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Rendez-vous ce soir, mardi 28 janvier 2025, à 21h, pour un atelier constituant lexical (« État de droit »), avec Démocraties directes sur X

Rendez-vous ce soir, mardi 28 janvier 2025, à 21h, pour un atelier constituant lexical (« État de droit »), avec Démocraties directes sur X

Ren­dez-vous ce soir, mar­di 28 jan­vier 2025, à 21h, pour un ate­lier consti­tuant lexi­cal : il s’a­git d’une réflexion sur la défi­ni­tion offi­cielle et expli­cite des mots les plus impor­tants uti­li­sés dans une consti­tu­tion d’origine citoyenne. Je vous pro­pose d’y pré­voir les mots démo­cra­tie, État, repré­sen­tant, RIC, consti­tu­tion, jour­na­liste, liber­té d’ex­pres­sion, mon­naie, suf­frage uni­ver­sel, citoyen, sou­ve­rai­ne­té, sub­si­dia­ri­té, volon­té géné­rale, Chambre de contrôle, état de droit, vote blanc,…

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« Masterclass » de Démocratie Directe ! | Étienne Chouard et Yohan du Canard Réfractaire chez Idriss Aberkane, 14 janvier 2025

« Masterclass » de Démocratie Directe ! | Étienne Chouard et Yohan du Canard Réfractaire chez Idriss Aberkane, 14 janvier 2025

  https://​www​.you​tube​.com/​l​i​v​e​/​T​D​a​Z​c​a​f​8​Q​k​4​?​s​i​=​_​s​R​t​h​g​Z​U​2​X​y​z​t​VSn Retrans­crip­tion (à relire) :     Trans­crip­tion (début): Idriss Bon­soir tout le monde, cette ren­contre au som­met entre Johan du Canard réfrac­taire et Étienne Chouard, deux as de l’é­du­ca­tion popu­laire, un sujet qui nous fas­cine et bien enten­du, alors là en plus, vous avez une sorte d’in­cep­tion en matière de conscience consti­tu­tion­nelle et sur­tout de conscience consti­tuante, le vrai sujet, à savoir qu’É­tienne Chouard a…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Priscillia Ludosky est en garde à vue depuis hier soir (commissariat 13e à Paris place d’Italie) pour « vol en réunion du portrait de Macron »… pour avoir seulement brandi dans la rue l’image honnie du despote du « régime » français.

Réunions de sou­tien dans les cafés alentour.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​7​9​9​3​5​5​9​6​5​7​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

Rendez-vous le 14 mars à Cassis, au Forum des Nouveaux Mondes : Retissons le monde ensemble

Samedi 14 mars 2020 à Cassis

Forum participatif : « Retissons le monde ensemble »

Écrire nous-mêmes la constitution – Réflexions sur le R.I.C (référendum d’initiative citoyenne) et les alternatives monétaires 

https://​www​.asso​cia​tion​les​nou​veaux​mondes​.com/​f​o​r​u​m​–​2​020

(Bras­se­rie et buvette sur place – Empor­tez vos gourdes pour l’eau originelle)
Ins­crip­tion et covoi­tu­rage en fin de page

Les outils concrets pour assu­rer la tran­si­tion :

- Mon­tage idéal juri­­di­­co-finan­­cier pour les éco­lieux, habi­tats par­ti­ci­pa­tifs, éco­vil­lages etc.
– Réforme consti­tu­tion­nelle et RIC
– Eco­no­mie et monnaies
– Les construc­tions d’ha­bi­tat légers
– Per­ma­cul­ture et agroforesterie
– L’in­tel­li­gence collective
– La gou­ver­nance partagée
– La com­mu­ni­ca­tion bienveillante
– Les phi­lo­so­phies qui repensent le monde

 

Invi­tés : Etienne Chouard, Jean-Michel Elzeard,  Phi­lippe Pel­lan, Michèle Ava­ro, Béa­trice Mesi­ni, Véro­nique Guérin

 

Les confé­rences – débats – ateliers :

10h00
Confé­rence débat
Auto­no­mie et mode vie éco­lo­gique pour la socié­té de demain :
« com­ment vivre et se nour­rir en pre­nant soin de la planète »
avec Phi­lippe Pellan
Eco-pay­­sa­­giste concep­teur, for­ma­teur en éco­lo­gie appli­quée et édi­teur engagé.
Pro­duire son éner­gie. Pro­duire sa nour­ri­ture. Vivre en Tiny house. Réduire son impact sur l’environnement. Pro­té­ger et soi­gner  son envi­ron­ne­ment. Les bases de la per­ma­cul­ture.  Ges­tion éco­lo­gique, et éco­no­mie d’eau sur un site auto­nome. Toi­lettes sur silo à com­post bio-maitrisées…
En savoir plus sur l’intervenant
Site : eco​lieu​-les​-aman​diers​.com

11h30
Confé­rence débat
Chan­ger notre regard sur l’ha­bi­tat léger : 
avec Béa­trice Mesini
« Les éco-logis éphé­mères et réver­sibles du Sud-Ardèche, ancrage et désan­crage dans les espaces-ressources »
Socio­logue, juriste, cher­cheure CNRS, Membre du Pôle de Déve­lop­pe­ment Durable des Ter­ri­toires Médi­ter­ra­néens, Membre du réseau Ega­li­té des droits sociaux. Cette mono­gra­phie des formes d’habitats légers et mobiles a été conduite en Ardèche méri­dio­nale en col­la­bo­ra­tion avec l’association Avril, en rai­son de l’in­té­rêt mani­fes­té par le Pays et les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales pour ce mode aty­pique de rési­den­tia­li­tés (yourte, tipi, tente, mara­bout, rou­lotte, camion, cara­vane, auto-construc­­tion, serre). Les témoi­gnages col­lec­tés par Flo­riane Bon­na­foux, ont été ana­ly­sés et com­plé­tés par de tra­vaux pré­cé­dents conduits dans les Pyré­nées, le Vau­cluse, les Cévennes, le Limou­sin (Més­i­ni, 2014). La notion d’habiter implique l’appropriation de l’espace, mais recouvre des signi­fi­ca­tions plu­rielles rele­vant du cog­ni­tif, de l’affectif et de l’esthétique.(…) Faut-il se battre loca­le­ment sur un « ter­ri­toire hos­tile » pour faire évo­luer les men­ta­li­tés, ou migrer vers des ter­ri­toires plus accueillants et hospitaliers ?
En savoir plus sur l’intervenante

 

14h00
Confé­rence débat
Les mon­tages juri­­di­­co-finan­­ciers à connaître pour construire le vivre ensemble dans les éco­lieux, les habi­tats par­ti­ci­pa­tifs, de manière éthique et durable
avec Jean-Michel Elzeard
Maître en droit des affaires et IEP d’Aix-en-Provence (sciences-po), chef d’en­tre­prise, pro­mo­teur immo­bi­lier, assis­tant à maître d’ou­vrage spé­cia­li­sé dans les éner­gies renou­ve­lables et les bâti­ments à éner­gie posi­tive, accou­cheur d’ha­bi­tat par­ti­ci­pa­tif (www​.eco​ra​vie​.org), pro­mo­teur de lieu alter­na­tif avec la coopé­ra­tive les pas-sages, une union entre les pluriels.

 

16h00
Confé­rence théâtralisée 

Gou­ver­nance partagée
avec Véro­nique Guérin
Psy­cho­so­cio­logue, direc­trice de l’organisme de for­ma­tion Etin­celle, elle explore la dyna­mique des groupes et l’évolution indi­vi­duelle et col­lec­tive via le théâtre.
La gou­ver­nance par­ta­gée favo­rise une syner­gie agréable et créa­tive ou s’articulent effi­ca­ci­té et ouver­ture à la diver­si­té. Au tra­vers d’un spec­tacle inter­ac­tif, nous abor­de­rons quelques point-clefs de la gou­ver­nance par­ta­gée  : la rai­son d’être, la cla­ri­fi­ca­tion des rôles et la prise  de déci­sion par consentement.
Site : www​.etin​celle​-theatre​-forum​.com

17h30
Pré­sen­ta­tion atelier
Intel­li­gence collective
avec Michèle Ava­ro
Faci­li­ta­trice d’a­te­liers d’in­tel­li­gence col­lec­tive et de groupes de codé­ve­lop­pe­ment auprès d’en­tre­prises et de par­ti­cu­liers. Accré­di­tée par le Centre Euro­péen de codé­ve­lop­pe­ment, CECODEV à PARIS. Membre de l’A­QCP, Asso­cia­tion Qué­bé­coise de Codé­ve­lop­pe­ment, dans le res­pect de son code éthique. Faci­li­ta­trice de forum ouvert, for­mée à la média­tion par l’Institut d’Etudes Poli­tiques d’Aix en Pro­vence, Coach adhé­rente à la Fédé­ra­tion Inter­na­tio­nale de coach (ICF), et Mas­ter en pro­gram­ma­tion neu­ro linguistique.
Cette approche s’appuie sur la réa­li­té du vécu de cha­cun, elle per­met aux par­ti­ci­pants de par­ta­ger ce vécu dans un espace sécu­ri­sé et de béné­fi­cier du groupe pour aider à la réflexion. Au-delà de la pro­duc­tion de solu­tions pra­tiques, elle per­met un tra­vail sur les savoirs-être de cha­cun, tra­vail néces­saire pour se sen­tir en sécu­ri­té dans le groupe et oser s’exprimer avec bien­veillance. La mixi­té des âges, métiers, sexes, cultures, consti­tue une richesse ines­ti­mable. Le tra­vail de cha­cun sur ses « peurs, appré­hen­sions », per­met peu à peu de s’ouvrir à l’autre, aux autres et d’aller che­min fai­sant vers une intel­li­gence collective.
En savoir plus sur l’intervenante

En rai­son des contraintes de temps d’1h30, nous vous pro­po­sons d’envoyer par mail un SUJET en amont qui vous tient à cœur, en lien avec le thème du forum à[email protected] et [email protected] en copie
Un sujet sera choi­si pour le dérou­le­ment de l’atelier pour faci­li­ter son expres­sion dans le temps imparti.
Lors de ces ate­liers un seul sujet peut être abor­dé, cepen­dant l’expérience montre à chaque fois, la trans­ver­sa­li­té entre les sujets et même si le vôtre n’est pas choi­si vous y tra­vaille­rez tout de même.
Voi­ci quelques conseils pour choi­sir et rédi­ger votre sujet :
. Votre sujet peut être un pro­jet, une dif­fi­cul­té, une pro­blé­ma­tique ou une déci­sion à prendre, ou sim­ple­ment une préoccupation.
. Choi­sir un sujet, une situa­tion réelle, dont vous êtes acteur/actrice en ce moment.
. Choi­sir un sujet que vous avez envie de faire avan­cer, et sur lequel vous avez le pou­voir d’agir
Une ques­tion pour vous aider à le rédi­ger : « Qu’est-ce que je ren­contre aujourd’hui, concrè­te­ment dans mon quo­ti­dien comme situa­tion, dif­fi­cul­té, en lien avec le thème du forum, « retis­sons le monde ensemble » que je sou­haite par­ta­ger et faire évo­luer ? Au plai­sir de décou­vrir vos sujets, et mer­ci de votre coopé­ra­tion pour pré­pa­rer cette belle jour­née qui s’annonce !

19h00
Confé­rence et atelier
Ecrire nous-mêmes la consti­tu­tion – Réflexions sur le R.I.C
(réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive citoyenne) et les alter­na­tives monétaires
avec Etienne Chouard
pro­fes­seur de droit et d’é­co­no­mie à Mar­seille, blo­gueur et mili­tant poli­tique pré­pa­rant un pro­ces­sus consti­tuant démo­cra­tique par édu­ca­tion popu­laire (entre simples citoyens).
Depuis 2005 et son « NON » média­ti­sé au réfé­ren­dum sur la Consti­tu­tion euro­péenne, il tra­vaille à une autre orga­ni­sa­tion poli­tique de la socié­té, à tra­vers une nou­velle Consti­tu­tion d’o­ri­gine populaire.
Depuis 15 ans, il anime de nom­breuses confé­rences et ate­liers consti­tuants, en France et à l’é­tran­ger, pour que, pro­gres­si­ve­ment, les élec­teurs enfants se trans­forment par eux-mêmes en citoyens adultes.
Le site de Etienne Chouard
En savoir plus sur l’intervenant

Pro­gramme :

10h Phi­lippe PELLAN
11h30 Bea­trice MESINI
Pause
14h Jean-Michel Elzeard
16h Vero­nique GUERIN
17h30 Michèle AVARO
19h Etienne CHOUARD

 

Lieu : Cas­sis centre cultu­rel (salles du haut) ave­nue Agos­ti­ni. Plan sur Google Maps

Horaires : de 10h à 20h

Tarif entrée : 35€/30€ adhé­rent la journée

Lien pour covoi­tu­rage : www​.toget​zer​.com/​c​o​v​o​i​t​u​r​a​g​e​–​e​v​e​n​e​m​e​n​t​/​r​s​z​2rk

Nous met­tons une buvette et bras­se­rie bio à dis­po­si­tion sur place pen­dant la jour­née avec assiette repas, vin, thé, tisane et café.

Mer­ci d’ap­por­ter vos gourdes !
Thi­baut vous offre de les rem­plir sur place d’une déli­cieuse eau ori­gi­nelle ! www​.eau​ri​gi​nelle​.com

JE M’INSCRIS

Une liste citoyenne (marquée « Gilets Jaunes » – label de qualité apposé par le préfet, véritable légion d’honneur de résistance citoyenne au régime illégitime) pour un vrai RIC local, à Saint-Clair-du-Rhône, « capitale du RIC »

Encore une ini­tia­tive passionnante !
Et ça se passe dans « la capi­tale du RIC », Saint-Clair-du-Rhône 🙂

La page Face­book de cette liste éti­que­tée « Gilets Jaunes » par le pré­fet, label de qua­li­té poli­tique, sorte de légion d’hon­neur de vraie résis­tance à la vio­lence d’É­tat contre le peuple) :

https://www.facebook.com/Avec-nous-le-pouvoir-est-%C3%A0-VOUS-104827891121519/

Un repor­tage sur France 3 Gre­noble et Lyon devrait être dif­fu­sé ce soir (jeu­di 12 mars) dans le 1920 et demain dans le 1213.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​8​7​5​7​1​7​0​2​317

Annie Lacroix-Riz La NON-épuration en France

For­mi­dable Annie Lacroix-Riz :
https://​you​tu​.be/​n​s​w​d​S​L​X​C​4​Q​8​&​f​e​a​t​u​r​e​=​y​o​u​t​u​.be

Annie inter­ro­gée aus­si sur Quar­tier libre :
https://​you​tu​.be/​I​_​N​2​E​4​5​K​W​F​Q​&​f​e​a​t​u​r​e​=​e​m​b​_​l​ogo

Sur Fran­çois Mitterrand :

Sur de Gaulle :

Confé­rence longue sur la NON-Épu­­ra­­tion en France :

Livre impor­tant :

La NON-épuration en France 


https://www.armand-colin.com/la-non-epuration-en-france-de-1943-aux-annees-1950–9782200625146

Dès 1943 et jusque dans les années 1950, les élites impli­quées dans la Col­la­bo­ra­tion ont cher­ché à se « recy­cler ». Y a‑t‑il vrai­ment eu, en France, une poli­tique d’épuration ?
L’au­teure explore cette ques­tion tout au long de son ouvrage dans lequel elle démontre que l’é­pu­ra­tion cri­mi­na­li­sée ayant sui­vi la Libé­ra­tion (femmes ton­dues, cours mar­tiales, exé­cu­tions) a cher­ché à camou­fler la non-épu­­ra­­tion, aus­si bien de la part des minis­tères de l’In­té­rieur et de la Jus­tice que de celle des milieux finan­ciers, de la magis­tra­ture, des jour­na­listes, des hommes poli­tiques, voire de l’E­glise. De nom­breux anciens col­la­bo­ra­teurs ont ain­si béné­fi­cié de « grands pro­tec­teurs ». Le poids des Etats-Unis a éga­le­ment par­ti­ci­pé de cette non-épuration.
Annie Lacroix-Riz nous livre sa ver­sion des faits basée sur les archives et prend le contre­pied des ouvrages d’his­toire de l’é­pu­ra­tion parus ces vingt der­nières années, selon elle aus­si una­nimes que fan­tai­sistes, se concen­trant exclu­si­ve­ment sur l’é­pu­ra­tion (dite) sau­vage, sys­té­ma­ti­que­ment confon­due avec celle de la Résis­tance armée.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​8​0​4​0​4​1​8​7​317

[Très important, faites passer] Et si les municipales étaient l’occasion de mettre en place un RIC ? par (le formidable) Raul Magni-Berton

Chers amis,

Ne ratez pas cette impor­tante étude du Raul sur nos pos­si­bi­li­tés juri­diques actuelles d’ins­ti­tuer loca­le­ment le RIC, ici et maintenant.

À impri­mer, à lire le crayon à la main, et à faire connaître par­tout autour de vous (car il ne faut pas comp­ter sur les pré­ten­dus « jour­na­listes » mains­tream pour faire une publi­ci­té loyale à une telle syn­thèse des moyens d’é­man­ci­pa­tion popu­laire par le RIC).

Bon cou­rage à tous, pour sup­por­ter cette période d’é­lec­tions où les médias nous rebattent les oreilles toute la jour­née avec le mot démo­cra­tie lit­té­ra­le­ment mis à l’en­vers, et confondent cent fois par jour, et sans per­sonne pour les contre­dire, élire et voter…

Hâte de vous retrou­ver demain à Longuyon 🙂

Étienne.



http://​the​con​ver​sa​tion​.com/​e​t​–​s​i​–​l​e​s​–​m​u​n​i​c​i​p​a​l​e​s​–​e​t​a​i​e​n​t​–​l​o​c​c​a​s​i​o​n​–​d​e​–​m​e​t​t​r​e​–​e​n​–​p​l​a​c​e​–​u​n​–​r​i​c​–​1​3​0​896

Raul Magni-Ber­­ton : L’un des prin­ci­paux points de reven­di­ca­tion lors du mou­ve­ment des « gilets jaunes » a été le Réfé­ren­dum d’initiative citoyenne – le RIC. Une reven­di­ca­tion qui a été lar­ge­ment relayée par la presse natio­nale entre décembre 2018 et mars 2019 mais qui, depuis, fait de moins en moins la une dans le débat public.

Avec l’essoufflement du mou­ve­ment des « gilets jaunes » et la mobi­li­sa­tion impor­tante des der­niers mois sur la réforme des retraites, l’appel à la démo­cra­ti­sa­tion par le RIC a per­du sa force. En fait, le refus caté­go­rique de cette mesure de la part de la majo­ri­té en place semble avoir décou­ra­gé ses soutiens.

Pour­tant, le RIC local, et plus géné­ra­le­ment la démo­cra­ti­sa­tion de la vie locale, sera l’un des enjeux des pro­chaines élec­tions municipales.

Cette reven­di­ca­tion n’est certes plus dans la rue ni dans les médias, mais elle conti­nue à faire son che­min dans des cercles plus res­treints. Plu­sieurs asso­cia­tions visent à consul­ter les citoyens sur la forme que peut prendre un RIC, à l’image d’Objec­tif RIC ou de Culture RIC.

Plu­sieurs réfé­ren­dums locaux orga­ni­sés par les habi­tants ont été lan­cés, à Gre­noble entre le 14 et le 20 octobre 2019 ou à Saint-Affrique dans l’Aveyron le 11 novembre.

Enfin, depuis un an nous voyons émer­ger des think tanks, groupes de pres­sion, mobi­li­sa­tions locales visant à ins­tau­rer le RIC au niveau natio­nal et local. Des ins­ti­tuts se spé­cia­lisent éga­le­ment sur ce pro­ces­sus et sa mise en place concrète en France, comme l’Ins­ti­tut de recherche ter­ri­toire démo­cra­tique dont je suis membre.

Ric local et expé­ri­men­tal à Saint-Affrique : Après les débats en petits comi­tés, les Gilets jaunes invitent au vote par réfé­ren­dum https://www.avey​ron​di​gi​tal​news​.fr/​2​0​1​9​/​1​1​/​2​2​/​ric-local-et-experimental-a-saint-affrique-apres-les-debats-en-petits-comites-les-gilets-jaunes-invitent-au-vote-par-referendum/?feed_id=1661&_unique_id=5dd7ea00b5b1d 

Ric local et expérimental à Saint-Affrique : Après les débats en petits comités, les Gilets jaunes invitent au vote par référendum 

« Ins­tau­rer aus­si sou­vent que pos­sible l’utilisation de pro­duits bio issus de pro­duc­teurs locaux dans les pré­pa­ra­tions des cui­sines col­lec­tives de Saint- Affrique » ; « inter­dire l’usage du gly­pho­sate et des pro­duits phy­to­sa­ni­taires sur la com­mune » ; « inté­grer le Ric dans les prises de déci­sion de la com­mune ». Ces trois pro­po­si­tions, les plus sou­te­nues par …

Des initiatives à concrétiser lors des municipales

Les élec­tions muni­ci­pales consti­tue­ront la pre­mière étape qui per­met d’évaluer l’activité de ces groupes. Plu­sieurs per­sonnes impli­quées dans le mou­ve­ment des « gilets jaunes » ont choi­si, au niveau muni­ci­pal, soit de lan­cer une asso­cia­tion pour faire pres­sion sur les can­di­dats, soit de créer des listes citoyennes indé­pen­dantes de tout par­ti poli­tique, soit encore d’entrer dans des listes sou­te­nues par des par­tis poli­tiques à la condi­tion d’exiger le RIC.

C’est le cas par exemple, de la France Insou­mise, d’Europe Éco­lo­gie les Verts ou du Ras­sem­ble­ment natio­nal.

Pro­mou­voir le RIC au niveau local n’est pas un com­bat évident. La France est un pays très cen­tra­li­sé et bien peu de com­pé­tences sont délé­guées, qu’il s’agisse du niveau local, et encore plus muni­ci­pal. Cepen­dant, pro­mou­voir le RIC au niveau local est une stra­té­gie qui vise avant tout à refaire vivre cette reven­di­ca­tion, à la faire connaître aux citoyens et à l’exercer concrètement.

Une mani­fes­tante en gilet jaune : sa veste porte l’inscription RIC lors d’une mobi­li­sa­tion à Paris le 28 sep­tembre 2019. Zaka­ria Abdelkafi/AFP

Illégalité de la mesure

Le prin­ci­pal pro­blème lié à cette reven­di­ca­tion au niveau muni­ci­pal est que le RIC est, en tant que tel, illégal.

Plus géné­ra­le­ment, les com­munes n’ont pas la pré­ro­ga­tive qui consiste à déci­der com­ment elles vont prendre des déci­sions, puisque celle-ci revient à l’État et appa­raît dans le Code géné­ral des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. D’après celui-ci, les deux ins­tru­ments clefs du RIC – la péti­tion et le réfé­ren­dum – sont pré­vus, mais d’une façon qui n’est pas com­pa­tible avec le fonc­tion­ne­ment du RIC. Ce der­nier pré­voit qu’une péti­tion puisse déclen­cher auto­ma­ti­que­ment un réfé­ren­dum dont le résul­tat est contrai­gnant pour les pou­voirs publics. Par consé­quent, il s’agit d’une pro­cé­dure où, à aucun moment, les repré­sen­tants ont leur mot à dire.

Or, quatre dis­po­si­tifs pré­voient l’utilisation de la péti­tion ou du référendum.

D’autres mesures déjà prévues

Tout d’abord, il existe dans la Consti­tu­tion la pos­si­bi­li­té de lan­cer une péti­tion pour deman­der l’inscription d’une ques­tion à l’ordre du jour d’une assem­blée locale.

Il n’y a pas encore de texte d’application de ce dis­po­si­tif, mais les com­munes peuvent y faire appel dans la mesure où il s’agit d’un droit consti­tu­tion­nel­le­ment pro­té­gé. Cepen­dant, ce droit ne per­met pas de déclen­cher un référendum.

Il existe éga­le­ment la consul­ta­tion d’initiative popu­laire, selon laquelle 20 % des ins­crits peuvent déclen­cher un réfé­ren­dum à tra­vers une péti­tion, mais ce réfé­ren­dum n’est pas contrai­gnant pour les pou­voirs publics.

D’où son label « consul­ta­tion », qui signi­fie qu’il est consul­ta­tif. Il faut éga­le­ment noter que le déclen­che­ment du réfé­ren­dum n’est pas contrai­gnant non plus, si bien qu’à chaque étape le conseil muni­ci­pal peut arrê­ter le processus.

Par ailleurs si les consul­ta­tions à l’initiative de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale existent, elles ne pré­voient ni d’initiative citoyenne, ni de réfé­ren­dum contraignant.

Enfin, si le réfé­ren­dum local lui est bien contrai­gnant, il faut que la par­ti­ci­pa­tion atteigne 50 %. Et, l’initiative de ce réfé­ren­dum revient au conseil municipal.

Un guide pour le RIC

Au-delà de ces dis­po­si­tifs, aucune autre pro­cé­dure ne peut être mise en place, sous peine d’être dénon­cée par le pré­fet et annu­lée par le juge admi­nis­tra­tif. Le der­nier cas en date remonte à 2018, quand la muni­ci­pa­li­té de Gre­noble a vu son RIC – appe­lé Inter­pel­la­tion et vota­tion citoyenne – annu­lé de cette façon. Dès lors, il est pré­fé­rable se conten­ter des dis­po­si­tifs exis­tants. La méthode la plus intui­tive est de pous­ser les can­di­dats à uti­li­ser la consul­ta­tion d’initiative popu­laire, comme le fait effi­ca­ce­ment le Comi­té de liai­son pour l’initiative citoyenne. Ce comi­té est deve­nu un véri­table lob­by pour pro­mou­voir le RIC, en ras­sem­blant les per­sonnes morales qui défendent cette ins­ti­tu­tion et en fai­sant pres­sion sur les élus.

Cepen­dant, il existe une alter­na­tive juri­dique pour mettre en place un RIC au niveau local bien plus effi­cace que la consul­ta­tion. Les détails sont don­nés dans le « Guide pour mettre en place le Réfé­ren­dum d’initiative citoyenne dans une com­mune dès aujourd’hui » en accès libre sur le site de l’Institut de recherche Ter­ri­toire démo­cra­tique et auquel j’ai moi-même participé.

La pré­co­ni­sa­tion de ce guide, écrit à l’origine pour la mise en place du RIC à Gre­noble, a été reprise par plu­sieurs listes can­di­dates aux élec­tions muni­ci­pales, dont deux des trois citées plus haut.

Il s’agit d’enchaîner trois dis­po­si­tifs par­fai­te­ment légaux : le vœu, la péti­tion et le réfé­ren­dum local.

Pho­to prise le 24 octobre 2019 dans le quar­tier Arle­quin, à Gre­noble, où les habi­tants ont mis en place un RIC concer­nant l’avenir de cer­tains bâti­ments dont la démo­li­tion ou la réno­va­tion est pré­vue. Jean‑Pierre Clatot/AFP

Trois dispositifs cruciaux

Tout d’abord, il faut que le conseil muni­ci­pal for­ma­lise son inten­tion poli­tique d’octroyer ce nou­veau droit aux citoyens à tra­vers un acte écrit, mais non contrai­gnant. Ceci peut se faire par le vœu.

Cela signi­fie que le conseil muni­ci­pal demande au maire d’être sai­si sur toute ques­tion fai­sant l’objet d’une péti­tion écrite par les citoyens et remise au conseil muni­ci­pal ; c’est une sub­ti­li­té légale qui per­met d’engager le conseil muni­ci­pal et le maire, tout en n’ayant pas de valeur légale. Il ne confère donc pas un « droit » mais un enga­ge­ment à faire comme si ce droit existait.

Ain­si, le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de Paris a consi­dé­ré en 2011 qu’un vœu du conseil de Paris ten­dant à ce que le maire le sai­sisse de cer­taines péti­tions n’était pas contraire au droit. Cette étape consiste à rendre cré­dible le dis­po­si­tif aux yeux des citoyens.

La deuxième étape consiste à uti­li­ser le droit de péti­tion pour deman­der l’inscription d’une ques­tion à l’ordre du jour d’une assem­blée locale ins­crit dans la consti­tu­tion. Il s’agit ici de mettre concrè­te­ment en œuvre le dispositif.

Puisque ce dis­po­si­tif péti­tion­naire n’est pas régle­men­té par la loi, chaque com­mune est libre de régle­men­ter comme il le sou­haite. Ain­si, elle peut s’engager à rendre compte de toute péti­tion qui atteint un seuil entre 1 % et 5 % (selon la taille de la com­mune), ou elle peut éga­le­ment accep­ter les signa­tures des rési­dents non natio­naux. Il s’agit d’une pro­cé­dure assez cou­rante qui, si elle ne débouche pas habi­tuel­le­ment sur un réfé­ren­dum, fait sou­vent l’objet de débats au sein des conseils muni­ci­paux, comme, par exemple, c’est le cas à Stras­bourg.

Fina­le­ment, l’engagement du conseil muni­ci­pal consiste à mettre en place un réfé­ren­dum local sur tout objet de péti­tion qui atteint le seuil requis.

Le réfé­ren­dum local n’est contrai­gnant que si le seuil de 50 % de par­ti­ci­pa­tion est atteint. Si ce seuil n’est pas atteint, le conseil muni­ci­pal est libre de suivre ou non le résul­tat majo­ri­taire. Ce seuil est très exigent : il est non seule­ment très rare­ment atteint pour les réfé­ren­dums, mais aus­si pour les élec­tions locales. Il est donc impor­tant que le conseil muni­ci­pal s’engage auprès des citoyens à suivre sys­té­ma­ti­que­ment l’avis majo­ri­taire même si le seuil de par­ti­ci­pa­tion n’est pas atteint.

Est-ce que cela fonctionne ?

Cette for­mu­la­tion a deux avan­tages et un incon­vé­nient. Pre­miè­re­ment, elle com­bine trois dis­po­si­tifs légaux, et est donc légale face au juge admi­nis­tra­tif (même s’il y a encore un risque dans l’interprétation du vœu). Deuxiè­me­ment, il per­met de construire un RIC basé sur des seuils de signa­tures abor­dables et sur des ins­ti­tu­tions contraignantes.

Il a été démon­tré que des seuils trop hauts conduisent à des dis­po­si­tifs inopé­rants, et des dis­po­si­tifs non contrai­gnants décou­ragent l’utilisation du RIC comme ins­tru­ment de contes­ta­tion, en lui enle­vant ain­si sa pre­mière qualité.

https://​you​tu​.be/​S​V​c​F​r​I​u​e​990

L’inconvénient majeur de ce dis­po­si­tif – comme tous les autres qui peuvent être mis en place au niveau local à l’heure actuelle – est qu’il repose sur la bonne volon­té des élus. Un incon­vé­nient de taille, mais qui ne pour­ra pas être évi­té. Comme noté plus haut, le RIC local aura plus une valeur péda­go­gique et expé­ri­men­tale qu’une valeur pro­pre­ment institutionnelle.

Actuel­le­ment, des dis­po­si­tifs démo­cra­tiques sont pro­po­sés par les dif­fé­rentes listes, même s’ils sont plus ou moins opé­rants. Une autre ini­tia­tive de cher­cheurs – le Par­ti­ci­po­mètre – vise à étu­dier et don­ner les moyens à tous d’évaluer l’aspect démo­cra­tique des pro­grammes des can­di­dats aux municipales.

Pour la pre­mière fois, les pro­grammes peuvent être com­pa­rés dans chaque com­mune par les inter­nautes comme les cher­cheurs. « Les résul­tats des éva­lua­tions sont publiés et mis en paral­lèle de ceux résul­tant de l’évaluation réa­li­sée par les cher­cheurs » indique le site du Par­ti­ci­po­mètre. Par­mi les dis­po­si­tifs éva­lués, le réfé­ren­dum d’initiative citoyenne aura une place de choix.

Raul Magni-Ber­­ton.

Source : http://​the​con​ver​sa​tion​.com/​e​t​–​s​i​–​l​e​s​–​m​u​n​i​c​i​p​a​l​e​s​–​e​t​a​i​e​n​t​–​l​o​c​c​a​s​i​o​n​–​d​e​–​m​e​t​t​r​e​–​e​n​–​p​l​a​c​e​–​u​n​–​r​i​c​–​1​3​0​896

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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[« Réforme » = CRIME RÉGRESSIF en novlangue] L’ARME DES FAIBLES : #49al3, par Le Pixel Mort

Mon com­men­taire :

Le régime Macron avait PROMIS — pour être élu — de ne PAS aug­men­ter l’âge de départ à la retraite et de ne PAS bais­ser les pen­sions. Une fois par­ve­nu au pou­voir, cette bande de men­teurs fait les deux (!) et pire encore (!!) : Macron a déjà osé (en douce, en août 2018) dés­in­dexer les retraites, ce qui condamne méca­ni­que­ment, inévi­ta­ble­ment, sour­noi­se­ment, à la baisse de toutes les pen­sions jus­qu’à la mort. Rien que ça, c’est impar­don­nable, c’est du vol, et c’est voler les plus faibles, c’est révoltant.

Et en 2020, il va conti­nuer à nous vio­ler (aug­men­ter l’âge de départ à la retraite et bais­ser les pensions)
• sans même avouer l’é­ten­due de la dévas­ta­tion qu’il va encore impo­ser (en plus de la dés­in­dexa­tion des retraites),
• sans prou­ver l’ur­gence ni la néces­si­té de ce bouleversement,
• sans avouer sa hideuse et évi­dente cor­rup­tion par les géants de « la finance »,
• sans aucun débat digne de ce nom, ni au par­le­ment ni ailleurs,
• sans aucune pos­si­bi­li­té pour les citoyens de se défendre contre ce mau­vais coup impré­vu par référendum,
• et même sans parlement,
tout ça grâce à la com­pli­ci­té répu­gnante des godillots indignes qui consti­tuent ce qu’on appelle frau­du­leu­se­ment « la majo­ri­té » (frau­du­leu­se­ment car la majo­ri­té des Fran­çais est MUSELÉE)…

En plus, expert en nov­langue, le régime ose appe­ler cette félo­nie « réforme », alors que le mot « réforme » signi­fie « chan­ge­ment en bien, amé­lio­ra­tion ». Tout ça relève du men­songe chi­mi­que­ment pur du début à la fin, c’est une haute tra­hi­son, un juste motif d’in­sur­rec­tion : Article 35 de la Décla­ra­tion des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 : « Quand le gou­ver­ne­ment viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque por­tion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indis­pen­sable des devoirs. »


En fait de réforme, on signale au régime Macron une pro­po­si­tion de vraie amé­lio­ra­tion (qui serait plus intel­li­gente, plus oppor­tune et moins scan­da­leu­se­ment dévas­ta­trice que son hold-up de 320 mil­liards à des­ti­na­tion de ses copains ultra-riches finan­ciers) : le régime ferait mieux de contrô­ler la fraude (MASSIVE) à la Sécu­ri­té sociale, par exemple lut­ter contre la fraude docu­men­taire… Voyez ça, c’est incroyable :

#Par­RI­Cen­Tou­tes­Ma­tiè­res­Nou­sEm­pê­che­rions­Nos­Pré­ten­dus­Re­pré­sen­tants­De­Dé­trui­re­No­sAs­su­ran­ces­So­ciales

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­CONS­TI­TUANTE

Étienne.

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Julian Assange bientôt Genevois ?

#Lon­dres­Ca­pi­ta­le­Mon­dia­le­Du­Cri­meEt­De­LAr­bi­traire
#FreeAs­sange

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Excellent Mélenchon, sur le crime abject du 49.3 sur les retraites

Je trouve Mélen­chon très bon, là.

Mais j’ai quand même deux pro­blèmes avec l’op­po­si­tion de LFI :

1) La motion de cen­sure est un leurre, une oppo­si­tion contrô­lée (© Orwell 1984), c’est-à-dire une oppo­si­tion dont le pou­voir n’a rien à craindre (puis­qu’il dis­pose d’une majo­ri­té de ser­pillières indignes). Je m’é­tonne que LFI REFUSE de lan­cer la pro­cé­dure de des­ti­tu­tion de Macron.

2) Un oppo­sant « radi­cal » qui REFUSE de sor­tir du car­can ultra­li­bé­ral de l’UE n’est pas du tout radi­cal : il n’est qu’une oppo­si­tion contrô­lée, c’est-à-dire trom­peuse (comme celle du traître Tsi­pras en Grèce).


Marianne encore vio­lée, cette fois sous bâillon sanitaire

Bernard Friot : “Si la bourgeoisie est la classe dirigeante, c’est parce qu’elle dirige le travail, et non pas parce qu’elle est riche”

Bernard Friot : “Si la bourgeoisie est la classe dirigeante, c’est parce qu’elle dirige le travail, et non pas parce qu’elle est riche” Deuxième partie

Source : Frus­tra­tion Maga­zine, https://​www​.frus​tra​tion​ma​ga​zine​.fr/​s​i​–​l​a​–​b​o​u​r​g​e​o​i​s​i​e​–​e​s​t​–​l​a​–​c​l​a​s​s​e​–​d​i​r​i​g​e​a​n​t​e​–​c​e​s​t​–​p​a​r​c​e​–​q​u​e​l​l​e​–​d​i​r​i​g​e​–​l​e​–​t​r​a​v​a​i​l​–​e​n​t​r​e​t​i​e​n​–​a​v​e​c​–​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​o​t​–​p​a​r​t​i​e​–​ii/

On a tous quelque chose en nous de com­mu­niste. Et même que ce quelque chose réside dans des ins­ti­tu­tions que nous connais­sons très bien, dont la plu­part du temps nous nous féli­ci­tons de leur exis­tence. Les­quelles ? Le sta­tut de la fonc­tion publique et le régime géné­ral de la sécu­ri­té social, bien sûr ! C’est ce que nous explique de manière évi­dente non sans une cer­taine pug­na­ci­té l’économiste et socio­logue du tra­vail Ber­nard Friot, que nous avons ren­con­tré. En plein mou­ve­ment social his­to­rique contre la réforme des retraites et de débats par­le­men­taires cette semaine, il nous sem­blait plus que néces­saire de dia­lo­guer avec lui, qu’il nous insuffle ce “Désir de com­mu­nisme” face au “rou­leau com­pres­seur du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral”, concré­ti­sé dans son der­nier livre co-écrit avec Judith Ber­nard. L’occasion de se deman­der pour­quoi la ques­tion du tra­vail, si cen­trale pour­tant, est si peu ou mal abor­dée à gauche et même au sein de la gauche dite “radi­cale”, com­ment retrou­ver un second souffle de mobi­li­sa­tion face à la régres­sion des retraites, et qu’est-ce qu’apporte le mou­ve­ment des Gilets jaunes au com­bat social ? Par­tie II.

Entre­tien, par Selim Der­kaoui et Nico­las Framont

Le mou­ve­ment des gilets jaunes a un peu fait voler en éclat tout ça, non ?

Toute cette conjonc­tion de la science sociale cri­tique et des direc­tions poli­tiques est sur la défen­sive, et en assez grande dif­fi­cul­té pour pro­po­ser une alter­na­tive. Cette impuis­sance de ceux qui ont orga­ni­sé les conquêtes dont j’ai par­lé et qui aujourd’hui se révèlent inca­pables de les pro­mou­voir, inca­pables de les voir même, fait qu’ont com­men­cé à pros­pé­rer d’autres formes de dis­cours et d’action comme les gilets jaunes, qui sont un mou­ve­ment de fond ins­crit dans la durée.

Les gilets jaunes, à tra­vers des formes d’organisation beau­coup plus hori­zon­tales, rejoignent d’autres formes de mobi­li­sa­tions nou­velles, toute cette jeu­nesse sou­vent diplô­mée qui crée des alter­na­tives “ici et main­te­nant”, dans des tas de champs de la pro­duc­tion. On a main­te­nant toute une marge alter­na­tive, com­mu­niste à mon sens, de gens qui se des­tinent à maî­tri­ser leur tra­vail. Cela a tou­jours exis­té mais à l’échelle atteinte aujourd’hui, c’est tout à fait nou­veau. Cela vient de la crise du capi­ta­lisme qui est tel­le­ment avan­cé dans l’élimination du tra­vail vivant par le tra­vail mort des machines qu’il se heurte à de graves pro­blèmes de valo­ri­sa­tion qu’il ne par­vient pas à jugu­ler par la fuite en avant qu’il pra­tique à grande échelle.

Quelle en serait la suite logique ?

La rup­ture de tous ces alter­na­tifs avec la logique capi­ta­liste du tra­vail me semble durable. Avec ses ambi­guï­tés certes. Ils ont ten­dance à confondre le mar­ché du tra­vail et les employeurs et avec les conquêtes du sala­riat : “la retraite, on n’en aura pas”, “non non sur­tout pas de CDI, je veux res­ter flexible” … Avec l’illusion que sur les pla­te­formes col­la­bo­ra­tives, on va être dans l’horizontalité, on va faire ce que l’on veut… Et la ten­ta­tion d’adhérer au pro­jet capi­ta­liste qui se sub­sti­tue au salaire à la qua­li­fi­ca­tion per­son­nelle : nos per­sonnes ne peuvent pas être titu­laires d’un salaire, mais elles pour­raient dis­po­ser d’un reve­nu de base. Il y a donc des illu­sions mais il y a quelque chose de magni­fique à refu­ser d’être le jouet du capital.

Ces alter­na­tifs sont dans cette situa­tion ambi­guë d’une adhé­sion de fait à une flexi­bi­li­té recher­chée par la bour­geoi­sie capi­ta­liste, mais pour poser des actes de pro­duc­tions com­mu­nistes, c’est-à-dire sur des pro­duits qui aient du sens, qui ne soient pas faits pour mettre en valeur du capi­tal, etc. Le dépas­se­ment de cette contra­dic­tion, ce n’est pas que ces pro­duc­teurs deviennent des employés, avec un emploi stable auprès d’employeurs, mais qu’ils soient pro­prié­taire de leur qua­li­fi­ca­tion et donc titu­laires d’un salaire à vie.

Qu’est ce que cela signifie ?

Que l’enjeu pour les livreurs de Deli­ve­roo n’est pas qu’ils deviennent employés de la pla­te­forme mais qu’ils soient titu­laires de leur salaire et copro­prié­taires d’usage de la pla­te­forme, sous une forme coopé­ra­tive ou autre. Une des choses les plus dif­fi­ciles vient de ce que la bour­geoi­sie, qui s’emploie en per­ma­nence à dis­qua­li­fier les ins­ti­tu­tions qui la mettent en dif­fi­cul­té, a tout fait pour que nous conno­tions néga­ti­ve­ment le salaire et posi­ti­ve­ment le reve­nu de base. Certes ils ont pour point com­mun de faire de la res­source un droit poli­tique de la per­sonne. Mais il y a un gouffre entre le pou­voir d’achat mini­mum que la bour­geoi­sie est tou­jours prête à accor­der à qui­conque dans un reve­nu de base (sur­tout s’il est payé par l’impôt, c’est-à-dire assez peu par elle), et la recon­nais­sance incon­di­tion­nelle, dans un salaire à la qua­li­fi­ca­tion per­son­nelle, de la capa­ci­té de tout adulte à pro­duire de la valeur. Un tel droit poli­tique au salaire pose les per­sonnes comme les seules pro­duc­trices de valeur et donc can­di­dates légi­times à ravir à la bour­geoi­sie son mono­pole sur la valeur éco­no­mique, qui est le fon­de­ment de sa puissance.

Si la bour­geoi­sie est la classe diri­geante c’est parce qu’elle dirige le tra­vail, et non pas parce qu’elle est riche. C’est le tra­vail qui est le cœur de la lutte de classes, ce n’est pas l’argent, l’argent c’est la consé­quence du tra­vail. Donc la classe diri­geante n’a de pou­voir sur l’argent que parce qu’elle a le pou­voir sur le tra­vail, et c’est son pou­voir sur le tra­vail qu’il faut lui ravir. Et pour le lui ravir il faut d’abord que nous sor­tions de l’aléa de notre recon­nais­sance comme tra­vailleur selon le bon vou­loir de l’employeur ou selon notre per­for­mance sur les mar­chés sur les­quels nous n’avons aucun pou­voir en réa­li­té. La bour­geoi­sie tient ces mar­chés, soit du tra­vail soit des biens et ser­vices, et si nos per­sonnes sont niées comme pro­duc­trices et que nous ne sommes recon­nus comme pro­duc­teur qu’à la mesure de nos per­for­mances sur les mar­chés qu’elle tient, elle a de longs jours devant elle. Mais elle n’en a pas parce qu’une classe révo­lu­tion­naire est en cours de consti­tu­tion depuis plus d’un siècle et ins­ti­tue l’alternative.

Vous pen­sez que la gauche a aban­don­né la ques­tion du tra­vail ? Est-ce parce qu’elle est deve­nue un peu bour­geoise elle aussi ?

Deve­nir bour­geois c’est quand même pré­cis : c’est être pro­prié­taire de l’outil de tra­vail, déci­der l’investissement, déci­der de ce qui vaut, par exemple arbi­trer entre la route et le fer pour les trans­ports. La gauche n’est pas deve­nue bourgeoise.

Mais qu’elle ait aban­don­né la ques­tion du tra­vail, oui. Pour moi, c’est un manque tout à fait consi­dé­rable. Aug­men­té encore par cette espèce de fas­ci­na­tion pour la finan­cia­ri­sa­tion du capi­tal dans laquelle on nous fait croire qu’il se crée de la valeur dans la sphère de la finance, que fina­le­ment le capi­ta­lisme n’a plus besoin du tra­vail, que tout ça va pou­voir être fait par des robots, que c’est la fin du tra­vail… c’est dans l’air du temps, bien sûr.

Le mot « argent » l’emporte dans le débat public sur le mot « tra­vail » : on a l’impression que l’argent fait des petits tout seul et que le capi­ta­lisme serait en mesure de se pas­ser du tra­vail et donc, qu’il faut lui prendre son pou­voir sur l’argent, que c’est ça qui est déci­sif. Quand on regarde les pro­po­si­tions alter­na­tives, par exemple à pro­pos de la retraite, elles portent sur le finan­ce­ment des pen­sions : on peut prendre l’argent là où il est car de toute façon « de l’argent, il y en a ». Mais il est mal répar­ti, il y a un coût du capi­tal, … c’est ça le fond de l’argumentaire du mou­ve­ment pro­gres­siste. La solu­tion, c’est une « bonne » fis­ca­li­té… Alors voi­là le constat : la prise du pou­voir sur le tra­vail n’est pas à l’ordre du jour glo­ba­le­ment, sauf chez ces jeunes alter­na­tifs… chez eux oui, c’est très puis­sant. Mais dans les orga­ni­sa­tions qui ont été por­teuses des conquêtes du sala­riat, ce qu’on asso­cie à « tra­vail » c’est « souf­france ». Et c’est « réduction ».

Ce sont les mots les plus asso­ciés au tra­vail aujourd’hui chez les militants ?

Je n’ai pas fait de lexi­co­mé­trie à ce pro­pos, mais je pense que les mots les plus asso­ciés au tra­vail aujourd’hui, dans les milieux pro­gres­sistes, ce sont en effet bien eux. Il s’agit de réduire le temps de tra­vail et il y a de la souf­france au tra­vail. C’est-à-dire que le mot tra­vail est conno­té néga­ti­ve­ment. C’est assez rare qu’il soit conno­té posi­ti­ve­ment. Y com­pris chez les alter­na­tifs qui, jus­te­ment, parce qu’ils ne veulent pas faire du tra­vail comme leurs aînés, en accep­tant des tra­vaux avec les­quels ils seraient en désac­cord, vont dire qu’ils ne tra­vaillent pas, vont dire qu’ils sont dans l’activité.

Ça cor­res­pond à une vision elle aus­si péjo­ra­tive du tra­vail chez ceux qui aspirent à se libé­rer du tra­vail, à réduire le temps de tra­vail, et vivent le tra­vail comme de la souf­france qu’il faut gérer. Il faut donc « pré­ve­nir la souf­france au tra­vail », faire condam­ner les employeurs qui génèrent de la souf­france au tra­vail. Mais la souf­france au tra­vail c’est un concept qui est accep­té. C’est une sorte de caté­go­rie qui médi­ca­lise une vio­lence sociale qui n’est pas dénon­cée comme telle. Ce qu’on va condam­ner, c’est la souf­france qu’elle génère, comme si c’était natu­rel que le tra­vail génère de la souf­france. Et pour­tant les ori­gines de la souf­france au tra­vail sont claires : c’est l’absence de la maî­trise du tra­vail. Donc tant qu’il n’y aura pas déter­mi­na­tion à construire les ins­ti­tu­tions de pou­voir sur le tra­vail, concret, dans l’entreprise, on va conti­nuer à cher­cher à gérer la souf­france au tra­vail et à cher­cher à réduire le temps de travail.

Est-ce que ça vient d’un manque de cou­rage à affron­ter cette question ?

Je sais que c’est dur d’être mili­tant, d’être syn­di­ca­liste, j’ai le plus grand res­pect pour tous ceux qui se battent. C’est plu­tôt qu’il n’y a pas de tra­di­tion de maî­trise col­lec­tive du tra­vail… On dit, « c’est nous qui pro­dui­sons, c’est nous qui déci­dons », mais un peu comme un man­tra, c’est comme le « tous ensemble tous ensemble hé » dans les manifs, quand on sait bien qu’on n’est pas tous ensemble et que trop d’organisations se tirent les unes sur les autres …

Rien de concret n’est fait dans les entre­prises par les orga­ni­sa­tions de tra­vailleurs pour qu’ils décident. Parce que déci­der, ça veut dire s’opposer aux direc­tions. Et s’opposer aux direc­tions ça ne se fait pas par la grève. La grève, c’est un temps pra­ti­que­ment inexis­tant dans le sec­teur pri­vé et très inter­mit­tent dans le sec­teur public. Donc non, ce n’est pas par la grève qu’on s’oppose aux direc­tions, et comme aujourd’hui il n’y a que ça comme moyen d’action, la grève comme absence de tra­vail, on ne mobi­lise pas toute l’organisation – les mili­tants, les ins­ti­tu­tions, les pro­tec­tions (par exemple la pro­tec­tion contre le licen­cie­ment des délé­gués syn­di­caux), on ne mobi­lise pas toute cette orga­ni­sa­tion pour dire « ah non non, nous allons nous auto-orga­­ni­­ser dans ce que nous fai­sons au travail ».

C’est ça la réponse à la souf­france au tra­vail. Il n’y a aucune rai­son que le tra­vail soit source de souf­france, aucune. Au contraire, c’est une source de liber­té. Le dépla­ce­ment à opé­rer dans l’action col­lec­tive est autour de « nous nous auto-orga­­ni­­sons ». Mais si la maî­trise du tra­vail est aban­don­née aux employeurs et que le temps de tra­vail devient insup­por­table, toute la mili­tance se consacre à la réduc­tion du temps de tra­vail, heb­do­ma­daire et sur le cycle de vie, avec la retraite comme fin du tra­vail. Alors que la retraite, rap­­pe­­lons-le, a été construite en 1946 par les com­mu­nistes comme la fin de l’obligation d’aller sur le mar­ché du tra­vail pour avoir un salaire. Un retrai­té ce n’est pas quelqu’un qui ne tra­vaille plus, c’est quelqu’un qui n’a plus besoin de qué­man­der son salaire auprès d’un employeur parce qu’il est deve­nu titu­laire de son salaire. C’est pour cela que vous avez une telle déter­mi­na­tion de Macron : « non, entrer en retraite c’est être béné­fi­ciaire du dif­fé­ré de ses coti­sa­tions, on ne peut jamais être titu­laire de son salaire ». La bour­geoi­sie a abso­lu­ment besoin que nous soyons à poil pour que sa domi­na­tion sur nos vies soit pos­sible, pour que nous ne puis­sions pas lui ravir le mono­pole sur la pro­duc­tion de valeur qui est la source de son pouvoir.

Pour autant, cette ques­tion est tota­le­ment absente du débat public sur la réforme des retraites en ce moment …

Vous avez rai­son, et c’est parce que le tra­vail, conno­té néga­ti­ve­ment, est absent du débat public. Cela dit, je suis opti­miste sur le fait que le tra­vail vienne sur le devant de la scène. La prise de conscience que la maî­trise du tra­vail concret doit deve­nir le cœur de l’activité col­lec­tive, ça je suis convain­cu que ça va mon­ter. Déjà, il y a tous les alter­na­tifs qui en sont por­teurs, et tous les mili­tants syn­di­caux qui voient bien qu’on ne peut pas se conten­ter de réduire le temps de tra­vail et d’attendre la retraite comme la fin du tra­vail, et qu’il faut com­men­cer à se poser la ques­tion de la conquête des outils de l’affrontement aux direc­tions sur le conte­nu du travail.

Que pen­ser du trai­te­ment média­tique du travail ?

Je suis peu au fait du trai­te­ment média­tique, mais ce qui me frappe c’est la mon­tée au cours des trente der­nières années, dans l’opinion cou­rante, de la conno­ta­tion péjo­ra­tive du tra­vail. Jusqu’à son éty­mo­lo­gie, avec l’invention d’une éty­mo­lo­gie fausse, le fameux « tri­pa­lium », cet ins­tru­ment de tor­ture. Est tout à fait signi­fi­ca­tive la façon dont Han­nah Arendt, dans son essai sur La condi­tion de l’homme moderne, pro­lon­gé par Domi­nique Méda dans la Fin du tra­vail ?, reprend le trip­tyque aris­to­té­li­cien sur tra­vail, action, œuvre : le tra­vail ce sont les esclaves, l’œuvre ce sont les arti­sans et l’action ce sont les citoyens libres, c’est la poli­tique. Ce bou­quin a eu un très grand suc­cès, et les années 90 sont des années où dans l’opinion culti­vée s’exprime cette déva­lo­ri­sa­tion du tra­vail qui natu­ra­lise l’état déplo­rable dans lequel la logique du pro­fit met le tra­vail. Et c’est une saga qui, là encore, écrit ce dont la bour­geoi­sie a besoin.

Cette dis­qua­li­fi­ca­tion du tra­vail vient de la crise du capi­ta­lisme : la bour­geoi­sie n’est plus capable de gérer le tra­vail de façon à ce qu’il soit anthro­po­lo­gi­que­ment, éco­lo­gi­que­ment, ter­ri­to­ria­le­ment humain. Inca­pable de nous mobi­li­ser posi­ti­ve­ment sur le tra­vail, elle nous mobi­lise sur des coli­fi­chets de la consom­ma­tion et s’emploie à ce que nous consi­dé­rions comme natu­rel que le tra­vail, c’est de la merde. Rai­son de plus pour nous appuyer sur le déjà-là com­mu­niste pour sou­te­nir l’action col­lec­tive de conquête de la sou­ve­rai­ne­té sur le tra­vail afin de le tirer de ce mau­vais pas. Nous dis­po­sons, avec la sécu­ri­té sociale de la pro­duc­tion de soins que le régime géné­ral a su mettre en place de la fin des années 1950 au milieu des années 1970, d’un dis­po­si­tif que nous pou­vons trans­po­ser à toute la pro­duc­tion. Une hausse du taux et un élar­gis­se­ment de l’assiette de la coti­sa­tion à l’assurance-maladie ont per­mis d’une part de sub­ven­tion­ner l’investissement hos­pi­ta­lier, d’inclure dans son sein les hôpi­taux psy­chia­triques, de trans­for­mer les hos­pices en hôpi­taux locaux, et d’autre part de conven­tion­ner les soins de ville. Et ça s’est fait sur un mode que je qua­li­fie de com­mu­niste : salaire à la qua­li­fi­ca­tion per­son­nelle des soi­gnants, fonc­tion­naires hos­pi­ta­liers ou libé­raux conven­tion­nés, sub­ven­tion de l’investissement ôtant toute place à la pro­prié­té lucra­tive de l’outil.

Je crois que vous avez des pro­po­si­tions qui s’appuient sur cet exis­tant ?

Oui, l’application d’une telle sécu­ri­té sociale à l’alimentation (SSA) par exemple est un ter­rain d’autant plus pro­pice qu’il y a déjà des alter­na­tifs à tous les niveaux : de la pro­duc­tion des biens bruts comme le lait ou le blé, à la pro­duc­tion des biens éla­bo­rés, la dis­tri­bu­tion, la res­tau­ra­tion, la pro­duc­tion d’outils agri­coles : tout cela aujourd’hui est inves­ti par des alter­na­tifs qui ne sont plus quan­ti­té négli­geable, même s’ils res­tent mar­gi­na­li­sables ou récu­pé­rables… Le levier serait une coti­sa­tion qui pour­rait être de 8% de la valeur ajou­tée mar­chande, soit 120 mil­liards, ce qui cor­res­pond en gros à la moi­tié des dépenses de consom­ma­tion ali­men­taire aujourd’hui – ce qui n’est pas rien, et qui serait une opé­ra­tion blanche à l’échelle macro pour les entre­prises, puisqu’à ces 120 mil­liards de coti­sa­tion cor­res­pon­dront 120 mil­liards de non rem­bour­se­ment de dettes, ou de non-ver­­se­­ment de divi­dendes. Ça sup­pose toute une bataille poli­tique sur l’illégitimité du crédit…

On n’affecterait pas la tota­li­té de ces 120 mil­liards à sol­va­bi­li­ser la popu­la­tion, parce que les alter­na­tifs ne peuvent pas aujourd’hui assu­rer la moi­tié des besoins d’alimentation. Disons pour lan­cer le débat qu’on peut pro­po­ser d’affecter les 23 des 120 mil­liards aux consommateurs/usagers, soit 100€ par per­sonne et par mois, sur la carte vitale. Un foyer de 3 per­sonnes per­çoit dont 300€ par mois, ça ne couvre pas la tota­li­té de la dépense en ali­men­ta­tion, mais c’est quand même très signi­fi­ca­tif. Et cette carte vitale, elle ne pour­ra être pré­sen­tée que chez des pro­fes­sion­nels conven­tion­nés– exac­te­ment comme pour les hôpi­taux et les méde­cins libé­raux. On ne va évi­dem­ment pas conven­tion­ner la grande dis­tri­bu­tion, l’agrobusiness etc. Et il fau­dra aller loin dans le refus du conven­tion­ne­ment : un des ensei­gne­ments qu’on peut tirer de l’assurance mala­die, c’est qu’on a conven­tion­né les pro­duc­teurs de soins en conser­vant un mode capi­ta­liste de pro­duc­tion du médi­ca­ment, moyen­nant quoi on a four­ni un mar­ché public incroyable aux groupes capi­ta­listes comme Sano­fi qui ont inves­ti, et en par­tie pour­ri, la pra­tique du soin… Il ne s’agit pas qu’on fasse la même chose dans l’alimentation en four­nis­sant un mar­ché public à Mas­sey Fer­gu­son ou à Bayer ! Il faut que ne soient conven­tion­nés que les pro­duc­teurs qui ne font pas appel à des four­nis­seurs capi­ta­listes, qui pro­duisent bio en res­pec­tant le droit du tra­vail (ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui), des entre­prises dont les tra­vailleurs sont les pro­prié­taires d’usage de leur outil de travail…

Quant au tiers res­tant des 120 mil­liards, il serait consa­cré au sou­tien des pro­duc­teurs alter­na­tifs. Il faut ache­ter des terres, notam­ment : il faut arra­cher la terre à la logique mar­chande et en faire un bien com­mun, et ça aus­si c’est un tra­vail consi­dé­rable. Il faut payer les tra­vailleurs conven­tion­nés à la qua­li­fi­ca­tion per­son­nelle. Il faut sub­ven­tion­ner l’investissement de pro­duc­teurs agri­coles alter­na­tifs, il faut aider les agri­cul­teurs qui vou­draient pas­ser au bio à le faire –il y en a pour quatre ou cinq ans, avant que ce soit ren­table, et pen­dant ces quatre ou cinq ans il faut qu’ils soient sou­te­nus ; il faut sou­te­nir la pro­duc­tion de machines nou­velles, etc.

Et je vou­drais conclure sur le fait que nous créons là une ins­ti­tu­tion macroé­co­no­mique qui pour­rait être arti­cu­lée avec cette autre ins­ti­tu­tion macro qu’est la retraite, enten­due comme l’âge où l’on devient titu­laire de son salaire sans plus pas­ser par le mar­ché du tra­vail. On pour­rait la fixer à l’âge cri­tique sur le mar­ché du tra­vail, 50 ans. Les quin­qua­gé­naires retrai­tés, dotés de leur salaire et d’une res­pon­sa­bi­li­té d’auto-organisation des tra­vailleurs, pour­ront évi­dem­ment inves­tir mas­si­ve­ment ces entre­prises alter­na­tives dont l’activité va être consi­dé­ra­ble­ment aug­men­tée.  Et ce qu’on vient de dire sur l’alimentation, on pour­rait le trans­po­ser sur la pro­duc­tion de loge­ment, sur le trans­port de proxi­mi­té, sur l’énergie, la culture, l’accès à la jus­tice… Retrou­ver la dyna­mique com­mu­niste rend inven­tif et joyeux !

Ber­nard Friot

Pre­mière par­tie de l’entretien ici

Pho­tos de Serge d’Ignazio

Source : Frus­tra­tion Maga­zine, https://​www​.frus​tra​tion​ma​ga​zine​.fr/​s​i​–​l​a​–​b​o​u​r​g​e​o​i​s​i​e​–​e​s​t​–​l​a​–​c​l​a​s​s​e​–​d​i​r​i​g​e​a​n​t​e​–​c​e​s​t​–​p​a​r​c​e​–​q​u​e​l​l​e​–​d​i​r​i​g​e​–​l​e​–​t​r​a​v​a​i​l​–​e​n​t​r​e​t​i​e​n​–​a​v​e​c​–​b​e​r​n​a​r​d​–​f​r​i​o​t​–​p​a​r​t​i​e​–​ii/

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​6​0​2​0​7​5​6​7​317

Formidable Pepe Escobar sur Sputnik France : Procès de Julian Assange : « C’est un tribunal stalinien »

Avec des pas­sages enthou­siastes sur le (très inté­res­sant) livre de Juan Bran­co, « Assange : l’antisouverain ».

Pro­cès de Mos­cou, désor­mais à Londres et Washing­ton, capi­tales du crime :

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​7​9​6​2​2​0​7​3​5​2​317

[Free Assange] Craig Murray : la cage de verre blindée est un instrument de torture

Craig MURRAY : La cage de verre blindée est un instrument de torture


pho­to : illus­tra­tion par la rédac­tion du Grand Soir (source indéterminée)

Lors de l’audience sépa­rée de jeu­di sur l’autorisation don­née à Assange de sor­tir de la cage blin­dée pour s’asseoir avec son équipe d’avocats, j’ai pu consta­ter direc­te­ment que la déci­sion de Barait­ser contre Assange a été pré­sen­tée par elle au tri­bu­nal AVANT qu’elle n’ait enten­du l’avocat de la défense pré­sen­ter les argu­ments, et qu’elle les a pré­sen­tés sans aucune modification.

Je pour­rais com­men­cer par vous expli­quer ma posi­tion dans la tri­bune publique par rap­port au juge. Toute la semaine, je me suis déli­bé­ré­ment assis à l’avant, sur le siège de droite. La gale­rie donne sur une fenêtre en verre blin­dé à une hau­teur d’environ 2 mètres au-des­­sus de la salle d’audience. Elle des­cend d’un côté du tri­bu­nal, et l’extrémité droite de la gale­rie publique se trouve au-des­­sus du banc du juge, qui est assis en des­sous per­pen­di­cu­lai­re­ment à celui-ci. Depuis les sièges de droite de la gale­rie publique, vous avez donc une vue plon­geante directe sur le banc du juge, et que vous pou­vez voir tous ses docu­ments et son écran d’ordinateur.

L’avocat Mark Sum­mers a sou­li­gné que dans l’affaire Belou­sov contre la Rus­sie, la Cour euro­péenne des droits de l’homme de Stras­bourg a sta­tué contre l’État de Rus­sie parce que Belou­sov avait été jugé dans une cage de verre pra­ti­que­ment iden­tique dans sa construc­tion et sa posi­tion à celle dans laquelle se trouve pré­sen­te­ment Assange. Cette situa­tion a entra­vé sa par­ti­ci­pa­tion au pro­cès et son libre accès à un avo­cat, et l’a pri­vé de sa digni­té humaine en tant qu’accusé.

Sum­mers pour­suit en disant qu’il est nor­mal que cer­taines caté­go­ries de pri­son­niers non condam­nés soient libé­rés du banc des accu­sés pour s’asseoir avec leurs avo­cats. Le tri­bu­nal dis­po­sait de rap­ports psy­chia­triques sur l’extrême dépres­sion cli­nique d’Assange et, en fait, le guide des meilleures pra­tiques du minis­tère bri­tan­nique de la jus­tice à l’intention des tri­bu­naux indi­quait que les per­sonnes vul­né­rables devraient être libé­rées pour s’asseoir aux côtés de leurs avo­cats. Un trai­te­ment spé­cial n’était pas deman­dé pour Assange – il deman­dait à être trai­té comme toute autre per­sonne vulnérable.

La défense a été entra­vée par son inca­pa­ci­té à com­mu­ni­quer confi­den­tiel­le­ment avec son client pen­dant la pro­cé­dure. Dans la phase sui­vante du pro­cès, où les témoins seront inter­ro­gés, il est essen­tiel de com­mu­ni­quer en temps utile. En outre, ils ne pou­vaient par­ler avec lui que par une fente dans la vitre, à por­tée d’oreille des agents de sécu­ri­té de la socié­té pri­vée qui le sur­veillaient (il a été pré­ci­sé qu’il s’agissait de Ser­co, et non du groupe 4 comme l’avait dit Barait­ser la veille), et en pré­sence de microphones.

Barait­ser s’est mise de mau­vaise humeur à ce moment-là et a par­lé avec un réel tran­chant de voix. « Qui sont ces gens der­rière vous, au der­nier rang », a‑t‑elle deman­dé avec sar­casme à Sum­mers – une ques­tion à laquelle elle connais­sait pra­fai­te­ment la réponse. Sum­mers a répon­du qu’ils fai­saient par­tie de l’équipe juri­dique de la défense. Barait­ser a dit qu’Assange pou­vait les contac­ter s’il avait un point à faire valoir. Sum­mers répon­dit qu’il y avait une allée et un muret entre la cage de verre et leur posi­tion, et que tout ce qu’Assange pou­vait voir par-des­­sus le mur était le haut de l’arrière de leur tête. Barait­ser a dit qu’elle avait vu Assange crier. Sum­mers a décla­ré que crier à tra­vers la salle d’audience n’était ni confi­den­tiel ni satisfaisant.

On m’a main­te­nant infor­mé que c’est un délit de publier la pho­to de Julian dans sa cage de verre, même si je ne l’ai pas prise et qu’elle est abso­lu­ment par­tout sur Inter­net. Il convient éga­le­ment de noter que je suis de retour dans mon pays, l’Écosse, où se trouve mon blog, et que ni l’un ni l’autre ne relève de la juri­dic­tion du tri­bu­nal anglais. Mais je tiens à ne pas leur don­ner d’excuse pour m’exclure de l’audience du tri­bu­nal, c’est pour­quoi je l’ai sup­pri­mée, mais vous pou­vez la voir ici (en illus­tra­tion du pré­sent article – NdT).

C’est la pho­to prise illé­ga­le­ment (pas par moi) d’Assange au tri­bu­nal. Si vous regar­dez atten­ti­ve­ment, vous pou­vez voir qu’il y a un pas­sage et un muret en bois entre lui et la der­nière ran­gée d’avocats. Vous pou­vez voir l’un des deux agents de la pri­son de Ser­co qui le sur­veille à l’intérieur de la cage.

Barait­ser a dit qu’Assange pou­vait pas­ser des notes, et qu’elle l’avait vu pas­ser des notes. Sum­mers a répon­du que les offi­ciers de jus­tice avaient désor­mais inter­dit la trans­mis­sion de notes. Barait­ser a dit qu’ils pou­vaient en par­ler à Ser­co, que c’était une ques­tion qui rele­vait des auto­ri­tés de la prison.

Sum­mers a affir­mé que, contrai­re­ment à ce que Barait­ser avait décla­ré la veille, elle était effec­ti­ve­ment com­pé­tente pour sor­tir Assange de la cage. Barait­ser est inter­ve­nue pour dire qu’elle était d’accord avec ça. Sum­mers a ensuite décla­ré qu’il avait pro­duit un cer­tain nombre d’éléments pour mon­trer que Barait­ser avait éga­le­ment eu tort de dire qu’être en garde à vue ne pou­vait que signi­fier être enfer­mé dans la cage. Vous pou­vez être en garde à vue n’importe où dans l’enceinte du tri­bu­nal, ou même à l’extérieur. Barait­ser en est deve­nue très contra­riée et a décla­ré qu’elle avait seule­ment dit que la garde dans tri­bu­nal devait être égale à la garde dans la cage.

Ce à quoi Sum­mers a répon­du de façon mémo­rable, main­te­nant très contra­rié : « Eh bien, c’est faux aus­si, et c’est faux depuis ces huit der­nières années. »

Met­tant un terme à son argu­men­ta­tion, Barait­ser a don­né son avis sur cette ques­tion. Voi­ci main­te­nant ce qui est inté­res­sant, et je suis un témoin ocu­laire direct. Elle a lu son juge­ment, qui était écrit à la main sur plu­sieurs pages. Elle l’avait appor­té avec elle au tri­bu­nal sous forme de liasse, et elle n’y a appor­té aucune modi­fi­ca­tion. Elle avait rédi­gé son juge­ment avant même d’avoir enten­du Mark Summers.

Ses prin­ci­paux points étaient qu’Assange était capable de com­mu­ni­quer avec ses avo­cats en criant depuis la cage. Elle l’avait vu pas­ser des notes. Elle était prête à ajour­ner le tri­bu­nal à tout moment pour qu’Assange puisse des­cendre avec ses avo­cats pour dis­cu­ter dans les cel­lules, et si cela allon­geait la durée de l’audience de trois à six semaines, cela pour­rait prendre autant de temps que nécessaire.

Barait­ser a décla­ré qu’aucun des rap­ports psy­chia­triques qu’elle avait devant elle n’indiquait qu’il était néces­saire pour Assange de quit­ter la cage. Comme aucun des psy­chiatres n’avait été inter­ro­gé à ce sujet – et très pro­ba­ble­ment aucun ne connais­sait la dis­po­si­tion de la salle d’audience – cela n’est guère surprenant.

Je me suis deman­dé pour­quoi il est si impor­tant pour le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique de main­te­nir Assange dans cette cage, inca­pable d’entendre les pro­cé­dures ou de com­mu­ni­quer avec ses avo­cats, même lorsque les avo­cats du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ont décla­ré qu’ils n’avaient aucune objec­tion à ce qu’Assange siège avec ses avocats.

La réponse se trouve dans l’évaluation psy­chia­trique d’Assange don­née à la cour par le très dis­tin­gué pro­fes­seur Michael Kopel­man (qui est fami­lier à tous ceux qui ont lu Mur­der in Samar­kand) :

« M. Assange montre pra­ti­que­ment tous les fac­teurs de risque que les cher­cheurs d’Oxford ont décrit des pri­son­niers qui se sui­cident ou font des ten­ta­tives mor­telles. …
Je suis aus­si sûr qu’un psy­chiatre peut l’être que, si l’extradition vers les États-Unis deve­nait immi­nent, M. Assange trou­ve­rait un moyen de se suicider ».

Le fait que Kopel­man ne déclare pas spé­ci­fi­que­ment, comme l’a dit Barait­ser, que la cage de verre blin­dée est mau­vaise pour Assange ne reflète rien d’autre que le fait qu’on ne lui a pas posé cette ques­tion. Tout être humain ayant la moindre décence serait en mesure d’en tirer la conclu­sion. Le point de vue étroit de Barait­ser, selon lequel aucun psy­chiatre n’a spé­ci­fi­que­ment décla­ré qu’il devrait être libé­ré de la cage blin­dée, est à cou­per le souffle, mal­hon­nête et inhu­main. Il est presque cer­tain qu’aucun psy­chiatre n’avait ima­gi­né qu’elle déter­mi­ne­rait l’application d’une telle torture.

Alors pour­quoi Barait­ser le fait-elle ?

Je crois que l’enfermement d’Assange, ce geek intel­lec­tuel de l’informatique, à la manière d’Hannibal Lec­ter et qui n’a aucun fon­de­ment ration­nel, est une ten­ta­tive déli­bé­rée de pous­ser Julian au sui­cide. Le tri­bu­nal anti-ter­­ro­­riste de haute sécu­ri­té se trouve phy­si­que­ment dans l’enceinte de la for­te­resse qui abrite la pri­son de haute sécu­ri­té. Il est ame­né, menot­té et sous forte escorte, de sa cel­lule d’isolement à la cage blin­dée, via un tun­nel sou­ter­rain. Dans ces cir­cons­tances, quel est le besoin éven­tuel pour lui d’être fouillé à nu en per­ma­nence ? Pour­quoi n’est-il pas auto­ri­sé à avoir ses docu­ments sur lui ? Le plus révé­la­teur pour moi est le fait qu’il n’est pas auto­ri­sé à ser­rer la main ou à tou­cher ses avo­cats par la fente de la cage blindée.

Ils appliquent sans relâche le déni sys­té­ma­tique de tout récon­fort humain de base, comme le fait de tou­cher le bout des doigts d’un ami ou d’empêcher le sou­la­ge­ment qu’il pour­rait res­sen­tir sim­ple­ment en étant aux côtés d’un ami. Ils assurent la pour­suite des effets psy­cho­lo­giques extrêmes de l’isolement d’une année par un iso­le­ment vir­tuel. Un tout petit peu de confort humain pour­rait faire énor­mé­ment de bien à sa san­té men­tale et à sa rési­lience. Ils sont déter­mi­nés à y mettre fin à tout prix. Ils tentent de le pous­ser à se sui­ci­der – ou de créer en lui la condi­tion dans laquelle sa mort accé­lé­rée pour­rait être expli­quée comme un suicide.

C’est aus­si la seule expli­ca­tion que je puisse trou­ver pour expli­quer pour­quoi ils risquent de créer des condi­tions aus­si évi­dentes d’annulation de pro­cès. Les morts ne peuvent pas faire appel.

Je vous rap­pelle que Julian est un pré­ve­nu qui a pur­gé sa peine d’une durée sans pré­cé­dent pour avoir vio­lé sa liber­té sous cau­tion. Son sta­tut est cen­sé être actuel­le­ment celui d’un inno­cent accu­sé. Ces accu­sa­tions n’ont aucun fon­de­ment, si ce n’est la publi­ca­tion des révé­la­tions de Chel­sea Man­ning sur les crimes de guerre.

Il me semble cer­tain que Barait­ser agit selon des ins­truc­tions. Tout au long du pro­cès, elle a cher­ché déses­pé­ré­ment à sai­sir toute occa­sion de nier toute res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui arrive à Julian. Elle a décla­ré qu’elle n’avait aucune com­pé­tence sur son trai­te­ment en pri­son, et même lorsque la défense et l’accusation se sont unies pour affir­mer qu’il était nor­mal que les magis­trats trans­mettent des ins­truc­tions ou des demandes à l’administration péni­ten­tiaire, elle a refu­sé de l’admettre.

Barait­ser tente mani­fes­te­ment de se dis­tan­cer psy­cho­lo­gi­que­ment de toute res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui est fait. À cette fin, elle a mul­ti­plié les dénis de com­pé­tence ou de capa­ci­té à influen­cer les évé­ne­ments. Elle a décla­ré qu’elle n’avait pas com­pé­tence pour inter­fé­rer avec la fouille à nu, le menot­tage et la confis­ca­tion des papiers d’Assange ou son main­tien en iso­le­ment. Elle a décla­ré qu’elle n’était pas com­pé­tente pour deman­der que les avo­cats de la défense aient davan­tage accès à leur client en pri­son pour pré­pa­rer sa défense. Elle a décla­ré qu’elle n’avait pas com­pé­tence pour s’occuper de sa posi­tion dans la salle d’audience. Elle a sug­gé­ré à plu­sieurs reprises que c’est à la socié­té Ser­co de déci­der s’il peut trans­mettre des notes à ses avo­cats et au Groupe 4 de déci­der s’il peut être libé­ré de la cage blin­dée. Les moments où elle semble la plus satis­faite en écou­tant les argu­ments, sont ceux où l’avocat de l’accusation James Lewis affirme qu’elle n’a pas d’autre déci­sion à prendre que de signer l’extradition parce qu’elle est en bonne et due forme et que l’article 4 du trai­té n’a aucune valeur juridique.

Un membre de la famille Assange m’a fait remar­quer, à la fin de la pre­mière semaine, qu’elle semble très pares­seuse et qu’elle est donc ravie d’accepter tout argu­ment qui réduit la quan­ti­té de tra­vail qu’elle doit faire. Je pense qu’il s’agit d’autre chose. Je pense qu’il y a un coin de l’esprit de cette fille de dis­si­dents de l’apartheid qui rejette son propre rôle dans la tor­ture d’Assange, et qui ne cesse de répé­ter « Je n’avais pas le choix, je n’avais pas d’autorité ». Ceux qui suc­combent au mal doivent trou­ver le récon­fort inté­rieur qu’ils peuvent.

Avec nos remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont abon­nés pour rendre ce repor­tage pos­sible. Je tiens à sou­li­gner à nou­veau que je ne veux abso­lu­ment pas que qui­conque donne quoi que ce soit si cela lui cause la moindre pos­si­bi­li­té de contrainte financière.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig Mur­ray

Tra­duc­tion « c’est bien une course contre la montre » par VD pour le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, https://​www​.legrand​soir​.info/​l​a​–​c​a​g​e​–​d​e​–​v​e​r​r​e​–​b​l​i​n​d​e​e​–​e​s​t​–​u​n​–​i​n​s​t​r​u​m​e​n​t​–​d​e​–​t​o​r​t​u​r​e​.​h​tml

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Parallèle intéressant entre le Caracazo vénézuélien et les Gilets jaunes français, par Romain Migus

Pas­sion­nant Romain Migus 🙂

https://​you​tu​.be/​v​H​c​R​R​M​I​T​mgI

Paral­lèle inté­res­sant entre le Cara­ca­zo véné­zué­lien (1989) et les Gilets jaunes fran­çais (2018−2020), révoltes popu­laires à visées ins­ti­tu­tion­nelles contre les poli­tiques néo­li­bé­rales d’in­sé­cu­ri­té sociale, d’i­né­ga­li­tés criantes et de misère.

Viva la revolucion ! 🙂

#mémoi­re­des­luttes

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­Cons­ti­tuante

Étienne.

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Julian Assange (WikiLeaks), entretien en 2014 pour « le grand journal »

Que c’est bien, d’é­cou­ter cet homme par­ler, calme et bon, comme s’il était libre… 

L’en­tre­tien date de 2014, dans les locaux de l’am­bas­sade d’É­qua­teur, où il est pri­son­nier depuis deux ans à l’époque. 

La fin est par­ti­cu­liè­re­ment intéressante. 

#FreeAs­sange

Étienne.

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[Procès stalinien à Londres, capitale du crime] Compte-rendu du Procès Assange, 4ème jour, par Craig MURRAY

Julian Assange Prison de Belmarsh 24 février 2020

Craig Mur­ray : « S’il vous plaît, ten­tez cette expé­rience pour moi.
Posez cette ques­tion à haute voix, sur un ton d’encouragement et de curio­si­té intel­lec­tuelle : « Sug­­gé­­rez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Posez main­te­nant cette ques­tion à voix haute, sur un ton d’hostilité et d’incrédulité fri­sant le sar­casme : « Sug­­gé­­rez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Tout d’abord, féli­ci­ta­tions pour vos talents d’acteur ; vous pre­nez très bien la direc­tion des opé­ra­tions. Deuxiè­me­ment, n’est-il pas fas­ci­nant de voir com­ment les mêmes mots peuvent pré­ci­sé­ment trans­mettre le sens oppo­sé en fonc­tion de la modu­la­tion du stress, de la hau­teur et du volume ?

Hier, l’accusation a pour­sui­vi son argu­ment selon lequel la dis­po­si­tion du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 qui inter­dit l’extradition pour des délits poli­tiques est lettre morte, et que les objec­tifs de Julian Assange ne sont de toute façon pas poli­tiques. James Lewis avo­cat pour l’accusation a par­lé pen­dant envi­ron une heure, et Edward Fitz­ge­rald a répon­du pour la défense pen­dant envi­ron le même temps. Au cours de la pré­sen­ta­tion de Lewis, il a été inter­rom­pu par le juge Barait­ser, pré­ci­sé­ment une fois. Pen­dant la réponse de Fitz­ge­rald, Barait­ser l’a inter­rom­pu dix-sept fois.

Dans la trans­crip­tion, ces inter­rup­tions n’auront pas l’air déraisonnables :
« Pour­­riez-vous pré­ci­ser le pour moi, M. Fitzgerald… »
« Alors, com­ment faites-vous face au point de vue de M. Lewis selon lequel… »
« Mais c’est sûre­ment un argu­ment circulaire… »
« Mais il n’est pas incor­po­ré, n’est-ce pas ?… »

Toutes ces inter­rup­tions et les douze autres ont été conçues pour mon­trer que le juge tente de cla­ri­fier l’argument de la défense dans un esprit de test intel­lec­tuel. Mais si vous avez enten­du le ton de la voix de Barait­ser, vu son lan­gage cor­po­rel et ses expres­sions faciales, c’était tout sauf cela.

L’image fausse qu’une trans­crip­tion pour­rait don­ner est exa­cer­bée par le fait que la cour Fitz­ge­rald répond conti­nuel­le­ment à chaque har­cè­le­ment évident par « Mer­ci Madame, c’est très utile », ce qui, encore une fois, si vous étiez là, signi­fiait clai­re­ment le contraire. Mais ce que la trans­crip­tion mon­tre­ra uti­le­ment, c’est la tac­tique de Barait­ser qui consiste à inter­rompre Fitz­ge­rald encore et encore, à mini­mi­ser ses argu­ments et à l’empêcher déli­bé­ré­ment d’entrer dans le vif du sujet. Le contraste avec son trai­te­ment de Lewis ne pour­rait être plus prononcé.

Nous allons donc main­te­nant pré­sen­ter les argu­ments juri­diques eux-mêmes.

James Lewis pour l’accusation, pour­sui­vant ses argu­ments de la veille, a décla­ré que le Par­le­ment n’avait pas inclus dans la loi de 2003 une inter­dic­tion d’extradition pour des infrac­tions poli­tiques. Elle ne peut donc pas être réin­tro­duite dans la loi par un trai­té. « Intro­duire une inter­dic­tion des infrac­tions poli­tiques par une voie détour­née serait sub­ver­tir l’intention du Parlement ».

Lewis a éga­le­ment fait valoir qu’il ne s’agissait pas de délits poli­tiques. Au Royaume-Uni, la défi­ni­tion d’un délit poli­tique se limi­tait à un com­por­te­ment visant à « ren­ver­ser ou chan­ger un gou­ver­ne­ment ou à l’inciter à modi­fier sa poli­tique ». En outre, l’objectif doit être de chan­ger de gou­ver­ne­ment ou de poli­tique à court terme, et non pas dans un ave­nir indéterminé.

Lewis a décla­ré qu’en outre, le terme « infrac­tion poli­tique » ne pou­vait être appli­qué qu’aux infrac­tions com­mises sur le ter­ri­toire où l’on ten­tait d’opérer le chan­ge­ment. Ain­si, pour être qua­li­fié de délit poli­tique, Assange aurait dû les com­mettre sur le ter­ri­toire des États-Unis, mais il ne l’a pas fait.

Si Barait­ser déci­dait que l’interdiction des infrac­tions poli­tiques s’appliquait, le tri­bu­nal devrait déter­mi­ner la signi­fi­ca­tion de l’expression « infrac­tion poli­tique » dans le trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis et inter­pré­ter le sens des para­graphes 4.1 et 4.2 du trai­té. L’interprétation des termes d’un trai­té inter­na­tio­nal dépas­sait les pou­voirs de la cour.

Lewis a décla­ré que la conduite de Julian Assange ne pou­vait pas être qua­li­fiée de délit poli­tique. « Il est impos­sible de pla­cer Julian Assange dans la posi­tion d’un réfu­gié poli­tique ». L’activité dans laquelle Wiki­leaks était enga­gé n’était pas dans son sens propre une oppo­si­tion poli­tique à l’administration amé­ri­caine ou une ten­ta­tive de ren­ver­ser cette admi­nis­tra­tion. Par consé­quent, l’infraction n’était pas politique.

Pour la défense, Edward Fitz­ge­rald a répon­du que la loi sur l’extradition de 2003 était une loi d’habilitation en ver­tu de laquelle les trai­tés pou­vaient s’appliquer. Le Par­le­ment s’est sou­cié de sup­pri­mer toute menace d’abus de l’interdiction des infrac­tions poli­tiques pour cou­vrir les actes ter­ro­ristes de vio­lence contre des civils inno­cents. Mais il reste une pro­tec­tion claire, accep­tée dans le monde entier, pour la dis­si­dence poli­tique paci­fique. Le trai­té d’extradition sur la base duquel la cour agis­sait en tient compte.

M. Barait­ser inter­rompt la séance en indi­quant que le trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a pas été inté­gré au droit anglais.

Fitz­ge­rald répond que l’ensemble de la demande d’extradition est basée sur le trai­té. C’est un abus de pro­cé­dure pour les auto­ri­tés de s’appuyer sur le trai­té pour la demande mais de pré­tendre ensuite que ses dis­po­si­tions ne s’appliquent pas.

« À pre­mière vue, c’est un argu­ment très bizarre qu’un trai­té qui donne lieu à l’extradition, sur lequel l’extradition est fon­dée, puisse être igno­ré dans ses dis­po­si­tions. À pre­mière vue, c’est absurde » a dit Edward Fitz­ge­rald pour la défense

Fitz­ge­rald a ajou­té que les tri­bu­naux anglais inter­prètent les trai­tés tout le temps. Il a don­né des exemples.

Fitz­ge­rald a pour­sui­vi en disant que la défense n’acceptait pas que la tra­hi­son, l’espionnage et la sédi­tion ne soient pas consi­dé­rés comme des délits poli­tiques en Angle­terre. Mais même si l’on accep­tait la défi­ni­tion trop étroite de Lewis de l’infraction poli­tique, le com­por­te­ment d’Assange répon­dait quand même au cri­tère. Quel pour­rait être le motif de la publi­ca­tion des preuves des crimes de guerre et de la cor­rup­tion du gou­ver­ne­ment, si ce n’est de chan­ger la poli­tique du gou­ver­ne­ment ? En effet, les preuves prou­ve­raient que Wiki­leaks a effec­ti­ve­ment chan­gé la poli­tique du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, en par­ti­cu­lier sur l’Irak.

Barait­ser a inter­fé­ré en disant que dénon­cer les méfaits du gou­ver­ne­ment n’était pas la même chose que d’essayer de chan­ger la poli­tique du gou­ver­ne­ment. Fitz­ge­rald lui a deman­dé, fina­le­ment exas­pé­ré après d’innombrables inter­rup­tions, quel autre inté­rêt il y aurait à expo­ser les méfaits du gou­ver­ne­ment que d’induire un chan­ge­ment de poli­tique gouvernementale.

C’est ain­si que se ter­minent les plai­doi­ries d’ouverture de l’accusation et de la défense.

MON COMMENTAIRE PERSONNEL

Per­­met­­tez-moi d’être aus­si neutre que pos­sible. Si vous pou­viez affir­mer avec jus­tesse que l’argument de Lewis était beau­coup plus logique, ration­nel et intui­tif que celui de Fitz­ge­rald, vous pour­riez com­prendre pour­quoi Lewis n’avait pas besoin d’être inter­rom­pu alors que Fitz­ge­rald devait être conti­nuel­le­ment inter­rom­pu pour « cla­ri­fi­ca­tion ». Mais en fait, c’est Lewis qui a fait valoir que les dis­po­si­tions du trai­té même en ver­tu duquel l’extradition est effec­tuée ne s’appliquent pas, une étape logique qui, à mon avis, deman­de­rait un peu plus d’explications que l’argumentaire contraire de Fitz­ge­rald. Le har­cè­le­ment que Barait­ser a fait subir à Fitz­ge­rald lorsqu’il a mis l’accusation dans les cordes est tout droit sor­ti du livre de recettes des pro­cès staliniens.

La défense ne l’a pas men­tion­né, et je ne sais pas si cela figure dans leurs argu­ments écrits, mais j’ai trou­vé que l’argument de Lewis selon lequel il ne pou­vait s’agir de délits poli­tiques, parce que Julian Assange n’était pas aux États-Unis lorsqu’il les a com­mis, était d’une mal­hon­nê­te­té à cou­per le souffle. Les États-Unis reven­diquent une com­pé­tence uni­ver­selle. Assange est accu­sé de crimes de publi­ca­tion com­mis alors qu’il se trou­vait en dehors des États-Unis. Les États-Unis reven­diquent le droit d’inculper toute per­sonne de toute natio­na­li­té, par­tout dans le monde, qui nuit aux inté­rêts amé­ri­cains. En outre, ils affirment ici que, comme les docu­ments pou­vaient être vus sur Inter­net aux États-Unis, il y a eu infrac­tion aux États-Unis. En même temps, pré­tendre que cela ne pour­rait pas être un délit poli­tique puisque le crime a été com­mis en dehors des États-Unis est, comme Edward Fitz­ge­rald pour­rait le dire, à pre­mière vue absurde. Ce que, curieu­se­ment, Barait­ser n’a pas relevé.

L’argument de Lewis selon lequel le trai­té n’a aucune valeur en droit anglais n’est pas une inven­tion de sa part. Nigel Farage ne s’est pas maté­ria­li­sé de nulle part. Il existe en véri­té une longue tra­di­tion dans le droit anglais selon laquelle même un trai­té signé et rati­fié avec un pays étran­ger quel­conque, ne peut en aucun cas lier un tri­bu­nal anglais. Lewis pou­vait, et il l’a fait, faire jaillir des pages et des pages de juge­ments de juges à la face de bet­te­rave qui s’efforcent de dire exac­te­ment cela à la Chambre des Lords, avant d’aller tirer sur du gibier et don­ner la fes­sée au fils du valet. Lewis était par­ti­cu­liè­re­ment atta­ché à l’affaire du Tin Coun­cel [Ndt : Maclaine Wat­son and Co Ltd contre Inter­na­tio­nal Tin Coun­cil : HL 2 janv. 1989. Le Tin Coun­cil était un organe consti­tué par un trai­té inter­na­tio­nal non incor­po­ré dans la légis­la­tion du Royaume-Uni. … Un trai­té non incor­po­ré ne peut créer aucun droit ou obli­ga­tion dans le droit natio­nal. (Wiki­pe­dia)]

Il existe bien sûr une tra­di­tion contraire et plus éclai­rée, et un cer­tain nombre de juge­ments qui disent exac­te­ment le contraire, pour la plu­part plus récents. C’est la rai­son pour laquelle les argu­ments étaient si répé­ti­tifs, chaque par­tie ayant accu­mu­lé de plus en plus de volumes d’« auto­ri­tés » pour défendre son point de vue.

La dif­fi­cul­té pour Lewis – et pour Barait­ser – est que cette affaire n’est pas com­pa­rable au fait que j’achète une barre de cho­co­lat et que je me rende ensuite au tri­bu­nal parce qu’un trai­té inter­na­tio­nal sur les barres de cho­co­lat dit que la mienne est trop petite.

La loi sur l’extradition de 2003 est plu­tôt une loi d’habilitation dont dépendent ensuite les trai­tés d’extradition. Vous ne pou­vez donc pas extra­der en ver­tu de la loi de 2003 sans le trai­té. Le trai­té d’extradition de 2007 devient donc, dans un sens très réel, un ins­tru­ment exé­cu­tif léga­le­ment néces­saire pour auto­ri­ser l’extradition. Pour que les auto­ri­tés d’exécution enfreignent les termes de l’instrument exé­cu­tif néces­saire en ver­tu duquel elles agissent, il faut sim­ple­ment qu’il y ait un abus de pro­cé­dure. Ain­si, le trai­té d’extradition, en rai­son de sa nature et de la néces­si­té d’une action en jus­tice, est en fait inté­gré au droit anglais par la loi sur l’extradition de 2003 dont il dépend.

Le trai­té d’extradition est une condi­tion préa­lable néces­saire à l’extradition, alors qu’un trai­té sur les barres de cho­co­lat n’est pas une condi­tion préa­lable néces­saire à l’achat d’une barre de chocolat.

Je ne peux pas être plus clair. J’espère que c’est compréhensible.

Il est bien sûr dif­fi­cile pour Lewis que le même jour, la Cour d’appel se soit pro­non­cée contre la construc­tion de la troi­sième piste d’Heathrow, en par­tie à cause de son incom­pa­ti­bi­li­té avec l’Accord de Paris de 2016, bien que ce der­nier ne soit pas entiè­re­ment inté­gré au droit anglais par la loi sur le chan­ge­ment cli­ma­tique de 2008.

UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE ESSENTIELLE

Il est extrê­me­ment embar­ras­sant pour le Forei­gn and Com­mon­wealth Office (FCO) qu’un tri­bu­nal anglais répu­die l’application d’un trai­té que le Royaume-Uni a rati­fié avec un ou plu­sieurs États étran­gers. C’est pour­quoi, dans le monde moderne, des pro­cé­dures et des pré­cau­tions très sérieuses ont été mises en place pour s’assurer que cela ne puisse pas se pro­duire. Par consé­quent, l’argument de l’accusation selon lequel toutes les dis­po­si­tions du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 ne peuvent pas être mises en œuvre en ver­tu de la loi sur l’extradition de 2003, devrait être impossible.

Je dois expli­quer que j’ai moi-même négo­cié et super­vi­sé l’entrée en vigueur des trai­tés au sein du FCO. Le der­nier pour lequel j’ai per­son­nel­le­ment noué le ruban et oppo­sé le sceau de cire (lit­té­ra­le­ment) était le trai­té anglo-belge sur le pla­teau conti­nen­tal de 1991, mais j’ai par­ti­ci­pé à la négo­cia­tion d’autres trai­tés et le sys­tème que je vais décrire était tou­jours en place lorsque j’ai quit­té le FCO en tant qu’ambassadeur en 2005, et je crois qu’il n’a pas chan­gé aujourd’hui (et sou­­ve­­nez-vous que la loi sur l’extradition date de 2003 et que le trai­té d’extradition amé­­ri­­ca­­no-bri­­tan­­nique a été rati­fié en 2007, donc mes connais­sances ne sont pas dépas­sées). Les nomen­cla­tures minis­té­rielles changent de temps en temps, de même que l’organisation struc­tu­relle. Mais les bureaux et les fonc­tions que je vais décrire res­tent les mêmes, même si les noms peuvent être différents.

Tous les trai­tés inter­na­tio­naux com­portent un pro­ces­sus en deux étapes. Tout d’abord, ils sont signés pour mon­trer que le gou­ver­ne­ment est d’accord avec le trai­té. Puis, après un cer­tain délai, ils sont rati­fiés. Cette deuxième étape a lieu lorsque le gou­ver­ne­ment a auto­ri­sé la légis­la­tion et les autres orga­nismes requis à appli­quer le trai­té. C’est la réponse à l’observation de Lewis sur les rôles de l’exécutif et du légis­la­tif. La phase de rati­fi­ca­tion n’a lieu qu’après toute action légis­la­tive requise. C’est là toute la question.

C’est ain­si que cela se passe au FCO. Les fonc­tion­naires négo­cient le trai­té d’extradition. Il est signé pour le Royaume-Uni. Le trai­té signé est ensuite ren­voyé aux conseillers juri­diques du FCO, au dépar­te­ment de la natio­na­li­té et des trai­tés, au dépar­te­ment consu­laire, au dépar­te­ment nord-amé­­ri­­cain et à d’autres, puis il est envoyé aux avo­cats du Tré­sor et du Cabi­net, au minis­tère de l’Intérieur, au Par­le­ment et à tout autre dépar­te­ment gou­ver­ne­men­tal dont le domaine est concer­né par le trai­té en question.

Le trai­té fait l’objet d’un exa­men appro­fon­di afin de véri­fier qu’il peut être plei­ne­ment appli­qué dans toutes les juri­dic­tions du Royaume-Uni. Si ce n’est pas le cas, des modi­fi­ca­tions doivent être appor­tées à la loi pour qu’elle puisse être appli­quée. Ces modi­fi­ca­tions peuvent être appor­tées par une loi du Par­le­ment ou, plus géné­ra­le­ment, par une légis­la­tion secon­daire en uti­li­sant les pou­voirs confé­rés au secré­taire d’État par une loi. S’il existe déjà une loi du Par­le­ment en ver­tu de laquelle le trai­té peut être mis en œuvre, aucune loi d’habilitation ne doit être adop­tée. Les accords inter­na­tio­naux ne sont pas tous incor­po­rés indi­vi­duel­le­ment dans les lois anglaises ou écos­saises par une nou­velle légis­la­tion spécifique.

Il s’agit d’un pro­ces­sus très minu­tieux, mené étape par étape par des juristes et des fonc­tion­naires du FCO, du Tré­sor, du Cabi­net Office [dépar­te­ment exé­cu­tif du … Gou­ver­ne­ment bri­tan­nique – NdT], du Minis­tère de l’Intérieur, du Par­le­ment et d’autres ins­tances. Cha­cun exa­mi­ne­ra en paral­lèle chaque clause du trai­té et véri­fie­ra qu’elle peut être appli­quée. Toutes les modi­fi­ca­tions néces­saires pour don­ner effet au trai­té doivent ensuite être appor­tées – modi­fi­ca­tion de la légis­la­tion et démarches admi­nis­tra­tives néces­saires. Les conseillers juri­diques du FCO ne don­ne­ront le feu vert à la rati­fi­ca­tion du trai­té que lorsque tous les obs­tacles auront été levés, y com­pris la légis­la­tion, et que les fonc­tion­naires du Par­le­ment, du Tré­sor, du Cabi­net Office, du Minis­tère de l’Intérieur et du FCO auront tous cer­ti­fié que le trai­té est appli­cable au Royaume-Uni. Vous ne pou­vez abso­lu­ment pas rati­fier le trai­té avant que les conseillers juri­diques du FCO n’aient don­né cette autorisation.

Il s’agit d’un pro­ces­sus sérieux. C’est pour­quoi le trai­té d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni a été signé en 2003 et rati­fié en 2007. Il ne s’agit pas d’un retard anormal.

Je sais donc avec cer­ti­tude que TOUS les ser­vices juri­diques com­pé­tents du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique DOIVENT avoir conve­nu que l’article 4.1 du trai­té d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis pou­vait être mis en œuvre en ver­tu de la loi sur l’extradition de 2003. Cette cer­ti­fi­ca­tion doit avoir eu lieu, sinon le trai­té n’aurait jamais pu être ratifié.

Il s’ensuit néces­sai­re­ment que le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, en cher­chant à faire valoir main­te­nant que l’article 4.1 est incom­pa­tible avec la loi de 2003, ment sciem­ment. [gras ajou­té par le tra­duc­teur] Il ne pour­rait y avoir d’abus de pro­cé­dure plus flagrant.

J’ai tenu à ce que l’audition sur ce point par­ti­cu­lier se ter­mine afin de pou­voir vous faire béné­fi­cier de mon expé­rience. Je vais me repo­ser pour l’instant, mais plus tard dans la jour­née, j’espère pou­voir conti­nuer à m’exprimer sur l’échange d’hier au tri­bu­nal concer­nant la libé­ra­tion de Julian du sa cage blin­dée antiterroriste.

Avec mes remer­cie­ments à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont ins­crits pour rendre ce repor­tage pos­sible. Je tiens à sou­li­gner une fois de plus que je ne veux abso­lu­ment pas que qui­conque donne quoi que ce soit si cela lui cause le moindre pro­blème financier.

Cet article est entiè­re­ment libre de repro­duc­tion et de publi­ca­tion, y com­pris en tra­duc­tion, et j’espère vive­ment que les gens le feront acti­ve­ment. La véri­té nous ren­dra libres.

Craig MURRAY

Tra­duc­tion « Ils jouent à la jus­tice comme on joue à la dinette : en fai­sant sem­blant » par Vik­tor Dedaj pour Le Grand Soir avec pro­ba­ble­ment toutes les fautes et coquilles habituelles

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Formidable coup de gueule de Virginie Despentes : Césars : « Désormais on se lève et on se barre »

« Désormais on se lève et on se barre »

Vir­gi­nie Des­pentes : « Que ça soit à l’Assemblée natio­nale ou dans la culture, vous, les puis­sants, vous exi­gez le res­pect entier et constant. Ça vaut pour le viol, les exac­tions de votre police, les césars, votre réforme des retraites. En prime, il vous faut le silence de victimes. »

Tri­bune. Je vais com­men­cer comme ça : soyez ras­su­rés, les puis­sants, les boss, les chefs, les gros bon­nets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pou­voir en tra­vers de la gueule, ça fait tou­jours aus­si mal. Tout ce week-end à vous écou­ter geindre et chia­ler, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à pas­ser vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célé­brer Polans­ki tran­quilles et que ça vous gâche la fête mais der­rière vos jéré­miades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le mes­sage passe cinq sur cinq : cette notion de consen­te­ment, vous ne comp­tez pas la lais­ser pas­ser. Où serait le fun d’appartenir au clan des puis­sants s’il fal­lait tenir compte du consen­te­ment des domi­nés ? Et je ne suis cer­tai­ne­ment pas la seule à avoir envie de chia­ler de rage et d’impuissance depuis votre belle démons­tra­tion de force, cer­tai­ne­ment pas la seule à me sen­tir salie par le spec­tacle de votre orgie d’impunité.

Il n’y a rien de sur­pre­nant à ce que l’académie des césars élise Roman Polans­ki meilleur réa­li­sa­teur de l’année 2020. C’est gro­tesque, c’est insul­tant, c’est ignoble, mais ce n’est pas sur­pre­nant. Quand tu confies un bud­get de plus de 25 mil­lions à un mec pour faire un télé­film, le mes­sage est dans le bud­get. Si la lutte contre la mon­tée de l’antisémitisme inté­res­sait le ciné­ma fran­çais, ça se ver­rait. Par contre, la voix des oppri­més qui prennent en charge le récit de leur cal­vaire, on a com­pris que ça vous soû­lait. Alors quand vous avez enten­du par­ler de cette sub­tile com­pa­rai­son entre la pro­blé­ma­tique d’un cinéaste cha­hu­té par une cen­taine de fémi­nistes devant trois salles de ciné­ma et Drey­fus, vic­time de l’antisémitisme fran­çais de la fin du siècle der­nier, vous avez sau­té sur l’occasion. Vingt-cinq mil­lions pour ce paral­lèle. Superbe. On applau­dit les inves­tis­seurs, puisque pour ras­sem­bler un tel bud­get il a fal­lu que tout le monde joue le jeu : Gau­mont Dis­tri­bu­tion, les cré­dits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et géné­reux, pour une fois. Vous ser­rez les rangs, vous défen­dez l’un des vôtres. Les plus puis­sants entendent défendre leurs pré­ro­ga­tives : ça fait par­tie de votre élé­gance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tri­bu­naux sont votre domaine, les médias vous appar­tiennent. Et c’est exac­te­ment à cela que ça sert, la puis­sance de vos grosses for­tunes : avoir le contrôle des corps décla­rés subal­ternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire pas­ser ce beau mes­sage : le res­pect qu’on leur doit s’étendra désor­mais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’Assemblée natio­nale ou dans la culture – marre de se cacher, de simu­ler la gêne. Vous exi­gez le res­pect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exac­tions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre poli­tique : exi­ger le silence des vic­times. Ça fait par­tie du ter­ri­toire, et s’il faut nous trans­mettre le mes­sage par la ter­reur vous ne voyez pas où est le pro­blème. Votre jouis­sance mor­bide, avant tout. Et vous ne tolé­rez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de sur­pre­nant à ce que vous ayez cou­ron­né Polans­ki : c’est tou­jours l’argent qu’on célèbre, dans ces céré­mo­nies, le ciné­ma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puis­sance de frappe moné­taire que vous venez adu­ler. C’est le gros bud­get que vous lui avez octroyé en signe de sou­tien que vous saluez – à tra­vers lui c’est votre puis­sance qu’on doit respecter.

Il serait inutile et dépla­cé, dans un com­men­taire sur cette céré­mo­nie, de sépa­rer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune dif­fé­rence de com­por­te­ments. Il est enten­du que les grands prix conti­nuent d’être exclu­si­ve­ment le domaine des hommes, puisque le mes­sage de fond est : rien ne doit chan­ger. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand Fores­ti se per­met de quit­ter la fête et de se décla­rer « écœu­rée », elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la pro­fes­sion à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entiè­re­ment assu­jet­ti à l’industrie ciné­ma­to­gra­phique, parce qu’elle sait que votre pou­voir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres bot­te­ront en touche. Pas un mot sur Polans­ki, pas un mot sur Adèle Hae­nel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous aga­cez de ce qu’une par­tie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souf­frez de ce qu’Adèle Hae­nel ait pris la parole pour racon­ter son his­toire d’enfant actrice, de son point de vue.

Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convo­qués dans un seul but : véri­fier le pou­voir abso­lu des puis­sants. Et les puis­sants aiment les vio­leurs. Enfin, ceux qui leur res­semblent, ceux qui sont puis­sants. On ne les aime pas mal­gré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des vio­leurs. On les aime pour ça. Pour le cou­rage qu’ils ont de récla­mer la mor­bi­di­té de leur plai­sir, leur pul­sion débile et sys­té­ma­tique de des­truc­tion de l’autre, de des­truc­tion de tout ce qu’ils touchent en véri­té. Votre plai­sir réside dans la pré­da­tion, c’est votre seule com­pré­hen­sion du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défen­dez Polans­ki : vous exi­gez qu’on vous admire jusque dans votre délin­quance. C’est cette exi­gence qui fait que lors de la céré­mo­nie tous les corps sont sou­mis à une même loi du silence. On accuse le poli­ti­que­ment cor­rect et les réseaux sociaux, comme si cette omer­ta datait d’hier et que c’était la faute des fémi­nistes mais ça fait des décen­nies que ça se gou­pille comme ça : pen­dant les céré­mo­nies de ciné­ma fran­çais, on ne blague jamais avec la sus­cep­ti­bi­li­té des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sou­rit. Si le vio­leur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quar­tier : police, pri­son, décla­ra­tions toni­truantes, défense de la vic­time et condam­na­tion géné­rale. Mais si le vio­leur est un puis­sant : res­pect et soli­da­ri­té. Ne jamais par­ler en public de ce qui se passe pen­dant les cas­tings ni pen­dant les pré­pas ni sur les tour­nages ni pen­dant les pro­mos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est tou­jours la loi du silence qui pré­vaut. C’est au res­pect de cette consigne qu’on sélec­tionne les employés.

Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la véri­té c’est qu’on est tou­jours sur­pris par l’outrecuidance du pou­voir. C’est ça qui est beau, fina­le­ment, c’est que ça marche à tous les coups, vos sale­tés. Ça reste humi­liant de voir les par­ti­ci­pants se suc­cé­der au pupitre, que ce soit pour annon­cer ou pour rece­voir un prix. On s’identifie for­cé­ment – pas seule­ment moi qui fais par­tie de ce sérail mais n’importe qui regar­dant la céré­mo­nie, on s’identifie et on est humi­lié par pro­cu­ra­tion. Tant de silence, tant de sou­mis­sion, tant d’empressement dans la ser­vi­tude. On se recon­naît. On a envie de cre­ver. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand mer­dier. On est humi­lié par pro­cu­ra­tion quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Por­trait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uni­que­ment parce qu’Adèle Hae­nel a par­lé et qu’il s’agit de bien faire com­prendre aux vic­times qui pour­raient avoir envie de racon­ter leur his­toire qu’elles feraient bien de réflé­chir avant de rompre la loi du silence. Humi­lié par pro­cu­ra­tion que vous ayez osé convo­quer deux réa­li­sa­trices qui n’ont jamais reçu et ne rece­vront pro­ba­ble­ment jamais le prix de la meilleure réa­li­sa­tion pour remettre le prix à Roman fucking Polans­ki. Him­self. Dans nos gueules. Vous n’avez déci­dé­ment honte de rien. Vingt-cinq mil­lions, c’est-à-dire plus de qua­torze fois le bud­get des Misé­rables, et le mec n’est même pas fou­tu de clas­ser son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récom­pen­sez. Et vous savez très bien ce que vous faites – que l’humiliation subie par toute une par­tie du public qui a très bien com­pris le mes­sage s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misé­rables, quand vous convo­quez sur la scène les corps les plus vul­né­rables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs par­mi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du vio­leur célé­bré ce soir-là et la situa­tion du quar­tier où ils vivent. Les réa­li­sa­trices qui décernent le prix de votre impu­ni­té, les réa­li­sa­teurs dont le prix est taché par votre igno­mi­nie – même com­bat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du ciné­ma, s’ils veulent bos­ser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spec­tacle des césars. Et les hasards du calen­drier font que le mes­sage vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour pro­tes­ter contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire pas­ser en force. C’est le même mes­sage venu des mêmes milieux adres­sé au même peuple : « Ta gueule, tu la fermes, ton consen­te­ment tu te le carres dans ton cul, et tu sou­ris quand tu me croises parce que je suis puis­sant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss. »

Alors quand Adèle Hae­nel s’est levée, c’était le sacri­lège en marche. Une employée réci­di­viste, qui ne se force pas à sou­rire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applau­dir au spec­tacle de sa propre humi­lia­tion. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voi­là com­ment je la vois votre his­toire du réa­li­sa­teur et son actrice ado­les­cente, voi­là com­ment je l’ai vécue, voi­là com­ment je la porte, voi­là com­ment ça me colle à la peau. Parce que vous pou­vez nous la décli­ner sur tous les tons, votre imbé­cil­li­té de sépa­ra­tion entre l’homme et l’artiste – toutes les vic­times de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de divi­sion mira­cu­leuse entre le corps vio­lé et le corps créa­teur. On trim­balle ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer com­ment je devrais m’y prendre pour lais­ser la fille vio­lée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on igno­rait sur la belle indus­trie du ciné­ma fran­çais par contre on a appris com­ment ça se porte, la robe de soi­rée. A la guer­rière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démo­lir le bâti­ment entier, com­ment on avance le dos droit et la nuque rai­die de colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en qua­­rante-cinq ans de céré­mo­nie – Adèle Hae­nel quand elle des­cend les esca­liers pour sor­tir et qu’elle vous applau­dit et désor­mais on sait com­ment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80 % de ma biblio­thèque fémi­niste pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon télé­phone pour cette sor­­tie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humi­liées, oui on n’a qu’à fer­mer nos gueules et man­ger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pou­voir et l’arrogance qui va avec mais on ne res­te­ra pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre res­pect. On se casse. Faites vos conne­ries entre vous. Célé­­brez-vous, humi­­liez-vous les uns les autres tuez, vio­lez, exploi­tez, défon­cez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est pro­ba­ble­ment une image annon­cia­trice des jours à venir. La dif­fé­rence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre domi­nés et domi­nants, entre ceux qui entendent confis­quer la nar­ra­tion et impo­ser leurs déci­sions et ceux qui vont se lever et se cas­ser en gueu­lant. C’est la seule réponse pos­sible à vos poli­tiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pou­voir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun res­pect pour votre mas­ca­rade de res­pec­ta­bi­li­té. Votre monde est dégueu­lasse. Votre amour du plus fort est mor­bide. Votre puis­sance est une puis­sance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner des­sus comme des minables est irres­pi­rable. On se lève et on se casse. C’est ter­mi­né. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

Vir­gi­nie DESPENTES.

Source : « Libé­ra­tion », https://​www​.libe​ra​tion​.fr/​d​e​b​a​t​s​/​2​0​2​0​/​0​3​/​0​1​/​c​e​s​a​r​s​–​d​e​s​o​r​m​a​i​s​–​o​n​–​s​e​–​l​e​v​e​–​e​t​–​o​n​–​s​e​–​b​a​r​r​e​_​1​7​8​0​212

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[Injustice chimiquement pure] Le journaliste Ami du peuple Julian Assange est torturé à mort par nos prétendus « représentants » dans le secret des geôles londoniennes alors qu’il n’est ACCUSÉ DE RIEN. Viktor Dedaj

Vik­tor Dedaj explique bien les men­songes mains­tream sur le cas Assange : 

JULIAN ASSANGE N’EST ACCUSÉ DE RIEN

Abon­­nez-vous au site de Vik­tor, Le Grand Soir, c’est un des meilleurs sites du pays pour se dés­in­toxi­quer des bobards des dominants.

#FreeAs­sange

Étienne.

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Doc RT 1h sur Julian ASSANGE : « LE COURAGE EST CONTAGIEUX »

J’aime cet homme. Il incarne pour moi le bien ; je le trouve exem­plaire de l’i­dée que je me fais du jour­na­liste : « sen­ti­nelle du peuple », vigi­lant et cou­ra­geux, inquié­tant vrai­ment les pou­voirs en révé­lant leurs intrigues et leurs crimes.

Le contraire de tous les pour­ris ven­dus « main­tream », qui pro­tègent les pou­voirs exploi­teurs et mar­ty­risent les lan­ceurs d’alerte.

Et la tor­ture à mort que lui infligent les cri­mi­nels dont il a pré­ci­sé­ment dévoi­lé les odieux for­faits n’en est que plus révoltante.

#FreeAs­sange

Julian Assange

Étienne.

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Rendez-vous à Longuyon (54) le 7 mars 2020 : quelle démocratie pour demain ? Représentative ? Directe ? Quelle place pour le RIC dans notre constitution ?

La pers­pec­tive d’un débat loyal avec un élu m’en­chante. Je me sou­viens d’une soi­rée pas­sion­nante sur ce for­mat, pen­dant une tour­née en Bre­tagne l’an passé :
[IMPORTANT]Soirée mémo­rable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (dépu­té LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bre­tons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

Je ne doute pas que ce pro­chain échange avec Xavier Palusz­kie­wicz sera à nou­veau très éclai­rant pour tout le monde.

Au plai­sir de vous y retrouver.

Étienne.

Annonce et réser­va­tion sur Facebook :
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Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

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« Presque toutes les guerres sont le résultat de mensonges médiatiques. » Julian Assange, martyr du journalisme pour avoir créé WIKILEAKS, UN OUTIL POPULAIRE CONTRE LES GUERRES

« Presque toutes les guerres sont le résul­tat de men­songes média­tiques. » Julian Assange

Écou­tez Julian parler :

Ils ont men­ti sur le Vietnam,
Ils ont men­ti sur l’Afghanistan,
Ils ont men­ti sur l’I­rak (2 fois),
Ils ont men­ti sur la Libye,
Ils ont men­ti sur la Syrie,
Ils ont men­ti sur le Yémen,
etc. !

Ils mentent tout le temps.
Impu­né­ment.

ASSANGE A CRÉÉ UNE SOLUTION PUISSANTE ET SOLIDE !
C’est LA cause de sa tor­ture depuis 10 ans, tor­ture à mort menée en notre nom (!) par les cri­mi­nels qu’il dénonce !!!

#FreeAs­sange

Étienne.