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Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis…
Voici une synthèse remarquable sur les raisons du comportement prétendument agressif de la Corée du Nord, synthèse signalée par le principal (de loin) service public d’information en France : les-crises.fr
Quand les États-Unis détruisaient un pays pour le sauver
Le 25 juin 2010 marque le soixantième anniversaire du début de la Guerre de Corée, appelée « Guerre de Libération de la patrie en République populaire démocratique de Corée. Entre 1950 et 1953, les hostilités ont fait près de quatre millions de victimes, mais l’ héritage de cette guerre va bien au-delà de ce bilan humain déjà terrifiant : l’accord d’armistice signé à Panmunjom le 27 juillet 1953 a scellé la division de la péninsule coréenne en établissant une ligne de démarcation militaire entre le nord et le sud, et,faute de véritable traité de paix, la Corée reste techniquement en état de belligérance.
Au lendemain de la libération de la Corée (15 août 1945), après 35 ans de colonisation japonaise, le peuple coréen pouvait pourtant légitimement prétendre à recouvrer son indépendance et sa souveraineté, comme s’y étaient engagés les pays alliés lors de la Conférence du Caire (novembre 1943).
Cette légitime aspiration de la nation coréenne ne fut malheureusement pas réalisée dans le contexte d’affrontement des grandes puissances : dès le mois de septembre 1945, deux zones d’occupation, soviétique et américaine, se mirent en place de part et d’autre du 38eme parallèle. En 1948, l’organisation d’élections séparées au sud, sous l’égide de l’ONU où les Etats-Unis disposaient de la majorité, aboutit à la création de deux Etats coréens : la République de Corée au sud, la République populaire démocratique de Corée au nord.La partition de fait de la Corée était réalisée. La nation coréenne se trouvait dramatiquement divisée contre son gré par la frontière artificielle du 38eme parallèle, autour de laquelle divers accrochages firent des milliers de morts de 1945 à 1950.
La thèse de l’offensive nord-coréenne du 25 juin 1950 servit de prétexte à une intervention militaire des Etats-Unis, dans le cadre d’une stratégie américaine globale de « refoulement du communisme ». L’intervention américaine en Corée fut légitimée par le Conseil de sécurité de l’ONU – où l’URSS ne siégeait pas en raison du refus d’y admettre la jeune République populaire de Chine -, le président américain Harry Truman présentant alors l’envoi de troupes en Corée comme une « opération de policedont le but était de repousser un « raid de bandits contre la République de Corée ». Le président américain l’a fait sans déclaration de guerre, jusqu’alors une condition préalable à la participation militaire des Etats-Unis à l’étranger. Il a ainsi établi un précédent pour le président Lyndon Johnson qui a engagé des troupes dans la Guerre du Vietnam sans jamais solliciter un mandat du Congrès pour son action. Les interventions en Irak et en Afghanistan ont été menées selon les mêmes principes.
Pour cette« opération de police, les Etats-Unis eurent recours à des armes de destruction massive, ou menacèrent d’en utiliser, ce qui contribue encore à éclairer la situation actuelle. Comme l’écrit l’historien américain Bruce Cumings en conclusion de l’article que nous reproduisons ci-après, la Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.
Cumings écrivait ces lignes en 2004, sous l’administration Bush. Elles restent d’une troublante actualité, surtout après l’annonce, le 6 avril 2010, de la nouvelle posture nucléaire de l’administration Obama, selon laquelle les Etats-Unis s’autorisent à frapper la Corée du Nord avec des armes nucléaires même si celle-ci n’utilise que des armes conventionnelles.
Mémoires de feu en Corée du Nord
par Bruce Cumings
Plutôt que d’une guerre oubliée, mieux vaudrait parler, s’agissant de la Guerre de Corée (1950−1953), d’une guerre inconnue. L’effet incroyablement destructeur des campagnes aériennes américaines contre la Corée du Nord – qui allèrent du largage continu et à grande échelle de bombes incendiaires (essentiellement au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chimiques [1] et à la destruction de gigantesques barrages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indélébile. Ces faits sont toutefois peu connus, même des historiens, et les analyses de la presse sur le problème nucléaire nord-coréen ces dix dernières années n’en font jamais fait état. [NdT : ce texte a été écrit en décembre 2004]
La Guerre de Corée passe pour avoir été limitée, mais elle ressembla fort à la guerre aérienne contre le Japon impérial pendant la Seconde Guerre mondiale, et fut souvent menée par les mêmes responsables militaires américains. Si les attaques d’Hiroshima et de Nagasaki ont fait l’objet de nombreuses analyses, les bombardements incendiaires contre les villes japonaises et coréennes ont reçu beaucoup moins d’attention. Quant aux stratégies nucléaire et aérienne de Washington en Asie du Nord-Est après la Guerre de Corée, elles sont encore moins bien comprises, alors que ces stratégies ont défini les choix nord-coréens et demeurent un facteur-clé dans l’élaboration de la stratégie américaine en matière de sécurité nationale. (…)
Le napalm fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son utilisation provoqua un débat majeur pendant la Guerre du Vietnam, attisé par des photos insoutenables d’enfants qui couraient nus sur les routes, leur peau partant en lambeaux… Une quantité encore plus grande de napalm fut néanmoins larguée sur la Corée, dont l’effet fut beaucoup plus dévastateur, car la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comptait bien plus de villes peuplées que le Nord-Vietnam. En 2003, j’ai participé à une conférence aux côtés d’anciens combattants américains de la Guerre de Corée. Lors d’une discussion à propos du napalm, un survivant de la bataille du Réservoir de Changjin (Chosin, en japonais), qui avait perdu un œil et une partie de la jambe, affirma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle tombait sur les bonnes personnes.
Les bonnes personnes ? Comme lorsqu’un bombardement toucha par erreur une douzaine de soldats américains : Tout autour de moi, les hommes étaient brûlés. Ils se roulaient dans la neige. Des hommes que je connaissais, avec qui j’avais marché et combattu, me suppliaient de leur tirer dessus… C’était terrible. Quand le napalm avait complètement brûlé la peau, elle se détachait en lambeaux du visage, des bras, des jambes… comme des chips de pommes de terre frites. [2]
Un peu plus tard, George Barrett, du New York Times, découvrit un tribut macabre à la totalité de la guerre moderne dans un village au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : Les habitants de tout le village et dans les champs environnants furent tués et conservèrent exactement l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frappés par le napalm : un homme s’apprêtait à monter sur sa bicyclette, une cinquantaine d’enfants jouaient dans un orphelinat, une mère de famille étrangement intacte tenait dans la main une page du catalogue Sears-Roebuck où était cochée la commande no 3811294 pour une “ravissante liseuse couleur corail”. Dean Acheson, secrétaire d’Etat, voulait que ce genre de reportage à sensation soit signalé à la censure afin qu’on puisse y mettre un terme . [3]

L’un des premiers ordres d’incendier des villes et des villages que j’ai trouvés dans les archives fut donné dans l’extrême sud-est de la Corée, pendant que des combats violents se déroulaient le long du périmètre de Pusan, début août 1950, alors que des milliers de guérilleros harcelaient les soldats américains. Le 6 août 1950, un officier américain donna l’ordre à l’armée de l’air que soient oblitérées les villes suivantes : Chongsong, Chinbo et Kusu-Dong. Des bombardiers stratégiquesB-29 furent également mis à contribution pour des bombardements tactiques. Le 16 août, cinq formations de B‑29 frappèrent une zone rectangulaire près du front qui comptait un grand nombre de villes et de villages, et créèrent un océan de feu en larguant des centaines de tonnes de napalm. Un ordre semblable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple mention : Onze villages incendiés. [4]
Les pilotes avaient ordre de frapper les cibles qu’ils pouvaient discerner pour éviter de frapper des civils, mais ils bombardaient souvent des centres de population importants identifiés par radar, ou larguaient d’énormes quantités de napalm sur des objectifs secondaires lorsque la cible principale ne pouvait être atteinte. La ville industrielle de Hungnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B‑17 pendant la Seconde Guerre mondiale. Fin août, les formations de B‑29 déversaient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. [5] Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B‑29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm.

Enfant coréen brûlé par le napalm
Au sein de l’armée de l’air américaine, certains se délectaient des vertus de cette arme relativement nouvelle, introduite à la fin de la précédente guerre, se riant des protestations communistes et fourvoyant la presse en parlant de bombardements de précision. Les civils, aimaient-ils à prétendre, étaient prévenus de l’arrivée des bombardiers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet. [6] Cela n’était qu’un prélude à la destruction de la plupart des villes et villages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.
Larguer trente bombes atomiques ?

L’entrée des Chinois dans le conflit provoqua une escalade immédiate de la campagne aérienne. À compter du début novembre 1950, le général MacArthur ordonna que la zone située entre le front et la frontière chinoise soit transformée en désert, que l’aviation détruise tous les équipements, usines, villes et villages sur des milliers de kilomètres carrés du territoire nord-coréen. Comme le rapporta un attaché militaire britannique auprès du quartier général de MacArthur, le général américain donna l’ordre de détruire tous les moyens de communication, tous les équipements, usines, villes et villages à l’exception des barrages de Najin, près de la frontière soviétique et de Yalu (épargnés pour ne pas provoquer Moscou et Pékin). Cette destruction [devait] débuter à la frontière mandchoue et continuer vers le sud. Le 8 novembre 1950, 79 B‑29 larguaient 550 tonnes de bombes incendiaires sur Sinuiju, la rayantde la carte. Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoeryong dans le but de liquider l’endroit. Le 25 novembre, une grande partie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes ennemies plus au sud(…) est plus ou moins en feu. La zone allait bientôt devenir uneétendue déserte de terre brûlée. [7]
Tout cela se passait avant la grande offensive sino-coréenne qui chassa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951). A mesure que les Américains se retiraient au sud du 38eme parallèle, la politique incendiaire de la terre brûlée se poursuivit : Uijongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rapprochait, furent la proie des flammes. [8]

L’aviation militaire tenta aussi de décapiter la direction nord-coréenne. Pendant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe surnommée MOAB (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capacité explosive de 18 000 livres de TNT. Newsweeken publia une photo en couverture, sous le titre Pourquoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? ». [9]Au cours de l’hiver 1950–1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient revenus à leur point de départ des années 1930 et se terraient dans de profonds bunkers à Kanggye, près de la frontière mandchoue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débarquement d’Inchon, les B‑29 larguèrent des bombes Tarzan sur Kanggye. Il s’agissait d’une bombe nouvelle, énorme, de 12 000 livres, jamais utilisée auparavant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incendiaire ultime, la bombe atomique.
Le 9 juillet 1950, deux semaines seulement après le début de la guerre, le général MacArthur envoya au général Ridgway un message urgent qui incita les chefs d’état-major (CEM) à examiner s’il fallait ou non donner des bombes A à MacArthur. Le général Charles Bolte, chef des opérations, fut chargé de discuter avec MacArthur de l’utilisation de bombes atomiques en soutien direct aux combats terrestres.Bolte estimait qu’on pouvait réserver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capacités militaires globales des Etats-Unis s’en trouvent affectées outre mesure. MacArthur suggéra à Bolte une utilisation tactique des armes atomiques et lui donna un aperçu des ambitions extraordinaires qu’il nourrissait dans le cadre de la guerre, notamment l’occupation du Nord et une riposte à une potentielle intervention chinoise ou soviétique comme suit : Je les isolerai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls passages en provenance de Mandchourie et de Vladivostok comportent de nombreux tunnels et ponts. Je vois là une occasion unique d’utiliser la bombe atomique, pour frapper un coup qui barrerait la route et demanderait un travail de réparation de six mois.
À ce stade de la guerre, toutefois, les chefs d’état-major rejetèrent l’usage de la bombe car les cibles suffisamment importantes pour nécessiter des armes nucléaires manquaient, ils redoutaient les réactions de l’opinion mondiale cinq ans après Hiroshima et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit renversé par des moyens militaires classiques. Le calcul ne fut plus le même lorsque d’importants contingents de soldats chinois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.
Lors d’une célèbre conférence de presse, le 30 novembre, le président Truman agita la menace de la bombe atomique. [10] Ce n’était pas une bourde comme on le supposa alors. Le même jour, le général de l’armée de l’air Stratemeyer envoya l’ordre au général Hoyt Vandenberg de placer le commandement stratégique aérien en alerte afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des formations de bombardiers équipés de bombes moyennes en Extrême-Orient,(…) ce supplément [devant] comprendre des capacités atomiques. Le général d’aviation Curtis LeMay se souvient à juste titre que les CEM étaient parvenus auparavant à la conclusion que les armes atomiques ne seraient probablement pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une campagne atomique générale contre la Chine maoïste. Mais puisque les ordres changeaient en raison de l’entrée en guerre des forces chinoises, LeMay voulait être chargé de la tâche ; il déclara à Stratemeyer que son quartier général était le seul qui possédait l’expérience, la formation technique et la connaissance intime des méthodes de largage. L’homme qui dirigea le bombardement incendiaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nouveau sur l’Extrême-Orient pour diriger les attaques. [11] Washington se souciait peu à l’époque de savoir comment Moscou allait réagir car les Américains possédaient au moins 450 bombes atomiques tandis que les Soviétiques n’en avaient que 25.
Peu de temps après, le 9 décembre, MacArthur fit savoir qu’il voulait un pouvoir discrétionnaire concernant l’utilisation des armes atomiques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il soumit une liste de cibles devant retarder l’avancée de l’ennemi pour lesquelles il disait avoir besoin de 26 bombes atomiques. Il demandait en outre que 4 bombes soient larguées sur les forces d’invasion » et 4 autres sur lesconcentrations ennemies cruciales de moyens aériens.
Dans des interviews parues après sa mort, MacArthur affirmait avoir un plan permettant de remporter la guerre en dix jours : « J’aurais largué une trentaine de bombes atomiques (…) en mettant le paquet le long de la frontière avec la Mandchourie. » Il aurait ensuite amené 500 000 soldats de la Chine nationaliste au Yalu, puis aurait répandu derrière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une ceinture de cobalt radioactif (…) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pendant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion terrestre de la Corée par le nord. Il avait la certitude que les Russes n’auraient pas bougé devant cette stratégie de l’extrême : Mon plan était simple comme bonjour. [12]
La radioactivité du cobalt 60 est 320 fois plus élevée que celle du radium. Selon l’historien Carroll Quigley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pourrait détruire toute vie animale sur terre. Les propos bellicistes de MacArthur paraissent insensés, mais il n’était pas le seul à penser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comité dépendant des chefs d’état-major avait déclaré que les bombes atomiques pourraient s’avérer être le facteur décisif qui stopperait l’avancée chinoise en Corée. Au départ, on envisageait éventuellement leur utilisation dans un cordon sanitaire [pouvant] être établi par l’ONU suivant une bande située en Mandchourie juste au nord de la frontière coréenne.
La Chine en ligne de mire
Quelques mois plus tard, le député Albert Gore (le père d’Al Gore, candidat démocrate malheureux en 2000), qui s’opposa par la suite à la Guerre du Vietnam, déplorait que la Coréedétruise peu à peu la virilité américaine et suggérait de mettre fin à la guerre par quelque chose de cataclysmique, à savoir une ceinture radioactive qui diviserait la péninsule coréenne en deux de façon permanente. Bien que le général Ridgway n’ait pas parlé de bombe au cobalt, après avoir succédé à MacArthur en tant que commandant américain en Corée, il renouvela en mai 1951 la demande formulée par son prédécesseur le 24 décembre, réclamant cette fois 38 bombes atomiques. [13] Cette demande ne fut pas acceptée.
Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes atomiques, au moment, précisément, où Truman révoquait MacArthur. Si les informations concernant cet événement sont encore en grande partie classées secrètes, il est désormais clair que Truman ne destitua pas MacArthur uniquement en raison de son insubordination réitérée, mais parce qu’il voulait un commandant fiable sur le terrain au cas où Washington décide de recourir aux armes atomiques. En d’autres termes, Truman se débarrassa de MacArthur pour garder ouverte sa politique en matière d’armes atomiques. Le 10 mars 1951, après que les Chinois eurent massé de nouvelles forces près de la frontière coréenne et que les Soviétiques eurent stationné 200 bombardiers sur les bases aériennes de Mandchourie (d’où ils pouvaient frapper non seulement la Corée, mais les bases américaines au Japon) [14], MacArthur demanda une force atomique de type Jour J afin de conserver la supériorité aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le général Vandenberg écrivait : Finletter et Lovett alertés sur les discussions atomiques. Je pense que tout est prêt. Fin mars, Stratemeyer rapporta que les fosses de chargement des bombes atomiques sur la base aérienne de Kadena, à Okinawa, étaient de nouveau opérationnelles. Les bombes y furent transportées en pièces détachées, puis montées sur la base, seul le noyau nucléaire restant à placer. Le 5 avril, les CEM ordonnèrent que des représailles atomiques immédiates soient lancées contre les bases mandchoues si de nouveaux contingents importants de soldats chinois se joignaient aux combats ou, semble-t-il, si des bombardiers étaient déployés de là contre des positions américaines. Le même jour, Gordon Dean, président de la Commission sur l’énergie atomique, prit des dispositions pour faire transférer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9eme groupe de bombardiers de l’aviation militaire, affecté au transport des bombes atomiques. (…)
Les chefs d’état-major envisagèrent de nouveau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tactique sur le champ de bataille [15] – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppenheimer, l’ancien directeur du Projet Manhattan, travailla sur le Projet Vista, destiné à évaluer la faisabilité de l’usage tactique des armes atomiques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effectuait une mission secrète pour le département de la Défense, étudia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exister un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait devenir le père de la bombe à neutrons. [16]
Des milliers de villages anéantis
Le projet nucléaire le plus terrifiant des Etats-Unis en Corée fut probablement l’opération Hudson Harbor. Cette opération semble avoir fait partie d’un projet plus vaste portant sur l’exploitation ouverte par le département de la Défense et l’exploitation clandestine par la Central Intelligence Agency, en Corée, de la possibilité d’utiliser les armes nouvelles (un euphémisme désignant ce qu’on appelle maintenant les armes de destruction massive). (…)
Sans recourir aux armes nouvelles, bien que le napalm ait été très nouveau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des millions de civils avant la fin de la guerre. Pendant trois années, les Nord-Coréens se sont trouvés face à la menace quotidienne d’être brûlés par le napalm : On ne pouvait pas y échapper, m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pratiquement tout avait été complètement rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les survivants vivaient dans des grottes. (…)
Au cours de la guerre, écrivit Conrad Crane, l’armée de l’air américaine provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. Il ressortait d’un tableau établi par l’auteur que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme un monticule étendu de cendres violettes. Le général William Dean, qui fut capturé après la bataille de Taejon, en juillet 1950, et emmené au Nord, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit quedes gravats ou des ruines couvertes de neige. Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement. [17] Winston Churchill, vers la fin de la guerre, s’émut et déclara à Washington que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en aspergerait toute une population civile. [18]
Telle fut la guerre limitée livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entreprise aérienne effrénée, citons le point de vue de son architecte, le général Curtis LeMay, qui déclara après le début de la guerre :Nous avons en quelque sorte glissé un mot sous la porte du Pentagone disant : “Laissez-nous aller là-bas (…) incendier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répondu par des cris – “Vous allez tuer de nombreux civils”, et “c’est trop horrible”. Pourtant, en trois ans (…), nous avons incendié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (…). Sur trois ans, on arrive à le faire passer, mais tuer d’un coup quelques personnes pour régler le problème, beaucoup ne peuvent pas l’encaisser. [19]
La Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.
Bruce Cumings
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Bruce Cumings est professeur d’histoire à l’université de Chicago. Il est auteur, entre autres, de Parallax Visions : Making Sense of American-East Asian Relations, Duke University Press, Londres, 1999 et deNorth Korea, Another Country,The New Press, New York, 2004.
[1] Stephen Endicott, Edward Hagerman, Les armes biologiques de la Guerre de Corée, Le Monde diplomatique,juillet 1999.
[2] Cité dans Clay Blair, Forgotten War,Random House, New York, 1989.
[3] Archives nationales américaines, dossier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Barrett, 8 février 1951.
[4] Archives nationales, RG338, dossier KMAG, boîte 5418, journal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.
[5] The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er septembre 1950.
[6] Voir « Air War in Korea », dans Air University Quarterly Review4, n° 2, automne 1950, pp. 19–40, et « Precision bombing », dansAir University Quartely review4, n° 4, été 1951, pp. 58–65.
[7] Archives MacArthur, RG6, boîte 1, Stratemeyer à MacArthur, 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, Bouchier aux chefs d’état-major, 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.
[8] Bruce Cumings, The Origins of the Korean War, tome II, Princeton University Press, 1990, pp. 753–754 ; New York Times,13 décembre 1950 et 3 janvier 1951.
[9] Newsweek, 24 mars 2003.
[10] The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.
[11] Hoyt Vandenberg Papers, boîte 86, Stratemeyer à Vandenberg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Vandenberg, 2 décembre 1950. Voir aussi Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydrogen Bomb, 1955, pp. 444–446.
[12] Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willoughby Papers, boîte 8, interviews par Bob Considine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.
[13] Carroll Quigley, Tragedy and Hope : A History of the World in Our Time, MacMillan, New York, 1966, p. 875. C. Quigley fut le professeur préféré de William Clinton à Georgetown University. Voir aussi B. Cumings, op. cit., p. 750.
[14] Les documents rendus publics après l’effondrement de l’Union soviétique ne semblent pas corroborer cette information. Selon les historiens, les Soviétiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette importance à l’époque, contrairement à ce que pensaient les services de renseignement – en raison peut-être d’une désinformation efficace de la part des Chinois.
[15] Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tactiques, non encore disponibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tactiquement dans les combats, comme les bombes classiques larguées par les B‑29 avaient été utilisées dans les combats depuis fin août 1950.
[16] Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Armageddon, Simon & Schuster, New York, 1983, p. 220. Sur Oppenheimer et le projet Vista, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751–752, David C. Elliot, Project Vista and Nuclear Weapons in Europe, dans International Security 2, no 1, été 1986, pp. 163–183.
[17] Conrad Crane, American Airpower Strategy in Korea,University Press of Kansas, Lawrence, 2000, pp. 168–169.
[18] Jon Halliday et Bruce Cumings, Korea : The Unknown War, Pantheon Books, New York, 1988, p. 166.
[19] John Foster Dulles Papers, histoire orale Curtis LeMay, 28 avril 1966.
Le Monde Diplomatique, décembre 2004
(photos ajoutées par l’AAFC)

Massacre en Corée, par Pablo Picasso, 1951
(Musée national Picasso – Paris)
Synthèse signalée par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr : http://www.les-crises.fr/voila–pourquoi–la–coree–du–nord–deteste–autant–les–etats–unis/
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155537291172317
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Voir aussi « La Corée est une », de Guy Dupré :
La Corée est une – Guy Dupré[ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4
Souvenir et synthèse de notre rencontre à Toulouse le 20 mai 2017, voici un très bel objet, un film qui a dû demander un travail considérable : d’abord un travail d’organisation matérielle de toute la rencontre, puis un travail de collecte soigneuse des images et des sons, puis un travail d’analyse minutieuse des idées évoquées et de réflexion pour ordonner ces idées, et enfin un travail de montage intelligent et propre ; c’est la quatrième vidéo — que je trouve remarquable — élaborée par les jeunes gens d’Inform’Action :
httpv://www.youtube.com/watch?v=kFJQY94NJ2I
Au final, je suis admiratif de tous les aspects de l’organisation et de l’exploitation de cette rencontre.
Bravo et merci à toute la jeune équipe d’Inform’Action ! 🙂
Hâte de vous revoir.
Étienne.
PS : j’ai regroupé là les liens vers les quatre vidéos :
https://www.chouard.org/2017/05/14/rendez–vous–a–toulouse–le–20–mai–2017–a–11h–pour–des–ateliers–constituants/
Et Catherine a tout consigné (avec le plan et la biblio en plus) sur le formidable WIKI DES GVs
1. vidéo 1⁄4
2. vidéo 2⁄4
3. vidéo 3⁄4
4. vidéo 4/4
Voyez la page « Toutes les vidéos » sur le wiki des GVs (quel boulot, mais quel boulot !!)
Catherine, mille mercis !!!!
Nombreuses ressources sur vos ateliers constituants :

https://www.chouard.org/tag/ateliers-constituants‑2/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155522160047317
Invité par les jeunes gens de THINKERVIEW à 14 h cet après-midi, en direct
Invité par les jeunes gens de Thinkerview à 14 h cet après-midi, en direct :
https://www.facebook.com/Thinkerview/posts/1498662506889526
https://www.youtube.com/thinkerview
Ma valise de bouquins est prête 🙂
J’espère qu’on pourra garder un peu de temps pour en parler.
À tout bientôt.
Edit : le replay (2 h) est dispo 🙂
httpv://youtu.be/DROqR_7EKvs
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155511427737317
Edit bis : des personnes incroyablement dévouées (Sébastien et Catherine, ainsi que Bruce) ont inspiré et fabriqué la documentation correspondant à cette interview Thinkerview. Mille mercis à eux :
CETA : LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL SACRIFIE LA DÉMOCRATIE, LES CITOYENS ET L’ENVIRONNEMENT SUR L’AUTEL DES INTÉRÊTS COMMERCIAUX
[Honteuse corruption au plus haut niveau du droit] Je vous signale deux alertes importantes, relatives aux trahisons du peuple par le prétendu « Conseil constitutionnel » :

CETA : Le Conseil Constitutionnel sacrifie la démocratie, les citoyens et l’environnement sur l’autel des intérêts commerciaux
Saisi par 153 parlementaires sur l’accord de commerce entre l’UE et le Canada (CETA), le Conseil Constitutionnel a écarté les analyses juridiques identifiant des incompatibilités avec la Constitution, SANS ANALYSER EN DÉTAIL LES ARGUMENTS PRÉSENTÉS.
Il renvoie par ailleurs la balle sur certains points au juge européen, ce qui rend plus que nécessaire une saisine de la Cour de justice de l’Union Européenne de la part de la France sur l’intégralité de l’accord.
La FNH, foodwatch et l’Institut Veblen regrettent que les Sages laissent passer un tel accord, dont le contenu pourrait bouleverser durablement nos règles démocratiques et la capacité des États et de l’UE de protéger les citoyens et l’environnement.
Le 22 février dernier, sur la base de l’analyse publiée par l’Institut Veblen, la FNH et foodwatch, en collaboration avec d’éminents juristes (1), plus de 110 députés, rejoints par 43 sénateurs, saisissaient le Conseil constitutionnel pour vérifier la compatibilité du CETA avec la Constitution française. Par cette procédure inédite, le Conseil était interrogé pour la première fois sur un accord de commerce et d’investissement et avait ainsi l’occasion de mettre en place des « garde-fous » protégeant la capacité des États à réguler dans ce type d’accords.
En dépit des enjeux, le Conseil Constitutionnel n’a pas répondu en détail aux différents points soulevés dans l’analyse juridique identifiant des incompatibilités avec la Constitution.
Notons en particulier que sa décision très succincte s’appuie fortement sur l’instrument interprétatif conjoint et les déclarations annexes bricolés à la hâte en marge du CETA pour faire accepter l’accord en octobre 2016 aux États membres de l’UE ayant émis des critiques de fond. Or, comme l’avaient souligné foodwatch, la FNH et l’Institut Veblen, ces textes sont loin d’apporter des réponses satisfaisantes aux risques que le contenu du CETA fait peser sur nos démocraties. Et toutes les déclarations annexées au procès verbal de la réunion du Conseil de l’UE n’engagent que leurs auteurs et en aucun cas le Canada (2).
En outre, sur les menaces liées à la mise en place d’un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États entre l’UE et le Canada, le Conseil livre une analyse déconcertante dans laquelle il refuse de considérer que les risques de poursuites (et de devoir payer des indemnités très élevées) auxquels les États ou l’UE seront désormais exposés sont susceptibles de dissuader d’adopter de nouvelles règlementations de protection des citoyens et de l’environnement. Quant à la question de la rupture de l’égalité devant la loi entre les investisseurs nationaux et les investisseurs internationaux, le Conseil considère qu’elle est justifiée par le traitement qui sera réservé aux investisseurs français au Canada. En d’autres termes, le Conseil Constitutionnel vient de valider le fait que les investisseurs canadiens (ou étrangers présents au Canada,dont 80% des entreprises étasuniennes présentes dans l’UE) puissent exiger des compensations auprès d’une juridiction d’exception alors que les investisseurs nationaux devront aller devant les juridictions nationales.
Par ailleurs, le Conseil s’est déclaré incompétent pour examiner la compatibilité du CETA avec les traités européens auxquels la France est partie, en se référant à la récente décision de la CJUE sur l’accord UE – Singapour du 16 mai 2017. Il appartient donc désormais au gouvernement français d’interroger le juge européen sur ces points pour lever tous les doutes juridiques qui persistent.
Pour la FNH, l’Institut Veblen et foodwatch : « La décision du Conseil Constitutionnel est incompréhensible. Elle s’avère très superficielle et fait primer l’objectif de promotion des investissements et des échanges commerciaux sur le principe d’égalité devant la loi et les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté. »
« Elle est d’autant plus regrettable que le CETA constitue un accord dont la portée est doublement historique ; de par le poids du partenaire commercial concerné et l’ampleur des dispositions prévues. Il est par ailleurs présenté comme un accord exemplaire qui préfigure d’autres accords à venir comme celui que l’UE est en train de finaliser avec le Japon (JEFTA). S’il craignait à ce titre que la portée politique d’une censure puisse avoir des répercussions sur l’ensemble des accords existants et en préparation, le Conseil aurait au moins pu émettre des réserves d’interprétation. »
La procédure enfin pose question. Le Conseil avait annoncé en mars qu’il mènerait des auditions pour mener à bien sa mission. Mais au-delà de la liste des auteurs des portes étroites transmises au Conseil qui a été rendue publique, celle des personnes auditionnées reste un mystère. L’Institut Veblen, foodwatch et la FNH avaient écrit au Conseil pour demander à être entendus ainsi que certains juristes avec lesquels les trois organisations avaient travaillé. Le Conseil n’a même pas jugé utile d’accuser réception de ce courrier.
Le CETA n’est pas pour autant ratifié. La FNH, l’Institut Veblen et foodwatch réitèrent leur demande à la France de refuser l’entrée en application provisoire du CETA, tant que des doutes juridiques persistent et que les Parlementaires français n’ont pas été consultés.
Contacts presse :
Mathilde Dupré, Institut Veblen, [email protected], 06 77 70 49 55
Karine Jacquemart, directrice, foodwatch France, [email protected], 06 68 87 04 04
Samuel Leré, FNH, [email protected]„ 06 87 41 16 03
Note aux rédactions :
(1) Dominique Rousseau est professeur de droit constitutionnel à l’École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature de 2002 à 2006. Ses recherches portent principalement sur le contentieux constitutionnel et la notion de démocratie.
Évelyne Lagrange est professeure de droit public à l’école de droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directrice du Master recherche Droit international public et organisations internationales dans cette université. Ses recherches portent notamment sur les organisations internationales et les rapports entre droit interne et droit international. Elle est l’auteur d’une étude sur l’application des accords relatifs aux investissements dans les ordres juridiques internes à paraître dans l’ouvrage dirigé par S. Cuendet, Droit des investissements étrangers, Larcier, 2017.
Laurence Dubin est professeure de droit public à l’Université Paris 8 Saint-Denis et directrice du laboratoire de recherche juridique Forces du droit. Ses recherches portent notamment sur le droit international des échanges.
(2) Voir notre analyse sur la portée de l’instrument interprétatif conjoint et des déclarations annexes émises par les institutions européennes et les états membres.
Source : Institut Veblen, http://www.veblen-institute.org/CETA-Le-Conseil-Constitutionnel-sacrifie-la-democratie-les-citoyens-et‑l.html
(Merci à Olivier Berruyer qui vient de signaler ce lien.)
Mon commentaire :
Cette nouvelle trahison de l’intérêt général par le prétendu « Conseil constitutionnel » s’explique en cherchant sa cause première :
Ayant (pour l’instant) toujours démissionné du processus constituant, nous n’avons ni Constitution, ni Représentants, ni Conseil constitutionnel dignes de ce nom.
Le prétendu « Conseil constitutionnel » est un ramassis de vieux grigous, corrompus comme les autres jusqu’à la moelle, notamment par la (très discrète mais très nuisible) AFEP.
Voyez ceci :
Quand le Conseil constitutionnel se fait le gardien des intérêts des grandes entreprises
Garant de la conformité des lois avec la Constitution, le Conseil constitutionnel est censé rendre des décisions souveraines, imperméables aux tentatives d’influence extérieures comme aux intérêts particuliers. Qu’en est-il dans les faits ? La censure par les Sages, ces dernières années, de nombreuses mesures législatives a priori bénéfiques à l’intérêt général, en matière fiscale ou de transparence des activités des multinationales, commence à attirer l’attention. La proximité de cette instance avec de grands lobbies économiques et l’opacité de son mode de fonctionnement, suscitent la critique. Au point qu’une réforme de ce pilier du système démocratique semble aussi urgente que nécessaire.
Le 21 février, la loi sur le devoir de vigilance des multinationales [1] est définitivement adoptée par les députés français. Elle vise à combler ce qui était jusque-là une lacune béante du droit face à la mondialisation : l’impossibilité de poursuivre une multinationale pour des atteintes graves aux droits humains ou à l’environnement occasionnées par leurs filiales ou leur chaîne de sous-traitance. Cette nouvelle législation suscite déjà un grand intérêt au-delà de nos frontières, et les parlementaires et associations qui l’ont portée en France se préparent à mener la bataille au niveau européen. Proposée dès 2012, elle n’a été définitivement adoptée que quatre ans plus tard, en troisième lecture, l’avant-dernier jour de la législature, au terme d’une laborieuse procédure, et malgré un contre-lobbying acharné des milieux patronaux.
« L’Afep à tous les tournants »
Pour autant, la cause est-elle vraiment entendue ? Un dernier obstacle au moins se profile : le Conseil constitutionnel. Celui-ci a immédiatement été saisi, à la fois par les députés et par les sénateurs de droite, avec une argumentation très similaire. Lors du dernier passage de la proposition de loi devant le Sénat, ces derniers avaient déjà voté une motion d’irrecevabilité au motif que le texte serait contraire à la Constitution : trop large et trop imprécis, trop punitif, trop stigmatisant, ou encore abusant du concept de responsabilité juridique [2]. Un argumentaire qui a été directement élaboré, dès 2013, par le lobby chargé de coordonner l’opposition patronale à la proposition de loi : l’Association française des entreprises privées (AFEP), qui regroupe les plus grands groupes français.
« Nous avons trouvé l’Afep à tous les tournants, témoigne un représentant d’ONG. Ils ont mobilisé une armée de juristes pour démonter notre proposition de loi auprès de Bercy. » Ils ont convaincu Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, de refuser une première version de la loi, au motif qu’elle était « aux antipodes des grands principes juridiques qui gouvernent notre pays, y compris constitutionnels » [3]. Puis ils se sont attaqués à la seconde version de la loi, celle qui a été finalement adoptée, toujours sous le même angle. Cette même ligne d’attaque est aujourd’hui portée directement devant le Conseil constitutionnel, présidé depuis février 2016 par Laurent Fabius, qui a succédé à Jean-Louis Debré.
Précédents inquiétants
Les députés et militants associatifs qui ont porté la loi contre vents et marées ne cachent pas leur nervosité. Et on peut les comprendre, à considérer plusieurs décisions récentes du Conseil constitutionnel. Dans les dernières semaines de l’année 2016, les neuf « Sages » – d’éminents juristes mais aussi d’anciens politiques comme Lionel Jospin, Michel Charasse et Valéry Giscard d’Estaing [4] – ont censuré deux dispositions adoptées par les députés pour lutter contre l’évasion fiscale des multinationales. Tout d’abord, l’amendement dit « Google », présenté par le socialiste Yann Galut, qui visait à permettre au fisc de taxer les géants du net pour les profits réalisés en France mais redirigés vers des filiales situées en Irlande ou au Luxembourg. Le Conseil a jugé qu’il portait atteinte au principe d’égalité devant la loi.
Autre mesure censurée : le reporting public pays par pays, qui aurait contraint les multinationales françaises à publier des informations complètes sur leurs filiales, y compris leurs effectifs, leur chiffre d’affaires, leurs bénéfices et les impôts acquittés. La disposition aurait permis de faire toute la lumière sur d’éventuelles manœuvres d’évitement fiscal. Déjà en vigueur pour les banques, elle est actuellement envisagée au niveau européen. Le Conseil constitutionnel a jugé qu’elle était contraire à la « liberté d’entreprendre », au motif qu’elle forçait les firmes françaises à dévoiler des informations stratégiques dont pourraient profiter leurs concurrentes. Un argument que l’on trouvait déjà sous la plume de l’Afep, qui avait déjà mené la fronde des intérêts patronaux.
Au nom de la « liberté d’entreprendre »
C’est en fait l’ensemble du quinquennat qui a été marqué par des censures constitutionnelles ciblant des mesures emblématiques initiées par François Hollande ou par les parlementaires de la majorité. Et tout particulièrement en matière fiscale. Par exemple, la proposition de taxer les très hauts revenus à 75% sur la dernière tranche, retoquée dès décembre 2012. Ou encore la loi Florange de 2014, censée mettre fin aux « licenciements boursiers » en imposant des pénalités aux entreprises qui fermeraient des sites rentables. Le Conseil a censuré cette disposition en l’estimant ici encore contraire« à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété », parce que cela aurait privé « l’entreprise de sa capacité d’anticiper des difficultés et de procéder à des arbitrages économiques ».
Le Conseil constitutionnel aurait-il tendance à se poser en gardien des intérêts des entreprises, notamment contre les tentatives de régulation visant à répondre à la nouvelle réalité caractérisée par la financiarisation et la mondialisation des économies ? Une grande partie du droit qui régit aujourd’hui le monde des affaires et ses relations avec le politique date de plusieurs décennies, parfois de plus d’un siècle. Il a donc été conçu pour des conditions économiques et sociales radicalement différentes. Les grands groupes savent en jouer à merveille. Refuser l’évolution nécessaire du droit au nom d’une interprétation extrêmement conservatrice de grands principes constitutionnels revient à leur laisser le champ libre.
Un haut lieu de lobbying
Loin de son image – et de son statut théorique – de juge imperméable aux pressions extérieures, le Conseil constitutionnel est en fait un haut lieu du lobbying. Selon une enquête de Mathilde Mathieu pourMediapart, celui-ci a pris de plus en plus d’importance. Il se traduit notamment par la pratique des « PORTES ÉTROITES », des contributions informelles envoyées au Conseil pour tenter d’influencer sa décision, qui restent secrètes et ne sont communiquées ni aux parlementaires, ni même au gouvernement. Ces contributions sont commandées à d’éminents professeurs de droit constitutionnel ou à des cabinets d’avocats spécialisés, moyennant rémunération de plusieurs dizaines de milliers d’euros [5], pour défendre le point de vue des entreprises ou d’autres lobbys auprès du Conseil. Selon nos informations, dès le lendemain de la saisine du Conseil sur le devoir de vigilance, le Medef a déjà déposé une porte étroite sur le sujet.
Selon des chiffres fournis par Jean-Louis Debré lui-même lorsqu’il était encore président du Conseil, un total de 47 portes étroites auraient été déposées au cours de l’année 2014. Puis en 2015, on en dénombre 21 sur la seule loi sur le renseignement, et 24 sur la loi Macron. L’Afep est une grande habituée de cette pratique. D’après les maigres informations disponibles, elle y a déjà recouru au début des années 2000 pour faire censurer un projet d’écotaxe, grâce à la plume de Guy Carcassonne, un prestigieux constitutionnaliste rocardien. En 2013, elle lui a à nouveau commandé une « porte étroite » visant à dénoncer le caractère « confiscatoire » de la fiscalité pesant sur les entreprises [6].
En toute opacité
Au-delà de ces notes discrètes, les rencontres informelles entre certains membres du Conseil constitutionnel et des représentants des entreprises semblent également devenues monnaie courante. Dans un livre publié suite à son départ de la rue de Montpensier [7], Jean-Louis Debré évoque ouvertement des rendez-vous réguliers avec le patron du Medef ou des groupes de grands patrons, où sont notamment évoquées les questions de fiscalité. « Nous attendons beaucoup du Conseil, aurait déclaré Pierre Gattaz à l’une de ces occasions. Nous n’avons pas été déçus par vos décisions précédentes. »
Le lobbying auprès du Conseil constitutionnel est moins médiatisé que celui exercé sur les parlementaires, mais il s’avère tout aussi redoutable. Le rapport de forces y est même beaucoup plus inégal qu’à l’Assemblée ou au Sénat : associations ou simples citoyens n’ont tout simplement pas les moyens de se payer l’expertise de constitutionnalistes, et ne bénéficient pas des mêmes voies d’accès privilégiées. Le processus est en outre très peu encadré, d’une opacité quasi-totale [8]. Société civile et parlementaires en sont exclus. Ni les délibérations ni les portes étroites ne sont rendues publiques. Enfin, la pratique des portes étroites est contraire à tous les principes d’un débat contradictoire, puisque le gouvernement n’en a pas connaissance et ne peut donc y répondre.
Le rôle croissant des saisines du Conseil constitutionnel permet aussi toutes les hypocrisies. Le député socialiste Dominique Potier, l’un des fers de lance de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales, a vu quelques jours auparavant une autre de ses propositions de loi, surl’accaparement des terres, référée au Conseil constitutionnel par soixante parlementaires de l’opposition. Le texte a pourtant été adopté à l’unanimité en séance. Plus dérangeant encore : parlementaires et société civile étant tenus à l’écart du processus, il revient aux seuls représentants de l’exécutif de défendre les lois devant les Sages. Mais certains services ministériels, particulièrement du côté de Bercy, ne sont pas toujours très enthousiastes à défendre des législations initiées par les politiques. De quoi couler une loi, en toute discrétion.
Une nécessaire réformes des procédures
En février 2016, Laurent Fabius remplace Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil. Depuis cette date, et pour la première fois depuis longtemps, cinq juges sur neuf ont été choisis par la gauche [9]. Cela ne semble pas avoir changé le rapport de force. Certaines voix s’élèvent cependant pour demander davantage de transparence sur les portes étroites, voire une mise à plat complète de la procédure et des moyens mis à disposition du Conseil, pour évoluer vers un modèle proche de la procédure publique et contradictoire de la Cour suprême américaine. D’autres voudraient un contrôle plus strict des éventuels conflits d’intérêts des membres de la juridiction. En vain.
Récemment, le Conseil constitutionnel a une nouvelle fois montré son conservatisme en matière d’encadrement du lobbying et des conflits d’intérêts. Plusieurs dispositions de la loi Sapin 2 sur la transparence et la lutte contre la corruption n ont ainsi fait les frais : les Sages ont estimé que les hauts fonctionnaires souhaitant passer dans le secteur privé ne devaient pas être obligés de solliciter l’avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ; ils se sont également opposé aux sanctions contre les lobbyistes qui ne respecteraient pas les obligations liées aux registres imposant un minimum de transparence de leurs activités à l’Assemblée ou au Sénat ; et ont censuré la disposition prévoyant une aide financière aux lanceurs d’alerte.
Pour les ONG, deux poids deux mesures ?
Certes, les associations et la société civile ont elles aussi la possibilité de faire passer aux membres du Conseil leurs propres « portes étroites » – ce qu’elles font généralement de manière publique. Les associations de défense des migrants l’ont fait pendant la présidence Sarkozy. La Quadrature du Net, French Data Network et la Fédération des fournisseurs d’accès à Internet associatifs y ont procédé pour la loi Renseignement. Plus récemment, plusieurs dizaines de parlementaires ont saisi le Conseil, encouragés par collectif d’associations, pour qu’il se penche sur la constitutionnalité du Ceta, l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et le Canada. Ils accusent celui-ci de porter atteinte aux « conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale », notamment en raison des mécanismes d’arbitrage international investisseurs-États qu’il inclut.
Pour cette saisine inédite, ils ont sollicité trois professeurs de droit constitutionnel. Les associations qui défendent la loi sur le devoir de vigilance réfléchissent à une démarche similaire. Mais rien, dans la procédure actuelle, ne leur garantit que ces contributions seront effectivement lues et prises en compte, et qu’elles ne partiront pas directement à la poubelle. C’est bien pour cela que la signature d’un éminent constitutionnaliste, plus à même d’attirer l’attention des Sages, est si utile, et qu’elle se monnaie si cher.
La justice sociale et fiscale plutôt que les privilèges des multinationales
Principe de légalité, de proportionnalité et de nécessité des peines, principe de clarté de la loi, principe de responsabilité… Les opposants au devoir de vigilance des multinationales ont multiplié les arguments juridiques pour convaincre les parlementaires, et désormais les Sages, de l’inconstitutionnalité de la loi. Mais l’expérience passée montre que c’est sans doute aux arguments économiques que le Conseil constitutionnel est le plus sensible. S’il a censuré le reporting pays par pays et la loi Florange, c’est au nom du droit de propriété, de la liberté d’entreprendre et du secret des affaires.
Officiellement, le rôle du Conseil constitutionnel est de prévenir les atteintes excessives à ces grands principes économiques par le législateur. Mais les Sages disposent d’une grande latitude pour décider du bon équilibre entre intérêts économiques et intérêt général. Ils décident seuls, sans rendre de comptes à personne. Ces dernières années, ils semblent avoir souvent fait primer la défense de l’ordre économique établi, et donc des privilèges des multinationales, sur les objectifs de justice sociale et fiscale. Pourtant, la possibilité de réduire à néant, en quelques semaines, des années d’effort pour faire adopter une loi finit par vider le travail parlementaire de son sens et, en dernière instance, va à l’encontre des principes démocratiques les plus élémentaires.
En ciblant efficacement le Conseil constitutionnel, les lobbys patronaux auraient ainsi réussi à initier en France, à l’abri des regards, la même tendance à la « constitutionnalisation » de l’ordre économique néolibéral que l’on observe dans d’autres pays, comme l’Allemagne, sans même avoir à modifier le texte de la Constitution. Ceux qui cherchent à défendre une vision alternative devraient commencer à y prêter attention.
Olivier Petitjean
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Photo : bureau du Président du Conseil constitutionnel
[1] Précisément, « Loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre ».
[2] Voir parmi les exemples récents ces tribunes de juristes dans Le Monde et dansLes Échos.
[3] Formulation d’une lettre de Pierre Pringuet, président de l’Afep, à Emmanuel Macron, publiée par Contexte.
[4] Ce dernier siège de droit en tant qu’ancien Président de la République, ce qui porte le nombre de membres du Conseil constitutionnel à dix. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous deux renoncé à leur siège.
[5] Entre 20 000 et 100 000, selon l’enquête citée de Mediapart.
[6] Guy Carcassonne est décédé le 27 mai 2013.
[7] Ce que je ne pouvais pas dire, Robert Laffont, 2016.
[8] Le contraste est frappant avec la procédure qui gouverne l’examen des Questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), introduite en 2008, qui est beaucoup plus transparente et contradictoire.
[9] Nommés pour neuf ans, les membres du Conseil sont désignés de la manière suivante : trois, dont le président, par l’Élysée, trois par le président de l’Assemblée nationale, et trois par celui du Sénat.
Source : Observatoire des multinationales, http://multinationales.org/Quand–le–Conseil–constitutionnel–se–fait–le–gardien–des–interets–des–grandes
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[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

Passionnant Franck Lepage.
Messages essentiels.
On ne s’en lasse pas.
Prenez le temps.
Ne ratez pas ça.
interview Franck Lepage, Bourgueil 2017-05-13 from SkyShot videoshop on Vimeo.
Franck Lepage Inculture(s) 2 – partie 1 (Bourgueil) from SkyShot videoshop on Vimeo.
Franck Lepage Inculture(s) 2 – partie 2 (Bourgueil) from SkyShot videoshop on Vimeo.
Pour suivre l’activité de L’ARDEUR et les différentes conférences gesticulées : http://www.ardeur.net
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[Éducation populaire ; communication non violente ; économie collaborative] Ce collectif a inventé UN MONOPOLY ANTICAPITALISTE : le COMMONSPOLY
httpv://youtu.be/oUMU9YBaaik
Réunis lors d’un hackcamp, un groupe de fervents défenseurs des biens communs a détourné le Monopoly. Ils en ont fait un jeu d’entraide où il faut coopérer pour gagner. Ils sont en réalité tout simplement revenus aux origines du jeu, bien différentes de sa version actuelle.
La version française COMMONSPOLY est disponible en téléchargement ici :
http://wiki.remixthecommons.org/index.php?title=Commonspoly
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Un nouvel algorithme de Google limite l’accès aux sites Web progressistes et de gauche
[Capitalisme = fascisme en puissance, dès que les esclaves se rebiffent]
[État policier en marche]
L’évolution fascisante de dépolitisation des décisions publiques se confirme chaque jour davantage. Voyez cette alerte publiée sur le site Le Grand Soir.

Au cours des trois mois écoulés depuis que le monopole des moteurs de recherches sur Internet, Google, a annoncé qu’il fallait empêcher les utilisateurs d’accéder à de « fausses nouvelles » (fake news), le classement mondial du trafic d’une large gamme d’organisations de gauche, progressistes, anti-guerre et démocratiques a considérablement diminué.
Le 25 avril 2017, Google a annoncé qu’il avait mis en place des modifications de son service de recherche pour rendre plus difficile pour les usagers d’accéder à ce qu’il appelait des informations « de mauvaise qualité » telles que les « théories du complot » et les « fausses nouvelles ».
La société a déclaré dans un article de blogue que l’objectif central de la modification de son algorithme de recherche était de donner au géant des recherches un plus grand contrôle dans l’identification du contenu jugé répréhensible par ses directives. Il a déclaré qu’il avait « amélioré nos méthodes d’évaluation et effectué des mises à jour algorithmiques » afin de « contenir un contenu plus autorisé ».
Google a poursuivi : « Le mois dernier, nous avons mis à jour nos lignes directrices sur la qualité de la recherche (Search Quality Rater Guidelines) pour fournir des exemples plus détaillés de pages Web de mauvaise qualité pour que les évaluateurs puissent les signaler de manière appropriée ». Ces modérateurs sont invités à signaler « les expériences qui pourraient perturber des usagers », y compris les pages qui présentent de « théories du complot », sauf si « la requête indique clairement que l’usager recherche un autre point de vue ».
Google n’explique pas précisément ce qu’il entend par le terme « théorie du complot ». En utilisant la catégorie large et amorphe des « fausses nouvelles », l’objectif du changement dans le système de recherche de Google est de restreindre l’accès à des sites Web présentant des opinions différentes, dont la couverture et l’interprétation des événements s’opposent à celles des médias de l’establishment tels que le New York Times et le Washington Post.
En signalant le contenu de telle sorte qu’il n’apparaît pas dans les premières une ou deux pages d’un résultat de recherche, Google est capable de bloquer efficacement l’accès des usagers à celui-ci. Étant donné qu’une grande partie du trafic sur le Web est influencée par les résultats de recherche, Google peut dissimuler ou enterrer efficacement le contenu auquel il s’oppose, grâce à la manipulation des classements des recherches.
Le mois dernier, la Commission européenne a imposé une amende de 2,7 milliards de dollars à la société pour avoir manipulé les résultats des recherches pour orienter les usagers de manière inappropriée vers son propre service de comparaison, Google Shopping. Maintenant, il semble que Google utilise ces méthodes criminelles pour empêcher les utilisateurs d’accéder aux points de vue politiques que l’entreprise considère comme répréhensibles.
Le World Socialist Web Site fait partie des cibles des nouvelles « méthodes d’évaluation » de Google. En avril 2017, 422 460 visites au WSWS venaient de recherches Google, ce chiffre a chuté à environ 120 000 ce mois-ci, soit une baisse de plus de 70 pour cent.
Même si l’on utilise des termes de recherche tels que « socialiste » et « socialisme », les lecteurs nous ont informés qu’il leur était de plus en plus difficile de localiser le World Socialist Web Site dans les recherches de Google.

Les références des recherches de Google vers le WSWS ont diminué d’environ 70 pour cent
Selon le service d’outils pour les webmestres de Google, le nombre de recherches qui ont permis aux usagers de voir le contenu du World Socialist Web Site (c’est-à-dire un article WSWS apparu dans une recherche Google) est passé de 467 890 par jour à 138 275 au cours des trois derniers mois. La position moyenne des articles dans les recherches, entre-temps, est passée de 15,9 à 37,2 au cours de la même période.
David North, président du Conseil de rédaction international du WSWS, a déclaré que Google était engagé dans la censure politique.
« Le World Socialist Web Site existe depuis près de 20 ans », a‑t‑il déclaré, « et il a développé un large public international. Au cours du printemps dernier, le nombre de visites individuelles au WSWS par mois dépassait 900 000 ».
« Alors qu’un pourcentage significatif de nos lecteurs se rends directement sur le WSWS, de nombreux internautes accèdent au site via des moteurs de recherche, dont Google est le plus utilisé. Il n’y a pas d’explication innocente pour la chute extraordinairement forte du lectorat, pratiquement du jour au lendemain, en provenance des recherches Google ».
« L’affirmation de Google selon laquelle il protège ses lecteurs contre les « fausses nouvelles » est un mensonge politique. Google, un monopole massif, avec les liens les plus étroits avec les agences de l’état et du renseignement, bloque l’accès au WSWS et à d’autres sites Web progressistes et de gauche grâce à un système de recherches biaisé ».
Au cours des trois mois écoulés depuis que Google a mis en œuvre les modifications apportées à son moteur de recherche, moins de personnes ont eu accès aux sites d’information de gauche et anti-guerre. Sur la base des informations disponibles sur les analyses d’Alexa, d’autres sites qui ont subi des baisses dans le classement incluent WikiLeaks, Alternet, Counterpunch, Global Research, Consortium News et Truthout. Même les groupes de défense des droits démocratiques tels que l’Union américaine pour des libertés civiles et Amnesty International semblent avoir été touchés.

Un large éventail de sites de gauche, progressistes, et anti-guerre ont vu diminuer leur rang dans les palmarès du trafic au cours des derniers mois
Selon Google Trends, le terme « fausses nouvelles » a quadruplé en popularité au début de novembre, à l’époque des élections américaines, alors que les démocrates, les médias et les agences de renseignement cherchaient leur imputer la responsabilité de la victoire électorale de Donald Trump sur Hillary Clinton.
Le 14 novembre, le New York Times a proclamé que Google et Facebook « ont fait face à de nombreuses critiques sur les fausses nouvelles sur leurs sites qui ont influencé le résultat des élections présidentielles » et qu’ils prendraient des mesures pour lutter contre les « fausses nouvelles ».
Dix jours plus tard, le Washington Post a publié un article intitulé « L’effort de propagande russe a contribué à diffuser de “fausses nouvelles” lors des élections, disent les experts », qui ont cité un groupe anonyme appelé PropOrNot qui a compilé une liste de « fausses nouvelles » diffusant « la propagande russe ».
La liste comprenait plusieurs sites classés par le groupe comme « de gauche ». De manière significative, il a ciblé globalresearch.ca, qui reproduit souvent des articles du World Socialist Web Site.
Après des critiques très répandues sur ce qui n’était pratiquement rien d’autre qu’une liste noire de sites anti-guerre et anti-établissement, le Washington Post a été obligé de publier une rétractation, en déclarant : « Le Post, qui n’a nommé aucun de ces sites, n’apporte aucune garantie quant à la validité des résultats de PropOrNot. »
Le 7 avril, Bloomberg News a rapporté que Google travaillait directement avec le Washington Post et le New York Times pour « vérifier les articles » et éliminer les « fausses nouvelles ». Ceci a été suivi par la nouvelle méthodologie de recherche de Google.
Trois mois plus tard, sur les 17 sites déclarés « fausses nouvelles » par la liste noire discutée du Washington Post, 14 avaient leur classement mondial en baisse. Le déclin moyen de la portée mondiale de tous ces sites est de 25 pour cent, et certains sites ont vu leur portée mondiale descendre de près de 60 pour cent.
« Les actions de Google constituent de la censure politique et sont une attaque flagrante contre la liberté d’expression », a déclaré North. « À un moment où la méfiance du public envers les médias de l’establishment est répandue, cette entreprise géante exploite sa position de monopole pour restreindre l’accès du public à un large éventail de nouvelles et d’analyses critiques ».
Andre Damon et Niles Niemuth
»» https://www.wsws.org/fr/articles/2017/jul2017/goog–j28.shtml
URL de cet article 32133
https://www.legrandsoir.info/un–nouvel–algorithme–de–google–limite–l–acces–aux–sites–web–progressistes–et–de–gauche.html
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POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE ET IMPUNIE : les députés violent toutes leurs grandes promesses de moralisation, pendant les vacances, en traîtres
Philippe Pascot est fou de rage : la prétendue « loi de moralisation » de la vie publique est une escroquerie politicienne (une de plus) : tout ce qui était important a disparu du projet promis pour être élu, toutes les grandes promesses violées pendant les vacances, en traître. C’est une honte, l’abjection politicienne chimiquement pure. Avec le faux « suffrage universel » (élire des maîtres parmi des candidats qu’on peut aider), LES PIRES GOUVERNENT (prédiction d’Alain, Émile Chartier).
httpv://youtu.be/ZQoRt0FkIfk
Il n’y a plus que la France insoumise pour nous défendre dans cette assemblée de gredins.
Merci Philippe, tu es un citoyen digne de ce nom : vigilant et courageux. MERCI, honneur à toi.
#cenestpasauxhommesaupouvoirdécrirelesrèglesdupouvoir
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History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz (source : les-crises.fr)
Encore un bon papier, traduit par l’indispensable (et quotidien) les-crises.fr :
History Channel révèle enfin l’incroyable histoire secrète de la « guerre contre la drogue », par Jon Schwarz
Photo : Avec l’aimable autorisation de HISTORY
CHUCK GRASSLEY, un sénateur républicain de l’Iowa, est connu sur Twitter pour exprimer son désir de voir History Channel montrer enfin un peu d’Histoire. Voici deux de ses nombreux tweets sur ce sujet :

J’adore l’Histoire. Donc de temps en temps je zappe sur History Channel. Quand vont-ils remettre de l’histoire sur cette chaîne, ces tanches ?
— ChuckGrassley (@ChuckGrassley) February 26, 2012

De temps en temps je zappe sur History Channel en espérant voir de l’Histoire. Quand est-ce que History Channel aura une bonne grille d’Histoire, à l’ancienne ?
— ChuckGrassley (@ChuckGrassley) January 7, 2012
La bonne nouvelle pour Grassley, et pour tout le monde, c’est que de dimanche soir à mercredi, History Channel diffuse une nouvelle série en quatre parties intitulée « La guerre de l’Amérique contre la drogue ». Non seulement c’est une contribution importante à l’histoire récente américaine, mais c’est aussi la première fois que la télévision US a révélé le fond de la vérité sur l’un des plus importants problèmes des cinquante dernières années.
Le fond de la vérité est : la guerre contre la drogue a toujours été une pure comédie. Depuis des décennies le gouvernement fédéral s’est lancé dans une série d’alliances de commodité avec quelques-uns des plus grands cartels de la drogue dans le monde. Le taux d’incarcération américain a quintuplé depuis la première déclaration de guerre à la drogue faite par le président Richard Nixon en 1971, mais les plus gros dealers ont dans le même temps profité de la protection des plus hautes instances du pouvoir en Amérique.
D’un côté, cela ne devrait pas être surprenant. La documentation volumineuse de cette réalité dans des dizaines de livres est accessible à n’importe qui de curieux possédant une carte de bibliothèque
Pourtant d’une certaine façon, bien que les États-Unis n’aient pas de système formel de censure, ce scandale monumental n’a jamais été présenté de manière complète là où la plupart des Américains vont s’informer : à la télévision.
C’est pourquoi la série « La guerre de l’Amérique contre la drogue » est un véritable tournant. Nous avons vu récemment comment des idées qui semblaient à un moment totalement ridicules et tabous – par exemple, que l’Église catholique ait consciemment protégé des prêtres ayant abusé sexuellement d’enfants, ou que Bill Cosby n’ait pas été le meilleur choix pour America’s Dad – pouvaient après des années de silence se hisser dans la conscience populaire et être suivies de conséquences précises et réelles. La série pourrait être un élément décisif pour que la même chose se produise pour l’une des plus cyniques et cruelles politiques de l’histoire des États-Unis.
Un portrait de l’ancien baron de la drogue Rick Ross dans le documentaire de History Channel « America’s War on Drugs ». Photo : Avec la courtoisie de History
La série, dont les producteurs exécutifs sont Julian P. Hobbs, Elli Hakami et Anthony Lappé, est un documentaire TV standard, combinant des interviews, des images d’archives et des reconstitutions dramatiques. Ce qui n’est pas standard en revanche, c’est l’histoire racontée face à la caméra par d’anciens agents de la Drug Enforcement Administration ainsi que par des journalistes et des trafiquants de drogue en personne. (Un des reporters est Ryan Grim, le chef du bureau de l’Intercept à Washington et auteur de « This Is Your Country on Drugs : The Secret History of Getting High in America ». « C’est ton pays au sujet de la drogue : L’histoire Secrète pour se défoncer en Amérique ».)
Il n’y a pas de ronds-de-jambe alambiqués pour expliquer ce qui s’est passé. Le premier épisode commence avec la voix de Lindsay Moran, un ancien officier clandestin de la CIA, déclarant : « L’agence était impliquée jusqu’au cou avec les trafiquants de drogues ».
Richard Stratton, trafiquant de marijuana devenu écrivain et producteur de télévision, explique alors : « La plupart des Américains seraient profondément choqués s’ils connaissaient la profondeur de l’implication passée de la CIA dans le trafic international de la drogue ».
Ensuite, le professeur de l’université de New York Christian Parenti raconte aux téléspectateurs : « Depuis son origine la CIA collabore avec les mafias impliquées dans le trafic de drogue dans le but que ces mafias servent l’objectif plus large de la lutte contre le communisme ».
Pendant les huit heures suivantes, la série plonge à toute vitesse dans l’histoire des plus grands succès du partenariat du gouvernement américain avec les trafiquants d’héroïne, d’hallucinogènes et de cocaïne. Que ces plus gros succès puissent remplir la majeure partie de quatre épisodes de deux heures montre à quel point l’histoire est extraordinairement profonde et hideuse.
Tout d’abord, nous apprenons que la CIA travaillait avec le chef de la mafia de Floride, Santo Trafficante Jr., au début des années 60. La CIA voulait la mort de Fidel Castro et, en échange de l’aide de Trafficante dans divers projets d’assassinat, était prête à fermer les yeux sur ses trafics de drogue extensifs et ceux de ses alliés exilés cubains.
Ensuite, il y a le récit extrêmement curieux de la manière dont la CIA a importé de grandes quantités de LSD de son producteur suisse, dans l’espoir qu’il pourrait être utilisé pour contrôler mentalement des gens. Au contraire, en approvisionnant des milliers de jeunes volontaires comme Ken Kesey, Whitey Bulger et le parolier des Grateful Dead, Robert Hunter, l’agence a accidentellement contribué à populariser l’acide et à générer la contre-culture psychédélique des années 60.
Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis se sont alliés avec les forces anticommunistes du Laos, qui ont mis à profit notre soutien pour devenir parmi les plus gros pourvoyeurs d’opium de la planète. Air America, une couverture de la CIA, apportait des fournitures pour les guérillas du Laos et repartait avec de la drogue, tout cela avec la parfaite connaissance et protection des agents américains.
La même dynamique s’est développée dans les années 80, quand l’administration de Reagan a essayé de renverser le gouvernement sandiniste du Nicaragua. Les avions qui apportaient secrètement des armes aux contras rapportaient au retour de la cocaïne aux États-Unis, à nouveau sous la protection des forces de l’ordre américaines par la CIA.
Plus récemment, nous trouvons notre guerre de seize ans en Afghanistan. Bien que moins de choses soient révélées sur les machinations de la CIA là-bas, il est difficile de ne pas noter que nous avons installé Hamid Karzai comme président alors que son frère était sur les listes de paie de la CIA et simultanément, l’un des plus gros trafiquants d’opium du pays. L’Afghanistan actuellement fournit environ 90% de l’héroïne mondiale.
À son crédit, la série explique que cela ne fait pas partie d’un plan secret du gouvernement pour transformer les Américains en toxicomanes. Mais, comme l’exprime Moran : « Quand la CIA se focalise sur une mission, sur un but particulier, ils ne vont pas s’asseoir et pontifier sur « les possibles conséquences globales à long terme de leurs actions ». Gagner leurs guerres secrètes a toujours été leur première priorité, et si cela requiert une coopération avec des cartels de la drogue qui inondent les États-Unis de leur production, qu’il en soit ainsi ». « Beaucoup de ces pratiques qui remontent aux années 60 deviennent cycliques », ajoute Moran. « Ces relations se développent encore et toujours pendant qu’on mène la guerre contre la drogue ».
Ce qui rend l’histoire tellement grotesque, c’est le degré d’hypocrisie effarant du gouvernement. C’est comme si Donald Trump déclarait la guerre aux promoteurs immobiliers et remplissait les prisons de gens louant occasionnellement leur chambre sur Airbnb.
Cela nous ramène à Charles Grassley. Grassley est maintenant président du comité judiciaire du Sénat, un combattant engagé de longue date contre la drogue et – pendant les années 80 – un soutien des contras.
Pourtant, même Grassley semble réaliser qu’il y a peut-être eu quelques failles dans la guerre contre la drogue depuis le début. Il a récemment co-parrainé une loi pour réduire les peines minimales pour les infractions liées à la drogue.
Maintenant que History Channel comble les souhaits de Grassley et diffuse cette histoire extrêmement importante, il nous revient de nous assurer que lui et ceux qui sont comme lui, s’asseyent et la regardent. Le simple fait que cette série existe montre que nous sommes à un point de basculement de ces mensonges catastrophiques éhontés. Nous devons pousser suffisamment fort pour les mettre à terre.
Photo ci-dessus : un plan fixe tiré du documentaire de History Channel « America’s War on Drugs ».
Source : The Intercept, Jon Schwartz, 18-06-2017
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
Mon commentaire :
C’est important, cette nouvelle contre-histoire vue à la télé, mais n’oubliez pas qu’elle ne révèle qu’UNE CONSÉQUENCE, dont vous seriez bien inspirés de chercher (et de faire connaître) LA CAUSE première.
Un bon commentaire, lu chez Olivier :
Dans 50 ans on aura droit à un documentaire : ” la vérité sur la lutte contre le terrorisme ” …
Je renchéris : Et sur « la lutte contre l’inflation », et sur « l’utilité économique des ‘investisseurs’ « , et sur « l’autorégulation des marchés », et sur « la lutte contre le chômage »…
- Tout pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite (Montesquieu).
– QUI fixe les limites ?
– Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.
#pasdedémocratiesanscitoyensconstituants
Étienne.
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La littérature et la condition animale
Une émission très émouvante de Répliques, ce matin :
https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-litterature-et-la-condition-animale‑0
On y évoque les « bêtes noires », l’asservissement des animaux par les hommes, la violence débridée, le miroir que tendent aux hommes la torture et le massacre quotidien des animaux pour finalement les manger ou les jeter, la peur panique ressentie par les animaux d’élevage industriel à la vue du soleil inconnu, la violence quotidienne des bâtiments d’engraissage avec les hurlements de bêtes, les violences sonores, violences olfactives, violences primitives décuplées par l’industrie marchande, productiviste, technique, fonctionnelle, la « production animale » (nom donné au massacre permanent), la description d’une porcherie, cette « structure », souvent cachée dans une zone industrielle, aux odeurs chimiques émanant des tuyaux de la soupe, la protection méticuleuse des animaux (devenus extraordinairement fragiles) pour pénétrer dans « l’outil » (l’abattoir) , le vocabulaire technique, insensible, gestionnaire, comptable, qui dissimule la réalité de la mort et de la violence, cet œil animal éperdument tendu vers vous parfois croisé au milieu de 250 bêtes (nombre énorme, très inhabituel) au garde-à-vous de peur à votre entrée, les couloirs avec la musique de variétés jouée à la radio et mélangée aux hurlements des bêtes, bêtes sans nom, sans existence propre, numérotées, chosifiées pour être torturées puis assassinées sans remord, une ville de milliers d’animaux, segmentée en bâtiments intitulés fallacieusement « maternité et soins au petits » (!) pour désigner, d’une part l’enfermement à vie des truies dans des cages de fer, condition infernale sans le moindre espace pour bouger (soi-disant pour protéger leurs petits parce que les mères deviennent évidemment toutes folles de douleur), et d’autre part pour désigner le broyage des dents et la castration des bébés (!), les personnels qui doivent « se blinder » pour survivre, la déportation des bébés de la « maternité » vers le « sevrage » puis « l’engraissement » (où ils seront gavés) puis le « quai d’embarquement » et puis « l’abattoir » ; « les hommes et les femmes séparés » (parce que mâles et femelles n’ont pas le même rythme pour manger et que les séparer est plus rentable), entassés par groupes de 40 ; la description de ces autres élevages, plus petits, labellisés « bio », non pas par conviction mais par souci du gain financier, la spécialisation des tâches entre celui qui est à la tuerie qui n’est pas celui qui est au découpage, la question essentielle de la souffrance, le rappel de la question centrale de Jeremy Bentham : « la question n’est pas de savoir s’il peuvent raisonner ou parler, mais l’important est de savoir s’ils peuvent souffrir », la zootechnie et la « modernité » qui ont pris Descartes au mot et qui travaillent avec des « animaux-machines », la permanence et la continuité désespérantes entre l’élevage d’autrefois et l’élevage industriel, la seule issue à la souffrance animale qui est, pour les hommes, de cesser de manger de la viande avec donc comme conséquence probable l’extinction de l’animal d’élevage et peut-être même la fin de la paysannerie , l’effort pour imaginer un monde dans lequel l’homme ne dominerait pas l’animal, le fait que 90% des animaux d’élevage ne voient jamais la lumière du jour, la nécessaire et souhaitable disparition de l’espèce des animaux d’élevage devenus complètement « débiles », incapables de se défendre seuls dans la nature, la destruction complète de la figure protectrice du « bon pasteur », le parallèle avec la terre et aussi avec nos propres esprits qu’on met aussi « sous contrainte de structure de production intensive », l’indécence éthique qu’il y a à gaspiller 15 500 litres d’eau pour « fabriquer » un seul bœuf pendant que plus d’un milliard d’humains manquent affreusement d’eau, la nécessité parfois d’un mouvement très radical pour trouver un nouvel équilibre (finalement moins extrême), les différences qui n’en sont pas dans l’abattage local (toujours à la chaîne) plutôt que centralisé, « l’empathie abstraite » des militants eux-mêmes « hors-sol », citadins qui n’ont jamais côtoyé les animaux et dont la mort leur fait horreur et qui tirent peut-être trop vite un trait sur 10 000 ans d’histoire entre hommes et bêtes, la trop commode construction de l’esprit qui consiste à parler d’animaux « en accord » avec les humains (est-ce qu’ils sont « en accord » avec leur exploitation et avec leur massacre ?) ou dire qu’on doit « tuer dignement » (impossibilité absolue), la folie affreuse qui s’empare des pauvres truies désanimalisées de mille façons et à qui l’on donne des « calmants », le premier roman de la truie « Marina » à qui on donne un nom (fait rarissime qui fait déraper toute la machine de mort) et qui s’échappe de sa prison après avoir tué tous ses petits pour les sauver de leur sort atroce, l’autre roman de « la bête » qui elle aussi s’échappe et retrouve en forêt ses attributs d’animal sauvage, l’importance du regard porté par l’éleveur qui peut le changer en profondeur s’il advient seulement qu’il établit un lien, un seul lien, avec un animal, les larmes qui ne sont pas le propre de l’homme, le « regard liquide » des truies et même la fonte des muscles en eau dans l’épouvante avant de mourir, l’avis de Lucrèce sur les larmes de la mère du veau sacrifié, la segmentation et la mise à mort industrielle qui nous insensibilise tous et qui interdit la conscientisation des bourreaux, le cochon qui, physiologiquement, ne peut pas lever la tête, ce qui fait qu’il faut se baisser soi-même pour rencontrer son regard, toujours très expressif et bouleversant…
Toute cette heure est poignante, comme la plupart de celles qui visent à défendre nos amis les bêtes, que nous « aimons » de façon si cruelle. Je m’en veux chaque fois davantage de n’être pas encore devenu végétarien. Ça viendra, évidemment.
Les animaux devraient-ils faire partie du peuple ?
Tout ça suscite, par ailleurs, mille réflexions complémentaires sur notre propre regard sur les humains qui souffrent partout sur terre, et sur les malheurs indicibles qui les accablent tous les jours pour notre confort, ici dans les pays « riches ».
Étienne.
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Paul Craig Roberts : « WASHINGTON : SEIZE ANS DE GUERRE. POURQUOI ? Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. »
Une nouvelle puissante illustration de la nullité absolue du faux « suffrage universel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) — du point de vue du bien commun et de la paix.
Comme nous, les Américains n’ont pas de constitution et pas de représentants. Comme nous, ils sont gouvernés EN FAIT par les étrangers les plus riches, les plus menteurs, les plus menaçants et les plus retors.
Et comme les autres, un jour ou l’autre, faute d’avoir été vigilants à l’égard des pouvoirs, faute d’avoir su devenir nombreux constituants à temps, nous nous ferons enfermer dans les prisons et assassiner par les armes fabriquées et utilisées avec nos propres impôts.
Je soumets à votre jugement ce court article de Paul Craig Roberts, traduit par le Saker francophone, très bon site de désintoxication médiatique.
Étienne.
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Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?

Par Paul Craig Roberts – Le 30 juin 2017
Source CounterPunch
Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépensant des milliards de dollars, commettant des crimes de guerre incalculables et envoyant des millions de réfugiés de guerre en Europe, tout en affirmant que Washington ne pouvait pas assurer ses obligations de sécurité sociale et de Medicare [soins aux personnes de plus de 65 ans], ni financer un service national de santé comme tous les pays civilisés.
Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satisfaits en raison du coût massif de ces guerres orchestrées, on pourrait penser que le peuple américain se poserait des questions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accompli avec ces énormes dépenses ? Les besoins intérieurs sont négligés de sorte que le complexe militaro-sécuritaire peut s’engraisser avec les profits de la guerre.
Le manque de curiosité de la part du peuple américain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fondées entièrement sur le mensonge, est extraordinaire. Qu’est-ce qui explique cette conspiration de silence, ce désintérêt incroyable pour le gaspillage d’argent et de vies ?
La plupart des Américains semblent accepter vaguement ces guerres orchestrées comme la réponse du gouvernement au 11 septembre. Cela s’ajoute au mystère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été attaqué, sauf avec des menaces et des sanctions) n’ont rien à voir avec le 11 septembre. Mais ces pays ont des populations musulmanes, et le régime de Bush et les médias prostitués ont réussi à associer le 11 septembre avec les musulmans en général.
Peut-être que si les Américains et leurs « représentants » au Congrès avaient compris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lèveraient d’eux-mêmes pour faire des objections. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washington contre la Syrie et la guerre prévue contre l’Iran. Prêt ?
Il y a trois raisons pour la guerre de Washington, et non la guerre des États-Unis – car Washington n’est pas l’Amérique – en Syrie :
La première raison tient aux profits du complexe militaro-sécuritaire. Ce dernier est une combinaison de puissants intérêts privés et gouvernementaux qui nécessitent une menace pour justifier un budget annuel qui dépasse le PIB de nombreux pays. La guerre confère à cette combinaison d’intérêts privés et gouvernementaux une justification pour son budget massif, un budget dont le fardeau incombe aux contribuables américains dont le revenu médian réel par famille n’a pas augmenté depuis quelques décennies, alors que la charge de leurs dettes pour soutenir leur niveau de vie a augmenté.
La deuxième raison a trait à l’idéologie néoconservatrice cherchant l’hégémonie mondiale américaine. Selon les néoconservateurs, qui ne sont certainement pas conservateurs en quoi que ce soit, l’effondrement du communisme et du socialisme signifie que l’Histoire a choisi le « capitalisme démocratique », qui n’est ni démocratique ni capitaliste, en tant que système socio-économico-politique mondial et c’est la responsabilité de Washington d’imposer l’américanisme au monde entier. Des pays comme la Russie, la Chine, la Syrie et l’Iran, qui rejettent l’hégémonie américaine, doivent être déstabilisés et détruits, car ils sont un obstacle à l’unilatéralisme américain.
La troisième raison se rapporte aux ressources en eau du sud du Liban dont Israël a besoin. Deux fois, Israël a envoyé l’armée israélienne, tant vantée, pour occuper le sud du Liban, et le Hezbollah, une milice soutenue par la Syrie et l’Iran, a expulsé par deux fois cette armée israélienne tant renommée.
Pour être direct, Israël utilise l’Amérique pour éliminer les gouvernements syrien et iranien qui fournissent un soutien militaire et économique au Hezbollah. Si les Américains peuvent éliminer les soutiens du Hezbollah, l’armée israélienne peut voler le sud du Liban, tout comme elle a volé la Palestine et certaines parties de la Syrie. Voici les faits : depuis seize ans, la population américaine insouciante a permis à un gouvernement corrompu à Washington de gaspiller des milliards de dollars nécessaires au pays au bénéfice du complexe militaro-sécuritaire, au service de l’idéologie néoconservatrice cherchant l’hégémonie mondiale des États-Unis, et pour finir au service d’Israël.
De toute évidence, la démocratie américaine est frauduleuse. Elle sert tout le monde, sauf les Américains.
Quelle est la conséquence probable du fait que le gouvernement américain serve des intérêts non américains ?
La meilleure conséquence effective est la pauvreté pour les 99 pour cent. La pire est l’Armageddon nucléaire.
Les services rendus par Washington au complexe militaro-sécuritaire, à l’idéologie néoconservatrice et à Israël négligent complètement des faits collatéraux surpuissants.
L’intérêt d’Israël au renversement de la Syrie et de l’Iran est totalement incompatible avec l’intérêt de la Russie qui veut empêcher l’importation du djihadisme dans la Fédération de Russie et en Asie centrale. Par conséquent, Israël a mis les États-Unis en conflit militaire direct avec la Russie.
Les intérêts financiers du complexe militaro-sécuritaire américain consistant à encercler la Russie avec des sites de missiles sont incompatibles avec la souveraineté de la Russie, tout comme l’accent mis par les néoconservateurs sur l’hégémonie mondiale des États-Unis. Le président Trump ne contrôle pas Washington. Washington est contrôlé par le complexe (regardez sur Youtube la description faite par le président Eisenhower de la menace représentée par le complexe pour la démocratie américaine), par le lobby israélien et par les néoconservateurs. Ces trois groupes d’intérêts organisés ont préempté le peuple américain, qui est impuissant et non impliqué dans les décisions concernant son avenir.
Tous les représentants et sénateurs des États-Unis qui ont tenu tête à Israël ont été battus dans leur campagne de réélection. C’est la raison pour laquelle, quand Israël veut quelque chose, cela passe dans les deux chambres du Congrès à l’unanimité. Comme l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et président du Joint Chiefs of Staff, l’a déclaré publiquement : « Aucun président américain ne peut s’opposer à Israël. » Israël obtient ce qu’il veut, peu importent les conséquences pour l’Amérique. Moorer avait raison. Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. Les votes de la Chambre et du Sénat le prouvent.
Incapable de résister au minuscule Israël, Washington pense qu’il peut intimider la Russie et la Chine. Le fait, pour Washington de continuer à provoquer la Russie et la Chine est un signe de folie. À la place de l’intelligence, nous voyons l’orgueil et l’arrogance, la marque des imbéciles.
Ce dont la planète Terre et ses créatures ont besoin plus que tout, ce sont des dirigeants en Occident qui soient intelligents, qui aient une conscience morale, qui respectent la vérité et soient capables de comprendre les limites de leur pouvoir.
Mais le monde occidental n’a pas ce genre de personne.
Paul Craig Roberts
Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone
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« RÉFORME » DES IMPÔTS : MACRON, PRÉSIDENT DES ULTRA RICHES – Osons causer
C’est une très bonne synthèse proposée ici par la jeune équipe d’Osons causer, utile car elle remonte à une cause première qui est L’ÉLECTION — et la corruption évidente des décideurs politiques rendue possible par cette procédure antidémocratique (procédure qui est, plus largement, la source même du « capitalisme »).
Il me semble pourtant que cette présentation percutante et stimulante gagnerait en poursuivant quelques minutes dans la recherche des causes vraiment PREMIÈRES, plus en amont encore, car on aurait alors plus de chances de régler nos (très graves) problèmes économiques et sociaux, en montrant que chaque scandale est la CONSÉQUENCE d’une corruption et d’une impunité POLITIQUE rendues possibles par NOTRE démission du processus constituant, notre renoncement à contrôler nous-mêmes les pouvoirs.
Je rappelle ici ma synthèse sur le « nécessaire procès citoyen de l’élection », qui compare point par point les (immenses) faiblesses de l’élection et, comme en miroir, les (immenses) forces du tirage au sort : https://old.chouard.org/Europe/Necessaire_proces_de_l_election.pdf
Le vrai suffrage universel, c’est voter nous-mêmes nos lois.
Donc, tant que nous adorerons le faux « suffrage universel » (élire des maîtres parmi des candidats que l’on peut aider) comme une vache sacrée intouchable, nous resterons impuissants — et DONC exploités.
Mais, ce n’est PAS « la faute des autres » (des ultra riches, des usuriers ou des canailles politiciennes, par exemple), c’est la nôtre.
Il ne tient qu’à nous de tout changer.
Il suffit de nous concentrer sur la cause des causes.
#PasDeConstitutionSansCitoyensConstituants
Bon courage à tous, bande de virus 🙂
Étienne.
PS : en français, le mot RÉFORME signifie amélioration, changement en bien. Appeler « RÉFORME » les pires régressions, les plus brutales violences sociales des 1% contre les 99%, c’est une des mille inversions du langage qui servent aux crapules politiciennes (et publicitaires) à tromper la volonté des braves gens.
Pour y résister, penser à toujours mettre entre guillemets les mots menteurs, comme « réformes », « partenaires sociaux », « investisseurs », « citoyens », « démocratie », « constitution », « suffrage universel », etc.
L’élection DONNE des prises aux escrocs pour tromper nos volontés.
Alors que le tirage au sort RETIRE leurs prises aux escrocs.
Combien de temps encore les 99% vont-il défendre eux-mêmes LA procédure qui verrouille leur propre dépossession politique ?
#PasDeDémocratieSansTirageAuSort
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AUTONOMIES, le prochain film de Nazzaréna, financés par nous tous qui voulons le voir 🙂
J’ai hâte de voir le nouveau film de Nazzaréna :
il s’appellera AUTONOMIES.
httpv://www.youtube.com/watch?v=3ks8eY7XUjE
C’est un film documentaire financé par ceux d’entre-nous qui veulent le voir. Les vidéos de présentation (avec plein de gens bien 🙂 ) sont très intéressantes.
C’est sur cette même page que nous pouvons participer à son financement : https://fr.ulule.com/autonomies/
Présentation du film :
Le film en une phrase : « Agis en ton lieu, pense avec le monde » (Édouard Glissant)
Cinq ans après « La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes, qui montrait entre autres Fabrice André, créateur d’un refuge autonome à 2000 mètres d’altitude, Nazzaréna a à coeur de poursuivre cette réflexion sur l’autonomie. Il s’agit d’en montrer les différentes facettes, dont certaines sont surprenantes.
Le film en une minute :
Pour certains, autonomie rime avec autarcie et utopie. Partie à la rencontre de personnes qui vivent en autonomie alimentaire ou énergétique, je découvre que l’autonomie est aussi juridique, politique, psychologique, éducative, voire biologique et même historique. Juridique, car comment créer un éco-lieu réellement autonome si la législation ne le permet pas, ou si l’on doit obligatoirement être raccordé au réseau ? Politique, donc, car le renouveau démocratique passe par des initiatives locales de certains maires en France qui s’engagent dans des votations citoyennes, par exemple.Psychologique, car comment opérer un changement de vie durable sans une stabilité dans ses engagements, ses choix, son rapport aux autres ? Éducative, car à la base, il y a l’enfant, un adulte en devenir qui doit pouvoir s’émanciper dans ses apprentissages. Biologique, car au coeur de nos cellules, il y a par exemple des milliards de bactéries qui ont appris à coopérer. Historique enfin, car nous avons peut-être à apprendre d’une communauté en partie « autonome », active durant quatre siècles dans les Alpes. Voilà pourquoi « Autonomies » s’écrit au pluriel.
Qui n’a pas rêvé un jour de changer de vie ?
Ils étaient étudiants, professeur de gymnastique, juriste internationale ou agriculteur traditionnel. Ils sont maintenant installés dans des fermes, des éco-lieux, des éco-hameaux, dans le respect de l’environnement.
L’une des originalités du film réside dans l’exemplarité de ces personnes qui ont cheminé à contre-courant et sont en train de créer des éco-lieux ou des éco-hameaux, dans l’optique de partager leurs savoirs grâce à des journées portes ouvertes, des formations, des stages ou des chantiers participatifs.
Au départ, ils avaient décidé de vivre plus près de la nature pour eux et leur famille, puis ils ont créé des habitats autonomes ou une ferme permaculturelle là où il n’y avait qu’une friche. Pour certains, c’était il y a quarante ans, pour la nouvelle génération, c’était il y a à peine plus d’une an. Leurs atouts : inventer de nouvelles manières de consommer et de vivre, avec de la créativité et une réelle ingéniosité technique.
Journées portes ouvertes à la ferme du Bec-Hellouin
Toutes ces initiatives concrètes, si elles essaimaient davantage, permettraient à des communautés, des villages ou des villes de faire face aux crises actuelles.
Mais pour que ce changement de société puisse se propager, le savoir-faire technique seul ne suffit pas. Il faut allier l’autonomie extérieure à l’autonomie intérieure.
C’est ainsi que seront abordés les limites posées par la législation, le changement psychologiqueliée à tout changement de vie, l’émancipation dès le plus jeune âge grâce à d’autres méthodes d’éducation, ou l’indispensable créativité de chaque être humain.
Sur ces thématiques seront interviewées des personnalités ouvertes à d’autres disciplines, permettant de faire des ponts entre la philosophie, la psychologie, le droit et la biologie.
L’objectif de ce film est de montrer qu’être autonome, ça n’est pas vivre en autarcie. C’est choisir ses dépendances… dans un environnement basé sur les interdépendances.
En fil rouge, le film fera découvrir une communauté qui a vécu en autonomie politique, juridique, fiscale et éducative entre le XIVe siècle et la Révolution française, soit sur plus de douze générations. Peut-être est-ce l’occasion d’y trouver des sources d’inspiration.
Les intervenants
La maison autonome de Brigitte et Patrick Baronnet
Brigitte et Patrick ont quitté la vie parisienne il y a plus de quarante ans et vivent dans une ferme en Bretagne, où à force de travaux et d’ingéniosité, ils sont devenus autonomes de leur eau, de leur électricité et en partie de leur nourriture. Il nous montrent qu’il est possible, via des chantiers participatifs, de construire un habitat à moindre coût avec des matériaux nobles, d’avoir un accès à l’énergie en utilisant à la fois le solaire et l’éolien, avec des personnes fabriquant eux-mêmes leurs panneaux solaires pour l’eau chaude, ou en faisant des formations pour fabriquer des éoliennes, par exemple.
En 20 ans, ce sont plus de 20.000 curieux qui sont venus dans la « maison autonome », lors de festivals, de journées portes ouvertes ou de stages, pour découvrir comment se lancer dans l’aventure de l’autonomie énergétique. Comme nous le précise Patrick Baronnet, l’autonomie, c’est…
httpv://youtu.be/AudL8i_VAZ0
La ferme permaculturelle du Bec Hellouin
Perrine, ancienne juriste internationale, est aujourd’hui diplômée en permaculture. Elle a voulu réinventer sa vie et rompre drastiquement avec ce qu’elle faisait auparavant. C’est ainsi qu’elle a rencontré Charles, son mari, et qu’ensemble, ils ont fondé la ferme biologique du Bec-Hellouin. Ils développent une agriculture qui permettrait non seulement d’être autosuffisant en alimentation à l’échelle d’un village, mais dont le développement pourrait nourrir toute la planète, grâce à des techniques de permaculture, de micro-agriculture, avec une culture intensive sur de petites surfaces sans engrais chimiques ni pesticides.
Nous sommes allés en 2015 aux journées portes ouvertes qu’ils organisaient, afin de découvrir leur immense jardin, avec une serre, des étangs, un potager, un jardin mandala, des arbres fruitiers…
Perrine et Charles assurent des formations, travaillent avec de grands chefs étoilés et on été suivis pour une étude par l’INRA (Institut national de recherche en agronomie).
httpv://youtu.be/bL0H0i6vUYo
L’éco-lieu Eotopia
Benjamin, 32 ans, expérimente depuis sept ans la vie sans argent. Il a voyagé ainsi sur les routes d’Europe, d’Amérique, en passant par l’Afrique, privilégiant les échanges. En 2016, il s’est résolu avec d’autres personnes à acheter un terrain avec un corps de ferme pour créer un éco-lieu appeléEotopia. Benjamin et son épouse y vivent avec d’autres membres de la communauté dans une économie basée sur le don, les échanges, pour tendre vers l’humain plutôt que vers l’argent. Benjamin a pour le moment renoncé à son idéal de vivre avec « zéro argent », mais l’utilise aussi peu que possible.
httpv://youtu.be/LgcvQnl8emU
L’éco-lieu Alôsnys
Aurore avait une formation dans l’agriculture et l’éducation à l’environnement. Avec Bruno, agriculteur, ils ont créé Alôsnys, un éco-lieu en Bourgogne qui accueille aussi bien des enfants que des adultes pour les reconnecter à un jardinage sain, respectueux des écosystèmes. Ils assurent par ailleurs des formations diplômantes en permaculture et accueillent de nombreux stagiaires.
httpv://youtu.be/Cd87icC2blI
Les autres facettes des « Autonomies »
Et si l’avenir passait par une renforcement de la démocratie locale ? Les maires ont un rôle essentiel pour favoriser l’émergence de ces initiatives. Par exemple, la ville des Molières, dans l’Essonne est un laboratoire d’initiatives écologiques et démocratiques. Jardins partagés, épicerie bio et locale, votations citoyennes, ainsi que la proximité du foyer d’accueil médicalisés pour autistes La Lendemaine, qui est aussi une ferme agricole et artisanale de 7 hectares : l’alliance du soin de lanature et de l’humain.
httpv://youtu.be/Djoxqh2dB7I
Pour faire exister de tels lieux, la législation doit bien évidemment s’y prêter. Mais pour le projet Eotopia, par exemple, l’achat du terrain s’est avéré incontournable, alors que dans son optique de vivre sans argent, Benjamin avait envisagé un don. En France, les donateurs sont taxés à 60% de la valeur du bien. Les autres contraintes résident dans les permis de construire des habitats innovants, avec récupération d’eau, ou l’obligation d’être raccordé au réseau même si l’on est en autonomie énergétique.
Un point qui reste essentiel, c’est le déclencheur, le déclic, le moment où l’on décide de changer de vie, où l’on se jette à l’eau. Comment surmonter psychologiquement les obstacles lorsqu’on se lance dans l’expérimentation, l’innovation, en couple ou en communauté ?
L’émancipation passe aussi par l’éducation. Parmi les intervenants, certains prônent « une éducation libre », respecteuse de la soif d’apprendre de l’enfant. François Taddéi, chercheur ensciences cognitives, apportera son éclairage sur ce sujet qui est un enjeu majeur pour les générations futures. L’occasion de découvrir que dès le Moyen-Âge, une communauté dans les Alpes enseignait aux riches et aux pauvres, filles et garçons, avec un faible taux d’illettrisme, tout en inculquant des notions de droit.
François Taddéi nous démontre que la dernière facette des autonomies est liée à la biologie, par l’exemple d’études sur les cellules. Ainsi, les bactéries font évoluer la manière dont elles évoluent. Elles savent échanger de l’information sur la façon de coopérer et elles savent coopérer sur la façon d’échanger de l’information.
Coopérer, échanger de l’information, c’est ce que font les personnes qui vivent dans des éco-lieux, tout comme la nature et les écosystèmes. Comme l’a écrit Edgar Morin, « Penser global », c’est penser LE global, dans ses relations entre le tout et les parties. Sans arrêt, le global et le local interfèrent. »
A quoi va servir le financement ?
Nous privilégions au maximum la tente ou l’hébergement chez l’habitant, ainsi que les pique-niques… mais il y a des dépenses incompressibles.
La collecte permettra de financer la fin des tournages, le montage et la post-production du film.
[…]
L’occasion pour ceux d’entre vous qui le souhaitent de devenir des specta’cteurs privilégiés et des acteurs du changement.
À propos du porteur de projet
Oublié tous mes rêves, tout ce que j’aurais pu réaliser
J’avais peur d’entreprendre quoi que ce soit
Peut-être mon éducation a contribué à tout ça
Aujourd’hui plus que tout, je veux
Je veux me nourrir sans appauvrir la terre
Je veux boire sans assécher nos sources et nos rivières
Je veux m’éclairer et me chauffer sans nos centrales nucléaires
Je veux vivre en autonomie, grâce au vent, au soleil, à la pluie
Je ne suis qu’une goutte l’eau dans l’océan de l’humanité
Je veux m’arrêter à chaque port, tisser la toile de la solidarité
Je n’ai pas la certitude que tout cela arrivera
Je veux juste en avoir l’opportunité
Faire ce film symbolise l’opportunité
L’opportunité que ces choses changent
Si je viens vers vous,
C’est par ce que vous êtes
Et ce que vous êtes me montrera qu’il n’est pas trop tard
Pour réaliser ce film et le faire avec vous.
Nazzaréna
Nazzaréna est artiste, auteure de pièces de théâtre et de poèmes. Auteure compositrice interprète, elle a enregistré un CD 2 titres en 2007.
« La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes était son premier documentaire, financé avec succès sur Ulule. Il a été sélectionné au Salon Marjolaine 2013, au festival d’ATTAC à Ivry-sur-Seine et au festival du film engagé de Romagnat.
httpv://youtu.be/oAHGiHC14Ao
Dès l’été 2013, le thème de l’autonomie citoyenne la questionne, comme le montre ce micro-trottoir.
httpv://youtu.be/rbnCIBeumBE
En 2014, elle a initié le projet « Passerelles » avec le soutien d’EELV. Il s’agit d’une série de vidéos mises en ligne sur Internet, dans lesquelles la députée européenne Michèle Rivasi débattait avec le philosophe Patrick Viveret ou le président du groupe SOS Jean-Marc Borello sur les thèmes de la démocratie, de l’engagement et du changement.
Ses atouts : décrocher les interviews, poser des questions que les journalistes ne posent pas, le tout accompagné d’une bonne dose d’intuition. Son intérêt pour la psychologie et la psychanalyse permet de compléter son approche originale.
Christophe est documentaliste, archiviste, spécialiste de l’analyse des médias et ancien de l’émission de France 5 « Arrêt sur images » (1996 à 2002).
Il a co-réalisé « Désentubages cathodiques » (Zalea TV), sorti en salles en 2005 et réalisé « https://youtu.be/onvnutrTAWg » , sorti en salles en 2006.
Auparavant, il a été assistant documentaliste pour le documentaire de Daniel Schneidermann « Kosovo, des journalistes dans la guerre » (Arte, 2000) ou « Chomsky et Cie » de Daniel Mermet et Olivier Azam (Les Mutins de Pangée, 2008).
Avec Nazzaréna, il a co-réalisé « La Pandémie du Nouveau monde », dont le tournage a débuté en 2009 pour s’achever en 2012.
Ses atouts : l’esprit de synthèse, l’articulation des thématiques à aborder dans le film, ainsi que la recherche de la perfection.. qui n’est pas de ce monde, soi-disant !
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La page Ulule pour aider les auteurs du film à continuer leur boulot d’éducation populaire : https://fr.ulule.com/autonomies/
Salut à tous, bande de virus 🙂
Étienne.
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155463544277317
Dévastation en cours des protections juridiques pour 18 millions de Français, en traître, par ordonnances et pendant les vacances : Attention ! Gérard Filoche nous interpelle :
httpv://youtu.be/_7bq2Jsvj5M
Merci aux jeunes gens de La Relève et la Peste, pour cette synthèse 0 % de mg…
Pour que reculent les esclavagistes, il faudra OCCUPER LES USINES.
Faites passer 🙂
Fil Facebook correspondant ä ce billet : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155446283807317
Des mots, des mots… démocratie ? #DATAGUEULE_74
Chic, ça germe 🙂 (le choix de Sieyes & co depuis 1789, violemment antidémocratique, l’escroquerie parlementaire, l’antidote du tirage au sort…)
httpv://www.youtube.com/watch?v=xM8asdR5ufY
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[ESSENTIEL !] REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR ÉCHAPPER À L’AUSTÉRITÉ, par Romaric Godin, sur Mediapart
Je vous le dis souvent : nous devrions nous abonner à Mediapart.
La raison principale en est qu’il n’y a guère plus d’autres « journalistes » indépendants des milliardaires (voir le livre IMPORTANT de Laurent Mauduit : « Main basse sur l’information »).
Mais voici qu’en plus, Mediapart recourt maintenant aux services de Romaric Godin (récemment viré du « journal » La Tribune, probablement pour trop grande subversivité), un formidable révélateur d’informations utiles !
Lisez bien l’article ci-dessous, que je prends la liberté de reproduire en entier vu l’urgence et l’importance, article qui confirme fortement ce que clament et démontrent André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder depuis plus de 10 ans (vous devriez relire cet article important du blog — et ses commentaires —, de mai 2007 : Non, ce n’est pas « trop cher » : le financement des besoins collectifs est rendu sciemment ruineux par un sabordage monétaire étonnant).
Voici le précieux article :
Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité
10 juillet 2017 par ROMARIC GODIN
Dans un ouvrage récemment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pettifor explique pourquoi le monde ne saurait être « à court d’argent » pour financer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le changement climatique. La seule condition reste d’ôter aux banques le pouvoir de création monétaire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lecture qui permet de relativiser les « urgences » prétendues de l’actuel gouvernement français en matière économique et financière.
Quelques jours avant les élections générales britanniques du 7 juin dernier, la première ministre Theresa May répondait à la télévision à une infirmière qui demandait des hausses de salaires pour le personnel du service national de santé (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pourrions secouer pour disposer de l’argent que les gens désirent. » Cette réponse est un grand classique de la pensée libérale pour justifier l’austérité budgétaire sous le couvert d’un prétendu « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gouvernement français, qui estime que, parce que le déficit public pourrait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plutôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence budgétaire ».
httpv://www.youtube.com/watch?v=zIbITJekGZE
Theresa May répond à une infirmière qu’il n’y a pas « d’arbre magique à argent ». © Youtube
En septembre 2014, le commentateur politique Jean-Michel Apathie pensait avoir liquidé en un tweet tout débat économique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre politique est possible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

Comme celle de Theresa May, cette prétendue clarté ne laisserait d’autre option que l’austérité budgétaire. Mais cette évidence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incompréhension complète du système économique et financier dans lequel nous vivons. Du reste, pour financer les exigences de son allié au Parlement de Westminster, le parti ultra-conservateur unioniste nord-irlandais DUP, Theresa May a soudainement découvert un « arbre magique à argent » et promis un milliard de livres pour les six comtés nord-irlandais.
Quant à la France, elle n’a pas regardé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occidentaux, elle a sauvé en quelques jours son système bancaire dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.
Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une raison simple : le système monétaire ne fonctionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihilo. Le comprendre permet d’avancer et d’ouvrir considérablement un débat que d’aucuns, effectivement, voudraient tant tenir fermé.
Pour ce faire, un ouvrage récemment paru en langue anglaise aux éditions Verso à Londres, The Production of Money : How To Break the Power of Bankers, est hautement précieux. Signé de l’économiste britannique Ann Pettifor, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – explication sur notre système monétaire et sur ses conséquences. Pour elle, la compréhension par les citoyens du mécanisme de la création monétaire est un moyen de faire des choix éclairés en se libérant de l’idéologie austéritaire qui s’est abattue depuis 30 ans sur le monde occidental, avec le soutien du système financier.
Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quantité limitée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réalité pas de sens. Certes, l’école néoclassique a longtemps défendu cette idée que la monnaie était une « matière première » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprunteurs étaient donc sur un marché avec les épargnants, échangeant leurs actifs monétaires comme toute autre marchandise. Dans ce système, les banquiers ne seraient que les intermédiaires entre ces deux acteurs du marché de la monnaie. Et, effectivement, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix augmente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la production d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour rétablir l’équilibre. D’où l’austérité.
Cette vision, qui sous-tend la réponse de Theresa May et la réflexion de Jean-Michel Apathie, est cependant en décalage complet avec toute réalité. Ann Pettifor souligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le système bancaire a, d’ailleurs, eu comme vocation de résoudre ce problème du « manque d’argent » en créant de la monnaie par le crédit pour compenser le manque d’épargne disponible. Ce crédit constitue aujourd’hui l’essentiel de la création monétaire : 95 % de la monnaie en circulation a été créée par les banques commerciales, 5 % par les banques centrales. Le système est simple : les banques accordent des crédits sur des fonds qu’elles ne possèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immédiatement crédités en dépôts et l’immense majorité de ces fonds n’est pas transformée en argent fiduciaire, concret, dont la création est du seul apanage de la banque centrale. L’argent créé n’a donc pas majoritairement besoin d’être créé par la banque centrale. Sa production relève principalement de la seule volonté des banques commerciales.
Pendant longtemps, cette création monétaire était certes en théorie limitée par des contraintes de quantité physique d’or et d’argent, ce qui limitait cette croissance du crédit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refinancement définis par les banques centrales, mais ces cadres sont peu contraignants. Le taux de refinancement durcit certes le cadre, mais si la demande est là malgré ce durcissement, comme en 2005–2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.
Les banques disposent donc bien de cette capacité de créer de la monnaie « à partir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quantité en réalité illimitée. D’autant que les banques centrales, en cas de besoin, peuvent créer également « à partir de rien » de la monnaie pour les acteurs du système financier. C’est ainsi que, chaque mois, la BCE déverse 60 milliards d’euros sur les marchés financiers et que la Fed a pu trouver 85 milliards de dollars pour sauver en 2008 la compagnie d’assurance AIG. Cette réalité, longtemps contestée, a été reconnue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus implicitement, encore plus récemment en avril 2017, par la Bundesbank.
Dans ce contexte, les vrais freins à la création monétaire, la vraie régulation, sont de deux ordres. Le premier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débiteurs, elles ne créeront pas de monnaie en leur refusant un crédit. Le second frein, c’est la volonté des emprunteurs de disposer de fonds supplémentaires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pourront pas créer de monnaie, quand bien même elles en auraient la possibilité. C’est ce qui s’est passé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du crédit, mais que les banques ont manqué d’abord de confiance, puis de demande. Le problème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la première force de la création monétaire réside dans les banques commerciales et dans les relations avec leurs clients.
Comment reprendre le contrôle de l’argent ?
Tout ceci change considérablement la donne. L’argent ne saurait manquer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nouvelle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une économie monétaire développée : l’épargne n’est PAS nécessaire au financement des achats ou de l’investissement ». Lorsque le premier ministre Édouard Philippe prétend donc vouloir favoriser l’investissement productif en modifiant la fiscalité de l’épargne, il considère que la France est une économie sous-développée et non monétarisée. « La disponibilité des moyens financiers dans une économie monétaire est à placer en contraste avec une économie pauvre et peu développée où l’épargne est la seule source de financement de l’investissement », explique Ann Pettifor.
Couverture de l’ouvrage d’Ann Pettifor © Verso
Le système financier a été créé pour cela : dépasser les limites de l’épargne et offrir des moyens nouveaux à l’économie. Et l’auteur de poursuivre : « Un système monétaire développé peut financer de très grands projets, des projets qui dépasseraient de loin la somme de l’épargne d’une économie. […] Cela signifie qu’une société fondée sur un système monétaire sain pourrait s’offrir une éducation gratuite et un système de santé ; elle pourrait financer le soutien aux arts autant qu’à la défense ; elle pourrait faire face aux maladies et renflouer les banques dans une crise financière. Alors que nous pouvons manquer de ressources humaines et physiques pour sortir nos économies des énergies fossiles, les besoins de la société ne devraient jamais manquer de relations financières pour faire face à ces changements vastes. » Le problème n’est pas, dès lors, de savoir « où trouver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux, mais de savoir comment maîtriser la création monétaire. L’enjeu, dès lors, est de créer un système monétaire « sain ».
Or, comme le rappelle Ann Pettifor, notre système ne l’est pas, sain. Car le problème est évidemment que, disposant de ce pouvoir, le système financier ne l’utilise pas dans l’intérêt général, mais uniquement en faveur d’intérêts particuliers. La création monétaire favorise alors les marchés financiers eux-mêmes, et les rendements élevés et rapides qu’ils promettent. Et lorsque la mécanique se casse, il suffit de demander l’aide des États, auxquels l’on prêtera l’argent nécessaire à son propre sauvetage et dont on assurera le remboursement par une politique centrée sur le respect des créanciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son potentiel réduit par la concurrence de l’investissement financier et par les exigences de rendements. Progressivement, « les valeurs du secteur financier l’emportent sur toute autre considération », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la dérégulation financière a mené à la dérégulation des heures de travail. » Dans cette logique, les financiers ont évidemment tout intérêt à défendre l’idée d’une quantité limitée de monnaie qui, en réalité, leur serait réservée.
Pour Ann Pettifor, c’est cette prise de contrôle de la puissance créatrice de la monnaie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit nécessairement à un recul de l’investissement productif sur le long terme et à un monde où les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. En revanche, l’économie mondiale est à la merci d’un système financier centré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises causées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises destructrices qui font le jeu des nationalistes et des extrémistes, selon Ann Pettifor, en détruisant l’aptitude du politique, donc de la démocratie, à résoudre les problèmes, à combler les besoins sociaux et à orienter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.
La deuxième partie de l’ouvrage propose d’explorer des solutions et l’auteure y discute les diverses propositions visant à reprendre le contrôle de la création monétaire. Elle y défend ses positions, fondées principalement sur un retour à la pensée de Keynes. Pour elle, la pensée keynésienne, limitée à un simple exercice de relance par la dépense publique, a été caricaturée afin de la discréditer. Keynes est principalement un penseur de la monnaie et du système monétaire. Son point de départ est de constituer un système monétaire sain, notamment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une distribution de crédit réduite, un système où « la finance est soumise aux intérêts plus larges de la société ». L’inverse du système actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix élevé : le chômage et l’appauvrissement de millions de personnes », estime-t-elle.
Cette vision lui fait REJETER les propositions de maîtrise de la création monétaire, notamment celle qui consiste à donner à la seule banque centrale la capacité de créer de la monnaie et qui sera discutée l’an prochain en Suisse, dans le cadre d’une votation baptisée « initiative monnaie pleine ». Selon elle, ce système transfère à une commission bureaucratique la création monétaire, alors même qu’elle est inspirée par la « théorie quantitative de la monnaie » qui édicte la nécessité, parfois, de réduire autoritairement la masse monétaire. Ceci comporte, selon l’auteure, le risque de prises de décisions sans contrôle démocratique inspirée par une vision dangereuse de ce qu’est la monnaie.
Initiative monnaie pleine – Partie 1 : Emission monétaire uniquement par la Banque nationale ! from Vollgeld-Initiative on Vimeo.
Vidéo de présentation de l’initiative suisse « monnaie pleine » qui sera soumise au peuple helvétique en 2018. © Vollgeld-initiative.
Elle préfère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonctionnement du système, mais réduisent le pouvoir autonome de la finance : établir un contrôle étroit de la distribution du crédit, renforcer les ratios de solvabilité, assurer un endettement public à taux faible pour agir plus généralement sur les taux et surtout mieux maîtriser les flux de capitaux. Ce dernier élément, qui serait réalisé par une taxe sur les transactions financières ou taxe Tobin, est la proposition la plus forte. Il s’agit non seulement de « ramener les fonds offshore dans les nations où la richesse est créée », mais aussi de retrouver des moyens d’agir. « La mobilité du capital ôte aux autorités d’un pays le pouvoir d’organiser la prospérité économique en déterminant les taux d’intérêt les plus appropriés », estime Ann Pettifor.
On notera, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces propositions est aujourd’hui rejeté par la plupart des autorités politiques. En France, par exemple, le nouveau gouvernement soutient une moindre régulation bancaire et a abandonné tout projet européen de taxe Tobin. Ann Pettifor estime que la première condition pour ôter le « pouvoir des banquiers » est donc de développer une meilleure compréhension des mécanismes de création monétaire, en dépit de l’opposition de la majorité des universitaires. C’est seulement une fois ce travail effectué que la mobilisation citoyenne et politique pourra s’organiser.
Et, pour l’auteure, l’enjeu est particulièrement urgent pour deux causes : celle des femmes, souvent les premières victimes des coupes dans les dépenses de l’État et de la précarisation de l’emploi, et celle des défenseurs de l’environnement, qui ne peuvent espérer des politiques vraiment efficaces contre le réchauffement climatique avec l’actuel système monétaire.
httpv://www.youtube.com/watch?v=-PD7hrUXRBU
L’Émission politique avec François Fillon, 24 mars 2017 © YouTube
Et c’est bien là l’essentiel actuellement pour nous, Français. La lecture de l’ouvrage d’Ann Pettifor met en relief les contradictions essentielles de la politique envisagée par le nouveau pouvoir : assurer un engagement environnemental fort et défendre et renforcer les logiques de l’actuel système monétaire et financier. Une logique suivie par Emmanuel Macron, comme jadis désirée par François Fillon qui, à l’image de Theresa May, refusait de donner plus de moyens à des infirmières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lecture permet aussi d’envisager une alternative réformiste, féministe et environnementaliste à la domination actuelle du centre droit, autour de cette réforme du système monétaire.
Aussi sa traduction française pourrait-elle s’avérer indispensable.
Romaric Godin.
N’oubliez pas de vous abonner à Mediapart, ça vaut le coup 🙂 :
https://www.mediapart.fr/notre-offre-speciale?xtor=SEC-72-GOO-[Abo]-[]-S-[mediapart%20abonnement]&gclid=Cj0KCQjw7pHLBRDqARIsAFyKPa5bSx9-iZRZp59D9swUIdAdO6FqeSPm1bJVsbf7d9Ie1yABlLX61tYaAmDYEALw_wcB
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155433733937317
Christine Lazerges : le projet de loi antiterroriste est « une grave régression de l’Etat de droit », par Jérôme Hourdeaux (Mediapart)
Dans un entretien à Mediapart, la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, Christine Lazerges, fustige le texte du gouvernement visant à inscrire dans le droit commun certaines mesures de l’état d’urgence. Un éventuel dictateur « n’aurait absolument rien à ajouter à ce texte » qui fait bien entrer la France dans un « état d’urgence permanent ».
Il aura fallu à peine deux mois à Emmanuel Macron pour s’inscrire dans la droite lignée de ses prédécesseurs en matière de politique sécuritaire. Une des premières mesures annoncées par le nouveau président et son ministre de l’intérieur Gérard Collomb a en effet été la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre prochain. À cette date, une bonne partie des mesures prévues par la loi de 1955 seront intégrées au droit commun par le projet de loi antiterroriste en cours d’examen au Parlement.
Ce texte permettra notamment aux préfets d’ordonner, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, des perquisitions administratives, d’obliger des personnes à résider dans une zone déterminée, d’instaurer des « périmètres de sécurité » lors d’événements, au sein desquels les règles de contrôle seront assouplies, ou encore d’ordonner la fermeture de lieux de culte. L’ensemble de ces mesures pourront être décidées sur de simples soupçons des services de renseignement et sans le contrôle d’un juge judiciaire, hormis dans le cas des perquisitions, qui devront être autorisées par un juge des libertés et des détentions (JLD).
Comme lors des précédents textes, ce projet de loi a été dénoncé par la quasi-totalité des associations de défense des droits de l’homme mais également par de nombreux experts. Le Défenseur des droits Jacques Toubon a ainsi qualifié, dans une interview publiée par Le Monde le 23 juin, ce projet de « pilule empoisonnée ». De son côté, la Commission consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’apprête à voter, jeudi 6 juillet, un avis dont le contenu pourrait être une nouvelle fois très sévère.
À cette occasion, Mediapart a rencontré la présidente de la CNCDH, Christine Lazerges, pour évoquer les dangers que représente ce texte mais également la vague de réformes sécuritaires qu’a connues la France ces vingt dernières années, l’accoutumance des citoyens vis-à-vis de l’érosion de leurs libertés fondamentales, l’absence de courage politique des pouvoirs successifs et la manière dont les multiples avis des autorités administratives indépendantes sont systématiquement ignorés.
Christine Lazerges © Mediapart
À chaque prorogation de l’état d’urgence, de nombreuses voix mettaient en garde contre les risques de son enracinement dans notre droit commun, la mise en place progressive d’un état d’urgence permanent. L’adoption du projet de loi antiterroriste marquerait-il un point de non-retour dans cette évolution ? Serait-il un tournant historique pour l’équilibre des libertés fondamentales ?
La commission des lois de l’Assemblée, alors présidée par Jean-Jacques Urvoas, avait saisi la CNCDH pour lui demander de suivre l’application de l’état d’urgence. Nous avons, depuis, rendu cinq avis sur le sujet. Celui de jeudi, s’il est adopté par l’assemblée plénière, sera donc le sixième. Nous avions également rendu un avis critique sur la loi du 3 juin 2016 sur la criminalité organisée qui introduisait lui aussi dans le droit commun quelques dispositions qui auraient dû demeurer d’exception. On nous disait déjà à l’époque que le but était de permettre la sortie de l’état d’urgence.
Mais le projet actuel de loi antiterroriste n’a rien à voir avec la loi du 3 juin 2016. Il est extrêmement grave, car il introduit dans le droit commun des dispositions de la loi de 1955 qui dérogent aux libertés et droits fondamentaux. Je dis et redis que ce projet de loi, qui est justement censé permettre de sortir de l’état d’urgence, ne fera en fait que l’inscrire dans notre droit commun. Avec ce texte, oui, la France sera en état d’urgence permanent.
Le seul gain qu’apporte le projet de loi sera que, en sortant du régime de la loi de 1955, nous ne pourrons plus invoquer l’article 15 de la Convention européenne des droits de l’homme [qui permet à un État membre de déroger à certaines dispositions en cas d’état d’urgence – ndlr]. La France ne fera plus partie des trois pays, avec la Turquie et l’Ukraine, qui bénéficient de l’article 15. C’est une très bonne chose, car il faut avoir conscience que l’état d’urgence a beaucoup abîmé l’image de la France en Europe. À la différence de l’Allemagne, de la Belgique ou de la Grande-Bretagne qui, malgré les attentats qui ont frappé ces pays, n’y ont pas eu recours.
Les quelques garanties apportées par rapport à l’état d’urgence, comme l’introduction du juge des libertés chargé d’autoriser en amont les perquisitions administratives, ne suffisent-elles pas à vous rassurer ?
Avec le retour du juge judiciaire, dans le projet de loi final, ce texte garantit un peu mieux les libertés fondamentales. Il n’en reste pas moins qu’il présente toujours un défaut dramatique pour le droit commun en le polluant avec des mesures qui, par nature, devraient rester des mesures d’exception. Il constitue même une incontestable régression de l’État de droit, car il pérennise une certaine confusion entre les procédures administratives d’exception et la procédure pénale de droit commun. L’état d’exception est reconnu par l’État de droit. Mais celui-ci ne peut s’accommoder d’un état d’exception permanent.
Ce qui nous inquiète également, c’est que ce projet a de grandes chances d’être adopté à une forte majorité, et sans même la possibilité d’un contrôle a priori du Conseil constitutionnel, car je ne pense pas qu’il y ait 60 élus d’opposition nécessaires à sa saisine à l’Assemblée nationale. C’est grave, car nous perdons un contrôle a prioricapital, surtout sur un texte de cette nature. Heureusement, il existe a posteriori les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), introduites par la réforme constitutionnelle de 2008, car sinon le Conseil constitutionnel n’aurait même pas la possibilité de se prononcer. Sauf si au Sénat il se trouvait 60 élus pour saisir le Conseil constitutionnel.
L’exécutif argue également du fait que ce texte sera limité aux seuls terroristes. Mais dans un article du Figaro du lundi 3 juillet, le responsable du syndicat Synergie-Officiers, Patrice Ribeiro, estimait que les manifestants jugés trop radicaux ou violents entraient « dans le cadre de la terminologie d’une loi antiterroriste, car ce qui est en cause, c’est bien la montée des radicalités ». Peut-on savoir à qui s’appliquera ce texte ? Pourra-t-il servir à étouffer les mouvements sociaux, comme le craignent les associations de défense des droits de l’homme ?
C’est l’un des problèmes de ce texte qui est censé s’appliquer au terrorisme, donc à des faits particulièrement graves. On a bien vu avec l’affaire de Tarnac comment des faits pouvaient être qualifiés de « terroristes » en amont, avant que cette qualification ne tombe en toute fin de procédure. Il suffirait qu’un ministre de l’intérieur estime qu’un groupe radicalisé d’extrême gauche ou d’extrême droite fomente une action violente peut-être terroriste pour que celui-ci tombe sous le coup de la loi.
Du moment où on participe à une action violente éventuellement terroriste, ce texte pourrait en théorie s’appliquer. Ce sera la jurisprudence qui nous dira ce qui est ou non considéré comme terroriste. Mais une mesure inquiète déjà la CNCDH : la possibilité pour les préfets de décréter des « périmètres de sécurité ». Elle pourrait tout simplement réduire considérablement toute possibilité de mobilisation.
En tout cas, si ce projet de loi est adopté, et que l’extrême droite arrive un jour au pouvoir, la France serait dans une situation extrêmement difficile en matière de libertés. Un tel pouvoir n’aurait absolument rien à ajouter à ce texte.
L’inefficacité de l’état d’urgence contre la lutte contre le terrorisme et l’essoufflement de ses mesures ont été reconnus par tous, que ce soit les autorités administratives indépendantes, les associations ou même la commission de suivi parlementaire. François Hollande avait annoncé sa fin à la mi-2016, tout comme Emmanuel Macron l’avait promis durant sa campagne. Comment expliquez-vous cette incapacité à se défaire de ces mesures d’exception ?
Il a été largement démontré que les dispositions de l’état d’urgence étaient inutiles en termes de lutte contre le terrorisme. Et qu’elles étaient même parfois contre-productives. Il arrive en effet que les services de renseignement n’apprécient pas l’état d’urgence, notamment en cas de perquisition administrative chez un suspect qui, tout d’un coup, est rendu visible. Or, pour prévenir, c’est le renseignement qui est utile. Il semble que tous les attentats qui ont pu être déjoués l’ont été grâce au renseignement, pas grâce à l’état d’urgence.
Celui-ci n’a donc finalement servi qu’à rassurer les Français, à leur faire croire qu’ils étaient en sécurité. Tout cela a été reconnu. Encore fallait-il l’expliquer aux citoyens. François Hollande n’a pas eu ce courage politique de la pédagogie. C’est regrettable. À sa décharge, il faut souligner qu’il s’apprêtait à lever l’état d’urgence au mois de juillet 2016 mais cela était devenu impossible politiquement après l’attentat de Nice du 14 juillet.
Les conditions paraissaient réunies pour que notre nouveau président de la République fasse cet effort de pédagogie auprès des citoyens. D’autant plus que, durant la campagne pour l’élection présidentielle, il avait affirmé à plusieurs reprises qu’il fallait lever l’état d’urgence et qu’il fallait expliquer les choses aux Français. Il semblerait que nous soyons encore prisonniers d’une politique sondagière.
Car, en effet, si on demande aux Français s’il faut réduire les garanties du respect de la vie privée, la liberté d’aller et de venir, les droits de la défense, etc., dans la période actuelle et sans explications, ils répondront oui à une grande majorité. Pourquoi ne pas parler à leur intelligence plutôt que de répondre à leur légitime émotion ?
Ce qui frappe avec cette dérive sécuritaire, c’est qu’elle transcende les majorités. Que ce soit sous la gauche ou sous la droite, le rythme des réformes antiterroristes ne cesse de s’accélérer depuis le début des années 2000. Au-delà de l’état d’urgence, sommes-nous face à une évolution consistant, au nom de la lutte contre le terrorisme, à installer un droit d’exception permanent caractéristique d’une idéologie sécuritaire ?
La première étape de cette évolution date de la loi du 9 septembre 1986. Alors que notre pays avait déjà, à cette époque, connu des attentats, avec ce texte le législateur va commencer à bâtir une procédure pénale bis pour les affaires terroristes et la criminalité organisée. Depuis, la France a voté plus de trente lois de lutte contre le terrorisme modifiant aussi bien le droit pénal de fond, avec des définitions élargies des incriminations, que le droit pénal de forme, avec des procédures moins garantistes des libertés et droits fondamentaux.
Un autre tournant a été le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui a donné le ton des évolutions à venir. Une phrase de Nicolas Sarkozy est pour moi une phrase clef. Elle figurait d’ailleurs sur une carte de vœux du ministère de l’intérieur : « La sécurité est la première des libertés. »
On note tout d’abord qu’il s’agit d’une liberté entendue au sens le plus étroit, en rapport avec des formes de délinquances très spécifiques. Par exemple, on sait qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups d’un homme. Nous aurions pu avoir une politique sécuritaire contre les crimes familiaux, ou une politique de sécurité sanitaire, ou de sécurité environnementale. Mais ce qui a été visé, ça a été la petite délinquance, le terrorisme et le crime organisé. Comme si on avait limité la sécurité à certaines formes de délinquance seulement.
Il est intéressant ensuite de revenir sur la confusion opérée entre « sûreté » et « sécurité ». La « sûreté » est effectivement une liberté fondamentale garantie par la Déclaration des droits de l’homme de 1789 dans son article 2. Mais cette « sûreté » était entendue comme la protection du citoyen contre l’arbitraire de l’État et non comme « sécurité » des biens et des personnes. Cette dernière a bien été reconnue comme un droit fondamental par notre droit, mais seulement depuis une loi de 1995. Ce droit à la sécurité a ensuite été inscrit dans l’article premier du code de la sécurité intérieure (CSI) lors de sa création en 2012.
Depuis, nombre d’atteintes au droit à la sûreté, à la protection des libertés ont continué à alimenter le CSI au nom de la sécurité. Les dispositions relatives à la légitime défense des policiers par exemple, contenues dans la loi sur la sécurité publique de février 2017, auraient dû être inscrites dans le code pénal. Mais elles l’ont été dans le code de la sécurité intérieure.
Ces textes ont été adoptés avec des arguments tout à fait compréhensibles. Mais nous avons surtout protégé les Français contre leurs propres peurs en justifiant ainsi des mesures de plus en plus dérogatoires au droit commun. Et ce, jusqu’à l’état d’urgence.
Les dernières réformes sécuritaires ont également été marquées par une absence de prise en compte des avis des autorités administratives indépendantes concernées. Que ce soit sur les loi anti-terroristes, sur la loi sur le renseignement, sur les migrants… la CNCDH, le Défenseur des droits, la Cnil ou encore le CNNum ont rendu des avis et rapports parfois très sévères sur les réformes engagées. Comment jugez-vous cette absence de prise en compte de votre travail ?
C’est assez désespérant. Surtout quand tous les avis sont aussi concordants. Que ce soit sur les migrants comme sur les contrôles au faciès ou bien d’autres sujets, il y a une profonde concordance des avis des autorités administratives concernées.
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Je me souviens qu’un jour le secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, m’avait confié :« Franchement, vous êtes intransigeants à la CNCDH. »Je lui avais répondu : « C’est notre mission d’être intransigeants, intransigeants sur les libertés et les droits fondamentaux. » J’ajouterais même qu’il n’y a plus grand monde d’intransigeant aujourd’hui, malheureusement. Mais, à la CNCDH, l’universalisme et l’indivisibilité des droits fondamentaux, nous continuons à y croire.La période est en effet très difficile pour les droits de l’homme. Les attentats terroristes aux conséquences dramatiques ont réussi en outre à ébranler l’État de droit ; nous nous accoutumons aux atteintes aux libertés et droits fondamentaux. N’oublions jamais cette phrase de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. »
Christine Lazerges
Mon commentaire :
Toutes ces félonies sont des CONSÉQUENCES de notre impuissance politique totale.
Toutes ces régressions majeures (et celles qui sont à venir) — sans que le peuple n’y puisse RIEN, quelle que soit son opinion — ne sont POSSIBLES QUE PARCE QUE nous n’avons pas de constitution digne de ce nom, et LA RAISON PREMIÈRE, la cause des causes, en est NOTRE DÉMISSION DU PROCESSUS CONSTITUANT.
Quand nous acceptons d’appeler « suffrage universel » l’outil central de notre dépossession politique (l’élection de maîtres parmi les serviteurs des plus riches), nous sommes les principaux artisans de nos malheurs à venir.
IL NE TIENT QU’À NOUS de nous entraîner, personnellement, dès aujourd’hui et tous les jours, opiniâtrement, courageusement, à nous entraîner et devenir citoyens constituants.
Il vaut mieux allumer une petite lumière que pester contre les ténèbres. (Proverbe chinois)
N’oubliez pas d’inviter la constitution dans vos conversations, même pendant les vacances.
Bon courage à tous.
Étienne.
PS : et abonnez-vous à Médiapart, c’est le seul journal qui n’a pas été acheté par les barons voleurs : https://www.mediapart.fr/ete–2017
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ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3÷4)
La troisième partie de nos récents échanges à Toulouse vient de paraître :
httpv://www.youtube.com/watch?v=eTesYR-_ikE
Décidément, je trouve remarquable le travail des jeunes gens d’Inform’Action Toulouse : travail d’analyse de tous nos échanges de la journée, travail de regroupement et de séquençage des idées importantes, travail de montage et de réalisation… Tout ça est propre et bien fait, tout ça fait sens.
Il me semble que ce sont des vidéos de ce type dont nous avons besoin pour réveiller les endormis et remobiliser ceux qui ne croient plus à « la politique ».
Je remercie du fond du coeur tous ces Toulousains épatants ; j’ai hâte de vous revoir 🙂
Étienne.
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Un exemple (amusant) d’atelier constituant. (ici sur la vidéosurveillance, mais peu importe).
httpv://youtu.be/kSfWR9-YLok
Un exemple (amusant) d’atelier constituant (ici sur la vidéosurveillance mais, au fond, peu importe).
Cette petite scène, qui montre surtout comment il s’agit simplement d’inviter la constitution dans nos conversations quotidiennes, pourrait vous aider (je rêve) à enfin organiser les vôtres.
Mille mercis à Benoît, jeune magicien de la mini vidéo virale, pour avoir ainsi extrait ce petit passage de la (très chouette) conférence de Nantes.
Bon courage, bande de virus 🙂
Étienne.
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[Mémoire des luttes] Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme (Chris Hedges)
« Arrêté le 8 novembre 1926 et assigné d’abord à cinq ans de relégation dans une île, Antonio Gramsci sera condamné par le Tribunal spécial à 20 ans, 4 mois et 5 jours de prison ; « Pour vingt ans nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner », déclarera le 4 juin 1928 le procureur fasciste. » (Source : Bellaciao, Antonio GRAMSCI : Lettres de la prison (1926−1937))
[Mémoire des luttes] Je reproduis ci-dessous un article passionnant publié sur l’indispensable et quotidien Saker francophone, à la mémoire d’Antonio Gramsci, dont nous devrions entretenir le souvenir pour nous donner des forces :
Antonio Gramsci et la bataille contre le fascisme
Par Chris Hedges – Le 4 juin 2017 – Source Truthdig
Antonio Gramsci écrivit ses Cahiers de prison à une époque assez peu différente de la nôtre. Les partis politiques dirigés par la classe libérale, parce qu’ils s’étaient détachés de la classe ouvrière, étaient faibles ou insignifiants. La gauche radicale avait été neutralisée et avait échoué à formuler une vision alternative au capitalisme. Il y avait une « crise d’autorité ». Le fascisme montait et la répression d’État devenait de plus en plus dure et totalitaire.
Le régime de Benito Mussolini réclamait, comme notre État corporatiste, que soit installé un gouvernement basé sur l’efficacité, la méritocratie, la gestion de la société par des experts et des spécialistes et l’élimination de la lutte de classe par la médiation. Il célébrait également les valeurs militaires « héroïques », le traditionalisme et un passé mythique qui remontait, dans le cas de l’Italie fasciste, à l’ancienne Rome. Il récompensait aussi le conformisme et la loyauté, dénigrait les humanités et la culture au profit de la formation professionnelle et technique, le spectacle et le kitsch patriotique. Il prêchait un positivisme implacable, ridiculisait la notion de bien public en proclamant un hyper-individualisme et a affaibli la presse. La dissidence et la critique étaient condamnées comme une trahison. Lorsque Gramsci fut arrêté et emprisonné en 1926, il jouissait de l’immunité parlementaire, mais les règles juridiques n’avaient plus aucun sens à ce moment-là. C’est dans ce sombre paysage politique que nous avons eu la maxime de [Gramsci] que vous avez tous entendue : « Le pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté ».
Gramsci, comme Léon Trotsky, était un intellectuel mais aussi un journaliste. Et c’est Trotsky qui regrette que, au moment où Gramsci voulait construire le Parti communiste italien, les élites économiques, alliées aux fascistes, aient mis en place des formes de répression si draconiennes qu’une organisation efficace était presque impossible.
Gramsci s’écartait de la croyance marxiste selon laquelle les contradictions intrinsèques du capitalisme conduiraient d’elles-mêmes au socialisme. Il était opposé au contrôle de fer d’une avant-garde révolutionnaire léniniste. La révolution, écrivit-il, ne serait atteinte que lorsque les masses auraient acquis un niveau de conscience suffisant pour exercer leur autonomie personnelle et échapper aux mœurs, stéréotypes et récits disséminés par la culture dominante. Le changement révolutionnaire exigeait cette capacité intellectuelle pour comprendre la réalité.
L’hégémonie, pour Gramsci, se réfère à la façon dont les élites dirigeantes, à travers les organes de la culture de masse, manipulent notre compréhension de la réalité pour promouvoir leurs intérêts. Les consommateurs passifs de la culture de masse voient le monde non tel qu’il est mais tel qu’il est interprété pour eux. La culture de masse, y compris la presse, les écoles et les systèmes de divertissement, diabolisent tous ceux que les élites dirigeantes désignent comme boucs émissaires et craignent – dans notre cas les gens de couleur, les pauvres, les musulmans, les travailleurs sans papiers, les anti-capitalistes, les syndicats, les intellectuels, les progressistes et les dissidents. Les dirigeants d’entreprise utilisent la culture de masse pour transformer les revendications économiques et sociales légitimes en problèmes psychologiques et émotionnels – d’où les battements de tambour dans l’ensemble de la société appelant à croire en nous-mêmes, à travailler dur, à être obéissants, à tenir compte des psychologues positifs et des gourous du développement personnel, à étudier, à viser l’excellence et à croire en nos rêves. Ce mantra, qui nous assure en substance que la réalité n’est jamais un obstacle à nos désirs, s’accompagne de la promotion d’une fausse camaraderie avec la soi-disant famille d’entreprise, si nous travaillons pour une grande société, ou d’un nationalisme exacerbé.
Gramsci a eu la prescience de voir qu’on ne demandait pas seulement au gestionnaire capitaliste de maximiser les profits et de réduire le coût du travail. Le gestionnaire devait construire des mécanismes d’endoctrinement pour assurer l’intégration sociale et la solidarité collective au service du capitalisme, d’où les évaluations, les promotions et les rétrogradations permanentes en même temps que le rassemblement des employées dans des réunions pour instiller une pensée de groupe. Avec cet endoctrinement, de mini états de sécurité et de surveillance s’installent dans nos lieux de travail, où chaque mouvement et chaque mot prononcé sont enregistrés ou filmés au nom du service à la clientèle. Les entreprises fonctionnent comme de petits États totalitaires, des modèles pour l’État corporatiste plus vaste.
Gramsci voyait la culture de masse comme le premier outil pour obtenir la soumission. Plus la culture de masse infecte la pensée et les comportements de la population, moins l’État doit durcir les formes de coercition pour exercer sa domination. Gramsci décrivit la culture de masse, ou la société civile, comme les tranchées et les fortifications permanentes qui défendent les intérêts fondamentaux des élites. Le changement révolutionnaire n’interviendra qu’après une longue série d’attaques, que Gramsci appelait une « guerre de position », sur ces défenses idéologiques extérieures. C’était, à ses yeux, une étape de la guerre de siège qui exige « patience et inventivité ». Une fois que l’idéologie dirigeante perd sa crédibilité, une fois que la culture de masse n’est plus efficace, ses structures institutionnelles s’effondrent. Bref, une contre-hégémonie arrive avant le pouvoir.
« Chaque révolution, écrivit-il, a été précédée par un intense travail critique, par la diffusion de culture et la diffusion d’idées. […] Le même phénomène se répète aujourd’hui dans le cas du socialisme. C’est à travers une critique de la civilisation capitaliste que la conscience unifiée du prolétariat s’est formée ou se forme encore, et une critique implique de la culture, pas simplement une évolution spontanée et naturaliste. […] Se connaître soi-même signifie être soi-même, être le maître de soi. […] et nous ne pouvons réussir à moins de connaître aussi les autres, leur histoire, les efforts couronnés de succès qu’ils ont accomplis pour être ce qu’ils sont, pour créer la civilisation qu’ils ont créée et que nous cherchons à remplacer par la nôtre. »
Les révolutions ont été avant tout une bataille d’idées.
« Un obstacle principal au changement est la reproduction par les forces dominantes d’éléments de leur idéologie hégémonique, écrivit Gramsci. C’est une tâche importante et urgente de développer des interprétations alternatives de la réalité. »
Noam Chomsky résume ceci par « dire la vérité ».
Et Gramsci appuyait : « Dire la vérité est révolutionnaire. »
Le cœur du néolibéralisme est l’idée absurde que le niveau de vie de la classe ouvrière mondiale augmentera en défigurant les sociétés pour obéir servilement aux diktats du marché.
Nous avons atteint un moment dans l’histoire de l’humanité où l’idéologie régnante a perdu sa crédibilité. Toutes les promesses du néolibéralisme se sont révélées fausses. L’abolition des conditions de résidence nationale pour les sociétés a été utilisée pour légaliser les boycotts fiscaux des entreprises. La classe moyenne – le fondement de toute démocratie capitaliste – dépérit et a été remplacée par des travailleurs pauvres, en colère et privés de leurs droits. Les ouvriers sont forcés d’avoir deux ou trois boulots et des semaines de travail de 70 heures pour rester solvables. Les factures médicales, les emprunts étudiants, les prêts hypothécaires à risque et les dettes sur la carte de crédit provoquent des faillites dévastatrices. La classe des dirigeants d’entreprise, pendant ce temps, ramasse des milliards en bonus et en compensations et utilise son argent et des lobbyistes pour détruire les institutions démocratiques. Elle a installé solidement un système que le philosophe politique Sheldon Wolin appelle un « totalitarisme inversé ».
Au fur et à mesure que ces mensonges s’éventent, nous sommes jetés dans ce que Gramsci appelle un interrègne – un temps pendant lequel l’idéologie dominante a perdu son efficacité mais n’a pas encore été remplacée par une nouvelle. « La crises consiste, écrivit Gramsci, précisément dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne parvient pas à voir le jour [et] dans ce clair-obscur surgissent des monstres. » D’où les mutations politiques comme Donald Trump ou, à l’époque de Gramsci, Mussolini.
L’accélération de la désindustrialisation dans les années 1970 a créé une crise qui a forcé les élites dirigeantes à inventer un nouveau paradigme politique, comme Stuart Hall [avec des co-auteurs] l’explique dans son livre Policing the Crisis. Ce paradigme, claironné par les médias aux ordres, a fait passer ses priorités du bien commun à la race, au crime et à l’ordre public. Il a dit à ceux qui subissaient de profonds changements économiques et politiques que leurs souffrances ne résultaient pas de la cupidité des entreprises mais d’une menace à l’intégrité nationale. L’ancien consensus qui s’appuyait sur les programmes duNew Deal et de l’État social a été attaqué comme étant favorable aux jeunes criminels noirs, à eux qui vivent aux crochets de l’État social et aux parasites sociaux. Il fallait blâmer les parasites. Cela a ouvert la porte à un populisme autoritaire, entamé par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, qui ont prétendu défendre les valeurs familiales, la morale traditionnelle, l’autonomie individuelle, l’ordre public, la foi chrétienne et le retour à un passé mythique, au moins pour les Américains blancs.
La culture de masse est une force contre-révolutionnaire puissante et dangereuse. Elle crée une mentalité grégaire. Elle bannit la pensée indépendante et autonome. Elle détruit notre confiance en nous. Elle marginalise et discrédite les non-conformistes. Elle dépolitise la citoyenneté. Elle instille un sentiment de futilité et d’impuissance collectives en présentant l’idéologie dominante comme une vérité révélée, irréfutable, une force inévitable et inexorable qui seule rend le progrès humain possible.
La culture de masse est une agression qui, comme Gramsci l’écrivait, provoque une conscience « confuse et fragmentaire » ou ce que Marx appelait « fausse conscience ». Elle vise à transmettre au prolétariat la croyance que ses« véritables » intérêts sont alignés sur ceux de la classe dirigeante, dans notre cas les multinationales.
Nous ne sommes pas produits par la nature, écrivit Gramsci, mais par notre histoire et notre culture. Si nous ne connaissons pas notre histoire et notre culture, et si nous acceptons la fausse histoire et la culture fabriquées pour nous, nous ne vaincrons jamais les forces de l’oppression. La récupération de la mémoire par les radicaux dans les années 1960 a terrifié les élites. Cela a permis aux gens de comprendre leur propre pouvoir et leur action. Elle a exprimé et célébré les luttes des travailleurs et des travailleuses et des opprimés plutôt que la bienfaisance mythique des oppresseurs. Elle a révélé l’exploitation et l’hypocrisie de la classe dominante. Et c’est pourquoi les grands patrons ont dépensé des millions pour écraser et marginaliser ces mouvements et leurs histoires dans les écoles, la culture, la presse et dans nos systèmes de divertissement.
« Non seulement les gens n’ont pas de conscience précise de leur propre identité historique, déplorait Gramsci sous le fascisme, ils ne sont même pas conscients de l’identité historique ou des limites exactes de leur adversaire. »
Si nous ne connaissons pas notre histoire, nous n’avons aucun point de comparaison. Nous ne pouvons pas nommer les forces qui nous contrôlent ou voir la longue continuité de l’oppression capitaliste et de la résistance. Une fois qu’une démocratie échoue, comme en a averti Platon, elle crée les conditions pour une tyrannie basée sur le soutien populaire. C’est ce qui s’est passé dans l’Italie fasciste. C’est ce qui s’est passé avec l’élection de Trump. Lorsqu’un populisme de droite ou le fascisme prend le pouvoir, le but n’est pas, comme le disait Gramsci, d’éveiller « la conscience civique de la nation », mais de nourrir et de recréer une conscience civique perdue. C’est là où nous en sommes historiquement. Et c’était là où en était Gramsci lorsqu’il écrivit ses volumineux Cahiers de prison.
La démocratie fut une anomalie dans la plus grande partie de l’Histoire de l’Occident. Après l’effondrement de la démocratie athénienne en 322 avant l’ère chrétienne – et cette démocratie n’était réservée qu’aux hommes et excluait les esclaves –, il s’est passé 2000 ans avant l’apparition d’un autre gouvernement démocratique. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que des gouvernements démocratiques, maintenant menacés par des mouvements proto-fascistes, ont pu fleurir, même de manière imparfaite. Notre propre système de gouvernement, si on considère l’exclusion des Afro-Américains, des Amérindiens, des hommes non propriétaires et des femmes, ne pouvait pas être défini comme une démocratie complète jusqu’à la moitié du siècle dernier. Et, comme l’Italie fasciste, nous retournons à un despotisme plus familier.
Il y a une raison pour laquelle l’État capitaliste cherche à maintenir les travailleurs sans conscience. Aucun travailleur ne bénéficiera pleinement de son travail dans un système capitaliste puisque cela détruirait le capitalisme lui-même. Et tout travailleur qui comprend vraiment ses intérêts se consacrerait à renverser le capitalisme.
Gramsci publia l’article à Turin, dans Ordine Nuovo (Ordre nouveau), pendant les soulèvements de 1919 qui virent les ouvriers s’emparer des ateliers et former des conseils ouvriers. Lui et les autres auteurs de l’article – qui cessèrent inexplicablement de publier au plus fort des troubles pour se consacrer à l’organisation – ne défendaient pas des positions avant d’avoir analysé et discuté longuement avec les conseils ouvriers. Ces conseils, écrivit Gramsci, avaient non seulement conféré du pouvoir aux travailleurs sur leurs vies professionnelles, mais avaient brisé le mur qui empêchaient les citoyens privés de participer à la vie politique.
Pour Gramsci, la politique révolutionnaire ne venait pas d’en haut mais d’en bas. Elle était organique. Et l’échec, à ses yeux, des élites révolutionnaires est qu’elles étaient souvent aussi dictatoriales et déconnectées des ouvriers que les élites capitalistes. Les masses devaient être intégrées aux structures du pouvoir pour créer une nouvelle forme de politique de masse – d’où son insistance sur le fait que tous les gens sont des intellectuels capables de pensée autonome et indépendante. Une démocratie n’est possible que si tous ses citoyens comprennent la mécanique du pouvoir et ont un rôle dans l’exercice de ce dernier.
Gramsci [1891–1937] se serait désespéré de la fracture, aux États-Unis, entre notre Gauche anémique et la classe ouvrière. Ridiculiser les partisans de Trump, être incapable d’écouter et de se soucier de la souffrance des travailleurs pauvres, y compris blancs, garantit que toute révolte sera mort-née. Ceux d’entre nous qui cherchent à renverser l’État corporatiste devront commencer localement. Cela signifie défendre des propositions comme l’augmentation du salaire minimum, lutter pour de l’eau propre, les soins de santé universels et un bon enseignement public, y compris la formation universitaire gratuite, qui parlent directement de l’amélioration des conditions de vie de la classe laborieuse. Cela ne veut pas dire donner des leçons à la classe ouvrière, et en particulier à la classe ouvrière blanche, sur le multiculturalisme et la politique identitaire.
La révolte, cependant, sans une vision politique alternative, Gramsci le savait, était vouée à l’échec. Les ouvriers sont mobilisés aussi facilement autour d’idéologies anti-démocratiques comme le fascisme et le racisme. S’ils manquent de conscience, ils peuvent devenir une force sombre dans le corps politique, comme nous l’avons vu lors des rassemblements de Trump et avec l’augmentation des crimes mus par la haine.
« Mais est-ce suffisant qu’une révolution soit menée par des prolétaires pour qu’elle soit une révolution prolétarienne ?, questionnait-il. La guerre est aussi est faite par des prolétaires, mais elle n’en est pas pour autant un événement prolétarien. Pour que cela le soit, il faut la présence d’autres facteurs spirituels. Il doit y avoir plus pour la révolution que la question du pouvoir : il doit y avoir la question de la morale, de la manière de vivre. »
Cette insistance sur la vision d’un nouvel ordre opposa Gramsci aux anarchistes et aux syndicats. L’État pourrait affronter les troubles, même la révolte, savait-il, tant qu’elle était sporadique et localisée et ne formulait pas un programme visant à remplacer les structures qui maintiennent les élites dirigeantes au pouvoir. « L’État socialiste ne peut pas s’incarner dans les institutions de l’État capitaliste […], écrivit-il. L’État socialiste doit être une création fondamentalement nouvelle. Les institutions de l’État capitaliste sont organisées de manière à faciliter la libre concurrence : se contenter de changer le personnel dans ces institutions ne changera guère la direction de leur action. »
Gramsci fut un enfant maladif qui, après avoir été laissé tombé au bas des escaliers par une servante à l’âge de 4 ans, devint bossu et mesurait 4 pieds 6 pouces [un peu plus de 137 cm, NdT] à l’âge adulte. Il grandit en Sardaigne, une île pauvre du sud de l’Italie. Il vécut dans une extrême souffrance la plus grande partie de sa vie, dans la pauvreté lorsque son père fut emprisonné pour corruption. Il était, physiquement, par tempérament et géographiquement, un paria. Cela lui donna une sympathie naturelle pour les marginalisés et les oubliés. Il fut troublé par le schisme entre le Sud [de l’Italie] agraire et sous-développé et le Nord, en particulier Turin, où il alla à l’université.
Les élites italiennes promurent, comme beaucoup d’autres à cette époque, l’idée de l’infériorité biologique de certaines races. Les paysans du Sud n’étaient pas pauvres parce qu’ils étaient moins bien traités que des serfs par les grands propriétaires terriens, mais parce qu’ils étaient génétiquement handicapés. Ce racisme, qui pénétrait dans la pensée de la gauche, mettait Gramsci en rage. Ses écrits sur les divisions entre le Nord industriel et le Sud agraire furent fondamentales pour Edward Saïd lorsqu’il écrivit L’Orientalisme. Comme Gramsci, il a vu comment les stéréotypes racistes diffusés par le Nord mondial étaient utilisés pour justifier les politiques d’exploitation et d’oppression du Sud mondial.
« Tout le complexe d’activités pratiques et théoriques avec lequel la classe dominante non seulement justifie et maintient sa domination, mais fait en sorte d’obtenir le consentement actif des gouvernés » doit être rendu clair pour le public, écrivit Gramsci.
La compréhension par Gramsci de la façon dont les élites dirigeantes fabriquent le consentement le sépare de Marx. Marx voyait la théorie critique comme un préliminaire à la construction d’une société égalitaire et juste. Dans la société juste, la théorie critique, comme l’État, dépérirait. Gramsci savait que les élites reproduiraient continuellement des situations et des idéologies pour maintenir leur contrôle ou le prendre. Cela exigeait la vigilance constante du théoricien révolutionnaire critique. Il y aurait une bataille sans fin des idées, celles développées par les élites pour justifier leurs privilèges et celles des théoriciens radicaux qui dénonceraient ces idées comme étant des instruments de répression et soutiendraient une alternative socialiste.
Gramsci soutenait que le facteur humain – rompant de nouveau avec Marx – est essentiel. L’Histoire, disait-il, est faite par la volonté des hommes. Elle n’est pas prédéterminée. On ne peut pas comprendre comment nous acquérons de la conscience et comment nous réalisons la révolution en ne considérant que les moyens de production. Nous ne pouvons pas, avertissait-il, prédire le cours de l’Histoire. Nous pouvons reculer tout autant qu’avancer. Nous devons, par conséquent, créer une contre-culture dynamique qui finit par rendre la révolution possible. Alors que nous battons en retraite devant l’offensive du fascisme, cela fait de Gramsci notre contemporain.
Chris Hedges
Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Hervé pour le Saker francophone
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