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« La France est-elle une démocratie ? » Conversation fascinante de Léo avec une intelligence artificielle (Claude)

« La France est-elle une démocratie ? » Conversation fascinante de Léo avec une intelligence artificielle (Claude)

L’a­mi Léo (Girod) a eu récem­ment une conver­sa­tion fas­ci­nante avec une intel­li­gence arti­fi­cielle (nom­mée Claude). Voi­ci leur dia­logue. Ça démarre très mal, ok 🙂 mais per­sé­vé­rez : cette intel­li­gence pro­gresse à vue d’œil, c’est trou­blant. Vous allez voir, c’est éton­nant. Étienne. PS : Claude pose des ques­tions (!) La pers­pec­tive de conver­sa­tions entre plu­sieurs IA à la recherche de la véri­té et du bien com­mun est fas­ci­nante. Qu’en pense notre IA bien­veillante pré­fé­rée, Lau­ra Py ? 😉 Léo :…

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JUSTICE CITOYENNE – Regards croisés – LIVE 4 novembre 2024, 19h45

JUSTICE CITOYENNE – Regards croisés – LIVE 4 novembre 2024, 19h45

Bon­jour à tous Pen­dant cette soi­rée dédiée au bilan de la période récente, où nous venons de vivre (le début d’)une bas­cule tota­li­taire sous pré­texte sani­taire, et demain sous pré­texte de péril de guerre ou de catas­trophe cli­ma­tique, je par­le­rai de sou­ve­rai­ne­té pen­dant 10 minutes (vers 20h30). Ami­tiés. Étienne. https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​S​C​n​J​0​a​C​v​ygw ️Intro’ : Emis­sion excep­tion­nelle à l’oc­ca­sion de la 100ème de « Jus­tice Citoyenne – Regard croi­sé ». Nous par­le­rons à nou­veau de libertés…

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Important : Signez les pétitions officielles pour le RIC Constituant à l’Assemblée nationale

Important : Signez les pétitions officielles pour le RIC Constituant à l’Assemblée nationale

Espoir RIC publie régu­liè­re­ment des péti­tions pour contraindre les dépu­tés de la Com­mis­sion des lois à les exa­mi­ner publi­que­ment et argu­men­ter sur les rai­sons pour les­quelles ils refusent de don­ner le pou­voir aux citoyens et faire de la France une véri­table Démo­cra­tie. Cette fois, la pro­po­si­tion est sépa­rée en deux péti­tions. L’une pour que les révi­sions consti­tu­tion­nelles ne puissent être faites que par réfé­ren­dum, ce qu’on appelle en Suisse le « Réfé­ren­dum Obli­ga­toire ». Cette procédure…

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For­mat grille – For­mat articles complets

[Chez Sputnik, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie !

Sput­nik a écrit un article sur cet entre­tien :
Étienne Chouard : « Évi­dem­ment que nous ne sommes pas en démo­cra­tie ! » https://​fr​.sput​nik​news​.com/​f​r​a​n​c​e​/​2​0​1​9​0​1​0​3​1​0​3​9​5​2​3​5​5​0​–​e​t​i​e​n​n​e​–​c​h​o​u​a​r​d​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​g​i​l​e​t​s​–​j​a​u​n​es/

Donc, évi­dem­ment que nous ne sommes pas en démo­cra­tie, et ren­­dons-nous à l’é­vi­dence : en 2019, heu­reu­se­ment qu’il y a des médias russes pour sau­ver la liber­té d’ex­pres­sion en France…

Mer­ci @sputnik_fr, mer­ci @RTenfrancais

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​8​3​0​1​8​7​2​8​2​317

Le référendum d’initiative populaire : un trait méconnu du génie de Condorcet, par Anne-Cécile Mercier

Le RIC est une vieille idée : Condor­cet (au 18e siècle !) avait déjà réflé­chi aux rouages utiles pour que le peuple par­ti­cipe direc­te­ment aux déci­sions qui le concernent. 

Voyez ci-des­­sous l’é­tude appro­fon­die d’Anne-Cécile Mer­cier, en 2003.

Ma remarque : quand c’est le peuple lui-même qui, en 2019, aura ima­gi­né et ins­ti­tué le RIC qu’il désire, je pense que celui-ci sera encore plus démo­cra­tique (car sans filtres oli­gar­chiques et sans inter­dits) que celui de Condorcet 🙂 

Mais c’est une chose de le dire, et c’en est une autre de le faire : à vos crayons, citoyens : il faut nous entraî­ner à ins­ti­tuer nous-mêmes notre propre puis­sance politique.

Bon cou­rage à tous pour cette nou­velle année, plus pro­met­teuse que les précédentes 🙂

Étienne.

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Source : Revue fran­çaise de droit consti­tu­tion­nel 20033 (n° 55), pages 483 à 512 : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2003–3‑page-483.htm

« Je n’ai eu depuis quatre ans ni une idée ni un sen­ti­ment qui n’ait eu pour objet la liber­té de mon pays. Je péri­rai comme Socrate et Sid­ney pour l’avoir ser­vi, sans jamais avoir été ni l’instrument ni la dupe, sans avoir jamais vou­lu par­ta­ger les intrigues ou les fureurs des par­tis qui l’ont déchi­ré. J’ai sou­te­nu le droit du peuple de rati­fier expres­sé­ment au moins les lois consti­tu­tion­nelles et la pos­si­bi­li­té qu’il l’exerçât, la néces­si­té du mode de révi­sion régu­lier et pai­sible de réfor­mer ces mêmes lois ; enfin l’unité entière du corps légis­la­tif.
Véri­tés qui, alors peu répan­dues, avaient encore besoin d’être déve­lop­pées ».

Condor­cet, Frag­ments, 1794, Œuvres, t. 1, p. 608.

1L’Histoire façonne les renom­mées selon une alchi­mie bien mys­té­rieuse. Celle de Condor­cet ne rend pas jus­tice au carac­tère vision­naire de son œuvre. Bien que fai­sant la liai­son entre les Lumières et la Révo­lu­tion, son nom n’évoque ni celui d’un émi­nent phi­lo­sophe, ni celui d’un poli­tique influent. Sa renom­mée n’est pas celle de Vol­taire, Rous­seau, Mon­tes­quieu, Dide­rot ou d’Alembert, ni celle d’un Sieyès, Mira­beau, Robes­pierre, Dan­ton, Marat ou Bona­parte. Condor­cet est pour­tant l’une de ces rares figures qui, pas­sant de la théo­rie à l’action, s’illustra tant dans la construc­tion abs­traite de nou­veaux prin­cipes de gou­ver­ne­ment que dans la bataille poli­tique visant à les concré­ti­ser [1][1]« Condor­cet résume dans sa propre vie presque tous les aspects…; qui dès 1787 se pro­non­çait vigou­reu­se­ment pour un suf­frage uni­ver­sel qui n’oubliait pas les femmes [2][2]Lettres d’un bour­geois de New Haven à un citoyen de Vir­gi­nie,…; qui pros­cri­vait la peine de mort [3][3]Lettre de Condor­cet à Fré­dé­ric II, 2 mai 1785, in Œuvres, t. 1,… et l’esclavage [4][4]Dès 1774 dans Remarques sur les Pen­sées de Pas­cal (Œuvres,…; qui défen­dait un sys­tème d’instruction publique géné­ra­li­sée et gra­tuite [5][5]Condor­cet, Cinq mémoires sur l’instruction publique, 2e éd.,…; qui inven­tait la socio­lo­gie poli­tique en appli­quant la matière des sta­tis­tiques aux méthodes de suf­frages [6][6]Condor­cet, Tableau géné­ral de la science qui a pour objet…; qui pro­po­sa à la France la Consti­tu­tion la plus démo­cra­tique de son his­toire [7][7]« Jamais il n’a exis­té de consti­tu­tion où l’égalité ait été si….

2Il serait inté­res­sant d’analyser les rai­sons de la rela­tive mécon­nais­sance du génie de Condor­cet [8][8]« Il y a donc une cer­taine jus­tice post­hume à ce que ce soit le…. Sûre­ment avait-il moins de pres­tance et d’habileté que ses illustres contem­po­rains cités plus haut [9][9]Voi­ci com­ment Mlle de Les­pi­nasse le décrit : « Il man­geait ses…. Peut-être faut-il y voir la ran­çon de l’indépendance d’esprit, du refus d’appartenir à un groupe iden­ti­fié : appe­lé Giron­din par les Giron­dins, sur­nom­mé « des nôtres » par les Jaco­bins [10][10]Le 12 octobre 1792, Cha­bot pro­non­çait ce dis­cours au Club des…, Condor­cet n’appartenait qu’à sa volon­té de faire res­pec­ter l’égalité natu­relle entre les hommes [11][11]« Je ne serai d’aucun par­ti, comme je n’ai été d’aucun…. Après sa condam­na­tion par la Conven­tion [12][12]V. les extraits du Moni­teur trans­cri­vant l’intervention du…, il fut oublié des uns et hon­ni des autres [13][13]La for­mule de Robes­pierre est ter­rible : « L’académicien…. Quoiqu’il en soit, une conclu­sion s’impose à la lec­ture de ses Œuvres : la plu­part des idées de Condor­cet devancent d’au moins un siècle l’état d’avancée de la socié­té dans laquelle il vit. C’est ce qu’on peut dénom­mer sans trop d’exagération avoir du génie. Nous vou­drions en don­ner un exemple par­ti­cu­lier avec l’étude du droit d’initiative popu­laire, encore dénom­mé réfé­ren­dum d’initiative populaire.

3Le droit d’initiative popu­laire per­met à tout citoyen d’élaborer une pro­po­si­tion de loi et de la sou­mettre aux suf­frages, soit du Par­le­ment, soit de la popu­la­tion, si elle réunit aupa­ra­vant un nombre suf­fi­sant de sous­crip­tions [14][14]Léon Duguit, Trai­té de droit consti­tu­tion­nel, 2e éd., t. II,…. Ce droit se réfère à l’idée de démo­cra­tie directe, en ce qu’il per­met à de simples citoyens de sai­sir direc­te­ment la Nation pour pro­po­ser de nou­velles normes, sans l’interférence du Par­le­ment [15][15]Il convient cepen­dant de dis­tin­guer les ini­tia­tives directes…. Il se dis­tingue néan­moins d’autres « outils » de démo­cra­tie directe, tels que le droit de veto, ou le réfé­ren­dum consul­ta­tif, en ce qu’il confère un pou­voir plus grand aux citoyens. A la dif­fé­rence en effet de ces tech­niques qui ne per­mettent que la rati­fi­ca­tion ou le rejet de pro­jets déjà éla­bo­rés, l’initiative per­met aux citoyens de pro­vo­quer la déci­sion du légis­la­teur sur la matière de son choix (à la condi­tion cepen­dant que ce choix soit sou­te­nu en amont par la signa­ture d’un nombre déter­mi­né d’électeurs). De plus, contrai­re­ment au simple droit de péti­tion, la sai­sine du corps légis­la­tif ou de la Nation tout entière est de droit une fois les condi­tions de rece­va­bi­li­té rem­plies : le légis­la­teur ne peut refu­ser, ni de se pro­non­cer sur la pro­po­si­tion, ni de faire consul­ter l’ensemble de la popu­la­tion par réfé­ren­dum. Le droit d’initiative est donc une conces­sion impor­tante faite à la démo­cra­tie directe dans les régimes repré­sen­ta­tifs. La Suisse, terre d’élection de la démo­cra­tie directe, n’eut pas de mal à adop­ter cette nou­velle variante des Land­sge­mein­den[16][16]Depuis le Moyen Age, l’administration et la légis­la­tion de…, et fut la pre­mière à l’instituer et à l’appliquer au milieu du XIXe siècle [17][17]Simon Des­ploige, The refe­ren­dum in Swit­zer­land, C.P. Tre­ve­lyan,…. De la Suisse, le droit d’initiative pas­sa aux États-Unis, où il connut une pre­mière vague de vif suc­cès au tour­nant du siècle [18][18]Phil­lip L. Dubois & Floyd Fee­ney, op. cit.. De nos jours, près de la moi­tié des États fédé­rés l’ont adop­té, et il est plé­bis­ci­té dans cer­tains autres [19][19]V. par exemple David E. Wat­son, « Be it Enac­ted by the People…. On le retrouve aus­si dans de nom­breux pays [20][20]V. infra, n° 48.. L’ironie de l’Histoire n’a pas per­mis à l’idée de Condor­cet d’être appli­quée en France, même si cer­tains l’appellent actuel­le­ment de leurs vœux [21][21]V. infra, n° 49 et s.. Les 15 et 16 février 1793, Condor­cet pré­sente son pro­jet de consti­tu­tion devant la Conven­tion [22][22]Œuvres, t. 12, p. 333 et s.. « Son » pro­jet, car des neuf membres com­po­sant le comi­té de consti­tu­tion ins­ti­tué par la Conven­tion le 29 sep­tembre 1792, il fut sans conteste la per­son­na­li­té la plus influente [23][23]« Condor­cet et Paine étaient les doyens du comi­té, l’un avait…. La Consti­tu­tion giron­dine consacre les 33 articles du titre VIII, inti­tu­lé De la cen­sure du peuple sur les actes de la repré­sen­ta­tion natio­nale, et du droit de péti­tion[24][24]Œuvres, t. 12, p. 469 et s., au fonc­tion­ne­ment du droit d’initiative. L’article pre­mier le défi­nit par une for­mule élo­quente : « Lorsqu’un citoyen croi­ra utile ou néces­saire d’exciter la sur­veillance des repré­sen­tants du peuple sur des actes de consti­tu­tion, de légis­la­tion ou d’administration géné­rale, de pro­vo­quer la réforme d’une loi exis­tante ou la pro­mul­ga­tion d’une loi nou­velle, il aura le droit de requé­rir le bureau de son assem­blée pri­maire, de la convo­quer au jour de dimanche le plus pro­chain pour déli­bé­rer sur sa pro­po­si­tion ». Pour sai­sir le génie d’une telle pro­po­si­tion, il faut se repla­cer dans le contexte de l’époque. Si beau­coup s’accordent alors sur l’idée de sou­ve­rai­ne­té popu­laire, et sur sa consé­quence consti­tu­tion­nelle, la démo­cra­tie directe, nom­breux sont ceux qui y renoncent devant l’apparente impos­si­bi­li­té maté­rielle de réa­li­ser un tel pro­gramme : com­ment faire par­ti­ci­per mas­si­ve­ment un peuple illet­tré à la vie poli­tique, et com­ment réunir l’opinion de mil­lions de per­sonnes répar­ties sur un vaste ter­ri­toire [25][25]« La plu­part de nos conci­toyens n’ont ni assez d’instruction ni… ? La France n’est pas un can­ton suisse… Là réside pré­ci­sé­ment l’optimisme et la créa­ti­vi­té du méca­nisme de Condor­cet. Son cou­rage poli­tique aura été de ne pas se rendre sans condi­tion au régime repré­sen­ta­tif : avec le droit d’initiative popu­laire, qui, comme une tâche d’huile, se pro­page depuis un petit nombre de citoyens jusqu’au corps légis­la­tif, il adapte la démo­cra­tie directe aux contraintes géo­gra­phiques des grands États. Il accom­pagne son sys­tème d’un pro­gramme d’éducation visant à ins­ti­tuer un citoyen capable de sens cri­tique [26][26]Cf. infra, n° 13.. Tout com­mence par la pro­po­si­tion d’un groupe de 50 citoyens. Si elle reçoit le vote favo­rable de l’assemblée pri­maire, puis de la com­mune, puis du dépar­te­ment, le Corps légis­la­tif s’en trouve sai­si et doit déli­bé­rer. La déli­bé­ra­tion est alors sus­cep­tible d’être sou­mise à la cen­sure d’un réfé­ren­dum natio­nal, qui peut mener, en cas de contra­rié­té avec le vote des dépu­tés, à la dis­so­lu­tion du corps législatif.

4Le pro­jet fut accueilli au mieux avec froi­deur, et devint vite l’enjeu de l’affrontement entre Giron­dins et Mon­ta­gnards. La vic­toire de ces der­niers condam­na le pro­jet de Condor­cet : Hérault de Sey­chelles fut nom­mé à la tête d’un nou­veau comi­té et le 24 juin 1793, la Consti­tu­tion mon­ta­gnarde était adop­tée [27][27]Notons d’ailleurs que la Consti­tu­tion mon­ta­gnarde fait encore…. Res­ta cepen­dant l’idée : per­mettre aux citoyens l’initiative légis­la­tive même dans de grands ter­ri­toires. Nous vou­drions réha­bi­li­ter l’influence de Condor­cet dans ce processus.

5Tout d’abord, il faut s’assurer que Condor­cet est bien l’inventeur du droit d’initiative : le concept est-il le fruit de ses réflexions ou est-il la simple trans­po­si­tion d’une pro­cé­dure déjà connue et appli­quée ? L’étude de sa lente matu­ra­tion mon­tre­ra qu’il s’agit bien d’une créa­tion per­son­nelle. Il semble ensuite impor­tant d’étudier suf­fi­sam­ment en détails la concré­ti­sa­tion de l’idée au sein de la Consti­tu­tion giron­dine. Cela éta­bli­ra en effet un mètre éta­lon grâce auquel pour­ront être mesu­rés les déve­lop­pe­ments sub­sé­quents du droit d’initiative. Enfin, il nous fau­dra éta­blir le lien entre cette inven­tion et sa pro­pa­ga­tion mon­diale, en com­men­çant par la Suisse. Nous étu­die­rons donc suc­ces­si­ve­ment la for­ma­tion (I), la concré­ti­sa­tion (II) et la pro­pa­ga­tion (III) du droit d’initiative popu­laire selon Condorcet.

I – LA FORMATION DE L’IDÉE

6Rien ne pré­di­sait que ce jeune aris­to­crate, enfer­mé dans ses tra­vaux mathé­ma­tiques, devien­drait l’auteur de la pre­mière consti­tu­tion répu­bli­caine et démo­cra­tique jamais sou­mise aux votes des dépu­tés fran­çais. Mais des ren­contres, des évé­ne­ments, ont su révé­ler chez Condor­cet des qua­li­tés trou­vant à s’appliquer bien au-delà des murs de l’Académie des Sciences. Le droit d’initiative selon Condor­cet prend donc sa source dans des influences exté­rieures (A), nour­ris­sant un natu­rel pro­pice à leur accueil (B).

A – INFLUENCES EXTÉRIEURES

7Condor­cet est la syn­thèse des idées et des évé­ne­ments de son temps, qui est tumul­tueux. Plu­sieurs fac­teurs ont vrai­sem­bla­ble­ment contri­bué à convaincre Condor­cet de la légi­ti­mi­té de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire et de sa pos­sible concré­ti­sa­tion : une for­ma­tion intel­lec­tuelle à l’Ecole des Lumières (1), l’observation de la construc­tion consti­tu­tion­nelle des États-Unis d’Amérique (2), et une for­ma­tion pra­tique à la fois au Minis­tère de Tur­got et, plus tard, à la Com­mune de Paris (3).

1 – Une formation intellectuelle : les philosophes des Lumières

8On a pu dire que Condor­cet était un « lec­teur des Lumières » [28][28]M. Crampe-Bas­­na­­bet, Condor­cet, lec­teur des Lumières, Paris,…. Ami de d’Alembert et de Vol­taire [29][29]Cor­res­pon­dance entre Vol­taire et Condor­cet, Œuvres, t. 1, p. 1…, il fut en effet à bonne école et le scien­ti­fique devint vite phi­lo­sophe, élar­gis­sant son champ d’investigation intel­lec­tuel à un sys­tème com­plet de pen­sée. Mais s’il a lu Rous­seau et semble par­ta­ger son idéal de démo­cra­tie directe [30][30]Du contrat social, Livre II, chap. I : « Je dis donc que la…, Condor­cet doit plus à Tur­got sa for­ma­tion en droit consti­tu­tion­nel [31][31]Cor­res­pon­dance entre Tur­got et Condor­cet, Œuvres, t. 1, p. 165…. Pour lui, le bon­heur d’une socié­té dépend de la liber­té d’exercice des droits natu­rels qui y est per­mise. Ces droits sont natu­rels car anté­rieurs à l’organisation de la vie en socié­té. Or, « par­mi ces droits, il en voit un qui sur­passe tous les autres et dont ils ne sont que la consé­quence, nous vou­lons dire : « l’égalité natu­relle et pri­mi­tive de l’homme ». C’est d’ailleurs d’elle qu’il fera décou­ler sa concep­tion du droit de suf­frage, dont « la par­ti­ci­pa­tion à la confec­tion des lois » [32][32]Archam­bault de Mon­fort H., Les idées de Condor­cet sur le…. Il approuve aus­si Tur­got sur l’idée de divi­ser le ter­ri­toire en enti­tés concen­triques, qui rap­prochent chaque citoyen de l’exercice effec­tif du pou­voir [33][33]Tur­got, Mémoire au Roi sur les muni­ci­pa­li­tés, sur la hié­rar­chie…. Tur­got et Condor­cet « ont ima­gi­né un méca­nisme de repré­sen­ta­tion de la socié­té, des­ti­né à en assu­rer l’administration conjoin­te­ment avec le roi, sur la base de la pro­prié­té.Il s’agit d’une pyra­mide d’assemblées élues, de la “muni­ci­pa­li­té” parois­siale à la “muni­ci­pa­li­té géné­rale” du royaume, en pas­sant par deux degrés inter­mé­diaires » [34][34]Fran­çois Furet, pré­sen­ta­tion préc., p. XII.. Il est ten­tant de tra­cer un paral­lèle entre ce sys­tème et celui du « droit de cen­sure » qui, comme nous le ver­rons, intro­duit la sai­sine du corps légis­la­tif à la suite d’une réac­tion en chaîne pas­sant tour à tour de l’assemblée pri­maire, à la com­mune et au dépar­te­ment [35][35]Cf. infra, n° 20 et s.. Mais si Tur­got n’envisageait que la par­ti­ci­pa­tion des pro­prié­taires fon­ciers à ces assem­blées pro­vin­ciales, l’élève dépas­sa le maître et, en 1793, Condor­cet pro­po­sa le suf­frage uni­ver­sel mas­cu­lin [36][36]Bien que n’hésitant pas à bra­ver bien des pré­ju­gés, un cer­tain…. En revanche, comme son men­tor, Condor­cet croit en la per­fec­ti­bi­li­té infi­nie de l’homme : son sys­tème d’instruction publique, préa­lable néces­saire à une réelle par­ti­ci­pa­tion des citoyens aux affaires publiques, en sera ins­pi­ré [37][37]Cf. infra, n° 13 ; Tur­got a consa­cré un de ses dis­cours…. Fina­le­ment, s’il a tiré de ses lec­tures phi­lo­so­phiques la convic­tion que la sou­ve­rai­ne­té du peuple est la seule légi­time, son côté ration­nel et scien­ti­fique, ain­si que la fré­quen­ta­tion de Tur­got et de l’expérience concrète du gou­ver­ne­ment vont trans­for­mer le mythe en réa­li­té : avec Condor­cet et son sys­tème d’initiative popu­laire, la sou­ve­rai­ne­té popu­laire n’est plus seule­ment une for­mule, c’est un fait concret, qui peut être loca­li­sé géo­gra­phi­que­ment, c’est un « pro­ces­sus », pour reprendre l’expression et la pré­cieuse ana­lyse de M. Jaume [38][38]Le dis­cours jaco­bin et la démo­cra­tie, Fayard, 1989, p. 318..

2 – Un exemple concret : la formation des État Unis d’Amérique

9Les évé­ne­ments qui prirent place en Amé­rique à la fin du XVIIIe siècle ont indu­bi­ta­ble­ment influen­cé Condor­cet dans la for­ma­tion de ses idées poli­tiques [39][39]Voir Lucy M. Gid­ney, L’influence des États Unis d’Amérique sur…. Ils lui ont don­né à contem­pler un exemple de concré­ti­sa­tion des idées qu’il défen­dait abs­trai­te­ment. Il étu­dia avec pas­sion l’ensemble des consti­tu­tions de chaque État, et publia un com­men­taire de la Consti­tu­tion fédé­rale de 1787 ain­si que de nom­breux articles sur le sujet [40][40]Sur l’influence de la révo­lu­tion d’Amérique sur l’Europe et…. Admi­ra­tif en par­ti­cu­lier de la Consti­tu­tion de Penn­syl­va­nie [41][41]E. et R. Badin­ter, Condor­cet, un intel­lec­tuel en poli­tique,…, il se lia d’amitié avec son auteur, Tho­mas Paine. On sait que celui-ci devint dépu­té à la Conven­tion et épau­la son ami lors de l’élaboration de la Consti­tu­tion giron­dine de 1793. Condor­cet fré­quen­ta aus­si Jef­fer­son et Frank­lin lors de leur pas­sage à Paris.

10Plus pré­ci­sé­ment, est-il pos­sible de voir un lien direct entre le déve­lop­pe­ment consti­tu­tion­nel amé­ri­cain et le mûris­se­ment de l’idée de par­ti­ci­pa­tion directe du peuple à la vie de la cité chez Condor­cet ? Cer­tai­ne­ment a‑t‑il dû être frap­pé par les réfé­ren­dums consti­tu­tion­nels ayant eu lieu dans les États de Vir­gi­nie et de Nou­­velle-Angle­­terre. Comme le sou­ligne M. Bor­geaud [42][42]Adop­tion and Amend­ment of Consti­tu­tions, p. 206–207, cité par…, « il est inté­res­sant de com­pa­rer les sys­tèmes contem­po­rains de vota­tions en matière consti­tu­tion­nelle en vogue au Mas­sa­chu­setts et dans le New Hamp­shire avec les sys­tèmes suisses et fran­çais, en par­ti­cu­lier parce que Condor­cet, l’auteur des Lettres d’un bour­geois de New Haven, était l’âme du comi­té de consti­tu­tion de 1793 inves­ti de la rédac­tion de la Consti­tu­tion fran­çaise ». La Consti­tu­tion giron­dine a été décrite comme le résul­tat de l’union sys­té­mique des prin­cipes de Nou­velle Angle­terre avec ceux de la phi­lo­so­phie fran­çaise du XVIIIe siècle. Les assem­blées pri­maires y rem­placent seule­ment les « town mee­tings » [43][43]Simon Des­ploiges, préc., p. 57–58, note 2, § 2.. En revanche, si les États-Unis ont été une source d’inspiration, Condor­cet n’y pas trou­vé les détails de son sys­tème. Nulle trace en effet d’initiative popu­laire dans les anciennes colo­nies bri­tan­niques, du moins à l’échelon de l’État [44][44]Toc­que­ville décrit un pro­cé­dé res­sem­blant fort au droit…. Cepen­dant, M. Des­jar­din recon­naît dans la par­ti­ci­pa­tion du peuple à l’élaboration des normes au niveau de la com­mune l’exemple sur lequel Condor­cet aurait sim­ple­ment cal­qué son droit d’initiative : « Après ana­lyse, nous recon­nais­sons dans ce pro­jet quelques-unes des cou­tumes anglaises, plé­béiennes ou qua­ke­riennes dont j’ai déjà fait men­tion. La cen­sure du peuple est orga­ni­sée (…). Ce sys­tème d’ondes concen­triques était, comme je l’ai dit, celui des ras­sem­ble­ments des Qua­kers. Je me demande où Condor­cet en aurait trou­vé ailleurs l’idée » [45][45]Revue Bleue, 20 juillet 1901, p. 82.. Cepen­dant, Condor­cet n’en fait nulle part direc­te­ment men­tion dans ses écrits. De plus, s’il a pu s’inspirer de tels pro­cé­dés, encore fal­­lait-il pou­voir les trans­po­ser à l’échelle de la Nation.

3 – Une formation pratique : la Commune de Paris

11La Com­mune de Paris allait don­ner à Condor­cet l’occasion de mettre en pra­tique ses idéaux poli­tiques et d’affûter ses talents de consti­tu­tion­na­liste. For­mée sur les ruines des anciennes ins­ti­tu­tions muni­ci­pales, la Com­mune unis­sait l’ensemble des dis­tricts pari­siens. Selon M. Gen­ty [46][46]1789–1790 : L’apprentissage de la démo­cra­tie à Paris, in L’An I…, « leurs adver­saires ne s’y trom­pèrent pas, qui leur repro­chèrent de vou­loir éta­blir à Paris une « démo­cra­tie pure ». (…) Créés en avril 1789 pour ser­vir de cadre élec­to­ral au Tiers-Etat en vue des États géné­raux, les dis­tricts devinrent en juillet un orga­nisme per­ma­nent ; ouverts désor­mais aux membres des ordres pri­vi­lé­giés, ils s’organisèrent alors pour prendre en main la vie de la capi­tale, dans leurs quar­tiers res­pec­tifs d’abord, au niveau muni­ci­pal ensuite ». Les dis­tricts se réunis­saient toutes les semaines : tout citoyen pou­vait se joindre aux dis­cus­sions. Les soixante dis­tricts dis­po­saient d’un organe com­mun : la « muni­ci­pa­li­té ». Condor­cet y fut élu comme repré­sen­tant du quar­tier de l’abbaye Saint-Ger­­main le 18 sep­tembre 1789 [47][47]L. Cahen, préc., p. 138.. Il par­ti­ci­pa au Comi­té des 24, char­gé d’établir une consti­tu­tion pour la Com­mune. « Ain­si Condor­cet jouis­sait, dans les der­niers mois de 1789, d’une grande auto­ri­té. Il s’en ser­vit pour défendre ses idées : dans l’Assemblée géné­rale, il recom­man­da une poli­tique d’union et de paix ; dans les comi­tés, il sou­tint les prin­cipes et les solu­tions les plus démo­cra­tiques » [48][48]Idem, p. 140.. Ce pre­mier essai de consti­tu­tion met­tant en place les méca­nismes démo­cra­tiques révèle l’aboutissement d’une longue réflexion per­son­nelle aidée par un natu­rel pro­pice à leur accueil.

B – UN NATUREL PROPICE

12Pour qui pos­sède un esprit de sys­tème prompt à éla­bo­rer des construc­tions théo­riques, conci­lier sys­tème repré­sen­ta­tif et démo­cra­tie directe consti­tue une qua­dra­ture du cercle intel­lec­tuel­le­ment sti­mu­lante. Condor­cet le mathé­ma­ti­cien y vit sûre­ment une nou­velle équa­tion à résoudre [49][49]« … Condor­cet s’attèle à la rédac­tion d’un essai sur le cal­cul…. La démo­cra­tie semi-directe s’imposa comme la solu­tion de com­pro­mis idéale : « Ouvrant la voie à ce qu’on a appe­lé depuis le réfé­ren­dum, Condor­cet mon­trait une grande audace démo­cra­tique qui, à la fois, ten­tait de faire l’économie du dan­ge­reux droit d’insurrection, et de contre­ba­lan­cer le pou­voir des repré­sen­tants sans pour autant en nier le carac­tère indis­pen­sable » [50][50]L. Jaume, Condor­cet : des pro­grès de la rai­son aux pro­grès de…. Mais le droit d’initiative n’est pas seule­ment le fruit de Condor­cet le tech­ni­cien, c’est aus­si et avant tout celui de Condor­cet l’humaniste, qui fait confiance à la per­fec­ti­bi­li­té crois­sante du genre humain (1). Son sys­tème s’élabore pro­gres­si­ve­ment au fil de ses œuvres (2).

1 – Sa croyance en l’homme

13Condor­cet croit pro­fon­dé­ment, à la suite de Tur­got, en la capa­ci­té de l’homme à s’améliorer sans cesse, en sa per­fec­ti­bi­li­té[51][51]« Enfin, il prouve que leurs pro­grès, aux­quels on ne peut…. Pour per­mettre à cha­cun de par­ti­ci­per à la vie poli­tique, il faut ins­tau­rer un sys­tème géné­ral d’éducation. « Que vau­drait une École Répu­bli­caine sans Répu­blique : l’héritage des Lumières est tra­duit par Condor­cet en pro­po­si­tions péda­go­giques mais aus­si poli­tiques et consti­tu­tion­nelles pré­cises. L’institution du citoyen se fait consti­tu­tion répu­bli­caine » [52][52]Ch. Cou­tel, Condor­cet, ins­ti­tuer le citoyen, op. cit., p. 9.. Il n’est donc pas sur­pre­nant de consta­ter que son sys­tème consti­tu­tion­nel s’élabore en paral­lèle avec une réflexion pro­fonde sur l’instruction publique. En 1791, il publie son Pre­mier mémoire sur l’instruction publique[53][53]Œuvres, t. 3.. Quatre autres sui­vront [54][54]Cinq mémoires sur l’instruction publique, 2e éd.,…. En 1792, alors qu’il par­ti­cipe au comi­té de consti­tu­tion, il publie un Rap­port et pro­jet de décret sur l’organisation géné­rale de l’instruction publique[55][55]Paris, Edi­lig, 1989.. Au len­de­main de la dis­so­lu­tion du comi­té consti­tu­tion­nel (février 1793), Condor­cet rejoint le comi­té d’instruction publique. Ben­ja­min Frank­lin dira de ce sys­tème « qu’il vou­lait éta­blir entre les citoyens une com­mu­ni­ca­tion plus étroite des lumières et des sen­ti­ments, leur faire prendre l’habitude de se concer­ter pour leurs inté­rêts com­muns, et non pro­pa­ger ses opi­nions ou se don­ner un par­ti » [56][56]Œuvres, t. 3, p. 378..

2 – Les premières traces de son système politique dans ses œuvres

14La convic­tion de la supé­rio­ri­té concep­tuelle de la démo­cra­tie directe (a), et les moyens de sa mise en œuvre (b), mûrissent conjoin­te­ment au fil du temps et des œuvres de Condorcet.

a) La conviction de la supériorité conceptuelle de la démocratie directe

15Dès 1787, Condor­cet est sen­sible à l’expérience amé­ri­caine du réfé­ren­dum consti­tu­tion­nel [57][57]Dans Lettres d’un bour­geois de New Haven à un citoyen de…. Dans l’essai Sur la néces­si­té de faire rati­fier la consti­tu­tion par les citoyens[58][58]Œuvres, t. 9, p. 411 et s., écrit en 1789, il va plus loin que le simple réfé­ren­dum consti­tu­tion­nel et évoque deux inno­va­tions majeures. Tout d’abord, il sou­haite don­ner au peuple le pou­voir d’initier une véri­table navette consti­tu­tion­nelle entre lui et l’Assemblée consti­tuante sur cer­taines dis­po­si­tions par­ti­cu­lières [59][59]« Que la Consti­tu­tion soit pré­sen­tée aux citoyens, non pour…. Ensuite, Condor­cet fait déjà allu­sion à un sou­hai­table élar­gis­se­ment du sys­tème du réfé­ren­dum à la matière légis­la­tive : « L’ordre social n’aura vrai­ment atteint le degré de per­fec­tion auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obli­ga­toire qu’après avoir été sou­mis immé­dia­te­ment à l’examen de tout indi­vi­du (…). Je pro­pose pour cette fois, de bor­ner ce droit indi­vi­duel aux seuls articles rela­tifs à la consti­tu­tion ; mais c’est dans l’espérance que les pro­grès de la rai­son et l’effet que des ins­ti­tu­tions plus légales et plus justes pro­dui­ront néces­sai­re­ment dans les esprits, per­met­tront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et suc­ces­si­ve­ment de l’étendre à toutes » [60][60]Ibid.. Par ailleurs, en 1792, alors qu’il est en train de bâtir le plan de Consti­tu­tion que la Conven­tion lui a com­man­dé, il renou­velle expres­sé­ment sa défiance envers le sys­tème repré­sen­ta­tif : « Les hommes ont tel­le­ment pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liber­té est, pour la plu­part d’entre eux, le droit de n’être sou­mis qu’à des maîtres choi­sis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sen­ti­ment de leur indé­pen­dance. (…) Presque par­tout cette demi-liber­­té est accom­pa­gnée d’orages ; alors on les attri­bue à l’abus de la liber­té, et l’on ne voit pas qu’ils naissent pré­ci­sé­ment de ce que la liber­té n’est pas entière ; on cherche à lui don­ner de nou­velles chaînes, lorsqu’il fau­drait son­ger, au contraire, à bri­ser celles qui lui res­tent » [61][61]De la nature des pou­voirs poli­tiques dans une nation libre,…. Bri­ser les chaînes, c’est inven­ter un moyen de par­ti­ci­pa­tion directe du peuple aux lois qui le gouvernent…

b) Les moyens de mettre en œuvre la démocratie directe à l’échelle d’une grande nation

16Pour ce qui est de la struc­ture de la consul­ta­tion, c’est-à-dire la réac­tion en chaîne entre sub­di­vi­sions ter­ri­to­riales, que l’on peut se figu­rer sous la forme de cercles concen­triques, on a vu que l’idée en a ger­mé aux côtés de Tur­got [62][62]Cf. supra, n° 8 ; Tur­got, Mémoire au Roi sur les muni­ci­pa­li­tés,…. On retrouve cette construc­tion dans l’Essai sur la consti­tu­tion et les fonc­tions des assem­blées pro­vin­ciales, écrit en 1788 [63][63]Œuvres, t. 8, p. 144 et 145.. Afin d’éviter les incon­vé­nients des assem­blées trop res­treintes, qui « dépendent trop des inté­rêts per­son­nels, des pas­sions par­ti­cu­lières de ceux qui la com­posent », et les incon­vé­nients des assem­blées trop impor­tantes, « livrées en quelque sorte au hasard, lorsqu’elles ne sont pas dic­tées par quelques hommes doués du talent dan­ge­reux d’ébranler l’imagination », il pro­pose une série de divi­sions ter­ri­to­riales s’emboîtant comme des tables gigognes. La pre­mière divi­sion cor­res­pon­drait à la com­mu­nau­té, soit d’une ville, soit de plu­sieurs « paroisses de cam­pagne réunies ». La seconde ras­sem­ble­rait plu­sieurs com­mu­nau­tés à l’échelon d’un dis­trict. Les dis­tricts enfin seraient ras­sem­blés en pro­vinces, la Nation repré­sen­tant l’ensemble des provinces.

17Par asso­cia­tion d’idée, Condor­cet se sou­vient de ce méca­nisme de décou­page ter­ri­to­rial au moment de trou­ver un sys­tème de par­ti­ci­pa­tion directe de la popu­la­tion à l’élaboration des lois. Mais au lieu de can­ton­ner ces sub­di­vi­sions à un rôle admi­nis­tra­tif, comme le pré­voyait le sys­tème de Tur­got, ou à un rôle élec­to­ral, comme c’était le cas dans l’Essai sur la consti­tu­tion et les fonc­tions des assem­blées pro­vin­ciales[64][64]Op. cit. Voir aus­si K. M. Baker, Condor­cet, From Natu­ral…, l’idée germe dans l’esprit de Condor­cet d’en faire le véhi­cule de la volon­té d’un groupe de citoyens vers le Corps légis­la­tif et la Nation tout entière : « Pour que la masse entière de la nation émette un vœu, fau­­dra-t-il attendre que l’universalité de ses por­tions s’assemble spon­ta­né­ment, ou que les repré­sen­tants du peuple convoquent ses assem­blées ? La tran­quilli­té publique serait-elle assu­rée si, dans le cas où une inquié­tude vive agi­te­rait une por­tion notable de citoyens, il leur fal­lait, ou déter­mi­ner cette convo­ca­tion, ou pro­duire un mou­ve­ment géné­ral dans toutes les autres por­tions ? Ne serait-il pas plus simple d’établir que telle por­tion de citoyens, qui aurait déjà un moyen légal d’émettre son vœu, pour­rait exi­ger la convo­ca­tion natio­nale ; qu’une por­tion plus petite pour­rait éga­le­ment obte­nir, sous une forme régu­lière, l’émission de ce vœu pour une convo­ca­tion, en sorte qu’il ne pût exis­ter une réunion un peu consi­dé­rable de citoyens, qui n’eût l’espérance et le moyen légal de consul­ter le peuple entier, si elle le croyait néces­saire ? » [65][65]De la nature des pou­voirs poli­tiques dans une nation libre,…. Pour Lucien Jaume, « il s’agit véri­ta­ble­ment de la pre­mière ten­ta­tive pour pen­ser, et sur­mon­ter l’aporie ren­con­trée depuis 1789. Deux termes qui ont paru jusqu’à pré­sent incom­pa­tibles (sys­tème repré­sen­ta­tif et démo­cra­tie directe) vont être ren­dus com­plé­men­taires dans leurs objets et inter­dé­pen­dants dans leur fonc­tion­ne­ment. Le carac­tère ori­gi­nal de la démarche c’est donc qu’elle ne remet pas en cause l’indépendance des repré­sen­tants (…). Ce que donc le légis­la­teur doit remettre en cause, c’est l’absence de canaux légaux par où mon­te­raient les vœux de l’opinion publique, et par les­quels s’effectuerait une infor­ma­tion en retour sui­vie de la sanc­tion popu­laire. Bien que Condor­cet n’aime pas le terme (qui appar­tient à une autre tra­di­tion), il s’agit d’un jeu de contre­poids entre gou­ver­nés et gou­ver­nants, tel que la sou­ve­rai­ne­té est pré­sente effec­ti­ve­ment chez les pre­miers (et elle le prouve), mais ne peut rien sans un jeu d’interactions avec le corps légis­la­tif ; soit l’initiative vient de ce der­nier, soit elle pro­vient des citoyens » [66][66]Le dis­cours jaco­bin et la démo­cra­tie, Paris, Fayard, 1989,….

II – LA CONCRÉTISATION DE L’IDÉE

18Trans­­por­­tons-nous pour quelques ins­tants à la fin de l’été 1792. Le Roi, dans sa fuite, a per­du toute légi­ti­mi­té. Le 10 août, l’assaut des Tui­le­ries par la foule pari­sienne inter­dit tout retour en arrière : l’idée répu­bli­caine s’impose. Sur le modèle amé­ri­cain, une Conven­tion de dépu­tés est char­gée de voter une nou­velle consti­tu­tion. Plus pré­ci­sé­ment, la Conven­tion charge un comi­té de neuf membres le soin de la rédi­ger. Condor­cet y est nom­mé et s’y consacre avec plus d’enthousiasme qu’aucun autre [67][67]Cf. supra, note 23.. Le 15 février 1793, il pré­sente son projet.

19Le droit d’initiative popu­laire y est trai­té au titre VIII sous l’appellation de « Cen­sure du peuple sur les actes de la repré­sen­ta­tion natio­nale, et du droit de péti­tion ». L’article pre­mier explique la signi­fi­ca­tion et expose l’objectif de l’institution : « Lors­qu’un citoyen croi­ra utile ou néces­saire d’exci­ter la sur­veillance des repré­sen­tants du peuple sur des actes de consti­tu­tion, de légis­la­tion ou d’admi­nis­tra­tion géné­rale, de pro­vo­quer la réforme d’une loi exis­tante ou la pro­mul­ga­tion d’une loi nou­velle, il aura le droit de requé­rir le bureau de son assem­blée pri­maire, de la convo­quer au jour de dimanche le plus pro­chain pour déli­bé­rer sur sa pro­po­si­tion ». Le droit d’initiative existe donc tant en matière légis­la­tive que consti­tu­tion­nelle (cette ques­tion est réglée dans le titre sui­vant, inti­tu­lé Des conven­tions natio­nales), et auto­rise à la fois la révi­sion d’une norme ancienne et la pro­po­si­tion d’une norme nou­velle. Le méca­nisme de sai­sine du corps légis­la­tif est le même, que la norme pro­po­sée soit de nature légis­la­tive ou consti­tu­tion­nelle (A). En revanche, les pro­cé­dures divergent une fois que l’initiative popu­laire a sai­si le corps légis­la­tif (B).

A – LA SAISINE DU CORPS LÉGISLATIF SUR L’INITIATIVE D’UN GROUPE DE CITOYENS

20La sai­sine du corps légis­la­tif n’est pas immé­diate : le pro­jet doit gra­vir un à un les éche­lons le menant de l’assemblée pri­maire à la com­mune, de la com­mune au dépar­te­ment. Puis, si la majo­ri­té des assem­blées pri­maires d’un dépar­te­ment s’est pro­non­cée favo­ra­ble­ment, le corps légis­la­tif est alors sai­si de l’examen et du vote du pro­jet. Comme une onde pro­vo­quée par un infime impact sur la sur­face de l’eau, le pro­jet se pro­page et prend de l’ampleur. Étu­dions cette pro­pa­ga­tion plus en détail.

21La requête ini­tiale doit être rédi­gée en termes simples (article II) et com­por­ter la signa­ture de 50 citoyens rési­dant dans l’arrondissement de la même assem­blée pri­maire (article III). Elle est pré­sen­tée au bureau de l’assemblée pri­maire (article I), qui véri­fie si les signa­taires ont droit de suf­frage. Si tel est le cas, le bureau est tenu de convo­quer l’assemblée pri­maire le dimanche sui­vant (article IV). Lors de la réunion de l’assemblée, le pro­jet est lu et dis­cu­té, mais il ne pour­ra être voté que le dimanche sui­vant (article V). Le vote doit avoir lieu en répon­dant par oui ou non à la ques­tion : « Y a‑t‑il, ou n’y a‑t‑il pas lieu à déli­bé­rer ? » (article VI). « Si la majo­ri­té des votants est d’avis qu’il y ait lieu à déli­bé­rer, le bureau sera tenu de requé­rir la convo­ca­tion des assem­blées pri­maires, dont les chefs-lieux sont situés dans l’arrondissement de la même com­mune, pour déli­bé­rer sur l’objet énon­cé dans la réqui­si­tion » (article VII).

22Voi­ci le sché­ma de base. Il va être repro­duit à l’échelon de la com­mune, puis à celui du dépar­te­ment. On y trouve les com­po­santes essen­tielles du sys­tème de Condor­cet : cré­di­bi­li­té de la pro­po­si­tion de départ (sou­tien de cin­quante signa­tures), sai­sine de plein droit de la col­lec­ti­vi­té (assem­blée pri­maire, com­mune, dépar­te­ment), sans exa­men au fond, si les condi­tions en sont rem­plies (afin que le droit soit effec­tif et non sou­mis à une appré­cia­tion sub­jec­tive qui pour­rait faire obs­tacle au pro­ces­sus); une pro­po­si­tion simple pour bali­ser la dis­cus­sion ; un vote ajour­né pour plus de réflexion.

23Le bureau de l’assemblée pri­maire ini­tiale sai­sit alors les assem­blées pri­maires de la même com­mune en adres­sant à cha­cune d’entre elles le pro­cès ver­bal de la déli­bé­ra­tion ain­si qu’une copie de la pro­po­si­tion elle-même (article VIII). Ces assem­blées se réunissent, votent selon les mêmes direc­tives, et envoient le résul­tat des déli­bé­ra­tions au bureau de l’assemblée pri­maire ini­tiale (article IX). S’il res­sort de ces résul­tats que la majo­ri­té des citoyens ayant voté dans les assem­blées pri­maires de la com­mune a esti­mé qu’il y avait lieu à déli­bé­rer sur la pro­po­si­tion, le bureau de l’assemblée pri­maire ini­tiale sai­sit l’administration du dépar­te­ment d’une copie de la pro­po­si­tion et du pro­cès ver­bal des déli­bé­ra­tions (article X). La convo­ca­tion sous quin­zaine des assem­blées pri­maires du dépar­te­ment est alors obli­ga­toire ; elles se réunissent, votent, et adressent le résul­tat de leur déli­bé­ra­tion à l’administration du dépar­te­ment dans des formes iden­tiques à celles pré­cé­dem­ment décrites (article XI). « Si la majo­ri­té des citoyens décide qu’il y a lieu à déli­bé­rer, l’administration du dépar­te­ment adres­se­ra au corps légis­la­tif le résul­tat de leurs déli­bé­ra­tions, avec l’énonciation de la pro­po­si­tion qu’ils ont adop­tée, et le requer­ra de prendre cet objet en consi­dé­ra­tion » (article XII).

24Le corps légis­la­tif est enfin sai­si. « La pro­cé­dure entre ici dans une nou­velle phase et elle va se ter­mi­ner ou par le vote d’une nou­velle loi ou par une véri­table révo­ca­tion du Corps Légis­la­tif, sui­vie de sa réélec­tion, car tels sont les deux résul­tats consi­dé­rables que peut indif­fé­rem­ment pro­vo­quer l’initiative du plus humble des citoyens, du plus igno­rant des pay­sans » [68][68]Frank Alen­gry, Condor­cet, guide de la Révo­lu­tion fran­çaise,…. Si la pro­cé­dure paraît longue et com­pli­quée, c’est qu’elle confère un pou­voir unique à tout citoyen : cap­ter l’attention de la Nation entière sur son pro­jet. Il convient donc de dres­ser des rem­parts puis­sants contre les abus.

B – LE TRAITEMENT DE LA PROPOSITION PAR LE CORPS LÉGISLATIF

25La pro­cé­dure de dis­cus­sion et de vote devant le corps légis­la­tif sera dif­fé­rente selon la nature légis­la­tive (1) ou consti­tu­tion­nelle (2) : il convient donc de les distinguer.

1 – Hypothèse d’une proposition législative

26La réqui­si­tion du dépar­te­ment dans lequel ont eu lieu les déli­bé­ra­tions est impri­mée sans délai, dis­tri­buée à tous les membres du corps légis­la­tif, et affi­chée dans la salle des débats. Des com­mis­saires sont nom­més, et sont char­gés d’établir un rap­port sur la pro­po­si­tion sous hui­taine (article XIV). Une dis­cus­sion d’une semaine com­men­ce­ra alors sur ce rap­port, et un vote, sur la seule ques­tion de savoir s’il convient de déli­bé­rer sur la pro­po­si­tion, inter­vien­dra dans la quin­zaine sui­vante (article XV). Chaque vote doit être signé, et le résul­tat nomi­nal des suf­frages est envoyé dans tous les dépar­te­ments (article XVI). Pour l’instant, le vote ne porte que sur la ques­tion de savoir s’il convient de déli­bé­rer sur la proposition.

27Si la majo­ri­té des dépu­tés estime que la ques­tion mérite débat, la pro­po­si­tion au fond est ren­voyée à des com­mis­saires, qui devront éla­bo­rer un pro­jet de décret sous quin­zaine (article XVII). Enfin les dépu­tés votent sur la sub­stance de la pro­po­si­tion. Si le décret est admis, il est « ren­voyé » au bureau sui­vant les règles géné­rales pres­crites pour la for­ma­tion de la loi (article XVIII). « Le citoyen qui, du fond de sa chau­mière ou de son Assem­blée pri­maire, a mis en branle toute la vaste machine élec­to­rale, a, sinon légi­fé­ré direc­te­ment, du moins pro­vo­qué, par son ini­tia­tive, le vote d’un nou­veau décret. Ce n’est pas le gou­ver­ne­ment direct comme à Athènes ou comme dans les can­tons suisses ; c’est du gou­ver­ne­ment direct per­fec­tion­né, raf­fi­né, et même, on peut le dire, assez com­pli­qué » [69][69]Frank Alen­gry, op. cit., p. 582..

28Mais le sys­tème ne serait pas vrai­ment démo­cra­tique si le peuple n’avait pas un moyen de cen­su­rer la déci­sion du corps légis­la­tif. Le « droit de cen­sure et de péti­tion » n’est pas un simple droit de sug­ges­tion lais­sé in fine à l’appréciation des dépu­tés. Au contraire, la véri­table audace du droit d’initiative éla­bo­ré par Condor­cet repose pré­ci­sé­ment dans la pos­si­bi­li­té de cen­su­rer a pos­te­rio­ri la déci­sion des dépu­tés. Ain­si, si les assem­blées pri­maires d’un autre dépar­te­ment demandent la révo­ca­tion du décret qui a reje­té la pro­po­si­tion (en déci­dant qu’il n’y avait pas lieu de déli­bé­rer) ou la loi qui aura été faite suite à l’approbation de la pro­po­si­tion au fond, le corps légis­la­tif sera tenu de convo­quer sur­le­champ toutes les assem­blées pri­maires de l’ensemble du ter­ri­toire (article XX). En effet, la rebuf­fade d’un dépar­te­ment révèle une dis­tor­sion entre les citoyens et leurs repré­sen­tants, et seule une consul­ta­tion directe géné­rale peut lever ce doute. Si le résul­tat du réfé­ren­dum contre­dit la déci­sion prise par le corps légis­la­tif, la sanc­tion pro­po­sée par Condor­cet est radi­cale : dis­so­lu­tion, nou­velles élec­tions, et inéli­gi­bi­li­té pen­dant une légis­la­ture des dépu­tés qui se seraient pro­non­cés dans le sens condam­né par le vote du peuple [70][70]D’où l’utilité des votes nomi­na­tifs. (article XXII). Après élec­tions, la nou­velle assem­blée déli­bé­re­ra à nou­veau sur la pro­po­si­tion, et sa déci­sion pour­ra elle-même être à nou­veau sou­mise à la cen­sure du peuple (article XXVI).

29Une consta­ta­tion s’impose : le pro­ces­sus est long, sur­tout s’il s’accompagne d’un réfé­ren­dum natio­nal et de la dis­so­lu­tion du Corps légis­la­tif, sui­vie de nou­velles élec­tions, d’un nou­veau vote, sus­cep­tible d’être l’objet d’une nou­velle cen­sure… Mais ces com­pli­ca­tions ne font que révé­ler un dys­fonc­tion­ne­ment en amont du sys­tème repré­sen­ta­tif, et tentent d’y remé­dier. Si le corps légis­la­tif est le fidèle repré­sen­tant de la volon­té du peuple, sa déci­sion n’a pas lieu d’être contes­tée. Le pro­ces­sus s’arrête là et il n’aura fal­lu fina­le­ment que 3 à 4 mois pour qu’une ini­tia­tive popu­laire devienne une loi de la République.

30De plus, deux autres mesures sont pré­vues pour empê­cher l’immobilisation de l’État pen­dant la pro­cé­dure d’initiative ou de cen­sure : l’article XXVII pré­cise que les décrets et les actes de simple admi­nis­tra­tion, les déli­bé­ra­tions sur les inté­rêts locaux et par­tiels, l’exercice de la sur­veillance et de la police sur les fonc­tion­naires publics, et les mesures de sûre­té géné­rale ne pour­ront pas être l’objet de la cen­sure popu­laire. Par ailleurs, l’article XXIX décide l’exécution pro­vi­soire de plein droit de la loi contes­tée pen­dant le temps néces­saire à l’organisation du réfé­ren­dum, voire des élec­tions subséquentes.

2 – Hypothèse d’une initiative touchant à la Constitution

31Les modi­fi­ca­tions d’ordre consti­tu­tion­nel font l’objet du titre IX de la Consti­tu­tion giron­dine, inti­tu­léDes conven­tions natio­nales. L’article pre­mier pré­cise qu’ « une conven­tion natio­nale sera convo­quée toutes les fois qu’il s’agira de réfor­mer l’acte consti­tu­tion­nel, de chan­ger ou modi­fier quelqu’une de ses par­ties, ou d’y ajou­ter quelque dis­po­si­tion nou­velle ». Par­mi les hypo­thèses de convo­ca­tion, l’article V énonce que « chaque citoyen a le droit de pro­vo­quer l’appel d’une conven­tion pour la réforme de la consti­tu­tion ; mais ce droit est sou­mis aux formes et aux règles éta­blies pour l’exercice de droit de cen­sure ». A une dif­fé­rence près cepen­dant : une fois le Corps Légis­la­tif sai­si, il doit convo­quer sur­le­champ les assem­blées pri­maires de la Répu­blique (une telle éven­tua­li­té n’existe qu’après la « rebuf­fade » d’un dépar­te­ment dans l’hypothèse d’une pro­po­si­tion légis­la­tive). Si la majo­ri­té des votants réunis en assem­blées pri­maires adopte l’affirmative, la conven­tion a lieu sans délai (article VI). Le nou­veau pro­jet de consti­tu­tion est pré­sen­té aux suf­frages du peuple ; s’il est reje­té, la Conven­tion pré­sente « aux suf­frages des citoyens les ques­tions sur les­quelles elle croi­ra devoir connaître leur vœu » (article XI). Un nou­veau plan, cor­ri­gé d’après les vœux expri­més par les citoyens, est à nou­veau sou­mis à l’acceptation du peuple (article XII). S’il est à nou­veau reje­té, la conven­tion est dis­soute de plein droit, et le corps légis­la­tif doit consul­ter sans délai l’ensemble des assem­blées pri­maires pour savoir s’il a lieu à la convo­ca­tion d’une conven­tion nou­velle (article XIV). On retrouve donc l’idée de navette entre l’assemblée consti­tu­tion­nelle et le peuple [71][71]Cf. supra, n° 15.. Cette pro­cé­dure illustre bien le mot de M. Archam­bault de Mon­fort, décri­vant la Consti­tu­tion giron­dine : « En toutes cir­cons­tances, don­ner le der­nier mot au peuple » [72][72]Les idées de Condor­cet sur le suf­frage, Paris, 1915, Slat­kine…. Pour Lucien Jeaume, « la sou­ve­rai­ne­té du peuple chez Condor­cet n’est pas dans l’élection, mais dans les divers actes par les­quels les citoyens répondent à l’initiative du corps légis­la­tif, ou déve­loppent une ini­tia­tive propre. C’est d’ailleurs pour­quoi la volon­té géné­rale ne sau­rait rési­der dans le peuple seul, mais émane du méca­nisme géné­ral des inter­ac­tions. (…) La volon­té géné­rale devient un pro­ces­sus et non une enti­té (…) » [73][73]Le dis­cours jaco­bin et la démo­cra­tie, Paris, Fayard, 1989,….

III – LA PROPAGATION DE L’IDÉE

32Nul n’est pro­phète en son pays. Condor­cet apprit la jus­tesse de l’adage à ses dépens : alors qu’il allait connaître une popu­la­ri­té crois­sante au cours du XIXe siècle en Suisse et aux États-Unis (B), l’idée et le méca­nisme d’initiative popu­laire connut un échec presque total en France (A).

A – SON ÉCHEC EN FRANCE

33Mal­gré les jus­ti­fi­ca­tions de Condor­cet (2), la condam­na­tion de son pro­jet consti­tu­tion­nel en géné­ral, et du droit d’initiative en par­ti­cu­lier, est presque una­nime (1).

1 – Une condamnation presque unanime

34Au len­de­main de la lec­ture du pro­jet devant la Conven­tion les 15 et 16 février 1793, les cri­tiques sont sur­tout de nature poli­tique. Pour les Mon­ta­gnards, le pro­jet est mau­vais parce que giron­din. Comme l’exprime Jean­bon Saint-André, « ce mal­heu­reux reje­ton de huit ou neuf pères bris­so­tins a contre lui, comme beau­coup consi­dèrent, un vice très essen­tiel : celui de sa nais­sance » [74][74]Cité par L. Levy, Le conven­tion­nel Jean­bon Saint-André, Paris,…. Mais « en réa­li­té, le pro­jet de Condor­cet était si démo­cra­tique que les Jaco­bins ne trou­vaient pas d’objection à y faire : ils n’y étaient hos­tiles que parce qu’il éma­nait de leurs adver­saires, les Giron­dins » [75][75]Aulard, His­toire poli­tique de la Révo­lu­tion fran­çaise. Ori­gines…. La meilleure preuve en est que le pro­jet de Consti­tu­tion pro­po­sé par les Mon­ta­gnards, rédi­gé à la hâte et adop­té quelques semaines plus tard le 24 juin 1793, ne peut que reprendre cer­taines des idées que Condor­cet avait mûri si len­te­ment [76][76]V. Condor­cet, Aux citoyens fran­çais sur la nou­velle…. On retrouve ain­si à l’article 115 la mise en place d’un réfé­ren­dum d’initiative popu­laire en matière consti­tu­tion­nelle [77][77]« Si, dans plus de la moi­tié des dépar­te­ments plus un, le….

35Cer­tains font cepen­dant des cri­tiques plus sub­stan­tielles. Par exemple, la trop grande tech­ni­ci­té du pro­jet est mise en avant par Marat : « Qui croi­rait que pour pro­po­ser une nou­velle loi ou en faire révo­quer une ancienne, on tient 5 mil­lions d’hommes sur pied pen­dant six semaines ? C’est un trait de folie qui mérite aux légis­la­teurs consti­tu­tifs une place aux Petites Mai­sons » [78][78]Jour­nal de la Répu­blique, n° 126. C’est pour­tant le même Marat,….

36D’autres virent dans le pro­jet la volon­té mas­quée de Condor­cet de bri­der l’élan révo­lu­tion­naire de cer­tains groupes mino­ri­taires actifs, aux pre­miers rangs des­quels les sec­tions de la Com­mune de Paris et les sans-culottes pari­siens. Le droit d’initiative popu­laire selon Condor­cet sup­pose en effet l’approbation à la majo­ri­té de plu­sieurs éche­lons suc­ces­sifs de la popu­la­tion (assem­blée pri­maire, com­mune, dépar­te­ment), avec pour consé­quence de « noyer » tout sou­lè­ve­ment spon­ta­né d’un groupe mino­ri­taire. Les Sans-culottes ont de la démo­cra­tie directe une concep­tion dia­mé­tra­le­ment oppo­sée à celle de Condor­cet : spon­ta­née, et non cor­se­tée par le for­ma­lisme étouf­fant, una­nime et non majo­ri­taire [79][79]Fran­cis Hamon, L’idée de la démo­cra­tie directe de la Révo­lu­tion…. Ain­si, pour M. Per­tué, « si Condor­cet vou­lait sans aucun doute par ce moyen tra­duire dans la réa­li­té son idéal de poli­tique ration­nelle, il est non moins évident qu’il cher­chait aus­si à remé­dier par la ruse au grand mal que consti­tuait à ses yeux le rôle exces­sif de Paris dans le pro­ces­sus révo­lu­tion­naire. (…) En effet, le sys­tème ima­gi­né par Condor­cet consis­tait en fait à sub­sti­tuer une majo­ri­té inerte, para­ly­sée par les formes et décou­ra­gée par les délais, aux mino­ri­tés agis­santes pour­tant si néces­saires à la défaite de l’aristocratie et à l’échec de la coa­li­tion. (…) En réa­li­té, plu­tôt qu’un veto popu­laire, la cen­sure du peuple était un veto pro­vin­cial : toute son éco­no­mie consis­tait à rui­ner le droit d’ingérence natio­nale que Paris s’était indû­ment attri­bué pour le res­ti­tuer à tous les dépar­te­ments » [80][80]Les pro­jets consti­tu­tion­nels de 1793, in Révo­lu­tion et….

37Il est cer­tain qu’en éla­bo­rant le droit d’initiative, la volon­té de conte­nir les coups de sang de la popu­la­tion pari­sienne, et les bains de sang dont ils se sont accom­pa­gnés [81][81]Condor­cet en fit lui-même l’expérience puisqu’il faillit perdre…, est pré­sente à l’esprit de Condor­cet. Il ne s’en cache d’ailleurs pas : « Nous enten­dons, sans cesse, les por­tions de citoyens, un peu nom­breuses, par­ler au nom du peuple sou­ve­rain. Igno-rent-elles que la sou­ve­rai­ne­té n’appartient qu’au peuple entier ; qu’il n’exerce immé­dia­te­ment sa sou­ve­rai­ne­té qu’au moment où toutes ses por­tions peuvent émettre un vœu com­mun ; qu’alors seule­ment sa volon­té est sou­ve­raine ; que dans toute autre cir­cons­tance il ne peut pro­non­cer qu’une opi­nion, mani­fes­ter un désir ; que les réunions même les plus puis­santes sont, comme un seul indi­vi­du, sou­mises à la loi, et n’exercent que le pou­voir ou les fonc­tions qui leur sont délé­gués par elle ? » [82][82]De la nature des pou­voirs poli­tiques dans une nation libre,…. Aus­si pré­­cise-t-il dans son Expo­si­tion des prin­cipes et des motifs du plan de consti­tu­tion, que « si le peuple veut, dans ses assem­blées sépa­rées, exer­cer son droit de sou­ve­rai­ne­té, ou même la fonc­tion d’élire, la rai­son exige qu’il se sou­mette rigou­reu­se­ment à des formes anté­cé­dem­ment éta­blies. En effet, chaque assem­blée n’est pas sou­ve­raine ; la sou­ve­rai­ne­té ne peut appar­te­nir qu’à l’universalité d’un peuple, et ce droit serait vio­lé, si une frac­tion quel­conque de ce même peuple n’agissait pas, dans l’exercice d’une fonc­tion com­mune, sui­vant une forme abso­lu­ment sem­blable à celle que les autres ont sui­vie » [83][83]Œuvres, t. 12, p. 347 (sou­li­gné par nous).. Robes­pierre, qui n’entend dans ce dis­cours qu’une jus­ti­fi­ca­tion bour­geoise et giron­dine, lui répond qu’ « assu­jet­tir à des formes légales la résis­tance à l’oppression est le der­nier raf­fi­ne­ment de la tyran­nie… » [84][84]Pro­jet de Décla­ra­tion des droits de l’homme du 24 avril 1793,…. Cepen­dant, Condor­cet n’interdit pas l’insurrection comme ultime défense contre la tyran­nie [85][85]« Si la majo­ri­té désire une conven­tion, l’assemblée des…. Ses prio­ri­tés sont sim­ple­ment inver­sées. Au lieu de pré­su­mer l’urgence et de relé­guer le pro­ces­sus démo­cra­tique à des jours meilleurs, comme la Conven­tion le fera en enfer­mant la Consti­tu­tion du 24 juin 1793 à peine adop­tée dans une arche de cèdre, dont elle ne sor­ti­ra jamais, Condor­cet pré­fère mettre en œuvre le prin­cipe démo­cra­tique avant tout, et n’envisager les piques et les cris qu’en der­nier recours.

38Invo­quant un autre argu­ment, le dépu­té Robert s’oppose vio­lem­ment devant la Conven­tion à l’adoption du pro­jet comme ins­ti­tuant la plou­to­cra­tie de manière indi­recte : « Si vous décré­tiez ces fré­quentes assem­blées, la par­tie la moins aisée du peuple serait dans l’impossibilité abso­lue de s’y rendre ; et si elle ne s’y ren­dait pas, son droit à l’exercice de la sou­ve­rai­ne­té ne serait plus qu’illusoire : la classe aisée, la classe opu­lente devien­drait la maî­tresse suprême des assem­blées, et par un excès de démo­cra­tie mal enten­du, vous ver­riez néces­sai­re­ment s’élever un genre d’aristocratie bien plus ter­rible, l’aristocratie presque abso­lue des riches » [86][86]A.P., LXIII, 386, cité par L. Jaume, Le dis­cours jaco­bin et la….

39Le XIXe siècle et le début du XXe siècle ne furent pas plus encou­ra­geants. Miche­let voit dans la Consti­tu­tion de Condor­cet la « para­ly­sie consti­tuée » [87][87]« C’est uni­que­ment une machine de résis­tance contre l’autorité…. Mathiez acquiesce : selon lui, l’insertion d’un droit de cen­sure dans le pro­jet des Giron­dins ne ser­vait qu’à « mas­quer sa poli­tique de classe d’un ver­nis de libé­ra­lisme démo­cra­tique en même temps que pour don­ner à ses par­ti­sans le moyen de para­ly­ser l’Assemblée légis­la­tive où domi­ne­raient ses adver­saires » [88][88]Mathiez, La Consti­tu­tion de 1793, in Annales his­to­riques de la…. Jau­rès parle de la com­plexi­té du pro­jet comme autant de « bouf­fis­sures » [89][89]His­toire socia­liste de la Révo­lu­tion fran­çaise, édi­tion revue…. Coste évoque un « chefd’œuvre de pué­ri­li­té », « ridi­cule, voire mons­trueux » [90][90]« Avec Hérault de Sey­chelles, nous esti­mons que ce pro­jet était…. Quant à Archam­bault de Mont­fort [91][91]Les idées de Condor­cet sur le suf­frage, Paris, 1915, Slat­kine…, il se demande un peu légè­re­ment s’il ne faut pas voir dans le droit d’initiative popu­laire, sur lequel on sait pour­tant que Condor­cet a réflé­chi durant toute sa vie de phi­lo­sophe et d’homme poli­tique [92][92]Cf. supra, n° 6 et s., qu’une simple manœuvre déma­go­gique : « Ne serait-ce pas plu­tôt que dans le match de sur­en­chère démo­cra­tique qui s’était ouvert entre les par­tis, l’idée d’organiser le contrôle du peuple lui a paru capable de ral­lier la faveur populaire ? ».

2 – Justifications de Condorcet

40Alors que son article Aux citoyens fran­çais sur la nou­velle consti­tu­tion[93][93]Œuvres, t. 12, p. 653 et s., qui cri­tique vive­ment la Consti­tu­tion mon­ta­gnarde du 24 juin 1793, lui a atti­ré les foudres de la Conven­tion [94][94]Voir les extraits du Moni­teur trans­cri­vant l’intervention du…, Condor­cet rédige un éclai­rant et tou­chant Frag­ments de jus­ti­fi­ca­tion[95][95]Œuvres, t. 1, p. 574 et s.. On peut y lire ce pas­sage : « Au moment de la Révo­lu­tion, l’égalité abso­lue entre les citoyens, l’unité du corps légis­la­tif, la néces­si­té de sou­mettre une consti­tu­tion à l’acceptation immé­diate du peuple, la néces­si­té d’établir des assem­blées pério­diques qui pussent chan­ger cette consti­tu­tion, et de don­ner aus­si au peuple un moyen de faire convo­quer ces assem­blées lorsqu’il croi­rait sa liber­té mena­cée ou ses droits vio­lés par les pou­voirs exis­tants, me parurent devoir être la base de la nou­velle orga­ni­sa­tion sociale. L’idée sur­tout d’organiser un moyen pour le peuple d’exprimer son vœu sur la néces­si­té d’une réforme quel­conque, tel que jamais une insur­rec­tion ne fût néces­saire, me parais­sait aus­si utile qu’elle était en quelque sorte nou­velle, du moins pour le très grand nombre » [96][96]Sou­li­gné par nous.. On retrouve [97][97]Cf. supra, n° 37. le sou­ci de Condor­cet de faire pré­va­loir la dis­cus­sion et le vote sur les armes et la vio­lence. Il est inté­res­sant de remar­quer que ce leit­mo­tiv est bien dif­fé­rent des rai­sons qui pré­ci­pi­te­ront l’adhésion du droit d’initiative dans d’autres pays, en par­ti­cu­lier aux États-Unis d’Amérique, au milieu et à la fin du XIXe siècle. Ce ne sera plus la crainte de l’insurrection mais plu­tôt le dys­fonc­tion­ne­ment du sys­tème par­le­men­taire repré­sen­ta­tif qui sera au centre des pré­oc­cu­pa­tions [98][98]Cf. infra, n° 47.. Pour l’heure, Condor­cet a rai­son de craindre la tyran­nie d’une mino­ri­té active : la Conven­tion, aux mains du Comi­té de Salut public, allait bien­tôt décré­ter son arres­ta­tion et l’acculer au suicide.

41Par ailleurs, Condor­cet n’a pas que des détrac­teurs. Le pro­jet reçoit l’admiration de cer­tains contem­po­rains. Ain­si, le rédac­teur en chef de la Feuille Vil­la­geoise, dans son édi­tion du 14 mars 1793, emploie une com­pa­rai­son pleine de louanges : « Sem­blable à ces hor­loges artis­te­ment com­bi­nées pour pou­voir d’elles-mêmes remon­ter leur res­sort, la nou­velle consti­tu­tion pré­sente les moyens qui peuvent à chaque ins­tant la réfor­mer et la per­fec­tion­ner ». Récem­ment, les idées de Condor­cet ont retrou­vé du cré­dit. Pour Eli­sa­beth et Robert Badin­ter, « le pro­jet rayonne de la confiance que Condor­cet avait en la démo­cra­tie directe, dans le peuple éclai­ré par l’instruction publique, et auquel il confère l’entier contrôle de sa des­ti­née. Par ce lien indis­so­luble entre ins­truc­tion et démo­cra­tie, entre rai­son et Répu­blique, le pro­jet de Condor­cet est plus qu’un ins­tru­ment juri­dique : un acte de foi dans l’avenir et les pro­grès indé­fi­nis de l’esprit humain. Ce mes­sage là ne sera pas per­du » [99][99]E. et R. Badin­ter, Condor­cet, un intel­lec­tuel en poli­tique,…. Charles Cou­tel sou­ligne l’inventivité du sys­tème pro­po­sé par Condor­cet : « Les citoyens sont en liai­son avec l’Assemblée et les autres élus dans un débat conti­nu et libre. A la place d’une oppo­si­tion entre gou­ver­nés et gou­ver­nants (pré­sente chez Robes­pierre comme chez Sieyès), Condor­cet pro­pose une cir­cu­la­tion des avis, débats et déci­sions poli­tiques. C’est la Répu­blique per­ma­nente. A la place de l’unanimisme, le débat et l’argumentation ; à la place d’une citoyen­ne­té de « spé­cia­listes », une citoyen­ne­té par­ta­gée » [100][100]Cou­tel Charles, Condor­cet, ins­ti­tuer le citoyen, Micha­lon,…. Léon Cahen [101][101]Condor­cet et la Révo­lu­tion fran­çaise, Paris, 1904, réimp.… évoque la « noblesse des prin­cipes » du pro­jet de Condor­cet, et Fran­cis Hamon [102][102]Op. cit., p. 81. en sou­ligne le modernisme.

42Et effec­ti­ve­ment, si on peut cri­ti­quer l’invraisemblance du pro­cé­dé pra­tique, si on peut dis­cu­ter les véri­tables inten­tions de Condor­cet (bien que sa vie et ses écrits confirment la thèse de l’homme de bonne volon­té plu­tôt que celle du tac­ti­cien évo­quée par M. Per­tué [103][103]« Et quelle était dans ce méca­nisme la part du théo­ri­cien et du… ), on ne peut dou­ter de l’utilité de l’idée en elle-même, qui per­met l’expression directe du peuple dans les grands États, et qui offre donc une alter­na­tive au sys­tème repré­sen­ta­tif pur. Il convient en effet de dépas­ser les limites étri­quées d’un contexte fran­­co-fran­­çais de la fin du XVIIIe siècle, et de consi­dé­rer les ava­tars his­to­riques et mon­diaux du droit d’initiative. Force est alors de consta­ter que l’idée de Condor­cet s’est pro­pa­gée et concré­ti­sée avec succès.

B – LE SUCCÈS DE L’IDÉE À L’ÉTRANGER

43On a vu que le concept et le méca­nisme ima­gi­nés par Condor­cet pour don­ner voix au peuple dans le pro­ces­sus légis­la­tif reçurent un accueil des plus froids en France. C’est donc ailleurs qu’ils vont se pro­pa­ger, à com­men­cer par la Suisse, où la pré­sence his­to­rique de la démo­cra­tie directe offre un humus pro­pice à la pro­li­fé­ra­tion de l’idée nou­velle [104][104]« Les land­sge­meinde remontent au pacte his­to­rique qui unit, au…. Or, si la démo­cra­tie directe sous forme d’assemblées votantes est une ins­ti­tu­tion tra­di­tion­nelle dans cer­tains can­tons suisses, le nou­veau méca­nisme offert par le droit d’initiative n’y est appa­ru qu’au milieu du XIXe siècle. On connaît l’influence glo­bale de la Révo­lu­tion fran­çaise sur le pro­ces­sus démo­cra­tique suisse [105][105]Simon Des­ploige, The Refe­ren­dum in Swit­zer­land, Long­mans, Green…. Mais quel est le rôle per­son­nel de Condor­cet dans ce pro­ces­sus ? Ses tra­vaux ont-ils eu quelque impact ? A cet égard nous ne trou­vons aucune réfé­rence expresse [106][106]A.-E. Cher­bu­liez, dans De la démo­cra­tie en Suisse (Paris,…. Mais quelques indices nous mettent sur la piste.

44En 1831, le can­ton de Saint-Gall adop­ta une Consti­tu­tion qui orga­ni­sait un droit de veto pré­sen­tant quelques simi­la­ri­tés frap­pantes avec le droit d’initiative de Condor­cet. A l’article 137, on peut lire que « dès que 50 citoyens d’une même com­mune le demandent, une assem­blée com­mu­nale doit être tenue pour déci­der s’il convient de s’opposer à la loi qui lui a été sou­mise ». L’article 138 conti­nue en pré­ci­sant que « si la majo­ri­té de l’assemblée com­mu­nale décide de ne sou­le­ver aucune objec­tion, la loi est consi­dé­rée comme approu­vée par la com­mune. Dans le cas contraire, l’Amman de la com­mu­nau­té com­mu­nique sans délai le résul­tat à l’Amman du dis­trict, qui lui-même en avise le Petit Conseil en lui envoyant une copie de la minute de la réunion » [107][107]Cité par Simon Des­ploige, op. cit., p. 72 ; voir aus­si A.-E.…. Bien que cette pro­cé­dure ne concerne que le droit de veto et non le droit d’initiative, nous recon­nais­sons cer­taines carac­té­ris­tiques du sys­tème pro­po­sé par Condor­cet : le choix des 50 citoyens néces­saires à la mise en branle de tout le pro­ces­sus est une coïn­ci­dence frap­pante ; on retrouve aus­si la pro­gres­sion par paliers chère à Condorcet.

45Il est par ailleurs trou­blant de consta­ter que le droit d’initiative appa­rut dans la ville de Genève peu après que Condor­cet eut expo­sé son sys­tème. En 1794, l’assemblée des citoyens décla­ra qu’elle seule avait le droit d’approuver, de reje­ter, de modi­fier, d’interpréter ou d’abroger les lois et édits. Par un amen­de­ment de 1796, la Consti­tu­tion de Genève don­nait le droit d’initiative à une assem­blée de 700 citoyens dans le cas d’un pro­jet de loi ordi­naire, à une assem­blée de 1000 dans le cas d’un amen­de­ment consti­tu­tion­nel [108][108]Simon Des­ploige, op. cit., p. 50–55 ; voir aus­si Hen­ri Fazy, Les….

46On trouve aus­si quelques allu­sions directes à l’influence de Condor­cet. Ain­si, pour Ulrich Coste [109][109]Le pou­voir légis­la­tif dans la Consti­tu­tion de 1793, thèse,…, « le droit d’initiative popu­laire est, en Suisse, le droit que pos­sède le peuple de deman­der : 1° la modi­fi­ca­tion des lois en vigueur ; 2° la confec­tion de lois nou­velles ; 3° la révi­sion de la consti­tu­tion. C’est abso­lu­ment le même droit d’initiative que celui qui est éta­bli par la consti­tu­tion giron­dine du 16 février 1793 » [110][110]Sou­li­gné par nous.. Pour M. Sche­fold [111][111]Volks­sou­verä­nität and reprä­sen­ta­tive Demo­kra­tie in der…, l’adoption du droit d’initiative popu­laire en matière légis­la­tive dans le can­ton de Waadt en 1845 est direc­te­ment influen­cée par Condor­cet [112][112]« Um Vor­komm­nisse die­ser Art künf­tig zu ver­mei­den, ist nach der…. Dans une ana­lyse très riche, Alfred Kolz [113][113]Die bedeu­tung der fran­zo­si­schen Revo­lu­tion, in Les ori­gines de… men­tionne le lien de paren­té direct qui unit Condor­cet à l’apparition du droit d’initiative en Suisse. Le pro­jet de Condor­cet non seule­ment en tant que tel, mais aus­si tel que repris dans le pro­jet mon­ta­gnard, aurait ser­vi d’exemple à la pre­mière vague d’adoption de l’initiative dans les can­tons. Par ailleurs, il voit une filia­tion entre Condor­cet et les auteurs prô­nant la démo­cra­tie directe lors de la deuxième vague de démo­cra­ti­sa­tion en Suisse après 1848. Des auteurs comme Burk­li ou Rit­ten­hau­sen se réfé­re­raient direc­te­ment aux idées de Condor­cet, ce qui aurait fait dire à Louis Blanc « Plus de Giron­dins ! » en tête d’un de ses pam­phlets. Rit­tin­ghau­sen pro­pose en effet un méca­nisme de consul­ta­tion par éche­lon (sec­tion, com­mune, dis­trict, dépar­te­ment) qui rap­pelle avec force le sys­tème de Condor­cet : « Le peuple se divise en sec­tions de mille citoyens cha­cune. (…) Chaque sec­tion s’assemble dans un local propre à cet usage, école, hôtel de ville ou salle publique. Elle nomme son pré­sident, qui dirige les débats de la manière dont il sera par­lé ci-après. Chaque citoyen peut prendre la parole dans les dis­cus­sions, par consé­quent toutes les intel­li­gences sont au ser­vice de la patrie. La dis­cus­sion close, chaque citoyen émet­tra son vote. Après le dépouille­ment du scru­tin ; le pré­sident de la sec­tion fait trans­mettre au maire de la com­mune le chiffre des votes pour et contre. Le maire fait le rele­vé des votes de toutes les sec­tions de la com­mune et en com­mu­nique le résul­tat à l’administration supé­rieure, qui, opé­rant de la même manière pour son dis­trict, fait par­ve­nir le chiffre des votes pour et contre au pré­po­sé du dépar­te­ment. Ce der­nier trans­met le résul­tat du dépouille­ment au minis­tère, qui fait l’addition pour le pays entier » [114][114]La légis­la­tion directe par le peuple et ses adver­saires,…. Cette des­crip­tion rap­pelle étran­ge­ment le titre VIII de la Consti­tu­tion girondine…

47Mais les détrac­teurs de l’initiative popu­laire eurent vite fait de lier son suc­cès pra­tique en Suisse à sa tra­di­tion sécu­laire, ain­si qu’aux dimen­sions res­treintes des can­tons dans les­quels elle s’appliquait. Le XXe siècle les fera men­tir, avec, tout d’abord, la pro­pa­ga­tion de l’initiative popu­laire aux États-Unis [115][115]Pour une étude d’ensemble en langue fran­çaise, voir. D. Ned­jar,…. Il y appa­rut à la fin du XIXe siècle, sous la pres­sion conju­guée de la Révo­lu­tion indus­trielle et de la Conquête de l’Ouest [116][116]Natha­niel A. Per­si­ly, The Pecu­liar Geo­gra­phy of Direct…. En 1888, James W. Sul­li­van, un théo­ri­cien de droit social, se ren­dit en Suisse pour étu­dier sur place le méca­nisme de l’initiative et du réfé­ren­dum. De retour aux États-Unis, Sul­li­van publia une série d’articles sur le sujet ain­si qu’un livre qui fit sen­sa­tion : « Direct Legis­la­tion by The Citi­zen­ship Through the Ini­tia­tive and Refe­ren­dum » [117][117]New York, True Natio­na­list Publi­shing Co., 1893.. Il convainc le « Popu­list par­ty » et le « Socia­list Labor Par­ty » de le sou­te­nir. En 1898, le Dako­ta du Sud fut le pre­mier État à adop­ter le droit d’initiative. Actuel­le­ment, 24 États des États-Unis d’Amérique ont ins­crit le droit d’initiative popu­laire dans leur Consti­tu­tion [118][118]Pour les prin­ci­paux ouvrages parus sur la ques­tion, voir David….

48Par ailleurs, le réfé­ren­dum d’initiative popu­laire est en pra­tique dans de nom­breux pays du monde [119][119]V. Phi­lip L. Dubois & Floyd Fee­ney, op. cit., p. 62 et s. : l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie [120][120]A ce pro­pos, voir Pier Ule­ri, The 1987 Refe­ren­da, in Robert…, l’Espagne [121][121]Voir Laurent Ladi­sa, Le réfé­ren­dum consul­ta­tif en Espagne,…, le Cana­da, le Libé­ria, le Gua­te­ma­la, et, récem­ment, les Iles Phi­lip­pines [122][122]V. Anna Abad et Eva­lyn Ursua, Ini­tia­tive and Refe­ren­dum : An… et la Hon­grie en connaissent sous des formes variées, attes­tant de la vita­li­té du méca­nisme inven­té près de deux siècles aupa­ra­vant par Condorcet.

CONCLUSION : DU RESTE DU MONDE À LA FRANCE : LA CORRECTION D’UNE IDÉE ?

49Un cli­ché repré­sente les Fran­çais volon­tiers cocar­diers, clai­ron­nant fort leurs conquêtes et inven­tions. Le droit d’initiative serait alors l’exception confir­mant la règle. L’aversion fran­çaise envers cette ins­ti­tu­tion est clai­re­ment expri­mée par Ulrich Coste, au tour­nant du XXe siècle : « Les ins­ti­tu­tions sont comme les hommes et les plantes ; un chan­ge­ment de pays, de zone et de cli­mat est presque tou­jours pour elles une cause de dépé­ris­se­ment et de mort. Donc il serait dan­ge­reux d’introduire dans un nou­veau pays des ins­ti­tu­tions qui se sont déve­lop­pées et ont pros­pé­ré dans un autre, appro­priées à sa nature, sur un sol apte à les nour­rir et à les for­ti­fier. La Suisse n’est pas un État com­pa­rable à la France : son ter­ri­toire est tout à fait minus­cule, il est étran­ger au grand concert des nations euro­péennes, il se prête faci­le­ment aux vota­tions popu­laires, n’est pas obli­gé de faire un grand nombre de lois, et par­tant le peuple n’est que rare­ment appe­lé à se pro­non­cer. Les ins­ti­tu­tions de la Suisse sont le résul­tat des mœurs du pas­sé, des condi­tions sociales de ce peuple, et il est plus que pro­bable, qu’en dehors de ces condi­tions émi­nem­ment favo­rables, le réfé­ren­dum serait chez nous une ins­ti­tu­tion para­site, d’un fonc­tion­ne­ment extrê­me­ment dif­fi­cile, peut-être même impos­sible » [123][123]Ulrich Coste, Le pou­voir légis­la­tif dans la Consti­tu­tion de…. C’était oublier que la France avait pré­cé­dé la Suisse dans cette voie… Dès 1850, Vic­tor Consi­dé­rant se fait l’avocat du droit d’initiative [124][124]La solu­tion ou le gou­ver­ne­ment direct du peuple, Paris,… : parce que « la démo­cra­tie ne peut vou­loir de la délé­ga­tion sous aucune forme » [125][125]Idem, p. 14., toute pro­po­si­tion éma­nant d’une « sec­tion » et recueillant plus de 500 000 suf­frages « sera répu­tée prise en consi­dé­ra­tion par la nation et mise à son ordre du jour » [126][126]Idem, p. 19.. Les grands consti­tu­tion­na­listes du XXe siècle se sont affron­tés eux aus­si sur l’idée de réfé­ren­dum d’initiative popu­laire. Pour Esmein, c’est un « élé­ment de trouble et de désor­ga­ni­sa­tion légis­la­tive » [127][127]Deux formes de gou­ver­ne­ment, RDP, 1894, p. 41.. Il se demande, « alors qu’il est dif­fi­cile d’obtenir une légis­la­tion cohé­rente et pon­dé­rée avec l’initiative par­le­men­taire, com­ment l’espérer avec l’initiative popu­laire ? » [128][128]Ibid.. Car­ré de Mal­berg [129][129]Consi­dé­ra­tions théo­riques sur la ques­tion de la com­bi­nai­son du… estime en revanche que l’introduction du réfé­ren­dum (dans lequel il inclut l’initiative popu­laire des lois [130][130]Idem, p. 228. ) est néces­saire au per­fec­tion­ne­ment du régime repré­sen­ta­tif [131][131]« Ain­si, seul, le réfé­ren­dum appa­raît comme un com­plé­ment…. Duguit y est, lui aus­si, favo­rable [132][132]Trai­té de droit consti­tu­tion­nel, 2e éd., t. 2, Paris, de…. Plus récem­ment, Jacques Mestre [133][133]Le réfé­ren­dum natio­nal d’initiative popu­laire, Revue des Deux…, Alain Wer­ner [134][134]Plai­doyer pour le réfé­ren­dum d’initiative popu­laire, Petites…, Pierre Nuss [135][135]Réfé­ren­dum et ini­tia­tive popu­laire en France : de l’illusion en… et Fran­cis Hamon [136][136]L’idée de la démo­cra­tie directe de la Révo­lu­tion à nos jours,… ont fait des pro­po­si­tions en ce sens [137][137]Au niveau local, V. Phi­lippe Zavo­li, La démo­cra­tie…. Par ailleurs, le réfé­ren­dum d’initiative popu­laire est depuis plus d’une décen­nie l’arlésienne de nom­breux par­tis poli­tiques [138][138]V. pour le Par­ti Com­mu­niste Fran­çais : pro­gramme du 28e Congrès…. Pour­tant, à l’exception du pro­jet Vedel qui n’a pas été sui­vi sur ce point [139][139]Le Comi­té Vedel avait pro­po­sé en 1993 l’instauration du…, et d’une pro­po­si­tion de loi faite par le dépu­té André Gué­rin en 1999, qui n’a pas abou­ti [140][140]« Pro­po­si­tion de loi rela­tive au réfé­ren­dum d’initiative…, aucune mesure concrète n’a jamais été prise pour ins­tau­rer le droit d’initiative en France. Sous la pres­sion de quelques groupes [141][141]On doit men­tion­ner l’active asso­cia­tion Démo­cra­tie Directe…, de nom­breux can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle d’avril-mai 2002 l’ont ins­crit à leur pro­gramme [142][142]Pré­sen­tant son pro­jet, Noël Mamère met l’accent sur les thèmes….

50L’idée de Condor­cet retrou­­ve­­ra-t-elle un jour son ber­ceau, bou­clant ain­si deux siècles « d’errance » ? Si cela devait être, le légis­la­teur serait ins­pi­ré de tenir compte de l’expérience des autres pays, et d’apporter les cor­rec­tifs adap­tés à cer­taines dérives obser­vées prin­ci­pa­le­ment aux États-Unis. Le méca­nisme pro­po­sé par Condor­cet offre à cet égard cer­taines garan­ties. Ce serait là l’occasion de lui en recon­naître la pater­ni­té, et d’honorer la mémoire d’un homme de génie.

Anne-Cécile Mer­cier.

[IMPORTANT] Ne ratez pas Montaigne (en français moderne) et notamment « L’art de la conversation » :

httpv://www.youtube.com/watch?v=HbzLECnnx30

Le livre mer­veilleux :
http://​www​.gal​li​mard​.fr/​C​a​t​a​l​o​g​u​e​/​G​A​L​L​I​M​A​R​D​/​Q​u​a​r​t​o​/​L​e​s​–​E​s​s​ais

La vidéo inté­grale de cet entre­tien, qui était bien :
httpv://www.youtube.com/watch?v=jNhX9sVUAsI&feature=youtu.be

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​6​8​2​1​8​1​7​7​0​2​317

« (Macron) est un gredin, un voleur, un criminel ! » – Invité chez Éric Morillot (Les Incorrectibles, Sud Radio)

httpv://www.youtube.com/watch?v=xQlwTlau0Hw&feature=youtu.be

J’aime bien le for­mat « ping pong rapide », en fait ; ça com­plique un peu la tâche pour déve­lop­per sa pen­sée, mais c’est un for­mat com­plé­men­taire des expo­sés en confé­rence, net­te­ment plus tonique – un peu ris­qué aus­si, parce qu’on peut s’emporter et pro­non­cer des mots qu’on pour­rait regret­ter et qui sont pour­tant enregistrés. 

Il fau­drait un peu plus de temps, quand même, sur des sujets aus­si impor­tants et riches en détails décisifs.

Je dis un grand mer­ci à Sud Radio. Je trouve cer­tains com­men­taires (sous la vidéo) très injustes avec un des seuls médias qui, pré­ci­sé­ment, me per­mettent de me défendre en public et en direct (sans tri­cher). C’est nor­mal qu’ils me rentrent dans le lard, et ils ne sont pas mal­veillants : il faut que les points pro­blé­ma­tiques soient évo­qués et trai­tés, et leurs ques­tions m’ont per­mis d’en évo­quer beaucoup. 

Certes, il aurait fal­lu plus de temps, ce qui leur aurait per­mis de poser leurs ques­tions plus len­te­ment, et d’at­tendre que j’ai répon­du à cha­cune d’entre elles – et à moi de par­ler un peu plus cal­me­ment 🙂 Mais glo­ba­le­ment, ce sont des émis­sions comme celle-là dont nous avons besoin. Je dis un grand mer­ci à Éric Morillot, et j’es­père à bien­tôt ; avec Raphaël Entho­ven ce sera assu­ré­ment passionnant 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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Edit : Un des #Gilets­Jau­nes­Cons­ti­tuants nous a miton­né un bon petit résu­mé, en seule­ment 11 minutes , de la pre­mière par­tie de l’é­mis­sion de @SudRadio 🙂 :
httpv://www.youtube.com/watch?v=ETPF-HFKbeg

[IMPORTANT] Vidauban, 23/12/2018 : CE QUE FONT LES GILETS JAUNES EST À LA FOIS HISTORIQUE ET EXEMPLAIRE

Voi­ci la vidéo (pas tout à fait com­plète) de notre ren­contre à Vidau­ban, dimanche der­nier, 23 déc. 2018 : c’est la syn­thèse de mon point de vue, en reve­nant de ma virée Bordeaux/Périgueux/Agen, selon lequel
CE QUE FONT LES GILETS JAUNES EST À LA FOIS HISTORIQUE ET EXEMPLAIRE : tous les citoyens devraient faire comme eux, apprendre — prio­ri­tai­re­ment et uni­tai­re­ment — à ins­ti­tuer eux-mêmes leur propre puis­sance :

PS : voi­ci le lien vers
MA PROPOSITION D’ARTICLES POUR LE RIC ETM ÉPNM dont je vous parle dans toutes nos der­nières ren­contres
(et que je vous imprime à la mai­son quand vous êtes 2 où 300, pas 700… 🙂 ) :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​8​/​1​2​/​1​8​/​a​t​e​l​i​e​r​s​–​p​o​p​u​l​a​i​r​e​s​–​s​u​r​–​l​e​–​r​i​c​–​p​i​s​t​e​s​–​p​o​u​r​–​d​e​m​a​r​r​er/

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LIBÉREZ ASSANGE ! LIBÉREZ SNOWDEN ! PROTÉGEZ TOUS LES LANCEURS D’ALERTE !

#Les­Mots­Cons­pi­ra­tion­nis­meEt­Com­plo­tis­meOn­tÉ­téIn­ven­tés­Par­Les­Cons­pi­ra­teur­sEt­Leur­sA­mis­Com­me­Bou­cliers­Con­tre­Le­sA­ler­tes­Ci­toyennes

#Accu­sa­tion­De­Cons­pi­ra­tion­nis­meOu­De­Com­plo­tis­meÉ­ga­le­Si­gne­Fort­De­Com­pli­ci­té­De­Lac­cu­sa­teu­rA­ve­cLes­Cons­pi­ra­teur­sEt­Les­Com­plo­teur­sÉ­ga­le­Lé­gionD­hon­neu­rÉ­ga­leIn­di­ce­Sé­rieux­De­Ré­sis­tan­ceAu­then­tique

#UnCi­toyen­Di­gne­De­Ce­Nom­Dé­non­ce­Cou­ra­geu­se­ment­Tous­Les­Com­plots­Con­nus­Con­tre­Le­Bien­Com­mun

#LaFonc­tion­Pre­miè­re­Dun­Ci­toye­nEst­La­Vi­gi­lance


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[#GiletsJaunesConstituants] Entre le peuple et les ennemis du peuple, je suis heureux d’être à ma place

Je ne lis même plus le mépris et la détes­ta­tion rado­tante des pré­ten­dus « jour­na­listes » ven­dus aux riches. Je pré­fère les débats ouverts et construc­tifs avec les gilets jaunes sur leurs ronds-points, pour ima­gi­ner ensemble d’a­bord, et puis sur­tout, ensuite, vou­loir ensemble une socié­té mieux ins­ti­tuée, par nous-mêmes.

Je viens d’en­voyer ce mes­sage à un ami, Phi­lippe Pas­cot, qui me deman­dait si je tenais le coup : 

Oui [je tiens le coup]. 

Le jour (ronds-points, péages, confé­rences salles combles), je ren­contre des mil­liers de pauvres gens recon­nais­sants, pas­sion­nants, admi­rables et très affec­tueux… Tout ça est très émou­vant, très enthousiasmant… 

Et le soir, en ren­trant à l’hô­tel ou chez mes hôtes, à 2 ou 3 h du matin, épui­sé de ces nom­breuses ren­contres cha­leu­reuses et fra­ter­nelles de la jour­née, je lis rapi­de­ment les nou­velles et je découvre chaque nuit que tous les jour­naux de mon pays me pré­sentent comme l’en­ne­mi public n°1, un mani­pu­la­teur, un idiot ou un facho…
• Sans jamais m’a­voir appe­lé aupa­ra­vant ( ! ),
• en remâ­chant de vieux ragots men­son­gers et mal­veillants,
• sans rien dire de mon tra­vail sur le fond,
• et sur­tout sans m’of­frir la moindre pos­si­bi­li­té de me défendre loya­le­ment ( !! ).
C’est conster­nant, la bas­sesse des pré­ten­dus « jour­na­listes » en France en 2018.

Alors, je réflé­chis, et je vois bien que je suis heu­reux d’être du côté des pauvres gens, je décide de me foutre de tout l’at­ti­rail de men­songes et de per­fi­dies que déploient les enne­mis du peuple à tra­vers les jour­naux qu’ils ont ache­tés pour ça : je me fais du mal pour rien à lire leurs calom­nies, il faut que j’ar­rête de lire ça, alors que je gran­dis et pro­gresse à toute vitesse avec les hon­nêtes gens, les petites gens qui cherchent enfin à ins­ti­tuer eux-mêmes leur puis­sance de résis­ter aux injustices.

Ce qui se passe est his­to­rique, il me semble. 

Mer­ci à toi, ami Phi­lippe, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

#Gilets­Jau­nes­Cons­ti­tuants

#Les­Mé­dias­Mentent

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[RIC POUR LES GILETS JAUNES (et les autres)] Les mœurs des « journalistes » en France, en 2018, avec les vrais opposants, c’est 2 qui tiennent et 3 qui cognent… et un bâillon pour qu’il se taise… Je demande le droit de nous défendre loyalement : en direct et en face à face

Je me fais une très haute idée de la fonc­tion de jour­na­liste. J’ai été très mar­qué par l’i­ma­gi­naire de l’é­poque de la Révo­lu­tion fran­çaise, où les jour­na­listes étaient consi­dé­rés comme « les sen­ti­nelles du peuple ». Déjà, à Athènes, il y a 2500 ans, les citoyens, pour pou­voir tous jouer le rôle de « sen­ti­nelles de la démo­cra­tie », tenaient plus que tout à l’i­sé­go­ria (droit de parole pour tous, à tout moment et à tout pro­pos) car ce droit de parole per­met­tait à chaque citoyen de cher­cher et sur­tout de dénon­cer tous les éven­tuels com­plots contre la démo­cra­tie, pour la pro­té­ger. Grâce à l’i­sé­go­ria, la démo­cra­tie était plus forte, la démo­cra­tie avait les moyens de se défendre contre les intri­gants, contre les comploteurs.

Aujourd’­hui, le croi­­riez-vous, les « jour­na­listes » (ou en tout cas un grand nombre d’entre eux) traquent les lan­ceurs d’a­lertes comme des mal­fai­teurs, qu’ils appellent des « com­plo­tistes »… c’est-à-dire que les « jour­na­listes », au lieu de pro­té­ger les citoyens vigi­lants (et d’en faire par­tie eux-mêmes !), les mar­ty­risent ! On marche sur la tête. 

#LeTer­me­Com­plo­tis­teEs­tU­neIn­sul­teÀ­Lin­tel­li­gen­ce­Cri­tique

Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour com­prendre le lien direct entre cette pro­fonde per­ver­sion (mise à l’en­vers) de la fonc­tion de jour­na­lisme et l’ap­pro­pria­tion de tous les jour­naux par les plus riches (9 mil­liar­daires ont ache­té, comme on achète des bagnoles ou des baraques, TOUS les jour­naux du pays ; c’est une catas­trophe, l’o­pi­nion n’est plus éclai­rée mais intoxiquée).

Par ailleurs, je constate à mon sujet que les mœurs des « jour­na­listes », avec les oppo­sants au sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire (à mon avis frau­du­leu­se­ment nom­mé « Gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif »), deviennent d’une bru­ta­li­té et d’une déloyau­té crasses : car enfin, depuis deux ou trois jours, tous les édi­to­crates de mon pays publient des « por­traits » de moi comme si j’é­tais l’en­ne­mi public n°1, fourbe, dan­ge­reux, com­plo­tant dans l’ombre, « trouble » (sic), « sul­fu­reux » (resic), tis­sant sa toile (rere­sic)… (sans s’en rendre compte, mes accu­sa­teurs sont d’ailleurs pré­ci­sé­ment ce qu’ils dénoncent : « com­plo­tistes »…), mais sans m’a­voir jamais appe­lé avant pour connaître ma ver­sion (les seuls à m’a­voir appe­lé avant sont les jour­na­listes de France Info, qui ont d’ailleurs écrit sur moi un article moins men­son­ger que les autres), sans m’a­voir pré­ve­nu, et sur­tout sans me lais­ser la moindre chance de me défendre, sans me per­mettre d’ex­pli­quer la sot­tise et la faus­se­té de toutes ces accu­sa­tions invrai­sem­blables, et sur­tout sans jamais confron­ter nos argu­ments de fond.

J’ai deman­dé, sur Twit­ter, aux pre­miers de ces édi­to­ria­listes calom­nia­teurs un débat à la loyale, en direct, face à face et sur le fond (des pro­blé­ma­tiques de la sou­ve­rai­ne­té, de la repré­sen­ta­tion, de l’i­ni­tia­tive des peuples dans les lois aux­quels ils consentent à obéir, de choses sérieuses, quoi), plu­tôt que sur des ragots extra­va­gants qui tournent en boucle dans le milieu fer­mé des pré­ten­dus « anti­fas », dont tout laisse à croire que leur mis­sion réelle est d’en­tre­te­nir à gauche une pro­fonde ziza­nie, à l’aide d’une redou­table police de la pen­sée ; ziza­nie qui coupe le peuple en mor­ceaux et qui le condamne éter­nel­le­ment à l’im­puis­sance (élec­to­rale).

Cha­cun com­mence à com­prendre que de débat loyal sur le fond, ils n’en veulent pas. Serait-ce parce que tous ces édi­to­ria­listes n’au­raient pas d’ar­gu­ment solide (et avouable) contre le RIC ? et qu’ils sont donc réduits à s’en prendre lâche­ment au mes­sa­ger, dans son dos et sans lui per­mettre de se défendre ?

Je demande un droit de réponse loyal à ceux qui me calomnient.

Mais leur pro­blème prin­ci­pal , c’est que, quoi qu’ils décident à pro­pos de mon droit de réponse, en l’oc­cur­rence tuer le mes­sa­ger ne suf­fi­ra plus, car il y a désor­mais dans le pays DES CENTAINES d’autres mes­sa­gers tout aus­si com­pé­tents et bons ora­teurs (c’est-à-dire res­pec­tueux des autres) pour prendre ma place : ce qui est né en France, avec les Gilets jaunes et le RIC comme pre­mière marche intel­lec­tuelle vers une aspi­ra­tion popu­laire à un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire (débar­ras­sé des pro­fes­sion­nels de la poli­tique), c’est une prise de conscience conta­gieuse, à la base de la socié­té, que le niveau consti­tuant est le meilleur pour enga­ger les luttes sociales : le niveau légis­la­tif est mau­vais pour nous éman­ci­per car 1) il nous enferme dans une impuis­sance poli­tique qui est ver­rouillée à un niveau supé­rieur, inac­ces­sible, et 2) il nous empêche de fra­ter­ni­ser contre l’op­pres­sion des riches du moment par des dis­putes sans fin sur des sujets secondaires.

Le niveau légis­la­tif, celui où l’on décide quelles sont les lois qu’il nous faut aujourd’­hui, thème par thème, est celui des dis­putes sans fin, alors que le niveau consti­tuant, celui où l’on décide com­ment l’on va mettre au point les lois, qui va nous repré­sen­ter, avec quel man­dat, sous quels contrôles et avec quelles pos­si­bi­li­tés de révo­ca­tion, ce niveau consti­tuant est celui de la concorde facile car la plu­part de nos aspi­ra­tions y convergent, que nous soyons de droite, de gauche ou d’autre chose : tout le monde com­prend à toute vitesse que NOTRE CAUSE COMMUNE, la cause com­mune des 99% par­tout sur terre, c’est : « NOUS VOULONS INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PROPRE PUISSANCE ». 

Il me semble que ce pour­rait être la devise des Gilets Jaunes du monde entier.

Cette muta­tion uni­ver­sel­le­ment conta­gieuse va tout chan­ger : les élec­teurs enfants sont en train d’as­pi­rer à deve­nir citoyens consti­tuants, et ils n’au­ront pas à le deman­der à leurs maîtres : il leur suf­fi­ra de le vou­loir vrai­ment, ensemble. Étienne de la Boé­tie l’a­vait excel­lem­ment pré­dit : soyez réso­lus de ne plus ser­vir, et vous voi­là libres.

Je peux me trom­per, bien sûr, et je passe mon temps à cher­cher des contra­dic­teurs pour trou­ver mes erreurs et pro­gres­ser, mais il est extra­va­gant de me faire pas­ser pour un tyran qui avan­ce­rait mas­qué. Extravagant.

Je vais repro­duire à la fin de ce billet un mes­sage impor­tant que j’a­vais rédi­gé en novembre 2014 (il y a 4 ans déjà), où je fai­sais le point sur les accu­sa­tions à pro­pos de Soral. Vous juge­rez. Je sou­ligne sim­ple­ment que, per­son­nel­le­ment, je ne parle JAMAIS de Soral, abso­lu­ment jamais, et que, par contre, tous ceux qui m’ac­cusent de le fré­quen­ter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… comme si c’é­tait ces impré­ca­teurs eux-mêmes qui étaient char­gés de la pro­mo­tion quo­ti­dienne du per­son­nage qu’ils pré­tendent combattre. 

Bref, devant ce tor­rent de haine recuite, tour­nant en boucle et auto-entre­­te­­nue, de la part des « grands » édi­to­ria­listes du pays, je me dis que, fina­le­ment, être ain­si craint par ces gens-là, c’est un peu comme une Légion d’hon­neur, une marque de vraie résis­tance : il semble donc que je ne sois pas, moi, une oppo­si­tion contrô­lée (Cf. 1984 d’Or­well : une oppo­si­tion dont le pou­voir n’a rien à craindre). 

Fina­le­ment, il est assez logique que je sois détes­té par cette bande de détes­tables : je rap­pelle que tous ces « jour­na­listes » (ce sont les mêmes pro­pa­gan­distes qui défen­daient tous le Oui pour le réfé­ren­dum contre l’an­ti­cons­ti­tu­tion euro­péenne en 2005 et qui éti­que­taient déjà « extrême droite » tous leurs adver­saires défen­seurs du Non, pour ne pas avoir à leur répondre sur le fond), tous ces « jour­na­listes » qui me traitent de « facho », donc, défendent ardem­ment, depuis 40 ans (depuis le début des années 1980), à la fois le fléau du néo-libé­­ra­­lisme et celui du libre-échange, la catas­trophe abso­lue qu’est la libre cir­cu­la­tion des capi­taux et donc l’é­va­sion fis­cale, les délo­ca­li­sa­tions et la dés­in­dus­tria­li­sa­tion du pays, la déré­gu­la­tion finan­cière et la dépos­ses­sion des États du pou­voir de créa­tion moné­taire, le trans­fert scan­da­leux de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale (qui ne leur appar­te­nait pour­tant pas) à des ins­ti­tu­tions supra­na­tio­nales tyran­niques hors contrôle et cor­rom­pues jus­qu’à la moelle, la flexi­bi­li­té et l’aus­té­ri­té, la dés­in­dexa­tion des salaires et des retraites, la rigueur et les coups de cein­ture pour les pauvres, les cadeaux somp­tueux et obs­cènes pour les plus riches, insa­tiables pompes à fric, véri­tables siphons à pognon pri­vant la socié­té des signes moné­taires néces­saires à la pros­pé­ri­té, l’as­phyxie finan­cière des ser­vices publics pour en faire à terme des centres de pro­fit pri­vé, la vente à vil prix des biens publics ren­tables (auto­routes, péages, aéro­ports, bar­rages, indus­tries stra­té­giques…) aux par­rains maf­fieux qui les ont mis en place à leurs micros, et j’en passe… Il est assez logique que ces défen­seurs du capi­ta­lisme déchaî­né (et de son prin­ci­pal outil, la pré­ten­due Union euro­péenne) ne nous aiment pas et qu’ils nous craignent, moi et les Gilets jaunes deve­nant constituants.

Mille mer­cis à tous ceux qui me défendent comme ils peuvent, sur les réseaux sociaux et dans les conver­sa­tions, il est facile de com­prendre com­bien pour moi c’est émouvant. 

Et notam­ment mer­ci à ceux qu’on appelle les gen­tils virus démo­cra­tiques, dont j’ob­serve tous les jours le dévoue­ment au bien com­mun et à la démo­cra­tie qui vient. 

Mer­ci aus­si à RT, Rus­sia Today, la chaîne de télé russe qui assume désor­mais qua­si­ment seule en France le ser­vice public de Résis­tance à l’op­pres­sion, en don­nant la parole à tout le monde et en per­met­tant de bons débats de fond sur des sujets impor­tants. J’ai ren­con­tré leurs équipes et j’ai été frap­pé par leur pro­fes­sion­na­lisme et leur rigueur. Pro­ba­ble­ment parce qu’ils n’ont aucun droit à l’er­reur (le gou­ver­ne­ment et ses com­plices « jour­na­listes » les traquent depuis leur créa­tion), et aus­si peut-être parce qu’ils ne suivent pas, eux, un idéal lié au pro­fit ou à la domination.

Mer­ci aus­si à Fran­çois Ruf­fin, pour son cou­rage. Ce qu’il a fait ne m’é­tonne pas de lui : il est pro­fon­dé­ment hon­nête. C’est sans doute l’homme poli­tique que j’ad­mire le plus dans mon pays (mal­gré quelques pro­fonds désac­cords, notam­ment sur la très néces­saire sor­tie de l’UE). J’es­père que ses amis (qui sont aus­si les miens, dans ma tête en tout cas) ne le mar­ty­ri­se­ront pas pour ce qu’il a dit de moi (qui n’est quand même pas si grave).

Bon, les Gilets jaunes, on conti­nue d’ap­prendre à consti­tuer, sur les péages et les ronds-points ? On se fout de ces voleurs de pou­voir, on ne leur deman­de­ra pas la per­mis­sion pour s’é­man­ci­per de leur domi­na­tion. Il faut par contre qu’on s’en­traîne, hein ? Allez, à tout à l’heure !
(ce soir jeu­di à Bor­deaux, ven­dre­di à Péri­gueux, same­di dans le Lot, dimanche à Bri­gnoles, ou à Tou­lon je ne sais plus 🙂 )

Ami­tiés à tous (vrai­ment à tous).

Étienne.

#Gilets­Jau­nes­Cons­ti­tuant

#CeNest­Pa­sAux­Hom­me­sAu­Pou­voir­DÉ­cri­re­Les­Rè­gles­Du­Pou­voir

#Pas­De­Dé­mo­cra­tie­Sans­Ci­toyens­Cons­ti­tuants


Quand le mes­sage est trop fort, atta­quer le messager…

Voi­ci main­te­nant, ci-des­­sous, la copie du billet (impor­tant) que j’ai publié ici le 28 novembre 2014 (il y a déjà 4 ans) et où j’ai fait le point sur Soral :

Pour que les choses soient claires

Publié le 28 novembre 2014 | 286 com­men­taires

De grands médias et des poli­ti­ciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Sora­lien », ce qui leur per­met­trait de dis­cré­di­ter d’un coup, sans argu­ment de fond, la pro­po­si­tion ultra-démo­­cra­­tique de pro­ces­sus consti­tuant popu­laire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution euro­péenne, je tra­vaille jour et nuit pour don­ner de la force à une idée ori­gi­nale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je sou­tiens l’idée que nous n’avons pas de consti­tu­tion digne de ce nom et que, si nous vou­lons nous réap­pro­prier une puis­sance poli­tique popu­laire et nous débar­ras­ser du capi­ta­lisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Consti­tu­tion, notre contrat social, en orga­ni­sant nous-mêmes un peu par­tout des ate­liers consti­tuants popu­laires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir, ce n’est pas aux pro­fes­sion­nels de la poli­tique d’écrire ou de modi­fier la Consti­tu­tion, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beau­coup, dans toutes les direc­tions, tout ce qui touche aux pou­voirs, aux abus de pou­voir et aux ins­ti­tu­tions : his­toire, droit, éco­no­mie, phi­lo­so­phie poli­tique, socio­lo­gie, anthro­po­lo­gie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pour­vu que ça me donne des idées et des forces pour orga­ni­ser la résis­tance des êtres humains à tous les sys­tèmes de domi­na­tion. J’essaie de com­prendre com­ment on en est arri­vé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et com­ment on pour­rait (réel­le­ment) amé­lio­rer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intel­lec­tuel, un texte, une vidéo, ou tout docu­ment qui me semble utile pour com­prendre les abus de pou­voir et y résis­ter, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ain­si des dizaines de mil­liers de liens que j’ai expo­sés à l’intérêt et à la cri­tique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radi­ca­le­ment démo­cra­tique, je suis pour­tant tou­jours à l’affût des argu­ments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pen­sée, je cherche les pen­sées contraires aux miennes, autant pour les com­prendre vrai­ment (ce qui faci­lite ensuite les échanges construc­tifs avec des adver­saires que je consi­dère, mal­gré notre oppo­si­tion, comme des êtres humains, donc ipso fac­to légi­times pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détec­ter mes éven­tuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne pro­gresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tom­bé sur une vidéo de Soral, que je ne connais­sais pas, qui m’a inté­res­sé : il y dénon­çait le colo­nia­lisme raciste du gou­ver­ne­ment israé­lien et le sio­nisme comme idéo­lo­gie de conquête, aux États-Unis mais aus­si en France (en s’appuyant sur les livres — bou­le­ver­sants — d’Israël Sha­hak, de Shlo­mo Sand, de Gilad Atz­mon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui tra­vaille sur les abus de pou­voir, il est natu­rel d’être inté­res­sé par toute étude d’un pro­jet de domi­na­tion, quel qu’il soit. En regar­dant un peu son site, j’ai vu qu’il étu­diait, condam­nait et résis­tait (comme moi), entre autres, à l’Union euro­péenne, au capi­ta­lisme, à l’impérialisme, au colo­nia­lisme, au racisme, aux com­mu­nau­ta­rismes, aux mul­ti­na­tio­nales, aux com­plexes mili­­ta­­ro-indus­­triels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les mar­chands d’armes, au libre-échange et au sabo­tage moné­taire, aux innom­brables et scan­da­leuses tra­hi­sons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réduc­tions des liber­tés publiques jus­ti­fiées par la « lutte contre le ter­ro­risme », etc. Bref, tous ces fronts de résis­tance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radi­cale et vraie, j’ai ajou­té natu­rel­le­ment un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, par­mi des mil­liers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signa­lés : j’ai juste cité le lien déni­ché, comp­tant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je consi­dère comme des adultes — pour dis­tin­guer ce qui y est per­ti­nent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mau­vais. Et puis, je suis pas­sé à autre chose, évi­dem­ment ; ma vie est une course per­ma­nente d’une idée à l’autre.

À par­tir de ce moment, j’ai reçu des accu­sa­tions vio­lentes et des injonc­tions — sou­vent ano­nymes — à reti­rer ce lien, jugé dia­bo­lique. Or, j’ai hor­reur qu’on m’impose ce que je dois pen­ser ou dire ; je veux bien chan­ger d’avis (j’aime décou­vrir que je me trompe et pro­gres­ser en chan­geant d’opinion), mais il ne suf­fit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fas­ciste (sic), il faut me le prou­ver. Et si on veut me for­cer à reti­rer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bête­ment, je sais).

Autre fait qui m’est repro­ché : depuis 2011, les mili­tants d’E&R relaient sou­vent mes textes et vidéos sur leur site (docu­ments qui ne parlent que de démo­cra­tie, de consti­tu­tion d’origine popu­laire, et de ges­tion com­mune du bien com­mun), signe d’intérêt de mili­tants « de droite » pour la vraie démo­cra­tie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évi­dente de « fas­cisme »…  Lorsque je constate qu’un par­ti ou un jour­nal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radi­cale d’émancipation par l’auto-institution de la socié­té, je ne peux y voir que des rai­sons d’être satis­fait : mon mes­sage est uni­ver­sel, il n’est pas réser­vé à une famille poli­tique ; plus on sème­ra des graines de démo­cra­tie auto-ins­­ti­­tuée, un peu par­tout, sans exclu­sive aucune, mieux ce sera.

Jus­te­ment, j’ai obser­vé une évo­lu­tion qui me semble impor­tante : les jeunes gens qui suivent et sou­tiennent Soral, et qui étaient assez radi­ca­le­ment anti­dé­mo­crates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démo­­cra­­tie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pen­saient (comme tout le monde) que l’alternative poli­tique était 1) capi­­ta­­lisme-libé­­ra­­lisme-« démo­cra­tie » (com­plè­te­ment pour­ri, mafieux, escla­va­giste, des mil­lions de morts, à vomir) ou 2) com­­mu­­nisme-socia­­lisme-« démo­cra­tie popu­laire » (com­plè­te­ment pour­ri, un capi­ta­lisme d’État, avec police de la pen­sée, des camps de tra­vail en Sibé­rie, des mil­lions de morts, à vomir) ou 3) fas­­cisme-« non-démo­­cra­­tie » (violent aus­si, mais sans cor­rup­tion — choix ter­ri­fiant, selon moi, évi­dem­ment)… Et puis, voi­là qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Han­sen, Rous­seau, Sin­to­mer, Cas­to­ria­dis, Guille­min…) un régime alter­na­tif, une qua­trième voie, une orga­ni­sa­tion poli­tique dont per­sonne ne nous a jamais par­lé sérieu­se­ment à l’école ou dans les jour­naux : la vraie démo­cra­tie, sans guille­mets, avec une vraie consti­tu­tion et des vrais contrôles, que nous écri­rions nous-mêmes, direc­te­ment parce que entraî­nés, pour être sûrs de ne pas nous faire trom­per à nou­veau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai res­sen­ti sou­vent, net­te­ment) que nombre de ces jeunes mili­tants (de droite dure au début par dépit de la cor­rup­tion géné­ra­li­sée et faute d’alternative autre — pro­ces­sus iden­tique à la nais­sance du nazisme en Alle­magne) sont en train de deve­nir (ou sont déjà deve­nus) des démo­crates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alter­na­tive démo­cra­tique réelle est à la fois cré­dible et pro­met­teuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volon­té. Alors, je main­tiens qu’il est per­ti­nent et néces­saire de par­ler avec enthou­siasme de vraie démo­cra­tie à abso­lu­ment tout le monde, en étant convain­cu qu’un être humain, ça peut chan­ger d’avis 1) si on le res­pecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui pro­pose est éman­ci­pant, libé­ra­teur, puis­sant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant par­fois peu fré­quen­tables— par les­quels sont relayées mes graines de démo­cra­tie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la per­sonne à qui je parle, et sur­tout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand jour­nal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si‑j’y‑suis, ni le Diplo, ni Poli­tis, ni Terre-à-terre, dont je parle pour­tant sou­vent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signa­lé / com­men­té mon tra­vail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démo­cra­tie vraie ne les inté­res­sait pas du tout, ou comme si elle leur fai­sait peur. Il n’y a QUE les mili­tants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces ques­tions : l’idée d’un pro­ces­sus consti­tuant qui devien­drait popu­laire et d’une pro­cé­dure authen­ti­que­ment démo­cra­tique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Par­mi les faits qui me sont repro­chés, il y a aus­si une confé­rence avec Marion Sigaut (que j’ai trou­vée bien inté­res­sante, d’ailleurs), sur la réa­li­té du mou­ve­ment des « Lumières ». On s’empaille sou­vent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rous­seau, sur Robes­pierre, sur la Ven­dée, et sur quelques points his­to­riques impor­tants, mais on arrive bien à se par­ler, tous les deux, mal­gré nos désac­cords, en essayant de com­prendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se res­pec­tant, ce qui s’appelle une contro­verse, pro­ces­sus qui est à la base du pro­grès de la connais­sance. Cet échange intel­lec­tuel avec Marion, m’a fait décou­vrir des faits et docu­ments par­ti­cu­liè­re­ment impor­tants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre pas­sion­nant « Le pain, le peuple et le roi » de Ste­ven Kaplan —, et les intrigues fon­da­trices des « Phi­lo­sophes » des « Lumières » (riches et mar­chandes, tiens tiens), pour faire adve­nir le « libé­ra­lisme », c’est-à-dire la tyran­­nie-des-mar­­chands-libé­­rés-deve­­nus-légis­­la­­teurs qu’on appelle aujourd’hui le capi­ta­lisme.

Pour reve­nir à Soral, j’ai rapi­de­ment com­pris qu’il n’est pas du tout un démo­crate, évi­dem­ment : il est auto­ri­taire et il défend une idéo­lo­gie auto­ri­taire, au strict oppo­sé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dic­ta­ture éclai­rée » que de n’importe quelle dic­ta­ture, évidemment.

Mais mal­gré cela, une par­tie de son ana­lyse du monde actuel (et non pas ses pro­jets de socié­té) me semble utile, objec­ti­ve­ment, pour mon pro­jet à moi, de com­pré­hen­sion des abus de pou­voir et de consti­tuante popu­laire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résis­tance au sio­nisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de pen­ser et de par­ler que je suis.

On reproche à Soral un anti­sé­mi­tisme intense et assu­mé. Pour­tant, quand on lui demande « êtes-vous anti­sé­mite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il sou­ligne aus­si­tôt que le mot « anti­sé­mite », avec des guille­mets, a pro­gres­si­ve­ment chan­gé de sens pour ser­vir aujourd’hui de bou­clier anti-cri­­tiques (ce que Mélen­chon dénonce lui aus­si, amè­re­ment, avec rai­son et cou­rage, je trouve, en appe­lant cette calom­nie sys­té­ma­tique « le rayon para­ly­sant du CRIF ») : dans ce nou­veau sens, com­plè­te­ment dévoyé, « anti­sé­mite » sert à qua­li­fier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui cri­tiquent et condamnent la poli­tique — elle, offi­ciel­le­ment raciste et cri­mi­nelle — du gou­ver­ne­ment israé­lien (cri­tiques d’un racisme qui sont donc un anti­ra­cisme). C’est ce nou­veau sens seule­ment que Soral assu­mait, en mar­te­lant, en sub­stance : « j’en ai marre de ce chan­tage à « l’antisémitisme » et de ces inti­mi­da­tions per­ma­nentes de la part d’ultra-racistes qui osent accu­ser de racisme des résis­tants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas deve­nir soi-même raciste en réac­tion à un racisme pre­mier : il est essen­tiel, je pense, de ne pas deve­nir anti­sé­mite en réac­tion au sio­nisme : il ne faut sur­tout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que cer­tains sio­nistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récem­ment, j’ai décou­vert dans une publi­ca­tion de Soral des pro­pos ter­ribles et dan­ge­reux qui me conduisent à chan­ger d’avis sur la por­tée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à par­tir de 47:54), Soral dit les mots sui­vants, que je n’avais jamais enten­dus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai com­men­cé à trans­crire, mais j’ai honte de seule­ment écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évi­dem­ment pas vali­der une parole pareille, froi­de­ment raciste, sexiste, auto­ri­taire. Je n’avais jamais vu Soral par­ler comme ça. C’est un peu comme un désa­veu, parce que je l’ai enten­du maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je recon­nais que me suis trom­pé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légi­time et cou­ra­geuse contre de redou­tables pro­jets de domi­na­tion (résis­tance qui m’intéresse tou­jours et dont je ne me déso­li­da­rise pas), avec un sexisme, une homo­pho­bie, et main­te­nant un anti­sé­mi­tisme assu­més (qui me hérissent vrai­ment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ate­liers consti­tuants : on nous inter­pelle sans arrêt sur notre pré­ten­due iden­ti­fi­ca­tion à Soral, et la vio­lence des échanges qui s’en suivent par­tout me déses­père ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour mar­quer une dif­fé­rence, une limite : je sup­prime le lien de mon site vers Soral. Désor­mais, je ferai le filtre, en évo­quant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlo­mo Sand, Jacob Cohen, Ber­nard Lazare, Israël Sha­hak, Gilad Atz­mon, Nor­man Fin­kel­stein, Gideon Levy, Mear­shei­mer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclu­sion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont mon­tés en épingle de mau­vaise foi par les pro­fes­sion­nels de la poli­tique pour entre­te­nir une CONFUSION entre les vrais démo­crates et « l’extrême droite » ; confu­sion qui leur per­met de se débar­ras­ser des vrais démo­crates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scrip­tum : si le sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire arrive fina­le­ment à me faire pas­ser pour un diable hir­sute, infré­quen­table et ban­ni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cel­lule du corps social et je ne cherche abso­lu­ment aucun pou­voir per­son­nel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostra­ci­sé par le sys­tème, à part le bon­heur de bien ser­vir à quelque chose d’utile, que je res­sens en ce moment) : pre­nez alors le relais vous-mêmes ! Notre cer­veau col­lec­tif sur­vi­vra très bien à la dis­pa­ri­tion d’un neu­rone, chan­gez de nom, et conti­nuez à défendre vous-mêmes, un peu par­tout et tout le temps, cette idée impor­tante qui va tout chan­ger, mais seule­ment si on est très nom­breux à s’être bien pola­ri­sés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’écrire les règles du pou­voir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée consti­tuante ; si on veut une consti­tu­tion, il fau­dra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès main­te­nant et tous les jours (!), nous entraî­ner réel­le­ment en orga­ni­sant et en ani­mant par­tout des mini-ate­­liers consti­tuants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

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Rap­pel : http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​f​o​r​u​m​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​C​o​n​t​r​o​v​e​r​s​e​s​–​e​t​–​d​r​o​i​t​–​d​e​–​r​e​p​o​nse

Fil de dis­cus­sion Face­book sur ce billet
Ce conte­nu a été publié dans Contro­verses.


[Dans vos ateliers constituants populaires] Méfiez-vous des « LOIS ORGANIQUES » comme de la peste : ce sont des « lois » qui permettent aux parlementaires de modifier la Constitution SANS RÉFÉRENDUM !

Méfiez-vous des « LOIS ORGANIQUES » comme de la peste : ce sont des « lois » qui per­mettent aux par­le­men­taires de modi­fier la Consti­tu­tion SANS RÉFÉRENDUM !

Pour ma part, je sup­pri­me­rais car­ré­ment la pos­si­bi­li­té même de voter des « lois orga­nique » ( comme je sup­pri­me­rais aus­si le « pou­voir régle­men­taire » (qui est une confu­sion des pou­voirs crasse : la puis­sance légis­la­tive don­née au pou­voir exé­cu­tif => un dan­ger grave de tyran­nie quo­ti­dienne, depuis le Pré­sident et ses Ministres jus­qu’aux Maires).

Mais en atten­dant, dans vos ate­liers, évi­tez cette faci­li­té des « lois orga­niques », qui est l’équivalent d’un CHÈQUE EN BLANC don­né par les repré­sen­tés à leurs repré­sen­tants, pour modi­fier les règles de la repré­sen­ta­tion (hor­reur).

Si vous vou­lez allé­ger le texte de la consti­tu­tion, ne pas l’en­com­brer avec trop de détails pra­tiques (ce qui est le pré­texte offi­ciel de l’exis­tence des lois orga­niques), pré­voyez plu­tôt une ANNEXE CONSTITUTIONNELLE, série de moda­li­tés pra­tiques repous­sées en fin de Consti­tu­tion, mais qui serait, comme la consti­tu­tion même, pen­sée et rédi­gée par les Consti­tuants, vali­dée par réfé­ren­dum, évi­dem­ment, et inac­ces­sible aux repré­sen­tants par la suite.

Étienne.

#CeNest­Pa­sAux­Hom­me­sAu­Pou­voir­Dé­cri­re­Les­Rè­gle­Du­Pou­voir

#CeNest­Pa­sAux­Par­le­men­tai­res­NiAux­Mi­nis­tres­Dé­cri­reOu­De­Mo­di­fier­La­Cons­ti­tu­tion

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Rappel important, idée centrale à faire connaître à tous, NOTRE CAUSE COMMUNE : « nous voulons instituer nous-mêmes notre propre puissance »

Les GILETS JAUNES nous montrent un che­min, un che­min dont nous avons tous besoin ; ILS SONT DES PIONNIERS, pour la France et pour l’Hu­ma­ni­té : relé­guant tem­po­rai­re­ment au second plan leurs (par­fois pro­fondes, et inévi­tables) dif­fé­rences au niveau légis­la­tif, ils per­mettent l’ap­pa­ri­tion rapide d’une UNITÉ POPULAIRE – inédite et puis­sam­ment évo­lu­tion­naire – AU NIVEAU CONSTITUANT. 

C’est his­to­rique.

LE RIC EN TOUTES MATIÈRES RÉDIGÉ PAR LES CITOYENS EUX-MÊMES EST UNE INCARNATION SIMPLE DE LA CAUSE COMMUNE DES 99 % SUR TERRE, cette idée uni­ver­selle simple qui est LE CIMENT FRATERNEL QUI NOUS RENDRA INVULNÉRABLES, qui nous relie­ra mal­gré les dif­fi­cul­tés que les pou­voirs vont nous infli­ger : « NOUS VOULONS INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE POLITIQUE ».

Pour que la muta­tion his­to­rique en cours (des élec­teurs qui se trans­forment tout seuls en citoyens consti­tuants) puisse se déve­lop­per à grande échelle, il faut per­mettre au mou­ve­ment de DURER, et donc il faut ÉVITER DE TOUT BLOQUER PRÉMATURÉMENT, et même de seule­ment exas­pé­rer les autres citoyens en les ralen­tis­sant : en conti­nuant à rendre gra­tuits les péages d’au­to­routes (ce qui est pro­fon­dé­ment JUSTE), mais aus­si les par­kings et tous les trans­ports en com­muns et même tous les ser­vices publics, les Gilets Jaunes res­te­raient mobi­li­sés sur tout le ter­ri­toire, et à la fois pré­ser­ve­raient leur popu­la­ri­té en aidant les pauvres gens au lieu de les gêner.

Mer­ci à Meriem, et à tous les acteurs de RT France, ser­vice public de résis­tance en France, de me per­mettre ici d’ex­pli­quer publi­que­ment ce mes­sage essen­tiel en moins de 30 minutes.

Étienne.

#CeNest­Pa­sAux­Hom­me­sAu­Pou­voir­Dé­cri­re­Les­Rè­gles­Du­Pou­voir

#Nous­Vou­lon­sIns­ti­tuer­Nous­Mê­mes­No­tre­Pro­pre­Puis­sance

ATELIERS POPULAIRES SUR LE RIC : PISTES IMPORTANTES POUR DÉMARRER

Chers amis,

Voi­ci le docu­ment que j’ai créé pour vous, et dis­tri­bué same­di et dimanche der­nier (15 et 16 déc), à La Bouilla­disse et à La Cio­tat (for­mi­dables ren­contres, inou­bliables), pour vous aider dans vos pre­miers ate­liers consti­tuants sur le RIC (et les médias) :

• La colonne de gauche pré­sente notre anticonstitution, 

• la colonne du centre pré­sente une pro­po­si­tion citoyenne vrai­ment démocratique, 

• La colonne de droite (vide) insiste sur le fait que vous devrez tra­vailler (au moins un peu) pour vous émanciper.

J’ai soi­gneu­se­ment com­men­té (ora­le­ment) la colonne du centre hier à La Ciotat. 

Vous note­rez, dans ce docu­­ment-témoin-péda­­go­­gique, qui devrait être très utile à tout le monde, je crois, un ali­néa FONDAMENTAL sur LES MÉDIAS (je sens que ça va vous plaire 🙂 ) et les bri­coles néces­saires (sur la 2ème page) pour conser­ver la cohé­rence de (ce qui reste) notre anti­cons­ti­tu­tion (mais avec un moteur démo­cra­tique au cœur).

Dès que j’ai connais­sance d’une vidéo (de La Bouilla­disse et de La Cio­tat), je vous la fais connaître.

Si on veut être vite prêts à pous­ser fort, il faut qu’on se colle tous à l’é­cri­ture pour de bon, et en détail :

https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​D​o​c​s​/​0​0​0​_​A​t​e​l​i​e​r​_​R​I​C​_​L​e​_​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​_​d​a​n​s​_​l​_​a​n​t​i​c​o​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​_​f​r​a​n​c​a​i​s​e​_​d​e​_​1​9​5​8​_​2​p​.​pdf

Bon cou­rage à tous les citoyens consti­tuants débu­tants 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
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QUEL SEUIL DE DÉCLENCHEMENT POUR LE RIC ? À lire ensemble, sur tous les ronds-points et tous les péages…— ou sur tous les points de repli, après avoir été délogés temporairement par la maréchaussée 🙂

Ana Sailland nous explique ici, comme d’ha­bi­tude de façon lim­pide et péné­trante, les enjeux du RIC, et sur­tout LE SEUIL DE DÉCLENCHEMENT qu’elle pré­co­nise, avec ses « CERCLES CROISSANTS ».

Vous allez voir c’est pas­sion­nant.

C’est peut-être la moda­li­té de seuil qui nous met­tra tous d’ac­cord.

Mer­ci Ana, mer­ci d’exis­ter.

Étienne.

PS : cet après-midi, vers 15 h, je retrouve les gilets jaunes de mon coin (et les autres que ça inté­resse), pour par­ler du RIC et des moda­li­tés pra­tiques dont nous avons besoin, à La Bouilla­disse 🙂 Pre­nez du papier, un crayon et votre anticonstitution 🙂 

Ana Sailland, 10 mai 2016

Ici je vais enfon­cer des portes ouvertes 🙂
Mais peut être pas que.

Le réfé­ren­dum, 
c’est cette pro­cé­dure qui per­met d’in­ter­ro­ger le peuple sur un point pré­cis.
Il peut être pen­sé au niveau local ou au niveau natio­nal.
Je n’en­vi­sage ici que le niveau natio­nal, bien que le niveau local soit le point d’en­trée natu­rel et non violent de la démo­cra­tie dans la jungle du sys­tème repré­sen­ta­tif qui la singe. Mais à chaque jour suf­fit sa peine.

Le réfé­ren­dum ((( natio­nal ))) nous est lar­ge­ment pré­sen­té, depuis l’en haut, comme un outil de la démocratie.

Voyons ça de plus près.

Concep­tuel­le­ment, il existe deux sortes de réfé­ren­dum :
1) Le réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive de la gou­ver­nance, tra­di­tion­nel­le­ment dénom­mé « réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du prince ». Là, c’est la gou­ver­nance ( en France, donc, c’est le pré­sident ) qui pose la ques­tion.
2) Le réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du peuple, tra­di­tion­nel­le­ment dénom­mé « réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire », ou « réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne ». Là, c’est le peuple qui s’in­ter­roge lui-même.

On peut « clas­ser » selon un autre mode :

Concep­tuel­le­ment, il existe deux sortes de réfé­ren­dum :
1) Le réfé­ren­dum consul­ta­tif, qui sert à inter­ro­ger le peuple, pour connaître son opi­nion, et rien de plus. Il s’a­git donc d’un réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du prince. C’est un peu mieux que les son­dages, moins sus­cep­tible de tru­cage.
2) Le réfé­ren­dum déci­sion­naire, qui de la réponse du peuple fait loi, de manière incontestable.

Cela donne donc trois possibilités :

a) Réfé­ren­dum consul­ta­tif à l’i­ni­tia­tive du prince
b) Réfé­ren­dum déci­sion­naire à l’i­ni­tia­tive du prince
c) Réfé­ren­dum déci­sion­naire à l’i­ni­tia­tive du peuple

En France, l’op­tion c n’existe pas. Ce serait pour­tant, des trois, la seule option que l’on pour­rait consi­dé­rer comme démo­cra­tique, puisque elle seule per­met­trait au peuple de se gou­ver­ner lui-même, en répon­dant à SA ques­tion, qu’il se serait posée lui-même, et dans l’op­tique que sa réponse aurait force de loi.
Notons au pas­sage qu’existe depuis peu un ersatz pom­peu­se­ment nom­mé réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire. Il s’a­git de l’ar­ticle 11. Un vrai fou­tage de gueule.
Faut il pour autant faire une croix sur le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire, et déci­sion­naire ? Cer­tai­ne­ment pas. Mais il s’a­git d’un com­bat. Que mène l’as­so­cia­tion « article 3 ».

Jus­qu’à récem­ment, nous avions l’illu­sion que l’op­tion b était la règle. ( Réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du Prince, et déci­sion­naire)
Mais promp­te­ment après 2005, nous avons com­pris qu’en France, le réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du prince n’est fac­tuel­le­ment que consul­ta­tif. 
Le scé­na­rio est assez cocasse et il faut en peser la malhonnêteté.

Phase 1, le prince pro­pose au peuple, en lui lais­sant entendre que sa réponse aura force de loi.
Phase 2, l’empire média­tique, cul et che­mise avec le pou­voir, sou­tient à fond la pro­po­si­tion du prince.
Phase 3, on dépouille, et c’est là que la super­che­rie éclate.

Si à la pro­po­si­tion du prince la réponse du peuple est oui, alors cette réponse pro­duit loi. You­pi. 
… Et cette loi per­met­tra plus tard au prince de reje­ter toute contes­ta­tion, puisque la déci­sion ne sera pas de lui, mais du peuple « dans sa souveraineté ».

Par contre, si à la pro­po­si­tion du prince la réponse du peuple est non, alors le prince pour­ra envi­sa­ger la voie par­le­men­taire pour impo­ser sa volon­té, en modi­fiant la forme mais pas le sens, afin de faire ava­ler la pilule. Dans l’a­ven­ture, il n’au­ra per­du que l’a­van­tage de pou­voir dire : c’est pas moi, c’est vous. Mais sa volon­té aura bien pro­duit loi, sans contes­ta­tion légale et effi­cace possible.

Rete­nons, pour résu­mer, qu’en France, le réfé­ren­dum est à l’i­ni­tia­tive du Prince uni­que­ment, et qu’il n’a cer­tai­ne­ment pas pour fonc­tion de don­ner parole et pou­voir au peuple : il n’a pour fonc­tion que de faire signer par le peuple la pro­po­si­tion du prince, ce qui ren­dra plus tard et sur plu­sieurs géné­ra­tions toute contes­ta­tion qua­si impos­sible ( « com­ment ?!? vous osez vous oppo­ser à une déci­sion du sou­ve­rain peuple ?!? » ) . Et si le pro­ces­sus rate, le prince sort de sa musette d’autres outils pour impo­ser sa volonté.

Ce qu’on nous pré­sente comme un outil de la démo­cra­tie n’est donc, de fait, qu’un piège à rat.

Remède ?

Le remède est bien enten­du le réfé­ren­dum à l’i­ni­tia­tive du peuple, et déci­sion­naire, ayant force de loi, incon­tour­nable.
((( Que jamais très pro­ba­ble­ment les « « élites » n’é­cri­ront dans la consti­tu­tion, car ce serait contraire à leur inté­rêt de caste )))

Je ne vais pas tout de suite lâcher le sty­lo ( ou le cla­vier ), car cer­taine ques­tion tech­nique me tient à cœur , la ques­tion du seuil.

Si on prend l’exemple hel­vé­tique, forte est l’en­vie d’en copier les prin­cipes techniques :

Les ini­tiants ( c’est à dire les gens qui ont l’i­dée d’une ques­tion et sou­haitent la voir poser au peuple ), les ini­tiants doivent ras­sem­bler un cer­tain nombre de signa­tures de citoyens, qui par leur griffe attestent qu’ils sou­haitent que la ques­tion soit posée. Notons au pas­sage qu’on peut sou­hai­ter que la ques­tion soit posée sans sou­hai­ter que la réponse sera oui, ni qu’elle sera non. Il peut s’a­gir d’un élan démo­crate pur. Notons aus­si que le fait d’ac­cor­der sa signa­ture ou de la refu­ser est en quelque sorte un vote sur la nature du débat poli­tique ! Ain­si le peuple peut il, dans une cer­taine mesure, défi­nir col­lec­ti­ve­ment la nature du débat poli­tique. Ce qui en soi, déjà, est très riche.

Ce nombre de signa­tures sera ici appe­lé le seuil de déclen­che­ment de l’i­ni­tia­tive populaire.

Dans un pays de 60 mil­lions d’ha­bi­tants tel que la France, le choix de ce seuil est cru­cial et délicat.

Si le seuil est trop bas, une ava­lanche de réfé­ren­dums s’en­suit , la fan­tai­sie peut être pro­po­sée, voire la caco­pho­nie, et le coût du pro­ces­sus explose.

Si au contraire le seuil de déclen­che­ment est trop haut, alors, il est impos­sible à un petit groupe de per­sonnes désar­gen­tées de col­lec­ter les signa­tures néces­saires à la pro­mo­tion de son idée.
Si par exemple le seuil est de 1 % de 40 mil­lions de citoyens, alors besoin est de 400000 signa­tures. Essayez d’i­ma­gi­ner le bou­lot pour convaincre 400000 per­sonnes de signer. Autant dire que le réfé­ren­dum n’est plus d’i­ni­tia­tive citoyenne mais que l’i­ni­tia­tive est réser­vée à de puis­santes asso­cia­tions, à des par­tis, voire à des lob­bies. Le citoyen est dans les choux …

Or dans mon esprit far­fe­lu germe l’un des points qui à mon sens devrait être ins­crit en lettres d’or sur le cahier des charges de la démo­cra­tie réelle, vraie, intégrale :

Tout citoyen doit pou­voir à tout ins­tant se mêler des affaires de la cité, avec un poids non nul et cer­tain, et cela sans pré­su­mer de son assi­dui­té anté­rieure et de son inves­tis­se­ment pas­sé dans le débat et la déci­sion publiques.

Je lance donc une idée folle : le réfé­ren­dum d’initiative mono­ci­toyenne, où UN citoyen peut invi­ter la nation entière à réflexion et déci­sion ; ça décoiffe et on va me prendre pour une jobastre, non ?

L’i­dée tech­nique est toute bête pour­tant : rem­pla­cer ou dou­bler le prin­cipe du seuil de déclen­che­ment par une autre pro­cé­dure : le réfé­ren­dum à dia­mètre crois­sant.

Voi­ci l’i­dée ( mille variantes sont possibles ):

L’i­ni­tiant soli­taire, et à ses frais, consulte un espace local de son choix, rue de 1000 habi­tants mini­mum, ou vil­lage de 1000 habi­tants mini­mum, ou autre.

Si là son idée gagne , c’est à la muni­ci­pa­li­té d’or­ga­ni­ser à son échelle.

Si là de nou­veau l’i­ni­tia­tive mono­ci­toyenne est accep­tée, on passe à la région, et ain­si de suite ….

Étant enten­du qu’un échec ren­con­tré avant d’at­teindre l’é­chelle natio­nale met fin à l’aventure.

Voi­lou.

Les gens vont trou­ver com­pli­qué, et ils n’ont pas tort. Mais si la démo­cra­tie vraie est un sou­hait ardent, la démo­cra­tie à grande échelle est un pro­blème com­plexe. Jus­qu’où est on prêt à sacri­fier à la simplicité ?

___________________________________________________

Je ter­mine sur la ques­tion de l’empire média­tique. 
Les médias de masse appar­te­nant à une poi­gnée de mil­liar­daires, ils dis­posent, quoi­qu’en disent cer­tains, du pou­voir de for­ger l’o­pi­nion ( et le désir, et la libi­do, mais c’est un autre drame ).

Le réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire déci­sion­naire qui peut sem­bler la pana­cée se heurte à ce pro­blème rédhi­bi­toire, qui devra un jour être résolu.

___________________________________________________

Il fau­drait aus­si décli­ner le champ du réfé­ren­dum ( lois, consti­tu­tion, trai­tés, réfé­ren­dum révo­ca­toire, etc )

« Next time may be ». Si vous avez lu jusque là, merci:)

!!! Et n’ou­bliez pas de sou­te­nir l’as­so­cia­tion article 3 !!!

Ana Sailland.

 
« Légis­la­tif » concerne les lois, les règle­ments et les trai­tés. Étienne.

Résu­mé des Réfé­ren­dums à dia­mètres crois­sants :
(à tra­vailler ensemble sur les péages et les ronds-points)

Tout citoyen peut, par ses propres moyens, consul­ter ses concitoyens. 

Si l’échantillon consul­té (plus de 1000 per­sonnes sur une même loca­li­té, vil­lage, rue…) est favo­rable à l’initiative, la muni­ci­pa­li­té ou les muni­ci­pa­li­tés des citoyens consul­tés doivent orga­ni­ser rapi­de­ment un réfé­ren­dum municipal. 

Si le réfé­ren­dum muni­ci­pal est favo­rable à l’initiative, le dépar­te­ment dont dépend la muni­ci­pa­li­té doit orga­ni­ser rapi­de­ment un réfé­ren­dum départemental. 

Si le réfé­ren­dum dépar­te­men­tal est favo­rable à l’initiative, la nation (ou la confé­dé­ra­tion) doit orga­ni­ser un réfé­ren­dum natio­nal (ou confédéral). 

Tout résul­tat défa­vo­rable avant d’atteindre l’échelle confé­dé­rale met fin à la pro­gres­sion de l’initiative.

FRANÇOIS RUFFIN POUR UN RÉFÉRENDUM SUR LE RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE CITOYENNE ?

Un repré­sen­tant digne de ce nom, ça détonne…
Est-ce que je rêve ? Non, c’est Fran­çois Ruf­fin 🙂

Mais ATTENTION, IL EST (ULTRA) MINORITAIRE : s’il n’a pas une armée de citoyens consti­tuants et vigi­lants der­rière lui, pour tordre le bras des élus majo­ri­taires (élus lit­té­ra­le­ment en fraude, avec le chan­tage du néces­saire « bar­rage »), on n’au­ra eu que du blabla.

Et puis, un réfé­ren­dum sur le réfé­ren­dum, c’est quand même ultra timide… Mais le plus long che­min com­men­çant pas un pas, on peut y réfléchir.

Il faut que les élus incor­porent dans la consti­tu­tion LE TEXTE QUE LES CITOYENS AURONT RÉDIGÉ EUX-MÊMES :

• SANS AMENDEMENTS tor­dus (qui vide­ront le texte popu­laire de sa sub­stance ou le ren­dront impra­ti­cable),

• SANS « LOIS ORGANIQUES » (qui sont les lois consti­tuantes, c’est-à-dire des scan­da­leux chèques en blanc consti­tuants, per­met­tant aux par­le­men­taires de modi­fier dis­crè­te­ment la consti­tu­tion sans réfé­ren­dum, sans appel au peuple),

• SANS FILTRE, ni par­le­men­taire ni gou­ver­ne­men­tal,

• SANS « GARDE-FOUS » ajou­tés en douce (parce que « les fous », c’est nous…),

• SANS SOUMISSION À UNE « COUR SUPRÊME » ou autre « CONSEIL CONSTITUTIONNEL », tou­jours exclu­si­ve­ment com­po­sés de vieux gri­gous démo­phobes, rem­plis d’en­ne­mis du peuple les plus endur­cis et cor­rom­pus jus­qu’à la moelle.

LE RIC DOIT RENDRE (VRAIMENT) LE PEUPLE ENFIN SOUVERAIN, EN TOUTES MATIÈRES.

(Rete­nez bien cette liste, en la com­plé­tant s’il le faut, parce que c’est vous les sen­ti­nelles du peuple, et per­sonne d’autre.)

Si Fran­çois arrive à ce résul­tat (faire accep­ter dans son propre par­ti que soit pro­gram­mée hon­nê­te­ment la puis­sance du peuple en toutes matières, dans les termes-même vou­lus par le peuple), c’est lit­té­ra­le­ment un héros 🙂
Mais on peut légi­ti­me­ment dou­ter qu’il y arrive.

On ver­ra.
Mais on a les yeux bien ouverts : un CITOYEN digne de ce nom est VIGILANT, c’est une SENTINELLE DU BIEN COMMUN (et au pas­sage, il ne laisse donc pas… disons, enqui­qui­ner par les anti-com­­plo­­tistes et autres anti-conspi­­ra­­tion­­nistes, tous évi­dem­ment com­plices, volon­tai­re­ment ou pas, des comploteurs).

Étienne.

#gilets­jau­nes­cons­ti­tuants
#gilets­jau­nes­vi­gi­lants

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POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de chercher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE

POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de cher­cher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE : lob­bying, tra­fic d’in­fluence, pan­tou­flage, impu­ni­té des grands frau­deurs, appro­pria­tion des grandes sources d’in­for­ma­tion, pro­messes impu­né­ment bafouées, men­songes éhon­tés et tra­hi­sons de l’in­té­rêt général…

Tous les pou­voirs ont une ten­dance éter­nelle à s’au­to­no­mi­ser, à s’af­fran­chir de tout contrôle, et donc à écrire eux-mêmes les règles de la repré­sen­ta­tion (la consti­tu­tion), leurs propres limites.

Or, ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir : ce n’est pas aux par­le­men­taires, ni aux ministres, ni aux pro­fes­sion­nels de la poli­tique, d’é­crire ou de modi­fier la consti­tu­tion, parce qu’ils sont en CONFLIT D’INTÉRÊTS : ils ont un inté­rêt per­son­nel (ins­ti­tuer LEUR puis­sance) contraire à l’in­té­rêt géné­ral (ins­ti­tuer la sou­ve­rai­ne­té POPULAIRE).

Seuls les repré­sen­tés sont légi­times et aptes à écrire les règles de la repré­sen­ta­tion. Les repré­sen­tants, eux, devraient être écar­tés du pro­ces­sus constituant.

Les gilets jaunes aujourd’­hui, les autres citoyens demain, sont en train de contes­ter la repré­sen­ta­tion faus­sée par les poli­ti­ciens, et de pen­ser EUX-MÊMES les règles de la représentation.

Les élec­teurs enfants deviennent des citoyens constituants.

C’est his­to­rique.

Étienne.


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Communiqué de presse « Serment du Jeu de Paume », de Gilets Jaunes aux journalistes et au président de la République

Des Gilets Jaunes viennent de publier ce communiqué : 

Il est très bien, ce communiqué 🙂

Il reste à le faire débattre, amen­der et vali­der par tous les Gilets Jaunes France.

Il faut juste sur­li­gner en jaune ce que cer­tains médias (les com­plices des voleurs de pou­voir) n’ont PAS dif­fu­sé auprès des citoyens, c’est-à-dire qu’ils ont CENSURÉ (la par­tie sur le RIC notam­ment), et publier le texte sur­li­gné pour que tous les gilets jaunes se chargent de relayer ensemble la par­tie cen­su­rée (sur­li­gnée en jaune, donc) auprès des citoyens.

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Voi­ci l’al­lo­cu­tion com­plète (fil­mée par un simple citoyen), avec le texte en sous-titres :
httpv://youtu.be/YbhZ_L7CsGI

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Mes commentaires des mensonges de Macron, en direct sur le journal de RT

Après l’é­mis­sion chez Tad­déï, les gens de RT m’ont gen­ti­ment invi­té à com­men­ter en direct les bobards de Macron, au JT de 20 h sur RT :

httpv://www.youtube.com/watch?v=-uQtsoVGkzA

Une com­pi­la­tion de mes com­men­taires a très vite été publiée aus­si 🙂 sur une chaine You­tube dont le nom me plaît : #gilets­jau­nes­cons­ti­tuants 🙂

httpv://www.youtube.com/watch?v=9_XTrTZ12Cg

Et des taquins ont encore ironisé 🙂

#macron­le­ty­ran vs #gilets­jau­nes­cons­ti­tuants

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