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Atelier constituant en direct avec Etienne Chouard #6 : LA JUSTICE ET LES JUGES, sur Nexus, 29 oct 2025 à 17h30

Avec Marc et Léo, et avec vous, mer­cre­di 29 octobre 2025 à 17h30, on va étu­dier le cas de LA JUSTICE et DES JUGES. Je pro­pose de suivre ces étapes : 1) VOCABULAIRE : il fau­drait défi­nir POLITIQUEMENT les mots JUSTICE et JUGE À mon avis, il faut inté­grer le pou­voir popu­laire dans la défi­ni­tion : il ne faut pas ins­ti­tuer un corps de juges au sein d’un peuple de jus­ti­ciables, sinon on risque une grande injus­tice — de la même façon qu’il ne faut pas ins­ti­tuer un corps armé à l’in­té­rieur d’un…

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COMMENT SORTIR D’UNE DICTATURE, sanitaire ou autre ? Saintes, 19 octobre 2025

COMMENT SORTIR D’UNE DICTATURE, sanitaire ou autre ? Saintes, 19 octobre 2025

Il y a 10 jours, j’ai par­ti­ci­pé (en visio) à un évé­ne­ment orga­ni­sé à Saintes par le Pr Trit­to. J’a­vais peu de temps, 45 minutes, et cela m’a for­cé à me concen­trer sur l’es­sen­tiel. Mais bon, c’est clair que je radote, par­don 🙂 Mais comme je radote sur des trucs super impor­tants, j’es­père que vous me com­pren­drez et sur­tout que vous com­pren­drez que votre heure à vous est venue : c’est vous main­te­nant dont le rôle désor­mais est de pro­pa­ger — avec vos mots nou­veaux, vos mots à vous — cette idée…

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Atelier constituant Lexical (ACL) sur MÉDIAS ET JOURNALISME, avec Amélie Ismaïli, lundi 27 octobre 2025, 19 h avec Démocraties Directes et l’AMDF

Chers amis, [report de date d’une semaine pour cause de grande panne mon­diale…] Je vous donne ren­dez-vous ce soir lun­di pro­chain, 27 octobre 2025, à 19 h, pour un ate­lier consti­tuant lexi­cal dédié aux mots JOURNALISME, JOURNALISTES et MÉDIAS. Je vais y réflé­chir avec Amé­lie Ismaï­li qui est, pour moi, pré­ci­sé­ment, une des jour­na­listes dignes de ce nom dans mon pays, une sen­ti­nelle du peuple, une citoyenne vigi­lante et cou­ra­geuse enquê­tant sur les intrigues des puis­sants du moment. Ça devrait…

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For­mat grille – For­mat articles complets

MÊME SIEYES LE DIT (en 1789) : « AUCUNE SORTE DE POUVOIR DÉLÉGUÉ NE PEUT RIEN CHANGER AUX CONDITIONS DE SA DÉLÉGATION »

« Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pouvoir ».

Sieyes lui-même (l’o­dieux qui a ensuite impo­sé l’i­dée que « dans un pays qui n’est pas une démo­cra­tie, — et la France ne sau­rait l’être —, le peuple ne peut par­ler ne peut agir que par ses repré­sen­tants »…) Sieyes lui-même cla­mait aus­si (tel­le­ment c’est évident) que seuls les repré­sen­tés peuvent fixer les règles de leur repré­sen­ta­tion, et au grand jamais les représentants !

« Mais qu’on nous dise d’après quelles vues, d’après quel inté­rêt on aurait pu don­ner une consti­tu­tion à la nation elle-même. La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout. Sa volon­té est tou­jours légale, elle est la loi elle-même. Avant elle et au-des­­sus d’elle il n’y a que le droit natu­rel. Si nous vou­lons nous for­mer une idée juste de la suite des lois posi­tives qui ne peuvent éma­ner que de sa volon­té, nous voyons en pre­mière ligne les lois consti­tu­tion­nelles, qui se divisent en deux par­ties : les unes règlent l’organisation et les fonc­tions du corps légis­la­tif : les autres déter­minent l’organisation et les fonc­tions des dif­fé­rents corps actifs. Ces lois sont dites fon­da­men­tales, non pas en ce sens qu’elles puissent deve­nir indé­pen­dantes de la volon­té natio­nale, mais parce que les corps qui existent et agissent par elles ne peuvent point y tou­cher. Dans chaque par­tie, la consti­tu­tion n’est pas l’ouvrage du pou­voir consti­tué, mais du pou­voir consti­tuant. Aucune sorte de pou­voir délé­gué ne peut rien chan­ger aux condi­tions de sa délé­ga­tion. » (Sieyes, « Qu’est-ce que le Tiers état ? » (1789))

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​5​5​0​2​3​7​6​5​2​317

Bon cou­rage pour vos ate­liers consti­tuants quo­ti­diens 🙂 avec vos voi­sins, vos cou­sins, vos copains, vos frangins…

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet : 

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​5​5​0​2​3​7​6​5​2​317

Le texte inté­gral du pam­phlet de Sieyes : Qu’est-ce que le Tiers état ? 

[Corruption de l’action publique en matière de santé] Cancer : l’art de ne pas regarder une épidémie, par Celia Izoard

Source : Ter­restre (1er juillet 2020), http://​www​.ter​restres​.org/​2​0​2​0​/​0​7​/​0​1​/​c​a​n​c​e​r​–​l​a​r​t​–​d​e​–​n​e​–​p​a​s​–​r​e​g​a​r​d​e​r​–​u​n​e​–​e​p​i​d​e​m​ie/

Com­ment se fait-il que, dans une socié­té fon­dée sur le trai­te­ment de l’information et la col­lecte de don­nées, il soit si dif­fi­cile d’ex­pli­quer la mul­ti­pli­ca­tion effré­née de cer­tains can­cers ? Célia Izoard en appelle à une refonte des méthodes épi­dé­mio­lo­giques pour enfin recon­naître l’im­pact de la pol­lu­tion sur la santé.

Article publié dans la revue Z
Numéro 13, Fumées noires et gilets jaunes
(en vente actuellement en librairie)

 

Voi­là un fait éton­nant : on ne sait pas com­bien de can­cers sur­viennent en France chaque année. Ce chiffre n’existe pas, il n’a pas été pro­duit. On ne sait pas exac­te­ment com­bien de can­cers sur­viennent, on ne sait pas où ils sur­viennent. Quand San­té publique France, l’agence de veille sani­taire, annonce, par exemple, 346 000 cas de can­cers pour l’année 2015, il s’agit d’une esti­ma­tion réa­li­sée à par­tir des registres des can­cers, qui couvrent entre 19 et 22 dépar­te­ments selon le can­cer étu­dié, soit 22 % de la popu­la­tion. « Cette métho­do­lo­gie, pré­cise le der­nier bilan publié en 2019, repose sur l’hypothèse que la zone géo­gra­phique consti­tuée par les registres est repré­sen­ta­tive de la France métro­po­li­taine en termes d’incidence des can­cers1. »

Pour­tant, le Tarn, l’Hérault ou le Finis­tère, cou­verts par des registres, sont des dépar­te­ments rela­ti­ve­ment épar­gnés par l’urbanisation et l’industrie. En revanche, les can­cers dans cer­taines des prin­ci­pales métro­poles du pays, comme Paris, Mar­seille et Tou­louse, ne sont pas décomp­tés. Et comme le montre une enquête de Viviane Thivent pour Le Monde, les dépar­te­ments les plus concer­nés par les sites Seve­so ne sont pas non plus cou­verts par les registres : la Moselle (43 sites « Seve­so seuil haut »), la Seine-Mari­­time (47), les Bouches-du-Rhône (44) 2. Un com­plot ? Non. La simple démons­tra­tion du fait que connaître l’impact des pol­lu­tions urbaines et indus­trielles n’a pas figu­ré jusqu’ici au pre­mier rang des pré­oc­cu­pa­tions des épidémiologistes.

« His­to­ri­que­ment, la mise en place des registres des can­cers cor­res­pond à des ini­tia­tives locales iso­lées », jus­ti­fie le pro­fes­seur Gau­tier Defos­sez, res­pon­sable du registre des can­cers du Poi­­tou-Cha­­rentes. « Elles ont ensuite été coor­don­nées par un comi­té natio­nal des registres. La sur­veillance des zones indus­trielles et urba­ni­sées est d’intérêt, seule­ment nous n’en avons pas les moyens. » Ques­tion naïve : étant don­né que la qua­­si-tota­­li­­té des soins liés aux can­cers est prise en charge par l’Assurance-maladie, pour­quoi n’est-il pas pos­sible de tra­vailler à par­tir de ses chiffres ? « Cela néces­si­te­rait de chan­ger la métho­do­lo­gie, car les registres dif­fé­ren­cient plus fine­ment les types de can­cer que les bases de don­nées de l’Assurance-maladie. Sur­tout, ce sont des don­nées sen­sibles aux­quelles nous n’avons pas accès », déplore Gau­tier Defos­sez. Des obs­tacles qui laissent son­geur, dans une socié­té de l’information où l’on donne sa date de nais­sance et son adresse per­son­nelle quand on s’achète une boîte de Doli­prane en phar­ma­cie, où le moindre clic est enre­gis­tré dans des bases de don­nées, absor­bé dans des sta­tis­tiques et mou­li­né par des algo­rithmes, où toutes les conver­sa­tions télé­pho­niques peuvent être loca­li­sées et enre­gis­trées à des fins de sur­veillance policière.

Dans un tel monde, il ne serait pas absurde de sup­po­ser l’existence d’une cel­lule de veille sani­taire dotée des moyens de car­to­gra­phier presque en temps réel les cas de can­cers recen­sés au moyen des fichiers des hôpi­taux, voire même signa­lés par un numé­ro vert. Si un taux anor­mal de telle ou telle tumeur appa­rais­sait dans un lieu don­né, par exemple – à tout hasard – autour d’une usine d’engrais ou d’une cen­trale nucléaire, une zone de la carte se met­trait à cli­gno­ter… Visi­ble­ment, un tel dis­po­si­tif pour­rait inté­res­ser du monde. Entre 2010 et 2015, San­té publique France a reçu une cin­quan­taine de signa­le­ment de taux de can­cers anor­maux dans des zones indus­trielles ou agri­coles, comme dans l’Aube, près de Sou­­laines-Dhuys, où l’on observe une véri­table épi­dé­mie de can­cers du pou­mon, du pan­créas et de leu­cé­mies à proxi­mi­té d’un centre de sto­ckage de déchets nucléaires 3

Sur­tout, les esti­ma­tions des taux de can­cer dont on dis­pose devraient nous inci­ter d’urgence à nous inté­res­ser à l’impact de notre envi­ron­ne­ment dégra­dé. Selon San­té publique France, entre 1990 et 2018, donc en près de trente ans, l’incidence – le nombre de nou­veaux cas de can­cers sur une année – a aug­men­té de 65 % chez l’homme et de 93 % chez la femme. Est-ce uni­que­ment parce que la popu­la­tion aug­mente et vieillit, comme on l’entend sou­vent ? Non ! Pour 6 % chez l’homme et pour 45 % chez la femme, cette ten­dance n’est pas attri­buable à la démo­gra­phie 4. Cer­tains can­cers sont en recul, comme le can­cer de l’estomac, grâce au trai­te­ment de la bac­té­rie Heli­co­bac­ter pylo­ri et, en gros, à la géné­ra­li­sa­tion des fri­gos 5, de même que les can­cers du larynx, du pha­rynx, de la lèvre et de la bouche, en grande par­tie grâce aux cam­pagnes de lutte contre l’alcoolisme et le taba­gisme. En revanche, les can­cers de l’intestin, du pou­mon, du pan­créas aug­mentent chaque année en moyenne de 2 à 5 % depuis trente ans. Chez les hommes, les can­cers de la pros­tate et des tes­ti­cules aug­mentent de plus de 2 % par an. Chez les femmes, les can­cers du foie, de l’anus et du pan­créas ont bon­di de plus de 3 % par an en moyenne depuis 1990. Pour les deux sexes, les can­cers de la thy­roïde ont aug­men­té de 4,4 % par an. Petite pré­ci­sion : 4,4 % par an, c’est beau­coup, puisque cela repré­sente une hausse de 234 % en 28 ans.

POURQUOI LE CANCER DU SEIN A‑T‑IL PROGRESSÉ DE 99 % EN VINGT-TROIS ANS ?

Com­ment expli­quer des pro­gres­sions aus­si spec­ta­cu­laires ? Dans un petit livre péda­go­gique, le toxi­co­logue André Cico­lel­la s’est employé à éclair­cir la ques­tion en s’arrêtant sur le can­cer du sein, dont une Fran­çaise sur huit sera atteinte au cours de sa vie 6. Entre 1990 et 2013, son inci­dence dans le monde a pro­gres­sé de 99 %, dont 38 % seule­ment en rai­son du vieillis­se­ment de la popu­la­tion. Cette hausse serait-elle un simple effet du dépis­tage, lié au fait qu’on détecte mieux les tumeurs ? En France, le dépis­tage géné­ra­li­sé n’a com­men­cé qu’en 2004, alors que la mala­die pro­gresse depuis 1950. Par ailleurs, les pays où le dépis­tage est sys­té­ma­tique (comme la Suède) ne sont pas ceux où l’incidence est la plus haute. Il s’agit donc d’une véri­table épi­dé­mie, au sens ori­gi­nel d’epi-dêmos, une mala­die qui « cir­cule dans la popu­la­tion », quoique non conta­gieuse, et même d’une pan­dé­mie, puisqu’elle s’étend au monde entier. Si l’on s’en tient aux chiffres pro­duits par les États, le pays le plus tou­ché serait la Bel­gique, avec 111,9 cas pour 100 000 femmes par an (contre 89,7 pour la France). Uti­li­sant des taux qui prennent en compte les dis­pa­ri­tés démo­gra­phiques comme celle du vieillis­se­ment, Cico­lel­la com­pare métho­di­que­ment cette situa­tion avec celle du Bhou­tan, un pays de taille com­pa­rable, dont le sys­tème de san­té est gra­tuit et fiable. L’incidence du can­cer du sein y est la plus faible au monde : 4,6 cas pour 100 000 femmes.

Des dif­fé­rences géné­tiques entre popu­la­tions peuvent-elles expli­quer de telles dis­pa­ri­tés ? Non, nous dit le toxi­co­logue. Plu­sieurs études montrent que « les femmes qui migrent d’un pays à l’autre adoptent rapi­de­ment le même taux que celui de leurs nou­velles conci­toyennes ». En une géné­ra­tion, le taux de can­cer du sein des migrantes sud-coréennes aux États-Unis a dou­blé, de même que celui des migrantes ira­niennes au Cana­da rat­trape celui des Cana­diennes, etc.

Bien plu­tôt, conclut Cico­lel­la, le Bhou­tan se dis­tingue de la Bel­gique en ce que ce der­nier, jamais colo­ni­sé, n’a pas connu de « révo­lu­tion indus­trielle, pas de révo­lu­tion verte à base de pes­ti­cides non plus, pas de pol­lu­tion urbaine » et a gar­dé long­temps un mode de vie tra­di­tion­nel. Le can­cer du sein, pour l’immense majo­ri­té des cas, est donc le fruit d’un sys­tème indus­triel. Causes envi­ron­ne­men­tales sus­pec­tées ou avé­rées : les trai­te­ments hor­mo­naux (pilule y com­prise), les champs élec­tro­ma­gné­tiques, la radio­ac­ti­vi­té, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens (pes­ti­cides, addi­tifs, dioxines, bis­phé­nol, tabac, etc.) et d’autres pro­duits issus de la chi­mie (ben­zène, PVC, sol­vants, etc.).

 

LES « MAUVAISES HABITUDES DE VIE »

Vous avez trois minutes devant vous ? Le can­cer vous pré­oc­cupe ? Alors ren­­dez-vous sur le site Inter­net de l’Institut natio­nal du can­cer (Inca) pour faire le quiz « Pré­ven­tion can­cers : 3 minutes pour faire le point ». Bilan per­son­nel : en cli­quant sur les pas­tilles rouges assor­ties d’un point d’exclamation, j’apprends que ma consom­ma­tion d’alcool, asso­ciée à une faible acti­vi­té phy­sique, m’expose à un sur-risque de can­cer du sein. Pour ne pas me décou­ra­ger, l’Inca annonce en gros titre que « 41 % des can­cers peuvent être pré­ve­nus en chan­geant son mode de vie : En 2015, en France, 142 000 nou­veaux cas de can­cer seraient attri­buables à des fac­teurs de risque modi­fiables 7. L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des can­cers en France, Ins­ti­tut natio­nal du can­cer, 4 février 2019 (e‑cancer.fr). » L’importance res­pec­tive de ces « fac­teurs de risque modi­fiables » est illus­trée par un joli dia­gramme éche­lon­nant divers fac­teurs de risque au pre­mier rang des­quels figurent le tabac (19,8 %), l’alcool (8 %) et la qua­li­té de l’alimentation (consom­ma­tion ou non de viande rouge, fruits, fibres, etc. – 5,4 %). Tout en bas du dia­gramme figurent les « sub­stances chi­miques de l’environnement », qui ne seraient res­pon­sables que de 0,1 % des can­cers. Pour par­ache­ver ce qui a tout l’air d’une démons­tra­tion, suit un autre gros titre : « Croyance : plus de can­cers attri­bués à la pol­lu­tion qu’à l’alcool ». Cette dénon­cia­tion de l’ignorance popu­laire est assor­tie d’un son­dage : « En 2015, plus des deux tiers des Fran­çais pen­saient que “la pol­lu­tion pro­voque plus de can­cers que l’alcool”, alors que […] la pol­lu­tion de l’air exté­rieur est res­pon­sable de moins de 1 % des nou­veaux cas de can­cers dus à des fac­teurs de risque modifiables. »

Tout d’abord, arrê­­tons-nous sur cette for­mule : n’est-il pas éton­nant que la « pol­lu­tion » soit ici résu­mée à « la pol­lu­tion de l’air exté­rieur » ? Qu’en est-il des pes­ti­cides, des nano­par­ti­cules, des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, des phta­lates, des métaux lourds que nous ingur­gi­tons à tra­vers les ali­ments, l’eau, les cos­mé­tiques et les tex­tiles ? des expo­si­tions pro­fes­sion­nelles à toutes sortes de pro­duits can­cé­ri­gènes pro­bables, pos­sibles ou avé­rés dont aucun n’est inter­dit, sauf l’amiante ? Il suf­fit de se repor­ter au dia­gramme pour voir que diverses sources de pol­lu­tions y sont sépa­rées en autant de fac­teurs de risque indui­sant, cha­cune, de très faibles pour­cen­tages de cas de can­cers. Un décou­page pour le moins arbi­traire. En effet, la caté­go­rie « sub­stances chi­miques de l’environnement » pour­rait très faci­le­ment recou­vrir un grand nombre de can­cers attri­bués à l’obésité et au sur­poids, eux-mêmes en par­tie cau­sés par les addi­tifs ali­men­taires, les pes­ti­cides, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens 8… Elle pour­rait aus­si absor­ber en par­tie les cases « expo­si­tions pro­fes­sion­nelles », « radia­tions ioni­santes ». En s’amusant à redé­cou­per ces caté­go­ries, on obtien­drait un taux à deux chiffres, et la pol­lu­tion devien­drait l’une des prin­ci­pales causes de l’épidémie de can­cers actuelle – de quoi démon­trer que la croyance du bas peuple n’est pas tout à fait dénuée de fondement…

D’autres biais impor­tants conduisent les épi­dé­mio­lo­gistes à sous-esti­­mer l’impact de la pol­lu­tion dans l’incidence du can­cer. Ain­si le dia­gramme men­tion­né, est-il pré­ci­sé, ne prend en compte que des fac­teurs de risque et des loca­li­sa­tions de can­cer asso­ciés pour les­quels le lien de cau­sa­li­té est déjà scien­ti­fi­que­ment bien éta­bli, comme le ben­zène pour les leu­cé­mies, l’amiante pour les can­cers du pou­mon. Mais s’il serait déjà impos­sible d’évaluer expé­ri­men­ta­le­ment la noci­vi­té des 248 055 sub­stances chi­miques dûment enre­gis­trées et régle­men­tées à ce jour, et encore moins leurs effets com­bi­nés, que dire des… 35 mil­lions de sub­stances chi­miques dif­fé­rentes qui sont aujourd’hui com­mer­cia­li­sées 9 ?

Par ailleurs, que signi­fie « sub­stance can­cé­ro­gène » ? « Tra­di­tion­nel­le­ment, on ne consi­dère une sub­stance comme can­cé­ro­gène que si elle pro­voque par elle-même des cel­lules can­cé­reuses, explique André Cico­lel­la. Or la bio­lo­gie du can­cer a pro­gres­sé : on sait main­te­nant que de nom­breuses sub­stances inter­viennent dans les très nom­breux méca­nismes du micro-envi­­ron­­ne­­ment de la tumeur. Par exemple, le bis­phé­nol A et cer­tains fon­gi­cides favo­risent la vas­cu­la­ri­sa­tion des cel­lules can­cé­reuses » Cela n’est pas pris en compte dans les esti­ma­tions pré­sen­tées au public.

 

QU’EST-CE QU’UN « CANCER ÉVITABLE » ?

Au-delà d’un pro­blème de déon­to­lo­gie, qui tient au fait de mar­te­ler comme des faits scien­ti­fiques des affir­ma­tions biai­sées, cette approche tra­duit sur­tout une stra­té­gie de san­té publique : lut­ter contre le can­cer en appe­lant cha­cun à modi­fier son com­por­te­ment, ce n’est pas for­cé­ment une mau­vaise idée, comme le montre la baisse d’incidence de cer­tains can­cers liés au taba­gisme chez l’homme. Il est bien légi­time que les poli­tiques de san­té publique incitent les gens à ne pas fumer, boire modé­ré­ment, faire du sport et man­ger des légumes. Le pro­blème vient de cette manière de s’adresser à tout un cha­cun en tant qu’Homo hygie­ni­cus en négli­geant de pen­ser la ques­tion sani­taire en termes de jus­tice sociale. Nous sommes loin d’être égaux et égales face à ces fac­teurs de risque. Man­ger bio coûte plus cher. Une équipe de l’Inserm est même par­ve­nue à mesu­rer que la fré­quen­ta­tion des super­mar­chés dis­count fai­sait gros­sir, compte tenu de la faible qua­li­té de pro­duits bour­rés d’additifs, de sucre, etc. La pos­si­bi­li­té de pra­ti­quer un sport reste un pri­vi­lège pour les familles sur­me­nées par la pré­ca­ri­sa­tion galo­pante de l’emploi. Bref, la notion de « com­por­te­ment » recouvre un fais­ceau de déter­mi­nismes sociaux, ce qui abou­tit à culpa­bi­li­ser les classes popu­laires avec leurs pré­ten­dues « mau­vaises habi­tudes » qui leur sont lar­ge­ment impo­sées – ne serait-ce que par un cadre de vie dans lequel on tombe plus faci­le­ment sur un Bur­ger King que sur un petit mar­ché de pro­duc­teurs bio. Ensuite, la stra­té­gie pré­sen­tant les mau­vaises habi­tudes de vie comme res­pon­sables du can­cer pré­sente l’inconvénient – ou l’avantage, c’est selon – de dédoua­ner les indus­triels des expo­si­tions aux sub­stances can­cé­ri­gènes qu’ils déversent mas­si­ve­ment dans l’environnement depuis plu­sieurs décen­nies. Dans le même temps, elle dédouane les pou­voirs publics de leur inac­tion face à cette pollution.

Le concept de « can­cer évi­table » est emblé­ma­tique de cette approche de san­té publique d’inspiration néo­li­bé­rale. Pour­quoi un can­cer évi­table ne serait-il pas un can­cer que les pou­voirs publics pour­raient évi­ter en pre­nant les mesures les plus directes ? On pour­rait par exemple consi­dé­rer qu’il est plus facile et plus direct d’agir sur l’exposition mas­sive aux pes­ti­cides, qui n’a pas plus de cin­quante ans, que sur la consom­ma­tion d’alcool, une tra­di­tion pas fan­tas­tique sur le plan sani­taire, mais plu­ri­mil­lé­naire et pro­fon­dé­ment ancrée dans les usages. Plus géné­ra­le­ment, n’est-il pas plus effi­cace d’agir sur la pra­tique de quelques dizaines d’industriels – par exemple en inter­di­sant la com­mer­cia­li­sa­tion d’un pro­duit mis en cause par un nombre d’études suf­fi­sant – que sur celle de 67 mil­lions d’individus aux marges de manœuvre très inégales ?

 

« LES ENFANTS ONT LE CANCER, ILS N’ONT NI BU, NI FUMÉ »

En août 2019, dans la salle d’attente du CHU de Rouen où sa fille de 5 ans est soi­gnée pour un neu­ro­blas­tome 10, Char­lène Bache­let a dis­cu­té avec une autre maman, qui vit dans la com­mune d’à côté, en bord de Seine, et dont l’enfant est lui aus­si atteint d’un can­cer. Au fil d’une petite enquête, elles ont dénom­bré, dans un rayon de dix kilo­mètres autour de leur domi­cile res­pec­tif d’Igoville, notam­ment dans la com­mune voi­sine de Pont-de‑l’Arche, en bord de Seine, une dizaine de cas d’enfants atteints, pour la plu­part, de can­cers du sang – soit un taux 100 fois supé­rieur au nombre de cas atten­dus 11. Pen­dant que l’enquête ouverte par l’agence régio­nale de san­té et San­té publique France suit son cours, Char­lène Bache­let, poli­cière muni­ci­pale, a mûri quelques hypo­thèses : « Nous, on n’est vrai­ment pas bio dans la famille, mais cer­tains enfants malades mangent bio depuis leur nais­sance. Nos habi­tudes de vie sont très dif­fé­rentes. Par contre, on a presque tous un petit pota­ger, et dans le voi­si­nage immé­diat, on a une grosse usine de pâte à papier, une usine de métal­lur­gie et une usine de pro­duits vétérinaires. »

Des his­toires sem­blables, il y en a dans toute la France. Dans des com­munes limi­trophes du Haut-Jura, dix enfants de 6 mois à 13 ans ont des can­cers, appre­­nait-on en novembre der­nier 12 ; de même en Loire-Atlan­­tique, dans le voi­si­nage de Sainte-Pazanne, où, depuis 2015, 17 cas ont été recen­sés dans la même zone. Un ques­tion­naire de 47 pages a été sou­mis aux parents, une bat­te­rie de pré­lè­ve­ments a été effec­tuée dans l’école et autour d’un ancien site indus­triel voi­sin. Mais une fois écar­tée la pré­sence d’une source de toxi­ci­té aiguë, l’enquête s’est arrê­tée en novembre 2019. Conclu­sion : il s’agirait d’un « regrou­pe­ment spa­­tio-tem­­po­­rel sans cause com­mune iden­ti­fiée 13 Com­mu­ni­qué de presse, agence régio­nale de san­té, pré­fec­ture de région Pays de la Loire et San­té publique France, 19 novembre 2019. » En d’autres termes, il y a bien un taux anor­mal de can­cers, mais l’agence régio­nale de san­té n’a rien trou­vé pour l’expliquer.

« San­té publique France assure qu’on ne peut pas faire d’études épi­dé­mio­lo­giques à par­tir de regrou­pe­ments de cas à l’échelle des com­munes, pour des rai­sons de métho­do­lo­gie » 14. « Les rai­sons de métho­do­lo­gie sont invo­quées par Jac­que­line Cla­vel, épi­dé­mio­lo­giste à l’Inserm et res­pon­sable du registre des can­cers de l’enfant, contac­tée par télé­phone » s’insurge Marie Thi­baud, mère d’un enfant malade à Sainte-Pazanne et thé­ra­peute fami­liale. « Mais si elle ne peut pas le faire, qui peut ? Ils auraient pu aller voir quels pro­duits sont uti­li­sés dans les cultures agri­coles aux alen­tours, s’intéresser aux effets cock­tail. Les enfants ont le can­cer, ils n’ont ni bu ni fumé, il y a for­cé­ment des causes envi­ron­ne­men­tales. » Face à ce qu’elle résume comme « une volon­té de ne pas cher­cher et de ne pas trou­ver », Marie Thi­baud a créé avec une tren­taine de parents le col­lec­tif Stop aux can­cers de nos enfants. Ils ont lan­cé une col­lecte sur Inter­net pour finan­cer des ana­lyses de l’environnement et des pré­lè­ve­ments sur les che­veux d’une ving­taine d’enfants, afin d’y tes­ter la pré­sence de 1 800 pol­luants orga­niques et 36 métaux toxiques 15.

En Europe, au cours des trente der­nières années, les can­cers de l’enfant ont aug­men­té de 1 à 2 % par an. En France, on recense 2 500 cas chaque année, 500 enfants en meurent. « 500 enfants par an !  Vous ima­gi­nez, si un acci­dent de bus tuait chaque mois qua­rante enfants ? » inter­roge André Cico­lel­la. « Le pro­blème serait pris au sérieux ! » Mais « tout se passe comme si, dans les esprits, la prio­ri­té en termes de gra­vi­té et d’urgence était par prin­cipe liée aux risques infec­tieux, comme si la conta­mi­na­tion chi­mique était par nature incer­taine quant à ses effets sani­taires 16″ On pense à l’émoi que déclenche chaque année l’apparition de foyers de rou­geole, qui donnent lieu à une sur­veillance sys­té­ma­tique dépar­te­ment par dépar­te­ment et à une mobi­li­sa­tion géné­rale des ser­vices de san­té. Depuis 2008, en France, la rou­geole a cau­sé… 17 morts. Pour le toxi­co­logue, l’augmentation des can­cers de l’enfant, preuve acca­blante de la dégra­da­tion de nos milieux de vie, jus­ti­fie d’urgence une vraie refonte des méthodes. « Le sys­tème dys­fonc­tionne, parce qu’on se can­tonne à l’épidémiologie, alors qu’il fau­drait déve­lop­per une vraie “expo­lo­gie”, une science de l’exposition aux pol­luants, croi­sée à une approche toxi­co­lo­gique et épi­dé­mio­lo­gique. Il faut aus­si ces­ser d’aligner l’action publique sur les exi­gences de pro­duc­tion de la véri­té scien­ti­fique. Dans le domaine de la science, il est sain d’entretenir le doute et de ne jamais consi­dé­rer un résul­tat comme défi­ni­tif. Dans le domaine de la san­té publique, c’est désas­treux. Il faut agir à par­tir du moment où on a un cer­tain niveau de pro­ba­bi­li­té. » Dans bien des cas, c’est maintenant.

Celia Izoard.

Interview croisée de Celia Izoard (revue Z), Antoine Klein (Revue Z) et Anne Marchand, chercheuse et membre du Giscop 93 (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-saint-Denis), auteure de “Si vous allez mourir, tapez étoile” (Revue Z n°13) consacré au parcours du combattant de la reconnaissance du cancer comme maladie professionnelle. Émission réalisée par des membres de la librairie Michèle Firk à retrouver sur notre audioblog Les sons des Terrestres :

 

Notes

1. « Esti­ma­tions natio­nales de l’incidence et de la mor­ta­li­té par can­cer en France métro­po­li­taine entre 1990 et 2018 : étude à par­tir des registres des can­cers du réseau Fran­cim – Syn­thèse », Gau­tier Defos­sez et autres, éd. San­té publique France, février 2019.

2. « En France, le décompte des cas de can­cer n’est effec­tué que pour 22 % de la popu­la­tion », Le Monde, 22 jan­vier 2019.

3. « En France, le décompte des cas de can­cer n’est effec­tué que pour 22 % de la popu­la­tion », art. cité. Voir aus­si les vidéos  sur la chaîne You­Tube du col­lec­tif « Trop – Pour­quoi trop de can­cers autour de Sou­laines ? », exemples d’épidémiologie popu­laire qui met en cause l’industrie nucléaire.

4. « Esti­ma­tions natio­nales de l’incidence et de la mor­ta­li­té par can­cer en France métro­po­li­taine entre 1990 et 2018 », étude citée.

5. Les can­cers de l’estomac sont liés à une ali­men­ta­tion fumée et salée, des moyens de conser­va­tion moins uti­li­sés aujourd’hui.

6. Can­cer du sein. En finir avec l’épidémie, éd. Les Petits Matins, 2016.

7. « L’Institut publie l’essentiel des faits et chiffres des can­cers en France », Ins­ti­tut natio­nal du can­cer, 4 février 2019 (e‑cancer.fr).

8. Sur le lien entre pol­lu­tion chi­mique et obé­si­té, voir l’excellente syn­thèse de Fabrice Nico­li­no, Un empoi­son­ne­ment uni­ver­sel, éd. Les liens qui libèrent, 2014, p. 275–280.

9. Ces chiffres très offi­ciels sont cités dans Un empoi­son­ne­ment uni­ver­sel, ouvr. cité, p. 406.

10. Tumeur maligne extracé­ré­brale du sys­tème nerveux.

11. L’affaire est révé­lée dans une série d’articles par Tho­mas Dubois, repor­ter à Paris-Nor­­man­­die, à l’automne 2019.

12. « Can­cers d’enfants anor­ma­le­ment éle­vés dans le Haut-Jura : des com­munes aba­sour­dies par la nou­velle »,  V. Hir­son et autres, 14 novembre 2019 ; et « Can­cers pédia­triques dans le Haut-Jura : “C’est inquié­tant, on se pose plein de ques­tions” », Sophie Cou­ra­geot, 15 novembre 2019, articles dis­po­nibles sur France Info (fran​ce3​-regions​.fran​cet​vin​fo​.fr).

13. « Com­mu­ni­qué de presse », agence régio­nale de san­té, pré­fec­ture de région Pays de la Loire et San­té publique France, 19 novembre 2019.

14. Les rai­sons de métho­do­lo­gie sont invo­quées par Jac­que­line Cla­vel, épi­dé­mio­lo­giste à l’Inserm et res­pon­sable du registre des can­cers de l’enfant, contac­tée par téléphone.

15. « L’introuvable expli­ca­tion des can­cers pédia­triques en France », Patri­cia Jol­ly, Le Monde, 4 février 2020. Voir aus­si la page du col­lec­tif Stop aux can­cers de nos enfants sur Papayoux​-soli​da​rite​.com.

16. Can­cer du sein, ouvr. cité, p. 100.


Mon com­men­taire sera sim­ple­ment de rap­pe­ler cette extra­or­di­naire vidéo (on ne s’en lasse pas – à faire connaître partout) :

Bon cou­rage à tous contre les innom­brables com­plots ds empoi­son­neurs publics.

Étienne.

#CeQui­Per­me­tAuxEm­poi­son­neurs­DAc­ca­pa­rer­Le­Pou­voir­CEst­LÉ­lec­tion

#Pas­De­Sou­ve­rai­ne­té­Po­pu­lai­re­Sans­Ti­ra­geAu­Sort

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­Cons­ti­tuante

[Fake constitutions, diviseuses, écrites par des constituants illégitimes et antidémocrates] Frustration Magazine : « UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME »

UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME :


https://​www​.face​book​.com/​F​r​u​s​t​r​a​t​i​o​n​M​a​g​/​p​h​o​t​o​s​/​a​.​1​7​4​1​0​2​1​1​2​7​8​4​4​1​0​/​1​4​3​8​0​3​9​9​0​3​0​5​7​285

Frus­tra­tion Maga­zine : « Nous saluons cette ini­tia­tive du gou­ver­ne­ment. Enfin on ose s’at­ta­quer à un sujet tabou, dont l’am­pleur aug­mente chaque année et qui pour­rit le quo­ti­dien de nom­breux Fran­çais. Le com­mu­nau­ta­risme bour­geois fait de ter­ribles dégâts, en cou­pant une classe sociale du reste de la popu­la­tion et en lui per­met­tant de s’or­ga­ni­ser pour l’ex­ploi­ter et la pré­ca­ri­ser. Ça suf­fit comme ça ! Nous pro­po­sons au pre­mier ministre d’in­té­grer dans son cou­ra­geux pro­jet de loi les mesures suivantes :

- Sup­pres­sion des grandes écoles et attri­bu­tion de leurs moyens à un sys­tème d’en­sei­gne­ment uni­ver­sel et qui abo­lisse la sépa­ra­tion entre for­ma­tions tech­niques, manuelles et intel­lec­tuelles. Les cols blancs imbus d’eux-mêmes cou­pés du ter­rain dans leur tour d’i­voire, nous n’en vou­lons plus, pas plus que l’entre-soi et le petit réseau qu’on cultive dans les écoles de la bour­geoi­sie. Les écoles pri­vées sub­ven­tion­nées, ça suf­fit. Si les bour­geois veulent s’é­du­quer entre eux, qu’ils payent eux-mêmes leurs lieux.

- Inter­dic­tion de la chasse à cour, des quar­tiers rési­den­tiels pri­vés et de l’a­chat d’îles : de plus en plus de nos conci­toyens riches se bar­ri­cadent dans leur propres espaces où ils pra­tiquent des loi­sirs coû­teux et atten­ta­toire à la bio­di­ver­si­té [et au res­pect des êtres sen­sibles]. Il est temps pour eux de se mêler à nou­veau au peuple et de ces­ser de se sépa­rer des autres. Et gra­tui­té pour le péage du Pont de l’Île de Ré : cet endroit est en train de deve­nir une zone de non-droit pour bour­geois, démocratisons-le.

- Fin du mono­pole bour­geois sur la poli­tique : notre Assem­blée natio­nale est pré­emp­tée par des avo­cats, patrons et hauts fonc­tion­naires. Il est temps de mettre fin à ce com­mu­nau­ta­risme poli­tique en impo­sant des quo­tas sociaux à chaque élec­tion. Il y a une moi­tié d’ou­vriers et d’employés dans la popu­la­tion, il nous faut une moi­tié d’ou­vriers et d’employés par­mi nos représentants.

Ce ne sont que quelques mesures d’ur­gences, en sur­face, mais le fond du pro­blème à régler tient évi­de­ment à la façon dont une seule classe sociale tire pro­fit du tra­vail des autres et, accu­mu­lant à chaque géné­ra­tion, se sépare chaque décen­nie un peu plus des lois de la Répu­blique ! La racaille bour­geoise, ça suffit ! »

Signé : Frus­tra­tion magazine

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Mon com­men­taire :

. L’é­lec­tion (par­mi des can­di­dats qu’on peut aider) donne tou­jours le pou­voir aux riches, par construc­tion, méca­ni­que­ment, fata­le­ment, éternellement.

. Le tirage au sort ne donne jamais le pou­voir aux riches, par construc­tion, méca­ni­que­ment, fata­le­ment, éternellement.

. Le choix de la pro­cé­dure – élec­tion ou tirage au sort – incombe aux repré­sen­tés – et sur­tout jamais aux repré­sen­tants, évi­dem­ment. Ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir. C’est aux simples citoyens eux-mêmes, direc­te­ment, d’é­crire et de cor­ri­ger les règles de leur repré­sen­ta­tion. Ils sont les seuls à pou­voir le faire cor­rec­te­ment, struc­tu­rel­le­ment, logiquement.

Le tirage au sort pro­tège la socié­té contre toutes les formes de com­mu­nau­ta­risme (et contre toutes les socié­tés secrètes, d’ailleurs), sans s’en prendre à qui que ce soit en par­ti­cu­lier, sans avoir à dési­gner des boucs émissaires.

Défendre une pro­cé­dure per­met d’é­vi­ter de s’at­ta­quer (vai­ne­ment) à des per­sonnes et de modi­fier (effi­ca­ce­ment) des struc­tures, ce qui per­met de régler –d’un coup et dura­ble­ment – un grand nombre de pro­blèmes qui parais­saient inso­lubles et éternels.

Réflé­chis­sez à ça, on est au niveau des racines de nos tour­ments. Et vous, per­son­nel­le­ment, vous avez un rôle impor­tant à jouer dans le déve­lop­pe­ment de ce plan.

Bon cou­rage à tous.

Étienne.

#Grè­ve­Gé­né­ra­le­Cons­ti­tuante

[Fake suffrage universel : élire n’est pas voter] Les Gilets jaunes, le RIC et Chouard… Et la muselière de la calomnie commode « rouge-brun »

Sou­ve­nir : je vis dans un pays où les vrais oppo­sants poli­tiques sont condam­nés dans les grands médias (et fina­le­ment bâillon­nés) sans jamais leur per­mettre loya­le­ment de se défendre :

Ici, dans cette émis­sion de C dans l’air du 18 jan­vier 2019, les com­men­ta­teurs se trompent : les gilets jaunes et Chouard ne contestent pas « toute forme de repré­sen­ta­tion », ils contestent « toute forme de repré­sen­ta­tion ins­ti­tuée (et ver­rouillée) par les repré­sen­tants », ce qui est tota­le­ment dif­fé­rent : ce n’est pas aux hommes au pou­voir d’é­crire les règles du pou­voir (la consti­tu­tion) ; ce n’est pas aux repré­sen­tants d’é­crire les règles de la repré­sen­ta­tion (la consti­tu­tion) ; ce n’est pas aux élus d’é­crire ou de modi­fier la constitution.

Les repré­sen­tés sont les seuls à être à la fois aptes et légi­times pour écrire et modi­fier la constitution.

Ce que les « élus » appellent men­son­gè­re­ment « le suf­frage uni­ver­sel » est un fake : élire n’est pas voter. Élire, c’est même le contraire de voter : élire, c’est renon­cer à voter.

Ce que les « élus » appellent men­son­gè­re­ment « la démo­cra­tie » est un fake : dans une vraie démo­cra­tie, un homme = une voix pour voter les lois, pas pour dési­gner des maîtres.

Le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif ins­ti­tué par les élus est (depuis le début) un sys­tème de domi­na­tion par­le­men­taire, c’est la néga­tion même de la démo­cra­tie : la répu­blique par­le­men­taire est anti­dé­mo­cra­tique, pen­sée et vou­lue dès son ori­gine, en 1789, comme rem­part contre la démocratie.

La pro­cé­dure de l’é­lec­tion est pro­fon­dé­ment, onto­lo­gi­que­ment (dans son être même), antidémocratique.

La seule pro­cé­dure authen­ti­que­ment démo­cra­tique est le tirage au sort.

La seule élec­tion accep­table en démo­cra­tie est l’é­lec­tion vou­lue et ins­ti­tuée par les élec­teurs eux-mêmes (et évi­dem­ment jamais l’é­lec­tion vou­lue et ins­ti­tuée par les élus).

La consti­tu­tion, c’est le contrat de tra­vail des élus. Ce n’est évi­dem­ment pas aux élus d’é­crire et modi­fier eux-mêmes leur propre contrat de travail

Les médias (tous ven­dus aux riches) ne donnent la parole qu’à l’op­po­si­tion contrô­lée (© 1984, Orwell), celle dont le sys­tème de domi­na­tion n’a rien à craindre. La « Prav­da des mil­liar­daires » (l’en­semble des médias ache­tés par les 9 per­sonnes les plus riches du pays) prive de toute parole les vrais oppo­sants politiques.

Je réclame (mais les tri­cheurs me refu­se­ront) des débats loyaux (démo­cra­tiques, quoi) avec mes contradicteurs.

Mais je doute que des gens comme Rudy Reichs­tadt ou Daniel Schnei­der­mann ou Jean-Michel Apha­tie ou Ali Bad­dou ou Laurent Jauf­frin ou les autres voleurs de droit de parole soient capables (ni aient le cou­rage) d’un tel débat : tout ce dont ils sont capables, appa­rem­ment, c’est de me taper dans le dos, à plu­sieurs, alors que je suis absent, ou atta­ché et bâillon­né… Pas de quoi se vanter.

Mais on lâche rien. Chouard mort ou vif, les Gilets jaunes consti­tuants vaincront 🙂

Étienne.

[Fake tirage au sort, fake démocratie] Sur la Convention Citoyenne pour le Climat, l’analyse de Ronald Mazzoleni

Chers amis,

Ronald Maz­zo­le­ni est un habi­tué du blog dont j’aime les ana­lyses, tou­jours mesu­rées et pertinentes.

Ronald m’a envoyé un tra­vail que je trouve remar­quable sur la récente « conven­tion citoyenne pour le cli­mat », pré­ten­du­ment « tirée au sort » ce qui jus­ti­fie qu’on y réflé­chisse ici.

Je garde de cette lecture :

1) l’i­dée qu’il ne faut jamais tri­po­ter l’é­chan­tillon que pro­duit le tirage au sort, sous peine de perdre com­plè­te­ment les ver­tus du tirage au sort,

2) que l’as­sem­blée tirée au sort doit être sou­ve­raine dans ses tra­vaux, et sur­tout pas liée par un man­dat impé­ra­tif qui fausse gra­ve­ment sa réflexion,

3) que tirer au sort une assem­blée déli­bé­ra­tive sans être tenu le moins du monde par ses conclu­sions est une évi­dente truan­de­rie poli­ti­cienne, une de plus : le tirage au sort doit être ins­ti­tué par les citoyens eux-mêmes, et jamais par des élus (qui sont par essence les pires enne­mis de cette pro­cé­dure pro­fon­dé­ment démocratique).

Mais bon, je recon­nais volon­tiers que je suis plus radi­cal que Ronald 🙂 C’est jus­te­ment ce que j’aime chez lui : il m’aide à me tem­pé­rer (un peu).

Je repro­duis ci-des­­sous son analyse.
Bonne lecture.

Étienne.


Sur la Convention Citoyenne pour le Climat

Chronologie et organisation

La Conven­tion citoyenne pour le cli­mat vient de ter­mi­ner ses tra­vaux et a remis son rap­port au ministre de la Tran­si­tion Écologique.

La pra­tique de la Conven­tion citoyenne des­ti­née à faire des pro­po­si­tions légis­la­tives est déjà connue dans dif­fé­rents pays, mais il s’agit d’une pre­mière en France. Cette Conven­tion, vou­lue par le Pré­sident Macron, a été une ten­ta­tive de réponse au mou­ve­ment des Gilets Jaunes.

Ce mou­ve­ment a eu comme évé­ne­ment déclen­cheur la mise en place de la « taxe car­bone » par le gou­ver­ne­ment en 2018. Celle-ci a été per­çue comme un ins­tru­ment d’ « éco­lo­gie puni­tive » qui pré­ten­dait prendre des mesures envi­ron­ne­men­tales sans se pré­oc­cu­per des consé­quences sociales.

La genèse de la Conven­tion est double. D’une part, le Conseil éco­no­mique, social et envi­ron­ne­men­tal (CESE) a orga­ni­sé un groupe de tra­vail avec un panel de 28 citoyens pour réflé­chir sur l’articulation entre tran­si­tion éco­lo­gique, par­ti­ci­pa­tion citoyenne et jus­tice fis­cale. Il est res­sor­ti de l’avis (« Frac­tures et tran­si­tions ») notam­ment la pro­po­si­tion de jurys citoyens tirés au sort qui pré­pa­re­raient les déci­sions. D’autre part, le col­lec­tif Gilets Citoyens a publié sur le site du Grand Débat Natio­nal une lettre ouverte en jan­vier 2019 pour récla­mer la créa­tion d’une Assem­blée citoyenne tirée au sort pour par­ache­ver ce Grand Débat.

L’idée a été reprise par l’exécutif qui sou­hai­tait béné­fi­cier d’une forme de légi­ti­mi­té popu­laire pour ses mesures en matière d’environnement des repré­sen­tants du col­lec­tif Gilets Citoyens, du CESE et du gou­ver­ne­ment se sont réunis pour pla­ni­fier l’organisation d’une Conven­tion citoyenne sur le cli­mat, qui est annon­cée par Emma­nuel macron dans sa confé­rence de presse du 25 avril.

Suite aux échanges entre le gou­ver­ne­ment, le col­lec­tif Gilets Citoyens et le CESE, il a été conve­nu que :

  • La Conven­tion sera indé­pen­dante du gou­ver­ne­ment, qui n’en pilo­te­ra pas les travaux
  • Les pro­po­si­tions seront reprises « sans filtres », c’est-à-dire que le gou­ver­ne­ment ne les rema­nie­ra pas, avant d’être sou­mise au Par­le­ment ou à refe­ren­dum, ou appli­quées par voie réglementaire
  • Le CESE orga­ni­se­ra la Conven­tion. Un Comi­té de Gou­ver­nance la pilotera.

Les membres du Comi­té de Gou­ver­nance ont été volon­tai­re­ment sélec­tion­nés pour leur spé­cia­li­té tout en équi­li­brant les lob­bys : 3 spé­cia­listes du cli­mat, 3 spé­cia­listes de la démo­cra­tie déli­bé­ra­tive, 4 membres issus du monde éco­no­mique et social, et 2 fonc­tion­naires du minis­tère. On note­ra déjà qu’il n’y a pas de volon­té à ce niveau de repré­sen­ta­ti­vi­té des opi­nions de la popu­la­tion. Par exemple, l’un des membres du comi­té affirme « être prise d’une peur panique en se levant le matin en pen­sant au chan­ge­ment cli­ma­tique », ce qui est une atti­tude très éloi­gnée de celle du Fran­çais moyen.

Le man­dat de la Conven­tion est signi­fié dans une lettre du Pre­mier Ministre Édouard Phi­lippe : « défi­nir les mesures struc­tu­rantes pour par­ve­nir, dans un esprit de jus­tice sociale, à réduire les émis­sions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 par rap­port à 1990 ». En outre, comme il vien­dra le pré­ci­ser dans son dis­cours d’ouverture, « il n’y a pas d’argent magique », et toutes les mesures qui coûtent doivent avoir un finan­ce­ment qui est pré­ci­sé (dette, impôt ou économies).

Le tirage au sort  a été de manière assez clas­sique effec­tué par un ins­ti­tut de son­dage. 300.000 numé­ros de télé­phone ont été géné­rés auto­ma­ti­que­ment, pour obte­nir à la fin 150 membres et 40 sup­pléants. Il était signi­fié à la per­sonne appe­lée que « La Conven­tion Citoyenne Pour le Cli­mat annon­cée par le Pré­sident Emma­nuel Macron est orga­ni­sée par le Conseil éco­no­mique, social et envi­ron­ne­men­tal. L’objectif de cette conven­tion est d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique et de don­ner davan­tage de place à la par­ti­ci­pa­tion citoyenne dans la déci­sion publique. » et il leur était deman­dé s’ils accep­taient de par­ti­ci­per. L’échantillon a été consti­tué pour être repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion en ce qui concerne : le sexe, l’âge, le diplôme, la caté­go­rie socio-pro­­fes­­sion­­nelle, le type de ter­ri­toire, la zone géographique.

Le sou­ci de repré­sen­ta­ti­vi­té de l’échantillon a été très pous­sé. On remar­que­ra la prise en compte du type de ter­ri­toire (urbain/périurbain/rural). On aurait éven­tuel­le­ment aller plus loin en sélec­tion­nant aus­si selon l’orientation politique.

C’est le Comi­té de Gou­ver­nance qui a orga­ni­sé le pro­gramme de la Conven­tion et notam­ment sélec­tion­né les experts et inter­ve­nants. Comme il est d’usage dans ce type d’exercice, les par­ti­ci­pants ont eu le droit de faire recher­cher telle ou telle infor­ma­tion, ou d’ajouter ou de sup­pri­mer des inter­ve­nants. Dans leur ensemble, ces der­niers sont, comme on s’y attend, des per­sonnes enga­gées dans la lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. C’est aus­si le Comi­té de Gou­ver­nance qui défi­nit les thèmes à abor­der. Un point inté­res­sant : au début des tra­vaux, des citoyens membres de la conven­tion ont pu pos­tu­ler pour inté­grer le Comi­té. Un tirage au sort a eu lieu pour en sélec­tion­ner deux. Les déci­sions au sein du Comi­té se prennent par consensus.

Trois « garants » nom­més par les pré­si­dents de la chambre, du sénat et du CESE sur­veillaient l’indépendance des travaux.

Une équipe d’animation, char­gé d’organiser les échanges, était com­po­sée de pro­fes­sion­nels de l’accompagnement de débat citoyens (Euro­group Consul­ting, Mis­sions Publiques, Res publica).

Un « groupe d’appui », sélec­tion­né par le Comi­té de Gou­ver­nance ras­sem­blait des « experts ». Ceux-ci étaient char­gés notam­ment d’évaluer si la Conven­tion rem­plit bien l’objectif qui lui a été fixé, à savoir si leurs mesures pré­co­ni­sées per­met­tront bien de réduire les émis­sions de 40 %. Ce sont des « véri­fi­ca­teurs d’impact » (sic).

Des Cher­­cheurs-Obser­­va­­teurs sont des membres de groupes de recherche (CEVIPOF, etc) qui ont pos­tu­lé pour obser­ver et étu­dier le fonc­tion­ne­ment de la conven­tion. On peut donc ima­gi­ner pro­chai­ne­ment des rap­ports inté­res­sants sur son déroulement.

Enfin, un « Comi­té légis­tique » regrou­pait de juristes, enga­gés dans les matières envi­ron­ne­men­tales, char­gés de trans­crire les pro­po­si­tions de la Conven­tion en textes juri­diques qui pour­ront être sou­mis aux ins­tances légitimes.

Les tra­vaux se sont tenus d’octobre 2019 à juin 2020, sur 7 ses­sions de 3 jours. Les membres étaient défrayés (86 euros/jour + 10 euros/heures pour les per­sonnes venant sur leur temps de tra­vail). Loge­ment, tra­jets, repas, garde d’enfants étaient assu­rés. Entre les ses­sions, les membres pou­vaient conti­nuer à être en contact et à tra­vailler via une pla­te­forme en ligne.

Le public a pu aus­si par­ti­ci­per en ligne aux pro­po­si­tions. Il y a eu plu­sieurs mil­liers d’interventions de ce type.

L’ensemble du bud­get a été de 5 mil­lions d’euros (ce type d’organisation est donc uni­que­ment acces­sibles à des pou­voirs publics, cette somme n’aurait pas pu être réunie par des particuliers).

On peut retrou­ver les videos des ses­sions sur la chaine You­tube du CESE. Bizar­re­ment, seule une par­tie de ces tra­vaux étaient fil­més. On ne dis­pose pas non plus mal­heu­reu­se­ment de comptes-ren­­dus publics écrit des auditions.

Le tra­vail était consti­tué d’activités plé­nière (à 150), ain­si que d’ateliers en petit groupes tirés au sort pour tra­vailler sur les dif­fé­rents thèmes. Le tra­vail en petit groupe per­met la prise de parole de tous. Mais bien enten­du, tout le tra­vail d’échantillonnage pour repré­sen­ter la popu­la­tion fran­çaise est entiè­re­ment per­du dès lors que l’on tra­vaille en sous-groupes. Ceux-ci ne reflètent plus sta­tis­ti­que­ment la popu­la­tion. C’est un biais connu des pra­ti­ciens de la démo­cra­tie déli­bé­ra­tive pour qui il suf­fit que le panel soit « diver­si­fié » plu­tôt que stric­te­ment repré­sen­ta­tif. On bute ici sur la limite entre la repré­sen­ta­ti­vi­té et les pos­si­bi­li­tés concrètes de délibérer.

Les tra­vaux semblent s’être dérou­lés sans accroc majeur. La par­ti­ci­pa­tion ne s’est pas étio­lée et il y avait à la fin encore plus de 140 per­sonnes pour voter les pro­po­si­tions finales (c’était le quo­rum néces­saire pour que le suf­frage final soit consi­dé­ré comme valide). Le vote se fai­sait par pro­po­si­tion, puis sur l’ensemble.

Le rap­port de 460 pages com­porte 149 pro­po­si­tions. Elles ont recueilli en géné­ral plus de 95 % de suf­frages posi­tifs. L’objectif de réduc­tion des gaz à effet de serre est com­bi­né avec une volon­té d’acceptabilité sociale. Une par­tie d’entre elles, mais pas toutes, ont bien reçu une trans­crip­tion juri­dique en pro­po­si­tion de loi ou autre. La bonne volon­té de l’équipe juri­dique pour appuyer les membres de la conven­tion est mani­feste. Ceci s’explique sans doute par le fait que ces juristes sont eux-mêmes enga­gés dans le domaine de l’écologie.

L’un des prin­ci­paux pro­blèmes de la réduc­tion des émis­sions de gaz a effet de serre a bien été per­çu : « Nous avons conscience que les pro­po­si­tions déve­lop­pées dans le cadre de la Conven­tion citoyenne pour le cli­mat et plus lar­ge­ment de la tran­si­tion éco­lo­gique ren­dront cer­taines acti­vi­tés en France et en Europe moins com­pé­ti­tives sur le mar­ché. Il faut donc s’assurer que les pro­duits faits en France et en Europe ne soient pas désa­van­ta­gés, ou encore, que des entre­prises soient ten­tées de délo­ca­li­ser leur acti­vi­té plu­tôt que de la ver­dir. » Si les acti­vi­tés indus­trielles pro­dui­sant des gaz à effet de serre sont détruites en France pour être recons­truite en Chine, et que les mêmes pro­duits sont ensuite réim­por­tés en France, l’intérêt est nul. La réforme serait même nui­sible à la France. Pour résoudre ce dilemme, il est pro­po­sé d’instaurer une bar­rière euro­péenne à l’entrée de ces pro­duits. Mais cette idée n’a pas été sou­mise à l’équipe juri­dique pour envi­sa­ger de la trans­crire en pro­po­si­tion de loi. 

Le rap­port intègre aus­si l’expression des avis dis­cor­dants sur les pro­po­si­tions votées, ain­si que les pro­po­si­tions qui ont été rejetées.

Après la remise du rap­port, le Pré­sident a bien accep­té toutes les pro­po­si­tions, sauf trois :

  • La taxe sur les dividendes
  • La limi­ta­tion à 110 km/h sur autoroute
  • La modi­fi­ca­tion du pré­am­bule de la constitution

Cette der­nière pro­po­si­tion pré­voyait l’ajout d’un para­graphe : « La conci­lia­tion des droits, liber­tés et prin­cipes qui en résultent ne sau­rait com­pro­mettre la pré­ser­va­tion de l’environnement, patri­moine com­mun de l’humanité. ». Même si celle-ci ne fai­sait pas l’unanimité au sein de la conven­tion (76 % de suf­frages favo­rables), elle témoigne tout de même de la radi­ca­li­té qui res­sort de cer­taines propositions.

La limi­ta­tion de la vitesse sur auto­route a aus­si été jugée trop cli­vante par Emma­nuel Macron qui avait déjà une mau­vaise expé­rience de la limi­ta­tion de la vitesse sur les routes nationales.

Il est inter­pel­lant que dans ces deux cas l’assemblée tirée au sort appa­raît plus radi­cale et le repré­sen­tant élu plus consensuel.

Quelques jours plus tard, c’est le ministre de l’économie Bru­no Lemaire qui s’oppose à son tour à cer­taines propositions.

Analyse

Qu’en rete­nir ?

Tout d’abord l’avancée que repré­sente la pre­mière orga­ni­sa­tion d’une conven­tion de citoyens tirés au sort ayant pour but de pré­sen­ter des pro­po­si­tions légis­la­tives. La France comble donc en par­tie son retard démo­cra­tique. [Ronald est vrai­ment trop gen­til 🙂 ÉC]

La réa­li­sa­tion pra­tique est un suc­cès. L’organisation logis­tique s’est faite selon les usages pra­ti­qués ailleurs dans ce genre de panel citoyens. Les par­ti­ci­pants se sont enga­gés, ont été pré­sents tout au long du man­dat, et ont remis leurs pro­po­si­tions confor­mé­ment au cahier des charges. La sur­ve­nue de la pan­dé­mie à coro­na­vi­rus au cours de l’exercice n’avait en outre pas faci­li­té les choses.

Les délais ont été tenus et ont été suf­fi­sants pour que les membres s’imprègnent du sujet et déve­loppent une série de pro­po­si­tions cohérentes.

Ceci ne doit pas nous aveu­gler sur ce dont il s’est agi. Nous ne sommes pas en face d’une assem­blée de citoyens qui fait sa propre loi. Elle a agi expli­ci­te­ment selon un man­dat. Man­dat qui lui a été don­né par le gou­ver­ne­ment : « réduire les émis­sions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 ». Les membres de la conven­tion n’ont pas eu l’initiative d’évaluer si ce but était per­ti­nent. C’est le gou­ver­ne­ment qui le défi­nit, et la conven­tion a la charge de le trans­crire en pro­po­si­tion de loi. On est en en face de l’équivalent poli­tique de ce qu’on appelle dans l’entreprise le « mana­ge­ment par objec­tif », méthode jugée plus moti­vante pour les exé­cu­tants : la direc­tion fixe des objec­tifs à atteindre, et les tra­vailleurs ont la liber­té d’employer les moyens qu’ils dési­rent pour le faire.

Le Comi­té de Gou­ver­nance a été consti­tuée de manière impro­vi­sée et sans légi­ti­mi­té. Il a été com­po­sé de membres dési­gnés pour moi­tié par le CESE, pour moi­tié par le col­lec­tif Gilets citoyens. La com­pé­tence a été pri­vi­lé­giée sur la repré­sen­ta­ti­vi­té, et l’on se retrouve avec un Comi­té homo­gène idéo­lo­gi­que­ment (pour faire bref : « de gauche et éco­lo­giste »). Cette homo­gé­néi­té se réper­cute dans l’ensemble de la struc­ture. On com­prend aisé­ment que pour une pre­mière ten­ta­tive de ce genre de conven­tion, ini­tiée en plein mou­ve­ments des Gilets Jaunes, on ne se soit pas encom­bré de for­ma­lisme. Et qu’il était néces­saire que cet essai réus­sisse pour pou­voir asseoir la légi­ti­mi­té de la méthode. Une homo­gé­néi­té dans l’organisation était une garan­tie pour un bon fonc­tion­ne­ment sur la durée. Mais cela ne peut deve­nir une règle. Il suf­fit d’imaginer une Conven­tion sur l’Immigration où un membre de Comi­té orga­ni­sa­teur explique « être pris d’une peur panique en se levant le matin en pen­sant aux arri­vées d’immigrés » pour com­prendre qu’un mini­mum de neu­tra­li­té de ce Comi­té est néces­saire. À noter que même le peu de diver­gence qu’il y avait en son sein a été cri­ti­qué : cer­tains ont repro­ché à l’un de ses membres, d’avoir été diri­geante d’une com­pa­gnie minière et donc de ne pou­voir y sié­ger (en fin de compte, elle a néan­moins été maintenue).

On peut tou­jours se satis­faire de l’absence de repré­sen­ta­ti­vi­té du Comi­té de Gou­ver­nance si celui-ci ne se mêle pas des tra­vaux. Mais dans cette expé­rience, c’est lui qui a sélec­tion­né les experts qui s’adressent à l’assemblée. Sélec­tion­ner les inter­ve­nants, c’est sélec­tion­ner l’information qui sera four­nie, et donc les solu­tions qui sor­ti­ront des débats. Encore une fois, s’agissant d’un pre­mier essai, cela est excu­sable pour s’assurer que les tra­vaux « roulent » bien, mais il est à l’avenir néces­saire que ce soient les citoyens eux-mêmes qui fixent leur pro­gramme et leurs interlocuteurs.

Plus grave et plus dif­fi­cile à cor­ri­ger est le pro­ces­sus de sélec­tion des membres. Tous les modes de sélec­tions ont leur biais. Mais il s’agit de plus que cela. Le man­da­taire (le gou­ver­ne­ment) fixe ici l’objectif : réduire de 40 % les émis­sions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas pour l’assemblée de se ques­tion­ner sur les pro­blèmes éco­lo­giques ; le pro­blème est déjà posé et la solu­tion avan­cée. Il faut seule­ment des volon­taires pour mettre en œuvre le man­dat fixé. Aus­si, toutes les per­sonnes pour qui le pro­blème du cli­mat n’est pas une prio­ri­té ou pour qui la solu­tion n’est pas adé­quate ne sont pas invi­tées à se pro­non­cer. Cela est bien expli­cite dans l’accroche télé­pho­nique rédi­gée par l’institut de son­dage qui recrute les citoyens. Cette sélec­tion par l’objectif se réper­cute immé­dia­te­ment dans la com­po­si­tion de l’assemblée. Lorsque le pre­mier jour des tra­vaux, un ani­ma­teur demande à la conven­tion « qui est venu pour l’urgence d’agir au niveau cli­ma­tique ? », 100 % de l’assemblée se lève, et quand il est deman­dé « qui pense tous les jours au chan­ge­ment cli­ma­tique », envi­ron 40 % se lève. Il faut être clair : une conven­tion ain­si consti­tuée n’est pas un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la popu­la­tion fran­çaise, mais une assem­blée de volon­taires pour appli­quer les direc­tives du commanditaire.

Il semble même que ce risque n’ait pas été per­çu par l’exécutif. Cer­tains de ses membres, une fois le rap­port remis, appa­raissent sur­pris par la radi­ca­li­té de cer­taines pro­po­si­tions. Ain­si, si la pro­po­si­tion de réduire la vitesse sur auto­route a été votée par 60 % des membres de la conven­tion, elle est reje­tée dans un son­dage par 75 % des Fran­çais. L’idée est fina­le­ment repous­sée par Emma­nuel Macron. Certes, le prin­cipe d’une conven­tion est par la déli­bé­ra­tion de faire évo­luer les posi­tions, et des per­sonnes qui se sont for­mées au sujet vote­ront dif­fé­rem­ment d’un échan­tillon son­dé dans la popu­la­tion géné­rale. Mais on ne peut nier ici l’impact du mode de recru­te­ment. On abou­tit au résul­tat para­doxal que les élus ont une opi­nion plus en phase avec le peuple que le panel sélec­tion­né par tirage au sort. [Moi, j’au­rais mis des guille­mets à « tirage au sort » 🙂 ce qui aurait fait dis­pa­raître et le para­doxe et la sur­prise… ÉC]

En ima­gi­nant l’hypothèse où la Conven­tion n’aurait pas reçu un man­dat gou­ver­ne­men­tal avec un objec­tif fixé en matière de réduc­tion de gaz a effet de serre, mais aurait sim­ple­ment eu la mis­sion de « pro­po­ser un pro­gramme de mesures envi­ron­ne­men­tales », le biais de sélec­tion aurait été moindre mais n’aurait pas dis­pa­ru. Il est connu qu’il y a dans la sélec­tion des jurys citoyens un biais lié aux sujets pro­po­sés. Ce sont les citoyens les plus inté­res­sés par le sujet qui acceptent le plus volon­tiers la convo­ca­tion. Si l’accroche télé­pho­nique avait consis­té en « Une conven­tion est orga­ni­sée pour pro­po­ser un pro­gramme envi­ron­ne­men­tal pour la France, vou­­lez-vous y par­ti­ci­per ? », il y aurait quand même eu une sur­re­pré­sen­ta­tion de per­sonnes se sen­tant concer­née par l’écologie dans le panel. Et on peut parier que les per­sonnes « inté­res­sée par l’environnement » sont aus­si celles qui sont les plus ten­tée de prendre des mesures visant à pro­té­ger l’environnement. De même que par exemple des per­sonnes « inté­res­sées par le sujet de la fin de vie » seraient cer­tai­ne­ment en fait plus pro-eutha­­na­­sie que la popu­la­tion géné­rale. Il y a de ces sujets où le fait de s’y inté­res­ser implique en pra­tique de pen­cher vers une cer­taine opi­nion sur la question.

Com­ment sup­pri­mer ce biais ? On peut ima­gi­ner plu­sieurs solutions.

Cer­tains orga­ni­sa­teurs de jurys citoyens sélec­tionnent les can­di­dats par des ques­tion­naires de manière à éli­mi­ner ceux qui ont déjà une opi­nion bien ancrée sur le domaine. Cela à l’avantage aus­si d’éviter de pola­ri­ser la déli­bé­ra­tion, mais ce genre de sélec­tion est assez dif­fi­cile à jus­ti­fier démocratiquement.

On pour­rait créer une assem­blée per­ma­nente de citoyens tirés au sort (en chan­geant par exemple le mode de recru­te­ment du CESE). Ils auraient alors pen­dant tout leur man­dat à déli­bé­rer sur toutes sortes de sujets qu’ils n’ont pas volon­tai­re­ment choi­si. Mais on retombe alors dans une forme de pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la déli­bé­ra­tion que l’on vou­lait jus­te­ment éviter.

On pour­rait recru­ter les membres de la conven­tion tirés au sort sans les aver­tir du sujet, ils ne le décou­vri­raient qu’une fois le pro­ces­sus accep­té. Mais il y aurait alors un grand risque d’abandons en cours de tra­vaux, si les per­sonnes ne sont pas du tout inté­res­sées par le sujet.

Le mieux serait peut-être, dès lors, que les Ins­ti­tuts char­gés de recru­ter les membres des conven­tions consti­tuent à l’avance une réserve de can­di­dats citoyens qui s’engagent à par­ti­ci­per à une pro­chaine assem­blée quel que soit le sujet. Lorsqu’une nou­velle conven­tion est orga­ni­sée, il suf­fi­rait alors de tirer au sort dans cette réserve. On aurait alors un panel à la fois repré­sen­ta­tif et moti­vé. La seule réserve est qu’ils ne pour­ront par par­ti­ci­per à des jurys dont le thème est la par­ti­ci­pa­tion citoyenne à la vie démo­cra­tique, leurs opi­nions sur ce point étant alors jus­te­ment trop biai­sé par rap­port à la popu­la­tion générale.

Il est impor­tant de réduire ce déca­lage entre l’opinion des panels tirées au sort et la popu­la­tion géné­rale. À défaut, les déci­sions prises par ces assem­blées seront reje­tées par l’opinion publique, ce qui mena­ce­rait rapi­de­ment la légi­ti­mi­té de la méthode. Cepen­dant, si les per­sonnes recru­tées ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment au fait des ques­tions abor­dées dans la conven­tion à laquelle ils par­ti­cipent, il fau­dra sans doute tenir compte d’un plus long délai pour qu’ils se docu­mentent et com­prennent bien les enjeux.

Concer­nant la trans­crip­tion juri­dique des pro­po­si­tions, cela ne semble pas un obs­tacle. L’aide d’une équipe de juristes est tout à fait effi­cace. Sur ce point, le fait que ceux-ci aient un a prio­ri favo­rable par rap­port aux tra­vaux de l’assemblée semble un avantage.

Enfin, il faut se rap­pe­ler que cette conven­tion citoyenne n’a pas de rôle offi­ciel dans l’élaboration de la loi. Ce que l’exécutif a ici accep­té a été ce qu’il pou­vait faire de mieux en l’état actuel des ins­ti­tu­tions. Il a été pro­mis que les pro­po­si­tions seraient trans­mises pour appli­ca­tion régle­men­taire, ou pour être sou­mise au par­le­ment ou à réfé­ren­dum. La voie légis­la­tive n’a pas chan­gé, et actuel­le­ment la mise en œuvre des pro­po­si­tions de ce genre de conven­tion reste sou­mise au bon vou­loir du per­son­nel poli­tique en place. Si l’on veut ancrer les méthodes de démo­cra­tie déli­bé­ra­tive dans la vie poli­tique du pays, il est néces­saire de consa­crer une place ins­ti­tu­tion­nelle à ces assem­blées citoyennes.

 

Préconisations

Il était envi­sa­gé, si l’expérience de la conven­tion citoyenne était un suc­cès, de la réité­rer. Afin d’en amé­lio­rer l’organisation à l’avenir, les mesures sui­vantes semblent nécessaires :

  • Défi­nir dans les textes la place de ces conven­tions dans le pro­ces­sus légis­la­tif, pré­ci­ser leur mode de fonc­tion­ne­ment, leur sélec­tion ain­si que la dési­gna­tion des dif­fé­rentes instances.
  • Assu­rer la diver­si­té du Comi­té de Gou­ver­nance, avec une repré­sen­ta­tion des opi­nions oppo­sées sur le thème traité.
  • Réduire l’emprise du Comi­té sur le pro­gramme et la sélec­tion des inter­ve­nant, et accroître l’autonomie de l’assemblée dans ce domaine.
  • Bien dis­tin­guer si l’objet de la conven­tion est la mise en œuvre d’objectifs fixés par le com­man­di­taire ou si les citoyens tirés au sort ont toute lati­tude pour s’emparer d’un thème donné.
  • S’assurer lors de la sélec­tion d’une réelle repré­sen­ta­ti­vi­té du panel par rap­port aux dif­fé­rentes opi­nions dans la popu­la­tion fran­çaise vis-à-vis du thème.

Ronald Maz­zo­le­ni.


Réfé­rences

- Le site de la Conven­tion Citoyenne pour le Cli­mat (avec notam­ment les videos de la pre­mière jour­née) : https://​www​.conven​tion​ci​toyen​ne​pour​le​cli​mat​.fr/

- Le rap­port final : https://​pro​po​si​tions​.conven​tion​ci​toyen​ne​pour​le​cli​mat​.fr/​p​d​f​/​c​c​c​–​r​a​p​p​o​r​t​–​f​i​n​a​l​.​pdf

- Le site du col­lec­tif Gilets Citoyens : https://​gilets​ci​toyens​.org/

- L’avis du CESE « Frac­tures et Tran­si­tions » : https://​www​.lecese​.fr/​t​r​a​v​a​u​x​–​p​u​b​l​i​e​s​/​f​r​a​c​t​u​r​e​s​–​e​t​–​t​r​a​n​s​i​t​i​o​n​s​–​r​e​c​o​n​c​i​l​i​e​r​–​l​a​–​f​r​a​nce

- Four­niau JM., 2019, La sélec­tion des mini-publics. Entre tirage au sort, moti­va­tion et dis­po­ni­bi­li­té, Par­ti­ci­pa­tions, 373–400 : https://​www​.cairn​.info/​r​e​v​u​e​–​p​a​r​t​i​c​i​p​a​t​i​o​n​s​–​2​0​1​9​–​H​S​–​p​a​g​e​–​3​7​3​.​h​tml#

[Sur notre humaine vulnérabilité aux bobards] Apprendre à se méfier des histoires officielles

L’his­toire des pay­sans a été écrite par les citadins 

l’his­toire des nomades a été écrite par les sédentaires 

L’his­toire des chas­­seurs-cueilleurs a été écrite par les agriculteurs 

L’his­toire des peuples sans État a été écrite par les scribes du palais 

Elles sont toutes réper­to­riées dans les archives sous le nom de « Chro­niques barbares »

Auteur ano­nyme

cité par James C. Scott dans son livre pas­sion­nant, « Homo domes­ti­cus. Une his­toire pro­fonde des pre­miers États », 2017, p 234.

On n’est riche que de ses amis, c’est dit ♥

Je vous pré­sente une bande de jeunes copains d’une cho­rale près de mon vil­lage, en Pro­vence. Ce que le confi­ne­ment les a conduits à faire ensemble est épatant.
On n’est riche que de ses amis, c’est dit ♥

Insurrection violente ou pas ? (+ Monnaie + Francis Cousin) Entretien avec Jean-Christophe Chavanon

J’ai pas­sé un moment avec Jean-Chris­­tophe Cha­va­non, hier soir au calme :

On a évo­qué les aspi­ra­tions actuelles (com­pré­hen­sibles) à la vio­lence insur­rec­tion­nelle, et l’al­ter­na­tive non vio­lente de notre muta­tion géné­rale en citoyens consti­tuants, deve­nus enfin méfiants de tous les pou­voirs, par prin­cipe et par méthode.

Il n’est pas sur­pre­nant, il est même logique et pré­vi­sible, que les hommes forts (aspi­rant à un pou­voir sans par­tage) méprisent et com­battent cette idée alter­na­tive, pour­tant pro­met­teuse, du point de vue popu­laire, si on la com­prend bien. 

Tâchez d’in­vi­ter la consti­tu­tion dans la plu­part de vos conver­sa­tions avec des incon­nus, et advienne que pourra.

Étienne.

PS : on aus­si par­lé de mon­naie et de créa­tion moné­taire sous contrôle populaire.

PPS : on a aus­si dit quelques mots de Fran­cis Cousin.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :
https://​face​book​.com/​s​t​o​r​y​.​p​h​p​?​s​t​o​r​y​_​f​b​i​d​=​1​0​1​5​8​2​1​2​5​9​8​0​7​7​3​1​7​&​i​d​=​6​0​0​9​2​2​316

[RIC, Gilets jaunes] Entrer dans un parti politique ? Ou multiplier les ateliers constituants populaires autonomes ?

Mer­ci à Benoît, pour la publi­ca­tion de cet extrait, et pour tout son tra­vail sur cette belle chaîne YT.

Les ate­liers consti­tuants, c’est le ser­vice mili­taire des citoyens, l’en­traî­ne­ment (auto-orga­­ni­­sé) où ils apprennent à se méfier des pou­voirs (et des hommes forts can­di­dats au pou­voir) et où ils apprennent à manier les armes contre les pou­voirs, où ils deviennent des sol­dats, des sol­dats de la démo­cra­tie, où ils deviennent des adultes poli­tiques, méfiants des puis­sants et jaloux de leur sou­ve­rai­ne­té, capables d’u­ti­li­ser les meilleures armes poli­tiques, loyalement.

Qu’un homme fort (qui se croit meilleur que les autres, qui vou­drait tout déci­der à la place des autres, qui vou­drait domi­ner le plus grand nombre) méprise et même déteste cette idée éman­ci­pa­trice d’au­to-ins­ti­tu­tion de la socié­té, ce n’est pas étonnant.

La seule piste de révo­lu­tion sans l’aide des finan­ciers, c’est la muta­tion géné­rale des élec­teurs en citoyens, donc constituants.

Aucune révo­lu­tion n’a jamais fonc­tion­né sans l’aide secrète d’un gang finan­cier rival du gang au pouvoir.

Le pro­jet d’une révo­lu­tion popu­laire vic­to­rieuse est un rêve de singe si on n’a pas for­mé des sol­dats poli­tiques avant.

Tâchez de par­ler de la consti­tu­tion autour de vous, sur­tout à des incon­nus, pour que nous soyions de plus en plus nombreux.

Étienne.

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[Mutation en citoyen constituant] Vincent Lindon : « comment ce pays si riche… »

Vers la fin de cette bonne syn­thèse, Vincent mute en citoyen constituant 🙂

Source : Media­part, https://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​0​6​0​5​2​0​/​u​n​–​a​p​p​e​l​–​d​e​–​v​i​n​c​e​n​t​–​l​i​n​d​o​n​–​c​o​m​m​e​n​t​–​c​e​–​p​a​y​s​–​s​i​–​r​i​chehttps://​www​.media​part​.fr/​j​o​u​r​n​a​l​/​f​r​a​n​c​e​/​0​6​0​5​2​0​/​u​n​–​a​p​p​e​l​–​d​e​–​v​i​n​c​e​n​t​–​l​i​n​d​o​n​–​c​o​m​m​e​n​t​–​c​e​–​p​a​y​s​–​s​i​–​r​i​che

 

Com­ment ce pays si riche…

Tra­ver­sé par le flot inces­sant des com­men­taires, déso­rien­té par l’addition d’analyses sou­vent contra­dic­toires, j’ai ten­té de réflé­chir à la ques­tion la plus banale : mais com­ment avons-nous pu en arri­ver là ? À cette situa­tion inédite, lit­té­ra­le­ment stupéfiante.

Spé­cia­liste en rien, inté­res­sé par tout, il m’a paru pour­tant utile de contri­buer en fai­sant entendre une voix sim­ple­ment citoyenne. Suis-je légi­time pour inter­pel­ler nos diri­geants, tous pro­fes­sion­nels de la chose publique, tous diplô­més des meilleures écoles ? Pas plus qu’un autre sans doute, mais pas moins non plus, ayant pris soin de consul­ter nombre d’avis auto­ri­sés, notam­ment dans le domaine de la san­té, où André Gri­mal­di [pro­fes­seur émé­rite de dia­bé­to­lo­gie au CHU de la Pitié-Sal­­pê­­trière – ndlr] m’a appor­té son éclairage.

Com­ment ce pays si riche, la France, sixième éco­no­mie du monde, a‑t‑il pu désos­ser ses hôpi­taux jusqu’à devoir, pour évi­ter l’engorgement des ser­vices de réani­ma­tion, se rési­gner à se voir accu­lé à cette seule solu­tion, utile certes, mais moyen­âgeuse, le confi­ne­ment ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pou­vions nous enor­gueillir d’avoir le meilleur sys­tème de san­té du monde.

C’était avant.

Avant que s’impose la folle idée que la san­té devait être ren­table, puisque tout désor­mais devait être mar­chan­dise, jusqu’à la vie des hommes.

Un espoir s’était pour­tant levé avec le nou­veau chef de l’État Emma­nuel Macron, et son pro­gramme pro­met­tant un « inves­tis­se­ment mas­sif dans le sys­tème de san­té ». Hélas, l’élection acquise, il pré­fé­ra pour­suivre l’action de ses pré­dé­ces­seurs. S’il n’est donc que le der­nier ava­tar d’une même poli­tique, il porte pour­tant une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière, pour avoir igno­ré tous les signaux d’alerte.

Douze mois de grève des urgences ? Les patients patienteront.

1 200 chefs de ser­vice démis­sionnent de leurs fonc­tions admi­nis­tra­tives ? Moins de paperasse.

Pré­sence mas­sive des soi­gnants dans toutes les mani­fes­ta­tions ? Sor­tez les LBD et les gre­nades de désencerclement…

Au-delà de la san­té, c’est l’ensemble du sec­teur public qui subit depuis des décen­nies les coups de bou­toir des pré­si­dents qui se suc­cèdent avec tou­jours la même obses­sion : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : pri­va­tions pour ce qui coûte (l’éducation, la jus­tice, la police, l’armée, la san­té…) et pri­va­ti­sa­tions pour ce qui rapporte.

Tan­dis que les bud­gets des minis­tères réga­liens sont com­pri­més et les salaires de leurs fonc­tion­naires blo­qués, la grande bra­de­rie est ouverte. Vil­le­pin solde les auto­routes, Nico­las Sar­ko­zy fait absor­ber Gaz de France par un groupe pri­vé, Suez, et enfin Fran­çois Hol­lande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand pro­fit de l’américain Gene­ral Electric.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête conti­nue. Deux entre­prises publiques, la Fran­çaise des jeux (FDJ) et Aéro­ports de Paris (AdP), sont très ren­tables ? Vendez-les !

Pour com­prendre l’attachement aveugle de notre pré­sident à cette ligne idéo­lo­gique, il est néces­saire de reve­nir sur trois années d’exercice de son pou­voir, que notre Consti­tu­tion a vou­lu absolu.

Qu’en rete­nir ?

Dès les pre­miers jours, une évi­dence : le goût du nou­veau pré­sident pour la pompe et les rites de la monar­chie, se met­tant régu­liè­re­ment en scène dans les décors de la royau­té ; ain­si a‑t‑il choi­si le palais du Louvre pour son intro­ni­sa­tion, mar­chant seul devant la pyra­mide, le châ­teau de Ver­sailles pour rece­voir Vla­di­mir Pou­tine, l’empereur du Japon ou 150 mil­lion­naires high-tech et, enfin, celui de Cham­bord pour célé­brer son 40e anniversaire.

Une pré­di­lec­tion annon­cée par des décla­ra­tions anté­rieures – en 2015, il affir­mait déjà : « Dans la poli­tique fran­çaise, l’absent est la figure du roi, dont je pense fon­da­men­ta­le­ment que le peuple fran­çais n’a pas vou­lu la mort » – et confir­mée jusque dans son pro­gramme, qui pré­voyait de réta­blir les chasses pré­si­den­tielles. Ce qui n’a rien d’un détail.

L’ego com­blé, le jeune homme allait pou­voir s’attaquer à son grand œuvre : bâtir cette « start-up nation » où les « pre­miers de cor­dée » allaient tirer vers les cimes ces « Gau­lois réfrac­taires ». Au pas de charge : sup­pres­sion de l’ISF et allè­ge­ment de l’impôt sur les pro­fits finan­ciers pour les uns, réformes res­tric­tives du droit du tra­vail ou des allo­ca­tions chô­mage et baisse des APL pour les autres. Cinq euros en moins sur les APL ! Mais qu’est-ce qui peut bien pas­ser par la tête d’un diri­geant pour accou­cher d’une aus­si mau­vaise idée ? La brume des som­mets obs­­cur­­cit-elle le juge­ment au point de lui faire oublier le poids des sym­boles ? C’était donc ça le « en même temps » macro­nien, des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien, des sacri­fices pour ceux qui ont besoin de tout ?

Mais c’est le pre­mier été du quin­quen­nat, et tout semble encore per­mis au conqué­rant de l’Élysée. Mal­gré quelques pro­tes­ta­tions, le nou­veau monde impose ses lois grâce au sou­tien de sa majo­ri­té obéis­sante et reconnaissante.

Pre­mier grain de sable à l’été 2018, l’affaire Benal­la et son trai­te­ment rocam­bo­lesque, qui jette une lumière crue sur la concep­tion et les pra­tiques du pouvoir.

Avec l’automne, un vent se lève, une révolte inat­ten­due et pour­tant évi­dente : des femmes et des hommes en jaune enva­hissent les ronds-points et les Champs-Ély­­sées, natu­rel­le­ment accom­pa­gnés par une très faible mino­ri­té qui pré­texte le port de la cha­suble pour cas­ser plu­tôt que pour reven­di­quer, une reven­di­ca­tion légi­time qui emporte l’adhésion de l’opinion, contrai­gnant le gou­ver­ne­ment à un repli tac­tique : 10 mil­liards jetés à la hâte pour ten­ter d’éteindre la colère sociale.

Trop tard. Les sacri­fiés de la mon­dia­li­sa­tion ultra­li­bé­rale veulent plus. Plus de moyens, certes, mais aus­si plus de pou­voirs, notam­ment celui de contrô­ler ceux dont la mis­sion est de les représenter.

Après la carotte, vient le temps du bâton. Une répres­sion bru­tale, poli­cière, avec mains arra­chées et mani­fes­tants ébor­gnés, mais aus­si judi­ciaire, avec une dis­tri­bu­tion mas­sive de condam­na­tions fermes. Pen­dant que les pou­voirs exé­cu­tif et judi­ciaire répriment, les légis­la­teurs fer­raillent pour impo­ser une réforme des retraites dont une majo­ri­té des Fran­çais ne veut pas.

Occu­pés à bâtir leur nou­veau monde, les res­pon­sables n’accordent qu’une atten­tion dis­traite à un virus agres­sif qui, par­ti de Chine, va très vite rava­ger la pla­nète et enva­hir la tota­li­té de l’espace poli­tique, don­nant à nos gou­ver­nants l’occasion de mon­trer l’étendue de leur compétence.

Dans les hôpi­taux, la situa­tion est dra­ma­tique. On manque de tout, de masques, de gel, de tests, de res­pi­ra­teurs, de lits et de per­son­nels en réani­ma­tion. Le 29 février, après que le Covid-19 a fait ses pre­mières vic­times en France, Édouard Phi­lippe convoque un conseil des ministres extra­or­di­naire consa­cré au virus. Une grande déci­sion en res­sort : uti­li­ser le 49–3 pour faire adop­ter la réforme des retraites !

Alors que l’épidémie pro­gresse, se fai­sant pan­dé­mie, le pou­voir s’affole, s’agite comme un pou­let sans tête. Sur quoi s’interroge l’exécutif aux pre­miers jours de mars ? Mais sur le main­tien des muni­ci­pales, bien sûr ! La veille du pre­mier tour, le pre­mier ministre joue les contor­sion­nistes, invi­tant les Fran­çais à res­ter chez eux, mais, en même temps, à aller voter. Cha­peau l’artiste !

Pen­dant que nos voi­sins alle­mands se mettent en ordre de bataille, le gou­ver­ne­ment fran­çais peau­fine sa communication.

Une seule stra­té­gie, mentir.

Relayant le dis­cours pré­si­den­tiel, l’équipe gou­ver­ne­men­tale mul­ti­plie les décla­ra­tions absurdes et contra­dic­toires. Ain­si affirme-t-on suc­ces­si­ve­ment qu’il ne s’agit que d’une « grip­pette », que l’épidémie, comme le nuage de Tcher­no­byl, ne tou­che­ra pas la France – alors même qu’à notre fron­tière sud, l’Italie est frap­pée –, puis qu’elle est « sous contrôle », avant de devoir avouer la gra­vi­té de la situation.

Sur la ques­tion cru­ciale des masques de pro­tec­tion, la parole offi­cielle est schi­zo­phrène : aux pre­miers temps, leur uti­li­té est affir­mée. D’ailleurs, il y en a des mil­lions en stock, prêts à être dis­tri­bués à la popu­la­tion en cas de besoin. La menace virale se pré­ci­sant, les masques sont sou­dain décla­rés inutiles, voire dan­ge­reux puisqu’on ne sait pas s’en ser­vir. Ce qui est fort oppor­tun, puisque les stocks se sont volatilisés.

Pschitt…

Plus de masques.

Pas même de quoi équi­per tous les soi­gnants qui doivent mon­ter au front armés de leur seul cou­rage. Bon, d’accord, pas de masques, mais ils arrivent. Quand ? Mais demain, bien sûr ! Hélas, les jours et les semaines passent, la pénu­rie per­siste. Igno­rés, mépri­sés et matra­qués quelques semaines plus tôt, les soi­gnants sont désor­mais por­tés aux nues.

Pour le com­mun des Fran­çais, le confi­ne­ment est la règle, chô­mage tech­nique pour les uns, télé­tra­vail pour les autres. Tous les Fran­çais ? Non. Pour les cais­sières, les livreurs, les éboueurs, les poli­ciers ou les pom­piers, l’activité doit se pour­suivre, quels que soient les périls. Eux qui for­maient le gros des bataillons en gilet jaune, naguère vili­pen­dés, sont désor­mais offi­ciel­le­ment essen­tiels. Exit les pre­miers de cor­dée, place aux pre­miers de corvée.

Le 23 avril, dans une adresse solen­nelle à la nation, le pré­sident Macron annonce enfin le décon­fi­ne­ment pour le 11 mai. Pour­quoi le 11 plu­tôt que le 5 ? Pour­quoi mai plu­tôt que juin ? Parce que.

Deux semaines plus tard, le pre­mier ministre en dévoile les condi­tions. Acte 1 : réou­ver­ture des crèches et des écoles pri­maires. Curieux puisqu’elles avaient été les pre­mières à être fer­mées, avant même le début du confi­ne­ment, au motif qu’elles étaient un lieu hau­te­ment favo­rable à la pro­pa­ga­tion du virus… Évi­dem­ment éco­no­mique – il s’agit bien sûr de libé­rer les parents de l’obligation de gar­der leurs jeunes enfants, pour leur per­mettre de reprendre le tra­vail –, la véri­table rai­son de ce choix sera pas­sée sous silence, voire niée, alors même qu’elle est audible : vou­loir évi­ter l’effondrement total de l’activité et son cor­tège de drames est après tout une moti­va­tion hau­te­ment respectable.

Empê­tré dans ses men­songes et ses omis­sions, le pour­voir ter­gi­verse. Très vite, le dis­cours s’infléchit : l’obligation de retour­ner en classe ne s’appliquera pas sys­té­ma­ti­que­ment. Les maires, les pré­fets pour­ront déci­der, ou non, de s’y conformer.

Mieux, les parents seront libres de gar­der leurs enfants à la mai­son. Dans les milieux favo­ri­sés, on n’hésitera guère. Mais dans les milieux plus modestes, le dilemme est cor­né­lien. Alors que le chô­mage enfle, dois-je expo­ser mon enfant au risque de tom­ber malade, ou accep­ter l’éventualité de perdre mon emploi ? Et si les parents sont d’avis contraires, le couple pour­­ra-t-il résis­ter, notam­ment si les choses tournent mal ? Ques­tions sans réponses…

Une bonne nou­velle, pour­tant : les masques arrivent. Des masques en tis­su, lavables et réuti­li­sables. Effi­caces ? « Oui, dit le Pr Gri­mal­di, contre la trans­mis­sion du virus. Mais comme ils n’empêchent pas le por­teur d’être infec­té lui-même, la mesure ne vaut que si elle s’impose à tous, dans l’espace public au moins. » Pri­son­nier de son dis­cours récent, le gou­ver­ne­ment ne peut se résoudre à rendre obli­ga­toires par­tout ces masques qu’hier encore il décla­rait inutiles. « Pour­tant, ajoute le PGri­mal­di, on a le droit de se trom­per, mais le devoir de recon­naître ses erreurs. »

Au rythme où s’enchaînent les évé­ne­ments, ce droit à l’erreur pour­rait bien m’être utile, mes pro­pos ris­quant de deve­nir rapi­de­ment caducs, tant les stra­té­gies gou­ver­ne­men­tales oscil­lent, sinon à la vitesse de la lumière, au moins à celle où se pro­page le virus.

En termes de ges­tion et de com­mu­ni­ca­tion de crise, je ne sais pas qui aurait pu faire mieux, mais je ne vois pas qui aurait pu faire pire.

En met­tant au jour ses insuf­fi­sances, cette crise pour­­rait-elle être l’occasion d’une refonte radi­cale de notre démo­cra­tie ? Dans un dis­cours célèbre, Chur­chill affir­mait que c’était là « le pire des sys­tèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Mais, ajou­­tait-il aus­si­tôt, « la démo­cra­tie n’est pas un lieu où on obtient un man­dat déter­mi­né sur des pro­messes, puis où on en fait ce qu’on veut ».

Si l’on s’accorde pour ne pas chan­ger de sys­tème, alors il faut chan­ger LE système.

Mais l’urgence est ailleurs. Déjà insup­por­tables, les inéga­li­tés ont explo­sé avec la pan­dé­mie. Confi­nés dans des loge­ments exi­gus ou contraints d’affronter les périls, les plus fra­giles vivent des jours ter­ri­ble­ment dif­fi­ciles. Et leurs len­de­mains ne chantent pas. Après la crise sani­taire, ils seront sûre­ment les pre­mières vic­times de l’inévitable catas­trophe éco­no­mique et sociale.

Que faire ?

L’État ne pou­vant pas tout, il me paraît impé­ra­tif d’innover. Com­ment ? En deman­dant aux plus grosses for­tunes une soli­da­ri­té envers les plus dému­nis. Cette idée, juste et légi­time, pour­rait prendre la forme d’une contri­bu­tion excep­tion­nelle, bap­ti­sée « Jean Val­jean », conçue comme une forme d’assistance à per­sonnes en dan­ger, finan­cée par les patri­moines fran­çais de plus de 10 mil­lions d’euros, sans acro­ba­ties, à tra­vers une taxe pro­gres­sive de 1 % à 5 %, avec une fran­chise pour les pre­miers 10 mil­lions d’euros.

À période excep­tion­nelle, contri­bu­tion excep­tion­nelle. Même si j’applaudirais évi­dem­ment tout amen­de­ment visant à péren­ni­ser cet effort de réduc­tion des inéga­li­tés. Après tout, une fois peut deve­nir coutume.

D’après les éco­no­mistes que j’ai pris soin de consul­ter, cette contri­bu­tion devrait repré­sen­ter envi­ron 36 à 37 mil­liards d’euros, qui seront dis­tri­bués aux quelque 21,4 mil­lions de foyers trop pauvres pour être assu­jet­tis à l’impôt sur le revenu.

Compte tenu de l’urgence, l’État assu­re­rait la tré­so­re­rie et abon­de­rait mar­gi­na­le­ment la col­lecte, leur dis­tri­buant sans délai et sans pré­lè­ve­ment, la somme de 2 000 €, à charge pour lui de recou­vrer ulté­rieu­re­ment le pro­duit de la contri­bu­tion « Jean Valjean ».

Même si je ne doute pas un ins­tant que les plus riches de nos conci­toyens se réjoui­ront de l’occasion ain­si offerte de mon­trer leur patrio­tisme et leur géné­ro­si­té, il me paraît pru­dent que les légis­la­teurs mettent en place des sanc­tions suf­fi­sam­ment dis­sua­sives pour décou­ra­ger les impro­bables mau­vaises volon­tés. Je pense ici, sur­tout, à nos com­pa­triotes domi­ci­liés fis­ca­le­ment à l’étranger, évi­dem­ment conviés à mani­fes­ter leur solidarité.

Mon rôle n’est évi­dem­ment pas d’entrer dans le détail de ces sanc­tions. Je vou­drais néan­moins en pro­po­ser une, essen­tiel­le­ment sym­bo­lique – car je crois, moi, à la force du sym­bole : allé­ger les réfrac­taires de leurs pesantes déco­ra­tions (Ordre du mérite ou Légion d’honneur, par exemple) pour leur per­mettre de gam­ba­der libre­ment dans les cou­loirs des hôpi­taux étran­gers, voire fran­çais, où ils seraient évi­dem­ment les bien­ve­nus après avoir refu­sé de finan­cer notre sys­tème de san­té natio­nal et plus géné­ra­le­ment notre ser­vice public. En un mot, leur pays.

Bien sûr, je sais que ces pré­cau­tions seront sans nul doute inutiles, tous ces pri­vi­lé­giés étant bien conscients de ce qu’ils doivent au pays qui les a for­més et sou­vent enri­chis. Mais la confiance n’excluant pas la pru­dence, de telles dis­po­si­tions ne sau­raient nuire.

Après cette mesure d’urgence, il sera temps de nous pen­cher sur les moyens de répa­rer notre démo­cra­tie. Com­ment ? On pour­ra s’étonner que je me pose la ques­tion et plus encore que j’essaie d’y répondre. Alors, sans pré­tendre déte­nir des solu­tions – j’ai gar­dé le sens du ridi­cule –, je me risque à évo­quer quelques pistes de réflexion.

Ins­ti­tuer des contre-pou­­voirs. La Consti­tu­tion de la Ve Répu­blique avait été taillée sur mesure pour le géné­ral de Gaulle. Un cos­tume bien trop grand pour ses récents suc­ces­seurs. D’autant que, depuis l’instauration du quin­quen­nat, le pré­sident dis­pose tou­jours, et pen­dant toute la durée de son man­dat, d’une franche majo­ri­té au Par­le­ment. Élue en même temps que lui, grâce à lui et sur son pro­gramme, l’Assemblée natio­nale a logi­que­ment la même cou­leur que l’Élysée et le légis­la­tif n’a donc pas voca­tion à s’opposer à l’exécutif.

Quant au pou­voir judi­ciaire, son indé­pen­dance n’est que théo­rique, tant il est simple de le contrô­ler par le jeu des nomi­na­tions et des pro­mo­tions. Depuis Mon­tes­quieu, qui a théo­ri­sé la sépa­ra­tion des pou­voirs (il n’en connais­sait que trois, lui), un qua­trième s’est impo­sé : la presse. Pro­blème : neuf mil­liar­daires en pos­sèdent l’immense majo­ri­té, on ne s’étonnera donc pas que l’intérêt des puis­sants soit ména­gé dans le trai­te­ment de l’information. Impuis­sante poli­ti­que­ment, la contes­ta­tion s’exprime là où elle le peut encore, dans la rue et dans les son­dages d’opinion.

Res­pon­sa­bi­li­ser les élus. Les élus devront être comp­tables de leur action devant le peuple dont ils ont obte­nu la confiance. Une élec­tion, c’est quoi ? C’est l’histoire d’un mec qui arrive et qui dit : « Faites-moi confiance, voi­là ce que je vais faire », et qui, une fois élu, ne le fait pas. À la place, il fait autre chose ou rien. Eh bien non, ça ne peut plus mar­cher comme ça. En cas de défaillance, il est néces­saire qu’ils puissent être démis de leur fonc­tions, démo­cra­ti­que­ment, c’est-à-dire si une frac­tion de citoyens le pro­pose et si une majo­ri­té d’électeurs l’exige.

Insis­tons : cette mesure doit s’appliquer à tous les élus, jusqu’au pré­sident de la Répu­blique, qui, en France, ne peut être démis par per­sonne en cours de man­dat, ni même être jugé depuis la scan­da­leuse déci­sion du Conseil consti­tu­tion­nel sous la pré­si­dence du dou­teux Roland Dumas.

Sanc­tion­ner sévè­re­ment les dérives, pour inter­dire l’alliance mor­ti­fère entre les copains et les coquins. Depuis des décen­nies, aucun élu, même le plus cor­rom­pu, ne craint les rigueurs de la loi. Il y a à cela une excel­lente rai­son : la pri­son, c’est pour les autres. Eux pour­ront tou­jours sol­li­ci­ter les meilleurs avo­cats et mul­ti­plier les pro­cé­dures des décen­nies durant, jusqu’au moment où les juger n’aura plus aucun sens.

D’où une pro­po­si­tion en trois points :

  1. Rendre pas­sible de longues années de pri­son ferme tout acte de cor­rup­tion avé­rée d’un élu. Parce qu’elle menace dan­ge­reu­se­ment la démo­cra­tie, en décou­ra­geant le vote notam­ment, la cor­rup­tion poli­tique me paraît un crime plus grave qu’un bra­quage de banque. Exces­sif ? Je ne pense pas. Enfant, je me sou­viens que, sur les billets de banque, il était ins­crit que « la fabri­ca­tion de fausse mon­naie [était] pas­sible des tra­vaux for­cés à per­pé­tui­té ». Pas une goutte de sang ver­sée, pour­tant, mais une atteinte cri­mi­nelle au bien commun.
  2. Défi­nir des cou­loirs judi­ciaires dédiés, pour évi­ter qu’on ne juge que des cadavres. L’ensemble des pro­cé­dures, appel et cas­sa­tion com­pris, devra être bou­clé dans les 12 mois sui­vant l’ouverture de l’instruction.
  3. Aug­men­ter for­te­ment la rému­né­ra­tion des hommes et des femmes qui choi­si­ront de ser­vir la col­lec­ti­vi­té avec com­pé­tence, zèle et inté­gri­té. Pour­quoi ? Pour avoir les meilleurs. Pour leur évi­ter la ten­ta­tion. Et pour rendre inex­cu­sable qu’ils y cèdent.

Consti­tu­tion­nelles, élec­to­rales ou judi­ciaires, ces pro­po­si­tions de réforme peuvent appa­raître éloi­gnées des pré­oc­cu­pa­tions immé­diates, en ces temps trou­blés surtout.

Je les crois pour­tant essen­tielles. Même si elles ne résolvent pas l’ensemble des pro­blèmes aux­quels notre époque est confron­tée, elles m’apparaissent néces­saires pour réta­blir l’indispensable confiance du peuple en ses repré­sen­tants, enfin comp­tables de leurs pro­messes comme de leur action, et res­pon­sables de leurs erreurs.

Vincent Lin­don.

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PROJET D’EXPÉRIMENTATION DÉMOCRATIQUE, Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud – Dernier Mumble de mobilisation : jeudi 7 mai 2020, 20h30

Maxime orga­nise une der­nière réunion d’in­for­ma­tion sur le pro­jet, le jeu­di 7 mai 2020 à 20h30.

- pour en savoir plus, Voyez ce billet :
https://​www​.chouard​.org/​2​0​2​0​/​0​4​/​0​1​/​p​r​o​j​e​t​–​d​e​x​p​e​r​i​m​e​n​t​a​t​i​o​n​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​–​e​l​a​b​o​r​e​r​–​e​n​s​e​m​b​l​e​–​l​e​–​r​e​g​l​e​m​e​n​t​–​i​n​t​e​r​i​e​u​r​–​d​e​–​n​o​s​–​p​r​o​c​h​a​i​n​e​s​–​a​s​s​e​m​b​l​e​e​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​q​u​e​s​–​a​v​e​c​–​m​a​x​i​m​e​–​p​e​r​o​u​d​–​3​e​m​e​–​m​u​m​b​l​e​–​d​e​–​m​o​b​i​l​i​s​a​t​i​o​n​–​9​–​a​v​r​i​l​–​2​0​20/

Le site du pro­jet, où vous devriez regar­der la vidéo de pré­sen­ta­tion en entier :
https://​exp​-demo​.jim​do​.com/

Rap­pel : c’est un pro­jet impor­tant pour tous les démo­crates, car il per­met­tra de dis­po­ser des fon­da­tions néces­saires pour orga­ni­ser concrè­te­ment les citoyens en assem­blée déli­bé­rante, y com­pris pen­dant que nous sommes encore en « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » (oxy­more) pour rédi­ger, dans quelques années, la future Consti­tu­tion au sein d’une véri­table assem­blée populaire.

Cette assem­blée sera, en quelque sorte, une expé­ri­men­ta­tion en vraie gran­deur de ce que pour­rait être une assem­blée Constituante.

Mais sans le pro­jet que pro­pose Maxime, nous ne pour­rons pas expé­ri­men­ter cela. Alors inté­­res­­sez-vous à son tra­vail, et tâchez de l’ai­der si vous le pou­vez, ça en vaut la peine ! Maxime et son équipe ont besoin de ren­fort et le compte n’y est pas. Trop rares sont les citoyens prêts à consa­crer du temps chaque semaine à un pro­jet construit et rigou­reux comme celui-ci. C’est pour­tant un vrai TRAVAIL néces­saire pour notre avenir.

Cette réunion d’information sera la der­nière avant de longs mois car l’équipe est presque au com­plet (mais pas tout à fait, donc n’hé­si­tez pas à contac­ter Maxime comme indi­qué dans l’é­vé­ne­ment si vous êtes inté­res­sés par une contri­bu­tion active au pro­jet). Pen­sez à regar­der la vidéo de pré­sen­ta­tion en entier avant de vous inscrire !

Maxime m’a deman­dé de vous pré­ci­ser que si, par­mi les inté­res­sés, cer­tains ont des com­pé­tences en déve­lop­pe­ment d’applications web ou/et en archi­tec­ture infor­ma­tique, ils seront les bien­ve­nus dans l’équipe (pour tra­vailler avec les autres membres sur le règle­ment inté­rieur) ou seule­ment – selon leur pré­fé­rence (notam­ment s’ils manquent de temps) – pour appor­ter de l’aide à l’équipe au moment des tra­vaux pré­pa­ra­toires sur l’application GESTA qui sera déve­lop­pée sur-mesure pour le pro­jet. Ils ne seront pas sol­li­ci­tés pour le déve­lop­pe­ment lui-même de l’application car ce déve­lop­pe­ment sera confié à un free­lance qui sera choi­si par Maxime dans quelques mois.

Le lien Face­book vers l’événement : 
https://​www​.face​book​.com/​e​v​e​n​t​s​/​1​0​9​0​8​2​9​1​9​1​2​9​1​6​86/

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​a​r​d​/​p​o​s​t​s​/​1​0​1​5​8​1​6​3​6​3​8​4​3​2​317

Au Danemark, pas d’aide financière pour les entreprises avec dividendes ou paradis fiscaux

Source : La Relève et la Peste, https://​lare​le​veet​la​peste​.fr/​a​u​–​d​a​n​e​m​a​r​k​–​p​a​s​–​d​a​i​d​e​–​f​i​n​a​n​c​i​e​r​e​–​p​o​u​r​–​l​e​s​–​e​n​t​r​e​p​r​i​s​e​s​–​a​v​e​c​–​d​i​v​i​d​e​n​d​e​s​–​o​u​–​p​a​r​a​d​i​s​–​f​i​s​c​aux

« En clair : les entre­prises qui versent des divi­dendes, rachètent leurs propres actions ou sont enre­gis­trées dans des para­dis fis­caux ne seront éli­gibles à aucun des pro­grammes d’aide, qui s’élèvent désor­mais à un total de 400 mil­liards de cou­ronnes (37 mil­liards d’euros), y com­pris les prêts et les garanties.

Ce wee­kend, le gou­ver­ne­ment danois a déci­dé de pro­lon­ger ses pro­grammes d’aide aux entre­prises et aux tra­vailleurs pour aug­men­ter l’enveloppe d’environ 100 mil­liards de cou­ronnes, soit 9 mil­liards d’euros. L’Etat danois a déci­dé d’exclure de cette aide finan­cière toutes les entre­prises qui versent des divi­dendes ou étant enre­gis­trées dans des para­dis fis­caux. Une contrainte éco­no­mique avant-gar­­diste sur la scène internationale.

Dans un com­mu­ni­qué publié dimanche, le gou­ver­ne­ment du Dane­mark et tous les groupes d’opposition ont déci­dé de pro­lon­ger jusqu’au 8 juillet le pro­gramme d’aide finan­cière accor­dé aux entre­prises et aux tra­vailleurs pour évi­ter les licen­cie­ments et les faillites.

Par­mi les mesures annon­cées, les petites et moyennes entre­prises pour­ront désor­mais récu­pé­rer cer­tains paie­ments de TVA qu’elles ont effec­tués l’année der­nière sous forme de prêts à taux zéro, et les charges sociales seront rem­bour­sées à cer­tains sec­teurs d’activité.

Côté tra­vailleurs, le gou­ver­ne­ment s’engage à des­ti­ner un fonds pour ren­for­cer et main­te­nir les emplois danois, tan­dis que les droits au chô­mage et aux indem­ni­tés de mala­die vont être pro­lon­gés. Mais la mesure qui détonne le plus, c’est le condi­tion­ne­ment des aides publiques.

« Les deman­deurs, comme condi­tion pour rece­voir une indem­ni­sa­tion pour la période pro­lon­gée, doivent décla­rer par la foi et les lois que les socié­tés ne paie­ront pas de divi­dendes ou ne rachè­te­ront pas d’actions pour les exer­cices 2020 et 2021. (…) Les entre­prises basées dans des para­dis fis­caux, confor­mé­ment aux lignes direc­trices de l’UE, ne peuvent pas rece­voir de com­pen­sa­tion finan­cière. » a ain­si décla­ré le gouvernement

En clair : les entre­prises qui versent des divi­dendes, rachètent leurs propres actions ou sont enre­gis­trées dans des para­dis fis­caux ne seront éli­gibles à aucun des pro­grammes d’aide, qui s’élèvent désor­mais à un total de 400 mil­liards de cou­ronnes (37 mil­liards d’euros), y com­pris les prêts et les garanties.

Dans le même temps, en France, l’Assemblée Natio­nale a voté favo­ra­ble­ment à un plan de 20 mil­liards d’euros pour le sau­ve­tage de grandes entre­prises « stra­té­giques » comme Air France, Renault ou le para­pé­tro­lier Val­lou­rec. Sans leur deman­der aucune contre­par­tie éco­lo­gique et sociale en échange, suite au rejet du seul amen­de­ment qui aurait pu réta­blir l’équilibre.

Le pro­jet de loi de finances rec­ti­fi­ca­tive 2020 qui a été adop­té par l’Assemblée Natio­nale ven­dre­di soir doit main­te­nant pas­ser devant le Sénat mar­di 21 avril. La poli­tique éco­no­mique sociale avant-gar­­diste du Dane­mark va-t-elle faire écho auprès de nos séna­teurs ? pas sûr…

20 avril 2020 – Lau­rie Debove.

Source : La Relève et la Peste, https://​lare​le​veet​la​peste​.fr/​a​u​–​d​a​n​e​m​a​r​k​–​p​a​s​–​d​a​i​d​e​–​f​i​n​a​n​c​i​e​r​e​–​p​o​u​r​–​l​e​s​–​e​n​t​r​e​p​r​i​s​e​s​–​a​v​e​c​–​d​i​v​i​d​e​n​d​e​s​–​o​u​–​p​a​r​a​d​i​s​–​f​i​s​c​aux


Mon com­men­taire :

Les action­naires sont une classe oisive, para­si­taire, des enne­mis de l’Hu­ma­ni­té qui vont bien­tôt tous nous faire cre­ver (pour tou­jours gagner davan­tage sans jamais tra­vailler), de la même façon qu’un ver soli­taire tue la bête qu’il ponc­tionne à mort, stu­pide au point de cre­ver lui-même avec sa victime…

Nous devrions sup­pri­mer la pos­si­bi­li­té même de ver­ser des divi­dendes. Nous devrions même sup­pri­mer la forme juri­dique des socié­tés par actions. 

On va nous objec­ter : « Sans actions ni divi­dendes, com­ment atti­­re­­rez-vous les capi­taux pour investir ? »

Nous répon­drons : NOUS N’AVONS PAS BESOIN DE L’ARGENT DES RICHES POUR INVESTIR : nous pou­vons finan­cer l’in­ves­tis­se­ment par une coti­sa­tion sociale (à une Caisse sociale des inves­tis­se­ments, créée pour ça), exac­te­ment comme nous avons construit tout notre sys­tème de soins hos­pi­ta­liers avec des coti­sa­tions sur nos salaires ver­sées à des caisses d’as­su­rance mala­die qui ont inté­gra­le­ment finan­cé aus­si bien les inves­tis­se­ments que le fonc­tion­ne­ment des hôpi­taux, sans emprun­ter un sou ni ver­ser un cen­time d’in­té­rêts aux mar­chés financiers.

Écou­tez et lisez Ber­nard Friot, et aidez le Réseau Sala­riat.

Les action­naires sont un can­cer, non nécessaires.

Pour sur­vivre, il va bien fal­loir nous occu­per per­son­nel­le­ment de cette menace mortelle.

Étienne.

Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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CRISE SANITAIRE-ÉCONOMIQUE-DÉMOCRATIQUE / CRÉATION MONÉTAIRE – Entretien avec É. CHOUARD & Charles-Henri GALLOIS


J’aime bien Charles-Hen­­ri Gal­lois, il vient d’é­crire un bon bou­quin sur la pré­ten­due « Union euro­péenne », je vous le recommande.

https://​www​.fauves​-edi​tions​.fr/​i​n​d​e​x​.​a​s​p​?​n​a​v​i​g​=​c​a​t​a​l​o​g​u​e​&​o​b​j​=​l​i​v​r​e​&​n​o​=​150

Nous nous sommes un peu par­lé, il y a deux jours, à propos :
1) de « la crise sani­taire » (qui peut être vue sur­tout comme une crise des liber­tés publiques, sous pré­texte de terreur)
et 2) de la créa­tion moné­taire une fois sor­tis de l’UE.
J’ap­pré­cie le tra­vail de ce jeune homme, que je trouve très poin­tu et per­ti­nent sur l’UE, même si, clai­re­ment, on n’est pas d’ac­cord du tout (pour l’ins­tant) sur les enjeux monétaires 🙂
Voi­ci l’en­re­gis­tre­ment de l’é­change, réa­li­sé par les mili­tants de l’UPR :
https://​you​tu​.be/​4​n​T​N​w​e​0​E​i​c​M​&​f​e​a​t​u​r​e​=​y​o​u​t​u​.be
Fil Face­book cor­res­pon­dant à ce billet :

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Deuxième live avec Bascar : Quelle(s) stratégie(s) pour une « gouvernance liquide » ?

L’é­change de la semaine der­nière ayant paru inté­res­sant, on a déci­dé de recom­men­cer cette semaine (demain soir) 🙂

Je ne sais pas d’où sort ce titre ni ce que ça va don­ner, mais j’aime autant vous pré­ve­nir que les deux mots « gou­ver­nance » et « liquide » allument tous mes warnings 🙂

Le lien du live (et du replay) :

Bonne nuit.

Étienne.

Fil Face­book corrs­pon­dant à ce billet :

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