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Passionnant Pierre Chaillot, interrogé par Weird Sauce : DÉCODER, l’expérience d’un statisticien dans une pandémie

Je vous ai par­lé récem­ment du livre de Pierre Chaillot qui est, selon moi, peut-être le livre le plus impor­tant pour com­prendre les folies des trois ans pas­sés, en démon­trant clai­re­ment l’é­norme arnaque pla­né­taire nom­mée « COVID-19 », et en dévoi­lant les rouages scien­tistes d’une bas­cule tota­li­taire sous pré­texte sani­taire. Ce nou­vel entre­tien, avec la chaîne Weird Sauce, est vrai­ment inté­res­sant, mais je dois recon­naître que tous les entre­tiens de Pierre sont passionnants.…..

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ECCLÉSIA : PROJET D’ÉMANCIPATION POLITIQUE PAR LA CRÉATION D’UN ÉTAT-NATION SANS FRONTIÈRES

ECCLÉSIA : PROJET D’ÉMANCIPATION POLITIQUE PAR LA CRÉATION D’UN ÉTAT-NATION SANS FRONTIÈRES

Chers amis, Je donne la parole aujourd’­hui à Gau­tier, qui va vous pré­sen­ter un pro­jet que je trouve ori­gi­nal et inté­res­sant. C’est peut-être une idée qui va nous per­mettre de nous éva­der de notre pri­son poli­tique. Vous nous direz ce que vous en pen­sez, je laisse la parole à Gau­tier : d’a­bord un résu­mé, puis, pour ceux qui veulent en savoir plus, un texte plus détaillé. Bonne lec­ture. Étienne. 1 – Résu­mé : Plus nous avan­çons dans l’Histoire des hommes et plus nos sys­tèmes poli­tiques nous…

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Rencontre citoyenne avec Corinne Lalo le dimanche 10 mars à Massy en Essonne : OMS, TRAITÉ « PANDÉMIES », souveraineté et citoyenneté

Rencontre citoyenne avec Corinne Lalo le dimanche 10 mars à Massy en Essonne : OMS, TRAITÉ « PANDÉMIES », souveraineté et citoyenneté

Double ITV (France Soir) et extraits (vidéo impor­tante de 10 minutes) : REPORTAGE – Lors d’une ren­contre citoyenne, @Etienne_Chouard et Corinne Lalo alertent sur les dan­gers du futur trai­té “pan­dé­mie” de l’#OMS. A cette occa­sion, les spec­ta­teurs se sont prê­tés aux ate­liers de réflexion pour pré­ve­nir ces poli­tiques. pic​.twit​ter​.com/​y​J​0​y​R​f​f​Tmf — France-Soir (@france_soir) March 22, 2024 Confé­rence com­plète de Corinne Lalo, sui­vie de mes réac­tions (vidéo Nexus) :…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Invité chez Natacha Polony : « LA DÉMOCRATIE, C’EST LE PEUPLE QUI EXERCE LE POUVOIR. NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ».

Voi­ci un chouette entre­tien, avec Nata­cha Polo­ny, ven­dre­di der­nier (24÷11÷2017), pour défendre l’i­dée d’un néces­saire pro­ces­sus consti­tuant populaire : 

Vous allez trou­ver que je radote, bien sûr 🙂 mais j’es­père que ça va vous inté­res­ser, et qu’on renou­vel­le­ra l’expérience.

Nous devrions sou­te­nir Polo­ny TV (j’y suis abon­né depuis le début ; il n’y a pas tant de télés que ça, pour défendre la sou­ve­rai­ne­té populaire) :
https://​www​.face​book​.com/​P​o​l​o​n​y​tv/

Bon cou­rage à tous, bande de virus démocratiques 🙂

Étienne.

PS : le pré­cieux petit livre édi­té par La Relève et La Peste est dis­po­nible à cette adresse 🙂 :


https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste‑1/


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​8​2​9​3​0​1​1​3​2​317

[MAGNIFIQUE] Pour nos ateliers constituants quotidiens, une application formidable : jecris​la​cons​ti​tu​tion​.fr

Chers amis,

Aujourd’­hui, je vous pré­sente un site for­mi­dable, conçu et réa­li­sé tout exprès pour nous, citoyens consti­tuants, un site que Tris­tan, un jeune homme qui vit dans le midi, nous pré­pare depuis des mois et des mois, en immer­sion totale. C’est un bou­lot de dingue et le résul­tat est épa­tant. Je suis heu­reux, j’es­père que ce magni­fique outil va nous aider à nous retrou­ver mal­gré les dis­tances, à pro­gres­ser tech­ni­que­ment et à nous mobi­li­ser davan­tage en res­tant bien concen­trés sur l’essentiel. 

Vers le prin­temps de cette année (2017), Tris­tan m’a deman­dé de l’ai­der à pré­pa­rer le cahier des charges d’un site spé­cia­le­ment dédié aux citoyens consti­tuants, pour nous aider à tra­vailler des articles de consti­tu­tion, par­fois seuls et par­fois ensemble.

Voi­ci ce que ma mémoire a conser­vé de ce cahier des charges d’un logi­ciel idéal pour des citoyens consti­tuants (ça res­semble beau­coup — en mieux ! — à la wiki­cons­ti­tu­tion que j’a­vais créée en jan­vier 2006, que nous avions uti­li­sée pen­dant presque 10 ans, et qui est mal­heu­reu­se­ment tom­bée en panne il y a quelques années) :

J’ai sug­gé­ré que ce logi­ciel nous aide d’a­bord dans notre tra­vail PERSONNEL :

Un logi­ciel idéal pour­rait nous aider à écrire —et orga­ni­ser entre eux— des articles, avec des com­men­taires en petite taille pour expli­quer les rai­sons pro­fondes des articles impor­tants ; il pour­rait offrir la pos­si­bi­li­té de mettre en forme les carac­tères (gras, ita­liques, liens HT, etc.) et de tout corriger/améliorer à tout moment ; il per­met­trait de dis­po­ser de plu­sieurs niveaux de plan (selon la per­sonne qui rédige) ; il aide­rait à dépla­cer des par­ties entières sim­ple­ment. Ce serait bien que cha­cun puisse déve­lop­per et mémo­ri­ser son propre pro­jet de consti­tu­tion ; éven­tuel­le­ment en s’ins­pi­rant de consti­tu­tions exis­tantes, expo­sées dans le site même et dont on pour­rait impor­ter un ou plu­sieurs articles bien faits. Il fau­drait qu’on puisse sau­ve­gar­der tout ça sim­ple­ment chez nous de temps en temps. Il fau­drait que cha­cun puisse choi­sir de mon­trer son tra­vail aux autres, ou bien de res­ter « chez lui », à l’a­bri des regards, au moins pen­dant une phase « débu­tant » ; cha­cun pour­rait invi­ter telle ou telle per­sonne amie (mais pas les autres pour l’ins­tant — et puis un jour, plus tard, invi­ter tout le monde 🙂 ) à venir voir son pro­jet constituant.

Pour tra­vailler ENSEMBLE, ce logi­ciel idéal per­met­trait d’al­ler LIRE le pro­jet d’autres citoyens consti­tuants ; il pro­po­se­rait pour chaque article de chaque pro­jet une zone de DISCUSSION et une pos­si­bi­li­té de VOTER (en posi­tif et en néga­tif (!)… quel pénible ce Chouard 🙂 ), avec pos­si­bi­li­té de chan­ger d’a­vis à tout moment (vote modi­fiable) ; cha­cun pour­rait ensuite aller sur le site et deman­der la LISTE des articles les plus dis­cu­tés en ce moment, les plus votés (ou les moins votés, aus­si) et par­ti­ci­per aux échanges qui l’in­té­ressent et voter à son tour. Quand des gens com­mentent ou votent un article que l’on a écrit, il fau­drait que le logi­ciel nous écrive un MAIL pour nous aler­ter et pour qu’on puisse réagir rapidement.

Tou­jours sur le tra­vail ENSEMBLE, le logi­ciel pro­po­se­rait un CHANTIER COMMUN, une consti­tu­tion col­la­bo­ra­tive cen­trale, dont les pro­po­si­tions d’ar­ticles adop­tés seraient les plus votées à un moment donné. 

Encore sur le tra­vail ENSEMBLE, le logi­ciel per­met­trait d’or­ga­ni­ser et de mémo­ri­ser des ATELIERS, en nous aidant à pro­po­ser (et à consul­ter) des ren­­dez-vous (agen­das par zones géo­gra­phiques, ou pas) pour réunir, autant de fois que l’on vou­drait, un petit nombre (8−10) de RÉDACTEURS, accom­pa­gnés d’un nombre illi­mi­té de SPECTATEURS, dotés du droit de dis­cu­ter en marge de l’a­te­lier (un ‘chat’ paral­lèle à l’a­te­lier) et de voter les articles en cours de dis­cus­sion. Les échanges seraient plu­tôt ÉCRITS (mais on doit pou­voir ouvrir une fenêtre Mumble à côté pour ceux qui veulent du son) et on gar­de­rait une TRACE de tout ça, pour l’his­toire, traces indexées je ne sais com­ment 🙂 Pen­dant l’a­te­lier, on pour­rait impor­ter dans la dis­cus­sion un article qu’on a écrit ou qu’on a lu et qui nous semble bien, pour le mon­trer aux autres. On pour­rait mettre en forme (gras, cou­leurs…) et cor­ri­ger (édi­ter) nos inter­ven­tions. Etc.

J’en oublie, évi­dem­ment… 🙂 Regar­dez les démos de Tris­tan, ci-des­­sous, c’est magnifique.

 
Et depuis le prin­temps (!!), ce cher Tris­tan bosse comme un fou, très per­fec­tion­niste et incroya­ble­ment dévoué !

Aujourd’­hui, son « enfant » logi­ciel est né. Il est là : http://​jecris​la​cons​ti​tu​tion​.fr/


Pour nous aider, Tris­tan a pré­pa­ré de très belles pages d’EX­PLI­CA­TIONS, en textes et images :

http://​jecris​la​cons​ti​tu​tion​.fr/​a​i​d​e​/​f​a​i​r​e​–​u​n​–​t​our


Tris­tan nous a aus­si pré­pa­ré (je trouve le dévoue­ment de ce jeune homme très émou­vant) 4 courtes vidéos de PRÉSENTATION, pour ceux qui pré­fèrent les démos animées :

1. Jecris­La­Cons­ti­tu­tion – Intro­duc­tion : pour­quoi s’entraîner à écrire la Consti­tu­tion ? (12 min)
httpv://www.youtube.com/watch?v=0viDmOIEPQk&feature=youtu.be

2. Jecris­La­Cons­ti­tu­tion – 13 : Pré­sen­ta­tion page « Ma Consti­tu­tion » (7 min)
httpv://www.youtube.com/watch?v=781PnAqcfno

3. Jecris­La­Cons­ti­tu­tion – 23 : Pré­sen­ta­tion page « Consti­tu­tion Col­la­bo­ra­tive » (5 min)
httpv://youtu.be/Y8v5ANIZCkY

4. Jecris­La­Cons­ti­tu­tion – 3/3 : Pré­sen­ta­tion page « Ate­liers Consti­tuants » (8 min)
httpv://youtu.be/16kV5Z6IqVs


Je suis tout ému de vous pré­sen­ter tout ça, j’ai l’im­pres­sion d’être immen­sé­ment débi­teur envers ce jeune homme si cou­ra­geux et si généreux.

Je vous demande, s’il vous plaît, de lui faire hon­neur et de l’ai­der, de le remer­cier, et de l’encourager.

On peut l’ai­der finan­ciè­re­ment, évi­dem­ment, et je crois que c’est bien bien bien mérité !
http://​jecris​la​cons​ti​tu​tion​.fr/​a​i​d​e​/​n​o​u​s​–​s​o​u​t​e​nir

Je vais com­men­cer à créer ma propre page, et aus­si regar­der ce que vous nous signa­lez de votre côté.

Mer­ci Tris­tan, merci ! 🙂 

Au plai­sir de vous retrou­ver bien­tôt dans ces ate­liers, bande de virus 🙂

Étienne.

Page Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​8​2​6​3​9​4​5​1​7​317

[EMPOISONNEMENT UNIVERSEL] DEMAIN, TOUS CRÉTINS, EMPOISONNÉS PAR « LE CAPITALISME » (qu’on ferait mieux d’appeler le crapulisme)

https://www.arte.tv/fr/videos/069096–000‑A/demain-tous-cretins/

Pas­sion­nant repor­tage sur Arte (à voir vite avant qu’il ne dis­pa­raisse des écrans), que je recoupe avec le bou­quin for­mi­dable, cap­ti­vant et pro­fon­dé­ment révol­tant, de 

Fabrice Nicolino, « UN EMPOISONNEMENT UNIVERSEL.
Comment les produits chimiques ont envahi la planète »


http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Un_empoisonnement_universel-401–1‑1–0‑1.html


Mon com­men­taire :

Dans une consti­tu­tion digne de ce nom, le « lob­bying » (comme le « pan­tou­flage ») serait qua­li­fié de TRAFIC D’INFLUENCE CRIMINEL — au lieu d’être léga­li­sé, et même encou­ra­gé (!), dans nos régimes klep­to­cra­tiques, où les plus grands voleurs, men­teurs et empoi­son­neurs achètent tous les pou­voirs grâce au faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

Et dans une consti­tu­tion digne de ce nom, les riches indus­triels et ban­quiers per­draient tout leur pou­voir d’in­fluence sur les repré­sen­tants poli­tiques 1) grâce à l’ins­ti­tu­tion mas­sive du tirage au sort (au moins dans le pro­ces­sus consti­tuant et dans les organes de contrôles) et 2) grâce à la socia­li­sa­tion de tous les outils d’in­for­ma­tion (les grands médias et évi­dem­ment les ins­ti­tuts de son­dage et de statistiques).

C’est à vous (et pas « aux autres ») de pré­pa­rer cette révo­lu­tion démo­cra­tique, dans vos ate­liers consti­tuants quotidiens 🙂 

 
Com­ment ça « tu radotes… » ? 🙂

Je vais vous offrir ce week-end un outil épa­tant pour vous aider à orga­ni­ser vos ateliers 🙂

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

[Edit, 1er déc. 9h] 

Sébas­tien Mischel me signale (sur Face­book) le « debun­king » sui­vant, de Mar­tin Cla­vey sur « The sound of science », qui cri­tique sévè­re­ment le docu­men­taire d’Arte : 

Tous pris pour des crétins devant Arte

https://​www​.soun​dof​science​.fr/​644

Mon com­men­taire :

C’est tou­jours inté­res­sant, de voir des avis très oppo­sés au sien, de façon à modé­rer son opi­nion. Ici, je retiens que l’au­teur condamne sur­tout le ton alar­miste et des approxi­ma­tions « hasar­deuses », ain­si qu’un conflit d’in­té­rêts non avoué. 

Je trouve cette cri­tique utile mais pas déci­sive : je reste sur mon inté­rêt vif pour ce film d’Arte parce qu’on y trouve des infor­ma­tions impor­tantes et qu’on peut com­prendre (et admettre) la peur bien réelle (et donc les extra­po­la­tions liées à ces peurs) de ceux qui ont conçu ce repor­tage, car nous avons, nous aus­si, bien d’autres sources d’information qui confirment les rai­sons d’être très inquiets de l’empoisonnement de la pla­nète par les indus­triels mus par le seul profit.

Et puis aus­si, pas déci­sive parce que des points inquié­tants ou inté­res­sants (comme le cas des retar­da­teurs de feu réim­po­sés par les indus­triels après leur inter­dic­tion) ne sont pas debunkés.

Quant au conflit d’in­té­rêts, je le trouve véniel et pas évident : il fau­drait entendre ce que l’ac­cu­sée avance pour sa défense ; ce qu’elle fait des sommes gagnées, par exemple, pour­rait désac­ti­ver com­plè­te­ment l’accusation. 

Certes, les auteurs du repor­tage sont affec­tés par un biais de confir­ma­tion (nous avons tous ten­dance à pri­vi­lé­gier les infor­ma­tions qui confirment ce que nous croyons déjà, et à mini­mi­ser les infor­ma­tions qui contre­disent nos croyances du moment), COMME NOUS TOUS, TOUT LE TEMPS, et comme l’au­teur du debun­king aus­si, bien sûr. 

Il est impor­tant de connaître ce biais et d’in­té­grer cette conscience dans nos com­por­te­ments. Ain­si, je vois bien que beau­coup de contes­ta­taires du sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taires sont, comme moi, très inquiets de l’é­vo­lu­tion de nos régimes poli­tiques vers une ten­dance auto­ri­taire, arbi­traire et escla­va­giste, et que nous récol­tons donc sur­tout les infor­ma­tions qui vont dans ce sens plu­tôt que les dis­cours ras­su­rants que nous consi­dé­rons comme léni­fiants. Je vois aus­si que sou­vent nous exa­gé­rons, nous for­çons le trait pour accé­lé­rer la prise de conscience et pour favo­ri­ser la mobi­li­sa­tion. C’est un biais, c’est vrai. Mais on en trouve bien d’autres de toutes parts. Beau­coup de jour­na­listes, et même des scien­ti­fiques, font ain­si du sen­sa­tion­na­lisme, tous les jours, pour toutes sortes de bonnes ou mau­vaises rai­sons. C’est humain, pour­­rait-on dire. Il vaut mieux le savoir, certes, mais c’est exa­gé­ré de le diaboliser.

Enfin, je trouve bien des cri­tiques déri­soires dans ce papier : je ne trouve pas convain­cants, par exemple, la cri­tique du titre (sur­tout que le titre du debun­king est lui-même une exa­gé­ra­tion, juste pour faire un bon jeu de mot), ni le pro­cès d’in­ten­tion (« les auteurs prennent volon­tai­re­ment tous leurs audi­teurs pour des idiots »). Glo­ba­le­ment, je trouve que le debun­king coupe sou­vent les che­veux en quatre pour faire de gros reproches sur des défauts sans gravité.

Bon, en tout cas, c’est tou­jours inté­res­sant d’en­tendre plu­sieurs sons de cloche.

Mer­ci à Sébas­tien d’a­voir signa­lé ça. Un cer­veau col­lec­tif, c’est vrai­ment plus inté­res­sant qu’un cer­veau isolé 🙂

Étienne.

[/Edit]

 
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[Représentant enthousiasmant] Nième reddition des comptes volontaire de François Ruffin

Ah ! J’aime ce type 🙂
Fran­çois est un repré­sen­tant digne de ce nom, qui reste à la fois proche, simple, exi­geant et courageux…
… et marrant 🙂

Nième red­di­tion des comptes volon­taire de Fran­çois Ruffin : 

httpv://youtu.be/e9_v0-qH4vU

Mer­ci François.

Abon­­nez-vous à sa chaîne pour res­ter au courant :

https://​www​.you​tube​.com/​c​h​a​n​n​e​l​/​U​C​I​Q​G​S​p​7​9​v​V​c​h​0​v​O​3​E​f​q​i​f_w


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Union européenne. Amnesty découvre que des équipements de torture illégaux (sic) sont en vente à Paris (au salon « Milipol »)

Des cher­cheurs d’Am­nes­ty Inter­na­tio­nal ont décou­vert des équi­pe­ments de tor­ture illé­gaux, notam­ment des matraques à pointes, des fourches anti­émeute à pointes envoyant des décharges élec­triques, des gilets envoyant des décharges élec­triques et de lourdes entraves pour les pieds, ven­dues par des entre­prises chi­noises sur le salon Mili­pol, qui pré­sente des équi­pe­ments mili­taires et de police et qui se tient à Paris cette semaine.

L’im­por­ta­tion et l’ex­por­ta­tion d’é­qui­pe­ments de tor­ture sont inter­dites dans l’U­nion euro­péenne (UE) depuis 2006. En 2016, l’UE a éga­le­ment inter­dit la pro­mo­tion et l’ex­po­si­tion de ces équi­pe­ments dans les salons professionnels.

Cer­tains de ces articles décou­verts par Amnes­ty Inter­na­tio­nal figu­raient dans des cata­logues pré­sen­tés à Mili­pol, et d’autres étaient expo­sés au salon, et l’on se demande com­ment ils ont pu être impor­tés dans l’UE.

[…] Lire la suite : 

https://​www​.amnes​ty​.org/​f​r​/​l​a​t​e​s​t​/​n​e​w​s​/​2​0​1​7​/​1​1​/​e​u​–​a​m​n​e​s​t​y​–​d​i​s​c​o​v​e​r​s​–​g​r​u​e​s​o​m​e​–​i​l​l​e​g​a​l​–​t​o​r​t​u​r​e​–​e​q​u​i​p​m​e​n​t​–​f​o​r​–​s​a​l​e​–​i​n​–​p​a​r​is/

Hum.

1) Par déduc­tion du titre, je note qu’il existe des « équi­pe­ments de tor­ture légaux » qui pour­raient donc être en vente libre. (J’au­rais pré­fé­ré que « ins­tru­ment de tor­ture illé­gal » soit un pléo­nasme, dans un état de droit digne de ce nom, mais ce n’est pas le cas.)

2) Je vois là sur­tout une mani­fes­ta­tion de plus de ce que Big Bro­ther (Orwell, 1984) a déjà le champ presque libre, et je pense que c’est grâce à NOTRE DÉMISSION du pro­ces­sus constituant. 

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.

Les vio­lences poli­cières et patro­nales sont le résul­tat d’une même cause pre­mière, qui est NOTRE CAUSE COMMUNE : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.
Et c’est donc à nous, les autres, de le faire.

Vous et moi — et tous les humains sur terre — ne vivrons une socié­té de jus­tice et de pros­pé­ri­té par­ta­gée QUE QUAND nous serons deve­nus capables de VOULOIR ins­ti­tuer nous-mêmes, ensemble, cette socié­té, où tout pou­voir sera sou­mis à la vigi­lance de vrais citoyens et crain­dra de réelles puni­tions, et où la rota­tion des charges poli­tiques sera impo­sée sévèrement.

Nos que­relles quo­ti­diennes, qui res­tent toutes *légis­la­tives* (sur « la poli­tique qu’il fau­drait mener », alors que nous sommes tous ins­ti­tu­tion­nel­le­ment impuis­sants à chan­ger quoi que ce soit), me font pen­ser à des bagarres sté­riles de déte­nus dans une cel­lule de pri­son, sur le sujet inutile de savoir ce qu’on devrait faire si nous nous étions éva­dés, SANS S’OCCUPER DE LA PORTE — qui n’est pour­tant pas ver­rouillée (!) et qu’il suf­fi­rait de pous­ser ensemble pour nous échapper.

Un com­men­taire (et plein d’autres pho­tos de cet incroyable « salon ») sur rezo​.net (où j’ai décou­vert cette information) :
« C’est pas le stand qu’il fal­lait fer­mer, mais le salon. »
https://​seen​this​.net/​m​e​s​s​a​g​e​s​/​6​4​6​857


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Nouvo RTS (Suisse) : Et si on tirait au sort nos politiciens au lieu de les élire ? (Vidéo)

Char­ly Pache nous signale un petit docu­men­taire inté­res­sant (en Suisse) sur le tirage au sort en politique :
 

Ça germe 🙂

Faites pas­ser 🙂
 
==============
 
Rap­pel : vous devriez mener vous-même
LE NÉCESSAIRE PROCÈS CITOYEN DE L’ÉLECTION :
 
• une vidéo :
Pour com­prendre l’in­té­rêt cen­tral du tirage au sort, je vous pro­pose de faire ensemble le pro­cès de l’é­lec­tion : dans cette vidéo, j’ob­serve que chaque vice de l’é­lec­tion cor­res­pond à une ver­tu du tirage au sort :
httpv://www.youtube.com/watch?v=Pm_ebQrLt6s
 
• le texte :
Pour ins­ti­tuer une démo­cra­tie digne de ce nom, il fau­dra bien que les citoyens deviennent consti­tuants et conduisent eux-mêmes
LE PROCÈS DE L’ÉLECTION Les citoyens sont les seuls légi­times pour choi­sir entre élec­tion et tirage au sort :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​N​e​c​e​s​s​a​i​r​e​_​p​r​o​c​e​s​_​d​e​_​l​_​e​l​e​c​t​i​o​n​.​pdf


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[ROBOTS TUEURS] Big Brother n’aura bientôt plus besoin de snipers, si nous n’apprenons pas (très vite) à limiter nous-mêmes ses pouvoirs. Lisez Grégoire Chamayou : Théorie du drone !

Les ateliers constituants populaires (quotidiens et contagieux) ne sont pas « théoriques » : ils sont une réaction sociale de survie, pragmatique et ultra-prioritaire

À lire absolument : 

Théorie du drone, par Grégoire Chamayou

https://​lafa​brique​.atheles​.org/​l​i​v​r​e​s​/​t​h​e​o​r​i​e​d​u​d​r​o​ne/
Nom­breux extraits dans ma page ‘Pré­cieuses pépites’ (cher­chez ‘Cha­mayou’) :

« Les grandes conquêtes impé­riales qui furent les nôtres à l’autre bout de la terre parce que nous pos­sé­dions la mitrailleuse Maxim et, qu’en face, ils n’avaient que des sagaies, nous revien­dront en mémoire à la vue de ces nou­veaux exploits, où le sang ne cou­le­ra plus, ou du moins plus de notre côté, car nous aurons les groupes télé­chi­riques [machines com­man­dées à dis­tance], alors qu’eux, les pauvres, n’auront que du napalm et du gaz mou­tarde à leur opposer. »
Ano­nyme, 14 mai 1964, cité par Gré­goire Cha­mayou dans « Théo­rie du drone », p 39.

Les res­sorts dif­fé­ren­tiels de l’indignation morale ont leurs mys­tères. Tan­dis que la chasse vir­tuelle aux ani­maux sus­ci­tait un scan­dale à peu près uni­ver­sel, la chasse à l’homme télé­com­man­dée pou­vait, à la même époque, prendre tran­quille­ment son essor, dans des formes simi­laires, sans que per­sonne, par­mi ces mêmes acteurs, n’y trou­vât rien à redire.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 49.

Une guerre qui requiert de notre part une chasse à l’homme internationale.
George W. Bush, 14 février 2003, cité par Gré­goire Cha­mayou dans « Théo­rie du drone », p 49.

En 2001, Donald Rum­sfeld s’était convain­cu que « les tech­niques uti­li­sées par les Israé­liens contre les Pales­ti­niens pou­vaient tout sim­ple­ment être déployées à grande échelle ». Il pen­sait sur­tout aux pro­grammes d’ « assas­si­nats ciblés » dont l’État d’Israël venait de recon­naître offi­ciel­le­ment l’existence. Les ter­ri­toires occu­pés étant deve­nus, comme l’explique Eyal Weiz­man, « le plus grand labo­ra­toire du monde pour les tha­na­to­tac­tiques aéro­por­tées », il n’était pas éton­nant que celles-ci soient expor­tées.

Mais il res­tait un pro­blème : « com­ment orga­ni­ser le dépar­te­ment de la Défense pour les chasses à l’homme ? À l’évidence, confiait Rum­sfeld en 2002, nous ne sommes pas bien orga­ni­sés pour cela à l’heure actuelle. » L’appareil mili­taire états-unien n’était pas prêt, au début des années 2000, a assu­rer effi­ca­ce­ment à l’échelle mon­diale des mis­sions habi­tuel­le­ment dévo­lues à la police dans l’espace domes­tique : l’identification, la traque, la loca­li­sa­tion et la cap­ture ─ mais plu­tôt dans les faits, l’élimination phy­sique ─ d’individus suspects.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 50.

 
Quoi qu’il en soit, il fal­lut s’attacher à défi­nir et impo­ser une nou­velle doc­trine stra­té­gique. Des cher­cheurs tra­vaillèrent à énon­cer les « prin­cipes théo­riques de la chasse à l’homme » des­ti­nés à ser­vir de cadre à ces opé­ra­tions. George A. Craw­ford les résu­ma dans un rap­port publié en 2009 […] Ce texte, qui se pro­po­sait de « faire de la chasse à l’homme un des fon­de­ments de la stra­té­gie état­su­nienne », en appe­lait notam­ment à créer une « agence natio­nale de la chasse à l’homme », ins­tru­ment indis­pen­sable pour « bâtir une force de chasse à l’homme du futur ».
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 51.

David Rohde, jour­na­liste au New York Times kid­nap­pé en 2008 et déte­nu au Wazi­ris­tan pen­dant sept mois, fut l’un des pre­miers occi­den­taux à décrire les effets que cette sur­veillance létale per­sis­tante pro­duit sur les popu­la­tions qui la subissent. Évo­quant un « enfer sur terre », il ajoute : « les drones étaient ter­ri­fiants. Depuis le sol, il est impos­sible de déter­mi­ner qui ou quoi ils sont en train de tra­quer pen­dant qu’ils décrivent des cercles au-des­­sus de votre tête. Le bour­don­ne­ment loin­tain du moteur sonne comme le rap­pel constant d’une mort immi­nente. […] Tout le monde a peur tout le temps. »
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 67.

« C’est le plus étrange des rituels bureau­cra­tiques : toutes les semaines, plus d’une cen­taine de membres du ten­ta­cu­laire appa­reil de sécu­ri­té natio­nale se réunissent par télé­con­fé­rence sécu­ri­sée pour dis­ser­ter des bio­gra­phies de ter­ro­ristes pré­su­més et dési­gner au pré­sident ceux qui doivent être les pro­chains à mou­rir. » Cette réunion heb­do­ma­daire a été sur­nom­mée, à Washing­ton, le « mar­di de la ter­reur ». Une fois éta­blie, la liste des nomi­nés part à la Mai­son blanche, où le pré­sident [Oba­ma] approuve per­son­nel­le­ment, de façon orale, chaque nom. La « kill list » ayant ain­si été vali­dée, les drones se chargent du reste.

Les cri­tères per­ti­nents, pour l’établissement de ces listes de condam­nés à mort sans pro­cès, demeurent incon­nus. L’administration se refuse à toute pré­ci­sion en la matière.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 69.

 
Avec le concept de « guerre glo­bale contre la ter­reur », la vio­lence armée a per­du ses bornes tra­di­tion­nelles : indé­fi­nie dans le temps, elle l’est aus­si dans l’espace. Le monde entier, dit-on, est un champ de bataille. Mais il serait plus exact de dire un ter­rain de chasse. Car si le rayon de la vio­lence armée se glo­ba­lise, c’est au nom des impé­ra­tifs de la traque.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 79.

Comme le rap­pellent les théo­ri­ciens de la chasse à l’homme, « les fron­tières sou­ve­raines comptent par­mi les meilleurs alliés » qu’un fugi­tif puisse avoir.

La Com­mon Law anglaise auto­ri­sait autre­fois, dans les cam­pagnes, à « mener la chasse aux bêtes de proie nui­sibles, tels les renards et les putois, jusque sur la pro­prié­té d’autrui ; parce que détruire de telles créa­tures était répu­té d’intérêt public ». C’est ce genre de droit que vou­draient aujourd’hui s’arroger les États-Unis, pour des proies humaines, à l’échelle du monde. Il faut, résu­mait Paul Wol­fo­witz, « leur dénier tout sanctuaire ».

Ce qui se des­sine, c’est un pou­voir inva­sif se fon­dant moins sur une notion de droit de conquête que de droit de pour­suite. Un droit d’intrusion et d’empiètement uni­ver­sel qui auto­ri­se­rait à cou­rir sus à la proie par­tout où elle se réfugie […]

En deve­nant stra­to­sphé­rique, le pou­voir impé­rial modi­fie son rap­port à l’espace. Il s’agit moins d’occuper un ter­ri­toire que de le contrô­ler par le haut en s’assurant la maî­trise des airs. Eyal Weiz­man explique en ces termes tout un pan de la stra­té­gie israé­lienne contem­po­raine, qu’il décrit comme une « poli­tique de la ver­ti­ca­li­té ». Dans ce modèle, « tech­no­lo­gie plu­tôt qu’occupation », il s’agit de « main­te­nir la domi­na­tion sur des zones éva­cuées par d’autres moyens que le contrôle ter­ri­to­rial ». À cette ver­ti­ca­li­sa­tion du pou­voir cor­res­pond une forme d’autorité hors-sol, où tout, chaque indi­vi­du, chaque mai­son, chaque rue, « même le plus petit évé­ne­ment sur le ter­rain peut être sur­veillé, sou­mis à des mesures de police ou détruit depuis le ciel.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 80.

Lorsqu’elle est éta­blie, le but immé­diat d’une « kill box » [zone des­si­née sur une carte géo­gra­phique] est d’autoriser les forces aériennes à conduire des opé­ra­tions contre des cibles de sur­face sans autre coor­di­na­tion avec le com­man­de­ment. […] chaque cube devient alors une « zone auto­nome d’opération » pour les uni­tés com­bat­tantes qui en ont la charge. En clair, dans un cube don­né, feu à volon­té. Une « kill box » est une zone de tue­rie temporaire.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 83. 

 
Il s’agit en fait de nano-drones, des robots insectes auto­nomes capables de marau­der en essaim et de « navi­guer dans des espaces de plus en plus confi­nés ». Grâce à des engins de ce type, la vio­lence armée pour­rait s’exercer dans de tout petits espaces, dans des micro-cubes de mort. Plu­tôt que de détruire tout un immeuble pour éli­mi­ner un indi­vi­du, minia­tu­ri­ser l’arme, pas­ser dans les embra­sures et confi­ner l’impact de l’explosion télé­com­man­dée à une seule pièce, voire à un seul corps. Votre chambre ou votre bureau deviennent une zone de guerre. […]

En redé­fi­nis­sant la notion de zone de conflit armé comme un lieu mobile rat­ta­ché à la per­sonne de l’ennemi, on en arrive à reven­di­quer, sous cou­vert de droit des conflits armés, l’équivalent d’un droit à l’exécution extra­ju­di­ciaire éten­du au monde entier, même en zone de paix, contre tout sus­pect, hors pro­cé­dure, y com­pris contre ses propres citoyens.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 85–87.

La guerre de gué­rilla a tou­jours posé pro­blème à des grandes puis­sances régu­liè­re­ment empê­trées dans des conflits asy­mé­triques. […] Le drone appa­raît comme la réponse tar­dive à ce pro­blème his­to­rique : il retourne contre la gué­rilla, mais sous une forme radi­ca­le­ment abso­lu­ti­sée, son vieux prin­cipe : pri­ver l’ennemi d’ennemi. Un par­ti­san confron­té à une armée de drones ne dis­pose plus d’aucune cible à attaquer.
Gré­goire Cha­mayou, « Théo­rie du drone », p 93. 

Si vous faites quelque chose pen­dant suf­fi­sam­ment long­temps, le monde fini­ra par l’accepter. […] Le droit inter­na­tio­nal pro­gresse par des vio­la­tions. Nous avons inven­té la thèse de l’assassinat ciblé et il nous a fal­lu l’imposer.
Daniel Reis­ner, ancien direc­teur du dépar­te­ment juri­dique de l’armée israé­lienne, cité par Gré­goire Cha­mayou dans « Théo­rie du drone », p 231.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​8​0​3​7​6​8​2​0​2​317

[No News] Témoignage des snipers du massacre du Maïdan : « Les ordres venaient de l’opposition »

Oli­vier Ber­ruyer publie ce soir un billet impor­tant : ça se confirme, les « évé­ne­ments de la place Maï­dan » étaient bien un coup d’É­tat fomen­té par des nazis, acti­ve­ment sou­te­nus dans leurs crimes par « l’U­nion euro­péenne » (cette « grande inven­tion à qui l’on doit la paix sur le conti­nent… gna gna gna »). Un enquê­teur ita­lien a recueilli le témoi­gnage stu­pé­fiant de sni­pers du Maï­dan : les ordres de tirer, à la fois sur la police et sur les mani­fes­tants, venaient de l’opposition…

https://​www​.les​-crises​.fr/​n​o​–​n​e​w​s​–​t​e​m​o​i​g​n​a​g​e​–​d​e​s​–​s​n​i​p​e​r​s​–​d​u​–​m​a​s​s​a​c​r​e​–​d​u​–​m​a​i​d​a​n​–​l​e​s​–​o​r​d​r​e​s​–​v​e​n​a​i​e​n​t​–​d​e​–​l​–​o​p​p​o​s​i​t​i​on/

Donc, le site citoyen les​-crises​.fr nous informe, il tra­duit l’en­quête ita­lienne pour qu’on puisse la lire et en juger.
Pen­dant ce temps, les auto­pro­cla­més « grands médias de réfé­rence » (que j’ap­pelle, moi, « La Prav­da des mil­liar­daires ») font SILENCE sur cette infor­ma­tion… Tout en conti­nuant, bien sûr, à don­ner des leçons de pro­fes­sion­na­lisme (et à impo­ser leur cen­sure) à tous les ama­teurs qui pré­tendent par­ti­ci­per libre­ment à l’in­for­ma­tion de la population.

Mer­ci à Oli­vier, et à toute l’é­quipe du site les​-crises​.fr. Avec vous, on a des jour­na­listes dignes de ce nom.

Je repro­duis ci-des­­sous la tota­li­té de cet impor­tant billet.

Étienne.


[Oli­vier Ber­ruyer] Je vous pro­pose aujourd’hui la tra­duc­tion que nous avons réa­li­sée ce week-end (mer­ci aux volon­taires – sur­tout à Clé­ment, ain­si qu’ à JMB) d’un incroyable repor­tage pas­sé le 1511 dans l’émission Matrix de la chaîne de télé­vi­sion ita­lienne Canale 5 – sorte d’Envoyé spé­cial sur une des grandes chaînes de télé­vi­sion ita­liennes – qui indique avoir retrou­vé des sni­pers qui ont tiré sur les gens à Maï­dan, et qui déclarent que c’était à la demande de l’opposition pour semer le chaos.

Nous res­te­rons rela­ti­ve­ment pru­dents à ce stade, mais tout ceci néces­si­te­rait un enquête urgente et appro­fon­die de la Jus­tice et des grands médias – du moins s’ils ne veulent pas ali­men­ter le “com­plo­tisme”, d’autant que, depuis 5 jours, aucun grand média n’a repris ces infor­ma­tions, à l’exception du grand jour­nal ita­lien Il Gior­nale, dans un texte que nous avons aus­si tra­duit (voir ci-après).

Rap­pe­lons aus­si que nous par­lons ici du mas­sacre du 20 février (82 morts ce jour là). Les forces de l’ordre ont aus­si tiré à d’autres moment sur des émeu­tiers armés, géné­ra­le­ment quand eux-même leur tiraient dessus.

Bel exemple du vrai pro­blème qui nous frappe régu­liè­re­ment : non pas desFake news, mais des No news des grands médias, qui empêchent de bien com­prendre les problèmes.

J’aimerais la tra­duire en russe et ukrai­nien au plus vite, ain­si qu’en anglais et alle­mand. Nous avons besoin de volon­taires pour ces quatre langues. Mer­ci de nous contac­ter ici.

Voi­ci donc ce repor­tage dif­fu­sé le 15/11/17 sur Canale 5 :

(voir sur Dailymotion)

Verbatim du reportage précédent de Canale 5 (si vous n’avez pas vu la vidéo) :

Il y a quatre ans, le 20 février 2014 sur la place de l’Indépendance à Kiev en Ukraine, 80 mani­fes­tants ont été tués par de mys­té­rieux tireurs d’élite.

Deux jours après, Ianou­ko­vytch, le pré­sident ukrai­nien pro-Pou­­tine pro-russe, doit fuir, le régime ukrai­nien change et les rebelles prennent le palais pré­si­den­tiel et le pouvoir.

Que s’est-il pas­sé depuis ? Avons-nous échap­pé à une guerre euro­péenne due à l’ingérence russe dans les affaires ukrai­niennes ? Et sur­tout, nous, Euro­péens, nos entre­prises le constatent tous les jours,nous payons le prix d’un embar­go qui, depuis ce moment-là, est diri­gé contre la Russie.

Ce soir, grâce à Gian Mica­les­sin, nous vous mon­trons un docu­men­taire à cou­per le souffle. C’est un scoop inter­na­tio­nal. Gian Mica­les­sin a retrou­vé trois per­sonnes, trois tireurs d’élite, trois res­pon­sables de ces morts qui, vous le ver­rez dans le docu­men­taire, n’étaient pas pro-russes, mais étaient en contact avec des offi­ciels et des mili­taires américains.

“Que s’est-il pas­sé ? Quelqu’un a été tou­ché ! Je n’arrive pas à y croire. C’est arri­vé ici même… Un homme à côté de moi a été touché !”

“C’était à l’aube. J’ai enten­du le bruit et le sif­fle­ment des pro­jec­tiles. Un homme a été tou­ché à la tête par un tireur d’élite !”

Ils nous avaient don­né l’ordre de tirer tant sur les poli­ciers que sur les mani­fes­tants, sans distinction.

D’où viennent les tirs ? Les tirs pro­ve­naient de l’intérieur de l’hôtel Ukraine.

Gian Mica­les­sin, repor­ter de guerre. — Bon­soir, où les avez-vous ren­con­trés ? — Je les ai ren­con­trés après un an de recherches, deux d’entre eux à Skopje, la capi­tale de la Macé­doine, un troi­sième dans un autre pays d’Europe de l’Est qu’on m’a deman­dé de ne pas révéler.

— Donc c’étaient des pro-rebelles ? — C’étaient des Géor­giens envoyés par leur pré­sident géor­gien de l’époque, Saa­ka­ch­vi­li, pour prendre part à l’opposition ukrainienne.

— Donc ce n’étaient pas des Russes qui ont tiré, c’est bien ça, votre thèse ? — On n’a jamais accu­sé les Russes d’avoir tiré, seule­ment d’avoir sou­te­nu le gou­ver­ne­ment qui aurait tiré sur les manifestants.

Mais cette thèse ne tient plus debout selon ces 3 témoi­gnages. Regar­dez le témoignage.”

Depuis 3 mois, la place Maï­dan, au coeur de la capi­tale ukrai­nienne, est occu­pée par les mani­fes­tants qui demandent au gou­ver­ne­ment du pré­sident Vik­tor Ianou­ko­vytch de signer l’accord d’association
à l’Union euro­péenne. Le matin du 18 février, les heurts se font plus san­glants. On compte déjà une tren­taine de morts. Le pire arrive le matin du 20 février. Un groupe de mys­té­rieux tireurs ouvre le feu
sur les mani­fes­tants et les poli­ciers. En quelques heures, on compte envi­ron 80 cadavres. Le len­de­main, Ianou­ko­vytch fuit à l’étranger. Le 22 février, l’opposition prend le pou­voir. Mais qui a tiré sur
la foule et les policiers ?

Jusqu’à ce jour, la thèse offi­cielle parle d’un mas­sacre ordon­né par le gou­ver­ne­ment pro-russe. Cette thèse appa­raît rapi­de­ment très dou­teuse. Le pre­mier à la contes­ter est le ministre des Affaires étran­gères esto­nien Urmas Paet. Après son retour d’un séjour à Kiev effec­tué seule­ment 5 jours après le mas­sacre, Paet trans­met à la com­mis­saire des Affaires étran­gères de l’UE Cathe­rine Ash­ton les révé­la­tions d’une doc­teure ukrai­nienne qui a exa­mi­né les cadavres de la place Maï­dan. La conver­sa­tion télé­pho­nique inter­cep­tée et dif­fu­sée par les médias est déconcertante.

“Ce qui est assez inquié­tant… Olga le dit aus­si, c’est que toutes les preuves montrent que les per­sonnes tuées par les tireurs, de part et d’autre, à la fois chez les poli­ciers et les gens dans la rue, ont été tuées par les mêmes tireurs embus­qués… Bien sûr, c’est… Oui, mais… Ensuite, elle m’a aus­si mon­tré des pho­tos. Elle parle en tant que méde­cin, elle dit que l’écriture est la même, le type de balles est le même. Et ce qui m’inquiète vrai­ment, c’est que main­te­nant, la nou­velle coa­li­tion refuse d’enquêter sur ce qui s’est vrai­ment pas­sé, et qu’il y a une convic­tion de plus en plus forte que der­rière les tireurs embus­qués, il n’y avait pas Ianou­ko­vytch mais quelqu’un de la nou­velle coalition…”

Nous avons ren­con­tré quelques membres d’un groupe qui ce jour-là a ouvert le feu sur la foule. Ce sont des Géor­giens, mais à l’époque, en février 2014, ils étaient par­mi les mani­fes­tants qui occu­paient la place Maï­dan et l’hôtel Ukraine.

L’histoire com­mence à Tbi­lis­si par de nom­breux acteurs cachés en cou­lisses. Le pre­mier, l’ancien pré­sident géor­gien Mikheïl Saa­ka­ch­vi­li, a par­ti­ci­pé en août 2008 à une guerre brève mais san­glante avec la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine. Le second est son conseiller mili­taire, Mamu­ka Mamou­la­ch­vi­li. Envoyé à Kiev pour appuyer les mani­fes­ta­tions de la place Maï­dan, il devien­dra com­man­dant d’une uni­té de volon­taires géor­giens enga­gés dans les affron­te­ments avec les insur­gés pro-russes du Donbass.

La pre­mière ren­contre a eu lieu avec Mamou­la­ch­vi­li. “Nous nous sommes pré­sen­tés à 25 dans le bureau du mou­ve­ment natio­nal, et sur les 25, 10 ont signé. Vous voyez ceci ? C’est une pièce d’identité à mon nom. C’était le lais­­sez-pas­­ser d’une uni­té com­po­sée d’anciens poli­ciers et per­son­nel mili­taire. Elle était struc­tu­rée comme une uni­té mili­taire. De fait, c’était un ser­vice de sécu­ri­té. Il avait été créé par Mikheïl Saa­ka­ch­vi­li. Nous devions aller en Ukraine. Nous n’avions pas le choix”.

Dans un autre pays de l’Europe de l’Est qu’on nous a deman­dé de ne pas révé­ler, nous avons ren­con­tré Alexan­der. Comme les deux autres, lui aus­si vient de Géor­gie, et comme les deux autres, il a aus­si pris part
aux évé­ne­ments tra­giques de la place Maï­dan. Lui aus­si a fait par­tie des ser­vices de sécu­ri­té de Saa­ka­ch­vi­li, et avant cela il a été tireur d’élite dans l’armée géor­gienne. C’est pour cette rai­son qu’il a été choi­si par Mamu­ka Maoulachvili.

“Mamu­ka m’a d’abord deman­dé si j’étais vrai­ment tireur d’élite dans l’armée géor­gienne. Alors si c’est vrai, me dit-il, tu dois aller à Kiev. Le 15 jan­vier, nous sommes par­tis. Dans l’avion, j’ai
reçu mon pas­se­port et un autre pas­se­port avec ma pho­to mais avec un nom et un pré­nom dif­fé­rents. Puis ils nous ont don­né 1 000 dol­lars a cha­cun avec la pro­messe de nous en don­ner encore 5 000 par la suite. Nous devions nous occu­per des pro­vo­ca­tions. C’était nous qui devions pro­vo­quer les Ber­kout, les forces spé­ciales de la police. Notre rôle était de les pro­vo­quer afin de les pous­ser contre la foule. Vers le 15 et le 16 février, la situa­tion a com­men­cé à deve­nir chaque jour de plus en plus grave. Désor­mais tout était hors de contrôle, et on com­men­çait à entendre les pre­miers tirs. Avec la mon­tée des ten­sions, de nou­veaux pro­ta­go­nistes sont appa­rus. Un jour, vers le 15 février, Mamou­la­ch­vi­li est venu en per­sonne dans notre tente. Il y avait avec lui un autre homme en uni­forme. Il nous l’a pré­sen­té et a dit que c’était un ins­truc­teur, un mili­taire américain.”

L’américain s’appelle Brian Chris­to­pher Boyen­ger. C’est un ancien offi­cier et tireur d’élite de la 101e divi­sion aéro­por­tée des États-Unis. Après Maï­dan, il se dépla­ce­ra sur le front du Don­bass, où il com­bat­tra dans les rangs de la Légion géor­gienne. “Nous étions tou­jours en contact avec ce Brian, qui était un homme de Mamou­la­ch­vi­li. C’était lui qui nous don­nait les ordres. Moi, je devais suivre toutes ses instructions.”

Les pre­miers soup­çons de la pré­sence d’armes à feu dans les rangs des mani­fes­tants impliquent Ser­gueï Pachins­ki, un lea­der de la place Maï­dan, deve­nu ensuite pré­sident du Par­le­ment de Kiev. Le 18 février, est appa­ru du coffre d’une voi­ture arrê­tée par les mani­fes­tants un fusil mitrailleur avec une lunette de pré­ci­sion. Quelques secondes après, Pachins­ky est arri­vé et a deman­dé qu’on laisse pas­ser cette voi­ture. Le 1er avril, les mili­tants du groupe d’extrême droite Pra­vy Sek­tor quittent Kiev, en empor­tant d’étranges sacs dans les­quels, pré­­tendent-ils, se trouvent des ins­tru­ments de musique.

“À cette époque, tous les chefs de l’opposition se trou­vaient régu­liè­re­ment à l’hôtel Ukraine. Pachins­ki et trois autres per­sonnes, par­mi les­quelles se trou­vait aus­si Para­ssiouk, ont appor­té à l’hôtel les sacs avec les armes. Ce sont eux qui les ont aus­si appor­tées dans ma chambre.” Ce Para­ssiouk, recon­nu par Koba, est Volo­di­mir Para­ssiouk, un des lea­ders de la mani­fes­ta­tion de la place Maï­dan. Quelques jours plus tard, il devien­dra célèbre en lan­çant un ulti­ma­tum mena­çant de des­ti­tuer manu mili­ta­ri le pré­sident Vik­tor Ianu­ko­vytch. “Si avant demain 10 heures, vous ne deman­dez pas offi­ciel­le­ment la démis­sion de Ianou­ko­vytch, nous vous atta­que­rons avec des armes… C’est juré !”

Lorsqu’est arri­vé Mamou­la­ch­vi­li, je lui ai éga­le­ment deman­dé « — Qu’est-ce qui se passe ? À quoi servent ces armes ? Tout va bien ? » « — Koba, les choses sont en train de se com­pli­quer, nous devons com­men­cer à faire feu », m’a‑t‑il répon­du. « Nous nous ne pou­vons pas attendre des élec­tions pré­si­den­tielles anti­ci­pées. » J’étais là, à l’hôtel Ukraine. Le 18 février, quelqu’un a appor­té des armes dans ma chambre. Dans cette chambre, il y avait deux Litua­niens avec moi. Ce sont eux qui ont pris les armes.

Mamou­la­ch­vi­li est arri­vé à l’hôtel et nous a expli­qué qu’il y aurait une fusillade, à un autre endroit, le matin sui­vant. Il n’était pas seul, il était avec Brian. Avec eux, il y avait aus­si une autre per­sonne que je ne connais­sais pas. Si je me sou­viens bien, cela devait être le 15 ou le 16 février. Pachins­ki nous a ordon­né de ras­sem­bler nos affaires, et nous a emme­né dans le palais du Conser­va­toire. Je suis entré dans le palais
avec l’ensemble de mon groupe. Pachins­ki est arri­vé avec d’autres per­sonnes. Tous étaient mas­qués. En voyant leurs sacs, j’ai com­pris tout de suite qu’ils étaient armés. Ils ont sor­ti les armes de leurs sacs et les ont dis­tri­buées aux groupes présents.

Seul Pachins­ki s’exprimait. C’est lui qui don­nait les ordres. Il nous expli­qua que les Ber­kout, les forces spé­ciales de la police, ris­quaient de don­ner l’assaut au bâti­ment. Il disait que nous devions résis­ter coûte que coûte. On ne nous avait pas dit qu’il fal­lait tuer des per­sonnes. Nous devions tirer afin de créer du chaos et de la confusion.”

“Bon sang, tu as enten­du ? Ce sont des tirs ! Sois pru­dent ! Il y a un autre bles­sé. Ces fils de p….. sont en train de tirer ! De là-bas, de là-bas. — De l’hôtel Ukraine, c’est ça ? — Oui, de cette ter­rasse. Les salauds, ils sont en train de nous tirer depuis l’hôtel Ukraine. Bang ! Puis un autre Bang, comme ça. Un tir puis une pause. Ça venait de l’autre côté de l’hôtel.”

“À ce moment-là, j’ai enten­du des tirs qui venaient de la chambre d’à côté. Au même moment, les Litua­niens ont ouvert la fenêtre. L’un d’eux a tiré par la fenêtre tan­dis que l’autre l’a refer­mée après. Je ne réus­sis­sais pas à com­prendre ce qui se pas­sait. Pachins­ki criait à tout le monde de se tenir prêts, de prendre les armes et le reste du maté­riel. Alors on s’est tous levés et on lui a don­né les ins­truc­tions. Nous devions tirer par à‑coups de deux ou trois. Nous avons tous com­men­cé à tirer deux ou trois coups à la fois. Pachins­ki se dépla­çait d’un groupe à l’autre, et il y avait tou­jours près de lui cet homme plus jeune, celui qui s’appelait Para­ssiouk. Nous n’avions pas vrai­ment le choix, on nous avait don­né l’ordre de tirer soit sur les Ber­kout, la police, soit sur les mani­fes­tants, sans faire de dif­fé­rence. C’est pour cela que j’étais com­plè­te­ment ter­ri­fié et stu­pé­fait. Alors que depuis les étages supé­rieurs de l’hôtel Ukraine on tire sur la foule, les mani­fes­tants de la place Maï­dan se sont réfu­giés dans l’hôtel. C’est ain­si que les vic­times se sont retrou­vées à côté de leurs assas­sins. À l’intérieur, c’était un tel chaos qu’on ne com­pre­nait même pas qui était qui. Il y avait plein de gens.”

Dans le salon recou­vert de cadavres, de sang et de bles­sés, une camé­ra filme des hommes armés qui s’éloignent après avoir tiré sur la foule. “C’était un cau­che­mar, c’était ter­rible. Quand nous sommes sor­tis de l’hôtel Ukraine, dans la rue, il y avait des incen­dies et des poli­ciers bles­sés. Il y avait des scènes ter­ri­fiantes. Nous avons aban­don­né les armes là. L’ordre était de tout lais­ser et de par­tir, de quit­ter le bâti­ment le plus vite pos­sible. On enten­dait des cris, il y avait des morts et tout autour beau­coup de blessés.

Ma pre­mière et seule pen­sée a été de m’en aller rapi­de­ment avant que je sois repé­ré, autre­ment ils m’auraient réduit en pièces sur place. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs. Je savais bien de quoi ils par­laient. Et puis j’ai vu des morts, tous ces bles­sés qu’on empor­tait et j’ai repris mes sens. À ce moment-là je n’avais pas encore réa­li­sé, je n’étais pas prêt. Mais après j’ai com­pris. Nous avions été uti­li­sés. Uti­li­sés et pié­gés. La déci­sion de par­ler, de tout racon­ter, je ne l’ai pas prise tout de suite. Elle a mûri len­te­ment avec le temps. En véri­té, il n’y a aucun motif pour m’inculper. On ne peut m’accuser de rien selon les bases légales de mon pays. Et de toute façon je suis un sol­dat, je n’ai peur de rien, pas même de mourir.”

“— Ton scoop, Gian Mica­les­sin, montre que ce sont elles, les fake news, les fables selon les­quelles c’est la révo­lu­tion de la place Maï­dan qui a fait sau­ter le méchant pré­sident pro-russe sans les armes et par les réseaux sociaux. C’est une tout autre his­toire qui s’est pas­sée sur cette place”. “— Mal­heu­reu­se­ment cette fake news, comme tu dis, était la véri­té offi­cielle, cette véri­té offi­cielle qu’on nous a ser­vi pen­dant au moins quatre ans, et qui nous a coû­té très cher à nous, les Ita­liens. Embar­go, et risque de guerre”. “— Mais alors, der­rière ces tireurs que tu as ren­con­trés, qui disent ne pas avoir peur pour leur vie parce que ce sont des sol­dats, en réa­li­té, com­ment peut-on croire qu’ils n’avaient pas com­pris, naï­ve­ment, avoir été les ins­tru­ments d’une révolte qui ne leur appar­te­nait pas ?”

“— Eh bien, ils pen­saient seule­ment accom­plir un tra­vail. Il y a eu une révo­lu­tion sem­blable, la soi-disant révo­lu­tion rose en Géor­gie, à laquelle ils par­ti­ci­pèrent sous les ordres de Saa­ka­ch­vi­li. Celle-là s’est conclue
de manière paci­fique. Donc ici aus­si ils ont pen­sé jusqu’au 18 et 19 qu’ils n’auraient pas à prendre les armes, que tout pou­vait se dérou­ler comme une simple révolte. Ces jours-là, clai­re­ment, quand la média­tion euro­péenne a déci­dé de faire des élec­tions anti­ci­pées pour voir ce que vou­lait le peuple, les chefs de l’opposition en déci­dèrent autrement.”

“— De mas­sa­crer leur propre peuple pour créer une révolte ?” “— C’est ce qu’ils nous apprennent dans ce film”. “— Incroyable, vrai­ment. Mer­ci Gian Mica­les­sin”. “— Mer­ci à vous.”

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La version des Snipers sur le massacre de Kiev : « Les ordres venaient de l’opposition »

Source : Gian Mica­les­sin, Il Gior­nale, 15/11/2017

« Ils ont tous com­men­cé à tirer deux ou trois coups à chaque fois. Cela à duré de 15 à 20 minutes. Nous n’avions pas le choix. On nous a don­né l’ordre de tirer tant sur la police que sur les mani­fes­tants sans faire de différence. »

« J’étais tota­le­ment stu­pé­fait. » C’est ain­si que le Géor­gien Alexan­der Reva­zi­sh­vil­li se remé­more la fusillade tra­gique du 24 février 2014, à Kiev quant un groupe de mys­té­rieux tireurs ouvrirent le feu sur la foule et sur les poli­ciers, mas­sa­crant plus de 80 per­sonnes. Ce mas­sacre a hor­ri­fié le monde et chan­gé le des­tin de l’Ukraine en for­çant la fuite du pré­sident pro-russe Vik­tor Ianou­ko­vytch accu­sé d’avoir orga­ni­sé la fusillade. Mais ce mas­sacre a éga­le­ment chan­gé le des­tin de l’Europe et de notre pays en déclen­chant la crise menant aux sanc­tions contre la Rus­sie de Pou­tine. Sanc­tions qui sont reve­nues en boo­me­rang sur l’économie italienne.

Les confes­sions de Reva­zi­sh­vil­li et des deux autres Géor­giens – recueillies par l’auteur du docu­ment « Ukraine, les véri­tés cachées » dif­fu­sée ce soir à 23h30 sur Matrix, Canal 5 – révèlent une toute autre véri­té bien décon­cer­tante. Celle d’un mas­sacre our­di et exé­cu­tée par la même oppo­si­tion qui a accu­sé Ianou­ko­vytch et ses alliés russes.

Reva­zi­sh­vil­li et ses deux com­pa­gnons – ren­con­trés et inter­viewés dans le docu­men­taire – sont un ancien membre des ser­vices de sécu­ri­té de l’ex-président géor­gien Mikheil Saa­ka­ch­vi­li et deux ex-mili­­tants de son propre par­ti. Recru­tés à Tbi­li­si par Mamu­ka Mamu­la­sh­vi­li, le conseiller mili­taire de Saa­ka­sh­vi­li, ils sont char­gés d’appuyer – avec d’autres volon­taires géor­giens et litua­niens – les démons­tra­tions en cours à Kiev, moyen­nant une prime de cinq mille dol­lars chacun.

Munis de faux pas­se­ports, ils arrivent en Ukraine pour coor­don­ner les démons­tra­tions et pour pro­vo­quer la police ukrai­nienne, ini­tia­le­ment sans uti­li­ser d’armes. Celles-ci entre­ront en scène le 18 février et seront dis­tri­buées entre les dif­fé­rents groupes de Géor­giens et de Litua­niens par Mamu­la­sh­vi­li et par d’autres diri­geants de l’opposition ukrai­nienne. « Chaque sac conte­nait trois ou quatre armes, il y avait des pis­to­lets Maka­rov, des fusils mitrailleurs AKM, des cara­bines ain­si que des paquets de car­touches ». Le len­de­main Mamu­la­sh­vi­li et les chefs des pro­tes­ta­taires expliquent aux volon­taires qu’ils devront affron­ter un assaut de la police dans le palais du conser­va­toire et dans l’hôtel Ukraïna.

On leur explique que, dans ce cas, il fau­dra tirer sur la place et semer le chaos. Mais un des pro­ta­go­nistes recon­nait avoir reçu une autre expli­ca­tion plus exhaus­tive. « Quand Mamu­la­sh­vi­li est arri­vé, je le lui ai éga­le­ment deman­dé. Si les choses se com­pliquent, alors nous devrons com­men­cer à tirer » – m’a‑t‑il répon­du. « Nous ne pou­vons pas aller aux élec­tions pré­si­den­tielles anti­ci­pées. Mais sur qui devons-nous tirer ?, lui ai-je deman­dé. Il m’a répon­du que le qui et le où n’avaient pas d’importance, il fal­lait tirer par­tout afin de créer le chaos ».

Cela n’avait pas d’importance si nous tirions sur un arbre, une bar­ri­cade ou sur ceux qui lan­çaient des cock­tails molo­tov. Un autre volon­taire le confirme : ce qui comp­tait était de semer la confu­sion. « J’entendais des hur­le­ments », confesse Alexan­der – il y avait de nom­breux bles­sés. Ma seule pré­oc­cu­pa­tion était de par­tir aus­si vite que pos­sible avant qu’ils ne me détectent. Autre­ment, ils m’auraient mis en pièces. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs d’élite. Quatre ans après les faits, Alexan­der et ses deux com­pa­gnons disent n’avoir pas encore reçu la moindre récom­pense, rai­son pour laquelle ils ont déci­dés de dire la véri­té sur ceux qui les ont uti­li­sés et aban­don­nés. « Sur le moment je n’ai pas réa­li­sé. Je n’étais pas prêt. Puis j’ai com­pris. Nous avons été uti­li­sés et piégés. »

Source : Gian Mica­les­sin, Il Gior­nale, 15/11/2017

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[Oli­vier Ber­ruyer :] Comme rap­pe­lé dans le repor­tage, ce n’est pas la pre­mière fois que ce scan­dale “d’attaque sous faux dra­peau” à Maï­dan ressort.

Nous avions ain­si pré­sen­té sur ce site en mars et avril 2014 :

1/ L’interception d’une com­mu­ni­ca­tion en off entre un ministre esto­nien sur place, rela­tant les doutes à Cathe­rine Ash­ton :

2/ ce beau repor­tage de la télé­vi­sion alle­mande ARD :

3/ On a appris mi-mai 2014 que la plu­part des balles mor­telles ne venaient pas des forces de police et que la plu­part des preuves (armes, balles, douilles, docu­ments) avaient été per­dues ou volées. (Source).

J’indiquais “À ce stade de mani­pu­la­tion, il est qua­si cer­tain que des sni­pers put­schistes ont tiré à la fois sur les forces de l’ordre et sur les mani­fes­tants désar­més, et sont res­pon­sable d’une bonne par­tie des décès.”…

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Au niveau des pro­pa­gandes, on se rap­pel­le­ra ceci :

Pour “l’enquête sur les vio­lences qui ont frap­pé le pays”, on repas­se­ra, donc…

Tout s’explique : Fran­çois Hol­lande avait une connexion men­tale directe avec le peuple ukrai­nien et connais­sait ses aspi­ra­tions (pas de bol, il était pré­sident de la France…)

2 mars 2014, BHL, deuxième adresse au Maidan

Peuple du Maidan !

Vous avez, à mains presque nues, fait recu­ler les mili­ciens Berkout.

Vous avez, seuls ou presque, mis en fuite Ianoukovitch.

Vous avez, avec un sang-froid digne des grands peuples, infli­gé une défaite his­to­rique à la tyrannie.

Et donc vous êtes, non seule­ment des Euro­péens, mais les meilleurs des Européens.

Euro­péens vous l’êtes, certes, par l’histoire ; mais aus­si, désor­mais, par le sang versé.

Euro­péens vous l’êtes, certes, parce que vous êtes les fils de Vol­taire, de Vic­tor Hugo et de Taras Chev­chen­ko ; mais vous l’êtes aus­si parce que, pour la pre­mière fois, ici, sur le Mai­dan, des jeunes sont morts avec, entre les bras, le dra­peau étoi­lé de l’Europe.

On a vou­lu vous calomnier.

On a dit que vous étiez les conti­nua­teurs de la mémoire noire de l’Europe. Eh non ! C’est le contraire ! Ces ver­tus de résis­tance qui font le génie de l’Europe et qu’un grand Fran­çais, le Géné­ral de Gaulle, a por­tées à leur som­met, c’est vous qui les incar­niez pen­dant ces jour­nées san­glantes ; et le natio­­nal-socia­­lisme, l’antisémitisme, le fas­cisme qui furent la honte de notre conti­nent étaient du côté de vos ennemis.

Je m’incline devant vos morts.

Je m’incline devant votre bra­voure et vous dis plus que jamais : « bien­ve­nue dans la Mai­son commune ». 

BHL

(Source)


La longue “martyrologie” des lecteurs du Monde

Une pièce de plus dans la longue “mar­ty­ro­lo­gie” de l’information en France… (avec Pio­tr Smo­lar, envoyé spé­cial du Monde en Ukraine au moment des faits)

Source : les​-crises​.fr, https://​www​.les​-crises​.fr/​n​o​–​n​e​w​s​–​t​e​m​o​i​g​n​a​g​e​–​d​e​s​–​s​n​i​p​e​r​s​–​d​u​–​m​a​s​s​a​c​r​e​–​d​u​–​m​a​i​d​a​n​–​l​e​s​–​o​r​d​r​e​s​–​v​e​n​a​i​e​n​t​–​d​e​–​l​–​o​p​p​o​s​i​t​i​on/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​9​8​8​3​2​7​6​2​317

« Vaincre Macron », le nouveau livre de Bernard Friot, plus incisif, plus bouleversant et plus important que jamais

Chers amis,

Il y a quelques années, en juin 2010, j’ai décou­vert Franck Lepage (dans une magni­fique émis­sion de Daniel Mer­met), et Franck m’a fait ensuite décou­vrir le tra­vail for­mi­dable de Ber­nard Friot. Depuis, nous sommes deve­nus amis tous les trois et je trouve que Ber­nard pro­gresse sans cesse (Franck aus­si, d’ailleurs) : son dis­cours est de plus en plus pré­cis et péné­trant, son diag­nos­tic et sa pro­po­si­tion sont de plus en plus puis­sants, de mieux en mieux argumentés. 

Si vous ne connais­sez pas cette alter­na­tive, c’est le moment de la décou­vrir, avec ce nou­veau livre (petit et pas cher) qui en pro­pose une syn­thèse très claire. Il s’in­ti­tule « Vaincre Macron » (je n’aime pas trop ce titre) mais il dépasse bien sûr (de loin) les pro­blèmes de per­sonnes et vise le cœur (les ins­ti­tu­tions) du sys­tème dit « capi­ta­liste » : déci­der QUI est légi­time pour attri­buer la VALEUR économique ?

• Je repro­duis ici sa courte intro­duc­tion, que je trouve puis­sante, ain­si que son plan.
• Je vous signale ensuite la vidéo d’une bonne confé­rence où Ber­nard décrit l’es­sen­tiel de son nou­veau livre.
• Je vous signale aus­si une confé­rence que Ber­nard donne ce soir, à Mar­seille, ain­si qu’un ate­lier qu’il anime demain après-midi.
• je vous rap­pelle enfin que l’as­so­cia­tion « Réseau sala­riat » a besoin de notre aide à tous pour conti­nuer la bagarre.

https://​ladis​pute​.atheles​.org/​e​c​o​n​o​m​i​e​t​r​a​v​a​i​l​/​v​a​i​n​c​r​e​m​a​c​ron

Intro­duc­tion

Pour vaincre Macron, il faut prendre la mesure de son entre­prise. Et, pour cela, com­men­cer par le com­men­ce­ment : le prin­temps des peuples tel qu’il jaillit au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale, comme en témoignent des docu­men­taires comme La Sociale (1) ou L’Es­prit de 45 (2), et la réponse que lui oppose dès le début des années 1950 la construc­tion de ce qui devien­dra l’U­nion euro­péenne. L’éner­gie que va déployer la classe diri­geante dans la consti­tu­tion de cette der­nière ne peut se com­prendre que si on se libère de la lec­ture sopo­ri­fique de la Libé­ra­tion qui en fait un moment de cir­cons­tances excep­tion­nelles ayant per­mis un meilleur par­tage des richesses entre le capi­tal et le tra­vail au béné­fice des tra­vailleurs. Je mon­tre­rai qu’au contraire les len­de­mains de la Seconde Guerre mon­diale sont une période révo­lu­tion­naire, c’est-à-dire un moment où le mode de pro­duc­tion est mis en cause : ce qui se joue, ce n’est pas la répar­ti­tion de ce qui est pro­duit, mais la pro­duc­tion elle-même et ses deux ins­ti­tu­tions essen­tielles, le régime de pro­prié­té de l’ou­til de tra­vail et le sta­tut du pro­duc­teur. Le mar­ché com­mun puis l’U­nion euro­péenne vont être mis en place pour res­tau­rer le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste que les ins­ti­tu­tions révo­lu­tion­naires, créées après 1945, ont subverti.

Tant que l’on ne prend pas la mesure de cette sub­ver­sion, soi­gneu­se­ment niée dans l’his­toire offi­cielle, on ne com­prend pas la « réforme » que vont impul­ser les gou­ver­ne­ments réunis dans l’U­nion, en s’ap­puyant les uns sur les autres, à par­tir de l’Acte unique mis en musique par Jacques Delors, dans les années 1980. La par­ti­tion fran­çaise de la chose a été pour l’es­sen­tiel écrite par Phi­lippe Seguin et Michel Rocard, entre 1986 et 1991. Les gou­ver­ne­ments qui leur suc­cé­de­ront vont l’in­ter­pré­ter ins­tru­ment par ins­tru­ment, avec une grande appli­ca­tion et une grande constance, mais avec une médiocre ampleur de vue, liée aux escar­mouches de l’al­ter­nance droite/gauche, que leur repro­che­ront le MEDEF et la CFDT. Aujourd’­hui, avec la pré­si­dence d’Em­ma­nuel Macron, la classe diri­geante se débar­rasse des pesan­teurs de l’al­ter­nance, l’es­prit du couple Seguin-Rocard est à nou­veau à l’œuvre avec le carac­tère sys­té­ma­tique de la réforme et son ins­crip­tion dans les clous impo­sés par l’U­nion euro­péenne. Le MEDEF et la CFDT applau­dissent avec la rete­nue qui sied au par­tage des rôles entre les ins­tances de l’é­co­no­mique et celles du politique.

À quoi s’at­taque la réforme ? C’est l’ob­jet du pre­mier cha­pitre. Il est consa­cré au récit des pré­mices d’une ins­ti­tu­tion com­mu­niste du tra­vail telle que l’i­ni­tient, en 1946, le Par­ti com­mu­niste et les mili­tants de la CGT emme­nés pour l’es­sen­tiel par les anciens de la CGT-Uni­­taire. « Com­mu­niste » – et c’est ain­si qu’on entend ce terme dans cet ouvrage – parce quelle est le che­min de sor­tie du capi­ta­lisme : le com­mu­nisme ne se défi­nit pas autre­ment qu’empiriquement, par les ins­ti­tu­tions d’une autre pra­tique de la valeur éco­no­mique que l’ac­tion des tra­vailleurs orga­ni­sés par­vient à impo­ser. Contre les ins­ti­tu­tions capi­ta­listes de la valeur que sont la pro­prié­té lucra­tive, le finan­ce­ment de l’in­ves­tis­se­ment à cré­dit, la rému­né­ra­tion des tra­vailleurs au prix de leur force de tra­vail, les mili­tants construisent, comme je le mon­tre­rai : la copro­prié­té d’u­sage de l’ou­til de tra­vail, la sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment et le salaire à vie, en s’ap­puyant sur les acquis anti­ca­pi­ta­listes de la codi­fi­ca­tion du tra­vail qui avait démar­ré au tour­nant du XXe siècle, sous l’im­pul­sion de la CGT et de la SFIO nais­santes. Et leur dyna­mique ne s’ar­rête pas avec l’ex­pul­sion des ministres com­mu­nistes en 1947 : les trois décen­nies sui­vantes connaî­tront une conso­li­da­tion sub­stan­tielle des conquêtes de 1946. Pour­quoi 1946 et non pas 1945 ? Pour­quoi ces gros mots de révo­lu­tion et de com­mu­nisme ? Je m’en expli­que­rai, bien sûr. Mais j’a­lerte tout de suite le lec­teur : ce pre­mier cha­pitre inter­roge la fable de « 1945 », et les gros mots sont néces­saires pour refaire vivre l’his­toire popu­laire révo­lu­tion­naire qui nous a été volée.

Le deuxième cha­pitre ins­crit les ini­tia­tives d’Em­ma­nuel Macron dans la « réforme » menée par la classe diri­geante depuis les années 1980. Il sort sa com­pré­hen­sion de l’im­passe dans laquelle la mise l’in­vo­ca­tion du néo­li­bé­ra­lisme. Ce terme recouvre des inter­pré­ta­tions dif­fé­rentes, mais leur déno­mi­na­teur com­mun est l’ab­sence de lutte de classes. Le capi­ta­lisme serait un « sys­tème » qui certes bouge pour se repro­duire, d’où sa pério­di­sa­tion, mais, ses dépla­ce­ments relè­ve­raient d’une cause interne : épui­se­ment du for­disme, baisse du taux de pro­fit, carac­tère mor­ti­fère du féti­chisme de la valeur, pour reprendre quelques-unes des expli­ca­tions avan­cées pour défi­nir le néo­li­bé­ra­lisme. Le pos­tu­lat de la science sociale, fût-elle cri­tique, est qu’il n’y a qu’une seule classe pour soi, c’est-à-dire consciente de ses inté­rêts et orga­ni­sée pour les pro­mou­voir : la bour­geoi­sie. Les tra­vailleurs ne peuvent mener qu’un conflit de répar­ti­tion : au mieux faire bou­ger le cur­seur à leur avan­tage dans la répar­ti­tion de la « valeur », hypo­sta­siée dans sa forme capi­ta­liste de valeur d’é­change. Dans cette pers­pec­tive, la réforme ferait recu­ler les droits des tra­vailleurs pour res­tau­rer un par­tage de la « valeur » à l’a­van­tage du capi­tal. Je pro­pose une tout autre inter­pré­ta­tion : la réforme est une contre-révo­­lu­­tion, qui vise à res­tau­rer la pra­tique capi­ta­liste du régime de pro­prié­té et du sta­tut du pro­duc­teur. Le deuxième cha­pitre s’in­té­resse sur­tout au sta­tut du producteur.

Contre le sta­tut com­mu­niste du pro­duc­teur qui s’est affir­mé for­te­ment jusque dans les années 1970 – autour de la géné­ra­li­sa­tion du salaire à la qua­li­fi­ca­tion atta­ché à la per­sonne -, la classe diri­geante a entre­pris, depuis les années 1980, de rem­pla­cer ce der­nier par deux piliers de res­sources sans lien avec la qua­li­fi­ca­tion : un pre­mier pilier dit « non contri­bu­tif » uni­ver­sel, for­fai­taire, fis­ca­li­sé, dont la forme la plus abou­tie est le reve­nu uni­ver­sel, et un second pilier « contri­bu­tif » ados­sé au mar­ché des capi­taux, qui réas­signe les tra­vailleurs à la per­for­mance mar­chande en « sécu­ri­sant leurs par­cours » à coups de comptes indi­vi­duels, dont la forme la plus abou­tie est le compte per­son­nel d’ac­ti­vi­té (CPA). Sur cette base, elle tente aujourd’­hui de faire reve­nir le tra­vail à l’in­vi­si­bi­li­té qu’il subis­sait avant la conquête du code du tra­vail en rem­pla­çant ce der­nier par le pré­ten­du dia­logue social.

Le der­nier cha­pitre pro­pose un che­min pour vaincre Macron. Le lec­teur en devine d’emblée la bous­sole. La réponse offen­sive à une contre-révo­­lu­­tion capi­ta­liste ne peut être que la pour­suite déli­bé­rée de la révo­lu­tion com­mu­niste du tra­vail : copro­prié­té d’u­sage des entre­prises par les sala­riés et pour cela sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment et salaire à vie. Il faut pour­suivre la socia­li­sa­tion sala­riale de la valeur en dou­blant le mon­tant des coti­sa­tions actuelles pour les affec­ter à la géné­ra­li­sa­tion du salaire à vie et à la sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment, afin de rendre effec­tifs les droits éco­no­miques à attri­buer à cha­cun à sa majo­ri­té, car – et ce sera le point cen­tral du cha­pitre – les per­sonnes doivent être titu­laires de leur salaire et de leur outil de tra­vail pour pou­voir réel­le­ment déci­der de la valeur économique.

Je ne sous-estime pas le chan­ge­ment de la culture mili­tante qu’ap­pelle un tel che­min com­mu­niste. Ou plu­tôt des deux cultures mili­tantes qui s’op­posent à la réforme. Celle de la gauche de gauche mène la riposte à la réforme en appe­lant les citoyens et les tra­vailleurs à se mobi­li­ser pour une bonne poli­tique publique, pour un bon usage de l’argent par une bonne fis­ca­li­té, une bonne créa­tion moné­taire et un bon cré­dit public, pour de bons pôles publics dans des sec­teurs d’ac­ti­vi­té déci­sifs. « Bon » signi­fie ici : per­met­tant la muta­tion éco­lo­gique de l’ap­pa­reil pro­duc­tif, garan­tis­sant des droits d’in­ter­ven­tion des tra­vailleurs, assu­rant le par­tage du tra­vail pour tous. L’autre culture mili­tante, celle des alter­na­tifs de l’i­ci et main­te­nant, se situe plu­tôt dans la dis­si­dence avec le sou­ci de démon­trer qu’une pro­duc­tion non capi­ta­liste est pos­sible mal­gré tout à l’é­che­lon local, dans le sou­ci du sens de ce qui est pro­duit et de la façon dont il l’est. Ces mili­tants sont défiants vis-à-vis des ins­ti­tu­tions de l’é­co­no­mie, qu’il s’a­gisse de la valeur, du tra­vail, de la mon­naie, et pré­co­nisent la décrois­sance en témoi­gnant d’un mode de vie conforme à leurs convic­tions. Ces deux types de mili­tance, qui sou­vent s’i­gnorent ou se méfient l’un de l’autre, sont de fait les deux pieds avec les­quels nous pou­vons sor­tir du sur­place de la défaite ou de la mar­gi­na­li­té pour mettre en marche l’al­ter­na­tive com­mu­niste à la contre-révo­­lu­­tion réfor­ma­trice. Mais cela ne sera pos­sible que si les uns et les autres dépassent leur com­mune céci­té sur le déjà-là com­mu­niste du tra­vail : les pre­miers pour sor­tir d’une attente d’un salut venu de pou­voirs publics sou­te­nus par une mobi­li­sa­tion mili­tante et fon­der leur riposte sur la pour­suite de la conquête de droits éco­no­miques des tra­vailleurs per­met­tant leur sou­ve­rai­ne­té effec­tive sur le tra­vail, les seconds pour sor­tir de leur vision péjo­ra­tive de l’é­co­no­mie, et tra­vailler à l’af­fer­mis­se­ment d’ins­ti­tu­tions macro­so­ciales du travail.

Vaincre Macron, faut-il le pré­ci­ser, n’est pas sépa­rable d’une vic­toire sur le Front natio­nal, ce joker que la classe diri­geante garde en main. Que cette classe en soit, aujourd’­hui, à se décou­vrir au point de lais­ser tom­ber le masque de l’al­ter­nance entre le Par­ti socia­liste et Les Répu­bli­cains montre l’im­por­tance de l’obs­tacle qu’elle veut vaincre : le refus popu­laire de la façon dont elle orga­nise la pro­duc­tion. C’est au tra­vail, c’est dans l’en­tre­prise, c’est sur le ter­rain de la pro­duc­tion quelle va gagner ou perdre. Sa force tient dans le sen­ti­ment très répan­du qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive à ce qu’elle impose en la matière à des tra­vailleurs exas­pé­rés mais rési­gnés. Vaincre Macron repose donc sur la capa­ci­té de trans­for­mer un refus popu­laire désar­mé en adhé­sion à une pra­tique de chan­ge­ment de la pro­duc­tion, de la recherche, de l’en­tre­prise et du tra­vail qui les sor­ti­ra de l’or­nière capi­ta­liste, parce qu’elle fera des tra­vailleurs eux-mêmes les déci­deurs de ce qui est pro­duit : où, com­ment, par qui, avec quel finan­ce­ment, avec quelle place pour nos acti­vi­tés dans la divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail. Il n’y a pas besoin d’al­ler cher­cher cette pra­tique dans l’u­to­pie, il faut géné­ra­li­ser et radi­ca­li­ser ce qui est déjà-là : la copro­prié­té d’u­sage de l’ou­til de tra­vail par les inté­res­sés sans sou­mis­sion à des pro­prié­taires lucra­tifs ; le salaire à vie qui, en libé­rant les per­sonnes des aléas d’une rému­né­ra­tion liée à l’emploi ou au béné­fice, leur per­met de prendre des ini­tia­tives et d’in­ter­ve­nir effi­ca­ce­ment dans les déci­sions éco­no­miques ; la sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment ain­si débar­ras­sé du chan­tage des prêteurs.

Retrou­ver la dyna­mique de ces ins­ti­tu­tions, mises en dif­fi­cul­té par la contre-révo­­lu­­tion réfor­ma­trice, va nous faire renouer avec l’ex­ten­sion consi­dé­rable du champ du tra­vail qu’elles ont ren­du pos­sible en trans­for­mant en tra­vailleurs pro­duc­tifs des fonc­tion­naires, des parents, des soi­gnants, des retrai­tés, des chô­meurs : autant de caté­go­ries, notons-le, dont le tra­vail pro­duc­tif laisse une empreinte éco­lo­gique faible, ce qui montre que l’on peut étendre le champ du tra­vail en har­mo­nie avec le vivant, dès lors qu’on mar­gi­na­lise une pro­duc­tion capi­ta­liste indif­fé­rente jus­qu’à la folie à la valeur d’u­sage de ce qui est pro­duit. Il faut beau­coup plus de tra­vail pour pro­duire bio et c’est bien meilleur pour la pour­suite de notre exis­tence sur terre. Sor­tir le tra­vail du car­can capi­ta­liste est urgent pour la démo­cra­tie : le débat public sera pour­ri par la xéno­pho­bie tant que nous accep­te­rons le mot d’ordre inad­mis­sible du « par­tage du tra­vail », qui sup­pose que le tra­vail est en quan­ti­té limi­tée. Alors que si nous libé­rons la pro­duc­tion de l’im­passe pro­duc­ti­viste capi­ta­liste nous pour­rons l’en­ri­chir de l’ap­port de tous les tra­vailleurs qui le dési­rent. Cet apport sera d’au­tant plus pos­sible que les deux types de mili­tance que j’ai évo­qués auront comme sou­ci com­mun de béné­fi­cier de l’ap­port aigu de celles et ceux qui se vivent comme les indi­gènes de la Répu­blique. Face à une bour­geoi­sie aujourd’­hui ras­sem­blée der­rière Emma­nuel Macron pour une contre-révo­­lu­­tion à nou­veau sys­té­ma­ti­sée, seul trou­ve­ra le che­min de la vic­toire un sala­riat très ouvert qui se construi­ra dans sa lutte pour pour­suivre la révo­lu­tion com­mu­niste de la production.

[…]

Lire la suite, pas­sion­nante, dans ce petit livre important :
https://​ladis​pute​.atheles​.org/​e​c​o​n​o​m​i​e​t​r​a​v​a​i​l​/​v​a​i​n​c​r​e​m​a​c​ron

1. Gilles Per­ret, La Sociale, Rouge Pro­duc­tions, 2016.
2. Ken Loach, L’Es­prit de 45, Why Not Pro­duc­tion, 2013.


PLAN

Intro­duc­tion

Cha­pitre pre­mier La révo­lu­tion com­mu­niste du travail

1. La créa­tion conflic­tuelle du régime géné­ral de Sécu­ri­té sociale en 1946
2. Contrat de tra­vail et salaire : des ins­ti­tu­tions anticapitalistes
3. Les pré­mices d’une pro­duc­tion com­mu­niste à grande échelle

Cha­pitre 2 La réforme, une contre-révolution

1. Une ins­ti­tu­tion du tra­vail hors de toute qualification
2. Un droit de la per­sonne hors de tout lien avec la valeur
3. L’in­vi­si­bi­li­sa­tion du tra­vail par le dia­logue social

Cha­pitre 3 Pour­suivre la pra­tique com­mu­niste du travail

1. Don­ner un nou­vel hori­zon au travail
2. Atta­cher à la per­sonne les droits de sou­ve­rai­ne­té sur la valeur
3. Cen­trer la démo­cra­tie sur le travail
4. Pour­suivre le geste de créa­tion du régime géné­ral en 1946

Conclu­sion
Index des matières 

httpv://www.youtube.com/watch?v=zqofNMYIlb4

Ber­nard sera ce soir, 18 novembre 2017, à Mar­seille, Théâtre Maze­nod, 88 rue d’Au­bagne, à 18h30 :

Bernard Friot : Conférence gesticulée « Oui à la révolution communiste du travail »

http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​e​8​1​c​4​3​4​a​9​e​3​6​1​9​c​e​6​5​0​f​7​4​d​5​0​7​6​5​8​a​d​3​?​l​a​n​g​=fr

Ber­nard sera encore à Mar­seille dimanche matin, 19 novembre 2017, Mars Media Lab (Urban­Prod), 18 rue Col­bert, de 14 h à 17 h :

Atelier-Formation sur le salaire à vie avec Bernard Friot

http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​d​c​0​8​0​6​b​0​1​b​7​5​d​e​b​0​a​a​0​1​9​b​d​0​d​5​3​8​3​f​0​d​?​l​a​n​g​=fr

• Enfin, il faut signa­ler « Réseau Sala­riat », qui est la struc­ture asso­cia­tive qui sou­tient le tra­vail de Ber­nard Friot, et que nous devrions tous aider du mieux que nous pouvons :

http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​?​l​a​n​g​=fr

Voi­là. Si vous ne connais­sez pas Friot, vous devriez le décou­vrir, et le faire connaître autour de vous 🙂

Ami­tiés.

Étienne.

Post scrip­tum : un der­nier mot pour évo­quer, sans la déve­lop­per, la petite pointe de tris­tesse que je res­sens tou­jours quand je vois ces amis chers (dont le trouve les idées impor­tantes au point que je les intègre en pro­fon­deur dans mon propre tra­vail) ne pas inté­grer (du tout) dans leur propre ana­lyse l’ac­ti­vi­té popu­laire consti­tuante pour sor­tir de la pri­son juri­dique où nous sommes tous enfer­més (depuis que les riches nous ont impo­sé leur défi­ni­tion humi­liante du « suf­frage uni­ver­sel » : élire des maîtres au lieu de voter les lois).
Je garde cette tris­tesse au fond de moi, sans en rajou­ter ; je me dis que toutes les graines mettent du temps à ger­mer puis à pous­ser, et qu’il ne sert à rien de s’impatienter.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​9​2​6​6​1​4​0​2​317

Qui peut écrire une constitution ? (vidéo 5 minutes)

httpv://youtu.be/L16AnwkkD6c

Par­­lez-en entre vous. 

Et autour de vous.


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​8​7​8​8​7​5​5​7​317

Rap­pel : les 12 vidéos de « Deve­nons citoyens ! » Entre­tiens à pro­pos d’une démo­cra­tie digne de ce nom :

https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​5​/​1​1​/​1​1​/​d​e​v​e​n​o​n​s​–​c​i​t​o​y​e​n​s​–​e​n​t​r​e​t​i​e​n​s​–​a​–​p​r​o​p​o​s​–​d​u​n​e​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​d​i​g​n​e​–​d​e​–​c​e​–​n​om/

1 Quels sont les défauts du gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif ? (5 min.)
2 Quels sont les grands prin­cipes de la démo­cra­tie ? (5 min.)
3 La répu­blique favo­­rise-t-elle la démo­cra­tie ? (5 min.)
4 Le public aux mains des inté­rêts pri­vés (4 min.)
5 Indi­vi­dua­lisme et démo­cra­tie : ce n’est pas un pro­blème (7 min.)
6 Faut-il un « chef » dans une démo­cra­tie ? (6 min.)
7 Com­ment être effi­cace pour réta­blir une vraie démo­cra­tie ? (5 min.)
8 Étienne Chouard est-il un gou­rou de la démo­cra­tie ? (6 min.)
9 Qui peut écrire une consti­tu­tion ? (5 min.)
10 Démo­cra­tie, reli­gions et laï­ci­té (4 min.)
11 Com­ment se finance une démo­cra­tie ? (10 min.)
12 Conseils de lec­tures anti-escla­­va­­gistes (12 min.)

10ème anniversaire du verdict condamnant injustement Jamal Zougam, véritable nouveau Dreyfus, pour les attentats de Madrid en 2004. Une enquête bouleversante de Cyrille Martin.

Chers amis,

Je vous pro­pose de décou­vrir ci-des­­sous une enquête remar­quable, menée par un simple citoyen, Cyrille Mar­tin, pour dis­cul­per un pauvre homme broyé par « La Jus­tice » et crou­pis­sant injus­te­ment en pri­son depuis plus de 10 ans pour que nos socié­tés puissent mau­dire un bouc émissaire.

Je vous laisse lire Cyrille et sur­tout voir son film, vrai­ment bien fait, je trouve.

La vidéo pro­po­sée en bonus est très bonne aus­si : je trouve Daniele Gan­ser épa­tant, admi­rable ; je vous en repar­le­rai (je suis en train de dévo­rer son der­nier livre « les guerres illé­gales de l’O­TAN », aux édi­tions Demi-Lune).

Étienne.



Cyrille Martin :

« Il y a 10 ans, le 31 octobre 2007, la Jus­tice espa­gnole ren­dait son ver­dict dans l’affaire des ter­ribles atten­tats de Madrid du 11 mars 2004 (Ato­cha, 191 morts). Après avoir sus­pec­té l’ETA, l’enquête s’était diri­gée vers de sup­po­sés dji­ha­distes, au pre­mier rang des­quels le maro­cain Jamal Zou­gam, qui fut condam­né à la réclu­sion à per­pé­tui­té, accu­sé d’être l’un des poseurs de bombes.

Ce juge­ment est remis en ques­tion par un docu­men­taire, réa­li­sé en auto­pro­duc­tion par l’auteur de ces lignes. Inti­tu­lé ’Un nou­veau Drey­fus, Jamal Zou­gam, bouc émis­saire des atten­tats de Madrid ?’, ce docu­men­taire est construit sur la com­pa­rai­son des images des jour­naux télé­vi­sés avec celles des enre­gis­tre­ments vidéos du pro­cès. Il montre que, dans cer­tains cas sen­sibles, on conti­nue sur le vieux conti­nent à condam­ner à per­pé­tui­té des boucs émis­saires dont le seul tort est d’avoir la ’mau­vaise’ reli­gion du moment. Que ce soit par l’intermédiaire de la Jus­tice espa­gnole ou de la Jus­tice européenne.

La ver­sion espa­gnole du docu­men­taire (dif­fu­sée sur inter­net et sur la chaîne lati­­no-amé­­ri­­caine Tele­Sur) a com­men­cé à bri­ser le tabou qui entoure cette affaire en Espagne. Nous vous pro­po­sons l’interview de la famille de Jamal Zou­gam, réa­li­sée suite à cette dif­fu­sion par l’un des rares médias espa­gnols à cri­ti­quer le ver­dict, eles​pa​nol​.com. Ain­si que le bonus à cette ver­sion espa­gnole : une inter­view vidéo en fran­çais de l’historien Daniele Gan­ser, qui bat en brèche l’idée que le ter­ro­risme serait aujourd’hui néces­sai­re­ment isla­miste (sans pour autant reve­nir à l’accusation d’ETA, idée encore sou­te­nue dans cer­tains médias espagnols). »

Le docu­men­taire en fran­çais :


Interview de la famille de Jamal Zougam, Eles​pa​nol​.com, 10 et 12 mars 2017 :

La famille Zou­gam est musul­mane mais elle a des goût occi­den­taux. Les filles sont en jeans et ne portent pas le voile. Moha­med [frère de Jamal] aime les Beatles et Mike Old­field. « A mon tra­vail à la banque, tout le monde m’a cru dès le début et ils m’ont trai­té comme si j’étais une vic­time de plus de cet atten­tat, même si je n’avais pas de proches dans ces trains » assure Sami­ra [sa soeur]. « Pareil à la mai­son » ajoute Moha­med. « Les voi­sins n’ont pas chan­gé avec nous. Parce qu’ils sentent qu’on n’est pas des mau­vaises gens. »

Ce matin-là, jure Moha­med, ce fut la rou­tine habi­tuelle. « Quand je me suis levé, il était là, devant moi. Je ne l’oublierai jamais. Il était com­plè­te­ment endor­mi. Il dort comme une souche, pas moyen de le réveiller quand il dort ». « Moi je n’ai pas été appe­lé à décla­rer au pro­cès », dit Sami­ra. « Je crois que ça a été à cause d’une erreur de notre avo­cat José Luis Abas­cal. Il ne se réunis­sait même pas avec nous. Il ne nous consul­tait pas. »

Cinq fois par semaine, Zou­gam a le droit de faire un appel télé­pho­nique de cinq minutes. Et sa famille peut lui rendre visite une fois par mois. « Il a été en régime d’isolement total jusqu’à il y a deux ans. Tou­jours seul, même pen­dant qu’il était dans la cour. Il a de l’arthrose et il souffre beau­coup du froid, mais per­sonne ne règle ça » dit Samira.

Ques­tions à Aicha, mère de Jamal Zou­gam, qui rompt 13 années de silence :

Com­ment savez-vous que votre fils est innocent ?

Parce qu’il n’a rien fait. Parce qu’il était avec moi la nuit du 10 mars. Il est ren­tré du gym­nase, en sueur, vers minuit… Et il serait allé poser des bombes au matin ? Puis il serait allé au tra­vail ? Ce matin-là on a dis­cu­té, la télé­vi­sion était allu­mée. Son frère est par­ti au tra­vail en pre­mier et lui est res­té dis­cu­ter avec moi.

Est-ce vrai que la veille des atten­tats, Jamal avait visi­té un appar­te­ment à louer pour emmé­na­ger avec sa femme ?

C’est vrai. Il est allé voir le loge­ment, il a lais­sé la pho­to­co­pie de sa carte d’identité au pro­prié­taire. Et il est allé au tra­vail. La police et la Jus­tice le savent, parce qu’ils sont allé voir le pro­prié­taire… Mais tout a été étouf­fé ensuite.

Cette infor­ma­tion n’est pas sor­tie, ensuite, pen­dant le procès ?

Ils ne vou­laient pas, ils ne me lais­saient même pas par­ler pen­dant le pro­cès. Ce salaud [le juge Gomez Ber­mu­dez] ne m’a même pas lais­sé par­ler. Il m’a dit « C’est bon, c’est bon. Tais-toi ». Mais il s’agit de mon fils, je devais par­ler ! Pour­quoi ? Pour­quoi ne m’ont-ils pas lais­ser par­ler ? [A la fin de l’entretien, elle s’excuse pour ce coup de sang : « C’est à cause de cette impuissance »]

Ce n’est pas vrai que vous avez logé chez vous Abou Mughen ?

Jamais. Je ne le connais même pas. Écou­tez, per­sonne n’est venu chez moi. Tout les voi­sins me connaissent. Je n’ai pas démé­na­gé. Ils sont tous gen­tils avec moi.

Croyez-vous que votre fils a été choi­si inten­tion­nel­le­ment, ou sim­ple­ment qu’il n’a pas eu de chance ?

Ils l’ont choisi.

Pour­quoi ?

Je ne le sais pas. Je ne sais pas. Parce qu’ils n’avaient per­sonne d’autre.

Jamal a dit pen­dant le pro­cès que ça pour­rait être pour se ven­ger du fait qu’il ait refu­sé l’offre du CNI [les ser­vices de ren­sei­gne­ment] de col­la­bo­rer avec eux.

Ils lui avaient dit qu’ils arran­ge­raient le venue de son père du Maroc… mais il n’a pas voulu.

Qui aurait com­mis les atten­tats selon vous ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas… je ne sais pas. La police ? Je ne sais pas. Beau­coup de gens.

Que pen­­sez-vous d’Al Qae­da et de l’État Islamique ?

Du mal, beau­coup de mal. Les bar­bus je ne peux même plus les voir à la télé­vi­sion. Je vous jure. Je vois les gens qui vont voi­lés, comme ça, au Maroc, et je dis « Regarde la fille de p… A cause de ces gens mon fils est en prison. »

Votre fils est condam­né sur la base du témoi­gnage de deux femmes rou­maines. Pour­quoi croyez-vous qu’elles aient décla­ré l’avoir vu dans les trains ?

Parce qu’elles ont été payées, et bien payées [Elles ont reçu une indem­ni­té et une régu­la­ri­sa­tion en tant que vic­times, note du tra­duc­teur]. Pour­quoi aucun espa­gnol n’est venu dire qu’il l’avait vu ? Seule­ment des rou­maines ? Il y en a eu quatre ou cinq. Mais pas d’espagnols, ni maro­cains, ni ita­liens. Seule­ment des rou­mains… parce qu’elles ont tou­ché. Je demande au gou­ver­ne­ment qu’il rouvre le dos­sier de mon fils, parce qu’il n’a rien fait. S’il vous plaît.

Avez-vous vu le docu­men­taire du fran­çais Cyrille Mar­tin, qui défend l’innocence de votre fils ?

Non. Je n’aime pas voir mon fils dans ce pro­cès, ni me rap­pe­ler des images de cette époque. Je ne peux pas. Mais ses frères et sœurs l’ont vu et ils disent qu’il raconte les choses telles qu’elles se sont passées.

Après tout ce qui s’est pas­sé, vous regret­tez d’être venue en Espagne ?

Oui… Vous savez que ça fait 13 ans que mon fils est en pri­son et per­sonne ne parle de lui, alors que tout le monde sait qu’il n’a rien fait. Il y en a qui ont les preuves de ça. Ils ne veulent pas par­ler. Tout le monde la ferme. Pour­quoi ? Parce qu’il est maro­cain ? Pour­quoi ? Beau­coup de gens ont com­mis des erreurs et per­sonne ne veut parler.

 

Bonus de la ver­sion espa­gnole du docu­men­taire, une inter­view exclu­sive en fran­çais de Daniele Ganser :

Cyrille Mar­tin

Source : Le Grand Soir :
https://​www​.legrand​soir​.info/​1​0​e​m​e​–​a​n​n​i​v​e​r​s​a​i​r​e​–​d​u​–​v​e​r​d​i​c​t​–​c​o​n​d​a​m​n​a​n​t​–​i​n​j​u​s​t​e​m​e​n​t​–​j​a​m​a​l​–​z​o​u​g​a​m​–​v​e​r​i​t​a​b​l​e​–​n​o​u​v​e​a​u​–​d​r​e​y​f​u​s​–​p​o​u​r​–​l​e​s​–​a​t​t​e​n​t​a​t​s​–​d​e​–​m​a​d​r​i​d​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​8​5​5​4​1​7​4​2​317

Jean-Luc Mélenchon : « IL FAUT RÉGLER LA QUESTION DE LA DETTE »

Nous, on en parle (et on la dénonce cen­tra­le­ment) depuis plus de 10 ans (mi 2006, aler­tés par André-Jacques Hol­becq), mais c’est vrai que lui, là, main­te­nant qu’il a bien com­pris le méca­nisme, il en parle assez bien 🙂

JLM va peut-être finir par admettre l’ul­tra prio­ri­té de la sor­tie de l’UE 😉

Rap­pels (entre autres) :

Pre­miers cris d’a­lerte contre le scan­dale de la « dette publique » sur le forum du Plan C, le 20 août 2006 :
http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​f​o​r​u​m​/​v​i​e​w​t​o​p​i​c​.​p​h​p​?​i​d​=81

Sur le forum : com­pi­la­tion du fil très important
« Reprendre le pou­voir sur notre mon­naie » (1200 pages, pdf, 10 Mo) : 

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​R​e​p​r​e​n​d​r​e​_​l​e​_​p​o​u​v​o​i​r​_​s​u​r​_​n​o​t​r​e​_​m​o​n​n​a​i​e​.​pdf

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​8​0​5​0​2​9​4​7​317

Proposition à soutenir sur « Parlement&Citoyens » : Instaurer le référendum d’initiative populaire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution

Une très bonne pro­po­si­tion, que nous devrions tous sou­te­nir du mieux que nous le pou­vons, sur le site « Par­le­ment & Citoyens » :

Ins­tau­rer le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution

======================

Des­crip­tion :
M. Cas­ta­ner a affir­mé au nom du gou­ver­ne­ment, et nous en sommes ravis : « aujourd’­hui on veut sor­tir de cette théo­rie des droits for­mels qui sont sur le papier mais qui ne sont pas la réalité. »

Chris­tophe Cas­ta­ner, délé­gué géné­ral “En marche” et porte-parole du gou­ver­ne­ment, a annon­cé le 30 août sur BFM :
(ici à 07:55) « la fin d’un monde poli­tique » qui se conten­tait de don­ner des « droits théo­riques » sans se pré­oc­cu­per des « droits réels ».

Il a pris l’exemple de Lio­nel Jos­pin qui avait fait voter « le droit au loge­ment oppo­sable à tous ». C’est à dire que « tout le monde a droit au loge­ment » avec la réa­li­té que l’on constate.

Le CLIC (Comi­té de Liai­son pour l’Initiative Citoyenne), pro­pose jus­te­ment de modi­fier l’article 3 de notre Consti­tu­tion. L’art. 3 attri­bue la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et en fixe les moda­li­tés d’exercice, mais ce n’est qu’un droit pure­ment théo­rique. En effet, les citoyens n’ont pen­dant 5 ans aucun pou­voir d’agir sur leurs repré­sen­tants, et cela quoi qu’ils fassent ! Quant aux réfé­ren­dums, en 60 ans, il n’y en a eu que 9, dont 2 étaient de purs plé­bis­cites, et le der­nier réfé­ren­dum de 2005 (il y a 12 ans !) a vu ses 55% de NON trans­for­més en OUI en 2008 par le Congrès. (voir Note)

Le peuple dis­po­se­ra d’un “droit réel” avec cette simple modi­fi­ca­tion de l’article 3 :

Pro­po­si­tion de loi consti­tu­tion­nelle du CLIC
Article 3 :
“La sou­ve­rai­ne­té natio­nale appar­tient au peuple qui l’exerce par ses repré­sen­tants et par la voie du réfé­ren­dum d’initiative citoyenne en toutes matières, y com­pris consti­tu­tion­nelle et de rati­fi­ca­tion des trai­tés ; cet article ne peut être modi­fié que par voie référendaire.
Si la loi orga­nique fixant les moda­li­tés de ce réfé­ren­dum n’a pas été pro­mul­guée dans les six mois sui­vant l’adoption de cet article, l’assemblée natio­nale est dis­soute ; les élec­tions géné­rales ont lieu vingt jours au moins et qua­rante jours au plus après la dissolution.”

Expli­ca­tion de cette for­mu­la­tion : Le réfé­ren­dum d’initiative exclu­si­ve­ment par­le­men­taire, men­son­gè­re­ment nom­mé « réfé­ren­dum d’initiative par­ta­gée” par la qua­si tota­li­té des médias et des élus, ins­crit dans l’article 11 de la Consti­tu­tion en juillet 2008, n’est entré en vigueur que le 1er jan­vier 2015. Six ans et demi après son adop­tion par le Congrès !

Note

1° Pour l’exercice de la sou­ve­rai­ne­té par la voie de ses représentants.

Quoi que fassent les élus – et jus­qu’au contraire de cer­taines pro­messes – pen­dant 5 ANS, les élec­teurs ne peuvent pas reprendre la parole pour déci­der de ce qui pour­tant les regarde. En effet, ils ne dis­posent pas du réfé­ren­dum d’initiative citoyenne en toutes matières qui leur per­met­trait d’en appe­ler à l’arbitrage du corps électoral.

Une loi esti­mée inap­pro­priée ou injuste pour­rait faire l’objet d’un réfé­ren­dum abro­ga­tif ou d’un veto sus­pen­sif provisoire. 

Une pro­messe qui “ tar­de­rait à venir” pour­rait être sou­mise rapi­de­ment au peuple deve­nu souverain.

2° Pour l’exercice de la sou­ve­rai­ne­té par la voie du réfé­ren­dum (à l’initiative du Pré­sident de la République)

Depuis l’adoption de la Consti­tu­tion de la Vème Répu­blique en 1958, envi­ron 60 ans, il n’y a eu que 9 réfé­ren­dums à l’initiative du Pré­sident ! Un tous les 6 à 7 ans. (Et encore il y en a eu 2 qui étaient de purs “plé­bis­cites”.)

Au lieu d’utiliser la voie du Congrès, F.Mitterrand et J.Chirac, abso­lu­ment cer­tains de la réponse OUI, ont uti­li­sé la voie coû­teuse du réfé­ren­dum pour “jouer les démo­crates” à bon compte !

Objec­tif
Obte­nir le RIC !

Le Réfé­ren­dum d’I­ni­tia­tive Citoyenne, per­met à des citoyens esti­mant cer­taines lois inap­pro­priées ou injustes, de ten­ter de les faire abro­ger, mais il leur per­met éga­le­ment d’en adop­ter de nou­velles éla­bo­rées par des citoyens com­pé­tents et moti­vés. Le réfé­ren­dum d’initiative citoyenne est la condi­tion sine qua non d’une rela­tion de confiance entre citoyens et élus.

On ne peut faire confiance à des élus qui – pen­dant 5 ans – confisquent le pou­voir au peuple « dit » souverain.

Un nombre utile de citoyens « com­pé­tents et moti­vés » dans un domaine, ne vien­dra assi­dû­ment « par­ti­ci­per », que quand il pour­ra en appe­ler à l’arbitrage du corps élec­to­ral s’il estime ne pas avoir été suf­fi­sam­ment enten­du par les élus. On ne fait pas dis­cu­ter uti­le­ment des pots de terre et des pots de fer.

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https://​par​le​ment​-et​-citoyens​.fr/​p​r​o​j​e​c​t​s​/​p​e​t​i​t​i​o​n​–​l​e​g​i​s​l​a​t​i​v​e​/​c​o​l​l​e​c​t​/​d​e​p​o​s​e​z​–​v​o​t​r​e​–​p​e​t​i​t​i​o​n​/​p​r​o​p​o​s​a​l​s​/​i​n​s​t​a​u​r​a​t​i​o​n​–​d​u​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​d​–​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​–​c​i​t​o​y​e​nne

J’ai voté moi-même avec ce commentaire
(l’an­tienne d’Étienne 🙂 ) :

« Dans une vraie démo­cra­tie, les citoyens votent eux-mêmes les lois => donc, pas besoin de référendum.

Mais dans une « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » (qui est un oxy­more, une trom­pe­rie), le mini­mum, pour que les élec­teurs ne soient pas com­plè­te­ment sans défense contre les abus de pou­voir, le mini­mum est d’ins­ti­tuer un VRAI RIC.

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.

Si on veut une consti­tu­tion digne de ce nom, il fau­dra apprendre à l’é­crire nous-mêmes, dans des mini-ate­­liers consti­tuants popu­laires, pro­li­fiques et contagieux. »

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Proposition à soutenir sur « Parlement&Citoyens » : Instaurer le référendum d’initiative populaire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution

Une très bonne pro­po­si­tion, que nous devrions tous sou­te­nir du mieux que nous le pou­vons, sur le site « Par­le­ment & Citoyens » :
Ins­tau­rer le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution
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Description :
M. Cas­ta­ner a affir­mé au nom du gou­ver­ne­ment, et nous en sommes ravis : « aujourd’­hui on veut sor­tir de cette théo­rie des droits for­mels qui sont sur le papier mais qui ne sont pas la réalité. »
Chris­tophe Cas­ta­ner, délé­gué géné­ral “En marche” et porte-parole du gou­ver­ne­ment, a annon­cé le 30 août sur BFM :
(ici à 07:55) « la fin d’un monde poli­tique » qui se conten­tait de don­ner des « droits théo­riques » sans se pré­oc­cu­per des « droits réels ».
Il a pris l’exemple de Lio­nel Jos­pin qui avait fait voter « le droit au loge­ment oppo­sable à tous ». C’est à dire que « tout le monde a droit au loge­ment » avec la réa­li­té que l’on constate.
Le CLIC (Comi­té de Liai­son pour l’Initiative Citoyenne), pro­pose jus­te­ment de modi­fier l’article 3 de notre Consti­tu­tion. L’art. 3 attri­bue la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et en fixe les moda­li­tés d’exercice, mais ce n’est qu’un droit pure­ment théo­rique. En effet, les citoyens n’ont pen­dant 5 ans aucun pou­voir d’agir sur leurs repré­sen­tants, et cela quoi qu’ils fassent ! Quant aux réfé­ren­dums, en 60 ans, il n’y en a eu que 9, dont 2 étaient de purs plé­bis­cites, et le der­nier réfé­ren­dum de 2005 (il y a 12 ans !) a vu ses 55% de NON trans­for­més en OUI en 2008 par le Congrès. (voir Note)
Le peuple dis­po­se­ra d’un “droit réel” avec cette simple modi­fi­ca­tion de l’article 3 :
Pro­po­si­tion de loi consti­tu­tion­nelle du CLIC
Article 3 :
“La sou­ve­rai­ne­té natio­nale appar­tient au peuple qui l’exerce par ses repré­sen­tants et par la voie du réfé­ren­dum d’initiative citoyenne en toutes matières, y com­pris consti­tu­tion­nelle et de rati­fi­ca­tion des trai­tés ; cet article ne peut être modi­fié que par voie référendaire.
Si la loi orga­nique fixant les moda­li­tés de ce réfé­ren­dum n’a pas été pro­mul­guée dans les six mois sui­vant l’adoption de cet article, l’assemblée natio­nale est dis­soute ; les élec­tions géné­rales ont lieu vingt jours au moins et qua­rante jours au plus après la dissolution.”
Expli­ca­tion de cette for­mu­la­tion : Le réfé­ren­dum d’initiative exclu­si­ve­ment par­le­men­taire, men­son­gè­re­ment nom­mé « réfé­ren­dum d’initiative par­ta­gée” par la qua­si tota­li­té des médias et des élus, ins­crit dans l’article 11 de la Consti­tu­tion en juillet 2008, n’est entré en vigueur que le 1er jan­vier 2015. Six ans et demi après son adop­tion par le Congrès !
Note
1° Pour l’exercice de la sou­ve­rai­ne­té par la voie de ses représentants.
Quoi que fassent les élus – et jus­qu’au contraire de cer­taines pro­messes – pen­dant 5 ANS, les élec­teurs ne peuvent pas reprendre la parole pour déci­der de ce qui pour­tant les regarde. En effet, ils ne dis­posent pas du réfé­ren­dum d’initiative citoyenne en toutes matières qui leur per­met­trait d’en appe­ler à l’arbitrage du corps électoral.
Une loi esti­mée inap­pro­priée ou injuste pour­rait faire l’objet d’un réfé­ren­dum abro­ga­tif ou d’un veto sus­pen­sif provisoire.
Une pro­messe qui “ tar­de­rait à venir” pour­rait être sou­mise rapi­de­ment au peuple deve­nu souverain.
2° Pour l’exercice de la sou­ve­rai­ne­té par la voie du réfé­ren­dum (à l’initiative du Pré­sident de la République)
Depuis l’adoption de la Consti­tu­tion de la Vème Répu­blique en 1958, envi­ron 60 ans, il n’y a eu que 9 réfé­ren­dums à l’initiative du Pré­sident ! Un tous les 6 à 7 ans. (Et encore il y en a eu 2 qui étaient de purs “plé­bis­cites”.)
Au lieu d’utiliser la voie du Congrès, F.Mitterrand et J.Chirac, abso­lu­ment cer­tains de la réponse OUI, ont uti­li­sé la voie coû­teuse du réfé­ren­dum pour “jouer les démo­crates” à bon compte !
Objectif
Obte­nir le RIC !
Le Réfé­ren­dum d’I­ni­tia­tive Citoyenne, per­met à des citoyens esti­mant cer­taines lois inap­pro­priées ou injustes, de ten­ter de les faire abro­ger, mais il leur per­met éga­le­ment d’en adop­ter de nou­velles éla­bo­rées par des citoyens com­pé­tents et moti­vés. Le réfé­ren­dum d’initiative citoyenne est la condi­tion sine qua non d’une rela­tion de confiance entre citoyens et élus.
On ne peut faire confiance à des élus qui – pen­dant 5 ans – confisquent le pou­voir au peuple « dit » souverain.
Un nombre utile de citoyens « com­pé­tents et moti­vés » dans un domaine, ne vien­dra assi­dû­ment « par­ti­ci­per », que quand il pour­ra en appe­ler à l’arbitrage du corps élec­to­ral s’il estime ne pas avoir été suf­fi­sam­ment enten­du par les élus. On ne fait pas dis­cu­ter uti­le­ment des pots de terre et des pots de fer.
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https://​par​le​ment​-et​-citoyens​.fr/​p​r​o​j​e​c​t​s​/​p​e​t​i​t​i​o​n​–​l​e​g​i​s​l​a​t​i​v​e​/​c​o​l​l​e​c​t​/​d​e​p​o​s​e​z​–​v​o​t​r​e​–​p​e​t​i​t​i​o​n​/​p​r​o​p​o​s​a​l​s​/​i​n​s​t​a​u​r​a​t​i​o​n​–​d​u​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​d​–​i​n​i​t​i​a​t​i​v​e​–​c​i​t​o​y​e​nne

J’ai voté moi-même avec ce commentaire
(l’an­tienne d’Étienne 🙂 ) :

« Dans une vraie démo­cra­tie, les citoyens votent eux-mêmes les lois => donc, pas besoin de référendum.
Mais dans une « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » (qui est un oxy­more, une trom­pe­rie), le mini­mum, pour que les élec­teurs ne soient pas com­plè­te­ment sans défense contre les abus de pou­voir, le mini­mum est d’ins­ti­tuer un VRAI RIC.
Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir.
Si on veut une consti­tu­tion digne de ce nom, il fau­dra apprendre à l’é­crire nous-mêmes, dans des mini-ate­­liers consti­tuants popu­laires, pro­li­fiques et contagieux. »

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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​7​8​0​1​7​0​4​7​317

Participation au Forum Mondial de la Démocratie – « Le populisme en question(s) », au Conseil de l’Europe, demain 9 nov 2017, à Strasbourg, sur le thème « Démocratie participative : un antidote au populisme ? »

Juste un mot pour vous signa­ler que je suis en route pour Stras­bourg, où j’ex­pli­que­rai demain l’i­dée des ate­liers consti­tuants popu­laires au Forum Mon­dial de la Démo­cra­tie orga­ni­sé par le Conseil de l’Europe :

Le « labo­ra­toire » où j’in­ter­viens est inti­tu­lé « N°5 : Démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive : un anti­dote au popu­lisme ? » et il est annon­cé ici :

https://​www​.coe​.int/​f​r​/​w​e​b​/​w​o​r​l​d​–​f​o​r​u​m​–​d​e​m​o​c​r​a​c​y​/​2​0​1​7​–​l​a​b​–​p​a​r​t​i​c​i​p​a​t​o​r​y​–​d​e​m​o​c​r​a​c​y​–​a​n​–​a​n​t​i​d​o​t​e​–​t​o​–​p​o​p​u​l​i​sm-

Les ins­crip­tions sont fer­mées et je crains que rien de tout cela ne soit filmé…

Mais je vous pro­mets que je ferai de mon mieux pour défendre le popu­lisme contre les démo­phobes, pour cri­ti­quer nos pré­ten­dues démo­cra­ties repré­sen­ta­tives et pour expri­mer la mon­tée de l’exi­gence popu­laire en matière constituante.

Il fau­dra com­men­cer par consa­crer quelques minutes pour décons­truire tous les mots men­teurs de ces fichus inti­tu­lés démophobes 🙂

Bien à vous tous.

Etienne.

La fin de [la prétendue] Union européenne : une bonne recension (par Claude Rochet) d’un très bon livre (de Coralie Delaume et David Cayla, 2017)

Oli­vier Ber­ruyer nous signale sur son pré­cieux blog plu­sieurs bonnes cri­tiques d’un excellent livre, publié début 2017 par Cora­lie Delaume et David Cay­la et inti­tu­lé « La fin de l’U­nion euro­péenne ». Je trouve la recen­sion de Claude Rochet par­ti­cu­liè­re­ment pertinente :

La fin de l’Union européenne

L’U­nion euro­péenne va-t-elle sur­vivre, ou est-elle condam­née, comme l’URSS, à l’im­plo­sion par inco­hé­rence interne de ses poli­tiques et de son fonc­tion­ne­ment ? Deux auteurs de la nou­velle géné­ra­tion, la talen­tueuse polé­miste à la plume acé­rée Cora­lie Delaume et David Cay­la, qui assure la relève d’une géné­ra­tion d’é­co­no­mistes, nous livrent un ouvrage aus­si com­plet que pertinent.

Le livre de Cora­lie Delaume et de David Cay­la mérite d’être lu. Non seule­ment parce qu’il annonce une bonne nou­velle – la fin de l’Union euro­péenne – mais aus­si et sur­tout parce qu’il est bien écrit, ce qui mérite d’être sou­li­gné pour un ouvrage trai­tant d’un sujet aus­si ennuyeux et aus­si sou­mis aux pon­cifs que sont les ques­tions européennes.

On salue­ra le tra­vail des deux auteurs qui sont magni­fi­que­ment par­ve­nus à une uni­té de plume. Les approches de Cora­lie Delaume, dont on connaît la plume acé­rée, et de l’économiste David Cay­la sont par­fai­te­ment inté­grées. Tout juste recon­­naît-on le talent pour les for­mules assas­sines de Cora­lie Delaume dans cette des­crip­tion de Fran­çois Hol­lande « l’homme qui a éle­vé la vacui­té consen­suelle au rang de dis­ci­pline olym­pique ».

L’ouvrage traite des ques­tions poli­tiques et éco­no­miques : il com­mence par la des­crip­tion de la pali­no­die des réfé­ren­dums euro­péens où l’on doit revo­ter jusqu’à ce qu’on vote oui, et où les élec­teurs, selon l’injonction de Jean-Claude Jun­cker – l’homme qui parle avec les diri­geants d’autres planètes‑, se doivent de voter oui indé­pen­dam­ment de la ques­tion posée. Il se ter­mine par l’impossibilité de la démo­cra­tie euro­péenne et les pos­si­bi­li­tés de construire une coopé­ra­tion entre pays d’Europe une fois que le Levia­than aura ren­du l’âme.

Mais la force et l’intérêt de cet ouvrage est qu’il n’est pas un ouvrage d’économie ni encore moins de bavarde science poli­tique. C’est un livre d’histoire. Une his­toire contem­po­raine, celle que nous vivons qui est racon­tée comme un témoi­gnage pour l’avenir. Le mérite de ce livre c’est qu’on le lira avec pro­fit dans quelques décen­nies comme on lit les ouvrages sur l’implosion de l’URSS. Pas de théo­ries alam­bi­quées, mais le récit de l’enchaînement des faits, de nom­breuses études de cas sur la Grèce, la Fin­lande et l’Irlande, avec une part de lion natu­rel­le­ment réser­vée à l’Allemagne. Les mani­pu­la­tions sta­tis­tiques et finan­cières qui font du Luxem­bourg (qui n’a plus d’usines) une puis­sance indus­trielle alors qu’il n’est qu’une les­si­veuse à blan­chi­ment fis­cal, ou qui font de l’Irlande une grande puis­sance expor­ta­trice avec une crois­sance extra­or­di­naire du PIB avec des mar­chan­dises qui ne cir­culent que sur le papier et un niveau de vie qui stagne déses­pé­ré­ment, sont clai­re­ment expo­sées et démontées.

Un livre d’histoire qui nous ren­voie à l’histoire de l’économie et du déve­lop­pe­ment des pays d’Europe. Le cha­pitre sur la pola­ri­sa­tion du déve­lop­pe­ment créé par l’industrialisation en régime de libre-échange, qui fait réfé­rence à l’industrialisation de l’Angleterre au XVIII° siècle puis au rat­tra­page par l’Allemagne au XIX°, puis de la France, se réfère aux tra­vaux de Paul Bai­roch et bien sûr de Frie­drich List et nous rap­pelle cette dyna­mique du déve­lop­pe­ment : l’industrialisation appelle l’industrialisation. C’est ce qu’on appelle les syner­gies entre acti­vi­tés qui créent les ren­de­ments crois­sants – lais­sant les régions péri­phé­riques dans un moindre déve­lop­pe­ment, voire un sous-déve­­lop­­pe­­ment quand les acti­vi­tés péri­phé­riques sont aspi­rées par le pôle cen­tral, entraî­nant la déser­ti­fi­ca­tion des pays. Tout cela avait été théo­ri­sé et expo­sé par L. Von Thü­nen au début du XIX°.

On sait aujourd’hui le modé­li­ser quand on étu­die le déve­lop­pe­ment urbain avec les lois de Tobler (« ce qui est plus proche se connecte plus avec ce qui est plus proche ») et de Zipf (« les grandes villes mangent les petites »). Ce qui per­met aux auteurs de nous rap­pe­ler que la crise des pays péri­phé­riques de l’Europe, élé­gam­ment appe­lés PIGS par les euro­crates (Por­tu­gal, Ita­lie, Grèce, Espagne) n’est pas liée à une quel­conque tare anthro­po­lo­gique et raciale, mais à une pour­suite de l’effet de pola­ri­sa­tion qui trouve sa source dans le déve­lop­pe­ment de l’Europe depuis le XVI° siècle, et que le libre-échange, comme l’avait clai­re­ment expli­qué Frie­drich List dans son irrem­pla­çable « Sys­tème Natio­nal d’Economie Poli­tique » de 1841, com­bi­né à la funeste et impé­ria­liste Théo­rie de avan­tages com­pa­ra­tifs de Ricar­do, ne fait qu’accroître. On ren­ver­ra à l’indispensable ouvrage de Erik Rei­nert « Com­ment les pays riches sont deve­nus riches et pour­quoi les pays pauvres res­tent pauvres ».

Nos anciens, pour défi­nir les poli­tiques de déve­lop­pe­ment qui ont fait la pros­pé­ri­té de l’Europe, ne se réfé­raient pas à une « théo­rie éco­no­mique » mais à l’histoire, ce que j’ai expo­sé dans mon His­toire de l’Etat stra­tège. La funeste science éco­no­mique ne naît que dans la pre­mière moi­tié du XIX° siècle  en Angle­terre et sur­tout en France avec sa ren­contre avec le posi­ti­visme, qui va vou­loir en faire une science exacte devant s’imposer à la poli­tique, celle-ci se résu­mant, comme l’avait écrit Auguste Comte « il faut consi­dé­rer la marche de la civi­li­sa­tion comme assu­jet­tie à une loi inva­riable fon­dée sur la nature des choses[1] » : la poli­tique se résu­mait à l’application de sup­po­sée lois de l’économie. Cahuc et Zyl­ber­berg ne disent pas autre chose aujourd’hui en appe­lant à la répres­sion en vers ceux qui refusent que l’économie soit une science exacte à laquelle le poli­tique doit se plier.

Un livre bien écrit, qui se lit faci­le­ment, comme un livre d’histoire, bien réfé­ren­cé, qui gagne­ra à être relu au fil des éve­ne­ments pour com­prendre com­ment nous en sommes arri­vés là.

Claude Rochet.

______

[1]  Auguste Comte, Opus­cule de phi­lo­so­phie sociale, 1819–1826, p. 111

Source : https://​blogs​.media​part​.fr/​r​o​c​h​e​t​–​c​l​a​u​d​e​/​b​l​o​g​/​3​0​0​8​1​7​/​l​a​–​f​i​n​–​d​e​–​l​u​n​i​o​n​–​e​u​r​o​p​e​e​nne

Répudiation des dettes souveraines : une ligne du temps (Éric Toussaint, CADTM)

Éric Tous­saint a pré­pa­ré une pas­sion­nante « Time­Line » (sorte de frise his­to­rique inter­ac­tive) sur les dettes sou­ve­raines de par le monde, et cette fresque impor­tante est publiée sur le site du CADTM :


http://​www​.cadtm​.org/​R​e​p​u​d​i​a​t​i​o​n​–​d​e​s​–​d​e​t​t​e​s​–​s​o​u​v​e​r​a​i​nes

À connaître et à faire connaître.

Pré­sen­ta­tion par le CADTM : 

« Depuis le début du 19e siècle, de nom­breux États ont per­du leur auto­no­mie, de l’Amérique Latine à la Tuni­sie, l’Égypte, l’Empire Otto­man ou encore la Grèce. La dette a été uti­li­sée comme une arme de domi­na­tion et de spoliation.

Contrai­re­ment à la nar­ra­tion domi­nante, les pays de la péri­phé­rie endet­tés ne sont pas res­pon­sables des crises de dettes sou­ve­raines, qui la plu­part du temps trouvent leur ori­gine dans les pays capi­ta­listes les plus puis­sants et se trans­forment en crises de grande échelle qui impactent les pays de la péri­phé­rie. Ce ne sont pas les dépenses publiques exces­sives mais plu­tôt les condi­tions impo­sées par les créan­ciers qui entraînent l’accumulation de dettes insou­te­nables. Les crises de la dette et leurs consé­quences sont tou­jours gérées au pro­fit des grandes banques et des gou­ver­ne­ments des grandes puis­sances, qui les sou­tiennent. Les classes domi­nantes des pays endet­tés sont complices.

Cette dic­ta­ture de la dette n’est pas iné­luc­table. Au cours des 2 der­niers siècles, plu­sieurs États ont répu­dié leur dette avec suc­cès. Éric Tous­saint passe en revue les répu­dia­tions réa­li­sées par le Mexique, les États-Unis, Cuba, le Cos­ta Rica et la Rus­sie des soviets.

Cette chro­no­lo­gie cap­ti­vante, sous la forme du ligne du temps illus­trée, donne des points de repère indis­pen­sables pour com­prendre la méca­nique impla­cable de la dette et l’évolution du monde capi­ta­liste au cours des deux der­niers siècles.

Pour mieux com­prendre cette ligne du temps, il est recom­man­dé de lire le livre « Le Sys­tème dette » qui sera publié le 8 novembre 2017 par les édi­tions Les Liens qui Libèrent. »

CADTM

Cette his­toire mon­diale de la résis­tance popu­laire aux usu­riers devrait faire par­tie de la culture géné­rale de tout citoyen du monde digne de ce nom, et c’est à lire là : http://​www​.cadtm​.org/​R​e​p​u​d​i​a​t​i​o​n​–​d​e​s​–​d​e​t​t​e​s​–​s​o​u​v​e​r​a​i​nes

Je rap­pelle que UN ÉTAT DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN POUR LES SERVICES PUBLICS, IL LA CRÉE.

LE CONCEPT MÊME DE « DETTE PUBLIQUE » EST UN AVEU DE TRAHISON DES « REPRÉSENTANTS ».

Chaque citoyen du monde devrait abso­lu­ment connaître le CHARTALISME : https://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​C​h​a​r​t​a​l​i​sme

ÉLUS POURRIS ET IMPUNIS bien dénoncés par Philippe Pascot

Je trouve Phi­lippe Pas­cot de plus en plus pug­nace et efficace. 

httpv://youtu.be/XFqmMdlJ_i0

Mer­ci Phi­lippe, pour nous tous. 

Lisez (et faites lire autour de vous) les livres de Pas­cot : ce sont des bombes contre les cra­pules qui nous oppriment.

Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. C’est aux simples citoyens (donc à l’ex­clu­sion abso­lue de tous les pro­fes­sion­nels de la poli­tique) d’é­crire et de modi­fier la consti­tu­tion, c’est-à-dire les moda­li­tés pra­­ti­­co-pra­­tiques de la puis­sance popu­laire et les contrôles pra­­ti­­co-pra­­tiques de tous les pouvoirs.

La solu­tion à l’im­puis­sance popu­laire ne vien­dra pas des « élus », jamais.
Nous ne pou­vons comp­ter que sur nous-mêmes pour nous éman­ci­per, deve­nir adultes poli­tiques, par édu­ca­tion popu­laire, dans nos mini-ate­­liers consti­tuants, pro­li­fiques et contagieux.
Un citoyen digne de ce nom est consti­tuant et vigi­lant. Sinon, c’est un enfant.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​5​7​3​7​3​8​0​8​3​7​317

Rendez-vous à Nice, les 3 et 4 novembre 2017, pour travailler sur la création monétaire, sur l’endettement général de la société, sur le martyr des Grecs, précurseur des ravages à venir pour tous les pays endettés par l’UE, Usure Européenne, et sur les solutions possibles

Je vous donne ren­­dez-vous les 3 et 4 novembre à Nice où je suis invi­té par le CNR 06 pour réflé­chir ensemble à la (scan­da­leuse) créa­tion moné­taire pri­vée, à la (scan­da­leuse) dette publique, à l’exemple du (scan­da­leux) mar­tyr des Grecs sur l’au­tel de l’UE (Usure Euro­péenne), sur la res­pon­sa­bi­li­té cen­trale de nos « repré­sen­tants » « élus », et sur les solu­tions possibles.

De mon point de vue, notre pays est désor­mais gou­ver­né par les (ser­vi­teurs des) ban­quiers (usu­riers de métier) qui détruisent un à un tous les ser­vices publics, toutes les ins­ti­tu­tions de sécu­ri­té sociale, volent nos impôts, pillent les biens publics, et ins­tallent pro­gres­si­ve­ment les condi­tions du chaos. Tra­his par les pré­ten­dues « élites », nous sommes en train de deve­nir une colo­nie d’un empire. Mais nous sommes gou­ver­nés par les usu­riers parce que nous l’ac­cep­tons — en ado­rant le faux « suf­frage uni­ver­sel » qui, pour­tant, tou­jours et par­tout, donne lit­té­ra­le­ment le pou­voir aux riches. Un peuple deve­nu consti­tuant repren­drait la créa­tion moné­taire aux banques pri­vées et ins­ti­tue­rait lui-même les condi­tions durables de sa pros­pé­ri­té, à com­men­cer par sa puis­sance poli­tique, au quo­ti­dien, loi par loi.

La ren­contre s’in­ti­tule « QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ? Uni­ver­si­té popu­laire du 06 sur la dette et la créa­tion moné­taire, et sur les pos­si­bi­li­tés de résis­tance des com­munes ».

J’au­rai le plai­sir de m’en­tre­te­nir avec https://​you​tu​.be/​2​r​J​m​o​m​6​S​tXw sur le cas ter­rible de la Grèce, et avec René Teboul sur la mon­naie et la dette.

Je dois inter­ve­nir deux fois : le ven­dre­di soir, je pré­vois de tra­vailler le pro­blème : le mode opé­ra­toire et les consé­quences dra­ma­tiques de l’en­det­te­ment géné­ral (en uti­li­sant notam­ment les exemples des PSD, de la Grèce et de la France) ; et le same­di matin, je compte envi­sa­ger les solu­tions : les alter­na­tives, moné­taires et ins­ti­tu­tion­nelles (elles sont for­te­ment inter­dé­pen­dantes), et ce que nous pou­vons faire per­son­nel­le­ment pour les mettre en place bientôt.

Pour que vous puis­siez vous faire une idée des autres per­sonnes qui sont invi­tées à cette ren­contre, je vous signale ces deux documents :

• Kris­ti­na KOMI résume ici l’é­pou­van­table labo­ra­toire grec à par­tir de la minute 4’30 (et le MES à par­tir de 7’10) :
httpv://www.youtube.com/watch?v=2rJmom6StXw

• René TEBOUL a pro­duit ce docu­ment, très inté­res­sant, contre la (déli­rante mais domi­nante) « théo­rie de l’offre » :
« La théo­rie de l’offre au cœur de la poli­tique éco­no­mique libérale » :
http://uppae.fr/wp-content/uploads/2017/06/La-the%CC%81orie-de-loffre.docx

Le lieu de cette ren­contre, paraît-il très agréable, est le Relais Inter­na­tio­nal de la Jeu­nesse « Clairvallon » :
http://​www​.cla​j​sud​.com/​r​e​l​a​i​s​c​l​a​j​n​i​c​e​.​h​tml

L’é­vé­ne­ment Face­book explique com­ment on s’ins­crit : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​3​1​0​9​1​6​1​0​9​8​0​578

On peut trou­ver ces infor­ma­tions hors de Face­book, sur le blog de Lucien Pons :

http://lucien-pons.over-blog.com/2017/10/l‑association-comite-pour-une-nouvelle-resistance-cnr-organise-sa-premiere-universite-populaire-qui-veut-la-peau-de-la-france.html

Je vien­drai avec une valise de bou­quins impor­tants sur ces sujets essentiels 🙂

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.

Les élites n’ont plus aucune crédibilité. Une interview passionnante du journaliste Chris Hedges (traduite par le Saker francophone)

Le Saker fran­co­phone vient de tra­duire un nou­vel entre­tien de David North avec Chris Hedges, que je trouve admi­rable, daté du 6 octobre 2017 sur le Word Socia­list Web Site :

Nous vivons dans une nation ou les méde­cins détruisent la vie, les avo­cats la jus­tice, les uni­ver­si­tés la connais­sance, la presse l’information, la reli­gion la morale et les banques l’économie.

David North : – Com­ment inter­­­pré­­tez-vous cette fixa­tion sur la Rus­sie et toute  cette réin­ter­pré­ta­tion de l’élection pré­si­den­tielle comme si elle avait été mani­pu­lée par Poutine ?

Chris Hedges : – C’est aus­si ridi­cule que pour les armes de des­truc­tion mas­sive de Sad­dam Hus­sein. C’est une accu­sa­tion abso­lu­ment non fon­dée uti­li­sée pour ins­til­ler cette idée très effrayante : les cri­tiques du capi­ta­lisme d’entreprise et de l’impérialisme sont des agents étran­gers tra­vaillant pour la Russie.

Je ne doute pas que les Russes inves­tissent temps, éner­gie et argent pour ten­ter d’influer sur les évé­ne­ments ayant cours aux États-Unis de manière à ser­vir leurs inté­rêts, comme nous l’avons fait et le fai­sons encore en Rus­sie et dans bien d’autres pays du monde. Je ne dis donc pas qu’il n’y a pas eu d’influence ou ten­ta­tive d’influence sur cer­tains événements.

Mais l’idée que les Russes aient pu faire bas­cu­ler les élec­tions en faveur de Trump est absurde. Tout cela est fon­dé sur l’affirmation non prou­vée que la Rus­sie a four­ni les cour­riels pira­tés de Podes­ta à Wiki­Leaks, et que leur publi­ca­tion a pous­sé des dizaines, voir des cen­taines de mil­liers de par­ti­sans de Clin­ton à voter Trump. Cela n’a aucun sens. Soit ça, soit, selon le direc­teur du ren­sei­gne­ment natio­nal, que Rus­sia Today Ame­ri­ca, où j’anime une émis­sion, a mani­pu­lé tout le monde pour qu’ils votent pour le Green Party.

Cette obses­sion pour la Rus­sie est une tac­tique uti­li­sée par l’élite diri­geante, en par­ti­cu­lier le Par­ti démo­crate, afin d’éviter de faire face à une réa­li­té très désa­gréable : leur impo­pu­la­ri­té est le résul­tat de leur poli­tique de dés­in­dus­tria­li­sa­tion et de l’assaut contre les tra­vailleurs et les pauvres de cou­leur. C’est le résul­tat d’accords com­mer­ciaux désas­treux comme l’ALENA qui ont sup­pri­mé des emplois syn­di­qués bien rému­né­rés et les ont expé­diés dans des endroits comme le Mexique, où les tra­vailleurs sans avan­tages sociaux reçoivent 3 $ de l’heure. C’est le résul­tat de l’explosion d’un sys­tème d’incarcération de masse, enta­mé par Bill Clin­ton avec sa loi sur la cri­mi­na­li­té de 1994, qui a entrai­né le tri­ple­ment et le qua­dru­ple­ment des peines d’emprisonnement. C’est le résul­tat de la réduc­tion des ser­vices gou­ver­ne­men­taux de base, y com­pris, bien sûr, ceux du ser­vice de san­té, que Clin­ton a évis­cé­rés ; la déré­gle­men­ta­tion, une infra­struc­ture en décom­po­si­tion, qui touche même les écoles publiques, et l’évitement fis­cal de fac­to par les entre­prises. C’est le résul­tat de la trans­for­ma­tion du pays en une oli­gar­chie. La révolte nati­viste de droite et l’insurrection avor­tée au sein du Par­ti démo­crate ont du sens quand on voit ce qu’ils ont fait au pays.

Les forces de police ont été trans­for­mées en enti­tés qua­si mili­taires qui ter­ro­risent les com­mu­nau­tés mar­gi­nales, où les gens ont été pri­vés de tous leurs droits et sur qui on peut tirer en toute impu­ni­té. Plus de trois per­sonnes sont tuées par jour, c’est un fait. L’État tire sur les pauvres gens de cou­leur ou les empri­sonne comme une forme de contrôle social. Et il est tout dis­po­sé à employer la même forme de contrôle social sur n’importe quel autre seg­ment de la popu­la­tion qui devien­drait rétive.

Le Par­ti démo­crate, en par­ti­cu­lier, conduit toute cette chasse aux sor­cières russe. Il ne peut pas recon­naître sa com­pli­ci­té dans la des­truc­tion de nos liber­tés civiles, mais rap­­pe­­lez-vous que l’attaque de Barack Oba­ma contre les liber­tés civiles a été pire que celle de George W. Bush, et dans la des­truc­tion de notre éco­no­mie et de nos ins­ti­tu­tions démocratiques.

Des poli­ti­ciens comme les Clin­ton, Pelo­si et Schu­mer sont des créa­tions de Wall Street. C’est pour­quoi ils ont été si viru­lents pour repous­ser les par­ti­sans de San­ders dans le Par­ti démo­crate. Sans l’argent de Wall Street, ils n’auraient pas le pou­voir poli­tique. Le Par­ti démo­crate ne fonc­tionne pas comme un vrai par­ti. Il s’agit sur­tout de mobi­li­ser une masse de gens et d’en faire un outil de rela­tions publiques en agi­ta­tion per­pé­tuelle, tout cela finan­cé par des grosses entre­prises. La base du par­ti n’a pas vrai­ment son mot à dire dans sa direc­tion ou la poli­tique qu’il mène, comme l’ont décou­vert Ber­nie San­ders et ses par­ti­sans. Ils ne sont que des acces­soires dans un théâtre poli­tique stérile.

Les élites de ce par­ti, ron­gées par la cupi­di­té, la myo­pie et un pro­fond cynisme, ont une emprise mor­telle sur le pro­ces­sus poli­tique. Elles ne vont pas lâcher prise, même si tout doit imploser.

– Chris, vous avez tra­vaillé pour le New York Times. Quand était-ce, exactement ?

– De 1990 à 2005.

– Puisque vous avez l’expérience de cette ins­ti­tu­tion, quels chan­ge­ments y voyez-vous ? Nous savons qu’elle s’est faite un lec­to­rat par­mi la classe moyenne supé­rieure aisée.

– Le New York Times cible les 30 mil­lions d’Américains for­mant la classe moyenne supé­rieure et les riches. C’est un jour­nal natio­nal ; seul envi­ron 11% de son lec­to­rat réside à New York. Il est très facile de voir à qui s’adresse leTimes en consul­tant ses sec­tions spé­ciales sur l’immobilier, la mode, les affaires ou le tou­risme. Ici, des articles expliquent la dif­fi­cul­té d’entretenir, par exemple, une deuxième mai­son dans les Hamp­tons. Il lui arrive de faire de bonnes enquêtes, bien que peu sou­vent. Il couvre les affaires étran­gères. Il reflète essen­tiel­le­ment la pen­sée des élites. Je lis le Times tous les jours, peut-être pour équi­li­brer la lec­ture de votre site web.

– Eh bien, j’espère que nous lire fait plus que de l’équilibrer.

– Oui, c’est le cas. Le Times a tou­jours été une publi­ca­tion éli­tiste, mais il a com­plè­te­ment embras­sé l’idéologie du néo-conser­­va­­tisme et du néo­li­bé­ra­lisme dans une période de détresse finan­cière, quand Abe Rosen­thal en était le rédac­teur en chef. C’est lui qui a créé les sec­tions spé­ciales s’adressant à l’élite. Et il a impo­sé une cen­sure de fac­to pour exclure les cri­tiques du capi­ta­lisme sans entraves et de l’impérialisme, tels que Noam Chom­sky ou Howard Zinn. Il a har­ce­lé des jour­na­listes comme Syd­ney Schan­berg, qui a défié les pro­mo­teurs immo­bi­liers de New York, ou Ray­mond Bon­ner, qui a enquê­té sur le mas­sacre El Mozote au Salvador.

Il déjeu­nait chaque semaine, avec son édi­teur, William F. Buck­ley. Cette bas­cule dans les bras des forces les plus rétro­grades du capi­ta­lisme d’entreprise et des par­ti­sans de l’impérialisme amé­ri­cain a, pen­dant un cer­tain temps, per­mis au jour­nal de deve­nir très ren­table. Puis l’essor de l’internet, la perte d’annonces publi­ci­taires, qui repré­sen­taient envi­ron 40% de l’ensemble des reve­nus des jour­naux, ont tou­ché le Times comme tous les autres. L’information papier a per­du le mono­pole qui autre­fois reliait les ven­deurs aux ache­teurs. Les jour­naux sont pié­gés dans un vieux sys­tème d’information sur lequel ils collent une éti­quette d’« objec­ti­vi­té » et d’« équi­libre », des for­mules conçues pour cacher le fait qu’ils servent les puis­sants et les riches et obs­cur­cissent la véri­té. Mais, comme toutes les cours byzan­tines, le Times conti­nue­ra à s’accrocher à son Saint Graal.

Le sérieux intel­lec­tuel du jour­nal, en par­ti­cu­lier la Revue des livres et la Revue de la semaine, a été dégra­dé par Bill Kel­ler, lui-même un néo­con, qui, en tant que chro­ni­queur, fut une des pom-pom girls de la guerre en Irak. Il a ame­né des per­son­nages comme Sam Tanen­haus. À ce moment-là, le jour­nal a embras­sé, sans aucune dis­si­dence, l’idéologie uto­pique du néo­li­bé­ra­lisme et la pri­mau­té du pou­voir des grandes entre­prises comme étant la voie inévi­table du pro­grès humain. Le Times, comme les écoles de com­merce, les dépar­te­ments d’économie des uni­ver­si­tés et les experts pro­mus par le milieu des grosses entre­prises, ont pro­pa­gé l’idée absurde que nous serions tous mieux lotis si nous pros­ter­nions tous les sec­teurs de la socié­té devant les exi­gences du mar­ché. Il faut une sorte de stu­pi­di­té incroyable pour y croire. On a vu des étu­diants de la Har­vard Busi­ness School faire des études de cas sur Enron et de son brillant busi­ness model, jusqu’à ce qu’Enron s’effondre et soit expo­sé comme une gigan­tesque escro­que­rie. En réa­li­té cela n’a jamais été un débat d’idées. C’était juste de la pure cupi­di­té. Elle a été impo­sée par des per­sonnes soi-disant les mieux ins­truites par­mi nous, comme Lar­ry Sum­mers, qui pro­pa­geait le men­songe que notre déclin est dû à des niveaux d’instruction défi­cients. Il est sur­tout dû à une élite amo­rale et en faillite et aux ins­ti­tu­tions finan­cières cri­mi­nelles qui les ont ren­dus riches.

La pen­sée cri­tique, sur la page opi­nion, la Revue de la semaine ou la Revue des livres, qui n’avait jamais été très poin­tue, s’est com­plè­te­ment éva­po­rée sous Kel­ler. La glo­ba­li­sa­tion y était au-delà de toute cri­tique. Le Times, comme toutes les ins­ti­tu­tions d’élite, est deve­nu une chambre d’écho her­mé­ti­que­ment scel­lée ; ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont deve­nu ridi­cules et à coté de la plaque. Tho­mas Fried­man et David Brooks pour­raient tout aus­si bien écrire pour The Onion.

Je tra­vaillais à l’étranger. Je n’étais pas très pré­sent dans la salle de rédac­tion, mais le jour­nal est un endroit confit d’angoisse. Les règles ne sont pas écrites sur les murs, mais tout le monde connaît, même si elle n’est pas clai­re­ment arti­cu­lée, la devise non offi­cielle du jour­nal : ne pas s’aliéner de manière signi­fi­ca­tive ceux sur qui nous dépen­dons pour l’argent et l’accès ! Vous pou­vez quel­que­fois les cri­ti­quer. Mais si vous êtes un jour­na­liste sérieux, comme Char­lie Leduff ou Syd­ney Schan­berg, qui veulent don­ner une voix à des gens qui n’en ont pas ou abor­der les ques­tions raciales, de classe, d’exploitation capi­ta­liste ou d’empire, vous pou­vez alors rapi­de­ment deve­nir un pro­blème pour la direc­tion et être expul­sé. Ceux qui pro­gressent dans ce type d’organisation et détiennent le pou­voir sont des car­rié­ristes avé­rés. Leur loyau­té est à la mesure de leur ambi­tion et de la sta­ture et la ren­ta­bi­li­té de l’institution, ce qui explique pour­quoi la hié­rar­chie du jour­nal est rem­plie de gens médiocres. Le car­rié­risme est le plus grand talon d’Achille du jour­nal. Il ne manque pas de talent. Mais il manque d’indépendance intel­lec­tuelle et de cou­rage moral. Cela me rap­pelle Harvard.

– Reve­nons à cette his­toire de pira­tage russe. Vous avez sou­le­vé la capa­ci­té de géné­rer une his­toire, qui n’a abso­lu­ment aucun fon­de­ment fac­tuel, rien que des affir­ma­tions de diverses agences de ren­sei­gne­ment, pré­sen­tées comme une infor­ma­tion ne pou­vant être remise en ques­tion. Quelle est votre avis sur ce point ?

– Les réseaux d’informations télé­vi­sées, notam­ment CNN et MSNBC, ne font pas de jour­na­lisme, ou à peine. Leurs célèbres jour­na­listes ne sont que des repré­sen­tants de l’élite. Ils ampli­fient et spé­culent sur les com­mé­rages de la cour, ce que sont toutes les accu­sa­tions à pro­pos de la Rus­sie, et ils répètent ce qu’on leur dit de répé­ter. Ils sacri­fient le jour­na­lisme et la véri­té pour l’audience et le pro­fit. Ces infor­ma­tions câblées consti­tuent l’un des nom­breux flux de reve­nus d’une struc­ture d’entreprise. Ils sont en concur­rence avec d’autres sources de reve­nus. Le direc­teur de CNN, Jeff Zucker, qui a aidé à créer la per­son­na­li­té fic­tive de Donald Trump dansCele­bri­ty Appren­tice, a trans­for­mé la poli­tique sur CNN en une émis­sion de télé-réa­­li­­té 24 heures sur 24. Toute nuance, ambi­guï­té, signi­fi­ca­tion et pro­fon­deur, ain­si que tout fait véri­fiable, sont sacri­fiés pour un diver­tis­se­ment salace. Le men­songe, le racisme, la bigo­te­rie et les théo­ries du com­plot sont publiés et consi­dé­rés comme de l’information sérieuse, sou­vent par des per­sonnes dont le trait de carac­tère domi­nant est leur dés­équi­libre. C’est de l’information burlesque.

Je fai­sais par­tie de l’équipe d’enquête du New York Times pen­dant la période pré­cé­dant la guerre en Irak. J’étais basé à Paris et cou­vrait al-Qaï­­da en Europe et au Moyen-Orient. Lewis Scoo­ter Lib­by, Dick Che­ney, Richard Perle et peut-être quelqu’un tra­vaillant pour une agence de ren­sei­gne­ment, allaient confir­mer toute l’histoire que l’administration ten­tait de lan­cer. Les règles jour­na­lis­tiques du Times disent que vous ne pou­vez pas publier un article basé sur une unique source. Mais si vous avez trois ou quatre sources pré­ten­du­ment indé­pen­dantes confir­mant le même récit, alors vous pou­vez y aller, c’est ce qu’ils ont fait. L’article n’a pas enfreint les règles ensei­gnées à l’école de jour­na­lisme de Colum­bia, et mal­gré tout, ce qu’ils ont écrit était pur mensonge.

Tout l’exercice rele­vait du bur­lesque. La Mai­son Blanche allait racon­ter une his­toire bidon à Judy Mil­ler ou à Michael Gor­don, puis ensuite décla­re­rait :« comme le Times le montre… ». Cela a per­mis de don­ner à ces men­songes le ver­nis de l’indépendance et du jour­na­lisme de renom. Ce fut un échec ins­ti­tu­tion­nel mas­sif, que le jour­nal n’a jamais reconnu.

– La CIA invente l’histoire, puis le Times la véri­fie auprès de ceux qui l’ont inventée.

– Ce n’est pas tou­jours inven­té. Et cela n’est pas venu de la CIA. La CIA ne sou­te­nait pas l’hystérie sur les « armes de des­truc­tion mas­sive ».

– Ça marche aus­si dans l’autre sens ?

– Bien sûr. Parce que si vous essayez d’avoir accès à un haut fonc­tion­naire, vous allez constam­ment faire des demandes, et ce sera ces fonc­tion­naires qui déci­de­ront quand ils veulent vous voir. Et quand ils veulent vous voir, c’est géné­ra­le­ment parce qu’ils ont quelque chose à vous vendre.

– Le dis­cours anti-russe des médias a été adop­té par de larges por­tions de ce qui se pré­sente comme la «  gauche ».

– Eh bien, ne me lan­cez pas sur la gauche amé­ri­caine. Tout d’abord, il n’y a pas de gauche amé­ri­caine, pas de gauche digne de ce nom, qui com­prenne les théo­ries poli­tiques ou révo­lu­tion­naires, qui soit impré­gnée d’étude éco­no­mique, qui com­prend com­ment fonc­tionnent les sys­tèmes de pou­voir, en par­ti­cu­lier le pou­voir cor­po­ra­tif et impé­rial. La gauche est prise dans le même genre de culte de la per­son­na­li­té qui afflige le reste de la socié­té. Elle se concentre sur Trump, comme si Trump était le pro­blème cen­tral. Trump est le résul­tat, le symp­tôme d’un sys­tème défaillant et d’une démo­cra­tie dys­fonc­tion­nelle, il n’est pas la maladie.

Si vous ten­tez de débattre de cela avec la plu­part de ceux qui sont sup­po­sé­ment de gauche, ils réduisent la dis­cus­sion à cette vision cari­ca­tu­rale de la politique.

La gauche sérieuse dans ce pays a été déci­mée. Cela a com­men­cé avec la sup­pres­sion des mou­ve­ments radi­caux sous Woo­drow Wil­son, puis les « Red Scares » dans les années 1920, quand ils ont pra­ti­que­ment détruit notre mou­ve­ment syn­di­cal et notre presse radi­cale, puis toutes les purges des années 1950. Pour faire bonne mesure, ils ont pur­gé la classe libé­rale – regar­dez ce qu’ils ont fait à Hen­ry Wal­lace – de sorte que les « libé­raux » de la guerre froide assi­mi­laient le capi­ta­lisme à la démo­cra­tie et l’impérialisme à la liber­té. J’ai vécu en Suisse et en France. Il y a encore quelques restes d’une gauche mili­tante en Europe, ce qui donne aux Euro­péens une base sur laquelle s’appuyer. Mais ici, nous avons presque à recom­men­cer de zéro.

Je me bats en per­ma­nence contre les Anti­fas et le Black Bloc. Je pense qu’ils sont une sorte de pos­ter pour enfants pour ce que je consi­dé­re­rais comme une phé­no­mé­nale imma­tu­ri­té poli­tique. La résis­tance n’est pas une forme de cathar­sis per­son­nelle. Nous ne com­bat­tons pas la mon­tée du fas­cisme dans les années 1930. Les élites que nous devons ren­ver­ser ont déjà le pou­voir. Et à moins que nous ne construi­sions un vaste mou­ve­ment de résis­tance popu­laire, qui exi­ge­ra beau­coup de patience et d’organisation par­mi les tra­vailleurs et les tra­vailleuses, nous allons être pro­gres­si­ve­ment terrassés.

Trump n’est donc pas le pro­blème. Mais cette phrase seule va tuer la plu­part des dis­cus­sions avec des gens qui se consi­dèrent comme fai­sant par­tie de la gauche.

Le pou­voir des grandes entre­prises rend très dif­fi­cile de gagner sa vie si vous vous accro­chez à cette cri­tique radi­cale. Vous ne serez jamais titu­la­ri­sé. Vous n’obtiendrez pro­ba­ble­ment pas de ren­­dez-vous aca­dé­miques. Vous ne gagne­rez pas de prix. Vous ne rece­vrez pas de sub­ven­tions. Le New York Times, si même il déci­dait d’examiner votre livre, le remet­trait à un man­da­rin dévoué comme George Packer pour qu’il le détruise, comme il l’a fait avec mon der­nier livre. Les écoles d’élite, et j’ai ensei­gné en tant que pro­fes­seur invi­té dans quelques-unes d’entre elles, Prin­ce­ton et Colum­bia par exemple, repro­duisent la struc­ture et les objec­tifs des entre­prises. Si vous vou­lez pas­ser par un comi­té de doc­to­rat, vous devez le jouer vrai­ment, vrai­ment, en toute sécu­ri­té. Vous ne devez pas contes­ter la posi­tion favo­rable aux grandes entre­prises qui imprègne l’institution et est impo­sée par des dons de celles ci et les dik­tats des riches anciens étu­diants. La moi­tié des membres de la plu­part de ces conseils d’administration devraient être en prison !

Au XVIIe siècle en Grande-Bre­­tagne, la spé­cu­la­tion était un crime. Les spé­cu­la­teurs étaient pen­dus. Aujourd’hui, ils dirigent l’économie et le pays. Ils ont acca­pa­ré les richesses pour détruire la vie intel­lec­tuelle, cultu­relle et artis­tique du pays et étouf­fer notre démo­cra­tie. Il y a un mot pour ces gens : des traîtres.

– Quel est, selon vous, l’impact de la poli­tique iden­ti­taire aux États-Unis ?

– Eh bien, la poli­tique iden­ti­taire montre bien l’immaturité de la gauche. Le pou­voir des grandes entre­prises a adop­té la poli­tique iden­ti­taire. Nous avons vu où la poli­tique iden­ti­taire nous a ame­nés avec Barack Oba­ma, pire que nulle part. Il n’était, comme l’a dit Cor­nel West, qu’une mas­cotte noire pour Wall Street, et main­te­nant il donne des confé­rences très bien payées en récom­pense pour nous avoir vendus.

Mon anec­dote pré­fé­rée à pro­pos de la poli­tique iden­ti­taire : Cor­nel West et moi-même, ain­si que d’autres, avons diri­gé une marche des sans-abris à la ses­sion de la Conven­tion natio­nale démo­crate, à Phi­la­del­phie. Il y avait un ras­sem­ble­ment cette nuit-là, des cen­taines de per­sonnes, sur­tout des par­ti­sans de Ber­nie San­ders en colère. On m’avait deman­dé de venir y par­ler. Et dans l’arrière-salle, il y avait un groupe de jeunes mili­tants qui disait : « Nous ne lais­se­rons pas le Blanc par­ler en pre­mier ». Puis l’un d’eux se leva et pro­non­ça un dis­cours enjoi­gnant tout le monde à voter pour Hil­la­ry Clin­ton. C’est en quelque sorte là où la poli­tique d’identité vous mène. Il y a une grande dif­fé­rence entre les leurres qu’utilisent le capi­ta­lisme d’entreprise et l’impérialisme, comme Corey Boo­ker et Van Jones, et de véri­tables mili­tants comme Glen Ford et Aja­mu Bara­ka. Le pou­voir des grandes entre­prises sélec­tionne et encou­rage soi­gneu­se­ment les femmes ou les per­sonnes de cou­leur qui vont ser­vir de leurres, de masques, pour mieux cacher leur cruau­té et leur exploi­ta­tion des gens.

De toute évi­dence, il est extrê­me­ment impor­tant que ces voix soient enten­dues, mais pas celles qui sont ven­dues à l’élite au pou­voir. Le mou­ve­ment fémi­niste en est un par­fait exemple. Le vieux fémi­nisme, que j’admire, le genre de fémi­nisme d’Andrea Dwor­kin, était d’autonomiser les femmes oppri­mées. Cette forme de fémi­nisme n’a pas ten­té de jus­ti­fier la pros­ti­tu­tion en tant que tra­vail sexuel. Il savait qu’il est tout aus­si injuste d’abuser d’une femme dans un ate­lier de misère que dans le com­merce du sexe. La nou­velle forme de fémi­nisme est un exemple du poi­son du néo­li­bé­ra­lisme. Il s’agit d’avoir une femme PDG ou une femme pré­si­dente, qui, comme Hil­la­ry Clin­ton, ser­vi­ra les sys­tèmes d’oppression. Cette forme de fémi­nisme pré­tend que la pros­ti­tu­tion n’est qu’une ques­tion de choix. Quelle femme, ayant un reve­nu stable et la sécu­ri­té, choi­si­rait d’être vio­lée pour gagner sa vie ? La poli­tique iden­ti­taire est une non-politique.

– Je crois que vous avez par­lé lors d’une confé­rence sur la Conver­gence socia­liste où vous avez cri­ti­qué Oba­ma et San­ders, et vous avez été hué.

– Ah oui ? Je ne m’en sou­viens même pas. J’ai été hué pour avoir cri­ti­qué Oba­ma dans beau­coup d’endroits, y com­pris à Ber­ke­ley. J’ai dû sup­por­ter cela pen­dant long­temps en tant que sup­por­ter et auteur des dis­cours de Ralph Nader. Les gens n’aiment pas que l’illusion qu’ils entre­tiennent pour leurs per­son­na­li­tés, leurs acteurs, leurs sau­veurs poli­tiques, soit bri­sée ; toutes des per­son­na­li­tés créées par les indus­tries de rela­tions publiques. Ils ne veulent pas faire le dur tra­vail de com­prendre vrai­ment com­ment le pou­voir fonc­tionne et de s’organiser pour le faire changer.

– Vous avez men­tion­né que vous lisiez le World Socia­list Web Site depuis un cer­tain temps. Vous savez que nous sommes tout à fait en dehors de ce cadre.

– Je ne suis pas mar­xiste. Je ne suis pas trots­kiste. Mais j’aime le site. Vous faites des ana­lyses sérieuses sur des ques­tions impor­tantes et d’une manière dif­fé­rente des autres sites. Vous vous sou­ciez de choses qui sont impor­tantes pour moi : l’incarcération de masse, les droits et les luttes de la classe ouvrière et les crimes de l’empire. Je suis depuis long­temps un lec­teur du site.

– Une grande par­tie de ceux qui pré­tendent être de gauche, c’est-à-dire la pseu­­do-gauche, reflète les inté­rêts de la classe moyenne aisée.

– Pré­ci­sé­ment. Pen­dant que tout le monde est en train de plai­der pour le mul­ti­cul­tu­ra­lisme dans les ins­ti­tu­tions diri­geantes, cela signi­fie en réa­li­té fil­trer quelques per­sonnes de cou­leur ou des femmes dans les dépar­te­ments uni­ver­si­taires ou les salles de rédac­tion, tout en lan­çant cet assaut éco­no­mique contre les tra­vailleurs pauvres et en par­ti­cu­lier les pauvres de cou­leur vivant dans les poches dés­in­dus­tria­li­sées des États-Unis. Très peu de ces mul­ti­cul­tu­ra­listes arrivent à en prendre conscience. Je suis tout à fait pour la diver­si­té, mais pas quand celle-ci est aux dépens de la jus­tice éco­no­mique. Cor­nel West a été l’un des grands cham­pions, non seule­ment de la tra­di­tion pro­phé­tique noire, la plus impor­tante tra­di­tion intel­lec­tuelle de notre his­toire, mais aus­si un appel au clai­ron pour la jus­tice, sous toutes ses formes. Il ne peut y avoir de jus­tice raciale sans jus­tice éco­no­mique. Et tan­dis que ces ins­ti­tu­tions éli­tistes incor­porent quelques marion­nettes sym­bo­liques dans leur hié­rar­chie, elles conti­nuent à bru­ta­li­ser la classe ouvrière et les pauvres, en par­ti­cu­lier les pauvres de couleur.

Une grande par­tie de la gauche est trom­pée par le stra­ta­gème de la poli­tique iden­ti­taire. C’est un acti­visme de bou­ti­quier. Il per­met au sys­tème des grosses entre­prises, celui que nous devons détruire, de res­ter intact. Il lui donne même un visage amical.

– Reve­nons à la ques­tion de la Rus­sie : où cela nous mène-t-il ? Cette atteinte aux droits démo­cra­tiques est-elle si sérieuse ? Nous appe­lons cela le nou­veau mac­car­thysme. Est-ce, à votre avis, une ana­lo­gie légitime ?

– Oui, bien sûr, c’est du mac­car­thysme nou­veau. Mais recon­nais­sons à quel point nos voix sont presque inaudibles.

– Je ne suis pas d’accord avec vous là-dessus.

– Eh bien, non audible dans le sens où nous ne sommes pas enten­dus par la masse popu­laire. Quand je vais au Cana­da, je suis sur CBC aux heures de grande écoute. C’est la même chose en France. Cela n’arrive jamais ici. PBS etNPR ne vont jamais le faire. Ils ne vont pas non plus le faire pour tout autre cri­tique sérieux du capi­ta­lisme ou de l’impérialisme.

S’il y a un débat sur l’attaque contre la Syrie, par exemple, le débat por­te­ra sur bom­bar­der la Syrie ou bom­bar­der la Syrie et envoyer des troupes, comme si c’était les deux seules options. De même avec les soins de san­té. Allons-nous adop­ter Oba­ma­care, une créa­tion de la Heri­tage Foun­da­tion, en ligue avec les indus­tries phar­ma­ceu­tique et les assu­rances, ou pas d’assurance san­té ? Les soins de san­té uni­ver­sels pour tous ne sont pas dis­cu­tés. Nous sommes donc en marge. Mais cela ne signi­fie pas que nous ne sommes pas dan­ge­reux. Le néo­li­bé­ra­lisme et la mon­dia­li­sa­tion sont des idéo­lo­gies zom­bies. Elles n’ont plus de cré­di­bi­li­té. L’escroquerie a été décou­verte. Les oli­garques mon­diaux sont haïs et vili­pen­dés. L’élite n’a aucun contre-argu­­ment face à notre cri­tique. Ils ne peuvent donc pas se per­mettre de nous avoir dans leurs pattes. À mesure que l’élite du pou­voir devien­dra plus effrayée, ils uti­li­se­ront des formes de contrôle plus sévères, y com­pris l’instrument conton­dant de la cen­sure et de la violence.

– Je pense que cela peut être une grosse erreur de se concen­trer sur le sen­ti­ment d’isolement ou de mar­gi­na­li­sa­tion. Je vais faire une pré­dic­tion. Vous aurez, pro­ba­ble­ment plus tôt que vous ne le pen­sez, plus de demandes d’interviews et de temps de télé­vi­sion. Nous sommes dans une période de crise poli­tique colos­sale. Nous allons voir de plus en plus l’émergence de la classe ouvrière comme force poli­tique puissante.

– C’est pour­quoi nous sommes une cible. Avec la ban­que­route de l’idéologie domi­nante, la faillite de la classe libé­rale amé­ri­caine et de la gauche amé­ri­caine, ceux qui tiennent à la pro­fon­deur intel­lec­tuelle et à l’examen des sys­tèmes de pou­voir, y com­pris dans l’économie, la culture et la poli­tique, doivent être réduits au silence.

Chris Hedges

Tra­duit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source : Le Saker fran­co­phone, http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​l​e​s​–​e​l​i​t​e​s​–​n​o​n​t​–​p​l​u​s​–​a​u​c​u​n​e​–​c​r​e​d​i​b​i​l​i​t​e​–​u​n​e​–​i​n​t​e​r​v​i​e​w​–​d​u​–​j​o​u​r​n​a​l​i​s​t​e​–​c​h​r​i​s​–​h​e​d​ges

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