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Non au référendum du 29 mai 2005… « il y a 20 ans… On n’oublie pas ». Échanges (29 mai 2025) à propos de l’anti-constitution européenne sur la chaîne du Canard réfractaire

C’est une série d’é­changes aux­quels j’at­tache beau­coup d’im­por­tance qui com­mence avec cet épi­sode : grâce à Yohann, on va pou­voir prendre le temps de com­pa­rer deux pro­jets d’é­man­ci­pa­tion popu­laire : le pro­jet com­mu­niste mar­xiste vs le pro­jet démo­cra­tique (qui res­semble selon moi au com­mu­nisme anar­chiste, du fait de sa méfiance envers toute forme de domi­na­tion). Pour aujourd’­hui, 29 mai 2025, on essaie d’en­tre­te­nir la mémoire des luttes en évo­quant le réfé­ren­dum de 2005 (il y a 20 ans, qui ont…

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« LA MONNAIE : OUTIL D’ASSERVISSEMENT OU DE SOUVERAINETÉ ? » – Débats et ateliers constituants avec Valérie Bugault et Jacques Cheminade samedi 5 avril 2025 à Gradignan (33)

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Disqualifier pour mieux dominer : LE COMPLOT DES ANTICOMPLOTISTES

[Rap­pel d’un papier IMPORTANT de Fré­dé­ric Lordon,
dans Le Monde diplo­ma­tique, en octobre 2017]

Dis­qua­li­fier pour mieux dominer :
LE COMPLOT(ISME) DE L’ANTICOMPLOTISME

L’image est fami­lière : en haut, des gens res­pon­sables se sou­cient du ration­nel, du pos­sible, du rai­son­nable, tan­dis que ceux d’en bas, constam­ment ingrats, imputent à leurs diri­geants une série de mal­veillances. Mais l’obsession du com­plot ne relève-t-elle pas plu­tôt des strates les plus éle­vées de la socié­té ? Les jour­na­listes repre­nant les idées du pou­voir pri­vi­lé­gient eux aus­si cette hantise.

Après « réforme », « moderne » et « logi­ciel » (« en chan­ger »), « com­plo­tisme » est en train de deve­nir le nou­vel indice du cré­tin, le mar­queur qui situe imman­qua­ble­ment son homme. Un ordre social de plus en plus révol­tant à un nombre crois­sant de per­sonnes réduit néces­sai­re­ment ses conser­va­teurs aux pro­cé­dés les plus gros­siers pour ten­ter d’endiguer une contes­ta­tion dont le flot ne cesse de monter. 

Au demeu­rant, on sait que cet ordre entre en crise pro­fonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à oppo­ser que des dis­qua­li­fi­ca­tions. Comme un pre­mier mou­ve­ment de panique, « anti­sé­mi­tisme » a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute cri­tique du capi­ta­lisme ou des médias (1). Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe ato­mique s’il s’agit sim­ple­ment d’éteindre un départ de feu. C’est que par défi­ni­tion on ne peut pas se livrer à un usage ordi­naire et à répé­ti­tion de la muni­tion maxi­male, sauf à lui faire perdre rapi­de­ment toute effi­ca­ci­té. Ses usages ten­dan­ciel­le­ment gro­tesques sou­li­gnant son igno­mi­nie de prin­cipe, le pro­cé­dé a fata­le­ment entraî­né l’autodisqualification de la disqualification.

Sup­po­sé moins cou­vrir ses propres uti­li­sa­teurs de honte et mieux cali­bré pour l’arrosage exten­sif, sus­cep­tible par là d’être rapa­trié dans le domaine du com­men­taire ordi­naire, le « com­plo­tisme » est ain­si deve­nu le nou­veau lieu de la bêtise jour­na­lis­tique — et de ses dépen­dances, phi­lo­sophe déri­soire ou socio­logue de ser­vice. Signe des temps, il faut moins invo­quer la mau­vaise foi que l’effondrement intel­lec­tuel de toute une pro­fes­sion pour com­prendre ses impos­si­bi­li­tés de com­prendre, et notam­ment de com­prendre deux choses pour­tant assez simples. 

D’abord que la seule ligne en matière de com­plots consiste à se gar­der des deux écueils symé­triques qui consistent l’un à en voir par­tout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concer­tées et dissimulées… 

Ensuite que le com­plo­tisme, ten­dance évi­dem­ment avé­rée à sai­sir tous les faits de pou­voir comme des conspi­ra­tions, deman­de­rait sur­tout à être lu comme la dérive patho­lo­gique d’un mou­ve­ment pour en finir avec la dépos­ses­sion, d’un effort d’individus ordi­naires pour se réap­pro­prier la pen­sée de leur situa­tion, la pen­sée du monde où ils vivent, confis­quée par des gou­ver­nants sépa­rés entou­rés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sor­tir de la pas­si­vi­té. « Vou­loir tout trai­ter en cachette des citoyens, et vou­loir qu’à par­tir de là ils ne portent pas de juge­ments faux et n’interprètent pas tout de tra­vers, écri­vait il y a déjà long­temps Spi­no­za, c’est le comble de la stu­pi­di­té (2). »

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de com­prendre le méca­nisme qui fait voir des com­plots par­tout, il y a lieu symé­tri­que­ment de com­prendre celui qui fait voir du com­plo­tisme par­tout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspi­ra­tion­nistes ni l’intention dis­qua­li­fi­ca­trice, quoique mas­sive, ne rendent entiè­re­ment compte de l’obsession non pas pour les com­plots, mais pour les com­plo­tistes — un com­plo­tisme anti­com­plo­tiste, si l’on veut… Si cette nou­velle idée fixe trouve si bien à pros­pé­rer, c’est aus­si parce qu’elle trouve une pro­fonde res­source dans des formes de pen­sée spon­ta­nées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des domi­nants, dont les jour­na­listes, qui aux étages infé­rieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbi­bés comme par un fatal dégât des eaux.

La para­noïa des puissants

C’est que, par construc­tion, être un domi­nant, c’est par­ti­ci­per à des jeux de pou­voir, être immer­gé dans leurs luttes, en vivre toutes les ten­sions, et notam­ment l’impérieuse obli­ga­tion de la vigi­lance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stra­té­gies et contre-stra­­té­­gies pour conser­ver ou bien déve­lop­per ses posi­tions de pou­voir. En réa­li­té, dans ses strates les plus hautes, la divi­sion fonc­tion­nelle du tra­vail est inévi­ta­ble­ment dou­blée par une divi­sion du pou­voir… la seconde ayant pour pro­prié­té de vam­pi­ri­ser la pre­mière : les hommes de pou­voir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle ins­ti­tu­tion, s’activent en fait bien moins à ser­vir la fonc­tion où les a pla­cés la divi­sion du tra­vail qu’à pro­té­ger les posi­tions dont ils ont été par là dotés dans la divi­sion du pouvoir. 

Or la logique sociale du pou­voir est si forte qu’accéder à une posi­tion conduit dans l’instant à envi­sa­ger sur­tout le moyen de s’y faire recon­duire, ou bien de se haus­ser jusqu’à la sui­vante. On rêve­rait de pou­voir obser­ver les jour­nées d’un patron de chaîne, d’un direc­teur de jour­nal, d’un cadre diri­geant, d’un haut fonc­tion­naire, d’un magis­trat ou d’un man­da­rin uni­ver­si­taire lou­chant vers le minis­tère, pour y chro­no­mé­trer, par une sorte de tay­lo­risme retour­né à l’envoyeur, les parts de son temps res­pec­ti­ve­ment consa­crées à rem­plir la fonc­tion et à main­te­nir la posi­tion. La pathé­tique véri­té des orga­ni­sa­tions peut conduire jusqu’à cette extré­mi­té, en fait fré­quem­ment atteinte, où un diri­geant pour­ra pré­fé­rer atten­ter aux inté­rêts géné­raux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une oppo­si­tion interne inquié­tante ou d’obtenir la faveur déci­sive de son suze­rain — et il y a dans ces divi­sions duales, celle du tra­vail et celle du pou­voir, une source trop mécon­nue de la dys­fonc­tion­na­li­té essen­tielle des institutions.

La logique même du pou­voir, dont la conquête et la conser­va­tion sont immé­dia­te­ment affaire d’entreprise déci­dée, voue par construc­tion les hommes de pou­voir à occu­per alter­na­ti­ve­ment les deux ver­sants du com­plot : tan­tôt com­plo­teurs, tan­tôt complotistes. 

En réa­li­té, le com­plot est leur élé­ment même, soit qu’ils s’affairent à en éla­bo­rer pour par­ve­nir, soit que, par­ve­nus, ils com­mencent à en voir par­tout qui pour­raient les faire sau­ter. On n’imagine pas à quel degré la forme com­plot imprègne la pen­sée des puis­sants, jusqu’à la satu­rer entiè­re­ment. Leur monde men­tal n’est qu’un gigan­tesque Krieg­spiel. La carte du théâtre des opé­ra­tions est en per­ma­nence sous leurs yeux, leurs antennes constam­ment déployées pour avoir connais­sance du der­nier mou­ve­ment, leur éner­gie men­tale englou­tie par la pen­sée du coup d’avance, leur temps colo­ni­sé par le constant tra­vail des alliances à nouer ou à conso­li­der. Bien davan­tage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habi­ter le monde violent des domi­nants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr pas­se­port pour le com­plo­tisme. Le pire étant que, pour un homme de pou­voir, la para­noïa n’est pas une patho­lo­gie adven­tice : elle est un devoir bien fon­dé. La ques­tion constante de l’homme de pou­voir, c’est bien : « Qu’est-ce qui se trame ? »

Vivant objec­ti­ve­ment dans un monde de com­plots, les hommes de pou­voir déve­loppent néces­sai­re­ment des formes de pen­sée com­plo­tistes. La dénon­cia­tion obses­sion­nelle du com­plo­tisme, c’est donc pour une large part la mau­vaise conscience com­plo­tiste des domi­nants pro­jec­ti­ve­ment prê­tée aux domi­nés. Le pre­mier mou­ve­ment de M. Julien Dray, voyant sor­tir les pho­to­gra­phies d’une femme en bur­ki­ni expul­sée de la plage par la police muni­ci­pale de Nice à l’été 2016, est de consi­dé­rer qu’il s’agit d’une mise en scène des­ti­née à pro­duire des cli­chés d’expulsion. M. Jean-Chris­­tophe Cam­ba­dé­lis, ahu­ri des mésa­ven­tures new-yor­­kaises de son favo­ri Domi­nique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « tou­jours pen­sé, non pas à la théo­rie du com­plot, mais à la théo­rie du piège (3) » — c’est en effet très différent.

Sans doute y a‑t‑il une forme d’injustice à ce que, de cet effet pro­jec­tif, ce soient les jour­na­listes ou les publi­cistes, domi­nés des domi­nants, qui portent cepen­dant l’essentiel du poids de ridi­cule. Car les domi­nants eux-mêmes lâchent rare­ment le fond de leur pen­sée : leur sau­va­ge­rie la rend impré­sen­table, et puis ce sont tou­jours des schèmes com­plo­tistes par­ti­cu­liers qu’il y aurait à y lire : « celui-ci me monte une cabale », « ceux-là m’orchestrent un coup », etc. Iro­ni­que­ment, ce sont donc des agents sim­ple­ment satel­lites des plus hauts lieux de pou­voir, donc moins direc­te­ment enga­gés dans leurs para­noïas, qui vont se char­ger de faire pas­ser les schèmes com­plo­tistes par­ti­cu­liers au stade de la géné­ra­li­té, puis de les ver­ba­li­ser comme tels, mais bien sûr tou­jours selon le mou­ve­ment d’extériorisation qui consiste à les prê­ter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pen­sée com­plo­tiste passe ain­si de ceux qu’elle habite en pre­mière ins­tance à ceux qui racontent leur his­toire. D’abord parce que les jour­na­listes poli­tiques se sont défi­ni­ti­ve­ment abî­més dans les « cou­lisses », les « arcanes » et le « des­sous des cartes », manière osten­ta­toire de faire savoir qu’« ils en sont », mais sur­tout pers­pec­tive qui emporte néces­sai­re­ment la forme com­plot. Ensuite parce que la fré­quen­ta­tion assi­due de leurs « sujets » se prête idéa­le­ment à la com­mu­ni­ca­tion et au par­tage des formes élé­men­taires de la pen­sée, si bien que l’inconscient com­plo­tiste est peu ou prou deve­nu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre direc­te­ment en œuvre dans leurs propres manœuvres ins­ti­tu­tion­nelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de pas­ser dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bru­no Roger-Petit, qui aurait furieu­se­ment nié toute action concer­tée au sein de l’univers des médias pour faire abou­tir la can­di­da­ture Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services offi­ciel­le­ment récom­pen­sés. C’est donc très logi­que­ment qu’il n’a pas ces­sé avant d’être nom­mé porte-parole de l’Élysée de dénon­cer comme com­plo­tiste toute lec­ture de l’élection comme synar­chie finan­cière et média­tique : c’était une pure che­vau­chée politique.

De la croi­sade anti­com­plo­tiste à l’éradication de la fake news (fausse infor­ma­tion), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davan­tage y voir deux expres­sions dif­fé­ren­ciées d’une seule et même ten­dance géné­rale. Mais com­ment situer plus pré­ci­sé­ment un « déco­deur » du Monde​.fr au milieu de ce pay­sage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Mati­gnon. D’où lui viennent ses propres obses­sions anticomplotistes ? 

Inutile ici d’envisager des hypo­thèses de conta­mi­na­tion directe : il faut plu­tôt son­ger à un « effet de milieu », plus com­plexe et plus dif­fus. Pas moins puis­sant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une per­cep­tion simple. Un milieu sécrète ses formes de pen­sée. La forme de pen­sée média­tique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pen­sées indi­vi­duelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de : 1) l’adhésion glo­bale à l’ordre social du moment, 2) l’hostilité réflexe à toute cri­tique radi­cale de cet ordre, 3) la réduc­tion à une pos­ture défen­sive dans un contexte de contes­ta­tion crois­sante, la pénu­rie de contre-argu­­ments sérieux ne lais­sant plus que la res­source de la dis­qua­li­fi­ca­tion, 4) la croi­sade anti­com­plo­tiste comme motif par­ti­cu­lier de la dis­qua­li­fi­ca­tion, répan­du par ému­la­tion, dans les couches basses du pou­voir média­tique, du schème éra­di­ca­teur déve­lop­pé comme mau­vaise conscience pro­jec­tive dans les couches hautes — un effet de « ruis­sel­le­ment », si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte. 

En résu­mé, on com­mence par entendre pen­dant des années des « BHL » et des Jean-Michel Apha­tie, et puis, par lente impré­gna­tion, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique Les déco­deurs du Monde​.fr, d’autant plus per­ni­cieux qu’on a affaire, comme on dit à Mar­seille, à « un innocent ».

Le com­plo­tisme est déci­dé­ment insuf­fi­sant à rendre compte de l’obsession pour le com­plo­tisme : on n’explique pas Les déco­deurs par la simple, et sup­po­sée, pro­li­fé­ra­tion des cin­glés conspi­ra­tion­nistes. Le sen­ti­ment d’être agres­sé, le syn­drome obsi­dio­nal de la for­te­resse assié­gée y prennent une part déci­sive dans un uni­vers média­tique dont toutes les déné­ga­tions d’être les auxi­liaires d’un sys­tème de domi­na­tion ne font main­te­nant qu’accréditer davan­tage la chose.

Il est vrai que, mani­fes­ta­tion cano­nique de l’« inno­cence », les jour­na­listes vivent dans la par­faite incons­cience sub­jec­tive de leur fonc­tion­na­li­té objec­tive, où leur déné­ga­tion prend tous les accents de la sin­cé­ri­té. Le fait est là pour­tant, et le schème du retour­ne­ment, qui prête au peuple des ten­dances para­noïaques en réa­li­té par­tout pré­sentes dans l’univers des domi­nants, n’en prend que plus de force. 

Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : cou­vrir pro­jec­ti­ve­ment le peuple révol­té de mons­truo­si­té est une opé­ra­tion vieille comme la presse ancil­laire — qu’on se sou­vienne des hauts faits de la presse ver­saillaise pen­dant la Com­mune ou de ceux de la presse bour­geoise russe rela­tant la prise du Palais d’hiver. La croi­sade média­tique contem­po­raine contre la fake news aura du mal à recou­vrir que la presse elle-même est le lieu le plus auto­ri­sé de mise en cir­cu­la­tion de fake news (4) — ceci expli­quant cela ? Au milieu d’un océan : Le Monde rap­porte sans un bat­te­ment de cil ni le moindre com­men­taire le pro­pos, cet été, d’un « res­pon­sable macro­niste » inquiet : « Les Fran­çais ont l’impression qu’on fait une poli­tique de droite (5). » Quelques jours aupa­ra­vant, le Finan­cial Times ren­con­trait le pre­mier ministre Édouard Phi­lippe (6) : « Lorsqu’on [lui] sug­gère que les plans de son gou­ver­ne­ment ne com­portent que des mesures de droite, il éclate de rire : “Vous vous atten­diez à quoi ?” »

Fré­dé­ric Lordon

Éco­no­miste et phi­lo­sophe. Der­nier ouvrage paru : Les Affects de la poli­tique, Seuil, Paris, 2016.

Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Le com­plot des anticomplotistes »

(1) Cf. typi­que­ment Nico­las Weill, « Le jour­na­lisme au-delà du mépris », Le Monde, 2 avril 2004.

(2) Lire « Conspi­ra­tion­nisme, la paille et la poutre », La pompe à phy­nance, 24 août 2012, et le dos­sier « Vous avez dit « com­plot » ? », Le Monde diplo­ma­tique, juin 2015.

(3) « Affaire DSK : Cam­ba­dé­lis ne croit pas à “la théo­rie du com­plot” », n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.

(4) Lire Pierre Rim­bert, « Les chauf­fards du bobard », Le Monde diplo­ma­tique, jan­vier 2017. Ain­si que, entre autres, « Le voyage en Grèce de Macron racon­té par Le Monde ? Tout est faux ! », blog de Yan­nis You­loun­tas, 8 sep­tembre 2017.

(5) Solenn de Royer, « Après un mois de juillet dif­fi­cile, Macron veut reprendre la main », Le Monde, 28 juillet 2017.

(6) « French centre-right pre­mier says he is at ease with Macron agen­da », Finan­cial Times, Londres, 11 juillet 2017.

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Rendez-vous dimanche 19 mai 2019 à Saint-Clair-du-Rhône (Isère) pour la rencontre FAITES DES RIC, avec Maxime Nicolle (Fly Rider)

https://​you​tu​.be/​z​_​E​9​3​I​W​N​Roo


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L’é­vé­ne­ment fb : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​6​3​5​6​0​3​2​7​6​9​9​6​91/

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Rdz-vs samedi 18 mai à Saint-Hilaire-du-Touvet pour faire décoller le RIC, avec Fly Rider MaximeNicolle

🎪 Same­di 18 mai 🎪
LA CIBLE, C’EST LE RIC

Bien connu, le petit vil­lage de St HILAIRE du Tou­vet dans les Alpes, est la Mecque du VOL LIBRE… 

💠 Après midi :
Plein air…et bain de SOLEIL…🐥
Appor­tez votre pique nique !
Pour par­ta­ger le RIC !

VOUS CROISEREZ peut-être :
🐥Etienne Chouard, Fly rider Maxime Nicolle…
🐥Les gen­tils parapentistes,
🐥De grands photographes… 

💠 Soi­rée Confé­rence : « les ailes du RIC »
LE LIEU : sera com­mu­ni­qué 48 h à l’a­vance, en fonc­tion de la météo !

CONTACT PRESSE :
ALEXANDRE PY BLOUCH
gsm 0033-(0)6–21–46–22–77
Email : [email protected]

Il est pré­vu de la pluie plu­sieurs fois dans la jour­née, on n’est donc pas sûrs de voler, mais le vrai soleil est dans nos têtes, on fera la fête 🙂

Au plai­sir de vous rencontrer 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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Ce 16 mai 2019, Jeudi Chouard #10, on reçoit trois Algériens passionnants : Amazigh Kateb, Hicham Ruibah, et Rachid Bendjeguelal, pour évoquer les exemples démocratiques qui leur sont chers, algériens, berbères…

Je rentre de La Réunion après trois jours de ronds-points gilets jaunes et de confé­rences émou­vantes et stimulantes.

Ce 16 mai 2019, pour Jeu­di Chouard #10 sur Sud Radio, on reçoit trois Algé­riens pas­sion­nants, dont un chan­teur popu­laire en Algé­rie et citoyen consti­tuant : Ama­zigh Kateb, un uni­ver­si­taire doc­to­rant épa­tant : Hicham Rui­bah, et un citoyen his­­to­­rien-com­­mer­­çant cap­ti­vant : Rachid Bendjeguelal.

Dans l’es­prit de recherche démo­cra­tique de cette émis­sion, je vou­drais qu’ils nous décrivent d’a­bord le pré­sent, les énormes mani­fes­ta­tions actuelles en Algé­rie (leurs causes, leurs moda­li­tés, leurs consé­quences, et bien sûr les rap­ports des oppo­sants poli­tiques avec la police), et puis ensuite qu’ils nous expliquent un peu le pas­sé, les nom­breuses ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques tra­di­tion­nelles chez les Berbères.

Pour bâtir notre propre démo­cra­tie, je suis sûr qu’on a plein de leçons à tirer des expé­riences berbères.

On par­le­ra aus­si de la consti­tu­tion algé­rienne, et on fera peut-être, j’es­père, un ate­lier constituant 🙂

Le cahier d’exer­cices consti­tuants spé­cial Algé­rie est presque prêt 🙂

Je pense qu’on va apprendre plein de choses importantes 🙂

Étienne.

Ps : Éli­sa­beth et moi sommes tom­bés d’ac­cord pour évo­quer ce soir deux sujets d’ac­tua­li­té qui pour­ront nous être utiles pour illus­trer cette émission :

. bilan poli­tique pro­vi­soire du mou­ve­ment des gilets jaunes

. et com­men­taire du pré­ten­du « réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive par­ta­gée » sur la vente d’Aé­ro­port de Paris.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​1​3​9​1​7​0​3​8​7​317

[Edit : les 2 vidéos de cette soirée :

Y’a du peuple ! Seul contre tous #10 avec Élisabeth Lévy, 16 mai 2019 : bilan GJ & RIP ADP :

Jeudi Chouard, c’est l’heure des Citoyens constituants #10, 16 mai 2019, avec Amazigh Kateb, Hicham Ruibah et Rachid Bendjeguelal, pour parler des mvts sociaux en Algérie :

Jeudi Chouard "l'heure des citoyens constituants" #10 (16 mai 2019) : exemples démocratiques algériens et berbères
https://​you​tu​.be/​–​C​X​L​R​V​g​t​jqQ

Mer­ci à tous ceux qui ont ren­du ça possible.

Étienne.]

Rendez-vous sur la belle île lointaine de La Réunion les 12, 13 et 14 mai 2019

J’ai bien de la chance…

Same­di soir, je pars retrou­ver les gilets jaunes (actuels et futurs) de La Réunion 🙂

On se retrouve le 12 mai à Saint-Benoît, le 13 mai à Saint-Leu et le 14 mai à Saint-Pierre. Peut-être pour­­rai-je aus­si voler un peu, comme la der­nière fois 🙂

Mer­ci à tous pour cette pluie quo­ti­dienne de mes­sages affec­tueux qui me donnent bien de la force ; on gran­dit ensemble.

Étienne.

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Jeudi Chouard #9 (9 mai 2019, avec Régis de Castelnau) sera consacré à l’idée d’une constitution provisoire de transition, avec Yves Chouard, Emmanuel Valette (Wikicrate) et Sophie Norton

Chers amis,

Demain soir, pour ce Jeu­di Chouard #9 sur Sud Radio, avec Régis de Cas­tel­nau, nous écou­te­rons trois per­sonnes qui ont beau­coup tra­vaillé à l’i­dée d’une consti­tu­tion pro­vi­soire de tran­si­tion : Yves Chouard (qui n’est pas de ma famille, et qui défend le pro­jet nom­mé « le phoe­nix fran­çais »), Emma­nuel Valette (par­fois appe­lé Wiki­crate sur Face­book), et Sophie Nor­ton (qui vien­dra spé­cia­le­ment de Nan­cy pour nous pré­sen­ter sa proposition).

• La pro­po­si­tion d’Yves est consul­table ici : http://lephoenixfrancais.e‑monsite.com/medias/files/livret-constitution-transitoire-1-.pdf

• La pro­po­si­tion d’Em­ma­nuel est consul­table ici : http://​wiki​cra​tie​.fr/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​C​P​T​.​pdf

• La pro­po­si­tion de Nan­cy est consul­table ici : http://​consti​tu​-citoyens​.mon​site​-orange​.fr/

Vous devriez IMPRIMER les trois pro­po­si­tions, pour les avoir sous les yeux pen­dant l’é­mis­sion, et pour y noter vos propres idées 🙂 

Nous leur demanderons :
. pour­quoi un tel pro­jet est important,
. ce qu’il faut abso­lu­ment pré­voir dans un tel texte,
. les qua­li­tés qu’ils trouvent à leur propre proposition,
. et (avec bien­veillance) les reproches qu’ils pour­raient faire aux autres pro­po­si­tions, sachant qu’au final ce serait bien de tous tom­ber d’ac­cord sur un seul texte qui fasse l’u­na­ni­mi­té au sein du peuple.

Pro­ba­ble­ment allons-nous mener devant vous (et j’es­père avec vous) des ate­liers constituants 🙂

Hâte d’y être.

Étienne.

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Appre­nons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre consti­tu­tion, en peuple digne de ce nom.

Jean Bricmont analyse ici l’UE et les élections européennes, en s’appuyant sur les livres de Coralie Delaume, David Cayla et Olivier Delorme

Jean Bric­mont étu­die le pro­jet pro­fon­dé­ment anti­dé­mo­cra­tique et anti­so­cial appe­lé « Union Européenne » :

https://​you​tu​.be/​F​c​m​3​D​h​R​V​P​b​w​&​f​e​a​t​u​r​e​=​y​o​u​t​u​.be

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Rendez-vous à Paris le 10 mai pour un débat et des ateliers constituants sur le thème « mise en scène des conflits par l’intelligence collective »

Encore une ren­contre épa­tante pro­gram­mée la semaine pro­chaine, le len­de­main de Jeu­di Chouard 🙂 

Période pal­pi­tante, enthousiasmante… 

Mer­ci à tous les neu­rones du cer­veau col­lec­tif consti­tuant qui gran­dit à toute vitesse.

La Jus­tice se relève et va faire face à l’adversité.

Étienne.

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même (Caitlin Johnstone, sur Le Grand Soir)

Pour être à l’heure à Paris ce soir chez @Sud radio avec Didier Mais­to pour ce pro­chain Jeu­di Chouard (émis­sion qui sera avec Michel Col­lon, pré­ci­sé­ment sur la dia­bo­li­sa­tion des oppo­sants poli­tiques), je reviens vite de Londres, où j’ai retrou­vé 80 gilets jaunes fran­çais venus comme moi par la route dans la nuit pour défendre Julian Assange, jour­na­liste lan­ceur d’a­lerte qui va être dépor­té vers un camp de tor­ture de l’empire amé­ri­cain (qui l’or­donne à sa colo­nie anglaise).

Je pro­fite de cet évé­ne­ment dra­ma­tique (la dépor­ta­tion d’un jour­na­liste vers la tor­ture par la patrie même qui a inven­té et défen­du le libre jour­na­lisme comme contre-pou­­voir fon­da­teur de la liber­té) pour rap­pe­ler un texte impor­tant, à connaître et à faire connaître : à dupli­quer et à dis­tri­buer et à affi­cher, dans votre entre­prise, dans votre salon, dans toutes les sta­tions de bus et de métro, etc..

Bon cou­rage à tous et mer­ci pour ce que vous faites pour le bon­heur et pour la liberté.

Étienne.

———

Le pro­cès de Julian Assange est infi­ni­ment plus grand qu’Assange lui-même

Cait­lin JOHNSTONE

La mère de Julian Assange a rap­por­té hier que le fon­da­teur de Wiki­Leaks n’a pas été auto­ri­sé à rece­voir de visi­teurs pen­dant sa déten­tion à la pri­son de Bel­marsh, y com­pris des méde­cins et ses avo­cats. Les méde­cins qui ont visi­té Assange à l’ambassade de l’Équateur ont attes­té qu’il avait un besoin urgent de soins médi­caux. Bel­marsh est une pri­son de haute sécu­ri­té, par­fois appe­lée le « Guan­ta­na­mo Bay du Royaume-Uni ».

Et pour­tant, on nous demande de croire que cela a quelque chose à voir avec une pré­ten­due vio­la­tion de la liber­té sous cau­tion et une demande d’extradition US pour des crimes infor­ma­tiques pré­su­més pas­sibles d’une peine maxi­male de cinq ans. Si vous faites un zoom arrière et écou­tez les bavar­dages moins éclai­rés des pro­pa­gan­distes et des consom­ma­teurs des médias de masse occi­den­taux, vous consta­te­rez aus­si que les gens croient que cela aurait quelque chose à voir avec la Rus­sie et des accu­sa­tions de viol.

En fait, rien de tout cela n’est vrai. Assange est empri­son­né dans des condi­tions dra­co­niennes pour son jour­na­lisme, et uni­que­ment pour son jour­na­lisme. L’administration Oba­ma s’est abs­te­nue de le pour­suivre après la publi­ca­tion des fuites de Man­ning par Wiki­Leaks, crai­gnant que cela ne mette en dan­ger la liber­té de la presse, et l’administration Oba­ma n’avait pas plus de preuves à sa dis­po­si­tion que l’administration Trump n’en a aujourd’hui. Le « crime » dont est accu­sé Assange n’est rien d’autre que les pra­tiques jour­na­lis­tiques habi­tuelles des jour­na­listes d’investigation, y com­pris la pro­tec­tion des sources et l’encouragement de ces der­nières à obte­nir davan­tage de maté­riel. La seule chose qui a chan­gé, c’est que la Mai­­son-Blanche est de plus en plus dis­po­sée à pour­suivre les jour­na­listes qui pra­tiquent le jour­na­lisme, et il y a de nom­breuses rai­sons de croire qu’une fois extra­dé aux Etats-Unis, il fera l’objet d’accusations beau­coup plus graves. Ils ne se donnent pas tout ce mal pour une vio­la­tion de la liber­té sous cau­tion et une peine maxi­male de cinq ans.

Mais si vous faites encore un zoom arrière, dans le grand sché­ma des choses, cela n’a presque rien à voir avec Assange. Bien sûr, Assange a été une épine dans le pied de ceux qui dirigent l’alliance trans­na­tio­nale des puis­sances occi­den­tales, et s’ils avaient le choix, ils pré­fé­re­raient évi­dem­ment le voir en pri­son ou mort plu­tôt que libre et vivant. Mais ce n’est pas pour cela que les gens d’influence cor­rom­pus qui étranglent notre monde se démènent. Ils veulent s’emparer de quelque chose de beau­coup, beau­coup plus gros. Assange n’est qu’une étape sur cette voie.

Comme je l’ai déjà écrit, la per­sé­cu­tion d’Assange vise en fait à créer un pré­cé­dent juri­dique qui per­met­tra au gou­ver­ne­ment US d’emprisonner des jour­na­listes qui ten­te­raient de lui deman­der des comptes en fai­sant du jour­na­lisme. La rai­son pour laquelle vous voyez à pré­sent l’expression « Assange n’est pas un jour­na­liste » constam­ment bêlée par­tout dans le monde par les laquais de l’empire est qu’ils ont besoin d’un contre-nar­­ra­­tif. Le fait indis­cu­table est que ce pré­cé­dent consti­tue­ra une menace pour les jour­na­listes du monde entier, leur contre-argu­­ment est donc qu’Assange n’est pas un jour­na­liste (ce ne sont que des conne­ries, soit-dit en pas­sant), et que cela ne crée­ra donc pas un pré­cé­dent pour les jour­na­listes. Comme si leur défi­ni­tion per­son­nelle de ce qu’est un « vrai jour­na­liste » sera la même que celle du gou­ver­ne­ment US pour déter­mi­ner s’il convient ou non de pour­suivre quelqu’un pour des actes simi­laires à ceux d’Assange. La défi­ni­tion du jour­na­lisme selon le gou­ver­ne­ment US sera celle qui lui conviendra.

Mais pour avoir une vue d’ensemble de ce que ces salauds veulent faire, nous devons faire encore un zoom arrière.

Dans le roman de science-fic­­tion Ender’s Game [La Stra­té­gie Ender – NdT], le jeune pro­ta­go­niste frappe vio­lem­ment un autre gar­çon qui le tyran­ni­sait, et le tue. Lorsque ses supé­rieurs lui demandent d’expliquer son geste, le gar­çon, qui a été éle­vé et for­mé pour deve­nir un savant stra­té­gique, explique qu’il ne l’a pas fait par malice envers le tyran, ni même pour gagner le com­bat, mais pour gagner tous les com­bats futurs. Si les enfants à l’école voient de quelle sau­va­ge­rie il est capable et savent qu’il ne faut pas l’embêter, il n’aura plus jamais à combattre.

Si ça vous paraît un peu socio­pa­thique, c’est parce que ça l’est. Et, avec la dif­fé­rence notable que les rôles du tyran et de la vic­time sont inver­sés, c’est exac­te­ment le prin­cipe que nous voyons être appli­qué à Assange.

Le monde entier voit le trai­te­ment infli­gé à Assange. Peu importe à quel point votre cer­veau est lavé, peu importe si vous détes­tez cet homme ou non, vous voyez. Et vous en tirez une leçon. Et cette leçon est la sui­vante : si vous faites quelque chose de simi­laire, vous subi­rez le même sort. C’est là le véri­table objec­tif de la per­sé­cu­tion d’Assange, et cela n’affecte pas seule­ment un édi­teur aus­tra­lien enfer­mé dans une cel­lule bri­tan­nique, ni même les jour­na­listes d’investigation du monde entier qui sont inté­res­sés à pra­ti­quer l’art per­du de deman­der des comptes au pou­voir en fai­sant du jour­na­lisme, mais tous ceux qui consomment les médias.

Et ça marche. Je sais que ça marche parce que ça marche avec moi. Si vous avez des infor­ma­tions qui incri­minent les per­sonnes les plus puis­santes du monde, je vous le dis tout net, gar­­dez-les pour vous. Don­­nez-les à quelqu’un d’autre, lit­té­ra­le­ment à n’importe qui d’autre, parce que je suis moi-même beau­coup trop lâche et j’ai beau­coup trop à perdre en m’impliquant dans tout ce qui pour­rait me conduire à pour­rir dans une cel­lule de pri­son à l’étranger. J’ai des enfants. Je suis amou­reuse. Je ne peux pas et ne veux pas m’engager dans cette voie. Et si c’est vrai pour moi, je sais avec cer­ti­tude que c’est vrai aus­si pour d’innombrables autres. Ils ont bru­ta­li­sé les lan­ceurs d’alerte au point que cela a cer­tai­ne­ment eu un effet dis­sua­sif sur ceux qui, autre­ment, pour­raient deve­nir des sources de fuites impor­tantes. Et main­te­nant, ils bru­ta­lisent aus­si les jour­na­listes qui publient ces fuites. Les chances qu’une per­sonne prête à dénon­cer un pou­voir ren­contre un jour­na­liste dis­po­sé à l’aider tendent rapi­de­ment vers zéro.

Ils essaient de gagner ce com­bat contre Assange d’une manière bru­tale pour s’assurer qu’ils gagne­ront tous les com­bats futurs.

C’est pour­quoi il est abso­lu­ment stu­pide qu’une conver­sa­tion se foca­lise sur Assange, l’homme, que ce soit pour en dire du mal ou du bien.

L’autre jour, j’ai publié un méga-article atta­quant les prin­ci­pales calom­nies que j’ai rele­vées sur Assange. Il y en a 27 au total jusqu’à pré­sent, et j’en ajou­te­rai bien­tôt d’autres. Cette mon­tagne de calom­nies existe parce qu’au lieu de prê­ter atten­tion aux dan­gers qui façonnent le monde et qui menacent de rendre impos­sible toute oppo­si­tion aux diri­geants de l’empire US qui nous entraînent vers l’extinction ou la dys­to­pie, les gens parlent de la per­son­na­li­té d’Assange, s’il a net­toyé ou non la litière de son chat à l’ambassade .

Le revers de la médaille, ce sont les gens qui se fixent sur Assange en tant que héros, ce qui peut bien sûr aider à atti­rer l’attention sur son sort et donc pré­sen­ter un cer­tain avan­tage, mais en fin de compte, c’est aus­si l’arbre qui cache la forêt. C’est beau­coup, beau­coup plus grand qu’Assange, et nous devons nous y oppo­ser pour des rai­sons qui sont beau­coup, beau­coup plus impor­tantes que le carac­tère d’un homme qui, selon ce que nous aurions lu, serait sym­pa­thique ou non.

Ne per­dez jamais de vue ceci : l’intimidation des lan­ceurs d’alerte et des édi­teurs menace d’éradiquer la véri­té sur les com­por­te­ments de notre espèce, aban­don­nant ain­si notre des­tin aux caprices des plus puis­sants. Les per­sonnes les plus puis­santes sont celles qui se consacrent le plus à la recherche du pou­voir, celles qui sont assez socio­pathes pour mar­cher sur la tête de n’importe qui et faire tout ce qu’il faut pour obte­nir le plus de contrôle pos­sible sur le plus d’êtres humains pos­sible. Si nous per­met­tons à la véri­té d’être inti­mi­dée et réduite au silence, c’est à eux que nous confie­rons les com­mandes de notre monde.

Et ne per­dez jamais de vue ceci non plus : avec l’emprisonnement et la per­sé­cu­tion de Julian Assange, tous ces oppres­seurs socio­pathes se sont démas­qués. Ils ont arra­ché le masque de Big Bro­ther et révé­lé leurs âmes sombres. Si cet atta­che­ment sou­dain aux détails juri­diques du pro­to­cole de mise en liber­té sous cau­tion et du pro­to­cole de pro­tec­tion des sources jour­na­lis­tiques res­semble en tous points à la per­sé­cu­tion d’un jour­na­liste pour avoir publié des faits, c’est parce que c’est exac­te­ment le cas. Ne lais­sez per­sonne vous faire croire le contraire, et ne man­quez pas cette occa­sion rare de mon­trer à vos sem­blables com­ment nos oppres­seurs viennent de révé­ler leur véri­table nature.

Cait­lin Johnstone

Source : Le Grand Soir (site impor­tant à consul­ter souvent) :
https://​www​.legrand​soir​.info/​l​e​–​p​r​o​c​e​s​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​e​s​t​–​i​n​f​i​n​i​m​e​n​t​–​p​l​u​s​–​g​r​a​n​d​–​q​u​–​a​s​s​a​n​g​e​–​l​u​i​–​m​e​m​e​.​h​tmlq+

Cette semaine, 2 rendez-vous avec Michel Collon, sur le thème « Propagande de guerre et diabolisation des opposants » : 1) Jeudi Chouard #8 sur Sud radio le jeudi 2 mai (19h-22h), et 2) débats le samedi 4 mai (12h30-18h) à Paris avec l’asso Miguel Angel, Philippe Pascot, Laurent Doré, Priscillia Ludosky, François Boulo, Robert Charvin et Michel Collon

Cette semaine, je vais ren­con­trer deux fois Michel Col­lon :


• D’a­bord à Jeu­di Chouard #8 sur Sud Radio, ce jeu­di 2 mai 2019 : [média­bo­li­sa­tion, médias en guerre] Pro­pa­gande de guerre et dia­bo­li­sa­tion des opposants

- Pour com­men­cer, de 19 h à 20h, débats sur l’ac­tua­li­té avec Éli­sa­beth Lévy. 

À cause des coups que la presse libre (sans carte) prend presque tous les jours, on va sans doute encore par­ler de l’im­por­tance d’une presse libre en démo­cra­tie, puis, peut-être, de ce qui se sera pas­sé la veille – 1er mai – à Paris, et aus­si le jour-même – 2 mai – à Londres avec la com­mis­sion d’ex­tra­di­tion de Julian Assange.

- Ensuite, à par­tir de 20 h, j’au­rai donc le plai­sir et l’hon­neur de rece­voir Michel Col­lon, ami belge à qui je porte une grande estime, un résis­tant cou­ra­geux et géné­reux, ani­ma­teur infa­ti­gable du site Inves­tig’Ac­tion.

On par­le­ra de son prin­ci­pal sujet de recherche, abso­lu­ment cen­tral en démo­cra­tie : pour­quoi et com­ment les grands médias conduisent les peuples à accep­ter et même à vou­loir les guerres et à dis­cré­di­ter les oppo­sants poli­tiques – et ain­si évi­ter les révolutions.
Michel parle de « média­bo­li­sa­tion des gilets jaunes ». Il nous décri­ra bien ce qu’il appelle les 5 prin­cipes de la pro­pa­gande de guerre.

Vous allez voir, ce type est passionnant 🙂


Et puis je vais revoir Michel same­di 4 mai à Paris, pour une confé­­rence-débat avec Pris­cil­lia Ludos­ky, Fran­çois Bou­lo et Robert Char­vin. Voi­ci l’affiche :


Semaine très char­gée pour moi : le 1er mai à Paris, le soir départ pour Londres, le 2 mai au matin à Londres pour sou­te­nir Julian Assange, le 2 au soir Jeu­di Chouard #8 sur Sud radio, le 3 mai soi­rée gilets jaunes à Mul­house, le 4 mai retour à Paris pour un sit­ting #gilets­jau­nes­cons­ti­tuants l’a­près-midi avec l’é­quipe de Sophie Tis­sier, sui­vi d’un grand débat sur la média­bo­li­sa­tion des gilets jaunes avec Pris­cil­lia, Fran­çois et Michel, et le 5 mai Saint-Étienne encore pour une confé­rence et des ate­liers consti­tuants avec les gilets jaunes du coin… Retour à Aix le dimanche soir à pas d’heure… Vie de fou, mais hâte de vous revoir tous.

Bon cou­rage, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : nous avions fait ensemble, Michel et moi, il y a peu de temps, une émis­sion, chez lui près de Bruxelles :


À connaître : contre la pro­pa­gande de guerre, ne ratez pas les tra­vaux de Daniele Gan­ser, Anne Morel­li et Jacques Pau­wels :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​8​/​1​0​/​0​5​/​c​o​n​t​r​e​–​l​a​–​g​u​e​r​r​e​–​q​u​i​–​v​i​e​n​t​–​d​a​n​i​e​l​e​–​g​a​n​s​e​r​–​l​o​t​a​n​–​a​l​l​i​a​n​c​e​–​p​o​u​r​–​l​a​–​g​u​e​r​r​e​–​u​s​a​–​m​e​n​s​o​n​g​e​s​–​e​t​–​m​o​r​t​s​–​p​a​r​–​m​i​l​l​i​o​n​s​–​a​n​n​e​–​m​o​r​e​l​l​i​–​j​a​c​q​u​e​s​–​p​a​u​w​e​ls/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

Rendez-vous vendredi 26 avril à Roanne

L’é­vé­ne­ment Facebook :
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​8​1​9​6​6​6​9​5​9​7​8​0​76/

On va bien par­ler du RIC, on va faire de beaux ate­liers consti­tuants popu­laires, on va décrire et tra­vailler de nou­velles ini­tia­tives citoyennes, vous allez voir, ça va être passionnant.

Hâte d’y être 🙂

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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Jeudi Chouard #7 avec Alexandre Langlois : « À QUOI SERT LA POLICE ? (et les forces armées en général…) Et QUI EST LÉGITIME pour décider de ces missions et pour contrôler leur exécution ? », jeudi 25 avril 2019 à 19 h sur Sud Radio

Les semaines passent vite. Demain, jeu­di 25 avril 2019 de 19 h à 21 h (ou 22 h 🙂 ), nous rece­vrons Alexandre Lan­glois, for­mi­dable lan­ceur d’a­lerte de la police fran­çaise, et je pro­pose que nous trai­tions ensemble de la ques­tion démo­cra­tique de fond : « à quoi sert la police (et les forces armées en géné­ral) ? Et qui est légi­time pour déci­der de ces mis­sions et pour contrô­ler que tout se passe comme pré­vu ? »

Après une pre­mière par­tie de débat autour de l’ac­tua­li­té (la liber­té de la presse est-elle en dan­ger ?), avec Régis de Cas­tel­nau, Phi­lippe David et Didier Maïs­to, j’es­saie­rai 🙂 d’in­ci­ter mes inter­lo­cu­teurs à écrire et amé­lio­rer un ou deux articles de consti­tu­tion rela­tifs à la mis­sion et aux contrôles popu­laires des forces armées.

Comme d’ha­bi­tude, donc, je vou­drais don­ner le spec­tacle d’a­te­liers consti­tuants popu­laires, pour aider cette idée d’une cause com­mune uni­ver­selle à se pro­pa­ger dans toutes les couches de la socié­té, de façon à pré­pa­rer la popu­la­tion à un (pro­chain) pro­ces­sus consti­tuant populaire.

Régis de Cas­tel­nau, avo­cat, nous aide­ra à rédi­ger l’ar­ticle qui met en oeuvre (et aus­si celui qui contrôle) LA JUSTICE à ce sujet. Ça pro­met d’être passionnant.

Hâte de ren­con­trer Alexandre, que je trouve lumi­neux, hon­nête et courageux.

Étienne.

PS : j’a­vais déjà mené une réflexion sur le contrôle des forces armées, en juin 2014 avec Laurent Hen­nin­ger, au milieu de tas de pneus au Palais de Tokyo, à Paris. Je rap­pelle ici cet échange, je suis sûr que ça vous intéressera 🙂

Forces armées : débat avec Etienne Chouard et Laurent Henninger (juin 2014)

PPS : je vais vous par­ler du magni­fique dis­cours sur les gardes natio­nales de Robes­pierre. Le voici :
https://​old​.chouard​.org/​E​u​r​o​p​e​/​R​O​B​E​S​P​I​E​R​R​E​_​D​I​S​C​O​U​R​S​_​S​U​R​_​L​_​O​R​G​A​N​I​S​A​T​I​O​N​_​D​E​S​_​G​A​R​D​E​S​_​N​A​T​I​O​N​A​L​E​S​_​d​e​c​e​m​b​r​e​_​1​7​9​0​_​r​.​pdf

PPS : la semaine pro­chaine, je reçois Michel Col­lon, un autre cher­cheur mili­tant belge que j’aime beau­coup, spé­cia­liste des média­men­songes et de la pro­pa­gande de guerre. Vous ver­rez, cet homme est pas­sion­nant et son tra­vail est important.


Rap­pels pour ceux qui ne connaissent pas Alexandre Lan­glois :

Alexandre Langlois sur Thinkerview : Violences policières et Gilets Jaunes

Alexandre Langlois sur Le Média : Gilets jaunes : un policier met en cause le gouvernement

Alexandre Langlois au JT de RT France : Gilets jaunes : quels remèdes face à la violence pendant les manifestations ?

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, autour de la question : À QUOI SERT LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ? avec Jean Bricmont

Mémoire fil­mée de nos échanges (bien inté­res­sants) de jeu­di dernier :

19 h – 20h : Sud Radio Y a du peuple, Seul contre tous ! 184
Étienne Chouard débat avec Éli­sa­beth Lévy
1. Notre-Dame : un réfé­ren­dum pour accep­ter de dépen­ser tant d’argent là, alors que l’É­tat en manque tant pour les hôpi­taux, la jus­tice, les EHPAD, les écoles, les ser­vices publics ?
2. À quoi sert la liber­té d’expression ?

https://​you​tu​.be/​o​F​H​m​1​u​b​f​9​S​M​&​a​p​p​=​d​e​s​k​top

20 h – 22 h : Sud Radio Jeu­di Chouard, L’heure des citoyens consti­tuants ! #6 184
avec Didier Maïs­to, Jean Bric­mont et Ronald Maz­zo­le­ni (habi­tué du blog du Plan C) :
À QUOI SERT LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ?
À résis­ter aux pou­voirs (poli­tiques et économiques) :
1. cas des oppo­sants politiques
2. cas des lan­ceurs d’alerte

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[Trahison des élites] mécanismes du VOL DES COMMUNS par nos prétendus « représentants »

Histoire des PRIVATISATIONS

On devrait arrê­ter de par­ler de « capi­ta­lisme » et pré­fé­rer le mot CRAPULISME, comme consé­quence cau­che­mar­desque du faux « suf­frage uni­ver­sel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

NOTRE CAUSE COMMUNE, urgente et incan­des­cente, c’est d’ap­prendre dès aujourd’­hui à INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE POLITIQUE, pour résis­ter enfin vic­to­rieu­se­ment aux para­sites mar­chands (la classe oisive) qui ont pris le contrôles des socié­tés humaines depuis 200 ans. 

Le dra­peau du grand bou­le­ver­se­ment sera #Citoyens­Cons­ti­tuants

Étienne.

Appre­nons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre consti­tu­tion, en peuple digne de ce nom.

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Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, sur Sud Radio : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? » avec Jean Bricmont et Ronald Mazzoleni

Plus que jamais en retard sur tout, je vous confirme le jour-même que la 6ème émis­sion de « Jeu­di Chouard, les citoyens consti­tuants ont la parole », ce 18 avril 2109 à 20 h sur les chaînes You­tube et Face­book de Sud radio, sera consa­crée à la ques­tion « À quoi sert la liber­té d’ex­pres­sion en démo­cra­tie ? », et que j’au­rai le plai­sir de rece­voir deux chers amis belges : Jean Bric­mont (phy­si­cien, grand connais­seur de Noam Chom­sky et phi­lo­sophe rigou­reux sur la liber­té d’ex­pres­sion) et Ronald Maz­zo­le­ni (com­men­ta­teur pas­sion­nant du blog).

J’ai bon espoir de rédi­ger avec eux un bon article de consti­tu­tion d’o­ri­gine citoyenne sur ce point pré­cis de la liber­té d’ex­pres­sion des citoyens d’un pays démocratique.

J’es­père qu’on pour­ra prendre quelques unes de vos ques­tions (c’est vrai­ment dif­fi­cile, quand il y a un invi­té, de s’en détacher).

Pen­dant la pre­mière heure (« Y’a du peuple, seul contre tous » à 19h), je serai avec Éli­sa­beth Lévy, d’a­bord d’a­bord autour de l’ac­tua­li­té (on voit venir l’in­cen­die de Notre Dame de Paris…), et ensuite autour de ce thème de l’im­por­tance d’une vraie liber­té d’ex­pres­sion, aus­si bien pour pro­té­ger les oppo­sants et une presse plu­ra­liste contre les pou­voirs poli­tiques, que pour pro­té­ger les lan­ceurs d’a­lertes contre les pou­voirs économiques.

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.


Res­sources, texes et cita­tions utiles :

Décla­ra­tion des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 10
Nul ne doit être inquié­té pour ses opi­nions, même reli­gieuses, pour­vu que leur mani­fes­ta­tion ne trouble pas l’ordre public éta­bli par la loi.

Article 11
La libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées et des opi­nions est un des droits les plus pré­cieux de l’homme : tout citoyen peut donc par­ler, écrire, impri­mer libre­ment, sauf à répondre de l’a­bus de cette liber­té dans les cas déter­mi­nés par la loi.

Source : Conseil consti­tu­tion­nel


Charte des droits fon­da­men­taux de l’U­nion euro­péenne, Article 11 – Liber­té d’ex­pres­sion et d’information
1. Toute per­sonne a droit à la liber­té d’ex­pres­sion. Ce droit com­prend la liber­té d’o­pi­nion et la liber­té de rece­voir ou de com­mu­ni­quer des infor­ma­tions ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingé­rence d’au­to­ri­tés publiques et sans consi­dé­ra­tion de frontières.
2. La liber­té des médias et leur plu­ra­lisme sont respectés.
https://​fra​.euro​pa​.eu/​f​r​/​c​h​a​r​t​e​r​p​e​d​i​a​/​a​r​t​i​c​l​e​/​1​1​–​l​i​b​e​r​t​e​–​d​e​x​p​r​e​s​s​i​o​n​–​e​t​–​d​i​n​f​o​r​m​a​t​ion


« La liber­té de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réser­ver la liber­té de tout faire. Quand il est per­mis de tout dire, la véri­té parle d’elle-même et son triomphe est assu­ré. » Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »


Pour­quoi nous vou­lons abo­lir le délit d’opinion ?

La liber­té d’ex­pres­sion est une valeur humaine dans sa liber­té même de dire l’in­hu­main. Les opi­nions racistes, xéno­phobes, sexistes, sadiques, hai­neuses, mépri­santes ont autant le droit de s’ex­pri­mer que les natio­na­lismes, les croyances reli­gieuses, les idéo­lo­gies sec­taires, les clans cor­po­ra­tistes qui les encou­ragent ouver­te­ment ou sour­noi­se­ment selon les fluc­tua­tions de l’i­gno­mi­nie déma­go­gique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gays­sot de 1992, s’en prennent au « pué­ril revers des choses » sans tou­cher aux causes. Elles exor­cisent le mal au lieu de le pré­ve­nir et de le gué­rir. Elles sub­sti­tuent la sanc­tion à l’é­du­ca­tion. Ce ne sont pas les pro­pos qui doivent être condam­nés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les dis­cours igno­mi­nieux du popu­lisme qui doivent faire l’ob­jet de pour­suites – sans quoi il fau­drait dénon­cer aus­si leur impré­gna­tion sour­noise et leur pré­sence mas­quée dans les décla­ra­tions déma­go­giques de la poli­tique clien­té­liste et bien-pen­sante -, ce sont les vio­lences à l’en­contre des biens et des per­sonnes, per­pé­trées par les sec­ta­teurs de la barbarie.

Le sens com­mun montre qu’il est incon­sé­quent d’in­ter­dire Mon Com­bat de Hit­ler, Baga­telles pour un mas­sacre de Céline, les Pro­to­coles des sages de Sion, ou les ouvrages révi­sion­nistes, et de tolé­rer par ailleurs les pro­pos miso­gynes de Paul de Tarse et du Coran, les dia­tribes anti­sé­mites de saint Jérôme et de Luther, un livre truf­fé d’in­fa­mies comme la Bible, l’ex­hi­bi­tion com­plai­sante des vio­lences qui forment la matière ordi­naire de l’in­for­ma­tion, l’af­fi­chage omni­pré­sent du men­songe publi­ci­taire et tant de contre­vé­ri­tés his­to­riques, enté­ri­nées par l’his­toire offi­cielle. Mieux vaut ne pas l’ou­blier : une fois ins­tau­rée, la cen­sure ne connaît pas de limites, car la puri­fi­ca­tion éthique se nour­rit de la cor­rup­tion qu’elle dénonce.

On ne com­bat pas et on ne décou­rage pas la bêtise et l’i­gno­mi­nie en leur inter­di­sant de s’ex­pri­mer : la meilleure cri­tique d’un état de fait déplo­rable consiste à créer la situa­tion qui y remé­die. La bêtise, l’in­fa­mie, la pen­sée ignoble sont les sanies d’une sen­si­bi­li­té bles­sée.  Les empê­cher de s’é­cou­ler, c’est enve­ni­mer la bles­sure au lieu d’en diag­nos­ti­quer les causes afin d’y por­ter remède. Si nous ne vou­lons pas qu’une aber­ra­tion finisse par infec­ter le tis­su social comme une tumeur maligne, nous devons la recon­naître pour ce qu’elle est  : le symp­tôme d’un malaise dans l’in­di­vi­du et dans la société.

Ce n’est pas le symp­tôme qui est condam­nable, c’est notre peu
d’empressement à éra­di­quer des condi­tions qui pro­pagent le pru­rit, l’ab­cès, la peste. Au sou­ci d’é­cra­ser l’in­fâme, mieux vaut secon­der le désir de vivre mieux – c’est-à-dire plus humainement.

Raoul Vanei­gem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.


Dans les États qui jux­ta­posent à la puis­sance légis­la­tive des Chambres la pos­si­bi­li­té de demandes popu­laires de réfé­ren­dums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’ac­qui­si­tion du pou­voir de pro­non­cer le rejet ou l’a­dop­tion défi­ni­tive des déci­sions parlementaires.

Du coup le Par­le­ment se trouve rame­né au rang de simple auto­ri­té : il ne repré­sente plus la volon­té géné­rale que pour cher­cher et pro­po­ser l’ex­pres­sion qu’il convient de don­ner à celle-ci ; il ne rem­plit ain­si qu’of­fice de fonctionnaire.

Le véri­table sou­ve­rain c’est alors le peuple.

Car­ré de Mal­berg, dans un article de 1931 « Réfé­ren­dum Ini­tia­tive popu­laire », cité Dans « La démo­cra­tie locale et le réfé­ren­dum » de Marion Pao­let­ti, chez l’Harmattan page 89.


La liber­té de la presse, c’est la liber­té pour la presse de ne pas être un métier.
Marx.


« Sous le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, sur­tout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de repré­sen­tants, l’exercice de ce droit sacré [la libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées entre les citoyens] est la seule sau­ve­garde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les repré­sen­tants peuvent mettre leur volon­té par­ti­cu­lière à la place de la volon­té géné­rale, il est néces­saire que la voix de l’opinion publique reten­tisse sans cesse autour d’eux, pour balan­cer la puis­sance de l’intérêt per­son­nel et les pas­sions indi­vi­duelles ; pour leur rap­pe­ler, et le but de leur mis­sion et le prin­cipe de leur auto­ri­té.

Là, plus qu’ailleurs, la liber­té de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de rame­ner le légis­la­teur à la règle unique de la légis­la­tion. Si vous l’enchaînez, les repré­sen­tants, déjà supé­rieurs à toute auto­ri­té, déli­vrés encore de la voix impor­tune de ces cen­seurs, éter­nel­le­ment cares­sés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les pro­prié­taires ou les usu­frui­tiers pai­sibles de la for­tune et des droits de la nation ; l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té dis­pa­raît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indes­truc­tible de toutes les tyran­nies ; c’est alors qu’il est au moins dif­fi­cile de contes­ter la véri­té de l’anathème fou­droyant de Jean-Jacques Rous­seau contre le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif absolu. » 

Robes­pierre, Le Défen­seur de la Consti­tu­tion, n° 5, 17 juin 1792.


« Ou tu défends la liber­té d’expression pour des opi­nions que tu détestes, ou tu ne la défends pas du tout. Même Hit­ler et Sta­line étaient ravis de défendre la liber­té d’expression pour des idées qui leur conve­naient. Voi­là les enjeux essen­tiels. Pour pou­voir élu­der ce débat, il y a tou­jours le flot de men­songes habi­tuels. » Noam Chomsky


« Quant à la liber­té de pen­ser, on dit vrai dans une large mesure quand on dit que sans elle il n’y a pas de pen­sée. Mais il est plus vrai encore de dire que quand la pen­sée n’existe pas, elle n’est pas non plus libre. » Simone Weil.


« On mesure le degré de liber­té d’une socié­té non pas à la façon dont elle traite les bons citoyens, obéis­sants et confor­mistes mais à la façon dont elle traite ses dis­si­dents et ceux qui résistent à l’or­tho­doxie. » Alexandre Astier.


« Il y a dans la Consti­tu­tion du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait déli­cieux : « La loi doit pro­té­ger la liber­té publique et indi­vi­duelle contre l’op­pres­sion de ceux qui gou­vernent. » (Article 9.) »
Cathe­rine Baker, « Insou­mis­sion à l’é­cole obli­ga­toire » (1995), p22.


« La liber­té n’est pas mena­cée seule­ment par les régimes tota­li­taires ou auto­ri­taires. Elle l’est aus­si, de manière plus cachée mais non moins forte, par l’a­tro­phie du conflit et de la cri­tique, l’ex­pan­sion de l’a­mné­sie et de l’ir­re­le­vance, l’in­ca­pa­ci­té crois­sante de mettre en ques­tion le pré­sent et les ins­ti­tu­tions exis­tantes. » Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, « La « fin de la phi­lo­so­phie » ? », in Les Car­re­fours du labyrinthe.


« Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif devient bien­tôt le plus cor­rom­pu des gou­ver­ne­ments si le peuple cesse d’inspecter ses représentants.
Le pro­blème des Fran­çais, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ain­si qu’on perd la liberté.
Il est vrai que cette confiance est infi­ni­ment com­mode : elle dis­pense du soin de veiller, de pen­ser et de juger. »
Madame Rol­land (1789), citée par Rosan­val­lon (2006, n°3, min. 2:37).


« Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni par­tis. Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédi­tion. » Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Ce qu’il faut sau­ve­gar­der avant tout, ce qui est le bien ines­ti­mable conquis par l’homme à tra­vers tous les pré­ju­gés, toutes les souf­frances et tous les com­bats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de véri­té sacrée, c’est-à-dire inter­dite à la pleine inves­ti­ga­tion de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liber­té sou­ve­raine de l’esprit ; c’est qu’aucune puis­sance ou inté­rieure ou exté­rieure, aucun pou­voir, aucun dogme ne doit limi­ter le per­pé­tuel effort et la per­pé­tuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute véri­té qui ne vient pas de nous est un men­songe. » Chris­to­pher Hill, « 1640 : la révo­lu­tion anglaise » (1940).


« Il est donc incon­tes­table, et c’est la maxime fon­da­men­tale de tout le droit poli­tique, que les peuples se sont don­né des chefs pour défendre leur liber­té et non pour les asser­vir. » Jean-Jacques Rous­seau, « Dis­cours sur l’origine des inéga­li­tés par­mi les hommes » (1754).


Pour res­ter libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gou­vernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécu­ri­té des peuples est tou­jours l’a­vant-cou­reur de leur servitude.

Mais comme une atten­tion conti­nuelle sur les affaires publiques est au-des­­sus de la por­tée de la mul­ti­tude, trop occu­pée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabi­net, qui suivent les menées du gou­ver­ne­ment, qui dévoilent ses pro­jets ambi­tieux, qui sonnent l’a­larme aux approches de la tem­pête, qui réveillent la nation de sa léthar­gie, qui lui découvrent l’a­bîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tom­ber l’in­di­gna­tion publique. Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni partis. 

Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédition.

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Appre­nez donc que, hors ce qui concerne la dis­ci­pline mili­taire, c’est-à-dire, le manie­ment et la tenue des armes, les exer­cices et les évo­lu­tions, la marche contre les enne­mis des lois et de l’É­tat, les sol­dats de la patrie ne doivent aucune obéis­sance à leurs chefs ; que loin de leur être sou­mis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’exa­mi­ner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les consé­quences, d’en pré­ve­nir les suites. Ain­si lorsque ces ordres sont sus­pects, ils doivent res­ter dans l’i­nac­tion ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y oppo­ser un refus for­mel ; lorsque ces ordres mettent en dan­ger la liber­té publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tour­ner leurs armes contre leurs offi­ciers. Tout ser­ment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacri­lège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et mépri­sable celui qui le prête. »

Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.


« Le droit qu’ont les citoyens de s’as­sem­bler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’oc­cu­per de la chose publique, est inhé­rent à tout peuple libre.
Sans ce droit sacré, l’é­tat est dis­sous, et le sou­ve­rain est anéan­ti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se mon­trer en corps, il ne reste dans l’É­tat que des indi­vi­dus iso­lés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéan­ti la sou­ve­rai­ne­té du peuple, tout en ayant l’air d’as­su­rer la liber­té indi­vi­duelle. En Angle­terre, toute assem­blée pai­sible est licite : la loi ne défend que les attrou­pe­ments sédi­tieux. Voi­là la liberté. »
Marat 16–17 août 1792.


« Quand on me contre­dit, on éveille mon atten­tion, mais non ma colère : je m’a­vance vers celui qui me contre­dit, qui m’ins­truit. La cause de la véri­té devrait être la cause com­mune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la véri­té et je la ché­ris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vain­cues d’aus­si loin que je la vois appro­cher. Et, pour­vu qu’on n’y pro­cède pas avec l’air trop impé­rieux d’un maître d’é­cole, je prête l’é­paule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même sou­vent modi­fiés plus pour une rai­son de civi­li­té que pour une rai­son d’a­mé­lio­ra­tion, car j’aime à favo­ri­ser et à encou­ra­ger la liber­té de ceux qui me font des cri­tiques par ma faci­li­té à céder, même à mes dépens. Tou­te­fois il est assu­ré­ment dif­fi­cile d’at­ti­rer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le cou­rage de cri­ti­quer les autres parce qu’ils n’ont pas le cou­rage de sup­por­ter de l’être, et ils parlent tou­jours avec dis­si­mu­la­tion en pré­sence les uns des autres. Je prends un si grand plai­sir à être jugé et connu qu’il m’est pour ain­si dire indif­fé­rent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pen­sée se contre­dit elle-même si sou­vent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu prin­ci­pa­le­ment que je ne donne à sa cri­tique que l’im­por­tance que je veux. »

Mon­taigne, « Essais », livre 3, cha­pitre 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion », p 1119.


« Nous n’apprenons à dis­cu­ter que pour contre­dire, et, cha­cun contre­di­sant et étant contre­dit, il en résulte que tout le pro­fit de la dis­cus­sion, c’est de rui­ner et anéan­tir la véri­té. » Mon­taigne, « Essais », livre 3, cha­pitre 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion », p 1121.


« Je hais la ser­vi­tude comme la source de tous les maux du genre humain. Les tyrans et leurs flat­teurs crient sans cesse : peuples, por­tez vos fers sans mur­mure car le pre­mier des biens est le repos ; ils mentent : c’est la liber­té. » Jean-Jacques Rous­seau, « Frag­ment de lettre à Chris­tophe de Beau­mont », 1763.


« Vous n’avez plus de tête : on vous l’a cou­pée en vous cou­pant la parole, en vous volant les mots. La liber­té, c’est d’avoir com­pris cela : qu’on va sans tête. Nous sommes enfu­més, enfer­més par nous-mêmes, et nous ne pou­vons comp­ter sur per­sonne pour nous déli­vrer. Pri­son modèle où les gar­diens sont les déte­nus eux-mêmes. » D’après Arnaud Upins­ky et Mar­cel Jullian.


Atten­tion ! Dans le texte sui­vant, la pre­mière par­tie est superbe, légen­daire, une invi­ta­tion à exer­cer libre­ment son esprit cri­tique, un pilier de la légende des Lumières. Mais ensuite, on com­prend que cette liber­té n’est pré­vue que pour les savants, en qua­li­té de savant ! Pour ce qui concerne les autres, nous sommes appa­rem­ment condam­nés à obéir ser­vi­le­ment ! Donc, exer­çons notre esprit cri­tique… sur l’idéologie des Lumières elle-même…

——

Qu’est-ce que les Lumières ? (selon Emma­nuel Kant)

1. La sor­tie de l’homme de sa mino­ri­té dont il est lui-même res­pon­sable. Mino­ri­té, c’est-à-dire inca­pa­ci­té de se ser­vir de son enten­de­ment (pou­voir de pen­ser) sans la direc­tion d’autrui, mino­ri­té dont il est lui-même res­pon­sable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de déci­sion et de cou­rage de s’en ser­vir sans la direc­tion d’autrui.

Sapere aude ! (Ose pen­ser) Aie le cou­rage de te ser­vir de ton propre enten­de­ment. Voi­là la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâche­té sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affran­chi depuis long­temps d’une (de toute) direc­tion étran­gère, reste cepen­dant volon­tiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des pre­miers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un direc­teur qui me tient lieu de conscience, un méde­cin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vrai­ment pas besoin de me don­ner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de pen­ser pour­vu que je puisse payer ; d’autres se char­ge­ront bien de ce tra­vail ennuyeux. 

Que la grande majo­ri­té des hommes (y com­pris le sexe faible tout entier) tienne aus­si pour très dan­ge­reux ce pas en avant vers leur majo­ri­té, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aima­ble­ment (par bon­té) ont pris sur eux d’exercer une haute direc­tion sur l’humanité.

Après avoir ren­du bien sot leur bétail (domes­tique) et avoir soi­gneu­se­ment pris garde que ces pai­sibles créa­tures n’aient pas la per­mis­sion d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfer­mé. Ils leur montrent les dan­gers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce dan­ger n’est vrai­ment pas si grand, car elles appren­draient bien enfin, après quelques chutes, à mar­cher ; mais un acci­dent de cette sorte rend néan­moins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordi­nai­re­ment d’en refaire l’essai.

[…]

4. Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davan­tage dans le domaine du pos­sible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liber­té, à peu près inévi­table. Car on ren­con­tre­ra tou­jours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, par­mi les tuteurs paten­tés (atti­trés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) mino­ri­té, répan­dront l’esprit d’une esti­ma­tion rai­son­nable de sa valeur propre et de la voca­tion de chaque homme à pen­ser par soi-même. 

Notons en par­ti­cu­lier que le public qui avait été mis aupa­ra­vant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se pla­cer des­sous, une fois qu’il a été inci­té à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs inca­pables eux-mêmes de toute lumière : tant il est pré­ju­di­ciable d’inculquer des pré­ju­gés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers. 

Aus­si un public ne peut-il par­ve­nir que len­te­ment aux lumières. Une révo­lu­tion peut bien entraî­ner une chute du des­po­tisme per­son­nel et de l’oppression inté­res­sée ou ambi­tieuse, (cupide et auto­ri­taire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de pen­ser ; tout au contraire, de nou­veaux pré­ju­gés sur­gi­ront qui ser­vi­ront, aus­si bien que les anciens de lisière à la grande masse pri­vée de pensée.

5. […] Mais quelle limi­ta­tion est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avan­ta­geuse ? – Je réponds : l’usage public de notre propre rai­son doit tou­jours être libre, et lui seul peut ame­ner les lumières par­mi les hommes ; mais son usage pri­vé peut être très sévè­re­ment limi­té, sans pour cela empê­cher sen­si­ble­ment le pro­grès des lumières. J’entends par usage public de notre propre rai­son celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage pri­vé celui qu’on a le droit de faire de sa rai­son dans un poste civil ou une fonc­tion déter­mi­née qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l’intérêt de la com­mu­nau­té un cer­tain méca­nisme qui est néces­saire et par le moyen duquel quelques membres de la com­mu­nau­té doivent se com­por­ter pas­si­ve­ment afin d’être tour­nés, par le gou­ver­ne­ment, grâce à une una­ni­mi­té arti­fi­cielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empê­chés de détruire ces fins. Là il n’est donc pas per­mis de rai­son­ner ; il s’agit d’obéir. Mais, qu’une pièce (élé­ment) de la machine se pré­sente en même temps comme membre d’une com­mu­nau­té, et même de la socié­té civile uni­ver­selle, en qua­li­té de savant, qui, en s’appuyant sur son propre enten­de­ment, s’adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas rai­son­ner, sans qu’en pâtissent les affaires aux­quelles il est pré­po­sé par­tiel­le­ment en tant que membre pas­sif. Il serait très dan­ge­reux qu’un offi­cier à qui un ordre a été don­né par son supé­rieur, vou­lût rai­son­ner dans son ser­vice sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir. 

Emma­nuel Kant (1724−1804), « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784).


« Ceux qui sont pour la liber­té sans agi­ta­tion sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » Mark Twain.


« Il y a des gens qui, à pro­pos de cer­tains pro­blèmes, font preuve d’une grande tolé­rance. C’est sou­vent parce qu’ils s’en foutent. » Mark Twain.


« Et quand même tous les vents de la doc­trine auraient libre cours sur Terre, si la Véri­té est en lice, c’est lui faire injure que dou­ter de sa force, en met­tant en place cen­sure et inter­dic­tion. Que la Faus­se­té s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Véri­té ait le désa­van­tage dans une ren­contre libre et ouverte ? Aucune cen­sure n’a le poids de sa réfu­ta­tion. » John Mil­ton, « Pour la liber­té d’imprimer sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure » (1644).


« Les des­potes eux-mêmes ne nient pas que la liber­té ne soit excel­lente ; seule­ment ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils sou­tiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. » Alexis de Toc­que­ville, « L’An­cien Régime et la Révo­lu­tion », 1866 [décri­vant hon­nê­te­ment le fond de l’idéologie escla­va­giste dite libérale].


Un domp­teur de cirque par­vient à dres­ser un élé­phant en recou­rant à une tech­nique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Mal­gré tous ses efforts, l’éléphanteau n’arrive pas à se libé­rer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est deve­nu un adulte doté d’une force colos­sale, il suf­fit de lui pas­ser une corde au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cher­che­ra même pas à se libérer.

Comme ceux des élé­phants, nos pieds sont entra­vés par des liens fra­giles. Mais, comme nous avons été accou­tu­més dès l’enfance à la puis­sance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter.

Sans savoir qu’il nous suf­fi­rait d’un geste de cou­rage pour décou­vrir toute notre liberté.

Pau­lo Coel­ho, « Maktub ».


« Pri­ver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pou­voir de com­mu­ni­quer ses sen­ti­ments et ses idées, pour empê­cher qu’il n’en fasse un mau­vais usage, ou bien enchaî­ner sa langue de peur qu’il ne calom­nie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses sem­blables, tout le monde voit que ce sont là des absur­di­tés du même genre, que cette méthode est tout sim­ple­ment le secret du des­po­tisme qui, pour rendre les hommes sages et pai­sibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des ins­tru­ments pas­sifs ou de vils automates. » 

Robes­pierre, « Dis­cours sur la liber­té de la presse », pro­non­cé à la Socié­té des Amis de la Consti­tu­tion le 11 mai 1791, et uti­li­sé en par­tie devant l’Assemblée Natio­nale le 22 août 1791.


« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pou­vez être sûr que la liber­té n’y est pas. » Montesquieu.


« Toutes les opi­nions, y com­pris les erreurs, sont d’un grand ser­vice pour atteindre rapi­de­ment la plus haute vérité.
Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.
Qu’on me donne la liber­té de connaître, de m’exprimer et de dis­pu­ter libre­ment, selon ma conscience, avant toute autre liberté. » 

John Mil­ton, Pour la liber­té d’imprimer, sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure (1644).


« L’ordre social n’aura vrai­ment atteint le degré de per­fec­tion auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obli­ga­toire qu’après avoir été sou­mis immé­dia­te­ment à l’examen de tout individu (…). 

Je pro­pose pour cette fois, de bor­ner ce droit indi­vi­duel aux seuls articles rela­tifs à la consti­tu­tion ; mais c’est dans l’espérance que les pro­grès de la rai­son et l’effet que des ins­ti­tu­tions plus légales et plus justes pro­dui­ront néces­sai­re­ment dans les esprits, per­met­tront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et suc­ces­si­ve­ment de l’étendre à toutes » 

« Les hommes ont tel­le­ment pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liber­té est, pour la plu­part d’entre eux, le droit de n’être sou­mis qu’à des maîtres choi­sis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sen­ti­ment de leur indépendance.
(…)
Presque par­tout cette demi-liber­­té est accom­pa­gnée d’orages ; alors on les attri­bue à l’abus de la liber­té, et l’on ne voit pas qu’ils naissent pré­ci­sé­ment de ce que la liber­té n’est pas entière ; on cherche à lui don­ner de nou­velles chaînes, lorsqu’il fau­drait son­ger, au contraire, à bri­ser celles qui lui restent. »

Condor­cet, 1789 :
Sur la néces­si­té de faire rati­fier la consti­tu­tion par les citoyens.


L’homme est né pour le bon­heur et pour la liber­té et par­tout il est esclave et mal­heu­reux ! La socié­té a pour but la conser­va­tion de ses droits et la per­fec­tion de son être ; et par­tout la socié­té le dégrade et l’op­prime ! Le temps est arri­vé de le rap­pe­ler à ses véri­tables destinées.
(…)
Pour rem­plir votre mis­sion, il faut faire pré­ci­sé­ment tout le contraire de ce qui a exis­té avant vous.

Jus­qu’i­ci l’art de gou­ver­ner n’a été que l’art de dépouiller et d’as­ser­vir le grand nombre au pro­fit du petit nombre, et la légis­la­tion, le moyen de réduire ces atten­tats en sys­tème. Les rois et les aris­to­crates ont très bien fait leur métier : c’est à vous main­te­nant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heu­reux et libres par les lois.

Robes­pierre.
(Pour le bon­heur et pour la liber­té, actua­li­té d’un homme irré­cu­pé­rable, La Fabrique, 2000)


« L’anarchisme est cette ten­dance, pré­sente dans toute l’his­toire de la pen­sée et de l’a­gir humains, qui nous incite à vou­loir iden­ti­fier les struc­tures coer­ci­tives, auto­ri­taires et hié­rar­chiques de toutes sortes pour les exa­mi­ner et mettre à l’é­preuve leur légi­ti­mi­té ; lors­qu’il arrive que ces struc­tures ne peuvent se jus­ti­fier — ce qui est le plus sou­vent le cas — l’a­nar­chisme nous porte à cher­cher à les éli­mi­ner et à ain­si élar­gir l’es­pace de la liber­té. » Noam Chomsky.


« L’ac­cep­ta­tion d’une croyance n’est-elle pas un cou­vercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ? 

Et pour­tant un réci­pient n’est uti­li­sable que lors­qu’il est vide et un esprit qui est rem­pli de croyances, de dogmes, d’af­fir­ma­tions, de cita­tions est en véri­té un esprit sté­rile, une machine à répé­ti­tion. » Jid­du Kri­sh­na­mur­ti (1895−1986) La pre­mière et la der­nière liber­té, 1964.


« La véri­té est le nom que les plus forts donnent à leur opi­nion. » Alphonse Karr (1808−1890)


La liber­té seule­ment pour les par­ti­sans du gou­ver­ne­ment, pour les membres d’un par­ti, aus­si nom­breux soient-ils, ce n’est pas la liber­té. La liber­té, c’est tou­jours la liber­té de celui qui pense autre­ment. Non pas par fana­tisme de la « jus­tice », mais parce que tout ce qu’il y a d’ins­truc­tif, de salu­taire et de puri­fiant dans la liber­té poli­tique tient à cela et perd de son effi­ca­ci­té quand la « liber­té » devient un privilège.

Rosa Luxem­bourg (La révo­lu­tion russe).


« La pen­sée facile consiste à choi­sir son camp, accu­mu­ler les savoirs et igno­rer l’autre côté.
Il s’ensuit une boi­te­rie logique qui donne une image hémi­plé­gique du psy­chisme humain. » Boris Cyrul­nik, De chair et d’âme.


« La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. » Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b.


« Le mot isé­go­ria, le droit pour tous de par­ler à l’as­sem­blée, était quel­que­fois employé par les écri­vains grecs comme un syno­nyme de ‘démo­cra­tie’. »

Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne » (1972), p 64.


La pen­sée facile consiste à choi­sir son camp, accu­mu­ler les savoirs et igno­rer l’autre côté.

Il s’ensuit une boi­te­rie logique qui donne une image hémi­plé­gique du psy­chisme humain.

Boris Cyrul­nik, De chair et d’âme.


« La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aris­tote, Les Poli­tiques IV, 14, 1298‑b.


« Tout endoc­tri­ne­ment faci­li­té par l’ignorance de l’informé, ne lui pré­sen­tant qu’un aspect des choses, ten­dant à lui impo­ser des auto­ma­tismes de pen­sée et de com­por­te­ment, occul­tant les opi­nions contraires en décré­tant qu’elles sont erro­nées ou ten­tant de les pré­sen­ter de telle sorte qu’elles perdent aus­si­tôt toute cohé­rence face à la solu­tion pré­pa­rée par celui qui informe, indi­vi­du ou ins­ti­tu­tion, est l’expression d’un mépris pro­fond de l’homme.

C’est consi­dé­rer qu’il est inca­pable de se faire une opi­nion per­son­nelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de com­bler son igno­rance en lui four­nis­sant des opi­nions et des infor­ma­tions dif­fé­rentes ou contraires, c’est le trom­per que de ne lui mon­trer qu’un aspect des choses. C’est le consi­dé­rer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véri­table racisme. 

Le rôle d’un pou­voir ne devrait pas être de « for­mer » l’opinion, mais de lui four­nir des élé­ments d’information nom­breux et dif­fé­ren­ciés per­met­tant à chaque indi­vi­du de remettre en cause chaque jour les bases de la péren­ni­té de ce pou­voir même. 

Autre­ment dit, ce serait alors se sup­pri­mer tout pou­voir cen­tra­li­sé. Ce serait de four­nir à chaque indi­vi­du les moyens d’apporter sa part ima­gi­na­tive à la construc­tion jamais finie de la socié­té humaine. »

Hen­ri Labo­rit, La Nou­velle Grille.


Puri­fi­ca­tion linguistique

« Vous n’ap­pré­ciez pas réel­le­ment le nov­langue, Wins­ton, dit-il presque tris­te­ment. Au fond, vous auriez pré­fé­ré res­ter fidèle à l’an­cien lan­gage, à son impré­ci­sion et ses nuances inutiles (…).
Ne voyez-vous pas que le but du nov­langue est de res­treindre les limites de la pen­sée ? À la fin, nous ren­drons lit­té­ra­le­ment impos­sible le crime par la pen­sée, car il n’y aura plus de mots pour l’ex­pri­mer. Tous les concepts néces­saires seront expri­més cha­cun exac­te­ment par un seul mot dont le sens sera rigou­reu­se­ment déli­mi­té. La Révo­lu­tion sera com­plète quand le lan­gage sera par­fait. Vers 2050, plus tôt pro­ba­ble­ment, toute connais­sance de l’an­cienne langue aura dis­pa­ru. Toute lit­té­ra­ture du pas­sé aura été détruite. Chau­cer, Sha­kes­peare, Mil­ton, Byron n’exis­te­ront plus qu’en ver­sion nov­langue. Même la lit­té­ra­ture du Par­ti chan­ge­ra. Même les slo­gans chan­ge­ront. Com­ment pour­­rait-il y avoir une devise comme « La liber­té, c’est l’es­cla­vage », alors que le concept même de liber­té aura été abo­li ? En fait, il n’y aura pas de pen­sée telle que nous la com­pre­nons main­te­nant. Ortho­doxie signi­fie non pen­sant, qui n’a pas besoin de pen­sée. L’or­tho­doxie, c’est l’inconscience.
George Orwell (1903–1950),« 1984 » (1949).


« Comme le sou­li­gnait John Stuart Mill, pou­voir cri­ti­quer sans aucune crainte les lois de New­ton et voir qu’elles résistent à ces cri­tiques est une des rai­sons de croire aux lois de New­ton. Si on pour­sui­vait devant les tri­bu­naux tous ceux qui contestent la vali­di­té des lois de la phy­sique, il n’y aurait plus aucune rai­son d’y croire. La même chose est vraie, a for­tio­ri, pour la sociologie. »

Jean Bric­mont, la Répu­blique des Cen­seurs, 2014 (p24).


« À chaque époque, il existe des libres pen­seurs, c’est-à-dire des gens qui n’ap­par­tiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune reli­gion, s’in­té­ressent aux faits avant de par­ler de valeurs, jugent de la véri­té d’une opi­nion indé­pen­dam­ment de la per­sonne qui l’é­nonce, qui écoutent dif­fé­rents points de vue, hésitent, doutent et dis­cutent avec tout le monde. Ils pensent que cha­cun a le droit d’ex­pri­mer son opinion.

En face d’eux, il y a les fana­tiques, les clé­ri­caux, les obs­cu­ran­tistes, qui font exac­te­ment le contraire. Ils tiennent (plus ou moins) à jour leurs fiches, sur­veillent qui parle avec qui et lancent des cam­pagnes de haine et de dif­fa­ma­tion contre les libres pen­seurs. Ils cen­surent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incar­ner la lutte du Bien contre le Mal.

Mal­heu­reu­se­ment, de nos jours, les fana­tiques, les clé­ri­caux et les obs­cu­ran­tistes ne parlent que de démo­cra­tie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’ex­trême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’é­ga­rer un cer­tain nombre d’es­prits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’é­tant que des vic­times de l’illu­sion consis­tant à croire que l’on appar­tient au camp du Bien et qui se privent et tentent de pri­ver les autres des res­sources de l’es­prit critique. »

Jean Bric­mont, juin 2016.


Les livres auto­ri­sés par la cen­sure ne font qu’exprimer les idées reçues de l’époque.
Fran­cis Bacon.

[Gilets jaunes constituants sur le RIC] Rendez-vous à Alès vendredi 19 avril 2019 à 18 h, avec les Colibris

Il y aura Céline-élo­­die Duche­min, Tris­tan et Camille 🙂

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Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier

Le mar­tyr de Julian Assange est le crime et la honte inex­piables des jour­na­listes et des poli­ti­ciens du monde entier, qui l’au­ront lais­sé tor­tu­rer et cre­ver sans le protéger.

Mer­ci RT.

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