Articles du blog

Les derniers articles du blog

Atelier constituant mensuel (tout près de Bordeaux) – Samedi 11 octobre 2025 à Gradignan, à 14 h ‑Organisation du moment constituant, juste après le jour J

Atelier constituant mensuel (tout près de Bordeaux) – Samedi 11 octobre 2025 à Gradignan, à 14 h ‑Organisation du moment constituant, juste après le jour J

Ren­dez-vous demain à 14 h  https://​www​.event​brite​.com/​e​/​a​t​e​l​i​e​r​-​c​o​n​s​t​i​t​u​a​n​t​-​m​e​n​s​u​e​l​-​s​a​m​e​d​i​-​1​1​-​o​c​t​o​b​r​e​-​a​-​g​r​a​d​i​g​n​a​n​-​t​i​c​k​e​t​s​-​1​7​8​6​6​4​2​3​1​8​269 Des­crip­tion : « Ins­crip­tion :Avec la par­ti­ci­pa­tion excep­tion­nelle d’E­tienne Chouard.Les places sont limi­tées à 30. Pre­miers ins­crits, pre­miers ser­vis ! Nous pré­voyons d’être au com­plet pour cet évè­ne­ment. Pour des ques­tions de logis­tiques et de sécu­ri­té, nous n’ac­cep­te­rons à l’é­vè­ne­ment que les per­sonnes munies d’un billet event­brite. Nous vous remer­cions pour…

lire plus

Tous les articles du blog

For­mat grille – For­mat articles complets

[Procès stalinien à Londres, capitale du crime] Compte-rendu du Procès Assange, 4ème jour, par Craig MURRAY

Julian Assange Prison de Belmarsh 24 février 2020

Craig Mur­ray : « S’il vous plaît, ten­tez cette expé­rience pour moi.
Posez cette ques­tion à haute voix, sur un ton d’encouragement et de curio­si­té intel­lec­tuelle : « Sug­­gé­­rez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Posez main­te­nant cette ques­tion à voix haute, sur un ton d’hostilité et d’incrédulité fri­sant le sar­casme : « Sug­­gé­­rez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Tout d’abord, féli­ci­ta­tions pour vos talents d’acteur ; vous pre­nez très bien la direc­tion des opé­ra­tions. Deuxiè­me­ment, n’est-il pas fas­ci­nant de voir com­ment les mêmes mots peuvent pré­ci­sé­ment trans­mettre le sens oppo­sé en fonc­tion de la modu­la­tion du stress, de la hau­teur et du volume ?

Hier, l’accusation a pour­sui­vi son argu­ment selon lequel la dis­po­si­tion du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 qui inter­dit l’extradition pour des délits poli­tiques est lettre morte, et que les objec­tifs de Julian Assange ne sont de toute façon pas poli­tiques. James Lewis avo­cat pour l’accusation a par­lé pen­dant envi­ron une heure, et Edward Fitz­ge­rald a répon­du pour la défense pen­dant envi­ron le même temps. Au cours de la pré­sen­ta­tion de Lewis, il a été inter­rom­pu par le juge Barait­ser, pré­ci­sé­ment une fois. Pen­dant la réponse de Fitz­ge­rald, Barait­ser l’a inter­rom­pu dix-sept fois.

Dans la trans­crip­tion, ces inter­rup­tions n’auront pas l’air déraisonnables :
« Pour­­riez-vous pré­ci­ser le pour moi, M. Fitzgerald… »
« Alors, com­ment faites-vous face au point de vue de M. Lewis selon lequel… »
« Mais c’est sûre­ment un argu­ment circulaire… »
« Mais il n’est pas incor­po­ré, n’est-ce pas ?… »

Toutes ces inter­rup­tions et les douze autres ont été conçues pour mon­trer que le juge tente de cla­ri­fier l’argument de la défense dans un esprit de test intel­lec­tuel. Mais si vous avez enten­du le ton de la voix de Barait­ser, vu son lan­gage cor­po­rel et ses expres­sions faciales, c’était tout sauf cela.

L’image fausse qu’une trans­crip­tion pour­rait don­ner est exa­cer­bée par le fait que la cour Fitz­ge­rald répond conti­nuel­le­ment à chaque har­cè­le­ment évident par « Mer­ci Madame, c’est très utile », ce qui, encore une fois, si vous étiez là, signi­fiait clai­re­ment le contraire. Mais ce que la trans­crip­tion mon­tre­ra uti­le­ment, c’est la tac­tique de Barait­ser qui consiste à inter­rompre Fitz­ge­rald encore et encore, à mini­mi­ser ses argu­ments et à l’empêcher déli­bé­ré­ment d’entrer dans le vif du sujet. Le contraste avec son trai­te­ment de Lewis ne pour­rait être plus prononcé.

Nous allons donc main­te­nant pré­sen­ter les argu­ments juri­diques eux-mêmes.

James Lewis pour l’accusation, pour­sui­vant ses argu­ments de la veille, a décla­ré que le Par­le­ment n’avait pas inclus dans la loi de 2003 une inter­dic­tion d’extradition pour des infrac­tions poli­tiques. Elle ne peut donc pas être réin­tro­duite dans la loi par un trai­té. « Intro­duire une inter­dic­tion des infrac­tions poli­tiques par une voie détour­née serait sub­ver­tir l’intention du Parlement ».

Lewis a éga­le­ment fait valoir qu’il ne s’agissait pas de délits poli­tiques. Au Royaume-Uni, la défi­ni­tion d’un délit poli­tique se limi­tait à un com­por­te­ment visant à « ren­ver­ser ou chan­ger un gou­ver­ne­ment ou à l’inciter à modi­fier sa poli­tique ». En outre, l’objectif doit être de chan­ger de gou­ver­ne­ment ou de poli­tique à court terme, et non pas dans un ave­nir indéterminé.

Lewis a décla­ré qu’en outre, le terme « infrac­tion poli­tique » ne pou­vait être appli­qué qu’aux infrac­tions com­mises sur le ter­ri­toire où l’on ten­tait d’opérer le chan­ge­ment. Ain­si, pour être qua­li­fié de délit poli­tique, Assange aurait dû les com­mettre sur le ter­ri­toire des États-Unis, mais il ne l’a pas fait.

Si Barait­ser déci­dait que l’interdiction des infrac­tions poli­tiques s’appliquait, le tri­bu­nal devrait déter­mi­ner la signi­fi­ca­tion de l’expression « infrac­tion poli­tique » dans le trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis et inter­pré­ter le sens des para­graphes 4.1 et 4.2 du trai­té. L’interprétation des termes d’un trai­té inter­na­tio­nal dépas­sait les pou­voirs de la cour.

Lewis a décla­ré que la conduite de Julian Assange ne pou­vait pas être qua­li­fiée de délit poli­tique. « Il est impos­sible de pla­cer Julian Assange dans la posi­tion d’un réfu­gié poli­tique ». L’activité dans laquelle Wiki­leaks était enga­gé n’était pas dans son sens propre une oppo­si­tion poli­tique à l’administration amé­ri­caine ou une ten­ta­tive de ren­ver­ser cette admi­nis­tra­tion. Par consé­quent, l’infraction n’était pas politique.

Pour la défense, Edward Fitz­ge­rald a répon­du que la loi sur l’extradition de 2003 était une loi d’habilitation en ver­tu de laquelle les trai­tés pou­vaient s’appliquer. Le Par­le­ment s’est sou­cié de sup­pri­mer toute menace d’abus de l’interdiction des infrac­tions poli­tiques pour cou­vrir les actes ter­ro­ristes de vio­lence contre des civils inno­cents. Mais il reste une pro­tec­tion claire, accep­tée dans le monde entier, pour la dis­si­dence poli­tique paci­fique. Le trai­té d’extradition sur la base duquel la cour agis­sait en tient compte.

M. Barait­ser inter­rompt la séance en indi­quant que le trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a pas été inté­gré au droit anglais.

Fitz­ge­rald répond que l’ensemble de la demande d’extradition est basée sur le trai­té. C’est un abus de pro­cé­dure pour les auto­ri­tés de s’appuyer sur le trai­té pour la demande mais de pré­tendre ensuite que ses dis­po­si­tions ne s’appliquent pas.

« À pre­mière vue, c’est un argu­ment très bizarre qu’un trai­té qui donne lieu à l’extradition, sur lequel l’extradition est fon­dée, puisse être igno­ré dans ses dis­po­si­tions. À pre­mière vue, c’est absurde » a dit Edward Fitz­ge­rald pour la défense

Fitz­ge­rald a ajou­té que les tri­bu­naux anglais inter­prètent les trai­tés tout le temps. Il a don­né des exemples.

Fitz­ge­rald a pour­sui­vi en disant que la défense n’acceptait pas que la tra­hi­son, l’espionnage et la sédi­tion ne soient pas consi­dé­rés comme des délits poli­tiques en Angle­terre. Mais même si l’on accep­tait la défi­ni­tion trop étroite de Lewis de l’infraction poli­tique, le com­por­te­ment d’Assange répon­dait quand même au cri­tère. Quel pour­rait être le motif de la publi­ca­tion des preuves des crimes de guerre et de la cor­rup­tion du gou­ver­ne­ment, si ce n’est de chan­ger la poli­tique du gou­ver­ne­ment ? En effet, les preuves prou­ve­raient que Wiki­leaks a effec­ti­ve­ment chan­gé la poli­tique du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, en par­ti­cu­lier sur l’Irak.

Barait­ser a inter­fé­ré en disant que dénon­cer les méfaits du gou­ver­ne­ment n’était pas la même chose que d’essayer de chan­ger la poli­tique du gou­ver­ne­ment. Fitz­ge­rald lui a deman­dé, fina­le­ment exas­pé­ré après d’innombrables inter­rup­tions, quel autre inté­rêt il y aurait à expo­ser les méfaits du gou­ver­ne­ment que d’induire un chan­ge­ment de poli­tique gouvernementale.

C’est ain­si que se ter­minent les plai­doi­ries d’ouverture de l’accusation et de la défense.

MON COMMENTAIRE PERSONNEL

Per­­met­­tez-moi d’être aus­si neutre que pos­sible. Si vous pou­viez affir­mer avec jus­tesse que l’argument de Lewis était beau­coup plus logique, ration­nel et intui­tif que celui de Fitz­ge­rald, vous pour­riez com­prendre pour­quoi Lewis n’avait pas besoin d’être inter­rom­pu alors que Fitz­ge­rald devait être conti­nuel­le­ment inter­rom­pu pour « cla­ri­fi­ca­tion ». Mais en fait, c’est Lewis qui a fait valoir que les dis­po­si­tions du trai­té même en ver­tu duquel l’extradition est effec­tuée ne s’appliquent pas, une étape logique qui, à mon avis, deman­de­rait un peu plus d’explications que l’argumentaire contraire de Fitz­ge­rald. Le har­cè­le­ment que Barait­ser a fait subir à Fitz­ge­rald lorsqu’il a mis l’accusation dans les cordes est tout droit sor­ti du livre de recettes des pro­cès staliniens.

La défense ne l’a pas men­tion­né, et je ne sais pas si cela figure dans leurs argu­ments écrits, mais j’ai trou­vé que l’argument de Lewis selon lequel il ne pou­vait s’agir de délits poli­tiques, parce que Julian Assange n’était pas aux États-Unis lorsqu’il les a com­mis, était d’une mal­hon­nê­te­té à cou­per le souffle. Les États-Unis reven­diquent une com­pé­tence uni­ver­selle. Assange est accu­sé de crimes de publi­ca­tion com­mis alors qu’il se trou­vait en dehors des États-Unis. Les États-Unis reven­diquent le droit d’inculper toute per­sonne de toute natio­na­li­té, par­tout dans le monde, qui nuit aux inté­rêts amé­ri­cains. En outre, ils affirment ici que, comme les docu­ments pou­vaient être vus sur Inter­net aux États-Unis, il y a eu infrac­tion aux États-Unis. En même temps, pré­tendre que cela ne pour­rait pas être un délit poli­tique puisque le crime a été com­mis en dehors des États-Unis est, comme Edward Fitz­ge­rald pour­rait le dire, à pre­mière vue absurde. Ce que, curieu­se­ment, Barait­ser n’a pas relevé.

L’argument de Lewis selon lequel le trai­té n’a aucune valeur en droit anglais n’est pas une inven­tion de sa part. Nigel Farage ne s’est pas maté­ria­li­sé de nulle part. Il existe en véri­té une longue tra­di­tion dans le droit anglais selon laquelle même un trai­té signé et rati­fié avec un pays étran­ger quel­conque, ne peut en aucun cas lier un tri­bu­nal anglais. Lewis pou­vait, et il l’a fait, faire jaillir des pages et des pages de juge­ments de juges à la face de bet­te­rave qui s’efforcent de dire exac­te­ment cela à la Chambre des Lords, avant d’aller tirer sur du gibier et don­ner la fes­sée au fils du valet. Lewis était par­ti­cu­liè­re­ment atta­ché à l’affaire du Tin Coun­cel [Ndt : Maclaine Wat­son and Co Ltd contre Inter­na­tio­nal Tin Coun­cil : HL 2 janv. 1989. Le Tin Coun­cil était un organe consti­tué par un trai­té inter­na­tio­nal non incor­po­ré dans la légis­la­tion du Royaume-Uni. … Un trai­té non incor­po­ré ne peut créer aucun droit ou obli­ga­tion dans le droit natio­nal. (Wiki­pe­dia)]

Il existe bien sûr une tra­di­tion contraire et plus éclai­rée, et un cer­tain nombre de juge­ments qui disent exac­te­ment le contraire, pour la plu­part plus récents. C’est la rai­son pour laquelle les argu­ments étaient si répé­ti­tifs, chaque par­tie ayant accu­mu­lé de plus en plus de volumes d’« auto­ri­tés » pour défendre son point de vue.

La dif­fi­cul­té pour Lewis – et pour Barait­ser – est que cette affaire n’est pas com­pa­rable au fait que j’achète une barre de cho­co­lat et que je me rende ensuite au tri­bu­nal parce qu’un trai­té inter­na­tio­nal sur les barres de cho­co­lat dit que la mienne est trop petite.

La loi sur l’extradition de 2003 est plu­tôt une loi d’habilitation dont dépendent ensuite les trai­tés d’extradition. Vous ne pou­vez donc pas extra­der en ver­tu de la loi de 2003 sans le trai­té. Le trai­té d’extradition de 2007 devient donc, dans un sens très réel, un ins­tru­ment exé­cu­tif léga­le­ment néces­saire pour auto­ri­ser l’extradition. Pour que les auto­ri­tés d’exécution enfreignent les termes de l’instrument exé­cu­tif néces­saire en ver­tu duquel elles agissent, il faut sim­ple­ment qu’il y ait un abus de pro­cé­dure. Ain­si, le trai­té d’extradition, en rai­son de sa nature et de la néces­si­té d’une action en jus­tice, est en fait inté­gré au droit anglais par la loi sur l’extradition de 2003 dont il dépend.

Le trai­té d’extradition est une condi­tion préa­lable néces­saire à l’extradition, alors qu’un trai­té sur les barres de cho­co­lat n’est pas une condi­tion préa­lable néces­saire à l’achat d’une barre de chocolat.

Je ne peux pas être plus clair. J’espère que c’est compréhensible.

Il est bien sûr dif­fi­cile pour Lewis que le même jour, la Cour d’appel se soit pro­non­cée contre la construc­tion de la troi­sième piste d’Heathrow, en par­tie à cause de son incom­pa­ti­bi­li­té avec l’Accord de Paris de 2016, bien que ce der­nier ne soit pas entiè­re­ment inté­gré au droit anglais par la loi sur le chan­ge­ment cli­ma­tique de 2008.

UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE ESSENTIELLE

Il est extrê­me­ment embar­ras­sant pour le Forei­gn and Com­mon­wealth Office (FCO) qu’un tri­bu­nal anglais répu­die l’application d’un trai­té que le Royaume-Uni a rati­fié avec un ou plu­sieurs États étran­gers. C’est pour­quoi, dans le monde moderne, des pro­cé­dures et des pré­cau­tions très sérieuses ont été mises en place pour s’assurer que cela ne puisse pas se pro­duire. Par consé­quent, l’argument de l’accusation selon lequel toutes les dis­po­si­tions du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 ne peuvent pas être mises en œuvre en ver­tu de la loi sur l’extradition de 2003, devrait être impossible.

Je dois expli­quer que j’ai moi-même négo­cié et super­vi­sé l’entrée en vigueur des trai­tés au sein du FCO. Le der­nier pour lequel j’ai per­son­nel­le­ment noué le ruban et oppo­sé le sceau de cire (lit­té­ra­le­ment) était le trai­té anglo-belge sur le pla­teau conti­nen­tal de 1991, mais j’ai par­ti­ci­pé à la négo­cia­tion d’autres trai­tés et le sys­tème que je vais décrire était tou­jours en place lorsque j’ai quit­té le FCO en tant qu’ambassadeur en 2005, et je crois qu’il n’a pas chan­gé aujourd’hui (et sou­­ve­­nez-vous que la loi sur l’extradition date de 2003 et que le trai­té d’extradition amé­­ri­­ca­­no-bri­­tan­­nique a été rati­fié en 2007, donc mes connais­sances ne sont pas dépas­sées). Les nomen­cla­tures minis­té­rielles changent de temps en temps, de même que l’organisation struc­tu­relle. Mais les bureaux et les fonc­tions que je vais décrire res­tent les mêmes, même si les noms peuvent être différents.

Tous les trai­tés inter­na­tio­naux com­portent un pro­ces­sus en deux étapes. Tout d’abord, ils sont signés pour mon­trer que le gou­ver­ne­ment est d’accord avec le trai­té. Puis, après un cer­tain délai, ils sont rati­fiés. Cette deuxième étape a lieu lorsque le gou­ver­ne­ment a auto­ri­sé la légis­la­tion et les autres orga­nismes requis à appli­quer le trai­té. C’est la réponse à l’observation de Lewis sur les rôles de l’exécutif et du légis­la­tif. La phase de rati­fi­ca­tion n’a lieu qu’après toute action légis­la­tive requise. C’est là toute la question.

C’est ain­si que cela se passe au FCO. Les fonc­tion­naires négo­cient le trai­té d’extradition. Il est signé pour le Royaume-Uni. Le trai­té signé est ensuite ren­voyé aux conseillers juri­diques du FCO, au dépar­te­ment de la natio­na­li­té et des trai­tés, au dépar­te­ment consu­laire, au dépar­te­ment nord-amé­­ri­­cain et à d’autres, puis il est envoyé aux avo­cats du Tré­sor et du Cabi­net, au minis­tère de l’Intérieur, au Par­le­ment et à tout autre dépar­te­ment gou­ver­ne­men­tal dont le domaine est concer­né par le trai­té en question.

Le trai­té fait l’objet d’un exa­men appro­fon­di afin de véri­fier qu’il peut être plei­ne­ment appli­qué dans toutes les juri­dic­tions du Royaume-Uni. Si ce n’est pas le cas, des modi­fi­ca­tions doivent être appor­tées à la loi pour qu’elle puisse être appli­quée. Ces modi­fi­ca­tions peuvent être appor­tées par une loi du Par­le­ment ou, plus géné­ra­le­ment, par une légis­la­tion secon­daire en uti­li­sant les pou­voirs confé­rés au secré­taire d’État par une loi. S’il existe déjà une loi du Par­le­ment en ver­tu de laquelle le trai­té peut être mis en œuvre, aucune loi d’habilitation ne doit être adop­tée. Les accords inter­na­tio­naux ne sont pas tous incor­po­rés indi­vi­duel­le­ment dans les lois anglaises ou écos­saises par une nou­velle légis­la­tion spécifique.

Il s’agit d’un pro­ces­sus très minu­tieux, mené étape par étape par des juristes et des fonc­tion­naires du FCO, du Tré­sor, du Cabi­net Office [dépar­te­ment exé­cu­tif du … Gou­ver­ne­ment bri­tan­nique – NdT], du Minis­tère de l’Intérieur, du Par­le­ment et d’autres ins­tances. Cha­cun exa­mi­ne­ra en paral­lèle chaque clause du trai­té et véri­fie­ra qu’elle peut être appli­quée. Toutes les modi­fi­ca­tions néces­saires pour don­ner effet au trai­té doivent ensuite être appor­tées – modi­fi­ca­tion de la légis­la­tion et démarches admi­nis­tra­tives néces­saires. Les conseillers juri­diques du FCO ne don­ne­ront le feu vert à la rati­fi­ca­tion du trai­té que lorsque tous les obs­tacles auront été levés, y com­pris la légis­la­tion, et que les fonc­tion­naires du Par­le­ment, du Tré­sor, du Cabi­net Office, du Minis­tère de l’Intérieur et du FCO auront tous cer­ti­fié que le trai­té est appli­cable au Royaume-Uni. Vous ne pou­vez abso­lu­ment pas rati­fier le trai­té avant que les conseillers juri­diques du FCO n’aient don­né cette autorisation.

Il s’agit d’un pro­ces­sus sérieux. C’est pour­quoi le trai­té d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni a été signé en 2003 et rati­fié en 2007. Il ne s’agit pas d’un retard anormal.

Je sais donc avec cer­ti­tude que TOUS les ser­vices juri­diques com­pé­tents du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique DOIVENT avoir conve­nu que l’article 4.1 du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis pou­vait être mis en œuvre en ver­tu de la loi sur l’extradition de 2003. Cette cer­ti­fi­ca­tion doit avoir eu lieu, sinon le trai­té n’aurait jamais pu être ratifié.

Il s’ensuit néces­sai­re­ment que le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, en cher­chant à faire valoir main­te­nant que l’article 4.1 est incom­pa­tible avec la loi de 2003, ment sciem­ment. [gras ajou­té par le tra­duc­teur] Il ne pour­rait y avoir d’abus de pro­cé­dure plus flagrant.

J’ai tenu à ce que l’audition sur ce point par­ti­cu­lier se ter­mine afin de pou­voir vous faire béné­fi­cier de mon expé­rience. Je vais me repo­ser pour l’instant, mais plus tard dans la jour­née, j’espère pou­voir conti­nuer à m’exprimer sur l’échange d’hier au tri­bu­nal concer­nant la libé­ra­tion de Julian du sa cage blin­dée antiterroriste.

Avec mes remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont ins­crits pour rendre ce repor­tage pos­sible. Je tiens à sou­li­gner une fois de plus que je ne veux abso­lu­ment pas que qui­conque donne quoi que ce soit si cela lui cause le moindre pro­blème financier.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig MURRAY

Tra­duc­tion « Ils jouent à la jus­tice comme on joue à la dinette : en fai­sant sem­blant » par Vik­tor Dedaj pour Le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

https://​www​.legrand​soir​.info/​c​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​–​d​u​–​p​r​o​c​e​s​–​a​s​s​a​n​g​e​–​4​e​m​e​–​j​o​u​r​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​5​7​7​1​0​6​4​2​317

Formidable coup de gueule de Virginie Despentes : Césars : « Désormais on se lève et on se barre »

« Désormais on se lève et on se barre »

Vir­gi­nie Des­pentes : « Que ça soit à l’Assemblée natio­nale ou dans la culture, vous, les puis­sants, vous exi­gez le res­pect entier et constant. Ça vaut pour le viol, les exac­tions de votre police, les césars, votre réforme des retraites. En prime, il vous faut le silence de victimes. »

Tri­bune. Je vais com­men­cer comme ça : soyez ras­su­rés, les puis­sants, les boss, les chefs, les gros bon­nets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pou­voir en tra­vers de la gueule, ça fait tou­jours aus­si mal. Tout ce week-end à vous écou­ter geindre et chia­ler, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à pas­ser vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célé­brer Polans­ki tran­quilles et que ça vous gâche la fête mais der­rière vos jéré­miades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le mes­sage passe cinq sur cinq : cette notion de consen­te­ment, vous ne comp­tez pas la lais­ser pas­ser. Où serait le fun d’appartenir au clan des puis­sants s’il fal­lait tenir compte du consen­te­ment des domi­nés ? Et je ne suis cer­tai­ne­ment pas la seule à avoir envie de chia­ler de rage et d’impuissance depuis votre belle démons­tra­tion de force, cer­tai­ne­ment pas la seule à me sen­tir salie par le spec­tacle de votre orgie d’impunité.

Il n’y a rien de sur­pre­nant à ce que l’académie des césars élise Roman Polans­ki meilleur réa­li­sa­teur de l’année 2020. C’est gro­tesque, c’est insul­tant, c’est ignoble, mais ce n’est pas sur­pre­nant. Quand tu confies un bud­get de plus de 25 mil­lions à un mec pour faire un télé­film, le mes­sage est dans le bud­get. Si la lutte contre la mon­tée de l’antisémitisme inté­res­sait le ciné­ma fran­çais, ça se ver­rait. Par contre, la voix des oppri­més qui prennent en charge le récit de leur cal­vaire, on a com­pris que ça vous soû­lait. Alors quand vous avez enten­du par­ler de cette sub­tile com­pa­rai­son entre la pro­blé­ma­tique d’un cinéaste cha­hu­té par une cen­taine de fémi­nistes devant trois salles de ciné­ma et Drey­fus, vic­time de l’antisémitisme fran­çais de la fin du siècle der­nier, vous avez sau­té sur l’occasion. Vingt-cinq mil­lions pour ce paral­lèle. Superbe. On applau­dit les inves­tis­seurs, puisque pour ras­sem­bler un tel bud­get il a fal­lu que tout le monde joue le jeu : Gau­mont Dis­tri­bu­tion, les cré­dits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et géné­reux, pour une fois. Vous ser­rez les rangs, vous défen­dez l’un des vôtres. Les plus puis­sants entendent défendre leurs pré­ro­ga­tives : ça fait par­tie de votre élé­gance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tri­bu­naux sont votre domaine, les médias vous appar­tiennent. Et c’est exac­te­ment à cela que ça sert, la puis­sance de vos grosses for­tunes : avoir le contrôle des corps décla­rés subal­ternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire pas­ser ce beau mes­sage : le res­pect qu’on leur doit s’étendra désor­mais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’Assemblée natio­nale ou dans la culture – marre de se cacher, de simu­ler la gêne. Vous exi­gez le res­pect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exac­tions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre poli­tique : exi­ger le silence des vic­times. Ça fait par­tie du ter­ri­toire, et s’il faut nous trans­mettre le mes­sage par la ter­reur vous ne voyez pas où est le pro­blème. Votre jouis­sance mor­bide, avant tout. Et vous ne tolé­rez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de sur­pre­nant à ce que vous ayez cou­ron­né Polans­ki : c’est tou­jours l’argent qu’on célèbre, dans ces céré­mo­nies, le ciné­ma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puis­sance de frappe moné­taire que vous venez adu­ler. C’est le gros bud­get que vous lui avez octroyé en signe de sou­tien que vous saluez – à tra­vers lui c’est votre puis­sance qu’on doit respecter.

Il serait inutile et dépla­cé, dans un com­men­taire sur cette céré­mo­nie, de sépa­rer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune dif­fé­rence de com­por­te­ments. Il est enten­du que les grands prix conti­nuent d’être exclu­si­ve­ment le domaine des hommes, puisque le mes­sage de fond est : rien ne doit chan­ger. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand Fores­ti se per­met de quit­ter la fête et de se décla­rer « écœu­rée », elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la pro­fes­sion à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entiè­re­ment assu­jet­ti à l’industrie ciné­ma­to­gra­phique, parce qu’elle sait que votre pou­voir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres bot­te­ront en touche. Pas un mot sur Polans­ki, pas un mot sur Adèle Hae­nel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous aga­cez de ce qu’une par­tie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souf­frez de ce qu’Adèle Hae­nel ait pris la parole pour racon­ter son his­toire d’enfant actrice, de son point de vue.

Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convo­qués dans un seul but : véri­fier le pou­voir abso­lu des puis­sants. Et les puis­sants aiment les vio­leurs. Enfin, ceux qui leur res­semblent, ceux qui sont puis­sants. On ne les aime pas mal­gré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des vio­leurs. On les aime pour ça. Pour le cou­rage qu’ils ont de récla­mer la mor­bi­di­té de leur plai­sir, leur pul­sion débile et sys­té­ma­tique de des­truc­tion de l’autre, de des­truc­tion de tout ce qu’ils touchent en véri­té. Votre plai­sir réside dans la pré­da­tion, c’est votre seule com­pré­hen­sion du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défen­dez Polans­ki : vous exi­gez qu’on vous admire jusque dans votre délin­quance. C’est cette exi­gence qui fait que lors de la céré­mo­nie tous les corps sont sou­mis à une même loi du silence. On accuse le poli­ti­que­ment cor­rect et les réseaux sociaux, comme si cette omer­ta datait d’hier et que c’était la faute des fémi­nistes mais ça fait des décen­nies que ça se gou­pille comme ça : pen­dant les céré­mo­nies de ciné­ma fran­çais, on ne blague jamais avec la sus­cep­ti­bi­li­té des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sou­rit. Si le vio­leur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quar­tier : police, pri­son, décla­ra­tions toni­truantes, défense de la vic­time et condam­na­tion géné­rale. Mais si le vio­leur est un puis­sant : res­pect et soli­da­ri­té. Ne jamais par­ler en public de ce qui se passe pen­dant les cas­tings ni pen­dant les pré­pas ni sur les tour­nages ni pen­dant les pro­mos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est tou­jours la loi du silence qui pré­vaut. C’est au res­pect de cette consigne qu’on sélec­tionne les employés.

Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la véri­té c’est qu’on est tou­jours sur­pris par l’outrecuidance du pou­voir. C’est ça qui est beau, fina­le­ment, c’est que ça marche à tous les coups, vos sale­tés. Ça reste humi­liant de voir les par­ti­ci­pants se suc­cé­der au pupitre, que ce soit pour annon­cer ou pour rece­voir un prix. On s’identifie for­cé­ment – pas seule­ment moi qui fais par­tie de ce sérail mais n’importe qui regar­dant la céré­mo­nie, on s’identifie et on est humi­lié par pro­cu­ra­tion. Tant de silence, tant de sou­mis­sion, tant d’empressement dans la ser­vi­tude. On se recon­naît. On a envie de cre­ver. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand mer­dier. On est humi­lié par pro­cu­ra­tion quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Por­trait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uni­que­ment parce qu’Adèle Hae­nel a par­lé et qu’il s’agit de bien faire com­prendre aux vic­times qui pour­raient avoir envie de racon­ter leur his­toire qu’elles feraient bien de réflé­chir avant de rompre la loi du silence. Humi­lié par pro­cu­ra­tion que vous ayez osé convo­quer deux réa­li­sa­trices qui n’ont jamais reçu et ne rece­vront pro­ba­ble­ment jamais le prix de la meilleure réa­li­sa­tion pour remettre le prix à Roman fucking Polans­ki. Him­self. Dans nos gueules. Vous n’avez déci­dé­ment honte de rien. Vingt-cinq mil­lions, c’est-à-dire plus de qua­torze fois le bud­get des Misé­rables, et le mec n’est même pas fou­tu de clas­ser son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récom­pen­sez. Et vous savez très bien ce que vous faites – que l’humiliation subie par toute une par­tie du public qui a très bien com­pris le mes­sage s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misé­rables, quand vous convo­quez sur la scène les corps les plus vul­né­rables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs par­mi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du vio­leur célé­bré ce soir-là et la situa­tion du quar­tier où ils vivent. Les réa­li­sa­trices qui décernent le prix de votre impu­ni­té, les réa­li­sa­teurs dont le prix est taché par votre igno­mi­nie – même com­bat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du ciné­ma, s’ils veulent bos­ser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spec­tacle des césars. Et les hasards du calen­drier font que le mes­sage vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour pro­tes­ter contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire pas­ser en force. C’est le même mes­sage venu des mêmes milieux adres­sé au même peuple : « Ta gueule, tu la fermes, ton consen­te­ment tu te le carres dans ton cul, et tu sou­ris quand tu me croises parce que je suis puis­sant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss. »

Alors quand Adèle Hae­nel s’est levée, c’était le sacri­lège en marche. Une employée réci­di­viste, qui ne se force pas à sou­rire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applau­dir au spec­tacle de sa propre humi­lia­tion. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voi­là com­ment je la vois votre his­toire du réa­li­sa­teur et son actrice ado­les­cente, voi­là com­ment je l’ai vécue, voi­là com­ment je la porte, voi­là com­ment ça me colle à la peau. Parce que vous pou­vez nous la décli­ner sur tous les tons, votre imbé­cil­li­té de sépa­ra­tion entre l’homme et l’artiste – toutes les vic­times de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de divi­sion mira­cu­leuse entre le corps vio­lé et le corps créa­teur. On trim­balle ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer com­ment je devrais m’y prendre pour lais­ser la fille vio­lée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on igno­rait sur la belle indus­trie du ciné­ma fran­çais par contre on a appris com­ment ça se porte, la robe de soi­rée. A la guer­rière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démo­lir le bâti­ment entier, com­ment on avance le dos droit et la nuque rai­die de colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en qua­­rante-cinq ans de céré­mo­nie – Adèle Hae­nel quand elle des­cend les esca­liers pour sor­tir et qu’elle vous applau­dit et désor­mais on sait com­ment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80 % de ma biblio­thèque fémi­niste pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon télé­phone pour cette sor­­tie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humi­liées, oui on n’a qu’à fer­mer nos gueules et man­ger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pou­voir et l’arrogance qui va avec mais on ne res­te­ra pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre res­pect. On se casse. Faites vos conne­ries entre vous. Célé­­brez-vous, humi­­liez-vous les uns les autres tuez, vio­lez, exploi­tez, défon­cez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est pro­ba­ble­ment une image annon­cia­trice des jours à venir. La dif­fé­rence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre domi­nés et domi­nants, entre ceux qui entendent confis­quer la nar­ra­tion et impo­ser leurs déci­sions et ceux qui vont se lever et se cas­ser en gueu­lant. C’est la seule réponse pos­sible à vos poli­tiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pou­voir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun res­pect pour votre mas­ca­rade de res­pec­ta­bi­li­té. Votre monde est dégueu­lasse. Votre amour du plus fort est mor­bide. Votre puis­sance est une puis­sance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner des­sus comme des minables est irres­pi­rable. On se lève et on se casse. C’est ter­mi­né. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

Vir­gi­nie DESPENTES.

Source : « Libé­ra­tion », https://​www​.libe​ra​tion​.fr/​d​e​b​a​t​s​/​2​0​2​0​/​0​3​/​0​1​/​c​e​s​a​r​s​–​d​e​s​o​r​m​a​i​s​–​o​n​–​s​e​–​l​e​v​e​–​e​t​–​o​n​–​s​e​–​b​a​r​r​e​_​1​7​8​0​212

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​7​9​5​7​1​1​9​9​4​2​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

[Injustice chimiquement pure] Le journaliste Ami du peuple Julian Assange est torturé à mort par nos prétendus « représentants » dans le secret des geôles londoniennes alors qu’il n’est ACCUSÉ DE RIEN. Viktor Dedaj

Vik­tor Dedaj explique bien les men­songes mains­tream sur le cas Assange : 

JULIAN ASSANGE N’EST ACCUSÉ DE RIEN

Abon­­nez-vous au site de Vik­tor, Le Grand Soir, c’est un des meilleurs sites du pays pour se dés­in­toxi­quer des bobards des dominants.

#FreeAs­sange

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​7​9​5​7​0​8​7​2​2​7​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

Doc RT 1h sur Julian ASSANGE : « LE COURAGE EST CONTAGIEUX »

J’aime cet homme. Il incarne pour moi le bien ; je le trouve exem­plaire de l’i­dée que je me fais du jour­na­liste : « sen­ti­nelle du peuple », vigi­lant et cou­ra­geux, inquié­tant vrai­ment les pou­voirs en révé­lant leurs intrigues et leurs crimes.

Le contraire de tous les pour­ris ven­dus « main­tream », qui pro­tègent les pou­voirs exploi­teurs et mar­ty­risent les lan­ceurs d’alerte.

Et la tor­ture à mort que lui infligent les cri­mi­nels dont il a pré­ci­sé­ment dévoi­lé les odieux for­faits n’en est que plus révoltante.

#FreeAs­sange

Julian Assange

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157955587812317&id=600922316

Rendez-vous à Longuyon (54) le 7 mars 2020 : quelle démocratie pour demain ? Représentative ? Directe ? Quelle place pour le RIC dans notre constitution ?

La pers­pec­tive d’un débat loyal avec un élu m’en­chante. Je me sou­viens d’une soi­rée pas­sion­nante sur ce for­mat, pen­dant une tour­née en Bre­tagne l’an passé :
[IMPORTANT]Soirée mémo­rable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (dépu­té LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bre­tons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

Je ne doute pas que ce pro­chain échange avec Xavier Palusz­kie­wicz sera à nou­veau très éclai­rant pour tout le monde.

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

Annonce et réser­va­tion sur Facebook :
www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​3​5​2​2​9​6​1​0​3​4​4​4​3​798

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​5​4​0​9​1​6​6​7​317

« Presque toutes les guerres sont le résultat de mensonges médiatiques. » Julian Assange, martyr du journalisme pour avoir créé WIKILEAKS, UN OUTIL POPULAIRE CONTRE LES GUERRES

« Presque toutes les guerres sont le résul­tat de men­songes média­tiques. » Julian Assange

Écou­tez Julian parler :

Ils ont men­ti sur le Vietnam,
Ils ont men­ti sur l’Afghanistan,
Ils ont men­ti sur l’I­rak (2 fois),
Ils ont men­ti sur la Libye,
Ils ont men­ti sur la Syrie,
Ils ont men­ti sur le Yémen,
etc. !

Ils mentent tout le temps.
Impu­né­ment.

ASSANGE A CRÉÉ UNE SOLUTION PUISSANTE ET SOLIDE !
C’est LA cause de sa tor­ture depuis 10 ans, tor­ture à mort menée en notre nom (!) par les cri­mi­nels qu’il dénonce !!!

#FreeAs­sange

Étienne.

[Projet d’expérimentation démocratique] Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud (suite)

Chers amis,

Je vous recom­mande  de vous inté­res­ser à au pro­jet pré­sen­té par Maxime Péroud dans une longue vidéo qu’il a réa­li­sée et qui est acces­sible sur le site www​.exp​-demo​.jim​do​.com  .


https://​exp​-demo​.jim​do​.com/

Et de vous inté­res­ser à son invi­ta­tion à le ren­con­trer pour par­ler du pro­jet avec lui et voir, à la fin de cette réunion, si vous pour­riez être un coéqui­pier / une coéqui­pière de qua­li­té (il cherche 5 à 10 coéqui­piers sup­plé­men­taires sur ce pro­jet en cours).

Adresse de son invi­ta­tion sur Face­book : https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​3​8​5​2​5​7​5​1​1​6​3​4​7​03/

J’ai ren­con­tré Maxime et nous avons eu éga­le­ment plu­sieurs longues conver­sa­tions télé­pho­niques. Il est l’initiateur de ce grand pro­jet, très orga­ni­sé, cohé­rent avec nos tra­vaux sur la Consti­tu­tion. Ce pro­jet consiste à simu­ler (dans plus d’un an, quand tout sera prêt), avec au maxi­mum 30 à 40 par­ti­ci­pants, une assem­blée démo­cra­tique déli­bé­rante comme il en sera pré­vu cer­tai­ne­ment dans la future Consti­tu­tion. Au cours de ces tra­vaux par­le­men­taires simu­lés, l’équipe de ce pro­jet éla­bo­re­ra le règle­ment inté­rieur de cette assem­blée tout en res­pec­tant ce règle­ment dans sa ver­sion en cours d’élaboration.

Le règle­ment inté­rieur pour­ra ser­vir à des assem­blées dites « auto­nomes » (pour l’instant sans rela­tion avec d’autres ins­tances de pou­voir) et sans com­mis­sion (pour sim­pli­fier dans un pre­mier temps). Un pro­jet ulté­rieur abou­ti­ra à un règle­ment pré­voyant des commissions.

Pour le moment, l’équipe actuelle en est à la phase de pré­pa­ra­tion. Ils ont fort à faire et ils ont besoin de ren­fort.

Voi­ci ce que Maxime m’a écrit pour me pré­sen­ter la rai­son d’être de son projet :

1. Nous vou­lons qu’un jour – appe­­lons-le le jour J – notre pays devienne une démo­cra­tie pour la pre­mière fois de son his­toire. Les pou­voirs seront orga­ni­sés de manière à ser­vir dura­ble­ment l’intérêt géné­ral et, pour ce faire, seront entre les mains du peuple ou sous son contrôle effectif.

Cela signi­fie que, le jour J, ces pou­voirs auront été orga­ni­sés sous forme pro­vi­soire par une Pré-Consti­­tu­­tion rédi­gée néces­sai­re­ment avant le jour J par des citoyens volon­taires. Cette Pré-Consti­­tu­­tion pré­voi­ra cer­tai­ne­ment une Assem­blée Consti­tuante qui, après le jour J, repar­ti­ra de cette Pré-Consti­­tu­­tion pro­vi­soire pour éta­blir la 1ère Consti­tu­tion (réel­le­ment) démocratique.

2. Pour pou­voir ser­vir, cette Pré-Consti­­tu­­tion devra obli­ga­toi­re­ment être consi­dé­rée comme légi­time par la majeure par­tie des forces démo­crates du moment. Or, il existe déjà de nom­breuses variantes de pro­jets de Consti­tu­tion et, chaque année, il en émerge de nou­velles. Aucune d’entre elles ne peut cor­res­pondre à la future Pré-Consti­­tu­­tion car elle pro­vient d’un petit groupe et sera contes­tée par les autres groupes.

La seule solu­tion pour éla­bo­rer une Pré-Consti­­tu­­tion suf­fi­sam­ment légi­time pour pou­voir orga­ni­ser pro­vi­soi­re­ment les pou­voirs le jour J est de l’élaborer en Assem­blée Pré-Consti­­tuante, une assem­blée cer­tai­ne­ment com­po­sée de plu­sieurs cen­taines de citoyens volon­taires issus des dif­fé­rents mou­ve­ments (asso­cia­tions, par­tis, groupes, …) se reven­di­quant ou pas « démocrates ».

3. La pre­mière ques­tion que se pose­ra cette Assem­blée Consti­tuante sera la sui­vante : « com­ment allons-nous tra­vailler, selon quelles règles du jeu : règles pour les débats, les vota­tions, règles de com­por­te­ments, etc. ? »

Ces règles feront l’objet d’un docu­ment essen­tiel : le règle­ment inté­rieur de cette Assem­blée Pré-Consti­­tuante. Sans ce règle­ment, pas de tra­vaux possibles !

4. Nous devons dès main­te­nant réflé­chir à ces règles de fonc­tion­ne­ment d’une grande assem­blée démo­cra­tique de manière à pou­voir livrer à la Pré-Consti­­tuante une ver­sion avan­cée d’un règle­ment inté­rieur. La Pré-Consti­­tuante n’aura plus qu’à le fina­li­ser pen­dant les pre­mières semaines de son exis­tence, après quoi elle sera « opérationnelle ».

Lui livrer ce règle­ment inté­rieur lui fera gagner un temps consi­dé­rable car l’élaboration de ce règle­ment n’est pas simple et va prendre beau­coup de temps : il n’aura rien à voir avec le « petit pro­to­cole de socio­cra­tie déli­bé­ra­tive » uti­li­sé actuel­le­ment dans les ate­liers consti­tuants. Ce pro­to­cole ne peut ser­vir qu’à des petits groupes de tra­vail. Il est tota­le­ment inadap­té à des assem­blées déli­bé­rantes de plu­sieurs cen­taines de citoyens ! Il suf­fit d’imaginer à quel point ces assem­blées seraient inef­fi­caces si les débats y avaient lieu en levant la main pour par­ta­ger une idée spontanée.

Une assem­blée déli­bé­rante de plu­sieurs cen­taines de citoyens ne pour­ra éla­bo­rer effi­ca­ce­ment des textes com­plexes que si les débats portent sur des pro­po­si­tions et des amen­de­ments rédi­gés et mis à la dis­po­si­tion de tous les par­le­men­taires. Un peu à la manière de notre Assem­blée Natio­nale actuelle, à ceci près (et la nuance est de taille !) que le règle­ment inté­rieur garan­ti­ra la stricte éga­li­té poli­tique des par­le­men­taires et les obli­ge­ra à des débats ration­nels ser­vant l’intérêt géné­ral. Le règle­ment inté­rieur à éla­bo­rer sera donc lui-même un texte complexe.

5. Le pro­jet en cours et dont nous cher­chons à ren­for­cer l’équipe actuel­le­ment vise à éta­blir une ver­sion sim­pli­fiée d’un tel règle­ment inté­rieur mais aus­si de l’expérimenter pour en garan­tir la per­ti­nence. L’idée est de conduire ces tra­vaux en simu­lant, à effec­tif réduit, les tra­vaux d’une telle assem­blée qui met­trait au point son propre règle­ment inté­rieur, tra­vaux qui seront eux-mêmes régis par le règle­ment inté­rieur en cours d’élaboration.

Nous en sommes pour le moment à la phase de pré­pa­ra­tion et, du fait du départ d’un nombre impor­tant des membres de l’équipe (prin­ci­pa­le­ment des départs volon­taires et des exclu­sions du fait de l’absence de contri­bu­tions), nous sou­hai­tons ren­for­cer l’équipe de 5 à 10 membres. Par la suite, un peu avant le début des simu­la­tions, nous ferons à nou­veau appel à des volon­taires car nous aurons besoin d’être plus nombreux.

Ce pro­jet est tota­le­ment indé­pen­dant de l’écriture de la Consti­tu­tion mais, en même temps, il lui est com­plé­men­taire. Il s’annonce comme une véri­table aven­ture poli­tique pas­sion­nante mais aus­si exigeante.

Pour bien le com­prendre, il faut prendre le temps de se docu­men­ter à son sujet.
Une vidéo très didac­tique en 10 par­ties explique le dérou­le­ment et les atten­dus du pro­jet à l’aide de nom­breux sché­mas. Elle se trouve dans la page vidéo du site dédié au pro­jet : www​.exp​-demo​.jim​do​.com

Pour ceux que le pro­jet inté­resse ou inter­pelle, des Mumble d’information (réunions d’information) auront lieu régu­liè­re­ment dans les semaines à venir pour leur per­mettre de poser leurs ques­tions et pré­sen­ter leurs com­men­taires et objec­tions qui leur seront venus à l’esprit pen­dant le vision­nage de cette vidéo. Maxime Péroud ani­me­ra ces réunions et répon­dra à chaque fois aus­si clai­re­ment que pos­sible à ces ques­tions et objections.

Les Mumble seront annon­cés en tant qu’événement sur Face­book pos­tés sur la page FB de Maxime.

L’avenir ne se construit pas seule­ment dans les ate­liers consti­tuants et assez peu en dis­cu­tant de l’actualité. Nous devons aus­si éla­bo­rer les textes de demain et nous orga­ni­ser pour être capables de le faire en grand nombre, en com­plé­ment de nos actions dites « de terrain ».

Maxime Per­oud.

 
Je cau­tionne autant que je le peux ce pro­jet qui m’apparaît comme abso­lu­ment néces­saire pour pré­pa­rer la démo­cra­tie de demain.

Je vous encou­rage à vous y inté­res­ser et, pour com­men­cer, à regar­der cette vidéo puis à par­ti­ci­per à l’un des pro­chains Mumble d’information.


https://​exp​-demo​.jim​do​.com/

Étienne.

PS : je vous ai déjà par­lé, en 2017, du tra­vail démo­cra­tique impres­sion­nant de Maxime Péroud : https://​www​.chouard​.org/​2​0​1​7​/​0​9​/​0​9​/​p​r​o​j​e​t​–​d​e​x​p​e​r​i​m​e​n​t​a​t​i​o​n​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​–​e​l​a​b​o​r​e​r​–​e​n​s​e​m​b​l​e​–​l​e​–​r​e​g​l​e​m​e​n​t​–​i​n​t​e​r​i​e​u​r​–​d​e​–​n​o​s​–​p​r​o​c​h​a​i​n​e​s​–​a​s​s​e​m​b​l​e​e​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​s​–​a​v​e​c​–​m​a​x​i​m​e​–​p​e​r​oud

 

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​4​7​8​8​3​0​8​7​317

La juge Emma Arbuthnot refuse de se récuser dans le simulacre de procès de Julian Assange ! La séparation des pouvoirs ne suffit pas pour garantir les Droits de l’Homme ! il faut instituer UN POUVOIR POPULAIRE au-dessus de TOUS les pouvoirs.

La juge Emma Arbuthnot refuse de se récuser dans le simulacre de procès de Julian Assange

Par Thomas Scripps
12 juillet 2019

La juge Emma Arbuth­not a refu­sé de se récu­ser des audiences d’extradition de Julian Assange, le fon­da­teur de Wiki­Leaks. Voi­là à quoi res­semble la « jus­tice de classe ».

Arbuth­not, magis­trat en chef et juge de dis­trict supé­rieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles, bafoue les prin­cipes juri­diques fon­da­men­taux pour s’assurer qu’elle pré­side un simu­lacre de pro­cès contre Assange. Le pro­cès doit reprendre au Tri­bu­nal de pre­mière ins­tance à West­mins­ter le 24 février pro­chain. En cas d’extradition, Assange fait face à des accu­sa­tions en ver­tu de la Loi sur l’espionnage aux États-Unis et encourt une peine d’emprisonnement de 175 ans. D’autres accu­sa­tions sont en ins­tance, qui pour­raient inclure la peine de mort.

La juge Emma Arbuthnot, magistrat en chef et juge de district supérieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles.

La juge Emma Arbuth­not, magis­trat en chef et juge de dis­trict supé­rieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles.

Le « Guide sur la conduite des juges » (« Guide to Judi­cial Conduct) en Angle­terre et au Pays de Galles, publié en 2018, sti­pule que « l’indépendance judi­ciaire est une pierre angu­laire de notre sys­tème de gou­ver­ne­ment dans une socié­té démo­cra­tique et une pro­tec­tion de la liber­té et des droits du citoyen dans le cadre de l’État de droit. La magis­tra­ture doit être per­çue comme indé­pen­dante des organes légis­la­tif et exé­cu­tif du gou­ver­ne­ment, tant à titre indi­vi­duel que dans son ensemble ».

Arbuth­not aurait dû se récu­ser d’office sur cette base.

Son mari, James Nor­wich Arbuth­not, est un membre conser­va­teur de la Chambre des Lords. Il est inti­me­ment lié aux forces armées et aux ser­vices de sécu­ri­té bri­tan­niques, dont les opé­ra­tions cri­mi­nelles ont été expo­sées par WikiLeaks.

En tant que dépu­té conser­va­teur, Lord Arbuth­not a pré­si­dé, entre 2005 et 2014, le Comi­té spé­cial de la défense, l’organe qui super­vise le minis­tère de la Défense et les forces armées bri­tan­niques. Il était en poste lors des opé­ra­tions mili­taires en cours en Afgha­nis­tan et en Irak, ain­si que des guerres pour le chan­ge­ment de régime en Libye et en Syrie.

Il est actuel­le­ment copré­sident du conseil consul­ta­tif du fabri­cant bri­tan­nique de maté­riel de défense Thales et membre du conseil consul­ta­tif de l’Institut royal des ser­vices unis pour les études de défense et de sécu­ri­té (RUSI). Lord Arbuth­not est éga­le­ment un ancien direc­teur d’une socié­té de conseil en sécu­ri­té et en ren­sei­gne­ment, SC Stra­te­gy, où il a tra­vaillé pen­dant deux ans aux côtés des codi­rec­teurs Lord Car­lile et Sir John Scarlett.

Car­lile est un émi­nent défen­seur du MI5 qui a sou­te­nu la Loi sur les pou­voirs d’enquête de 2016 (sur­nom­mée la « Charte des foui­neurs ») qui per­met à l’État bri­tan­nique d’accéder aux dos­siers de connexion Inter­net sans man­dat. Il a fait valoir que les révé­la­tions d’Edward Snow­den sur la sur­veillance de masse per­pé­trée illé­ga­le­ment par l’État « équi­va­laient à un acte cri­mi­nel ». Il a super­vi­sé la mise en œuvre de la légis­la­tion anti­ter­ro­riste et exa­mi­né les pro­cé­dures de sécu­ri­té natio­nale en Irlande du Nord.

Scar­lett est l’ancien direc­teur du MI6 et l’ancien pré­sident du Comi­té mixte du ren­sei­gne­ment (JIC) du gou­ver­ne­ment. Il a super­vi­sé la pro­duc­tion d’un rap­port qui plaide en faveur du droit des ser­vices secrets à « col­lec­ter des don­nées de com­mu­ni­ca­tion en masse ». Enfin, il a eu la res­pon­sa­bi­li­té de com­pi­ler le « dos­sier dou­teux » sur les armes de des­truc­tion mas­sive en Irak.

Les acti­vi­tés de Lord Arbuth­not et de ses col­lègues ont fait l’objet de mil­liers de révé­la­tions de Wiki­Leaks. La base de don­nées de Wiki­Leaks contient près de 2.000 réfé­rences à Thales et près de 450 à RUSI. Lord Arbuth­not lui-même peut être trou­vé dans plus de 50 entrées.

Comme l’ont fait valoir l’équipe juri­dique d’Assange et le rap­por­teur de l’ONU sur la tor­ture, Nils Mel­zer, ce « conflit d’intérêts grave » oblige Lady Arbuth­not à se reti­rer de l’affaire Assange. Son mari a consa­cré toute sa vie poli­tique à écra­ser la trans­pa­rence et la res­pon­sa­bi­li­té pré­co­ni­sées par WikiLeaks.

Le « Guide sur la conduite des juges » sti­pule expli­ci­te­ment que « Lorsqu’un proche membre de la famille d’un juge est poli­ti­que­ment actif, le juge doit gar­der à l’esprit la pos­si­bi­li­té que, dans cer­taines pro­cé­dures, cette acti­vi­té poli­tique puisse sou­le­ver des pré­oc­cu­pa­tions quant à l’impartialité du juge et son déta­che­ment du pro­ces­sus poli­tique et doit agir en conséquence ».

De plus, « une ani­mo­si­té per­son­nelle à l’égard d’un par­ti est aus­si une rai­son impé­rieuse de disqualification ».

L’animosité d’Arbuthnot envers Assange a été ren­due publique.

Aucun argu­ment juri­dique ne convain­cra Arbuth­not de se récu­ser. Ses liens fami­liaux avec les ser­vices de sécu­ri­té sont la rai­son pour laquelle elle a été choi­sie pour super­vi­ser cette affaire. La classe diri­geante bri­tan­nique exige qu’un fonc­tion­naire approuve le trans­fert d’Assange aux États-Unis, ce qui équi­vaut à une res­ti­tu­tion extraordinaire.

Deux pré­cé­dents cas de juges qui se sont récu­sés d’affaires judi­ciaires anglaises offrent un contraste frap­pant avec l’affaire du fon­da­teur de WikiLeaks.

La pre­mière concerne Arbuth­not elle-même. En août 2018, elle a été contrainte de se reti­rer d’un pro­cès contre Uber après que l’Observateur eut révé­lé que son mari avait un inté­rêt com­mer­cial dans la socié­té de trans­port via SC Stra­te­gy et son client, la Qatar Invest­ment Autho­ri­ty. Un porte-parole judi­ciaire a décla­ré : « Dès que ce lien lui a été signa­lé, elle a confié l’affaire à un autre juge. C’est essen­tiel que les juges soient non seule­ment abso­lu­ment impar­tiaux, mais qu’ils soient per­çus comme tels. »

Ces pré­oc­cu­pa­tions ne semblent pas exis­ter dans le cas d’Assange. Aucun article dans les médias grand public n’a fait état de la contra­dic­tion fla­grante entre les actions d’Arbuthnot en 2018 et celles d’aujourd’hui.

Le deuxième cas est celui d’un juge qui ne s’est pas récu­sé en 1998. Il s’agissait de la ten­ta­tive d’extradition de l’ancien dic­ta­teur, tor­tion­naire et bour­reau chi­lien Augus­to Pino­chet pour faire face à des accu­sa­tions pénales en Espagne.

Lord Hoff­mann a été sévè­re­ment atta­qué pour ne pas avoir éta­bli clai­re­ment ses liens avec le groupe de défense des droits humains Amnes­ty Inter­na­tio­nal, qui était une par­tie dans l’affaire. Il a été pré­sident du ser­vice de col­lecte de fonds de l’organisme de bien­fai­sance à titre béné­vole. Hoff­mann avait été l’un des trois juges sur cinq (Lords juristes) à voter en faveur de l’annulation d’une déci­sion de la Haute Cour qui confir­mait l’immunité de Pino­chet contre les pour­suites judi­ciaires en rai­son de son sta­tut de chef d’État au moment de ses crimes. Dans un geste sans pré­cé­dent, le ver­dict de la Chambre des Lords contre Pino­chet (impli­quant Hoff­mann) a été annu­lé par cinq juges et n’a été recon­fir­mé qu’un an plus tard, la plu­part des accu­sa­tions por­tées contre Pino­chet ayant été inva­li­dées par d’importantes réserves.

Les Lords juristes, diri­gés par Lord Browne-Wil­­kin­­son, ont déve­lop­pé des argu­ments qui exi­ge­raient abso­lu­ment qu’Arbuthnot se récuse dans l’affaire Assange. Aupa­ra­vant, pour qu’un juge soit auto­ma­ti­que­ment dis­qua­li­fié d’une affaire, il fal­lait qu’il ait un inté­rêt finan­cier dans son issue. La déci­sion de Lord Browne-Wil­­kin­­son a éten­du le prin­cipe de la dis­qua­li­fi­ca­tion auto­ma­tique aux caté­go­ries beau­coup plus larges d’«intérêts » non finan­ciers ou de sou­tien à des « causes ».

Le ver­dict d’annulation a accep­té l’affirmation de Pino­chet selon laquelle le droit à un pro­cès équi­table lui avait été refu­sé en ver­tu de l’article 6 de la Conven­tion euro­péenne des droits de l’homme, qui sti­pule que « tout juge pour lequel il y aurait rai­son légi­time de craindre un manque d’impartialité doit se retirer ».

Les dénon­cia­tions d’Hoffmann ont été bru­tales. Le Guar­dian a rap­por­té le 16 jan­vier 1999 que cinq Lords juristes avaient « cri­ti­qué Lord Hoff­mann pour avoir bafoué le prin­cipe fon­da­men­tal selon lequel “la jus­tice ne doit pas seule­ment être ren­due, mais doit être vue comme telle”. Cette cri­tique dévas­ta­trice a jeté le doute sur l’avenir de Lord Hoff­mann en tant que Lord juriste ».

Le Guar­dian pour­suit : « Les juges accusent Lord Hoff­mann d’avoir igno­ré un prin­cipe judi­ciaire de base appris par chaque étu­diant en pre­mière année de droit. La règle est si bien connue, a décla­ré Lord Hope, qu’aucun tri­bu­nal civil du Royaume-Uni n’a vu son juge­ment annu­lé pour une vio­la­tion de cette règle au cours de ce siècle… “Les juges sont bien conscients qu’ils ne devraient pas sié­ger dans une affaire dans laquelle ils ont le moindre inté­rêt per­son­nel, que ce soit comme défen­deur ou comme pro­cu­reur”, a décla­ré Lord Hope. »

« Lord Hut­ton a dit que la confiance du public dans l’intégrité de l’administration de la jus­tice serait ébran­lée si le vote déci­sif de Lord Hoff­mann selon lequel le géné­ral Pino­chet pour­rait être pour­sui­vi était maintenu. »

En jan­vier 2000, le ministre de l’Intérieur du gou­ver­ne­ment tra­vailliste de Blair, Jack Straw, est inter­ve­nu pour pro­té­ger le meur­trier de masse, en annu­lant la déci­sion de la Chambre des Lords et insis­tant pour que les pro­cé­dures d’extradition soient sus­pen­dues en rai­son de la mau­vaise san­té pré­su­mée de Pino­chet. Pino­chet est reve­nu au Chi­li le 3 mars, atter­ris­sant à l’aéroport de San­tia­go où il s’est levé de son fau­teuil rou­lant aux accla­ma­tions de ses par­ti­sans fascisants.

De toute évi­dence, « l’impartialité judi­ciaire » signi­fie une chose lorsqu’il s’agit de défendre un dic­ta­teur bru­tal et allié de longue date de l’impérialisme amé­ri­cain et bri­tan­nique. C’en est une autre quand il s’agit de per­sé­cu­ter un jour­na­liste de renom­mée mon­diale qui a dénon­cé les crimes de la classe dirigeante.

Du point vue de l’impérialisme, le scalp d’Assange est abso­lu­ment néces­saire pour pour­suivre ses guerres de conquête de style colo­nial et la guerre mon­diale contre les droits sociaux et démo­cra­tiques de la classe ouvrière. Pour le faire taire à jamais, non seule­ment le pou­voir judi­ciaire, mais aus­si l’appareil d’État tout entier et ses défen­seurs dans les médias se débar­rassent de toute pré­ten­tion démo­cra­tique et libérale.

Le Par­ti de l’é­ga­li­té socia­liste sou­tient les reven­di­ca­tions des par­ti­sans d’As­sange qui demandent à Arbuth­not de se récu­ser. Mais nous lan­çons l’avertissement que la seule force capable de libé­rer Assange est la classe ouvrière inter­na­tio­nale mobi­li­sée dans une lutte poli­tique col­lec­tive contre la classe diri­geante et son appa­reil judiciaire.

(Article paru en anglais le 11 juillet 2019)

Source : WSWS juillet 2019

https://​www​.wsws​.org/​f​r​/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​1​9​/​0​7​/​1​2​/​a​r​b​u​–​j​1​2​.​h​tml

Mon com­men­taire :

Cette enquête sur les gra­vis­simes conflits d’in­té­rêts des juges en train de mar­ty­ri­ser Assange en toute impu­ni­té est consternante.

1) Wiki­leaks ou RSF ou WSWS ne pour­­raient-ils pas enquê­ter et publier le cv com­plet (avec pho­to et adresse) de la juge Vanes­sa Barait­ser, pour faire connaître aux citoyens les conflits d’in­té­rêts et rai­sons per­son­nelles d’être aus­si par­tiale et injuste de ce « juge » stalinien ?

2) Cette totale impu­ni­té d’une injus­tice criante pousse à réflé­chir en amont aux ins­ti­tu­tions mêmes de la justice.

Nous n’a­vons pas de constitution.

À l’é­vi­dence, la sépa­ra­tion des pou­voirs ne suf­fit pas pour garan­tir les Droits de l’Homme ! il faut ins­ti­tuer UN POUVOIR POPULAIRE au-des­­sus de TOUS les pouvoirs.

Ce pou­voir popu­laire s’exer­ce­rait à tra­vers des Chambres de contrôle, tirées au sort et for­mées pour bien jouer leur rôle, dédiées à chaque pou­voir : Chambre de contrôle des juges, Chambre de contrôle des forces armées, Chambre de contrôle des élus, Chambre de contrôle des banques, Chambre de contrôle de l’in­for­ma­tion (médias, ins­ti­tuts de son­dages et de sta­tis­tiques, infor­ma­tion sur le pro­ces­sus élec­to­ral), etc.

La for­ma­tion des magis­trats et leur indé­pen­dance doit abso­lu­ment être recon­si­dé­rée par leurs vic­times, les citoyens qui les paient pour rendre la Justice.

SEULS les citoyens eux-mêmes (direc­te­ment) sont LÉGITIMES (et APTES) à écrire puis défendre une vraie consti­tu­tion (digne de ce nom).

Voi­là un beau sujet pour vos pro­chains ate­liers consti­tuants per­son­nels : le pou­voir judi­ciaire, nomi­na­tion et contrôle des magistrats.

#FreeAs­sange
#Grè­ve­Gé­né­ra­le­Cons­ti­tuante

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​7​9​4​6​3​2​8​3​4​7​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

[Procès stalinien de Moscou à Londres, suite] Compte-rendu du Procès Assange, 3eme jour (26 fév 2020), par Craig Murray

[Pro­cès sta­li­nien de Mos­cou à Londres, suite]
Compte-ren­­du du Pro­cès Assange, 3eme jour
Craig MURRAY

Julian Assange Prison de Belmarsh 24 février 2020
pho­to : illus­tra­tion par la rédac­tion du Grand Soir (source indéterminée)

Lors de la pro­cé­dure d’hier au tri­bu­nal, l’accusation a adop­té des argu­ments si caté­go­riques et appa­rem­ment dérai­son­nables que je me suis deman­dé com­ment les rédi­ger d’une manière qui ne semble pas être une cari­ca­ture ou une exa­gé­ra­tion injuste de ma part. Ce à quoi on assiste dans ce tri­bu­nal a depuis long­temps dépas­sé le stade de la cari­ca­ture. Tout ce que je peux faire, c’est vous don­ner l’assurance per­son­nelle que ce que je raconte est conforme à la réalité.

Comme d’habitude, je trai­te­rai d’abord des ques­tions de pro­cé­dure et du trai­te­ment réser­vé à Julian, avant d’exposer clai­re­ment les argu­ments juri­diques avancés.

Vanes­sa Barait­ser a pour ins­truc­tion claire de faire sem­blant d’être inquiète en deman­dant, vers la fin de chaque séance, juste avant la pause de toute façon, si Julian se sent bien et s’il sou­haite une pause. Elle ignore alors sys­té­ma­ti­que­ment sa réponse. Hier, il a répon­du assez lon­gue­ment qu’il n’entendait pas bien dans sa boîte de verre et qu’il ne pou­vait pas com­mu­ni­quer avec ses avo­cats (à un cer­tain moment hier, ils avaient com­men­cé à l’empêcher de pas­ser des notes à son avo­cat, ce qui, j’apprends, a été le contexte de la pré­ven­tion agres­sive de sa poi­gnée de main d’adieu à Garzon).

Barait­ser a insis­té sur le fait qu’il ne pou­vait être enten­du que par ses avo­cats, ce qui, étant don­né qu’on l’avait empê­ché de leur don­ner des ins­truc­tions, était plu­tôt osé de sa part. Ceci dit, nous avons eu un ajour­ne­ment de dix minutes pen­dant que Julian et son avo­cat étaient auto­ri­sés à par­ler dans les cel­lules – pro­ba­ble­ment là où ils pour­raient être à nou­veau mis sur écoute de façon plus pratique.

Au retour, Edward Fitz­ge­rald a fait une demande for­melle pour que Julian soit auto­ri­sé à s’asseoir à côté de ses avo­cats dans la cour. Julian était « un homme doux et intel­lec­tuel » et non un ter­ro­riste. Barait­ser répon­dit que la libé­ra­tion d’Assange du banc des accu­sés dans le corps du tri­bu­nal signi­fie­rait qu’il était libre. Pour y par­ve­nir, il fau­drait deman­der une mise en liber­té sous caution.

Une fois de plus, l’avocat de l’accusation James Lewis est inter­ve­nu du côté de la défense pour ten­ter de rendre le trai­te­ment de Julian moins extrême. Il n’était pas, a‑t‑il sug­gé­ré avec réti­cence, tout à fait cer­tain qu’il était exact de devoir deman­der une libé­ra­tion sous cau­tion pour que Julian puisse s’asseoir dans la salle du tri­bu­nal, ou que le fait d’être dans la salle du tri­bu­nal et enca­dré d’agents de sécu­ri­té signi­fiait qu’un pri­son­nier n’était plus en déten­tion. Les pri­son­niers, même les plus dan­ge­reux des ter­ro­ristes, ont témoi­gné depuis la barre des témoins dans la salle du tri­bu­nal aux avo­cats et aux magis­trats. Au sein de la Haute Cour, les pri­son­niers s’asseyaient fré­quem­ment avec leurs avo­cats lors des audiences d’extradition, dans les cas extrêmes de cri­mi­nels vio­lents menot­tés à un agent de sécurité.

Barait­ser a répon­du qu’Assange pou­vait repré­sen­ter un dan­ger pour le public. Il s’agit d’une ques­tion de san­té et de sécu­ri­té. Com­ment Fitz­ge­rald et Lewis pen­­saient-ils qu’elle avait la capa­ci­té d’effectuer l’évaluation des risques néces­saire ? Il fau­drait que le groupe 4 décide si cela est possible.

Oui, elle a vrai­ment dit cela. Le groupe 4 devrait décider.

Barait­ser s’est mis à balan­cer du jar­gon comme un Dalek deve­nu incon­trô­lable. L’« éva­lua­tion des risques » et la « san­té et la sécu­ri­té » ont beau­coup fait par­ler d’eux. Elle a com­men­cé à res­sem­bler à quelque chose de pire qu’un Dalek, un fonc­tion­naire local par­ti­cu­liè­re­ment stu­pide et de très mau­vaise qua­li­té. « Pas de juri­dic­tion » – « Jusqu’au groupe 4 ». Se res­sai­sis­sant un peu, elle a affir­mé fer­me­ment que la remise en déten­tion ne peut signi­fier que la remise au banc des accu­sés, nulle part ailleurs dans la salle. Si la défense vou­lait qu’il soit dans la salle d’audience où il pour­rait mieux entendre la pro­cé­dure, elle ne pour­rait que deman­der la mise en liber­té sous cau­tion et sa libé­ra­tion de déten­tion en géné­ral. Elle a alors regar­dé les deux avo­cats dans l’espoir que cela les aurait fait s’asseoir, mais tous deux sont res­tés debout.

Dans sa manière réser­vée (qui, je l’avoue, com­mence à me taper sur le sys­tème), Lewis a décla­ré : « l’accusation est neutre sur cette demande, bien sûr, mais, euh, je ne pense vrai­ment pas que ce soit juste ». Il la regar­dait comme un oncle bien­veillant dont la nièce pré­fé­rée vient de com­men­cer à boire de la tequi­la à la bou­teille lors d’une fête de famille.

Barait­ser a conclu l’affaire en décla­rant que la défense devrait sou­mettre des argu­ments écrits sur ce point avant 10 heures demain matin, et qu’elle tien­drait alors une audience sépa­rée sur la ques­tion de la posi­tion de Julian au tribunal.

La jour­née avait com­men­cé avec un Magis­trat Barait­ser très en colère s’adressant à la gale­rie publique. Hier, a‑t‑elle dit, une pho­to avait été prise à l’intérieur de la salle d’audience. Prendre ou ten­ter de prendre des pho­tos à l’intérieur de la salle d’audience est un délit. Vanes­sa Barait­ser parais­sait à ce moment avoir très envie d’incarcérer quelqu’un. Elle sem­blait éga­le­ment, dans sa colère, faire l’hypothèse non fon­dée que celui qui avait pris la pho­to depuis la gale­rie publique mar­di était encore pré­sent mer­cre­di ; je pense que non. Être en colère contre le public au hasard doit être très stres­sant pour elle. Je soup­çonne qu’elle crie beau­coup dans les trains.

Mme Barait­ser n’aime pas les pho­tos – elle semble être la seule per­son­na­li­té publique en Europe occi­den­tale à ne pas avoir de pho­to d’elle sur Inter­net. En effet, n’importe quel pékin a lais­sé plus de preuves de son exis­tence et de son his­toire sur inter­net que Vanes­sa Barait­ser. Ce qui n’est pas un crime de sa part, mais je soup­çonne qu’un tel effa­ce­ment ne se fait pas sans un effort consi­dé­rable. [Ndt – Cela demande effec­ti­ve­ment soit un tra­vail consi­dé­rable soit une atten­tion de tous les ins­tants et de longue date] Quelqu’un m’a sug­gé­ré qu’elle pour­rait être un holo­gramme, mais je ne pense pas. Les holo­grammes ont plus d’empathie qu’elle.

J’ai été amu­sé par l’infraction pénale consis­tant à ten­ter de prendre des pho­tos dans la salle d’audience. Dans quelle mesure fau­­drait-il être incom­pé­tent pour ten­ter de prendre une pho­to et ne pas le faire ? Et si aucune pho­to n’a été prise, com­ment prou­ver que vous avez ten­té d’en prendre une, plu­tôt que d’envoyer un SMS à votre mère ? Je sup­pose que « ten­ter de prendre une pho­to » est un crime qui pour­rait attra­per quelqu’un arri­vant avec un grand appa­reil pho­to reflex, un tré­pied et plu­sieurs lampes d’éclairage, mais aucun ne semble avoir réus­si à se glis­ser dans la gale­rie publique.

Barait­ser n’a pas pré­ci­sé si la publi­ca­tion d’une pho­to­gra­phie prise dans une salle d’audience (ou même la ten­ta­tive de publier une pho­to­gra­phie prise dans une salle d’audience) consti­tuait un délit. Je pense que c’est le cas. Quoi qu’il en soit, Le Grand Soir a publié une tra­duc­tion de mon rap­port hier, et vous pou­vez y voir une pho­to de Julian dans sa cage anti­ter­ro­riste en verre pare-balles. Et je m’empresse d’ajouter qu’elle n’a pas été prise par moi. [et la Rédac­tion du Grand Soir s’empresse d’ajouter que cette pho­to ne nous a pas été four­nie par M. Mur­ray ni par les ser­vices de ren­sei­gne­ments russes et qu’elle cir­cule par-ci par-là sur l’internet]

Nous en arri­vons main­te­nant à l’examen des argu­ments juri­diques d’hier concer­nant la demande d’extradition elle-même. Heu­reu­se­ment, ils sont assez simples à résu­mer, car bien que nous ayons eu cinq heures de dis­cus­sions, elles ont consis­té en grande par­tie à ce que les deux par­ties s’affrontent en citant des dizaines d’« auto­ri­tés », par exemple des juges morts, pour faire valoir leur point de vue, et en répé­tant ain­si conti­nuel­le­ment les mêmes points sans grande valeur d’exégèse des innom­brables citations.

Comme l’a pré­fi­gu­ré hier le magis­trat Barait­ser, le minis­tère public sou­tient que l’article 4.1 du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a pas force de loi.

Les gou­ver­ne­ments bri­tan­nique et amé­ri­cain affirment que la Cour applique le droit natio­nal, et non le droit inter­na­tio­nal, et que le trai­té n’a donc aucune valeur. Cet argu­ment a été pré­sen­té à la Cour sous forme d’un écrit auquel je n’ai pas accès. Mais d’après les dis­cus­sions au tri­bu­nal, il est clair que le minis­tère public sou­tient que la loi sur l’extradition de 2003, en ver­tu de laquelle le tri­bu­nal fonc­tionne, ne fait pas d’exception pour les infrac­tions poli­tiques. Toutes les lois d’extradition pré­cé­dentes avaient exclu l’extradition pour des délits poli­tiques, il doit donc être dans l’intention du par­le­ment sou­ve­rain que les délin­quants poli­tiques puissent désor­mais être extradés.

En ouvrant son argu­men­ta­tion, Edward Fitz­ge­rald a fait valoir que la loi sur l’extradition de 2003 ne suf­fit pas à elle seule pour pro­cé­der à une véri­table extra­di­tion. L’extradition néces­site la mise en place de deux élé­ments : la loi géné­rale sur l’extradition et le trai­té d’extradition avec le ou les pays concer­nés. « Pas de trai­té, pas d’extradition » était une règle invio­lable. Le trai­té était la base même de la demande. Dire que l’extradition n’était pas régie par les termes du trai­té même en ver­tu duquel elle a été faite, c’était créer une absur­di­té juri­dique et donc un abus de pro­cé­dure. Il a cité des exemples de juge­ments ren­dus par la Chambre des Lords et le Pri­vy Coun­cil où les droits issus du trai­té ont été jugés exé­cu­toires mal­gré leur absence dans la légis­la­tion natio­nale, notam­ment pour empê­cher que des per­sonnes soient extra­dées vers une exé­cu­tion poten­tielle dans les colo­nies britanniques.

Fitz­ge­rald a sou­li­gné que si la loi sur l’extradition de 2003 ne contient pas d’interdiction d’extradition pour des délits poli­tiques, elle ne pré­cise pas qu’une telle inter­dic­tion ne peut pas figu­rer dans les trai­tés d’extradition. Et le trai­té d’extradition de 2007 a été rati­fié après la loi d’extradition de 2003.

A ce stade, Barait­ser l’a inter­rom­pu pour dire qu’il était clair que l’intention du Par­le­ment était qu’il puisse y avoir une extra­di­tion pour des délits poli­tiques. Sinon, il n’aurait pas sup­pri­mé l’obstacle dans la légis­la­tion pré­cé­dente. Fitz­ge­rald a refu­sé de céder, affir­mant que la loi ne disait pas que l’extradition pour des délits poli­tiques ne pou­vait pas être inter­dite par le trai­té auto­ri­sant l’extradition.

Fitz­ge­rald a pour­sui­vi en disant que la juris­pru­dence inter­na­tio­nale avait accep­té pen­dant un siècle ou plus que l’on n’extrade pas les délin­quants poli­tiques. C’est pré­ci­sé dans La Conven­tion euro­péenne d’extradition, le modèle de trai­té d’extradition des Nations unies et la Conven­tion d’Interpol sur l’extradition. C’est pré­ci­sé dans cha­cun des trai­tés d’extradition conclus par les États-Unis avec d’autres pays, et ce depuis plus d’un siècle, sur l’insistance des États-Unis. Le fait que les gou­ver­ne­ments bri­tan­nique et amé­ri­cain disent qu’il ne s’applique pas est éton­nant et crée­rait un ter­rible pré­cé­dent qui met­trait en dan­ger les dis­si­dents et les pri­son­niers poli­tiques poten­tiels de Chine, de Rus­sie et de régimes du monde entier qui se sont échap­pés vers des pays tiers.

Fitz­ge­rald a décla­ré que toutes les grandes auto­ri­tés étaient d’accord sur le fait qu’il y avait deux types de délits poli­tiques. Le délit poli­tique pur et le délit poli­tique rela­tif. Un délit poli­tique « pur » a été défi­ni comme la tra­hi­son, l’espionnage ou la sédi­tion. Un délit poli­tique « rela­tif » est un acte nor­ma­le­ment cri­mi­nel, comme l’agression ou le van­da­lisme, com­mis avec un motif poli­tique. Cha­cune des accu­sa­tions por­tées contre Assange était un délit poli­tique « pur ». Toutes sauf une étaient des accu­sa­tions d’espionnage, et l’accusation de pira­tage infor­ma­tique avait été com­pa­rée par l’accusation à la vio­la­tion de la loi sur les secrets offi­ciels pour répondre au cri­tère de double incri­mi­na­tion. L’accusation pri­mor­diale selon laquelle Assange cher­chait à nuire aux inté­rêts poli­tiques et mili­taires des États-Unis est la défi­ni­tion même d’un délit poli­tique selon toutes les autorités.

En réponse, Lewis décla­ra qu’un trai­té ne pou­vait pas être contrai­gnant en droit anglais à moins d’être spé­ci­fi­que­ment incor­po­ré dans le droit anglais par le Par­le­ment. Il s’agissait là d’une défense démo­cra­tique néces­saire. Les trai­tés étaient conclus par l’exécutif qui ne pou­vait pas faire la loi. Cela rele­vait de la sou­ve­rai­ne­té du Par­le­ment. Lewis a cité de nom­breux juge­ments décla­rant que les trai­tés inter­na­tio­naux signés et rati­fiés par le Royaume-Uni ne pou­vaient pas être appli­qués par les tri­bu­naux bri­tan­niques. « Les autres pays pour­raient être sur­pris que leurs trai­tés avec le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique n’aient aucune force juri­dique », a‑t‑il plaisanté.

Lewis a décla­ré qu’il n’y avait pas d’abus de pro­cé­dure ici et qu’aucun droit n’était donc invo­qué au titre de la Conven­tion euro­péenne. C’était le fonc­tion­ne­ment nor­mal de la loi que la dis­po­si­tion du trai­té sur la non extra­di­tion pour des délits poli­tiques n’avait pas de valeur juridique.

Selon M. Lewis, le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain conteste que les infrac­tions com­mises par Assange soient poli­tiques. Au Royaume-Uni, en Aus­tra­lie et aux États-Unis, la défi­ni­tion du délit poli­tique est dif­fé­rente de celle du reste du monde. Nous avons consi­dé­ré que les infrac­tions poli­tiques « pures » que sont la tra­hi­son, l’espionnage et la sédi­tion n’étaient pas des infrac­tions poli­tiques. Seules les infrac­tions poli­tiques « rela­tives » – des crimes ordi­naires com­mis avec un motif poli­tique – étaient consi­dé­rées comme des infrac­tions poli­tiques dans notre tra­di­tion. Dans cette tra­di­tion, la défi­ni­tion du terme « poli­tique » se limi­tait éga­le­ment au sou­tien d’un par­ti poli­tique concur­rent dans un État. Lewis pour­sui­vra demain avec cet argument.

Voi­là qui conclut mon compte ren­du de la pro­cé­dure. J’ai un com­men­taire impor­tant à faire à ce sujet et j’essaierai de faire un autre article plus tard dans la jour­née. Je me pré­ci­pite main­te­nant au tribunal.

Avec mes remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont abon­nés pour rendre ce repor­tage possible.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig Mur­ray

Tra­duc­tion « quoi ma pho­to ? qu’est-ce qu’elle a ma pho­to ? » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Vik­tor Dedaj, Le Grand Soir,
https://​www​.legrand​soir​.info/​c​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​–​d​u​–​p​r​o​c​e​s​–​a​s​s​a​n​g​e​–​3​e​m​e​–​j​o​u​r​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157946334312317&id=600922316

[Pire que les procès de Moscou : les procès de Londres et de Washington] Compte-rendu du Procès Assange, 2eme jour

Compte-rendu du Procès Assange, 2eme jour

Par Craig MURRAY

Cet après-midi, l’avocat espa­gnol de Julian, Bal­ta­sar Gar­zon, a quit­té le tri­bu­nal pour retour­ner à Madrid. En sor­tant, il s’est natu­rel­le­ment arrê­té pour ser­rer la main de son client, en fai­sant pas­ser ses doigts par l’étroite fente de la cage de verre pare-balles. Assange, à moi­tié debout, a pris la main de son avo­cat. Les deux gardes de sécu­ri­té dans la cage avec Assange se sont immé­dia­te­ment levés, met­tant la main sur Julian et le for­çant à s’asseoir, empê­chant la poi­gnée de main.

Ce n’était pas le pire aujourd’hui, loin de là, mais c’est une image frap­pante de la force brute insen­sée uti­li­sée conti­nuel­le­ment contre un homme accu­sé de publier des docu­ments. Le fait qu’un homme ne puisse même pas ser­rer la main de son avo­cat est contraire à l’esprit dans lequel les membres du sys­tème juri­dique aiment à faire sem­blant de pra­ti­quer le droit. Je vous offre ce moment éton­nant comme un résu­mé des évé­ne­ments d’hier au tribunal.

Le deuxième jour, la pro­cé­dure avait com­men­cé par une décla­ra­tion d’Edward Fitz­ge­rald, avo­cat d’Assange, qui nous a bru­ta­le­ment secoué. Il a décla­ré qu’hier, le pre­mier jour du pro­cès, Julian avait été désha­billé et fouillé à deux reprises, menot­té à onze reprises et enfer­mé cinq fois dans dif­fé­rentes cel­lules de déten­tion. De plus, tous les docu­ments judi­ciaires lui ont été reti­rés par les auto­ri­tés de la pri­son, y com­pris les com­mu­ni­ca­tions pri­vi­lé­giées entre ses avo­cats et lui-même, et il n’a pas pu se pré­pa­rer à par­ti­ci­per au pro­cès d’aujourd’hui.

La magis­trate Barait­ser a regar­dé Fitz­ge­rald et a décla­ré, d’une voix empreinte de dédain, qu’il avait déjà sou­le­vé de telles ques­tions aupa­ra­vant et qu’elle lui avait tou­jours répon­du qu’elle n’avait aucune com­pé­tence sur le domaine de la pri­son. Il devrait en par­ler avec les auto­ri­tés de la pri­son. Fitz­ge­rald res­ta sur ses posi­tions, ce qui lui valut un air très ren­fro­gné de la part de Barait­ser, et lui répon­dit qu’il allait bien sûr recom­men­cer, mais que ce com­por­te­ment répé­té des auto­ri­tés péni­ten­tiaires mena­çait la capa­ci­té de la défense à se pré­pa­rer. Il a ajou­té que, quelle que soit la juri­dic­tion, il était d’usage, selon son expé­rience, que les magis­trats et les juges trans­mettent leurs com­men­taires et leurs demandes à l’administration péni­ten­tiaire lorsque le dérou­le­ment du pro­cès en était affec­té, et que nor­ma­le­ment les pri­sons prê­taient une oreille sympathique.

Barait­ser a nié caté­go­ri­que­ment toute connais­sance d’une telle pra­tique et a décla­ré que Fitz­ge­rald devrait lui pré­sen­ter des argu­ments écrits expo­sant la juris­pru­dence en matière de com­pé­tence sur les condi­tions de déten­tion. C’en était trop même pour l’avocat de l’accusation James Lewis, qui s’est levé pour dire que l’accusation vou­drait aus­si qu’Assange ait une audience équi­table, et qu’il pou­vait confir­mer que ce que la défense sug­gé­rait était une pra­tique nor­male. Même alors, Barait­ser refu­sait tou­jours d’intervenir auprès de la pri­son. Elle a décla­ré que si les condi­tions car­cé­rales étaient si mau­vaises qu’elles ren­daient impos­sible un pro­cès équi­table, la défense devrait pré­sen­ter une motion de rejet des accu­sa­tions pour ce motif. Dans le cas contraire, elle devrait lais­ser tomber.

L’accusation et la défense ont toutes deux sem­blé sur­prises par l’affirmation de Barait­ser selon laquelle elle n’avait pas enten­du par­ler de ce qu’elles qua­li­fiaient toutes deux de pra­tique cou­rante. Lewis a peut-être été sin­cè­re­ment pré­oc­cu­pé par la des­crip­tion cho­quante du trai­te­ment de la pri­son d’Assange hier ; ou il a peut-être juste eu des alarmes qui se sont déclen­chées dans sa tête en criant « annu­la­tion du pro­cès ». Mais le résul­tat net est que Barait­ser ne fera rien pour empê­cher les abus phy­siques et men­taux de Julian en pri­son, ni pour essayer de lui don­ner la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per à sa défense. La seule expli­ca­tion réa­liste qui me vienne à l’esprit est que Barait­ser a été pré­ve­nue, car ce mau­vais trai­te­ment conti­nu et la confis­ca­tion de docu­ments relèvent de la haute auto­ri­té du gouvernement.

Un der­nier petit inci­dent à rela­ter : après avoir fait la queue à nou­veau dès les pre­mières heures, j’étais dans la der­nière file d’attente avant l’entrée de la gale­rie publique, lorsque le nom de Kris­tin Hrnaf­sson, rédac­teur en chef de Wiki­leaks, avec qui j’étais en train de par­ler, a été pro­non­cé. Kris­tin s’est iden­ti­fié, et le fonc­tion­naire du tri­bu­nal lui a dit qu’il lui était inter­dit d’entrer dans la gale­rie publique.

J’étais avec Kris­tin pen­dant toute la pro­cé­dure la veille, et il n’avait rien fait de mal – c’est un homme plu­tôt calme. Lorsqu’il a été appe­lé, c’était par son nom et par son titre pro­fes­sion­nel – ils inter­di­saient spé­ci­fi­que­ment le rédac­teur en chef de Wiki­leaks de par­ti­ci­per au pro­cès. Kris­tin a deman­dé pour­quoi et on lui a répon­du que c’était une déci­sion de la Cour.
À ce stade, John Ship­ton, le père de Julian, a annon­cé que dans ce cas, les membres de la famille allaient tous par­tir aus­si, et ils l’ont fait, en sor­tant du bâti­ment. Ils ont alors com­men­cé, avec d’autres, à twee­ter la nou­velle du départ de la famille. Cela a sem­blé cau­ser une cer­taine conster­na­tion par­mi les fonc­tion­naires du tri­bu­nal, et quinze minutes plus tard, Kris­tin a été réad­mise. Nous ne savons tou­jours pas ce qui se cache der­rière tout cela. Plus tard dans la jour­née, les jour­na­listes ont été infor­més par les fonc­tion­naires que c’était sim­ple­ment pour avoir res­quillé, mais cela semble impro­bable car il a été ren­voyé par le per­son­nel qui l’a appe­lé par son nom et son titre, plu­tôt que de l’avoir repé­ré comme un resquilleur.

Aucune de ces infor­ma­tions ne concerne l’affaire offi­cielle. Tout ce qui pré­cède vous en dit plus sur la nature dra­co­nienne du simu­lacre de pro­cès poli­tique qui se déroule que sur la mas­ca­rade qui se déroule dans la salle du tri­bu­nal. Il y a eu des moments aujourd’hui où j’ai été hap­pé par l’argumentaire judi­ciaire et où sus­pen­du aux levres comme on peut l’etre au théâtre, et où j’ai com­men­cé à pen­ser « Wow, cette affaire se passe bien pour Assange ». Puis un évé­ne­ment tel que ceux rela­tés ci-des­­sus se pro­duit, une froi­deur s’empare de votre cœur, et vous vous sou­ve­nez qu’il n’y a pas de jury a convaincre. Je crois que rien de ce qui sera dit ou prou­vé dans la salle d’audience aura un impact sur le ver­dict final de ce tribunal.

Pas­sons donc à la pro­cé­dure pro­pre­ment dite.

Pour la défense, Mark Sum­mers a décla­ré que les accu­sa­tions des États-Unis dépen­daient entiè­re­ment de trois accu­sa­tions fac­tuelles de com­por­te­ment d’Assange :

1) Assange a aidé Man­ning à déco­der une clé de cryp­tage pour accé­der à du maté­riel classifié.

Sum­mers a décla­ré qu’il s’agissait d’une allé­ga­tion fausse prou­vée lors de la cour mar­tiale de Manning.

2) Assange a sol­li­ci­té le maté­riel auprès de Manning

M. Sum­mers a décla­ré que les infor­ma­tions publiques prou­vaient que cela était faux

3) Assis­ter a sciem­ment mis des vies en danger

M. Sum­mers a décla­ré qu’il était prou­vé que cela était faux, tant à par­tir d’informations acces­sibles au public qu’en rai­son de l’implication spé­ci­fique du gou­ver­ne­ment américain.

En résu­mé, M. Sum­mers a décla­ré que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain savait que les allé­ga­tions for­mu­lées étaient fausses quant aux faits et qu’il était prou­vé qu’elles avaient été for­mu­lées de mau­vaise foi. Il s’agit donc d’un abus de pro­cé­dure qui devrait conduire au rejet de la demande d’extradition. Il a décrit les trois chefs d’accusation ci-des­­sus comme « de la fou­taise, de la fou­taise et de la foutaise ».

Sum­mers a ensuite pas­sé en revue les faits. Il a décla­ré que les accu­sa­tions des États-Unis divisent en trois caté­go­ries les docu­ments divul­gués par Man­ning à Wiki­leaks qui sont :

a) Câbles diplo­ma­tiques
b) Les notes d’évaluation des déte­nus de Guan­ta­na­mo
c) Règles d’engagement pour la guerre en Irak
d) Jour­naux de guerre afghans et irakiens

Les Sum­mers ont ensuite métho­di­que­ment pas­sé en revue les points a), b), c) et d) en les reliant cha­cun à leur tour aux com­por­te­ments allé­gués 1), 2) et 3), en douze expli­ca­tions et démons­tra­tions en tout. Ce compte ren­du exhaus­tif a pris envi­ron quatre heures et je ne ten­te­rai pas de le repro­duire ici. Je vais plu­tôt en don­ner les grandes lignes, mais je me réfé­re­rai occa­sion­nel­le­ment au numé­ro du com­por­te­ment allé­gué et/ou à la lettre de l’allégation. J’espère que vous sui­vrez cette méthode – il m’a fal­lu un cer­tain temps pour le faire !

Pour 1) Sum­mers a démon­tré de façon concluante que Man­ning avait accès à chaque maté­riel a) b) c) d) four­ni à Wiki­leaks sans avoir besoin d’un code d’Assange, et qu’il avait cet accès avant même de contac­ter Assange. Man­ning n’avait pas non plus besoin d’un code pour dis­si­mu­ler son iden­ti­té comme l’alléguait l’accusation – la base de don­nées des ana­lystes du ren­sei­gne­ment à laquelle Man­ning pou­vait accé­der – comme des mil­liers d’autres – ne néces­si­tait pas de nom d’utilisateur ou de mot de passe pour y accé­der à par­tir d’un ordi­na­teur mili­taire pro­fes­sion­nel. Sum­mers a cité le témoi­gnage de plu­sieurs offi­ciers de la cour mar­tiale de Man­ning pour le confir­mer. Le fait de cas­ser le code d’administration du sys­tème ne don­ne­rait pas non plus à Man­ning l’accès à d’autres bases de don­nées clas­si­fiées. Sum­mers a cité le témoi­gnage de la cour mar­tiale de Man­ning, où cela avait été accep­té, selon lequel la rai­son pour laquelle Man­ning vou­lait accé­der à l’administration des sys­tèmes était de per­mettre aux sol­dats de mettre leurs jeux vidéo et leurs films sur les ordi­na­teurs por­tables du gou­ver­ne­ment, ce qui en fait se pro­dui­sait fréquemment.

Le magis­trat Barait­ser a pro­cé­dé à deux reprises à des inter­rup­tions impor­tantes. Elle a fait remar­quer que si Chel­sea Man­ning ne savait pas qu’elle ne pou­vait pas être tra­cée comme l’utilisateur qui avait télé­char­gé les bases de don­nées, elle aurait pu par igno­rance deman­der l’aide d’Assange pour cra­cker un code afin de dis­si­mu­ler son iden­ti­té ; même si elle n’avait pas besoin de le faire, l’aide d’Assange consti­tue­rait une infraction.

Sum­mers a sou­li­gné que Mme Man­ning savait qu’elle n’avait pas besoin de nom d’utilisateur et de mot de passe, car elle avait en fait accé­dé à tous les docu­ments sans en avoir. Barait­ser a répon­du que cela ne consti­tuait pas une preuve qu’elle savait qu’elle ne pou­vait pas être pis­tée. Sum­mers a décla­ré qu’il n’était pas logique de sou­te­nir qu’elle cher­chait un code pour dis­si­mu­ler son nom d’utilisateur et son mot de passe, alors qu’il n’y avait pas de nom d’utilisateur et de mot de passe. Barait­ser a répon­du à nou­veau qu’il ne pou­vait pas le prou­ver. C’est à ce moment que Sum­mers est deve­nu quelque peu irri­table avec Barait­ser, et a énu­mé­ré de nou­veau les preuves pré­sen­tées à la cour martiale.

Barait­ser a éga­le­ment fait remar­quer que même si Assange aidait Man­ning à cra­quer un code d’administrateur, même si cela ne lui per­met­tait pas d’accéder à d’autres bases de don­nées, il s’agissait tou­jours d’une uti­li­sa­tion non auto­ri­sée et cela consti­tue­rait le crime de com­pli­ci­té d’utilisation abu­sive d’un ordi­na­teur, même si dans un but innocent.

Après une brève pause, Barait­ser est reve­nue avec quelques bien bonnes. Elle a dit à Sum­mers qu’il avait pré­sen­té les conclu­sions de la cour mar­tiale amé­ri­caine de Chel­sea Man­ning comme des faits. Mais elle n’était pas d’accord avec le fait que son tri­bu­nal devait consi­dé­rer les preuves pré­sen­tées devant une cour mar­tiale amé­ri­caine, même les preuves agréées ou non contes­tées ou les preuves de l’accusation, comme des faits. Sum­mers a répon­du que les preuves conve­nues ou les preuves à charge devant la cour mar­tiale amé­ri­caine étaient clai­re­ment consi­dé­rées comme des faits par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, et que la ques­tion était de savoir si le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain lan­cait de fausses accu­sa­tions en toute connais­sance de cause. Barait­ser a décla­ré qu’elle revien­drait sur ce point une fois les témoins entendus.

Barait­ser ne cher­chait pas à dis­si­mu­ler son hos­ti­li­té envers l’argument de la défense, et sem­blait irri­tée qu’ils aient eu la témé­ri­té de le for­mu­ler. Cela paru évident lors de la dis­cus­sion sur le point c), les règles d’engagement de la guerre en Irak. Sum­mers a fait valoir que celles-ci n’avaient pas été sol­li­ci­tées auprès de Man­ning, mais qu’elles avaient plu­tôt été four­nies par Man­ning dans un dos­sier d’accompagnement avec la vidéo Col­la­te­ral Mur­der qui mon­trait le meurtre d’enfants et de jour­na­listes de Reu­ters. L’objectif de Man­ning, comme elle l’a décla­ré lors de sa cour mar­tiale, était de mon­trer que les actions visibles dans Col­la­te­ral Mur­der vio­laient les règles d’engagement, même si le minis­tère de la défense affir­mait le contraire. Sum­mers a décla­ré qu’en n’incluant pas ce contexte, la demande d’extradition amé­ri­caine ten­tait déli­bé­ré­ment de trom­per car elle ne men­tion­nait même pas du tout la vidéo Col­la­te­ral Murder.

À ce stade, Barait­ser ne pou­vait pas dis­si­mu­ler son mépris. (…) Ceci une cita­tion littérale :

« Sug­­gé­­rez-vous, M. Sum­mers, que les auto­ri­tés, le gou­ver­ne­ment, devraient four­nir le contexte de leurs accusations ? »

Un Sum­mers infa­ti­gable a répon­du par l’affirmative et a ensuite mon­tré où la Cour suprême l’avait dit dans d’autres affaires d’extradition. Barait­ser sem­blait tota­le­ment per­due devant l’idée qu’on pou­vait pré­tendre faire une dis­tinc­tion entre le gou­ver­ne­ment et Dieu.

L’essentiel de l’argumentation de Sum­mers consis­tait à réfu­ter le com­por­te­ment 3), la mise en dan­ger de vies. Cela n’a été reven­di­qué qu’en rela­tion avec les élé­ments a) et d). Sum­mers a lon­gue­ment décrit les efforts déployés par Wiki­leaks avec ses par­te­naires média­tiques pen­dant plus d’un an pour mettre en place une cam­pagne de rédac­tion mas­sive sur les câbles. Il a expli­qué que les câbles non expur­gés n’ont été dis­po­nibles qu’après que Luke Har­ding et David Leigh du Guar­dian aient publié le mot de passe de l’archive en tête du cha­pitre XI de leur livre sur Wiki­leaks, publié en février 2011.

Per­sonne n’avait n’avait fait le rap­pro­che­ment avec le mot de passe jusqu’à ce que la publi­ca­tion alle­mande Die Frei­tag le fasse et annonce en aout 2011 qu’elle avait toutes les câbles non expur­gés. Sum­mers a ensuite pré­sen­té les argu­ments les plus per­cu­tants de la journée.

Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avait par­ti­ci­pé acti­ve­ment à l’exercice de rédac­tion des câbles. Ils savaient donc que les allé­ga­tions de publi­ca­tion impru­dente étaient fausses.

Une fois que Die Frei­tag a annon­cé qu’ils avaient les docu­ments non expur­gés, Julian Assange et Sara Har­ri­son ont immé­dia­te­ment télé­pho­né à la Mai­son Blanche, au Dépar­te­ment d’Etat et à l’Ambassade des Etats-Unis pour les aver­tir que les sources nom­mées pou­vaient être mises en dan­ger. Sum­mers a lu les trans­crip­tions des conver­sa­tions télé­pho­niques alors qu’Assange et Har­ri­son ten­taient de convaincre les res­pon­sables amé­ri­cains de l’urgence d’activer les pro­cé­dures de pro­tec­tion des sources – et ont expri­mé leur per­plexi­té face à l’obstruction des res­pon­sables. Ces preuves ont com­plè­te­ment miné le dos­sier du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain et ont prou­vé la mau­vaise foi en omet­tant des faits extrê­me­ment per­ti­nents. Ce fut un moment très frappant.

En ce qui concerne le même com­por­te­ment 3) sur les docu­ments d), Sum­mers a mon­tré que la cour mar­tiale de Man­ning avait admis que ces docu­ments ne contiennent pas de noms de sources en dan­ger, mais a mon­tré que Wiki­leaks avait de toute façon acti­vé un exer­cice de rédac­tion pour une approche « cein­ture et bre­telles ». La défense a dit bien plus.

Pour l’accusation, James Lewis a indi­qué qu’il répon­drait de manière appro­fon­die plus tard dans la pro­cé­dure, mais a sou­hai­té décla­rer que l’accusation n’accepte pas les preuves de la cour mar­tiale comme des faits, et en par­ti­cu­lier n’accepte aucun des témoi­gnages « égoïstes » de Chel­sea Man­ning, qu’il a dépeint comme un cri­mi­nel condam­né se pré­va­lant à tort de nobles motifs. L’accusation a géné­ra­le­ment reje­té toute idée selon laquelle cette cour devrait exa­mi­ner la véri­té ou les faits car ceux-ci ne pou­vaient être déci­dés que lors d’un pro­cès aux États-Unis.

Ensuite, pour conclure la pro­cé­dure, Barait­ser a lan­cé une bombe. Elle a décla­ré que bien que l’article 4.1 du trai­té d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni inter­dise les extra­di­tions poli­tiques, cela ne figure que dans le trai­té. Cette exemp­tion n’apparaît pas dans la loi bri­tan­nique sur l’extradition. À pre­mière vue, l’extradition poli­tique n’est donc pas illé­gale au Royaume-Uni, car le trai­té n’a pas de force juri­dique devant la Cour. Elle a invi­té la défense à abor­der cet argu­ment dans la mati­née.
Il est main­te­nant 6h35 et je suis en retard pour com­men­cer à faire la queue…

Avec nos remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont ins­crits pour rendre ce repor­tage possible.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig Mur­ray

tra­duc­tion « avec une envie de ger­ber » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, Vik­tor Dedaj,
https://​www​.legrand​soir​.info/​c​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​–​d​u​–​p​r​o​c​e​s​–​a​s​s​a​n​g​e​–​2​e​m​e​–​j​o​u​r​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157944718602317&id=600922316

[IMPORTANT et révoltant. Naufrage de la justice anglaise. Procès truqué du journalisme] Compte-rendu du Procès Assange à Londres, 1er jour (lundi 24 fév 2020), par Craig MURRAY

JulianAssange Belmarsh 24 fevrier 2020Source : Vik­tor Dedaj, Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​c​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​–​d​u​–​p​r​o​c​e​s​–​a​s​s​a​n​g​e​–​1​e​r​–​j​o​u​r​.​h​tml

Wool­wich Crown Court est conçu pour impo­ser le pou­voir de l’État. Les tri­bu­naux nor­maux de ce pays sont des bâti­ments publics, déli­bé­ré­ment pla­cés par nos ancêtres en plein centre-villes, presque tou­jours à proxi­mi­té d’une rue prin­ci­pale. Le but prin­ci­pal de leur posi­tion­ne­ment et de leur archi­tec­ture était de faci­li­ter l’accès au public, avec la convic­tion qu’il est vital que la jus­tice soit visible par le public.

Wool­wich Crown Court, qui accueille le Bel­marsh Magis­trates Court, est construit sur un prin­cipe tota­le­ment oppo­sé. Il n’a pas d’autre but que d’exclure le public. Rat­ta­ché à une pri­son située dans un marais balayé par les vents, loin de tout centre social nor­mal, une île acces­sible uni­que­ment en navi­guant dans un laby­rinthe de routes à double voie, tout l’emplacement et l’architecture du bâti­ment sont pen­sés pour décou­ra­ger l’accès au public. Il est entou­ré par la même bar­rière de palis­sage en acier extrê­me­ment résis­tant qui cein­ture la pri­son. C’est une chose extra­or­di­naire, un palais de jus­tice qui fait par­tie du sys­tème car­cé­ral lui-même, un lieu où l’on est déjà consi­dé­ré comme cou­pable et incar­cé­ré dès son arri­vée. Le Wool­wich Crown Court n’est rien d’autre que la néga­tion phy­sique de la pré­somp­tion d’innocence, l’incarnation même de l’injustice cou­lée dans du béton, de l’acier, et des vitres blin­dées. Il a pré­ci­sé­ment la même rela­tion à la jus­tice que Guan­ta­na­mo Bay ou la Lubyan­ka. Il n’est en réa­li­té que l’aile de condam­na­tions de la pri­son de Belmarsh.

Lorsqu’il s’est ren­sei­gné sur les pos­si­bi­li­tés de par­ti­ci­pa­tion du public à l’audience, un mili­tant d’Assange s’est fait dire par un membre du per­son­nel du tri­bu­nal que nous devrions nous rendre compte que Wool­wich est un « tri­bu­nal anti­ter­ro­riste ». C’est vrai de fac­to, mais en réa­li­té, un « tri­bu­nal anti­ter­ro­riste » est une ins­ti­tu­tion incon­nue de la consti­tu­tion bri­tan­nique. En effet, il suf­fit de pas­ser une seule jour­née pas­sée au tri­bu­nal de la Cou­ronne de Wool­wich pour se rendre à l’évidence que la démo­cra­tie libé­rale est désor­mais un mensonge.

Les audiences d’extradition ne se tiennent pas à la Magis­trates Court de Bel­marsh, au sein de la Wool­wich Crown Court. Elles ont tou­jours lieu à la Magis­trates Court de West­mins­ter, car la demande est répu­tée avoir été remise au gou­ver­ne­ment à West­mins­ter. A vous de tirer les conclu­sions. Cette audience se tient à la West­mins­ter Magis­trates Court. Elle est tenue par les magis­trats de West­mins­ter et le per­son­nel de la cour de West­mins­ter, mais elle se déroule à la Magis­trates Court de Bel­marsh, à l’intérieur de la Crown Court de Wool­wich. Cette étrange convo­lu­tion a pré­ci­sé­ment pour but de leur per­mettre d’utiliser la « cour anti­ter­ro­riste » pour limi­ter l’accès au public et impo­ser la peur du pou­voir de l’État.

L’une des consé­quences est que, dans la salle d’audience elle-même, Julian Assange est confi­né au fond du tri­bu­nal der­rière un écran de verre pare-balles. Il a fait remar­quer à plu­sieurs reprises au cours de la pro­cé­dure qu’il lui était ain­si très dif­fi­cile de voir et d’entendre les débats. La magis­trate, Vanes­sa Barait­ser, a choi­si d’interpréter cela, avec une mal­hon­nê­te­té étu­diée, comme un pro­blème dû au très faible bruit des mani­fes­tants à l’extérieur (160 gilets jaunes venus de France dans la nuit], par oppo­si­tion à un pro­blème cau­sé par le fait qu’Assange est enfer­mé à l’écart dans une énorme boîte de verre pare-balles.

Or, il n’y a aucune rai­son pour qu’Assange se trouve dans cette boîte, conçue pour conte­nir des ter­ro­ristes extrê­me­ment vio­lents phy­si­que­ment. Il pour­rait sié­ger, comme le ferait nor­ma­le­ment un accu­sé à une audience, au sein du tri­bu­nal à côté de ses avo­cats. Mais la lâche et vicieuse Barait­ser a refu­sé les demandes répé­tées et per­sis­tantes de la défense pour qu’Assange soit auto­ri­sé à s’asseoir avec ses avo­cats. Barait­ser n’est bien sûr qu’une marion­nette, étant super­vi­sée par la magis­trate en chef Lady Arbuth­not, une femme tel­le­ment imbri­quée dans l’establishment des ser­vices de défense et de sécu­ri­té que son impli­ca­tion dans cette affaire ne pour­rait être plus corrompue.

Peu importe à Barait­ser ou Arbuth­not s’il est vrai­ment néces­saire d’incarcérer Assange dans une cage pare-balles, ou si cela l’empêche de suivre la pro­cé­dure judi­ciaire. L’intention de Barait­ser est d’humilier Assange, et de nous ins­pi­rer de l’horreur face à l’énorme pou­voir d’écrasement de l’État. La force inexo­rable de l’aile des condam­na­tions de la cau­che­mar­desque pri­son de Bel­marsh doit être affir­mée. Si vous êtes ici, c’est que vous êtes coupable.

C’est la Lubyan­ka. Vous ne pou­vez être qu’un pri­son­nier en déten­tion pré­ven­tive. Il ne peut s’agir que d’une audience, pas d’un pro­cès. Vous pou­vez n’avoir aucun anté­cé­dent de vio­lence et ne pas être accu­sé de vio­lence. Vous pou­vez avoir trois des plus émi­nents psy­chiatres du pays qui sou­mettent des rap­ports sur vos anté­cé­dents de dépres­sion cli­nique sévère et qui aver­tissent d’un risque de sui­cide. Mais moi, Vanes­sa Barait­ser, je vais quand même vous enfer­mer dans une boîte conçue pour le plus violent des ter­ro­ristes. Pour mon­trer ce que nous pou­vons faire aux dis­si­dents. Et si vous ne pou­vez pas suivre les pro­cé­dures judi­ciaires, tant mieux.

Vous accep­te­rez peut-être mieux ce que je dis de la Cour si je vous dis que, pour une audience sui­vie dans le monde entier, ils ont déci­dé de la tenir dans une salle d’audience qui a un nombre total de seize sièges dis­po­nibles pour les membres du public. 16. Pour être sûr d’avoir l’une de ces seize places et de pou­voir être votre témoin, je me suis pré­sen­té à l’extérieur de cette grande clô­ture de fer cade­nas­sée, à faire la queue dans le froid, l’humidité et le vent dès 6 heures du matin. À 8 heures, la porte a été déver­rouillée et j’ai pu entrer dans la clô­ture pour faire une autre queue devant la salle d’audience, où, mal­gré le fait que des avis indiquent clai­re­ment que la cour est ouverte au public à 8 heures, j’ai dû faire la queue à l’extérieur du bâti­ment pen­dant encore une heure et qua­rante minutes. Ensuite, j’ai dû pas­ser par des sas blin­dés, une sécu­ri­té de type aéro­port, et faire de nou­veau la queue der­rière deux autres portes ver­rouillées, avant d’arriver enfin à mon siège au moment où le tri­bu­nal com­men­çait à 10 heures. À ce stade, nous aurions dû être com­plè­te­ment inti­mi­dés, sans par­ler du fait d’être trem­pés et de ris­quer l’hypothermie.

Il y avait une entrée sépa­rée pour les médias et une salle de presse avec retrans­mis­sion en direct des débats dans la salle d’audience, et il y avait tel­le­ment de médias que j’ai pen­sé pou­voir me détendre et ne pas m’inquiéter car les faits le plus élé­men­taire allaient être lar­ge­ment dif­fu­sés. Gros­sière erreur. J’ai sui­vi les argu­ments très atten­ti­ve­ment à chaque minute de la jour­née, et pas un seul des faits et argu­ments les plus impor­tants aujourd’hui n’a été rap­por­té dans les médias grand public. C’est une affir­ma­tion auda­cieuse, mais je crains qu’elle ne soit par­fai­te­ment vraie. J’ai donc beau­coup de tra­vail à faire pour que le monde sache ce qui s’est réel­le­ment pas­sé. Le simple fait d’être un témoin hon­nête est sou­dain extrê­me­ment impor­tant, alors que l’ensemble des médias ont aban­don­né ce rôle.

James Lewis a fait la décla­ra­tion d’ouverture pour l’accusation. Elle était com­po­sée de deux par­ties, aus­si extra­or­di­naires l’une que l’autre. La pre­mière par­tie, la plus longue, était vrai­ment remar­quable car elle ne conte­nait aucun argu­ment juri­dique et s’adressait non pas au magis­trat mais aux médias. Il n’était pas seule­ment évident que c’était à eux que ses remarques étaient des­ti­nées, il a en fait décla­ré à deux reprises au cours de sa décla­ra­tion d’ouverture qu’il s’adressait aux médias, une fois en répé­tant une phrase et en disant spé­ci­fi­que­ment qu’il la répé­tait à nou­veau parce qu’il était impor­tant que les médias comprennent.

Je suis fran­che­ment éton­né que Barait­ser ait per­mis cela. Il est tout à fait inad­mis­sible qu’un avo­cat adresse des remarques non pas à la cour mais aux médias, et il ne pour­rait y avoir de preuve plus claire qu’il s’agit d’un pro­cès poli­tique à grand spec­tacle et que Barait­ser en est com­plice. Je n’ai pas le moindre doute que la défense aurait été arrê­tée très rapi­de­ment si elle avait com­men­cé à adres­ser des remarques aux médias. Barait­ser ne pré­tend nul­le­ment être autre chose qu’une marion­nette de la Cou­ronne, et par exten­sion du gou­ver­ne­ment américain.

Les points que Lewis sou­hai­tait faire connaître aux médias étaient les sui­vants : il n’est pas vrai que les grands médias comme le Guar­dian et le New York Times sont éga­le­ment mena­cés par les accu­sa­tions por­tées contre Assange, car ce der­nier n’était pas accu­sé d’avoir publié les câbles, mais seule­ment d’avoir publié les noms des infor­ma­teurs, et d’avoir encou­ra­gé Man­ning et de l’avoir aidée à ten­ter de pira­ter les ordi­na­teurs. Seul Assange avait fait ces choses, et non les grands médias.

Lewis a ensuite lu une série d’articles des grands médias atta­quant Assange, comme preuve que les médias et Assange n’étaient pas dans le même bateau. Pen­dant toute une heure, l’accusation s’est adres­sée aux médias pour ten­ter de creu­ser un fos­sé entre les médias et Wiki­leaks et ain­si réduire leur sou­tien à Assange. Il s’agissait d’un dis­cours poli­tique, et non d’une simple sou­mis­sion juri­dique. En même temps, l’accusation avait pré­pa­ré des copies de cette par­tie de l’intervention de Lewis, qui ont été dis­tri­buées aux médias et trans­mises élec­tro­ni­que­ment pour qu’ils puissent les copier-coller.

Après un ajour­ne­ment, la magis­trate Barait­ser a inter­ro­gé l’accusation sur la véra­ci­té de cer­taines de ces affir­ma­tions. En par­ti­cu­lier, l’affirmation selon laquelle les jour­naux ne se trou­vaient pas dans la même situa­tion parce qu’Assange était accu­sé non pas de publier, mais d’avoir « aidé et encou­ra­gé » Chel­sea Man­ning à obte­nir le maté­riel, ne sem­blait pas cohé­rente avec la lec­ture que fai­sait Lewis de la loi de 1989 sur les secrets offi­ciels, selon laquelle le simple fait d’obtenir et de publier un secret gou­ver­ne­men­tal consti­tue une infrac­tion. Cela signi­fiait cer­tai­ne­ment, selon Barait­ser, que les jour­naux qui se contentent de publier les fuites de Man­ning seraient aus­si cou­pables d’un délit.

Lewis a paru com­plè­te­ment pris au dépour­vu. La der­nière chose à laquelle il s’attendait, c’était la pers­pi­ca­ci­té de Barait­ser, dont le tra­vail consis­tait sim­ple­ment à faire ce qu’il disait [dont la mis­sion conve­nue était seule­ment de lui obéir. ÉC]. Lewis a grom­me­lé, bafouillé, enle­vé et remis ses lunettes plu­sieurs fois, ajus­té son micro­phone à plu­sieurs reprises et a ramas­sé une suc­ces­sion de mor­ceaux de papier dans son dos­sier, cha­cun sem­blant le sur­prendre par son conte­nu, alors qu’il les agi­tait en l’air d’un air mal­heu­reux et disait qu’il aurait vrai­ment dû citer l’affaire Shay­ler mais qu’il ne la trou­vait pas. C’était comme regar­der un épi­sode (du feuille­ton) Colum­bo mais sans le charme et sans la ques­tion qui tue à la fin.

Sou­dain, Lewis a sem­blé prendre une déci­sion. Oui, a‑t‑il dit d’une voix beau­coup plus ferme. La loi de 1989 sur les secrets offi­ciels avait été intro­duite par le gou­ver­ne­ment That­cher après l’affaire Pon­ting, pré­ci­sé­ment pour éli­mi­ner la défense d’intérêt public et faire de la pos­ses­sion non auto­ri­sée d’un secret offi­ciel un crime de res­pon­sa­bi­li­té stricte – ce qui signi­fie que peu importe com­ment vous l’avez obte­nu, le fait de le publier et même de le pos­sé­der vous ren­dait cou­pable. Par consé­quent, en ver­tu du prin­cipe de la double incri­mi­na­tion, Assange était pas­sible d’extradition, qu’il ait ou non aidé et encou­ra­gé Man­ning. Lewis a ensuite ajou­té que tout jour­na­liste et toute publi­ca­tion qui publie­rait le secret offi­ciel com­met­trait donc éga­le­ment une infrac­tion, quelle que soit la manière dont il l’aurait obte­nu, qu’il ait ou non nom­mé des informateurs.

Lewis venait ain­si de contre­dire car­ré­ment toute sa décla­ra­tion d’ouverture aux médias en décla­rant qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter puisque les accu­sa­tions d’Assange ne pou­vaient jamais leur être appli­quées. Et il l’a fait immé­dia­te­ment après l’ajournement, juste après que son équipe ait dis­tri­bué des copies de l’argumentation qu’il venait de contre­dire. Je ne peux pas croire qu’il soit sou­vent arri­vé au tri­bu­nal qu’un avo­cat che­vron­né se révèle de façon si évi­dente et si vite être un men­teur invé­té­ré et peu moti­vé. Ce fut sans aucun doute le moment le plus épous­tou­flant de l’audience d’aujourd’hui.

Pour­tant, il est remar­quable que je ne trouve nulle part dans les médias grand public la moindre men­tion de ce qui s’est pas­sé. Ce que je peux trou­ver, par­tout, c’est que les médias grand public rap­portent, par le biais du copier-col­­ler, la pre­mière par­tie de la décla­ra­tion de Lewis sur les rai­sons pour les­quelles l’accusation d’Assange ne consti­tue pas une menace pour la liber­té de la presse ; mais per­sonne ne semble avoir rap­por­té qu’il a tota­le­ment aban­don­né son propre argu­ment cinq minutes plus tard. Les jour­na­listes étaient-ils trop stu­pides pour com­prendre les échanges ?

L’explication est très simple. La cla­ri­fi­ca­tion pro­ve­nant d’une ques­tion que Barait­ser a posée à Lewis, il n’y a pas d’enregistrement impri­mé ou élec­tro­nique de la réponse de Lewis. Sa décla­ra­tion ori­gi­nale a été four­nie aux médias sous forme de copier-col­­ler. Sa contra­dic­tion exi­ge­rait qu’un jour­na­liste écoute ce qui a été dit au tri­bu­nal, le com­prenne et l’écrive. De nos jours, aucun pour­cen­tage signi­fi­ca­tif de jour­na­listes des médias grand public ne maî­trise cette capa­ci­té élé­men­taire. Le « jour­na­lisme » consiste à cou­per et col­ler uni­que­ment des sources approu­vées. Lewis aurait pu poi­gnar­der Assange à mort dans la salle d’audience, et cela n’aurait pas été rap­por­té à moins de figu­rer dans un com­mu­ni­qué de presse du gouvernement.

Je n’étais pas sûr de l’objectif de Barait­ser dans cette affaire. Il est clair qu’elle a très mal trai­té Lewis sur ce point, et sem­blait plu­tôt appré­cier de le faire. D’un autre côté, le point qu’elle a sou­le­vé n’est pas néces­sai­re­ment utile à la défense. Ce qu’elle a dit, c’est essen­tiel­le­ment que Julian pou­vait être extra­dé en ver­tu de la double incri­mi­na­tion, du point de vue bri­tan­nique, uni­que­ment pour avoir publié, qu’il ait ou non conspi­ré avec Chel­sea Man­ning, et que tous les jour­na­listes qui ont publié pou­vaient être incul­pés éga­le­ment. Mais ce point est cer­tai­ne­ment si extrême qu’il serait for­cé­ment inva­lide en ver­tu de la loi sur les droits de l’homme. A‑t‑elle pous­sé Lewis à for­mu­ler une posi­tion si extrême qu’elle serait inte­nable – en lui don­nant assez de corde pour se pendre – ou a‑t‑elle ali­men­té l’idée de non seule­ment extra­der Assange, mais aus­si de pour­suivre en masse les journalistes ?

La réac­tion d’un cer­tain groupe a été très inté­res­sante. Les quatre avo­cats du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain assis juste der­rière Lewis ont eu la grâce de paraître très mal à l’aise, car Lewis a décla­ré sans ambages que tout jour­na­liste et tout jour­nal ou média qui publiait ou même pos­sé­dait un secret gou­ver­ne­men­tal com­met­tait un délit grave. Toute leur stra­té­gie avait consis­té à faire sem­blant de dire le contraire.

Lewis est ensuite pas­sé à la conclu­sion des argu­ments de l’accusation. Le tri­bu­nal n’avait aucune déci­sion à prendre, a‑t‑il décla­ré. Assange doit être extra­dé. L’infraction répon­dait au cri­tère de la double incri­mi­na­tion puisqu’il s’agissait d’un délit à la fois aux États-Unis et au Royaume-Uni. La loi bri­tan­nique sur l’extradition inter­dit expres­sé­ment au tri­bu­nal de véri­fier s’il existe des preuves à l’appui des accu­sa­tions. S’il y avait eu, comme l’a fait valoir la défense, un abus de pro­cé­dure, le tri­bu­nal devait quand même pro­cé­der à l’extradition et exa­mi­ner l’abus de pro­cé­dure comme une affaire dis­tincte. (Cet argu­ment est par­ti­cu­liè­re­ment spé­cieux car il n’est pas pos­sible pour le tri­bu­nal d’engager une action contre le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain en rai­son de l’immunité sou­ve­raine, comme Lewis le sait bien). Enfin, Lewis a décla­ré que la loi sur les droits de l’homme et la liber­té d’expression n’étaient abso­lu­ment pas per­ti­nentes dans les pro­cé­dures d’extradition.

Edward Fitz­ge­rald s’est ensuite levé pour faire la décla­ra­tion d’ouverture pour la défense. Il a com­men­cé par décla­rer que le motif de l’accusation était entiè­re­ment poli­tique, et que les infrac­tions poli­tiques étaient spé­ci­fi­que­ment exclues en ver­tu de l’article 4.1 du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Il a sou­li­gné qu’au moment du pro­cès de Chel­sea Man­ning et de nou­veau en 2013, l’administration Oba­ma avait pris des déci­sions spé­ci­fiques de ne pas pour­suivre Assange pour les fuites de Man­ning. Cette déci­sion a été annu­lée par l’administration Trump pour des rai­sons entiè­re­ment politiques.

Concer­nant l’abus de pro­cé­dure, M. Fitz­ge­rald a fait réfé­rence aux preuves pré­sen­tées devant les tri­bu­naux pénaux espa­gnols selon les­quelles la CIA avait char­gé une socié­té de sécu­ri­té espa­gnole d’espionner Julian Assange à l’ambassade, et que cet espion­nage com­pre­nait spé­ci­fi­que­ment la sur­veillance des réunions pri­vi­lé­giées d’Assange avec ses avo­cats pour dis­cu­ter de son extra­di­tion. Que l’État qui demande l’extradition espionne les consul­ta­tions client-avo­­cat de l’accusé est en soi un motif de rejet de l’affaire. (Ce point est sans aucun doute vrai. Tout juge digne de ce nom rejet­te­rait som­mai­re­ment l’affaire pour cause d’espionnage scan­da­leux des avo­cats de la défense).

Fitz­ge­rald a pour­sui­vi en disant que la défense pré­sen­te­rait des preuves que la CIA a non seule­ment espion­né Assange et ses avo­cats, mais qu’elle a acti­ve­ment envi­sa­gé de l’enlever ou de l’empoisonner, et que cela mon­trait qu’il n’y avait aucun enga­ge­ment en faveur d’un véri­table État de droit dans cette affaire.

Fitz­ge­rald a décla­ré que l’accusation avait déli­bé­ré­ment défor­mé les faits, ce qui consti­tuait éga­le­ment un abus de pro­cé­dure. Il n’est pas vrai qu’il existe des preuves de pré­ju­dice cau­sé aux infor­ma­teurs, et le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain l’a confir­mé à d’autres occa­sions, par exemple lors du pro­cès de Chel­sea Man­ning. Il n’y a pas eu de com­plot pour pira­ter des ordi­na­teurs et Chel­sea Man­ning a été acquit­tée de cette accu­sa­tion devant la cour mar­tiale. Enfin, il est faux que Wiki­leaks soit à l’origine de la publi­ca­tion de noms d’informateurs, car d’autres orga­ni­sa­tions de médias l’avaient déjà fait avant.

Encore une fois, pour autant que je sache, si l’allégation amé­ri­caine de pré­ju­dice aux infor­ma­teurs a été lar­ge­ment dif­fu­sée, la réfu­ta­tion totale de la défense sur les faits et l’affirmation selon laquelle la fabri­ca­tion de faits équi­vaut à un abus de pro­cé­dure n’ont pas du tout été rapportées.

Fitz­ge­rald a enfin évo­qué les condi­tions de déten­tion aux États-Unis, l’impossibilité d’un pro­cès équi­table aux États-Unis et le fait que l’administration Trump a décla­ré que les res­sor­tis­sants étran­gers ne béné­fi­cie­ront pas des pro­tec­tions du pre­mier amen­de­ment, comme autant de rai­sons pour les­quelles l’extradition doit être refu­sée. Vous pou­vez lire toute la décla­ra­tion de la défense ci-des­­sous, mais à mon avis, le pas­sage le plus fort a por­té sur les rai­sons pour les­quelles il s’agit d’un pro­cès poli­tique, ce qui inter­dit l’extradition.

Aux fins de l’article 81(a), je dois ensuite abor­der la ques­tion de savoir com­ment cette pour­suite à moti­va­tion poli­tique satis­fait au cri­tère d’être diri­gée contre Julian Assange à cause de ses opi­nions poli­tiques. L’essence de ses opi­nions poli­tiques qui ont pro­vo­qué ces pour­suites sont résu­mées dans les rap­ports du pro­fes­seur Feld­stein [pièce 18], du pro­fes­seur Rogers [pièce 40], du pro­fes­seur Noam Chom­sky [pièce 39] et le pro­fes­seur Kopelman :

i. Il est l’un des prin­ci­paux par­ti­sans d’une socié­té ouverte et de la liber­té d’expression.

ii. Il est anti-guerre et anti-impérialiste.

iii. Il est un cham­pion de renom­mée mon­diale de la trans­pa­rence poli­tique et du droit du public à l’information sur des ques­tions impor­tantes – des ques­tions telles que la cor­rup­tion poli­tique, les crimes de guerre, la tor­ture et les mau­vais trai­te­ments des déte­nus à Guantanamo.

5.4 Ces croyances et ces actions le mettent inévi­ta­ble­ment en conflit avec des États puis­sants, y com­pris l’actuelle admi­nis­tra­tion amé­ri­caine, pour des rai­sons poli­tiques. Ce qui explique pour­quoi il a été dénon­cé comme ter­ro­riste et pour­quoi le pré­sident Trump a, par le pas­sé, récla­mé la peine de mort.

5.5 Mais je dois ajou­ter que ses révé­la­tions sont loin de se limi­ter aux méfaits des États-Unis. Il a dénon­cé la sur­veillance exer­cée par la Rus­sie et a publié des articles sur M. Assad en Syrie ; et on dit que les révé­la­tions de Wiki­Leaks sur la cor­rup­tion en Tuni­sie et la tor­ture en Égypte ont été le cata­ly­seur du prin­temps arabe lui-même.

5.6 Les États-Unis affirment qu’il n’est pas jour­na­liste. Mais vous trou­ve­rez un compte-ren­­du com­plet de son tra­vail dans le dos­sier M. Il est membre du syn­di­cat des jour­na­listes aus­tra­liens depuis 2009, il est membre de la NUJ et de la Fédé­ra­tion euro­péenne de jour­na­listes. Il a rem­por­té de nom­breux prix dans le domaine des médias, notam­ment la plus haute dis­tinc­tion pour les jour­na­listes aus­tra­liens. Son tra­vail a été recon­nu par The Éco­no­miste, Amnes­ty Inter­na­tio­nal et le Conseil de l’Europe. Il est le lau­réat du prix Mar­tha Gel­horn et a été nomi­né à plu­sieurs reprises pour le prix Nobel Prix de la paix, y com­pris l’année der­nière et cette année. Vous pou­vez voir qu’il a écrit des livres, des articles et des docu­men­taires. Il a eu des articles publiés dans le Guar­dian, le New York Times, le Washing­ton Post et le New Sta­tes­man, pour n’en citer que quelques-uns. Cer­taines des publi­ca­tions pour les­quelles l’extradition est deman­dée ont été évo­quées et invo­quées dans les tri­bu­naux du monde entier, y com­pris la Cour Suprême du Royaume-Uni et la Cour euro­péenne des droits de l’homme. En bref, il a défen­du la cause de la trans­pa­rence et la liber­té d’information dans le monde entier.

5.7. Le pro­fes­seur Noam Chom­sky s’exprime ain­si : – « en sou­te­nant cou­ra­geu­se­ment des opi­nions poli­tiques que la plu­part des per­sonnes déclarent par­ta­ger, il a ren­du un énorme ser­vice à tous ceux qui, dans le monde, ché­rissent les valeurs de la liber­té et la démo­cra­tie et qui réclament donc le droit de savoir ce que font leurs repré­sen­tants élus » [voir onglet 39, para­graphe 14].

L’impact posi­tif de Julian Assange sur le monde est donc indé­niable. L’hostilité qu’il a pro­vo­qué de la part de l’administration Trump est tout aus­si indéniable.

Le test juri­dique pour les « opi­nions politiques »

5.8. Je suis sûr que vous connais­sez les stan­dards en la matière, à savoir si une demande est faite en rai­son des opi­nions poli­tiques de l’accusé. Une approche large doit être adop­tée lors de l’application du test. Pour ce faire, nous nous appuyons sur l’affaire Re Asli­turk [2002] EWHC 2326 (auto­ri­tés char­gées des abus, onglet 11, para­graphes 25 – 26) qui éta­blit clai­re­ment qu’une approche aus­si large devrait être appli­quée au concept d’opinions poli­tiques. Et cela cou­vri­ra clai­re­ment les posi­tions idéo­lo­giques d’Assange. En outre, nous nous appuyons éga­le­ment sur des cas tels que Emi­lia Gomez contre SSHD [2000] INLR 549, onglet 43 du dos­sier infrac­tion poli­tique des auto­ri­tés. Celles-ci montrent que la notion d’« opi­nions poli­tiques » s’étend aux opi­nions poli­tiques impu­tées au citoyen par l’État qui le pour­suit. C’est pour­quoi la carac­té­ri­sa­tion de Julian Assange et Wiki­Leaks en tant qu’« agence de ren­sei­gne­ment hos­tile non éta­tique » par M. Pom­peo éta­blit clai­re­ment qu’il a été ciblé pour ses opi­nions poli­tiques. Tous les les experts dont vous avez les rap­ports montrent que Julian Assange a été pris pour cible en rai­son de la posi­tion poli­tique qui lui a été attri­buée par l’administration Trump – comme un enne­mi de l’Amérique qui doit tomber.

Demain, la défense pour­sui­vra. Je ne sais vrai­ment pas ce qui va se pas­ser car je me sens pour l’instant bien trop épui­sé pour être pré­sent dès 6 heures du matin et faire la queue pour entrer. Mais j’espère que d’une manière ou d’une autre, j’arriverai à rédi­ger un autre rap­port demain soir.

Je remer­cie vive­ment ceux qui ont fait des dons ou qui se sont ins­crits pour rendre ce rap­port possible.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig Mur­ray

Tra­duc­tion « avec plai­sir, M. Mur­ray » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://​www​.craig​mur​ray​.org​.uk/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​2​0​2​0​/​0​2​/​y​o​u​r​–​m​a​n​–​i​n​–​t​h​e​–​p​u​b​lic…

Source : Vik­tor Dedaj, Le Grand Soir,
https://​www​.legrand​soir​.info/​c​o​m​p​t​e​–​r​e​n​d​u​–​d​u​–​p​r​o​c​e​s​–​a​s​s​a​n​g​e​–​1​e​r​–​j​o​u​r​.​h​tml

« Chapeau !» : le père de Julian Assange remercie ses soutiens français. On y retourne ce soir 😇

https://​fran​cais​.rt​.com/​f​r​a​n​c​e​/​7​1​4​9​7​–​l​e​–​p​e​r​e​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​r​e​m​e​r​c​i​e​–​s​e​s​–​s​o​u​t​i​e​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​/​a​m​p​?​_​_​t​w​i​t​t​e​r​_​i​m​p​r​e​s​s​i​o​n​=​t​r​u​e​t​rue

« Je pense qu’en France vous dites : « Cha­peau ! »», c’est par ces mots que le père de Julian Assange a tenu à remer­cier les Fran­çais, dont nombre de Gilets jaunes qui étaient venus mani­fes­ter sous les fenêtres de sa pri­son de Bel­marsh en janvier.

Inter­ro­gé à Paris le 20 février par le jour­na­liste de RT France Tho­mas Bon­net sur cette ques­tion, le père du lan­ceur d’a­lerte a expli­qué que son fils avait enten­du les cris des manifestants.

« L’autre jour, quand il y avait des Fran­çais devant la pri­son […] Julian m’a dit qu’il pou­vait entendre les mani­fes­tants depuis sa cel­lule. C’est très encou­ra­geant. La pri­son vous enlève votre indé­pen­dance et votre huma­ni­té. Cette huma­ni­té vous revient quand vous vous ren­dez compte que les gens à l’ex­té­rieur de la pri­son vous aime et vous sou­tiennent », a‑t‑il déclaré.

Et à John Ship­ton d’a­dres­ser un « Cha­peau !», en fran­çais aux Gilets jaunes ayant fait le dépla­ce­ment jus­qu’en Angle­terre pour sou­te­nir son fils.

Le père du lan­ceur d’a­lerte qui risque jus­qu’à 175 ans de pri­son aux Etats-Unis, était pré­sent en France avec d’autres défen­seurs de son fils pour faire un point sur sur sa situa­tion. Ses nou­veaux avo­cats fran­çais Eric Dupond-Moret­­ti et Antoine Vey, ont annon­cé sou­hai­ter ren­con­trer Emma­nuel Macron afin d’ob­te­nir l’a­sile poli­tique en France de Julian Assange.

Ce der­nier, âgé de 48 ans, est déte­nu dans la pri­son de haute-sécu­­ri­­té de Bel­marsh, au sud de Londres, depuis son arres­ta­tion en avril 2019 à l’am­bas­sade d’E­qua­teur où il était res­té cloî­tré pen­dant sept années. Outre-Manche, les sou­tiens de Julian Assange sont mobi­li­sés pour pous­ser le Pre­mier ministre bri­tan­nique à ne pas pro­cé­der à son extra­di­tion. Une grande mani­fes­ta­tion le same­di 22 février à cet effet a réuni plu­sieurs per­son­na­li­tés comme l’an­cien ministre grec des Finances Yanis Varou­fa­kis, l’ex-membre des Pink Floyd Roger Waters, le pro­duc­teur et musi­cien Brian Eno ou encore la créa­trice de mode Vivienne Westwood.

Source : RT, https://​fran​cais​.rt​.com/​f​r​a​n​c​e​/​7​1​4​9​7​–​l​e​–​p​e​r​e​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​r​e​m​e​r​c​i​e​–​s​e​s​–​s​o​u​t​i​e​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​/​a​m​p​?​_​_​t​w​i​t​t​e​r​_​i​m​p​r​e​s​s​i​o​n​=​t​rue

« Chapeau !» : le père de Julian Assange remercie ses soutiens français. On y retourne ce soir 😇


https://​fran​cais​.rt​.com/​f​r​a​n​c​e​/​7​1​4​9​7​–​l​e​–​p​e​r​e​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​r​e​m​e​r​c​i​e​–​s​e​s​–​s​o​u​t​i​e​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​/​a​m​p​?​_​_​t​w​i​t​t​e​r​_​i​m​p​r​e​s​s​i​o​n​=​t​r​u​e​t​rue
« Je pense qu’en France vous dites : « Cha­peau ! »», c’est par ces mots que le père de Julian Assange a tenu à remer­cier les Fran­çais, dont nombre de Gilets jaunes qui étaient venus mani­fes­ter sous les fenêtres de sa pri­son de Bel­marsh en janvier.
Inter­ro­gé à Paris le 20 février par le jour­na­liste de RT France Tho­mas Bon­net sur cette ques­tion, le père du lan­ceur d’a­lerte a expli­qué que son fils avait enten­du les cris des manifestants.

« L’autre jour, quand il y avait des Fran­çais devant la pri­son […] Julian m’a dit qu’il pou­vait entendre les mani­fes­tants depuis sa cel­lule. C’est très encou­ra­geant. La pri­son vous enlève votre indé­pen­dance et votre huma­ni­té. Cette huma­ni­té vous revient quand vous vous ren­dez compte que les gens à l’ex­té­rieur de la pri­son vous aime et vous sou­tiennent », a‑t‑il déclaré.
Et à John Ship­ton d’a­dres­ser un « Cha­peau !», en fran­çais aux Gilets jaunes ayant fait le dépla­ce­ment jus­qu’en Angle­terre pour sou­te­nir son fils.
Le père du lan­ceur d’a­lerte qui risque jus­qu’à 175 ans de pri­son aux Etats-Unis, était pré­sent en France avec d’autres défen­seurs de son fils pour faire un point sur sur sa situa­tion. Ses nou­veaux avo­cats fran­çais Eric Dupond-Moret­­ti et Antoine Vey, ont annon­cé sou­hai­ter ren­con­trer Emma­nuel Macron afin d’ob­te­nir l’a­sile poli­tique en France de Julian Assange.
Ce der­nier, âgé de 48 ans, est déte­nu dans la pri­son de haute-sécu­­ri­­té de Bel­marsh, au sud de Londres, depuis son arres­ta­tion en avril 2019 à l’am­bas­sade d’E­qua­teur où il était res­té cloî­tré pen­dant sept années. Outre-Manche, les sou­tiens de Julian Assange sont mobi­li­sés pour pous­ser le Pre­mier ministre bri­tan­nique à ne pas pro­cé­der à son extra­di­tion. Une grande mani­fes­ta­tion le same­di 22 février à cet effet a réuni plu­sieurs per­son­na­li­tés comme l’an­cien ministre grec des Finances Yanis Varou­fa­kis, l’ex-membre des Pink Floyd Roger Waters, le pro­duc­teur et musi­cien Brian Eno ou encore la créa­trice de mode Vivienne Westwood.
Source : RT, https://​fran​cais​.rt​.com/​f​r​a​n​c​e​/​7​1​4​9​7​–​l​e​–​p​e​r​e​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​r​e​m​e​r​c​i​e​–​s​e​s​–​s​o​u​t​i​e​n​s​–​f​r​a​n​c​a​i​s​/​a​m​p​?​_​_​t​w​i​t​t​e​r​_​i​m​p​r​e​s​s​i​o​n​=​t​rue

[RIC LOCAL NATIONAL] Des Gilets jaunes vont organiser un référendum national sur le projet de réforme des retraites

https://​fran​cais​.rt​.com/​f​r​a​n​c​e​/​7​1​4​7​3​–​g​i​l​e​t​s​–​j​a​u​n​e​s​–​v​o​n​t​–​o​r​g​a​n​i​s​e​r​–​r​e​f​e​r​e​n​d​u​m​–​n​a​t​i​o​n​a​l​–​p​r​o​j​e​t​–​r​e​f​o​r​m​e​–​r​e​t​r​a​i​tes

[Pas de démocratie politique sans DÉMOCRATIE ÉCONOMIQUE] Formidable Alain Supiot : Figures juridiques de la démocratie 19 : Essor et reflux de la démocratie économique

Chers amis,

Je me per­mets d’in­sis­ter : Alain Supiot est un pen­seur impor­tant, il va vous bou­le­ver­ser, il va ali­men­ter votre pen­sée, il va vous mon­trer des racines impor­tantes de notre huma­ni­té. Selon moi, un citoyen vigi­lant ne devrait pas rater Supiot.

Pour ma part, j’é­coute ces confé­rences en vélo, en grim­pant les petits che­mins des col­lines autour de ma mai­son, m’ar­rê­tant sans arrêt pour prendre fébri­le­ment des notes importantes 🙂

Je vous ai déjà (un peu) par­lé de son tra­vail sur la (redou­table) gou­ver­nance par les nombres (dépo­li­ti­sa­tion cri­mi­nelle de l’ac­tion publique, vou­lue à la fois par les scien­tistes sovié­tiques, hit­lé­riens et unio­neu­ro­péens), et sur l’al­lé­geance qui vient (sur le modèle féo­dal). Ces deux séries de pas­sion­nantes confé­rences sont reprises dans un livre impor­tant : « Du gou­ver­ne­ment par les lois à la gou­ver­nance par les nombres ».

Que je sache, il n’y a pas encore de livre publié pour retrans­crire la troi­sième série de confé­rences que je vou­drais ici vous signa­ler cha­leu­reu­se­ment ; elle s’ap­pelle « Figures juri­diques de la démo­cra­tie » (tou­jours sur France Culture, qu’il faut remer­cier pour son tra­vail de veille) : https://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​s​/​s​e​r​i​e​s​/​f​i​g​u​r​e​s​–​j​u​r​i​d​i​q​u​e​s​–​d​e​–​l​a​–​d​e​m​o​c​r​a​tie

Je vous pro­pose d’en étu­dier un (ou deux) épi­sode à la fois, pour bien digé­rer – et com­men­ter ensemble – ce tra­vail impor­tant. Je repro­dui­rai ici, chaque fois, la syn­thèse, tou­jours très claire, pro­po­sée par Mer­ryl Mone­ghet­ti sur France Culture. 

En plus, je vais essayer de retrans­crire moi-même en com­men­taires (et je vous invite à m’ai­der) les pas­sages essen­tiels, à ne sur­tout pas rater.

Étienne.


Com­men­çons par le commencement :

19 Essor et reflux de la démocratie économique

Intro­duc­tion, par Mer­ryl Moneghetti :

Quels sont les liens étroits et anciens entre la face poli­tique et la face éco­no­mique de la démo­cra­tie ? s’in­ter­roge Alain Supiot. Com­ment la démo­cra­tie pose-t-elle la règle de la répar­ti­tion des richesses ? Com­ment le droit social peut-il être ancré dans une repré­sen­ta­tion par­ta­gée de la justice ?

William Gropper's "Construction of a Dam" (1939), is characteristic of much of the art of the 1930s, with workers seen in heroic poses, laboring in unison to complete a great public project.
William Grop­per’s « Construc­tion of a Dam » (1939), is cha­rac­te­ris­tic of much of the art of the 1930s, with wor­kers seen in heroic poses, labo­ring in uni­son to com­plete a great public pro­ject. Cré­dits : Wikicommons

Com­ment « le tra­vail indé­pen­dant pour tous », s’avère-t-il la base d’un régime démo­cra­tique, « que cha­cun puisse vivre, dans l’indépendance, du fruit de son tra­vail » ? demande encore le juriste Alain Supiot. Quels sont les dis­po­si­tifs en France, en Alle­magne et aux Etats-Unis qui ont pu expri­mer l’idée de démo­cra­tie éco­no­mique à l’âge indus­triel ? Com­ment cette démo­cra­tie éco­no­mique a‑t‑elle reflué sous l’effet du tour­nant néolibéral ?

La Grande Bre­tagne du Brexit, l’Italie et son étrange coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale, la France des gilets jaunes, mais aus­si la Suède et l’Allemagne, aux der­nières élec­tions de 2018, montrent tour à tour au fil des crises poli­tiques et éco­no­miques qui les touchent, com­bien nos vieilles démo­cra­ties sont bous­cu­lées par le doute, la colère sociale et l’angoisse.

À par­tir de l’analyse juri­dique, Alain Supiot, titu­laire de la chaire État social et mon­dia­li­sa­tion : ana­lyse juri­dique des soli­da­ri­tés,  observe de manière pri­vi­lé­giée les grandes muta­tions qui nous touchent.

Le juriste s’est notam­ment atta­ché dans les séries de cours que nous avons dif­fu­sés en 2017 et en 2018 aux effets du recul du gou­ver­ne­ment par les lois, consé­quence de la glo­ba­li­sa­tion et de la gou­ver­nance par les nombres, dans un monde contem­po­rain où tout est sou­mis, désor­mais ou presque, au « cal­cul d’utilité ». Nous avions vu que l’ordre juri­dique se trou­vait inféo­dé à l’ordre éco­no­mique et que de nou­veaux liens, des « nou­velles figures de l’allégeance » émer­geaient alors que l’Etat social s’effaçait…

Alain Supiot, membre de la Com­mis­sion mon­diale sur l’a­ve­nir du tra­vail, a débu­té en 2016 et sur deux ans, une grande réflexion autour des « Figures juri­diques de la démo­cra­tie éco­no­mique », que nous vous pro­po­sons en ce début d’an­née. Le juriste pré­cise en ouver­ture de sa nou­velle série :

« La démo­cra­tie éco­no­mique est enten­due (c’est une pre­mière défi­ni­tion !) comme l’ancrage du droit social dans une repré­sen­ta­tion par­ta­gée de la jus­tice. Si l’on admet  — dans le pro­lon­ge­ment des ana­lyses de Karl Pola­nyi — que les mar­chés sont « un élé­ment utile mais secon­daire dans une socié­té libre », le pro­blème qui se pose aujourd’hui est de « ré-encas­­trer » les mar­chés dans la socié­té et de ces­ser de réduire la vie humaine à la vie éco­no­mique, et la vie éco­no­mique à l’économie de mar­ché. Ceci sup­pose des dis­po­si­tifs juri­diques qui obligent à prendre en consi­dé­ra­tion l’expérience concrète de ceux qui travaillent. »

Face aux consé­quences désas­treuses de la crise de 1929, Fran­çois Mau­riac avait fait part à son frère dans une lettre de ses grandes inquié­tudes et de sa tris­tesse face à la jeu­nesse acca­blée par les maux de l’époque, en 1932 :

« Nous aurons été bien gâtés en com­pa­rai­son de nos enfants. […] Ce que nous obser­vons de tout près, dans notre famille, c’est l’anéantissement de la classe moyenne […]. Nos enfants seront des beso­gneux s’ils ne sont pas armés. Il faut apprendre à être à la fois heu­reux et pauvres. »

Cette angoisse du grand bour­geois, pro­prié­taire ter­rien a nour­ri la révolte de l’écrivain Mau­riac contre la poli­tique fis­cale du début des années trente et le poids des charges et fait naître le jour­na­liste enga­gé contre les injus­tices et la mon­tée des fascismes.

Comme le rap­pelle Alain Supiot, dans la grande série qui s’ouvre aujourd’hui,

« la pro­cla­ma­tion des droits éco­no­miques et sociaux a résul­té au XXème siècle de l’expérience his­to­rique des deux guerres mon­diales. La réfé­rence à cette expé­rience est expli­cite dans la Décla­ra­tion de Phi­la­del­phie de 1944 :

L’ex­pé­rience a plei­ne­ment démon­tré le bien-fon­­dé de la décla­ra­tion conte­nue dans la Consti­tu­tion de l’Or­ga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale du Tra­vail, et d’a­près laquelle une paix durable ne peut être éta­blie que sur la base de la jus­tice sociale »

Dans une pre­mière par­tie, Alain Supiot ana­lyse la « prise du pou­voir éco­no­mique par les mana­gers », qui « ont pri­vi­lé­gié l’investissement et la poli­tique sala­riale sur les inté­rêts des action­naires », pour favo­ri­ser la crois­sance des entre­prises, du New deal au tour­nant des années That­­cher-Rea­­gan, puis dans une deuxième par­tie, il revient sur les effets des­truc­teurs de ce qu’on appelle la Cor­po­rate gou­ver­nance, qui a condam­né les entre­prises au court-ter­­misme.

Et nous gagnons l’amphithéâtre du Col­lège de France, le 28 octobre 2016, pour le cours d’Alain Supiot, « Figures juri­diques de la démo­cra­tie éco­no­mique  » :


Bonus : Pré­sen­ta­tion de l’Ins­ti­tut d’é­tudes avan­cées Nantes dont Alain Supiot est le fon­da­teur en 2008 ; il en pré­side aujourd’­hui le comi­té stratégique.

Source : France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/figures-juridiques-de-la-democratie-19-essor-et-reflux-de-la-democratie-economique‑0

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​3​3​2​4​2​9​7​7​317

[Ateliers constituants] HIDEUX MENSONGES DES ÉLUS SUR LES RETRAITES : proposition d’un POUVOIR POPULAIRE pour ÉVALUER LE RESPECT DES ENGAGEMENTS ET SANCTIONNER LES MENTEURS

Dans une consti­tu­tion digne de ce nom (écrite et défen­due par les citoyens eux-mêmes) serait ins­ti­tué UN POUVOIR POPULAIRE (en plus des pou­voirs légis­la­tif, exé­cu­tif, judi­ciaire, média­tique et moné­taire), incar­né par exemple dans des Chambres de contrôle des élus, tirées au sort, pour ÉVALUER LE RESPECT DES ENGAGEMENTS ET SANCTIONNER LES MENTEURS.

Un bon sujet de tra­vaux pra­tiques, bien d’ac­tua­li­té, pour vos pro­chains #Ate­liers­Cons­ti­tuants­Po­pu­laires 🙂

Faites-nous connaître ci-des­­sous vos pro­po­si­tions d’articles !

Étienne.


Macron Le Félon

Quel est le rôle législatif légitime des citoyens ? Audition du constitutionnaliste Dominique Rousseau à l’Assemblée sur l’art. 6 de la DDHC 1789

Mon com­men­taire :

Inté­res­sante for­mu­la­tion — quoique très timide à mon goût, du fait d’une sainte hor­reur (par­ta­gée par la plu­part des consti­tu­tion­na­listes, d’ailleurs) de « la démo­cra­tie directe », vue comme « LA catas­trophe » (sic) alors que « la démo­cra­tie directe », c’est sim­ple­ment… la démo­cra­tie 🙂 évi­dem­ment — de Domi­nique Rousseau,

MAIS, quoi qu’il en soit, 

N’OUBLIEZ PAS SURTOUT que ce qui compte essen­tiel­le­ment, ce n’est PAS QUI VOTE la consti­tu­tion, mais QUI L’ÉCRIT : jamais les élus n’ins­cri­ront eux-mêmes dans la consti­tu­tion le pou­voir réel d’un légis­la­teur concur­rent de leur propre pou­voir, jamais ; à cause du conflit d’in­té­rêts, dans lequel ils sont plon­gés jus­qu’au cou dans tout pro­ces­sus consti­tuant, for­cé­ment, méca­ni­que­ment, par défi­ni­tion. Ils ont tous un inté­rêt per­son­nel (puis­sant) à ne pas ins­ti­tuer la démocratie.

#CeNEst­Pa­sAux­Hom­me­sAu­Pou­voir­DÉ­cri­re­Les­Rè­gles­Du­Pou­voir

Ce qu’ou­blie de pen­ser Domi­nique Rous­seau, à mon avis, c’est la qua­li­té du pro­ces­sus consti­tuant, et donc la fai­sa­bi­li­té des prin­cipes dont il sou­haite sin­cè­re­ment l’ins­ti­tu­tion : Qui est légi­time et apte à écrire une consti­tu­tion digne de ce nom ? Les repré­sen­tants ou les repré­sen­tés ? Tout est là. L’ins­ti­tu­tion de la démo­cra­tie se joue là, précisément.

Aucune ins­ti­tu­tion réel­le­ment démo­cra­tique (le RIC en toutes matières, notam­ment) ne sera JAMAIS ins­ti­tuée par une assem­blée consti­tuante ÉLUE-par­­mi-des-can­­di­­dats. Jamais.

IL FAUT que nous deve­nions #Citoyens­Cons­ti­tuants.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​2​1​6​9​9​2​5​2​317

John PILGER : Julian Assange doit être libéré, pas trahi

Julian Assange doit être libéré, pas trahi (Consortium News)

John PILGER

Le 24 février, lorsque Julian Assange entre­ra au tri­bu­nal de la Cou­ronne de Wool­wich, le véri­table jour­na­lisme sera le seul crime jugé.

Ce same­di, il y aura une marche de l’Australia House à Londres vers Par­lia­ment Square, le centre de la démo­cra­tie bri­tan­nique. Les gens por­te­ront des por­traits de l’éditeur et jour­na­liste aus­tra­lien Julian Assange qui, le 24 février, sera confron­té à un tri­bu­nal qui déci­de­ra s’il doit ou non être extra­dé vers les États-Unis où il sera comme un mort vivant.

Je connais bien l’Australia House. Étant moi-même Aus­tra­lien, j’y allais à mes débuts à Londres pour lire les jour­naux du pays. Ouverte par le roi George V il y a plus d’un siècle, son immen­si­té de marbre et de pierre, ses lustres et ses por­traits solen­nels, impor­tés d’Australie au moment où les sol­dats aus­tra­liens mou­raient dans le mas­sacre de la Pre­mière Guerre mon­diale, ont fait de cette mai­son un monu­ment de ser­vi­li­té impériale.

En tant que l’une des plus anciennes « mis­sions diplo­ma­tiques » du Royaume-Uni, cette relique de l’empire offre une siné­cure agréable aux hommes poli­tiques des Anti­podes : un « com­pa­gnon » récom­pen­sé ou un fau­teur de troubles exilé.

Connu sous le nom de Haut Com­mis­saire, l’équivalent d’un ambas­sa­deur, le béné­fi­ciaire actuel est George Bran­dis, qui, en tant que pro­cu­reur géné­ral, a ten­té d’édulcorer la loi aus­tra­lienne sur la dis­cri­mi­na­tion raciale et a approu­vé des raids contre des lan­ceurs d’alerte qui avaient révé­lé la véri­té sur l’espionnage illé­gal de l’Australie au Timor orien­tal lors des négo­cia­tions pour le par­tage du pétrole et du gaz de ce pays appauvri.

Cela a conduit à la pour­suite des lan­ceurs d’alerte Ber­nard Col­lae­ry et « Wit­ness K », sous de fausses accu­sa­tions. Comme Julian Assange, ils doivent être réduits au silence dans un pro­cès kaf­kaïen et mis en prison.

L’Australia House est le point de départ idéal pour la marche de samedi.

Au ser­vice du grand jeu

« J’avoue », écri­vait Lord Cur­zon, vice-roi de l’Inde, en 1898, « que les pays sont des pièces sur un échi­quier sur lequel se joue un grand jeu pour la domi­na­tion du monde ».

Nous, Aus­tra­liens, sommes au ser­vice du Grand Jeu depuis très long­temps. Ayant dévas­té notre peuple indi­gène lors d’une inva­sion et d’une guerre d’usure qui se pour­suit encore aujourd’hui, nous avons ver­sé le sang de nos maîtres impé­riaux en Chine, en Afrique, en Rus­sie, au Moyen-Orient, en Europe et en Asie. Aucune aven­ture impé­riale contre ceux avec qui nous n’avons pas de que­relle n’a échap­pé à notre dévouement.

Le men­songe a été un trait carac­té­ris­tique. Lorsque le Pre­mier ministre Robert Men­zies a envoyé des sol­dats aus­tra­liens au Viet­nam dans les années 1960, il les a décrits comme une équipe d’entraînement, envoyée à la demande du gou­ver­ne­ment assié­gé à Sai­gon. C’était un men­songe. Un haut fonc­tion­naire du minis­tère des affaires étran­gères a écrit secrè­te­ment que « bien que nous ayons sou­li­gné publi­que­ment le fait que notre aide a été don­née en réponse à une invi­ta­tion du gou­ver­ne­ment du Sud-Viet­­nam », l’ordre venait de Washington.

Deux ver­sions. Le men­songe pour nous, la véri­té pour eux. Jusqu’à quatre mil­lions de per­sonnes sont mortes dans la guerre du Vietnam.

Lorsque l’Indonésie a enva­hi le Timor orien­tal en 1975, l’ambassadeur aus­tra­lien, Richard Wool­cott, a secrè­te­ment exhor­té le gou­ver­ne­ment de Can­ber­ra à « agir de manière à mini­mi­ser l’impact public en Aus­tra­lie et à faire preuve de com­pré­hen­sion pri­vée envers l’Indonésie ». En d’autres termes, de men­tir. Il a fait allu­sion aux réserves de pétrole et de gaz de la mer de Timor qui, selon le ministre des affaires étran­gères Gareth Evans, valaient des « milliards ».

Dans le géno­cide qui a sui­vi, au moins 200 000 Timo­rais de l’Est sont morts. L’Australie a recon­nu, presque seule, la légi­ti­mi­té de l’occupation.

Lorsque le Pre­mier ministre John Howard a envoyé des forces spé­ciales aus­tra­liennes pour enva­hir l’Irak avec l’Amérique et la Grande-Bre­­tagne en 2003, il a – comme George W. Bush et Tony Blair – men­ti en disant que Sad­dam Hus­sein pos­sé­dait des armes de des­truc­tion mas­sive. Plus d’un mil­lion de per­sonnes sont mortes en Irak.

Wiki­Leaks n’a pas été le pre­mier à dénon­cer le modèle de men­songe cri­mi­nel dans les démo­cra­ties qui res­tent aus­si rapaces qu’au temps de Lord Cur­zon. La remar­quable orga­ni­sa­tion d’édition fon­dée par Julian Assange a réus­si à en appor­ter la preuve.

Les vrais men­songes exposés

Wiki­Leaks nous a infor­més sur la façon dont les guerres illé­gales sont fabri­quées, sur la façon dont les gou­ver­ne­ments sont ren­ver­sés et la vio­lence est uti­li­sée en notre nom, sur la façon dont nous sommes espion­nés via nos télé­phones et nos écrans. Les véri­tables men­songes des pré­si­dents, des ambas­sa­deurs, des can­di­dats poli­tiques, des géné­raux, des man­da­taires, des frau­deurs poli­tiques ont été révé­lés au grand jour. Un par un, ces aspi­rants empe­reurs ont réa­li­sé qu’ils étaient nus.

Il s’agit d’un ser­vice public sans pré­cé­dent ; c’est avant tout un jour­na­lisme authen­tique, dont la valeur peut être jugée par le degré d’apoplexie des cor­rom­pus et de leurs apologistes.

Par exemple, en 2016, Wiki­Leaks a publié les cour­riels divul­gués du direc­teur de cam­pagne d’Hillary Clin­ton, John Podes­ta, qui ont révé­lé un lien direct entre Clin­ton, la fon­da­tion qu’elle par­tage avec son mari et le finan­ce­ment du dji­ha­disme orga­ni­sé au Moyen-Orient – le terrorisme.

Un cour­riel a révé­lé que l’État isla­mique (ISIS) était finan­cé par les gou­ver­ne­ments d’Arabie Saou­dite et du Qatar, dont Clin­ton a accep­té d’énormes « dons ». De plus, en tant que secré­taire d’État amé­ri­caine, elle a approu­vé la plus grande vente d’armes au monde à ses bien­fai­teurs saou­diens, d’une valeur de plus de 80 mil­liards de dol­lars. Grâce à elle, les ventes d’armes amé­ri­caines au monde entier – des­ti­nées à des pays sinis­trés comme le Yémen – ont doublé.

Révé­lés par Wiki­Leaks et publiés dans le New York Times, les e‑mails de Podes­ta ont déclen­ché une cam­pagne viru­lente contre le rédac­teur en chef Julian Assange, sans preuves. Il était un « agent de la Rus­sie tra­vaillant à l’élection de Trump » ; le « Rus­sia­gate » absurde a sui­vi. Le fait que Wiki­Leaks ait éga­le­ment publié plus de 800 000 docu­ments sou­vent acca­blants en pro­ve­nance de Rus­sie a été ignoré.

En 2017, dans une émis­sion de l’Australian Broad­cas­ting Cor­po­ra­tion, Four Cor­ners, Clin­ton a été inter­viewée par Sarah Fer­gu­son, qui a com­men­cé : « Per­sonne ne pou­vait man­quer d’être ému par la dou­leur sur votre visage [au moment de l’investiture de Donald Trump] … Vous sou­­ve­­nez-vous de la dou­leur vis­cé­rale que vous avez ressentie ? »

Ayant éta­bli la souf­france vis­cé­rale de Clin­ton, le faus­saire Fer­gu­son a décrit « le rôle de la Rus­sie » et le « dom­mage que vous avez per­son­nel­le­ment subi » par Julian Assange.

Clin­ton a répon­du : « Il [Assange] est très clai­re­ment un outil des ser­vices de ren­sei­gne­ment russes. Et il a fait ce qu’ils lui demandaient ».

Fer­gu­son a décla­ré à Clin­ton : « Beau­coup de gens, y com­pris en Aus­tra­lie, pensent qu’Assange est un mar­tyr de la liber­té d’expression et de la liber­té d’information. Com­ment le décririez-vous ? »

Une fois de plus, Clin­ton a été auto­ri­sée à dif­fa­mer Assange – un « nihi­liste » au ser­vice des « dic­ta­teurs » – tan­dis que Fer­gu­son a assu­ré à son inter­lo­cu­teur qu’elle était « l’icône de votre génération ».

Il n’a pas été fait men­tion d’un docu­ment divul­gué par Wiki­Leaks, appe­lé Libya Tick Tock, pré­pa­ré pour Hil­la­ry Clin­ton, qui la décri­vait comme la figure cen­trale de la des­truc­tion de l’État libyen en 2011. Cela a pro­vo­qué 40 000 morts, l’arrivée de DAECH en Afrique du Nord et la crise des réfu­giés et des migrants européens.

Le seul crime jugé

Pour moi, cet épi­sode de l’interview de Clin­ton – et il y en a beau­coup d’autres – illustre de façon frap­pante la divi­sion entre le faux et le véri­table jour­na­lisme. Le 24 février, lorsque Julian Assange entre­ra au tri­bu­nal de la Cou­ronne de Wool­wich, le véri­table jour­na­lisme sera le seul crime jugé.

On me demande par­fois pour­quoi je me suis fait le cham­pion d’Assange. D’abord, je l’aime et je l’admire. C’est un ami au cou­rage éton­nant ; et il a un sens de l’humour fine­ment aigui­sé et noir. Il est le contraire du per­son­nage inven­té puis assas­si­né par ses ennemis.

En tant que repor­ter dans des lieux de bou­le­ver­se­ments par­tout dans le monde, j’ai appris à com­pa­rer les preuves dont j’ai été témoin avec les paroles et les actions de ceux qui détiennent le pou­voir. De cette façon, il est pos­sible de se faire une idée de la façon dont notre monde est contrô­lé, divi­sé et mani­pu­lé, de la façon dont le lan­gage et les débats sont défor­més pour pro­duire la pro­pa­gande de la fausse conscience.

Lorsque nous par­lons de dic­ta­tures, nous appe­lons cela un lavage de cer­veau : la conquête des esprits. C’est une véri­té que nous appli­quons rare­ment à nos propres socié­tés, quelle que soit la traî­née de sang qui remonte jusqu’à nous et qui ne sèche jamais.

Wiki­Leaks a mis cela en évi­dence. C’est pour­quoi Assange se trouve dans une pri­son de haute sécu­ri­té à Londres et fait face à des accu­sa­tions poli­tiques concoc­tées en Amé­rique, et c’est pour­quoi il a fait honte à tant de ceux qui ont payé pour que les choses soient claires. Regar­dez ces jour­na­listes qui cherchent main­te­nant une cou­ver­ture alors qu’ils se rendent compte que les fas­cistes amé­ri­cains qui sont venus pour Assange pour­raient venir pour eux, notam­ment ceux du Guar­dian qui ont col­la­bo­ré avec Wiki­Leaks et ont gagné des prix et obte­nu des contrats lucra­tifs pour des livres et des films hol­ly­woo­diens basés sur son tra­vail, avant de se retour­ner contre lui.

En 2011, David Leigh, le « rédac­teur en chef des enquêtes » du Guar­dian, a décla­ré aux étu­diants en jour­na­lisme de la City Uni­ver­si­ty de Londres qu’Assange était « assez déran­gé ». Lorsqu’un étu­diant per­plexe lui a deman­dé pour­quoi, Leigh a répon­du : « Parce qu’il ne com­prend pas les para­mètres du jour­na­lisme conventionnel ».

Mais c’est pré­ci­sé­ment parce qu’il a com­pris que les « para­mètres » des médias pro­té­geaient sou­vent des inté­rêts poli­tiques et acquis et n’avaient rien à voir avec la trans­pa­rence que l’idée de Wiki­Leaks était si attrayante pour de nom­breuses per­sonnes, en par­ti­cu­lier les jeunes, cyniques à juste titre à l’égard de ce qu’on appelle le « cou­rant dominant ».

Leigh se moquait de l’idée même qu’une fois extra­dé, Assange fini­rait par « por­ter une com­bi­nai­son orange ». Ce sont des choses, a‑t‑il dit, « que lui et son avo­cat disent pour nour­rir sa paranoïa ».

Les accu­sa­tions amé­ri­caines actuelles contre Assange se concentrent sur les jour­naux afghans et ira­kiens, que le Guar­dian a publiés et sur les­quels Leigh a tra­vaillé, ain­si que sur la vidéo du meurtre col­la­té­ral mon­trant un équi­page d’hélicoptère amé­ri­cain abat­tant des civils et célé­brant le crime. Pour ce jour­na­lisme, Assange fait face à 17 chefs d’accusation d’« espion­nage » qui entraînent des peines de pri­son tota­li­sant 175 ans.

Que son uni­forme de pri­son­nier soit ou non une « com­bi­nai­son orange », les dos­siers des tri­bu­naux amé­ri­cains vus par les avo­cats d’Assange révèlent qu’une fois extra­dé, Assange sera sou­mis à des mesures admi­nis­tra­tives spé­ciales, connues sous le nom de MAS. Un rap­port de 2017 de la facul­té de droit de l’université de Yale et du Centre pour les droits consti­tu­tion­nels décrit les MAS comme « le coin le plus sombre du sys­tème car­cé­ral fédé­ral amé­ri­cain », com­bi­nant « la bru­ta­li­té et l’isolement des uni­tés de sécu­ri­té maxi­male avec des res­tric­tions sup­plé­men­taires qui privent les indi­vi­dus de presque tout lien avec le monde humain … L’effet est de pro­té­ger cette forme de tor­ture de tout véri­table exa­men public ».

Le fait qu’Assange avait rai­son depuis le début, et que le faire venir en Suède était une fraude pour cou­vrir un plan amé­ri­cain visant à le « rendre », devient enfin clair pour beau­coup qui ont ava­lé les inces­santes cam­pagnes de calom­nies. « Je parle cou­ram­ment le sué­dois et j’ai pu lire tous les docu­ments ori­gi­naux », a décla­ré récem­ment Nils Mel­zer, le rap­por­teur des Nations unies sur la tor­ture, « j’en croyais à peine mes yeux. Selon le témoi­gnage de la femme en ques­tion, un viol n’avait jamais eu lieu. Et ce n’est pas tout : le témoi­gnage de la femme a ensuite été modi­fié par la police de Stock­holm sans qu’elle soit au cou­rant afin de faire croire à un éven­tuel viol. J’ai tous les docu­ments en ma pos­ses­sion, les e‑mails, les SMS ».

Keir Star­mer est actuel­le­ment can­di­dat à la direc­tion du par­ti tra­vailliste en Grande-Bre­­tagne. Entre 2008 et 2013, il a été direc­teur des pour­suites publiques et res­pon­sable du Crown Pro­se­cu­tion Ser­vice. Selon les recherches effec­tuées par la jour­na­liste ita­lienne Ste­fa­nia Mau­ri­zi dans le cadre de la liber­té d’information, la Suède a ten­té d’abandonner l’affaire Assange en 2011, mais un fonc­tion­naire du CPS à Londres a dit au pro­cu­reur sué­dois de ne pas la trai­ter comme « une extra­di­tion de plus ».

En 2012, elle a reçu un cour­riel du CPS : « Ne vous dégon­flez pas !!! D’autres cour­riels du CPS ont été soit sup­pri­més, soit expur­gés. Pour­quoi ? Keir Star­mer doit dire pourquoi.

Au pre­mier rang de la marche de same­di se trou­ve­ra John Ship­ton, le père de Julian, dont le sou­tien infa­ti­gable à son fils est l’antithèse de la col­lu­sion et de la cruau­té des gou­ver­ne­ments d’Australie, notre pays.

L’appel à la honte com­mence avec Julia Gil­lard, la pre­mière ministre tra­vailliste aus­tra­lienne qui, en 2010, a vou­lu cri­mi­na­li­ser Wiki­Leaks, arrê­ter Assange et annu­ler son pas­se­port – jusqu’à ce que la police fédé­rale aus­tra­lienne fasse remar­quer qu’aucune loi ne le per­met­tait et qu’Assange n’avait com­mis aucun crime.

Alors qu’elle pré­ten­dait à tort lui four­nir une assis­tance consu­laire à Londres, c’est l’abandon cho­quant de son citoyen par le gou­ver­ne­ment Gil­lard qui a conduit l’Équateur à accor­der l’asile poli­tique à Assange dans son ambas­sade de Londres.

Dans un dis­cours ulté­rieur devant le Congrès amé­ri­cain, Gil­lard, une des favo­rites de l’ambassade amé­ri­caine à Can­ber­ra, a bat­tu des records de fla­gor­ne­rie (selon le site inter­net Honest His­to­ry) en décla­rant, encore et encore, la fidé­li­té des « potes d’en bas » de l’Amérique.

Aujourd’hui, pen­dant qu’Assange attend dans sa cel­lule, Gil­lard par­court le monde, se pré­sen­tant comme une fémi­niste sou­cieuse des « droits de l’homme », sou­vent en tan­dem avec cette autre fémi­niste de droite, Hil­la­ry Clinton.

« Notre monde est contrô­lé, divi­sé et mani­pu­lé, … le lan­gage et les débats sont défor­més pour pro­duire la pro­pa­gande de la fausse conscience. »

La véri­té est que l’Australie aurait pu sau­ver Julian Assange et peut encore le faire.

En 2010, je me suis arran­gé pour ren­con­trer un émi­nent dépu­té libé­ral (conser­va­teur), Mal­colm Turn­bull. Jeune avo­cat dans les années 1980, Turn­bull avait com­bat­tu avec suc­cès les ten­ta­tives du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique pour empê­cher la publi­ca­tion du livre Spy­cat­cher, dont l’auteur, Peter Wright, un espion, avait expo­sé « l’état pro­fond » de la Grande-Bretagne.

Nous avons par­lé de sa célèbre vic­toire pour la liber­té d’expression et de publi­ca­tion et j’ai décrit l’erreur judi­ciaire qui atten­dait Assange – la fraude de son arres­ta­tion en Suède et son lien avec un acte d’accusation amé­ri­cain qui pié­tine la Consti­tu­tion des États-Unis et l’État de droit international.

Turn­bull a sem­blé mon­trer un réel inté­rêt et un assis­tant a pris des notes détaillées. Je lui ai deman­dé de remettre au gou­ver­ne­ment aus­tra­lien une lettre de Gareth Peirce, la célèbre avo­cate bri­tan­nique des droits de l’homme qui repré­sente Assange.

Dans cette lettre, Peirce écrit ,

« Étant don­né l’ampleur du débat public, sou­vent sur la base d’hypothèses tota­le­ment fausses, il est très dif­fi­cile de ten­ter de pré­ser­ver la pré­somp­tion d’innocence de [Julian Assange]. M. Assange a main­te­nant sur lui non pas une mais deux épées de Damo­clès, d’une éven­tuelle extra­di­tion vers deux juri­dic­tions dif­fé­rentes pour deux crimes pré­su­més dif­fé­rents, dont aucun n’est un crime dans son propre pays, et que sa sécu­ri­té per­son­nelle est deve­nue en dan­ger dans des cir­cons­tances qui sont hau­te­ment politisées ».

Turn­bull a pro­mis de livrer la lettre, de la faire suivre et de m’en infor­mer. Je lui ai ensuite écrit plu­sieurs fois, j’ai atten­du et je n’en ai plus enten­du parler.

En 2018, John Ship­ton a écrit une lettre très émou­vante au pre­mier ministre aus­tra­lien de l’époque, lui deman­dant d’exercer le pou­voir diplo­ma­tique dont dis­pose son gou­ver­ne­ment et de rame­ner Julian chez lui. Il écri­vait qu’il crai­gnait que si Julian n’était pas secou­ru, il y aurait une tra­gé­die et que son fils mour­rait en pri­son. Il n’a pas reçu de réponse. Le pre­mier ministre était Mal­colm Turnbull.

L’année der­nière, quand on a inter­ro­gé l’actuel Pre­mier ministre, Scott Mor­ri­son, un ancien homme de rela­tions publiques, sur Assange, il a répon­du comme à son habi­tude : « Il devra faire face à son destin ! »

Lorsque la marche de same­di attein­dra les Chambres du Par­le­ment, dite « la Mère des Par­le­ments », Mor­ri­son et Gil­lard et Turn­bull et tous ceux qui ont tra­hi Julian Assange devraient être inter­pel­lés ; l’histoire et la décence ne les oublie­ront pas, ni ceux qui se taisent aujourd’hui.

Et s’il reste un peu de sens de la jus­tice dans le pays de la Grande Charte, la paro­die qu’est le pro­cès contre cet héroïque Aus­tra­lien doit être reje­tée. Sinon, gare à nous, gare à nous tous.

John Pil­ger

La marche du same­di 22 février com­mence à l’Australia House à Aldwych, Londres WC2B 4LA, à 12h30 : ras­sem­ble­ment à 11h30.

Tra­duc­tion « tel­le­ment à dire, à dénon­cer, à com­battre, et si peu de temps » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://​consor​tium​news​.com/​2​0​2​0​/​0​2​/​1​7​/​j​o​h​n​–​p​i​l​g​e​r​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​m​u​st-…

Source : Le Grand Soir, 
https://​www​.legrand​soir​.info/​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​d​o​i​t​–​e​t​r​e​–​l​i​b​e​r​e​–​p​a​s​–​t​r​a​h​i​–​c​o​n​s​o​r​t​i​u​m​–​n​e​w​s​.​h​tml

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​1​9​5​1​8​8​7​2​317

Mettre fin à la complicité des médecins qui permettent la torture de Julian Assange

Mettre fin à la torture et à la négligence médicale de Julian Assange (The Lancet)

Doc­tors for Assange : Le 22 novembre 2019, nous, un groupe de plus de 60 méde­cins, avons écrit au ministre de l’intérieur bri­tan­nique pour lui faire part de nos graves inquié­tudes concer­nant la san­té phy­sique et men­tale de Julian Assange.

Dans notre lettre, nous avons docu­men­té un pas­sé de refus d’accès aux soins de san­té et de tor­ture psy­cho­lo­gique pro­lon­gée. Elle deman­dait qu’Assange soit trans­fé­ré de la pri­son de Bel­marsh à un CHU pour y être éxa­mi­né et rece­voir des soins. Face aux preuves de tor­ture, non trai­tée et conti­nue, nous avons éga­le­ment sou­le­vé la ques­tion de l’aptitude d’Assange à par­ti­ci­per à la pro­cé­dure d’extradition américaine.

N’ayant reçu aucune réponse sub­stan­tielle du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, ni à notre pre­mière lettre ni à notre lettre de sui­vi, nous avons écrit au gou­ver­ne­ment aus­tra­lien, lui deman­dant d’intervenir pour pro­té­ger la san­té de son citoyen.

À ce jour, aucune réponse n’a mal­heu­reu­se­ment été reçue. Entre-temps, de nom­breux autres méde­cins du monde entier se sont joints à notre appel. Notre groupe compte actuel­le­ment 117 méde­cins, repré­sen­tant 18 pays.

Le cas d’Assange, le fon­da­teur de Wiki­leaks, pré­sente de mul­tiples facettes. Il concerne le droit, la liber­té d’expression, la liber­té de la presse, le jour­na­lisme, l’édition et la poli­tique. Mais il est aus­si clai­re­ment lié à la méde­cine et à la san­té publique. L’affaire met en lumière plu­sieurs aspects pré­oc­cu­pants qui méritent une atten­tion par­ti­cu­lière et une action concer­tée de la part de la pro­fes­sion médicale.

Nous avons été ame­nés à agir suite aux témoi­gnages poi­gnants de l’ancien diplo­mate bri­tan­nique Craig Mur­ray et du jour­na­liste d’investigation John Pil­ger, qui ont décrit la dété­rio­ra­tion de l’état d’Assange lors d’une audience de ges­tion du dos­sier le 21 octobre 2019.

Assange était appa­ru à l’audience pâle, en sous-poids, âgé et boi­teux, et il avait visi­ble­ment eu du mal à se rap­pe­ler les infor­ma­tions de base, à se concen­trer et à arti­cu­ler ses mots. À la fin de l’audience, il a « dit à la juge de dis­trict Vanes­sa Barait­ser qu’il n’avait pas com­pris ce qui s’était pas­sé au tribunal ».

Nous avons rédi­gé une lettre au ministre de l’intérieur du Royaume-Uni, qui a rapi­de­ment recueilli plus de 60 signa­tures de méde­cins d’Australie, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, de Nor­vège, de Pologne, du Sri Lan­ka, de Suède, du Royaume-Uni et des États-Unis, pour conclure : « Nous sommes d’avis que M. Assange a besoin de toute urgence d’une éva­lua­tion médi­cale experte de son état de san­té phy­sique et psy­cho­lo­gique. Tout trai­te­ment médi­cal indi­qué doit être admi­nis­tré dans un hôpi­tal uni­ver­si­taire (soins ter­tiaires) cor­rec­te­ment équi­pé et doté d’un per­son­nel spé­cia­li­sé. Si cette éva­lua­tion et ce trai­te­ment urgents n’avaient pas lieu, nous crai­gnons vrai­ment, au vu des élé­ments actuel­le­ment dis­po­nibles, que M. Assange ne meure en pri­son. La situa­tion médi­cale est donc urgente. Il n’y a pas de temps à perdre ».

Le 31 mai 2019, le rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur la tor­ture, Nils Mel­zer, a ren­du compte de sa visite à Assange, à Bel­marsh, le 9 mai 2019, accom­pa­gné de deux experts médi­caux : « M. Assange a pré­sen­té tous les symp­tômes typiques d’une expo­si­tion pro­lon­gée à la tor­ture psy­cho­lo­gique, y com­pris un stress extrême, une anxié­té chro­nique et un trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique intense ».

Le 1er novembre 2019, Mel­zer a aver­ti que « l’exposition conti­nue de M. Assange à l’arbitraire et aux abus pour­rait bien­tôt lui coû­ter la vie ».

Des exemples de com­mu­ni­ca­tions man­da­tées par le rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur la tor­ture à l’intention des gou­ver­ne­ments sont four­nis en annexe.

Ces aver­tis­se­ments et la pré­sen­ta­tion de M. Assange lors de l’audition d’octobre n’auraient peut-être pas dû sur­prendre. Après tout, avant sa déten­tion dans la pri­son de Bel­marsh dans des condi­tions équi­va­lant à l’isolement, Assange avait pas­sé près de 7 ans confi­né dans quelques pièces de l’ambassade équa­to­rienne à Londres. Là, il a été pri­vé d’air frais, de lumière du soleil, de la pos­si­bi­li­té de se dépla­cer et de faire de l’exercice libre­ment, et de l’accès à des soins médi­caux appro­priés. En effet, le groupe de tra­vail des Nations unies sur la déten­tion arbi­traire avait qua­li­fié cet enfer­me­ment de « déten­tion arbitraire ».

Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique a refu­sé d’accorder à Assange un pas­sage sûr vers un hôpi­tal, mal­gré les demandes des méde­cins qui avaient pu lui rendre visite à l’ambassade.

Un cli­mat de peur régnait éga­le­ment autour de la four­ni­ture de soins de san­té à l’ambassade. Un méde­cin qui a ren­du visite à Assange à l’ambassade a docu­men­té ce qu’un col­lègue d’Assange a rap­por­té : « Il a été très dif­fi­cile de trou­ver des méde­cins qui étaient prêts à exa­mi­ner M. Assange à l’ambassade. Les rai­sons invo­quées étaient l’incertitude quant à savoir si l’assurance médi­cale cou­vri­rait l’ambassade équa­to­rienne (une juri­dic­tion étran­gère), si l’association avec M. Assange pou­vait nuire à leur gagne-pain ou atti­rer une atten­tion non dési­rée sur eux et leur famille, et le malaise au fait d’être asso­cié à Assange en entrant dans l’ambassade. Un méde­cin a expri­mé son inquié­tude à l’une des per­sonnes inter­ro­gées après que la police ait pris des notes sur son nom et sur le fait qu’il ren­dait visite à M. Assange. Un méde­cin a écrit qu’il avait accep­té de pro­duire un rap­port médi­cal à la seule condi­tion que son nom ne soit pas ren­du public, par crainte de répercussions ».

Il est inquié­tant de consta­ter que ce cli­mat d’insécurité et d’intimidation, qui com­pro­met encore plus les soins médi­caux offerts à Assange, était inten­tion­nel. Assange a fait l’objet d’une opé­ra­tion de sur­veillance secrète 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à l’intérieur de l’ambassade, comme l’a mon­tré l’apparition d’enregistrements vidéo et audio secrets.

Il a été sur­veillé en pri­vé et avec des visi­teurs, notam­ment des membres de sa famille, des amis, des jour­na­listes, des avo­cats et des méde­cins. Non seule­ment ses droits à la vie pri­vée, à la vie per­son­nelle, au pri­vi­lège juri­dique et à la liber­té d’expression ont été vio­lés, mais son droit à la confi­den­tia­li­té entre méde­cin et patient l’a éga­le­ment été.

Nous condam­nons la tor­ture d’Assange. Nous condam­nons le déni de son droit fon­da­men­tal à des soins de san­té appro­priés. Nous condam­nons le cli­mat de peur qui entoure la four­ni­ture de soins de san­té à Assange. Nous condam­nons les vio­la­tions de son droit au secret médi­cal. La poli­tique ne peut être auto­ri­sée à inter­fé­rer avec le droit à la san­té et l’exercice de la méde­cine. Selon l’expérience du rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur la tor­ture, l’ampleur de l’ingérence de l’État est sans pré­cé­dent : « En 20 ans de tra­vail avec les vic­times de la guerre, de la vio­lence et de la per­sé­cu­tion poli­tique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démo­cra­tiques se ras­sem­bler pour iso­ler, dia­bo­li­ser et abu­ser déli­bé­ré­ment un seul indi­vi­du pen­dant si long­temps et avec si peu de consi­dé­ra­tion pour la digni­té humaine et l’État de droit ».

Nous invi­tons nos col­lègues méde­cins à se joindre à nous en tant que signa­taires de nos lettres afin d’ajouter des voix sup­plé­men­taire à nos appels. Depuis que les méde­cins ont com­men­cé à éva­luer Assange à l’ambassade équa­to­rienne en 2015, les avis d’experts et les recom­man­da­tions urgentes des méde­cins ont été sys­té­ma­ti­que­ment igno­rés. Alors même que les auto­ri­tés dési­gnées du monde entier en matière de déten­tion arbi­traire, de tor­ture et de droits de l’homme ont ajou­té leurs appels aux aver­tis­se­ments des méde­cins, les gou­ver­ne­ments ont n’ont fait aucun cas de l’autorité médi­cale, l’éthique médi­cale et le droit à la san­té. Cette poli­ti­sa­tion des prin­cipes médi­caux fon­da­men­taux nous pré­oc­cupe beau­coup, car elle a des impli­ca­tions qui vont au-delà du cas d’Assange. L’abus par négli­gence médi­cale à moti­va­tion poli­tique crée un dan­ge­reux pré­cé­dent, par lequel la pro­fes­sion médi­cale peut être mani­pu­lée comme un outil poli­tique, ce qui, en fin de compte, mine l’impartialité de notre pro­fes­sion, son enga­ge­ment envers la san­té pour tous et son obli­ga­tion de ne pas nuire.

Si Assange devait mou­rir dans une pri­son bri­tan­nique, comme l’a aver­ti le rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur la tor­ture, il aurait été effec­ti­ve­ment tor­tu­ré à mort. La plu­part de ces tor­tures auront eu lieu dans le ser­vice médi­cal de la pri­son, sous la sur­veillance de méde­cins. La pro­fes­sion médi­cale ne peut pas se per­mettre de res­ter silen­cieuse, du mau­vais côté de la tor­ture et du mau­vais côté de l’histoire, pen­dant qu’une telle mas­ca­rade se déroule.

Dans le but de défendre l’éthique médi­cale, l’autorité médi­cale et le droit humain à la san­té, et de prendre posi­tion contre la tor­ture, nous pou­vons ensemble contes­ter les abus décrits dans nos lettres et les faire connaître.

Nos appels sont simples : nous deman­dons aux gou­ver­ne­ments de mettre fin à la tor­ture d’Assange et de lui garan­tir l’accès aux meilleurs soins de san­té dis­po­nibles avant qu’il ne soit trop tard. Notre demande aux autres est la sui­vante : rejoignez-nous.

Nous sommes membres de Doc­tors for Assange (Méde­cins pour Assange). Nous décla­rons qu’il n’y a pas de conflits d’intérêts. Les signa­taires de cette lettre sont énu­mé­rés en annexe.

Tra­duc­tion « ils ne s’en cachent même pas » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Pour consul­ter les notes et réfé­rences de cet article, voir le texte ori­gi­nal.

Source : Le Grand Soir, 
https://​www​.legrand​soir​.info/​m​e​t​t​r​e​–​f​i​n​–​a​–​l​a​–​t​o​r​t​u​r​e​–​e​t​–​a​–​l​a​–​n​e​g​l​i​g​e​n​c​e​–​m​e​d​i​c​a​l​e​–​d​e​–​j​u​l​i​a​n​–​a​s​s​a​n​g​e​–​t​h​e​–​l​a​n​c​e​t​.​h​tml

Je rap­pelle que plu­sieurs bus partent de Paris à Londres dimanche pro­chain, à 20 h, pour pas­ser la jour­née de lun­di 24 février à Londres pour mani­fes­ter notre sou­tien à Julian Assange, jour­na­liste mar­tyr, tor­tu­ré à mort avec la com­pli­ci­té de tous les gou­ver­ne­ments du monde. 

Si vous le pou­vez, VENEZ AVEC NOUS ! Julian n’a plus que nous, les simples citoyens, pour le défendre.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​1​9​1​3​1​4​2​7​317

[Important] Derrière le « libéralisme », la dictature des institutions britanniques, fondamentalement antidémocratiques (Valérie Bugault)

Pourquoi le modèle britannique est-il anti-démocratique ?

Der­rière le libé­ra­lisme, la dic­ta­ture des ins­ti­tu­tions britanniques.


par Valé­rie Bugault − février 2020 − Confé­rence à l’Ins­ti­tut Schiller

Source : Le Saker fran­co­phone, https://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​e​–​m​o​d​e​l​e​–​b​r​i​t​a​n​n​i​q​u​e​–​e​s​t​–​i​l​–​a​n​t​i​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​que

Résultat de recherche d'images pour "institut schiller"

Valé­rie Bugault : « Je vous pro­pose à l’occasion de cette conférence :

  • d’analyser com­ment le droit anglais a his­to­ri­que­ment été mis, de façon ins­ti­tu­tion­nelle, au ser­vice des puissants ;
  • avant d’examiner com­ment la puis­sance poli­tique est deve­nue une puis­sance économique ;
  • pour enfin consi­dé­rer la conclu­sion qui est que la domi­na­tion inter­na­tio­nale du droit anglo-saxon est la pro­messe de dis­pa­ri­tion de la civi­li­sa­tion et le plus sûr che­min vers l’esclavagisme de tous.

Le Parlement anglais : une organisation politique au service des puissants

Le Par­le­ment anglais est l’héritier direct des ins­ti­tu­tions issues de la Magna Car­ta ; de quoi parle-t-on vrai­ment ? La Magna Car­ta appa­rue en 1215 qua­si immé­dia­te­ment abro­gée a res­sur­gi en 1216 avant d’être amen­dée et com­plé­tée d’une loi doma­niale (Charte de Forêt) en novembre 1217. Une qua­trième ver­sion voit le jour en février 1225, qui valide la dis­pa­ri­tion de la moi­tié de celle pro­mul­guée en 1215 ; cette Charte nou­velle ver­sion, confir­mée solen­nel­le­ment le 10 novembre 1297, sera désor­mais connue sous le nom de Magna Carta.

La Magna Car­ta bran­die comme l’arme démo­cra­tique abso­lue est en réa­li­té la mani­fes­ta­tion d’une lutte de la féo­da­li­té contre le pou­voir royal cen­tra­li­sa­teur. Elle n’est pas un ins­tru­ment du peuple contre les puis­sants mais un ins­tru­ment des puis­sants sei­gneurs contre le pou­voir royal uni­fi­ca­teur. Il s’agit en réa­li­té de reti­rer au Roi, en tant qu’organe poli­tique cen­tral, l’essentiel ou une grande par­tie de ses pré­ro­ga­tives pour les don­ner à un conseil de grands féaux, ou grands aris­to­crates appe­lé « Conseil des Barons », afin de limi­ter et fina­le­ment contrô­ler le pou­voir Royal. Le peuple, qui n’a rien à voir dans cette guerre entre grands aris­to­crates, n’a stric­te­ment rien gagné à la pro­cla­ma­tion de ladite Charte.

C’est pré­ci­sé­ment ce conseil de grands féo­daux, ini­tia­le­ment appe­lé « Conseil des Barons », qui se trans­for­me­ra peu à peu en Par­le­ment. Ledit Par­le­ment est, dès le départ, fonc­tion­nel­le­ment, aus­si peu fon­da­teur de la « démo­cra­tie » au sens de gou­ver­ne­ment par le peuple et pour le peuple, que l’esclavagisme serait la cause ultime de la liberté.

Les prin­cipes du « droit à un pro­cès équi­table » et « d’égalité uni­ver­selle » devant la loi seront intro­duit dans la Magna Car­ta en 1354.

Ce der­nier prin­cipe dit « d’égalité uni­ver­selle » est une pure « péti­tion de prin­cipe »non contrai­gnante, c’est-à-dire non juri­di­que­ment sanc­tion­née. Il ne sera, par exemple, pas en mesure de jus­ti­fier, au XVIIème siècle, la sup­pres­sion de l’esclavage sur le ter­ri­toire anglais.

Par ailleurs, il faut insis­ter sur le fait que la pro­cla­ma­tion du « droit à un pro­cès équi­table » concer­nait aus­si peu le peuple, que la com­po­si­tion du Par­le­ment issu du Conseil des Barons de la Magna Car­ta. Seuls les puis­sants, et de plus en plus, à par­tir du XIIème siècle, les bour­geois des villes, avaient l’arme pro­cé­du­rale à leur dis­po­si­tion car la jus­tice médié­vale anglaise s’est construite, ab ini­tio, comme une jus­tice de classe.

Consi­dé­rer le par­le­ment anglais comme un orga­nisme repré­sen­tant la démo­cra­tie est une simple impos­ture poli­tique ; en réa­li­té, le Par­le­ment anglais a tou­jours été char­gé de mettre en musique juri­dique la volon­té des puis­sants : d’abord des puis­sances féo­dales, puis des puis­sances finan­cières qui les ont remplacées.

Le « droit » issu du Par­le­ment anglais est en réa­li­té un droit d’entre-soi, un droit oli­gar­chique qui se fomente plus sûre­ment à la City of Lon­don, centre finan­cier et éco­no­mique du Royaume, ou dans les « clubs » chers aux Anglais, que dans l’enceinte offi­cielle d’un Par­le­ment repré­sen­tant l’intérêt popu­laire. Le Par­le­ment ne fait, en réa­li­té le plus sou­vent, confor­mé­ment à sa mis­sion d’origine, qu’entériner des solu­tions pré-consti­­tuées dans le silence des cou­loirs et des cabi­nets ; on parle à ce pro­pos de « lob­bying ».

Cette ana­lyse géné­rale n’est pas linéaire et l’on voit de-ci, de-là, en Angle­terre, cer­tains erre­ments de dépu­tés qui mani­festent ouver­te­ment leur oppo­si­tion à des pro­jets de lois. Plus ces erre­ments seront fré­quents et se mul­ti­plie­ront, plus vite le car­can ins­ti­tu­tion­nel du par­le­men­ta­risme vole­ra en éclat, et la démo­cra­tie réelle pour­ra alors poin­ter son nez en Angleterre…

Le « droit anglais » : un prin­cipe de régle­men­ta­tion au ser­vice des puissants

Reve­nons un ins­tant sur les par­ti­cu­la­ri­tés du droit anglo-saxon, en tant qu’héritier direct du droit anglais, et sur les condi­tions de son déve­lop­pe­ment à comp­ter du XVIème siècle.

Au cours du temps, est appa­ru une diver­gence fon­da­men­tale, de nature concep­tuelle, dans l’évolution du « droit » entre l’Angleterre et l’Europe continentale.

À la suite de l’effondrement de l’empire romain, le droit s’est déve­lop­pé en Europe, autour de la double hélice du pou­voir tem­po­rel d’une part et du pou­voir spi­ri­tuel d’autre part. Par pou­voir tem­po­rel, il faut com­prendre l’aristocratie orga­ni­sée autour du Roi com­pris comme le pre­mier d’entre ses pairs (Pri­mus inter pares). Par pou­voir spi­ri­tuel, il faut com­prendre le catho­li­cisme hié­rar­chi­sé et orga­ni­sé à Rome – avec quelques excep­tions his­to­riques – autour du pape.

En 1531, l’Angleterre a fait séces­sion vis-à-vis de cette orga­ni­sa­tion socio-poli­­tique conti­nen­tale lorsque le Roi Hen­ri VIII, repré­sen­tant de l’ordre tem­po­rel, déci­da de prendre le pas sur le pou­voir spi­ri­tuel en le sou­met­tant à sa propre volonté.

L’église angli­cane – dite catho­lique réfor­mée c’est-à-dire à mi-che­­min entre catho­li­cisme et pro­tes­tan­tisme – est née de la scis­sion de l’Angleterre opé­rée par le Roi Hen­ri VIII avec le pape Clé­ment VII qui refu­sa obs­ti­né­ment d’annuler son mariage avec Cathe­rine d’Aragon (afin de per­mettre audit Hen­ry VIII d’épouser Anne Boleyn). A par­tir de cette date, l’Église anglaise n’est plus sou­mise à l’autorité du pape catho­lique romain mais de l’arche­vêque de Can­tor­bé­ry, lequel est, en réa­li­té tota­le­ment dépen­dant du pou­voir tem­po­rel, c’est-à-dire du Roi d’Angleterre.

Cette réunion des pou­voirs tem­po­rel et spi­ri­tuel n’a pas eu lieu en Europe conti­nen­tale où, tout au contraire, cha­cun des deux pou­voirs tem­po­rel et spi­ri­tuel est res­té – du moins jusqu’à la révo­lu­tion de 1789 – concur­rent et indé­pen­dant, de force rela­ti­ve­ment égale (si on lisse l’histoire qui a vu suc­ces­si­ve­ment la pré­émi­nence de l’un des deux ordres sur le second, et vice ver­sa). La poro­si­té struc­tu­relle liée au fait que les grandes familles d’aristocrates occu­paient, de fac­to, les postes de digni­taires dans ces deux Ordres – Ordres poli­tiques au sens où ils struc­tu­raient effec­ti­ve­ment l’organisation de la Socié­té – n’a pas eu pour consé­quence une nor­ma­li­sa­tion des inté­rêts de ces Ordres, qui sont his­to­ri­que­ment res­tés dis­tincts et concurrents.

En Europe conti­nen­tale le pou­voir tem­po­rel avait tou­jours dû com­po­ser avec le pou­voir spi­ri­tuel, et réci­pro­que­ment ; en outre, ces deux pou­voirs avaient pour carac­té­ris­tique d’être orga­ni­sés de façon hié­rar­chique, c’est-à-dire ver­ti­cale, ce qui leur confé­rait une force sociale et poli­tique équi­va­lente. Il en est résul­té que le pou­voir nor­ma­tif des auto­ri­tés tem­po­relles, sei­gneurs et Roi com­pris, a tou­jours été limi­té par le pou­voir nor­ma­tif de l’autorité spi­ri­tuelle cen­tra­li­sée à Rome sous l’autorité du pape.

Cette double com­pé­tence nor­ma­tive struc­tu­relle a sans doute été, depuis la dis­pa­ri­tion de l’Empire Romain, le seul réel point com­mun des dif­fé­rents pays euro­péens. Nous avions donc, de façon onto­lo­gique, en Europe conti­nen­tale, une orga­ni­sa­tion poli­tique natu­rel­le­ment orga­ni­sée autour de l’idée de contre-pou­­voirs. Cette orga­ni­sa­tion poli­tique et sociale qui a carac­té­ri­sé la période du Moyen-Âge en Europe est la rai­son prin­ci­pale qui fait que l’ancien régime était, struc­tu­rel­le­ment, beau­coup moins abso­lu­tiste que ne le sont les pré­ten­dus « régimes démo­cra­tiques » actuels, dis­crè­te­ment fon­dés sur la domi­na­tion des capi­taux, et cal­qués sur les pré­ceptes déri­vés du droit anglais.

Si le droit anglo-saxon est aujourd’hui fon­dé sur la pré­émi­nence finan­cière et éco­no­mique, il est, onto­lo­gi­que­ment depuis le XVIème siècle, mis au ser­vice exclu­sif des puissants.

Ce droit ne relève pas d’un quel­conque effort intel­lec­tuel ou col­lec­tif visant à flui­di­fier et faci­li­ter la vie en com­mun, il est tout sim­ple­ment la mise en forme écrite de la domi­na­tion des puis­sants, aris­to­crates dans un pre­mier temps, puis finan­ciers depuis Cromwell.

La fusion, en 1531 en Angle­terre, des pou­voirs tem­po­rel et spi­ri­tuel a engen­dré l’émergence d’une volon­té impé­riale par l’alliance du fer et de l’argent. Dans ce contexte, Oli­ver Crom­well (1599 – 1658) a éla­bo­ré le sys­tème poli­tique dans lequel l’hégémonie impé­riale est finan­cée par les ban­quiers. Ces ban­quiers, jusqu’alors ins­tal­lés en Hol­lande à la suite de leur expul­sion d’Espagne sous le règne du Roi Fer­di­nand et de la Reine Isa­belle – suite à la signa­ture du décret de l’Alhambra le 31 mars 1492 -, ont dès lors com­men­cé à s’intégrer mas­si­ve­ment au pou­voir poli­tique tem­po­rel anglais.

Selon la « loi natu­relle » qui veut que « celui qui donne est au-des­­sus de celui qui reçoit », cette alliance du fer et du por­te­feuille a, à son tour, his­to­ri­que­ment et méca­ni­que­ment, don­né nais­sance à la supré­ma­tie des déten­teurs de capi­taux sur le pou­voir poli­tique. Cette supré­ma­tie s’est affir­mée au cours des XVIIème et XVIIIème siècle par le finan­ce­ment, par les puis­sances d’argent, des dif­fé­rentes Com­pa­gnies des Indes qui agis­saient pour le compte des États, en béné­fi­ciant du mono­pole de la force publique.

His­to­ri­que­ment mis au ser­vice du seul pou­voir tem­po­rel, le « droit » anglo-saxon s’est peu à peu, à la mesure de la prise du pou­voir poli­tique par les puis­sances d’argent, mis au seul ser­vice des prin­ci­paux déten­teurs de capi­taux. Il ne faut donc pas s’étonner de l’absolutisme de la domi­na­tion actuelle.

Cette évo­lu­tion, com­men­cée en Angle­terre, a vu la France être sa pre­mière vic­time dès 1789 ; elle s’est répan­due dans le monde entier au cours des XVIIIème, XIXème et XXème siècles.

Cette véri­table « révo­lu­tion » qui a eu lieu en France en 1789 s’est peu à peu répan­due en Europe et dans le monde pour finir par remettre en cause l’équilibre poli­tique post impé­rial (en réfé­rence à l’Empire Romain) issu de l’Europe du Moyen-Âge.

Le « Nou­vel Ordre Mon­dial », appe­lé de leurs vœux par les tenan­ciers du sys­tème éco­no­mique glo­bal qui ont pris le pou­voir effec­tif au XVIIIème siècle, est le résul­tat de la longue évo­lu­tion décrite ci-des­­sus. Notons d’ailleurs que la devise« Novus Ordo Seclo­rum », issue du Grand Sceaux des États-Unis des­si­né en 1782, a été repris, en 1935, sur les billets de 1 dollar.

Ce « Nou­vel Ordre Mon­dial », qui n’est donc en rien « nou­veau, s’apparente à l’anéantissement com­plet de ce que l’on enten­dait tra­di­tion­nel­le­ment par le terme de « civi­li­sa­tion », qui sup­pose un déve­lop­pe­ment col­lec­tif et repose, fon­da­men­ta­le­ment, sur un équi­libre des forces et des pou­voirs. Aucune civi­li­sa­tion ne peut naître et pros­pé­rer dans le contexte de l’absence pérenne de contre-pou­­voirs poli­tiques effectifs.

Il faut bien com­prendre que la réunion, au XVIème siècle, en Angle­terre, des pou­voirs spi­ri­tuel et tem­po­rel entre les mains du Roi d’Angleterre a pavé la route anglaise vers un impé­ria­lisme domi­né par les puis­sances d’argent. La route anglaise a, à son tour, via la domi­na­tion moné­taire et l’idéologie bri­tan­nique qu’elle a impo­sé au reste de l’humanité, pavé la route mon­diale vers l’impérialisme finan­cier absolu.

L’intégrisme finan­cier actuel, juri­di­que­ment maté­ria­li­sé par la supré­ma­tie du droit anglo-saxon, est le des­cen­dant direct, l’héritier fatal, de l’absolutisme du pou­voir anglais qui, en 1531, a fusion­né les pou­voirs tem­po­rel et spi­ri­tuel, fai­sant ain­si dis­pa­raître la réa­li­té des contre-pouvoirs.

En 1600, la East India Company acte le début du remplacement de l’aristocratie terrienne par les puissances d’argent au sein du pouvoir Anglais

Depuis le début du XVème siècle, l’époque dite des Grandes Décou­vertes et des grandes aven­tures mari­times, les déten­teurs de capi­taux n’ont eu de cesse de déve­lop­per leur contrôle dis­cret, par la mise en œuvre géné­rale du concept d’ano­ny­mat.

Ce concept d’anonymat, mis en musique au double niveau éco­no­mique et poli­tique, a connu son pre­mier réel grand suc­cès avec les « Com­pa­gnies des Indes », qui ont allè­gre­ment pra­ti­qué la confu­sion du pou­voir poli­tique et du pou­voir économique.

Sans sur­prise, la pre­mière Com­pa­gnie des Indes, la East India Com­pa­ny, est d’origine anglaise.

En quelque sorte, les Com­pa­gnies des Indes pré­fi­gurent la dis­tinc­tion, aujourd’hui entrée dans les mœurs éco­no­miques occi­den­tales, entre les béné­fices, lar­ge­ment pri­vés, et les charges, finan­cées par la col­lec­ti­vi­té publique. Avec la pré­ci­sion que, dès l’avènement des dif­fé­rentes Com­pa­gnies des Indes, les res­pon­sa­bi­li­tés civiles, pénales et poli­tiques des inter­ve­nants dis­pa­raissent dans le mono­pole d’État.

Les com­pa­gnies des Indes sont le pre­mier modèle dans lequel les déten­teurs réels du pou­voir, ceux qui pro­fitent de façon ultime des béné­fices des opé­ra­tions, sont très lar­ge­ment à l’abri de toute mise en cause juridique.

Les déten­teurs du pou­voir capi­ta­lis­tique, vain­queur par KO du pou­voir poli­tique, reven­diquent aujourd’hui, de façon « natu­relle », l’officialisation poli­tique et juri­dique de la réa­li­té de leur prise de pou­voir. Fata­le­ment, ce pou­voir éco­no­mique caché der­rière les mul­tiples faux sem­blants de l’anonymat capi­ta­lis­tique et du par­le­ment repré­sen­ta­tif devait, tôt ou tard, reven­di­quer offi­ciel­le­ment le pou­voir qu’il a offi­cieu­se­ment conquis au fil des siècles.

Les par­ti­sans du « Nou­vel Ordre Mon­dial » ou « Novus Ordo Seclo­rum », encore appe­lé « New World Order » sont en réa­li­té les émis­saires du pou­voir éco­no­mique caché.

La domination anglo-saxonne du monde actuel : « de l’absolutisme financier à l’esclavagisme pour tous »

La fusion, à la mode anglaise, du pou­voir tem­po­rel et du pou­voir spi­ri­tuel a fait dis­pa­raître l’équilibre des pou­voirs qui a, seul dans l’histoire du monde, per­mis l’émergence de la liber­té indi­vi­duelle et, notons-le, de la « bour­geoi­sie com­mer­çante » en tant que force politique.

Car l’émancipation popu­laire n’a pu, en occi­dent, voir le jour qu’en rai­son de l’instable équi­libre poli­tique entre pou­voir tem­po­rel et pou­voir spirituel.

Plus récem­ment, au XXème siècle, et tou­jours sous l’influence néfaste des ban­quiers glo­ba­listes, l’élimination de tout contre-pou­­voir est deve­nue internationale.

Ayant dis­pa­ru dans l’organisation interne des États occi­den­taux, un contre-pou­­voir a tou­te­fois exis­té de façon non ins­ti­tu­tion­nelle depuis la seconde Guerre Mon­diale au tra­vers de l’antagonisme inter­na­tio­nal des blocs de l’Est com­mu­niste et de l’Ouest libé­ral. À la chute de l’Union Sovié­tique, ce contre-pou­­voir infor­mel qui exis­tait néan­moins de fac­to sur la scène inter­na­tio­nale a, à son tour dis­pa­ru, met­tant à nou­veau en lumière la cruelle inexis­tence de contre-pou­­voir poli­tique interne aux États occidentaux.

Para­doxa­le­ment et de façon iro­nique, c’est sous les coups de bou­toirs répé­tés de la « liber­té indi­vi­duelle », elle-même mani­pu­lée à l’extrême, que dis­pa­raît la civi­li­sa­tion occi­den­tale carac­té­ri­sée par la liber­té indi­vi­duelle et par la liber­té poli­tique des masses popu­laires. Rap­pe­lons inci­dem­ment que l’ultra-individualisme, reven­di­qué par des mou­ve­ments comme les « LGBT », les « droits de l’enfant », « l’éducation sexuelle dès le plus jeune âge », est l’aboutissement logique de la domi­na­tion poli­tique abso­lue des prin­ci­paux déten­teurs de capi­taux : ces der­niers uti­li­sant à leur avan­tage exclu­sif le prin­cipe de bonne poli­tique consis­tant à « divi­ser pour mieux régner ».

Divi­ser chaque humain en une enti­té iso­lée de toute com­po­sante sociale pérenne et, au-delà, divi­ser l’humain et la vie en des enti­tés phy­siques auto­nomes, est l’une des armes les plus redou­tables uti­li­sées par les tenan­ciers du pou­voir éco­no­mique glo­bal pour asser­vir l’humanité. En effet, cette méthode d’asservissement appe­lée « divi­ser pour mieux régner » n’est pas seule­ment uti­li­sée, de manière géo­po­li­tique, pour divi­ser les peuples et les nations mais éga­le­ment, de façon beau­coup plus sour­noise et dan­ge­reuse, d’un point de vue poli­tique pour faire de chaque humain une enti­té instable dépour­vue de tout sup­ports émo­tion­nels et affec­tifs stables ; l’humain deve­nant dès lors un atome aisé­ment mani­pu­lable, ana­logue à un « objet » qu’il convient d’utiliser.

Le contrôle du phé­no­mène poli­tique par les prin­ci­paux déten­teurs de capi­taux a per­mis à ces der­niers de se rendre les maîtres abso­lus du concept régle­men­taire. Ils ont ain­si, peu à peu, sur toute la sur­face du globe impo­sé l’anonymat de leurs actions en déve­lop­pant de façon ins­ti­tu­tion­nelle les inter­mé­dia­tions capi­ta­lis­tiques opaques (para­dis fis­caux et autres struc­tures juri­diques opaques sur le modèle des trusts ano­nymes), inter­di­sant toute recherche en res­pon­sa­bi­li­té. La mul­ti­pli­ca­tion expo­nen­tielle des inter­mé­diaires finan­ciers a, à son tour, méca­ni­que­ment per­mis un res­ser­re­ment létal de l’emprise des finan­ciers sur tous les aspects de la vie en com­mun. Par l’imposition au niveau inter­na­tio­nal de leurs règles du jeu éco­­no­­mi­­co-finan­­cier, les ban­quiers glo­ba­listes à la manœuvre ont réus­si le tour de force d’imposer une uni­fi­ca­tion des modes de fonc­tion­ne­ment, préa­lables néces­saires à l’élaboration d’un gou­ver­ne­ment mondial.

Dans ce contexte d’accaparement du pou­voir, il faut com­prendre que le « droit anglo-saxon », est une arme bran­die comme un bou­clier anti­so­cial et anti-natio­­nal par les tenan­ciers du pou­voir éco­no­mique réel. Le « droit-régle­­men­­ta­­tion » à la mode anglo-saxonne sert à la fois de pré­texte et de jus­ti­fi­ca­tion au ren­for­ce­ment de l’absolutisme financier. »

Valé­rie Bugault.

Source : Le Saker fran­co­phone, https://​lesa​ker​fran​co​phone​.fr/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​e​–​m​o​d​e​l​e​–​b​r​i​t​a​n​n​i​q​u​e​–​e​s​t​–​i​l​–​a​n​t​i​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​que

Voir aus­si cet entre­tien (j’ai évi­dem­ment quelques désac­cords sérieux avec Valé­rie — notam­ment sur la néces­si­té ou pas d’une sépa­ra­tion des pou­voirs et d’une consti­tu­tion —, mais cette inter­view est pour­tant très intéressante) :

Quelles institutions politiques face au Nouvel ordre mondial ?

https://​you​tu​.be/​t​F​a​D​l​M​H​E​y​j​E​&​f​e​a​t​u​r​e​=​e​m​b​_​l​ogo