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Rendez-vous en Suisse pour parler de vraie démocratie : 17 février 2024 à Neuchâtel et 18 février à Lausanne

Rendez-vous en Suisse pour parler de vraie démocratie : 17 février 2024 à Neuchâtel et 18 février à Lausanne

Pré­sen­ta­tion sur la page des actua­li­tés du site Moder­no­cra­tie / Moder­no­kra­tie. On se ver­ra le 17 février 2024 à Neu­châ­tel : et le 18 à Lau­sanne : Pour aider les orga­ni­sa­teurs à tout vous pré­pa­rer, ce serait vrai­ment sym­pa de vous ins­crire, c’est là : Au plai­sir de vous y retrou­ver Étienne.

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Le message constituant – Montage vidéo par Alex Thoby

Le message constituant – Montage vidéo par Alex Thoby

https://www.youtube.com/watch?v=C‑8QDUiIRBw » Ouvrir la vidéo Cette vidéo a pour but d’expliquer la logique de ce que j’appelle le « mou­ve­ment consti­tuant » : le mou­ve­ment des citoyens et citoyennes qui veulent réécrire leurs consti­tu­tions pour ten­ter de créer des sys­tèmes plus démo­cra­tiques. Cet état d’es­prit consti­tuant mérite selon moi d’être trans­mis tel un pré­cieux mes­sage. Depuis le début du XXIème siècle, ce cou­rant de pen­sée se déve­loppe dans cer­tains pays du monde, comme au Chi­li et…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Emmanuel Todd (2013) : « la notion même d’austérité est véhiculée par des pourris ! »

httpv://www.youtube.com/watch?v=iaN_1ojdeok

« Toute per­sonne qui prône l’aus­té­ri­té devrait faire l’ob­jet d’une enquête de moralité »…

Retrans­crip­tion (mer­ci Nicole Aune 🙂 ) :

Emma­nuel Todd.
« La notion même d’aus­té­ri­té est véhi­cu­lée par des pourris ! »

Avril 2013

« Jean-Jacques Bour­din : et tous ces diri­geants, chefs du gou­ver­ne­ment, chefs d’Etat, pro­fes­seurs d’austérité ou de rigueur à tra­vers l’Europe qui sévissent… La rigueur, l’austérité c’est le dogme.

Emma­nuel Todd : mais là, ce qui est for­mi­dable, c’est que la véri­té est en train de sor­tir sur les par­ti­sans de l’austérité. Je trouve que l’affaire Cahu­zac est une très bonne nou­velle pour la démo­cra­tie en France. Cahu­zac s’était fait une image… Il s’occupait du bud­get, il était là pour tenir les comptes de l’État, pour mettre en place la rigueur et l’austérité, et tout d’un coup on s’aperçoit que le type qui est là pour gérer l’austérité, le père la Ver­tu est un pour­ri. Ce qu’il ne faut sur­tout pas faire, c’est s’imaginer que c’est une excep­tion ! En véri­té, tout ce qui sort petit à petit, c’est que la notion même d’austérité est véhi­cu­lée par des gens qui ne sont pas nets, est véhi­cu­lée par des pourris.

Jean-Jacques Bour­din : ils ont des rap­ports étranges avec l’argent

Emma­nuel Todd : je vais vous don­ner les deux exemples, les pères la ver­tu : Mon­ti en Ita­lie et le mec de la banque cen­trale Dra­ghi, qui sont des gens qui avaient des liens avec la banque Gold­man Sachs, donc avec la spé­cu­la­tion. Et le der­nier exemple qui vient de sor­tir, c’était dans toute la presse, un article fait par deux pro­fes­seurs, publié dans une revue de Har­vard, qui essayaient d’établir que les pays à gros défi­cit public avaient de grosses dif­fi­cul­tés. Et ce qu’il vient d’exploser c’est que l’article n’est pas sérieux, fonc­tionne avec un cal­cul qui est faux, ça veut dire que la cor­rup­tion a atteint la science. 

Main­te­nant je vous pro­pose une règle opé­ra­toire et je le pro­pose à tous les gens qui s’occupent d’informations et de jour­na­lisme : Toute per­sonne qui prône l’austérité devrait faire l’objet d’une enquête de mora­li­té. Les gens pour les­quels on devrait exi­ger la trans­pa­rence, ce sont les gens qui réclament l’austérité. C’est sys­té­mique, c’est quoi, l’austérité ? On culpa­bi­lise les gens, on leur dit : l’État a trop dépen­sé et l’Etat c’est les Fran­çais. On essaye de culpa­bi­li­ser le citoyen de base sur le bud­get de l’État.

C’est quoi la dette publique ? Ce sont des riches qui ont prê­té leur trop d’argent à l’État. Donc les gens qui gèrent la rigueur, les gens qui veulent main­te­nir l’État en état de ser­vir les inté­rêts de la dette publique sont des gens qui tra­vaillent pour les riches. 

Jean-Jacques Bour­din : les finan­ciers, les mar­chés financiers…

Emma­nuel Todd : je veux dire que la rigueur, c’est quelque chose qui a pour objet d’éviter ce qui appa­raî­tra un jour comme inévi­ta­ble­ment néces­saire, c’est-à-dire le défaut sur les dettes. Hier, je lisais un article sur le grand jour­nal finan­cier anglais Finan­cial Times, un article qui disait que les ban­quiers cen­traux ne com­pre­naient plus ce qu’il se pas­sait, il y avait l’expression “ volent à l’aveugle “… Je dirais ça aux gens, ils seraient dans un état d’inquiétude extrême sur les classes diri­geantes, mais c’était écrit noir sur blanc sur le Finan­cial Times d’hier.

Ce qui me fas­ci­nait, c’est que, évi­de­ment les ban­quiers cen­traux (ou pas, d’ailleurs) ne peuvent pas com­prendre ce qui se passe parce qu’ils ne peuvent pas accep­ter la réa­li­té de ce qui se passe. 

C’est quoi la réa­li­té de ce qui se passe ? Les inéga­li­tés ont for­te­ment aug­men­té dans l’ensemble du monde. Les inéga­li­tés, c’est l’écrasement des reve­nus des gens d’en bas (les gens d’en bas, c’est tout le monde pour moi), et l’accumulation exa­gé­rée de pognon (disons les choses par leur petit nom simple et fami­lier) en haut de la struc­ture sociale ; et les gens qui sont en haut de la struc­ture sociale et qui ont déjà trop d’argent prêtent cet argent (parce que les riches ont leurs pro­blèmes et il faut faire quelque chose de cet argent) et il est évident que tous les méca­nismes de cor­rec­tion, de ges­tion de la dette, etc. des socié­tés avan­cées ne peuvent pas fonc­tion­ner si de plus en plus d’argent va aux gens qui ont trop d’argent.

Donc, inévi­ta­ble­ment, le mur de la réa­li­té qui est devant tous les gou­ver­ne­ments occi­den­taux et le gou­ver­ne­ment fran­çais en par­ti­cu­lier, c’est que, si on veut faire redé­mar­rer les éco­no­mies occi­den­tales, il va fal­loir effa­cer des dettes, il va fal­loir spo­lier les riches. Moi ça ne me fait pas peur. »

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​0​0​6​1​6​6​4​2​317

Olivier Berruyer résume l’essentiel économique en 1min20 : LES USA LITTÉRALEMENT PILLÉS PAR LES 1%

Remar­quable Oli­vier Ber­ruyer (en déc 2013, l’es­sen­tiel éco en 1 minute 20) :
les USA lit­té­ra­le­ment pillés par les 1%

httpv://www.youtube.com/watch?v=VywB2SXWi_I&feature=youtu.be

« Le 1 % le + riche a cap­té TOUTE la richesse créée, et a conti­nué à piquer EN PLUS sur la part de reve­nu des 99 % (les + pauvres) »

« Donc, les États-Unis, c’est 99 % de la popu­la­tion qui est tou­jours en réces­sion depuis 2009 et 1 % pour qui ça va beau­coup mieux, MAIS EN MOYENNE ÇA VA… » 

La cra­pu­le­rie des éco­no­mistes pros­ti­tués aux ultra-riches, c’est de ne rai­son­ner qu’en moyenne.

Mer­ci Olivier.
Mer­ci Thin­ker­view pour l’entretien.
Et mer­ci Benoît, pour l’ex­trait sur mesure 🙂

théorie du ruissellement

À votre avis, pour la France et l’Eu­rope, c’est dif­fé­rent ou c’est pareil ?


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​3​8​8​6​3​8​9​7​317

[vidéo 10 min] Techniques simples pour passer d’électeur à adulte bien constitué !

Notre Benoît pré­fé­ré nous a choi­si et pla­cé, au mon­tage de son extrait, de très chouettes images d’a­te­liers constituants :

httpv://www.youtube.com/watch?v=5nJztS0vtxE&feature=youtu.be

En fait, depuis 12 ans que je suis deve­nu un acti­viste, sans l’a­voir vrai­ment déci­dé, rien ne me fait plus plai­sir que ce spec­tacle d’une huma­ni­té qui se ren­contre, qui échange, qui se réveille, cette âme humaine qui s’ins­truit seule et sans maître (© Jaco­tot 1818 / Ran­cière 1987). Rien ne m’en­thou­siasme autant que ces réunions poli­tiques d’é­lec­teurs (enfants) deve­nant libre­ment consti­tuants (adultes). Je res­sens inten­sé­ment qu’il s’y passe quelque chose d’important.

Il faut vrai­ment qu’on fasse une col­lecte d’i­dées de bonnes scé­nettes à pla­cer dans notre pro­chain film « la grande méta­mor­phose démocratique » 🙂

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : la courte vidéo ci-des­­sus est extraite de l’en­tre­tien suivant :
Nou­vel entre­tien avec La Muti­ne­rie : à pro­pos des élec­tions (tou­jours gagnées par les pires enne­mis du bien com­mun), de l’opposition contrô­lée (divi­sée), des pré­ten­dus « anti­fas », et bien sûr des ate­liers consti­tuants ; vous trou­ve­rez à cette adresse un plan détaillé et minu­té (grâce au dévoue­ment de Catherine).


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​3​3​8​1​9​5​6​7​317

[Vidéo] BONUS : l’interview avec Inform’Action Toulouse sans coupure : un film pour mobiliser plus vite les découragés et tous les endormis ? & quelques mots pour les antifas

Les jeunes gens épa­tants d’In­form’Ac­tion à Tou­louse viennent de finir de mon­ter l’en­tre­tien que j’ai eu avec Arthur en mai dernier.

httpv://www.youtube.com/watch?v=_0pC3dsqN‑0

J’y note deux choses importantes : 

- Une (pre­mière) série d’i­dées de scènes que pour­rait mettre en images un film cher­chant à ins­pi­rer une envie démo­cra­tique à tous les décou­ra­gés et à tous les endor­mis (pro­jet de scé­na­rio à creu­ser ensemble, si vous vou­lez bien).

- Quelques mots à des­ti­na­tion des anti­fas sin­cères qui me détestent comme si j’é­tais un monstre ultra dangereux.

Mer­ci à tous, pour toute l’éner­gie et pour les encou­ra­ge­ments que vous me trans­met­tez tous les jours.

Étienne.

Rap­pel : cet entre­tien (annon­cé ici) a eu lieu le 20 mai 2017 à Toulouse,
et la confé­rence et les ate­liers de cette jour­née ont fait l’ob­jet de 4 chouettes vidéos :

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​_​Y​X​Z​r​z​1​e​_h0


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​2​8​9​3​1​5​5​2​317

[Vidéo] BONUS : l’interview avec Inform’Action Toulouse sans coupure : un film pour mobiliser plus vite les découragés et tous les endormis ? & quelques mots pour les antifas

Les jeunes gens épa­tants d’In­form’Ac­tion à Tou­louse viennent de finir de mon­ter l’en­tre­tien que j’ai eu avec Arthur en mai dernier.
httpv://www.youtube.com/watch?v=_0pC3dsqN‑0
J’y note deux choses importantes :
– Une (pre­mière) série d’i­dées de scènes que pour­rait mettre en images un film cher­chant à ins­pi­rer une envie démo­cra­tique à tous les décou­ra­gés et à tous les endor­mis (pro­jet de scé­na­rio à creu­ser ensemble, si vous vou­lez bien).
– Quelques mots à des­ti­na­tion des anti­fas sin­cères qui me détestent comme si j’é­tais un monstre ultra dangereux.
Mer­ci à tous, pour toute l’éner­gie et pour les encou­ra­ge­ments que vous me trans­met­tez tous les jours.
Étienne.
Rap­pel : cet entre­tien (annon­cé ici) a eu lieu le 20 mai 2017 à Toulouse,
et la confé­rence et les ate­liers de cette jour­née ont fait l’ob­jet de 4 chouettes vidéos :

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​_​Y​X​Z​r​z​1​e​_h0


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​2​8​9​3​1​5​5​2​317

« Est-ce que le peuple est trop con pour s’occuper lui-même de ses affaires ? », question posée par Thinkerview

On me pose la ques­tion : « Est-ce que le peuple est trop con pour s’oc­cu­per lui-même de ses affaires ? »,
Autre­ment dit : « N’est-il pas uto­pique d’être démocrate ? »

httpv://www.youtube.com/watch?v=fKLeUZZM1f8

À l’oc­ca­sion de ma réponse (« La pré­ten­due ‘conne­rie’ n’est pas une nature (défi­ni­tive) mais un état (tem­po­raire), qui est sciem­ment entre­te­nu par les riches dans les classes popu­laires, mais qui peut chan­ger »), j’é­voque la confu­sion entre­te­nue par de pré­ten­dus « antifas ».

En fai­sant du « racisme » le cri­tère prio­ri­taire et impo­sé pour dési­gner les adver­saires du bien com­mun, on coupe en deux la classe des pro­lé­taires, on nous divise pro­fon­dé­ment sur un point de cli­vage second et on rend notre classe sociale impuis­sante à résis­ter à la classe des grands possédants. 

Certes, le racisme est une pen­sée faible, nui­sible, dan­ge­reuse et condam­nable, mais 1) ça n’est pas une nature (il n’y a pas une race des racistes, à vie), le racisme est une opi­nion, qui peut donc chan­ger, mais sur­tout, 2) la lutte contre « le racisme » (l’an­ti-racisme) n’est évi­dem­ment pas la prio­ri­té pour venir à bout de l’op­pres­sion uni­ver­selle et de la dévas­ta­tion capitaliste. 

Pen­dant que les mili­tants de gauche font « la chasse » (sic !) aux « racistes » (resic), les ban­quiers se goinfrent, se marrent et trinquent à la san­té des « anti­fas » dévoyés. Le fas­cisme est finan­cier et les com­plots des ban­quiers doivent être connus et dénon­cés par toute l’humanité.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​2​2​5​9​4​2​4​2​317

Itv com­plète avec Thinkerview :
https://​you​tu​.be/​D​R​O​q​R​_​7​E​Kvs

Entretien du 4 août avec Thinkerview : retranscription intégrale, par Catherine Vergnaud

Chers amis,

Au beau milieu des vacances d’é­té, au calme, j’ai ren­con­tré pen­dant deux heures les jeunes gens de la chaîne Thinkerview :

httpv://www.youtube.com/watch?v=DROqR_7EKvs

Depuis, Cathe­rine a réa­li­sé un tra­vail de romain pour retrans­crire l’in­té­gra­li­té de cet entre­tien, en y ajou­tant de nom­breux liens pour expli­ci­ter et appro­fon­dir des points impor­tants. C’est publié sur le (luxu­riant) Wiki des GVs :


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Interview_de_%C3%89tienne_Chouard_par_Thinkerview

Quel bou­lot, mais quel boulot !!!

Mille mer­cis, Cathe­rine, tu es épatante 🙂

Je remer­cie du fond du cœur tous ceux qui m’aident ain­si, comme ils peuvent, cou­ra­geu­se­ment, opi­niâ­tre­ment, à semer un peu par­tout ces graines d’é­man­ci­pa­tion popu­laire et de démo­cra­tie vraie : ce que je fais n’au­rait aucune por­tée sans eux, sans vous tous. 

On n’est forts qu’ensemble.
Mer­ci beaucoup.

Étienne.

 

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​1​7​7​8​0​0​2​2​317

[Projet d’expérimentation démocratique] Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud

Fin juillet, j’ai ren­con­tré Maxime Péroud pen­dant tout un après-midi au jar­din du Luxem­bourg, à Paris et, quelques jours avant, nous avions eu une longue conver­sa­tion télé­pho­nique. Maxime a une éton­nante expé­rience pro­fes­sion­nelle dans l’or­ga­ni­sa­tion de pro­jets et on sent ce goût de la bonne orga­ni­sa­tion à tout ins­tant quand il parle : il est pré­cis, rigou­reux, atten­tif et res­pec­tueux, d’une civi­li­té par­faite, on dirait qu’il pense à tout 🙂 

Maxime est l’initiateur d’un grand pro­jet démo­cra­tique, très orga­ni­sé, très concret, cohé­rent avec nos tra­vaux sur la Consti­tu­tion, com­plé­men­taire avec nos ate­liers consti­tuants popu­laires. Ce pro­jet consiste à simu­ler, avec une tren­taine de par­ti­ci­pants, une assem­blée démo­cra­tique déli­bé­rante comme il en sera pré­vu cer­tai­ne­ment dans la future Consti­tu­tion. Au cours de ces séances par­le­men­taires simu­lées, l’équipe de ce pro­jet éla­bo­re­ra le règle­ment inté­rieur de cette assem­blée tout en res­pec­tant ce règle­ment dans sa ver­sion en cours d’élaboration.

Je suis sûr que cette équipe va nous rendre un fier ser­vice, à nous autres appren­tis démo­crates consti­tuants, car il est peu pro­bable que nous dis­po­sions spon­ta­né­ment d’un bon règle­ment inté­rieur (vrai­ment démo­cra­tique) sans eux, le jour où les oli­garques vont se faire chas­ser du pou­voir. Le règlement-intérieur-démocratique-prêt‑à‑l’emploi que cette équipe va mettre au point pour­ra aus­si ser­vir à toutes sortes d’as­sem­blées « auto­nomes » (pour l’instant sans rela­tion avec d’autres ins­tances de pouvoir). 

Voi­ci ce que Maxime m’a écrit pour me pré­sen­ter la rai­son d’être de son projet : 

1. Nous vou­lons qu’un jour – appe­­lons-le le jour J – notre pays devienne une démo­cra­tie pour la pre­mière fois de son his­toire. Les pou­voirs seront orga­ni­sés de manière à ser­vir dura­ble­ment l’intérêt géné­ral et, pour ce faire, seront entre les mains du peuple ou sous son contrôle effec­tif.

Cela signi­fie que, le jour J, ces pou­voirs auront été orga­ni­sés sous forme pro­vi­soire par une Pré-Consti­­tu­­tion rédi­gée néces­sai­re­ment avant le jour J par des citoyens volon­taires. Cette Pré-Consti­­tu­­tion pré­voi­ra cer­tai­ne­ment une Assem­blée Consti­tuante qui, après le jour J, repar­ti­ra de cette Pré-Consti­­tu­­tion pro­vi­soire pour éta­blir la 1ère Consti­tu­tion (réel­le­ment) démocratique.

2. Pour pou­voir ser­vir, cette Pré-Consti­­tu­­tion devra obli­ga­toi­re­ment être consi­dé­rée comme légi­time par la majeure par­tie des forces démo­crates du moment. Or, il existe déjà de nom­breuses variantes de pro­jets de Consti­tu­tion et, chaque année, il en émerge de nou­velles. Aucune d’entre elles ne peut cor­res­pondre à la future Pré-Consti­­tu­­tion car elle pro­vient d’un petit groupe et sera contes­tée par les autres groupes. 

La seule solu­tion pour éla­bo­rer une Pré-Consti­­tu­­tion suf­fi­sam­ment légi­time pour pou­voir orga­ni­ser pro­vi­soi­re­ment les pou­voirs le jour J est de l’élaborer en Assem­blée Pré-Consti­­tuante, une assem­blée cer­tai­ne­ment com­po­sée de plu­sieurs cen­taines de citoyens volon­taires issus des dif­fé­rents mou­ve­ments (asso­cia­tions, par­tis, groupes, …) se reven­di­quant ou pas « démocrates ».

3. La pre­mière ques­tion que se pose­ra cette Assem­blée Consti­tuante sera la sui­vante : « com­ment allons-nous tra­vailler, selon quelles règles du jeu : règles pour les débats, les vota­tions, règles de com­por­te­ments, etc. ? »

Ces règles feront l’objet d’un docu­ment essen­tiel : le règle­ment inté­rieur de cette Assem­blée Pré-Consti­­tuante. Sans ce règle­ment, pas de tra­vaux possibles !

4. Nous devons dès main­te­nant réflé­chir à ces règles de fonc­tion­ne­ment d’une grande assem­blée démo­cra­tique de manière à pou­voir livrer à la Pré-Consti­­tuante une ver­sion avan­cée d’un règle­ment inté­rieur. La Pré-Consti­­tuante n’aura plus qu’à le fina­li­ser pen­dant ses pre­mières séances, après quoi elle sera « opérationnelle ».

Lui livrer ce règle­ment inté­rieur lui fera gagner un temps consi­dé­rable car l’élaboration de ce règle­ment n’est pas simple et va prendre beau­coup de temps : il n’aura rien à voir avec le « petit pro­to­cole de socio­cra­tie déli­bé­ra­tive » uti­li­sé actuel­le­ment dans les ate­liers consti­tuants. Ce pro­to­cole ne peut ser­vir qu’à des petits groupes de tra­vail. Il est tota­le­ment inadap­té à des assem­blées déli­bé­rantes de plu­sieurs cen­taines de citoyens ! Il suf­fit d’imaginer à quel point ces assem­blées seraient inef­fi­caces si les débats y avaient lieu en levant la main pour par­ta­ger une idée spon­ta­née.

Une assem­blée déli­bé­rante de plu­sieurs cen­taines de citoyens ne pour­ra éla­bo­rer effi­ca­ce­ment des textes com­plexes que si les débats portent sur des pro­po­si­tions et des amen­de­ments rédi­gés et mis à la dis­po­si­tion de tous les par­le­men­taires avant les séances. Un peu à la manière de notre Assem­blée Natio­nale actuelle, à ceci près (et la nuance est de taille !) que le règle­ment inté­rieur garan­ti­ra la stricte éga­li­té poli­tique des par­le­men­taires et les obli­ge­ra à des débats ration­nels ser­vant l’intérêt géné­ral. Le règle­ment inté­rieur à éla­bo­rer sera donc lui-même un texte complexe.

5. Nous pro­po­sons de consti­tuer une pre­mière équipe pro­jet visant à éta­blir une ver­sion sim­pli­fiée d’un tel règle­ment inté­rieur mais aus­si de l’expérimenter pour en garan­tir la per­ti­nence. L’idée est de conduire ces tra­vaux en simu­lant, à effec­tif réduit, les séances d’une telle assem­blée qui met­trait au point son propre règle­ment inté­rieur, séances qui seraient elles-mêmes régies par le règle­ment inté­rieur en cours d’élaboration.

La pré­pa­ra­tion de pro­jet a deman­dé plu­sieurs cen­taines d’heures de tra­vail depuis 2015. Les appels à volon­taires ont démar­ré en automne 2016. Beau­coup ont trou­vé le pro­jet inté­res­sant et 23 d’entre eux se sont déjà enga­gés à par­ti­ci­per au pro­jet dans sa durée. Il manque encore 7 volon­taires pour que les tra­vaux puissent démar­rer (don­nées actua­li­sées au 23 décembre) .

Le pro­jet est tota­le­ment indé­pen­dant de l’écriture de la Consti­tu­tion mais en même temps il lui est complémentaire. 

Pour bien le com­prendre, il faut prendre le temps de se docu­men­ter sur ce pro­jet qui s’annonce comme une véri­table aven­ture poli­tique pas­sion­nante mais aus­si exigeante. 

Une vidéo très didac­tique en 10 par­ties explique le dérou­le­ment et les atten­dus du pro­jet à l’aide de nom­breux schémas :
https://​you​tu​.be/​6​7​C​A​A​M​p​p​JbU.

httpv://youtu.be/67CAAMppJbU

Pour ceux que le pro­jet inté­resse ou inter­pelle, des Mumble d’information sont orga­ni­sés envi­ron toutes les 2 à 3 semaines pour leur per­mettre de poser leurs ques­tions et pré­sen­ter leurs com­men­taires et objec­tions. Maxime Péroud anime ces réunions et répond à chaque fois aus­si clai­re­ment que pos­sible à ces ques­tions et objec­tions. Les Mumble sont annon­cés sur Face­book en tant qu’événement et font l’objet d’annonces sous forme de publi­ca­tion sur plu­sieurs groupes : « Gen­tils Virus (groupe en construc­tion) » et « Le Mes​sage​.org ».

L’événement cor­res­pon­dant au Mumble est créé ini­tia­le­ment sur la page de Maxime Péroud.

L’avenir ne se construit pas seule­ment dans les ate­liers consti­tuants et assez peu en dis­cu­tant de l’actualité. Nous devons aus­si éla­bo­rer les textes de demain et nous orga­ni­ser pour être capables de le faire en grand nombre, en com­plé­ment de nos actions dites « de terrain. »

 
J’ai écou­té, le crayon à la main, la vidéo de Maxime en 10 par­ties, je l’ai trou­vée vrai­ment très inté­res­sante et ori­gi­nale. Puis, j’ai posé toutes sortes de ques­tions à Maxime 🙂 Je lui ai pré­sen­té les objec­tions qui m’étaient venues à l’esprit en l’é­cou­tant et ce qu’il m’a répon­du m’a paru en tous points rai­son­nable : tout ça me paraît bien pen­sé. Je vou­drais donc sou­te­nir ce pro­jet, lui don­ner un peu de ma force, car il m’apparaît comme utile, et même néces­saire, pour pré­pa­rer la démo­cra­tie de demain. Je vous encou­rage donc à vous y inté­res­ser et, pour com­men­cer, à regar­der cette vidéo puis à par­ti­ci­per à l’un des pro­chains Mumble d’information.

Mer­ci pour tout ce que vous faites, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : Maxime a créé un site où ce pro­jet impor­tant est bien détaillé :


https://​exp​-demo​.jim​do​.com/

Il y a aus­si un évé­ne­ment Face­book qui nous invite tous à un pro­chain Mumble d’in­for­ma­tion, le jeu­di 25 jan­vier 2018 à 20h30, pour par­ler de tout ça en direct :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​7​4​6​9​8​4​6​6​4​7​0​6​88/

Ins­­cri­­vez-vous 🙂


Pre­mier fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​1​2​0​0​6​8​0​7​317

Deuxième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​6​2​2​8​2​0​1​2​317

Troi­sième fil Face­book (sup­pri­mé par FB) cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​6​9​9​5​9​0​4​8​7​317

Qua­trième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​1​0​7​8​1​1​0​7​317

Cin­quième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​4​5​1​2​7​5​4​7​317

Sixième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​8​8​5​9​9​1​5​3​2​317

Sep­tième fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Formidable Mabrouka, députée constituante tunisienne, ciselant l’essentiel comme un bijou, en 10 minutes

For­mi­dable Mabrou­ka, super virus démocratique 🙂

Extrait impor­tant de l’au­di­tion de Mabrou­ka M’ba­rek par l’é­quipe de La France Insou­mise, en 2016 :

Sacré bon virus démo­cra­tique, n’est-ce pas ? 🙂

Mer­ci Mabrou­ka, pour ce pré­cieux témoi­gnage et pour ce puis­sant plai­doyer pour des assem­blées consti­tuantes popu­laires, donc tirées au sort.

À connaître et à faire connaître.

Mer­ci Benoît, de réac­ti­ver ain­si nos plus belles perles 🙂

Étienne.

Fil face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Les Gentils Virus : Étude d’une communauté politique alternative, par Simon HECKLER

Vous sou­hai­tez mieux connaître le mou­ve­ment des Gen­tils Virus ?

Un Mémoire uni­ver­si­taire effec­tué par un étu­diant, Simon Heck­ler, actuel­le­ment doc­to­rant et exté­rieur au mou­ve­ment, va répondre à votre curiosité !

Je recom­mande à tous la lec­ture de cette étude ; c’est bien inté­res­sant, même quand on est déjà au courant 🙂

Mer­ci Simon, pour ce gros bou­lot, très utile, je trouve.


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Les_Gentils_Virus…alternative

Les Gen­tils Virus : Etude d’une com­mu­nau­té poli­tique alter­na­tive, Paris-2-Simon-HECKLER

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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Un livre pour les citoyens constituants en herbe : « Comment changer une constitution ? Les nouveaux processus constituants. »

« Com­ment chan­ger une consti­tu­tion ? Les nou­veaux pro­ces­sus consti­tuants », c’est le titre d’un nou­veau livre publié chez nos frères qué­bé­cois, sous la direc­tion de Eugé­nie Brouillet et Louis Mas­si­cotte, qui devrait bien inté­res­ser les citoyens consti­tuants appren­tis que nous sommes 🙂

Mer­ci à Benoît qui nous a signa­lé ça dès le mois de juin (j’a­vais com­plè­te­ment raté ça) et mer­ci à Cathe­rine et Léo qui l’ont remis sur le des­sus de la pile, et expo­sé dans le (très pré­cieux) wiki des GVs pour qu’on ne le rate pas :

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Comment_changer_une_constitution_%3F

L’au­teur résume son propos :

httpv://youtu.be/pLHBEuC2u4o

Je viens à peine de com­man­der ce livre, je ne sais donc pas encore ce qu’il vaut vrai­ment, mais je suis sûr qu’on va y trou­ver des tas de choses utiles pour notre réflexion sur la néces­si­té abso­lue d’un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire pour éta­blir une démo­cra­tie digne de ce nom.

Extrait du livre : 

Com­ment chan­ger une consti­tu­tion ? Les nou­veaux pro­ces­sus constituants

Bon, et nous… il faut qu’on écrive un livre — théo­rique et pra­tique — sur les ate­liers constituants 🙂 

hum 🙂

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? par Maxime Chaix, sur Middle East Eye

Chers amis,

Je relaie ci-des­­sous, inté­gra­le­ment, un texte impor­tant de Maxime Chaix, qui fait le point sur les manœuvres secrètes de la CIA pour désta­bi­li­ser la Syrie et en ren­ver­ser « le régime ».

[Quand « les médias » (La Prav­da des mil­liar­daires) vous parlent d’un « régime » (sic), c’est que les bom­bar­diers sont prêts, et qu’il ne reste plus qu’à vous pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment pour accep­ter (et même vou­loir) que ces bom­bar­diers décollent en votre nom. Un gou­ver­ne­ment régu­lier que les médias de l’empire appellent « régime » peut se faire du sou­ci : ça va bien­tôt bar­der pour lui, ses oppo­sants « modé­rés » vont deve­nir sur­puis­sants et sur­ar­més, et sa popu­la­tion va beau­coup souffrir.]

Maxime Chaix, c’est ce jeune homme cou­ra­geux qui, par ailleurs, tra­duit les livres for­mi­dables de Peter Dale Scott sur l’É­tat pro­fond aux USA, livres publiés chez le non moins cou­ra­geux édi­teur Demi-Lune.

Tous les trois (auteur tra­duc­teur et édi­teur) sont évi­dem­ment trai­tés de « com­plo­tistes » par les com­plo­teurs et leurs com­plices, inver­sion accu­sa­toire qui devient (presque à tous les coups) la légion d’hon­neur de la vraie bonne résis­tance à l’op­pres­sion. De ceux qui ne sont pas trai­tés de « com­plo­tisme » ou de « confu­sion­nisme », le sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire (dit « capi­ta­liste ») n’a rien à craindre. Au contraire, ceux qui sont calom­niés de cette façon prouvent ain­si leur effec­tive dan­ge­ro­si­té contre les tyrans du moment et méritent le sou­tien des simples citoyens.

À mon avis, un jour­na­liste (ou un mili­tant huma­niste) qui s’in­ter­dit de dénon­cer les com­plots qu’il détecte ne sert plus à rien, pour la socié­té qu’il pré­tend défendre. Je dis bien À RIEN. Il s’est auto-désac­­ti­­vé et le sys­tème de domi­na­tion n’a plus rien à craindre de lui ; et nous, nous n’a­vons plus rien d’im­por­tant à attendre de lui. Il ne faut pas nous lais­ser inti­mi­der par ces ridi­cules accu­sa­tions de « com­plo­tisme ». Il faut être cou­ra­geux, là. 

Bref. Je sou­mets à votre esprit cri­tique ce papier que je trouve impor­tant (et sérieu­se­ment documenté).

Étienne.


AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR :

Comme Étienne me l’a per­ti­nem­ment signa­lé, mon article ci-des­­sous ne traite pas des innom­brables exac­tions com­mises par les forces syriennes et leurs alliés. Il a rai­son de le sou­li­gner, car nous ne pou­vons cau­tion­ner de tels actes. Or, ces crimes ont été lar­ge­ment dénon­cés par les médias, les ONG et les gou­ver­ne­ments occi­den­taux. Au contraire, la guerre secrète de la CIA et de ses par­te­naires en Syrie fut lit­té­ra­le­ment occul­tée par une majo­ri­té de la presse occi­den­tale, en par­ti­cu­lier dans les médias fran­co­phones. Pour­tant, comme je tente de le démon­trer dans l’article sui­vant, cette gigan­tesque opé­ra­tion clan­des­tine a consi­dé­ra­ble­ment aggra­vé ce conflit, ayant mas­si­ve­ment armé et sou­te­nu les milices jiha­distes au Moyen-Orient – dont al-Qaï­­da et Daech –, dans l’objectif de ren­ver­ser Bachar el-Assad. À l’heure où nous sommes frap­pés par ces mêmes réseaux ter­ro­ristes, ces poli­tiques secrètes et irres­pon­sables des puis­sances de l’OTAN et de leurs alliés moyen-orien­­taux doivent être dénon­cées et com­bat­tues. C’est l’objectif prin­ci­pal de cet article, qui syn­thé­tise mes inves­ti­ga­tions sur cet aspect cru­cial mais encore trop mécon­nu de la guerre en Syrie. D’avance, je vous remer­cie de relayer cette ana­lyse si vous esti­mez qu’elle est per­ti­nente, utile et intéressante. 

Infor­ma­ti­ve­ment vôtre,

Maxime Chaix


En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?

par Maxime Chaix, 3 août 2017.

Source : Middle East Eye, http://​www​.midd​leeas​teye​.net/​f​r​/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​e​n​–​s​y​r​i​e​–​l​e​–​p​l​u​s​–​g​r​a​n​d​–​f​i​a​s​c​o​–​d​e​–​l​a​–​c​i​a​–​1​3​9​1​7​5​839

membres du Front al-Nos­­ra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, rebap­ti­sé Front Fatah al-Cham en 2016 après avoir rom­pu offi­ciel­le­ment avec le groupe créé par Ous­sa­ma ben Laden (Reu­ters).

 
Alors qu’il n’est plus tabou de cri­ti­quer le rôle trouble des puis­sances moyen-orien­­tales dans le ren­for­ce­ment des réseaux dji­ha­distes au Moyen-Orient, la cores­pon­sa­bi­li­té de leurs par­te­naires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée

Récem­ment, le Washing­ton Post a annon­cé la fin du sou­tien de la CIA en faveur des rebelles « modé­rés », confir­mant qu’en 2015, ceux-ci mena­çaient de ren­ver­ser Bachar el-Assad mais que cette issue chao­tique fut empê­chée par l’intervention mili­taire directe de la Rus­sie cette même année. Chao­tique, car le chro­ni­queur du Post, David Igna­tus, vient de sou­li­gner dans ce même jour­nal que Washing­ton et ses alliés ne pou­vaient pro­po­ser d’alternative poli­tique viable, démo­crate et modé­rée face au gou­ver­ne­ment syrien.

D’après le spé­cia­liste de la Syrie Charles Lis­ter, qui regrette ouver­te­ment la fin de cette guerre secrète coor­don­née par la CIA, l’Agence aurait consti­tué une force de 45 000 com­bat­tants à tra­vers cette opé­ra­tion, dont nous savons depuis jan­vier 2016 qu’elle a pour nom de code « Tim­ber Sycamore ».

Les rebelles « modé­rés » appuyés par la CIA et ses par­te­naires ont com­bat­tu jusqu’en jan­vier 2014 aux côtés de la milice ter­ro­riste qui allait deve­nir l’ « État isla­mique » six mois plus tard

Or, comme le rap­pelle l’universitaire amé­ri­cain Joshua Lan­dis, ces rebelles « modé­rés » appuyés par la CIA et ses par­te­naires ont com­bat­tu jusqu’en jan­vier 2014 aux côtés de la milice ter­ro­riste qui allait deve­nir l’ « État isla­mique » (EI) six mois plus tard, lors de la pro­cla­ma­tion du « cali­fat » par Abou Bakr al-Bagh­­da­­di. Cet argu­ment est confir­mé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a sou­li­gné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont com­bat­tu Daech qu’à par­tir de l’hiver 2013–2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. »

Depuis qu’ils ont rom­pu avec l’EI, ces groupes sou­te­nus par la CIA et ses alliés se sont majo­ri­tai­re­ment coor­don­nés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appe­lée le Front al-Nos­­ra jusqu’en juillet 2016, avant de chan­ger de nom et de rompre super­fi­ciel­le­ment son allé­geance au réseau de feu Ous­sa­ma ben Laden.

Abou Bakr al-Bagh­­da­­di, lea­der de l’État isla­mique, a pro­cla­mé son « cali­fat » en 2014 (AFP)

 
Comme le New York Times le sou­li­gnait en octobre der­nier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze par­mi la ving­taine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approu­vés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lis­ter, un cher­cheur et spé­cia­liste de la Syrie au Middle East Ins­ti­tute, à Washing­ton. […] Mon­sieur Lis­ter et d’autres experts ont décla­ré que la vaste majo­ri­té des fac­tions rebelles approu­vées par les États-Unis à Alep com­bat­taient en pleine ville, et qu’ils pilon­naient mas­si­ve­ment les troupes du gou­ver­ne­ment syrien en appui des com­bat­tants affi­liés à al-Qaï­­da, qui se char­geaient de l’essentiel des com­bats sur la ligne de front. “La triste véri­té, cepen­dant, est que ces groupes sou­te­nus par les États-Unis [et leurs alliés] res­tent d’une manière ou d’une autre dépen­dants des fac­tions affi­liées à al-Qaï­­da dans ces opé­ra­tions, en termes d’organisation et de puis­sance de feu”, selon l’experte Gene­vieve Casa­grande, une spé­cia­liste de la Syrie au sein de l’Institute for the Stu­dy of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plu­sieurs élé­ments trou­blants sont à rele­ver dans cette opé­ra­tion. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se reven­diquent en guerre contre le ter­ro­risme depuis sep­tembre 2001, appuyer pen­dant près de cinq ans des groupes qui com­battent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas sem­blé poser pro­blème aux déci­deurs amé­ri­cains et à leurs alliés occi­den­taux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a per­ti­nem­ment sou­li­gné Joshua Lan­dis, le gou­ver­ne­ment des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées mas­si­ve­ment par la CIA et une quin­zaine de ser­vices spé­ciaux depuis la Tur­quie et la Jor­da­nie équi­paient prin­ci­pa­le­ment des groupes dji­ha­distes, un pro­ces­sus dévoi­lé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majo­ri­tai­re­ment béné­fi­cié de ces mil­liers de tonnes d’armements a été le Front al-Nos­­ra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récem­ment dans le gou­ver­no­rat d’Idleb, dont la capi­tale vient d’être prise par cette orga­ni­sa­tion, aujourd’hui rebap­ti­sée Hayat Tah­rir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notam­ment confir­mées par le jour­na­liste spé­cia­li­sé Gareth Por­ter, dans un article expli­ci­te­ment inti­tu­lé « Com­ment les États-Unis ont armé des ter­ro­ristes en Syrie ». « Cet afflux mas­sif d’armes [coor­don­né par la CIA] vers le ter­ri­toire syrien, ain­si que l’entrée de 20 000 com­bat­tants étran­gers dans ce pays – et ce prin­ci­pa­le­ment depuis la Tur­quie –, ont lar­ge­ment défi­ni la nature de cette guerre », a sou­li­gné Gareth Por­ter en se réfé­rant au vaste réseau de tra­fic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Bal­kans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 mis­siles TOW made in USA par l’Arabie saou­dite. Fabri­qués par Ray­theon, ces mis­siles anti­chars ont été intro­duits en masse dans ce conflit à par­tir de 2014, et les pertes infli­gées aux forces syriennes avec ces arme­ments auraient été le prin­ci­pal fac­teur de l’intervention mili­taire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article soli­de­ment docu­men­té, Gareth Por­ter ajoute que « les armes [injec­tées par la CIA et ses par­te­naires dans le conflit syrien] ont contri­bué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puis­sante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aus­si per­mis l’émergence de Daech ».

Les forces de Bachar al-Assad et de ses alliés ont repris Alep des mains de l’opposition syrienne en décembre 2016 (Reu­ters)

 
Rap­pe­lons qu’à l’origine, le Front al-Nos­­ra et le futur « État isla­mique » ne fai­saient qu’un avant leur scis­sion au prin­temps 2013, qui débou­cha sur une guerre fra­tri­cide entre ces deux fac­tions. Plus exac­te­ment, les com­bat­tants majo­ri­tai­re­ment ira­kiens de ce qui était alors appe­lé l’ « État isla­mique d’Irak » (EII) ont fon­dé, à par­tir de l’été 2011, la milice qui allait deve­nir le Front al-Nos­­ra en jan­vier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur lea­der, Moham­med al-Jou­­la­­ni, un dji­ha­diste syrien ayant affron­té la coa­li­tion de George W. Bush en Irak, avait été char­gé par Abou Bakr al-Bagh­­da­­di de com­battre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Forei­gn Poli­cy, lors de cette scis­sion d’avril 2013 entre ces deux enti­tés ter­ro­ristes, « une large majo­ri­té de com­man­dants et de com­bat­tants d’al-Nosra en Syrie ne sui­virent pas [leur chef al-Jou­­la­­ni] » et prê­tèrent allé­geance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait repré­sen­té « jusqu’à 15 000 com­bat­tants sur envi­ron 20 000 », d’après une esti­ma­tion du cher­cheur Fabrice Balanche.

Le gigan­tesque tra­fic d’armes et de muni­tions orga­ni­sé par la CIA pour équi­per les rebelles en Syrie a, direc­te­ment ou non, pro­fi­té à Daech. Le fait que si peu d’experts et de jour­na­listes occi­den­taux l’aient sou­li­gné (ou remar­qué) est incompréhensible

Tou­jours selon Forei­gn Poli­cy, « par­tout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quar­tiers géné­raux d’al-Nosra, des caches de muni­tions et des dépôts d’armes » durant cette sépa­ra­tion, qui condui­sit à la créa­tion de l’ « État isla­mique en Irak et au Levant » (EIIL), rebap­ti­sé « État isla­mique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigan­tesque tra­fic d’armes et de muni­tions orga­ni­sé par la CIA pour équi­per les rebelles en Syrie a, direc­te­ment ou non, pro­fi­té à Daech et favo­ri­sé sa mon­tée en puis­sance dès jan­vier 2012. Le fait que si peu d’experts et de jour­na­listes occi­den­taux l’aient sou­li­gné (ou remar­qué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même consé­quence pour le ver­sant « for­ma­tion mili­taire » de ce pro­gramme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spé­ciales déta­chées auprès de la CIA à entraî­ner mal­gré elles une forte pro­por­tion de dji­ha­distes offi­cieu­se­ment affi­liés à al-Nos­­ra ou à Daech – selon des sources ano­nymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient direc­te­ment impli­quées dans cette opération.

Des com­bat­tants du Front al-Nos­­ra tra­versent la ville syrienne d’A­lep en mai 2015 (AFP)

 
En clair, de nom­breux mer­ce­naires anti-Assad recru­tés par la CIA ont dis­si­mu­lé leur appar­te­nance à (ou leur attrait pour) ces groupes ter­ro­ristes, le pro­ces­sus de sélec­tion des com­bat­tants étant par­ti­cu­liè­re­ment laxiste. Or, la simple exis­tence de cette pro­cé­dure a per­mis à la CIA de main­te­nir une façade de res­pec­ta­bi­li­té en affir­mant qu’elle ne for­mait que des « rebelles modé­rés ».

En réa­li­té, pour qui­conque s’affranchit de cette notion orwel­lienne, les dyna­miques de cette opé­ra­tion peuvent être résu­mées ain­si : super­vi­sés par la CIA et qua­torze autres ser­vices spé­ciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Tur­quie, de l’Arabie saou­dite et du Qatar, le finan­ce­ment, la for­ma­tion et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les ter­ri­toires turc et jor­da­nien ont pro­fi­té à l’ensemble des groupes armés, y com­pris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus par­lants, qui sont ceux du spé­cia­liste Sam Hel­ler, « la majeure par­tie du sou­tien amé­ri­cain fut diri­gée vers des fac­tions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait ser­vi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puis­santes fac­tions isla­mistes et dji­ha­distes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Super­vi­sés par la CIA et qua­torze autres ser­vices spé­ciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Tur­quie, de l’Arabie saou­dite et du Qatar, le finan­ce­ment, la for­ma­tion et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les ter­ri­toires turc et jor­da­nien ont pro­fi­té à l’ensemble des groupes armés, y com­pris Daech et al-Nosra

Ces dérives ne furent tou­te­fois pas sys­té­ma­ti­que­ment inten­tion­nelles. L’exemple de « Cheg Cheg », deve­nu le plus grand tra­fi­quant d’armes syrien durant cette guerre, pour­rait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhi­cule en avril 2016, ce baron de la contre­bande d’armements avait ven­du à des inter­mé­diaires bédouins un cer­tain nombre d’armes issues des bases super­vi­sées par la CIA, dont la mise en place en Tur­quie et en Jor­da­nie avait dyna­mi­sé ses affaires. Or, ces inter­mé­diaires les avaient ache­tées pour le compte du mal­nom­mé « État isla­mique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas.

À l’origine de ces révé­la­tions, le quo­ti­dien émi­ra­ti The​Na​tio​nal​.ae évo­qua des trans­ferts « invo­lon­taires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à tra­vers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pour­tant, selon dif­fé­rentes enquêtes appro­fon­dies, dont une récem­ment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les ser­vices spé­ciaux des pétro­mo­nar­chies du Golfe – essen­tiel­le­ment ceux de l’Arabie saou­dite – ont sciem­ment armé Daech en Syrie comme en Irak, en par­ti­cu­lier via une ligne d’approvisionnement Bal­­kans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide dis­crète de la CIA à par­tir de jan­vier 2012.

Ambas­sa­deur amé­ri­cain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est per­sua­dé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « stric­te­ment confi­nées aux réseaux des ser­vices secrets ». Éton­nam­ment, cette enquête du JDD ne fait pas men­tion de ce rôle cen­tral de la CIA dans la créa­tion de ce tra­fic d’armes pro­duites dans les Bal­kans. Tou­te­fois, son auteur a répon­du à une demande de cla­ri­fi­ca­tion en sou­li­gnant que « les pro­pos de Robert S. Ford, qui s’est expri­mé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davan­tage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nos­­ra… dont a ensuite pro­fi­té Daech. »

Une telle fran­chise est mal­heu­reu­se­ment trop rare dans les médias occi­den­taux, et en par­ti­cu­lier fran­co­phones. En réa­li­té, alors qu’il n’est plus tabou de cri­ti­quer le rôle trouble des puis­sances moyen-orien­­tales dans le ren­for­ce­ment des réseaux dji­ha­distes en Irak et au Levant, la cores­pon­sa­bi­li­té de leurs par­te­naires de l’OTAN dans ces poli­tiques catas­tro­phiques ne peut et ne doit plus être élu­dée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dres­ser le bilan de cette désas­treuse poli­tique, que la majo­ri­té de la presse occi­den­tale a dis­si­mu­lée au pro­fit d’une nar­ra­tion sédui­sante impli­quant des rebelles « modé­rés » n’ayant qu’un poids limi­té sur le ter­rain, on peut dire que la CIA et ses par­te­naires ont impo­sé à la Syrie une guerre secrète meur­trière, et que celle-ci a eu comme consé­quence des dizaines de mil­liers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ain­si qu’un nombre indé­ter­mi­né de vic­times civiles, de bles­sés, de réfu­giés et de dépla­cés internes.

Un Syrien porte deux enfants bles­sées après une attaque aérienne à Hamou­ria, dans la Ghou­ta orien­tale, en avril 2017 (AFP)

 
Cette cores­pon­sa­bi­li­té majeure des puis­sances occi­den­tales dans ce conflit a été dura­ble­ment occul­tée du débat public, à tra­vers ce qui pour­rait être consi­dé­ré un jour comme l’un des plus grands échecs col­lec­tifs de l’histoire du jour­na­lisme contemporain.

Cette cores­pon­sa­bi­li­té majeure des puis­sances occi­den­tales dans ce conflit a été dura­ble­ment occul­tée du débat public, à tra­vers ce qui pour­rait être consi­dé­ré un jour comme l’un des plus grands échecs col­lec­tifs de l’histoire du jour­na­lisme contemporain

Bien qu’indiscutablement condam­nable, le gou­ver­ne­ment Assad a béné­fi­cié d’un sou­tien popu­laire suf­fi­sant pour tenir face à la rébel­lion, et il s’est main­te­nu au pou­voir grâce à l’intervention déci­sive de la Rus­sie, ce qui n’avait pas été anti­ci­pé par les stra­tèges d’Obama.

Cen­sées être en guerre contre le jiha­disme depuis l’automne 2001, les puis­sances occi­den­tales ont fait le pari cynique de cou­vrir diplo­ma­ti­que­ment et d’aider mili­tai­re­ment leurs alliés régio­naux dans leur sou­tien en faveur de groupes extré­mistes éprou­vant la même détes­ta­tion à l’égard de notre modèle démo­cra­tique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Pro­vo­quant un véri­table désastre huma­ni­taire, la ful­gu­rante mon­tée en puis­sance de Daech en 2014 est en bonne par­tie la consé­quence de cette poli­tique incons­ciente et court-ter­­miste, dont l’Arabie saou­dite a été le prin­ci­pal finan­ceur – le rôle de nos « alliés » turc et pétro­mo­nar­chiques dans l’essor du dji­had armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quel­conque pro­tes­ta­tion offi­cielle de la part d’États occi­den­taux pour­tant frap­pés par le terrorisme.

Après d’innombrables hési­ta­tions, ces der­niers ont fini par accep­ter le réel. De ce fait, ils ont pro­gres­si­ve­ment aban­don­né l’objectif de ren­ver­ser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en prio­ri­té la lutte contre un monstre Fran­ken­stein en grande par­tie engen­dré par leurs propres erre­ments stra­té­giques et diplo­ma­tiques, encou­ra­gés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-otto­­mans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dres­ser de l’interventionnisme occi­den­tal au Moyen-Orient, en Asie cen­trale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salu­taire que les jour­na­listes, les experts et d’éventuels lan­ceurs d’alertes dénoncent plus expli­ci­te­ment le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dis­si­mu­la­tion de ces poli­tiques clan­des­tines inconsidérées.

À LIRE : La poli­tique d’Obama en Syrie et l’illusion de puis­sance amé­ri­caine au Moyen-Orient

En atten­dant, espé­rons que le poten­tiel aggior­na­men­to du pré­sident fran­çais Emma­nuel Macron sur le dos­sier syrien, et la conclu­sion du pro­gramme anti-Assad de la CIA décré­tée par son homo­logue amé­ri­cain, marquent la fin durable de ces stra­té­gies aven­tu­ristes à l’origine de tant de souf­frances et de des­truc­tions – offi­ciel­le­ment impo­sées au nom de la démo­cra­tie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des consé­quences dra­ma­tiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washing­ton Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opé­ra­tions clan­des­tines » –, il n’est pas impos­sible que les his­to­riens la consi­dèrent un jour comme le plus grand fias­co de l’Agence ; un désastre aux consé­quences poten­tiel­le­ment plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la ten­ta­tive de recru­te­ment de deux futurs pirates de l’air du 11 sep­tembre par la CIA et les ser­vices secrets saou­diens. Comme l’avait rela­té un ex-agent spé­cial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opé­ra­tion illé­gale condui­sit l’Agence à dis­si­mu­ler à la police fédé­rale la pré­sence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empê­ché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visi­ble­ment, cette tra­gé­die était bien loin dans les mémoires des res­pon­sables du pro­gramme Tim­ber Syca­more, qui ont mas­si­ve­ment armé la nébu­leuse ter­ro­riste contre laquelle les auto­ri­tés amé­ri­caines et leurs alliés se reven­diquent en guerre depuis 2001.

Maxime Chaix.

- Maxime Chaix est tra­duc­teur et jour­na­liste indé­pen­dant, spé­cia­li­sé dans les domaines du ren­sei­gne­ment, des opé­ra­tions clan­des­tines, des ques­tions stra­té­giques, de la cri­mi­na­li­té finan­cière et du ter­ro­risme glo­bal. Il est diplô­mé d’un Mas­ter 2 « His­toire, théo­rie et pra­tique des droits de l’Homme » à la Facul­té de Droit de Gre­noble. En 2015, il a lan­cé son propre site afin de regrou­per ses dif­fé­rents articles et tra­duc­tions. Depuis 2014, il a notam­ment écrit pour dede​fen​sa​.org, Paris Match, et le Club de Media­part.

Les opi­nions expri­mées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas néces­sai­re­ment la poli­tique édi­to­riale de Middle East Eye.

Source : Middle East Eye, http://​www​.midd​leeas​teye​.net/​f​r​/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​e​n​–​s​y​r​i​e​–​l​e​–​p​l​u​s​–​g​r​a​n​d​–​f​i​a​s​c​o​–​d​e​–​l​a​–​c​i​a​–​1​3​9​1​7​5​839

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La supercherie du droit-de‑l’hommisme, par Bruno Guigue

Encore un texte remar­quable de Bru­no Guigue :

La supercherie du droit-de‑l’hommisme

La sélec­ti­vi­té du droit-de‑l’hommisme per­met de com­prendre pour­quoi la condam­na­tion des vio­la­tions incri­mi­nées épouse tou­jours un axe nord-sud. Aucune ONG véné­zué­lienne ne mène cam­pagne contre la main­mise d’une poi­gnée de mil­liar­daires sur la qua­­si-tota­­li­­té des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occi­den­tales dénoncent sans relâche les vio­la­tions de la liber­té de la presse au Véné­zué­la, alors que la presse, loin d’y être oppri­mée par le pou­voir, appar­tient à une poi­gnée de capi­ta­listes qui com­battent le gouvernement.


Hor­mis les réac­tion­naires qui pensent que les hié­rar­chies sociales sont fon­dées en nature et qu’il y a des hommes faits pour com­man­der et d’autres pour obéir, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut défendre les droits de l’homme. Mais il faut admettre que les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Si l’on entend par cette expres­sion la pos­si­bi­li­té pour cha­cun de jouir du bien com­mun, alors l’accès à l’emploi, au loge­ment, aux soins et à l’éducation fait par­tie des droits de l’homme – ou des droits humains, ne jouons pas sur les mots – au même titre que la liber­té d’expression ou le choix de son orien­ta­tion sexuelle. Prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est y inclure les droits col­lec­tifs, c’est-à-dire la pos­si­bi­li­té de vivre dans des condi­tions maté­rielles décentes.

Les mili­tants des droits de l’homme, pour­tant, ne s’intéressent qu’aux droits indi­vi­duels et délaissent osten­si­ble­ment les droits col­lec­tifs. Que des indi­vi­dus soient empri­son­nés ou empê­chés de s’exprimer par des gou­ver­ne­ments auto­ri­taires leur est insup­por­table, mais que des masses d’affamés subissent la loi d’airain du capi­tal mon­dia­li­sé leur est indif­fé­rent. Leur com­pas­sion pour l’humanité souf­frante est étran­ge­ment sélec­tive. Ils ne se mobi­lisent que pour des mino­ri­tés ou des indi­vi­dus iso­lés, ils agissent au cas par cas en sélec­tion­nant les indi­vi­dus ou les groupes qu’ils jugent dignes de leur atten­tion, et on ne les voit jamais prendre fait et cause pour une classe socia­le­ment opprimée.

Le voca­bu­laire de la plu­part des ONG – majo­ri­tai­re­ment anglo-saxonnes – en témoigne clai­re­ment. Elles entendent com­battre la dis­cri­mi­na­tion et non l’exploitation, l’exclusion et non la pau­vre­té, la pri­va­tion de liber­té infli­gée à quelques-uns et non la misère impo­sée au grand nombre. Leur phi­lo­so­phie est celle de l’individualisme libé­ral, qui ne connaît que des indi­vi­dus por­teurs de droits et se sou­cie peu de savoir s’il y a par­mi eux des riches et des pauvres. Ne par­lons pas de la lutte des classes, ce gros mot qu’elles ne veulent même pas entendre pro­non­cer. La seule lutte qui compte à leurs yeux, c’est celle qui vise à ali­gner des indi­vi­dus abs­traits sur un stan­dard res­treint aux liber­tés for­melles – et indi­vi­duelles – en oubliant allè­gre­ment que ces liber­tés n’existent que sous cer­taines conditions.

Pour tout dire, le droit-de‑l’hommisme ordi­naire occulte le fait que ces liber­tés indi­vi­duelles ne sont effec­tives que si les droits col­lec­tifs sont garan­tis par des struc­tures sociales qui les favo­risent. En d’autres termes, les droits indi­vi­duels ne sont réels que si les indi­vi­dus sont cor­rec­te­ment nour­ris, logés, édu­qués et soi­gnés, et ces condi­tions ne sont réunies à leur tour que si un rap­port de forces entre classes sociales les ins­crit dans la durée. Bref, les droits-de‑l’hommistes oublient tout bon­ne­ment que les indi­vi­dus ne sont rien sans la socié­té et que les droits indi­vi­duels dont on réclame l’application ne sont que du vent si la socié­té est divi­sée en domi­nants et dominés.

Cette indif­fé­rence aux condi­tions d’exercice des droits dont ils font pour­tant leur fonds de com­merce n’est pas éton­nante. Petits-bour­­geois des pays riches, les défen­seurs des droits de l’homme défendent les droits dont ils jouissent, dont ils pour­raient jouir ou dont ils vou­draient que jouissent ceux qui leur res­semblent. Pour­quoi dépen­­se­­raient-ils leur éner­gie à lut­ter contre la faim dans le monde quand leur assiette est pleine ? Pour­quoi se bat­­traient-ils pour l’appropriation col­lec­tive des richesses puisqu’ils n’ont aucun pro­blème de fin de mois ? En lut­tant pour les droits de l’homme, ils aspergent d’eau bénite leurs états d’âme de nan­tis que leurs condi­tions d’existence n’amènent jamais à inter­ro­ger les res­sorts de l’oppression et de l’injustice qu’ils ont constam­ment à la bouche, mais sans savoir de quoi ils parlent.

Que les pauvres soient pauvres importe peu à leurs yeux, car les pauvres reven­diquent en géné­ral autre chose que la recon­nais­sance de droits indi­vi­duels ren­dus impos­sibles par l’absence de droits col­lec­tifs. Lorsque l’extrême richesse côtoie l’extrême pau­vre­té, reven­di­quer la liber­té d’expression avec un mini­mum de sérieux impli­que­rait d’exiger l’expropriation des capi­ta­listes qui contrôlent la presse afin de créer les condi­tions d’une infor­ma­tion plus objec­tive. Mais on n’a jamais enten­du un droit-de‑l’hommiste for­mu­ler ce genre de reven­di­ca­tion. Le contrôle des médias ne s’expose à sa foudre ven­ge­resse que s’il est exer­cé par de méchants dic­ta­teurs qui défient le nou­vel ordre mon­dial. Pour les autres, il n’y a pas de problème.

Sélec­tive, cette indi­gna­tion pseu­­do-huma­­niste choi­sit ses vic­times. Les autres peuvent cre­ver. Lors de la chute du com­mu­nisme, en 1991, les orga­ni­sa­tions droits-de‑l’hommistes ont crié vic­toire. L’idéologie des droits de l’homme ayant été inven­tée pour lut­ter contre l’URSS, cette vic­toire finale sem­bla consa­crer leur vision du monde. Mais aucune de ces orga­ni­sa­tions n’a sou­li­gné que les pri­sons sovié­tiques étaient vides depuis long­temps et que le tota­li­ta­risme dont la phi­lo­so­phie poli­tique des années 70 fai­sait un mal abso­lu était une coquille vide. On ne s’émut pas davan­tage, chez les huma­nistes, en consta­tant que sous la pré­si­dence Elt­sine (1991−2000) l’espérance de vie régres­sa de dix ans sous l’effet des réformes struc­tu­relles dic­tées à la Rus­sie par le FMI. C’est nor­mal. Les petits vieux qui meurent en masse dans le para­dis capi­ta­liste n’intéressent pas les défen­seurs des droits de l’homme.

L’humanité souf­frante dont se sou­cient des ONG pétries d’humanisme se résume à un agré­gat indis­tinct d’individus abs­traits, ato­mi­sés, dont le sort n’est inté­res­sant que s’il témoigne d’une vio­la­tion de leurs droits indi­vi­duels, de pré­fé­rence dans un pays exo­tique dont le pro­cès est ins­truit par la doxa occi­den­tale. Mais on n’a jamais vu “Amnes­ty Inter­na­tio­nal” – dont le seul inti­tu­lé relève de la publi­ci­té men­son­gère – s’insurger contre le fait que 800 mil­lions de per­sonnes souffrent de mal­nu­tri­tion, ou que des cen­taines de mil­liers d’ouvrières sont sur­ex­ploi­tées par les mul­ti­na­tio­nales occi­den­tales dans les “maqui­la­do­ras” de la fron­tière mexi­caine. On répon­dra sans doute que ce n’est pas l’objet social de cette orga­ni­sa­tion, et je répon­drai à mon tour que c’est pré­ci­sé­ment le pro­blème sur lequel il convient d’insister.

Cette triple sélec­ti­vi­té dans le choix des droits en ques­tion, des indi­vi­dus concer­nés, et enfin des pays sur les­quels on braque le pro­jec­teur, explique donc beau­coup de choses. Elle explique que l’on fasse le tri par­mi les vic­times en évi­tant soi­gneu­se­ment d’incriminer les struc­tures – celles de l’exploitation capi­ta­liste mon­dia­li­sée – qui sont res­pon­sables de 90% des mal­heurs qui frappent l’humanité. Elle explique aus­si la fas­ci­na­tion des ONG droits-de‑l’hommistes pour la défense des LGBT. La lutte contre les dis­cri­mi­na­tions qu’ils subissent est légi­time, mais il faut être lucide sur l’effet de can­ton­ne­ment qu’elle génère. Car cette cause, aux yeux du droit-de‑l’hommisme petit-bour­­geois, pré­sente l’avantage de trans­cen­der la divi­sion sociale, d’évacuer la ques­tion des rap­ports de classe, bref de confé­rer à la lutte pour les droits humains une uni­ver­sa­li­té abs­traite qui sert les inté­rêts dominants.

La sélec­ti­vi­té du droit-de‑l’hommisme per­met aus­si de com­prendre pour­quoi la condam­na­tion des vio­la­tions incri­mi­nées épouse tou­jours un axe nord-sud. Aucune ONG véné­zué­lienne ne mène cam­pagne contre la main­mise d’une poi­gnée de mil­liar­daires sur la qua­­si-tota­­li­­té des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occi­den­tales dénoncent sans relâche les vio­la­tions de la liber­té de la presse au Véné­zué­la, alors que la presse, loin d’y être oppri­mée par le pou­voir, appar­tient à une poi­gnée de capi­ta­listes qui com­battent le gou­ver­ne­ment. Machine de guerre contre les Etats récal­ci­trants, le droit-de‑l’hommisme béné­fi­cie donc de finan­ce­ments colos­saux, à l’image de ces “Casques blancs” qui jouent au dji­ha­diste côté cour et au bran­car­dier côté jar­din grâce aux 15 mil­lions de dol­lars ver­sés par des fon­da­tions bri­tan­niques. Moyen­nant une trousse à maquillage, ils arrivent même à fabri­quer des vic­times pour émou­voir le popu­lo scot­ché devant les petites lucarnes.

Ces exemples montrent éga­le­ment que la fonc­tion expresse de l’idéologie droit-de‑l’hommiste – ser­vie par ces appa­reils idéo­lo­giques de masse que sont les ONG – est de saper la sou­ve­rai­ne­té des Etats qu’elle a pris pour cibles. De la fon­da­tion de George Soros aux offi­cines qui par­ti­cipent aux conflits armés sous cou­vert d’action huma­ni­taire en pas­sant par les révo­lu­tions de cou­leur orga­ni­sées de l’étranger, la galaxie droit-de‑l’hommiste inter­vient par­tout, dis­tri­buant sub­ven­tions, élé­ments de lan­gage et cer­ti­fi­cats de mora­li­té à qui-mieux-mieux dans le seul but de semer le désordre dans des pays dont la liste est four­nie par la CIA et dont le seul tort est de faire obs­tacle à l’hégémonisme occi­den­tal. La Rus­sie en sait quelque chose, et on com­prend qu’elle ait neu­tra­li­sé cette poi­gnée d’exhibitionnistes à moi­tié débiles (Femen) dont l’activisme des­ser­vait les inté­rêts du peuple russe.

Savam­ment orches­trée au nom des droits de l’homme, toute cette agi­ta­tion a pour but de vider de sa sub­stance le droit des peuples à s’organiser comme ils l’entendent. Diri­gée contre le droit des nations à dis­po­ser d’elles-mêmes, cette ingé­rence fait peser une menace d’implosion sur les socié­tés dont l’essor ou la résis­tance déplaît à Washing­ton, Londres ou Paris. Pra­ti­quée à grande échelle, l’intervention mili­taire chez les autres n’a pas tou­jours don­né les résul­tats escomp­tés. Elle est désor­mais rem­pla­cée par cette épée de Damo­clès pla­nant sur la tête de tous ceux qui osent défier l’Empire et contes­ter le mono­pole du dol­lar. Faute de pou­voir vitri­fier ses oppo­sants étran­gers à l’arme lourde, un Occi­dent arro­gant bran­dit alors l’étendard de l’internationalisme huma­ni­taire. Relayé par un gau­chisme qui dis­sout ses illu­sions per­dues dans le pathos et oublie Trots­ky avec BHL, il agite fré­né­ti­que­ment le miroir aux alouettes des droits de l’homme, éblouis­sant beau­coup de bonnes âmes qui ne voient pas que cette idéo­lo­gie est le faux-nez de l’impérialisme.

L’Occident a beau croire qu’il a décou­vert la pierre phi­lo­so­phale, la concep­tion des droits de l’homme, pour­tant, n’est pas uni­voque. Pour les Chi­nois, le pre­mier des droits est celui de ne pas mou­rir de faim. Cette prio­ri­té n’est pas celle de la gauche occi­den­tale, sinon elle mobi­li­se­rait davan­tage d’énergie à lut­ter contre la faim dans le monde qu’à pro­mou­voir les droits des mino­ri­tés. Mais cette diver­gence n’est pas une rai­son suf­fi­sante pour dire que les idées chi­noises ne valent rien. “A plu­sieurs, nous sommes moins sujets à l’erreur que lorsque nous sommes seuls à déci­der”, disait Aris­tote. On veut bien admettre qu’un mil­liard 379 mil­lions de Chi­nois puissent se trom­per, mais on peine à croire que ce soit le cas tout le temps, d’autant que leur pays qui était un champ de ruines en 1949 est aujourd’hui la pre­mière puis­sance éco­no­mique du monde. A défaut de quelques coups bien méri­tés sur le museau, un peu d’humilité éloi­gne­rait homo occi­den­ta­lis de son pen­chant indé­crot­table à don­ner des leçons à la terre entière.

Bru­no GUIGUE

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Article signa­lé par l’ex­cellent site de dés­in­toxi­ca­tion anti­ca­pi­ta­liste Le Grand Soir.

Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, pour cette rentrée qui s’annonce agitée : monnaie, chômage, démocratie, citoyens constituants…

Une bonne syn­thèse (vidéo) de l’es­sen­tiel, qu’on peut rap­pe­ler autour de nous pen­dant cette nou­velle ren­trée, qui s’an­nonce agitée : 

httpv://youtu.be/82yRDQ5XlJU

Mer­ci à Léo, et à tous les ado­rables virus (c’est nou­veau ça vient de sor­tir 🙂 ) qui donnent tant d’éner­gie et d’in­ven­ti­vi­té, depuis des années, mal­gré les dif­fi­cul­tés et les calom­nies, dis­crè­te­ment et cou­ra­geu­se­ment, pour que pro­gresse l’i­dée (anti­ca­pi­ta­liste et anti­fas­ciste) que « ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir ». Je vous remer­cie du fond du cœur ; c’est dans votre ardeur que je puise la mienne. J’aime notre cer­veau col­lec­tif. Mer­ci à tous, vraiment. 

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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« Portrait d’un tueur : LE STRESS » : illustration chez les babouins de la centralité du TIRAGE AU SORT dans une société apaisée et heureuse, débarrassée du stress imposé par ses mâles alpha

Je vous recom­mande ce docu­men­taire ani­ma­lier, très inté­res­sant et d’une por­tée poli­tique fondamentale.

L’in­té­rêt de ce repor­tage va crois­sant et culmine à la fin. J’y retrouve cette idée essen­tielle, déve­lop­pée par Pla­ton (déjà !) : *** le pire qui puisse arri­ver à une socié­té est de lais­ser ceux qui veulent le pou­voir (les mâles alpha) y accé­der ***, car ces indi­­vi­­dus-là dégradent la vie des autres en ter­ro­ri­sant (stres­sant) tout le monde, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, consciem­ment ou pas. 

À par­tir de la minute 41, notez cette expé­rience — lourde de sens poli­tique pour nous tous — d’une socié­té « nor­male » de babouins (socié­té où règne la ter­reur quo­ti­dienne pour le plus grand nombre d’être agres­sé et har­ce­lé par un mâle alpha), socié­té « nor­­male-stres­­sée » lit­té­ra­le­ment trans­for­mée, et DURABLEMENT, en socié­té apai­sée et bien­veillante, « excep­­tion­­nelle-des­­tres­­sée », heu­reuse en un mot, trans­for­ma­tion déclen­chée acci­den­tel­le­ment par l’empoisonnement géné­ral (et la mort) de tous ses mâles alpha. 

Conclu­sion : pour apai­ser nos socié­tés, je ne dis pas de tuer tous nos mâles alpha, mais au moins de les pri­ver méca­ni­que­ment de tout pou­voir. C’est donc une édu­ca­tion popu­laire cen­trale, à réa­li­ser nous-mêmes pen­dant des décen­nies : pour vivre heu­reux, nos petits d’hommes doivent apprendre leur res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle à pri­ver de pou­voir ceux qui dési­rent le pouvoir.

Vous me voyez venir 🙂 C’est peut-être le rôle prin­ci­pal (même si ce n’est pas le seul) du tirage au sort en poli­tique que de pri­ver les domi­nants de la pos­si­bi­li­té de dominer.

Je vous laisse apprécier :

httpv://youtu.be/_sE7c52qzWk

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​7​5​5​1​3​8​5​2​317

[Lanceurs d’alerte contre la propagande de guerre] Venezuela : comment NE PAS donner une information

Venezuela : comment NE PAS donner une information


Ángeles Diez Rodríguez
pho­to : Ángeles Diez Rodrí­guez, Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

 

Le 30 juillet s’est pro­duit un évé­ne­ment poli­tique d’une por­tée his­to­rique consi­dé­rable : un peuple inter­na­tio­na­le­ment assailli à l’extérieur et sou­mis à la vio­lence para­mi­li­taire à l’intérieur, est des­cen­du dans la rue pour expri­mer son double rejet de l’ingérence inter­na­tio­nale et des aspi­ra­tions des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle der­nier, un évé­ne­ment d’une telle ampleur aurait figu­ré en pre­mière page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et pri­vés, l’auraient rele­vé dans leurs gros titres, sans doute mani­pu­la­teurs, mais ceux-ci auraient par­lé du défi du peuple véné­zué­lien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient mon­tré des images, peu nom­breuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de véné­zué­liens devant les bureaux de vote, comme ceux du Polie­dro de Cara­cas, ou de ces gens mar­chant à tra­vers les col­lines et tra­ver­sant les rivières dans la région de Táchi­ra ou de Méri­da, où les bureaux de vote étant occu­pés par des gua­rim­be­ros (cas­seurs) armés, il fal­lait se dépla­cer à la recherche de centres de secours où pou­voir voter, sou­vent sans y parvenir.

Les légendes des pho­tos auraient sûre­ment détour­né les images et pro­po­sé une lec­ture en accord avec le déses­poir de l’opposition put­chiste inca­pable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un com­men­taire, une toute petite infor­ma­tion qui aurait par­lé de la volon­té majo­ri­taire du peuple véné­zué­lien contre tout pro­nos­tic et tout cal­cul rationnel.

Tout jour­na­liste digne de ce nom aurait vou­lu consi­gner, ana­ly­ser, véri­fier et même mani­pu­ler cet évé­ne­ment. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font cir­cu­ler une infi­ni­té d’images qui comblent les vides des nou­velles qui en sont dépour­vues. Là où les médias de masse cachent une image, les réseaux en mettent des cen­taines. Cepen­dant, le 31 Juillet, l’information sur les élec­tions véné­zué­liennes pour l’Assemblée Consti­tuante est pas­sée sous silence dans les médias espa­gnols. C’est une autre infor­ma­tion qui fut don­née à sa place.

La non nou­velle qui a sup­plan­té l’événement véné­zué­lien, bâtie sur le modèle déjà exis­tant (vio­lence et chaos) était : nou­velle jour­née de vio­lence au Vene­zue­la. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qua­li­fi­ca­tifs, à façon­ner une image qui cor­res­ponde à la pro­pa­gande dis­til­lée au cours des mois anté­rieurs. Puis ont éclos les spores dis­sé­mi­nées par la non nou­velle, qui avaient déjà été dif­fu­sées par les agences impé­ria­listes : auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gou­ver­ne­ment, oppo­sants nou­vel­le­ment arrê­tés, iso­le­ment international…

L’événement d’une jour­née élec­to­rale qui a mobi­li­sé des mil­lions de véné­zué­liens qui sont allés voter pour leurs can­di­dats à la Consti­tuante, fut trop incon­tes­table pour être pas­sé sous silence ; les flots du peuple véné­zué­lien trou­vaient une infi­ni­té de fenêtres numé­riques par où s’écouler. De sorte que le sys­tème de pro­pa­gande de guerre des médias de masse espa­gnols, si bien entre­te­nu et hui­lé par les agences de presse éta­su­niennes, acti­va l’un de ses res­sorts les plus sub­tils. Il n’affronta pas la nou­velle en la tai­sant, bien qu’il le fît éga­le­ment, il ne mani­pu­la pas des images comme il l’a réel­le­ment fait avec le frau­du­leux réfé­ren­dum de l’opposition du 16 Juillet (le jour­nal El País dût rec­ti­fier une image du test élec­to­ral pour l’assemblée Consti­tuante, sous laquelle figu­rait une légende affir­mant que c’étaient des queues pour voter au réfé­ren­dum orga­ni­sé par l’opposition). Dans ce cas, la tech­nique de pro­pa­gande média­tique majo­ri­tai­re­ment employée fit rem­pla­cer l’information qui fai­sait l’évènement par d’autres qui atti­re­raient l’attention des audiences.

Les gros titres par­lèrent de vio­lence, dic­ta­ture et condam­na­tion inter­na­tio­nale : “Lors d’une jour­née mar­quée par la ten­sion, les mani­fes­ta­tions, la répro­ba­tion inter­na­tio­nale et la vio­lence, les véné­zué­liens ont voté pour choi­sir les membres de l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante » (CNN en espa­gnol) ; “Madu­ro concré­tise un coup d’état contre lui-même au Vene­zue­la au cours d’une jour­née élec­to­rale des plus vio­lentes” (El País) ; “Condam­na­tion inter­na­tio­nale de l’usage dis­pro­por­tion­né de la force au Vene­zue­la. 10 per­sonnes au moins sont mortes dans les mani­fes­ta­tions pen­dant les élec­tions à l’assemblée consti­tuante que sou­tient Nicolás Madu­ro. (Télé­vi­sion Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 mil­lions de véné­zué­liens atten­daient leur tour pour voter. Après les élec­tions pré­si­den­tielles de 2012 qui élirent Hugo Chá­vez, ce furent les élec­tions qui mobi­li­sèrent la plus large par­ti­ci­pa­tion de masse. Tou­te­fois, lorsque l’on consulte les archives pho­to­gra­phiques du jour­nal El País, on se trouve devant un étrange phé­no­mène : sur 30 images sélec­tion­nées par le quo­ti­dien, 7 sont celles d’explosions, de bar­ri­cades et d’actes de vio­lence, 2 montrent les oppo­sants, 2 autres le pré­sident Madu­ro et le reste montre des véné­zué­liens iso­lés en train de voter, l’urne en pre­mier plan, des petits groupes regar­dant les listes ou assis, atten­dant pour voter ; il n’y a qu’une pho­to où l’on voit très loin des voi­tures et des per­sonnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images signi­fi­ca­tives fut consta­té sur la Télé­vi­sion Espa­gnole. C’est dire que, dans les médias espa­gnols de grande audience, les images, quand elles fai­saient allu­sion à l’acte de voter, lan­çaient un mes­sage contraire à la réa­li­té qui cir­cu­lait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de véné­zué­liens sont allés voter. C’étaient des images soi­gneu­se­ment sélec­tion­nées pour appuyer la ver­sion de l’opposition et ne pas don­ner l’information de l’appui mas­sif à la Consti­tuante don­né par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes poli­tiques ne font pas de décla­ra­tion, ils twittent, où la vola­ti­li­té de l’information numé­rique pré­vaut sur le papier et où les télé­vi­sions copient les réseaux sociaux, les façons de men­tir et de défor­mer sont de plus en plus com­plexes. Plu­tôt que de cacher une infor­ma­tion, il est plus effi­cace d’en don­ner une autre dif­fé­rente, qui occupe la place de la réelle. Nous appel­le­rons cela la « non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations socio­lo­giques) que ceci soit habi­tuel dans les médias espa­gnols. Comme anté­cé­dents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signa­lait que la Télé­vi­sion Espa­gnole, alors que le chô­mage était tou­jours la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des espa­gnols, lui avait consa­cré la moi­tié du temps qu’elle avait employé à par­ler de la crise poli­tique au Vene­zue­la (les jour­naux télé­vi­sés de ce mois-là consa­crèrent 71 minutes à la situa­tion du Vene­zue­la face aux 31 qu’ils dédièrent au chô­mage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bul­le­tins d’information du monde ouvraient sur le désar­me­ment de l’ETA, la Télé­vi­sion Espa­gnole par­lait du Vene­zue­la plu­tôt que du désar­me­ment de l’ETA.

Cette tech­nique de pro­pa­gande de guerre qu’emploient les jour­naux d’information espa­gnols fait par­tie d’autres tech­niques mieux réper­to­riées comme : le deux poids deux mesures, prendre la par­tie pour le tout, les infos toxiques, la par­tia­li­té des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de sub­sti­tu­tion, la non infor­ma­tion, elle, doit com­por­ter cer­taines carac­té­ris­tiques. En pre­mier lieu, elle doit être cré­dible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà éta­blie ; dans le cas des élec­tions à l’Assemblée Consti­tuante cette matrice est : vio­lence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait cer­tain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des bar­ri­cades incen­diées, un quel­conque inci­dent iso­lé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anec­do­tique ou ne peut être géné­ra­li­sé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cepen­dant, pour ne pas don­ner l’information impor­tante ‑celle qui, elle, est géné­ra­li­sable quan­ti­ta­ti­ve­ment et qualitativement‑, il est fon­da­men­tal de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre média­tique, fonc­tionne, comme les atten­tats sous faux dra­peaux ou atten­tats contre soi-même, (ceux qui sont com­mis pour reje­ter la faute sur l’ennemi et jus­ti­fier une inter­ven­tion). Ain­si, lors de la jour­née d’élections véné­zué­lienne il y eut des inci­dents pro­vo­qués par l’opposition, un atten­tat contre la Garde Natio­nale Boli­va­rienne, des embus­cades armées pour dis­sua­der les votants et incen­die de bureaux de vote. Mais si l’on prend la jour­née dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude paci­fique et la déter­mi­na­tion des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troi­sième lieu, l’information de sub­sti­tu­tion doit être au rang du spec­ta­cu­laire autant que l’information réelle, afin de rete­nir toute l’attention. La vio­lence est tou­jours une infor­ma­tion spec­ta­cu­laire en soi, elle est capable de rete­nir l’attention et de relé­guer tout autre fait. C’est pour­quoi, même lorsque l’on ne dis­pose pas d’images de vio­lence il faut que le jour­na­liste appa­raisse por­tant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cer­veau prête foi aux actes de vio­lence dont parle le reporter.

En qua­trième lieu, elle doit être capable de concen­trer l’attention de ceux qui sont cri­tiques envers les médias de masse, afin que tout le poten­tiel de contre-infor­­ma­­tion soit poin­té vers la mise en cause du « mes­sa­ger » (les moyens de com­mu­ni­ca­tion de masse). Nous, les intel­lec­tuels et ana­lystes, nous nous foca­li­sons sur la dénon­cia­tion de la mani­pu­la­tion des médias et nous lais­sons de côté la dif­fu­sion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concen­trés sur la dénon­cia­tion de l’attentat contre la garde natio­nale boli­va­rienne, que les médias ont trans­for­mé en « répres­sion contre Madu­ro » ou sur la dénon­cia­tion de la vio­lence des para­mi­li­taires de l’opposition qui sabo­taient les élec­tions, au lieu de par­ler des véné­zué­liens élus pour réfor­mer la Consti­tu­tion, de leur ori­gine sociale, de leur enga­ge­ment envers leurs bases, des pre­mières pro­po­si­tions pour la réforme de la Consti­tu­tion, des pro­blèmes d’impunité que sou­haite résoudre la nou­velle car­ta magna … En théo­rie de la com­mu­ni­ca­tion cela se com­prend comme l’Agenda Set­ting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on par­le­ra, qui fixent ce qui est impor­tant, ce qui ne doit appa­raître dans aucun média, com­ment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non infor­ma­tion de ces jours der­niers a été « l’isolement inter­na­tio­nal du Vene­zue­la ». Aux Nations Unies, le Vene­zue­la a obte­nu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approu­vèrent une réso­lu­tion de recon­nais­sance de la Consti­tuante véné­zué­lienne et récla­mèrent la non-ingé­­rence. Par­mi ces pays figu­raient les plus peu­plés au monde et quelques autres de grand poids inter­na­tio­nal comme la Rus­sie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.

La non infor­ma­tion qui rem­pla­ça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les prin­ci­paux pays d’Amérique Latine condamnent la Consti­tuante de Madu­ro (El País) » infor­ma­tion éga­le­ment pré­sente dans la majo­ri­té des médias espa­gnols le len­de­main des élections.

Mais cette tech­nique ne fonc­tionne que si l’on dis­pose du per­son­nel spé­cia­li­sé capable, presque spon­ta­né­ment, d’élaborer les non infor­ma­tions, capable de regar­der ailleurs, bien équi­pé du dégui­se­ment du « repor­ter de guerre ». Ce sont les para­jour­na­listes, et à la tête de la pro­fes­sion inter­na­tio­nale se trouvent les espa­gnols, tant des médias de masse pri­vés que des médias publics.

L’an der­nier j’ai déjà défi­ni ce que j’entends par para­jour­na­listes : « Si l’on qua­li­fie de para­mi­li­taire celui qui est affi­lié à une orga­ni­sa­tion civile dotée d’une struc­ture ou d’une dis­ci­pline mili­taire, nous pou­vons dire des para­jour­na­listes qu’ils sont ces jour­na­listes affi­liés à des médias de masse qui suivent une dis­ci­pline mili­taire, lan­çant des bombes infor­ma­tives sur les objec­tifs défi­nis par leurs entre­prises ». Par­mi ces der­niers nous avons Mar­cos López et Nuria Ramos, cor­res­pon­dants de Télé­vi­sion Espa­gnole, qui sans aucun doute méritent une men­tion spé­ciale pour leur mau­vais tra­vail jour­na­lis­tique, tou­jours prêts à se pla­cer du côté de ceux qui jettent les bombes incen­diaires sur la garde boli­va­rienne, capables de contre­dire sans dif­fi­cul­té les images que recueillent leurs propres appa­reils de pho­tos, dis­po­sés à se faire les vic­times –tout comme l’opposition- de la « répres­sion du gou­ver­ne­ment bolivarien ».

La grande offen­sive contre le gou­ver­ne­ment du Vene­zue­la de la part des médias de masse espa­gnols fait par­tie de la guerre mon­diale contre tout pro­ces­sus qui ne se plie pas aux inté­rêts impé­ria­listes. Nos para­jour­na­listes jouent leur rôle comme membres de l’armée vas­sale. Ces jours der­niers nous avons véri­fié que la guerre média­tique contre le Vene­zue­la est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guer­rière d’aujourd’hui est sans pré­cé­dents, et qu’en réa­li­té il n’existe pas dif­fé­rents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape Fran­çois, nous sommes face à une Troi­sième Guerre Mon­diale dont nous ne voyons que des bribes, le Vene­zue­la est aujourd’hui l’un des objec­tifs prio­ri­taires pour l’empire. La dif­fi­cul­té vient de ce que, contrai­re­ment à ce que nous vendent les films de Hol­ly­wood, aujourd’hui la guerre ne se pré­sente pas à nous sous la même forme qu’au siècle der­nier, il nous est plus dif­fi­cile de recon­naître son mode de dérou­le­ment et d’identifier ses nou­veaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Vene­zue­la essaie de com­battre les deux piliers sur les­quels repose la Révo­lu­tion boli­va­rienne : la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et l’utopie socia­liste. Elle vise à miner l’image du Vene­zue­la à l’extérieur pour contre­ba­lan­cer deux des traits les plus carac­té­ris­tiques de la révo­lu­tion boli­va­rienne : la voie paci­fique et démo­cra­tique pour trans­for­mer le pays et l’utilisation de ses res­sources natu­relles pour amé­lio­rer les condi­tions de vie socio-éco­­no­­miques de la popu­la­tion. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alter­na­tive au Capi­ta­lisme. En ce sens, le Vene­zue­la a éga­le­ment pris la relève de Cuba comme réfé­rent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est deve­nu le mau­vais exemple.

D’où les mis­siles qui sont constam­ment lan­cés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révo­lu­tion boli­va­rienne : la vio­lence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux tor­pilles qui tra­di­tion­nel­le­ment sont poin­tées sur la ligne de flot­tai­son de toute uto­pie socialiste.

Avec un pareil objec­tif, les moyens de com­mu­ni­ca­tion et tout le sys­tème de pro­pa­gande contre le Vene­zue­la visent très spé­cia­le­ment le ter­rain des cam­pagnes élec­to­rales et mettent en cause sa démo­cra­tie. Il ne faut pas oublier que les élec­tions sont la condi­tion de la démo­cra­tie pour les élites poli­tiques mais, seule­ment si l’on peut garan­tir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de com­mu­ni­ca­tion, l’on par­vient à convaincre la popu­la­tion de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gou­ver­ne­ments, ni des cor­po­ra­tions, ni des moyens de com­mu­ni­ca­tion, ni des peuples. Les guerres sont le résul­tat de tous et de cha­cun de ces élé­ments. Les gou­ver­ne­ments déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévi­table », mais, avant, les cor­po­ra­tions font leurs comptes et le bilan des coûts et pro­fits, mais, avant, les moyens de com­mu­ni­ca­tion créent les condi­tions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas per­du : selon un rap­port éla­bo­ré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reu­ters pour l’étude du jour­na­lisme, sur les 11 pays euro­péens étu­diés, les moyens de com­mu­ni­ca­tion espa­gnols sont les moins fiables. Au niveau mon­dial, quand sont étu­diés les publics des Etats-Unis, Grande Bre­tagne, Alle­magne, France, Espagne, Ita­lie, Irlande, Dane­mark, Fin­lande, Bré­sil, Japon et Aus­tra­lie, seuls les moyens de com­mu­ni­ca­tion éta­su­niens ont moins de cré­di­bi­li­té que les espagnols.

Ángeles Diez Rodrí­guez
Doc­teure en Sciences Poli­tiques et en Socio­lo­gie, pro­fes­seure de l’Universidad Com­plu­tense de Madrid.

Source : http://​www​.alai​net​.org/​e​s​/​a​r​t​i​c​u​l​o​/​1​8​7​357

Tra­duc­tion : Michele ELICHIRIGOITY

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/19/venezuela-comment-ne‑p…

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Philippe Pascot​​ : [à la fois juges et parties] les élus peuvent toujours autant truander !

httpv://youtu.be/-Agk8brvG4M

N’ou­bliez pas ça (tout le reste est second) : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir. 

Si c’é­tait de simples citoyens qui étaient char­gés d’é­crire et de faire appli­quer une « loi de mora­li­sa­tion de la vie publique », celle-ci serait par­fai­te­ment rédi­gée et res­pec­tée depuis longtemps.

Nous n’a­vons pas de repré­sen­tants parce que nous n’a­vons pas de consti­tu­tion parce que nous démis­sion­nons du pro­ces­sus constituant. 

Une jus­tice sociale digne de ce nom, ça s’ins­ti­tue et ça se défend au quo­ti­dien, et ça, c’est le bou­lot des citoyens, consti­tuants et vigilants.

Un élec­teur est un enfant poli­tique, un mineur, accep­tant le rang dégra­dant d’in­ca­pable, repré­sen­té par un tuteur, un maître qui décide tout à sa place. 

Un citoyen est un adulte, un acteur poli­tique actif et res­pon­sable n’ac­cep­tant pas d’être « repré­sen­té » par un maître poli­tique, et exi­geant que, en toute matière, les repré­sen­tants soient les ser­vi­teurs des lois sous le contrôle per­ma­nent du peuple. 

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. Ce n’est pas aux élus d’é­crire les lois mora­li­sant leur propre comportement. 

Et il n’y a que nous pour les en empêcher.

Mer­ci Phi­lippe, pour ton tra­vail et ton cou­rage. On a signé ta péti­tion, on lit tes livres et on les fait connaître.

Étienne.

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[PRATIQUE DU COMPLOT des riches contre les pauvres] Buchanan, le tyran (dé)masqué : la mission d’un homme pour détruire la démocratie, par George Monbiot dans The Guardian (traduit par les​-crises​.fr)

Une bonne syn­thèse, tra­duite et signa­lée par le meilleur site d’in­for­ma­tion en France, les​-crises​.fr.

Ce n’est pas une « théo­rie du com­plot », c’est une PRATIQUE du com­plot, évi­dente et scandaleuse.

Et il fau­dra du cou­rage aux citoyens dignes de ce nom pour y résis­ter, sans se lais­ser inti­mi­der par les chiens de garde média­tiques judi­ciaires et poli­ciers dudit complot.

Étienne.


‘ Bucha­nan a déve­lop­pé un pro­gramme caché pour sup­pri­mer la démo­cra­tie pour le compte des très riches. Il refa­çonne la poli­tique. Illus­tra­tion : Sébas­tien Thibault’

La vision de James McGill Buchanan d’un capitalisme totalitaire a infecté les politiques publiques aux États-Unis. Aujourd’hui, elle est en train de s’exporter.

C’est le cha­pitre man­quant : une clé pour com­prendre la poli­tique de la der­nière moi­tié du ving­tième siècle. Lire le nou­veau livre de Nan­cy Mac Lean : “Demo­cra­cy in chains : The Deep His­to­ry of the Radi­cal Right’s Stealth Plan for Ame­ri­ca”, c’est voir ce qui jusqu’alors était demeu­ré invisible.

Le tra­vail du pro­fes­seur d’histoire sur le sujet com­men­ça par acci­dent. En 2013, elle tom­ba sur une mai­son colo­niale aban­don­née sur le cam­pus de l’université George Mason en Vir­gi­nie. Celle-ci était rem­plie d’archives non clas­sées appar­te­nant à un homme mort cette année là et dont le nom ne vous est pro­ba­ble­ment guère fami­lier : James McGill Bucha­nan. Elle affirme que la pre­mière chose qu’elle récu­pé­ra fut un lot de lettres confi­den­tielles concer­nant des mil­lions de dol­lars trans­fé­rés à l’université par le mil­liar­daire Charles Koch.

Ses décou­vertes dans cette mai­son des hor­reurs révèlent com­ment Bucha­nan, avec l’aide de magnats des affaires et des ins­ti­tuts finan­cés par ces der­niers, déve­lop­pèrent un pro­gramme secret pour sup­pri­mer la démo­cra­tie au béné­fice des ultra-riches. Ce pro­gramme est en train de remo­de­ler la sphère poli­tique et pas seule­ment aux Etats-Unis.

Bucha­nan fut for­te­ment influen­cé à la fois par le néo­li­bé­ra­lisme de Frie­drich Hayek et de Lud­wig von Mises ain­si que par le défen­seur du pri­mat de la pro­prié­té John C. Cal­houn, lequel défen­dit dans la pre­mière moi­tié du XIXème siècle l’idée selon laquelle la liber­té consiste à avoir le droit abso­lu d’utiliser votre pro­prié­té (y com­pris vos esclaves) comme vous le sou­hai­tez ; toute ins­ti­tu­tion qui empiète sur ce droit est un agent d’oppression, exploi­tant les pos­sé­dants pour le compte de la masse.

James Bucha­nan réa­li­sa la syn­thèse de ces influences pour créer ce qu’il appe­la la théo­rie du choix public (Public Choice). Selon cette der­nière, une socié­té ne peut être consi­dé­rée comme libre à moins que chaque citoyen n’ait la pos­si­bi­li­té de mettre un veto sur les déci­sions prises par celle-ci.

Pour Bucha­nan, cela vou­lait dire concrè­te­ment que per­sonne ne devait être impo­sé contre sa volon­té. Or, selon lui, les riches étaient exploi­tés par ceux qui uti­lisent leur vote pour leur extor­quer de l’argent et qui l’utilisent pour finan­cer, via l’impôt, la dépense publique et les sys­tèmes de pro­tec­tion sociale. Auto­ri­ser les tra­vailleurs à créer des syn­di­cats et mettre en place des niveaux d’imposition pro­gres­sifs sur le reve­nu était l’exemple d’une légis­la­tion « dis­cri­mi­na­toire ou dif­fé­ren­tielle » envers les déten­teurs du capital.

Tout conflit entre « la liber­té » (auto­ri­ser les riches à agir comme bon leur semble) et la démo­cra­tie devait être réso­lu en faveur de la liber­té. Dans son livre, « The Limits of Liber­ty », Bucha­nan notait que « le des­po­tisme pour­rait être la seule forme d’organisation alter­na­tive à la struc­ture poli­tique telle que nous l’observons. »

Le despotisme au nom de la défense de la liberté.

Sa solu­tion à ce pro­blème était une “révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle” : créer des contraintes irré­vo­cables pour limi­ter le choix démo­cra­tique. Spon­so­ri­sé durant toute sa car­rière par des fon­da­tions appar­te­nant à des mil­liar­daires et de grandes entre­prises, il déve­lop­pa un cadre théo­rique pour pré­sen­ter à quoi res­sem­ble­rait sa révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle ain­si que la stra­té­gie pour la mettre en œuvre.

Il expli­qua com­ment les poli­tiques de désé­gré­ga­tion dans les écoles du sud des Etats-Unis pour­raient être mises en échec en créant un réseau d’écoles pri­vées sou­te­nues par les États. Il fut le pre­mier à pro­po­ser de pri­va­ti­ser les uni­ver­si­tés et d’imposer aux étu­diants de payer l’intégralité des frais de sco­la­ri­té : son but ini­tial était d’écraser le mili­tan­tisme étudiant.

Il appe­la à pri­va­ti­ser la sécu­ri­té sociale et de nom­breuses autres fonc­tions de l’État. Il cher­cha à rompre les liens entre le peuple et le gou­ver­ne­ment et à réduire à néant la confiance envers les ins­ti­tu­tions. Pour résu­mer, son objec­tif était de sau­ver le capi­ta­lisme de la démocratie.

En 1980, il put mettre son pro­gramme en action. Il fut invi­té au Chi­li où il aida la dic­ta­ture de Pino­chet à écrire une nou­velle consti­tu­tion qui, grâce aux habiles méca­nismes pro­po­sés par Bucha­nan, s’est avé­rée impos­sible à abro­ger com­plè­te­ment. Pen­dant que la tor­ture et les mas­sacres fai­saient rage, il conseilla le gou­ver­ne­ment d’étendre les pro­grammes de pri­va­ti­sa­tion, d’austérité, de res­tric­tion moné­taire, de déré­gu­la­tion et de des­truc­tion des syn­di­cats : un ensemble de mesures qui contri­buèrent à un effon­dre­ment éco­no­mique en 1982.

Rien de tout cela ne trou­bla l’Académie Sué­doise qui, par le biais de Assar Lind­beck de l’université de Stock­holm, un sup­por­teur de Bucha­nan, lui attri­bua le prix d’économie en mémoire d’Alfred Nobel. C’est une des déci­sions qui, par­mi d’autres, contri­buèrent à dis­cré­di­ter ce prix. Mais son pou­voir com­men­ça vrai­ment à se faire sen­tir lorsque Koch, actuel­le­ment la sep­tième for­tune des Etats-Unis, déci­da que Bucha­nan pos­sé­dait la clé qui lui per­met­trait d’enclencher la trans­for­ma­tion qu’il sou­hai­tait. Koch consi­dé­rait même des idéo­logues comme Mil­ton Fried­man ou Alan Greens­pan comme des « ven­dus » car ils cher­chaient à amé­lio­rer l’efficacité du gou­ver­ne­ment plu­tôt que de lé détruire pure­ment et sim­ple­ment. Bucha­nan pous­sa cette logique jusqu’au bout.

MacLean affirme que Charles Koch injec­ta des mil­lions de dol­lars dans le tra­vail de Bucha­nan à l’université George Mason dont les dépar­te­ments d’économie et de droit res­semblent davan­tage à des think-tanks finan­cés par des entre­prises qu’à des ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires. Il uti­li­sa l’économiste pour recru­ter les « cadres » des­ti­nés à mettre en place son pro­gramme (Mur­ray Roth­bard de l’institut Cato fon­dé par Koch, a exhor­té le mil­liar­daire à étu­dier les tech­niques de Lénine et à les appli­quer à la cause liber­ta­rienne). À eux deux, ils com­men­cèrent à déve­lop­per un pro­gramme des­ti­né à chan­ger les règles.

Les papiers décou­verts par MacLean montrent que Bucha­nan consi­dé­rait la dis­si­mu­la­tion comme étant cru­ciale. Il aver­tit ses col­la­bo­ra­teurs que « le secret de la conspi­ra­tion est en tout temps essen­tiel ». Au lieu de révé­ler le but final, ils allaient avan­cer pas à pas, par paliers. Par exemple, au lieu de cher­cher à détruire le sys­tème de sécu­ri­té sociale, ils affir­me­raient vou­loir le sau­ver arguant que sans des « réformes » radi­cales, ce der­nier était condam­né (le même argu­ment est uti­li­sé par ceux qui attaquent le NHS [le sys­tème de san­té bri­tan­nique]. Petit à petit, ils construi­raient une « contre-intel­­li­­gent­­sia », alliée à « vaste réseau de pou­voir poli­tique » des­ti­né à deve­nir la nou­velle élite.

Par le réseau de think-tanks que Koch et les autres mil­liar­daires ont finan­cé, par leur trans­for­ma­tion du par­ti répu­bli­cain et les cen­taines de mil­lions qu’ils ont injec­té dans les élec­tions légis­la­tives et judi­ciaires amé­ri­caines, par la colo­ni­sa­tion mas­sive de l’administration de Trump par les membres de ce réseau et par les cam­pagnes redou­ta­ble­ment effi­caces contre un ensemble de sujets allant de la san­té publique au chan­ge­ment cli­ma­tique, il serait juste de dire que la vision de Bucha­nan est arri­vée à matu­ri­té aux États-Unis.

Mais pas seule­ment là-bas. Lire ce livre fut comme enle­ver la couche de buée recou­vrant la fenêtre d’où j’observe la vie poli­tique bri­tan­nique. La grande liqui­da­tion des régle­men­ta­tions mise en évi­dence par le désastre de la tour Green­fel, la des­truc­tion de l’architecture de l’État par l’austérité, les règles bud­gé­taires, le déman­tè­le­ment des ser­vices publics, les frais de sco­la­ri­té et le contrôle des écoles : toutes ces mesures suivent le pro­gramme de Bucha­nan à la lettre. Je me demande com­bien de per­sonnes ont conscience que le pro­jet des écoles libres de David Came­ron s’appuie sur un pro­jet conçu pour lut­ter contre la désé­gré­ga­tion du sud des États-Unis.

Bucha­nan avait rai­son sur un point : il y a un conflit intrin­sèque entre ce qu’il appe­lait « la liber­té éco­no­mique » et la liber­té poli­tique. La liber­té com­plète pour les mil­liar­daires signi­fie la pau­vre­té, l’insécurité, la pol­lu­tion et la dis­pa­ri­tion des ser­vices publics pour le reste de la socié­té. Etant don­né que nous ne vote­rons jamais pour un tel pro­gramme, il ne peut être mis en place qu’en ayant recours à la trom­pe­rie et à un contrôle auto­ri­taire. Le choix auquel nous sommes confron­tés oppose un capi­ta­lisme sans res­tric­tion et la démo­cra­tie. Nous ne pou­vons pas avoir les deux.

Le pro­gramme de Bucha­nan est un mode d’emploi pour la mise en place d’un capi­ta­lisme tota­li­taire. Et ses dis­ciples ont à peine com­men­cé à le mettre en appli­ca­tion. Grâce aux décou­vertes de MacLean, nous pou­vons au moins prendre conscience de son exis­tence. L’une des pre­mières règles en poli­tique est : connais ton enne­mi. On s’en approche.

George Mon­biot (The Guardian)

Tra­duc­tion par Camille M., publiée sur les​-crises​.fr :

Source : The Guar­dian, George Mon­biot, 19-07-2017

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​4​6​5​1​6​2​6​2​317

Nouvel entretien avec La Mutinerie : à propos des élections (toujours gagnées par les pires ennemis du bien commun), de l’opposition contrôlée (divisée), des prétendus « antifas », et bien sûr des ateliers constituants

Mani­fes­te­ment cre­vé et pas­sa­ble­ment décou­ra­gé, pardon.

Si un gen­til ou une gen­tille pou­vait m’ai­der à com­po­ser un plan minu­té de cet entre­tien, ce serait bien 🙂

Mer­ci à tous, pour tout ce que vous arri­vez à faire mal­gré les difficultés.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​5​4​1​6​5​3​0​4​7​317


[Edit (16 août) : Cathe­rine a rédi­gé le plan très détaillé de tout cet entre­tien… Quel bou­lot, non mais quel bou­lot !!! Cette bonne fée a publié tout ça sur l’i­né­pui­sable wiki des GVs :

http://​wiki​.gen​tils​vi​rus​.org/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​L​a​_​M​u​t​i​n​e​r​i​e​–​_​e​n​t​r​e​t​i​e​n​_​a​v​e​c​_​E​t​i​e​n​n​e​_​C​h​o​u​a​r​d​–​2​017

Mer­ci Cathe­rine, MERCI !!! 🙂

Étienne.


1 Résumé détaillé minuté : La Mutinerie – entretien avec Etienne Chouard – 2017

1.1 Une vraie constitution

1.1.1 (0′10″) Avoir une vraie constitution = pouvoir prendre des décisions dans le sens du bien commun, de l’intérêt général et non dans l’intérêt des privilégiés contrôlant le pouvoir

Si on a une vraie consti­tu­tion, cela va abso­lu­ment tout changer :

-> Cela donne le pou­voir de prendre des déci­sions dans le bien com­mun, dans le sens du bien com­mun, dans l’in­té­rêt général.
-> Cela change tout au niveau local, dépar­te­men­tal, régio­nal, natio­nal, conti­nen­tal, mondial.
-> Cela chan­ge­rait même la conjonc­ture géné­rale, la pros­pé­ri­té en décou­le­rait comme la dis­pa­ri­tion com­plète du chômage.
-> Les déci­sions publiques ne ser­vi­raient plus l’in­té­rêt des pri­vi­lé­giés qui ont pris le contrôle du pouvoir.
-> Les déci­sions prises ne seraient plus dans l’in­té­rêt des lob­bies, puis­sants, riches, mul­ti­na­tio­nales (Mon­san­to et mar­chands de canons y compris).

1.1.2 (1′30″) Méthode de la mafia historique et des gouvernements : terreur et pénurie

-> La mafia gou­verne par la ter­reur, en ter­ro­ri­sant ses vic­times tout en se pré­sen­tant comme le protecteur.
-> Le chô­mage est une construc­tion poli­tique, un outil ter­ro­riste, un outil mafieux.
Le chô­mage est une arme des riches contre les pauvres, un outil qui sert de tenaille pour faire peur.
-> Les gou­ver­ne­ments qui sont au ser­vice des plus riches depuis la Révo­lu­tion fran­çaise ter­ro­risent la popu­la­tion et orga­nisent la pénurie.
Il est très impor­tant que les peuples aient besoin de tra­vailler mais pas pour le bien com­mun, pour les négriers qui ont pris le contrôle du gouvernement.

1.1.3 (2′48″) Avoir une vraie constitution rendraient impossibles toutes les formes de fascisme

-> Ipso fac­to les riches ne peuvent plus prendre le pou­voir politique.
-> Fin du capitalisme.
-> impos­si­bi­li­té de toutes les formes de fascisme.
Avec un peuple consti­tuant, il n’y a plus de place pour un tyran.
Avec un peuple consti­tuant dès qu’un tyran mani­gance pour arri­ver au pou­voir, il a contre lui des citoyens.

1.1.4 (3′20″) Électeur = consent à tout abandonner à des maîtres / citoyen = défend la démocratie

-> Un élec­teur ne défend rien ; il consent à tout aban­don­ner à des maîtres ; il choi­sit entre cra­pule A, cra­pule B et cra­pule C ; il est sou­vent éteint, pares­seux, com­plexé et se croit incompétent.
-> Un citoyen défend la démo­cra­tie ; il est actif, courageux.

Tout le monde se méfie des poli­tiques, plus de 80% de la popu­la­tion n’ont pas confiance dans les acteurs politiques.
Ceux qui votent valident le système.

1.2 Méchants abstentionnistes !

1.2.1 (4′22″) La position abstentionniste a une cohérence mais ne nous sort pas du piège politique. La seule issue : devenir constituant

La posi­tion abs­ten­tion­niste est très défen­dable et ne mérite pas d’être condamnée.
Les acteurs poli­tiques pro­fes­sion­nels nous volent lit­té­ra­le­ment la réflexion et l’ac­tion poli­tique.
Voter ou ne pas voter ne nous sort pas du piège politique.
Pas d’autre issue que de deve­nir consti­tuant :
-> se his­ser au-des­­sus des pou­voirs actuels, intel­lec­tuel­le­ment, avant de pou­voir le faire pratiquement.
-> être capable de conce­voir que nous sommes souverains.
Les ate­liers consti­tuants servent à cette réflexion, l’en­traî­ne­ment doit être quotidien :
-> Chaque jour faire une réflexion pratique.

1.3 L’autonomie en question

1.3.1 (6′15″) Face au « diviser pour mieux régner » les alternatives d’autonomie de vie ne suffisent pas pour résister au fascisme

Les peuples qui vou­laient colo­ni­ser un autre peuple ont très sou­vent semé le chaos pour pou­voir l’ex­ploi­ter, nous devons nous pré­pa­rer au chaos qui vient.
Construire un monde qui nous manque est une superbe idée mais cela ne suf­fit pas à faire un pro­jet poli­tique alternatif.
Faire tour­ner des éoliennes, deve­nir fru­gal, auto­nome, devoir s’ar­mer et se bar­ri­ca­der pour faire face au chaos pen­dant que tout le reste de l’hu­ma­ni­té crève ne peut être une alter­na­tive réelle pour résister.

1.3.2 (8′30″) Développer une aptitude constituante et être citoyen actif responsable de la limite des pouvoirs permettent la résistance au fascisme

-> Pour résis­ter à un tyran et au fas­cisme, main­te­nir l’ac­ti­vi­té éco­no­mique nor­male, les citoyens consti­tuants entraî­nés à ins­ti­tuer eux-mêmes les contrôles des pou­voirs seront plus robustes.
-> Pour résis­ter au chaos, il fau­drait avoir déve­lop­pé une apti­tude consti­tuante non réduite à l’as­pect juri­dique du terme.
-> Être un citoyen consti­tuant c’est pen­ser les pou­voirs dont a besoin la com­mu­nau­té et les limi­ta­tions non théo­riques mais pra­tiques de ces pou­voirs par l’ac­ti­vi­té concrète des citoyens.

1.4 En marche ?

1.4.1 (9′33″) La fabrique des opinions : les instituts de sondage

-> Macron est le début d’une dévas­ta­tion sociale his­to­rique, inédite, un retour au XIXe siècle.
-> Les ins­ti­tuts de son­dage sont tous sous appropriation.
-> L’ins­ti­tut de son­dage est un des outils majeurs de la fabrique du consen­te­ment, de la fabrique des opi­nions, une machine faite pour nous tromper.
-> Les son­dages disent que les fran­çais sont prêts à don­ner à Macron une majo­ri­té à l’As­sem­blée Nationale.

1.4.2 (10′43″) Le droit du travail : retournement de la hiérarchie des normes par la loi Macron et perte de la protection

Nous étions pro­té­gés par un droit du tra­vail donc par une loi qui se situait au-des­­sus de la volon­té du patron. Entre les normes pro­duites entre le patron et le sala­rié et la loi, la loi était au-des­­sus. Il y avait une hié­rar­chie des normes pro­tec­trice pour le salarié.
La pre­mière loi Macron – la loi El Khom­ri (loi tra­vail) – a déjà inver­sé la hié­rar­chie des normes.
la loi Macron inver­sant la hié­rar­chie des normes a détruit la pro­tec­tion que nous avions, le droit du tra­vail étant changé.
L’ur­gence est de défaire cette loi El Khom­ri ; or Macron veut la renforcer.

1.4.3 (11′43″) L’urgence c’est de devenir citoyen constituant et ne plus être tenu à l’écart

L’ur­gence n’est pas de créer des com­mu­nau­tés, l’ur­gence c’est de deve­nir consti­tuant, un citoyen vigi­lant ! On peut cumu­ler les deux.
  • Deve­nir consti­tuant ne demande pas un effort consi­dé­rable ; ce qui est com­pli­qué c’est de s’y mettre :
-> S’im­po­ser une minute par jour à réflé­chir concrè­te­ment à la Constitution.
-> Prendre n’im­porte quel article de la Consti­tu­tion française : 
- réflé­chir et com­prendre ce qui est dit dans cet article,
- com­prendre com­ment le peuple est tenu à l’é­cart dans cet article,
- essayer de refor­mu­ler pour ne plus être mis à l’écart.

1.5 Du Chouard dans tous les programmes

1.5.1 (14′07″) Les professionnels de la politique vont dévoyer nos idées d’émancipation ; les conflits d’intérêt sont la cause de notre impuissance politique

Si nos idées d’é­man­ci­pa­tion citoyenne, de non pro­fes­sion­nels de la poli­tique, sont reprises par les poli­ti­ciens, ceux-ci vont dévoyer nos idées, les vider de leur sens.
Exemple : déci­der que l’as­sem­blée Consti­tuante ne devra pas être tirée au sort com­plè­te­ment mais juste en partie.
Ce serait gar­der dans la Consti­tuante les conflits d’in­té­rêt qui sont la cause de l’im­puis­sance poli­tique populaire.

1.5.2 (15′10″) Rousseau : C’est une forme de folie que de croire que celui qui est en situation de dominer va suivre un intérêt autre que le sien

-> Les maîtres vont suivre leur intérêt.
-> Si on accepte qu’il y ait des maîtres, ne pas s’at­tendre à ce qu’ils suivent un autre inté­rêt que le leur, ils ne ser­vi­ront pas l’in­té­rêt général.
-> La Consti­tu­tion non écrite par le peuple a fait que les riches ont pris le contrôle du pou­voir poli­tique ; cela donne une plou­to­cra­tie ; les déci­sions sont prises dans l’in­té­rêt des riches.

1.5.3 (15′58″) Ce que l’on va perdre avec Macron

-> Perte de la sécu­ri­té sociale.
-> Perte du droit du tra­vail protecteur.
-> Perte du sta­tut de la fonc­tion publique.
-> Perte pro­ba­ble­ment de la plu­part des ser­vices publics par la privatisation.

Notre pays est riche, il y a de l’i­ner­tie et donc du temps s’é­cou­le­ra avant d’être miné, asser­vi, malheureux.
Si les gens attendent d’être au fond du trou pour réagir !!!
On le mérite : on a voté Macron, on l’aura !

1.5.4 (16′40″) La fabrique du personnage Macron par les journaux

-> Les jour­naux appar­tiennent à 9 mil­liar­daires, on l’accepte !
-> Macron fait la poli­tique des milliardaires.
-> Les jour­naux ne parlent que de Macron, font des articles à la gloire de Macron.

Les jour­naux font la fabrique du per­son­nage Macron et cela n’a rien à voir avec l’in­té­rêt général !

1.6 Youtube/Censure/Décodex

1.6.1 (17′12″) Espoir d’une production d’un substitut libre au sein d’Internet mais surtout compter sur la robustesse d’une idée simple qui se propage même hors Internet

Il y a l’es­poir d’une pro­duc­tion d’un sub­sti­tut libre à You­tube, pla­te­forme Inter­net, etc. par les hackers, les pro­gram­meurs mais les mil­liar­daires vont cor­rompre et pol­luer Internet.
Je compte sur la robus­tesse d’une idée simple qui devrait pou­voir se répandre sans Internet.
Si l’i­dée est simple elle se pro­page sans avoir besoin d’un média aus­si puis­sant qu’Internet.

-> Ce n’est pas aux hommes du pou­voir d’écrire les règles du pouvoir.
-> Ce n’est pas aux par­le­men­taires d’é­crire la Constitution.
-> Si on veut une Consti­tu­tion il faut qu’on l’é­crive nous-mêmes.

Il faut s’en­traî­ner, se pré­pa­rer, qu’on soit plus nom­breux à s’oc­cu­per du bien commun.
Le jour où cela va péter nous serons prêts.

1.7 1984

1.7.1 (19′32″) Quand Big Brother crée, organise l’opposition pour garder le pouvoir, détourne le besoin de la population de tempêter vers une opposition fabriquée par le pouvoir

-> J’ai presque l’im­pres­sion que Mélen­chon et Le Pen servent à cris­tal­li­ser deux par­tis du peuple vou­lant s’émanciper.
Ce sont deux puis­sants enne­mis du sys­tème, ils ne font pas cause com­mune contre l’op­pres­sion, ils ne gagne­ront jamais les élections.
-> Comme décrit par Orwell dans « 1984″ Big Bro­ther pour gar­der le pou­voir orga­nise lui-même son oppo­si­tion contrô­lée et dont il n’a rien à craindre. 
- Big Bro­ther orga­nise la guerre per­ma­nente qui mobi­lise tota­le­ment le peuple et lui fait faire corps der­rière Big Brother.
- Gold­stein est le monstre fabri­qué par Big Bro­ther pour cana­li­ser les res­sen­ti­ments éven­tuels de la population.
- Les gens par mimé­tisme gré­gaire haïssent Gold­stein qui passe quo­ti­dien­ne­ment sur tous les écrans lors des « deux minutes de la haine » bien qu’il dise la vérité : 
« Méfiez-vous de Big Bro­ther, Big Bro­ther vous ment, Big Bro­ther vous vole ! ».
- Big Bro­ther se sert de ce dénon­cia­teur de scan­dales comme l’in­car­na­tion de ce qu’il faut haïr.
- Quand on hait Gold­stein, on ne hait plus Big Brother.
- Big Bro­ther détourne le besoin de la popu­la­tion de tem­pê­ter vers une oppo­si­tion qu’il a fabri­quée pour cela.
- Gold­stein est une marion­nette au ser­vice de Big Brother.

1.7.2 (25′10″) Les oppositions devraient fraterniser contre les oppresseurs qui sont au pouvoir

Les mil­lions de gens qui choi­sissent Le Pen devraient fra­ter­ni­ser avec les mil­lions de gens qui défendent Mélenchon.
On a tous le même pro­blème avec cette oli­gar­chie ploutocratique.
Cette posi­tion que je défends me fait trai­ter de phi­­lo-fas­­ciste parce que je dédia­bo­lise Gold­stein et que je demande de regar­der Big Bro­ther et non Goldstein.
Ceux qui sont au pou­voir sont les oppresseurs !

1.7.3 (26′32″) Une pensée du philosophe Alain : « Une assemblée ne pense pas ». Le mouvement de foule peut entraîner une déresponsabilisation

-> Une pen­sée d’A­lain, le phi­lo­sophe Émile Char­tier : « Une assem­blée ne pense pas ».
-> Ce sont les hommes qui pensent.
-> Les mou­ve­ments de foule peuvent entraî­ner une sorte de déresponsabilisation
-> Dans les ins­ti­tu­tions il fau­drait pré­voir des méca­nismes qui pro­tègent des mou­ve­ments de foule pour gar­der la pos­si­bi­li­té de résis­ter à l’as­sem­blée – peut-être par le vote secret.

1.7.4 (27′24″) Se mobiliser, ne pas se disperser, ne pas se diviser, être déterminé et courageux comme la classe ouvrière de la fin du XIXe-début du XXe siècle

-> À la fin du XIXe siècle, début du XXe, la classe ouvrière était très nom­breuse, plus que moti­vée, déter­mi­née à venir à bout du capi­ta­lisme, avec une culture poli­tique incroya­ble­ment supé­rieure à aujourd’hui.
-> Ils étaient for­més, déter­mi­nés, cou­ra­geux, endur­cis à la dou­leur, se sont fait mas­sa­crés lors de la pre­mière guerre mondiale.
-> Et nous ?
-> Qu’a­vons-nous comme troupe ?
-> Rien du tout, des gens qui regardent la télévision !
-> Pas de moti­va­tion, de la dis­per­sion et on se tire les uns les autres dans les pattes…

1.8 Fasciste ! (28′16″)

Les anti­fas pré­tendent que je suis un fas­ciste et m’empêchent d’a­voir des réunions avec mes copains de gauche.
Ce n’est pas tant les anti­fas peu nom­breux que les copains de gauche qui suivent et qui disent : « C’est scan­da­leux d’in­vi­ter Chouard dans les réunions ».
-> On n’y arri­ve­ra jamais, sélec­tion natu­relle, mort aux cons.
-> (28′53″) Les riches vont gagner, ils sont plus malins, plus forts, plus méchants, s’oc­cupent mieux de leurs intérêts !

1.9 Du positif ?

1.9.1 (29′06″) Se mettre à constituer, s’entraîner, partout, tout le temps

-> Tous les mois dans mon vil­lage je par­ti­cipe à un ate­lier consti­tuant chez une copine et on se régale, on pro­gresse, plein de nou­veaux viennent tout le temps.
-> Il fau­drait qu’il y en ait par­tout, tout le temps, dans chaque mai­son, dans chaque pâté de maisons.
-> Il fau­drait que les gens par­ti­ci­pant aux ate­liers consti­tuants s’en­traînent tous les jours pour avoir quelque chose à dire lors du pro­chain atelier.

1.9.2 (30′40″) Trouver une idée sexy pour réveiller les gens

-> Ils sont des mil­lions à regar­der TF1 et nous, on est 100 000.
-> On a besoin de trou­ver une façon de dire l’i­dée qui soit sexy pour des gens qui sont éteints, des gens qui ne pensent qu’à eux, qu’au foot, qu’à la télé­vi­sion. Fau­drait arri­ver à les réveiller.
-> Un jeu, peut-être ?
-> Un jeu où on gagne de l’argent ?
-> Le cer­veau col­lec­tif va peut-être finir par trou­ver cette idée là, mais cela nous manque.

1.9.3 (31′11″) Arriver à démontrer que évidemment pratiquer les ateliers constituants cela va tout changer : se hisser au-dessus de l’électeur, penser le politique en adulte, ne plus s’humilier en étant représenté

-> Les gens croient qu’ils ne sont pas capables, que faire des ate­liers consti­tuants ne chan­ge­ra rien. Et tant qu’ils pensent cela c’est logique de ne pas le faire.
-> Arri­ver à démon­trer que, évi­dem­ment, cela va tout chan­ger, en adap­tant les ate­liers consti­tuants à eux.
-> Je parle aux gens dans le train de Consti­tu­tion et ils com­prennent très vite. On devrait tous faire cela.
-> Lors des ate­liers consti­tuants, ne pas foca­li­ser sur le résul­tat. Une bonne image est celle des lignes de ‘a » lors de l’ap­pren­tis­sage de l’é­cri­ture. Quand nous avons appris à écrire nous avons fait des lignes de « a », plein de « a » jus­qu’à l’é­crire bien, ensuite on a jeté les lignes de « a », ce qui comp­tait n’é­tait pas les « a » mais que nous étions deve­nus capables d’é­crire des « a ».
-> Ce qui compte ce ne sont pas les articles qu’on écrit mais que nous sommes en train de nous his­ser au-des­­sus de l’é­lec­teur, au-des­­sus des élus. Nous deve­nons souverains !
« Je veux des élus mais sous mon contrôle, je veux des tirés au sort sous mon contrôle »
-> Cette acti­vi­té qui consiste à s’en­traî­ner, à se his­ser poli­ti­que­ment au-des­­sus, à pen­ser la poli­tique en adulte, c’est elle qui nous trans­forme, c’est le fait de nous habi­tuer à pen­ser comme cela.
Il me semble que c’est cela qui nous trans­forme quand j’écris :
« Chaque dépu­té rend des comptes à ses élec­teurs tous les six mois »,
le fait d’é­crire, cela maté­ria­lise ma muta­tion, cela me trans­forme, je me trans­forme comme une che­nille se trans­forme en papillon.
D’é­lec­teur, je deviens citoyen.
C’est parce que je l’é­cris que je deviens constituant.
Je m’au­to­rise ce que les élus ne veulent pas que je fasse. Les élus me tiennent à l’é­cart. Ils m’in­ter­disent de faire cela, ils m’infantilisent :
ce n’est pas aux élec­teurs d’é­crire la Consti­tu­tion pour eux.
Je n’ac­cepte plus d’être rava­lé au rang dégra­dant d’é­lec­teur, cela m’hu­mi­lie d’être repré­sen­té.
C’est Rous­seau qui disait cela : « Vous m’hu­mi­liez en me repré­sen­tant ».
La sou­ve­rai­ne­té ne se repré­sente pas.

1.10 Les retraités (36′38″)

-> Incroyable : les retrai­tés votent Macron.
Ils sont sans défense
-> En Grèce, treize fois on leur a bais­sé leur retraite. Ils s’en­foncent dans la misère noire ; ils sont vieux, fati­gués, ne peuvent résister.
-> Il y a beau­coup à gagner en divi­sant les retraites par 2, 3 ou 4. Il y a des mil­liards à gagner là-dessus.
-> Les retrai­tés vont som­brer, souf­frir à cause de Macron qui va don­ner ces mil­liards à ses copains.
Que les retrai­tés crèvent ! Voi­là la men­ta­li­té libé­rale.

1.11 Union Européenne

1.11.1 (38′04″) L’Union Européenne est un piège fasciste qui nous conduit à la généralisation du malheur grec, portugais, chypriote

-> Regar­dez la Grèce, le Por­tu­gal, Chypre (petit pays désar­mé) pour voir ce qui nous attend. Les libé­raux sont forts avec les faibles.
À Chypre, ils piquent sur leurs comptes en banque, toutes leurs éco­no­mies sont per­dues. C’est du vol dans l’im­pu­ni­té totale. Les repré­sen­tants le font, scan­da­li­sés mais sans pou­voir faire autrement.
-> L’U­nion Euro­péenne est un piège fas­ciste qui nous conduit à la géné­ra­li­sa­tion du mal­heur grec, por­tu­gais et nous votons pour cela.

1.11.2 (39’08) L’Europe est irréformable, elle n’est pas faite pour réformer mais pour opprimer, c’est un piège de domination, antisocial, nous empêchant de fraterniser

-> Plein de gens à gauche disent : « Je ne veux pas sor­tir de l’U­nion Euro­péenne, je veux une autre Europe ».
L’Eu­rope est irré­for­mable, elle n’est pas faite pour réfor­mer mais pour oppri­mer et en disant que vous y res­tez vous vous enfermez.
-> Les gens qui veulent res­ter dans l’U­nion Euro­péenne n’ont pas lu les trai­tés ! Ils ne les connaissent pas !
Il faut plu­sieurs fois l’u­na­ni­mi­té des 28 pays pour chan­ger une virgule !
Il suf­fit d’un seul pays libé­ral tel le Luxem­bourg, para­dis fis­cal qui ne vit que du fait qu’il est un para­dis fis­cal dans ce sys­tème, pour s’opposer.
L’Al­le­magne aus­si ne veut rien chan­ger. L’Al­le­magne se com­porte comme un pré­da­teur, volant les pays du sud en leur ven­dant ses machines-outils, et une fois que les pays du sud se sont endet­tés ces pays doivent vendre tous leurs biens publics pour rem­bour­ser cette dette – ain­si pour la Grèce.
-> Ces gens-là nous enferment dans le piège fas­ciste de l’U­nion Euro­péenne, un piège de domi­na­tion, anti­so­cial qui nous empêche de fra­ter­ni­ser.

1.11.3 (40′41″) L’urgence absolue est de sortir de L’Union Européenne ; rester dans l’Union Européenne c’est de l’inconséquence, de la sottise, de l’ignorance

-> L’ur­gence abso­lue est de sor­tir de l’U­nion Euro­péenne, ce n’est pas suf­fi­sant, il res­te­ra à régler le pro­blème démo­cra­tique au niveau national.
-> Les grecs, après avoir tout ven­du, ont per­du 25% de leur PIB, même une guerre mon­diale ne fait pas cela ; c’est une régres­sion d’un siècle.
Res­ter dans l’U­nion Euro­péenne cela ne sert que les mil­liar­daires et les grands bour­geois. L’U­nion Euro­péenne nous dés­in­dus­tria­lise, nous sommes en train de nous « tiermondialiser ».
-> Dire qu’on est de gauche, qu’on veut une autre Europe et qu’il faut res­ter dans l’U­nion Euro­péenne c’est de l’in­con­sé­quence, de la sot­tise, de l’ignorance.
Les gens qui devraient résis­ter au lieu de s’u­nir se déchirent en criant au fas­cisme alors que le fas­cisme est là et qu’il domine.
Toute les grandes struc­tures qui ont sou­te­nu Hit­ler et Mus­so­li­ni sont au pou­voir, là, aujourd’­hui. Les sup­por­ters de Hit­ler, Mus­so­li­ni, Fran­co, Pino­chet étaient sou­te­nus par le grand capi­tal qui triomphe aujourd’­hui avec l’U­nion Euro­péenne. On y est dans le fascisme !