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En direct le 08/01/2024 20h : RIC urgent pour l’écologie en Suisse

En direct le 08/01/2024 20h : RIC urgent pour l’écologie en Suisse

« Le Mou­ve­ment Consti­tuant Popu­laire vous donne ren­dez-vous en direct lun­di 08/01/2024 à 20h avec Étienne Chouard, Pierre-Alain Bru­chez et des invi­tés sur­prises pour trai­ter d’un pro­jet de RIC urgent pour l’é­co­lo­gie en Suisse. » Mise à jour du 03/02/2024 Notam­ment grâce à votre sou­tien, Pierre-Alain et ses asso­cia­tions par­te­naires pour l’é­co­lo­gie ont réus­si à ras­sem­bler un nombre suf­fi­sant de signa­tures pour déclen­cher un réfé­ren­dum en Suisse en vue de pro­té­ger la nature et le pay­sage. C’est…

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Le #16 de la Gazette des Amis du RIC est paru 🙂

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Les prin­ci­pales actua­li­tés, vidéos et actions utiles à l’instauration du RIC pour une démo­cra­tie digne de ce nom, par la Conver­gence RIC. Le som­maire Bonne Année ! Idées de bonnes réso­lu­tions pour 2024 Invi­ta­tions à l’action • Signez et par­ta­gez la péti­tion sur le site de l’Assemblée • Aidez à défi­nir le RIC vou­lu par les Fran­çais • Autres pro­po­si­tions d’actions Vidéos • Vidéos d’Étienne Chouard • Phi­lippe Ponge pré­sente le MCP • Vidéos d’Yvan Bachaud • Micros-trot­toirs sur le RIC Infos utiles…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis…

Voi­ci une syn­thèse remar­quable sur les rai­sons du com­por­te­ment pré­ten­du­ment agres­sif de la Corée du Nord, syn­thèse signa­lée par le prin­ci­pal (de loin) ser­vice public d’in­for­ma­tion en France : les​-crises​.fr

Quand les États-Unis détruisaient un pays pour le sauver

Le 25 juin 2010 marque le soixan­tième anni­ver­saire du début de la Guerre de Corée, appe­lée « Guerre de Libé­ra­tion de la patrie en Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée.  Entre 1950 et 1953, les hos­ti­li­tés ont fait près de quatre mil­lions de vic­times, mais l’ héri­tage de cette guerre va  bien au-delà de ce bilan humain déjà ter­ri­fiant : l’ac­cord d’ar­mis­tice signé à Pan­mun­jom le 27 juillet 1953 a scel­lé la divi­sion de la pénin­sule coréenne en éta­blis­sant une ligne de démar­ca­tion mili­taire entre le nord et le sud, et,faute de véri­table trai­té de paix, la Corée reste tech­ni­que­ment en état de belligérance.

Au len­de­main de la libé­ra­tion de la Corée (15 août 1945), après 35 ans de colo­ni­sa­tion japo­naise, le peuple coréen pou­vait pour­tant légi­ti­me­ment pré­tendre à recou­vrer son indé­pen­dance et sa sou­ve­rai­ne­té, comme s’y étaient enga­gés les pays alliés lors de la Confé­rence du Caire (novembre 1943). 

Cette légi­time aspi­ra­tion de la nation coréenne ne fut mal­heu­reu­se­ment pas réa­li­sée dans le contexte d’af­fron­te­ment des grandes puis­sances : dès le mois de sep­tembre 1945, deux zones d’oc­cu­pa­tion, sovié­tique et amé­ri­caine, se mirent en place de part et d’autre du 38eme paral­lèle. En 1948, l’or­ga­ni­sa­tion d’é­lec­tions sépa­rées au sud, sous l’é­gide de l’O­NU où les Etats-Unis dis­po­saient de la majo­ri­té, abou­tit à la créa­tion de deux Etats coréens : la Répu­blique de Corée au sud, la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée au nord​.La par­ti­tion de fait de la Corée était réa­li­sée. La nation coréenne se trou­vait dra­ma­ti­que­ment divi­sée contre son gré par la fron­tière arti­fi­cielle du 38eme paral­lèle, autour de laquelle divers accro­chages firent des mil­liers de morts de 1945 à 1950. 

La thèse de l’of­fen­sive nord-coréenne du 25 juin 1950 ser­vit de pré­texte à une inter­ven­tion mili­taire des Etats-Unis, dans le cadre d’une stra­té­gie amé­ri­caine glo­bale de « refou­le­ment du com­mu­nisme ». L’in­ter­ven­tion amé­ri­caine en Corée fut légi­ti­mée par le Conseil de sécu­ri­té de l’O­NU  – où l’URSS ne sié­geait pas en rai­son du refus d’y admettre la jeune Répu­blique popu­laire de Chine -, le pré­sident amé­ri­cain Har­ry Tru­man pré­sen­tant alors l’en­voi de troupes en Corée comme une « opé­ra­tion de policedont le but était de repous­ser un « raid de ban­dits contre la Répu­blique de Corée ». Le pré­sident amé­ri­cain l’a fait sans décla­ra­tion de guerre, jus­qu’a­lors une condi­tion préa­lable à la par­ti­ci­pa­tion mili­taire des Etats-Unis à l’é­tran­ger. Il a ain­si éta­bli un pré­cé­dent pour le pré­sident Lyn­don John­son qui a enga­gé des troupes dans la Guerre du Viet­nam sans jamais sol­li­ci­ter un man­dat du Congrès pour son action. Les inter­ven­tions en Irak et en Afgha­nis­tan ont été menées selon les mêmes principes. 

Pour cette« opé­ra­tion de police, les Etats-Unis eurent recours à des armes de des­truc­tion mas­sive, ou mena­cèrent d’en uti­li­ser, ce qui contri­bue encore à éclai­rer la situa­tion actuelle. Comme l’é­crit  l’his­to­rien amé­ri­cain Bruce Cumings en conclu­sion de l’ar­ticle que nous repro­dui­sons ci-après, la Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Cumings écri­vait ces lignes en 2004, sous l’ad­mi­nis­tra­tion Bush. Elles res­tent d’une trou­blante actua­li­té, sur­tout  après l’an­nonce, le 6 avril 2010, de la nou­velle pos­ture nucléaire de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, selon laquelle les Etats-Unis s’au­to­risent à frap­per la Corée du Nord avec des armes nucléaires même si celle-ci n’u­ti­lise que des armes conventionnelles.


Mémoires de feu en Corée du Nord

par Bruce Cumings

 Plu­tôt que d’une guerre oubliée, mieux vau­drait par­ler, s’agissant de la Guerre de Corée (1950−1953), d’une guerre incon­nue. L’effet incroya­ble­ment des­truc­teur des cam­pagnes aériennes amé­ri­caines contre la Corée du Nord – qui allèrent du lar­gage conti­nu et à grande échelle de bombes incen­diaires (essen­tiel­le­ment au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chi­miques [1] et à la des­truc­tion de gigan­tesques bar­rages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indé­lé­bile. Ces faits sont tou­te­fois peu connus, même des his­to­riens, et les ana­lyses de la presse sur le pro­blème nucléaire nord-coréen ces dix der­nières années n’en font jamais fait état. [NdT : ce texte a été écrit en décembre 2004] 

La Guerre de Corée passe pour avoir été limi­tée, mais elle res­sem­bla fort à la guerre aérienne contre le Japon impé­rial pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, et fut sou­vent menée par les mêmes res­pon­sables mili­taires amé­ri­cains. Si les attaques d’Hiroshima et de Naga­sa­ki ont fait l’objet de nom­breuses ana­lyses, les bom­bar­de­ments incen­diaires contre les villes japo­naises et coréennes ont reçu beau­coup moins d’attention. Quant aux stra­té­gies nucléaire et aérienne de Washing­ton en Asie du Nord-Est après la Guerre de Corée, elles sont encore moins bien com­prises, alors que ces stra­té­gies ont défi­ni les choix nord-coréens et demeurent un fac­­teur-clé dans l’élaboration de la stra­té­gie amé­ri­caine en matière de sécu­ri­té natio­nale. (…)

Le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale. Son uti­li­sa­tion pro­vo­qua un débat majeur pen­dant la Guerre du Viet­nam, atti­sé par des pho­tos insou­te­nables d’enfants qui cou­raient nus sur les routes, leur peau par­tant en lam­beaux… Une quan­ti­té encore plus grande de napalm fut néan­moins lar­guée sur la Corée, dont l’effet fut beau­coup plus dévas­ta­teur, car la Répu­blique popu­laire démo­cra­tique de Corée (RPDC) comp­tait bien plus de villes peu­plées que le Nord-Viet­­nam. En 2003, j’ai par­ti­ci­pé à une confé­rence aux côtés d’anciens com­bat­tants amé­ri­cains de la Guerre de Corée. Lors d’une dis­cus­sion à pro­pos du napalm, un sur­vi­vant de la bataille du Réser­voir de Chang­jin (Cho­sin, en japo­nais), qui avait per­du un œil et une par­tie de la jambe, affir­ma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle tom­bait sur les bonnes personnes.

Les bonnes per­sonnes ? Comme lorsqu’un bom­bar­de­ment tou­cha par erreur une dou­zaine de sol­dats amé­ri­cains : Tout autour de moi, les hommes étaient brû­lés. Ils se rou­laient dans la neige. Des hommes que je connais­sais, avec qui j’avais mar­ché et com­bat­tu, me sup­pliaient de leur tirer des­sus… C’était ter­rible. Quand le napalm avait com­plè­te­ment brû­lé la peau, elle se déta­chait en lam­beaux du visage, des bras, des jambes… comme des chips de pommes de terre frites.  [2]

Un peu plus tard, George Bar­rett, du New York Times, décou­vrit un tri­but macabre à la tota­li­té de la guerre moderne dans un vil­lage au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : Les habi­tants de tout le vil­lage et dans les champs envi­ron­nants furent tués et conser­vèrent exac­te­ment l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frap­pés par le napalm : un homme s’apprêtait à mon­ter sur sa bicy­clette, une cin­quan­taine d’enfants jouaient dans un orphe­li­nat, une mère de famille étran­ge­ment intacte tenait dans la main une page du cata­logue Sears-Roe­­buck où était cochée la com­mande no 3811294 pour une “ravis­sante liseuse cou­leur corail”. Dean Ache­son, secré­taire d’Etat, vou­lait que ce genre de repor­tage à sen­sa­tion soit signa­lé à la cen­sure afin qu’on puisse y mettre un terme . [3]

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L’un des pre­miers ordres d’incendier des villes et des vil­lages que j’ai trou­vés dans les archives fut don­né dans l’extrême sud-est de la Corée, pen­dant que des com­bats vio­lents se dérou­laient le long du péri­mètre de Pusan, début août 1950, alors que des mil­liers de gué­rille­ros har­ce­laient les sol­dats amé­ri­cains. Le 6 août 1950, un offi­cier amé­ri­cain don­na l’ordre à l’armée de l’air que soient obli­té­rées les villes sui­vantes : Chong­song, Chin­bo et Kusu-Dong. Des bom­bar­diers stra­­té­­gi­­quesB-29 furent éga­le­ment mis à contri­bu­tion pour des bom­bar­de­ments tac­tiques. Le 16 août, cinq for­ma­tions de B‑29 frap­pèrent une zone rec­tan­gu­laire près du front qui comp­tait un grand nombre de villes et de vil­lages, et créèrent un océan de feu en lar­guant des cen­taines de tonnes de napalm. Un ordre sem­blable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple men­tion : Onze vil­lages incen­diés. [4]

Les pilotes avaient ordre de frap­per les cibles qu’ils pou­vaient dis­cer­ner pour évi­ter de frap­per des civils, mais ils bom­bar­daient sou­vent des centres de popu­la­tion impor­tants iden­ti­fiés par radar, ou lar­guaient d’énormes quan­ti­tés de napalm sur des objec­tifs secon­daires lorsque la cible prin­ci­pale ne pou­vait être atteinte. La ville indus­trielle de Hun­gnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à tra­vers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une cen­taine de mètres. L’armée amé­ri­caine lar­gua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un ton­nage qui aurait requis une flotte de 250 B‑17 pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Fin août, les for­ma­tions de B‑29 déver­saient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. [5] Ce ton­nage consis­tait en grande par­tie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B‑29 déver­sèrent 3,2 mil­lions de litres de napalm.

 

Boy victim of napalm
Enfant coréen brû­lé par le napalm

Au sein de l’armée de l’air amé­ri­caine, cer­tains se délec­taient des ver­tus de cette arme rela­ti­ve­ment nou­velle, intro­duite à la fin de la pré­cé­dente guerre, se riant des pro­tes­ta­tions com­mu­nistes et four­voyant la presse en par­lant de bom­bar­de­ments de pré­ci­sion. Les civils, aimaient-ils à pré­tendre, étaient pré­ve­nus de l’arrivée des bom­bar­diers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet. [6] Cela n’était qu’un pré­lude à la des­truc­tion de la plu­part des villes et vil­lages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

Larguer trente bombes atomiques ?

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L’entrée des Chi­nois dans le conflit pro­vo­qua une esca­lade immé­diate de la cam­pagne aérienne. À comp­ter du début novembre 1950, le géné­ral MacAr­thur ordon­na que la zone située entre le front et la fron­tière chi­noise soit trans­for­mée en désert, que l’aviation détruise tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages sur des mil­liers de kilo­mètres car­rés du ter­ri­toire nord-coréen. Comme le rap­por­ta un atta­ché mili­taire bri­tan­nique auprès du quar­tier géné­ral de MacAr­thur, le géné­ral amé­ri­cain don­na l’ordre de détruire tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion, tous les équi­pe­ments, usines, villes et vil­lages à l’exception des bar­rages de Najin, près de la fron­tière sovié­tique et de Yalu (épar­gnés pour ne pas pro­vo­quer Mos­cou et Pékin). Cette des­truc­tion [devait] débu­ter à la fron­tière mand­choue et conti­nuer vers le sud. Le 8 novembre 1950, 79 B‑29 lar­guaient 550 tonnes de bombes incen­diaires sur Sinui­ju, la rayantde la carte. Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoe­ryong dans le but de liqui­der l’endroit. Le 25 novembre, une grande par­tie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes enne­mies plus au sud(…) est plus ou moins en feu. La zone allait bien­tôt deve­nir uneéten­due déserte de terre brû­lée. [7]

Tout cela se pas­sait avant la grande offen­sive sino-coréenne qui chas­sa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation amé­ri­caine lâcha au-des­­sus de Pyon­gyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déver­sé par des avions de com­bat Mus­tang, et 175 tonnes de bombes de démo­li­tion à retar­de­ment qui atter­rirent avec un bruit sourd et explo­sèrent ensuite, quand les gens ten­tèrent de sau­ver les morts des bra­siers allu­més par le napalm. Début jan­vier, le géné­ral Ridg­way ordon­na de nou­veau à l’aviation de frap­per la capi­tale Pyon­gyang dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incen­diaires (objec­tif qui fut accom­pli en deux temps, les 3 et 5 jan­vier 1951). A mesure que les Amé­ri­cains se reti­raient au sud du 38eme paral­lèle, la poli­tique incen­diaire de la terre brû­lée se pour­sui­vit : Uijong­bu, Won­ju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rap­pro­chait, furent la proie des flammes. [8]

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L’aviation mili­taire ten­ta aus­si de déca­pi­ter la direc­tion nord-coréenne. Pen­dant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe sur­nom­mée MOAB (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capa­ci­té explo­sive de 18 000 livres de TNT. News­weeken publia une pho­to en cou­ver­ture, sous le titre Pour­quoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? ». [9]Au cours de l’hiver 1950–1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient reve­nus à leur point de départ des années 1930 et se ter­raient dans de pro­fonds bun­kers à Kang­gye, près de la fron­tière mand­choue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débar­que­ment d’Inchon, les B‑29 lar­guèrent des bombes Tar­zan sur Kang­gye. Il s’agissait d’une bombe nou­velle, énorme, de 12 000 livres, jamais uti­li­sée aupa­ra­vant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incen­diaire ultime, la bombe atomique.

Le 9 juillet 1950, deux semaines seule­ment après le début de la guerre, le géné­ral MacAr­thur envoya au géné­ral Ridg­way un mes­sage urgent qui inci­ta les chefs d’état-major (CEM) à exa­mi­ner s’il fal­lait ou non don­ner des bombes A à MacAr­thur. Le géné­ral Charles Bolte, chef des opé­ra­tions, fut char­gé de dis­cu­ter avec MacAr­thur de l’utilisation de bombes ato­miques en sou­tien direct aux com­bats ter­restres.Bolte esti­mait qu’on pou­vait réser­ver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capa­ci­tés mili­taires glo­bales des Etats-Unis s’en trouvent affec­tées outre mesure. MacAr­thur sug­gé­ra à Bolte une uti­li­sa­tion tac­tique des armes ato­miques et lui don­na un aper­çu des ambi­tions extra­or­di­naires qu’il nour­ris­sait dans le cadre de la guerre, notam­ment l’occupation du Nord et une riposte à une poten­tielle inter­ven­tion chi­noise ou sovié­tique comme suit : Je les iso­le­rai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls pas­sages en pro­ve­nance de Mand­chou­rie et de Vla­di­vos­tok com­portent de nom­breux tun­nels et ponts. Je vois là une occa­sion unique d’utiliser la bombe ato­mique, pour frap­per un coup qui bar­re­rait la route et deman­de­rait un tra­vail de répa­ra­tion de six mois.

À ce stade de la guerre, tou­te­fois, les chefs d’état-major reje­tèrent l’usage de la bombe car les cibles suf­fi­sam­ment impor­tantes pour néces­si­ter des armes nucléaires man­quaient, ils redou­taient les réac­tions de l’opinion mon­diale cinq ans après Hiro­shi­ma et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit ren­ver­sé par des moyens mili­taires clas­siques. Le cal­cul ne fut plus le même lorsque d’importants contin­gents de sol­dats chi­nois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.

Lors d’une célèbre confé­rence de presse, le 30 novembre, le pré­sident Tru­man agi­ta la menace de la bombe ato­mique. [10] Ce n’était pas une bourde comme on le sup­po­sa alors. Le même jour, le géné­ral de l’armée de l’air Stra­te­meyer envoya l’ordre au géné­ral Hoyt Van­den­berg de pla­cer le com­man­de­ment stra­té­gique aérien en alerte afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des for­ma­tions de bom­bar­diers équi­pés de bombes moyennes en Extrême-Orient,(…) ce sup­plé­ment [devant] com­prendre des capa­ci­tés ato­miques. Le géné­ral d’aviation Cur­tis LeMay se sou­vient à juste titre que les CEM étaient par­ve­nus aupa­ra­vant à la conclu­sion que les armes ato­miques ne seraient pro­ba­ble­ment pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une cam­pagne ato­mique géné­rale contre la Chine maoïste. Mais puisque les ordres chan­geaient en rai­son de l’entrée en guerre des forces chi­noises, LeMay vou­lait être char­gé de la tâche ; il décla­ra à Stra­te­meyer que son quar­tier géné­ral était le seul qui pos­sé­dait l’expérience, la for­ma­tion tech­nique et la connais­sance intime des méthodes de lar­gage. L’homme qui diri­gea le bom­bar­de­ment incen­diaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nou­veau sur l’Extrême-Orient pour diri­ger les attaques. [11] Washing­ton se sou­ciait peu à l’époque de savoir com­ment Mos­cou allait réagir car les Amé­ri­cains pos­sé­daient au moins 450 bombes ato­miques tan­dis que les Sovié­tiques n’en avaient que 25.

Peu de temps après, le 9 décembre, MacAr­thur fit savoir qu’il vou­lait un pou­voir dis­cré­tion­naire concer­nant l’utilisation des armes ato­miques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il sou­mit une liste de cibles devant retar­der l’avancée de l’ennemi pour les­quelles il disait avoir besoin de 26 bombes ato­miques. Il deman­dait en outre que 4 bombes soient lar­guées sur les forces d’invasion  » et 4 autres sur lesconcen­tra­tions enne­mies cru­ciales de moyens aériens.

Dans des inter­views parues après sa mort, MacAr­thur affir­mait avoir un plan per­met­tant de rem­por­ter la guerre en dix jours : « J’aurais lar­gué une tren­taine de bombes ato­miques (…) en met­tant le paquet le long de la fron­tière avec la Mand­chou­rie. » Il aurait ensuite ame­né 500 000 sol­dats de la Chine natio­na­liste au Yalu, puis aurait répan­du der­rière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une cein­ture de cobalt radio­ac­tif (…) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pen­dant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion ter­restre de la Corée par le nord. Il avait la cer­ti­tude que les Russes n’auraient pas bou­gé devant cette stra­té­gie de l’extrême : Mon plan était simple comme bon­jour. [12]

La radio­ac­ti­vi­té du cobalt 60 est 320 fois plus éle­vée que celle du radium. Selon l’historien Car­roll Qui­gley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pour­rait détruire toute vie ani­male sur terre. Les pro­pos bel­li­cistes de MacAr­thur paraissent insen­sés, mais il n’était pas le seul à pen­ser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comi­té dépen­dant des chefs d’état-major avait décla­ré que les bombes ato­miques pour­raient s’avérer être le fac­teur déci­sif qui stop­pe­rait l’avancée chi­noise en Corée. Au départ, on envi­sa­geait éven­tuel­le­ment leur uti­li­sa­tion dans un cor­don sani­taire [pou­vant] être éta­bli par l’ONU sui­vant une bande située en Mand­chou­rie juste au nord de la fron­tière coréenne.

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le dépu­té Albert Gore (le père d’Al Gore, can­di­dat démo­crate mal­heu­reux en 2000), qui s’opposa par la suite à la Guerre du Viet­nam, déplo­rait que la Coréedétruise peu à peu la viri­li­té amé­ri­caine et sug­gé­rait de mettre fin à la guerre par quelque chose de cata­clys­mique, à savoir une cein­ture radio­ac­tive qui divi­se­rait la pénin­sule coréenne en deux de façon per­ma­nente. Bien que le géné­ral Ridg­way n’ait pas par­lé de bombe au cobalt, après avoir suc­cé­dé à MacAr­thur en tant que com­man­dant amé­ri­cain en Corée, il renou­ve­la en mai 1951 la demande for­mu­lée par son pré­dé­ces­seur le 24 décembre, récla­mant cette fois 38 bombes ato­miques. [13] Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes ato­miques, au moment, pré­ci­sé­ment, où Tru­man révo­quait MacAr­thur. Si les infor­ma­tions concer­nant cet évé­ne­ment sont encore en grande par­tie clas­sées secrètes, il est désor­mais clair que Tru­man ne des­ti­tua pas MacAr­thur uni­que­ment en rai­son de son insu­bor­di­na­tion réité­rée, mais parce qu’il vou­lait un com­man­dant fiable sur le ter­rain au cas où Washing­ton décide de recou­rir aux armes ato­miques. En d’autres termes, Tru­man se débar­ras­sa de MacAr­thur pour gar­der ouverte sa poli­tique en matière d’armes ato­miques. Le 10 mars 1951, après que les Chi­nois eurent mas­sé de nou­velles forces près de la fron­tière coréenne et que les Sovié­tiques eurent sta­tion­né 200 bom­bar­diers sur les bases aériennes de Mand­chou­rie (d’où ils pou­vaient frap­per non seule­ment la Corée, mais les bases amé­ri­caines au Japon) [14], MacAr­thur deman­da une force ato­mique de type Jour J afin de conser­ver la supé­rio­ri­té aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le géné­ral Van­den­berg écri­vait : Fin­let­ter et Lovett aler­tés sur les dis­cus­sions ato­miques. Je pense que tout est prêt. Fin mars, Stra­te­meyer rap­por­ta que les fosses de char­ge­ment des bombes ato­miques sur la base aérienne de Kade­na, à Oki­na­wa, étaient de nou­veau opé­ra­tion­nelles. Les bombes y furent trans­por­tées en pièces déta­chées, puis mon­tées sur la base, seul le noyau nucléaire res­tant à pla­cer. Le 5 avril, les CEM ordon­nèrent que des repré­sailles ato­miques immé­diates soient lan­cées contre les bases mand­choues si de nou­veaux contin­gents impor­tants de sol­dats chi­nois se joi­gnaient aux com­bats ou, semble-t-il, si des bom­bar­diers étaient déployés de là contre des posi­tions amé­ri­caines. Le même jour, Gor­don Dean, pré­sident de la Com­mis­sion sur l’énergie ato­mique, prit des dis­po­si­tions pour faire trans­fé­rer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9eme groupe de bom­bar­diers de l’aviation mili­taire, affec­té au trans­port des bombes atomiques. (…)

Les chefs d’état-major envi­sa­gèrent de nou­veau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tac­tique sur le champ de bataille [15] – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppen­hei­mer, l’ancien direc­teur du Pro­jet Man­hat­tan, tra­vailla sur le Pro­jet Vis­ta, des­ti­né à éva­luer la fai­sa­bi­li­té de l’usage tac­tique des armes ato­miques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effec­tuait une mis­sion secrète pour le dépar­te­ment de la Défense, étu­dia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exis­ter un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait deve­nir le père de la bombe à neu­trons. [16]

Des milliers de villages anéantis

Le pro­jet nucléaire le plus ter­ri­fiant des Etats-Unis en Corée fut pro­ba­ble­ment l’opération Hud­son Har­bor. Cette opé­ra­tion semble avoir fait par­tie d’un pro­jet plus vaste por­tant sur l’exploitation ouverte par le dépar­te­ment de la Défense et l’exploitation clan­des­tine par la Cen­tral Intel­li­gence Agen­cy, en Corée, de la pos­si­bi­li­té d’utiliser les armes nou­velles (un euphé­misme dési­gnant ce qu’on appelle main­te­nant les armes de des­truc­tion massive). (…)

Sans recou­rir aux armes nou­velles, bien que le napalm ait été très nou­veau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des mil­lions de civils avant la fin de la guerre. Pen­dant trois années, les Nord-Coréens se sont trou­vés face à la menace quo­ti­dienne d’être brû­lés par le napalm : On ne pou­vait pas y échap­per, m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pra­ti­que­ment tout avait été com­plè­te­ment rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les sur­vi­vants vivaient dans des grottes. (…)

Au cours de la guerre, écri­vit Conrad Crane, l’armée de l’air amé­ri­caine pro­vo­qua une des­truc­tion ter­rible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts pro­vo­qués par les bom­bar­de­ments révé­la que sur les 22 villes prin­ci­pales du pays, 18 avaient été au moins à moi­tié anéan­ties. Il res­sor­tait d’un tableau éta­bli par l’auteur que les grandes villes indus­trielles de Ham­hung et de Hun­gnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sari­won à 95 %, Sinan­ju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyon­gyang à 75 %. Un jour­na­liste bri­tan­nique décri­vit l’un des mil­liers de vil­lages anéan­tis comme un mon­ti­cule éten­du de cendres vio­lettes. Le géné­ral William Dean, qui fut cap­tu­ré après la bataille de Tae­jon, en juillet 1950, et emme­né au Nord, décla­ra par la suite qu’il ne res­tait de la plu­part des villes et des vil­lages qu’il vit quedes gra­vats ou des ruines cou­vertes de neige. Tous les Coréens qu’il ren­con­tra, ou presque, avaient per­du un parent dans un bom­bar­de­ment. [17] Wins­ton Chur­chill, vers la fin de la guerre, s’émut et décla­ra à Washing­ton que, lorsque le napalm fut inven­té à la fin de la Seconde Guerre mon­diale, per­sonne n’imaginait qu’on en asper­ge­rait toute une popu­la­tion civile. [18]

Telle fut la guerre limi­tée livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entre­prise aérienne effré­née, citons le point de vue de son archi­tecte, le géné­ral Cur­tis LeMay, qui décla­ra après le début de la guerre :Nous avons en quelque sorte glis­sé un mot sous la porte du Penta­gone disant : “Lais­­sez-nous aller là-bas (…) incen­dier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répon­du par des cris – “Vous allez tuer de nom­breux civils”, et “c’est trop hor­rible”. Pour­tant, en trois ans (…), nous avons incen­dié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (…). Sur trois ans, on arrive à le faire pas­ser, mais tuer d’un coup quelques per­sonnes pour régler le pro­blème, beau­coup ne peuvent pas l’encaisser. [19]

La Corée du Nord ten­te­rait, sans rai­son, de s’équiper en armes de des­truc­tion mas­sive, tan­dis que l’opposition de Washing­ton à cette stra­té­gie relè­ve­rait de l’innocence ori­gi­nelle. Pour­tant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes uti­li­sé ou mena­cé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puis­sance à avoir eu recours à la bombe ato­mique, et leur dis­sua­sion repose sur la menace de les employer de nou­veau en Corée.

Bruce Cumings
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Bruce Cumings est pro­fes­seur d’histoire à l’université de Chi­ca­go. Il est auteur, entre autres, de Paral­lax Visions : Making Sense of Ame­­ri­­can-East Asian Rela­tions, Duke Uni­ver­si­ty Press, Londres, 1999 et deNorth Korea, Ano­ther Coun­try,The New Press, New York, 2004.

[1] Ste­phen Endi­cott, Edward Hager­man, Les armes bio­lo­giques de la Guerre de Corée, Le Monde diplo­ma­tique,juillet 1999.

[2] Cité dans Clay Blair, For­got­ten War,Ran­dom House, New York, 1989.

[3] Archives natio­nales amé­ri­caines, dos­sier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Bar­rett, 8 février 1951.

[4] Archives natio­nales, RG338, dos­sier KMAG, boîte 5418, jour­nal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.

[5] The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er sep­tembre 1950.

[6] Voir « Air War in Korea », dans Air Uni­ver­si­ty Quar­ter­ly Review4, n° 2, automne 1950, pp. 19–40, et « Pre­ci­sion bom­bing », dansAir Uni­ver­si­ty Quar­te­ly review4, n° 4, été 1951, pp. 58–65.

[7] Archives MacAr­thur, RG6, boîte 1, Stra­te­meyer à MacAr­thur, 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, Bou­chier aux chefs d’état-major, 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.

[8] Bruce Cumings, The Ori­gins of the Korean War, tome II, Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty Press, 1990, pp. 753–754 ; New York Times,13 décembre 1950 et 3 jan­vier 1951.

[9] News­week, 24 mars 2003.

[10] The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.

[11] Hoyt Van­den­berg Papers, boîte 86, Stra­te­meyer à Van­den­berg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Van­den­berg, 2 décembre 1950. Voir aus­si Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydro­gen Bomb, 1955, pp. 444–446.

[12] Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willough­by Papers, boîte 8, inter­views par Bob Consi­dine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.

[13] Car­roll Qui­gley, Tra­ge­dy and Hope : A His­to­ry of the World in Our Time, Mac­Mil­lan, New York, 1966, p. 875. C. Qui­gley fut le pro­fes­seur pré­fé­ré de William Clin­ton à Geor­ge­town Uni­ver­si­ty. Voir aus­si B. Cumings, op. cit., p. 750.

[14] Les docu­ments ren­dus publics après l’effondrement de l’Union sovié­tique ne semblent pas cor­ro­bo­rer cette infor­ma­tion. Selon les his­to­riens, les Sovié­tiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette impor­tance à l’époque, contrai­re­ment à ce que pen­saient les ser­vices de ren­sei­gne­ment – en rai­son peut-être d’une dés­in­for­ma­tion effi­cace de la part des Chinois.

[15] Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tac­tiques, non encore dis­po­nibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tac­ti­que­ment dans les com­bats, comme les bombes clas­siques lar­guées par les B‑29 avaient été uti­li­sées dans les com­bats depuis fin août 1950.

[16] Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Arma­ged­don, Simon & Schus­ter, New York, 1983, p. 220. Sur Oppen­hei­mer et le pro­jet Vis­ta, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751–752, David C. Elliot, Pro­ject Vis­ta and Nuclear Wea­pons in Europe, dans Inter­na­tio­nal Secu­ri­ty 2, no 1, été 1986, pp. 163–183.

[17] Conrad Crane, Ame­ri­can Air­po­wer Stra­te­gy in Korea,Uni­ver­si­ty Press of Kan­sas, Law­rence, 2000, pp. 168–169.

[18] Jon Hal­li­day et Bruce Cumings, Korea : The Unk­nown War, Pan­theon Books, New York, 1988, p. 166.

[19] John Fos­ter Dulles Papers, his­toire orale Cur­tis LeMay, 28 avril 1966.

 

Le Monde Diplo­ma­tique, décembre 2004

(pho­tos ajou­tées par l’AAFC)

 

Picasso_Massacre_in_Korea.jpg

Mas­sacre en Corée, par Pablo Picas­so, 1951

(Musée natio­nal Picas­so – Paris)

Syn­thèse signa­lée par Oli­vier Ber­ruyer, sur les​-crises​.fr : http://​www​.les​-crises​.fr/​v​o​i​l​a​–​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​a​–​c​o​r​e​e​–​d​u​–​n​o​r​d​–​d​e​t​e​s​t​e​–​a​u​t​a​n​t​–​l​e​s​–​e​t​a​t​s​–​u​n​is/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​3​7​2​9​1​1​7​2​317

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Voir aus­si « La Corée est une », de Guy Dupré :

La Corée est une – Guy Dupré

[ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4

Sou­ve­nir et syn­thèse de notre ren­contre à Tou­louse le 20 mai 2017, voi­ci un très bel objet, un film qui a dû deman­der un tra­vail consi­dé­rable : d’a­bord un tra­vail d’or­ga­ni­sa­tion maté­rielle de toute la ren­contre, puis un tra­vail de col­lecte soi­gneuse des images et des sons, puis un tra­vail d’a­na­lyse minu­tieuse des idées évo­quées et de réflexion pour ordon­ner ces idées, et enfin un tra­vail de mon­tage intel­li­gent et propre ; c’est la qua­trième vidéo — que je trouve remar­quable — éla­bo­rée par les jeunes gens d’Inform’Ac­tion :

httpv://www.youtube.com/watch?v=kFJQY94NJ2I

Au final, je suis admi­ra­tif de tous les aspects de l’or­ga­ni­sa­tion et de l’ex­ploi­ta­tion de cette rencontre.
Bra­vo et mer­ci à toute la jeune équipe d’Inform’Action ! 🙂

Hâte de vous revoir.

Étienne.

PS : j’ai regrou­pé là les liens vers les quatre vidéos :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​7​/​0​5​/​1​4​/​r​e​n​d​e​z​–​v​o​u​s​–​a​–​t​o​u​l​o​u​s​e​–​l​e​–​2​0​–​m​a​i​–​2​0​1​7​–​a​–​1​1​h​–​p​o​u​r​–​d​e​s​–​a​t​e​l​i​e​r​s​–​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​ts/

Et Catherine a tout consigné (avec le plan et la biblio en plus) sur le formidable WIKI DES GVs

1. vidéo 14

2. vidéo 24

3. vidéo 34

4. vidéo 4/4

Voyez la page « Toutes les vidéos » sur le wiki des GVs (quel bou­lot, mais quel boulot !!)

Cathe­rine, mille mercis !!!!


Nom­breuses res­sources sur vos ate­liers constituants :

Le wiki des GV, Catégorie:Atelier constituant :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant


https://www.chouard.org/tag/ateliers-constituants‑2/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​2​2​1​6​0​0​4​7​317

Invité par les jeunes gens de THINKERVIEW à 14 h cet après-midi, en direct

Invi­té par les jeunes gens de Thin­ker­view à 14 h cet après-midi, en direct :

https://​www​.face​book​.com/​T​h​i​n​k​e​r​v​i​e​w​/​p​o​s​t​s​/​1​4​9​8​6​6​2​5​0​6​8​8​9​526

https://​www​.you​tube​.com/​t​h​i​n​k​e​r​v​iew

Ma valise de bou­quins est prête 🙂
J’es­père qu’on pour­ra gar­der un peu de temps pour en parler.

À tout bientôt.

Edit : le replay (2 h) est dispo 🙂 
httpv://youtu.be/DROqR_7EKvs

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​1​1​4​2​7​7​3​7​317

 

Edit bis : des per­sonnes incroya­ble­ment dévouées (Sébas­tien et Cathe­rine, ain­si que Bruce) ont ins­pi­ré et fabri­qué la docu­men­ta­tion cor­res­pon­dant à cette inter­view Thin­ker­view. Mille mer­cis à eux :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​E​.​C​h​o​u​a​r​d​–​I​T​V​–​T​h​i​n​k​e​r​v​i​e​w​–​R​e​f​e​r​e​n​c​e​s​.​pdf

CETA : LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL SACRIFIE LA DÉMOCRATIE, LES CITOYENS ET L’ENVIRONNEMENT SUR L’AUTEL DES INTÉRÊTS COMMERCIAUX

[Hon­teuse cor­rup­tion au plus haut niveau du droit] Je vous signale deux alertes impor­tantes, rela­tives aux tra­hi­sons du peuple par le pré­ten­du « Conseil constitutionnel » :

 

CETA : Le Conseil Constitutionnel sacrifie la démocratie, les citoyens et l’environnement sur l’autel des intérêts commerciaux

Sai­si par 153 par­le­men­taires sur l’accord de com­merce entre l’UE et le Cana­da (CETA), le Conseil Consti­tu­tion­nel a écar­té les ana­lyses juri­diques iden­ti­fiant des incom­pa­ti­bi­li­tés avec la Consti­tu­tion, SANS ANALYSER EN DÉTAIL LES ARGUMENTS PRÉSENTÉS. 

Il ren­voie par ailleurs la balle sur cer­tains points au juge euro­péen, ce qui rend plus que néces­saire une sai­sine de la Cour de jus­tice de l’Union Euro­péenne de la part de la France sur l’intégralité de l’accord.

La FNH, food­watch et l’Institut Veblen regrettent que les Sages laissent pas­ser un tel accord, dont le conte­nu pour­rait bou­le­ver­ser dura­ble­ment nos règles démo­cra­tiques et la capa­ci­té des États et de l’UE de pro­té­ger les citoyens et l’environnement.

Le 22 février der­nier, sur la base de l’analyse publiée par l’Institut Veblen, la FNH et food­watch, en col­la­bo­ra­tion avec d’éminents juristes (1), plus de 110 dépu­tés, rejoints par 43 séna­teurs, sai­sis­saient le Conseil consti­tu­tion­nel pour véri­fier la com­pa­ti­bi­li­té du CETA avec la Consti­tu­tion fran­çaise. Par cette pro­cé­dure inédite, le Conseil était inter­ro­gé pour la pre­mière fois sur un accord de com­merce et d’investissement et avait ain­si l’occasion de mettre en place des « garde-fous » pro­té­geant la capa­ci­té des États à régu­ler dans ce type d’accords.

En dépit des enjeux, le Conseil Consti­tu­tion­nel n’a pas répon­du en détail aux dif­fé­rents points sou­le­vés dans l’analyse juri­dique iden­ti­fiant des incom­pa­ti­bi­li­tés avec la Constitution.

Notons en par­ti­cu­lier que sa déci­sion très suc­cincte s’appuie for­te­ment sur l’instrument inter­pré­ta­tif conjoint et les décla­ra­tions annexes bri­co­lés à la hâte en marge du CETA pour faire accep­ter l’accord en octobre 2016 aux États membres de l’UE ayant émis des cri­tiques de fond. Or, comme l’avaient sou­li­gné food­watch, la FNH et l’Institut Veblen, ces textes sont loin d’apporter des réponses satis­fai­santes aux risques que le conte­nu du CETA fait peser sur nos démo­cra­ties. Et toutes les décla­ra­tions annexées au pro­cès ver­bal de la réunion du Conseil de l’UE n’engagent que leurs auteurs et en aucun cas le Cana­da (2).

En outre, sur les menaces liées à la mise en place d’un méca­nisme de règle­ment des dif­fé­rends entre inves­tis­seurs et États entre l’UE et le Cana­da, le Conseil livre une ana­lyse décon­cer­tante dans laquelle il refuse de consi­dé­rer que les risques de pour­suites (et de devoir payer des indem­ni­tés très éle­vées) aux­quels les États ou l’UE seront désor­mais expo­sés sont sus­cep­tibles de dis­sua­der d’adopter de nou­velles règle­men­ta­tions de pro­tec­tion des citoyens et de l’environnement. Quant à la ques­tion de la rup­ture de l’égalité devant la loi entre les inves­tis­seurs natio­naux et les inves­tis­seurs inter­na­tio­naux, le Conseil consi­dère qu’elle est jus­ti­fiée par le trai­te­ment qui sera réser­vé aux inves­tis­seurs fran­çais au Cana­da. En d’autres termes, le Conseil Consti­tu­tion­nel vient de vali­der le fait que les inves­tis­seurs cana­diens (ou étran­gers pré­sents au Canada,dont 80% des entre­prises éta­su­niennes pré­sentes dans l’UE) puissent exi­ger des com­pen­sa­tions auprès d’une juri­dic­tion d’exception alors que les inves­tis­seurs natio­naux devront aller devant les juri­dic­tions nationales.

Par ailleurs, le Conseil s’est décla­ré incom­pé­tent pour exa­mi­ner la com­pa­ti­bi­li­té du CETA avec les trai­tés euro­péens aux­quels la France est par­tie, en se réfé­rant à la récente déci­sion de la CJUE sur l’accord UE – Sin­ga­pour du 16 mai 2017. Il appar­tient donc désor­mais au gou­ver­ne­ment fran­çais d’interroger le juge euro­péen sur ces points pour lever tous les doutes juri­diques qui persistent.

Pour la FNH, l’Institut Veblen et food­watch : « La déci­sion du Conseil Consti­tu­tion­nel est incom­pré­hen­sible. Elle s’avère très super­fi­cielle et fait pri­mer l’objectif de pro­mo­tion des inves­tis­se­ments et des échanges com­mer­ciaux sur le prin­cipe d’égalité devant la loi et les condi­tions essen­tielles d’exercice de la souveraineté. »

« Elle est d’autant plus regret­table que le CETA consti­tue un accord dont la por­tée est dou­ble­ment his­to­rique ; de par le poids du par­te­naire com­mer­cial concer­né et l’ampleur des dis­po­si­tions pré­vues. Il est par ailleurs pré­sen­té comme un accord exem­plaire qui pré­fi­gure d’autres accords à venir comme celui que l’UE est en train de fina­li­ser avec le Japon (JEFTA). S’il crai­gnait à ce titre que la por­tée poli­tique d’une cen­sure puisse avoir des réper­cus­sions sur l’ensemble des accords exis­tants et en pré­pa­ra­tion, le Conseil aurait au moins pu émettre des réserves d’interprétation. »

La pro­cé­dure enfin pose ques­tion. Le Conseil avait annon­cé en mars qu’il mène­rait des audi­tions pour mener à bien sa mis­sion. Mais au-delà de la liste des auteurs des portes étroites trans­mises au Conseil qui a été ren­due publique, celle des per­sonnes audi­tion­nées reste un mys­tère. L’Institut Veblen, food­watch et la FNH avaient écrit au Conseil pour deman­der à être enten­dus ain­si que cer­tains juristes avec les­quels les trois orga­ni­sa­tions avaient tra­vaillé. Le Conseil n’a même pas jugé utile d’accuser récep­tion de ce courrier.

Le CETA n’est pas pour autant rati­fié. La FNH, l’Institut Veblen et food­watch réitèrent leur demande à la France de refu­ser l’entrée en appli­ca­tion pro­vi­soire du CETA, tant que des doutes juri­diques per­sistent et que les Par­le­men­taires fran­çais n’ont pas été consultés.

Contacts presse :
Mathilde Dupré, Ins­ti­tut Veblen, [email protected], 06 77 70 49 55
Karine Jac­que­mart, direc­trice, food­watch France, [email protected], 06 68 87 04 04
Samuel Leré, FNH, [email protected]„ 06 87 41 16 03

Note aux rédactions :

(1) Domi­nique Rous­seau est pro­fes­seur de droit consti­tu­tion­nel à l’École de droit de la Sor­bonne, Uni­ver­si­té Paris 1 Pan­­théon-Sor­­bonne, ancien membre du Conseil supé­rieur de la magis­tra­ture de 2002 à 2006. Ses recherches portent prin­ci­pa­le­ment sur le conten­tieux consti­tu­tion­nel et la notion de démocratie.

Éve­lyne Lagrange est pro­fes­seure de droit public à l’école de droit de la Sor­bonne, Uni­ver­si­té Paris 1 Pan­­théon-Sor­­bonne et direc­trice du Mas­ter recherche Droit inter­na­tio­nal public et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales dans cette uni­ver­si­té. Ses recherches portent notam­ment sur les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et les rap­ports entre droit interne et droit inter­na­tio­nal. Elle est l’auteur d’une étude sur l’application des accords rela­tifs aux inves­tis­se­ments dans les ordres juri­diques internes à paraître dans l’ouvrage diri­gé par S. Cuen­det, Droit des inves­tis­se­ments étran­gers, Lar­cier, 2017.

Lau­rence Dubin est pro­fes­seure de droit public à l’Université Paris 8 Saint-Denis et direc­trice du labo­ra­toire de recherche juri­dique Forces du droit. Ses recherches portent notam­ment sur le droit inter­na­tio­nal des échanges.

(2) Voir notre ana­lyse sur la por­tée de l’instrument inter­pré­ta­tif conjoint et des décla­ra­tions annexes émises par les ins­ti­tu­tions euro­péennes et les états membres.

Source : Ins­ti­tut Veblen, http://www.veblen-institute.org/CETA-Le-Conseil-Constitutionnel-sacrifie-la-democratie-les-citoyens-et‑l.html

(Mer­ci à Oli­vier Ber­ruyer qui vient de signa­ler ce lien.)


Mon com­men­taire :

Cette nou­velle tra­hi­son de l’in­té­rêt géné­ral par le pré­ten­du « Conseil consti­tu­tion­nel » s’ex­plique en cher­chant sa cause première :

Ayant (pour l’ins­tant) tou­jours démis­sion­né du pro­ces­sus consti­tuant, nous n’a­vons ni Consti­tu­tion, ni Repré­sen­tants, ni Conseil consti­tu­tion­nel dignes de ce nom.

Le pré­ten­du « Conseil consti­tu­tion­nel » est un ramas­sis de vieux gri­gous, cor­rom­pus comme les autres jus­qu’à la moelle, notam­ment par la (très dis­crète mais très nui­sible) AFEP.

Voyez ceci :


Quand le Conseil constitutionnel se fait le gardien des intérêts des grandes entreprises

Garant de la confor­mi­té des lois avec la Consti­tu­tion, le Conseil consti­tu­tion­nel est cen­sé rendre des déci­sions sou­ve­raines, imper­méables aux ten­ta­tives d’influence exté­rieures comme aux inté­rêts par­ti­cu­liers. Qu’en est-il dans les faits ? La cen­sure par les Sages, ces der­nières années, de nom­breuses mesures légis­la­tives a prio­ri béné­fiques à l’intérêt géné­ral, en matière fis­cale ou de trans­pa­rence des acti­vi­tés des mul­ti­na­tio­nales, com­mence à atti­rer l’attention. La proxi­mi­té de cette ins­tance avec de grands lob­bies éco­no­miques et l’opacité de son mode de fonc­tion­ne­ment, sus­citent la cri­tique. Au point qu’une réforme de ce pilier du sys­tème démo­cra­tique semble aus­si urgente que nécessaire.

Le 21 février, la loi sur le devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales [1] est défi­ni­ti­ve­ment adop­tée par les dépu­tés fran­çais. Elle vise à com­bler ce qui était jusque-là une lacune béante du droit face à la mon­dia­li­sa­tion : l’impossibilité de pour­suivre une mul­ti­na­tio­nale pour des atteintes graves aux droits humains ou à l’environnement occa­sion­nées par leurs filiales ou leur chaîne de sous-trai­­tance. Cette nou­velle légis­la­tion sus­cite déjà un grand inté­rêt au-delà de nos fron­tières, et les par­le­men­taires et asso­cia­tions qui l’ont por­tée en France se pré­parent à mener la bataille au niveau euro­péen. Pro­po­sée dès 2012, elle n’a été défi­ni­ti­ve­ment adop­tée que quatre ans plus tard, en troi­sième lec­ture, l’avant-dernier jour de la légis­la­ture, au terme d’une labo­rieuse pro­cé­dure, et mal­gré un contre-lob­­bying achar­né des milieux patronaux.

« L’Afep à tous les tournants »

Pour autant, la cause est-elle vrai­ment enten­due ? Un der­nier obs­tacle au moins se pro­file : le Conseil consti­tu­tion­nel. Celui-ci a immé­dia­te­ment été sai­si, à la fois par les dépu­tés et par les séna­teurs de droite, avec une argu­men­ta­tion très simi­laire. Lors du der­nier pas­sage de la pro­po­si­tion de loi devant le Sénat, ces der­niers avaient déjà voté une motion d’irrecevabilité au motif que le texte serait contraire à la Consti­tu­tion : trop large et trop impré­cis, trop puni­tif, trop stig­ma­ti­sant, ou encore abu­sant du concept de res­pon­sa­bi­li­té juri­dique [2]. Un argu­men­taire qui a été direc­te­ment éla­bo­ré, dès 2013, par le lob­by char­gé de coor­don­ner l’opposition patro­nale à la pro­po­si­tion de loi : l’Association fran­çaise des entre­prises pri­vées (AFEP), qui regroupe les plus grands groupes français.

« Nous avons trou­vé l’Afep à tous les tour­nants, témoigne un repré­sen­tant d’ONG. Ils ont mobi­li­sé une armée de juristes pour démon­ter notre pro­po­si­tion de loi auprès de Ber­cy. » Ils ont convain­cu Emma­nuel Macron, alors ministre de l’Économie, de refu­ser une pre­mière ver­sion de la loi, au motif qu’elle était « aux anti­podes des grands prin­cipes juri­diques qui gou­vernent notre pays, y com­pris consti­tu­tion­nels » [3]. Puis ils se sont atta­qués à la seconde ver­sion de la loi, celle qui a été fina­le­ment adop­tée, tou­jours sous le même angle. Cette même ligne d’attaque est aujourd’hui por­tée direc­te­ment devant le Conseil consti­tu­tion­nel, pré­si­dé depuis février 2016 par Laurent Fabius, qui a suc­cé­dé à Jean-Louis Debré.

Précédents inquiétants

Les dépu­tés et mili­tants asso­cia­tifs qui ont por­té la loi contre vents et marées ne cachent pas leur ner­vo­si­té. Et on peut les com­prendre, à consi­dé­rer plu­sieurs déci­sions récentes du Conseil consti­tu­tion­nel. Dans les der­nières semaines de l’année 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aus­si d’anciens poli­tiques comme Lio­nel Jos­pin, Michel Cha­rasse et Valé­ry Gis­card d’Estaing [4] – ont cen­su­ré deux dis­po­si­tions adop­tées par les dépu­tés pour lut­ter contre l’évasion fis­cale des mul­ti­na­tio­nales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », pré­sen­té par le socia­liste Yann Galut, qui visait à per­mettre au fisc de taxer les géants du net pour les pro­fits réa­li­sés en France mais redi­ri­gés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxem­bourg. Le Conseil a jugé qu’il por­tait atteinte au prin­cipe d’égalité devant la loi.

Autre mesure cen­su­rée : le repor­ting public pays par pays, qui aurait contraint les mul­ti­na­tio­nales fran­çaises à publier des infor­ma­tions com­plètes sur leurs filiales, y com­pris leurs effec­tifs, leur chiffre d’affaires, leurs béné­fices et les impôts acquit­tés. La dis­po­si­tion aurait per­mis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fis­cal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuel­le­ment envi­sa­gée au niveau euro­péen. Le Conseil consti­tu­tion­nel a jugé qu’elle était contraire à la « liber­té d’entreprendre », au motif qu’elle for­çait les firmes fran­çaises à dévoi­ler des infor­ma­tions stra­té­giques dont pour­raient pro­fi­ter leurs concur­rentes. Un argu­ment que l’on trou­vait déjà sous la plume de l’Afep, qui avait déjà mené la fronde des inté­rêts patronaux.

Au nom de la « liberté d’entreprendre »

C’est en fait l’ensemble du quin­quen­nat qui a été mar­qué par des cen­sures consti­tu­tion­nelles ciblant des mesures emblé­ma­tiques ini­tiées par Fran­çois Hol­lande ou par les par­le­men­taires de la majo­ri­té. Et tout par­ti­cu­liè­re­ment en matière fis­cale. Par exemple, la pro­po­si­tion de taxer les très hauts reve­nus à 75% sur la der­nière tranche, reto­quée dès décembre 2012. Ou encore la loi Flo­range de 2014, cen­sée mettre fin aux « licen­cie­ments bour­siers » en impo­sant des péna­li­tés aux entre­prises qui fer­me­raient des sites ren­tables. Le Conseil a cen­su­ré cette dis­po­si­tion en l’estimant ici encore contraire« à la liber­té d’entreprendre et au droit de pro­prié­té », parce que cela aurait pri­vé « l’entreprise de sa capa­ci­té d’anticiper des dif­fi­cul­tés et de pro­cé­der à des arbi­trages éco­no­miques ».

Le Conseil consti­tu­tion­nel aurait-il ten­dance à se poser en gar­dien des inté­rêts des entre­prises, notam­ment contre les ten­ta­tives de régu­la­tion visant à répondre à la nou­velle réa­li­té carac­té­ri­sée par la finan­cia­ri­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion des éco­no­mies ? Une grande par­tie du droit qui régit aujourd’hui le monde des affaires et ses rela­tions avec le poli­tique date de plu­sieurs décen­nies, par­fois de plus d’un siècle. Il a donc été conçu pour des condi­tions éco­no­miques et sociales radi­ca­le­ment dif­fé­rentes. Les grands groupes savent en jouer à mer­veille. Refu­ser l’évolution néces­saire du droit au nom d’une inter­pré­ta­tion extrê­me­ment conser­va­trice de grands prin­cipes consti­tu­tion­nels revient à leur lais­ser le champ libre.

Un haut lieu de lobbying

Loin de son image – et de son sta­tut théo­rique – de juge imper­méable aux pres­sions exté­rieures, le Conseil consti­tu­tion­nel est en fait un haut lieu du lob­bying. Selon une enquête de Mathilde Mathieu pourMedia­part, celui-ci a pris de plus en plus d’importance. Il se tra­duit notam­ment par la pra­tique des « PORTES ÉTROITES », des contri­bu­tions infor­melles envoyées au Conseil pour ten­ter d’influencer sa déci­sion, qui res­tent secrètes et ne sont com­mu­ni­quées ni aux par­le­men­taires, ni même au gou­ver­ne­ment. Ces contri­bu­tions sont com­man­dées à d’éminents pro­fes­seurs de droit consti­tu­tion­nel ou à des cabi­nets d’avocats spé­cia­li­sés, moyen­nant rému­né­ra­tion de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’euros [5], pour défendre le point de vue des entre­prises ou d’autres lob­bys auprès du Conseil. Selon nos infor­ma­tions, dès le len­de­main de la sai­sine du Conseil sur le devoir de vigi­lance, le Medef a déjà dépo­sé une porte étroite sur le sujet.

Selon des chiffres four­nis par Jean-Louis Debré lui-même lorsqu’il était encore pré­sident du Conseil, un total de 47 portes étroites auraient été dépo­sées au cours de l’année 2014. Puis en 2015, on en dénombre 21 sur la seule loi sur le ren­sei­gne­ment, et 24 sur la loi Macron. L’Afep est une grande habi­tuée de cette pra­tique. D’après les maigres infor­ma­tions dis­po­nibles, elle y a déjà recou­ru au début des années 2000 pour faire cen­su­rer un pro­jet d’écotaxe, grâce à la plume de Guy Car­cas­sonne, un pres­ti­gieux consti­tu­tion­na­liste rocar­dien. En 2013, elle lui a à nou­veau com­man­dé une « porte étroite » visant à dénon­cer le carac­tère « confis­ca­toire » de la fis­ca­li­té pesant sur les entre­prises [6].

En toute opacité

Au-delà de ces notes dis­crètes, les ren­contres infor­melles entre cer­tains membres du Conseil consti­tu­tion­nel et des repré­sen­tants des entre­prises semblent éga­le­ment deve­nues mon­naie cou­rante. Dans un livre publié suite à son départ de la rue de Mont­pen­sier [7], Jean-Louis Debré évoque ouver­te­ment des ren­­dez-vous régu­liers avec le patron du Medef ou des groupes de grands patrons, où sont notam­ment évo­quées les ques­tions de fis­ca­li­té. « Nous atten­dons beau­coup du Conseil, aurait décla­ré Pierre Gat­taz à l’une de ces occa­sions. Nous n’avons pas été déçus par vos déci­sions précédentes. »

Le lob­bying auprès du Conseil consti­tu­tion­nel est moins média­ti­sé que celui exer­cé sur les par­le­men­taires, mais il s’avère tout aus­si redou­table. Le rap­port de forces y est même beau­coup plus inégal qu’à l’Assemblée ou au Sénat : asso­cia­tions ou simples citoyens n’ont tout sim­ple­ment pas les moyens de se payer l’expertise de consti­tu­tion­na­listes, et ne béné­fi­cient pas des mêmes voies d’accès pri­vi­lé­giées. Le pro­ces­sus est en outre très peu enca­dré, d’une opa­ci­té qua­­si-totale [8]. Socié­té civile et par­le­men­taires en sont exclus. Ni les déli­bé­ra­tions ni les portes étroites ne sont ren­dues publiques. Enfin, la pra­tique des portes étroites est contraire à tous les prin­cipes d’un débat contra­dic­toire, puisque le gou­ver­ne­ment n’en a pas connais­sance et ne peut donc y répondre.

Le rôle crois­sant des sai­sines du Conseil consti­tu­tion­nel per­met aus­si toutes les hypo­cri­sies. Le dépu­té socia­liste Domi­nique Potier, l’un des fers de lance de la loi sur le devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales, a vu quelques jours aupa­ra­vant une autre de ses pro­po­si­tions de loi, surl’accaparement des terres, réfé­rée au Conseil consti­tu­tion­nel par soixante par­le­men­taires de l’opposition. Le texte a pour­tant été adop­té à l’unanimité en séance. Plus déran­geant encore : par­le­men­taires et socié­té civile étant tenus à l’écart du pro­ces­sus, il revient aux seuls repré­sen­tants de l’exécutif de défendre les lois devant les Sages. Mais cer­tains ser­vices minis­té­riels, par­ti­cu­liè­re­ment du côté de Ber­cy, ne sont pas tou­jours très enthou­siastes à défendre des légis­la­tions ini­tiées par les poli­tiques. De quoi cou­ler une loi, en toute discrétion.

Une nécessaire réformes des procédures

En février 2016, Laurent Fabius rem­place Jean-Louis Debré à la pré­si­dence du Conseil. Depuis cette date, et pour la pre­mière fois depuis long­temps, cinq juges sur neuf ont été choi­sis par la gauche [9]. Cela ne semble pas avoir chan­gé le rap­port de force. Cer­taines voix s’élèvent cepen­dant pour deman­der davan­tage de trans­pa­rence sur les portes étroites, voire une mise à plat com­plète de la pro­cé­dure et des moyens mis à dis­po­si­tion du Conseil, pour évo­luer vers un modèle proche de la pro­cé­dure publique et contra­dic­toire de la Cour suprême amé­ri­caine. D’autres vou­draient un contrôle plus strict des éven­tuels conflits d’intérêts des membres de la juri­dic­tion. En vain.

Récem­ment, le Conseil consti­tu­tion­nel a une nou­velle fois mon­tré son conser­va­tisme en matière d’encadrement du lob­bying et des conflits d’intérêts. Plu­sieurs dis­po­si­tions de la loi Sapin 2 sur la trans­pa­rence et la lutte contre la cor­rup­tion n ont ain­si fait les frais : les Sages ont esti­mé que les hauts fonc­tion­naires sou­hai­tant pas­ser dans le sec­teur pri­vé ne devaient pas être obli­gés de sol­li­ci­ter l’avis de la Haute auto­ri­té pour la trans­pa­rence de la vie publique ; ils se sont éga­le­ment oppo­sé aux sanc­tions contre les lob­byistes qui ne res­pec­te­raient pas les obli­ga­tions liées aux registres impo­sant un mini­mum de trans­pa­rence de leurs acti­vi­tés à l’Assemblée ou au Sénat ; et ont cen­su­ré la dis­po­si­tion pré­voyant une aide finan­cière aux lan­ceurs d’alerte.

Pour les ONG, deux poids deux mesures ?

Certes, les asso­cia­tions et la socié­té civile ont elles aus­si la pos­si­bi­li­té de faire pas­ser aux membres du Conseil leurs propres « portes étroites » – ce qu’elles font géné­ra­le­ment de manière publique. Les asso­cia­tions de défense des migrants l’ont fait pen­dant la pré­si­dence Sar­ko­zy. La Qua­dra­ture du Net, French Data Net­work et la Fédé­ra­tion des four­nis­seurs d’accès à Inter­net asso­cia­tifs y ont pro­cé­dé pour la loi Ren­sei­gne­ment. Plus récem­ment, plu­sieurs dizaines de par­le­men­taires ont sai­si le Conseil, encou­ra­gés par col­lec­tif d’associations, pour qu’il se penche sur la consti­tu­tion­na­li­té du Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union euro­péenne et le Cana­da. Ils accusent celui-ci de por­ter atteinte aux « condi­tions essen­tielles d’exercice de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale », notam­ment en rai­son des méca­nismes d’arbitrage inter­na­tio­nal inves­­tis­­seurs-États qu’il inclut.

Pour cette sai­sine inédite, ils ont sol­li­ci­té trois pro­fes­seurs de droit consti­tu­tion­nel. Les asso­cia­tions qui défendent la loi sur le devoir de vigi­lance réflé­chissent à une démarche simi­laire. Mais rien, dans la pro­cé­dure actuelle, ne leur garan­tit que ces contri­bu­tions seront effec­ti­ve­ment lues et prises en compte, et qu’elles ne par­ti­ront pas direc­te­ment à la pou­belle. C’est bien pour cela que la signa­ture d’un émi­nent consti­tu­tion­na­liste, plus à même d’attirer l’attention des Sages, est si utile, et qu’elle se mon­naie si cher.

La justice sociale et fiscale plutôt que les privilèges des multinationales

Prin­cipe de léga­li­té, de pro­por­tion­na­li­té et de néces­si­té des peines, prin­cipe de clar­té de la loi, prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té… Les oppo­sants au devoir de vigi­lance des mul­ti­na­tio­nales ont mul­ti­plié les argu­ments juri­diques pour convaincre les par­le­men­taires, et désor­mais les Sages, de l’inconstitutionnalité de la loi. Mais l’expérience pas­sée montre que c’est sans doute aux argu­ments éco­no­miques que le Conseil consti­tu­tion­nel est le plus sen­sible. S’il a cen­su­ré le repor­ting pays par pays et la loi Flo­range, c’est au nom du droit de pro­prié­té, de la liber­té d’entreprendre et du secret des affaires.

Offi­ciel­le­ment, le rôle du Conseil consti­tu­tion­nel est de pré­ve­nir les atteintes exces­sives à ces grands prin­cipes éco­no­miques par le légis­la­teur. Mais les Sages dis­posent d’une grande lati­tude pour déci­der du bon équi­libre entre inté­rêts éco­no­miques et inté­rêt géné­ral. Ils décident seuls, sans rendre de comptes à per­sonne. Ces der­nières années, ils semblent avoir sou­vent fait pri­mer la défense de l’ordre éco­no­mique éta­bli, et donc des pri­vi­lèges des mul­ti­na­tio­nales, sur les objec­tifs de jus­tice sociale et fis­cale. Pour­tant, la pos­si­bi­li­té de réduire à néant, en quelques semaines, des années d’effort pour faire adop­ter une loi finit par vider le tra­vail par­le­men­taire de son sens et, en der­nière ins­tance, va à l’encontre des prin­cipes démo­cra­tiques les plus élémentaires.

En ciblant effi­ca­ce­ment le Conseil consti­tu­tion­nel, les lob­bys patro­naux auraient ain­si réus­si à ini­tier en France, à l’abri des regards, la même ten­dance à la « consti­tu­tion­na­li­sa­tion » de l’ordre éco­no­mique néo­li­bé­ral que l’on observe dans d’autres pays, comme l’Allemagne, sans même avoir à modi­fier le texte de la Consti­tu­tion. Ceux qui cherchent à défendre une vision alter­na­tive devraient com­men­cer à y prê­ter attention.

Oli­vier Petitjean

— 
Pho­to : bureau du Pré­sident du Conseil constitutionnel

[1Pré­ci­sé­ment, « Loi rela­tive au devoir de vigi­lance des socié­tés mères et des entre­prises don­neuses d’ordre ».

[2Voir par­mi les exemples récents ces tri­bunes de juristes dans Le Monde et dansLes Échos.

[3For­mu­la­tion d’une lettre de Pierre Prin­guet, pré­sident de l’Afep, à Emma­nuel Macron, publiée par Contexte.

[4Ce der­nier siège de droit en tant qu’ancien Pré­sident de la Répu­blique, ce qui porte le nombre de membres du Conseil consti­tu­tion­nel à dix. Jacques Chi­rac et Nico­las Sar­ko­zy ont tous deux renon­cé à leur siège.

[5Entre 20 000 et 100 000, selon l’enquête citée de Media­part.

[6Guy Car­cas­sonne est décé­dé le 27 mai 2013.

[7Ce que je ne pou­vais pas dire, Robert Laf­font, 2016.

[8Le contraste est frap­pant avec la pro­cé­dure qui gou­verne l’examen des Ques­tions prio­ri­taires de consti­tu­tion­na­li­té (QPC), intro­duite en 2008, qui est beau­coup plus trans­pa­rente et contradictoire.

[9Nom­més pour neuf ans, les membres du Conseil sont dési­gnés de la manière sui­vante : trois, dont le pré­sident, par l’Élysée, trois par le pré­sident de l’Assemblée natio­nale, et trois par celui du Sénat.

Source : Obser­va­toire des mul­ti­na­tio­nales, http://​mul​ti​na​tio​nales​.org/​Q​u​a​n​d​–​l​e​–​C​o​n​s​e​i​l​–​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​n​e​l​–​s​e​–​f​a​i​t​–​l​e​–​g​a​r​d​i​e​n​–​d​e​s​–​i​n​t​e​r​e​t​s​–​d​e​s​–​g​r​a​n​des

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[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

Pas­sion­nant Franck Lepage.
Mes­sages essentiels.
On ne s’en lasse pas.
Pre­nez le temps.
Ne ratez pas ça.

inter­view Franck Lepage, Bour­gueil 2017-05-13 from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – par­tie 1 (Bour­gueil) from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – par­tie 2 (Bour­gueil) from Sky­Shot video­shop on Vimeo.

Pour suivre l’ac­ti­vi­té de L’ARDEUR et les dif­fé­rentes confé­rences ges­ti­cu­lées : http://​www​.ardeur​.net


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[Éducation populaire ; communication non violente ; économie collaborative] Ce collectif a inventé UN MONOPOLY ANTICAPITALISTE : le COMMONSPOLY

httpv://youtu.be/oUMU9YBaaik

Réunis lors d’un hack­camp, un groupe de fer­vents défen­seurs des biens com­muns a détour­né le Mono­po­ly. Ils en ont fait un jeu d’en­traide où il faut coopé­rer pour gagner. Ils sont en réa­li­té tout sim­ple­ment reve­nus aux ori­gines du jeu, bien dif­fé­rentes de sa ver­sion actuelle.

La ver­sion fran­çaise COMMONSPOLY est dis­po­nible en télé­char­ge­ment ici :
http://​wiki​.remix​the​com​mons​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​t​i​t​l​e​=​C​o​m​m​o​n​s​p​oly

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Un nouvel algorithme de Google limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche

[Capi­ta­lisme = fas­cisme en puis­sance, dès que les esclaves se rebiffent]

[État poli­cier en marche]

L’é­vo­lu­tion fas­ci­sante de dépo­li­ti­sa­tion des déci­sions publiques se confirme chaque jour davan­tage. Voyez cette alerte publiée sur le site Le Grand Soir.


Andre Damon et Niles Niemuth

Au cours des trois mois écou­lés depuis que le mono­pole des moteurs de recherches sur Inter­net, Google, a annon­cé qu’il fal­lait empê­cher les uti­li­sa­teurs d’accéder à de « fausses nou­velles » (fake news), le clas­se­ment mon­dial du tra­fic d’une large gamme d’organisations de gauche, pro­gres­sistes, anti-guerre et démo­cra­tiques a consi­dé­ra­ble­ment diminué.

Le 25 avril 2017, Google a annon­cé qu’il avait mis en place des modi­fi­ca­tions de son ser­vice de recherche pour rendre plus dif­fi­cile pour les usa­gers d’accéder à ce qu’il appe­lait des infor­ma­tions « de mau­vaise qua­li­té » telles que les « théo­ries du com­plot » et les « fausses nouvelles ».

La socié­té a décla­ré dans un article de blogue que l’objectif cen­tral de la modi­fi­ca­tion de son algo­rithme de recherche était de don­ner au géant des recherches un plus grand contrôle dans l’identification du conte­nu jugé répré­hen­sible par ses direc­tives. Il a décla­ré qu’il avait « amé­lio­ré nos méthodes d’évaluation et effec­tué des mises à jour algo­rith­miques » afin de « conte­nir un conte­nu plus autorisé ».

Google a pour­sui­vi : « Le mois der­nier, nous avons mis à jour nos lignes direc­trices sur la qua­li­té de la recherche (Search Qua­li­ty Rater Gui­de­lines) pour four­nir des exemples plus détaillés de pages Web de mau­vaise qua­li­té pour que les éva­lua­teurs puissent les signa­ler de manière appro­priée ». Ces modé­ra­teurs sont invi­tés à signa­ler « les expé­riences qui pour­raient per­tur­ber des usa­gers », y com­pris les pages qui pré­sentent de « théo­ries du com­plot », sauf si « la requête indique clai­re­ment que l’usager recherche un autre point de vue ».

Google n’explique pas pré­ci­sé­ment ce qu’il entend par le terme « théo­rie du com­plot ». En uti­li­sant la caté­go­rie large et amorphe des « fausses nou­velles », l’objectif du chan­ge­ment dans le sys­tème de recherche de Google est de res­treindre l’accès à des sites Web pré­sen­tant des opi­nions dif­fé­rentes, dont la cou­ver­ture et l’interprétation des évé­ne­ments s’opposent à celles des médias de l’establishment tels que le New York Times et le Washing­ton Post.

En signa­lant le conte­nu de telle sorte qu’il n’apparaît pas dans les pre­mières une ou deux pages d’un résul­tat de recherche, Google est capable de blo­quer effi­ca­ce­ment l’accès des usa­gers à celui-ci. Étant don­né qu’une grande par­tie du tra­fic sur le Web est influen­cée par les résul­tats de recherche, Google peut dis­si­mu­ler ou enter­rer effi­ca­ce­ment le conte­nu auquel il s’oppose, grâce à la mani­pu­la­tion des clas­se­ments des recherches.

Le mois der­nier, la Com­mis­sion euro­péenne a impo­sé une amende de 2,7 mil­liards de dol­lars à la socié­té pour avoir mani­pu­lé les résul­tats des recherches pour orien­ter les usa­gers de manière inap­pro­priée vers son propre ser­vice de com­pa­rai­son, Google Shop­ping. Main­te­nant, il semble que Google uti­lise ces méthodes cri­mi­nelles pour empê­cher les uti­li­sa­teurs d’accéder aux points de vue poli­tiques que l’entreprise consi­dère comme répréhensibles.

Le World Socia­list Web Site fait par­tie des cibles des nou­velles « méthodes d’évaluation » de Google. En avril 2017, 422 460 visites au WSWS venaient de recherches Google, ce chiffre a chu­té à envi­ron 120 000 ce mois-ci, soit une baisse de plus de 70 pour cent.

Même si l’on uti­lise des termes de recherche tels que « socia­liste » et « socia­lisme », les lec­teurs nous ont infor­més qu’il leur était de plus en plus dif­fi­cile de loca­li­ser le World Socia­list Web Site dans les recherches de Google.

Les réfé­rences des recherches de Google vers le WSWS ont dimi­nué d’environ 70 pour cent

Selon le ser­vice d’outils pour les web­mestres de Google, le nombre de recherches qui ont per­mis aux usa­gers de voir le conte­nu du World Socia­list Web Site (c’est-à-dire un article WSWS appa­ru dans une recherche Google) est pas­sé de 467 890 par jour à 138 275 au cours des trois der­niers mois. La posi­tion moyenne des articles dans les recherches, entre-temps, est pas­sée de 15,9 à 37,2 au cours de la même période.

David North, pré­sident du Conseil de rédac­tion inter­na­tio­nal du WSWS, a décla­ré que Google était enga­gé dans la cen­sure politique.

« Le World Socia­list Web Site existe depuis près de 20 ans », a‑t‑il décla­ré, « et il a déve­lop­pé un large public inter­na­tio­nal. Au cours du prin­temps der­nier, le nombre de visites indi­vi­duelles au WSWS par mois dépas­sait 900 000 ».

« Alors qu’un pour­cen­tage signi­fi­ca­tif de nos lec­teurs se rends direc­te­ment sur le WSWS, de nom­breux inter­nautes accèdent au site via des moteurs de recherche, dont Google est le plus uti­li­sé. Il n’y a pas d’explication inno­cente pour la chute extra­or­di­nai­re­ment forte du lec­to­rat, pra­ti­que­ment du jour au len­de­main, en pro­ve­nance des recherches Google ».

« L’affirmation de Google selon laquelle il pro­tège ses lec­teurs contre les « fausses nou­velles » est un men­songe poli­tique. Google, un mono­pole mas­sif, avec les liens les plus étroits avec les agences de l’état et du ren­sei­gne­ment, bloque l’accès au WSWS et à d’autres sites Web pro­gres­sistes et de gauche grâce à un sys­tème de recherches biaisé ».

Au cours des trois mois écou­lés depuis que Google a mis en œuvre les modi­fi­ca­tions appor­tées à son moteur de recherche, moins de per­sonnes ont eu accès aux sites d’information de gauche et anti-guerre. Sur la base des infor­ma­tions dis­po­nibles sur les ana­lyses d’Alexa, d’autres sites qui ont subi des baisses dans le clas­se­ment incluent Wiki­Leaks, Alter­net, Coun­ter­punch, Glo­bal Research, Consor­tium News et Tru­thout. Même les groupes de défense des droits démo­cra­tiques tels que l’Union amé­ri­caine pour des liber­tés civiles et Amnes­ty Inter­na­tio­nal semblent avoir été touchés.

Un large éven­tail de sites de gauche, pro­gres­sistes, et anti-guerre ont vu dimi­nuer leur rang dans les pal­ma­rès du tra­fic au cours des der­niers mois

Selon Google Trends, le terme « fausses nou­velles » a qua­dru­plé en popu­la­ri­té au début de novembre, à l’époque des élec­tions amé­ri­caines, alors que les démo­crates, les médias et les agences de ren­sei­gne­ment cher­chaient leur impu­ter la res­pon­sa­bi­li­té de la vic­toire élec­to­rale de Donald Trump sur Hil­la­ry Clinton.

Le 14 novembre, le New York Times a pro­cla­mé que Google et Face­book « ont fait face à de nom­breuses cri­tiques sur les fausses nou­velles sur leurs sites qui ont influen­cé le résul­tat des élec­tions pré­si­den­tielles » et qu’ils pren­draient des mesures pour lut­ter contre les « fausses nouvelles ».

Dix jours plus tard, le Washing­ton Post a publié un article inti­tu­lé « L’effort de pro­pa­gande russe a contri­bué à dif­fu­ser de “fausses nou­velles” lors des élec­tions, disent les experts », qui ont cité un groupe ano­nyme appe­lé Pro­pOr­Not qui a com­pi­lé une liste de « fausses nou­velles » dif­fu­sant « la pro­pa­gande russe ».

La liste com­pre­nait plu­sieurs sites clas­sés par le groupe comme « de gauche ». De manière signi­fi­ca­tive, il a ciblé glo​bal​re​search​.ca, qui repro­duit sou­vent des articles du World Socia­list Web Site.

Après des cri­tiques très répan­dues sur ce qui n’était pra­ti­que­ment rien d’autre qu’une liste noire de sites anti-guerre et anti-éta­­blis­­se­­ment, le Washing­ton Post a été obli­gé de publier une rétrac­ta­tion, en décla­rant : « Le Post, qui n’a nom­mé aucun de ces sites, n’apporte aucune garan­tie quant à la vali­di­té des résul­tats de PropOrNot. »

Le 7 avril, Bloom­berg News a rap­por­té que Google tra­vaillait direc­te­ment avec le Washing­ton Post et le New York Times pour « véri­fier les articles » et éli­mi­ner les « fausses nou­velles ». Ceci a été sui­vi par la nou­velle métho­do­lo­gie de recherche de Google.

Trois mois plus tard, sur les 17 sites décla­rés « fausses nou­velles » par la liste noire dis­cu­tée du Washing­ton Post, 14 avaient leur clas­se­ment mon­dial en baisse. Le déclin moyen de la por­tée mon­diale de tous ces sites est de 25 pour cent, et cer­tains sites ont vu leur por­tée mon­diale des­cendre de près de 60 pour cent.

« Les actions de Google consti­tuent de la cen­sure poli­tique et sont une attaque fla­grante contre la liber­té d’expression », a décla­ré North. « À un moment où la méfiance du public envers les médias de l’establishment est répan­due, cette entre­prise géante exploite sa posi­tion de mono­pole pour res­treindre l’accès du public à un large éven­tail de nou­velles et d’analyses critiques ».

Andre Damon et Niles Niemuth

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POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE ET IMPUNIE : les députés violent toutes leurs grandes promesses de moralisation, pendant les vacances, en traîtres

Phi­lippe Pas­cot est fou de rage : la pré­ten­due « loi de mora­li­sa­tion » de la vie publique est une escro­que­rie poli­ti­cienne (une de plus) : tout ce qui était impor­tant a dis­pa­ru du pro­jet pro­mis pour être élu, toutes les grandes pro­messes vio­lées pen­dant les vacances, en traître. C’est une honte, l’ab­jec­tion poli­ti­cienne chi­mi­que­ment pure. Avec le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres par­mi des can­di­dats qu’on peut aider), LES PIRES GOUVERNENT (pré­dic­tion d’A­lain, Émile Chartier).

httpv://youtu.be/ZQoRt0FkIfk

Il n’y a plus que la France insou­mise pour nous défendre dans cette assem­blée de gredins.

Mer­ci Phi­lippe, tu es un citoyen digne de ce nom : vigi­lant et cou­ra­geux. MERCI, hon­neur à toi.

#cenest­pa­saux­hom­me­sau­pou­voir­dé­cri­re­les­rè­gles­du­pou­voir

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History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz (source : les​-crises​.fr)

Encore un bon papier, tra­duit par l’in­dis­pen­sable (et quo­ti­dien) les​-crises​.fr :

History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz

Pho­to : Avec l’aimable auto­ri­sa­tion de HISTORY

CHUCK GRASSLEY, un séna­teur répu­bli­cain de l’Iowa, est connu sur Twit­ter pour expri­mer son désir de voir His­to­ry Chan­nel mon­trer enfin un peu d’Histoire. Voi­ci deux de ses nom­breux tweets sur ce sujet :


J’adore l’Histoire. Donc de temps en temps je zappe sur His­to­ry Chan­nel. Quand vont-ils remettre de l’histoire sur cette chaîne, ces tanches ?

— Chuck­Grass­ley (@ChuckGrassley) Februa­ry 26, 2012


De temps en temps je zappe sur His­to­ry Chan­nel en espé­rant voir de l’Histoire. Quand est-ce que His­to­ry Chan­nel aura une bonne grille d’Histoire, à l’ancienne ?

— Chuck­Grass­ley (@ChuckGrassley) Janua­ry 7, 2012

La bonne nou­velle pour Grass­ley, et pour tout le monde, c’est que de dimanche soir à mer­cre­di, His­to­ry Chan­nel dif­fuse une nou­velle série en quatre par­ties inti­tu­lée « La guerre de l’Amérique contre la drogue ». Non seule­ment c’est une contri­bu­tion impor­tante à l’histoire récente amé­ri­caine, mais c’est aus­si la pre­mière fois que la télé­vi­sion US a révé­lé le fond de la véri­té sur l’un des plus impor­tants pro­blèmes des cin­quante der­nières années.

Le fond de la véri­té est : la guerre contre la drogue a tou­jours été une pure comé­die. Depuis des décen­nies le gou­ver­ne­ment fédé­ral s’est lan­cé dans une série d’alliances de com­mo­di­té avec quelques-uns des plus grands car­tels de la drogue dans le monde. Le taux d’incarcération amé­ri­cain a quin­tu­plé depuis la pre­mière décla­ra­tion de guerre à la drogue faite par le pré­sident Richard Nixon en 1971, mais les plus gros dea­lers ont dans le même temps pro­fi­té de la pro­tec­tion des plus hautes ins­tances du pou­voir en Amérique.

D’un côté, cela ne devrait pas être sur­pre­nant. La docu­men­ta­tion volu­mi­neuse de cette réa­li­té dans des dizaines de livres est acces­sible à n’importe qui de curieux pos­sé­dant une carte de bibliothèque

Pour­tant d’une cer­taine façon, bien que les États-Unis n’aient pas de sys­tème for­mel de cen­sure, ce scan­dale monu­men­tal n’a jamais été pré­sen­té de manière com­plète là où la plu­part des Amé­ri­cains vont s’informer : à la télévision.

C’est pour­quoi la série « La guerre de l’Amérique contre la drogue » est un véri­table tour­nant. Nous avons vu récem­ment com­ment des idées qui sem­blaient à un moment tota­le­ment ridi­cules et tabous – par exemple, que l’Église catho­lique ait consciem­ment pro­té­gé des prêtres ayant abu­sé sexuel­le­ment d’enfants, ou que Bill Cos­by n’ait pas été le meilleur choix pour America’s Dad – pou­vaient après des années de silence se his­ser dans la conscience popu­laire et être sui­vies de consé­quences pré­cises et réelles. La série pour­rait être un élé­ment déci­sif pour que la même chose se pro­duise pour l’une des plus cyniques et cruelles poli­tiques de l’histoire des États-Unis.

Un por­trait de l’ancien baron de la drogue Rick Ross dans le docu­men­taire de His­to­ry Chan­nel « America’s War on Drugs ». Pho­to : Avec la cour­toi­sie de History

La série, dont les pro­duc­teurs exé­cu­tifs sont Julian P. Hobbs, Elli Haka­mi et Antho­ny Lap­pé, est un docu­men­taire TV stan­dard, com­bi­nant des inter­views, des images d’archives et des recons­ti­tu­tions dra­ma­tiques. Ce qui n’est pas stan­dard en revanche, c’est l’histoire racon­tée face à la camé­ra par d’anciens agents de la Drug Enfor­ce­ment Admi­nis­tra­tion ain­si que par des jour­na­listes et des tra­fi­quants de drogue en per­sonne. (Un des repor­ters est Ryan Grim, le chef du bureau de l’Intercept à Washing­ton et auteur de « This Is Your Coun­try on Drugs : The Secret His­to­ry of Get­ting High in Ame­ri­ca ». « C’est ton pays au sujet de  la drogue : L’histoire Secrète pour se défon­cer en Amérique ».)

Il n’y a pas de ronds-de-jambe alam­bi­qués pour expli­quer ce qui s’est pas­sé. Le pre­mier épi­sode com­mence avec la voix de Lind­say Moran, un ancien offi­cier clan­des­tin de la CIA, décla­rant : « L’agence était impli­quée jusqu’au cou avec les tra­fi­quants de drogues ».

Richard Strat­ton, tra­fi­quant de mari­jua­na deve­nu écri­vain et pro­duc­teur de télé­vi­sion, explique alors : « La plu­part des Amé­ri­cains seraient pro­fon­dé­ment cho­qués s’ils connais­saient la pro­fon­deur de l’implication pas­sée de la CIA dans le tra­fic inter­na­tio­nal de la drogue ».

Ensuite, le pro­fes­seur de l’université de New York Chris­tian Paren­ti raconte aux télé­spec­ta­teurs : « Depuis son ori­gine la CIA col­la­bore avec les mafias impli­quées dans le tra­fic de drogue dans le but que ces mafias servent l’objectif plus large de la lutte contre le communisme ».

Pen­dant les huit heures sui­vantes, la série plonge à toute vitesse dans l’histoire des plus grands suc­cès du par­te­na­riat du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avec les tra­fi­quants d’héroïne, d’hallucinogènes et de cocaïne. Que ces plus gros suc­cès puissent rem­plir la majeure par­tie de quatre épi­sodes de deux heures montre à quel point l’histoire est extra­or­di­nai­re­ment pro­fonde et hideuse.

Tout d’abord, nous appre­nons que la CIA tra­vaillait avec le chef de la mafia de Flo­ride, San­to Traf­fi­cante Jr., au début des années 60. La CIA vou­lait la mort de Fidel Cas­tro et, en échange de l’aide de Traf­fi­cante dans divers pro­jets d’assassinat, était prête à fer­mer les yeux sur ses tra­fics de drogue exten­sifs et ceux de ses alliés exi­lés cubains.

Ensuite, il y a le récit extrê­me­ment curieux de la manière dont la CIA a impor­té de grandes quan­ti­tés de LSD de son pro­duc­teur suisse, dans l’espoir qu’il pour­rait être uti­li­sé pour contrô­ler men­ta­le­ment des gens. Au contraire, en appro­vi­sion­nant des mil­liers de jeunes volon­taires comme Ken Kesey, Whi­tey Bul­ger et le paro­lier des Gra­te­ful Dead, Robert Hun­ter, l’agence a acci­den­tel­le­ment contri­bué à popu­la­ri­ser l’acide et à géné­rer la contre-culture psy­ché­dé­lique des années 60.

Pen­dant la guerre du Viet­nam, les États-Unis se sont alliés avec les forces anti­com­mu­nistes du Laos, qui ont mis à pro­fit notre sou­tien pour deve­nir par­mi les plus gros pour­voyeurs d’opium de la pla­nète. Air Ame­ri­ca, une cou­ver­ture de la CIA, appor­tait des four­ni­tures pour les gué­rillas du Laos et repar­tait avec de la drogue, tout cela avec la par­faite connais­sance et pro­tec­tion des agents américains.

La même dyna­mique s’est déve­lop­pée dans les années 80, quand l’administration de Rea­gan a essayé de ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment san­di­niste du Nica­ra­gua. Les avions qui appor­taient secrè­te­ment des armes aux contras rap­por­taient au retour de la cocaïne aux États-Unis, à nou­veau sous la pro­tec­tion des forces de l’ordre amé­ri­caines par la CIA.

Plus récem­ment, nous trou­vons notre guerre de seize ans en Afgha­nis­tan. Bien que moins de choses soient révé­lées sur les machi­na­tions de la CIA là-bas, il est dif­fi­cile de ne pas noter que nous avons ins­tal­lé Hamid Kar­zai comme pré­sident alors que son frère était sur les listes de paie de la CIA et simul­ta­né­ment, l’un des plus gros tra­fi­quants d’opium du pays. L’Afghanistan actuel­le­ment four­nit envi­ron 90% de l’héroïne mondiale.

À son cré­dit, la série explique que cela ne fait pas par­tie d’un plan secret du gou­ver­ne­ment pour trans­for­mer les Amé­ri­cains en toxi­co­manes. Mais, comme l’exprime Moran : « Quand la CIA se foca­lise sur une mis­sion, sur un but par­ti­cu­lier, ils ne vont pas s’asseoir et pon­ti­fier sur « les pos­sibles consé­quences glo­bales à long terme de leurs actions ». Gagner leurs guerres secrètes a tou­jours été leur pre­mière prio­ri­té, et si cela requiert une coopé­ra­tion avec des car­tels de la drogue qui inondent les États-Unis de leur pro­duc­tion, qu’il en soit ain­si ». « Beau­coup de ces pra­tiques qui remontent aux années 60 deviennent cycliques », ajoute Moran. « Ces rela­tions se déve­loppent encore et tou­jours pen­dant qu’on mène la guerre contre la drogue ».

Ce qui rend l’histoire tel­le­ment gro­tesque, c’est le degré d’hypocrisie effa­rant du gou­ver­ne­ment. C’est comme si Donald Trump décla­rait la guerre aux pro­mo­teurs immo­bi­liers et rem­plis­sait les pri­sons de gens louant occa­sion­nel­le­ment leur chambre sur Airbnb.

Cela nous ramène à Charles Grass­ley. Grass­ley est main­te­nant pré­sident du comi­té judi­ciaire du Sénat, un com­bat­tant enga­gé de longue date contre la drogue et – pen­dant les années 80 – un sou­tien des contras.

Pour­tant, même Grass­ley semble réa­li­ser qu’il y a peut-être eu quelques failles dans la guerre contre la drogue depuis le début. Il a récem­ment co-par­­rai­­né une loi pour réduire les peines mini­males pour les infrac­tions liées à la drogue.

Main­te­nant que His­to­ry Chan­nel comble les sou­haits de Grass­ley et dif­fuse cette his­toire extrê­me­ment impor­tante, il nous revient de nous assu­rer que lui et ceux qui sont comme lui, s’asseyent et la regardent. Le simple fait que cette série existe montre que nous sommes à un point de bas­cu­le­ment de ces men­songes catas­tro­phiques éhon­tés. Nous devons pous­ser suf­fi­sam­ment fort pour les mettre à terre.

Pho­to ci-des­­sus : un plan fixe tiré du docu­men­taire de His­to­ry Chan­nel « America’s War on Drugs ».

Source : The Inter­cept, Jon Schwartz, 18-06-2017

Tra­duit par les lec­teurs du site www​.les​-crises​.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.


Mon com­men­taire :

C’est impor­tant, cette nou­velle contre-his­­toire vue à la télé, mais n’ou­bliez pas qu’elle ne révèle qu’UNE CONSÉQUENCE, dont vous seriez bien ins­pi­rés de cher­cher (et de faire connaître) LA CAUSE première.

Un bon com­men­taire, lu chez Olivier :
Dans 50 ans on aura droit à un docu­men­taire : ” la véri­té sur la lutte contre le terrorisme ” …

Je ren­ché­ris : Et sur « la lutte contre l’in­fla­tion », et sur « l’u­ti­li­té éco­no­mique des ‘inves­tis­seurs’ « , et sur « l’au­to­ré­gu­la­tion des mar­chés », et sur « la lutte contre le chômage »…

- Tout pou­voir va jus­qu’à ce qu’il trouve une limite (Mon­tes­quieu).
– QUI fixe les limites ?
– Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

#pas­de­dé­mo­cra­tie­sans­ci­toyens­cons­ti­tuants

Étienne.

 

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La littérature et la condition animale

Une émis­sion très émou­vante de Répliques, ce matin :
https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-litterature-et-la-condition-animale‑0

On y évoque les « bêtes noires », l’as­ser­vis­se­ment des ani­maux par les hommes, la vio­lence débri­dée, le miroir que tendent aux hommes la tor­ture et le mas­sacre quo­ti­dien des ani­maux pour fina­le­ment les man­ger ou les jeter, la peur panique res­sen­tie par les ani­maux d’élevage indus­triel à la vue du soleil incon­nu, la vio­lence quo­ti­dienne des bâti­ments d’engraissage avec les hur­le­ments de bêtes, les vio­lences sonores, vio­lences olfac­tives, vio­lences pri­mi­tives décu­plées par l’in­dus­trie mar­chande, pro­duc­ti­viste, tech­nique, fonc­tion­nelle, la « pro­duc­tion ani­male » (nom don­né au mas­sacre per­ma­nent), la des­crip­tion d’une por­che­rie, cette « struc­ture », sou­vent cachée dans une zone indus­trielle, aux odeurs chi­miques éma­nant des tuyaux de la soupe, la pro­tec­tion méti­cu­leuse des ani­maux (deve­nus extra­or­di­nai­re­ment fra­giles) pour péné­trer dans « l’outil » (l’abattoir) , le voca­bu­laire tech­nique, insen­sible, ges­tion­naire, comp­table, qui dis­si­mule la réa­li­té de la mort et de la vio­lence, cet œil ani­mal éper­du­ment ten­du vers vous par­fois croi­sé au milieu de 250 bêtes (nombre énorme, très inha­bi­tuel) au garde-à-vous de peur à votre entrée, les cou­loirs avec la musique de varié­tés jouée à la radio et mélan­gée aux hur­le­ments des bêtes, bêtes sans nom, sans exis­tence propre, numé­ro­tées, cho­si­fiées pour être tor­tu­rées puis assas­si­nées sans remord, une ville de mil­liers d’animaux, seg­men­tée en bâti­ments inti­tu­lés fal­la­cieu­se­ment « mater­ni­té et soins au petits » (!) pour dési­gner, d’une part l’enfermement à vie des truies dans des cages de fer, condi­tion infer­nale sans le moindre espace pour bou­ger (soi-disant pour pro­té­ger leurs petits parce que les mères deviennent évi­dem­ment toutes folles de dou­leur), et d’autre part pour dési­gner le broyage des dents et la cas­tra­tion des bébés (!), les per­son­nels qui doivent « se blin­der » pour sur­vivre, la dépor­ta­tion des bébés de la « mater­ni­té » vers le « sevrage » puis « l’engraissement » (où ils seront gavés) puis le « quai d’embarquement » et puis « l’abattoir » ; « les hommes et les femmes sépa­rés » (parce que mâles et femelles n’ont pas le même rythme pour man­ger et que les sépa­rer est plus ren­table), entas­sés par groupes de 40 ; la des­crip­tion de ces autres éle­vages, plus petits, label­li­sés « bio », non pas par convic­tion mais par sou­ci du gain finan­cier, la spé­cia­li­sa­tion des tâches entre celui qui est à la tue­rie qui n’est pas celui qui est au décou­page, la ques­tion essen­tielle de la souf­france, le rap­pel de la ques­tion cen­trale de Jere­my Ben­tham : « la ques­tion n’est pas de savoir s’il peuvent rai­son­ner ou par­ler, mais l’important est de savoir s’ils peuvent souf­frir », la zoo­tech­nie et la « moder­ni­té » qui ont pris Des­cartes au mot et qui tra­vaillent avec des « ani­­maux-machines », la per­ma­nence et la conti­nui­té déses­pé­rantes entre l’élevage d’autrefois et l’élevage indus­triel, la seule issue à la souf­france ani­male qui est, pour les hommes, de ces­ser de man­ger de la viande avec donc comme consé­quence pro­bable l’extinction de l’animal d’élevage et peut-être même la fin de la pay­san­ne­rie , l’effort pour ima­gi­ner un monde dans lequel l’homme ne domi­ne­rait pas l’animal, le fait que 90% des ani­maux d’élevage ne voient jamais la lumière du jour, la néces­saire et sou­hai­table dis­pa­ri­tion de l’espèce des ani­maux d’élevage deve­nus com­plè­te­ment « débiles », inca­pables de se défendre seuls dans la nature, la des­truc­tion com­plète de la figure pro­tec­trice du « bon pas­teur », le paral­lèle avec la terre et aus­si avec nos propres esprits qu’on met aus­si « sous contrainte de struc­ture de pro­duc­tion inten­sive », l’indécence éthique qu’il y a à gas­piller 15 500 litres d’eau pour « fabri­quer » un seul bœuf pen­dant que plus d’un mil­liard d’humains manquent affreu­se­ment d’eau, la néces­si­té par­fois d’un mou­ve­ment très radi­cal pour trou­ver un nou­vel équi­libre (fina­le­ment moins extrême), les dif­fé­rences qui n’en sont pas dans l’abattage local (tou­jours à la chaîne) plu­tôt que cen­tra­li­sé, « l’empathie abs­traite » des mili­tants eux-mêmes « hors-sol », cita­dins qui n’ont jamais côtoyé les ani­maux et dont la mort leur fait hor­reur et qui tirent peut-être trop vite un trait sur 10 000 ans d’histoire entre hommes et bêtes, la trop com­mode construc­tion de l’esprit qui consiste à par­ler d’animaux « en accord » avec les humains (est-ce qu’ils sont « en accord » avec leur exploi­ta­tion et avec leur mas­sacre ?) ou dire qu’on doit « tuer digne­ment » (impos­si­bi­li­té abso­lue), la folie affreuse qui s’empare des pauvres truies désa­ni­ma­li­sées de mille façons et à qui l’on donne des « cal­mants », le pre­mier roman de la truie « Mari­na » à qui on donne un nom (fait raris­sime qui fait déra­per toute la machine de mort) et qui s’échappe de sa pri­son après avoir tué tous ses petits pour les sau­ver de leur sort atroce, l’autre roman de « la bête » qui elle aus­si s’échappe et retrouve en forêt ses attri­buts d’animal sau­vage, l’importance du regard por­té par l’éleveur qui peut le chan­ger en pro­fon­deur s’il advient seule­ment qu’il éta­blit un lien, un seul lien, avec un ani­mal, les larmes qui ne sont pas le propre de l’homme, le « regard liquide » des truies et même la fonte des muscles en eau dans l’épouvante avant de mou­rir, l’avis de Lucrèce sur les larmes de la mère du veau sacri­fié, la seg­men­ta­tion et la mise à mort indus­trielle qui nous insen­si­bi­lise tous et qui inter­dit la conscien­ti­sa­tion des bour­reaux, le cochon qui, phy­sio­lo­gi­que­ment, ne peut pas lever la tête, ce qui fait qu’il faut se bais­ser soi-même pour ren­con­trer son regard, tou­jours très expres­sif et bouleversant… 

Toute cette heure est poi­gnante, comme la plu­part de celles qui visent à défendre nos amis les bêtes, que nous « aimons » de façon si cruelle. Je m’en veux chaque fois davan­tage de n’être pas encore deve­nu végé­ta­rien. Ça vien­dra, évidemment.

Les ani­maux devraient-ils faire par­tie du peuple ?

Tout ça sus­cite, par ailleurs, mille réflexions com­plé­men­taires sur notre propre regard sur les humains qui souffrent par­tout sur terre, et sur les mal­heurs indi­cibles qui les accablent tous les jours pour notre confort, ici dans les pays « riches ».

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Paul Craig Roberts : « WASHINGTON : SEIZE ANS DE GUERRE. POURQUOI ? Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. »

Une nou­velle puis­sante illus­tra­tion de la nul­li­té abso­lue du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) — du point de vue du bien com­mun et de la paix.

Comme nous, les Amé­ri­cains n’ont pas de consti­tu­tion et pas de repré­sen­tants. Comme nous, ils sont gou­ver­nés EN FAIT par les étran­gers les plus riches, les plus men­teurs, les plus mena­çants et les plus retors.

Et comme les autres, un jour ou l’autre, faute d’a­voir été vigi­lants à l’é­gard des pou­voirs, faute d’a­voir su deve­nir nom­breux consti­tuants à temps, nous nous ferons enfer­mer dans les pri­sons et assas­si­ner par les armes fabri­quées et uti­li­sées avec nos propres impôts.

Je sou­mets à votre juge­ment ce court article de Paul Craig Roberts, tra­duit par le Saker fran­co­phone, très bon site de dés­in­toxi­ca­tion médiatique.

Étienne.

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Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?


Paul Craig Roberts

Par Paul Craig Roberts – Le 30 juin 2017
Source Coun­ter­Punch

Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépen­sant des mil­liards de dol­lars, com­met­tant des crimes de guerre incal­cu­lables et envoyant des mil­lions de réfu­giés de guerre en Europe, tout en affir­mant que Washing­ton ne pou­vait pas assu­rer ses obli­ga­tions de sécu­ri­té sociale et de Medi­care [soins aux per­sonnes de plus de 65 ans], ni finan­cer un ser­vice natio­nal de san­té comme tous les pays civilisés.

Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satis­faits en rai­son du coût mas­sif de ces guerres orches­trées, on pour­rait pen­ser que le peuple amé­ri­cain se pose­rait des ques­tions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accom­pli avec ces énormes dépenses ? Les besoins inté­rieurs sont négli­gés de sorte que le com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire peut s’engraisser avec les pro­fits de la guerre.

Le manque de curio­si­té de la part du peuple amé­ri­cain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fon­dées entiè­re­ment sur le men­songe, est extra­or­di­naire. Qu’est-ce qui explique cette conspi­ra­tion de silence, ce dés­in­té­rêt incroyable pour le gas­pillage d’argent et de vies ?

La plu­part des Amé­ri­cains semblent accep­ter vague­ment ces guerres orches­trées comme la réponse du gou­ver­ne­ment au 11 sep­tembre. Cela s’ajoute au mys­tère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été atta­qué, sauf avec des menaces et des sanc­tions) n’ont rien à voir avec le 11 sep­tembre. Mais ces pays ont des popu­la­tions musul­manes, et le régime de Bush et les médias pros­ti­tués ont réus­si à asso­cier le 11 sep­tembre avec les musul­mans en général.

Peut-être que si les Amé­ri­cains et leurs « repré­sen­tants » au Congrès avaient com­pris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lève­raient d’eux-mêmes pour faire des objec­tions. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washing­ton contre la Syrie et la guerre pré­vue contre l’Iran. Prêt ?

Il y a trois rai­sons pour la guerre de Washing­ton, et non la guerre des États-Unis – car Washing­ton n’est pas l’Amérique – en Syrie :

La pre­mière rai­son tient aux pro­fits du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire. Ce der­nier est une com­bi­nai­son de puis­sants inté­rêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux qui néces­sitent une menace pour jus­ti­fier un bud­get annuel qui dépasse le PIB de nom­breux pays. La guerre confère à cette com­bi­nai­son d’intérêts pri­vés et gou­ver­ne­men­taux une jus­ti­fi­ca­tion pour son bud­get mas­sif, un bud­get dont le far­deau incombe aux contri­buables amé­ri­cains dont le reve­nu médian réel par famille n’a pas aug­men­té depuis quelques décen­nies, alors que la charge de leurs dettes pour sou­te­nir leur niveau de vie a augmenté.

La deuxième rai­son a trait à l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant  l’hégémonie mon­diale amé­ri­caine. Selon les néo­con­ser­va­teurs, qui ne sont cer­tai­ne­ment pas conser­va­teurs en quoi que ce soit, l’effondrement du com­mu­nisme et du socia­lisme signi­fie que l’Histoire a choi­si le « capi­ta­lisme démo­cra­tique », qui n’est ni démo­cra­tique ni capi­ta­liste, en tant que sys­tème socio-éco­­no­­mi­­co-poli­­tique mon­dial et c’est la res­pon­sa­bi­li­té de Washing­ton d’imposer l’américanisme au monde entier. Des pays comme la Rus­sie, la Chine, la Syrie et l’Iran, qui rejettent l’hégémonie amé­ri­caine, doivent être désta­bi­li­sés et détruits, car ils sont un obs­tacle à l’unilatéralisme américain.

La troi­sième rai­son se rap­porte aux res­sources en eau du sud du Liban dont Israël a besoin. Deux fois, Israël a envoyé l’armée israé­lienne, tant van­tée, pour occu­per le sud du Liban, et le Hez­bol­lah, une milice sou­te­nue par la Syrie et l’Iran, a expul­sé par deux fois cette armée israé­lienne tant renommée.

Pour être direct, Israël uti­lise l’Amérique pour éli­mi­ner les gou­ver­ne­ments syrien et ira­nien qui four­nissent un sou­tien mili­taire et éco­no­mique au Hez­bol­lah. Si les Amé­ri­cains peuvent éli­mi­ner les sou­tiens du Hez­bol­lah, l’armée israé­lienne peut voler le sud du Liban, tout comme elle a volé la Pales­tine et cer­taines par­ties de la Syrie. Voi­ci les faits : depuis seize ans, la popu­la­tion amé­ri­caine insou­ciante a per­mis à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu à Washing­ton de gas­piller des mil­liards de dol­lars néces­saires au pays au béné­fice du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire, au ser­vice de l’idéologie néo­con­ser­va­trice cher­chant l’hégémonie mon­diale des États-Unis, et pour finir au ser­vice d’Israël.

De toute évi­dence, la démo­cra­tie amé­ri­caine est frau­du­leuse. Elle sert tout le monde, sauf les Américains.

Quelle est la consé­quence pro­bable du fait que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain serve des inté­rêts non américains ?

La meilleure consé­quence effec­tive est la pau­vre­té pour les 99 pour cent. La pire est l’Armageddon nucléaire.

Les ser­vices ren­dus par Washing­ton au com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire, à l’idéologie néo­con­ser­va­trice et à Israël négligent com­plè­te­ment des faits col­la­té­raux surpuissants.

L’intérêt d’Israël au ren­ver­se­ment de la Syrie et de l’Iran est tota­le­ment incom­pa­tible avec l’intérêt de la Rus­sie qui veut empê­cher l’importation du dji­ha­disme dans la Fédé­ra­tion de Rus­sie et en Asie cen­trale. Par consé­quent, Israël a mis les États-Unis en conflit mili­taire direct avec la Russie.

Les inté­rêts finan­ciers du com­plexe mili­­ta­­ro-sécu­­ri­­taire amé­ri­cain consis­tant à encer­cler la Rus­sie avec des sites de mis­siles sont incom­pa­tibles avec la sou­ve­rai­ne­té de la Rus­sie, tout comme l’accent mis par les néo­con­ser­va­teurs sur l’hégémonie mon­diale des États-Unis. Le pré­sident Trump ne contrôle pas Washing­ton. Washing­ton est contrô­lé par le com­plexe (regar­dez sur You­tube la des­crip­tion faite par le pré­sident Eisen­ho­wer de la menace repré­sen­tée par le com­plexe pour la démo­cra­tie amé­ri­caine), par le lob­by israé­lien et par les néo­con­ser­va­teurs. Ces trois groupes d’intérêts orga­ni­sés ont pré­emp­té le peuple amé­ri­cain, qui est impuis­sant et non impli­qué dans les déci­sions concer­nant son avenir.

Tous les repré­sen­tants et séna­teurs des États-Unis qui ont tenu tête à Israël ont été bat­tus dans leur cam­pagne de réélec­tion. C’est la rai­son pour laquelle, quand Israël veut quelque chose, cela passe dans les deux chambres du Congrès à l’unanimité. Comme l’amiral Tom Moo­rer, chef des opé­ra­tions navales et pré­sident du Joint Chiefs of Staff, l’a décla­ré publi­que­ment : « Aucun pré­sident amé­ri­cain ne peut s’opposer à Israël. » Israël obtient ce qu’il veut, peu importent les consé­quences pour l’Amérique. Moo­rer avait rai­son. Les États-Unis donnent à Israël chaque année suf­fi­sam­ment d’argent pour ache­ter notre gou­ver­ne­ment. Et Israël achète notre gou­ver­ne­ment. Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain est beau­coup plus rede­vable envers Israël qu’envers le peuple amé­ri­cain. Les votes de la Chambre et du Sénat le prouvent.

Inca­pable de résis­ter au minus­cule Israël, Washing­ton pense qu’il peut inti­mi­der la Rus­sie et la Chine. Le fait, pour Washing­ton de conti­nuer à pro­vo­quer la Rus­sie et la Chine est un signe de folie. À la place de l’intelligence, nous voyons l’orgueil et l’arrogance, la marque des imbéciles.

Ce dont la pla­nète Terre et ses créa­tures ont besoin plus que tout, ce sont des diri­geants en Occi­dent qui soient intel­li­gents, qui aient une conscience morale, qui res­pectent la véri­té et soient capables de com­prendre les limites de leur pouvoir.

Mais le monde occi­den­tal n’a pas ce genre de personne.

Paul Craig Roberts

Tra­duit par jj, relu par Cathe­rine pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone
http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​w​a​s​h​i​n​g​t​o​n​–​s​e​i​z​e​–​a​n​s​–​d​e​–​g​u​e​r​r​e​–​p​o​u​r​q​uoi


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« RÉFORME » DES IMPÔTS : MACRON, PRÉSIDENT DES ULTRA RICHES – Osons causer

C’est une très bonne syn­thèse pro­po­sée ici par la jeune équipe d’Osons cau­ser, utile car elle remonte à une cause pre­mière qui est L’ÉLECTION — et la cor­rup­tion évi­dente des déci­deurs poli­tiques ren­due pos­sible par cette pro­cé­dure anti­dé­mo­cra­tique (pro­cé­dure qui est, plus lar­ge­ment, la source même du « capi­ta­lisme »).

Il me semble pour­tant que cette pré­sen­ta­tion per­cu­tante et sti­mu­lante gagne­rait en pour­sui­vant quelques minutes dans la recherche des causes vrai­ment PREMIÈRES, plus en amont encore, car on aurait alors plus de chances de régler nos (très graves) pro­blèmes éco­no­miques et sociaux, en mon­trant que chaque scan­dale est la CONSÉQUENCE d’une cor­rup­tion et d’une impu­ni­té POLITIQUE ren­dues pos­sibles par NOTRE démis­sion du pro­ces­sus consti­tuant, notre renon­ce­ment à contrô­ler nous-mêmes les pouvoirs.

Je rap­pelle ici ma syn­thèse sur le « néces­saire pro­cès citoyen de l’é­lec­tion », qui com­pare point par point les (immenses) fai­blesses de l’é­lec­tion et, comme en miroir, les (immenses) forces du tirage au sort : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​N​e​c​e​s​s​a​i​r​e​_​p​r​o​c​e​s​_​d​e​_​l​_​e​l​e​c​t​i​o​n​.​pdf

Le vrai suf­frage uni­ver­sel, c’est voter nous-mêmes nos lois.

Donc, tant que nous ado­re­rons le faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres par­mi des can­di­dats que l’on peut aider) comme une vache sacrée intou­chable, nous res­te­rons impuis­sants — et DONC exploités.

Mais, ce n’est PAS « la faute des autres » (des ultra riches, des usu­riers ou des canailles poli­ti­ciennes, par exemple), c’est la nôtre.

Il ne tient qu’à nous de tout changer.
Il suf­fit de nous concen­trer sur la cause des causes.

#Pas­De­Cons­ti­tu­tion­Sans­Ci­toyens­Cons­ti­tuants

Bon cou­rage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : en fran­çais, le mot RÉFORME signi­fie amé­lio­ra­tion, chan­ge­ment en bien. Appe­ler « RÉFORME » les pires régres­sions, les plus bru­tales vio­lences sociales des 1% contre les 99%, c’est une des mille inver­sions du lan­gage qui servent aux cra­pules poli­ti­ciennes (et publi­ci­taires) à trom­per la volon­té des braves gens.

Pour y résis­ter, pen­ser à tou­jours mettre entre guille­mets les mots men­teurs, comme « réformes », « par­te­naires sociaux », « inves­tis­seurs », « citoyens », « démo­cra­tie », « consti­tu­tion », « suf­frage uni­ver­sel », etc.

L’é­lec­tion DONNE des prises aux escrocs pour trom­per nos volontés.

Alors que le tirage au sort RETIRE leurs prises aux escrocs.

Com­bien de temps encore les 99% vont-il défendre eux-mêmes LA pro­cé­dure qui ver­rouille leur propre dépos­ses­sion politique ?

#Pas­De­Dé­mo­cra­tie­Sans­Ti­ra­geAu­Sort

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​6​4​7​9​0​3​6​7​317

AUTONOMIES, le prochain film de Nazzaréna, financés par nous tous qui voulons le voir 🙂

J’ai hâte de voir le nou­veau film de Nazzaréna :
il s’ap­pel­le­ra AUTONOMIES.

httpv://www.youtube.com/watch?v=3ks8eY7XUjE

C’est un film docu­men­taire finan­cé par ceux d’entre-nous qui veulent le voir. Les vidéos de pré­sen­ta­tion (avec plein de gens bien 🙂 ) sont très intéressantes.
C’est sur cette même page que nous pou­vons par­ti­ci­per à son finan­ce­ment : https://​fr​.ulule​.com/​a​u​t​o​n​o​m​i​es/

Pré­sen­ta­tion du film :

L’Autonomie ali­men­taire, éner­gé­tique, c’est pos­sible. Vivre dans une mai­son à 10.000€ aus­si. Pour­tant, auto­no­mie ne veut pas dire autar­cie, mais inter­dé­pen­dances

Le film en une phrase : « Agis en ton lieu, pense avec le monde » (Édouard Glissant)

Cinq ans après « La Pan­dé­mie du Nou­veau monde » – L’éveil des consciences citoyennes, qui mon­trait entre autres Fabrice André, créa­teur d’un refuge auto­nome à 2000 mètres d’al­ti­tude, Naz­za­ré­na a à coeur de pour­suivre cette réflexion sur l’au­to­no­mie. Il s’a­git d’en mon­trer les dif­fé­rentes facettes, dont cer­taines sont surprenantes.

Le film en une minute :

Pour cer­tains, auto­no­mie rime avec autar­cie et uto­pie. Par­tie à la ren­contre de per­sonnes qui vivent en auto­no­mie ali­men­taire ou éner­gé­tique, je découvre que l’autonomie est aus­si juri­dique, poli­tique, psy­cho­lo­gique, édu­ca­tive, voire bio­lo­gique et même his­to­rique. Juri­dique, car com­ment créer un éco-lieu réel­le­ment auto­nome si la légis­la­tion ne le per­met pas, ou si l’on doit obli­ga­toi­re­ment être rac­cor­dé au réseau ? Poli­tique, donc, car le renou­veau démo­cra­tique passe par des ini­tia­tives locales de cer­tains maires en France qui s’en­gagent dans des vota­tions citoyennes, par exemple.Psy­cho­lo­gique, car com­ment opé­rer un chan­ge­ment de vie durable sans une sta­bi­li­té dans ses enga­ge­ments, ses choix, son rap­port aux autres ? Édu­ca­tive, car à la base, il y a l’en­fant, un adulte en deve­nir qui doit pou­voir s’é­man­ci­per dans ses appren­tis­sages. Bio­lo­gique, car au coeur de nos cel­lules, il y a par exemple des mil­liards de bac­té­ries qui ont appris à coopé­rer. His­to­rique enfin, car nous avons peut-être à apprendre d’une com­mu­nau­té en par­tie « auto­nome », active durant quatre siècles dans les Alpes. Voi­là pour­quoi « Auto­no­mies » s’é­crit au pluriel.

Qui n’a pas rêvé un jour de chan­ger de vie ?

Ils étaient étu­diants, pro­fes­seur de gym­nas­tique, juriste inter­na­tio­nale ou agri­cul­teur tra­di­tion­nel. Ils sont main­te­nant ins­tal­lés dans des fermes, des éco-lieux, des éco-hameaux, dans le res­pect de l’environnement.

L’une des ori­gi­na­li­tés du film réside dans l’exem­pla­ri­té de ces per­sonnes qui ont che­mi­né à contre-cou­­rant et sont en train de créer des éco-lieux ou des éco-hameaux, dans l’optique de par­ta­ger leurs savoirs grâce à des jour­nées portes ouvertes, des for­ma­tions, des stages ou des chan­tiers participatifs.

Au départ, ils avaient déci­dé de vivre plus près de la nature pour eux et leur famille, puis ils ont créé des habi­tats auto­nomes ou une ferme per­ma­cul­tu­relle là où il n’y avait qu’une friche. Pour cer­tains, c’était il y a qua­rante ans, pour la nou­velle géné­ra­tion, c’était il y a à peine plus d’une an. Leurs atouts :  inven­ter de nou­velles manières de consom­mer et de vivre, avec de la créa­ti­vi­té et une réelle ingé­nio­si­té technique.

Jour­nées portes ouvertes à la ferme du Bec-Hellouin

Toutes ces ini­tia­tives  concrètes, si elles essai­maient davan­tage, per­met­traient à des com­mu­nau­tés, des vil­lages ou des villes de faire face aux crises actuelles.

Mais pour que ce chan­ge­ment de socié­té puisse se pro­pa­ger, le savoir-faire tech­nique seul ne suf­fit pas. Il faut allier l’autonomie exté­rieure à l’autonomie inté­rieure.

C’est ain­si que seront abor­dés les limites posées par la légis­la­tion, le chan­ge­ment psy­cho­lo­giqueliée à tout chan­ge­ment de vie, l’émancipation dès le plus jeune âge grâce à d’autres méthodes d’éducation, ou l’indispensable créa­ti­vi­té de chaque être humain.

Sur ces thé­ma­tiques seront inter­viewées des per­son­na­li­tés ouvertes à d’autres dis­ci­plines, per­met­tant de faire des ponts entre la phi­lo­so­phie, la psy­cho­lo­gie, le droit et la bio­lo­gie.

L’ob­jec­tif  de ce film est de mon­trer qu’être auto­nome, ça n’est pas vivre en autar­cie. C’est choi­sir ses dépen­dances… dans un envi­ron­ne­ment basé sur les inter­dé­pen­dances.

En fil rouge, le film fera décou­vrir une com­mu­nau­té qui a vécu en auto­no­mie poli­tique, juri­dique, fis­cale et édu­ca­tive entre le XIVe siècle et la Révo­lu­tion fran­çaise, soit sur plus de douze géné­ra­tions. Peut-être est-ce l’oc­ca­sion d’y trou­ver des sources d’inspiration.

Les inter­ve­nants

La mai­son auto­nome de Bri­gitte et Patrick Baronnet

Bri­gitte et Patrick ont quit­té la vie pari­sienne il y a plus de qua­rante ans et vivent dans une ferme en Bre­tagne, où à force de tra­vaux et d’ingéniosité, ils sont deve­nus auto­nomes de leur eau, de leur élec­tri­ci­té et en par­tie de leur nour­ri­ture. Il nous montrent qu’il est pos­sible, via des chan­tiers par­ti­ci­pa­tifs, de construire un habi­tat à moindre coût avec des maté­riaux nobles, d’a­voir un accès à l’éner­gie en uti­li­sant à la fois le solaire et l’éo­lien, avec des per­sonnes fabri­quant eux-mêmes leurs pan­neaux solaires pour l’eau chaude, ou en fai­sant des for­ma­tions pour fabri­quer des éoliennes, par exemple.

En 20 ans, ce sont plus de 20.000 curieux qui sont venus dans la « mai­son auto­nome », lors de fes­ti­vals, de jour­nées portes ouvertes ou de stages, pour décou­vrir com­ment se lan­cer dans l’aventure de l’autonomie éner­gé­tique. Comme nous le pré­cise Patrick Baron­net, l’au­to­no­mie, c’est…

httpv://youtu.be/AudL8i_VAZ0

La ferme per­ma­cul­tu­relle du Bec Hellouin

Per­rine, ancienne juriste inter­na­tio­nale, est aujourd’hui diplô­mée en per­ma­cul­ture. Elle  a vou­lu réin­ven­ter sa vie et rompre dras­ti­que­ment avec ce qu’elle fai­sait aupa­ra­vant. C’est ain­si qu’elle a ren­con­tré Charles, son mari, et qu’ensemble, ils ont fon­dé la ferme bio­lo­gique du Bec-Hel­­louin. Ils déve­loppent une agri­cul­ture qui per­met­trait non seule­ment d’être auto­suf­fi­sant en ali­men­ta­tion à l’é­chelle d’un vil­lage, mais dont le déve­lop­pe­ment pour­rait nour­rir toute la pla­nète, grâce à des tech­niques de per­ma­cul­ture, de micro-agri­­cul­­ture, avec une culture inten­sive sur de petites sur­faces sans engrais chi­miques ni pesticides.

Nous sommes allés en 2015 aux jour­nées portes ouvertes qu’ils orga­ni­saient, afin de décou­vrir leur immense jar­din, avec une serre, des étangs, un pota­ger, un jar­din man­da­la, des arbres fruitiers…

Per­rine et Charles assurent des for­ma­tions, tra­vaillent avec de grands chefs étoi­lés et on été sui­vis pour une étude par l’INRA (Ins­ti­tut natio­nal de recherche en agronomie).

httpv://youtu.be/bL0H0i6vUYo

L’é­co-lieu Eotopia

Ben­ja­min, 32 ans, expé­ri­mente depuis sept ans la vie sans argent. Il a voya­gé ain­si sur les routes d’Europe, d’Amérique, en pas­sant par l’Afrique, pri­vi­lé­giant les échanges. En 2016, il s’est réso­lu avec d’autres per­sonnes à ache­ter un ter­rain avec un corps de ferme pour créer un éco-lieu appe­léEoto­pia. Ben­ja­min et son épouse y vivent avec d’autres membres de la com­mu­nau­té dans une éco­no­mie basée sur le don, les échanges, pour tendre vers l’hu­main plu­tôt que vers l’argent. Ben­ja­min a pour le moment renon­cé à son idéal de vivre avec « zéro argent », mais l’utilise aus­si peu que possible.

httpv://youtu.be/LgcvQnl8emU

L’é­co-lieu Alôsnys

Aurore avait une for­ma­tion dans l’a­gri­cul­ture et l’é­du­ca­tion à l’en­vi­ron­ne­ment. Avec Bru­no, agri­cul­teur, ils ont créé Alôs­nys, un éco-lieu en Bour­gogne qui accueille aus­si bien des enfants que des adultes pour les recon­nec­ter à un jar­di­nage sain, res­pec­tueux des éco­sys­tèmes. Ils assurent par ailleurs des for­ma­tions diplô­mantes en per­ma­cul­ture et accueillent de nom­breux stagiaires.

httpv://youtu.be/Cd87icC2blI

Les autres facettes des « Autonomies »

Et si l’a­ve­nir pas­sait par une ren­for­ce­ment de la démo­cra­tie locale ? Les maires ont un rôle essen­tiel pour favo­ri­ser l’émergence de ces ini­tia­tives. Par exemple, la ville des Molières, dans l’Essonne est un labo­ra­toire d’initiatives éco­lo­giques et démo­cra­tiques. Jar­dins par­ta­gés, épi­ce­rie bio et locale, vota­tions citoyennes, ain­si que la proxi­mi­té du foyer d’ac­cueil médi­ca­li­sés pour autistes La Len­de­maine, qui est aus­si une ferme agri­cole et arti­sa­nale de 7 hec­tares : l’al­liance du soin de lanature et de l’humain.

httpv://youtu.be/Djoxqh2dB7I

Pour faire exis­ter de tels lieux, la légis­la­tion doit bien évi­dem­ment s’y prê­ter. Mais pour le pro­jet Eoto­pia, par exemple, l’a­chat du ter­rain s’est avé­ré incon­tour­nable, alors que dans son optique de vivre sans argent, Ben­ja­min avait envi­sa­gé un don. En France, les dona­teurs sont taxés à 60% de la valeur du bien. Les autres contraintes résident dans les per­mis de construire des habi­tats inno­vants, avec récu­pé­ra­tion d’eau, ou l’o­bli­ga­tion d’être rac­cor­dé au réseau même si l’on est en auto­no­mie énergétique.

Un point qui reste essen­tiel, c’est le déclen­cheur, le déclic, le moment où l’on décide de chan­ger de vie, où l’on se jette à l’eau. Com­ment sur­mon­ter psy­cho­lo­gi­que­ment les obs­tacles lors­qu’on se lance dans l’ex­pé­ri­men­ta­tion, l’in­no­va­tion, en couple ou en communauté ?

L’é­man­ci­pa­tion passe aus­si par l’é­du­ca­tion. Par­mi les inter­ve­nants, cer­tains prônent « une édu­ca­tion libre », res­pec­teuse de la soif d’ap­prendre de l’en­fant. Fran­çois Tad­déi, cher­cheur ensciences cog­ni­tives, appor­te­ra son éclai­rage sur ce sujet qui est un enjeu majeur pour les géné­ra­tions futures. L’oc­ca­sion de décou­vrir que dès le Moyen-Âge, une com­mu­nau­té dans les Alpes ensei­gnait aux riches et aux pauvres, filles et gar­çons, avec un faible taux d’illet­trisme, tout en incul­quant des notions de droit.

Fran­çois Tad­déi nous démontre que la der­nière facette des auto­no­mies est liée à la bio­lo­gie, par l’exemple d’é­tudes sur les cel­lules. Ain­si, les bac­té­ries font évo­luer la manière dont elles évo­luent. Elles savent échan­ger de l’information sur la façon de coopé­rer et elles savent coopé­rer sur la façon d’é­chan­ger de l’information.

Coopé­rer, échan­ger de l’in­for­ma­tion, c’est ce que font les per­sonnes qui vivent dans des éco-lieux, tout comme la nature et les éco­sys­tèmes. Comme l’a écrit Edgar Morin, «Pen­ser glo­bal », c’est pen­ser LE glo­bal, dans ses rela­tions entre le tout et les par­ties. Sans arrêt, le glo­bal et le local interfèrent. »

A quoi va servir le financement ?

Naz­za­ré­na et Chris­tophe tra­vaillent béné­vo­le­ment sur ce pro­jet depuis un an et demi.L’écriture du film a com­men­cé début 2016, les tour­nages en avril 2016. Ils se pour­suivent actuel­le­ment.

Nous pri­vi­lé­gions au maxi­mum la tente ou l’hébergement chez l’habitant, ain­si que les pique-niques… mais il y a des dépenses incompressibles.

La col­lecte per­met­tra de finan­cer la fin des tour­nages, le mon­tage et la post-pro­­duc­­tion du film.

[…]

L’oc­ca­sion pour ceux d’entre vous qui le sou­haitent de deve­nir des spec­ta’c­teurs pri­vi­lé­giés et des acteurs du changement.

À propos du porteur de projet

Il y a quelques années, je pen­sais que j’avais oublié
Oublié tous mes rêves, tout ce que j’aurais pu réaliser
J’avais peur d’entreprendre quoi que ce soit
Peut-être mon édu­ca­tion a contri­bué à tout ça
Aujourd’hui plus que tout, je veux
Je veux me nour­rir sans appau­vrir la terre
Je veux boire sans assé­cher nos sources et nos rivières
Je veux m’éclairer et me chauf­fer sans nos cen­trales nucléaires
Je veux vivre en auto­no­mie, grâce au vent, au soleil, à la pluie
Je ne suis qu’une goutte l’eau dans l’océan de l’humanité
Je veux m’arrêter à chaque port, tis­ser la toile de la solidarité
Je n’ai pas la cer­ti­tude que tout cela arrivera
Je veux juste en avoir l’opportunité
Faire ce film sym­bo­lise l’opportunité
L’opportunité que ces choses changent
Si je viens vers vous,
C’est par ce que vous êtes 
Et ce que vous êtes me mon­tre­ra qu’il n’est pas trop tard 
Pour réa­li­ser ce film et le faire avec vous.

Naz­za­ré­na

 

Naz­za­ré­na est artiste, auteure de pièces de théâtre et de poèmes. Auteure com­po­si­trice inter­prète, elle a enre­gis­tré un CD 2 titres en 2007.

« La Pan­dé­mie du Nou­veau monde » – L’éveil des consciences citoyennes était son pre­mier docu­men­taire, finan­cé avec suc­cès sur Ulule. Il a été sélec­tion­né au Salon Mar­jo­laine 2013, au fes­ti­val d’ATTAC à Ivry-sur-Seine et au fes­ti­val du film enga­gé de Romagnat.

httpv://youtu.be/oAHGiHC14Ao

Dès l’é­té 2013, le thème de l’au­to­no­mie citoyenne la ques­tionne, comme le montre ce micro-trottoir.

httpv://youtu.be/rbnCIBeumBE

En 2014, elle a ini­tié le pro­jet « Pas­se­relles » avec le sou­tien d’EELV. Il s’a­git d’une série de vidéos mises en ligne sur Inter­net, dans les­quelles la dépu­tée euro­péenne Michèle Riva­si débat­tait avec le phi­lo­sophe Patrick Vive­ret ou le pré­sident du groupe SOS Jean-Marc Borel­lo sur les thèmes de la démo­cra­tie, de l’engagement et du changement.

Ses atouts : décro­cher les inter­views, poser des ques­tions que les jour­na­listes ne posent pas, le tout accom­pa­gné d’une bonne dose d’intuition. Son inté­rêt pour la psy­cho­lo­gie et la psy­cha­na­lyse per­met de com­plé­ter son approche originale.

Chris­tophe est docu­men­ta­liste, archi­viste, spé­cia­liste de l’analyse des médias et ancien de l’émission de France 5 « Arrêt sur images » (1996 à 2002).

Il a co-réa­­li­­sé « Désen­tu­bages catho­diques » (Zalea TV), sor­ti en salles en 2005 et réa­li­sé « https://​you​tu​.be/​o​n​v​n​u​t​r​T​AWg » , sor­ti en salles en 2006.

Aupa­ra­vant, il a été assis­tant docu­men­ta­liste pour le docu­men­taire de Daniel Schnei­der­mann « Koso­vo, des jour­na­listes dans la guerre » (Arte, 2000) ou « Chom­sky et Cie » de Daniel Mer­met et Oli­vier Azam (Les Mutins de Pan­gée, 2008).

Avec Naz­za­ré­na, il a co-réa­­li­­sé « La Pan­dé­mie du Nou­veau monde », dont le tour­nage a débu­té en 2009 pour s’achever en 2012.

Ses atouts : l’esprit de syn­thèse, l’articulation des thé­ma­tiques à abor­der dans le film, ain­si que la recherche de la per­fec­tion.. qui n’est pas de ce monde, soi-disant !

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La page Ulule pour aider les auteurs du film à conti­nuer leur bou­lot d’é­du­ca­tion popu­laire : https://​fr​.ulule​.com/​a​u​t​o​n​o​m​i​es/

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​6​3​5​4​4​2​7​7​317

Dévastation en cours des protections juridiques pour 18 millions de Français, en traître, par ordonnances et pendant les vacances : Attention ! Gérard Filoche nous interpelle :

httpv://youtu.be/_7bq2Jsvj5M

Mer­ci aux jeunes gens de La Relève et la Peste, pour cette syn­thèse 0 % de mg… 

Pour que reculent les escla­va­gistes, il fau­dra OCCUPER LES USINES. 

Faites pas­ser 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant ä ce billet : https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​4​6​2​8​3​8​0​7​317

Des mots, des mots… démocratie ? #DATAGUEULE_74

Chic, ça germe 🙂 (le choix de Sieyes & co depuis 1789, vio­lem­ment anti­dé­mo­cra­tique, l’es­cro­que­rie par­le­men­taire, l’an­ti­dote du tirage au sort…) 

httpv://www.youtube.com/watch?v=xM8asdR5ufY

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​3​8​3​0​6​3​3​2​317

[ESSENTIEL !] REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR ÉCHAPPER À L’AUSTÉRITÉ, par Romaric Godin, sur Mediapart

Je vous le dis sou­vent : nous devrions nous abon­ner à Media­part.
La rai­son prin­ci­pale en est qu’il n’y a guère plus d’autres « jour­na­listes » indé­pen­dants des mil­liar­daires (voir le livre IMPORTANT de Laurent Mau­duit : « Main basse sur l’information »).
Mais voi­ci qu’en plus, Media­part recourt main­te­nant aux ser­vices de Roma­ric Godin (récem­ment viré du « jour­nal » La Tri­bune, pro­ba­ble­ment pour trop grande sub­ver­si­vi­té), un for­mi­dable révé­la­teur d’in­for­ma­tions utiles !

Lisez bien l’ar­ticle ci-des­­sous, que je prends la liber­té de repro­duire en entier vu l’ur­gence et l’im­por­tance, article qui confirme for­te­ment ce que clament et démontrent André-Jacques Hol­becq et Phi­lippe Derud­der depuis plus de 10 ans (vous devriez relire cet article impor­tant du blog — et ses com­men­taires —, de mai 2007 : Non, ce n’est pas « trop cher » : le finan­ce­ment des besoins col­lec­tifs est ren­du sciem­ment rui­neux par un sabor­dage moné­taire éton­nant).

Voi­ci le pré­cieux article :

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par ROMARIC GODIN

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​ite

Dans un ouvrage récem­ment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pet­ti­for explique pour­quoi le monde ne sau­rait être « à court d’argent » pour finan­cer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le chan­ge­ment cli­ma­tique. La seule condi­tion reste d’ôter aux banques le pou­voir de créa­tion moné­taire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lec­ture qui per­met de rela­ti­vi­ser les « urgences » pré­ten­dues de l’actuel gou­ver­ne­ment fran­çais en matière éco­no­mique et financière. 

Quelques jours avant les élec­tions géné­rales bri­tan­niques du 7 juin der­nier, la pre­mière ministre The­re­sa May répon­dait à la télé­vi­sion à une infir­mière qui deman­dait des hausses de salaires pour le per­son­nel du ser­vice natio­nal de san­té (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pour­rions secouer pour dis­po­ser de l’argent que les gens dési­rent. » Cette réponse est un grand clas­sique de la pen­sée libé­rale pour jus­ti­fier l’austérité bud­gé­taire sous le cou­vert d’un pré­ten­du « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gou­ver­ne­ment fran­çais, qui estime que, parce que le défi­cit public pour­rait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plu­tôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence bud­gé­taire ».

httpv://www.youtube.com/watch?v=zIbITJekGZE
The­re­sa May répond à une infir­mière qu’il n’y a pas « d’arbre magique à argent ». © Youtube

En sep­tembre 2014, le com­men­ta­teur poli­tique Jean-Michel Apa­thie pen­sait avoir liqui­dé en un tweet tout débat éco­no­mique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre poli­tique est pos­sible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

Comme celle de The­re­sa May, cette pré­ten­due clar­té ne lais­se­rait d’autre option que l’austérité bud­gé­taire. Mais cette évi­dence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incom­pré­hen­sion com­plète du sys­tème éco­no­mique et finan­cier dans lequel nous vivons. Du reste, pour finan­cer les exi­gences de son allié au Par­le­ment de West­mins­ter, le par­ti ultra-conser­­va­­teur unio­niste nord-irlan­­dais DUP, The­re­sa May a sou­dai­ne­ment décou­vert un « arbre magique à argent » et pro­mis un mil­liard de livres pour les six com­tés nord-irlandais. 

Quant à la France, elle n’a pas regar­dé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occi­den­taux, elle a sau­vé en quelques jours son sys­tème ban­caire dans la fou­lée de la faillite de Leh­man Bro­thers en sep­tembre 2008. 

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une rai­son simple : le sys­tème moné­taire ne fonc­tionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihi­lo. Le com­prendre per­met d’avancer et d’ouvrir consi­dé­ra­ble­ment un débat que d’aucuns, effec­ti­ve­ment, vou­draient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récem­ment paru en langue anglaise aux édi­tions Ver­so à Londres, The Pro­duc­tion of Money : How To Break the Power of Ban­kers, est hau­te­ment pré­cieux. Signé de l’économiste bri­tan­nique Ann Pet­ti­for, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – expli­ca­tion sur notre sys­tème moné­taire et sur ses consé­quences. Pour elle, la com­pré­hen­sion par les citoyens du méca­nisme de la créa­tion moné­taire est un moyen de faire des choix éclai­rés en se libé­rant de l’idéologie aus­té­ri­taire qui s’est abat­tue depuis 30 ans sur le monde occi­den­tal, avec le sou­tien du sys­tème financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quan­ti­té limi­tée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réa­li­té pas de sens. Certes, l’école néo­clas­sique a long­temps défen­du cette idée que la mon­naie était une « matière pre­mière » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprun­teurs étaient donc sur un mar­ché avec les épar­gnants, échan­geant leurs actifs moné­taires comme toute autre mar­chan­dise. Dans ce sys­tème, les ban­quiers ne seraient que les inter­mé­diaires entre ces deux acteurs du mar­ché de la mon­naie. Et, effec­ti­ve­ment, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix aug­mente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la pro­duc­tion d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour réta­blir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de The­re­sa May et la réflexion de Jean-Michel Apa­thie, est cepen­dant en déca­lage com­plet avec toute réa­li­té. Ann Pet­ti­for sou­ligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le sys­tème ban­caire a, d’ailleurs, eu comme voca­tion de résoudre ce pro­blème du « manque d’argent » en créant de la mon­naie par le cré­dit pour com­pen­ser le manque d’épargne dis­po­nible. Ce cré­dit consti­tue aujourd’hui l’essentiel de la créa­tion moné­taire : 95 % de la mon­naie en cir­cu­la­tion a été créée par les banques com­mer­ciales, 5 % par les banques cen­trales. Le sys­tème est simple : les banques accordent des cré­dits sur des fonds qu’elles ne pos­sèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immé­dia­te­ment cré­di­tés en dépôts et l’immense majo­ri­té de ces fonds n’est pas trans­for­mée en argent fidu­ciaire, concret, dont la créa­tion est du seul apa­nage de la banque cen­trale. L’argent créé n’a donc pas majo­ri­tai­re­ment besoin d’être créé par la banque cen­trale. Sa pro­duc­tion relève prin­ci­pa­le­ment de la seule volon­té des banques commerciales.

Pen­dant long­temps, cette créa­tion moné­taire était certes en théo­rie limi­tée par des contraintes de quan­ti­té phy­sique d’or et d’argent, ce qui limi­tait cette crois­sance du cré­dit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refi­nan­ce­ment défi­nis par les banques cen­trales, mais ces cadres sont peu contrai­gnants. Le taux de refi­nan­ce­ment dur­cit certes le cadre, mais si la demande est là mal­gré ce dur­cis­se­ment, comme en 2005–2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques dis­posent donc bien de cette capa­ci­té de créer de la mon­naie « à par­tir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quan­ti­té en réa­li­té illi­mi­tée. D’autant que les banques cen­trales, en cas de besoin, peuvent créer éga­le­ment « à par­tir de rien » de la mon­naie pour les acteurs du sys­tème finan­cier. C’est ain­si que, chaque mois, la BCE déverse 60 mil­liards d’euros sur les mar­chés finan­ciers et que la Fed a pu trou­ver 85 mil­liards de dol­lars pour sau­ver en 2008 la com­pa­gnie d’assurance AIG. Cette réa­li­té, long­temps contes­tée, a été recon­nue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus impli­ci­te­ment, encore plus récem­ment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la créa­tion moné­taire, la vraie régu­la­tion, sont de deux ordres. Le pre­mier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débi­teurs, elles ne crée­ront pas de mon­naie en leur refu­sant un cré­dit. Le second frein, c’est la volon­té des emprun­teurs de dis­po­ser de fonds sup­plé­men­taires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pour­ront pas créer de mon­naie, quand bien même elles en auraient la pos­si­bi­li­té. C’est ce qui s’est pas­sé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du cré­dit, mais que les banques ont man­qué d’abord de confiance, puis de demande. Le pro­blème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la pre­mière force de la créa­tion moné­taire réside dans les banques com­mer­ciales et dans les rela­tions avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change consi­dé­ra­ble­ment la donne. L’argent ne sau­rait man­quer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nou­velle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une éco­no­mie moné­taire déve­lop­pée : l’épargne n’est PAS néces­saire au finan­ce­ment des achats ou de l’investissement ». Lorsque le pre­mier ministre Édouard Phi­lippe pré­tend donc vou­loir favo­ri­ser l’investissement pro­duc­tif en modi­fiant la fis­ca­li­té de l’épargne, il consi­dère que la France est une éco­no­mie sous-déve­­lop­­pée et non moné­ta­ri­sée. « La dis­po­ni­bi­li­té des moyens finan­ciers dans une éco­no­mie moné­taire est à pla­cer en contraste avec une éco­no­mie pauvre et peu déve­lop­pée où l’épargne est la seule source de finan­ce­ment de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCou­ver­ture de l’ou­vrage d’Ann Pet­ti­for © Verso

Le sys­tème finan­cier a été créé pour cela : dépas­ser les limites de l’épargne et offrir des moyens nou­veaux à l’économie. Et l’auteur de pour­suivre : « Un sys­tème moné­taire déve­lop­pé peut finan­cer de très grands pro­jets, des pro­jets qui dépas­se­raient de loin la somme de l’épargne d’une éco­no­mie. […] Cela signi­fie qu’une socié­té fon­dée sur un sys­tème moné­taire sain pour­rait s’offrir une édu­ca­tion gra­tuite et un sys­tème de san­té ; elle pour­rait finan­cer le sou­tien aux arts autant qu’à la défense ; elle pour­rait faire face aux mala­dies et ren­flouer les banques dans une crise finan­cière. Alors que nous pou­vons man­quer de res­sources humaines et phy­siques pour sor­tir nos éco­no­mies des éner­gies fos­siles, les besoins de la socié­té ne devraient jamais man­quer de rela­tions finan­cières pour faire face à ces chan­ge­ments vastes. » Le pro­blème n’est pas, dès lors, de savoir « où trou­ver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, éco­no­miques et envi­ron­ne­men­taux, mais de savoir com­ment maî­tri­ser la créa­tion moné­taire. L’enjeu, dès lors, est de créer un sys­tème moné­taire « sain ».

Or, comme le rap­pelle Ann Pet­ti­for, notre sys­tème ne l’est pas, sain. Car le pro­blème est évi­dem­ment que, dis­po­sant de ce pou­voir, le sys­tème finan­cier ne l’utilise pas dans l’intérêt géné­ral, mais uni­que­ment en faveur d’intérêts par­ti­cu­liers. La créa­tion moné­taire favo­rise alors les mar­chés finan­ciers eux-mêmes, et les ren­de­ments éle­vés et rapides qu’ils pro­mettent. Et lorsque la méca­nique se casse, il suf­fit de deman­der l’aide des États, aux­quels l’on prê­te­ra l’argent néces­saire à son propre sau­ve­tage et dont on assu­re­ra le rem­bour­se­ment par une poli­tique cen­trée sur le res­pect des créan­ciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son poten­tiel réduit par la concur­rence de l’investissement finan­cier et par les exi­gences de ren­de­ments. Pro­gres­si­ve­ment, « les valeurs du sec­teur finan­cier l’emportent sur toute autre consi­dé­ra­tion », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la déré­gu­la­tion finan­cière a mené à la déré­gu­la­tion des heures de tra­vail. » Dans cette logique, les finan­ciers ont évi­dem­ment tout inté­rêt à défendre l’idée d’une quan­ti­té limi­tée de mon­naie qui, en réa­li­té, leur serait réservée.

Pour Ann Pet­ti­for, c’est cette prise de contrôle de la puis­sance créa­trice de la mon­naie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit néces­sai­re­ment à un recul de l’investissement pro­duc­tif sur le long terme et à un monde où les besoins essen­tiels ne sont pas satis­faits. En revanche, l’économie mon­diale est à la mer­ci d’un sys­tème finan­cier cen­tré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises cau­sées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises des­truc­trices qui font le jeu des natio­na­listes et des extré­mistes, selon Ann Pet­ti­for, en détrui­sant l’aptitude du poli­tique, donc de la démo­cra­tie, à résoudre les pro­blèmes, à com­bler les besoins sociaux et à orien­ter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième par­tie de l’ouvrage pro­pose d’explorer des solu­tions et l’auteure y dis­cute les diverses pro­po­si­tions visant à reprendre le contrôle de la créa­tion moné­taire. Elle y défend ses posi­tions, fon­dées prin­ci­pa­le­ment sur un retour à la pen­sée de Keynes. Pour elle, la pen­sée key­né­sienne, limi­tée à un simple exer­cice de relance par la dépense publique, a été cari­ca­tu­rée afin de la dis­cré­di­ter. Keynes est prin­ci­pa­le­ment un pen­seur de la mon­naie et du sys­tème moné­taire. Son point de départ est de consti­tuer un sys­tème moné­taire sain, notam­ment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une dis­tri­bu­tion de cré­dit réduite, un sys­tème où « la finance est sou­mise aux inté­rêts plus larges de la socié­té ». L’inverse du sys­tème actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix éle­vé : le chô­mage et l’appauvrissement de mil­lions de per­sonnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les pro­po­si­tions de maî­trise de la créa­tion moné­taire, notam­ment celle qui consiste à don­ner à la seule banque cen­trale la capa­ci­té de créer de la mon­naie et qui sera dis­cu­tée l’an pro­chain en Suisse, dans le cadre d’une vota­tion bap­ti­sée « ini­tia­tive mon­naie pleine ». Selon elle, ce sys­tème trans­fère à une com­mis­sion bureau­cra­tique la créa­tion moné­taire, alors même qu’elle est ins­pi­rée par la « théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie » qui édicte la néces­si­té, par­fois, de réduire auto­ri­tai­re­ment la masse moné­taire. Ceci com­porte, selon l’auteure, le risque de prises de déci­sions sans contrôle démo­cra­tique ins­pi­rée par une vision dan­ge­reuse de ce qu’est la monnaie.

Ini­tia­tive mon­naie pleine – Par­tie 1 : Emis­sion moné­taire uni­que­ment par la Banque natio­nale ! from Voll­­geld-Ini­­tia­­tive on Vimeo.

Vidéo de pré­sen­ta­tion de l’i­ni­tia­tive suisse « mon­naie pleine » qui sera sou­mise au peuple hel­vé­tique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle pré­fère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonc­tion­ne­ment du sys­tème, mais réduisent le pou­voir auto­nome de la finance : éta­blir un contrôle étroit de la dis­tri­bu­tion du cré­dit, ren­for­cer les ratios de sol­va­bi­li­té, assu­rer un endet­te­ment public à taux faible pour agir plus géné­ra­le­ment sur les taux et sur­tout mieux maî­tri­ser les flux de capi­taux. Ce der­nier élé­ment, qui serait réa­li­sé par une taxe sur les tran­sac­tions finan­cières ou taxe Tobin, est la pro­po­si­tion la plus forte. Il s’agit non seule­ment de « rame­ner les fonds off­shore dans les nations où la richesse est créée », mais aus­si de retrou­ver des moyens d’agir. « La mobi­li­té du capi­tal ôte aux auto­ri­tés d’un pays le pou­voir d’organiser la pros­pé­ri­té éco­no­mique en déter­mi­nant les taux d’intérêt les plus appro­priés », estime Ann Pettifor.

On note­ra, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces pro­po­si­tions est aujourd’hui reje­té par la plu­part des auto­ri­tés poli­tiques. En France, par exemple, le nou­veau gou­ver­ne­ment sou­tient une moindre régu­la­tion ban­caire et a aban­don­né tout pro­jet euro­péen de taxe Tobin. Ann Pet­ti­for estime que la pre­mière condi­tion pour ôter le « pou­voir des ban­quiers » est donc de déve­lop­per une meilleure com­pré­hen­sion des méca­nismes de créa­tion moné­taire, en dépit de l’opposition de la majo­ri­té des uni­ver­si­taires. C’est seule­ment une fois ce tra­vail effec­tué que la mobi­li­sa­tion citoyenne et poli­tique pour­ra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est par­ti­cu­liè­re­ment urgent pour deux causes : celle des femmes, sou­vent les pre­mières vic­times des coupes dans les dépenses de l’État et de la pré­ca­ri­sa­tion de l’emploi, et celle des défen­seurs de l’environnement, qui ne peuvent espé­rer des poli­tiques vrai­ment effi­caces contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique avec l’actuel sys­tème monétaire.

httpv://www.youtube.com/watch?v=-PD7hrUXRBU
L’É­mis­sion poli­tique avec Fran­çois Fillon, 24 mars 2017 © YouTube

Et c’est bien là l’essentiel actuel­le­ment pour nous, Fran­çais. La lec­ture de l’ouvrage d’Ann Pet­ti­for met en relief les contra­dic­tions essen­tielles de la poli­tique envi­sa­gée par le nou­veau pou­voir : assu­rer un enga­ge­ment envi­ron­ne­men­tal fort et défendre et ren­for­cer les logiques de l’actuel sys­tème moné­taire et finan­cier. Une logique sui­vie par Emma­nuel Macron, comme jadis dési­rée par Fran­çois Fillon qui, à l’i­mage de The­re­sa May, refu­sait de don­ner plus de moyens à des infir­mières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lec­ture per­met aus­si d’envisager une alter­na­tive réfor­miste, fémi­niste et envi­ron­ne­men­ta­liste à la domi­na­tion actuelle du centre droit, autour de cette réforme du sys­tème monétaire. 

Aus­si sa tra­duc­tion fran­çaise pour­­rait-elle s’avérer indispensable.

Roma­ric Godin.

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​e​c​o​n​o​m​i​e​/​1​0​0​7​1​7​/​r​e​p​r​e​n​d​r​e​–​l​e​–​c​o​n​t​r​o​l​e​–​d​e​–​l​a​–​c​r​e​a​t​i​o​n​–​m​o​n​e​t​a​i​r​e​–​p​o​u​r​–​e​c​h​a​p​p​e​r​–​l​–​a​u​s​t​e​r​i​t​e​?​o​n​g​l​e​t​=​f​ull

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Christine Lazerges : le projet de loi antiterroriste est « une grave régression de l’Etat de droit », par Jérôme Hourdeaux (Mediapart)

Dans un entre­tien à Media­part, la pré­si­dente de la Com­mis­sion natio­nale consul­ta­tive des droits de l’homme, Chris­tine Lazerges, fus­tige le texte du gou­ver­ne­ment visant à ins­crire dans le droit com­mun cer­taines mesures de l’é­tat d’ur­gence. Un éven­tuel dic­ta­teur « n’aurait abso­lu­ment rien à ajou­ter à ce texte » qui fait bien entrer la France dans un « état d’urgence per­ma­nent ».

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​0​5​0​7​1​7​/​c​h​r​i​s​t​i​n​e​–​l​a​z​e​r​g​e​s​–​l​e​–​p​r​o​j​e​t​–​d​e​–​l​o​i​–​a​n​t​i​t​e​r​r​o​r​i​s​t​e​–​e​s​t​–​u​n​e​–​g​r​a​v​e​–​r​e​g​r​e​s​s​i​o​n​–​d​e​–​l​–​e​t​a​t​–​d​e​–​d​r​oit

Il aura fal­lu à peine deux mois à Emma­nuel Macron pour s’inscrire dans la droite lignée de ses pré­dé­ces­seurs en matière de poli­tique sécu­ri­taire. Une des pre­mières mesures annon­cées par le nou­veau pré­sident et son ministre de l’intérieur Gérard Col­lomb a en effet été la pro­ro­ga­tion de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre pro­chain. À cette date, une bonne par­tie des mesures pré­vues par la loi de 1955 seront inté­grées au droit com­mun par le pro­jet de loi anti­ter­ro­riste en cours d’exa­men au Parlement.

Ce texte per­met­tra notam­ment aux pré­fets d’ordonner, dans le cadre de la lutte contre le ter­ro­risme, des per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives, d’obliger des per­sonnes à rési­der dans une zone déter­mi­née, d’instaurer des « péri­mètres de sécu­ri­té » lors d’événements, au sein des­quels les règles de contrôle seront assou­plies, ou encore d’ordonner la fer­me­ture de lieux de culte. L’ensemble de ces mesures pour­ront être déci­dées sur de simples soup­çons des ser­vices de ren­sei­gne­ment et sans le contrôle d’un juge judi­ciaire, hor­mis dans le cas des per­qui­si­tions, qui devront être auto­ri­sées par un juge des liber­tés et des déten­tions (JLD).

Comme lors des pré­cé­dents textes, ce pro­jet de loi a été dénon­cé par la qua­­si-tota­­li­­té des asso­cia­tions de défense des droits de l’homme mais éga­le­ment par de nom­breux experts. Le Défen­seur des droits Jacques Tou­bon a ain­si qua­li­fié, dans une inter­view publiée par Le Monde le 23 juin, ce pro­jet de « pilule empoi­son­née ». De son côté, la Com­mis­sion consul­ta­tive des droits de l’homme (CNCDH) s’apprête à voter, jeu­di 6 juillet, un avis dont le conte­nu pour­rait être une nou­velle fois très sévère.

À cette occa­sion, Media­part a ren­con­tré la pré­si­dente de la CNCDH, Chris­tine Lazerges, pour évo­quer les dan­gers que repré­sente ce texte mais éga­le­ment la vague de réformes sécu­ri­taires qu’a connues la France ces vingt der­nières années, l’accoutumance des citoyens vis-à-vis de l’érosion de leurs liber­tés fon­da­men­tales, l’absence de cou­rage poli­tique des pou­voirs suc­ces­sifs et la manière dont les mul­tiples avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes sont sys­té­ma­ti­que­ment ignorés.

Christine Lazerges © MediapartChris­tine Lazerges © Mediapart

À chaque pro­ro­ga­tion de l’état d’urgence, de nom­breuses voix met­taient en garde contre les risques de son enra­ci­ne­ment dans notre droit com­mun, la mise en place pro­gres­sive d’un état d’urgence per­ma­nent. L’adoption du pro­jet de loi anti­ter­ro­riste mar­­que­­rait-il un point de non-retour dans cette évo­lu­tion ? Serait-il un tour­nant his­to­rique pour l’équilibre des liber­tés fondamentales ?

La com­mis­sion des lois de l’Assemblée, alors pré­si­dée par Jean-Jacques Urvoas, avait sai­si la CNCDH pour lui deman­der de suivre l’application de l’état d’urgence. Nous avons, depuis, ren­du cinq avis sur le sujet. Celui de jeu­di, s’il est adop­té par l’assemblée plé­nière, sera donc le sixième. Nous avions éga­le­ment ren­du un avis cri­tique sur la loi du 3 juin 2016 sur la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée qui intro­dui­sait lui aus­si dans le droit com­mun quelques dis­po­si­tions qui auraient dû demeu­rer d’exception. On nous disait déjà à l’époque que le but était de per­mettre la sor­tie de l’état d’urgence.

Mais le pro­jet actuel de loi anti­ter­ro­riste n’a rien à voir avec la loi du 3 juin 2016. Il est extrê­me­ment grave, car il intro­duit dans le droit com­mun des dis­po­si­tions de la loi de 1955 qui dérogent aux liber­tés et droits fon­da­men­taux. Je dis et redis que ce pro­jet de loi, qui est jus­te­ment cen­sé per­mettre de sor­tir de l’état d’urgence, ne fera en fait que l’inscrire dans notre droit com­mun. Avec ce texte, oui, la France sera en état d’urgence permanent.

Le seul gain qu’apporte le pro­jet de loi sera que, en sor­tant du régime de la loi de 1955, nous ne pour­rons plus invo­quer l’article 15 de la Conven­tion euro­péenne des droits de l’homme [qui per­met à un État membre de déro­ger à cer­taines dis­po­si­tions en cas d’état d’urgence – ndlr]. La France ne fera plus par­tie des trois pays, avec la Tur­quie et l’Ukraine, qui béné­fi­cient de l’article 15. C’est une très bonne chose, car il faut avoir conscience que l’état d’urgence a beau­coup abî­mé l’image de la France en Europe. À la dif­fé­rence de l’Allemagne, de la Bel­gique ou de la Grande-Bre­­tagne qui, mal­gré les atten­tats qui ont frap­pé ces pays, n’y ont pas eu recours.

Les quelques garan­ties appor­tées par rap­port à l’état d’urgence, comme l’introduction du juge des liber­tés char­gé d’autoriser en amont les per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives, ne suf­­fisent-elles pas à vous rassurer ?

Avec le retour du juge judi­ciaire, dans le pro­jet de loi final, ce texte garan­tit un peu mieux les liber­tés fon­da­men­tales. Il n’en reste pas moins qu’il pré­sente tou­jours un défaut dra­ma­tique pour le droit com­mun en le pol­luant avec des mesures qui, par nature, devraient res­ter des mesures d’exception. Il consti­tue même une incon­tes­table régres­sion de l’État de droit, car il péren­nise une cer­taine confu­sion entre les pro­cé­dures admi­nis­tra­tives d’exception et la pro­cé­dure pénale de droit com­mun. L’état d’exception est recon­nu par l’État de droit. Mais celui-ci ne peut s’accommoder d’un état d’exception permanent.

Ce qui nous inquiète éga­le­ment, c’est que ce pro­jet a de grandes chances d’être adop­té à une forte majo­ri­té, et sans même la pos­si­bi­li­té d’un contrôle a prio­ri du Conseil consti­tu­tion­nel, car je ne pense pas qu’il y ait 60 élus d’opposition néces­saires à sa sai­sine à l’Assemblée natio­nale. C’est grave, car nous per­dons un contrôle a prio­ricapi­tal, sur­tout sur un texte de cette nature. Heu­reu­se­ment, il existe a pos­te­rio­ri les ques­tions prio­ri­taires de consti­tu­tion­na­li­té (QPC), intro­duites par la réforme consti­tu­tion­nelle de 2008, car sinon le Conseil consti­tu­tion­nel n’aurait même pas la pos­si­bi­li­té de se pro­non­cer. Sauf si au Sénat il se trou­vait 60 élus pour sai­sir le Conseil constitutionnel.

L’exécutif argue éga­le­ment du fait que ce texte sera limi­té aux seuls ter­ro­ristes. Mais dans un article du Figa­ro du lun­di 3 juillet, le res­pon­sable du syn­di­cat Syner­­gie-Offi­­ciers, Patrice Ribei­ro, esti­mait que les mani­fes­tants jugés trop radi­caux ou vio­lents entraient « dans le cadre de la ter­mi­no­lo­gie d’une loi anti­ter­ro­riste, car ce qui est en cause, c’est bien la mon­tée des radi­ca­li­tés ». Peut-on savoir à qui s’appliquera ce texte ? Pour­­ra-t-il ser­vir à étouf­fer les mou­ve­ments sociaux, comme le craignent les asso­cia­tions de défense des droits de l’homme ?

C’est l’un des pro­blèmes de ce texte qui est cen­sé s’appliquer au ter­ro­risme, donc à des faits par­ti­cu­liè­re­ment graves. On a bien vu avec l’affaire de Tar­nac com­ment des faits pou­vaient être qua­li­fiés de « ter­ro­ristes » en amont, avant que cette qua­li­fi­ca­tion ne tombe en toute fin de pro­cé­dure. Il suf­fi­rait qu’un ministre de l’intérieur estime qu’un groupe radi­ca­li­sé d’extrême gauche ou d’extrême droite fomente une action vio­lente peut-être ter­ro­riste pour que celui-ci tombe sous le coup de la loi.

Du moment où on par­ti­cipe à une action vio­lente éven­tuel­le­ment ter­ro­riste, ce texte pour­rait en théo­rie s’appliquer. Ce sera la juris­pru­dence qui nous dira ce qui est ou non consi­dé­ré comme ter­ro­riste. Mais une mesure inquiète déjà la CNCDH : la pos­si­bi­li­té pour les pré­fets de décré­ter des « péri­mètres de sécu­ri­té ». Elle pour­rait tout sim­ple­ment réduire consi­dé­ra­ble­ment toute pos­si­bi­li­té de mobilisation.

En tout cas, si ce pro­jet de loi est adop­té, et que l’extrême droite arrive un jour au pou­voir, la France serait dans une situa­tion extrê­me­ment dif­fi­cile en matière de liber­tés. Un tel pou­voir n’aurait abso­lu­ment rien à ajou­ter à ce texte.

L’inefficacité de l’état d’urgence contre la lutte contre le ter­ro­risme et l’essoufflement de ses mesures ont été recon­nus par tous, que ce soit les auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes, les asso­cia­tions ou même la com­mis­sion de sui­vi par­le­men­taire. Fran­çois Hol­lande avait annon­cé sa fin à la mi-2016, tout comme Emma­nuel Macron l’avait pro­mis durant sa cam­pagne. Com­ment expli­­quez-vous cette inca­pa­ci­té à se défaire de ces mesures d’exception ?

Il a été lar­ge­ment démon­tré que les dis­po­si­tions de l’état d’urgence étaient inutiles en termes de lutte contre le ter­ro­risme. Et qu’elles étaient même par­fois contre-pro­­duc­­tives. Il arrive en effet que les ser­vices de ren­sei­gne­ment n’apprécient pas l’état d’urgence, notam­ment en cas de per­qui­si­tion admi­nis­tra­tive chez un sus­pect qui, tout d’un coup, est ren­du visible. Or, pour pré­ve­nir, c’est le ren­sei­gne­ment qui est utile. Il semble que tous les atten­tats qui ont pu être déjoués l’ont été grâce au ren­sei­gne­ment, pas grâce à l’état d’urgence.

Celui-ci n’a donc fina­le­ment ser­vi qu’à ras­su­rer les Fran­çais, à leur faire croire qu’ils étaient en sécu­ri­té. Tout cela a été recon­nu. Encore fal­­lait-il l’expliquer aux citoyens. Fran­çois Hol­lande n’a pas eu ce cou­rage poli­tique de la péda­go­gie. C’est regret­table. À sa décharge, il faut sou­li­gner qu’il s’apprêtait à lever l’état d’urgence au mois de juillet 2016 mais cela était deve­nu impos­sible poli­ti­que­ment après l’attentat de Nice du 14 juillet.

Les condi­tions parais­saient réunies pour que notre nou­veau pré­sident de la Répu­blique fasse cet effort de péda­go­gie auprès des citoyens. D’autant plus que, durant la cam­pagne pour l’élection pré­si­den­tielle, il avait affir­mé à plu­sieurs reprises qu’il fal­lait lever l’état d’urgence et qu’il fal­lait expli­quer les choses aux Fran­çais. Il sem­ble­rait que nous soyons encore pri­son­niers d’une poli­tique sondagière.

Car, en effet, si on demande aux Fran­çais s’il faut réduire les garan­ties du res­pect de la vie pri­vée, la liber­té d’aller et de venir, les droits de la défense, etc., dans la période actuelle et sans expli­ca­tions, ils répon­dront oui à une grande majo­ri­té. Pour­quoi ne pas par­ler à leur intel­li­gence plu­tôt que de répondre à leur légi­time émotion ?

Ce qui frappe avec cette dérive sécu­ri­taire, c’est qu’elle trans­cende les majo­ri­tés. Que ce soit sous la gauche ou sous la droite, le rythme des réformes anti­ter­ro­ristes ne cesse de s’accélérer depuis le début des années 2000. Au-delà de l’état d’urgence, sommes-nous face à une évo­lu­tion consis­tant, au nom de la lutte contre le ter­ro­risme, à ins­tal­ler un droit d’exception per­ma­nent carac­té­ris­tique d’une idéo­lo­gie sécuritaire ?

La pre­mière étape de cette évo­lu­tion date de la loi du 9 sep­tembre 1986. Alors que notre pays avait déjà, à cette époque, connu des atten­tats, avec ce texte le légis­la­teur va com­men­cer à bâtir une pro­cé­dure pénale bis pour les affaires ter­ro­ristes et la cri­mi­na­li­té orga­ni­sée. Depuis, la France a voté plus de trente lois de lutte contre le ter­ro­risme modi­fiant aus­si bien le droit pénal de fond, avec des défi­ni­tions élar­gies des incri­mi­na­tions, que le droit pénal de forme, avec des pro­cé­dures moins garan­tistes des liber­tés et droits fondamentaux.

Un autre tour­nant a été le quin­quen­nat de Nico­las Sar­ko­zy qui a don­né le ton des évo­lu­tions à venir. Une phrase de Nico­las Sar­ko­zy est pour moi une phrase clef. Elle figu­rait d’ailleurs sur une carte de vœux du minis­tère de l’intérieur : « La sécu­ri­té est la pre­mière des libertés. »

On note tout d’abord qu’il s’agit d’une liber­té enten­due au sens le plus étroit, en rap­port avec des formes de délin­quances très spé­ci­fiques. Par exemple, on sait qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups d’un homme. Nous aurions pu avoir une poli­tique sécu­ri­taire contre les crimes fami­liaux, ou une poli­tique de sécu­ri­té sani­taire, ou de sécu­ri­té envi­ron­ne­men­tale. Mais ce qui a été visé, ça a été la petite délin­quance, le ter­ro­risme et le crime orga­ni­sé. Comme si on avait limi­té la sécu­ri­té à cer­taines formes de délin­quance seulement.

Il est inté­res­sant ensuite de reve­nir sur la confu­sion opé­rée entre « sûre­té » et « sécu­ri­té ». La « sûre­té » est effec­ti­ve­ment une liber­té fon­da­men­tale garan­tie par la Décla­ra­tion des droits de l’homme de 1789 dans son article 2. Mais cette « sûre­té » était enten­due comme la pro­tec­tion du citoyen contre l’arbitraire de l’État et non comme « sécu­ri­té » des biens et des per­sonnes. Cette der­nière a bien été recon­nue comme un droit fon­da­men­tal par notre droit, mais seule­ment depuis une loi de 1995. Ce droit à la sécu­ri­té a ensuite été ins­crit dans l’article pre­mier du code de la sécu­ri­té inté­rieure (CSI) lors de sa créa­tion en 2012.

Depuis, nombre d’atteintes au droit à la sûre­té, à la pro­tec­tion des liber­tés ont conti­nué à ali­men­ter le CSI au nom de la sécu­ri­té. Les dis­po­si­tions rela­tives à la légi­time défense des poli­ciers par exemple, conte­nues dans la loi sur la sécu­ri­té publique de février 2017, auraient dû être ins­crites dans le code pénal. Mais elles l’ont été dans le code de la sécu­ri­té intérieure.

Ces textes ont été adop­tés avec des argu­ments tout à fait com­pré­hen­sibles. Mais nous avons sur­tout pro­té­gé les Fran­çais contre leurs propres peurs en jus­ti­fiant ain­si des mesures de plus en plus déro­ga­toires au droit com­mun. Et ce, jusqu’à l’état d’urgence.

Les der­nières réformes sécu­ri­taires ont éga­le­ment été mar­quées par une absence de prise en compte des avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives indé­pen­dantes concer­nées. Que ce soit sur les loi anti-ter­­ro­­ristes, sur la loi sur le ren­sei­gne­ment, sur les migrants… la CNCDH, le Défen­seur des droits, la Cnil ou encore le CNNum ont ren­du des avis et rap­ports par­fois très sévères sur les réformes enga­gées. Com­ment jugez-vous cette absence de prise en compte de votre travail ?

C’est assez déses­pé­rant. Sur­tout quand tous les avis sont aus­si concor­dants. Que ce soit sur les migrants comme sur les contrôles au faciès ou bien d’autres sujets, il y a une pro­fonde concor­dance des avis des auto­ri­tés admi­nis­tra­tives concernées.

Je me sou­viens qu’un jour le secré­taire géné­ral de l’É­ly­sée, Jean-Pierre Jouyet, m’avait confié :« Fran­che­ment, vous êtes intran­si­geants à la CNCDH. »Je lui avais répon­du : « C’est notre mis­sion d’être intran­si­geants, intran­si­geants sur les liber­tés et les droits fon­da­men­taux. » J’ajouterais même qu’il n’y a plus grand monde d’intransigeant aujourd’hui, mal­heu­reu­se­ment. Mais, à la CNCDH, l’universalisme et l’indivisibilité des droits fon­da­men­taux, nous conti­nuons à y croire​.La période est en effet très dif­fi­cile pour les droits de l’homme. Les atten­tats ter­ro­ristes aux consé­quences dra­ma­tiques ont réus­si en outre à ébran­ler l’État de droit ; nous nous accou­tu­mons aux atteintes aux liber­tés et droits fon­da­men­taux. N’oublions jamais cette phrase de Ben­ja­min Frank­lin : « Un peuple prêt à sacri­fier un peu de liber­té pour un peu de sécu­ri­té ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. »

Chris­tine Lazerges


Mon com­men­taire :

Toutes ces félo­nies sont des CONSÉQUENCES de notre impuis­sance poli­tique totale. 

Toutes ces régres­sions majeures (et celles qui sont à venir) — sans que le peuple n’y puisse RIEN, quelle que soit son opi­nion — ne sont POSSIBLES QUE PARCE QUE nous n’a­vons pas de consti­tu­tion digne de ce nom, et LA RAISON PREMIÈRE, la cause des causes, en est NOTRE DÉMISSION DU PROCESSUS CONSTITUANT. 

Quand nous accep­tons d’ap­pe­ler « suf­frage uni­ver­sel » l’ou­til cen­tral de notre dépos­ses­sion poli­tique (l’é­lec­tion de maîtres par­mi les ser­vi­teurs des plus riches), nous sommes les prin­ci­paux arti­sans de nos mal­heurs à venir.

IL NE TIENT QU’À NOUS de nous entraî­ner, per­son­nel­le­ment, dès aujourd’­hui et tous les jours, opi­niâ­tre­ment, cou­ra­geu­se­ment, à nous entraî­ner et deve­nir citoyens constituants.

Il vaut mieux allu­mer une petite lumière que pes­ter contre les ténèbres. (Pro­verbe chinois)

N’ou­bliez pas d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans vos conver­sa­tions, même pen­dant les vacances.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.

PS : et abon­­nez-vous à Média­part, c’est le seul jour­nal qui n’a pas été ache­té par les barons voleurs : https://​www​.media​part​.fr/​e​t​e​–​2​017

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​4​1​5​4​6​3​5​0​2​317

ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3÷4)

La troi­sième par­tie de nos récents échanges à Tou­louse vient de paraître :

httpv://www.youtube.com/watch?v=eTesYR-_ikE

Déci­dé­ment, je trouve remar­quable le tra­vail des jeunes gens d’In­form’Ac­tion Tou­louse : tra­vail d’a­na­lyse de tous nos échanges de la jour­née, tra­vail de regrou­pe­ment et de séquen­çage des idées impor­tantes, tra­vail de mon­tage et de réa­li­sa­tion… Tout ça est propre et bien fait, tout ça fait sens.

Il me semble que ce sont des vidéos de ce type dont nous avons besoin pour réveiller les endor­mis et remo­bi­li­ser ceux qui ne croient plus à « la politique ».

Je remer­cie du fond du coeur tous ces Tou­lou­sains épa­tants ; j’ai hâte de vous revoir 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​9​5​2​6​5​5​1​7​317

Un exemple (amusant) d’atelier constituant. (ici sur la vidéosurveillance, mais peu importe).

httpv://youtu.be/kSfWR9-YLok

Un exemple (amu­sant) d’a­te­lier consti­tuant (ici sur la vidéo­sur­veillance mais, au fond, peu importe).

Cette petite scène, qui montre sur­tout com­ment il s’a­git sim­ple­ment d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans nos conver­sa­tions quo­ti­diennes, pour­rait vous aider (je rêve) à enfin orga­ni­ser les vôtres.

Mille mer­cis à Benoît​​, jeune magi­cien de la mini vidéo virale, pour avoir ain­si extrait ce petit pas­sage de la (très chouette) confé­rence de Nantes.

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​3​7​9​5​6​5​6​1​7​317

[Mémoire des luttes] Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme (Chris Hedges)

« Arrê­té le 8 novembre 1926 et assi­gné d’abord à cinq ans de relé­ga­tion dans une île, Anto­nio Gram­sci sera condam­né par le Tri­bu­nal spé­cial à 20 ans, 4 mois et 5 jours de pri­son ; « Pour vingt ans nous devons empê­cher ce cer­veau de fonc­tion­ner », décla­re­ra le 4 juin 1928 le pro­cu­reur fas­ciste. » (Source : Bel­la­ciao, Anto­nio GRAMSCI : Lettres de la pri­son (1926−1937))


[Mémoire des luttes] Je repro­duis ci-des­­sous un article pas­sion­nant publié sur l’in­dis­pen­sable et quo­ti­dien Saker fran­co­phone, à la mémoire d’An­to­nio Gram­sci, dont nous devrions entre­te­nir le sou­ve­nir pour nous don­ner des forces :

Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme

Par Chris Hedges – Le 4 juin 2017 – Source Tru­th­dig

Anto­nio Gram­sci écri­vit ses Cahiers de pri­son à une époque assez peu dif­fé­rente de la nôtre. Les par­tis poli­tiques diri­gés par la classe libé­rale, parce qu’ils s’étaient déta­chés de la classe ouvrière, étaient faibles ou insi­gni­fiants. La gauche radi­cale avait été neu­tra­li­sée et avait échoué à for­mu­ler une vision alter­na­tive au capi­ta­lisme. Il y avait une « crise d’autorité ». Le fas­cisme mon­tait et la répres­sion d’État deve­nait de plus en plus dure et totalitaire.

Le régime de Beni­to Mus­so­li­ni récla­mait, comme notre État cor­po­ra­tiste, que soit ins­tal­lé un gou­ver­ne­ment basé sur l’efficacité, la méri­to­cra­tie, la ges­tion de la socié­té par des experts et des spé­cia­listes et l’élimination de la lutte de classe par la média­tion. Il célé­brait éga­le­ment les valeurs mili­taires « héroïques », le tra­di­tio­na­lisme et un pas­sé mythique qui remon­tait, dans le cas de l’Italie fas­ciste, à l’ancienne Rome. Il récom­pen­sait aus­si le confor­misme et la loyau­té, déni­grait les huma­ni­tés et la culture au pro­fit de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et tech­nique, le spec­tacle et le kitsch patrio­tique. Il prê­chait un posi­ti­visme impla­cable, ridi­cu­li­sait la notion de bien public en pro­cla­mant un hyper-indi­­vi­­dua­­lisme et a affai­bli la presse. La dis­si­dence et la cri­tique étaient condam­nées comme une tra­hi­son. Lorsque Gram­sci fut arrê­té et empri­son­né en 1926, il jouis­sait de l’immunité par­le­men­taire, mais les règles juri­diques n’avaient plus aucun sens à ce moment-là. C’est dans ce sombre pay­sage poli­tique que nous avons eu la maxime de [Gram­sci] que vous avez tous enten­due : « Le pes­si­misme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté ». 

Gram­sci, comme Léon Trots­ky, était un intel­lec­tuel mais aus­si un jour­na­liste. Et c’est Trots­ky qui regrette que, au moment où Gram­sci vou­lait construire le Par­ti com­mu­niste ita­lien, les élites éco­no­miques, alliées aux fas­cistes, aient mis en place des formes de répres­sion si dra­co­niennes qu’une orga­ni­sa­tion effi­cace était presque impossible.

Gram­sci s’écartait de la croyance mar­xiste selon laquelle les contra­dic­tions intrin­sèques du capi­ta­lisme condui­raient d’elles-mêmes au socia­lisme. Il était oppo­sé au contrôle de fer d’une avant-garde révo­lu­tion­naire léni­niste. La révo­lu­tion, écri­­vit-il, ne serait atteinte que lorsque les masses auraient acquis un niveau de conscience suf­fi­sant pour exer­cer leur auto­no­mie per­son­nelle et échap­per aux mœurs, sté­réo­types et récits dis­sé­mi­nés par la culture domi­nante. Le chan­ge­ment révo­lu­tion­naire exi­geait cette capa­ci­té intel­lec­tuelle pour com­prendre la réalité.

L’hégémonie, pour Gram­sci, se réfère à la façon dont les élites diri­geantes, à tra­vers les organes de la culture de masse, mani­pulent notre com­pré­hen­sion de la réa­li­té pour pro­mou­voir leurs inté­rêts. Les consom­ma­teurs pas­sifs de la culture de masse voient le monde non tel qu’il est mais tel qu’il est inter­pré­té pour eux. La culture de masse, y com­pris la presse, les écoles et les sys­tèmes de diver­tis­se­ment, dia­bo­lisent tous ceux que les élites diri­geantes dési­gnent comme boucs émis­saires et craignent – dans notre cas les gens de cou­leur, les pauvres, les musul­mans, les tra­vailleurs sans papiers, les anti-capi­­ta­­listes, les syn­di­cats, les intel­lec­tuels, les pro­gres­sistes et les dis­si­dents. Les diri­geants d’entreprise uti­lisent la culture de masse pour trans­for­mer les reven­di­ca­tions éco­no­miques et sociales légi­times en pro­blèmes psy­cho­lo­giques et émo­tion­nels – d’où les bat­te­ments de tam­bour dans l’ensemble de la socié­té appe­lant à croire en nous-mêmes, à tra­vailler dur, à être obéis­sants, à tenir compte des psy­cho­logues posi­tifs et des gou­rous du déve­lop­pe­ment per­son­nel, à étu­dier, à viser l’excellence et à croire en nos rêves. Ce man­tra, qui nous assure en sub­stance que la réa­li­té n’est jamais un obs­tacle à nos dési­rs, s’accompagne de la pro­mo­tion d’une fausse cama­ra­de­rie avec la soi-disant famille d’entreprise, si nous tra­vaillons pour une grande socié­té, ou d’un natio­na­lisme exacerbé.

Gram­sci a eu la pres­cience de voir qu’on ne deman­dait pas seule­ment au ges­tion­naire capi­ta­liste de maxi­mi­ser les pro­fits et de réduire le coût du tra­vail. Le ges­tion­naire devait construire des méca­nismes d’endoctrinement pour assu­rer l’intégration sociale et la soli­da­ri­té col­lec­tive au ser­vice du capi­ta­lisme, d’où les éva­lua­tions, les pro­mo­tions et les rétro­gra­da­tions per­ma­nentes en même temps que le ras­sem­ble­ment des employées dans des réunions pour ins­til­ler une pen­sée de groupe. Avec cet endoc­tri­ne­ment, de mini états de sécu­ri­té et de sur­veillance s’installent dans nos lieux de tra­vail, où chaque mou­ve­ment et chaque mot pro­non­cé sont enre­gis­trés ou fil­més au nom du ser­vice à la clien­tèle. Les entre­prises fonc­tionnent comme de petits États tota­li­taires, des modèles pour l’État cor­po­ra­tiste plus vaste.

Gram­sci voyait la culture de masse comme le pre­mier outil pour obte­nir la sou­mis­sion. Plus la culture de masse infecte la pen­sée et les com­por­te­ments de la popu­la­tion, moins l’État doit dur­cir les formes de coer­ci­tion pour exer­cer sa domi­na­tion. Gram­sci décri­vit la culture de masse, ou la socié­té civile, comme les tran­chées et les for­ti­fi­ca­tions per­ma­nentes qui défendent les inté­rêts fon­da­men­taux des élites. Le chan­ge­ment révo­lu­tion­naire n’interviendra qu’après une longue série d’attaques, que Gram­sci appe­lait une « guerre de posi­tion », sur ces défenses idéo­lo­giques exté­rieures. C’était, à ses yeux, une étape de la guerre de siège qui exige « patience et inven­ti­vi­té ». Une fois que l’idéologie diri­geante perd sa cré­di­bi­li­té, une fois que la culture de masse n’est plus effi­cace, ses struc­tures ins­ti­tu­tion­nelles s’effondrent. Bref, une contre-hégé­­mo­­nie arrive avant le pouvoir.

« Chaque révo­lu­tion, écri­­vit-il, a été pré­cé­dée par un intense tra­vail cri­tique, par la dif­fu­sion de culture et la dif­fu­sion d’idées. […] Le même phé­no­mène se répète aujourd’hui dans le cas du socia­lisme. C’est à tra­vers une cri­tique de la civi­li­sa­tion capi­ta­liste que la conscience uni­fiée du pro­lé­ta­riat s’est for­mée ou se forme encore, et une cri­tique implique de la culture, pas sim­ple­ment une évo­lu­tion spon­ta­née et natu­ra­liste. […] Se connaître soi-même signi­fie être soi-même, être le maître de soi. […] et nous ne pou­vons réus­sir à moins de connaître aus­si les autres, leur his­toire, les efforts cou­ron­nés de suc­cès qu’ils ont accom­plis pour être ce qu’ils sont, pour créer la civi­li­sa­tion qu’ils ont créée et que nous cher­chons à rem­pla­cer par la nôtre. »

Les révo­lu­tions ont été avant tout une bataille d’idées.

« Un obs­tacle prin­ci­pal au chan­ge­ment est la repro­duc­tion par les forces domi­nantes d’éléments de leur idéo­lo­gie hégé­mo­nique, écri­vit Gram­sci. C’est une tâche impor­tante et urgente de déve­lop­per des inter­pré­ta­tions alter­na­tives de la réalité. »

Noam Chom­sky résume ceci par « dire la vérité ».

Et Gram­sci appuyait : « Dire la véri­té est révolutionnaire. »

Le cœur du néo­li­bé­ra­lisme est l’idée absurde que le niveau de vie de la classe ouvrière mon­diale aug­men­te­ra en défi­gu­rant les socié­tés pour obéir ser­vi­le­ment aux dik­tats du marché.

Nous avons atteint un moment dans l’histoire de l’humanité où l’idéologie régnante a per­du sa cré­di­bi­li­té. Toutes les pro­messes du néo­li­bé­ra­lisme se sont révé­lées fausses. L’abolition des condi­tions de rési­dence natio­nale pour les socié­tés a été uti­li­sée pour léga­li­ser les boy­cotts fis­caux des entre­prises. La classe moyenne – le fon­de­ment de toute démo­cra­tie capi­ta­liste – dépé­rit et a été rem­pla­cée par des tra­vailleurs pauvres, en colère et pri­vés de leurs droits. Les ouvriers sont for­cés d’avoir deux ou trois bou­lots et des semaines de tra­vail de 70 heures pour res­ter sol­vables. Les fac­tures médi­cales, les emprunts étu­diants, les prêts hypo­thé­caires à risque et les dettes sur la carte de cré­dit pro­voquent des faillites dévas­ta­trices. La classe des diri­geants d’entreprise, pen­dant ce temps, ramasse des mil­liards en bonus et en com­pen­sa­tions et uti­lise son argent et des lob­byistes pour détruire les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques. Elle a ins­tal­lé soli­de­ment un sys­tème que le phi­lo­sophe poli­tique Shel­don Wolin appelle un « tota­li­ta­risme inversé ».

Au fur et à mesure que ces men­songes s’éventent, nous sommes jetés dans ce que Gram­sci appelle un inter­règne – un temps pen­dant lequel l’idéologie domi­nante a per­du son effi­ca­ci­té mais n’a pas encore été rem­pla­cée par une nou­velle. « La crises consiste, écri­vit Gram­sci, pré­ci­sé­ment dans le fait que l’ancien meurt et que le nou­veau ne par­vient pas à voir le jour [et] dans ce clair-obs­­cur sur­gissent des monstres. » D’où les muta­tions poli­tiques comme Donald Trump ou, à l’époque de Gram­sci, Mussolini.

L’accélération de la dés­in­dus­tria­li­sa­tion dans les années 1970 a créé une crise qui a for­cé les élites diri­geantes à inven­ter un nou­veau para­digme poli­tique, comme Stuart Hall [avec des co-auteurs] l’explique dans son livre Poli­cing the Cri­sis. Ce para­digme, clai­ron­né par les médias aux ordres, a fait pas­ser ses prio­ri­tés du bien com­mun à la race, au crime et à l’ordre public. Il a dit à ceux qui subis­saient de pro­fonds chan­ge­ments éco­no­miques et poli­tiques que leurs souf­frances ne résul­taient pas de la cupi­di­té des entre­prises mais d’une menace à l’intégrité natio­nale. L’ancien consen­sus qui s’appuyait sur les pro­grammes duNew Deal et de l’État social a été atta­qué comme étant favo­rable aux jeunes cri­mi­nels noirs, à eux qui vivent aux cro­chets de l’État social et aux para­sites sociaux. Il fal­lait blâ­mer les para­sites. Cela a ouvert la porte à un popu­lisme auto­ri­taire, enta­mé par Ronald Rea­gan et Mar­ga­ret That­cher, qui ont pré­ten­du défendre les valeurs fami­liales, la morale tra­di­tion­nelle, l’autonomie indi­vi­duelle, l’ordre public, la foi chré­tienne et le retour à un pas­sé mythique, au moins pour les Amé­ri­cains blancs.

La culture de masse est une force contre-révo­­lu­­tion­­naire puis­sante et dan­ge­reuse. Elle crée une men­ta­li­té gré­gaire. Elle ban­nit la pen­sée indé­pen­dante et auto­nome. Elle détruit notre confiance en nous. Elle mar­gi­na­lise et dis­cré­dite les non-confor­­mistes. Elle dépo­li­tise la citoyen­ne­té. Elle ins­tille un sen­ti­ment de futi­li­té et d’impuissance col­lec­tives en pré­sen­tant l’idéologie domi­nante comme une véri­té révé­lée, irré­fu­table, une force inévi­table et inexo­rable qui seule rend le pro­grès humain possible.

La culture de masse est une agres­sion qui, comme Gram­sci l’écrivait, pro­voque une conscience « confuse et frag­men­taire » ou ce que Marx appe­lait « fausse conscience ». Elle vise à trans­mettre au pro­lé­ta­riat la croyance que ses« véri­tables » inté­rêts sont ali­gnés sur ceux de la classe diri­geante, dans notre cas les multinationales.

Nous ne sommes pas pro­duits par la nature, écri­vit Gram­sci, mais par notre his­toire et notre culture. Si nous ne connais­sons pas notre his­toire et notre culture, et si nous accep­tons la fausse his­toire et la culture fabri­quées pour nous, nous ne vain­crons jamais les forces de l’oppression. La récu­pé­ra­tion de la mémoire par les radi­caux dans les années 1960 a ter­ri­fié les élites. Cela a per­mis aux gens de com­prendre leur propre pou­voir et leur action. Elle a expri­mé et célé­bré les luttes des tra­vailleurs et des tra­vailleuses et des oppri­més plu­tôt que la bien­fai­sance mythique des oppres­seurs. Elle a révé­lé l’exploitation et l’hypocrisie de la classe domi­nante. Et c’est pour­quoi les grands patrons ont dépen­sé des mil­lions pour écra­ser et mar­gi­na­li­ser ces mou­ve­ments et leurs his­toires dans les écoles, la culture, la presse et dans nos sys­tèmes de divertissement.

« Non seule­ment les gens n’ont pas de conscience pré­cise de leur propre iden­ti­té his­to­rique, déplo­rait Gram­sci sous le fas­cisme, ils ne sont même pas conscients de l’identité his­to­rique ou des limites exactes de leur adversaire. »

Si nous ne connais­sons pas notre his­toire, nous n’avons aucun point de com­pa­rai­son. Nous ne pou­vons pas nom­mer les forces qui nous contrôlent ou voir la longue conti­nui­té de l’oppression capi­ta­liste et de la résis­tance. Une fois qu’une démo­cra­tie échoue, comme en a aver­ti Pla­ton, elle crée les condi­tions pour une tyran­nie basée sur le sou­tien popu­laire. C’est ce qui s’est pas­sé dans l’Italie fas­ciste. C’est ce qui s’est pas­sé avec l’élection de Trump. Lorsqu’un popu­lisme de droite ou le fas­cisme prend le pou­voir, le but n’est pas, comme le disait Gram­sci, d’éveiller « la conscience civique de la nation », mais de nour­rir et de recréer une conscience civique per­due. C’est là où nous en sommes his­to­ri­que­ment. Et c’était là où en était Gram­sci lorsqu’il écri­vit ses volu­mi­neux Cahiers de pri­son.

La démo­cra­tie fut une ano­ma­lie dans la plus grande par­tie de l’Histoire de l’Occident. Après l’effondrement de la démo­cra­tie athé­nienne en 322 avant l’ère chré­tienne – et cette démo­cra­tie n’était réser­vée qu’aux hommes et excluait les esclaves –, il s’est pas­sé 2000 ans avant l’apparition d’un autre gou­ver­ne­ment démo­cra­tique. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que des gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques, main­te­nant mena­cés par des mou­ve­ments pro­­to-fas­­cistes, ont pu fleu­rir, même de manière impar­faite. Notre propre sys­tème de gou­ver­ne­ment, si on consi­dère l’exclusion des Afro-Amé­­ri­­cains, des Amé­rin­diens, des hommes non pro­prié­taires et des femmes, ne pou­vait pas être défi­ni comme une démo­cra­tie com­plète jusqu’à la moi­tié du siècle der­nier. Et, comme l’Italie fas­ciste, nous retour­nons à un des­po­tisme plus familier.

Il y a une rai­son pour laquelle l’État capi­ta­liste cherche à main­te­nir les tra­vailleurs sans conscience. Aucun tra­vailleur ne béné­fi­cie­ra plei­ne­ment de son tra­vail dans un sys­tème capi­ta­liste puisque cela détrui­rait le capi­ta­lisme lui-même. Et tout tra­vailleur qui com­prend vrai­ment ses inté­rêts se consa­cre­rait à ren­ver­ser le capitalisme.

Gram­sci publia l’article à Turin, dans Ordine Nuo­vo (Ordre nou­veau), pen­dant les sou­lè­ve­ments de 1919 qui virent les ouvriers s’emparer des ate­liers et for­mer des conseils ouvriers. Lui et les autres auteurs de l’article – qui ces­sèrent inex­pli­ca­ble­ment de publier au plus fort des troubles pour se consa­crer à l’organisation – ne défen­daient pas des posi­tions avant d’avoir ana­ly­sé et dis­cu­té lon­gue­ment avec les conseils ouvriers. Ces conseils, écri­vit Gram­sci, avaient non seule­ment confé­ré du pou­voir aux tra­vailleurs sur leurs vies pro­fes­sion­nelles, mais avaient bri­sé le mur qui empê­chaient les citoyens pri­vés de par­ti­ci­per à la vie politique.

Pour Gram­sci, la poli­tique révo­lu­tion­naire ne venait pas d’en haut mais d’en bas. Elle était orga­nique. Et l’échec, à ses yeux, des élites révo­lu­tion­naires est qu’elles étaient sou­vent aus­si dic­ta­to­riales et décon­nec­tées des ouvriers que les élites capi­ta­listes. Les masses devaient être inté­grées aux struc­tures du pou­voir pour créer une nou­velle forme de poli­tique de masse – d’où son insis­tance sur le fait que tous les gens sont des intel­lec­tuels capables de pen­sée auto­nome et indé­pen­dante. Une démo­cra­tie n’est pos­sible que si tous ses citoyens com­prennent la méca­nique du pou­voir et ont un rôle dans l’exercice de ce dernier.

Gram­sci [1891–1937] se serait déses­pé­ré de la frac­ture, aux États-Unis, entre notre Gauche ané­mique et la classe ouvrière. Ridi­cu­li­ser les par­ti­sans de Trump, être inca­pable d’écouter et de se sou­cier de la souf­france des tra­vailleurs pauvres, y com­pris blancs, garan­tit que toute révolte sera mort-née. Ceux d’entre nous qui cherchent à ren­ver­ser l’État cor­po­ra­tiste devront com­men­cer loca­le­ment. Cela signi­fie défendre des pro­po­si­tions comme l’augmentation du salaire mini­mum, lut­ter pour de l’eau propre, les soins de san­té uni­ver­sels et un bon ensei­gne­ment public, y com­pris la for­ma­tion uni­ver­si­taire gra­tuite, qui parlent direc­te­ment de l’amélioration des condi­tions de vie de la classe labo­rieuse. Cela ne veut pas dire don­ner des leçons à la classe ouvrière, et en par­ti­cu­lier à la classe ouvrière blanche, sur le mul­ti­cul­tu­ra­lisme et la poli­tique identitaire.

La révolte, cepen­dant, sans une vision poli­tique alter­na­tive, Gram­sci le savait, était vouée à l’échec. Les ouvriers sont mobi­li­sés aus­si faci­le­ment autour d’idéologies anti-démo­­cra­­tiques comme le fas­cisme et le racisme. S’ils manquent de conscience, ils peuvent deve­nir une force sombre dans le corps poli­tique, comme nous l’avons vu lors des ras­sem­ble­ments de Trump et avec l’augmentation des crimes mus par la haine.

« Mais est-ce suf­fi­sant qu’une révo­lu­tion soit menée par des pro­lé­taires pour qu’elle soit une révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne ?, ques­­tion­­nait-il. La guerre est aus­si est faite par des pro­lé­taires, mais elle n’en est pas pour autant un évé­ne­ment pro­lé­ta­rien. Pour que cela le soit, il faut la pré­sence d’autres fac­teurs spi­ri­tuels. Il doit y avoir plus pour la révo­lu­tion que la ques­tion du pou­voir : il doit y avoir la ques­tion de la morale, de la manière de vivre. »

Cette insis­tance sur la vision d’un nou­vel ordre oppo­sa Gram­sci aux anar­chistes et aux syn­di­cats. L’État pour­rait affron­ter les troubles, même la révolte, savait-il, tant qu’elle était spo­ra­dique et loca­li­sée et ne for­mu­lait pas un pro­gramme visant à rem­pla­cer les struc­tures qui main­tiennent les élites diri­geantes au pou­voir. « L’État socia­liste ne peut pas s’incarner dans les ins­ti­tu­tions de l’État capi­ta­liste […], écri­­vit-il. L’État socia­liste doit être une créa­tion fon­da­men­ta­le­ment nou­velle. Les ins­ti­tu­tions de l’État capi­ta­liste sont orga­ni­sées de manière à faci­li­ter la libre concur­rence : se conten­ter de chan­ger le per­son­nel dans ces ins­ti­tu­tions ne chan­ge­ra guère la direc­tion de leur action. »

Gram­sci fut un enfant mala­dif qui, après avoir été lais­sé tom­bé au bas des esca­liers par une ser­vante à l’âge de 4 ans, devint bos­su et mesu­rait 4 pieds 6 pouces [un peu plus de 137 cm, NdT] à l’âge adulte. Il gran­dit en Sar­daigne, une île pauvre du sud de l’Italie. Il vécut dans une extrême souf­france la plus grande par­tie de sa vie, dans la pau­vre­té lorsque son père fut empri­son­né pour cor­rup­tion. Il était, phy­si­que­ment, par tem­pé­ra­ment et géo­gra­phi­que­ment, un paria. Cela lui don­na une sym­pa­thie natu­relle pour les mar­gi­na­li­sés et les oubliés. Il fut trou­blé par le schisme entre le Sud [de l’Italie] agraire et sous-déve­­lop­­pé et le Nord, en par­ti­cu­lier Turin, où il alla à l’université.

Les élites ita­liennes pro­murent, comme beau­coup d’autres à cette époque, l’idée de l’infériorité bio­lo­gique de cer­taines races. Les pay­sans du Sud n’étaient pas pauvres parce qu’ils étaient moins bien trai­tés que des serfs par les grands pro­prié­taires ter­riens, mais parce qu’ils étaient géné­ti­que­ment han­di­ca­pés. Ce racisme, qui péné­trait dans la pen­sée de la gauche, met­tait Gram­sci en rage. Ses écrits sur les divi­sions entre le Nord indus­triel et le Sud agraire furent fon­da­men­tales pour Edward Saïd lorsqu’il écri­vit L’Orientalisme. Comme Gram­sci, il a vu com­ment les sté­réo­types racistes dif­fu­sés par le Nord mon­dial étaient uti­li­sés pour jus­ti­fier les poli­tiques d’exploitation et d’oppression du Sud mondial.

« Tout le com­plexe d’activités pra­tiques et théo­riques avec lequel la classe domi­nante non seule­ment jus­ti­fie et main­tient sa domi­na­tion, mais fait en sorte d’obtenir le consen­te­ment actif des gou­ver­nés » doit être ren­du clair pour le public, écri­vit Gramsci.

La com­pré­hen­sion par Gram­sci de la façon dont les élites diri­geantes fabriquent le consen­te­ment le sépare de Marx. Marx voyait la théo­rie cri­tique comme un pré­li­mi­naire à la construc­tion d’une socié­té éga­li­taire et juste. Dans la socié­té juste, la théo­rie cri­tique, comme l’État, dépé­ri­rait. Gram­sci savait que les élites repro­dui­raient conti­nuel­le­ment des situa­tions et des idéo­lo­gies pour main­te­nir leur contrôle ou le prendre. Cela exi­geait la vigi­lance constante du théo­ri­cien révo­lu­tion­naire cri­tique. Il y aurait une bataille sans fin des idées, celles déve­lop­pées par les élites pour jus­ti­fier leurs pri­vi­lèges et celles des théo­ri­ciens radi­caux qui dénon­ce­raient ces idées comme étant des ins­tru­ments de répres­sion et sou­tien­draient une alter­na­tive socialiste.

Gram­sci sou­te­nait que le fac­teur humain – rom­pant de nou­veau avec Marx – est essen­tiel. L’Histoire, disait-il, est faite par la volon­té des hommes. Elle n’est pas pré­dé­ter­mi­née. On ne peut pas com­prendre com­ment nous acqué­rons de la conscience et com­ment nous réa­li­sons la révo­lu­tion en ne consi­dé­rant que les moyens de pro­duc­tion. Nous ne pou­vons pas, aver­­tis­­sait-il, pré­dire le cours de l’Histoire. Nous pou­vons recu­ler tout autant qu’avancer. Nous devons, par consé­quent, créer une contre-culture dyna­mique qui finit par rendre la révo­lu­tion pos­sible. Alors que nous bat­tons en retraite devant l’offensive du fas­cisme, cela fait de Gram­sci notre contemporain.

Chris Hedges

Tra­duit par Diane, véri­fié par Wayan, relu par Her­vé pour le Saker francophone

Source : http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​a​n​t​o​n​i​o​–​g​r​a​m​s​c​i​–​e​t​–​l​a​–​b​a​t​a​i​l​l​e​–​c​o​n​t​r​e​–​l​e​–​f​a​s​c​i​sme

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