1.2.1 (4′22″) La position abstentionniste a une cohérence mais ne nous sort pas du piège politique. La seule issue : devenir constituant

La posi­tion abs­ten­tion­niste est très défen­dable et ne mérite pas d’être condamnée.
Les acteurs poli­tiques pro­fes­sion­nels nous volent lit­té­ra­le­ment la réflexion et l’ac­tion poli­tique.
Voter ou ne pas voter ne nous sort pas du piège politique.
Pas d’autre issue que de deve­nir consti­tuant :
-> se his­ser au-des­­sus des pou­voirs actuels, intel­lec­tuel­le­ment, avant de pou­voir le faire pratiquement.
-> être capable de conce­voir que nous sommes souverains.
Les ate­liers consti­tuants servent à cette réflexion, l’en­traî­ne­ment doit être quotidien :
-> Chaque jour faire une réflexion pratique.

1.3 L’autonomie en question

1.3.1 (6′15″) Face au « diviser pour mieux régner » les alternatives d’autonomie de vie ne suffisent pas pour résister au fascisme

Les peuples qui vou­laient colo­ni­ser un autre peuple ont très sou­vent semé le chaos pour pou­voir l’ex­ploi­ter, nous devons nous pré­pa­rer au chaos qui vient.
Construire un monde qui nous manque est une superbe idée mais cela ne suf­fit pas à faire un pro­jet poli­tique alternatif.
Faire tour­ner des éoliennes, deve­nir fru­gal, auto­nome, devoir s’ar­mer et se bar­ri­ca­der pour faire face au chaos pen­dant que tout le reste de l’hu­ma­ni­té crève ne peut être une alter­na­tive réelle pour résister.

1.3.2 (8′30″) Développer une aptitude constituante et être citoyen actif responsable de la limite des pouvoirs permettent la résistance au fascisme

-> Pour résis­ter à un tyran et au fas­cisme, main­te­nir l’ac­ti­vi­té éco­no­mique nor­male, les citoyens consti­tuants entraî­nés à ins­ti­tuer eux-mêmes les contrôles des pou­voirs seront plus robustes.
-> Pour résis­ter au chaos, il fau­drait avoir déve­lop­pé une apti­tude consti­tuante non réduite à l’as­pect juri­dique du terme.
-> Être un citoyen consti­tuant c’est pen­ser les pou­voirs dont a besoin la com­mu­nau­té et les limi­ta­tions non théo­riques mais pra­tiques de ces pou­voirs par l’ac­ti­vi­té concrète des citoyens.

1.4 En marche ?

1.4.1 (9′33″) La fabrique des opinions : les instituts de sondage

-> Macron est le début d’une dévas­ta­tion sociale his­to­rique, inédite, un retour au XIXe siècle.
-> Les ins­ti­tuts de son­dage sont tous sous appropriation.
-> L’ins­ti­tut de son­dage est un des outils majeurs de la fabrique du consen­te­ment, de la fabrique des opi­nions, une machine faite pour nous tromper.
-> Les son­dages disent que les fran­çais sont prêts à don­ner à Macron une majo­ri­té à l’As­sem­blée Nationale.

1.4.2 (10′43″) Le droit du travail : retournement de la hiérarchie des normes par la loi Macron et perte de la protection

Nous étions pro­té­gés par un droit du tra­vail donc par une loi qui se situait au-des­­sus de la volon­té du patron. Entre les normes pro­duites entre le patron et le sala­rié et la loi, la loi était au-des­­sus. Il y avait une hié­rar­chie des normes pro­tec­trice pour le salarié.
La pre­mière loi Macron – la loi El Khom­ri (loi tra­vail) – a déjà inver­sé la hié­rar­chie des normes.
la loi Macron inver­sant la hié­rar­chie des normes a détruit la pro­tec­tion que nous avions, le droit du tra­vail étant changé.
L’ur­gence est de défaire cette loi El Khom­ri ; or Macron veut la renforcer.

1.4.3 (11′43″) L’urgence c’est de devenir citoyen constituant et ne plus être tenu à l’écart

L’ur­gence n’est pas de créer des com­mu­nau­tés, l’ur­gence c’est de deve­nir consti­tuant, un citoyen vigi­lant ! On peut cumu­ler les deux.
  • Deve­nir consti­tuant ne demande pas un effort consi­dé­rable ; ce qui est com­pli­qué c’est de s’y mettre :
-> S’im­po­ser une minute par jour à réflé­chir concrè­te­ment à la Constitution.
-> Prendre n’im­porte quel article de la Consti­tu­tion française : 
- réflé­chir et com­prendre ce qui est dit dans cet article,
- com­prendre com­ment le peuple est tenu à l’é­cart dans cet article,
- essayer de refor­mu­ler pour ne plus être mis à l’écart.

1.5 Du Chouard dans tous les programmes

1.5.1 (14′07″) Les professionnels de la politique vont dévoyer nos idées d’émancipation ; les conflits d’intérêt sont la cause de notre impuissance politique

Si nos idées d’é­man­ci­pa­tion citoyenne, de non pro­fes­sion­nels de la poli­tique, sont reprises par les poli­ti­ciens, ceux-ci vont dévoyer nos idées, les vider de leur sens.
Exemple : déci­der que l’as­sem­blée Consti­tuante ne devra pas être tirée au sort com­plè­te­ment mais juste en partie.
Ce serait gar­der dans la Consti­tuante les conflits d’in­té­rêt qui sont la cause de l’im­puis­sance poli­tique populaire.

1.5.2 (15′10″) Rousseau : C’est une forme de folie que de croire que celui qui est en situation de dominer va suivre un intérêt autre que le sien

-> Les maîtres vont suivre leur intérêt.
-> Si on accepte qu’il y ait des maîtres, ne pas s’at­tendre à ce qu’ils suivent un autre inté­rêt que le leur, ils ne ser­vi­ront pas l’in­té­rêt général.
-> La Consti­tu­tion non écrite par le peuple a fait que les riches ont pris le contrôle du pou­voir poli­tique ; cela donne une plou­to­cra­tie ; les déci­sions sont prises dans l’in­té­rêt des riches.

1.5.3 (15′58″) Ce que l’on va perdre avec Macron

-> Perte de la sécu­ri­té sociale.
-> Perte du droit du tra­vail protecteur.
-> Perte du sta­tut de la fonc­tion publique.
-> Perte pro­ba­ble­ment de la plu­part des ser­vices publics par la privatisation.

Notre pays est riche, il y a de l’i­ner­tie et donc du temps s’é­cou­le­ra avant d’être miné, asser­vi, malheureux.
Si les gens attendent d’être au fond du trou pour réagir !!!
On le mérite : on a voté Macron, on l’aura !

1.5.4 (16′40″) La fabrique du personnage Macron par les journaux

-> Les jour­naux appar­tiennent à 9 mil­liar­daires, on l’accepte !
-> Macron fait la poli­tique des milliardaires.
-> Les jour­naux ne parlent que de Macron, font des articles à la gloire de Macron.

Les jour­naux font la fabrique du per­son­nage Macron et cela n’a rien à voir avec l’in­té­rêt général !

1.6 Youtube/Censure/Décodex

1.6.1 (17′12″) Espoir d’une production d’un substitut libre au sein d’Internet mais surtout compter sur la robustesse d’une idée simple qui se propage même hors Internet

Il y a l’es­poir d’une pro­duc­tion d’un sub­sti­tut libre à You­tube, pla­te­forme Inter­net, etc. par les hackers, les pro­gram­meurs mais les mil­liar­daires vont cor­rompre et pol­luer Internet.
Je compte sur la robus­tesse d’une idée simple qui devrait pou­voir se répandre sans Internet.
Si l’i­dée est simple elle se pro­page sans avoir besoin d’un média aus­si puis­sant qu’Internet.

-> Ce n’est pas aux hommes du pou­voir d’écrire les règles du pouvoir.
-> Ce n’est pas aux par­le­men­taires d’é­crire la Constitution.
-> Si on veut une Consti­tu­tion il faut qu’on l’é­crive nous-mêmes.

Il faut s’en­traî­ner, se pré­pa­rer, qu’on soit plus nom­breux à s’oc­cu­per du bien commun.
Le jour où cela va péter nous serons prêts.

1.7 1984

1.7.1 (19′32″) Quand Big Brother crée, organise l’opposition pour garder le pouvoir, détourne le besoin de la population de tempêter vers une opposition fabriquée par le pouvoir

-> J’ai presque l’im­pres­sion que Mélen­chon et Le Pen servent à cris­tal­li­ser deux par­tis du peuple vou­lant s’émanciper.
Ce sont deux puis­sants enne­mis du sys­tème, ils ne font pas cause com­mune contre l’op­pres­sion, ils ne gagne­ront jamais les élections.
-> Comme décrit par Orwell dans « 1984″ Big Bro­ther pour gar­der le pou­voir orga­nise lui-même son oppo­si­tion contrô­lée et dont il n’a rien à craindre. 
- Big Bro­ther orga­nise la guerre per­ma­nente qui mobi­lise tota­le­ment le peuple et lui fait faire corps der­rière Big Brother.
- Gold­stein est le monstre fabri­qué par Big Bro­ther pour cana­li­ser les res­sen­ti­ments éven­tuels de la population.
- Les gens par mimé­tisme gré­gaire haïssent Gold­stein qui passe quo­ti­dien­ne­ment sur tous les écrans lors des « deux minutes de la haine » bien qu’il dise la vérité : 
« Méfiez-vous de Big Bro­ther, Big Bro­ther vous ment, Big Bro­ther vous vole ! ».
- Big Bro­ther se sert de ce dénon­cia­teur de scan­dales comme l’in­car­na­tion de ce qu’il faut haïr.
- Quand on hait Gold­stein, on ne hait plus Big Brother.
- Big Bro­ther détourne le besoin de la popu­la­tion de tem­pê­ter vers une oppo­si­tion qu’il a fabri­quée pour cela.
- Gold­stein est une marion­nette au ser­vice de Big Brother.

1.7.2 (25′10″) Les oppositions devraient fraterniser contre les oppresseurs qui sont au pouvoir

Les mil­lions de gens qui choi­sissent Le Pen devraient fra­ter­ni­ser avec les mil­lions de gens qui défendent Mélenchon.
On a tous le même pro­blème avec cette oli­gar­chie ploutocratique.
Cette posi­tion que je défends me fait trai­ter de phi­­lo-fas­­ciste parce que je dédia­bo­lise Gold­stein et que je demande de regar­der Big Bro­ther et non Goldstein.
Ceux qui sont au pou­voir sont les oppresseurs !

1.7.3 (26′32″) Une pensée du philosophe Alain : « Une assemblée ne pense pas ». Le mouvement de foule peut entraîner une déresponsabilisation

-> Une pen­sée d’A­lain, le phi­lo­sophe Émile Char­tier : « Une assem­blée ne pense pas ».
-> Ce sont les hommes qui pensent.
-> Les mou­ve­ments de foule peuvent entraî­ner une sorte de déresponsabilisation
-> Dans les ins­ti­tu­tions il fau­drait pré­voir des méca­nismes qui pro­tègent des mou­ve­ments de foule pour gar­der la pos­si­bi­li­té de résis­ter à l’as­sem­blée – peut-être par le vote secret.

1.7.4 (27′24″) Se mobiliser, ne pas se disperser, ne pas se diviser, être déterminé et courageux comme la classe ouvrière de la fin du XIXe-début du XXe siècle

-> À la fin du XIXe siècle, début du XXe, la classe ouvrière était très nom­breuse, plus que moti­vée, déter­mi­née à venir à bout du capi­ta­lisme, avec une culture poli­tique incroya­ble­ment supé­rieure à aujourd’hui.
-> Ils étaient for­més, déter­mi­nés, cou­ra­geux, endur­cis à la dou­leur, se sont fait mas­sa­crés lors de la pre­mière guerre mondiale.
-> Et nous ?
-> Qu’a­vons-nous comme troupe ?
-> Rien du tout, des gens qui regardent la télévision !
-> Pas de moti­va­tion, de la dis­per­sion et on se tire les uns les autres dans les pattes…

1.8 Fasciste ! (28′16″)

Les anti­fas pré­tendent que je suis un fas­ciste et m’empêchent d’a­voir des réunions avec mes copains de gauche.
Ce n’est pas tant les anti­fas peu nom­breux que les copains de gauche qui suivent et qui disent : « C’est scan­da­leux d’in­vi­ter Chouard dans les réunions ».
-> On n’y arri­ve­ra jamais, sélec­tion natu­relle, mort aux cons.
-> (28′53″) Les riches vont gagner, ils sont plus malins, plus forts, plus méchants, s’oc­cupent mieux de leurs intérêts !

1.9 Du positif ?

1.9.1 (29′06″) Se mettre à constituer, s’entraîner, partout, tout le temps

-> Tous les mois dans mon vil­lage je par­ti­cipe à un ate­lier consti­tuant chez une copine et on se régale, on pro­gresse, plein de nou­veaux viennent tout le temps.
-> Il fau­drait qu’il y en ait par­tout, tout le temps, dans chaque mai­son, dans chaque pâté de maisons.
-> Il fau­drait que les gens par­ti­ci­pant aux ate­liers consti­tuants s’en­traînent tous les jours pour avoir quelque chose à dire lors du pro­chain atelier.

1.9.2 (30′40″) Trouver une idée sexy pour réveiller les gens

-> Ils sont des mil­lions à regar­der TF1 et nous, on est 100 000.
-> On a besoin de trou­ver une façon de dire l’i­dée qui soit sexy pour des gens qui sont éteints, des gens qui ne pensent qu’à eux, qu’au foot, qu’à la télé­vi­sion. Fau­drait arri­ver à les réveiller.
-> Un jeu, peut-être ?
-> Un jeu où on gagne de l’argent ?
-> Le cer­veau col­lec­tif va peut-être finir par trou­ver cette idée là, mais cela nous manque.

1.9.3 (31′11″) Arriver à démontrer que évidemment pratiquer les ateliers constituants cela va tout changer : se hisser au-dessus de l’électeur, penser le politique en adulte, ne plus s’humilier en étant représenté

-> Les gens croient qu’ils ne sont pas capables, que faire des ate­liers consti­tuants ne chan­ge­ra rien. Et tant qu’ils pensent cela c’est logique de ne pas le faire.
-> Arri­ver à démon­trer que, évi­dem­ment, cela va tout chan­ger, en adap­tant les ate­liers consti­tuants à eux.
-> Je parle aux gens dans le train de Consti­tu­tion et ils com­prennent très vite. On devrait tous faire cela.
-> Lors des ate­liers consti­tuants, ne pas foca­li­ser sur le résul­tat. Une bonne image est celle des lignes de ‘a » lors de l’ap­pren­tis­sage de l’é­cri­ture. Quand nous avons appris à écrire nous avons fait des lignes de « a », plein de « a » jus­qu’à l’é­crire bien, ensuite on a jeté les lignes de « a », ce qui comp­tait n’é­tait pas les « a » mais que nous étions deve­nus capables d’é­crire des « a ».
-> Ce qui compte ce ne sont pas les articles qu’on écrit mais que nous sommes en train de nous his­ser au-des­­sus de l’é­lec­teur, au-des­­sus des élus. Nous deve­nons souverains !
« Je veux des élus mais sous mon contrôle, je veux des tirés au sort sous mon contrôle »
-> Cette acti­vi­té qui consiste à s’en­traî­ner, à se his­ser poli­ti­que­ment au-des­­sus, à pen­ser la poli­tique en adulte, c’est elle qui nous trans­forme, c’est le fait de nous habi­tuer à pen­ser comme cela.
Il me semble que c’est cela qui nous trans­forme quand j’écris :
« Chaque dépu­té rend des comptes à ses élec­teurs tous les six mois »,
le fait d’é­crire, cela maté­ria­lise ma muta­tion, cela me trans­forme, je me trans­forme comme une che­nille se trans­forme en papillon.
D’é­lec­teur, je deviens citoyen.
C’est parce que je l’é­cris que je deviens constituant.
Je m’au­to­rise ce que les élus ne veulent pas que je fasse. Les élus me tiennent à l’é­cart. Ils m’in­ter­disent de faire cela, ils m’infantilisent :
ce n’est pas aux élec­teurs d’é­crire la Consti­tu­tion pour eux.
Je n’ac­cepte plus d’être rava­lé au rang dégra­dant d’é­lec­teur, cela m’hu­mi­lie d’être repré­sen­té.
C’est Rous­seau qui disait cela : « Vous m’hu­mi­liez en me repré­sen­tant ».
La sou­ve­rai­ne­té ne se repré­sente pas.

1.10 Les retraités (36′38″)

-> Incroyable : les retrai­tés votent Macron.
Ils sont sans défense
-> En Grèce, treize fois on leur a bais­sé leur retraite. Ils s’en­foncent dans la misère noire ; ils sont vieux, fati­gués, ne peuvent résister.
-> Il y a beau­coup à gagner en divi­sant les retraites par 2, 3 ou 4. Il y a des mil­liards à gagner là-dessus.
-> Les retrai­tés vont som­brer, souf­frir à cause de Macron qui va don­ner ces mil­liards à ses copains.
Que les retrai­tés crèvent ! Voi­là la men­ta­li­té libé­rale.

1.11 Union Européenne

1.11.1 (38′04″) L’Union Européenne est un piège fasciste qui nous conduit à la généralisation du malheur grec, portugais, chypriote

-> Regar­dez la Grèce, le Por­tu­gal, Chypre (petit pays désar­mé) pour voir ce qui nous attend. Les libé­raux sont forts avec les faibles.
À Chypre, ils piquent sur leurs comptes en banque, toutes leurs éco­no­mies sont per­dues. C’est du vol dans l’im­pu­ni­té totale. Les repré­sen­tants le font, scan­da­li­sés mais sans pou­voir faire autrement.
-> L’U­nion Euro­péenne est un piège fas­ciste qui nous conduit à la géné­ra­li­sa­tion du mal­heur grec, por­tu­gais et nous votons pour cela.

1.11.2 (39’08) L’Europe est irréformable, elle n’est pas faite pour réformer mais pour opprimer, c’est un piège de domination, antisocial, nous empêchant de fraterniser

-> Plein de gens à gauche disent : « Je ne veux pas sor­tir de l’U­nion Euro­péenne, je veux une autre Europe ».
L’Eu­rope est irré­for­mable, elle n’est pas faite pour réfor­mer mais pour oppri­mer et en disant que vous y res­tez vous vous enfermez.
-> Les gens qui veulent res­ter dans l’U­nion Euro­péenne n’ont pas lu les trai­tés ! Ils ne les connaissent pas !
Il faut plu­sieurs fois l’u­na­ni­mi­té des 28 pays pour chan­ger une virgule !
Il suf­fit d’un seul pays libé­ral tel le Luxem­bourg, para­dis fis­cal qui ne vit que du fait qu’il est un para­dis fis­cal dans ce sys­tème, pour s’opposer.
L’Al­le­magne aus­si ne veut rien chan­ger. L’Al­le­magne se com­porte comme un pré­da­teur, volant les pays du sud en leur ven­dant ses machines-outils, et une fois que les pays du sud se sont endet­tés ces pays doivent vendre tous leurs biens publics pour rem­bour­ser cette dette – ain­si pour la Grèce.
-> Ces gens-là nous enferment dans le piège fas­ciste de l’U­nion Euro­péenne, un piège de domi­na­tion, anti­so­cial qui nous empêche de fra­ter­ni­ser.

1.11.3 (40′41″) L’urgence absolue est de sortir de L’Union Européenne ; rester dans l’Union Européenne c’est de l’inconséquence, de la sottise, de l’ignorance

-> L’ur­gence abso­lue est de sor­tir de l’U­nion Euro­péenne, ce n’est pas suf­fi­sant, il res­te­ra à régler le pro­blème démo­cra­tique au niveau national.
-> Les grecs, après avoir tout ven­du, ont per­du 25% de leur PIB, même une guerre mon­diale ne fait pas cela ; c’est une régres­sion d’un siècle.
Res­ter dans l’U­nion Euro­péenne cela ne sert que les mil­liar­daires et les grands bour­geois. L’U­nion Euro­péenne nous dés­in­dus­tria­lise, nous sommes en train de nous « tiermondialiser ».
-> Dire qu’on est de gauche, qu’on veut une autre Europe et qu’il faut res­ter dans l’U­nion Euro­péenne c’est de l’in­con­sé­quence, de la sot­tise, de l’ignorance.
Les gens qui devraient résis­ter au lieu de s’u­nir se déchirent en criant au fas­cisme alors que le fas­cisme est là et qu’il domine.
Toute les grandes struc­tures qui ont sou­te­nu Hit­ler et Mus­so­li­ni sont au pou­voir, là, aujourd’­hui. Les sup­por­ters de Hit­ler, Mus­so­li­ni, Fran­co, Pino­chet étaient sou­te­nus par le grand capi­tal qui triomphe aujourd’­hui avec l’U­nion Euro­péenne. On y est dans le fascisme !

Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis…

Voi­ci une syn­thèse remar­quable sur les rai­sons du com­por­te­ment pré­ten­du­ment agres­sif de la Corée du Nord, syn­thèse signa­lée par le prin­ci­pal (de loin) ser­vice public d’in­for­ma­tion en France : les​-crises​.fr

Quand les États-Unis détruisaient un pays pour le sauver

Le 25 juin 2010 marque le soixan­tième anni­ver­saire du début de la Guerre de Corée, appe­lée « Guerre de Libé­ra­tion de la patrie en Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée.  Entre 1950 et 1953, les hos­ti­li­tés ont fait près de quatre mil­lions de vic­times, mais l’ héri­tage de cette guerre va  bien au-delà de ce bilan humain déjà ter­ri­fiant : l’ac­cord d’ar­mis­tice signé à Pan­mun­jom le 27 juillet 1953 a scel­lé la divi­sion de la pénin­sule coréenne en éta­blis­sant une ligne de démar­ca­tion mili­taire entre le nord et le sud, et,faute de véri­table trai­té de paix, la Corée reste tech­ni­que­ment en état de belligérance.

Au len­de­main de la libé­ra­tion de la Corée (15 août 1945), après 35 ans de colo­ni­sa­tion japo­naise, le peuple coréen pou­vait pour­tant légi­ti­me­ment pré­tendre à recou­vrer son indé­pen­dance et sa sou­ve­rai­ne­té, comme s’y étaient enga­gés les pays alliés lors de la Confé­rence du Caire (novembre 1943). 

Cette légi­time aspi­ra­tion de la nation coréenne ne fut mal­heu­reu­se­ment pas réa­li­sée dans le contexte d’af­fron­te­ment des grandes puis­sances : dès le mois de sep­tembre 1945, deux zones d’oc­cu­pa­tion, sovié­tique et amé­ri­caine, se mirent en place de part et d’autre du 38eme paral­lèle. En 1948, l’or­ga­ni­sa­tion d’é­lec­tions sépa­rées au sud, sous l’é­gide de l’O­NU où les Etats-Unis dis­po­saient de la majo­ri­té, abou­tit à la créa­tion de deux Etats coréens : la Répu­blique de Corée au sud, la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée au nord​.La par­ti­tion de fait de la Corée était réa­li­sée. La nation coréenne se trou­vait dra­ma­ti­que­ment divi­sée contre son gré par la fron­tière arti­fi­cielle du 38eme paral­lèle, autour de laquelle divers accro­chages firent des mil­liers de morts de 1945 à 1950. 

La thèse de l’of­fen­sive nord-coréenne du 25 juin 1950 ser­vit de pré­texte à une inter­ven­tion mili­taire des Etats-Unis, dans le cadre d’une stra­té­gie amé­ri­caine glo­bale de « refou­le­ment du com­mu­nisme ». L’in­ter­ven­tion amé­ri­caine en Corée fut légi­ti­mée par le Conseil de sécu­ri­té de l’O­NU  – où l’URSS ne sié­geait pas en rai­son du refus d’y admettre la jeune Répu­blique popu­laire de Chine -, le pré­sident amé­ri­cain Har­ry Tru­man pré­sen­tant alors l’en­voi de troupes en Corée comme une « opé­ra­tion de policedont le but était de repous­ser un « raid de ban­dits contre la Répu­blique de Corée ». Le pré­sident amé­ri­cain l’a fait sans décla­ra­tion de guerre, jus­qu’a­lors une condi­tion préa­lable à la par­ti­ci­pa­tion mili­taire des Etats-Unis à l’é­tran­ger. Il a ain­si éta­bli un pré­cé­dent pour le pré­sident Lyn­don John­son qui a enga­gé des troupes dans la Guerre du Viet­nam sans jamais sol­li­ci­ter un man­dat du Congrès pour son action. Les inter­ven­tions en Irak et en Afgha­nis­tan ont été menées selon les mêmes principes. 

Pour cette« opé­ra­tion de police, les Etats-Unis eurent recours à des armes de des­truc­tion mas­sive, ou mena­cèrent d’en uti­li­ser, ce qui contri­bue encore à éclai­rer la situa­tion actuelle. Comme l’é­crit  l’his­to­rien amé­ri­cain Bruce Cumings en conclu­sion de l’ar­ticle que nous repro­dui­sons ci-après, la Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Cumings écri­vait ces lignes en 2004, sous l’ad­mi­nis­tra­tion Bush. Elles res­tent d’une trou­blante actua­li­té, sur­tout  après l’an­nonce, le 6 avril 2010, de la nou­velle pos­ture nucléaire de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, selon laquelle les Etats-Unis s’au­to­risent à frap­per la Corée du Nord avec des armes nucléaires même si celle-ci n’u­ti­lise que des armes conventionnelles.


Mémoires de feu en Corée du Nord

par Bruce Cumings

 Plu­tôt que d’une guerre oubliée, mieux vau­drait par­ler, s’agissant de la Guerre de Corée (1950−1953), d’une guerre incon­nue. L’effet incroya­ble­ment des­truc­teur des cam­pagnes aériennes amé­ri­caines contre la Corée du Nord – qui allèrent du lar­gage conti­nu et à grande échelle de bombes incen­diaires (essen­tiel­le­ment au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chi­miques [1] et à la des­truc­tion de gigan­tesques bar­rages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indé­lé­bile. Ces faits sont tou­te­fois peu connus, même des his­to­riens, et les ana­lyses de la presse sur le pro­blème nucléaire nord-coréen ces dix der­nières années n’en font jamais fait état. [NdT : ce texte a été écrit en décembre 2004] 

La Guerre de Corée passe pour avoir été limi­tée, mais elle res­sem­bla fort à la guerre aérienne contre le Japon impé­rial pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, et fut sou­vent menée par les mêmes res­pon­sables mili­taires amé­ri­cains. Si les attaques d’Hiroshima et de Naga­sa­ki ont fait l’objet de nom­breuses ana­lyses, les bom­bar­de­ments incen­diaires contre les villes japo­naises et coréennes ont reçu beau­coup moins d’attention. Quant aux stra­té­gies nucléaire et aérienne de Washing­ton en Asie du Nord-Est après la Guerre de Corée, elles sont encore moins bien com­prises, alors que ces stra­té­gies ont défi­ni les choix nord-coréens et demeurent un fac­­teur-clé dans l’élaboration de la stra­té­gie amé­ri­caine en matière de sécu­ri­té natio­nale. (…)

Le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale. Son uti­li­sa­tion pro­vo­qua un débat majeur pen­dant la Guerre du Viet­nam, atti­sé par des pho­tos insou­te­nables d’enfants qui cou­raient nus sur les routes, leur peau par­tant en lam­beaux… Une quan­ti­té encore plus grande de napalm fut néan­moins lar­guée sur la Corée, dont l’effet fut beau­coup plus dévas­ta­teur, car la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée (RPDC) comp­tait bien plus de villes peu­plées que le Nord-Viet­­nam. En 2003, j’ai par­ti­ci­pé à une confé­rence aux côtés d’anciens com­bat­tants amé­ri­cains de la Guerre de Corée. Lors d’une dis­cus­sion à pro­pos du napalm, un sur­vi­vant de la bataille du Réser­voir de Chang­jin (Cho­sin, en japo­nais), qui avait per­du un œil et une par­tie de la jambe, affir­ma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle tom­bait sur les bonnes personnes.

Les bonnes per­sonnes ? Comme lorsqu’un bom­bar­de­ment tou­cha par erreur une dou­zaine de sol­dats amé­ri­cains : Tout autour de moi, les hommes étaient brû­lés. Ils se rou­laient dans la neige. Des hommes que je connais­sais, avec qui j’avais mar­ché et com­bat­tu, me sup­pliaient de leur tirer des­sus… C’était ter­rible. Quand le napalm avait com­plè­te­ment brû­lé la peau, elle se déta­chait en lam­beaux du visage, des bras, des jambes… comme des chips de pommes de terre frites.  [2]

Un peu plus tard, George Bar­rett, du New York Times, décou­vrit un tri­but macabre à la tota­li­té de la guerre moderne dans un vil­lage au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : Les habi­tants de tout le vil­lage et dans les champs envi­ron­nants furent tués et conser­vèrent exac­te­ment l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frap­pés par le napalm : un homme s’apprêtait à mon­ter sur sa bicy­clette, une cin­quan­taine d’enfants jouaient dans un orphe­li­nat, une mère de famille étran­ge­ment intacte tenait dans la main une page du cata­logue Sears-Roe­­buck où était cochée la com­mande no 3811294 pour une “ravis­sante liseuse cou­leur corail”. Dean Ache­son, secré­taire d’Etat, vou­lait que ce genre de repor­tage à sen­sa­tion soit signa­lé à la cen­sure afin qu’on puisse y mettre un terme . [3]

WarKorea_B-29-korea.jpg

L’un des pre­miers ordres d’incendier des villes et des vil­lages que j’ai trou­vés dans les archives fut don­né dans l’extrême sud-est de la Corée, pen­dant que des com­bats vio­lents se dérou­laient le long du péri­mètre de Pusan, début août 1950, alors que des mil­liers de gué­rille­ros har­ce­laient les sol­dats amé­ri­cains. Le 6 août 1950, un offi­cier amé­ri­cain don­na l’ordre à l’armée de l’air que soient obli­té­rées les villes sui­vantes : Chong­song, Chin­bo et Kusu-Dong. Des bom­bar­diers stra­­té­­gi­­quesB-29 furent éga­le­ment mis à contri­bu­tion pour des bom­bar­de­ments tac­tiques. Le 16 août, cinq for­ma­tions de B‑29 frap­pèrent une zone rec­tan­gu­laire près du front qui comp­tait un grand nombre de villes et de vil­lages, et créèrent un océan de feu en lar­guant des cen­taines de tonnes de napalm. Un ordre sem­blable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple men­tion : Onze vil­lages incen­diés. [4]

Les pilotes avaient ordre de frap­per les cibles qu’ils pou­vaient dis­cer­ner pour évi­ter de frap­per des civils, mais ils bom­bar­daient sou­vent des centres de popu­la­tion impor­tants iden­ti­fiés par radar, ou lar­guaient d’énormes quan­ti­tés de napalm sur des objec­tifs secon­daires lorsque la cible prin­ci­pale ne pou­vait être atteinte. La ville indus­trielle de Hun­gnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à tra­vers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une cen­taine de mètres. L’armée amé­ri­caine lar­gua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un ton­nage qui aurait requis une flotte de 250 B‑17 pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Fin août, les for­ma­tions de B‑29 déver­saient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. [5] Ce ton­nage consis­tait en grande par­tie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B‑29 déver­sèrent 3,2 mil­lions de litres de napalm.

 

Boy victim of napalm
Enfant coréen brû­lé par le napalm

Au sein de l’armée de l’air amé­ri­caine, cer­tains se délec­taient des ver­tus de cette arme rela­ti­ve­ment nou­velle, intro­duite à la fin de la pré­cé­dente guerre, se riant des pro­tes­ta­tions com­mu­nistes et four­voyant la presse en par­lant de bom­bar­de­ments de pré­ci­sion. Les civils, aimaient-ils à pré­tendre, étaient pré­ve­nus de l’arrivée des bom­bar­diers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet. [6] Cela n’était qu’un pré­lude à la des­truc­tion de la plu­part des villes et vil­lages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

Larguer trente bombes atomiques ?

inchon-mcarthur.jpg

L’entrée des Chi­nois dans le conflit pro­vo­qua une esca­lade immé­diate de la cam­pagne aérienne. À comp­ter du début novembre 1950, le géné­ral MacAr­thur ordon­na que la zone située entre le front et la fron­tière chi­noise soit trans­for­mée en désert, que l’aviation détruise tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages sur des mil­liers de kilo­mètres car­rés du ter­ri­toire nord-coréen. Comme le rap­por­ta un atta­ché mili­taire bri­tan­nique auprès du quar­tier géné­ral de MacAr­thur, le géné­ral amé­ri­cain don­na l’ordre de détruire tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion, tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages à l’exception des bar­rages de Najin, près de la fron­tière sovié­tique et de Yalu (épar­gnés pour ne pas pro­vo­quer Mos­cou et Pékin). Cette des­truc­tion [devait] débu­ter à la fron­tière mand­choue et conti­nuer vers le sud. Le 8 novembre 1950, 79 B‑29 lar­guaient 550 tonnes de bombes incen­diaires sur Sinui­ju, la rayantde la carte. Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoe­ryong dans le but de liqui­der l’endroit. Le 25 novembre, une grande par­tie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes enne­mies plus au sud(…) est plus ou moins en feu. La zone allait bien­tôt deve­nir uneéten­due déserte de terre brû­lée. [7]

Tout cela se pas­sait avant la grande offen­sive sino-coréenne qui chas­sa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation amé­ri­caine lâcha au-des­­sus de Pyon­gyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déver­sé par des avions de com­bat Mus­tang, et 175 tonnes de bombes de démo­li­tion à retar­de­ment qui atter­rirent avec un bruit sourd et explo­sèrent ensuite, quand les gens ten­tèrent de sau­ver les morts des bra­siers allu­més par le napalm. Début jan­vier, le géné­ral Ridg­way ordon­na de nou­veau à l’aviation de frap­per la capi­tale Pyon­gyang dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incen­diaires (objec­tif qui fut accom­pli en deux temps, les 3 et 5 jan­vier 1951). A mesure que les Amé­ri­cains se reti­raient au sud du 38eme paral­lèle, la poli­tique incen­diaire de la terre brû­lée se pour­sui­vit : Uijong­bu, Won­ju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rap­pro­chait, furent la proie des flammes. [8]

Battle_of_Inchon.jpg

L’aviation mili­taire ten­ta aus­si de déca­pi­ter la direc­tion nord-coréenne. Pen­dant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe sur­nom­mée MOAB (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capa­ci­té explo­sive de 18 000 livres de TNT. News­weeken publia une pho­to en cou­ver­ture, sous le titre Pour­quoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? ». [9]Au cours de l’hiver 1950–1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient reve­nus à leur point de départ des années 1930 et se ter­raient dans de pro­fonds bun­kers à Kang­gye, près de la fron­tière mand­choue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débar­que­ment d’Inchon, les B‑29 lar­guèrent des bombes Tar­zan sur Kang­gye. Il s’agissait d’une bombe nou­velle, énorme, de 12 000 livres, jamais uti­li­sée aupa­ra­vant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incen­diaire ultime, la bombe atomique.

Le 9 juillet 1950, deux semaines seule­ment après le début de la guerre, le géné­ral MacAr­thur envoya au géné­ral Ridg­way un mes­sage urgent qui inci­ta les chefs d’état-major (CEM) à exa­mi­ner s’il fal­lait ou non don­ner des bombes A à MacAr­thur. Le géné­ral Charles Bolte, chef des opé­ra­tions, fut char­gé de dis­cu­ter avec MacAr­thur de l’utilisation de bombes ato­miques en sou­tien direct aux com­bats ter­restres.Bolte esti­mait qu’on pou­vait réser­ver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capa­ci­tés mili­taires glo­bales des Etats-Unis s’en trouvent affec­tées outre mesure. MacAr­thur sug­gé­ra à Bolte une uti­li­sa­tion tac­tique des armes ato­miques et lui don­na un aper­çu des ambi­tions extra­or­di­naires qu’il nour­ris­sait dans le cadre de la guerre, notam­ment l’occupation du Nord et une riposte à une poten­tielle inter­ven­tion chi­noise ou sovié­tique comme suit : Je les iso­le­rai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls pas­sages en pro­ve­nance de Mand­chou­rie et de Vla­di­vos­tok com­portent de nom­breux tun­nels et ponts. Je vois là une occa­sion unique d’utiliser la bombe ato­mique, pour frap­per un coup qui bar­re­rait la route et deman­de­rait un tra­vail de répa­ra­tion de six mois.

À ce stade de la guerre, tou­te­fois, les chefs d’état-major reje­tèrent l’usage de la bombe car les cibles suf­fi­sam­ment impor­tantes pour néces­si­ter des armes nucléaires man­quaient, ils redou­taient les réac­tions de l’opinion mon­diale cinq ans après Hiro­shi­ma et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit ren­ver­sé par des moyens mili­taires clas­siques. Le cal­cul ne fut plus le même lorsque d’importants contin­gents de sol­dats chi­nois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.

Lors d’une célèbre confé­rence de presse, le 30 novembre, le pré­sident Tru­man agi­ta la menace de la bombe ato­mique. [10] Ce n’était pas une bourde comme on le sup­po­sa alors. Le même jour, le géné­ral de l’armée de l’air Stra­te­meyer envoya l’ordre au géné­ral Hoyt Van­den­berg de pla­cer le com­man­de­ment stra­té­gique aérien en alerte afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des for­ma­tions de bom­bar­diers équi­pés de bombes moyennes en Extrême-Orient,(…) ce sup­plé­ment [devant] com­prendre des capa­ci­tés ato­miques. Le géné­ral d’aviation Cur­tis LeMay se sou­vient à juste titre que les CEM étaient par­ve­nus aupa­ra­vant à la conclu­sion que les armes ato­miques ne seraient pro­ba­ble­ment pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une cam­pagne ato­mique géné­rale contre la Chine maoïste. Mais puisque les ordres chan­geaient en rai­son de l’entrée en guerre des forces chi­noises, LeMay vou­lait être char­gé de la tâche ; il décla­ra à Stra­te­meyer que son quar­tier géné­ral était le seul qui pos­sé­dait l’expérience, la for­ma­tion tech­nique et la connais­sance intime des méthodes de lar­gage. L’homme qui diri­gea le bom­bar­de­ment incen­diaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nou­veau sur l’Extrême-Orient pour diri­ger les attaques. [11] Washing­ton se sou­ciait peu à l’époque de savoir com­ment Mos­cou allait réagir car les Amé­ri­cains pos­sé­daient au moins 450 bombes ato­miques tan­dis que les Sovié­tiques n’en avaient que 25.

Peu de temps après, le 9 décembre, MacAr­thur fit savoir qu’il vou­lait un pou­voir dis­cré­tion­naire concer­nant l’utilisation des armes ato­miques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il sou­mit une liste de cibles devant retar­der l’avancée de l’ennemi pour les­quelles il disait avoir besoin de 26 bombes ato­miques. Il deman­dait en outre que 4 bombes soient lar­guées sur les forces d’invasion  » et 4 autres sur lesconcen­tra­tions enne­mies cru­ciales de moyens aériens.

Dans des inter­views parues après sa mort, MacAr­thur affir­mait avoir un plan per­met­tant de rem­por­ter la guerre en dix jours : « J’aurais lar­gué une tren­taine de bombes ato­miques (…) en met­tant le paquet le long de la fron­tière avec la Mand­chou­rie. » Il aurait ensuite ame­né 500 000 sol­dats de la Chine natio­na­liste au Yalu, puis aurait répan­du der­rière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une cein­ture de cobalt radio­ac­tif (…) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pen­dant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion ter­restre de la Corée par le nord. Il avait la cer­ti­tude que les Russes n’auraient pas bou­gé devant cette stra­té­gie de l’extrême : Mon plan était simple comme bon­jour. [12]

La radio­ac­ti­vi­té du cobalt 60 est 320 fois plus éle­vée que celle du radium. Selon l’historien Car­roll Qui­gley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pour­rait détruire toute vie ani­male sur terre. Les pro­pos bel­li­cistes de MacAr­thur paraissent insen­sés, mais il n’était pas le seul à pen­ser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comi­té dépen­dant des chefs d’état-major avait décla­ré que les bombes ato­miques pour­raient s’avérer être le fac­teur déci­sif qui stop­pe­rait l’avancée chi­noise en Corée. Au départ, on envi­sa­geait éven­tuel­le­ment leur uti­li­sa­tion dans un cor­don sani­taire [pou­vant] être éta­bli par l’ONU sui­vant une bande située en Mand­chou­rie juste au nord de la fron­tière coréenne.

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le dépu­té Albert Gore (le père d’Al Gore, can­di­dat démo­crate mal­heu­reux en 2000), qui s’opposa par la suite à la Guerre du Viet­nam, déplo­rait que la Coréedétruise peu à peu la viri­li­té amé­ri­caine et sug­gé­rait de mettre fin à la guerre par quelque chose de cata­clys­mique, à savoir une cein­ture radio­ac­tive qui divi­se­rait la pénin­sule coréenne en deux de façon per­ma­nente. Bien que le géné­ral Ridg­way n’ait pas par­lé de bombe au cobalt, après avoir suc­cé­dé à MacAr­thur en tant que com­man­dant amé­ri­cain en Corée, il renou­ve­la en mai 1951 la demande for­mu­lée par son pré­dé­ces­seur le 24 décembre, récla­mant cette fois 38 bombes ato­miques. [13] Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes ato­miques, au moment, pré­ci­sé­ment, où Tru­man révo­quait MacAr­thur. Si les infor­ma­tions concer­nant cet évé­ne­ment sont encore en grande par­tie clas­sées secrètes, il est désor­mais clair que Tru­man ne des­ti­tua pas MacAr­thur uni­que­ment en rai­son de son insu­bor­di­na­tion réité­rée, mais parce qu’il vou­lait un com­man­dant fiable sur le ter­rain au cas où Washing­ton décide de recou­rir aux armes ato­miques. En d’autres termes, Tru­man se débar­ras­sa de MacAr­thur pour gar­der ouverte sa poli­tique en matière d’armes ato­miques. Le 10 mars 1951, après que les Chi­nois eurent mas­sé de nou­velles forces près de la fron­tière coréenne et que les Sovié­tiques eurent sta­tion­né 200 bom­bar­diers sur les bases aériennes de Mand­chou­rie (d’où ils pou­vaient frap­per non seule­ment la Corée, mais les bases amé­ri­caines au Japon) [14], MacAr­thur deman­da une force ato­mique de type Jour J afin de conser­ver la supé­rio­ri­té aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le géné­ral Van­den­berg écri­vait : Fin­let­ter et Lovett aler­tés sur les dis­cus­sions ato­miques. Je pense que tout est prêt. Fin mars, Stra­te­meyer rap­por­ta que les fosses de char­ge­ment des bombes ato­miques sur la base aérienne de Kade­na, à Oki­na­wa, étaient de nou­veau opé­ra­tion­nelles. Les bombes y furent trans­por­tées en pièces déta­chées, puis mon­tées sur la base, seul le noyau nucléaire res­tant à pla­cer. Le 5 avril, les CEM ordon­nèrent que des repré­sailles ato­miques immé­diates soient lan­cées contre les bases mand­choues si de nou­veaux contin­gents impor­tants de sol­dats chi­nois se joi­gnaient aux com­bats ou, semble-t-il, si des bom­bar­diers étaient déployés de là contre des posi­tions amé­ri­caines. Le même jour, Gor­don Dean, pré­sident de la Com­mis­sion sur l’énergie ato­mique, prit des dis­po­si­tions pour faire trans­fé­rer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9eme groupe de bom­bar­diers de l’aviation mili­taire, affec­té au trans­port des bombes atomiques. (…)

Les chefs d’état-major envi­sa­gèrent de nou­veau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tac­tique sur le champ de bataille [15] – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppen­hei­mer, l’ancien direc­teur du Pro­jet Man­hat­tan, tra­vailla sur le Pro­jet Vis­ta, des­ti­né à éva­luer la fai­sa­bi­li­té de l’usage tac­tique des armes ato­miques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effec­tuait une mis­sion secrète pour le dépar­te­ment de la Défense, étu­dia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exis­ter un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait deve­nir le père de la bombe à neu­trons. [16]

Des milliers de villages anéantis

Le pro­jet nucléaire le plus ter­ri­fiant des Etats-Unis en Corée fut pro­ba­ble­ment l’opération Hud­son Har­bor. Cette opé­ra­tion semble avoir fait par­tie d’un pro­jet plus vaste por­tant sur l’exploitation ouverte par le dépar­te­ment de la Défense et l’exploitation clan­des­tine par la Cen­tral Intel­li­gence Agen­cy, en Corée, de la pos­si­bi­li­té d’utiliser les armes nou­velles (un euphé­misme dési­gnant ce qu’on appelle main­te­nant les armes de des­truc­tion massive). (…)

Sans recou­rir aux armes nou­velles, bien que le napalm ait été très nou­veau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des mil­lions de civils avant la fin de la guerre. Pen­dant trois années, les Nord-Coréens se sont trou­vés face à la menace quo­ti­dienne d’être brû­lés par le napalm : On ne pou­vait pas y échap­per, m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pra­ti­que­ment tout avait été com­plè­te­ment rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les sur­vi­vants vivaient dans des grottes. (…)

Au cours de la guerre, écri­vit Conrad Crane, l’armée de l’air amé­ri­caine pro­vo­qua une des­truc­tion ter­rible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts pro­vo­qués par les bom­bar­de­ments révé­la que sur les 22 villes prin­ci­pales du pays, 18 avaient été au moins à moi­tié anéan­ties. Il res­sor­tait d’un tableau éta­bli par l’auteur que les grandes villes indus­trielles de Ham­hung et de Hun­gnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sari­won à 95 %, Sinan­ju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyon­gyang à 75 %. Un jour­na­liste bri­tan­nique décri­vit l’un des mil­liers de vil­lages anéan­tis comme un mon­ti­cule éten­du de cendres vio­lettes. Le géné­ral William Dean, qui fut cap­tu­ré après la bataille de Tae­jon, en juillet 1950, et emme­né au Nord, décla­ra par la suite qu’il ne res­tait de la plu­part des villes et des vil­lages qu’il vit quedes gra­vats ou des ruines cou­vertes de neige. Tous les Coréens qu’il ren­con­tra, ou presque, avaient per­du un parent dans un bom­bar­de­ment. [17] Wins­ton Chur­chill, vers la fin de la guerre, s’émut et décla­ra à Washing­ton que, lorsque le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale, per­sonne n’imaginait qu’on en asper­ge­rait toute une popu­la­tion civile. [18]

Telle fut la guerre limi­tée livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entre­prise aérienne effré­née, citons le point de vue de son archi­tecte, le géné­ral Cur­tis LeMay, qui décla­ra après le début de la guerre :Nous avons en quelque sorte glis­sé un mot sous la porte du Penta­gone disant : “Lais­­sez-nous aller là-bas (…) incen­dier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répon­du par des cris – “Vous allez tuer de nom­breux civils”, et “c’est trop hor­rible”. Pour­tant, en trois ans (…), nous avons incen­dié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (…). Sur trois ans, on arrive à le faire pas­ser, mais tuer d’un coup quelques per­sonnes pour régler le pro­blème, beau­coup ne peuvent pas l’encaisser. [19]

La Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Bruce Cumings
_____

Bruce Cumings est pro­fes­seur d’histoire à l’université de Chi­ca­go. Il est auteur, entre autres, de Paral­lax Visions : Making Sense of Ame­­ri­­can-East Asian Rela­tions, Duke Uni­ver­si­ty Press, Londres, 1999 et deNorth Korea, Ano­ther Coun­try,The New Press, New York, 2004.

[1] Ste­phen Endi­cott, Edward Hager­man, Les armes bio­lo­giques de la Guerre de Corée, Le Monde diplo­ma­tique,juillet 1999.

[2] Cité dans Clay Blair, For­got­ten War,Ran­dom House, New York, 1989.

[3] Archives natio­nales amé­ri­caines, dos­sier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Bar­rett, 8 février 1951.

[4] Archives natio­nales, RG338, dos­sier KMAG, boîte 5418, jour­nal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.

[5] The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er sep­tembre 1950.

[6] Voir « Air War in Korea », dans Air Uni­ver­si­ty Quar­ter­ly Review4, n° 2, automne 1950, pp. 19–40, et « Pre­ci­sion bom­bing », dansAir Uni­ver­si­ty Quar­te­ly review4, n° 4, été 1951, pp. 58–65.

[7] Archives MacAr­thur, RG6, boîte 1, Stra­te­meyer à MacAr­thur, 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, Bou­chier aux chefs d’état-major, 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.

[8] Bruce Cumings, The Ori­gins of the Korean War, tome II, Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty Press, 1990, pp. 753–754 ; New York Times,13 décembre 1950 et 3 jan­vier 1951.

[9] News­week, 24 mars 2003.

[10] The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.

[11] Hoyt Van­den­berg Papers, boîte 86, Stra­te­meyer à Van­den­berg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Van­den­berg, 2 décembre 1950. Voir aus­si Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydro­gen Bomb, 1955, pp. 444–446.

[12] Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willough­by Papers, boîte 8, inter­views par Bob Consi­dine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.

[13] Car­roll Qui­gley, Tra­ge­dy and Hope : A His­to­ry of the World in Our Time, Mac­Mil­lan, New York, 1966, p. 875. C. Qui­gley fut le pro­fes­seur pré­fé­ré de William Clin­ton à Geor­ge­town Uni­ver­si­ty. Voir aus­si B. Cumings, op. cit., p. 750.

[14] Les docu­ments ren­dus publics après l’effondrement de l’Union sovié­tique ne semblent pas cor­ro­bo­rer cette infor­ma­tion. Selon les his­to­riens, les Sovié­tiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette impor­tance à l’époque, contrai­re­ment à ce que pen­saient les ser­vices de ren­sei­gne­ment – en rai­son peut-être d’une dés­in­for­ma­tion effi­cace de la part des Chinois.

[15] Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tac­tiques, non encore dis­po­nibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tac­ti­que­ment dans les com­bats, comme les bombes clas­siques lar­guées par les B‑29 avaient été uti­li­sées dans les com­bats depuis fin août 1950.

[16] Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Arma­ged­don, Simon & Schus­ter, New York, 1983, p. 220. Sur Oppen­hei­mer et le pro­jet Vis­ta, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751–752, David C. Elliot, Pro­ject Vis­ta and Nuclear Wea­pons in Europe, dans Inter­na­tio­nal Secu­ri­ty 2, no 1, été 1986, pp. 163–183.

[17] Conrad Crane, Ame­ri­can Air­po­wer Stra­te­gy in Korea,Uni­ver­si­ty Press of Kan­sas, Law­rence, 2000, pp. 168–169.

[18] Jon Hal­li­day et Bruce Cumings, Korea : The Unk­nown War, Pan­theon Books, New York, 1988, p. 166.

[19] John Fos­ter Dulles Papers, his­toire orale Cur­tis LeMay, 28 avril 1966.

 

Le Monde Diplo­ma­tique, décembre 2004

(pho­tos ajou­tées par l’AAFC)

 

Picasso_Massacre_in_Korea.jpg

Mas­sacre en Corée, par Pablo Picas­so, 1951

(Musée natio­nal Picas­so – Paris)

Syn­thèse signa­lée par Oli­vier Ber­ruyer, sur les​-crises​.fr : http://​www​.les​-crises​.fr/​v​o​i​l​a​–​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​a​–​c​o​r​e​e​–​d​u​–​n​o​r​d​–​d​e​t​e​s​t​e​–​a​u​t​a​n​t​–​l​e​s​–​e​t​a​t​s​–​u​n​is/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​3​7​2​9​1​1​7​2​317

—–

Voir aus­si « La Corée est une », de Guy Dupré :

[ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4

Sou­ve­nir et syn­thèse de notre ren­contre à Tou­louse le 20 mai 2017, voi­ci un très bel objet, un film qui a dû deman­der un tra­vail consi­dé­rable : d’a­bord un tra­vail d’or­ga­ni­sa­tion maté­rielle de toute la ren­contre, puis un tra­vail de col­lecte soi­gneuse des images et des sons, puis un tra­vail d’a­na­lyse minu­tieuse des idées évo­quées et de réflexion pour ordon­ner ces idées, et enfin un tra­vail de mon­tage intel­li­gent et propre ; c’est la qua­trième vidéo — que je trouve remar­quable — éla­bo­rée par les jeunes gens d’Inform’Ac­tion :

httpv://www.youtube.com/watch?v=kFJQY94NJ2I

Au final, je suis admi­ra­tif de tous les aspects de l’or­ga­ni­sa­tion et de l’ex­ploi­ta­tion de cette rencontre.
Bra­vo et mer­ci à toute la jeune équipe d’Inform’Action ! 🙂

Hâte de vous revoir.

Étienne.

PS : j’ai regrou­pé là les liens vers les quatre vidéos :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​7​/​0​5​/​1​4​/​r​e​n​d​e​z​–​v​o​u​s​–​a​–​t​o​u​l​o​u​s​e​–​l​e​–​2​0​–​m​a​i​–​2​0​1​7​–​a​–​1​1​h​–​p​o​u​r​–​d​e​s​–​a​t​e​l​i​e​r​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​ts/

Et Catherine a tout consigné (avec le plan et la biblio en plus) sur le formidable WIKI DES GVs

1. vidéo 14

2. vidéo 24

3. vidéo 34

4. vidéo 4/4

Voyez la page « Toutes les vidéos » sur le wiki des GVs (quel bou­lot, mais quel boulot !!)

Cathe­rine, mille mercis !!!!


Nom­breuses res­sources sur vos ate­liers constituants :

Le wiki des GV, Catégorie:Atelier constituant :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant


https://www.chouard.org/tag/ateliers-constituants‑2/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​2​2​1​6​0​0​4​7​317

Invité par les jeunes gens de THINKERVIEW à 14 h cet après-midi, en direct

Invi­té par les jeunes gens de Thin­ker­view à 14 h cet après-midi, en direct :

https://​www​.face​book​.com/​T​h​i​n​k​e​r​v​i​e​w​/​p​o​s​t​s​/​1​4​9​8​6​6​2​5​0​6​8​8​9​526

https://​www​.you​tube​.com/​t​h​i​n​k​e​r​v​iew

Ma valise de bou­quins est prête 🙂
J’es­père qu’on pour­ra gar­der un peu de temps pour en parler.

À tout bientôt.

Edit : le replay (2 h) est dispo 🙂 
httpv://youtu.be/DROqR_7EKvs

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​1​1​4​2​7​7​3​7​317

 

Edit bis : des per­sonnes incroya­ble­ment dévouées (Sébas­tien et Cathe­rine, ain­si que Bruce) ont ins­pi­ré et fabri­qué la docu­men­ta­tion cor­res­pon­dant à cette inter­view Thin­ker­view. Mille mer­cis à eux :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​E​.​C​h​o​u​a​r​d​–​I​T​V​–​T​h​i​n​k​e​r​v​i​e​w​–​R​e​f​e​r​e​n​c​e​s​.​pdf

CETA : LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL SACRIFIE LA DÉMOCRATIE, LES CITOYENS ET L’ENVIRONNEMENT SUR L’AUTEL DES INTÉRÊTS COMMERCIAUX

[Hon­teuse cor­rup­tion au plus haut niveau du droit] Je vous signale deux alertes impor­tantes, rela­tives aux tra­hi­sons du peuple par le pré­ten­du « Conseil constitutionnel » :

 

CETA : Le Conseil Constitutionnel sacrifie la démocratie, les citoyens et l’environnement sur l’autel des intérêts commerciaux

Sai­si par 153 par­le­men­taires sur l’accord de com­merce entre l’UE et le Cana­da (CETA), le Conseil Consti­tu­tion­nel a écar­té les ana­lyses juri­diques iden­ti­fiant des incom­pa­ti­bi­li­tés avec la Consti­tu­tion, SANS ANALYSER EN DÉTAIL LES ARGUMENTS PRÉSENTÉS. 

Il ren­voie par ailleurs la balle sur cer­tains points au juge euro­péen, ce qui rend plus que néces­saire une sai­sine de la Cour de jus­tice de l’Union Euro­péenne de la part de la France sur l’intégralité de l’accord.

La FNH, food­watch et l’Institut Veblen regrettent que les Sages laissent pas­ser un tel accord, dont le conte­nu pour­rait bou­le­ver­ser dura­ble­ment nos règles démo­cra­tiques et la capa­ci­té des États et de l’UE de pro­té­ger les citoyens et l’environnement.

Le 22 février der­nier, sur la base de l’analyse publiée par l’Institut Veblen, la FNH et food­watch, en col­la­bo­ra­tion avec d’éminents juristes (1), plus de 110 dépu­tés, rejoints par 43 séna­teurs, sai­sis­saient le Conseil consti­tu­tion­nel pour véri­fier la com­pa­ti­bi­li­té du CETA avec la Consti­tu­tion fran­çaise. Par cette pro­cé­dure inédite, le Conseil était inter­ro­gé pour la pre­mière fois sur un accord de com­merce et d’investissement et avait ain­si l’occasion de mettre en place des « garde-fous » pro­té­geant la capa­ci­té des États à régu­ler dans ce type d’accords.

En dépit des enjeux, le Conseil Consti­tu­tion­nel n’a pas répon­du en détail aux dif­fé­rents points sou­le­vés dans l’analyse juri­dique iden­ti­fiant des incom­pa­ti­bi­li­tés avec la Constitution.

Notons en par­ti­cu­lier que sa déci­sion très suc­cincte s’appuie for­te­ment sur l’instrument inter­pré­ta­tif conjoint et les décla­ra­tions annexes bri­co­lés à la hâte en marge du CETA pour faire accep­ter l’accord en octobre 2016 aux États membres de l’UE ayant émis des cri­tiques de fond. Or, comme l’avaient sou­li­gné food­watch, la FNH et l’Institut Veblen, ces textes sont loin d’apporter des réponses satis­fai­santes aux risques que le conte­nu du CETA fait peser sur nos démo­cra­ties. Et toutes les décla­ra­tions annexées au pro­cès ver­bal de la réunion du Conseil de l’UE n’engagent que leurs auteurs et en aucun cas le Cana­da (2).

En outre, sur les menaces liées à la mise en place d’un méca­nisme de règle­ment des dif­fé­rends entre inves­tis­seurs et États entre l’UE et le Cana­da, le Conseil livre une ana­lyse décon­cer­tante dans laquelle il refuse de consi­dé­rer que les risques de pour­suites (et de devoir payer des indem­ni­tés très éle­vées) aux­quels les États ou l’UE seront désor­mais expo­sés sont sus­cep­tibles de dis­sua­der d’adopter de nou­velles règle­men­ta­tions de pro­tec­tion des citoyens et de l’environnement. Quant à la ques­tion de la rup­ture de l’égalité devant la loi entre les inves­tis­seurs natio­naux et les inves­tis­seurs inter­na­tio­naux, le Conseil consi­dère qu’elle est jus­ti­fiée par le trai­te­ment qui sera réser­vé aux inves­tis­seurs fran­çais au Cana­da. En d’autres termes, le Conseil Consti­tu­tion­nel vient de vali­der le fait que les inves­tis­seurs cana­diens (ou étran­gers pré­sents au Canada,dont 80% des entre­prises éta­su­niennes pré­sentes dans l’UE) puissent exi­ger des com­pen­sa­tions auprès d’une juri­dic­tion d’exception alors que les inves­tis­seurs natio­naux devront aller devant les juri­dic­tions nationales.

Par ailleurs, le Conseil s’est décla­ré incom­pé­tent pour exa­mi­ner la com­pa­ti­bi­li­té du CETA avec les trai­tés euro­péens aux­quels la France est par­tie, en se réfé­rant à la récente déci­sion de la CJUE sur l’accord UE – Sin­ga­pour du 16 mai 2017. Il appar­tient donc désor­mais au gou­ver­ne­ment fran­çais d’interroger le juge euro­péen sur ces points pour lever tous les doutes juri­diques qui persistent.

Pour la FNH, l’Institut Veblen et food­watch : « La déci­sion du Conseil Consti­tu­tion­nel est incom­pré­hen­sible. Elle s’avère très super­fi­cielle et fait pri­mer l’objectif de pro­mo­tion des inves­tis­se­ments et des échanges com­mer­ciaux sur le prin­cipe d’égalité devant la loi et les condi­tions essen­tielles d’exercice de la souveraineté. »

« Elle est d’autant plus regret­table que le CETA consti­tue un accord dont la por­tée est dou­ble­ment his­to­rique ; de par le poids du par­te­naire com­mer­cial concer­né et l’ampleur des dis­po­si­tions pré­vues. Il est par ailleurs pré­sen­té comme un accord exem­plaire qui pré­fi­gure d’autres accords à venir comme celui que l’UE est en train de fina­li­ser avec le Japon (JEFTA). S’il crai­gnait à ce titre que la por­tée poli­tique d’une cen­sure puisse avoir des réper­cus­sions sur l’ensemble des accords exis­tants et en pré­pa­ra­tion, le Conseil aurait au moins pu émettre des réserves d’interprétation. »

La pro­cé­dure enfin pose ques­tion. Le Conseil avait annon­cé en mars qu’il mène­rait des audi­tions pour mener à bien sa mis­sion. Mais au-delà de la liste des auteurs des portes étroites trans­mises au Conseil qui a été ren­due publique, celle des per­sonnes audi­tion­nées reste un mys­tère. L’Institut Veblen, food­watch et la FNH avaient écrit au Conseil pour deman­der à être enten­dus ain­si que cer­tains juristes avec les­quels les trois orga­ni­sa­tions avaient tra­vaillé. Le Conseil n’a même pas jugé utile d’accuser récep­tion de ce courrier.

Le CETA n’est pas pour autant rati­fié. La FNH, l’Institut Veblen et food­watch réitèrent leur demande à la France de refu­ser l’entrée en appli­ca­tion pro­vi­soire du CETA, tant que des doutes juri­diques per­sistent et que les Par­le­men­taires fran­çais n’ont pas été consultés.

Contacts presse :
Mathilde Dupré, Ins­ti­tut Veblen, [email protected], 06 77 70 49 55
Karine Jac­que­mart, direc­trice, food­watch France, [email protected], 06 68 87 04 04
Samuel Leré, FNH, [email protected]„ 06 87 41 16 03

Note aux rédactions :

(1) Domi­nique Rous­seau est pro­fes­seur de droit consti­tu­tion­nel à l’École de droit de la Sor­bonne, Uni­ver­si­té Paris 1 Pan­­théon-Sor­­bonne, ancien membre du Conseil supé­rieur de la magis­tra­ture de 2002 à 2006. Ses recherches portent prin­ci­pa­le­ment sur le conten­tieux consti­tu­tion­nel et la notion de démocratie.

Éve­lyne Lagrange est pro­fes­seure de droit public à l’école de droit de la Sor­bonne, Uni­ver­si­té Paris 1 Pan­­théon-Sor­­bonne et direc­trice du Mas­ter recherche Droit inter­na­tio­nal public et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales dans cette uni­ver­si­té. Ses recherches portent notam­ment sur les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et les rap­ports entre droit interne et droit inter­na­tio­nal. Elle est l’auteur d’une étude sur l’application des accords rela­tifs aux inves­tis­se­ments dans les ordres juri­diques internes à paraître dans l’ouvrage diri­gé par S. Cuen­det, Droit des inves­tis­se­ments étran­gers, Lar­cier, 2017.

Lau­rence Dubin est pro­fes­seure de droit public à l’Université Paris 8 Saint-Denis et direc­trice du labo­ra­toire de recherche juri­dique Forces du droit. Ses recherches portent notam­ment sur le droit inter­na­tio­nal des échanges.

(2) Voir notre ana­lyse sur la por­tée de l’instrument inter­pré­ta­tif conjoint et des décla­ra­tions annexes émises par les ins­ti­tu­tions euro­péennes et les états membres.

Source : Ins­ti­tut Veblen, http://www.veblen-institute.org/CETA-Le-Conseil-Constitutionnel-sacrifie-la-democratie-les-citoyens-et‑l.html

(Mer­ci à Oli­vier Ber­ruyer qui vient de signa­ler ce lien.)


Mon com­men­taire :

Cette nou­velle tra­hi­son de l’in­té­rêt géné­ral par le pré­ten­du « Conseil consti­tu­tion­nel » s’ex­plique en cher­chant sa cause première :

Ayant (pour l’ins­tant) tou­jours démis­sion­né du pro­ces­sus consti­tuant, nous n’a­vons ni Consti­tu­tion, ni Repré­sen­tants, ni Conseil consti­tu­tion­nel dignes de ce nom.

Le pré­ten­du « Conseil consti­tu­tion­nel » est un ramas­sis de vieux gri­gous, cor­rom­pus comme les autres jus­qu’à la moelle, notam­ment par la (très dis­crète mais très nui­sible) AFEP.

Voyez ceci :


Quand le Conseil constitutionnel se fait le gardien des intérêts des grandes entreprises

Garant de la confor­mi­té des lois avec la Consti­tu­tion, le Conseil consti­tu­tion­nel est cen­sé rendre des déci­sions sou­ve­raines, imper­méables aux ten­ta­tives d’influence exté­rieures comme aux inté­rêts par­ti­cu­liers. Qu’en est-il dans les faits ? La cen­sure par les Sages, ces der­nières années, de nom­breuses mesures légis­la­tives a prio­ri béné­fiques à l’intérêt géné­ral, en matière fis­cale ou de trans­pa­rence des acti­vi­tés des mul­ti­na­tio­nales, com­mence à atti­rer l’attention. La proxi­mi­té de cette ins­tance avec de grands lob­bies éco­no­miques et l’opacité de son mode de fonc­tion­ne­ment, sus­citent la cri­tique. Au point qu’une réforme de ce pilier du sys­tème démo­cra­tique semble aus­si urgente que nécessaire.

Le 21 février, la loi sur le devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales [1] est défi­ni­ti­ve­ment adop­tée par les dépu­tés fran­çais. Elle vise à com­bler ce qui était jusque-là une lacune béante du droit face à la mon­dia­li­sa­tion : l’impossibilité de pour­suivre une mul­ti­na­tio­nale pour des atteintes graves aux droits humains ou à l’environnement occa­sion­nées par leurs filiales ou leur chaîne de sous-trai­­tance. Cette nou­velle légis­la­tion sus­cite déjà un grand inté­rêt au-delà de nos fron­tières, et les par­le­men­taires et asso­cia­tions qui l’ont por­tée en France se pré­parent à mener la bataille au niveau euro­péen. Pro­po­sée dès 2012, elle n’a été défi­ni­ti­ve­ment adop­tée que quatre ans plus tard, en troi­sième lec­ture, l’avant-dernier jour de la légis­la­ture, au terme d’une labo­rieuse pro­cé­dure, et mal­gré un contre-lob­­bying achar­né des milieux patronaux.

« L’Afep à tous les tournants »

Pour autant, la cause est-elle vrai­ment enten­due ? Un der­nier obs­tacle au moins se pro­file : le Conseil consti­tu­tion­nel. Celui-ci a immé­dia­te­ment été sai­si, à la fois par les dépu­tés et par les séna­teurs de droite, avec une argu­men­ta­tion très simi­laire. Lors du der­nier pas­sage de la pro­po­si­tion de loi devant le Sénat, ces der­niers avaient déjà voté une motion d’irrecevabilité au motif que le texte serait contraire à la Consti­tu­tion : trop large et trop impré­cis, trop puni­tif, trop stig­ma­ti­sant, ou encore abu­sant du concept de res­pon­sa­bi­li­té juri­dique [2]. Un argu­men­taire qui a été direc­te­ment éla­bo­ré, dès 2013, par le lob­by char­gé de coor­don­ner l’opposition patro­nale à la pro­po­si­tion de loi : l’Association fran­çaise des entre­prises pri­vées (AFEP), qui regroupe les plus grands groupes français.

« Nous avons trou­vé l’Afep à tous les tour­nants, témoigne un repré­sen­tant d’ONG. Ils ont mobi­li­sé une armée de juristes pour démon­ter notre pro­po­si­tion de loi auprès de Ber­cy. » Ils ont convain­cu Emma­nuel Macron, alors ministre de l’Économie, de refu­ser une pre­mière ver­sion de la loi, au motif qu’elle était « aux anti­podes des grands prin­cipes juri­diques qui gou­vernent notre pays, y com­pris consti­tu­tion­nels » [3]. Puis ils se sont atta­qués à la seconde ver­sion de la loi, celle qui a été fina­le­ment adop­tée, tou­jours sous le même angle. Cette même ligne d’attaque est aujourd’hui por­tée direc­te­ment devant le Conseil consti­tu­tion­nel, pré­si­dé depuis février 2016 par Laurent Fabius, qui a suc­cé­dé à Jean-Louis Debré.

Précédents inquiétants

Les dépu­tés et mili­tants asso­cia­tifs qui ont por­té la loi contre vents et marées ne cachent pas leur ner­vo­si­té. Et on peut les com­prendre, à consi­dé­rer plu­sieurs déci­sions récentes du Conseil consti­tu­tion­nel. Dans les der­nières semaines de l’année 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aus­si d’anciens poli­tiques comme Lio­nel Jos­pin, Michel Cha­rasse et Valé­ry Gis­card d’Estaing [4] – ont cen­su­ré deux dis­po­si­tions adop­tées par les dépu­tés pour lut­ter contre l’évasion fis­cale des mul­ti­na­tio­nales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », pré­sen­té par le socia­liste Yann Galut, qui visait à per­mettre au fisc de taxer les géants du net pour les pro­fits réa­li­sés en France mais redi­ri­gés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxem­bourg. Le Conseil a jugé qu’il por­tait atteinte au prin­cipe d’égalité devant la loi.

Autre mesure cen­su­rée : le repor­ting public pays par pays, qui aurait contraint les mul­ti­na­tio­nales fran­çaises à publier des infor­ma­tions com­plètes sur leurs filiales, y com­pris leurs effec­tifs, leur chiffre d’affaires, leurs béné­fices et les impôts acquit­tés. La dis­po­si­tion aurait per­mis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fis­cal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuel­le­ment envi­sa­gée au niveau euro­péen. Le Conseil consti­tu­tion­nel a jugé qu’elle était contraire à la « liber­té d’entreprendre », au motif qu’elle for­çait les firmes fran­çaises à dévoi­ler des infor­ma­tions stra­té­giques dont pour­raient pro­fi­ter leurs concur­rentes. Un argu­ment que l’on trou­vait déjà sous la plume de l’Afep, qui avait déjà mené la fronde des inté­rêts patronaux.

Au nom de la « liberté d’entreprendre »

C’est en fait l’ensemble du quin­quen­nat qui a été mar­qué par des cen­sures consti­tu­tion­nelles ciblant des mesures emblé­ma­tiques ini­tiées par Fran­çois Hol­lande ou par les par­le­men­taires de la majo­ri­té. Et tout par­ti­cu­liè­re­ment en matière fis­cale. Par exemple, la pro­po­si­tion de taxer les très hauts reve­nus à 75% sur la der­nière tranche, reto­quée dès décembre 2012. Ou encore la loi Flo­range de 2014, cen­sée mettre fin aux « licen­cie­ments bour­siers » en impo­sant des péna­li­tés aux entre­prises qui fer­me­raient des sites ren­tables. Le Conseil a cen­su­ré cette dis­po­si­tion en l’estimant ici encore contraire« à la liber­té d’entreprendre et au droit de pro­prié­té », parce que cela aurait pri­vé « l’entreprise de sa capa­ci­té d’anticiper des dif­fi­cul­tés et de pro­cé­der à des arbi­trages éco­no­miques ».

Le Conseil consti­tu­tion­nel aurait-il ten­dance à se poser en gar­dien des inté­rêts des entre­prises, notam­ment contre les ten­ta­tives de régu­la­tion visant à répondre à la nou­velle réa­li­té carac­té­ri­sée par la finan­cia­ri­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion des éco­no­mies ? Une grande par­tie du droit qui régit aujourd’hui le monde des affaires et ses rela­tions avec le poli­tique date de plu­sieurs décen­nies, par­fois de plus d’un siècle. Il a donc été conçu pour des condi­tions éco­no­miques et sociales radi­ca­le­ment dif­fé­rentes. Les grands groupes savent en jouer à mer­veille. Refu­ser l’évolution néces­saire du droit au nom d’une inter­pré­ta­tion extrê­me­ment conser­va­trice de grands prin­cipes consti­tu­tion­nels revient à leur lais­ser le champ libre.

Un haut lieu de lobbying

Loin de son image – et de son sta­tut théo­rique – de juge imper­méable aux pres­sions exté­rieures, le Conseil consti­tu­tion­nel est en fait un haut lieu du lob­bying. Selon une enquête de Mathilde Mathieu pourMedia­part, celui-ci a pris de plus en plus d’importance. Il se tra­duit notam­ment par la pra­tique des « PORTES ÉTROITES », des contri­bu­tions infor­melles envoyées au Conseil pour ten­ter d’influencer sa déci­sion, qui res­tent secrètes et ne sont com­mu­ni­quées ni aux par­le­men­taires, ni même au gou­ver­ne­ment. Ces contri­bu­tions sont com­man­dées à d’éminents pro­fes­seurs de droit consti­tu­tion­nel ou à des cabi­nets d’avocats spé­cia­li­sés, moyen­nant rému­né­ra­tion de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’euros [5], pour défendre le point de vue des entre­prises ou d’autres lob­bys auprès du Conseil. Selon nos infor­ma­tions, dès le len­de­main de la sai­sine du Conseil sur le devoir de vigi­lance, le Medef a déjà dépo­sé une porte étroite sur le sujet.

Selon des chiffres four­nis par Jean-Louis Debré lui-même lorsqu’il était encore pré­sident du Conseil, un total de 47 portes étroites auraient été dépo­sées au cours de l’année 2014. Puis en 2015, on en dénombre 21 sur la seule loi sur le ren­sei­gne­ment, et 24 sur la loi Macron. L’Afep est une grande habi­tuée de cette pra­tique. D’après les maigres infor­ma­tions dis­po­nibles, elle y a déjà recou­ru au début des années 2000 pour faire cen­su­rer un pro­jet d’écotaxe, grâce à la plume de Guy Car­cas­sonne, un pres­ti­gieux consti­tu­tion­na­liste rocar­dien. En 2013, elle lui a à nou­veau com­man­dé une « porte étroite » visant à dénon­cer le carac­tère « confis­ca­toire » de la fis­ca­li­té pesant sur les entre­prises [6].

En toute opacité

Au-delà de ces notes dis­crètes, les ren­contres infor­melles entre cer­tains membres du Conseil consti­tu­tion­nel et des repré­sen­tants des entre­prises semblent éga­le­ment deve­nues mon­naie cou­rante. Dans un livre publié suite à son départ de la rue de Mont­pen­sier [7], Jean-Louis Debré évoque ouver­te­ment des ren­­dez-vous régu­liers avec le patron du Medef ou des groupes de grands patrons, où sont notam­ment évo­quées les ques­tions de fis­ca­li­té. « Nous atten­dons beau­coup du Conseil, aurait décla­ré Pierre Gat­taz à l’une de ces occa­sions. Nous n’avons pas été déçus par vos déci­sions précédentes. »

Le lob­bying auprès du Conseil consti­tu­tion­nel est moins média­ti­sé que celui exer­cé sur les par­le­men­taires, mais il s’avère tout aus­si redou­table. Le rap­port de forces y est même beau­coup plus inégal qu’à l’Assemblée ou au Sénat : asso­cia­tions ou simples citoyens n’ont tout sim­ple­ment pas les moyens de se payer l’expertise de consti­tu­tion­na­listes, et ne béné­fi­cient pas des mêmes voies d’accès pri­vi­lé­giées. Le pro­ces­sus est en outre très peu enca­dré, d’une opa­ci­té qua­­si-totale [8]. Socié­té civile et par­le­men­taires en sont exclus. Ni les déli­bé­ra­tions ni les portes étroites ne sont ren­dues publiques. Enfin, la pra­tique des portes étroites est contraire à tous les prin­cipes d’un débat contra­dic­toire, puisque le gou­ver­ne­ment n’en a pas connais­sance et ne peut donc y répondre.

Le rôle crois­sant des sai­sines du Conseil consti­tu­tion­nel per­met aus­si toutes les hypo­cri­sies. Le dépu­té socia­liste Domi­nique Potier, l’un des fers de lance de la loi sur le devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales, a vu quelques jours aupa­ra­vant une autre de ses pro­po­si­tions de loi, surl’accaparement des terres, réfé­rée au Conseil consti­tu­tion­nel par soixante par­le­men­taires de l’opposition. Le texte a pour­tant été adop­té à l’unanimité en séance. Plus déran­geant encore : par­le­men­taires et socié­té civile étant tenus à l’écart du pro­ces­sus, il revient aux seuls repré­sen­tants de l’exécutif de défendre les lois devant les Sages. Mais cer­tains ser­vices minis­té­riels, par­ti­cu­liè­re­ment du côté de Ber­cy, ne sont pas tou­jours très enthou­siastes à défendre des légis­la­tions ini­tiées par les poli­tiques. De quoi cou­ler une loi, en toute discrétion.

Une nécessaire réformes des procédures

En février 2016, Laurent Fabius rem­place Jean-Louis Debré à la pré­si­dence du Conseil. Depuis cette date, et pour la pre­mière fois depuis long­temps, cinq juges sur neuf ont été choi­sis par la gauche [9]. Cela ne semble pas avoir chan­gé le rap­port de force. Cer­taines voix s’élèvent cepen­dant pour deman­der davan­tage de trans­pa­rence sur les portes étroites, voire une mise à plat com­plète de la pro­cé­dure et des moyens mis à dis­po­si­tion du Conseil, pour évo­luer vers un modèle proche de la pro­cé­dure publique et contra­dic­toire de la Cour suprême amé­ri­caine. D’autres vou­draient un contrôle plus strict des éven­tuels conflits d’intérêts des membres de la juri­dic­tion. En vain.

Récem­ment, le Conseil consti­tu­tion­nel a une nou­velle fois mon­tré son conser­va­tisme en matière d’encadrement du lob­bying et des conflits d’intérêts. Plu­sieurs dis­po­si­tions de la loi Sapin 2 sur la trans­pa­rence et la lutte contre la cor­rup­tion n ont ain­si fait les frais : les Sages ont esti­mé que les hauts fonc­tion­naires sou­hai­tant pas­ser dans le sec­teur pri­vé ne devaient pas être obli­gés de sol­li­ci­ter l’avis de la Haute auto­ri­té pour la trans­pa­rence de la vie publique ; ils se sont éga­le­ment oppo­sé aux sanc­tions contre les lob­byistes qui ne res­pec­te­raient pas les obli­ga­tions liées aux registres impo­sant un mini­mum de trans­pa­rence de leurs acti­vi­tés à l’Assemblée ou au Sénat ; et ont cen­su­ré la dis­po­si­tion pré­voyant une aide finan­cière aux lan­ceurs d’alerte.

Pour les ONG, deux poids deux mesures ?

Certes, les asso­cia­tions et la socié­té civile ont elles aus­si la pos­si­bi­li­té de faire pas­ser aux membres du Conseil leurs propres « portes étroites » – ce qu’elles font géné­ra­le­ment de manière publique. Les asso­cia­tions de défense des migrants l’ont fait pen­dant la pré­si­dence Sar­ko­zy. La Qua­dra­ture du Net, French Data Net­work et la Fédé­ra­tion des four­nis­seurs d’accès à Inter­net asso­cia­tifs y ont pro­cé­dé pour la loi Ren­sei­gne­ment. Plus récem­ment, plu­sieurs dizaines de par­le­men­taires ont sai­si le Conseil, encou­ra­gés par col­lec­tif d’associations, pour qu’il se penche sur la consti­tu­tion­na­li­té du Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union euro­péenne et le Cana­da. Ils accusent celui-ci de por­ter atteinte aux « condi­tions essen­tielles d’exercice de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale », notam­ment en rai­son des méca­nismes d’arbitrage inter­na­tio­nal inves­­tis­­seurs-États qu’il inclut.

Pour cette sai­sine inédite, ils ont sol­li­ci­té trois pro­fes­seurs de droit consti­tu­tion­nel. Les asso­cia­tions qui défendent la loi sur le devoir de vigi­lance réflé­chissent à une démarche simi­laire. Mais rien, dans la pro­cé­dure actuelle, ne leur garan­tit que ces contri­bu­tions seront effec­ti­ve­ment lues et prises en compte, et qu’elles ne par­ti­ront pas direc­te­ment à la pou­belle. C’est bien pour cela que la signa­ture d’un émi­nent consti­tu­tion­na­liste, plus à même d’attirer l’attention des Sages, est si utile, et qu’elle se mon­naie si cher.

La justice sociale et fiscale plutôt que les privilèges des multinationales

Prin­cipe de léga­li­té, de pro­por­tion­na­li­té et de néces­si­té des peines, prin­cipe de clar­té de la loi, prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té… Les oppo­sants au devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales ont mul­ti­plié les argu­ments juri­diques pour convaincre les par­le­men­taires, et désor­mais les Sages, de l’inconstitutionnalité de la loi. Mais l’expérience pas­sée montre que c’est sans doute aux argu­ments éco­no­miques que le Conseil consti­tu­tion­nel est le plus sen­sible. S’il a cen­su­ré le repor­ting pays par pays et la loi Flo­range, c’est au nom du droit de pro­prié­té, de la liber­té d’entreprendre et du secret des affaires.

Offi­ciel­le­ment, le rôle du Conseil consti­tu­tion­nel est de pré­ve­nir les atteintes exces­sives à ces grands prin­cipes éco­no­miques par le légis­la­teur. Mais les Sages dis­posent d’une grande lati­tude pour déci­der du bon équi­libre entre inté­rêts éco­no­miques et inté­rêt géné­ral. Ils décident seuls, sans rendre de comptes à per­sonne. Ces der­nières années, ils semblent avoir sou­vent fait pri­mer la défense de l’ordre éco­no­mique éta­bli, et donc des pri­vi­lèges des mul­ti­na­tio­nales, sur les objec­tifs de jus­tice sociale et fis­cale. Pour­tant, la pos­si­bi­li­té de réduire à néant, en quelques semaines, des années d’effort pour faire adop­ter une loi finit par vider le tra­vail par­le­men­taire de son sens et, en der­nière ins­tance, va à l’encontre des prin­cipes démo­cra­tiques les plus élémentaires.

En ciblant effi­ca­ce­ment le Conseil consti­tu­tion­nel, les lob­bys patro­naux auraient ain­si réus­si à ini­tier en France, à l’abri des regards, la même ten­dance à la « consti­tu­tion­na­li­sa­tion » de l’ordre éco­no­mique néo­li­bé­ral que l’on observe dans d’autres pays, comme l’Allemagne, sans même avoir à modi­fier le texte de la Consti­tu­tion. Ceux qui cherchent à défendre une vision alter­na­tive devraient com­men­cer à y prê­ter attention.

Oli­vier Petitjean

— 
Pho­to : bureau du Pré­sident du Conseil constitutionnel

[1Pré­ci­sé­ment, « Loi rela­tive au devoir de vigi­lance des socié­tés mères et des entre­prises don­neuses d’ordre ».

[2Voir par­mi les exemples récents ces tri­bunes de juristes dans Le Monde et dansLes Échos.

[3For­mu­la­tion d’une lettre de Pierre Prin­guet, pré­sident de l’Afep, à Emma­nuel Macron, publiée par Contexte.

[4Ce der­nier siège de droit en tant qu’ancien Pré­sident de la Répu­blique, ce qui porte le nombre de membres du Conseil consti­tu­tion­nel à dix. Jacques Chi­rac et Nico­las Sar­ko­zy ont tous deux renon­cé à leur siège.

[5Entre 20 000 et 100 000, selon l’enquête citée de Media­part.

[6Guy Car­cas­sonne est décé­dé le 27 mai 2013.

[7Ce que je ne pou­vais pas dire, Robert Laf­font, 2016.

[8Le contraste est frap­pant avec la pro­cé­dure qui gou­verne l’examen des Ques­tions prio­ri­taires de consti­tu­tion­na­li­té (QPC), intro­duite en 2008, qui est beau­coup plus trans­pa­rente et contradictoire.

[9Nom­més pour neuf ans, les membres du Conseil sont dési­gnés de la manière sui­vante : trois, dont le pré­sident, par l’Élysée, trois par le pré­sident de l’Assemblée natio­nale, et trois par celui du Sénat.

Source : Obser­va­toire des mul­ti­na­tio­nales, http://​mul​ti​na​tio​nales​.org/​Q​u​a​n​d​–​l​e​–​C​o​n​s​e​i​l​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​n​e​l​–​s​e​–​f​a​i​t​–​l​e​–​g​a​r​d​i​e​n​–​d​e​s​–​i​n​t​e​r​e​t​s​–​d​e​s​–​g​r​a​n​des

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​1​0​5​3​5​3​7​2​317

[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

Pas­sion­nant Franck Lepage.
Mes­sages essentiels.
On ne s’en lasse pas.
Pre­nez le temps.
Ne ratez pas ça.

inter­view Franck Lepage, Bour­gueil 2017-05-13 from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – par­tie 1 (Bour­gueil) from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – par­tie 2 (Bour­gueil) from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Pour suivre l’ac­ti­vi­té de L’ARDEUR et les dif­fé­rentes confé­rences ges­ti­cu­lées : http://​www​.ardeur​.net


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​0​2​6​8​1​2​9​2​317

[Éducation populaire ; communication non violente ; économie collaborative] Ce collectif a inventé UN MONOPOLY ANTICAPITALISTE : le COMMONSPOLY

httpv://youtu.be/oUMU9YBaaik

Réunis lors d’un hack­camp, un groupe de fer­vents défen­seurs des biens com­muns a détour­né le Mono­po­ly. Ils en ont fait un jeu d’en­traide où il faut coopé­rer pour gagner. Ils sont en réa­li­té tout sim­ple­ment reve­nus aux ori­gines du jeu, bien dif­fé­rentes de sa ver­sion actuelle.

La ver­sion fran­çaise COMMONSPOLY est dis­po­nible en télé­char­ge­ment ici :
http://​wiki​.remix​the​com​mons​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​t​i​t​l​e​=​C​o​m​m​o​n​s​p​oly

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​9​2​9​7​3​5​1​2​317

Un nouvel algorithme de Google limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche

[Capi­ta­lisme = fas­cisme en puis­sance, dès que les esclaves se rebiffent]

[État poli­cier en marche]

L’é­vo­lu­tion fas­ci­sante de dépo­li­ti­sa­tion des déci­sions publiques se confirme chaque jour davan­tage. Voyez cette alerte publiée sur le site Le Grand Soir.


Andre Damon et Niles Niemuth

Au cours des trois mois écou­lés depuis que le mono­pole des moteurs de recherches sur Inter­net, Google, a annon­cé qu’il fal­lait empê­cher les uti­li­sa­teurs d’accéder à de « fausses nou­velles » (fake news), le clas­se­ment mon­dial du tra­fic d’une large gamme d’organisations de gauche, pro­gres­sistes, anti-guerre et démo­cra­tiques a consi­dé­ra­ble­ment diminué.

Le 25 avril 2017, Google a annon­cé qu’il avait mis en place des modi­fi­ca­tions de son ser­vice de recherche pour rendre plus dif­fi­cile pour les usa­gers d’accéder à ce qu’il appe­lait des infor­ma­tions « de mau­vaise qua­li­té » telles que les « théo­ries du com­plot » et les « fausses nouvelles ».

La socié­té a décla­ré dans un article de blogue que l’objectif cen­tral de la modi­fi­ca­tion de son algo­rithme de recherche était de don­ner au géant des recherches un plus grand contrôle dans l’identification du conte­nu jugé répré­hen­sible par ses direc­tives. Il a décla­ré qu’il avait « amé­lio­ré nos méthodes d’évaluation et effec­tué des mises à jour algo­rith­miques » afin de « conte­nir un conte­nu plus autorisé ».

Google a pour­sui­vi : « Le mois der­nier, nous avons mis à jour nos lignes direc­trices sur la qua­li­té de la recherche (Search Qua­li­ty Rater Gui­de­lines) pour four­nir des exemples plus détaillés de pages Web de mau­vaise qua­li­té pour que les éva­lua­teurs puissent les signa­ler de manière appro­priée ». Ces modé­ra­teurs sont invi­tés à signa­ler « les expé­riences qui pour­raient per­tur­ber des usa­gers », y com­pris les pages qui pré­sentent de « théo­ries du com­plot », sauf si « la requête indique clai­re­ment que l’usager recherche un autre point de vue ».

Google n’explique pas pré­ci­sé­ment ce qu’il entend par le terme « théo­rie du com­plot ». En uti­li­sant la caté­go­rie large et amorphe des « fausses nou­velles », l’objectif du chan­ge­ment dans le sys­tème de recherche de Google est de res­treindre l’accès à des sites Web pré­sen­tant des opi­nions dif­fé­rentes, dont la cou­ver­ture et l’interprétation des évé­ne­ments s’opposent à celles des médias de l’establishment tels que le New York Times et le Washing­ton Post.

En signa­lant le conte­nu de telle sorte qu’il n’apparaît pas dans les pre­mières une ou deux pages d’un résul­tat de recherche, Google est capable de blo­quer effi­ca­ce­ment l’accès des usa­gers à celui-ci. Étant don­né qu’une grande par­tie du tra­fic sur le Web est influen­cée par les résul­tats de recherche, Google peut dis­si­mu­ler ou enter­rer effi­ca­ce­ment le conte­nu auquel il s’oppose, grâce à la mani­pu­la­tion des clas­se­ments des recherches.

Le mois der­nier, la Com­mis­sion euro­péenne a impo­sé une amende de 2,7 mil­liards de dol­lars à la socié­té pour avoir mani­pu­lé les résul­tats des recherches pour orien­ter les usa­gers de manière inap­pro­priée vers son propre ser­vice de com­pa­rai­son, Google Shop­ping. Main­te­nant, il semble que Google uti­lise ces méthodes cri­mi­nelles pour empê­cher les uti­li­sa­teurs d’accéder aux points de vue poli­tiques que l’entreprise consi­dère comme répréhensibles.

Le World Socia­list Web Site fait par­tie des cibles des nou­velles « méthodes d’évaluation » de Google. En avril 2017, 422 460 visites au WSWS venaient de recherches Google, ce chiffre a chu­té à envi­ron 120 000 ce mois-ci, soit une baisse de plus de 70 pour cent.

Même si l’on uti­lise des termes de recherche tels que « socia­liste » et « socia­lisme », les lec­teurs nous ont infor­més qu’il leur était de plus en plus dif­fi­cile de loca­li­ser le World Socia­list Web Site dans les recherches de Google.

Les réfé­rences des recherches de Google vers le WSWS ont dimi­nué d’environ 70 pour cent

Selon le ser­vice d’outils pour les web­mestres de Google, le nombre de recherches qui ont per­mis aux usa­gers de voir le conte­nu du World Socia­list Web Site (c’est-à-dire un article WSWS appa­ru dans une recherche Google) est pas­sé de 467 890 par jour à 138 275 au cours des trois der­niers mois. La posi­tion moyenne des articles dans les recherches, entre-temps, est pas­sée de 15,9 à 37,2 au cours de la même période.

David North, pré­sident du Conseil de rédac­tion inter­na­tio­nal du WSWS, a décla­ré que Google était enga­gé dans la cen­sure politique.

« Le World Socia­list Web Site existe depuis près de 20 ans », a‑t‑il décla­ré, « et il a déve­lop­pé un large public inter­na­tio­nal. Au cours du prin­temps der­nier, le nombre de visites indi­vi­duelles au WSWS par mois dépas­sait 900 000 ».

« Alors qu’un pour­cen­tage signi­fi­ca­tif de nos lec­teurs se rends direc­te­ment sur le WSWS, de nom­breux inter­nautes accèdent au site via des moteurs de recherche, dont Google est le plus uti­li­sé. Il n’y a pas d’explication inno­cente pour la chute extra­or­di­nai­re­ment forte du lec­to­rat, pra­ti­que­ment du jour au len­de­main, en pro­ve­nance des recherches Google ».

« L’affirmation de Google selon laquelle il pro­tège ses lec­teurs contre les « fausses nou­velles » est un men­songe poli­tique. Google, un mono­pole mas­sif, avec les liens les plus étroits avec les agences de l’état et du ren­sei­gne­ment, bloque l’accès au WSWS et à d’autres sites Web pro­gres­sistes et de gauche grâce à un sys­tème de recherches biaisé ».

Au cours des trois mois écou­lés depuis que Google a mis en œuvre les modi­fi­ca­tions appor­tées à son moteur de recherche, moins de per­sonnes ont eu accès aux sites d’information de gauche et anti-guerre. Sur la base des infor­ma­tions dis­po­nibles sur les ana­lyses d’Alexa, d’autres sites qui ont subi des baisses dans le clas­se­ment incluent Wiki­Leaks, Alter­net, Coun­ter­punch, Glo­bal Research, Consor­tium News et Tru­thout. Même les groupes de défense des droits démo­cra­tiques tels que l’Union amé­ri­caine pour des liber­tés civiles et Amnes­ty Inter­na­tio­nal semblent avoir été touchés.

Un large éven­tail de sites de gauche, pro­gres­sistes, et anti-guerre ont vu dimi­nuer leur rang dans les pal­ma­rès du tra­fic au cours des der­niers mois

Selon Google Trends, le terme « fausses nou­velles » a qua­dru­plé en popu­la­ri­té au début de novembre, à l’époque des élec­tions amé­ri­caines, alors que les démo­crates, les médias et les agences de ren­sei­gne­ment cher­chaient leur impu­ter la res­pon­sa­bi­li­té de la vic­toire élec­to­rale de Donald Trump sur Hil­la­ry Clinton.

Le 14 novembre, le New York Times a pro­cla­mé que Google et Face­book « ont fait face à de nom­breuses cri­tiques sur les fausses nou­velles sur leurs sites qui ont influen­cé le résul­tat des élec­tions pré­si­den­tielles » et qu’ils pren­draient des mesures pour lut­ter contre les « fausses nouvelles ».

Dix jours plus tard, le Washing­ton Post a publié un article inti­tu­lé « L’effort de pro­pa­gande russe a contri­bué à dif­fu­ser de “fausses nou­velles” lors des élec­tions, disent les experts », qui ont cité un groupe ano­nyme appe­lé Pro­pOr­Not qui a com­pi­lé une liste de « fausses nou­velles » dif­fu­sant « la pro­pa­gande russe ».

La liste com­pre­nait plu­sieurs sites clas­sés par le groupe comme « de gauche ». De manière signi­fi­ca­tive, il a ciblé glo​bal​re​search​.ca, qui repro­duit sou­vent des articles du World Socia­list Web Site.

Après des cri­tiques très répan­dues sur ce qui n’était pra­ti­que­ment rien d’autre qu’une liste noire de sites anti-guerre et anti-éta­­blis­­se­­ment, le Washing­ton Post a été obli­gé de publier une rétrac­ta­tion, en décla­rant : « Le Post, qui n’a nom­mé aucun de ces sites, n’apporte aucune garan­tie quant à la vali­di­té des résul­tats de PropOrNot. »

Le 7 avril, Bloom­berg News a rap­por­té que Google tra­vaillait direc­te­ment avec le Washing­ton Post et le New York Times pour « véri­fier les articles » et éli­mi­ner les « fausses nou­velles ». Ceci a été sui­vi par la nou­velle métho­do­lo­gie de recherche de Google.

Trois mois plus tard, sur les 17 sites décla­rés « fausses nou­velles » par la liste noire dis­cu­tée du Washing­ton Post, 14 avaient leur clas­se­ment mon­dial en baisse. Le déclin moyen de la por­tée mon­diale de tous ces sites est de 25 pour cent, et cer­tains sites ont vu leur por­tée mon­diale des­cendre de près de 60 pour cent.

« Les actions de Google consti­tuent de la cen­sure poli­tique et sont une attaque fla­grante contre la liber­té d’expression », a décla­ré North. « À un moment où la méfiance du public envers les médias de l’establishment est répan­due, cette entre­prise géante exploite sa posi­tion de mono­pole pour res­treindre l’accès du public à un large éven­tail de nou­velles et d’analyses critiques ».

Andre Damon et Niles Niemuth

»» https://​www​.wsws​.org/​f​r​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​1​7​/​j​u​l​2​0​1​7​/​g​o​o​g​–​j​2​8​.​s​h​tml

URL de cet article 32133
https://​www​.legrand​soir​.info/​u​n​–​n​o​u​v​e​l​–​a​l​g​o​r​i​t​h​m​e​–​d​e​–​g​o​o​g​l​e​–​l​i​m​i​t​e​–​l​–​a​c​c​e​s​–​a​u​x​–​s​i​t​e​s​–​w​e​b​–​p​r​o​g​r​e​s​s​i​s​t​e​s​–​e​t​–​d​e​–​g​a​u​c​h​e​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​9​2​6​0​1​3​4​2​317

POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE ET IMPUNIE : les députés violent toutes leurs grandes promesses de moralisation, pendant les vacances, en traîtres

Phi­lippe Pas­cot est fou de rage : la pré­ten­due « loi de mora­li­sa­tion » de la vie publique est une escro­que­rie poli­ti­cienne (une de plus) : tout ce qui était impor­tant a dis­pa­ru du pro­jet pro­mis pour être élu, toutes les grandes pro­messes vio­lées pen­dant les vacances, en traître. C’est une honte, l’ab­jec­tion poli­ti­cienne chi­mi­que­ment pure. Avec le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres par­mi des can­di­dats qu’on peut aider), LES PIRES GOUVERNENT (pré­dic­tion d’A­lain, Émile Chartier).

httpv://youtu.be/ZQoRt0FkIfk

Il n’y a plus que la France insou­mise pour nous défendre dans cette assem­blée de gredins.

Mer­ci Phi­lippe, tu es un citoyen digne de ce nom : vigi­lant et cou­ra­geux. MERCI, hon­neur à toi.

#cenest­pa­saux­hom­me­sau­pou­voir­dé­cri­re­les­rè­gles­du­pou­voir

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​9​2​1​9​5​6​9​2​317

History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz (source : les​-crises​.fr)

Encore un bon papier, tra­duit par l’in­dis­pen­sable (et quo­ti­dien) les​-crises​.fr :

History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz

Pho­to : Avec l’aimable auto­ri­sa­tion de HISTORY

CHUCK GRASSLEY, un séna­teur répu­bli­cain de l’Iowa, est connu sur Twit­ter pour expri­mer son désir de voir His­to­ry Chan­nel mon­trer enfin un peu d’Histoire. Voi­ci deux de ses nom­breux tweets sur ce sujet :


J’adore l’Histoire. Donc de temps en temps je zappe sur His­to­ry Chan­nel. Quand vont-ils remettre de l’histoire sur cette chaîne, ces tanches ?

— Chuck­Grass­ley (@ChuckGrassley) Februa­ry 26, 2012


De temps en temps je zappe sur His­to­ry Chan­nel en espé­rant voir de l’Histoire. Quand est-ce que His­to­ry Chan­nel aura une bonne grille d’Histoire, à l’ancienne ?

— Chuck­Grass­ley (@ChuckGrassley) Janua­ry 7, 2012

La bonne nou­velle pour Grass­ley, et pour tout le monde, c’est que de dimanche soir à mer­cre­di, His­to­ry Chan­nel dif­fuse une nou­velle série en quatre par­ties inti­tu­lée « La guerre de l’Amérique contre la drogue ». Non seule­ment c’est une contri­bu­tion impor­tante à l’histoire récente amé­ri­caine, mais c’est aus­si la pre­mière fois que la télé­vi­sion US a révé­lé le fond de la véri­té sur l’un des plus impor­tants pro­blèmes des cin­quante der­nières années.

Le fond de la véri­té est : la guerre contre la drogue a tou­jours été une pure comé­die. Depuis des décen­nies le gou­ver­ne­ment fédé­ral s’est lan­cé dans une série d’alliances de com­mo­di­té avec quelques-uns des plus grands car­tels de la drogue dans le monde. Le taux d’incarcération amé­ri­cain a quin­tu­plé depuis la pre­mière décla­ra­tion de guerre à la drogue faite par le pré­sident Richard Nixon en 1971, mais les plus gros dea­lers ont dans le même temps pro­fi­té de la pro­tec­tion des plus hautes ins­tances du pou­voir en Amérique.

D’un côté, cela ne devrait pas être sur­pre­nant. La docu­men­ta­tion volu­mi­neuse de cette réa­li­té dans des dizaines de livres est acces­sible à n’importe qui de curieux pos­sé­dant une carte de bibliothèque

Pour­tant d’une cer­taine façon, bien que les États-Unis n’aient pas de sys­tème for­mel de cen­sure, ce scan­dale monu­men­tal n’a jamais été pré­sen­té de manière com­plète là où la plu­part des Amé­ri­cains vont s’informer : à la télévision.

C’est pour­quoi la série « La guerre de l’Amérique contre la drogue » est un véri­table tour­nant. Nous avons vu récem­ment com­ment des idées qui sem­blaient à un moment tota­le­ment ridi­cules et tabous – par exemple, que l’Église catho­lique ait consciem­ment pro­té­gé des prêtres ayant abu­sé sexuel­le­ment d’enfants, ou que Bill Cos­by n’ait pas été le meilleur choix pour America’s Dad – pou­vaient après des années de silence se his­ser dans la conscience popu­laire et être sui­vies de consé­quences pré­cises et réelles. La série pour­rait être un élé­ment déci­sif pour que la même chose se pro­duise pour l’une des plus cyniques et cruelles poli­tiques de l’histoire des États-Unis.

Un por­trait de l’ancien baron de la drogue Rick Ross dans le docu­men­taire de His­to­ry Chan­nel « America’s War on Drugs ». Pho­to : Avec la cour­toi­sie de History

La série, dont les pro­duc­teurs exé­cu­tifs sont Julian P. Hobbs, Elli Haka­mi et Antho­ny Lap­pé, est un docu­men­taire TV stan­dard, com­bi­nant des inter­views, des images d’archives et des recons­ti­tu­tions dra­ma­tiques. Ce qui n’est pas stan­dard en revanche, c’est l’histoire racon­tée face à la camé­ra par d’anciens agents de la Drug Enfor­ce­ment Admi­nis­tra­tion ain­si que par des jour­na­listes et des tra­fi­quants de drogue en per­sonne. (Un des repor­ters est Ryan Grim, le chef du bureau de l’Intercept à Washing­ton et auteur de « This Is Your Coun­try on Drugs : The Secret His­to­ry of Get­ting High in Ame­ri­ca ». « C’est ton pays au sujet de  la drogue : L’histoire Secrète pour se défon­cer en Amérique ».)

Il n’y a pas de ronds-de-jambe alam­bi­qués pour expli­quer ce qui s’est pas­sé. Le pre­mier épi­sode com­mence avec la voix de Lind­say Moran, un ancien offi­cier clan­des­tin de la CIA, décla­rant : « L’agence était impli­quée jusqu’au cou avec les tra­fi­quants de drogues ».

Richard Strat­ton, tra­fi­quant de mari­jua­na deve­nu écri­vain et pro­duc­teur de télé­vi­sion, explique alors : « La plu­part des Amé­ri­cains seraient pro­fon­dé­ment cho­qués s’ils connais­saient la pro­fon­deur de l’implication pas­sée de la CIA dans le tra­fic inter­na­tio­nal de la drogue ».

Ensuite, le pro­fes­seur de l’université de New York Chris­tian Paren­ti raconte aux télé­spec­ta­teurs : « Depuis son ori­gine la CIA col­la­bore avec les mafias impli­quées dans le tra­fic de drogue dans le but que ces mafias servent l’objectif plus large de la lutte contre le communisme ».

Pen­dant les huit heures sui­vantes, la série plonge à toute vitesse dans l’histoire des plus grands suc­cès du par­te­na­riat du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avec les tra­fi­quants d’héroïne, d’hallucinogènes et de cocaïne. Que ces plus gros suc­cès puissent rem­plir la majeure par­tie de quatre épi­sodes de deux heures montre à quel point l’histoire est extra­or­di­nai­re­ment pro­fonde et hideuse.

Tout d’abord, nous appre­nons que la CIA tra­vaillait avec le chef de la mafia de Flo­ride, San­to Traf­fi­cante Jr., au début des années 60. La CIA vou­lait la mort de Fidel Cas­tro et, en échange de l’aide de Traf­fi­cante dans divers pro­jets d’assassinat, était prête à fer­mer les yeux sur ses tra­fics de drogue exten­sifs et ceux de ses alliés exi­lés cubains.

Ensuite, il y a le récit extrê­me­ment curieux de la manière dont la CIA a impor­té de grandes quan­ti­tés de LSD de son pro­duc­teur suisse, dans l’espoir qu’il pour­rait être uti­li­sé pour contrô­ler men­ta­le­ment des gens. Au contraire, en appro­vi­sion­nant des mil­liers de jeunes volon­taires comme Ken Kesey, Whi­tey Bul­ger et le paro­lier des Gra­te­ful Dead, Robert Hun­ter, l’agence a acci­den­tel­le­ment contri­bué à popu­la­ri­ser l’acide et à géné­rer la contre-culture psy­ché­dé­lique des années 60.

Pen­dant la guerre du Viet­nam, les États-Unis se sont alliés avec les forces anti­com­mu­nistes du Laos, qui ont mis à pro­fit notre sou­tien pour deve­nir par­mi les plus gros pour­voyeurs d’opium de la pla­nète. Air Ame­ri­ca, une cou­ver­ture de la CIA, appor­tait des four­ni­tures pour les gué­rillas du Laos et repar­tait avec de la drogue, tout cela avec la par­faite connais­sance et pro­tec­tion des agents américains.

La même dyna­mique s’est déve­lop­pée dans les années 80, quand l’administration de Rea­gan a essayé de ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment san­di­niste du Nica­ra­gua. Les avions qui appor­taient secrè­te­ment des armes aux contras rap­por­taient au retour de la cocaïne aux États-Unis, à nou­veau sous la pro­tec­tion des forces de l’ordre amé­ri­caines par la CIA.

Plus récem­ment, nous trou­vons notre guerre de seize ans en Afgha­nis­tan. Bien que moins de choses soient révé­lées sur les machi­na­tions de la CIA là-bas, il est dif­fi­cile de ne pas noter que nous avons ins­tal­lé Hamid Kar­zai comme pré­sident alors que son frère était sur les listes de paie de la CIA et simul­ta­né­ment, l’un des plus gros tra­fi­quants d’opium du pays. L’Afghanistan actuel­le­ment four­nit envi­ron 90% de l’héroïne mondiale.

À son cré­dit, la série explique que cela ne fait pas par­tie d’un plan secret du gou­ver­ne­ment pour trans­for­mer les Amé­ri­cains en toxi­co­manes. Mais, comme l’exprime Moran : « Quand la CIA se foca­lise sur une mis­sion, sur un but par­ti­cu­lier, ils ne vont pas s’asseoir et pon­ti­fier sur « les pos­sibles consé­quences glo­bales à long terme de leurs actions ». Gagner leurs guerres secrètes a tou­jours été leur pre­mière prio­ri­té, et si cela requiert une coopé­ra­tion avec des car­tels de la drogue qui inondent les États-Unis de leur pro­duc­tion, qu’il en soit ain­si ». « Beau­coup de ces pra­tiques qui remontent aux années 60 deviennent cycliques », ajoute Moran. « Ces rela­tions se déve­loppent encore et tou­jours pen­dant qu’on mène la guerre contre la drogue ».

Ce qui rend l’histoire tel­le­ment gro­tesque, c’est le degré d’hypocrisie effa­rant du gou­ver­ne­ment. C’est comme si Donald Trump décla­rait la guerre aux pro­mo­teurs immo­bi­liers et rem­plis­sait les pri­sons de gens louant occa­sion­nel­le­ment leur chambre sur Airbnb.

Cela nous ramène à Charles Grass­ley. Grass­ley est main­te­nant pré­sident du comi­té judi­ciaire du Sénat, un com­bat­tant enga­gé de longue date contre la drogue et – pen­dant les années 80 – un sou­tien des contras.

Pour­tant, même Grass­ley semble réa­li­ser qu’il y a peut-être eu quelques failles dans la guerre contre la drogue depuis le début. Il a récem­ment co-par­­rai­­né une loi pour réduire les peines mini­males pour les infrac­tions liées à la drogue.

Main­te­nant que His­to­ry Chan­nel comble les sou­haits de Grass­ley et dif­fuse cette his­toire extrê­me­ment impor­tante, il nous revient de nous assu­rer que lui et ceux qui sont comme lui, s’asseyent et la regardent. Le simple fait que cette série existe montre que nous sommes à un point de bas­cu­le­ment de ces men­songes catas­tro­phiques éhon­tés. Nous devons pous­ser suf­fi­sam­ment fort pour les mettre à terre.

Pho­to ci-des­­sus : un plan fixe tiré du docu­men­taire de His­to­ry Chan­nel « America’s War on Drugs ».

Source : The Inter­cept, Jon Schwartz, 18-06-2017

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.


Mon com­men­taire :

C’est impor­tant, cette nou­velle contre-his­­toire vue à la télé, mais n’ou­bliez pas qu’elle ne révèle qu’UNE CONSÉQUENCE, dont vous seriez bien ins­pi­rés de cher­cher (et de faire connaître) LA CAUSE première.

Un bon com­men­taire, lu chez Olivier :
Dans 50 ans on aura droit à un docu­men­taire : ” la véri­té sur la lutte contre le terrorisme ” …

Je ren­ché­ris : Et sur « la lutte contre l’in­fla­tion », et sur « l’u­ti­li­té éco­no­mique des ‘inves­tis­seurs’ « , et sur « l’au­to­ré­gu­la­tion des mar­chés », et sur « la lutte contre le chômage »…

- Tout pou­voir va jus­qu’à ce qu’il trouve une limite (Mon­tes­quieu).
– QUI fixe les limites ?
– Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

#pas­de­dé­mo­cra­tie­sans­ci­toyens­cons­ti­tuants

Étienne.

 

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​9​0​4​3​4​4​8​7​317

La littérature et la condition animale

Une émis­sion très émou­vante de Répliques, ce matin :
https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-litterature-et-la-condition-animale‑0

On y évoque les « bêtes noires », l’as­ser­vis­se­ment des ani­maux par les hommes, la vio­lence débri­dée, le miroir que tendent aux hommes la tor­ture et le mas­sacre quo­ti­dien des ani­maux pour fina­le­ment les man­ger ou les jeter, la peur panique res­sen­tie par les ani­maux d’élevage indus­triel à la vue du soleil incon­nu, la vio­lence quo­ti­dienne des bâti­ments d’engraissage avec les hur­le­ments de bêtes, les vio­lences sonores, vio­lences olfac­tives, vio­lences pri­mi­tives décu­plées par l’in­dus­trie mar­chande, pro­duc­ti­viste, tech­nique, fonc­tion­nelle, la « pro­duc­tion ani­male » (nom don­né au mas­sacre per­ma­nent), la des­crip­tion d’une por­che­rie, cette « struc­ture », sou­vent cachée dans une zone indus­trielle, aux odeurs chi­miques éma­nant des tuyaux de la soupe, la pro­tec­tion méti­cu­leuse des ani­maux (deve­nus extra­or­di­nai­re­ment fra­giles) pour péné­trer dans « l’outil » (l’abattoir) , le voca­bu­laire tech­nique, insen­sible, ges­tion­naire, comp­table, qui dis­si­mule la réa­li­té de la mort et de la vio­lence, cet œil ani­mal éper­du­ment ten­du vers vous par­fois croi­sé au milieu de 250 bêtes (nombre énorme, très inha­bi­tuel) au garde-à-vous de peur à votre entrée, les cou­loirs avec la musique de varié­tés jouée à la radio et mélan­gée aux hur­le­ments des bêtes, bêtes sans nom, sans exis­tence propre, numé­ro­tées, cho­si­fiées pour être tor­tu­rées puis assas­si­nées sans remord, une ville de mil­liers d’animaux, seg­men­tée en bâti­ments inti­tu­lés fal­la­cieu­se­ment « mater­ni­té et soins au petits » (!) pour dési­gner, d’une part l’enfermement à vie des truies dans des cages de fer, condi­tion infer­nale sans le moindre espace pour bou­ger (soi-disant pour pro­té­ger leurs petits parce que les mères deviennent évi­dem­ment toutes folles de dou­leur), et d’autre part pour dési­gner le broyage des dents et la cas­tra­tion des bébés (!), les per­son­nels qui doivent « se blin­der » pour sur­vivre, la dépor­ta­tion des bébés de la « mater­ni­té » vers le « sevrage » puis « l’engraissement » (où ils seront gavés) puis le « quai d’embarquement » et puis « l’abattoir » ; « les hommes et les femmes sépa­rés » (parce que mâles et femelles n’ont pas le même rythme pour man­ger et que les sépa­rer est plus ren­table), entas­sés par groupes de 40 ; la des­crip­tion de ces autres éle­vages, plus petits, label­li­sés « bio », non pas par convic­tion mais par sou­ci du gain finan­cier, la spé­cia­li­sa­tion des tâches entre celui qui est à la tue­rie qui n’est pas celui qui est au décou­page, la ques­tion essen­tielle de la souf­france, le rap­pel de la ques­tion cen­trale de Jere­my Ben­tham : « la ques­tion n’est pas de savoir s’il peuvent rai­son­ner ou par­ler, mais l’important est de savoir s’ils peuvent souf­frir », la zoo­tech­nie et la « moder­ni­té » qui ont pris Des­cartes au mot et qui tra­vaillent avec des « ani­­maux-machines », la per­ma­nence et la conti­nui­té déses­pé­rantes entre l’élevage d’autrefois et l’élevage indus­triel, la seule issue à la souf­france ani­male qui est, pour les hommes, de ces­ser de man­ger de la viande avec donc comme consé­quence pro­bable l’extinction de l’animal d’élevage et peut-être même la fin de la pay­san­ne­rie , l’effort pour ima­gi­ner un monde dans lequel l’homme ne domi­ne­rait pas l’animal, le fait que 90% des ani­maux d’élevage ne voient jamais la lumière du jour, la néces­saire et sou­hai­table dis­pa­ri­tion de l’espèce des ani­maux d’élevage deve­nus com­plè­te­ment « débiles », inca­pables de se défendre seuls dans la nature, la des­truc­tion com­plète de la figure pro­tec­trice du « bon pas­teur », le paral­lèle avec la terre et aus­si avec nos propres esprits qu’on met aus­si « sous contrainte de struc­ture de pro­duc­tion inten­sive », l’indécence éthique qu’il y a à gas­piller 15 500 litres d’eau pour « fabri­quer » un seul bœuf pen­dant que plus d’un mil­liard d’humains manquent affreu­se­ment d’eau, la néces­si­té par­fois d’un mou­ve­ment très radi­cal pour trou­ver un nou­vel équi­libre (fina­le­ment moins extrême), les dif­fé­rences qui n’en sont pas dans l’abattage local (tou­jours à la chaîne) plu­tôt que cen­tra­li­sé, « l’empathie abs­traite » des mili­tants eux-mêmes « hors-sol », cita­dins qui n’ont jamais côtoyé les ani­maux et dont la mort leur fait hor­reur et qui tirent peut-être trop vite un trait sur 10 000 ans d’histoire entre hommes et bêtes, la trop com­mode construc­tion de l’esprit qui consiste à par­ler d’animaux « en accord » avec les humains (est-ce qu’ils sont « en accord » avec leur exploi­ta­tion et avec leur mas­sacre ?) ou dire qu’on doit « tuer digne­ment » (impos­si­bi­li­té abso­lue), la folie affreuse qui s’empare des pauvres truies désa­ni­ma­li­sées de mille façons et à qui l’on donne des « cal­mants », le pre­mier roman de la truie « Mari­na » à qui on donne un nom (fait raris­sime qui fait déra­per toute la machine de mort) et qui s’échappe de sa pri­son après avoir tué tous ses petits pour les sau­ver de leur sort atroce, l’autre roman de « la bête » qui elle aus­si s’échappe et retrouve en forêt ses attri­buts d’animal sau­vage, l’importance du regard por­té par l’éleveur qui peut le chan­ger en pro­fon­deur s’il advient seule­ment qu’il éta­blit un lien, un seul lien, avec un ani­mal, les larmes qui ne sont pas le propre de l’homme, le « regard liquide » des truies et même la fonte des muscles en eau dans l’épouvante avant de mou­rir, l’avis de Lucrèce sur les larmes de la mère du veau sacri­fié, la seg­men­ta­tion et la mise à mort indus­trielle qui nous insen­si­bi­lise tous et qui inter­dit la conscien­ti­sa­tion des bour­reaux, le cochon qui, phy­sio­lo­gi­que­ment, ne peut pas lever la tête, ce qui fait qu’il faut se bais­ser soi-même pour ren­con­trer son regard, tou­jours très expres­sif et bouleversant… 

Toute cette heure est poi­gnante, comme la plu­part de celles qui visent à défendre nos amis les bêtes, que nous « aimons » de façon si cruelle. Je m’en veux chaque fois davan­tage de n’être pas encore deve­nu végé­ta­rien. Ça vien­dra, évidemment.

Les ani­maux devraient-ils faire par­tie du peuple ?

Tout ça sus­cite, par ailleurs, mille réflexions com­plé­men­taires sur notre propre regard sur les humains qui souffrent par­tout sur terre, et sur les mal­heurs indi­cibles qui les accablent tous les jours pour notre confort, ici dans les pays « riches ».

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​7​2​7​0​6​4​9​7​317

Paul Craig Roberts : « WASHINGTON : SEIZE ANS DE GUERRE. POURQUOI ? Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. »

Une nou­velle puis­sante illus­tra­tion de la nul­li­té abso­lue du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) — du point de vue du bien com­mun et de la paix.

Comme nous, les Amé­ri­cains n’ont pas de consti­tu­tion et pas de repré­sen­tants. Comme nous, ils sont gou­ver­nés EN FAIT par les étran­gers les plus riches, les plus men­teurs, les plus mena­çants et les plus retors.

Et comme les autres, un jour ou l’autre, faute d’a­voir été vigi­lants à l’é­gard des pou­voirs, faute d’a­voir su deve­nir nom­breux consti­tuants à temps, nous nous ferons enfer­mer dans les pri­sons et assas­si­ner par les armes fabri­quées et uti­li­sées avec nos propres impôts.

Je sou­mets à votre juge­ment ce court article de Paul Craig Roberts, tra­duit par le Saker fran­co­phone, très bon site de dés­in­toxi­ca­tion médiatique.

Étienne.

===========================

Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?


Paul Craig Roberts

Par Paul Craig Roberts – Le 30 juin 2017
Source Coun­ter­Punch

Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépen­sant des mil­liards de dol­lars, com­met­tant des crimes de guerre incal­cu­lables et envoyant des mil­lions de réfu­giés de guerre en Europe, tout en affir­mant que Washing­ton ne pou­vait pas assu­rer ses obli­ga­tions de sécu­ri­té sociale et de Medi­care [soins aux per­sonnes de plus de 65 ans], ni finan­cer un ser­vice natio­nal de san­té comme tous les pays civilisés.

Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satis­faits en rai­son du coût mas­sif de ces guerres orches­trées, on pour­rait pen­ser que le peuple amé­ri­cain se pose­rait des ques­tions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accom­pli avec ces énormes dépenses ? Les besoins inté­rieurs sont négli­gés de sorte que le com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire peut s’engraisser avec les pro­fits de la guerre.

Le manque de curio­si­té de la part du peuple amé­ri­cain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fon­dées entiè­re­ment sur le men­songe, est extra­or­di­naire. Qu’est-ce qui explique cette conspi­ra­tion de silence, ce dés­in­té­rêt incroyable pour le gas­pillage d’argent et de vies ?

La plu­part des Amé­ri­cains semblent accep­ter vague­ment ces guerres orches­trées comme la réponse du gou­ver­ne­ment au 11 sep­tembre. Cela s’ajoute au mys­tère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été atta­qué, sauf avec des menaces et des sanc­tions) n’ont rien à voir avec le 11 sep­tembre. Mais ces pays ont des popu­la­tions musul­manes, et le régime de Bush et les médias pros­ti­tués ont réus­si à asso­cier le 11 sep­tembre avec les musul­mans en général.

Peut-être que si les Amé­ri­cains et leurs « repré­sen­tants » au Congrès avaient com­pris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lève­raient d’eux-mêmes pour faire des objec­tions. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washing­ton contre la Syrie et la guerre pré­vue contre l’Iran. Prêt ?

Il y a trois rai­sons pour la guerre de Washing­ton, et non la guerre des États-Unis – car Washing­ton n’est pas l’Amérique – en Syrie :

La pre­mière rai­son tient aux pro­fits du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire. Ce der­nier est une com­bi­nai­son de puis­sants inté­rêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux qui néces­sitent une menace pour jus­ti­fier un bud­get annuel qui dépasse le PIB de nom­breux pays. La guerre confère à cette com­bi­nai­son d’intérêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux une jus­ti­fi­ca­tion pour son bud­get mas­sif, un bud­get dont le far­deau incombe aux contri­buables amé­ri­cains dont le reve­nu médian réel par famille n’a pas aug­men­té depuis quelques décen­nies, alors que la charge de leurs dettes pour sou­te­nir leur niveau de vie a augmenté.

La deuxième rai­son a trait à l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant  l’hégémonie mon­diale amé­ri­caine. Selon les néo­con­ser­va­teurs, qui ne sont cer­tai­ne­ment pas conser­va­teurs en quoi que ce soit, l’effondrement du com­mu­nisme et du socia­lisme signi­fie que l’Histoire a choi­si le « capi­ta­lisme démo­cra­tique », qui n’est ni démo­cra­tique ni capi­ta­liste, en tant que sys­tème socio-éco­­no­­mi­­co-poli­­tique mon­dial et c’est la res­pon­sa­bi­li­té de Washing­ton d’imposer l’américanisme au monde entier. Des pays comme la Rus­sie, la Chine, la Syrie et l’Iran, qui rejettent l’hégémonie amé­ri­caine, doivent être désta­bi­li­sés et détruits, car ils sont un obs­tacle à l’unilatéralisme américain.

La troi­sième rai­son se rap­porte aux res­sources en eau du sud du Liban dont Israël a besoin. Deux fois, Israël a envoyé l’armée israé­lienne, tant van­tée, pour occu­per le sud du Liban, et le Hez­bol­lah, une milice sou­te­nue par la Syrie et l’Iran, a expul­sé par deux fois cette armée israé­lienne tant renommée.

Pour être direct, Israël uti­lise l’Amérique pour éli­mi­ner les gou­ver­ne­ments syrien et ira­nien qui four­nissent un sou­tien mili­taire et éco­no­mique au Hez­bol­lah. Si les Amé­ri­cains peuvent éli­mi­ner les sou­tiens du Hez­bol­lah, l’armée israé­lienne peut voler le sud du Liban, tout comme elle a volé la Pales­tine et cer­taines par­ties de la Syrie. Voi­ci les faits : depuis seize ans, la popu­la­tion amé­ri­caine insou­ciante a per­mis à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu à Washing­ton de gas­piller des mil­liards de dol­lars néces­saires au pays au béné­fice du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire, au ser­vice de l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant l’hégémonie mon­diale des États-Unis, et pour finir au ser­vice d’Israël.

De toute évi­dence, la démo­cra­tie amé­ri­caine est frau­du­leuse. Elle sert tout le monde, sauf les Américains.

Quelle est la consé­quence pro­bable du fait que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain serve des inté­rêts non américains ?

La meilleure consé­quence effec­tive est la pau­vre­té pour les 99 pour cent. La pire est l’Armageddon nucléaire.

Les ser­vices ren­dus par Washing­ton au com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire, à l’idéologie néo­con­ser­va­trice et à Israël négligent com­plè­te­ment des faits col­la­té­raux surpuissants.

L’intérêt d’Israël au ren­ver­se­ment de la Syrie et de l’Iran est tota­le­ment incom­pa­tible avec l’intérêt de la Rus­sie qui veut empê­cher l’importation du dji­ha­disme dans la Fédé­ra­tion de Rus­sie et en Asie cen­trale. Par consé­quent, Israël a mis les États-Unis en conflit mili­taire direct avec la Russie.

Les inté­rêts finan­ciers du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire amé­ri­cain consis­tant à encer­cler la Rus­sie avec des sites de mis­siles sont incom­pa­tibles avec la sou­ve­rai­ne­té de la Rus­sie, tout comme l’accent mis par les néo­con­ser­va­teurs sur l’hégémonie mon­diale des États-Unis. Le pré­sident Trump ne contrôle pas Washing­ton. Washing­ton est contrô­lé par le com­plexe (regar­dez sur You­tube la des­crip­tion faite par le pré­sident Eisen­ho­wer de la menace repré­sen­tée par le com­plexe pour la démo­cra­tie amé­ri­caine), par le lob­by israé­lien et par les néo­con­ser­va­teurs. Ces trois groupes d’intérêts orga­ni­sés ont pré­emp­té le peuple amé­ri­cain, qui est impuis­sant et non impli­qué dans les déci­sions concer­nant son avenir.

Tous les repré­sen­tants et séna­teurs des États-Unis qui ont tenu tête à Israël ont été bat­tus dans leur cam­pagne de réélec­tion. C’est la rai­son pour laquelle, quand Israël veut quelque chose, cela passe dans les deux chambres du Congrès à l’unanimité. Comme l’amiral Tom Moo­rer, chef des opé­ra­tions navales et pré­sident du Joint Chiefs of Staff, l’a décla­ré publi­que­ment : « Aucun pré­sident amé­ri­cain ne peut s’opposer à Israël. » Israël obtient ce qu’il veut, peu importent les consé­quences pour l’Amérique. Moo­rer avait rai­son. Les États-Unis donnent à Israël chaque année suf­fi­sam­ment d’argent pour ache­ter notre gou­ver­ne­ment. Et Israël achète notre gou­ver­ne­ment. Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain est beau­coup plus rede­vable envers Israël qu’envers le peuple amé­ri­cain. Les votes de la Chambre et du Sénat le prouvent.

Inca­pable de résis­ter au minus­cule Israël, Washing­ton pense qu’il peut inti­mi­der la Rus­sie et la Chine. Le fait, pour Washing­ton de conti­nuer à pro­vo­quer la Rus­sie et la Chine est un signe de folie. À la place de l’intelligence, nous voyons l’orgueil et l’arrogance, la marque des imbéciles.

Ce dont la pla­nète Terre et ses créa­tures ont besoin plus que tout, ce sont des diri­geants en Occi­dent qui soient intel­li­gents, qui aient une conscience morale, qui res­pectent la véri­té et soient capables de com­prendre les limites de leur pouvoir.

Mais le monde occi­den­tal n’a pas ce genre de personne.

Paul Craig Roberts

Tra­duit par jj, relu par Cathe­rine pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone
http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​w​a​s​h​i​n​g​t​o​n​–​s​e​i​z​e​–​a​n​s​–​d​e​–​g​u​e​r​r​e​–​p​o​u​r​q​uoi


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​6​5​7​8​3​9​5​2​317

« RÉFORME » DES IMPÔTS : MACRON, PRÉSIDENT DES ULTRA RICHES – Osons causer

C’est une très bonne syn­thèse pro­po­sée ici par la jeune équipe d’Osons cau­ser, utile car elle remonte à une cause pre­mière qui est L’ÉLECTION — et la cor­rup­tion évi­dente des déci­deurs poli­tiques ren­due pos­sible par cette pro­cé­dure anti­dé­mo­cra­tique (pro­cé­dure qui est, plus lar­ge­ment, la source même du « capi­ta­lisme »).

Il me semble pour­tant que cette pré­sen­ta­tion per­cu­tante et sti­mu­lante gagne­rait en pour­sui­vant quelques minutes dans la recherche des causes vrai­ment PREMIÈRES, plus en amont encore, car on aurait alors plus de chances de régler nos (très graves) pro­blèmes éco­no­miques et sociaux, en mon­trant que chaque scan­dale est la CONSÉQUENCE d’une cor­rup­tion et d’une impu­ni­té POLITIQUE ren­dues pos­sibles par NOTRE démis­sion du pro­ces­sus consti­tuant, notre renon­ce­ment à contrô­ler nous-mêmes les pouvoirs.

Je rap­pelle ici ma syn­thèse sur le « néces­saire pro­cès citoyen de l’é­lec­tion », qui com­pare point par point les (immenses) fai­blesses de l’é­lec­tion et, comme en miroir, les (immenses) forces du tirage au sort : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​N​e​c​e​s​s​a​i​r​e​_​p​r​o​c​e​s​_​d​e​_​l​_​e​l​e​c​t​i​o​n​.​pdf

Le vrai suf­frage uni­ver­sel, c’est voter nous-mêmes nos lois.

Donc, tant que nous ado­re­rons le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres par­mi des can­di­dats que l’on peut aider) comme une vache sacrée intou­chable, nous res­te­rons impuis­sants — et DONC exploités.

Mais, ce n’est PAS « la faute des autres » (des ultra riches, des usu­riers ou des canailles poli­ti­ciennes, par exemple), c’est la nôtre.

Il ne tient qu’à nous de tout changer.
Il suf­fit de nous concen­trer sur la cause des causes.

#Pas­De­Cons­ti­tu­tion­Sans­Ci­toyens­Cons­ti­tuants

Bon cou­rage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : en fran­çais, le mot RÉFORME signi­fie amé­lio­ra­tion, chan­ge­ment en bien. Appe­ler « RÉFORME » les pires régres­sions, les plus bru­tales vio­lences sociales des 1% contre les 99%, c’est une des mille inver­sions du lan­gage qui servent aux cra­pules poli­ti­ciennes (et publi­ci­taires) à trom­per la volon­té des braves gens.

Pour y résis­ter, pen­ser à tou­jours mettre entre guille­mets les mots men­teurs, comme « réformes », « par­te­naires sociaux », « inves­tis­seurs », « citoyens », « démo­cra­tie », « consti­tu­tion », « suf­frage uni­ver­sel », etc.

L’é­lec­tion DONNE des prises aux escrocs pour trom­per nos volontés.

Alors que le tirage au sort RETIRE leurs prises aux escrocs.

Com­bien de temps encore les 99% vont-il défendre eux-mêmes LA pro­cé­dure qui ver­rouille leur propre dépos­ses­sion politique ?

#Pas­De­Dé­mo­cra­tie­Sans­Ti­ra­geAu­Sort

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​6​4​7​9​0​3​6​7​317

AUTONOMIES, le prochain film de Nazzaréna, financés par nous tous qui voulons le voir 🙂

J’ai hâte de voir le nou­veau film de Nazzaréna :
il s’ap­pel­le­ra AUTONOMIES.

httpv://www.youtube.com/watch?v=3ks8eY7XUjE

C’est un film docu­men­taire finan­cé par ceux d’entre-nous qui veulent le voir. Les vidéos de pré­sen­ta­tion (avec plein de gens bien 🙂 ) sont très intéressantes.
C’est sur cette même page que nous pou­vons par­ti­ci­per à son finan­ce­ment : https://​fr​.ulule​.com/​a​u​t​o​n​o​m​i​es/

Pré­sen­ta­tion du film :

L’Autonomie ali­men­taire, éner­gé­tique, c’est pos­sible. Vivre dans une mai­son à 10.000€ aus­si. Pour­tant, auto­no­mie ne veut pas dire autar­cie, mais inter­dé­pen­dances

Le film en une phrase : « Agis en ton lieu, pense avec le monde » (Édouard Glissant)

Cinq ans après « La Pan­dé­mie du Nou­veau monde » – L’éveil des consciences citoyennes, qui mon­trait entre autres Fabrice André, créa­teur d’un refuge auto­nome à 2000 mètres d’al­ti­tude, Naz­za­ré­na a à coeur de pour­suivre cette réflexion sur l’au­to­no­mie. Il s’a­git d’en mon­trer les dif­fé­rentes facettes, dont cer­taines sont surprenantes.

Le film en une minute :

Pour cer­tains, auto­no­mie rime avec autar­cie et uto­pie. Par­tie à la ren­contre de per­sonnes qui vivent en auto­no­mie ali­men­taire ou éner­gé­tique, je découvre que l’autonomie est aus­si juri­dique, poli­tique, psy­cho­lo­gique, édu­ca­tive, voire bio­lo­gique et même his­to­rique. Juri­dique, car com­ment créer un éco-lieu réel­le­ment auto­nome si la légis­la­tion ne le per­met pas, ou si l’on doit obli­ga­toi­re­ment être rac­cor­dé au réseau ? Poli­tique, donc, car le renou­veau démo­cra­tique passe par des ini­tia­tives locales de cer­tains maires en France qui s’en­gagent dans des vota­tions citoyennes, par exemple.Psy­cho­lo­gique, car com­ment opé­rer un chan­ge­ment de vie durable sans une sta­bi­li­té dans ses enga­ge­ments, ses choix, son rap­port aux autres ? Édu­ca­tive, car à la base, il y a l’en­fant, un adulte en deve­nir qui doit pou­voir s’é­man­ci­per dans ses appren­tis­sages. Bio­lo­gique, car au coeur de nos cel­lules, il y a par exemple des mil­liards de bac­té­ries qui ont appris à coopé­rer. His­to­rique enfin, car nous avons peut-être à apprendre d’une com­mu­nau­té en par­tie « auto­nome », active durant quatre siècles dans les Alpes. Voi­là pour­quoi « Auto­no­mies » s’é­crit au pluriel.

Qui n’a pas rêvé un jour de chan­ger de vie ?

Ils étaient étu­diants, pro­fes­seur de gym­nas­tique, juriste inter­na­tio­nale ou agri­cul­teur tra­di­tion­nel. Ils sont main­te­nant ins­tal­lés dans des fermes, des éco-lieux, des éco-hameaux, dans le res­pect de l’environnement.

L’une des ori­gi­na­li­tés du film réside dans l’exem­pla­ri­té de ces per­sonnes qui ont che­mi­né à contre-cou­­rant et sont en train de créer des éco-lieux ou des éco-hameaux, dans l’optique de par­ta­ger leurs savoirs grâce à des jour­nées portes ouvertes, des for­ma­tions, des stages ou des chan­tiers participatifs.

Au départ, ils avaient déci­dé de vivre plus près de la nature pour eux et leur famille, puis ils ont créé des habi­tats auto­nomes ou une ferme per­ma­cul­tu­relle là où il n’y avait qu’une friche. Pour cer­tains, c’était il y a qua­rante ans, pour la nou­velle géné­ra­tion, c’était il y a à peine plus d’une an. Leurs atouts :  inven­ter de nou­velles manières de consom­mer et de vivre, avec de la créa­ti­vi­té et une réelle ingé­nio­si­té technique.

Jour­nées portes ouvertes à la ferme du Bec-Hellouin

Toutes ces ini­tia­tives  concrètes, si elles essai­maient davan­tage, per­met­traient à des com­mu­nau­tés, des vil­lages ou des villes de faire face aux crises actuelles.

Mais pour que ce chan­ge­ment de socié­té puisse se pro­pa­ger, le savoir-faire tech­nique seul ne suf­fit pas. Il faut allier l’autonomie exté­rieure à l’autonomie inté­rieure.

C’est ain­si que seront abor­dés les limites posées par la légis­la­tion, le chan­ge­ment psy­cho­lo­giqueliée à tout chan­ge­ment de vie, l’émancipation dès le plus jeune âge grâce à d’autres méthodes d’éducation, ou l’indispensable créa­ti­vi­té de chaque être humain.

Sur ces thé­ma­tiques seront inter­viewées des per­son­na­li­tés ouvertes à d’autres dis­ci­plines, per­met­tant de faire des ponts entre la phi­lo­so­phie, la psy­cho­lo­gie, le droit et la bio­lo­gie.

L’ob­jec­tif  de ce film est de mon­trer qu’être auto­nome, ça n’est pas vivre en autar­cie. C’est choi­sir ses dépen­dances… dans un envi­ron­ne­ment basé sur les inter­dé­pen­dances.

En fil rouge, le film fera décou­vrir une com­mu­nau­té qui a vécu en auto­no­mie poli­tique, juri­dique, fis­cale et édu­ca­tive entre le XIVe siècle et la Révo­lu­tion fran­çaise, soit sur plus de douze géné­ra­tions. Peut-être est-ce l’oc­ca­sion d’y trou­ver des sources d’inspiration.

Les inter­ve­nants

La mai­son auto­nome de Bri­gitte et Patrick Baronnet

Bri­gitte et Patrick ont quit­té la vie pari­sienne il y a plus de qua­rante ans et vivent dans une ferme en Bre­tagne, où à force de tra­vaux et d’ingéniosité, ils sont deve­nus auto­nomes de leur eau, de leur élec­tri­ci­té et en par­tie de leur nour­ri­ture. Il nous montrent qu’il est pos­sible, via des chan­tiers par­ti­ci­pa­tifs, de construire un habi­tat à moindre coût avec des maté­riaux nobles, d’a­voir un accès à l’éner­gie en uti­li­sant à la fois le solaire et l’éo­lien, avec des per­sonnes fabri­quant eux-mêmes leurs pan­neaux solaires pour l’eau chaude, ou en fai­sant des for­ma­tions pour fabri­quer des éoliennes, par exemple.

En 20 ans, ce sont plus de 20.000 curieux qui sont venus dans la « mai­son auto­nome », lors de fes­ti­vals, de jour­nées portes ouvertes ou de stages, pour décou­vrir com­ment se lan­cer dans l’aventure de l’autonomie éner­gé­tique. Comme nous le pré­cise Patrick Baron­net, l’au­to­no­mie, c’est…

httpv://youtu.be/AudL8i_VAZ0

La ferme per­ma­cul­tu­relle du Bec Hellouin

Per­rine, ancienne juriste inter­na­tio­nale, est aujourd’hui diplô­mée en per­ma­cul­ture. Elle  a vou­lu réin­ven­ter sa vie et rompre dras­ti­que­ment avec ce qu’elle fai­sait aupa­ra­vant. C’est ain­si qu’elle a ren­con­tré Charles, son mari, et qu’ensemble, ils ont fon­dé la ferme bio­lo­gique du Bec-Hel­­louin. Ils déve­loppent une agri­cul­ture qui per­met­trait non seule­ment d’être auto­suf­fi­sant en ali­men­ta­tion à l’é­chelle d’un vil­lage, mais dont le déve­lop­pe­ment pour­rait nour­rir toute la pla­nète, grâce à des tech­niques de per­ma­cul­ture, de micro-agri­­cul­­ture, avec une culture inten­sive sur de petites sur­faces sans engrais chi­miques ni pesticides.

Nous sommes allés en 2015 aux jour­nées portes ouvertes qu’ils orga­ni­saient, afin de décou­vrir leur immense jar­din, avec une serre, des étangs, un pota­ger, un jar­din man­da­la, des arbres fruitiers…

Per­rine et Charles assurent des for­ma­tions, tra­vaillent avec de grands chefs étoi­lés et on été sui­vis pour une étude par l’INRA (Ins­ti­tut natio­nal de recherche en agronomie).

httpv://youtu.be/bL0H0i6vUYo

L’é­co-lieu Eotopia

Ben­ja­min, 32 ans, expé­ri­mente depuis sept ans la vie sans argent. Il a voya­gé ain­si sur les routes d’Europe, d’Amérique, en pas­sant par l’Afrique, pri­vi­lé­giant les échanges. En 2016, il s’est réso­lu avec d’autres per­sonnes à ache­ter un ter­rain avec un corps de ferme pour créer un éco-lieu appe­léEoto­pia. Ben­ja­min et son épouse y vivent avec d’autres membres de la com­mu­nau­té dans une éco­no­mie basée sur le don, les échanges, pour tendre vers l’hu­main plu­tôt que vers l’argent. Ben­ja­min a pour le moment renon­cé à son idéal de vivre avec « zéro argent », mais l’utilise aus­si peu que possible.

httpv://youtu.be/LgcvQnl8emU

L’é­co-lieu Alôsnys

Aurore avait une for­ma­tion dans l’a­gri­cul­ture et l’é­du­ca­tion à l’en­vi­ron­ne­ment. Avec Bru­no, agri­cul­teur, ils ont créé Alôs­nys, un éco-lieu en Bour­gogne qui accueille aus­si bien des enfants que des adultes pour les recon­nec­ter à un jar­di­nage sain, res­pec­tueux des éco­sys­tèmes. Ils assurent par ailleurs des for­ma­tions diplô­mantes en per­ma­cul­ture et accueillent de nom­breux stagiaires.

httpv://youtu.be/Cd87icC2blI

Les autres facettes des « Autonomies »

Et si l’a­ve­nir pas­sait par une ren­for­ce­ment de la démo­cra­tie locale ? Les maires ont un rôle essen­tiel pour favo­ri­ser l’émergence de ces ini­tia­tives. Par exemple, la ville des Molières, dans l’Essonne est un labo­ra­toire d’initiatives éco­lo­giques et démo­cra­tiques. Jar­dins par­ta­gés, épi­ce­rie bio et locale, vota­tions citoyennes, ain­si que la proxi­mi­té du foyer d’ac­cueil médi­ca­li­sés pour autistes La Len­de­maine, qui est aus­si une ferme agri­cole et arti­sa­nale de 7 hec­tares : l’al­liance du soin de lanature et de l’humain.

httpv://youtu.be/Djoxqh2dB7I

Pour faire exis­ter de tels lieux, la légis­la­tion doit bien évi­dem­ment s’y prê­ter. Mais pour le pro­jet Eoto­pia, par exemple, l’a­chat du ter­rain s’est avé­ré incon­tour­nable, alors que dans son optique de vivre sans argent, Ben­ja­min avait envi­sa­gé un don. En France, les dona­teurs sont taxés à 60% de la valeur du bien. Les autres contraintes résident dans les per­mis de construire des habi­tats inno­vants, avec récu­pé­ra­tion d’eau, ou l’o­bli­ga­tion d’être rac­cor­dé au réseau même si l’on est en auto­no­mie énergétique.

Un point qui reste essen­tiel, c’est le déclen­cheur, le déclic, le moment où l’on décide de chan­ger de vie, où l’on se jette à l’eau. Com­ment sur­mon­ter psy­cho­lo­gi­que­ment les obs­tacles lors­qu’on se lance dans l’ex­pé­ri­men­ta­tion, l’in­no­va­tion, en couple ou en communauté ?

L’é­man­ci­pa­tion passe aus­si par l’é­du­ca­tion. Par­mi les inter­ve­nants, cer­tains prônent « une édu­ca­tion libre », res­pec­teuse de la soif d’ap­prendre de l’en­fant. Fran­çois Tad­déi, cher­cheur ensciences cog­ni­tives, appor­te­ra son éclai­rage sur ce sujet qui est un enjeu majeur pour les géné­ra­tions futures. L’oc­ca­sion de décou­vrir que dès le Moyen-Âge, une com­mu­nau­té dans les Alpes ensei­gnait aux riches et aux pauvres, filles et gar­çons, avec un faible taux d’illet­trisme, tout en incul­quant des notions de droit.

Fran­çois Tad­déi nous démontre que la der­nière facette des auto­no­mies est liée à la bio­lo­gie, par l’exemple d’é­tudes sur les cel­lules. Ain­si, les bac­té­ries font évo­luer la manière dont elles évo­luent. Elles savent échan­ger de l’information sur la façon de coopé­rer et elles savent coopé­rer sur la façon d’é­chan­ger de l’information.

Coopé­rer, échan­ger de l’in­for­ma­tion, c’est ce que font les per­sonnes qui vivent dans des éco-lieux, tout comme la nature et les éco­sys­tèmes. Comme l’a écrit Edgar Morin, «Pen­ser glo­bal », c’est pen­ser LE glo­bal, dans ses rela­tions entre le tout et les par­ties. Sans arrêt, le glo­bal et le local interfèrent. »

A quoi va servir le financement ?

Naz­za­ré­na et Chris­tophe tra­vaillent béné­vo­le­ment sur ce pro­jet depuis un an et demi.L’écriture du film a com­men­cé début 2016, les tour­nages en avril 2016. Ils se pour­suivent actuel­le­ment.

Nous pri­vi­lé­gions au maxi­mum la tente ou l’hébergement chez l’habitant, ain­si que les pique-niques… mais il y a des dépenses incompressibles.

La col­lecte per­met­tra de finan­cer la fin des tour­nages, le mon­tage et la post-pro­­duc­­tion du film.

[…]

L’oc­ca­sion pour ceux d’entre vous qui le sou­haitent de deve­nir des spec­ta’c­teurs pri­vi­lé­giés et des acteurs du changement.

À propos du porteur de projet

Il y a quelques années, je pen­sais que j’avais oublié
Oublié tous mes rêves, tout ce que j’aurais pu réaliser
J’avais peur d’entreprendre quoi que ce soit
Peut-être mon édu­ca­tion a contri­bué à tout ça
Aujourd’hui plus que tout, je veux
Je veux me nour­rir sans appau­vrir la terre
Je veux boire sans assé­cher nos sources et nos rivières
Je veux m’éclairer et me chauf­fer sans nos cen­trales nucléaires
Je veux vivre en auto­no­mie, grâce au vent, au soleil, à la pluie
Je ne suis qu’une goutte l’eau dans l’océan de l’humanité
Je veux m’arrêter à chaque port, tis­ser la toile de la solidarité
Je n’ai pas la cer­ti­tude que tout cela arrivera
Je veux juste en avoir l’opportunité
Faire ce film sym­bo­lise l’opportunité
L’opportunité que ces choses changent
Si je viens vers vous,
C’est par ce que vous êtes 
Et ce que vous êtes me mon­tre­ra qu’il n’est pas trop tard 
Pour réa­li­ser ce film et le faire avec vous.

Naz­za­ré­na

 

Naz­za­ré­na est artiste, auteure de pièces de théâtre et de poèmes. Auteure com­po­si­trice inter­prète, elle a enre­gis­tré un CD 2 titres en 2007.

« La Pan­dé­mie du Nou­veau monde » – L’éveil des consciences citoyennes était son pre­mier docu­men­taire, finan­cé avec suc­cès sur Ulule. Il a été sélec­tion­né au Salon Mar­jo­laine 2013, au fes­ti­val d’ATTAC à Ivry-sur-Seine et au fes­ti­val du film enga­gé de Romagnat.

httpv://youtu.be/oAHGiHC14Ao

Dès l’é­té 2013, le thème de l’au­to­no­mie citoyenne la ques­tionne, comme le montre ce micro-trottoir.

httpv://youtu.be/rbnCIBeumBE

En 2014, elle a ini­tié le pro­jet « Pas­se­relles » avec le sou­tien d’EELV. Il s’a­git d’une série de vidéos mises en ligne sur Inter­net, dans les­quelles la dépu­tée euro­péenne Michèle Riva­si débat­tait avec le phi­lo­sophe Patrick Vive­ret ou le pré­sident du groupe SOS Jean-Marc Borel­lo sur les thèmes de la démo­cra­tie, de l’engagement et du changement.

Ses atouts : décro­cher les inter­views, poser des ques­tions que les jour­na­listes ne posent pas, le tout accom­pa­gné d’une bonne dose d’intuition. Son inté­rêt pour la psy­cho­lo­gie et la psy­cha­na­lyse per­met de com­plé­ter son approche originale.

Chris­tophe est docu­men­ta­liste, archi­viste, spé­cia­liste de l’analyse des médias et ancien de l’émission de France 5 « Arrêt sur images » (1996 à 2002).

Il a co-réa­­li­­sé « Désen­tu­bages catho­diques » (Zalea TV), sor­ti en salles en 2005 et réa­li­sé « https://​you​tu​.be/​o​n​v​n​u​t​r​T​AWg » , sor­ti en salles en 2006.

Aupa­ra­vant, il a été assis­tant docu­men­ta­liste pour le docu­men­taire de Daniel Schnei­der­mann « Koso­vo, des jour­na­listes dans la guerre » (Arte, 2000) ou « Chom­sky et Cie » de Daniel Mer­met et Oli­vier Azam (Les Mutins de Pan­gée, 2008).

Avec Naz­za­ré­na, il a co-réa­­li­­sé « La Pan­dé­mie du Nou­veau monde », dont le tour­nage a débu­té en 2009 pour s’achever en 2012.

Ses atouts : l’esprit de syn­thèse, l’articulation des thé­ma­tiques à abor­der dans le film, ain­si que la recherche de la per­fec­tion.. qui n’est pas de ce monde, soi-disant !

=======

La page Ulule pour aider les auteurs du film à conti­nuer leur bou­lot d’é­du­ca­tion popu­laire : https://​fr​.ulule​.com/​a​u​t​o​n​o​m​i​es/

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​6​3​5​4​4​2​7​7​317

Dévastation en cours des protections juridiques pour 18 millions de Français, en traître, par ordonnances et pendant les vacances : Attention ! Gérard Filoche nous interpelle :

httpv://youtu.be/_7bq2Jsvj5M

Mer­ci aux jeunes gens de La Relève et la Peste, pour cette syn­thèse 0 % de mg… 

Pour que reculent les escla­va­gistes, il fau­dra OCCUPER LES USINES. 

Faites pas­ser 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant ä ce billet : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​4​6​2​8​3​8​0​7​317

Des mots, des mots… démocratie ? #DATAGUEULE_74

Chic, ça germe 🙂 (le choix de Sieyes & co depuis 1789, vio­lem­ment anti­dé­mo­cra­tique, l’es­cro­que­rie par­le­men­taire, l’an­ti­dote du tirage au sort…) 

httpv://www.youtube.com/watch?v=xM8asdR5ufY

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​3​8​3​0​6​3​3​2​317

[ESSENTIEL !] REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR ÉCHAPPER À L’AUSTÉRITÉ, par Romaric Godin, sur Mediapart

Je vous le dis sou­vent : nous devrions nous abon­ner à Media­part.
La rai­son prin­ci­pale en est qu’il n’y a guère plus d’autres « jour­na­listes » indé­pen­dants des mil­liar­daires (voir le livre IMPORTANT de Laurent Mau­duit : « Main basse sur l’information »).
Mais voi­ci qu’en plus, Media­part recourt main­te­nant aux ser­vices de Roma­ric Godin (récem­ment viré du « jour­nal » La Tri­bune, pro­ba­ble­ment pour trop grande sub­ver­si­vi­té), un for­mi­dable révé­la­teur d’in­for­ma­tions utiles !

Lisez bien l’ar­ticle ci-des­­sous, que je prends la liber­té de repro­duire en entier vu l’ur­gence et l’im­por­tance, article qui confirme for­te­ment ce que clament et démontrent André-Jacques Hol­becq et Phi­lippe Derud­der depuis plus de 10 ans (vous devriez relire cet article impor­tant du blog — et ses com­men­taires —, de mai 2007 : Non, ce n’est pas « trop cher » : le finan­ce­ment des besoins col­lec­tifs est ren­du sciem­ment rui­neux par un sabor­dage moné­taire éton­nant).

Voi­ci le pré­cieux article :

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par ROMARIC GODIN

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​ite

Dans un ouvrage récem­ment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pet­ti­for explique pour­quoi le monde ne sau­rait être « à court d’argent » pour finan­cer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le chan­ge­ment cli­ma­tique. La seule condi­tion reste d’ôter aux banques le pou­voir de créa­tion moné­taire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lec­ture qui per­met de rela­ti­vi­ser les « urgences » pré­ten­dues de l’actuel gou­ver­ne­ment fran­çais en matière éco­no­mique et financière. 

Quelques jours avant les élec­tions géné­rales bri­tan­niques du 7 juin der­nier, la pre­mière ministre The­re­sa May répon­dait à la télé­vi­sion à une infir­mière qui deman­dait des hausses de salaires pour le per­son­nel du ser­vice natio­nal de san­té (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pour­rions secouer pour dis­po­ser de l’argent que les gens dési­rent. » Cette réponse est un grand clas­sique de la pen­sée libé­rale pour jus­ti­fier l’austérité bud­gé­taire sous le cou­vert d’un pré­ten­du « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gou­ver­ne­ment fran­çais, qui estime que, parce que le défi­cit public pour­rait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plu­tôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence bud­gé­taire ».

httpv://www.youtube.com/watch?v=zIbITJekGZE
The­re­sa May répond à une infir­mière qu’il n’y a pas « d’arbre magique à argent ». © Youtube

En sep­tembre 2014, le com­men­ta­teur poli­tique Jean-Michel Apa­thie pen­sait avoir liqui­dé en un tweet tout débat éco­no­mique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre poli­tique est pos­sible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

Comme celle de The­re­sa May, cette pré­ten­due clar­té ne lais­se­rait d’autre option que l’austérité bud­gé­taire. Mais cette évi­dence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incom­pré­hen­sion com­plète du sys­tème éco­no­mique et finan­cier dans lequel nous vivons. Du reste, pour finan­cer les exi­gences de son allié au Par­le­ment de West­mins­ter, le par­ti ultra-conser­­va­­teur unio­niste nord-irlan­­dais DUP, The­re­sa May a sou­dai­ne­ment décou­vert un « arbre magique à argent » et pro­mis un mil­liard de livres pour les six com­tés nord-irlandais. 

Quant à la France, elle n’a pas regar­dé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occi­den­taux, elle a sau­vé en quelques jours son sys­tème ban­caire dans la fou­lée de la faillite de Leh­man Bro­thers en sep­tembre 2008. 

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une rai­son simple : le sys­tème moné­taire ne fonc­tionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihi­lo. Le com­prendre per­met d’avancer et d’ouvrir consi­dé­ra­ble­ment un débat que d’aucuns, effec­ti­ve­ment, vou­draient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récem­ment paru en langue anglaise aux édi­tions Ver­so à Londres, The Pro­duc­tion of Money : How To Break the Power of Ban­kers, est hau­te­ment pré­cieux. Signé de l’économiste bri­tan­nique Ann Pet­ti­for, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – expli­ca­tion sur notre sys­tème moné­taire et sur ses consé­quences. Pour elle, la com­pré­hen­sion par les citoyens du méca­nisme de la créa­tion moné­taire est un moyen de faire des choix éclai­rés en se libé­rant de l’idéologie aus­té­ri­taire qui s’est abat­tue depuis 30 ans sur le monde occi­den­tal, avec le sou­tien du sys­tème financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quan­ti­té limi­tée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réa­li­té pas de sens. Certes, l’école néo­clas­sique a long­temps défen­du cette idée que la mon­naie était une « matière pre­mière » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprun­teurs étaient donc sur un mar­ché avec les épar­gnants, échan­geant leurs actifs moné­taires comme toute autre mar­chan­dise. Dans ce sys­tème, les ban­quiers ne seraient que les inter­mé­diaires entre ces deux acteurs du mar­ché de la mon­naie. Et, effec­ti­ve­ment, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix aug­mente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la pro­duc­tion d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour réta­blir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de The­re­sa May et la réflexion de Jean-Michel Apa­thie, est cepen­dant en déca­lage com­plet avec toute réa­li­té. Ann Pet­ti­for sou­ligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le sys­tème ban­caire a, d’ailleurs, eu comme voca­tion de résoudre ce pro­blème du « manque d’argent » en créant de la mon­naie par le cré­dit pour com­pen­ser le manque d’épargne dis­po­nible. Ce cré­dit consti­tue aujourd’hui l’essentiel de la créa­tion moné­taire : 95 % de la mon­naie en cir­cu­la­tion a été créée par les banques com­mer­ciales, 5 % par les banques cen­trales. Le sys­tème est simple : les banques accordent des cré­dits sur des fonds qu’elles ne pos­sèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immé­dia­te­ment cré­di­tés en dépôts et l’immense majo­ri­té de ces fonds n’est pas trans­for­mée en argent fidu­ciaire, concret, dont la créa­tion est du seul apa­nage de la banque cen­trale. L’argent créé n’a donc pas majo­ri­tai­re­ment besoin d’être créé par la banque cen­trale. Sa pro­duc­tion relève prin­ci­pa­le­ment de la seule volon­té des banques commerciales.

Pen­dant long­temps, cette créa­tion moné­taire était certes en théo­rie limi­tée par des contraintes de quan­ti­té phy­sique d’or et d’argent, ce qui limi­tait cette crois­sance du cré­dit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refi­nan­ce­ment défi­nis par les banques cen­trales, mais ces cadres sont peu contrai­gnants. Le taux de refi­nan­ce­ment dur­cit certes le cadre, mais si la demande est là mal­gré ce dur­cis­se­ment, comme en 2005–2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques dis­posent donc bien de cette capa­ci­té de créer de la mon­naie « à par­tir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quan­ti­té en réa­li­té illi­mi­tée. D’autant que les banques cen­trales, en cas de besoin, peuvent créer éga­le­ment « à par­tir de rien » de la mon­naie pour les acteurs du sys­tème finan­cier. C’est ain­si que, chaque mois, la BCE déverse 60 mil­liards d’euros sur les mar­chés finan­ciers et que la Fed a pu trou­ver 85 mil­liards de dol­lars pour sau­ver en 2008 la com­pa­gnie d’assurance AIG. Cette réa­li­té, long­temps contes­tée, a été recon­nue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus impli­ci­te­ment, encore plus récem­ment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la créa­tion moné­taire, la vraie régu­la­tion, sont de deux ordres. Le pre­mier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débi­teurs, elles ne crée­ront pas de mon­naie en leur refu­sant un cré­dit. Le second frein, c’est la volon­té des emprun­teurs de dis­po­ser de fonds sup­plé­men­taires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pour­ront pas créer de mon­naie, quand bien même elles en auraient la pos­si­bi­li­té. C’est ce qui s’est pas­sé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du cré­dit, mais que les banques ont man­qué d’abord de confiance, puis de demande. Le pro­blème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la pre­mière force de la créa­tion moné­taire réside dans les banques com­mer­ciales et dans les rela­tions avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change consi­dé­ra­ble­ment la donne. L’argent ne sau­rait man­quer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nou­velle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une éco­no­mie moné­taire déve­lop­pée : l’épargne n’est PAS néces­saire au finan­ce­ment des achats ou de l’investissement ». Lorsque le pre­mier ministre Édouard Phi­lippe pré­tend donc vou­loir favo­ri­ser l’investissement pro­duc­tif en modi­fiant la fis­ca­li­té de l’épargne, il consi­dère que la France est une éco­no­mie sous-déve­­lop­­pée et non moné­ta­ri­sée. « La dis­po­ni­bi­li­té des moyens finan­ciers dans une éco­no­mie moné­taire est à pla­cer en contraste avec une éco­no­mie pauvre et peu déve­lop­pée où l’épargne est la seule source de finan­ce­ment de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCou­ver­ture de l’ou­vrage d’Ann Pet­ti­for © Verso

Le sys­tème finan­cier a été créé pour cela : dépas­ser les limites de l’épargne et offrir des moyens nou­veaux à l’économie. Et l’auteur de pour­suivre : « Un sys­tème moné­taire déve­lop­pé peut finan­cer de très grands pro­jets, des pro­jets qui dépas­se­raient de loin la somme de l’épargne d’une éco­no­mie. […] Cela signi­fie qu’une socié­té fon­dée sur un sys­tème moné­taire sain pour­rait s’offrir une édu­ca­tion gra­tuite et un sys­tème de san­té ; elle pour­rait finan­cer le sou­tien aux arts autant qu’à la défense ; elle pour­rait faire face aux mala­dies et ren­flouer les banques dans une crise finan­cière. Alors que nous pou­vons man­quer de res­sources humaines et phy­siques pour sor­tir nos éco­no­mies des éner­gies fos­siles, les besoins de la socié­té ne devraient jamais man­quer de rela­tions finan­cières pour faire face à ces chan­ge­ments vastes. » Le pro­blème n’est pas, dès lors, de savoir « où trou­ver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, éco­no­miques et envi­ron­ne­men­taux, mais de savoir com­ment maî­tri­ser la créa­tion moné­taire. L’enjeu, dès lors, est de créer un sys­tème moné­taire « sain ».

Or, comme le rap­pelle Ann Pet­ti­for, notre sys­tème ne l’est pas, sain. Car le pro­blème est évi­dem­ment que, dis­po­sant de ce pou­voir, le sys­tème finan­cier ne l’utilise pas dans l’intérêt géné­ral, mais uni­que­ment en faveur d’intérêts par­ti­cu­liers. La créa­tion moné­taire favo­rise alors les mar­chés finan­ciers eux-mêmes, et les ren­de­ments éle­vés et rapides qu’ils pro­mettent. Et lorsque la méca­nique se casse, il suf­fit de deman­der l’aide des États, aux­quels l’on prê­te­ra l’argent néces­saire à son propre sau­ve­tage et dont on assu­re­ra le rem­bour­se­ment par une poli­tique cen­trée sur le res­pect des créan­ciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son poten­tiel réduit par la concur­rence de l’investissement finan­cier et par les exi­gences de ren­de­ments. Pro­gres­si­ve­ment, « les valeurs du sec­teur finan­cier l’emportent sur toute autre consi­dé­ra­tion », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la déré­gu­la­tion finan­cière a mené à la déré­gu­la­tion des heures de tra­vail. » Dans cette logique, les finan­ciers ont évi­dem­ment tout inté­rêt à défendre l’idée d’une quan­ti­té limi­tée de mon­naie qui, en réa­li­té, leur serait réservée.

Pour Ann Pet­ti­for, c’est cette prise de contrôle de la puis­sance créa­trice de la mon­naie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit néces­sai­re­ment à un recul de l’investissement pro­duc­tif sur le long terme et à un monde où les besoins essen­tiels ne sont pas satis­faits. En revanche, l’économie mon­diale est à la mer­ci d’un sys­tème finan­cier cen­tré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises cau­sées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises des­truc­trices qui font le jeu des natio­na­listes et des extré­mistes, selon Ann Pet­ti­for, en détrui­sant l’aptitude du poli­tique, donc de la démo­cra­tie, à résoudre les pro­blèmes, à com­bler les besoins sociaux et à orien­ter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième par­tie de l’ouvrage pro­pose d’explorer des solu­tions et l’auteure y dis­cute les diverses pro­po­si­tions visant à reprendre le contrôle de la créa­tion moné­taire. Elle y défend ses posi­tions, fon­dées prin­ci­pa­le­ment sur un retour à la pen­sée de Keynes. Pour elle, la pen­sée key­né­sienne, limi­tée à un simple exer­cice de relance par la dépense publique, a été cari­ca­tu­rée afin de la dis­cré­di­ter. Keynes est prin­ci­pa­le­ment un pen­seur de la mon­naie et du sys­tème moné­taire. Son point de départ est de consti­tuer un sys­tème moné­taire sain, notam­ment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une dis­tri­bu­tion de cré­dit réduite, un sys­tème où « la finance est sou­mise aux inté­rêts plus larges de la socié­té ». L’inverse du sys­tème actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix éle­vé : le chô­mage et l’appauvrissement de mil­lions de per­sonnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les pro­po­si­tions de maî­trise de la créa­tion moné­taire, notam­ment celle qui consiste à don­ner à la seule banque cen­trale la capa­ci­té de créer de la mon­naie et qui sera dis­cu­tée l’an pro­chain en Suisse, dans le cadre d’une vota­tion bap­ti­sée « ini­tia­tive mon­naie pleine ». Selon elle, ce sys­tème trans­fère à une com­mis­sion bureau­cra­tique la créa­tion moné­taire, alors même qu’elle est ins­pi­rée par la « théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie » qui édicte la néces­si­té, par­fois, de réduire auto­ri­tai­re­ment la masse moné­taire. Ceci com­porte, selon l’auteure, le risque de prises de déci­sions sans contrôle démo­cra­tique ins­pi­rée par une vision dan­ge­reuse de ce qu’est la monnaie.

Ini­tia­tive mon­naie pleine – Par­tie 1 : Emis­sion moné­taire uni­que­ment par la Banque natio­nale ! from Voll­­geld-Ini­­tia­­tive on Vimeo.

Vidéo de pré­sen­ta­tion de l’i­ni­tia­tive suisse « mon­naie pleine » qui sera sou­mise au peuple hel­vé­tique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle pré­fère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonc­tion­ne­ment du sys­tème, mais réduisent le pou­voir auto­nome de la finance : éta­blir un contrôle étroit de la dis­tri­bu­tion du cré­dit, ren­for­cer les ratios de sol­va­bi­li­té, assu­rer un endet­te­ment public à taux faible pour agir plus géné­ra­le­ment sur les taux et sur­tout mieux maî­tri­ser les flux de capi­taux. Ce der­nier élé­ment, qui serait réa­li­sé par une taxe sur les tran­sac­tions finan­cières ou taxe Tobin, est la pro­po­si­tion la plus forte. Il s’agit non seule­ment de « rame­ner les fonds off­shore dans les nations où la richesse est créée », mais aus­si de retrou­ver des moyens d’agir. « La mobi­li­té du capi­tal ôte aux auto­ri­tés d’un pays le pou­voir d’organiser la pros­pé­ri­té éco­no­mique en déter­mi­nant les taux d’intérêt les plus appro­priés », estime Ann Pettifor.

On note­ra, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces pro­po­si­tions est aujourd’hui reje­té par la plu­part des auto­ri­tés poli­tiques. En France, par exemple, le nou­veau gou­ver­ne­ment sou­tient une moindre régu­la­tion ban­caire et a aban­don­né tout pro­jet euro­péen de taxe Tobin. Ann Pet­ti­for estime que la pre­mière condi­tion pour ôter le « pou­voir des ban­quiers » est donc de déve­lop­per une meilleure com­pré­hen­sion des méca­nismes de créa­tion moné­taire, en dépit de l’opposition de la majo­ri­té des uni­ver­si­taires. C’est seule­ment une fois ce tra­vail effec­tué que la mobi­li­sa­tion citoyenne et poli­tique pour­ra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est par­ti­cu­liè­re­ment urgent pour deux causes : celle des femmes, sou­vent les pre­mières vic­times des coupes dans les dépenses de l’État et de la pré­ca­ri­sa­tion de l’emploi, et celle des défen­seurs de l’environnement, qui ne peuvent espé­rer des poli­tiques vrai­ment effi­caces contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique avec l’actuel sys­tème monétaire.

httpv://www.youtube.com/watch?v=-PD7hrUXRBU
L’É­mis­sion poli­tique avec Fran­çois Fillon, 24 mars 2017 © YouTube

Et c’est bien là l’essentiel actuel­le­ment pour nous, Fran­çais. La lec­ture de l’ouvrage d’Ann Pet­ti­for met en relief les contra­dic­tions essen­tielles de la poli­tique envi­sa­gée par le nou­veau pou­voir : assu­rer un enga­ge­ment envi­ron­ne­men­tal fort et défendre et ren­for­cer les logiques de l’actuel sys­tème moné­taire et finan­cier. Une logique sui­vie par Emma­nuel Macron, comme jadis dési­rée par Fran­çois Fillon qui, à l’i­mage de The­re­sa May, refu­sait de don­ner plus de moyens à des infir­mières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lec­ture per­met aus­si d’envisager une alter­na­tive réfor­miste, fémi­niste et envi­ron­ne­men­ta­liste à la domi­na­tion actuelle du centre droit, autour de cette réforme du sys­tème monétaire. 

Aus­si sa tra­duc­tion fran­çaise pour­­rait-elle s’avérer indispensable.

Roma­ric Godin.

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​i​t​e​?​o​n​g​l​e​t​=​f​ull

N’ou­bliez pas de vous abon­ner à Media­part, ça vaut le coup 🙂 :
https://www.mediapart.fr/notre-offre-speciale?xtor=SEC-72-GOO-[Abo]-[]-S-[mediapart%20abonnement]&gclid=Cj0KCQjw7pHLBRDqARIsAFyKPa5bSx9-iZRZp59D9swUIdAdO6FqeSPm1bJVsbf7d9Ie1yABlLX61tYaAmDYEALw_wcB

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​3​3​7​3​3​9​3​7​317