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Atelier constituant Nexus #11 EMPÊCHER L’ENTRAVE par le gouvernement à l’application des lois, avec Martine Donnette et Claude Diot – Résistance à la CORRUPTION

Chers amis, Nou­vel ate­lier consti­tuant, Nexus #11, le 3 décembre 2025 à 17 h, et je rece­vrai cette fois deux citoyens exem­plaires, deux héros de la résis­tance à la cor­rup­tion : Mar­tine Don­nette et Claude Diot. Mar­tine et Claude se battent depuis 30 ans contre les « grandes sur­faces » mar­chandes qui cor­rompent acti­ve­ment tous les gou­ver­ne­ments et déser­ti­fient le pays en tuant tous les petits com­merces — en plus d’é­tran­gler les PME et de salo­per l’en­vi­ron­ne­ment. C’est une lutte incroyable, de deux…

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Atelier constituant Nexus #10 Aider les municipalités à devenir démocratiques

Pen­dant quelques semaines, nous envi­sa­geons de bos­ser un peu plus sur les ins­ti­tu­tions muni­ci­pales. Demain, avec Marc et Léo, nos rece­vrons Raphaël Robbe, qui va nous pré­sen­ter son site for­mi­dable Le por­tail muni­ci­pal démo­crate, https://​por​tail​-muni​ci​pal​.fr/ C’est tout un immense domaine de la réflexion consti­tuante que l’as­pect local, muni­ci­pal, de la démo­cra­tie, ain­si que l’ar­ti­cu­la­tion des consti­tu­tions muni­ci­pales des com­munes libres avec une consti­tu­tion confé­dé­rale. Si j’ai bien compris,…

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For­mat grille – For­mat articles complets

Gérard MAUDRUX, médecin : « Pourquoi l’IVERMECTINE est probablement le meilleur traitement de la Covid » (chez Laurent Mucchielli)

Chers amis,

Je vais encore une fois vous par­ler de cette pré­ten­due « crise sani­taire » — que j’a­na­lyse, moi, comme une bas­cule tota­li­taire, ce qui est, de mon point de vue, évi­dem­ment une bonne et forte rai­son pour vous en par­ler, et urgemment.

Et je vais vous en par­ler mal­gré les reproches amers que me font cer­tains amis d’o­ser par­ler de ça, d’o­ser avoir une opi­nion sur ça, alors que je ne suis pas méde­cin, alors que je ne suis pas scien­ti­fique, alors que, en un mot, je suis pré­ten­du­ment « incompétent »…

• Je fais d’a­bord remar­quer que je ne suis pas le seul incom­pé­tent sur terre à m’ex­pri­mer sur cette ques­tion : abso­lu­ment tout le monde en parle, abso­lu­ment tout le temps. Je ne vois donc pas du tout au nom de quoi le fait que je donne mon propre avis serait un scandale.

• Je fais ensuite remar­quer que la démo­cra­tie est pré­ci­sé­ment ce régime poli­tique dans lequel les déci­sions publiques ne sont PAS prises par les experts, les com­pé­tents, mais que la sou­ve­rai­ne­té (le droit de pen­ser, d’o­pi­ner et fina­le­ment de déci­der) appar­tient à tous les citoyens, sans excep­tion et à éga­li­té : en démo­cra­tie, « un homme=une voix » (et pas du tout « un expert=une voix »).

Je vais donc évi­ter de culpa­bi­li­ser, et conti­nuer à m’in­for­mer : « bien faire et lais­ser braire » m’a appris mon papa (il y a fort longtemps).


L’heure est grave : ceux qui pré­tendent nous « repré­sen­ter » vont bien­tôt empê­cher de vivre libre­ment ceux qui refusent de se faire « vac­ci­ner » (c’est-à-dire injec­ter de force des pro­duits qu’on peut esti­mer très dan­ge­reux) : c’est appa­rem­ment la Com­mis­sion euro­péenne (non élue et tota­le­ment irres­pon­sable devant per­sonne) qui l’im­po­se­ra aux pauvres Euro­péens. Une source par­mi mille autres : « Covid : un « pas­se­port vert » euro­péen avant les vacances d’été »

C’est donc bien un APARTHEID qui se pré­pare à très courte échéance : une socié­té à deux vitesses, avec des hommes doté de droits (les dociles) et des sous-hommes pri­vés de droits, pri­vés de liber­tés (les indociles).

Sur quoi est fon­dée cette hor­reur qui vient ?

Le fon­de­ment unique de l’o­bli­ga­tion vac­ci­nale est que, soi-disant, ON NE PEUT PAS FAIRE AUTREMENT
(there is no alter­na­tive, TINA, quoi, ça ne vous rap­pelle rien ?).
Et pour­quoi est-ce qu’on ne peut pas faire autrement ?

Parce que :

1) cette mala­die est TRÈS GRAVE (épou­van­table même),

2) il n’existe AUCUN AUTRE TRAITEMENT QUE LES VACCINS,

3) et bien sûr LES VACCINS SONT EFFICACES ET SANS DANGER.

DONC, logi­que­ment, IL FAUT vac­ci­ner tout le monde… Pour le bien des gens, évidemment.

Celui qui démon­tre­rait la faus­se­té d’UNE SEULE de ces trois affir­ma­tions met­trait par terre le fon­de­ment même de l’o­bli­ga­tion vac­ci­nale — et il détrui­rait aus­si le fon­de­ment — et donc la légi­ti­mi­té — de toutes les lois scé­lé­rates liber­ti­cides avec les­quelles on nous per­sé­cute depuis un an.

Or, ces TROIS affir­ma­tions sont fausses…

L’ar­ticle du Dr Mau­drux ci-des­­sous semble bien détruire l’ar­gu­ment 2 :
il existe au moins un trai­te­ment très effi­cace et par­fai­te­ment inof­fen­sif contre la COVID19, et c’est L’IVERMECTINE.

Il y a en fait beau­coup d’autres trai­te­ments éprou­vés (et uti­li­sés) contre la COVID, mais un seul suf­fit à contes­ter l’o­bli­ga­tion vac­ci­nale.

Or, il se trouve que les scien­ti­fiques et les méde­cins qui ont décou­vert et qui prouvent que l’I­ver­mec­tine a des résul­tats spec­ta­cu­laires sur la COVID19 ont toutes les peines du monde à se faire entendre dans les médias mains­tream, et toutes les peines du monde à faire publier leurs études dans les revues scien­ti­fiques mains­tream… Ceci res­semble bien à un énorme scan­dale, car on prive ain­si, poten­tiel­le­ment, des mil­lions de per­sonnes de médi­ca­ments effi­caces, sûrs et pas chers, pour per­mettre à quelques para­sites de faire d’é­normes pro­fits avec des vac­cins inef­fi­caces, dan­ge­reux et hors de prix. Les poli­ti­ciens bradent notre san­té et nos liber­tés contre la for­tune de quelques privilégiés.

L’af­faire est donc pro­fon­dé­ment poli­tique ; elle n’a rien à voir avec la vraie science ; elle a tout à voir avec « la science » cor­rom­pue par l’industrie.

Nous avons un pro­blème poli­tique car­di­nal avec la cor­rup­tion par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique des auto­ri­tés de san­té (y com­pris des facul­tés, des experts et des agences) et des médias (y com­pris des revues scien­ti­fiques). La der­nière preuve en date, que je sou­mets aus­si au feu de votre esprit cri­tique, est celle-ci : « Cor­rup­tion épis­té­mique, indus­trie phar­ma­ceu­tique et corps de la science médi­cale », par Ser­gio Sis­mon­do (Source) J’en ferai un billet à part, la des­crip­tion des moyens pra­tiques de tru­quer les études scien­ti­fiques à tout pro­pos est édifiante.

Je trouve le dos­sier ci-des­­sous sur les bien­faits et l’in­no­cui­té de l’I­ver­mec­tine assez convain­cant (il pro­pose de nom­breuses sources sérieuses à consul­ter) et je le verse au dos­sier de la défense des liber­tés et de la démo­cra­tie, pour exa­men cri­tique par les membres de notre cer­veau col­lec­tif : y a‑t‑il, selon vous, des erreurs dans les affir­ma­tions du Dr Mau­drux, s’il vous plaît ?

Je revien­drai plus tard 1) sur la contes­ta­tion (puis­sante) des deux autres fon­de­ments de la bas­cule tota­li­taire (gra­vi­té de la mala­die et inno­cui­té des vac­cins), ain­si que 2) sur le crime contre l’hu­ma­ni­té qu’est la des­truc­tion volon­taire du sys­tème de soins depuis qua­rante ans au pré­texte mal­hon­nête de « la dette publique ».

Bonne lec­ture.

Étienne.

Pourquoi l’Ivermectine est probablement le meilleur traitement de la Covid

L’Ivermectine, asso­ciée à des macro­lides, donne des résul­tats posi­tifs par­ti­cu­liè­re­ment impor­tants dans le trai­te­ment des dif­fé­rentes formes de Covid, tant en pré­ven­tion, en trai­te­ment pré­coce qu’au début des phases sévères en hos­pi­ta­li­sa­tion. Son déni­gre­ment par les « auto­ri­tés sani­taires » consti­tue un nou­veau refus de soi­gner et donc un nou­veau scan­dale vis-à-vis des malades.

par Gérard MAUDRUX, méde­cin, ancien pré­sident de la Caisse mala­die des pro­fes­sions libé­rales et de la Caisse de retraite des médecins

https://​blogs​.media​part​.fr/​l​a​u​r​e​n​t​–​m​u​c​c​h​i​e​l​l​i​/​b​l​o​g​/​2​5​0​2​2​1​/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​–​i​v​e​r​m​e​c​t​i​n​e​–​e​s​t​–​p​r​o​b​a​b​l​e​m​e​n​t​–​l​e​–​m​e​i​l​l​e​u​r​–​t​r​a​i​t​e​m​e​n​t​–​d​e​–​l​a​–​c​o​vid

L’Ivermectine res­te­ra peut-être dans l’histoire sur le podium des trois médi­ca­ments ayant ren­du le plus de ser­vices à l’humanité, avec la Péni­cil­line et l’Aspirine. Sur quelle marche ? Pas la pre­mière si on regarde sim­ple­ment l’ampleur de son uti­li­sa­tion (près de 4 mil­liards de pres­crip­tions depuis 40 ans), mais à coup sûr sur la pre­mière en regard du fac­teur bénéfice/risque. Ce médi­ca­ment a en effet un large éven­tail d’indications et n’a pra­ti­que­ment pas d’effets secon­daires graves contrai­re­ment à ses deux voi­sines (aller­gies et choc ana­phy­lac­tique pour la Péni­cil­line, hémor­ra­gies pour l’Aspirine).

Un antiparasitaire puissant

Dès sa nais­sance à la fin des années 1970, l’Ivermectine s’est avé­ré être un agent anti­pa­ra­si­taire puis­sant, contre un large éven­tail de néma­todes (vers) et d’arthropodes internes et externes chez les ani­maux. Chez l’homme elle est uti­li­sée contre des mala­dies dévas­ta­trices et défi­gu­rantes des popu­la­tions pauvres des tro­piques, comme l’onchocercose des rivières qui rend aveugle, et les fila­rioses, ces vers fins qui pénètrent et cir­culent dans votre orga­nisme. Elle est uti­li­sée gra­tui­te­ment comme seul médi­ca­ment dans des cam­pagnes visant à éli­mi­ner ces deux mala­dies au niveau mondial.

L’Ivermectine est très uti­li­sée en méde­cine vété­ri­naire depuis 1981, elle est recon­nue pour être active contre 183 espèces de néma­todes et 129 espèces d’insectes et aca­riens, listes qui aug­mentent chaque année. Elle est aus­si uti­li­sée sur nombre de virus, comme le virus de la pseu­do rage por­cine. Ain­si l’Ivermectine traite les vers ronds de l’estomac ou de l’intestin, les vers dans les pou­mons, les aca­riens, les poux, les mouches des cornes, les tiques (qui causent d’énormes dégâts chez les bovins dans les régions tro­pi­cales), jusqu’aux poux des pois­sons en aqua­cul­ture (mais inter­dit en rai­son des effets sur le reste de la faune aquatique).

Elle est auto­ri­sée chez l’homme dans plus de 100 pays, en France elle a une auto­ri­sa­tion pour l’anguillulose gas­­tro-intes­­ti­­nale, la micro­fi­la­ré­mie et la gale. Près de 100 mil­lions de per­sonnes sont trai­tées chaque année avec ce pro­duit dans le monde, et plus de 4 mil­liards de dose ont été pres­crites en 30 ans. Des pro­grammes sont en train d’être mis en place dans cer­tains pays comme le Nige­ria, le Bur­ki­na Faso et le Gha­na pour trai­ter la tota­li­té de la popu­la­tion, 0,15 mg/kg une fois l’an étant suf­fi­sant pour gué­rir l’onchocercose (30 à 40 mil­lions de cas /an), mais éga­le­ment l’anguillulose intes­ti­nale (35 mil­lions de cas), la gale (300 mil­lions), les leish­ma­nioses, toutes les mala­dies para­si­taires de la peau, etc.

Prix Nobel pour son découvreur

L’Ivermectine est une des rares molé­cules à avoir obte­nu un prix Nobel et est issue d’une col­la­bo­ra­tion inter­na­tio­nale public-pri­­vé. Sa décou­verte est due à 大村 智, Ōmu­ra Sato­shi, spé­cia­liste des anti­bio­tiques à l’Ins­ti­tut Kita­sa­to de Tokyo, qui l’a confié à un labo­ra­toire pri­vé amé­ri­cain, Merck, Sharp and Dohme (MSD) en 1974 pour l’évaluation in vitro de sa bio-acti­­vi­­té. MSD s’est inté­res­sé à son appli­ca­tion humaine dès 1978, avant la com­mer­cia­li­sa­tion pour les ani­maux. Les pre­miers essais phase 1 ont démar­ré en 1980, phase 2 en 1983, pour se ter­mi­ner en 1987 avec une pre­mière auto­ri­sa­tion mon­diale, en France, pour l’onchocercose, au vu des résul­tats sur 1 206 patients. Aujourd’hui, le même orga­nisme, qui l’a auto­ri­sé, pense, comme le Natio­nal Ins­ti­tut of Health, que plus de 14 000 cas dans dif­fé­rentes études n’est pas suf­fi­sant pour l’autoriser dans le cas du Sars-Cov‑2. Le prix Nobel de méde­cine a été attri­bué en 2015 à ses décou­vreurs, Sato­shi Ōmu­ra au Japon et William Camp­bel aux Etats-Unis.

Outre cette action sur les para­sites, l’Ivermectine a une action viru­cide, d’abord tes­tée et adop­tée chez nombre d’infections virales chez l’animal, comme la pseu­do rage por­cine due à un virus à ARN, comme le Sars-COV‑2. Chez l’homme des études sont en cours contre dif­fé­rentes varié­tés de fla­vi­vi­rus, sur la dengue, le Zika, le Chi­kun­gu­nya, et le virus res­pon­sable de l’in­fec­tion du Nil occi­den­tal. Les résul­tats cli­niques sur le Sars-cov‑2 sont très pro­met­teurs (cette pré­sen­ta­tion du Dr Paul Marik offre un pano­ra­ma d’ensemble de l’état des connais­sances et des hypo­thèses sur les modes d’action de l’Ivermectine).

Innocuité

En géné­ral en méde­cine, plus un trai­te­ment est effi­cace, plus il y a de risques qu’il y ait des effets indé­si­rables sur d’autres organes, ce qui est logique. Pour l’Ivermectine il n’en est rien, ce médi­ca­ment est inoffensif.

Si on regarde Vigi­base, base de don­nées de l’OMS qui récolte depuis 30 ans les effets secon­daires de chaque agence du médi­ca­ment dans plus de 130 pays (dont la France), on relève 175 208 décla­ra­tions pour l’Aspirine, 159 824 pour le Doli­prane, et 4 614 pour l’Ivermectine. Sur 4 mil­liards de pres­crip­tions dans cette période, cela fait 0,0001% d’effets secon­daires. Il est dif­fi­cile d’ailleurs d’attribuer tous ces effets à la seule Iver­mec­tine, beau­coup étant dus au relar­gage de déchets de para­sites morts et, pour le Covid, aux autres médi­ca­ments asso­ciés. Par com­pa­rai­son, depuis le début de l’année et au 15 février, cette base signale 65 188 décla­ra­tions pour Comir­na­ty (le vac­cin Pfi­zer), contre 46 pour l’Ivermectine.

Dans son rap­port du 11 jan­vier sur ces effets secon­daires dans le trai­te­ment de la Covid, l’ANSM ne signale aucun pro­blème. Sur les 15 143 spé­cia­li­tés phar­ma­ceu­tiques rem­bour­sées en France, c’est cer­tai­ne­ment la molé­cule, ou une des molé­cules qui pré­sente le moins de risques. « l’I­ver­mec­tine est sans dan­ger et peut être uti­li­sé à grande échelle » écrit éga­le­ment l’OMS. Les études in vitro et les dos­siers d’AMM montrent que les doses effi­caces sont faibles par rap­port aux doses pou­vant poser pro­blème, cela a même été tes­té à 10 fois la dose chez l’homme, sans réac­tion. Une étude a même été faite chez le chien à 30 fois la dose (10mg/kg), sans problème.

Pour l’anecdote, une seule publi­ca­tion au monde parle de mor­ta­li­té due à Iver­mec­tine, dans The Lan­cet (un jour­nal dont la fia­bi­li­té n’est déci­dé­ment pas à la hau­teur de la répu­ta­tion). Cette publi­ca­tion de 1997, décrit 15 décès sur 47 pen­sion­naires d’Ehpad trai­tés par Iver­mec­tine pour une épi­dé­mie de gale. The Lan­cet aurait pu remar­quer qu’un trai­te­ment par Lin­dane et Per­me­thrine, insec­ti­cides mor­tels pour nombre d’animaux comme les chats, avait été appli­qué en badi­geon juste avant. Il a fal­lu une autre publi­ca­tion pour le décou­vrir. L’Ivermectine a ain­si mis des années pour se remettre d’un seul article aux conclu­sions erronées.

Pour le dire sim­ple­ment, tan­dis qu’un sur­do­sage de Doli­prane, médi­ca­ment recom­man­dé par les auto­ri­tés, peut entraî­ner une nécrose du foie poten­tiel­le­ment mor­telle, un sur­do­sage d’Ivermectine est inoffensif.

Prophylaxie

L’Ivermectine a une action remar­quable en pro­phy­laxie contre le Sars-Cov‑2. Le faible taux de Covid en Afrique, alors qu’au début de l’épidémie l’OMS pré­voyait une héca­tombe, n’est peut-être pas étran­ger à sa large uti­li­sa­tion (sans comp­ter tous les trai­te­ments pour le palu­disme avec Hydroxy­chlo­ro­quine). Dans le Inter­na­tio­nal Jour­nal of Anti­mi­cro­bial AgentsMar­tin Hell­wig et ses col­lègues de Ply­mouth (USA), après une revue de la lit­té­ra­ture, constatent que les pays où la chi­­mio-pro­­phy­­laxie par Iver­mec­tine est admi­nis­trée en masse connaissent une épi­dé­mie signi­fi­ca­ti­ve­ment plus faible. Tou­te­fois si une prise annuelle est suf­fi­sante pour nombre de para­sites, ce n’est pas le cas pour les virus, d’où l’intérêt des tra­vaux en cours de la socié­té Medin­cell à Mont­pel­lier pour déve­lop­per une forme à action prolongée.

Il y a actuel­le­ment dans le monde, concer­nant la seule pro­phy­laxie, 11 études sur le sujet (3ECR), por­tant sur plus de 7 000 patients, avec une effi­ca­ci­té moyenne de 89%. En voi­ci deux exemples, avec 100% d’efficacité :

- Une étude en Argen­tine a por­té sur près de 1 200 soi­gnants au contact de patients Covid, sur 4 sites, pen­dant 2 mois et demi. 788 ont reçu de l’Ivermectine et 407 non. Résul­tat : 237 infec­tions dans le groupe non trai­té (soit 58% du groupe), et 0 dans le groupe trai­té. Un résul­tat sans appel.

- Une seconde publi­ca­tion, fran­çaise, a por­té sur les 121 rési­dents et employés d’un Ehpad (69 rési­dents, moyenne d’âge 90 ans, et 52 employés) de Seine et Marne qui se sont retrou­vé pro­té­gés de la Covid, grâce au trai­te­ment d’une épi­dé­mie de gale dans l’établissement en mars 2020.

Action thérapeutique

Si l’Ivermectine agit sur le Sars-CoV‑2 lorsqu’il attaque l’organisme humain, empê­chant son entrée dans les cel­lules et sa mul­ti­pli­ca­tion, il serait tota­le­ment illo­gique que ce que l’on constate en pro­phy­laxie ne se repro­duise pas en thé­ra­peu­tique. C’est ce que montrent la plu­part des études, décri­vant une amé­lio­ra­tion très rapide des troubles en phase pré­coce (dans les 48 heures). Et elle n’est pas dénuée d’intérêt non plus en phase plus tar­dive. La plu­part du temps, l’Ivermectine est tou­te­fois asso­ciée à des macro­lides (azi­thro­my­cine ou doxy­cy­cline le plus sou­vent), comme dans le pro­to­cole de l’IHU de Mar­seille (où l’azithromycine est don­née en com­plé­ment de l’hydroxychloroquine). C’est donc prin­ci­pa­le­ment sur l’association de ces deux médi­ca­ments que porte l’évaluation scien­ti­fique de leur effi­ca­ci­té thérapeutique.

Aucune étude dans le monde ne montre une inef­fi­ca­ci­té de l’Ivermectine. Seules 2 ou 3 études (par ex. Cha­car, 2020) ne montrent pas de dif­fé­rence avec d’autres soins (ou une absence de soins par­ti­cu­liers) mais ces études portent chaque fois sur peu de cas et sur­tout sur des sujets jeunes (âgés de 20 à 40 ans). Com­ment démon­trer qu’un trai­te­ment marche mieux qu’un autre à un âge où la qua­­si-tota­­li­­té des per­sonnes gué­rit naturellement ?

S’il est dif­fi­cile d’analyser ces études, toutes dif­fé­rentes, toutes avec imper­fec­tions pos­sibles, le mieux est de les addi­tion­ner, ce qu’est en train de faire l’OMS pour éva­luer l’Ivermectine. On trouve plu­sieurs sites qui le font, et il y a les études de plu­sieurs méde­cins, comme les doc­teurs Marik et Kory aux Etats Unis et Hill et Lawrie en Angleterre.

Le site c19i​ver​mec​tin​.com recense 41 études (dont 20 ran­do­mi­sées) faites par 304 auteurs por­tant sur 14 833 patients, avec des résul­tats de 89% en pro­phy­laxie, 83% en phase pré­coce, la mor­ta­li­té glo­bale dimi­nuant de 78%.

En mars 2020 le pro­fes­seur Paul Marik a créé un groupe d’experts, avec le Dr Kory, la Front Line COVID-19 Cri­ti­cal Care Alliance (FLCCC), pour col­li­ger et ana­ly­ser toutes les études afin d’é­la­bo­rer un pro­to­cole de trai­te­ment pour le COVID-19. Ils ont décou­vert sur le tard l’I­ver­mec­tine. Leurs tra­vaux reprennent tous les modes d’action de l’Ivermectine et les résul­tats de tous les essais dis­po­nibles en pro­phy­laxie et en thé­ra­peu­tique. Ils détaillent cha­cune des études, sans faire de méta ana­lyse et concluent à une effi­ca­ci­té de l’Ivermectine en pro­phy­laxie, thé­ra­peu­tique et Covids longs. Ces résul­tats sur plus de 7 000 patients ont été pré­sen­tés le 6 jan­vier devant le Natio­nal Ins­ti­tut of Health.

Andrew Hill, à la demande de l’OMS/Unitaid a ana­ly­sé 18 essais cli­niques ran­do­mi­sés les moins dis­cu­tables, por­tant sur 2 282 patients. Il a noté une amé­lio­ra­tion rapide des troubles, une hos­pi­ta­li­sa­tion réduite et une réduc­tion de 75% de la mortalité.

Il y a éga­le­ment les tra­vaux du Dr Tess Lawrie. Ce méde­cin d’origine sud-afri­­caine, cher­cheur en Grande Bre­tagne, direc­trice d’une socié­té indé­pen­dante de Conseil en Méde­cine basée sur des preuves (Evi­­dence-Base Mede­cine Consul­tan­cy Ltd), qui traque les bonnes et les mau­vaises publi­ca­tions. Son tra­vail sur l’Ivermectine est fait selon les règles Cochrane comme elle a l’habitude de le faire pour l’OMS pour ses recom­man­da­tions dans le monde entier. Elle a repris les 27 ana­lyses de la FLCCC, pour en faire une méta-ana­­lyse incluant les essais contrô­lés ran­do­mi­sés (ECR) et les études obser­va­tion­nelles contrô­lées (EOC), et excluant 11 études dont 5 pro­phy­lac­tiques. Les résul­tats sur les seules études les moins dis­cu­tables, contrô­lées, relues et publiées, montrent une dimi­nu­tion de la mor­ta­li­té de 83%. Sur les études en pro­phy­laxie, effi­ca­ci­té à 88%. Tout est résu­mé dans une excel­lente inter­view à voir.

Toutes ces études, de part et d’autre de l’Atlantique convergent, donnent toutes les mêmes résul­tats, résul­tats confir­més en ne sélec­tion­nant que les études ne pou­vant pas com­por­ter de biais. Comme le dit Tess Lawrie, on peut dis­cu­ter selon les études du pour­cen­tage de baisse de la mor­ta­li­té, mais la seule chose qu’on ne peut pas mettre en ques­tion, c’est la réa­li­té de la baisse. L’OMS et l’ANSM, ain­si que d’autres pays (Afrique du Sud, Royaume-Uni, …) sont en train d’étudier le dos­sier Iver­mec­tine pour revoir leur posi­tion. L’Inde dis­tri­bue mas­si­ve­ment (120 mil­lions de doses ven­dues) et a 3 à 4 fois moins de décès que nous, et chaque mois 2 ou 3 pays de plus auto­risent son uti­li­sa­tion. Voir ici une carte du monde.

Une comparaison cruelle pour la France (et la plupart des pays occidentaux)

Que sont les études non rete­nues ? Quelques études trop petites ou peu repré­sen­ta­tives (moins de 40 ans, patients en réani­ma­tion), mais aus­si de grosses études, car non encore relues et publiées, mais les résul­tats sont là. Pre­nons l’exemple de cette très grosse étude obser­va­tion­nelle réa­li­sée en Répu­blique Domi­ni­caine, dans les hôpi­taux de Bour­ni­gal et Pun­ta Cana, sur une cohorte de près de 3 100 patients s’étant pré­sen­tés aux urgences des hôpi­taux avec des symp­tômes datant de 3,6 jours en moyenne. Ce pays pauvre trai­tait lar­ge­ment à l’hydroxychloroquine, mais est tom­bé en rup­ture de stock dès la troi­sième semaine d’avril 2020. Ayant lu que l’Ivermectine pou­vait être avan­ta­geu­se­ment uti­li­sée dans la Covid dans une étude aus­tra­lienne in vitro, leur Comi­té d’éthique a tran­ché entre Doli­prane et Iver­mec­tine. Ils ont alors trai­té entre le 1er mai et le 10 aout (date de fin de l’étude en ques­tion) tous les patients se pré­sen­tant aux urgences pour Covid, soit 3 099 au total. Selon l’importance des troubles, ils ont dis­tin­gué ces patients en 4 catégories.

- Caté­go­rie 1 : 2 706 patients ont été ren­voyés et sui­vis chez eux, avec Iver­mec­tine. Sur ces 2 706 patients, 16 ont dû par la suite être hos­pi­ta­li­sés en uni­tés Covid (soit 0,6%), 2 sont pas­sés en soins inten­sifs et fina­le­ment un seul est décé­dé, soit un taux de léta­li­té de 0,04% dans l’ensemble de la cohorte). En France, où l’on se conten­tait offi­ciel­le­ment de don­ner du Doli­prane, on peut esti­mer que 10 à 15% des patients symp­to­ma­tiques sont pas­sés par l’hôpital et que 2% sont morts (envi­ron 20 000 cas posi­tifs et 400 morts par jour en moyenne depuis 2 mois).

- Caté­go­rie 2 : 300 patients pré­sen­taient des troubles plus sévères et ont été immé­dia­te­ment hos­pi­ta­li­sés dans des uni­tés Covid. Sur ces 300 patients, 3 sont décé­dés, soit un taux de léta­li­té de 1%. En France, ce chiffre est de l’ordre de 15 à 20%.

- Les caté­go­ries 3 et 4 concernent des patients encore plus malades et arri­vés plus tar­di­ve­ment (7 à 8 jours) après l’apparition des pre­miers symp­tômes, qui ont été immé­dia­te­ment pla­cés en soins inten­sifs. Sur ces 93 patients, un bon tiers (34) sont décé­dés. Ici il est mani­feste que l’Ivermectine n’a plus d’intérêt thérapeutique.

Ain­si, aux stades pré­coces, l’association Ivermectine/Azithromycine évite l’hospitalisation dans l’immense majo­ri­té des cas, et ramène la mor­ta­li­té à 1 cas sur 2 700, soit un taux qua­si­ment égal à 0. A ce stade comme au stade de l’hospitalisation, la dif­fé­rence avec les taux de mor­ta­li­té consta­tés en France est frap­pante. Il n’y a fina­le­ment qu’au stade de la réani­ma­tion que cette bithé­ra­pie ne montre plus vrai­ment d’intérêt.

Autorisation de traitement, mensonges et dénis

Pour­quoi l’Ivermectine n’est-elle pas encore offi­ciel­le­ment auto­ri­sée en France ? Tout médi­ca­ment, avant com­mer­cia­li­sa­tion, doit pas­ser nombre d’examens pour démon­trer son effi­ca­ci­té et son inno­cui­té, avec un rap­port bénéfice/risque qui doit être favo­rable. Les études sont longues et coû­teuses, finan­cées uni­que­ment par les labo­ra­toires, qui remettent fina­le­ment un dos­sier clés en main aux auto­ri­tés sani­taires en atten­dant que ces der­nières leur délivrent le sésame (l’autorisation de mise sur le mar­ché, AMM). Pour qu’un labo­ra­toire fasse ces démarches, il faut qu’il y trouve un inté­rêt finan­cier. Le pro­blème de l’Ivermectine – comme de l’hydroxychloroquine – est qu’elle est tom­bée dans le domaine public, qu’elle est géné­ri­quée et ne rap­porte donc plus beau­coup d’argent aux indus­triels qui la produisent.

C’est le labo­ra­toire Merck qui en déte­nait jadis le bre­vet. En France, il ne vend plus actuel­le­ment que moins de 5% des onze pré­sen­ta­tions com­mer­ciales auto­ri­sées, le reste étant des géné­riques. Ce médi­ca­ment ne pré­sente donc plus aucun inté­rêt pour lui. Faut-il dès lors s’étonner que Merck dénigre à pré­sent son propre médi­ca­ment ? Comme l’hydroxychloroquine, l’Ivermectine est une molé­cule « orphe­line » que per­sonne ne pren­dra plus en charge (ni dans la lutte contre la Covid, ni dans d’autres mala­dies). Dès lors, ce devrait être le rôle des auto­ri­tés sani­taires publiques de s’en empa­rer, dans l’intérêt géné­ral. Un pays aus­si immense que l’Inde l’a com­pris. Pas la France, dont la stra­té­gie tota­le­ment hos­­pi­­ta­­lo-cen­­trée empêche plus lar­ge­ment de pen­ser les trai­te­ments en phase pré­coce, ce qui nous vaut de figu­rer dans le pelo­ton de tête des pays où la mor­ta­li­té liée à la Covid aura été la plus forte, sans par­ler des séquelles durables de la mala­die chez les patients qui n’ont pas été véri­ta­ble­ment soignés.

Sur tout ceci pèse cepen­dant une chappe de plomb, un déni voire un tabou, qui n’est pas sans rap­pe­ler l’affaire de l’hydroxychloroquine. Les auto­ri­tés sani­taires, l’INSERM et nombre de méde­cins triés sur le volet pour inter­ve­nir sur les pla­teaux de télé­vi­sion dénigrent l’Ivermectine. La presse (à com­men­cer par l’AFP) relaye immé­dia­te­ment ce déni­gre­ment et il ne se trouve pas un seul jour­na­liste pour aller véri­fier tout ça. Enfin la revue Pres­crire (qui est indé­pen­dante des indus­triels mais pas de l’Etat dont elle reçoit des sub­sides) se laisse aller à son tour à mani­pu­ler les résul­tats des études scien­ti­fiques pour déni­grer ce médicament.

L’OMS et, en France, l’Agence Natio­nale de Sécu­ri­té du Médi­ca­ment (ANSM) sont en train d’étudier le dos­sier de l’Ivermectine, ce médi­ca­ment dont les décou­vreurs ont été nobé­li­sés et qui démontre son effi­ca­ci­té dans de nom­breux pays ailleurs qu’en Occi­dent. Il faut espé­rer que la situa­tion se débloque avant la fin de l’épidémie et avant qu’il ne nous reste plus que les yeux pour pleu­rer les morts.

Gérard MAUDRUX.

Source : https://​blogs​.media​part​.fr/​l​a​u​r​e​n​t​–​m​u​c​c​h​i​e​l​l​i​/​b​l​o​g​/​2​5​0​2​2​1​/​p​o​u​r​q​u​o​i​–​l​–​i​v​e​r​m​e​c​t​i​n​e​–​e​s​t​–​p​r​o​b​a​b​l​e​m​e​n​t​–​l​e​–​m​e​i​l​l​e​u​r​–​t​r​a​i​t​e​m​e​n​t​–​d​e​–​l​a​–​c​o​vid

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Covid19 : crise sanitaire ou bascule totalitaire ? Débat Etienne Chouard Jean Bricmont – Ça va bien se passer ! #02

Je suis venu à Paris au début du mois de février 2021, et Vincent Lapierre m’a per­mis d’a­voir deux échanges, à la fois ani­més et ins­truc­tifs, avec des gens que j’aime bien et avec qui pour­tant je ne suis pas d’ac­cord du tout sur ce point pré­cis de l’a­na­lyse de ce qu’on appelle « la crise sani­taire » (que je consi­dère beau­coup plus comme une bas­cule tota­li­taire) : un échange avec Jor­da­nix (dont j’ai par­lé dans un pré­cé­dent billet), et un autre avec Jean Bricmont.

La seconde de ces ren­contres à avoir été publiée (ci-des­­sus) est celle avec Jean Bric­mont (voir sa page Face­book).

J’ai un grand res­pect pour Jean, dont j’es­time l’hu­ma­nisme et le cou­rage. Il m’a fait l’hon­neur de me pro­po­ser d’é­crire la pré­face de son livre (Les cen­seurs contre la Répu­blique), que je trouve très impor­tant, et j’ai beau­coup tra­vaillé sur cette pré­face, en défense ration­nelle de la liber­té d’ex­pres­sion. Nous nous connais­sons depuis des années et ce qui nous arrive ici est inat­ten­du : alors que nous sommes le plus sou­vent d’ac­cord sur tout ce qui est impor­tant, nous voi­là en désac­cord presque total sur un sujet qui nous paraît impor­tant à tous les deux. Je vois là une occa­sion en or d’or­ga­ni­ser une bonne mise en scène des conflits, loyale et res­pec­tueuse, exem­plaire quoi, où les deux amis que nous sommes vont pou­voir com­pa­rer leurs peurs res­pec­tives avec bien­veillance, en cher­chant tous les deux où est le vrai plu­tôt que d’es­sayer d’a­voir rai­son (et prou­ver que l’autre à tort).

Je trouve que, comme l’é­change avec Jor­da­nix, cet échange avec Jean repré­sente assez bien quelques facettes du cli­vage incroyable qui est en train de se creu­ser dans nos socié­tés humaines, et par­ti­cu­liè­re­ment en France, entre des mil­lions de simples citoyens à la fois non scien­ti­fiques et direc­te­ment concer­nés par « les mesures prises au nom de la science » : ceux qui ont peur de perdre leur san­té ou même leur vie, et ceux qui ont peur de perdre leurs liber­tés et même de bas­cu­ler vers une tyrannie.

Il me semble, depuis le début, que nous devrions nous par­ler de nos peurs res­pec­tives (toutes sont légi­times, au départ, par prin­cipe) en les éva­luant toutes, avec une bien­veillance mutuelle, pour trier celles qui sont bien fon­dées et celles qui sont mal fon­dées. Ceux qui traitent leurs contra­dic­teurs d’in­com­pé­tents ou de para­noïaques ont peu de chance de pro­gres­ser, à mon avis : c’est mal connaître sa propre cause que d’i­gno­rer celle de ses contra­dic­teurs. Nous avons besoin de com­prendre en pro­fon­deur pour­quoi nos contra­dic­teurs pensent ce qu’ils pensent, et cette com­pré­hen­sion ne peut adve­nir que par une dis­cus­sion franche, loyale et res­pec­tueuse. Et le fait de ne pas arri­ver à tom­ber d’ac­cord ne doit pas nous décou­ra­ger. Nous devons construire ensemble nos désac­cords, pour évi­ter que ceux-ci ne s’hy­per­tro­phient par mal­en­ten­dus suc­ces­sifs et cumu­la­tifs au point de nous jeter dans une détes­ta­tion mutuelle insensée.

À pro­pos des com­men­taires, comme je l’ai fait à pro­pos de mon échange avec Jor­da­nix, je vou­drais dire ici que je désap­prouve et condamne for­mel­le­ment les com­men­taires mépri­sants et insul­tants : c’est un bien mau­vais ser­vice à rendre à la cause de la véri­té que d’ac­ca­bler vio­lem­ment ceux dont on estime qu’ils se trompent. Je vous en sup­plie : IL FAUT DÉDIABOLISER L’ERREUR ! Arrê­tez (de part et d’autre) de faire de l’er­reur un crime impar­don­nable, une tache indé­lé­bile, un stig­mate infa­mant… c’est absurde : on ne pro­gresse que grâce aux erreurs (des siennes propres et de celles des autres), celui qui tré­buche montre aux autres le che­min. C’est régres­sif de deve­nir mal­veillant contre celui qui se trompe. Je fais des efforts per­ma­nents pour res­ter bien­veillant dans mes débats avec des gens avec qui je suis pour­tant en pro­fond désac­cord, parce que je consi­dère que LE RESPECT RÉCIPROQUE EST LA CONDITION PREMIÈRE D’UN DÉBAT DIGNE DE CE NOM, et je découvre ensuite des com­men­ta­teurs qui ne font, eux, aucun effort ni de res­pect ni de bien­veillance com­pré­hen­sive et qui déchaînent leur res­sen­ti­ment… Je suis très attris­té (et même un peu déses­pé­ré, je l’a­voue) par ceux qui pensent me « défendre » en étant aus­si vio­lents et insul­tants avec mes inter­lo­cu­teurs : sans s’en rendre compte (j’es­père), il me com­pliquent ter­ri­ble­ment la tâche, et pas seule­ment conjonc­tu­rel­le­ment, fon­da­men­ta­le­ment aus­si : c’est inco­hé­rent de se dire démo­crate et d’être en fait aus­si mépri­sant de ses adversaires.

Je vou­drais dire aus­si un mot à pro­pos de ceux qui me reprochent de prendre la parole sur la pré­ten­due « crise sani­taire », en pré­ten­dant que je suis incom­pé­tent et que je ferais donc mieux de me taire, en déplo­rant que je « dis­cré­dite ain­si tout mon tra­vail sur la démo­cra­tie » (domaines où je serais soi-disant com­pé­tent et donc légi­time à m’exprimer »…

Il est ques­tion ici des liber­tés publiques mena­cées par des abus de pou­voir his­to­riques (jamais on n’a­vait ain­si enfer­mé toute la popu­la­tion sur terre). Je ne vois pas du tout pour­quoi je me tai­rais ici, alors que je consacre ma vie depuis quinze ans (!) à défendre pré­ci­sé­ment les liber­tés contre les abus de pou­voir, au pré­texte que seuls les scien­ti­fiques pour­raient opi­ner en ces matières ? C’est une blague ? Il n’est évi­dem­ment pas ques­tion que ces ques­tions ultra-poli­­tiques soient aban­don­nées aux scien­ti­fiques (ou pré­ten­dus tels). PAS QUESTION, inutile d’in­sis­ter. Si ça vous insup­porte, vous n’êtes pas obli­gé de vous infli­ger cette dou­leur de me lire et vous êtes libre d’al­ler lire ailleurs.

Pour ceux qui sont res­tés, je vou­drais pré­ve­nir mes amis férus de science, amis de la science (je le suis aus­si), qu’il existe chez les savants un risque non négli­geable d’ar­ro­gance, d’im­pa­tience et fina­le­ment de bru­ta­li­té très anti­dé­mo­cra­tique : on a tant tra­vaillé sur un sujet qu’on est excé­dé par la sot­tise et la pré­ten­tion de ceux qui pré­tendent débattre sans avoir autant tra­vaillé que nous. On com­prend bien ce rai­son­ne­ment. Je com­prends qu’on en arrive, dans ce cas, à mépri­ser la démo­cra­tie et à pré­fé­rer l’i­dée d’une dic­ta­ture  éclai­rée, une « gou­ver­nance par les nombres », objec­tive, rigou­reuse, fiable, meilleure pour le bien com­mun que les déli­bé­ra­tions démo­cra­tiques des incom­pé­tents. Je com­prends ce rai­son­ne­ment, il est logique, mais je le crains. Il fait comme si la science ne pou­vait pas être cor­rom­pue (jus­qu’à la moelle), il fait comme si la science était tou­jours fiable, il fait comme si la science était homo­gène et sans oppo­si­tions ni désac­cords de fond, il néglige les opi­nions dis­si­dentes, et ce mépris des oppo­sants mino­ri­taires est pro­fon­dé­ment anti-scien­­ti­­fique, c’est ce qu’on appelle le scien­tisme, une sorte de dévo­tion aveugle envers « la science » pré­ten­du­ment incor­rup­tible et infaillible..

Au contraire de ces pré­ten­tions scien­tistes, toute la phi­lo­so­phie démo­cra­tique repose sur l’af­fir­ma­tion que la poli­tique (l’art de déci­der à pro­pos des com­muns) n’est pas une com­pé­tence et que la déci­sion publique appar­tient à tous, à éga­li­té : une homme = une voix pour déci­der ensemble de notre des­tin. Donc, même si les savants sont évi­dem­ment plus savants que les simples citoyens (per­sonne ne nie cela), en démo­cra­tie, ce ne sont pas les savants qui décident. Certes, les savants éclairent et influencent nos déci­sions, mais c’est nous qui déci­dons ; nous, c’est-à-dire la tota­li­té des êtres vivants sous le régime démocratique.

Il manque à cet échange des pas­sages impor­tants (par exemple celui où j’in­ter­pelle Jean sur l’ir­res­pon­sa­bi­li­té cri­mi­nelle des scien­ti­fiques qui se per­mettent de pra­ti­quer en secret des expé­riences folles pour créer des virus ultra-conta­­gieux et ultra-meur­­triers), pas­sages réser­vés par Vincent uni­que­ment à ceux qui paient un abon­ne­ment. Je regrette ce choix mais il appar­tient à Vincent, c’est sa liber­té. J’es­père qu’il pour­ra, un jour pro­chain, déci­der fina­le­ment de publier l’in­té­grale gra­tui­te­ment. Et j’es­père qu’a­lors, ceux que ces débats inté­ressent l’ai­de­ront finan­ciè­re­ment libre­ment et natu­rel­le­ment. Nos médias indé­pen­dants ont besoin que nous les aidions nous-mêmes, c’est la condi­tion de leur indépendance.

Mer­ci à Vincent d’or­ga­ni­ser de telles ren­contres, mal­gré les difficultés.

Étienne.

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Jean Bricmont vient de rééditer un grand livre, « Les censeurs contre la République »

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[Abus de pouvoir] Envoyé Spécial (France 2) : le reportage sur les origines du coronavirus choque les internautes (VIDEO)

TOUS les citoyens du monde sont évi­dem­ment LÉGITIMES À PROTESTER contre ces scien­ti­fiques dingues et leurs expé­riences cri­mi­nelles, trom­peu­se­ment nom­mées « gain de fonc­tion » (une folie scien­ti­fique qui consiste à rendre volon­tai­re­ment trans­mis­sibles à l’homme les formes les plus meur­trières de virus nor­ma­le­ment inof­fen­sifs pour nous).

« HÉ ! Vous n’êtes pas les seuls concer­nés ! Et les risques que vous faites cou­rir à l’Hu­ma­ni­té sont INSENSÉS. ARRÊTEZ !!! »

Étienne.

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Source (« com­plo­tiste », elle aus­si ?) : Envoyé Spé­cial France 2 :

Envoyé Spé­cial (France 2) : le repor­tage sur les ori­gines du coro­na­vi­rus choque les inter­nautes (VIDEO)
L’en­quête incroyable d’  »Envoyé Spé­cial » sur les ori­gines mys­té­rieuses de la pan­dé­mie ont énor­mé­ment fait réagir les télé­spec­ta­teurs sur les réseaux sociaux ce jeu­di 11 mars.

Ce jeu­di 11 mars 2021, la dif­fu­sion des nou­veaux repor­tages d’Envoyé Spé­cial sur France 2 a pro­vo­qué une grande vague de réac­tions sur les réseaux sociaux. En effet, plu­sieurs preuves dans cette enquête édi­fiante laissent pen­ser que la pan­dé­mie a pu être cau­sée par la fuite acci­den­telle du virus depuis le labo­ra­toire de Wuhan. Si les jour­na­listes du ser­vice public ont lais­sé une place au doute, l’in­ves­ti­ga­tion s’ap­puie tout de même sur des recherches scien­ti­fiques, et a décou­vert qu’un coro­na­vi­rus cau­sant des symp­tômes très simi­laires à la Covid-19 était à l’é­tude à Wuhan depuis la pneu­mo­nie des mineurs du Yun­nan en 2012, et que la per­sonne qui avait fait les pré­lè­ve­ments dans la mine a par la suite par­ti­ci­pé à la créa­tion de huit coro­na­vi­rus syn­thé­tiques en mélan­geant le SRAS à un coro­na­vi­rus de chauve-sou­­ris. Aujourd’­hui, cette mine est inac­ces­sible et pla­cée sous haute sur­veillance par le gou­ver­ne­ment chinois.

Une méthode contro­ver­sée au sein la com­mu­nau­té scien­ti­fique, effec­tuée d’a­près l’ex­perte pour anti­ci­per les dan­gers des nou­veaux virus d’o­ri­gine ani­male afin de mieux les anti­ci­per [Là, avec ce pré­texte tota­le­ment bidon, on nous prend vrai­ment pour des cons, c’est clair. ÉC]. Le labo­ra­toire en ques­tion se trouve « à quelques dizaines de mètres » du mar­ché de Wuhan, soup­çon­né il y a un an d’a­voir été le lieu d’o­ri­gine de l’é­pi­dé­mie. Deux ans plus tôt encore, deux diplo­mates avaient aler­té dans un com­mu­ni­qué les « failles du sécu­ri­té » et le manque de per­son­nel cor­rec­te­ment for­més après avoir visi­té ce labo­ra­toire qui effec­tue des mani­pu­la­tions dan­ge­reuses de coro­na­vi­rus de chauve-souris.

L’OMS a écar­té la thèse d’une fuite acci­den­telle de labo­ra­toire, mais son inves­ti­ga­tion n’é­tait pas indé­pen­dante. En réa­li­té, elle a été faite conjoin­te­ment avec la Chine, avec un accès extrê­me­ment limi­té au labo­ra­toire de Wuhan. Par exemple, Envoyé Spé­cial rap­porte que l’OMS n’a eu accès à aucune don­nées sto­ckées par le labo­ra­toire, aucun dos­sier, et qu’un membre de la com­mis­sion d’en­quête de l’OMS, Peter Das­zak, était l’un des finan­ceurs des tra­vaux de ce labo­ra­toire sur les coro­na­vi­rus de chauve-sou­­ris. Des e‑mails de Peter Das­zak prouvent qu’il a par la suite conseillé aux experts de l’OMS de pri­vi­lé­gier la piste de trans­mis­sion ani­male plu­tôt que de celle d’un acci­dent de laboratoire.

De plus, comme le montrent les dif­fé­rents extraits ci-des­­sous, la cir­cu­la­tion du virus chez l’homme por­te­rait à croire qu’il a été façon­né spé­ci­fi­que­ment pour être conta­gieux chez les humains, et sur­tout, l’ac­cès à la base de don­nées du labo­ra­toire de Wuhan a été sup­pri­mé sans expli­ca­tions trois mois seule­ment avant le début de la pan­dé­mie. La Chine avait-elle quelque chose à cacher ? De quoi relan­cer les soup­çons qui avaient com­men­cé à émer­ger dès le mois de mars 2020, avec les doutes sur le nombre réel de décès en Chine cau­sés par la Covid-19. Sur Twit­ter, les inter­nautes n’en reve­naient pas de l’en­quête d’Envoyé Spé­cial et ont été nom­breux à expri­mer leur, comme le montrent les tweets ci-des­­sous. Pour vision­ner le repor­tage dans son inté­gra­li­té, cli­quez ici.


Source : Envoyé Spé­cial France 2 :
https://​www​.pro​gramme​-tele​vi​sion​.org/​n​e​w​s​–​t​v​/​E​n​v​o​y​e​–​S​p​e​c​i​a​l​–​F​r​a​n​c​e​–​2​–​l​e​–​r​e​p​o​r​t​a​g​e​–​s​u​r​–​l​e​s​–​o​r​i​g​i​n​e​s​–​d​u​–​c​o​r​o​n​a​v​i​r​u​s​–​c​h​o​q​u​e​–​l​e​s​–​i​n​t​e​r​n​a​u​t​e​s​–​V​I​D​E​O​–​4​6​7​0​421

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1) DICTATURE SANITAIRE, 2) ASSANGE ET 3) LA CENSURE – ÇA VA BIEN SE PASSER #01 – Rencontre entre Étienne Chouard, Jordanix et Viktor Dedaj, chez Vincent Lapierre

Je suis venu à Paris au début du mois de février 2021, et Vincent Lapierre m’a per­mis d’a­voir deux échanges, à la fois ani­més et ins­truc­tifs, avec des gens que j’aime bien et avec qui pour­tant je ne suis pas d’ac­cord du tout sur ce point pré­cis de l’a­na­lyse de ce qu’on appelle « la crise sani­taire » (que je consi­dère beau­coup plus comme une bas­cule tota­li­taire) : un échange avec Jor­da­nix, et un autre avec Jean Bric­mont (dont je par­le­rai dans le billet suivant).

La pre­mière de ces ren­contres à avoir été publiée est celle avec Jor­da­nix (voir sa chaîne You­tube).

Je trouve que cet échange repré­sente assez bien quelques facettes du cli­vage incroyable qui est en train de se creu­ser dans nos socié­tés humaines, et par­ti­cu­liè­re­ment en France, entre des mil­lions de simples citoyens à la fois non scien­ti­fiques et direc­te­ment concer­nés par « les mesures prises au nom de la science » : ceux qui ont peur de perdre leur san­té ou même leur vie, et ceux qui ont peur de perdre leurs liber­tés et même de bas­cu­ler vers une tyrannie.

Il me semble, depuis le début, que nous devrions nous par­ler de nos peurs res­pec­tives (toutes sont légi­times, au départ, par prin­cipe) en les éva­luant toutes, avec une bien­veillance mutuelle, pour trier celles qui sont bien fon­dées et celles qui sont mal fon­dées. Ceux qui traitent leurs contra­dic­teurs d’in­com­pé­tents ou de para­noïaques ont peu de chance de pro­gres­ser, à mon avis : c’est mal connaître sa propre cause que d’i­gno­rer celle de ses contra­dic­teurs. Nous avons besoin de com­prendre en pro­fon­deur pour­quoi nos contra­dic­teurs pensent ce qu’ils pensent, et cette com­pré­hen­sion ne peut adve­nir que par une dis­cus­sion franche, loyale et res­pec­tueuse. Et le fait de ne pas arri­ver à tom­ber d’ac­cord ne doit pas nous décou­ra­ger. Nous devons construire ensemble nos désac­cords, pour évi­ter que ceux-ci ne s’hy­per­tro­phient par mal­en­ten­dus suc­ces­sifs et cumu­la­tifs au point de nous jeter dans une détes­ta­tion mutuelle insensée.

C’est l’é­change avec Jor­da­nix (plus que celui avec Vik­tor) qui est par­ti­cu­liè­re­ment com­men­té en-des­­sous de la vidéo sur Youtube.

À pro­pos des com­men­taires, je vou­drais dire ici que je désap­prouve et condamne for­mel­le­ment les com­men­taires mépri­sants et insul­tants : c’est un bien mau­vais ser­vice à rendre à la cause de la véri­té que d’ac­ca­bler vio­lem­ment ceux dont on estime qu’ils se trompent. Je vous en sup­plie : IL FAUT DÉDIABOLISER L’ERREUR ! Arrê­tez (de part et d’autre) de faire de l’er­reur un crime impar­don­nable, une tache indé­lé­bile, un stig­mate infa­mant… c’est absurde : on ne pro­gresse que grâce aux erreurs (des siennes propres et de celles des autres), celui qui tré­buche montre aux autres le che­min. C’est régres­sif de deve­nir mal­veillant contre celui qui se trompe. Je fais des efforts per­ma­nents pour res­ter bien­veillant dans mes débats avec des gens avec qui je suis pour­tant en pro­fond désac­cord, parce que je consi­dère que LE RESPECT RÉCIPROQUE EST LA CONDITION PREMIÈRE D’UN DÉBAT DIGNE DE CE NOM, et je découvre ensuite des com­men­ta­teurs qui ne font, eux, aucun effort ni de res­pect ni de bien­veillance com­pré­hen­sive et qui déchaînent leur res­sen­ti­ment… Je suis très attris­té (et même un peu déses­pé­ré, je l’a­voue) par ceux qui pensent me « défendre » en étant aus­si vio­lents et insul­tants avec mes inter­lo­cu­teurs : sans s’en rendre compte (j’es­père), il me com­pliquent ter­ri­ble­ment la tâche, et pas seule­ment conjonc­tu­rel­le­ment, fon­da­men­ta­le­ment aus­si : c’est inco­hé­rent de se dire démo­crate et d’être en fait aus­si mépri­sant de ses adversaires.

Je vou­drais dire aus­si un mot à pro­pos de ceux qui me reprochent de prendre la parole sur la pré­ten­due « crise sani­taire », en pré­ten­dant que je suis incom­pé­tent et que je ferais donc mieux de me taire, en déplo­rant que je « dis­cré­dite ain­si tout mon tra­vail sur la démo­cra­tie » (domaines où je serais soi-disant com­pé­tent et donc légi­time à m’exprimer »…

Je vou­drais pré­ve­nir mes amis férus de science, amis de la science (je le suis aus­si), qu’il existe chez les savants un risque non négli­geable d’ar­ro­gance, d’im­pa­tience et fina­le­ment de bru­ta­li­té très anti­dé­mo­cra­tique : on a tant tra­vaillé sur un sujet qu’on est excé­dé par la sot­tise et la pré­ten­tion de ceux qui pré­tendent débattre sans avoir autant tra­vaillé que nous. On com­prend bien ce rai­son­ne­ment. Je com­prends qu’on en arrive, dans ce cas, à mépri­ser la démo­cra­tie et à pré­fé­rer l’i­dée d’une dic­ta­ture  éclai­rée, une « gou­ver­nance par les nombres », objec­tive, rigou­reuse, fiable, meilleure pour le bien com­mun que les déli­bé­ra­tions démo­cra­tiques des incom­pé­tents. Je com­prends ce rai­son­ne­ment, il est logique, mais je le crains. Il fait comme si la science ne pou­vait pas être cor­rom­pue (jus­qu’à la moelle), il fait comme si la science était tou­jours fiable, il fait comme si la science était homo­gène et sans oppo­si­tions ni désac­cords de fond, il néglige les opi­nions dis­si­dentes, et ce mépris des oppo­sants mino­ri­taires est pro­fon­dé­ment anti-scien­­ti­­fique, c’est ce qu’on appelle le scien­tisme, une sorte de dévo­tion aveugle envers « la science » pré­ten­du­ment incor­rup­tible et infaillible..

Au contraire de ces pré­ten­tions scien­tistes, toute la phi­lo­so­phie démo­cra­tique repose sur l’af­fir­ma­tion que la poli­tique (l’art de déci­der à pro­pos des com­muns) n’est pas une com­pé­tence et que la déci­sion publique appar­tient à tous, à éga­li­té : une homme = une voix pour déci­der ensemble de notre des­tin. Donc, même si les savants sont évi­dem­ment plus savants que les simples citoyens (per­sonne ne nie cela), en démo­cra­tie, ce ne sont pas les savants qui décident. Certes, les savants éclairent et influencent nos déci­sions, mais c’est nous qui déci­dons ; nous, c’est-à-dire la tota­li­té des êtres vivants sous le régime démocratique.

Je vous conseille de lire ou de relire ces deux excel­lents Pro­pos d’A­lain (mon cher Émile Char­tier, phare de la pen­sée). On pour­rait inti­tu­ler le pre­mier « L’INDIGNATION DES COMPÉTENTS ». C’est un texte remar­quable. Nous vivons, avec cette « crise sani­taire » où les citoyens sont comme tenus à l’é­cart des débats par des scien­tistes sûrs et cer­tains de ne jamais se trom­per, nous vivons un cas d’é­cole de ce contre quoi nous aver­tit Alain : le peuple est l’ar­ma­teur, les ministres sont le capi­taine. Ce n’est pas au capi­taine de fixer la des­ti­na­tion, c’est à l’armateur.

« Lisez les feuilles publiques ; vous ver­rez qu’ils sont tous sai­sis d’un furieux besoin de décla­mer contre l’é­lec­teur, disant qu’il est igno­rant, qu’il est cor­rom­pu, qu’il est incons­tant, qu’il est ingrat, et qu’en­fin il faut cher­cher quelque sys­tème ingé­nieux qui per­mette aux émi­nents dépu­tés, aux émi­nents ministres, aux émi­nents bureau­crates de remettre l’é­lec­teur à sa place, et de tra­vailler à son bon­heur mal­gré lui.

Je connais cette chan­son. Tous les bureau­crates que j’ai ren­con­trés me l’ont chan­tée ; et cela reve­nait à dire, presque sans détour, que le suf­frage uni­ver­sel, si on le prend sérieu­se­ment, est une ins­ti­tu­tion absurde. Car, disaient-ils, il faut avant tout savoir, si l’on veut agir. Or, dans votre beau sys­tème, le petit nombre des citoyens qui savent bien une chose, que ce soit les finances, la mutua­li­té, l’en­sei­gne­ment on la poli­tique exté­rieure, ce petit nombre est écra­sé par la mul­ti­tude des igno­rants. « Nous espé­rions, disaient-ils, que les igno­rants feraient du moins modestes et dis­crets, et qu’ils se lais­se­raient tout de même un peu gou­ver­ner par ceux qui sont pré­pa­rés à cette tâche dif­fi­cile. Mais point du tout. Votre répu­blique se réa­lise. Le dépu­té vient dans les bureaux, et y parle au nom du peuple. Le tard-ins­­truit méprise les com­pé­tences, et veut réfor­mer tout. Bien­tôt on nom­me­ra les ingé­nieurs, les ami­raux, les pro­fes­seurs au suf­frage uni­ver­sel. Ils ont déjà sac­ca­gé notre culture fran­çaise. L’i­gno­rant dit : voi­là ce que l’on doit m’ap­prendre. Ce beau sys­tème est arri­vé à sa per­fec­tion propre avec votre Combes ; et nous y retom­be­rons, c’est inévi­table, à moins qu’une grande révolte de l’é­lite ne coïn­cide avec quelque mou­ve­ment de crainte et de modes­tie dans la masse igno­rante. Mais, avec ces ambi­tieux et pré­ten­tieux ins­ti­tu­teurs, qui ne sup­portent plus aucun frein, je crois bien qu’on ne peut guère comp­ter sur une abdi­ca­tion volon­taire des citoyens-rois. Et alors, où allons-nous ? »

Tout direc­teur, tout ins­pec­teur, tout conseiller, tout pré­fet. tout rec­teur, tout ministre pense ain­si et parle ain­si, dès que l’é­lec­teur est retour­né à son tra­vail. Un Combes, un Pel­le­tan, sont haïs et mépri­sés par l’é­lite, jus­te­ment parce qu’ils résistent à ce mouvement-là.

Les par­tis n’y font rien. Le radi­cal s’en­tend très bien là-des­­sus avec le monar­chiste. Tous sentent très vive­ment que le peuple se hausse sur la pointe des pieds, et regarde dans les bureaux. L’é­lite des bureau­crates est contrô­lée, cri­ti­quée, mena­cée dans ses pri­vi­lèges. Les dépu­tés éprouvent, plus direc­te­ment encore, cette puis­sance des masses, qui, bien loin de deman­der à grands cris quelque bou­le­ver­se­ment impos­sible, pré­tendent tout sim­ple­ment s’ins­tal­ler au fau­teuil, et véri­fier les livres de cui­sine et de blan­chis­sage. Péril immi­nent, contre quoi ils ont trou­vé déjà la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle, en atten­dant l’en­sei­gne­ment pro­fes­sion­nel, qui remet­tra les citoyens à la chaîne. Citoyens, tâchez de bien sai­sir cette Révo­lu­tion des bureau­crates contre le Peuple. Et méfiez-vous ; l’ad­ver­saire a plus d’un tour dans son sac. »

Alain, 4 juin 1910.

Et je vous rap­pelle aus­si cet autre Pro­pos, plus expli­cite encore, qu’on pour­rait inti­tu­ler « LES NON-COMPÉTENTS PEUVENT CONTRÔLER LES COMPÉTENTS » :

« Il y a un argu­ment contre la Démo­cra­tie éga­li­taire, que je trouve dans Auguste Comte, et qui a été sou­vent repris, c’est que, par le suf­frage popu­laire, on aura tou­jours des dépu­tés incom­pé­tents. C’est pour­quoi notre phi­lo­sophe ne veut consi­dé­rer le sys­tème de la libre cri­tique et de l’é­ga­li­té radi­cale que comme un pas­sage à un état meilleur, où le pou­voir sera tou­jours aux mains d’un savant dans chaque spé­cia­li­té, et d’un conseil d’é­mi­nents socio­logues pour la coor­di­na­tion et l’ensemble.

Il est très vrai qu’un dépu­té, le plus sou­vent, ne sait rien à fond en dehors du mé­tier qu’il exer­çait ; mais remar­quez que, s’il est avo­cat, il connaît tout de même assez bien les lois, la pro­cé­dure, et les vices du sys­tème judi­ciaire ; que, s’il est commer­çant, il s’en­tend aux comptes et à l’é­co­no­mie ; que, s’il est entre­pre­neur, il dira utile­ment son mot au sujet des tra­vaux publics, et ain­si pour le reste. Aus­si, quand on parle de l’i­gno­rance et de l’in­com­pé­tence des dépu­tés, je ne puis voir là qu’un déve­loppement facile et sans portée.

Mais je ne regar­de­rais pas tant à la science ; plu­tôt à la pro­bi­té, et à la sim­pli­ci­té des mœurs pri­vées. Car si l’on prend pour dépu­té un grand arma­teur, ou un grand indus­triel, ou un grand ban­quier, ou un grand avo­cat, afin d’u­ser de leur savoir-faire, ce sera un cal­cul de dupe assez sou­vent. On connaît des hommes fort habiles et intel­li­gents, mais qui, peut-être, par l’ha­bi­tude des affaires, pen­se­ront un peu trop à leur for­tune, ou bien exer­ce­ront volon­tiers un pou­voir tyran­nique, comme ils font natu­rel­le­ment chez eux et dans leur métier. Ain­si leur science pour­ra bien nous coû­ter cher. J’ai­me­rais sou­vent mieux un hon­nête homme qui n’au­rait pas trop réus­si. Bref, je ne désire pas avant tout des Compétences.

Et pour­quoi ? Parce que nous en avons autant qu’il nous en faut dans les ser­vices publics. La Cour de Cas­sa­tion et le Conseil d’É­tat connaissent pro­fon­dé­ment les lois. La Cour des Comptes a la science des Finances publiques. Tous les minis­tères ont des direc­teurs fort ins­truits. La guerre et la marine dépendent d’hommes qui connaissent leur métier. En fait les Com­pé­tences sont aux affaires. Il reste à les sur­veiller, et ce n’est pas si difficile.

On prend à tort les ministres pour des hommes qui devraient être plus savants que leurs subor­don­nés. Le ministre n’est autre chose qu’un délé­gué du peuple pour la sur­veillance d’un tra­vail déter­mi­né et nous avons, pour sur­veiller le sur­veillant, un autre dépu­té, rap­por­teur du bud­get ; les autres dépu­tés sont arbitres. Par exemple on peut bien juger de la fabri­ca­tion des poudres sans être chi­miste, car les spé­cia­listes seront bien for­cés de par­ler clair, si on l’exige, et c’est ce qui est arri­vé. De la même manière, un juré peut appré­cier la res­pon­sa­bi­li­té d’a­près les rap­ports des méde­cins. Si le civet est brû­lé, d’a­bord je le sen­ti­rai très bien, sans être cui­si­nier, et ensuite j’arrive­rai à me pro­té­ger contre ce petit mal­heur, même sans entrer dans la cui­sine, car je suis celui qui paie. Le peuple est celui qui paie ; et ses repré­sen­tants ont mille moyens de faire que le peuple soit bien ser­vi, si seule­ment ils le veulent.

On peut même dési­rer ici une divi­sion du tra­vail plus par­faite, les dépu­tés jugeant avant tout d’a­près les effets sans cher­cher les causes. Comme cet homme très riche et très occu­pé qui a plu­sieurs autos et ne connaît pas la panne. Sa méthode est de bien payer, et de ren­voyer le chauf­feur sans com­men­taires, à la pre­mière panne ; cela le dis­pense d’ap­prendre la mécanique. »

Alain (Pro­pos, 27 octobre 1912).

Ce pre­mier échange avec Jor­da­nix est sui­vi par un expo­sé impor­tant de Vik­tor Dedaj sur le mar­tyr de Julian Assange.

Je consi­dère Vik­tor comme un ami, il m’est cher, je le trouve à la fois savant sur ses sujets, hon­nête et cou­ra­geux. Son expo­sé sur le comble de l’a­bus de pou­voir (qu’est le sort réser­vé par les cri­mi­nels de guerre à leur dénon­cia­teur Assange) est pas­sion­nant et important.

Un troi­sième échange, sur la pro­blé­ma­tique cen­trale des « réseaux sociaux », n’est visible que pour les abon­nés. Je regrette ça. J’es­père que Vincent fini­ra par publier gra­tui­te­ment l’in­té­gra­li­té de l’é­change. C’est aux audi­teurs de l’ai­der libre­ment s’ils jugent utile son tra­vail de jour­na­liste (ce que je crois). Pour l’ins­tant, il y a toute une par­tie de notre échange qui est « à péage », je n’ai jamais fait comme ça, je n’aime pas ça, j’es­père que ça chan­ge­ra, advienne que pourra.

En tout état de cause, mer­ci à Vincent de rendre ces ren­contre possibles.

Étienne.

PS : le des­crip­tif de l’é­mis­sion sur le site du Média pour tous : https://lemediapourtous.fr/cvbsp-emission‑1/
 


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« Point de vue d’Etienne Chouard face au procès dénué de sens que lui fait la gauche sectaire »

Cette vidéo est un pas­sage, pro­duit et publié par quel­qu’un que je ne connais pas du tout, extrait du long entre­tien que j’ai eu à la mai­son en juillet 2018 avec les Affran­chis.

Ce serait bien, de la part de ceux qui pensent beau­coup de mal de moi (de bonne foi), d’ac­cep­ter de débattre de tout ça loyalement.

Il me semble que, du point de vue du bien com­mun, ce serait bien.

Étienne.

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Troisième interview d’Étienne CHOUARD Être Humain : #3

J’ai reçu à la mai­son un jeune homme, nom­mé Thier­ry Jour­dan, et cet échange lui a per­mis de publier sur son site (Stu­dio One) les trois vidéos que voi­ci (les deux autres sont dans des billets séparés).

Troi­sième partie :
8:15 Le ciel sur la tête…
12:14 Le cré­dit social…
23:01 Impôts / corvées…
31:40 La dette publique…
35:59 Tout est langage ?
39:51 Un monde absurde ?
43:27 Le monde de demain ?

Bon, là encore, ce serait bien de pré­ci­ser un peu ce som­maire.
S’il y en a qui veulent bien m’ai­der (en rédi­geant des petits résu­més des par­ties), merci 🙂
 
Étienne.

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Deuxième interview d’Étienne CHOUARD Être Humain : #2

J’ai reçu à la mai­son un jeune homme, nom­mé Thier­ry Jour­dan, et cet échange lui a per­mis de publier sur son site (Stu­dio One) les trois vidéos que voi­ci (les deux autres sont dans des billets séparés).

Deuxième par­tie :
4:45 Le risque de la liberté…
6:03 S’émanciper !
14:44 Urgence ?
16:34 Refu­ser l’impôt ?
17:07 Créer de la thune…
18:20 Case prison !
21:56 Social net­work my ass !
29:55 Les libertaires…
35:46 Music.…
39:03 Savoir ou croire ?

Bon, ce serait bien de pré­ci­ser un peu ce som­maire.
S’il y en a qui veulent bien m’ai­der, merci 🙂
 
Étienne.

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Première interview d’Étienne CHOUARD : ÊTRE HUMAIN #1

J’ai reçu à la mai­son un jeune homme, nom­mé Thier­ry Jour­dan, et cet échange lui a per­mis de publier sur son site (Stu­dio One) les trois vidéos que voi­ci (les deux autres seront dans des billets séparés).

Pre­mière partie :
2 min 22 Les pre­miers souvenirs ?
3 min 03 Enfant quel métier vou­lais tu faire ?
20 min53 Un prof un élève…
25 min 44 L’implication politique…
30 min 46 Etienne Chouard président…
37 min 57 La démo­cra­tie Athénienne
50 min 55 La peine de mort remise en cause ?
56 min 52 La légi­ti­mé de la constitution ?
1h07 min 29 Com­ment cela fut mis en place…

Bon, ce serait bien de pré­ci­ser un peu ce som­maire.
S’il y en a qui veulent bien m’ai­der, merci 🙂
 
Étienne.

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🔑 Interview sans coupure Inform’Action – Étienne CHOUARD, Toulouse 20 mai 2017

Inter­view inté­grale, tour­née pen­dant la série de repor­tages d’In­form’Ac­tion (4 par­ties) à Tou­louse le 20 mai 2017.

☛ Cha­pitres :
00:30​ Les ate­liers constituants
04:00​ Com­ment rendre cette idée accessible ?
15:20​ La crois­sance du pro­grès technologique
19:52​ Réponse aux groupes Antifas



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Aki­na (c’est le nom afri­cain qu’il s’est lui-même choi­si) est un jeune homme lumi­neux, une pile d’optimisme et de dévoue­ment au bien com­mun, un bour­reau de tra­vail pour détec­ter et publier (jour et nuit, il n’arrête pas) tout ce qui peut inté­res­ser les citoyens, soit pour s’émanciper soit pour connaître les diverses menaces contre les liber­tés. Il mérite infi­ni­ment que vous l’aidiez.


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🔑 Et si nous réécrivions la constitution ? Toulouse, 20 mai 2017, avec Étienne CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #4

Qua­trième épi­sode d’une série de repor­tages réa­li­sés lors de la venue d’É­tienne CHOUARD à Tou­louse le 20 mai 2017. Et si cette idée-là fonc­tion­nait ? Si cha­cun d’entre nous déci­dions de rédi­ger les règles d’ac­com­plis­se­ment des lois ? Quelles idées en ressortiraient ?



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[Catalogne, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes] Jordi Cuixart, Catalan emprisonné pour résistance à l’oppression : 17 leçons de démocratie, leçons de dignité (magnifique vidéo, 5 min)

Un mes­sage de Jor­di Cuixart, juste avant son pro­cès, il y a 2 ans, en février 2019, depuis une pri­son espagnole :

« Je suis Jor­di Cuixart, pré­sident d’Òmnium Cultu­ral, la plus grande ONG cultu­relle de Cata­logne. Je suis en pri­son pré­ven­tive depuis plus de quinze mois pour avoir orga­ni­sé des mani­fes­ta­tions mas­sives et tou­jours paci­fiques en défense du droit à l’autodétermination de la Cata­logne. Je suis le pri­son­nier poli­tique d’un sys­tème juri­­di­­co-exé­­cu­­tif espa­gnol héri­té du fran­quisme. Oui, en Espagne le fran­quisme a sur­vé­cu à la tran­si­tion démo­cra­tique et les organes juri­diques d’exception char­gés de juger les dis­si­dences poli­tiques ont été maintenus.

En l’occurrence s’ouvre ce 12 février devant la Cour suprême espa­gnole, à Madrid, un pro­cès contre la démo­cra­tie. Je serai assis sur le banc des accu­sés aux côtés de six anciens membres du gou­ver­ne­ment cata­lan, de l’ancienne pré­si­dente du par­le­ment et de l’ancien pré­sident d’une autre grande ONG. J’encours jusqu’à dix-sept ans de pri­son pour des actes que je n’ai pas com­mis. Je serai jugé pour un crime de rébel­lion comme a pu l’être le géné­ral Teje­ro suite à sa ten­ta­tive armée de coup d’État au par­le­ment espa­gnol en 1981.

Ce crime ima­gi­naire que j’aurais com­mis néces­site un pro­ces­sus de vio­lence carac­té­ri­sé qui n’a jamais eu lieu. Je serai éga­le­ment accu­sé du crime de sédi­tion, qui exige un sou­lè­ve­ment popu­laire qui empê­che­rait l’application des lois ou l’actuation des auto­ri­tés. Là aus­si, c’est une pure inven­tion. Ce pro­cès a pour but de juger des hauts res­pon­sables cata­lans et les aspi­ra­tions démo­cra­tiques de plus 80% de la popu­la­tion en Cata­logne de déci­der de son ave­nir dans les urnes. Dépas­sé, Madrid répond à cette volon­té popu­laire par la répres­sion phy­sique et judiciaire.

Nos liber­tés fon­da­men­tales sont en péril et cette paro­die de pro­cès, où la sen­tence à une lourde peine de pri­son semble par ailleurs déjà écrite, sera mise sous le feu des pro­jec­teurs de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale. Aux yeux de celle-ci, les accu­sés seront décla­rés non cou­pables et l’État, cou­pable de son inca­pa­ci­té à dia­lo­guer, ver­ra sa cré­di­bi­li­té s’effondrer. Cri­ti­qué pour la poli­ti­sa­tion de son sys­tème judi­ciaire et son manque de trans­pa­rence, ce pro­cès est l’expression d’un État en grande souf­france démocratique.

Être en pri­son me per­met d’accuser l’État de vio­ler nos droits fon­da­men­taux. Rous­seau dit que « renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs », je n’y renon­ce­rai pas ! Le res­pect des droits de l’homme est une base solide qui doit régir nos socié­tés démo­cra­tiques. Aujourd’hui, en Espagne, ces droits sont bafoués sur l’autel de l’unité consti­tu­tion­nelle. « I have a dream » qu’un jour l’État espa­gnol, un État étouf­fé par l’héritage du fran­quisme, se trans­forme en une oasis de démo­cra­tie. La crise est à la fois poli­tique et démo­cra­tique. La réponse judi­ciaire qui est appor­tée ne fait que cata­ly­ser les ten­sions alors que seuls le dia­logue et une issue poli­tique per­met­tront de les résoudre. »

Jor­di Cuixart, 11/2/2019.
Source : https://​www​.tdg​.ch/​r​e​f​l​e​x​i​o​n​s​/​p​r​o​c​e​s​–​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​–​s​–​o​u​v​r​e​–​m​a​d​r​i​d​/​s​t​o​r​y​/​2​5​8​5​3​737

Et puis une pro­tes­ta­tion sur la condam­na­tion à 9 ans de pri­son (!) pour ces oppo­sants poli­tiques pacifiques :

Jordi Cuixart, condamné à 9 ans d’emprisonnement pour avoir exercé des droits fondamentaux

Bar­ce­lone, le 14 octobre 2019 – La Cour suprême espa­gnole a condam­né Jor­di Cuixart, pré­sident d’Òmnium Cultu­ral, à pur­ger une peine de 9 ans de pri­son pour le délit de sédi­tion, délit qu’il n’a pas com­mis. Toutes ses actions ont été paci­fiques, civiques et dans l’exercice de ses droits civils. Cette déci­sion de jus­tice repré­sente une attaque directe aux droits fon­da­men­taux de Jor­di Cuixart et des autres accu­sés, ain­si que la péna­li­sa­tion du droit de mani­fes­ta­tion paci­fique pour tous les citoyens de l’Etat espagnol.

La déci­sion de jus­tice consti­tue une attaque contre les liber­tés d’expression et de manifestation

Le pré­sident de l’Òmnium a été injus­te­ment mis en exa­men, incul­pé et fina­le­ment condam­né à une peine de pri­son pour avoir orga­ni­sé une mani­fes­ta­tion paci­fique le 20 sep­tembre 2017 et pour avoir appe­lé publi­que­ment à par­ti­ci­per au réfé­ren­dum d’autodétermination du 1er octobre 2017. Il a été empri­son­né en date du 16 octobre de cette année-là et a donc pas­sé pra­ti­que­ment 2 ans en déten­tion provisoire.

Toutes ces actions s’inscrivent dans le cadre de l’exercice de droits fon­da­men­taux comme la liber­té d’expression et le droit de mani­fes­ta­tion, inclus et pro­té­gés par la Consti­tu­tion espa­gnole, la Charte des droits fon­da­men­taux de l’UE, le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et poli­tiques ou la Décla­ra­tion uni­ver­selle des droits de l’homme. Le Groupe de tra­vail sur la déten­tion arbi­traire de l’ONU et des ONG telles qu’Amnis­ty Inter­na­tio­nal, l’Orga­ni­sa­tion mon­diale contre la tor­ture ou la Front Line Defen­ders, ont dénon­cé cela et ont récla­mé sa mise en liberté.

Il n’y a pas eu de sédi­tion : Jor­di Cuixart a agit de manière paci­fique et civique

Jor­di Cuixart a exer­cé le droit de réunion paci­fique et sa liber­té d’expression, au même titre que tous les citoyens qui ont par­ti­ci­pé à la mani­fes­ta­tion du 20 sep­tembre 2017. Consi­dé­rer une mani­fes­ta­tion mas­sive comme une émeute, et donc un délit de sédi­tion, c’est une attaque au plu­ra­lisme idéo­lo­gique et une cri­mi­na­li­sa­tion de toute mobi­li­sa­tion massive.

Mani­fes­ta­tions et actions pré­vues pour les jours et semaines à venir

En réponse à la déci­sion de jus­tice, des mobi­li­sa­tions de citoyens sont atten­dues dans les prin­ci­pales villes de Cata­logne. Ce midi, les repré­sen­tants de la socié­té civile cata­lane (indé­pen­dan­tistes et nonin­dé­pen­dan­tistes) se sont concen­trés à Bar­ce­lone pour démon­trer leur uni­té face à la déci­sion de jus­tice de la Cour suprême. La concen­tra­tion a comp­té sur la par­ti­ci­pa­tion des prin­ci­paux syn­di­cats et des orga­ni­sa­tions patro­nales de Cata­logne. Des actions mas­sives seront pro­chai­ne­ment annon­cées pour les jours et semaines à venir.

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Jor­di Cuixart est le pré­sident de l’Òmnium Cultu­ral, l’ONG cultu­relle et de défense des droits de l’homme la plus impor­tante de Cata­logne et d’Espagne, avec plus de 170 000 membres. Le 16 octobre 2017, il a été empri­son­né pour avoir orga­ni­sé et par­ti­ci­pé à une mani­fes­ta­tion le 20 sep­tembre de cette année-là, pour pro­tes­ter contre la déten­tion de 16 membres du gou­ver­ne­ment cata­lan qui étaient pré­ten­du­ment en train d’organiser le réfé­ren­dum du 1er octobre. Depuis lors, ils ont pas­sé 2 ans en déten­tion provisoire.

Le 1er octobre 2017, 2,3 mil­lions de citoyens ont par­ti­ci­pé à un réfé­ren­dum préa­la­ble­ment sus­pen­du par le Tri­bu­nal consti­tu­tion­nel. En réponse à cela, le gou­ver­ne­ment espa­gnol a déployé 10 000 agents de la Police natio­nale et de la Guar­dia Civil (force de police espa­gnole à sta­tut mili­taire) et a usé de vio­lence à l’égard des votants, en bles­sant, selon les ser­vices de san­té, plus de 1 000 per­sonnes. À ce jour, les pou­voirs publics espa­gnols n’ont pas res­pec­té leur obli­ga­tion d’enquêter sur la vio­lence poli­cière, confor­mé­ment à la demande de divers orga­nismes internationaux.

Et, para­doxa­le­ment, les per­sonnes qui se sont employées à maté­ria­li­ser un réfé­ren­dum d’autodétermination sur le futur poli­tique de la Cata­logne, un ins­tru­ment poli­tique défen­du par 80 % de la socié­té cata­lane, ont été pour­sui­vies en jus­tice ; ce même pour­cen­tage s’oppose à la judi­cia­ri­sa­tion du conflit. Par ailleurs, des obser­va­teurs inter­na­tio­naux comme Inter­na­tio­nal Trial Watch, la Fédé­ra­tion Inter­na­tio­nale des droits de l’homme et Euro­Med Rights ont rele­vé des irré­gu­la­ri­tés au cours de la pro­cé­dure judiciaire.

Appels d’organisations internationales

Appel du GTDA de l’ONU au gou­ver­ne­ment espagnol

Com­mu­ni­qués des ONG internationales

Com­mu­ni­qué d’Amnesty International
Com­mu­ni­qué de l’Organisation mon­diale contre la torture
Com­mu­ni­qué du Front Line Defenders
Com­mu­ni­qué de l’International Trial Watch
Com­mu­ni­qué de la Fédé­ra­tion inter­na­tio­nale des droits de l’homme et d’EuroMed Rights

Source : https://​www​.omnium​.cat/​f​r​/​j​o​r​d​i​–​c​u​i​x​a​r​t​–​c​o​n​d​a​m​n​e​–​a​–​9​–​a​n​s​–​d​e​m​p​r​i​s​o​n​n​e​m​e​n​t​–​p​o​u​r​–​a​v​o​i​r​–​e​x​e​r​c​e​–​d​e​s​–​d​r​o​i​t​s​–​f​o​n​d​a​m​e​n​t​a​ux/

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LA LIBERTÉ D’EXPRESSION, C’EST LA DÉMOCRATIE MÊME, 1) pour protéger la population contre les tyrans et 2) pour protéger l’opinion publique contre l’erreur – Préface d’Étienne Chouard au grand livre de Jean Bricmont : « Les censeurs contre la République »

En défense de la liber­té d’ex­pres­sion, Jean Bric­mont vient de réédi­ter un grand livre, « Les cen­seurs contre la Répu­blique », aux édi­tions Jeanne, pour lequel j’ai pré­pa­ré une longue PRÉFACE que je vous pré­sente ici. Voi­ci son plan, un outil pour la feuille­ter ou pour la télé­char­ger, et plus bas le texte sous une forme ordinaire :

  1. Liber­té de par­ler pour pro­té­ger la démo­cra­tie contre les com­plots (la cor­rup­tion ? l’oppression ?)
  2. Liber­té de par­ler pour proté­ger la démo­cra­tie contre l’erreur : per­mettre aux citoyens d’identifier cor­rec­te­ment le bien com­mun, de vou­loir les bonnes déci­sions publiques

http://​etienne​.chouard​.free​.fr/​E​u​r​o​p​e​/​L​a​_​l​i​b​e​r​t​e​_​d​_​e​x​p​r​e​s​s​i​o​n​_​c​_​e​s​t​_​l​a​_​d​e​m​o​c​r​a​t​i​e​_​m​e​m​e​_​P​r​e​f​a​c​e​_​d​_​E​t​i​e​n​n​e​_​a​u​_​l​i​v​r​e​_​d​e​_​J​e​a​n​.​pdf

Je vous recom­mande le livre de Jean, c’est un livre important :

Jean Bricmont vient de rééditer un grand livre, « Les censeurs contre la République »

 




Pré­face :

La liber­té de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réser­ver la liber­té de tout faire.
Quand il est per­mis de tout dire, la véri­té parle d’elle-même et son triomphe est assuré.

Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage », 1774.

 

Sous le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, sur­tout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de repré­sen­tants, l’exercice de ce droit sacré [la libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées entre les citoyens] est la seule sau­ve­garde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les repré­sen­tants peuvent mettre leur volon­té par­ti­cu­lière à la place de la volon­té géné­rale, il est néces­saire que la voix de l’opinion publique reten­tisse sans cesse autour d’eux, pour balan­cer la puis­sance de l’intérêt per­son­nel et les pas­sions indi­vi­duelles ; pour leur rap­pe­ler, et le but de leur mis­sion et le prin­cipe de leur auto­ri­té. Là, plus qu’ailleurs, la liber­té de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de rame­ner le légis­la­teur à la règle unique de la légis­la­tion. Si vous l’enchaînez, les repré­sen­tants, déjà supé­rieurs à toute auto­ri­té, déli­vrés encore de la voix impor­tune de ces cen­seurs, éter­nel­le­ment cares­sés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les pro­prié­taires ou les usu­frui­tiers pai­sibles de la for­tune et des droits de la nation ; l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té dis­pa­raît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indes­truc­tible de toutes les tyran­nies ; c’est alors qu’il est au moins dif­fi­cile de contes­ter la véri­té de l’anathème fou­droyant de Jean-Jacques Rous­seau contre le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif absolu.

Robes­pierre, Le Défen­seur de la Consti­tu­tion, n° 5, 17 juin 1792.

 

La liberté d’expression, c’est la démocratie même

pour protéger la population contre les tyrans

et pour protéger l’opinion publique contre l’erreur

 

Ce livre est impor­tant. Il est cou­ra­geux. C’est un acte de résis­tance à la tyran­nie qui vient. Il m’a don­né de nou­veaux exemples de la fra­gi­li­té de nos cer­ti­tudes les plus enra­ci­nées, et il m’a conduit à actua­li­ser et détailler  ma convic­tion que nous avons tous un vital besoin de libre débat, pour nous détrom­per en toutes matières. Ce livre m’a aus­si per­mis de mesu­rer l’ampleur et la gra­vi­té des per­sé­cu­tions qu’on peut subir en France pour sim­ple­ment avoir expri­mé des pen­sées, des paroles qui déplaisent aux puissants.

Le blas­phème est une parole inter­dite par les prêtres de la reli­gion du moment. Je pen­sais que ce qu’on appelle « Les Lumières » nous avaient débar­ras­sés du délit d’opinion, qu’elles nous avaient libé­rés de toutes les formes de blas­phème. Il n’en est rien : il est aujourd’hui à nou­veau des opi­nions inter­dites, des avis dont ceux-qui-parlent-dans-les-micros répètent comme un man­tra : « ce que vous dites là n’est pas une opi­nion, c’est un délit », sans admettre qu’ils sont évi­dem­ment par-là même en train d’accepter, et même d’encourager, le retour du délit d’opinion.

Sitôt que les citoyens cessent de lut­ter per­son­nel­le­ment pour défendre leurs liber­tés, à com­men­cer par leur liber­té de pen­ser, ils s’enfoncent pro­gres­si­ve­ment dans la ser­vi­tude, les « élus » et leurs com­plices leur mettent petit à petit des fers aux mains et aux pieds.

Et il est plus dif­fi­cile de sor­tir de pri­son que de refu­ser d’y entrer pen­dant qu’on est encore libre. Ce livre est pas­sion­nant, je l’ai lu et relu le crayon à la main.

Un livre qui défend la liber­té d’expression repré­sente for­cé­ment un enjeu plus large : la démo­cra­tie — régime poli­tique où le peuple déli­bère et décide lui-même des poli­tiques publiques qu’il juge bonnes — est une orga­ni­sa­tion sociale fra­gile, tou­jours mena­cée par les intrigues secrètes de quelques-uns contre la volon­té géné­rale, et tou­jours mena­cée de se trom­per, de prendre de mau­vaises déci­sions, contraires au bien commun.

Comme démo­crate, je vois deux rai­sons majeures de défendre la liber­té d’expression, l’une liée à l’intérêt col­lec­tif, l’autre aux inté­rêts individuels :

  • La liber­té d’expression recon­nue à tous les citoyens leur donne à la fois une arme d’alerte déci­sive et un entraî­ne­ment for­ti­fiant à la vigi­lance pour ser­vir de « sen­ti­nelles du peuple », capables de sur­veiller l’exercice des pou­voirs d’un œil sour­cilleux et de lan­cer l’alarme à la moindre intrigue des puis­sants contre la démocratie.
    La liber­té d’expression sert à inquié­ter les pou­voirs abusifs. 

  • La liber­té d’expression recon­nue à tous les citoyens per­met à cha­cun de recher­cher per­son­nel­le­ment et acti­ve­ment ce qui est vrai, et donc de le com­prendre en pro­fon­deur ; d’entendre et donc d’analyser tous les points de vue oppo­sés sur chaque ques­tion inté­res­sant la Cité ; de voir ain­si la véri­té triom­pher du men­songe publi­que­ment et métho­di­que­ment, à tra­vers une loyale mise en scène des conflits ; de vivre per­son­nel­le­ment et en détail la mise en évi­dence du bien commun.
    La liber­té d’expression éclaire l’opinion et, par-là même, légi­time les suf­frages (fonde le droit d’opiner, de don­ner son opinion).

Alors que, symé­tri­que­ment, les intri­gants, les char­la­tans et les tyrans ont les deux bonnes rai­sons inverses d’entraver la liber­té d’expression :

  • Quand les citoyens ont peur de par­ler, il ne leur est plus pos­sible de dénon­cer les plus graves com­plots contre la démocratie.
    Sans la liber­té d’expression, les com­plo­teurs ont la voie libre et la démo­cra­tie est perdue. 

  • Quand les citoyens ont peur de par­ler, seules les idées reçues de la classe domi­nante sont visibles, les pires erreurs sont vouées à per­du­rer, et même la véri­té n’est pas bien connue, ni bien comprise.
    Sans la liber­té d’expression, l’opinion popu­laire, faci­le­ment trom­pée, perd sa fia­bi­li­té, et l’amour du bien com­mun ne peut pas s’imposer dans les esprits.

  

  1. Pro­té­ger la démo­cra­tie contre les com­plots (la cor­rup­tion ? l’oppression?)

Com­plot :  des­sein secret, concer­té entre plu­sieurs per­sonnes, avec l’in­ten­tion de nuire à l’au­to­ri­té d’un per­son­nage public ou d’une institution.
(Défi­ni­tion du Tré­sor de la langue fran­çaise.)

Pour sim­ple­ment sur­vivre aux cor­rup­tions et aux com­plots de toutes sortes contre l’intérêt géné­ral, sur­tout ceux des gou­ver­nants, une démo­cra­tie a besoin de citoyens-sol­­dats armés, au moins intel­lec­tuel­le­ment, pour la pro­té­ger : c’est pour cette rai­son que, il y a 2 500 ans déjà, à Athènes, l’iségoria, droit de parole libre pour tous les citoyens athé­niens, à tout pro­pos et à tout moment, don­nait à cha­cun la puis­sance d’agir pour pro­té­ger lui-même sa Cité : l’isègoria dotait la démo­cra­tie de mil­liers de paires d’yeux de sen­ti­nelles vigi­lantes. Si des intri­gants venaient à men­tir pour trom­per le peuple, ou à mani­gan­cer pour prendre le pou­voir, des lan­ceurs d’alerte, bien pro­té­gés par des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques dignes de ce nom, aler­taient (grâce à leur parole libre) les autres citoyens, pour les mobi­li­ser contre le dan­ger et pour pro­té­ger la démocratie.

Ce grand droit de libre parole entraî­nait natu­rel­le­ment avec lui une grande res­pon­sa­bi­li­té : cha­cun pou­vait avoir des comptes à rendre, devant une assem­blée de citoyens tirés au sort, du mau­vais usage qu’il pou­vait avoir fait de l’isègoria :

« Cepen­dant qui­conque exer­çait son droit fon­da­men­tal d’isé­go­ria cou­rait le risque d’une condam­na­tion  sévère,  pour une pro­po­si­tion qu’il avait eu le droit de faire, même si cette pro­po­si­tion avait été adop­tée par l’Assemblée. La fonc­tion du graphe para­no­mon, pro­cé­dure par laquelle un homme pou­vait être accu­sé et jugé pour avoir fait une « pro­po­si­tion illé­gale » à l’As­sem­blée, est assez claire, une fonc­tion double : modé­rer l’iségoria  par la dis­ci­pline, et don­ner au peuple, au démos, la pos­si­bi­li­té de recon­si­dé­rer une déci­sion prise par lui-même. Un graphe para­no­mon abou­tis­sant à une condam­na­tion avait pour effet d’an­nu­ler un vote posi­tif de l’As­sem­blée, grâce au ver­dict, non pas d’une élite res­treinte telle que la Cour suprême des États-Unis, mais du démos, par l’in­ter­mé­diaire d’un jury popu­laire nom­breux, choi­si par tirage au sort. Notre sys­tème pro­tège la liber­té des repré­sen­tants grâce aux pri­vi­lèges par­le­men­taires, or ces mêmes pri­vi­lèges, de façon para­doxale, pro­tègent aus­si l’ir­res­pon­sa­bi­li­té des repré­sen­tants. Le para­doxe athé­nien se situait dans une voie tout à fait oppo­sée : il pro­té­geait à la fois la liber­té de l’As­sem­blée en son ensemble, et celle de ses membres pris indi­vi­duel­le­ment en leur refu­sant l’immunité. »

Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne », Payot 1972, p. 73–74.

Cette liber­té d’expression était si impor­tante pour les démo­crates, si vitale, que les Athé­niens la jugeaient encore plus impor­tante que l’isonomia (l’égalité devant la loi) :

« Quand Héro­dote décrit la nais­sance de la démo­cra­tie athé­nienne, il met en évi­dence l’isègoria et non l’isonomia comme prin­cipe de l’é­ga­li­té démo­cra­tique ; et d’ailleurs son expo­sé est conforme à ce qu’on trouve dans les sources athé­niennes : ce que les démo­crates athé­niens ché­rissent le plus dans l’é­ga­li­té, c’est l’isègoria, pas l’isonomia. »

Mogens H. Han­sen, « La démo­cra­tie athé­nienne à l’époque de Démos­thène », Les Belles Lettres 2003, p. 111.

Ils jugeaient même la liber­té d’expression si consub­stan­tielle à la démo­cra­tie qu’ils pou­vaient uti­li­ser les deux termes démo­cra­tie et isè­go­ria indif­fé­rem­ment, comme s’ils étaient synonymes :

« Le mot isé­go­ria, le droit pour tous de par­ler à l’as­sem­blée, était quel­que­fois employé par les écri­vains grecs comme un syno­nyme de « démocratie ». »

Moses I. Fin­ley, « Démo­cra­tie antique et démo­cra­tie moderne », Payot 1972, p. 65.

 

Depuis cette loin­taine époque athé­nienne, les plus grands pen­seurs ont conti­nué à défendre la liber­té de parole pour les citoyens dans le but pré­cis de résis­ter aux pou­voirs abu­sifs, quels qu’ils soient (même au pou­voir d’une majo­ri­té popu­laire deve­nue into­lé­rante). Il est utile de gar­der vivante la mémoire de leurs luttes, et de médi­ter len­te­ment ces pen­sées pas­sées, car leurs argu­ments pour­raient tous nous ser­vir aujourd’hui.

Au pre­mier reproche oppo­sé au peuple pour lui refu­ser le droit à la parole libre, le reproche d’incompétence, nous avons (nous le peuple) com­pris depuis long­temps que cette incom­pé­tence était soi­gneu­se­ment entretenue :

« Les mêmes qui lui ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle. »

John Mil­ton (1608−1674).

Aris­tote déjà, il y a 2 500 ans, pen­sait la foule capable d’une intel­li­gence col­lec­tive supé­rieure à l’intelligence indi­vi­duelle d’un prince :

« D’a­près ces (consi­dé­ra­tions) il semble mani­feste qu’au­cun de ces cri­tères [ver­tu, richesse, nais­sance, liber­té] n’est cor­rect au nom des­quels cer­tains estiment conve­nable que ce soit eux qui gou­vernent et que tous les autres leur soient sou­mis. Car même à ceux qui s’es­timent dignes d’être sou­ve­rains sur le gou­ver­ne­ment au nom de leur ver­tu, tout comme à ceux qui invoquent leur richesse, les masses pour­raient oppo­ser un argu­ment juste : rien n’empêche à un cer­tain moment la masse d’être meilleure que le petit nombre ni d’être plus riche (que lui), non pas chaque indi­vi­du, mais l’en­semble des gens. »

Aris­tote (-384 – 322 av JC)„ « Les poli­tiques », III, 13, 1283‑b, Folio p. 251.

Cette obser­va­tion devrait conduire logi­que­ment à pro­té­ger le droit de cette foule à s’exprimer librement.

Contre le reproche d’incompétence et d’inconstance, sou­vent oppo­sé au peuple pour le faire taire, Machia­vel a aus­si écrit des pages éton­nantes en l’honneur de l’intelligence col­lec­tive popu­laire, sorte de « sagesse des foules » :

« Tite-Live et tous les autres his­to­riens affirment qu’il n’est rien de plus chan­geant et de plus incons­tant que la foule. […] Mais, quoi qu’il en soit, je ne pense ni ne pen­se­rai jamais que ce soit un tort que de défendre une opi­nion par le rai­son­ne­ment, sans vou­loir recou­rir ni à la force ni à l’au­to­ri­té.

Je dis donc que ce défaut dont les écri­vains accusent la foule, on peut en accu­ser tous les hommes per­son­nel­le­ment, et notam­ment les princes. Car tout indi­vi­du qui n’est pas sou­mis aux lois peut com­mettre les mêmes erreurs qu’une foule sans contraintes. […]

Car on doit les com­pa­rer [les princes sages] avec une foule réglée par les lois, comme ils le sont eux-mêmes. On trou­ve­ra alors en cette foule la même ver­tu que nous consta­tons chez les princes ; et l’on ne ver­ra pas qu’elle domine avec orgueil, ni qu’elle serve avec bassesse. […]

Aus­si ne faut-il pas accu­ser davan­tage la nature de la foule que celle des princes, car ils se trompent tous, quand ils peuvent sans crainte se trom­per. […]

Je conclus donc contre l’o­pi­nion géné­rale, qui pré­tend que les peuples, quand ils ont le pou­voir, sont chan­geants, incons­tants et ingrats. Et j’af­firme que ces défauts ne sont pas dif­fé­rents chez les peuples et chez les princes. Qui accuse les princes et les peuples conjoin­te­ment peut dire la véri­té ; mais, s’il en excepte les princes, il se trompe. Car un peuple qui gou­verne et est bien régle­men­té est aus­si constant, sage et recon­nais­sant, et même davan­tage, qu’un prince esti­mé pour sa sagesse. Et, d’autre part, un prince affran­chi des lois est plus ingrat, chan­geant et dépour­vu de sagesse qu’un peuple.

La dif­fé­rence de leurs conduites ne naît pas de la diver­si­té de leur nature, parce qu’elle est iden­tique chez tous — et, s’il y a une supé­rio­ri­té, c’est celle du peuple ; mais du plus ou moins de res­pect qu’ils ont pour les lois, sous les­quelles ils vivent l’un et l’autre. […]

Quant à la sagesse et à la constance, je dis qu’un peuple est plus sage, plus constant et plus avi­sé qu’un prince. Ce n’est pas sans rai­son que l’on com­pare la parole d’un peuple à celle de Dieu. Car on voit que l’o­pi­nion géné­rale réus­sit mer­veilleu­se­ment dans ses pro­nos­tics ; de sorte qu’elle semble pré­voir par une ver­tu occulte le bien et le mal qui l’at­tendent. Quant à son juge­ment, il arrive rare­ment, lors­qu’un peuple entend deux ora­teurs oppo­sés et de force égale, qu’il ne choi­sisse pas le meilleur avis et qu’il ne soit pas capable de dis­cer­ner la véri­té qu’on lui dit. Si, dans les entre­prises ris­quées ou qui lui semblent pro­fi­tables, il se trompe, un prince se trompe aus­si très sou­vent dans ses pas­sions, qui sont beau­coup plus nom­breuses que celles du peuple. […]

On voit en outre que les cités où le peuple gou­verne font en très peu de temps des pro­grès inouïs : beau­coup plus grands que les cités qui ont tou­jours vécu sous un prince. […] Ceci ne peut pro­ve­nir que du fait que le gou­ver­ne­ment des peuples est meilleur que celui des princes. »

Machia­vel, « Dis­cours sur la Pre­mière Décade de Tite-Live » (1531) Livre 1, Cha­pitre 58 « La foule est plus sage et plus constante qu’un prince ».

Là encore, si la foule est sage, on peut en déduire qu’il faut pro­té­ger sa liber­té de parole.

Au 18e siècle, contre les élites de cen­seurs, Condor­cet (1743−1794) a cal­cu­lé sous forme pro­ba­bi­liste ce qui peut s’appeler « la sagesse des foules » :

« Nous nous sou­ve­nons du prin­cipe de Scott Page : « La diver­si­té prime sur la com­pé­tence », et si j’y reviens, c’est qu’il repré­sente la condi­tion d’une idée sou­te­nant tout l’é­di­fice de la démo­cra­tie déli­bé­ra­tive : le théo­rème de Condor­cet. Condor­cet a fait et écrit des choses admi­rables. Il est pro­ba­ble­ment l’un de ceux, dans l’his­toire de la pen­sée, qui a le pre­mier ten­té de modé­li­ser les phé­no­mènes sociaux. S’in­té­res­sant à la ques­tion des assem­blées qui déli­bèrent, il a mis en relief le risque que cer­tains choix col­lec­tifs deviennent intran­si­tifs. Mais il a défen­du aus­si de façon pré­coce l’i­dée de la sagesse des foules en consi­dé­rant, dans son célèbre « Essai sur l’ap­pli­ca­tion de l’a­na­lyse à la pro­ba­bi­li­té des déci­sions ren­dues à la plu­ra­li­té des voix » (cha­pitre CLXXX), que si chaque votant a une pro­ba­bi­li­té de chance supé­rieure à 50 % de prendre une bonne déci­sion, plus l’as­sem­blée est impor­tante, plus la pro­ba­bi­li­té est grande qu’une déci­sion col­lec­tive, prise à la majo­ri­té, tende vers une conclu­sion opti­male et ration­nelle.

Ce théo­rème cen­tral de la démo­cra­tie déli­bé­ra­tive est expri­mé d’une autre façon par Hélène Lan­de­more (en 2010) : « Dans la mesure où la diver­si­té cog­ni­tive est, jus­qu’à un cer­tain point, fonc­tion du nombre de par­ti­ci­pants, la déli­bé­ra­tion au sein d’un groupe nom­breux est, d’un point de vue épis­té­mique, supé­rieure à la déli­bé­ra­tion au sein d’un petit groupe. »

Les erreurs des uns étant com­pen­sées par les erreurs des autres, comme dans le cas de l’ex­pé­ri­men­ta­tion de Kate Gor­don por­tant sur l’é­va­lua­tion de la masse d’ob­jets, on peut sup­po­ser que le nombre accroît les chances qu’une assem­blée tende vers la sagesse.

Gérald Bron­ner, La démo­cra­tie des cré­dules (2013), évo­quant le théo­rème de Condor­cet, p 234.

La mau­vaise image du peuple (qu’on peut donc faire taire) — comme la bonne image des princes (qui peuvent donc par­ler libre­ment) — a été ana­ly­sée très tôt par les plus grands esprits, qui ont repé­ré dans ces pré­ju­gés les effets de la parole libre, comme ceux de la parole asservie :

« Mais si l’on veut savoir d’où naît le pré­ju­gé défa­vo­rable au peuple, géné­ra­le­ment répan­du, c’est que tout le monde a la liber­té d’en dire ouver­te­ment le plus grand mal, même au moment où il domine ; au lieu que ce n’est qu’avec la plus grande cir­cons­pec­tion et en trem­blant qu’on parle mal des princes. »

Machia­vel, « Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live », publié en 1521, Livre Pre­mier, chap LVIII.

Machia­vel, dont on sait trop peu com­bien il défen­dait le peuple contre les princes, tenait déjà (au 16e siècle) à ce que cha­cun entende tous les points de vue afin de se for­mer un juge­ment digne de ce nom — ce qui sup­pose que tous les points de vue soient libre­ment exprimés :

« La manière la plus prompte de faire ouvrir les yeux à un peuple est de mettre indi­vi­duel­le­ment cha­cun à même de juger par lui-même et en détail de l’objet qu’il n’avait jusque-là appré­cié qu’en gros. »

Machia­vel, « Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live » (« Dis­cor­si ») livre I, chap. 47.

Le même Machia­vel sou­li­gnait l’intérêt car­di­nal des conflits entre domi­nants et domi­nés — et donc, logi­que­ment, de leur liber­té de parole — pour pro­duire les meilleures lois. Ici, c’est Alain Supiot, juriste pas­sion­nant, qui le cite et le commente :

C’est à cette his­toire romaine que Machia­vel s’est réfé­ré pour affir­mer que les bonnes lois sont celles qui s’en­ra­cinent dans l’ex­pé­rience des conflits :
« Dans toute répu­blique, écrit-il, il y a deux par­tis : celui des grands et celui du peuple ; et toutes les lois favo­rables à la liber­té ne naissent que de leur oppo­si­tion […]. On ne peut […] qua­li­fier de désor­don­née une répu­blique [la Répu­blique romaine] où l’on voit briller tant de ver­tus : c’est la bonne édu­ca­tion qui les fait éclore, et celle-ci n’est due qu’à de bonnes lois ; les bonnes lois à leur tour sont le fruit de ces agi­ta­tions que la plu­part condamnent si incon­si­dé­ré­ment.23 »

Ain­si que l’a mon­tré Claude Lefort, Machia­vel découvre ici une véri­té scan­da­leuse : dans une cité libre, la loi n’est pas une œuvre de la froide rai­son, mais le fruit du heurt de deux dési­rs éga­le­ment illi­mi­tés, le désir des Grands de tou­jours pos­sé­der davan­tage et celui du peuple de ne pas être oppri­mé. Aus­si la loi n’est-elle jamais don­née une fois pour toute : elle demeure ouverte aux conflits qui tou­jours conduisent à la réfor­mer.24

Alain Supiot, La gou­ver­nance des nombres, p. 114.

23 Machia­vel, « Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live », I, 4, in Œuvres com­plètes, Paris, Gal­li­mard, coll. « Biblio­thèque de la Pléiade », 1952, p. 390.

24 Claude Lefort, « Le Tra­vail de l’œuvre : Machia­vel » [1972], Paris, Gal­li­mard, coll. « Tel », 1986, p. 472 et s.

Pour le faire taire, on a aus­si repro­ché au peuple des paroles immo­dé­rées qui pour­raient inci­ter à la haine et à la vio­lence, et donc trou­bler l’ordre public. Mais là aus­si, nous savons depuis long­temps que c’est un argu­ment fal­la­cieux, uti­li­sé de mau­vaise foi le plus sou­vent soit par les tyrans soit par ceux qui se savent illé­gi­times et inca­pables de prou­ver leurs propres thèses :

« Si l’on y fait atten­tion, l’on trou­ve­ra qu’il ne peut point y avoir de livre vrai­ment dan­ge­reux. Qu’un écri­vain vienne nous dire que l’on peut assas­si­ner ou voler, on n’en assas­si­ne­ra et l’on n’en vole­ra pas plus pour cela, parce que la loi dit le contraire. Il n’y a que lorsque la reli­gion et le zèle diront d’as­sas­si­ner ou de per­sé­cu­ter que l’on pour­ra le faire, parce qu’a­lors on assas­sine impu­né­ment ou de concert avec la loi, ou parce que dans l’es­prit des hommes la reli­gion est plus forte que la loi et doit être pré­fé­ra­ble­ment écou­tée. Quand les prêtres excitent les pas­sions des hommes, leurs décla­ma­tions ou leurs écrits sont dan­ge­reux parce qu’il n’existe plus de frein pour conte­nir les pas­sions sacrées qu’ils ont exci­tées, et parce que les dévots n’exa­minent jamais ce que disent leurs guides spirituels.

Il n’y a que l’im­pos­ture et la mau­vaise foi qui puissent craindre ou inter­dire l’exa­men. La dis­cus­sion four­nit de nou­velles lumières au sage, elle n’est affli­geante que pour celui qui veut d’un ton superbe impo­ser ses opi­nions ou pour le fourbe qui connaît la fai­blesse de ses preuves, ou pour celui qui a la conscience de la futi­li­té de ses pré­ten­tions. L’es­prit humain s’é­claire même par ses éga­re­ments, il s’en­ri­chit des expé­riences qu’il a faites sans suc­cès, elles lui apprennent au moins à cher­cher des routes nouvelles.

Haïr la dis­cus­sion, c’est avouer qu’on veut trom­per, qu’on doute soi-même de la bon­té de sa cause, ou qu’on a trop d’or­gueil pour reve­nir sur ses pas. »

Paul-Hen­­ri Thi­ry d’Hol­bach, « Essai sur les pré­ju­gés ; ou De l’in­fluence des opi­nions sur les mœurs & sur le bon­heur des hommes », 1770.

En fait, la cen­sure vou­lue par les puis­sants contre leurs oppo­sants est repé­rée depuis longtemps :

« La liber­té de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réser­ver la liber­té de tout faire. Quand il est per­mis de tout dire, la véri­té parle d’elle-même et son triomphe est assuré. »

Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage », 1774.

Et la pré­fé­rence affi­chée « pour la véri­té et contre l’erreur », dans la bouche des domi­nants, n’est sou­vent qu’un prétexte :

« La véri­té est le nom que les plus forts donnent à leur opinion. »

Alphonse Karr (1808−1890).

C’est une fonc­tion lit­té­ra­le­ment vitale, pour une socié­té démo­cra­tique, que celle de res­ter tou­jours vigi­lant et capable de lan­cer l’alarme quand les puis­sants abusent de leur puis­sance. Marat et les révo­lu­tion­naires de 1789 voyaient les jour­na­listes comme des « sen­ti­nelles du peuple », de pré­cieux lan­ceurs d’alerte, char­gés d’entretenir la méfiance des citoyens et d’éclairer leur opinion :

« Pour res­ter libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gou­vernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécu­ri­té des peuples est tou­jours l’a­vant-cou­reur de leur servitude.

Mais comme une atten­tion conti­nuelle sur les affaires publiques est au-des­­sus de la por­tée de la mul­ti­tude, trop occu­pée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabi­net, qui suivent les menées du gou­ver­ne­ment, qui dévoilent ses pro­jets ambi­tieux, qui sonnent l’a­larme aux approches de la tem­pête, qui réveillent la nation de sa léthar­gie, qui lui découvrent l’a­bîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tom­ber l’in­di­gna­tion publique. Aus­si, le plus grand mal­heur qui puisse arri­ver à un État libre, où le prince est puis­sant et entre­pre­nant, c’est qu’il n’y ait ni dis­cus­sions publiques, ni effer­ves­cence, ni partis.

Tout est per­du, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’in­quié­ter de la conser­va­tion de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liber­té sor­tir sans cesse des feux de la sédition. »

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

Plus géné­ra­le­ment, l’idée même, pour un homme ou un groupe,  d’imposer une pen­sée et une parole aux autres est illé­gi­time et indéfendable :

« Si ceux qui font les lois ou ceux qui les appliquent étaient des êtres d’une intel­li­gence supé­rieure à l’intelligence humaine, ils pour­raient exer­cer cet empire sur les pen­sées ; mais s’ils ne sont que des hommes, s’il est absurde que la rai­son d’un homme soit, pour ain­si dire, sou­ve­raine de la rai­son de tous les autres hommes, toute loi pénale contre la mani­fes­ta­tion des opi­nions n’est qu’une absur­di­té. »

Maxi­mi­lien Robes­pierre, Dis­cours sur la liber­té de la presse, pro­non­cé à la Sté des Amis de la Consti­tu­tion, le 11 mai 1791.

La qua­li­té même des pou­voirs dépend de leur expo­si­tion (ou pas) à la libre cri­tique des per­sonnes sou­mises à leur autorité :

« Tout pou­voir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pou­voir est sage dès qu’il se sent jugé. »

Émile Char­tier dit « Alain », « Pro­pos », 25 jan­vier 1930.

Nos liber­tés publiques dépendent donc aus­si de l’exposition des pou­voirs à la libre critique :

« La liber­té réelle sup­pose une orga­ni­sa­tion constam­ment diri­gée contre le pou­voir. La liber­té meurt si elle n’agit point. »

Alain (Émile Char­tier), « Mars ou la guerre jugée » (1936), page 122.

Au 18e siècle, on atten­dait du pou­voir légis­la­tif qu’il pro­tège le peuple contre les abus du pou­voir exécutif :

« La loi doit pro­té­ger la liber­té publique et indi­vi­duelle contre l’op­pres­sion de ceux qui gouvernent. »

DDHC, Décla­ra­tion des Droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793, article 9.

Mais l’expérience éter­nelle montre que des légis­la­teurs cor­rom­pus peuvent empê­cher les oppo­sants de s’exprimer en votant des lois de cen­sure, lois scé­lé­rates. C’est ce type de lois illé­gi­times que le 1er amen­de­ment a vou­lu inter­dire défi­ni­ti­ve­ment au Par­le­ment américain :

« Le Par­le­ment n’a­dop­te­ra aucune loi pour limi­ter la liber­té d’ex­pres­sion, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir paci­fi­que­ment ou d’a­dres­ser au Gou­ver­ne­ment des péti­tions pour obte­nir répa­ra­tions des torts subis. »

Pre­mier amen­de­ment de la Consti­tu­tion des États-Unis d’A­mé­rique, Bill of Rights rati­fié en 1791.

L’isègoria des Grecs est donc res­tée une idée bien vivante à tra­vers les siècles, comme rem­part contre les pou­voirs abu­sifs. Au 17e, au 18e, au 19e comme au 20e siècle, la liber­té de parole, c’est presque la liber­té tout court, et c’est une vieille grande idée de pro­té­ger le peuple contre ses repré­sen­tants en les empê­chant de jamais muse­ler les représentés.

Ain­si, pour Machia­vel, il faut que tous les pou­voirs ins­ti­tués aient peur de quelque chose :

« Le peuple, quand il fait des magis­trats, doit les créer de manière qu’ils aient lieu d’appréhender, s’ils venaient à abu­ser de leur pouvoir. »

Nico­las Machia­vel, « Dis­cours sur la pre­mière décade de Tite-Live », livre 1, chap. 41.

Alors que ces pou­voirs, pré­ci­sé­ment, cherchent tou­jours, évi­dem­ment, à n’avoir peur de rien de sérieux, à com­men­cer par la parole libre de leurs opposants :

« Il y en a pour qui la liber­té d’expression c’est la liber­té de pen­ser comme eux.

Pri­ver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pou­voir de com­mu­ni­quer ses sen­ti­ments et ses idées, pour empê­cher qu’il n’en fasse un mau­vais usage, ou bien enchaî­ner sa langue de peur qu’il ne calom­nie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses sem­blables, tout le monde voit que ce sont là des absur­di­tés du même genre, que cette méthode est tout sim­ple­ment le secret du des­po­tisme qui, pour rendre les hommes sages et pai­sibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des ins­tru­ments pas­sifs ou de vils automates. »

Robes­pierre, « Dis­cours sur la liber­té de la presse », pro­non­cé à la Socié­té des Amis de la Consti­tu­tion le 11 mai 1791, et uti­li­sé devant l’Assemblée Natio­nale le 22 août 1791.

 

« Les des­potes eux-mêmes ne nient pas que la liber­té ne soit excel­lente ; seule­ment ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils sou­tiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. »

Alexis de Toc­que­ville, « L’An­cien Régime et la Révo­lu­tion », 1866 [décri­vant hon­nê­te­ment le fond de l’idéologie escla­va­giste dite libérale].

 

« La liber­té seule­ment pour les par­ti­sans du gou­ver­ne­ment, pour les membres d’un par­ti, aus­si nom­breux soient-ils, ce n’est pas la liber­té. La liber­té, c’est tou­jours la liber­té de celui qui pense autre­ment. Non pas par fana­tisme de la « jus­tice », mais parce que tout ce qu’il y a d’ins­truc­tif, de salu­taire et de puri­fiant dans la liber­té poli­tique tient à cela et perd de son effi­ca­ci­té quand la « liber­té » devient un privilège. »

Rosa Luxem­bourg, « La révo­lu­tion russe », 1918.

Et même plus encore dans un gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif que dans une démo­cra­tie véri­table, la totale liber­té de parole est abso­lu­ment essen­tielle, fon­da­men­tale, vitale :

« Sous le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif, sur­tout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de repré­sen­tants, l’exercice de ce droit sacré [la libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées entre les citoyens] est la seule sau­ve­garde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les repré­sen­tants peuvent mettre leur volon­té par­ti­cu­lière à la place de la volon­té géné­rale, il est néces­saire que la voix de l’opinion publique reten­tisse sans cesse autour d’eux, pour balan­cer la puis­sance de l’intérêt per­son­nel et les pas­sions indi­vi­duelles ; pour leur rap­pe­ler, et le but de leur mis­sion et le prin­cipe de leur autorité.

Là, plus qu’ailleurs, la liber­té de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de rame­ner le légis­la­teur à la règle unique de la légis­la­tion. Si vous l’enchaînez, les repré­sen­tants, déjà supé­rieurs à toute auto­ri­té, déli­vrés encore de la voix impor­tune de ces cen­seurs, éter­nel­le­ment cares­sés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les pro­prié­taires ou les usu­frui­tiers pai­sibles de la for­tune et des droits de la nation ; l’ombre même de la sou­ve­rai­ne­té dis­pa­raît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indes­truc­tible de toutes les tyran­nies ; c’est alors qu’il est au moins dif­fi­cile de contes­ter la véri­té de l’anathème fou­droyant de Jean-Jacques Rous­seau contre le gou­ver­ne­ment repré­sen­ta­tif absolu. »

Robes­pierre, Le Défen­seur de la Consti­tu­tion, n° 5, 17 juin 1792.

Je trouve que ces pen­sées de Robes­pierre sont d’une actua­li­té par­faite pour nous aider à pen­ser la tyran­nie qui vient aujourd’hui, et nous devrions les faire lire — et même médi­ter — par nos enfants, pour qu’ils soient bien conscients en pro­fon­deur de ces condi­tions vitales de leur propre liberté.

Je fais remar­quer que la liber­té d’acheter un média aban­donne lit­té­ra­le­ment les prin­ci­paux médias aux plus riches : la liber­té de la presse est comme assas­si­née par un légis­la­teur qui consent à ce que les médias soient ache­tés comme on achète une mar­chan­dise : cette licence a per­mis en France à neuf mil­liar­daires de contrô­ler fina­le­ment toute la presse du pays France, ce qui leur per­met de ne publier que les « oppo­si­tions contrô­lées » (© Orwell, 1984) et de faire silence sur toute les oppo­si­tions réelles, non contrô­lées. Cette appro­pria­tion est cri­mi­nelle. La liber­té de la presse bien conçue, pour éclai­rer cor­rec­te­ment l’opinion, devrait rendre inalié­nables, indé­pen­dants à la fois des puis­sances poli­tiques et des puis­sances éco­no­miques, tous les médias impor­tants : les jour­naux, les radios et les télé­vi­sions, bien sûr, mais aus­si les agences de presse, les ins­ti­tuts de son­dages et les ins­ti­tuts statistiques.

Les par­ti­sans de l’ordre, qui acceptent la cen­sure pour être pai­sible, devraient com­prendre qu’il est dérai­son­nable de vou­loir à la fois la liber­té et la tranquillité :

« Deman­der, dans un État libre, des gens har­dis dans la guerre et timides dans la paix, c’est vou­loir des choses impos­sibles, et, pour règle géné­rale, toutes les fois qu’on ver­ra tout le monde tran­quille dans un État qui se donne le nom de répu­blique, on peut être assu­ré que la liber­té n’y est pas. »

Mon­tes­quieu, « Consi­dé­ra­tions sur les causes de la gran­deur des Romains et de leur déca­dence », 1721, Cha­pitre IX Deux causes de la perte de Rome, p. 51.

En fait, tout le monde, même le tyran du moment, a inté­rêt, un jour ou l’autre, à la liber­té d’expression sans réserves, car nul ne peut être cer­tain de res­ter tou­jours à l’abri des cen­sures qu’il désire pour les autres :

« Celui qui veut conser­ver sa liber­té doit pro­té­ger même ses enne­mis de l’op­pres­sion ; car s’il ne s’y astreint pas il crée­ra ain­si un pré­cé­dent qui l’at­tein­dra un jour. »

Tho­mas Paine (1737−1809).

D’autant plus que, au fond, la cen­sure ne fonc­tionne pas : elle fait des cen­su­rés des mar­tyrs et elle les aide même à se faire connaître, sous le man­teau. Seule la libre contro­verse per­met d’affaiblir vrai­ment les oppo­si­tions mal fondées :

« L’autorité ne doit jamais pros­crire une reli­gion, même quand elle la croit dan­ge­reuse. […] Le seul moyen d’affaiblir une opi­nion, c’est d’établir le libre exa­men. Or, qui dit libre exa­men dit éloi­gne­ment de toute espèce d’autorité, absence de toute conven­tion col­lec­tive : l’examen est essen­tiel­le­ment individuel. »

Ben­ja­min Constant, « Cours de poli­tique consti­tu­tion­nelle » (1861).

C’est quel­que­fois la popu­la­tion elle-même qui fixe des inter­dits à la parole, tan­tôt par into­lé­rance, tan­tôt par lâche­té. Toc­que­ville, pen­seur « libé­ral » (entre guille­mets parce que les « libé­raux » sont sou­vent libé­raux pour eux et escla­va­gistes pour les autres, prêts à enfer­mer leurs oppo­sants — le sujet d’étude du voyage en Amé­rique de Toc­que­ville était… le sys­tème car­cé­ral, enjeu majeur pour les « libé­raux »), redou­tait le risque de cen­sure par la majorité :

« En Amé­rique, la majo­ri­té trace un cercle for­mi­dable autour de la pen­sée. Au-dedans de ces limites, l’écrivain est libre ; mais mal­heur à lui s’il ose en sor­tir. Ce n’est pas qu’il ait à craindre un auto­da­fé, mais il est en butte à des dégoûts de tous genres et à des per­sé­cu­tions de tous les jours. La car­rière poli­tique lui est fer­mée : il a offen­sé la seule puis­sance qui ait la facul­té de l’ouvrir. On lui refuse tout, jusqu’à la gloire. Avant de publier ses opi­nions, il croyait avoir des par­ti­sans ; il lui semble qu’il n’en a plus, main­te­nant qu’il s’est décou­vert à tous ; car ceux qui le blâment s’expriment hau­te­ment, et ceux qui pensent comme lui, sans avoir son cou­rage, se taisent et s’éloignent.

Il cède, il plie enfin sous l’effort de chaque jour, et rentre dans le silence, comme s’il éprou­vait des remords d’avoir dit vrai. »

Alexis de Toc­que­ville, « De la démo­cra­tie en Amé­rique », tome 1, 1835 – 2ème par­tie – Cha­pitre 7 Du pou­voir qu’exerce la majo­ri­té en Amé­rique sur la pensée.

Mais la popu­la­tion elle-même, comme les pou­voirs, n’est pas légi­time à impo­ser une parole ou une autre à qui que ce soit. Ici, c’est Mill qui le clame :

« Un légis­la­tif ou un exé­cu­tif dont les inté­rêts ne seraient pas iden­ti­fiés à ceux du peuple n’est pas auto­ri­sé à lui pres­crire des opi­nions ni à déter­mi­ner pour lui les doc­trines et les argu­ments à entendre. []

Sup­po­sons donc que le gou­ver­ne­ment ne fasse qu’un avec le peuple et ne songe jamais à exer­cer aucun pou­voir de coer­ci­tion, à moins d’être en accord avec ce qu’il estime être la voix du peuple. Mais je refuse au peuple le droit d’exercer une telle coer­ci­tion, que ce soit de lui-même ou par l’intermédiaire de son gou­ver­ne­ment, car ce pou­voir est illé­gi­time. Le meilleur gou­ver­ne­ment n’y a pas davan­tage de droit que le pire : un tel pou­voir est aus­si nui­sible, si ce n’est plus, lorsqu’il s’exerce en accord avec l’opinion publique qu’en oppo­si­tion avec elle. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859)

Chris­to­pher Lasch a bien ana­ly­sé cer­tains res­sorts intel­lec­tuels qui conduisent les popu­la­tions à deve­nir pro­gres­si­ve­ment into­lé­rantes et à redou­ter les controverses :

« Ces déve­lop­pe­ments jettent une lumière sup­plé­men­taire sur le déclin du débat démo­cra­tique. « La diver­si­té » — slo­gan qui semble sédui­sant à pre­mière vue — en est arri­vée à signi­fier le contraire de ce qu’elle semble vou­loir dire. Dans la pra­tique, la diver­si­té sert à légi­ti­mer un nou­veau dog­ma­tisme, dans lequel des mino­ri­tés rivales s’a­britent der­rière un ensemble de croyances qui échappe à la dis­cus­sion ration­nelle. La ségré­ga­tion phy­sique de la popu­la­tion dans des ghet­tos racia­le­ment homo­gènes et refer­més sur eux-mêmes a pour pen­dant la bal­ka­ni­sa­tion de l’o­pi­nion. Chaque groupe essaye de se cla­que­mu­rer der­rière ses propres dogmes. Nous sommes deve­nus une nation de mino­ri­tés ; il ne manque que leur recon­nais­sance offi­cielle en tant que telles pour ache­ver le processus.

Cette paro­die de « com­mu­nau­té » — terme fort à la mode mais qui n’est pas très bien com­pris — char­rie avec elle le pos­tu­lat insi­dieux selon lequel on peut attendre de tous les membres d’un groupe don­né qu’ils pensent de la même manière. L’o­pi­nion devient ain­si fonc­tion de l’i­den­ti­té raciale ou eth­nique, du sexe ou de la pré­fé­rence sexuelle. Des « porte-parole » auto-dés­i­­gnés de la mino­ri­té appliquent ce confor­misme en frap­pant d’os­tra­cisme ceux qui dévient de la ligne du par­ti — par exemple ces noirs qui « pensent blanc ». Com­bien de temps encore l’es­prit de libre exa­men et de débat ouvert peut-il sur­vivre dans de telles conditions ? »

Chris­to­pher Lasch, « La révolte des élites », 1996.

Chom­sky a sou­vent décrit les façons insi­dieuses, indi­rectes, par la bande, de cen­su­rer sans que ça se voie :

« La façon la plus intel­li­gente de main­te­nir la pas­si­vi­té des gens, c’est de limi­ter stric­te­ment l’éventail des opi­nions accep­tables, mais en per­met­tant un débat vif à l’intérieur de cet éven­tail et même d’encourager des opi­nions plus cri­tiques et dis­si­dentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pen­sées, alors qu’en fait, à tout ins­tant, les pré­sup­po­si­tions du sys­tème sont ren­for­cées par les limites posées au débat. »

Noam Chom­sky, « Le bien com­mun », 1998.

À pro­pos de façons insi­dieuses de cen­su­rer les opi­nions dis­si­dentes, il faut connaître la tech­nique uti­li­sée par les puis­sants au 20e siècle pour dépo­li­ti­ser pro­gres­si­ve­ment les choix de socié­té les plus impor­tants. C’est Alain Supiot (dans ses for­mi­dables confé­rences au Col­lège de France sur la Gou­ver­nance par les nombres et sur le Retour des liens d’allégeance de type féo­dal) qui m’a ren­du sen­sible cette ruse déci­sive (que les citoyens devraient bien connaître et faire connaître) : le pré­ten­du « Prix Nobel d’économie » est en fait un prix décer­né par la Banque de Suède (!) « en l’honneur d’Alfred Nobel » ; c’est donc en fait un Grand-prix-des-usu­­riers (des ban­quiers) ; ce faux « Prix Nobel » sert à enra­ci­ner dans l’opinion publique l’affirmation (fausse) que « l’économie est une science ». Or, les sciences ne sont pas déli­bé­rées au Par­le­ment, on ne sou­met pas les lois de la gra­vi­ta­tion au suf­frage uni­ver­sel ; ce qui relève des sciences est sous­trait au champ poli­tique. Ain­si, en par­lant de « sciences éco­no­miques » plu­tôt que d’« éco­no­mie poli­tique », on fait taire les pen­seurs hété­ro­doxes qui auraient bien des pro­po­si­tions alter­na­tives aux lois cruelles des usu­riers. C’est une forme de cen­sure dia­bo­li­que­ment astucieuse.

Supiot sou­ligne aus­si l’étonnant paral­lèle qu’on peut obser­ver entre le scien­tisme de l’URSS, le scien­tisme des nazis, et le scien­tisme de… l’Union euro­péenne ! Dans tous ces cas, les puis­sants mettent le débat démo­cra­tique hors-jeu au pré­texte qu’il s’agit de sciences, qu’on vise l’efficacité et qu’ « il n’y a pas d’alternative » (TINA). L’économie poli­tique se trans­forme ain­si en reli­gion, avec des dogmes rigides, inco­hé­rents et mys­té­rieux, des rites, des prêtres cruels, des excom­mu­ni­ca­tions, des sacri­fices, etc. Le scien­tisme est une façon moderne, détour­née mais très effi­cace, de pri­ver les citoyens de leur droit de parole.

Par­mi ses innom­brables ver­tus, la liber­té d’expression per­met de dis­si­per les mys­tères entre­te­nus par les puis­sants pour fon­der frau­du­leu­se­ment leur domination :

« Tout gou­ver­ne­ment a besoin d’ef­frayer sa popu­la­tion et une façon de le faire est d’en­ve­lop­per son fonc­tion­ne­ment de mys­tère. C’est la manière tra­di­tion­nelle de cou­vrir et de pro­té­ger le pou­voir : on le rend mys­té­rieux et secret, au-des­­sus de la per­sonne ordi­naire. Sinon, pour­quoi les gens l’accepteraient-ils ? »

Noam Chom­sky, « Com­prendre le pou­voir, pre­mier mou­ve­ment », 1993.

C’est pour­quoi, pour les domi­nants, il est extrê­me­ment impor­tant de décou­ra­ger les oppo­sants poli­tiques de par­ler librement :

« On sait, en effet, que la pro­pa­gande tota­li­taire n’a pas besoin de convaincre pour réus­sir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la pro­pa­gande est de pro­duire le décou­ra­ge­ment des esprits, de per­sua­der cha­cun de son impuis­sance à réta­blir la véri­té autour de soi et de l’inutilité de toute ten­ta­tive de s’opposer à la dif­fu­sion du men­songe. Le but de la pro­pa­gande est d’obtenir des indi­vi­dus qu’ils renoncent à la contre­dire, qu’ils n’y songent même plus.

Cet inté­res­sant résul­tat, l’abasourdissement média­tique l’obtient très natu­rel­le­ment par le moyen de ses men­songes inco­hé­rents, péremp­toires et chan­geants, de ses révé­la­tions fra­cas­santes et sans suite, de sa confu­sion bruyante de tous les instants.

Cepen­dant, si cha­cun, là où il se trouve, avec ses moyens et en temps utile, s’appliquait à faire valoir les droits de la véri­té en dénon­çant ce qu’il sait être une fal­si­fi­ca­tion, sans doute l’air du temps serait-il un peu plus respirable. »

Ency­clo­pé­die des Nui­sances, George Orwell devant ses calom­nia­teurs, Quelques observations.

Les pires tyrans l’écrivent eux-mêmes clai­re­ment, ils savent très bien qu’il est vital pour leur domi­na­tion que les dis­si­dents dénon­çant leurs men­songes soient bâillonnés :

« Si vous pro­fé­rez un men­songe assez gros et conti­nuez à le répé­ter, les gens fini­ront par le croire. Le men­songe ne peut être main­te­nu que le temps que l’État puisse pro­té­ger les gens des consé­quences poli­tiques, éco­no­miques et/ou mili­taires du men­songe. Il devient donc d’une impor­tance vitale pour l’État d’utiliser tous ses pou­voirs pour répri­mer la dis­si­dence, car la véri­té est l’ennemi mor­tel du men­songe, et donc par exten­sion, la véri­té est le plus grand enne­mi de l’État. »

Phrases attri­buées à Joseph Goeb­bels, Ministre à l’Éducation du peuple et à la Pro­pa­gande sous le Troi­sième Reich de 1933 à 1945.

Et ceux qui pro­cèdent à la cen­sure des libres pen­seurs sont tou­jours des com­plices du pouvoir :

« Les gou­ver­ne­ments pro­tègent et récom­pensent les hommes à pro­por­tion de la part qu’ils prennent à l’or­ga­ni­sa­tion du mensonge. »

Léon Tol­stoï, « L’esclavage moderne », 1900.

C’est notre humaine vul­né­ra­bi­li­té aux bobards qui rend effi­caces et utiles les men­songes des gou­ver­nants — et c’est elle aus­si qui rend si néces­saire la liber­té géné­rale et abso­lue de dénon­cer les men­songes pour détrom­per les citoyens :

« Abu­sés par les mots, les hommes n’ont pas hor­reur des choses les plus infâmes, déco­rées de beaux noms ; et ils ont hor­reur des choses les plus louables, décriées par des noms odieux. Aus­si l’ar­ti­fice ordi­naire des cabi­nets est-il d’é­ga­rer les peuples en per­ver­tis­sant le sens des mots ; et sou­vent des hommes de lettres avi­lis ont l’in­fa­mie de se char­ger de ce cou­pable emploi.

En fait de poli­tique, quelques vains sons mènent le stu­pide vul­gaire, j’al­lais dire le monde entier. Jamais aux choses leurs vrais noms. Les princes, leurs ministres, leurs agents, leurs flat­teurs, leurs valets, appellent art de régner celui d’é­pui­ser les peuples, de faire de sottes entre­prises, d’af­fi­cher un faste scan­da­leux, et de répandre par­tout la ter­reur ; poli­tique, l’art hon­teux de trom­per les hommes ; gou­ver­ne­ment, la domi­na­tion lâche et tyran­nique ; pré­ro­ga­tives de la cou­ronne, les droits usur­pés sur la sou­ve­rai­ne­té des peuples ; puis­sance royale, le pou­voir abso­lu ; magni­fi­cence, d’o­dieuses pro­di­ga­li­tés ; sou­mis­sion, la ser­vi­tude ; loyau­té, la pros­ti­tu­tion aux ordres arbi­traires ; rébel­lion, la fidé­li­té aux lois ; révolte, la résis­tance à l’op­pres­sion ; dis­cours sédi­tieux, la récla­ma­tion des droits de l’homme ; fac­tion, le corps des citoyens réunis pour défendre leurs droits ; crimes de lèse-majes­­té, les mesures prises pour s’op­po­ser à la tyran­nie ; charges de l’é­tat, les dila­pi­da­tions de la cour et du cabi­net ; contri­bu­tions publiques, les exac­tions ; guerre et conquête, le bri­gan­dage  à la tête d’une armée, art de négo­cier, l’hy­po­cri­sie, l’as­tuce, le manque de foi, la per­fi­die et les tra­hi­sons ; coups d’É­tat, les outrages, les meurtres et les empoi­son­ne­ments ; offi­ciers du prince, ses satel­lites ; obser­va­teurs, ses espions ; fidèles sujets, les sup­pôts du des­po­tisme ; mesure de sûre­té, les recherches inqui­si­to­riales ; puni­tion des sédi­tieux, le mas­sacre des enne­mis de la liber­té. Voi­là com­ment ils par­viennent à détruire l’hor­reur qu’ins­pire l’i­mage nue des for­faits et de la tyran­nie. »

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774), « 53 – Déna­tu­rer les noms des chose ».

Et une longue pra­tique des men­songes endur­cis — pas contre­dits à temps — rend dif­fi­cile l’acceptation de la vérité :

« Les vieux men­songes ont plus d’a­mis que les nou­velles véri­tés. Quand un tis­su de men­songes bien embal­lé a été ven­du pro­gres­si­ve­ment aux masses pen­dant des géné­ra­tions, la véri­té paraî­tra com­plè­te­ment absurde et son repré­sen­tant un fou furieux. »

Pen­sée attri­buée à « Dresde James ».

 

« En des temps de super­che­rie, dire la véri­té est un acte révo­lu­tion­naire. » Orwell.

Sou­vent, c’est la parole la plus sub­ver­sive et la plus légi­time qui fait l’objet d’une cen­sure ; au point qu’on peut être ten­té de voir la cen­sure d’une pen­sée comme un indi­ca­teur de pen­­sée-utile-au-bien-com­­mun, comme une preuve, une légion d’honneur, de résis­tance digne de nom :

« Il y a la ques­tion de savoir quelle infor­ma­tion est impor­tante pour le monde, quel type d’in­for­ma­tion peut per­mettre le chan­ge­ment. Et il y a une grande quan­ti­té d’in­for­ma­tion. Alors, l’in­for­ma­tion que les orga­ni­sa­tions font un effort éco­no­mique pour cacher, c’est vrai­ment un bon signal que, quand l’in­for­ma­tion sort, il y ait un espoir que ça fasse du bien. Parce que les orga­ni­sa­tions qui la connaissent le mieux, qui la connaissent de l’in­té­rieur, tra­vaillent à la dis­si­mu­ler. Et c’est ce que nous avons décou­vert par la pra­tique. Et c’est là l’his­toire du journalisme. »

Julian Assange, entre­tien pour Ted, 2010.

Quand on parle de liber­té d’expression en 2020, on ne peut pas ne pas évo­quer le scan­dale du trai­te­ment de Julian Assange. Julian a uti­li­sé son immense maî­trise en infor­ma­tique pour offrir à tous les jour­na­listes du monde Wiki­Leaks, un outil (inédit dans l’histoire des hommes) per­met­tant à n’importe qui de dénon­cer un com­plot, un men­songe ou un crime sans jamais rien craindre des cen­seurs, en garan­tis­sant aux lan­ceurs d’alerte le plus invio­lable ano­ny­mat, et en offrant aux peuples du monde la tota­li­té de l’information brute en accès direct.

Wiki­Leaks est un cau­che­mar pour tous les cen­seurs du monde.

Eh bien, pour avoir ain­si per­mis de dénon­cer impu­né­ment des crimes d’État (et toutes sortes de men­songes cra­pu­leux d’élus et de res­pon­sables de tout poil), dénon­cia­tion publique qui est la fonc­tion pre­mière des jour­na­listes, pour ce ser­vice ren­du à l’humanité, Julian Assange est car­ré­ment tor­tu­ré en pri­son depuis dix ans sans juge­ment et sans pou­voir se défendre, sui­vant une simu­lacre de jus­tice digne des pro­cès sta­li­niens, avec la com­pli­ci­té de tous les gou­ver­ne­ments et de tous les « jour­na­listes » mains­tream du monde (tous ven­dus à quelques mil­liar­daires), qui entre­tiennent un silence de mort sur son sup­plice au lieu de le défendre bec et ongles, si bien que, aujourd’hui encore, la plu­part des citoyens ignorent tout des crimes com­mis par leurs repré­sen­tants contre leur meilleur ami.

Julian est un héros mon­dial, il incarne à la fois le jour­na­lisme (le vrai), la liber­té d’expression (la vraie), et la cruau­té arbi­traire impu­nie des pou­voirs pour cen­su­rer leurs vrais opposants.

Les tyrans n’acceptent que les « oppo­si­tions contrô­lées » (© 1984, Orwell), c’est-à-dire les oppo­sions dont ils n’ont rien à craindre. Avec le cas Assange, on voit bien que la cen­sure est tou­jours là, ter­rible, contre les oppo­sants dignes de ce nom.

La liber­té d’Assange, c’est notre liber­té. Le com­bat d’Assange, ce devrait être le nôtre : l’isègoria n’est pas un concept théo­rique antique pour le plai­sir de pen­ser, c’est une exi­gence pra­tique moderne pour garan­tir les liber­tés. Le mar­tyr d’Assange, c’est notre propre ave­nir, cau­che­mar­desque, si nous n’arrivons pas à le sor­tir des griffes des tyrans. Julian n’a que nous, les simples citoyens, pour le défendre. En fait, la liber­té d’expression elle-même n’a que nous, les simples citoyens, pour la défendre.

Liber­té d’expression garan­tie ou pas par la puis­sance publique, les humains fiers de leur libre-arbitre s’appellent des « libres pen­seurs ». Leur rôle est essen­tiel dans la pré­ser­va­tion des liber­tés publiques. Comme on vient de le dire à pro­pos d’Assange, c’est à cha­cun d’entre nous de résis­ter à la cen­sure, cou­ra­geu­se­ment, et de res­ter des libres pen­seurs envers et contre tout. Jean Bric­mont, à ce sujet, de mon point de vue, est exemplaire :

« À chaque époque, il existe des libres pen­seurs, c’est-à-dire des gens qui n’ap­par­tiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune reli­gion, s’in­té­ressent aux faits avant de par­ler de valeurs, jugent de la véri­té d’une opi­nion indé­pen­dam­ment de la per­sonne qui l’é­nonce, écoutent dif­fé­rents points de vue, hésitent, doutent et dis­cutent avec tout le monde. Ils pensent que cha­cun a le droit d’ex­pri­mer son opinion.

En face d’eux, il y a les fana­tiques, les clé­ri­caux, les obs­cu­ran­tistes, qui font exac­te­ment le contraire. Ils tiennent à jour leurs fiches, sur­veillent qui parle avec qui et lancent des cam­pagnes de haine et de dif­fa­ma­tion contre les libres pen­seurs. Ils cen­surent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incar­ner la lutte du Bien contre le Mal.

Mal­heu­reu­se­ment, de nos jours, les fana­tiques, les clé­ri­caux et les obs­cu­ran­tistes ne parlent que de démo­cra­tie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’ex­trême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’é­ga­rer un cer­tain nombre d’es­prits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’é­tant que des vic­times de l’illu­sion consis­tant à croire que l’on appar­tient au camp du Bien, et qui se privent et tentent de pri­ver les autres des res­sources de l’es­prit critique. »

Jean Bric­mont, juin 2016.

Sou­vent, nous res­tons silen­cieux devant le men­songe public, comme le feraient des com­plices, par peur de nous lever seul contre la doxa et de nous voir sévè­re­ment punis. D’où l’importance poli­tique des plus cou­ra­geux : par la ver­tu de l’exemple et par la force d’entraînement du pré­cé­dent, les libres pen­seurs  faci­litent la mobi­li­sa­tion géné­rale à venir :

Une per­sonne affir­mant la véri­té en public
peut libé­rer les gens de la pen­sée du groupe.

En fait, le com­bat entre la véri­té et l’autorité est éternel :

« Tout homme qui fera pro­fes­sion de cher­cher la véri­té et de la dire sera tou­jours odieux à celui qui exer­ce­ra l’autorité. »

Condor­cet (Mémoire sur l’instruction publique, 1791).

Et fina­le­ment, c’est une vieille idée que, de toutes les liber­tés, celle de s’exprimer est la première :

« Qu’on me donne la liber­té de connaître, de m’ex­pri­mer et de dis­pu­ter libre­ment, selon ma conscience, avant toute autre liberté. »

John Mil­ton, « Pour la liber­té d’imprimer sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure », 1644.

 

Mais il y a une deuxième rai­son de défendre une liber­té d’expression abso­lue, plus impor­tante encore que la résis­tance aux abus de pou­voir : la défi­ni­tion du bien com­mun, défi­ni­tion poli­tique, tou­jours en mou­ve­ment et en débat, a besoin des libres contro­verses pour repé­rer les croyances erro­nées et pour que cha­cun puisse pro­gres­ser dans la per­cep­tion de la vérité :

 

  1. Pro­té­ger la démo­cra­tie contre l’erreur : per­mettre aux citoyens d’identifier cor­rec­te­ment le bien com­mun, de vou­loir les bonnes déci­sions publiques :

Toute socié­té est tra­ver­sée par une infi­ni­té d’intérêts contraires et anta­go­nistes, par­mi les­quels il faut arbi­trer, sans com­mettre ni erreurs ni injus­tices. La démo­cra­tie est un régime poli­tique qui sup­pose que ces arbi­trages, ces choix com­muns, soient loya­le­ment et métho­di­que­ment débat­tus par les per­sonnes concer­nées elles-mêmes.

L’importance de la contro­verse publique dans la recherche de la véri­té a été iden­ti­fiée par les plus grands pen­seurs connus depuis la nuit des temps. Sur cette deuxième idée — défendre la liber­té d’expression pour évi­ter les erreurs et déjouer les trom­pe­ries —, on peut, comme dans la pre­mière par­tie, s’appuyer sur des traces des temps pas­sés pour nous aider à pen­ser aujourd’hui la véri­té et la cen­sure des erreurs/mensonges.

Déjà au 4e siècle avant JC, Aris­tote défen­dait à sa manière l’intelligence col­lec­tive :

« La déli­bé­ra­tion sera, en effet, meilleure si tous déli­bèrent en com­mun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »

Aris­tote (-384 – 322 av JC), « Les Poli­tiques » IV, 14, 1298‑b, p. 325.

Mais l’occident n’a pas été seul à repé­rer la qua­li­té des déci­sions prises ensemble :

« Au Japon, au début du 7e siècle, le prince boud­dhiste Sho­ko­to […] fut aus­si l’initiateur d’une consti­tu­tion rela­ti­ve­ment libé­rale ou KEMPO, appe­lée la « consti­tu­tion des 17 articles », en 604 après JC. Tout à fait dans l’esprit de la Grande Charte (Magna Car­ta) signée six siècles plus tard en Angle­terre, elle insis­tait sur le fait que les déci­sions rela­tives à des sujets d’importance ne devaient pas être prises par un seul. Elles devaient être dis­cu­tées par plu­sieurs personnes. 

Cette consti­tu­tion don­nait aus­si le conseil sui­vant : « ne soyons pas por­tés à l’esprit de res­sen­ti­ment lorsque les opi­nions d’autrui dif­fèrent des nôtres. Car tout homme a un cœur, et tout cœur a ses propres incli­na­tions. Ce qui est juste pour les uns est faux pour les autres, et inversement. »

Amar­tya Sen, « La démo­cra­tie des autres », 2005, page 32.

John Stuart Mill, grande réfé­rence du libé­ra­lisme, iden­ti­fie la liber­té com­plète de contre­dire n’importe quelle thèse à la meilleure assu­rance de ne pas se tromper :

« Il existe une dif­fé­rence extrême entre pré­su­mer vraie une opi­nion qui a sur­vé­cu à toutes les réfu­ta­tions et pré­su­mer sa véri­té afin de ne pas en per­mettre la réfu­ta­tion. La liber­té com­plète de contre­dire et de réfu­ter notre opi­nion est la condi­tion même qui nous per­met de pré­su­mer sa véri­té en vue d’agir : c’est là la seule façon ration­nelle don­née à un être doué de facul­tés humaines de s’assurer qu’il est dans le vrai. »

John Stuart Mill, « De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion », 1859, cha­pitre 2.

Chris­to­pher Hill est un immense his­to­rien anglais, un de ceux qui tâchent de pen­ser l’histoire vue depuis le peuple, comme Howard Zinn, Hen­ri Guille­min, Gérard Noi­rel, Michelle Zan­­ca­­ri­­ni-Four­­nel ou Jacques Pau­wels. Selon cet homme, dont les livres sont si impor­tants pour nous dés­in­toxi­quer des men­songes des his­to­riens offi­ciels, il n’y a pas de véri­té sacrée, et nous devons tous lut­ter pour pré­ser­ver notre droit supé­rieur à tou­jours cher­cher nos erreurs par­mi nos actuelles croyances :

« Ce qu’il faut sau­ve­gar­der avant tout, ce qui est le bien ines­ti­mable conquis par l’homme à tra­vers tous les pré­ju­gés, toutes les souf­frances et tous les com­bats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de véri­té sacrée, c’est-à-dire inter­dite à la pleine inves­ti­ga­tion de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liber­té sou­ve­raine de l’esprit ; c’est qu’aucune puis­sance ou inté­rieure ou exté­rieure, aucun pou­voir, aucun dogme ne doit limi­ter le per­pé­tuel effort et la per­pé­tuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute véri­té qui ne vient pas de nous est un mensonge. »

Chris­to­pher Hill, « 1640 : la révo­lu­tion anglaise » (1940).

Mon­taigne, au 16e siècle déjà, aime à être fran­che­ment contre­dit, au nom de la recherche com­mune de la véri­té. Je lis cette recherche sys­té­ma­tique de la contra­dic­tion comme un appel à n’en faire taire aucune. Notre quête de véri­té devrait nous conduire à craindre toute forme de cen­sure. Je recom­mande la lec­ture des Essais dans la tra­duc­tion de Lan­ly, en fran­çais moderne. Mon­taigne est un ami pour la vie, il nous aide tous à penser.

« Quand on me contre­dit, on éveille mon atten­tion, mais non ma colère : je m’a­vance vers celui qui me contre­dit, qui m’ins­truit. La cause de la véri­té devrait être la cause com­mune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la véri­té et je la ché­ris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vain­cues d’aus­si loin que je la vois appro­cher. Et, pour­vu qu’on n’y pro­cède pas avec l’air trop impé­rieux d’un maître d’é­cole, je prête l’é­paule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même sou­vent modi­fiés plus pour une rai­son de civi­li­té que pour une rai­son d’a­mé­lio­ra­tion, car j’aime à favo­ri­ser et à encou­ra­ger la liber­té de ceux qui me font des cri­tiques par ma faci­li­té à céder, même à mes dépens.

Tou­te­fois il est assu­ré­ment dif­fi­cile d’at­ti­rer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le cou­rage de cri­ti­quer les autres parce qu’ils n’ont pas le cou­rage de sup­por­ter de l’être, et ils parlent tou­jours avec dis­si­mu­la­tion en pré­sence les uns des autres. Je prends un si grand plai­sir à être jugé et connu qu’il m’est pour ain­si dire indif­fé­rent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pen­sée se contre­dit elle-même si sou­vent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu prin­ci­pa­le­ment que je ne donne à sa cri­tique que l’im­por­tance que je veux. »

Mon­taigne (1533−1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion ». p 1119.

En cen­su­rant les pen­sées qu’il fau­drait com­battre, on prive le citoyen d’entraînement à apprendre seul :

« L’exercice le plus fruc­tueux et le plus natu­rel de notre esprit, c’est, à mon avis, la conver­sa­tion. J’en trouve l’usage plus doux que celui d’aucune autre action de notre vie, et c’est la rai­son pour laquelle, si j’étais à cette heure for­cé de choi­sir, je consen­ti­rais plu­tôt, je crois, à perdre la vue que l’ouïe ou la parole.

La conver­sa­tion apprend et exerce en même temps. Si je dis­cute avec un esprit vigou­reux et un rude jou­teur, il me presse les flancs, il m’éperonne à droite à gauche, ses idées sti­mulent les miennes. La riva­li­té, la recherche d’une cer­taine gloire, la lutte me poussent et m’élèvent au-des­­sus de moi-même, tan­dis que l’accord est une chose tout à fait ennuyeuse dans la conversation. »

Mon­taigne (1533−1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conversation ».

 

« Les contra­dic­tions des juge­ments, donc, ne me blessent ni ne m’é­meuvent : elles m’é­veillent seule­ment et me mettent en action.

Nous n’ai­mons pas la rec­ti­fi­ca­tion de nos opi­nions ; il fau­drait au contraire s’y prê­ter et s’y offrir, notam­ment quand elle vient sous forme de conver­sa­tion, non de leçon magistrale.

À chaque oppo­si­tion, on ne regarde pas si elle est juste, mais, à tort ou à rai­son, com­ment on s’en débar­ras­se­ra. Au lieu de lui tendre les bras, nous lui ten­dons les griffes. Je sup­por­te­rais d’être rudoyé par mes amis : « Tu es un sot, tu rêves. » J’aime qu’entre hommes de bonne com­pa­gnie on s’ex­prime à cœur ouvert, que les mots aillent où va la pensée.

Il faut for­ti­fier notre ouïe et la dur­cir contre cette mol­lesse du son conven­tion­nel des paroles. […] La conver­sa­tion n’est pas assez vigou­reuse et noble si elle n’est pas que­rel­leuse, si elle est civi­li­sée et étu­diée, si elle craint le choc et si elle a des allures contraintes. »

Mon­taigne (1533−1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion ». p 1118.

 

« Nous n’apprenons à dis­cu­ter que pour contre­dire, et, cha­cun contre­di­sant et étant contre­dit, il en résulte que tout le pro­fit de la dis­cus­sion, c’est de rui­ner et anéan­tir la vérité. »

Mon­taigne (1533−1592), « Essais », livre 3, chap. 8 « Sur l’art de la conver­sa­tion ». p 1121.

Des siècles après Mon­taigne, on conti­nue à défendre l’humble recherche de la véri­té contre les com­bats de coqs cher­chant tou­jours à avoir rai­son contre tout le monde :

« Si nous étions fon­da­men­ta­le­ment hon­nêtes, nous ne cher­che­rions rien d’autre, en tout débat, qu’à faire sor­tir la véri­té de son puits, en nous sou­ciant peu de savoir si telle véri­té appa­raît fina­le­ment conforme à la pre­mière opi­nion que nous ayons sou­te­nue ou à celle de l’autre ; ce qui serait indif­fé­rent, ou du moins d’importance tout à fait secondaire. »

Scho­pen­hauer, « L’art d’avoir tou­jours rai­son », 1830, introduction.

Pour Rous­seau, au 18e siècle, les règles de la vie en socié­té et de la poli­tesse (qui sont assu­ré­ment une forme intime de cen­sure) forment comme un moule, un car­can qui nous empêche de par­ler libre­ment, ce qui nous empêche tous de savoir ce que pensent vrai­ment les autres :

« Aujourd’­hui que des recherches plus sub­tiles et un goût plus fin ont réduit l’art de plaire en prin­cipes, il règne dans nos mœurs une vile et trom­peuse uni­for­mi­té, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse la poli­tesse exige, la bien­séance ordonne : sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est ; et dans cette contrainte per­pé­tuelle, les hommes qui forment ce trou­peau qu’on appelle socié­té, pla­cés dans les mêmes cir­cons­tances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puis­sants ne les en détournent. On ne sau­ra donc jamais bien à qui l’on a affaire. »

Jean-Jacques Rous­seau, « Dis­cours sur les sciences et les arts » (1750).

Même Blan­qui, « l’Enfermé », au 19e siècle, van­tait la tolé­rance mutuelle entre adversaires :

« Prou­dho­niens et com­mu­nistes sont éga­le­ment ridi­cules dans leurs dia­tribes réci­proques et ils ne com­prennent pas l’utilité immense de la diver­si­té dans les doc­trines. Chaque école, chaque nuance a sa mis­sion à rem­plir, sa par­tie à jouer dans le grand drame révo­lu­tion­naire, et si cette mul­ti­pli­ci­té des sys­tèmes vous sem­blait funeste, vous mécon­naî­triez la plus irré­cu­sable des véri­tés : La lumière ne jaillit que de la dis­cus­sion. »

Auguste Blan­qui (1805−1881), « Main­te­nant, il faut des armes ».

Contre ceux qui veulent pro­té­ger la popu­la­tion de l’erreur en la cen­su­rant, en la cachant, Mil­ton, au 17e siècle, voyait la véri­té capable seule de tou­jours vaincre l’erreur, pour­vu qu’on lui garan­tisse des joutes loyales, joutes très néces­saires pour accé­der au vrai :

« Et quand même tous les vents de la doc­trine auraient libre cours sur Terre, si la Véri­té est en lice, c’est lui faire injure que dou­ter de sa force, en met­tant en place cen­sure et inter­dic­tion. Que la Faus­se­té s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Véri­té ait le désa­van­tage dans une ren­contre libre et ouverte ? Aucune cen­sure n’a le poids de sa réfutation.

Quand tout le monde pense la même chose, per­sonne ne pense.

Toutes les opi­nions, y com­pris les erreurs, sont d’un grand ser­vice pour atteindre rapi­de­ment la plus haute vérité.

Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.

Qu’on me donne la liber­té de connaître, de m’exprimer et de dis­pu­ter libre­ment, selon ma conscience, avant toute autre liberté.

Connaître le bien et le mal, c’est-à-dire connaître le bien par le mal, telle est la condi­tion pré­sente de l’homme : quelle sagesse peut-on choi­sir, quelle conti­nence obser­ver sans connais­sance du mal ? […] Je ne sau­rais louer une ver­tu cloî­trée et fugi­tive, qui jamais ne sort ni ne res­pire, qui jamais ne se rue à l’as­saut de l’ad­ver­saire, mais quitte la course […] ce qui nous puri­fie, c’est l’é­preuve, laquelle pro­cède par l’opposition. »

John Mil­ton, « Pour la liber­té d’imprimer sans auto­ri­sa­tion ni cen­sure » (1644).

Des­cartes nous sug­gère de dou­ter par méthode de toutes nos croyances, ce que je lis comme une invi­ta­tion à accep­ter au débat toutes les pen­sées hété­ro­doxes, pour pou­voir les évaluer :

« Pour atteindre la véri­té, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opi­nions qu’on a reçues, et recons­truire de nou­veau tout le sys­tème de ses connaissances. »

René Des­cartes, « Dis­cours de la méthode » (1637).

L’immense Alain (j’aime ce phi­lo­sophe), au 20e siècle, nous aide à pen­ser tout à la fois notre indi­vi­duelle et fon­da­trice liber­té de pen­ser — et de par­ler contre « l’opinion publique » s’il le faut — et la grande dan­ge­ro­si­té de l’État :

« L’É­tat est aisé­ment neu­ras­thé­nique. Mais qu’est-ce qu’un neu­ras­thé­nique ? C’est un homme pen­sant, je veux dire ins­truit et fort atten­tif à ses opi­nions et à ses affec­tions ; atten­tif en ce sens qu’il en est le spec­ta­teur. Et c’est en cela que consiste ce genre de folie, à consta­ter ses propres opi­nions au lieu de les choi­sir et vou­loir. Comme un homme qui, condui­sant une auto­mo­bile à un tour­nant, se deman­de­rait : « Je suis curieux de savoir si je vais sau­ter dans le ravin. » Mais c’est jus­te­ment son affaire de n’y point sau­ter. De même le neu­ras­thé­nique se demande : « Est-ce que je serai gai ou triste aujourd’­hui ? Est-ce que j’au­rai de la volon­té ou non ? Que vais-je choi­sir ? Je suis curieux de le savoir. » Mais il ne vient jamais à cette idée si simple de décré­ter au lieu d’at­tendre, pour les choses qui dépendent de lui.

Or ce genre de folie n’est jamais com­plet dans l’in­di­vi­du. Com­mu­né­ment, dans les cir­cons­tances qui importent, il cesse d’at­tendre et se met à vou­loir, résis­tant aux vices et aux crimes mieux qu’à la tris­tesse, et plu­tôt mal­heu­reux que méchant.

Cette mala­die sin­gu­lière me paraît au contraire propre à tout État ; et par là j’ex­plique que ce grand corps soit tou­jours  mal­heu­reux  et   sou­vent  dan­ge­reux.   Et   voi­ci pour­quoi. Cha­cun a pu remar­quer, au sujet des opi­nions com­munes, que cha­cun les subit et que per­sonne ne les forme. Un citoyen, même avi­sé et éner­gique quand il n’a à conduire que son propre des­tin, en vient natu­rel­le­ment et par une espèce de sagesse à recher­cher quelle est l’o­pi­nion domi­nante au sujet des affaires publiques. « Car, se dit-il, comme je n’ai ni la pré­ten­tion ni le pou­voir de gou­ver­ner à moi tout seul, il faut que je m’at­tende à être conduit ; à faire ce qu’on fera, à pen­ser ce qu’on pen­se­ra. » Remar­quez, que tous rai­sonnent de même, et de bonne foi. Cha­cun a bien peut-être une opi­nion ; mais c’est à peine s’il se la for­mule à lui-même ; il rou­git à la seule pen­sée qu’il pour­rait être seul de son avis.

Le voi­là donc qui hon­nê­te­ment écoute les ora­teurs, lit les jour­naux, enfin se met à la recherche de cet être fan­tas­tique que l’on appelle l’o­pi­nion publique. « La ques­tion n’est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre. » Il inter­roge donc le pays. Et tous les citoyens inter­rogent le pays, au lieu de s’in­ter­ro­ger eux-mêmes.

Les gou­ver­nants font de même, et tout aus­si naï­ve­ment. Car, sen­tant qu’ils ne peuvent rien tout seuls, ils veulent savoir où ce grand corps va les mener. El il est vrai que ce grand corps regarde à son tour vers le gou­ver­ne­ment, afin de savoir ce qu’il faut pen­ser et vou­loir. Par ce jeu, il n’est point de folle concep­tion qui ne puisse quelque jour s’im­po­ser à tous, sans que per­sonne pour­tant l’ait jamais for­mée de lui-même et par libre réflexion. Bref, les pen­sées mènent tout, et per­sonne ne pense. D’où il résulte qu’un État for­mé d’hommes rai­son­nables peut pen­ser et agir comme un fou. Et ce mal vient ori­gi­nai­re­ment de ce que per­sonne n’ose for­mer son opi­nion par lui-même ni la main­te­nir éner­gi­que­ment, en lui d’a­bord, et devant les autres aus­si.

Posons que j’ai des devoirs, et qu’il fau­dra que j’o­béisse. Fort bien. Mais je veux obéir à une opi­nion réelle ; et, pour que l’o­pi­nion publique soit réelle, il faut d’a­bord que je forme une opi­nion réelle et que je l’ex­prime ; car si tous renoncent d’a­bord, d’où vien­dra l’o­pi­nion ? Ce rai­son­ne­ment est bon à suivre, et fait voir que l’o­béis­sance d’es­prit est tou­jours une faute. »

Alain (Émile Char­tier), « Mars ou la guerre jugée », 1921, cha­pitre LXIX

Comme tant d’autres pen­seurs, Alain se méfie de la sacra­li­sa­tion des « idées vraies » (qui est le fon­­de­­ment-même de la cen­sure, conçue pré­ci­sé­ment pour inter­dire les paroles « non vraies ») :

« J’aime qu’on me réfute, et je me réfute moi-même sou­vent. Ces libres pro­pos n’ont nul­le­ment pour objet de lan­cer dans la cir­cu­la­tion un cer­tain nombre d’i­dées vraies. Je ne sais pas ce que c’est qu’une idée vraie. Une idée, pour moi, c’est une affir­ma­tion que l’on veut redres­ser et com­plé­ter aus­si­tôt qu’on l’en­tend ; c’est une pen­sée qui en appelle une autre. Et je n’é­cri­rais point si je ne lisais presque par­tout de fades lieux com­muns qui n’ap­pellent rien, qui n’é­veillent rien. Toutes mes idées, si elles sont comme je veux, sont des pierres d’at­tente. Et j’ai le droit de comp­ter que ceux qui cherchent seule­ment l’oc­ca­sion d’un oui ou d’un non ne me lisent point. »

Émile Char­tier, dit Alain.

Hen­ri Labo­rit, au 20e siècle, a rap­pro­ché le racisme de la cen­sure, car les cen­seurs consi­dèrent effec­ti­ve­ment les simples citoyens comme des êtres infé­rieurs, à protéger :

« Tout endoc­tri­ne­ment faci­li­té par l’ignorance de l’informé, ne lui pré­sen­tant qu’un aspect des choses, ten­dant à lui impo­ser des auto­ma­tismes de pen­sée et de com­por­te­ment, occul­tant les opi­nions contraires en décré­tant qu’elles sont erro­nées ou ten­tant de les pré­sen­ter de telle sorte qu’elles perdent aus­si­tôt toute cohé­rence face à la solu­tion pré­pa­rée par celui qui informe, indi­vi­du ou ins­ti­tu­tion, est l’expression d’un mépris pro­fond de l’homme.

C’est consi­dé­rer qu’il est inca­pable de se faire une opi­nion per­son­nelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de com­bler son igno­rance en lui four­nis­sant des opi­nions et des infor­ma­tions dif­fé­rentes ou contraires, c’est le trom­per que de ne lui mon­trer qu’un aspect des choses. C’est le consi­dé­rer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véri­table racisme. 

Le rôle d’un pou­voir ne devrait pas être de « for­mer » l’opinion, mais de lui four­nir des élé­ments d’information nom­breux et dif­fé­ren­ciés per­met­tant à chaque indi­vi­du de remettre en cause chaque jour les bases de la péren­ni­té de ce pou­voir même.

Autre­ment dit, ce serait alors se sup­pri­mer tout pou­voir cen­tra­li­sé. Ce serait de four­nir à chaque indi­vi­du les moyens d’apporter sa part ima­gi­na­tive à la construc­tion jamais finie de la socié­té humaine. »

Hen­ri Labo­rit, « La Nou­velle Grille », 1974.

Je dois à Jean la décou­verte du bijou que j’ai gar­dé pour la fin. C’est assu­ré­ment dans le livre de John Stuart Mill, « De la liber­té » (1859), au cha­pitre 2, « De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion », qu’on trouve la plus belle et la plus forte démons­tra­tion que la cen­sure est un mal et que la liber­té est un bien. Lais­­sez-moi don­ner à JS Mill un peu de mon temps de parole, voyez comme il rai­sonne bien et comme ce qu’il démontre est important :

« Ce qu’il y a de par­ti­cu­liè­re­ment néfaste à impo­ser silence à l’expression d’une opi­nion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la pos­té­ri­té que la géné­ra­tion pré­sente, les détrac­teurs de cette opi­nion davan­tage encore que ses déten­teurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la véri­té ; si elle est fausse, ils perdent un béné­fice presque aus­si consi­dé­rable : une per­cep­tion plus claire et une impres­sion plus vive de la véri­té que pro­duit sa confron­ta­tion avec l’erreur.

Il est néces­saire de consi­dé­rer sépa­ré­ment ces deux hypo­thèses, à cha­cune des­quelles cor­res­pond une branche dis­tincte de l’argument. On ne peut jamais être sûr que l’opinion qu’on s’efforce d’étouffer est fausse ; et si nous l’étions, ce serait encore un mal. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

  • Si l’information qu’on cherche à cen­su­rer est vraie (et les idées reçues fausses) :

« Pre­miè­re­ment, il se peut que l’opinion qu’on cherche à sup­pri­mer soit vraie : ceux qui dési­rent la sup­pri­mer en contestent natu­rel­le­ment la véri­té, mais ils ne sont pas infaillibles. Il n’est pas en leur pou­voir de tran­cher la ques­tion pour l’humanité entière, ni de reti­rer à d’autres qu’eux les moyens de juger. Refu­ser d’entendre une opi­nion sous pré­texte qu’ils sont sûrs de sa faus­se­té, c’est pré­su­mer que leur cer­ti­tude est la cer­ti­tude abso­lue. Étouf­fer une dis­cus­sion, c’est s’arroger l’infaillibilité. Cet argu­ment com­mun suf­fi­ra à la condam­na­tion de ce pro­cé­dé, car tout com­mun qu’il soit, il n’en est pas plus mauvais.

[…] Moins un homme fait confiance à son juge­ment soli­taire, plus il s’en remet impli­ci­te­ment à l’infaillibilité « du  monde »  en  géné­ral. Et le monde, pour chaque indi­vi­du, signi­fie la par­tie du monde avec laquelle il est en contact : son par­ti, sa secte, son Église, sa classe sociale. […] Il délègue à son propre monde la res­pon­sa­bi­li­té d’avoir rai­son face aux mondes dis­si­dents des autres hommes, et jamais il ne s’inquiète de ce que c’est un pur hasard qui a déci­dé lequel de ces nom­breux mondes serait l’objet de sa confiance.

Les époques ne sont pas plus infaillibles que les indi­vi­dus, chaque époque ayant pro­fes­sé nombre d’opinions que les époques sui­vantes ont esti­mées non seule­ment fausses, mais absurdes. De même il est cer­tain que nombre d’opinions aujourd’hui répan­dues seront reje­tées par les époques futures, comme l’époque actuelle rejette nombre d’opinions autre­fois répandues.

[…]

« Une qua­li­té de l’esprit humain [est] à la source de tout ce qu’il y a de res­pec­table en l’homme en tant qu’être intel­lec­tuel et moral, à savoir que ses erreurs sont rec­ti­fiables. Par la dis­cus­sion et l’expérience — mais non par la seule expé­rience — il est capable de cor­ri­ger ses erreurs : la dis­cus­sion est néces­saire pour mon­trer com­ment inter­pré­ter l’expérience. Fausses opi­nions et fausses pra­tiques cèdent gra­duel­le­ment devant le fait et l’argument ; mais pour pro­duire quelque effet sur l’esprit, ces faits et argu­ments doivent lui être pré­sen­tés. Rares sont les faits qui parlent d’eux-mêmes, sans com­men­taire qui fasse res­sor­tir leur signi­fi­ca­tion. Il s’ensuit que toute la force et la valeur de l’esprit humain — puisqu’il dépend de cette facul­té d’être rec­ti­fié quand il s’égare — n’est vrai­ment fiable que si tous les moyens pour le rec­ti­fier sont à por­tée de main. Le juge­ment d’un homme s’avère-t-il digne de confiance, c’est qu’il a su demeu­rer ouvert aux cri­tiques sur ses opi­nions et sa conduite ; c’est qu’il a pris l’habitude d’écouter tout ce qu’on disait contre lui, d’en pro­fi­ter autant qu’il était néces­saire et de s’exposer à lui-même — et par­fois aux autres — la faus­se­té de ce qui était faux : c’est qu’il a sen­ti que la seule façon pour un homme d’accéder à la connais­sance exhaus­tive d’un sujet est d’écouter ce qu’en disent des per­sonnes d’opinions variées et  com­ment  l’envisagent  dif­fé­rentes  formes d’esprit. Jamais homme sage n’acquit sa sagesse autre­ment ; et la nature de l’intelligence humaine est telle qu’elle ne peut l’acquérir autre­ment. Loin de sus­ci­ter doute et hési­ta­tion lors de la mise en pra­tique, s’habituer à cor­ri­ger et com­plé­ter sys­té­ma­ti­que­ment son opi­nion en la com­pa­rant à celle des autres est la seule garan­tie qui la rende digne de confiance.

[…]

S’il était inter­dit de remettre en ques­tion la phi­lo­so­phie new­to­nienne, l’humanité ne pour­rait aujourd’hui la tenir pour vraie en toute cer­ti­tude. Les croyances pour les­quelles nous avons le plus de garan­tie n’ont pas d’autre sau­ve­garde qu’une invi­ta­tion constante au monde entier de les prou­ver non fon­dées. Si le défi n’est pas rele­vé — ou s’il est rele­vé et que la ten­ta­tive échoue — nous demeu­re­rons assez éloi­gnés de la cer­ti­tude, mais nous aurons fait de notre mieux dans l’état actuel de la rai­son humaine : nous n’aurons rien négli­gé pour don­ner à la véri­té une chance de nous atteindre. Les lices res­tant ouvertes, nous pou­vons espé­rer que s’il existe une meilleure véri­té, elle sera décou­verte lorsque l’esprit humain sera capable de la rece­voir. Entre-temps, nous pou­vons être sûrs que notre époque a appro­ché la véri­té d’aussi près que pos­sible. Voi­là toute la cer­ti­tude à laquelle peut pré­tendre un être faillible, et la seule manière d’y parvenir.

[…]

Il est éton­nant que les hommes admettent la vali­di­té des argu­ments en faveur de la libre dis­cus­sion, mais qu’ils objectent dès qu’il s’agit de les « pous­ser jusqu’au bout », et cela sans voir que si ces rai­sons ne sont pas bonnes pour un cas extrême, c’est qu’elles ne valent rien. Il est éton­nant qu’ils s’imaginent s’attribuer l’infaillibilité en recon­nais­sant la néces­si­té de la libre dis­cus­sion sur tous les sujets ouverts au doute, mais pensent éga­le­ment que cer­taines doc­trines ou prin­cipes par­ti­cu­liers devraient échap­per à la remise en ques­tion sous pré­texte que leur cer­ti­tude est prou­vée, ou plu­tôt qu’ils sont cer­tains, eux, de leur cer­ti­tude. Qua­li­fier une pro­po­si­tion de cer­taine tant qu’il existe un être qui nie­rait cette cer­ti­tude s’il en avait la per­mis­sion alors qu’il est pri­vé de celle-ci, c’est nous pré­su­mer — nous et ceux qui sont d’accord avec nous — les garants de la cer­ti­tude, garants qui de sur­croît pour­raient se dis­pen­ser d’entendre la par­tie adverse.

Dans notre époque — qu’on a décrite comme « pri­vée de foi, mais ter­ri­fiée devant le scep­ti­cisme » — où les gens se sentent sûrs non pas tant de la véri­té de leurs opi­nions que de leur néces­si­té, les droits d’une opi­nion à demeu­rer pro­té­gée contre l’attaque publique se fondent moins sur sa véri­té que sur son impor­tance pour la socié­té. Il y a, dit-on, cer­taines croyances si utiles, voire si indis­pen­sables au bien-être qu’il est du devoir des gou­ver­ne­ments de les défendre, au même titre que d’autres inté­rêts de la socié­té. Devant une telle situa­tion de néces­si­té, devant un cas s’inscrivant aus­si évi­dem­ment dans leur devoir, assure-t-on, un peu moins d’infaillibilité suf­fi­rait pour jus­ti­fier, voire obli­ger, les gou­ver­ne­ments à agir selon leur propre opi­nion, confir­mée par l’opinion géné­rale de l’humanité.

On avance aus­si sou­vent — et on le pense plus sou­vent encore — que seuls les méchants dési­re­raient affai­blir ces croyances salu­taires ; aus­si n’y a‑t‑il rien de mal à inter­dire ce qu’eux seuls vou­draient faire. Cette manière de pen­ser, en jus­ti­fiant les res­tric­tions sur la dis­cus­sion, fait de ce pro­blème non plus une ques­tion de véri­té, mais d’utilité des doc­trines ; et on se flatte ce fai­sant d’échapper à l’accusation de garant infaillible des opi­nions. Mais ceux qui se satis­font à si bon compte ne s’aperçoivent pas que la pré­ten­tion à l’infaillibilité est sim­ple­ment dépla­cée. L’utilité même d’une opi­nion est affaire d’opinion : elle est un objet de dis­pute ouvert à la dis­cus­sion, et qui l’exige autant que l’opinion elle-même. Il fau­dra un garant infaillible des opi­nions tant pour déci­der qu’une opi­nion est nui­sible que pour déci­der qu’elle est fausse, à moins que l’opinion ain­si condam­née n’ait toute lati­tude pour se défendre. Il ne convient donc pas de dire qu’on per­met à un héré­tique de sou­te­nir l’utilité ou le carac­tère inof­fen­sif de son opi­nion si on lui défend d’en sou­te­nir la véri­té. La véri­té d’une opi­nion fait par­tie de son uti­li­té. […] Il ne peut y avoir de dis­cus­sion loyale sur la ques­tion de l’utilité quand un seul des deux par­tis peut se per­mettre d’avancer un argu­ment aus­si vital.

[…]

Le fait de se sen­tir sûr d’une doc­trine (quelle qu’elle soit) n’est pas ce que j’appelle pré­tendre à l’infaillibilité. J’entends par là le fait de vou­loir déci­der cette ques­tion pour les autres sans leur per­mettre d’entendre ce qu’on peut dire de l’autre côté. Et je dénonce et ne réprouve pas moins cette pré­ten­tion quand on l’avance en  faveur de mes convic­tions  les plus solen­nelles. Quelque per­sua­dé que soit un homme non seule­ment de la faus­se­té, mais des consé­quences per­ni­cieuses d’une opi­nion — non seule­ment de ses consé­quences per­ni­cieuses, mais (pour employer des expres­sions que je condamne abso­lu­ment) de son immo­ra­li­té et de son impié­té — c’est pré­su­mer de son infailli­bi­li­té, et cela en dépit du sou­tien que lui accor­de­rait le juge­ment public de son pays ou de ses contem­po­rains, que d’empêcher cette opi­nion de plai­der pour sa défense. Et cette pré­somp­tion, loin d’être moins dan­ge­reuse ou répré­hen­sible, serait d’autant plus fatale que l’opinion en ques­tion serait appe­lée immo­rale ou impie. Telles sont jus­te­ment les occa­sions où les hommes com­mettent ces ter­ribles erreurs qui ins­pirent à la pos­té­ri­té stu­peur et hor­reur. Nous en trou­vons des exemples mémo­rables dans l’histoire lorsque nous voyons le bras de la jus­tice uti­li­sé pour déci­mer les meilleurs hommes et les meilleurs doc­trines, et cela avec un suc­cès déplo­rable quant aux hommes. [Suivent les exemples de Socrate, de Jésus et de Marc-Aurèle…] […]

Révé­ler au monde quelque chose qui lui importe au pre­mier chef et qu’il igno­rait jusque-là, lui mon­trer son erreur sur quelque point vital de ses inté­rêts spi­ri­tuels et tem­po­rels, c’est le ser­vice le plus impor­tant qu’un être humain puisse rendre à ses semblables.

[…]

D’ailleurs cette règle se détruit d’elle-même en se cou­pant de ce qui la fonde. Sous pré­texte que les athées sont des men­teurs, elle incite tous les athées à men­tir et ne rejette que ceux qui bravent la honte de confes­ser publi­que­ment une opi­nion détes­tée plu­tôt que de sou­te­nir un men­songe. Une règle qui se condamne ain­si à l’absurdité eu égard à son but avoué ne peut être main­te­nue en vigueur que comme une marque de haine, comme un ves­tige de per­sé­cu­tion — per­sé­cu­tion dont la par­ti­cu­la­ri­té est de n’être infli­gée ici qu’à ceux qui ont prou­vé ne pas la méri­ter. Cette règle et la théo­rie qu’elle implique ne sont guère moins insul­tantes pour les croyants que pour les infi­dèles. Car si celui qui ne croit pas en une vie future est néces­sai­re­ment un men­teur, il s’ensuit que seule la crainte de l’enfer empêche, si tant est qu’elle empêche quoi que ce soit, ceux qui y croient de mentir.

[…]

Les hommes qui ne jugent pas mau­vaise cette réserve des héré­tiques [impo­sée par la cen­sure] devraient d’abord consi­dé­rer qu’un tel silence revient à ce que les opi­nions héré­tiques ne fassent jamais l’objet d’une réflexion franche et appro­fon­die, de sorte que celles d’entre elles qui ne résis­te­raient pas à une pareille dis­cus­sion ne dis­pa­raissent pas, même si par ailleurs on les empêche de se répandre. Mais ce n’est pas à l’esprit héré­tique que nuit le plus la mise au ban de toutes les recherches dont les conclu­sions ne seraient pas conformes à l’orthodoxie. Ceux qui en souffrent davan­tage sont les bien-pen­­sants, dont tout le déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel est entra­vé et dont la rai­son est sou­mise à la crainte de l’hérésie.

[…]

Il est impos­sible d’être un grand pen­seur sans recon­naître que son pre­mier devoir est de suivre son intel­li­gence, quelle que soit la conclu­sion à laquelle elle peut mener. La véri­té béné­fi­cie encore plus des erreurs d’un homme qui, après les études et la pré­pa­ra­tion néces­saire, pense par lui-même, que des opi­nions vraies de ceux qui les détiennent uni­que­ment parce qu’ils s’interdisent de pen­ser. Non pas que la liber­té de pen­ser soit exclu­si­ve­ment néces­saire aux grands pen­seurs. Au contraire, elle est aus­si indis­pen­sable — sinon plus indis­pen­sable — à l’homme du com­mun pour lui per­mettre d’atteindre la sta­ture intel­lec­tuelle dont il est capable. Il y a eu, et il y aura encore peut-être, de grands pen­seurs indi­vi­duels dans une atmo­sphère géné­rale d’esclavage intel­lec­tuel. Mais il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais dans une telle atmo­sphère de peuple intel­lec­tuel­le­ment actif. Quand un peuple accé­dait tem­po­rai­re­ment à cette acti­vi­té, c’est que la crainte des spé­cu­la­tions hété­ro­doxes était pour un temps suspendue. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

  • Si l’information qu’on cherche à cen­su­rer est fausse (et les idées reçues vraies) :

« Pas­sons main­te­nant à la deuxième branche de notre argu­ment et, aban­don­nant l’hypothèse que les opi­nions reçues puissent être fausses, admet­tons qu’elles soient vraies et exa­mi­nons ce que vaut la manière dont on pour­ra les sou­te­nir là où leur véri­té n’est pas libre­ment et ouver­te­ment débat­tue. Quelque peu dis­po­sé qu’on soit à admettre la pos­si­bi­li­té qu’une opi­nion à laquelle on est for­te­ment atta­ché puisse être fausse, on devrait être tou­ché par l’idée que, si vraie que soit cette opi­nion, on la consi­dé­re­ra comme un dogme mort et non comme une véri­té vivante, si on ne la remet pas entiè­re­ment, fré­quem­ment, et har­di­ment en ques­tion.

Il y a une classe de gens (heu­reu­se­ment moins nom­breuse qu’autrefois) qui estiment suf­fi­sant que quelqu’un adhère aveu­glé­ment à une opi­nion qu’ils croient vraie sans même connaître ses fon­de­ments et sans même pou­voir la défendre contre les objec­tions les plus super­fi­cielles. Quand de telles per­sonnes par­viennent à faire ensei­gner leur croyance par l’autorité, elles pensent natu­rel­le­ment que si l’on en per­met­tait la dis­cus­sion, il n’en résul­te­rait que du mal. Là où domine leur influence, elles rendent presque impos­sible de repous­ser l’opinion reçue avec sagesse et réflexion, bien qu’on puisse tou­jours la reje­ter incon­si­dé­ré­ment et par igno­rance ; car il est rare­ment pos­sible d’exclure com­plè­te­ment la dis­cus­sion, et aus­si­tôt qu’elle reprend, les croyances qui ne sont pas fon­dées sur une convic­tion réelle cèdent faci­le­ment dès que sur­git le moindre sem­blant d’argument. Main­te­nant, écar­tons cette pos­si­bi­li­té et admet­tons que l’opinion vraie reste pré­sente dans l’esprit, mais à l’état de pré­ju­gé, de croyance indé­pen­dante de l’argument et de preuve contre ce der­nier : ce n’est pas encore là la façon dont un être rai­son­nable devrait déte­nir la véri­té. Ce n’est pas encore connaître la véri­té. Cette concep­tion de la véri­té n’est qu’une super­sti­tion de plus qui s’accroche par hasard aux mots qui énoncent une véri­té. […] Si l’entretien de l’intelligence a bien une prio­ri­té, c’est bien de prendre conscience des fon­de­ments de nos opi­nions per­son­nelles. Quoi que l’on pense sur les sujets où il est pri­mor­dial de pen­ser juste, on devrait au moins être capable de défendre ses idées contre les objec­tions ordinaires.

[…]

Sur tous sujets où la dif­fé­rence d’opinion est pos­sible, la véri­té dépend d’un équi­libre à éta­blir entre deux groupes d’arguments contra­dic­toires. […] Celui qui ne connaît que ses propres argu­ments connaît mal sa cause. Il se peut que ses rai­sons soient bonnes et que per­sonne n’ait été capable de les réfu­ter. Mais s’il est tout aus­si inca­pable de réfu­ter les rai­sons du par­ti adverse, s’il ne les connaît même pas, rien ne le fonde à pré­fé­rer une opi­nion à l’autre. Le seul choix rai­son­nable pour lui serait de sus­pendre son juge­ment, et faute de savoir se conten­ter de cette posi­tion, soit il se laisse conduire par l’autorité, soit il adopte, comme on le fait en géné­ral, le par­ti pour lequel il se sent le plus d’inclination. Mais il ne suf­fit pas non plus d’entendre les argu­ments des adver­saires tels que les exposent ses propres maîtres, c’est-à-dire à leur façon et accom­pa­gnés de leurs réfu­ta­tions. Telle n’est pas la façon de rendre jus­tice à ces argu­ments ou d’y mesu­rer véri­ta­ble­ment son esprit. Il faut pou­voir les entendre de la bouche même de ceux qui y croient, qui les défendent de bonne foi et de leur mieux. Il faut les connaître sous leur forme la plus plau­sible et la plus per­sua­sive : il faut sen­tir toute la force de la dif­fi­cul­té que la bonne approche du sujet doit affron­ter et résoudre. Autre­ment, jamais on ne pos­sé­de­ra cette par­tie de véri­té qui est seule capable de ren­con­trer et de sup­pri­mer la dif­fi­cul­té. […] Seuls [la] connaissent ceux qui ont éga­le­ment et impar­tia­le­ment fré­quen­tés les deux par­tis et qui se sont atta­chés res­pec­ti­ve­ment à envi­sa­ger leurs rai­sons sous leur forme la plus convain­cante. Cette dis­ci­pline est si essen­tielle à une véri­table com­pré­hen­sion des sujets moraux ou humains que, s’il n’y a pas d’adversaires pour toutes les véri­tés impor­tantes, il est indis­pen­sable d’en ima­gi­ner et de leur four­nir les argu­ments les plus forts que puisse invo­quer le plus habile avo­cat du diable.

[…]

L’absence de dis­cus­sion fait oublier non seule­ment les prin­cipes, mais trop sou­vent aus­si le sens même de l’opinion. […] Il ne reste plus que quelques phrases apprises par cœur. […] Presque toutes les doc­trines morales et croyances reli­gieuses sont pleines de sens et de vita­li­té pour leurs ini­tia­teurs et leurs pre­miers dis­ciples. Leur sens demeure aus­si fort — peut-être même devient-il plus plei­ne­ment conscient — tant qu’on lutte pour don­ner à la doc­trine ou la croyance un ascen­dant sur toutes les autres.  […] À la fin, soit elle s’impose et devient l’opinion géné­rale, soit son pro­grès s’arrête ; elle conserve le ter­rain conquis, mais cesse de s’étendre. Quand l’un ou l’autre de ces résul­tats devient mani­feste, la contro­verse sur le sujet fai­blit et s’éteint gra­duel­le­ment. La doc­trine a trou­vé sa place, sinon comme l’opinion reçue, du moins comme l’une des sectes ou divi­sions admises de l’opinion ; ses déten­teurs l’ont géné­ra­le­ment héri­tée, ils ne l’ont pas adop­tée ; c’est ain­si que les conver­sions de l’une à l’autre de ces doc­trines deviennent un fait excep­tion­nel et que leurs par­ti­sans finissent par ne plus se pré­oc­cu­per de conver­tir. Au lieu de se tenir comme au début constam­ment sur le qui-vive, soit pour se défendre contre le monde, soit pour le conqué­rir, ils tombent dans l’inertie, n’écoutent plus que rare­ment les argu­ments avan­cés contre leur cre­do et cessent d’ennuyer leurs adver­saires (s’il y en a) avec des argu­ments en sa faveur. C’est à ce point qu’on date habi­tuel­le­ment le déclin de la vita­li­té d’une doc­trine. On entend sou­vent les cathé­chistes de toutes croyances se plaindre de la dif­fi­cul­té d’entretenir dans l’esprit des croyants une per­cep­tion vive de la vérité.

[…]

Une fois la croyance deve­nue héré­di­taire — une fois qu’elle est admise pas­si­ve­ment et non plus acti­ve­ment, une fois que l’esprit ne se sent plus autant contraint de concen­trer toutes ses facul­tés sur les ques­tions qu’elle lui pose — on tend à tout oublier de cette croyance pour ne plus en rete­nir que des for­mules ou ne plus lui accor­der qu’un mol et tor­pide assen­ti­ment, comme si le fait d’y croire dis­pen­sait de la néces­si­té d’en prendre clai­re­ment conscience ou de l’appliquer dans sa vie. […] Les doc­trines n’ont aucune prise sur les croyants ordi­naires, aucun pou­voir sur leurs esprits. Par habi­tude, ils en res­pectent les for­mules, mais pour eux, les mots sont dépour­vus de sens et ne sus­citent aucun sen­ti­ment qui force l’esprit à les assi­mi­ler et à les rendre conformes à la for­mule. Pour savoir quelle conduite adop­ter, les hommes prennent comme modèle leurs voi­sins pour apprendre jusqu’où il faut aller dans l’obéissance.

[…]

Dès qu’il n’y a plus d’ennemi en vue, maîtres et dis­ciples s’endorment à leur poste.

[…]

Nom­breuses sont les véri­tés dont on ne peut pas com­prendre tout le sens tant qu’on ne les a pas vécues per­son­nel­le­ment. Mais on aurait bien mieux com­pris la signi­fi­ca­tion de ces véri­tés, et ce qui en aurait été com­pris aurait fait sur l’esprit une impres­sion bien plus pro­fonde, si l’on avait eu l’habitude d’entendre des gens qui la com­pre­naient effec­ti­ve­ment dis­cu­ter le pour et le contre. La ten­dance fatale de l’espèce humaine à lais­ser de côté une chose dès qu’il n’y a plus de rai­son d’en dou­ter est la cause de la moi­tié de ses erreurs. Un auteur contem­po­rain a bien décrit « le pro­fond som­meil d’une opi­nion arrêtée ».

[…]

Aucune opi­nion ne mérite le nom de connais­sance à moins d’avoir sui­vi, de gré ou de force, la démarche intel­lec­tuelle qu’eût exi­gée de son tenant une contro­verse active avec des adver­saires. On voit donc à quel point il est aus­si absurde de renon­cer à un avan­tage indis­pen­sable qui s’offre spon­ta­né­ment, alors qu’il est si dif­fi­cile à créer quand il manque. S’il y a des gens pour contes­ter une opi­nion reçue ou pour dési­rer le faire si la loi ou l’opinion publique le leur per­met, il faut les en remer­cier, ouvrir nos esprits à leurs paroles et nous réjouir qu’il y en ait qui fassent pour nous ce que nous devrions prendre davan­tage la peine de faire, si tant est que la cer­ti­tude ou la vita­li­té de nos convic­tions nous importe. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

 

  • Si l’information qu’on cherche à cen­su­rer (comme les idées reçues) est à la fois par­tiel­le­ment fausse et par­tiel­le­ment vraie :

« Nous n’avons jusqu’à pré­sent exa­mi­né que deux pos­si­bi­li­tés : la pre­mière, que l’opinion reçue peut être fausse, et une autre, du même coup, vraie ; la deuxième, que si l’opinion reçue est vraie, c’est que la lutte entre celle-ci et l’erreur oppo­sée est essen­tielle à une per­cep­tion claire et à un pro­fond sen­ti­ment de sa véri­té. Mais il arrive plus sou­vent encore que les doc­trines en conflit, au lieu d’être l’une vraie et l’autre fausse, se dépar­tagent la véri­té ; c’est ain­si que l’opinion non conforme est néces­saire pour four­nir le reste de la véri­té dont la doc­trine reçue n’incarne qu’une par­tie.

[…]

Dans l’état actuel de l’esprit humain, seule la diver­si­té donne une chance équi­table à toutes les facettes de la véri­té. Lorsqu’on trouve des gens qui ne par­tagent  point l’apparente una­ni­mi­té du monde sur un sujet, il est tou­jours pro­bable — même si le monde est dans le vrai — que ces dis­si­dents ont quelque chose de per­son­nel à dire qui mérite d’être enten­du, et que la véri­té per­drait quelque chose à leur silence.

[…]

Il faut s’élever contre la pré­ten­tion exclu­sive d’une par­tie de la véri­té d’être la véri­té tout entière.

[…]

Ce n’est pas la lutte vio­lente entre les par­ties de la véri­té qu’il faut redou­ter, mais la sup­pres­sion silen­cieuse d’une par­tie de la véri­té ; il y a tou­jours de l’espoir tant que les hommes sont contraints à écou­ter les deux côtés ; c’est lorsqu’ils ne se pré­oc­cupent que d’un seul que leurs erreurs s’enracinent pour deve­nir des pré­ju­gés, et que la véri­té, cari­ca­tu­rée, cesse d’avoir les effets de la véri­té. Et puisque rien chez un juge n’est plus rare que la facul­té de rendre un juge­ment sen­sé sur une cause où il n’a enten­du plai­der qu’un seul avo­cat, la véri­té n’a de chance de se faire jour que dans la mesure où cha­cune de ses facettes, cha­cune des opi­nions incar­nant une frac­tion de véri­té, trouve des avo­cats et les moyens de se faire entendre. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

 

  • Réca­pi­tu­lons :

« Nous avons main­te­nant affir­mé la néces­si­té — pour le bien-être intel­lec­tuel de l’humanité (dont dépend son bien-être géné­ral) — de la liber­té de pen­sée et d’expression à l’aide de quatre rai­sons dis­tinctes que nous allons réca­pi­tu­ler ici.

Pre­miè­re­ment, une opi­nion qu’on rédui­rait au silence peut très bien être vraie : le nier, c’est affir­mer sa propre infaillibilité.

Deuxiè­me­ment, même si l’opinion réduite au silence est fausse, elle peut conte­nir — ce qui arrive très sou­vent — une part de véri­té ; et puisque l’opinion géné­rale ou domi­nante sur n’importe quel sujet n’est que rare­ment ou jamais toute la véri­té, ce n’est que par la confron­ta­tion des opi­nions adverses qu’on a une chance de décou­vrir le reste de la vérité.

Troi­siè­me­ment, si l’opinion reçue est non seule­ment vraie, mais toute la véri­té, on la pro­fes­se­ra comme une sorte de pré­ju­gé, sans com­prendre ou sen­tir ses prin­cipes ration­nels, si elle ne peut être dis­cu­tée vigou­reu­se­ment et loyalement.

Et cela n’est pas tout car, qua­triè­me­ment, le sens de la doc­trine elle-même sera en dan­ger d’être per­du, affai­bli ou pri­vé de son effet vital sur le carac­tère et la conduite : le dogme devien­dra une simple pro­fes­sion for­melle, inef­fi­cace au bien, mais encom­brant le ter­rain et empê­chant la nais­sance de toute convic­tion authen­tique et sin­cère fon­dée sur la rai­son ou l’expérience personnelle. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

 

« Quant à ce que l’on entend com­mu­né­ment par le manque de rete­nue en dis­cus­sion, à savoir les invec­tives, les sar­casmes, les attaques per­son­nelles, etc., la dénon­cia­tion de ces armes méri­te­rait plus de sym­pa­thie si l’on pro­po­sait un jour de les inter­dire éga­le­ment des deux côtés ; mais ce qu’on sou­haite, c’est uni­que­ment en res­treindre l’emploi au pro­fit de l’opinion domi­nante. Qu’un homme les emploie contre les opi­nions mino­ri­taires, et il est sûr non seule­ment de n’être pas blâ­mé, mais d’être loué pour son zèle hon­nête et sa juste indi­gna­tion. Cepen­dant, le tort que peuvent cau­ser ces pro­cé­dés n’est jamais si grand que lorsqu’on les emploie contre les plus faibles, et les avan­tages déloyaux qu’une opi­nion peut tirer de ce type d’argumentation échoient presque exclu­si­ve­ment aux opi­nions reçues. La pire offense de cette espèce qu’on puisse com­mettre dans une polé­mique est de stig­ma­ti­ser comme des hommes dan­ge­reux et immo­raux les par­ti­sans de l’opinion adverse. Ceux qui pro­fessent des opi­nions impo­pu­laires sont par­ti­cu­liè­re­ment expo­sés à de telles calom­nies, et cela parce qu’ils sont en géné­ral peu nom­breux et sans influence, et que per­sonne ne s’intéresse à leur voir rendre jus­tice. Mais étant don­né la situa­tion, cette arme est refu­sée à ceux qui attaquent l’opinion domi­nante ; ils cour­raient un dan­ger per­son­nel à s’en ser­vir, et s’ils s’en ser­vaient mal­gré tout, ils ne réus­si­raient qu’à expo­ser par contre­coup leur propre cause. En géné­ral, les opi­nions contraires à celles com­mu­né­ment reçues ne par­viennent à se faire entendre qu’en modé­rant scru­pu­leu­se­ment leur lan­gage et en met­tant le plus grand soin à évi­ter toute offense inutile : elles ne sau­raient dévier d’un pouce de cette ligne de conduite sans perdre de ter­rain. En revanche, de la part de l’opinion domi­nante, les injures les plus outrées finissent tou­jours par dis­sua­der les gens de pro­fes­ser une opi­nion contraire, voire même d’écouter ceux qui la pro­fessent. C’est pour­quoi dans l’intérêt de la véri­té et de la jus­tice, il est bien plus impor­tant de réfré­ner l’usage du lan­gage inju­rieux dans ce cas pré­cis que dans le pre­mier ; et par exemple, s’il fal­lait choi­sir, il serait bien plus néces­saire de décou­ra­ger les attaques inju­rieuses contre l’incroyance que contre la reli­gion. Il est évident tou­te­fois que ni la loi ni l’autorité n’ont à se mêler de répri­mer l’une ou l’autre, et que le juge­ment de l’opinion devrait être déter­mi­né, dans chaque occa­sion, par les cir­cons­tances du cas par­ti­cu­lier. D’un côté ou de l’autre, on doit condam­ner tout homme dans la plai­doi­rie duquel per­ce­rait la mau­vaise foi, la mal­veillance, la bigo­te­rie ou encore l’intolérance, mais cela sans infé­rer ses vices du par­ti qu’il prend, même s’il s’agit du par­ti adverse.

Il faut rendre à cha­cun l’honneur qu’il mérite, quelle que soit son opi­nion, s’il pos­sède assez de calme et d’honnêteté pour voir et expo­ser — sans rien exa­gé­rer pour les dis­cré­di­ter, sans rien dis­si­mu­ler de ce qui peut leur être favo­rable — ce que sont ses adver­saires et leurs opi­nions. Telle est la vraie mora­li­té de la dis­cus­sion publique. »

John Stuart Mill – De la liber­té de pen­sée et de dis­cus­sion (1859).

 

* * * * *

 

Le livre de Jean Bric­mont que vous tenez entre les mains traite de sujets que je trouve essen­tiels par rap­port à mes propres thèses : je tra­vaille pour qu’un grand nombre d’électeurs se trans­forment en citoyens et com­mencent à vou­loir ensemble un pro­ces­sus consti­tuant popu­laire. Une consti­tu­tion digne de ce nom est un contrat social éla­bo­ré et signé par une mul­ti­tude d’êtres humains, très dif­fé­rents mais déci­dant de se consti­tuer en « peuple » pour coexis­ter paci­fi­que­ment mal­gré de grandes et par­fois irré­duc­tibles dif­fé­rences d’intérêts indi­vi­duels. Pour pen­ser, d’abord, et pour vou­loir, ensuite, une telle consti­tu­tion, pour savoir où est le vrai, où est le bien com­mun, pour com­prendre où nous nous trom­pons et donc pour pro­gres­ser, nous allons avoir besoin d’une vraie liber­té de parole, d’une vraie loyau­té des débats, d’une hon­nête mise en scène des conflits, aus­si bien pen­dant les pro­ces­sus consti­tuants que pen­dant les pro­ces­sus législatifs.

Jean Bric­mont fait par­tie de ces hommes libres et cou­ra­geux dont la démo­cra­tie (donc l’iségoria) a besoin pour la défendre. Je connais Jean depuis de nom­breuses années, et j’aime à la fois son huma­nisme irré­pro­chable, son aspi­ra­tion pro­fonde à la jus­tice sous toutes ses formes, son esprit ration­nel, logique et rigou­reux (il est pro­fes­seur de phy­sique théo­rique), son res­pect par prin­cipe de toutes les pen­sées adverses par méthode scien­ti­fique et par goût pour la recherche de la véri­té, et sur­tout aujourd’hui son cou­rage, car nous vivons à nou­veau une époque où il faut bien du cou­rage pour résis­ter à la tyran­nie qui vient.

Il faut dire un mot aus­si de Vincent Lapierre, l’éditeur de ce livre deve­nu dif­fi­cile à édi­ter du fait, pré­ci­sé­ment, de la cen­sure qui gran­dit. Je connais moins bien Vincent que Jean, mais j’en appré­cie les qua­li­tés humaines et je lui suis sur­tout recon­nais­sant pour son tra­vail remar­quable sur la vie d’Hugo Cha­vez, admi­rable et emblé­ma­tique « Ami du peuple ». Voi­là un jeune homme qui a bien du cou­rage, lui aus­si, conti­nuant vaillam­ment son tra­vail de jour­na­liste enga­gé, alors qu’il prend des coups lit­té­ra­le­ment de toutes parts.

J’ai lu et relu le livre que vous allez lire, le crayon à la main, et je le trouve à la fois pas­sion­nant et impor­tant. Il va sûre­ment vous trans­for­mer un peu, intérieurement.

Peut-être les abus de pou­voir dénon­cés dans ce livre vous don­­ne­­ront-ils des idées pour rédi­ger vous-même, dans un pro­chain ate­lier consti­tuant per­son­nel J, un article de consti­tu­tion qui défi­ni­rait et qui pro­tè­ge­rait dura­ble­ment la liber­té d’expression dans votre pays. Si vous avez « le ver­tige de la feuille blanche », si vous avez du mal à démar­rer sans base de tra­vail, vous pou­vez vous ins­pi­rer, pour l’améliorer (en pré­voyant, par exemple, qui va contrô­ler et qui va sanc­tion­ner la règle), de cet extrait du pre­mier amen­de­ment de la consti­tu­tion des États-Unis :

Le Par­le­ment n’a­dop­te­ra aucune loi pour limi­ter la liber­té d’ex­pres­sion, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement.

Vous allez voir : le fait de prendre votre sty­lo et d’écrire, vrai­ment, un article de consti­tu­tion va vous chan­ger en pro­fon­deur : si vous y pre­nez goût, vous allez rapi­de­ment deve­nir un adulte poli­tique, un être humain qui n’accepte plus que ses repré­sen­tants l’infantilisent. Défi­nir vous-même la liber­té d’expression, c’est sor­tir du rang dégra­dant d’électeur et c’est deve­nir un vrai citoyen, consti­tuant. Si vous lais­sez les puis­sants ins­ti­tuer votre liber­té d’expression, vous ne l’aurez jamais. Si vous déci­dez de l’instituer vous-même, vous l’aurez bien­tôt, et pour longtemps.

C’est confi­né chez moi, avec inter­dic­tion de sor­tir et de mani­fes­ter (et bien­tôt, je le redoute, inter­dic­tion d’accuser publi­que­ment des impos­teurs, des men­teurs ou des oppres­seurs du peuple), sous pré­texte de « guerre » (éco­no­mique ou sani­taire ou autre, peu importe) et donc d’urgente et impé­rieuse dis­ci­pline soi-disant « pour sur­vivre », que j’écris ces lignes. Nos maîtres, les « élus », n’ont pas de pitié, pas de scru­pules, c’est à peine s’ils nous consi­dèrent au fond comme des humains, comme leurs pro­chains, ils iront jusqu’à ce qu’ils ren­contrent une limite, et c’est à nous, fon­da­men­ta­le­ment, à nous les repré­sen­tés, de fixer leurs limites.

Il faut être cou­ra­geux pour être libre.

Heu­reu­se­ment, le cou­rage est conta­gieux, comme dit Julian.

J’espère que ce livre nous aide­ra à deve­nir plus nom­breux à défendre per­son­nel­le­ment les liber­tés publiques.

 

Étienne Chouard, avril 2020.
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🔑 Comment réécrire la constitution ? Ateliers constituants à Toulouse (20 mai 2017) avec 🗣 Etienne CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #3

Com­ment ? En nous entraî­nant, per­son­nel­le­ment, fré­quem­ment, obs­ti­né­ment, cou­ra­geu­se­ment… pour être prêts le jour venu.

Les ate­liers consti­tuants sont le plus sou­vent des moments mer­veilleux, déli­cieux, pen­dant les­quels on res­sent phy­si­que­ment une méta­mor­phose : on sent qu’on est en train de deve­nir un adulte poli­tique, on sent que bien­tôt nos élus ne seront plus nos maîtres, on sent qu’on prend enfin à la racine le mal (qu’on croyait éter­nel) de notre impuis­sance poli­tique, on sent que de cette façon tout va chan­ger, enfin.

Il ne tient qu’à nous de tout faire pour deve­nir nom­breux, très nom­breux, ras­sem­blés autour de NOTRE CAUSE COMMUNE : ins­ti­tuer nous-mêmes la puis­sance poli­tique qui nous manque.

Bon cou­rage à tous (et mer­ci pour vos chouettes mes­sages d’encouragement).

Étienne.



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Aki­na (c’est le nom afri­cain qu’il s’est lui-même choi­si) est un jeune homme lumi­neux, une pile d’op­ti­misme et de dévoue­ment au bien com­mun, un bour­reau de tra­vail pour détec­ter et publier (jour et nuit, il n’ar­rête pas) tout ce qui peut inté­res­ser les citoyens, soit pour s’é­man­ci­per soit pour connaître les diverses menaces contre les liber­tés. Il mérite infi­ni­ment que vous l’aidiez.


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🔑 Qu’est-ce qui vous incite (jusqu’à aujourd’hui) à renoncer à réécrire la constitution ? (Toulouse, 20 mai 2017) 🗣 E. CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #2

À moi de vous poser une ques­tion, impor­tante : vous sui­vez mon tra­vail depuis des années, vous dites avoir bien com­pris que nous devrions écrire nous-mêmes notre consti­tu­tion, vous êtes même sou­vent déjà capables d’ex­pli­quer à des incon­nus dans la rue que, si on ne s’en­traîne pas à consti­tuer, on n’ar­ri­ve­ra pas à s’é­man­ci­per de nos maîtres élus… Et mal­gré tout ça, vous ne le faites pas, vous ne faites pas régu­liè­re­ment des ate­liers consti­tuants. Ma ques­tion est : pourquoi ?

Parce que, si vous arri­vez à trou­ver, en votre for inté­rieur, pour­quoi vous ne vous entraî­nez pas (alors que que vous savez bien qu’il faut qu’on s’en­traîne), si vous le com­pre­nez pour vous-même et si vous me l’ex­pli­quez, on va peut-être trou­ver ensemble ce qui nous manque pour que cette idée for­mi­dable avance enfin infi­ni­ment plus vite dans la popu­la­tion ! Et peut-être cela va-t-il nous per­mettre de voir la libé­ra­tion des ter­riens de notre vivant ?

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[Fake-news, terrorisme, pratique des complots] CECI N’EST PAS UN COMPLOT, enquête remarquable

https://​you​tu​.be/​w​6​z​G​k​T​O​q​6qs

Pas­sion­nante enquête sur de nou­veaux incroyables conflits d’in­té­rêts (des cas de cor­rup­tion aggra­vée, en fait) dans les Auto­ri­tés de san­té char­gées d’im­po­ser les poli­tiques publiques.

À par­tir de la minute 18, l’in­fluence (cachée) du « Comi­té d’ex­perts scien­ti­fiques » par des consul­tants de McKin­sey — la boîte qui vient d’être condam­née à plus d’un demi-mil­­liard de dol­lars (!!!) d’a­mende pour avoir empoi­son­né, dro­gué, sciem­ment, volon­tai­re­ment, cri­mi­nel­le­ment, des mil­lions d’A­mé­ri­cains aux opia­cés (en en tuant des cen­taines de mil­liers), et d’ailleurs la même entre­prise cri­mi­nelle qui conseille Macron pour nous mar­ty­ri­ser en France — la cor­rup­tion de la cou­ver­ture scien­ti­fique des auto­ri­tés belges et fran­çaises est juste révoltante…

Mais le pom­pon, c’est à par­tir de 21′, le cas Marc VAN RANST (l’homme fort du « comi­té scien­ti­fique » belge) QUI EXPLIQUE LUI-MÊME EN 2019 À SES CLIENTS HILARES COMMENT ORGANISER LA TERREUR DANS LA POPULATION POUR CONDUIRE LES PAUVRES GENS À ACCEPTER LA VACCINATION.

Et on ose encore trai­ter de « com­plo­tistes » ceux qui dénoncent ces men­songes et ces crimes…

#Nous­Som­mes­Mar­ty­ri­sé­sAu­Nom­DU­neS­cien­ce­Cor­rom­pue

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Ce repor­tage sera vite cen­su­ré, enregistrez-le.
Il est aus­si sur Odysee :
https://odysee.com/@ReveilleDuPeuple:5/Ceci‑n’est-pas-un-complot-(1):7


Ce repor­tage est aus­si sur Viméo :
https://​vimeo​.com/​5​0​4​8​4​5​318



COMPLÉMENTS :


Facture salée pour le cabinet McKinsey dans la crise des opiacés

https://​www​.lema​tin​.ch/​s​t​o​r​y​/​f​a​c​t​u​r​e​–​s​a​l​e​e​–​p​o​u​r​–​l​e​–​c​a​b​i​n​e​t​–​m​c​k​i​n​s​e​y​–​d​a​n​s​–​l​a​–​c​r​i​s​e​–​d​e​s​–​o​p​i​a​c​e​s​–​9​6​4​4​5​9​0​5​6​737

Le pres­ti­gieux cabi­net de conseil a accep­té de ver­ser plus d’un demi-mil­­liard de dol­lars [une misère par rap­port au pré­ju­dice subi, ines­ti­mable, qui méri­te­rait la pri­son à vie pour tous le staff. ÉC] pour sol­der des pour­suites judi­ciaires lan­cées par plu­sieurs Etats américains.


La confé­rence incroyable où le TERRORISTE Marc Van Ranst explique à ses clients hilares, en 2019, com­ment ter­ro­ri­ser toute une popu­la­tion (avec l’aide active des médias) pour conduire tous les pauvres gens à accep­ter la vaccination :

https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​U​Z​M​r​7​A​E​L​0jQ

La même confé­rence tra­duite en français :
https://​www​.face​book​.com/​k​a​i​r​o​s​p​r​e​s​s​e​/​v​i​d​e​o​s​/​2​1​2​2​7​2​2​6​4​1​1​9​2​009

 

[Rap­pel] La tech­nique de base de la MAFIA his­to­rique est de : 
1. Ter­ro­ri­ser ses victimes,

2. puis, le même qui a ter­ro­ri­sé se pré­sente ensuite lui-même comme « le protecteur »…

3. … en échange de l’o­béis­sance abso­lue des vic­times terrorisées.

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🔑 Pourquoi réécrire nous-mêmes la constitution ? (Toulouse, 20 mai 2017) 🗣 E. CHOUARD 🌅 NOUVEAU MONDE #1

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Des­crip­tion de la vidéo (que je repu­blie ici pour qu’elle reste visible sur You­tube puisque la chaîne d’A­ki­na toute entière a donc été supprimée) :

Pre­mier épi­sode d’une série de repor­tages réa­li­sés lors de la venue d’ Etienne CHOUARD à Tou­louse le 20 mai 2017. Il y explique l’illu­sion de la démo­cra­tie mise en place par l’U­nion Euro­péenne et l’in­té­rêt de pous­ser le peuple à réécrire lui-même la constitution.

☛ Liste des livres pro­po­sés lors de la confé­rence à retrou­ver chez votre libraire :
• La gou­ver­nance par les nombres, Alain SUPIOT
• Gou­ver­ner par le chaos, Max MILOT
• L’argent et les mots, André SCHIFFRIN
• La mon­dia­li­sa­tion mal­heu­reuse, Tho­mas GUENOLE
• Nous ne sommes pas en démo­cra­tie, Etienne CHOUARD
• L’i­déo­lo­gie euro­péenne, Ben­ja­min LANDAIS, Ayme­ric MONVILLE et Pierre YAGHLEKJIAN
• L’eu­ro est-il mort ?, sous la direc­tion de Jacques SAPIR
• Évi­ter l’effondrement, Jean-michel NAULOT
• 30 bonne rai­sons pour sor­tir de l’Eu­rope, Oli­vier DELORME
• Faut-il faire sau­ter Bruxelles ?, Fran­çois RUFFIN
• 1984, George ORWELL
• Main basse sur l’in­for­ma­tion, Laurent MAUDUIT

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Live facebook : État d’urgence sanitaire… constitutionnel ?

Après une pre­mière ren­contre en décembre, notre série “Ques­tions Consti­tuantes” prend son rythme de croi­sière : tous les quinze jours, vous êtes invi­tés à ren­con­trer un expert de la Consti­tu­tion pour mieux com­prendre ce texte fon­da­men­tal pour la démo­cra­tie. Depuis 2005 et le débat réfé­ren­daire sur la consti­tu­tion euro­péenne, Étienne Chouard a réa­li­sé l’importance de nos ins­ti­tu­tions dans la vie de tous les jours. Il pro­pose de prendre nos pro­blèmes quo­ti­diens à leur racine et de réflé­chir nous-mêmes à l’institution d’une vraie démocratie.
– Le Mou­ve­ment Consti­tuant Populaire

Rejoindre le live maintenant :

https://​www​.face​book​.com/​m​o​u​v​c​o​n​s​t​p​o​p​/​v​i​d​e​o​s​/​7​7​1​4​7​8​2​2​3​7​7​5​508

Pour poser vos ques­tions en live sur le Dis­cord du MCP :
 
Pour vous ins­crire au maillage ter­ri­to­rial, vous infor­mer et par­ti­ci­per aux actions :
 
Inter­ve­nant : Étienne Chouard
Débat ani­mé par Sté­pha­nie Cata­la (Votez Pour Vous)
 
Débat codif­fu­sé par Étienne Chouard (https://​www​.face​book​.com/​e​t​i​e​n​n​e​.​c​h​o​u​ard), Culture-RIC (https://​www​.face​book​.com/​C​u​l​t​u​r​e​.​R​IC/), Opé­ra­tion RIC (https://​www​.face​book​.com/​o​p​e​r​a​t​i​o​n​RIC), Le Mes­sage (https://​www​.face​book​.com/​l​e​.​m​e​s​s​a​g​e​.​org)
Aki­na (https://​www​.face​book​.com/​A​k​i​n​a​S​c​h​i​ra8), Inform’Action (https://​www​.face​book​.com/​a​s​s​o​.​i​n​f​o​r​m​a​c​t​ion) et Le Gouv (https://​www​.face​book​.com/​L​e​G​o​u​v​O​f​f​i​c​iel).

[Passionnant et (très) important] 2020 : la moisson des morts

 

Tout ça est bou­le­ver­sant, une fois encore : ÇA CHANGE TOUT à la com­pré­hen­sion des faits sani­taires depuis un an.

C’est éton­nant, ce que ce jeune homme apporte au débat public à lui tout seul.

Mer­ci à lui.

Étienne.

—–

Des­crip­tion lue sous la vidéo :

« Voi­là, le mes­sage prend, on com­mence enfin à entendre dans les médias qu’il faut peut-être arrê­ter de faire peur aux gens avec des nombres de morts, mais plu­tôt regar­der ce qu’il se passe en France, et dans le monde sur la pyra­mide des âges.

Les médias sont en train de décou­vrir que tous ces morts viennent peut-être du fait que la France, et tout le monde occi­den­tal, prend un sérieux coup de vieux.

Et donc que toute période épi­dé­mique fait plus de morts.

Depuis décembre, au moment où j’ai mis ma pre­mière vidéo, des cher­cheurs, des mathé­ma­ti­ciens ou de gens curieux se sont mis à tri­tu­rer les chiffres dans tous les sens et il se trouve que l’on tombe tous sur les mêmes conclu­sions. Je remer­cie en par­ti­cu­lier ceux qui ne me croyaient pas et qui sont reve­nus vers moi avec beau­coup d’honnêteté pour me dire qu’ils trou­vaient fina­le­ment les mêmes résul­tats, voire qu’ils avaient trou­vé encore pire. Je remer­cie aus­si tous ceux qui ont pris contact pour que l’on bosse ensemble, j’essaye de répondre à tout le monde, mais je n’ai que 7 nuits par semaine.

Dans cette vidéo je vais vous mon­trer un résul­tat qui, pour moi, met un terme à toute la psy­chose qui se passe en ce moment. Je vais vous mon­trer que l’année 2020 fait par­tie d’un cycle de 3 ans qui se répète tout le temps en démo­gra­phie. L’année 2020 est ce que l’on appelle une année mois­son, elle fonc­tionne avec 2018 et 2019.

L’année 2020 c’est l’année de la grande panique, parce qu’on a cru que l’on vivrait éter­nel­le­ment. On a enfer­mé tout le monde depuis 1 an, non pas parce qu’une mala­die a tué des gens plus jeunes qu’avant, mais au contraire parce que les fran­çais ont vécu plus vieux. Ils ne sont pas décé­dés bien gen­ti­ment au fur et à mesure du temps en 2018 et 2019. Ils ont sur­vé­cu et sont décé­dés plus tard en 2020, mais un peu trop en même temps, alors ça se voit et ça fait peur.

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Méthode de cor­rec­tion de la pyra­mide des âges :

Pour les cor­ri­ger, il me faut 2 choses.
Le nombre de décès par âge et par jour.
La popu­la­tion des années 2016 à 2020 chaque jour de l’année.
Il va fal­loir les calculer.
Sur le site de l’Insee, je trouve la popu­la­tion pour chaque âge au 1er jan­vier de chaque année. Par exemple, au 1er jan­vier 2015, nous avons X per­sonnes vivantes nées en 1980. Cette popu­la­tion va évo­luer toute l’année, cer­tains vont décé­der, d’autres vont par­tir à l’étranger et d’autre qui n’étaient pas là vont arri­ver en France.
Au bout d’un an de tous ces mou­ve­ments, nous arri­vons à la popu­la­tion Y au 1er jan­vier 2016 des per­sonnes nées en 1980.

Ain­si, pour esti­mer la popu­la­tion de chaque jour, je consi­dère que la popu­la­tion évo­lue régu­liè­re­ment pour pas­ser de X à Y entre le pre­mier jan­vier 2015 et le 1er jan­vier 2016.

Pour les puristes, je n’ai pas fait ça pour les plus âgés, parce que c’est moins pré­cis que la méthode de sous­trac­tion des décès. Je remarque qu’à par­tir de 95 ans, la dif­fé­rence entre 2 années s’explique qua­si exclu­si­ve­ment par le nombre de décès. Visi­ble­ment, on démé­nage moins à par­tir de 95 ans. En plus on sait qu’à cet âge, les périodes épi­dé­miques jouent beau­coup sur la popu­la­tion. Il est donc de mon point de vue plus rai­son­nable de faire bais­ser la popu­la­tion au fur et à mesure des décès. Après, vous pour­rez tes­ter les 2 méthodes…

J’ai donc main­te­nant cal­cu­lé la popu­la­tion pour chaque âge à chaque jour de l’année depuis 2015.

Je peux reprendre mon nombre de décès de chaque jour et je le divise par le nombre de per­sonnes de chaque jour.

J’obtiens alors le taux de mor­ta­li­té de chaque jour à chaque âge.

Main­te­nant je mul­ti­plie ce taux de mor­ta­li­té par la popu­la­tion de 2020 à cette date pour esti­mer le nombre de décès que nous aurions eu avec la popu­la­tion de 2020 au lieu de celle du jour en question.

Pour l’ef­fet mois­son, je mets en 2015, la pyra­mide de 2017.
En 2016, celle de 2018.
En 2017 celle de 2019.
En 2018 celle de 2020. »

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[Résistance à l’oppression] Dolores Cahill, biologiste moléculaire et immunologiste, avertit des dangers de l’obligation vaccinale contre la COVID19

Ne criez pas, on cherche juste à res­ter vivants.

Je découvre cet ITV de Dolores Cahill, je le trouve impor­tant, et je sug­gère de le pré­sen­ter dans un tableau à deux colonnes : à gauche les preuves des affir­ma­tions de cette dame, et à droite les preuves contraires.

Cette dame semble être une scien­ti­fique de renom, dans cette spécialité :
https://​www​.research​gate​.net/​p​r​o​f​i​l​e​/​D​o​l​o​r​e​s​_​C​a​h​ill
https://​scho​lar​.google​.com/​c​i​t​a​t​i​o​n​s​?​u​s​e​r​=​L​N​d​L​E​o​M​A​A​A​A​J​&​h​l​=en

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Plaidoyer POUR UN PEUPLE CONSTITUANT

Syn­thèse :

Expo­sé théo­rique et exer­cices pratiques :

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