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Le mirage des élections européennes – Entretien avec Jérémie Mercier

Le mirage des élections européennes – Entretien avec Jérémie Mercier

Mer­ci à Jéré­mie Mer­cier pour son invi­ta­tion : « Pour cette émis­sion excep­tion­nelle, Jéré­mie Mer­cier reçoit Étienne Chouard, qui va nous mon­trer en quoi les élec­tions « euro­péennes » (les pro­chaines auront lieu le 9 juin 2024 en France) sont un mirage. De nom­breuses notions dis­cu­tées lors de l’é­mis­sion sont ras­sem­blées dans le docu­ment : « Prin­ci­paux griefs contre les ins­ti­tu­tions euro­péennes, ins­ti­tu­tions écrites sans les citoyens — même sou­vent contre eux — et pro­gram­mant leur impuissance ». »…

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Ateliers constituants en Gironde le 13 avril

Ateliers constituants en Gironde le 13 avril

Je serai à Gra­di­gnan, en Gironde, le 13 avril pro­chain pour des ate­liers consti­tuants d’un genre nou­veau en mati­née, sui­vis d’une confé­rence sur le thème de l’ins­tau­ra­tion d’une pre­mière démo­cra­tie. 5 tables de 10 per­sonnes réflé­chi­ront sur un sujet don­né pour rédi­ger un article de la Consti­tu­tion. Soyez acteur (assis aux tables) ou réac­teur pou­vant cir­cu­ler autour des dif­fé­rentes tables, prendre des notes et sou­mettre des idées pen­dant la res­ti­tu­tion. Un food truck sera pré­sent pour un repas…

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DÉSOBÉISSANCE : POURQUOI OBÉIT-ON ? Étienne Chouard à Antibes, 18 nov 2023, anniv. Gilets jaunes

DÉSOBÉISSANCE : POURQUOI OBÉIT-ON ? Étienne Chouard à Antibes, 18 nov 2023, anniv. Gilets jaunes

Ouvrir la vidéo sur You­Tube https://www.youtube.com/watch?v=9‑LZdJbRiiw « La déso­béis­sance civile […] n’est pas un pro­blème, quoi qu’en disent ceux qui pré­tendent qu’elle menace l’ordre social et conduit droit à l’anarchie. Le vrai dan­ger, c’est l’obéissance civile, la sou­mis­sion de la conscience indi­vi­duelle à l’autorité gou­ver­ne­men­tale. » Howard Zin, L’Impossible Neu­tra­li­té (1994). TYRANNIE DE LA MAJORITÉ « Je regarde comme impie et détes­table cette maxime, qu’en matière de gou­ver­ne­ment la…

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For­mat grille – For­mat articles complets

[Pa-ssio-nnant] Bernard Friot interrogé par Aude Lancelin sur Le Média

Je vous parle de Ber­nard Friot depuis de nom­breuses années. Cet homme est, de mon point de vue, un des pen­seurs les plus impor­tants de notre temps. Il se concentre sur des piliers fon­da­teurs de notre éman­ci­pa­tion à venir : la sou­ve­rai­ne­té popu­laire sur la défi­ni­tion de la valeur éco­no­mique, le salaire à vie selon la qua­li­fi­ca­tion de la per­sonne, la sub­ven­tion de l’in­ves­tis­se­ment par la coti­sa­tion, en des termes inno­vants, sti­mu­lants, entraînants.

Il est de plus en plus sol­li­ci­té, inter­ro­gé, en débat, de toutes parts à tra­vers le pays, et son pro­pos devient ain­si de plus en plus convain­quant, de plus en plus enthousiasmant. 

Cet « entre­tien libre » avec Aude Lan­ce­lin est un nou­veau bijou. Vous allez pas­ser une heure pas­sion­nante, vous verrez. 

httpv://www.youtube.com/watch?v=ACmcikrwi8Q

Ce que Ber­nard dit là mérite d’être connu, retra­vaillé, com­pris, et lar­ge­ment dif­fu­sé, par édu­ca­tion popu­laire : inutile de comp­ter sur les « jour­na­listes » ven­dus pour faire ce bou­lot, c’est à nous tous, per­son­nel­le­ment, de relayer ce tra­vail autour de nous.

Je rap­pelle les coor­don­nées de Réseau sala­riat, l’as­so­cia­tion qu’il faut aider pour faire connaître les pro­po­si­tions de Ber­nard Friot :

http://​www​.reseau​-sala​riat​.info/​?​l​a​n​g​=fr

Je rap­pelle aus­si la pas­sion­nante ren­contre de Friot et Lor­don à Tol­biac la semaine dernière :

B. Friot & F. Lordon, « En quoi la révolution est-elle encore d’actualité ? », Paris, 3 avril 2018

httpv://www.youtube.com/watch?v=0PcHA7-hAAU

Je rap­pelle enfin mon billet sur le der­nier livre de Ber­nard Friot, Vaincre Macron ; Ber­nard aurait pré­fé­ré ce titre-là : « la révo­lu­tion com­mu­niste du tra­vail » 🙂 :


https://​www​.chouard​.org/​b​l​o​g​/​2​0​1​7​/​1​1​/​1​8​/​v​a​i​n​c​r​e​–​m​a​c​r​o​n​–​l​e​–​n​o​u​v​e​a​u​–​l​i​v​r​e​–​d​e​–​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​o​t​–​p​l​u​s​–​i​n​c​i​s​i​f​–​p​l​u​s​–​b​o​u​l​e​v​e​r​s​a​n​t​–​e​t​–​p​l​u​s​–​i​m​p​o​r​t​a​n​t​–​q​u​e​–​j​a​m​a​is/

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Le Saker : la course à l’apocalypse de l’Empire américain devenu fou (entretien avec Slobodan Despot)

À quelques heures d’une pos­sible guerre totale, un entre­tien lucide et essen­tiel sur la semaine la plus dan­ge­reuse de l’histoire humaine.

Le Saker : la course à l’apocalypse de l’Empire amé­ri­cain deve­nu fou :

https://medium.com/antipresse/le-saker-la-course-%C3%A0-lapocalypse-de-l-empire-am%C3%A9ricain-devenu-fou-antipresse-124-baa4e09a214f

Depuis 2007, le Saker arpente sur son blog le fos­sé béant qui sépare l’Occident de la Rus­sie. Suisse d’origine russe, éta­bli en Flo­ride, il a une connais­sance pro­fonde des trois mondes : la Rus­sie, l’Europe et l’Empire atlantique.

Lors de notre pré­cé­dent entre­tien (Anti­presse n° 52 du 27 novembre 2016), au len­de­main de l’élection sur­prise de Donald Trump, il avait expri­mé son sou­la­ge­ment et ses espoirs de paix Le nou­veau pré­sident ne pro­­met­­tait-il pas de mettre fin à l’impérialisme glo­bal des néo­con­ser­va­teurs et de s’occuper de redres­ser inté­rieu­re­ment l’Amérique ?

Il ne pou­vait rien arri­ver de pire à la paix dans le monde, pen­­sait-on à l’époque, que l’élection d’Hillary Clin­ton. Or le rou­quin twee­teur a démen­ti ces pro­nos­tics. De conces­sions en recu­lades, cet « homme sans aucun cou­rage » a per­mis le réta­blis­se­ment d’une « admi­nis­tra­tion Clin­ton sous un autre nom », plus agres­sive que jamais.

Aujourd’hui, le Saker nous décrit une Amé­rique aux abois, pro­fon­dé­ment divi­sée entre une élite sans aucun contact avec la réa­li­té et une popu­la­tion réduite à la ser­vi­tude. Pour cet empire à la dérive, la guerre totale semble la seule issue.

Avec la der­nière pro­vo­ca­tion en Syrie — dénon­cée des semaines à l’avance par le gou­ver­ne­ment russe — , le monde se retrouve au seuil d’une guerre nucléaire. L’ultime liai­son ration­nelle entre les puis­sances est assu­rée par les mili­taires. Leur sang-froid l’emportera-t-il sur la démence des néo­cons ?

Nous vou­lons l’ignorer, mais l’humanité est sans doute en train de vivre la semaine la plus dan­ge­reuse pour sa sur­vie depuis qu’elle existe sur terre.

Slo­bo­dan Despot.

Source : https://medium.com/antipresse/le-saker-la-course-%C3%A0-lapocalypse-de-l-empire-am%C3%A9ricain-devenu-fou-antipresse-124-baa4e09a214f


Je conseille à tous la lec­ture quo­ti­dienne du Saker fran­co­phone :
http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/

Le site Anti­presse est une autre source d’in­for­ma­tion indé­pen­dante de qua­li­té : https://​medium​.com/​a​n​t​i​p​r​e​sse

Étienne.

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[Contrôle des pouvoirs, ici et maintenant] Les Affranchis : séance de TOURNAGE du Conseil municipal d’Aubenas de mardi 10 avril dernier

Ping Camille Halut : ça germe 🙂
( http://​demo​cra​tie​-sain​tan​dre​de​val​borgne​.com/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​c​o​n​s​e​i​l​s​–​m​u​n​i​c​i​p​a​ux/ )

« Tout chef sera un détes­table tyran si on le laisse faire. »
Alain

#tout­chef­se­raun­dé­tes­ta­ble­ty­ran­sion­le­lais­se­faire

« Tout pou­voir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pou­voir est sage dès qu’il se sent jugé. »
Émile Char­tier dit « Alain », « Pro­pos », 25 jan­vier 1930.

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Bruno Guigue : Quand Macron réécrit l’Histoire et repeint la réalité… il dit : « le respect de l’autre est une valeur occidentale ». De quelle façon ?

Bru­no Guigue : « Pour Macron, « le res­pect de l’autre est une valeur occi­den­tale ». Façon rôtis­se­rie des Caraïbes par les Hidal­gos ? exter­mi­na­tion des Amé­rin­diens à la mitrailleuse Gat­ling ? enfu­mades de Bugeaud en Algé­rie ? guerres de l’opium contre la Chine ? déca­pi­ta­tions d’indigènes en Afrique ? famine du Ben­gale orga­ni­sée par Chur­chill ? napalm, gégène, bombe ato­mique, agent orange, B 52, mis­siles de croi­sière, drones tueurs, F‑16, bombes au phos­phore ou ura­nium appauvri ? »


 

https://​reseauin​ter​na​tio​nal​.net/​q​u​a​n​d​–​m​a​c​r​o​n​–​r​e​e​c​r​i​t​–​l​h​i​s​t​o​i​r​e​–​e​t​–​r​e​p​e​i​n​t​–​l​a​–​r​e​a​l​i​te/

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À l’école de la bienveillance

À Trappes, une école a mis en place une méthode fon­dée sur l’empathie.
Et ça fait du bien.

Quand on fait vrai­ment confiance à un humain, la plu­part du temps il fait tout pour en être digne.
(Pareil pour la défiance…)
C’est au cœur du pro­jet démo­cra­tique : faire vrai­ment confiance aux humains pour qu’ils deviennent citoyens.

Le sujet com­plet ici : https://​www​.fran​cet​vin​fo​.fr/​s​o​c​i​e​t​e​/​t​r​a​p​p​e​s​/​e​d​u​c​a​t​i​o​n​–​l​–​e​x​e​m​p​l​e​–​d​–​u​n​e​–​e​c​o​l​e​–​b​i​e​n​v​e​i​l​l​a​n​t​e​–​a​–​t​r​a​p​p​e​s​_​2​1​9​4​1​2​7​.​h​tml

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[Arrêter les ravages de la classe nuisible et de la classe obscène] Excellent Frédéric Lordon – Bourse du travail – Et si on essayait quelque chose ? 4 avril 2018

Fré­dé­ric Lor­don – Bourse du tra­vail – Et si on essayait quelque chose ? 4 avril 2018 

[… ] Nous sommes là parce que nous nous sen­tons requis. Nous nous sen­tons requis par un moment impor­tant, déci­sif peut-être.

Il y a du mal­heur dans ce pays, des gens souffrent seuls et ne se ren­contrent pas. Cer­tains choi­sissent même d’en finir et qui appar­tiennent désor­mais à des classes sociales qu’on n’aurait jamais imaginées. 

À un moment, il fau­dra mettre en ordre le voca­bu­laire : quand des poli­tiques publiques, conti­nû­ment pour­sui­vies depuis 30 ans, conduisent ain­si direc­te­ment des gens à s’abîmer ou à se sup­pri­mer, com­ment faut-il les qualifier ?

Je retiens de jus­tesse quelques mots qui me viennent à l’esprit mais au mini­mum, ce sont des poli­tiques qui sont pas­sibles de pro­cès publics. 

Il y a quelque temps j’ai pro­po­sé moi­tié pour rire, moi­tié pour pro­vo­quer, et une troi­sième moi­tié éven­tuel­le­ment pour réflé­chir un peu, de consi­dé­rer ce que j’ai appe­lé « la classe nui­sible ». Alors si ça en agace quelques–uns, on peut l’appeler autre­ment, c’est vrai que ce n’est pas très gen­til : la classe béate, la classe pha­ri­sienne, mais en gros, tous les ravis de la mon­dia­li­sa­tion, qui non seule­ment cau­tionnent mais applau­dissent à l‘installation des struc­tures du mal­heur des autres, n’en ont aucun égard, et pour finir, leur font la leçon à coup de géné­ra­li­tés édifiantes.

Mais la classe nui­sible est sur­mon­tée d’une frac­tion encore plus étroite qu’il fau­drait appe­ler « la classe obs­cène ». Si vous croyez que j’exagère, écou­tez, ten­dez l’oreille. Il ne se passe presque plus qu’une jour­née sans que quelques repré­sen­tants de la classe obs­cène ne viennent dépo­ser sa bouse… La classe obs­cène, c’est ce dépu­té macro­nien, entre­pre­neur enri­chi qui vient expli­quer que « ça suf­fit cette obses­sion pour le pou­voir d’achat parce qu’il y a quand même d’autres choses dans la vie » ; c’est cet autre qui sou­tient qu’il y a tout au plus une cin­quan­taine de SDF dans Paris et qui ont choi­si d’y être ; ou bien ce sinistre indi­vi­du qui sug­gère dans les colonnes du Point qu’on compte les décès liés aux grèves. Et bien comp­tage pour comp­tage, il faut rele­ver le défi, et car­ré­ment même ! 

À quand, par exemple, un livre noir mon­dial du néo­li­bé­ra­lisme ? Livre noir de l’ajustement struc­tu­rel au sud, de la mise au tra­vail des enfants en Afrique, du mas­sacre de la Grèce, des décès cli­ma­tiques aux sui­ci­dés bien de chez nous… 

La classe obs­cène veut comp­ter ? C’est par­fait, on va comp­ter avec elle. À ceci près, que nous ici, on ne veut pas seule­ment comp­ter, on veut arrê­ter le compteur.

Alors on va dire que j’extravague, qu’il n’est ques­tion après tout que d’une simple déré­gu­la­tion du trans­port fer­ro­viaire deman­dée par l’Europe… Je réponds qu’il ne fau­dra pas 5 ans pour que la SNCF connaisse sa vague de sui­cides comme avant elle Orange, La Poste, et les hôpi­taux … Nous ne lais­se­rons pas faire ça ! 

La véri­té c’est que par­tout où ils passent depuis 30 ans, les fana­tiques qui se pré­sentent comme des moder­ni­sa­teurs, des prag­ma­tiques et des bâtis­seurs sèment l’inefficacité, l’absurdité mana­gé­riale et la démo­li­tion. Car voi­là la véri­té : ce sont des bou­silleurs, ce sont des démo­lis­seurs. Ils démo­lissent les col­lec­tifs, ils démo­lissent un état d’esprit, celui du ser­vice du public, et pour finir, ils démo­lissent les personnes. 

Beau­coup d’entre nous sans doute vou­draient que le corps social en soit à tout ren­ver­ser dans un élan révo­lu­tion­naire. Le mini­mum de réa­lisme, c’est de consta­ter que nous n’en sommes pas là. Mais que voit-on à la place ? Nous voyons cette chose toute simple, et en même temps assez pro­fonde : les gens ont le goût de bien faire leur tra­vail. Ils n’en sont pas exac­te­ment à ren­ver­ser le sys­tème de l’exploitation et pour­tant ce capi­ta­lisme n’en a pas moins été assez con pour leur sac­ca­ger le tra­vail, et ça, ça les rend malades, et puis ça les rend furieux. Ils ont raison. 

Après déjà de trop nom­breuses étapes, les ordon­nances SNCF ne sont qu’une exten­sion sup­plé­men­taire du domaine du sac­cage, du sac­cage géné­ral. C’est bien pour­quoi tous les sec­teurs du sala­riat peuvent se retrou­ver dans la lutte d’aujourd’hui, pour­vu que soit por­té au jour, ce lien invi­sible qui les relie tous, par­fois sans qu’ils le sachent. Nous sommes ici pour contri­buer à ce que ce lien appa­raisse, pour le construire au besoin. 

Toutes les forces de l’argent et des médias de l’argent vont se dres­ser contre nous, comme en chaque grande occa­sion, comme en 1995, comme en 2005 avec le TCE, en 2010 avec les retraites… Les médias vont révé­ler leur par­ti ; nous aurons droit à tout : nous aurons droit aux son­dages à la con, aux micro trot­toirs à la con, aux édi­to­crates à la con, avec leurs trois mots de voca­bu­laire : grogne/galère/otage. Parce qu’il leur suf­fit de trois mots pour appa­reiller leur haine vis­cé­rale de tous les mou­ve­ments sociaux. Et ce sont les organes de la bour­geoi­sie tels qu’en eux-mêmes l’éternité les laisse… 

Mais même un film de recons­ti­tu­tion his­to­rique de série B ne vou­drait pas de pareils cabots, de tels tocards ! Ils sont too much, ils sont épais, ils sont ridi­cules, et fini­raient par faire pas­ser le scé­na­riste pour un débile. Mais c’est notre réa­li­té à nous. Et quelle misère de voir de plus en plus sou­vent le ser­vice public leur emboî­ter le pas. 

Toutes ces forces vont se scan­da­li­ser que nous ayons à la bouche, les mots de la bataille mais, elles, mènent la bataille. La leur. L’oligarchie allume par­tout la guerre sociale et puis vient s’offusquer que ce que les gens entrent en guerre : « Com­ment les gueux n’ont-ils pas le bon goût de se lais­ser équar­rir en silence ? » ! 

Et ils ne se lais­se­ront pas faire ; nous ne lais­se­rons pas faire ça ! Et à la place nous ferons autre chose. Nous savons que nos moyens sont limi­tés mais peut-être avons nous celui de la catalyse.

Une vapeur plane sur tout le pays, une vapeur de souf­france, mais aus­si de colère et peut-être même de scan­dale social ; une vapeur de désir éga­le­ment, le désir de se ras­sem­bler pour consti­tuer une force et mettre un terme à cette agres­sion sans fin.

Si Macron s’imagine qu’avec les ordon­nances SNCF, il veut s’éviter un conflit de che­mi­nots sur le dos, il se trompe et de beau­coup, car pas de bol pour lui, une chi­mie du mal­heur géné­ral est en train de s’opérer. Les gens étaient mal­heu­reux quand ils étaient seuls, ils découvrent qu’ils ne le sont pas ; ils se ras­semblent et alors le mal­heur se conver­tit en rage, en éner­gie pour lut­ter, comme quoi la chi­mie apporte par­fois d’excellentes nouvelles. 

Quant à Macron, c’est le fou du labo 4, c’est le chi­miste mal­gré lui. Si le macro­nisme a une seule ver­tu, c’est de rendre de plus en plus visible à tous, la cohé­rence d’une offen­sive généralisée. 

Il faut por­ter cette évi­dence au der­nier degré de clar­té dans les têtes. Il faut que tous sachent qu’ils sont tous can­di­dats à y pas­ser et qu’ils sachent aus­si qu’ils ont les moyens de faire dérailler le convoi.

Il faut que toutes les per­sonnes qui consti­tuent la masse deviennent plei­ne­ment conscientes de ce qui les attend car c’est la même chose qui les attend toutes ; et c’est à cette condi­tion que la masse pro­pre­ment devient masse. 

Alors, la masse tout natu­rel­le­ment trouve le moyen de son auto-défense, c’est le mou­ve­ment de masse. On nous demande ce que nous vou­lons, voi­ci la réponse : nous vou­lons le mou­ve­ment de masse. Si l’offensive est géné­rale, nous vou­lons le débor­de­ment général. 

Il faut dire à tous ceux qui se sentent dans le mal­heur qu’il y a une issue : ne res­tez pas seuls ! Ras­­sem­­blez-vous ! Lut­tez ! Lut­tons ! C’est le moment !

Fré­dé­ric Lordon.

https://​sound​cloud​.com/​u​s​e​r​–​8​9​8​6​7​8​4​2​3​/​p​o​d​c​a​s​t​–​r​e​u​n​i​o​n​–​p​u​b​l​i​q​u​e​–​a​–​l​a​–​b​o​u​r​s​e​–​d​u​–​t​r​a​v​ail à la minute 1:19:20.

De l’apartheid d’Israël

par Chris­tophe KOESSLER (lecour​rier​.ch)

Source : https://​lecour​rier​.ch/​2​0​1​8​/​0​4​/​0​5​/​d​e​–​l​a​p​a​r​t​h​e​i​d​–​d​i​s​r​ael

Pas­sé inaper­çu, un rap­port des Nations Unies publié en 2017 qua­li­fie Israël de régime d’apartheid. Expli­ca­tions avec Vir­gi­nia Tilley, coau­teure du rap­port, de pas­sage à Genève.

À Ramal­lah, une sta­tue de Nel­son Man­de­la. Ce der­nier écri­vait en 2011 une lettre à un jour­na­liste amé­ri­cain : « Les Arabes pales­ti­niens n’ont aucune place dans un Etat ‘juif’. L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a pri­vé des mil­lions de Pales­ti­niens de leur liber­té et de la pro­prié­té. » KEYSTONE

Qua­li­fier Israël de régime d’apartheid est-il erro­né ou exces­sif ? La Com­mis­sion éco­no­mique et sociale pour l’Asie occi­den­tale des Nations Unies a vou­lu en avoir le cœur net en confiant une étude sur le sujet à deux uni­ver­si­taires. Publié en 2017, le rap­port de Richard Falk, ancien rap­por­teur spé­cial de l’ONU sur les ter­ri­toires occu­pés, et de Vir­gi­nia Tilley, pro­fes­seure éta­su­nienne spé­cia­li­sée dans les conflits à carac­tère racial ou eth­nique, est pour­tant pas­sé presque inaperçu.

Et pour cause : pos­tée sur le site des Nations Unies, l’étude en a vite été reti­rée : « Notre rap­port a été vali­dé par les Nations Unies et nous n’avons reçu aucune cri­tique sur le fond. Mais, mis sous pres­sion par Israël et ses sou­tiens, le secré­taire géné­ral de l’ONU a pré­tex­té que le texte n’avait pas été sou­mis selon les règles de pro­cé­dures. Ce qui est faux », assure Vir­gi­nia Tilley au Cour­rier. La spé­cia­liste était de pas­sage fin mars à Genève pour y don­ner une confé­rence à l’Institut des hautes études inter­na­tio­nales et du développement.

« Actes inhumains »

Il faut dire que les conclu­sions du rap­port n’y vont pas par quatre che­mins : « Les preuves dis­po­nibles éta­blissent au-delà de tout doute rai­son­nable qu’Israël est cou­pable de poli­tiques et de pra­tiques qui consti­tuent le crime d’apartheid tel que défi­ni juri­di­que­ment dans le droit inter­na­tio­nal. » Pour les auteurs de l’étude, l’apartheid s’applique selon eux tant aux Pales­ti­niens des ter­ri­toires occu­pés et de la bande de Gaza, à ceux qui vivent à Jéru­­sa­­lem-Est et en Israël, qu’aux réfu­giés demeu­rant dans d’autres pays. « Tous ces élé­ments que nous voyions au départ comme sépa­rés, com­par­ti­men­tés, pro­viennent d’une même logique pre­mière : la dis­cri­mi­na­tion raciale », pré­cise Vir­gi­nia Tilley.

C’est dans les ter­ri­toires occu­pés et à Gaza, où vivent quelque 4,6 mil­lions de Pales­ti­niens, que l’apartheid appa­rait plus clai­re­ment, estime la pro­fes­seure : « Là, il y a deux sys­tèmes très dis­tincts : un mur qui sépare les popu­la­tions, des routes réser­vées aux juifs (colons), des lois civiles pour les juifs, d’autres – mili­taires – pour les arabes, des tri­bu­naux pour les juifs, d’autres pour les Pales­ti­niens. C’est une sépa­ra­tion totale ». A cela s’ajoutent « une ges­tion dis­cri­mi­na­toire de terres et de l’aménagement du ter­ri­toire par des ins­ti­tu­tions natio­nales juives char­gées d’administrer les ‘terres d’Etat’ dans l’intérêt de la popu­la­tion juive », et les « actes inhu­mains quo­ti­dien­ne­ment et sys­té­ma­ti­que­ment pra­ti­qués par Israël en Cis­jor­da­nie », constate le document.

Et c’est là que la simi­la­ri­té avec l’Afrique du Sud est la plus forte, estime Vir­gi­na Tilley, qui a vécu et mené des études sur l’apartheid dans ce pays : « Les Israé­liens ont appris énor­mé­ment sur le sys­tème des ban­tous­tans et ont impor­té les méthodes d’Afrique du Sud. Quand j’y tra­vaillais, des membres du gou­ver­ne­ment me racon­taient que chaque fois qu’Ariel Sha­ron leur ren­dait visite, il posait beau­coup de ques­tions sur ces régions auto­nomes réser­vées aux Noirs. » La sépa­ra­tion de la Cis­jor­da­nie en zones A, B et C s’inspirerait direc­te­ment du sys­tème sud-afri­­cain. « De nom­breuses dis­po­si­tions des accords d’Oslo sont cal­quées sur les Consti­tu­tions des ban­tous­tans, point par point. »

Lois discriminatoires

La situa­tion des quelque 1,7 mil­lion de Pales­ti­niens qui résident en Israël même est très dif­fé­rente de celle qui pré­va­lait en Afrique du Sud. Mais les « arabes » y sont éga­le­ment sou­mis à l’apartheid selon les deux experts. « Leur situa­tion peut por­ter à confu­sion car ils sont des citoyens d’Israël et peuvent voter, pré­vient Vir­gi­na Tilley. Mais ils sont sou­mis à des lois dis­cri­mi­na­toires, les­quelles assurent que les citoyens juifs ont des pri­vi­lèges : accès aux terres et à des emplois, à des loge­ments sub­ven­tion­nés, de meilleurs salaires, des pro­tec­tions diverses, etc. Tous types d’avantages basés sur le fait d’être juif. Les Pales­ti­niens et arabes en sont exclus. »

Le rap­port ajoute : « Cette poli­tique de domi­na­tion se mani­feste aus­si dans la qua­li­té infé­rieure des ser­vices, dans des lois de zonage res­tric­tif et des allo­ca­tions bud­gé­taires limi­tées pour les col­lec­ti­vi­tés pales­ti­niennes. » Les citoyens juifs dis­posent d’un sta­tut supé­rieur à celui de leurs homo­logues non juifs, ils ont la natio­na­li­té (le’um), alors que les autres n’ont « que » la citoyen­ne­té (ezra­hut).

Si les arabes israé­liens ont le droit de vote, ils ne peuvent contes­ter la légis­la­tion qui main­tient le « régime racial », pré­cise l’étude. « C’est illé­gal en Israël car ils n’ont pas le droit de créer un par­ti poli­tique qui s’oppose aux lois qui font d’eux des citoyens de seconde classe », pré­cise Vir­gi­nia Tilley.

Quant aux 300 000 Pales­ti­niens de Jéru­­sa­­lem-Est, ils sont encore plus mal lotis : « Ils sont vic­times d’expulsions et de démo­li­tions de leurs mai­sons déci­dées par Israël dans le cadre de sa poli­tique ‘d’équilibre démo­gra­phique’ en faveur des rési­dents juifs. » Ses habi­tants arabes ne dis­posent que du sta­tut de « résident per­ma­nent » et peuvent être expul­sés vers la Cis­jor­da­nie, et perdre jusqu’à leur droit de visite dans la ville, « s’ils s’identifient poli­ti­que­ment, de manière osten­ta­toire aux Pales­ti­niens des ter­ri­toires occu­pés », indique la professeure.

La solution d’un Etat démocratique pour tous

Les Pales­ti­niens réfu­giés à l’étranger, entre 5 et 8 mil­lions, seraient vic­times d’apartheid en rai­son du refus d’Israël de les lais­ser ren­trer chez eux, expliquent Richard Falk et Vir­gi­nia Tilley : « Cela fait par­tie inté­grante du sys­tème d’oppression et de domi­na­tion du peuple pales­ti­nien dans son ensemble, estiment-ils. Le refus du droit au retour fait en sorte que la popu­la­tion pales­ti­nienne ne croisse pas au point de mena­cer le contrôle par Israël du ter­ri­toire [occu­pé] ni de four­nir aux Pales­ti­niens citoyens d’Israël le poids démo­gra­phique néces­saire pour obte­nir les pleins droits démo­cra­tiques, éli­mi­nant par là le carac­tère juif de l’Etat d’Israël. »

Pour les deux uni­ver­si­taires, seul l’établissement d’un Etat démo­cra­tique pour tous sur l’ensemble du ter­ri­toire d’Israël et de Pales­tine est à même d’en finir avec l’apartheid, et donc, de régler la cause du conflit (lire ci-des­­sous). Une solu­tion que pré­co­nise Vir­gi­nia Tilley depuis la publi­ca­tion de son livre sur la ques­tion en 2005, The One State solu­tion.


« AUCUN ÉTAT NE PEUT APPARTENIR À UNE SEULE ETHNIE »

 
Beau­coup consi­dèrent que la nature juive de l’Etat d’Israël est indis­pen­sable. Quelle est votre position ?

Vir­gi­nia Tilley : Aujourd’hui, selon le droit inter­na­tio­nal, aucun Etat n’a le droit de s’affirmer comme appar­te­nant à un seul groupe eth­nique, sur le ter­ri­toire duquel d’autres groupes sont oppri­més et domi­nés. Les normes modernes de la gou­ver­nance n’autorisent pas une ges­tion raciste.

De sur­croît, consi­dé­rer Israël comme un refuge pour les Juifs n’est plus très convain­cant de nos jours. Les gens sont aujourd’hui beau­coup plus en sécu­ri­té aux Etats-Unis qu’en Israël. Sur le papier, un Etat juif peut paraître atti­rant, mais sur le ter­rain, alors que des mil­lions de per­sonnes qui y vivent et sont ori­gi­naires de ce même ter­ri­toire ne sont pas juives, cela conduit à la créa­tion d’un Etat raciste. Ce n’est en rien souhaitable.

Pour­quoi la solu­tion à deux Etats n’est pas pos­sible, selon vous ?

Le but d’Israël est d’empêcher à tout prix la créa­tion d’un Etat pales­ti­nien. L’implantation des colo­nies en Cis­jor­da­nie sert pré­ci­sé­ment cet objec­tif stra­té­gique. Si Israël le per­met­tait, il ferait face, selon lui, à la même « menace démo­gra­phique » que s’il auto­ri­sait le retour des réfu­giés pales­ti­niens. Pour­quoi ? Car un Etat pales­ti­nien stable ne pour­rait exis­ter qu’en ayant des fron­tières ouvertes avec Israël. Israël ne pour­rait faire le siège d’un autre Etat, indé­fi­ni­ment. Il devrait se confor­mer au droit inter­na­tio­nal. Ce qui abou­ti­rait in fine au mélange entre les popu­la­tions, à la perte de la « majo­ri­té juive » en Israël et donc, aus­si, à la fin de l’Etat juif.

Plus per­sonne ne croit sérieu­se­ment à la solu­tion à deux Etats. Après le trans­fert par le pré­sident éta­su­nien, Donald Trump, de son ambas­sade à Jéru­sa­lem, l’idée même en devient ridicule.

« L’idée qu’Israël pratique
l’apartheid fait son che­min » Vir­gi­nia Tilley

Cela ne per­­met­­trait-il pas d’en finir avec l’apartheid ?

On ne peut en finir avec l’apartheid en modi­fiant une fron­tière. Ima­gi­nons qu’on ait auto­ri­sé la per­pé­tua­tion d’un régime raciste en Afrique du Sud dans une por­tion du ter­ri­toire seule­ment. L’apartheid conti­nue­rait à géné­rer des pro­blèmes. C’est pour cette rai­son que pen­dant des décen­nies, les Nations Unies ont recon­nu le régime d’apartheid comme une menace à la paix et à la sécu­ri­té mon­diale. Par sa nature, l’apartheid crée des conflits qui débordent les fron­tières où il est appli­qué. Pour­quoi Israël a pilon­né Bey­routh ? Pour­quoi bom­­barde-t-elle la Syrie ?

Mais Israël ne veut pas non plus d’une solu­tion à un seul Etat pour les deux peuples. Serait-ce vrai­ment la bonne réponse ?

On est déjà confron­té aujourd’hui à un seul Etat. On s’interroge main­te­nant sur quel type d’Etat cela doit être. Un Etat d’apartheid ? Un Etat avec des ban­tous­tans pales­ti­niens ? Un Etat com­plè­te­ment démo­cra­tique et laïc ? Là réside le choix réel.

Votre dis­cours semble mar­gi­nal dans l’opinion publique. Avez-vous l’impression que les men­ta­li­tés évo­luent dans votre sens ?

Nous nous trou­vons clai­re­ment à un tour­nant majeur. Depuis la publi­ca­tion de notre rap­port, l’idée qu’Israël pra­tique l’apartheid fait son che­min, même chez les diplo­mates européens.

Pro­pos recueillis par CKR

Source : https://​lecour​rier​.ch/​2​0​1​8​/​0​4​/​0​5​/​d​e​–​l​a​p​a​r​t​h​e​i​d​–​d​i​s​r​a​el/

La pensée critique face aux médias, par Christophe Michel (« Hygiène mentale »)

Pas­sion­nante invi­ta­tion à mus­cler notre esprit cri­tique (et celui des enfants) : 

Je trouve inté­res­santes et utiles plu­sieurs des vidéos de Chris­tophe Michel (celui qui anime la chaîne « Hygiène men­tale »). Par­fois (rare­ment), bien sûr, j’ai l’im­pres­sion qu’il se trompe, mais je le trouve tou­jours très intéressant.
Et hon­nête, ce qui n’est pas rien. 

La liste de vidéos qui est épin­glée en com­men­taire de cette confé­rence et qui conseille d’autres sites sur l’es­prit cri­tique est vrai­ment utile pour creu­ser la ques­tion. Si vous en connais­sez d’autres, je suis preneur 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​1​4​7​3​6​9​5​5​7​317

[L’UE, c’est la guerre] Affaire Skripal : les Occidentaux expulsent des diplomates russes

Oli­vier Ber­ruyer : « Le 23 mars, Donald Tusk décla­rait que pour “l’Union euro­péenne […] il est hau­te­ment pro­bable que la Rus­sie soit res­pon­sable de l’attaque de Salis­bu­ry et qu’il n’existe pas d’autre expli­ca­tion plausible“.

En voi­ci les consé­quences. Tout ceci reste incroyable quand on songe au fait qu’aucune preuve sérieuse n’a pour l’heure été divul­guée – nous vous ren­voyons vers notre dos­sier dédié.

Il est déso­lant de voir qu’il n’y a appa­rem­ment pas de jour­na­listes pug­naces sur un tel dos­sier, à la fois grave et d’une grande com­plexi­té (et qui, d’ailleurs, ne concerne en rien la France). »

[…] Lire la suite, sur les​-crises​.fr :
https://​www​.les​-crises​.fr/​a​f​f​a​i​r​e​–​s​k​r​i​p​a​l​–​l​e​s​–​p​a​y​s​–​d​e​–​l​u​e​–​l​e​s​–​u​s​a​–​e​t​–​l​e​–​c​a​n​a​d​a​–​e​x​p​u​l​s​e​n​t​–​d​e​s​–​d​i​p​l​o​m​a​t​e​s​–​r​u​s​s​es/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​1​4​1​9​6​0​2​1​2​317

[Prétendu « libéralisme »] TRAVAIL GRATUIT, par Juan Manuel de Prada

Encore un bon texte sur Le Saker fran­co­phone (je vous recom­mande la lec­ture quo­ti­dienne de ce site passionnant) :

TRAVAIL GRATUIT

Dans un contexte de pau­pé­ri­sa­tion crois­sante des condi­tions de tra­vail, la Confé­dé­ra­tion espa­gnole des entre­prises (CEOE) a eu le culot de pro­po­ser que les contrats de for­ma­tion et d’apprentissage ne soient plus rému­né­rés (autre­ment dit, que les sta­giaires tra­vaillent gra­tui­te­ment), qu’ils puissent concer­ner du tra­vail pos­té ou de nuit (autre­ment dit, que les sta­giaires tra­vaillent gra­tui­te­ment avec des horaires dif­fi­ciles ou chan­geants) et que puissent éga­le­ment en béné­fi­cier les plus de 45 ans ne per­ce­vant plus les allo­ca­tions de chô­mage (autre­ment dit, que des sta­giaires à vie puissent être aus­si chô­meurs de longue durée).


Les bate­liers de la Vol­ga » Ilya Repin

Ches­ter­ton se trom­pait (par excès d’optimisme) quand il nous aver­tis­sait que « toute réforme du capi­ta­lisme signi­fie­ra sim­ple­ment que les capi­ta­listes ont trou­vé des moyens pour réduire les salaires » ; parce que le capi­ta­lisme a désor­mais trou­vé le moyen de les supprimer.

Il est en effet affli­geant de consta­ter la vio­la­tion sys­té­ma­tique de la digni­té du tra­vail que nous vivons ces der­nières années, sous cou­vert de « flexi­bi­li­té ». Une flexi­bi­li­té qui, en lan­gage clair, signi­fie que le tra­vail doit être subor­don­né à la recherche du pro­fit : ain­si ont été impo­sées des légis­la­tions du tra­vail qui fra­gi­lisent pro­gres­si­ve­ment la condi­tion des tra­vailleurs, qui pié­tinent tous les prin­cipes de la jus­tice sociale et attentent à la digni­té même de la per­sonne. Ches­ter­ton a écrit que dans une pre­mière phase de son évo­lu­tion, le capi­ta­lisme nous avait volé la pro­prié­té des biens de pro­duc­tion, pour faire de nous des tra­vailleurs sala­riés. Puis que, dans une deuxième phase, il subor­don­ne­rait nos salaires à son expan­sion. Ain­si dis­pa­raît le prin­cipe fon­da­men­tal de la jus­tice sociale, qui sti­pule que « le tra­vail est tou­jours la cause effi­ciente pre­mière du pro­ces­sus de pro­duc­tion, alors que le capi­tal n’en est que l’instrument ou la cause ins­tru­men­tale » (Labo­rem exer­cens, 12).

Mais dans cette phase bou­li­mique et ter­mi­nale du capi­ta­lisme, on en arrive à pré­tendre que les indi­vi­dus tra­vaillent gra­tui­te­ment, voire paient pour tra­vailler. Et pour qu’une telle aber­ra­tion soit conce­vable, on joue de la façon la plus vile et mani­pu­la­trice qui soit avec les espoirs des plus jeunes et les angoisses des plus anciens. Ain­si, le capi­ta­lisme atteint un abîme de dégra­da­tion que n’avait même pas osé envi­sa­ger l’esclavage : le patri­cien romain, au moins, avait l’obligation d’assurer la nour­ri­ture et le loge­ment à ses esclaves.

On pour­rait com­prendre que les contrats de for­ma­tion ou d’apprentissage ne soient pas rému­né­rés s’il exis­tait une légis­la­tion du tra­vail qui assu­rât un tra­vail fixe et rému­né­ré au can­di­dat méri­tant une fois son appren­tis­sage ter­mi­né. Mais avec la légis­la­tion en vigueur, ces pro­po­si­tions de la CEOE nous paraissent par­ti­cu­liè­re­ment cruelles, parce qu’elles pro­fitent traî­treu­se­ment de la néces­si­té que l’homme a de tra­vailler non seule­ment pour sub­ve­nir à ses besoins maté­riels (par­fois si pres­sants) mais aus­si pour répondre à un noble désir de per­fec­tion­ne­ment personnel.

Mais ceux qui cherchent à tirer pro­fit de l’obligation ain­si faite à des jeunes pleins d’espoir (ensuite déçu) et à des vieux rava­gés par son absence (fina­le­ment jus­ti­fiée) de tra­vailler gra­tui­te­ment, se trompent. Car le tra­vail indigne ne génère chez le tra­vailleur que le rejet de l’entreprise qui l’embauche. Et toute entre­prise employant des tra­vailleurs qui ne s’identifient pas à elle est un jour ou l’autre vouée à l’échec. Tant il est vrai que l’homme a besoin de se sen­tir concer­né par son tra­vail. Sinon, celui-ci devient vite insup­por­table. Un ordre éco­no­mique qui déna­ture le tra­vail nie la nature humaine et, par voie de consé­quence, est condam­né à périr. Ce genre de pro­po­si­tions nous montre que les dieux rendent aveugles (par le goût du pro­fit) ceux qu’ils veulent perdre.

Juan Manuel de Prada

Tra­duit par Hugues pour le Saker Francophone

http://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​t​r​a​v​a​i​l​–​g​r​a​t​uit

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​8​/​0​3​/​2​4​/​t​r​a​v​a​i​l​–​g​r​a​t​u​i​t​–​p​a​r​–​j​u​a​n​–​m​a​n​u​e​l​–​d​e​–​p​r​a​da/

« Les Pays-Bas suppriment le référendum » annonce la presse vendue

« Les Pays-Bas sup­priment le réfé­ren­dum » titre la presse vendue.


Deux voleurs de pou­voir en action, le Pre­mier ministre néer­lan­dais Mark Rutte (centre) et Kaj­sa Ollon­gren, ministre des Affaires inté­rieures | Pho­to d’illus­tra­tion – EPA

https://​www​.ouest​-france​.fr/​e​u​r​o​p​e​/​p​a​y​s​–​b​a​s​/​l​e​s​–​p​a​y​s​–​b​a​s​–​s​u​p​p​r​i​m​e​n​t​–​l​e​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​5​5​9​2​281

Ce titre est trom­peur, car il laisse entendre que ce sont les Néer­lan­dais eux-mêmes qui ont choi­si de renon­cer à leur propre sou­ve­rai­ne­té, à leur droit de déci­der eux-mêmes de ce qu’est le bien com­mun, loi par loi. 

Mais en fait, ce sont les voleurs de pou­voir qui s’au­to­no­misent, comme tou­jours et par­tout dès que les peuples leur font confiance au lieu de s’en méfier comme de la peste. 

Ce sont, comme d’ha­bi­tude, des « élus » irres­pon­sables, des pro­fes­sion­nels du men­songe, des enne­mis du peuple, qui s’af­fran­chissent traî­treu­se­ment de tout contrôle sérieux de la part de ceux qu’ils pré­tendent « représenter ».

CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
C’est la règle n°1 en politique.
Et seuls les simples citoyens sont aptes et légi­times pour la com­prendre et pour l’im­po­ser, au plus haut niveau du droit.

Encore faut-il que ce soit des citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire qu’ils soient consti­tuants. De simples élec­teurs, c’est-à-dire des enfants poli­tiques, démis­sion­naires de leurs res­pon­sa­bi­li­tés consti­tuantes c’est-à-dire démis­sion­naires de leur vigi­lance per­son­nelle et per­ma­nente à l’é­gard de tous les pou­voirs, de tels élec­teurs ne méritent nul­le­ment d’être nom­més citoyens : ce ne sont encore que des enfants ; il fau­dra qu’ils se trans­forment en adultes poli­tiques pour deve­nir des citoyens dignes de ce nom.

De la même façon qu’on ne naît pas adulte,
ON NE NAÎT PAS CITOYEN, ON LE DEVIENT. 

Les pro­grès du car­can oli­gar­chique sont très inquié­tants, ces der­niers temps. La perte de la télé­vi­sion et des jour­naux (désor­mais tous contrô­lés par les plus riches) est une ter­rible catas­trophe pour l’in­té­rêt géné­ral et pour le droit des peuples à dis­po­ser d’eux-mêmes.
Ça va encore mal se ter­mi­ner, je le crains, avec l’a­val de la popu­la­tion désinformée. 

Il serait temps de se réveiller.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​1​3​1​7​3​2​3​1​2​317

[Notre avenir, infernal, si nous restons passifs] Grèce : Le démantèlement méthodique et tragique des institutions de santé publique (CADTM)

Source : CADTM, Comi­té d’an­nu­la­tion de la dette du tiers-monde, http://​www​.cadtm​.org/​G​r​e​c​e​–​L​e​–​d​e​m​a​n​t​e​l​e​m​e​n​t​–​m​e​t​h​o​d​i​que

12 mars 2018 par Noëlle Bur­gi

[Nota : « déva­lua­tion interne », pour les éco­no­mistes gre­dins, est le nom de code secret pour dire « baisse des salaires et de la pro­tec­tion sociale ». ÉC] 

5 juillet 2015 – Pho­to mlck

 
Le sys­tème natio­nal de san­té grec a été déman­te­lé par l’application d’un ensemble de mesures impo­sées depuis 2010 par les créan­ciers de la Grèce dans les sec­teurs de san­té pri­maire, secon­daire et phar­ma­ceu­tique. Ce texte pré­sente une ana­lyse cri­tique des prin­ci­pales mesures de com­pres­sion bud­gé­taire mises en place dans ces sec­teurs et intro­duit un débat sur des ini­tia­tives com­mu­nau­taires cen­sées ren­for­cer cer­tains déter­mi­nants sociaux de la san­té (indem­ni­tés de chô­mage, assu­rance mala­die, reve­nu mini­mum garan­ti). Il appa­raît que les poli­tiques mémo­ran­daires ont man­qué le but d’efficience et d’efficacité affi­ché, mais peut-être pas le pro­jet impli­cite de construire un « nou­veau modèle social euro­péen » réduit à quelques pres­ta­tions tout juste suf­fi­santes à la sur­vie des dépos­sé­dés. En s’appuyant sur de nom­breux tra­vaux scien­ti­fiques, des entre­tiens en Grèce auprès de mili­tants et dans des éta­blis­se­ments de soin et une enquête en cours dans des quar­tiers ouvriers du Pirée, l’article conclut à l’épuisement – pas­sa­ger ? – des forces lut­tant pour la sur­vie des droits sociaux démocratiques.

Sept ans après la mise en œuvre des memo­ran­da, la Grèce se trouve dans une situa­tion bien pire qu’en 2010

Depuis 2010, la Grèce est sou­mise à un régime de dis­ci­pline et de contrôle de ses finances et poli­tiques publiques sans équi­valent dans l’histoire euro­péenne d’après 1945. Peu après la révé­la­tion en 2009 des « vrais » chiffres, jusque-là maquillés, du défi­cit public grec [1] par le gou­ver­ne­ment tout juste élu de Georges Papan­dreou, la troï­ka (Com­mis­sion euro­péenne,Banque cen­trale euro­péenne et Fonds moné­taire inter­na­tio­nal [2]) des ins­ti­tu­tions cré­di­trices du pays a mis le pays sous tutelle à tra­vers une série de plans d’ajus­te­ment struc­tu­rel ou mémo­ran­dums (2010, 2012, 2015 [3]) cen­sés résoudre le pro­blème de sa dette et le remettre sur le che­min de la crois­sance. Les objec­tifs affi­chés de ces pro­grammes n’ont pas été atteints, au contraire. Sept ans après leur mise en œuvre, la Grèce se trouve dans une situa­tion bien pire qu’en 2010.

Ce n’est pas faute d’avoir appli­qué les mesures conte­nues dans les mémo­ran­dums, ou d’avoir pro­lon­gé à sou­hait leur mise en œuvre. La troï­ka se dit régu­liè­re­ment « impa­tiente » et reproche au gou­ver­ne­ment grec ses retards dans la mise en œuvre des « paquets » de réformes pres­crites, mais elle ne lui laisse pra­ti­que­ment aucune marge de manœuvre. En effet, l’approche géné­rale des mémo­ran­dums est celle d’un « sys­tème de sur­veillance intense et qua­si per­ma­nent ». Joa­quin Almu­nia, alors com­mis­saire euro­péen char­gé des Affaires éco­no­miques et moné­taires, avait uti­li­sé cette for­mule en février 2010 pour dési­gner le régime qui serait bien­tôt infli­gé à la Grèce : celle-ci devrait « quan­ti­fier » et « pré­ci­ser » les mesures annon­cées, « envoyer le calen­drier » de leur mise en œuvre, rendre compte très régu­liè­re­ment de l’état d’avancement de son pro­gramme et s’engager à prendre inces­sam­ment des mesures sup­plé­men­taires si ces objec­tifs n’étaient pas atteints [4].

« C’est la pre­mière fois que des ins­tru­ments de sur­veillance éco­no­mique et bud­gé­taire sont uti­li­sés simul­ta­né­ment et de manière inté­grée », se féli­ci­tait pour sa part la Com­mis­sion euro­péenne. De fait, pour évi­ter tout retour en arrière et rendre les effets des pro­grammes d’austérité irré­ver­sibles, la méthode appli­quée en Grèce (puis à d’autres pays vul­né­rables) consiste à concen­trer les mesures (front­loa­ding) et à en véri­fier constam­ment la bonne exé­cu­tion, notam­ment à la veille des ver­se­ments du prêt, pré­vus par tranches en prin­cipe tous les tri­mestres. L’état d’avancement du pro­gramme d’austérité est lui-même subor­don­né à l’appréciation qu’en donnent les experts et contrô­leurs de la troï­ka, ins­tal­lés à plein temps dans les minis­tères et sou­te­nus dans leur tâche par d’autres experts. Ce qui conduit les créan­ciers du pays à des actes répé­ti­tifs d’intimidation et de chan­tage. Ils exigent régu­liè­re­ment des mesures d’austérité plus convain­cantes à leurs yeux, reportent les ver­se­ments, menacent de cou­per les vivres.

En Grèce, les pro­grammes d’austérité ont entraî­né une dépres­sion éco­no­mique et une réces­sion sociale

Les mémo­ran­dums font par­tie d’une stra­té­gie plus glo­bale fon­dée sur une doc­trine dite d’« aus­té­ri­té expan­sion­niste » en ver­tu de laquelle une baisse des coûts rela­tifs par rap­port à d’autres éco­no­mies per­met de créer les condi­tions d’une reprise par les expor­ta­tions. En l’absence d’une déva­lua­tion de la mon­naie, elle sup­pose que soient appli­quées des poli­tiques aus­té­ri­taires [5]dites de déva­lua­tion interne : coupes plus ou moins impor­tantes dans la pro­tec­tion sociale, la san­té, l’éducation et d’autres ser­vices publics, baisses des salaires et des retraites, aug­men­ta­tion des impôts indi­rects sur la consom­ma­tion, déré­gu­la­tion des rela­tions pro­fes­sion­nelles et du droit du tra­vail… Cette doc­trine a été dis­cré­di­tée sur les plans métho­do­lo­gique et empi­rique (Jaya­dev, Konc­zal, 2010 ; FMI, 2012 ; Hern­don et al., 2013) : comme l’avait noté Paul Krug­man, ses pré­dic­tions « ont été entiè­re­ment contre­dites par la réa­li­té, et la recherche aca­dé­mique invo­quée pour sou­te­nir [cette] posi­tion s’est révé­lée truf­fée d’erreurs, d’omissions et de sta­tis­tiques suspectes ».

Entre autres dif­fi­cul­tés, la déva­lua­tion interne ne peut pas fonc­tion­ner si tous les pays d’une même zone éco­no­mique l’adoptent simul­ta­né­ment : dans ce cas, son seul effet est de conduire à une baisse des niveaux de vie et à réduire l’accès des popu­la­tions aux biens publics essentiels.

C’est néan­moins la voie qui fut choi­sie en réponse à la crise finan­cière de 2007–2008 pour tous les États membres de l’Union éco­no­mique et moné­taire (UEM). En Grèce, les pro­grammes d’austérité sans fin et tou­jours plus intenses ont entraî­né une dépres­sion éco­no­mique et une réces­sion sociale jamais vues en Europe en temps de paix (Ioa­kei­mo­glou, 2017). Per­sis­tantes, les ins­ti­tu­tions cré­di­trices du pays lui appliquent encore ces mesures.


 
La socié­té grecque a pour­tant résis­té au trai­te­ment subi. Le pays fut secoué par une impres­sion­nante vague de grèves et de mani­fes­ta­tions qui dura jusqu’en 2012 mal­gré une tout aus­si impres­sion­nante répres­sion poli­cière (Kotro­na­ki, 2014). Le sys­tème poli­tique se frac­tu­ra. Tan­dis qu’aux élec­tions de 2012 le Par­ti socia­liste pan­hel­lé­nique (Pasok) s’effondrait et que les conser­va­teurs de Nou­velle démo­cra­tie (ND), quoique plus résis­tants, s’affaiblissaient, le par­ti de la gauche radi­cale Syri­za deve­nait le pre­mier par­ti d’opposition. Emme­né par Alexis Tsi­pras et por­té par le mou­ve­ment social, il venait de connaître une ascen­sion ful­gu­rante : tout juste entré au Par­le­ment en 2009 avec 4,6 % des voix, il obtint 27 % des suf­frages en juin 2012. Sa mon­tée se pour­sui­vit jusqu’aux légis­la­tives de jan­vier 2015 qui le por­tèrent au pouvoir.

Syri­za incar­nait l’espoir qu’un gou­ver­ne­ment for­mé par une nou­velle géné­ra­tion de poli­ti­ciens de gauche, jeunes et non cor­rom­pus, ren­drait sa digni­té et sa sou­ve­rai­ne­té au pays et met­trait fin aux mémorandums.

Cepen­dant, n’ayant réus­si à obte­nir aucune conces­sion pen­dant les six pre­miers mois de sté­riles négo­cia­tions avec la troï­ka, Alexis Tsi­pras orga­ni­sa un réfé­ren­dum le 5 juillet 2015 à l’issue duquel les citoyens grecs dirent mas­si­ve­ment « Non » (61,5 % des voix) à la pour­suite de l’austérité.

Le Pre­mier ministre n’avait pas pré­vu ce résul­tat et ne pou­vait ni ne vou­lait affron­ter ses cré­di­teurs au point d’envisager une sor­tie de la Grèce de l’euro (le « Grexit »). Sept jours plus tard, il trans­for­mait le « Non » en « Oui » et cédait face à l’Union euro­péenne. Il accep­tait l’ultimatum du ministre des Finances alle­mand, Wolf­gang Schäuble, en ver­tu duquel la Grèce renon­çait à sa sou­ve­rai­ne­té et se pliait, en contre­par­tie d’un nou­veau mémo­ran­dum (incluant un prêt de 86 mil­liards d’euros éta­lés sur trois ans et ser­vant uni­que­ment à rem­bour­ser la dette), au pro­gramme d’ajustement struc­tu­rel le plus aus­tère jamais exi­gé d’un pays européen.

Alexis Tsi­pras ne démis­sion­na pas. Il rem­por­ta de nou­velles élec­tions en sep­tembre, juste avant la mise en œuvre des pre­mières mesures d’austérité du troi­sième pro­gramme. Depuis, il applique les pres­crip­tions de ses cré­di­teurs – les véri­tables gou­ver­neurs de la Grèce –, creu­sant le déses­poir d’une socié­té atteinte dans sa sub­stance, désor­ga­ni­sée et vain­cue par ceux-là mêmes qui pro­met­taient de la défendre.


 
Cet article ana­lyse les prin­ci­pales mesures appli­quées au sys­tème natio­nal de san­té grec, sec­teur d’une impor­tance capi­tale en période de crise des finances publiques et miroir dans lequel se reflètent les condi­tions d’existence des popu­la­tions. Le texte ques­tionne la ratio­na­li­té en ver­tu de laquelle les gou­ver­neurs de l’UEM per­sistent à « faire comme si » la déva­lua­tion interne était la seule voie pos­sible et à se mon­trer aveugles aux effets délé­tères de celle-ci.

L’hypothèse, défen­due ailleurs plus en détail (Bur­gi, 2014a), est que nous assis­tons à la culmi­na­tion d’un effort long de dés­ins­ti­tu­tio­na­li­sa­tion des régimes de pro­tec­tion sociale, pour­sui­vi gra­duel­le­ment depuis au moins trois décen­nies, qui s’accélère à la faveur des choix poli­tiques arrê­tés par les puis­sances hégé­mo­niques d’Europe pour gérer les effets de la crise finan­cière de 2007–2008. Cet effort est lié à un pro­jet néo­li­bé­ral de refon­da­tion com­plète des prin­cipes, des moda­li­tés et des fina­li­tés de l’intervention de l’État d’après 1945. Éga­le­ment appe­lé « fon­da­men­ta­lisme de mar­ché [6] », il pré­co­nise la sujé­tion de toute la vie sociale et de toute la sphère publique, y com­pris l’État, aux méca­nismes du marché.

Par­mi les nou­velles attri­bu­tions de l’État, l’une des règles essen­tielles com­mande que sa poli­tique sociale soit entiè­re­ment remo­de­lée pour accom­pa­gner « de façon active » et por­ter à leur paroxysme les méca­nismes de concur­rence. Avant 2010, qua­si­ment tous les gou­ver­ne­ments occi­den­taux, cha­cun à leur rythme et avec leurs moda­li­tés propres, ont cher­ché à pro­gres­si­ve­ment recon­fi­gu­rer leurs sys­tèmes natio­naux de pro­tec­tion sociale pour les conduire dans cette direc­tion et les mener vers la consti­tu­tion d’un nou­veau « modèle social euro­péen » dans lequel les pres­ta­tions à voca­tion uni­ver­selle des États sociaux construits après 1945 sont rem­pla­cées par un filet social mini­mal, par un « mini­mum vital » (Hayek, 1985 [1946]:89–90).

Ce mini­mum n’est pas conçu comme un moyen de lutte contre la pré­ca­ri­sa­tion et la pau­pé­ri­sa­tion des masses car il n’est pas ques­tion de s’attaquer à leurs causes ni de reve­nir sur la régu­la­tion néo­li­bé­rale. Au contraire, dans le cadre du « fon­da­men­ta­lisme de mar­ché », le mini­mum vital a pour fonc­tion de faire en sorte que per­sonne, en prin­cipe, ne tombe défi­ni­ti­ve­ment hors-jeu – hors du jeu de la concur­rence géné­ra­li­sée. Pour le dire autre­ment, le pro­blème théo­rique et pra­tique posé à la gou­ver­ne­men­ta­li­té [7] néo­li­bé­rale dans la redé­fi­ni­tion des poli­tiques de pro­tec­tion sociale est de savoir, non pas com­ment com­battre le chô­mage de masse ou conte­nir l’extension des zones de pré­ca­ri­té et de vul­né­ra­bi­li­té, mais jusqu’où il est pos­sible et/ou sou­hai­table d’abaisser le « seuil de pau­vre­té “abso­lue” [8] » en des­sous duquel l’État devra impo­ser un filet social mini­mal, au sens d’un régime de sou­tien (et de contrôle étroit et puni­tif) des plus dému­nis, certes finan­cé par la col­lec­ti­vi­té, mais juste suf­fi­sant pour le marché.

Au rythme dic­té par la troï­ka, les gou­ver­ne­ments grecs ont taillé dans les dépenses de san­té au cou­teau de boucher

La décons­truc­tion métho­dique, quoique par­fois anar­chique, des ins­ti­tu­tions grecques de san­té publique s’inscrit dans cette évo­lu­tion. Au rythme dic­té par les ins­ti­tu­tions de la troï­ka, les gou­ver­ne­ments grecs ont taillé dans les dépenses de san­té « avec des cou­teaux de bou­cher », selon l’expression d’un ancien ministre de la San­té (2010−2012), Andreas Lover­dos, et cela, au moment même où les déter­mi­nants sociaux de la san­té – les condi­tions de vie, for­te­ment dégra­dées sous l’effet des poli­tiques aus­té­ri­taires dans leur ensemble – se réper­cu­taient sur la san­té de la popu­la­tion. Pour recon­fi­gu­rer le sec­teur, des recettes « clé en main » de la Banque mon­diale et du FMI (par­tage des coûts, prin­cipe de dis­so­cia­tion entre ache­teurs et four­nis­seurs, tari­fi­ca­tion à l’activité, pri­va­ti­sa­tion des ser­vices…) ont été pla­quées sur le sys­tème public de san­té grec dans l’intention prio­ri­taire de réduire les coûts, d’extraire des res­sources et de réorien­ter les com­por­te­ments vers la consom­ma­tion d’assurances et de ser­vices privés.

L’ampleur des coupes bud­gé­taires et la logique qui leur est sous-jacente sont pré­sen­tées dans un pre­mier temps (I). Une deuxième par­tie étu­die plus en détail les contra­dic­tions et les effets des poli­tiques rela­tives aux médi­ca­ments et aux sec­teurs secon­daire (hos­pi­ta­lier) et pri­maire (II). Abor­dant en der­nier lieu la ques­tion des déter­mi­nants sociaux de la san­té (III), la réflexion, cen­trée sur la mise en place d’un filet social équi­table qui reste très lar­ge­ment insuf­fi­sant, débouche sur un ques­tion­ne­ment por­tant sur le sens et les pers­pec­tives d’une socié­té dite résiliente.


I. Des « cou­teaux de bou­cher » pour tailler dans les dépenses

En valeur réelle, les dépenses de san­té ont donc chu­té de près de moi­tié en quelques années

Depuis sept ans, le sec­teur de la san­té publique est l’une des prin­ci­pales cibles des pro­grammes dits d’ajustement struc­tu­rel dic­tés à la Grèce par les ins­ti­tu­tions de la troï­ka dans le cadre des mémo­ran­dums de 2010, 2012 et 2015. Le pre­mier avait exi­gé que les bud­gets de san­té publique passent de 6,8 % du PIB en 2010 à 6,0 % en 2012. À l’époque, des cher­cheurs inter­na­tio­na­le­ment recon­nus avaient jugé « arbi­traire » et « anor­ma­le­ment bas » un tel objec­tif (Stu­ck­ler, Basu, 2013, trad. fr. 2014 ; Kara­ni­ko­los et al., 2013 ; Kon­di­lis et al., 2012, 2013 ; Ken­ti­ke­le­nis et al., 2014). Il fut cepen­dant atteint en 2012 puis lar­ge­ment dépas­sé. En 2014, le ratio des dépenses de san­té publique rap­por­tées au PIB était de 4,9 %, son niveau le plus bas depuis 2004. Il est remon­té à 5,0 % en 2015, 5,1 % en 2016 et les pré­vi­sions pour 2017 le situent à 5,4 % du PIB. Cela se com­pare à une moyenne de 6,5 % dans l’Union euro­péenne (UE) et à des ratios (stables) bien plus éle­vés dans les pays les plus riches de l’Union, notam­ment la France et l’Allemagne (tableau 1). On sou­li­gne­ra que la contrac­tion des bud­gets de san­té publique a été plus impla­cable encore en Grèce que ne l’indiquent ces pour­cen­tages : dans la mesure où le PIB a lui-même per­du 27 points de pour­cen­tage depuis 2010. En valeur réelle, les dépenses de san­té ont donc chu­té de près de moi­tié en quelques années.

Tableau 1

 
Cette com­pres­sion a don­né lieu à une recom­po­si­tion des dépenses de san­té. Selon Gian­nis Kyrio­pou­los [9], ancien doyen de l’École natio­nale de san­té d’Athènes, alors que le finan­ce­ment des hôpi­taux publics a chu­té de plus de moi­tié entre 2009 et 2014 et que les dépenses totales de san­té (publiques et pri­vées) sont en forte baisse, le sec­teur hos­pi­ta­lier a connu un accrois­se­ment de sa part (+41 % entre 2008 et 2013) dans les dépenses totales, deve­nant (sans moyens sup­plé­men­taires) le der­nier recours pour les malades. Cela reflète un moindre accès non seule­ment aux soins hos­pi­ta­liers pri­vés (qui ont bais­sé de 28 % pen­dant la même période), mais encore aux soins pri­maires (ser­vices médi­caux de base, soins den­taires, diag­nos­tics, phy­sio­thé­ra­pies et autres) pour les­quels les dépenses ont chu­té de 56 % au cours de ces années. Dans le même temps, la désor­ga­ni­sa­tion des struc­tures de soin a accen­tué la cor­rup­tion et la quête de passe-droits avec des paie­ments for­mels et infor­mels aux méde­cins du sec­teur pri­vé, en hausse de 52 %.

La chute des dépenses publiques de san­té après 2010 les ramènent à leur niveau de 2004

Aus­si indis­pen­sables soient-elles, les don­nées agré­gées ne per­mettent cepen­dant pas de sai­sir l’ampleur de la crise sani­taire. On constate par exemple en 2014 que la chute des dépenses publiques de san­té après 2010 les ramènent, en valeur rela­tive, à leur niveau de 2004 (gra­phique 1). Or en 2004, les Grecs, dans l’ensemble, avaient accès aux soins médi­caux. Ce n’est plus le cas en 2014, et moins encore en 2017.

Gra­phique 1

 
Le taux de pau­vre­té extrême est pas­sé de 2,2 % en 2009, à 8 % en 2011 et à 15 % en 2015

La dif­fé­rence entre 2004 et 2017 tient aux dimen­sions qua­li­ta­tives du déman­tè­le­ment récent des struc­tures de san­té publique – non-recours aux soins en temps utile, carences et dys­fonc­tion­ne­ments des ser­vices médi­caux… –, dont un des indices clés se constate dans l’augmentation signi­fi­ca­tive après 2010 des cas de mor­ta­li­té dus à des évé­ne­ments indé­si­rables sur­ve­nus en cours de trai­te­ment (Lalio­tis et al., 2016).

Mais la san­té publique dépend aus­si très lar­ge­ment de fac­teurs sociaux plus géné­raux : accès à l’éducation, condi­tions de tra­vail et loi­sirs, loge­ment, pers­pec­tives d’avenir, état des com­mu­nau­tés, des vil­lages et des villes. Ces condi­tions struc­tu­relles de la vie quo­ti­dienne consti­tuent « les déter­mi­nants sociaux de la san­té et sont res­pon­sables pour une part impor­tante des inéga­li­tés de san­té entre pays et à l’intérieur des pays » (Com­mis­sion on Social Deter­mi­nants of Health [CSDH], 2008:1 ; Daniels et al., 1999).

Or, dans le contexte des poli­tiques aus­té­ri­taires géné­ra­li­sées exi­gées par l’UE et ses membres les plus influents pour gérer les effets de la crise finan­cière de 2008, la Grèce, clas­sée pre­mière par l’OCDE (2015:126) pour sa « réac­ti­vi­té glo­bale aux prio­ri­tés de réformes » entre 2007 et 2014, est allée plus loin que tous les autres pays de l’organisation inter­na­tio­nale dans la mise en place de mesures d’austérité, excep­tion­nel­le­ment sévères en ce qui la concerne.

Au-delà des ser­vices de san­té stric­to sen­su, elles ont pro­vo­qué une abrupte dégra­da­tion des condi­tions de vie (des déter­mi­nants sociaux de la san­té) (com­pa­rai­son des don­nées Elstat [10] entre 2012 et 2017 ; Bur­gi, 2014c). Pra­ti­que­ment du jour au len­de­main, le taux de chô­mage a grim­pé pour deve­nir le plus éle­vé d’Europe (il frappe le quart de la popu­la­tion, la moi­tié des jeunes et sa durée s’allonge : les chô­meurs étaient à 73,5 % de longue durée en 2015), les niveaux de vie se sont effon­drés de plus de 30 % en moyenne, la pau­vre­té rela­tive et sur­tout l’extrême pau­vre­té ont connu une pro­gres­sion spec­ta­cu­laire [11], les ser­vices publics ont été déman­te­lés et le droit du tra­vail et de la négo­cia­tion col­lec­tive qua­si­ment liqui­dé (Kap­sa­lis, Kou­zis, 2014), le tout entraî­nant une impor­tante fuite des cer­veaux (Konior­dos, 2017) et des capi­taux et une « catas­trophe » sani­taire (expres­sion de Méde­cins du Monde, notamment).

Les consé­quences sur la san­té des poli­tiques d’ajustement struc­tu­rel ont été lar­ge­ment igno­rées, voire niées par les gou­ver­neurs [12] euro­péens et grecs. Ils ont presque [13] tou­jours sou­te­nu, contre l’évidence, que les poli­tiques aus­té­ri­taires ne touchent en rien les ser­vices essen­tiels : « néces­saires » au bien com­mun, elles auraient au contraire per­mis de pré­ser­ver l’avenir grâce à des gains d’efficience et d’efficacité du sys­tème de soins.

La san­té comme un droit humain fon­da­men­tal acces­sible à tous s’est muée en tran­sac­tion économique

Cette ligne d’argumentation n’est pas nou­velle ni limi­tée à un pays. Elle reflète un chan­ge­ment pro­fond dans la manière de conce­voir et d’aborder les pro­blé­ma­tiques rela­tives à la san­té publique. L’idéal ins­crit dans la décla­ra­tion d’Alma Alta (1978) en ver­tu duquel la san­té, consi­dé­rée comme un droit humain fon­da­men­tal, devrait être acces­sible à tous en fonc­tion des besoins de cha­cun, s’est mué en une repré­sen­ta­tion de la san­té assi­mi­lée à une tran­sac­tion économique.

Cette approche, por­tée par des ins­ti­tu­tions puis­santes comme la Banque mon­diale et le FMI, est deve­nue hégé­mo­nique dans les années 1990 et 2000. La pre­mière a réus­si à impo­ser au monde sa vision éco­no­mi­ciste de la san­té et ces mêmes pré­ceptes se retrouvent dans les pres­crip­tions stan­dar­di­sées des pro­grammes d’ajustement struc­tu­rel du FMI : maxi­mi­sa­tion des pres­ta­tions pri­vées, frais modé­ra­teurs [14], prio­ri­té aux mar­chés et à la concur­rence. Le but serait d’accroître la ren­ta­bi­li­té des dépenses afin de créer les condi­tions d’un déve­lop­pe­ment éco­no­mique soutenable.

Cepen­dant, comme le montre la lit­té­ra­ture aca­dé­mique qui a ana­ly­sé les consé­quences de ces mesures, les dis­po­si­tifs de type mar­chand ont accru plu­tôt que réduit les coûts, notam­ment les coûts bureau­cra­tiques ; ils ont miné la recherche médi­cale et les ser­vices publics de san­té exis­tants et appro­fon­di les inéga­li­tés (Lis­ter, 2008 ; Sachs, 2005 ; Com­mis­sion on Social Deter­mi­nants of Health [CSDH], 2008).

 

II. Construction et déconstruction du système de santé

Les reproches adres­sés aux opé­ra­tions « clé en main » de restruc­tu­ra­tion des ins­ti­tu­tions de san­té publique n’induisent pas qu’il ne fau­drait pas amé­lio­rer ou réfor­mer les sys­tèmes exis­tants. Ils portent sur la méthode, les fina­li­tés et les effets des mesures intro­duites sans consi­dé­ra­tion pour les droits fon­da­men­taux et le bien-être phy­sique, men­tal et social des citoyens dans leur ensemble. S’agissant du sys­tème natio­nal de san­té grec, il n’a jamais été par­ti­cu­liè­re­ment cohé­rent ou effi­cient. Mais les dis­po­si­tions prises depuis 2010 par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs sous l’égide de la troï­ka – poli­tique du médi­ca­ment, restruc­tu­ra­tion hos­pi­ta­lière, ratio­na­li­sa­tion des soins pri­maires – ont consi­dé­ra­ble­ment aggra­vé les pro­blèmes de fonc­tion­ne­ment, d’efficacité et d’accès aux soins médi­caux obser­vables à la veille des mémorandums.


II.1. Déboires et suc­cès du sys­tème natio­nal de san­té grec (ESY) à la veille des mémorandums

Créé en 1983, l’ESY repré­sente incon­tes­ta­ble­ment le plus impor­tant effort ten­té en Grèce pour éta­blir un véri­table sys­tème natio­nal de san­té. À l’origine, le pro­jet ambi­tion­nait d’unifier une plé­thore de caisses pro­fes­sion­nelles et de rem­pla­cer l’incohérente infra­struc­ture de soins pri­maires exis­tants par un réseau entiè­re­ment nou­veau de centres de san­té urbains et ruraux qui don­ne­raient à tous les citoyens un égal accès aux soins, gra­tuits au point d’utilisation.

Cepen­dant, la résis­tance de groupes d’intérêt puis­sants (méde­cins pra­ti­quant dans des cabi­nets pri­vés, fonds d’assurance auto­nomes, fonc­tion­naires, syn­di­cats, ain­si que des poli­ti­ciens au pou­voir ou dans l’opposition) contra­ria cette visée ini­tiale (Mos­sia­los et al., 2005) et le sys­tème fina­le­ment mis en place asso­cia de façon com­plexe trois types de struc­tures : (a) des struc­tures de type beve­rid­giennes finan­cées par l’impôt (l’ESY pro­pre­ment dit) ; (b) des orga­nismes de type bis­mar­ckien regrou­pés dans le réseau des assu­rances sociales obli­ga­toires finan­cées par des coti­sa­tions de sécu­ri­té sociale ; et © les ser­vices de san­té pri­vés [15].

Centre de santé, île de Skopelos.
 
Avant 2010, l’ESY com­pre­nait : 201 centres de san­té ruraux et trois centres de san­té urbains qui for­maient des uni­tés décen­tra­li­sées des hôpi­taux régio­naux de l’ESY ; 1 478 postes médi­caux ou chi­rur­gi­caux rat­ta­chés aux centres de san­té ; et les cli­niques ambu­la­toires de 140 hôpi­taux publics. Les centres de san­té, les postes médi­caux et chi­rur­gi­caux offraient à la popu­la­tion rurale des ser­vices pré­ven­tifs, cura­tifs, d’urgence et de réha­bi­li­ta­tion gra­tuits au point d’utilisation. Les cli­niques ambu­la­toires des hôpi­taux publics pro­po­saient des ser­vices de spé­cia­listes ou de diag­nos­tic à la popu­la­tion urbaine et semi-urbaine. De jour, l’accès était gra­tuit ou sou­mis à une par­ti­ci­pa­tion finan­cière mini­male et, de nuit, il fal­lait acquit­ter un copaiement.

Le réseau de sécu­ri­té sociale consis­tait en 36 caisses pro­fes­sion­nelles cou­vrant les soins pri­maires de 95 % de la popu­la­tion selon diverses for­mules. L’affiliation à ces caisses, struc­tu­rées par branche ou par caté­go­rie socio-pro­­fes­­sion­­nelle, était obli­ga­toire. Par ordre d’importance, la pre­mière des quatre prin­ci­pales caisses était l’IKA (ou Fon­da­tion de Sécu­ri­té sociale, créée en 1934), la caisse la plus impor­tante des tra­vailleurs du sec­teur pri­vé. Elle avait sa propre infra­struc­ture de soins et ses propres méde­cins (sur­tout des spé­cia­listes), tous sala­riés et auto­ri­sés à ouvrir des cabi­nets pri­vés à mi-temps. Les trois autres caisses cou­vraient res­pec­ti­ve­ment les tra­vailleurs agri­coles (l’OGA), les pro­fes­sions libé­rales (l’OAEE) et les employés du sec­teur public (l’OPAD).

Tous les centres de san­té ache­taient par­tiel­le­ment ou exclu­si­ve­ment des ser­vices auprès de labo­ra­toires ou de méde­cins pri­vés. Les assu­rés avaient gra­tui­te­ment accès à une vaste gamme de ser­vices, prin­ci­pa­le­ment cura­tifs et de diag­nos­tic. Si les patients étaient redi­ri­gés vers des labo­ra­toires et méde­cins pri­vés, ils ver­saient un copaiement.

Enfin, le sec­teur pri­vé com­pre­nait envi­ron 25 000 méde­cins, 12 000 den­tistes, entre 400 et 700 labo­ra­toires et 167 hôpi­taux avec leurs dépar­te­ments ambu­la­toires. Des centres de diag­nos­tic pri­vés hau­te­ment ren­tables contrô­laient presque tout l’équipement bio­mé­di­cal du pays. Ces centres et les méde­cins pri­vés pas­saient des contrats avec les caisses d’assurances sociales et les assu­rances pri­vées et fac­tu­raient leurs inter­ven­tions sur la base d’un for­fait fixe par ser­vice payé conjoin­te­ment par les usa­gers et les caisses. Le sec­teur pri­maire pri­vé absor­bait plus de 65 % des dépenses pri­vées totales de san­té (Kon­di­lis et al., 2012).

Pour diverses rai­sons, ce sys­tème com­pli­qué, frag­men­té et peu coor­don­né connais­sait des dif­fi­cul­tés per­ma­nentes avant 2010. La part impor­tante du sec­teur pri­vé, la carence de géné­ra­listes, d’importantes dif­fé­rences dans le nombre et la qua­li­té des ser­vices et dans l’étendue de la cou­ver­ture garan­tis par les dif­fé­rents régimes d’assurance, et de réelles carences dans les zones rurales ren­daient le sys­tème inef­fi­cient et inéga­li­taire. En outre, les très faibles salaires du per­son­nel de l’ESY et du réseau pri­maire des assu­rances sociales avaient cau­sé des pro­blèmes struc­tu­rels : dif­fi­cul­tés per­ma­nentes de recru­te­ment dans les hôpi­taux, sous-effec­­tifs impor­tants, sur­tout d’infirmiers et de doc­teurs, manque d’unités de soins inten­sifs (du fait des sous-effec­­tifs), longues listes d’attente… condui­sant à l’habitude de glis­ser une enve­loppe (fake­la­ki) entre les mains des méde­cins afin de contour­ner la liste d’attente et (espé­rer) obte­nir un meilleur traitement.

S’il ne fait pas de doute que le sys­tème natio­nal de san­té avait besoin de chan­ge­ment, il avait mal­gré tout contri­bué à une amé­lio­ra­tion remar­quable de la san­té publique entre 1983 et 2009. Les don­nées de l’Organisation mon­diale de la san­té (OMS) indiquent une impor­tante pro­gres­sion de l’espérance de vie pen­dant cette période grâce à la chute des mor­ta­li­tés évi­tables (cau­sées par des mala­dies trai­tables), en par­ti­cu­lier un remar­quable déclin de la mor­ta­li­té infan­tile et néo­na­tale (pas­sées res­pec­ti­ve­ment de 17,94 à 2,65 et de 13,58 à 1,79 morts pour 1 000 nais­sances), et de la mor­ta­li­té post­na­tale et mater­nelle. De même, dans le Rap­port sur la san­té dans le monde publié par l’OMS en 2000, la Grèce figu­rait en excel­lente posi­tion dans le clas­se­ment des 191 pays membres de l’Organisation selon la qua­li­té des soins médi­caux dis­pen­sés. Elle était alors 14e. La France figu­rait au pre­mier rang, sui­vie par l’Italie ; l’Espagne était sep­tième ; le Por­tu­gal, pré­cé­dé de la Nor­vège, 12e. La Suède arri­vait en 23e posi­tion, l’Allemagne en 25e, les États-Unis, pays notoi­re­ment connu pour son sys­tème de san­té mer­can­tile, 37e.


II.2. Res­tric­tions bud­gé­taires et délais de paie­ment : des médi­ca­ments de moins en moins accessibles

Les dys­fonc­tion­ne­ments de l’ESY avaient favo­ri­sé une sur­con­som­ma­tion de médi­ca­ments en Grèce. En 2009, les dépenses médi­ca­men­teuses étaient les plus éle­vées des pays de l’OCDE (2,4 % du PIB contre 1,6 % en moyenne). Ce phé­no­mène s’explique notam­ment par les pra­tiques des méde­cins du réseau pri­maire des assu­rances sociales : ils avaient été nom­breux à cher­cher une com­pen­sa­tion à leurs faibles salaires [16] en ouvrant les après-midis des cabi­nets pri­vés. Du coup, les consul­ta­tions publiques du matin deve­naient un vivier de recru­te­ment de patients pour leurs consul­ta­tions pri­vées : sché­ma­ti­que­ment, le patient était rapi­de­ment reçu le matin avant de repar­tir avec un ren­­dez-vous pour une consul­ta­tion pri­vée, ou à défaut avec une grosse ordon­nance de médicaments.

La réduc­tion des dépenses phar­ma­ceu­tiques fut pro­gram­mée dès le pre­mier mémo­ran­dum. La troï­ka vou­lut une baisse de près de moi­tié des dépenses en deux ans (de 4,37 mil­liards d’euros en 2010 à 2,88 mil­liards d’euros en 2012 – cet objec­tif fut atteint) puis à 2 mil­liards d’euros en 2014 (Ken­ti­ke­le­nis et al., 2014) en agis­sant sur les prix, les pres­crip­tions et le moni­to­ring (Carone et al., 2012:50–52). Par­mi les autres mesures figu­rait une liste régu­liè­re­ment modi­fiée de médi­ca­ments rem­bour­sables conçue pour ser­vir l’objectif prio­ri­taire, en Grèce comme ailleurs, du recours aux géné­riques ; un sys­tème de rabais sur tous les médi­ca­ments ven­dus aux caisses de sécu­ri­té sociale ; et un droit de recou­vre­ment par l’État lorsque les dépenses du bud­get phar­ma­ceu­tique public excé­daient un pla­fond pério­di­que­ment révisé.

Les hôpi­taux déla­brés ne sont pas en mesure de com­man­der des médi­ca­ments dont les patients ont besoin

Le prix des médi­ca­ments est main­te­nant basé sur la moyenne des trois plus bas prix de l’Union euro­péenne. Des éco­no­mies sub­stan­tielles ont ain­si été réa­li­sées sans tou­te­fois assu­rer un meilleur accès du public aux médi­ca­ments. Les rai­sons en sont com­plexes. Les hôpi­taux déla­brés ne sont pas en mesure de com­man­der des médi­ca­ments dont les patients ont besoin et laissent ces der­niers essayer de résoudre le pro­blème. Les phar­ma­cies sont en dif­fi­cul­té : d’un côté, elles ont accu­mu­lé des dettes du fait des délais de rem­bour­se­ment des orga­nismes de sécu­ri­té sociale (actuel­le­ment, quatre à cinq mois de retard en moyenne, mais cela peut atteindre dix ou onze mois) qui leur doivent un total éva­lué en 2015–2016 à 500 mil­lions d’euros (Kara­ma­no­li, 2015 ; Man­tas, entre­tien 2016). De l’autre côté, les four­nis­seurs accordent un délai de un à trois mois, mais exigent le plus sou­vent un règle­ment immédiat.


Un très grand nombre de phar­ma­cies a fermé

Les phar­ma­cies sont alors for­cées de payer leurs com­mandes d’avance en atten­dant le rem­bour­se­ment des assu­reurs sociaux, ou de s’organiser infor­mel­le­ment avec d’autres phar­ma­cies, par­mi les­quelles les phar­ma­cies soli­daires aujourd’hui très bien orga­ni­sées [17], pour trou­ver ou échan­ger les médi­ca­ments ; ou encore d’exiger des patients d’avancer les fonds ; ou enfin de les envoyer ten­ter leur chance ailleurs. Ces solu­tions sont fra­giles : un très grand nombre de phar­ma­cies a fer­mé. Beau­coup d’autres ont sur­vé­cu en appa­rence mais ont été rache­tées par des firmes mul­ti­na­tio­nales de gros­sistes pri­vés. Ces der­niers ont réagi aux bas prix et aux longs délais d’apurement des créances en se tour­nant vers d’autres mar­chés plus lucra­tifs. Pen­dant un temps, les fabri­cants ont fixé des quo­tas cen­sés cou­vrir les besoins du mar­ché grec, et, par consé­quent, ils ne livraient pas néces­sai­re­ment les com­mandes en tota­li­té. Pour se jus­ti­fier, ils disaient ne pas avoir suf­fi­sam­ment de stocks, et par­mi eux quelques-uns avaient arrê­té de vendre des médi­ca­ments coû­teux à la Grèce.

Un pro­blème par­ti­cu­lier se pose au sujet des nou­veaux médi­ca­ments entrant sur le mar­ché grec (83 ces trois der­nières années) parce que la Grèce figure au plan inter­na­tio­nal par­mi les pays de réfé­rence pour l’établissement et la négo­cia­tion de leur prix [18]. Ain­si, la firme Novar­tis s’est alliée avec des agents publics et des doc­teurs grecs pour vendre en Grèce cer­tains nou­veaux pro­duits à des prix exor­bi­tants qui lui ont assu­ré des pro­fits éle­vés dans des pays plus peu­plés (comme par exemple la Tur­quie, et plus encore le Bré­sil). Le scan­dale Novar­tis [19] fait actuel­le­ment l’objet d’une enquête pour éta­blir les faits et déter­mi­ner les res­pon­sa­bi­li­tés. En atten­dant, des ini­tia­tives inter­na­tio­nales sont prises pour ten­ter de modé­rer les appé­tits des fabri­cants du fait de la crise géné­rale des finances publiques. En Grèce, la pres­sion (et le mécon­ten­te­ment des fabri­cants) est encore plus forte parce que, en sus de son droit de recou­vre­ment, l’État demande aux fabri­cants une réduc­tion de 25 % pour chaque nou­veau médi­ca­ment dont le prix est fixé en Grèce.

Ajou­tons enfin que l’industrie phar­ma­ceu­tique grecque est struc­tu­rel­le­ment vul­né­rable aux firmes mul­ti­na­tio­nales et aux poli­tiques gou­ver­ne­men­tales. Elle pro­duit des géné­riques de haute qua­li­té et consti­tue un vivier de main‑d’œuvre effec­tif et poten­tiel, mais elle n’est pas en mesure de se défendre contre des menaces telles que le dum­ping sur les prix des firmes phar­ma­ceu­tiques mon­diales. Elle a aus­si été affai­blie par le droit de recou­vre­ment de l’État dont le mon­tant pour 2014 a été esti­mé à 30 % du bud­get natio­nal phar­ma­ceu­tique (Anas­ta­sa­ki et al., 2014). Des oppor­tu­ni­tés de crois­sance endo­gène se perdent ain­si, tan­dis que la socié­té est dépos­sé­dée d’un four­nis­seur de qualité.

Les nou­velles poli­tiques ont trans­fé­ré une par­tie des coûts aux patients

Pour aggra­ver la situa­tion, les nou­velles poli­tiques ont trans­fé­ré une par­tie des coûts aux patients qui doivent assu­mer une part crois­sante de la dépense totale non rem­bour­sée au risque de se pri­ver de soins. Le panier de soins a été modi­fié pour intro­duire des frais modé­ra­teurs et exclure cer­tains pro­duits et ser­vices, en par­ti­cu­lier les tests cli­niques et phar­ma­co­lo­giques, de la cou­ver­ture publique (les assu­reurs pri­vés ont aus­si res­treint leur cou­ver­ture). En moyenne, le ticket modé­ra­teur acquit­té par les assu­rés est pas­sé de 9 % du prix du médi­ca­ment en 2011 à 25 % en 2013 et 35 à 40 % en 2015. Dans les cas extrêmes, le ticket modé­ra­teur peut atteindre 75 % du prix du médi­ca­ment. En rai­son des effets com­bi­nés des pénu­ries, des stra­té­gies des firmes, et de la règle stricte de l’alignement du médi­ca­ment sur les trois plus bas prix de l’UE, les médi­ca­ments pres­crits sont régu­liè­re­ment introu­vables sur le mar­ché. Par exemple, ce sont les vac­cins, sur­tout les vac­cins pour enfants (en 2017), ou encore l’insuline, les anti­coa­gu­lants, les pro­duits anti­dia­bé­tiques et anti­can­cé­reux, les immu­no­sup­pres­seurs et d’autres pro­duits essen­tiels qui ne sont plus en cir­cu­la­tion ou ne s’obtiennent que très dif­fi­ci­le­ment. Le dys­fonc­tion­ne­ment du sys­tème est par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux pour les per­sonnes atteintes de mala­dies chroniques.

En 2017, les vac­cins pour enfants, l’insuline, les anti­coa­gu­lants, les pro­duits anti­dia­bé­tiques, anti­can­cé­reux et autres pro­duits essen­tiels s’obtiennent difficilement


II.3. Les hôpi­taux en sur­sis permanent

Des mesures dras­tiques ont été intro­duites pour restruc­tu­rer les hôpi­taux publics et le reste de l’ESY. Au cours des der­nières années, on a assis­té à la fer­me­ture de grands hôpi­taux à Athènes, Thes­sa­lo­nique et ailleurs, la sup­pres­sion et/ou la fusion d’un grand nombre de cli­niques ou d’unités spé­cia­li­sées, le regrou­pe­ment de cen­taines de labo­ra­toires, et l’élimination d’au moins 2 000 lits. Des méca­nismes de sur­veillance mana­gé­riale ont été mis en place : les bud­gets des hôpi­taux sont main­te­nant gérés par une firme pri­vée (Kara­kiou­la­fis, 2014:90) et des tech­niques variées per­mettent d’inspecter l’activité hos­pi­ta­lière et celle des méde­cins, dont un sys­tème de col­lecte men­suelle des don­nées pour contrô­ler l’activité et les dépenses hos­pi­ta­lières à tra­vers des pro­cé­dures élec­tro­niques obli­ga­toires. Comme ailleurs en Europe, deux ins­tru­ments clés ont été action­nés par les gou­ver­neurs pour ralen­tir la crois­sance des dépenses hos­pi­ta­lières : la tari­fi­ca­tion à l’acte et la com­pres­sion du per­son­nel.


La tari­fi­ca­tion à l’activité

La tari­fi­ca­tion à l’activité ou diag­no­sis rela­ted groups (DRGs) est un outil bud­gé­taire impor­té des États-Unis au début des années 1980 qui s’est sub­sti­tué au prix de jour­née habi­tuel­le­ment pra­ti­qué en Europe. Elle s’est impo­sée par­tout, bien que la recherche scien­ti­fique et les éva­lua­tions indé­pen­dantes mettent depuis long­temps en lumière sa nui­si­bi­li­té tant pour les finances publiques que pour les patients. Elle consiste à lier direc­te­ment les recettes des hôpi­taux au volume d’activité (nombre d’actes et de consul­ta­tions) enre­gis­trées pour chaque groupe homo­gène de malades. Le cri­tère est pure­ment comp­table et ne per­met pas de dis­tin­guer entre une acti­vi­té tech­nique, faci­le­ment quan­ti­fiable, mesu­rable, et une autre plus com­plexe exi­geant plus de temps et l’appel à des com­pé­tences plu­ri­dis­ci­pli­naires. En France, par exemple, où un finan­ce­ment ana­logue a été intro­duit, toute consul­ta­tion, pour être ren­table, ne devrait pas dépas­ser douze minutes. Dans le contexte de l’injonction poli­tique d’un retour à « l’équilibre finan­cier », il n’est donc plus vrai­ment ques­tion de soins mais d’augmentation du nombre d’actes ren­tables (Gri­mal­di, 2009). En Grèce aus­si, cette poli­tique orga­nise le renon­ce­ment à la qua­li­té de bien public inhé­rente aux ser­vices de soin pour les trans­for­mer en entre­prises capi­ta­listes (Ioa­kei­mo­glou, 2010).

Cette trans­for­ma­tion est cepen­dant coû­teuse. Comme le note le neu­ro­logue Makis Man­tas (entre­tien, 2014), coor­di­na­teur jusqu’en juillet 2015 du pro­gramme de soins pri­maires de Syri­za, le sys­tème de paie­ment à l’acte « … a accru les défi­cits publics [grecs] et mul­ti­plié les coûts hos­pi­ta­liers par sept. Il favo­rise les hôpi­taux pri­vés. Pre­nez le cas du stra­bisme. Il s’agit d’un acte très simple. Dans le pas­sé, l’opération coû­tait entre 70 et 90 euros en Grèce. Aucun hôpi­tal pri­vé ne s’y inté­res­sait. Aujourd’hui, la même opé­ra­tion coûte dix fois plus cher. Sou­dai­ne­ment, les hôpi­taux publics qui pre­naient en charge toutes ces opé­ra­tions le font de moins en moins ; ils cèdent la place aux hôpi­taux privés. »

Les hôpi­taux pri­vés y trouvent leur compte et en tirent des pro­fits éle­vés parce qu’ils peuvent faci­le­ment se spé­cia­li­ser dans les trai­te­ments rela­ti­ve­ment simples et peu ris­qués de mala­dies cou­rantes et pré­vi­sibles. Ce qui péna­lise les hôpi­taux publics et uni­ver­si­taires aux­quels incombent les trai­te­ments plus com­plexes, coû­teux et ris­qués, alors que leurs res­sources et celles de la recherche médi­cale ont diminué.


Des coupes dras­tiques dans les salaires et les effec­tifs du sec­teur public de santé

Autre ins­tru­ment majeur visant la baisse des coûts, les coupes sala­riales et la liqui­da­tion des droits des tra­vailleurs dans tout le sec­teur public ont été, dès le pre­mier mémo­ran­dum, l’une des prin­ci­pales prio­ri­tés de la troï­ka. En 2011, il appa­rais­sait déjà que la chute des dépenses publiques hos­pi­ta­lières avait été obte­nue spé­cia­le­ment au moyen d’une dimi­nu­tion de 75 % des coûts sala­riaux (plu­tôt que d’un accrois­se­ment de l’efficience) (Kon­di­lis et al., 2013). Les salaires des pro­fes­sion­nels de san­té publique, qui étaient les plus faibles d’Europe occi­den­tale avant la crise finan­cière, ont été réduits d’au moins 40 % depuis 2010. Cha­ris Mat­sou­ka (entre­tien, 2014 [20]) affir­mait qu’elle gagnait 2 000 euros par mois, frais pro­fes­sion­nels inclus, alors qu’elle avait atteint le som­met de la car­rière hos­pi­ta­lière. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un nou­veau méde­cin réfé­rent ou d’un pro­fes­seur de méde­cine débu­tant s’élève envi­ron à 1 100 euros (Ifan­ti et al., 2014 ; entre­tiens, 2016, 2017).

Une perte de 30 % des effectifs

La com­pres­sion du per­son­nel dans le sec­teur de la san­té publique a été dra­ma­tique, avec une perte de 30 % des effec­tifs consé­cu­tive au gel des embauches, au non-rem­­pla­­ce­­ment de fait des tra­vailleurs par­tant à la retraite et au non-renou­­vel­­le­­ment des contrats tem­po­raires. En 2011, l’Association médi­cale d’Athènes esti­mait qu’en cette seule année, 26 000 agents du sec­teur de la san­té publique, dont près de 9 100 méde­cins, allaient perdre leur tra­vail (Tri­an­ta­fyl­lou, Ange­le­to­pou­lou, 2011). La réduc­tion du nombre de méde­cins a été beau­coup plus impor­tante que celle pré­vue par la troï­ka (Cor­reia et al., 2015) à cause de la dété­rio­ra­tion rapide de l’environnement et des condi­tions de tra­vail. Nombre de doc­teurs et d’infirmiers ont pris des retraites anti­ci­pées. À cela s’ajoute un exode mas­sif depuis 2010 de jeunes grecs hau­te­ment qua­li­fiés, par­mi les­quels des méde­cins spé­cia­listes et autres per­son­nels médi­caux à la recherche de condi­tions de tra­vail meilleures hors de Grèce. On estime à plus de 7 500 le nombre de méde­cins grecs ayant émi­gré jusqu’en 2014, notam­ment vers l’Allemagne où ils sont employés dans des postes en deçà de leurs qua­li­fi­ca­tions et à des taux de rému­né­ra­tion infé­rieurs à ceux de leurs col­lègues [21].

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Consul­ta­tions can­cé­ro­lo­gie, Aghios Sav­vas, Athènes.

 

Des condi­tions de tra­vail et sani­taires déplorables

Les hôpi­taux sont à court des four­ni­tures les plus élémentaires

Les sous-effec­­tifs, un afflux consi­dé­rable de patients et les pénu­ries ont pous­sé les hôpi­taux publics au point de rup­ture. Les condi­tions de tra­vail y sont pré­caires et dan­ge­reuses. Les hôpi­taux sont à court des four­ni­tures les plus élé­men­taires : draps, ciseaux, antal­giques, ten­sio­mètres, équi­pe­ment sté­ri­li­sé, médi­ca­ments vitaux, dépis­tage du can­cer et équi­pe­ment appro­prié pour les inter­ven­tions chi­rur­gi­cales… Le nombre d’heures tra­vaillées a consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té. Le temps de tra­vail des méde­cins, incluant les périodes de garde, peut atteindre 32 heures inin­ter­rom­pues, et lorsqu’ils sont en ser­vice d’astreinte la durée du tra­vail peut atteindre 93 heures par semaine.

Aler­tée, la Com­mis­sion euro­péenne a por­té le pro­blème devant la Cour de jus­tice qui a jugé ces pra­tiques illé­gales [22]. Jusqu’ici, cela n’a pas été sui­vi d’effet : alors que taux de chô­mage est éle­vé par­mi les méde­cins et le per­son­nel soi­gnant, les recru­te­ments de méde­cins sta­tu­taires n’ont pas aug­men­té, des mil­liers d’embauches sont tou­jours en attente et les internes quittent l’ESY. À la mi-2017, une loi des­ti­née à réduire le temps de tra­vail légal des méde­cins grecs pour le rendre conforme aux normes euro­péennes (48 heures) était en pré­pa­ra­tion. Mais comme il n’est tou­jours pas pos­sible de recru­ter du per­son­nel sta­tu­taire, le pro­jet de loi pré­voit une option en ver­tu de laquelle les méde­cins qui le sou­haitent auront la pos­si­bi­li­té de tra­vailler 60 heures heb­do­ma­daires à condi­tion de signer un docu­ment attes­tant qu’ils font eux-mêmes le choix de tra­vailler plus (aupa­ra­vant, ils y étaient obligés).

Par ailleurs, la pra­tique consis­tant à recru­ter du per­son­nel non sta­tu­taire auto-employé sur des contrats à court terme se géné­ra­lise. Des uni­tés de soins inten­sifs, des labo­ra­toires et même des dépar­te­ments hos­pi­ta­liers entiers ferment ou menacent constam­ment de fer­mer. Les divers ser­vices luttent constam­ment pour obte­nir les finan­ce­ments indis­pen­sables à leur sur­vie. Comme le dit une femme méde­cin dans un entretien :

« Nous devons sans arrêt nous battre pour obte­nir des fonds addi­tion­nels du gou­ver­ne­ment. (…) Ça se passe tous les trois mois. Donc nous avons constam­ment un hori­zon de trois mois devant nous. C’est épui­sant. Et déprimant… »

Cer­tains centres publics de trai­te­ment du can­cer n’arrivent même pas à nour­rir leurs patients

Cer­tains centres publics de trai­te­ment du can­cer n’arrivent même pas à nour­rir leurs patients. Le manque de res­sources les amène par­fois à fer­mer abrup­te­ment leurs ser­vices à divers moments de la jour­née et à annu­ler des consul­ta­tions sans les repor­ter à une autre date. En jan­vier 2016, l’hôpital uni­ver­si­taire géné­ral Lai­ko à Athènes a ren­voyé des dizaines de patients atteints du can­cer parce qu’il ne pou­vait pas pra­ti­quer les chi­mio­thé­ra­pies vitales pré­vues pour eux [23].

Dans cer­taines cir­cons­tances extrêmes, des nou­­veau-nés ont été reti­rés à leur mère jusqu’à ce qu’elle puisse payer la fac­ture hos­pi­ta­lière ; le car­dio­logue Geor­gos Vichas, qui dirige la cli­nique métro­po­li­taine soli­daire d’Hellinikon, a rap­por­té des situa­tions où des patients atteints du can­cer avaient été expul­sés de l’établissement de soins où ils devaient subir une opé­ra­tion chi­rur­gi­cale parce qu’ils ne pou­vaient pas payer 1 800 euros. Consé­quence de la forte pro­por­tion de per­sonnes non assu­rées, ces der­nières situa­tions sont cepen­dant res­tées excep­tion­nelles grâce à l’ingéniosité des méde­cins grecs qui trouvent des moyens créa­tifs de contour­ner les régulations.


II.4. Le déman­tè­le­ment du sys­tème de soins primaires

Inéga­li­taire et frag­men­té avant 2010, le réseau des ser­vices de soins pri­maires a connu, depuis, une série de réor­ga­ni­sa­tions. En 2011–2012, les quatre prin­ci­pales caisses d’assurances sociales (IKA, OGA, OAEE et OPAD) furent trans­fé­rées avec leurs effec­tifs et leur infra­struc­ture à une nou­velle et unique Orga­ni­sa­tion natio­nale pour la pres­ta­tion de ser­vices de san­té (EOPYY). L’intégration des struc­tures de soins pri­maires avait été espé­rée depuis au moins la créa­tion de l’ESY en 1983 car elle por­tait une pro­messe d’universalité et d’égalité d’accès à la san­té. La pro­messe ne fut pas hono­rée dans le contexte des mémo­ran­dums. Léga­le­ment obli­gées de dépo­ser 77 % de leurs avoirs dis­po­nibles à la Banque de Grèce, les caisses d’assurance mala­die absor­bées par l’EOPYY per­dirent 53,5 % de leurs avoirs au moment de la restruc­tu­ra­tion (« la décote ») d’une par­tie de la dette grecque en mars 2012. Elles ne reçurent aucune com­pen­sa­tion pour leurs pertes (envi­ron 10 mil­liards d’euros en trois mois), contrai­re­ment aux banques. Par ailleurs, la dimi­nu­tion des pres­ta­tions cou­vertes par les caisses, l’augmentation des frais modé­ra­teurs, la com­pres­sion des per­son­nels soi­gnants et les baisses de salaire dété­rio­rèrent, comme dans le sec­teur hos­pi­ta­lier, la qua­li­té des pres­ta­tions et l’accès aux soins pri­maires publics (Kai­te­li­dou, Kou­li, 2012 ; Kon­di­lis et al., 2013).

En 2014, Geor­gia­dis fer­ma les uni­tés de soins pri­maires et ren­voya chez eux 6 500 à 8 000 médecins

En 2014, dans la ligne des prin­cipes pro­mus par la Banque mon­diale, le ministre de la San­té, Ado­nis Geor­gia­dis, dis­so­cia les fonc­tions d’acheteur et de four­nis­seur ou pres­ta­taire de soins. La fonc­tion d’acheteur res­ta de la com­pé­tence de l’EOPYY, tan­dis que les pres­ta­tions de san­té furent confiées à un nou­veau Réseau natio­nal de soins de san­té pri­maire (PEDY). Le ministre manœu­vra habi­le­ment pour pro­vo­quer le départ « volon­taire » de la moi­tié des méde­cins des centres de san­té inté­grés à l’EOPYY deux ans plus tôt. En février 2014, il fer­ma du jour au len­de­main toutes les uni­tés du réseau de soins pri­maires et ren­voya chez eux quelque 6 500 à 8 000 méde­cins. Il annon­ça que ceux-ci pour­raient être embau­chés à l’ouverture du nou­veau réseau (PEDY), à condi­tion d’accepter des contrats de tra­vail à plein temps et de fer­mer leurs cabi­nets pri­vés. L’idée de créer un sta­tut d’emploi exclu­si­ve­ment public dans le sec­teur des soins pri­maires était popu­laire et en géné­ral bien­ve­nue, mais cela impli­quait que les doc­teurs doré­na­vant se contentent du même (bas) salaire (1 100 euros), renoncent à des sources sup­plé­men­taires de reve­nus (en fer­mant leurs cabi­nets) et oublient les pers­pec­tives de car­rière [24]. Ils furent nom­breux à « s’auto-licencier », pour citer la for­mule d’un de mes inter­lo­cu­teurs, c’est-à-dire à « choi­sir » de perdre leur emploi. Aujourd’hui, le réseau PEDY compte quelque 2 700 médecins.

De très nom­breux patients doivent attendre long­temps pour une très brève consultation

En dehors de réus­sir un « coup » avec la sup­pres­sion d’un nombre consé­quent d’employés du sec­teur public, l’initiative d’Adonis Geor­gia­dis s’est révé­lée pro­blé­ma­tique. D’abord, les struc­tures de soins pri­maires (c’est-à-dire prin­ci­pa­le­ment celles de l’ancienne IKA) ont pra­ti­que­ment ces­sé de fonc­tion­ner en rai­son de l’importance des sous-effec­­tifs. Autre­fois dotées de moyens, notam­ment humains, suf­fi­sants, elles sont désor­mais pra­ti­que­ment vides. Par consé­quent, de très nom­breux patients doivent attendre long­temps pour une très brève consul­ta­tion [25]. Les méde­cins n’ont pas le temps de faire davan­tage que de contrô­ler les car­nets de san­té ou les anciennes ordon­nances, et en faire de nou­velles. De plus, ils sont étroi­te­ment sur­veillés par une pla­te­forme élec­tro­nique : ils ne peuvent pas pres­crire de médi­ca­ments ou d’examens au-delà de ce qu’autorise leur bud­get [26]. S’ils s’y hasardent, le sys­tème com­mence par lan­cer un aver­tis­se­ment avant de se blo­quer, et le méde­cin, alors pas­sible d’une amende, ne peut plus rien prescrire.

Dans les ser­vices de san­té pri­maire (comme à l’hôpital), des auxi­liaires pré­caires sont embau­chés pour des périodes courtes allant de huit mois (ce qui évite de les gar­der l’été) à un an et demi au mieux : ceux-là ne veulent pas ris­quer leur emploi ou avoir une amende. Les autres [27] sont éga­le­ment pié­gés par le sys­tème, de sorte que la plu­part des méde­cins ne peuvent pas soi­gner leurs patients. Si néces­saire, ils les envoient à l’hôpital où il est encore pos­sible de pres­crire libre­ment des médi­ca­ments ou des exa­mens. Mais c’est un cercle vicieux, car les méde­cins hos­pi­ta­liers estiment à juste titre qu’ils n’ont pas le temps de rece­voir les gens pour sim­ple­ment leur déli­vrer des ordon­nances, et que ce n’est pas leur rôle.


 
Même quand ils n’étaient pas diri­gés à l’hôpital par leur méde­cin trai­tant, et parce que les soins pri­maires ne fonc­tionnent pas, les patients se sont mas­si­ve­ment tour­nés vers les urgences hos­pi­ta­lières. C’est le deuxième grand écueil de la réor­ga­ni­sa­tion conduite par Ado­nis Geor­gia­dis. Pour décon­ges­tion­ner les urgences et pal­lier les consé­quences des sous-effec­­tifs dans les soins pri­maires, le ministre de la San­té a cru trou­ver une solu­tion en inci­tant les méde­cins du sec­teur pri­vé à pas­ser des conven­tions avec l’EOPYY : ils s’engageaient à exa­mi­ner 200 patients par mois contre une rému­né­ra­tion de 2 000 euros men­suels. Cette mesure extrê­me­ment coû­teuse pour le sys­tème de san­té publique s’est aus­si avé­rée très inef­fi­cace car la plu­part des méde­cins « se débar­ras­saient » des 200 patients en une semaine, sinon plus vite, et pen­dant le res­tant du mois les malades n’avaient d’autre choix que de payer le prix d’une consul­ta­tion pri­vée, d’aller à l’hôpital ou de ten­ter leur chance dans un centre de soins primaires.

Telle était encore la situa­tion au prin­temps 2017 quand l’actuel ministre de la San­té, Andreas Xan­thos, lan­çait un nou­veau pro­jet de loi qua­drien­nal dit « Soins pri­maires de san­té » [28]. Son objec­tif prio­ri­taire consiste tou­jours à désen­gor­ger les urgences hos­pi­ta­lières mais le gou­ver­ne­ment entend aus­si remettre à plat tout le sys­tème en vue de son amé­lio­ra­tion (enca­dré). L’initiative est bien­ve­nue : elle sim­pli­fie l’organisation des soins pri­maires, vise leur inté­gra­tion à un sys­tème natio­nal de san­té unique et pour­rait cor­ri­ger cer­tains dys­fonc­tion­ne­ments. Mais les fortes contraintes bud­gé­taires indiquent que la pers­pec­tive reste celle d’un ration­ne­ment des soins de san­té publique. Les besoins du pays tout entier ne sau­raient être cou­verts par le recru­te­ment de seule­ment 1 300 nou­veaux méde­cins, même si les pro­fils pri­vi­lé­giés (géné­ra­listes, inter­nistes, pédiatres) cor­res­pondent à un manque avé­ré, tant le dés­équi­libre est grand entre, d’un côté, les spé­cia­listes en sur­nombre et, de l’autre, les géné­ra­listes sou­vent inexis­tants dans les ser­vices de soins pri­maires. Avec seule­ment trois pra­ti­ciens, le rôle des uni­tés locales de san­té risque de se rame­ner à celui de pour­voyeur d’ordonnances et de garde-bar­­rière empê­chant le tout-venant de se rendre spon­ta­né­ment aux urgences hos­pi­ta­lières. On ne sait pas encore ce que devrait impli­quer la restruc­tu­ra­tion de ces der­nières, actuel­le­ment à l’étude. Elles pour­raient deve­nir des uni­tés auto­nomes dotées d’un per­son­nel propre, dis­tinct des équipes soi­gnantes des hôpitaux.

Dans l’ensemble, la pré­ca­ri­sa­tion des per­son­nels soi­gnants ira en aug­men­tant. Même si les contrats des méde­cins conven­tion­nés sont révi­sés, il man­que­ra au sys­tème natio­nal de san­té, et sin­gu­liè­re­ment au sec­teur des soins pri­maires, la masse cri­tique indis­pen­sable à des pres­ta­tions publiques de qua­li­té. La dépen­dance à l’égard du sec­teur pri­vé n’en sera que ren­for­cée. On s’achemine très pro­ba­ble­ment vers un sys­tème à deux vitesses com­pre­nant des ser­vices publics rudi­men­taires, sinon gra­tuits du moins à faible coût, et des pres­ta­tions pri­vées ou mixtes acces­sibles seule­ment aux plus aisés.

Enca­dré

 
De fait, la logique d’une par­ti­ci­pa­tion maxi­male du sec­teur pri­vé s’installe pro­gres­si­ve­ment dans le sec­teur des soins pri­maires. Les dépenses non rem­bour­sables se mul­ti­plient. Les copaie­ments pour les consul­ta­tions ambu­la­toires sont pas­sées de 3 à 5 euros en 2011 (le gou­ver­ne­ment Syri­za a sup­pri­mé cette taxe qui vient d’être réin­tro­duite). Les pres­crip­tions médi­cales sont limi­tées à trois médi­ca­ments. S’il en faut davan­tage, le méde­cin doit éta­blir une ou plu­sieurs nou­velles ordon­nances, cha­cune coû­tant 1 euro au patient. Il y a aus­si d’autres coûts moins visibles, comme le prix d’un appel télé­pho­nique pour pro­gram­mer un ren­­dez-vous chez le doc­teur. Il sera bien­tôt pos­sible de le faire par voie élec­tro­nique, solu­tion dif­fi­cile pour les per­sonnes âgées ou démunies.

L’assurance pri­vée croît len­te­ment dans le mar­ché des soins pri­maires avec des for­mules bon mar­ché. Par exemple, on a vu des jour­naux comme Pro­to The­ma ou Anexar­ti­sia offrir aux lec­teurs dans leurs édi­tions du week-end des cou­pons à col­lec­tion­ner pour obte­nir une carte de san­té « gra­tuite » don­nant un accès annuel limi­té et à faible coût à des méde­cins et des centres pri­vés de diag­nos­tic. Les banques aus­si offrent à leurs clients dif­fé­rents types de polices d’assurance mala­die (selon un éven­tail de prix variant de 85 à 800 euros annuels).

Les mon­tants de ces contri­bu­tions acquit­tées par le patient peuvent paraître négli­geables. Cepen­dant, elles pour­raient bien avoir un but péda­go­gique. Comme a pu le dire un méde­cin grec au cours d’un entre­tien : « Le pro­jet consiste à habi­tuer les gens à payer jusqu’à ce que le sys­tème [de san­té publique] soit fina­le­ment sup­pri­mé. » Dans sa contri­bu­tion aux tra­vaux du réseau Glo­ba­li­za­tion and Health Know­ledge Net­work, John Lis­ter note : « Il ne fait pas de doute qu’en pro­mou­vant des frais modé­ra­teurs, la Banque mon­diale et d’autres agences enten­daient notam­ment nour­rir l’apparition de polices d’assurance, même dans les pays les plus pauvres […]. [Par exemple], à l’occasion d’un ate­lier majeur finan­cé par l’Agence des États-Unis pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (USAID), qui s’est tenu au Zim­babwe, l’une des conclu­sions prin­ci­pales rela­tives aux “ensei­gne­ments” tirés de la réflexion sur le finan­ce­ment des soins de san­té était que “les frais modé­ra­teurs sont vitaux pour l’introduction de n’importe quel type de sys­tème assu­ran­tiel” » (McEuen et McGaugh, cité par Kon­di­lis et al., 2013 ; Lis­ter, 2008:34).

Tout aus­si impor­tantes ont été d’autres mesures prises en Grèce pour aller dans la même direc­tion. La déré­gu­la­tion des ser­vices pri­vés de san­té a com­men­cé très tôt au début du pre­mier pro­gramme d’ajustement struc­tu­rel. Par exemple, Kon­di­lis et alii (2013) men­tionnent la sup­pres­sion de toutes les limites à l’établissement de labo­ra­toires, de centres médi­caux et d’unités de dia­lyse par des entre­pre­neurs pri­vés, et la levée des res­tric­tions rela­tives à l’expansion des hôpi­taux pri­vés. Les auteurs relèvent éga­le­ment l’introduction en 2011 de contrats pas­sés par les éta­blis­se­ments publics avec les com­pa­gnies d’assurance pri­vées pour leur trans­fé­rer des ser­vices hos­pi­ta­liers publics. Ils leur ont attri­bué des cen­taines de lits hos­pi­ta­liers de luxe. Avant même la loi « Soins pri­maires de san­té » d’Andreas Xan­thos, deux grandes cli­niques pri­vées aux spé­cia­li­tés mul­tiples fonc­tion­nant en lien avec d’importants pres­ta­taires d’assurance pri­vées avaient été créées en rem­pla­ce­ment des struc­tures du réseau PEDY à Athènes et à Thessalonique.

III. Survivre sous conditions

L’importance des déter­mi­nants sociaux de la san­té pour le bien-être phy­sique, men­tal et social des com­mu­nau­tés humaines a été sou­li­gnée plus haut. Avec l’aide et une cer­taine com­pli­ci­té du gou­ver­ne­ment grec (Bur­gi, 2014a), la troï­ka a pré­ten­du pal­lier les effets de la « crise » (les effets de la qua­­si-liqui­­da­­tion, effec­tive ou en ins­tance, de la pro­tec­tion sociale) en agis­sant sur ces déter­mi­nants dans l’intention de ren­for­cer la « rési­lience » de la popu­la­tion. Les mesures phares ini­tiées à cette fin – indem­ni­sa­tion et accès des chô­meurs aux soins médi­caux, ins­tau­ra­tion d’un reve­nu mini­mum garan­ti (RMG) – tracent, dans leur ver­sion grecque, les contours maté­riels et idéels du « nou­veau modèle social euro­péen » appe­lé à se sub­sti­tuer à l’État social décré­té « révo­lu » par le gou­ver­neur de la Banque cen­trale euro­péenne, Mario Dra­ghi, en 2012. Ce modèle est évo­qué dans le mémo­ran­dum d’août 2015 qui consacre une petite sec­tion à un « authen­tique filet de sécu­ri­té sociale » et à « une socié­té plus équi­table ». Embras­sant la notion pro­mue par la Banque mon­diale d’un « ensemble de pres­ta­tions de base » (essen­tial package) pour les plus dému­nis, il assure tout juste la sur­vie des plus pauvres.


III.1. La recon­fi­gu­ra­tion des indem­ni­tés de chô­mage et de l’assurance-maladie

Avant juillet 2011, la durée maxi­male d’indemnisation du chô­mage, qui condi­tion­nait l’accès aux pres­ta­tions de san­té, n’excédait pas un an, mais les patients en fin de droit et pri­vés de res­sources finan­cières pou­vaient encore être trai­tés dans les hôpi­taux. Après juillet 2011, de nou­velles dis­po­si­tions exi­gèrent que les non-assu­­rés paient inté­gra­le­ment leurs soins et en mars 2012, les mon­tants de l’indemnisation furent réduits (de 561 à 360 euros [29]). Entre­temps, les taux de chô­mage et le nombre de per­sonnes non assu­rées grim­pèrent en flèche et res­tèrent énormes jusqu’à aujourd’hui. Méde­cins de Monde estime qu’il y a envi­ron 3 mil­lions de non-assu­­rés, si l’on inclut les auto-employés qui ne sont pas comp­ta­bi­li­sés dans les chiffres offi­ciels du chô­mage ; Makis Man­tas estime la pro­por­tion de non-assu­­rés toutes caté­go­ries confon­dues à 35 % de la popu­la­tion en 2016, par­mi les­quels 60 % de pro­fes­sions indé­pen­dantes et d’auto-employés ; les rap­ports offi­ciels de l’UE ou de l’OCDE avancent géné­ra­le­ment le chiffre de 2,5 mil­lions de non-assu­­rés (sur une popu­la­tion totale de 11 mil­lions d’habitants).

Sous la pres­sion sociale, le ministre de la San­té, Ado­nis Geor­gia­dis, intro­dui­sit par décret minis­té­riel en 2013 puis en 2014 un sys­tème de cou­pons cen­sés per­mettre aux non-assu­­rés d’accéder aux soins pri­maires (2013) puis éga­le­ment aux soins hos­pi­ta­liers (2014). Ces cou­pons, admi­nis­tra­ti­ve­ment ingé­rables et en pra­tique inac­ces­sibles au plus grand nombre, se révé­lèrent une mesure pal­lia­tive [30]. Les patients se retrou­vèrent dans des situa­tions où ils devaient payer for­mel­le­ment ou infor­mel­le­ment – en signant une recon­nais­sance de dette envers l’établissement public de soins – une par­tie sinon la tota­li­té de leur trai­te­ment hos­pi­ta­lier, diag­nos­tic et médicamenteux.

Fina­le­ment, c’est au gou­ver­ne­ment Syri­za qu’est reve­nue la res­pon­sa­bi­li­té de mettre en place un plan dit d’accès « égal et uni­ver­sel à la san­té ». Amé­lio­ra­tion signi­fi­ca­tive, la loi n° 436816 com­plé­tée par un arrê­té minis­té­riel du 2 mars 2016 offre à tous les citoyens léga­le­ment ins­tal­lés en Grèce la pos­si­bi­li­té d’être plei­ne­ment cou­verts sur simple pré­sen­ta­tion de leur numé­ro de Sécu­ri­té sociale. Les réfu­giés récem­ment entrés et enre­gis­trés en Grèce le sont au même titre que les autres citoyens dépour­vus d’assurance sociale. Par contre, les immi­grés sans papiers plus anciens, Pakis­ta­nais, Indiens ou autres, ne sont pas couverts.


 
Sauf pour les très pauvres, la gra­tui­té des soins n’inclut pas les médi­ca­ments dont le coût est en moyenne sup­por­té pour moi­tié par les patients. La dis­pense des frais modé­ra­teurs est subor­don­née à des condi­tions telles que seul un petit nombre, esti­mé [31] à quelque 170 000 per­sonnes, est concer­né (sur au moins 2,5 mil­lions de béné­fi­ciaires poten­tiels, comme on vient de le voir). La gra­tui­té des médi­ca­ments est sou­mise aux cri­tères sui­vants : (1) les reve­nus ne doivent pas excé­der 2 400 euros annuels pour une per­sonne seule (le double pour un couple avec deux enfants) ; (2) si une per­sonne n’a pas de reve­nus mais pos­sède un bien immo­bi­lier d’une valeur de 150 000 euros et plus, ou si une per­sonne a un compte en banque com­pre­nant des avoirs équi­va­lents à trois fois le cri­tère annuel des 200 euros men­suels (donc un solde cré­di­teur de 7 200 euros), elle doit par­ti­ci­per aux frais modé­ra­teurs ; (3) les han­di­ca­pés dont le taux de han­di­cap est éva­lué à moins de 67 % ne sont pas cou­verts à 100 % (avec une légère dif­fé­rence en leur faveur s’il y a des enfants) ; (4) l’accès à la consul­ta­tion de spé­cia­listes est res­treint : la pres­ta­tion de ser­vices publics de san­té gra­tuits est rigou­reu­se­ment limi­tée aux res­sources publiques exis­tantes et ne s’étend pas à des ser­vices que les hôpi­taux ou les centres de san­té contractent auprès de pres­ta­taires pri­vés. Dans tous les cas où les patients habitent une contrée dépour­vue du ser­vice ou du spé­cia­liste recher­chés, ils se voient obli­gés ou bien de voya­ger s’ils le peuvent pour se rendre dans une grande ville, ou bien de se pas­ser de soins spécialisés.


III.2. L’Allocation de soli­da­ri­té sociale, un reve­nu mini­mum garanti

Cen­sé reflé­ter l’ambition de « jus­tice sociale » des rédac­teurs du troi­sième mémo­ran­dum, le reve­nu mini­mum garan­ti (RMG) incarne bien l’idéal d’une pro­tec­tion sociale réduite à un plan­cher de pres­ta­tions mini­males. La Com­mis­sion euro­péenne le décrit comme un « exemple typique d’investissement social » (Zio­mas et al., 2015a). L’« inves­tis­se­ment social » est alors l’antithèse des droits (dure­ment conquis) à des reve­nus de trans­fert incon­di­tion­nels qui sont, eux, déso­bli­geam­ment appe­lés « consom­ma­tion sociale ». La fina­li­té de cet « inves­tis­se­ment social » ciblé exclu­si­ve­ment sur la pau­vre­té extrême (ibid.) n’est pas de com­battre l’indigence, mais de réduire l’indicateur mesu­rant « l’écart de pau­vre­té » (Zio­mas et al., 2015b), c’est-à-dire l’écart rela­tif entre le niveau de vie médian de la popu­la­tion pauvre et le seuil de pauvreté.

Le RMG est entré en appli­ca­tion en 2017 [32] sous l’appellation « allo­ca­tion de soli­da­ri­té sociale » (KEA selon l’acronyme grec). Il avait préa­la­ble­ment été l’objet d’une expé­ri­men­ta­tion pilote dans treize gou­ver­ne­ments locaux entre novembre 2014 et avril 2015. Le dis­po­si­tif com­prend une allo­ca­tion dégres­sive infé­rieure au seuil de pau­vre­té extrême [33] n’excédant pas 200 euros men­suels pour une per­sonne seule, et par exemple 400 euros pour une famille de quatre per­sonnes ou 500 euros pour un couple et quatre enfants mineurs. Il com­prend éga­le­ment une aide sociale en nature et une aide à la recherche d’emploi. Les condi­tions d’attribution des aides sont ana­logues à celles men­tion­nées pré­cé­dem­ment au sujet du pro­gramme d’accès uni­ver­sel à la san­té. Le reve­nu décla­ré du ménage au cours des six mois pré­cé­dant la demande ne doit pas excé­der six fois le mon­tant de l’allocation [34] ou un pla­fond fixé à 5 400 euros quel que soit le nombre de per­sonnes com­po­sant le ménage. À cela s’ajoutent des cri­tères por­tant sur la pro­prié­té, qui varient aus­si en fonc­tion de la com­po­si­tion du ménage. Ils incluent la valeur taxable des biens immo­bi­liers en Grèce ou à l’étranger [35], le coût objec­tif de tous types de véhi­cules pri­vés [36] et le mon­tant total des dépôts en banque ou dans toute autre ins­ti­tu­tion de cré­dit [37]. La mise en œuvre du dis­po­si­tif est confiée aux municipalités.

Les volets aide sociale et aide à la recherche d’emploi n’avaient pas été inclus dans l’expérimentation pilote : celui sur la recherche d’emploi parce que la Grèce est plon­gée dans une dépres­sion éco­no­mique durable et que les struc­tures de ce type sont qua­si­ment inexis­tantes, en tout cas inopé­rantes ; celui sur l’aide sociale (prin­ci­pa­le­ment des opé­ra­tions de dis­tri­bu­tion ali­men­taire), parce que les condi­tions d’ouverture res­pec­ti­ve­ment du droit au reve­nu mini­mum garan­ti et du droit à l’aide sociale n’étaient pas encore harmonisées.

Depuis l’entrée en appli­ca­tion du dis­po­si­tif KEA, les listes de béné­fi­ciaires du reve­nu mini­mum garan­ti sont uti­li­sées par les ser­vices sociaux muni­ci­paux pour l’attribution d’une aide sociale et sont par­fois croi­sées avec des listes éta­blies par d’autres struc­tures, dont les églises, pour évi­ter que le même indi­vi­du puisse pro­fi­ter simul­ta­né­ment de plu­sieurs pro­grammes d’aide.

À par­tir de début 2018 aura lieu le renou­vel­le­ment du droit à l’allocation KEA de soli­da­ri­té sociale. À cette occa­sion, les béné­fi­ciaires admis en 2017 qui n’auraient pas su qu’ils devaient, ou n’auraient pas vou­lu décla­rer une éven­tuelle modi­fi­ca­tion de leur situa­tion dans le cours de l’année, ou ceux dont on s’apercevra que le dos­sier dépo­sé en 2017 com­porte des erreurs, quelles qu’elles soient et même si c’est à leur insu [38], seront som­més de rem­bour­ser les sommes qui leur ont été ver­sées [39]. On ne sait pas ce qu’il advien­dra de ces béné­fi­ciaires ni com­ment le pro­blème sera géré. En tout état de cause, l’adjonction de l’aide sociale au reve­nu mini­mum n’est pas de nature à conso­li­der les déter­mi­nants sociaux de la santé.


III.3. Le cadre de la survie

De ce qui pré­cède, il est per­mis de pen­ser que l’allocation de soli­da­ri­té sociale, com­po­sante cen­trale de ce qui est pré­sen­té comme un filet social, est appe­lée à deve­nir un dis­po­si­tif inté­gré de coor­di­na­tion de poli­tiques dites de pro­tec­tion sociale ciblées sur la misère, qui pro­duisent, nor­ma­lisent et contrôlent le sta­tut de dépos­sé­dé ; un dis­po­si­tif de ges­tion limi­té aux 15 % de la popu­la­tion clas­sés comme extrê­me­ment pauvres. Les consé­quences sociales des poli­tiques aus­té­ri­taires se rédui­raient à la « rési­lience » défec­tueuse d’une minorité.

Notion poly­sé­mique, la rési­lience sociale peut s’entendre comme la capa­ci­té des indi­vi­dus ou des groupes de résis­ter à l’adversité en mobi­li­sant et en inven­tant de nou­velles res­sources et manières de faire et d’agir pour pré­ser­ver leur bien-être maté­riel, phy­sique et psy­chique, ain­si que la digni­té confé­rée par la recon­nais­sance de soi et d’autrui comme membre à part entière d’une com­mu­nau­té de sem­blables. Bien sûr, les réponses indi­vi­duelles et col­lec­tives à la désta­bi­li­sa­tion des cadres sociaux dif­fèrent sen­si­ble­ment d’une socié­té à l’autre (Hall, Lamont, 2013). Pour ce qui concerne la san­té publique en Grèce, la créa­tion, évo­quée plus loin, d’un réseau de struc­tures de soins soli­daires dans tout le pays a été por­tée par l’espoir de pré­ser­ver la sub­stance de la socié­té et défendre ses droits.

Ce n’est pas ain­si que les ins­ti­tu­tions domi­nantes conçoivent la notion de rési­lience. Elles donnent à ce vocable un sens nor­ma­tif infé­rant une sou­mis­sion allant de soi à l’ordre éta­bli. Dans son accep­tion poli­­ti­­co-admi­­nis­­tra­­tive, la rési­lience désigne la résis­tance avant tout psy­cho­lo­gique des indi­vi­dus à l’infortune (euphé­misme pour injus­tice) au sens de leur apti­tude à réa­li­ser un « ajus­te­ment posi­tif » pour s’adapter et « rebon­dir » dans les contextes les plus dif­fi­ciles – qui ne sont pas, eux, ques­tion­nés (par exemple Bur­gi, Sou­ma­ra, 2015). Cette gram­maire de la rési­lience induit la convic­tion qu’il faut s’accommoder de la (grande) pré­ca­ri­té, contrô­ler le « désordre », les com­por­te­ments « anti­so­ciaux », les troubles à l’ordre public, et légi­ti­mer si néces­saire des mesures d’exception et/ou le recours à la force. Il appar­tien­drait à cha­cun et à tous de se prendre en charge. Seules les caté­go­ries sociales tota­le­ment dému­nies (à l’exclusion des réfu­giés et autres immi­grés) pour­raient espé­rer, sous d’austères condi­tions, une aide maté­rielle par­ci­mo­nieuse finan­cée par la communauté.

Des mala­dies que l’on croyait éra­di­quées comme la mala­ria réap­pa­raissent, le VIH s’est répandu

La troï­ka trouve dans ces pré­ceptes un moyen par­mi d’autres de pas­ser sous silence sinon de nier les consé­quences de ses poli­tiques. Avant la crise finan­cière, les gens allaient chez le méde­cin mal­gré les carences des soins pri­maires. Main­te­nant, ils doivent se résoudre à une mort à échéance plus ou moins pré­coce. Même les assu­rés sociaux, sou­vent inca­pables de cou­vrir les dépenses non rem­bour­sables, ont ten­dance à négli­ger les exa­mens pré­ven­tifs, à les repor­ter à plus tard (ou trop tard) ; ils réduisent leurs trai­te­ments, les prennent de façon dis­con­ti­nue, les rem­placent par des sub­sti­tuts moins chers, les arrêtent même. Des mala­dies que l’on croyait éra­di­quées comme la mala­ria réap­pa­raissent, le VIH s’est répan­du. L’état de la san­té men­tale est désastreux.

Dès le pre­mier mémo­ran­dum, les méde­cins hos­pi­ta­liers consta­taient une aug­men­ta­tion des patho­lo­gies car­diaques et acci­dents vas­cu­laires céré­braux liés à l’anxiété et au stress [40]. Le taux de dépres­sions majeures est pas­sé entre 2009 et 2014 de 3,5 % à 12,5 % de la popu­la­tion et le taux de sui­cides s’est accru de 35 % entre 2010 et 2013 (Eco­no­mou, Pep­pou, Fous­ke­tat­ki et al., 2013 ; Eco­no­mou, Madia­nos, Pep­pou et al., 2013 ; Eco­no­mou et al., 2016 ; Madia­nos et al., 2014). La consom­ma­tion de « drogues de la crise » – sub­stances syn­thé­tiques très bon mar­ché comme la métam­phé­ta­mine (1 à 5 euros) fabri­quées dans des labo­ra­toires de for­tune et même dans les cui­sines des par­ti­cu­liers – pour­rait détruire une géné­ra­tion entière d’adolescents, comme le sisaen Argen­tine (Mat­sa, 2014).

La dés­in­té­gra­tion de la socié­té et le désastre sani­taire nour­rissent la vio­lence inter­per­son­nelle (homi­cides et vio­lence domes­tique). Le psy­chiatre Spy­ros Sour­las (entre­tien, 2015) a obser­vé un accrois­se­ment de 30 % des troubles psy­cho­so­ma­tiques (maux de tête, de ventre) par­mi les enfants, dont un tiers finit à l’hôpital. Gera­si­mos Kolai­tis et Georges Gian­na­ko­pou­los (2015), tous deux pra­ti­quant dans d’importants ser­vices hos­pi­ta­liers de psy­chia­trie infan­tile à Athènes, rap­portent qu’ils ren­contrent un « nombre tou­jours gran­dis­sant de familles confron­tées à des adver­si­tés psy­cho­so­ciales com­pli­quées » et d’enfants mal­trai­tés ou négli­gés admis dans le plus grand hôpi­tal pédia­trique de Grèce au titre de la pro­tec­tion de l’enfance…

Les trai­tés font obli­ga­tion à la Com­mis­sion euro­péenne d’évaluer les effets sociaux et sani­taires de toutes les poli­tiques publiques, y com­pris celles de la troï­ka. Elle y a rechi­gné. Une étude d’impact social a fini par être réa­li­sée a pos­te­rio­ri en 2015, mais elle fut pour le moins « déce­vante à bien des égards », comme le note dans sa décla­ra­tion de fin de mis­sion sur l’état social et humain de la Grèce Juan Pablo Boho­slavs­ky (2015), expert indé­pen­dant sur la dette exté­rieure et les droits humains auprès des Nations unies. Elle « ne men­tionne pas une seule fois la notion de “droits humains” » fon­da­men­taux, pour­suit l’expert, dont le rap­port pointe au contraire une vio­la­tion sys­té­ma­tique de ces droits [41]. La « ver­ti­gi­neuse liste de normes, règles, lois grecques, euro­péennes et inter­na­tio­nales pié­ti­nées par les mémo­ran­dums » (CADTM, 2015) est aujourd’hui assez bien réper­to­riée (par exemple Salo­mon, 2015 ; Ghai­la­ni, 2016) mais mal connue du grand public mieux infor­mé sur l’interprétation domi­nante des abon­dantes don­nées éco­no­miques et finan­cières que sur les atteintes à la démocratie.

Pour leur part, les gou­ver­ne­ments grecs se sont mon­trés tout aus­si cyniques et indif­fé­rents au sort de la popu­la­tion. Ils ont par exemple repor­té sur les femmes et les migrants la res­pon­sa­bi­li­té de la crise sani­taire. En 2012 et 2013, ils orches­trèrent des cam­pagnes de « net­toyage » contre les consom­ma­teurs de drogue et les migrants. Ils mirent le pays en garde contre la pro­pa­ga­tion du Sida – qui « peut être trans­mis par une femme migrante illé­gale au consom­ma­teur grec, à la famille grecque » – et contre les « bombes à retar­de­ment sani­taires » mena­çant les hommes grecs et les ménages. Un décret (39A) de 2012 per­met­tant à la police de déte­nir n’importe qui en vue de pro­cé­der à des tests for­cés de dépis­tage des mala­dies infec­tieuses et de rendre publiques les don­nées per­son­nelles des sujets atteints du VIH entraî­na de mul­tiples rafles, des pour­suites pénales, et l’arrestation, l’emprisonnement, la stig­ma­ti­sa­tion et l’humiliation de mil­liers de per­sonnes (Vasi­lo­pou­lou, 2014:225–227). Il fut défi­ni­ti­ve­ment abro­gé en avril 2015 par le gou­ver­ne­ment Syri­za, à qui fut cepen­dant trans­fé­rée par les puis­sances domi­nantes de l’UE la charge et la res­pon­sa­bi­li­té de « trai­ter » au moins 60 000 réfu­giés actuel­le­ment blo­qués en Grèce où ils sont confron­tés à la poli­tique de déten­tion auto­ma­tique dans des camps inhu­mains et aux plus grandes dif­fi­cul­tés d’accès (si tant est qu’ils accèdent) à des soins médi­caux essen­tiels. Alors qu’il n’y a pas de rela­tion de cause à effet entre la migra­tion et l’importation de mala­dies conta­gieuses (par exemple Lan­glois et al., 2016 ; Rechel et al., 2011 ; Grove, Zwi, 2006), ces trai­te­ments spé­ciaux pour­raient bien rendre encore plus cri­tique la crise sani­taire et finir par mettre en dan­ger la socié­té tout entière.

Phar­ma­ciens soli­daires dans le dis­pen­saire social Mitro­po­li­ti­ko, Athènes, 2016.

 

Conclusion

 
Un élan de soli­da­ri­té remarquable

Loin de cette logique mor­ti­fère, une par­tie de la socié­té a pris un che­min d’une tout autre nature pour défendre la san­té publique et ses condi­tions de pos­si­bi­li­té. Dans un élan de soli­da­ri­té remar­quable, des hommes et des femmes béné­voles, méde­cins, soi­gnants ou simples citoyens ont œuvré pour créer et faire fonc­tion­ner à par­tir de 2009 une qua­ran­taine de cli­niques et phar­ma­cies auto­gé­rées dans tout le pays. Toute per­sonne néces­si­tant des soins médi­caux sans y avoir accès pour une rai­son ou une autre y est accueillie indé­pen­dam­ment de sa natio­na­li­té, de son sta­tut social ou de ses ori­gines. Ces struc­tures ont sau­vé des mil­liers de vies, mais leurs maigres res­sources, pro­ve­nant exclu­si­ve­ment de dons de la popu­la­tion et de réseaux mili­tants natio­naux et inter­na­tio­naux (dont le col­lec­tif Soli­da­ri­té France-Grèce pour la San­té) ne leur per­mettent de répondre qu’à une part minime des besoins de la popu­la­tion. La lutte ain­si enga­gée au nom de la san­té pour tous n’a pas eu pour objet de construire une alter­na­tive au sys­tème public de san­té. Elle a été pen­sée, menée et vécue comme un acte de résis­tance posi­tive contre un pou­voir des­po­tique, un acte sus­cep­tible d’amener les habi­tants à se rele­ver et défendre par leurs pra­tiques soli­daires leurs droits et les prin­cipes démocratiques.

Cet espoir s’essouffle depuis que le gou­ver­ne­ment Syri­za et son Pre­mier ministre, choi­sis­sant de conser­ver le pou­voir après la capi­tu­la­tion d’Alexis Tsi­pras en juillet 2015, appliquent un troi­sième pro­gramme mémo­ran­daire plus violent et puni­tif encore que les deux pré­cé­dents. L’apathie gagne du ter­rain. Les mili­tants et béné­voles, épui­sés, quittent les orga­ni­sa­tions de soli­da­ri­té. Nul ne sait par quels moyens la socié­té grecque cher­che­ra dans le dénoue­ment de cette tra­gé­die à se défendre contre les atteintes por­tées à sa sub­stance même.

Noëlle BURGI

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Noëlle Bur­gi est membre du CNRS, CESSP

Source : LA REVUE DE L’IRES N° 91–92 – 2017÷1−2

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Notes

[1Sur­es­ti­mé à 15,8 % du PIB après de trou­blantes révi­sions à la hausse, mais tout de même bien supé­rieur à la limite des 3 % auto­ri­sée par le trai­té de Maas­tricht. Pour une ana­lyse appro­fon­die, voir le site du Comi­té pour l’abolition des dettes illé­gi­times (CADTM) et en par­ti­cu­lier le Rap­port CADTM 2015

[2Rejointe par le Méca­nisme euro­péen de sta­bi­li­té (MES) en 2015, elle est deve­nue un Quartet.

[3De très nom­breux docu­ments sont asso­ciés aux mémo­ran­dums (CADTM, 2015). Pour les deux pre­miers mémo­ran­dums, on peut consul­ter les docu­ments de la Com­mis­sion euro­péenne (Euro­pean Com­mis­sion, 2010, 2012). Pour le troi­sième, on dis­pose d’une ver­sion com­men­tée par Yanis Varou­fa­kis, ex-ministre des Finances du pre­mier gou­ver­ne­ment Tsi­pras, du Com­mu­ni­qué de l’Eurogroupe, et du mémo­ran­dum avec sa tra­duc­tion fran­çaise sur le blog de Paul Jorion.

[4Joa­quin Almu­nia est lar­ge­ment cité dans la presse quo­ti­dienne du 12 février 2010. Sur l’approche métho­dique et puni­tive des mémo­ran­dums et, au-delà, de la « nou­velle gou­ver­nance euro­péenne » enté­ri­née par le Trai­té bud­gé­taire euro­péen (2012), voir Greer et al. (2016) ; Sta­ma­ti, Bae­ten (2014) ; Bur­gi (2014a, 2014b), ain­si que les mémo­ran­dums eux-mêmes (voir note précédente).

[5Au sens où ces poli­tiques sont impo­sées par la contrainte (Lochard, Per­not, 2010).

[6Le fon­da­men­ta­lisme de mar­ché s’enracine dans divers cou­rants théo­riques, dont l’ordo-libéralisme, théo­ri­sé par des éco­no­mistes alle­mands et autri­chiens rejoints par Frie­drich Hayek dès avant la seconde guerre mon­diale. Long­temps mar­gi­nales, leurs thèses ont trou­vé leur point d’appui poli­tique dans les « révo­lu­tions conser­va­trices » des années 1970 et 1980 impul­sées par That­cher et Reagan.

[7La notion fou­cal­dienne de « gou­ver­ne­men­ta­li­té » désigne, au-delà des struc­tures poli­tiques et de la ges­tion des États, et des formes ins­ti­tuées et légi­times d’assujettissement poli­tique ou éco­no­mique, un art de gou­ver­ner consis­tant à « conduire des conduites », à agir sur les pos­si­bi­li­tés d’action des indi­vi­dus et des groupes, et donc à struc­tu­rer leur champ d’action éventuel.

[8L’expression est pro­po­sée par Michel Fou­cault (2004:207–213) dans un pas­sage où il dis­cute la ques­tion du mini­mum vital, qu’il appelle « clause de sau­ve­garde » ou de « non-exclu­­sion ». La notion de pau­vre­té « abso­lue » ne s’entend évi­dem­ment pas au sens de la théo­rie éco­no­mique. L’idée doit se com­prendre comme une opé­ra­tion consis­tant à agir sur la pau­pé­ri­sa­tion des masses, consi­dé­rée comme un des effets de la régu­la­tion néo­li­bé­rale, sans tou­te­fois cher­cher à en modi­fier les causes. Il s’ensuit que le tra­cé du seuil de pau­vre­té résulte d’un choix et d’une appré­cia­tion politiques.

[9G. Kyrio­pou­los, « Υγεία : “νικητές” και “ηττημένοι” της κρίσης » (« San­té : gagnants et per­dants de la crise »), The Huf­fing­ton Post, 19 juin 2015 (en grec), http://​www​.huf​fing​ton​post​.gr/​g​i​a​n​n​i​s​–​k​y​r​i​o​p​o​u​l​o​s​/​–​_​5​8​3​_​b​_​7​6​1​9​1​7​0​.​h​tml

[11Selon l’étude détaillée de Mat­sa­ga­nis et al. (2016), le taux de pau­vre­té extrême n’excédait pas 2,2 % en 2009 ; il était de 8 % en 2011 et de 15 % en 2015. On en trou­ve­ra une syn­thèse en anglais dans Geor­ga­ko­pou­los (2016). Sur l’évolution du seuil de pau­vre­té, voir Par­le­ment hel­lé­nique (2014) et Mat­sa­ga­nis, Leven­ti (2013).

[12J’emploie le mot gou­ver­neurs pour mar­quer le déploie­ment en un ordre de bataille qua­­si-mili­­taire des injonc­tions et des mesures d’austérité.

[13Depuis sep­tembre 2015, le gou­ver­ne­ment d’Alexis Tsi­pras tient un double dis­cours, « réa­liste » ou « résis­tant », selon l’auditoire auquel il s’adresse.

[14Les frais modé­ra­teurs dési­gnent la par­tie des coûts assu­mée par les patients pour les ser­vices cou­verts par les régimes publics d’assurance mala­die : ticket modé­ra­teur (repré­sen­tant un pour­cen­tage fixe du coût du ser­vice), copaie­ment (mon­tant for­fai­taire exi­gible quel que soit le coût du ser­vice, par exemple 5 euros), fran­chise (coût total assu­mé à hau­teur d’un cer­tain pla­fond), sur­fac­tu­ra­tion, etc.

[15La des­crip­tion qui suit est emprun­tée pour l’essentiel à Kon­di­lis et al. (2012).

[161 100 euros men­suels dans les uni­tés de soins de l’IKA, sans aug­men­ta­tion jusqu’à la retraite, non com­prise l’assurance mala­die obli­ga­toire entiè­re­ment à leur charge (contrai­re­ment à tous les autres sala­riés), et sans indem­ni­tés en cas de licenciement.

[17Elles sont briè­ve­ment évo­quées à la fin de ce texte.

[18Sur ces pra­tiques, voir par exemple Gand­jour (2013).

[21Les don­nées de l’OCDE sur l’émigration du per­son­nel médi­cal ne sont pas dis­po­nibles pour la Grèce.

[22Juge­ment de la Cour (Neu­vième Chambre) du 23 décembre 2015, Euro­pean Com­mis­sion v Hel­le­nic Repu­blic, case C‑180/14. La direc­tive 2003/88/CE dis­pose qu’une période de tra­vail de 24 heures doit être entre­cou­pée d’au moins 11 heures consé­cu­tives de repos et que le tra­vail ne doit pas excé­der 48 heures par semaine.

[24Pour cette rai­son, les méde­cins et le per­son­nel soi­gnant avaient depuis novembre 2013 lan­cé des grèves recon­duc­tibles. Ils pro­tes­taient contre les plans du ministre et les licen­cie­ments, mises en dis­po­ni­bi­li­té et mobi­li­tés for­cées qui se pro­fi­laient. Nombre d’entre eux avaient cepen­dant gar­dé ouverts leurs cabi­nets pri­vés, ce qui a peut-être délé­gi­ti­mé le mou­ve­ment aux yeux d’une par­tie de l’opinion publique, les doc­teurs pou­vant don­ner l’impression d’être mus par des moti­va­tions indi­vi­duelles dans ce conflit.

[25Il faut se repré­sen­ter ce que cela signi­fie : j’ai vu un méde­cin géné­ra­liste s’occuper de 24 per­sonnes en une heure un quart, ce qui revient à une durée moyenne de trois minutes par consul­ta­tion. Ce n’est pas excep­tion­nel. Le tra­vail du méde­cin est aus­si pénible que l’est la situa­tion pour le malade. Les patients pour la plu­part savent ce qu’ils ont et viennent seule­ment renou­ve­ler leurs ordon­nances. Mais il y a tou­jours au moins une mino­ri­té qui ne sait pas ce qui lui arrive et qui ne trou­ve­ra ni l’attention ni l’écoute dont elle a besoin.

[26Il est alloué à cha­cun en fonc­tion de sa spécialité.

[27Ceux qui ont accep­té les condi­tions posées par Ado­nis Geor­gia­dis et ont été embau­chés dans le nou­veau réseau natio­nal (PEDY) après avoir le cas échéant fer­mé leur cabi­net pri­vé, et un second (petit) groupe de méde­cins et soi­gnants qui avaient réin­té­gré les ser­vices de soins pri­maires sur la base de plu­sieurs juge­ments des tri­bu­naux condam­nant le ministre pour leur licen­cie­ment de fait. Ces der­niers ont béné­fi­cié des mêmes condi­tions de tra­vail (salaire et pos­si­bi­li­té de conser­ver leur cabi­net pri­vé) pen­dant plu­sieurs années éven­tuel­le­ment renou­ve­lables. Les per­son­nels soi­gnants ont donc des sta­tuts d’emploi dif­fé­ren­ciés et inégalitaires.

[28D. Ter­zis, « Ετοιμάζουν… ΤοΜΥ στην Πρωτοβάθμια Υγεία » (« Ils pré­parent… Des ToMy dans le sec­teur pri­maire de la san­té »), Efsyn, 12 avril 2017, http://​www​.efsyn​.gr/​a​r​t​h​r​o​/​e​t​o​i​m​a​z​o​y​n​–​t​o​m​y​–​s​t​i​n​–​p​r​o​t​o​v​a​t​h​m​i​a​–​y​g​eia. Les ToMY sont des « uni­tés locales de san­té » (voir encadré).

[29Et la durée des indem­ni­tés de chô­mage fut éten­due pour cou­vrir sous de strictes condi­tions cer­taines caté­go­ries de chô­meurs de longue durée en fin de droit (200 euros mensuels).

[30En colère, les méde­cins des cli­niques sociales soli­daires dénon­cèrent « une goutte dans l’océan ». « Le ministre de la San­té, dirent-ils en 2013, espère nous impres­sion­ner avec une aspi­rine, quand une cure beau­coup plus radi­cale est néces­saire » (MCCH, archive 2013, http://www​.mkiel​li​ni​kou​.org/​e​n​/​c​a​t​e​g​o​r​y​/​m​c​c​h​/​p​a​g​e​/2/).

[31Esti­ma­tions attri­buées par la presse au ministre de la San­té Andreas Xan­thos et à la vice-ministre, Thea­no Fotiou.

[32Arrê­té minis­té­riel du 24 jan­vier 2017 rela­tif à la loi n° 432015.

[33Selon les résul­tats de l’enquête de Mat­sa­ga­nis et al. (2016), le seuil d’extrême pau­vre­té varie selon les loca­li­tés consi­dé­rées : Athènes, « Autres zones urbaines », « Zones rurales et péri­ur­baines » dans leur étude. Pour une per­sonne seule, il se situait en 2015 res­pec­ti­ve­ment à 222, 216 et 182 euros ; pour un couple avec deux enfants : 640, 614 et 524 euros. Ces chiffres concernent la popu­la­tion qui ne doit payer ni loyer ni emprunt immo­bi­lier. Avec un loyer ou un emprunt immo­bi­lier, les seuils sont plus élevés.

[341 200 euros pour une per­sonne seule, un peu plus selon la com­po­si­tion du ménage, par exemple 3 000 euros pour un couple et quatre enfants.

[3590 000 euros pour une per­sonne seule, avec un pla­fond fixé à 150 000 euros.

[36Voi­tures, et même bicy­clettes : il ne doit pas excé­der 6 000 euros.

[374 800 euros pour une per­sonne seule, 9 600 euros pour deux adultes et deux enfants mineurs, 14 400 euros pour deux adultes et six enfants mineurs, avec des pla­fonds inter­mé­diaires ren­voyant à la com­po­si­tion des ménages.

[38Les deman­deurs ont la pos­si­bi­li­té de faire leur demande en ligne soit par eux-mêmes, soit avec l’aide d’un comp­table, soit en pas­sant par un centre de ser­vices aux citoyens (KEP), soit direc­te­ment à la mai­rie. Il semble que les comp­tables et les KEP, peu fami­liers de la pro­cé­dure, aient mal ques­tion­né ou infor­mé les deman­deurs et invo­lon­tai­re­ment omis de men­tion­ner des détails rela­tifs à leurs obli­ga­tions et à leur situa­tion (sources de reve­nus ou autres). Or, les deman­deurs doivent signer un for­mu­laire attes­tant de la véra­ci­té de la décla­ra­tion, et sont consi­dé­rés comme res­pon­sables en cas d’inexactitude.

[39Entre­tiens effec­tués en octobre 2017 dans les muni­ci­pa­li­tés por­tuaires de Per­ama et Kerat­­si­­ni- Dra­pet­so­na dans le cadre d’une enquête qua­li­ta­tive en cours effec­tuée par l’auteure de ces lignes avec l’historienne Ele­ni Kyra­mar­giou, cher­cheure à la Fon­da­tion natio­nale de la recherche his­to­rique en Grèce.

[40Entre­tiens à l’hôpital uni­ver­si­taire de Thes­sa­lo­nique, 2011.

Noëlle Bur­giMembre du CNRS, CESSP.

Source : CADTM, Comi­té d’an­nu­la­tion de la dette du tiers-monde, http://​www​.cadtm​.org/​G​r​e​c​e​–​L​e​–​d​e​m​a​n​t​e​l​e​m​e​n​t​–​m​e​t​h​o​d​i​que
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​1​1​2​6​7​3​7​9​2​317

[Pulvérisation des États nations] APPEL DES GRECS pour l’indépendance, la paix et l’intégrité territoriale des États

L’ap­pel des Grecs aux autres nations, que je repro­duis ci-des­­sous, vient de me par­ve­nir par l’in­ter­mé­diaire de Chris­ti­na Komi, une femme for­mi­dable, fran­­co-grecque, qui nous a fait récem­ment (en novembre à Nice) une bonne syn­thèse sur les révol­tantes souf­frances impo­sées aux Grecs au pré­texte de « dette publique » (vidéo à la fin de ce billet).

Voi­ci cet appel :

Fête de l’indépendance :
Appel de la Grèce aux autres nations

À l’oc­ca­sion de la fête d’in­dé­pen­dance de la Grèce sur l’Em­pire Otto­man, le 25/3/1821, fai­sant écho aux grandes mani­fes­ta­tions des citoyens grecs à Thes­sa­lo­nique (28÷1÷2018 ; 500.000), à Athènes (4÷2÷2018 ; 1.500.000), à Patras (à venir, le 4/3/2018), à New York devant le siège de l’O­NU (à venir, le 18/4/2018),

les orga­ni­sa­tions grecques ΠΛΑΤΦΟΡΜΑ ΠΟΛΙΤΙΚΟΣ ΔΙΑΛΟΓΟΣ (Plate-forme Dia­logue Poli­tique), METΩΠΟ ΓΙΑ ΜΙΑ ΕΛΕΥΘΕΡΗ ΕΛΛΑΔΑ (Front pour une Grèce libre), et ΔΕΠΟΛ (Union Démo­cra­tique de citoyens) ont le plai­sir de vous invi­ter à une MANIFESTATION POUR L’INDÉPENDANCE, LA PAIX ET L’INTÉGRITÉ TERRITORIALE DES ÉTATS, à Paris, PLACE DE LA NATION, le dimanche 25 mars 2018, 10 h – 14 h.

Mani­fes­ta­tion à Thes­sa­lo­nique le 21 jan­vier 2018

* * *

À l’ère où le capi­ta­lisme sans fron­tières écrase tout sur son pas­sage, et où nos diri­geants optent pour une « mon­dia­li­sa­tion » au béné­fice unique des banques et des mul­ti­na­tio­nales, on nous pré­sente l’é­cla­te­ment de nos États comme un phé­no­mène natu­rel et iné­luc­table. Au même moment, on nous mar­tèle que les « mino­ri­tés » (eth­niques, raciales ou reli­gieuses) de l’Eu­rope « se réveillent », que leurs reven­di­ca­tions iden­ti­taires sont légi­times entraî­nant le mor­cel­le­ment et l’affaiblissement de l’É­tat sou­ve­rain dont elles font partie.

Est-ce vrai­ment cela que nous voulons ?

Une nou­velle fois, les Bal­kans sont au bord d’une guerre dont l’Allemagne réuni­fiée est le moteur.

Dans le but d’as­phyxier la Rus­sie, l’O­TAN avance ses pions reniant ain­si l’engagement fait à Gor­bat­chev lors de la réuni­fi­ca­tion des deux Alle­magnes. Les der­niers bouts de l’ex-You­go­sla­vie intègrent un à un l’OTAN.

L’u­sage du nom « Macé­doine » qui appar­tient à la Grèce depuis 3.000 ans et qui désigne le nord de la Grèce — la terre des rois macé­do­niens Phi­lippe et Alexandre — est deve­nu, depuis Tito, mais sur­tout depuis ces 35 der­nières années, un objet de mar­chan­dage aux mains des uns et des autres : en pre­mier lieu l’OTAN ; ensuite la classe poli­ti­cienne grecque asser­vie et ven­due, sans oublier les fal­si­fi­ca­teurs de l’His­toire qui depuis des « Centres de recherche » alle­mands (tel l’ECMI « Centre pour la pro­tec­tion des Mino­ri­tés » à Flens­bourg) incitent les popu­la­tions de la Sla­vie du sud à croire qu’ils sont les des­cen­dants d’A­lexandre le Grand…

Der­rière la pres­sion exer­cée aujourd’­hui sur le gou­ver­ne­ment d’A­thènes — celui qui finit le sale bou­lot de ses pré­dé­ces­seurs, le bra­dage du pays, l’hu­mi­lia­tion, la tra­hi­son et le géno­cide du peuple grec — pour céder le nom « Macé­doine » à nos voi­sins du nord, il y a l’ex­pan­sion conti­nue de l’OTAN.

Le peuple grec, plus affai­bli que jamais, est aujourd’­hui som­mé de se défaire de son his­toire et de son ter­ri­toire natio­nal. La seule ces­sion du nom d’une région grecque à un pays étran­ger ouvre ain­si la porte à l’ir­ré­den­tisme du nou­veau pays, menant en toute vitesse à l’am­pu­ta­tion de la région grecque limi­trophe, qui porte le nom de Macé­doine, sous le pré­texte de l’unification d’un sup­po­sé peuple macé­do­nien en une seule et grande Macé­doine qui n’aura plus rien à voir avec la Grèce…

Dans tout cela la Tur­quie ne reste pas en retrait. Elle sou­tient acti­ve­ment l’ir­ré­den­tisme de Skop­jie. Pour com­plé­ter le tableau, les der­nières pro­vo­ca­tions de la Tur­quie dans la mer Égée (12 février), res­tées sans réponse de la part du régime grec actuel, exposent le pays, dont le sort est à pré­sent livré aux mains de l’Em­pire Nord-Atlan­­tique et des cha­ro­gnards spé­cu­la­teurs, à un déchi­re­ment très violent. Il faut tenir compte aus­si des actes de pira­tage com­mis par la flotte navale turc qui a empê­ché le der­rick Ita­lien d’arriver à la zone éco­no­mique exclu­sive de la Répu­blique de Chypre pour explo­rer les gise­ments de gaz.

Est-ce que la France, l’Italie, l’Es­pagne et les autres pays seront épar­gnés par ce mor­cel­le­ment pla­ni­fié et volon­taire ? Le « Centre Euro­péen des Mino­ri­tés » (ECMI), fon­dé en Alle­magne en 1996, auto-pro­­cla­­mé pro­tec­teur des « mino­ri­tés » s’en occupe dûment.

Bour­gui­gnons, Alsa­ciens, Occi­tans, Cata­lans… l’i­mage d’une carte euro­péenne d’É­tats écla­tés, en une cen­taine de petits can­tons « indé­pen­dants » autour d’une grande Alle­magne unie et forte n’est autre que le rêve alle­mand qui est de retour.

RESTERONS-NOUS PASSIFS ?
LE LAISSERONS-NOUS PASSER ?
NON ! LES ÉNORMES MANIFESTATIONS DE THESSALONIQUE (21÷1÷2018) ET D’ATHÈNES (04÷2÷2018) NOUS ONT OUVERT LA VOIE.
CONTINUONS !
REJOIGNEZ-NOUS LE 25 MARS À PARIS, PLACE DE LA NATION !
On fini­ra cette jour­née fes­tive par un syr­ta­ki géant !

 


Chris­ti­na m’a éga­le­ment trans­mis deux textes à la fois éton­nants et inquié­tants, de Ioan­nis Mazis, pro­fes­seur de géo­gra­phie à l’U­ni­ver­si­té d’A­thènes, textes que je publie ici avec son autorisation :

Affaiblissement des États Nations dans les Balkans via la « découverte » d’ethnies par les Allemands

Affai­­blis­­se­­ment-des-Etats-Nations

Docu­ment télé­char­geable ici.


Qui se cache derrière Skopje ?

Qui se cache derrière Skopje ?

Docu­ment télé­char­geable ici.


Tout ça me rap­pelle évi­dem­ment ce que dénonce Fran­çois Asse­li­neau avec cou­rage depuis long­temps, l’Eu­rope des régions eth­niques :

https://​www​.upr​.fr/​t​a​g​/​e​u​r​o​p​e​–​d​e​s​–​r​e​g​i​o​n​s​–​e​t​h​n​i​q​ues


Enfin, je vous signale ci-des­­sous l’en­re­gis­tre­ment vidéo de notre récente ren­contre à Nice (le 3 novembre 2017) ; Chris­ti­na avait pré­pa­ré une inter­ven­tion très inté­res­sante, je trouve :

QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ?

https://​you​tu​.be/​J​q​L​E​z​v​Y​S​V78

J’é­voque à la minute 40:46 un docu­ment révol­tant qui dénonce le scan­dale abso­lu du mar­tyr des Grecs ; le voici :

Informations venant de Grèce (Stathis Kouvelakis, juin 2016)

Informations_venant_de_Grece_Stathis_Kouvelakis_juin_2016.pdf

Le docu­ment ci-des­­sus (très impor­tant) est la retrans­crip­tion de l’in­ter­ven­tion sui­vante, à connaître et à faire connaître : c’est notre propre ave­nir qui se déroule dans le labo­ra­toire grec de la tyran­nie qui vient :

Voi­ci aus­si le DÉBAT qui a sui­vi, avec la salle, le 3 novembre 2017 à Nice :

httpv://www.youtube.com/watch?v=n326T-vUtGU

Voi­ci enfin le texte de l’in­ter­ven­tion de Chris­ti­na Komi, DETTE ET INDÉPENDANCE, ana­lyse du labo­ra­toire de dévas­ta­tion oli­gar­chique qu’est la Grèce depuis quelques années, aver­tis­se­ment et alarme pour les autres nations européennes :

DETTE ET INDÉPENDANCE, inter­ven­tion de Chris­ti­na Komi, CLAJ 3 novembre 2017, à Nice

Texte télé­char­geable ici.


Si vous avez des pré­ci­sions ou des nou­velles sur ce pro­jet oli­gar­chique d’a­to­mi­sa­tion des uni­tés poli­tiques euro­péennes, je suis pre­neur, bien sûr.

Bien à vous tous.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​1​1​0​7​4​2​4​4​7​317

Réflexions sur les partis politiques : Simone Weil, Robert Michels, ÉLECTION vs TIRAGE AU SORT, renfort de Jean-Claude Bourret

Un coup de pouce inat­ten­du — et sym­pa­thique — de la part de Jean-Claude Bour­ret, à l’oc­ca­sion d’une nou­velle réédi­tion du texte for­mi­dable de Simone Weil : « Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis politiques ».

Je pro­fite de cette occa­sion pour rap­pe­ler quelques réflexions anciennes sur les partis : 

Le texte ori­gi­nal (inté­gral) de Simone Weil :
Note sur la sup­pres­sion géné­rale des par­tis politiques

Simone_Weil_Note_sur_la_suppression_generale_des_partis_politiques
 télé­char­geable ici : https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​S​i​m​o​n​e​_​W​eil Note_sur_la_suppression_generale_des_partis_politiques.pdf

Une vidéo (sur le toit de ma mai­son 🙂 ) où je dis tout le bien que je pense, à la fois du texte de Simone Weil, et du livre de Robert Michels : « Les par­tis poli­tiques. Essai sur les ten­dances oli­gar­chiques des démo­cra­ties » :

Un com­men­taire que tout ça m’ins­pire aujourd’hui ; 

OK pour détailler les nom­breux aspects mal­fai­sants des par­tis — et de l’es­prit d’or­tho­doxie, si bien décrit par Jean Gre­nier) —, mais, à mon avis, on ne peut pas inter­dire les par­tis : les hommes don­ne­ront jus­qu’à leur vie (!) pour gar­der les par­tis TANT QUE la cause pre­mière des par­tis, l’é­lec­tion-par­mi-des-can­di­dats-qu’on-peut-aider, sera en vigueur. C’est l’é­lec­tion qui rend néces­saires et dési­rables les par­tis. Renon­cez à l’é­lec­tion et vous serez débar­ras­sé des par­tis, sans même avoir à les inter­dire : les par­tis dis­pa­raî­tront faute d’in­té­rêt à ce qu’ils survivent.

C’est la pro­cé­dure de l’é­lec­tion (moteur cen­tral de l’o­li­gar­chie ET poi­son mor­tel pour la démo­cra­tie) dont il faut débar­ras­ser les corps sociaux qui aspirent à une démo­cra­tie vraie.

Donc, pour prendre à la racine le pro­blème des par­tis poli­tiques, voir ceci : 

L’en­tre­tien avec Nata­cha Polo­ny, où je résume les termes d’un néces­saire pro­cès de l’é­lec­tion :
httpv://youtu.be/Pvn1AWl0zHc

Le pro­cès de l’é­lec­tion plus en détail :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​N​e​c​e​s​s​a​i​r​e​_​p​r​o​c​e​s​_​d​e​_​l​_​e​l​e​c​t​i​o​n​.​pdf

Necessaire_proces_de_l_election
 
Bon cou­rage à vous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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[Mémoire des luttes] Vivre l’Utopie, pendant la « guerre d’Espagne », et à Marinaleda

Ana a publié ceci aujourd’­hui. Je le relaie ici :

« Au cas où on confon­drait encore anar­chie et bande à Bonnot …

His­toire :
**********

httpv://www.youtube.com/watch?v=Tu6ppQiVqmI
httpv://www.youtube.com/watch?v=_KcY2PPuMEM

httpv://www.youtube.com/watch?v=Ta7OTzIckKU

Plus au présent :
******************

httpv://www.youtube.com/watch?v=r8JcmhbasRw

httpv://www.youtube.com/watch?v=CBI_jiEnyAg

Liens you­tube en pagaille :
****************************
https://www.youtube.com/results?search_query=vivre+l%27utopie+espagne

Ana Saillans. »


Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Rap­pels : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​6​/​0​2​/​1​1​/​f​i​l​m​–​p​a​s​s​i​o​n​n​a​n​t​–​v​i​v​r​e​–​l​u​t​o​p​i​e​–​m​e​m​o​i​r​e​–​d​e​s​–​l​u​t​t​e​s​–​o​u​v​r​i​e​r​e​s​–​a​n​a​r​c​h​i​s​t​e​s​–​p​o​u​r​–​l​a​–​j​u​s​t​i​c​e​–​e​t​–​p​o​u​r​–​l​a​–​p​a​i​x​–​e​n​–​a​u​t​o​g​e​s​t​i​o​n​–​p​e​n​d​a​n​t​–​l​a​–​g​u​e​r​r​e​–​d​e​s​p​a​g​ne/

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012%2F05%2F21%2F223-vivre-l-utopie-memoire-des-luttes-ouvrieres-anarchistes-pour-la-justice-et-la-paix

Prochain atelier constituant à Paris : demain samedi 10 mars

Le pro­chain ate­lier consti­tuant à Paris est pré­vu demain same­di 10 mars 2018, il est orga­ni­sé par Les Citoyens Consti­tuants : inscrivez-vous 🙂

http://​ate​liers​cons​ti​tuants​.org

Pré­sen­ta­tion sur le site :

Same­di 10 mars de 13h00 à 18h30
Depuis 2015, nous avons orga­ni­sé trente ate­liers consti­tuants sur le thème des règles de la consti­tuante.

À chaque fois nous pro­po­sons éga­le­ment aux par­ti­ci­pants qui le sou­haitent écrire des articles de la Consti­tu­tion mais les par­ti­ci­pants semblent sen­sibles à l’i­dée que nous ne sommes pas suf­fi­sa­ment repré­sen­ta­tifs pour être une assem­blée légitimes
pour le faire. Belle matu­ri­té démo­cra­tique ! Alors, forts de notre légi­ti­mi­té d’i­ni­tia­teurs, nous écri­vons des pro­po­si­tions de règles de l’as­sem­blée constituante.

Chaque ate­lier fait l’ob­jet d’un compte-ren­­du que vous pou­vez visua­li­ser ici.

Nous avons aus­si ce réca­pi­tu­la­tif.

Notre com­mis­sion char­gée de prendre note du tra­vail effec­tué durant les ate­liers consti­tuants s’or­ga­nise et tra­vaille déjà depuis plu­sieurs mois à faire la syn­thèses des tra­vaux effec­tués afin de for­ma­li­ser et pré­pa­rer le tra­vail des pro­chains ateliers.

L’autre but que s’est fixé cette com­mis­sion sera de pro­po­ser, sur les bases du tra­vail effec­tué durant les ate­liers un texte sur les règles de la constituante.

Vous pou­vez, si vous le sou­hai­tez, visua­li­ser la syn­thèse pré­pa­rée par cette com­mis­sion pour faci­li­ter le tra­vail du pro­chain atelier.

Vous pour­rez ain­si visualiser
1. Les articles déjà validés,
2. Ceux à retravailler
3. Avoir une idée des débats qui ont eu lieu dans les thématiques
suivantes :

1. Rôle et contrôle de l’As­sem­blée Consti­tuante,

2. Struc­ture de l’As­sem­blée Consti­tuante,

3. Moda­li­té de créa­tion de la Consti­tu­tion.

4. Consti­tu­tion pro­vi­soire allé­gée de tran­si­tion pen­dant les tra­vaux de la Constituante.

5. Pro­gramme de tran­si­tion Consti­tu­tion­nel entre les ins­ti­tu­tions actuelles et la Consti­tu­tion pro­vi­soire allègée.

Voi­ci les dates des pro­chains ate­liers consti­tuants orga­ni­sés sur Paris par l’as­so­cia­tion Les Citoyens Consti­tuants jus­qu’en juin 2018 :

Same­di 10 mars : Ins­crip­tions ICI

Dates et ins­crip­tions pour les ate­liers sui­vants en 2018 :
Le 31ème : 19 mai.
Le 32ème : 23 juin.


Pour pré­pa­rer une assem­blée consti­tuante tirée au sort !
Les ate­liers consti­tuants c’est LA pra­tique de réap­pro­pria­tion de la poli­tique (au sens de la vie publique) par les citoyens.

Aujourd’­hui les déci­sions poli­tiques sont prises par les plus riches (plou­to­cra­tie) qui, par le biais de  la presse qui leur appar­tient, et des élus dont ils financent les cam­pagnes élec­to­rales et nous les fai­sant choi­sir en creux (c’est à dire en éli­mi­nant ceux dont on ne veut abso­lu­ment pas) grâce à un mode de scru­tin sur lequel nous n’a­vons rien à dire.

Pour se réap­pro­prier la poli­tique de façon démo­cra­tique, il faut que nous les citoyens lamb­das puis­sions écrire les règles consti­tuantes qui encadrent la façon dont nous accor­dons notre confiance, à des gens qui agissent pour le bien com­mun, com­ment nous pour­rions les contrô­ler, les révoquer …

Dans un pre­mier temps, tout le monde doit par­ti­ci­per à ces dis­cus­sions à ces débats pour s’i­ni­tier à ces pro­blé­ma­tiques.

Dans un deuxième temps, quand nous serons des mil­lions à avoir com­pris cela, on pour­ra pré­pa­rer la mise en place d’une assem­blée consti­tuante tirée au sort pour figer sous forme d’ar­ticles les thèmes éma­nant de la
volon­té du peuple.

Les espoirs sus­ci­tés et déçus se trou­ve­ront satisfaits
Venez dans nos ate­liers d’é­cri­ture de la Constitution.

Ou encore mieux : lan­­cez-vous à en orga­ni­ser vous-même !

Struc­ture exemple d’une consti­tu­tion citoyenne : à débattre
Plus de 100 consti­tu­tions tra­duites en français :

Aucune n’a été écrite par des citoyens lamb­das, elles ne sont pas des modèles, mais on peut s’en ins­pi­rer libre­ment pour com­prendre ce qu’une consti­tu­tion contient habi­tuel­le­ment, et ima­gi­ner ce qu’elle pour­rait contenir.

http://​mjp​.univ​-perp​.fr/​c​o​n​s​t​i​t​/​c​o​n​s​t​i​t​i​n​t​r​o​.​h​t​m​#​doc

 Notions pour une consti­tu­tion démocratique :

Une erreur à ne pas com­mettre : la consti­tu­tion doit fédé­rer un peuple et non le cliver.

Elle ne doit pas défi­nir une poli­tique mais don­ner un cadre dans lequel on débat paci­fi­que­ment pour la défi­nir. Tout comme on choi­sit dans quelle salle débattre ou que l’on défi­nit dans quelle langue on échangera.

Loin de nier les cli­vages de la socié­té elle vise à leur don­ner un cadre pour s’ex­pri­mer respectueusement.

Et per­mettre au peuple de déci­der de quelle façon il garde la main sur ses repré­sen­tants afin que ceux-ci res­tent ses ser­vi­teurs et non des dirigeants.

Infor­ma­tions et inscription :
http://​ate​liers​cons​ti​tuants​.org

Sur l’importance (pour nous tous) des idées anarchistes (c’est-à-dire démocratiques)

Sur l’im­por­tance (pour nous tous) des idées anar­chistes (c’est-à-dire démo­cra­tiques), un petit extrait, bien dense, de l’en­tre­tien de l’é­té der­nier chez les jeunes gens de Thin­ker­view :

httpv://www.youtube.com/watch?v=xoh-2dsG7tY

Mer­ci à ALEX 2.0 d’a­voir mis en valeur ce pas­sage important.

L’en­tre­tien Thin­ker­view complet :
httpv://www.youtube.com/watch?v=DROqR_7EKvs

On pour­rait, si l’i­dée vous plaît, signa­ler ici, dans nos com­men­taires, pour ceux qui débarquent 🙂 , quelques syn­thèses bien denses (en texte ou en vidéo) sur les idées anarchistes. 

Au pas­sage, je vous signale un petit livre pas­sion­nant et impor­tant (je le mets tou­jours dans la poche inté­rieure de mon man­teau, tou­jours prêt à lire/annoter dès que j’ai un moment à attendre), de Nor­mand Baillar­geon, qui s’intitule
« L’ordre moins le pou­voir. His­toire et actua­li­té de l’a­nar­chisme ». J’a­dore ce livre.

Mer­ci à vous tous d’être tou­jours là ; j’ai sou­vent l’im­pres­sion que notre cer­veau col­lec­tif me donne presque toute ma force.

Étienne.

fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Le livre essen­tiel de Ber­nard Char­bon­neau, L’État :

L’ex­trait pas­sion­nant lu par Julien Roux qui me l’a fait découvrir :

Le livre que je montre dans l’ex­trait Thinkerview :
Ber­nard Char­bon­neau & Jacques Ellul. Deux liber­taires gas­cons unis par une pen­sée commune


https://​lagran​de​mue​.word​press​.com/​2​0​1​7​/​0​1​/​2​3​/​s​t​o​p​p​e​z​–​l​e​s​–​m​a​c​h​i​n​e​s​–​l​i​s​e​z​–​e​l​l​u​l​–​l​i​s​e​z​–​c​h​a​r​b​o​n​n​e​au/

Quelques extraits com­men­tés : https://​iatrans​hu​ma​nisme​.com/​2​0​1​7​/​0​1​/​2​9​/​b​e​r​n​a​r​d​–​c​h​a​r​b​o​n​n​e​a​u​–​j​a​c​q​u​e​s​–​e​l​l​u​l​–​d​e​u​x​–​l​i​b​e​r​t​a​i​r​e​s​–​g​a​s​c​o​n​s​–​u​n​i​s​–​p​a​r​–​u​n​e​–​p​e​n​s​e​e​–​c​o​m​m​u​ne/

bcje-toile

[Autogestion en pratique – Grecs épatants] La démocratie comme patron #DATAGUEULE 79

httpv://youtu.be/NWGwItMvOYE

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[edit] J’ai trou­vé ce matin, dans un de vos com­men­taires (fb), un texte que j’ai trou­vé à la fois long et extrê­me­ment inté­res­sant, qui expose des argu­ments CONTRE l’au­to­ges­tion, contre les syn­di­cats, et en fait contre toute forme de repré­sen­ta­tion et même d’organisation 🙂
C’est donc très radi­cal, mais je trouve que ces nom­breux argu­ments devraient nous conduire à y réflé­chir ensemble. J’a­joute donc ce lien au billet d’o­ri­gine pour vous inci­ter à le com­men­ter, s’il vous plaît : 

Pers­pec­tives sur les Conseils, la Ges­tion Ouvrière et la Gauche Alle­mande, par Pierre Guillaume, (1974) :
http://​auf​he​bung​.fr/​t​e​x​t​e​s​/​p​i​e​r​r​e​_​g​u​i​l​l​a​u​m​e​/​p​e​r​s​p​e​c​t​i​v​e​s​_​s​u​r​_​l​e​s​_​c​o​n​s​e​i​l​s​_​l​a​_​g​e​s​t​i​o​n​_​o​u​v​r​i​e​r​e​_​e​t​_​l​a​_​g​a​u​c​h​e​_​a​l​l​e​m​a​n​de/

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