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ON EST DANS UNE PRISON POLITIQUE, ÉVADONS-NOUS ! Et puis on se disputera APRÈS ! L’Évasion passe par la Constitution !

Le MCP invite tous les démo­crates à s’inscrire à son maillage ter­ri­to­rial, pour conver­ger vers une unique reven­di­ca­tion : le Pro­ces­sus Consti­tuant Popu­laire Per­ma­nent (PCPP), c’est-à-dire… la Démo­cra­tie ! ▶️ Rejoindre le MCP : https://​www​.mou​ve​ment​-consti​tuant​-popu​laire​.fr/​p​a​r​t​i​c​i​p​e​r​/​m​a​i​l​l​age À PARTAGER : You­Tube Twit­ter Face­book Tik­Tok Ins­ta­gram Tele­gram Article du blog https://​www​.you​tube​.com/​s​h​o​r​t​s​/​7​T​a​z​9​H​X​L​kzQ https://​www​.face​book​.com/​r​e​e​l​/​8​1​3​7​2​4​0​5​3​5​1​0​382…

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Répudiation des dettes souveraines : une ligne du temps (Éric Toussaint, CADTM)

Éric Tous­saint a pré­pa­ré une pas­sion­nante « Time­Line » (sorte de frise his­to­rique inter­ac­tive) sur les dettes sou­ve­raines de par le monde, et cette fresque impor­tante est publiée sur le site du CADTM :


http://​www​.cadtm​.org/​R​e​p​u​d​i​a​t​i​o​n​–​d​e​s​–​d​e​t​t​e​s​–​s​o​u​v​e​r​a​i​nes

À connaître et à faire connaître.

Pré­sen­ta­tion par le CADTM : 

« Depuis le début du 19e siècle, de nom­breux États ont per­du leur auto­no­mie, de l’Amérique Latine à la Tuni­sie, l’Égypte, l’Empire Otto­man ou encore la Grèce. La dette a été uti­li­sée comme une arme de domi­na­tion et de spoliation.

Contrai­re­ment à la nar­ra­tion domi­nante, les pays de la péri­phé­rie endet­tés ne sont pas res­pon­sables des crises de dettes sou­ve­raines, qui la plu­part du temps trouvent leur ori­gine dans les pays capi­ta­listes les plus puis­sants et se trans­forment en crises de grande échelle qui impactent les pays de la péri­phé­rie. Ce ne sont pas les dépenses publiques exces­sives mais plu­tôt les condi­tions impo­sées par les créan­ciers qui entraînent l’accumulation de dettes insou­te­nables. Les crises de la dette et leurs consé­quences sont tou­jours gérées au pro­fit des grandes banques et des gou­ver­ne­ments des grandes puis­sances, qui les sou­tiennent. Les classes domi­nantes des pays endet­tés sont complices.

Cette dic­ta­ture de la dette n’est pas iné­luc­table. Au cours des 2 der­niers siècles, plu­sieurs États ont répu­dié leur dette avec suc­cès. Éric Tous­saint passe en revue les répu­dia­tions réa­li­sées par le Mexique, les États-Unis, Cuba, le Cos­ta Rica et la Rus­sie des soviets.

Cette chro­no­lo­gie cap­ti­vante, sous la forme du ligne du temps illus­trée, donne des points de repère indis­pen­sables pour com­prendre la méca­nique impla­cable de la dette et l’évolution du monde capi­ta­liste au cours des deux der­niers siècles.

Pour mieux com­prendre cette ligne du temps, il est recom­man­dé de lire le livre « Le Sys­tème dette » qui sera publié le 8 novembre 2017 par les édi­tions Les Liens qui Libèrent. »

CADTM

Cette his­toire mon­diale de la résis­tance popu­laire aux usu­riers devrait faire par­tie de la culture géné­rale de tout citoyen du monde digne de ce nom, et c’est à lire là : http://​www​.cadtm​.org/​R​e​p​u​d​i​a​t​i​o​n​–​d​e​s​–​d​e​t​t​e​s​–​s​o​u​v​e​r​a​i​nes

Je rap­pelle que UN ÉTAT DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN POUR LES SERVICES PUBLICS, IL LA CRÉE.

LE CONCEPT MÊME DE « DETTE PUBLIQUE » EST UN AVEU DE TRAHISON DES « REPRÉSENTANTS ».

Chaque citoyen du monde devrait abso­lu­ment connaître le CHARTALISME : https://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​C​h​a​r​t​a​l​i​sme

ÉLUS POURRIS ET IMPUNIS bien dénoncés par Philippe Pascot

Je trouve Phi­lippe Pas­cot de plus en plus pug­nace et efficace. 

httpv://youtu.be/XFqmMdlJ_i0

Mer­ci Phi­lippe, pour nous tous. 

Lisez (et faites lire autour de vous) les livres de Pas­cot : ce sont des bombes contre les cra­pules qui nous oppriment.

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. C’est aux simples citoyens (donc à l’ex­clu­sion abso­lue de tous les pro­fes­sion­nels de la poli­tique) d’é­crire et de modi­fier la consti­tu­tion, c’est-à-dire les moda­li­tés pra­­ti­­co-pra­­tiques de la puis­sance popu­laire et les contrôles pra­­ti­­co-pra­­tiques de tous les pouvoirs.

La solu­tion à l’im­puis­sance popu­laire ne vien­dra pas des « élus », jamais.
Nous ne pou­vons comp­ter que sur nous-mêmes pour nous éman­ci­per, deve­nir adultes poli­tiques, par édu­ca­tion popu­laire, dans nos mini-ate­­liers consti­tuants, pro­li­fiques et contagieux.
Un citoyen digne de ce nom est consti­tuant et vigi­lant. Sinon, c’est un enfant.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​3​7​3​8​0​8​3​7​317

Rendez-vous à Nice, les 3 et 4 novembre 2017, pour travailler sur la création monétaire, sur l’endettement général de la société, sur le martyr des Grecs, précurseur des ravages à venir pour tous les pays endettés par l’UE, Usure Européenne, et sur les solutions possibles

Je vous donne ren­­dez-vous les 3 et 4 novembre à Nice où je suis invi­té par le CNR 06 pour réflé­chir ensemble à la (scan­da­leuse) créa­tion moné­taire pri­vée, à la (scan­da­leuse) dette publique, à l’exemple du (scan­da­leux) mar­tyr des Grecs sur l’au­tel de l’UE (Usure Euro­péenne), sur la res­pon­sa­bi­li­té cen­trale de nos « repré­sen­tants » « élus », et sur les solu­tions possibles.

De mon point de vue, notre pays est désor­mais gou­ver­né par les (ser­vi­teurs des) ban­quiers (usu­riers de métier) qui détruisent un à un tous les ser­vices publics, toutes les ins­ti­tu­tions de sécu­ri­té sociale, volent nos impôts, pillent les biens publics, et ins­tallent pro­gres­si­ve­ment les condi­tions du chaos. Tra­his par les pré­ten­dues « élites », nous sommes en train de deve­nir une colo­nie d’un empire. Mais nous sommes gou­ver­nés par les usu­riers parce que nous l’ac­cep­tons — en ado­rant le faux « suf­frage uni­ver­sel » qui, pour­tant, tou­jours et par­tout, donne lit­té­ra­le­ment le pou­voir aux riches. Un peuple deve­nu consti­tuant repren­drait la créa­tion moné­taire aux banques pri­vées et ins­ti­tue­rait lui-même les condi­tions durables de sa pros­pé­ri­té, à com­men­cer par sa puis­sance poli­tique, au quo­ti­dien, loi par loi.

La ren­contre s’in­ti­tule « QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ? Uni­ver­si­té popu­laire du 06 sur la dette et la créa­tion moné­taire, et sur les pos­si­bi­li­tés de résis­tance des com­munes ».

J’au­rai le plai­sir de m’en­tre­te­nir avec https://​you​tu​.be/​2​r​J​m​o​m​6​S​tXw sur le cas ter­rible de la Grèce, et avec René Teboul sur la mon­naie et la dette.

Je dois inter­ve­nir deux fois : le ven­dre­di soir, je pré­vois de tra­vailler le pro­blème : le mode opé­ra­toire et les consé­quences dra­ma­tiques de l’en­det­te­ment géné­ral (en uti­li­sant notam­ment les exemples des PSD, de la Grèce et de la France) ; et le same­di matin, je compte envi­sa­ger les solu­tions : les alter­na­tives, moné­taires et ins­ti­tu­tion­nelles (elles sont for­te­ment inter­dé­pen­dantes), et ce que nous pou­vons faire per­son­nel­le­ment pour les mettre en place bientôt.

Pour que vous puis­siez vous faire une idée des autres per­sonnes qui sont invi­tées à cette ren­contre, je vous signale ces deux documents :

• Kris­ti­na KOMI résume ici l’é­pou­van­table labo­ra­toire grec à par­tir de la minute 4’30 (et le MES à par­tir de 7’10) :
httpv://www.youtube.com/watch?v=2rJmom6StXw

• René TEBOUL a pro­duit ce docu­ment, très inté­res­sant, contre la (déli­rante mais domi­nante) « théo­rie de l’offre » :
« La théo­rie de l’offre au cœur de la poli­tique éco­no­mique libérale » :
http://uppae.fr/wp-content/uploads/2017/06/La-the%CC%81orie-de-loffre.docx

Le lieu de cette ren­contre, paraît-il très agréable, est le Relais Inter­na­tio­nal de la Jeu­nesse « Clairvallon » :
http://​www​.cla​j​sud​.com/​r​e​l​a​i​s​c​l​a​j​n​i​c​e​.​h​tml

L’é­vé­ne­ment Face­book explique com­ment on s’ins­crit : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​3​1​0​9​1​6​1​0​9​8​0​578

On peut trou­ver ces infor­ma­tions hors de Face­book, sur le blog de Lucien Pons :

http://lucien-pons.over-blog.com/2017/10/l‑association-comite-pour-une-nouvelle-resistance-cnr-organise-sa-premiere-universite-populaire-qui-veut-la-peau-de-la-france.html

Je vien­drai avec une valise de bou­quins impor­tants sur ces sujets essentiels 🙂

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.

Les élites n’ont plus aucune crédibilité. Une interview passionnante du journaliste Chris Hedges (traduite par le Saker francophone)

Le Saker fran­co­phone vient de tra­duire un nou­vel entre­tien de David North avec Chris Hedges, que je trouve admi­rable, daté du 6 octobre 2017 sur le Word Socia­list Web Site :

Nous vivons dans une nation ou les méde­cins détruisent la vie, les avo­cats la jus­tice, les uni­ver­si­tés la connais­sance, la presse l’information, la reli­gion la morale et les banques l’économie.

David North : – Com­ment inter­­­pré­­tez-vous cette fixa­tion sur la Rus­sie et toute  cette réin­ter­pré­ta­tion de l’élection pré­si­den­tielle comme si elle avait été mani­pu­lée par Poutine ?

Chris Hedges : – C’est aus­si ridi­cule que pour les armes de des­truc­tion mas­sive de Sad­dam Hus­sein. C’est une accu­sa­tion abso­lu­ment non fon­dée uti­li­sée pour ins­til­ler cette idée très effrayante : les cri­tiques du capi­ta­lisme d’entreprise et de l’impérialisme sont des agents étran­gers tra­vaillant pour la Russie.

Je ne doute pas que les Russes inves­tissent temps, éner­gie et argent pour ten­ter d’influer sur les évé­ne­ments ayant cours aux États-Unis de manière à ser­vir leurs inté­rêts, comme nous l’avons fait et le fai­sons encore en Rus­sie et dans bien d’autres pays du monde. Je ne dis donc pas qu’il n’y a pas eu d’influence ou ten­ta­tive d’influence sur cer­tains événements.

Mais l’idée que les Russes aient pu faire bas­cu­ler les élec­tions en faveur de Trump est absurde. Tout cela est fon­dé sur l’affirmation non prou­vée que la Rus­sie a four­ni les cour­riels pira­tés de Podes­ta à Wiki­Leaks, et que leur publi­ca­tion a pous­sé des dizaines, voir des cen­taines de mil­liers de par­ti­sans de Clin­ton à voter Trump. Cela n’a aucun sens. Soit ça, soit, selon le direc­teur du ren­sei­gne­ment natio­nal, que Rus­sia Today Ame­ri­ca, où j’anime une émis­sion, a mani­pu­lé tout le monde pour qu’ils votent pour le Green Party.

Cette obses­sion pour la Rus­sie est une tac­tique uti­li­sée par l’élite diri­geante, en par­ti­cu­lier le Par­ti démo­crate, afin d’éviter de faire face à une réa­li­té très désa­gréable : leur impo­pu­la­ri­té est le résul­tat de leur poli­tique de dés­in­dus­tria­li­sa­tion et de l’assaut contre les tra­vailleurs et les pauvres de cou­leur. C’est le résul­tat d’accords com­mer­ciaux désas­treux comme l’ALENA qui ont sup­pri­mé des emplois syn­di­qués bien rému­né­rés et les ont expé­diés dans des endroits comme le Mexique, où les tra­vailleurs sans avan­tages sociaux reçoivent 3 $ de l’heure. C’est le résul­tat de l’explosion d’un sys­tème d’incarcération de masse, enta­mé par Bill Clin­ton avec sa loi sur la cri­mi­na­li­té de 1994, qui a entrai­né le tri­ple­ment et le qua­dru­ple­ment des peines d’emprisonnement. C’est le résul­tat de la réduc­tion des ser­vices gou­ver­ne­men­taux de base, y com­pris, bien sûr, ceux du ser­vice de san­té, que Clin­ton a évis­cé­rés ; la déré­gle­men­ta­tion, une infra­struc­ture en décom­po­si­tion, qui touche même les écoles publiques, et l’évitement fis­cal de fac­to par les entre­prises. C’est le résul­tat de la trans­for­ma­tion du pays en une oli­gar­chie. La révolte nati­viste de droite et l’insurrection avor­tée au sein du Par­ti démo­crate ont du sens quand on voit ce qu’ils ont fait au pays.

Les forces de police ont été trans­for­mées en enti­tés qua­si mili­taires qui ter­ro­risent les com­mu­nau­tés mar­gi­nales, où les gens ont été pri­vés de tous leurs droits et sur qui on peut tirer en toute impu­ni­té. Plus de trois per­sonnes sont tuées par jour, c’est un fait. L’État tire sur les pauvres gens de cou­leur ou les empri­sonne comme une forme de contrôle social. Et il est tout dis­po­sé à employer la même forme de contrôle social sur n’importe quel autre seg­ment de la popu­la­tion qui devien­drait rétive.

Le Par­ti démo­crate, en par­ti­cu­lier, conduit toute cette chasse aux sor­cières russe. Il ne peut pas recon­naître sa com­pli­ci­té dans la des­truc­tion de nos liber­tés civiles, mais rap­­pe­­lez-vous que l’attaque de Barack Oba­ma contre les liber­tés civiles a été pire que celle de George W. Bush, et dans la des­truc­tion de notre éco­no­mie et de nos ins­ti­tu­tions démocratiques.

Des poli­ti­ciens comme les Clin­ton, Pelo­si et Schu­mer sont des créa­tions de Wall Street. C’est pour­quoi ils ont été si viru­lents pour repous­ser les par­ti­sans de San­ders dans le Par­ti démo­crate. Sans l’argent de Wall Street, ils n’auraient pas le pou­voir poli­tique. Le Par­ti démo­crate ne fonc­tionne pas comme un vrai par­ti. Il s’agit sur­tout de mobi­li­ser une masse de gens et d’en faire un outil de rela­tions publiques en agi­ta­tion per­pé­tuelle, tout cela finan­cé par des grosses entre­prises. La base du par­ti n’a pas vrai­ment son mot à dire dans sa direc­tion ou la poli­tique qu’il mène, comme l’ont décou­vert Ber­nie San­ders et ses par­ti­sans. Ils ne sont que des acces­soires dans un théâtre poli­tique stérile.

Les élites de ce par­ti, ron­gées par la cupi­di­té, la myo­pie et un pro­fond cynisme, ont une emprise mor­telle sur le pro­ces­sus poli­tique. Elles ne vont pas lâcher prise, même si tout doit imploser.

– Chris, vous avez tra­vaillé pour le New York Times. Quand était-ce, exactement ?

– De 1990 à 2005.

– Puisque vous avez l’expérience de cette ins­ti­tu­tion, quels chan­ge­ments y voyez-vous ? Nous savons qu’elle s’est faite un lec­to­rat par­mi la classe moyenne supé­rieure aisée.

– Le New York Times cible les 30 mil­lions d’Américains for­mant la classe moyenne supé­rieure et les riches. C’est un jour­nal natio­nal ; seul envi­ron 11% de son lec­to­rat réside à New York. Il est très facile de voir à qui s’adresse leTimes en consul­tant ses sec­tions spé­ciales sur l’immobilier, la mode, les affaires ou le tou­risme. Ici, des articles expliquent la dif­fi­cul­té d’entretenir, par exemple, une deuxième mai­son dans les Hamp­tons. Il lui arrive de faire de bonnes enquêtes, bien que peu sou­vent. Il couvre les affaires étran­gères. Il reflète essen­tiel­le­ment la pen­sée des élites. Je lis le Times tous les jours, peut-être pour équi­li­brer la lec­ture de votre site web.

– Eh bien, j’espère que nous lire fait plus que de l’équilibrer.

– Oui, c’est le cas. Le Times a tou­jours été une publi­ca­tion éli­tiste, mais il a com­plè­te­ment embras­sé l’idéologie du néo-conser­­va­­tisme et du néo­li­bé­ra­lisme dans une période de détresse finan­cière, quand Abe Rosen­thal en était le rédac­teur en chef. C’est lui qui a créé les sec­tions spé­ciales s’adressant à l’élite. Et il a impo­sé une cen­sure de fac­to pour exclure les cri­tiques du capi­ta­lisme sans entraves et de l’impérialisme, tels que Noam Chom­sky ou Howard Zinn. Il a har­ce­lé des jour­na­listes comme Syd­ney Schan­berg, qui a défié les pro­mo­teurs immo­bi­liers de New York, ou Ray­mond Bon­ner, qui a enquê­té sur le mas­sacre El Mozote au Salvador.

Il déjeu­nait chaque semaine, avec son édi­teur, William F. Buck­ley. Cette bas­cule dans les bras des forces les plus rétro­grades du capi­ta­lisme d’entreprise et des par­ti­sans de l’impérialisme amé­ri­cain a, pen­dant un cer­tain temps, per­mis au jour­nal de deve­nir très ren­table. Puis l’essor de l’internet, la perte d’annonces publi­ci­taires, qui repré­sen­taient envi­ron 40% de l’ensemble des reve­nus des jour­naux, ont tou­ché le Times comme tous les autres. L’information papier a per­du le mono­pole qui autre­fois reliait les ven­deurs aux ache­teurs. Les jour­naux sont pié­gés dans un vieux sys­tème d’information sur lequel ils collent une éti­quette d’« objec­ti­vi­té » et d’« équi­libre », des for­mules conçues pour cacher le fait qu’ils servent les puis­sants et les riches et obs­cur­cissent la véri­té. Mais, comme toutes les cours byzan­tines, le Times conti­nue­ra à s’accrocher à son Saint Graal.

Le sérieux intel­lec­tuel du jour­nal, en par­ti­cu­lier la Revue des livres et la Revue de la semaine, a été dégra­dé par Bill Kel­ler, lui-même un néo­con, qui, en tant que chro­ni­queur, fut une des pom-pom girls de la guerre en Irak. Il a ame­né des per­son­nages comme Sam Tanen­haus. À ce moment-là, le jour­nal a embras­sé, sans aucune dis­si­dence, l’idéologie uto­pique du néo­li­bé­ra­lisme et la pri­mau­té du pou­voir des grandes entre­prises comme étant la voie inévi­table du pro­grès humain. Le Times, comme les écoles de com­merce, les dépar­te­ments d’économie des uni­ver­si­tés et les experts pro­mus par le milieu des grosses entre­prises, ont pro­pa­gé l’idée absurde que nous serions tous mieux lotis si nous pros­ter­nions tous les sec­teurs de la socié­té devant les exi­gences du mar­ché. Il faut une sorte de stu­pi­di­té incroyable pour y croire. On a vu des étu­diants de la Har­vard Busi­ness School faire des études de cas sur Enron et de son brillant busi­ness model, jusqu’à ce qu’Enron s’effondre et soit expo­sé comme une gigan­tesque escro­que­rie. En réa­li­té cela n’a jamais été un débat d’idées. C’était juste de la pure cupi­di­té. Elle a été impo­sée par des per­sonnes soi-disant les mieux ins­truites par­mi nous, comme Lar­ry Sum­mers, qui pro­pa­geait le men­songe que notre déclin est dû à des niveaux d’instruction défi­cients. Il est sur­tout dû à une élite amo­rale et en faillite et aux ins­ti­tu­tions finan­cières cri­mi­nelles qui les ont ren­dus riches.

La pen­sée cri­tique, sur la page opi­nion, la Revue de la semaine ou la Revue des livres, qui n’avait jamais été très poin­tue, s’est com­plè­te­ment éva­po­rée sous Kel­ler. La glo­ba­li­sa­tion y était au-delà de toute cri­tique. Le Times, comme toutes les ins­ti­tu­tions d’élite, est deve­nu une chambre d’écho her­mé­ti­que­ment scel­lée ; ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont deve­nu ridi­cules et à coté de la plaque. Tho­mas Fried­man et David Brooks pour­raient tout aus­si bien écrire pour The Onion.

Je tra­vaillais à l’étranger. Je n’étais pas très pré­sent dans la salle de rédac­tion, mais le jour­nal est un endroit confit d’angoisse. Les règles ne sont pas écrites sur les murs, mais tout le monde connaît, même si elle n’est pas clai­re­ment arti­cu­lée, la devise non offi­cielle du jour­nal : ne pas s’aliéner de manière signi­fi­ca­tive ceux sur qui nous dépen­dons pour l’argent et l’accès ! Vous pou­vez quel­que­fois les cri­ti­quer. Mais si vous êtes un jour­na­liste sérieux, comme Char­lie Leduff ou Syd­ney Schan­berg, qui veulent don­ner une voix à des gens qui n’en ont pas ou abor­der les ques­tions raciales, de classe, d’exploitation capi­ta­liste ou d’empire, vous pou­vez alors rapi­de­ment deve­nir un pro­blème pour la direc­tion et être expul­sé. Ceux qui pro­gressent dans ce type d’organisation et détiennent le pou­voir sont des car­rié­ristes avé­rés. Leur loyau­té est à la mesure de leur ambi­tion et de la sta­ture et la ren­ta­bi­li­té de l’institution, ce qui explique pour­quoi la hié­rar­chie du jour­nal est rem­plie de gens médiocres. Le car­rié­risme est le plus grand talon d’Achille du jour­nal. Il ne manque pas de talent. Mais il manque d’indépendance intel­lec­tuelle et de cou­rage moral. Cela me rap­pelle Harvard.

– Reve­nons à cette his­toire de pira­tage russe. Vous avez sou­le­vé la capa­ci­té de géné­rer une his­toire, qui n’a abso­lu­ment aucun fon­de­ment fac­tuel, rien que des affir­ma­tions de diverses agences de ren­sei­gne­ment, pré­sen­tées comme une infor­ma­tion ne pou­vant être remise en ques­tion. Quelle est votre avis sur ce point ?

– Les réseaux d’informations télé­vi­sées, notam­ment CNN et MSNBC, ne font pas de jour­na­lisme, ou à peine. Leurs célèbres jour­na­listes ne sont que des repré­sen­tants de l’élite. Ils ampli­fient et spé­culent sur les com­mé­rages de la cour, ce que sont toutes les accu­sa­tions à pro­pos de la Rus­sie, et ils répètent ce qu’on leur dit de répé­ter. Ils sacri­fient le jour­na­lisme et la véri­té pour l’audience et le pro­fit. Ces infor­ma­tions câblées consti­tuent l’un des nom­breux flux de reve­nus d’une struc­ture d’entreprise. Ils sont en concur­rence avec d’autres sources de reve­nus. Le direc­teur de CNN, Jeff Zucker, qui a aidé à créer la per­son­na­li­té fic­tive de Donald Trump dansCele­bri­ty Appren­tice, a trans­for­mé la poli­tique sur CNN en une émis­sion de télé-réa­­li­­té 24 heures sur 24. Toute nuance, ambi­guï­té, signi­fi­ca­tion et pro­fon­deur, ain­si que tout fait véri­fiable, sont sacri­fiés pour un diver­tis­se­ment salace. Le men­songe, le racisme, la bigo­te­rie et les théo­ries du com­plot sont publiés et consi­dé­rés comme de l’information sérieuse, sou­vent par des per­sonnes dont le trait de carac­tère domi­nant est leur dés­équi­libre. C’est de l’information burlesque.

Je fai­sais par­tie de l’équipe d’enquête du New York Times pen­dant la période pré­cé­dant la guerre en Irak. J’étais basé à Paris et cou­vrait al-Qaï­­da en Europe et au Moyen-Orient. Lewis Scoo­ter Lib­by, Dick Che­ney, Richard Perle et peut-être quelqu’un tra­vaillant pour une agence de ren­sei­gne­ment, allaient confir­mer toute l’histoire que l’administration ten­tait de lan­cer. Les règles jour­na­lis­tiques du Times disent que vous ne pou­vez pas publier un article basé sur une unique source. Mais si vous avez trois ou quatre sources pré­ten­du­ment indé­pen­dantes confir­mant le même récit, alors vous pou­vez y aller, c’est ce qu’ils ont fait. L’article n’a pas enfreint les règles ensei­gnées à l’école de jour­na­lisme de Colum­bia, et mal­gré tout, ce qu’ils ont écrit était pur mensonge.

Tout l’exercice rele­vait du bur­lesque. La Mai­son Blanche allait racon­ter une his­toire bidon à Judy Mil­ler ou à Michael Gor­don, puis ensuite décla­re­rait :« comme le Times le montre… ». Cela a per­mis de don­ner à ces men­songes le ver­nis de l’indépendance et du jour­na­lisme de renom. Ce fut un échec ins­ti­tu­tion­nel mas­sif, que le jour­nal n’a jamais reconnu.

– La CIA invente l’histoire, puis le Times la véri­fie auprès de ceux qui l’ont inventée.

– Ce n’est pas tou­jours inven­té. Et cela n’est pas venu de la CIA. La CIA ne sou­te­nait pas l’hystérie sur les « armes de des­truc­tion mas­sive ».

– Ça marche aus­si dans l’autre sens ?

– Bien sûr. Parce que si vous essayez d’avoir accès à un haut fonc­tion­naire, vous allez constam­ment faire des demandes, et ce sera ces fonc­tion­naires qui déci­de­ront quand ils veulent vous voir. Et quand ils veulent vous voir, c’est géné­ra­le­ment parce qu’ils ont quelque chose à vous vendre.

– Le dis­cours anti-russe des médias a été adop­té par de larges por­tions de ce qui se pré­sente comme la «  gauche ».

– Eh bien, ne me lan­cez pas sur la gauche amé­ri­caine. Tout d’abord, il n’y a pas de gauche amé­ri­caine, pas de gauche digne de ce nom, qui com­prenne les théo­ries poli­tiques ou révo­lu­tion­naires, qui soit impré­gnée d’étude éco­no­mique, qui com­prend com­ment fonc­tionnent les sys­tèmes de pou­voir, en par­ti­cu­lier le pou­voir cor­po­ra­tif et impé­rial. La gauche est prise dans le même genre de culte de la per­son­na­li­té qui afflige le reste de la socié­té. Elle se concentre sur Trump, comme si Trump était le pro­blème cen­tral. Trump est le résul­tat, le symp­tôme d’un sys­tème défaillant et d’une démo­cra­tie dys­fonc­tion­nelle, il n’est pas la maladie.

Si vous ten­tez de débattre de cela avec la plu­part de ceux qui sont sup­po­sé­ment de gauche, ils réduisent la dis­cus­sion à cette vision cari­ca­tu­rale de la politique.

La gauche sérieuse dans ce pays a été déci­mée. Cela a com­men­cé avec la sup­pres­sion des mou­ve­ments radi­caux sous Woo­drow Wil­son, puis les « Red Scares » dans les années 1920, quand ils ont pra­ti­que­ment détruit notre mou­ve­ment syn­di­cal et notre presse radi­cale, puis toutes les purges des années 1950. Pour faire bonne mesure, ils ont pur­gé la classe libé­rale – regar­dez ce qu’ils ont fait à Hen­ry Wal­lace – de sorte que les « libé­raux » de la guerre froide assi­mi­laient le capi­ta­lisme à la démo­cra­tie et l’impérialisme à la liber­té. J’ai vécu en Suisse et en France. Il y a encore quelques restes d’une gauche mili­tante en Europe, ce qui donne aux Euro­péens une base sur laquelle s’appuyer. Mais ici, nous avons presque à recom­men­cer de zéro.

Je me bats en per­ma­nence contre les Anti­fas et le Black Bloc. Je pense qu’ils sont une sorte de pos­ter pour enfants pour ce que je consi­dé­re­rais comme une phé­no­mé­nale imma­tu­ri­té poli­tique. La résis­tance n’est pas une forme de cathar­sis per­son­nelle. Nous ne com­bat­tons pas la mon­tée du fas­cisme dans les années 1930. Les élites que nous devons ren­ver­ser ont déjà le pou­voir. Et à moins que nous ne construi­sions un vaste mou­ve­ment de résis­tance popu­laire, qui exi­ge­ra beau­coup de patience et d’organisation par­mi les tra­vailleurs et les tra­vailleuses, nous allons être pro­gres­si­ve­ment terrassés.

Trump n’est donc pas le pro­blème. Mais cette phrase seule va tuer la plu­part des dis­cus­sions avec des gens qui se consi­dèrent comme fai­sant par­tie de la gauche.

Le pou­voir des grandes entre­prises rend très dif­fi­cile de gagner sa vie si vous vous accro­chez à cette cri­tique radi­cale. Vous ne serez jamais titu­la­ri­sé. Vous n’obtiendrez pro­ba­ble­ment pas de ren­­dez-vous aca­dé­miques. Vous ne gagne­rez pas de prix. Vous ne rece­vrez pas de sub­ven­tions. Le New York Times, si même il déci­dait d’examiner votre livre, le remet­trait à un man­da­rin dévoué comme George Packer pour qu’il le détruise, comme il l’a fait avec mon der­nier livre. Les écoles d’élite, et j’ai ensei­gné en tant que pro­fes­seur invi­té dans quelques-unes d’entre elles, Prin­ce­ton et Colum­bia par exemple, repro­duisent la struc­ture et les objec­tifs des entre­prises. Si vous vou­lez pas­ser par un comi­té de doc­to­rat, vous devez le jouer vrai­ment, vrai­ment, en toute sécu­ri­té. Vous ne devez pas contes­ter la posi­tion favo­rable aux grandes entre­prises qui imprègne l’institution et est impo­sée par des dons de celles ci et les dik­tats des riches anciens étu­diants. La moi­tié des membres de la plu­part de ces conseils d’administration devraient être en prison !

Au XVIIe siècle en Grande-Bre­­tagne, la spé­cu­la­tion était un crime. Les spé­cu­la­teurs étaient pen­dus. Aujourd’hui, ils dirigent l’économie et le pays. Ils ont acca­pa­ré les richesses pour détruire la vie intel­lec­tuelle, cultu­relle et artis­tique du pays et étouf­fer notre démo­cra­tie. Il y a un mot pour ces gens : des traîtres.

– Quel est, selon vous, l’impact de la poli­tique iden­ti­taire aux États-Unis ?

– Eh bien, la poli­tique iden­ti­taire montre bien l’immaturité de la gauche. Le pou­voir des grandes entre­prises a adop­té la poli­tique iden­ti­taire. Nous avons vu où la poli­tique iden­ti­taire nous a ame­nés avec Barack Oba­ma, pire que nulle part. Il n’était, comme l’a dit Cor­nel West, qu’une mas­cotte noire pour Wall Street, et main­te­nant il donne des confé­rences très bien payées en récom­pense pour nous avoir vendus.

Mon anec­dote pré­fé­rée à pro­pos de la poli­tique iden­ti­taire : Cor­nel West et moi-même, ain­si que d’autres, avons diri­gé une marche des sans-abris à la ses­sion de la Conven­tion natio­nale démo­crate, à Phi­la­del­phie. Il y avait un ras­sem­ble­ment cette nuit-là, des cen­taines de per­sonnes, sur­tout des par­ti­sans de Ber­nie San­ders en colère. On m’avait deman­dé de venir y par­ler. Et dans l’arrière-salle, il y avait un groupe de jeunes mili­tants qui disait : « Nous ne lais­se­rons pas le Blanc par­ler en pre­mier ». Puis l’un d’eux se leva et pro­non­ça un dis­cours enjoi­gnant tout le monde à voter pour Hil­la­ry Clin­ton. C’est en quelque sorte là où la poli­tique d’identité vous mène. Il y a une grande dif­fé­rence entre les leurres qu’utilisent le capi­ta­lisme d’entreprise et l’impérialisme, comme Corey Boo­ker et Van Jones, et de véri­tables mili­tants comme Glen Ford et Aja­mu Bara­ka. Le pou­voir des grandes entre­prises sélec­tionne et encou­rage soi­gneu­se­ment les femmes ou les per­sonnes de cou­leur qui vont ser­vir de leurres, de masques, pour mieux cacher leur cruau­té et leur exploi­ta­tion des gens.

De toute évi­dence, il est extrê­me­ment impor­tant que ces voix soient enten­dues, mais pas celles qui sont ven­dues à l’élite au pou­voir. Le mou­ve­ment fémi­niste en est un par­fait exemple. Le vieux fémi­nisme, que j’admire, le genre de fémi­nisme d’Andrea Dwor­kin, était d’autonomiser les femmes oppri­mées. Cette forme de fémi­nisme n’a pas ten­té de jus­ti­fier la pros­ti­tu­tion en tant que tra­vail sexuel. Il savait qu’il est tout aus­si injuste d’abuser d’une femme dans un ate­lier de misère que dans le com­merce du sexe. La nou­velle forme de fémi­nisme est un exemple du poi­son du néo­li­bé­ra­lisme. Il s’agit d’avoir une femme PDG ou une femme pré­si­dente, qui, comme Hil­la­ry Clin­ton, ser­vi­ra les sys­tèmes d’oppression. Cette forme de fémi­nisme pré­tend que la pros­ti­tu­tion n’est qu’une ques­tion de choix. Quelle femme, ayant un reve­nu stable et la sécu­ri­té, choi­si­rait d’être vio­lée pour gagner sa vie ? La poli­tique iden­ti­taire est une non-politique.

– Je crois que vous avez par­lé lors d’une confé­rence sur la Conver­gence socia­liste où vous avez cri­ti­qué Oba­ma et San­ders, et vous avez été hué.

– Ah oui ? Je ne m’en sou­viens même pas. J’ai été hué pour avoir cri­ti­qué Oba­ma dans beau­coup d’endroits, y com­pris à Ber­ke­ley. J’ai dû sup­por­ter cela pen­dant long­temps en tant que sup­por­ter et auteur des dis­cours de Ralph Nader. Les gens n’aiment pas que l’illusion qu’ils entre­tiennent pour leurs per­son­na­li­tés, leurs acteurs, leurs sau­veurs poli­tiques, soit bri­sée ; toutes des per­son­na­li­tés créées par les indus­tries de rela­tions publiques. Ils ne veulent pas faire le dur tra­vail de com­prendre vrai­ment com­ment le pou­voir fonc­tionne et de s’organiser pour le faire changer.

– Vous avez men­tion­né que vous lisiez le World Socia­list Web Site depuis un cer­tain temps. Vous savez que nous sommes tout à fait en dehors de ce cadre.

– Je ne suis pas mar­xiste. Je ne suis pas trots­kiste. Mais j’aime le site. Vous faites des ana­lyses sérieuses sur des ques­tions impor­tantes et d’une manière dif­fé­rente des autres sites. Vous vous sou­ciez de choses qui sont impor­tantes pour moi : l’incarcération de masse, les droits et les luttes de la classe ouvrière et les crimes de l’empire. Je suis depuis long­temps un lec­teur du site.

– Une grande par­tie de ceux qui pré­tendent être de gauche, c’est-à-dire la pseu­­do-gauche, reflète les inté­rêts de la classe moyenne aisée.

– Pré­ci­sé­ment. Pen­dant que tout le monde est en train de plai­der pour le mul­ti­cul­tu­ra­lisme dans les ins­ti­tu­tions diri­geantes, cela signi­fie en réa­li­té fil­trer quelques per­sonnes de cou­leur ou des femmes dans les dépar­te­ments uni­ver­si­taires ou les salles de rédac­tion, tout en lan­çant cet assaut éco­no­mique contre les tra­vailleurs pauvres et en par­ti­cu­lier les pauvres de cou­leur vivant dans les poches dés­in­dus­tria­li­sées des États-Unis. Très peu de ces mul­ti­cul­tu­ra­listes arrivent à en prendre conscience. Je suis tout à fait pour la diver­si­té, mais pas quand celle-ci est aux dépens de la jus­tice éco­no­mique. Cor­nel West a été l’un des grands cham­pions, non seule­ment de la tra­di­tion pro­phé­tique noire, la plus impor­tante tra­di­tion intel­lec­tuelle de notre his­toire, mais aus­si un appel au clai­ron pour la jus­tice, sous toutes ses formes. Il ne peut y avoir de jus­tice raciale sans jus­tice éco­no­mique. Et tan­dis que ces ins­ti­tu­tions éli­tistes incor­porent quelques marion­nettes sym­bo­liques dans leur hié­rar­chie, elles conti­nuent à bru­ta­li­ser la classe ouvrière et les pauvres, en par­ti­cu­lier les pauvres de couleur.

Une grande par­tie de la gauche est trom­pée par le stra­ta­gème de la poli­tique iden­ti­taire. C’est un acti­visme de bou­ti­quier. Il per­met au sys­tème des grosses entre­prises, celui que nous devons détruire, de res­ter intact. Il lui donne même un visage amical.

– Reve­nons à la ques­tion de la Rus­sie : où cela nous mène-t-il ? Cette atteinte aux droits démo­cra­tiques est-elle si sérieuse ? Nous appe­lons cela le nou­veau mac­car­thysme. Est-ce, à votre avis, une ana­lo­gie légitime ?

– Oui, bien sûr, c’est du mac­car­thysme nou­veau. Mais recon­nais­sons à quel point nos voix sont presque inaudibles.

– Je ne suis pas d’accord avec vous là-dessus.

– Eh bien, non audible dans le sens où nous ne sommes pas enten­dus par la masse popu­laire. Quand je vais au Cana­da, je suis sur CBC aux heures de grande écoute. C’est la même chose en France. Cela n’arrive jamais ici. PBS etNPR ne vont jamais le faire. Ils ne vont pas non plus le faire pour tout autre cri­tique sérieux du capi­ta­lisme ou de l’impérialisme.

S’il y a un débat sur l’attaque contre la Syrie, par exemple, le débat por­te­ra sur bom­bar­der la Syrie ou bom­bar­der la Syrie et envoyer des troupes, comme si c’était les deux seules options. De même avec les soins de san­té. Allons-nous adop­ter Oba­ma­care, une créa­tion de la Heri­tage Foun­da­tion, en ligue avec les indus­tries phar­ma­ceu­tique et les assu­rances, ou pas d’assurance san­té ? Les soins de san­té uni­ver­sels pour tous ne sont pas dis­cu­tés. Nous sommes donc en marge. Mais cela ne signi­fie pas que nous ne sommes pas dan­ge­reux. Le néo­li­bé­ra­lisme et la mon­dia­li­sa­tion sont des idéo­lo­gies zom­bies. Elles n’ont plus de cré­di­bi­li­té. L’escroquerie a été décou­verte. Les oli­garques mon­diaux sont haïs et vili­pen­dés. L’élite n’a aucun contre-argu­­ment face à notre cri­tique. Ils ne peuvent donc pas se per­mettre de nous avoir dans leurs pattes. À mesure que l’élite du pou­voir devien­dra plus effrayée, ils uti­li­se­ront des formes de contrôle plus sévères, y com­pris l’instrument conton­dant de la cen­sure et de la violence.

– Je pense que cela peut être une grosse erreur de se concen­trer sur le sen­ti­ment d’isolement ou de mar­gi­na­li­sa­tion. Je vais faire une pré­dic­tion. Vous aurez, pro­ba­ble­ment plus tôt que vous ne le pen­sez, plus de demandes d’interviews et de temps de télé­vi­sion. Nous sommes dans une période de crise poli­tique colos­sale. Nous allons voir de plus en plus l’émergence de la classe ouvrière comme force poli­tique puissante.

– C’est pour­quoi nous sommes une cible. Avec la ban­que­route de l’idéologie domi­nante, la faillite de la classe libé­rale amé­ri­caine et de la gauche amé­ri­caine, ceux qui tiennent à la pro­fon­deur intel­lec­tuelle et à l’examen des sys­tèmes de pou­voir, y com­pris dans l’économie, la culture et la poli­tique, doivent être réduits au silence.

Chris Hedges

Tra­duit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source : Le Saker fran­co­phone, http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​l​e​s​–​e​l​i​t​e​s​–​n​o​n​t​–​p​l​u​s​–​a​u​c​u​n​e​–​c​r​e​d​i​b​i​l​i​t​e​–​u​n​e​–​i​n​t​e​r​v​i​e​w​–​d​u​–​j​o​u​r​n​a​l​i​s​t​e​–​c​h​r​i​s​–​h​e​d​ges

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Emmanuel Todd (2013) : « la notion même d’austérité est véhiculée par des pourris ! »

httpv://www.youtube.com/watch?v=iaN_1ojdeok

« Toute per­sonne qui prône l’aus­té­ri­té devrait faire l’ob­jet d’une enquête de moralité »…

Retrans­crip­tion (mer­ci Nicole Aune 🙂 ) :

Emma­nuel Todd.
« La notion même d’aus­té­ri­té est véhi­cu­lée par des pourris ! »

Avril 2013

« Jean-Jacques Bour­din : et tous ces diri­geants, chefs du gou­ver­ne­ment, chefs d’Etat, pro­fes­seurs d’austérité ou de rigueur à tra­vers l’Europe qui sévissent… La rigueur, l’austérité c’est le dogme.

Emma­nuel Todd : mais là, ce qui est for­mi­dable, c’est que la véri­té est en train de sor­tir sur les par­ti­sans de l’austérité. Je trouve que l’affaire Cahu­zac est une très bonne nou­velle pour la démo­cra­tie en France. Cahu­zac s’était fait une image… Il s’occupait du bud­get, il était là pour tenir les comptes de l’État, pour mettre en place la rigueur et l’austérité, et tout d’un coup on s’aperçoit que le type qui est là pour gérer l’austérité, le père la Ver­tu est un pour­ri. Ce qu’il ne faut sur­tout pas faire, c’est s’imaginer que c’est une excep­tion ! En véri­té, tout ce qui sort petit à petit, c’est que la notion même d’austérité est véhi­cu­lée par des gens qui ne sont pas nets, est véhi­cu­lée par des pourris.

Jean-Jacques Bour­din : ils ont des rap­ports étranges avec l’argent

Emma­nuel Todd : je vais vous don­ner les deux exemples, les pères la ver­tu : Mon­ti en Ita­lie et le mec de la banque cen­trale Dra­ghi, qui sont des gens qui avaient des liens avec la banque Gold­man Sachs, donc avec la spé­cu­la­tion. Et le der­nier exemple qui vient de sor­tir, c’était dans toute la presse, un article fait par deux pro­fes­seurs, publié dans une revue de Har­vard, qui essayaient d’établir que les pays à gros défi­cit public avaient de grosses dif­fi­cul­tés. Et ce qu’il vient d’exploser c’est que l’article n’est pas sérieux, fonc­tionne avec un cal­cul qui est faux, ça veut dire que la cor­rup­tion a atteint la science. 

Main­te­nant je vous pro­pose une règle opé­ra­toire et je le pro­pose à tous les gens qui s’occupent d’informations et de jour­na­lisme : Toute per­sonne qui prône l’austérité devrait faire l’objet d’une enquête de mora­li­té. Les gens pour les­quels on devrait exi­ger la trans­pa­rence, ce sont les gens qui réclament l’austérité. C’est sys­té­mique, c’est quoi, l’austérité ? On culpa­bi­lise les gens, on leur dit : l’État a trop dépen­sé et l’Etat c’est les Fran­çais. On essaye de culpa­bi­li­ser le citoyen de base sur le bud­get de l’État.

C’est quoi la dette publique ? Ce sont des riches qui ont prê­té leur trop d’argent à l’État. Donc les gens qui gèrent la rigueur, les gens qui veulent main­te­nir l’État en état de ser­vir les inté­rêts de la dette publique sont des gens qui tra­vaillent pour les riches. 

Jean-Jacques Bour­din : les finan­ciers, les mar­chés financiers…

Emma­nuel Todd : je veux dire que la rigueur, c’est quelque chose qui a pour objet d’éviter ce qui appa­raî­tra un jour comme inévi­ta­ble­ment néces­saire, c’est-à-dire le défaut sur les dettes. Hier, je lisais un article sur le grand jour­nal finan­cier anglais Finan­cial Times, un article qui disait que les ban­quiers cen­traux ne com­pre­naient plus ce qu’il se pas­sait, il y avait l’expression “ volent à l’aveugle “… Je dirais ça aux gens, ils seraient dans un état d’inquiétude extrême sur les classes diri­geantes, mais c’était écrit noir sur blanc sur le Finan­cial Times d’hier.

Ce qui me fas­ci­nait, c’est que, évi­de­ment les ban­quiers cen­traux (ou pas, d’ailleurs) ne peuvent pas com­prendre ce qui se passe parce qu’ils ne peuvent pas accep­ter la réa­li­té de ce qui se passe. 

C’est quoi la réa­li­té de ce qui se passe ? Les inéga­li­tés ont for­te­ment aug­men­té dans l’ensemble du monde. Les inéga­li­tés, c’est l’écrasement des reve­nus des gens d’en bas (les gens d’en bas, c’est tout le monde pour moi), et l’accumulation exa­gé­rée de pognon (disons les choses par leur petit nom simple et fami­lier) en haut de la struc­ture sociale ; et les gens qui sont en haut de la struc­ture sociale et qui ont déjà trop d’argent prêtent cet argent (parce que les riches ont leurs pro­blèmes et il faut faire quelque chose de cet argent) et il est évident que tous les méca­nismes de cor­rec­tion, de ges­tion de la dette, etc. des socié­tés avan­cées ne peuvent pas fonc­tion­ner si de plus en plus d’argent va aux gens qui ont trop d’argent.

Donc, inévi­ta­ble­ment, le mur de la réa­li­té qui est devant tous les gou­ver­ne­ments occi­den­taux et le gou­ver­ne­ment fran­çais en par­ti­cu­lier, c’est que, si on veut faire redé­mar­rer les éco­no­mies occi­den­tales, il va fal­loir effa­cer des dettes, il va fal­loir spo­lier les riches. Moi ça ne me fait pas peur. »

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Olivier Berruyer résume l’essentiel économique en 1min20 : LES USA LITTÉRALEMENT PILLÉS PAR LES 1%

Remar­quable Oli­vier Ber­ruyer (en déc 2013, l’es­sen­tiel éco en 1 minute 20) :
les USA lit­té­ra­le­ment pillés par les 1%

httpv://www.youtube.com/watch?v=VywB2SXWi_I&feature=youtu.be

« Le 1 % le + riche a cap­té TOUTE la richesse créée, et a conti­nué à piquer EN PLUS sur la part de reve­nu des 99 % (les + pauvres) »

« Donc, les États-Unis, c’est 99 % de la popu­la­tion qui est tou­jours en réces­sion depuis 2009 et 1 % pour qui ça va beau­coup mieux, MAIS EN MOYENNE ÇA VA… » 

La cra­pu­le­rie des éco­no­mistes pros­ti­tués aux ultra-riches, c’est de ne rai­son­ner qu’en moyenne.

Mer­ci Olivier.
Mer­ci Thin­ker­view pour l’entretien.
Et mer­ci Benoît, pour l’ex­trait sur mesure 🙂

théorie du ruissellement

À votre avis, pour la France et l’Eu­rope, c’est dif­fé­rent ou c’est pareil ?


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[vidéo 10 min] Techniques simples pour passer d’électeur à adulte bien constitué !

Notre Benoît pré­fé­ré nous a choi­si et pla­cé, au mon­tage de son extrait, de très chouettes images d’a­te­liers constituants :

httpv://www.youtube.com/watch?v=5nJztS0vtxE&feature=youtu.be

En fait, depuis 12 ans que je suis deve­nu un acti­viste, sans l’a­voir vrai­ment déci­dé, rien ne me fait plus plai­sir que ce spec­tacle d’une huma­ni­té qui se ren­contre, qui échange, qui se réveille, cette âme humaine qui s’ins­truit seule et sans maître (© Jaco­tot 1818 / Ran­cière 1987). Rien ne m’en­thou­siasme autant que ces réunions poli­tiques d’é­lec­teurs (enfants) deve­nant libre­ment consti­tuants (adultes). Je res­sens inten­sé­ment qu’il s’y passe quelque chose d’important.

Il faut vrai­ment qu’on fasse une col­lecte d’i­dées de bonnes scé­nettes à pla­cer dans notre pro­chain film « la grande méta­mor­phose démocratique » 🙂

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : la courte vidéo ci-des­­sus est extraite de l’en­tre­tien suivant :
Nou­vel entre­tien avec La Muti­ne­rie : à pro­pos des élec­tions (tou­jours gagnées par les pires enne­mis du bien com­mun), de l’opposition contrô­lée (divi­sée), des pré­ten­dus « anti­fas », et bien sûr des ate­liers consti­tuants ; vous trou­ve­rez à cette adresse un plan détaillé et minu­té (grâce au dévoue­ment de Catherine).


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​3​3​8​1​9​5​6​7​317

[Vidéo] BONUS : l’interview avec Inform’Action Toulouse sans coupure : un film pour mobiliser plus vite les découragés et tous les endormis ? & quelques mots pour les antifas

Les jeunes gens épa­tants d’In­form’Ac­tion à Tou­louse viennent de finir de mon­ter l’en­tre­tien que j’ai eu avec Arthur en mai dernier.

httpv://www.youtube.com/watch?v=_0pC3dsqN‑0

J’y note deux choses importantes : 

- Une (pre­mière) série d’i­dées de scènes que pour­rait mettre en images un film cher­chant à ins­pi­rer une envie démo­cra­tique à tous les décou­ra­gés et à tous les endor­mis (pro­jet de scé­na­rio à creu­ser ensemble, si vous vou­lez bien).

- Quelques mots à des­ti­na­tion des anti­fas sin­cères qui me détestent comme si j’é­tais un monstre ultra dangereux.

Mer­ci à tous, pour toute l’éner­gie et pour les encou­ra­ge­ments que vous me trans­met­tez tous les jours.

Étienne.

Rap­pel : cet entre­tien (annon­cé ici) a eu lieu le 20 mai 2017 à Toulouse,
et la confé­rence et les ate­liers de cette jour­née ont fait l’ob­jet de 4 chouettes vidéos :

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​_​Y​X​Z​r​z​1​e​_h0


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​2​8​9​3​1​5​5​2​317

[Vidéo] BONUS : l’interview avec Inform’Action Toulouse sans coupure : un film pour mobiliser plus vite les découragés et tous les endormis ? & quelques mots pour les antifas

Les jeunes gens épa­tants d’In­form’Ac­tion à Tou­louse viennent de finir de mon­ter l’en­tre­tien que j’ai eu avec Arthur en mai dernier.
httpv://www.youtube.com/watch?v=_0pC3dsqN‑0
J’y note deux choses importantes :
– Une (pre­mière) série d’i­dées de scènes que pour­rait mettre en images un film cher­chant à ins­pi­rer une envie démo­cra­tique à tous les décou­ra­gés et à tous les endor­mis (pro­jet de scé­na­rio à creu­ser ensemble, si vous vou­lez bien).
– Quelques mots à des­ti­na­tion des anti­fas sin­cères qui me détestent comme si j’é­tais un monstre ultra dangereux.
Mer­ci à tous, pour toute l’éner­gie et pour les encou­ra­ge­ments que vous me trans­met­tez tous les jours.
Étienne.
Rap­pel : cet entre­tien (annon­cé ici) a eu lieu le 20 mai 2017 à Toulouse,
et la confé­rence et les ate­liers de cette jour­née ont fait l’ob­jet de 4 chouettes vidéos :

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​_​Y​X​Z​r​z​1​e​_h0


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​2​8​9​3​1​5​5​2​317

« Est-ce que le peuple est trop con pour s’occuper lui-même de ses affaires ? », question posée par Thinkerview

On me pose la ques­tion : « Est-ce que le peuple est trop con pour s’oc­cu­per lui-même de ses affaires ? »,
Autre­ment dit : « N’est-il pas uto­pique d’être démocrate ? »

httpv://www.youtube.com/watch?v=fKLeUZZM1f8

À l’oc­ca­sion de ma réponse (« La pré­ten­due ‘conne­rie’ n’est pas une nature (défi­ni­tive) mais un état (tem­po­raire), qui est sciem­ment entre­te­nu par les riches dans les classes popu­laires, mais qui peut chan­ger »), j’é­voque la confu­sion entre­te­nue par de pré­ten­dus « antifas ».

En fai­sant du « racisme » le cri­tère prio­ri­taire et impo­sé pour dési­gner les adver­saires du bien com­mun, on coupe en deux la classe des pro­lé­taires, on nous divise pro­fon­dé­ment sur un point de cli­vage second et on rend notre classe sociale impuis­sante à résis­ter à la classe des grands possédants. 

Certes, le racisme est une pen­sée faible, nui­sible, dan­ge­reuse et condam­nable, mais 1) ça n’est pas une nature (il n’y a pas une race des racistes, à vie), le racisme est une opi­nion, qui peut donc chan­ger, mais sur­tout, 2) la lutte contre « le racisme » (l’an­ti-racisme) n’est évi­dem­ment pas la prio­ri­té pour venir à bout de l’op­pres­sion uni­ver­selle et de la dévas­ta­tion capitaliste. 

Pen­dant que les mili­tants de gauche font « la chasse » (sic !) aux « racistes » (resic), les ban­quiers se goinfrent, se marrent et trinquent à la san­té des « anti­fas » dévoyés. Le fas­cisme est finan­cier et les com­plots des ban­quiers doivent être connus et dénon­cés par toute l’humanité.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Itv com­plète avec Thinkerview :
https://​you​tu​.be/​D​R​O​q​R​_​7​E​Kvs

Entretien du 4 août avec Thinkerview : retranscription intégrale, par Catherine Vergnaud

Chers amis,

Au beau milieu des vacances d’é­té, au calme, j’ai ren­con­tré pen­dant deux heures les jeunes gens de la chaîne Thinkerview :

httpv://www.youtube.com/watch?v=DROqR_7EKvs

Depuis, Cathe­rine a réa­li­sé un tra­vail de romain pour retrans­crire l’in­té­gra­li­té de cet entre­tien, en y ajou­tant de nom­breux liens pour expli­ci­ter et appro­fon­dir des points impor­tants. C’est publié sur le (luxu­riant) Wiki des GVs :


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Interview_de_%C3%89tienne_Chouard_par_Thinkerview

Quel bou­lot, mais quel boulot !!!

Mille mer­cis, Cathe­rine, tu es épatante 🙂

Je remer­cie du fond du cœur tous ceux qui m’aident ain­si, comme ils peuvent, cou­ra­geu­se­ment, opi­niâ­tre­ment, à semer un peu par­tout ces graines d’é­man­ci­pa­tion popu­laire et de démo­cra­tie vraie : ce que je fais n’au­rait aucune por­tée sans eux, sans vous tous. 

On n’est forts qu’ensemble.
Mer­ci beaucoup.

Étienne.

 

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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[Projet d’expérimentation démocratique] Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud

Fin juillet, j’ai ren­con­tré Maxime Péroud pen­dant tout un après-midi au jar­din du Luxem­bourg, à Paris et, quelques jours avant, nous avions eu une longue conver­sa­tion télé­pho­nique. Maxime a une éton­nante expé­rience pro­fes­sion­nelle dans l’or­ga­ni­sa­tion de pro­jets et on sent ce goût de la bonne orga­ni­sa­tion à tout ins­tant quand il parle : il est pré­cis, rigou­reux, atten­tif et res­pec­tueux, d’une civi­li­té par­faite, on dirait qu’il pense à tout 🙂 

Maxime est l’initiateur d’un grand pro­jet démo­cra­tique, très orga­ni­sé, très concret, cohé­rent avec nos tra­vaux sur la Consti­tu­tion, com­plé­men­taire avec nos ate­liers consti­tuants popu­laires. Ce pro­jet consiste à simu­ler, avec une tren­taine de par­ti­ci­pants, une assem­blée démo­cra­tique déli­bé­rante comme il en sera pré­vu cer­tai­ne­ment dans la future Consti­tu­tion. Au cours de ces séances par­le­men­taires simu­lées, l’équipe de ce pro­jet éla­bo­re­ra le règle­ment inté­rieur de cette assem­blée tout en res­pec­tant ce règle­ment dans sa ver­sion en cours d’élaboration.

Je suis sûr que cette équipe va nous rendre un fier ser­vice, à nous autres appren­tis démo­crates consti­tuants, car il est peu pro­bable que nous dis­po­sions spon­ta­né­ment d’un bon règle­ment inté­rieur (vrai­ment démo­cra­tique) sans eux, le jour où les oli­garques vont se faire chas­ser du pou­voir. Le règlement-intérieur-démocratique-prêt‑à‑l’emploi que cette équipe va mettre au point pour­ra aus­si ser­vir à toutes sortes d’as­sem­blées « auto­nomes » (pour l’instant sans rela­tion avec d’autres ins­tances de pouvoir). 

Voi­ci ce que Maxime m’a écrit pour me pré­sen­ter la rai­son d’être de son projet : 

1. Nous vou­lons qu’un jour – appe­­lons-le le jour J – notre pays devienne une démo­cra­tie pour la pre­mière fois de son his­toire. Les pou­voirs seront orga­ni­sés de manière à ser­vir dura­ble­ment l’intérêt géné­ral et, pour ce faire, seront entre les mains du peuple ou sous son contrôle effec­tif.

Cela signi­fie que, le jour J, ces pou­voirs auront été orga­ni­sés sous forme pro­vi­soire par une Pré-Consti­­tu­­tion rédi­gée néces­sai­re­ment avant le jour J par des citoyens volon­taires. Cette Pré-Consti­­tu­­tion pré­voi­ra cer­tai­ne­ment une Assem­blée Consti­tuante qui, après le jour J, repar­ti­ra de cette Pré-Consti­­tu­­tion pro­vi­soire pour éta­blir la 1ère Consti­tu­tion (réel­le­ment) démocratique.

2. Pour pou­voir ser­vir, cette Pré-Consti­­tu­­tion devra obli­ga­toi­re­ment être consi­dé­rée comme légi­time par la majeure par­tie des forces démo­crates du moment. Or, il existe déjà de nom­breuses variantes de pro­jets de Consti­tu­tion et, chaque année, il en émerge de nou­velles. Aucune d’entre elles ne peut cor­res­pondre à la future Pré-Consti­­tu­­tion car elle pro­vient d’un petit groupe et sera contes­tée par les autres groupes. 

La seule solu­tion pour éla­bo­rer une Pré-Consti­­tu­­tion suf­fi­sam­ment légi­time pour pou­voir orga­ni­ser pro­vi­soi­re­ment les pou­voirs le jour J est de l’élaborer en Assem­blée Pré-Consti­­tuante, une assem­blée cer­tai­ne­ment com­po­sée de plu­sieurs cen­taines de citoyens volon­taires issus des dif­fé­rents mou­ve­ments (asso­cia­tions, par­tis, groupes, …) se reven­di­quant ou pas « démocrates ».

3. La pre­mière ques­tion que se pose­ra cette Assem­blée Consti­tuante sera la sui­vante : « com­ment allons-nous tra­vailler, selon quelles règles du jeu : règles pour les débats, les vota­tions, règles de com­por­te­ments, etc. ? »

Ces règles feront l’objet d’un docu­ment essen­tiel : le règle­ment inté­rieur de cette Assem­blée Pré-Consti­­tuante. Sans ce règle­ment, pas de tra­vaux possibles !

4. Nous devons dès main­te­nant réflé­chir à ces règles de fonc­tion­ne­ment d’une grande assem­blée démo­cra­tique de manière à pou­voir livrer à la Pré-Consti­­tuante une ver­sion avan­cée d’un règle­ment inté­rieur. La Pré-Consti­­tuante n’aura plus qu’à le fina­li­ser pen­dant ses pre­mières séances, après quoi elle sera « opérationnelle ».

Lui livrer ce règle­ment inté­rieur lui fera gagner un temps consi­dé­rable car l’élaboration de ce règle­ment n’est pas simple et va prendre beau­coup de temps : il n’aura rien à voir avec le « petit pro­to­cole de socio­cra­tie déli­bé­ra­tive » uti­li­sé actuel­le­ment dans les ate­liers consti­tuants. Ce pro­to­cole ne peut ser­vir qu’à des petits groupes de tra­vail. Il est tota­le­ment inadap­té à des assem­blées déli­bé­rantes de plu­sieurs cen­taines de citoyens ! Il suf­fit d’imaginer à quel point ces assem­blées seraient inef­fi­caces si les débats y avaient lieu en levant la main pour par­ta­ger une idée spon­ta­née.

Une assem­blée déli­bé­rante de plu­sieurs cen­taines de citoyens ne pour­ra éla­bo­rer effi­ca­ce­ment des textes com­plexes que si les débats portent sur des pro­po­si­tions et des amen­de­ments rédi­gés et mis à la dis­po­si­tion de tous les par­le­men­taires avant les séances. Un peu à la manière de notre Assem­blée Natio­nale actuelle, à ceci près (et la nuance est de taille !) que le règle­ment inté­rieur garan­ti­ra la stricte éga­li­té poli­tique des par­le­men­taires et les obli­ge­ra à des débats ration­nels ser­vant l’intérêt géné­ral. Le règle­ment inté­rieur à éla­bo­rer sera donc lui-même un texte complexe.

5. Nous pro­po­sons de consti­tuer une pre­mière équipe pro­jet visant à éta­blir une ver­sion sim­pli­fiée d’un tel règle­ment inté­rieur mais aus­si de l’expérimenter pour en garan­tir la per­ti­nence. L’idée est de conduire ces tra­vaux en simu­lant, à effec­tif réduit, les séances d’une telle assem­blée qui met­trait au point son propre règle­ment inté­rieur, séances qui seraient elles-mêmes régies par le règle­ment inté­rieur en cours d’élaboration.

La pré­pa­ra­tion de pro­jet a deman­dé plu­sieurs cen­taines d’heures de tra­vail depuis 2015. Les appels à volon­taires ont démar­ré en automne 2016. Beau­coup ont trou­vé le pro­jet inté­res­sant et 23 d’entre eux se sont déjà enga­gés à par­ti­ci­per au pro­jet dans sa durée. Il manque encore 7 volon­taires pour que les tra­vaux puissent démar­rer (don­nées actua­li­sées au 23 décembre) .

Le pro­jet est tota­le­ment indé­pen­dant de l’écriture de la Consti­tu­tion mais en même temps il lui est complémentaire. 

Pour bien le com­prendre, il faut prendre le temps de se docu­men­ter sur ce pro­jet qui s’annonce comme une véri­table aven­ture poli­tique pas­sion­nante mais aus­si exigeante. 

Une vidéo très didac­tique en 10 par­ties explique le dérou­le­ment et les atten­dus du pro­jet à l’aide de nom­breux schémas :
https://​you​tu​.be/​6​7​C​A​A​M​p​p​JbU.

httpv://youtu.be/67CAAMppJbU

Pour ceux que le pro­jet inté­resse ou inter­pelle, des Mumble d’information sont orga­ni­sés envi­ron toutes les 2 à 3 semaines pour leur per­mettre de poser leurs ques­tions et pré­sen­ter leurs com­men­taires et objec­tions. Maxime Péroud anime ces réunions et répond à chaque fois aus­si clai­re­ment que pos­sible à ces ques­tions et objec­tions. Les Mumble sont annon­cés sur Face­book en tant qu’événement et font l’objet d’annonces sous forme de publi­ca­tion sur plu­sieurs groupes : « Gen­tils Virus (groupe en construc­tion) » et « Le Mes​sage​.org ».

L’événement cor­res­pon­dant au Mumble est créé ini­tia­le­ment sur la page de Maxime Péroud.

L’avenir ne se construit pas seule­ment dans les ate­liers consti­tuants et assez peu en dis­cu­tant de l’actualité. Nous devons aus­si éla­bo­rer les textes de demain et nous orga­ni­ser pour être capables de le faire en grand nombre, en com­plé­ment de nos actions dites « de terrain. »

 
J’ai écou­té, le crayon à la main, la vidéo de Maxime en 10 par­ties, je l’ai trou­vée vrai­ment très inté­res­sante et ori­gi­nale. Puis, j’ai posé toutes sortes de ques­tions à Maxime 🙂 Je lui ai pré­sen­té les objec­tions qui m’étaient venues à l’esprit en l’é­cou­tant et ce qu’il m’a répon­du m’a paru en tous points rai­son­nable : tout ça me paraît bien pen­sé. Je vou­drais donc sou­te­nir ce pro­jet, lui don­ner un peu de ma force, car il m’apparaît comme utile, et même néces­saire, pour pré­pa­rer la démo­cra­tie de demain. Je vous encou­rage donc à vous y inté­res­ser et, pour com­men­cer, à regar­der cette vidéo puis à par­ti­ci­per à l’un des pro­chains Mumble d’information.

Mer­ci pour tout ce que vous faites, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : Maxime a créé un site où ce pro­jet impor­tant est bien détaillé :


https://​exp​-demo​.jim​do​.com/

Il y a aus­si un évé­ne­ment Face­book qui nous invite tous à un pro­chain Mumble d’in­for­ma­tion, le jeu­di 25 jan­vier 2018 à 20h30, pour par­ler de tout ça en direct :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​7​4​6​9​8​4​6​6​4​7​0​6​88/

Ins­­cri­­vez-vous 🙂


Pre­mier fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​1​2​0​0​6​8​0​7​317

Deuxième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​6​2​2​8​2​0​1​2​317

Troi­sième fil Face­book (sup­pri­mé par FB) cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​9​9​5​9​0​4​8​7​317

Qua­trième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​1​0​7​8​1​1​0​7​317

Cin­quième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​4​5​1​2​7​5​4​7​317

Sixième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Sep­tième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​9​4​0​3​6​5​4​3​7​317

Formidable Mabrouka, députée constituante tunisienne, ciselant l’essentiel comme un bijou, en 10 minutes

For­mi­dable Mabrou­ka, super virus démocratique 🙂

Extrait impor­tant de l’au­di­tion de Mabrou­ka M’ba­rek par l’é­quipe de La France Insou­mise, en 2016 :

Sacré bon virus démo­cra­tique, n’est-ce pas ? 🙂

Mer­ci Mabrou­ka, pour ce pré­cieux témoi­gnage et pour ce puis­sant plai­doyer pour des assem­blées consti­tuantes popu­laires, donc tirées au sort.

À connaître et à faire connaître.

Mer­ci Benoît, de réac­ti­ver ain­si nos plus belles perles 🙂

Étienne.

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Les Gentils Virus : Étude d’une communauté politique alternative, par Simon HECKLER

Vous sou­hai­tez mieux connaître le mou­ve­ment des Gen­tils Virus ?

Un Mémoire uni­ver­si­taire effec­tué par un étu­diant, Simon Heck­ler, actuel­le­ment doc­to­rant et exté­rieur au mou­ve­ment, va répondre à votre curiosité !

Je recom­mande à tous la lec­ture de cette étude ; c’est bien inté­res­sant, même quand on est déjà au courant 🙂

Mer­ci Simon, pour ce gros bou­lot, très utile, je trouve.


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Les_Gentils_Virus…alternative


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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Un livre pour les citoyens constituants en herbe : « Comment changer une constitution ? Les nouveaux processus constituants. »

« Com­ment chan­ger une consti­tu­tion ? Les nou­veaux pro­ces­sus consti­tuants », c’est le titre d’un nou­veau livre publié chez nos frères qué­bé­cois, sous la direc­tion de Eugé­nie Brouillet et Louis Mas­si­cotte, qui devrait bien inté­res­ser les citoyens consti­tuants appren­tis que nous sommes 🙂

Mer­ci à Benoît qui nous a signa­lé ça dès le mois de juin (j’a­vais com­plè­te­ment raté ça) et mer­ci à Cathe­rine et Léo qui l’ont remis sur le des­sus de la pile, et expo­sé dans le (très pré­cieux) wiki des GVs pour qu’on ne le rate pas :

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Comment_changer_une_constitution_%3F

L’au­teur résume son propos :

httpv://youtu.be/pLHBEuC2u4o

Je viens à peine de com­man­der ce livre, je ne sais donc pas encore ce qu’il vaut vrai­ment, mais je suis sûr qu’on va y trou­ver des tas de choses utiles pour notre réflexion sur la néces­si­té abso­lue d’un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire pour éta­blir une démo­cra­tie digne de ce nom.

Extrait du livre : 


Bon, et nous… il faut qu’on écrive un livre — théo­rique et pra­tique — sur les ate­liers constituants 🙂 

hum 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? par Maxime Chaix, sur Middle East Eye

Chers amis,

Je relaie ci-des­­sous, inté­gra­le­ment, un texte impor­tant de Maxime Chaix, qui fait le point sur les manœuvres secrètes de la CIA pour désta­bi­li­ser la Syrie et en ren­ver­ser « le régime ».

[Quand « les médias » (La Prav­da des mil­liar­daires) vous parlent d’un « régime » (sic), c’est que les bom­bar­diers sont prêts, et qu’il ne reste plus qu’à vous pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment pour accep­ter (et même vou­loir) que ces bom­bar­diers décollent en votre nom. Un gou­ver­ne­ment régu­lier que les médias de l’empire appellent « régime » peut se faire du sou­ci : ça va bien­tôt bar­der pour lui, ses oppo­sants « modé­rés » vont deve­nir sur­puis­sants et sur­ar­més, et sa popu­la­tion va beau­coup souffrir.]

Maxime Chaix, c’est ce jeune homme cou­ra­geux qui, par ailleurs, tra­duit les livres for­mi­dables de Peter Dale Scott sur l’É­tat pro­fond aux USA, livres publiés chez le non moins cou­ra­geux édi­teur Demi-Lune.

Tous les trois (auteur tra­duc­teur et édi­teur) sont évi­dem­ment trai­tés de « com­plo­tistes » par les com­plo­teurs et leurs com­plices, inver­sion accu­sa­toire qui devient (presque à tous les coups) la légion d’hon­neur de la vraie bonne résis­tance à l’op­pres­sion. De ceux qui ne sont pas trai­tés de « com­plo­tisme » ou de « confu­sion­nisme », le sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire (dit « capi­ta­liste ») n’a rien à craindre. Au contraire, ceux qui sont calom­niés de cette façon prouvent ain­si leur effec­tive dan­ge­ro­si­té contre les tyrans du moment et méritent le sou­tien des simples citoyens.

À mon avis, un jour­na­liste (ou un mili­tant huma­niste) qui s’in­ter­dit de dénon­cer les com­plots qu’il détecte ne sert plus à rien, pour la socié­té qu’il pré­tend défendre. Je dis bien À RIEN. Il s’est auto-désac­­ti­­vé et le sys­tème de domi­na­tion n’a plus rien à craindre de lui ; et nous, nous n’a­vons plus rien d’im­por­tant à attendre de lui. Il ne faut pas nous lais­ser inti­mi­der par ces ridi­cules accu­sa­tions de « com­plo­tisme ». Il faut être cou­ra­geux, là. 

Bref. Je sou­mets à votre esprit cri­tique ce papier que je trouve impor­tant (et sérieu­se­ment documenté).

Étienne.


AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR :

Comme Étienne me l’a per­ti­nem­ment signa­lé, mon article ci-des­­sous ne traite pas des innom­brables exac­tions com­mises par les forces syriennes et leurs alliés. Il a rai­son de le sou­li­gner, car nous ne pou­vons cau­tion­ner de tels actes. Or, ces crimes ont été lar­ge­ment dénon­cés par les médias, les ONG et les gou­ver­ne­ments occi­den­taux. Au contraire, la guerre secrète de la CIA et de ses par­te­naires en Syrie fut lit­té­ra­le­ment occul­tée par une majo­ri­té de la presse occi­den­tale, en par­ti­cu­lier dans les médias fran­co­phones. Pour­tant, comme je tente de le démon­trer dans l’article sui­vant, cette gigan­tesque opé­ra­tion clan­des­tine a consi­dé­ra­ble­ment aggra­vé ce conflit, ayant mas­si­ve­ment armé et sou­te­nu les milices jiha­distes au Moyen-Orient – dont al-Qaï­­da et Daech –, dans l’objectif de ren­ver­ser Bachar el-Assad. À l’heure où nous sommes frap­pés par ces mêmes réseaux ter­ro­ristes, ces poli­tiques secrètes et irres­pon­sables des puis­sances de l’OTAN et de leurs alliés moyen-orien­­taux doivent être dénon­cées et com­bat­tues. C’est l’objectif prin­ci­pal de cet article, qui syn­thé­tise mes inves­ti­ga­tions sur cet aspect cru­cial mais encore trop mécon­nu de la guerre en Syrie. D’avance, je vous remer­cie de relayer cette ana­lyse si vous esti­mez qu’elle est per­ti­nente, utile et intéressante. 

Infor­ma­ti­ve­ment vôtre,

Maxime Chaix


En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?

par Maxime Chaix, 3 août 2017.

Source : Middle East Eye, http://​www​.midd​leeas​teye​.net/​f​r​/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​e​n​–​s​y​r​i​e​–​l​e​–​p​l​u​s​–​g​r​a​n​d​–​f​i​a​s​c​o​–​d​e​–​l​a​–​c​i​a​–​1​3​9​1​7​5​839

membres du Front al-Nos­­ra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, rebap­ti­sé Front Fatah al-Cham en 2016 après avoir rom­pu offi­ciel­le­ment avec le groupe créé par Ous­sa­ma ben Laden (Reu­ters).

 
Alors qu’il n’est plus tabou de cri­ti­quer le rôle trouble des puis­sances moyen-orien­­tales dans le ren­for­ce­ment des réseaux dji­ha­distes au Moyen-Orient, la cores­pon­sa­bi­li­té de leurs par­te­naires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée

Récem­ment, le Washing­ton Post a annon­cé la fin du sou­tien de la CIA en faveur des rebelles « modé­rés », confir­mant qu’en 2015, ceux-ci mena­çaient de ren­ver­ser Bachar el-Assad mais que cette issue chao­tique fut empê­chée par l’intervention mili­taire directe de la Rus­sie cette même année. Chao­tique, car le chro­ni­queur du Post, David Igna­tus, vient de sou­li­gner dans ce même jour­nal que Washing­ton et ses alliés ne pou­vaient pro­po­ser d’alternative poli­tique viable, démo­crate et modé­rée face au gou­ver­ne­ment syrien.

D’après le spé­cia­liste de la Syrie Charles Lis­ter, qui regrette ouver­te­ment la fin de cette guerre secrète coor­don­née par la CIA, l’Agence aurait consti­tué une force de 45 000 com­bat­tants à tra­vers cette opé­ra­tion, dont nous savons depuis jan­vier 2016 qu’elle a pour nom de code « Tim­ber Sycamore ».

Les rebelles « modé­rés » appuyés par la CIA et ses par­te­naires ont com­bat­tu jusqu’en jan­vier 2014 aux côtés de la milice ter­ro­riste qui allait deve­nir l’ « État isla­mique » six mois plus tard

Or, comme le rap­pelle l’universitaire amé­ri­cain Joshua Lan­dis, ces rebelles « modé­rés » appuyés par la CIA et ses par­te­naires ont com­bat­tu jusqu’en jan­vier 2014 aux côtés de la milice ter­ro­riste qui allait deve­nir l’ « État isla­mique » (EI) six mois plus tard, lors de la pro­cla­ma­tion du « cali­fat » par Abou Bakr al-Bagh­­da­­di. Cet argu­ment est confir­mé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a sou­li­gné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont com­bat­tu Daech qu’à par­tir de l’hiver 2013–2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. »

Depuis qu’ils ont rom­pu avec l’EI, ces groupes sou­te­nus par la CIA et ses alliés se sont majo­ri­tai­re­ment coor­don­nés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appe­lée le Front al-Nos­­ra jusqu’en juillet 2016, avant de chan­ger de nom et de rompre super­fi­ciel­le­ment son allé­geance au réseau de feu Ous­sa­ma ben Laden.

Abou Bakr al-Bagh­­da­­di, lea­der de l’État isla­mique, a pro­cla­mé son « cali­fat » en 2014 (AFP)

 
Comme le New York Times le sou­li­gnait en octobre der­nier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze par­mi la ving­taine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approu­vés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lis­ter, un cher­cheur et spé­cia­liste de la Syrie au Middle East Ins­ti­tute, à Washing­ton. […] Mon­sieur Lis­ter et d’autres experts ont décla­ré que la vaste majo­ri­té des fac­tions rebelles approu­vées par les États-Unis à Alep com­bat­taient en pleine ville, et qu’ils pilon­naient mas­si­ve­ment les troupes du gou­ver­ne­ment syrien en appui des com­bat­tants affi­liés à al-Qaï­­da, qui se char­geaient de l’essentiel des com­bats sur la ligne de front. “La triste véri­té, cepen­dant, est que ces groupes sou­te­nus par les États-Unis [et leurs alliés] res­tent d’une manière ou d’une autre dépen­dants des fac­tions affi­liées à al-Qaï­­da dans ces opé­ra­tions, en termes d’organisation et de puis­sance de feu”, selon l’experte Gene­vieve Casa­grande, une spé­cia­liste de la Syrie au sein de l’Institute for the Stu­dy of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plu­sieurs élé­ments trou­blants sont à rele­ver dans cette opé­ra­tion. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se reven­diquent en guerre contre le ter­ro­risme depuis sep­tembre 2001, appuyer pen­dant près de cinq ans des groupes qui com­battent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas sem­blé poser pro­blème aux déci­deurs amé­ri­cains et à leurs alliés occi­den­taux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a per­ti­nem­ment sou­li­gné Joshua Lan­dis, le gou­ver­ne­ment des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées mas­si­ve­ment par la CIA et une quin­zaine de ser­vices spé­ciaux depuis la Tur­quie et la Jor­da­nie équi­paient prin­ci­pa­le­ment des groupes dji­ha­distes, un pro­ces­sus dévoi­lé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majo­ri­tai­re­ment béné­fi­cié de ces mil­liers de tonnes d’armements a été le Front al-Nos­­ra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récem­ment dans le gou­ver­no­rat d’Idleb, dont la capi­tale vient d’être prise par cette orga­ni­sa­tion, aujourd’hui rebap­ti­sée Hayat Tah­rir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notam­ment confir­mées par le jour­na­liste spé­cia­li­sé Gareth Por­ter, dans un article expli­ci­te­ment inti­tu­lé « Com­ment les États-Unis ont armé des ter­ro­ristes en Syrie ». « Cet afflux mas­sif d’armes [coor­don­né par la CIA] vers le ter­ri­toire syrien, ain­si que l’entrée de 20 000 com­bat­tants étran­gers dans ce pays – et ce prin­ci­pa­le­ment depuis la Tur­quie –, ont lar­ge­ment défi­ni la nature de cette guerre », a sou­li­gné Gareth Por­ter en se réfé­rant au vaste réseau de tra­fic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Bal­kans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 mis­siles TOW made in USA par l’Arabie saou­dite. Fabri­qués par Ray­theon, ces mis­siles anti­chars ont été intro­duits en masse dans ce conflit à par­tir de 2014, et les pertes infli­gées aux forces syriennes avec ces arme­ments auraient été le prin­ci­pal fac­teur de l’intervention mili­taire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article soli­de­ment docu­men­té, Gareth Por­ter ajoute que « les armes [injec­tées par la CIA et ses par­te­naires dans le conflit syrien] ont contri­bué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puis­sante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aus­si per­mis l’émergence de Daech ».

Les forces de Bachar al-Assad et de ses alliés ont repris Alep des mains de l’opposition syrienne en décembre 2016 (Reu­ters)

 
Rap­pe­lons qu’à l’origine, le Front al-Nos­­ra et le futur « État isla­mique » ne fai­saient qu’un avant leur scis­sion au prin­temps 2013, qui débou­cha sur une guerre fra­tri­cide entre ces deux fac­tions. Plus exac­te­ment, les com­bat­tants majo­ri­tai­re­ment ira­kiens de ce qui était alors appe­lé l’ « État isla­mique d’Irak » (EII) ont fon­dé, à par­tir de l’été 2011, la milice qui allait deve­nir le Front al-Nos­­ra en jan­vier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur lea­der, Moham­med al-Jou­­la­­ni, un dji­ha­diste syrien ayant affron­té la coa­li­tion de George W. Bush en Irak, avait été char­gé par Abou Bakr al-Bagh­­da­­di de com­battre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Forei­gn Poli­cy, lors de cette scis­sion d’avril 2013 entre ces deux enti­tés ter­ro­ristes, « une large majo­ri­té de com­man­dants et de com­bat­tants d’al-Nosra en Syrie ne sui­virent pas [leur chef al-Jou­­la­­ni] » et prê­tèrent allé­geance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait repré­sen­té « jusqu’à 15 000 com­bat­tants sur envi­ron 20 000 », d’après une esti­ma­tion du cher­cheur Fabrice Balanche.

Le gigan­tesque tra­fic d’armes et de muni­tions orga­ni­sé par la CIA pour équi­per les rebelles en Syrie a, direc­te­ment ou non, pro­fi­té à Daech. Le fait que si peu d’experts et de jour­na­listes occi­den­taux l’aient sou­li­gné (ou remar­qué) est incompréhensible

Tou­jours selon Forei­gn Poli­cy, « par­tout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quar­tiers géné­raux d’al-Nosra, des caches de muni­tions et des dépôts d’armes » durant cette sépa­ra­tion, qui condui­sit à la créa­tion de l’ « État isla­mique en Irak et au Levant » (EIIL), rebap­ti­sé « État isla­mique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigan­tesque tra­fic d’armes et de muni­tions orga­ni­sé par la CIA pour équi­per les rebelles en Syrie a, direc­te­ment ou non, pro­fi­té à Daech et favo­ri­sé sa mon­tée en puis­sance dès jan­vier 2012. Le fait que si peu d’experts et de jour­na­listes occi­den­taux l’aient sou­li­gné (ou remar­qué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même consé­quence pour le ver­sant « for­ma­tion mili­taire » de ce pro­gramme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spé­ciales déta­chées auprès de la CIA à entraî­ner mal­gré elles une forte pro­por­tion de dji­ha­distes offi­cieu­se­ment affi­liés à al-Nos­­ra ou à Daech – selon des sources ano­nymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient direc­te­ment impli­quées dans cette opération.

Des com­bat­tants du Front al-Nos­­ra tra­versent la ville syrienne d’A­lep en mai 2015 (AFP)

 
En clair, de nom­breux mer­ce­naires anti-Assad recru­tés par la CIA ont dis­si­mu­lé leur appar­te­nance à (ou leur attrait pour) ces groupes ter­ro­ristes, le pro­ces­sus de sélec­tion des com­bat­tants étant par­ti­cu­liè­re­ment laxiste. Or, la simple exis­tence de cette pro­cé­dure a per­mis à la CIA de main­te­nir une façade de res­pec­ta­bi­li­té en affir­mant qu’elle ne for­mait que des « rebelles modé­rés ».

En réa­li­té, pour qui­conque s’affranchit de cette notion orwel­lienne, les dyna­miques de cette opé­ra­tion peuvent être résu­mées ain­si : super­vi­sés par la CIA et qua­torze autres ser­vices spé­ciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Tur­quie, de l’Arabie saou­dite et du Qatar, le finan­ce­ment, la for­ma­tion et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les ter­ri­toires turc et jor­da­nien ont pro­fi­té à l’ensemble des groupes armés, y com­pris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus par­lants, qui sont ceux du spé­cia­liste Sam Hel­ler, « la majeure par­tie du sou­tien amé­ri­cain fut diri­gée vers des fac­tions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait ser­vi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puis­santes fac­tions isla­mistes et dji­ha­distes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Super­vi­sés par la CIA et qua­torze autres ser­vices spé­ciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Tur­quie, de l’Arabie saou­dite et du Qatar, le finan­ce­ment, la for­ma­tion et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les ter­ri­toires turc et jor­da­nien ont pro­fi­té à l’ensemble des groupes armés, y com­pris Daech et al-Nosra

Ces dérives ne furent tou­te­fois pas sys­té­ma­ti­que­ment inten­tion­nelles. L’exemple de « Cheg Cheg », deve­nu le plus grand tra­fi­quant d’armes syrien durant cette guerre, pour­rait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhi­cule en avril 2016, ce baron de la contre­bande d’armements avait ven­du à des inter­mé­diaires bédouins un cer­tain nombre d’armes issues des bases super­vi­sées par la CIA, dont la mise en place en Tur­quie et en Jor­da­nie avait dyna­mi­sé ses affaires. Or, ces inter­mé­diaires les avaient ache­tées pour le compte du mal­nom­mé « État isla­mique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas.

À l’origine de ces révé­la­tions, le quo­ti­dien émi­ra­ti The​Na​tio​nal​.ae évo­qua des trans­ferts « invo­lon­taires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à tra­vers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pour­tant, selon dif­fé­rentes enquêtes appro­fon­dies, dont une récem­ment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les ser­vices spé­ciaux des pétro­mo­nar­chies du Golfe – essen­tiel­le­ment ceux de l’Arabie saou­dite – ont sciem­ment armé Daech en Syrie comme en Irak, en par­ti­cu­lier via une ligne d’approvisionnement Bal­­kans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide dis­crète de la CIA à par­tir de jan­vier 2012.

Ambas­sa­deur amé­ri­cain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est per­sua­dé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « stric­te­ment confi­nées aux réseaux des ser­vices secrets ». Éton­nam­ment, cette enquête du JDD ne fait pas men­tion de ce rôle cen­tral de la CIA dans la créa­tion de ce tra­fic d’armes pro­duites dans les Bal­kans. Tou­te­fois, son auteur a répon­du à une demande de cla­ri­fi­ca­tion en sou­li­gnant que « les pro­pos de Robert S. Ford, qui s’est expri­mé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davan­tage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nos­­ra… dont a ensuite pro­fi­té Daech. »

Une telle fran­chise est mal­heu­reu­se­ment trop rare dans les médias occi­den­taux, et en par­ti­cu­lier fran­co­phones. En réa­li­té, alors qu’il n’est plus tabou de cri­ti­quer le rôle trouble des puis­sances moyen-orien­­tales dans le ren­for­ce­ment des réseaux dji­ha­distes en Irak et au Levant, la cores­pon­sa­bi­li­té de leurs par­te­naires de l’OTAN dans ces poli­tiques catas­tro­phiques ne peut et ne doit plus être élu­dée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dres­ser le bilan de cette désas­treuse poli­tique, que la majo­ri­té de la presse occi­den­tale a dis­si­mu­lée au pro­fit d’une nar­ra­tion sédui­sante impli­quant des rebelles « modé­rés » n’ayant qu’un poids limi­té sur le ter­rain, on peut dire que la CIA et ses par­te­naires ont impo­sé à la Syrie une guerre secrète meur­trière, et que celle-ci a eu comme consé­quence des dizaines de mil­liers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ain­si qu’un nombre indé­ter­mi­né de vic­times civiles, de bles­sés, de réfu­giés et de dépla­cés internes.

Un Syrien porte deux enfants bles­sées après une attaque aérienne à Hamou­ria, dans la Ghou­ta orien­tale, en avril 2017 (AFP)

 
Cette cores­pon­sa­bi­li­té majeure des puis­sances occi­den­tales dans ce conflit a été dura­ble­ment occul­tée du débat public, à tra­vers ce qui pour­rait être consi­dé­ré un jour comme l’un des plus grands échecs col­lec­tifs de l’histoire du jour­na­lisme contemporain.

Cette cores­pon­sa­bi­li­té majeure des puis­sances occi­den­tales dans ce conflit a été dura­ble­ment occul­tée du débat public, à tra­vers ce qui pour­rait être consi­dé­ré un jour comme l’un des plus grands échecs col­lec­tifs de l’histoire du jour­na­lisme contemporain

Bien qu’indiscutablement condam­nable, le gou­ver­ne­ment Assad a béné­fi­cié d’un sou­tien popu­laire suf­fi­sant pour tenir face à la rébel­lion, et il s’est main­te­nu au pou­voir grâce à l’intervention déci­sive de la Rus­sie, ce qui n’avait pas été anti­ci­pé par les stra­tèges d’Obama.

Cen­sées être en guerre contre le jiha­disme depuis l’automne 2001, les puis­sances occi­den­tales ont fait le pari cynique de cou­vrir diplo­ma­ti­que­ment et d’aider mili­tai­re­ment leurs alliés régio­naux dans leur sou­tien en faveur de groupes extré­mistes éprou­vant la même détes­ta­tion à l’égard de notre modèle démo­cra­tique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Pro­vo­quant un véri­table désastre huma­ni­taire, la ful­gu­rante mon­tée en puis­sance de Daech en 2014 est en bonne par­tie la consé­quence de cette poli­tique incons­ciente et court-ter­­miste, dont l’Arabie saou­dite a été le prin­ci­pal finan­ceur – le rôle de nos « alliés » turc et pétro­mo­nar­chiques dans l’essor du dji­had armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quel­conque pro­tes­ta­tion offi­cielle de la part d’États occi­den­taux pour­tant frap­pés par le terrorisme.

Après d’innombrables hési­ta­tions, ces der­niers ont fini par accep­ter le réel. De ce fait, ils ont pro­gres­si­ve­ment aban­don­né l’objectif de ren­ver­ser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en prio­ri­té la lutte contre un monstre Fran­ken­stein en grande par­tie engen­dré par leurs propres erre­ments stra­té­giques et diplo­ma­tiques, encou­ra­gés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-otto­­mans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dres­ser de l’interventionnisme occi­den­tal au Moyen-Orient, en Asie cen­trale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salu­taire que les jour­na­listes, les experts et d’éventuels lan­ceurs d’alertes dénoncent plus expli­ci­te­ment le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dis­si­mu­la­tion de ces poli­tiques clan­des­tines inconsidérées.

À LIRE : La poli­tique d’Obama en Syrie et l’illusion de puis­sance amé­ri­caine au Moyen-Orient

En atten­dant, espé­rons que le poten­tiel aggior­na­men­to du pré­sident fran­çais Emma­nuel Macron sur le dos­sier syrien, et la conclu­sion du pro­gramme anti-Assad de la CIA décré­tée par son homo­logue amé­ri­cain, marquent la fin durable de ces stra­té­gies aven­tu­ristes à l’origine de tant de souf­frances et de des­truc­tions – offi­ciel­le­ment impo­sées au nom de la démo­cra­tie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des consé­quences dra­ma­tiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washing­ton Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opé­ra­tions clan­des­tines » –, il n’est pas impos­sible que les his­to­riens la consi­dèrent un jour comme le plus grand fias­co de l’Agence ; un désastre aux consé­quences poten­tiel­le­ment plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la ten­ta­tive de recru­te­ment de deux futurs pirates de l’air du 11 sep­tembre par la CIA et les ser­vices secrets saou­diens. Comme l’avait rela­té un ex-agent spé­cial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opé­ra­tion illé­gale condui­sit l’Agence à dis­si­mu­ler à la police fédé­rale la pré­sence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empê­ché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visi­ble­ment, cette tra­gé­die était bien loin dans les mémoires des res­pon­sables du pro­gramme Tim­ber Syca­more, qui ont mas­si­ve­ment armé la nébu­leuse ter­ro­riste contre laquelle les auto­ri­tés amé­ri­caines et leurs alliés se reven­diquent en guerre depuis 2001.

Maxime Chaix.

- Maxime Chaix est tra­duc­teur et jour­na­liste indé­pen­dant, spé­cia­li­sé dans les domaines du ren­sei­gne­ment, des opé­ra­tions clan­des­tines, des ques­tions stra­té­giques, de la cri­mi­na­li­té finan­cière et du ter­ro­risme glo­bal. Il est diplô­mé d’un Mas­ter 2 « His­toire, théo­rie et pra­tique des droits de l’Homme » à la Facul­té de Droit de Gre­noble. En 2015, il a lan­cé son propre site afin de regrou­per ses dif­fé­rents articles et tra­duc­tions. Depuis 2014, il a notam­ment écrit pour dede​fen​sa​.org, Paris Match, et le Club de Media­part.

Les opi­nions expri­mées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas néces­sai­re­ment la poli­tique édi­to­riale de Middle East Eye.

Source : Middle East Eye, http://​www​.midd​leeas​teye​.net/​f​r​/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​e​n​–​s​y​r​i​e​–​l​e​–​p​l​u​s​–​g​r​a​n​d​–​f​i​a​s​c​o​–​d​e​–​l​a​–​c​i​a​–​1​3​9​1​7​5​839

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​8​1​5​5​7​8​1​2​317

La supercherie du droit-de‑l’hommisme, par Bruno Guigue

Encore un texte remar­quable de Bru­no Guigue :

La supercherie du droit-de‑l’hommisme

La sélec­ti­vi­té du droit-de‑l’hommisme per­met de com­prendre pour­quoi la condam­na­tion des vio­la­tions incri­mi­nées épouse tou­jours un axe nord-sud. Aucune ONG véné­zué­lienne ne mène cam­pagne contre la main­mise d’une poi­gnée de mil­liar­daires sur la qua­­si-tota­­li­­té des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occi­den­tales dénoncent sans relâche les vio­la­tions de la liber­té de la presse au Véné­zué­la, alors que la presse, loin d’y être oppri­mée par le pou­voir, appar­tient à une poi­gnée de capi­ta­listes qui com­battent le gouvernement.


Hor­mis les réac­tion­naires qui pensent que les hié­rar­chies sociales sont fon­dées en nature et qu’il y a des hommes faits pour com­man­der et d’autres pour obéir, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut défendre les droits de l’homme. Mais il faut admettre que les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Si l’on entend par cette expres­sion la pos­si­bi­li­té pour cha­cun de jouir du bien com­mun, alors l’accès à l’emploi, au loge­ment, aux soins et à l’éducation fait par­tie des droits de l’homme – ou des droits humains, ne jouons pas sur les mots – au même titre que la liber­té d’expression ou le choix de son orien­ta­tion sexuelle. Prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est y inclure les droits col­lec­tifs, c’est-à-dire la pos­si­bi­li­té de vivre dans des condi­tions maté­rielles décentes.

Les mili­tants des droits de l’homme, pour­tant, ne s’intéressent qu’aux droits indi­vi­duels et délaissent osten­si­ble­ment les droits col­lec­tifs. Que des indi­vi­dus soient empri­son­nés ou empê­chés de s’exprimer par des gou­ver­ne­ments auto­ri­taires leur est insup­por­table, mais que des masses d’affamés subissent la loi d’airain du capi­tal mon­dia­li­sé leur est indif­fé­rent. Leur com­pas­sion pour l’humanité souf­frante est étran­ge­ment sélec­tive. Ils ne se mobi­lisent que pour des mino­ri­tés ou des indi­vi­dus iso­lés, ils agissent au cas par cas en sélec­tion­nant les indi­vi­dus ou les groupes qu’ils jugent dignes de leur atten­tion, et on ne les voit jamais prendre fait et cause pour une classe socia­le­ment opprimée.

Le voca­bu­laire de la plu­part des ONG – majo­ri­tai­re­ment anglo-saxonnes – en témoigne clai­re­ment. Elles entendent com­battre la dis­cri­mi­na­tion et non l’exploitation, l’exclusion et non la pau­vre­té, la pri­va­tion de liber­té infli­gée à quelques-uns et non la misère impo­sée au grand nombre. Leur phi­lo­so­phie est celle de l’individualisme libé­ral, qui ne connaît que des indi­vi­dus por­teurs de droits et se sou­cie peu de savoir s’il y a par­mi eux des riches et des pauvres. Ne par­lons pas de la lutte des classes, ce gros mot qu’elles ne veulent même pas entendre pro­non­cer. La seule lutte qui compte à leurs yeux, c’est celle qui vise à ali­gner des indi­vi­dus abs­traits sur un stan­dard res­treint aux liber­tés for­melles – et indi­vi­duelles – en oubliant allè­gre­ment que ces liber­tés n’existent que sous cer­taines conditions.

Pour tout dire, le droit-de‑l’hommisme ordi­naire occulte le fait que ces liber­tés indi­vi­duelles ne sont effec­tives que si les droits col­lec­tifs sont garan­tis par des struc­tures sociales qui les favo­risent. En d’autres termes, les droits indi­vi­duels ne sont réels que si les indi­vi­dus sont cor­rec­te­ment nour­ris, logés, édu­qués et soi­gnés, et ces condi­tions ne sont réunies à leur tour que si un rap­port de forces entre classes sociales les ins­crit dans la durée. Bref, les droits-de‑l’hommistes oublient tout bon­ne­ment que les indi­vi­dus ne sont rien sans la socié­té et que les droits indi­vi­duels dont on réclame l’application ne sont que du vent si la socié­té est divi­sée en domi­nants et dominés.

Cette indif­fé­rence aux condi­tions d’exercice des droits dont ils font pour­tant leur fonds de com­merce n’est pas éton­nante. Petits-bour­­geois des pays riches, les défen­seurs des droits de l’homme défendent les droits dont ils jouissent, dont ils pour­raient jouir ou dont ils vou­draient que jouissent ceux qui leur res­semblent. Pour­quoi dépen­­se­­raient-ils leur éner­gie à lut­ter contre la faim dans le monde quand leur assiette est pleine ? Pour­quoi se bat­­traient-ils pour l’appropriation col­lec­tive des richesses puisqu’ils n’ont aucun pro­blème de fin de mois ? En lut­tant pour les droits de l’homme, ils aspergent d’eau bénite leurs états d’âme de nan­tis que leurs condi­tions d’existence n’amènent jamais à inter­ro­ger les res­sorts de l’oppression et de l’injustice qu’ils ont constam­ment à la bouche, mais sans savoir de quoi ils parlent.

Que les pauvres soient pauvres importe peu à leurs yeux, car les pauvres reven­diquent en géné­ral autre chose que la recon­nais­sance de droits indi­vi­duels ren­dus impos­sibles par l’absence de droits col­lec­tifs. Lorsque l’extrême richesse côtoie l’extrême pau­vre­té, reven­di­quer la liber­té d’expression avec un mini­mum de sérieux impli­que­rait d’exiger l’expropriation des capi­ta­listes qui contrôlent la presse afin de créer les condi­tions d’une infor­ma­tion plus objec­tive. Mais on n’a jamais enten­du un droit-de‑l’hommiste for­mu­ler ce genre de reven­di­ca­tion. Le contrôle des médias ne s’expose à sa foudre ven­ge­resse que s’il est exer­cé par de méchants dic­ta­teurs qui défient le nou­vel ordre mon­dial. Pour les autres, il n’y a pas de problème.

Sélec­tive, cette indi­gna­tion pseu­­do-huma­­niste choi­sit ses vic­times. Les autres peuvent cre­ver. Lors de la chute du com­mu­nisme, en 1991, les orga­ni­sa­tions droits-de‑l’hommistes ont crié vic­toire. L’idéologie des droits de l’homme ayant été inven­tée pour lut­ter contre l’URSS, cette vic­toire finale sem­bla consa­crer leur vision du monde. Mais aucune de ces orga­ni­sa­tions n’a sou­li­gné que les pri­sons sovié­tiques étaient vides depuis long­temps et que le tota­li­ta­risme dont la phi­lo­so­phie poli­tique des années 70 fai­sait un mal abso­lu était une coquille vide. On ne s’émut pas davan­tage, chez les huma­nistes, en consta­tant que sous la pré­si­dence Elt­sine (1991−2000) l’espérance de vie régres­sa de dix ans sous l’effet des réformes struc­tu­relles dic­tées à la Rus­sie par le FMI. C’est nor­mal. Les petits vieux qui meurent en masse dans le para­dis capi­ta­liste n’intéressent pas les défen­seurs des droits de l’homme.

L’humanité souf­frante dont se sou­cient des ONG pétries d’humanisme se résume à un agré­gat indis­tinct d’individus abs­traits, ato­mi­sés, dont le sort n’est inté­res­sant que s’il témoigne d’une vio­la­tion de leurs droits indi­vi­duels, de pré­fé­rence dans un pays exo­tique dont le pro­cès est ins­truit par la doxa occi­den­tale. Mais on n’a jamais vu “Amnes­ty Inter­na­tio­nal” – dont le seul inti­tu­lé relève de la publi­ci­té men­son­gère – s’insurger contre le fait que 800 mil­lions de per­sonnes souffrent de mal­nu­tri­tion, ou que des cen­taines de mil­liers d’ouvrières sont sur­ex­ploi­tées par les mul­ti­na­tio­nales occi­den­tales dans les “maqui­la­do­ras” de la fron­tière mexi­caine. On répon­dra sans doute que ce n’est pas l’objet social de cette orga­ni­sa­tion, et je répon­drai à mon tour que c’est pré­ci­sé­ment le pro­blème sur lequel il convient d’insister.

Cette triple sélec­ti­vi­té dans le choix des droits en ques­tion, des indi­vi­dus concer­nés, et enfin des pays sur les­quels on braque le pro­jec­teur, explique donc beau­coup de choses. Elle explique que l’on fasse le tri par­mi les vic­times en évi­tant soi­gneu­se­ment d’incriminer les struc­tures – celles de l’exploitation capi­ta­liste mon­dia­li­sée – qui sont res­pon­sables de 90% des mal­heurs qui frappent l’humanité. Elle explique aus­si la fas­ci­na­tion des ONG droits-de‑l’hommistes pour la défense des LGBT. La lutte contre les dis­cri­mi­na­tions qu’ils subissent est légi­time, mais il faut être lucide sur l’effet de can­ton­ne­ment qu’elle génère. Car cette cause, aux yeux du droit-de‑l’hommisme petit-bour­­geois, pré­sente l’avantage de trans­cen­der la divi­sion sociale, d’évacuer la ques­tion des rap­ports de classe, bref de confé­rer à la lutte pour les droits humains une uni­ver­sa­li­té abs­traite qui sert les inté­rêts dominants.

La sélec­ti­vi­té du droit-de‑l’hommisme per­met aus­si de com­prendre pour­quoi la condam­na­tion des vio­la­tions incri­mi­nées épouse tou­jours un axe nord-sud. Aucune ONG véné­zué­lienne ne mène cam­pagne contre la main­mise d’une poi­gnée de mil­liar­daires sur la qua­­si-tota­­li­­té des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occi­den­tales dénoncent sans relâche les vio­la­tions de la liber­té de la presse au Véné­zué­la, alors que la presse, loin d’y être oppri­mée par le pou­voir, appar­tient à une poi­gnée de capi­ta­listes qui com­battent le gou­ver­ne­ment. Machine de guerre contre les Etats récal­ci­trants, le droit-de‑l’hommisme béné­fi­cie donc de finan­ce­ments colos­saux, à l’image de ces “Casques blancs” qui jouent au dji­ha­diste côté cour et au bran­car­dier côté jar­din grâce aux 15 mil­lions de dol­lars ver­sés par des fon­da­tions bri­tan­niques. Moyen­nant une trousse à maquillage, ils arrivent même à fabri­quer des vic­times pour émou­voir le popu­lo scot­ché devant les petites lucarnes.

Ces exemples montrent éga­le­ment que la fonc­tion expresse de l’idéologie droit-de‑l’hommiste – ser­vie par ces appa­reils idéo­lo­giques de masse que sont les ONG – est de saper la sou­ve­rai­ne­té des Etats qu’elle a pris pour cibles. De la fon­da­tion de George Soros aux offi­cines qui par­ti­cipent aux conflits armés sous cou­vert d’action huma­ni­taire en pas­sant par les révo­lu­tions de cou­leur orga­ni­sées de l’étranger, la galaxie droit-de‑l’hommiste inter­vient par­tout, dis­tri­buant sub­ven­tions, élé­ments de lan­gage et cer­ti­fi­cats de mora­li­té à qui-mieux-mieux dans le seul but de semer le désordre dans des pays dont la liste est four­nie par la CIA et dont le seul tort est de faire obs­tacle à l’hégémonisme occi­den­tal. La Rus­sie en sait quelque chose, et on com­prend qu’elle ait neu­tra­li­sé cette poi­gnée d’exhibitionnistes à moi­tié débiles (Femen) dont l’activisme des­ser­vait les inté­rêts du peuple russe.

Savam­ment orches­trée au nom des droits de l’homme, toute cette agi­ta­tion a pour but de vider de sa sub­stance le droit des peuples à s’organiser comme ils l’entendent. Diri­gée contre le droit des nations à dis­po­ser d’elles-mêmes, cette ingé­rence fait peser une menace d’implosion sur les socié­tés dont l’essor ou la résis­tance déplaît à Washing­ton, Londres ou Paris. Pra­ti­quée à grande échelle, l’intervention mili­taire chez les autres n’a pas tou­jours don­né les résul­tats escomp­tés. Elle est désor­mais rem­pla­cée par cette épée de Damo­clès pla­nant sur la tête de tous ceux qui osent défier l’Empire et contes­ter le mono­pole du dol­lar. Faute de pou­voir vitri­fier ses oppo­sants étran­gers à l’arme lourde, un Occi­dent arro­gant bran­dit alors l’étendard de l’internationalisme huma­ni­taire. Relayé par un gau­chisme qui dis­sout ses illu­sions per­dues dans le pathos et oublie Trots­ky avec BHL, il agite fré­né­ti­que­ment le miroir aux alouettes des droits de l’homme, éblouis­sant beau­coup de bonnes âmes qui ne voient pas que cette idéo­lo­gie est le faux-nez de l’impérialisme.

L’Occident a beau croire qu’il a décou­vert la pierre phi­lo­so­phale, la concep­tion des droits de l’homme, pour­tant, n’est pas uni­voque. Pour les Chi­nois, le pre­mier des droits est celui de ne pas mou­rir de faim. Cette prio­ri­té n’est pas celle de la gauche occi­den­tale, sinon elle mobi­li­se­rait davan­tage d’énergie à lut­ter contre la faim dans le monde qu’à pro­mou­voir les droits des mino­ri­tés. Mais cette diver­gence n’est pas une rai­son suf­fi­sante pour dire que les idées chi­noises ne valent rien. “A plu­sieurs, nous sommes moins sujets à l’erreur que lorsque nous sommes seuls à déci­der”, disait Aris­tote. On veut bien admettre qu’un mil­liard 379 mil­lions de Chi­nois puissent se trom­per, mais on peine à croire que ce soit le cas tout le temps, d’autant que leur pays qui était un champ de ruines en 1949 est aujourd’hui la pre­mière puis­sance éco­no­mique du monde. A défaut de quelques coups bien méri­tés sur le museau, un peu d’humilité éloi­gne­rait homo occi­den­ta­lis de son pen­chant indé­crot­table à don­ner des leçons à la terre entière.

Bru­no GUIGUE

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Article signa­lé par l’ex­cellent site de dés­in­toxi­ca­tion anti­ca­pi­ta­liste Le Grand Soir.

Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, pour cette rentrée qui s’annonce agitée : monnaie, chômage, démocratie, citoyens constituants…

Une bonne syn­thèse (vidéo) de l’es­sen­tiel, qu’on peut rap­pe­ler autour de nous pen­dant cette nou­velle ren­trée, qui s’an­nonce agitée : 

httpv://youtu.be/82yRDQ5XlJU

Mer­ci à Léo, et à tous les ado­rables virus (c’est nou­veau ça vient de sor­tir 🙂 ) qui donnent tant d’éner­gie et d’in­ven­ti­vi­té, depuis des années, mal­gré les dif­fi­cul­tés et les calom­nies, dis­crè­te­ment et cou­ra­geu­se­ment, pour que pro­gresse l’i­dée (anti­ca­pi­ta­liste et anti­fas­ciste) que « ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir ». Je vous remer­cie du fond du cœur ; c’est dans votre ardeur que je puise la mienne. J’aime notre cer­veau col­lec­tif. Mer­ci à tous, vraiment. 

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​7​7​9​0​4​5​0​7​317

« Portrait d’un tueur : LE STRESS » : illustration chez les babouins de la centralité du TIRAGE AU SORT dans une société apaisée et heureuse, débarrassée du stress imposé par ses mâles alpha

Je vous recom­mande ce docu­men­taire ani­ma­lier, très inté­res­sant et d’une por­tée poli­tique fondamentale.

L’in­té­rêt de ce repor­tage va crois­sant et culmine à la fin. J’y retrouve cette idée essen­tielle, déve­lop­pée par Pla­ton (déjà !) : *** le pire qui puisse arri­ver à une socié­té est de lais­ser ceux qui veulent le pou­voir (les mâles alpha) y accé­der ***, car ces indi­­vi­­dus-là dégradent la vie des autres en ter­ro­ri­sant (stres­sant) tout le monde, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, consciem­ment ou pas. 

À par­tir de la minute 41, notez cette expé­rience — lourde de sens poli­tique pour nous tous — d’une socié­té « nor­male » de babouins (socié­té où règne la ter­reur quo­ti­dienne pour le plus grand nombre d’être agres­sé et har­ce­lé par un mâle alpha), socié­té « nor­­male-stres­­sée » lit­té­ra­le­ment trans­for­mée, et DURABLEMENT, en socié­té apai­sée et bien­veillante, « excep­­tion­­nelle-des­­tres­­sée », heu­reuse en un mot, trans­for­ma­tion déclen­chée acci­den­tel­le­ment par l’empoisonnement géné­ral (et la mort) de tous ses mâles alpha. 

Conclu­sion : pour apai­ser nos socié­tés, je ne dis pas de tuer tous nos mâles alpha, mais au moins de les pri­ver méca­ni­que­ment de tout pou­voir. C’est donc une édu­ca­tion popu­laire cen­trale, à réa­li­ser nous-mêmes pen­dant des décen­nies : pour vivre heu­reux, nos petits d’hommes doivent apprendre leur res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle à pri­ver de pou­voir ceux qui dési­rent le pouvoir.

Vous me voyez venir 🙂 C’est peut-être le rôle prin­ci­pal (même si ce n’est pas le seul) du tirage au sort en poli­tique que de pri­ver les domi­nants de la pos­si­bi­li­té de dominer.

Je vous laisse apprécier :

httpv://youtu.be/_sE7c52qzWk

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​7​5​5​1​3​8​5​2​317